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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-14 20:00:21 -0700 |
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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Lettres persanes, tome II + +Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + +LETTRES PERSANES + +PAR + +MONTESQUIEU + +AVEC + +PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES, + +INDEX + +PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE, + +PAR + +ANDRÉ LEFÈVRE + +TOME II + +PARIS + +ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR + +27, PASSAGE CHOISEUL, 29 + +M DCCC LXXIII + +_Tous droits réservés_. + +E. Picard. + + +IMP. EUGÈNE HEUTTE ET Ce, A SAINT-GERMAIN. + + + + +LETTRE LXXXIX. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance, la vertu, le +mérite même de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas +un homme de la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie des +rangs y est inconnue. On dit que le premier de Paris est celui qui a +les meilleurs chevaux à son carrosse. + +Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux +ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. S'il peut +avec cela cacher son oisiveté par un air empressé, ou par un feint +attachement pour les plaisirs, il croit être le plus heureux de tous +les hommes. + +En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque donne +quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands +par leur naissance; mais ils sont sans crédit. Les rois font comme +ces ouvriers habiles qui, pour exécuter leurs ouvrages, se servent +toujours des machines les plus simples. + +La faveur est la grande divinité des François. Le ministre est le +grand prêtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui l'entourent +ne sont point habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt +sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole avec tout le +peuple. + + A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XC. + +USBEK A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Le désir de la gloire n'est point différent de cet instinct que +toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous +augmentons notre être, lorsque nous pouvons le porter dans la +mémoire des autres: c'est une nouvelle vie que nous acquérons, et +qui nous devient aussi précieuse que celle que nous avons reçue du +ciel. + +Mais comme tous les hommes ne sont pas également attachés à la vie, +ils ne sont pas aussi également sensibles à la gloire. Cette noble +passion est bien toujours gravée dans leur coeur; mais l'imagination +et l'éducation la modifient de mille manières. + +Cette différence, qui se trouve d'homme à homme, se fait encore plus +sentir de peuple à peuple. + +On peut poser pour maxime que, dans chaque État, le désir de la +gloire croît avec la liberté des sujets, et diminue avec elle: la +gloire n'est jamais compagne de la servitude. + +Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: On est en France, à +bien des égards, plus libre qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la +gloire. Cette heureuse fantaisie fait faire à un François, avec +plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient de ses sujets +qu'en leur mettant sans cesse devant les yeux les supplices et les +récompenses. + +Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de l'honneur du dernier +de ses sujets. Il y a pour le maintenir des tribunaux respectables: +c'est le trésor sacré de la nation, et le seul dont le souverain +n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans choquer ses +intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve blessé dans son honneur par +son prince, soit par quelque préférence, soit par la moindre marque +de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, son service, +et se retire chez lui. + +La différence qu'il y a des troupes françoises aux vôtres, c'est que +les unes, composées d'esclaves naturellement lâches, ne surmontent +la crainte de la mort que par celle du châtiment; ce qui produit +dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la rend comme stupide: au +lieu que les autres se présentent aux coups avec délice, et +bannissent la crainte par une satisfaction qui lui est supérieure. + +Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la vertu, +semble être établi dans les républiques, et dans les pays où l'on +peut prononcer le mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone, +l'honneur payoit seul les services les plus signalés. Une couronne +de chêne ou de laurier, une statue, un éloge, étoit une récompense +immense pour une bataille gagnée ou une ville prise. + +Là, un homme qui avoit fait une belle action se trouvoit +suffisamment récompensé par cette action même. Il ne pouvoit voir un +de ses compatriotes qu'il ne ressentit le plaisir d'être son +bienfaiteur; il comptoit le nombre de ses services par celui de ses +concitoyens. Tout homme est capable de faire du bien à un homme: +mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une +société entière. + +Mais cette noble émulation ne doit-elle point être entièrement +éteinte dans le coeur de vos Persans, chez qui les emplois et les +dignités ne sont que des attributs de la fantaisie du souverain? La +réputation et la vertu y sont regardées comme imaginaires, si elles +ne sont accompagnées de la faveur du prince, avec laquelle elles +naissent et meurent de même. Un homme qui a pour lui l'estime +publique n'est jamais sûr de ne pas être déshonoré demain: le voilà +aujourd'hui général d'armée; peut-être que le prince le va faire son +cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre éloge que celui +d'avoir fait un bon ragoût. + + A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XCI. + +USBEK AU MÊME. + +A Smyrne. + + +De cette passion générale que la nation françoise a pour la gloire, +il s'est formé dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais +quoi qu'on appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère de +chaque profession; mais il est plus marqué chez les gens de guerre, +et c'est le point d'honneur par excellence. Il me seroit bien +difficile de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en avons point +précisément d'idée. + +Autrefois les François, surtout les nobles, ne suivoient guère +d'autres lois que celles de ce point d'honneur: elles régloient +toute la conduite de leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne +pouvoit, sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les +enfreindre, mais en éluder la plus petite disposition. + +Quand il s'agissoit de régler les différends, elles ne prescrivoient +guère qu'une manière de décision, qui étoit le duel, qui tranchoit +toutes les difficultés; mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que +souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties que celles qui +y étoient intéressées. + +Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, il falloit qu'il entrât +dans la dispute, et qu'il payât de sa personne, comme s'il avoit été +lui-même en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel choix et +d'une préférence si flatteuse; et tel qui n'auroit pas voulu donner +quatre pistoles à un homme pour le sauver de la potence, lui et +toute sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer pour +lui mille fois sa vie. + +Cette manière de décider étoit assez mal imaginée, car de ce qu'un +homme étoit plus adroit ou plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit +pas qu'il eût de meilleures raisons. + +Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines très-sévères; mais +c'est en vain: l'honneur, qui veut toujours régner, se révolte, et +il ne reconnoît point de lois. + +Ainsi les François sont dans un état bien violent: car les mêmes +lois de l'honneur obligent un honnête homme de se venger quand il a +été offensé; mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus +cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les lois de +l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on suit celles de la +justice, on est banni pour jamais de la société des hommes: il n'y a +donc que cette cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne +de vivre. + + A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XCII. + +USBEK A RUSTAN. + +A Ispahan. + + +Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se +joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte au +monarque des François des présents que le nôtre ne sauroit donner à +un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par sa lâche avarice, il a +flétri la majesté des deux empires. + +Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui prétend être le plus +poli de l'Europe, et il a fait dire en Occident que le roi des rois +ne domine que sur des barbares. + +Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu se faire refuser +lui-même; et, comme si la cour de France avoit eu plus à coeur la +grandeur persane que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant +un peuple dont il est le mépris. + +Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête d'un malheureux. Je ne +veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence, +et de l'indigne choix qu'ils ont fait. + + De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XCIII. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Le monarque qui a si longtemps régné n'est plus[A]. Il a bien fait +parler des gens pendant sa vie; tout le monde s'est tû à sa mort. +Ferme et courageux dans ce dernier moment, il a paru ne céder qu'au +destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, après avoir rempli toute la +terre de son nom. + +[Note A: Il mourut le 1er septembre 1715.] + +Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des +réflexions morales. Chacun a pensé à ses affaires, et à prendre ses +avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque +défunt, n'ayant que cinq ans, un prince son oncle a été déclaré +régent du royaume. + +Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit l'autorité du régent. +Ce prince habile a été au parlement; et, y exposant tous les droits +de sa naissance, il a fait casser la disposition du monarque, qui, +voulant se survivre à lui-même, sembloit avoir prétendu régner +encore après sa mort. + +Les parlements ressemblent à ces ruines que l'on foule aux pieds, +mais qui rappellent toujours l'idée de quelque temple fameux par +l'ancienne religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus que de +rendre la justice; et leur autorité est toujours languissante, à +moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne lui rendre la force +et la vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines: +ils ont cédé au temps, qui détruit tout; à la corruption des +moeurs, qui a tout affoibli; à l'autorité suprême, qui a tout +abattu. + +Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable au peuple, a paru +d'abord respecter cette image de la liberté publique; et, comme s'il +avoit pensé à relever de terre le temple et l'idole, il a voulu +qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie et le fondement de +toute autorité légitime. + + A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715. + + + + +LETTRE XCIV. + +USBEK A SON FRÈRE, SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN. + + +Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me prosterne: je +regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta +sainteté est si grande, qu'il semble que tu aies le coeur de notre +saint prophète; tes austérités étonnent le ciel même; les anges +t'ont regardé du sommet de la gloire, et ont dit: Comment est-il +encore sur la terre, puisque son esprit est avec nous, et vole +autour du trône qui est soutenu par les nuées? + +Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai appris de nos docteurs +que les dervis, même infidèles, ont toujours un caractère de +sainteté qui les rend respectables aux vrais croyants; et que Dieu +s'est choisi dans tous les coins de la terre des âmes plus pures que +les autres, qu'il a séparées du monde impie, afin que leurs +mortifications et leurs prières ferventes suspendissent sa colère +prête à tomber sur tant de peuples rebelles? + +Les chrétiens disent des merveilles de leurs premiers santons, qui +se réfugièrent à milliers dans les déserts affreux de la Thébaïde, +et eurent pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils en disent +est vrai, leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de +nos plus sacrés immaums. Ils passoient quelquefois dix ans entiers +sans voir un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le jour avec +des démons; ils étoient sans cesse tourmentés par ces esprits +malins; ils les trouvoient au lit, ils les trouvoient à table; +jamais d'asile contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable, +il faudroit avouer que personne n'auroit jamais vécu en plus +mauvaise compagnie. + +Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires comme une +allégorie bien naturelle, qui nous peut servir à nous faire sentir +le malheur de la condition humaine. En vain cherchons-nous dans le +désert un état tranquille; les tentations nous suivent toujours: nos +passions, figurées par les démons, ne nous quittent point encore; +ces monstres du coeur, ces illusions de l'esprit, ces vains +fantômes de l'erreur et du mensonge, se montrent toujours à nous +pour nous séduire, et nous attaquent jusque dans les jeûnes et les +cilices, c'est-à-dire jusque dans notre force même. + +Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé de Dieu a enchaîné +Satan, et l'a précipité dans les abîmes: il a purifié la terre, +autrefois pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour des +anges et des prophètes. + + A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715. + + + + +LETTRE XCV + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on n'ait commencé par +rechercher soigneusement quelle est l'origine des sociétés; ce qui +me paroît ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils se +quittoient et se fuyoient les uns les autres, il faudroit en +demander la raison, et chercher pourquoi ils se tiennent séparés: +mais ils naissent tous liés les uns aux autres; un fils est né +auprès de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la cause +de la société. + +Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on +peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la +flatterie des écrivains, en ont corrompu tous les principes. + +Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux +princes jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice sans +choquer leurs intérêts. Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour +endurcir leur conscience, mettre l'iniquité en système, d'en donner +des règles, d'en former des principes, et d'en tirer des +conséquences! + +La puissance illimitée de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre +règle qu'elle-même, ne produit pas plus de monstres que cet art +indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle +est. + +On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes différentes: l'une +qui règle les affaires des particuliers, qui règne dans le droit +civil; l'autre qui règle les différends qui surviennent de peuple à +peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public +n'étoit pas lui-même un droit civil, non pas à la vérité d'un pays +particulier, mais du monde. + +Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées là-dessus. + + A Paris, le 1er de la lune de Zilhagé, 1716. + + + + +LETTRE XCVI. + +USBEK AU MÊME. + + +Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen à citoyen: +chaque peuple la doit rendre lui-même de lui à un autre peuple. Dans +cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d'autres +maximes que dans la première. + +De peuple à peuple, il est rarement besoin de tiers pour juger, +parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs et +faciles à terminer. Les intérêts de deux nations sont ordinairement +si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour la trouver: on ne +peut guère se prévenir dans sa propre cause. + +Il n'en est pas de même des différends qui arrivent entre +particuliers. Comme ils vivent en société, leurs intérêts sont si +mêlés et si confondus, il y en a tant de sortes différentes, qu'il +est nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité des parties +cherche à obscurcir. + +Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les unes qui se font +pour repousser un ennemi qui attaque; les autres pour secourir un +allié qui est attaqué. + +Il n'y auroit point de justice de faire la guerre pour des querelles +particulières du prince, à moins que le cas ne fût si grave qu'il +méritât la mort du prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un +prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura refusé un +honneur qui lui est dû, ou parce qu'on aura eu quelque procédé peu +convenable à l'égard de ses ambassadeurs, et autres choses +pareilles; non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui lui +refuse le pas. La raison en est que, comme la déclaration de guerre +doit être un acte de justice, dans lequel il faut toujours que la +peine soit proportionnée à la faute, il faut voir si celui à qui on +déclare la guerre mérite la mort. Car faire la guerre à quelqu'un, +c'est vouloir le punir de mort. + +Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère c'est la +guerre: puisque son but est la destruction de la société. + +Les représailles sont du second degré. C'est une loi que les +tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer, de mesurer la peine par le +crime. + +Un troisième acte de justice est de priver un prince des avantages +qu'il peut tirer de nous, proportionnant toujours la peine à +l'offense. + +Le quatrième acte de justice, qui doit être le plus fréquent, est la +renonciation à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre. Cette +peine répond à celle du bannissement établie dans les tribunaux, qui +retranche les coupables de la société. Ainsi un prince à l'alliance +duquel nous renonçons est retranché par là de notre société, et +n'est plus un de nos membres. + +On ne peut pas faire de plus grand affront à un prince que de +renoncer à son alliance, ni lui faire de plus grand honneur que de +la contracter. Il n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus +glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres toujours +attentifs à leur conservation. + +Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle soit juste: ainsi +une alliance faite entre deux nations pour en opprimer une troisième +n'est pas légitime, et on peut la violer sans crime. + +Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité du prince de +s'allier avec un tyran. On dit qu'un monarque d'Égypte fit avertir +le roi de Samos de sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en +corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire qu'il renonçoit +à son amitié et à son alliance. + +La conquête ne donne point un droit par elle-même. Lorsque le peuple +subsiste, elle est un gage de la paix et de la réparation du tort; +et, si le peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument d'une +tyrannie. + +Les traités de paix sont si sacrés parmi les hommes, qu'il semble +qu'ils soient la voix de la nature, qui réclame ses droits. Ils sont +tous légitimes, lorsque les conditions en sont telles que les deux +peuples peuvent se conserver: sans quoi, celle des deux sociétés qui +doit périr, privée de sa défense naturelle par la paix, la peut +chercher dans la guerre. + +Car la nature, qui a établi les différents degrés de force et de +foiblesse parmi les hommes, a encore souvent égalé la foiblesse à la +force par le désespoir. + + A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716. + + + + +LETTRE XCVII. + +LE PREMIER EUNUQUE A USBEK. + +A Paris. + + +Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du royaume de Visapour: +j'en ai acheté une pour ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui +m'envoya il y a un mois son commandement sublime et cent tomans. + +Je me connois en femmes, d'autant mieux qu'elles ne me surprennent +pas, et qu'en moi les yeux ne sont point troublés par les mouvements +du coeur. + +Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si parfaite: ses yeux +brillants portent la vie sur son visage, et relèvent l'éclat d'une +couleur qui pourroit effacer tous les charmes de la Circassie. + +Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan la marchandoit avec moi; +mais elle se déroboit dédaigneusement à ses regards, et sembloit +chercher les miens, comme si elle avoit voulu me dire qu'un vil +marchand n'étoit pas digne d'elle, et qu'elle étoit destinée à un +plus illustre époux. + +Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie secrète quand je pense +aux charmes de cette belle personne: il me semble que je la vois +entrer dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir +l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur impérieuse des unes; +l'affliction muette, mais plus douloureuse, des autres; la +consolation maligne de celles qui n'espèrent plus rien, et +l'ambition irritée de celles qui espèrent encore. + +Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire changer tout un sérail +de face. Que de passions je vais émouvoir! Que de craintes et de +peines je prépare! + +Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors ne sera pas moins +tranquille: les grandes révolutions seront cachées dans le fond du +coeur; les chagrins seront dévorés, et les joies contenues; +l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les règles moins +inflexibles; la douceur, toujours contrainte de paroître, sortira du +fond même du désespoir. + +Nous remarquons que, plus nous avons de femmes sous nos yeux, moins +elles nous donnent d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire, +moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission, tout +cela leur forme des chaînes. Les unes sont sans cesse attentives sur +les démarches des autres: il semble que, de concert avec nous, elles +travaillent à se rendre plus dépendantes; elles font presque la +moitié de notre office, et nous ouvrent les yeux quand nous les +fermons. Que dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre +leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles se trouvent près +de celles qu'on punit. + +Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela n'est rien sans la +présence du maître. Que pouvons-nous faire avec ce vain fantôme +d'une autorité qui ne se communique jamais tout entière? Nous ne +représentons que foiblement la moitié de toi-même: nous ne pouvons +que leur montrer une odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte +par les espérances: plus absolu quand tu caresses, que tu ne l'es +quand tu menaces. + +Reviens donc, magnifique seigneur, reviens dans ces lieux porter +partout les marques de ton empire. Viens adoucir des passions +désespérées: viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser +l'amour qui murmure, et rendre le devoir même aimable; viens enfin +soulager tes fidèles eunuques d'un fardeau qui s'appesantit chaque +jour. + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716. + + + + +LETTRE XCVIII. + +USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE DE JARON. + + +O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de tant de +connoissances, écoute ce que je vais te dire. + +Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont point atteint +jusqu'au faîte de la sagesse orientale: ils n'ont point été ravis +jusqu'au trône lumineux; ils n'ont, ni entendu les paroles +ineffables dont les concerts des anges retentissent, ni senti les +formidables accès d'une fureur divine: mais, laissés à eux-mêmes, +privés des saintes merveilles, ils suivent dans le silence les +traces de la raison humaine. + +Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a conduits. Ils ont +débrouillé le chaos; et ont expliqué, par une mécanique simple, +l'ordre de l'architecture divine. L'auteur de la nature a donné du +mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage pour produire +cette prodigieuse variété d'effets, que nous voyons dans l'univers. + +Que les législateurs ordinaires nous proposent des lois pour régler +les sociétés des hommes; des lois aussi sujettes au changement que +l'esprit de ceux qui les proposent et des peuples qui les observent: +ceux-ci ne nous parlent que des lois générales, immuables, +éternelles, qui s'observent sans aucune exception, avec un ordre, +une régularité, et une promptitude infinie, dans l'immensité des +espaces. + +Et que crois-tu, homme divin, que soient ces lois? Tu t'imagines +peut-être qu'entrant dans le conseil de l'Éternel, tu vas être +étonné par la sublimité des mystères: tu renonces par avance à +comprendre; tu ne te proposes que d'admirer. + +Mais tu changeras bientôt de pensée: elles n'éblouissent point par +un faux respect; leur simplicité les a fait longtemps méconnoître, +et ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en a connu toute la +fécondité et toute l'étendue. + +La première est que tout corps tend à décrire une ligne droite, à +moins qu'il ne rencontre quelque obstacle qui l'en détourne; et la +seconde, qui n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui tourne +autour d'un centre tend à s'en éloigner, parce que, plus il en est +loin, plus la ligne qu'il décrit approche de la ligne droite. + +Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà des principes +féconds, dont on tire des conséquences à perte de vue, comme je te +le ferai voir dans une lettre particulière. + +La connoissance de cinq ou six vérités a rendu leur philosophie +pleine de miracles, et leur a fait faire plus de prodiges et de +merveilles que tout ce qu'on nous raconte de nos saints prophètes. + +Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de nos docteurs qui +n'eût été embarrassé, si on lui eût dit de peser dans une balance +tout l'air qui est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau qui +tombe chaque année sur sa surface; et qui n'eût pensé plus de quatre +fois, avant de dire combien de lieues le son fait dans une heure; +quel temps un rayon de lumière emploie à venir du soleil à nous; +combien de toises il y a d'ici à Saturne; quelle est la courbe selon +laquelle un vaisseau doit être taillé, pour être le meilleur voilier +qu'il soit possible. + +Peut-être que si quelque homme divin avoit orné les ouvrages de ces +philosophes de paroles hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des +figures hardies et des allégories mystérieuses, il auroit fait un +bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint Alcoran. + +Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je ne m'accommode +guères du style figuré. Il y a dans notre Alcoran un grand nombre de +choses puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles +soient relevées par la force et la vie de l'expression. Il semble +d'abord que les livres inspirés ne sont que les idées divines +rendues en langage humain: au contraire, dans nos livres saints, on +trouve le langage de Dieu, et les idées des hommes; comme si, par un +admirable caprice, Dieu y avoit dicté les paroles, et que l'homme +eût fourni les pensées. + +Tu diras peut-être que je parle trop librement de ce qu'il y a de +plus saint parmi nous; tu croiras que c'est le fruit de +l'indépendance où l'on vit dans ce pays. Non, grâces au ciel, +l'esprit n'a pas corrompu le coeur; et, tandis que je vivrai, Ali +sera mon prophète. + + A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716. + + + + +LETTRE XCIX. + +USBEK A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit si inconstante +que dans celui-ci. Il arrive tous les dix ans des révolutions qui +précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des +ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci est étonné de sa +pauvreté; celui-là l'est de son abondance. Le nouveau riche admire +la sagesse de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du +destin. + +Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors: parmi eux +il y a peu de Tantales. Ils commencent pourtant ce métier par la +dernière misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant qu'ils +sont pauvres; quand ils sont riches, on les estime assez: aussi ne +négligent-ils rien pour acquérir de l'estime. + +Ils sont à présent dans une situation bien terrible. On vient +d'établir une chambre qu'on appelle de justice, parce qu'elle va +leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher +leurs effets; car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine +de la vie: ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit, je +veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d'infortune, il y +a un ministre connu par son esprit, qui les honore de ses +plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations du conseil. On +ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le +peuple; et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir entrepris. + +Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs: +c'est un séminaire de grands seigneurs; il remplit le vide des +autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands +malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les +fureurs de la guerre; et quand ils ne peuvent pas suppléer par +eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de +leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les +terres montagneuses et arides. + +Je trouve, Ibben, la providence admirable dans la manière dont elle +a distribué les richesses: si elle ne les avoit accordées qu'aux +gens de bien, on ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et +on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand on examine qui +sont les gens qui en sont les plus chargés, à force de mépriser les +riches, on vient enfin à mépriser les richesses. + + A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717. + + + + +LETTRE C. + +RICA A RHÉDI. + +A Venise. + + +Je trouve les caprices de la mode, chez les François, étonnants. Ils +ont oublié comment ils étoient habillés cet été; ils ignorent encore +plus comment ils le seront cet hiver: mais surtout on ne sauroit +croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la +mode. + +Que me serviroit de te faire une description exacte de leur +habillement et de leurs parures? une mode nouvelle viendroit +détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant +que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé. + +Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne +en revient aussi antique que si elle s'y étoit oubliée trente ans. +Le fils méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit avec lequel +elle est peinte lui paroît étranger; il s'imagine que c'est quelque +Américaine qui y est représentée; ou que le peintre a voulu exprimer +quelqu'une de ses fantaisies. + +Quelquefois les coiffures montent insensiblement; et une révolution +les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur +immense mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même: dans un +autre, c'étoit les pieds qui occupoient cette place; les talons +faisoient un piédestal, qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le +croire? les architectes ont été souvent obligés de hausser, de +baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes +exigeoient d'eux ce changement; et les règles de leur art ont été +asservies à ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage une +quantité prodigieuse de mouches, et elles disparoissent toutes le +lendemain. Autrefois les femmes avoient de la taille, et des dents; +aujourd'hui il n'en est pas question. Dans cette changeante nation, +quoi qu'en dise le critique, les filles se trouvent autrement faites +que leurs mères. + +Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes: les +François changent de moeurs selon l'âge de leur roi. Le monarque +pourroit même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avoit +entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour, +la cour à la ville, la ville aux provinces. L'âme du souverain est +un moule qui donne la forme à toutes les autres. + + De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717. + + + + +LETTRE CI. + +RICA AU MÊME. + + +Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse des François +sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en +sont entêtés: c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui +se fait chez les autres nations; ils y rappellent tout; ce qui est +étranger leur paroît toujours ridicule. Je t'avoue que je ne saurois +guères ajuster cette fureur pour leurs costumes avec l'inconstance +avec laquelle ils en changent tous les jours. + +Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est étranger, je ne te +parle que des bagatelles; car, sur les choses importantes, ils +semblent s'être méfiés d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent +de bon coeur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu'on +convienne qu'ils sont mieux vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux +lois d'une nation rivale, pourvu que les perruquiers françois +décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. Rien +ne leur paroît si beau que de voir le goût de leurs cuisiniers +régner du septentrion au midi; et les ordonnances de leurs +coiffeuses portées dans toutes les toilettes de l'Europe. + +Avec ces nobles avantages, que leur importe que le bon sens leur +vienne d'ailleurs, et qu'ils aient pris de leurs voisins tout ce qui +concerne le gouvernement politique et civil? + +Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien et le plus puissant de +l'Europe, soit gouverné, depuis plus de dix siècles, par des lois +qui ne sont pas faites pour lui? Si les François avoient été +conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre: mais ils sont +les conquérants. + +Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par leurs premiers rois +dans les assemblées générales de la nation; et ce qu'il y a de +singulier, c'est que les lois romaines, qu'ils ont prises à la +place, étoient en partie faites et en partie rédigées par des +empereurs contemporains de leurs législateurs. + +Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout le bon sens leur +vînt d'ailleurs, ils ont adopté toutes les constitutions des papes, +et en ont fait une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre de +servitude. + +Il est vrai que, dans les derniers temps, on a rédigé par écrit +quelques statuts des villes et des provinces: mais ils sont presque +tous pris du droit romain. + +Cette abondance de lois adoptées, et pour ainsi dire naturalisées, +est si grande qu'elle accable également la justice et les juges. +Mais ces volumes de lois ne sont rien en comparaison de cette armée +effroyable de glossateurs, de commentateurs, de compilateurs; gens +aussi foibles par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont +forts par leur nombre prodigieux. + +Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit des formalités +qui sont la honte de la raison humaine. Il seroit assez difficile de +décider si la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle est +entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle s'est logée dans la +médecine; si elle a fait plus de ravages sous la robe d'un +jurisconsulte que sous le large chapeau d'un médecin; et si dans +l'une elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans l'autre. + + De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717. + + + + +LETTRE CII. + +USBEK A ***. + + +On parle toujours ici de la constitution. J'entrai l'autre jour dans +une maison où je vis d'abord un gros homme avec un teint vermeil, +qui disoit d'une voix forte: J'ai donné mon mandement; je n'irai +point répondre à tout ce que vous dites; mais lisez-le, ce +mandement; et vous verrez que j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a +fallu bien suer pour le faire, dit-il en portant la main sur le +front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il m'a fallu lire +bien des auteurs latins. Je le crois, dit un homme qui se trouva là, +car c'est un bel ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si +souvent vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, lisez-le donc, +reprit-il, et vous serez plus instruit sur ces matières dans un +quart d'heure, que si je vous en avois parlé deux heures. Voilà +comme il évitoit d'entrer en conversation, et de commettre sa +suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut obligé de sortir de +ses retranchements; et il commença à dire théologiquement force +sottises, soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement. +Quand deux hommes qui étoient là lui nioient quelque principe, il disoit +d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi; et nous sommes des +juges infaillibles. Et comment, lui dis-je pour