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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:00:21 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Lettres persanes, tome II
+
+Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+LETTRES PERSANES
+
+PAR
+
+MONTESQUIEU
+
+AVEC
+
+PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES,
+
+INDEX
+
+PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE,
+
+PAR
+
+ANDRÉ LEFÈVRE
+
+TOME II
+
+PARIS
+
+ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
+
+27, PASSAGE CHOISEUL, 29
+
+M DCCC LXXIII
+
+_Tous droits réservés_.
+
+E. Picard.
+
+
+IMP. EUGÈNE HEUTTE ET Ce, A SAINT-GERMAIN.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXIX.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance, la vertu, le
+mérite même de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas
+un homme de la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie des
+rangs y est inconnue. On dit que le premier de Paris est celui qui a
+les meilleurs chevaux à son carrosse.
+
+Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux
+ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. S'il peut
+avec cela cacher son oisiveté par un air empressé, ou par un feint
+attachement pour les plaisirs, il croit être le plus heureux de tous
+les hommes.
+
+En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque donne
+quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands
+par leur naissance; mais ils sont sans crédit. Les rois font comme
+ces ouvriers habiles qui, pour exécuter leurs ouvrages, se servent
+toujours des machines les plus simples.
+
+La faveur est la grande divinité des François. Le ministre est le
+grand prêtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui l'entourent
+ne sont point habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt
+sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole avec tout le
+peuple.
+
+ A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XC.
+
+USBEK A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Le désir de la gloire n'est point différent de cet instinct que
+toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous
+augmentons notre être, lorsque nous pouvons le porter dans la
+mémoire des autres: c'est une nouvelle vie que nous acquérons, et
+qui nous devient aussi précieuse que celle que nous avons reçue du
+ciel.
+
+Mais comme tous les hommes ne sont pas également attachés à la vie,
+ils ne sont pas aussi également sensibles à la gloire. Cette noble
+passion est bien toujours gravée dans leur coeur; mais l'imagination
+et l'éducation la modifient de mille manières.
+
+Cette différence, qui se trouve d'homme à homme, se fait encore plus
+sentir de peuple à peuple.
+
+On peut poser pour maxime que, dans chaque État, le désir de la
+gloire croît avec la liberté des sujets, et diminue avec elle: la
+gloire n'est jamais compagne de la servitude.
+
+Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: On est en France, à
+bien des égards, plus libre qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la
+gloire. Cette heureuse fantaisie fait faire à un François, avec
+plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient de ses sujets
+qu'en leur mettant sans cesse devant les yeux les supplices et les
+récompenses.
+
+Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de l'honneur du dernier
+de ses sujets. Il y a pour le maintenir des tribunaux respectables:
+c'est le trésor sacré de la nation, et le seul dont le souverain
+n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans choquer ses
+intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve blessé dans son honneur par
+son prince, soit par quelque préférence, soit par la moindre marque
+de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, son service,
+et se retire chez lui.
+
+La différence qu'il y a des troupes françoises aux vôtres, c'est que
+les unes, composées d'esclaves naturellement lâches, ne surmontent
+la crainte de la mort que par celle du châtiment; ce qui produit
+dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la rend comme stupide: au
+lieu que les autres se présentent aux coups avec délice, et
+bannissent la crainte par une satisfaction qui lui est supérieure.
+
+Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la vertu,
+semble être établi dans les républiques, et dans les pays où l'on
+peut prononcer le mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone,
+l'honneur payoit seul les services les plus signalés. Une couronne
+de chêne ou de laurier, une statue, un éloge, étoit une récompense
+immense pour une bataille gagnée ou une ville prise.
+
+Là, un homme qui avoit fait une belle action se trouvoit
+suffisamment récompensé par cette action même. Il ne pouvoit voir un
+de ses compatriotes qu'il ne ressentit le plaisir d'être son
+bienfaiteur; il comptoit le nombre de ses services par celui de ses
+concitoyens. Tout homme est capable de faire du bien à un homme:
+mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une
+société entière.
+
+Mais cette noble émulation ne doit-elle point être entièrement
+éteinte dans le coeur de vos Persans, chez qui les emplois et les
+dignités ne sont que des attributs de la fantaisie du souverain? La
+réputation et la vertu y sont regardées comme imaginaires, si elles
+ne sont accompagnées de la faveur du prince, avec laquelle elles
+naissent et meurent de même. Un homme qui a pour lui l'estime
+publique n'est jamais sûr de ne pas être déshonoré demain: le voilà
+aujourd'hui général d'armée; peut-être que le prince le va faire son
+cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre éloge que celui
+d'avoir fait un bon ragoût.
+
+ A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+A Smyrne.
+
+
+De cette passion générale que la nation françoise a pour la gloire,
+il s'est formé dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais
+quoi qu'on appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère de
+chaque profession; mais il est plus marqué chez les gens de guerre,
+et c'est le point d'honneur par excellence. Il me seroit bien
+difficile de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en avons point
+précisément d'idée.
+
+Autrefois les François, surtout les nobles, ne suivoient guère
+d'autres lois que celles de ce point d'honneur: elles régloient
+toute la conduite de leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne
+pouvoit, sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les
+enfreindre, mais en éluder la plus petite disposition.
+
+Quand il s'agissoit de régler les différends, elles ne prescrivoient
+guère qu'une manière de décision, qui étoit le duel, qui tranchoit
+toutes les difficultés; mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que
+souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties que celles qui
+y étoient intéressées.
+
+Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, il falloit qu'il entrât
+dans la dispute, et qu'il payât de sa personne, comme s'il avoit été
+lui-même en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel choix et
+d'une préférence si flatteuse; et tel qui n'auroit pas voulu donner
+quatre pistoles à un homme pour le sauver de la potence, lui et
+toute sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer pour
+lui mille fois sa vie.
+
+Cette manière de décider étoit assez mal imaginée, car de ce qu'un
+homme étoit plus adroit ou plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit
+pas qu'il eût de meilleures raisons.
+
+Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines très-sévères; mais
+c'est en vain: l'honneur, qui veut toujours régner, se révolte, et
+il ne reconnoît point de lois.
+
+Ainsi les François sont dans un état bien violent: car les mêmes
+lois de l'honneur obligent un honnête homme de se venger quand il a
+été offensé; mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus
+cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les lois de
+l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on suit celles de la
+justice, on est banni pour jamais de la société des hommes: il n'y a
+donc que cette cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne
+de vivre.
+
+ A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCII.
+
+USBEK A RUSTAN.
+
+A Ispahan.
+
+
+Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se
+joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte au
+monarque des François des présents que le nôtre ne sauroit donner à
+un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par sa lâche avarice, il a
+flétri la majesté des deux empires.
+
+Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui prétend être le plus
+poli de l'Europe, et il a fait dire en Occident que le roi des rois
+ne domine que sur des barbares.
+
+Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu se faire refuser
+lui-même; et, comme si la cour de France avoit eu plus à coeur la
+grandeur persane que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant
+un peuple dont il est le mépris.
+
+Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête d'un malheureux. Je ne
+veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence,
+et de l'indigne choix qu'ils ont fait.
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCIII.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Le monarque qui a si longtemps régné n'est plus[A]. Il a bien fait
+parler des gens pendant sa vie; tout le monde s'est tû à sa mort.
+Ferme et courageux dans ce dernier moment, il a paru ne céder qu'au
+destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, après avoir rempli toute la
+terre de son nom.
+
+[Note A: Il mourut le 1er septembre 1715.]
+
+Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des
+réflexions morales. Chacun a pensé à ses affaires, et à prendre ses
+avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque
+défunt, n'ayant que cinq ans, un prince son oncle a été déclaré
+régent du royaume.
+
+Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit l'autorité du régent.
+Ce prince habile a été au parlement; et, y exposant tous les droits
+de sa naissance, il a fait casser la disposition du monarque, qui,
+voulant se survivre à lui-même, sembloit avoir prétendu régner
+encore après sa mort.
+
+Les parlements ressemblent à ces ruines que l'on foule aux pieds,
+mais qui rappellent toujours l'idée de quelque temple fameux par
+l'ancienne religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus que de
+rendre la justice; et leur autorité est toujours languissante, à
+moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne lui rendre la force
+et la vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines:
+ils ont cédé au temps, qui détruit tout; à la corruption des
+moeurs, qui a tout affoibli; à l'autorité suprême, qui a tout
+abattu.
+
+Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable au peuple, a paru
+d'abord respecter cette image de la liberté publique; et, comme s'il
+avoit pensé à relever de terre le temple et l'idole, il a voulu
+qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie et le fondement de
+toute autorité légitime.
+
+ A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCIV.
+
+USBEK A SON FRÈRE, SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.
+
+
+Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me prosterne: je
+regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta
+sainteté est si grande, qu'il semble que tu aies le coeur de notre
+saint prophète; tes austérités étonnent le ciel même; les anges
+t'ont regardé du sommet de la gloire, et ont dit: Comment est-il
+encore sur la terre, puisque son esprit est avec nous, et vole
+autour du trône qui est soutenu par les nuées?
+
+Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai appris de nos docteurs
+que les dervis, même infidèles, ont toujours un caractère de
+sainteté qui les rend respectables aux vrais croyants; et que Dieu
+s'est choisi dans tous les coins de la terre des âmes plus pures que
+les autres, qu'il a séparées du monde impie, afin que leurs
+mortifications et leurs prières ferventes suspendissent sa colère
+prête à tomber sur tant de peuples rebelles?
+
+Les chrétiens disent des merveilles de leurs premiers santons, qui
+se réfugièrent à milliers dans les déserts affreux de la Thébaïde,
+et eurent pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils en disent
+est vrai, leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de
+nos plus sacrés immaums. Ils passoient quelquefois dix ans entiers
+sans voir un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le jour avec
+des démons; ils étoient sans cesse tourmentés par ces esprits
+malins; ils les trouvoient au lit, ils les trouvoient à table;
+jamais d'asile contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable,
+il faudroit avouer que personne n'auroit jamais vécu en plus
+mauvaise compagnie.
+
+Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires comme une
+allégorie bien naturelle, qui nous peut servir à nous faire sentir
+le malheur de la condition humaine. En vain cherchons-nous dans le
+désert un état tranquille; les tentations nous suivent toujours: nos
+passions, figurées par les démons, ne nous quittent point encore;
+ces monstres du coeur, ces illusions de l'esprit, ces vains
+fantômes de l'erreur et du mensonge, se montrent toujours à nous
+pour nous séduire, et nous attaquent jusque dans les jeûnes et les
+cilices, c'est-à-dire jusque dans notre force même.
+
+Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé de Dieu a enchaîné
+Satan, et l'a précipité dans les abîmes: il a purifié la terre,
+autrefois pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour des
+anges et des prophètes.
+
+ A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCV
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on n'ait commencé par
+rechercher soigneusement quelle est l'origine des sociétés; ce qui
+me paroît ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils se
+quittoient et se fuyoient les uns les autres, il faudroit en
+demander la raison, et chercher pourquoi ils se tiennent séparés:
+mais ils naissent tous liés les uns aux autres; un fils est né
+auprès de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la cause
+de la société.
+
+Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on
+peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la
+flatterie des écrivains, en ont corrompu tous les principes.
+
+Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux
+princes jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice sans
+choquer leurs intérêts. Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour
+endurcir leur conscience, mettre l'iniquité en système, d'en donner
+des règles, d'en former des principes, et d'en tirer des
+conséquences!
+
+La puissance illimitée de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre
+règle qu'elle-même, ne produit pas plus de monstres que cet art
+indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle
+est.
+
+On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes différentes: l'une
+qui règle les affaires des particuliers, qui règne dans le droit
+civil; l'autre qui règle les différends qui surviennent de peuple à
+peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public
+n'étoit pas lui-même un droit civil, non pas à la vérité d'un pays
+particulier, mais du monde.
+
+Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées là-dessus.
+
+ A Paris, le 1er de la lune de Zilhagé, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCVI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen à citoyen:
+chaque peuple la doit rendre lui-même de lui à un autre peuple. Dans
+cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d'autres
+maximes que dans la première.
+
+De peuple à peuple, il est rarement besoin de tiers pour juger,
+parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs et
+faciles à terminer. Les intérêts de deux nations sont ordinairement
+si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour la trouver: on ne
+peut guère se prévenir dans sa propre cause.
+
+Il n'en est pas de même des différends qui arrivent entre
+particuliers. Comme ils vivent en société, leurs intérêts sont si
+mêlés et si confondus, il y en a tant de sortes différentes, qu'il
+est nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité des parties
+cherche à obscurcir.
+
+Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les unes qui se font
+pour repousser un ennemi qui attaque; les autres pour secourir un
+allié qui est attaqué.
+
+Il n'y auroit point de justice de faire la guerre pour des querelles
+particulières du prince, à moins que le cas ne fût si grave qu'il
+méritât la mort du prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un
+prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura refusé un
+honneur qui lui est dû, ou parce qu'on aura eu quelque procédé peu
+convenable à l'égard de ses ambassadeurs, et autres choses
+pareilles; non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui lui
+refuse le pas. La raison en est que, comme la déclaration de guerre
+doit être un acte de justice, dans lequel il faut toujours que la
+peine soit proportionnée à la faute, il faut voir si celui à qui on
+déclare la guerre mérite la mort. Car faire la guerre à quelqu'un,
+c'est vouloir le punir de mort.
+
+Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère c'est la
+guerre: puisque son but est la destruction de la société.
+
+Les représailles sont du second degré. C'est une loi que les
+tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer, de mesurer la peine par le
+crime.
+
+Un troisième acte de justice est de priver un prince des avantages
+qu'il peut tirer de nous, proportionnant toujours la peine à
+l'offense.
+
+Le quatrième acte de justice, qui doit être le plus fréquent, est la
+renonciation à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre. Cette
+peine répond à celle du bannissement établie dans les tribunaux, qui
+retranche les coupables de la société. Ainsi un prince à l'alliance
+duquel nous renonçons est retranché par là de notre société, et
+n'est plus un de nos membres.
+
+On ne peut pas faire de plus grand affront à un prince que de
+renoncer à son alliance, ni lui faire de plus grand honneur que de
+la contracter. Il n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus
+glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres toujours
+attentifs à leur conservation.
+
+Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle soit juste: ainsi
+une alliance faite entre deux nations pour en opprimer une troisième
+n'est pas légitime, et on peut la violer sans crime.
+
+Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité du prince de
+s'allier avec un tyran. On dit qu'un monarque d'Égypte fit avertir
+le roi de Samos de sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en
+corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire qu'il renonçoit
+à son amitié et à son alliance.
+
+La conquête ne donne point un droit par elle-même. Lorsque le peuple
+subsiste, elle est un gage de la paix et de la réparation du tort;
+et, si le peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument d'une
+tyrannie.
+
+Les traités de paix sont si sacrés parmi les hommes, qu'il semble
+qu'ils soient la voix de la nature, qui réclame ses droits. Ils sont
+tous légitimes, lorsque les conditions en sont telles que les deux
+peuples peuvent se conserver: sans quoi, celle des deux sociétés qui
+doit périr, privée de sa défense naturelle par la paix, la peut
+chercher dans la guerre.
+
+Car la nature, qui a établi les différents degrés de force et de
+foiblesse parmi les hommes, a encore souvent égalé la foiblesse à la
+force par le désespoir.
+
+ A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCVII.
+
+LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du royaume de Visapour:
+j'en ai acheté une pour ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui
+m'envoya il y a un mois son commandement sublime et cent tomans.
+
+Je me connois en femmes, d'autant mieux qu'elles ne me surprennent
+pas, et qu'en moi les yeux ne sont point troublés par les mouvements
+du coeur.
+
+Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si parfaite: ses yeux
+brillants portent la vie sur son visage, et relèvent l'éclat d'une
+couleur qui pourroit effacer tous les charmes de la Circassie.
+
+Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan la marchandoit avec moi;
+mais elle se déroboit dédaigneusement à ses regards, et sembloit
+chercher les miens, comme si elle avoit voulu me dire qu'un vil
+marchand n'étoit pas digne d'elle, et qu'elle étoit destinée à un
+plus illustre époux.
+
+Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie secrète quand je pense
+aux charmes de cette belle personne: il me semble que je la vois
+entrer dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir
+l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur impérieuse des unes;
+l'affliction muette, mais plus douloureuse, des autres; la
+consolation maligne de celles qui n'espèrent plus rien, et
+l'ambition irritée de celles qui espèrent encore.
+
+Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire changer tout un sérail
+de face. Que de passions je vais émouvoir! Que de craintes et de
+peines je prépare!
+
+Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors ne sera pas moins
+tranquille: les grandes révolutions seront cachées dans le fond du
+coeur; les chagrins seront dévorés, et les joies contenues;
+l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les règles moins
+inflexibles; la douceur, toujours contrainte de paroître, sortira du
+fond même du désespoir.
+
+Nous remarquons que, plus nous avons de femmes sous nos yeux, moins
+elles nous donnent d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire,
+moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission, tout
+cela leur forme des chaînes. Les unes sont sans cesse attentives sur
+les démarches des autres: il semble que, de concert avec nous, elles
+travaillent à se rendre plus dépendantes; elles font presque la
+moitié de notre office, et nous ouvrent les yeux quand nous les
+fermons. Que dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre
+leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles se trouvent près
+de celles qu'on punit.
+
+Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela n'est rien sans la
+présence du maître. Que pouvons-nous faire avec ce vain fantôme
+d'une autorité qui ne se communique jamais tout entière? Nous ne
+représentons que foiblement la moitié de toi-même: nous ne pouvons
+que leur montrer une odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte
+par les espérances: plus absolu quand tu caresses, que tu ne l'es
+quand tu menaces.
+
+Reviens donc, magnifique seigneur, reviens dans ces lieux porter
+partout les marques de ton empire. Viens adoucir des passions
+désespérées: viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser
+l'amour qui murmure, et rendre le devoir même aimable; viens enfin
+soulager tes fidèles eunuques d'un fardeau qui s'appesantit chaque
+jour.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCVIII.
+
+USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE DE JARON.
+
+
+O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de tant de
+connoissances, écoute ce que je vais te dire.
+
+Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont point atteint
+jusqu'au faîte de la sagesse orientale: ils n'ont point été ravis
+jusqu'au trône lumineux; ils n'ont, ni entendu les paroles
+ineffables dont les concerts des anges retentissent, ni senti les
+formidables accès d'une fureur divine: mais, laissés à eux-mêmes,
+privés des saintes merveilles, ils suivent dans le silence les
+traces de la raison humaine.
+
+Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a conduits. Ils ont
+débrouillé le chaos; et ont expliqué, par une mécanique simple,
+l'ordre de l'architecture divine. L'auteur de la nature a donné du
+mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage pour produire
+cette prodigieuse variété d'effets, que nous voyons dans l'univers.
+
+Que les législateurs ordinaires nous proposent des lois pour régler
+les sociétés des hommes; des lois aussi sujettes au changement que
+l'esprit de ceux qui les proposent et des peuples qui les observent:
+ceux-ci ne nous parlent que des lois générales, immuables,
+éternelles, qui s'observent sans aucune exception, avec un ordre,
+une régularité, et une promptitude infinie, dans l'immensité des
+espaces.
+
+Et que crois-tu, homme divin, que soient ces lois? Tu t'imagines
+peut-être qu'entrant dans le conseil de l'Éternel, tu vas être
+étonné par la sublimité des mystères: tu renonces par avance à
+comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.
+
+Mais tu changeras bientôt de pensée: elles n'éblouissent point par
+un faux respect; leur simplicité les a fait longtemps méconnoître,
+et ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en a connu toute la
+fécondité et toute l'étendue.
+
+La première est que tout corps tend à décrire une ligne droite, à
+moins qu'il ne rencontre quelque obstacle qui l'en détourne; et la
+seconde, qui n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui tourne
+autour d'un centre tend à s'en éloigner, parce que, plus il en est
+loin, plus la ligne qu'il décrit approche de la ligne droite.
+
+Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà des principes
+féconds, dont on tire des conséquences à perte de vue, comme je te
+le ferai voir dans une lettre particulière.
+
+La connoissance de cinq ou six vérités a rendu leur philosophie
+pleine de miracles, et leur a fait faire plus de prodiges et de
+merveilles que tout ce qu'on nous raconte de nos saints prophètes.
+
+Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de nos docteurs qui
+n'eût été embarrassé, si on lui eût dit de peser dans une balance
+tout l'air qui est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau qui
+tombe chaque année sur sa surface; et qui n'eût pensé plus de quatre
+fois, avant de dire combien de lieues le son fait dans une heure;
+quel temps un rayon de lumière emploie à venir du soleil à nous;
+combien de toises il y a d'ici à Saturne; quelle est la courbe selon
+laquelle un vaisseau doit être taillé, pour être le meilleur voilier
+qu'il soit possible.
+
+Peut-être que si quelque homme divin avoit orné les ouvrages de ces
+philosophes de paroles hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des
+figures hardies et des allégories mystérieuses, il auroit fait un
+bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint Alcoran.
+
+Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je ne m'accommode
+guères du style figuré. Il y a dans notre Alcoran un grand nombre de
+choses puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles
+soient relevées par la force et la vie de l'expression. Il semble
+d'abord que les livres inspirés ne sont que les idées divines
+rendues en langage humain: au contraire, dans nos livres saints, on
+trouve le langage de Dieu, et les idées des hommes; comme si, par un
+admirable caprice, Dieu y avoit dicté les paroles, et que l'homme
+eût fourni les pensées.
+
+Tu diras peut-être que je parle trop librement de ce qu'il y a de
+plus saint parmi nous; tu croiras que c'est le fruit de
+l'indépendance où l'on vit dans ce pays. Non, grâces au ciel,
+l'esprit n'a pas corrompu le coeur; et, tandis que je vivrai, Ali
+sera mon prophète.
+
+ A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCIX.
+
+USBEK A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit si inconstante
+que dans celui-ci. Il arrive tous les dix ans des révolutions qui
+précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des
+ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci est étonné de sa
+pauvreté; celui-là l'est de son abondance. Le nouveau riche admire
+la sagesse de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du
+destin.
+
+Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors: parmi eux
+il y a peu de Tantales. Ils commencent pourtant ce métier par la
+dernière misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant qu'ils
+sont pauvres; quand ils sont riches, on les estime assez: aussi ne
+négligent-ils rien pour acquérir de l'estime.
+
+Ils sont à présent dans une situation bien terrible. On vient
+d'établir une chambre qu'on appelle de justice, parce qu'elle va
+leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher
+leurs effets; car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine
+de la vie: ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit, je
+veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d'infortune, il y
+a un ministre connu par son esprit, qui les honore de ses
+plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations du conseil. On
+ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le
+peuple; et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir entrepris.
+
+Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs:
+c'est un séminaire de grands seigneurs; il remplit le vide des
+autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands
+malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les
+fureurs de la guerre; et quand ils ne peuvent pas suppléer par
+eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de
+leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les
+terres montagneuses et arides.
+
+Je trouve, Ibben, la providence admirable dans la manière dont elle
+a distribué les richesses: si elle ne les avoit accordées qu'aux
+gens de bien, on ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et
+on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand on examine qui
+sont les gens qui en sont les plus chargés, à force de mépriser les
+riches, on vient enfin à mépriser les richesses.
+
+ A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE C.
+
+RICA A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Je trouve les caprices de la mode, chez les François, étonnants. Ils
+ont oublié comment ils étoient habillés cet été; ils ignorent encore
+plus comment ils le seront cet hiver: mais surtout on ne sauroit
+croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la
+mode.
+
+Que me serviroit de te faire une description exacte de leur
+habillement et de leurs parures? une mode nouvelle viendroit
+détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant
+que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé.
+
+Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne
+en revient aussi antique que si elle s'y étoit oubliée trente ans.
+Le fils méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit avec lequel
+elle est peinte lui paroît étranger; il s'imagine que c'est quelque
+Américaine qui y est représentée; ou que le peintre a voulu exprimer
+quelqu'une de ses fantaisies.
+
+Quelquefois les coiffures montent insensiblement; et une révolution
+les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur
+immense mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même: dans un
+autre, c'étoit les pieds qui occupoient cette place; les talons
+faisoient un piédestal, qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le
+croire? les architectes ont été souvent obligés de hausser, de
+baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes
+exigeoient d'eux ce changement; et les règles de leur art ont été
+asservies à ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage une
+quantité prodigieuse de mouches, et elles disparoissent toutes le
+lendemain. Autrefois les femmes avoient de la taille, et des dents;
+aujourd'hui il n'en est pas question. Dans cette changeante nation,
+quoi qu'en dise le critique, les filles se trouvent autrement faites
+que leurs mères.
+
+Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes: les
+François changent de moeurs selon l'âge de leur roi. Le monarque
+pourroit même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avoit
+entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour,
+la cour à la ville, la ville aux provinces. L'âme du souverain est
+un moule qui donne la forme à toutes les autres.
+
+ De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CI.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse des François
+sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en
+sont entêtés: c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui
+se fait chez les autres nations; ils y rappellent tout; ce qui est
+étranger leur paroît toujours ridicule. Je t'avoue que je ne saurois
+guères ajuster cette fureur pour leurs costumes avec l'inconstance
+avec laquelle ils en changent tous les jours.
+
+Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est étranger, je ne te
+parle que des bagatelles; car, sur les choses importantes, ils
+semblent s'être méfiés d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent
+de bon coeur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu'on
+convienne qu'ils sont mieux vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux
+lois d'une nation rivale, pourvu que les perruquiers françois
+décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. Rien
+ne leur paroît si beau que de voir le goût de leurs cuisiniers
+régner du septentrion au midi; et les ordonnances de leurs
+coiffeuses portées dans toutes les toilettes de l'Europe.
+
+Avec ces nobles avantages, que leur importe que le bon sens leur
+vienne d'ailleurs, et qu'ils aient pris de leurs voisins tout ce qui
+concerne le gouvernement politique et civil?
+
+Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien et le plus puissant de
+l'Europe, soit gouverné, depuis plus de dix siècles, par des lois
+qui ne sont pas faites pour lui? Si les François avoient été
+conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre: mais ils sont
+les conquérants.
+
+Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par leurs premiers rois
+dans les assemblées générales de la nation; et ce qu'il y a de
+singulier, c'est que les lois romaines, qu'ils ont prises à la
+place, étoient en partie faites et en partie rédigées par des
+empereurs contemporains de leurs législateurs.
+
+Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout le bon sens leur
+vînt d'ailleurs, ils ont adopté toutes les constitutions des papes,
+et en ont fait une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre de
+servitude.
+
+Il est vrai que, dans les derniers temps, on a rédigé par écrit
+quelques statuts des villes et des provinces: mais ils sont presque
+tous pris du droit romain.
+
+Cette abondance de lois adoptées, et pour ainsi dire naturalisées,
+est si grande qu'elle accable également la justice et les juges.
+Mais ces volumes de lois ne sont rien en comparaison de cette armée
+effroyable de glossateurs, de commentateurs, de compilateurs; gens
+aussi foibles par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont
+forts par leur nombre prodigieux.
+
+Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit des formalités
+qui sont la honte de la raison humaine. Il seroit assez difficile de
+décider si la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle est
+entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle s'est logée dans la
+médecine; si elle a fait plus de ravages sous la robe d'un
+jurisconsulte que sous le large chapeau d'un médecin; et si dans
+l'une elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans l'autre.
+
+ De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CII.
+
+USBEK A ***.
+
+
+On parle toujours ici de la constitution. J'entrai l'autre jour dans
+une maison où je vis d'abord un gros homme avec un teint vermeil,
+qui disoit d'une voix forte: J'ai donné mon mandement; je n'irai
+point répondre à tout ce que vous dites; mais lisez-le, ce
+mandement; et vous verrez que j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a
+fallu bien suer pour le faire, dit-il en portant la main sur le
+front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il m'a fallu lire
+bien des auteurs latins. Je le crois, dit un homme qui se trouva là,
+car c'est un bel ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si
+souvent vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, lisez-le donc,
+reprit-il, et vous serez plus instruit sur ces matières dans un
+quart d'heure, que si je vous en avois parlé deux heures. Voilà
+comme il évitoit d'entrer en conversation, et de commettre sa
+suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut obligé de sortir de
+ses retranchements; et il commença à dire théologiquement force
+sottises, soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement.
+Quand deux hommes qui étoient là lui nioient quelque principe, il disoit
+d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi; et nous sommes des
+juges infaillibles. Et comment, lui dis-je pour lors, êtes-vous des
+juges infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le Saint-Esprit
+nous éclaire? Cela est heureux, lui répondis-je; car, de la manière dont
+vous avez parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez grand
+besoin d'être éclairé.
+
+ De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CIII.
+
+USBEK A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Les plus puissants États de l'Europe sont ceux de l'empereur, des
+rois de France, d'Espagne et d'Angleterre. L'Italie et une grande
+partie de l'Allemagne sont partagées en un nombre infini de petits
+États, dont les princes sont, à proprement parler, les martyrs de la
+souveraineté. Nos glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart
+de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui ne sont pas si
+unis, sont plus à plaindre: leurs États sont ouverts comme des
+caravansérails, où ils sont obligés de loger les premiers qui
+viennent: il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, et
+leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de leur amitié.
+
+La plupart des gouvernements d'Europe sont monarchiques, ou plutôt
+sont ainsi appelés: car je ne sais pas s'il y en a jamais eu
+véritablement de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient
+subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état violent, qui
+dégénère toujours en despotisme, ou en république: la puissance ne
+peut jamais être également partagée entre le peuple et le prince;
+l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le pouvoir
+diminue d'un côté pendant qu'il augmente de l'autre; mais l'avantage
+est ordinairement du côté du prince, qui est à la tête des armées.
+
+Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien grand, et on peut
+dire qu'ils l'ont tel qu'ils le veulent: mais ils ne l'exercent
+point avec tant d'étendue que nos sultans; premièrement, parce
+qu'ils ne veulent point choquer les moeurs et la religion des
+peuples; secondement, parce qu'il n'est pas de leur intérêt de le
+porter si loin.
+
+Rien ne rapproche plus les princes de la condition de leurs sujets,
+que cet immense pouvoir qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet
+plus aux revers, et aux caprices de la fortune.
+
+L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux qui leur déplaisent,
+au moindre signe qu'ils font, renverse la proportion qui doit être
+entre les fautes et les peines, qui est comme l'âme des États et
+l'harmonie des empires; et cette proportion, scrupuleusement gardée
+par les princes chrétiens, leur donne un avantage infini sur nos
+sultans.
+
+Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, s'est attiré la
+disgrâce du prince, est sûr de mourir: la moindre faute ou le
+moindre caprice le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté
+à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses places aux
+ennemis, il en seroit aussi quitte pour perdre la vie: il ne court
+donc pas plus de risque dans ce dernier cas que dans le premier.
+
+Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort certaine, et ne
+voyant rien de pis, il se porte naturellement à troubler l'État, et
+à conspirer contre le souverain; seule ressource qui lui reste.
+
+Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à qui la disgrâce n'ôte
+rien que la bienveillance et la faveur. Ils se retirent de la cour,
+et ne songent qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de
+leur naissance. Comme on ne les fait guères périr que pour le crime
+de lèse-majesté, ils craignent d'y tomber, par la considération de
+ce qu'ils ont à perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait
+qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes morts d'une mort
+violente.
+
+Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos princes, ils
+n'apportoient pas tant de précautions pour mettre leur vie en
+sûreté, ils ne vivroient pas un jour; et s'ils n'avoient à leur
+solde un nombre innombrable de troupes, pour tyranniser le reste de
+leurs sujets, leur empire ne subsisteroit pas un mois.
+
+Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des
+gardes, contre l'usage de ces temps-là, pour se garantir des
+assassins qu'un petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire
+périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles au milieu de
+leurs sujets, comme des pères au milieu de leurs enfants.
+
+Bien loin que les rois de France puissent de leur propre mouvement
+ôter la vie à un de leurs sujets, comme nos sultans, ils portent au
+contraire toujours avec eux la grâce de tous les criminels; il
+suffit qu'un homme ait été assez heureux pour voir l'auguste visage
+de son prince, pour qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces
+monarques sont comme le soleil, qui porte partout la chaleur et la
+vie.
+
+ De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CIV.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici à peu près ce que me
+disoit l'autre jour un Européen assez sensé:
+
+Le plus mauvais parti que les princes d'Asie aient pu prendre, c'est
+de se cacher comme ils font. Ils veulent se rendre plus
+respectables: mais ils font respecter la royauté, et non pas le roi;
+et attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et non pas à
+une certaine personne.
+
+Cette puissance invisible qui gouverne est toujours la même pour le
+peuple. Quoique dix rois, qu'il ne connoît que de nom, se soient
+égorgés l'un après l'autre, il ne sent aucune différence: c'est
+comme s'il avoit été gouverné successivement par des esprits.
+
+Si le détestable parricide de notre grand roi Henri IV avoit porté
+ce coup sur un roi des Indes, maître du sceau royal et d'un trésor
+immense, qui auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris
+tranquillement les rênes de l'empire, sans qu'un seul homme eût
+pensé à réclamer son roi, sa famille et ses enfants.
+
+On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de changement dans le
+gouvernement des princes d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est
+de ce qu'il est tyrannique et affreux?
+
+Les changements ne peuvent être faits que par le prince, ou par le
+peuple; mais là, les princes n'ont garde d'en faire, parce que, dans
+un si haut degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent avoir;
+s'ils changeoient quelque chose, ce ne pourroit être qu'à leur
+préjudice.
+
+Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme quelque résolution, il ne
+sauroit l'exécuter sur l'État; il faudroit qu'il contre-balançât
+tout à coup une puissance redoutable et toujours unique; le temps
+lui manque comme les moyens: mais il n'a qu'à aller à la source de
+ce pouvoir; et il ne lui faut qu'un bras et qu'un instant.
+
+Le meurtrier monte sur le trône pendant que le monarque en descend,
+tombe, et va expirer à ses pieds.
+
+Un mécontent en Europe songe à entretenir quelque intelligence
+secrète, à se jeter chez les ennemis, à se saisir de quelque place,
+à exciter quelques vains murmures parmi les sujets. Un mécontent en
+Asie va droit au prince, étonne, frappe, renverse: il en efface
+jusqu'à l'idée; dans un instant l'esclave et le maître; dans un
+instant usurpateur et légitime.
+
+Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble ne réunir sur elle
+toute sa puissance, que pour indiquer au premier ambitieux l'endroit
+où il la trouvera tout entière.
+
+ De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CV.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Tous les peuples d'Europe ne sont pas également soumis à leurs
+princes: par exemple, l'humeur impatiente des Anglois ne laisse
+guère à leur roi le temps d'appesantir son autorité; la soumission
+et l'obéissance sont les vertus dont ils se piquent le moins. Ils
+disent là-dessus des choses bien extraordinaires. Selon eux, il n'y
+a qu'un lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui de la
+gratitude: un mari, une femme, un père et un fils, ne sont liés
+entre eux que par l'amour qu'ils se portent, ou par les bienfaits
+qu'ils se procurent; et ces motifs divers de reconnoissance sont
+l'origine de tous les royaumes, et de toutes les sociétés.
+
+Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses sujets heureux, veut
+les accabler et les détruire, le fondement de l'obéissance cesse;
+rien ne les lie, rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans
+leur liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir sans bornes
+ne sauroit être légitime, parce qu'il n'a jamais pu avoir d'origine
+légitime. Car nous ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre
+plus de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes: or nous
+n'avons pas sur nous-mêmes un pouvoir sans bornes; par exemple, nous
+ne pouvons pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils,
+sur la terre un tel pouvoir.
+
+Le crime de lèse-majesté n'est autre chose, selon eux, que le crime
+que le plus foible commet contre le plus fort, en lui désobéissant,
+de quelque manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple
+d'Angleterre, qui se trouva le plus fort contre un de leurs rois,
+déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté à un prince de
+faire la guerre à ses sujets. Ils ont donc grande raison, quand ils
+disent que le précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre
+aux puissances, n'est pas bien difficile à suivre, puisqu'il leur
+est impossible de ne le pas observer: d'autant que ce n'est pas au
+plus vertueux qu'on les oblige de se soumettre, mais à celui qui est
+le plus fort.
+
+Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit vaincu et pris
+prisonnier un prince qui s'étoit révolté et lui disputoit la
+couronne, ayant voulu lui reprocher son infidélité et sa perfidie:
+Il n'y a qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient d'être
+décidé lequel de nous deux est le traître.
+
+Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point opprimé la
+patrie comme lui: et, croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne
+voit point de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, les
+caprices du hasard et de la fortune.
+
+ De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CVI.
+
+RHÉDI A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, des sciences et des
+arts cultivés en Occident. Tu me vas regarder comme un barbare; mais
+je ne sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les hommes du
+mauvais usage que l'on en fait tous les jours.
+
+J'ai ouï dire que la seule invention des bombes avoit ôté la liberté
+à tous les peuples d'Europe. Les princes ne pouvant plus confier la
+garde des places aux bourgeois, qui, à la première bombe, se
+seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir de gros corps de
+troupes réglées, avec lesquelles ils ont dans la suite opprimé leurs
+sujets.
+
+Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il n'y a plus de
+places imprenables; c'est-à-dire, Usbek, qu'il n'y a plus d'asile
+sur la terre contre l'injustice et la violence.
+
+Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin à découvrir quelque
+secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les
+hommes, détruire les peuples et les nations entières.
+
+Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: presque toutes les
+monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance des arts, et n'ont
+été détruites que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire
+de Perse peut nous en fournir un exemple domestique.
+
+Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; mais j'ai ouï parler à
+des gens sensés des ravages de la chimie: il semble que ce soit un
+quatrième fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail, mais
+continuellement; tandis que la guerre, la peste, la famine, les
+détruisent en gros, mais par intervalles.
+
+Que nous a servi l'invention de la boussole, et la découverte de
+tant de peuples, qu'à nous communiquer leurs maladies plutôt que
+leurs richesses? L'or et l'argent avoient été établis, par une
+convention générale, pour être le prix de toutes les marchandises et
+un gage de leur valeur, par la raison que ces métaux étoient rares,
+et inutiles à tout autre usage: que nous importoit-il donc qu'ils
+devinssent plus communs, et que, pour marquer la valeur d'une
+denrée, nous eussions deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en
+étoit que plus incommode.
+
+Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien pernicieuse aux
+pays qui ont été découverts. Les nations entières ont été détruites;
+et les hommes qui ont échappé à la mort ont été réduits à une
+servitude si rude, que le récit en a fait frémir les musulmans.
+
+Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! Aimable simplicité, si
+chérie de notre saint prophète, vous me rappelez toujours la naïveté
+des anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans le coeur de
+nos premiers pères.
+
+ De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CVII.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieux que tu ne
+penses. Tu as quitté ta patrie pour t'instruire, et tu méprises
+toute instruction: tu viens pour te former dans un pays où l'on
+cultive les beaux-arts, et tu les regardes comme pernicieux. Te le
+dirai-je, Rhédi? je suis plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec
+toi-même.
+
+As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux où nous
+entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas nécessaire de se
+l'imaginer, on peut le voir. Il y a encore des peuples sur la terre
+chez lesquels un singe passablement instruit pourroit vivre avec
+honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée des autres
+habitants: on ne lui trouveroit point l'esprit singulier, ni le
+caractère bizarre; il passeroit tout comme un autre, et seroit
+distingué même par sa gentillesse.
+
+Tu dis que les fondateurs des empires ont presque tous ignoré les
+arts. Je ne te nie pas que des peuples barbares n'aient pu, comme
+des torrents impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de
+leurs armées féroces les royaumes les mieux policés. Mais, prends-y
+garde, ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux peuples
+vaincus; sans cela leur puissance auroit passé comme le bruit du
+tonnerre et des tempêtes.
+
+Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque manière de destruction
+plus cruelle que celle qui est en usage. Non: si une fatale
+invention venoit à se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le
+droit des gens; et le consentement unanime des nations enseveliroit
+cette découverte. Il n'est point de l'intérêt des princes de faire
+des conquêtes par de pareilles voies: ils doivent chercher des
+sujets, et non pas des terres.
+
+Tu te plains de l'invention de la poudre et des bombes; tu trouves
+étrange qu'il n'y ait plus de place imprenable: c'est-à-dire que tu
+trouves étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées plus
+tôt qu'elles ne l'étoient autrefois.
+
+Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires, que, depuis
+l'invention de la poudre, les batailles sont beaucoup moins
+sanglantes qu'elles ne l'étoient, parce qu'il n'y a presque plus de
+mêlée.
+
+Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier où un art
+auroit été préjudiciable, doit-on pour cela le rejeter? Penses-tu,
+Rhédi, que la religion que notre saint prophète a apportée du ciel
+soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque jour à confondre les
+perfides chrétiens?
+
+Tu crois que les arts amollissent les peuples, et par là sont cause
+de la chute des empires. Tu parles de la ruine de celui des anciens
+Perses, qui fut l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que
+cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les subjuguèrent,
+cultivoient les arts avec infiniment plus de soin qu'eux.
+
+Quand on dit que les arts rendent les hommes efféminés, on ne parle
+pas du moins des gens qui s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais
+dans l'oisiveté, qui, de tous les vices, est celui qui amollit le
+plus le courage.
+
+Il n'est donc question que de ceux qui en jouissent. Mais comme dans
+un pays policé ceux qui jouissent des commodités d'un art sont
+obligés d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits à une
+pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté et la mollesse sont
+incompatibles avec les arts.
+
+Paris est peut-être la ville du monde la plus sensuelle, et où l'on
+raffine le plus sur les plaisirs; mais c'est peut-être celle où l'on
+mène une vie plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement, il
+faut que cent autres travaillent sans relâche. Une femme s'est mis
+dans la tête qu'elle devoit paroître à une assemblée avec une
+certaine parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans ne
+dorment plus, et n'aient plus le loisir de boire et de manger: elle
+commande, et elle est obéie plus promptement que ne seroit notre
+monarque; parce que l'intérêt est le plus grand monarque de la
+terre.
+
+Cette ardeur pour le travail, cette passion de s'enrichir, passe de
+condition en condition, depuis les artisans jusqu'aux grands.
+Personne n'aime à être plus pauvre que celui qu'il vient de voir
+immédiatement au-dessous de lui. Vous voyez à Paris un homme qui a
+de quoi vivre jusqu'au jour du jugement, qui travaille sans cesse,
+et court risque d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi
+vivre.
+
+Le même esprit gagne la nation; on n'y voit que travail et
+qu'industrie: où est donc ce peuple efféminé dont tu parles tant?
+
+Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un royaume que les arts
+absolument nécessaires à la culture des terres, qui sont pourtant en
+grand nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne servent qu'à la
+volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, cet État seroit le plus
+misérable qu'il y eût au monde.
+
+Quand les habitants auroient assez de courage pour se passer de tant
+de choses qu'ils doivent à leurs besoins, le peuple dépériroit tous
+les jours; et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si
+petite puissance qui ne fût en état de le conquérir.
+
+Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te faire voir que les
+revenus des particuliers cesseroient presque absolument, et par
+conséquent ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation de
+facultés entre les citoyens; cette circulation de richesses et cette
+progression de revenus, qui vient de la dépendance où sont les arts
+les uns des autres, cesseroient absolument; chacun ne tireroit de
+revenu que de sa terre, et n'en tireroit précisément que ce qu'il
+lui faut pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est pas la
+centième partie du revenu d'un royaume, il faudroit que le nombre
+des habitants diminuât à proportion, et qu'il n'en restât que la
+centième partie.
+
+Fais bien attention jusqu'où vont les revenus de l'industrie. Un
+fonds ne produit annuellement à son maître que la vingtième partie
+de sa valeur; mais, avec une pistole de couleur, un peintre fera un
+tableau qui lui en vaudra cinquante. On en peut dire de même des
+orfèvres, des ouvriers en laine, en soie, et de toutes sortes
+d'artisans.
+
+De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour qu'un prince soit
+puissant, il faut que ses sujets vivent dans les délices; il faut
+qu'il travaille à leur procurer toutes sortes de superfluités avec
+autant d'attention que les nécessités de la vie.
+
+ De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CVIII.
+
+RICA A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse à ses sujets;
+elle ne l'est pas moins à toute l'Europe, par les grands troubles
+que sa mort pourroit produire. Mais les rois sont comme les dieux;
+et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire immortels. Sa
+physionomie est majestueuse, mais charmante: une belle éducation
+semble concourir avec un heureux naturel, et promet déjà un grand
+prince.
+
+On dit que l'on ne peut jamais connoître le caractère des rois
+d'Occident jusqu'à ce qu'ils aient passé par les deux grandes
+épreuves, de leur maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt
+l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit de celui-ci; et
+il se livrera pour cela de grands combats. Car, sous un jeune
+prince, ces deux puissances sont toujours rivales; mais elles se
+concilient et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune prince, le
+dervis a un rôle bien difficile à soutenir: la force du roi fait sa
+foiblesse; mais l'autre triomphe également de sa foiblesse et de sa
+force.
+
+Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu roi absolument
+gouverné par les femmes; et cependant, dans l'âge où il étoit, je
+crois que c'étoit le monarque de la terre qui en avoit le moins de
+besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: Il faut que l'on
+fasse quelque chose pour ce jeune colonel, sa valeur m'est connue;
+j'en parlerai au ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que
+ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit évêque: il est
+homme de naissance, et je pourrois répondre de ses moeurs. Il ne
+faut pas pourtant que tu t'imagines que celles qui tenoient ces
+discours fussent des favorites du prince; elles ne lui avoient
+peut-être pas parlé deux fois en leur vie: chose pourtant
+très-facile à faire chez les princes européens. Mais c'est qu'il n'y
+a personne qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les
+provinces, qui n'ait une femme par les mains de laquelle passent
+toutes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire.
+Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et
+forment une espèce de république, dont les membres toujours actifs
+se secourent et se servent mutuellement: c'est comme un nouvel État
+dans l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les
+provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prélats,
+s'il ne connoît les femmes qui les gouvernent, est comme un homme
+qui voit bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît point les
+ressorts.
+
+Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la maîtresse d'un
+ministre pour coucher avec lui? Quelle idée! c'est pour lui
+présenter cinq ou six placets tous les matins; et la bonté de leur
+naturel paroît dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien à
+une infinité de gens malheureux, qui leur procurent cent mille
+livres de rente.
+
+On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouverné par deux ou
+trois femmes: c'est bien pis en France, où les femmes en général
+gouvernent, et prennent non-seulement en gros, mais même se
+partagent en détail, toute l'autorité.
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CIX.
+
+USBEK A ***.
+
+
+Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons point en Perse,
+et qui me paroissent ici fort à la mode: ce sont les journaux. La
+paresse se sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir
+parcourir trente volumes en un quart d'heure.
+
+Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait les compliments
+ordinaires, que les lecteurs sont aux abois: il les fait entrer à
+demi morts dans une matière noyée au milieu d'une mer de paroles.
+Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là, par un
+in-quarto; un autre, qui a de plus belles inclinations, vise à
+l'in-folio; il faut donc qu'il étende son sujet à proportion; ce
+qu'il fait sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre
+lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris tant de peine à
+amplifier.
+
+Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils ouvrages:
+j'en ferois bien autant si je voulois ruiner ma santé et un
+libraire.
+
+Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils ne parlent que
+des livres nouveaux: comme si la vérité étoit jamais nouvelle. Il me
+semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens,
+il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux.
+
+Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages
+encore tout chauds de la forge, ils s'en imposent un autre, qui est
+d'être très-ennuyeux. Ils n'ont garde de critiquer les livres dont
+ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; et, en effet,
+quel est l'homme assez hardi pour vouloir se faire dix ou douze
+ennemis tous les mois?
+
+La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes, qui souffriront une
+volée de coups de bâton sans se plaindre; mais qui, peu jaloux de
+leurs épaules, le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne
+sauroient soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se donner
+de garde de les attaquer par un endroit si sensible; et les
+journalistes le savent bien. Ils font donc tout le contraire; ils
+commencent par louer la matière qui est traitée: première fadeur; de
+là ils passent aux louanges de l'auteur; louanges forcées: car ils
+ont affaire à des gens qui sont encore en haleine, tout prêts à se
+faire faire raison, et à foudroyer à coups de plume un téméraire
+journaliste.
+
+ De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CX.
+
+RICA A ***.
+
+
+L'université de Paris est la fille aînée des rois de France, et
+très-aînée; car elle a plus de neuf cents ans: aussi rêve-t-elle
+quelquefois.
+
+On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand démêlé avec
+quelques docteurs à l'occasion de la lettre Q[B], qu'elle vouloit
+que l'on prononçât comme un K. La dispute s'échauffa si fort, que
+quelques-uns furent dépouillés de leurs biens: il fallut que le
+parlement terminât le différend; et il accorda permission, par un
+arrêt solennel, à tous les sujets du roi de France de prononcer
+cette lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux corps
+de l'Europe les plus respectables occupés à décider du sort d'une
+lettre de l'alphabet.
+
+[Note B: Il veut parler de la querelle de Ramus.]
+
+Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus grands hommes
+s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; et que, là où il y a
+plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Les grands corps
+s'attachent toujours si fort aux minuties, aux formalités, aux vains
+usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après. J'ai ouï dire qu'un
+roi d'Arragon[C] ayant assemblé les états d'Arragon et de Catalogne,
+les premières séances s'employèrent à décider en quelle langue les
+délibérations seroient conçues: la dispute étoit vive, et les états
+se seroient rompus mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient,
+qui étoit que la demande seroit faite en langage catalan, et la
+réponse en arragonois.
+
+[Note C: C'était en 1610.]
+
+ De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXI.
+
+RICA A ***.
+
+
+Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus grave que l'on ne pense.
+Il n'y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa
+toilette, au milieu de ses domestiques; un général d'armée n'emploie
+pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve,
+qu'elle en met à poster une mouche qui peut manquer, mais dont elle
+espère ou prévoit le succès.
+
+Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour concilier sans cesse
+les intérêts de deux rivaux, pour paroître neutre à tous les deux,
+pendant qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre
+médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle leur donne!
+
+Quelle occupation pour faire venir parties de plaisir sur parties,
+les faire succéder et renaître sans cesse, et prévenir tous les
+accidents qui pourroient les rompre!
+
+Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas de se divertir; c'est
+de le paroître: ennuyez-les tant que vous voudrez, elles vous le
+pardonneront, pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien
+réjouies.
+
+Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que des femmes firent à
+la campagne. Dans le chemin elles disoient sans cesse: Au moins, il
+faudra bien rire et bien nous divertir.
+
+Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et par conséquent assez
+sérieux. Il faut avouer, dit une de ces femmes, que nous nous
+divertissons bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une partie
+aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me gagnoit, une femme me
+secoua, et me dit: Eh bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? Oui,
+lui répondis-je en bâillant; je crois que je crèverai à force de
+rire. Cependant la tristesse triomphoit toujours des réflexions; et,
+quant à moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement dans
+un sommeil léthargique, qui finit tous mes plaisirs.
+
+ De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXII.
+
+USBEK A ***.
+
+
+Le règne du feu roi a été si long, que la fin en avoit fait oublier
+le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'occuper que des
+événements arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus que les
+mémoires de ces temps-là.
+
+Voici le discours qu'un des généraux de la ville de Paris prononça
+dans un conseil de guerre: et j'avoue que je n'y comprends pas
+grand'chose.
+
+«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées avec perte, je
+crois qu'il nous sera facile de réparer cet échec. J'ai six couplets
+de chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je m'assure, remettront
+toutes choses dans l'équilibre. J'ai fait choix de quelques voix
+très-nettes, qui, sortant de la cavité de certaines poitrines
+très-fortes, émouvront merveilleusement le peuple. Ils sont sur un
+air qui a fait, jusqu'à présent, un effet tout particulier.
+
+«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une estampe qui fera
+voir Mazarin pendu.
+
+«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien françois; et il
+l'écorche tellement, qu'il n'est pas possible que ses affaires ne
+déclinent. Nous ne manquons pas de faire bien remarquer au peuple le
+ton ridicule dont il prononce[D]. Nous relevâmes, il y a quelques
+jours, une faute de grammaire si grossière, qu'on en fit des farces
+par tous les carrefours.
+
+[Note D: (Note de l'auteur, extraite de l'_édition_ 1721 2e,
+Cologne, Pierre Marteau.)
+
+Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'_arrêt d'Union_, dit devant
+les députés du parlement: l'_Arrêt_ d'_Ognon_, de quoi le peuple fit
+force plaisanteries.]
+
+«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera du nom de
+Mazarin un mot générique pour exprimer toutes les bêtes de somme, et
+celles qui servent à tirer.
+
+«Depuis notre défaite, notre musique l'a si furieusement vexé sur le
+péché originel, que, pour ne pas voir ses partisans réduits à la
+moitié, il a été obligé de renvoyer tous ses pages.
+
+«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et soyez sûrs que nous lui
+ferons repasser les monts à coups de sifflets.»
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXIII.
+
+RHÉDI A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis les historiens
+anciens et modernes: je compare tous les temps; j'ai du plaisir à
+les voir passer, pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout
+mon esprit à ces grands changements qui ont rendu les âges si
+différents des âges, et la terre si peu semblable à elle-même.
+
+Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose qui cause tous les
+jours ma surprise. Comment le monde est-il si peu peuplé, en
+comparaison de ce qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle
+pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers temps?
+seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et tomberoit-elle de langueur?
+
+J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu que le débris de
+cette ancienne Italie si fameuse autrefois. Quoique tout le monde
+habite les villes, elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il
+semble qu'elles ne subsistent encore, que pour marquer le lieu où
+étoient ces cités puissantes dont l'histoire a tant parlé.
+
+Il y a des gens qui prétendent que la seule ville de Rome contenoit
+autrefois plus de peuple que le plus grand royaume de l'Europe n'en
+a aujourd'hui. Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, et même
+vingt mille esclaves, sans compter ceux qui travailloient dans les
+maisons de campagne; et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent
+mille citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants sans que
+l'imagination ne se révolte.
+
+Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants royaumes, et des
+peuples nombreux, qui en ont disparu depuis: cette île n'a plus rien
+de considérable que ses volcans.
+
+La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas la centième partie
+de ses anciens habitants.
+
+L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui que des
+campagnes inhabitées; et la France n'est rien, en comparaison de
+cette ancienne Gaule dont parle César.
+
+Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en faut bien que les
+peuples y soient, comme autrefois, obligés de se partager, et
+d'envoyer dehors, comme des essaims, des colonies et des nations
+entières chercher de nouvelles demeures.
+
+La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque plus de peuples.
+
+On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième partie des
+hommes qui y formoient de si grands empires.
+
+L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie mineure, qui
+contenoit tant de puissantes monarchies, et un nombre si prodigieux
+de grandes villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la grande
+Asie, celle qui est soumise au Turc n'est pas plus pleine; et pour
+celle qui est sous la domination de nos rois, si on la compare à
+l'état florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle n'a
+qu'une très-petite partie des habitants qui y étoient sans nombre du
+temps des Xerxès et des Darius.
+
+Quant aux petits États qui sont autour de ces grands empires, ils
+sont réellement déserts: tels sont les royaumes d'Irimette, de
+Circassie et de Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États,
+comptent à peine cinquante mille sujets.
+
+L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres pays.
+
+Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que délabrement: je
+crois la voir sortir des ravages de la peste et de la famine.
+
+L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne peut en parler si
+précisément que des autres parties du monde: mais, à ne faire
+attention qu'aux côtes de la Méditerranée connues de tout temps, on
+voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle étoit, lorsqu'elle
+étoit province romaine. Aujourd'hui ses princes sont si foibles, que
+ce sont les plus petites puissances du monde.
+
+Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être dans ces sortes de
+choses, j'ai trouvé qu'il y a à peine sur la terre la cinquantième
+partie des hommes qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y a
+d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les jours; et si cela
+continue, dans dix siècles, elle ne sera qu'un désert.
+
+Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soit jamais
+arrivée dans le monde; mais à peine s'en est-on aperçu, parce
+qu'elle est arrivée insensiblement, et dans le cours d'un grand
+nombre de siècles; ce qui marque un vice intérieur, un venin secret
+et caché, une maladie de langueur, qui afflige la nature humaine.
+
+ De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXIV.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible; les cieux mêmes
+ne le sont pas: les astronomes sont des témoins oculaires de tous
+leurs changements, qui sont les effets bien naturels du mouvement
+universel de la matière.
+
+La terre est soumise, comme les autres planètes, aux mêmes lois des
+mouvements; elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses
+principes: la mer et le continent semblent être dans une guerre
+éternelle; chaque instant produit de nouvelles combinaisons.
+
+Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements, sont dans
+un état aussi incertain: cent mille causes peuvent agir, dont la
+plus petite peut les détruire, et à plus forte raison augmenter ou
+diminuer leur nombre.
+
+Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, si communes
+chez les historiens, qui ont détruit des villes et des royaumes
+entiers: il y en a de générales, qui ont mis bien des fois le genre
+humain à deux doigts de sa perte.
+
+Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, qui ont tour
+à tour désolé l'univers. Elles parlent d'une, entr'autres, qui fut
+si violente qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se fit
+sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire du Catay: un degré
+de plus de corruption auroit peut-être, dans un seul jour, détruit
+toute la nature humaine.
+
+Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse de toutes les
+maladies se fit sentir en Europe, en Asie et en Afrique; elle fit
+dans très-peu de temps des effets prodigieux: c'étoit fait des
+hommes, si elle avoit continué ses progrès avec la même furie.
+Accablés de maux dès leur naissance, incapables de soutenir le poids
+des charges de la société, ils auroient péri misérablement.
+
+Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus exalté? et il le
+seroit devenu sans doute, si l'on n'avoit été assez heureux pour
+trouver un remède aussi puissant que celui qu'on a découvert.
+Peut-être que cette maladie, attaquant les parties de la génération,
+auroit attaqué la génération même.
+
+Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit pu arriver au
+genre humain? n'est-elle pas arrivée en effet, et le déluge ne le
+réduisit-il pas à une seule famille?
+
+Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de Dieu une idée
+raisonnable, peuvent-ils comprendre que la matière et les choses
+créées n'aient que six mille ans? que Dieu ait différé pendant toute
+l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que d'hier de sa puissance
+créatrice? Seroit-ce parce qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il
+ne l'auroit pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne
+l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a pas voulu.
+Mais, comme il n'y a pas de succession dans Dieu, si l'on admet
+qu'il ait voulu quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et
+dès le commencement.
+
+Il ne faut donc pas compter les années du monde; le nombre des
+grains de sable de la mer ne leur est pas plus comparable qu'un
+instant.
+
+Cependant tous les historiens nous parlent d'un premier père: ils
+nous font voir la nature humaine naissante. N'est-il pas naturel de
+penser qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun, comme Noé le fut du
+déluge; et que ces grands événements ont été fréquents sur la terre,
+depuis la création du monde?
+
+Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. Nous voyons
+plusieurs parties de la terre se lasser de fournir à la subsistance
+des hommes: que savons-nous si la terre entière n'a pas des causes
+générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?
+
+J'ai été bien aise de te donner ces idées générales, avant de
+répondre plus particulièrement à ta lettre sur la diminution des
+peuples, arrivée depuis dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai
+voir dans une lettre suivante, qu'indépendamment des causes
+physiques, il y en a de morales qui ont produit cet effet.
+
+ De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXV.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuplée qu'elle ne
+l'étoit autrefois: et si tu y fais bien attention, tu verras que la
+grande différence vient de celle qui est arrivée dans les moeurs.
+
+Depuis que la religion chrétienne et la mahométane ont partagé le
+monde romain, les choses sont bien changées: il s'en faut bien que
+ces deux religions soient aussi favorables à la propagation de
+l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers.
+
+Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue: et en cela elle
+avoit un très-grand avantage sur la religion mahométane; le divorce
+y étoit permis: ce qui lui en donnoit un autre, non moins
+considérable, sur la chrétienne.
+
+Je ne trouve rien de si contradictoire que cette pluralité des
+femmes permise par le saint Alcoran, et l'ordre de les satisfaire
+ordonné par le même livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce
+que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements, et qu'elles
+vous sont nécessaires comme vos vêtements. Voilà un précepte qui
+rend la vie d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui qui a les
+quatre femmes établies par la loi, et seulement autant de concubines
+et d'esclaves, ne doit-il pas être accablé de tant de vêtements?
+
+Vos femmes sont vos labourages, dit encore le prophète;
+approchez-vous donc de vos labourages: faites du bien pour vos âmes;
+et vous le trouverez un jour.
+
+Je regarde un bon musulman comme un athlète, destiné à combattre
+sans relâche; mais qui bientôt, foible et accablé de ses premières
+fatigues, languit dans le champ même de la victoire; et se trouve,
+pour ainsi dire, enseveli sous ses propres triomphes.
+
+La nature agit toujours avec lenteur, et pour ainsi dire avec
+épargne: ses opérations ne sont jamais violentes; jusque dans ses
+productions elle veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec
+règle et mesure; si on la précipite, elle tombe bientôt dans la
+langueur: elle emploie toute la force qui lui reste à se conserver,
+perdant absolument sa vertu productrice et sa puissance générative.
+
+C'est dans cet état de défaillance que nous met toujours ce grand
+nombre de femmes, plus propres à nous épuiser qu'à nous satisfaire.
+Il est très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans un sérail
+prodigieux avec un très-petit nombre d'enfants: ces enfants mêmes
+sont la plupart du temps foibles et malsains, et se sentent de la
+langueur de leur père.
+
+Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une continence forcée, ont
+besoin d'avoir des gens pour les garder, qui ne peuvent être que des
+eunuques: la religion, la jalousie, et la raison même, ne permettent
+pas d'en laisser approcher d'autres; ces gardiens doivent être en
+grand nombre, soit afin de maintenir la tranquillité au dedans parmi
+les guerres que ces femmes se font sans cesse, soit enfin pour
+empêcher les entreprises du dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes
+ou concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour les garder. Mais
+quelle perte pour la société que ce grand nombre d'hommes morts dès
+leur naissance! quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre!
+
+Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour servir avec les
+eunuques ce grand nombre de femmes, y vieillissent presque toujours
+dans une affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier
+pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses, une fois
+accoutumées à elles, ne s'en défont presque jamais.
+
+Voilà comme un seul homme occupe lui seul tant de sujets de l'un et
+l'autre sexe à ses plaisirs, les fait mourir pour l'État, et les
+rend inutiles à la propagation de l'espèce.
+
+Constantinople et Ispahan sont les capitales des deux plus grands
+empires du monde: c'est là que tout doit aboutir, et que les
+peuples, attirés de mille manières, se rendent de toutes parts.
+Cependant elles périssent d'elles-mêmes, et elles seroient bientôt
+détruites, si les souverains n'y faisoient venir, presque à chaque
+siècle, des nations entières pour les repeupler. J'épuiserai ce
+sujet dans une autre lettre.
+
+ De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXVI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que nous; ils en avoient
+même plus: mais ils en faisoient un meilleur usage.
+
+Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la multiplication de
+ces esclaves, ils la favorisoient au contraire de tout leur pouvoir;
+ils les associoient le plus qu'ils pouvoient par des espèces de
+mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs maisons de
+domestiques de tous les sexes, de tous les âges, et l'État d'un
+peuple innombrable.
+
+Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse d'un maître,
+naissoient sans nombre autour de lui: il étoit seul chargé de leur
+nourriture et de leur éducation; les pères, libres de ce fardeau,
+suivoient uniquement le penchant de la nature, et multiplioient sans
+craindre une trop nombreuse famille.
+
+Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves sont occupés à garder
+nos femmes, et à rien de plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État,
+dans une perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre à
+quelques hommes libres, à quelques chefs de familles, la culture des
+arts et des terres, lesquels même s'y donnent le moins qu'ils
+peuvent.
+
+Il n'en étoit pas de même chez les Romains: la république se servoit
+avec un avantage infini de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit
+son pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître lui
+imposoit; avec ce pécule il travailloit et se tournoit du côté où le
+portoit son industrie. Celui-ci faisoit la banque; celui-là se
+donnoit au commerce de la mer; l'un vendoit des marchandises en
+détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique, ou bien
+affermoit et faisoit valoir des terres: mais il n'y en avoit aucun
+qui ne s'attachât de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule,
+qui lui procuroit en même temps l'aisance dans la servitude
+présente, et l'espérance d'une liberté future: cela faisoit un
+peuple laborieux, animoit les arts et l'industrie.
+
+Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et leur travail, se
+faisoient affranchir, et devenoient citoyens. La république se
+réparoit sans cesse, et recevoit dans son sein de nouvelles
+familles, à mesure que les anciennes se détruisoient.
+
+J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes, occasion de te
+prouver que plus il y a d'hommes dans un État, plus le commerce y
+fleurit; je prouverai aussi facilement que plus le commerce y
+fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: ces deux choses
+s'entr'aident, et se favorisent nécessairement.
+
+Si cela est, combien ce nombre prodigieux d'esclaves, toujours
+laborieux, devoit-il s'accroître et s'augmenter! L'industrie et
+l'abondance les faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient
+naître l'abondance et l'industrie.
+
+ De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXVII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans, et cherché la raison
+pourquoi ils étoient moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la
+domination des Romains: examinons à présent ce qui a produit cet
+effet chez les chrétiens.
+
+Le divorce étoit permis dans la religion païenne, et il fut défendu
+aux chrétiens. Ce changement, qui parut d'abord de si petite
+conséquence, eut insensiblement des suites terribles, et telles
+qu'on peut à peine les croire.
+
+On ôta non-seulement toute la douceur du mariage, mais aussi l'on
+donna atteinte à sa fin: en voulant resserrer ses noeuds, on les
+relâcha; et au lieu d'unir les coeurs, comme on le prétendoit, on
+les sépara pour jamais.
+
+Dans une action si libre, et où le coeur doit avoir tant de part,
+on mit la gêne, la nécessité, et la fatalité du destin même. On
+compta pour rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité des
+humeurs; on voulut fixer le coeur, c'est-à-dire ce qu'il y a de
+plus variable et de plus inconstant dans la nature: on attacha sans
+retour et sans espérance des gens accablés l'un de l'autre, et
+presque toujours mal assortis; et l'on fit comme ces tyrans qui
+faisoient lier des hommes vivants à des corps morts.
+
+Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel que la faculté du
+divorce: un mari et une femme étoient portés à soutenir patiemment
+les peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres de les faire
+finir: et ils gardoient souvent ce pouvoir en main toute leur vie
+sans en user, par cette seule considération qu'ils étoient libres de
+le faire.
+
+Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs peines présentes
+désespèrent pour l'avenir: ils ne voient, dans les désagréments du
+mariage, que leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là
+viennent les dégoûts, les discordes, les mépris; et c'est autant de
+perdu pour la postérité. A peine a-t-on trois ans de mariage, qu'on
+en néglige l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: il
+se forme des séparations intestines aussi fortes, et peut-être plus
+pernicieuses, que si elles étoient publiques: chacun vit et reste de
+son côté, et tout cela au préjudice des races futures. Bientôt un
+homme dégoûté d'une femme éternelle, se livrera aux filles de joie:
+commerce honteux et si contraire à la société; lequel, sans remplir
+l'objet du mariage, n'en représente tout au plus que les plaisirs.
+
+Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une qui n'est pas
+propre au dessein de la nature et à la propagation de l'espèce, soit
+par son tempérament, soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec
+elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même.
+
+Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez les chrétiens tant
+de mariages fournir un si petit nombre de citoyens. Le divorce est
+aboli: les mariages mal assortis ne se raccommodent plus; les femmes
+ne passent plus, comme chez les Romains, successivement dans les
+mains de plusieurs maris, qui en tiroient, dans le chemin, le
+meilleur parti qu'il étoit possible.
+
+J'ose le dire: si, dans une république comme Lacédémone, où les
+citoyens étoient sans cesse gênés par des lois singulières et
+subtiles, et dans laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la
+république, il avoit été établi que les maris changeassent de femme
+tous les ans, il en seroit né un peuple innombrable.
+
+Il est assez difficile de faire bien comprendre la raison qui a
+porté les chrétiens à abolir le divorce. Le mariage, chez toutes les
+nations du monde, est un contrat susceptible de toutes les
+conventions, et on n'en a dû bannir que celles qui auroient pu en
+affoiblir l'objet; mais les chrétiens ne le regardent pas dans ce
+point de vue: aussi ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est.
+Ils ne le font pas consister dans le plaisir des sens; au contraire,
+comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils veulent l'en bannir
+autant qu'ils le peuvent: mais c'est une image, une figure, et
+quelque chose de mystérieux, que je ne comprends point.
+
+ De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXVIII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+La prohibition du divorce n'est pas la seule cause de la
+dépopulation des pays chrétiens: le grand nombre d'eunuques qu'ils
+ont parmi eux n'en est pas une moins considérable.
+
+Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de l'autre sexe, qui
+se vouent à une continence éternelle: c'est chez les chrétiens la
+vertu par excellence; en quoi je ne les comprends pas, ne sachant ce
+que c'est qu'une vertu dont il ne résulte rien.
+
+Je trouve que leurs docteurs se contredisent manifestement quand ils
+disent que le mariage est saint, et que le célibat, qui lui est
+opposé, l'est encore davantage, sans compter qu'en fait de préceptes
+et de dogmes fondamentaux, le bien est toujours le mieux.
+
+Le nombre de ces gens faisant profession de célibat est prodigieux.
+Les pères y condamnoient autrefois les enfants dès le berceau;
+aujourd'hui ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze ans: ce
+qui revient à peu près à la même chose.
+
+Ce métier de continence a anéanti plus d'hommes que les pestes et
+les guerres les plus sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans
+chaque maison religieuse une famille éternelle, où il ne naît
+personne, et qui s'entretient aux dépens de toutes les autres. Ces
+maisons sont toujours ouvertes, comme autant de gouffres où
+s'ensevelissent les races futures.
+
+Cette politique est bien différente de celle des Romains, qui
+établissoient des lois pénales contre ceux qui se refusoient aux
+lois du mariage, et vouloient jouir d'une liberté si contraire à
+l'utilité publique.
+
+Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans la religion
+protestante, tout le monde est en droit de faire des enfants: elle
+ne souffre ni prêtres ni dervis; et si, dans l'établissement de
+cette religion qui ramenoit tout aux premiers temps, ses fondateurs
+n'avoient été accusés sans cesse d'intempérance, il ne faut pas
+douter qu'après avoir rendu la pratique du mariage universelle, ils
+n'en eussent encore adouci le joug, et achevé d'ôter toute la
+barrière qui sépare, en ce point, le Nazaréen et Mahomet.
+
+Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la religion donne aux
+protestants un avantage infini sur les catholiques.
+
+J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe, il n'est pas
+possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans.
+
+Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, les catholiques
+étoient beaucoup plus forts que les protestants. Ces derniers sont
+peu à peu parvenus à un équilibre, et aujourd'hui la balance
+commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité augmentera
+tous les jours: les protestants deviendront plus riches et plus
+puissants, et les catholiques plus foibles.
+
+Les pays protestants doivent être, et sont réellement, plus peuplés
+que les catholiques: d'où il suit, premièrement, que les tributs y
+sont plus considérables, parce qu'ils augmentent à proportion de
+ceux qui les payent; secondement, que les terres y sont mieux
+cultivées; enfin que le commerce y fleurit davantage, parce qu'il y
+a plus de gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus de
+besoins on y a plus de ressources pour les remplir. Quand il n'y a
+que le nombre de gens suffisants pour la culture des terres, il faut
+que le commerce périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est
+nécessaire pour entretenir le commerce, il faut que la culture des
+terres manque, c'est-à-dire il faut que tous les deux tombent en
+même temps, parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce ne
+soit aux dépens de l'autre.
+
+Quant aux pays catholiques, non seulement la culture des terres y
+est abandonnée, mais même l'industrie y est pernicieuse; elle ne
+consiste qu'à apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. Dès
+qu'un homme a cette provision par devers lui, il ne doit plus
+s'embarrasser de sa fortune: il trouve dans le cloître une vie
+tranquille, qui dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des
+peines.
+
+Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains presque toutes les
+richesses de l'État; c'est une société de gens avares, qui prennent
+toujours, et ne rendent jamais: ils accumulent sans cesse des
+revenus pour acquérir des capitaux. Tant de richesses tombent, pour
+ainsi dire, en paralysie; plus de circulation, plus de commerce,
+plus d'arts, plus de manufactures.
+
+Il n'y a point de prince protestant qui ne lève sur ses peuples dix
+fois plus d'impôts que le pape n'en lève sur ses sujets; cependant
+ces derniers sont misérables, pendant que les autres vivent dans
+l'opulence. Le commerce ranime tout chez les uns, et le monachisme
+porte la mort partout chez les autres.
+
+ De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXIX.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de l'Europe; passons à
+l'Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes, parce qu'on
+n'en connoît pas l'intérieur.
+
+Celles de Barbarie, où la religion mahométane est établie, ne sont
+plus si peuplées qu'elles étoient du temps des Romains, par les
+raisons que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la Guinée,
+elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux cents ans que
+les petits rois, ou chefs de villages, vendent leurs sujets aux
+princes d'Europe, pour les porter dans leurs colonies en Amérique.
+
+Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, qui reçoit tous
+les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même déserte, et ne
+profite point des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves,
+qu'on transporte dans un autre climat, y périssent par milliers; et
+les travaux des mines, où l'on occupe sans cesse et les naturels du
+pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, le
+vif-argent dont il faut faire un continuel usage, les détruisent
+sans ressource.
+
+Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre
+innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et
+l'argent, ces métaux d'eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont
+des richesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes.
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXX.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des plus petites
+circonstances du monde: de manière qu'il ne faut souvent qu'un
+nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus
+nombreux qu'il n'étoit.
+
+Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants, ont réparé
+leurs pertes et leurs destructions continuelles, par cette seule
+espérance qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir naître un
+roi puissant qui sera le maître de la terre.
+
+Les anciens rois de Perse n'avoient tant de milliers de sujets qu'à
+cause de ce dogme de la religion des mages, que les actes les plus
+agréables à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit de faire un
+enfant, labourer un champ, et planter un arbre.
+
+Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, cela ne vient
+que d'une certaine manière de penser: car, comme les enfants
+regardent leurs pères comme des dieux, qu'ils les respectent comme
+tels dès cette vie, qu'ils les honorent après leur mort par des
+sacrifices dans lesquels ils croient que leurs âmes, anéanties dans
+le Tyen, reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à augmenter
+une famille si soumise dans cette vie, et si nécessaire dans
+l'autre.
+
+D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent tous les jours
+déserts, à cause d'une opinion qui, toute sainte qu'elle est, ne
+laisse pas d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est
+enracinée dans les esprits. Nous nous regardons comme des voyageurs
+qui ne doivent penser qu'à une autre patrie; les travaux utiles et
+durables, les soins pour assurer la fortune de nos enfants, les
+projets qui tendent au delà d'une vie courte et passagère, nous
+paroissent quelque chose d'extravagant. Tranquilles pour le présent,
+sans inquiétude pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de
+réparer les édifices publics, ni de défricher les terres incultes,
+ni de cultiver celles qui sont en état de recevoir nos soins: nous
+vivons dans une insensibilité générale, et nous laissons tout faire
+à la providence.
+
+C'est un esprit de vanité qui a établi chez les Européens l'injuste
+droit d'aînesse, si défavorable à la propagation, en ce qu'il porte
+l'attention d'un père sur un seul de ses enfants, et détourne ses
+yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la
+fortune d'un seul, de s'opposer à l'établissement de plusieurs;
+enfin en ce qu'il détruit l'égalité des citoyens, qui en fait toute
+l'opulence.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Les pays habités par les sauvages sont ordinairement peu peuplés,
+par l'éloignement qu'ils ont presque tous pour le travail et la
+culture de la terre. Cette malheureuse aversion est si forte que,
+lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un de leurs
+ennemis, ils ne lui souhaitent autre chose que d'être réduit à
+labourer un champ, croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui
+soit un exercice noble et digne d'eux.
+
+Mais, comme il y a souvent des années où la chasse et la pêche
+rendent très-peu, ils sont désolés par des famines fréquentes; sans
+compter qu'il n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson
+qui puisse donner la subsistance à un grand peuple, parce que les
+animaux fuient toujours les endroits trop habités.
+
+D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre de deux ou trois
+cents habitants, isolées les unes des autres, ayant des intérêts
+aussi séparés que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir,
+parce qu'elles n'ont pas la ressource des grands États, dont toutes
+les parties se répondent et se secourent mutuellement.
+
+Il y a chez les sauvages une autre coutume qui n'est pas moins
+pernicieuse que la première: c'est la cruelle habitude où sont les
+femmes de se faire avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas
+désagréables à leurs maris.
+
+Il y a ici des lois terribles contre ce désordre; elles vont jusqu'à
+la fureur. Toute fille qui n'a point été déclarer sa grossesse au
+magistrat est punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la
+honte, les accidents même, ne l'excusent jamais.
+
+ De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les pays d'où on les
+tire, sans peupler ceux où on les envoie.
+
+Il faut que les hommes restent où ils sont: il y a des maladies qui
+viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais; d'autres
+qui viennent précisément de ce qu'on en change.
+
+L'air se charge, comme les plantes, des particules de la terre de
+chaque pays. Il agit tellement sur nous, que notre tempérament en
+est fixé. Lorsque nous sommes transportés dans un autre pays, nous
+devenons malades. Les liquides étant accoutumés à une certaine
+consistance, les solides à une certaine disposition, tous les deux,
+à un certain degré de mouvement, n'en peuvent plus souffrir
+d'autres, et ils résistent à un nouveau pli.
+
+Quand un pays est désert, c'est un préjugé de quelque vice
+particulier de la nature du climat: ainsi, quand on ôte les hommes
+d'un ciel heureux pour les envoyer dans un tel pays, on fait
+précisément le contraire de ce qu'on se propose.
+
+Les Romains savoient cela par expérience; ils reléguoient tous les
+criminels en Sardaigne, et ils y faisoient passer des Juifs. Il
+fallut se consoler de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient
+pour ces misérables rendoit très-facile.
+
+Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le moyen d'entretenir de
+grosses armées sur les frontières, transporta presque tous les
+Arméniens hors de leur pays, et en envoya plus de vingt mille
+familles dans la province de Guilan, qui périrent presque toutes en
+très-peu de temps.
+
+Tous les transports de peuples faits à Constantinople n'ont jamais
+réussi.
+
+Ce nombre prodigieux de nègres dont nous avons parlé n'a point
+rempli l'Amérique.
+
+Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la Palestine est sans
+habitants.
+
+Il faut donc avouer que les grandes destructions sont presque
+irréparables, parce qu'un peuple qui manque à un certain point reste
+dans le même état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des
+siècles pour cela.
+
+Que si, dans un état de défaillance, la moindre des circonstances
+dont nous avons parlé vient à concourir, non-seulement il ne se
+répare pas, mais il dépérit tous les jours, et tend à son
+anéantissement.
+
+L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore sentir comme le
+premier jour: bien loin que ce vide se remplisse, il devient tous
+les jours plus grand.
+
+Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols, qui ont pris la
+place de ses anciens habitants, n'ont pu la repeupler; au contraire,
+par une fatalité que je ferois mieux de nommer une justice divine,
+les destructeurs se détruisent eux-mêmes, et se consument tous les
+jours.
+
+Les princes ne doivent donc point songer à peupler de grands pays
+par des colonies. Je ne dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois;
+il y a des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie toujours:
+témoin ces îles[E] qui ont été peuplées par des malades que quelques
+vaisseaux y avoient abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la
+santé.
+
+[Note E: L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.]
+
+Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu d'augmenter la
+puissance, elles ne feroient que la partager, à moins qu'elles
+n'eussent très-peu d'étendue, comme sont celles que l'on envoie pour
+occuper quelque place pour le commerce.
+
+Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, découvert l'Amérique,
+ou au moins de grandes îles dans lesquelles ils faisoient un
+commerce prodigieux: mais quand ils virent le nombre de leurs
+habitants diminuer, cette sage république défendit à ses sujets ce
+commerce et cette navigation.
+
+J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols dans les Indes,
+il faudroit faire repasser les Indiens et les métifs en Espagne; il
+faudroit rendre à cette monarchie tous ses peuples dispersés; et, si
+la moitié seulement de ces grandes colonies se conservoit, l'Espagne
+deviendroit la puissance de l'Europe la plus redoutable.
+
+On peut comparer les empires à un arbre dont les branches trop
+étendues ôtent tout le suc du tronc, et ne servent qu'à faire de
+l'ombrage.
+
+Rien ne devrait corriger les princes de la fureur des conquêtes
+lointaines que l'exemple des Portugais et des Espagnols.
+
+Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité inconcevable, des
+royaumes immenses, plus étonnées de leurs victoires que les peuples
+vaincus de leur défaite, songèrent aux moyens de les conserver, et
+prirent chacune pour cela une voie différente.
+
+Les Espagnols, désespérant de retenir les nations vaincues dans la
+fidélité, prirent le parti de les exterminer, et d'y envoyer
+d'Espagne des peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut plus
+ponctuellement exécuté. On vit un peuple, aussi nombreux que tous
+ceux de l'Europe ensemble, disparoître de la terre à l'arrivée de
+ces barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes, avoir voulu
+en même temps découvrir aux hommes quel étoit le dernier période de
+la cruauté.
+
+Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous leur domination.
+Juge par là combien les conquêtes sont funestes, puisque les effets
+en sont tels: car enfin ce remède affreux étoit unique. Comment
+auroient-ils pu retenir tant de millions d'hommes dans l'obéissance?
+Comment soutenir une guerre civile de si loin? Que seroient-ils
+devenus, s'ils avoient donné le temps à ces peuples de revenir de
+l'admiration où ils étoient de l'arrivée de ces nouveaux dieux et de
+la crainte de leurs foudres?
+
+Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout opposée; ils
+n'employèrent pas les cruautés: aussi furent-ils bientôt chassés de
+tous les pays qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent
+la rébellion de ces peuples, et en profitèrent.
+
+Quel prince envieroit le sort de ces conquérants? Qui voudroit de
+ces conquêtes à ces conditions? Les uns en furent aussitôt chassés;
+les autres en firent des déserts, et rendirent de même leur propre
+pays.
+
+C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir des pays qu'ils
+perdent soudain, ou à soumettre des nations qu'ils sont obligés
+eux-mêmes de détruire; comme cet insensé qui se consumoit à acheter
+des statues qu'il jetoit dans la mer, et des glaces qu'il brisoit
+aussitôt.
+
+ De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXIII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+La douceur du gouvernement contribue merveilleusement à la
+propagation de l'espèce. Toutes les républiques en sont une preuve
+constante; et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, qui sont
+les deux plus mauvais pays de l'Europe, si l'on considère la nature
+du terrain, et qui cependant sont les plus peuplés.
+
+Rien n'attire plus les étrangers que la liberté, et l'opulence qui
+la suit toujours: l'une se fait rechercher par elle-même, et les
+besoins attirent dans les pays où l'on trouve l'autre.
+
+L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance fournit aux
+enfants, sans rien diminuer de la subsistance des pères.
+
+L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement de l'égalité
+dans les fortunes, porte l'abondance et la vie dans toutes les
+parties du corps politique, et la répand partout.
+
+Il n'en est pas de même des pays soumis au pouvoir arbitraire: le
+prince, les courtisans, et quelques particuliers, possèdent toutes
+les richesses, pendant que tous les autres gémissent dans une
+pauvreté extrême.
+
+Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente qu'il fera des
+enfants plus pauvres que lui, il ne se mariera pas; ou s'il se
+marie, il craindra d'avoir un trop grand nombre d'enfants, qui
+pourroient achever de déranger sa fortune, et qui descendroient de
+la condition de leur père.
+
+J'avoue que le rustique ou paysan, étant une fois marié, peuplera
+indifféremment, soit qu'il soit riche, soit qu'il soit pauvre; cette
+considération ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à
+laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne l'empêche
+jamais de suivre aveuglément l'instinct de la nature.
+
+Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants qui languissent
+dans la misère? Ils périssent presque tous à mesure qu'ils naissent;
+ils ne prospèrent jamais: foibles et débiles, ils meurent en détail
+de mille manières, tandis qu'ils sont emportés en gros par les
+fréquentes maladies populaires, que la misère et la mauvaise
+nourriture produisent toujours; ceux qui en échappent atteignent
+l'âge viril sans en avoir la force, et languissent tout le reste de
+leur vie.
+
+Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais
+heureusement si elles ne sont bien cultivées: chez les peuples
+misérables, l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.
+
+La France peut fournir un grand exemple de tout ceci. Dans les
+guerres passées, la crainte où étoient tous les enfants de famille
+qu'on ne les enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier, et
+cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de la pauvreté. De
+tant de mariages il naissoit bien des enfants, que l'on cherche
+encore en France, et que la misère, la famine et les maladies en ont
+fait disparoître.
+
+Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un royaume aussi policé que
+la France, on fait de pareilles remarques, que sera-ce dans les
+autres États?
+
+ De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXIV.
+
+USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,
+
+Gardien des trois tombeaux
+
+A Com.
+
+
+Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks?
+La main de Dieu s'est deux fois appesantie sur les enfants de la
+loi, le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que leurs
+défaites; leurs armées s'assemblent, et elles sont dissipées comme
+la poussière.
+
+L'empire des Osmanlins est ébranlé par les deux plus grands échecs
+qu'il ait jamais reçus: un moufti chrétien ne le soutient qu'avec
+peine; le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour
+châtier les sectateurs d'Omar; il porte partout la colère du ciel,
+irrité contre leur rébellion et leur perfidie.
+
+Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du
+prophète que le détestable Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent
+à la vue de leurs malheurs; tu désires leur conversion, et non pas
+leur perte; tu voudrois les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par
+les larmes des saints; et non pas dispersés dans les montagnes et
+dans les déserts par la terreur des infidèles.
+
+ De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXV.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes
+versent sur leurs courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur
+sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et d'ailleurs, s'ils
+acquièrent quelques-uns de leurs sujets en les achetant, il faut
+bien, par la même raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en
+les appauvrissant.
+
+Quand je pense à la situation des princes, toujours entourés
+d'hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre: et je
+les plains encore davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de
+résister à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne demandent
+rien.
+
+Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, des grâces et des
+pensions qu'ils accordent, que je ne me livre à mille réflexions:
+une foule d'idées se présente à mon esprit; il me semble que
+j'entends publier cette ordonnance:
+
+«Le courage infatigable de quelques-uns de nos sujets à nous
+demander des pensions ayant exercé sans relâche notre magnificence
+royale, nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes qu'ils
+nous ont présentées, lesquelles ont fait jusqu'ici la plus grande
+sollicitude du trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point
+manqué, depuis notre avènement à la couronne, de se trouver à notre
+lever; que nous les avons toujours vus sur notre passage immobiles
+comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement élevés pour
+regarder, sur les épaules les plus hautes, notre sérénité. Nous
+avons même reçu plusieurs requêtes de la part de quelques personnes
+du beau sexe, qui nous ont supplié de faire attention qu'il étoit
+notoire qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes
+même très-surannées nous ont prié, branlant la tête, de faire
+attention qu'elles ont fait l'ornement de la cour des rois nos
+prédécesseurs; et que, si les généraux de leurs armées ont rendu
+l'État redoutable par leurs faits militaires, elles n'ont point
+rendu la cour moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant
+traiter les suppliants avec bonté, et leur accorder toutes leurs
+prières, nous avons ordonné ce qui suit:
+
+«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera journellement la
+cinquième partie du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères de
+famille de faire la diminution, sur chacun d'eux, aussi juste que
+faire se pourra.
+
+«Défendons expressément à tous ceux qui s'appliquent à la culture de
+leurs héritages, ou qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire
+aucune réparation, de quelque espèce qu'elle soit.
+
+«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent à des travaux vils et
+mécaniques, lesquelles n'ont jamais été au lever de notre majesté,
+n'achètent désormais d'habits, à eux, à leurs femmes et à leurs
+enfants, que de quatre ans en quatre ans; leur interdisons en outre
+très-étroitement ces petites réjouissances qu'ils avoient coutume de
+faire, dans leurs familles, les principales fêtes de l'année.
+
+«Et, d'autant que nous demeurons averti que la plupart des bourgeois
+de nos bonnes villes sont entièrement occupés à pourvoir à
+l'établissement de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues
+recommandables, dans notre État, que par une triste et ennuyeuse
+modestie, nous ordonnons qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce
+qu'ayant atteint l'âge limité par les ordonnances, elles viennent à
+les y contraindre. Défendons à nos magistrats de pourvoir à
+l'éducation de leurs enfants.»
+
+ De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXVI.
+
+RICA A ***.
+
+
+On est bien embarrassé dans toutes les religions, quand il s'agit de
+donner une idée des plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien
+vécu. On épouvante facilement les méchants par une longue suite de
+peines, dont on les menace: mais, pour les gens vertueux, on ne sait
+que leur promettre. Il semble que la nature des plaisirs soit d'être
+d'une courte durée; l'imagination a peine à en représenter d'autres.
+
+J'ai vu des descriptions du paradis, capables d'y faire renoncer
+tous les gens de bon sens: les uns font jouer sans cesse de la flûte
+ces ombres heureuses; d'autres les condamnent au supplice de se
+promener éternellement; d'autres enfin, qui les font rêver là-haut
+aux maîtresses d'ici-bas, n'ont pas cru que cent millions d'années
+fussent un terme assez long pour leur ôter le goût de ces
+inquiétudes amoureuses.
+
+Je me souviens à ce propos d'une histoire que j'ai ouï raconter à un
+homme qui avoit été dans le pays du Mogol; elle fait voir que les
+prêtres indiens ne sont pas moins stériles que les autres dans les
+idées qu'ils ont des plaisirs du paradis.
+
+Une femme qui venoit de perdre son mari vint en cérémonie chez le
+gouverneur de la ville lui demander permission de se brûler: mais,
+comme, dans les pays soumis aux mahométans, on abolit tant qu'on
+peut cette cruelle coutume, il la refusa absolument.
+
+Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se jeta dans un
+furieux emportement. Voyez, disoit-elle, comme on est gêné! Il ne
+sera seulement pas permis à une pauvre femme de se brûler quand elle
+en a envie! A-t-on jamais vu rien de pareil? Ma mère, ma tante, mes
+soeurs, se sont bien brûlées? Et, quand je vais demander
+permission à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se met à crier
+comme un enragé.
+
+Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze: Homme infidèle, lui dit
+le gouverneur, est-ce toi qui a mis dans l'esprit de cette femme
+cette fureur? Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais, si elle
+m'en croit, elle consommera son sacrifice; elle fera une action
+agréable au dieu Brama: aussi en sera-t-elle bien récompensée; car
+elle retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle recommencera
+avec lui un second mariage. Que dites-vous? dit la femme surprise.
+Je retrouverai mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux,
+chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu Brama n'a point
+fait sur lui quelque réforme, sûrement il n'a pas besoin de moi. Me
+brûler pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour le retirer
+du fond des enfers. Deux vieux bonzes, qui me séduisoient, et qui
+savoient de quelle manière je vivois avec lui, n'avoient garde de me
+tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent à me faire, je
+renonce à cette béatitude. Monsieur le gouverneur, je me fais
+mahométane. Et pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous
+pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que je me porte fort
+bien.
+
+ De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXVII.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie tes lettres
+d'Ispahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du Grand Mogol a
+reçu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter le
+prince, oncle du roi, qui est chargé de son éducation; qu'on l'a
+fait conduire dans un château, où il est très-étroitement gardé, et
+qu'on l'a privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort de ce
+prince, et je le plains.
+
+Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler les larmes de
+personne sans en être attendri: je sens de l'humanité pour les
+malheureux, comme s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les
+grands même, pour lesquels je trouve dans mon coeur de la dureté
+quand ils sont élevés, je les aime sitôt qu'ils tombent.
+
+En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, d'une inutile
+tendresse? elle approche trop de l'égalité: ils aiment bien mieux du
+respect, qui ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils sont
+déchus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur
+en rappeler l'idée.
+
+Je trouve quelque chose de bien naïf, et même de bien grand, dans
+les paroles d'un prince qui, près de tomber entre les mains de ses
+ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuroient: Je
+sens, leur dit-il, à vos larmes que je suis encore votre roi.
+
+ De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXVIII.
+
+RICA A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de Suède: il assiégeoit
+une place dans un royaume qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit
+la tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un coup dans la tête,
+dont il est mort. On a fait sur-le-champ arrêter son premier
+ministre: les états se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la
+tête.
+
+Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir calomnié la
+nation, et de lui avoir fait perdre la confiance de son roi: forfait
+qui, selon moi, mérite mille morts.
+
+Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir dans l'esprit du
+prince le dernier de ses sujets, qu'est-ce, lorsque l'on noircit la
+nation entière, et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la
+providence a établi pour faire son bonheur?
+
+
+Je voudrois que les hommes parlassent aux rois comme les anges
+parlent à notre saint prophète.
+
+Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur des seigneurs
+descend du plus sublime trône du monde pour se communiquer à ses
+esclaves, je me suis fait une loi sévère de captiver une langue
+indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une seule parole qui pût
+être amère au dernier de ses sujets. Quand il m'a fallu cesser
+d'être sobre, je n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans
+cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie, et jamais ma
+vertu.
+
+Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque jamais de prince si
+méchant, que son ministre ne le soit encore davantage; s'il fait
+quelque action mauvaise, elle a presque toujours été suggérée; de
+manière que l'ambition des princes n'est jamais si dangereuse que la
+bassesse d'âme de ses conseillers. Mais comprends-tu qu'un homme,
+qui n'est que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y sera pas
+demain, puisse devenir dans un moment l'ennemi de lui-même, de sa
+famille, de sa patrie, et du peuple qui naîtra à jamais de celui
+qu'il va faire opprimer?
+
+Un prince a des passions; le ministre les remue: c'est de ce côté-là
+qu'il dirige son ministère; il n'a point d'autre but, ni n'en veut
+connoître. Les courtisans le séduisent par leurs louanges; et lui le
+flatte plus dangereusement par ses conseils, par les desseins qu'il
+lui inspire, et par les maximes qu'il lui propose.
+
+ De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXIX.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis: il
+rencontra un homme de sa connoissance, qu'il me dit être un
+géomètre; et il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une
+rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât longtemps par la
+manche, et le secouât pour le faire descendre jusqu'à lui; tant il
+étoit occupé d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis plus
+de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup d'honnêtetés, et
+s'apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. Ces
+discours les menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai
+avec eux.
+
+Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de tout le monde avec
+empressement, et que les garçons du caffé en faisoient beaucoup plus
+de cas que de deux mousquetaires qui étoient dans un coin. Pour lui,
+il parut qu'il se trouvoit dans un lieu agréable: car il dérida un
+peu son visage, et se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la
+moindre teinture de géométrie.
+
+Cependant son esprit régulier toisoit tout ce qui se disoit dans la
+conversation. Il ressembloit à celui qui, dans un jardin, coupoit
+avec son épée la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des
+autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé d'une saillie, comme
+une vue délicate est offensée par une lumière trop vive. Rien pour
+lui n'étoit indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa
+conversation étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce jour-là de la
+campagne avec un homme qui avoit vu un château superbe et des
+jardins magnifiques; et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de
+soixante pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet
+barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité que les règles de la
+perspective eussent été tellement observées, que les allées des
+avenues eussent paru partout de même largeur; et il auroit donné
+pour cela une méthode infaillible. Il parut fort satisfait d'un
+cadran qu'il y avoit démêlé, d'une structure fort singulière; et il
+s'échauffa fort contre un savant qui étoit auprès de moi, qui lui
+demanda si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. Un
+nouvelliste parla du bombardement du château de Fontarabie; et il
+nous donna soudain les propriétés de la ligne que les bombes avoient
+décrite en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut en ignorer
+entièrement le succès. Un homme se plaignoit d'avoir été ruiné
+l'hiver d'auparavant par une inondation. Ce que vous me dites là
+m'est fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que je ne me
+suis pas trompé dans l'observation que j'ai faite, et qu'il est au
+moins tombé sur la terre deux pouces d'eau plus que l'année passée.
+
+Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. Comme il alloit
+assez vite, et qu'il négligeoit de regarder devant lui, il fut
+rencontré directement par un autre homme: ils se choquèrent
+rudement; et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son côté, en
+raison réciproque de leur vitesse et de leurs masses. Quand ils
+furent un peu revenus de leur étourdissement, cet homme, portant la
+main sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise que vous
+m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle à vous apprendre: je
+viens de donner mon Horace au public. Comment! dit le géomètre, il y
+a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez pas, reprit
+l'autre: c'est une traduction de cet ancien auteur, que je viens de
+mettre au jour; il y a vingt ans que je m'occupe à faire des
+traductions.
+
+Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous ne pensez
+pas! Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous!
+Monsieur, dit le savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un grand
+service au public, de lui rendre la lecture des bons auteurs
+familière? Je ne dis pas tout à fait cela: j'estime autant qu'un
+autre les sublimes génies que vous travestissez; mais vous ne leur
+ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, on ne vous
+traduira jamais.
+
+Les traductions sont comme ces monnoies de cuivre qui ont bien la
+même valeur qu'une pièce d'or, et même sont d'un plus grand usage
+pour le peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un mauvais
+aloi.
+
+Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi nous ces illustres
+morts; et j'avoue que vous leur donnez bien un corps: mais vous ne
+leur rendez pas la vie; il y manque toujours un esprit pour les
+animer.
+
+Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche de tant de belles
+vérités qu'un calcul facile nous fait découvrir tous les jours?
+Après ce petit conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents
+l'un de l'autre,
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXX.
+
+RICA A ***.
+
+
+Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine nation qu'on appelle
+les nouvellistes, qui s'assemblent dans un jardin magnifique, où
+leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l'État,
+et leurs discours de cinquante ans n'ont pas un effet différent de
+celui qu'auroit pu produire un silence aussi long: cependant ils se
+croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent de projets
+magnifiques, et traitent de grands intérêts.
+
+La base de leurs conversations est une curiosité frivole et
+ridicule: il n'y a point de cabinet si mystérieux qu'ils ne
+prétendent pénétrer; ils ne sauroient consentir à ignorer quelque
+chose; ils savent combien notre auguste sultan a de femmes, combien
+il fait d'enfants toutes les années; et quoiqu'ils ne fassent aucune
+dépense en espions, ils sont instruits des mesures qu'il prend pour
+humilier l'empereur des Turcs et celui des Mogols.
+
+A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans
+l'avenir; et, marchant au-devant de la providence, la préviennent
+sur toutes les démarches des hommes. Ils conduisent un général par
+la main; et, après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas
+faites, ils lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas.
+
+Ils font voler les armées comme les grues, et tomber les murailles
+comme des cartons; ils ont des ponts sur toutes les rivières, des
+routes secrètes dans toutes les montagnes, des magasins immenses
+dans les sables brûlants: il ne leur manque que le bon sens.
+
+Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette lettre d'un
+nouvelliste; comme elle m'a paru singulière, je la gardai; la voici:
+
+
+ «Monsieur,
+
+«Je me trompe rarement dans mes conjectures sur les affaires du
+temps. Le 1er janvier 1711, je prédis que l'empereur Joseph mourroit
+dans le cours de l'année: il est vrai que, comme il se portoit fort
+bien, je crus que je me ferois moquer de moi si je m'expliquois
+d'une manière bien claire; ce qui fit que je me servis de termes un
+peu énigmatiques; mais les gens qui savent raisonner m'entendirent
+bien. Le 17 avril de la même année, il mourut de la petite vérole.
+
+«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur et les Turcs,
+j'allai chercher nos messieurs dans tous les coins des Tuileries; je
+les assemblai près du bassin, et leur prédis qu'on feroit le siége
+de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été assez heureux pour que
+ma prédiction ait été accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du
+siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le 18 août[F]; il
+ne fut pris que le lendemain: peut-on perdre à si beau jeu?
+
+[Note F: 1717.]
+
+«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit en Sardaigne, je
+jugeai qu'elle en ferait la conquête: je le dis, et cela se trouva
+vrai. Enflé de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse
+iroit débarquer à Final pour faire la conquête du Milanès. Comme je
+trouvai de la résistance à faire recevoir cette idée, je voulus la
+soutenir glorieusement: je pariai cinquante pistoles, et je les
+perdis encore; car ce diable d'Alberoni, malgré la foi des traités,
+envoya sa flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux grands
+politiques, le duc de Savoie et moi.
+
+«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que j'ai résolu de prédire
+toujours et de ne parier jamais. Autrefois nous ne connoissions
+point aux Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte de L. ne
+les souffrait guère; mais, depuis qu'une troupe de petits-maîtres
+s'est mêlée parmi nous, nous ne savons plus où nous en sommes. A
+peine ouvrons-nous la bouche pour dire une nouvelle, qu'un de ces
+jeunes gens propose de parier contre.
+
+«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, et accommodois mes
+lunettes sur mon nez, un de ces fanfarons, saisissant justement
+l'intervalle du premier mot au second, me dit: Je parie cent
+pistoles que non. Je fis semblant de n'avoir pas fait d'attention à
+cette extravagance; et, reprenant la parole d'une voix plus forte,
+je dis: M. le maréchal de *** ayant appris... Cela est faux, me
+dit-il, vous avez toujours des nouvelles extravagantes; il n'y a pas
+le sens commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de me faire le
+plaisir de me prêter trente pistoles; car je vous avoue que ces
+paris m'ont fort dérangé. Je vous envoie la copie de deux lettres
+que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.»
+
+
+LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.
+
+ «Monseigneur,
+
+«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais eu: c'est moi
+qui obligeai un de mes amis d'exécuter le projet que j'avois formé
+d'un livre pour démontrer que Louis le Grand étoit le plus grand de
+tous les princes qui ont mérité le nom de Grand. Je travaille depuis
+longtemps à un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur à notre
+nation, si Votre Grandeur veut m'accorder un privilége: mon dessein
+est de prouver que, depuis le commencement de la monarchie, les
+François n'ont jamais été battus, et que ce que les historiens ont
+dit jusqu'ici de nos désavantages sont de véritables impostures. Je
+suis obligé de les redresser en bien des occasions; et j'ose me
+flatter que je brille surtout dans la critique. Je suis,
+monseigneur, etc.»
+
+ «Monseigneur,
+
+«Depuis la perte que nous avons faite de M. le comte de L., nous
+vous supplions d'avoir la bonté de nous permettre d'élire un
+président. Le désordre se met dans nos conférences, et les affaires
+d'État n'y sont pas traitées avec la même discussion que par le
+passé; nos jeunes gens vivent absolument sans égard pour les
+anciens, et entre eux sans discipline: c'est le véritable conseil de
+Roboam, où les jeunes imposent aux vieillards. Nous avons beau leur
+représenter que nous étions paisibles possesseurs des Tuileries
+vingt ans avant qu'ils fussent au monde; je crois qu'ils nous en
+chasseront à la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où nous
+avons tant de fois évoqué les ombres de nos héros françois, il
+faudra que nous allions tenir nos conférences au Jardin du Roi ou
+dans quelque lieu plus écarté. Je suis...»
+
+ De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXI.
+
+RHÉDI A RICA.
+
+A Paris.
+
+
+Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité en arrivant en
+Europe, c'est l'histoire et l'origine des républiques. Tu sais que
+la plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée de cette sorte
+de gouvernement, et que l'imagination ne les a pas servis jusqu'à
+leur faire comprendre qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre
+que le despotique.
+
+Les premiers gouvernements du monde furent monarchiques: ce ne fut
+que par hasard et par la succession des siècles que les républiques
+se formèrent.
+
+La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de nouveaux habitants
+vinrent la peupler: elle tira presque toutes ses colonies d'Égypte
+et des contrées de l'Asie les plus voisines; et, comme ces pays
+étoient gouvernés par des rois, les peuples qui en sortirent furent
+gouvernés de même. Mais la tyrannie de ces princes devenant trop
+pesante, on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes
+s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir la Grèce,
+seule polie au milieu des barbares.
+
+L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva longtemps la
+Grèce dans l'indépendance, et étendit au loin le gouvernement
+républicain. Les villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie
+mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi libres qu'elles, qui
+leur servirent de remparts contre les entreprises des rois de Perse.
+Ce n'est pas tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, et
+peut-être les Gaules. On sait que cette grande Hespérie, si fameuse
+chez les anciens, étoit au commencement la Grèce, que ses voisins
+regardoient comme un séjour de félicité: les Grecs qui ne trouvoient
+point chez eux ce pays heureux, l'allèrent chercher en Italie; ceux
+de l'Italie, en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique ou le
+Portugal: de manière que toutes ces régions portèrent ce nom chez
+les anciens. Ces colonies grecques apportèrent avec elles un esprit
+de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux pays. Ainsi, on ne
+voit guère, dans ces temps reculés, de monarchies dans l'Italie,
+l'Espagne, les Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord et
+d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si l'on trouve des
+vestiges de quelque royauté parmi eux, c'est qu'on a pris pour des
+rois les chefs des armées ou des républiques.
+
+Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie et l'Afrique, elles
+ont toujours été accablées sous le despotisme, si vous en exceptez
+quelques villes de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la
+république de Carthage en Afrique.
+
+Le monde fut partagé entre deux puissantes républiques: celle de
+Rome et celle de Carthage. Il n'y a rien de si connu que les
+commencements de la république romaine, et rien qui le soit si peu
+que l'origine de celle de Carthage. On ignore absolument la suite
+des princes africains depuis Didon, et comment ils perdirent leurs
+puissance. C'eût été un grand bonheur pour le monde que
+l'agrandissement prodigieux de la république romaine, s'il n'y avoit
+pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les
+peuples vaincus; si l'on avoit donné au gouverneur des provinces une
+autorité moins grande; si les lois si saintes pour empêcher leur
+tyrannie avoient été observées, et s'ils ne s'étoient pas servis,
+pour les faire taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit
+amassés.
+
+Il semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples
+d'Europe, et la servitude pour celui des peuples d'Asie. C'est en
+vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor:
+cette nation lâche le refusa, et elle courut à la servitude avec le
+même empressement que les autres peuples couroient à la liberté.
+
+César opprima la république romaine, et la soumit à un pouvoir
+arbitraire.
+
+L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement militaire et violent,
+et la douceur romaine fut changée en une cruelle oppression.
+
+Cependant une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se
+répandirent comme des torrents dans les provinces romaines; et,
+trouvant autant de facilité à faire des conquêtes qu'à exercer leurs
+pirateries, les démembrèrent et en firent des royaumes. Ces peuples
+étoient libres et ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois,
+qu'ils n'étoient proprement que des chefs ou des généraux. Ainsi ces
+royaumes, quoique fondés par la force, ne sentirent point le joug du
+vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et les
+Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté d'un seul, ils
+ne songèrent qu'à lui donner de nouveaux sujets, et à établir par
+les armes son autorité violente: mais les peuples du Nord, libres
+dans leur pays, s'emparant des provinces romaines, ne donnèrent
+point à leurs chefs une grande autorité. Quelques-uns même de ces
+peuples, comme les Vandales en Afrique, les Goths en Espagne,
+déposoient leurs rois dès qu'ils n'en étoient pas satisfaits; et,
+chez les autres, l'autorité du prince étoit bornée de mille manières
+différentes: un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui;
+les guerres n'étoient entreprises que de leur consentement; les
+dépouilles étoient partagées entre le chef et les soldats; aucun
+impôt en faveur du prince; les lois étoient faites dans les
+assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental de tous ces
+États, qui se formèrent des débris de l'empire romain.
+
+ De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXII.
+
+RICA A ***.
+
+
+Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé; j'y remarquai un
+gentilhomme assez bien mis qui se faisoit écouter: il parloit du
+plaisir qu'il y avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation
+d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il, quinze mille
+livres de rente en fonds de terre, et je me croirois plus heureux si
+j'avois le quart de ce bien-là en argent et en effets portables
+partout. J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de frais de
+justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: je n'ai jamais
+pu voir cent pistoles à la fois. Si je devois dix mille francs, on
+me feroit saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital.
+
+Je sortis sans avoir fait grande attention à tout ce discours; mais,
+me trouvant hier dans ce quartier, j'entrai dans la même maison, et
+j'y vis un homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au milieu
+de cinq ou six discoureurs, paroissoit morne et pensif, jusques à ce
+que, prenant brusquement la parole: Oui, messieurs, dit-il en
+haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de quoi vivre; car
+j'ai actuellement chez moi deux cent mille livres en billets de
+banque, et cent mille écus d'argent: je me trouve dans une situation
+affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à l'hôpital: au moins si
+j'avois seulement une petite terre où je pusse me retirer, je serois
+sûr d'avoir de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce chapeau
+en fonds de terre.
+
+Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et je vis un autre
+homme qui faisoit des grimaces de possédé. A qui se fier désormais?
+s'écrioit-il. Il y a un traître que je croyois si fort de mes amis
+que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a rendu! quelle
+perfidie horrible! Il a beau faire; dans mon esprit il sera toujours
+déshonoré.
+
+Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu, qui, élevant les yeux
+au ciel, disoit: Dieu bénisse les projets de nos ministres!
+puissé-je voir les actions à deux mille, et tous les laquais de
+Paris plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité de demander
+son nom. C'est un homme extrêmement pauvre, me dit-on; aussi a-t-il
+un pauvre métier: il est généalogiste, et il espère que son art
+rendra, si les fortunes continuent; et que tous ces nouveaux riches
+auront besoin de lui pour réformer leur nom, décrasser leurs
+ancêtres, et orner leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire
+autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille de joie de
+voir multiplier ses pratiques.
+
+Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que je reconnus pour
+nouvelliste avant qu'il se fût assis; il n'étoit pas du nombre de
+ceux qui ont une assurance victorieuse contre tous les revers, et
+présagent toujours les victoires et les trophées: c'étoit au
+contraire un de ces trembleurs qui n'ont que des nouvelles tristes.
+Les affaires vont bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons
+point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre que le
+prince Pio, qui en a un gros corps, ne fasse contribuer tout le
+Languedoc. Il y avoit vis-à-vis de moi un philosophe assez mal en
+ordre qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les épaules à
+mesure que l'autre haussoit la voix; je m'approchai de lui, et il me
+dit à l'oreille: Vous voyez que ce fat nous entretient, il y a une
+heure, de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus hier au
+soir une tache dans le soleil, qui, si elle augmentoit, pourroit
+faire tomber toute la nature en engourdissement; et je n'ai pas dit
+un seul mot.
+
+ De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXIII.
+
+RICA A ***.
+
+
+J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque dans un couvent de
+dervis, qui en sont comme les dépositaires, mais qui sont obligés
+d'y laisser entrer tout le monde à certaines heures.
+
+En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit au milieu d'un
+nombre innombrable de volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et
+le priai de me dire quels étoient quelques-uns de ces livres que je
+voyois mieux reliés que les autres. Monsieur, me dit-il, j'habite
+ici une terre étrangère: je n'y connois personne: bien des gens me
+font de pareilles questions; mais vous voyez bien que je n'irai pas
+lire tous ces livres pour les satisfaire; mais j'ai mon
+bibliothécaire qui vous donnera satisfaction, car il s'occupe nuit
+et jour à déchiffrer tout ce que vous voyez là; c'est un homme qui
+n'est bon à rien, et qui nous est très à charge, parce qu'il ne
+travaille point pour le couvent. Mais j'entends l'heure du
+réfectoire qui sonne. Ceux qui comme moi sont à la tête d'une
+communauté doivent être les premiers à tous les exercices. En disant
+cela, le moine me poussa dehors, ferma la porte, et, comme s'il eût
+volé, disparut à mes yeux.
+
+ De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXIV.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout
+un autre homme que celui que j'avois vu la première fois: son air
+étoit simple, sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable.
+Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité, il se mit en devoir
+de la satisfaire, et même en qualité d'étranger, de m'instruire.
+
+Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout
+ce côté de bibliothèque? Ce sont, me dit-il, les interprètes de
+l'Écriture. Il y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut que
+l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien claire à présent;
+reste-t-il encore quelques doutes? peut-il y avoir des points
+contestés? S'il y en a, bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y
+en a presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et qu'ont donc
+fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me repartit-il, n'ont point
+cherché dans l'Écriture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient
+eux-mêmes; ils ne l'ont point regardée comme un livre où étoient
+contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, mais comme un ouvrage
+qui pourroit donner de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour
+cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont donné la torture à
+tous les passages. C'est un pays où les hommes de toutes les sectes
+font des descentes, et vont comme au pillage; c'est un champ de
+bataille où les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des
+combats, où l'on s'attaque, où l'on s'escarmouche de bien des
+manières.
+
+Tout près de là vous voyez les livres ascétiques ou de dévotion;
+ensuite les livres de morale, bien plus utiles; ceux de théologie,
+doublement inintelligibles, et par la matière qui y est traitée, et
+par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques,
+c'est-à-dire des dévots qui ont le coeur tendre. Ah! mon père, lui
+dis-je, un moment; n'allez pas si vite; parlez-moi de ces mystiques.
+Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un coeur disposé à la
+tendresse, et lui fait envoyer des esprits au cerveau qui
+l'échauffent de même, d'où naissent les extases et les ravissements.
+Cet état est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne,
+ou plutôt dégénère en quiétisme: vous savez qu'un quiétiste n'est
+autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin.
+
+Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de la nuit; qui
+forment dans leur imagination tous les monstres que le démon d'amour
+peut produire, les rassemblent, les comparent, et en font l'objet
+éternel de leurs pensées: heureux si leur coeur ne se met pas de
+la partie, et ne devient pas lui-même complice de tant d'égarements
+si naïvement décrits et si nuement peints!
+
+Vous voyez, monsieur, que je pense librement, et que je vous dis
+tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf, et plus encore
+avec vous, qui êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et
+les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne vous parlerois
+de tout ceci qu'avec admiration; je vous dirois sans cesse: Cela est
+divin, cela est respectable; il y a du merveilleux. Et il en
+arriveroit de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, ou que
+je me déshonorerois dans votre esprit.
+
+Nous en restâmes là; une affaire qui survint au dervis rompit notre
+conversation jusqu'au lendemain.
+
+ De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXV.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Je revins à l'heure marquée, et mon homme me mena précisément dans
+l'endroit où nous nous étions quittés. Voici, me dit-il, les
+grammairiens, les glossateurs, et les commentateurs. Mon père, lui
+dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se dispenser d'avoir du
+bon sens? Oui, dit-il, ils le peuvent; et même il n'y paroît pas,
+leurs ouvrages n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode
+pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois bien des
+philosophes qui feroient bien de s'appliquer à ces sortes de
+sciences-là.
+
+Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent de persuader
+indépendamment des raisons; et les géomètres, qui obligent un homme
+malgré lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.
+
+Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grands
+intérêts, et dans lesquels l'infini se rencontre partout; les livres
+de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie
+du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans;
+les livres de médecine, ces monuments de la fragilité de la nature
+et de la puissance de l'art; qui font trembler quand ils traitent
+des maladies même les plus légères, tant ils nous rendent la mort
+présente; mais qui nous mettent dans une sécurité entière quand ils
+parlent de la vertu des remèdes, comme si nous étions devenus
+immortels.
+
+Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui contiennent bien
+moins la description des parties du corps humain que les noms
+barbares qu'on leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade de
+son mal, ni le médecin de son ignorance.
+
+Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et tantôt les
+petites-maisons, comme des demeures qui lui sont également propres.
+
+Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance occulte: tels
+sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie; exécrables
+selon la plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont encore
+les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, mon père? Les
+livres d'astrologie judiciaire, repartis-je avec feu! Et ce sont
+ceux dont nous faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes les
+actions de notre vie, et nous déterminent dans toutes nos
+entreprises; les astrologues sont proprement nos directeurs; ils
+font plus, ils entrent dans le gouvernement de l'État. Si cela est,
+me dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que celui de la
+raison: voilà ce qui s'appelle le plus étrange de tous les empires;
+je plains bien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse
+si fort dominer par les planètes. Nous nous servons, lui
+repartis-je, de l'astrologie, comme vous vous servez de l'algèbre.
+Chaque nation a sa science, selon laquelle elle règle sa politique:
+tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait tant de sottises en
+notre Perse qu'un seul de vos algébristes en a fait ici. Croyez-vous
+que le concours fortuit des astres ne soit pas une règle aussi sûre
+que les beaux raisonnements de votre faiseur de système? Si l'on
+comptoit les voix là-dessus en France et en Perse, ce seroit un beau
+sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez les mathématiciens
+bien humiliés: quel accablant corollaire en pourroit-on tirer contre
+eux!
+
+Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter.
+
+ De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXVI.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Dans l'entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet
+particulier. Voici les livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez
+premièrement les historiens de l'Église et des papes; livres que je
+lis pour m'édifier, et qui font souvent en moi un effet tout
+contraire.
+
+Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence du formidable empire
+romain, qui s'étoit formé du débris de tant de monarchies, et sur la
+chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. Un nombre infini de
+peuples barbares, aussi inconnus que les pays qu'ils habitoient,
+parurent tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, et
+fondèrent tous les royaumes que vous voyez à présent en Europe. Ces
+peuples n'étoient point proprement barbares, puisqu'ils étoient
+libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart
+à une puissance absolue, ils ont perdu cette douce liberté si
+conforme à la raison, à l'humanité, et à la nature.
+
+Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, laquelle n'est qu'une
+ombre du premier empire, mais qui est, je crois, la seule puissance
+qui soit sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la
+seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de ses pertes; et
+qui, lente à profiter des succès, devient indomptable par ses
+défaites.
+
+Voici les historiens de France, où l'on voit d'abord la puissance
+des rois se former, mourir deux fois, renaître de même, languir
+ensuite pendant plusieurs siècles; mais, prenant insensiblement des
+forces, accrue de toutes parts, monter à son dernier période:
+semblable à ces fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, ou
+se cachent sous terre; puis reparoissant de nouveau, grossis par les
+rivières qui s'y jettent, entraînent avec rapidité tout ce qui
+s'oppose à leur passage.
+
+Là, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques montagnes: les
+princes mahométans subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient
+rapidement conquis; tant de royaumes réunis dans une vaste
+monarchie, qui devint presque la seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa
+fausse opulence, elle perdit sa force et sa réputation même, et ne
+conserva que l'orgueil de sa première puissance.
+
+Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on voit la liberté
+sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition; le
+prince toujours chancelant sur un trône inébranlable; une nation
+impatiente, sage dans sa fureur même; et qui, maîtresse de la mer
+(chose inouïe jusqu'alors), mêle le commerce avec l'empire.
+
+Tout près de là sont les historiens de cette autre reine de la mer,
+la république de Hollande, si respectée en Europe, et si formidable
+en Asie, où ses négociants voient tant de rois prosternés devant
+eux.
+
+Les historiens d'Italie vous représentent une nation autrefois
+maîtresse du monde, aujourd'hui esclave de toutes les autres; ses
+princes divisés et foibles, et sans autre attribut de souveraineté
+qu'une vaine politique.
+
+Voilà les historiens des républiques: de la Suisse, qui est l'image
+de sa liberté; de Venise, qui n'a de ressources qu'en son économie;
+et de Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.
+
+Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, qui use si mal de
+sa liberté et du droit qu'elle a d'élire ses rois, qu'il semble
+qu'elle veuille consoler par là les peuples ses voisins, qui ont
+perdu l'un et l'autre.
+
+Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.
+
+ De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXVII.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les
+poëtes, me dit-il; c'est-à-dire ces auteurs dont le métier est de
+mettre des entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous les
+agréments comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs
+parures et leurs ornements. Vous les connoissez; ils ne sont pas
+rares chez les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble
+échauffer les imaginations mêmes.
+
+Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que les poëmes épiques? En
+vérité, me dit-il, je n'en sais rien; les connoisseurs disent qu'on
+n'en a jamais fait que deux, et que les autres qu'on donne sous ce
+nom ne le sont point: c'est aussi ce que je ne sais pas. Ils disent
+de plus qu'il est impossible d'en faire de nouveaux; et cela est
+encore plus surprenant.
+
+Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi, sont les poëtes par
+excellence, et les maîtres des passions. Il y en a de deux sortes:
+les comiques, qui nous remuent si doucement; et les tragiques, qui
+nous troublent et nous agitent avec tant de violence.
+
+Voici les lyriques, que je méprise autant que je fais cas des
+autres, et qui font de leur art une harmonieuse extravagance.
+
+On voit ensuite les auteurs des idylles et des églogues, qui
+plaisent même aux gens de cour, par l'idée qu'ils leur donnent d'une
+certaine tranquillité qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent dans
+la condition des bergers.
+
+De tous les auteurs que nous avons vus, voici les plus dangereux: ce
+sont ceux qui aiguisent les épigrammes, qui sont de petites flèches
+déliées qui font une plaie profonde et inaccessible aux remèdes.
+
+Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces de poëtes, et qui
+outrent également le langage de l'esprit et celui du coeur; qui
+passent leur vie à chercher la nature, et la manquent toujours; et
+qui font des héros, qui y sont aussi étrangers que les dragons ailés
+et les hippocentaures.
+
+J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: et, si vous voyiez
+les nôtres, vous en seriez encore plus choqué. Il sont aussi peu
+naturels, et d'ailleurs extrêmement gênés par nos moeurs: il faut
+dix années de passion avant qu'un amant ait pu voir seulement le
+visage de sa maîtresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire
+passer les lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il est
+impossible que les incidents soient variés: on a recours à un
+artifice pire que le mal même qu'on veut guérir; c'est aux prodiges.
+Je suis sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne fasse
+sortir une armée de dessous terre; qu'un héros lui seul en détruise
+une de cent mille hommes. Cependant voilà nos romans: ces aventures
+froides et souvent répétées nous font languir, et ces prodiges
+extravagants nous révoltent.
+
+ De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXVIII.
+
+RICA A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme les saisons:
+depuis trois ans j'ai vu changer quatre fois de système sur les
+finances. On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les subsides
+de la même manière que les fondateurs de ces monarchies les
+levoient: il s'en faut bien qu'il en soit ici de même. Il est vrai
+que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: nous
+croyons qu'il n'y a pas plus de différence entre l'administration
+des revenus du prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a entre
+compter cent mille tomans ou en compter cent. Mais il y a ici bien
+plus de finesse et de mystère. Il faut que de grands génies
+travaillent nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec
+douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les avis d'une
+infinité de gens qui travaillent pour eux sans en être priés; qu'ils
+se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impénétrable aux
+grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours la tête remplie de
+secrets importants, de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux; et
+qu'absorbés dans les méditations, ils soient privés non-seulement de
+l'usage de la parole, mais même quelquefois de la politesse.
+
+Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa à établir une
+nouvelle administration. On sentoit qu'on étoit mal, mais ne savoit
+comment faire pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité
+sans bornes des ministres précédents: on la voulut partager. On créa
+pour cet effet six ou sept conseils; et ce ministère est peut-être
+celui de tous qui a gouverné la France avec plus de sens: la durée
+en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il produisit.
+
+La France, à la mort du feu roi, étoit un corps accablé de mille
+maux: N*** prit le fer à la main, retrancha les chairs inutiles, et
+appliqua quelques remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice
+intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a entrepris cette
+cure. Après bien des remèdes violents, il a cru lui avoir rendu son
+embonpoint; et il l'a seulement rendue bouffie.
+
+Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont à présent dans la
+pauvreté, et ceux qui n'avoient pas de pain regorgent de richesses.
+Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de si près.
+L'étranger a tourné l'État comme un fripier tourne un habit: il fait
+paroître dessus ce qui étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le
+met à l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux
+qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du
+néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain
+par leurs maîtres!
+
+Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui
+avoient fait fortune sous le règne passé vantent aujourd'hui leur
+naissance: ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée
+dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit pour eux il y a six
+mois; ils crient de toute leur force: La noblesse est ruinée, quel
+désordre dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On ne voit
+que des inconnus faire fortune! Je te promets que ceux-ci prendront
+bien leur revanche sur ceux qui viendront après eux; et que, dans
+trente ans, ces gens de qualité feront bien du bruit.
+
+ De Paris, le 1er de la lune de Zilcadé, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXIX.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans
+une femme, mais dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute
+force associer le prince son époux à la couronne, pour aplanir
+toutes les difficultés, a envoyé aux états une déclaration par
+laquelle elle se désiste de la régence, en cas qu'il soit élu.
+
+Il y a soixante et quelques années qu'une autre reine, nommée
+Christine, abdiqua la couronne pour se donner tout entière à la
+philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exemples nous devons
+admirer davantage.
+
+Quoique j'approuve assez que chacun se tienne ferme dans le poste où
+la nature l'a mis; et que je ne puisse louer la foiblesse de ceux
+qui, se trouvant au-dessous de leur état, le quittent comme par une
+espèce de désertion; je suis cependant frappé de la grandeur d'âme
+de ces deux princesses, et de voir l'esprit de l'une et le coeur
+de l'autre supérieurs à leur fortune. Christine a songé à connoître
+dans le temps que les autres ne songent qu'à jouir; et l'autre ne
+veut jouir que pour mettre tout son bonheur entre les mains de son
+auguste époux.
+
+ De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXL.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Le parlement de Paris vient d'être relégué dans une petite ville
+qu'on appelle Pontoise. Le conseil lui a envoyé enregistrer ou
+approuver une déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée
+d'une manière qui déshonore le conseil.
+
+On menace d'un pareil traitement quelques parlements du royaume.
+
+Ces compagnies sont toujours odieuses: elles n'approchent des rois
+que pour leur dire de tristes vérités; et pendant qu'une foule de
+courtisans leur représentent sans cesse un peuple heureux sous leur
+gouvernement, elles viennent démentir la flatterie, et apporter au
+pied du trône les gémissements et les larmes dont elles sont
+dépositaires.
+
+C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de la vérité,
+lorsqu'il faut la porter jusqu'aux princes: ils doivent bien penser
+que ceux qui le font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient
+jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes pour ceux
+qui les font, s'ils n'y étoient forcés par leur devoir, leur
+respect, et même leur amour.
+
+ De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLI.
+
+RICA AU MÊME.
+
+A ***.
+
+
+J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les jours couleront
+agréablement avec toi!
+
+Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de la cour, qui
+avoit quelque envie de voir ma figure étrangère. Je la trouvai
+belle, digne des regards de notre monarque, et d'un rang auguste
+dans le lieu sacré où son coeur repose.
+
+Elle me fit mille questions sur les moeurs des Persans, et sur la
+manière de vivre des Persanes: il me parut que la vie du sérail
+n'étoit pas de son goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir
+un homme partagé entre dix ou douze femmes. Elle ne put voir sans
+envie le bonheur de l'un, et sans pitié la condition des autres.
+Comme elle aime la lecture, surtout celle des poëtes et des romans,
+elle souhaita que je lui parlasse des nôtres: ce que je lui en dis
+redoubla sa curiosité; elle me pria de lui faire traduire un
+fragment de quelques-uns de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je
+lui envoyai, quelques jours après, un conte persan: peut-être
+seras-tu, bien aise de le voir travesti.
+
+ * * * * *
+
+Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse une femme nommée
+Zuléma: elle savoit par coeur tout le saint Alcoran; il n'y avoit
+point de dervis qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints
+prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit de si mystérieux
+qu'elle n'en comprît tous les sens; et elle joignoit à tant de
+connoissances un certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à
+peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui elle parloit, ou les
+instruire.
+
+Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans une des salles du
+sérail, une d'elles lui demanda ce qu'elle pensoit de l'autre vie,
+et si elle ajoutoit foi à cette ancienne tradition de nos docteurs,
+que le paradis n'est fait que pour les hommes.
+
+C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y a rien que l'on
+n'ait fait pour dégrader notre sexe. Il y a même une nation répandue
+par toute la Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, par
+l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons point d'âme.
+
+Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine que l'orgueil des
+hommes, qui veulent porter leur supériorité au delà même de leur
+vie; et ne pensent pas que, dans le grand jour, toutes les créatures
+paroîtront devant Dieu comme le néant, sans qu'il y ait entre elles
+de prérogatives que celles que la vertu y aura mises.
+
+Dieu ne se bornera point dans ses récompenses: et comme les hommes
+qui auront bien vécu, et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur
+nous, seront dans un paradis plein de beautés célestes et
+ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit vues, il se
+donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience d'en jouir; aussi les
+femmes vertueuses iront dans un lieu de délices, où elles seront
+enivrées d'un torrent de voluptés, avec des hommes divins qui leur
+seront soumis: chacune d'elles aura un sérail, dans lequel ils
+seront enfermés; et des eunuques, encore plus fidèles que les
+nôtres, pour les garder.
+
+J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un homme, nommé
+Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable. Il avoit douze femmes
+extrêmement belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne se
+fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail; il les tenoit
+presque toujours sous la clef, enfermées dans leur chambre, sans
+qu'elles pussent se voir ni se parler; car il étoit même jaloux
+d'une amitié innocente: toutes ses actions prenoient la teinture de
+sa brutalité naturelle; jamais une douce parole ne sortit de sa
+bouche; et jamais il ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque
+chose à la rigueur de leur esclavage.
+
+Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans une salle de son
+sérail, une d'entre elles, plus hardie que les autres, lui reprocha
+son mauvais naturel. Quand on cherche si fort les moyens de se faire
+craindre, lui dit-elle, on trouve toujours auparavant ceux de se
+faire haïr. Nous sommes si malheureuses, que nous ne pouvons nous
+empêcher de désirer un changement: d'autres, à ma place,
+souhaiteroient votre mort; je ne souhaite que la mienne: et, ne
+pouvant espérer d'être séparée de vous que par là, il me sera encore
+bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit dû le toucher,
+le fit entrer dans une furieuse colère; il tira son poignard, et le
+lui plongea dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une voix
+mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous serez vengées. A ces
+mots, elle quitta cette vie infortunée, pour aller dans le séjour
+des délices, où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un bonheur
+qui se renouvelle toujours.
+
+D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure étoit relevée
+par les peintures des fleurs les plus vives: un ruisseau, dont les
+eaux étoient plus pures que le cristal, y faisoit un nombre infini
+de détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, dont le
+silence n'étoit interrompu que par le doux chant des oiseaux; de
+magnifiques jardins se présentèrent ensuite; la nature les avoit
+ornés avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle trouva
+enfin un palais superbe préparé pour elle, et rempli d'hommes
+célestes destinés à ses plaisirs.
+
+Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour la déshabiller;
+d'autres la mirent dans le bain, et la parfumèrent des plus
+délicieuses essences; on lui donna ensuite des habits infiniment
+plus riches que les siens; après quoi on la mena dans une grande
+salle, où elle trouva un feu fait avec des bois odoriférants, et une
+table couverte des mets les plus exquis. Tout sembloit concourir au
+ravissement de ses sens: elle entendoit d'un côté une musique
+d'autant plus divine qu'elle étoit plus tendre; de l'autre, elle ne
+voyoit que des danses de ces hommes divins, uniquement occupés à lui
+plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient servir qu'à la
+conduire insensiblement à des plaisirs plus grands. On la mena dans
+sa chambre; et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la
+porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une beauté charmante la
+reçurent dans leurs bras. C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et
+que ses ravissements passèrent même ses désirs. Je suis toute hors
+de moi, leur disoit-elle; je croirois mourir, si je n'étois sûre de
+mon immortalité. C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la
+violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le calme à mes sens;
+je commence à respirer et à revenir à moi-même. D'où vient que l'on
+a ôté les flambeaux? Que ne puis-je à présent considérer votre
+beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi voir? Vous me
+faites rentrer dans mes premiers transports. O dieux! que ces
+ténèbres sont aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle
+avec vous! je serai... Non, je vous demande grâce, car je vois bien
+que vous êtes gens à n'en demander jamais.
+
+Après plusieurs commandements réitérés, elle fut obéie: mais elle ne
+le fut que lorsqu'elle voulut l'être bien sérieusement. Elle se
+reposa languissamment, et s'endormit dans leurs bras. Deux moments
+de sommeil réparèrent sa lassitude: elle reçut deux baisers qui
+l'enflammèrent soudain, et lui firent ouvrir les yeux. Je suis
+inquiète, dit-elle; je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit un
+doute dans lequel elle ne vouloit pas rester longtemps: aussi
+eut-elle avec eux tous les éclaircissements qu'elle pouvoit désirer.
+Je suis désabusée, s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre de
+vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez mieux que tout ce que
+vous me pourriez dire: oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais
+tant aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux l'honneur de me
+persuader! Ah! si vous vous disputez, si vous joignez l'ambition au
+plaisir de ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux
+vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; mais je vous vendrai
+bien cher la victoire.
+
+Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidèles et aimables
+domestiques entrèrent dans sa chambre, et firent lever ces deux
+jeunes hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les lieux où ils
+étoient gardés pour ses plaisirs. Elle se leva ensuite, et parut
+d'abord à cette cour idolâtre dans les charmes d'un déshabillé
+simple, et ensuite couverte des plus somptueux ornements. Cette nuit
+l'avoit embellie; elle avoit donné de la vie à son teint, et de
+l'expression à ses grâces. Ce ne fut pendant tout le jour que
+danses, que concerts, que festins, que jeux, que promenades; et l'on
+remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en temps, et voloit vers
+ses deux jeunes héros; après quelques précieux instants d'entrevue,
+elle revenoit vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours avec un
+visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout à fait:
+elle alla s'enfermer dans le sérail, où elle vouloit, disoit-elle,
+faire connoissance avec ces captifs immortels qui devoient à jamais
+vivre avec elle. Elle visita donc les appartements de ces lieux les
+plus reculés et les plus charmants où elle compta cinquante esclaves
+d'une beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de chambre en
+chambre, recevant partout des hommages toujours différents, et
+toujours les mêmes.
+
+Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa vie, tantôt dans des
+plaisirs éclatants, tantôt dans des plaisirs solitaires; admirée
+d'une troupe brillante, ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent
+elle quittoit un palais enchanté pour aller dans une grotte
+champêtre; les fleurs sembloient naître sous ses pas, et les jeux se
+présentoient en foule au-devant d'elle.
+
+Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans cette demeure
+heureuse, que, toujours hors d'elle-même, elle n'avoit pas fait une
+seule réflexion: elle avoit joui de son bonheur sans le connoître,
+et sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, où l'âme se
+rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, et s'écoute dans le
+silence des passions.
+
+Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils peuvent rarement
+jouir de cette liberté d'esprit: c'est pour cela qu'attachés
+invinciblement aux objets présents, ils perdent entièrement la
+mémoire des choses passées, et n'ont plus aucun souci de ce qu'ils
+ont connu ou aimé dans l'autre vie.
+
+Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe, avoit passé
+presque toute sa vie à méditer: elle avoit poussé ses réflexions
+beaucoup plus loin qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée
+à elle-même. La retraite austère que son mari lui avoit fait garder
+ne lui avoit laissé que cet avantage. C'est cette force d'esprit qui
+lui avoit fait mépriser la crainte dont ses compagnes étoient
+frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses peines et le
+commencement de sa félicité.
+
+Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs, et s'enferma
+seule dans un appartement de son palais. Elle se laissa aller à des
+réflexions bien douces sur sa condition passée, et sur sa félicité
+présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur le malheur de
+ses compagnes: on est sensible à des tourments que l'on a partagés.
+Anaïs ne se tint pas dans les simples bornes de la compassion: plus
+tendre envers ces infortunées, elle se sentit portée à les secourir.
+
+Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes qui étoient auprès d'elle
+de prendre la figure de son mari; d'aller dans son sérail de s'en
+rendre maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place jusqu'à ce
+qu'elle le rappelât.
+
+L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva à la porte du
+sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit pas. Il frappe, tout lui est ouvert;
+les eunuques tombent à ses pieds: il vole vers les appartements où
+les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il avoit, en passant, pris
+les clefs dans la poche de ce jaloux, à qui il s'étoit rendu
+invisible. Il entre, et les surprend d'abord par son air doux et
+affable; et, bientôt après, il les surprend davantage par ses
+empressements et par la rapidité de ses entreprises. Toutes eurent
+leur part de l'étonnement; et elles l'auroient pris pour un songe,
+s'il y eût eu moins de réalité.
+
+Pendant que ces nouvelles scènes se jouent dans le sérail, Ibrahim
+heurte, se nomme, tempête, et crie. Après avoir essuyé bien des
+difficultés, il entre, et jette les eunuques dans un désordre
+extrême. Il marche à grands pas; mais il recule en arrière, et tombe
+comme des nues, quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image,
+dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours; il veut
+que les eunuques lui aident à tuer cet imposteur; mais il n'est pas
+obéi. Il n'a plus qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter
+au jugement de ses femmes. Dans une heure le faux Ibrahim avoit
+séduit tous ses juges. Il est chassé et traîné indignement hors du
+sérail, et il auroit reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit
+ordonné qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel Ibrahim, resté
+maître du champ de bataille, se montra de plus en plus digne d'un
+tel choix, et se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. Vous
+ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces femmes. Dites, dites
+plutôt que cet imposteur ne me ressemble pas, disoit le triomphant
+Ibrahim: comment faut-il faire pour être votre époux, si ce que je
+fais ne suffit pas?
+
+Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les femmes. Si vous n'êtes
+pas Ibrahim, il nous suffit que vous ayez si bien mérité de l'être:
+vous êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans le cours de
+dix années. Vous me promettez donc, reprit-il, que vous vous
+déclarerez en ma faveur contre cet imposteur? N'en doutez pas,
+dirent-elles d'une commune voix; nous vous jurons une fidélité
+éternelle: nous n'avons été que trop longtemps abusées: le traître
+ne soupçonnoit point notre vertu, il ne soupçonnoit que sa
+foiblesse; nous voyons bien que les hommes ne sont point faits comme
+lui; c'est à vous sans doute qu'ils ressemblent: si vous saviez
+combien vous nous le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de
+nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: vous ne connoissez
+point encore tout le tort qu'il vous a fait. Nous jugeons de son
+injustice par la grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. Oui,
+vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré l'expiation au
+crime: je suis bien aise que vous soyez contentes de ma manière de
+punir. Mais, dirent ces femmes, si cet imposteur revient, que
+ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous tromper,
+répondit-il: dans la place que j'occupe auprès de vous, on ne se
+soutient guère par la ruse; et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que
+vous n'entendrez plus parler de lui, pour lors je prendrai sur moi
+le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; je saurai
+m'assurer de vous, sans vous gêner; j'ai assez bonne opinion de mon
+mérite pour croire que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas
+vertueuses avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette conversation
+dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plus frappées de la
+différence des deux Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient
+pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles. Enfin le mari
+désespéré revint encore les troubler; il trouva toute sa maison dans
+la joie, et les femmes plus incrédules que jamais. La place n'étoit
+pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; et un instant après
+le faux Ibrahim le suivit, le prit, le transporta dans les airs, et
+le laissa à quatre cents lieues de là.
+
+O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent ces femmes dans
+l'absence de leur cher Ibrahim! Déjà leurs eunuques avoient repris
+leur sévérité naturelle; toute la maison étoit en larmes; elles
+s'imaginoient quelquefois que tout ce qu'il leur étoit, arrivé
+n'étoit qu'un songe; elles se regardoient toutes les unes les
+autres, et se rappeloient les moindres circonstances de ces étranges
+aventures. Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; il leur
+parut que son voyage n'avoit pas été pénible. Le nouveau maître prit
+une conduite si opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les
+voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa maison accessible
+à tout le monde: il ne voulut pas même souffrir que ses femmes se
+voilassent. C'étoit une chose singulière de les voir dans les
+festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. Ibrahim crut avec
+raison que les coutumes du pays n'étoient pas faites pour des
+citoyens comme lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense: il
+dissipa avec une immense profusion les biens du jaloux, qui, de
+retour trois ans après des pays lointains où il avoit été
+transporté, ne trouva plus que ses femmes et trente-six enfants.
+
+ De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLII.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Voici une lettre que je reçus hier d'un savant: elle te paroîtra
+singulière.
+
+ «Monsieur,
+
+«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession d'un oncle
+très-riche, qui m'a laissé cinq ou six cent mille livres, et une
+maison superbement meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on
+en sait faire un bon usage. Je n'ai point d'ambition ni de goût pour
+les plaisirs: je suis presque toujours enfermé dans un cabinet, où
+je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu que l'on trouve un
+curieux amateur de la vénérable antiquité.
+
+«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois fort souhaité de le
+faire enterrer avec les cérémonies observées par les anciens Grecs
+et Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, ni urnes, ni
+lampes antiques.
+
+«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces précieuses raretés. Il y
+a quelques jours que je vendis ma vaisselle d'argent pour acheter
+une lampe de terre qui avoit servi à un philosophe stoïcien. Je me
+suis défait de toutes les glaces dont mon oncle avoit couvert
+presque tous les murs de ses appartements, pour avoir un petit
+miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage de Virgile: je suis
+charmé d'y voir ma figure représentée, au lieu de celle du cygne de
+Mantoue. Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis d'or cinq ou six
+pièces de monnoie de cuivre qui avoit cours il y a deux mille ans.
+Je ne sache pas avoir à présent dans ma maison un seul meuble qui
+n'ait été fait avant la décadence de l'empire. J'ai un petit cabinet
+de manuscrits fort précieux et fort chers: quoique je me tue la vue
+à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en servir que des exemplaires
+imprimés, qui ne sont pas si corrects, et que tout le monde a entre
+les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, je ne laisse pas
+d'avoir une passion démesurée de connoître tous les anciens chemins
+qui étoient du temps des Romains. Il y en a un qui est près de chez
+moi, qu'un proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cents
+ans: lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne manque jamais
+d'y passer, quoiqu'il soit très incommode, et qu'il m'allonge de
+plus d'une lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on y a mis
+des poteaux de bois de distance en distance, pour marquer
+l'éloignement des villes voisines; je suis désespéré de voir ces
+misérables indices, au lieu des colonnes milliaires qui y étoient
+autrefois: je ne doute pas que je ne les fasse rétablir par mes
+héritiers, et que je ne les engage à cette dépense par mon
+testament. Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit persan, vous me
+ferez plaisir de m'en accommoder: je vous le payerai tout ce que
+vous voudrez; et je vous donnerai par-dessus le marché quelques
+ouvrages de ma façon, par lesquels vous verrez que je ne suis point
+un membre inutile de la république des lettres. Vous y remarquerez
+entre autres une dissertation, où je prouve que la couronne dont on
+se servoit autrefois dans les triomphes étoit de chêne, et non pas
+de laurier: vous en admirerez une autre, où je prouve, par de doctes
+conjectures tirées des plus graves auteurs grecs, que Cambyses fut
+blessé à la jambe gauche, et non pas à la droite; une autre, où je
+prouve qu'un petit front étoit une beauté recherchée par les
+Romains. Je vous enverrai encore un volume in-quarto, en forme
+d'explication d'un vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile.
+Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours; et quant à
+présent, je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien
+mythologiste grec, qui n'avoit point paru jusques ici, et que j'ai
+découvert dans la poussière d'une bibliothèque. Je vous quitte pour
+une affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit de restituer
+un beau passage de Pline le naturaliste, que les copistes du
+cinquième siècle ont étrangement défiguré. Je suis, etc.»
+
+
+FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.
+
+
+«Dans une île près des Orcades, il naquit un enfant qui avoit pour
+père Éole, dieu des vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. On
+dit de lui qu'il apprit tout seul à compter avec ses doigts; et que,
+dès l'âge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les métaux,
+que sa mère ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une
+d'or, il reconnut la tromperie, et la jeta par terre.
+
+«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le secret d'enfermer les
+vents dans une outre, qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs;
+mais comme la marchandise n'étoit pas fort prisée dans son pays, il
+le quitta, et se mit à courir le monde en compagnie de l'aveugle
+dieu du hasard.
+
+«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique l'or reluisoit de
+toutes parts: cela fit qu'il y précipita ses pas. Il y fut fort mal
+reçu de Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu ayant quitté la
+terre, il s'avisa d'aller dans tous les carrefours, où il crioit
+sans cesse d'une voix rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être
+riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; votre erreur me
+fait pitié: croyez-moi, quittez le pays des vils métaux; venez dans
+l'empire de l'imagination; et je vous promets des richesses qui vous
+étonneront vous-mêmes. Aussitôt il ouvrit une grande partie des
+outres qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise à
+qui en voulut.
+
+«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours, et il s'écria:
+Peuples de Bétique, voulez-vous être riches? Imaginez-vous que je le
+suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup aussi; mettez-vous tous
+les matins dans l'esprit que votre fortune a doublé pendant la nuit;
+levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers, allez les payer
+de ce que vous aurez imaginé; et dites-leur d'imaginer à leur tour.
+
+«Il reparut quelques jours après, et il parla ainsi: Peuples de
+Bétique, je vois bien que votre imagination n'est pas si vive que
+les premiers jours; laissez-vous conduire à la mienne; je mettrai
+tous les matins devant vos yeux un écriteau qui sera pour vous la
+source des richesses: vous n'y verrez que quatre paroles; mais elles
+seront bien significatives, car elles régleront la dot de vos
+femmes, la légitime de vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et
+quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui étoient le plus près de
+lui; quant à vous, mes chers enfants (je puis vous appeler de ce
+nom, car vous avez reçu de moi une seconde naissance), mon écriteau
+décidera de la magnificence de vos équipages, de la somptuosité de
+vos festins, du nombre et de la pension de vos maîtresses.
+
+«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, tout essoufflé;
+et, transporté de colère, il s'écria: Peuples de Bétique, je vous
+avois conseillé d'imaginer, et je vois que vous ne le faites pas: eh
+bien! à présent je vous l'ordonne. Là-dessus, il les quitta
+brusquement; mais la réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends
+que quelques-uns de vous sont assez détestables pour conserver leur
+or et leur argent. Encore passe pour l'argent; mais pour de l'or....
+pour de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... Je jure par
+mes outres sacrées que, s'ils ne viennent me l'apporter, je les
+punirai sévèrement. Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif:
+Croyez-vous que ce soit pour garder ces misérables métaux que je
+vous les demande? Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque vous
+me les apportâtes il y a quelques jours, je vous en rendis
+sur-le-champ la moitié.
+
+«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le vit s'insinuer avec une
+voix douce et flatteuse: Peuples de Bétique, j'apprends que vous
+avez une partie de vos trésors dans les pays étrangers; je vous
+prie, faites-les-moi venir; vous me ferez plaisir, et je vous en
+aurai une reconnoissance éternelle.
+
+«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient pas grande envie de
+rire; ils ne purent pourtant s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en
+retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une
+petite prière: je sais que vous avez des pierres précieuses; au nom
+de Jupiter, défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit comme ces
+sortes de choses; défaites-vous-en, vous dis-je: si vous ne le
+pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des hommes d'affaires
+excellents. Que de richesses vont couler chez vous, si vous faites
+ce que je vous conseille! Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura
+de plus pur dans mes outres.
+
+«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant une voix plus assurée,
+il dit: Peuples de Bétique, j'ai comparé l'heureux état dans lequel
+vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque j'arrivai ici; je
+vous vois le plus riche peuple de la terre: mais, pour achever votre
+fortune, souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. A ces
+mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut, et laissa ses
+auditeurs dans une consternation inexprimable; ce qui fit qu'il
+revint le lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier que mon
+discours vous déplut extrêmement. Eh bien! prenez que je ne vous aie
+rien dit. Il n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver au
+but que je me suis proposé. Assemblons nos richesses dans un même
+endroit; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent pas un
+gros volume. Aussitôt il en disparut les trois quarts.»
+
+ De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLIII.
+
+RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.
+
+A Livourne.
+
+
+Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes, et de la
+puissance des talismans. Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif,
+et je suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes tous deux bien
+crédules.
+
+Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages du saint
+Alcoran; j'attache à mes bras un petit paquet, où sont écrits les
+noms de plus de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de tous
+les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits de mes habits.
+
+Cependant je ne désapprouve point ceux qui rejettent cette vertu que
+l'on attribue à de certaines paroles: il nous est bien plus
+difficile de répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre à
+nos expériences.
+
+Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue habitude, pour me
+conformera une pratique universelle: je crois que, s'ils n'ont pas
+plus de vertu que les bagues et les autres ornements dont on se
+pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets toute ta confiance
+sur quelques lettres mystérieuses, et, sans cette sauvegarde, tu
+serois dans un effroi continuel.
+
+Les hommes sont bien malheureux! ils flottent sans cesse entre de
+fausses espérances et des craintes ridicules: et, au lieu de
+s'appuyer sur la raison, ils se font des monstres qui les
+intimident, ou des fantômes qui les séduisent.
+
+Quel effet veux-tu que produise l'arrangement de certaines lettres?
+Quel effet veux-tu que leur dérangement puisse troubler? quelle
+relation ont-elles avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec
+la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec ce que les
+médecins appellent l'humeur peccante et la cause morbifique des
+maladies, pour les guérir?
+
+Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux qui fatiguent leur
+raison pour lui faire rapporter de certains événements à des vertus
+occultes, n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher d'en
+voir la véritable cause.
+
+Tu me diras que de certains prestiges ont fait gagner une bataille:
+et moi je te dirai qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trouver
+dans la situation du terrain, dans le nombre ou dans le courage des
+soldats, dans l'expérience des capitaines, des causes suffisantes
+pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause.
+
+Je te passe pour un moment qu'il y ait des prestiges: passe-moi à
+mon tour, pour un moment, qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas
+impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche pas que deux
+armées ne puissent se battre: veux-tu que, dans ce cas-là, aucune
+des deux ne puisse remporter la victoire?
+
+Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à ce que quelque
+puissance invisible vienne le déterminer? que tous les coups seront
+perdus, toute la prudence vaine, et tout le courage inutile?
+
+Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue présente de mille
+manières, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs
+paniques que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, dans une
+armée de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme
+timide? Crois-tu que le découragement de celui-ci ne puisse pas
+produire le découragement d'un autre? que le second, qui quitte un
+troisième, ne lui fasse pas bientôt abandonner un quatrième? Il n'en
+faut pas davantage pour que le désespoir de vaincre saisisse soudain
+toute une armée, et la saisisse d'autant plus facilement qu'elle se
+trouve plus nombreuse.
+
+Tout le monde sait, et tout le monde sent, que les hommes, comme
+toutes les créatures qui tendent à conserver leur être, aiment
+passionnément la vie; on sait cela en général: et on cherche
+pourquoi, dans une certaine occasion particulière, ils ont craint de
+la perdre?
+
+Quoique les livres sacrés de toutes les nations soient remplis de
+ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n'imagine rien de si
+frivole, parce que, pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit
+par cent mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir
+auparavant examiné si aucune de ces causes n'a agi; ce qui est
+impossible.
+
+Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me semble que la
+matière ne mérite pas d'être si sérieusement traitée.
+
+ De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.
+
+_P. S._ Comme je finissois, j'ai entendu crier dans la rue une
+lettre d'un médecin de province à un médecin de Paris (car ici
+toutes les bagatelles s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai
+cru que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a du rapport à
+notre sujet. Il y a bien des choses que je n'entends pas: mais toi,
+qui es médecin, tu dois entendre le langage de tes confrères.
+
+
+LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE A UN MÉDECIN DE PARIS.
+
+Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis
+trente-cinq jours: son médecin lui ordonna l'opium; mais il ne
+pouvoit se résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la main;
+qu'il étoit plus indéterminé que jamais. Enfin il dit à son médecin:
+Monsieur, je vous demande quartier seulement jusqu'à demain: je
+connois un homme qui n'exerce pas la médecine, mais qui a chez lui
+un nombre innombrable de remèdes contre l'insomnie; souffrez que je
+l'envoie quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous promets
+que je reviendrai à vous. Le médecin congédié, le malade fit fermer
+les rideaux, et dit à un petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis,
+et dis-lui qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon cher monsieur
+Anis, je me meurs, je ne puis dormir: n'auriez-vous point, dans
+votre boutique, la C. du G., ou bien quelque livre de dévotion
+composé par un révérend père jésuite, que vous n'ayez pas pu vendre?
+car souvent les remèdes les plus gardés sont les meilleurs.
+Monsieur, dit le libraire, j'ai chez moi la Cour sainte du P.
+Caussin, en six volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je
+souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous voulez les
+oeuvres du révérend père Rodriguez, jésuite espagnol, ne vous en
+faites faute. Mais, croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin;
+j'espère, avec l'aide de Dieu, qu'une période du père Caussin vous
+fera autant d'effet qu'un feuillet tout entier de la C. du G.
+Là-dessus M. Anis sortit, et courut chercher le remède à sa
+boutique. La Cour sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du
+malade, jeune écolier, commence à la lire: il en sentit le premier
+l'effet, à la seconde page il ne prononçoit plus que d'une voix mal
+articulée, et déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un
+instant après tout ronfla, excepté le malade, qui après avoir été
+longtemps éprouvé, s'assoupit à la fin.
+
+Le médecin arrive de grand matin. Hé bien! a-t-on pris mon opium? On
+ne lui répond rien: la femme, la fille, le petit garçon, tous
+transportés de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande ce que
+c'est; on lui dit: Vive le père Caussin! il faut l'envoyer relier.
+Qui l'eût dit? qui l'eût cru? c'est un miracle! Tenez, monsieur,
+voyez donc le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir mon
+père. Et là-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit
+passée.
+
+Le médecin étoit un homme subtil, rempli des mystères de la cabale,
+et de la puissance des paroles et des esprits: cela le frappa; et,
+après plusieurs réflexions, il résolut de changer absolument sa
+pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une
+expérience; il faut la pousser plus loin. Hé pourquoi un esprit ne
+pourroit-il pas transmettre à son ouvrage les mêmes qualités qu'il a
+lui-même? ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins cela
+vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires;
+leurs sirops, leurs juleps, et toutes les drogues galéniques ruinent
+les malades et leur santé: changeons de méthode; éprouvons la vertu
+des esprits. Sur cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, comme
+vous allez voir par la description que je vous vais faire des
+principaux remèdes qu'il mit en pratique.
+
+
+_Tisane purgative._
+
+Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en grec; deux
+feuilles d'un traité de théologie scholastique le plus aigu, comme,
+par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne;
+six d'Averroès; trois de Porphyre; autant de Plotin; autant de
+Jamblique: faites infuser le tout pendant vingt-quatre heures, et
+prenez-en quatre prises par jour.
+
+
+_Purgatif plus violent._
+
+Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des I***;
+faites-les distiller au bain-marie; mortifiez une goutte de l'humeur
+âcre et piquante qui en viendra, dans un verre d'eau commune: avalez
+le tout avec confiance.
+
+
+_Vomitif._
+
+Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons funèbres
+indifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de
+celles de M. de N.; un recueil de nouveaux opéras; cinquante romans;
+trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans un matras; laissez-le
+en digestion pendant deux jours; puis faites-le distiller au feu de
+sable. Et si tout cela ne suffit pas,
+
+
+_Autre plus puissant._
+
+Prenez une feuille de papier marbré, qui ait servi à couvrir un
+recueil des pièces des J. F.; faites-la infuser l'espace de trois
+minutes; faites chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez.
+
+
+_Remède très-simple pour guérir de l'asthme._
+
+Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, ci-devant
+jésuite, prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque
+période: et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à
+peu, sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.
+
+
+_Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin des chevaux._
+
+Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés métaphysiques, une
+distinction, six vers de Chapelain, une phrase tirée des lettres de
+M. l'abbé de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau de papier,
+que vous plierez, attacherez à un ruban, et porterez au col.
+
+
+_Miraculum chymicum, de violenta fermentatione cum fumo, igne et
+flammâ._
+
+Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione Lallemaniana; fiat
+fermentatio cum magna vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et
+invicem penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio ardentium
+spirituum. Pone liquorem fermentatum in alembico: nihil inde
+extrahes, et nihil invenies, nisi caput mortuum.
+
+
+_Lenitivum._
+
+Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris relaxativi paginas
+sex; Vasquii emollientis folium unum: infunde in aquæ communis
+libras iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur et
+exprimantur; et in expressione dissolve Bauni detersivi et Tamburini
+abluentis folia iij.
+
+Fiat clyster.
+
+
+_In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut febrim-amatoriam,
+appellat._
+
+Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ Sanchii de matrimonio folia
+ij. Infundantur in aquæ communis libras quinque.
+
+Fiat ptisana aperiens.
+
+ * * * * *
+
+Voilà les drogues que notre médecin mit en pratique, avec un succès
+imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses
+malades, employer des remèdes rares, et qui ne se trouvent presque
+point: comme, par exemple, une épître dédicatoire qui n'ait fait
+bâiller personne; une préface trop courte; un mandement fait par un
+évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par un janséniste, ou
+bien admiré par un jésuite. Il disoit que ces sortes de remèdes ne
+sont propres qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle il
+avoit une antipathie insurmontable.
+
+
+
+
+LETTRE CXLIV.
+
+USBEK A RICA.
+
+
+Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où
+j'étois allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur
+caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien
+appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit est vrai, parce que
+je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose: Ce
+que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.
+
+J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne
+me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait
+beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien; le second
+attaque les opinions des autres; et c'est le bien de tout le monde.
+
+Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal ceux qui en ont une dose
+plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la
+nature! Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. Ils
+cherchent à être supérieurs; et ils ne sont pas seulement égaux.
+
+Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. Vous faites la douceur
+et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je
+vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n'humiliez
+personne; et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare
+dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois partout, je les
+précipite de leur tribunal, et je les mets à vos pieds.
+
+ De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLV.
+
+USBEK A ***.
+
+
+Un homme d'esprit est ordinairement difficile dans les sociétés. Il
+choisit peu de personnes; il s'ennuie avec tout ce grand nombre de
+gens qu'il lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible
+qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût: autant d'ennemis.
+
+Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent de le faire.
+
+Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de choses qu'un
+autre, et les sent mieux.
+
+Il ruine presque toujours sa fortune, parce que son esprit lui
+fournit pour cela un plus grand nombre de moyens.
+
+Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde beaucoup. Sa
+vue, qui se porte toujours loin, lui fait voir des objets qui sont à
+de trop grandes distances. Sans compter que, dans la naissance d'un
+projet, il est moins frappé des difficultés qui viennent de la
+chose, que des remèdes qui sont de lui, et qu'il tire de son propre
+fonds.
+
+Il néglige les menus détails, dont dépend cependant la réussite de
+presque toutes les grandes affaires.
+
+L'homme médiocre, au contraire, cherche à tirer parti de tout: il
+sent bien qu'il n'a rien à perdre en négligences.
+
+L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme
+médiocre. On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter
+à celui-là. Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne lui
+pardonne rien, on supplée tout en faveur de l'autre: la vanité se
+déclare pour lui.
+
+Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, que dirons-nous
+de la dure condition des savants?
+
+Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une lettre d'un d'eux à un
+de ses amis. La voici.
+
+ «Monsieur,
+
+«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les nuits, à regarder, avec
+des lunettes de trente pieds, ces grands corps qui roulent sur nos
+têtes; et quand je veux me délasser, je prends mes petits
+microscopes, et j'observe un ciron ou une mite.
+
+«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule chambre: je n'ose
+même y faire du feu, parce que j'y tiens mon thermomètre, et que la
+chaleur étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier, je pensai
+mourir de froid; et quoique mon thermomètre, qui étoit au plus bas
+degré, m'avertît que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai
+point; et j'ai la consolation d'être instruit exactement des
+changements de temps les plus insensibles de toute l'année passée.
+
+«Je me communique fort peu: et, de tous les gens que je vois, je
+n'en connois aucun. Mais il y a un homme à Stockholm, un autre à
+Leipsick, un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, et que je ne
+verrai sans doute jamais, avec lesquels j'entretiens une
+correspondance si exacte, que je ne laisse pas passer un courrier
+sans leur écrire.
+
+«Mais, quoique je ne connoisse personne dans mon quartier, je suis
+dans une si mauvaise réputation, que je serai, à la fin, obligé de
+le quitter. Il y a cinq ans que je fus rudement insulté par une de
+mes voisines, pour avoir fait la dissection d'un chien qu'elle
+prétendoit lui appartenir. La femme d'un boucher, qui se trouva là,
+se mit de la partie; et, pendant que celle-là m'accabloit d'injures,
+celle-ci m'assommoit à coups de pierres, conjointement avec le
+docteur ***, qui étoit avec moi, et qui reçut un coup terrible sur
+l'os frontal et occipital, dont le siége de sa raison fut
+très-ébranlé.
+
+«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque chien au bout de la
+rue, il est aussitôt décidé qu'il a passé par mes mains. Une bonne
+bourgeoise qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, disoit-elle,
+plus que ses enfants, vint l'autre jour s'évanouir dans ma chambre;
+et, ne le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. Je crois
+que je ne serai jamais délivré de la malice importune de ces femmes
+qui, avec leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans cesse de
+l'oraison funèbre de tous les automates qui sont morts depuis dix
+ans.
+
+«Je suis, etc.»
+
+Tous les savants étoient autrefois accusés de magie. Je n'en suis
+point étonné. Chacun disoit en lui-même: j'ai porté les talents
+naturels aussi loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain
+savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il y ait là quelque
+diablerie.
+
+A présent que ces sortes d'accusations sont tombées dans le décri,
+on a pris un autre tour; et un savant ne sauroit guère éviter le
+reproche d'irréligion ou d'hérésie. Il a beau être absous par le
+peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais bien. C'est
+toujours pour lui un endroit malade. Un adversaire viendra, trente
+ans après, lui dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise que ce
+dont on vous accuse soit vrai! mais vous avez été obligé de vous
+défendre. C'est ainsi qu'on tourne contre lui sa justification même.
+
+S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse dans
+l'esprit, et quelque droiture dans le coeur, on lui suscite mille
+persécutions. On ira contre lui soulever le magistrat sur un fait
+qui s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa plume soit
+captive, si elle n'est pas vénale.
+
+Plus heureux cependant que ces hommes lâches, qui abandonnent leur
+foi pour une médiocre pension; qui, à prendre toutes leurs
+impostures en détail, ne les vendent pas seulement une obole; qui
+renversent la constitution de l'empire, diminuent les droits d'une
+puissance, augmentent ceux d'une autre, donnent aux princes, ôtent
+aux peuples, font revivre des droits surannés, flattent les passions
+qui sont en crédit de leur temps, et les vices qui sont sur le
+trône, imposant à la postérité, d'autant plus indignement qu'elle a
+moins de moyens de détruire leur témoignage.
+
+Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir essuyé toutes ces
+insultes; ce n'est point assez pour lui d'avoir été dans une
+inquiétude continuelle sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour
+enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire des querelles
+de toutes parts. Et comment les éviter? Il avoit un sentiment; il
+l'a soutenu par ses écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux
+cents lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant la
+guerre qui se déclare.
+
+Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque considération! Non. Il
+n'est tout au plus estimé que de ceux qui se sont appliqués au même
+genre de science que lui. Un philosophe a un mépris souverain pour
+un homme qui a la tête chargée de faits; et il est, à son tour,
+regardé comme un visionnaire par celui qui a une bonne mémoire.
+
+Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse ignorance, ils
+voudroient que tout le genre humain fût enseveli dans l'oubli où ils
+seront eux-mêmes.
+
+Un homme à qui il manque un talent se dédommage en le méprisant: il
+ôte cet obstacle qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par
+là, se trouve au niveau de celui dont il redoute les travaux.
+
+Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque, la privation des
+plaisirs et la perte de la santé.
+
+ De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLVI.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne foi étoit l'âme d'un
+grand ministre.
+
+Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se trouve; il ne se
+décrédite que devant quelques gens; il se tient couvert devant les
+autres: mais un ministre qui manque à la probité a autant de
+témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il gouverne.
+
+Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministre sans
+probité n'est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple:
+il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est le
+mauvais exemple qu'il donne.
+
+Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les Indes. J'y ai vu une
+nation, naturellement généreuse, pervertie en un instant, depuis le
+dernier des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais exemple
+d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, chez qui la générosité, la
+probité, la candeur et la bonne foi ont passé de tout temps pour les
+qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier des peuples; le
+mal se communiquer, et n'épargner pas même les membres les plus
+sains; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et
+violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers
+principes de la justice, sur ce vain prétexte qu'on la leur avoit
+violée.
+
+Ils appeloient des lois odieuses en garantie des actions les plus
+lâches; et nommoient nécessité l'injustice et la perfidie.
+
+J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions
+anéanties, toutes les lois des familles renversées. J'ai vu des
+débiteurs avares, fiers d'une insolente pauvreté, instruments
+indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre
+un payement au lieu de le faire, et porter le couteau dans le sein
+de leurs bienfaiteurs.
+
+J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour
+rien, ou plutôt ramasser de terre des feuilles de chêne, pour les
+mettre à la place de la substance des veuves et des orphelins.
+
+J'ai vu naître soudain, dans tous les coeurs, une soif insatiable
+des richesses. J'ai vu se former en un moment une détestable
+conjuration de s'enrichir, non par un honnête travail et une
+généreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'État et des
+concitoyens.
+
+J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher
+qu'en disant: J'ai ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une
+autre demain.
+
+Je vais, disoit un autre, avec un homme noir qui porte une écritoire
+à la main et un fer pointu à l'oreille, assassiner tous ceux à qui
+j'ai de l'obligation.
+
+Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes affaires: il est vrai
+que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement,
+je laissai toute une famille en larmes, que je dissipai la dot de
+deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un petit garçon; le
+père en mourra de douleur, la mère périt de tristesse: mais je n'ai
+fait que ce qui est permis par la loi.
+
+Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il
+corrompt les moeurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus
+généreuses, ternit l'éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et
+confond la plus haute naissance dans le mépris universel?
+
+Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir de la honte de
+ses pères? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer
+de ses aïeux avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le jour?
+Je ne doute pas que les nobles ne retranchent de leurs quartiers un
+indigne degré de noblesse qui les déshonore, et ne laissent la
+génération présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.
+
+ De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLVII.
+
+LE GRAND EUNUQUE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Les choses sont venues à un état qui ne se peut plus soutenir: tes
+femmes se sont imaginé que ton départ leur laissoit une impunité
+entière; il se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même
+au cruel récit que je vais te faire.
+
+Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée, laissa tomber son
+voile, et parut presque à visage découvert devant tout le peuple.
+
+J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses esclaves; chose si
+défendue par les lois du sérail.
+
+J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, une lettre que je
+t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir à qui elle étoit adressée.
+
+Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans le jardin du sérail,
+et il se sauva par-dessus les murailles.
+
+Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma connoissance; car
+sûrement tu es trahi. J'attends tes ordres: et, jusqu'à l'heureux
+moment que je les recevrai, je vais être dans une situation
+mortelle. Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma discrétion, je
+ne te réponds d'aucune d'elles, et j'aurai tous les jours des
+nouvelles aussi tristes à te mander.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 1er de la lune de Rhégeb, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CXLVIII.
+
+USBEK AU PREMIER EUNUQUE.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes sur tout le sérail:
+commandez avec autant d'autorité que moi-même; que la crainte et la
+terreur marchent avec vous; courez d'appartements en appartements
+porter les punitions et les châtiments; que tout vive dans la
+consternation, que tout fonde en larmes devant vous; interrogez tout
+le sérail; commencez par les esclaves; n'épargnez pas mon amour; que
+tout subisse votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets
+les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et faites-y rentrer la
+vertu bannie. Car, dès ce moment, je mets sur votre tête les
+moindres fautes qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être celle
+à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: examinez cela
+avec des yeux de lynx.
+
+ De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXLIX.
+
+NARSIT A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Le grand eunuque vient de mourir, magnifique seigneur: comme je suis
+le plus vieux de tes esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que
+tu aies fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.
+
+Deux jours après sa mort, on m'apporta une de tes lettres qui lui
+étoit adressée: je me suis bien gardé de l'ouvrir; je l'ai
+enveloppée avec respect, et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies
+fait connoître tes sacrées volontés.
+
+Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me dire qu'il avoit
+trouvé un jeune homme dans le sérail: je me levai, j'examinai la
+chose, et je trouvai que c'étoit une vision.
+
+Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te prie de compter
+sur mon zèle, mon expérience et ma vieillesse.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CL.
+
+USBEK A NARSIT.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Malheureux que vous êtes, vous avez dans vos mains des lettres qui
+contiennent des ordres prompts et violents; le moindre retardement
+peut me désespérer: et vous demeurez tranquille sous un vain
+prétexte!
+
+Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être la moitié de mes
+esclaves qui méritent la mort. Je vous envoie la lettre que le
+premier eunuque m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez
+ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez trouvé des
+ordres sanglants. Lisez-les donc ces ordres: et vous périrez, si
+vous ne les exécutez pas.
+
+ De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CLI.
+
+SOLIM A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Si je gardois plus longtemps le silence, je serois aussi coupable
+que tous ces criminels que tu as dans le sérail.
+
+J'étois le confident du grand eunuque, le plus fidèle de tes
+esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa fin, il me fit appeler, et me
+dit ces paroles: Je me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en
+quittant la vie, c'est que mes derniers regards aient trouvé les
+femmes de mon maître criminelles. Le ciel puisse le garantir de tous
+les malheurs que je prévois! puisse, après ma mort, mon ombre
+menaçante venir avertir ces perfides de leur devoir, et les
+intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables lieux; va les
+porter au plus vieux des noirs. Mais si, après ma mort, il manque de
+vigilance, songe à en avertir ton maître. En achevant ces mots, il
+expira dans mes bras.
+
+Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant sa mort, sur la
+conduite de tes femmes: il y a dans le sérail une lettre qui auroit
+porté la terreur avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que tu
+as écrite depuis a été surprise à trois lieues d'ici: je ne sais ce
+que c'est, tout se tourne malheureusement.
+
+Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenue: depuis la mort
+du grand eunuque, il semble que tout leur soit permis; la seule
+Roxane est restée dans le devoir, et conserve de la modestie. On
+voit les moeurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur
+le visage de tes femmes cette vertu mâle et sévère qui y régnoit
+autrefois: une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, est un
+témoignage infaillible, selon moi, de quelque satisfaction nouvelle;
+dans les plus petites choses, je remarque des libertés jusqu'alors
+inconnues. Il règne, même parmi tes esclaves, une certaine indolence
+pour leur devoir et pour l'observation des règles, qui me surprend;
+ils n'ont plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit animer
+tout le sérail.
+
+Tes femmes ont été huit jours à la campagne, à une de tes maisons
+les plus abandonnées. On dit que l'esclave qui en a soin a été
+gagné; et qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait
+cacher deux hommes dans un réduit de pierre qui est dans la muraille
+de la principale chambre, d'où ils sortoient le soir lorsque nous
+étions retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à notre tête,
+est un imbécile, à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut.
+
+Je suis agité d'une colère vengeresse contre tant de perfidies: et
+si le ciel vouloit, pour le bien de ton service, que tu me jugeasses
+capable de gouverner, je te promets que, si tes femmes n'étoient pas
+vertueuses, au moins elles seroient fidèles.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLII.
+
+NARSIT A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne; je n'ai pas cru
+devoir le leur refuser. Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et
+des esclaves vigilants: je commande en des lieux où la vertu semble
+s'être choisi un asile. Compte qu'il ne s'y passera rien que tes
+yeux ne puissent soutenir.
+
+Il est arrivé un malheur qui me met en grande peine. Quelques
+marchands arméniens, nouvellement arrivés à Ispahan, avoient apporté
+une de tes lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la
+chercher; il a été volé à son retour, de manière que la lettre est
+perdue. Écris-moi donc promptement; car je m'imagine que, dans ce
+changement, tu dois avoir des choses de conséquence à me mander.
+
+ Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLIII.
+
+USBEK A SOLIM.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que j'ai à présent dans
+le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel
+emploi: mais n'y porte ni coeur ni pitié. J'écris à mes femmes de
+t'obéir aveuglément: dans la confusion de tant de crimes, elles
+tomberont devant tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur et
+mon repos: rends-moi mon sérail comme je l'ai laissé. Mais commence
+par l'expier; extermine les coupables, et fais trembler ceux qui se
+proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer de ton maître
+pour des services si signalés? Il ne tiendra qu'à toi de te mettre
+au-dessus de ta condition même, et de toutes les récompenses que tu
+as jamais désirées.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLIV.
+
+USBEK A SES FEMMES.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Puisse cette lettre être comme la foudre qui tombe au milieu des
+éclairs et des tempêtes! Solim est votre premier eunuque, non pas
+pour vous garder, mais pour vous punir. Que tout le sérail s'abaisse
+devant lui. Il doit juger vos actions passées: et, pour l'avenir, il
+vous fera vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez
+votre liberté, si vous ne regrettez pas votre vertu.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLV.
+
+USBEK A NESSIR.
+
+A Ispahan.
+
+
+Heureux celui qui, connoissant tout le prix d'une vie douce et
+tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille, et ne
+connoît d'autre terre que celle qui lui a donné le jour.
+
+Je vis dans un climat barbare, présent à tout ce qui m'importune,
+absent de tout ce qui m'intéresse. Une tristesse sombre me saisit;
+je tombe dans un accablement affreux: il me semble que je
+m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même que lorsqu'une sombre
+jalousie vient s'allumer, et enfanter dans mon âme la crainte, les
+soupçons, la haine et les regrets.
+
+Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans mon coeur comme dans
+le tien: je te ferois pitié, si tu savois mon état déplorable.
+J'attends quelquefois six mois entiers des nouvelles du sérail; je
+compte tous les instants qui s'écoulent; mon impatience me les
+allonge toujours; et lorsque celui qui a été tant attendu est près
+d'arriver, il se fait dans mon coeur une révolution soudaine; ma
+main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette inquiétude qui me
+désespéroit, je la trouve l'état le plus heureux où je puisse être,
+et je crains d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que mille
+morts.
+
+Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de ma patrie, quoique
+je doive ma vie à ma retraite, je ne puis plus, Nessir, rester dans
+cet affreux exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en proie à mes
+chagrins? J'ai pressé mille fois Rica de quitter cette terre
+étrangère; mais il s'oppose à toutes mes résolutions; il m'attache
+ici par mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie; ou
+plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même, tant il est insensible
+à mes déplaisirs.
+
+Malheureux que je suis! je souhaite de revoir ma patrie, peut-être
+pour devenir plus malheureux encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais
+rapporter ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout: j'entrerai dans
+le sérail; il faut que j'y demande compte du temps funeste de mon
+absence: et si j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et si la
+seule idée m'accable de si loin, que sera-ce, lorsque ma présence la
+rendra plus vive? que sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que
+j'entende ce que je n'ose imaginer sans frémir? que sera-ce enfin,
+s'il faut que des châtiments que je prononcerai moi-même soient des
+marques éternelles de ma confusion et de mon désespoir?
+
+J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles pour moi que pour les
+femmes qui y sont gardées; j'y porterai tous mes soupçons; leurs
+empressements ne m'en déroberont rien; dans mon lit, dans leurs
+bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes; dans un temps si peu
+propre aux réflexions, ma jalousie trouvera à en faire. Rebut
+indigne de la nature humaine, esclaves vils dont le coeur a été
+fermé pour jamais à tous les sentiments de l'amour, vous ne gémiriez
+plus sur votre condition, si vous connoissiez le malheur de la
+mienne.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLVI.
+
+ROXANE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans le sérail; un deuil
+affreux l'environne: un tigre y exerce à chaque instant toute sa
+rage; il a mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui n'ont
+avoué que leur innocence; il a vendu une partie de nos esclaves, et
+nous a obligées de changer entre nous celles qui nous restoient.
+Zachi et Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité de la
+nuit un traitement indigne; le sacrilége n'a pas craint de porter
+sur elles ses viles mains. Il nous tient enfermées chacune dans
+notre appartement; et, quoique nous y soyons seules, il nous y fait
+vivre sous le voile: il ne nous est plus permis de nous parler; ce
+seroit un crime de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre que
+les pleurs.
+
+Une troupe de nouveaux eunuques est entrée dans le sérail, où ils
+nous assiégent nuit et jour: notre sommeil est sans cesse interrompu
+par leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me console, c'est
+que tout ceci ne durera pas longtemps, et que ces peines finiront
+avec ma vie: elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te donnerai
+pas le temps de faire cesser tous ces outrages.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLVII.
+
+ZACHI A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans la manière de me punir!
+Il m'a infligé ce châtiment qui commence par alarmer la pudeur; ce
+châtiment qui met dans l'humiliation extrême; ce châtiment qui
+ramène, pour ainsi dire, à l'enfance.
+
+Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit le sentiment
+d'elle-même, et commençoit à s'indigner, lorsque mes cris firent
+retentir les voûtes de mes appartements. On m'entendit demander
+grâce au plus vil de tous les humains, et tenter sa pitié, à mesure
+qu'il étoit plus inexorable.
+
+Depuis ce temps, son âme insolente et servile s'est élevée sur la
+mienne. Sa présence, ses regards, ses paroles, tous les malheurs
+viennent m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la
+consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il s'offre à ma vue,
+la fureur me saisit; je la trouve impuissante; et je tombe dans le
+désespoir.
+
+Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes ces barbaries. Il
+voudrait m'ôter mon amour, et profaner jusques aux sentiments de mon
+coeur. Quand il me prononce le nom de celui que j'aime, je ne sais
+plus me plaindre: je ne puis plus que mourir.
+
+J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon amour, par la force
+de mon amour. Les nuits, les jours, les moments, tout a été pour
+toi. J'étois superbe de mon amour même; et le tien me faisoit
+respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis plus soutenir
+l'humiliation où je suis descendue. Si je suis innocente, reviens
+pour m'aimer; reviens, si je suis coupable, pour que j'expire à tes
+pieds.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLVIII.
+
+ZÉLIS A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+A mille lieues de moi, vous me jugez coupable: à mille lieues de
+moi, vous me punissez.
+
+Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par
+votre ordre: c'est le tyran qui m'outrage, et non pas celui qui
+exerce la tyrannie.
+
+Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos mauvais traitements.
+Mon coeur est tranquille, depuis qu'il ne peut plus vous aimer.
+Votre âme se dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que vous
+n'êtes point heureux. Adieu.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLIX.
+
+SOLIM A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains: jamais serviteur
+fidèle n'est descendu dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes
+malheurs et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.
+
+Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis que tu m'as
+confié tes femmes, j'ai veillé nuit et jour sur elles; que je n'ai
+jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé
+mon ministère par les châtiments; et je les ai suspendus, sans
+sortir de mon austérité naturelle.
+
+Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une fidélité qui t'a été
+inutile? Oublie tous mes services passés; regarde-moi comme un
+traître; et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.
+
+Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier désormais? Tu
+soupçonnois Zachi, et tu avois pour Roxane une sécurité entière;
+mais sa vertu farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le voile
+de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme,
+qui, dès qu'il s'est vu découvert, est venu sur moi; il m'a donné
+deux coups de poignard; les eunuques, accourus au bruit, l'ont
+entouré: il s'est défendu longtemps, en a blessé plusieurs; il
+vouloit même rentrer dans la chambre, pour mourir, disoit-il, aux
+yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est tombé à
+nos pieds.
+
+Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres sévères: tu
+as mis ta vengeance en mes mains; je ne dois pas la faire languir.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,
+
+
+
+
+LETTRE CLX.
+
+SOLIM A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître; je vais punir.
+
+Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la tienne vont s'apaiser:
+nous allons exterminer le crime, et l'innocence va pâlir.
+
+O vous, qui semblez n'être faites que pour ignorer tous vos sens et
+être indignées de vos désirs mêmes; éternelles victimes de la honte
+et de la pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands flots
+dans ce sérail malheureux, pour vous voir étonnées de tout le sang
+que j'y vais répandre!
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLXI.
+
+ROXANE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques; je me suis jouée de
+ta jalousie; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de
+délices et de plaisirs.
+
+Je vais mourir; le poison va couler dans mes veines: car que
+ferois-je ici, puisque le seul homme qui me retenoit à la vie n'est
+plus? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: je viens
+d'envoyer devant moi ces gardiens sacriléges, qui ont répandu le
+plus beau sang du monde.
+
+Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que
+je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices? que, pendant
+que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes
+désirs? Non: j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été
+libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit
+s'est toujours tenu dans l'indépendance.
+
+Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait; de
+ce que je me suis abaissée jusqu'à te paroître fidèle; de ce que
+j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurois dû faire
+paroître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en
+souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.
+
+Tu étois étonné de ne point trouver en moi les transports de
+l'amour: si tu m'avois bien connue, tu y aurois trouvé toute la
+violence de la haine.
+
+Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le
+mien t'étoit soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyois
+trompée, et je te trompois.
+
+Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il possible
+qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore
+d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma
+force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affoiblir
+jusqu'à ma haine; je me meurs.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.
+
+FIN DU TOME SECOND.
+
+
+
+
+NOTES ET VARIANTES.
+
+
+(Voir l'_Index_, pour l'histoire, la religion, la philosophie, le
+droit public et privé, les moeurs orientales et européennes.)
+
+
+Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).
+
+
+Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).
+
+
+Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).
+
+«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre; _puisque son but
+est la destruction de la société_.» C'est la leçon de 1721 et de
+1754.
+
+Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions subséquentes:
+«_puisqu'elle peut avoir l'effet de détruire la société_».
+
+Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant les deux
+leçons bout à bout: «puisqu'elle peut avoir l'effet etc..., puisque
+son but est la destruction de la société.
+
+«Cette peine répond à celle du bannissement _établie dans les
+tribunaux, qui retranche_ les coupables de la société. Ainsi un
+prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché _par là_
+de notre société et n'est plus un de nos membres.»
+
+Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754.
+
+Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition complète),
+et Lefèvre 1820, d'après l'édition de Londres 1757, et peut-être sur
+des indications manuscrites de Montesquieu conservées par son fils
+et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi:
+
+«Cette peine répond à celle du bannissement, _que les tribunaux ont
+établi pour retrancher_ les coupables de la société. Ainsi un
+prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché de notre
+société, et n'est plus _un des membres qui la composent_.»
+
+Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons la correction
+du Supplément de 1754, sont ainsi rédigés dans le texte primitif:
+
+«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société ne peut être
+fondée que sur la volonté des associés: si elle est détruite par la
+conquête, le peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle
+société: et si le vainqueur en veut former, c'est une tyrannie.
+
+«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais légitimes,
+lorsqu'ils ordonnent une cession ou dédommagement plus considérable
+que le dommage causé: autrement, c'est une pure violence, contre
+laquelle on peut toujours revenir; à moins que, pour ravoir ce qu'on
+a perdu, on ne soit obligé de se servir de moyens si violents, qu'il
+en arrive un mal plus grand que le bien que l'on en doit retirer.
+
+«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public; voilà le droit
+des gens, ou plutôt celui de la raison.»
+
+En tête de la correction indiquée par le Supplément, et qui, sous
+beaucoup de rapports, est inférieure au texte primitif, se lit cet
+avertissement: «A la place des trois derniers alinéas, mettez
+ceux-ci.»
+
+Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec raison, à la suite
+du nouveau texte, la conclusion si ferme: «Voilà cher Rhédi...»
+
+
+Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)
+
+«Écoute ce que _je vais te_ dire...».
+
+1721 1re: «Ce que je _te_ vais dire...»
+
+Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de Montesquieu.
+
+«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a _connu_ toute la
+fécondité.»
+
+Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a _vu_...»
+
+Cette lettre (LXXXIV de la 2e Marteau) est vivement incriminée dans
+la brochure de l'abbé Gaultier: _Lettres persannes convaincues
+d'impiété_.
+
+
+Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).
+
+«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté longtemps _dans
+leur pureté_.»
+
+Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et appartiennent aux
+éditions postérieures qui procèdent de 1757 (voir la _Bibliographie_.)
+
+«Caravansérails». 1721, 1re donne: _Caravansérais_, qui avec un ï
+serait peut-être la meilleure transcription de ce terme oriental; et
+1754: _Caravanseras_.
+
+«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des
+gardes.»
+
+Ce roi est Philippe Auguste menacé par les _Assassins_ du Vieux de
+la Montagne.
+
+
+Lettre CXI (CVII 1721-1754).
+
+«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention _à placer_ sa
+droite... qu'elle en met _à poster_ une mouche qui peut manquer...»
+
+C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure.
+
+1721 1re donne: «_porter_ une mouche. (C'est une coquille.)
+
+1721 2e donne: _poster_ sa droite,... _placer_ une mouche.
+
+Les éditions subséquentes «_poser_ une mouche» (qui ne vaut pas
+_poster_).
+
+
+Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754).
+
+Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2e Marteau (LVIII),
+avec une adresse et une date différentes.
+
+En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note, qui ne figure
+plus au Supplément:
+
+ Rica à ***
+
+«Le peuple est un animal qui voit et qui entend; mais qui ne pense
+jamais. Il est dans une léthargie ou dans une fougue surprenante; et
+il va et vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans savoir
+jamais d'où il est parti.
+
+«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur de Normandie,
+qui, voulant se rendre plus considérable à la cour, excitoit lui
+même de temps en temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt.
+
+«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui coûta, tout
+compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit assembler quelques
+canailles dans un cabaret qui donnoit le ton à toute la ville, et
+ensuite à toute la province.
+
+«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit dans les derniers
+troubles de Paris un des généraux de cette ville à un de ses amis.
+
+«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la ville; mais
+elles furent repoussées avec perte. Je compte pourtant que je
+réparerai facilement cet échec; j'ai six couplets...
+
+«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de faire paroître
+une estampe, qui fera voir Mazarin pendu; et pour peu que la
+conjoncture des affaires le demande, nous aurons la ressource
+d'ordonner au graveur de le rouer...
+
+«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et de faire du
+nom de Mazarin un mot...
+
+«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché originel que,
+pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, il a été obligé
+de renvoyer tous ses pages. Je suis, etc...
+
+ De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715.
+
+En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.»
+
+«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer _l'arrêt d'Union_, dit
+devant les députés du parlement _l'arrêt d'Ognon_; sur quoi le
+peuple fit force plaisanteries.»
+
+Le _péché originel_ dont il est question plus haut est ce vice
+contre nature qu'on nomme parfois _italien_, et qui serait mieux
+nommé _clérical_.
+
+
+Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).
+
+
+Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2e Marteau).
+
+Elle est incriminée dans la brochure: _Lettres persannes convaincues
+d'impiété._
+
+«Il ne faut donc pas compter les années du monde...»
+
+Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1re, ni dans 1721 2e Marteau, ni
+dans 1754. C'est à tort qu'il a été supprimé dans 1758 et dans
+beaucoup d'éditions postérieures.
+
+«Cependant tous les historiens _nous parlent d'un premier père;
+ils_...»
+
+Les mots en _italiques_ manquent dans la première édition. Ils sont
+déjà rétablis dans 1721 2e Marteau.
+
+L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions ne sont
+pas violentes...» appartient au Supplément de 1754.
+
+
+Lettre CXVII (CXII de 1721 1re, CII de la 2e Marteau).
+
+Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_.
+
+
+Lettre CXVIII (CXII 1re, CIII 2e Marteau).
+
+Également incriminée.
+
+
+Lettre CXX.
+
+_Tyen_, ciel des chinois.
+
+1721 1re: _Tyien_.
+
+
+Lettre CXXII
+
+«L'air se charge, comme les plantes...» Alinéa ajouté par le
+Supplément de 1754.
+
+
+Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754).
+
+Elle se trouve déjà dans 1721 2e Marteau (LX, Usbek à ***, Paris, 11
+Zilcadé 1715), avec les variantes suivantes:
+
+_Troisième alinéa._
+
+«A mon esprit; il me semble...»
+
+1721 2e: _et_ il me semble...
+
+_Quatrième alinéa._
+
+«De quelques uns de nos sujets...»
+
+1721 2e: de nos _plus riches_ sujets...
+
+«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...»
+
+1721 2e: à la multitude _innombrable_...
+
+«Faire attention qu'il _étoit_ notoire...
+
+1721 2e: qu'il _est_ notoire...
+
+«Nous ont prié, branlant la tête...»
+
+1721 2e: _en_ branlant la tête...
+
+«_Ainsi_, désirant traiter les suppliants...»
+
+1721 2e: _A ces causes_, désirant...
+
+_Septième alinéa._
+
+«A leurs femmes _et_ à leurs enfants...»
+
+1721 2e: A leurs femmes, à leurs enfants...
+
+«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...»
+
+1721 2e: dans leurs familles, _avec leurs amis_, etc...
+
+_Huitième alinéa._
+
+«_Elles_ viennent à les y contraindre...»
+
+1721 2e: _Ils_ viennent...
+
+«Défendons à nos magistrats...»
+
+1721 2e: à _tous_ nos magistrats...
+
+
+Lettre CXXVI (CXX de 1721 1re, CX de 1721 2e Marteau).
+
+Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_.
+
+
+Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1re).
+
+«semble échauffer les imaginations _mêmes_.» _Mêmes_ manque, et avec
+raison, dans 1721 1re. «Romans» pris dans le sens de _romanciers_.
+
+
+Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1re).
+
+«_N._ prit le fer à la main...» _N._ est le duc de Noailles.
+
+«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'_Index_).
+
+
+Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1re).
+
+«_Romans_» dans le sens de _romanciers_.
+
+«Zuléma». 1721 1re: Zumela.
+
+«Gemmadi 1, 1720»
+
+1 manque dans 1754.
+
+
+Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).
+
+La piquante _Lettre d'un médecin de province_ figure tout entière
+dans les deux éditions qui servent de base à notre travail. 1721 1re
+donne même _Révérend père jésuite_, là où 1754 n'a que les initiales
+R. P. J.
+
+Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des éditeurs timorés
+ont supprimé ou mis en note l'énumération des médicaments: la lettre
+s'arrête à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit passée.»
+
+Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu «Il y a bien
+des choses que je n'entends pas, etc...»
+
+Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu lui-même ces
+mutilations qu'on ne s'explique guère:
+
+«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit confié _de son
+vivant_» (ce qui est faux) «aux libraires, a jugé à propos de faire
+des retranchements. On n'a pas cru devoir en priver le lecteur qui
+les trouvera ici en notes.»
+
+«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des J***.»
+
+Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la Constitution des
+Jésuites. (Selon d'autres: concernant la Banque, ou la Bourse, et la
+Compagnie des Indes.)
+
+«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu est ici bien
+aimable d'excepter les Oraisons funèbres de Fléchier.
+
+«Teigne», 1721: _tigne_.
+
+«_Miraculum chymicum, de violenta_, etc...»
+
+Miracle chimique, par violente fermentation, avec fumée, feu et
+flamme.
+
+Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion de Lallemand; que
+la fermentation ait lieu, avec grande violence, bouillonnement et
+tonnerre, les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les sels
+alcalins: il se fera une évaporation d'esprits brûlants. Mettez la
+liqueur fermentée dans l'alambic; vous n'en tirerez rien, et n'y
+trouverez rien sinon un _caput mortuum_ (une drogue inutile et
+impuissante.)
+
+«_Lenitivum_.»
+
+Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages du laxatif
+Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez: faites infuser dans
+quatre livres d'eau ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à
+moitié; pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois feuilles
+du détersif Bauni et du diluant Tamburini.
+
+Faites du tout un lavement.
+
+«_Clyster_.» 1721-1754: _clister_.
+
+«_In chlorosim_, etc...»
+
+Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs ou
+fièvre-amoureuse.
+
+Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du révérend Thomas
+Sanchez _De matrimonio_ (Du mariage). Faites infuser dans cinq
+livres d'eau ordinaire.
+
+Faites du tout une tisane apéritive.
+
+
+Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754).
+
+Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2e Marteau (LIX).
+
+«Sa vue qui _se_ porte toujours loin...»
+
+1721 2e: qui porte...
+
+«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à
+celui-là.»
+
+1721 2e: On aime à donner..., on est charmé d'ôter...
+
+«Une mite.»
+
+1721 2e: _Mitte_...
+
+«L'hiver _dernier_, je pensai mourir...»
+
+1721 2e: L'hiver _passé_,...
+
+«On lui suscite...»
+
+1721 2e: On lui suscite_ra_...
+
+«La constitution _de_ l'empire...
+
+1721 2e: _des empires_...
+
+«Mais ce n'est _point_ assez...
+
+1721 2e: _pas_
+
+«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.»
+
+1721 2e: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715.
+
+
+Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).
+
+«Tes femmes se sont imaginé...»
+
+1721, 1754: se sont imagi_nées_...
+
+La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait devoir les
+placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur aura voulu, en les
+rassemblant, donner plus de corps à la conclusion de son _roman_ et
+finir comme il avait commencé.
+
+
+Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).
+
+«Je sais ce qu'il t'écrivit...»
+
+1721 1re, 2e et 1754 portent: je _ne_ sais (qui répond moins bien au
+sens général).
+
+«Avant qu'elles arrivassent...
+
+1721 1re, 2e: qu'elles _n_'arrivassent...
+
+
+Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de 1721 2e Marteau, et
+1730, 3e édition, Amsterdam, Jacques Desbordes).
+
+
+
+
+INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.
+
+
+A
+
+=Abbé=. Jeune abbé séduisant une actrice. XXVIII.
+
+=Abdias Ibesalon=, juif, interroge Mahomet sur les animaux impurs.
+XVIII.
+
+=Académie Française=. «établissement singulier et bizarre» inconnu en
+Perse. Babil éternel, manie du panégyrique. Quarante têtes pleines
+de figures, de métaphores et d'antithèses. LXXIII.
+
+=Actrices=. Elles ne sont point cruelles. Lettre d'une actrice à
+laquelle un abbé a ravi son innocence. XXVIII.
+
+=Adam=. «Dieu met Adam dans le paradis terrestre, à condition qu'il ne
+mangera pas d'un certain fruit: précepte absurde dans un être qui
+connoîtrait les déterminations futures des âmes; car enfin un tel
+être peut-il mettre des conditions à ses grâces, sans les rendre
+dérisoires?» LXIX.
+
+(Voir Dieu. Prescience.)
+
+Adam a peut-être été sauvé d'une catastrophe générale, comme Noé le
+fut du déluge. CXIV.
+
+=Affranchissement=, comblait sans cesse les vides de la population
+romaine. CXVI.
+
+=Afrique=, toujours très-inconnue; ses côtes ne sont plus ce qu'elles
+étaient sous les Carthaginois et les Romains. CXIII, CXIX.
+
+=Agriculture=, ses progrès intimement liés à ceux du commerce et de
+l'industrie, et réciproquement. CXVIII.
+
+Ses revenus inférieurs à ceux de l'industrie et de l'art. Un fonds
+ne produit annuellement que le vingtième de sa valeur. CVII.
+
+=Agiotage=, ses effets désastreux. CXXXII, CXLVI.
+
+(Par arrêt du conseil du 25 juillet 1719, le papier-monnaie, déclaré
+immuable, fait tomber l'or; un créancier, rue Quincampoix, tire
+l'épée contre un débiteur qui l'avait remboursé. Allusion à ce fait,
+CXLVI.)
+
+=Ainesse=. Le droit d'aînesse, invention de la vanité, détruit
+l'égalité des citoyens; il fait obstacle à la propagation. CXX.
+
+=Alchimistes=. Ils vous offrent «pour un peu d'argent le secret de
+faire de l'or.» LVIII.
+
+=Alcoran=, ses défauts: langage de Dieu, idées des hommes. XCVIII.
+
+Il ordonne de se soumettre aux puissances (allusion à l'Evangile).
+CV.
+
+Il autorise la pluralité des femmes. CXV.
+
+Plaidoyer d'une femme contre l'Alcoran. CXLI.
+
+Passages de l'Alcoran cousus dans les vêtements, comme amulette.
+CXLIII.
+
+=Alexandre= comparé à Gengiskhan. LXXXII.
+
+=Algébristes= comparés aux astrologues. CXXXV.
+
+_Ibid._ Algébriste faiseur de _système_; allusion à Law.
+
+=Ali=, gendre du prophète.
+
+(Dans un certain nombre d'éditions du temps _Hali_; déjà en 1721, on
+imprime _Aly_.
+
+Prophète des Chiites (Persans).
+
+Son nom est un talisman. CXLIII.
+
+Il est «le plus beau de tous les hommes;» expressions d'un Psaume
+appliquées au messie. XXXV.
+
+=Allemagne=, partagée en un nombre infini de petits États. CIII.
+
+Les peuples de l'Allemagne antique, avant la chute de l'empire
+romain, étaient libres; leurs rois n'étaient que des chefs à pouvoir
+limité. CXXXI.
+
+L'empire d'Allemagne «se fortifie à mesure de ses pertes.» CXXXVI.
+
+Grand vizir d'Allemagne; le prince Eugène vainqueur à Peterwaradin.
+CXXIX.
+
+=Alliances=. Alliances honorables, alliances injustes; alliances
+déshonorantes (celle d'un tyran).
+
+Il est juste et légitime de secourir un allié. XCVI.
+
+=Ambassadeur=. Faux ambassadeur de Perse à la cour de France XCII.
+
+Nargum, ambassadeur de Perse en Russie. LI, LXXXII.
+
+Ambassadeur du grand Mogol (d'Espagne) expulsé du royaume. CXXVII.
+
+=Ambroise=, sa conduite à l'égard de Théodose. LXI.
+
+(Comparez Spinoza, _Tractatus theologico-politicus_, cap. 19.)
+
+=Ame=, entièrement liée au corps et soumise aux influences physiques,
+XXXIII.
+
+«Ouvrière de sa détermination» l'âme, devant la prescience divine,
+ne serait pas plus libre qu'une boule de billard. LXIX.
+
+Gens qui croient à l'immortalité de l'âme par semestre. LXXV.
+
+Les livres juifs enseignent que la femme n'a pas d'âme. CXLI.
+
+=Amérique=, avait été découverte par les Carthaginois; très-dépeuplée,
+CXIII, par la barbarie des conquérants espagnols. CXXII.
+
+Vainement y introduit-on des esclaves; elle ne profite point des
+pertes de l'Afrique. CXIX.
+
+Indigènes et nègres y périssent par milliers dans les mines. _Ibid._
+
+=Amitié=. presque inconnue aux Asiatiques. XXXIV.
+
+=Amour=. «Dans le nombreux sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu l'amour
+et l'ai détruit par lui-même.» La polygamie éteint l'amour. VI. LVI.
+
+L'amour, chez les musulmans, est amorti par la pluralité des femmes.
+LVI.
+
+L'amour chez les Espagnols. LXXVIII.
+
+L'amour dans le paradis des femmes. CXLI.
+
+=Amulettes=, passages de l'Alcoran, noms sacrés cousus dans les
+vêtements des fidèles musulmans. CXLIII.
+
+=Anais=, ses aventures dans le paradis des femmes, et la vengeance
+qu'elle exerce sur son mari, qui l'a tuée. CXLI.
+
+=Anatomie=. Noms barbares qu'elle donne aux parties du corps. CXXXV.
+
+=Anatomiste=. soupçonné, dans son quartier, du meurtre de tous les
+chiens qui disparaissaient. CXLV.
+
+=Anciens et Modernes=. Querelles sur le mérite d'Homère. XXXVI.
+
+=Anges=. Ils demandent à élever Mahomet enfant. XXXIX.
+
+Chrétiens et musulmans rendent un culte aux bons anges et se méfient
+des mauvais. XXXV.
+
+=Anglais=. Ils limitent l'autorité de leurs rois. Leur humeur et leurs
+raisonnements sur le pouvoir. CV.
+
+=Angleterre=. Son histoire pleine de discordes d'où sort la liberté.
+
+Ses rois toujours chancelants sur un trône inébranlable.
+
+Nation qui, maîtresse de la mer, mêle le commerce avec l'empire.
+CXXXVI.
+
+=Antiquaire=. Lettre et manies innocentes d'un antiquaire malin.
+CXLII.
+
+=Aphéridon=, Guèbre qui épouse sa soeur: ses aventures. LXVII.
+
+(Féridun, Zend _Thaethraona_, sanscrit _Tritâna_, de _Trita_, l'une
+des plus anciennes divinités solaires des peuples aryens).
+
+=Aragon=. Les états d'Aragon et de Catalogne, en 1610, discutent
+quelle sera la langue employée dans les délibérations. CX.
+
+=Arche=. Légendes sur l'arche de Noé. XVIII.
+
+=Argent= (vif), employé contre les exhalaisons malignes. CXIX.
+
+=Arétin=, ses figures recommandées contre les pâles couleurs. CXLIII.
+
+=Aristote=. Le médecin de province fait entrer sa logique dans un
+purgatif, ses catégories dans un remède contre la gale. CXLIII.
+
+=Armées=. Différence des armées d'Orient et des troupes européennes.
+XC.
+
+L'avantage est du côté du prince qui est à la tête des armées. CIII.
+
+Les armées, instrument nécessaire de la tyrannie, surtout en Orient.
+_Ibid._
+
+=Arméniens=. Leurs caravanes qui partent «tous les jours» de Smyrne
+pour Ispahan, transportent en Perse les lettres venues de Marseille.
+XXVII.
+
+Marchands d'esclaves. LXXX.
+
+Quelques ministres de Cha-Soliman voulaient les expulser de Perse,
+s'ils ne se faisaient mahométans. (Allusion à l'édit de Nantes.)
+LXXXVI.
+
+Transportés par Cha-Abbas dans la province de Guilan, ils y périrent
+par milliers. CXXII.
+
+=Arrêt= qui permet de prononcer la lettre Q au gré de chacun. CX.
+
+A. du C. (Arrêts du conseil.) concernant la B. et la C. des I. ou J.
+(Ordinairement traduit: concernant la Bulle et la Constitution des
+Jésuites: Barbier préfère: concernant la Bourse et la Compagnie des
+Indes.) Purgatif violent. CXLIII.
+
+=Arts=. Mauvais usage des arts. CVI.
+
+Où nous entraînerait la perte des arts? Les barbares ont appris les
+arts des vaincus. CVII.
+
+Nécessité des arts. L'oisiveté et la mollesse incompatibles avec les
+arts. Les arts à Paris. _Ibid._
+
+=Ascétiques=. Inutilité des livres de cette espèce. CXXXIV.
+
+=Asie=, dépeuplée, CXIII; toujours livrée au despotisme. CXXXI.
+
+=Asie-Mineure=, singulièrement déchue de son antique prospérité.
+CXIII.
+
+=Astarté=, Guèbre qui épousa son frère: ses aventures. LXVII.
+
+=Asthmè=. Pour le guérir, lisez les périodes du père Maimbourg.
+CXLIII.
+
+=Astrologie judiciaire=, est tenue en honneur chez les Persans et les
+Orientaux. Rica croit fermement au concours des astres. CXXXV.
+
+=Auteurs=. Vanité des auteurs, leur impatience de la critique.
+
+Plus jaloux de leurs ouvrages que de leurs épaules. CIX.
+
+=Automates=, les animaux; allusion au système de Descartes. CXLV.
+
+=Autorité=. «Quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en
+reste plus assez à personne pour la faire revenir.» LXXXI.
+
+=Averroes=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Aveugles=. La vie aux Quinze-Vingts.
+
+Habileté des aveugles à se conduire dans Paris. XXXII.
+
+=Avicenne=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Avocats=. «Livres vivants,» ils travaillent pour les juges et se
+chargent de les instruire, parfois aussi de les tromper. LXVIII.
+
+=Avortement=. Crime sévèrement puni par les lois européennes.
+
+Abus qu'en font les femmes sauvages. CXXI.
+
+
+B
+
+=Babyloniens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en
+l'honneur de Sémiramis. XXXVIII.
+
+=Bachas=. Ils achètent leurs emplois et, ruinés, ruinent les
+provinces. XIX.
+
+=Badinage= «naturellement fait pour les toilettes... semble être venu
+à former le caractère général de la nation.» LXIII.
+
+=Balk= (Bactres), ville sainte où les Guèbres honoraient le soleil.
+LXVII.
+
+=Banque=. Ses actions. Projets financiers du ministère en 1719. CXXXI.
+
+=Baptême=, comparé aux ablutions musulmanes. XXXV.
+
+=Barbares=. Ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux
+vaincus. CVII.
+
+=Barbarie=. Ses côtes, florissantes sous les Carthaginois et les
+Romains, ont été dépeuplées et stérilisées par le mahométisme.
+CXIII, CXIX.
+
+=Barbe=. Pierre Ier et la barbe de ses sujets. LI.
+
+=Bataille=. La terreur panique d'un seul soldat en décide quelquefois.
+CXLIII.
+
+=Bâtiments=. Magnificence de Louis XIV dans ses constructions. XXXVII.
+
+=Batuecas=. Tribu des montagnes d'Espagne, mal connue des Espagnols
+eux-mêmes. LXXVIII.
+
+=Béatitude Éternelle=. Croyance défavorable à la propagation de
+l'espèce. CXX.
+
+=Beauté=. Beauté des Persanes. XXXIV.
+
+Beauté d'une esclave de Circassie, achetée à des Arméniens. LXXX.
+
+Beauté d'une femme jaune de Visapour. XCVII.
+
+Empire naturel et universel de la beauté. XXXVIII.
+
+=Beaux esprits=. Ils s'amusent aux choses puériles. XXXVI.
+
+=Beiram=. Appartement des femmes. Sérail du roi (de Perse). Toute
+esclave qui y entre devient mahométane. LXVII.
+
+=Bénéfices=. «Qui voudroit nombrer tous les gens de loi qui
+poursuivent le revenu de quelque mosquée...» LVIII.
+
+=Ben Josué=, juif, prosélyte musulman. XXXIX.
+
+=Bibliothécaire=. Portrait d'un moine bibliothécaire. Ses
+conversations avec Rica. CXXXIV-CXXXVII.
+
+=Bibliothèques=. Comment elles sont administrées par les dervis.
+CXXXIII.
+
+Voyage dans une grande bibliothèque à Paris. CXXXIII-CXXXVII.
+
+=Bienfait=. Tout homme est capable de faire du bien à un homme: mais
+c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une
+société tout entière. XC.
+
+=Boissons=. Celles qui abrutissent.
+
+Celles qui égayent et consolent, permises aux musulmans. XXXIII.
+
+=Boîtes= où l'on enferme les femmes de la Perse au passage des
+rivières. III.
+
+=Bombés=. Leur invention a ôté la liberté à tous les peuples de
+l'Europe. CVI.
+
+Défense des bombes. CVII.
+
+=Bonheur=. Réside-t-il dans les satisfactions des sens ou dans la
+pratique de la vertu? X.
+
+=Bonne foi=. Doit être l'âme d'un grand ministre. CXLVI.
+
+=Bons mots= préparés d'avance et lancés à l'aide d'un compère. LIV.
+
+=Bonzes=, confondus avec les brahmanes. CXXVI.
+
+=Bourgeois=. Ont perdu la garde de leurs villes. CVI.
+
+Sous quel prétexte les princes la leur ont retirée. _Ibid._
+
+=Boussole=. Que nous a servi l'invention de la boussole? CVI.
+
+=Brahma= récompense le suicide des veuves. CXXVI.
+
+=Brahmane=. Croit à la métempsychose, mais admet qu'on mange un animal
+quand on ne l'a pas tué soi-même. XLVI.
+
+=Bulles=, purgatif violent. CXLIII.
+
+
+C
+
+=Cabale=. Panthéisme mystique des Juifs.
+
+Pratiquée par un médecin de province. CXLIII.
+
+=Café= (=et cafés=.) Très en usage à Paris, donne de l'esprit à ceux
+qui le prennent dans certains établissements. On y joue aux échecs.
+XXXVI.
+
+Conversations que l'on y entend. CXXIX, CXXX, CXXXII.
+
+=Cambyse= a établi en Perse le mariage de la soeur et du frère.
+LXVII.
+
+A quelle jambe a-t-il été blessé? CXLII.
+
+=Cappadociens=. Ils refusèrent la liberté que leur offraient les
+Romains. CXXXI.
+
+=Capucins=. Conversation de Rica et d'un provincial de capucins. XLIX.
+
+=Carthage=. République dont on ignore les origines; rivale de Rome.
+CXXXI.
+
+=Carthaginois=, avaient découvert l'Amérique. CXXII.
+
+=Casbin=. Ville et monastère en Perse. XCIV.
+
+=Casuistes=. Leur habileté à faire passer les péchés du mortel au
+véniel. «Il y a un tour à donner à tout.» LVII.
+
+Ils mettent au jour les secrets de la nuit. Ingéniosité voluptueuse,
+crudité et danger de leurs ouvrages. CXXXIV.
+
+=Castro= (Jean de), «fameux général portugais.» XXXVIII.
+
+=Catalogne=. États d'Aragon et de Catalogne, 1610. Discussion
+préalable sur la langue à employer dans les délibérations. CX.
+
+=Catholicisme=. Son infériorité sociale devant le protestantisme.
+
+Dans l'État de l'Europe, il n'est pas possible qu'il y subsiste cinq
+cents ans. CXVIII.
+
+=Catholiques=. Les pays catholiques moins riches, moins actifs, moins
+peuplés que les pays protestants. CXVIII.
+
+=Caussin= (le P.), jésuite, né à Troyes en 1543, confesseur de Louis
+XIII, exilé par Richelieu.
+
+Sa _Cour sainte_, livre de piété en 4 volumes in-4, est recommandée
+comme somnifère à un homme qui ne dormait pas depuis trente-cinq
+jours. CXLIII.
+
+=Célibat=. Les filles esclaves condamnées à la virginité dans le
+sérail. CXV.
+
+Les Romains établissaient des peines sévères contre le célibat.
+
+Les chrétiens le proclament supérieur au mariage. CXVII.
+
+Nombre prodigieux de catholiques faisant profession de célibat.
+
+Le célibat ecclésiastique est plus nuisible à la propagation que la
+castration même.
+
+Habitude des familles de vouer un de leur membre au célibat
+religieux. _Ibid._
+
+=Cellamare= (conspiration de), allusions, CXXVII.
+
+=Cérémonies=. Leur importance secondaire en religion. XLVI.
+
+=César=, opprima la république romaine et la soumit à un pouvoir
+arbitraire. Suites de son crime. CXXXI.
+
+=Cha-Abbas=, se serait fait couper les deux bras plutôt que de signer
+l'édit de Nantes et «d'envoyer au Mogol et aux autres rois des Indes
+ses sujets les plus industrieux.» LXXXVI.
+
+Voulant priver les Turcs de soldats sur leurs frontières, il
+transporta vingt milles familles arméniennes dans la province de
+Guilan. CXXII.
+
+=Chahban=, mois ardent. XVIII.
+
+=Chansons=. Influence des chansons sur les frondeurs. CXI.
+
+=Chapelain=, bon contre la gale, la teigne, etc. CXLIII.
+
+=Chapelet=. «Heureux celui qui a toujours prié Dieu avec de petits
+grains de bois à la main!» XXIX.
+
+=Chardin=, célèbre voyageur en Perse. LXXII.
+
+=Charles XII=, tué devant une place assiégée en Norwége
+(Frédéricshall). CXXXVII. (_Esprit des lois_.) X, 13.
+
+=Chartreux=. Espèce de dervis taciturnes. LXXXIII.
+
+=Cha-Soliman=. Quelques ministres de ce prince avaient voulu expulser
+de Perse tous les Arméniens (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI.
+
+=Chat=, sorti du nez du lion. XVIII.
+
+=Châtiments=. Les châtiments dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI. (Voir
+Peines.)
+
+=Chaussures=. Les hauts talons. C.
+
+=Chauvinisme=. «Depuis le commencement de la monarchie, les Français
+n'ont jamais été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.) CXXX.
+
+=Chimie= (alchimie?), quatrième fléau qui ruine les hommes et les
+détruit en détail (?). CVI.
+
+Elle habite tantôt l'hôpital, tantôt les Petites-Maisons. CXXXV.
+
+=Chine=. Deux fois conquise par les Tartares. LXXXII.
+
+Les Chinois pensent que leurs pères, anéantis dans le Tyen, revivent
+en eux sur la terre. De là, propagation de l'espèce. CXX.
+
+Ils honorent leurs parents comme des dieux. _Ibid._
+
+Un conquérant de la Chine obligea ses sujets à se rogner les cheveux
+ou les ongles. LXI.
+
+=Chlorose=, doit céder à un tonique où entreront des figures d'Arétin
+et des passages de Sanchez. CXLIII.
+
+=Chrétiens= (vieux). Ce que c'est que les «vieux chrétiens» en Espagne
+et Portugal. Leur orgueil. LXXVIII.
+
+Les chrétiens cultivent les terres en Turquie et sont persécutés par
+les Pachas. XIX.
+
+=Christ=. Pas de royaume où il y ait eu tant de guerres civiles que
+dans celui du Christ. XXIX.
+
+=Christianisme=. Il rend tous les hommes égaux, mais n'empêche pas les
+rois chrétiens d'autoriser la traite des nègres. LXXV.
+
+Il est peu favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV.
+
+Ses rapports avec le mahométisme au point de vue des croyances.
+XXXV.
+
+Ses vices sociaux: interdiction du divorce; création d'eunuques des
+deux sexes; exaltation du célibat. CXV, CXVII, CXVIII.
+
+=Christine= (de Suède), abdique la couronne pour se donner à la
+philosophie. CXXXIX.
+
+=Circassie=, pays des belles esclaves. LXXX, XCVII.
+
+Royaume grand et dépeuplé. CXIII.
+
+=Circoncision=. Ablation d'un «petit morceau de chair.» XLVI.
+
+Mesure sanitaire qui délivre l'homme de l'impureté. XXXIX.
+
+Mahomet est né circoncis. XXXIX.
+
+=Climats=. Ils fixent les tempéraments.
+
+On n'en sort pas impunément. CXXII.
+
+=Cloître=. Cinq ou six mots d'une langue morte y assurent une vie
+tranquille. CXVIII.
+
+=Clyster= (composition d'un). CXLIII.
+
+=Coiffeuses=. Supériorité des coiffeuses françaises. CI.
+
+=Coiffures=. Variations des coiffures françaises. C.
+
+=Colonies=. Elles affaiblissent la mère-patrie sans peupler le pays où
+on les établit. CXXII.
+
+Les colonies grecques apportèrent avec elles un esprit de liberté.
+CXXXI.
+
+=Colonisation=. L'auteur y est peu favorable et n'y voit, sauf
+exception, qu'une cause de dépopulation intérieure et extérieure.
+CXXII.
+
+Il voudrait la borner à l'occupation de places pour le commerce.
+_Ibid._
+
+=Com=. (Ville de).
+
+C'est là qu'est le «tombeau de la Vierge qui a mis au monde douze
+prophètes.» Lettres I, XVII.
+
+=Commentateurs=. Armée effroyable des glossateurs, de commentateurs,
+jurisconsultes. CI.
+
+Ils peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.
+
+=Commerce=. Plus il y a d'hommes, plus il fleurit; plus il fleurit,
+plus il y a d'hommes. CXVI.
+
+=Communisme=. Montesquieu semble avoir attribué quelques avantages à
+l'indivision: «Le peuple Troglodyte se regardoit comme une seule
+famille: les troupeaux étoient presque toujours confondus; la seule
+peine qu'on s'épargnoit ordinairement, c'étoit de les partager.»
+Lettre XII.
+
+=Compères=. Le rôle des compères dans les conversations du monde. LIV.
+
+=Compilateurs=. Contre leurs plagiats stériles. LXVI.
+
+Les compilateurs de lois et d'ordonnances. CI.
+
+=Conception=. Mahomet ne veut pas que la femme conçoive dans l'état
+d'impureté. XXXIX.
+
+=Confesseur=, son rôle près d'un vieux et d'un jeune roi. CVIII.
+
+=Congrès=. «Épreuve aussi flétrissante pour la femme qui la soutient
+que pour le mari qui y succombe.» LXXXVII.
+
+=Conquête=. «La conquête ne donne point un droit par elle-même.» XCVI.
+
+Funestes nécessités de la conquête lorsqu'elle est lointaine:
+extermination des vaincus et épuisement des vainqueurs. CXXII.
+
+Les conquêtes des Espagnols marquées par la ruine des campagnes.
+LXXVIII.
+
+=Conscience=. Inhumanité de ceux qui affligent la conscience des
+autres. LXXXVI.
+
+=Conseils=. Six ou sept conseils remplaçant les ministres ont pu
+sagement administrer la France. CXXXVIII.
+
+=Consolations=. Vanité de celles qu'on tire «de la nécessité du mal,
+de l'inutilité des remèdes, de la fatalité du destin, de l'ordre de
+la providence.» XXXIII.
+
+=Conspirations= fréquentes en Orient. Pourquoi? CIII.
+
+=Constantinople= menacée de dépopulation par la polygamie. CXV.
+
+Les transports de peuples qu'on y a faits n'ont jamais réussi.
+CXXII.
+
+=Constitution= (Bulle de 1710) mal accueillie par les Français,
+surtout par les femmes. Louis XIV l'accepte. XXIV.
+
+Les constitutions des papes, adoptées par la jurisprudence
+française. CI.
+
+Influence de la constitution du corps sur les croyances religieuses.
+LXXV.
+
+=Conte persan=. Anaïs dans le paradis. CXLI.
+
+=Continence=. Chez les chrétiens, c'est la vertu par excellence (bien
+que le mariage soit saint: contradiction); elle a anéanti plus
+d'hommes que les pestes et les guerres les plus sanglantes. CXVIII.
+
+=Conversation=. Influence qu'ont dans les conversations les choses
+inanimées, bruit du carrosse et du marteau, habit brodé, perruque
+blonde, tabatière, canne, gants. LXXXIII.
+
+=Coquetterie=. «Un peu de coquetterie est un sel qui pique et prévient
+la corruption.» XXXVIII.
+
+=Corps=. Les grands corps s'attachent aux minuties, aux vains usages.
+CX.
+
+=Corruption= remarquée dans les Indes (en France), oeuvre du système
+de Law. Peinture énergique des hontes de l'agiotage. CXLVI.
+
+=Cosrou=, eunuque blanc amoureux de Zélide. LIII.
+
+=Cour=. La vertu et la sincérité y sont périlleuses. Lettre VIII.
+
+=Courbe= selon laquelle un vaisseau doit être taillé. XCVIII.
+
+=Courouc=. Ordre qui, en Perse, écarte les hommes du passage des
+femmes de qualité. XLVII.
+
+=Courtisans=. Par quels services ils gagnent des libéralités des
+princes, CXXV, et leurs faveurs, notamment celles de Louis XIV.
+XXXVIII.
+
+=Coutumes=. Multiplicité des coutumes des provinces en France. La
+plupart rédigées d'après le droit romain. CI.
+
+=Couvent=. Famille éternelle où il ne naît personne; gouffre où
+s'ensevelissent les races futures. CXVIII.
+
+=Création=. Peut-on croire qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a 6,000 ans?
+Plus tôt, Dieu n'a-t-il pas voulu? n'a-t-il pas pu? CXIV.
+
+=Cuisiniers=. Le goût des cuisiniers français règne du septentrion au
+midi. CI.
+
+=Czar=, son autorité despotique. LI.
+
+
+D
+
+=Débiteurs= avares qui ruinent leurs créanciers par des payements
+fictifs. CXLVI.
+
+=Décadence romaine=. Passage qui contient en germe un des
+chefs-d'oeuvre de Montesquieu. CXXXVI.
+
+=Décisionnaire=. Homme content de lui qui tranche sur tout, morale,
+science, histoire, nouvelles. LXXII.
+
+=Défense=. Elle rend la guerre légitime. Quand un traité a privé une
+société de «sa défense naturelle,» elle peut la reconquérir par la
+guerre. XCVI.
+
+=Déluge=. Hypothèses de plusieurs déluges. CXIV.
+
+=Dépopulation=. Catastrophe insensible.
+
+Elle croît depuis les temps les plus reculés, dans tous les pays du
+monde connu. CXIII.
+
+Ses causes physiques, CXIV, et morales, CXV, dans les pays
+musulmans, CXVI, et chrétiens, CXVII, CXVIII; en Afrique et en
+Amérique, CXIX; chez les sauvages, CXXI; dans les colonies, CXXIII.
+
+=Dervis= (Lisez prêtres ou moines.) LVII;
+
+Dervis taciturnes: Chartreux LXXXIII.
+
+On souhaiterait que les dervis «_se retranchassent_ tout ce que leur
+profession leur rend inutiles.» _Ibid._
+
+Société de gens avares qui prennent tout et ne rendent rien. Les
+dervis catholiques accaparent les richesses de l'État, paralysent la
+circulation, le commerce et les arts. CXVIII.
+
+Comment ils administrent leurs bibliothèques. CXXXIII.
+
+=Déserts=. Pays déserts par vice de nature ou destruction de peuples.
+CXXII.
+
+=Désespoir=. Il égale la faiblesse à la force. XCVI.
+
+=Désirs=. Malheur d'une femme qui a des désirs violents lorsqu'elle
+est privée de celui qui peut seul les satisfaire. VII.
+
+=Despote=, =despotisme=. Le despote menacé par l'excès même de son
+autorité. LXXXII, CIII.
+
+Le despotisme tue l'émulation, XC; conduit au régicide impuni. CIV.
+
+=Devins=. Ils vous diront toute votre vie, «pourvu qu'ils aient eu un
+quart d'heure de conversation avec vos domestiques.» LVIII.
+
+=Dévot=. Dévot ou incrédule par accès, caractère du chrétien. LXXV.
+
+«Si dévots qu'ils sont à peine chrétiens» (les Espagnols). LXXVIII.
+
+Le dévot adore tout ce qu'il vénère, attribue à de petites pratiques
+monacales la même efficacité qu'aux sacrements. _Ibid._
+
+=Dictionnaire=. Le dictionnaire de Furetière et celui de l'Académie.
+LXXIII.
+
+=Didon=. On ignore la suite des princes africains depuis Didon. CXXXI.
+
+=Dieu=. Les hommes le font à leur image. Dieux nègres, Vénus
+hottentote; «si les triangles faisoient un dieu, ils lui donneroient
+trois côtés.» LIX.
+
+«Ils ont fait une énumération de toutes les perfections différentes
+que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer, et en ont chargé
+l'idée de la divinité.»
+
+Quoique tout-puissant, Dieu «ne peut pas violer ses promesses, ni
+tromper les hommes.»
+
+Comment pourrait-il prévoir ce qui n'est pas encore?
+
+La prescience divine est discutée et discutable. Peut-être
+n'est-elle qu'intermittente, quand Dieu veut qu'une chose arrive. En
+tout cas elle est contradictoire et supprime la liberté, le mérite
+et le démérite, tels que les métaphysiciens les définissent. LXIX.
+
+«Dieu est si haut que nous n'apercevons pas même ses nuages.» LXIX.
+
+Dieu défend-il le suicide? LXXVI.
+
+S'il y a un Dieu, il faut qu'il soit juste... Il serait le plus
+méchant de tous les êtres puisqu'il le serait sans intérêt.
+
+Docteurs qui représentent Dieu tantôt comme un être mauvais, tantôt
+comme un être qui hait le mal. LXXXIV.
+
+Comment comprendre que Dieu ait différé, durant toute l'éternité, la
+création du monde?--Il n'y a point en lui de succession. CXIV.
+
+=Directeur=. Portrait du directeur de consciences. XLVIII.
+
+=Discours= prononcé par un général de la Fronde. CXII.
+
+=Disgrâce=. Pour un Persan, la disgrâce du prince, c'est la mort.
+Aussi les révoltes coûtent-elles peu aux Orientaux.
+
+Pour les grands d'Europe, la disgrâce n'est que défaveur, exil.
+CIII.
+
+=Dissimulation=. Art nécessaire et pratiqué chez les Asiatiques.
+LXIII.
+
+=Distinction=. Procédé jésuitique, raillé. XXIX.
+
+Les distinctions des avocats ou des scolastiques. XXXVI.
+
+Une «distinction» sur un morceau de papier, remède contre la gale,
+la gratelle, etc. CXLIII.
+
+=Divorce=. Autorisé par le paganisme. CXV.
+
+Il contribuait à l'attachement mutuel CXVII.
+
+Son interdiction peu judicieuse relâche les liens que le
+christianisme prétend resserrer, et porte atteinte à la fin du
+mariage. _Ibid._
+
+Elle engendre la froideur dans le ménage, livre aux filles de joie
+l'homme dégoûté d'une épouse éternelle et nuit à la propagation de
+l'espèce. _Ibid._
+
+=Docteurs= qui représentent Dieu comme un être qui fait un exercice
+tyrannique de sa puissance, etc. LXXXIV.
+
+=Don Quichotte=. Le seul des livres espagnols «qui soit bon est celui
+qui a fait voir le ridicule de tous les autres.» LXXVIII.
+
+=Droit barbare=. Lois franques, etc., abandonnées pour le droit
+romain. CI.
+
+=Droit canon=. Constitutions des papes (Décrétales), adoptées par les
+Français. _Ibid._
+
+=Droit civil=. Il règle les affaires des particuliers.
+
+Identité rationnelle du droit civil et du droit public. XCV.
+
+=Droit coutumier= presque toujours modifié selon le droit romain. CI.
+
+=Droit des gens= (voyez Droit public), doit prohiber les inventions
+meurtrières. CVI.
+
+=Droit public= faussé par les passions des princes, la patience des
+peuples, la flatterie des écrivains; science qui apprend aux princes
+jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice. XCV.
+
+Le droit public devrait être considéré comme un droit civil étendu
+au monde entier. _Ibid._
+
+Il est plus connu en Europe qu'en Asie. _Ibid._
+
+Sanctions du droit public: la guerre; les représailles; la
+suppression des avantages mutuels; la renonciation aux alliances.
+XCVI.
+
+Les principes du droit public sont ceux du droit privé. _Ibid._
+
+=Droit romain=. Fond du droit français, rédigé en partie par les
+Byzantins. CI.
+
+=Droits= surannés rétablis au détriment du peuple par les fauteurs
+d'intrigues princières. CXLV.
+
+=Duel=. Edit de Louis XIV contre les duels, loué par un homme qui
+«reçut cent coups de bâton pour ne le pas violer.» LIX.
+
+Contradiction entre les lois de la nation et les lois de l'honneur.
+
+Inutilité et injustice des lois sur le duel. XCI.
+
+Sottise du duel, qui met le droit à la merci de la force ou de
+l'adresse corporelle.
+
+Injustice du duel par champions.
+
+Rôle des seconds.
+
+Le duel survit à toutes les interdictions et à toutes les peines.
+_Ibid._ XCI.
+
+
+E
+
+=Eau= froide pour les ablutions du matin. XLVI.
+
+Manque à Venise pour les purifications musulmanes.
+
+(Voir Venise.)
+
+=Ecclésiastiques=. On leur demande de prouver ce qu'on est résolu de
+ne pas croire. LXI, LXXV.
+
+=Ecriture sainte=. Tortures que lui infligent les glossateurs
+ecclésiastiques. CXXXIV.
+
+Diversité des interprétations. _Ibid._
+
+=Edit de Nantes=. «En proscrivant les Arméniens (les protestants), on
+pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous
+les artisans du royaume.»
+
+Coup porté à l'industrie par la dévotion. LXXXVI.
+
+=Education=. Tristes résultats de celle que les enfants, en Orient,
+reçoivent des esclaves. XXXIV.
+
+=Education des femmes=. Entre les hommes et les femmes, «les forces
+seroient égales si l'éducation l'étoit aussi.» XXXVIII.
+
+=Egalité=. L'égalité civique, amenant l'égalité des fortunes porte
+l'abondance et la vie dans toutes les parties du corps politique.
+CXXIII.
+
+Chez les Guèbres la femme était l'égale de son mari. LXVII.
+
+=Eglise=. L'histoire de l'Église et des Papes, faite pour édifier,
+produit l'effet contraire. CXXXVI.
+
+=Egypte= dépeuplée. CXIII.
+
+=Egyptiens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en
+l'honneur d'Isis. XXXVIII.
+
+=Eléphant=. Ses ordures font pencher l'arche et engendrent le
+pourceau. XVIII.
+
+=Emollients=. Molina, Escobar, Vasquez, etc., en clystère. CXLIII.
+
+=Empire romain=. Gouvernement militaire et violent sous lequel gémit
+l'Europe. CXXXI.
+
+Démembré par les barbares. _Ibid._
+
+=Empire d'Allemagne= (voyez Allemagne).
+
+=Empires= comparés à un arbre dont les branches trop étendues ôtent le
+suc du tronc. CXXII.
+
+=Enfants=. Les enfants nés dans la misère, ou issus de mariages
+précoces, meurent en bas-âge ou forment des générations étiolées.
+CXXIII.
+
+Tout enfant né dans le mariage est censé être au mari. LXXXVII.
+
+=Enrhumé=. «Tout Espagnol qui n'est pas enrhumé ne saurait passer pour
+galant.» LXXVIII.
+
+=Eole=. Fils qu'il eut d'une nymphe de la Calédonie (Law), et auquel
+il apprit l'art d'enfermer du vent dans des outres.
+
+Voyages de ce fils en compagnie du dieu du hasard; son séjour en
+Bétique (France); ses discours; il escamote la fortune des crédules
+auditeurs. CXLII.
+
+=Epée= (gens d'), méprisent les gens de robe, qui le leur rendent.
+XLIV.
+
+=Epigrammes=. Petites flèches déliées qui font une plaie profonde.
+CXXXVII.
+
+=Episodes intercalés=. Les Troglodytes. XI-XIV.
+
+Aphéridon et Astarté. LXVII.
+
+L'immortelle Anaïs. CXLI.
+
+Fragments d'un mythologiste. CXLII.
+
+=Epitaphe= d'un Français mort de lassitude en la soixantième année de
+son âge. LXXXVIII.
+
+=Epopées=. Les connaisseurs disent qu'il n'y en a que deux et qu'on
+n'en peut plus faire. CXXXVII.
+
+=Equité=. «Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne
+devrions pas l'être de celui de l'équité.» LXXXIV.
+
+=Erivan=, ville où s'achètent les esclaves géorgiennes et
+circassiennes. LXXX.
+
+=Erzeron= (Erzeroum), ville de Turquie d'Asie. Lettres IV, V, VI, XVI.
+
+=Esclavage= aboli par les rois dans leurs États, rétabli dans leurs
+conquêtes. Pour quelles raisons? LXXVI.
+
+=Esclaves=. Leur dégradation morale; danger de leur fréquentation.
+XXXIV.
+
+=Esclaves romains=. Leur multiplication favorisée; leur pécule, leurs
+industries; aisance dans la servitude, espoir de liberté;
+affranchissement et libération. CXVI.
+
+=Escobar=. Casuiste espagnol (XVIe-XVIIe siècles). Emollient. CXLIII.
+
+=Espagne=, =espagnols=. Espagnols et Portugais, deux peuples qui
+«méprisant tous les autres, font aux seuls François l'honneur de les
+haïr.» Orgueilleux, ennemis de tout travail, amoureux, dévots
+jusqu'à enfermer leurs femmes avec un novice ou un franciscain;
+jaloux; leurs politesses bizarres; leur ignorance. Extravagance de
+leurs livres. LXXVIII.
+
+L'abaissement de l'Espagne correspond aux progrès du protestantisme.
+CXVIII.
+
+L'inquisition en Espagne. XXIX, LXXVIII.
+
+Dépopulation. CXIII.
+
+L'expulsion des maures. CXXII.
+
+Les Espagnols ont été logiquement conduits à massacrer les indigènes
+de leurs colonies.
+
+Ils n'ont pu repeupler l'Amérique dévastée par eux. Au lieu de
+passer aux Indes, ils feraient mieux de rappeler en Espagne tous les
+métis et tous les indiens. CXXII.
+
+Dans l'Espagne, ou Hespérie, au temps des colonies grecques, on ne
+voit guère de monarchies. CXXXI.
+
+Résumé de l'histoire d'Espagne. Expulsion des princes mahométans.
+Eclat momentané, fausse opulence. La nation vit sur l'orgueil de son
+passé. CXXXVI.
+
+=Esprit= (homme d'). Portrait de l'homme d'esprit, ses défauts, ses
+ennuis. CXLV.
+
+=Estomac=, son influence sur l'intensité des croyances religieuses.
+LXXV.
+
+=États=. Il y a en France trois états: église, épée, robe, qui se
+méprisent mutuellement. XLIV.
+
+=États=. Les plus puissants États de l'Europe sont l'Empire, la
+France, l'Espagne et l'Angleterre. CIII.
+
+=Eunuques=. Leurs fonctions, devoirs; situation dans le sérail. II,
+XV.
+
+Plaintes contre leur autorité. IV, VII, IX, CLVI-CLIX.
+
+Leur état détruit l'effet des passions sans en éteindre la cause,
+IX; leur jalouse impuissance, leurs souffrances. _Ibid._
+
+Confiance et mépris de leurs maîtres. XXI.
+
+Leur position entre les deux sexes. XXII.
+
+Leurs mariages. LII, LXVII.
+
+Ils n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que les autres
+maris. LXVII.
+
+Leur multitude en Asie est une cause de dépopulation. CXV.
+
+Voir encore CXLVII-CLXI.
+
+=Eunuques= (blancs). L'eunuque blanc n'a pas d'accès près des femmes;
+Nadir, eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi, est menacé de mort par
+Usbek. XXI.
+
+Le chef des eunuques blancs sévèrement blâmé. XXII.
+
+Passion de Cosrou, eunuque blanc, pour Zélide. Sorte de volupté que
+les eunuques goûtent, dit-on, dans le mariage. LIII.
+
+=Eunuques= (noirs), chargés spécialement de la direction des femmes
+dans le sérail, de l'examen et de l'achat des esclaves, des
+corrections, même manuelles. _Passim._
+
+Histoire du grand eunuque noir, racontée par lui-même. IX, LXIV.
+
+Ce qui lui arrive en mettant une femme au bain. IX.
+
+Tours que lui jouent les femmes.
+
+Châtiment obtenu contre lui par une femme, dans un de ces moments où
+le mari ne refuse rien.
+
+Il veut mutiler un esclave noir qui résiste, XLI, XLII.
+
+Achète une Circassienne. LXXX.
+
+Une femme jaune de Visapour. XCVII.
+
+Sa mort; désordres qui la suivent. CXLIX.
+
+=Eunuques chrétiens=. Prêtres et dervis de l'un et l'autre sexe.
+CXVIII.
+
+Agents de dépopulation. _Ibid._
+
+=Europe=. Sa capitale, Paris. XXIII.
+
+Ses plus puissants États, la plupart monarchiques. CIII.
+
+=Européens=. Ils font tout le commerce des Turcs, XIX; aussi punis par
+une peine légère que les Asiatiques par la perte d'un membre. LXXXI.
+
+=Evêques=, gens de loi subordonnés au pape; unis au pape ils font des
+articles de foi; en particulier, ils dispensent d'accomplir la loi.
+XXIX.
+
+Evêque vantant son mandement. CII.
+
+=Extravagance humaine=. A propos des pompes funèbres. XL.
+
+
+F
+
+=Famille=. Puissance paternelle chez les Romains. LXXIX.
+
+Chez les Français, les familles se gouvernent toutes seules.
+LXXXVII.
+
+Leurs différends portés devant les tribunaux. _Ibid._.
+
+Les membres de la famille ne sont liés que par l'amour et la
+gratitude. CV.
+
+Infériorité de la famille polygamique. VII, CXV, XXXIV.
+
+=Fat=. Son portrait. L.
+
+=Fatalisme musulman=. Cause de dépopulation. CXX.
+
+=Fatmé= rappelle à Usbek sa beauté, lui raconte ses désirs amoureux et
+les soins qu'elle prend de sa personne. VII.
+
+=Faveur=. C'est la grande divinité des Français. LXXXIX.
+
+=Félicitations=. Tout pour les Français est matière à félicitations et
+compliments. LXXXVIII.
+
+=Femme jaune= de Visapour, achetée cent tomans. Sa beauté supérieure à
+«tous les charmes de la Circassie.» XCVII.
+
+=Femmes=. Liberté des femmes européennes. XXIII, XXVI.
+
+Indignation des Françaises contre la _Constitution_ (bulle de 1710)
+qui leur interdit la lecture de la Bible. XXIV.
+
+Coquetterie des Françaises de tout âge. LII.
+
+Leur légèreté, leurs infidélités qui ne choquent personne. LV.
+
+«Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses... mais si laides
+qu'il faut être un saint pour ne pas haïr la vertu.» _Ibid._
+
+Les femmes, surtout lorsqu'elles vieillissent, s'adonnent au jeu
+avec passion. LVI.
+
+Comment elles ruinent leurs maris. _Ibid._
+
+Vieilles femmes qui ont travaillé tout le matin à se rajeunir et
+passent le soir à louer le temps de leur jeunesse. LIX.
+
+Leur situation en Espagne; elles laissent souvent aux hommes «un
+long et fâcheux souvenir d'une passion éteinte.» LXXVIII.
+
+Les femmes adorent ceux qui savent parler sans rien dire. LXXXIII.
+
+La loi naturelle soumet-elle les femmes aux hommes?
+
+Chez les peuples les plus polis, les femmes ont de l'autorité sur
+leurs maris.
+
+Les hommes, dit Mahomet, ont un degré sur elles. XXXVIII.
+
+En France, les femmes gouvernent, distribuent les faveurs et les
+places. CVIII.
+
+Elles forment une sorte de république (nous dirions
+franc-maçonnerie). _Ibid._
+
+Gravité du rôle d'une jolie femme. CXI.
+
+=Femmes= (musulmanes). (Voir _sérail_). La femme, selon Mahomet, est
+d'une «création inférieure;» elle n'entrera pas dans le paradis.
+XXIV.
+
+«Les femmes sont vos labourages, elles vous sont nécessaires comme
+vos vêtements, et vous à elles,» dit le prophète. CXV.
+
+Quatre femmes, permises par la loi, et autant de concubines qu'un
+homme en peut entretenir et satisfaire. _Ibid._
+
+=Fermier général=. Portrait du fermier général suffisant. XLVIII.
+
+Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors. XCIX.
+
+Leur situation terrible devant la chambre de justice. _Ibid._
+
+=Fermiers=. En vain les accable-t-on de frais; ils payent leurs loyers
+toujours en retard. CXXXII.
+
+=Fidélité=. La fidélité n'empêche point le dégoût qui suit les
+passions satisfaites. XXXVIII.
+
+=Filles=. Fille modeste avouant devant les juges les tourments d'une
+trop longue virginité. LXXXVII.
+
+Filles ravies ou séduites; elles font les hommes beaucoup plus
+mauvais qu'il ne sont. _Ibid._
+
+Les filles des laquais enrichissent les seigneurs ruinés. XCIX.
+
+En Europe, on sait à la minute le moment où elles cessent de l'être.
+En Orient, quoique mariées, elles se défendent longtemps. LV.
+
+=Filles de joie=. Il y en a à Paris autant que de dervis. LVII.
+
+L'interdiction du divorce leur livre les maris désespérés. CXVII.
+
+=Filles musulmanes= confiées aux eunuques noirs dès leur septième
+année; quelquefois on attend leur dixième. LXII.
+
+=Finances=. En trois ans quatre systèmes. Bouleversées par Law.
+CXXXVIII.
+
+=Financiers=. Leurs bureaux, leurs inventions, leur impertinence
+CXXXVIII.
+
+=Flamel= (Nicolas), a découvert la pierre philosophale. XLV. (La
+légende paraît avoir fait sans raison un alchimiste de Flamel, riche
+écrivain--juré de l'Université de Paris, mort en 1418.)
+
+=Fléchier= (M. de N.). Ses oraisons funèbres ne peuvent entrer dans le
+_vomitif_ indiqué par le médecin de province. CXLIII.
+
+=Flegme= des grands seigneurs. LXXIV.
+
+Des Espagnols et Portugais. LXXVIII.
+
+=Formalités=. pernicieuses dans la jurisprudence et dans la médecine.
+CI.
+
+=Fortune=. Instabilité des fortunes en France. (Allusion à Law.) XCIX.
+
+=Fouet=. Châtiment qu'on inflige aux femmes persanes. CLVII.
+
+=Fous=. Les Français «enferment quelques fous dans une maison, pour
+prouver que les autres ne le sont pas.» LXXVIII.
+
+=Fragment= d'un ancien mythologiste, sur le fils d'Eole, Law. CXLII.
+
+=Français=. Leur activité: «ils courent, ils volent.» XXIV.
+
+Leur vanité, exploitée par Louis XIV, _Ibid._
+
+Le roi les fait penser comme il veut. _Ibid._
+
+Leurs perpétuelles accolades. XXVIII.
+
+Leur gaieté, leur liberté d'esprit inconnues aux Persans et aux
+Turcs. XXXIV.
+
+Ils parlent beaucoup. LXXXIII.
+
+Leur badinage. LXIII.
+
+Leurs modes. C.
+
+Leur prééminence en toilette, cuisine, coiffures. CI.
+
+Leur amour de la gloire. XC.
+
+Ils ont pris de leurs voisins tout ce qui concerne le gouvernement
+politique et civil. CI.
+
+Leur droit écrit, coutumier et canonique. _Ibid._
+
+=France=. Sa population n'est rien en comparaison de celle de
+l'ancienne Gaule. CXIII.
+
+Un des plus puissants États d'Europe. CIII.
+
+Allusion à la guerre avec l'Espagne, sous la Régence. CXXXII.
+
+
+G
+
+=Gaité=. Gaieté des Français, inconnue des Persans, surtout des Turcs.
+XXXIV.
+
+=Gale=. Remède recommandé contre la gale, gratelle, teigne, etc.
+CXLIII.
+
+=Galice=, province d'Espagne, lieu de pèlerinage. XXIX.
+
+=Gardes=. En quelle occasion les rois de France se donnèrent des
+gardes. CIII.
+
+=Gaules=. Colonies grecques dans les Gaules.
+
+Dans les temps les plus reculés, on ne voit guère de monarchies chez
+les Gaulois. CXXXI.
+
+=Gemchid= (nom du fondateur légendaire de la royauté Perse), dervis du
+brillant monastère de Tauris. Usbek lui énumère les conformités du
+christianisme et de l'islamisme, et lui demande si les chrétiens
+iront en enfer. XXXV.
+
+=Généalogiste=. Pauvre métier. Espérances que fonde un généalogiste
+sur les enrichissements subits dûs au système de Law. CXXXII.
+
+=Gênes=, république, qui n'est remarquable que par ses bâtiments.
+CXXXVI.
+
+=Gengiskan=, ses conquêtes mises au-dessus de celles d'Alexandre.
+LXXXII.
+
+=Géomètre=. Esprit exclusif d'un géomètre, sa rencontre avec un
+traducteur d'Horace. CXXIX.
+
+Les géomètres obligent un homme malgré lui d'être persuadé. CXXXV.
+
+=Géorgie=, royaume jadis vassal de la Perse. XCII.
+
+=Gloire=. C'est une nouvelle vie qu'on acquiert.
+
+Le désir de la gloire croît avec la liberté; la gloire n'est jamais
+compagne de la servitude.
+
+Amour des Français pour la gloire. XC.
+
+=Glossateurs=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.
+
+=Goa=. Les habitants de Goa prêtent vingt mille pistoles sur une des
+moustaches de Jean de Castro. LXXVIII.
+
+=Gortz= (baron de), ministre suédois condamné à mort. CXXVIII.
+
+=Goths=, déposaient leurs rois dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits.
+CXXXI.
+
+=Gouvernements=, monarchiques en Europe, avec tempéraments; absolus en
+Orient. CIII.
+
+Diversité des gouvernements en Europe. Le plus parfait est celui qui
+va à son but à moins de frais et qui conduit les hommes selon leur
+inclination.
+
+Supériorité rationnelle d'un gouvernement doux. LXXXI.
+
+La douceur du gouvernement, les républiques, Suisse et Hollande, en
+sont une preuve constante, contribue à la propagation de l'espèce.
+CXXIII.
+
+=Grâce=. Le droit de grâce, attribut des rois en Europe. CIII.
+
+=Grammairiens=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.
+
+=Grands=. En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque
+donne quelque part au gouvernement. LXXXIX.
+
+=Gravitation=, la clef de la nature. XCVIII.
+
+=Gravité=. Causes de la gravité des Asiatiques. XXXIV.
+
+La gravité est le caractère saillant des Espagnols et des Portugais.
+LXXVIII.
+
+=Grèce=, aujourd'hui réduite à la centième partie de ses habitants.
+CXIII.
+
+Tira ses colonies d'Egypte et d'Asie, renversa ses tyrans, se divisa
+en républiques qui tinrent en échec la Perse, répandirent les arts,
+peuplèrent l'Italie, colonisèrent la Gaule, et l'Espagne. CXXXI.
+
+=Guèbres=. Antiquité de leur religion; mariage de la soeur avec le
+frère, «usage introduit par Cambyse» (?) LXVII (_Aphéridon et
+Astarté_).
+
+La persécution a privé la Perse de «cette nation si appliquée au
+labourage» (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI.
+
+=Guerre=. Deux sortes de guerres justes: pour défendre le sol, pour
+secourir un allié.
+
+La guerre, c'est la peine de mort transportée dans le droit public.
+
+La déclaration de guerre est régie par les mêmes principes que
+l'accusation en droit privé. XCVI.
+
+Il n'y a jamais eu autant de guerres civiles que dans l'empire du
+Christ. XXIX.
+
+Les guerres de religion ne sont pas dues à la multiplicité des
+religions, mais à l'intolérance. LXXXVI.
+
+=Guerrier=. Vanité et babil du vieux guerrier. Les officiers médiocres
+languissent dans les emplois obscurs. XLVIII.
+
+=Guilan=, province où Cha-Abbas déporta les Arméniens. CXXII.
+
+=Guinée=. Vanité d'un roi de Guinée dont tous les ornements
+consistaient en sa peau noire et luisante et quelques bagues. XLIV.
+
+Ses côtes dépeuplées par la traite des nègres;
+
+Ses rois vendent leurs sujets. CXIX.
+
+=Guitare=. Abus qu'en font les Espagnols. LXXVIII.
+
+=Guriel=, petit État d'Asie, peu peuplé. CXIII.
+
+=Gustape= (Hystaspe), nom d'un héros perse, quatrième roi de l'antique
+dynastie Kaïanienne, sous lequel vivait Zoroastre. LXVII.
+
+Les Tartares se sont assis sur le trône de Cyrus et Gustape. LXXXII.
+
+
+H
+
+=Habillement=, son influence sur la curiosité publique en France. XXX.
+
+=Hagi=, qui a fait le pèlerinage de la Mecque. XXXIX.
+
+=Hassein=, dervis de la montagne de Jaron. Usbek lui adresse la lettre
+sur les philosophes rationalistes. XCVIII.
+
+=Hérésie=. Les savants en sont naturellement accusés. CXLV.
+
+=Hérétiques=. Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle
+sans avoir présenté au moins une distinction. XXIX.
+
+Brûlés par les dervis en Espagne et Portugal. LIX, LXXVIII.
+
+Allusion à l'édit de Nantes. LIX.
+
+=Héros=, se ruinent à conquérir des pays qu'ils perdent soudain.
+CXXII.
+
+Les héros de roman français et orientaux. CXXXVII.
+
+=Hibernois= (?), chassés de leur pays, viennent utiliser en France
+leur talent pour la dispute. XXXVI.
+
+(Note de l'édition Lefèvre. 1820.)
+
+=Historiens= de l'Église, de la décadence romaine, de l'empire
+d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande,
+d'Italie, de Suisse, de Venise, de Gênes, du Nord, de la Pologne.
+
+Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI.
+
+=Hohoraspe= (le cheval de l'asoura ou le cheval-être), divinité
+persique (?), nom donné à un fabuleux Cambyse, père de Gustape et
+troisième roi de la dynastie Kaïanienne. LXVII.
+
+=Hollande=, république citée avec éloge. LXXII.
+
+Seconde reine de la mer, respectée en Europe, formidable en Asie.
+CXXXVI.
+
+Les Hollandais poussèrent les colonies portugaises à la révolte pour
+s'en emparer. CXXII.
+
+=Homère=. Dispute sur les poëmes et le mérite d'Homère. XXXVI.
+
+=Hommes= (en général) nés pour être vertueux; la justice leur est
+aussi propre que l'existence. X.
+
+Ils rapportent tout à leurs idées, XLIV; à leurs souvenirs, LIX;
+s'exagèrent leur place dans l'univers, LXXVI; cèdent trop volontiers
+aux passions et à l'intérêt immédiat qui leur voilent les avantages
+de la justice, si nécessaire à leur sécurité et à leur bonheur.
+LXXXIV.
+
+La fausseté de leurs espérances et de leurs craintes les rend
+malheureux. CXLIII.
+
+Il semble que le fait d'être assemblés en grand nombre rétrécisse
+leur esprit. CX.
+
+Ils n'ont sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique. Ils sont les plus
+forts. XXXVIII.
+
+Les soupçons et la jalousie les mettent dans la dépendance des
+femmes. LXII.
+
+Hommes lâches qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension.
+CXLV.
+
+=Hommes a bonnes fortunes=, leur fatuité, leur indignité sociale.
+XLVIII.
+
+=Honneur=. Le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la
+vertu, semble être établi dans les républiques.
+
+Un sujet blessé dans son honneur par son prince quitte sur-le-champ
+sa cour, son emploi, son service. XC.
+
+=Huguenots=. La persécution qui les a jetés en exil n'a point profité
+à la France. LX.
+
+=Humanité=. Les devoirs de l'humanité priment les règles de la
+religion. A ce point que toutes les religions les ont inscrits en
+tête de leurs préceptes. XLVI.
+
+
+I
+
+=Ibben=, un des correspondants ordinaires d'Usbek et de Rica,
+négociant à Smyrne, oncle de Rhédi. XXIII, XXIV, XXV, XXIX, XXX,
+XXXIV, XXXVII, XXXVIII, XL, LV, LVI, LX, LXVIII, LXXVI, LXXVII,
+LXXXIII, XC, CXIX, CIII-CV, CVIII, CXXVIII, CXXXVIII.
+
+=Ibbi=, esclave qui a suivi Usbek, correspondant du grand eunuque
+noir. IX.
+
+=Ibbi= (hagi), écrit à Ben Josué sur la naissance merveilleuse de
+Mahomet. XXXIX.
+
+=Ignorance=. Les monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance et
+ne subsistent que par elle, témoins les royautés d'Orient. CVI.
+
+Heureuse ignorance des musulmans. _Ibid._
+
+=Ignorants=. Un ignorant se dédommage en méprisant le mérite. CXLV.
+
+=Iles= peuplées par des malades que quelques vaisseaux y avaient
+abandonnés. (L'île de France et la Réunion.) CXXII.
+
+=Immaums= (Imans), saints et prophètes musulmans. Il y en a douze (les
+douze premiers successeurs de Mahomet). Treizième iman est un
+compliment comme dixième muse. Les imans sont des prêtres chargés de
+faire la prière publique, de prêcher le vendredi; ils assistent à la
+circoncision, aux mariages, aux enterrement XVI, XCIV.
+
+=Immeubles=. Deux appréciations de ce genre de biens. CXXXII.
+
+=Immortalité= (de l'âme). On y croit par semestre. LXXV,
+
+Pour «mourir du côté de l'espérance.» _Ibid._
+
+=Impie=. Impie ou dévot, selon le tempérament, la digestion, la santé.
+LXXV.
+
+=Impôts=. Ils pèsent sur l'agriculture, l'industrie, CXXV,
+
+Et la nourriture du peuple. _Ibid._
+
+Le vin, très-imposé, est cher à Paris. XXXIII.
+
+=Impureté=, viandes immondes, impureté des cadavres.
+
+«Les choses ne sont en elles-mêmes ni pures, ni impures... La boue
+ne nous paroît sale que parce qu'elle blesse notre vue ou quelque
+autre de nos sens.» XVII.
+
+Légende musulmane sur l'impureté du cochon et du rat. XIX.
+
+=Inde=. Les «hommes de chair blanche» dans l'Inde. Leur orgueil.
+LXXVIII.
+
+=Industrie=. Les revenus industriels supérieurs à ceux de
+l'agriculture.
+
+Avec une pistole de couleurs le peintre en gagne cinquante, etc.,
+etc. CVII.
+
+=Infaillibilité= de ceux que l'Esprit-Saint éclaire--et qui ont grand
+besoin d'être éclairés. CII.
+
+=Injustice=. Les hommes peuvent faire des injustices, parce qu'ils ont
+intérêt de les commettre; nul n'est mauvais gratuitement. LXXXIII.
+
+=Inquisition=. Elle sévit en Espagne et en Portugal. Sa cruauté et son
+hypocrisie. XXIX.
+
+Elle ne fait jamais brûler un juif «sans lui faire des excuses.»
+LXXVIII.
+
+Elle présume l'accusé coupable. XXIX.
+
+=Instabilité= des honneurs et des fortunes en Orient. Aujourd'hui
+général, cuisinier demain. XC.
+
+=Intercesseur=. Chrétiens et mahométans croient à la nécessité d'un
+intercesseur auprès de Dieu. XXXV.
+
+=Intérêt=. «L'intérêt particulier se trouve dans l'intérêt commun.»
+XII.
+
+La raison de l'injustice est toujours «une raison d'intérêt.»
+LXXXIV.
+
+Leur intérêt est toujours ce qu'ils (les hommes) voient le mieux.
+_Ibid._
+
+«L'intérêt est le plus grand monarque de la terre.» CVII.
+
+=Interprètes=, ont cherché dans l'Ecriture la confirmation de leurs
+idées particulières. CXXXIV.
+
+=Intolérance=, ses résultats funestes, son iniquité. LXXXVI.
+
+=Intrigants=, souffleurs, magiciens, devins, femmes fardées, gens de
+loi, maîtres de langues et d'arts, boutiquiers, etc. LVIII.
+
+=Invalides=. Éloge des Invalides. LXXXV.
+
+=Irimette=, petit royaume voisin de la Perse. CXIII.
+
+Fort dépeuplé. _Ibid._
+
+=Irréligion=. Les savants en sont nécessairement accusés. CXLV.
+
+=Isben-Aben=, historien arabe. XXXIX.
+
+=Isis=, divinité égyptienne, symbolisant l'autorité de la femme.
+XXXVIII.
+
+=Ispahan= (ville des chevaux, ou du soleil considéré comme le coursier
+céleste), capitale de la Perse, dépérit et serait changée en désert
+par la polygamie, si les rois n'y transportaient sans cesse des
+nations entières. CXV.
+
+=Italie=, partagée en un nombre infini de petits États ouverts comme
+des caravansérails. CIII.
+
+Au temps des premières colonies grecques, il n'y avait guère de
+monarchies en Italie. CXXXI.
+
+Jadis maîtresse du monde, aujourd'hui esclave des autres nations.
+CXXXVI.
+
+
+J
+
+=Jalousie=. Jalousie musulmane. VI.
+
+Jalousie française. LV.
+
+Jalousie espagnole. LXXVIII.
+
+La jalousie des hommes prouve leur dépendance. LXII.
+
+Jalousie mutuelle des sectes religieuses; elle descend jusqu'aux
+particuliers. LXXXVI.
+
+=Jaloux=. Ridicules en France. LV.
+
+=Jamblique=, purgatif. CXLIII.
+
+=Jansénistes=, désignés. XXIV.
+
+=Japhet= raconte, par ordre de Mahomet, les légendes de l'arche de
+Noé. XVIII.
+
+=Jaron=, eunuque noir en correspondance avec le grand eunuque. XV,
+XXII.
+
+=Jésuites=. Constitution des Jésuites, purgatif violent;
+
+Pièces des Jésuites français, vomitif puissant. CXLIII.
+
+=Jeu=. «Très en usage en Europe: c'est un état que d'être joueur.»
+LVI.
+
+Les jeux de hasard interdits par Mahomet. _Ibid._
+
+=Jeunes=. Les chrétiens en ont comme les musulmans. XXXV.
+
+=Joueuses=, leur portrait. LVI.
+
+=Journalistes=. Ils ne parlent que des livres nouveaux et flattent les
+auteurs. CIX.
+
+=Journaux=. Livres par fragments. Leurs avantages et leurs défauts.
+
+Ils flattent la paresse. CIX.
+
+=Judaïsme=, «vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert
+toute la terre.» LX.
+
+=Juges=. Ils ne s'enflent point d'une vaine science. Les avocats
+travaillent pour eux. LXVIII.
+
+Ils présument qu'un accusé est innocent. XXIX.
+
+=Juifs=. Ils font en France ce qu'ils font en Perse. Leur obstination
+invincible pour leur religion. LX.
+
+«Ils n'ont jamais eu dans l'Europe un calme pareil à celui dont ils
+jouissent... On s'est mal trouvé en Espagne de les avoir chassés.»
+_Ibid._
+
+Les Juifs lèvent les impôts en Turquie; persécutés par les pachas.
+XIX.
+
+Ils achètent les enfants. LXVII.
+
+Les Juifs se maintiennent et multiplient, par l'espoir d'engendrer
+un Messie. CXX.
+
+Transportés en Sardaigne par les Romains. CXXII.
+
+=Justesse=, «Martyr de sa justesse» un esprit trop régulier, trop
+géométrique, ressemble à Tarquin, à Thrasybule ou à Périandre
+coupant avec leur épée «la tête des fleurs qui s'élevaient au-dessus
+des autres.» CXXIX.
+
+=Justice=. Les hommes sont «nés pour être vertueux; la justice est une
+qualité qui leur est aussi propre que l'existence.» X.
+
+La justice est inséparable de la solidarité, de la garantie mutuelle
+du droit.
+
+«L'intérêt des particuliers se trouve dans l'intérêt commun.» XII.
+
+La justice est un rapport de convenance qui se trouve réellement
+entre deux choses.
+
+Dès qu'on suppose que Dieu voit la justice, il faut nécessairement
+qu'il la suive.
+
+Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la
+justice.
+
+La justice est éternelle. Si elle ne l'était pas, ce serait une
+vérité terrible qu'il faudrait se dérober à soi-même.
+
+Plaisir d'être juste. LXXXIV.
+
+La justice est violée par le droit public faussé. XCV.
+
+En France elle se mêle de tous les différends de famille; elle est
+toujours contre le mari jaloux, le père chagrin, le maître
+incommode. LXXXVII.
+
+=Justice divine=, incompatible avec la prescience. LXIX.
+
+
+L
+
+=Lacédémone=. Les récompenses à Lacédémone. XC.
+
+Si Lycurgue avait établi que les maris changeassent de femmes tous
+les ans, il en serait né un peuple innombrable. CXVII.
+
+=Lapin=, immonde pour le juif. Discussion du Juif, du Turc, de
+l'Arménien, du brachmane à propos d'un lapin. XLVI.
+
+=Laquais=. En France, le corps des laquais est un séminaire de grands
+seigneurs. XCVIII.
+
+Leurs enrichissements subits par la spéculation.
+
+Leur vanité. CXXXVIII.
+
+=Law=. Un étranger est venu... qui a tourné l'État comme un fripier
+tourne un habit, etc. CXXXVIII.
+
+Son portrait allégorique en tant que fils d'Eole. CXLII.
+
+Corruption qui résulte du système et de l'agiotage effréné. CXLVI.
+
+=Légendes mahométanes= sur les viandes et les animaux immondes, XVIII.
+
+Sur la naissance de Mahomet. XXXIX.
+
+=Législateurs=, leurs défauts ordinaires et leurs ridicules:
+étroitesse, puérilité, subtilité, emploi d'une langue morte, etc.
+LXXIX.
+
+=Lèse-majesté=, seul crime politique qui entraîne la mort pour les
+grands d'Europe. CIII.
+
+Selon les Anglais, c'est le crime que le plus faible commet contre
+le plus fort, aussi bien s'il est roi que s'il est peuple. CV.
+
+=Lettres=, avantages du roman par lettres: «l'on rend compte soi-même
+de sa situation actuelle; ce qui fait plus sentir les passions, que
+tous les récits qu'on en pourrait faire.»
+
+(_Quelques réflexions sur les_ Lettres Persanes.)
+
+Lettres intercalées dans d'autres:
+
+D'une comédienne perdue par un jeune abbé. XXVIII.
+
+D'une jeune russe qui veut être battue. LI.
+
+D'un Français voyageant en Espagne. LXXVIII.
+
+D'un savant. CXLV.
+
+Trois de nouvellistes. CXXX.
+
+D'un antiquaire. CXLII.
+
+D'un médecin de province. CXLIII.
+
+=Lever=. La présence assidue au lever du roi est un titre aux
+libéralités et aux faveurs. XXXVII, CXXV.
+
+=Libéralités=. Grâces et pensions accordées par les princes aux
+courtisans, aux dépens de l'agriculture et de l'industrie. CXXIV.
+
+=Liberté= supprimée par la prescience divine. Liberté d'indifférence.
+LXIX.
+
+La liberté existe surtout dans les républiques; favorable à la
+propagation de l'espèce et aux progrès de l'opulence. Elle attire
+les étrangers. CXXIII.
+
+La liberté semble faite pour le génie des peuples d'Europe. CXXXI.
+
+La liberté chez les ancêtres des peuples du Nord. _Ibid._
+
+=Libre arbitre=, incompatible avec la prescience. LXIX.
+
+=Lionne= (M. de L.) président des nouvellistes. CXXX.
+
+=Livourne=, ville nouvelle, témoignage du génie des ducs de Toscane.
+XXIII.
+
+=Livres=. Contre les faiseurs de livres inutiles.
+
+Respect qu'on doit aux ouvrages originaux. LXVI.
+
+Absence de bon sens dans les livres espagnols, romans ou
+scolastiques. Exception en faveur de Don Quichotte. LXXVIII.
+
+Le sujet est délayé selon le format des livres. CIX.
+
+Jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune
+raison de leur préférer les nouveaux. _Ibid._
+
+Les diverses espèces de livres. CXXXIII-CXXXVII.
+
+=Lois=. Lois variables des législateurs.
+
+Lois éternelles, immuables, de la nature. XCVIII.
+
+Lois anciennes établies par les rois Francs, oubliées pour des lois
+romaines en partie rédigées par les Byzantins.
+
+Ajoutez les constitutions des papes et quelques coutumes de villes
+et provinces, récemment rédigées; plus les commentaires, les
+formalités et la jurisprudence.
+
+«Cette abondance de lois, en France, accable également la justice et
+les juges.» CI, LXXIX.
+
+Il ne faut toucher aux lois que d'une main tremblante. LXXIX.
+
+Les lois contre les suicidés sont injustes parce qu'elles sont sans
+objet. Elles ne lient pas les morts. LXXVI.
+
+Chez les barbares germaniques, les lois étaient faites dans les
+assemblées de la nation. CXXXI.
+
+=Louis= XIV, son portrait, sa dévotion, sa puissance, sa maîtresse,
+ses ministres, sa vieillesse. XXIV, XXXVII.
+
+Trop peu modéré envers les ennemis. XXIV.
+
+Son goût pour les femmes. CVIII.
+
+Sa mort et son testament. XCIII.
+
+Son amour pour la politique orientale, c'est-à-dire le despotisme.
+XXXVII.
+
+=Louis= XV, son enfance. XCIII.
+
+Son portrait. Les espérances qu'il donne. CVIII.
+
+=Lucifer= jeté au fond de la mer, lors de la naissance de Mahomet,
+nage quarante jours. XXXIX.
+
+=Lumière=, son trajet du soleil à la terre. XCVIII.
+
+=Lunettes=, insignes de la gravité espagnole et portugaise, symbole de
+science. LXXVIII.
+
+=Luxe=, nécessaire à la prospérité des nations. CVII.
+
+
+M
+
+=Mages=, prêtres du magisme ou mazdéisme. LXVII.
+
+Adorateurs du soleil, des étoiles, du feu et des éléments;
+
+Mais leur religion, calomniée par les musulmans, est, selon
+Montesquieu, un pur monothéisme. _Ibid._
+
+(Le mazdéisme est une polythéisme dualiste où la lumière et les
+ténèbres (le bien et le mal) luttent dans le temps et l'espace sans
+bornes.)
+
+Les mages enseignaient que les actes les plus méritoires sont: faire
+un enfant, labourer un champ, planter un arbre. CXX.
+
+=Magiciens=. Ils promettent «de vous faire coucher avec les esprits
+aériens, pourvu que vous soyez seulement trente ans sans voir de
+femmes.» LVIII.
+
+=Magie=. Les savants en sont accusés. CXLV.
+
+=Magistrats=. Ils doivent rendre la justice de citoyen à citoyen.
+XCVI.
+
+=Mahomet=, sa naissance merveilleuse. XXXIX.
+
+Il naît circoncis. _Ibid._
+
+Ses prescriptions relatives aux viandes immondes. XVIII.
+
+Il a enchaîné Satan et l'a précipité dans les abîmes;
+
+Il a purifié la terre. XCIV.
+
+=Mahométans=. Plus persuadés de leur religion que les chrétiens. LXXV.
+
+Croient à la vertu des amulettes et talismans. CXLIII.
+
+=Mahométisme=. Peu favorable à la propagation de l'espèce humaine.
+CXV.
+
+Issu du judaïsme, LX.
+
+Comparé au christianisme, XXXV.
+
+Ferme la vie future aux femmes. LXVII.
+
+Etabli par conquête et non par persuasion. _Ibid._
+
+=Maimbourg=, bon contre l'asthme. CXLIII.
+
+(Louis Maimbourg, né à Nangis en 1610, exclu de la compagnie de
+Jésus par Innocent XI, pour avoir écrit contre Rome, en faveur du
+clergé de France (1682); mort en 1686.)
+
+=Maine= (duc du). Arrestation du duc du Maine, oncle naturel du roi
+mineur. CXXVII.
+
+=Maîtres de sciences=, =arts=, etc., enseignent souvent ce qu'ils
+ignorent. LVIII.
+
+=Maîtresse=. Maîtresse et confesseur, les deux grandes épreuves d'un
+roi. CVIII.
+
+Une femme est la maîtresse d'un ministre, non pour coucher avec lui,
+mais pour lui présenter cinq ou six placets tous les matins. _Ibid._
+
+Louis XIV a une maîtresse de quatre-vingts ans. XXXVII.
+
+=Malheurs=. Pour un vrai musulman, les malheurs sont moins des
+châtiments que des menaces. LXXVII.
+
+=Malte= (chevaliers de), bravent l'empire ottoman. XIX.
+
+=Mandement=. Evêque qui a «bien sué» pour le faire. CII.
+
+=Marchandes=. A Paris «une jeune marchande cajole un homme une heure
+entière, pour lui faire acheter un paquet de curedents.» LVIII.
+
+Nombre infini de jeunes marchandes aux abords du palais. LXXXVII.
+
+=Mariages=. Il y a «des mariages heureux et des femmes dont la vertu
+est un gardien sévère.» XLVII.
+
+Mariages d'eunuques: Cosrou et Zélide. LIII; Astarté, soeur
+d'Aphéridon. LXVII.
+
+Mariages entre frère et soeur. _Ibid._
+
+Avanie faite par Suphis à sa jeune femme. LXX.
+
+Charges du mariage chez les musulmans. CXV.
+
+Chez les chrétiens, l'interdiction du divorce porte atteinte à la
+fin même du mariage. CXVII.
+
+Le mariage chrétien est une image, une figure, un mystère
+incompréhensible. _Ibid._
+
+En fait, il est stérilisé par l'impuissance de le rompre. _Ibid._
+
+Mariages précoces causés par la crainte d'un enrôlement forcé. De
+là, dépopulation. CXXIII.
+
+=Maris=. Facilité des maris français.
+
+Les jaloux sont haïs et ridicules. LV.
+
+Les maris eunuques «n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que
+les autres.» LXVII.
+
+Une veuve indienne renonce au bûcher dès qu'elle sait que son mari
+l'attend au ciel. CXXVI.
+
+=Matière=, son mouvement universel. CXIV.
+
+Quelques-uns ne peuvent comprendre qu'elle n'ait que six mille ans.
+_Ibid._
+
+=Maures=. Vide irréparable causé en Espagne par l'expulsion des
+Maures. CXXII.
+
+=Mazarin=. Pataquès qu'on lui prête, chanson qu'on fait sur lui.
+Allusion à ses pages. CXII.
+
+=Mécontents=. Vieux guerrier. XLVIII.
+
+Vieilles femmes, goutteux, vieux seigneurs, ecclésiastiques, etc.
+LIX.
+
+=Mecque= (la). Les musulmans croient s'y purifier des souillures
+contractées parmi les chrétiens. XV.
+
+=Médecine=. Ravages de la _forme_ en médecine. CI.
+
+Les livres de médecine font trembler, même quand ils traitent des
+maladies les plus légères. CXXXV.
+
+=Médecins=. Toujours trop estimés ou trop méprisés. Les héritiers s'en
+accommodent mieux que des confesseurs. LVII.
+
+Lettre d'un médecin de province. CXLIII.
+
+«Il y a dans tous les coins de Paris des gens qui ont des remèdes
+infaillibles contre toutes les maladies imaginables.» LVIII.
+
+=Médiocrité= (d'esprit). L'homme médiocre est en général préféré à
+l'homme d'esprit. CXLV.
+
+=Méditerranée=. Décadence de ses côtes. CXIII.
+
+=Méhémet-Ali=, mollak, gardien des trois tombeaux, à Com,
+correspondant d'Usbek. XVI, XVII, XVIII, CXXIV.
+
+=Mercure= (vif-argent), son usage continuel et forcé fait périr par
+milliers les indigènes de l'Amérique espagnole. CXIX.
+
+=Messianiques=, croyances juives. Point de famille juive qui n'espère
+engendrer le messie. CXX.
+
+=Mesure= des fluides et des liquides, des esprits interplanétaires.
+XCVIII.
+
+=Métaphysique=. L'infini s'y rencontre partout. CXXXV.
+
+=Métempsycose= alléguée par un brachmane contre un mangeur de lapin.
+XLVI.
+
+=Meurtre=. Les curieux qui regardent les Persane de trop près sont
+tués impunément par les eunuques, même dans une rivière et hors du
+sérail. XLVII.
+
+=Mexique=. Orgueil et paresse des conquérants espagnols au Mexique.
+LXXVIII.
+
+=Mines=. Sont, en Amérique, le tombeau des indigènes et des nègres.
+CXIX.
+
+Le roi d'Espagne possède des mines d'or. XXIV.
+
+=Ministres=. Enclins à calomnier la nation; toujours plus méchants que
+le prince dont ils attisent les haines. Le premier ministre de
+Charles XII, condamné à mort. CXXVIII.
+
+Louis XIV a un ministre de dix-huit ans. XXXVII.
+
+Les ministères se succèdent comme les saisons. CXXXVIII.
+
+Danger de l'autorité sans bornes des ministres de Louis XIV. _Ibid._
+
+Le mauvais exemple donné par un ministre est un crime. CXLVI.
+
+=Minorité=. On ne lit plus que des mémoires sur la minorité de Louis
+XIV. CXII.
+
+=Miracle chimique= manifesté dans une mixture d'infusion Quesnel et
+d'infusion Lallemand. CXLIII.
+
+=Miracles=. «Pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit par cent
+mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir examiné si
+aucune de ces causes n'a agi; ce qui est impossible.» CXLIII.
+
+=Mirza=, ami et correspondant d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, LXXXVI.
+
+Mirza (de _Mard_=_mort_-alis. = [Grec: mbrot-os], homme) est un
+titre honorifique persan que les gens de lettres mettent avant leur
+nom et les princes après.
+
+=Misère=. Chez les peuples misérables, l'espèce perd et même dégénère.
+CXXIII.
+
+Le pauvre évitera de faire des enfants plus pauvres que lui. _Ibid._
+
+=Mode=. Ses caprices étonnants chez les Français. C.
+
+C'est d'après elle qu'ils jugent «tout ce qui se fait chez les
+autres nations.» CI.
+
+=Modestie=. Vertu nécessaire au talent. L.
+
+Eloge des hommes modestes. CXLIV.
+
+=Moeurs.= Les Français changent de moeurs selon l'âge de leur roi.
+C.
+
+=Mogol=. Le grand Mogol se fait peser tous les ans. XL.
+
+Les Tartares dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du
+Mogol. LXXXII.
+
+Expulsion d'un ambassadeur mogol. CXXVII. (Allusion à la
+conspiration de Cellamare.)
+
+=Moines=. Voy. Dervis.
+
+=Moise= n'enseigne pas le dogme de la prescience absolue. LXX.
+
+=Molina=. Emollient. CXLIII. (Casuiste espagnol, XVIe siècle.)
+
+=Mollaks= (ou mollahs), prêtres musulmans, qui «me désespèrent avec
+leurs passages de l'alcoran.» Lettre X.
+
+(En Perse, les mollahs sont des prêtres; en Turquie des juges.)
+
+=Monachisme=, porte partout la mort. CXVIII.
+
+=Monarchie=. État où la vertu n'est plus qu'obéissance au caprice d'un
+seul. XIV.
+
+Très-inférieure moralement au régime républicain, elle abaisse le
+niveau des moeurs en substituant à la loi et à la vertu l'autorité
+et l'arbitraire. _Ibid._
+
+La monarchie pure, état violent qui dégénère toujours en despotisme
+ou en république. CIII.
+
+=Monde=. N'a-t-il que six mille ans? Il ne faut pas compter ses
+années. CXIV.
+
+Dépopulation croissante du monde. Ses causes. CXIII et suivantes.
+
+=Monde= (nouveau). Découvertes immenses et dévastatrices des Portugais
+et des Espagnols. LXXVIII.
+
+=Monde romain=, mieux organisé pour la propagation de l'espèce que les
+mondes chrétien et musulman. CXV.
+
+=Monnaies=. Le décri des monnaies est un artifice financier proche du
+faux-monnayage et pratiqué par Louis XIV. XXIV.
+
+=Montesquieu= paraît se peindre dans Usbek. XLVIII, Ibben, LXXVII,
+Rica, CXXVII.
+
+Semble annoncer la _Décadence des Romains_. CXXXVI.
+
+=Morale=. Les livres de morale, plus utiles que les ouvrages de
+dévotion. CXXXIV.
+
+=Mortifications=. Chrétiens et musulmans en usent pour fléchir la
+miséricorde divine. XXXV, XCIV.
+
+=Moscovie=. Les Tartares «ont soumis la Moscovie.» LXXXII.
+
+=Mouches=. Leur abus. C.
+
+=Moustache=, importance de la moustache en Espagne et en Portugal.
+
+La moustache de Jean de Castro. LXXVIII.
+
+=Mouvement=. Ses lois constituent le système du monde. XCVIII.
+
+La nature y est soumise, sans exception, _Ibid._
+
+Et la terre n'y peut échapper. CXIV.
+
+=Mustapha= proclamé, à la place d'Osman, empereur des Turcs. LXXXI.
+
+=Musulman=. Sa vie est laborieuse. La polygamie l'épuise. CXV.
+
+=Mystiques=, dévots qui ont le coeur tendre. Leurs extases, délire
+de la dévotion. Leurs livres. CXXXIV.
+
+=Mythologiste=. Fragment d'un ancien mythologiste (portrait
+allégorique de Law). CXLII.
+
+
+N
+
+=Nadir=. Eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi. XX, XXI.
+
+=Naissance=. Il y a en Europe des sens qui sont grands par leur
+naissance. LXXXIX.
+
+=Nargum=, ambassadeur Persan à Moscou. LI, LXXXII.
+
+=Narsit=, eunuque peu clairvoyant. CXLIX, CL, CLII.
+
+=Nathanael Lévi=, médecin juif à Livourne, croit aux talismans CXLIII.
+
+=Nations=. Leurs rapports, d'où résulte la notion du droit public.
+Deux peuples ne peuvent s'allier pour l'oppression d'un troisième.
+XCVI.
+
+=Nature=. Elle a perdu sa fécondité des premiers temps CXIII.
+
+Elle agit avec lenteur et épargne. Si on la surmène, elle tombe dans
+la langueur et perd sa force génératrice. CXV.
+
+=Nègres=. Leurs dieux sont noirs et leur diable blanc. LIX.
+
+Leurs rois les vendent comme esclaves. CXIX.
+
+Et les princes chrétiens autorisent la traite. LXXV.
+
+Les noirs d'Afrique meurent par milliers dans les mines américaines.
+CXIX, CXXII.
+
+=Nessir=, ami et correspondant d'Usbek. VI, XXVII, CLV.
+
+=Noailles= (N***), ministre hardi qui prit le fer à la main, etc.
+CXXXVIII.
+
+Connu par son esprit, il honore de ses plaisanteries les traitants
+livrés à la chambre de justice. XCIX.
+
+=Noblesse=. «En Espagne, c'est sur des chaises que la noblesse
+s'acquiert.» LXXVIII.
+
+Les laquais enrichis voudront se faire nobles. Espoir d'un
+généalogiste. CXXXII.
+
+=Nord=. Autrefois plein d'hommes; est fort dégarni. CXXIII.
+
+C'est du Nord qu'une foule de nations inconnues fondirent sur
+l'empire romain;
+
+Ces peuples étaient libres, et leurs rois n'étaient que des
+généraux. CXXXI.
+
+Ils n'étaient point barbares puisqu'ils étaient libres; ils le sont
+devenus. CXXXV.
+
+=Notre-Dame=. Superbe édifice. LXI.
+
+=Nouvellistes=. Inventeurs de nouvelles. Leurs ridicules, leurs
+prédictions, leurs paris. Lettres plaisantes de nouvellistes à des
+particuliers et à des ministres. Leurs lieux de réunions. Leur
+président, le comte de Lionne. CXXX.
+
+Nouvelliste trembleur. CXXXII.
+
+
+O
+
+=Obéissance=; n'est pas une vertu anglaise. Les Anglais la fondent sur
+la gratitude. CV.
+
+=Occultes=. Livres de science, ou mieux d'ignorance occulte, plus
+pitoyables qu'exécrables. CXXXV.
+
+=Opéra=. Lettre de la plus vertueuse actrice de l'Opéra. XXVIII.
+
+=Opéras nouveaux=. Vomitif. CXLIII.
+
+=Opulence= toujours compagne de la liberté des peuples. CXXIII.
+
+=Omar=, troisième successeur de Mahomet, au mépris des droits d'Ali.
+Les persans, Chiites, c'est-à-dire sectateurs d'Ali, disent qu'Omar,
+Apôtre des Sonnites «a dévoyé» les enfants du prophète. CXXIV.
+
+=Or=. Le roi de France n'a pas de mines d'or comme le roi d'Espagne.
+XXIV.
+
+L'or et l'argent, prix de toutes marchandises, gage de leur valeur.
+Pernicieux effets de leur diffusion. CVI.
+
+Nombre innombrable d'hommes sacrifiés pour extraire l'or et l'argent
+du fond de la terre. CXIX.
+
+=Oraisons funèbres=. Leur fausseté. XI.
+
+Entrent dans le vomitif du docteur de province, sauf celles de
+Fléchier. CXXXV.
+
+=Orateurs=. Leur talent de persuader indépendamment des raisons.
+CXXXV.
+
+=Ordonnance=, concernant les services des courtisans et
+l'établissement des impôts nécessaires aux libéralités des princes.
+CXXV.
+
+=Orgueil=. Orgueil de l'homme, qui veut «être compté dans l'univers.»
+LXXXVII.
+
+Orgueil de religion et de race chez les Portugais et les Espagnols.
+LXXVIII.
+
+Les _vieux chrétiens_ en Espagne;
+
+Les _blancs_ en Amérique. _Ibid._
+
+=Orientales=. moins gaies que les Européennes. XLVIII. (Voir
+_Femmes_.)
+
+=Orientaux=. Le sérail tue leurs désirs sans éteindre leur jalousie.
+VI.
+
+Leur gravité, la froideur de leurs relations. XXXIV.
+
+Leurs poésies, leurs romans. CXXXVII.
+
+Le despotisme de leurs princes et la rigueur des châtiments les
+portent à la révolte et aux derniers excès. LXXXI, CIII.
+
+=Osman=, sultan déposé par des suppliants. LXXXI.
+
+=Osmanlins=. Voir Turcs.
+
+
+P
+
+=Paganisme=, favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV.
+
+Supérieur au mahométisme par l'interdiction de la polygamie, au
+christianisme par la permission du divorce. _Ibid._ et CXVII.
+
+=Palais=. Lieu où se rend la justice, ses abords. Aspect lugubre des
+salles et des magistrats. LXXXVII.
+
+=Palestine=. Déserte depuis la destruction des Juifs par Adrien.
+CXXII.
+
+=Pape=. «Magicien» plus fort que le roi, dont il dirige l'esprit, lui
+faisant croire «que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange
+n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin.» XXIV.
+
+Chef des chrétiens, «vieille idole qu'on encense par habitude»; il
+déposait les rois; il se dit successeur d'un des premiers chrétiens,
+qu'on appelle saint Pierre; il donne des dispenses. XXIX.
+
+Effet de l'histoire des papes sur l'esprit du lecteur. CXXXVI.
+
+=Papier d'état=. Louis XIV en abuse. XXIV.
+
+(Décri des monnaies). _Ibid._
+
+=Paracelse=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Paradis=. Lieu de délices pour les chrétiens comme pour les
+musulmans. XXXV.
+
+Les femmes en sont exclues par Mahomet. XXIV.
+
+Embarras des religions pour donner une idée des plaisirs assurés aux
+élus: musique, circulation éternelle de par le monde, souvenir des
+amours terrestres. Toutes inventions ridicules. CXXVI.
+
+Le paradis des femmes, conte persan. Les plaisirs et les vengeances
+de l'immortelle Anaïs. CXLI.
+
+=Parfumeuses= qui réparent «par la force de leur art toutes les
+injures du temps.» LVIII.
+
+=Paris=. «Siége de l'empire d'Europe.» XXIII.
+
+«Aussi grand qu'Ispahan;»
+
+Ville «bâtie en l'air;» extrêmement peuplée; embarras des rues;
+XXIV.
+
+Extravagante curiosité des Parisiens pour tout ce qui sort de
+l'usage reçu. XXX.
+
+Cherté du vin à Paris. XXXIII.
+
+Usage du café à Paris; les cafés. XXXVI.
+
+Paris, rendez-vous de tous les exploiteurs: alchimistes, magiciens,
+devins, entremetteuses, chercheurs de bénéfices, maîtres de langues,
+d'arts et de sciences, enseignant «ce qu'ils ne savent pas,»
+médecins, empiriques, marchands et marchandes accortes, tous ces
+gens-là cherchent à vivre dans une ville «qui est la mère de
+l'invention.» L'étranger sort de Paris «plus précautionné qu'il n'y
+est entré.» LVIII.
+
+=Paris= jugé par un Espagnol. LXXVIII.
+
+A Paris, règnent la liberté et l'égalité. Rien ne sauve un homme de
+la foule. LXXXIX.
+
+=Paris= foyer de plaisir, donc d'art, de travail et d'industrie. CVII.
+
+=Parlements=. Grands corps, affaiblis par les moeurs, abattus par la
+royauté; ruines qui rappellent un temple vénéré, image de la liberté
+publique. Ils sont réduits aux fonctions judiciaires, et ne
+retrouvent d'importance politique que dans quelques conjonctures
+imprévues.
+
+Le régent a recours au parlement. XCIII.
+
+Le parlement de Paris relégué à Pontoise, pour s'être opposé aux
+mesures exigées par Law. CXL.
+
+Ces compagnies facilement odieuses aux rois. _Ibid._
+
+=Parties=. Parties de campagne où l'on veut s'amuser et où l'on
+bâille. CXI.
+
+=Parure=. La parure d'une femme occupe cinquante artisans. CVII.
+
+=Paternité=. L'enfant né dans le mariage est censé être au mari.
+LXXXVII.
+
+=Patrie=. «Je voudrais voir les noms de ceux qui meurent pour la
+patrie écrits dans des registres qui fussent comme la source de la
+gloire et de la noblesse.» LXXXV.
+
+=Paysan=. Riche ou pauvre, le rustique ou paysan peuple
+indifféremment. CXIII.
+
+Les impôts pèsent principalement sur la nourriture et la famille du
+paysan. CXXV.
+
+=Pécule=, propriété, mise de fonds et rançon de l'esclave antique.
+CXVI.
+
+=Peines=. «Les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on
+obéisse plus aux lois.» Témoin l'état moral de l'Asie.
+
+Ce qui importe, c'est la gradation dans le châtiment. LXXXI.
+
+=Pèlerinages= de la Mecque. XV.
+
+De saint Jacques en Galice. XXIX.
+
+=Perruquiers=. Les perruquiers français décident en législateurs sur
+la forme des perruques étrangères. CI.
+
+=Persans=. Les plus tolérants de tous les mahométans. XXIX.
+
+Leur haine contre les Turcs. VII.
+
+Intempérance des monarques persans. XXXIII.
+
+=Persanes=. (Voir _Femmes_ et _Sérail_.)
+
+=Perse=. Les Tartares, «maîtres de la Perse.» LXXXII.
+
+Fort déchue de ce qu'elle était du temps des Xerxès et des Darius.
+CXIII.
+
+La Perse antique était peuplée parce que les mages enseignaient un
+dogme favorable à la propagation. CXX.
+
+=Peste=. Multitude de pestes mentionnées par l'histoire. Une, entre
+autres, brûla jusqu'à la racine des plantes. CXIV.
+
+=Petits-maitres= au spectacle. XXVIII.
+
+Dans les conversations, parlent sans rien dire ou font parler leur
+tabatière. Goûtés des femmes. LXXXIII.
+
+=Peuple=. L'abolition de l'esclavage retirait le bas peuple de la
+puissance des seigneurs. LXXV.
+
+Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI.
+
+La puissance ne peut jamais être également partagée entre le peuple
+et le prince.
+
+Le peuple en Europe et en Orient;
+
+Le peuple anglais devant la royauté. CIII-CV.
+
+=Pharan= ne veut pas être fait eunuque. XLI, XLII, XLIII.
+
+=Pharmacie nouvelle= extraite des ouvrages des philosophes, orateurs,
+romanciers, poëtes, théologiens et casuistes. CXLIII.
+
+=Philosophes=; «laissés à eux-mêmes, privés des saintes merveilles,
+ils suivent dans le silence les traces de la raison humaine.»
+XCVIII.
+
+Leur supériorité sur les docteurs des religions diverses. _Ibid._
+
+Plaisanteries contre Aristote, et surtout les scolastiques, dans la
+lettre du médecin de province. CXLIII.
+
+Les philosophes (métaphysiciens) ont un mépris souverain pour
+l'homme qui a la tête chargée de faits. CXLV.
+
+=Philosophie=, ne s'accorde pas avec la théologie. LXVI, CXL.
+
+=Physique=, bannit le merveilleux de l'univers. CXXXV.
+
+=Pierre le Grand=. Ses réformes, son humeur sévère. LI.
+
+=Plaisir=. La nature des plaisirs est d'être de courte durée. De là
+l'embarras des religions et le ridicule des plaisirs éternels
+qu'elles imaginent pour leurs paradis. CXXVI.
+
+=Plotin=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Poëtes=. Singulière opinion sur les poëtes. XLVIII.
+
+Ils accablent la raison sous les agréments.
+
+Ils ne sont pas rares chez les orientaux. CXXXVII.
+
+Bucoliques, plaisent aux gens de cour;
+
+Dramatiques, poëtes par excellence, maîtres des passions;
+
+Epiques, sévèrement jugés; de là la froideur de Voltaire pour
+Montesquieu.
+
+Lyriques, qui font de leur art une harmonieuse extravagance.
+CXXXVII.
+
+=Point d'honneur=, tient à la passion de la gloire; caractère de
+chaque profession; plus marqué chez les gens de guerre, a réglé
+jadis la conduite des Français surtout des nobles; n'admet qu'une
+solution, le duel. (V. _Duel_.) XCI.
+
+=Politesse=. En Espagne «un capitaine ne bat jamais son soldat sans
+lui en demander permission, et l'inquisition ne fait jamais brûler
+un juif sans lui faire ses excuses.» LXXVIII.
+
+=Politique=. En Asie, les règles de la politique sont partout les
+mêmes. LXXXI.
+
+=Pologne=. N'a presque plus de peuples. CXIII.
+
+A mal usé de sa liberté et du droit d'élire ses rois. CXXXVI.
+
+=Polygamie=. _La polygamie triomphante_, livre où il est prouvé que la
+polygamie est ordonnée aux chrétiens. XXXV.
+
+La polygamie, défendue par le paganisme romain. CXV.
+
+Elle engendre la langueur des hommes, l'étiolement des enfants, les
+querelles des femmes condamnées à une continence forcée, la
+fabrication des eunuques, le célibat des filles esclaves. C'est un
+agent de dépopulation. _Ibid._
+
+=Pompes funèbres=. Leur inutilité. XL.
+
+=Porphyre=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Portes=, haussées, baissées ou élargies selon les parures des femmes.
+C.
+
+=Portugais=. Voyez Espagne. LXXVIII.
+
+Leur douceur relative dans le gouvernement de leurs colonies. Ils
+furent bientôt chassés de tous les pays qu'ils avaient découverts.
+CXXII.
+
+=Poudre=. Depuis la poudre, plus d'asile contre l'injustice et la
+violence. CVI.
+
+Mais depuis la poudre, batailles moins sanglantes. CVII.
+
+=Pourceau=. Pourquoi immonde? XVIII.
+
+=Pouvoir=. Il ne peut jamais être également partagé entre le peuple et
+le prince.
+
+Le pouvoir des rois d'Europe est très-grand, modéré par leur
+intérêt. CIII.
+
+Le pouvoir arbitraire, négation de la liberté et de l'égalité,
+assurant aux princes toutes les richesses, enraye la propagation de
+l'espèce. CXXIII.
+
+=Prescience divine=, ni absolue, ni infinie, sous peine de
+contradiction et d'injustice.
+
+Si elle est intermittente, elle n'est plus que caprice et fantaisie.
+
+«L'alcoran et le livre des Juifs s'élèvent sans cesse contre le
+dogme de la prescience absolue.» LXIX.
+
+Voir Dieu, Adam, liberté, âme.
+
+=Prestiges= qui font gagner des batailles: le terrain, le nombre, le
+courage. CXLIII.
+
+=Prêtres=. Rôle difficile du prêtre dans le monde; sa neutralité
+forcée. LVI.
+
+«L'envie d'attirer les autres dans son opinion est, pour ainsi dire,
+attachée à sa profession.» _Ibid._
+
+=Prière=. Postures exigées par les diverses religions. XLVI.
+
+Prêtres chrétiens et musulmans prient sept fois par jour. XXXV.
+
+=Prince=. Les querelles particulières du prince, le mécontentement des
+ambassadeurs du prince, ne peuvent légitimer une guerre. XCVI.
+
+Il n'est pas de son honneur de s'allier avec un tyran. _Ibid._
+
+Autorité illimitée des princes en Orient. CIII.
+
+En Europe, peu d'attentats contre la vie des princes.
+
+En Orient, sans précautions infinies, les princes ne vivraient pas
+un jour. _Ibid._
+
+En se cachant, les princes d'Orient font respecter la royauté et non
+le roi. CIV.
+
+C'est un crime de lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses
+sujets. CV.
+
+=Procédure=. «Formalités dont l'excès est la honte de la raison
+humaine.» CI.
+
+=Propagation=. Conditions favorables à la propagation de l'espèce.
+
+=Divorce=; suppression du célibat religieux. CXV, CXVII.
+
+Accord du tempérament et du climat. CXXI.
+
+Liberté, égalité des droits et des fortunes.
+
+Gouvernement doux et républicain. CXXIII.
+
+=Proportion=. La proportion entre les fautes et les peines est comme
+l'âme des États; gardée par les princes d'Europe, elle est sans
+cesse renversée, à leurs dépens, par les rois d'Orient. CIII.
+
+=Propreté=. «La propreté, qui est l'image de la netteté de l'âme.» II.
+
+=Propriété=. L'incertitude de la propriété des terres ralentit
+«l'ardeur de les faire valoir.» XX.
+
+=Prosélytisme=. Transmis des Egyptiens aux Juifs, des Juifs aux
+mahométans et aux chrétiens; maladie épidémique; esprit de vertige;
+éclipse entière de la raison humaine. LXXXVI.
+
+=Protestantisme=. Avantage du protestantisme sur le catholicisme,
+suppression du célibat et des couvents. CXVIII.
+
+=Protestants=. Ils multiplient nécessairement plus que les
+catholiques. De là accroissement de population, d'impôts, d'activité
+agricole, industrielle, de travail et de richesses. CXVIII.
+
+=Providence=. Ce qui est pour le riche sagesse de la providence est
+pour le pauvre aveugle fatalité du destin. XCVIII.
+
+Les musulmans laissent tout faire à la providence. CXX.
+
+L'homme ne trouble pas l'ordre de la providence lorsqu'il change les
+modifications de la matière. LXXVI.
+
+=Puissance paternelle=. La plus sacrée de toutes les magistratures,
+fortement établie par le droit romain;
+
+Montesquieu semble blâmer les Français de l'avoir restreinte. LXXIX.
+
+=Puissance royale=, ses progrès en France. CXXXVI.
+
+=Purgatifs=. 1º Mélange de philosophie scolastique;
+
+2º Extraits d'arrêts du Conseil et de Bulles et Constitutions de
+jésuites. CXLIII.
+
+
+Q
+
+Q. Quelques docteurs voulaient qu'on prononçât cette lettre comme un
+K. (Querelle de Ramus.) CX.
+
+=Quiétisme=, sorte de mysticisme exalté.
+
+Un quiétiste n'est autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin.
+CXXXIV.
+
+
+R
+
+=Rat=. Pourquoi immonde? XVIII.
+
+=Raymond Lulle= a cherché vainement le secret de la transmutation des
+métaux. XLV.
+
+=Récompenses=. A Rome, Athènes, Lacédémone, l'honneur payait seul les
+services les plus signalés. L'auteur d'une belle action y trouvait
+sa récompense. XC.
+
+=Régence=, ses commencements. Désarroi où la mort de Louis XIV laisse
+la France. CXXXVIII.
+
+=Régent= (le), son habileté. XCIII.
+
+Il fait casser par le Parlement le testament de Louis XIV.
+
+Il relègue le Parlement à Pontoise. CXL.
+
+=Régicide=. En Orient, le régicide monte sur le trône sans opposition.
+Pourquoi? CIV.
+
+=Reine=. Exemple de tendresse conjugale donné par une reine de Suède.
+CXXXIX.
+
+=Religion=. Distinction entre la foi et la vie laïque, fortement
+établie. X.
+
+«Je ne leur parle pas (aux Mollaks) comme vrai croyant, mais comme
+homme, comme citoyen, comme père de famille.»
+
+Chez les chrétiens elle est plus un sujet à disputes qu'un moyen de
+sanctification. LXXV.
+
+La religion gagne les malades par ses promesses. LXXV.
+
+=Religions=. «Les plus proches sont les plus grandes ennemies.» LX.
+
+Avantages de la multiplicité des religions dans un État;
+
+Les guerres de religion suscitées par l'esprit d'intolérance.
+LXXXVI.
+
+Il n'y a pas de religion qui ne prescrive l'obéissance et la
+soumission. _Ibid._
+
+Leur grand nombre embarrasse ceux qui cherchent la vraie. XLVI.
+
+Béatitudes qu'elles promettent aux élus. CXXVI.
+
+Dieu condamne-t-il ceux qui ne pratiquent pas celle qu'ils ne
+peuvent connaître? XXXV.
+
+=Religions= (tolérées). Ceux qui vivent dans ces religions, plus
+utiles que ceux qui suivent la religion dominante. Eloignés des
+honneurs, ils n'en sont que plus portés à s'enrichir par le travail.
+LXXXVI.
+
+=Remèdes= composés par un médecin rempli des mystères de la cabale.
+CXLIII.
+
+Remèdes rares, tels que préface trop courte, mandement fait par un
+évêque, etc. _Ibid._
+
+=Représailles=. Leur office dans le droit public international. XCVI.
+
+=Représenter=, c'est-à-dire «faire sentir à tous les instants la
+supériorité qu'on a.» LXXIV.
+
+=République=. Conclusion de l'histoire des Troglodytes. XIV.
+
+Semble être le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la
+vertu. X.
+
+La douceur du gouvernement républicain, la liberté, l'égalité,
+source d'opulence, favorisent la propagation de l'espèce. CXXIII.
+
+=République romaine=, son extension eût été un bonheur pour le monde,
+sans le pouvoir abusif des proconsuls et la différence que le droit
+de cité maintenait entre les vainqueurs et les vaincus. CXXXI.
+
+Républiques=, contraires au génie oriental.
+
+Leurs origines. Elles sont postérieures aux monarchies.
+
+La Grèce, l'Asie-Mineure, Carthage, Rome.
+
+Le Nord et l'Allemagne (on a pris pour des rois les chefs des
+armées). CXXXI.
+
+=Résurrection de la chair=. Croyance commune au christianisme et au
+mahométisme. XXXV.
+
+=Revenus=. A Paris, les revenus des citoyens «ne consistent qu'en
+esprit et en industrie; chacun a la sienne qu'il fait valoir de son
+mieux.» LVIII.
+
+Revenus fonciers difficiles à percevoir.
+
+Revenus mobiliers. Embarras d'un homme à qui son débiteur rend une
+somme prêtée. CXXXII.
+
+=Révolution=. En Orient «le moindre accident produit une grande
+révolution.» LXXXI.
+
+=Rhédi= neveu d'Ibben. XXV, écrit de Venise à Usbek, XXXI. (Voir la
+table des _Lettres_.)
+
+=Rica=, compagnon de voyage d'Usbek, son caractère enjoué, XXV. (Voir
+la table des _Lettres_.)
+
+=Richesse=. Si la Providence n'avait accordé les richesses qu'aux gens
+de bien, on ne les aurait pas assez distinguées de la vertu. XCIX.
+
+=Robe=. Un des trois états qui se méprisent mutuellement. XLIV.
+
+=Rodriguez= (le P. Alphonse), jésuite espagnol, né à Valladolid, mort
+à Séville en 1616, auteur d'un _Traité de la perfection chrétienne_,
+traduit par Régnier des Marets. Ses oeuvres sont rangées parmi les
+purgatifs. CXLIII.
+
+=Rois=. Les rois sont comme les dieux: pendant qu'ils vivent, on doit
+les croire immortels. CVIII.
+
+Les rois des tribus germaniques n'étaient que des chefs ou généraux
+à pouvoir limité par celui des seigneurs et l'égalité des
+dépouilles. CXXXI.
+
+Rois déposés par les Vandales et les Goths. _Ibid._
+
+=Roman=. Le roman qui sert de canevas aux Lettres persanes est tout
+entier dans la jalousie d'Usbek absent et les désordres de son
+sérail. Si l'on y joint l'histoire d'Aphéridon et d'Astarté et celle
+d'Anaïs (LXVII, CXLI), il remplit environ soixante lettres, et un
+peu moins du tiers de l'ouvrage qu'il varie, et auquel il est
+souvent rattaché avec un art discret.
+
+(Voir _Eunuques_, _Fatmé_, _Roxane_, _Zachi_, _Zélis_, _Zélide_,
+_Zéphis_ et _Sérail_, _Usbek_ et _Solim_, etc.).
+
+=Romanciers=. Espèces de poëtes qui outrent le langage de l'esprit et
+du coeur. CXXXVII.
+
+=Romans=. Leurs héros sont à côté de la nature; un seul détruit une
+armée.
+
+Extravagance des romans orientaux. CXXXVII.
+
+Romans, vomitif. CXLIII.
+
+=Rome=. Combien déchue depuis les temps anciens. CXIII.
+
+=Royauté=. Progrès de la royauté française. CXXXVI.
+
+=Roxane=, femme préférée d'Usbek, qui vante sa vertu. XX.
+
+Son opiniâtreté à repousser les assiduités de son mari dans les
+premiers mois de son mariage. XXVI.
+
+Sa feinte sagesse trompe les eunuques. CLI;
+
+Elle s'indigne des châtiments subis par les autres femmes du sérail.
+CLVI.
+
+Surprise avec un jeune homme. CLIX.
+
+S'empoisonne: sa lettre. CLXI.
+
+=Russe=. Lettre d'une jeune mariée russe qui se plaint de n'être pas
+battue par son mari. LI.
+
+=Russie=. Le czar, allié naturel de la Perse contre les Turcs.
+
+Réformes de Pierre le Grand. LI.
+
+=Rustan=, ami et correspondant d'Usbek. V.
+
+(Voir la table des _Lettres_.)
+
+
+S
+
+=Saint-Cyran= (abbé de), ses lettres bonnes contre la gale, la
+gratelle, etc. CXLIII.
+
+=Samos=. Roi de Samos sommé par un roi d'Egypte de renoncer à la
+cruauté et à la tyrannie. XCVI.
+
+=Sanchez=. Son _de matrimonio_, fort tonique contre la chlorose.
+CXLIII.
+
+=Santon=, saint musulman. XCIV.
+
+Santons chrétiens (moines de la Thébaïde). _Ibid._
+
+=Sardaigne=, terre insalubre, destinée par les Romains aux criminels
+et aux Juifs. CXXII.
+
+=Sauromates=, véritablement dans la servitude du sexe. XXXVIII.
+
+=Sauvages=. Leur aversion pour le travail et l'agriculture. Leur vie
+précaire; famine. Avortements. Isolement des tribus.
+
+Dépopulation. CXXI.
+
+=Savants=. Deux savants pleins de vanité. CXLIV.
+
+Tribulations d'un savant, astronome, physicien et anatomiste. CXLV.
+
+Jadis accusé de magie, le savant aujourd'hui l'est d'irréligion ou
+d'hérésie.
+
+Dédain des savants pour ceux qui s'occupent d'une autre science que
+la leur. CXLV.
+
+=Scapulaire=, morceau de drap attaché à deux rubans. XXIX.
+
+=Sciences=. Mauvais usage des sciences. CVI.
+
+=Scolastique=. Allusion aux disputes et aux subtilités scolastiques.
+XXXVI.
+
+=Scot=, subtil scolastique; purgatif. CXLIII.
+
+=Secte=. Une secte nouvelle introduite dans un État est le moyen le
+plus sûr pour corriger les abus de l'ancienne. LXXXVI.
+
+=Seigneur=. Les grands seigneurs qui représentent.
+
+Leur morgue. LXXIV.
+
+L'abolition de l'esclavage par les rois abaissait les seigneurs.
+LXXV.
+
+Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, parle aux ministres,
+a des ancêtres, des dettes et des pensions. LXXXIX.
+
+=Sémiramis=, reine et divinité des Babyloniens. XXXVIII.
+
+=Sénèque=. Dans le malheur, un Européen n'a «d'autre ressource que la
+lecture d'un philosophe qu'on appelle Sénèque: mais les Asiatiques,
+plus sensés et meilleurs physiciens en cela, prennent des breuvages
+capables de rendre l'homme gai, etc.» XXXIII.
+
+=Séparation=. Une femme effrontée expose les outrages qu'elle a faits
+à son époux comme une raison d'en être séparée. LXXXVII.
+
+=Sérail=. Gouverné par les eunuques noirs. II, VII, LXIV, IX.
+
+Gardé par les eunuques blancs qui ne peuvent pénétrer dans
+l'appartement des femmes. XX, XXI.
+
+Les hommes qui en approchent sont massacrés. LXVII, CLIX.
+
+Condition et malheur des femmes qui y sont enfermées. VII, XX, XXI,
+XXVI, XXVII.
+
+A quel âge elles y entrent. LXII.
+
+On leur fait croire que leur réclusion est une garantie de chasteté,
+de santé et de beauté. XX, XXXIV, XLVII, LXII, LXIII.
+
+Plus il y a de femmes dans un sérail, moins elles y donnent
+d'embarras. XCVII.
+
+Leurs dissensions, leurs réconciliations, leurs voyages ou
+promenades dans des boîtes. LXIV, III, XLVII.
+
+Leurs privautés avec les filles esclaves, IV, CXLVII, qui ne se
+marient presque jamais sinon avec des eunuques, LXVII, CXV, LIII;
+leur goût pour les eunuques blancs. XX.
+
+Le sérail tue l'amour chez le mari sans supprimer la jalousie. VI.
+
+Désordres dans le sérail d'Usbek. XX, LXIV, LXV, CXLVII-CLXI.
+
+Châtiments terribles, le fouet, la torture. CLVI-CLVIII.
+
+=Servitude=. La servitude est dans le tempérament asiatique. CXXXI.
+
+=Sibérie=. Lieu d'exil pour les seigneurs russes disgraciés. LI.
+
+=Sicile=. Contenait jadis de puissants royaumes. CXIII.
+
+=Sincérité=. Celle d'Usbek lui a fait des ennemis à la cour de Perse.
+C'est la cause de son voyage. VIII.
+
+=Singe=. Il y a encore des peuples chez lesquels un singe passablement
+instruit pourrait vivre avec honneur. CVII.
+
+=Smyrne=. Seule ville «riche et puissante» de l'Asie turque: «Ce sont
+les Européens qui la rendent telle.» XX.
+
+=Sociabilité=. L'homme, animal sociable; un Français est donc l'homme
+par excellence. LXXXVIII.
+
+=Société=. Elle est fondée sur un avantage mutuel. LXXVI.
+
+Origine des sociétés: «un fils est né auprès de son père et il s'y
+tient: voilà la société et la cause de la société.» XCV.
+
+=Soleil=. Les Espagnols disent «que le soleil se lève et se couche
+dans leur pays.» LXXVIII.
+
+«Ouvrage et manifestation de la divinité,» dieu des Guèbres,
+longtemps «honoré» d'un «culte religieux mais inférieur... dans la
+ville sainte de Balk.» LXVII.
+
+=Solidarité=. Sa nécessité sociale, prouvée dans l'épisode des
+Troglodytes. Lettres XI. XII, XIII.
+
+=Solim=, eunuque, dénonce les désordres du sérail, CLI.
+
+Est chargé des vengeances d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.
+
+=Soliman=, affront qu'il reçoit. LXX.
+
+=Solliciteuses=. Leur agitation perpétuelle; elles ne reculent devant
+rien pour distribuer les places et les honneurs. CVIII.
+
+=Somnifères=. La _Cour sainte_ du P. Caussin procure un doux sommeil à
+un malade affligé d'insomnie, et à toute sa famille. CXLIII.
+
+=Somptuaires= (lois) finement raillées. CXXV.
+
+=Son=. Combien de lieues il fait dans une heure. XCVIII.
+
+=Sottises=. Dire théologiquement force sottises. CII.
+
+=Soumission=. Elle se mesure à la gratitude. CV.
+
+=Souverains=. Doivent chercher des sujets et non des terres. CVII.
+
+=Statues=. Il y en a autant dans les jardins de Louis XIV que de
+citoyens dans une grande ville. XXXVII.
+
+=Statuts= de villes et de provinces. Presque toujours rédigés par
+écrit sous Louis XIV. CI.
+
+=Style figuré=. L'auteur le condamne. XCVIII.
+
+=Suède=. Mort de Charles XII. CXXVIII.
+
+Mention de deux reines de Suède. CXXXIX.
+
+=Suicide=. Injustice des lois portées contre ceux qui se tuent
+eux-mêmes.
+
+Le suicide ne trouble pas l'ordre de la nature.
+
+Il n'est que l'usage d'un droit; la renonciation à un contrat devenu
+onéreux. LXXVI.
+
+Faibles arguments en faveur de la loi religieuse et de la loi civile
+contre le suicide. LXXVII.
+
+=Suisse=. République. CXXIII.
+
+Elle est l'image de la liberté. CXXXVI.
+
+=Sultans=. Ils ont plus de femmes que certains princes italiens ou
+allemands n'ont de sujets. CIII.
+
+=Superfluités=. Elles sont socialement aussi nécessaires que les
+nécessités de la vie. CVII.
+
+=Sûreté=. Précautions des princes orientaux pour mettre leur vie en
+sûreté. CIII.
+
+=Suphis=. Jeune étourdi. Le traitement qu'il fait subir à sa jeune
+femme. LXX.
+
+=Syphilis=, son introduction dans l'ancien monde; ses effets
+prodigieux; remède puissant qui lui est opposé. CXIV.
+
+=Système= (de Law). Allusion aux troubles qu'il apporte dans les
+fortunes. CXXXII.
+
+Ses affirmations ne sont pas plus sûres que les présages de
+l'astrologie judiciaire. CXXXV.
+
+Il pervertit la moralité publique. CXLVI.
+
+=Système du monde=, expliqué par quelques lois générales découvertes
+par des philosophes qui n'ont point été ravis jusqu'au trône
+lumineux (comme saint Paul), etc. XCVIII.
+
+
+T
+
+=Talents= (petits), tels que: parler pour ne rien dire, écouter,
+sourire à propos, entendre finesse à tout, etc.
+
+«Un homme de bon sens ne brille guère devant eux.» LXXXIII.
+
+=Talismans=. Effet que peut produire l'arrangement de certaines
+lettres. CXLIII.
+
+=Tartares=. Leurs conquêtes et leur puissance. Il ne leur a manqué que
+des historiens. LXXXII.
+
+Pourquoi leurs conquêtes seraient dévastatrices. CXXXI.
+
+=Tartarie=. «Quand le kan de Tartarie a dîné, un héraut crie que tous
+les princes de la terre peuvent aller dîner.» XLIV.
+
+=Tauris=. Lettres I, II, III.
+
+=Tavernier=, célèbre voyageur en Perse. LXXII.
+
+=Tempéraments= fixés par le climat, ils souffrent du changement
+brusque du pays d'origine. CXXII.
+
+=Tentations= des santons de la Thébaïde. Elles nous suivent jusque
+dans la vie la plus austère. XCIV.
+
+=Terre=. Soumise comme les autres planètes, aux lois du mouvement;
+elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses principes.
+CXIV.
+
+Elle se dépeuple et dans dix siècles ne sera plus qu'un désert.
+CXIII.
+
+=Testament=. Le testament de Louis XIV cassé par le parlement. XCIII.
+
+=Théâtre=. Description de la salle et de la scène. XXVIII.
+
+=Thébaïde=. Saints ou santons chrétiens de la Thébaïde. Leur vie,
+leurs tentations.
+
+Les chrétiens sensés regardent leur histoire comme une allégorie
+bien naturelle des passions qui nous suivent jusque dans le désert.
+XCIV.
+
+=Théologie=. Les livres de théologie, doublement inintelligibles par
+la matière et la manière. CXXXIV.
+
+=Tisane= purgative et autres, d'après la nouvelle pharmacie
+spirituelle. CXLIII.
+
+=Titres=. La vente des titres d'honneur est une des principales
+ressources de Louis XIV. XXIV.
+
+=Tolérance=. Elle commence à s'établir en France; mais non en Asie.
+LX. (Voir =Intolérance=.)
+
+=Traducteurs=. Dialogue d'un traducteur d'Horace et d'un géomètre.
+
+Services que rendent les traducteurs et danger de leur métier.
+CXXIX.
+
+=Traductions=; rendent le corps, mais non la vie. _Ibid._
+
+=Traitants=. Chambre, qu'on appelle de justice, parce qu'elle va leur
+ravir tout leur bien. XCIX.
+
+=Traite= autorisée par les rois chrétiens. LXXV.
+
+=Traités de paix=, légitimes lorsque les conditions en sont telles que
+les deux peuples peuvent se conserver. XCVI.
+
+=Travail=. Les Espagnols «invincibles ennemis du travail.» LXXVIII.
+
+Le travail et l'industrie à Paris: sans eux, plus de revenus, plus
+de circulation des richesses. Chacun, retiré dans sa terre, ne
+travaillerait qu'à sa faim. Dépopulation. CVII.
+
+=Tribunal= où l'on prend les voix à la majeure; on a reconnu qu'il
+vaudrait mieux les recueillir à la mineure. LXXXVII.
+
+=Troglodytes=, perdus par l'égoïsme et l'anarchie, relevés par la
+solidarité des droits et des devoirs, par la pratique de la vertu et
+de la liberté civile. Vont de nouveau périr par la monarchie et
+l'égalité dans la servitude. XI-XIV.
+
+=Turcs=. Sous le nom de Turcs, les Tartares ont fait des conquêtes
+immenses dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique; et ils dominent sur
+trois parties de l'univers. LXXXII.
+
+Les Turcs défaits par les Impériaux. CXXIV.
+
+Caractère de leurs conquêtes. CXXXI.
+
+=Turquie=. Faiblesse de l'empire des Osmanlis: «Ce corps malade ne se
+soutient pas par un régime doux et tempéré, mais par des remèdes
+violents qui l'épuisent et le minent sans cesse.»
+
+Ni commerce, ni art, ni «expérience sur la mer,» villes désertes,
+campagnes désolées;
+
+«Juste idée de cet empire qui, avant deux siècles, sera le théâtre
+des triomphes de quelque conquérant.» XX.
+
+La Turquie est également dépeuplée en Europe et en Asie. CXIII.
+
+=Tyen=. Ciel des chinois. Les âmes des ancêtres y sont anéanties, mais
+revivent sur terre dans les enfants. CXX.
+
+
+U
+
+=Ubiquité=. Question pour les philosophes, réalité pour les Français.
+LXXXVIII.
+
+=Ulrique-Eléonore=, reine de Suède. Sa tendresse conjugale. CXXXIX.
+
+=Université= (de Paris), fille très-aînée des rois de France. Elle
+rêve quelquefois. CX.
+
+=Usbek=. (_Ouzbeyg_, nom d'une des principales tribus tartares ou
+turcomanes qui ont envahi l'Asie Mineure vers le temps des
+croisades.) Seigneur persan disgracié. VIII.
+
+Vient en Europe se perfectionner dans les sciences, qu'il a toujours
+aimées.
+
+Il passe par Com, Tauris, Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne et
+s'arrête à Paris «siége de l'empire d'Europe.»
+
+C'est là qu'il étudie les moeurs des Français, qu'il ne cesse de
+sonder les matières religieuses, philosophiques, politiques, qu'il
+acquiert des notions de droit public et d'histoire générale, plus
+tard développées dans l'_Esprit des lois_.
+
+Le regret de son sérail, la jalousie, troublent seules la sérénité
+de son esprit. Il renvoie à Ispahan les eunuques qu'il avait
+emmenés, ne cesse d'écrire à Zachi, Zélis, Zéphis, Fatmé, et surtout
+à Roxane, sa favorite, qui le trompe avec toutes les apparences de
+la vertu. Son désespoir, les ordres cruels qu'il donne contre les
+infidèles remplissent la fin des _Lettres persanes_.
+
+Voir à la table les numéros des lettres nombreuses qu'il envoie et
+qu'il reçoit.
+
+=Usurpateur=. Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point
+opprimé la patrie comme lui. CV.
+
+
+V
+
+=Vanité= de deux savants qui veulent être admirés à force de déplaire.
+CXLIV.
+
+Portrait du vaniteux. L.
+
+=Vandales=, déposaient volontiers leurs rois. CXXXI.
+
+=Venise=. Epargnée par les mahométans parce que l'eau y manque pour
+les purifications. XXXI.
+
+République qui n'a de ressources qu'en son économie. CXXXVI.
+
+=Vérité=. «Vérité dans un temps, erreur dans un autre.» LXXV.
+
+=Vérités=. La connaissance de cinq ou six vérités a rendu la
+philosophie pleine de miracles. XCVIII.
+
+=Vertu=. C'est la pratique de la justice, de la réciprocité sociale.
+XII, XIII, _passim._
+
+Quand elle est naturelle, la vertu est modeste et ne se fait pas
+sentir. L.
+
+=Veuve indienne=. Pourquoi elle veut se brûler et pourquoi elle y
+renonce. CXXVI.
+
+=Viandes=. Le Turc ne veut point qu'elles soient étouffées. XLVI.
+
+=Vieillesse=. Elle juge tout d'après le souvenir et le regret de la
+jeunesse perdue. LIX.
+
+=Vierge= qui a mis au monde douze prophètes. Son tombeau est à Com. I.
+
+=Villes= d'Italie, désertes et dépeuplées. CXIII.
+
+Les voyageurs recherchent les grandes villes, espèce de patrie
+commune à tous les étrangers. XXIII.
+
+Depuis quand les bourgeois ont perdu la garde de leurs villes. CVI.
+
+=Vin=, causes de sa cherté à Paris. Ses funestes effets chez les
+musulmans, malgré les prohibitions du Coran. XXIII, LVI.
+
+=Virginité=. Des femmes adroites font de la virginité une fleur qui
+périt et renaît tous les jours, «et se cueille la centième fois plus
+douloureusement que la première.» LVIII.
+
+Incertitude des preuves de la virginité. LXXI.
+
+=Visapour=. Les femmes jaunes de ce pays peuplent les sérails de
+Perse. XCVII.
+
+=Visites=. Pour nombre de Français, il est de la bienséance de visiter
+chaque jour le public en gros et en détail. LXXXVIII.
+
+=Vizir=. Le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour
+châtier les sectateurs d'Omar. CXXIV.
+
+=Voeux=. «Les dervis font trois voeux, d'obéissance, de pauvreté
+et de chasteté. On dit que le premier est le mieux observé de tous;
+quant au second, je te réponds qu'il ne l'est point: je te laisse à
+juger du troisième.» LVII.
+
+=Volonté=. «Dieu ne peut lire dans une volonté qui n'est point
+encore.» LXIX.
+
+=Vomitifs=. 1º Harangues, oraisons funèbres, opéras nouveaux, romans,
+mémoires, le tout distillé;
+
+2º Infusion de papier ayant couvert un recueil des pièces des
+Jésuites français» (J. F.); ou mieux, selon Barbier, des jeux
+floraux. CXLIII.
+
+=Voyages=. Combien plus embarrassants pour les femmes que pour les
+hommes. XLIII.
+
+
+Z
+
+=Zachi= rappelle à Usbek qu'il l'a préférée à ses autres femmes. III.
+
+Trouvée seule avec Nadir, eunuque blanc. XX.
+
+Ses privautés avec la jeune Zélide. _Ibid._
+
+Sa réconciliation avec Zéphis. XLVII.
+
+Couchée avec une de ses esclaves. CXLVII.
+
+Elle reçoit le fouet et se plaint passionnément à Usbek. CLVII.
+
+=Zélide=, esclave de Zéphis, de Zachi et de Zélis, soupçonnée de
+certaines complaisances intimes pour ses maîtresses. IV, XX, CXLVII.
+
+Elle consent à épouser Cosrou, eunuque blanc. (V. ce mot.) XLVII.
+
+=Zélis= marie son esclave Zélide à Cosrou, eunuque blanc. Ses idées
+sur les plaisirs conjugaux des hommes de cette espèce. LIII.
+
+Confie sa fille, âgée de sept ans, aux soins des eunuques noirs.
+LXII.
+
+A laissé tomber son voile en allant à la mosquée. CXLVII.
+
+Soupçonnée d'avoir reçu une lettre. CXLVIII.
+
+Reçoit le fouet et se plaint vertement au «tyran» Usbek. CLVIII.
+
+=Zéphis=. Accusée de certaines relations illicites avec son esclave
+Zélide, IV, se plaint du grand eunuque noir.
+
+Sa réconciliation avec Zachi. XLVII.
+
+=Zend=, ancien bactrien, langue sacrée des Guèbres. LXVII.
+
+=Zeuxis= assemble les plus beaux modèles pour figurer la déesse de la
+beauté.
+
+Ainsi les métaphysiciens construisent l'idée de Dieu avec les
+perfections imaginées par les hommes. LXIX.
+
+=Zoroastre=. Législateur des Guèbres et auteur de leurs livres sacrés.
+LXVII.
+
+=Zufagar=, nom de l'épée d'Ali, «qui avoit deux pointes.» XVI.
+
+(_Zoulfékar_, sabre à deux lames donné par Mahomet, conservé dans la
+maison des Kalifes, brisé à la chasse par un descendant d'Abdoullah
+IV, il figure sur les pavillons ottomans.)
+
+=Zuléma= raconte à ses compagnes du sérail l'histoire du farouche
+Ibrahim et de l'immortelle Anaïs. CXLI.
+
+
+
+
+BIBLIOGRAPHIE.
+
+
+I.--ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT DE L'AUTEUR.
+
+1721. =Lettres persanes=, à Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le Dam.
+2 vol. grand in-12 (150 lettres).
+
+-- =Lettres persanes=, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. in-12. (Édition
+semblable à la précédente.)
+
+-- =Lettres persanes=. =Seconde édition=, _revuë, corrigée, diminuée
+et augmentée par l'auteur_. 2 vol. pet. in-12, (140 lettres).
+Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B.
+
+Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition), XXIII (XXV),
+XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL (XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII
+(LXV), LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI sont fondues
+en une seule.
+
+Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans cette _2e Marteau_
+les nos LVIII, LIX, LX. Reproduites avec quelques variantes dans le
+_Supplément_ de 1754.
+
+Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.
+
+La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en tête du
+tome second de la première édition, termine le tome premier de la
+seconde, avec le nº LXI.
+
+Les suppressions et changements ne portent que sur le tome Ier.
+
+(Pour la nature des suppressions, voir la _préface_ de notre
+édition. Pour les variantes et la collation des nos, voir nos _notes
+et variantes_, tomes I et II.)
+
+_N. B._ Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble bien
+qu'il en ait paru deux à _Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le
+Dam_. L'une porte sous le titre une sphère armillaire, l'autre un
+polygone régulier à neuf pans, dans lequel sont inscrits trois
+triangles équilatéraux.
+
+Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale
+appartiennent à deux éditions différentes: le tome I a la sphère, le
+tome II a le polygone; or nous avons sous les yeux:
+
+Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette. Sur le tome I
+de la Bibliothèque nationale, en regard du feuillet de garde, se
+trouve la note manuscrite suivante: _édition différente_. Au reste,
+les deux éditions Brunel et l'une des éditions Marteau sont des
+réimpressions d'un même texte.
+
+
+1730. =Lettres persanes, troisième édition= à Amsterdam, chez Jacques
+Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, 19030 _bis_ B.
+
+Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser au
+moment où fut rédigée notre préface, est une _réimpression_ de la 2e
+Marteau. Elle commence également par la lettre d'_Usbek à son ami
+Nessir_, la Ve du texte complet. Le premier tome finit par la lettre
+sur l'Académie.
+
+-- Autre édition, mais conforme à la 1re: à Cologne, chez Pierre
+Marteau. 2 vol. in-12.
+
+
+1731. =Lettres persanes=: à Amsterdam, chez P. Mortier, 2 vol in-12
+(150 lettres). Quérard dit: Amsterdam (Paris).
+
+
+1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, Pierre
+Marteau.
+
+
+1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.
+
+
+1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, près le
+collége des Jésuites. In-8o, 2 tomes en un volume, 150 lettres.
+(Arsenal, 19031 B.)
+
+-- La même édition, augmentée des _Lettres turques_ (par
+Saint-Foix), 2 tomes en un volume.
+
+Réimpression de la 1re 1721, avec quelques variantes insignifiantes.
+
+
+1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir la
+préface) _les Lettres persannes convaincues d'impiété_, qui vise la
+1re Marteau 1721, et la 2e Desbordes 1730.
+
+
+1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.
+
+
+1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de
+Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le texte.
+
+=Lettres persanes=, à Cologne, chez Pierre Marteau (2 tomes in-12, 150
+lettres, avec un _Supplément_).
+
+Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier volume
+sont intercalées les _Lettres turques_.
+
+Le _Supplément_, à la fin du second volume, contient _quelques
+réflexions sur les Lettres persanes_, onze lettres, dont trois
+empruntées, avec variantes, à la 2e Marteau, 3e Desbordes, et un
+certain nombre de passages nouveaux à ajouter ou à substituer dans
+le texte. La plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement
+observé les indications du _Supplément_ pour le placement des
+lettres et passages nouveaux.
+
+Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition reliée en un
+volume; les _Lettres turques_ y sont insérées après le Supplément.
+
+
+II.--ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT DE L'AUTEUR.
+
+(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées des
+_Lettres persanes_: mais diverses considérations nous ont amené à
+signaler plusieurs éditions des OEuvres complètes, en n'y tenant
+compte que de ce qui concerne les _Lettres_.)
+
+
+1755. Réimpression pure et simple, sans _Supplément_, du texte de
+1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. grand in-12).
+L'exemplaire de la bibliothèque nationale est relié en un volume.
+
+
+1757. =OEuvres de M. de Montesquieu=, Londres (4 vol. in-12). La
+première édition des oeuvres complètes, publiée par Richer sous
+les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, avec le concours de
+Moreau, ancien secrétaire de l'auteur, et imprimeur célèbre qui,
+suivant Quérard et Brunet, la rendit le modèle des éditions
+suivantes.
+
+
+1758. =OEuvres complètes de M. de Montesquieu=, nouvelle édition,
+revue, corrigée et considérablement augmentée _par l'auteur_,
+Amsterdam et Leipsick, Arkstée et Merkus (3 vol. in-4o). Toutes les
+additions du _Supplément_ sont intercalées à leur place.
+
+Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), note
+manuscrite indiquant deux collaborateurs pour les _Lettres_. Les
+_Lettres_ sont au tome III. Dans l'avertissement, Richer réfute les
+remarques d'un anonyme (Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition,
+très-belle en effet, est plus correcte et moins chère que la
+précédente. Toutes deux sont d'ailleurs l'oeuvre de Richer et de
+Moreau. Elles renferment un assez grand nombre de _corrections_
+d'après les changements trouvés dans les papiers de l'auteur, et que
+beaucoup d'éditions subséquentes ont admises. Nous les signalons
+dans nos _Notes_, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à
+même de les voir et de les certifier, et nous nous défions fort de
+cette manie d'arrangement et d'atténuations, à laquelle se
+laissaient aller volontiers les éditeurs des derniers siècles. Au
+reste, ces variantes sont véritablement insignifiantes.
+
+Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam.
+
+
+1759, 1762. =OEuvres=. Nouvelle édition, très-augmentée, avec des
+_remarques philosophiques et politiques d'un anonyme_ (Élias Luzac),
+Amsterdam et Lausanne, Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.)
+(6 volumes in-12.
+
+Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque Richer
+réfute en 1758 les _Remarques_ d'Élias Luzac.
+
+
+1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la note
+manuscrite mentionnée à l'article 1758.
+
+
+1761. =Lettres persanes=, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle édition,
+augmentée de douze lettres qui ne se trouvent pas dans les
+précédentes, et d'une table analytique des sujets traités; un vol.
+in-8o de 527 pages. Réimprimée en 1786.
+
+Le chiffre de _douze lettres_ contient sans doute _Quelques
+Réflexions sur les Lettres persanes_. En fait, le _Supplément_ de
+1754 n'ajoute que _onze_ lettres.
+
+Cette édition est la première complète des _Lettres persanes_.
+
+
+1767. =Lettres persanes=, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.
+
+
+1772. =OEuvres=. Londres, Nourse, 3 vol. in-8o, l'une des plus
+mauvaises.
+
+
+1776. =Lettres persanes=, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1 vol. in-12,
+161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de Provins.)
+
+
+1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18.
+
+
+1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.
+
+
+1788. =OEuvres=. Paris, Bastien, 5 vol in-8o. D'après Quérard,
+médiocre et chère.
+
+=OEuvres=, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs pièces
+qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam (sans nom d'éditeur ni
+d'imprimeur). Généralement conforme à l'in-4o de 1758. 6 vol. in-8o.
+
+
+1790. =OEuvres=, Bâle 8 vol. in-8o (réimprimées en 1799), avec des
+notes d'Helvétius, longtemps la plus complète, mais entièrement
+effacée par celle d'Auger 1816.
+
+
+1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8o; avec notes
+d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte médiocre.
+(Publiée par de Laroche.)
+
+
+1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV.
+
+Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les manuscrits
+(?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie Plassan. 5 vol. grand
+in-4o.
+
+Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758, laisse à
+désirer comme livre de luxe.
+
+
+1803. =Lettres=. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol. in-18.
+Avec les clichés de cette édition peu correcte a été faite celle de
+Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection des classiques français).
+Autre tirage, 1811.
+
+
+1814 et 1820. =OEuvres=, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8o.
+
+
+1815. =Lettres=, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).
+
+
+1816, 1818, 1820. =OEuvres=, précédées de la vie de l'auteur par
+Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8o, imprimerie Crapelet. (Table
+analytique bien faite.)
+
+La seconde est plus complète.
+
+Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le texte des
+lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.
+
+
+1817. =OEuvres=, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes
+in-8o.
+
+
+1818. =Lettres=, Nîmes, in-8o (id. 1820), traduction espagnole de
+Marchena.
+
+
+1819. =OEuvres=. Nouvelle édition contenant les _Éloges de
+Montesquieu_ par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable),
+les notes d'Helvétius, de Condorcet, et le commentaire de Voltaire
+sur l'_Esprit des lois_. Paris, de l'imprimerie de Pierre Didot
+aîné. Lequien 1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de
+1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont passées en revue.
+Estimée.
+
+
+1820. =Lettres=, suivies des oeuvres diverses, Paris, Didot aîné, 3
+vol. in-8o, formant les volumes 52-54 de la _Collection des
+meilleurs ouvrages français_.
+
+
+1820. =Lettres=. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant
+partie de la _Bibliothèque française_.
+
+
+1821. =Lettres=. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection
+des _Classiques français_.)
+
+=Lettres= (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, in-12.
+
+=Lettres=, Paris, Touquet, in-12.
+
+
+1822. =OEuvres=, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8o.
+Portrait. Avec les =Éloges= par d'Alembert et Villemain, suivie du
+_Commentaire sur l'Esprit des lois_ par Destutt de Tracy. Édition
+faite sur 1819-Lequien. Estimée.
+
+
+1823. =Lettres=. Nouvelle édition accompagnée de notes et d'une table
+alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18.
+
+Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur les noms
+orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée par les frères Garnier.
+
+=Lettres=, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, 3 vol. in-32.
+
+
+Il y a peu à dire sur les éditions, tant des =OEuvres= que des
+=Lettres=, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de nos
+jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt de 1758.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.
+
+Lettre LXXXIX. Usbek à Rhédi.
+
+Notes sur Paris ou règnent la _liberté et l'égalité_;
+portrait du grand seigneur en France; la faveur,
+grande divinité des Français. 1
+
+Lettre XC. Usbek à Ibben.
+
+Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation.
+Amour des Français pour la gloire. Éloge
+du régime républicain. 2
+
+Lettre XCI. Usbek au même.
+
+Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du
+duel, plus forte que la raison et que la loi. 4
+
+Lettre XCII. Usbek à Rustan.
+
+Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. 6
+
+Lettre XCIII. Usbek à Rhédi.
+
+Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement.
+Rôle des parlements. Habileté du régent. 7
+
+
+Lettre XCIV. Usbek à son frère santon au monastère de
+Casbin.
+
+A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires.
+Tentations des ascètes de la Thébaïde. 8
+
+Lettre XCV. Usbek à Rhédi.
+
+Le droit public altéré par les princes et les puissants.
+Le droit public ramené aux principes de justice
+qui régissent le droit privé. 10
+
+Lettre XCVI. Usbek au même.
+
+Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions
+du droit public. De la guerre et du prétendu
+droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir
+les _Notes et variantes_.) 11
+
+Lettre XCVII. Le premier eunuque à Usbek. (_Roman_.)
+
+Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de
+la polygamie. Nécessite de la présence du maître
+dans le sérail. 14
+
+Lettre XCVIII. Usbek à Hassein, dervis de la montagne
+de Jaron.
+
+Supériorité des lois physiques découvertes par les
+philosophes sur les élucubrations mystiques des
+livres saints et des prophéties. 16
+
+Lettre XCIX. Usbek à Ibben.
+
+Inconstance des fortunes et désordre des finances en
+France. Chambre ardente contre les traitants.
+Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. 19
+
+Lettre C. Rica à Rhédi.
+
+Les caprices et l'empire de la mode en France. 21
+
+Lettre CI. Rica au même.
+
+Frivolité du caractère français. Incohérence de leur
+législation empruntée au droit romain et aux constitutions
+des Papes. 23
+
+Lettre CII. Usbek à ***.
+
+Sur un évêque qui vantait son mandement. 25
+
+Lettre CIII. Usbek à Ibben.
+
+Considérations sur le gouvernement monarchique en
+Europe et sur le despotisme oriental. 26
+
+Lettre CIV. Usbek au même.
+
+Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs
+assassins pour successeurs. 29
+
+Lettre CV. Usbek au même.
+
+Limitation de l'autorité royale par les Anglais. 31
+
+Lettre CVI. Rhédi à Usbek.
+
+Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts,
+incompatibles avec la solidité des monarchies. 33
+
+Lettre CVII. Usbek à Rhédi.
+
+Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de
+l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du
+luxe. 35
+
+Lettre CVIII. Rica à Ibben.
+
+Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère
+des rois. Louis XIV entièrement gouverné
+par les femmes. 39
+
+Lettre CIX. Usbek à ***.
+
+Les journaux et la critique au commencement du
+XVIIIe siècle. 41
+
+Lettre CX. Rica à ***.
+
+Querelles scolastiques sur la lettre Q. 43
+
+Lettre CXI. Rica à ***.
+
+Rôle et occupation d'une jolie femme. 44
+
+Lettre CXII. Usbek à ***.
+
+Discours d'un général de la Fronde. 45
+
+Lettre CXIII. Rhédi à Usbek.
+
+Dépopulation croissante de la terre. 47
+
+Lettre CXIV. Usbek à Rhédi.
+
+Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes
+générales. Le monde terrestre a bien plus de six
+mille ans. 50
+
+Lettre CXV. Usbek au même.
+
+Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. 53
+
+Lettre CXVI. Usbek au même.
+
+Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde
+romain. 56
+
+Lettre CXVII. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce.
+(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.). 58
+
+Lettre CXVIII. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et
+le monachisme. Supériorité des pays protestants
+sur les pays catholiques. 60
+
+Lettre CXIX. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique:
+la traite et le travail esclave. 64
+
+Lettre CXX. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et
+de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme,
+«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la
+fécondité de la Perse ancienne et des races juive
+et chinoise. 65
+
+Lettre CXXI. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur
+ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. 67
+
+Lettre CXXII. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation des colonies: les influences
+climatériques, les cruautés des conquérants. 68
+
+Lettre CXXIII. Usbek au même.
+
+Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir
+arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages
+précoces. 72
+
+Lettre CXXIV. Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien
+des trois tombeaux.
+
+En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la
+victoire abandonne les Osmanlis. 74
+
+Lettre CXXV. Usbek à Rhédi.
+
+Qui paye les libéralités des princes envers leurs
+courtisans?. 75
+
+Lettre CXXVI. Rica à ***.
+
+Difficulté de concevoir des récompenses éternelles.
+Les paradis sont rendus inhabitables par leurs
+inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. 78
+
+Lettre CXXVII. Rica à Usbek.
+
+Allusion à la conspiration de Cellamare. 80
+
+Lettre CXXVIII. Rica à Ibben.
+
+A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité
+des ministres. 81
+
+Lettre CXXIX. Rica à Usbek.
+
+Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. 83
+
+Lettre CXXX. Rica à ***.
+
+Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres
+d'un nouvelliste. 86
+
+Lettre CXXXI. Rhédi à Rica.
+
+Origines des républiques. Éloge du gouvernement
+républicain. La liberté faite pour le génie des peuples
+de l'Europe; la servitude pour celui des
+orientaux. 90
+
+Lettre CXXXII. Rica à ***.
+
+Un café à la mode à l'époque de Law. 94
+
+Lettre CXXXIII. Rica à ***.
+
+Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de
+dervis. 96
+
+Lettre CXXXIV. Rica au même.
+
+Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique
+de divers genres littéraires. La théologie,
+l'ascétisme, la casuistique. 97
+
+Lettre CXXXV. Rica au même.
+
+Troisième visite: les grammairiens, glossateurs
+et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens,
+les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes
+des sciences occultes. 99
+
+Lettre CXXXVI. Rica au même.
+
+Vues historiques sur l'église, la décadence romaine,
+les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne,
+l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et
+les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. 101
+
+Lettre CXXXVII. Rica au même.
+
+Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques,
+épigrammatiques; les romanciers. 104
+
+Lettre CXXXVIII. Rica à Ibben.
+
+Désastreuses conséquences du système de Law. 106
+
+Lettre CXXXIX. Rica au même.
+
+Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore
+et Christine. 108
+
+Lettre CXL. Rica à Usbek.
+
+Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves
+et difficiles attributions politiques des parlements. 109
+
+Lettre CXLI. Rica au même.
+
+Traduction supposée d'un conte persan. Aventures
+de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes.
+Vengeance qu'elle tire de son mari. 110
+
+Lettre CXLII. Rica à Usbek.
+
+«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien
+mythologiste.» (Portrait allégorique de Law,
+fils d'Éole). 120
+
+Lettre CXLIII. Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif.
+
+Sur les amulettes, talismans et prestiges. 126
+
+Lettre d'un médecin de province à un médecin de
+Paris.
+
+Vertu dormitive de la _Cour sainte_ du père Caussin.
+Pharmacie nouvelle extraite des oeuvres des philosophes
+et des théologiens. 129
+
+Lettre CXLIV. Usbek à Rica.
+
+Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge
+de la modestie. 134
+
+Lettre CXLV. Usbek à ***.
+
+Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre
+d'un anatomiste. 135
+
+Lettre CXLVI. Usbek à Rhédi.
+
+Perversion des moeurs publiques sous l'influence de
+Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution
+publique. 140
+
+Lettre CXLVII. Le grand eunuque à Usbek. (_Roman._)
+
+Désordres dans le sérail d'Usbek. 143
+
+Lettre CXLVIII. Usbek au grand eunuque. (_Roman._)
+
+Ordres de répression. 144
+
+Lettre CXLIX. Narsit à Usbek. (_Roman._)
+
+Mort du grand eunuque. 144
+
+Lettre CL. Usbek à Narsit. (_Roman._)
+
+Ordres réitérés de répression. 145
+
+Lettre CLI. Solim à Usbek. (_Roman._)
+
+Dénonciations contre les femmes d'Usbek. 146
+
+Lettre CLII. Narsit à Usbek. (_Roman._)
+
+Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est
+égarée. 148
+
+Lettre CLIII. Usbek à Solim. (_Roman._)
+
+Fureurs de l'époux outragé. 149
+
+Lettre CLIV. Usbek à ses femmes. (_Roman._)
+
+Reproches et menaces. 149
+
+Lettre CLV. Usbek à Nessir. (_Roman._)
+
+Douloureuses confidences. 150
+
+Lettre CLVI. Roxane à Usbek. (_Roman._)
+
+Protestation contre les violences de Solim. 152
+
+Lettre CLVII. Zachi à Usbek. (_Roman._)
+
+Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. 153
+
+Lettre CLVIII. Zélis à Usbek. (_Roman._)
+
+Même châtiment, même colère. 154
+
+Lettre CLIX. Solim à Usbek. (_Roman._)
+
+Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. 155
+
+Lettre CLX. Solim à Usbek. (_Roman._)
+
+Solim va punir. 156
+
+Lettre CLXI. Roxane à Usbek. (_Roman._)
+
+Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme
+qui l'a épousée malgré elle. 157
+
+Notes et variantes. 159
+
+Index philosophique, historique et littéraire. 169
+
+Bibliographie. 211
+
+FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.
+
+
+
+
+OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE.
+
+
+Les Finances de Champagne aux XIIIe et XIVe siècles.
+
+La Flute de Pan, 2e édition. Hetzel.
+
+La Lyre intime. _Ibid._
+
+Virgile et Kalidasa. _Ibid._
+
+L'Épopée terrestre. Marpon.
+
+La Vallée du Nil (avec M. H. Cammas). Hachette.
+
+Les Merveilles de l'Architecture, 3e édit. _Ibid._
+
+Les Parcs et les Jardins, 2e édition. _Ibid._
+
+La Pensée nouvelle, en collaboration avec MM. Louis
+Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,
+etc. 2 vol. gr. in-8o.
+
+Napoléon Ier (in-32). Bureaux de l_'Éclipse_.
+
+Les Finances particulières de Napoléon III. J. Rouquette.
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+Imprimerie Eugène Heutte et Ce, à Saint-Germain.
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+End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
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+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
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+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
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+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+ways including checks, online payments and credit card donations.
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
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+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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+ </head>
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Lettres persanes, tome II
+
+Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+<h1>LETTRES PERSANES</h1>
+
+<h4>PAR</h4>
+
+<h1>MONTESQUIEU</h1>
+
+<h3>AVEC</h3>
+
+<h3>PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES,</h3>
+
+<h3>INDEX</h3>
+
+<h3>PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE,</h3>
+
+<h4>PAR</h4>
+
+<h2>ANDRÉ LEFÈVRE</h2>
+
+<h2>TOME II</h2>
+
+<h4>PARIS</h4>
+
+<h4>ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
+27, PASSAGE CHOISEUL, 29</h4>
+
+<h4>M DCCC LXXIII</h4>
+
+<h5>Tous droits réservés.</h5>
+
+<h5>E. Picard</h5>
+
+<h5>IMP. EUGÈNE HEUTTE ET C<sup>e</sup>, A SAINT GERMAIN.</h5>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_LXXXIX" id="LETTRE_LXXXIX"></a>LETTRE LXXXIX.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance,
+la vertu, le mérite même de la guerre, quelque
+brillant qu'il soit, ne sauve pas un homme de
+la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie
+des rangs y est inconnue. On dit que le premier
+de Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son
+carrosse.</p>
+
+<p>Un grand seigneur est un homme qui voit le roi,
+qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des
+dettes et des pensions. S'il peut avec cela cacher
+son oisiveté par un air empressé, ou par un feint
+attachement pour les plaisirs, il croit être le plus
+heureux de tous les hommes.</p>
+
+<p>En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le
+monarque donne quelque part au gouvernement.
+Ici, il y a des gens qui sont grands par leur naissance;
+mais ils sont sans crédit. Les rois font
+comme ces ouvriers habiles qui, pour exécuter
+leurs ouvrages, se servent toujours des machines
+les plus simples.</p>
+
+<p>La faveur est la grande divinité des François.
+Le ministre est le grand prêtre, qui lui offre bien
+des victimes. Ceux qui l'entourent ne sont point
+habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt
+sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole
+avec tout le peuple.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XC" id="LETTRE_XC"></a>LETTRE XC.</h2>
+
+<h3>USBEK A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Le désir de la gloire n'est point différent de cet
+instinct que toutes les créatures ont pour leur
+conservation. Il semble que nous augmentons notre
+être, lorsque nous pouvons le porter dans la mémoire
+des autres: c'est une nouvelle vie que nous
+acquérons, et qui nous devient aussi précieuse que
+celle que nous avons reçue du ciel.</p>
+
+<p>Mais comme tous les hommes ne sont pas également
+attachés à la vie, ils ne sont pas aussi également
+sensibles à la gloire. Cette noble passion est
+bien toujours gravée dans leur c&oelig;ur; mais l'imagination
+et l'éducation la modifient de mille manières.</p>
+
+<p>Cette différence, qui se trouve d'homme à
+homme, se fait encore plus sentir de peuple à
+peuple.</p>
+
+<p>On peut poser pour maxime que, dans chaque
+État, le désir de la gloire croît avec la liberté des
+sujets, et diminue avec elle: la gloire n'est jamais
+compagne de la servitude.</p>
+
+<p>Un homme de bon sens me disoit l'autre jour:
+On est en France, à bien des égards, plus libre
+qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la gloire. Cette
+heureuse fantaisie fait faire à un François, avec
+plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient
+de ses sujets qu'en leur mettant sans cesse devant
+les yeux les supplices et les récompenses.</p>
+
+<p>Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de
+l'honneur du dernier de ses sujets. Il y a pour le
+maintenir des tribunaux respectables: c'est le trésor
+sacré de la nation, et le seul dont le souverain
+n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans
+choquer ses intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve
+blessé dans son honneur par son prince, soit par
+quelque préférence, soit par la moindre marque
+de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi,
+son service, et se retire chez lui.</p>
+
+<p>La différence qu'il y a des troupes françoises aux
+vôtres, c'est que les unes, composées d'esclaves
+naturellement lâches, ne surmontent la crainte de
+la mort que par celle du châtiment; ce qui produit
+dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la
+rend comme stupide: au lieu que les autres se
+présentent aux coups avec délice, et bannissent la
+crainte par une satisfaction qui lui est supérieure.</p>
+
+<p>Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation
+et de la vertu, semble être établi dans les républiques,
+et dans les pays où l'on peut prononcer le
+mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone,
+l'honneur payoit seul les services les plus signalés.
+Une couronne de chêne ou de laurier, une statue,
+un éloge, étoit une récompense immense pour une
+bataille gagnée ou une ville prise.</p>
+
+<p>Là, un homme qui avoit fait une belle action se
+trouvoit suffisamment récompensé par cette action
+même. Il ne pouvoit voir un de ses compatriotes
+qu'il ne ressentit le plaisir d'être son bienfaiteur;
+il comptoit le nombre de ses services par celui de
+ses concitoyens. Tout homme est capable de faire
+du bien à un homme: mais c'est ressembler aux
+dieux que de contribuer au bonheur d'une société
+entière.</p>
+
+<p>Mais cette noble émulation ne doit-elle point
+être entièrement éteinte dans le c&oelig;ur de vos Persans,
+chez qui les emplois et les dignités ne sont
+que des attributs de la fantaisie du souverain? La
+réputation et la vertu y sont regardées comme
+imaginaires, si elles ne sont accompagnées de la
+faveur du prince, avec laquelle elles naissent et
+meurent de même. Un homme qui a pour lui
+l'estime publique n'est jamais sûr de ne pas être
+déshonoré demain: le voilà aujourd'hui général
+d'armée; peut-être que le prince le va faire son
+cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre
+éloge que celui d'avoir fait un bon ragoût.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCI" id="LETTRE_XCI"></a>LETTRE XCI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>De cette passion générale que la nation françoise
+a pour la gloire, il s'est formé dans l'esprit
+des particuliers un certain je ne sais quoi qu'on
+appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère
+de chaque profession; mais il est plus marqué
+chez les gens de guerre, et c'est le point
+d'honneur par excellence. Il me seroit bien difficile
+de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en
+avons point précisément d'idée.</p>
+
+<p>Autrefois les François, surtout les nobles, ne
+suivoient guère d'autres lois que celles de ce point
+d'honneur: elles régloient toute la conduite de
+leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne pouvoit,
+sans une peine plus cruelle que la mort, je
+ne dis pas les enfreindre, mais en éluder la plus
+petite disposition.</p>
+
+<p>Quand il s'agissoit de régler les différends, elles
+ne prescrivoient guère qu'une manière de décision,
+qui étoit le duel, qui tranchoit toutes les difficultés;
+mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que
+souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties
+que celles qui y étoient intéressées.</p>
+
+<p>Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre,
+il falloit qu'il entrât dans la dispute, et qu'il payât
+de sa personne, comme s'il avoit été lui-même
+en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel
+choix et d'une préférence si flatteuse; et tel qui
+n'auroit pas voulu donner quatre pistoles à un
+homme pour le sauver de la potence, lui et toute
+sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer
+pour lui mille fois sa vie.</p>
+
+<p>Cette manière de décider étoit assez mal imaginée,
+car de ce qu'un homme étoit plus adroit ou
+plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit pas qu'il
+eût de meilleures raisons.</p>
+
+<p>Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines
+très-sévères; mais c'est en vain: l'honneur, qui
+veut toujours régner, se révolte, et il ne reconnoît
+point de lois.</p>
+
+<p>Ainsi les François sont dans un état bien violent:
+car les mêmes lois de l'honneur obligent un
+honnête homme de se venger quand il a été offensé;
+mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus
+cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les
+lois de l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on
+suit celles de la justice, on est banni pour jamais
+de la société des hommes: il n'y a donc que cette
+cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne
+de vivre.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCII" id="LETTRE_XCII"></a>LETTRE XCII.</h2>
+
+<h3>USBEK A RUSTAN.</h3>
+
+<h3>A Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur
+de Perse, qui se joue insolemment des deux
+plus grands rois du monde. Il apporte au monarque
+des François des présents que le nôtre ne sauroit
+donner à un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par
+sa lâche avarice, il a flétri la majesté des deux empires.</p>
+
+<p>Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui
+prétend être le plus poli de l'Europe, et il a fait
+dire en Occident que le roi des rois ne domine
+que sur des barbares.</p>
+
+<p>Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu
+se faire refuser lui-même; et, comme si la cour de
+France avoit eu plus à c&oelig;ur la grandeur persane
+que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant
+un peuple dont il est le mépris.</p>
+
+<p>Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête
+d'un malheureux. Je ne veux pas que nos ministres
+le punissent de leur propre imprudence,
+et de l'indigne choix qu'ils ont fait.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCIII" id="LETTRE_XCIII"></a>LETTRE XCIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Le monarque qui a si longtemps régné n'est
+plus<a name="FNanchor_A_1" id="FNanchor_A_1"></a><a href="#Footnote_A_1" class="fnanchor">[A]</a>. Il a bien fait parler des gens pendant sa
+vie; tout le monde s'est tû à sa mort. Ferme et courageux
+dans ce dernier moment, il a paru ne céder
+qu'au destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas,
+après avoir rempli toute la terre de son nom.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_A_1" id="Footnote_A_1"></a><a href="#FNanchor_A_1"><span class="label">[A]</span></a> Il mourut le 1<sup>er</sup> septembre 1715.</p></div>
+
+<p>Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait
+faire ici que des réflexions morales. Chacun a
+pensé à ses affaires, et à prendre ses avantages
+dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du
+monarque défunt, n'ayant que cinq ans, un prince
+son oncle a été déclaré régent du royaume.</p>
+
+<p>Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit
+l'autorité du régent. Ce prince habile a été au parlement;
+et, y exposant tous les droits de sa naissance,
+il a fait casser la disposition du monarque,
+qui, voulant se survivre à lui-même, sembloit
+avoir prétendu régner encore après sa mort.</p>
+
+<p>Les parlements ressemblent à ces ruines que
+l'on foule aux pieds, mais qui rappellent toujours
+l'idée de quelque temple fameux par l'ancienne
+religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus
+que de rendre la justice; et leur autorité est toujours
+languissante, à moins que quelque conjoncture
+imprévue ne vienne lui rendre la force et la
+vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses
+humaines: ils ont cédé au temps, qui détruit tout;
+à la corruption des m&oelig;urs, qui a tout affoibli; à
+l'autorité suprême, qui a tout abattu.</p>
+
+<p>Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable
+au peuple, a paru d'abord respecter cette image de
+la liberté publique; et, comme s'il avoit pensé à
+relever de terre le temple et l'idole, il a voulu
+qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie
+et le fondement de toute autorité légitime.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCIV" id="LETTRE_XCIV"></a>LETTRE XCIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A SON FRÈRE,
+SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.</h3>
+
+
+<p>Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me
+prosterne: je regarde les vestiges de tes pieds
+comme la prunelle de mes yeux. Ta sainteté est si
+grande, qu'il semble que tu aies le c&oelig;ur de notre
+saint prophète; tes austérités étonnent le ciel
+même; les anges t'ont regardé du sommet de la
+gloire, et ont dit: Comment est-il encore sur la
+terre, puisque son esprit est avec nous, et vole
+autour du trône qui est soutenu par les nuées?</p>
+
+<p>Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai
+appris de nos docteurs que les dervis, même infidèles,
+ont toujours un caractère de sainteté qui
+les rend respectables aux vrais croyants; et que
+Dieu s'est choisi dans tous les coins de la terre
+des âmes plus pures que les autres, qu'il a séparées
+du monde impie, afin que leurs mortifications
+et leurs prières ferventes suspendissent sa
+colère prête à tomber sur tant de peuples rebelles?</p>
+
+<p>Les chrétiens disent des merveilles de leurs
+premiers santons, qui se réfugièrent à milliers
+dans les déserts affreux de la Thébaïde, et eurent
+pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils
+en disent est vrai, leurs vies sont aussi pleines de
+prodiges que celles de nos plus sacrés immaums.
+Ils passoient quelquefois dix ans entiers sans voir
+un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le
+jour avec des démons; ils étoient sans cesse tourmentés
+par ces esprits malins; ils les trouvoient
+au lit, ils les trouvoient à table; jamais d'asile
+contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable,
+il faudroit avouer que personne n'auroit
+jamais vécu en plus mauvaise compagnie.</p>
+
+<p>Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires
+comme une allégorie bien naturelle, qui
+nous peut servir à nous faire sentir le malheur de
+la condition humaine. En vain cherchons-nous
+dans le désert un état tranquille; les tentations
+nous suivent toujours: nos passions, figurées par
+les démons, ne nous quittent point encore; ces
+monstres du c&oelig;ur, ces illusions de l'esprit, ces
+vains fantômes de l'erreur et du mensonge, se
+montrent toujours à nous pour nous séduire, et
+nous attaquent jusque dans les jeûnes et les cilices,
+c'est-à-dire jusque dans notre force même.</p>
+
+<p>Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé
+de Dieu a enchaîné Satan, et l'a précipité
+dans les abîmes: il a purifié la terre, autrefois
+pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour
+des anges et des prophètes.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCV" id="LETTRE_XCV"></a>LETTRE XCV</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on
+n'ait commencé par rechercher soigneusement
+quelle est l'origine des sociétés; ce qui me paroît
+ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils
+se quittoient et se fuyoient les uns les autres,
+il faudroit en demander la raison, et chercher
+pourquoi ils se tiennent séparés: mais ils naissent
+tous liés les uns aux autres; un fils est né auprès
+de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la
+cause de la société.</p>
+
+<p>Le droit public est plus connu en Europe qu'en
+Asie: cependant on peut dire que les passions des
+princes, la patience des peuples, la flatterie des
+écrivains, en ont corrompu tous les principes.</p>
+
+<p>Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une
+science qui apprend aux princes jusqu'à quel point
+ils peuvent violer la justice sans choquer leurs intérêts.
+Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour endurcir
+leur conscience, mettre l'iniquité en système,
+d'en donner des règles, d'en former des
+principes, et d'en tirer des conséquences!</p>
+
+<p>La puissance illimitée de nos sublimes sultans,
+qui n'a d'autre règle qu'elle-même, ne produit pas
+plus de monstres que cet art indigne qui veut faire
+plier la justice, tout inflexible qu'elle est.</p>
+
+<p>On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes
+différentes: l'une qui règle les affaires des particuliers,
+qui règne dans le droit civil; l'autre qui
+règle les différends qui surviennent de peuple à
+peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme
+si le droit public n'étoit pas lui-même un droit
+civil, non pas à la vérité d'un pays particulier,
+mais du monde.</p>
+
+<p>Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées
+là-dessus.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCVI" id="LETTRE_XCVI"></a>LETTRE XCVI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen
+à citoyen: chaque peuple la doit rendre
+lui-même de lui à un autre peuple. Dans cette
+seconde distribution de justice, on ne peut employer
+d'autres maximes que dans la première.</p>
+
+<p>De peuple à peuple, il est rarement besoin de
+tiers pour juger, parce que les sujets de disputes
+sont presque toujours clairs et faciles à terminer.
+Les intérêts de deux nations sont ordinairement
+si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour
+la trouver: on ne peut guère se prévenir dans sa
+propre cause.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des différends qui arrivent
+entre particuliers. Comme ils vivent en
+société, leurs intérêts sont si mêlés et si confondus,
+il y en a tant de sortes différentes, qu'il est
+nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité
+des parties cherche à obscurcir.</p>
+
+<p>Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les
+unes qui se font pour repousser un ennemi qui
+attaque; les autres pour secourir un allié qui est
+attaqué.</p>
+
+<p>Il n'y auroit point de justice de faire la guerre
+pour des querelles particulières du prince, à moins
+que le cas ne fût si grave qu'il méritât la mort du
+prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un
+prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura
+refusé un honneur qui lui est dû, ou parce qu'on
+aura eu quelque procédé peu convenable à l'égard
+de ses ambassadeurs, et autres choses pareilles;
+non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui
+lui refuse le pas. La raison en est que, comme la
+déclaration de guerre doit être un acte de justice,
+dans lequel il faut toujours que la peine soit proportionnée
+à la faute, il faut voir si celui à qui on
+déclare la guerre mérite la mort. Car faire la
+guerre à quelqu'un, c'est vouloir le punir de mort.</p>
+
+<p>Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère
+c'est la guerre: puisque son but est la destruction
+de la société.</p>
+
+<p>Les représailles sont du second degré. C'est une
+loi que les tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer,
+de mesurer la peine par le crime.</p>
+
+<p>Un troisième acte de justice est de priver un
+prince des avantages qu'il peut tirer de nous, proportionnant
+toujours la peine à l'offense.</p>
+
+<p>Le quatrième acte de justice, qui doit être le
+plus fréquent, est la renonciation à l'alliance du
+peuple dont on a à se plaindre. Cette peine répond
+à celle du bannissement établie dans les tribunaux,
+qui retranche les coupables de la société.
+Ainsi un prince à l'alliance duquel nous renonçons
+est retranché par là de notre société, et
+n'est plus un de nos membres.</p>
+
+<p>On ne peut pas faire de plus grand affront à un
+prince que de renoncer à son alliance, ni lui faire
+de plus grand honneur que de la contracter. Il
+n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus
+glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres
+toujours attentifs à leur conservation.</p>
+
+<p>Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle
+soit juste: ainsi une alliance faite entre deux nations
+pour en opprimer une troisième n'est pas
+légitime, et on peut la violer sans crime.</p>
+
+<p>Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité
+du prince de s'allier avec un tyran. On dit qu'un
+monarque d'Égypte fit avertir le roi de Samos de
+sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en
+corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire
+qu'il renonçoit à son amitié et à son alliance.</p>
+
+<p>La conquête ne donne point un droit par elle-même.
+Lorsque le peuple subsiste, elle est un gage
+de la paix et de la réparation du tort; et, si le
+peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument
+d'une tyrannie.</p>
+
+<p>Les traités de paix sont si sacrés parmi les
+hommes, qu'il semble qu'ils soient la voix de la
+nature, qui réclame ses droits. Ils sont tous légitimes,
+lorsque les conditions en sont telles que les
+deux peuples peuvent se conserver: sans quoi,
+celle des deux sociétés qui doit périr, privée de sa
+défense naturelle par la paix, la peut chercher dans
+la guerre.</p>
+
+<p>Car la nature, qui a établi les différents degrés
+de force et de foiblesse parmi les hommes, a encore
+souvent égalé la foiblesse à la force par le
+désespoir.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCVII" id="LETTRE_XCVII"></a>LETTRE XCVII.</h2>
+
+<h3>LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du
+royaume de Visapour: j'en ai acheté une pour
+ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui m'envoya
+il y a un mois son commandement sublime
+et cent tomans.</p>
+
+<p>Je me connois en femmes, d'autant mieux
+qu'elles ne me surprennent pas, et qu'en moi les
+yeux ne sont point troublés par les mouvements
+du c&oelig;ur.</p>
+
+<p>Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si
+parfaite: ses yeux brillants portent la vie sur son
+visage, et relèvent l'éclat d'une couleur qui pourroit
+effacer tous les charmes de la Circassie.</p>
+
+<p>Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan
+la marchandoit avec moi; mais elle se déroboit
+dédaigneusement à ses regards, et sembloit chercher
+les miens, comme si elle avoit voulu me dire
+qu'un vil marchand n'étoit pas digne d'elle, et
+qu'elle étoit destinée à un plus illustre époux.</p>
+
+<p>Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie
+secrète quand je pense aux charmes de cette
+belle personne: il me semble que je la vois entrer
+dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir
+l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur
+impérieuse des unes; l'affliction muette, mais plus
+douloureuse, des autres; la consolation maligne
+de celles qui n'espèrent plus rien, et l'ambition
+irritée de celles qui espèrent encore.</p>
+
+<p>Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire
+changer tout un sérail de face. Que de passions je
+vais émouvoir! Que de craintes et de peines je
+prépare!</p>
+
+<p>Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors
+ne sera pas moins tranquille: les grandes révolutions
+seront cachées dans le fond du c&oelig;ur; les
+chagrins seront dévorés, et les joies contenues;
+l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les
+règles moins inflexibles; la douceur, toujours
+contrainte de paroître, sortira du fond même du
+désespoir.</p>
+
+<p>Nous remarquons que, plus nous avons de
+femmes sous nos yeux, moins elles nous donnent
+d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire,
+moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission,
+tout cela leur forme des chaînes. Les
+unes sont sans cesse attentives sur les démarches
+des autres: il semble que, de concert avec nous,
+elles travaillent à se rendre plus dépendantes; elles
+font presque la moitié de notre office, et nous
+ouvrent les yeux quand nous les fermons. Que
+dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre
+leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles
+se trouvent près de celles qu'on punit.</p>
+
+<p>Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela
+n'est rien sans la présence du maître. Que pouvons-nous
+faire avec ce vain fantôme d'une autorité
+qui ne se communique jamais tout entière? Nous
+ne représentons que foiblement la moitié de toi-même:
+nous ne pouvons que leur montrer une
+odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte par
+les espérances: plus absolu quand tu caresses,
+que tu ne l'es quand tu menaces.</p>
+
+<p>Reviens donc, magnifique seigneur, reviens
+dans ces lieux porter partout les marques de ton
+empire. Viens adoucir des passions désespérées:
+viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser
+l'amour qui murmure, et rendre le devoir même
+aimable; viens enfin soulager tes fidèles eunuques
+d'un fardeau qui s'appesantit chaque jour.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCVIII" id="LETTRE_XCVIII"></a>LETTRE XCVIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE
+DE JARON.</h3>
+
+
+<p>O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de
+tant de connoissances, écoute ce que je vais
+te dire.</p>
+
+<p>Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont
+point atteint jusqu'au faîte de la sagesse orientale:
+ils n'ont point été ravis jusqu'au trône lumineux;
+ils n'ont, ni entendu les paroles ineffables dont les
+concerts des anges retentissent, ni senti les formidables
+accès d'une fureur divine: mais, laissés
+à eux-mêmes, privés des saintes merveilles, ils
+suivent dans le silence les traces de la raison
+humaine.</p>
+
+<p>Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a
+conduits. Ils ont débrouillé le chaos; et ont expliqué,
+par une mécanique simple, l'ordre de l'architecture
+divine. L'auteur de la nature a donné du
+mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage
+pour produire cette prodigieuse variété d'effets,
+que nous voyons dans l'univers.</p>
+
+<p>Que les législateurs ordinaires nous proposent
+des lois pour régler les sociétés des hommes; des
+lois aussi sujettes au changement que l'esprit de
+ceux qui les proposent et des peuples qui les observent:
+ceux-ci ne nous parlent que des lois générales,
+immuables, éternelles, qui s'observent sans
+aucune exception, avec un ordre, une régularité, et
+une promptitude infinie, dans l'immensité des
+espaces.</p>
+
+<p>Et que crois-tu, homme divin, que soient ces
+lois? Tu t'imagines peut-être qu'entrant dans le
+conseil de l'Éternel, tu vas être étonné par la
+sublimité des mystères: tu renonces par avance à
+comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.</p>
+
+<p>Mais tu changeras bientôt de pensée: elles
+n'éblouissent point par un faux respect; leur
+simplicité les a fait longtemps méconnoître, et
+ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en
+a connu toute la fécondité et toute l'étendue.</p>
+
+<p>La première est que tout corps tend à décrire
+une ligne droite, à moins qu'il ne rencontre quelque
+obstacle qui l'en détourne; et la seconde, qui
+n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui
+tourne autour d'un centre tend à s'en éloigner,
+parce que, plus il en est loin, plus la ligne qu'il
+décrit approche de la ligne droite.</p>
+
+<p>Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà
+des principes féconds, dont on tire des conséquences
+à perte de vue, comme je te le ferai voir dans
+une lettre particulière.</p>
+
+<p>La connoissance de cinq ou six vérités a rendu
+leur philosophie pleine de miracles, et leur a fait
+faire plus de prodiges et de merveilles que tout ce
+qu'on nous raconte de nos saints prophètes.</p>
+
+<p>Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de
+nos docteurs qui n'eût été embarrassé, si on lui
+eût dit de peser dans une balance tout l'air qui
+est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau
+qui tombe chaque année sur sa surface; et qui
+n'eût pensé plus de quatre fois, avant de dire combien
+de lieues le son fait dans une heure; quel
+temps un rayon de lumière emploie à venir du
+soleil à nous; combien de toises il y a d'ici à Saturne;
+quelle est la courbe selon laquelle un vaisseau
+doit être taillé, pour être le meilleur voilier
+qu'il soit possible.</p>
+
+<p>Peut-être que si quelque homme divin avoit
+orné les ouvrages de ces philosophes de paroles
+hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des figures
+hardies et des allégories mystérieuses, il auroit
+fait un bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint
+Alcoran.</p>
+
+<p>Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je
+ne m'accommode guères du style figuré. Il y a
+dans notre Alcoran un grand nombre de choses
+puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles
+soient relevées par la force et la vie de
+l'expression. Il semble d'abord que les livres
+inspirés ne sont que les idées divines rendues en
+langage humain: au contraire, dans nos livres
+saints, on trouve le langage de Dieu, et les idées
+des hommes; comme si, par un admirable caprice,
+Dieu y avoit dicté les paroles, et que
+l'homme eût fourni les pensées.</p>
+
+<p>Tu diras peut-être que je parle trop librement
+de ce qu'il y a de plus saint parmi nous; tu croiras
+que c'est le fruit de l'indépendance où l'on vit
+dans ce pays. Non, grâces au ciel, l'esprit n'a pas
+corrompu le c&oelig;ur; et, tandis que je vivrai, Ali
+sera mon prophète.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCIX" id="LETTRE_XCIX"></a>LETTRE XCIX.</h2>
+
+<h3>USBEK A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit
+si inconstante que dans celui-ci. Il arrive tous
+les dix ans des révolutions qui précipitent le riche
+dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des
+ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci
+est étonné de sa pauvreté; celui-là l'est de son
+abondance. Le nouveau riche admire la sagesse
+de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du
+destin.</p>
+
+<p>Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des
+trésors: parmi eux il y a peu de Tantales. Ils
+commencent pourtant ce métier par la dernière
+misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant
+qu'ils sont pauvres; quand ils sont riches, on
+les estime assez: aussi ne négligent-ils rien pour
+acquérir de l'estime.</p>
+
+<p>Ils sont à présent dans une situation bien terrible.
+On vient d'établir une chambre qu'on appelle
+de justice, parce qu'elle va leur ravir tout leur
+bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs
+effets; car on les oblige de les déclarer au juste,
+sous peine de la vie: ainsi on les fait passer par
+un défilé bien étroit, je veux dire entre la vie
+et leur argent. Pour comble d'infortune, il y a
+un ministre connu par son esprit, qui les honore
+de ses plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations
+du conseil. On ne trouve pas tous les
+jours des ministres disposés à faire rire le peuple;
+et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir
+entrepris.</p>
+
+<p>Le corps des laquais est plus respectable en
+France qu'ailleurs: c'est un séminaire de grands
+seigneurs; il remplit le vide des autres états. Ceux
+qui le composent prennent la place des grands
+malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes
+tués dans les fureurs de la guerre; et
+quand ils ne peuvent pas suppléer par eux-mêmes,
+ils relèvent toutes les grandes maisons par le
+moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce
+de fumier qui engraisse les terres montagneuses et
+arides.</p>
+
+<p>Je trouve, Ibben, la providence admirable dans
+la manière dont elle a distribué les richesses: si
+elle ne les avoit accordées qu'aux gens de bien, on
+ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et
+on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand
+on examine qui sont les gens qui en sont les plus
+chargés, à force de mépriser les riches, on vient
+enfin à mépriser les richesses.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_C" id="LETTRE_C"></a>LETTRE C.</h2>
+
+<h3>RICA A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Je trouve les caprices de la mode, chez les François,
+étonnants. Ils ont oublié comment ils
+étoient habillés cet été; ils ignorent encore plus
+comment ils le seront cet hiver: mais surtout on
+ne sauroit croire combien il en coûte à un mari,
+pour mettre sa femme à la mode.</p>
+
+<p>Que me serviroit de te faire une description
+exacte de leur habillement et de leurs parures?
+une mode nouvelle viendroit détruire tout mon
+ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant
+que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé.</p>
+
+<p>Une femme qui quitte Paris pour aller passer
+six mois à la campagne en revient aussi antique
+que si elle s'y étoit oubliée trente ans. Le fils
+méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit
+avec lequel elle est peinte lui paroît étranger; il
+s'imagine que c'est quelque Américaine qui y est
+représentée; ou que le peintre a voulu exprimer
+quelqu'une de ses fantaisies.</p>
+
+<p>Quelquefois les coiffures montent insensiblement;
+et une révolution les fait descendre tout à
+coup. Il a été un temps que leur hauteur immense
+mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même:
+dans un autre, c'étoit les pieds qui occupoient
+cette place; les talons faisoient un piédestal,
+qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le croire?
+les architectes ont été souvent obligés de hausser,
+de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les
+parures des femmes exigeoient d'eux ce changement;
+et les règles de leur art ont été asservies à
+ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage
+une quantité prodigieuse de mouches, et elles
+disparoissent toutes le lendemain. Autrefois les
+femmes avoient de la taille, et des dents; aujourd'hui
+il n'en est pas question. Dans cette changeante
+nation, quoi qu'en dise le critique, les
+filles se trouvent autrement faites que leurs
+mères.</p>
+
+<p>Il en est des manières et de la façon de vivre
+comme des modes: les François changent de
+m&oelig;urs selon l'âge de leur roi. Le monarque
+pourroit même parvenir à rendre la nation grave,
+s'il l'avoit entrepris. Le prince imprime le caractère
+de son esprit à la cour, la cour à la ville, la
+ville aux provinces. L'âme du souverain est un
+moule qui donne la forme à toutes les autres.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CI" id="LETTRE_CI"></a>LETTRE CI.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse
+des François sur leurs modes. Cependant
+il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés:
+c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout
+ce qui se fait chez les autres nations; ils y rappellent
+tout; ce qui est étranger leur paroît toujours
+ridicule. Je t'avoue que je ne saurois guères
+ajuster cette fureur pour leurs costumes avec
+l'inconstance avec laquelle ils en changent tous
+les jours.</p>
+
+<p>Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est
+étranger, je ne te parle que des bagatelles; car,
+sur les choses importantes, ils semblent s'être méfiés
+d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent
+de bon c&oelig;ur que les autres peuples sont plus
+sages, pourvu qu'on convienne qu'ils sont mieux
+vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux lois d'une
+nation rivale, pourvu que les perruquiers françois
+décident en législateurs sur la forme des perruques
+étrangères. Rien ne leur paroît si beau que
+de voir le goût de leurs cuisiniers régner du septentrion
+au midi; et les ordonnances de leurs
+coiffeuses portées dans toutes les toilettes de
+l'Europe.</p>
+
+<p>Avec ces nobles avantages, que leur importe
+que le bon sens leur vienne d'ailleurs, et qu'ils
+aient pris de leurs voisins tout ce qui concerne le
+gouvernement politique et civil?</p>
+
+<p>Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien
+et le plus puissant de l'Europe, soit gouverné, depuis
+plus de dix siècles, par des lois qui ne sont
+pas faites pour lui? Si les François avoient été
+conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre:
+mais ils sont les conquérants.</p>
+
+<p>Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par
+leurs premiers rois dans les assemblées générales
+de la nation; et ce qu'il y a de singulier, c'est que
+les lois romaines, qu'ils ont prises à la place,
+étoient en partie faites et en partie rédigées par
+des empereurs contemporains de leurs législateurs.</p>
+
+<p>Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout
+le bon sens leur vînt d'ailleurs, ils ont adopté
+toutes les constitutions des papes, et en ont fait
+une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre
+de servitude.</p>
+
+<p>Il est vrai que, dans les derniers temps, on a
+rédigé par écrit quelques statuts des villes et des
+provinces: mais ils sont presque tous pris du droit
+romain.</p>
+
+<p>Cette abondance de lois adoptées, et pour
+ainsi dire naturalisées, est si grande qu'elle accable
+également la justice et les juges. Mais ces
+volumes de lois ne sont rien en comparaison de
+cette armée effroyable de glossateurs, de commentateurs,
+de compilateurs; gens aussi foibles
+par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont
+forts par leur nombre prodigieux.</p>
+
+<p>Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit
+des formalités qui sont la honte de la raison
+humaine. Il seroit assez difficile de décider si
+la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle
+est entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle
+s'est logée dans la médecine; si elle a fait plus de
+ravages sous la robe d'un jurisconsulte que sous
+le large chapeau d'un médecin; et si dans l'une
+elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans
+l'autre.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CII" id="LETTRE_CII"></a>LETTRE CII.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>On parle toujours ici de la constitution. J'entrai
+l'autre jour dans une maison où je vis d'abord
+un gros homme avec un teint vermeil, qui disoit
+d'une voix forte: J'ai donné mon mandement;
+je n'irai point répondre à tout ce que vous dites;
+mais lisez-le, ce mandement; et vous verrez que
+j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a fallu bien suer
+pour le faire, dit-il en portant la main sur le
+front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il
+m'a fallu lire bien des auteurs latins. Je le crois,
+dit un homme qui se trouva là, car c'est un bel
+ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si souvent
+vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien,
+lisez-le donc, reprit-il, et vous serez plus instruit
+sur ces matières dans un quart d'heure, que si je
+vous en avois parlé deux heures. Voilà comme il
+évitoit d'entrer en conversation, et de commettre
+sa suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut
+obligé de sortir de ses retranchements; et il
+commença à dire théologiquement force sottises,
+soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement.
+Quand deux hommes qui
+étoient là lui nioient quelque principe, il disoit
+d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi;
+et nous sommes des juges infaillibles. Et comment,
+lui dis-je pour lors, êtes-vous des juges
+infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le
+Saint-Esprit nous éclaire? Cela est heureux, lui
+répondis-je; car, de la manière dont vous avez
+parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez
+grand besoin d'être éclairé.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CIII" id="LETTRE_CIII"></a>LETTRE CIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Les plus puissants États de l'Europe sont ceux
+de l'empereur, des rois de France, d'Espagne et
+d'Angleterre. L'Italie et une grande partie de
+l'Allemagne sont partagées en un nombre infini
+de petits États, dont les princes sont, à proprement
+parler, les martyrs de la souveraineté. Nos
+glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart
+de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui
+ne sont pas si unis, sont plus à plaindre: leurs
+États sont ouverts comme des caravansérails, où
+ils sont obligés de loger les premiers qui viennent:
+il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes,
+et leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de
+leur amitié.</p>
+
+<p>La plupart des gouvernements d'Europe sont
+monarchiques, ou plutôt sont ainsi appelés: car
+je ne sais pas s'il y en a jamais eu véritablement
+de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient
+subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état
+violent, qui dégénère toujours en despotisme, ou
+en république: la puissance ne peut jamais être
+également partagée entre le peuple et le prince;
+l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le
+pouvoir diminue d'un côté pendant qu'il augmente
+de l'autre; mais l'avantage est ordinairement
+du côté du prince, qui est à la tête des armées.</p>
+
+<p>Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien
+grand, et on peut dire qu'ils l'ont tel qu'ils le
+veulent: mais ils ne l'exercent point avec tant
+d'étendue que nos sultans; premièrement, parce
+qu'ils ne veulent point choquer les m&oelig;urs et la
+religion des peuples; secondement, parce qu'il
+n'est pas de leur intérêt de le porter si loin.</p>
+
+<p>Rien ne rapproche plus les princes de la condition
+de leurs sujets, que cet immense pouvoir
+qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet plus
+aux revers, et aux caprices de la fortune.</p>
+
+<p>L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux
+qui leur déplaisent, au moindre signe qu'ils font,
+renverse la proportion qui doit être entre les fautes
+et les peines, qui est comme l'âme des États
+et l'harmonie des empires; et cette proportion,
+scrupuleusement gardée par les princes chrétiens,
+leur donne un avantage infini sur nos sultans.</p>
+
+<p>Un Persan qui, par imprudence ou par malheur,
+s'est attiré la disgrâce du prince, est sûr de
+mourir: la moindre faute ou le moindre caprice
+le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté
+à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses
+places aux ennemis, il en seroit aussi quitte pour
+perdre la vie: il ne court donc pas plus de risque
+dans ce dernier cas que dans le premier.</p>
+
+<p>Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort
+certaine, et ne voyant rien de pis, il se porte naturellement
+à troubler l'État, et à conspirer contre
+le souverain; seule ressource qui lui reste.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à
+qui la disgrâce n'ôte rien que la bienveillance et
+la faveur. Ils se retirent de la cour, et ne songent
+qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de
+leur naissance. Comme on ne les fait guères périr
+que pour le crime de lèse-majesté, ils craignent
+d'y tomber, par la considération de ce qu'ils ont à
+perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait
+qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes
+morts d'une mort violente.</p>
+
+<p>Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos
+princes, ils n'apportoient pas tant de précautions
+pour mettre leur vie en sûreté, ils ne vivroient
+pas un jour; et s'ils n'avoient à leur solde un nombre
+innombrable de troupes, pour tyranniser le
+reste de leurs sujets, leur empire ne subsisteroit
+pas un mois.</p>
+
+<p>Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de
+France prit des gardes, contre l'usage de ces
+temps-là, pour se garantir des assassins qu'un
+petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire
+périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles
+au milieu de leurs sujets, comme des pères au
+milieu de leurs enfants.</p>
+
+<p>Bien loin que les rois de France puissent de
+leur propre mouvement ôter la vie à un de leurs
+sujets, comme nos sultans, ils portent au contraire
+toujours avec eux la grâce de tous les criminels;
+il suffit qu'un homme ait été assez heureux
+pour voir l'auguste visage de son prince, pour
+qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces monarques
+sont comme le soleil, qui porte partout la
+chaleur et la vie.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CIV" id="LETTRE_CIV"></a>LETTRE CIV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici
+à peu près ce que me disoit l'autre jour un
+Européen assez sensé:</p>
+
+<p>Le plus mauvais parti que les princes d'Asie
+aient pu prendre, c'est de se cacher comme ils
+font. Ils veulent se rendre plus respectables: mais
+ils font respecter la royauté, et non pas le roi; et
+attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et
+non pas à une certaine personne.</p>
+
+<p>Cette puissance invisible qui gouverne est toujours
+la même pour le peuple. Quoique dix rois,
+qu'il ne connoît que de nom, se soient égorgés
+l'un après l'autre, il ne sent aucune différence:
+c'est comme s'il avoit été gouverné successivement
+par des esprits.</p>
+
+<p>Si le détestable parricide de notre grand roi
+Henri IV avoit porté ce coup sur un roi des Indes,
+maître du sceau royal et d'un trésor immense, qui
+auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris tranquillement
+les rênes de l'empire, sans qu'un seul
+homme eût pensé à réclamer son roi, sa famille
+et ses enfants.</p>
+
+<p>On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de
+changement dans le gouvernement des princes
+d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est de ce qu'il
+est tyrannique et affreux?</p>
+
+<p>Les changements ne peuvent être faits que par
+le prince, ou par le peuple; mais là, les princes
+n'ont garde d'en faire, parce que, dans un si haut
+degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent
+avoir; s'ils changeoient quelque chose, ce ne
+pourroit être qu'à leur préjudice.</p>
+
+<p>Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme
+quelque résolution, il ne sauroit l'exécuter sur
+l'État; il faudroit qu'il contre-balançât tout à
+coup une puissance redoutable et toujours unique;
+le temps lui manque comme les moyens: mais il
+n'a qu'à aller à la source de ce pouvoir; et il ne lui
+faut qu'un bras et qu'un instant.</p>
+
+<p>Le meurtrier monte sur le trône pendant que
+le monarque en descend, tombe, et va expirer à
+ses pieds.</p>
+
+<p>Un mécontent en Europe songe à entretenir
+quelque intelligence secrète, à se jeter chez les
+ennemis, à se saisir de quelque place, à exciter
+quelques vains murmures parmi les sujets. Un
+mécontent en Asie va droit au prince, étonne,
+frappe, renverse: il en efface jusqu'à l'idée; dans
+un instant l'esclave et le maître; dans un instant
+usurpateur et légitime.</p>
+
+<p>Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble
+ne réunir sur elle toute sa puissance, que pour
+indiquer au premier ambitieux l'endroit où il la
+trouvera tout entière.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CV" id="LETTRE_CV"></a>LETTRE CV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Tous les peuples d'Europe ne sont pas également
+soumis à leurs princes: par exemple,
+l'humeur impatiente des Anglois ne laisse guère à
+leur roi le temps d'appesantir son autorité; la
+soumission et l'obéissance sont les vertus dont ils
+se piquent le moins. Ils disent là-dessus des choses
+bien extraordinaires. Selon eux, il n'y a qu'un
+lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui
+de la gratitude: un mari, une femme, un père et
+un fils, ne sont liés entre eux que par l'amour
+qu'ils se portent, ou par les bienfaits qu'ils se procurent;
+et ces motifs divers de reconnoissance
+sont l'origine de tous les royaumes, et de toutes
+les sociétés.</p>
+
+<p>Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses
+sujets heureux, veut les accabler et les détruire, le
+fondement de l'obéissance cesse; rien ne les lie,
+rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans leur
+liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir
+sans bornes ne sauroit être légitime, parce qu'il
+n'a jamais pu avoir d'origine légitime. Car nous
+ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre plus
+de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes:
+or nous n'avons pas sur nous-mêmes un
+pouvoir sans bornes; par exemple, nous ne pouvons
+pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils,
+sur la terre un tel pouvoir.</p>
+
+<p>Le crime de lèse-majesté n'est autre chose,
+selon eux, que le crime que le plus foible commet
+contre le plus fort, en lui désobéissant, de quelque
+manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple d'Angleterre,
+qui se trouva le plus fort contre un de
+leurs rois, déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté
+à un prince de faire la guerre à ses sujets.
+Ils ont donc grande raison, quand ils disent que le
+précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre
+aux puissances, n'est pas bien difficile à
+suivre, puisqu'il leur est impossible de ne le pas
+observer: d'autant que ce n'est pas au plus vertueux
+qu'on les oblige de se soumettre, mais à
+celui qui est le plus fort.</p>
+
+<p>Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit
+vaincu et pris prisonnier un prince qui s'étoit révolté
+et lui disputoit la couronne, ayant voulu lui
+reprocher son infidélité et sa perfidie: Il n'y a
+qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient
+d'être décidé lequel de nous deux est le traître.</p>
+
+<p>Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui
+n'ont point opprimé la patrie comme lui: et,
+croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne voit point
+de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel,
+les caprices du hasard et de la fortune.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CVI" id="LETTRE_CVI"></a>LETTRE CVI.</h2>
+
+<h3>RHÉDI A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres,
+des sciences et des arts cultivés en Occident.
+Tu me vas regarder comme un barbare; mais je ne
+sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les
+hommes du mauvais usage que l'on en fait tous
+les jours.</p>
+
+<p>J'ai ouï dire que la seule invention des bombes
+avoit ôté la liberté à tous les peuples d'Europe.
+Les princes ne pouvant plus confier la garde des
+places aux bourgeois, qui, à la première bombe,
+se seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir
+de gros corps de troupes réglées, avec lesquelles
+ils ont dans la suite opprimé leurs sujets.</p>
+
+<p>Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il
+n'y a plus de places imprenables; c'est-à-dire,
+Usbek, qu'il n'y a plus d'asile sur la terre contre
+l'injustice et la violence.</p>
+
+<p>Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin
+à découvrir quelque secret qui fournisse une voie
+plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire
+les peuples et les nations entières.</p>
+
+<p>Tu as lu les historiens; fais-y bien attention:
+presque toutes les monarchies n'ont été fondées
+que sur l'ignorance des arts, et n'ont été détruites
+que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire
+de Perse peut nous en fournir un exemple
+domestique.</p>
+
+<p>Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe;
+mais j'ai ouï parler à des gens sensés des ravages
+de la chimie: il semble que ce soit un quatrième
+fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail,
+mais continuellement; tandis que la guerre, la
+peste, la famine, les détruisent en gros, mais par
+intervalles.</p>
+
+<p>Que nous a servi l'invention de la boussole, et
+la découverte de tant de peuples, qu'à nous communiquer
+leurs maladies plutôt que leurs richesses?
+L'or et l'argent avoient été établis, par
+une convention générale, pour être le prix de
+toutes les marchandises et un gage de leur valeur,
+par la raison que ces métaux étoient rares, et inutiles
+à tout autre usage: que nous importoit-il
+donc qu'ils devinssent plus communs, et que,
+pour marquer la valeur d'une denrée, nous eussions
+deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en
+étoit que plus incommode.</p>
+
+<p>Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien
+pernicieuse aux pays qui ont été découverts. Les
+nations entières ont été détruites; et les hommes
+qui ont échappé à la mort ont été réduits à une
+servitude si rude, que le récit en a fait frémir les
+musulmans.</p>
+
+<p>Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet!
+Aimable simplicité, si chérie de notre saint prophète,
+vous me rappelez toujours la naïveté des
+anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans
+le c&oelig;ur de nos premiers pères.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CVII" id="LETTRE_CVII"></a>LETTRE CVII.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien
+tu fais mieux que tu ne penses. Tu as quitté
+ta patrie pour t'instruire, et tu méprises toute instruction:
+tu viens pour te former dans un pays
+où l'on cultive les beaux-arts, et tu les regardes
+comme pernicieux. Te le dirai-je, Rhédi? je suis
+plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec toi-même.</p>
+
+<p>As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux
+où nous entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas
+nécessaire de se l'imaginer, on peut le voir. Il y a
+encore des peuples sur la terre chez lesquels un
+singe passablement instruit pourroit vivre avec
+honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée
+des autres habitants: on ne lui trouveroit point
+l'esprit singulier, ni le caractère bizarre; il passeroit
+tout comme un autre, et seroit distingué
+même par sa gentillesse.</p>
+
+<p>Tu dis que les fondateurs des empires ont presque
+tous ignoré les arts. Je ne te nie pas que des
+peuples barbares n'aient pu, comme des torrents
+impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de
+leurs armées féroces les royaumes les mieux policés.
+Mais, prends-y garde, ils ont appris les arts
+ou les ont fait exercer aux peuples vaincus; sans
+cela leur puissance auroit passé comme le bruit du
+tonnerre et des tempêtes.</p>
+
+<p>Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque
+manière de destruction plus cruelle que celle qui
+est en usage. Non: si une fatale invention venoit à
+se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le
+droit des gens; et le consentement unanime des
+nations enseveliroit cette découverte. Il n'est point
+de l'intérêt des princes de faire des conquêtes par
+de pareilles voies: ils doivent chercher des sujets,
+et non pas des terres.</p>
+
+<p>Tu te plains de l'invention de la poudre et des
+bombes; tu trouves étrange qu'il n'y ait plus de
+place imprenable: c'est-à-dire que tu trouves
+étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées
+plus tôt qu'elles ne l'étoient autrefois.</p>
+
+<p>Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires,
+que, depuis l'invention de la poudre, les batailles
+sont beaucoup moins sanglantes qu'elles ne l'étoient,
+parce qu'il n'y a presque plus de mêlée.</p>
+
+<p>Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier
+où un art auroit été préjudiciable, doit-on
+pour cela le rejeter? Penses-tu, Rhédi, que la
+religion que notre saint prophète a apportée du
+ciel soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque
+jour à confondre les perfides chrétiens?</p>
+
+<p>Tu crois que les arts amollissent les peuples, et
+par là sont cause de la chute des empires. Tu parles
+de la ruine de celui des anciens Perses, qui fut
+l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que
+cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les
+subjuguèrent, cultivoient les arts avec infiniment
+plus de soin qu'eux.</p>
+
+<p>Quand on dit que les arts rendent les hommes
+efféminés, on ne parle pas du moins des gens qui
+s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais dans l'oisiveté,
+qui, de tous les vices, est celui qui amollit
+le plus le courage.</p>
+
+<p>Il n'est donc question que de ceux qui en
+jouissent. Mais comme dans un pays policé ceux
+qui jouissent des commodités d'un art sont obligés
+d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits
+à une pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté
+et la mollesse sont incompatibles avec les
+arts.</p>
+
+<p>Paris est peut-être la ville du monde la plus
+sensuelle, et où l'on raffine le plus sur les plaisirs;
+mais c'est peut-être celle où l'on mène une vie
+plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement,
+il faut que cent autres travaillent sans relâche.
+Une femme s'est mis dans la tête qu'elle
+devoit paroître à une assemblée avec une certaine
+parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans
+ne dorment plus, et n'aient plus le loisir de
+boire et de manger: elle commande, et elle est
+obéie plus promptement que ne seroit notre monarque;
+parce que l'intérêt est le plus grand monarque
+de la terre.</p>
+
+<p>Cette ardeur pour le travail, cette passion de
+s'enrichir, passe de condition en condition, depuis
+les artisans jusqu'aux grands. Personne n'aime à
+être plus pauvre que celui qu'il vient de voir immédiatement
+au-dessous de lui. Vous voyez à Paris
+un homme qui a de quoi vivre jusqu'au jour du
+jugement, qui travaille sans cesse, et court risque
+d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi
+vivre.</p>
+
+<p>Le même esprit gagne la nation; on n'y voit
+que travail et qu'industrie: où est donc ce peuple
+efféminé dont tu parles tant?</p>
+
+<p>Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un
+royaume que les arts absolument nécessaires à la
+culture des terres, qui sont pourtant en grand
+nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne
+servent qu'à la volupté ou à la fantaisie, je le soutiens,
+cet État seroit le plus misérable qu'il y eût
+au monde.</p>
+
+<p>Quand les habitants auroient assez de courage
+pour se passer de tant de choses qu'ils doivent à
+leurs besoins, le peuple dépériroit tous les jours;
+et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si
+petite puissance qui ne fût en état de le conquérir.</p>
+
+<p>Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te
+faire voir que les revenus des particuliers cesseroient
+presque absolument, et par conséquent
+ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation
+de facultés entre les citoyens; cette circulation
+de richesses et cette progression de revenus,
+qui vient de la dépendance où sont les
+arts les uns des autres, cesseroient absolument;
+chacun ne tireroit de revenu que de sa terre, et
+n'en tireroit précisément que ce qu'il lui faut
+pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est
+pas la centième partie du revenu d'un royaume,
+il faudroit que le nombre des habitants diminuât
+à proportion, et qu'il n'en restât que la centième
+partie.</p>
+
+<p>Fais bien attention jusqu'où vont les revenus
+de l'industrie. Un fonds ne produit annuellement
+à son maître que la vingtième partie de sa valeur;
+mais, avec une pistole de couleur, un peintre
+fera un tableau qui lui en vaudra cinquante. On
+en peut dire de même des orfèvres, des ouvriers
+en laine, en soie, et de toutes sortes d'artisans.</p>
+
+<p>De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour
+qu'un prince soit puissant, il faut que ses sujets
+vivent dans les délices; il faut qu'il travaille à
+leur procurer toutes sortes de superfluités avec
+autant d'attention que les nécessités de la vie.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CVIII" id="LETTRE_CVIII"></a>LETTRE CVIII.</h2>
+
+<h3>RICA A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse
+à ses sujets; elle ne l'est pas moins à toute
+l'Europe, par les grands troubles que sa mort
+pourroit produire. Mais les rois sont comme les
+dieux; et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire
+immortels. Sa physionomie est majestueuse, mais
+charmante: une belle éducation semble concourir
+avec un heureux naturel, et promet déjà un
+grand prince.</p>
+
+<p>On dit que l'on ne peut jamais connoître le
+caractère des rois d'Occident jusqu'à ce qu'ils
+aient passé par les deux grandes épreuves, de leur
+maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt
+l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit
+de celui-ci; et il se livrera pour cela de grands
+combats. Car, sous un jeune prince, ces deux puissances
+sont toujours rivales; mais elles se concilient
+et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune
+prince, le dervis a un rôle bien difficile à soutenir:
+la force du roi fait sa foiblesse; mais l'autre
+triomphe également de sa foiblesse et de sa force.</p>
+
+<p>Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu
+roi absolument gouverné par les femmes; et cependant,
+dans l'âge où il étoit, je crois que c'étoit
+le monarque de la terre qui en avoit le moins de
+besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit:
+Il faut que l'on fasse quelque chose pour ce jeune
+colonel, sa valeur m'est connue; j'en parlerai au
+ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que
+ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit
+évêque: il est homme de naissance, et je pourrois
+répondre de ses m&oelig;urs. Il ne faut pas pourtant
+que tu t'imagines que celles qui tenoient ces
+discours fussent des favorites du prince; elles ne
+lui avoient peut-être pas parlé deux fois en leur
+vie: chose pourtant très-facile à faire chez les
+princes européens. Mais c'est qu'il n'y a personne
+qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou
+dans les provinces, qui n'ait une femme par les
+mains de laquelle passent toutes les grâces et quelquefois
+les injustices qu'il peut faire. Ces femmes
+ont toutes des relations les unes avec les autres,
+et forment une espèce de république, dont les
+membres toujours actifs se secourent et se servent
+mutuellement: c'est comme un nouvel État dans
+l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les
+provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats,
+des prélats, s'il ne connoît les femmes qui
+les gouvernent, est comme un homme qui voit
+bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît
+point les ressorts.</p>
+
+<p>Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la
+maîtresse d'un ministre pour coucher avec lui?
+Quelle idée! c'est pour lui présenter cinq ou six
+placets tous les matins; et la bonté de leur naturel
+paroît dans l'empressement qu'elles ont de
+faire du bien à une infinité de gens malheureux,
+qui leur procurent cent mille livres de rente.</p>
+
+<p>On se plaint en Perse de ce que le royaume est
+gouverné par deux ou trois femmes: c'est bien
+pis en France, où les femmes en général gouvernent,
+et prennent non-seulement en gros, mais
+même se partagent en détail, toute l'autorité.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CIX" id="LETTRE_CIX"></a>LETTRE CIX.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons
+point en Perse, et qui me paroissent ici
+fort à la mode: ce sont les journaux. La paresse se
+sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir
+parcourir trente volumes en un quart d'heure.</p>
+
+<p>Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait
+les compliments ordinaires, que les lecteurs sont
+aux abois: il les fait entrer à demi morts dans une
+matière noyée au milieu d'une mer de paroles.
+Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là,
+par un in-quarto; un autre, qui a de plus
+belles inclinations, vise à l'in-folio; il faut donc
+qu'il étende son sujet à proportion; ce qu'il fait
+sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre
+lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris
+tant de peine à amplifier.</p>
+
+<p>Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils
+ouvrages: j'en ferois bien autant si je voulois ruiner
+ma santé et un libraire.</p>
+
+<p>Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils
+ne parlent que des livres nouveaux: comme si la
+vérité étoit jamais nouvelle. Il me semble que,
+jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens,
+il n'a aucune raison de leur préférer les
+nouveaux.</p>
+
+<p>Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que
+des ouvrages encore tout chauds de la forge, ils
+s'en imposent un autre, qui est d'être très-ennuyeux.
+Ils n'ont garde de critiquer les livres dont
+ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient;
+et, en effet, quel est l'homme assez hardi pour vouloir
+se faire dix ou douze ennemis tous les mois?</p>
+
+<p>La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes,
+qui souffriront une volée de coups de bâton sans
+se plaindre; mais qui, peu jaloux de leurs épaules,
+le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne sauroient
+soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se
+donner de garde de les attaquer par un endroit si
+sensible; et les journalistes le savent bien. Ils font
+donc tout le contraire; ils commencent par louer
+la matière qui est traitée: première fadeur; de là
+ils passent aux louanges de l'auteur; louanges
+forcées: car ils ont affaire à des gens qui sont encore
+en haleine, tout prêts à se faire faire raison,
+et à foudroyer à coups de plume un téméraire
+journaliste.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CX" id="LETTRE_CX"></a>LETTRE CX.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>L'université de Paris est la fille aînée des rois
+de France, et très-aînée; car elle a plus de neuf
+cents ans: aussi rêve-t-elle quelquefois.</p>
+
+<p>On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps,
+un grand démêlé avec quelques docteurs à l'occasion
+de la lettre Q<a name="FNanchor_B_2" id="FNanchor_B_2"></a><a href="#Footnote_B_2" class="fnanchor">[B]</a>, qu'elle vouloit que l'on prononçât
+comme un K. La dispute s'échauffa si fort,
+que quelques-uns furent dépouillés de leurs biens:
+il fallut que le parlement terminât le différend; et
+il accorda permission, par un arrêt solennel, à
+tous les sujets du roi de France de prononcer cette
+lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux
+corps de l'Europe les plus respectables occupés à
+décider du sort d'une lettre de l'alphabet.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_B_2" id="Footnote_B_2"></a><a href="#FNanchor_B_2"><span class="label">[B]</span></a> Il veut parler de la querelle de Ramus.</p></div>
+
+<p>Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus
+grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées;
+et que, là où il y a plus de sages, il y ait
+aussi moins de sagesse. Les grands corps s'attachent
+toujours si fort aux minuties, aux formalités,
+aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais
+qu'après. J'ai ouï dire qu'un roi d'Arragon<a name="FNanchor_C_3" id="FNanchor_C_3"></a><a href="#Footnote_C_3" class="fnanchor">[C]</a> ayant
+assemblé les états d'Arragon et de Catalogne, les
+premières séances s'employèrent à décider en
+quelle langue les délibérations seroient conçues:
+la dispute étoit vive, et les états se seroient rompus
+mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient,
+qui étoit que la demande seroit faite en langage
+catalan, et la réponse en arragonois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_C_3" id="Footnote_C_3"></a><a href="#FNanchor_C_3"><span class="label">[C]</span></a> C'était en 1610.</p></div>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXI" id="LETTRE_CXI"></a>LETTRE CXI.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus
+grave que l'on ne pense. Il n'y a rien de plus
+sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette, au
+milieu de ses domestiques; un général d'armée
+n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite
+ou son corps de réserve, qu'elle en met à poster
+une mouche qui peut manquer, mais dont elle
+espère ou prévoit le succès.</p>
+
+<p>Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour
+concilier sans cesse les intérêts de deux rivaux,
+pour paroître neutre à tous les deux, pendant
+qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre
+médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle
+leur donne!</p>
+
+<p>Quelle occupation pour faire venir parties de
+plaisir sur parties, les faire succéder et renaître
+sans cesse, et prévenir tous les accidents qui pourroient
+les rompre!</p>
+
+<p>Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas
+de se divertir; c'est de le paroître: ennuyez-les
+tant que vous voudrez, elles vous le pardonneront,
+pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien
+réjouies.</p>
+
+<p>Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que
+des femmes firent à la campagne. Dans le chemin
+elles disoient sans cesse: Au moins, il faudra
+bien rire et bien nous divertir.</p>
+
+<p>Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et
+par conséquent assez sérieux. Il faut avouer, dit
+une de ces femmes, que nous nous divertissons
+bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une
+partie aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me
+gagnoit, une femme me secoua, et me dit: Eh
+bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur?
+Oui, lui répondis-je en bâillant; je crois que je
+crèverai à force de rire. Cependant la tristesse
+triomphoit toujours des réflexions; et, quant à
+moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement
+dans un sommeil léthargique, qui finit tous
+mes plaisirs.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXII" id="LETTRE_CXII"></a>LETTRE CXII.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>Le règne du feu roi a été si long, que la fin en
+avoit fait oublier le commencement. C'est aujourd'hui
+la mode de ne s'occuper que des événements
+arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus
+que les mémoires de ces temps-là.</p>
+
+<p>Voici le discours qu'un des généraux de la ville
+de Paris prononça dans un conseil de guerre: et
+j'avoue que je n'y comprends pas grand'chose.</p>
+
+<p>«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées
+avec perte, je crois qu'il nous sera
+facile de réparer cet échec. J'ai six couplets de
+chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je
+m'assure, remettront toutes choses dans l'équilibre.
+J'ai fait choix de quelques voix très-nettes,
+qui, sortant de la cavité de certaines
+poitrines très-fortes, émouvront merveilleusement
+le peuple. Ils sont sur un air qui a fait,
+jusqu'à présent, un effet tout particulier.</p>
+
+<p>«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une
+estampe qui fera voir Mazarin pendu.</p>
+
+<p>«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien
+françois; et il l'écorche tellement, qu'il n'est pas
+possible que ses affaires ne déclinent. Nous ne
+manquons pas de faire bien remarquer au peuple
+le ton ridicule dont il prononce<a name="FNanchor_D_4" id="FNanchor_D_4"></a><a href="#Footnote_D_4" class="fnanchor">[D]</a>. Nous relevâmes,
+il y a quelques jours, une faute de
+grammaire si grossière, qu'on en fit des farces par
+tous les carrefours.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_D_4" id="Footnote_D_4"></a><a href="#FNanchor_D_4"><span class="label">[D]</span></a> (Note de l'auteur, extraite de l'<i>édition</i> 1721 2<sup>e</sup>, Cologne,
+Pierre Marteau.)
+</p><p>
+Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'<i>arrêt d'Union</i>, dit
+devant les députés du parlement: l'<i>Arrêt</i> d'<i>Ognon</i>, de quoi le
+peuple fit force plaisanteries.</p></div>
+
+<p>«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple
+fera du nom de Mazarin un mot générique
+pour exprimer toutes les bêtes de somme, et
+celles qui servent à tirer.</p>
+
+<p>«Depuis notre défaite, notre musique l'a si
+furieusement vexé sur le péché originel, que,
+pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié,
+il a été obligé de renvoyer tous ses pages.</p>
+
+<p>«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et
+soyez sûrs que nous lui ferons repasser les
+monts à coups de sifflets.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXIII" id="LETTRE_CXIII"></a>LETTRE CXIII.</h2>
+
+<h3>RHÉDI A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis
+les historiens anciens et modernes: je compare
+tous les temps; j'ai du plaisir à les voir passer,
+pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout
+mon esprit à ces grands changements qui ont
+rendu les âges si différents des âges, et la terre si
+peu semblable à elle-même.</p>
+
+<p>Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose
+qui cause tous les jours ma surprise. Comment le
+monde est-il si peu peuplé, en comparaison de ce
+qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle
+pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers
+temps? seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et
+tomberoit-elle de langueur?</p>
+
+<p>J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu
+que le débris de cette ancienne Italie si fameuse
+autrefois. Quoique tout le monde habite les villes,
+elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il
+semble qu'elles ne subsistent encore, que pour
+marquer le lieu où étoient ces cités puissantes
+dont l'histoire a tant parlé.</p>
+
+<p>Il y a des gens qui prétendent que la seule ville
+de Rome contenoit autrefois plus de peuple que le
+plus grand royaume de l'Europe n'en a aujourd'hui.
+Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix,
+et même vingt mille esclaves, sans compter ceux
+qui travailloient dans les maisons de campagne;
+et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent mille
+citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants
+sans que l'imagination ne se révolte.</p>
+
+<p>Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants
+royaumes, et des peuples nombreux, qui en ont
+disparu depuis: cette île n'a plus rien de considérable
+que ses volcans.</p>
+
+<p>La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas
+la centième partie de ses anciens habitants.</p>
+
+<p>L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui
+que des campagnes inhabitées; et la
+France n'est rien, en comparaison de cette ancienne
+Gaule dont parle César.</p>
+
+<p>Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en
+faut bien que les peuples y soient, comme autrefois,
+obligés de se partager, et d'envoyer dehors,
+comme des essaims, des colonies et des nations
+entières chercher de nouvelles demeures.</p>
+
+<p>La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque
+plus de peuples.</p>
+
+<p>On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième
+partie des hommes qui y formoient de
+si grands empires.</p>
+
+<p>L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie
+mineure, qui contenoit tant de puissantes monarchies,
+et un nombre si prodigieux de grandes
+villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la
+grande Asie, celle qui est soumise au Turc n'est
+pas plus pleine; et pour celle qui est sous la
+domination de nos rois, si on la compare à l'état
+florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle
+n'a qu'une très-petite partie des habitants qui y
+étoient sans nombre du temps des Xerxès et des
+Darius.</p>
+
+<p>Quant aux petits États qui sont autour de ces
+grands empires, ils sont réellement déserts: tels
+sont les royaumes d'Irimette, de Circassie et de
+Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États,
+comptent à peine cinquante mille sujets.</p>
+
+<p>L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres
+pays.</p>
+
+<p>Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que
+délabrement: je crois la voir sortir des ravages de
+la peste et de la famine.</p>
+
+<p>L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne
+peut en parler si précisément que des autres parties
+du monde: mais, à ne faire attention qu'aux
+côtes de la Méditerranée connues de tout temps,
+on voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle
+étoit, lorsqu'elle étoit province romaine. Aujourd'hui
+ses princes sont si foibles, que ce sont les
+plus petites puissances du monde.</p>
+
+<p>Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être
+dans ces sortes de choses, j'ai trouvé qu'il y a à
+peine sur la terre la cinquantième partie des hommes
+qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y
+a d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les
+jours; et si cela continue, dans dix siècles, elle ne
+sera qu'un désert.</p>
+
+<p>Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe
+qui soit jamais arrivée dans le monde; mais
+à peine s'en est-on aperçu, parce qu'elle est arrivée
+insensiblement, et dans le cours d'un grand nombre
+de siècles; ce qui marque un vice intérieur,
+un venin secret et caché, une maladie de langueur,
+qui afflige la nature humaine.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXIV" id="LETTRE_CXIV"></a>LETTRE CXIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible;
+les cieux mêmes ne le sont pas: les
+astronomes sont des témoins oculaires de tous
+leurs changements, qui sont les effets bien naturels
+du mouvement universel de la matière.</p>
+
+<p>La terre est soumise, comme les autres planètes,
+aux mêmes lois des mouvements; elle
+souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de
+ses principes: la mer et le continent semblent
+être dans une guerre éternelle; chaque instant
+produit de nouvelles combinaisons.</p>
+
+<p>Les hommes, dans une demeure si sujette aux
+changements, sont dans un état aussi incertain:
+cent mille causes peuvent agir, dont la plus petite
+peut les détruire, et à plus forte raison augmenter
+ou diminuer leur nombre.</p>
+
+<p>Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières,
+si communes chez les historiens, qui ont
+détruit des villes et des royaumes entiers: il y en
+a de générales, qui ont mis bien des fois le genre
+humain à deux doigts de sa perte.</p>
+
+<p>Les histoires sont pleines de ces pestes universelles,
+qui ont tour à tour désolé l'univers. Elles
+parlent d'une, entr'autres, qui fut si violente
+qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se
+fit sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire
+du Catay: un degré de plus de corruption
+auroit peut-être, dans un seul jour, détruit toute
+la nature humaine.</p>
+
+<p>Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse
+de toutes les maladies se fit sentir en Europe, en
+Asie et en Afrique; elle fit dans très-peu de temps
+des effets prodigieux: c'étoit fait des hommes, si
+elle avoit continué ses progrès avec la même furie.
+Accablés de maux dès leur naissance, incapables
+de soutenir le poids des charges de la société, ils
+auroient péri misérablement.</p>
+
+<p>Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus
+exalté? et il le seroit devenu sans doute, si l'on
+n'avoit été assez heureux pour trouver un remède
+aussi puissant que celui qu'on a découvert.
+Peut-être que cette maladie, attaquant les parties
+de la génération, auroit attaqué la génération
+même.</p>
+
+<p>Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit
+pu arriver au genre humain? n'est-elle pas
+arrivée en effet, et le déluge ne le réduisit-il pas
+à une seule famille?</p>
+
+<p>Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de
+Dieu une idée raisonnable, peuvent-ils comprendre
+que la matière et les choses créées n'aient
+que six mille ans? que Dieu ait différé pendant
+toute l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que
+d'hier de sa puissance créatrice? Seroit-ce parce
+qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il ne l'auroit
+pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps,
+il ne l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce
+qu'il ne l'a pas voulu. Mais, comme il n'y a pas de
+succession dans Dieu, si l'on admet qu'il ait voulu
+quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et
+dès le commencement.</p>
+
+<p>Il ne faut donc pas compter les années du
+monde; le nombre des grains de sable de la mer
+ne leur est pas plus comparable qu'un instant.</p>
+
+<p>Cependant tous les historiens nous parlent d'un
+premier père: ils nous font voir la nature humaine
+naissante. N'est-il pas naturel de penser
+qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun,
+comme Noé le fut du déluge; et que ces grands
+événements ont été fréquents sur la terre, depuis
+la création du monde?</p>
+
+<p>Mais toutes les destructions ne sont pas violentes.
+Nous voyons plusieurs parties de la terre
+se lasser de fournir à la subsistance des hommes:
+que savons-nous si la terre entière n'a pas des
+causes générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?</p>
+
+<p>J'ai été bien aise de te donner ces idées générales,
+avant de répondre plus particulièrement à ta
+lettre sur la diminution des peuples, arrivée depuis
+dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai voir
+dans une lettre suivante, qu'indépendamment des
+causes physiques, il y en a de morales qui ont produit
+cet effet.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXV" id="LETTRE_CXV"></a>LETTRE CXV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Tu cherches la raison pourquoi la terre est
+moins peuplée qu'elle ne l'étoit autrefois: et
+si tu y fais bien attention, tu verras que la grande
+différence vient de celle qui est arrivée dans les
+m&oelig;urs.</p>
+
+<p>Depuis que la religion chrétienne et la mahométane
+ont partagé le monde romain, les choses
+sont bien changées: il s'en faut bien que ces deux
+religions soient aussi favorables à la propagation
+de l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers.</p>
+
+<p>Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue:
+et en cela elle avoit un très-grand avantage
+sur la religion mahométane; le divorce y étoit
+permis: ce qui lui en donnoit un autre, non
+moins considérable, sur la chrétienne.</p>
+
+<p>Je ne trouve rien de si contradictoire que cette
+pluralité des femmes permise par le saint Alcoran,
+et l'ordre de les satisfaire ordonné par le même
+livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce
+que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements,
+et qu'elles vous sont nécessaires comme
+vos vêtements. Voilà un précepte qui rend la vie
+d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui
+qui a les quatre femmes établies par la loi, et seulement
+autant de concubines et d'esclaves, ne
+doit-il pas être accablé de tant de vêtements?</p>
+
+<p>Vos femmes sont vos labourages, dit encore le
+prophète; approchez-vous donc de vos labourages:
+faites du bien pour vos âmes; et vous le trouverez
+un jour.</p>
+
+<p>Je regarde un bon musulman comme un
+athlète, destiné à combattre sans relâche; mais
+qui bientôt, foible et accablé de ses premières fatigues,
+languit dans le champ même de la victoire;
+et se trouve, pour ainsi dire, enseveli sous
+ses propres triomphes.</p>
+
+<p>La nature agit toujours avec lenteur, et pour
+ainsi dire avec épargne: ses opérations ne sont
+jamais violentes; jusque dans ses productions elle
+veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec
+règle et mesure; si on la précipite, elle tombe
+bientôt dans la langueur: elle emploie toute la
+force qui lui reste à se conserver, perdant absolument
+sa vertu productrice et sa puissance générative.</p>
+
+<p>C'est dans cet état de défaillance que nous met
+toujours ce grand nombre de femmes, plus propres
+à nous épuiser qu'à nous satisfaire. Il est
+très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans
+un sérail prodigieux avec un très-petit nombre
+d'enfants: ces enfants mêmes sont la plupart du
+temps foibles et malsains, et se sentent de la langueur
+de leur père.</p>
+
+<p>Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une
+continence forcée, ont besoin d'avoir des gens
+pour les garder, qui ne peuvent être que des eunuques:
+la religion, la jalousie, et la raison même,
+ne permettent pas d'en laisser approcher d'autres;
+ces gardiens doivent être en grand nombre,
+soit afin de maintenir la tranquillité au dedans
+parmi les guerres que ces femmes se font sans
+cesse, soit enfin pour empêcher les entreprises du
+dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes ou
+concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour
+les garder. Mais quelle perte pour la société que
+ce grand nombre d'hommes morts dès leur naissance!
+quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre!</p>
+
+<p>Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour
+servir avec les eunuques ce grand nombre de
+femmes, y vieillissent presque toujours dans une
+affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier
+pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses,
+une fois accoutumées à elles, ne s'en défont presque
+jamais.</p>
+
+<p>Voilà comme un seul homme occupe lui seul
+tant de sujets de l'un et l'autre sexe à ses plaisirs,
+les fait mourir pour l'État, et les rend inutiles à
+la propagation de l'espèce.</p>
+
+<p>Constantinople et Ispahan sont les capitales des
+deux plus grands empires du monde: c'est là que
+tout doit aboutir, et que les peuples, attirés de
+mille manières, se rendent de toutes parts. Cependant
+elles périssent d'elles-mêmes, et elles
+seroient bientôt détruites, si les souverains n'y
+faisoient venir, presque à chaque siècle, des nations
+entières pour les repeupler. J'épuiserai ce
+sujet dans une autre lettre.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXVI" id="LETTRE_CXVI"></a>LETTRE CXVI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que
+nous; ils en avoient même plus: mais ils en
+faisoient un meilleur usage.</p>
+
+<p>Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la
+multiplication de ces esclaves, ils la favorisoient
+au contraire de tout leur pouvoir; ils les associoient
+le plus qu'ils pouvoient par des espèces de
+mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs
+maisons de domestiques de tous les sexes, de tous
+les âges, et l'État d'un peuple innombrable.</p>
+
+<p>Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse
+d'un maître, naissoient sans nombre autour de
+lui: il étoit seul chargé de leur nourriture et de
+leur éducation; les pères, libres de ce fardeau,
+suivoient uniquement le penchant de la nature, et
+multiplioient sans craindre une trop nombreuse
+famille.</p>
+
+<p>Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves
+sont occupés à garder nos femmes, et à rien de
+plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État, dans une
+perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre
+à quelques hommes libres, à quelques
+chefs de familles, la culture des arts et des terres,
+lesquels même s'y donnent le moins qu'ils peuvent.</p>
+
+<p>Il n'en étoit pas de même chez les Romains:
+la république se servoit avec un avantage infini
+de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit son
+pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître
+lui imposoit; avec ce pécule il travailloit et se
+tournoit du côté où le portoit son industrie. Celui-ci
+faisoit la banque; celui-là se donnoit au commerce
+de la mer; l'un vendoit des marchandises
+en détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique,
+ou bien affermoit et faisoit valoir des terres:
+mais il n'y en avoit aucun qui ne s'attachât
+de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule, qui
+lui procuroit en même temps l'aisance dans la
+servitude présente, et l'espérance d'une liberté
+future: cela faisoit un peuple laborieux, animoit
+les arts et l'industrie.</p>
+
+<p>Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et
+leur travail, se faisoient affranchir, et devenoient
+citoyens. La république se réparoit sans cesse, et
+recevoit dans son sein de nouvelles familles, à
+mesure que les anciennes se détruisoient.</p>
+
+<p>J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes,
+occasion de te prouver que plus il y a d'hommes
+dans un État, plus le commerce y fleurit; je
+prouverai aussi facilement que plus le commerce
+y fleurit, plus le nombre des hommes y augmente:
+ces deux choses s'entr'aident, et se favorisent nécessairement.</p>
+
+<p>Si cela est, combien ce nombre prodigieux
+d'esclaves, toujours laborieux, devoit-il s'accroître
+et s'augmenter! L'industrie et l'abondance les
+faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient
+naître l'abondance et l'industrie.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXVII" id="LETTRE_CXVII"></a>LETTRE CXVII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans,
+et cherché la raison pourquoi ils étoient
+moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la
+domination des Romains: examinons à présent
+ce qui a produit cet effet chez les chrétiens.</p>
+
+<p>Le divorce étoit permis dans la religion païenne,
+et il fut défendu aux chrétiens. Ce changement,
+qui parut d'abord de si petite conséquence, eut
+insensiblement des suites terribles, et telles qu'on
+peut à peine les croire.</p>
+
+<p>On ôta non-seulement toute la douceur du
+mariage, mais aussi l'on donna atteinte à sa fin:
+en voulant resserrer ses n&oelig;uds, on les relâcha; et
+au lieu d'unir les c&oelig;urs, comme on le prétendoit,
+on les sépara pour jamais.</p>
+
+<p>Dans une action si libre, et où le c&oelig;ur doit
+avoir tant de part, on mit la gêne, la nécessité,
+et la fatalité du destin même. On compta pour
+rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité
+des humeurs; on voulut fixer le c&oelig;ur, c'est-à-dire
+ce qu'il y a de plus variable et de plus inconstant
+dans la nature: on attacha sans retour et
+sans espérance des gens accablés l'un de l'autre,
+et presque toujours mal assortis; et l'on fit comme
+ces tyrans qui faisoient lier des hommes vivants
+à des corps morts.</p>
+
+<p>Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel
+que la faculté du divorce: un mari et une
+femme étoient portés à soutenir patiemment les
+peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres
+de les faire finir: et ils gardoient souvent ce
+pouvoir en main toute leur vie sans en user, par
+cette seule considération qu'ils étoient libres de
+le faire.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs
+peines présentes désespèrent pour l'avenir: ils ne
+voient, dans les désagréments du mariage, que
+leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là
+viennent les dégoûts, les discordes, les mépris;
+et c'est autant de perdu pour la postérité. A peine
+a-t-on trois ans de mariage, qu'on en néglige
+l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur:
+il se forme des séparations intestines aussi
+fortes, et peut-être plus pernicieuses, que si elles
+étoient publiques: chacun vit et reste de son
+côté, et tout cela au préjudice des races futures.
+Bientôt un homme dégoûté d'une femme éternelle,
+se livrera aux filles de joie: commerce
+honteux et si contraire à la société; lequel, sans
+remplir l'objet du mariage, n'en représente tout
+au plus que les plaisirs.</p>
+
+<p>Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une
+qui n'est pas propre au dessein de la nature et à
+la propagation de l'espèce, soit par son tempérament,
+soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec
+elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même.</p>
+
+<p>Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez
+les chrétiens tant de mariages fournir un si petit
+nombre de citoyens. Le divorce est aboli: les
+mariages mal assortis ne se raccommodent plus;
+les femmes ne passent plus, comme chez les Romains,
+successivement dans les mains de plusieurs
+maris, qui en tiroient, dans le chemin, le meilleur
+parti qu'il étoit possible.</p>
+
+<p>J'ose le dire: si, dans une république comme
+Lacédémone, où les citoyens étoient sans cesse
+gênés par des lois singulières et subtiles, et dans
+laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la
+république, il avoit été établi que les maris changeassent
+de femme tous les ans, il en seroit né un
+peuple innombrable.</p>
+
+<p>Il est assez difficile de faire bien comprendre la
+raison qui a porté les chrétiens à abolir le divorce.
+Le mariage, chez toutes les nations du monde,
+est un contrat susceptible de toutes les conventions,
+et on n'en a dû bannir que celles qui
+auroient pu en affoiblir l'objet; mais les chrétiens
+ne le regardent pas dans ce point de vue: aussi
+ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est. Ils ne
+le font pas consister dans le plaisir des sens; au
+contraire, comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils
+veulent l'en bannir autant qu'ils le peuvent: mais
+c'est une image, une figure, et quelque chose
+de mystérieux, que je ne comprends point.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXVIII" id="LETTRE_CXVIII"></a>LETTRE CXVIII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>La prohibition du divorce n'est pas la seule
+cause de la dépopulation des pays chrétiens: le
+grand nombre d'eunuques qu'ils ont parmi eux
+n'en est pas une moins considérable.</p>
+
+<p>Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de
+l'autre sexe, qui se vouent à une continence éternelle:
+c'est chez les chrétiens la vertu par excellence;
+en quoi je ne les comprends pas, ne sachant
+ce que c'est qu'une vertu dont il ne résulte
+rien.</p>
+
+<p>Je trouve que leurs docteurs se contredisent
+manifestement quand ils disent que le mariage est
+saint, et que le célibat, qui lui est opposé, l'est
+encore davantage, sans compter qu'en fait de
+préceptes et de dogmes fondamentaux, le bien est
+toujours le mieux.</p>
+
+<p>Le nombre de ces gens faisant profession de
+célibat est prodigieux. Les pères y condamnoient
+autrefois les enfants dès le berceau; aujourd'hui
+ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze
+ans: ce qui revient à peu près à la même chose.</p>
+
+<p>Ce métier de continence a anéanti plus
+d'hommes que les pestes et les guerres les plus
+sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans chaque
+maison religieuse une famille éternelle, où il ne
+naît personne, et qui s'entretient aux dépens de
+toutes les autres. Ces maisons sont toujours
+ouvertes, comme autant de gouffres où s'ensevelissent
+les races futures.</p>
+
+<p>Cette politique est bien différente de celle des
+Romains, qui établissoient des lois pénales contre
+ceux qui se refusoient aux lois du mariage, et
+vouloient jouir d'une liberté si contraire à l'utilité
+publique.</p>
+
+<p>Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans
+la religion protestante, tout le monde est en
+droit de faire des enfants: elle ne souffre ni prêtres
+ni dervis; et si, dans l'établissement de cette
+religion qui ramenoit tout aux premiers temps,
+ses fondateurs n'avoient été accusés sans cesse
+d'intempérance, il ne faut pas douter qu'après
+avoir rendu la pratique du mariage universelle,
+ils n'en eussent encore adouci le joug, et achevé
+d'ôter toute la barrière qui sépare, en ce point, le
+Nazaréen et Mahomet.</p>
+
+<p>Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la
+religion donne aux protestants un avantage infini
+sur les catholiques.</p>
+
+<p>J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe,
+il n'est pas possible que la religion catholique y
+subsiste cinq cents ans.</p>
+
+<p>Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne,
+les catholiques étoient beaucoup plus forts que
+les protestants. Ces derniers sont peu à peu parvenus
+à un équilibre, et aujourd'hui la balance
+commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité
+augmentera tous les jours: les protestants
+deviendront plus riches et plus puissants, et les
+catholiques plus foibles.</p>
+
+<p>Les pays protestants doivent être, et sont réellement,
+plus peuplés que les catholiques: d'où il
+suit, premièrement, que les tributs y sont plus
+considérables, parce qu'ils augmentent à proportion
+de ceux qui les payent; secondement, que les
+terres y sont mieux cultivées; enfin que le commerce
+y fleurit davantage, parce qu'il y a plus de
+gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus
+de besoins on y a plus de ressources pour les remplir.
+Quand il n'y a que le nombre de gens suffisants
+pour la culture des terres, il faut que le commerce
+périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est
+nécessaire pour entretenir le commerce, il faut
+que la culture des terres manque, c'est-à-dire il
+faut que tous les deux tombent en même temps,
+parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce
+ne soit aux dépens de l'autre.</p>
+
+<p>Quant aux pays catholiques, non seulement la
+culture des terres y est abandonnée, mais même
+l'industrie y est pernicieuse; elle ne consiste qu'à
+apprendre cinq ou six mots d'une langue morte.
+Dès qu'un homme a cette provision par devers
+lui, il ne doit plus s'embarrasser de sa fortune:
+il trouve dans le cloître une vie tranquille, qui
+dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des
+peines.</p>
+
+<p>Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains
+presque toutes les richesses de l'État; c'est une
+société de gens avares, qui prennent toujours, et ne
+rendent jamais: ils accumulent sans cesse des
+revenus pour acquérir des capitaux. Tant de
+richesses tombent, pour ainsi dire, en paralysie;
+plus de circulation, plus de commerce, plus d'arts,
+plus de manufactures.</p>
+
+<p>Il n'y a point de prince protestant qui ne lève
+sur ses peuples dix fois plus d'impôts que le pape
+n'en lève sur ses sujets; cependant ces derniers
+sont misérables, pendant que les autres vivent
+dans l'opulence. Le commerce ranime tout chez
+les uns, et le monachisme porte la mort partout
+chez les autres.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXIX" id="LETTRE_CXIX"></a>LETTRE CXIX.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de
+l'Europe; passons à l'Afrique. On ne peut
+guère parler que de ses côtes, parce qu'on n'en
+connoît pas l'intérieur.</p>
+
+<p>Celles de Barbarie, où la religion mahométane
+est établie, ne sont plus si peuplées qu'elles
+étoient du temps des Romains, par les raisons
+que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la
+Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies
+depuis deux cents ans que les petits rois, ou chefs
+de villages, vendent leurs sujets aux princes d'Europe,
+pour les porter dans leurs colonies en
+Amérique.</p>
+
+<p>Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique,
+qui reçoit tous les ans tant de nouveaux
+habitants, est elle-même déserte, et ne profite point
+des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves,
+qu'on transporte dans un autre climat, y périssent
+par milliers; et les travaux des mines, où l'on
+occupe sans cesse et les naturels du pays et les
+étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent,
+le vif-argent dont il faut faire un continuel
+usage, les détruisent sans ressource.</p>
+
+<p>Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr
+un nombre innombrable d'hommes pour tirer du
+fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'eux-mêmes
+absolument inutiles, et qui ne sont des
+richesses que parce qu'on les a choisis pour en
+être les signes.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXX" id="LETTRE_CXX"></a>LETTRE CXX.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des
+plus petites circonstances du monde: de manière
+qu'il ne faut souvent qu'un nouveau tour
+dans son imagination pour le rendre beaucoup
+plus nombreux qu'il n'étoit.</p>
+
+<p>Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants,
+ont réparé leurs pertes et leurs destructions
+continuelles, par cette seule espérance
+qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir
+naître un roi puissant qui sera le maître de la
+terre.</p>
+
+<p>Les anciens rois de Perse n'avoient tant de
+milliers de sujets qu'à cause de ce dogme de la
+religion des mages, que les actes les plus agréables
+à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit
+de faire un enfant, labourer un champ, et planter
+un arbre.</p>
+
+<p>Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux,
+cela ne vient que d'une certaine manière
+de penser: car, comme les enfants regardent leurs
+pères comme des dieux, qu'ils les respectent
+comme tels dès cette vie, qu'ils les honorent après
+leur mort par des sacrifices dans lesquels ils
+croient que leurs âmes, anéanties dans le Tyen,
+reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à
+augmenter une famille si soumise dans cette vie,
+et si nécessaire dans l'autre.</p>
+
+<p>D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent
+tous les jours déserts, à cause d'une opinion
+qui, toute sainte qu'elle est, ne laisse pas
+d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est
+enracinée dans les esprits. Nous nous regardons
+comme des voyageurs qui ne doivent penser qu'à
+une autre patrie; les travaux utiles et durables,
+les soins pour assurer la fortune de nos enfants,
+les projets qui tendent au delà d'une vie courte et
+passagère, nous paroissent quelque chose d'extravagant.
+Tranquilles pour le présent, sans inquiétude
+pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de
+réparer les édifices publics, ni de défricher les
+terres incultes, ni de cultiver celles qui sont en état
+de recevoir nos soins: nous vivons dans une insensibilité
+générale, et nous laissons tout faire à la
+providence.</p>
+
+<p>C'est un esprit de vanité qui a établi chez les
+Européens l'injuste droit d'aînesse, si défavorable
+à la propagation, en ce qu'il porte l'attention d'un
+père sur un seul de ses enfants, et détourne ses
+yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour
+rendre solide la fortune d'un seul, de s'opposer à
+l'établissement de plusieurs; enfin en ce qu'il détruit
+l'égalité des citoyens, qui en fait toute l'opulence.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXI" id="LETTRE_CXXI"></a>LETTRE CXXI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Les pays habités par les sauvages sont ordinairement
+peu peuplés, par l'éloignement qu'ils
+ont presque tous pour le travail et la culture de la
+terre. Cette malheureuse aversion est si forte que,
+lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un
+de leurs ennemis, ils ne lui souhaitent autre
+chose que d'être réduit à labourer un champ,
+croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui
+soit un exercice noble et digne d'eux.</p>
+
+<p>Mais, comme il y a souvent des années où la
+chasse et la pêche rendent très-peu, ils sont désolés
+par des famines fréquentes; sans compter qu'il
+n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson
+qui puisse donner la subsistance à un grand
+peuple, parce que les animaux fuient toujours les
+endroits trop habités.</p>
+
+<p>D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre
+de deux ou trois cents habitants, isolées les
+unes des autres, ayant des intérêts aussi séparés
+que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir,
+parce qu'elles n'ont pas la ressource des
+grands États, dont toutes les parties se répondent
+et se secourent mutuellement.</p>
+
+<p>Il y a chez les sauvages une autre coutume qui
+n'est pas moins pernicieuse que la première: c'est
+la cruelle habitude où sont les femmes de se faire
+avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas
+désagréables à leurs maris.</p>
+
+<p>Il y a ici des lois terribles contre ce désordre;
+elles vont jusqu'à la fureur. Toute fille qui n'a
+point été déclarer sa grossesse au magistrat est
+punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la
+honte, les accidents même, ne l'excusent jamais.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXII" id="LETTRE_CXXII"></a>LETTRE CXXII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les
+pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on
+les envoie.</p>
+
+<p>Il faut que les hommes restent où ils sont: il y
+a des maladies qui viennent de ce qu'on change
+un bon air contre un mauvais; d'autres qui viennent
+précisément de ce qu'on en change.</p>
+
+<p>L'air se charge, comme les plantes, des particules
+de la terre de chaque pays. Il agit tellement
+sur nous, que notre tempérament en est fixé.
+Lorsque nous sommes transportés dans un autre
+pays, nous devenons malades. Les liquides étant
+accoutumés à une certaine consistance, les solides
+à une certaine disposition, tous les deux, à un
+certain degré de mouvement, n'en peuvent plus
+souffrir d'autres, et ils résistent à un nouveau pli.</p>
+
+<p>Quand un pays est désert, c'est un préjugé de
+quelque vice particulier de la nature du climat:
+ainsi, quand on ôte les hommes d'un ciel heureux
+pour les envoyer dans un tel pays, on fait
+précisément le contraire de ce qu'on se propose.</p>
+
+<p>Les Romains savoient cela par expérience; ils
+reléguoient tous les criminels en Sardaigne, et ils
+y faisoient passer des Juifs. Il fallut se consoler
+de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient
+pour ces misérables rendoit très-facile.</p>
+
+<p>Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le
+moyen d'entretenir de grosses armées sur les frontières,
+transporta presque tous les Arméniens
+hors de leur pays, et en envoya plus de vingt
+mille familles dans la province de Guilan, qui périrent
+presque toutes en très-peu de temps.</p>
+
+<p>Tous les transports de peuples faits à Constantinople
+n'ont jamais réussi.</p>
+
+<p>Ce nombre prodigieux de nègres dont nous
+avons parlé n'a point rempli l'Amérique.</p>
+
+<p>Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la
+Palestine est sans habitants.</p>
+
+<p>Il faut donc avouer que les grandes destructions
+sont presque irréparables, parce qu'un peuple qui
+manque à un certain point reste dans le même
+état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des
+siècles pour cela.</p>
+
+<p>Que si, dans un état de défaillance, la moindre
+des circonstances dont nous avons parlé vient à
+concourir, non-seulement il ne se répare pas,
+mais il dépérit tous les jours, et tend à son anéantissement.</p>
+
+<p>L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore
+sentir comme le premier jour: bien loin que ce
+vide se remplisse, il devient tous les jours plus
+grand.</p>
+
+<p>Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols,
+qui ont pris la place de ses anciens habitants,
+n'ont pu la repeupler; au contraire, par
+une fatalité que je ferois mieux de nommer une
+justice divine, les destructeurs se détruisent eux-mêmes,
+et se consument tous les jours.</p>
+
+<p>Les princes ne doivent donc point songer à
+peupler de grands pays par des colonies. Je ne
+dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois; il y a
+des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie
+toujours: témoin ces îles<a name="FNanchor_E_5" id="FNanchor_E_5"></a><a href="#Footnote_E_5" class="fnanchor">[E]</a> qui ont été peuplées
+par des malades que quelques vaisseaux y avoient
+abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la
+santé.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_E_5" id="Footnote_E_5"></a><a href="#FNanchor_E_5"><span class="label">[E]</span></a> L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.</p></div>
+
+<p>Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu
+d'augmenter la puissance, elles ne feroient que la
+partager, à moins qu'elles n'eussent très-peu d'étendue,
+comme sont celles que l'on envoie pour
+occuper quelque place pour le commerce.</p>
+
+<p>Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols,
+découvert l'Amérique, ou au moins de grandes
+îles dans lesquelles ils faisoient un commerce prodigieux:
+mais quand ils virent le nombre de leurs
+habitants diminuer, cette sage république défendit
+à ses sujets ce commerce et cette navigation.</p>
+
+<p>J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols
+dans les Indes, il faudroit faire repasser les
+Indiens et les métifs en Espagne; il faudroit rendre
+à cette monarchie tous ses peuples dispersés;
+et, si la moitié seulement de ces grandes colonies
+se conservoit, l'Espagne deviendroit la puissance
+de l'Europe la plus redoutable.</p>
+
+<p>On peut comparer les empires à un arbre dont
+les branches trop étendues ôtent tout le suc du
+tronc, et ne servent qu'à faire de l'ombrage.</p>
+
+<p>Rien ne devrait corriger les princes de la fureur
+des conquêtes lointaines que l'exemple des Portugais
+et des Espagnols.</p>
+
+<p>Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité
+inconcevable, des royaumes immenses, plus
+étonnées de leurs victoires que les peuples vaincus
+de leur défaite, songèrent aux moyens de les
+conserver, et prirent chacune pour cela une voie
+différente.</p>
+
+<p>Les Espagnols, désespérant de retenir les
+nations vaincues dans la fidélité, prirent le parti
+de les exterminer, et d'y envoyer d'Espagne des
+peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut
+plus ponctuellement exécuté. On vit un peuple,
+aussi nombreux que tous ceux de l'Europe ensemble,
+disparoître de la terre à l'arrivée de ces
+barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes,
+avoir voulu en même temps découvrir aux hommes
+quel étoit le dernier période de la cruauté.</p>
+
+<p>Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous
+leur domination. Juge par là combien les conquêtes
+sont funestes, puisque les effets en sont
+tels: car enfin ce remède affreux étoit unique.
+Comment auroient-ils pu retenir tant de millions
+d'hommes dans l'obéissance? Comment soutenir
+une guerre civile de si loin? Que seroient-ils devenus,
+s'ils avoient donné le temps à ces peuples
+de revenir de l'admiration où ils étoient de l'arrivée
+de ces nouveaux dieux et de la crainte de leurs
+foudres?</p>
+
+<p>Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout
+opposée; ils n'employèrent pas les cruautés:
+aussi furent-ils bientôt chassés de tous les pays
+qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent
+la rébellion de ces peuples, et en profitèrent.</p>
+
+<p>Quel prince envieroit le sort de ces conquérants?
+Qui voudroit de ces conquêtes à ces conditions?
+Les uns en furent aussitôt chassés; les
+autres en firent des déserts, et rendirent de même
+leur propre pays.</p>
+
+<p>C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir
+des pays qu'ils perdent soudain, ou à soumettre
+des nations qu'ils sont obligés eux-mêmes
+de détruire; comme cet insensé qui se consumoit
+à acheter des statues qu'il jetoit dans la mer, et
+des glaces qu'il brisoit aussitôt.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXIII" id="LETTRE_CXXIII"></a>LETTRE CXXIII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>La douceur du gouvernement contribue merveilleusement
+à la propagation de l'espèce.
+Toutes les républiques en sont une preuve constante;
+et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande,
+qui sont les deux plus mauvais pays de
+l'Europe, si l'on considère la nature du terrain, et
+qui cependant sont les plus peuplés.</p>
+
+<p>Rien n'attire plus les étrangers que la liberté,
+et l'opulence qui la suit toujours: l'une se fait
+rechercher par elle-même, et les besoins attirent
+dans les pays où l'on trouve l'autre.</p>
+
+<p>L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance
+fournit aux enfants, sans rien diminuer de
+la subsistance des pères.</p>
+
+<p>L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement
+de l'égalité dans les fortunes, porte l'abondance
+et la vie dans toutes les parties du corps
+politique, et la répand partout.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des pays soumis au
+pouvoir arbitraire: le prince, les courtisans, et
+quelques particuliers, possèdent toutes les richesses,
+pendant que tous les autres gémissent dans
+une pauvreté extrême.</p>
+
+<p>Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente
+qu'il fera des enfants plus pauvres que lui, il ne se
+mariera pas; ou s'il se marie, il craindra d'avoir
+un trop grand nombre d'enfants, qui pourroient
+achever de déranger sa fortune, et qui descendroient
+de la condition de leur père.</p>
+
+<p>J'avoue que le rustique ou paysan, étant une
+fois marié, peuplera indifféremment, soit qu'il soit
+riche, soit qu'il soit pauvre; cette considération
+ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à
+laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne
+l'empêche jamais de suivre aveuglément l'instinct
+de la nature.</p>
+
+<p>Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants
+qui languissent dans la misère? Ils périssent
+presque tous à mesure qu'ils naissent; ils ne prospèrent
+jamais: foibles et débiles, ils meurent en
+détail de mille manières, tandis qu'ils sont emportés
+en gros par les fréquentes maladies populaires,
+que la misère et la mauvaise nourriture produisent
+toujours; ceux qui en échappent atteignent
+l'âge viril sans en avoir la force, et languissent
+tout le reste de leur vie.</p>
+
+<p>Les hommes sont comme les plantes, qui ne
+croissent jamais heureusement si elles ne sont
+bien cultivées: chez les peuples misérables,
+l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.</p>
+
+<p>La France peut fournir un grand exemple de
+tout ceci. Dans les guerres passées, la crainte où
+étoient tous les enfants de famille qu'on ne les
+enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier,
+et cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de
+la pauvreté. De tant de mariages il naissoit bien
+des enfants, que l'on cherche encore en France,
+et que la misère, la famine et les maladies en ont
+fait disparoître.</p>
+
+<p>Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un
+royaume aussi policé que la France, on fait de
+pareilles remarques, que sera-ce dans les autres
+États?</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXIV" id="LETTRE_CXXIV"></a>LETTRE CXXIV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,</h3>
+
+<h3>Gardien des trois tombeaux</h3>
+
+<h3>A Com.</h3>
+
+
+<p>Que nous servent les jeûnes des immaums et
+les cilices des mollaks? La main de Dieu
+s'est deux fois appesantie sur les enfants de la loi,
+le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que
+leurs défaites; leurs armées s'assemblent, et elles
+sont dissipées comme la poussière.</p>
+
+<p>L'empire des Osmanlins est ébranlé par les
+deux plus grands échecs qu'il ait jamais reçus:
+un moufti chrétien ne le soutient qu'avec peine;
+le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu,
+envoyé pour châtier les sectateurs d'Omar; il
+porte partout la colère du ciel, irrité contre leur
+rébellion et leur perfidie.</p>
+
+<p>Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit
+et jour sur les enfants du prophète que le détestable
+Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent
+à la vue de leurs malheurs; tu désires leur
+conversion, et non pas leur perte; tu voudrois
+les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par les larmes
+des saints; et non pas dispersés dans les montagnes
+et dans les déserts par la terreur des infidèles.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXV" id="LETTRE_CXXV"></a>LETTRE CXXV.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Quel peut être le motif de ces libéralités immenses
+que les princes versent sur leurs
+courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur
+sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et
+d'ailleurs, s'ils acquièrent quelques-uns de leurs
+sujets en les achetant, il faut bien, par la même
+raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en
+les appauvrissant.</p>
+
+<p>Quand je pense à la situation des princes, toujours
+entourés d'hommes avides et insatiables, je
+ne puis que les plaindre: et je les plains encore
+davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de résister
+à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne
+demandent rien.</p>
+
+<p>Je n'entends jamais parler de leurs libéralités,
+des grâces et des pensions qu'ils accordent, que
+je ne me livre à mille réflexions: une foule d'idées
+se présente à mon esprit; il me semble que j'entends
+publier cette ordonnance:</p>
+
+<p>«Le courage infatigable de quelques-uns de
+nos sujets à nous demander des pensions ayant
+exercé sans relâche notre magnificence royale,
+nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes
+qu'ils nous ont présentées, lesquelles
+ont fait jusqu'ici la plus grande sollicitude du
+trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point
+manqué, depuis notre avènement à la couronne,
+de se trouver à notre lever; que nous
+les avons toujours vus sur notre passage immobiles
+comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement
+élevés pour regarder, sur les épaules
+les plus hautes, notre sérénité. Nous avons
+même reçu plusieurs requêtes de la part de
+quelques personnes du beau sexe, qui nous ont
+supplié de faire attention qu'il étoit notoire
+qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes
+même très-surannées nous ont prié,
+branlant la tête, de faire attention qu'elles ont
+fait l'ornement de la cour des rois nos prédécesseurs;
+et que, si les généraux de leurs armées
+ont rendu l'État redoutable par leurs faits
+militaires, elles n'ont point rendu la cour
+moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant
+traiter les suppliants avec bonté, et leur
+accorder toutes leurs prières, nous avons ordonné
+ce qui suit:</p>
+
+<p>«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera
+journellement la cinquième partie
+du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères
+de famille de faire la diminution, sur chacun
+d'eux, aussi juste que faire se pourra.</p>
+
+<p>«Défendons expressément à tous ceux qui
+s'appliquent à la culture de leurs héritages, ou
+qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire
+aucune réparation, de quelque espèce qu'elle
+soit.</p>
+
+<p>«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent
+à des travaux vils et mécaniques, lesquelles
+n'ont jamais été au lever de notre majesté, n'achètent
+désormais d'habits, à eux, à leurs femmes
+et à leurs enfants, que de quatre ans en
+quatre ans; leur interdisons en outre très-étroitement
+ces petites réjouissances qu'ils avoient
+coutume de faire, dans leurs familles, les principales
+fêtes de l'année.</p>
+
+<p>«Et, d'autant que nous demeurons averti que
+la plupart des bourgeois de nos bonnes villes sont
+entièrement occupés à pourvoir à l'établissement
+de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues
+recommandables, dans notre État, que par une
+triste et ennuyeuse modestie, nous ordonnons
+qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce qu'ayant
+atteint l'âge limité par les ordonnances, elles
+viennent à les y contraindre. Défendons à nos
+magistrats de pourvoir à l'éducation de leurs
+enfants.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXVI" id="LETTRE_CXXVI"></a>LETTRE CXXVI.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>On est bien embarrassé dans toutes les religions,
+quand il s'agit de donner une idée des
+plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien vécu.
+On épouvante facilement les méchants par une
+longue suite de peines, dont on les menace: mais,
+pour les gens vertueux, on ne sait que leur promettre.
+Il semble que la nature des plaisirs soit
+d'être d'une courte durée; l'imagination a peine
+à en représenter d'autres.</p>
+
+<p>J'ai vu des descriptions du paradis, capables
+d'y faire renoncer tous les gens de bon sens: les
+uns font jouer sans cesse de la flûte ces ombres
+heureuses; d'autres les condamnent au supplice
+de se promener éternellement; d'autres enfin,
+qui les font rêver là-haut aux maîtresses d'ici-bas,
+n'ont pas cru que cent millions d'années
+fussent un terme assez long pour leur ôter le
+goût de ces inquiétudes amoureuses.</p>
+
+<p>Je me souviens à ce propos d'une histoire que
+j'ai ouï raconter à un homme qui avoit été dans
+le pays du Mogol; elle fait voir que les prêtres
+indiens ne sont pas moins stériles que les autres
+dans les idées qu'ils ont des plaisirs du paradis.</p>
+
+<p>Une femme qui venoit de perdre son mari vint
+en cérémonie chez le gouverneur de la ville lui
+demander permission de se brûler: mais, comme,
+dans les pays soumis aux mahométans, on abolit
+tant qu'on peut cette cruelle coutume, il la refusa
+absolument.</p>
+
+<p>Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se
+jeta dans un furieux emportement. Voyez, disoit-elle,
+comme on est gêné! Il ne sera seulement
+pas permis à une pauvre femme de se brûler
+quand elle en a envie! A-t-on jamais vu rien de
+pareil? Ma mère, ma tante, mes s&oelig;urs, se sont
+bien brûlées? Et, quand je vais demander permission
+à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se
+met à crier comme un enragé.</p>
+
+<p>Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze:
+Homme infidèle, lui dit le gouverneur, est-ce toi
+qui a mis dans l'esprit de cette femme cette fureur?
+Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais,
+si elle m'en croit, elle consommera son sacrifice;
+elle fera une action agréable au dieu Brama:
+aussi en sera-t-elle bien récompensée; car elle
+retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle
+recommencera avec lui un second mariage. Que
+dites-vous? dit la femme surprise. Je retrouverai
+mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux,
+chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu
+Brama n'a point fait sur lui quelque réforme,
+sûrement il n'a pas besoin de moi. Me brûler
+pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour
+le retirer du fond des enfers. Deux vieux bonzes,
+qui me séduisoient, et qui savoient de quelle manière
+je vivois avec lui, n'avoient garde de me
+tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent
+à me faire, je renonce à cette béatitude. Monsieur
+le gouverneur, je me fais mahométane. Et
+pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous
+pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que
+je me porte fort bien.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXVII" id="LETTRE_CXXVII"></a>LETTRE CXXVII.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie
+tes lettres d'Ispahan. Les miennes portent que
+l'ambassadeur du Grand Mogol a reçu ordre de
+sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter
+le prince, oncle du roi, qui est chargé de son
+éducation; qu'on l'a fait conduire dans un château,
+où il est très-étroitement gardé, et qu'on l'a
+privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort
+de ce prince, et je le plains.</p>
+
+<p>Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler
+les larmes de personne sans en être attendri: je
+sens de l'humanité pour les malheureux, comme
+s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les
+grands même, pour lesquels je trouve dans mon
+c&oelig;ur de la dureté quand ils sont élevés, je les
+aime sitôt qu'ils tombent.</p>
+
+<p>En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité,
+d'une inutile tendresse? elle approche trop de
+l'égalité: ils aiment bien mieux du respect, qui
+ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils
+sont déchus de leur grandeur, il n'y a que nos
+plaintes qui puissent leur en rappeler l'idée.</p>
+
+<p>Je trouve quelque chose de bien naïf, et même
+de bien grand, dans les paroles d'un prince qui,
+près de tomber entre les mains de ses ennemis,
+voyant ses courtisans autour de lui qui
+pleuroient: Je sens, leur dit-il, à vos larmes que
+je suis encore votre roi.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXVIII" id="LETTRE_CXXVIII"></a>LETTRE CXXVIII.</h2>
+
+<h3>RICA A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de
+Suède: il assiégeoit une place dans un royaume
+qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit la
+tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un
+coup dans la tête, dont il est mort. On a fait sur-le-champ
+arrêter son premier ministre: les états
+se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la
+tête.</p>
+
+<p>Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir
+calomnié la nation, et de lui avoir fait perdre la
+confiance de son roi: forfait qui, selon moi, mérite
+mille morts.</p>
+
+<p>Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir
+dans l'esprit du prince le dernier de ses sujets,
+qu'est-ce, lorsque l'on noircit la nation entière,
+et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la
+providence a établi pour faire son bonheur?</p>
+
+
+<p>Je voudrois que les hommes parlassent aux rois
+comme les anges parlent à notre saint prophète.</p>
+
+<p>Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur
+des seigneurs descend du plus sublime trône
+du monde pour se communiquer à ses esclaves, je
+me suis fait une loi sévère de captiver une langue
+indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une
+seule parole qui pût être amère au dernier de ses
+sujets. Quand il m'a fallu cesser d'être sobre, je
+n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans
+cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie,
+et jamais ma vertu.</p>
+
+<p>Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque
+jamais de prince si méchant, que son ministre ne
+le soit encore davantage; s'il fait quelque action
+mauvaise, elle a presque toujours été suggérée;
+de manière que l'ambition des princes n'est jamais
+si dangereuse que la bassesse d'âme de ses conseillers.
+Mais comprends-tu qu'un homme, qui n'est
+que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y
+sera pas demain, puisse devenir dans un moment
+l'ennemi de lui-même, de sa famille, de sa patrie,
+et du peuple qui naîtra à jamais de celui qu'il va
+faire opprimer?</p>
+
+<p>Un prince a des passions; le ministre les remue:
+c'est de ce côté-là qu'il dirige son ministère;
+il n'a point d'autre but, ni n'en veut connoître.
+Les courtisans le séduisent par leurs
+louanges; et lui le flatte plus dangereusement par
+ses conseils, par les desseins qu'il lui inspire, et
+par les maximes qu'il lui propose.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXIX" id="LETTRE_CXXIX"></a>LETTRE CXXIX.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un
+de mes amis: il rencontra un homme de sa
+connoissance, qu'il me dit être un géomètre; et
+il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une
+rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât
+longtemps par la manche, et le secouât pour le
+faire descendre jusqu'à lui; tant il étoit occupé
+d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis
+plus de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup
+d'honnêtetés, et s'apprirent réciproquement
+quelques nouvelles littéraires. Ces discours les
+menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai
+avec eux.</p>
+
+<p>Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de
+tout le monde avec empressement, et que les garçons
+du caffé en faisoient beaucoup plus de cas
+que de deux mousquetaires qui étoient dans un
+coin. Pour lui, il parut qu'il se trouvoit dans un
+lieu agréable: car il dérida un peu son visage, et
+se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la moindre
+teinture de géométrie.</p>
+
+<p>Cependant son esprit régulier toisoit tout ce
+qui se disoit dans la conversation. Il ressembloit
+à celui qui, dans un jardin, coupoit avec son épée
+la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des
+autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé
+d'une saillie, comme une vue délicate est offensée
+par une lumière trop vive. Rien pour lui n'étoit
+indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa conversation
+étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce
+jour-là de la campagne avec un homme qui avoit
+vu un château superbe et des jardins magnifiques;
+et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de soixante
+pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet
+barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité
+que les règles de la perspective eussent été tellement
+observées, que les allées des avenues eussent
+paru partout de même largeur; et il auroit donné
+pour cela une méthode infaillible. Il parut fort
+satisfait d'un cadran qu'il y avoit démêlé, d'une
+structure fort singulière; et il s'échauffa fort contre
+un savant qui étoit auprès de moi, qui lui demanda
+si ce cadran marquoit les heures babyloniennes.
+Un nouvelliste parla du bombardement du château
+de Fontarabie; et il nous donna soudain les
+propriétés de la ligne que les bombes avoient décrite
+en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut
+en ignorer entièrement le succès. Un homme se
+plaignoit d'avoir été ruiné l'hiver d'auparavant
+par une inondation. Ce que vous me dites là m'est
+fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que
+je ne me suis pas trompé dans l'observation que
+j'ai faite, et qu'il est au moins tombé sur la terre
+deux pouces d'eau plus que l'année passée.</p>
+
+<p>Un moment après il sortit, et nous le suivîmes.
+Comme il alloit assez vite, et qu'il négligeoit de
+regarder devant lui, il fut rencontré directement
+par un autre homme: ils se choquèrent rudement;
+et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son
+côté, en raison réciproque de leur vitesse et de
+leurs masses. Quand ils furent un peu revenus de
+leur étourdissement, cet homme, portant la main
+sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise
+que vous m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle
+à vous apprendre: je viens de donner mon
+Horace au public. Comment! dit le géomètre, il
+y a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez
+pas, reprit l'autre: c'est une traduction de cet
+ancien auteur, que je viens de mettre au jour; il
+y a vingt ans que je m'occupe à faire des traductions.</p>
+
+<p>Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt
+ans que vous ne pensez pas! Vous parlez pour les
+autres, et ils pensent pour vous! Monsieur, dit le
+savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un
+grand service au public, de lui rendre la lecture
+des bons auteurs familière? Je ne dis pas tout à
+fait cela: j'estime autant qu'un autre les sublimes
+génies que vous travestissez; mais vous ne leur
+ressemblerez point; car si vous traduisez toujours,
+on ne vous traduira jamais.</p>
+
+<p>Les traductions sont comme ces monnoies de
+cuivre qui ont bien la même valeur qu'une pièce
+d'or, et même sont d'un plus grand usage pour le
+peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un
+mauvais aloi.</p>
+
+<p>Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi
+nous ces illustres morts; et j'avoue que vous leur
+donnez bien un corps: mais vous ne leur rendez
+pas la vie; il y manque toujours un esprit pour
+les animer.</p>
+
+<p>Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche
+de tant de belles vérités qu'un calcul facile
+nous fait découvrir tous les jours? Après ce petit
+conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents
+l'un de l'autre,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXX" id="LETTRE_CXXX"></a>LETTRE CXXX.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine
+nation qu'on appelle les nouvellistes, qui s'assemblent
+dans un jardin magnifique, où leur oisiveté
+est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à
+l'État, et leurs discours de cinquante ans n'ont
+pas un effet différent de celui qu'auroit pu produire
+un silence aussi long: cependant ils se
+croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent
+de projets magnifiques, et traitent de grands intérêts.</p>
+
+<p>La base de leurs conversations est une curiosité
+frivole et ridicule: il n'y a point de cabinet si
+mystérieux qu'ils ne prétendent pénétrer; ils ne
+sauroient consentir à ignorer quelque chose; ils
+savent combien notre auguste sultan a de femmes,
+combien il fait d'enfants toutes les années;
+et quoiqu'ils ne fassent aucune dépense en espions,
+ils sont instruits des mesures qu'il prend
+pour humilier l'empereur des Turcs et celui des
+Mogols.</p>
+
+<p>A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent
+dans l'avenir; et, marchant au-devant
+de la providence, la préviennent sur toutes les
+démarches des hommes. Ils conduisent un général
+par la main; et, après l'avoir loué de mille sottises
+qu'il n'a pas faites, ils lui en préparent mille autres
+qu'il ne fera pas.</p>
+
+<p>Ils font voler les armées comme les grues, et
+tomber les murailles comme des cartons; ils ont
+des ponts sur toutes les rivières, des routes secrètes
+dans toutes les montagnes, des magasins immenses
+dans les sables brûlants: il ne leur manque
+que le bon sens.</p>
+
+<p>Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette
+lettre d'un nouvelliste; comme elle m'a paru singulière,
+je la gardai; la voici:</p>
+
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Je me trompe rarement dans mes conjectures
+sur les affaires du temps. Le 1<sup>er</sup> janvier 1711, je
+prédis que l'empereur Joseph mourroit dans le
+cours de l'année: il est vrai que, comme il se
+portoit fort bien, je crus que je me ferois moquer
+de moi si je m'expliquois d'une manière
+bien claire; ce qui fit que je me servis de termes
+un peu énigmatiques; mais les gens qui
+savent raisonner m'entendirent bien. Le 17 avril
+de la même année, il mourut de la petite vérole.</p>
+
+<p>«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur
+et les Turcs, j'allai chercher nos messieurs
+dans tous les coins des Tuileries; je les assemblai
+près du bassin, et leur prédis qu'on feroit
+le siége de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été
+assez heureux pour que ma prédiction ait été
+accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du
+siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le
+18 août<a name="FNanchor_F_6" id="FNanchor_F_6"></a><a href="#Footnote_F_6" class="fnanchor">[F]</a>; il ne fut pris que le lendemain:
+peut-on perdre à si beau jeu?</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_F_6" id="Footnote_F_6"></a><a href="#FNanchor_F_6"><span class="label">[F]</span></a> 1717.</p></div>
+
+<p>«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit
+en Sardaigne, je jugeai qu'elle en ferait la
+conquête: je le dis, et cela se trouva vrai. Enflé
+de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse
+iroit débarquer à Final pour faire la conquête
+du Milanès. Comme je trouvai de la
+résistance à faire recevoir cette idée, je voulus
+la soutenir glorieusement: je pariai cinquante
+pistoles, et je les perdis encore; car ce diable
+d'Alberoni, malgré la foi des traités, envoya sa
+flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux
+grands politiques, le duc de Savoie et moi.</p>
+
+<p>«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que
+j'ai résolu de prédire toujours et de ne parier
+jamais. Autrefois nous ne connoissions point aux
+Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte
+de L. ne les souffrait guère; mais, depuis
+qu'une troupe de petits-maîtres s'est mêlée
+parmi nous, nous ne savons plus où nous en
+sommes. A peine ouvrons-nous la bouche pour
+dire une nouvelle, qu'un de ces jeunes gens
+propose de parier contre.</p>
+
+<p>«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit,
+et accommodois mes lunettes sur mon nez,
+un de ces fanfarons, saisissant justement l'intervalle
+du premier mot au second, me dit: Je
+parie cent pistoles que non. Je fis semblant de
+n'avoir pas fait d'attention à cette extravagance;
+et, reprenant la parole d'une voix plus forte,
+je dis: M. le maréchal de *** ayant appris...
+Cela est faux, me dit-il, vous avez toujours des
+nouvelles extravagantes; il n'y a pas le sens
+commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de
+me faire le plaisir de me prêter trente pistoles;
+car je vous avoue que ces paris m'ont fort dérangé.
+Je vous envoie la copie de deux lettres
+que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.»</p>
+
+
+<h4>LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.</h4>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais
+eu: c'est moi qui obligeai un de mes amis d'exécuter
+le projet que j'avois formé d'un livre pour
+démontrer que Louis le Grand étoit le plus
+grand de tous les princes qui ont mérité le
+nom de Grand. Je travaille depuis longtemps à
+un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur
+à notre nation, si Votre Grandeur veut
+m'accorder un privilége: mon dessein est de
+prouver que, depuis le commencement de la
+monarchie, les François n'ont jamais été battus,
+et que ce que les historiens ont dit jusqu'ici
+de nos désavantages sont de véritables
+impostures. Je suis obligé de les redresser en
+bien des occasions; et j'ose me flatter que je
+brille surtout dans la critique. Je suis, monseigneur,
+etc.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Depuis la perte que nous avons faite de M. le
+comte de L., nous vous supplions d'avoir la
+bonté de nous permettre d'élire un président.
+Le désordre se met dans nos conférences, et
+les affaires d'État n'y sont pas traitées avec la
+même discussion que par le passé; nos jeunes
+gens vivent absolument sans égard pour les anciens,
+et entre eux sans discipline: c'est le véritable
+conseil de Roboam, où les jeunes imposent
+aux vieillards. Nous avons beau leur
+représenter que nous étions paisibles possesseurs
+des Tuileries vingt ans avant qu'ils fussent
+au monde; je crois qu'ils nous en chasseront à
+la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où
+nous avons tant de fois évoqué les ombres de
+nos héros françois, il faudra que nous allions
+tenir nos conférences au Jardin du Roi ou
+dans quelque lieu plus écarté. Je suis...»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXI" id="LETTRE_CXXXI"></a>LETTRE CXXXI.</h2>
+
+<h3>RHÉDI A RICA.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité
+en arrivant en Europe, c'est l'histoire
+et l'origine des républiques. Tu sais que la
+plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée
+de cette sorte de gouvernement, et que l'imagination
+ne les a pas servis jusqu'à leur faire comprendre
+qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre
+que le despotique.</p>
+
+<p>Les premiers gouvernements du monde furent
+monarchiques: ce ne fut que par hasard et par
+la succession des siècles que les républiques se
+formèrent.</p>
+
+<p>La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de
+nouveaux habitants vinrent la peupler: elle tira
+presque toutes ses colonies d'Égypte et des contrées
+de l'Asie les plus voisines; et, comme ces
+pays étoient gouvernés par des rois, les peuples
+qui en sortirent furent gouvernés de même. Mais
+la tyrannie de ces princes devenant trop pesante,
+on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes
+s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir
+la Grèce, seule polie au milieu des barbares.</p>
+
+<p>L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva
+longtemps la Grèce dans l'indépendance, et
+étendit au loin le gouvernement républicain. Les
+villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie
+mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi
+libres qu'elles, qui leur servirent de remparts contre
+les entreprises des rois de Perse. Ce n'est pas
+tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne,
+et peut-être les Gaules. On sait que cette grande
+Hespérie, si fameuse chez les anciens, étoit au
+commencement la Grèce, que ses voisins regardoient
+comme un séjour de félicité: les Grecs
+qui ne trouvoient point chez eux ce pays heureux,
+l'allèrent chercher en Italie; ceux de l'Italie,
+en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique
+ou le Portugal: de manière que toutes ces régions
+portèrent ce nom chez les anciens. Ces
+colonies grecques apportèrent avec elles un esprit
+de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux
+pays. Ainsi, on ne voit guère, dans ces temps reculés,
+de monarchies dans l'Italie, l'Espagne, les
+Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord
+et d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si
+l'on trouve des vestiges de quelque royauté parmi
+eux, c'est qu'on a pris pour des rois les chefs des
+armées ou des républiques.</p>
+
+<p>Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie
+et l'Afrique, elles ont toujours été accablées sous
+le despotisme, si vous en exceptez quelques villes
+de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la
+république de Carthage en Afrique.</p>
+
+<p>Le monde fut partagé entre deux puissantes
+républiques: celle de Rome et celle de Carthage.
+Il n'y a rien de si connu que les commencements
+de la république romaine, et rien qui le soit si
+peu que l'origine de celle de Carthage. On ignore
+absolument la suite des princes africains depuis
+Didon, et comment ils perdirent leurs puissance.
+C'eût été un grand bonheur pour le monde que
+l'agrandissement prodigieux de la république romaine,
+s'il n'y avoit pas eu cette différence injuste
+entre les citoyens romains et les peuples vaincus;
+si l'on avoit donné au gouverneur des provinces
+une autorité moins grande; si les lois si saintes
+pour empêcher leur tyrannie avoient été observées,
+et s'ils ne s'étoient pas servis, pour les faire
+taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit
+amassés.</p>
+
+<p>Il semble que la liberté soit faite pour le génie
+des peuples d'Europe, et la servitude pour celui
+des peuples d'Asie. C'est en vain que les Romains
+offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor:
+cette nation lâche le refusa, et elle courut à la
+servitude avec le même empressement que les
+autres peuples couroient à la liberté.</p>
+
+<p>César opprima la république romaine, et la soumit
+à un pouvoir arbitraire.</p>
+
+<p>L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement
+militaire et violent, et la douceur romaine
+fut changée en une cruelle oppression.</p>
+
+<p>Cependant une infinité de nations inconnues
+sortirent du Nord, se répandirent comme des
+torrents dans les provinces romaines; et, trouvant
+autant de facilité à faire des conquêtes qu'à
+exercer leurs pirateries, les démembrèrent et en
+firent des royaumes. Ces peuples étoient libres et
+ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois, qu'ils
+n'étoient proprement que des chefs ou des généraux.
+Ainsi ces royaumes, quoique fondés par la
+force, ne sentirent point le joug du vainqueur.
+Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et
+les Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté
+d'un seul, ils ne songèrent qu'à lui donner de
+nouveaux sujets, et à établir par les armes son
+autorité violente: mais les peuples du Nord, libres
+dans leur pays, s'emparant des provinces
+romaines, ne donnèrent point à leurs chefs une
+grande autorité. Quelques-uns même de ces peuples,
+comme les Vandales en Afrique, les Goths
+en Espagne, déposoient leurs rois dès qu'ils n'en
+étoient pas satisfaits; et, chez les autres, l'autorité
+du prince étoit bornée de mille manières différentes:
+un grand nombre de seigneurs la partageoient
+avec lui; les guerres n'étoient entreprises
+que de leur consentement; les dépouilles étoient
+partagées entre le chef et les soldats; aucun impôt
+en faveur du prince; les lois étoient faites dans
+les assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental
+de tous ces États, qui se formèrent des
+débris de l'empire romain.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXII" id="LETTRE_CXXXII"></a>LETTRE CXXXII.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé;
+j'y remarquai un gentilhomme assez bien mis
+qui se faisoit écouter: il parloit du plaisir qu'il y
+avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation
+d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il,
+quinze mille livres de rente en fonds de terre, et
+je me croirois plus heureux si j'avois le quart de
+ce bien-là en argent et en effets portables partout.
+J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de
+frais de justice, je ne fais que les rendre plus insolvables:
+je n'ai jamais pu voir cent pistoles à la
+fois. Si je devois dix mille francs, on me feroit
+saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital.</p>
+
+<p>Je sortis sans avoir fait grande attention à tout
+ce discours; mais, me trouvant hier dans ce quartier,
+j'entrai dans la même maison, et j'y vis un
+homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au
+milieu de cinq ou six discoureurs, paroissoit
+morne et pensif, jusques à ce que, prenant brusquement
+la parole: Oui, messieurs, dit-il en
+haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de
+quoi vivre; car j'ai actuellement chez moi deux
+cent mille livres en billets de banque, et cent
+mille écus d'argent: je me trouve dans une situation
+affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à
+l'hôpital: au moins si j'avois seulement une petite
+terre où je pusse me retirer, je serois sûr d'avoir
+de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce
+chapeau en fonds de terre.</p>
+
+<p>Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et
+je vis un autre homme qui faisoit des grimaces
+de possédé. A qui se fier désormais? s'écrioit-il. Il
+y a un traître que je croyois si fort de mes amis
+que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a
+rendu! quelle perfidie horrible! Il a beau faire;
+dans mon esprit il sera toujours déshonoré.</p>
+
+<p>Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu,
+qui, élevant les yeux au ciel, disoit: Dieu bénisse
+les projets de nos ministres! puissé-je voir les actions
+à deux mille, et tous les laquais de Paris
+plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité
+de demander son nom. C'est un homme extrêmement
+pauvre, me dit-on; aussi a-t-il un pauvre
+métier: il est généalogiste, et il espère que son
+art rendra, si les fortunes continuent; et que tous
+ces nouveaux riches auront besoin de lui pour réformer
+leur nom, décrasser leurs ancêtres, et orner
+leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire
+autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille
+de joie de voir multiplier ses pratiques.</p>
+
+<p>Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que
+je reconnus pour nouvelliste avant qu'il se fût
+assis; il n'étoit pas du nombre de ceux qui ont
+une assurance victorieuse contre tous les revers,
+et présagent toujours les victoires et les trophées:
+c'étoit au contraire un de ces trembleurs qui
+n'ont que des nouvelles tristes. Les affaires vont
+bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons
+point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre
+que le prince Pio, qui en a un gros corps, ne
+fasse contribuer tout le Languedoc. Il y avoit vis-à-vis
+de moi un philosophe assez mal en ordre
+qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les
+épaules à mesure que l'autre haussoit la voix; je
+m'approchai de lui, et il me dit à l'oreille: Vous
+voyez que ce fat nous entretient, il y a une heure,
+de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus
+hier au soir une tache dans le soleil, qui, si
+elle augmentoit, pourroit faire tomber toute la
+nature en engourdissement; et je n'ai pas dit un
+seul mot.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXIII" id="LETTRE_CXXXIII"></a>LETTRE CXXXIII.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque
+dans un couvent de dervis, qui en sont comme
+les dépositaires, mais qui sont obligés d'y laisser
+entrer tout le monde à certaines heures.</p>
+
+<p>En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit
+au milieu d'un nombre innombrable de
+volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et le priai
+de me dire quels étoient quelques-uns de ces
+livres que je voyois mieux reliés que les autres.
+Monsieur, me dit-il, j'habite ici une terre étrangère:
+je n'y connois personne: bien des gens me
+font de pareilles questions; mais vous voyez bien
+que je n'irai pas lire tous ces livres pour les satisfaire;
+mais j'ai mon bibliothécaire qui vous donnera
+satisfaction, car il s'occupe nuit et jour à déchiffrer
+tout ce que vous voyez là; c'est un homme
+qui n'est bon à rien, et qui nous est très à charge,
+parce qu'il ne travaille point pour le couvent.
+Mais j'entends l'heure du réfectoire qui sonne.
+Ceux qui comme moi sont à la tête d'une communauté
+doivent être les premiers à tous les exercices.
+En disant cela, le moine me poussa dehors,
+ferma la porte, et, comme s'il eût volé, disparut à
+mes yeux.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXIV" id="LETTRE_CXXXIV"></a>LETTRE CXXXIV.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Je retournai le lendemain à cette bibliothèque,
+où je trouvai tout un autre homme que celui
+que j'avois vu la première fois: son air étoit simple,
+sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable.
+Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité,
+il se mit en devoir de la satisfaire, et même
+en qualité d'étranger, de m'instruire.</p>
+
+<p>Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes
+qui tiennent tout ce côté de bibliothèque?
+Ce sont, me dit-il, les interprètes de l'Écriture. Il
+y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut
+que l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien
+claire à présent; reste-t-il encore quelques doutes?
+peut-il y avoir des points contestés? S'il y en a,
+bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y en a
+presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et
+qu'ont donc fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me
+repartit-il, n'ont point cherché dans l'Écriture ce
+qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient eux-mêmes;
+ils ne l'ont point regardée comme un livre où
+étoient contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir,
+mais comme un ouvrage qui pourroit donner
+de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour
+cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont
+donné la torture à tous les passages. C'est un pays
+où les hommes de toutes les sectes font des descentes,
+et vont comme au pillage; c'est un champ
+de bataille où les nations ennemies qui se rencontrent
+livrent bien des combats, où l'on s'attaque,
+où l'on s'escarmouche de bien des manières.</p>
+
+<p>Tout près de là vous voyez les livres ascétiques
+ou de dévotion; ensuite les livres de morale, bien
+plus utiles; ceux de théologie, doublement inintelligibles,
+et par la matière qui y est traitée, et
+par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques,
+c'est-à-dire des dévots qui ont le c&oelig;ur tendre.
+Ah! mon père, lui dis-je, un moment; n'allez
+pas si vite; parlez-moi de ces mystiques.
+Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un c&oelig;ur
+disposé à la tendresse, et lui fait envoyer des esprits
+au cerveau qui l'échauffent de même, d'où
+naissent les extases et les ravissements. Cet état
+est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne,
+ou plutôt dégénère en quiétisme: vous
+savez qu'un quiétiste n'est autre chose qu'un
+homme fou, dévot et libertin.</p>
+
+<p>Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets
+de la nuit; qui forment dans leur imagination
+tous les monstres que le démon d'amour peut
+produire, les rassemblent, les comparent, et en
+font l'objet éternel de leurs pensées: heureux si
+leur c&oelig;ur ne se met pas de la partie, et ne devient
+pas lui-même complice de tant d'égarements
+si naïvement décrits et si nuement peints!</p>
+
+<p>Vous voyez, monsieur, que je pense librement,
+et que je vous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement
+naïf, et plus encore avec vous, qui
+êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et
+les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne
+vous parlerois de tout ceci qu'avec admiration; je
+vous dirois sans cesse: Cela est divin, cela est
+respectable; il y a du merveilleux. Et il en arriveroit
+de deux choses l'une, ou que je vous tromperois,
+ou que je me déshonorerois dans votre
+esprit.</p>
+
+<p>Nous en restâmes là; une affaire qui survint au
+dervis rompit notre conversation jusqu'au lendemain.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXV" id="LETTRE_CXXXV"></a>LETTRE CXXXV.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Je revins à l'heure marquée, et mon homme me
+mena précisément dans l'endroit où nous nous
+étions quittés. Voici, me dit-il, les grammairiens,
+les glossateurs, et les commentateurs. Mon père,
+lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se
+dispenser d'avoir du bon sens? Oui, dit-il, ils le
+peuvent; et même il n'y paroît pas, leurs ouvrages
+n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode
+pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois
+bien des philosophes qui feroient bien de
+s'appliquer à ces sortes de sciences-là.</p>
+
+<p>Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent
+de persuader indépendamment des raisons;
+et les géomètres, qui obligent un homme malgré
+lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.</p>
+
+<p>Voici les livres de métaphysique, qui traitent
+de si grands intérêts, et dans lesquels l'infini se
+rencontre partout; les livres de physique, qui ne
+trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie
+du vaste univers que dans la machine la plus
+simple de nos artisans; les livres de médecine,
+ces monuments de la fragilité de la nature et de
+la puissance de l'art; qui font trembler quand ils
+traitent des maladies même les plus légères, tant
+ils nous rendent la mort présente; mais qui nous
+mettent dans une sécurité entière quand ils parlent
+de la vertu des remèdes, comme si nous
+étions devenus immortels.</p>
+
+<p>Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui
+contiennent bien moins la description des parties
+du corps humain que les noms barbares qu'on
+leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade
+de son mal, ni le médecin de son ignorance.</p>
+
+<p>Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et
+tantôt les petites-maisons, comme des demeures
+qui lui sont également propres.</p>
+
+<p>Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance
+occulte: tels sont ceux qui contiennent
+quelque espèce de diablerie; exécrables selon la
+plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont
+encore les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous,
+mon père? Les livres d'astrologie judiciaire,
+repartis-je avec feu! Et ce sont ceux dont nous
+faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes
+les actions de notre vie, et nous déterminent dans
+toutes nos entreprises; les astrologues sont proprement
+nos directeurs; ils font plus, ils entrent
+dans le gouvernement de l'État. Si cela est, me
+dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que
+celui de la raison: voilà ce qui s'appelle le plus
+étrange de tous les empires; je plains bien une
+famille, et encore plus une nation, qui se laisse
+si fort dominer par les planètes. Nous nous
+servons, lui repartis-je, de l'astrologie, comme
+vous vous servez de l'algèbre. Chaque nation a sa
+science, selon laquelle elle règle sa politique:
+tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait
+tant de sottises en notre Perse qu'un seul de vos
+algébristes en a fait ici. Croyez-vous que le concours
+fortuit des astres ne soit pas une règle
+aussi sûre que les beaux raisonnements de votre
+faiseur de système? Si l'on comptoit les voix là-dessus
+en France et en Perse, ce seroit un beau
+sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez
+les mathématiciens bien humiliés: quel accablant
+corollaire en pourroit-on tirer contre eux!</p>
+
+<p>Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous
+quitter.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXVI" id="LETTRE_CXXXVI"></a>LETTRE CXXXVI.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Dans l'entrevue suivante, mon savant me
+mena dans un cabinet particulier. Voici les
+livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez
+premièrement les historiens de l'Église et des
+papes; livres que je lis pour m'édifier, et qui
+font souvent en moi un effet tout contraire.</p>
+
+<p>Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence
+du formidable empire romain, qui s'étoit
+formé du débris de tant de monarchies, et sur
+la chute duquel il s'en forma tant de nouvelles.
+Un nombre infini de peuples barbares, aussi inconnus
+que les pays qu'ils habitoient, parurent
+tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent,
+et fondèrent tous les royaumes que vous
+voyez à présent en Europe. Ces peuples n'étoient
+point proprement barbares, puisqu'ils étoient
+libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis
+pour la plupart à une puissance absolue, ils
+ont perdu cette douce liberté si conforme à la
+raison, à l'humanité, et à la nature.</p>
+
+<p>Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne,
+laquelle n'est qu'une ombre du premier empire,
+mais qui est, je crois, la seule puissance qui soit
+sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la
+seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de
+ses pertes; et qui, lente à profiter des succès, devient
+indomptable par ses défaites.</p>
+
+<p>Voici les historiens de France, où l'on voit
+d'abord la puissance des rois se former, mourir
+deux fois, renaître de même, languir ensuite
+pendant plusieurs siècles; mais, prenant
+insensiblement des forces, accrue de toutes parts,
+monter à son dernier période: semblable à ces
+fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux,
+ou se cachent sous terre; puis reparoissant de
+nouveau, grossis par les rivières qui s'y jettent,
+entraînent avec rapidité tout ce qui s'oppose à
+leur passage.</p>
+
+<p>Là, vous voyez la nation espagnole sortir de
+quelques montagnes: les princes mahométans
+subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient rapidement
+conquis; tant de royaumes réunis
+dans une vaste monarchie, qui devint presque la
+seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa fausse opulence,
+elle perdit sa force et sa réputation même,
+et ne conserva que l'orgueil de sa première puissance.</p>
+
+<p>Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on
+voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde
+et de la sédition; le prince toujours chancelant
+sur un trône inébranlable; une nation
+impatiente, sage dans sa fureur même; et qui,
+maîtresse de la mer (chose inouïe jusqu'alors),
+mêle le commerce avec l'empire.</p>
+
+<p>Tout près de là sont les historiens de cette autre
+reine de la mer, la république de Hollande,
+si respectée en Europe, et si formidable en Asie,
+où ses négociants voient tant de rois prosternés
+devant eux.</p>
+
+<p>Les historiens d'Italie vous représentent une
+nation autrefois maîtresse du monde, aujourd'hui
+esclave de toutes les autres; ses princes divisés
+et foibles, et sans autre attribut de souveraineté
+qu'une vaine politique.</p>
+
+<p>Voilà les historiens des républiques: de la
+Suisse, qui est l'image de sa liberté; de Venise,
+qui n'a de ressources qu'en son économie; et de
+Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.</p>
+
+<p>Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne,
+qui use si mal de sa liberté et du droit qu'elle
+a d'élire ses rois, qu'il semble qu'elle veuille consoler
+par là les peuples ses voisins, qui ont perdu
+l'un et l'autre.</p>
+
+<p>Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXVII" id="LETTRE_CXXXVII"></a>LETTRE CXXXVII.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet.
+Ce sont ici les poëtes, me dit-il; c'est-à-dire
+ces auteurs dont le métier est de mettre des
+entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous
+les agréments comme on ensevelissoit autrefois
+les femmes sous leurs parures et leurs ornements.
+Vous les connoissez; ils ne sont pas rares chez
+les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble
+échauffer les imaginations mêmes.</p>
+
+<p>Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que
+les poëmes épiques? En vérité, me dit-il, je n'en
+sais rien; les connoisseurs disent qu'on n'en a
+jamais fait que deux, et que les autres qu'on
+donne sous ce nom ne le sont point: c'est aussi
+ce que je ne sais pas. Ils disent de plus qu'il est
+impossible d'en faire de nouveaux; et cela est
+encore plus surprenant.</p>
+
+<p>Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi,
+sont les poëtes par excellence, et les maîtres des
+passions. Il y en a de deux sortes: les comiques,
+qui nous remuent si doucement; et les tragiques,
+qui nous troublent et nous agitent avec tant de
+violence.</p>
+
+<p>Voici les lyriques, que je méprise autant que
+je fais cas des autres, et qui font de leur art une
+harmonieuse extravagance.</p>
+
+<p>On voit ensuite les auteurs des idylles et des
+églogues, qui plaisent même aux gens de cour,
+par l'idée qu'ils leur donnent d'une certaine tranquillité
+qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent
+dans la condition des bergers.</p>
+
+<p>De tous les auteurs que nous avons vus, voici
+les plus dangereux: ce sont ceux qui aiguisent
+les épigrammes, qui sont de petites flèches déliées
+qui font une plaie profonde et inaccessible aux
+remèdes.</p>
+
+<p>Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces
+de poëtes, et qui outrent également le langage
+de l'esprit et celui du c&oelig;ur; qui passent leur vie
+à chercher la nature, et la manquent toujours;
+et qui font des héros, qui y sont aussi étrangers
+que les dragons ailés et les hippocentaures.</p>
+
+<p>J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans:
+et, si vous voyiez les nôtres, vous en seriez encore
+plus choqué. Il sont aussi peu naturels, et d'ailleurs
+extrêmement gênés par nos m&oelig;urs: il faut
+dix années de passion avant qu'un amant ait pu
+voir seulement le visage de sa maîtresse. Cependant
+les auteurs sont forcés de faire passer les
+lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il
+est impossible que les incidents soient variés: on
+a recours à un artifice pire que le mal même
+qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. Je suis
+sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne
+fasse sortir une armée de dessous terre;
+qu'un héros lui seul en détruise une de cent
+mille hommes. Cependant voilà nos romans:
+ces aventures froides et souvent répétées nous
+font languir, et ces prodiges extravagants nous
+révoltent.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXVIII" id="LETTRE_CXXXVIII"></a>LETTRE CXXXVIII.</h2>
+
+<h3>RICA A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Les ministres se succèdent et se détruisent ici
+comme les saisons: depuis trois ans j'ai vu
+changer quatre fois de système sur les finances.
+On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les
+subsides de la même manière que les fondateurs
+de ces monarchies les levoient: il s'en faut bien
+qu'il en soit ici de même. Il est vrai que nous
+n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux:
+nous croyons qu'il n'y a pas plus de
+différence entre l'administration des revenus du
+prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a
+entre compter cent mille tomans ou en compter
+cent. Mais il y a ici bien plus de finesse et de
+mystère. Il faut que de grands génies travaillent
+nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec
+douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les
+avis d'une infinité de gens qui travaillent pour
+eux sans en être priés; qu'ils se retirent et vivent
+dans le fond d'un cabinet impénétrable aux
+grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours
+la tête remplie de secrets importants, de desseins
+miraculeux, de systèmes nouveaux; et qu'absorbés
+dans les méditations, ils soient privés non-seulement
+de l'usage de la parole, mais même quelquefois
+de la politesse.</p>
+
+<p>Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa
+à établir une nouvelle administration. On sentoit
+qu'on étoit mal, mais ne savoit comment faire
+pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité
+sans bornes des ministres précédents: on la voulut
+partager. On créa pour cet effet six ou sept conseils;
+et ce ministère est peut-être celui de tous qui
+a gouverné la France avec plus de sens: la durée
+en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il
+produisit.</p>
+
+<p>La France, à la mort du feu roi, étoit un corps
+accablé de mille maux: N*** prit le fer à la main,
+retrancha les chairs inutiles, et appliqua quelques
+remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice
+intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a
+entrepris cette cure. Après bien des remèdes violents,
+il a cru lui avoir rendu son embonpoint; et
+il l'a seulement rendue bouffie.</p>
+
+<p>Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont
+à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avoient
+pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces
+deux extrémités ne se sont touchées de si près.
+L'étranger a tourné l'État comme un fripier
+tourne un habit: il fait paroître dessus ce qui
+étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le met à
+l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables
+même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas
+plus rapidement les hommes du néant. Que de
+valets servis par leurs camarades, et peut-être demain
+par leurs maîtres!</p>
+
+<p>Tout ceci produit souvent des choses bizarres.
+Les laquais qui avoient fait fortune sous le règne
+passé vantent aujourd'hui leur naissance: ils rendent
+à ceux qui viennent de quitter leur livrée
+dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit
+pour eux il y a six mois; ils crient de toute leur
+force: La noblesse est ruinée, quel désordre
+dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On
+ne voit que des inconnus faire fortune! Je te
+promets que ceux-ci prendront bien leur revanche
+sur ceux qui viendront après eux; et que,
+dans trente ans, ces gens de qualité feront bien
+du bruit.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilcadé, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXIX" id="LETTRE_CXXXIX"></a>LETTRE CXXXIX.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Voici un grand exemple de la tendresse conjugale,
+non-seulement dans une femme, mais
+dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute
+force associer le prince son époux à la couronne,
+pour aplanir toutes les difficultés, a envoyé aux
+états une déclaration par laquelle elle se désiste
+de la régence, en cas qu'il soit élu.</p>
+
+<p>Il y a soixante et quelques années qu'une autre
+reine, nommée Christine, abdiqua la couronne
+pour se donner tout entière à la philosophie. Je
+ne sais lequel de ces deux exemples nous devons
+admirer davantage.</p>
+
+<p>Quoique j'approuve assez que chacun se tienne
+ferme dans le poste où la nature l'a mis; et que je
+ne puisse louer la foiblesse de ceux qui, se trouvant
+au-dessous de leur état, le quittent comme
+par une espèce de désertion; je suis cependant
+frappé de la grandeur d'âme de ces deux princesses,
+et de voir l'esprit de l'une et le c&oelig;ur de l'autre
+supérieurs à leur fortune. Christine a songé à
+connoître dans le temps que les autres ne songent
+qu'à jouir; et l'autre ne veut jouir que pour
+mettre tout son bonheur entre les mains de son
+auguste époux.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXL" id="LETTRE_CXL"></a>LETTRE CXL.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Le parlement de Paris vient d'être relégué dans
+une petite ville qu'on appelle Pontoise. Le
+conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une
+déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée
+d'une manière qui déshonore le conseil.</p>
+
+<p>On menace d'un pareil traitement quelques parlements
+du royaume.</p>
+
+<p>Ces compagnies sont toujours odieuses: elles
+n'approchent des rois que pour leur dire de tristes
+vérités; et pendant qu'une foule de courtisans leur
+représentent sans cesse un peuple heureux sous
+leur gouvernement, elles viennent démentir la
+flatterie, et apporter au pied du trône les gémissements
+et les larmes dont elles sont dépositaires.</p>
+
+<p>C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que
+celui de la vérité, lorsqu'il faut la porter jusqu'aux
+princes: ils doivent bien penser que ceux qui le
+font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient
+jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes
+pour ceux qui les font, s'ils n'y étoient
+forcés par leur devoir, leur respect, et même leur
+amour.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLI" id="LETTRE_CXLI"></a>LETTRE CXLI.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les
+jours couleront agréablement avec toi!</p>
+
+<p>Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame
+de la cour, qui avoit quelque envie de voir ma
+figure étrangère. Je la trouvai belle, digne des regards
+de notre monarque, et d'un rang auguste
+dans le lieu sacré où son c&oelig;ur repose.</p>
+
+<p>Elle me fit mille questions sur les m&oelig;urs des
+Persans, et sur la manière de vivre des Persanes:
+il me parut que la vie du sérail n'étoit pas de son
+goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir
+un homme partagé entre dix ou douze femmes.
+Elle ne put voir sans envie le bonheur de l'un, et
+sans pitié la condition des autres. Comme elle
+aime la lecture, surtout celle des poëtes et des
+romans, elle souhaita que je lui parlasse des nôtres:
+ce que je lui en dis redoubla sa curiosité; elle me
+pria de lui faire traduire un fragment de quelques-uns
+de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je
+lui envoyai, quelques jours après, un conte persan:
+peut-être seras-tu, bien aise de le voir travesti.</p>
+
+<hr style="width: 45%;" />
+
+<p>Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse
+une femme nommée Zuléma: elle savoit par c&oelig;ur
+tout le saint Alcoran; il n'y avoit point de dervis
+qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints
+prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit
+de si mystérieux qu'elle n'en comprît tous les
+sens; et elle joignoit à tant de connoissances un
+certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à
+peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui
+elle parloit, ou les instruire.</p>
+
+<p>Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans
+une des salles du sérail, une d'elles lui demanda
+ce qu'elle pensoit de l'autre vie, et si elle ajoutoit
+foi à cette ancienne tradition de nos docteurs, que
+le paradis n'est fait que pour les hommes.</p>
+
+<p>C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y
+a rien que l'on n'ait fait pour dégrader notre sexe.
+Il y a même une nation répandue par toute la
+Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient,
+par l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons
+point d'âme.</p>
+
+<p>Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine
+que l'orgueil des hommes, qui veulent porter leur
+supériorité au delà même de leur vie; et ne pensent
+pas que, dans le grand jour, toutes les créatures
+paroîtront devant Dieu comme le néant, sans
+qu'il y ait entre elles de prérogatives que celles
+que la vertu y aura mises.</p>
+
+<p>Dieu ne se bornera point dans ses récompenses:
+et comme les hommes qui auront bien vécu,
+et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur nous,
+seront dans un paradis plein de beautés célestes et
+ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit
+vues, il se donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience
+d'en jouir; aussi les femmes vertueuses
+iront dans un lieu de délices, où elles seront enivrées
+d'un torrent de voluptés, avec des hommes
+divins qui leur seront soumis: chacune d'elles
+aura un sérail, dans lequel ils seront enfermés; et
+des eunuques, encore plus fidèles que les nôtres,
+pour les garder.</p>
+
+<p>J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un
+homme, nommé Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable.
+Il avoit douze femmes extrêmement
+belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne
+se fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail;
+il les tenoit presque toujours sous la clef, enfermées
+dans leur chambre, sans qu'elles pussent
+se voir ni se parler; car il étoit même jaloux d'une
+amitié innocente: toutes ses actions prenoient la
+teinture de sa brutalité naturelle; jamais une
+douce parole ne sortit de sa bouche; et jamais il
+ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque
+chose à la rigueur de leur esclavage.</p>
+
+<p>Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans
+une salle de son sérail, une d'entre elles, plus
+hardie que les autres, lui reprocha son mauvais
+naturel. Quand on cherche si fort les moyens de
+se faire craindre, lui dit-elle, on trouve toujours
+auparavant ceux de se faire haïr. Nous sommes
+si malheureuses, que nous ne pouvons nous empêcher
+de désirer un changement: d'autres, à ma
+place, souhaiteroient votre mort; je ne souhaite
+que la mienne: et, ne pouvant espérer d'être
+séparée de vous que par là, il me sera encore
+bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit
+dû le toucher, le fit entrer dans une furieuse
+colère; il tira son poignard, et le lui plongea
+dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une
+voix mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous
+serez vengées. A ces mots, elle quitta cette vie
+infortunée, pour aller dans le séjour des délices,
+où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un
+bonheur qui se renouvelle toujours.</p>
+
+<p>D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure
+étoit relevée par les peintures des fleurs les
+plus vives: un ruisseau, dont les eaux étoient plus
+pures que le cristal, y faisoit un nombre infini de
+détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants,
+dont le silence n'étoit interrompu que par
+le doux chant des oiseaux; de magnifiques jardins
+se présentèrent ensuite; la nature les avoit ornés
+avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle
+trouva enfin un palais superbe préparé pour elle,
+et rempli d'hommes célestes destinés à ses plaisirs.</p>
+
+<p>Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour
+la déshabiller; d'autres la mirent dans le bain, et
+la parfumèrent des plus délicieuses essences; on
+lui donna ensuite des habits infiniment plus riches
+que les siens; après quoi on la mena dans une
+grande salle, où elle trouva un feu fait avec des
+bois odoriférants, et une table couverte des mets
+les plus exquis. Tout sembloit concourir au ravissement
+de ses sens: elle entendoit d'un côté une
+musique d'autant plus divine qu'elle étoit plus
+tendre; de l'autre, elle ne voyoit que des danses
+de ces hommes divins, uniquement occupés à lui
+plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient
+servir qu'à la conduire insensiblement à des plaisirs
+plus grands. On la mena dans sa chambre;
+et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la
+porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une
+beauté charmante la reçurent dans leurs bras.
+C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et que ses
+ravissements passèrent même ses désirs. Je suis
+toute hors de moi, leur disoit-elle; je croirois
+mourir, si je n'étois sûre de mon immortalité.
+C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la
+violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le
+calme à mes sens; je commence à respirer et à revenir
+à moi-même. D'où vient que l'on a ôté les flambeaux?
+Que ne puis-je à présent considérer votre
+beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi
+voir? Vous me faites rentrer dans mes premiers
+transports. O dieux! que ces ténèbres sont
+aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle
+avec vous! je serai... Non, je vous demande
+grâce, car je vois bien que vous êtes gens à n'en
+demander jamais.</p>
+
+<p>Après plusieurs commandements réitérés, elle
+fut obéie: mais elle ne le fut que lorsqu'elle voulut
+l'être bien sérieusement. Elle se reposa languissamment,
+et s'endormit dans leurs bras. Deux
+moments de sommeil réparèrent sa lassitude: elle
+reçut deux baisers qui l'enflammèrent soudain, et
+lui firent ouvrir les yeux. Je suis inquiète, dit-elle;
+je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit
+un doute dans lequel elle ne vouloit pas rester
+longtemps: aussi eut-elle avec eux tous les éclaircissements
+qu'elle pouvoit désirer. Je suis désabusée,
+s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre
+de vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez
+mieux que tout ce que vous me pourriez dire:
+oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais tant
+aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux
+l'honneur de me persuader! Ah! si vous vous
+disputez, si vous joignez l'ambition au plaisir de
+ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux
+vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue;
+mais je vous vendrai bien cher la victoire.</p>
+
+<p>Tout ceci ne fut interrompu que par le jour.
+Ses fidèles et aimables domestiques entrèrent
+dans sa chambre, et firent lever ces deux jeunes
+hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les
+lieux où ils étoient gardés pour ses plaisirs. Elle
+se leva ensuite, et parut d'abord à cette cour idolâtre
+dans les charmes d'un déshabillé simple, et
+ensuite couverte des plus somptueux ornements.
+Cette nuit l'avoit embellie; elle avoit donné de la
+vie à son teint, et de l'expression à ses grâces. Ce
+ne fut pendant tout le jour que danses, que concerts,
+que festins, que jeux, que promenades; et
+l'on remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en
+temps, et voloit vers ses deux jeunes héros; après
+quelques précieux instants d'entrevue, elle revenoit
+vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours
+avec un visage plus serein. Enfin, sur le soir, on
+la perdit tout à fait: elle alla s'enfermer dans le
+sérail, où elle vouloit, disoit-elle, faire connoissance
+avec ces captifs immortels qui devoient à
+jamais vivre avec elle. Elle visita donc les appartements
+de ces lieux les plus reculés et les plus charmants
+où elle compta cinquante esclaves d'une
+beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de
+chambre en chambre, recevant partout des hommages
+toujours différents, et toujours les mêmes.</p>
+
+<p>Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa
+vie, tantôt dans des plaisirs éclatants, tantôt dans
+des plaisirs solitaires; admirée d'une troupe brillante,
+ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent
+elle quittoit un palais enchanté pour aller dans
+une grotte champêtre; les fleurs sembloient naître
+sous ses pas, et les jeux se présentoient en foule
+au-devant d'elle.</p>
+
+<p>Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans
+cette demeure heureuse, que, toujours hors d'elle-même,
+elle n'avoit pas fait une seule réflexion: elle
+avoit joui de son bonheur sans le connoître, et
+sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles,
+où l'âme se rend, pour ainsi dire, compte à elle-même,
+et s'écoute dans le silence des passions.</p>
+
+<p>Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils
+peuvent rarement jouir de cette liberté d'esprit:
+c'est pour cela qu'attachés invinciblement aux objets
+présents, ils perdent entièrement la mémoire
+des choses passées, et n'ont plus aucun souci de
+ce qu'ils ont connu ou aimé dans l'autre vie.</p>
+
+<p>Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe,
+avoit passé presque toute sa vie à méditer:
+elle avoit poussé ses réflexions beaucoup plus loin
+qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée à
+elle-même. La retraite austère que son mari lui
+avoit fait garder ne lui avoit laissé que cet avantage.
+C'est cette force d'esprit qui lui avoit fait
+mépriser la crainte dont ses compagnes étoient
+frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses
+peines et le commencement de sa félicité.</p>
+
+<p>Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs,
+et s'enferma seule dans un appartement de
+son palais. Elle se laissa aller à des réflexions bien
+douces sur sa condition passée, et sur sa félicité
+présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur
+le malheur de ses compagnes: on est sensible à
+des tourments que l'on a partagés. Anaïs ne se
+tint pas dans les simples bornes de la compassion:
+plus tendre envers ces infortunées, elle se sentit
+portée à les secourir.</p>
+
+<p>Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes
+qui étoient auprès d'elle de prendre la figure de
+son mari; d'aller dans son sérail de s'en rendre
+maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place
+jusqu'à ce qu'elle le rappelât.</p>
+
+<p>L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva
+à la porte du sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit
+pas. Il frappe, tout lui est ouvert; les eunuques
+tombent à ses pieds: il vole vers les appartements
+où les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il
+avoit, en passant, pris les clefs dans la poche de ce
+jaloux, à qui il s'étoit rendu invisible. Il entre, et
+les surprend d'abord par son air doux et affable;
+et, bientôt après, il les surprend davantage par ses
+empressements et par la rapidité de ses entreprises.
+Toutes eurent leur part de l'étonnement; et elles
+l'auroient pris pour un songe, s'il y eût eu moins
+de réalité.</p>
+
+<p>Pendant que ces nouvelles scènes se jouent
+dans le sérail, Ibrahim heurte, se nomme, tempête,
+et crie. Après avoir essuyé bien des difficultés,
+il entre, et jette les eunuques dans un désordre
+extrême. Il marche à grands pas; mais il
+recule en arrière, et tombe comme des nues,
+quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image,
+dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours;
+il veut que les eunuques lui aident à tuer
+cet imposteur; mais il n'est pas obéi. Il n'a plus
+qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter au
+jugement de ses femmes. Dans une heure le faux
+Ibrahim avoit séduit tous ses juges. Il est chassé
+et traîné indignement hors du sérail, et il auroit
+reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit ordonné
+qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel
+Ibrahim, resté maître du champ de bataille, se
+montra de plus en plus digne d'un tel choix, et
+se signala par des miracles jusqu'alors inconnus.
+Vous ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces
+femmes. Dites, dites plutôt que cet imposteur ne
+me ressemble pas, disoit le triomphant Ibrahim:
+comment faut-il faire pour être votre époux, si
+ce que je fais ne suffit pas?</p>
+
+<p>Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les
+femmes. Si vous n'êtes pas Ibrahim, il nous suffit
+que vous ayez si bien mérité de l'être: vous
+êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans
+le cours de dix années. Vous me promettez donc,
+reprit-il, que vous vous déclarerez en ma faveur
+contre cet imposteur? N'en doutez pas, dirent-elles
+d'une commune voix; nous vous jurons une
+fidélité éternelle: nous n'avons été que trop longtemps
+abusées: le traître ne soupçonnoit point
+notre vertu, il ne soupçonnoit que sa foiblesse;
+nous voyons bien que les hommes ne sont point
+faits comme lui; c'est à vous sans doute qu'ils
+ressemblent: si vous saviez combien vous nous
+le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de
+nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim:
+vous ne connoissez point encore tout le tort qu'il
+vous a fait. Nous jugeons de son injustice par la
+grandeur de votre vengeance, reprirent-elles.
+Oui, vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré
+l'expiation au crime: je suis bien aise que vous
+soyez contentes de ma manière de punir. Mais, dirent
+ces femmes, si cet imposteur revient, que
+ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous
+tromper, répondit-il: dans la place que j'occupe
+auprès de vous, on ne se soutient guère par la ruse;
+et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que vous n'entendrez
+plus parler de lui, pour lors je prendrai sur
+moi le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux;
+je saurai m'assurer de vous, sans vous gêner;
+j'ai assez bonne opinion de mon mérite pour croire
+que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas vertueuses
+avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette
+conversation dura longtemps entre lui et ces femmes,
+qui, plus frappées de la différence des deux
+Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient
+pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles.
+Enfin le mari désespéré revint encore les troubler;
+il trouva toute sa maison dans la joie, et les
+femmes plus incrédules que jamais. La place
+n'étoit pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux;
+et un instant après le faux Ibrahim le suivit,
+le prit, le transporta dans les airs, et le laissa
+à quatre cents lieues de là.</p>
+
+<p>O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent
+ces femmes dans l'absence de leur cher Ibrahim!
+Déjà leurs eunuques avoient repris leur sévérité naturelle;
+toute la maison étoit en larmes; elles s'imaginoient
+quelquefois que tout ce qu'il leur étoit,
+arrivé n'étoit qu'un songe; elles se regardoient
+toutes les unes les autres, et se rappeloient les
+moindres circonstances de ces étranges aventures.
+Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable;
+il leur parut que son voyage n'avoit pas été pénible.
+Le nouveau maître prit une conduite si
+opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les
+voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa
+maison accessible à tout le monde: il ne voulut
+pas même souffrir que ses femmes se voilassent.
+C'étoit une chose singulière de les voir dans les
+festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux.
+Ibrahim crut avec raison que les coutumes du
+pays n'étoient pas faites pour des citoyens comme
+lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense:
+il dissipa avec une immense profusion les biens
+du jaloux, qui, de retour trois ans après des pays
+lointains où il avoit été transporté, ne trouva
+plus que ses femmes et trente-six enfants.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLII" id="LETTRE_CXLII"></a>LETTRE CXLII.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Voici une lettre que je reçus hier d'un savant:
+elle te paroîtra singulière.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession
+d'un oncle très-riche, qui m'a laissé cinq ou six
+cent mille livres, et une maison superbement
+meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on
+en sait faire un bon usage. Je n'ai point
+d'ambition ni de goût pour les plaisirs: je suis
+presque toujours enfermé dans un cabinet, où
+je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu
+que l'on trouve un curieux amateur de la vénérable
+antiquité.</p>
+
+<p>«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois
+fort souhaité de le faire enterrer avec les
+cérémonies observées par les anciens Grecs et
+Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires,
+ni urnes, ni lampes antiques.</p>
+
+<p>«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces
+précieuses raretés. Il y a quelques jours que je
+vendis ma vaisselle d'argent pour acheter une
+lampe de terre qui avoit servi à un philosophe
+stoïcien. Je me suis défait de toutes les glaces
+dont mon oncle avoit couvert presque tous les
+murs de ses appartements, pour avoir un petit
+miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage
+de Virgile: je suis charmé d'y voir ma figure
+représentée, au lieu de celle du cygne de Mantoue.
+Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis
+d'or cinq ou six pièces de monnoie de cuivre
+qui avoit cours il y a deux mille ans. Je ne sache
+pas avoir à présent dans ma maison un seul
+meuble qui n'ait été fait avant la décadence de
+l'empire. J'ai un petit cabinet de manuscrits
+fort précieux et fort chers: quoique je me tue
+la vue à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en
+servir que des exemplaires imprimés, qui ne
+sont pas si corrects, et que tout le monde a
+entre les mains. Quoique je ne sorte presque jamais,
+je ne laisse pas d'avoir une passion démesurée
+de connoître tous les anciens chemins qui
+étoient du temps des Romains. Il y en a un qui
+est près de chez moi, qu'un proconsul des Gaules
+fit faire il y a environ douze cents ans:
+lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne
+manque jamais d'y passer, quoiqu'il soit très incommode,
+et qu'il m'allonge de plus d'une
+lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on
+y a mis des poteaux de bois de distance en distance,
+pour marquer l'éloignement des villes
+voisines; je suis désespéré de voir ces misérables
+indices, au lieu des colonnes milliaires qui
+y étoient autrefois: je ne doute pas que je ne
+les fasse rétablir par mes héritiers, et que je ne
+les engage à cette dépense par mon testament.
+Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit
+persan, vous me ferez plaisir de m'en accommoder:
+je vous le payerai tout ce que vous
+voudrez; et je vous donnerai par-dessus le
+marché quelques ouvrages de ma façon, par
+lesquels vous verrez que je ne suis point un
+membre inutile de la république des lettres.
+Vous y remarquerez entre autres une dissertation,
+où je prouve que la couronne dont on
+se servoit autrefois dans les triomphes étoit de
+chêne, et non pas de laurier: vous en admirerez
+une autre, où je prouve, par de doctes conjectures
+tirées des plus graves auteurs grecs,
+que Cambyses fut blessé à la jambe gauche, et
+non pas à la droite; une autre, où je prouve
+qu'un petit front étoit une beauté recherchée
+par les Romains. Je vous enverrai encore un
+volume in-quarto, en forme d'explication d'un
+vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile.
+Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques
+jours; et quant à présent, je me contente de
+vous envoyer ce fragment d'un ancien mythologiste
+grec, qui n'avoit point paru jusques
+ici, et que j'ai découvert dans la poussière
+d'une bibliothèque. Je vous quitte pour une
+affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit
+de restituer un beau passage de Pline le naturaliste,
+que les copistes du cinquième siècle
+ont étrangement défiguré. Je suis, etc.»</p>
+
+
+<h4>FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.</h4>
+
+
+<p>«Dans une île près des Orcades, il naquit un
+enfant qui avoit pour père Éole, dieu des
+vents, et pour mère une nymphe de Calédonie.
+On dit de lui qu'il apprit tout seul à compter
+avec ses doigts; et que, dès l'âge de quatre ans,
+il distinguoit si parfaitement les métaux, que
+sa mère ayant voulu lui donner une bague de
+laiton au lieu d'une d'or, il reconnut la tromperie,
+et la jeta par terre.</p>
+
+<p>«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le
+secret d'enfermer les vents dans une outre,
+qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs; mais
+comme la marchandise n'étoit pas fort prisée
+dans son pays, il le quitta, et se mit à courir le
+monde en compagnie de l'aveugle dieu du hasard.</p>
+
+<p>«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique
+l'or reluisoit de toutes parts: cela fit qu'il
+y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de
+Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu
+ayant quitté la terre, il s'avisa d'aller dans tous
+les carrefours, où il crioit sans cesse d'une voix
+rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être
+riches parce que vous avez de l'or et de l'argent;
+votre erreur me fait pitié: croyez-moi,
+quittez le pays des vils métaux; venez dans
+l'empire de l'imagination; et je vous promets
+des richesses qui vous étonneront vous-mêmes.
+Aussitôt il ouvrit une grande partie des outres
+qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise
+à qui en voulut.</p>
+
+<p>«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours,
+et il s'écria: Peuples de Bétique, voulez-vous
+être riches? Imaginez-vous que je le
+suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup
+aussi; mettez-vous tous les matins dans l'esprit
+que votre fortune a doublé pendant la nuit;
+levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers,
+allez les payer de ce que vous aurez imaginé;
+et dites-leur d'imaginer à leur tour.</p>
+
+<p>«Il reparut quelques jours après, et il parla
+ainsi: Peuples de Bétique, je vois bien que votre
+imagination n'est pas si vive que les premiers
+jours; laissez-vous conduire à la mienne;
+je mettrai tous les matins devant vos yeux un
+écriteau qui sera pour vous la source des richesses:
+vous n'y verrez que quatre paroles;
+mais elles seront bien significatives, car elles
+régleront la dot de vos femmes, la légitime de
+vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et
+quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui
+étoient le plus près de lui; quant à vous, mes
+chers enfants (je puis vous appeler de ce nom,
+car vous avez reçu de moi une seconde naissance),
+mon écriteau décidera de la magnificence
+de vos équipages, de la somptuosité de
+vos festins, du nombre et de la pension de vos
+maîtresses.</p>
+
+<p>«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour,
+tout essoufflé; et, transporté de colère, il
+s'écria: Peuples de Bétique, je vous avois conseillé
+d'imaginer, et je vois que vous ne le faites
+pas: eh bien! à présent je vous l'ordonne.
+Là-dessus, il les quitta brusquement; mais la
+réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends que
+quelques-uns de vous sont assez détestables
+pour conserver leur or et leur argent. Encore
+passe pour l'argent; mais pour de l'or.... pour
+de l'or... Ah! cela me met dans une indignation...
+Je jure par mes outres sacrées que, s'ils
+ne viennent me l'apporter, je les punirai sévèrement.
+Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif:
+Croyez-vous que ce soit pour garder ces
+misérables métaux que je vous les demande?
+Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque
+vous me les apportâtes il y a quelques jours, je
+vous en rendis sur-le-champ la moitié.</p>
+
+<p>«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le
+vit s'insinuer avec une voix douce et flatteuse:
+Peuples de Bétique, j'apprends que vous avez
+une partie de vos trésors dans les pays étrangers;
+je vous prie, faites-les-moi venir; vous me
+ferez plaisir, et je vous en aurai une reconnoissance
+éternelle.</p>
+
+<p>«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient
+pas grande envie de rire; ils ne purent pourtant
+s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en retourna
+bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda
+encore une petite prière: je sais que vous
+avez des pierres précieuses; au nom de Jupiter,
+défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit
+comme ces sortes de choses; défaites-vous-en,
+vous dis-je: si vous ne le pouvez pas par vous-mêmes,
+je vous donnerai des hommes d'affaires
+excellents. Que de richesses vont couler chez
+vous, si vous faites ce que je vous conseille!
+Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura de plus
+pur dans mes outres.</p>
+
+<p>«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant
+une voix plus assurée, il dit: Peuples de Bétique,
+j'ai comparé l'heureux état dans lequel
+vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque
+j'arrivai ici; je vous vois le plus riche peuple
+de la terre: mais, pour achever votre fortune,
+souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens.
+A ces mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut,
+et laissa ses auditeurs dans une consternation
+inexprimable; ce qui fit qu'il revint le
+lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier
+que mon discours vous déplut extrêmement.
+Eh bien! prenez que je ne vous aie rien dit. Il
+n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver
+au but que je me suis proposé. Assemblons
+nos richesses dans un même endroit;
+nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent
+pas un gros volume. Aussitôt il en disparut
+les trois quarts.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLIII" id="LETTRE_CXLIII"></a>LETTRE CXLIII.</h2>
+
+<h3>RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.</h3>
+
+<h3>A Livourne.</h3>
+
+
+<p>Tu me demandes ce que je pense de la vertu des
+amulettes, et de la puissance des talismans.
+Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif, et je
+suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes
+tous deux bien crédules.</p>
+
+<p>Je porte toujours sur moi plus de deux mille
+passages du saint Alcoran; j'attache à mes bras
+un petit paquet, où sont écrits les noms de plus
+de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de
+tous les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits
+de mes habits.</p>
+
+<p>Cependant je ne désapprouve point ceux qui
+rejettent cette vertu que l'on attribue à de certaines
+paroles: il nous est bien plus difficile de
+répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre
+à nos expériences.</p>
+
+<p>Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue
+habitude, pour me conformera une pratique universelle:
+je crois que, s'ils n'ont pas plus de vertu
+que les bagues et les autres ornements dont on
+se pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets
+toute ta confiance sur quelques lettres mystérieuses,
+et, sans cette sauvegarde, tu serois dans
+un effroi continuel.</p>
+
+<p>Les hommes sont bien malheureux! ils flottent
+sans cesse entre de fausses espérances et des
+craintes ridicules: et, au lieu de s'appuyer sur la
+raison, ils se font des monstres qui les intimident,
+ou des fantômes qui les séduisent.</p>
+
+<p>Quel effet veux-tu que produise l'arrangement
+de certaines lettres? Quel effet veux-tu que leur
+dérangement puisse troubler? quelle relation ont-elles
+avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec
+la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec
+ce que les médecins appellent l'humeur peccante
+et la cause morbifique des maladies, pour les
+guérir?</p>
+
+<p>Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux
+qui fatiguent leur raison pour lui faire rapporter
+de certains événements à des vertus occultes,
+n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher
+d'en voir la véritable cause.</p>
+
+<p>Tu me diras que de certains prestiges ont fait
+gagner une bataille: et moi je te dirai qu'il faut
+que tu t'aveugles, pour ne pas trouver dans la situation
+du terrain, dans le nombre ou dans le
+courage des soldats, dans l'expérience des capitaines,
+des causes suffisantes pour produire cet
+effet dont tu veux ignorer la cause.</p>
+
+<p>Je te passe pour un moment qu'il y ait des
+prestiges: passe-moi à mon tour, pour un moment,
+qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas
+impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche
+pas que deux armées ne puissent se battre:
+veux-tu que, dans ce cas-là, aucune des deux ne
+puisse remporter la victoire?</p>
+
+<p>Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à
+ce que quelque puissance invisible vienne le déterminer?
+que tous les coups seront perdus, toute la
+prudence vaine, et tout le courage inutile?</p>
+
+<p>Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue
+présente de mille manières, ne puisse pas
+produire dans les esprits ces terreurs paniques
+que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que,
+dans une armée de cent mille hommes, il ne
+puisse pas y avoir un seul homme timide? Crois-tu
+que le découragement de celui-ci ne puisse pas
+produire le découragement d'un autre? que le
+second, qui quitte un troisième, ne lui fasse pas
+bientôt abandonner un quatrième? Il n'en faut
+pas davantage pour que le désespoir de vaincre
+saisisse soudain toute une armée, et la saisisse
+d'autant plus facilement qu'elle se trouve plus
+nombreuse.</p>
+
+<p>Tout le monde sait, et tout le monde sent, que
+les hommes, comme toutes les créatures qui tendent
+à conserver leur être, aiment passionnément
+la vie; on sait cela en général: et on cherche
+pourquoi, dans une certaine occasion particulière,
+ils ont craint de la perdre?</p>
+
+<p>Quoique les livres sacrés de toutes les nations
+soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles,
+je n'imagine rien de si frivole, parce que,
+pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit
+par cent mille causes naturelles est surnaturel, il
+faut avoir auparavant examiné si aucune de ces
+causes n'a agi; ce qui est impossible.</p>
+
+<p>Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me
+semble que la matière ne mérite pas d'être si sérieusement
+traitée.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p><i>P. S.</i> Comme je finissois, j'ai entendu crier
+dans la rue une lettre d'un médecin de province
+à un médecin de Paris (car ici toutes les bagatelles
+s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai cru
+que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a
+du rapport à notre sujet. Il y a bien des choses
+que je n'entends pas: mais toi, qui es médecin,
+tu dois entendre le langage de tes confrères.</p>
+
+
+<h4>LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE
+A UN MÉDECIN DE PARIS.</h4>
+
+<p>Il y avoit dans notre ville un malade qui ne
+dormoit point depuis trente-cinq jours: son médecin
+lui ordonna l'opium; mais il ne pouvoit se
+résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la
+main; qu'il étoit plus indéterminé que jamais.
+Enfin il dit à son médecin: Monsieur, je vous demande
+quartier seulement jusqu'à demain: je
+connois un homme qui n'exerce pas la médecine,
+mais qui a chez lui un nombre innombrable de remèdes
+contre l'insomnie; souffrez que je l'envoie
+quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous
+promets que je reviendrai à vous. Le médecin congédié,
+le malade fit fermer les rideaux, et dit à un
+petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis, et dis-lui
+qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon
+cher monsieur Anis, je me meurs, je ne puis dormir:
+n'auriez-vous point, dans votre boutique, la
+C. du G., ou bien quelque livre de dévotion composé
+par un révérend père jésuite, que vous n'ayez
+pas pu vendre? car souvent les remèdes les plus
+gardés sont les meilleurs. Monsieur, dit le libraire,
+j'ai chez moi la Cour sainte du P. Caussin, en six
+volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je
+souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous
+voulez les &oelig;uvres du révérend père Rodriguez, jésuite
+espagnol, ne vous en faites faute. Mais,
+croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin; j'espère,
+avec l'aide de Dieu, qu'une période du père
+Caussin vous fera autant d'effet qu'un feuillet tout
+entier de la C. du G. Là-dessus M. Anis sortit, et
+courut chercher le remède à sa boutique. La Cour
+sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du
+malade, jeune écolier, commence à la lire: il en
+sentit le premier l'effet, à la seconde page il ne
+prononçoit plus que d'une voix mal articulée, et
+déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un
+instant après tout ronfla, excepté le malade, qui
+après avoir été longtemps éprouvé, s'assoupit à la
+fin.</p>
+
+<p>Le médecin arrive de grand matin. Hé bien!
+a-t-on pris mon opium? On ne lui répond rien: la
+femme, la fille, le petit garçon, tous transportés
+de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande
+ce que c'est; on lui dit: Vive le père Caussin!
+il faut l'envoyer relier. Qui l'eût dit? qui l'eût cru?
+c'est un miracle! Tenez, monsieur, voyez donc
+le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir
+mon père. Et là-dessus on lui expliqua la
+chose, comme elle s'étoit passée.</p>
+
+<p>Le médecin étoit un homme subtil, rempli des
+mystères de la cabale, et de la puissance des paroles
+et des esprits: cela le frappa; et, après plusieurs
+réflexions, il résolut de changer absolument
+sa pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il.
+Je tiens une expérience; il faut la pousser plus
+loin. Hé pourquoi un esprit ne pourroit-il pas
+transmettre à son ouvrage les mêmes qualités
+qu'il a lui-même? ne le voyons-nous pas tous les
+jours? Au moins cela vaut-il bien la peine de l'essayer.
+Je suis las des apothicaires; leurs sirops,
+leurs juleps, et toutes les drogues galéniques
+ruinent les malades et leur santé: changeons de
+méthode; éprouvons la vertu des esprits. Sur
+cette idée il dressa une nouvelle pharmacie,
+comme vous allez voir par la description que je
+vous vais faire des principaux remèdes qu'il mit
+en pratique.</p>
+
+
+<p><i>Tisane purgative.</i></p>
+
+<p>Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en
+grec; deux feuilles d'un traité de théologie scholastique
+le plus aigu, comme, par exemple, du
+subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne;
+six d'Averroès; trois de Porphyre; autant
+de Plotin; autant de Jamblique: faites infuser le
+tout pendant vingt-quatre heures, et prenez-en
+quatre prises par jour.</p>
+
+
+<p><i>Purgatif plus violent.</i></p>
+
+<p>Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la
+C*** des I***; faites-les distiller au bain-marie;
+mortifiez une goutte de l'humeur âcre et piquante
+qui en viendra, dans un verre d'eau commune:
+avalez le tout avec confiance.</p>
+
+
+<p><i>Vomitif.</i></p>
+
+<p>Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons
+funèbres indifféremment, prenant garde pourtant
+de ne point se servir de celles de M. de N.; un
+recueil de nouveaux opéras; cinquante romans;
+trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans
+un matras; laissez-le en digestion pendant deux
+jours; puis faites-le distiller au feu de sable. Et si
+tout cela ne suffit pas,</p>
+
+
+<p><i>Autre plus puissant.</i></p>
+
+<p>Prenez une feuille de papier marbré, qui ait
+servi à couvrir un recueil des pièces des J. F.;
+faites-la infuser l'espace de trois minutes; faites
+chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez.</p>
+
+
+<p><i>Remède très-simple pour guérir de l'asthme.</i></p>
+
+<p>Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg,
+ci-devant jésuite, prenant garde de ne vous
+arrêter qu'à la fin de chaque période: et vous sentirez
+la faculté de respirer vous revenir peu à peu,
+sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.</p>
+
+
+<p><i>Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin
+des chevaux.</i></p>
+
+<p>Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés
+métaphysiques, une distinction, six vers de Chapelain,
+une phrase tirée des lettres de M. l'abbé
+de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau
+de papier, que vous plierez, attacherez à un ruban,
+et porterez au col.</p>
+
+
+<p><i>Miraculum chymicum, de violenta fermentatione
+cum fumo, igne et flammâ.</i></p>
+
+<p>Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione
+Lallemaniana; fiat fermentatio cum magna
+vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et invicem
+penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio
+ardentium spirituum. Pone liquorem fermentatum
+in alembico: nihil inde extrahes, et
+nihil invenies, nisi caput mortuum.</p>
+
+
+<p><i>Lenitivum.</i></p>
+
+<p>Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris
+relaxativi paginas sex; Vasquii emollientis
+folium unum: infunde in aquæ communis libras
+iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur
+et exprimantur; et in expressione dissolve
+Bauni detersivi et Tamburini abluentis folia iij.</p>
+
+<p>Fiat clyster.</p>
+
+
+<p><i>In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut
+febrim-amatoriam, appellat.</i></p>
+
+<p>Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ
+Sanchii de matrimonio folia ij. Infundantur in
+aquæ communis libras quinque.</p>
+
+<p>Fiat ptisana aperiens.</p>
+
+<hr style="width: 45%;" />
+
+<p>Voilà les drogues que notre médecin mit en
+pratique, avec un succès imaginable. Il ne vouloit
+pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses malades, employer
+des remèdes rares, et qui ne se trouvent
+presque point: comme, par exemple, une épître
+dédicatoire qui n'ait fait bâiller personne; une
+préface trop courte; un mandement fait par un
+évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par
+un janséniste, ou bien admiré par un jésuite. Il
+disoit que ces sortes de remèdes ne sont propres
+qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle
+il avoit une antipathie insurmontable.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLIV" id="LETTRE_CXLIV"></a>LETTRE CXLIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A RICA.</h3>
+
+
+<p>Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison
+de campagne où j'étois allé, deux savants
+qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère
+me parut admirable. La conversation du premier,
+bien appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit
+est vrai, parce que je l'ai dit. La conversation du
+second portoit sur autre chose: Ce que je n'ai pas
+dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.</p>
+
+<p>J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit
+opiniâtre, cela ne me fait absolument rien; mais
+qu'il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le
+premier défend ses opinions; c'est son bien; le
+second attaque les opinions des autres; et c'est le
+bien de tout le monde.</p>
+
+<p>Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal
+ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui
+est nécessaire pour la conservation de la nature!
+Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire.
+Ils cherchent à être supérieurs; et ils ne
+sont pas seulement égaux.</p>
+
+<p>Hommes modestes, venez, que je vous embrasse.
+Vous faites la douceur et le charme de la
+vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je
+vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous
+n'humiliez personne; et vous humiliez tout le
+monde. Et, quand je vous compare dans mon
+idée avec ces hommes absolus que je vois partout,
+je les précipite de leur tribunal, et je les
+mets à vos pieds.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLV" id="LETTRE_CXLV"></a>LETTRE CXLV.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>Un homme d'esprit est ordinairement difficile
+dans les sociétés. Il choisit peu de personnes;
+il s'ennuie avec tout ce grand nombre de gens qu'il
+lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible
+qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût:
+autant d'ennemis.</p>
+
+<p>Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent
+de le faire.</p>
+
+<p>Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de
+choses qu'un autre, et les sent mieux.</p>
+
+<p>Il ruine presque toujours sa fortune, parce que
+son esprit lui fournit pour cela un plus grand
+nombre de moyens.</p>
+
+<p>Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde
+beaucoup. Sa vue, qui se porte toujours
+loin, lui fait voir des objets qui sont à de trop
+grandes distances. Sans compter que, dans la
+naissance d'un projet, il est moins frappé des difficultés
+qui viennent de la chose, que des remèdes
+qui sont de lui, et qu'il tire de son propre fonds.</p>
+
+<p>Il néglige les menus détails, dont dépend cependant
+la réussite de presque toutes les grandes
+affaires.</p>
+
+<p>L'homme médiocre, au contraire, cherche à
+tirer parti de tout: il sent bien qu'il n'a rien à
+perdre en négligences.</p>
+
+<p>L'approbation universelle est plus ordinairement
+pour l'homme médiocre. On est charmé de
+donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à celui-là.
+Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne
+lui pardonne rien, on supplée tout en faveur de
+l'autre: la vanité se déclare pour lui.</p>
+
+<p>Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages,
+que dirons-nous de la dure condition des
+savants?</p>
+
+<p>Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une
+lettre d'un d'eux à un de ses amis. La voici.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les
+nuits, à regarder, avec des lunettes de trente
+pieds, ces grands corps qui roulent sur nos
+têtes; et quand je veux me délasser, je prends
+mes petits microscopes, et j'observe un ciron
+ou une mite.</p>
+
+<p>«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule
+chambre: je n'ose même y faire du feu, parce
+que j'y tiens mon thermomètre, et que la chaleur
+étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier,
+je pensai mourir de froid; et quoique mon thermomètre,
+qui étoit au plus bas degré, m'avertît
+que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai
+point; et j'ai la consolation d'être instruit
+exactement des changements de temps les
+plus insensibles de toute l'année passée.</p>
+
+<p>«Je me communique fort peu: et, de tous les
+gens que je vois, je n'en connois aucun. Mais
+il y a un homme à Stockholm, un autre à Leipsick,
+un autre à Londres, que je n'ai jamais vus,
+et que je ne verrai sans doute jamais, avec lesquels
+j'entretiens une correspondance si exacte,
+que je ne laisse pas passer un courrier sans leur
+écrire.</p>
+
+<p>«Mais, quoique je ne connoisse personne dans
+mon quartier, je suis dans une si mauvaise réputation,
+que je serai, à la fin, obligé de le quitter.
+Il y a cinq ans que je fus rudement insulté
+par une de mes voisines, pour avoir fait la dissection
+d'un chien qu'elle prétendoit lui appartenir.
+La femme d'un boucher, qui se trouva
+là, se mit de la partie; et, pendant que celle-là
+m'accabloit d'injures, celle-ci m'assommoit à
+coups de pierres, conjointement avec le docteur
+***, qui étoit avec moi, et qui reçut un
+coup terrible sur l'os frontal et occipital, dont
+le siége de sa raison fut très-ébranlé.</p>
+
+<p>«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque
+chien au bout de la rue, il est aussitôt décidé
+qu'il a passé par mes mains. Une bonne bourgeoise
+qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit,
+disoit-elle, plus que ses enfants, vint
+l'autre jour s'évanouir dans ma chambre; et, ne
+le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat.
+Je crois que je ne serai jamais délivré de
+la malice importune de ces femmes qui, avec
+leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans
+cesse de l'oraison funèbre de tous les automates
+qui sont morts depuis dix ans.</p>
+
+<p>«Je suis, etc.»</p>
+
+<p>Tous les savants étoient autrefois accusés de
+magie. Je n'en suis point étonné. Chacun disoit
+en lui-même: j'ai porté les talents naturels aussi
+loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain
+savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il
+y ait là quelque diablerie.</p>
+
+<p>A présent que ces sortes d'accusations sont tombées
+dans le décri, on a pris un autre tour; et un
+savant ne sauroit guère éviter le reproche d'irréligion
+ou d'hérésie. Il a beau être absous par le
+peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais
+bien. C'est toujours pour lui un endroit malade.
+Un adversaire viendra, trente ans après, lui
+dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise
+que ce dont on vous accuse soit vrai! mais vous
+avez été obligé de vous défendre. C'est ainsi qu'on
+tourne contre lui sa justification même.</p>
+
+<p>S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse
+dans l'esprit, et quelque droiture dans le
+c&oelig;ur, on lui suscite mille persécutions. On ira
+contre lui soulever le magistrat sur un fait qui
+s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa
+plume soit captive, si elle n'est pas vénale.</p>
+
+<p>Plus heureux cependant que ces hommes lâches,
+qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension;
+qui, à prendre toutes leurs impostures en
+détail, ne les vendent pas seulement une obole;
+qui renversent la constitution de l'empire, diminuent
+les droits d'une puissance, augmentent ceux
+d'une autre, donnent aux princes, ôtent aux peuples,
+font revivre des droits surannés, flattent les
+passions qui sont en crédit de leur temps, et les
+vices qui sont sur le trône, imposant à la postérité,
+d'autant plus indignement qu'elle a moins de
+moyens de détruire leur témoignage.</p>
+
+<p>Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir
+essuyé toutes ces insultes; ce n'est point assez
+pour lui d'avoir été dans une inquiétude continuelle
+sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour
+enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire
+des querelles de toutes parts. Et comment les éviter?
+Il avoit un sentiment; il l'a soutenu par ses
+écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux cents
+lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant
+la guerre qui se déclare.</p>
+
+<p>Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque
+considération! Non. Il n'est tout au plus estimé
+que de ceux qui se sont appliqués au même genre
+de science que lui. Un philosophe a un mépris
+souverain pour un homme qui a la tête chargée de
+faits; et il est, à son tour, regardé comme un visionnaire
+par celui qui a une bonne mémoire.</p>
+
+<p>Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse
+ignorance, ils voudroient que tout le genre
+humain fût enseveli dans l'oubli où ils seront eux-mêmes.</p>
+
+<p>Un homme à qui il manque un talent se dédommage
+en le méprisant: il ôte cet obstacle
+qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par là,
+se trouve au niveau de celui dont il redoute les
+travaux.</p>
+
+<p>Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque,
+la privation des plaisirs et la perte de la
+santé.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLVI" id="LETTRE_CXLVI"></a>LETTRE CXLVI.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne
+foi étoit l'âme d'un grand ministre.</p>
+
+<p>Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se
+trouve; il ne se décrédite que devant quelques
+gens; il se tient couvert devant les autres: mais
+un ministre qui manque à la probité a autant de
+témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il
+gouverne.</p>
+
+<p>Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un
+ministre sans probité n'est pas de desservir son
+prince et de ruiner son peuple: il y en a un autre,
+à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est
+le mauvais exemple qu'il donne.</p>
+
+<p>Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les
+Indes. J'y ai vu une nation, naturellement généreuse,
+pervertie en un instant, depuis le dernier
+des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais
+exemple d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple,
+chez qui la générosité, la probité, la candeur et
+la bonne foi ont passé de tout temps pour les
+qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier
+des peuples; le mal se communiquer, et n'épargner
+pas même les membres les plus sains; les
+hommes les plus vertueux faire des choses indignes;
+et violer, dans toutes les occasions de leur
+vie, les premiers principes de la justice, sur ce
+vain prétexte qu'on la leur avoit violée.</p>
+
+<p>Ils appeloient des lois odieuses en garantie des
+actions les plus lâches; et nommoient nécessité
+l'injustice et la perfidie.</p>
+
+<p>J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes
+conventions anéanties, toutes les lois des
+familles renversées. J'ai vu des débiteurs avares,
+fiers d'une insolente pauvreté, instruments indignes
+de la fureur des lois et de la rigueur des
+temps, feindre un payement au lieu de le faire,
+et porter le couteau dans le sein de leurs bienfaiteurs.</p>
+
+<p>J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter
+presque pour rien, ou plutôt ramasser de terre
+des feuilles de chêne, pour les mettre à la place
+de la substance des veuves et des orphelins.</p>
+
+<p>J'ai vu naître soudain, dans tous les c&oelig;urs,
+une soif insatiable des richesses. J'ai vu se former
+en un moment une détestable conjuration de
+s'enrichir, non par un honnête travail et une généreuse
+industrie, mais par la ruine du prince, de
+l'État et des concitoyens.</p>
+
+<p>J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps
+malheureux, ne se coucher qu'en disant: J'ai
+ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une
+autre demain.</p>
+
+<p>Je vais, disoit un autre, avec un homme noir
+qui porte une écritoire à la main et un fer pointu
+à l'oreille, assassiner tous ceux à qui j'ai de l'obligation.</p>
+
+<p>Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes
+affaires: il est vrai que, lorsque j'allai, il y a trois
+jours, faire un certain payement, je laissai toute
+une famille en larmes, que je dissipai la dot de
+deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un
+petit garçon; le père en mourra de douleur, la
+mère périt de tristesse: mais je n'ai fait que ce
+qui est permis par la loi.</p>
+
+<p>Quel plus grand crime que celui que commet
+un ministre, lorsqu'il corrompt les m&oelig;urs de
+toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses,
+ternit l'éclat des dignités, obscurcit la
+vertu même, et confond la plus haute naissance
+dans le mépris universel?</p>
+
+<p>Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir
+de la honte de ses pères? Que dira le peuple
+naissant, lorsqu'il comparera le fer de ses aïeux
+avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le
+jour? Je ne doute pas que les nobles ne retranchent
+de leurs quartiers un indigne degré de noblesse
+qui les déshonore, et ne laissent la génération
+présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLVII" id="LETTRE_CXLVII"></a>LETTRE CXLVII.</h2>
+
+<h3>LE GRAND EUNUQUE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Les choses sont venues à un état qui ne se peut
+plus soutenir: tes femmes se sont imaginé que
+ton départ leur laissoit une impunité entière; il
+se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même
+au cruel récit que je vais te faire.</p>
+
+<p>Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée,
+laissa tomber son voile, et parut presque à visage
+découvert devant tout le peuple.</p>
+
+<p>J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses
+esclaves; chose si défendue par les lois du sérail.</p>
+
+<p>J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde,
+une lettre que je t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir
+à qui elle étoit adressée.</p>
+
+<p>Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans
+le jardin du sérail, et il se sauva par-dessus les
+murailles.</p>
+
+<p>Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma
+connoissance; car sûrement tu es trahi. J'attends
+tes ordres: et, jusqu'à l'heureux moment que je
+les recevrai, je vais être dans une situation mortelle.
+Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma
+discrétion, je ne te réponds d'aucune d'elles, et
+j'aurai tous les jours des nouvelles aussi tristes à
+te mander.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 1<sup>er</sup> de la lune de Rhégeb, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLVIII" id="LETTRE_CXLVIII"></a>LETTRE CXLVIII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU PREMIER EUNUQUE.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes
+sur tout le sérail: commandez avec autant
+d'autorité que moi-même; que la crainte et la
+terreur marchent avec vous; courez d'appartements
+en appartements porter les punitions et les
+châtiments; que tout vive dans la consternation,
+que tout fonde en larmes devant vous; interrogez
+tout le sérail; commencez par les esclaves;
+n'épargnez pas mon amour; que tout subisse
+votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets
+les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et
+faites-y rentrer la vertu bannie. Car, dès ce moment,
+je mets sur votre tête les moindres fautes
+qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être
+celle à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit:
+examinez cela avec des yeux de lynx.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLIX" id="LETTRE_CXLIX"></a>LETTRE CXLIX.</h2>
+
+<h3>NARSIT A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Le grand eunuque vient de mourir, magnifique
+seigneur: comme je suis le plus vieux de tes
+esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que tu aies
+fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.</p>
+
+<p>Deux jours après sa mort, on m'apporta une de
+tes lettres qui lui étoit adressée: je me suis bien
+gardé de l'ouvrir; je l'ai enveloppée avec respect,
+et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies fait connoître
+tes sacrées volontés.</p>
+
+<p>Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me
+dire qu'il avoit trouvé un jeune homme dans le
+sérail: je me levai, j'examinai la chose, et je
+trouvai que c'étoit une vision.</p>
+
+<p>Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te
+prie de compter sur mon zèle, mon expérience et
+ma vieillesse.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CL" id="LETTRE_CL"></a>LETTRE CL.</h2>
+
+<h3>USBEK A NARSIT.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Malheureux que vous êtes, vous avez dans
+vos mains des lettres qui contiennent des
+ordres prompts et violents; le moindre retardement
+peut me désespérer: et vous demeurez
+tranquille sous un vain prétexte!</p>
+
+<p>Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être
+la moitié de mes esclaves qui méritent la mort.
+Je vous envoie la lettre que le premier eunuque
+m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez
+ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez
+trouvé des ordres sanglants. Lisez-les donc ces
+ordres: et vous périrez, si vous ne les exécutez
+pas.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLI" id="LETTRE_CLI"></a>LETTRE CLI.</h2>
+
+<h3>SOLIM A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Si je gardois plus longtemps le silence, je serois
+aussi coupable que tous ces criminels que
+tu as dans le sérail.</p>
+
+<p>J'étois le confident du grand eunuque, le plus
+fidèle de tes esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa
+fin, il me fit appeler, et me dit ces paroles: Je
+me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en quittant
+la vie, c'est que mes derniers regards aient
+trouvé les femmes de mon maître criminelles. Le
+ciel puisse le garantir de tous les malheurs que je
+prévois! puisse, après ma mort, mon ombre menaçante
+venir avertir ces perfides de leur devoir,
+et les intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables
+lieux; va les porter au plus vieux des
+noirs. Mais si, après ma mort, il manque de vigilance,
+songe à en avertir ton maître. En achevant ces
+mots, il expira dans mes bras.</p>
+
+<p>Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant
+sa mort, sur la conduite de tes femmes: il y a
+dans le sérail une lettre qui auroit porté la terreur
+avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que
+tu as écrite depuis a été surprise à trois lieues
+d'ici: je ne sais ce que c'est, tout se tourne malheureusement.</p>
+
+<p>Cependant tes femmes ne gardent plus aucune
+retenue: depuis la mort du grand eunuque, il
+semble que tout leur soit permis; la seule Roxane
+est restée dans le devoir, et conserve de la modestie.
+On voit les m&oelig;urs se corrompre tous les
+jours. On ne trouve plus sur le visage de tes femmes
+cette vertu mâle et sévère qui y régnoit autrefois:
+une joie nouvelle, répandue dans ces lieux,
+est un témoignage infaillible, selon moi, de quelque
+satisfaction nouvelle; dans les plus petites
+choses, je remarque des libertés jusqu'alors inconnues.
+Il règne, même parmi tes esclaves, une
+certaine indolence pour leur devoir et pour l'observation
+des règles, qui me surprend; ils n'ont
+plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit
+animer tout le sérail.</p>
+
+<p>Tes femmes ont été huit jours à la campagne,
+à une de tes maisons les plus abandonnées. On
+dit que l'esclave qui en a soin a été gagné; et
+qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait
+cacher deux hommes dans un réduit de pierre
+qui est dans la muraille de la principale chambre,
+d'où ils sortoient le soir lorsque nous étions
+retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à
+notre tête, est un imbécile, à qui l'on fait croire
+tout ce qu'on veut.</p>
+
+<p>Je suis agité d'une colère vengeresse contre
+tant de perfidies: et si le ciel vouloit, pour le
+bien de ton service, que tu me jugeasses capable
+de gouverner, je te promets que, si tes
+femmes n'étoient pas vertueuses, au moins elles
+seroient fidèles.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLII" id="LETTRE_CLII"></a>LETTRE CLII.</h2>
+
+<h3>NARSIT A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne;
+je n'ai pas cru devoir le leur refuser.
+Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et des
+esclaves vigilants: je commande en des lieux où
+la vertu semble s'être choisi un asile. Compte
+qu'il ne s'y passera rien que tes yeux ne puissent
+soutenir.</p>
+
+<p>Il est arrivé un malheur qui me met en grande
+peine. Quelques marchands arméniens, nouvellement
+arrivés à Ispahan, avoient apporté une de tes
+lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la
+chercher; il a été volé à son retour, de manière
+que la lettre est perdue. Écris-moi donc promptement;
+car je m'imagine que, dans ce changement,
+tu dois avoir des choses de conséquence à
+me mander.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLIII" id="LETTRE_CLIII"></a>LETTRE CLIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A SOLIM.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que
+j'ai à présent dans le monde de plus cher, qui
+est ma vengeance. Entre dans ce nouvel emploi:
+mais n'y porte ni c&oelig;ur ni pitié. J'écris à mes
+femmes de t'obéir aveuglément: dans la confusion
+de tant de crimes, elles tomberont devant
+tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur
+et mon repos: rends-moi mon sérail comme je
+l'ai laissé. Mais commence par l'expier; extermine
+les coupables, et fais trembler ceux qui se
+proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer
+de ton maître pour des services si signalés?
+Il ne tiendra qu'à toi de te mettre au-dessus de ta
+condition même, et de toutes les récompenses
+que tu as jamais désirées.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLIV" id="LETTRE_CLIV"></a>LETTRE CLIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A SES FEMMES.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Puisse cette lettre être comme la foudre qui
+tombe au milieu des éclairs et des tempêtes!
+Solim est votre premier eunuque, non pas pour
+vous garder, mais pour vous punir. Que tout le
+sérail s'abaisse devant lui. Il doit juger vos actions
+passées: et, pour l'avenir, il vous fera
+vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez
+votre liberté, si vous ne regrettez pas votre
+vertu.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLV" id="LETTRE_CLV"></a>LETTRE CLV.</h2>
+
+<h3>USBEK A NESSIR.</h3>
+
+<h3>A Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Heureux celui qui, connoissant tout le prix
+d'une vie douce et tranquille, repose son
+c&oelig;ur au milieu de sa famille, et ne connoît d'autre
+terre que celle qui lui a donné le jour.</p>
+
+<p>Je vis dans un climat barbare, présent à tout
+ce qui m'importune, absent de tout ce qui m'intéresse.
+Une tristesse sombre me saisit; je tombe
+dans un accablement affreux: il me semble que
+je m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même
+que lorsqu'une sombre jalousie vient s'allumer,
+et enfanter dans mon âme la crainte, les soupçons,
+la haine et les regrets.</p>
+
+<p>Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans
+mon c&oelig;ur comme dans le tien: je te ferois pitié,
+si tu savois mon état déplorable. J'attends quelquefois
+six mois entiers des nouvelles du sérail;
+je compte tous les instants qui s'écoulent; mon
+impatience me les allonge toujours; et lorsque
+celui qui a été tant attendu est près d'arriver, il se
+fait dans mon c&oelig;ur une révolution soudaine;
+ma main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette
+inquiétude qui me désespéroit, je la trouve l'état
+le plus heureux où je puisse être, et je crains
+d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que
+mille morts.</p>
+
+<p>Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de
+ma patrie, quoique je doive ma vie à ma retraite,
+je ne puis plus, Nessir, rester dans cet affreux
+exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en
+proie à mes chagrins? J'ai pressé mille fois Rica
+de quitter cette terre étrangère; mais il s'oppose
+à toutes mes résolutions; il m'attache ici par
+mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie;
+ou plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même,
+tant il est insensible à mes déplaisirs.</p>
+
+<p>Malheureux que je suis! je souhaite de revoir
+ma patrie, peut-être pour devenir plus malheureux
+encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais rapporter
+ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout:
+j'entrerai dans le sérail; il faut que j'y demande
+compte du temps funeste de mon absence: et si
+j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et
+si la seule idée m'accable de si loin, que sera-ce,
+lorsque ma présence la rendra plus vive? que
+sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que j'entende
+ce que je n'ose imaginer sans frémir? que
+sera-ce enfin, s'il faut que des châtiments que je
+prononcerai moi-même soient des marques éternelles
+de ma confusion et de mon désespoir?</p>
+
+<p>J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles
+pour moi que pour les femmes qui y sont gardées;
+j'y porterai tous mes soupçons; leurs
+empressements ne m'en déroberont rien; dans mon
+lit, dans leurs bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes;
+dans un temps si peu propre aux réflexions,
+ma jalousie trouvera à en faire. Rebut
+indigne de la nature humaine, esclaves vils dont
+le c&oelig;ur a été fermé pour jamais à tous les sentiments
+de l'amour, vous ne gémiriez plus sur votre
+condition, si vous connoissiez le malheur de la
+mienne.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLVI" id="LETTRE_CLVI"></a>LETTRE CLVI.</h2>
+
+<h3>ROXANE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans
+le sérail; un deuil affreux l'environne: un tigre
+y exerce à chaque instant toute sa rage; il a
+mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui
+n'ont avoué que leur innocence; il a vendu une
+partie de nos esclaves, et nous a obligées de changer
+entre nous celles qui nous restoient. Zachi et
+Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité
+de la nuit un traitement indigne; le sacrilége
+n'a pas craint de porter sur elles ses viles
+mains. Il nous tient enfermées chacune dans notre
+appartement; et, quoique nous y soyons seules,
+il nous y fait vivre sous le voile: il ne nous
+est plus permis de nous parler; ce seroit un crime
+de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre
+que les pleurs.</p>
+
+<p>Une troupe de nouveaux eunuques est entrée
+dans le sérail, où ils nous assiégent nuit et jour:
+notre sommeil est sans cesse interrompu par
+leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me
+console, c'est que tout ceci ne durera pas longtemps,
+et que ces peines finiront avec ma vie:
+elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te
+donnerai pas le temps de faire cesser tous ces
+outrages.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLVII" id="LETTRE_CLVII"></a>LETTRE CLVII.</h2>
+
+<h3>ZACHI A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans
+la manière de me punir! Il m'a infligé ce
+châtiment qui commence par alarmer la pudeur;
+ce châtiment qui met dans l'humiliation extrême;
+ce châtiment qui ramène, pour ainsi dire, à l'enfance.</p>
+
+<p>Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit
+le sentiment d'elle-même, et commençoit
+à s'indigner, lorsque mes cris firent retentir les
+voûtes de mes appartements. On m'entendit demander
+grâce au plus vil de tous les humains, et
+tenter sa pitié, à mesure qu'il étoit plus inexorable.</p>
+
+<p>Depuis ce temps, son âme insolente et servile
+s'est élevée sur la mienne. Sa présence, ses regards,
+ses paroles, tous les malheurs viennent
+m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la
+consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il
+s'offre à ma vue, la fureur me saisit; je la trouve
+impuissante; et je tombe dans le désespoir.</p>
+
+<p>Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes
+ces barbaries. Il voudrait m'ôter mon amour,
+et profaner jusques aux sentiments de mon
+c&oelig;ur. Quand il me prononce le nom de celui que
+j'aime, je ne sais plus me plaindre: je ne puis
+plus que mourir.</p>
+
+<p>J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon
+amour, par la force de mon amour. Les nuits,
+les jours, les moments, tout a été pour toi. J'étois
+superbe de mon amour même; et le tien me faisoit
+respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis
+plus soutenir l'humiliation où je suis descendue.
+Si je suis innocente, reviens pour m'aimer; reviens,
+si je suis coupable, pour que j'expire à tes
+pieds.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLVIII" id="LETTRE_CLVIII"></a>LETTRE CLVIII.</h2>
+
+<h3>ZÉLIS A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>A mille lieues de moi, vous me jugez coupable:
+à mille lieues de moi, vous me punissez.</p>
+
+<p>Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles
+mains, il agit par votre ordre: c'est le tyran qui
+m'outrage, et non pas celui qui exerce la tyrannie.</p>
+
+<p>Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos
+mauvais traitements. Mon c&oelig;ur est tranquille, depuis
+qu'il ne peut plus vous aimer. Votre âme se
+dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que
+vous n'êtes point heureux. Adieu.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLIX" id="LETTRE_CLIX"></a>LETTRE CLIX.</h2>
+
+<h3>SOLIM A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Je me plains, magnifique seigneur, et je te
+plains: jamais serviteur fidèle n'est descendu
+dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs
+et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.</p>
+
+<p>Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis
+que tu m'as confié tes femmes, j'ai veillé nuit
+et jour sur elles; que je n'ai jamais suspendu un
+moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé
+mon ministère par les châtiments; et je les
+ai suspendus, sans sortir de mon austérité naturelle.</p>
+
+<p>Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une
+fidélité qui t'a été inutile? Oublie tous mes services
+passés; regarde-moi comme un traître; et
+punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.</p>
+
+<p>Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier
+désormais? Tu soupçonnois Zachi, et tu avois
+pour Roxane une sécurité entière; mais sa vertu
+farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le
+voile de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras
+d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert,
+est venu sur moi; il m'a donné deux coups
+de poignard; les eunuques, accourus au bruit,
+l'ont entouré: il s'est défendu longtemps, en a
+blessé plusieurs; il vouloit même rentrer dans la
+chambre, pour mourir, disoit-il, aux yeux de
+Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est
+tombé à nos pieds.</p>
+
+<p>Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes
+ordres sévères: tu as mis ta vengeance en mes
+mains; je ne dois pas la faire languir.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLX" id="LETTRE_CLX"></a>LETTRE CLX.</h2>
+
+<h3>SOLIM A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître;
+je vais punir.</p>
+
+<p>Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la
+tienne vont s'apaiser: nous allons exterminer le
+crime, et l'innocence va pâlir.</p>
+
+<p>O vous, qui semblez n'être faites que pour
+ignorer tous vos sens et être indignées de vos désirs
+mêmes; éternelles victimes de la honte et de la
+pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands
+flots dans ce sérail malheureux, pour vous voir
+étonnées de tout le sang que j'y vais répandre!</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLXI" id="LETTRE_CLXI"></a>LETTRE CLXI.</h2>
+
+<h3>ROXANE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques;
+je me suis jouée de ta jalousie; et j'ai su de
+ton affreux sérail faire un lieu de délices et de
+plaisirs.</p>
+
+<p>Je vais mourir; le poison va couler dans mes
+veines: car que ferois-je ici, puisque le seul
+homme qui me retenoit à la vie n'est plus? Je
+meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée:
+je viens d'envoyer devant moi ces gardiens
+sacriléges, qui ont répandu le plus beau sang
+du monde.</p>
+
+<p>Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule,
+pour m'imaginer que je ne fusse dans le
+monde que pour adorer tes caprices? que, pendant
+que tu te permets tout, tu eusses le droit
+d'affliger tous mes désirs? Non: j'ai pu vivre
+dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai
+réformé tes lois sur celles de la nature; et mon
+esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.</p>
+
+<p>Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice
+que je t'ai fait; de ce que je me suis abaissée jusqu'à
+te paroître fidèle; de ce que j'ai lâchement
+gardé dans mon c&oelig;ur ce que j'aurois dû faire paroître
+à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané
+la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma
+soumission à tes fantaisies.</p>
+
+<p>Tu étois étonné de ne point trouver en moi les
+transports de l'amour: si tu m'avois bien connue,
+tu y aurois trouvé toute la violence de la haine.</p>
+
+<p>Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire
+qu'un c&oelig;ur comme le mien t'étoit soumis. Nous
+étions tous deux heureux; tu me croyois trompée,
+et je te trompois.</p>
+
+<p>Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il
+possible qu'après t'avoir accablé de douleurs,
+je te forçasse encore d'admirer mon courage?
+Mais c'en est fait, le poison me consume,
+ma force m'abandonne; la plume me tombe des
+mains; je sens affoiblir jusqu'à ma haine; je me
+meurs.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+<h2>FIN DU TOME SECOND.</h2>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="NOTES_ET_VARIANTES" id="NOTES_ET_VARIANTES"></a>NOTES ET VARIANTES.</h2>
+
+
+<p>(Voir l'<i>Index</i>, pour l'histoire, la religion, la philosophie,
+le droit public et privé, les m&oelig;urs orientales
+et européennes.)</p>
+
+
+<p>Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).</p>
+
+<p>«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre;
+<i>puisque son but est la destruction de la société</i>.»
+C'est la leçon de 1721 et de 1754.</p>
+
+<p>Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions
+subséquentes: «<i>puisqu'elle peut avoir l'effet de
+détruire la société</i>».</p>
+
+<p>Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant
+les deux leçons bout à bout: «puisqu'elle
+peut avoir l'effet etc..., puisque son but est la destruction
+de la société.</p>
+
+<p>«Cette peine répond à celle du bannissement <i>établie
+dans les tribunaux, qui retranche</i> les coupables
+de la société. Ainsi un prince, à l'alliance duquel
+nous renonçons, est retranché <i>par là</i> de notre société
+et n'est plus un de nos membres.»</p>
+
+<p>Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754.</p>
+
+<p>Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition
+complète), et Lefèvre 1820, d'après l'édition
+de Londres 1757, et peut-être sur des indications
+manuscrites de Montesquieu conservées par son
+fils et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi:</p>
+
+<p>«Cette peine répond à celle du bannissement, <i>que
+les tribunaux ont établi pour retrancher</i> les coupables
+de la société. Ainsi un prince, à l'alliance
+duquel nous renonçons, est retranché de notre
+société, et n'est plus <i>un des membres qui la composent</i>.»</p>
+
+<p>Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons
+la correction du Supplément de 1754, sont
+ainsi rédigés dans le texte primitif:</p>
+
+<p>«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société
+ne peut être fondée que sur la volonté des
+associés: si elle est détruite par la conquête, le
+peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle
+société: et si le vainqueur en veut former, c'est
+une tyrannie.</p>
+
+<p>«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais
+légitimes, lorsqu'ils ordonnent une cession ou
+dédommagement plus considérable que le dommage
+causé: autrement, c'est une pure violence,
+contre laquelle on peut toujours revenir; à moins
+que, pour ravoir ce qu'on a perdu, on ne soit
+obligé de se servir de moyens si violents, qu'il en
+arrive un mal plus grand que le bien que l'on en
+doit retirer.</p>
+
+<p>«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public;
+voilà le droit des gens, ou plutôt celui de la
+raison.»</p>
+
+<p>En tête de la correction indiquée par le Supplément,
+et qui, sous beaucoup de rapports, est inférieure
+au texte primitif, se lit cet avertissement: «A la
+place des trois derniers alinéas, mettez ceux-ci.»</p>
+
+<p>Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec
+raison, à la suite du nouveau texte, la conclusion
+si ferme: «Voilà cher Rhédi...»</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)</p>
+
+<p>«Écoute ce que <i>je vais te</i> dire...».</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>: «Ce que je <i>te</i> vais dire...»</p>
+
+<p>Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de
+Montesquieu.</p>
+
+<p>«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a
+<i>connu</i> toute la fécondité.»</p>
+
+<p>Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a <i>vu</i>...»</p>
+
+<p>Cette lettre (LXXXIV de la 2<sup>e</sup> Marteau) est vivement
+incriminée dans la brochure de l'abbé Gaultier:
+<i>Lettres persannes convaincues d'impiété</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).</p>
+
+<p>«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté
+longtemps <i>dans leur pureté</i>.»</p>
+
+<p>Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et
+appartiennent aux éditions postérieures qui procèdent
+de 1757 (voir la <i>Bibliographie</i>.)</p>
+
+<p>«Caravansérails». 1721, 1<sup>re</sup> donne: <i>Caravansérais</i>,
+qui avec un ï serait peut-être la meilleure transcription
+de ce terme oriental; et 1754: <i>Caravanseras</i>.</p>
+
+<p>«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de
+France prit des gardes.»</p>
+
+<p>Ce roi est Philippe Auguste menacé par les <i>Assassins</i>
+du Vieux de la Montagne.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXI (CVII 1721-1754).</p>
+
+<p>«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention
+<i>à placer</i> sa droite... qu'elle en met <i>à poster</i>
+une mouche qui peut manquer...»</p>
+
+<p>C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure.</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup> donne: «<i>porter</i> une mouche. (C'est une
+coquille.)</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup> donne: <i>poster</i> sa droite,... <i>placer</i> une mouche.</p>
+
+<p>Les éditions subséquentes «<i>poser</i> une mouche»
+(qui ne vaut pas <i>poster</i>).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2<sup>e</sup> Marteau
+(LVIII), avec une adresse et une date différentes.</p>
+
+<p>En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note,
+qui ne figure plus au Supplément:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Rica à ***<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Le peuple est un animal qui voit et qui entend;
+mais qui ne pense jamais. Il est dans une léthargie
+ou dans une fougue surprenante; et il va et
+vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans
+savoir jamais d'où il est parti.</p>
+
+<p>«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur
+de Normandie, qui, voulant se rendre plus considérable
+à la cour, excitoit lui même de temps en
+temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt.</p>
+
+<p>«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui
+coûta, tout compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit
+assembler quelques canailles dans un cabaret
+qui donnoit le ton à toute la ville, et ensuite à
+toute la province.</p>
+
+<p>«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit
+dans les derniers troubles de Paris un des généraux
+de cette ville à un de ses amis.</p>
+
+<p>«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la
+ville; mais elles furent repoussées avec perte. Je
+compte pourtant que je réparerai facilement cet
+échec; j'ai six couplets...</p>
+
+<p>«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de
+faire paroître une estampe, qui fera voir Mazarin
+pendu; et pour peu que la conjoncture des affaires
+le demande, nous aurons la ressource d'ordonner
+au graveur de le rouer...</p>
+
+<p>«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et
+de faire du nom de Mazarin un mot...</p>
+
+<p>«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché
+originel que, pour ne pas voir ses partisans
+réduits à la moitié, il a été obligé de renvoyer
+tous ses pages. Je suis, etc...</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.»</p>
+
+<p>«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer <i>l'arrêt
+d'Union</i>, dit devant les députés du parlement <i>l'arrêt
+d'Ognon</i>; sur quoi le peuple fit force plaisanteries.»</p>
+
+<p>Le <i>péché originel</i> dont il est question plus haut est
+ce vice contre nature qu'on nomme parfois <i>italien</i>,
+et qui serait mieux nommé <i>clérical</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Elle est incriminée dans la brochure: <i>Lettres persannes
+convaincues d'impiété.</i></p>
+
+<p>«Il ne faut donc pas compter les années du monde...»</p>
+
+<p>Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1<sup>re</sup>, ni dans
+1721 2<sup>e</sup> Marteau, ni dans 1754. C'est à tort qu'il a
+été supprimé dans 1758 et dans beaucoup d'éditions
+postérieures.</p>
+
+<p>«Cependant tous les historiens <i>nous parlent d'un
+premier père; ils</i>...»</p>
+
+<p>Les mots en <i>italiques</i> manquent dans la première
+édition. Ils sont déjà rétablis dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau.</p>
+
+<p>L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions
+ne sont pas violentes...» appartient au
+Supplément de 1754.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXVII (CXII de 1721 1<sup>re</sup>, CII de la 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues
+d'impiété</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXVIII (CXII 1<sup>re</sup>, CIII 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Également incriminée.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXX.</p>
+
+<p><i>Tyen</i>, ciel des chinois.</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>: <i>Tyien</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXII</p>
+
+<p>«L'air se charge, comme les plantes...»
+Alinéa ajouté par le Supplément de 1754.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>Elle se trouve déjà dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau (LX, Usbek
+à ***, Paris, 11 Zilcadé 1715), avec les variantes
+suivantes:</p>
+
+<p><i>Troisième alinéa.</i></p>
+
+<p>«A mon esprit; il me semble...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>et</i> il me semble...</p>
+
+<p><i>Quatrième alinéa.</i></p>
+
+<p>«De quelques uns de nos sujets...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: de nos <i>plus riches</i> sujets...</p>
+
+<p>«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: à la multitude <i>innombrable</i>...</p>
+
+<p>«Faire attention qu'il <i>étoit</i> notoire...</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: qu'il <i>est</i> notoire...</p>
+
+<p>«Nous ont prié, branlant la tête...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>en</i> branlant la tête...</p>
+
+<p>«<i>Ainsi</i>, désirant traiter les suppliants...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>A ces causes</i>, désirant...</p>
+
+<p><i>Septième alinéa.</i></p>
+
+<p>«A leurs femmes <i>et</i> à leurs enfants...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: A leurs femmes, à leurs enfants...</p>
+
+<p>«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: dans leurs familles, <i>avec leurs amis</i>, etc...</p>
+
+<p><i>Huitième alinéa.</i></p>
+
+<p>«<i>Elles</i> viennent à les y contraindre...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Ils</i> viennent...</p>
+
+<p>«Défendons à nos magistrats...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: à <i>tous</i> nos magistrats...</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXVI (CXX de 1721 1<sup>re</sup>, CX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues
+d'impiété</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1<sup>re</sup>).</p>
+
+<p>«semble échauffer les imaginations <i>mêmes</i>.»
+<i>Mêmes</i> manque, et avec raison, dans 1721 1<sup>re</sup>.
+«Romans» pris dans le sens de <i>romanciers</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1<sup>re</sup>).</p>
+
+<p>«<i>N.</i> prit le fer à la main...» <i>N.</i> est le duc de Noailles.</p>
+
+<p>«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'<i>Index</i>).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1<sup>re</sup>).</p>
+
+<p>«<i>Romans</i>» dans le sens de <i>romanciers</i>.</p>
+
+<p>«Zuléma». 1721 1<sup>re</sup>: Zumela.</p>
+
+<p>«Gemmadi 1, 1720»</p>
+
+<p>1 manque dans 1754.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).</p>
+
+<p>La piquante <i>Lettre d'un médecin de province</i> figure
+tout entière dans les deux éditions qui servent de
+base à notre travail. 1721 1<sup>re</sup> donne même <i>Révérend
+père jésuite</i>, là où 1754 n'a que les initiales
+R. P. J.</p>
+
+<p>Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des
+éditeurs timorés ont supprimé ou mis en note
+l'énumération des médicaments: la lettre s'arrête
+à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit
+passée.»</p>
+
+<p>Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu
+«Il y a bien des choses que je n'entends pas, etc...»</p>
+
+<p>Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu
+lui-même ces mutilations qu'on ne s'explique
+guère:</p>
+
+<p>«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit
+confié <i>de son vivant</i>» (ce qui est faux) «aux libraires,
+a jugé à propos de faire des retranchements.
+On n'a pas cru devoir en priver le lecteur
+qui les trouvera ici en notes.»</p>
+
+<p>«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C***
+des J***.»</p>
+
+<p>Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la
+Constitution des Jésuites. (Selon d'autres: concernant
+la Banque, ou la Bourse, et la Compagnie
+des Indes.)</p>
+
+<p>«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu
+est ici bien aimable d'excepter les Oraisons
+funèbres de Fléchier.</p>
+
+<p>«Teigne», 1721: <i>tigne</i>.</p>
+
+<p>«<i>Miraculum chymicum, de violenta</i>, etc...»</p>
+
+<p>Miracle chimique, par violente fermentation, avec
+fumée, feu et flamme.</p>
+
+<p>Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion
+de Lallemand; que la fermentation ait lieu,
+avec grande violence, bouillonnement et tonnerre,
+les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les
+sels alcalins: il se fera une évaporation d'esprits
+brûlants. Mettez la liqueur fermentée dans l'alambic;
+vous n'en tirerez rien, et n'y trouverez rien
+sinon un <i>caput mortuum</i> (une drogue inutile et
+impuissante.)</p>
+
+<p>«<i>Lenitivum</i>.»</p>
+
+<p>Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages
+du laxatif Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez:
+faites infuser dans quatre livres d'eau
+ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à moitié;
+pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois
+feuilles du détersif Bauni et du diluant Tamburini.</p>
+
+<p>Faites du tout un lavement.</p>
+
+<p>«<i>Clyster</i>.» 1721-1754: <i>clister</i>.</p>
+
+<p>«<i>In chlorosim</i>, etc...»</p>
+
+<p>Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs
+ou fièvre-amoureuse.</p>
+
+<p>Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du
+révérend Thomas Sanchez <i>De matrimonio</i> (Du
+mariage). Faites infuser dans cinq livres d'eau
+ordinaire.</p>
+
+<p>Faites du tout une tisane apéritive.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754).</p>
+
+<p>Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2<sup>e</sup>
+Marteau (LIX).</p>
+
+<p>«Sa vue qui <i>se</i> porte toujours loin...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: qui porte...</p>
+
+<p>«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté
+d'ôter à celui-là.»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: On aime à donner..., on est charmé
+d'ôter...</p>
+
+<p>«Une mite.»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Mitte</i>...</p>
+
+<p>«L'hiver <i>dernier</i>, je pensai mourir...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: L'hiver <i>passé</i>,...</p>
+
+<p>«On lui suscite...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: On lui suscite<i>ra</i>...</p>
+
+<p>«La constitution <i>de</i> l'empire...</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>des empires</i>...</p>
+
+<p>«Mais ce n'est <i>point</i> assez...</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>pas</i></p>
+
+<p>«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).</p>
+
+<p>«Tes femmes se sont imaginé...»</p>
+
+<p>1721, 1754: se sont imagi<i>nées</i>...</p>
+
+<p>La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait
+devoir les placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur
+aura voulu, en les rassemblant, donner plus
+de corps à la conclusion de son <i>roman</i> et finir
+comme il avait commencé.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).</p>
+
+<p>«Je sais ce qu'il t'écrivit...»</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup> et 1754 portent: je <i>ne</i> sais (qui répond
+moins bien au sens général).</p>
+
+<p>«Avant qu'elles arrivassent...</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup>: qu'elles <i>n</i>'arrivassent...</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de
+1721 2<sup>e</sup> Marteau, et 1730, 3<sup>e</sup> édition, Amsterdam,
+Jacques Desbordes).</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE" id="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"></a>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</h2>
+
+
+<h3>A</h3>
+
+<p><span class="smcap">Abbé</span>. Jeune abbé séduisant
+une actrice. XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Abdias Ibesalon</span>, juif, interroge
+Mahomet sur les animaux
+impurs. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Académie Française</span>. «établissement
+singulier et bizarre»
+inconnu en Perse. Babil éternel,
+manie du panégyrique.
+Quarante têtes pleines de figures,
+de métaphores et d'antithèses.
+LXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Actrices</span>. Elles ne sont point
+cruelles. Lettre d'une actrice à
+laquelle un abbé a ravi son innocence.
+XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Adam</span>. «Dieu met Adam
+dans le paradis terrestre, à
+condition qu'il ne mangera pas
+d'un certain fruit: précepte
+absurde dans un être qui connoîtrait
+les déterminations futures
+des âmes; car enfin un
+tel être peut-il mettre des conditions
+à ses grâces, sans les
+rendre dérisoires?» LXIX.</p>
+
+<p>(Voir Dieu. Prescience.)</p>
+
+<p>Adam a peut-être été sauvé
+d'une catastrophe générale,
+comme Noé le fut du déluge.
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Affranchissement</span>, comblait
+sans cesse les vides de la
+population romaine. CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Afrique</span>, toujours très-inconnue;
+ses côtes ne sont plus ce
+qu'elles étaient sous les Carthaginois
+et les Romains.
+CXIII, CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Agriculture</span>, ses progrès
+intimement liés à ceux du
+commerce et de l'industrie, et
+réciproquement. CXVIII.</p>
+
+<p>Ses revenus inférieurs à ceux
+de l'industrie et de l'art. Un
+fonds ne produit annuellement
+que le vingtième de sa valeur.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Agiotage</span>, ses effets désastreux.
+CXXXII, CXLVI.</p>
+
+<p>(Par arrêt du conseil du
+25 juillet 1719, le papier-monnaie,
+déclaré immuable, fait
+tomber l'or; un créancier, rue
+Quincampoix, tire l'épée contre
+un débiteur qui l'avait remboursé.
+Allusion à ce fait,
+CXLVI.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Ainesse</span>. Le droit d'aînesse,
+invention de la vanité, détruit
+l'égalité des citoyens; il fait
+obstacle à la propagation. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alchimistes</span>. Ils vous offrent
+«pour un peu d'argent le secret
+de faire de l'or.» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alcoran</span>, ses défauts: langage
+de Dieu, idées des hommes.
+XCVIII.</p>
+
+<p>Il ordonne de se soumettre
+aux puissances (allusion à l'Evangile).
+CV.</p>
+
+<p>Il autorise la pluralité des
+femmes. CXV.</p>
+
+<p>Plaidoyer d'une femme contre
+l'Alcoran. CXLI.</p>
+
+<p>Passages de l'Alcoran cousus
+dans les vêtements, comme
+amulette. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alexandre</span> comparé à Gengiskhan.
+LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Algébristes</span> comparés aux
+astrologues. CXXXV.</p>
+
+<p><i>Ibid.</i> Algébriste faiseur de
+<i>système</i>; allusion à Law.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ali</span>, gendre du prophète.</p>
+
+<p>(Dans un certain nombre
+d'éditions du temps <i>Hali</i>; déjà
+en 1721, on imprime <i>Aly</i>.</p>
+
+<p>Prophète des Chiites (Persans).</p>
+
+<p>Son nom est un talisman.
+CXLIII.</p>
+
+<p>Il est «le plus beau de tous
+les hommes;» expressions d'un
+Psaume appliquées au messie.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Allemagne</span>, partagée en un
+nombre infini de petits États.
+CIII.</p>
+
+<p>Les peuples de l'Allemagne
+antique, avant la chute de
+l'empire romain, étaient libres;
+leurs rois n'étaient que des
+chefs à pouvoir limité. CXXXI.</p>
+
+<p>L'empire d'Allemagne «se
+fortifie à mesure de ses pertes.»
+CXXXVI.</p>
+
+<p>Grand vizir d'Allemagne;
+le prince Eugène vainqueur à
+Peterwaradin. CXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alliances</span>. Alliances honorables,
+alliances injustes; alliances
+déshonorantes (celle
+d'un tyran).</p>
+
+<p>Il est juste et légitime de secourir
+un allié. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ambassadeur</span>. Faux ambassadeur
+de Perse à la cour de
+France XCII.</p>
+
+<p>Nargum, ambassadeur de
+Perse en Russie. LI, LXXXII.</p>
+
+<p>Ambassadeur du grand Mogol
+(d'Espagne) expulsé du
+royaume. CXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ambroise</span>, sa conduite à l'égard
+de Théodose. LXI.</p>
+
+<p>(Comparez Spinoza, <i>Tractatus
+theologico-politicus</i>, cap.
+19.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Ame</span>, entièrement liée au
+corps et soumise aux influences
+physiques, XXXIII.</p>
+
+<p>«Ouvrière de sa détermination»
+l'âme, devant la prescience
+divine, ne serait pas
+plus libre qu'une boule de billard.
+LXIX.</p>
+
+<p>Gens qui croient à l'immortalité
+de l'âme par semestre.
+LXXV.</p>
+
+<p>Les livres juifs enseignent
+que la femme n'a pas d'âme.
+CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Amérique</span>, avait été découverte
+par les Carthaginois;
+très-dépeuplée, CXIII, par la
+barbarie des conquérants espagnols.
+CXXII.</p>
+
+<p>Vainement y introduit-on
+des esclaves; elle ne profite
+point des pertes de l'Afrique.
+CXIX.</p>
+
+<p>Indigènes et nègres y périssent
+par milliers dans les mines.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Amitié</span>. presque inconnue
+aux Asiatiques. XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Amour</span>. «Dans le nombreux
+sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu
+l'amour et l'ai détruit par lui-même.»
+La polygamie éteint
+l'amour. VI. LVI.</p>
+
+<p>L'amour, chez les musulmans,
+est amorti par la pluralité des
+femmes. LVI.</p>
+
+<p>L'amour chez les Espagnols.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>L'amour dans le paradis des
+femmes. CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Amulettes</span>, passages de
+l'Alcoran, noms sacrés cousus
+dans les vêtements des fidèles
+musulmans. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anais</span>, ses aventures dans le
+paradis des femmes, et la vengeance
+qu'elle exerce sur son
+mari, qui l'a tuée. CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anatomie</span>. Noms barbares
+qu'elle donne aux parties du
+corps. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anatomiste</span>. soupçonné,
+dans son quartier, du meurtre
+de tous les chiens qui disparaissaient.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anciens et Modernes</span>.
+Querelles sur le mérite d'Homère.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anges</span>. Ils demandent à élever
+Mahomet enfant. XXXIX.</p>
+
+<p>Chrétiens et musulmans rendent
+un culte aux bons anges
+et se méfient des mauvais.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anglais</span>. Ils limitent l'autorité
+de leurs rois. Leur humeur
+et leurs raisonnements sur le
+pouvoir. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angleterre</span>. Son histoire
+pleine de discordes d'où sort la
+liberté.</p>
+
+<p>Ses rois toujours chancelants
+sur un trône inébranlable.</p>
+
+<p>Nation qui, maîtresse de la
+mer, mêle le commerce avec
+l'empire. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Antiquaire</span>. Lettre et manies
+innocentes d'un antiquaire
+malin. CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Aphéridon</span>, Guèbre qui
+épouse sa s&oelig;ur: ses aventures.
+LXVII.</p>
+
+<p>(Féridun, Zend <i>Thaethraona</i>,
+sanscrit <i>Tritâna</i>, de <i>Trita</i>,
+l'une des plus anciennes divinités
+solaires des peuples
+aryens).</p>
+
+<p><span class="smcap">Aragon</span>. Les états d'Aragon
+et de Catalogne, en 1610,
+discutent quelle sera la langue
+employée dans les délibérations.
+CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arche</span>. Légendes sur l'arche
+de Noé. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Argent</span> (vif), employé contre
+les exhalaisons malignes. CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arétin</span>, ses figures recommandées
+contre les pâles couleurs.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Aristote</span>. Le médecin de
+province fait entrer sa logique
+dans un purgatif, ses catégories
+dans un remède contre la
+gale. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Armées</span>. Différence des armées
+d'Orient et des troupes
+européennes. XC.</p>
+
+<p>L'avantage est du côté du
+prince qui est à la tête des armées.
+CIII.</p>
+
+<p>Les armées, instrument nécessaire
+de la tyrannie, surtout
+en Orient. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Arméniens</span>. Leurs caravanes
+qui partent «tous les jours»
+de Smyrne pour Ispahan, transportent
+en Perse les lettres venues
+de Marseille. XXVII.</p>
+
+<p>Marchands d'esclaves.
+LXXX.</p>
+
+<p>Quelques ministres de Cha-Soliman
+voulaient les expulser
+de Perse, s'ils ne se faisaient
+mahométans. (Allusion à l'édit
+de Nantes.) LXXXVI.</p>
+
+<p>Transportés par Cha-Abbas
+dans la province de Guilan, ils
+y périrent par milliers. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arrêt</span> qui permet de prononcer
+la lettre Q au gré de
+chacun. CX.</p>
+
+<p>A. du C. (Arrêts du conseil.)
+concernant la B. et la C. des I.
+ou J. (Ordinairement traduit:
+concernant la Bulle et la Constitution
+des Jésuites: Barbier
+préfère: concernant la Bourse
+et la Compagnie des Indes.)
+Purgatif violent. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arts</span>. Mauvais usage des
+arts. CVI.</p>
+
+<p>Où nous entraînerait la perte
+des arts? Les barbares ont appris
+les arts des vaincus. CVII.</p>
+
+<p>Nécessité des arts. L'oisiveté
+et la mollesse incompatibles
+avec les arts. Les arts à Paris.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Ascétiques</span>. Inutilité des livres
+de cette espèce. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Asie</span>, dépeuplée, CXIII; toujours
+livrée au despotisme.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Asie-Mineure</span>, singulièrement
+déchue de son antique
+prospérité. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Astarté</span>, Guèbre qui épousa
+son frère: ses aventures.
+LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Asthmè</span>. Pour le guérir, lisez
+les périodes du père Maimbourg.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Astrologie judiciaire</span>, est
+tenue en honneur chez les Persans
+et les Orientaux. Rica
+croit fermement au concours
+des astres. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Auteurs</span>. Vanité des auteurs,
+leur impatience de la
+critique.</p>
+
+<p>Plus jaloux de leurs ouvrages
+que de leurs épaules. CIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Automates</span>, les animaux;
+allusion au système de Descartes.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Autorité</span>. «Quand une fois
+l'autorité violente est méprisée,
+il n'en reste plus assez à personne
+pour la faire revenir.»
+LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Averroes</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Aveugles</span>. La vie aux
+Quinze-Vingts.</p>
+
+<p>Habileté des aveugles à se
+conduire dans Paris. XXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Avicenne</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Avocats</span>. «Livres vivants,»
+ils travaillent pour les juges et
+se chargent de les instruire,
+parfois aussi de les tromper.
+LXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Avortement</span>. Crime sévèrement
+puni par les lois européennes.</p>
+
+<p>Abus qu'en font les femmes
+sauvages. CXXI.</p>
+
+
+<h3>B</h3>
+
+<p><span class="smcap">Babyloniens</span>. Autorité de la
+femme établie chez eux par
+une loi en l'honneur de Sémiramis.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bachas</span>. Ils achètent leurs
+emplois et, ruinés, ruinent les
+provinces. XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Badinage</span> «naturellement
+fait pour les toilettes... semble
+être venu à former le caractère
+général de la nation.»
+LXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Balk</span> (Bactres), ville sainte
+où les Guèbres honoraient le
+soleil. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Banque</span>. Ses actions. Projets
+financiers du ministère en
+1719. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Baptême</span>, comparé aux ablutions
+musulmanes. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Barbares</span>. Ils ont appris les
+arts ou les ont fait exercer aux
+vaincus. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Barbarie</span>. Ses côtes, florissantes
+sous les Carthaginois et
+les Romains, ont été dépeuplées
+et stérilisées par le mahométisme.
+CXIII, CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Barbe</span>. Pierre I<sup>er</sup> et la barbe
+de ses sujets. LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bataille</span>. La terreur panique
+d'un seul soldat en décide
+quelquefois. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bâtiments</span>. Magnificence de
+Louis XIV dans ses constructions.
+XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Batuecas</span>. Tribu des montagnes
+d'Espagne, mal connue
+des Espagnols eux-mêmes.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Béatitude Éternelle</span>.
+Croyance défavorable à la propagation
+de l'espèce. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Beauté</span>. Beauté des Persanes.
+XXXIV.</p>
+
+<p>Beauté d'une esclave de Circassie,
+achetée à des Arméniens.
+LXXX.</p>
+
+<p>Beauté d'une femme jaune de
+Visapour. XCVII.</p>
+
+<p>Empire naturel et universel
+de la beauté. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Beaux esprits</span>. Ils s'amusent
+aux choses puériles.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Beiram</span>. Appartement des
+femmes. Sérail du roi (de
+Perse). Toute esclave qui y
+entre devient mahométane.
+LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bénéfices</span>. «Qui voudroit
+nombrer tous les gens de loi
+qui poursuivent le revenu de
+quelque mosquée...» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ben Josué</span>, juif, prosélyte
+musulman. XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bibliothécaire</span>. Portrait
+d'un moine bibliothécaire. Ses
+conversations avec Rica.
+CXXXIV-CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bibliothèques</span>. Comment
+elles sont administrées par les
+dervis. CXXXIII.</p>
+
+<p>Voyage dans une grande bibliothèque
+à Paris. CXXXIII-CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bienfait</span>. Tout homme est
+capable de faire du bien à un
+homme: mais c'est ressembler
+aux dieux que de contribuer
+au bonheur d'une société tout
+entière. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Boissons</span>. Celles qui abrutissent.</p>
+
+<p>Celles qui égayent et consolent,
+permises aux musulmans.
+XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Boîtes</span> où l'on enferme les
+femmes de la Perse au passage
+des rivières. III.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bombés</span>. Leur invention a
+ôté la liberté à tous les peuples
+de l'Europe. CVI.</p>
+
+<p>Défense des bombes. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bonheur</span>. Réside-t-il dans
+les satisfactions des sens ou
+dans la pratique de la vertu?
+X.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bonne foi</span>. Doit être l'âme
+d'un grand ministre. CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bons mots</span> préparés d'avance
+et lancés à l'aide d'un
+compère. LIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bonzes</span>, confondus avec les
+brahmanes. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bourgeois</span>. Ont perdu la
+garde de leurs villes. CVI.</p>
+
+<p>Sous quel prétexte les princes
+la leur ont retirée. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Boussole</span>. Que nous a servi
+l'invention de la boussole? CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Brahma</span> récompense le suicide
+des veuves. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Brahmane</span>. Croit à la métempsychose,
+mais admet qu'on
+mange un animal quand on ne
+l'a pas tué soi-même. XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bulles</span>, purgatif violent.
+CXLIII.</p>
+
+
+<h3>C</h3>
+
+<p><span class="smcap">Cabale</span>. Panthéisme mystique
+des Juifs.</p>
+
+<p>Pratiquée par un médecin de
+province. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Café</span> (<span class="smcap">et cafés</span>.) Très en
+usage à Paris, donne de l'esprit
+à ceux qui le prennent
+dans certains établissements.
+On y joue aux échecs. XXXVI.</p>
+
+<p>Conversations que l'on y entend.
+CXXIX, CXXX, CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cambyse</span> a établi en Perse le
+mariage de la s&oelig;ur et du
+frère. LXVII.</p>
+
+<p>A quelle jambe a-t-il été
+blessé? CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cappadociens</span>. Ils refusèrent
+la liberté que leur offraient
+les Romains. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capucins</span>. Conversation de
+Rica et d'un provincial de capucins.
+XLIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Carthage</span>. République dont
+on ignore les origines; rivale
+de Rome. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Carthaginois</span>, avaient découvert
+l'Amérique. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Casbin</span>. Ville et monastère
+en Perse. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Casuistes</span>. Leur habileté à
+faire passer les péchés du mortel
+au véniel. «Il y a un tour
+à donner à tout.» LVII.</p>
+
+<p>Ils mettent au jour les secrets
+de la nuit. Ingéniosité
+voluptueuse, crudité et danger
+de leurs ouvrages. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Castro</span> (Jean de), «fameux
+général portugais.» XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Catalogne</span>. États d'Aragon
+et de Catalogne, 1610. Discussion
+préalable sur la langue à
+employer dans les délibérations.
+CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Catholicisme</span>. Son infériorité
+sociale devant le protestantisme.</p>
+
+<p>Dans l'État de l'Europe, il
+n'est pas possible qu'il y subsiste
+cinq cents ans. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Catholiques</span>. Les pays catholiques
+moins riches, moins
+actifs, moins peuplés que les
+pays protestants. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Caussin</span> (le P.), jésuite, né à
+Troyes en 1543, confesseur
+de Louis XIII, exilé par Richelieu.</p>
+
+<p>Sa <i>Cour sainte</i>, livre de
+piété en 4 volumes in-4, est recommandée
+comme somnifère
+à un homme qui ne dormait
+pas depuis trente-cinq jours.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Célibat</span>. Les filles esclaves
+condamnées à la virginité dans
+le sérail. CXV.</p>
+
+<p>Les Romains établissaient
+des peines sévères contre le
+célibat.</p>
+
+<p>Les chrétiens le proclament
+supérieur au mariage. CXVII.</p>
+
+<p>Nombre prodigieux de catholiques
+faisant profession de
+célibat.</p>
+
+<p>Le célibat ecclésiastique est
+plus nuisible à la propagation
+que la castration même.</p>
+
+<p>Habitude des familles de
+vouer un de leur membre au
+célibat religieux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Cellamare</span> (conspiration de),
+allusions, CXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cérémonies</span>. Leur importance
+secondaire en religion.
+XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">César</span>, opprima la république
+romaine et la soumit à un
+pouvoir arbitraire. Suites de
+son crime. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cha-Abbas</span>, se serait fait
+couper les deux bras plutôt que
+de signer l'édit de Nantes et
+«d'envoyer au Mogol et aux autres
+rois des Indes ses sujets les
+plus industrieux.» LXXXVI.</p>
+
+<p>Voulant priver les Turcs de
+soldats sur leurs frontières, il
+transporta vingt milles familles
+arméniennes dans la province
+de Guilan. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chahban</span>, mois ardent.
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chansons</span>. Influence des
+chansons sur les frondeurs.
+CXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chapelain</span>, bon contre la
+gale, la teigne, etc. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chapelet</span>. «Heureux celui
+qui a toujours prié Dieu avec
+de petits grains de bois à la
+main!» XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chardin</span>, célèbre voyageur
+en Perse. LXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Charles XII</span>, tué devant une
+place assiégée en Norwége
+(Frédéricshall). CXXXVII.
+(<i>Esprit des lois</i>.) X, 13.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chartreux</span>. Espèce de dervis
+taciturnes. LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cha-Soliman</span>. Quelques ministres
+de ce prince avaient
+voulu expulser de Perse tous
+les Arméniens (allusion à l'édit
+de Nantes). LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chat</span>, sorti du nez du lion.
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Châtiments</span>. Les châtiments
+dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI.
+(Voir Peines.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Chaussures</span>. Les hauts talons.
+C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chauvinisme</span>. «Depuis le
+commencement de la monarchie,
+les Français n'ont jamais
+été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.)
+CXXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chimie</span> (alchimie?), quatrième
+fléau qui ruine les hommes
+et les détruit en détail (?).
+CVI.</p>
+
+<p>Elle habite tantôt l'hôpital,
+tantôt les Petites-Maisons.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chine</span>. Deux fois conquise
+par les Tartares. LXXXII.</p>
+
+<p>Les Chinois pensent que
+leurs pères, anéantis dans le
+Tyen, revivent en eux sur la
+terre. De là, propagation de
+l'espèce. CXX.</p>
+
+<p>Ils honorent leurs parents
+comme des dieux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Un conquérant de la Chine
+obligea ses sujets à se rogner
+les cheveux ou les ongles. LXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chlorose</span>, doit céder à un
+tonique où entreront des figures
+d'Arétin et des passages
+de Sanchez. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chrétiens</span> (vieux). Ce que
+c'est que les «vieux chrétiens»
+en Espagne et Portugal. Leur
+orgueil. LXXVIII.</p>
+
+<p>Les chrétiens cultivent les
+terres en Turquie et sont persécutés
+par les Pachas. XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Christ</span>. Pas de royaume où
+il y ait eu tant de guerres civiles
+que dans celui du Christ.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Christianisme</span>. Il rend tous
+les hommes égaux, mais n'empêche
+pas les rois chrétiens
+d'autoriser la traite des nègres.
+LXXV.</p>
+
+<p>Il est peu favorable à la propagation
+de l'espèce humaine.
+CXV.</p>
+
+<p>Ses rapports avec le mahométisme
+au point de vue des
+croyances. XXXV.</p>
+
+<p>Ses vices sociaux: interdiction
+du divorce; création
+d'eunuques des deux sexes;
+exaltation du célibat. CXV,
+CXVII, CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Christine</span> (de Suède), abdique
+la couronne pour se donner
+à la philosophie. CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Circassie</span>, pays des belles
+esclaves. LXXX, XCVII.</p>
+
+<p>Royaume grand et dépeuplé.
+CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Circoncision</span>. Ablation d'un
+«petit morceau de chair.»
+XLVI.</p>
+
+<p>Mesure sanitaire qui délivre
+l'homme de l'impureté. XXXIX.</p>
+
+<p>Mahomet est né circoncis.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Climats</span>. Ils fixent les tempéraments.</p>
+
+<p>On n'en sort pas impunément.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cloître</span>. Cinq ou six mots
+d'une langue morte y assurent
+une vie tranquille. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Clyster</span> (composition d'un).
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coiffeuses</span>. Supériorité
+des coiffeuses françaises. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coiffures</span>. Variations des
+coiffures françaises. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Colonies</span>. Elles affaiblissent
+la mère-patrie sans peupler le
+pays où on les établit. CXXII.</p>
+
+<p>Les colonies grecques apportèrent
+avec elles un esprit de
+liberté. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Colonisation</span>. L'auteur y
+est peu favorable et n'y voit,
+sauf exception, qu'une cause
+de dépopulation intérieure et
+extérieure. CXXII.</p>
+
+<p>Il voudrait la borner à l'occupation
+de places pour le
+commerce. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Com</span>. (Ville de).</p>
+
+<p>C'est là qu'est le «tombeau
+de la Vierge qui a mis au
+monde douze prophètes.» Lettres
+I, XVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Commentateurs</span>. Armée effroyable
+des glossateurs, de
+commentateurs, jurisconsultes.
+CI.</p>
+
+<p>Ils peuvent se dispenser d'avoir
+du bon sens. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Commerce</span>. Plus il y a
+d'hommes, plus il fleurit; plus
+il fleurit, plus il y a d'hommes.
+CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Communisme</span>. Montesquieu
+semble avoir attribué quelques
+avantages à l'indivision: «Le
+peuple Troglodyte se regardoit
+comme une seule famille: les
+troupeaux étoient presque toujours
+confondus; la seule peine
+qu'on s'épargnoit ordinairement,
+c'étoit de les partager.»
+Lettre XII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Compères</span>. Le rôle des compères
+dans les conversations
+du monde. LIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Compilateurs</span>. Contre leurs
+plagiats stériles. LXVI.</p>
+
+<p>Les compilateurs de lois et
+d'ordonnances. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conception</span>. Mahomet ne
+veut pas que la femme conçoive
+dans l'état d'impureté.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Confesseur</span>, son rôle près
+d'un vieux et d'un jeune roi.
+CVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Congrès</span>. «Épreuve aussi
+flétrissante pour la femme qui
+la soutient que pour le mari
+qui y succombe.» LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conquête</span>. «La conquête
+ne donne point un droit par
+elle-même.» XCVI.</p>
+
+<p>Funestes nécessités de la
+conquête lorsqu'elle est lointaine:
+extermination des vaincus
+et épuisement des vainqueurs.
+CXXII.</p>
+
+<p>Les conquêtes des Espagnols
+marquées par la ruine des campagnes.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conscience</span>. Inhumanité de
+ceux qui affligent la conscience
+des autres. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conseils</span>. Six ou sept conseils
+remplaçant les ministres
+ont pu sagement administrer
+la France. CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Consolations</span>. Vanité de
+celles qu'on tire «de la nécessité
+du mal, de l'inutilité des
+remèdes, de la fatalité du destin,
+de l'ordre de la providence.»
+XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conspirations</span> fréquentes
+en Orient. Pourquoi? CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Constantinople</span> menacée
+de dépopulation par la polygamie.
+CXV.</p>
+
+<p>Les transports de peuples
+qu'on y a faits n'ont jamais
+réussi. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Constitution</span> (Bulle de
+1710) mal accueillie par les
+Français, surtout par les femmes.
+Louis XIV l'accepte.
+XXIV.</p>
+
+<p>Les constitutions des papes,
+adoptées par la jurisprudence
+française. CI.</p>
+
+<p>Influence de la constitution
+du corps sur les croyances religieuses.
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conte persan</span>. Anaïs dans
+le paradis. CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Continence</span>. Chez les chrétiens,
+c'est la vertu par excellence
+(bien que le mariage soit
+saint: contradiction); elle a
+anéanti plus d'hommes que les
+pestes et les guerres les plus
+sanglantes. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conversation</span>. Influence
+qu'ont dans les conversations
+les choses inanimées, bruit du
+carrosse et du marteau, habit
+brodé, perruque blonde, tabatière,
+canne, gants. LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coquetterie</span>. «Un peu de
+coquetterie est un sel qui pique
+et prévient la corruption.»
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Corps</span>. Les grands corps
+s'attachent aux minuties, aux
+vains usages. CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Corruption</span> remarquée dans
+les Indes (en France), &oelig;uvre
+du système de Law. Peinture
+énergique des hontes de l'agiotage.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cosrou</span>, eunuque blanc
+amoureux de Zélide. LIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cour</span>. La vertu et la sincérité
+y sont périlleuses. Lettre
+VIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Courbe</span> selon laquelle un
+vaisseau doit être taillé.
+XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Courouc</span>. Ordre qui, en
+Perse, écarte les hommes du
+passage des femmes de qualité.
+XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Courtisans</span>. Par quels services
+ils gagnent des libéralités
+des princes, CXXV, et leurs
+faveurs, notamment celles de
+Louis XIV. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coutumes</span>. Multiplicité des
+coutumes des provinces en
+France. La plupart rédigées
+d'après le droit romain. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Couvent</span>. Famille éternelle
+où il ne naît personne; gouffre
+où s'ensevelissent les races futures.
+CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Création</span>. Peut-on croire
+qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a
+6,000 ans? Plus tôt, Dieu n'a-t-il
+pas voulu? n'a-t-il pas pu?
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cuisiniers</span>. Le goût des
+cuisiniers français règne du
+septentrion au midi. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Czar</span>, son autorité despotique.
+LI.</p>
+
+
+<h3>D</h3>
+
+<p><span class="smcap">Débiteurs</span> avares qui ruinent
+leurs créanciers par des
+payements fictifs. CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Décadence romaine</span>. Passage
+qui contient en germe
+un des chefs-d'&oelig;uvre de Montesquieu.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Décisionnaire</span>. Homme
+content de lui qui tranche sur
+tout, morale, science, histoire,
+nouvelles. LXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Défense</span>. Elle rend la guerre
+légitime. Quand un traité a
+privé une société de «sa défense
+naturelle,» elle peut la
+reconquérir par la guerre.
+XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Déluge</span>. Hypothèses de plusieurs
+déluges. CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dépopulation</span>. Catastrophe
+insensible.</p>
+
+<p>Elle croît depuis les temps
+les plus reculés, dans tous les
+pays du monde connu. CXIII.</p>
+
+<p>Ses causes physiques, CXIV,
+et morales, CXV, dans les
+pays musulmans, CXVI, et
+chrétiens, CXVII, CXVIII; en
+Afrique et en Amérique,
+CXIX; chez les sauvages,
+CXXI; dans les colonies,
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dervis</span> (Lisez prêtres ou
+moines.) LVII;</p>
+
+<p>Dervis taciturnes: Chartreux
+LXXXIII.</p>
+
+<p>On souhaiterait que les dervis
+«<i>se retranchassent</i> tout
+ce que leur profession leur
+rend inutiles.» <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Société de gens avares qui
+prennent tout et ne rendent
+rien. Les dervis catholiques
+accaparent les richesses de
+l'État, paralysent la circulation,
+le commerce et les arts.
+CXVIII.</p>
+
+<p>Comment ils administrent
+leurs bibliothèques. CXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Déserts</span>. Pays déserts par
+vice de nature ou destruction
+de peuples. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Désespoir</span>. Il égale la faiblesse
+à la force. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Désirs</span>. Malheur d'une femme
+qui a des désirs violents
+lorsqu'elle est privée de celui
+qui peut seul les satisfaire.
+VII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Despote</span>, <span class="smcap">despotisme</span>. Le
+despote menacé par l'excès
+même de son autorité. LXXXII,
+CIII.</p>
+
+<p>Le despotisme tue l'émulation,
+XC; conduit au régicide
+impuni. CIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Devins</span>. Ils vous diront toute
+votre vie, «pourvu qu'ils
+aient eu un quart d'heure de
+conversation avec vos domestiques.»
+LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dévot</span>. Dévot ou incrédule
+par accès, caractère du chrétien.
+LXXV.</p>
+
+<p>«Si dévots qu'ils sont à
+peine chrétiens» (les Espagnols).
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Le dévot adore tout ce qu'il
+vénère, attribue à de petites
+pratiques monacales la même
+efficacité qu'aux sacrements.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Dictionnaire</span>. Le dictionnaire
+de Furetière et celui de
+l'Académie. LXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Didon</span>. On ignore la suite
+des princes africains depuis
+Didon. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dieu</span>. Les hommes le font à
+leur image. Dieux nègres, Vénus
+hottentote; «si les triangles
+faisoient un dieu, ils lui
+donneroient trois côtés.» LIX.</p>
+
+<p>«Ils ont fait une énumération
+de toutes les perfections
+différentes que l'homme est
+capable d'avoir et d'imaginer,
+et en ont chargé l'idée de la
+divinité.»</p>
+
+<p>Quoique tout-puissant, Dieu
+«ne peut pas violer ses promesses,
+ni tromper les hommes.»</p>
+
+<p>Comment pourrait-il prévoir
+ce qui n'est pas encore?</p>
+
+<p>La prescience divine est discutée
+et discutable. Peut-être
+n'est-elle qu'intermittente,
+quand Dieu veut qu'une chose
+arrive. En tout cas elle est
+contradictoire et supprime la
+liberté, le mérite et le démérite,
+tels que les métaphysiciens
+les définissent. LXIX.</p>
+
+<p>«Dieu est si haut que nous
+n'apercevons pas même ses
+nuages.» LXIX.</p>
+
+<p>Dieu défend-il le suicide?
+LXXVI.</p>
+
+<p>S'il y a un Dieu, il faut qu'il
+soit juste... Il serait le plus
+méchant de tous les êtres puisqu'il
+le serait sans intérêt.</p>
+
+<p>Docteurs qui représentent
+Dieu tantôt comme un être
+mauvais, tantôt comme un être
+qui hait le mal. LXXXIV.</p>
+
+<p>Comment comprendre que
+Dieu ait différé, durant toute
+l'éternité, la création du monde?&mdash;Il
+n'y a point en lui de
+succession. CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Directeur</span>. Portrait du
+directeur de consciences.
+XLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Discours</span> prononcé par un
+général de la Fronde. CXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Disgrâce</span>. Pour un Persan,
+la disgrâce du prince, c'est la
+mort. Aussi les révoltes coûtent-elles
+peu aux Orientaux.</p>
+
+<p>Pour les grands d'Europe, la
+disgrâce n'est que défaveur,
+exil. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dissimulation</span>. Art nécessaire
+et pratiqué chez les Asiatiques.
+LXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Distinction</span>. Procédé jésuitique,
+raillé. XXIX.</p>
+
+<p>Les distinctions des avocats
+ou des scolastiques. XXXVI.</p>
+
+<p>Une «distinction» sur un
+morceau de papier, remède
+contre la gale, la gratelle, etc.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Divorce</span>. Autorisé par le
+paganisme. CXV.</p>
+
+<p>Il contribuait à l'attachement
+mutuel CXVII.</p>
+
+<p>Son interdiction peu judicieuse
+relâche les liens que le
+christianisme prétend resserrer,
+et porte atteinte à la fin du
+mariage. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Elle engendre la froideur
+dans le ménage, livre aux filles
+de joie l'homme dégoûté d'une
+épouse éternelle et nuit à la
+propagation de l'espèce. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Docteurs</span> qui représentent
+Dieu comme un être qui fait
+un exercice tyrannique de sa
+puissance, etc. LXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Don Quichotte</span>. Le seul des
+livres espagnols «qui soit bon
+est celui qui a fait voir le ridicule
+de tous les autres.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit barbare</span>. Lois franques,
+etc., abandonnées pour le
+droit romain. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit canon</span>. Constitutions
+des papes (Décrétales), adoptées
+par les Français. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Droit civil</span>. Il règle les affaires
+des particuliers.</p>
+
+<p>Identité rationnelle du droit
+civil et du droit public. XCV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit coutumier</span> presque
+toujours modifié selon le droit
+romain. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit des gens</span> (voyez Droit
+public), doit prohiber les inventions
+meurtrières. CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit public</span> faussé par les
+passions des princes, la patience
+des peuples, la flatterie
+des écrivains; science qui apprend
+aux princes jusqu'à quel
+point ils peuvent violer la justice.
+XCV.</p>
+
+<p>Le droit public devrait être
+considéré comme un droit civil
+étendu au monde entier. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Il est plus connu en Europe
+qu'en Asie. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Sanctions du droit public:
+la guerre; les représailles; la
+suppression des avantages mutuels;
+la renonciation aux alliances.
+XCVI.</p>
+
+<p>Les principes du droit public
+sont ceux du droit privé. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Droit romain</span>. Fond du droit
+français, rédigé en partie par
+les Byzantins. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droits</span> surannés rétablis au
+détriment du peuple par les
+fauteurs d'intrigues princières.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Duel</span>. Edit de Louis XIV
+contre les duels, loué par un
+homme qui «reçut cent coups
+de bâton pour ne le pas violer.»
+LIX.</p>
+
+<p>Contradiction entre les lois
+de la nation et les lois de
+l'honneur.</p>
+
+<p>Inutilité et injustice des lois
+sur le duel. XCI.</p>
+
+<p>Sottise du duel, qui met le
+droit à la merci de la force ou
+de l'adresse corporelle.</p>
+
+<p>Injustice du duel par champions.</p>
+
+<p>Rôle des seconds.</p>
+
+<p>Le duel survit à toutes les
+interdictions et à toutes les
+peines. <i>Ibid.</i> XCI.</p>
+
+
+<h3>E</h3>
+
+<p><span class="smcap">Eau</span> froide pour les ablutions
+du matin. XLVI.</p>
+
+<p>Manque à Venise pour les
+purifications musulmanes.</p>
+
+<p>(Voir Venise.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Ecclésiastiques</span>. On leur
+demande de prouver ce qu'on
+est résolu de ne pas croire.
+LXI, LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ecriture sainte</span>. Tortures
+que lui infligent les glossateurs
+ecclésiastiques. CXXXIV.</p>
+
+<p>Diversité des interprétations.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Edit de Nantes</span>. «En proscrivant
+les Arméniens (les protestants),
+on pensa détruire en
+un seul jour tous les négociants
+et presque tous les artisans
+du royaume.»</p>
+
+<p>Coup porté à l'industrie par
+la dévotion. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Education</span>. Tristes résultats
+de celle que les enfants, en
+Orient, reçoivent des esclaves.
+XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Education des femmes</span>. Entre
+les hommes et les femmes,
+«les forces seroient égales si
+l'éducation l'étoit aussi.»
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Egalité</span>. L'égalité civique,
+amenant l'égalité des fortunes
+porte l'abondance et la vie dans
+toutes les parties du corps politique.
+CXXIII.</p>
+
+<p>Chez les Guèbres la femme
+était l'égale de son mari.
+LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eglise</span>. L'histoire de l'Église
+et des Papes, faite pour
+édifier, produit l'effet contraire.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Egypte</span> dépeuplée. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Egyptiens</span>. Autorité de la
+femme établie chez eux par
+une loi en l'honneur d'Isis.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eléphant</span>. Ses ordures font
+pencher l'arche et engendrent
+le pourceau. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Emollients</span>. Molina, Escobar,
+Vasquez, etc., en clystère.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Empire romain</span>. Gouvernement
+militaire et violent sous
+lequel gémit l'Europe. CXXXI.</p>
+
+<p>Démembré par les barbares.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Empire d'Allemagne</span> (voyez
+Allemagne).</p>
+
+<p><span class="smcap">Empires</span> comparés à un arbre
+dont les branches trop
+étendues ôtent le suc du tronc.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants</span>. Les enfants nés
+dans la misère, ou issus de
+mariages précoces, meurent en
+bas-âge ou forment des générations
+étiolées. CXXIII.</p>
+
+<p>Tout enfant né dans le mariage
+est censé être au mari.
+LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Enrhumé</span>. «Tout Espagnol
+qui n'est pas enrhumé ne saurait
+passer pour galant.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eole</span>. Fils qu'il eut d'une
+nymphe de la Calédonie (Law),
+et auquel il apprit l'art d'enfermer
+du vent dans des outres.</p>
+
+<p>Voyages de ce fils en compagnie
+du dieu du hasard; son
+séjour en Bétique (France); ses
+discours; il escamote la fortune
+des crédules auditeurs.
+CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epée</span> (gens d'), méprisent les
+gens de robe, qui le leur rendent.
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epigrammes</span>. Petites flèches
+déliées qui font une plaie profonde.
+CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Episodes intercalés</span>. Les
+Troglodytes. XI-XIV.</p>
+
+<p>Aphéridon et Astarté.
+LXVII.</p>
+
+<p>L'immortelle Anaïs. CXLI.</p>
+
+<p>Fragments d'un mythologiste.
+CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epitaphe</span> d'un Français
+mort de lassitude en la soixantième
+année de son âge.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epopées</span>. Les connaisseurs
+disent qu'il n'y en a que deux
+et qu'on n'en peut plus faire.
+CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Equité</span>. «Libres que nous
+serions du joug de la religion,
+nous ne devrions pas l'être de
+celui de l'équité.» LXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Erivan</span>, ville où s'achètent les
+esclaves géorgiennes et circassiennes.
+LXXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Erzeron</span> (Erzeroum), ville
+de Turquie d'Asie. Lettres IV,
+V, VI, XVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esclavage</span> aboli par les rois
+dans leurs États, rétabli dans
+leurs conquêtes. Pour quelles
+raisons? LXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esclaves</span>. Leur dégradation
+morale; danger de leur fréquentation.
+XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esclaves romains</span>. Leur
+multiplication favorisée; leur
+pécule, leurs industries; aisance
+dans la servitude, espoir
+de liberté; affranchissement et
+libération. CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Escobar</span>. Casuiste espagnol
+(XVI<sup>e</sup>-XVII<sup>e</sup> siècles). Emollient.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Espagne</span>, <span class="smcap">espagnols</span>. Espagnols
+et Portugais, deux peuples
+qui «méprisant tous les
+autres, font aux seuls François
+l'honneur de les haïr.» Orgueilleux,
+ennemis de tout travail,
+amoureux, dévots jusqu'à enfermer
+leurs femmes avec un novice
+ou un franciscain; jaloux;
+leurs politesses bizarres; leur
+ignorance. Extravagance de
+leurs livres. LXXVIII.</p>
+
+<p>L'abaissement de l'Espagne
+correspond aux progrès du protestantisme.
+CXVIII.</p>
+
+<p>L'inquisition en Espagne.
+XXIX, LXXVIII.</p>
+
+<p>Dépopulation. CXIII.</p>
+
+<p>L'expulsion des maures.
+CXXII.</p>
+
+<p>Les Espagnols ont été logiquement
+conduits à massacrer
+les indigènes de leurs colonies.</p>
+
+<p>Ils n'ont pu repeupler l'Amérique
+dévastée par eux. Au
+lieu de passer aux Indes, ils
+feraient mieux de rappeler en
+Espagne tous les métis et tous
+les indiens. CXXII.</p>
+
+<p>Dans l'Espagne, ou Hespérie,
+au temps des colonies
+grecques, on ne voit guère de
+monarchies. CXXXI.</p>
+
+<p>Résumé de l'histoire d'Espagne.
+Expulsion des princes
+mahométans. Eclat momentané,
+fausse opulence. La nation
+vit sur l'orgueil de son
+passé. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esprit</span> (homme d'). Portrait
+de l'homme d'esprit, ses défauts,
+ses ennuis. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Estomac</span>, son influence sur
+l'intensité des croyances religieuses.
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">États</span>. Il y a en France
+trois états: église, épée, robe,
+qui se méprisent mutuellement.
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">États</span>. Les plus puissants
+États de l'Europe sont l'Empire,
+la France, l'Espagne et
+l'Angleterre. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques</span>. Leurs fonctions,
+devoirs; situation dans le sérail.
+II, XV.</p>
+
+<p>Plaintes contre leur autorité.
+IV, VII, IX, CLVI-CLIX.</p>
+
+<p>Leur état détruit l'effet des
+passions sans en éteindre la
+cause, IX; leur jalouse impuissance,
+leurs souffrances. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Confiance et mépris de leurs
+maîtres. XXI.</p>
+
+<p>Leur position entre les deux
+sexes. XXII.</p>
+
+<p>Leurs mariages. LII,
+LXVII.</p>
+
+<p>Ils n'ont pas sur leurs femmes
+la même autorité que les
+autres maris. LXVII.</p>
+
+<p>Leur multitude en Asie est
+une cause de dépopulation.
+CXV.</p>
+
+<p>Voir encore CXLVII-CLXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques</span> (blancs). L'eunuque
+blanc n'a pas d'accès près
+des femmes; Nadir, eunuque
+blanc, trouvé seul avec Zachi,
+est menacé de mort par Usbek.
+XXI.</p>
+
+<p>Le chef des eunuques blancs
+sévèrement blâmé. XXII.</p>
+
+<p>Passion de Cosrou, eunuque
+blanc, pour Zélide. Sorte de
+volupté que les eunuques goûtent,
+dit-on, dans le mariage.
+LIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques</span> (noirs), chargés
+spécialement de la direction
+des femmes dans le sérail, de
+l'examen et de l'achat des esclaves,
+des corrections, même
+manuelles. <i>Passim.</i></p>
+
+<p>Histoire du grand eunuque
+noir, racontée par lui-même.
+IX, LXIV.</p>
+
+<p>Ce qui lui arrive en mettant
+une femme au bain. IX.</p>
+
+<p>Tours que lui jouent les
+femmes.</p>
+
+<p>Châtiment obtenu contre lui
+par une femme, dans un de ces
+moments où le mari ne refuse
+rien.</p>
+
+<p>Il veut mutiler un esclave
+noir qui résiste, XLI, XLII.</p>
+
+<p>Achète une Circassienne.
+LXXX.</p>
+
+<p>Une femme jaune de Visapour.
+XCVII.</p>
+
+<p>Sa mort; désordres qui la
+suivent. CXLIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques chrétiens</span>. Prêtres
+et dervis de l'un et l'autre
+sexe. CXVIII.</p>
+
+<p>Agents de dépopulation. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Europe</span>. Sa capitale, Paris.
+XXIII.</p>
+
+<p>Ses plus puissants États, la
+plupart monarchiques. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Européens</span>. Ils font tout le
+commerce des Turcs, XIX;
+aussi punis par une peine légère
+que les Asiatiques par la
+perte d'un membre. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Evêques</span>, gens de loi subordonnés
+au pape; unis au pape
+ils font des articles de foi; en
+particulier, ils dispensent d'accomplir
+la loi. XXIX.</p>
+
+<p>Evêque vantant son mandement.
+CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Extravagance humaine</span>. A
+propos des pompes funèbres.
+XL.</p>
+
+
+<h3>F</h3>
+
+<p><span class="smcap">Famille</span>. Puissance paternelle
+chez les Romains.
+LXXIX.</p>
+
+<p>Chez les Français, les familles
+se gouvernent toutes seules.
+LXXXVII.</p>
+
+<p>Leurs différends portés devant
+les tribunaux. <i>Ibid.</i>.</p>
+
+<p>Les membres de la famille
+ne sont liés que par l'amour
+et la gratitude. CV.</p>
+
+<p>Infériorité de la famille
+polygamique. VII, CXV,
+XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fat</span>. Son portrait. L.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fatalisme musulman</span>. Cause
+de dépopulation. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fatmé</span> rappelle à Usbek sa
+beauté, lui raconte ses désirs
+amoureux et les soins qu'elle
+prend de sa personne. VII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Faveur</span>. C'est la grande divinité
+des Français. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Félicitations</span>. Tout pour
+les Français est matière à
+félicitations et compliments.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Femme jaune</span> de Visapour,
+achetée cent tomans. Sa beauté
+supérieure à «tous les charmes
+de la Circassie.» XCVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes</span>. Liberté des femmes
+européennes. XXIII, XXVI.</p>
+
+<p>Indignation des Françaises
+contre la <i>Constitution</i> (bulle
+de 1710) qui leur interdit la
+lecture de la Bible. XXIV.</p>
+
+<p>Coquetterie des Françaises
+de tout âge. LII.</p>
+
+<p>Leur légèreté, leurs infidélités
+qui ne choquent personne.
+LV.</p>
+
+<p>«Ce n'est pas qu'il n'y ait
+des dames vertueuses... mais
+si laides qu'il faut être un saint
+pour ne pas haïr la vertu.»
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les femmes, surtout lorsqu'elles
+vieillissent, s'adonnent
+au jeu avec passion. LVI.</p>
+
+<p>Comment elles ruinent leurs
+maris. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Vieilles femmes qui ont travaillé
+tout le matin à se rajeunir
+et passent le soir à louer
+le temps de leur jeunesse. LIX.</p>
+
+<p>Leur situation en Espagne;
+elles laissent souvent aux hommes
+«un long et fâcheux souvenir
+d'une passion éteinte.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Les femmes adorent ceux
+qui savent parler sans rien dire.
+LXXXIII.</p>
+
+<p>La loi naturelle soumet-elle
+les femmes aux hommes?</p>
+
+<p>Chez les peuples les plus polis,
+les femmes ont de l'autorité
+sur leurs maris.</p>
+
+<p>Les hommes, dit Mahomet,
+ont un degré sur elles.
+XXXVIII.</p>
+
+<p>En France, les femmes gouvernent,
+distribuent les faveurs
+et les places. CVIII.</p>
+
+<p>Elles forment une sorte de
+république (nous dirions franc-maçonnerie).
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Gravité du rôle d'une jolie
+femme. CXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes</span> (musulmanes). (Voir
+<i>sérail</i>). La femme, selon Mahomet,
+est d'une «création inférieure;»
+elle n'entrera pas
+dans le paradis. XXIV.</p>
+
+<p>«Les femmes sont vos labourages,
+elles vous sont nécessaires
+comme vos vêtements,
+et vous à elles,» dit le prophète.
+CXV.</p>
+
+<p>Quatre femmes, permises par
+la loi, et autant de concubines
+qu'un homme en peut entretenir
+et satisfaire. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Fermier général</span>. Portrait
+du fermier général suffisant.
+XLVIII.</p>
+
+<p>Ceux qui lèvent les tributs
+nagent au milieu des trésors.
+XCIX.</p>
+
+<p>Leur situation terrible devant
+la chambre de justice.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Fermiers</span>. En vain les accable-t-on
+de frais; ils payent leurs
+loyers toujours en retard.
+CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fidélité</span>. La fidélité n'empêche
+point le dégoût qui suit
+les passions satisfaites.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Filles</span>. Fille modeste
+avouant devant les juges les
+tourments d'une trop longue
+virginité. LXXXVII.</p>
+
+<p>Filles ravies ou séduites;
+elles font les hommes beaucoup
+plus mauvais qu'il ne
+sont. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les filles des laquais enrichissent
+les seigneurs ruinés.
+XCIX.</p>
+
+<p>En Europe, on sait à la minute
+le moment où elles cessent
+de l'être. En Orient, quoique
+mariées, elles se défendent
+longtemps. LV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Filles de joie</span>. Il y en a à
+Paris autant que de dervis.
+LVII.</p>
+
+<p>L'interdiction du divorce
+leur livre les maris désespérés.
+CXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Filles musulmanes</span> confiées
+aux eunuques noirs dès
+leur septième année; quelquefois
+on attend leur dixième.
+LXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Finances</span>. En trois ans quatre
+systèmes. Bouleversées par
+Law. CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Financiers</span>. Leurs bureaux,
+leurs inventions, leur impertinence
+CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Flamel</span> (Nicolas), a découvert
+la pierre philosophale.
+XLV. (La légende paraît avoir
+fait sans raison un alchimiste
+de Flamel, riche écrivain&mdash;juré
+de l'Université de Paris,
+mort en 1418.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Fléchier</span> (M. de N.). Ses
+oraisons funèbres ne peuvent
+entrer dans le <i>vomitif</i> indiqué
+par le médecin de province.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Flegme</span> des grands seigneurs.
+LXXIV.</p>
+
+<p>Des Espagnols et Portugais.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Formalités</span>. pernicieuses
+dans la jurisprudence et dans
+la médecine. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fortune</span>. Instabilité des fortunes
+en France. (Allusion à
+Law.) XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fouet</span>. Châtiment qu'on inflige
+aux femmes persanes.
+CLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fous</span>. Les Français «enferment
+quelques fous dans une
+maison, pour prouver que les
+autres ne le sont pas.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fragment</span> d'un ancien mythologiste,
+sur le fils d'Eole,
+Law. CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Français</span>. Leur activité:
+«ils courent, ils volent.»
+XXIV.</p>
+
+<p>Leur vanité, exploitée par
+Louis XIV, <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Le roi les fait penser comme
+il veut. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Leurs perpétuelles accolades.
+XXVIII.</p>
+
+<p>Leur gaieté, leur liberté d'esprit
+inconnues aux Persans et
+aux Turcs. XXXIV.</p>
+
+<p>Ils parlent beaucoup.
+LXXXIII.</p>
+
+<p>Leur badinage. LXIII.</p>
+
+<p>Leurs modes. C.</p>
+
+<p>Leur prééminence en toilette,
+cuisine, coiffures. CI.</p>
+
+<p>Leur amour de la gloire.
+XC.</p>
+
+<p>Ils ont pris de leurs voisins
+tout ce qui concerne le gouvernement
+politique et civil. CI.</p>
+
+<p>Leur droit écrit, coutumier
+et canonique. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">France</span>. Sa population n'est
+rien en comparaison de celle
+de l'ancienne Gaule. CXIII.</p>
+
+<p>Un des plus puissants États
+d'Europe. CIII.</p>
+
+<p>Allusion à la guerre avec
+l'Espagne, sous la Régence.
+CXXXII.</p>
+
+
+<h3>G</h3>
+
+<p><span class="smcap">Gaité</span>. Gaieté des Français,
+inconnue des Persans, surtout
+des Turcs. XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gale</span>. Remède recommandé
+contre la gale, gratelle, teigne,
+etc. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Galice</span>, province d'Espagne,
+lieu de pèlerinage. XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gardes</span>. En quelle occasion
+les rois de France se donnèrent
+des gardes. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gaules</span>. Colonies grecques
+dans les Gaules.</p>
+
+<p>Dans les temps les plus reculés,
+on ne voit guère de monarchies
+chez les Gaulois.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gemchid</span> (nom du fondateur
+légendaire de la royauté Perse),
+dervis du brillant monastère
+de Tauris. Usbek lui énumère
+les conformités du christianisme
+et de l'islamisme, et lui demande
+si les chrétiens iront en
+enfer. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Généalogiste</span>. Pauvre métier.
+Espérances que fonde un
+généalogiste sur les enrichissements
+subits dûs au système
+de Law. CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gênes</span>, république, qui n'est
+remarquable que par ses bâtiments.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gengiskan</span>, ses conquêtes
+mises au-dessus de celles d'Alexandre.
+LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Géomètre</span>. Esprit exclusif
+d'un géomètre, sa rencontre
+avec un traducteur d'Horace.
+CXXIX.</p>
+
+<p>Les géomètres obligent un
+homme malgré lui d'être persuadé.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Géorgie</span>, royaume jadis vassal
+de la Perse. XCII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gloire</span>. C'est une nouvelle
+vie qu'on acquiert.</p>
+
+<p>Le désir de la gloire croît
+avec la liberté; la gloire n'est
+jamais compagne de la servitude.</p>
+
+<p>Amour des Français pour la
+gloire. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Glossateurs</span>, peuvent se
+dispenser d'avoir du bon sens.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Goa</span>. Les habitants de Goa
+prêtent vingt mille pistoles sur
+une des moustaches de Jean
+de Castro. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gortz</span> (baron de), ministre
+suédois condamné à mort.
+CXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Goths</span>, déposaient leurs rois
+dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gouvernements</span>, monarchiques
+en Europe, avec tempéraments;
+absolus en Orient.
+CIII.</p>
+
+<p>Diversité des gouvernements
+en Europe. Le plus parfait est
+celui qui va à son but à moins
+de frais et qui conduit les hommes
+selon leur inclination.</p>
+
+<p>Supériorité rationnelle d'un
+gouvernement doux. LXXXI.</p>
+
+<p>La douceur du gouvernement,
+les républiques, Suisse
+et Hollande, en sont une preuve
+constante, contribue à la propagation
+de l'espèce. CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grace</span>. Le droit de grâce,
+attribut des rois en Europe.
+CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grammairiens</span>, peuvent se
+dispenser d'avoir du bon sens.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grands</span>. En Perse, il n'y a
+de grands que ceux à qui le
+monarque donne quelque part
+au gouvernement. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gravitation</span>, la clef de la
+nature. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gravité</span>. Causes de la gravité
+des Asiatiques. XXXIV.</p>
+
+<p>La gravité est le caractère
+saillant des Espagnols et des
+Portugais. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grèce</span>, aujourd'hui réduite
+à la centième partie de ses habitants.
+CXIII.</p>
+
+<p>Tira ses colonies d'Egypte
+et d'Asie, renversa ses tyrans,
+se divisa en républiques qui
+tinrent en échec la Perse, répandirent
+les arts, peuplèrent
+l'Italie, colonisèrent la Gaule,
+et l'Espagne. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guèbres</span>. Antiquité de leur
+religion; mariage de la s&oelig;ur
+avec le frère, «usage introduit
+par Cambyse» (?) LXVII
+(<i>Aphéridon et Astarté</i>).</p>
+
+<p>La persécution a privé la
+Perse de «cette nation si appliquée
+au labourage» (allusion
+à l'édit de Nantes).
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guerre</span>. Deux sortes de
+guerres justes: pour défendre
+le sol, pour secourir un allié.</p>
+
+<p>La guerre, c'est la peine de
+mort transportée dans le droit
+public.</p>
+
+<p>La déclaration de guerre est
+régie par les mêmes principes
+que l'accusation en droit privé.
+XCVI.</p>
+
+<p>Il n'y a jamais eu autant de
+guerres civiles que dans l'empire
+du Christ. XXIX.</p>
+
+<p>Les guerres de religion ne
+sont pas dues à la multiplicité
+des religions, mais à l'intolérance.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guerrier</span>. Vanité et babil
+du vieux guerrier. Les officiers
+médiocres languissent dans les
+emplois obscurs. XLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guilan</span>, province où Cha-Abbas
+déporta les Arméniens.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guinée</span>. Vanité d'un roi de
+Guinée dont tous les ornements
+consistaient en sa peau
+noire et luisante et quelques
+bagues. XLIV.</p>
+
+<p>Ses côtes dépeuplées par la
+traite des nègres;</p>
+
+<p>Ses rois vendent leurs sujets.
+CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guitare</span>. Abus qu'en font
+les Espagnols. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guriel</span>, petit État d'Asie,
+peu peuplé. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gustape</span> (Hystaspe), nom
+d'un héros perse, quatrième
+roi de l'antique dynastie Kaïanienne,
+sous lequel vivait Zoroastre.
+LXVII.</p>
+
+<p>Les Tartares se sont assis
+sur le trône de Cyrus et Gustape.
+LXXXII.</p>
+
+
+<h3>H</h3>
+
+<p><span class="smcap">Habillement</span>, son influence
+sur la curiosité publique en
+France. XXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hagi</span>, qui a fait le pèlerinage
+de la Mecque. XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hassein</span>, dervis de la montagne
+de Jaron. Usbek lui
+adresse la lettre sur les philosophes
+rationalistes. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hérésie</span>. Les savants en
+sont naturellement accusés.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hérétiques</span>. Ceux qui mettent
+au jour quelque proposition
+nouvelle sans avoir présenté
+au moins une distinction.
+XXIX.</p>
+
+<p>Brûlés par les dervis en Espagne
+et Portugal. LIX,
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Allusion à l'édit de Nantes.
+LIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Héros</span>, se ruinent à conquérir
+des pays qu'ils perdent soudain.
+CXXII.</p>
+
+<p>Les héros de roman français
+et orientaux. CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hibernois</span> (?), chassés de
+leur pays, viennent utiliser en
+France leur talent pour la dispute.
+XXXVI.</p>
+
+<p>(Note de l'édition Lefèvre.
+1820.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Historiens</span> de l'Église, de
+la décadence romaine, de l'empire
+d'Allemagne, de France,
+d'Espagne, d'Angleterre, de
+Hollande, d'Italie, de Suisse,
+de Venise, de Gênes, du Nord,
+de la Pologne.</p>
+
+<p>Caractère et destinée des différents
+peuples. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hohoraspe</span> (le cheval de
+l'asoura ou le cheval-être), divinité
+persique (?), nom donné
+à un fabuleux Cambyse, père
+de Gustape et troisième roi de
+la dynastie Kaïanienne. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hollande</span>, république citée
+avec éloge. LXXII.</p>
+
+<p>Seconde reine de la mer, respectée
+en Europe, formidable
+en Asie. CXXXVI.</p>
+
+<p>Les Hollandais poussèrent
+les colonies portugaises à la
+révolte pour s'en emparer.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Homère</span>. Dispute sur les
+poëmes et le mérite d'Homère.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hommes</span> (en général) nés
+pour être vertueux; la justice
+leur est aussi propre que l'existence.
+X.</p>
+
+<p>Ils rapportent tout à leurs
+idées, XLIV; à leurs souvenirs,
+LIX; s'exagèrent leur
+place dans l'univers, LXXVI;
+cèdent trop volontiers aux passions
+et à l'intérêt immédiat
+qui leur voilent les avantages
+de la justice, si nécessaire à
+leur sécurité et à leur bonheur.
+LXXXIV.</p>
+
+<p>La fausseté de leurs espérances
+et de leurs craintes les
+rend malheureux. CXLIII.</p>
+
+<p>Il semble que le fait d'être
+assemblés en grand nombre
+rétrécisse leur esprit. CX.</p>
+
+<p>Ils n'ont sur les femmes
+qu'un pouvoir tyrannique. Ils
+sont les plus forts. XXXVIII.</p>
+
+<p>Les soupçons et la jalousie
+les mettent dans la dépendance
+des femmes. LXII.</p>
+
+<p>Hommes lâches qui abandonnent
+leur foi pour une médiocre
+pension. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hommes a bonnes fortunes</span>,
+leur fatuité, leur indignité
+sociale. XLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Honneur</span>. Le sanctuaire de
+l'honneur, de la réputation et
+de la vertu, semble être établi
+dans les républiques.</p>
+
+<p>Un sujet blessé dans son
+honneur par son prince quitte
+sur-le-champ sa cour, son emploi,
+son service. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Huguenots</span>. La persécution
+qui les a jetés en exil n'a point
+profité à la France. LX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Humanité</span>. Les devoirs de
+l'humanité priment les règles
+de la religion. A ce point que
+toutes les religions les ont inscrits
+en tête de leurs préceptes.
+XLVI.</p>
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<p><span class="smcap">Ibben</span>, un des correspondants
+ordinaires d'Usbek et de
+Rica, négociant à Smyrne, oncle
+de Rhédi. XXIII, XXIV,
+XXV, XXIX, XXX, XXXIV,
+XXXVII, XXXVIII, XL, LV,
+LVI, LX, LXVIII, LXXVI,
+LXXVII, LXXXIII, XC,
+CXIX, CIII-CV, CVIII,
+CXXVIII, CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ibbi</span>, esclave qui a suivi Usbek,
+correspondant du grand
+eunuque noir. IX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ibbi</span> (hagi), écrit à Ben Josué
+sur la naissance merveilleuse
+de Mahomet. XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ignorance</span>. Les monarchies
+n'ont été fondées que sur l'ignorance
+et ne subsistent que
+par elle, témoins les royautés
+d'Orient. CVI.</p>
+
+<p>Heureuse ignorance des musulmans.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Ignorants</span>. Un ignorant se
+dédommage en méprisant le
+mérite. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Iles</span> peuplées par des malades
+que quelques vaisseaux y
+avaient abandonnés. (L'île de
+France et la Réunion.) CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Immaums</span> (Imans), saints et
+prophètes musulmans. Il y en
+a douze (les douze premiers
+successeurs de Mahomet). Treizième
+iman est un compliment
+comme dixième muse.
+Les imans sont des prêtres
+chargés de faire la prière publique,
+de prêcher le vendredi;
+ils assistent à la circoncision,
+aux mariages, aux enterrement
+XVI, XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Immeubles</span>. Deux appréciations
+de ce genre de biens.
+CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Immortalité</span> (de l'âme). On
+y croit par semestre. LXXV,</p>
+
+<p>Pour «mourir du côté de
+l'espérance.» <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Impie</span>. Impie ou dévot, selon
+le tempérament, la digestion,
+la santé. LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Impôts</span>. Ils pèsent sur l'agriculture,
+l'industrie, CXXV,</p>
+
+<p>Et la nourriture du peuple.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Le vin, très-imposé, est cher
+à Paris. XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Impureté</span>, viandes immondes,
+impureté des cadavres.</p>
+
+<p>«Les choses ne sont en
+elles-mêmes ni pures, ni impures...
+La boue ne nous paroît
+sale que parce qu'elle
+blesse notre vue ou quelque
+autre de nos sens.» XVII.</p>
+
+<p>Légende musulmane sur
+l'impureté du cochon et du rat.
+XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Inde</span>. Les «hommes de
+chair blanche» dans l'Inde.
+Leur orgueil. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Industrie</span>. Les revenus industriels
+supérieurs à ceux de
+l'agriculture.</p>
+
+<p>Avec une pistole de couleurs
+le peintre en gagne cinquante,
+etc., etc. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Infaillibilité</span> de ceux que
+l'Esprit-Saint éclaire&mdash;et qui
+ont grand besoin d'être éclairés.
+CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Injustice</span>. Les hommes peuvent
+faire des injustices, parce
+qu'ils ont intérêt de les commettre;
+nul n'est mauvais gratuitement.
+LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Inquisition</span>. Elle sévit en
+Espagne et en Portugal. Sa
+cruauté et son hypocrisie.
+XXIX.</p>
+
+<p>Elle ne fait jamais brûler un
+juif «sans lui faire des excuses.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Elle présume l'accusé coupable.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Instabilité</span> des honneurs
+et des fortunes en Orient. Aujourd'hui
+général, cuisinier demain.
+XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intercesseur</span>. Chrétiens et
+mahométans croient à la nécessité
+d'un intercesseur auprès
+de Dieu. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intérêt</span>. «L'intérêt particulier
+se trouve dans l'intérêt
+commun.» XII.</p>
+
+<p>La raison de l'injustice est
+toujours «une raison d'intérêt.»
+LXXXIV.</p>
+
+<p>Leur intérêt est toujours ce
+qu'ils (les hommes) voient le
+mieux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>«L'intérêt est le plus grand
+monarque de la terre.» CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Interprètes</span>, ont cherché
+dans l'Ecriture la confirmation
+de leurs idées particulières.
+CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intolérance</span>, ses résultats
+funestes, son iniquité. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intrigants</span>, souffleurs, magiciens,
+devins, femmes fardées,
+gens de loi, maîtres de
+langues et d'arts, boutiquiers,
+etc. LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Invalides</span>. Éloge des Invalides.
+LXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Irimette</span>, petit royaume
+voisin de la Perse. CXIII.</p>
+
+<p>Fort dépeuplé. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Irréligion</span>. Les savants en
+sont nécessairement accusés.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Isben-Aben</span>, historien arabe.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Isis</span>, divinité égyptienne,
+symbolisant l'autorité de la
+femme. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ispahan</span> (ville des chevaux,
+ou du soleil considéré comme
+le coursier céleste), capitale de
+la Perse, dépérit et serait changée
+en désert par la polygamie,
+si les rois n'y transportaient
+sans cesse des nations
+entières. CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Italie</span>, partagée en un nombre
+infini de petits États ouverts
+comme des caravansérails.
+CIII.</p>
+
+<p>Au temps des premières colonies
+grecques, il n'y avait
+guère de monarchies en Italie.
+CXXXI.</p>
+
+<p>Jadis maîtresse du monde,
+aujourd'hui esclave des autres
+nations. CXXXVI.</p>
+
+
+<h3>J</h3>
+
+<p><span class="smcap">Jalousie</span>. Jalousie musulmane.
+VI.</p>
+
+<p>Jalousie française. LV.</p>
+
+<p>Jalousie espagnole. LXXVIII.</p>
+
+<p>La jalousie des hommes
+prouve leur dépendance. LXII.</p>
+
+<p>Jalousie mutuelle des sectes
+religieuses; elle descend jusqu'aux
+particuliers. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jaloux</span>. Ridicules en France.
+LV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jamblique</span>, purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jansénistes</span>, désignés. XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Japhet</span> raconte, par ordre de
+Mahomet, les légendes de l'arche
+de Noé. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jaron</span>, eunuque noir en correspondance
+avec le grand eunuque.
+XV, XXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jésuites</span>. Constitution des
+Jésuites, purgatif violent;</p>
+
+<p>Pièces des Jésuites français,
+vomitif puissant. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jeu</span>. «Très en usage en Europe:
+c'est un état que d'être
+joueur.» LVI.</p>
+
+<p>Les jeux de hasard interdits
+par Mahomet. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeunes</span>. Les chrétiens en ont
+comme les musulmans. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Joueuses</span>, leur portrait. LVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Journalistes</span>. Ils ne parlent
+que des livres nouveaux
+et flattent les auteurs. CIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Journaux</span>. Livres par fragments.
+Leurs avantages et
+leurs défauts.</p>
+
+<p>Ils flattent la paresse. CIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Judaïsme</span>, «vieux tronc qui a
+produit deux branches qui ont
+couvert toute la terre.» LX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Juges</span>. Ils ne s'enflent point
+d'une vaine science. Les avocats
+travaillent pour eux.
+LXVIII.</p>
+
+<p>Ils présument qu'un accusé
+est innocent. XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Juifs</span>. Ils font en France ce
+qu'ils font en Perse. Leur obstination
+invincible pour leur
+religion. LX.</p>
+
+<p>«Ils n'ont jamais eu dans
+l'Europe un calme pareil à celui
+dont ils jouissent... On
+s'est mal trouvé en Espagne de
+les avoir chassés.» <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les Juifs lèvent les impôts
+en Turquie; persécutés par les
+pachas. XIX.</p>
+
+<p>Ils achètent les enfants.
+LXVII.</p>
+
+<p>Les Juifs se maintiennent et
+multiplient, par l'espoir d'engendrer
+un Messie. CXX.</p>
+
+<p>Transportés en Sardaigne
+par les Romains. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Justesse</span>, «Martyr de sa
+justesse» un esprit trop régulier,
+trop géométrique, ressemble
+à Tarquin, à Thrasybule ou
+à Périandre coupant avec leur
+épée «la tête des fleurs qui
+s'élevaient au-dessus des autres.»
+CXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Justice</span>. Les hommes sont
+«nés pour être vertueux; la
+justice est une qualité qui leur
+est aussi propre que l'existence.»
+X.</p>
+
+<p>La justice est inséparable de
+la solidarité, de la garantie
+mutuelle du droit.</p>
+
+<p>«L'intérêt des particuliers
+se trouve dans l'intérêt commun.»
+XII.</p>
+
+<p>La justice est un rapport de
+convenance qui se trouve réellement
+entre deux choses.</p>
+
+<p>Dès qu'on suppose que Dieu
+voit la justice, il faut nécessairement
+qu'il la suive.</p>
+
+<p>Quand il n'y aurait pas de
+Dieu, nous devrions toujours
+aimer la justice.</p>
+
+<p>La justice est éternelle. Si
+elle ne l'était pas, ce serait
+une vérité terrible qu'il faudrait
+se dérober à soi-même.</p>
+
+<p>Plaisir d'être juste. LXXXIV.</p>
+
+<p>La justice est violée par le
+droit public faussé. XCV.</p>
+
+<p>En France elle se mêle de
+tous les différends de famille;
+elle est toujours contre le mari
+jaloux, le père chagrin, le maître
+incommode. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Justice divine</span>, incompatible
+avec la prescience. LXIX.</p>
+
+
+<h3>L</h3>
+
+<p><span class="smcap">Lacédémone</span>. Les récompenses
+à Lacédémone. XC.</p>
+
+<p>Si Lycurgue avait établi que
+les maris changeassent de
+femmes tous les ans, il en serait
+né un peuple innombrable.
+CXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lapin</span>, immonde pour le
+juif. Discussion du Juif, du
+Turc, de l'Arménien, du
+brachmane à propos d'un lapin.
+XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Laquais</span>. En France, le corps
+des laquais est un séminaire
+de grands seigneurs. XCVIII.</p>
+
+<p>Leurs enrichissements subits
+par la spéculation.</p>
+
+<p>Leur vanité. CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Law</span>. Un étranger est venu...
+qui a tourné l'État comme un
+fripier tourne un habit, etc.
+CXXXVIII.</p>
+
+<p>Son portrait allégorique en
+tant que fils d'Eole. CXLII.</p>
+
+<p>Corruption qui résulte du
+système et de l'agiotage effréné.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Légendes mahométanes</span> sur
+les viandes et les animaux immondes,
+XVIII.</p>
+
+<p>Sur la naissance de Mahomet.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Législateurs</span>, leurs défauts
+ordinaires et leurs ridicules:
+étroitesse, puérilité, subtilité,
+emploi d'une langue morte, etc.
+LXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lèse-majesté</span>, seul crime
+politique qui entraîne la mort
+pour les grands d'Europe.
+CIII.</p>
+
+<p>Selon les Anglais, c'est le
+crime que le plus faible commet
+contre le plus fort, aussi
+bien s'il est roi que s'il est
+peuple. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span>, avantages du roman
+par lettres: «l'on rend
+compte soi-même de sa situation
+actuelle; ce qui fait plus
+sentir les passions, que tous
+les récits qu'on en pourrait
+faire.»</p>
+
+<p>(<i>Quelques réflexions sur les</i>
+Lettres Persanes.)</p>
+
+<p>Lettres intercalées dans d'autres:</p>
+
+<p>D'une comédienne perdue
+par un jeune abbé. XXVIII.</p>
+
+<p>D'une jeune russe qui veut
+être battue. LI.</p>
+
+<p>D'un Français voyageant en
+Espagne. LXXVIII.</p>
+
+<p>D'un savant. CXLV.</p>
+
+<p>Trois de nouvellistes. CXXX.</p>
+
+<p>D'un antiquaire. CXLII.</p>
+
+<p>D'un médecin de province.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lever</span>. La présence assidue
+au lever du roi est un titre
+aux libéralités et aux faveurs.
+XXXVII, CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Libéralités</span>. Grâces et pensions
+accordées par les princes
+aux courtisans, aux dépens de
+l'agriculture et de l'industrie.
+CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Liberté</span> supprimée par la
+prescience divine. Liberté
+d'indifférence. LXIX.</p>
+
+<p>La liberté existe surtout dans
+les républiques; favorable à la
+propagation de l'espèce et aux
+progrès de l'opulence. Elle
+attire les étrangers. CXXIII.</p>
+
+<p>La liberté semble faite pour
+le génie des peuples d'Europe.
+CXXXI.</p>
+
+<p>La liberté chez les ancêtres
+des peuples du Nord. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Libre arbitre</span>, incompatible
+avec la prescience. LXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lionne</span> (M. de L.) président
+des nouvellistes. CXXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Livourne</span>, ville nouvelle, témoignage
+du génie des ducs de
+Toscane. XXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Livres</span>. Contre les faiseurs
+de livres inutiles.</p>
+
+<p>Respect qu'on doit aux ouvrages
+originaux. LXVI.</p>
+
+<p>Absence de bon sens dans
+les livres espagnols, romans
+ou scolastiques. Exception en
+faveur de Don Quichotte.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Le sujet est délayé selon le
+format des livres. CIX.</p>
+
+<p>Jusqu'à ce qu'un homme ait
+lu tous les livres anciens, il
+n'a aucune raison de leur préférer
+les nouveaux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les diverses espèces de livres.
+CXXXIII-CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lois</span>. Lois variables des législateurs.</p>
+
+<p>Lois éternelles, immuables,
+de la nature. XCVIII.</p>
+
+<p>Lois anciennes établies par
+les rois Francs, oubliées pour
+des lois romaines en partie rédigées
+par les Byzantins.</p>
+
+<p>Ajoutez les constitutions des
+papes et quelques coutumes de
+villes et provinces, récemment
+rédigées; plus les commentaires,
+les formalités et la jurisprudence.</p>
+
+<p>«Cette abondance de lois, en
+France, accable également la
+justice et les juges.» CI,
+LXXIX.</p>
+
+<p>Il ne faut toucher aux lois
+que d'une main tremblante.
+LXXIX.</p>
+
+<p>Les lois contre les suicidés
+sont injustes parce qu'elles
+sont sans objet. Elles ne lient
+pas les morts. LXXVI.</p>
+
+<p>Chez les barbares germaniques,
+les lois étaient faites
+dans les assemblées de la nation.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Louis</span> XIV, son portrait, sa
+dévotion, sa puissance, sa maîtresse,
+ses ministres, sa vieillesse.
+XXIV, XXXVII.</p>
+
+<p>Trop peu modéré envers les
+ennemis. XXIV.</p>
+
+<p>Son goût pour les femmes.
+CVIII.</p>
+
+<p>Sa mort et son testament.
+XCIII.</p>
+
+<p>Son amour pour la politique
+orientale, c'est-à-dire le despotisme.
+XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Louis</span> XV, son enfance.
+XCIII.</p>
+
+<p>Son portrait. Les espérances
+qu'il donne. CVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lucifer</span> jeté au fond de la
+mer, lors de la naissance de
+Mahomet, nage quarante jours.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lumière</span>, son trajet du soleil
+à la terre. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lunettes</span>, insignes de la
+gravité espagnole et portugaise,
+symbole de science. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Luxe</span>, nécessaire à la prospérité
+des nations. CVII.</p>
+
+
+<h3>M</h3>
+
+<p><span class="smcap">Mages</span>, prêtres du magisme
+ou mazdéisme. LXVII.</p>
+
+<p>Adorateurs du soleil, des étoiles,
+du feu et des éléments;</p>
+
+<p>Mais leur religion, calomniée
+par les musulmans, est, selon
+Montesquieu, un pur monothéisme.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>(Le mazdéisme est une polythéisme
+dualiste où la lumière
+et les ténèbres (le bien et le
+mal) luttent dans le temps et
+l'espace sans bornes.)</p>
+
+<p>Les mages enseignaient que
+les actes les plus méritoires
+sont: faire un enfant, labourer
+un champ, planter un arbre.
+CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Magiciens</span>. Ils promettent
+«de vous faire coucher avec
+les esprits aériens, pourvu que
+vous soyez seulement trente
+ans sans voir de femmes.»
+LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Magie</span>. Les savants en sont
+accusés. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Magistrats</span>. Ils doivent
+rendre la justice de citoyen à
+citoyen. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mahomet</span>, sa naissance merveilleuse.
+XXXIX.</p>
+
+<p>Il naît circoncis. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Ses prescriptions relatives
+aux viandes immondes. XVIII.</p>
+
+<p>Il a enchaîné Satan et l'a
+précipité dans les abîmes;</p>
+
+<p>Il a purifié la terre. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mahométans</span>. Plus persuadés
+de leur religion que les
+chrétiens. LXXV.</p>
+
+<p>Croient à la vertu des amulettes
+et talismans. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mahométisme</span>. Peu favorable
+à la propagation de l'espèce
+humaine. CXV.</p>
+
+<p>Issu du judaïsme, LX.</p>
+
+<p>Comparé au christianisme,
+XXXV.</p>
+
+<p>Ferme la vie future aux
+femmes. LXVII.</p>
+
+<p>Etabli par conquête et non
+par persuasion. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Maimbourg</span>, bon contre
+l'asthme. CXLIII.</p>
+
+<p>(Louis Maimbourg, né à Nangis
+en 1610, exclu de la compagnie
+de Jésus par Innocent
+XI, pour avoir écrit contre
+Rome, en faveur du clergé
+de France (1682); mort en
+1686.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Maine</span> (duc du). Arrestation
+du duc du Maine, oncle naturel
+du roi mineur. CXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Maîtres de sciences</span>, <span class="smcap">arts</span>,
+etc., enseignent souvent ce
+qu'ils ignorent. LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Maîtresse</span>. Maîtresse et confesseur,
+les deux grandes épreuves
+d'un roi. CVIII.</p>
+
+<p>Une femme est la maîtresse
+d'un ministre, non pour coucher
+avec lui, mais pour lui
+présenter cinq ou six placets
+tous les matins. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Louis XIV a une maîtresse
+de quatre-vingts ans. XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Malheurs</span>. Pour un vrai
+musulman, les malheurs sont
+moins des châtiments que des
+menaces. LXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Malte</span> (chevaliers de), bravent
+l'empire ottoman. XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mandement</span>. Evêque qui a
+«bien sué» pour le faire. CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marchandes</span>. A Paris «une
+jeune marchande cajole un
+homme une heure entière,
+pour lui faire acheter un paquet
+de curedents.» LVIII.</p>
+
+<p>Nombre infini de jeunes
+marchandes aux abords du
+palais. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mariages</span>. Il y a «des mariages
+heureux et des femmes
+dont la vertu est un gardien
+sévère.» XLVII.</p>
+
+<p>Mariages d'eunuques: Cosrou
+et Zélide. LIII; Astarté,
+s&oelig;ur d'Aphéridon. LXVII.</p>
+
+<p>Mariages entre frère et s&oelig;ur.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Avanie faite par Suphis à sa
+jeune femme. LXX.</p>
+
+<p>Charges du mariage chez
+les musulmans. CXV.</p>
+
+<p>Chez les chrétiens, l'interdiction
+du divorce porte atteinte à
+la fin même du mariage. CXVII.</p>
+
+<p>Le mariage chrétien est une
+image, une figure, un mystère
+incompréhensible. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>En fait, il est stérilisé par
+l'impuissance de le rompre.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Mariages précoces causés
+par la crainte d'un enrôlement
+forcé. De là, dépopulation.
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Maris</span>. Facilité des maris
+français.</p>
+
+<p>Les jaloux sont haïs et ridicules.
+LV.</p>
+
+<p>Les maris eunuques «n'ont
+pas sur leurs femmes la même
+autorité que les autres.»
+LXVII.</p>
+
+<p>Une veuve indienne renonce
+au bûcher dès qu'elle sait que
+son mari l'attend au ciel.
+CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Matière</span>, son mouvement
+universel. CXIV.</p>
+
+<p>Quelques-uns ne peuvent
+comprendre qu'elle n'ait que
+six mille ans. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Maures</span>. Vide irréparable
+causé en Espagne par l'expulsion
+des Maures. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mazarin</span>. Pataquès qu'on lui
+prête, chanson qu'on fait sur
+lui. Allusion à ses pages. CXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mécontents</span>. Vieux guerrier.
+XLVIII.</p>
+
+<p>Vieilles femmes, goutteux,
+vieux seigneurs, ecclésiastiques,
+etc. LIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mecque</span> (la). Les musulmans
+croient s'y purifier des
+souillures contractées parmi
+les chrétiens. XV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Médecine</span>. Ravages de la
+<i>forme</i> en médecine. CI.</p>
+
+<p>Les livres de médecine font
+trembler, même quand ils traitent
+des maladies les plus légères.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Médecins</span>. Toujours trop
+estimés ou trop méprisés. Les
+héritiers s'en accommodent
+mieux que des confesseurs.
+LVII.</p>
+
+<p>Lettre d'un médecin de province.
+CXLIII.</p>
+
+<p>«Il y a dans tous les coins
+de Paris des gens qui ont des
+remèdes infaillibles contre toutes
+les maladies imaginables.»
+LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Médiocrité</span> (d'esprit).
+L'homme médiocre est en général
+préféré à l'homme d'esprit.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Méditerranée</span>. Décadence
+de ses côtes. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Méhémet-Ali</span>, mollak, gardien
+des trois tombeaux, à
+Com, correspondant d'Usbek.
+XVI, XVII, XVIII, CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mercure</span> (vif-argent), son
+usage continuel et forcé fait
+périr par milliers les indigènes
+de l'Amérique espagnole.
+CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Messianiques</span>, croyances juives.
+Point de famille juive qui
+n'espère engendrer le messie.
+CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mesure</span> des fluides et des liquides,
+des esprits interplanétaires.
+XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Métaphysique</span>. L'infini s'y
+rencontre partout. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Métempsycose</span> alléguée par
+un brachmane contre un mangeur
+de lapin. XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Meurtre</span>. Les curieux qui
+regardent les Persane de trop
+près sont tués impunément
+par les eunuques, même dans
+une rivière et hors du sérail.
+XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mexique</span>. Orgueil et paresse
+des conquérants espagnols au
+Mexique. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mines</span>. Sont, en Amérique,
+le tombeau des indigènes et
+des nègres. CXIX.</p>
+
+<p>Le roi d'Espagne possède
+des mines d'or. XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ministres</span>. Enclins à calomnier
+la nation; toujours plus
+méchants que le prince dont
+ils attisent les haines. Le premier
+ministre de Charles XII,
+condamné à mort. CXXVIII.</p>
+
+<p>Louis XIV a un ministre de
+dix-huit ans. XXXVII.</p>
+
+<p>Les ministères se succèdent
+comme les saisons. CXXXVIII.</p>
+
+<p>Danger de l'autorité sans
+bornes des ministres de
+Louis XIV. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Le mauvais exemple donné
+par un ministre est un crime.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Minorité</span>. On ne lit plus
+que des mémoires sur la minorité
+de Louis XIV. CXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Miracle chimique</span> manifesté
+dans une mixture d'infusion
+Quesnel et d'infusion Lallemand.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Miracles</span>. «Pour s'assurer
+qu'un effet qui peut être produit
+par cent mille causes naturelles
+est surnaturel, il faut
+avoir examiné si aucune de
+ces causes n'a agi; ce qui est
+impossible.» CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mirza</span>, ami et correspondant
+d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV,
+LXXXVI.</p>
+
+<p>Mirza (de <i>Mard</i>=<i>mort</i>-alis.
+= &mu;&beta;&rho;&omicron;&tau;-&omicron;&sigmaf;, homme) est un titre
+honorifique persan que les
+gens de lettres mettent avant
+leur nom et les princes après.</p>
+
+<p><span class="smcap">Misère</span>. Chez les peuples
+misérables, l'espèce perd et
+même dégénère. CXXIII.</p>
+
+<p>Le pauvre évitera de faire
+des enfants plus pauvres que
+lui. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Mode</span>. Ses caprices étonnants
+chez les Français. C.</p>
+
+<p>C'est d'après elle qu'ils jugent
+«tout ce qui se fait chez
+les autres nations.» CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Modestie</span>. Vertu nécessaire
+au talent. L.</p>
+
+<p>Eloge des hommes modestes.
+CXLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">M&oelig;urs.</span> Les Français changent
+de m&oelig;urs selon l'âge de
+leur roi. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mogol</span>. Le grand Mogol se
+fait peser tous les ans. XL.</p>
+
+<p>Les Tartares dominent sur
+les vastes pays qui forment
+l'empire du Mogol. LXXXII.</p>
+
+<p>Expulsion d'un ambassadeur
+mogol. CXXVII. (Allusion à la
+conspiration de Cellamare.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Moines</span>. Voy. Dervis.</p>
+
+<p><span class="smcap">Moise</span> n'enseigne pas le dogme
+de la prescience absolue.
+LXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Molina</span>. Emollient. CXLIII.
+(Casuiste espagnol, XVI<sup>e</sup> siècle.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Mollaks</span> (ou mollahs), prêtres
+musulmans, qui «me désespèrent
+avec leurs passages
+de l'alcoran.» Lettre X.</p>
+
+<p>(En Perse, les mollahs sont
+des prêtres; en Turquie des
+juges.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Monachisme</span>, porte partout
+la mort. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monarchie</span>. État où la vertu
+n'est plus qu'obéissance au caprice
+d'un seul. XIV.</p>
+
+<p>Très-inférieure moralement
+au régime républicain, elle
+abaisse le niveau des m&oelig;urs
+en substituant à la loi et à la
+vertu l'autorité et l'arbitraire.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>La monarchie pure, état violent
+qui dégénère toujours en
+despotisme ou en république.
+CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monde</span>. N'a-t-il que six
+mille ans? Il ne faut pas compter
+ses années. CXIV.</p>
+
+<p>Dépopulation croissante du
+monde. Ses causes. CXIII et
+suivantes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monde</span> (nouveau). Découvertes
+immenses et dévastatrices
+des Portugais et des Espagnols.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monde romain</span>, mieux organisé
+pour la propagation de
+l'espèce que les mondes chrétien
+et musulman. CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monnaies</span>. Le décri des
+monnaies est un artifice financier
+proche du faux-monnayage
+et pratiqué par
+Louis XIV. XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Montesquieu</span> paraît se peindre
+dans Usbek. XLVIII, Ibben,
+LXXVII, Rica, CXXVII.</p>
+
+<p>Semble annoncer la <i>Décadence
+des Romains</i>. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Morale</span>. Les livres de morale,
+plus utiles que les ouvrages
+de dévotion. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mortifications</span>. Chrétiens
+et musulmans en usent pour
+fléchir la miséricorde divine.
+XXXV, XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Moscovie</span>. Les Tartares
+«ont soumis la Moscovie.»
+LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mouches</span>. Leur abus. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Moustache</span>, importance de
+la moustache en Espagne et en
+Portugal.</p>
+
+<p>La moustache de Jean de
+Castro. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mouvement</span>. Ses lois constituent
+le système du monde.
+XCVIII.</p>
+
+<p>La nature y est soumise,
+sans exception, <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Et la terre n'y peut échapper.
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mustapha</span> proclamé, à la
+place d'Osman, empereur des
+Turcs. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Musulman</span>. Sa vie est laborieuse.
+La polygamie l'épuise.
+CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mystiques</span>, dévots qui ont
+le c&oelig;ur tendre. Leurs extases,
+délire de la dévotion. Leurs livres.
+CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mythologiste</span>. Fragment
+d'un ancien mythologiste (portrait
+allégorique de Law).
+CXLII.</p>
+
+
+<h3>N</h3>
+
+<p><span class="smcap">Nadir</span>. Eunuque blanc,
+trouvé seul avec Zachi. XX,
+XXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Naissance</span>. Il y a en Europe
+des sens qui sont grands par
+leur naissance. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nargum</span>, ambassadeur Persan
+à Moscou. LI, LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Narsit</span>, eunuque peu clairvoyant.
+CXLIX, CL, CLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nathanael Lévi</span>, médecin
+juif à Livourne, croit aux talismans
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nations</span>. Leurs rapports,
+d'où résulte la notion du droit
+public. Deux peuples ne peuvent
+s'allier pour l'oppression
+d'un troisième. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nature</span>. Elle a perdu sa fécondité
+des premiers temps
+CXIII.</p>
+
+<p>Elle agit avec lenteur et
+épargne. Si on la surmène, elle
+tombe dans la langueur et perd
+sa force génératrice. CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nègres</span>. Leurs dieux sont
+noirs et leur diable blanc. LIX.</p>
+
+<p>Leurs rois les vendent
+comme esclaves. CXIX.</p>
+
+<p>Et les princes chrétiens autorisent
+la traite. LXXV.</p>
+
+<p>Les noirs d'Afrique meurent
+par milliers dans les mines
+américaines. CXIX, CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nessir</span>, ami et correspondant
+d'Usbek. VI, XXVII, CLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Noailles</span> (N***), ministre
+hardi qui prit le fer à la
+main, etc. CXXXVIII.</p>
+
+<p>Connu par son esprit, il honore
+de ses plaisanteries les
+traitants livrés à la chambre
+de justice. XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Noblesse</span>. «En Espagne,
+c'est sur des chaises que la noblesse
+s'acquiert.» LXXVIII.</p>
+
+<p>Les laquais enrichis voudront
+se faire nobles. Espoir
+d'un généalogiste. CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nord</span>. Autrefois plein
+d'hommes; est fort dégarni.
+CXXIII.</p>
+
+<p>C'est du Nord qu'une foule
+de nations inconnues fondirent
+sur l'empire romain;</p>
+
+<p>Ces peuples étaient libres, et
+leurs rois n'étaient que des généraux.
+CXXXI.</p>
+
+<p>Ils n'étaient point barbares
+puisqu'ils étaient libres; ils le
+sont devenus. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Notre-Dame</span>. Superbe édifice.
+LXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nouvellistes</span>. Inventeurs
+de nouvelles. Leurs ridicules,
+leurs prédictions, leurs paris.
+Lettres plaisantes de nouvellistes
+à des particuliers et à
+des ministres. Leurs lieux de
+réunions. Leur président, le
+comte de Lionne. CXXX.</p>
+
+<p>Nouvelliste trembleur.
+CXXXII.</p>
+
+
+<h3>O</h3>
+
+<p><span class="smcap">Obéissance</span>; n'est pas une
+vertu anglaise. Les Anglais la
+fondent sur la gratitude. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Occultes</span>. Livres de science,
+ou mieux d'ignorance occulte,
+plus pitoyables qu'exécrables.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Opéra</span>. Lettre de la plus
+vertueuse actrice de l'Opéra.
+XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Opéras nouveaux</span>. Vomitif.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Opulence</span> toujours compagne
+de la liberté des peuples.
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Omar</span>, troisième successeur
+de Mahomet, au mépris des
+droits d'Ali. Les persans, Chiites,
+c'est-à-dire sectateurs
+d'Ali, disent qu'Omar, Apôtre
+des Sonnites «a dévoyé» les
+enfants du prophète. CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Or</span>. Le roi de France n'a
+pas de mines d'or comme le
+roi d'Espagne. XXIV.</p>
+
+<p>L'or et l'argent, prix de toutes
+marchandises, gage de leur
+valeur. Pernicieux effets de
+leur diffusion. CVI.</p>
+
+<p>Nombre innombrable d'hommes
+sacrifiés pour extraire l'or
+et l'argent du fond de la terre.
+CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Oraisons funèbres</span>. Leur
+fausseté. XI.</p>
+
+<p>Entrent dans le vomitif du
+docteur de province, sauf celles
+de Fléchier. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Orateurs</span>. Leur talent de
+persuader indépendamment des
+raisons. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ordonnance</span>, concernant
+les services des courtisans et
+l'établissement des impôts nécessaires
+aux libéralités des
+princes. CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Orgueil</span>. Orgueil de l'homme,
+qui veut «être compté
+dans l'univers.» LXXXVII.</p>
+
+<p>Orgueil de religion et de
+race chez les Portugais et les
+Espagnols. LXXVIII.</p>
+
+<p>Les <i>vieux chrétiens</i> en Espagne;</p>
+
+<p>Les <i>blancs</i> en Amérique.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Orientales</span>. moins gaies
+que les Européennes. XLVIII.
+(Voir <i>Femmes</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Orientaux</span>. Le sérail tue
+leurs désirs sans éteindre leur
+jalousie. VI.</p>
+
+<p>Leur gravité, la froideur de
+leurs relations. XXXIV.</p>
+
+<p>Leurs poésies, leurs romans.
+CXXXVII.</p>
+
+<p>Le despotisme de leurs princes
+et la rigueur des châtiments
+les portent à la révolte et aux
+derniers excès. LXXXI, CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Osman</span>, sultan déposé par
+des suppliants. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Osmanlins</span>. Voir Turcs.</p>
+
+
+<h3>P</h3>
+
+<p><span class="smcap">Paganisme</span>, favorable à la
+propagation de l'espèce humaine.
+CXV.</p>
+
+<p>Supérieur au mahométisme
+par l'interdiction de la polygamie,
+au christianisme par la
+permission du divorce. <i>Ibid.</i> et
+CXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Palais</span>. Lieu où se rend la
+justice, ses abords. Aspect lugubre
+des salles et des magistrats.
+LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Palestine</span>. Déserte depuis
+la destruction des Juifs par
+Adrien. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pape</span>. «Magicien» plus fort
+que le roi, dont il dirige l'esprit,
+lui faisant croire «que
+trois ne sont qu'un; que le
+pain qu'on mange n'est pas du
+pain, ou que le vin qu'on boit
+n'est pas du vin.» XXIV.</p>
+
+<p>Chef des chrétiens, «vieille
+idole qu'on encense par habitude»;
+il déposait les rois; il
+se dit successeur d'un des premiers
+chrétiens, qu'on appelle
+saint Pierre; il donne des dispenses.
+XXIX.</p>
+
+<p>Effet de l'histoire des papes
+sur l'esprit du lecteur.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Papier d'état</span>. Louis XIV
+en abuse. XXIV.</p>
+
+<p>(Décri des monnaies). <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Paracelse</span>. Purgatif.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paradis</span>. Lieu de délices
+pour les chrétiens comme pour
+les musulmans. XXXV.</p>
+
+<p>Les femmes en sont exclues
+par Mahomet. XXIV.</p>
+
+<p>Embarras des religions pour
+donner une idée des plaisirs
+assurés aux élus: musique,
+circulation éternelle de par le
+monde, souvenir des amours
+terrestres. Toutes inventions
+ridicules. CXXVI.</p>
+
+<p>Le paradis des femmes, conte
+persan. Les plaisirs et les vengeances
+de l'immortelle Anaïs.
+CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Parfumeuses</span> qui réparent
+«par la force de leur art toutes
+les injures du temps.» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paris</span>. «Siége de l'empire
+d'Europe.» XXIII.</p>
+
+<p>«Aussi grand qu'Ispahan;»</p>
+
+<p>Ville «bâtie en l'air;» extrêmement
+peuplée; embarras
+des rues; XXIV.</p>
+
+<p>Extravagante curiosité des
+Parisiens pour tout ce qui sort
+de l'usage reçu. XXX.</p>
+
+<p>Cherté du vin à Paris.
+XXXIII.</p>
+
+<p>Usage du café à Paris; les
+cafés. XXXVI.</p>
+
+<p>Paris, rendez-vous de tous
+les exploiteurs: alchimistes,
+magiciens, devins, entremetteuses,
+chercheurs de bénéfices,
+maîtres de langues, d'arts et
+de sciences, enseignant «ce
+qu'ils ne savent pas,» médecins,
+empiriques, marchands et marchandes
+accortes, tous ces
+gens-là cherchent à vivre dans
+une ville «qui est la mère de
+l'invention.» L'étranger sort
+de Paris «plus précautionné
+qu'il n'y est entré.» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paris</span> jugé par un Espagnol.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>A Paris, règnent la liberté
+et l'égalité. Rien ne sauve un
+homme de la foule. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paris</span> foyer de plaisir, donc
+d'art, de travail et d'industrie.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Parlements</span>. Grands corps,
+affaiblis par les m&oelig;urs, abattus
+par la royauté; ruines qui
+rappellent un temple vénéré,
+image de la liberté publique.
+Ils sont réduits aux fonctions
+judiciaires, et ne retrouvent
+d'importance politique que dans
+quelques conjonctures imprévues.</p>
+
+<p>Le régent a recours au parlement.
+XCIII.</p>
+
+<p>Le parlement de Paris relégué
+à Pontoise, pour s'être opposé
+aux mesures exigées par
+Law. CXL.</p>
+
+<p>Ces compagnies facilement
+odieuses aux rois. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Parties</span>. Parties de campagne
+où l'on veut s'amuser et où
+l'on bâille. CXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Parure</span>. La parure d'une
+femme occupe cinquante artisans.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paternité</span>. L'enfant né dans
+le mariage est censé être au
+mari. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Patrie</span>. «Je voudrais voir
+les noms de ceux qui meurent
+pour la patrie écrits dans des
+registres qui fussent comme
+la source de la gloire et de
+la noblesse.» LXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paysan</span>. Riche ou pauvre, le
+rustique ou paysan peuple indifféremment.
+CXIII.</p>
+
+<p>Les impôts pèsent principalement
+sur la nourriture et la
+famille du paysan. CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pécule</span>, propriété, mise de
+fonds et rançon de l'esclave
+antique. CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Peines</span>. «Les peines plus ou
+moins cruelles ne font pas que
+l'on obéisse plus aux lois.»
+Témoin l'état moral de l'Asie.</p>
+
+<p>Ce qui importe, c'est la gradation
+dans le châtiment.
+LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pèlerinages</span> de la Mecque.
+XV.</p>
+
+<p>De saint Jacques en Galice.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Perruquiers</span>. Les perruquiers
+français décident en législateurs
+sur la forme des perruques
+étrangères. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Persans</span>. Les plus tolérants
+de tous les mahométans. XXIX.</p>
+
+<p>Leur haine contre les Turcs.
+VII.</p>
+
+<p>Intempérance des monarques
+persans. XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Persanes</span>. (Voir <i>Femmes</i> et
+<i>Sérail</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Perse</span>. Les Tartares, «maîtres
+de la Perse.» LXXXII.</p>
+
+<p>Fort déchue de ce qu'elle
+était du temps des Xerxès et
+des Darius. CXIII.</p>
+
+<p>La Perse antique était peuplée
+parce que les mages enseignaient
+un dogme favorable
+à la propagation. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Peste</span>. Multitude de pestes
+mentionnées par l'histoire.
+Une, entre autres, brûla jusqu'à
+la racine des plantes.
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Petits-maitres</span> au spectacle.
+XXVIII.</p>
+
+<p>Dans les conversations, parlent
+sans rien dire ou font
+parler leur tabatière. Goûtés
+des femmes. LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Peuple</span>. L'abolition de l'esclavage
+retirait le bas peuple
+de la puissance des seigneurs.
+LXXV.</p>
+
+<p>Caractère et destinée des différents
+peuples. CXXXVI.</p>
+
+<p>La puissance ne peut jamais
+être également partagée entre
+le peuple et le prince.</p>
+
+<p>Le peuple en Europe et en
+Orient;</p>
+
+<p>Le peuple anglais devant la
+royauté. CIII-CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pharan</span> ne veut pas être fait
+eunuque. XLI, XLII, XLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pharmacie nouvelle</span> extraite
+des ouvrages des philosophes,
+orateurs, romanciers,
+poëtes, théologiens et casuistes.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Philosophes</span>; «laissés à
+eux-mêmes, privés des saintes
+merveilles, ils suivent dans le
+silence les traces de la raison
+humaine.» XCVIII.</p>
+
+<p>Leur supériorité sur les docteurs
+des religions diverses.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Plaisanteries contre Aristote,
+et surtout les scolastiques,
+dans la lettre du médecin de
+province. CXLIII.</p>
+
+<p>Les philosophes (métaphysiciens)
+ont un mépris souverain
+pour l'homme qui a la
+tête chargée de faits. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Philosophie</span>, ne s'accorde pas
+avec la théologie. LXVI, CXL.</p>
+
+<p><span class="smcap">Physique</span>, bannit le merveilleux
+de l'univers. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pierre le Grand</span>. Ses réformes,
+son humeur sévère. LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Plaisir</span>. La nature des plaisirs
+est d'être de courte durée.
+De là l'embarras des religions
+et le ridicule des plaisirs éternels
+qu'elles imaginent pour
+leurs paradis. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Plotin</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Poëtes</span>. Singulière opinion
+sur les poëtes. XLVIII.</p>
+
+<p>Ils accablent la raison sous
+les agréments.</p>
+
+<p>Ils ne sont pas rares chez les
+orientaux. CXXXVII.</p>
+
+<p>Bucoliques, plaisent aux gens
+de cour;</p>
+
+<p>Dramatiques, poëtes par excellence,
+maîtres des passions;</p>
+
+<p>Epiques, sévèrement jugés;
+de là la froideur de Voltaire
+pour Montesquieu.</p>
+
+<p>Lyriques, qui font de leur art
+une harmonieuse extravagance.
+CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Point d'honneur</span>, tient à la
+passion de la gloire; caractère
+de chaque profession; plus
+marqué chez les gens de guerre,
+a réglé jadis la conduite des
+Français surtout des nobles;
+n'admet qu'une solution, le
+duel. (V. <i>Duel</i>.) XCI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Politesse</span>. En Espagne
+«un capitaine ne bat jamais
+son soldat sans lui en demander
+permission, et l'inquisition
+ne fait jamais brûler un juif
+sans lui faire ses excuses.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Politique</span>. En Asie, les règles
+de la politique sont partout
+les mêmes. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pologne</span>. N'a presque plus de
+peuples. CXIII.</p>
+
+<p>A mal usé de sa liberté et
+du droit d'élire ses rois.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Polygamie</span>. <i>La polygamie
+triomphante</i>, livre où il
+est prouvé que la polygamie
+est ordonnée aux chrétiens.
+XXXV.</p>
+
+<p>La polygamie, défendue par
+le paganisme romain. CXV.</p>
+
+<p>Elle engendre la langueur
+des hommes, l'étiolement des
+enfants, les querelles des femmes
+condamnées à une continence
+forcée, la fabrication des
+eunuques, le célibat des filles
+esclaves. C'est un agent de dépopulation.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Pompes funèbres</span>. Leur
+inutilité. XL.</p>
+
+<p><span class="smcap">Porphyre</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Portes</span>, haussées, baissées ou
+élargies selon les parures des
+femmes. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Portugais</span>. Voyez Espagne.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Leur douceur relative dans
+le gouvernement de leurs colonies.
+Ils furent bientôt chassés
+de tous les pays qu'ils avaient
+découverts. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Poudre</span>. Depuis la poudre,
+plus d'asile contre l'injustice et
+la violence. CVI.</p>
+
+<p>Mais depuis la poudre, batailles
+moins sanglantes. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pourceau</span>. Pourquoi immonde?
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pouvoir</span>. Il ne peut jamais
+être également partagé entre le
+peuple et le prince.</p>
+
+<p>Le pouvoir des rois d'Europe
+est très-grand, modéré par
+leur intérêt. CIII.</p>
+
+<p>Le pouvoir arbitraire, négation
+de la liberté et de l'égalité,
+assurant aux princes toutes
+les richesses, enraye la propagation
+de l'espèce. CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prescience divine</span>, ni absolue,
+ni infinie, sous peine de
+contradiction et d'injustice.</p>
+
+<p>Si elle est intermittente, elle
+n'est plus que caprice et fantaisie.</p>
+
+<p>«L'alcoran et le livre des
+Juifs s'élèvent sans cesse contre
+le dogme de la prescience
+absolue.» LXIX.</p>
+
+<p>Voir Dieu, Adam, liberté, âme.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prestiges</span> qui font gagner
+des batailles: le terrain, le nombre,
+le courage. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prêtres</span>. Rôle difficile du
+prêtre dans le monde; sa neutralité
+forcée. LVI.</p>
+
+<p>«L'envie d'attirer les autres
+dans son opinion est, pour ainsi
+dire, attachée à sa profession.»
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Prière</span>. Postures exigées
+par les diverses religions.
+XLVI.</p>
+
+<p>Prêtres chrétiens et musulmans
+prient sept fois par jour.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prince</span>. Les querelles particulières
+du prince, le mécontentement
+des ambassadeurs
+du prince, ne peuvent légitimer
+une guerre. XCVI.</p>
+
+<p>Il n'est pas de son honneur
+de s'allier avec un tyran. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Autorité illimitée des princes
+en Orient. CIII.</p>
+
+<p>En Europe, peu d'attentats
+contre la vie des princes.</p>
+
+<p>En Orient, sans précautions
+infinies, les princes ne vivraient
+pas un jour. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>En se cachant, les princes
+d'Orient font respecter la
+royauté et non le roi. CIV.</p>
+
+<p>C'est un crime de lèse-majesté
+à un prince de faire la
+guerre à ses sujets. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Procédure</span>. «Formalités
+dont l'excès est la honte de la
+raison humaine.» CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Propagation</span>. Conditions favorables
+à la propagation de
+l'espèce.</p>
+
+<p><span class="smcap">Divorce</span>; suppression du célibat
+religieux. CXV, CXVII.</p>
+
+<p>Accord du tempérament et
+du climat. CXXI.</p>
+
+<p>Liberté, égalité des droits et
+des fortunes.</p>
+
+<p>Gouvernement doux et républicain.
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Proportion</span>. La proportion
+entre les fautes et les peines
+est comme l'âme des États;
+gardée par les princes d'Europe,
+elle est sans cesse renversée,
+à leurs dépens, par les
+rois d'Orient. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Propreté</span>. «La propreté,
+qui est l'image de la netteté de
+l'âme.» II.</p>
+
+<p><span class="smcap">Propriété</span>. L'incertitude de
+la propriété des terres ralentit
+«l'ardeur de les faire valoir.»
+XX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prosélytisme</span>. Transmis des
+Egyptiens aux Juifs, des Juifs
+aux mahométans et aux chrétiens;
+maladie épidémique; esprit
+de vertige; éclipse entière
+de la raison humaine.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Protestantisme</span>. Avantage
+du protestantisme sur le catholicisme,
+suppression du célibat
+et des couvents. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Protestants</span>. Ils multiplient
+nécessairement plus que les catholiques.
+De là accroissement
+de population, d'impôts, d'activité
+agricole, industrielle, de
+travail et de richesses. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Providence</span>. Ce qui est pour
+le riche sagesse de la providence
+est pour le pauvre aveugle fatalité
+du destin. XCVIII.</p>
+
+<p>Les musulmans laissent tout
+faire à la providence. CXX.</p>
+
+<p>L'homme ne trouble pas
+l'ordre de la providence lorsqu'il
+change les modifications
+de la matière. LXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Puissance paternelle</span>. La
+plus sacrée de toutes les magistratures,
+fortement établie
+par le droit romain;</p>
+
+<p>Montesquieu semble blâmer
+les Français de l'avoir restreinte.
+LXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Puissance royale</span>, ses progrès
+en France. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Purgatifs</span>. 1º Mélange de
+philosophie scolastique;</p>
+
+<p>2º Extraits d'arrêts du Conseil
+et de Bulles et Constitutions
+de jésuites. CXLIII.</p>
+
+
+<h3>Q</h3>
+
+<p>Q. Quelques docteurs voulaient
+qu'on prononçât cette
+lettre comme un K. (Querelle
+de Ramus.) CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Quiétisme</span>, sorte de mysticisme
+exalté.</p>
+
+<p>Un quiétiste n'est autre
+chose qu'un homme fou, dévot
+et libertin. CXXXIV.</p>
+
+
+<h3>R</h3>
+
+<p><span class="smcap">Rat</span>. Pourquoi immonde?
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Raymond Lulle</span> a cherché
+vainement le secret de la transmutation
+des métaux. XLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Récompenses</span>. A Rome,
+Athènes, Lacédémone, l'honneur
+payait seul les services
+les plus signalés. L'auteur
+d'une belle action y trouvait sa
+récompense. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Régence</span>, ses commencements.
+Désarroi où la mort de
+Louis XIV laisse la France.
+CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Régent</span> (le), son habileté.
+XCIII.</p>
+
+<p>Il fait casser par le Parlement
+le testament de
+Louis XIV.</p>
+
+<p>Il relègue le Parlement à
+Pontoise. CXL.</p>
+
+<p><span class="smcap">Régicide</span>. En Orient, le régicide
+monte sur le trône sans
+opposition. Pourquoi? CIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Reine</span>. Exemple de tendresse
+conjugale donné par
+une reine de Suède. CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Religion</span>. Distinction entre
+la foi et la vie laïque, fortement
+établie. X.</p>
+
+<p>«Je ne leur parle pas (aux
+Mollaks) comme vrai croyant,
+mais comme homme, comme
+citoyen, comme père de famille.»</p>
+
+<p>Chez les chrétiens elle est
+plus un sujet à disputes
+qu'un moyen de sanctification.
+LXXV.</p>
+
+<p>La religion gagne les malades
+par ses promesses.
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Religions</span>. «Les plus proches
+sont les plus grandes ennemies.»
+LX.</p>
+
+<p>Avantages de la multiplicité
+des religions dans un État;</p>
+
+<p>Les guerres de religion suscitées
+par l'esprit d'intolérance.
+LXXXVI.</p>
+
+<p>Il n'y a pas de religion qui
+ne prescrive l'obéissance et la
+soumission. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Leur grand nombre embarrasse
+ceux qui cherchent la
+vraie. XLVI.</p>
+
+<p>Béatitudes qu'elles promettent
+aux élus. CXXVI.</p>
+
+<p>Dieu condamne-t-il ceux qui
+ne pratiquent pas celle qu'ils
+ne peuvent connaître? XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Religions</span> (tolérées). Ceux
+qui vivent dans ces religions,
+plus utiles que ceux qui suivent
+la religion dominante.
+Eloignés des honneurs, ils
+n'en sont que plus portés
+à s'enrichir par le travail.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Remèdes</span> composés par un
+médecin rempli des mystères
+de la cabale. CXLIII.</p>
+
+<p>Remèdes rares, tels que préface
+trop courte, mandement
+fait par un évêque, etc. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Représailles</span>. Leur office
+dans le droit public international.
+XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Représenter</span>, c'est-à-dire
+«faire sentir à tous les instants
+la supériorité qu'on a.»
+LXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">République</span>. Conclusion de
+l'histoire des Troglodytes.
+XIV.</p>
+
+<p>Semble être le sanctuaire de
+l'honneur, de la réputation et
+de la vertu. X.</p>
+
+<p>La douceur du gouvernement
+républicain, la liberté,
+l'égalité, source d'opulence, favorisent
+la propagation de
+l'espèce. CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">République romaine</span>, son
+extension eût été un bonheur
+pour le monde, sans le pouvoir
+abusif des proconsuls et la
+différence que le droit de cité
+maintenait entre les vainqueurs
+et les vaincus. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Républiques</span>, contraires au
+génie oriental.</p>
+
+<p>Leurs origines. Elles sont
+postérieures aux monarchies.</p>
+
+<p>La Grèce, l'Asie-Mineure,
+Carthage, Rome.</p>
+
+<p>Le Nord et l'Allemagne (on
+a pris pour des rois les chefs
+des armées). CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Résurrection de la chair</span>.
+Croyance commune au christianisme
+et au mahométisme.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Revenus</span>. A Paris, les revenus
+des citoyens «ne consistent
+qu'en esprit et en industrie;
+chacun a la sienne qu'il
+fait valoir de son mieux.»
+LVIII.</p>
+
+<p>Revenus fonciers difficiles à
+percevoir.</p>
+
+<p>Revenus mobiliers. Embarras
+d'un homme à qui son débiteur
+rend une somme prêtée.
+CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Révolution</span>. En Orient «le
+moindre accident produit une
+grande révolution.» LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rhédi</span> neveu d'Ibben. XXV,
+écrit de Venise à Usbek, XXXI.
+(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Rica</span>, compagnon de voyage
+d'Usbek, son caractère enjoué,
+XXV. (Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Richesse</span>. Si la Providence
+n'avait accordé les richesses
+qu'aux gens de bien, on ne les
+aurait pas assez distinguées de
+la vertu. XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Robe</span>. Un des trois états qui
+se méprisent mutuellement.
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rodriguez</span> (le P. Alphonse),
+jésuite espagnol, né à Valladolid,
+mort à Séville en 1616,
+auteur d'un <i>Traité de la perfection
+chrétienne</i>, traduit
+par Régnier des Marets. Ses
+&oelig;uvres sont rangées parmi les
+purgatifs. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rois</span>. Les rois sont comme
+les dieux: pendant qu'ils vivent,
+on doit les croire immortels.
+CVIII.</p>
+
+<p>Les rois des tribus germaniques
+n'étaient que des chefs
+ou généraux à pouvoir limité
+par celui des seigneurs et l'égalité
+des dépouilles. CXXXI.</p>
+
+<p>Rois déposés par les Vandales
+et les Goths. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Roman</span>. Le roman qui sert
+de canevas aux Lettres persanes
+est tout entier dans la
+jalousie d'Usbek absent et les
+désordres de son sérail. Si l'on
+y joint l'histoire d'Aphéridon
+et d'Astarté et celle d'Anaïs
+(LXVII, CXLI), il remplit environ
+soixante lettres, et un
+peu moins du tiers de l'ouvrage
+qu'il varie, et auquel il
+est souvent rattaché avec un
+art discret.</p>
+
+<p>(Voir <i>Eunuques</i>, <i>Fatmé</i>,
+<i>Roxane</i>, <i>Zachi</i>, <i>Zélis</i>, <i>Zélide</i>,
+<i>Zéphis</i> et <i>Sérail</i>, <i>Usbek</i> et
+<i>Solim</i>, etc.).</p>
+
+<p><span class="smcap">Romanciers</span>. Espèces de
+poëtes qui outrent le langage de
+l'esprit et du c&oelig;ur. CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Romans</span>. Leurs héros sont à
+côté de la nature; un seul détruit
+une armée.</p>
+
+<p>Extravagance des romans
+orientaux. CXXXVII.</p>
+
+<p>Romans, vomitif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rome</span>. Combien déchue depuis
+les temps anciens. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Royauté</span>. Progrès de la
+royauté française. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Roxane</span>, femme préférée
+d'Usbek, qui vante sa vertu.
+XX.</p>
+
+<p>Son opiniâtreté à repousser
+les assiduités de son mari dans
+les premiers mois de son mariage.
+XXVI.</p>
+
+<p>Sa feinte sagesse trompe les
+eunuques. CLI;</p>
+
+<p>Elle s'indigne des châtiments
+subis par les autres femmes
+du sérail. CLVI.</p>
+
+<p>Surprise avec un jeune homme.
+CLIX.</p>
+
+<p>S'empoisonne: sa lettre.
+CLXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Russe</span>. Lettre d'une jeune
+mariée russe qui se plaint de
+n'être pas battue par son mari.
+LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Russie</span>. Le czar, allié naturel
+de la Perse contre les
+Turcs.</p>
+
+<p>Réformes de Pierre le
+Grand. LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rustan</span>, ami et correspondant
+d'Usbek. V.</p>
+
+<p>(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p>
+
+
+<h3>S</h3>
+
+<p><span class="smcap">Saint-Cyran</span> (abbé de), ses
+lettres bonnes contre la gale, la
+gratelle, etc. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Samos</span>. Roi de Samos sommé
+par un roi d'Egypte de renoncer
+à la cruauté et à la tyrannie.
+XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sanchez</span>. Son <i>de matrimonio</i>,
+fort tonique contre la
+chlorose. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Santon</span>, saint musulman.
+XCIV.</p>
+
+<p>Santons chrétiens (moines
+de la Thébaïde). <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Sardaigne</span>, terre insalubre,
+destinée par les Romains aux
+criminels et aux Juifs. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sauromates</span>, véritablement
+dans la servitude du sexe.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sauvages</span>. Leur aversion
+pour le travail et l'agriculture.
+Leur vie précaire; famine.
+Avortements. Isolement des
+tribus.</p>
+
+<p>Dépopulation. CXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Savants</span>. Deux savants pleins
+de vanité. CXLIV.</p>
+
+<p>Tribulations d'un savant,
+astronome, physicien et anatomiste.
+CXLV.</p>
+
+<p>Jadis accusé de magie, le
+savant aujourd'hui l'est d'irréligion
+ou d'hérésie.</p>
+
+<p>Dédain des savants pour
+ceux qui s'occupent d'une autre
+science que la leur. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scapulaire</span>, morceau de
+drap attaché à deux rubans.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sciences</span>. Mauvais usage
+des sciences. CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scolastique</span>. Allusion aux
+disputes et aux subtilités scolastiques.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scot</span>, subtil scolastique;
+purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Secte</span>. Une secte nouvelle
+introduite dans un État est le
+moyen le plus sûr pour corriger
+les abus de l'ancienne.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Seigneur</span>. Les grands seigneurs
+qui représentent.</p>
+
+<p>Leur morgue. LXXIV.</p>
+
+<p>L'abolition de l'esclavage par
+les rois abaissait les seigneurs.
+LXXV.</p>
+
+<p>Un grand seigneur est un
+homme qui voit le roi, parle
+aux ministres, a des ancêtres,
+des dettes et des pensions.
+LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sémiramis</span>, reine et divinité
+des Babyloniens. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sénèque</span>. Dans le malheur,
+un Européen n'a «d'autre ressource
+que la lecture d'un philosophe
+qu'on appelle Sénèque:
+mais les Asiatiques, plus sensés
+et meilleurs physiciens en
+cela, prennent des breuvages
+capables de rendre l'homme
+gai, etc.» XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Séparation</span>. Une femme effrontée
+expose les outrages
+qu'elle a faits à son époux
+comme une raison d'en être
+séparée. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sérail</span>. Gouverné par les
+eunuques noirs. II, VII, LXIV,
+IX.</p>
+
+<p>Gardé par les eunuques
+blancs qui ne peuvent pénétrer
+dans l'appartement des
+femmes. XX, XXI.</p>
+
+<p>Les hommes qui en approchent
+sont massacrés. LXVII,
+CLIX.</p>
+
+<p>Condition et malheur des
+femmes qui y sont enfermées.
+VII, XX, XXI, XXVI, XXVII.</p>
+
+<p>A quel âge elles y entrent.
+LXII.</p>
+
+<p>On leur fait croire que leur
+réclusion est une garantie de
+chasteté, de santé et de beauté.
+XX, XXXIV, XLVII, LXII,
+LXIII.</p>
+
+<p>Plus il y a de femmes dans
+un sérail, moins elles y donnent
+d'embarras. XCVII.</p>
+
+<p>Leurs dissensions, leurs réconciliations,
+leurs voyages ou
+promenades dans des boîtes.
+LXIV, III, XLVII.</p>
+
+<p>Leurs privautés avec les filles
+esclaves, IV, CXLVII, qui
+ne se marient presque jamais
+sinon avec des eunuques,
+LXVII, CXV, LIII; leur goût
+pour les eunuques blancs. XX.</p>
+
+<p>Le sérail tue l'amour chez le
+mari sans supprimer la jalousie.
+VI.</p>
+
+<p>Désordres dans le sérail
+d'Usbek. XX, LXIV, LXV,
+CXLVII-CLXI.</p>
+
+<p>Châtiments terribles, le fouet,
+la torture. CLVI-CLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Servitude</span>. La servitude est
+dans le tempérament asiatique.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sibérie</span>. Lieu d'exil pour
+les seigneurs russes disgraciés.
+LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sicile</span>. Contenait jadis de
+puissants royaumes. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sincérité</span>. Celle d'Usbek
+lui a fait des ennemis à la cour
+de Perse. C'est la cause de son
+voyage. VIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Singe</span>. Il y a encore des peuples
+chez lesquels un singe passablement
+instruit pourrait vivre
+avec honneur. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Smyrne</span>. Seule ville «riche
+et puissante» de l'Asie turque:
+«Ce sont les Européens qui la
+rendent telle.» XX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sociabilité</span>. L'homme, animal
+sociable; un Français est
+donc l'homme par excellence.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Société</span>. Elle est fondée sur
+un avantage mutuel. LXXVI.</p>
+
+<p>Origine des sociétés: «un
+fils est né auprès de son père
+et il s'y tient: voilà la société
+et la cause de la société.»
+XCV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Soleil</span>. Les Espagnols disent
+«que le soleil se lève et
+se couche dans leur pays.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>«Ouvrage et manifestation
+de la divinité,» dieu des Guèbres,
+longtemps «honoré»
+d'un «culte religieux mais inférieur...
+dans la ville sainte
+de Balk.» LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Solidarité</span>. Sa nécessité sociale,
+prouvée dans l'épisode
+des Troglodytes. Lettres XI.
+XII, XIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Solim</span>, eunuque, dénonce les
+désordres du sérail, CLI.</p>
+
+<p>Est chargé des vengeances
+d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Soliman</span>, affront qu'il reçoit.
+LXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Solliciteuses</span>. Leur agitation
+perpétuelle; elles ne reculent
+devant rien pour distribuer
+les places et les honneurs.
+CVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Somnifères</span>. La <i>Cour sainte</i>
+du P. Caussin procure un
+doux sommeil à un malade
+affligé d'insomnie, et à toute
+sa famille. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Somptuaires</span> (lois) finement
+raillées. CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Son</span>. Combien de lieues il fait
+dans une heure. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sottises</span>. Dire théologiquement
+force sottises. CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Soumission</span>. Elle se mesure
+à la gratitude. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Souverains</span>. Doivent chercher
+des sujets et non des terres.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Statues</span>. Il y en a autant
+dans les jardins de Louis XIV
+que de citoyens dans une
+grande ville. XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Statuts</span> de villes et de provinces.
+Presque toujours rédigés
+par écrit sous Louis XIV.
+CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Style figuré</span>. L'auteur le
+condamne. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suède</span>. Mort de Charles XII.
+CXXVIII.</p>
+
+<p>Mention de deux reines de
+Suède. CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suicide</span>. Injustice des lois
+portées contre ceux qui se
+tuent eux-mêmes.</p>
+
+<p>Le suicide ne trouble pas
+l'ordre de la nature.</p>
+
+<p>Il n'est que l'usage d'un
+droit; la renonciation à un contrat
+devenu onéreux. LXXVI.</p>
+
+<p>Faibles arguments en faveur
+de la loi religieuse et de la loi civile
+contre le suicide. LXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suisse</span>. République. CXXIII.</p>
+
+<p>Elle est l'image de la liberté.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sultans</span>. Ils ont plus de
+femmes que certains princes
+italiens ou allemands n'ont de
+sujets. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Superfluités</span>. Elles sont socialement
+aussi nécessaires que
+les nécessités de la vie. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sûreté</span>. Précautions des
+princes orientaux pour mettre
+leur vie en sûreté. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suphis</span>. Jeune étourdi. Le
+traitement qu'il fait subir à sa
+jeune femme. LXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Syphilis</span>, son introduction
+dans l'ancien monde; ses effets
+prodigieux; remède puissant
+qui lui est opposé. CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Système</span> (de Law). Allusion
+aux troubles qu'il apporte dans
+les fortunes. CXXXII.</p>
+
+<p>Ses affirmations ne sont pas
+plus sûres que les présages de
+l'astrologie judiciaire. CXXXV.</p>
+
+<p>Il pervertit la moralité publique.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Système du monde</span>, expliqué
+par quelques lois générales
+découvertes par des philosophes
+qui n'ont point été
+ravis jusqu'au trône lumineux
+(comme saint Paul), etc.
+XCVIII.</p>
+
+
+<h3>T</h3>
+
+<p><span class="smcap">Talents</span> (petits), tels que:
+parler pour ne rien dire, écouter,
+sourire à propos, entendre
+finesse à tout, etc.</p>
+
+<p>«Un homme de bon sens ne
+brille guère devant eux.»
+LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Talismans</span>. Effet que peut
+produire l'arrangement de certaines
+lettres. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tartares</span>. Leurs conquêtes
+et leur puissance. Il ne leur a
+manqué que des historiens.
+LXXXII.</p>
+
+<p>Pourquoi leurs conquêtes seraient
+dévastatrices. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tartarie</span>. «Quand le kan
+de Tartarie a dîné, un héraut
+crie que tous les princes de la
+terre peuvent aller dîner.»
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tauris</span>. Lettres I, II, III.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tavernier</span>, célèbre voyageur
+en Perse. LXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tempéraments</span> fixés par le
+climat, ils souffrent du changement
+brusque du pays d'origine.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tentations</span> des santons de
+la Thébaïde. Elles nous suivent
+jusque dans la vie la plus
+austère. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Terre</span>. Soumise comme les
+autres planètes, aux lois du
+mouvement; elle souffre au dedans
+d'elle un combat perpétuel
+de ses principes. CXIV.</p>
+
+<p>Elle se dépeuple et dans dix
+siècles ne sera plus qu'un désert.
+CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Testament</span>. Le testament
+de Louis XIV cassé par le parlement.
+XCIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Théâtre</span>. Description de la
+salle et de la scène. XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Thébaïde</span>. Saints ou santons
+chrétiens de la Thébaïde. Leur
+vie, leurs tentations.</p>
+
+<p>Les chrétiens sensés regardent
+leur histoire comme une
+allégorie bien naturelle des
+passions qui nous suivent jusque
+dans le désert. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Théologie</span>. Les livres de
+théologie, doublement inintelligibles
+par la matière et la
+manière. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tisane</span> purgative et autres,
+d'après la nouvelle pharmacie
+spirituelle. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Titres</span>. La vente des titres
+d'honneur est une des principales
+ressources de Louis XIV.
+XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tolérance</span>. Elle commence
+à s'établir en France; mais non
+en Asie. LX. (Voir <span class="smcap">Intolérance</span>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Traducteurs</span>. Dialogue d'un
+traducteur d'Horace et d'un
+géomètre.</p>
+
+<p>Services que rendent les traducteurs
+et danger de leur
+métier. CXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Traductions</span>; rendent le
+corps, mais non la vie. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Traitants</span>. Chambre, qu'on
+appelle de justice, parce qu'elle
+va leur ravir tout leur bien.
+XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Traite</span> autorisée par les rois
+chrétiens. LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Traités de paix</span>, légitimes
+lorsque les conditions en sont
+telles que les deux peuples
+peuvent se conserver. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Travail</span>. Les Espagnols
+«invincibles ennemis du travail.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Le travail et l'industrie à
+Paris: sans eux, plus de revenus,
+plus de circulation des
+richesses. Chacun, retiré dans
+sa terre, ne travaillerait qu'à
+sa faim. Dépopulation. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tribunal</span> où l'on prend les
+voix à la majeure; on a reconnu
+qu'il vaudrait mieux les recueillir
+à la mineure. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Troglodytes</span>, perdus par
+l'égoïsme et l'anarchie, relevés
+par la solidarité des droits et
+des devoirs, par la pratique de
+la vertu et de la liberté civile.
+Vont de nouveau périr par la
+monarchie et l'égalité dans la
+servitude. XI-XIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Turcs</span>. Sous le nom de
+Turcs, les Tartares ont fait
+des conquêtes immenses dans
+l'Europe, l'Asie et l'Afrique;
+et ils dominent sur trois parties
+de l'univers. LXXXII.</p>
+
+<p>Les Turcs défaits par les Impériaux.
+CXXIV.</p>
+
+<p>Caractère de leurs conquêtes.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Turquie</span>. Faiblesse de l'empire
+des Osmanlis: «Ce corps
+malade ne se soutient pas par
+un régime doux et tempéré,
+mais par des remèdes violents
+qui l'épuisent et le minent sans
+cesse.»</p>
+
+<p>Ni commerce, ni art, ni «expérience
+sur la mer,» villes
+désertes, campagnes désolées;</p>
+
+<p>«Juste idée de cet empire
+qui, avant deux siècles, sera le
+théâtre des triomphes de quelque
+conquérant.» XX.</p>
+
+<p>La Turquie est également
+dépeuplée en Europe et en
+Asie. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tyen</span>. Ciel des chinois. Les
+âmes des ancêtres y sont
+anéanties, mais revivent sur
+terre dans les enfants. CXX.</p>
+
+
+<h3>U</h3>
+
+<p><span class="smcap">Ubiquité</span>. Question pour les
+philosophes, réalité pour les
+Français. LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ulrique-Eléonore</span>, reine
+de Suède. Sa tendresse conjugale.
+CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Université</span> (de Paris), fille
+très-aînée des rois de France.
+Elle rêve quelquefois. CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Usbek</span>. (<i>Ouzbeyg</i>, nom
+d'une des principales tribus
+tartares ou turcomanes qui ont
+envahi l'Asie Mineure vers le
+temps des croisades.) Seigneur
+persan disgracié. VIII.</p>
+
+<p>Vient en Europe se perfectionner
+dans les sciences, qu'il
+a toujours aimées.</p>
+
+<p>Il passe par Com, Tauris,
+Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne
+et s'arrête à Paris «siége
+de l'empire d'Europe.»</p>
+
+<p>C'est là qu'il étudie les m&oelig;urs
+des Français, qu'il ne cesse de
+sonder les matières religieuses,
+philosophiques, politiques, qu'il
+acquiert des notions de droit
+public et d'histoire générale,
+plus tard développées dans
+l'<i>Esprit des lois</i>.</p>
+
+<p>Le regret de son sérail, la
+jalousie, troublent seules la sérénité
+de son esprit. Il renvoie
+à Ispahan les eunuques qu'il
+avait emmenés, ne cesse d'écrire
+à Zachi, Zélis, Zéphis,
+Fatmé, et surtout à Roxane, sa
+favorite, qui le trompe avec
+toutes les apparences de la
+vertu. Son désespoir, les ordres
+cruels qu'il donne contre
+les infidèles remplissent la fin
+des <i>Lettres persanes</i>.</p>
+
+<p>Voir à la table les numéros
+des lettres nombreuses qu'il
+envoie et qu'il reçoit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Usurpateur</span>. Un usurpateur
+déclare rebelles tous ceux qui
+n'ont point opprimé la patrie
+comme lui. CV.</p>
+
+
+<h3>V</h3>
+
+<p><span class="smcap">Vanité</span> de deux savants qui
+veulent être admirés à force
+de déplaire. CXLIV.</p>
+
+<p>Portrait du vaniteux. L.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vandales</span>, déposaient volontiers
+leurs rois. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Venise</span>. Epargnée par les
+mahométans parce que l'eau y
+manque pour les purifications.
+XXXI.</p>
+
+<p>République qui n'a de ressources
+qu'en son économie.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vérité</span>. «Vérité dans un
+temps, erreur dans un autre.»
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vérités</span>. La connaissance
+de cinq ou six vérités a rendu
+la philosophie pleine de miracles.
+XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vertu</span>. C'est la pratique de
+la justice, de la réciprocité sociale.
+XII, XIII, <i>passim.</i></p>
+
+<p>Quand elle est naturelle, la
+vertu est modeste et ne se fait
+pas sentir. L.</p>
+
+<p><span class="smcap">Veuve indienne</span>. Pourquoi
+elle veut se brûler et pourquoi
+elle y renonce. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Viandes</span>. Le Turc ne veut
+point qu'elles soient étouffées.
+XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vieillesse</span>. Elle juge tout
+d'après le souvenir et le regret
+de la jeunesse perdue. LIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vierge</span> qui a mis au monde
+douze prophètes. Son tombeau
+est à Com. I.</p>
+
+<p><span class="smcap">Villes</span> d'Italie, désertes et
+dépeuplées. CXIII.</p>
+
+<p>Les voyageurs recherchent
+les grandes villes, espèce de
+patrie commune à tous les
+étrangers. XXIII.</p>
+
+<p>Depuis quand les bourgeois
+ont perdu la garde de leurs
+villes. CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vin</span>, causes de sa cherté à
+Paris. Ses funestes effets chez
+les musulmans, malgré les prohibitions
+du Coran. XXIII,
+LVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Virginité</span>. Des femmes
+adroites font de la virginité
+une fleur qui périt et renaît
+tous les jours, «et se cueille la
+centième fois plus douloureusement
+que la première.»
+LVIII.</p>
+
+<p>Incertitude des preuves de la
+virginité. LXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Visapour</span>. Les femmes jaunes
+de ce pays peuplent les sérails
+de Perse. XCVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Visites</span>. Pour nombre de
+Français, il est de la bienséance
+de visiter chaque jour le public
+en gros et en détail.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vizir</span>. Le grand vizir d'Allemagne
+est le fléau de Dieu,
+envoyé pour châtier les sectateurs
+d'Omar. CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">V&oelig;ux</span>. «Les dervis font trois
+v&oelig;ux, d'obéissance, de pauvreté
+et de chasteté. On dit
+que le premier est le mieux
+observé de tous; quant au second,
+je te réponds qu'il ne
+l'est point: je te laisse à juger
+du troisième.» LVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Volonté</span>. «Dieu ne peut
+lire dans une volonté qui n'est
+point encore.» LXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vomitifs</span>. 1º Harangues,
+oraisons funèbres, opéras nouveaux,
+romans, mémoires, le
+tout distillé;</p>
+
+<p>2º Infusion de papier ayant
+couvert un recueil des pièces
+des Jésuites français» (J. F.);
+ou mieux, selon Barbier, des
+jeux floraux. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Voyages</span>. Combien plus embarrassants
+pour les femmes
+que pour les hommes. XLIII.</p>
+
+
+<h3>Z</h3>
+
+<p><span class="smcap">Zachi</span> rappelle à Usbek qu'il
+l'a préférée à ses autres femmes.
+III.</p>
+
+<p>Trouvée seule avec Nadir,
+eunuque blanc. XX.</p>
+
+<p>Ses privautés avec la jeune
+Zélide. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Sa réconciliation avec Zéphis.
+XLVII.</p>
+
+<p>Couchée avec une de ses esclaves.
+CXLVII.</p>
+
+<p>Elle reçoit le fouet et se
+plaint passionnément à Usbek.
+CLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zélide</span>, esclave de Zéphis, de
+Zachi et de Zélis, soupçonnée
+de certaines complaisances intimes
+pour ses maîtresses. IV,
+XX, CXLVII.</p>
+
+<p>Elle consent à épouser Cosrou,
+eunuque blanc. (V. ce
+mot.) XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zélis</span> marie son esclave Zélide
+à Cosrou, eunuque blanc.
+Ses idées sur les plaisirs conjugaux
+des hommes de cette
+espèce. LIII.</p>
+
+<p>Confie sa fille, âgée de sept
+ans, aux soins des eunuques
+noirs. LXII.</p>
+
+<p>A laissé tomber son voile en
+allant à la mosquée. CXLVII.</p>
+
+<p>Soupçonnée d'avoir reçu une
+lettre. CXLVIII.</p>
+
+<p>Reçoit le fouet et se plaint
+vertement au «tyran» Usbek.
+CLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zéphis</span>. Accusée de certaines
+relations illicites avec son
+esclave Zélide, IV, se plaint
+du grand eunuque noir.</p>
+
+<p>Sa réconciliation avec Zachi.
+XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zend</span>, ancien bactrien, langue
+sacrée des Guèbres. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zeuxis</span> assemble les plus
+beaux modèles pour figurer la
+déesse de la beauté.</p>
+
+<p>Ainsi les métaphysiciens
+construisent l'idée de Dieu avec
+les perfections imaginées par
+les hommes. LXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zoroastre</span>. Législateur des
+Guèbres et auteur de leurs
+livres sacrés. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zufagar</span>, nom de l'épée
+d'Ali, «qui avoit deux pointes.»
+XVI.</p>
+
+<p>(<i>Zoulfékar</i>, sabre à deux
+lames donné par Mahomet, conservé
+dans la maison des Kalifes,
+brisé à la chasse par un
+descendant d'Abdoullah IV, il figure
+sur les pavillons ottomans.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Zuléma</span> raconte à ses compagnes
+du sérail l'histoire du
+farouche Ibrahim et de l'immortelle
+Anaïs. CXLI.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="BIBLIOGRAPHIE" id="BIBLIOGRAPHIE"></a>BIBLIOGRAPHIE.</h2>
+
+
+<h3>I.&mdash;ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT
+DE L'AUTEUR.</h3>
+
+<p>1721. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Amsterdam, chez Pierre Brunel,
+sur le Dam. 2 vol. grand in-12 (150 lettres).<br /></p>
+
+<p>&mdash; <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol.
+in-12. (Édition semblable à la précédente.)</p>
+
+<p>&mdash; <span class="smcap">Lettres persanes</span>. <span class="smcap">Seconde édition</span>, <i>revuë, corrigée,
+diminuée et augmentée par l'auteur</i>. 2 vol. pet. in-12,
+(140 lettres). Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B.</p>
+
+<p>Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition),
+XXIII (XXV), XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL
+(XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII (LXV),
+LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI
+sont fondues en une seule.</p>
+
+<p>Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans
+cette <i>2<sup>e</sup> Marteau</i> les n<sup>os</sup> LVIII, LIX, LX. Reproduites
+avec quelques variantes dans le <i>Supplément</i> de 1754.</p>
+
+<p>Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.</p>
+
+<p>La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en
+tête du tome second de la première édition, termine le
+tome premier de la seconde, avec le nº LXI.</p>
+
+<p>Les suppressions et changements ne portent que sur le
+tome I<sup>er</sup>.</p>
+
+<p>(Pour la nature des suppressions, voir la <i>préface</i> de
+notre édition. Pour les variantes et la collation des
+n<sup>os</sup>, voir nos <i>notes et variantes</i>, tomes I et II.)</p>
+
+<p><i>N. B.</i> Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble
+bien qu'il en ait paru deux à <i>Amsterdam, chez Pierre
+Brunel, sur le Dam</i>. L'une porte sous le titre une
+sphère armillaire, l'autre un polygone régulier à neuf
+pans, dans lequel sont inscrits trois triangles équilatéraux.</p>
+
+<p>Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale
+appartiennent à deux éditions différentes: le tome I
+a la sphère, le tome II a le polygone; or nous avons
+sous les yeux:</p>
+
+<p>Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette.
+Sur le tome I de la Bibliothèque nationale, en regard
+du feuillet de garde, se trouve la note manuscrite suivante:
+<i>édition différente</i>. Au reste, les deux éditions
+Brunel et l'une des éditions Marteau sont des réimpressions
+d'un même texte.<br /></p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1730. <span class="smcap">Lettres persanes, troisième édition</span> à Amsterdam,
+chez Jacques Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal,
+19030 <i>bis</i> B.</p>
+
+<p>Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser
+au moment où fut rédigée notre préface, est
+une <i>réimpression</i> de la 2<sup>e</sup> Marteau. Elle commence
+également par la lettre d'<i>Usbek à son ami Nessir</i>, la
+V<sup>e</sup> du texte complet. Le premier tome finit par la lettre
+sur l'Académie.</p>
+
+<p>&mdash; Autre édition, mais conforme à la 1<sup>re</sup>: à Cologne, chez
+Pierre Marteau. 2 vol. in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1731. <span class="smcap">Lettres persanes</span>: à Amsterdam, chez P. Mortier,
+2 vol in-12 (150 lettres). Quérard dit: Amsterdam
+(Paris).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne,
+Pierre Marteau.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire,
+près le collége des Jésuites. In-8<sup>o</sup>, 2 tomes en un volume,
+150 lettres. (Arsenal, 19031 B.)</p>
+
+<p>&mdash; La même édition, augmentée des <i>Lettres turques</i> (par
+Saint-Foix), 2 tomes en un volume.</p>
+
+<p>Réimpression de la 1<sup>re</sup> 1721, avec quelques variantes
+insignifiantes.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir
+la préface) <i>les Lettres persannes convaincues d'impiété</i>,
+qui vise la 1<sup>re</sup> Marteau 1721, et la 2<sup>e</sup> Desbordes
+1730.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de
+Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le
+texte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Cologne, chez Pierre Marteau
+(2 tomes in-12, 150 lettres, avec un <i>Supplément</i>).</p>
+
+<p>Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier
+volume sont intercalées les <i>Lettres turques</i>.</p>
+
+<p>Le <i>Supplément</i>, à la fin du second volume, contient
+<i>quelques réflexions sur les Lettres persanes</i>, onze lettres,
+dont trois empruntées, avec variantes, à la 2<sup>e</sup> Marteau,
+3<sup>e</sup> Desbordes, et un certain nombre de passages
+nouveaux à ajouter ou à substituer dans le texte. La
+plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement
+observé les indications du <i>Supplément</i> pour le placement
+des lettres et passages nouveaux.</p>
+
+<p>Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition
+reliée en un volume; les <i>Lettres turques</i> y sont
+insérées après le Supplément.</p>
+
+
+<h3>II.&mdash;ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT
+DE L'AUTEUR.</h3>
+
+<p>(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées
+des <i>Lettres persanes</i>: mais diverses considérations
+nous ont amené à signaler plusieurs éditions des &OElig;uvres
+complètes, en n'y tenant compte que de ce qui
+concerne les <i>Lettres</i>.)</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1755. Réimpression pure et simple, sans <i>Supplément</i>, du texte
+de 1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol.
+grand in-12). L'exemplaire de la bibliothèque nationale
+est relié en un volume.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1757. <span class="smcap">&OElig;uvres de M. de Montesquieu</span>, Londres (4 vol. in-12).
+La première édition des &oelig;uvres complètes, publiée par
+Richer sous les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu,
+avec le concours de Moreau, ancien secrétaire
+de l'auteur, et imprimeur célèbre qui, suivant Quérard
+et Brunet, la rendit le modèle des éditions suivantes.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1758. <span class="smcap">&OElig;uvres complètes de M. de Montesquieu</span>, nouvelle
+édition, revue, corrigée et considérablement augmentée
+<i>par l'auteur</i>, Amsterdam et Leipsick, Arkstée et
+Merkus (3 vol. in-4<sup>o</sup>). Toutes les additions du <i>Supplément</i>
+sont intercalées à leur place.</p>
+
+<p>Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal),
+note manuscrite indiquant deux collaborateurs
+pour les <i>Lettres</i>. Les <i>Lettres</i> sont au tome III. Dans
+l'avertissement, Richer réfute les remarques d'un anonyme
+(Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition, très-belle
+en effet, est plus correcte et moins chère que la précédente.
+Toutes deux sont d'ailleurs l'&oelig;uvre de Richer
+et de Moreau. Elles renferment un assez grand nombre
+de <i>corrections</i> d'après les changements trouvés dans
+les papiers de l'auteur, et que beaucoup d'éditions subséquentes
+ont admises. Nous les signalons dans nos
+<i>Notes</i>, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à
+même de les voir et de les certifier, et nous nous défions
+fort de cette manie d'arrangement et d'atténuations,
+à laquelle se laissaient aller volontiers les éditeurs
+des derniers siècles. Au reste, ces variantes sont
+véritablement insignifiantes.</p>
+
+<p>Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1759, 1762. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Nouvelle édition, très-augmentée, avec
+des <i>remarques philosophiques et politiques d'un
+anonyme</i> (Élias Luzac), Amsterdam et Lausanne,
+Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.) (6 volumes
+in-12.</p>
+
+<p>Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque
+Richer réfute en 1758 les <i>Remarques</i> d'Élias
+Luzac.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la
+note manuscrite mentionnée à l'article 1758.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1761. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle
+édition, augmentée de douze lettres qui ne se
+trouvent pas dans les précédentes, et d'une table analytique
+des sujets traités; un vol. in-8<sup>o</sup> de 527 pages.
+Réimprimée en 1786.</p>
+
+<p>Le chiffre de <i>douze lettres</i> contient sans doute <i>Quelques
+Réflexions sur les Lettres persanes</i>. En fait, le <i>Supplément</i>
+de 1754 n'ajoute que <i>onze</i> lettres.</p>
+
+<p>Cette édition est la première complète des <i>Lettres persanes</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1767. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1772. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Londres, Nourse, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, l'une des plus
+mauvaises.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1776. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam, Arkstée et Merkus,
+1 vol. in-12, 161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de
+Provins.)</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1788. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Paris, Bastien, 5 vol in-8<sup>o</sup>. D'après Quérard,
+médiocre et chère.</p>
+
+<p><span class="smcap">&OElig;uvres</span>, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs
+pièces qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam
+(sans nom d'éditeur ni d'imprimeur). Généralement
+conforme à l'in-4<sup>o</sup> de 1758. 6 vol. in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1790. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Bâle 8 vol. in-8<sup>o</sup> (réimprimées en 1799), avec
+des notes d'Helvétius, longtemps la plus complète,
+mais entièrement effacée par celle d'Auger 1816.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8<sup>o</sup>; avec notes
+d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte
+médiocre. (Publiée par de Laroche.)</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV.</p>
+
+<p>Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les
+manuscrits (?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie
+Plassan. 5 vol. grand in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758,
+laisse à désirer comme livre de luxe.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1803. <span class="smcap">Lettres</span>. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol.
+in-18. Avec les clichés de cette édition peu correcte a
+été faite celle de Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection
+des classiques français). Autre tirage, 1811.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1814 et 1820. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1815. <span class="smcap">Lettres</span>, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1816, 1818, 1820. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, précédées de la vie de l'auteur par
+Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8<sup>o</sup>, imprimerie
+Crapelet. (Table analytique bien faite.)</p>
+
+<p>La seconde est plus complète.</p>
+
+<p>Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le
+texte des lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1817. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes
+in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1818. <span class="smcap">Lettres</span>, Nîmes, in-8<sup>o</sup> (id. 1820), traduction espagnole de
+Marchena.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1819. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Nouvelle édition contenant les <i>Éloges de Montesquieu</i>
+par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable),
+les notes d'Helvétius, de Condorcet, et
+le commentaire de Voltaire sur l'<i>Esprit des lois</i>. Paris,
+de l'imprimerie de Pierre Didot aîné. Lequien
+1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de
+1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont
+passées en revue. Estimée.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>, suivies des &oelig;uvres diverses, Paris, Didot aîné,
+3 vol. in-8<sup>o</sup>, formant les volumes 52-54 de la <i>Collection
+des meilleurs ouvrages français</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant
+partie de la <i>Bibliothèque française</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1821. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection
+des <i>Classiques français</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span> (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue,
+in-12.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span>, Paris, Touquet, in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1822. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8<sup>o</sup>.
+Portrait. Avec les <span class="smcap">Éloges</span> par d'Alembert et Villemain,
+suivie du <i>Commentaire sur l'Esprit des lois</i> par
+Destutt de Tracy. Édition faite sur 1819-Lequien.
+Estimée.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1823. <span class="smcap">Lettres</span>. Nouvelle édition accompagnée de notes et
+d'une table alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18.</p>
+
+<p>Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur
+les noms orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée
+par les frères Garnier.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span>, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot,
+3 vol. in-32.</p>
+
+
+<p>Il y a peu à dire sur les éditions, tant des <span class="smcap">&OElig;uvres</span> que des
+<span class="smcap">Lettres</span>, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de
+nos jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt
+de 1758.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND" id="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND"></a>TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.</h2>
+
+<p>
+<a href="#LETTRE_LXXXIX"><b>LETTRE LXXXIX.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Notes sur Paris ou règnent la <i>liberté et l'égalité</i>;
+portrait du grand seigneur en France; la faveur,
+grande divinité des Français.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XC"><b>LETTRE XC.</b></a> Usbek à Ibben.<br />
+<br />
+Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation.
+Amour des Français pour la gloire. Éloge
+du régime républicain. <br />
+
+<a href="#LETTRE_XCI"><b>LETTRE XCI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du
+duel, plus forte que la raison et que la loi. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCII"><b>LETTRE XCII.</b></a> Usbek à Rustan.<br />
+<br />
+Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCIII"><b>LETTRE XCIII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement.
+Rôle des parlements. Habileté du régent.
+<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCIV"><b>LETTRE XCIV.</b></a> Usbek à son frère santon au monastère de
+Casbin.<br />
+<br />
+A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires.
+Tentations des ascètes de la Thébaïde. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCV"><b>LETTRE XCV</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Le droit public altéré par les princes et les puissants.
+Le droit public ramené aux principes de justice
+qui régissent le droit privé. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCVI"><b>LETTRE XCVI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions
+du droit public. De la guerre et du prétendu
+droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir
+les <i>Notes et variantes</i>.) <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCVII"><b>LETTRE XCVII.</b></a> Le premier eunuque à Usbek. (<i>Roman</i>.)<br />
+<br />
+Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de
+la polygamie. Nécessite de la présence du maître
+dans le sérail. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCVIII"><b>LETTRE XCVIII.</b></a> Usbek à Hassein, dervis de la montagne
+de Jaron.<br />
+<br />
+Supériorité des lois physiques découvertes par les
+philosophes sur les élucubrations mystiques des
+livres saints et des prophéties. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCIX"><b>LETTRE XCIX.</b></a> Usbek à Ibben.<br />
+<br />
+Inconstance des fortunes et désordre des finances en
+France. Chambre ardente contre les traitants.
+Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_C"><b>LETTRE C.</b></a> Rica à Rhédi.<br />
+<br />
+Les caprices et l'empire de la mode en France. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CI"><b>LETTRE CI.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Frivolité du caractère français. Incohérence de leur
+législation empruntée au droit romain et aux constitutions
+des Papes. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CII"><b>LETTRE CII.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Sur un évêque qui vantait son mandement. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CIII"><b>LETTRE CIII.</b></a> Usbek à Ibben.<br />
+<br />
+Considérations sur le gouvernement monarchique en
+Europe et sur le despotisme oriental. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CIV"><b>LETTRE CIV.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs
+assassins pour successeurs. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CV"><b>LETTRE CV.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Limitation de l'autorité royale par les Anglais. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CVI"><b>LETTRE CVI.</b></a> Rhédi à Usbek.<br />
+<br />
+Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts,<br />
+incompatibles avec la solidité des monarchies. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CVII"><b>LETTRE CVII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de
+l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du luxe. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CVIII"><b>LETTRE CVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br />
+<br />
+Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère
+des rois. Louis XIV entièrement gouverné
+par les femmes. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CIX"><b>LETTRE CIX.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Les journaux et la critique au commencement du
+XVIII<sup>e</sup> siècle. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CX"><b>LETTRE CX.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Querelles scolastiques sur la lettre Q.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXI"><b>LETTRE CXI.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Rôle et occupation d'une jolie femme. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXII"><b>LETTRE CXII.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Discours d'un général de la Fronde. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXIII"><b>LETTRE CXIII.</b></a> Rhédi à Usbek.<br />
+<br />
+Dépopulation croissante de la terre. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXIV"><b>LETTRE CXIV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes
+générales. Le monde terrestre a bien plus de six
+mille ans. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXV"><b>LETTRE CXV.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXVI"><b>LETTRE CXVI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde
+romain. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXVII"><b>LETTRE CXVII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce.
+(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.)<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXVIII"><b>LETTRE CXVIII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et
+le monachisme. Supériorité des pays protestants
+sur les pays catholiques. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXIX"><b>LETTRE CXIX.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique:
+la traite et le travail esclave.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXX"><b>LETTRE CXX.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et
+de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme,
+«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la
+fécondité de la Perse ancienne et des races juive
+et chinoise. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXI"><b>LETTRE CXXI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur
+ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXII"><b>LETTRE CXXII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation des colonies: les influences
+climatériques, les cruautés des conquérants. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXIII"><b>LETTRE CXXIII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir
+arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages
+précoces. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXIV"><b>LETTRE CXXIV.</b></a> Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien
+des trois tombeaux.<br />
+<br />
+En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la
+victoire abandonne les Osmanlis. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXV"><b>LETTRE CXXV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Qui paye les libéralités des princes envers leurs
+courtisans? <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXVI"><b>LETTRE CXXVI.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Difficulté de concevoir des récompenses éternelles.
+Les paradis sont rendus inhabitables par leurs
+inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXVII"><b>LETTRE CXXVII.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+Allusion à la conspiration de Cellamare. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXVIII"><b>LETTRE CXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br />
+<br />
+A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité
+des ministres. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXIX"><b>LETTRE CXXIX.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXX"><b>LETTRE CXXX.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres
+d'un nouvelliste. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXI"><b>LETTRE CXXXI.</b></a> Rhédi à Rica.<br />
+<br />
+Origines des républiques. Éloge du gouvernement
+républicain. La liberté faite pour le génie des peuples
+de l'Europe; la servitude pour celui des
+orientaux. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXII"><b>LETTRE CXXXII.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Un café à la mode à l'époque de Law. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXIII"><b>LETTRE CXXXIII.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de
+dervis. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXIV"><b>LETTRE CXXXIV.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique
+de divers genres littéraires. La théologie,
+l'ascétisme, la casuistique. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXV"><b>LETTRE CXXXV.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Troisième visite: les grammairiens, glossateurs
+et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens,
+les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes
+des sciences occultes.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXVI"><b>LETTRE CXXXVI.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Vues historiques sur l'église, la décadence romaine,
+les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne,
+l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et
+les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXVII"><b>LETTRE CXXXVII.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques,
+épigrammatiques; les romanciers. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXVIII"><b>LETTRE CXXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br />
+<br />
+Désastreuses conséquences du système de Law. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXIX"><b>LETTRE CXXXIX.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore
+et Christine. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXL"><b>LETTRE CXL.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves
+et difficiles attributions politiques des parlements. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLI"><b>LETTRE CXLI.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Traduction supposée d'un conte persan. Aventures
+de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes.
+Vengeance qu'elle tire de son mari. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLII"><b>LETTRE CXLII.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien
+mythologiste.» (Portrait allégorique de Law,
+fils d'Éole). <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLIII"><b>LETTRE CXLIII.</b></a> Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif.<br />
+<br />
+Sur les amulettes, talismans et prestiges. <br />
+<br />
+Lettre d'un médecin de province à un médecin de
+Paris.<br />
+<br />
+Vertu dormitive de la <i>Cour sainte</i> du père Caussin.
+Pharmacie nouvelle extraite des &oelig;uvres des philosophes
+et des théologiens. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLIV"><b>LETTRE CXLIV.</b></a> Usbek à Rica.<br />
+<br />
+Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge
+de la modestie. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLV"><b>LETTRE CXLV.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre
+d'un anatomiste. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLVI"><b>LETTRE CXLVI.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Perversion des m&oelig;urs publiques sous l'influence de
+Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution
+publique. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLVII"><b>LETTRE CXLVII.</b></a> Le grand eunuque à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Désordres dans le sérail d'Usbek. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLVIII"><b>LETTRE CXLVIII.</b></a> Usbek au grand eunuque. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Ordres de répression. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLIX"><b>LETTRE CXLIX.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Mort du grand eunuque. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CL"><b>LETTRE CL.</b></a> Usbek à Narsit. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Ordres réitérés de répression. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLI"><b>LETTRE CLI.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Dénonciations contre les femmes d'Usbek. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLII"><b>LETTRE CLII.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est<br />
+égarée. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLIII"><b>LETTRE CLIII.</b></a> Usbek à Solim. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Fureurs de l'époux outragé.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLIV"><b>LETTRE CLIV.</b></a> Usbek à ses femmes. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Reproches et menaces. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLV"><b>LETTRE CLV.</b></a> Usbek à Nessir. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Douloureuses confidences. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLVI"><b>LETTRE CLVI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Protestation contre les violences de Solim. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLVII"><b>LETTRE CLVII.</b></a> Zachi à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLVIII"><b>LETTRE CLVIII.</b></a> Zélis à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Même châtiment, même colère. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLIX"><b>LETTRE CLIX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLX"><b>LETTRE CLX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Solim va punir. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLXI"><b>LETTRE CLXI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme
+qui l'a épousée malgré elle. <br />
+<br />
+<a href="#NOTES_ET_VARIANTES"><b>NOTES ET VARIANTES.</b></a> <br />
+<br />
+<a href="#INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"><b>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</b></a> <br />
+<br />
+<a href="#BIBLIOGRAPHIE"><b>BIBLIOGRAPHIE.</b></a><br />
+<br />
+</p>
+<h2>FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.</h2>
+
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE" id="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE"></a>OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE.</h2>
+
+
+<p>
+<span class="smcap">Les Finances de Champagne aux XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">La Flute de Pan</span>, 2<sup>e</sup> édition. Hetzel.<br />
+<br />
+<span class="smcap">La Lyre intime</span>. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">Virgile et Kalidasa</span>. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">L'Épopée terrestre</span>. Marpon.<br />
+<br />
+<span class="smcap">La Vallée du Nil</span> (avec <span class="smcap">M. H. Cammas</span>). Hachette.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Les Merveilles de l'Architecture</span>, 3<sup>e</sup> édit. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">Les Parcs et les Jardins</span>, 2<sup>e</sup> édition. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">La Pensée nouvelle</span>, en collaboration avec MM. Louis<br />
+Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,<br />
+etc. 2 vol. gr. in-8<sup>o</sup>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Napoléon</span> I<sup>er</sup> (in-32). Bureaux de l<i>'Éclipse</i>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Les Finances particulières de Napoléon III.</span> J. Rouquette.<br />
+</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
+
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+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
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+
+For additional contact information:
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+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
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+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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+
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+
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