lors, êtes-vous des +juges infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le Saint-Esprit +nous éclaire? Cela est heureux, lui répondis-je; car, de la manière dont +vous avez parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez grand +besoin d'être éclairé. + + De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717. + + + + +LETTRE CIII. + +USBEK A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Les plus puissants États de l'Europe sont ceux de l'empereur, des +rois de France, d'Espagne et d'Angleterre. L'Italie et une grande +partie de l'Allemagne sont partagées en un nombre infini de petits +États, dont les princes sont, à proprement parler, les martyrs de la +souveraineté. Nos glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart +de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui ne sont pas si +unis, sont plus à plaindre: leurs États sont ouverts comme des +caravansérails, où ils sont obligés de loger les premiers qui +viennent: il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, et +leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de leur amitié. + +La plupart des gouvernements d'Europe sont monarchiques, ou plutôt +sont ainsi appelés: car je ne sais pas s'il y en a jamais eu +véritablement de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient +subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état violent, qui +dégénère toujours en despotisme, ou en république: la puissance ne +peut jamais être également partagée entre le peuple et le prince; +l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le pouvoir +diminue d'un côté pendant qu'il augmente de l'autre; mais l'avantage +est ordinairement du côté du prince, qui est à la tête des armées. + +Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien grand, et on peut +dire qu'ils l'ont tel qu'ils le veulent: mais ils ne l'exercent +point avec tant d'étendue que nos sultans; premièrement, parce +qu'ils ne veulent point choquer les moeurs et la religion des +peuples; secondement, parce qu'il n'est pas de leur intérêt de le +porter si loin. + +Rien ne rapproche plus les princes de la condition de leurs sujets, +que cet immense pouvoir qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet +plus aux revers, et aux caprices de la fortune. + +L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux qui leur déplaisent, +au moindre signe qu'ils font, renverse la proportion qui doit être +entre les fautes et les peines, qui est comme l'âme des États et +l'harmonie des empires; et cette proportion, scrupuleusement gardée +par les princes chrétiens, leur donne un avantage infini sur nos +sultans. + +Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, s'est attiré la +disgrâce du prince, est sûr de mourir: la moindre faute ou le +moindre caprice le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté +à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses places aux +ennemis, il en seroit aussi quitte pour perdre la vie: il ne court +donc pas plus de risque dans ce dernier cas que dans le premier. + +Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort certaine, et ne +voyant rien de pis, il se porte naturellement à troubler l'État, et +à conspirer contre le souverain; seule ressource qui lui reste. + +Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à qui la disgrâce n'ôte +rien que la bienveillance et la faveur. Ils se retirent de la cour, +et ne songent qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de +leur naissance. Comme on ne les fait guères périr que pour le crime +de lèse-majesté, ils craignent d'y tomber, par la considération de +ce qu'ils ont à perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait +qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes morts d'une mort +violente. + +Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos princes, ils +n'apportoient pas tant de précautions pour mettre leur vie en +sûreté, ils ne vivroient pas un jour; et s'ils n'avoient à leur +solde un nombre innombrable de troupes, pour tyranniser le reste de +leurs sujets, leur empire ne subsisteroit pas un mois. + +Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des +gardes, contre l'usage de ces temps-là, pour se garantir des +assassins qu'un petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire +périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles au milieu de +leurs sujets, comme des pères au milieu de leurs enfants. + +Bien loin que les rois de France puissent de leur propre mouvement +ôter la vie à un de leurs sujets, comme nos sultans, ils portent au +contraire toujours avec eux la grâce de tous les criminels; il +suffit qu'un homme ait été assez heureux pour voir l'auguste visage +de son prince, pour qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces +monarques sont comme le soleil, qui porte partout la chaleur et la +vie. + + De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717. + + + + +LETTRE CIV. + +USBEK AU MÊME. + + +Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici à peu près ce que me +disoit l'autre jour un Européen assez sensé: + +Le plus mauvais parti que les princes d'Asie aient pu prendre, c'est +de se cacher comme ils font. Ils veulent se rendre plus +respectables: mais ils font respecter la royauté, et non pas le roi; +et attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et non pas à +une certaine personne. + +Cette puissance invisible qui gouverne est toujours la même pour le +peuple. Quoique dix rois, qu'il ne connoît que de nom, se soient +égorgés l'un après l'autre, il ne sent aucune différence: c'est +comme s'il avoit été gouverné successivement par des esprits. + +Si le détestable parricide de notre grand roi Henri IV avoit porté +ce coup sur un roi des Indes, maître du sceau royal et d'un trésor +immense, qui auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris +tranquillement les rênes de l'empire, sans qu'un seul homme eût +pensé à réclamer son roi, sa famille et ses enfants. + +On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de changement dans le +gouvernement des princes d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est +de ce qu'il est tyrannique et affreux? + +Les changements ne peuvent être faits que par le prince, ou par le +peuple; mais là, les princes n'ont garde d'en faire, parce que, dans +un si haut degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent avoir; +s'ils changeoient quelque chose, ce ne pourroit être qu'à leur +préjudice. + +Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme quelque résolution, il ne +sauroit l'exécuter sur l'État; il faudroit qu'il contre-balançât +tout à coup une puissance redoutable et toujours unique; le temps +lui manque comme les moyens: mais il n'a qu'à aller à la source de +ce pouvoir; et il ne lui faut qu'un bras et qu'un instant. + +Le meurtrier monte sur le trône pendant que le monarque en descend, +tombe, et va expirer à ses pieds. + +Un mécontent en Europe songe à entretenir quelque intelligence +secrète, à se jeter chez les ennemis, à se saisir de quelque place, +à exciter quelques vains murmures parmi les sujets. Un mécontent en +Asie va droit au prince, étonne, frappe, renverse: il en efface +jusqu'à l'idée; dans un instant l'esclave et le maître; dans un +instant usurpateur et légitime. + +Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble ne réunir sur elle +toute sa puissance, que pour indiquer au premier ambitieux l'endroit +où il la trouvera tout entière. + + De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717. + + + + +LETTRE CV. + +USBEK AU MÊME. + + +Tous les peuples d'Europe ne sont pas également soumis à leurs +princes: par exemple, l'humeur impatiente des Anglois ne laisse +guère à leur roi le temps d'appesantir son autorité; la soumission +et l'obéissance sont les vertus dont ils se piquent le moins. Ils +disent là-dessus des choses bien extraordinaires. Selon eux, il n'y +a qu'un lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui de la +gratitude: un mari, une femme, un père et un fils, ne sont liés +entre eux que par l'amour qu'ils se portent, ou par les bienfaits +qu'ils se procurent; et ces motifs divers de reconnoissance sont +l'origine de tous les royaumes, et de toutes les sociétés. + +Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses sujets heureux, veut +les accabler et les détruire, le fondement de l'obéissance cesse; +rien ne les lie, rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans +leur liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir sans bornes +ne sauroit être légitime, parce qu'il n'a jamais pu avoir d'origine +légitime. Car nous ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre +plus de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes: or nous +n'avons pas sur nous-mêmes un pouvoir sans bornes; par exemple, nous +ne pouvons pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils, +sur la terre un tel pouvoir. + +Le crime de lèse-majesté n'est autre chose, selon eux, que le crime +que le plus foible commet contre le plus fort, en lui désobéissant, +de quelque manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple +d'Angleterre, qui se trouva le plus fort contre un de leurs rois, +déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté à un prince de +faire la guerre à ses sujets. Ils ont donc grande raison, quand ils +disent que le précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre +aux puissances, n'est pas bien difficile à suivre, puisqu'il leur +est impossible de ne le pas observer: d'autant que ce n'est pas au +plus vertueux qu'on les oblige de se soumettre, mais à celui qui est +le plus fort. + +Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit vaincu et pris +prisonnier un prince qui s'étoit révolté et lui disputoit la +couronne, ayant voulu lui reprocher son infidélité et sa perfidie: +Il n'y a qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient d'être +décidé lequel de nous deux est le traître. + +Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point opprimé la +patrie comme lui: et, croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne +voit point de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, les +caprices du hasard et de la fortune. + + De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717. + + + + +LETTRE CVI. + +RHÉDI A USBEK. + +A Paris. + + +Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, des sciences et des +arts cultivés en Occident. Tu me vas regarder comme un barbare; mais +je ne sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les hommes du +mauvais usage que l'on en fait tous les jours. + +J'ai ouï dire que la seule invention des bombes avoit ôté la liberté +à tous les peuples d'Europe. Les princes ne pouvant plus confier la +garde des places aux bourgeois, qui, à la première bombe, se +seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir de gros corps de +troupes réglées, avec lesquelles ils ont dans la suite opprimé leurs +sujets. + +Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il n'y a plus de +places imprenables; c'est-à-dire, Usbek, qu'il n'y a plus d'asile +sur la terre contre l'injustice et la violence. + +Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin à découvrir quelque +secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les +hommes, détruire les peuples et les nations entières. + +Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: presque toutes les +monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance des arts, et n'ont +été détruites que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire +de Perse peut nous en fournir un exemple domestique. + +Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; mais j'ai ouï parler à +des gens sensés des ravages de la chimie: il semble que ce soit un +quatrième fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail, mais +continuellement; tandis que la guerre, la peste, la famine, les +détruisent en gros, mais par intervalles. + +Que nous a servi l'invention de la boussole, et la découverte de +tant de peuples, qu'à nous communiquer leurs maladies plutôt que +leurs richesses? L'or et l'argent avoient été établis, par une +convention générale, pour être le prix de toutes les marchandises et +un gage de leur valeur, par la raison que ces métaux étoient rares, +et inutiles à tout autre usage: que nous importoit-il donc qu'ils +devinssent plus communs, et que, pour marquer la valeur d'une +denrée, nous eussions deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en +étoit que plus incommode. + +Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien pernicieuse aux +pays qui ont été découverts. Les nations entières ont été détruites; +et les hommes qui ont échappé à la mort ont été réduits à une +servitude si rude, que le récit en a fait frémir les musulmans. + +Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! Aimable simplicité, si +chérie de notre saint prophète, vous me rappelez toujours la naïveté +des anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans le coeur de +nos premiers pères. + + De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717. + + + + +LETTRE CVII. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieux que tu ne +penses. Tu as quitté ta patrie pour t'instruire, et tu méprises +toute instruction: tu viens pour te former dans un pays où l'on +cultive les beaux-arts, et tu les regardes comme pernicieux. Te le +dirai-je, Rhédi? je suis plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec +toi-même. + +As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux où nous +entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas nécessaire de se +l'imaginer, on peut le voir. Il y a encore des peuples sur la terre +chez lesquels un singe passablement instruit pourroit vivre avec +honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée des autres +habitants: on ne lui trouveroit point l'esprit singulier, ni le +caractère bizarre; il passeroit tout comme un autre, et seroit +distingué même par sa gentillesse. + +Tu dis que les fondateurs des empires ont presque tous ignoré les +arts. Je ne te nie pas que des peuples barbares n'aient pu, comme +des torrents impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de +leurs armées féroces les royaumes les mieux policés. Mais, prends-y +garde, ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux peuples +vaincus; sans cela leur puissance auroit passé comme le bruit du +tonnerre et des tempêtes. + +Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque manière de destruction +plus cruelle que celle qui est en usage. Non: si une fatale +invention venoit à se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le +droit des gens; et le consentement unanime des nations enseveliroit +cette découverte. Il n'est point de l'intérêt des princes de faire +des conquêtes par de pareilles voies: ils doivent chercher des +sujets, et non pas des terres. + +Tu te plains de l'invention de la poudre et des bombes; tu trouves +étrange qu'il n'y ait plus de place imprenable: c'est-à-dire que tu +trouves étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées plus +tôt qu'elles ne l'étoient autrefois. + +Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires, que, depuis +l'invention de la poudre, les batailles sont beaucoup moins +sanglantes qu'elles ne l'étoient, parce qu'il n'y a presque plus de +mêlée. + +Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier où un art +auroit été préjudiciable, doit-on pour cela le rejeter? Penses-tu, +Rhédi, que la religion que notre saint prophète a apportée du ciel +soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque jour à confondre les +perfides chrétiens? + +Tu crois que les arts amollissent les peuples, et par là sont cause +de la chute des empires. Tu parles de la ruine de celui des anciens +Perses, qui fut l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que +cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les subjuguèrent, +cultivoient les arts avec infiniment plus de soin qu'eux. + +Quand on dit que les arts rendent les hommes efféminés, on ne parle +pas du moins des gens qui s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais +dans l'oisiveté, qui, de tous les vices, est celui qui amollit le +plus le courage. + +Il n'est donc question que de ceux qui en jouissent. Mais comme dans +un pays policé ceux qui jouissent des commodités d'un art sont +obligés d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits à une +pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté et la mollesse sont +incompatibles avec les arts. + +Paris est peut-être la ville du monde la plus sensuelle, et où l'on +raffine le plus sur les plaisirs; mais c'est peut-être celle où l'on +mène une vie plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement, il +faut que cent autres travaillent sans relâche. Une femme s'est mis +dans la tête qu'elle devoit paroître à une assemblée avec une +certaine parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans ne +dorment plus, et n'aient plus le loisir de boire et de manger: elle +commande, et elle est obéie plus promptement que ne seroit notre +monarque; parce que l'intérêt est le plus grand monarque de la +terre. + +Cette ardeur pour le travail, cette passion de s'enrichir, passe de +condition en condition, depuis les artisans jusqu'aux grands. +Personne n'aime à être plus pauvre que celui qu'il vient de voir +immédiatement au-dessous de lui. Vous voyez à Paris un homme qui a +de quoi vivre jusqu'au jour du jugement, qui travaille sans cesse, +et court risque d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi +vivre. + +Le même esprit gagne la nation; on n'y voit que travail et +qu'industrie: où est donc ce peuple efféminé dont tu parles tant? + +Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un royaume que les arts +absolument nécessaires à la culture des terres, qui sont pourtant en +grand nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne servent qu'à la +volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, cet État seroit le plus +misérable qu'il y eût au monde. + +Quand les habitants auroient assez de courage pour se passer de tant +de choses qu'ils doivent à leurs besoins, le peuple dépériroit tous +les jours; et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si +petite puissance qui ne fût en état de le conquérir. + +Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te faire voir que les +revenus des particuliers cesseroient presque absolument, et par +conséquent ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation de +facultés entre les citoyens; cette circulation de richesses et cette +progression de revenus, qui vient de la dépendance où sont les arts +les uns des autres, cesseroient absolument; chacun ne tireroit de +revenu que de sa terre, et n'en tireroit précisément que ce qu'il +lui faut pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est pas la +centième partie du revenu d'un royaume, il faudroit que le nombre +des habitants diminuât à proportion, et qu'il n'en restât que la +centième partie. + +Fais bien attention jusqu'où vont les revenus de l'industrie. Un +fonds ne produit annuellement à son maître que la vingtième partie +de sa valeur; mais, avec une pistole de couleur, un peintre fera un +tableau qui lui en vaudra cinquante. On en peut dire de même des +orfèvres, des ouvriers en laine, en soie, et de toutes sortes +d'artisans. + +De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour qu'un prince soit +puissant, il faut que ses sujets vivent dans les délices; il faut +qu'il travaille à leur procurer toutes sortes de superfluités avec +autant d'attention que les nécessités de la vie. + + De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717. + + + + +LETTRE CVIII. + +RICA A IBBEN. + +A Smyrne. + + +J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse à ses sujets; +elle ne l'est pas moins à toute l'Europe, par les grands troubles +que sa mort pourroit produire. Mais les rois sont comme les dieux; +et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire immortels. Sa +physionomie est majestueuse, mais charmante: une belle éducation +semble concourir avec un heureux naturel, et promet déjà un grand +prince. + +On dit que l'on ne peut jamais connoître le caractère des rois +d'Occident jusqu'à ce qu'ils aient passé par les deux grandes +épreuves, de leur maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt +l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit de celui-ci; et +il se livrera pour cela de grands combats. Car, sous un jeune +prince, ces deux puissances sont toujours rivales; mais elles se +concilient et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune prince, le +dervis a un rôle bien difficile à soutenir: la force du roi fait sa +foiblesse; mais l'autre triomphe également de sa foiblesse et de sa +force. + +Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu roi absolument +gouverné par les femmes; et cependant, dans l'âge où il étoit, je +crois que c'étoit le monarque de la terre qui en avoit le moins de +besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: Il faut que l'on +fasse quelque chose pour ce jeune colonel, sa valeur m'est connue; +j'en parlerai au ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que +ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit évêque: il est +homme de naissance, et je pourrois répondre de ses moeurs. Il ne +faut pas pourtant que tu t'imagines que celles qui tenoient ces +discours fussent des favorites du prince; elles ne lui avoient +peut-être pas parlé deux fois en leur vie: chose pourtant +très-facile à faire chez les princes européens. Mais c'est qu'il n'y +a personne qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les +provinces, qui n'ait une femme par les mains de laquelle passent +toutes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire. +Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et +forment une espèce de république, dont les membres toujours actifs +se secourent et se servent mutuellement: c'est comme un nouvel État +dans l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les +provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prélats, +s'il ne connoît les femmes qui les gouvernent, est comme un homme +qui voit bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît point les +ressorts. + +Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la maîtresse d'un +ministre pour coucher avec lui? Quelle idée! c'est pour lui +présenter cinq ou six placets tous les matins; et la bonté de leur +naturel paroît dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien à +une infinité de gens malheureux, qui leur procurent cent mille +livres de rente. + +On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouverné par deux ou +trois femmes: c'est bien pis en France, où les femmes en général +gouvernent, et prennent non-seulement en gros, mais même se +partagent en détail, toute l'autorité. + + De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717. + + + + +LETTRE CIX. + +USBEK A ***. + + +Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons point en Perse, +et qui me paroissent ici fort à la mode: ce sont les journaux. La +paresse se sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir +parcourir trente volumes en un quart d'heure. + +Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait les compliments +ordinaires, que les lecteurs sont aux abois: il les fait entrer à +demi morts dans une matière noyée au milieu d'une mer de paroles. +Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là, par un +in-quarto; un autre, qui a de plus belles inclinations, vise à +l'in-folio; il faut donc qu'il étende son sujet à proportion; ce +qu'il fait sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre +lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris tant de peine à +amplifier. + +Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils ouvrages: +j'en ferois bien autant si je voulois ruiner ma santé et un +libraire. + +Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils ne parlent que +des livres nouveaux: comme si la vérité étoit jamais nouvelle. Il me +semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, +il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux. + +Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages +encore tout chauds de la forge, ils s'en imposent un autre, qui est +d'être très-ennuyeux. Ils n'ont garde de critiquer les livres dont +ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; et, en effet, +quel est l'homme assez hardi pour vouloir se faire dix ou douze +ennemis tous les mois? + +La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes, qui souffriront une +volée de coups de bâton sans se plaindre; mais qui, peu jaloux de +leurs épaules, le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne +sauroient soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se donner +de garde de les attaquer par un endroit si sensible; et les +journalistes le savent bien. Ils font donc tout le contraire; ils +commencent par louer la matière qui est traitée: première fadeur; de +là ils passent aux louanges de l'auteur; louanges forcées: car ils +ont affaire à des gens qui sont encore en haleine, tout prêts à se +faire faire raison, et à foudroyer à coups de plume un téméraire +journaliste. + + De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718. + + + + +LETTRE CX. + +RICA A ***. + + +L'université de Paris est la fille aînée des rois de France, et +très-aînée; car elle a plus de neuf cents ans: aussi rêve-t-elle +quelquefois. + +On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand démêlé avec +quelques docteurs à l'occasion de la lettre Q[B], qu'elle vouloit +que l'on prononçât comme un K. La dispute s'échauffa si fort, que +quelques-uns furent dépouillés de leurs biens: il fallut que le +parlement terminât le différend; et il accorda permission, par un +arrêt solennel, à tous les sujets du roi de France de prononcer +cette lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux corps +de l'Europe les plus respectables occupés à décider du sort d'une +lettre de l'alphabet. + +[Note B: Il veut parler de la querelle de Ramus.] + +Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus grands hommes +s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; et que, là où il y a +plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Les grands corps +s'attachent toujours si fort aux minuties, aux formalités, aux vains +usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après. J'ai ouï dire qu'un +roi d'Arragon[C] ayant assemblé les états d'Arragon et de Catalogne, +les premières séances s'employèrent à décider en quelle langue les +délibérations seroient conçues: la dispute étoit vive, et les états +se seroient rompus mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient, +qui étoit que la demande seroit faite en langage catalan, et la +réponse en arragonois. + +[Note C: C'était en 1610.] + + De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718. + + + + +LETTRE CXI. + +RICA A ***. + + +Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus grave que l'on ne pense. +Il n'y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa +toilette, au milieu de ses domestiques; un général d'armée n'emploie +pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve, +qu'elle en met à poster une mouche qui peut manquer, mais dont elle +espère ou prévoit le succès. + +Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour concilier sans cesse +les intérêts de deux rivaux, pour paroître neutre à tous les deux, +pendant qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre +médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle leur donne! + +Quelle occupation pour faire venir parties de plaisir sur parties, +les faire succéder et renaître sans cesse, et prévenir tous les +accidents qui pourroient les rompre! + +Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas de se divertir; c'est +de le paroître: ennuyez-les tant que vous voudrez, elles vous le +pardonneront, pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien +réjouies. + +Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que des femmes firent à +la campagne. Dans le chemin elles disoient sans cesse: Au moins, il +faudra bien rire et bien nous divertir. + +Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et par conséquent assez +sérieux. Il faut avouer, dit une de ces femmes, que nous nous +divertissons bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une partie +aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me gagnoit, une femme me +secoua, et me dit: Eh bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? Oui, +lui répondis-je en bâillant; je crois que je crèverai à force de +rire. Cependant la tristesse triomphoit toujours des réflexions; et, +quant à moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement dans +un sommeil léthargique, qui finit tous mes plaisirs. + + De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718. + + + + +LETTRE CXII. + +USBEK A ***. + + +Le règne du feu roi a été si long, que la fin en avoit fait oublier +le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'occuper que des +événements arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus que les +mémoires de ces temps-là. + +Voici le discours qu'un des généraux de la ville de Paris prononça +dans un conseil de guerre: et j'avoue que je n'y comprends pas +grand'chose. + +«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées avec perte, je +crois qu'il nous sera facile de réparer cet échec. J'ai six couplets +de chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je m'assure, remettront +toutes choses dans l'équilibre. J'ai fait choix de quelques voix +très-nettes, qui, sortant de la cavité de certaines poitrines +très-fortes, émouvront merveilleusement le peuple. Ils sont sur un +air qui a fait, jusqu'à présent, un effet tout particulier. + +«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une estampe qui fera +voir Mazarin pendu. + +«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien françois; et il +l'écorche tellement, qu'il n'est pas possible que ses affaires ne +déclinent. Nous ne manquons pas de faire bien remarquer au peuple le +ton ridicule dont il prononce[D]. Nous relevâmes, il y a quelques +jours, une faute de grammaire si grossière, qu'on en fit des farces +par tous les carrefours. + +[Note D: (Note de l'auteur, extraite de l'_édition_ 1721 2e, +Cologne, Pierre Marteau.) + +Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'_arrêt d'Union_, dit devant +les députés du parlement: l'_Arrêt_ d'_Ognon_, de quoi le peuple fit +force plaisanteries.] + +«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera du nom de +Mazarin un mot générique pour exprimer toutes les bêtes de somme, et +celles qui servent à tirer. + +«Depuis notre défaite, notre musique l'a si furieusement vexé sur le +péché originel, que, pour ne pas voir ses partisans réduits à la +moitié, il a été obligé de renvoyer tous ses pages. + +«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et soyez sûrs que nous lui +ferons repasser les monts à coups de sifflets.» + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXIII. + +RHÉDI A USBEK. + +A Paris. + + +Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis les historiens +anciens et modernes: je compare tous les temps; j'ai du plaisir à +les voir passer, pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout +mon esprit à ces grands changements qui ont rendu les âges si +différents des âges, et la terre si peu semblable à elle-même. + +Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose qui cause tous les +jours ma surprise. Comment le monde est-il si peu peuplé, en +comparaison de ce qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle +pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers temps? +seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et tomberoit-elle de langueur? + +J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu que le débris de +cette ancienne Italie si fameuse autrefois. Quoique tout le monde +habite les villes, elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il +semble qu'elles ne subsistent encore, que pour marquer le lieu où +étoient ces cités puissantes dont l'histoire a tant parlé. + +Il y a des gens qui prétendent que la seule ville de Rome contenoit +autrefois plus de peuple que le plus grand royaume de l'Europe n'en +a aujourd'hui. Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, et même +vingt mille esclaves, sans compter ceux qui travailloient dans les +maisons de campagne; et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent +mille citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants sans que +l'imagination ne se révolte. + +Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants royaumes, et des +peuples nombreux, qui en ont disparu depuis: cette île n'a plus rien +de considérable que ses volcans. + +La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas la centième partie +de ses anciens habitants. + +L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui que des +campagnes inhabitées; et la France n'est rien, en comparaison de +cette ancienne Gaule dont parle César. + +Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en faut bien que les +peuples y soient, comme autrefois, obligés de se partager, et +d'envoyer dehors, comme des essaims, des colonies et des nations +entières chercher de nouvelles demeures. + +La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque plus de peuples. + +On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième partie des +hommes qui y formoient de si grands empires. + +L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie mineure, qui +contenoit tant de puissantes monarchies, et un nombre si prodigieux +de grandes villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la grande +Asie, celle qui est soumise au Turc n'est pas plus pleine; et pour +celle qui est sous la domination de nos rois, si on la compare à +l'état florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle n'a +qu'une très-petite partie des habitants qui y étoient sans nombre du +temps des Xerxès et des Darius. + +Quant aux petits États qui sont autour de ces grands empires, ils +sont réellement déserts: tels sont les royaumes d'Irimette, de +Circassie et de Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États, +comptent à peine cinquante mille sujets. + +L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres pays. + +Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que délabrement: je +crois la voir sortir des ravages de la peste et de la famine. + +L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne peut en parler si +précisément que des autres parties du monde: mais, à ne faire +attention qu'aux côtes de la Méditerranée connues de tout temps, on +voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle étoit, lorsqu'elle +étoit province romaine. Aujourd'hui ses princes sont si foibles, que +ce sont les plus petites puissances du monde. + +Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être dans ces sortes de +choses, j'ai trouvé qu'il y a à peine sur la terre la cinquantième +partie des hommes qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y a +d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les jours; et si cela +continue, dans dix siècles, elle ne sera qu'un désert. + +Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soit jamais +arrivée dans le monde; mais à peine s'en est-on aperçu, parce +qu'elle est arrivée insensiblement, et dans le cours d'un grand +nombre de siècles; ce qui marque un vice intérieur, un venin secret +et caché, une maladie de langueur, qui afflige la nature humaine. + + De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718. + + + + +LETTRE CXIV. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible; les cieux mêmes +ne le sont pas: les astronomes sont des témoins oculaires de tous +leurs changements, qui sont les effets bien naturels du mouvement +universel de la matière. + +La terre est soumise, comme les autres planètes, aux mêmes lois des +mouvements; elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses +principes: la mer et le continent semblent être dans une guerre +éternelle; chaque instant produit de nouvelles combinaisons. + +Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements, sont dans +un état aussi incertain: cent mille causes peuvent agir, dont la +plus petite peut les détruire, et à plus forte raison augmenter ou +diminuer leur nombre. + +Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, si communes +chez les historiens, qui ont détruit des villes et des royaumes +entiers: il y en a de générales, qui ont mis bien des fois le genre +humain à deux doigts de sa perte. + +Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, qui ont tour +à tour désolé l'univers. Elles parlent d'une, entr'autres, qui fut +si violente qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se fit +sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire du Catay: un degré +de plus de corruption auroit peut-être, dans un seul jour, détruit +toute la nature humaine. + +Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse de toutes les +maladies se fit sentir en Europe, en Asie et en Afrique; elle fit +dans très-peu de temps des effets prodigieux: c'étoit fait des +hommes, si elle avoit continué ses progrès avec la même furie. +Accablés de maux dès leur naissance, incapables de soutenir le poids +des charges de la société, ils auroient péri misérablement. + +Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus exalté? et il le +seroit devenu sans doute, si l'on n'avoit été assez heureux pour +trouver un remède aussi puissant que celui qu'on a découvert. +Peut-être que cette maladie, attaquant les parties de la génération, +auroit attaqué la génération même. + +Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit pu arriver au +genre humain? n'est-elle pas arrivée en effet, et le déluge ne le +réduisit-il pas à une seule famille? + +Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de Dieu une idée +raisonnable, peuvent-ils comprendre que la matière et les choses +créées n'aient que six mille ans? que Dieu ait différé pendant toute +l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que d'hier de sa puissance +créatrice? Seroit-ce parce qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il +ne l'auroit pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne +l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a pas voulu. +Mais, comme il n'y a pas de succession dans Dieu, si l'on admet +qu'il ait voulu quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et +dès le commencement. + +Il ne faut donc pas compter les années du monde; le nombre des +grains de sable de la mer ne leur est pas plus comparable qu'un +instant. + +Cependant tous les historiens nous parlent d'un premier père: ils +nous font voir la nature humaine naissante. N'est-il pas naturel de +penser qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun, comme Noé le fut du +déluge; et que ces grands événements ont été fréquents sur la terre, +depuis la création du monde? + +Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. Nous voyons +plusieurs parties de la terre se lasser de fournir à la subsistance +des hommes: que savons-nous si la terre entière n'a pas des causes +générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude? + +J'ai été bien aise de te donner ces idées générales, avant de +répondre plus particulièrement à ta lettre sur la diminution des +peuples, arrivée depuis dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai +voir dans une lettre suivante, qu'indépendamment des causes +physiques, il y en a de morales qui ont produit cet effet. + + De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXV. + +USBEK AU MÊME. + + +Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuplée qu'elle ne +l'étoit autrefois: et si tu y fais bien attention, tu verras que la +grande différence vient de celle qui est arrivée dans les moeurs. + +Depuis que la religion chrétienne et la mahométane ont partagé le +monde romain, les choses sont bien changées: il s'en faut bien que +ces deux religions soient aussi favorables à la propagation de +l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers. + +Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue: et en cela elle +avoit un très-grand avantage sur la religion mahométane; le divorce +y étoit permis: ce qui lui en donnoit un autre, non moins +considérable, sur la chrétienne. + +Je ne trouve rien de si contradictoire que cette pluralité des +femmes permise par le saint Alcoran, et l'ordre de les satisfaire +ordonné par le même livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce +que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements, et qu'elles +vous sont nécessaires comme vos vêtements. Voilà un précepte qui +rend la vie d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui qui a les +quatre femmes établies par la loi, et seulement autant de concubines +et d'esclaves, ne doit-il pas être accablé de tant de vêtements? + +Vos femmes sont vos labourages, dit encore le prophète; +approchez-vous donc de vos labourages: faites du bien pour vos âmes; +et vous le trouverez un jour. + +Je regarde un bon musulman comme un athlète, destiné à combattre +sans relâche; mais qui bientôt, foible et accablé de ses premières +fatigues, languit dans le champ même de la victoire; et se trouve, +pour ainsi dire, enseveli sous ses propres triomphes. + +La nature agit toujours avec lenteur, et pour ainsi dire avec +épargne: ses opérations ne sont jamais violentes; jusque dans ses +productions elle veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec +règle et mesure; si on la précipite, elle tombe bientôt dans la +langueur: elle emploie toute la force qui lui reste à se conserver, +perdant absolument sa vertu productrice et sa puissance générative. + +C'est dans cet état de défaillance que nous met toujours ce grand +nombre de femmes, plus propres à nous épuiser qu'à nous satisfaire. +Il est très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans un sérail +prodigieux avec un très-petit nombre d'enfants: ces enfants mêmes +sont la plupart du temps foibles et malsains, et se sentent de la +langueur de leur père. + +Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une continence forcée, ont +besoin d'avoir des gens pour les garder, qui ne peuvent être que des +eunuques: la religion, la jalousie, et la raison même, ne permettent +pas d'en laisser approcher d'autres; ces gardiens doivent être en +grand nombre, soit afin de maintenir la tranquillité au dedans parmi +les guerres que ces femmes se font sans cesse, soit enfin pour +empêcher les entreprises du dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes +ou concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour les garder. Mais +quelle perte pour la société que ce grand nombre d'hommes morts dès +leur naissance! quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre! + +Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour servir avec les +eunuques ce grand nombre de femmes, y vieillissent presque toujours +dans une affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier +pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses, une fois +accoutumées à elles, ne s'en défont presque jamais. + +Voilà comme un seul homme occupe lui seul tant de sujets de l'un et +l'autre sexe à ses plaisirs, les fait mourir pour l'État, et les +rend inutiles à la propagation de l'espèce. + +Constantinople et Ispahan sont les capitales des deux plus grands +empires du monde: c'est là que tout doit aboutir, et que les +peuples, attirés de mille manières, se rendent de toutes parts. +Cependant elles périssent d'elles-mêmes, et elles seroient bientôt +détruites, si les souverains n'y faisoient venir, presque à chaque +siècle, des nations entières pour les repeupler. J'épuiserai ce +sujet dans une autre lettre. + + De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXVI. + +USBEK AU MÊME. + + +Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que nous; ils en avoient +même plus: mais ils en faisoient un meilleur usage. + +Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la multiplication de +ces esclaves, ils la favorisoient au contraire de tout leur pouvoir; +ils les associoient le plus qu'ils pouvoient par des espèces de +mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs maisons de +domestiques de tous les sexes, de tous les âges, et l'État d'un +peuple innombrable. + +Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse d'un maître, +naissoient sans nombre autour de lui: il étoit seul chargé de leur +nourriture et de leur éducation; les pères, libres de ce fardeau, +suivoient uniquement le penchant de la nature, et multiplioient sans +craindre une trop nombreuse famille. + +Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves sont occupés à garder +nos femmes, et à rien de plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État, +dans une perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre à +quelques hommes libres, à quelques chefs de familles, la culture des +arts et des terres, lesquels même s'y donnent le moins qu'ils +peuvent. + +Il n'en étoit pas de même chez les Romains: la république se servoit +avec un avantage infini de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit +son pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître lui +imposoit; avec ce pécule il travailloit et se tournoit du côté où le +portoit son industrie. Celui-ci faisoit la banque; celui-là se +donnoit au commerce de la mer; l'un vendoit des marchandises en +détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique, ou bien +affermoit et faisoit valoir des terres: mais il n'y en avoit aucun +qui ne s'attachât de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule, +qui lui procuroit en même temps l'aisance dans la servitude +présente, et l'espérance d'une liberté future: cela faisoit un +peuple laborieux, animoit les arts et l'industrie. + +Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et leur travail, se +faisoient affranchir, et devenoient citoyens. La république se +réparoit sans cesse, et recevoit dans son sein de nouvelles +familles, à mesure que les anciennes se détruisoient. + +J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes, occasion de te +prouver que plus il y a d'hommes dans un État, plus le commerce y +fleurit; je prouverai aussi facilement que plus le commerce y +fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: ces deux choses +s'entr'aident, et se favorisent nécessairement. + +Si cela est, combien ce nombre prodigieux d'esclaves, toujours +laborieux, devoit-il s'accroître et s'augmenter! L'industrie et +l'abondance les faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient +naître l'abondance et l'industrie. + + De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXVII. + +USBEK AU MÊME. + + +Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans, et cherché la raison +pourquoi ils étoient moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la +domination des Romains: examinons à présent ce qui a produit cet +effet chez les chrétiens. + +Le divorce étoit permis dans la religion païenne, et il fut défendu +aux chrétiens. Ce changement, qui parut d'abord de si petite +conséquence, eut insensiblement des suites terribles, et telles +qu'on peut à peine les croire. + +On ôta non-seulement toute la douceur du mariage, mais aussi l'on +donna atteinte à sa fin: en voulant resserrer ses noeuds, on les +relâcha; et au lieu d'unir les coeurs, comme on le prétendoit, on +les sépara pour jamais. + +Dans une action si libre, et où le coeur doit avoir tant de part, +on mit la gêne, la nécessité, et la fatalité du destin même. On +compta pour rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité des +humeurs; on voulut fixer le coeur, c'est-à-dire ce qu'il y a de +plus variable et de plus inconstant dans la nature: on attacha sans +retour et sans espérance des gens accablés l'un de l'autre, et +presque toujours mal assortis; et l'on fit comme ces tyrans qui +faisoient lier des hommes vivants à des corps morts. + +Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel que la faculté du +divorce: un mari et une femme étoient portés à soutenir patiemment +les peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres de les faire +finir: et ils gardoient souvent ce pouvoir en main toute leur vie +sans en user, par cette seule considération qu'ils étoient libres de +le faire. + +Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs peines présentes +désespèrent pour l'avenir: ils ne voient, dans les désagréments du +mariage, que leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là +viennent les dégoûts, les discordes, les mépris; et c'est autant de +perdu pour la postérité. A peine a-t-on trois ans de mariage, qu'on +en néglige l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: il +se forme des séparations intestines aussi fortes, et peut-être plus +pernicieuses, que si elles étoient publiques: chacun vit et reste de +son côté, et tout cela au préjudice des races futures. Bientôt un +homme dégoûté d'une femme éternelle, se livrera aux filles de joie: +commerce honteux et si contraire à la société; lequel, sans remplir +l'objet du mariage, n'en représente tout au plus que les plaisirs. + +Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une qui n'est pas +propre au dessein de la nature et à la propagation de l'espèce, soit +par son tempérament, soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec +elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même. + +Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez les chrétiens tant +de mariages fournir un si petit nombre de citoyens. Le divorce est +aboli: les mariages mal assortis ne se raccommodent plus; les femmes +ne passent plus, comme chez les Romains, successivement dans les +mains de plusieurs maris, qui en tiroient, dans le chemin, le +meilleur parti qu'il étoit possible. + +J'ose le dire: si, dans une république comme Lacédémone, où les +citoyens étoient sans cesse gênés par des lois singulières et +subtiles, et dans laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la +république, il avoit été établi que les maris changeassent de femme +tous les ans, il en seroit né un peuple innombrable. + +Il est assez difficile de faire bien comprendre la raison qui a +porté les chrétiens à abolir le divorce. Le mariage, chez toutes les +nations du monde, est un contrat susceptible de toutes les +conventions, et on n'en a dû bannir que celles qui auroient pu en +affoiblir l'objet; mais les chrétiens ne le regardent pas dans ce +point de vue: aussi ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est. +Ils ne le font pas consister dans le plaisir des sens; au contraire, +comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils veulent l'en bannir +autant qu'ils le peuvent: mais c'est une image, une figure, et +quelque chose de mystérieux, que je ne comprends point. + + De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXVIII. + +USBEK AU MÊME. + + +La prohibition du divorce n'est pas la seule cause de la +dépopulation des pays chrétiens: le grand nombre d'eunuques qu'ils +ont parmi eux n'en est pas une moins considérable. + +Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de l'autre sexe, qui +se vouent à une continence éternelle: c'est chez les chrétiens la +vertu par excellence; en quoi je ne les comprends pas, ne sachant ce +que c'est qu'une vertu dont il ne résulte rien. + +Je trouve que leurs docteurs se contredisent manifestement quand ils +disent que le mariage est saint, et que le célibat, qui lui est +opposé, l'est encore davantage, sans compter qu'en fait de préceptes +et de dogmes fondamentaux, le bien est toujours le mieux. + +Le nombre de ces gens faisant profession de célibat est prodigieux. +Les pères y condamnoient autrefois les enfants dès le berceau; +aujourd'hui ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze ans: ce +qui revient à peu près à la même chose. + +Ce métier de continence a anéanti plus d'hommes que les pestes et +les guerres les plus sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans +chaque maison religieuse une famille éternelle, où il ne naît +personne, et qui s'entretient aux dépens de toutes les autres. Ces +maisons sont toujours ouvertes, comme autant de gouffres où +s'ensevelissent les races futures. + +Cette politique est bien différente de celle des Romains, qui +établissoient des lois pénales contre ceux qui se refusoient aux +lois du mariage, et vouloient jouir d'une liberté si contraire à +l'utilité publique. + +Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans la religion +protestante, tout le monde est en droit de faire des enfants: elle +ne souffre ni prêtres ni dervis; et si, dans l'établissement de +cette religion qui ramenoit tout aux premiers temps, ses fondateurs +n'avoient été accusés sans cesse d'intempérance, il ne faut pas +douter qu'après avoir rendu la pratique du mariage universelle, ils +n'en eussent encore adouci le joug, et achevé d'ôter toute la +barrière qui sépare, en ce point, le Nazaréen et Mahomet. + +Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la religion donne aux +protestants un avantage infini sur les catholiques. + +J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe, il n'est pas +possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans. + +Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, les catholiques +étoient beaucoup plus forts que les protestants. Ces derniers sont +peu à peu parvenus à un équilibre, et aujourd'hui la balance +commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité augmentera +tous les jours: les protestants deviendront plus riches et plus +puissants, et les catholiques plus foibles. + +Les pays protestants doivent être, et sont réellement, plus peuplés +que les catholiques: d'où il suit, premièrement, que les tributs y +sont plus considérables, parce qu'ils augmentent à proportion de +ceux qui les payent; secondement, que les terres y sont mieux +cultivées; enfin que le commerce y fleurit davantage, parce qu'il y +a plus de gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus de +besoins on y a plus de ressources pour les remplir. Quand il n'y a +que le nombre de gens suffisants pour la culture des terres, il faut +que le commerce périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est +nécessaire pour entretenir le commerce, il faut que la culture des +terres manque, c'est-à-dire il faut que tous les deux tombent en +même temps, parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce ne +soit aux dépens de l'autre. + +Quant aux pays catholiques, non seulement la culture des terres y +est abandonnée, mais même l'industrie y est pernicieuse; elle ne +consiste qu'à apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. Dès +qu'un homme a cette provision par devers lui, il ne doit plus +s'embarrasser de sa fortune: il trouve dans le cloître une vie +tranquille, qui dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des +peines. + +Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains presque toutes les +richesses de l'État; c'est une société de gens avares, qui prennent +toujours, et ne rendent jamais: ils accumulent sans cesse des +revenus pour acquérir des capitaux. Tant de richesses tombent, pour +ainsi dire, en paralysie; plus de circulation, plus de commerce, +plus d'arts, plus de manufactures. + +Il n'y a point de prince protestant qui ne lève sur ses peuples dix +fois plus d'impôts que le pape n'en lève sur ses sujets; cependant +ces derniers sont misérables, pendant que les autres vivent dans +l'opulence. Le commerce ranime tout chez les uns, et le monachisme +porte la mort partout chez les autres. + + De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXIX. + +USBEK AU MÊME. + + +Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de l'Europe; passons à +l'Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes, parce qu'on +n'en connoît pas l'intérieur. + +Celles de Barbarie, où la religion mahométane est établie, ne sont +plus si peuplées qu'elles étoient du temps des Romains, par les +raisons que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la Guinée, +elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux cents ans que +les petits rois, ou chefs de villages, vendent leurs sujets aux +princes d'Europe, pour les porter dans leurs colonies en Amérique. + +Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, qui reçoit tous +les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même déserte, et ne +profite point des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves, +qu'on transporte dans un autre climat, y périssent par milliers; et +les travaux des mines, où l'on occupe sans cesse et les naturels du +pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, le +vif-argent dont il faut faire un continuel usage, les détruisent +sans ressource. + +Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre +innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et +l'argent, ces métaux d'eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont +des richesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes. + + De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXX. + +USBEK AU MÊME. + + +La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des plus petites +circonstances du monde: de manière qu'il ne faut souvent qu'un +nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus +nombreux qu'il n'étoit. + +Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants, ont réparé +leurs pertes et leurs destructions continuelles, par cette seule +espérance qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir naître un +roi puissant qui sera le maître de la terre. + +Les anciens rois de Perse n'avoient tant de milliers de sujets qu'à +cause de ce dogme de la religion des mages, que les actes les plus +agréables à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit de faire un +enfant, labourer un champ, et planter un arbre. + +Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, cela ne vient +que d'une certaine manière de penser: car, comme les enfants +regardent leurs pères comme des dieux, qu'ils les respectent comme +tels dès cette vie, qu'ils les honorent après leur mort par des +sacrifices dans lesquels ils croient que leurs âmes, anéanties dans +le Tyen, reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à augmenter +une famille si soumise dans cette vie, et si nécessaire dans +l'autre. + +D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent tous les jours +déserts, à cause d'une opinion qui, toute sainte qu'elle est, ne +laisse pas d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est +enracinée dans les esprits. Nous nous regardons comme des voyageurs +qui ne doivent penser qu'à une autre patrie; les travaux utiles et +durables, les soins pour assurer la fortune de nos enfants, les +projets qui tendent au delà d'une vie courte et passagère, nous +paroissent quelque chose d'extravagant. Tranquilles pour le présent, +sans inquiétude pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de +réparer les édifices publics, ni de défricher les terres incultes, +ni de cultiver celles qui sont en état de recevoir nos soins: nous +vivons dans une insensibilité générale, et nous laissons tout faire +à la providence. + +C'est un esprit de vanité qui a établi chez les Européens l'injuste +droit d'aînesse, si défavorable à la propagation, en ce qu'il porte +l'attention d'un père sur un seul de ses enfants, et détourne ses +yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la +fortune d'un seul, de s'opposer à l'établissement de plusieurs; +enfin en ce qu'il détruit l'égalité des citoyens, qui en fait toute +l'opulence. + + De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXI. + +USBEK AU MÊME. + + +Les pays habités par les sauvages sont ordinairement peu peuplés, +par l'éloignement qu'ils ont presque tous pour le travail et la +culture de la terre. Cette malheureuse aversion est si forte que, +lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un de leurs +ennemis, ils ne lui souhaitent autre chose que d'être réduit à +labourer un champ, croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui +soit un exercice noble et digne d'eux. + +Mais, comme il y a souvent des années où la chasse et la pêche +rendent très-peu, ils sont désolés par des famines fréquentes; sans +compter qu'il n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson +qui puisse donner la subsistance à un grand peuple, parce que les +animaux fuient toujours les endroits trop habités. + +D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre de deux ou trois +cents habitants, isolées les unes des autres, ayant des intérêts +aussi séparés que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir, +parce qu'elles n'ont pas la ressource des grands États, dont toutes +les parties se répondent et se secourent mutuellement. + +Il y a chez les sauvages une autre coutume qui n'est pas moins +pernicieuse que la première: c'est la cruelle habitude où sont les +femmes de se faire avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas +désagréables à leurs maris. + +Il y a ici des lois terribles contre ce désordre; elles vont jusqu'à +la fureur. Toute fille qui n'a point été déclarer sa grossesse au +magistrat est punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la +honte, les accidents même, ne l'excusent jamais. + + De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXII. + +USBEK AU MÊME. + + +L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les pays d'où on les +tire, sans peupler ceux où on les envoie. + +Il faut que les hommes restent où ils sont: il y a des maladies qui +viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais; d'autres +qui viennent précisément de ce qu'on en change. + +L'air se charge, comme les plantes, des particules de la terre de +chaque pays. Il agit tellement sur nous, que notre tempérament en +est fixé. Lorsque nous sommes transportés dans un autre pays, nous +devenons malades. Les liquides étant accoutumés à une certaine +consistance, les solides à une certaine disposition, tous les deux, +à un certain degré de mouvement, n'en peuvent plus souffrir +d'autres, et ils résistent à un nouveau pli. + +Quand un pays est désert, c'est un préjugé de quelque vice +particulier de la nature du climat: ainsi, quand on ôte les hommes +d'un ciel heureux pour les envoyer dans un tel pays, on fait +précisément le contraire de ce qu'on se propose. + +Les Romains savoient cela par expérience; ils reléguoient tous les +criminels en Sardaigne, et ils y faisoient passer des Juifs. Il +fallut se consoler de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient +pour ces misérables rendoit très-facile. + +Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le moyen d'entretenir de +grosses armées sur les frontières, transporta presque tous les +Arméniens hors de leur pays, et en envoya plus de vingt mille +familles dans la province de Guilan, qui périrent presque toutes en +très-peu de temps. + +Tous les transports de peuples faits à Constantinople n'ont jamais +réussi. + +Ce nombre prodigieux de nègres dont nous avons parlé n'a point +rempli l'Amérique. + +Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la Palestine est sans +habitants. + +Il faut donc avouer que les grandes destructions sont presque +irréparables, parce qu'un peuple qui manque à un certain point reste +dans le même état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des +siècles pour cela. + +Que si, dans un état de défaillance, la moindre des circonstances +dont nous avons parlé vient à concourir, non-seulement il ne se +répare pas, mais il dépérit tous les jours, et tend à son +anéantissement. + +L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore sentir comme le +premier jour: bien loin que ce vide se remplisse, il devient tous +les jours plus grand. + +Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols, qui ont pris la +place de ses anciens habitants, n'ont pu la repeupler; au contraire, +par une fatalité que je ferois mieux de nommer une justice divine, +les destructeurs se détruisent eux-mêmes, et se consument tous les +jours. + +Les princes ne doivent donc point songer à peupler de grands pays +par des colonies. Je ne dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois; +il y a des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie toujours: +témoin ces îles[E] qui ont été peuplées par des malades que quelques +vaisseaux y avoient abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la +santé. + +[Note E: L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.] + +Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu d'augmenter la +puissance, elles ne feroient que la partager, à moins qu'elles +n'eussent très-peu d'étendue, comme sont celles que l'on envoie pour +occuper quelque place pour le commerce. + +Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, découvert l'Amérique, +ou au moins de grandes îles dans lesquelles ils faisoient un +commerce prodigieux: mais quand ils virent le nombre de leurs +habitants diminuer, cette sage république défendit à ses sujets ce +commerce et cette navigation. + +J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols dans les Indes, +il faudroit faire repasser les Indiens et les métifs en Espagne; il +faudroit rendre à cette monarchie tous ses peuples dispersés; et, si +la moitié seulement de ces grandes colonies se conservoit, l'Espagne +deviendroit la puissance de l'Europe la plus redoutable. + +On peut comparer les empires à un arbre dont les branches trop +étendues ôtent tout le suc du tronc, et ne servent qu'à faire de +l'ombrage. + +Rien ne devrait corriger les princes de la fureur des conquêtes +lointaines que l'exemple des Portugais et des Espagnols. + +Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité inconcevable, des +royaumes immenses, plus étonnées de leurs victoires que les peuples +vaincus de leur défaite, songèrent aux moyens de les conserver, et +prirent chacune pour cela une voie différente. + +Les Espagnols, désespérant de retenir les nations vaincues dans la +fidélité, prirent le parti de les exterminer, et d'y envoyer +d'Espagne des peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut plus +ponctuellement exécuté. On vit un peuple, aussi nombreux que tous +ceux de l'Europe ensemble, disparoître de la terre à l'arrivée de +ces barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes, avoir voulu +en même temps découvrir aux hommes quel étoit le dernier période de +la cruauté. + +Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous leur domination. +Juge par là combien les conquêtes sont funestes, puisque les effets +en sont tels: car enfin ce remède affreux étoit unique. Comment +auroient-ils pu retenir tant de millions d'hommes dans l'obéissance? +Comment soutenir une guerre civile de si loin? Que seroient-ils +devenus, s'ils avoient donné le temps à ces peuples de revenir de +l'admiration où ils étoient de l'arrivée de ces nouveaux dieux et de +la crainte de leurs foudres? + +Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout opposée; ils +n'employèrent pas les cruautés: aussi furent-ils bientôt chassés de +tous les pays qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent +la rébellion de ces peuples, et en profitèrent. + +Quel prince envieroit le sort de ces conquérants? Qui voudroit de +ces conquêtes à ces conditions? Les uns en furent aussitôt chassés; +les autres en firent des déserts, et rendirent de même leur propre +pays. + +C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir des pays qu'ils +perdent soudain, ou à soumettre des nations qu'ils sont obligés +eux-mêmes de détruire; comme cet insensé qui se consumoit à acheter +des statues qu'il jetoit dans la mer, et des glaces qu'il brisoit +aussitôt. + + De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXIII. + +USBEK AU MÊME. + + +La douceur du gouvernement contribue merveilleusement à la +propagation de l'espèce. Toutes les républiques en sont une preuve +constante; et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, qui sont +les deux plus mauvais pays de l'Europe, si l'on considère la nature +du terrain, et qui cependant sont les plus peuplés. + +Rien n'attire plus les étrangers que la liberté, et l'opulence qui +la suit toujours: l'une se fait rechercher par elle-même, et les +besoins attirent dans les pays où l'on trouve l'autre. + +L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance fournit aux +enfants, sans rien diminuer de la subsistance des pères. + +L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement de l'égalité +dans les fortunes, porte l'abondance et la vie dans toutes les +parties du corps politique, et la répand partout. + +Il n'en est pas de même des pays soumis au pouvoir arbitraire: le +prince, les courtisans, et quelques particuliers, possèdent toutes +les richesses, pendant que tous les autres gémissent dans une +pauvreté extrême. + +Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente qu'il fera des +enfants plus pauvres que lui, il ne se mariera pas; ou s'il se +marie, il craindra d'avoir un trop grand nombre d'enfants, qui +pourroient achever de déranger sa fortune, et qui descendroient de +la condition de leur père. + +J'avoue que le rustique ou paysan, étant une fois marié, peuplera +indifféremment, soit qu'il soit riche, soit qu'il soit pauvre; cette +considération ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à +laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne l'empêche +jamais de suivre aveuglément l'instinct de la nature. + +Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants qui languissent +dans la misère? Ils périssent presque tous à mesure qu'ils naissent; +ils ne prospèrent jamais: foibles et débiles, ils meurent en détail +de mille manières, tandis qu'ils sont emportés en gros par les +fréquentes maladies populaires, que la misère et la mauvaise +nourriture produisent toujours; ceux qui en échappent atteignent +l'âge viril sans en avoir la force, et languissent tout le reste de +leur vie. + +Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais +heureusement si elles ne sont bien cultivées: chez les peuples +misérables, l'espèce perd, et même quelquefois dégénère. + +La France peut fournir un grand exemple de tout ceci. Dans les +guerres passées, la crainte où étoient tous les enfants de famille +qu'on ne les enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier, et +cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de la pauvreté. De +tant de mariages il naissoit bien des enfants, que l'on cherche +encore en France, et que la misère, la famine et les maladies en ont +fait disparoître. + +Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un royaume aussi policé que +la France, on fait de pareilles remarques, que sera-ce dans les +autres États? + + De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXIV. + +USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI, + +Gardien des trois tombeaux + +A Com. + + +Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks? +La main de Dieu s'est deux fois appesantie sur les enfants de la +loi, le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que leurs +défaites; leurs armées s'assemblent, et elles sont dissipées comme +la poussière. + +L'empire des Osmanlins est ébranlé par les deux plus grands échecs +qu'il ait jamais reçus: un moufti chrétien ne le soutient qu'avec +peine; le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour +châtier les sectateurs d'Omar; il porte partout la colère du ciel, +irrité contre leur rébellion et leur perfidie. + +Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du +prophète que le détestable Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent +à la vue de leurs malheurs; tu désires leur conversion, et non pas +leur perte; tu voudrois les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par +les larmes des saints; et non pas dispersés dans les montagnes et +dans les déserts par la terreur des infidèles. + + De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXV. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes +versent sur leurs courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur +sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et d'ailleurs, s'ils +acquièrent quelques-uns de leurs sujets en les achetant, il faut +bien, par la même raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en +les appauvrissant. + +Quand je pense à la situation des princes, toujours entourés +d'hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre: et je +les plains encore davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de +résister à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne demandent +rien. + +Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, des grâces et des +pensions qu'ils accordent, que je ne me livre à mille réflexions: +une foule d'idées se présente à mon esprit; il me semble que +j'entends publier cette ordonnance: + +«Le courage infatigable de quelques-uns de nos sujets à nous +demander des pensions ayant exercé sans relâche notre magnificence +royale, nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes qu'ils +nous ont présentées, lesquelles ont fait jusqu'ici la plus grande +sollicitude du trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point +manqué, depuis notre avènement à la couronne, de se trouver à notre +lever; que nous les avons toujours vus sur notre passage immobiles +comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement élevés pour +regarder, sur les épaules les plus hautes, notre sérénité. Nous +avons même reçu plusieurs requêtes de la part de quelques personnes +du beau sexe, qui nous ont supplié de faire attention qu'il étoit +notoire qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes +même très-surannées nous ont prié, branlant la tête, de faire +attention qu'elles ont fait l'ornement de la cour des rois nos +prédécesseurs; et que, si les généraux de leurs armées ont rendu +l'État redoutable par leurs faits militaires, elles n'ont point +rendu la cour moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant +traiter les suppliants avec bonté, et leur accorder toutes leurs +prières, nous avons ordonné ce qui suit: + +«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera journellement la +cinquième partie du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères de +famille de faire la diminution, sur chacun d'eux, aussi juste que +faire se pourra. + +«Défendons expressément à tous ceux qui s'appliquent à la culture de +leurs héritages, ou qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire +aucune réparation, de quelque espèce qu'elle soit. + +«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent à des travaux vils et +mécaniques, lesquelles n'ont jamais été au lever de notre majesté, +n'achètent désormais d'habits, à eux, à leurs femmes et à leurs +enfants, que de quatre ans en quatre ans; leur interdisons en outre +très-étroitement ces petites réjouissances qu'ils avoient coutume de +faire, dans leurs familles, les principales fêtes de l'année. + +«Et, d'autant que nous demeurons averti que la plupart des bourgeois +de nos bonnes villes sont entièrement occupés à pourvoir à +l'établissement de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues +recommandables, dans notre État, que par une triste et ennuyeuse +modestie, nous ordonnons qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce +qu'ayant atteint l'âge limité par les ordonnances, elles viennent à +les y contraindre. Défendons à nos magistrats de pourvoir à +l'éducation de leurs enfants.» + + De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXVI. + +RICA A ***. + + +On est bien embarrassé dans toutes les religions, quand il s'agit de +donner une idée des plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien +vécu. On épouvante facilement les méchants par une longue suite de +peines, dont on les menace: mais, pour les gens vertueux, on ne sait +que leur promettre. Il semble que la nature des plaisirs soit d'être +d'une courte durée; l'imagination a peine à en représenter d'autres. + +J'ai vu des descriptions du paradis, capables d'y faire renoncer +tous les gens de bon sens: les uns font jouer sans cesse de la flûte +ces ombres heureuses; d'autres les condamnent au supplice de se +promener éternellement; d'autres enfin, qui les font rêver là-haut +aux maîtresses d'ici-bas, n'ont pas cru que cent millions d'années +fussent un terme assez long pour leur ôter le goût de ces +inquiétudes amoureuses. + +Je me souviens à ce propos d'une histoire que j'ai ouï raconter à un +homme qui avoit été dans le pays du Mogol; elle fait voir que les +prêtres indiens ne sont pas moins stériles que les autres dans les +idées qu'ils ont des plaisirs du paradis. + +Une femme qui venoit de perdre son mari vint en cérémonie chez le +gouverneur de la ville lui demander permission de se brûler: mais, +comme, dans les pays soumis aux mahométans, on abolit tant qu'on +peut cette cruelle coutume, il la refusa absolument. + +Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se jeta dans un +furieux emportement. Voyez, disoit-elle, comme on est gêné! Il ne +sera seulement pas permis à une pauvre femme de se brûler quand elle +en a envie! A-t-on jamais vu rien de pareil? Ma mère, ma tante, mes +soeurs, se sont bien brûlées? Et, quand je vais demander +permission à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se met à crier +comme un enragé. + +Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze: Homme infidèle, lui dit +le gouverneur, est-ce toi qui a mis dans l'esprit de cette femme +cette fureur? Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais, si elle +m'en croit, elle consommera son sacrifice; elle fera une action +agréable au dieu Brama: aussi en sera-t-elle bien récompensée; car +elle retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle recommencera +avec lui un second mariage. Que dites-vous? dit la femme surprise. +Je retrouverai mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux, +chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu Brama n'a point +fait sur lui quelque réforme, sûrement il n'a pas besoin de moi. Me +brûler pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour le retirer +du fond des enfers. Deux vieux bonzes, qui me séduisoient, et qui +savoient de quelle manière je vivois avec lui, n'avoient garde de me +tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent à me faire, je +renonce à cette béatitude. Monsieur le gouverneur, je me fais +mahométane. Et pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous +pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que je me porte fort +bien. + + De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXVII. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie tes lettres +d'Ispahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du Grand Mogol a +reçu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter le +prince, oncle du roi, qui est chargé de son éducation; qu'on l'a +fait conduire dans un château, où il est très-étroitement gardé, et +qu'on l'a privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort de ce +prince, et je le plains. + +Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler les larmes de +personne sans en être attendri: je sens de l'humanité pour les +malheureux, comme s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les +grands même, pour lesquels je trouve dans mon coeur de la dureté +quand ils sont élevés, je les aime sitôt qu'ils tombent. + +En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, d'une inutile +tendresse? elle approche trop de l'égalité: ils aiment bien mieux du +respect, qui ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils sont +déchus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur +en rappeler l'idée. + +Je trouve quelque chose de bien naïf, et même de bien grand, dans +les paroles d'un prince qui, près de tomber entre les mains de ses +ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuroient: Je +sens, leur dit-il, à vos larmes que je suis encore votre roi. + + De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXVIII. + +RICA A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de Suède: il assiégeoit +une place dans un royaume qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit +la tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un coup dans la tête, +dont il est mort. On a fait sur-le-champ arrêter son premier +ministre: les états se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la +tête. + +Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir calomnié la +nation, et de lui avoir fait perdre la confiance de son roi: forfait +qui, selon moi, mérite mille morts. + +Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir dans l'esprit du +prince le dernier de ses sujets, qu'est-ce, lorsque l'on noircit la +nation entière, et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la +providence a établi pour faire son bonheur? + + +Je voudrois que les hommes parlassent aux rois comme les anges +parlent à notre saint prophète. + +Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur des seigneurs +descend du plus sublime trône du monde pour se communiquer à ses +esclaves, je me suis fait une loi sévère de captiver une langue +indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une seule parole qui pût +être amère au dernier de ses sujets. Quand il m'a fallu cesser +d'être sobre, je n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans +cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie, et jamais ma +vertu. + +Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque jamais de prince si +méchant, que son ministre ne le soit encore davantage; s'il fait +quelque action mauvaise, elle a presque toujours été suggérée; de +manière que l'ambition des princes n'est jamais si dangereuse que la +bassesse d'âme de ses conseillers. Mais comprends-tu qu'un homme, +qui n'est que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y sera pas +demain, puisse devenir dans un moment l'ennemi de lui-même, de sa +famille, de sa patrie, et du peuple qui naîtra à jamais de celui +qu'il va faire opprimer? + +Un prince a des passions; le ministre les remue: c'est de ce côté-là +qu'il dirige son ministère; il n'a point d'autre but, ni n'en veut +connoître. Les courtisans le séduisent par leurs louanges; et lui le +flatte plus dangereusement par ses conseils, par les desseins qu'il +lui inspire, et par les maximes qu'il lui propose. + + De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719. + + + + +LETTRE CXXIX. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis: il +rencontra un homme de sa connoissance, qu'il me dit être un +géomètre; et il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une +rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât longtemps par la +manche, et le secouât pour le faire descendre jusqu'à lui; tant il +étoit occupé d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis plus +de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup d'honnêtetés, et +s'apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. Ces +discours les menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai +avec eux. + +Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de tout le monde avec +empressement, et que les garçons du caffé en faisoient beaucoup plus +de cas que de deux mousquetaires qui étoient dans un coin. Pour lui, +il parut qu'il se trouvoit dans un lieu agréable: car il dérida un +peu son visage, et se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la +moindre teinture de géométrie. + +Cependant son esprit régulier toisoit tout ce qui se disoit dans la +conversation. Il ressembloit à celui qui, dans un jardin, coupoit +avec son épée la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des +autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé d'une saillie, comme +une vue délicate est offensée par une lumière trop vive. Rien pour +lui n'étoit indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa +conversation étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce jour-là de la +campagne avec un homme qui avoit vu un château superbe et des +jardins magnifiques; et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de +soixante pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet +barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité que les règles de la +perspective eussent été tellement observées, que les allées des +avenues eussent paru partout de même largeur; et il auroit donné +pour cela une méthode infaillible. Il parut fort satisfait d'un +cadran qu'il y avoit démêlé, d'une structure fort singulière; et il +s'échauffa fort contre un savant qui étoit auprès de moi, qui lui +demanda si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. Un +nouvelliste parla du bombardement du château de Fontarabie; et il +nous donna soudain les propriétés de la ligne que les bombes avoient +décrite en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut en ignorer +entièrement le succès. Un homme se plaignoit d'avoir été ruiné +l'hiver d'auparavant par une inondation. Ce que vous me dites là +m'est fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que je ne me +suis pas trompé dans l'observation que j'ai faite, et qu'il est au +moins tombé sur la terre deux pouces d'eau plus que l'année passée. + +Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. Comme il alloit +assez vite, et qu'il négligeoit de regarder devant lui, il fut +rencontré directement par un autre homme: ils se choquèrent +rudement; et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son côté, en +raison réciproque de leur vitesse et de leurs masses. Quand ils +furent un peu revenus de leur étourdissement, cet homme, portant la +main sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise que vous +m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle à vous apprendre: je +viens de donner mon Horace au public. Comment! dit le géomètre, il y +a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez pas, reprit +l'autre: c'est une traduction de cet ancien auteur, que je viens de +mettre au jour; il y a vingt ans que je m'occupe à faire des +traductions. + +Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous ne pensez +pas! Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous! +Monsieur, dit le savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un grand +service au public, de lui rendre la lecture des bons auteurs +familière? Je ne dis pas tout à fait cela: j'estime autant qu'un +autre les sublimes génies que vous travestissez; mais vous ne leur +ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, on ne vous +traduira jamais. + +Les traductions sont comme ces monnoies de cuivre qui ont bien la +même valeur qu'une pièce d'or, et même sont d'un plus grand usage +pour le peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un mauvais +aloi. + +Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi nous ces illustres +morts; et j'avoue que vous leur donnez bien un corps: mais vous ne +leur rendez pas la vie; il y manque toujours un esprit pour les +animer. + +Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche de tant de belles +vérités qu'un calcul facile nous fait découvrir tous les jours? +Après ce petit conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents +l'un de l'autre, + + De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719. + + + + +LETTRE CXXX. + +RICA A ***. + + +Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine nation qu'on appelle +les nouvellistes, qui s'assemblent dans un jardin magnifique, où +leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l'État, +et leurs discours de cinquante ans n'ont pas un effet différent de +celui qu'auroit pu produire un silence aussi long: cependant ils se +croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent de projets +magnifiques, et traitent de grands intérêts. + +La base de leurs conversations est une curiosité frivole et +ridicule: il n'y a point de cabinet si mystérieux qu'ils ne +prétendent pénétrer; ils ne sauroient consentir à ignorer quelque +chose; ils savent combien notre auguste sultan a de femmes, combien +il fait d'enfants toutes les années; et quoiqu'ils ne fassent aucune +dépense en espions, ils sont instruits des mesures qu'il prend pour +humilier l'empereur des Turcs et celui des Mogols. + +A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans +l'avenir; et, marchant au-devant de la providence, la préviennent +sur toutes les démarches des hommes. Ils conduisent un général par +la main; et, après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas +faites, ils lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas. + +Ils font voler les armées comme les grues, et tomber les murailles +comme des cartons; ils ont des ponts sur toutes les rivières, des +routes secrètes dans toutes les montagnes, des magasins immenses +dans les sables brûlants: il ne leur manque que le bon sens. + +Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette lettre d'un +nouvelliste; comme elle m'a paru singulière, je la gardai; la voici: + + + «Monsieur, + +«Je me trompe rarement dans mes conjectures sur les affaires du +temps. Le 1er janvier 1711, je prédis que l'empereur Joseph mourroit +dans le cours de l'année: il est vrai que, comme il se portoit fort +bien, je crus que je me ferois moquer de moi si je m'expliquois +d'une manière bien claire; ce qui fit que je me servis de termes un +peu énigmatiques; mais les gens qui savent raisonner m'entendirent +bien. Le 17 avril de la même année, il mourut de la petite vérole. + +«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur et les Turcs, +j'allai chercher nos messieurs dans tous les coins des Tuileries; je +les assemblai près du bassin, et leur prédis qu'on feroit le siége +de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été assez heureux pour que +ma prédiction ait été accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du +siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le 18 août[F]; il +ne fut pris que le lendemain: peut-on perdre à si beau jeu? + +[Note F: 1717.] + +«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit en Sardaigne, je +jugeai qu'elle en ferait la conquête: je le dis, et cela se trouva +vrai. Enflé de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse +iroit débarquer à Final pour faire la conquête du Milanès. Comme je +trouvai de la résistance à faire recevoir cette idée, je voulus la +soutenir glorieusement: je pariai cinquante pistoles, et je les +perdis encore; car ce diable d'Alberoni, malgré la foi des traités, +envoya sa flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux grands +politiques, le duc de Savoie et moi. + +«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que j'ai résolu de prédire +toujours et de ne parier jamais. Autrefois nous ne connoissions +point aux Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte de L. ne +les souffrait guère; mais, depuis qu'une troupe de petits-maîtres +s'est mêlée parmi nous, nous ne savons plus où nous en sommes. A +peine ouvrons-nous la bouche pour dire une nouvelle, qu'un de ces +jeunes gens propose de parier contre. + +«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, et accommodois mes +lunettes sur mon nez, un de ces fanfarons, saisissant justement +l'intervalle du premier mot au second, me dit: Je parie cent +pistoles que non. Je fis semblant de n'avoir pas fait d'attention à +cette extravagance; et, reprenant la parole d'une voix plus forte, +je dis: M. le maréchal de *** ayant appris... Cela est faux, me +dit-il, vous avez toujours des nouvelles extravagantes; il n'y a pas +le sens commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de me faire le +plaisir de me prêter trente pistoles; car je vous avoue que ces +paris m'ont fort dérangé. Je vous envoie la copie de deux lettres +que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.» + + +LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE. + + «Monseigneur, + +«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais eu: c'est moi +qui obligeai un de mes amis d'exécuter le projet que j'avois formé +d'un livre pour démontrer que Louis le Grand étoit le plus grand de +tous les princes qui ont mérité le nom de Grand. Je travaille depuis +longtemps à un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur à notre +nation, si Votre Grandeur veut m'accorder un privilége: mon dessein +est de prouver que, depuis le commencement de la monarchie, les +François n'ont jamais été battus, et que ce que les historiens ont +dit jusqu'ici de nos désavantages sont de véritables impostures. Je +suis obligé de les redresser en bien des occasions; et j'ose me +flatter que je brille surtout dans la critique. Je suis, +monseigneur, etc.» + + «Monseigneur, + +«Depuis la perte que nous avons faite de M. le comte de L., nous +vous supplions d'avoir la bonté de nous permettre d'élire un +président. Le désordre se met dans nos conférences, et les affaires +d'État n'y sont pas traitées avec la même discussion que par le +passé; nos jeunes gens vivent absolument sans égard pour les +anciens, et entre eux sans discipline: c'est le véritable conseil de +Roboam, où les jeunes imposent aux vieillards. Nous avons beau leur +représenter que nous étions paisibles possesseurs des Tuileries +vingt ans avant qu'ils fussent au monde; je crois qu'ils nous en +chasseront à la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où nous +avons tant de fois évoqué les ombres de nos héros françois, il +faudra que nous allions tenir nos conférences au Jardin du Roi ou +dans quelque lieu plus écarté. Je suis...» + + De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719. + + + + +LETTRE CXXXI. + +RHÉDI A RICA. + +A Paris. + + +Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité en arrivant en +Europe, c'est l'histoire et l'origine des républiques. Tu sais que +la plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée de cette sorte +de gouvernement, et que l'imagination ne les a pas servis jusqu'à +leur faire comprendre qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre +que le despotique. + +Les premiers gouvernements du monde furent monarchiques: ce ne fut +que par hasard et par la succession des siècles que les républiques +se formèrent. + +La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de nouveaux habitants +vinrent la peupler: elle tira presque toutes ses colonies d'Égypte +et des contrées de l'Asie les plus voisines; et, comme ces pays +étoient gouvernés par des rois, les peuples qui en sortirent furent +gouvernés de même. Mais la tyrannie de ces princes devenant trop +pesante, on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes +s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir la Grèce, +seule polie au milieu des barbares. + +L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva longtemps la +Grèce dans l'indépendance, et étendit au loin le gouvernement +républicain. Les villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie +mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi libres qu'elles, qui +leur servirent de remparts contre les entreprises des rois de Perse. +Ce n'est pas tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, et +peut-être les Gaules. On sait que cette grande Hespérie, si fameuse +chez les anciens, étoit au commencement la Grèce, que ses voisins +regardoient comme un séjour de félicité: les Grecs qui ne trouvoient +point chez eux ce pays heureux, l'allèrent chercher en Italie; ceux +de l'Italie, en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique ou le +Portugal: de manière que toutes ces régions portèrent ce nom chez +les anciens. Ces colonies grecques apportèrent avec elles un esprit +de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux pays. Ainsi, on ne +voit guère, dans ces temps reculés, de monarchies dans l'Italie, +l'Espagne, les Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord et +d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si l'on trouve des +vestiges de quelque royauté parmi eux, c'est qu'on a pris pour des +rois les chefs des armées ou des républiques. + +Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie et l'Afrique, elles +ont toujours été accablées sous le despotisme, si vous en exceptez +quelques villes de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la +république de Carthage en Afrique. + +Le monde fut partagé entre deux puissantes républiques: celle de +Rome et celle de Carthage. Il n'y a rien de si connu que les +commencements de la république romaine, et rien qui le soit si peu +que l'origine de celle de Carthage. On ignore absolument la suite +des princes africains depuis Didon, et comment ils perdirent leurs +puissance. C'eût été un grand bonheur pour le monde que +l'agrandissement prodigieux de la république romaine, s'il n'y avoit +pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les +peuples vaincus; si l'on avoit donné au gouverneur des provinces une +autorité moins grande; si les lois si saintes pour empêcher leur +tyrannie avoient été observées, et s'ils ne s'étoient pas servis, +pour les faire taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit +amassés. + +Il semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples +d'Europe, et la servitude pour celui des peuples d'Asie. C'est en +vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor: +cette nation lâche le refusa, et elle courut à la servitude avec le +même empressement que les autres peuples couroient à la liberté. + +César opprima la république romaine, et la soumit à un pouvoir +arbitraire. + +L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement militaire et violent, +et la douceur romaine fut changée en une cruelle oppression. + +Cependant une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se +répandirent comme des torrents dans les provinces romaines; et, +trouvant autant de facilité à faire des conquêtes qu'à exercer leurs +pirateries, les démembrèrent et en firent des royaumes. Ces peuples +étoient libres et ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois, +qu'ils n'étoient proprement que des chefs ou des généraux. Ainsi ces +royaumes, quoique fondés par la force, ne sentirent point le joug du +vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et les +Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté d'un seul, ils +ne songèrent qu'à lui donner de nouveaux sujets, et à établir par +les armes son autorité violente: mais les peuples du Nord, libres +dans leur pays, s'emparant des provinces romaines, ne donnèrent +point à leurs chefs une grande autorité. Quelques-uns même de ces +peuples, comme les Vandales en Afrique, les Goths en Espagne, +déposoient leurs rois dès qu'ils n'en étoient pas satisfaits; et, +chez les autres, l'autorité du prince étoit bornée de mille manières +différentes: un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui; +les guerres n'étoient entreprises que de leur consentement; les +dépouilles étoient partagées entre le chef et les soldats; aucun +impôt en faveur du prince; les lois étoient faites dans les +assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental de tous ces +États, qui se formèrent des débris de l'empire romain. + + De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719. + + + + +LETTRE CXXXII. + +RICA A ***. + + +Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé; j'y remarquai un +gentilhomme assez bien mis qui se faisoit écouter: il parloit du +plaisir qu'il y avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation +d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il, quinze mille +livres de rente en fonds de terre, et je me croirois plus heureux si +j'avois le quart de ce bien-là en argent et en effets portables +partout. J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de frais de +justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: je n'ai jamais +pu voir cent pistoles à la fois. Si je devois dix mille francs, on +me feroit saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital. + +Je sortis sans avoir fait grande attention à tout ce discours; mais, +me trouvant hier dans ce quartier, j'entrai dans la même maison, et +j'y vis un homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au milieu +de cinq ou six discoureurs, paroissoit morne et pensif, jusques à ce +que, prenant brusquement la parole: Oui, messieurs, dit-il en +haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de quoi vivre; car +j'ai actuellement chez moi deux cent mille livres en billets de +banque, et cent mille écus d'argent: je me trouve dans une situation +affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à l'hôpital: au moins si +j'avois seulement une petite terre où je pusse me retirer, je serois +sûr d'avoir de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce chapeau +en fonds de terre. + +Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et je vis un autre +homme qui faisoit des grimaces de possédé. A qui se fier désormais? +s'écrioit-il. Il y a un traître que je croyois si fort de mes amis +que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a rendu! quelle +perfidie horrible! Il a beau faire; dans mon esprit il sera toujours +déshonoré. + +Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu, qui, élevant les yeux +au ciel, disoit: Dieu bénisse les projets de nos ministres! +puissé-je voir les actions à deux mille, et tous les laquais de +Paris plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité de demander +son nom. C'est un homme extrêmement pauvre, me dit-on; aussi a-t-il +un pauvre métier: il est généalogiste, et il espère que son art +rendra, si les fortunes continuent; et que tous ces nouveaux riches +auront besoin de lui pour réformer leur nom, décrasser leurs +ancêtres, et orner leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire +autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille de joie de +voir multiplier ses pratiques. + +Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que je reconnus pour +nouvelliste avant qu'il se fût assis; il n'étoit pas du nombre de +ceux qui ont une assurance victorieuse contre tous les revers, et +présagent toujours les victoires et les trophées: c'étoit au +contraire un de ces trembleurs qui n'ont que des nouvelles tristes. +Les affaires vont bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons +point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre que le +prince Pio, qui en a un gros corps, ne fasse contribuer tout le +Languedoc. Il y avoit vis-à-vis de moi un philosophe assez mal en +ordre qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les épaules à +mesure que l'autre haussoit la voix; je m'approchai de lui, et il me +dit à l'oreille: Vous voyez que ce fat nous entretient, il y a une +heure, de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus hier au +soir une tache dans le soleil, qui, si elle augmentoit, pourroit +faire tomber toute la nature en engourdissement; et je n'ai pas dit +un seul mot. + + De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXIII. + +RICA A ***. + + +J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque dans un couvent de +dervis, qui en sont comme les dépositaires, mais qui sont obligés +d'y laisser entrer tout le monde à certaines heures. + +En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit au milieu d'un +nombre innombrable de volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et +le priai de me dire quels étoient quelques-uns de ces livres que je +voyois mieux reliés que les autres. Monsieur, me dit-il, j'habite +ici une terre étrangère: je n'y connois personne: bien des gens me +font de pareilles questions; mais vous voyez bien que je n'irai pas +lire tous ces livres pour les satisfaire; mais j'ai mon +bibliothécaire qui vous donnera satisfaction, car il s'occupe nuit +et jour à déchiffrer tout ce que vous voyez là; c'est un homme qui +n'est bon à rien, et qui nous est très à charge, parce qu'il ne +travaille point pour le couvent. Mais j'entends l'heure du +réfectoire qui sonne. Ceux qui comme moi sont à la tête d'une +communauté doivent être les premiers à tous les exercices. En disant +cela, le moine me poussa dehors, ferma la porte, et, comme s'il eût +volé, disparut à mes yeux. + + De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXIV. + +RICA AU MÊME. + + +Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout +un autre homme que celui que j'avois vu la première fois: son air +étoit simple, sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable. +Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité, il se mit en devoir +de la satisfaire, et même en qualité d'étranger, de m'instruire. + +Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout +ce côté de bibliothèque? Ce sont, me dit-il, les interprètes de +l'Écriture. Il y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut que +l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien claire à présent; +reste-t-il encore quelques doutes? peut-il y avoir des points +contestés? S'il y en a, bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y +en a presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et qu'ont donc +fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me repartit-il, n'ont point +cherché dans l'Écriture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient +eux-mêmes; ils ne l'ont point regardée comme un livre où étoient +contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, mais comme un ouvrage +qui pourroit donner de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour +cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont donné la torture à +tous les passages. C'est un pays où les hommes de toutes les sectes +font des descentes, et vont comme au pillage; c'est un champ de +bataille où les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des +combats, où l'on s'attaque, où l'on s'escarmouche de bien des +manières. + +Tout près de là vous voyez les livres ascétiques ou de dévotion; +ensuite les livres de morale, bien plus utiles; ceux de théologie, +doublement inintelligibles, et par la matière qui y est traitée, et +par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques, +c'est-à-dire des dévots qui ont le coeur tendre. Ah! mon père, lui +dis-je, un moment; n'allez pas si vite; parlez-moi de ces mystiques. +Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un coeur disposé à la +tendresse, et lui fait envoyer des esprits au cerveau qui +l'échauffent de même, d'où naissent les extases et les ravissements. +Cet état est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne, +ou plutôt dégénère en quiétisme: vous savez qu'un quiétiste n'est +autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin. + +Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de la nuit; qui +forment dans leur imagination tous les monstres que le démon d'amour +peut produire, les rassemblent, les comparent, et en font l'objet +éternel de leurs pensées: heureux si leur coeur ne se met pas de +la partie, et ne devient pas lui-même complice de tant d'égarements +si naïvement décrits et si nuement peints! + +Vous voyez, monsieur, que je pense librement, et que je vous dis +tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf, et plus encore +avec vous, qui êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et +les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne vous parlerois +de tout ceci qu'avec admiration; je vous dirois sans cesse: Cela est +divin, cela est respectable; il y a du merveilleux. Et il en +arriveroit de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, ou que +je me déshonorerois dans votre esprit. + +Nous en restâmes là; une affaire qui survint au dervis rompit notre +conversation jusqu'au lendemain. + + De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXV. + +RICA AU MÊME. + + +Je revins à l'heure marquée, et mon homme me mena précisément dans +l'endroit où nous nous étions quittés. Voici, me dit-il, les +grammairiens, les glossateurs, et les commentateurs. Mon père, lui +dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se dispenser d'avoir du +bon sens? Oui, dit-il, ils le peuvent; et même il n'y paroît pas, +leurs ouvrages n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode +pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois bien des +philosophes qui feroient bien de s'appliquer à ces sortes de +sciences-là. + +Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent de persuader +indépendamment des raisons; et les géomètres, qui obligent un homme +malgré lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie. + +Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grands +intérêts, et dans lesquels l'infini se rencontre partout; les livres +de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie +du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans; +les livres de médecine, ces monuments de la fragilité de la nature +et de la puissance de l'art; qui font trembler quand ils traitent +des maladies même les plus légères, tant ils nous rendent la mort +présente; mais qui nous mettent dans une sécurité entière quand ils +parlent de la vertu des remèdes, comme si nous étions devenus +immortels. + +Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui contiennent bien +moins la description des parties du corps humain que les noms +barbares qu'on leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade de +son mal, ni le médecin de son ignorance. + +Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et tantôt les +petites-maisons, comme des demeures qui lui sont également propres. + +Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance occulte: tels +sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie; exécrables +selon la plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont encore +les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, mon père? Les +livres d'astrologie judiciaire, repartis-je avec feu! Et ce sont +ceux dont nous faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes les +actions de notre vie, et nous déterminent dans toutes nos +entreprises; les astrologues sont proprement nos directeurs; ils +font plus, ils entrent dans le gouvernement de l'État. Si cela est, +me dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que celui de la +raison: voilà ce qui s'appelle le plus étrange de tous les empires; +je plains bien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse +si fort dominer par les planètes. Nous nous servons, lui +repartis-je, de l'astrologie, comme vous vous servez de l'algèbre. +Chaque nation a sa science, selon laquelle elle règle sa politique: +tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait tant de sottises en +notre Perse qu'un seul de vos algébristes en a fait ici. Croyez-vous +que le concours fortuit des astres ne soit pas une règle aussi sûre +que les beaux raisonnements de votre faiseur de système? Si l'on +comptoit les voix là-dessus en France et en Perse, ce seroit un beau +sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez les mathématiciens +bien humiliés: quel accablant corollaire en pourroit-on tirer contre +eux! + +Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter. + + De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXVI. + +RICA AU MÊME. + + +Dans l'entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet +particulier. Voici les livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez +premièrement les historiens de l'Église et des papes; livres que je +lis pour m'édifier, et qui font souvent en moi un effet tout +contraire. + +Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence du formidable empire +romain, qui s'étoit formé du débris de tant de monarchies, et sur la +chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. Un nombre infini de +peuples barbares, aussi inconnus que les pays qu'ils habitoient, +parurent tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, et +fondèrent tous les royaumes que vous voyez à présent en Europe. Ces +peuples n'étoient point proprement barbares, puisqu'ils étoient +libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart +à une puissance absolue, ils ont perdu cette douce liberté si +conforme à la raison, à l'humanité, et à la nature. + +Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, laquelle n'est qu'une +ombre du premier empire, mais qui est, je crois, la seule puissance +qui soit sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la +seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de ses pertes; et +qui, lente à profiter des succès, devient indomptable par ses +défaites. + +Voici les historiens de France, où l'on voit d'abord la puissance +des rois se former, mourir deux fois, renaître de même, languir +ensuite pendant plusieurs siècles; mais, prenant insensiblement des +forces, accrue de toutes parts, monter à son dernier période: +semblable à ces fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, ou +se cachent sous terre; puis reparoissant de nouveau, grossis par les +rivières qui s'y jettent, entraînent avec rapidité tout ce qui +s'oppose à leur passage. + +Là, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques montagnes: les +princes mahométans subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient +rapidement conquis; tant de royaumes réunis dans une vaste +monarchie, qui devint presque la seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa +fausse opulence, elle perdit sa force et sa réputation même, et ne +conserva que l'orgueil de sa première puissance. + +Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on voit la liberté +sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition; le +prince toujours chancelant sur un trône inébranlable; une nation +impatiente, sage dans sa fureur même; et qui, maîtresse de la mer +(chose inouïe jusqu'alors), mêle le commerce avec l'empire. + +Tout près de là sont les historiens de cette autre reine de la mer, +la république de Hollande, si respectée en Europe, et si formidable +en Asie, où ses négociants voient tant de rois prosternés devant +eux. + +Les historiens d'Italie vous représentent une nation autrefois +maîtresse du monde, aujourd'hui esclave de toutes les autres; ses +princes divisés et foibles, et sans autre attribut de souveraineté +qu'une vaine politique. + +Voilà les historiens des républiques: de la Suisse, qui est l'image +de sa liberté; de Venise, qui n'a de ressources qu'en son économie; +et de Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments. + +Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, qui use si mal de +sa liberté et du droit qu'elle a d'élire ses rois, qu'il semble +qu'elle veuille consoler par là les peuples ses voisins, qui ont +perdu l'un et l'autre. + +Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain. + + De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719. + + + + +LETTRE CXXXVII. + +RICA AU MÊME. + + +Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les +poëtes, me dit-il; c'est-à-dire ces auteurs dont le métier est de +mettre des entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous les +agréments comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs +parures et leurs ornements. Vous les connoissez; ils ne sont pas +rares chez les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble +échauffer les imaginations mêmes. + +Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que les poëmes épiques? En +vérité, me dit-il, je n'en sais rien; les connoisseurs disent qu'on +n'en a jamais fait que deux, et que les autres qu'on donne sous ce +nom ne le sont point: c'est aussi ce que je ne sais pas. Ils disent +de plus qu'il est impossible d'en faire de nouveaux; et cela est +encore plus surprenant. + +Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi, sont les poëtes par +excellence, et les maîtres des passions. Il y en a de deux sortes: +les comiques, qui nous remuent si doucement; et les tragiques, qui +nous troublent et nous agitent avec tant de violence. + +Voici les lyriques, que je méprise autant que je fais cas des +autres, et qui font de leur art une harmonieuse extravagance. + +On voit ensuite les auteurs des idylles et des églogues, qui +plaisent même aux gens de cour, par l'idée qu'ils leur donnent d'une +certaine tranquillité qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent dans +la condition des bergers. + +De tous les auteurs que nous avons vus, voici les plus dangereux: ce +sont ceux qui aiguisent les épigrammes, qui sont de petites flèches +déliées qui font une plaie profonde et inaccessible aux remèdes. + +Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces de poëtes, et qui +outrent également le langage de l'esprit et celui du coeur; qui +passent leur vie à chercher la nature, et la manquent toujours; et +qui font des héros, qui y sont aussi étrangers que les dragons ailés +et les hippocentaures. + +J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: et, si vous voyiez +les nôtres, vous en seriez encore plus choqué. Il sont aussi peu +naturels, et d'ailleurs extrêmement gênés par nos moeurs: il faut +dix années de passion avant qu'un amant ait pu voir seulement le +visage de sa maîtresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire +passer les lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il est +impossible que les incidents soient variés: on a recours à un +artifice pire que le mal même qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. +Je suis sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne fasse +sortir une armée de dessous terre; qu'un héros lui seul en détruise +une de cent mille hommes. Cependant voilà nos romans: ces aventures +froides et souvent répétées nous font languir, et ces prodiges +extravagants nous révoltent. + + De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719. + + + + +LETTRE CXXXVIII. + +RICA A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme les saisons: +depuis trois ans j'ai vu changer quatre fois de système sur les +finances. On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les subsides +de la même manière que les fondateurs de ces monarchies les +levoient: il s'en faut bien qu'il en soit ici de même. Il est vrai +que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: nous +croyons qu'il n'y a pas plus de différence entre l'administration +des revenus du prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a entre +compter cent mille tomans ou en compter cent. Mais il y a ici bien +plus de finesse et de mystère. Il faut que de grands génies +travaillent nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec +douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les avis d'une +infinité de gens qui travaillent pour eux sans en être priés; qu'ils +se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impénétrable aux +grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours la tête remplie de +secrets importants, de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux; et +qu'absorbés dans les méditations, ils soient privés non-seulement de +l'usage de la parole, mais même quelquefois de la politesse. + +Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa à établir une +nouvelle administration. On sentoit qu'on étoit mal, mais ne savoit +comment faire pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité +sans bornes des ministres précédents: on la voulut partager. On créa +pour cet effet six ou sept conseils; et ce ministère est peut-être +celui de tous qui a gouverné la France avec plus de sens: la durée +en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il produisit. + +La France, à la mort du feu roi, étoit un corps accablé de mille +maux: N*** prit le fer à la main, retrancha les chairs inutiles, et +appliqua quelques remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice +intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a entrepris cette +cure. Après bien des remèdes violents, il a cru lui avoir rendu son +embonpoint; et il l'a seulement rendue bouffie. + +Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont à présent dans la +pauvreté, et ceux qui n'avoient pas de pain regorgent de richesses. +Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de si près. +L'étranger a tourné l'État comme un fripier tourne un habit: il fait +paroître dessus ce qui étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le +met à l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux +qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du +néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain +par leurs maîtres! + +Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui +avoient fait fortune sous le règne passé vantent aujourd'hui leur +naissance: ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée +dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit pour eux il y a six +mois; ils crient de toute leur force: La noblesse est ruinée, quel +désordre dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On ne voit +que des inconnus faire fortune! Je te promets que ceux-ci prendront +bien leur revanche sur ceux qui viendront après eux; et que, dans +trente ans, ces gens de qualité feront bien du bruit. + + De Paris, le 1er de la lune de Zilcadé, 1720. + + + + +LETTRE CXXXIX. + +RICA AU MÊME. + + +Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans +une femme, mais dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute +force associer le prince son époux à la couronne, pour aplanir +toutes les difficultés, a envoyé aux états une déclaration par +laquelle elle se désiste de la régence, en cas qu'il soit élu. + +Il y a soixante et quelques années qu'une autre reine, nommée +Christine, abdiqua la couronne pour se donner tout entière à la +philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exemples nous devons +admirer davantage. + +Quoique j'approuve assez que chacun se tienne ferme dans le poste où +la nature l'a mis; et que je ne puisse louer la foiblesse de ceux +qui, se trouvant au-dessous de leur état, le quittent comme par une +espèce de désertion; je suis cependant frappé de la grandeur d'âme +de ces deux princesses, et de voir l'esprit de l'une et le coeur +de l'autre supérieurs à leur fortune. Christine a songé à connoître +dans le temps que les autres ne songent qu'à jouir; et l'autre ne +veut jouir que pour mettre tout son bonheur entre les mains de son +auguste époux. + + De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CXL. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Le parlement de Paris vient d'être relégué dans une petite ville +qu'on appelle Pontoise. Le conseil lui a envoyé enregistrer ou +approuver une déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée +d'une manière qui déshonore le conseil. + +On menace d'un pareil traitement quelques parlements du royaume. + +Ces compagnies sont toujours odieuses: elles n'approchent des rois +que pour leur dire de tristes vérités; et pendant qu'une foule de +courtisans leur représentent sans cesse un peuple heureux sous leur +gouvernement, elles viennent démentir la flatterie, et apporter au +pied du trône les gémissements et les larmes dont elles sont +dépositaires. + +C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de la vérité, +lorsqu'il faut la porter jusqu'aux princes: ils doivent bien penser +que ceux qui le font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient +jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes pour ceux +qui les font, s'ils n'y étoient forcés par leur devoir, leur +respect, et même leur amour. + + De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720. + + + + +LETTRE CXLI. + +RICA AU MÊME. + +A ***. + + +J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les jours couleront +agréablement avec toi! + +Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de la cour, qui +avoit quelque envie de voir ma figure étrangère. Je la trouvai +belle, digne des regards de notre monarque, et d'un rang auguste +dans le lieu sacré où son coeur repose. + +Elle me fit mille questions sur les moeurs des Persans, et sur la +manière de vivre des Persanes: il me parut que la vie du sérail +n'étoit pas de son goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir +un homme partagé entre dix ou douze femmes. Elle ne put voir sans +envie le bonheur de l'un, et sans pitié la condition des autres. +Comme elle aime la lecture, surtout celle des poëtes et des romans, +elle souhaita que je lui parlasse des nôtres: ce que je lui en dis +redoubla sa curiosité; elle me pria de lui faire traduire un +fragment de quelques-uns de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je +lui envoyai, quelques jours après, un conte persan: peut-être +seras-tu, bien aise de le voir travesti. + + * * * * * + +Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse une femme nommée +Zuléma: elle savoit par coeur tout le saint Alcoran; il n'y avoit +point de dervis qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints +prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit de si mystérieux +qu'elle n'en comprît tous les sens; et elle joignoit à tant de +connoissances un certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à +peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui elle parloit, ou les +instruire. + +Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans une des salles du +sérail, une d'elles lui demanda ce qu'elle pensoit de l'autre vie, +et si elle ajoutoit foi à cette ancienne tradition de nos docteurs, +que le paradis n'est fait que pour les hommes. + +C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y a rien que l'on +n'ait fait pour dégrader notre sexe. Il y a même une nation répandue +par toute la Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, par +l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons point d'âme. + +Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine que l'orgueil des +hommes, qui veulent porter leur supériorité au delà même de leur +vie; et ne pensent pas que, dans le grand jour, toutes les créatures +paroîtront devant Dieu comme le néant, sans qu'il y ait entre elles +de prérogatives que celles que la vertu y aura mises. + +Dieu ne se bornera point dans ses récompenses: et comme les hommes +qui auront bien vécu, et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur +nous, seront dans un paradis plein de beautés célestes et +ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit vues, il se +donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience d'en jouir; aussi les +femmes vertueuses iront dans un lieu de délices, où elles seront +enivrées d'un torrent de voluptés, avec des hommes divins qui leur +seront soumis: chacune d'elles aura un sérail, dans lequel ils +seront enfermés; et des eunuques, encore plus fidèles que les +nôtres, pour les garder. + +J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un homme, nommé +Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable. Il avoit douze femmes +extrêmement belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne se +fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail; il les tenoit +presque toujours sous la clef, enfermées dans leur chambre, sans +qu'elles pussent se voir ni se parler; car il étoit même jaloux +d'une amitié innocente: toutes ses actions prenoient la teinture de +sa brutalité naturelle; jamais une douce parole ne sortit de sa +bouche; et jamais il ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque +chose à la rigueur de leur esclavage. + +Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans une salle de son +sérail, une d'entre elles, plus hardie que les autres, lui reprocha +son mauvais naturel. Quand on cherche si fort les moyens de se faire +craindre, lui dit-elle, on trouve toujours auparavant ceux de se +faire haïr. Nous sommes si malheureuses, que nous ne pouvons nous +empêcher de désirer un changement: d'autres, à ma place, +souhaiteroient votre mort; je ne souhaite que la mienne: et, ne +pouvant espérer d'être séparée de vous que par là, il me sera encore +bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit dû le toucher, +le fit entrer dans une furieuse colère; il tira son poignard, et le +lui plongea dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une voix +mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous serez vengées. A ces +mots, elle quitta cette vie infortunée, pour aller dans le séjour +des délices, où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un bonheur +qui se renouvelle toujours. + +D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure étoit relevée +par les peintures des fleurs les plus vives: un ruisseau, dont les +eaux étoient plus pures que le cristal, y faisoit un nombre infini +de détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, dont le +silence n'étoit interrompu que par le doux chant des oiseaux; de +magnifiques jardins se présentèrent ensuite; la nature les avoit +ornés avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle trouva +enfin un palais superbe préparé pour elle, et rempli d'hommes +célestes destinés à ses plaisirs. + +Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour la déshabiller; +d'autres la mirent dans le bain, et la parfumèrent des plus +délicieuses essences; on lui donna ensuite des habits infiniment +plus riches que les siens; après quoi on la mena dans une grande +salle, où elle trouva un feu fait avec des bois odoriférants, et une +table couverte des mets les plus exquis. Tout sembloit concourir au +ravissement de ses sens: elle entendoit d'un côté une musique +d'autant plus divine qu'elle étoit plus tendre; de l'autre, elle ne +voyoit que des danses de ces hommes divins, uniquement occupés à lui +plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient servir qu'à la +conduire insensiblement à des plaisirs plus grands. On la mena dans +sa chambre; et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la +porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une beauté charmante la +reçurent dans leurs bras. C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et +que ses ravissements passèrent même ses désirs. Je suis toute hors +de moi, leur disoit-elle; je croirois mourir, si je n'étois sûre de +mon immortalité. C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la +violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le calme à mes sens; +je commence à respirer et à revenir à moi-même. D'où vient que l'on +a ôté les flambeaux? Que ne puis-je à présent considérer votre +beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi voir? Vous me +faites rentrer dans mes premiers transports. O dieux! que ces +ténèbres sont aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle +avec vous! je serai... Non, je vous demande grâce, car je vois bien +que vous êtes gens à n'en demander jamais. + +Après plusieurs commandements réitérés, elle fut obéie: mais elle ne +le fut que lorsqu'elle voulut l'être bien sérieusement. Elle se +reposa languissamment, et s'endormit dans leurs bras. Deux moments +de sommeil réparèrent sa lassitude: elle reçut deux baisers qui +l'enflammèrent soudain, et lui firent ouvrir les yeux. Je suis +inquiète, dit-elle; je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit un +doute dans lequel elle ne vouloit pas rester longtemps: aussi +eut-elle avec eux tous les éclaircissements qu'elle pouvoit désirer. +Je suis désabusée, s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre de +vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez mieux que tout ce que +vous me pourriez dire: oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais +tant aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux l'honneur de me +persuader! Ah! si vous vous disputez, si vous joignez l'ambition au +plaisir de ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux +vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; mais je vous vendrai +bien cher la victoire. + +Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidèles et aimables +domestiques entrèrent dans sa chambre, et firent lever ces deux +jeunes hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les lieux où ils +étoient gardés pour ses plaisirs. Elle se leva ensuite, et parut +d'abord à cette cour idolâtre dans les charmes d'un déshabillé +simple, et ensuite couverte des plus somptueux ornements. Cette nuit +l'avoit embellie; elle avoit donné de la vie à son teint, et de +l'expression à ses grâces. Ce ne fut pendant tout le jour que +danses, que concerts, que festins, que jeux, que promenades; et l'on +remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en temps, et voloit vers +ses deux jeunes héros; après quelques précieux instants d'entrevue, +elle revenoit vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours avec un +visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout à fait: +elle alla s'enfermer dans le sérail, où elle vouloit, disoit-elle, +faire connoissance avec ces captifs immortels qui devoient à jamais +vivre avec elle. Elle visita donc les appartements de ces lieux les +plus reculés et les plus charmants où elle compta cinquante esclaves +d'une beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de chambre en +chambre, recevant partout des hommages toujours différents, et +toujours les mêmes. + +Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa vie, tantôt dans des +plaisirs éclatants, tantôt dans des plaisirs solitaires; admirée +d'une troupe brillante, ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent +elle quittoit un palais enchanté pour aller dans une grotte +champêtre; les fleurs sembloient naître sous ses pas, et les jeux se +présentoient en foule au-devant d'elle. + +Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans cette demeure +heureuse, que, toujours hors d'elle-même, elle n'avoit pas fait une +seule réflexion: elle avoit joui de son bonheur sans le connoître, +et sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, où l'âme se +rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, et s'écoute dans le +silence des passions. + +Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils peuvent rarement +jouir de cette liberté d'esprit: c'est pour cela qu'attachés +invinciblement aux objets présents, ils perdent entièrement la +mémoire des choses passées, et n'ont plus aucun souci de ce qu'ils +ont connu ou aimé dans l'autre vie. + +Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe, avoit passé +presque toute sa vie à méditer: elle avoit poussé ses réflexions +beaucoup plus loin qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée +à elle-même. La retraite austère que son mari lui avoit fait garder +ne lui avoit laissé que cet avantage. C'est cette force d'esprit qui +lui avoit fait mépriser la crainte dont ses compagnes étoient +frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses peines et le +commencement de sa félicité. + +Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs, et s'enferma +seule dans un appartement de son palais. Elle se laissa aller à des +réflexions bien douces sur sa condition passée, et sur sa félicité +présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur le malheur de +ses compagnes: on est sensible à des tourments que l'on a partagés. +Anaïs ne se tint pas dans les simples bornes de la compassion: plus +tendre envers ces infortunées, elle se sentit portée à les secourir. + +Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes qui étoient auprès d'elle +de prendre la figure de son mari; d'aller dans son sérail de s'en +rendre maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place jusqu'à ce +qu'elle le rappelât. + +L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva à la porte du +sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit pas. Il frappe, tout lui est ouvert; +les eunuques tombent à ses pieds: il vole vers les appartements où +les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il avoit, en passant, pris +les clefs dans la poche de ce jaloux, à qui il s'étoit rendu +invisible. Il entre, et les surprend d'abord par son air doux et +affable; et, bientôt après, il les surprend davantage par ses +empressements et par la rapidité de ses entreprises. Toutes eurent +leur part de l'étonnement; et elles l'auroient pris pour un songe, +s'il y eût eu moins de réalité. + +Pendant que ces nouvelles scènes se jouent dans le sérail, Ibrahim +heurte, se nomme, tempête, et crie. Après avoir essuyé bien des +difficultés, il entre, et jette les eunuques dans un désordre +extrême. Il marche à grands pas; mais il recule en arrière, et tombe +comme des nues, quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image, +dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours; il veut +que les eunuques lui aident à tuer cet imposteur; mais il n'est pas +obéi. Il n'a plus qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter +au jugement de ses femmes. Dans une heure le faux Ibrahim avoit +séduit tous ses juges. Il est chassé et traîné indignement hors du +sérail, et il auroit reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit +ordonné qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel Ibrahim, resté +maître du champ de bataille, se montra de plus en plus digne d'un +tel choix, et se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. Vous +ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces femmes. Dites, dites +plutôt que cet imposteur ne me ressemble pas, disoit le triomphant +Ibrahim: comment faut-il faire pour être votre époux, si ce que je +fais ne suffit pas? + +Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les femmes. Si vous n'êtes +pas Ibrahim, il nous suffit que vous ayez si bien mérité de l'être: +vous êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans le cours de +dix années. Vous me promettez donc, reprit-il, que vous vous +déclarerez en ma faveur contre cet imposteur? N'en doutez pas, +dirent-elles d'une commune voix; nous vous jurons une fidélité +éternelle: nous n'avons été que trop longtemps abusées: le traître +ne soupçonnoit point notre vertu, il ne soupçonnoit que sa +foiblesse; nous voyons bien que les hommes ne sont point faits comme +lui; c'est à vous sans doute qu'ils ressemblent: si vous saviez +combien vous nous le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de +nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: vous ne connoissez +point encore tout le tort qu'il vous a fait. Nous jugeons de son +injustice par la grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. Oui, +vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré l'expiation au +crime: je suis bien aise que vous soyez contentes de ma manière de +punir. Mais, dirent ces femmes, si cet imposteur revient, que +ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous tromper, +répondit-il: dans la place que j'occupe auprès de vous, on ne se +soutient guère par la ruse; et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que +vous n'entendrez plus parler de lui, pour lors je prendrai sur moi +le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; je saurai +m'assurer de vous, sans vous gêner; j'ai assez bonne opinion de mon +mérite pour croire que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas +vertueuses avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette conversation +dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plus frappées de la +différence des deux Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient +pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles. Enfin le mari +désespéré revint encore les troubler; il trouva toute sa maison dans +la joie, et les femmes plus incrédules que jamais. La place n'étoit +pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; et un instant après +le faux Ibrahim le suivit, le prit, le transporta dans les airs, et +le laissa à quatre cents lieues de là. + +O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent ces femmes dans +l'absence de leur cher Ibrahim! Déjà leurs eunuques avoient repris +leur sévérité naturelle; toute la maison étoit en larmes; elles +s'imaginoient quelquefois que tout ce qu'il leur étoit, arrivé +n'étoit qu'un songe; elles se regardoient toutes les unes les +autres, et se rappeloient les moindres circonstances de ces étranges +aventures. Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; il leur +parut que son voyage n'avoit pas été pénible. Le nouveau maître prit +une conduite si opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les +voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa maison accessible +à tout le monde: il ne voulut pas même souffrir que ses femmes se +voilassent. C'étoit une chose singulière de les voir dans les +festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. Ibrahim crut avec +raison que les coutumes du pays n'étoient pas faites pour des +citoyens comme lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense: il +dissipa avec une immense profusion les biens du jaloux, qui, de +retour trois ans après des pays lointains où il avoit été +transporté, ne trouva plus que ses femmes et trente-six enfants. + + De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720. + + + + +LETTRE CXLII. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Voici une lettre que je reçus hier d'un savant: elle te paroîtra +singulière. + + «Monsieur, + +«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession d'un oncle +très-riche, qui m'a laissé cinq ou six cent mille livres, et une +maison superbement meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on +en sait faire un bon usage. Je n'ai point d'ambition ni de goût pour +les plaisirs: je suis presque toujours enfermé dans un cabinet, où +je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu que l'on trouve un +curieux amateur de la vénérable antiquité. + +«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois fort souhaité de le +faire enterrer avec les cérémonies observées par les anciens Grecs +et Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, ni urnes, ni +lampes antiques. + +«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces précieuses raretés. Il y +a quelques jours que je vendis ma vaisselle d'argent pour acheter +une lampe de terre qui avoit servi à un philosophe stoïcien. Je me +suis défait de toutes les glaces dont mon oncle avoit couvert +presque tous les murs de ses appartements, pour avoir un petit +miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage de Virgile: je suis +charmé d'y voir ma figure représentée, au lieu de celle du cygne de +Mantoue. Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis d'or cinq ou six +pièces de monnoie de cuivre qui avoit cours il y a deux mille ans. +Je ne sache pas avoir à présent dans ma maison un seul meuble qui +n'ait été fait avant la décadence de l'empire. J'ai un petit cabinet +de manuscrits fort précieux et fort chers: quoique je me tue la vue +à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en servir que des exemplaires +imprimés, qui ne sont pas si corrects, et que tout le monde a entre +les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, je ne laisse pas +d'avoir une passion démesurée de connoître tous les anciens chemins +qui étoient du temps des Romains. Il y en a un qui est près de chez +moi, qu'un proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cents +ans: lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne manque jamais +d'y passer, quoiqu'il soit très incommode, et qu'il m'allonge de +plus d'une lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on y a mis +des poteaux de bois de distance en distance, pour marquer +l'éloignement des villes voisines; je suis désespéré de voir ces +misérables indices, au lieu des colonnes milliaires qui y étoient +autrefois: je ne doute pas que je ne les fasse rétablir par mes +héritiers, et que je ne les engage à cette dépense par mon +testament. Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit persan, vous me +ferez plaisir de m'en accommoder: je vous le payerai tout ce que +vous voudrez; et je vous donnerai par-dessus le marché quelques +ouvrages de ma façon, par lesquels vous verrez que je ne suis point +un membre inutile de la république des lettres. Vous y remarquerez +entre autres une dissertation, où je prouve que la couronne dont on +se servoit autrefois dans les triomphes étoit de chêne, et non pas +de laurier: vous en admirerez une autre, où je prouve, par de doctes +conjectures tirées des plus graves auteurs grecs, que Cambyses fut +blessé à la jambe gauche, et non pas à la droite; une autre, où je +prouve qu'un petit front étoit une beauté recherchée par les +Romains. Je vous enverrai encore un volume in-quarto, en forme +d'explication d'un vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile. +Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours; et quant à +présent, je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien +mythologiste grec, qui n'avoit point paru jusques ici, et que j'ai +découvert dans la poussière d'une bibliothèque. Je vous quitte pour +une affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit de restituer +un beau passage de Pline le naturaliste, que les copistes du +cinquième siècle ont étrangement défiguré. Je suis, etc.» + + +FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE. + + +«Dans une île près des Orcades, il naquit un enfant qui avoit pour +père Éole, dieu des vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. On +dit de lui qu'il apprit tout seul à compter avec ses doigts; et que, +dès l'âge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les métaux, +que sa mère ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une +d'or, il reconnut la tromperie, et la jeta par terre. + +«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le secret d'enfermer les +vents dans une outre, qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs; +mais comme la marchandise n'étoit pas fort prisée dans son pays, il +le quitta, et se mit à courir le monde en compagnie de l'aveugle +dieu du hasard. + +«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique l'or reluisoit de +toutes parts: cela fit qu'il y précipita ses pas. Il y fut fort mal +reçu de Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu ayant quitté la +terre, il s'avisa d'aller dans tous les carrefours, où il crioit +sans cesse d'une voix rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être +riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; votre erreur me +fait pitié: croyez-moi, quittez le pays des vils métaux; venez dans +l'empire de l'imagination; et je vous promets des richesses qui vous +étonneront vous-mêmes. Aussitôt il ouvrit une grande partie des +outres qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise à +qui en voulut. + +«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours, et il s'écria: +Peuples de Bétique, voulez-vous être riches? Imaginez-vous que je le +suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup aussi; mettez-vous tous +les matins dans l'esprit que votre fortune a doublé pendant la nuit; +levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers, allez les payer +de ce que vous aurez imaginé; et dites-leur d'imaginer à leur tour. + +«Il reparut quelques jours après, et il parla ainsi: Peuples de +Bétique, je vois bien que votre imagination n'est pas si vive que +les premiers jours; laissez-vous conduire à la mienne; je mettrai +tous les matins devant vos yeux un écriteau qui sera pour vous la +source des richesses: vous n'y verrez que quatre paroles; mais elles +seront bien significatives, car elles régleront la dot de vos +femmes, la légitime de vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et +quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui étoient le plus près de +lui; quant à vous, mes chers enfants (je puis vous appeler de ce +nom, car vous avez reçu de moi une seconde naissance), mon écriteau +décidera de la magnificence de vos équipages, de la somptuosité de +vos festins, du nombre et de la pension de vos maîtresses. + +«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, tout essoufflé; +et, transporté de colère, il s'écria: Peuples de Bétique, je vous +avois conseillé d'imaginer, et je vois que vous ne le faites pas: eh +bien! à présent je vous l'ordonne. Là-dessus, il les quitta +brusquement; mais la réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends +que quelques-uns de vous sont assez détestables pour conserver leur +or et leur argent. Encore passe pour l'argent; mais pour de l'or.... +pour de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... Je jure par +mes outres sacrées que, s'ils ne viennent me l'apporter, je les +punirai sévèrement. Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif: +Croyez-vous que ce soit pour garder ces misérables métaux que je +vous les demande? Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque vous +me les apportâtes il y a quelques jours, je vous en rendis +sur-le-champ la moitié. + +«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le vit s'insinuer avec une +voix douce et flatteuse: Peuples de Bétique, j'apprends que vous +avez une partie de vos trésors dans les pays étrangers; je vous +prie, faites-les-moi venir; vous me ferez plaisir, et je vous en +aurai une reconnoissance éternelle. + +«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient pas grande envie de +rire; ils ne purent pourtant s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en +retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une +petite prière: je sais que vous avez des pierres précieuses; au nom +de Jupiter, défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit comme ces +sortes de choses; défaites-vous-en, vous dis-je: si vous ne le +pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des hommes d'affaires +excellents. Que de richesses vont couler chez vous, si vous faites +ce que je vous conseille! Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura +de plus pur dans mes outres. + +«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant une voix plus assurée, +il dit: Peuples de Bétique, j'ai comparé l'heureux état dans lequel +vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque j'arrivai ici; je +vous vois le plus riche peuple de la terre: mais, pour achever votre +fortune, souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. A ces +mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut, et laissa ses +auditeurs dans une consternation inexprimable; ce qui fit qu'il +revint le lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier que mon +discours vous déplut extrêmement. Eh bien! prenez que je ne vous aie +rien dit. Il n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver au +but que je me suis proposé. Assemblons nos richesses dans un même +endroit; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent pas un +gros volume. Aussitôt il en disparut les trois quarts.» + + De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720. + + + + +LETTRE CXLIII. + +RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF. + +A Livourne. + + +Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes, et de la +puissance des talismans. Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif, +et je suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes tous deux bien +crédules. + +Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages du saint +Alcoran; j'attache à mes bras un petit paquet, où sont écrits les +noms de plus de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de tous +les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits de mes habits. + +Cependant je ne désapprouve point ceux qui rejettent cette vertu que +l'on attribue à de certaines paroles: il nous est bien plus +difficile de répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre à +nos expériences. + +Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue habitude, pour me +conformera une pratique universelle: je crois que, s'ils n'ont pas +plus de vertu que les bagues et les autres ornements dont on se +pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets toute ta confiance +sur quelques lettres mystérieuses, et, sans cette sauvegarde, tu +serois dans un effroi continuel. + +Les hommes sont bien malheureux! ils flottent sans cesse entre de +fausses espérances et des craintes ridicules: et, au lieu de +s'appuyer sur la raison, ils se font des monstres qui les +intimident, ou des fantômes qui les séduisent. + +Quel effet veux-tu que produise l'arrangement de certaines lettres? +Quel effet veux-tu que leur dérangement puisse troubler? quelle +relation ont-elles avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec +la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec ce que les +médecins appellent l'humeur peccante et la cause morbifique des +maladies, pour les guérir? + +Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux qui fatiguent leur +raison pour lui faire rapporter de certains événements à des vertus +occultes, n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher d'en +voir la véritable cause. + +Tu me diras que de certains prestiges ont fait gagner une bataille: +et moi je te dirai qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trouver +dans la situation du terrain, dans le nombre ou dans le courage des +soldats, dans l'expérience des capitaines, des causes suffisantes +pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause. + +Je te passe pour un moment qu'il y ait des prestiges: passe-moi à +mon tour, pour un moment, qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas +impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche pas que deux +armées ne puissent se battre: veux-tu que, dans ce cas-là, aucune +des deux ne puisse remporter la victoire? + +Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à ce que quelque +puissance invisible vienne le déterminer? que tous les coups seront +perdus, toute la prudence vaine, et tout le courage inutile? + +Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue présente de mille +manières, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs +paniques que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, dans une +armée de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme +timide? Crois-tu que le découragement de celui-ci ne puisse pas +produire le découragement d'un autre? que le second, qui quitte un +troisième, ne lui fasse pas bientôt abandonner un quatrième? Il n'en +faut pas davantage pour que le désespoir de vaincre saisisse soudain +toute une armée, et la saisisse d'autant plus facilement qu'elle se +trouve plus nombreuse. + +Tout le monde sait, et tout le monde sent, que les hommes, comme +toutes les créatures qui tendent à conserver leur être, aiment +passionnément la vie; on sait cela en général: et on cherche +pourquoi, dans une certaine occasion particulière, ils ont craint de +la perdre? + +Quoique les livres sacrés de toutes les nations soient remplis de +ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n'imagine rien de si +frivole, parce que, pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit +par cent mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir +auparavant examiné si aucune de ces causes n'a agi; ce qui est +impossible. + +Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me semble que la +matière ne mérite pas d'être si sérieusement traitée. + + De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720. + +_P. S._ Comme je finissois, j'ai entendu crier dans la rue une +lettre d'un médecin de province à un médecin de Paris (car ici +toutes les bagatelles s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai +cru que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a du rapport à +notre sujet. Il y a bien des choses que je n'entends pas: mais toi, +qui es médecin, tu dois entendre le langage de tes confrères. + + +LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE A UN MÉDECIN DE PARIS. + +Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis +trente-cinq jours: son médecin lui ordonna l'opium; mais il ne +pouvoit se résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la main; +qu'il étoit plus indéterminé que jamais. Enfin il dit à son médecin: +Monsieur, je vous demande quartier seulement jusqu'à demain: je +connois un homme qui n'exerce pas la médecine, mais qui a chez lui +un nombre innombrable de remèdes contre l'insomnie; souffrez que je +l'envoie quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous promets +que je reviendrai à vous. Le médecin congédié, le malade fit fermer +les rideaux, et dit à un petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis, +et dis-lui qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon cher monsieur +Anis, je me meurs, je ne puis dormir: n'auriez-vous point, dans +votre boutique, la C. du G., ou bien quelque livre de dévotion +composé par un révérend père jésuite, que vous n'ayez pas pu vendre? +car souvent les remèdes les plus gardés sont les meilleurs. +Monsieur, dit le libraire, j'ai chez moi la Cour sainte du P. +Caussin, en six volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je +souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous voulez les +oeuvres du révérend père Rodriguez, jésuite espagnol, ne vous en +faites faute. Mais, croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin; +j'espère, avec l'aide de Dieu, qu'une période du père Caussin vous +fera autant d'effet qu'un feuillet tout entier de la C. du G. +Là-dessus M. Anis sortit, et courut chercher le remède à sa +boutique. La Cour sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du +malade, jeune écolier, commence à la lire: il en sentit le premier +l'effet, à la seconde page il ne prononçoit plus que d'une voix mal +articulée, et déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un +instant après tout ronfla, excepté le malade, qui après avoir été +longtemps éprouvé, s'assoupit à la fin. + +Le médecin arrive de grand matin. Hé bien! a-t-on pris mon opium? On +ne lui répond rien: la femme, la fille, le petit garçon, tous +transportés de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande ce que +c'est; on lui dit: Vive le père Caussin! il faut l'envoyer relier. +Qui l'eût dit? qui l'eût cru? c'est un miracle! Tenez, monsieur, +voyez donc le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir mon +père. Et là-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit +passée. + +Le médecin étoit un homme subtil, rempli des mystères de la cabale, +et de la puissance des paroles et des esprits: cela le frappa; et, +après plusieurs réflexions, il résolut de changer absolument sa +pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une +expérience; il faut la pousser plus loin. Hé pourquoi un esprit ne +pourroit-il pas transmettre à son ouvrage les mêmes qualités qu'il a +lui-même? ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins cela +vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires; +leurs sirops, leurs juleps, et toutes les drogues galéniques ruinent +les malades et leur santé: changeons de méthode; éprouvons la vertu +des esprits. Sur cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, comme +vous allez voir par la description que je vous vais faire des +principaux remèdes qu'il mit en pratique. + + +_Tisane purgative._ + +Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en grec; deux +feuilles d'un traité de théologie scholastique le plus aigu, comme, +par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne; +six d'Averroès; trois de Porphyre; autant de Plotin; autant de +Jamblique: faites infuser le tout pendant vingt-quatre heures, et +prenez-en quatre prises par jour. + + +_Purgatif plus violent._ + +Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des I***; +faites-les distiller au bain-marie; mortifiez une goutte de l'humeur +âcre et piquante qui en viendra, dans un verre d'eau commune: avalez +le tout avec confiance. + + +_Vomitif._ + +Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons funèbres +indifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de +celles de M. de N.; un recueil de nouveaux opéras; cinquante romans; +trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans un matras; laissez-le +en digestion pendant deux jours; puis faites-le distiller au feu de +sable. Et si tout cela ne suffit pas, + + +_Autre plus puissant._ + +Prenez une feuille de papier marbré, qui ait servi à couvrir un +recueil des pièces des J. F.; faites-la infuser l'espace de trois +minutes; faites chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez. + + +_Remède très-simple pour guérir de l'asthme._ + +Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, ci-devant +jésuite, prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque +période: et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à +peu, sans qu'il soit besoin de réitérer le remède. + + +_Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin des chevaux._ + +Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés métaphysiques, une +distinction, six vers de Chapelain, une phrase tirée des lettres de +M. l'abbé de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau de papier, +que vous plierez, attacherez à un ruban, et porterez au col. + + +_Miraculum chymicum, de violenta fermentatione cum fumo, igne et +flammâ._ + +Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione Lallemaniana; fiat +fermentatio cum magna vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et +invicem penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio ardentium +spirituum. Pone liquorem fermentatum in alembico: nihil inde +extrahes, et nihil invenies, nisi caput mortuum. + + +_Lenitivum._ + +Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris relaxativi paginas +sex; Vasquii emollientis folium unum: infunde in aquæ communis +libras iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur et +exprimantur; et in expressione dissolve Bauni detersivi et Tamburini +abluentis folia iij. + +Fiat clyster. + + +_In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut febrim-amatoriam, +appellat._ + +Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ Sanchii de matrimonio folia +ij. Infundantur in aquæ communis libras quinque. + +Fiat ptisana aperiens. + + * * * * * + +Voilà les drogues que notre médecin mit en pratique, avec un succès +imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses +malades, employer des remèdes rares, et qui ne se trouvent presque +point: comme, par exemple, une épître dédicatoire qui n'ait fait +bâiller personne; une préface trop courte; un mandement fait par un +évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par un janséniste, ou +bien admiré par un jésuite. Il disoit que ces sortes de remèdes ne +sont propres qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle il +avoit une antipathie insurmontable. + + + + +LETTRE CXLIV. + +USBEK A RICA. + + +Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où +j'étois allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur +caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien +appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit est vrai, parce que +je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose: Ce +que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit. + +J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne +me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait +beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien; le second +attaque les opinions des autres; et c'est le bien de tout le monde. + +Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal ceux qui en ont une dose +plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la +nature! Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. Ils +cherchent à être supérieurs; et ils ne sont pas seulement égaux. + +Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. Vous faites la douceur +et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je +vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n'humiliez +personne; et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare +dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois partout, je les +précipite de leur tribunal, et je les mets à vos pieds. + + De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720. + + + + +LETTRE CXLV. + +USBEK A ***. + + +Un homme d'esprit est ordinairement difficile dans les sociétés. Il +choisit peu de personnes; il s'ennuie avec tout ce grand nombre de +gens qu'il lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible +qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût: autant d'ennemis. + +Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent de le faire. + +Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de choses qu'un +autre, et les sent mieux. + +Il ruine presque toujours sa fortune, parce que son esprit lui +fournit pour cela un plus grand nombre de moyens. + +Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde beaucoup. Sa +vue, qui se porte toujours loin, lui fait voir des objets qui sont à +de trop grandes distances. Sans compter que, dans la naissance d'un +projet, il est moins frappé des difficultés qui viennent de la +chose, que des remèdes qui sont de lui, et qu'il tire de son propre +fonds. + +Il néglige les menus détails, dont dépend cependant la réussite de +presque toutes les grandes affaires. + +L'homme médiocre, au contraire, cherche à tirer parti de tout: il +sent bien qu'il n'a rien à perdre en négligences. + +L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme +médiocre. On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter +à celui-là. Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne lui +pardonne rien, on supplée tout en faveur de l'autre: la vanité se +déclare pour lui. + +Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, que dirons-nous +de la dure condition des savants? + +Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une lettre d'un d'eux à un +de ses amis. La voici. + + «Monsieur, + +«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les nuits, à regarder, avec +des lunettes de trente pieds, ces grands corps qui roulent sur nos +têtes; et quand je veux me délasser, je prends mes petits +microscopes, et j'observe un ciron ou une mite. + +«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule chambre: je n'ose +même y faire du feu, parce que j'y tiens mon thermomètre, et que la +chaleur étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier, je pensai +mourir de froid; et quoique mon thermomètre, qui étoit au plus bas +degré, m'avertît que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai +point; et j'ai la consolation d'être instruit exactement des +changements de temps les plus insensibles de toute l'année passée. + +«Je me communique fort peu: et, de tous les gens que je vois, je +n'en connois aucun. Mais il y a un homme à Stockholm, un autre à +Leipsick, un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, et que je ne +verrai sans doute jamais, avec lesquels j'entretiens une +correspondance si exacte, que je ne laisse pas passer un courrier +sans leur écrire. + +«Mais, quoique je ne connoisse personne dans mon quartier, je suis +dans une si mauvaise réputation, que je serai, à la fin, obligé de +le quitter. Il y a cinq ans que je fus rudement insulté par une de +mes voisines, pour avoir fait la dissection d'un chien qu'elle +prétendoit lui appartenir. La femme d'un boucher, qui se trouva là, +se mit de la partie; et, pendant que celle-là m'accabloit d'injures, +celle-ci m'assommoit à coups de pierres, conjointement avec le +docteur ***, qui étoit avec moi, et qui reçut un coup terrible sur +l'os frontal et occipital, dont le siége de sa raison fut +très-ébranlé. + +«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque chien au bout de la +rue, il est aussitôt décidé qu'il a passé par mes mains. Une bonne +bourgeoise qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, disoit-elle, +plus que ses enfants, vint l'autre jour s'évanouir dans ma chambre; +et, ne le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. Je crois +que je ne serai jamais délivré de la malice importune de ces femmes +qui, avec leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans cesse de +l'oraison funèbre de tous les automates qui sont morts depuis dix +ans. + +«Je suis, etc.» + +Tous les savants étoient autrefois accusés de magie. Je n'en suis +point étonné. Chacun disoit en lui-même: j'ai porté les talents +naturels aussi loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain +savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il y ait là quelque +diablerie. + +A présent que ces sortes d'accusations sont tombées dans le décri, +on a pris un autre tour; et un savant ne sauroit guère éviter le +reproche d'irréligion ou d'hérésie. Il a beau être absous par le +peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais bien. C'est +toujours pour lui un endroit malade. Un adversaire viendra, trente +ans après, lui dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise que ce +dont on vous accuse soit vrai! mais vous avez été obligé de vous +défendre. C'est ainsi qu'on tourne contre lui sa justification même. + +S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse dans +l'esprit, et quelque droiture dans le coeur, on lui suscite mille +persécutions. On ira contre lui soulever le magistrat sur un fait +qui s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa plume soit +captive, si elle n'est pas vénale. + +Plus heureux cependant que ces hommes lâches, qui abandonnent leur +foi pour une médiocre pension; qui, à prendre toutes leurs +impostures en détail, ne les vendent pas seulement une obole; qui +renversent la constitution de l'empire, diminuent les droits d'une +puissance, augmentent ceux d'une autre, donnent aux princes, ôtent +aux peuples, font revivre des droits surannés, flattent les passions +qui sont en crédit de leur temps, et les vices qui sont sur le +trône, imposant à la postérité, d'autant plus indignement qu'elle a +moins de moyens de détruire leur témoignage. + +Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir essuyé toutes ces +insultes; ce n'est point assez pour lui d'avoir été dans une +inquiétude continuelle sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour +enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire des querelles +de toutes parts. Et comment les éviter? Il avoit un sentiment; il +l'a soutenu par ses écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux +cents lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant la +guerre qui se déclare. + +Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque considération! Non. Il +n'est tout au plus estimé que de ceux qui se sont appliqués au même +genre de science que lui. Un philosophe a un mépris souverain pour +un homme qui a la tête chargée de faits; et il est, à son tour, +regardé comme un visionnaire par celui qui a une bonne mémoire. + +Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse ignorance, ils +voudroient que tout le genre humain fût enseveli dans l'oubli où ils +seront eux-mêmes. + +Un homme à qui il manque un talent se dédommage en le méprisant: il +ôte cet obstacle qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par +là, se trouve au niveau de celui dont il redoute les travaux. + +Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque, la privation des +plaisirs et la perte de la santé. + + De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720. + + + + +LETTRE CXLVI. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne foi étoit l'âme d'un +grand ministre. + +Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se trouve; il ne se +décrédite que devant quelques gens; il se tient couvert devant les +autres: mais un ministre qui manque à la probité a autant de +témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il gouverne. + +Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministre sans +probité n'est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple: +il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est le +mauvais exemple qu'il donne. + +Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les Indes. J'y ai vu une +nation, naturellement généreuse, pervertie en un instant, depuis le +dernier des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais exemple +d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, chez qui la générosité, la +probité, la candeur et la bonne foi ont passé de tout temps pour les +qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier des peuples; le +mal se communiquer, et n'épargner pas même les membres les plus +sains; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et +violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers +principes de la justice, sur ce vain prétexte qu'on la leur avoit +violée. + +Ils appeloient des lois odieuses en garantie des actions les plus +lâches; et nommoient nécessité l'injustice et la perfidie. + +J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions +anéanties, toutes les lois des familles renversées. J'ai vu des +débiteurs avares, fiers d'une insolente pauvreté, instruments +indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre +un payement au lieu de le faire, et porter le couteau dans le sein +de leurs bienfaiteurs. + +J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour +rien, ou plutôt ramasser de terre des feuilles de chêne, pour les +mettre à la place de la substance des veuves et des orphelins. + +J'ai vu naître soudain, dans tous les coeurs, une soif insatiable +des richesses. J'ai vu se former en un moment une détestable +conjuration de s'enrichir, non par un honnête travail et une +généreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'État et des +concitoyens. + +J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher +qu'en disant: J'ai ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une +autre demain. + +Je vais, disoit un autre, avec un homme noir qui porte une écritoire +à la main et un fer pointu à l'oreille, assassiner tous ceux à qui +j'ai de l'obligation. + +Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes affaires: il est vrai +que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement, +je laissai toute une famille en larmes, que je dissipai la dot de +deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un petit garçon; le +père en mourra de douleur, la mère périt de tristesse: mais je n'ai +fait que ce qui est permis par la loi. + +Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il +corrompt les moeurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus +généreuses, ternit l'éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et +confond la plus haute naissance dans le mépris universel? + +Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir de la honte de +ses pères? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer +de ses aïeux avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le jour? +Je ne doute pas que les nobles ne retranchent de leurs quartiers un +indigne degré de noblesse qui les déshonore, et ne laissent la +génération présente dans l'affreux néant où elle s'est mise. + + De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720. + + + + +LETTRE CXLVII. + +LE GRAND EUNUQUE A USBEK. + +A Paris. + + +Les choses sont venues à un état qui ne se peut plus soutenir: tes +femmes se sont imaginé que ton départ leur laissoit une impunité +entière; il se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même +au cruel récit que je vais te faire. + +Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée, laissa tomber son +voile, et parut presque à visage découvert devant tout le peuple. + +J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses esclaves; chose si +défendue par les lois du sérail. + +J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, une lettre que je +t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir à qui elle étoit adressée. + +Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans le jardin du sérail, +et il se sauva par-dessus les murailles. + +Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma connoissance; car +sûrement tu es trahi. J'attends tes ordres: et, jusqu'à l'heureux +moment que je les recevrai, je vais être dans une situation +mortelle. Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma discrétion, je +ne te réponds d'aucune d'elles, et j'aurai tous les jours des +nouvelles aussi tristes à te mander. + + Du sérail d'Ispahan, le 1er de la lune de Rhégeb, 1717. + + + + +LETTRE CXLVIII. + +USBEK AU PREMIER EUNUQUE. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes sur tout le sérail: +commandez avec autant d'autorité que moi-même; que la crainte et la +terreur marchent avec vous; courez d'appartements en appartements +porter les punitions et les châtiments; que tout vive dans la +consternation, que tout fonde en larmes devant vous; interrogez tout +le sérail; commencez par les esclaves; n'épargnez pas mon amour; que +tout subisse votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets +les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et faites-y rentrer la +vertu bannie. Car, dès ce moment, je mets sur votre tête les +moindres fautes qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être celle +à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: examinez cela +avec des yeux de lynx. + + De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718. + + + + +LETTRE CXLIX. + +NARSIT A USBEK. + +A Paris. + + +Le grand eunuque vient de mourir, magnifique seigneur: comme je suis +le plus vieux de tes esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que +tu aies fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux. + +Deux jours après sa mort, on m'apporta une de tes lettres qui lui +étoit adressée: je me suis bien gardé de l'ouvrir; je l'ai +enveloppée avec respect, et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies +fait connoître tes sacrées volontés. + +Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me dire qu'il avoit +trouvé un jeune homme dans le sérail: je me levai, j'examinai la +chose, et je trouvai que c'étoit une vision. + +Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te prie de compter +sur mon zèle, mon expérience et ma vieillesse. + + Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718. + + + + +LETTRE CL. + +USBEK A NARSIT. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Malheureux que vous êtes, vous avez dans vos mains des lettres qui +contiennent des ordres prompts et violents; le moindre retardement +peut me désespérer: et vous demeurez tranquille sous un vain +prétexte! + +Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être la moitié de mes +esclaves qui méritent la mort. Je vous envoie la lettre que le +premier eunuque m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez +ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez trouvé des +ordres sanglants. Lisez-les donc ces ordres: et vous périrez, si +vous ne les exécutez pas. + + De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CLI. + +SOLIM A USBEK. + +A Paris. + + +Si je gardois plus longtemps le silence, je serois aussi coupable +que tous ces criminels que tu as dans le sérail. + +J'étois le confident du grand eunuque, le plus fidèle de tes +esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa fin, il me fit appeler, et me +dit ces paroles: Je me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en +quittant la vie, c'est que mes derniers regards aient trouvé les +femmes de mon maître criminelles. Le ciel puisse le garantir de tous +les malheurs que je prévois! puisse, après ma mort, mon ombre +menaçante venir avertir ces perfides de leur devoir, et les +intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables lieux; va les +porter au plus vieux des noirs. Mais si, après ma mort, il manque de +vigilance, songe à en avertir ton maître. En achevant ces mots, il +expira dans mes bras. + +Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant sa mort, sur la +conduite de tes femmes: il y a dans le sérail une lettre qui auroit +porté la terreur avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que tu +as écrite depuis a été surprise à trois lieues d'ici: je ne sais ce +que c'est, tout se tourne malheureusement. + +Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenue: depuis la mort +du grand eunuque, il semble que tout leur soit permis; la seule +Roxane est restée dans le devoir, et conserve de la modestie. On +voit les moeurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur +le visage de tes femmes cette vertu mâle et sévère qui y régnoit +autrefois: une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, est un +témoignage infaillible, selon moi, de quelque satisfaction nouvelle; +dans les plus petites choses, je remarque des libertés jusqu'alors +inconnues. Il règne, même parmi tes esclaves, une certaine indolence +pour leur devoir et pour l'observation des règles, qui me surprend; +ils n'ont plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit animer +tout le sérail. + +Tes femmes ont été huit jours à la campagne, à une de tes maisons +les plus abandonnées. On dit que l'esclave qui en a soin a été +gagné; et qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait +cacher deux hommes dans un réduit de pierre qui est dans la muraille +de la principale chambre, d'où ils sortoient le soir lorsque nous +étions retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à notre tête, +est un imbécile, à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut. + +Je suis agité d'une colère vengeresse contre tant de perfidies: et +si le ciel vouloit, pour le bien de ton service, que tu me jugeasses +capable de gouverner, je te promets que, si tes femmes n'étoient pas +vertueuses, au moins elles seroient fidèles. + + Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719. + + + + +LETTRE CLII. + +NARSIT A USBEK. + +A Paris. + + +Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne; je n'ai pas cru +devoir le leur refuser. Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et +des esclaves vigilants: je commande en des lieux où la vertu semble +s'être choisi un asile. Compte qu'il ne s'y passera rien que tes +yeux ne puissent soutenir. + +Il est arrivé un malheur qui me met en grande peine. Quelques +marchands arméniens, nouvellement arrivés à Ispahan, avoient apporté +une de tes lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la +chercher; il a été volé à son retour, de manière que la lettre est +perdue. Écris-moi donc promptement; car je m'imagine que, dans ce +changement, tu dois avoir des choses de conséquence à me mander. + + Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719. + + + + +LETTRE CLIII. + +USBEK A SOLIM. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que j'ai à présent dans +le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel +emploi: mais n'y porte ni coeur ni pitié. J'écris à mes femmes de +t'obéir aveuglément: dans la confusion de tant de crimes, elles +tomberont devant tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur et +mon repos: rends-moi mon sérail comme je l'ai laissé. Mais commence +par l'expier; extermine les coupables, et fais trembler ceux qui se +proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer de ton maître +pour des services si signalés? Il ne tiendra qu'à toi de te mettre +au-dessus de ta condition même, et de toutes les récompenses que tu +as jamais désirées. + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719. + + + + +LETTRE CLIV. + +USBEK A SES FEMMES. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Puisse cette lettre être comme la foudre qui tombe au milieu des +éclairs et des tempêtes! Solim est votre premier eunuque, non pas +pour vous garder, mais pour vous punir. Que tout le sérail s'abaisse +devant lui. Il doit juger vos actions passées: et, pour l'avenir, il +vous fera vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez +votre liberté, si vous ne regrettez pas votre vertu. + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719. + + + + +LETTRE CLV. + +USBEK A NESSIR. + +A Ispahan. + + +Heureux celui qui, connoissant tout le prix d'une vie douce et +tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille, et ne +connoît d'autre terre que celle qui lui a donné le jour. + +Je vis dans un climat barbare, présent à tout ce qui m'importune, +absent de tout ce qui m'intéresse. Une tristesse sombre me saisit; +je tombe dans un accablement affreux: il me semble que je +m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même que lorsqu'une sombre +jalousie vient s'allumer, et enfanter dans mon âme la crainte, les +soupçons, la haine et les regrets. + +Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans mon coeur comme dans +le tien: je te ferois pitié, si tu savois mon état déplorable. +J'attends quelquefois six mois entiers des nouvelles du sérail; je +compte tous les instants qui s'écoulent; mon impatience me les +allonge toujours; et lorsque celui qui a été tant attendu est près +d'arriver, il se fait dans mon coeur une révolution soudaine; ma +main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette inquiétude qui me +désespéroit, je la trouve l'état le plus heureux où je puisse être, +et je crains d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que mille +morts. + +Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de ma patrie, quoique +je doive ma vie à ma retraite, je ne puis plus, Nessir, rester dans +cet affreux exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en proie à mes +chagrins? J'ai pressé mille fois Rica de quitter cette terre +étrangère; mais il s'oppose à toutes mes résolutions; il m'attache +ici par mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie; ou +plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même, tant il est insensible +à mes déplaisirs. + +Malheureux que je suis! je souhaite de revoir ma patrie, peut-être +pour devenir plus malheureux encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais +rapporter ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout: j'entrerai dans +le sérail; il faut que j'y demande compte du temps funeste de mon +absence: et si j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et si la +seule idée m'accable de si loin, que sera-ce, lorsque ma présence la +rendra plus vive? que sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que +j'entende ce que je n'ose imaginer sans frémir? que sera-ce enfin, +s'il faut que des châtiments que je prononcerai moi-même soient des +marques éternelles de ma confusion et de mon désespoir? + +J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles pour moi que pour les +femmes qui y sont gardées; j'y porterai tous mes soupçons; leurs +empressements ne m'en déroberont rien; dans mon lit, dans leurs +bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes; dans un temps si peu +propre aux réflexions, ma jalousie trouvera à en faire. Rebut +indigne de la nature humaine, esclaves vils dont le coeur a été +fermé pour jamais à tous les sentiments de l'amour, vous ne gémiriez +plus sur votre condition, si vous connoissiez le malheur de la +mienne. + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719. + + + + +LETTRE CLVI. + +ROXANE A USBEK. + +A Paris. + + +L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans le sérail; un deuil +affreux l'environne: un tigre y exerce à chaque instant toute sa +rage; il a mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui n'ont +avoué que leur innocence; il a vendu une partie de nos esclaves, et +nous a obligées de changer entre nous celles qui nous restoient. +Zachi et Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité de la +nuit un traitement indigne; le sacrilége n'a pas craint de porter +sur elles ses viles mains. Il nous tient enfermées chacune dans +notre appartement; et, quoique nous y soyons seules, il nous y fait +vivre sous le voile: il ne nous est plus permis de nous parler; ce +seroit un crime de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre que +les pleurs. + +Une troupe de nouveaux eunuques est entrée dans le sérail, où ils +nous assiégent nuit et jour: notre sommeil est sans cesse interrompu +par leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me console, c'est +que tout ceci ne durera pas longtemps, et que ces peines finiront +avec ma vie: elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te donnerai +pas le temps de faire cesser tous ces outrages. + + Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CLVII. + +ZACHI A USBEK. + +A Paris. + + +O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans la manière de me punir! +Il m'a infligé ce châtiment qui commence par alarmer la pudeur; ce +châtiment qui met dans l'humiliation extrême; ce châtiment qui +ramène, pour ainsi dire, à l'enfance. + +Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit le sentiment +d'elle-même, et commençoit à s'indigner, lorsque mes cris firent +retentir les voûtes de mes appartements. On m'entendit demander +grâce au plus vil de tous les humains, et tenter sa pitié, à mesure +qu'il étoit plus inexorable. + +Depuis ce temps, son âme insolente et servile s'est élevée sur la +mienne. Sa présence, ses regards, ses paroles, tous les malheurs +viennent m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la +consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il s'offre à ma vue, +la fureur me saisit; je la trouve impuissante; et je tombe dans le +désespoir. + +Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes ces barbaries. Il +voudrait m'ôter mon amour, et profaner jusques aux sentiments de mon +coeur. Quand il me prononce le nom de celui que j'aime, je ne sais +plus me plaindre: je ne puis plus que mourir. + +J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon amour, par la force +de mon amour. Les nuits, les jours, les moments, tout a été pour +toi. J'étois superbe de mon amour même; et le tien me faisoit +respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis plus soutenir +l'humiliation où je suis descendue. Si je suis innocente, reviens +pour m'aimer; reviens, si je suis coupable, pour que j'expire à tes +pieds. + + Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CLVIII. + +ZÉLIS A USBEK. + +A Paris. + + +A mille lieues de moi, vous me jugez coupable: à mille lieues de +moi, vous me punissez. + +Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par +votre ordre: c'est le tyran qui m'outrage, et non pas celui qui +exerce la tyrannie. + +Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos mauvais traitements. +Mon coeur est tranquille, depuis qu'il ne peut plus vous aimer. +Votre âme se dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que vous +n'êtes point heureux. Adieu. + + Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CLIX. + +SOLIM A USBEK. + +A Paris. + + +Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains: jamais serviteur +fidèle n'est descendu dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes +malheurs et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant. + +Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis que tu m'as +confié tes femmes, j'ai veillé nuit et jour sur elles; que je n'ai +jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé +mon ministère par les châtiments; et je les ai suspendus, sans +sortir de mon austérité naturelle. + +Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une fidélité qui t'a été +inutile? Oublie tous mes services passés; regarde-moi comme un +traître; et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher. + +Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier désormais? Tu +soupçonnois Zachi, et tu avois pour Roxane une sécurité entière; +mais sa vertu farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le voile +de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme, +qui, dès qu'il s'est vu découvert, est venu sur moi; il m'a donné +deux coups de poignard; les eunuques, accourus au bruit, l'ont +entouré: il s'est défendu longtemps, en a blessé plusieurs; il +vouloit même rentrer dans la chambre, pour mourir, disoit-il, aux +yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est tombé à +nos pieds. + +Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres sévères: tu +as mis ta vengeance en mes mains; je ne dois pas la faire languir. + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730, + + + + +LETTRE CLX. + +SOLIM A USBEK. + +A Paris. + + +J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître; je vais punir. + +Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la tienne vont s'apaiser: +nous allons exterminer le crime, et l'innocence va pâlir. + +O vous, qui semblez n'être faites que pour ignorer tous vos sens et +être indignées de vos désirs mêmes; éternelles victimes de la honte +et de la pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands flots +dans ce sérail malheureux, pour vous voir étonnées de tout le sang +que j'y vais répandre! + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720. + + + + +LETTRE CLXI. + +ROXANE A USBEK. + +A Paris. + + +Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques; je me suis jouée de +ta jalousie; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de +délices et de plaisirs. + +Je vais mourir; le poison va couler dans mes veines: car que +ferois-je ici, puisque le seul homme qui me retenoit à la vie n'est +plus? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: je viens +d'envoyer devant moi ces gardiens sacriléges, qui ont répandu le +plus beau sang du monde. + +Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que +je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices? que, pendant +que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes +désirs? Non: j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été +libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit +s'est toujours tenu dans l'indépendance. + +Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait; de +ce que je me suis abaissée jusqu'à te paroître fidèle; de ce que +j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurois dû faire +paroître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en +souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies. + +Tu étois étonné de ne point trouver en moi les transports de +l'amour: si tu m'avois bien connue, tu y aurois trouvé toute la +violence de la haine. + +Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le +mien t'étoit soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyois +trompée, et je te trompois. + +Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il possible +qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore +d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma +force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affoiblir +jusqu'à ma haine; je me meurs. + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720. + +FIN DU TOME SECOND. + + + + +NOTES ET VARIANTES. + + +(Voir l'_Index_, pour l'histoire, la religion, la philosophie, le +droit public et privé, les moeurs orientales et européennes.) + + +Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754). + + +Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754). + + +Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754). + + +Lettre XCVI (XCII de 1721-1754). + +«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre; _puisque son but +est la destruction de la société_.» C'est la leçon de 1721 et de +1754. + +Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions subséquentes: +«_puisqu'elle peut avoir l'effet de détruire la société_». + +Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant les deux +leçons bout à bout: «puisqu'elle peut avoir l'effet etc..., puisque +son but est la destruction de la société. + +«Cette peine répond à celle du bannissement _établie dans les +tribunaux, qui retranche_ les coupables de la société. Ainsi un +prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché _par là_ +de notre société et n'est plus un de nos membres.» + +Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754. + +Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition complète), +et Lefèvre 1820, d'après l'édition de Londres 1757, et peut-être sur +des indications manuscrites de Montesquieu conservées par son fils +et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi: + +«Cette peine répond à celle du bannissement, _que les tribunaux ont +établi pour retrancher_ les coupables de la société. Ainsi un +prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché de notre +société, et n'est plus _un des membres qui la composent_.» + +Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons la correction +du Supplément de 1754, sont ainsi rédigés dans le texte primitif: + +«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société ne peut être +fondée que sur la volonté des associés: si elle est détruite par la +conquête, le peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle +société: et si le vainqueur en veut former, c'est une tyrannie. + +«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais légitimes, +lorsqu'ils ordonnent une cession ou dédommagement plus considérable +que le dommage causé: autrement, c'est une pure violence, contre +laquelle on peut toujours revenir; à moins que, pour ravoir ce qu'on +a perdu, on ne soit obligé de se servir de moyens si violents, qu'il +en arrive un mal plus grand que le bien que l'on en doit retirer. + +«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public; voilà le droit +des gens, ou plutôt celui de la raison.» + +En tête de la correction indiquée par le Supplément, et qui, sous +beaucoup de rapports, est inférieure au texte primitif, se lit cet +avertissement: «A la place des trois derniers alinéas, mettez +ceux-ci.» + +Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec raison, à la suite +du nouveau texte, la conclusion si ferme: «Voilà cher Rhédi...» + + +Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.) + +«Écoute ce que _je vais te_ dire...». + +1721 1re: «Ce que je _te_ vais dire...» + +Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de Montesquieu. + +«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a _connu_ toute la +fécondité.» + +Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a _vu_...» + +Cette lettre (LXXXIV de la 2e Marteau) est vivement incriminée dans +la brochure de l'abbé Gaultier: _Lettres persannes convaincues +d'impiété_. + + +Lettre CIII (XCIX de 1721-1754). + +«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté longtemps _dans +leur pureté_.» + +Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et appartiennent aux +éditions postérieures qui procèdent de 1757 (voir la _Bibliographie_.) + +«Caravansérails». 1721, 1re donne: _Caravansérais_, qui avec un ï +serait peut-être la meilleure transcription de ce terme oriental; et +1754: _Caravanseras_. + +«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des +gardes.» + +Ce roi est Philippe Auguste menacé par les _Assassins_ du Vieux de +la Montagne. + + +Lettre CXI (CVII 1721-1754). + +«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention _à placer_ sa +droite... qu'elle en met _à poster_ une mouche qui peut manquer...» + +C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure. + +1721 1re donne: «_porter_ une mouche. (C'est une coquille.) + +1721 2e donne: _poster_ sa droite,... _placer_ une mouche. + +Les éditions subséquentes «_poser_ une mouche» (qui ne vaut pas +_poster_). + + +Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754). + +Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2e Marteau (LVIII), +avec une adresse et une date différentes. + +En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note, qui ne figure +plus au Supplément: + + Rica à *** + +«Le peuple est un animal qui voit et qui entend; mais qui ne pense +jamais. Il est dans une léthargie ou dans une fougue surprenante; et +il va et vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans savoir +jamais d'où il est parti. + +«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur de Normandie, +qui, voulant se rendre plus considérable à la cour, excitoit lui +même de temps en temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt. + +«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui coûta, tout +compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit assembler quelques +canailles dans un cabaret qui donnoit le ton à toute la ville, et +ensuite à toute la province. + +«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit dans les derniers +troubles de Paris un des généraux de cette ville à un de ses amis. + +«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la ville; mais +elles furent repoussées avec perte. Je compte pourtant que je +réparerai facilement cet échec; j'ai six couplets... + +«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de faire paroître +une estampe, qui fera voir Mazarin pendu; et pour peu que la +conjoncture des affaires le demande, nous aurons la ressource +d'ordonner au graveur de le rouer... + +«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et de faire du +nom de Mazarin un mot... + +«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché originel que, +pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, il a été obligé +de renvoyer tous ses pages. Je suis, etc... + + De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715. + +En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.» + +«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer _l'arrêt d'Union_, dit +devant les députés du parlement _l'arrêt d'Ognon_; sur quoi le +peuple fit force plaisanteries.» + +Le _péché originel_ dont il est question plus haut est ce vice +contre nature qu'on nomme parfois _italien_, et qui serait mieux +nommé _clérical_. + + +Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754). + + +Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2e Marteau). + +Elle est incriminée dans la brochure: _Lettres persannes convaincues +d'impiété._ + +«Il ne faut donc pas compter les années du monde...» + +Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1re, ni dans 1721 2e Marteau, ni +dans 1754. C'est à tort qu'il a été supprimé dans 1758 et dans +beaucoup d'éditions postérieures. + +«Cependant tous les historiens _nous parlent d'un premier père; +ils_...» + +Les mots en _italiques_ manquent dans la première édition. Ils sont +déjà rétablis dans 1721 2e Marteau. + +L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions ne sont +pas violentes...» appartient au Supplément de 1754. + + +Lettre CXVII (CXII de 1721 1re, CII de la 2e Marteau). + +Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_. + + +Lettre CXVIII (CXII 1re, CIII 2e Marteau). + +Également incriminée. + + +Lettre CXX. + +_Tyen_, ciel des chinois. + +1721 1re: _Tyien_. + + +Lettre CXXII + +«L'air se charge, comme les plantes...» Alinéa ajouté par le +Supplément de 1754. + + +Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754). + +Elle se trouve déjà dans 1721 2e Marteau (LX, Usbek à ***, Paris, 11 +Zilcadé 1715), avec les variantes suivantes: + +_Troisième alinéa._ + +«A mon esprit; il me semble...» + +1721 2e: _et_ il me semble... + +_Quatrième alinéa._ + +«De quelques uns de nos sujets...» + +1721 2e: de nos _plus riches_ sujets... + +«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...» + +1721 2e: à la multitude _innombrable_... + +«Faire attention qu'il _étoit_ notoire... + +1721 2e: qu'il _est_ notoire... + +«Nous ont prié, branlant la tête...» + +1721 2e: _en_ branlant la tête... + +«_Ainsi_, désirant traiter les suppliants...» + +1721 2e: _A ces causes_, désirant... + +_Septième alinéa._ + +«A leurs femmes _et_ à leurs enfants...» + +1721 2e: A leurs femmes, à leurs enfants... + +«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...» + +1721 2e: dans leurs familles, _avec leurs amis_, etc... + +_Huitième alinéa._ + +«_Elles_ viennent à les y contraindre...» + +1721 2e: _Ils_ viennent... + +«Défendons à nos magistrats...» + +1721 2e: à _tous_ nos magistrats... + + +Lettre CXXVI (CXX de 1721 1re, CX de 1721 2e Marteau). + +Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_. + + +Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1re). + +«semble échauffer les imaginations _mêmes_.» _Mêmes_ manque, et avec +raison, dans 1721 1re. «Romans» pris dans le sens de _romanciers_. + + +Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1re). + +«_N._ prit le fer à la main...» _N._ est le duc de Noailles. + +«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'_Index_). + + +Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1re). + +«_Romans_» dans le sens de _romanciers_. + +«Zuléma». 1721 1re: Zumela. + +«Gemmadi 1, 1720» + +1 manque dans 1754. + + +Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754). + +La piquante _Lettre d'un médecin de province_ figure tout entière +dans les deux éditions qui servent de base à notre travail. 1721 1re +donne même _Révérend père jésuite_, là où 1754 n'a que les initiales +R. P. J. + +Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des éditeurs timorés +ont supprimé ou mis en note l'énumération des médicaments: la lettre +s'arrête à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit passée.» + +Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu «Il y a bien +des choses que je n'entends pas, etc...» + +Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu lui-même ces +mutilations qu'on ne s'explique guère: + +«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit confié _de son +vivant_» (ce qui est faux) «aux libraires, a jugé à propos de faire +des retranchements. On n'a pas cru devoir en priver le lecteur qui +les trouvera ici en notes.» + +«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des J***.» + +Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la Constitution des +Jésuites. (Selon d'autres: concernant la Banque, ou la Bourse, et la +Compagnie des Indes.) + +«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu est ici bien +aimable d'excepter les Oraisons funèbres de Fléchier. + +«Teigne», 1721: _tigne_. + +«_Miraculum chymicum, de violenta_, etc...» + +Miracle chimique, par violente fermentation, avec fumée, feu et +flamme. + +Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion de Lallemand; que +la fermentation ait lieu, avec grande violence, bouillonnement et +tonnerre, les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les sels +alcalins: il se fera une évaporation d'esprits brûlants. Mettez la +liqueur fermentée dans l'alambic; vous n'en tirerez rien, et n'y +trouverez rien sinon un _caput mortuum_ (une drogue inutile et +impuissante.) + +«_Lenitivum_.» + +Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages du laxatif +Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez: faites infuser dans +quatre livres d'eau ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à +moitié; pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois feuilles +du détersif Bauni et du diluant Tamburini. + +Faites du tout un lavement. + +«_Clyster_.» 1721-1754: _clister_. + +«_In chlorosim_, etc...» + +Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs ou +fièvre-amoureuse. + +Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du révérend Thomas +Sanchez _De matrimonio_ (Du mariage). Faites infuser dans cinq +livres d'eau ordinaire. + +Faites du tout une tisane apéritive. + + +Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754). + + +Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754). + +Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2e Marteau (LIX). + +«Sa vue qui _se_ porte toujours loin...» + +1721 2e: qui porte... + +«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à +celui-là.» + +1721 2e: On aime à donner..., on est charmé d'ôter... + +«Une mite.» + +1721 2e: _Mitte_... + +«L'hiver _dernier_, je pensai mourir...» + +1721 2e: L'hiver _passé_,... + +«On lui suscite...» + +1721 2e: On lui suscite_ra_... + +«La constitution _de_ l'empire... + +1721 2e: _des empires_... + +«Mais ce n'est _point_ assez... + +1721 2e: _pas_ + +«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.» + +1721 2e: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715. + + +Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754). + +«Tes femmes se sont imaginé...» + +1721, 1754: se sont imagi_nées_... + +La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait devoir les +placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur aura voulu, en les +rassemblant, donner plus de corps à la conclusion de son _roman_ et +finir comme il avait commencé. + + +Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754). + +«Je sais ce qu'il t'écrivit...» + +1721 1re, 2e et 1754 portent: je _ne_ sais (qui répond moins bien au +sens général). + +«Avant qu'elles arrivassent... + +1721 1re, 2e: qu'elles _n_'arrivassent... + + +Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754). + + +Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754). + + +Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754). + + +Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de 1721 2e Marteau, et +1730, 3e édition, Amsterdam, Jacques Desbordes). + + + + +INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE. + + +A + +=Abbé=. Jeune abbé séduisant une actrice. XXVIII. + +=Abdias Ibesalon=, juif, interroge Mahomet sur les animaux impurs. +XVIII. + +=Académie Française=. «établissement singulier et bizarre» inconnu en +Perse. Babil éternel, manie du panégyrique. Quarante têtes pleines +de figures, de métaphores et d'antithèses. LXXIII. + +=Actrices=. Elles ne sont point cruelles. Lettre d'une actrice à +laquelle un abbé a ravi son innocence. XXVIII. + +=Adam=. «Dieu met Adam dans le paradis terrestre, à condition qu'il ne +mangera pas d'un certain fruit: précepte absurde dans un être qui +connoîtrait les déterminations futures des âmes; car enfin un tel +être peut-il mettre des conditions à ses grâces, sans les rendre +dérisoires?» LXIX. + +(Voir Dieu. Prescience.) + +Adam a peut-être été sauvé d'une catastrophe générale, comme Noé le +fut du déluge. CXIV. + +=Affranchissement=, comblait sans cesse les vides de la population +romaine. CXVI. + +=Afrique=, toujours très-inconnue; ses côtes ne sont plus ce qu'elles +étaient sous les Carthaginois et les Romains. CXIII, CXIX. + +=Agriculture=, ses progrès intimement liés à ceux du commerce et de +l'industrie, et réciproquement. CXVIII. + +Ses revenus inférieurs à ceux de l'industrie et de l'art. Un fonds +ne produit annuellement que le vingtième de sa valeur. CVII. + +=Agiotage=, ses effets désastreux. CXXXII, CXLVI. + +(Par arrêt du conseil du 25 juillet 1719, le papier-monnaie, déclaré +immuable, fait tomber l'or; un créancier, rue Quincampoix, tire +l'épée contre un débiteur qui l'avait remboursé. Allusion à ce fait, +CXLVI.) + +=Ainesse=. Le droit d'aînesse, invention de la vanité, détruit +l'égalité des citoyens; il fait obstacle à la propagation. CXX. + +=Alchimistes=. Ils vous offrent «pour un peu d'argent le secret de +faire de l'or.» LVIII. + +=Alcoran=, ses défauts: langage de Dieu, idées des hommes. XCVIII. + +Il ordonne de se soumettre aux puissances (allusion à l'Evangile). +CV. + +Il autorise la pluralité des femmes. CXV. + +Plaidoyer d'une femme contre l'Alcoran. CXLI. + +Passages de l'Alcoran cousus dans les vêtements, comme amulette. +CXLIII. + +=Alexandre= comparé à Gengiskhan. LXXXII. + +=Algébristes= comparés aux astrologues. CXXXV. + +_Ibid._ Algébriste faiseur de _système_; allusion à Law. + +=Ali=, gendre du prophète. + +(Dans un certain nombre d'éditions du temps _Hali_; déjà en 1721, on +imprime _Aly_. + +Prophète des Chiites (Persans). + +Son nom est un talisman. CXLIII. + +Il est «le plus beau de tous les hommes;» expressions d'un Psaume +appliquées au messie. XXXV. + +=Allemagne=, partagée en un nombre infini de petits États. CIII. + +Les peuples de l'Allemagne antique, avant la chute de l'empire +romain, étaient libres; leurs rois n'étaient que des chefs à pouvoir +limité. CXXXI. + +L'empire d'Allemagne «se fortifie à mesure de ses pertes.» CXXXVI. + +Grand vizir d'Allemagne; le prince Eugène vainqueur à Peterwaradin. +CXXIX. + +=Alliances=. Alliances honorables, alliances injustes; alliances +déshonorantes (celle d'un tyran). + +Il est juste et légitime de secourir un allié. XCVI. + +=Ambassadeur=. Faux ambassadeur de Perse à la cour de France XCII. + +Nargum, ambassadeur de Perse en Russie. LI, LXXXII. + +Ambassadeur du grand Mogol (d'Espagne) expulsé du royaume. CXXVII. + +=Ambroise=, sa conduite à l'égard de Théodose. LXI. + +(Comparez Spinoza, _Tractatus theologico-politicus_, cap. 19.) + +=Ame=, entièrement liée au corps et soumise aux influences physiques, +XXXIII. + +«Ouvrière de sa détermination» l'âme, devant la prescience divine, +ne serait pas plus libre qu'une boule de billard. LXIX. + +Gens qui croient à l'immortalité de l'âme par semestre. LXXV. + +Les livres juifs enseignent que la femme n'a pas d'âme. CXLI. + +=Amérique=, avait été découverte par les Carthaginois; très-dépeuplée, +CXIII, par la barbarie des conquérants espagnols. CXXII. + +Vainement y introduit-on des esclaves; elle ne profite point des +pertes de l'Afrique. CXIX. + +Indigènes et nègres y périssent par milliers dans les mines. _Ibid._ + +=Amitié=. presque inconnue aux Asiatiques. XXXIV. + +=Amour=. «Dans le nombreux sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu l'amour +et l'ai détruit par lui-même.» La polygamie éteint l'amour. VI. LVI. + +L'amour, chez les musulmans, est amorti par la pluralité des femmes. +LVI. + +L'amour chez les Espagnols. LXXVIII. + +L'amour dans le paradis des femmes. CXLI. + +=Amulettes=, passages de l'Alcoran, noms sacrés cousus dans les +vêtements des fidèles musulmans. CXLIII. + +=Anais=, ses aventures dans le paradis des femmes, et la vengeance +qu'elle exerce sur son mari, qui l'a tuée. CXLI. + +=Anatomie=. Noms barbares qu'elle donne aux parties du corps. CXXXV. + +=Anatomiste=. soupçonné, dans son quartier, du meurtre de tous les +chiens qui disparaissaient. CXLV. + +=Anciens et Modernes=. Querelles sur le mérite d'Homère. XXXVI. + +=Anges=. Ils demandent à élever Mahomet enfant. XXXIX. + +Chrétiens et musulmans rendent un culte aux bons anges et se méfient +des mauvais. XXXV. + +=Anglais=. Ils limitent l'autorité de leurs rois. Leur humeur et leurs +raisonnements sur le pouvoir. CV. + +=Angleterre=. Son histoire pleine de discordes d'où sort la liberté. + +Ses rois toujours chancelants sur un trône inébranlable. + +Nation qui, maîtresse de la mer, mêle le commerce avec l'empire. +CXXXVI. + +=Antiquaire=. Lettre et manies innocentes d'un antiquaire malin. +CXLII. + +=Aphéridon=, Guèbre qui épouse sa soeur: ses aventures. LXVII. + +(Féridun, Zend _Thaethraona_, sanscrit _Tritâna_, de _Trita_, l'une +des plus anciennes divinités solaires des peuples aryens). + +=Aragon=. Les états d'Aragon et de Catalogne, en 1610, discutent +quelle sera la langue employée dans les délibérations. CX. + +=Arche=. Légendes sur l'arche de Noé. XVIII. + +=Argent= (vif), employé contre les exhalaisons malignes. CXIX. + +=Arétin=, ses figures recommandées contre les pâles couleurs. CXLIII. + +=Aristote=. Le médecin de province fait entrer sa logique dans un +purgatif, ses catégories dans un remède contre la gale. CXLIII. + +=Armées=. Différence des armées d'Orient et des troupes européennes. +XC. + +L'avantage est du côté du prince qui est à la tête des armées. CIII. + +Les armées, instrument nécessaire de la tyrannie, surtout en Orient. +_Ibid._ + +=Arméniens=. Leurs caravanes qui partent «tous les jours» de Smyrne +pour Ispahan, transportent en Perse les lettres venues de Marseille. +XXVII. + +Marchands d'esclaves. LXXX. + +Quelques ministres de Cha-Soliman voulaient les expulser de Perse, +s'ils ne se faisaient mahométans. (Allusion à l'édit de Nantes.) +LXXXVI. + +Transportés par Cha-Abbas dans la province de Guilan, ils y périrent +par milliers. CXXII. + +=Arrêt= qui permet de prononcer la lettre Q au gré de chacun. CX. + +A. du C. (Arrêts du conseil.) concernant la B. et la C. des I. ou J. +(Ordinairement traduit: concernant la Bulle et la Constitution des +Jésuites: Barbier préfère: concernant la Bourse et la Compagnie des +Indes.) Purgatif violent. CXLIII. + +=Arts=. Mauvais usage des arts. CVI. + +Où nous entraînerait la perte des arts? Les barbares ont appris les +arts des vaincus. CVII. + +Nécessité des arts. L'oisiveté et la mollesse incompatibles avec les +arts. Les arts à Paris. _Ibid._ + +=Ascétiques=. Inutilité des livres de cette espèce. CXXXIV. + +=Asie=, dépeuplée, CXIII; toujours livrée au despotisme. CXXXI. + +=Asie-Mineure=, singulièrement déchue de son antique prospérité. +CXIII. + +=Astarté=, Guèbre qui épousa son frère: ses aventures. LXVII. + +=Asthmè=. Pour le guérir, lisez les périodes du père Maimbourg. +CXLIII. + +=Astrologie judiciaire=, est tenue en honneur chez les Persans et les +Orientaux. Rica croit fermement au concours des astres. CXXXV. + +=Auteurs=. Vanité des auteurs, leur impatience de la critique. + +Plus jaloux de leurs ouvrages que de leurs épaules. CIX. + +=Automates=, les animaux; allusion au système de Descartes. CXLV. + +=Autorité=. «Quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en +reste plus assez à personne pour la faire revenir.» LXXXI. + +=Averroes=. Purgatif. CXLIII. + +=Aveugles=. La vie aux Quinze-Vingts. + +Habileté des aveugles à se conduire dans Paris. XXXII. + +=Avicenne=. Purgatif. CXLIII. + +=Avocats=. «Livres vivants,» ils travaillent pour les juges et se +chargent de les instruire, parfois aussi de les tromper. LXVIII. + +=Avortement=. Crime sévèrement puni par les lois européennes. + +Abus qu'en font les femmes sauvages. CXXI. + + +B + +=Babyloniens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en +l'honneur de Sémiramis. XXXVIII. + +=Bachas=. Ils achètent leurs emplois et, ruinés, ruinent les +provinces. XIX. + +=Badinage= «naturellement fait pour les toilettes... semble être venu +à former le caractère général de la nation.» LXIII. + +=Balk= (Bactres), ville sainte où les Guèbres honoraient le soleil. +LXVII. + +=Banque=. Ses actions. Projets financiers du ministère en 1719. CXXXI. + +=Baptême=, comparé aux ablutions musulmanes. XXXV. + +=Barbares=. Ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux +vaincus. CVII. + +=Barbarie=. Ses côtes, florissantes sous les Carthaginois et les +Romains, ont été dépeuplées et stérilisées par le mahométisme. +CXIII, CXIX. + +=Barbe=. Pierre Ier et la barbe de ses sujets. LI. + +=Bataille=. La terreur panique d'un seul soldat en décide quelquefois. +CXLIII. + +=Bâtiments=. Magnificence de Louis XIV dans ses constructions. XXXVII. + +=Batuecas=. Tribu des montagnes d'Espagne, mal connue des Espagnols +eux-mêmes. LXXVIII. + +=Béatitude Éternelle=. Croyance défavorable à la propagation de +l'espèce. CXX. + +=Beauté=. Beauté des Persanes. XXXIV. + +Beauté d'une esclave de Circassie, achetée à des Arméniens. LXXX. + +Beauté d'une femme jaune de Visapour. XCVII. + +Empire naturel et universel de la beauté. XXXVIII. + +=Beaux esprits=. Ils s'amusent aux choses puériles. XXXVI. + +=Beiram=. Appartement des femmes. Sérail du roi (de Perse). Toute +esclave qui y entre devient mahométane. LXVII. + +=Bénéfices=. «Qui voudroit nombrer tous les gens de loi qui +poursuivent le revenu de quelque mosquée...» LVIII. + +=Ben Josué=, juif, prosélyte musulman. XXXIX. + +=Bibliothécaire=. Portrait d'un moine bibliothécaire. Ses +conversations avec Rica. CXXXIV-CXXXVII. + +=Bibliothèques=. Comment elles sont administrées par les dervis. +CXXXIII. + +Voyage dans une grande bibliothèque à Paris. CXXXIII-CXXXVII. + +=Bienfait=. Tout homme est capable de faire du bien à un homme: mais +c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une +société tout entière. XC. + +=Boissons=. Celles qui abrutissent. + +Celles qui égayent et consolent, permises aux musulmans. XXXIII. + +=Boîtes= où l'on enferme les femmes de la Perse au passage des +rivières. III. + +=Bombés=. Leur invention a ôté la liberté à tous les peuples de +l'Europe. CVI. + +Défense des bombes. CVII. + +=Bonheur=. Réside-t-il dans les satisfactions des sens ou dans la +pratique de la vertu? X. + +=Bonne foi=. Doit être l'âme d'un grand ministre. CXLVI. + +=Bons mots= préparés d'avance et lancés à l'aide d'un compère. LIV. + +=Bonzes=, confondus avec les brahmanes. CXXVI. + +=Bourgeois=. Ont perdu la garde de leurs villes. CVI. + +Sous quel prétexte les princes la leur ont retirée. _Ibid._ + +=Boussole=. Que nous a servi l'invention de la boussole? CVI. + +=Brahma= récompense le suicide des veuves. CXXVI. + +=Brahmane=. Croit à la métempsychose, mais admet qu'on mange un animal +quand on ne l'a pas tué soi-même. XLVI. + +=Bulles=, purgatif violent. CXLIII. + + +C + +=Cabale=. Panthéisme mystique des Juifs. + +Pratiquée par un médecin de province. CXLIII. + +=Café= (=et cafés=.) Très en usage à Paris, donne de l'esprit à ceux +qui le prennent dans certains établissements. On y joue aux échecs. +XXXVI. + +Conversations que l'on y entend. CXXIX, CXXX, CXXXII. + +=Cambyse= a établi en Perse le mariage de la soeur et du frère. +LXVII. + +A quelle jambe a-t-il été blessé? CXLII. + +=Cappadociens=. Ils refusèrent la liberté que leur offraient les +Romains. CXXXI. + +=Capucins=. Conversation de Rica et d'un provincial de capucins. XLIX. + +=Carthage=. République dont on ignore les origines; rivale de Rome. +CXXXI. + +=Carthaginois=, avaient découvert l'Amérique. CXXII. + +=Casbin=. Ville et monastère en Perse. XCIV. + +=Casuistes=. Leur habileté à faire passer les péchés du mortel au +véniel. «Il y a un tour à donner à tout.» LVII. + +Ils mettent au jour les secrets de la nuit. Ingéniosité voluptueuse, +crudité et danger de leurs ouvrages. CXXXIV. + +=Castro= (Jean de), «fameux général portugais.» XXXVIII. + +=Catalogne=. États d'Aragon et de Catalogne, 1610. Discussion +préalable sur la langue à employer dans les délibérations. CX. + +=Catholicisme=. Son infériorité sociale devant le protestantisme. + +Dans l'État de l'Europe, il n'est pas possible qu'il y subsiste cinq +cents ans. CXVIII. + +=Catholiques=. Les pays catholiques moins riches, moins actifs, moins +peuplés que les pays protestants. CXVIII. + +=Caussin= (le P.), jésuite, né à Troyes en 1543, confesseur de Louis +XIII, exilé par Richelieu. + +Sa _Cour sainte_, livre de piété en 4 volumes in-4, est recommandée +comme somnifère à un homme qui ne dormait pas depuis trente-cinq +jours. CXLIII. + +=Célibat=. Les filles esclaves condamnées à la virginité dans le +sérail. CXV. + +Les Romains établissaient des peines sévères contre le célibat. + +Les chrétiens le proclament supérieur au mariage. CXVII. + +Nombre prodigieux de catholiques faisant profession de célibat. + +Le célibat ecclésiastique est plus nuisible à la propagation que la +castration même. + +Habitude des familles de vouer un de leur membre au célibat +religieux. _Ibid._ + +=Cellamare= (conspiration de), allusions, CXXVII. + +=Cérémonies=. Leur importance secondaire en religion. XLVI. + +=César=, opprima la république romaine et la soumit à un pouvoir +arbitraire. Suites de son crime. CXXXI. + +=Cha-Abbas=, se serait fait couper les deux bras plutôt que de signer +l'édit de Nantes et «d'envoyer au Mogol et aux autres rois des Indes +ses sujets les plus industrieux.» LXXXVI. + +Voulant priver les Turcs de soldats sur leurs frontières, il +transporta vingt milles familles arméniennes dans la province de +Guilan. CXXII. + +=Chahban=, mois ardent. XVIII. + +=Chansons=. Influence des chansons sur les frondeurs. CXI. + +=Chapelain=, bon contre la gale, la teigne, etc. CXLIII. + +=Chapelet=. «Heureux celui qui a toujours prié Dieu avec de petits +grains de bois à la main!» XXIX. + +=Chardin=, célèbre voyageur en Perse. LXXII. + +=Charles XII=, tué devant une place assiégée en Norwége +(Frédéricshall). CXXXVII. (_Esprit des lois_.) X, 13. + +=Chartreux=. Espèce de dervis taciturnes. LXXXIII. + +=Cha-Soliman=. Quelques ministres de ce prince avaient voulu expulser +de Perse tous les Arméniens (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI. + +=Chat=, sorti du nez du lion. XVIII. + +=Châtiments=. Les châtiments dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI. (Voir +Peines.) + +=Chaussures=. Les hauts talons. C. + +=Chauvinisme=. «Depuis le commencement de la monarchie, les Français +n'ont jamais été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.) CXXX. + +=Chimie= (alchimie?), quatrième fléau qui ruine les hommes et les +détruit en détail (?). CVI. + +Elle habite tantôt l'hôpital, tantôt les Petites-Maisons. CXXXV. + +=Chine=. Deux fois conquise par les Tartares. LXXXII. + +Les Chinois pensent que leurs pères, anéantis dans le Tyen, revivent +en eux sur la terre. De là, propagation de l'espèce. CXX. + +Ils honorent leurs parents comme des dieux. _Ibid._ + +Un conquérant de la Chine obligea ses sujets à se rogner les cheveux +ou les ongles. LXI. + +=Chlorose=, doit céder à un tonique où entreront des figures d'Arétin +et des passages de Sanchez. CXLIII. + +=Chrétiens= (vieux). Ce que c'est que les «vieux chrétiens» en Espagne +et Portugal. Leur orgueil. LXXVIII. + +Les chrétiens cultivent les terres en Turquie et sont persécutés par +les Pachas. XIX. + +=Christ=. Pas de royaume où il y ait eu tant de guerres civiles que +dans celui du Christ. XXIX. + +=Christianisme=. Il rend tous les hommes égaux, mais n'empêche pas les +rois chrétiens d'autoriser la traite des nègres. LXXV. + +Il est peu favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV. + +Ses rapports avec le mahométisme au point de vue des croyances. +XXXV. + +Ses vices sociaux: interdiction du divorce; création d'eunuques des +deux sexes; exaltation du célibat. CXV, CXVII, CXVIII. + +=Christine= (de Suède), abdique la couronne pour se donner à la +philosophie. CXXXIX. + +=Circassie=, pays des belles esclaves. LXXX, XCVII. + +Royaume grand et dépeuplé. CXIII. + +=Circoncision=. Ablation d'un «petit morceau de chair.» XLVI. + +Mesure sanitaire qui délivre l'homme de l'impureté. XXXIX. + +Mahomet est né circoncis. XXXIX. + +=Climats=. Ils fixent les tempéraments. + +On n'en sort pas impunément. CXXII. + +=Cloître=. Cinq ou six mots d'une langue morte y assurent une vie +tranquille. CXVIII. + +=Clyster= (composition d'un). CXLIII. + +=Coiffeuses=. Supériorité des coiffeuses françaises. CI. + +=Coiffures=. Variations des coiffures françaises. C. + +=Colonies=. Elles affaiblissent la mère-patrie sans peupler le pays où +on les établit. CXXII. + +Les colonies grecques apportèrent avec elles un esprit de liberté. +CXXXI. + +=Colonisation=. L'auteur y est peu favorable et n'y voit, sauf +exception, qu'une cause de dépopulation intérieure et extérieure. +CXXII. + +Il voudrait la borner à l'occupation de places pour le commerce. +_Ibid._ + +=Com=. (Ville de). + +C'est là qu'est le «tombeau de la Vierge qui a mis au monde douze +prophètes.» Lettres I, XVII. + +=Commentateurs=. Armée effroyable des glossateurs, de commentateurs, +jurisconsultes. CI. + +Ils peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV. + +=Commerce=. Plus il y a d'hommes, plus il fleurit; plus il fleurit, +plus il y a d'hommes. CXVI. + +=Communisme=. Montesquieu semble avoir attribué quelques avantages à +l'indivision: «Le peuple Troglodyte se regardoit comme une seule +famille: les troupeaux étoient presque toujours confondus; la seule +peine qu'on s'épargnoit ordinairement, c'étoit de les partager.» +Lettre XII. + +=Compères=. Le rôle des compères dans les conversations du monde. LIV. + +=Compilateurs=. Contre leurs plagiats stériles. LXVI. + +Les compilateurs de lois et d'ordonnances. CI. + +=Conception=. Mahomet ne veut pas que la femme conçoive dans l'état +d'impureté. XXXIX. + +=Confesseur=, son rôle près d'un vieux et d'un jeune roi. CVIII. + +=Congrès=. «Épreuve aussi flétrissante pour la femme qui la soutient +que pour le mari qui y succombe.» LXXXVII. + +=Conquête=. «La conquête ne donne point un droit par elle-même.» XCVI. + +Funestes nécessités de la conquête lorsqu'elle est lointaine: +extermination des vaincus et épuisement des vainqueurs. CXXII. + +Les conquêtes des Espagnols marquées par la ruine des campagnes. +LXXVIII. + +=Conscience=. Inhumanité de ceux qui affligent la conscience des +autres. LXXXVI. + +=Conseils=. Six ou sept conseils remplaçant les ministres ont pu +sagement administrer la France. CXXXVIII. + +=Consolations=. Vanité de celles qu'on tire «de la nécessité du mal, +de l'inutilité des remèdes, de la fatalité du destin, de l'ordre de +la providence.» XXXIII. + +=Conspirations= fréquentes en Orient. Pourquoi? CIII. + +=Constantinople= menacée de dépopulation par la polygamie. CXV. + +Les transports de peuples qu'on y a faits n'ont jamais réussi. +CXXII. + +=Constitution= (Bulle de 1710) mal accueillie par les Français, +surtout par les femmes. Louis XIV l'accepte. XXIV. + +Les constitutions des papes, adoptées par la jurisprudence +française. CI. + +Influence de la constitution du corps sur les croyances religieuses. +LXXV. + +=Conte persan=. Anaïs dans le paradis. CXLI. + +=Continence=. Chez les chrétiens, c'est la vertu par excellence (bien +que le mariage soit saint: contradiction); elle a anéanti plus +d'hommes que les pestes et les guerres les plus sanglantes. CXVIII. + +=Conversation=. Influence qu'ont dans les conversations les choses +inanimées, bruit du carrosse et du marteau, habit brodé, perruque +blonde, tabatière, canne, gants. LXXXIII. + +=Coquetterie=. «Un peu de coquetterie est un sel qui pique et prévient +la corruption.» XXXVIII. + +=Corps=. Les grands corps s'attachent aux minuties, aux vains usages. +CX. + +=Corruption= remarquée dans les Indes (en France), oeuvre du système +de Law. Peinture énergique des hontes de l'agiotage. CXLVI. + +=Cosrou=, eunuque blanc amoureux de Zélide. LIII. + +=Cour=. La vertu et la sincérité y sont périlleuses. Lettre VIII. + +=Courbe= selon laquelle un vaisseau doit être taillé. XCVIII. + +=Courouc=. Ordre qui, en Perse, écarte les hommes du passage des +femmes de qualité. XLVII. + +=Courtisans=. Par quels services ils gagnent des libéralités des +princes, CXXV, et leurs faveurs, notamment celles de Louis XIV. +XXXVIII. + +=Coutumes=. Multiplicité des coutumes des provinces en France. La +plupart rédigées d'après le droit romain. CI. + +=Couvent=. Famille éternelle où il ne naît personne; gouffre où +s'ensevelissent les races futures. CXVIII. + +=Création=. Peut-on croire qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a 6,000 ans? +Plus tôt, Dieu n'a-t-il pas voulu? n'a-t-il pas pu? CXIV. + +=Cuisiniers=. Le goût des cuisiniers français règne du septentrion au +midi. CI. + +=Czar=, son autorité despotique. LI. + + +D + +=Débiteurs= avares qui ruinent leurs créanciers par des payements +fictifs. CXLVI. + +=Décadence romaine=. Passage qui contient en germe un des +chefs-d'oeuvre de Montesquieu. CXXXVI. + +=Décisionnaire=. Homme content de lui qui tranche sur tout, morale, +science, histoire, nouvelles. LXXII. + +=Défense=. Elle rend la guerre légitime. Quand un traité a privé une +société de «sa défense naturelle,» elle peut la reconquérir par la +guerre. XCVI. + +=Déluge=. Hypothèses de plusieurs déluges. CXIV. + +=Dépopulation=. Catastrophe insensible. + +Elle croît depuis les temps les plus reculés, dans tous les pays du +monde connu. CXIII. + +Ses causes physiques, CXIV, et morales, CXV, dans les pays +musulmans, CXVI, et chrétiens, CXVII, CXVIII; en Afrique et en +Amérique, CXIX; chez les sauvages, CXXI; dans les colonies, CXXIII. + +=Dervis= (Lisez prêtres ou moines.) LVII; + +Dervis taciturnes: Chartreux LXXXIII. + +On souhaiterait que les dervis «_se retranchassent_ tout ce que leur +profession leur rend inutiles.» _Ibid._ + +Société de gens avares qui prennent tout et ne rendent rien. Les +dervis catholiques accaparent les richesses de l'État, paralysent la +circulation, le commerce et les arts. CXVIII. + +Comment ils administrent leurs bibliothèques. CXXXIII. + +=Déserts=. Pays déserts par vice de nature ou destruction de peuples. +CXXII. + +=Désespoir=. Il égale la faiblesse à la force. XCVI. + +=Désirs=. Malheur d'une femme qui a des désirs violents lorsqu'elle +est privée de celui qui peut seul les satisfaire. VII. + +=Despote=, =despotisme=. Le despote menacé par l'excès même de son +autorité. LXXXII, CIII. + +Le despotisme tue l'émulation, XC; conduit au régicide impuni. CIV. + +=Devins=. Ils vous diront toute votre vie, «pourvu qu'ils aient eu un +quart d'heure de conversation avec vos domestiques.» LVIII. + +=Dévot=. Dévot ou incrédule par accès, caractère du chrétien. LXXV. + +«Si dévots qu'ils sont à peine chrétiens» (les Espagnols). LXXVIII. + +Le dévot adore tout ce qu'il vénère, attribue à de petites pratiques +monacales la même efficacité qu'aux sacrements. _Ibid._ + +=Dictionnaire=. Le dictionnaire de Furetière et celui de l'Académie. +LXXIII. + +=Didon=. On ignore la suite des princes africains depuis Didon. CXXXI. + +=Dieu=. Les hommes le font à leur image. Dieux nègres, Vénus +hottentote; «si les triangles faisoient un dieu, ils lui donneroient +trois côtés.» LIX. + +«Ils ont fait une énumération de toutes les perfections différentes +que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer, et en ont chargé +l'idée de la divinité.» + +Quoique tout-puissant, Dieu «ne peut pas violer ses promesses, ni +tromper les hommes.» + +Comment pourrait-il prévoir ce qui n'est pas encore? + +La prescience divine est discutée et discutable. Peut-être +n'est-elle qu'intermittente, quand Dieu veut qu'une chose arrive. En +tout cas elle est contradictoire et supprime la liberté, le mérite +et le démérite, tels que les métaphysiciens les définissent. LXIX. + +«Dieu est si haut que nous n'apercevons pas même ses nuages.» LXIX. + +Dieu défend-il le suicide? LXXVI. + +S'il y a un Dieu, il faut qu'il soit juste... Il serait le plus +méchant de tous les êtres puisqu'il le serait sans intérêt. + +Docteurs qui représentent Dieu tantôt comme un être mauvais, tantôt +comme un être qui hait le mal. LXXXIV. + +Comment comprendre que Dieu ait différé, durant toute l'éternité, la +création du monde?--Il n'y a point en lui de succession. CXIV. + +=Directeur=. Portrait du directeur de consciences. XLVIII. + +=Discours= prononcé par un général de la Fronde. CXII. + +=Disgrâce=. Pour un Persan, la disgrâce du prince, c'est la mort. +Aussi les révoltes coûtent-elles peu aux Orientaux. + +Pour les grands d'Europe, la disgrâce n'est que défaveur, exil. +CIII. + +=Dissimulation=. Art nécessaire et pratiqué chez les Asiatiques. +LXIII. + +=Distinction=. Procédé jésuitique, raillé. XXIX. + +Les distinctions des avocats ou des scolastiques. XXXVI. + +Une «distinction» sur un morceau de papier, remède contre la gale, +la gratelle, etc. CXLIII. + +=Divorce=. Autorisé par le paganisme. CXV. + +Il contribuait à l'attachement mutuel CXVII. + +Son interdiction peu judicieuse relâche les liens que le +christianisme prétend resserrer, et porte atteinte à la fin du +mariage. _Ibid._ + +Elle engendre la froideur dans le ménage, livre aux filles de joie +l'homme dégoûté d'une épouse éternelle et nuit à la propagation de +l'espèce. _Ibid._ + +=Docteurs= qui représentent Dieu comme un être qui fait un exercice +tyrannique de sa puissance, etc. LXXXIV. + +=Don Quichotte=. Le seul des livres espagnols «qui soit bon est celui +qui a fait voir le ridicule de tous les autres.» LXXVIII. + +=Droit barbare=. Lois franques, etc., abandonnées pour le droit +romain. CI. + +=Droit canon=. Constitutions des papes (Décrétales), adoptées par les +Français. _Ibid._ + +=Droit civil=. Il règle les affaires des particuliers. + +Identité rationnelle du droit civil et du droit public. XCV. + +=Droit coutumier= presque toujours modifié selon le droit romain. CI. + +=Droit des gens= (voyez Droit public), doit prohiber les inventions +meurtrières. CVI. + +=Droit public= faussé par les passions des princes, la patience des +peuples, la flatterie des écrivains; science qui apprend aux princes +jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice. XCV. + +Le droit public devrait être considéré comme un droit civil étendu +au monde entier. _Ibid._ + +Il est plus connu en Europe qu'en Asie. _Ibid._ + +Sanctions du droit public: la guerre; les représailles; la +suppression des avantages mutuels; la renonciation aux alliances. +XCVI. + +Les principes du droit public sont ceux du droit privé. _Ibid._ + +=Droit romain=. Fond du droit français, rédigé en partie par les +Byzantins. CI. + +=Droits= surannés rétablis au détriment du peuple par les fauteurs +d'intrigues princières. CXLV. + +=Duel=. Edit de Louis XIV contre les duels, loué par un homme qui +«reçut cent coups de bâton pour ne le pas violer.» LIX. + +Contradiction entre les lois de la nation et les lois de l'honneur. + +Inutilité et injustice des lois sur le duel. XCI. + +Sottise du duel, qui met le droit à la merci de la force ou de +l'adresse corporelle. + +Injustice du duel par champions. + +Rôle des seconds. + +Le duel survit à toutes les interdictions et à toutes les peines. +_Ibid._ XCI. + + +E + +=Eau= froide pour les ablutions du matin. XLVI. + +Manque à Venise pour les purifications musulmanes. + +(Voir Venise.) + +=Ecclésiastiques=. On leur demande de prouver ce qu'on est résolu de +ne pas croire. LXI, LXXV. + +=Ecriture sainte=. Tortures que lui infligent les glossateurs +ecclésiastiques. CXXXIV. + +Diversité des interprétations. _Ibid._ + +=Edit de Nantes=. «En proscrivant les Arméniens (les protestants), on +pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous +les artisans du royaume.» + +Coup porté à l'industrie par la dévotion. LXXXVI. + +=Education=. Tristes résultats de celle que les enfants, en Orient, +reçoivent des esclaves. XXXIV. + +=Education des femmes=. Entre les hommes et les femmes, «les forces +seroient égales si l'éducation l'étoit aussi.» XXXVIII. + +=Egalité=. L'égalité civique, amenant l'égalité des fortunes porte +l'abondance et la vie dans toutes les parties du corps politique. +CXXIII. + +Chez les Guèbres la femme était l'égale de son mari. LXVII. + +=Eglise=. L'histoire de l'Église et des Papes, faite pour édifier, +produit l'effet contraire. CXXXVI. + +=Egypte= dépeuplée. CXIII. + +=Egyptiens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en +l'honneur d'Isis. XXXVIII. + +=Eléphant=. Ses ordures font pencher l'arche et engendrent le +pourceau. XVIII. + +=Emollients=. Molina, Escobar, Vasquez, etc., en clystère. CXLIII. + +=Empire romain=. Gouvernement militaire et violent sous lequel gémit +l'Europe. CXXXI. + +Démembré par les barbares. _Ibid._ + +=Empire d'Allemagne= (voyez Allemagne). + +=Empires= comparés à un arbre dont les branches trop étendues ôtent le +suc du tronc. CXXII. + +=Enfants=. Les enfants nés dans la misère, ou issus de mariages +précoces, meurent en bas-âge ou forment des générations étiolées. +CXXIII. + +Tout enfant né dans le mariage est censé être au mari. LXXXVII. + +=Enrhumé=. «Tout Espagnol qui n'est pas enrhumé ne saurait passer pour +galant.» LXXVIII. + +=Eole=. Fils qu'il eut d'une nymphe de la Calédonie (Law), et auquel +il apprit l'art d'enfermer du vent dans des outres. + +Voyages de ce fils en compagnie du dieu du hasard; son séjour en +Bétique (France); ses discours; il escamote la fortune des crédules +auditeurs. CXLII. + +=Epée= (gens d'), méprisent les gens de robe, qui le leur rendent. +XLIV. + +=Epigrammes=. Petites flèches déliées qui font une plaie profonde. +CXXXVII. + +=Episodes intercalés=. Les Troglodytes. XI-XIV. + +Aphéridon et Astarté. LXVII. + +L'immortelle Anaïs. CXLI. + +Fragments d'un mythologiste. CXLII. + +=Epitaphe= d'un Français mort de lassitude en la soixantième année de +son âge. LXXXVIII. + +=Epopées=. Les connaisseurs disent qu'il n'y en a que deux et qu'on +n'en peut plus faire. CXXXVII. + +=Equité=. «Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne +devrions pas l'être de celui de l'équité.» LXXXIV. + +=Erivan=, ville où s'achètent les esclaves géorgiennes et +circassiennes. LXXX. + +=Erzeron= (Erzeroum), ville de Turquie d'Asie. Lettres IV, V, VI, XVI. + +=Esclavage= aboli par les rois dans leurs États, rétabli dans leurs +conquêtes. Pour quelles raisons? LXXVI. + +=Esclaves=. Leur dégradation morale; danger de leur fréquentation. +XXXIV. + +=Esclaves romains=. Leur multiplication favorisée; leur pécule, leurs +industries; aisance dans la servitude, espoir de liberté; +affranchissement et libération. CXVI. + +=Escobar=. Casuiste espagnol (XVIe-XVIIe siècles). Emollient. CXLIII. + +=Espagne=, =espagnols=. Espagnols et Portugais, deux peuples qui +«méprisant tous les autres, font aux seuls François l'honneur de les +haïr.» Orgueilleux, ennemis de tout travail, amoureux, dévots +jusqu'à enfermer leurs femmes avec un novice ou un franciscain; +jaloux; leurs politesses bizarres; leur ignorance. Extravagance de +leurs livres. LXXVIII. + +L'abaissement de l'Espagne correspond aux progrès du protestantisme. +CXVIII. + +L'inquisition en Espagne. XXIX, LXXVIII. + +Dépopulation. CXIII. + +L'expulsion des maures. CXXII. + +Les Espagnols ont été logiquement conduits à massacrer les indigènes +de leurs colonies. + +Ils n'ont pu repeupler l'Amérique dévastée par eux. Au lieu de +passer aux Indes, ils feraient mieux de rappeler en Espagne tous les +métis et tous les indiens. CXXII. + +Dans l'Espagne, ou Hespérie, au temps des colonies grecques, on ne +voit guère de monarchies. CXXXI. + +Résumé de l'histoire d'Espagne. Expulsion des princes mahométans. +Eclat momentané, fausse opulence. La nation vit sur l'orgueil de son +passé. CXXXVI. + +=Esprit= (homme d'). Portrait de l'homme d'esprit, ses défauts, ses +ennuis. CXLV. + +=Estomac=, son influence sur l'intensité des croyances religieuses. +LXXV. + +=États=. Il y a en France trois états: église, épée, robe, qui se +méprisent mutuellement. XLIV. + +=États=. Les plus puissants États de l'Europe sont l'Empire, la +France, l'Espagne et l'Angleterre. CIII. + +=Eunuques=. Leurs fonctions, devoirs; situation dans le sérail. II, +XV. + +Plaintes contre leur autorité. IV, VII, IX, CLVI-CLIX. + +Leur état détruit l'effet des passions sans en éteindre la cause, +IX; leur jalouse impuissance, leurs souffrances. _Ibid._ + +Confiance et mépris de leurs maîtres. XXI. + +Leur position entre les deux sexes. XXII. + +Leurs mariages. LII, LXVII. + +Ils n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que les autres +maris. LXVII. + +Leur multitude en Asie est une cause de dépopulation. CXV. + +Voir encore CXLVII-CLXI. + +=Eunuques= (blancs). L'eunuque blanc n'a pas d'accès près des femmes; +Nadir, eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi, est menacé de mort par +Usbek. XXI. + +Le chef des eunuques blancs sévèrement blâmé. XXII. + +Passion de Cosrou, eunuque blanc, pour Zélide. Sorte de volupté que +les eunuques goûtent, dit-on, dans le mariage. LIII. + +=Eunuques= (noirs), chargés spécialement de la direction des femmes +dans le sérail, de l'examen et de l'achat des esclaves, des +corrections, même manuelles. _Passim._ + +Histoire du grand eunuque noir, racontée par lui-même. IX, LXIV. + +Ce qui lui arrive en mettant une femme au bain. IX. + +Tours que lui jouent les femmes. + +Châtiment obtenu contre lui par une femme, dans un de ces moments où +le mari ne refuse rien. + +Il veut mutiler un esclave noir qui résiste, XLI, XLII. + +Achète une Circassienne. LXXX. + +Une femme jaune de Visapour. XCVII. + +Sa mort; désordres qui la suivent. CXLIX. + +=Eunuques chrétiens=. Prêtres et dervis de l'un et l'autre sexe. +CXVIII. + +Agents de dépopulation. _Ibid._ + +=Europe=. Sa capitale, Paris. XXIII. + +Ses plus puissants États, la plupart monarchiques. CIII. + +=Européens=. Ils font tout le commerce des Turcs, XIX; aussi punis par +une peine légère que les Asiatiques par la perte d'un membre. LXXXI. + +=Evêques=, gens de loi subordonnés au pape; unis au pape ils font des +articles de foi; en particulier, ils dispensent d'accomplir la loi. +XXIX. + +Evêque vantant son mandement. CII. + +=Extravagance humaine=. A propos des pompes funèbres. XL. + + +F + +=Famille=. Puissance paternelle chez les Romains. LXXIX. + +Chez les Français, les familles se gouvernent toutes seules. +LXXXVII. + +Leurs différends portés devant les tribunaux. _Ibid._. + +Les membres de la famille ne sont liés que par l'amour et la +gratitude. CV. + +Infériorité de la famille polygamique. VII, CXV, XXXIV. + +=Fat=. Son portrait. L. + +=Fatalisme musulman=. Cause de dépopulation. CXX. + +=Fatmé= rappelle à Usbek sa beauté, lui raconte ses désirs amoureux et +les soins qu'elle prend de sa personne. VII. + +=Faveur=. C'est la grande divinité des Français. LXXXIX. + +=Félicitations=. Tout pour les Français est matière à félicitations et +compliments. LXXXVIII. + +=Femme jaune= de Visapour, achetée cent tomans. Sa beauté supérieure à +«tous les charmes de la Circassie.» XCVII. + +=Femmes=. Liberté des femmes européennes. XXIII, XXVI. + +Indignation des Françaises contre la _Constitution_ (bulle de 1710) +qui leur interdit la lecture de la Bible. XXIV. + +Coquetterie des Françaises de tout âge. LII. + +Leur légèreté, leurs infidélités qui ne choquent personne. LV. + +«Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses... mais si laides +qu'il faut être un saint pour ne pas haïr la vertu.» _Ibid._ + +Les femmes, surtout lorsqu'elles vieillissent, s'adonnent au jeu +avec passion. LVI. + +Comment elles ruinent leurs maris. _Ibid._ + +Vieilles femmes qui ont travaillé tout le matin à se rajeunir et +passent le soir à louer le temps de leur jeunesse. LIX. + +Leur situation en Espagne; elles laissent souvent aux hommes «un +long et fâcheux souvenir d'une passion éteinte.» LXXVIII. + +Les femmes adorent ceux qui savent parler sans rien dire. LXXXIII. + +La loi naturelle soumet-elle les femmes aux hommes? + +Chez les peuples les plus polis, les femmes ont de l'autorité sur +leurs maris. + +Les hommes, dit Mahomet, ont un degré sur elles. XXXVIII. + +En France, les femmes gouvernent, distribuent les faveurs et les +places. CVIII. + +Elles forment une sorte de république (nous dirions +franc-maçonnerie). _Ibid._ + +Gravité du rôle d'une jolie femme. CXI. + +=Femmes= (musulmanes). (Voir _sérail_). La femme, selon Mahomet, est +d'une «création inférieure;» elle n'entrera pas dans le paradis. +XXIV. + +«Les femmes sont vos labourages, elles vous sont nécessaires comme +vos vêtements, et vous à elles,» dit le prophète. CXV. + +Quatre femmes, permises par la loi, et autant de concubines qu'un +homme en peut entretenir et satisfaire. _Ibid._ + +=Fermier général=. Portrait du fermier général suffisant. XLVIII. + +Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors. XCIX. + +Leur situation terrible devant la chambre de justice. _Ibid._ + +=Fermiers=. En vain les accable-t-on de frais; ils payent leurs loyers +toujours en retard. CXXXII. + +=Fidélité=. La fidélité n'empêche point le dégoût qui suit les +passions satisfaites. XXXVIII. + +=Filles=. Fille modeste avouant devant les juges les tourments d'une +trop longue virginité. LXXXVII. + +Filles ravies ou séduites; elles font les hommes beaucoup plus +mauvais qu'il ne sont. _Ibid._ + +Les filles des laquais enrichissent les seigneurs ruinés. XCIX. + +En Europe, on sait à la minute le moment où elles cessent de l'être. +En Orient, quoique mariées, elles se défendent longtemps. LV. + +=Filles de joie=. Il y en a à Paris autant que de dervis. LVII. + +L'interdiction du divorce leur livre les maris désespérés. CXVII. + +=Filles musulmanes= confiées aux eunuques noirs dès leur septième +année; quelquefois on attend leur dixième. LXII. + +=Finances=. En trois ans quatre systèmes. Bouleversées par Law. +CXXXVIII. + +=Financiers=. Leurs bureaux, leurs inventions, leur impertinence +CXXXVIII. + +=Flamel= (Nicolas), a découvert la pierre philosophale. XLV. (La +légende paraît avoir fait sans raison un alchimiste de Flamel, riche +écrivain--juré de l'Université de Paris, mort en 1418.) + +=Fléchier= (M. de N.). Ses oraisons funèbres ne peuvent entrer dans le +_vomitif_ indiqué par le médecin de province. CXLIII. + +=Flegme= des grands seigneurs. LXXIV. + +Des Espagnols et Portugais. LXXVIII. + +=Formalités=. pernicieuses dans la jurisprudence et dans la médecine. +CI. + +=Fortune=. Instabilité des fortunes en France. (Allusion à Law.) XCIX. + +=Fouet=. Châtiment qu'on inflige aux femmes persanes. CLVII. + +=Fous=. Les Français «enferment quelques fous dans une maison, pour +prouver que les autres ne le sont pas.» LXXVIII. + +=Fragment= d'un ancien mythologiste, sur le fils d'Eole, Law. CXLII. + +=Français=. Leur activité: «ils courent, ils volent.» XXIV. + +Leur vanité, exploitée par Louis XIV, _Ibid._ + +Le roi les fait penser comme il veut. _Ibid._ + +Leurs perpétuelles accolades. XXVIII. + +Leur gaieté, leur liberté d'esprit inconnues aux Persans et aux +Turcs. XXXIV. + +Ils parlent beaucoup. LXXXIII. + +Leur badinage. LXIII. + +Leurs modes. C. + +Leur prééminence en toilette, cuisine, coiffures. CI. + +Leur amour de la gloire. XC. + +Ils ont pris de leurs voisins tout ce qui concerne le gouvernement +politique et civil. CI. + +Leur droit écrit, coutumier et canonique. _Ibid._ + +=France=. Sa population n'est rien en comparaison de celle de +l'ancienne Gaule. CXIII. + +Un des plus puissants États d'Europe. CIII. + +Allusion à la guerre avec l'Espagne, sous la Régence. CXXXII. + + +G + +=Gaité=. Gaieté des Français, inconnue des Persans, surtout des Turcs. +XXXIV. + +=Gale=. Remède recommandé contre la gale, gratelle, teigne, etc. +CXLIII. + +=Galice=, province d'Espagne, lieu de pèlerinage. XXIX. + +=Gardes=. En quelle occasion les rois de France se donnèrent des +gardes. CIII. + +=Gaules=. Colonies grecques dans les Gaules. + +Dans les temps les plus reculés, on ne voit guère de monarchies chez +les Gaulois. CXXXI. + +=Gemchid= (nom du fondateur légendaire de la royauté Perse), dervis du +brillant monastère de Tauris. Usbek lui énumère les conformités du +christianisme et de l'islamisme, et lui demande si les chrétiens +iront en enfer. XXXV. + +=Généalogiste=. Pauvre métier. Espérances que fonde un généalogiste +sur les enrichissements subits dûs au système de Law. CXXXII. + +=Gênes=, république, qui n'est remarquable que par ses bâtiments. +CXXXVI. + +=Gengiskan=, ses conquêtes mises au-dessus de celles d'Alexandre. +LXXXII. + +=Géomètre=. Esprit exclusif d'un géomètre, sa rencontre avec un +traducteur d'Horace. CXXIX. + +Les géomètres obligent un homme malgré lui d'être persuadé. CXXXV. + +=Géorgie=, royaume jadis vassal de la Perse. XCII. + +=Gloire=. C'est une nouvelle vie qu'on acquiert. + +Le désir de la gloire croît avec la liberté; la gloire n'est jamais +compagne de la servitude. + +Amour des Français pour la gloire. XC. + +=Glossateurs=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV. + +=Goa=. Les habitants de Goa prêtent vingt mille pistoles sur une des +moustaches de Jean de Castro. LXXVIII. + +=Gortz= (baron de), ministre suédois condamné à mort. CXXVIII. + +=Goths=, déposaient leurs rois dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits. +CXXXI. + +=Gouvernements=, monarchiques en Europe, avec tempéraments; absolus en +Orient. CIII. + +Diversité des gouvernements en Europe. Le plus parfait est celui qui +va à son but à moins de frais et qui conduit les hommes selon leur +inclination. + +Supériorité rationnelle d'un gouvernement doux. LXXXI. + +La douceur du gouvernement, les républiques, Suisse et Hollande, en +sont une preuve constante, contribue à la propagation de l'espèce. +CXXIII. + +=Grâce=. Le droit de grâce, attribut des rois en Europe. CIII. + +=Grammairiens=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV. + +=Grands=. En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque +donne quelque part au gouvernement. LXXXIX. + +=Gravitation=, la clef de la nature. XCVIII. + +=Gravité=. Causes de la gravité des Asiatiques. XXXIV. + +La gravité est le caractère saillant des Espagnols et des Portugais. +LXXVIII. + +=Grèce=, aujourd'hui réduite à la centième partie de ses habitants. +CXIII. + +Tira ses colonies d'Egypte et d'Asie, renversa ses tyrans, se divisa +en républiques qui tinrent en échec la Perse, répandirent les arts, +peuplèrent l'Italie, colonisèrent la Gaule, et l'Espagne. CXXXI. + +=Guèbres=. Antiquité de leur religion; mariage de la soeur avec le +frère, «usage introduit par Cambyse» (?) LXVII (_Aphéridon et +Astarté_). + +La persécution a privé la Perse de «cette nation si appliquée au +labourage» (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI. + +=Guerre=. Deux sortes de guerres justes: pour défendre le sol, pour +secourir un allié. + +La guerre, c'est la peine de mort transportée dans le droit public. + +La déclaration de guerre est régie par les mêmes principes que +l'accusation en droit privé. XCVI. + +Il n'y a jamais eu autant de guerres civiles que dans l'empire du +Christ. XXIX. + +Les guerres de religion ne sont pas dues à la multiplicité des +religions, mais à l'intolérance. LXXXVI. + +=Guerrier=. Vanité et babil du vieux guerrier. Les officiers médiocres +languissent dans les emplois obscurs. XLVIII. + +=Guilan=, province où Cha-Abbas déporta les Arméniens. CXXII. + +=Guinée=. Vanité d'un roi de Guinée dont tous les ornements +consistaient en sa peau noire et luisante et quelques bagues. XLIV. + +Ses côtes dépeuplées par la traite des nègres; + +Ses rois vendent leurs sujets. CXIX. + +=Guitare=. Abus qu'en font les Espagnols. LXXVIII. + +=Guriel=, petit État d'Asie, peu peuplé. CXIII. + +=Gustape= (Hystaspe), nom d'un héros perse, quatrième roi de l'antique +dynastie Kaïanienne, sous lequel vivait Zoroastre. LXVII. + +Les Tartares se sont assis sur le trône de Cyrus et Gustape. LXXXII. + + +H + +=Habillement=, son influence sur la curiosité publique en France. XXX. + +=Hagi=, qui a fait le pèlerinage de la Mecque. XXXIX. + +=Hassein=, dervis de la montagne de Jaron. Usbek lui adresse la lettre +sur les philosophes rationalistes. XCVIII. + +=Hérésie=. Les savants en sont naturellement accusés. CXLV. + +=Hérétiques=. Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle +sans avoir présenté au moins une distinction. XXIX. + +Brûlés par les dervis en Espagne et Portugal. LIX, LXXVIII. + +Allusion à l'édit de Nantes. LIX. + +=Héros=, se ruinent à conquérir des pays qu'ils perdent soudain. +CXXII. + +Les héros de roman français et orientaux. CXXXVII. + +=Hibernois= (?), chassés de leur pays, viennent utiliser en France +leur talent pour la dispute. XXXVI. + +(Note de l'édition Lefèvre. 1820.) + +=Historiens= de l'Église, de la décadence romaine, de l'empire +d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande, +d'Italie, de Suisse, de Venise, de Gênes, du Nord, de la Pologne. + +Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI. + +=Hohoraspe= (le cheval de l'asoura ou le cheval-être), divinité +persique (?), nom donné à un fabuleux Cambyse, père de Gustape et +troisième roi de la dynastie Kaïanienne. LXVII. + +=Hollande=, république citée avec éloge. LXXII. + +Seconde reine de la mer, respectée en Europe, formidable en Asie. +CXXXVI. + +Les Hollandais poussèrent les colonies portugaises à la révolte pour +s'en emparer. CXXII. + +=Homère=. Dispute sur les poëmes et le mérite d'Homère. XXXVI. + +=Hommes= (en général) nés pour être vertueux; la justice leur est +aussi propre que l'existence. X. + +Ils rapportent tout à leurs idées, XLIV; à leurs souvenirs, LIX; +s'exagèrent leur place dans l'univers, LXXVI; cèdent trop volontiers +aux passions et à l'intérêt immédiat qui leur voilent les avantages +de la justice, si nécessaire à leur sécurité et à leur bonheur. +LXXXIV. + +La fausseté de leurs espérances et de leurs craintes les rend +malheureux. CXLIII. + +Il semble que le fait d'être assemblés en grand nombre rétrécisse +leur esprit. CX. + +Ils n'ont sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique. Ils sont les plus +forts. XXXVIII. + +Les soupçons et la jalousie les mettent dans la dépendance des +femmes. LXII. + +Hommes lâches qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension. +CXLV. + +=Hommes a bonnes fortunes=, leur fatuité, leur indignité sociale. +XLVIII. + +=Honneur=. Le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la +vertu, semble être établi dans les républiques. + +Un sujet blessé dans son honneur par son prince quitte sur-le-champ +sa cour, son emploi, son service. XC. + +=Huguenots=. La persécution qui les a jetés en exil n'a point profité +à la France. LX. + +=Humanité=. Les devoirs de l'humanité priment les règles de la +religion. A ce point que toutes les religions les ont inscrits en +tête de leurs préceptes. XLVI. + + +I + +=Ibben=, un des correspondants ordinaires d'Usbek et de Rica, +négociant à Smyrne, oncle de Rhédi. XXIII, XXIV, XXV, XXIX, XXX, +XXXIV, XXXVII, XXXVIII, XL, LV, LVI, LX, LXVIII, LXXVI, LXXVII, +LXXXIII, XC, CXIX, CIII-CV, CVIII, CXXVIII, CXXXVIII. + +=Ibbi=, esclave qui a suivi Usbek, correspondant du grand eunuque +noir. IX. + +=Ibbi= (hagi), écrit à Ben Josué sur la naissance merveilleuse de +Mahomet. XXXIX. + +=Ignorance=. Les monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance et +ne subsistent que par elle, témoins les royautés d'Orient. CVI. + +Heureuse ignorance des musulmans. _Ibid._ + +=Ignorants=. Un ignorant se dédommage en méprisant le mérite. CXLV. + +=Iles= peuplées par des malades que quelques vaisseaux y avaient +abandonnés. (L'île de France et la Réunion.) CXXII. + +=Immaums= (Imans), saints et prophètes musulmans. Il y en a douze (les +douze premiers successeurs de Mahomet). Treizième iman est un +compliment comme dixième muse. Les imans sont des prêtres chargés de +faire la prière publique, de prêcher le vendredi; ils assistent à la +circoncision, aux mariages, aux enterrement XVI, XCIV. + +=Immeubles=. Deux appréciations de ce genre de biens. CXXXII. + +=Immortalité= (de l'âme). On y croit par semestre. LXXV, + +Pour «mourir du côté de l'espérance.» _Ibid._ + +=Impie=. Impie ou dévot, selon le tempérament, la digestion, la santé. +LXXV. + +=Impôts=. Ils pèsent sur l'agriculture, l'industrie, CXXV, + +Et la nourriture du peuple. _Ibid._ + +Le vin, très-imposé, est cher à Paris. XXXIII. + +=Impureté=, viandes immondes, impureté des cadavres. + +«Les choses ne sont en elles-mêmes ni pures, ni impures... La boue +ne nous paroît sale que parce qu'elle blesse notre vue ou quelque +autre de nos sens.» XVII. + +Légende musulmane sur l'impureté du cochon et du rat. XIX. + +=Inde=. Les «hommes de chair blanche» dans l'Inde. Leur orgueil. +LXXVIII. + +=Industrie=. Les revenus industriels supérieurs à ceux de +l'agriculture. + +Avec une pistole de couleurs le peintre en gagne cinquante, etc., +etc. CVII. + +=Infaillibilité= de ceux que l'Esprit-Saint éclaire--et qui ont grand +besoin d'être éclairés. CII. + +=Injustice=. Les hommes peuvent faire des injustices, parce qu'ils ont +intérêt de les commettre; nul n'est mauvais gratuitement. LXXXIII. + +=Inquisition=. Elle sévit en Espagne et en Portugal. Sa cruauté et son +hypocrisie. XXIX. + +Elle ne fait jamais brûler un juif «sans lui faire des excuses.» +LXXVIII. + +Elle présume l'accusé coupable. XXIX. + +=Instabilité= des honneurs et des fortunes en Orient. Aujourd'hui +général, cuisinier demain. XC. + +=Intercesseur=. Chrétiens et mahométans croient à la nécessité d'un +intercesseur auprès de Dieu. XXXV. + +=Intérêt=. «L'intérêt particulier se trouve dans l'intérêt commun.» +XII. + +La raison de l'injustice est toujours «une raison d'intérêt.» +LXXXIV. + +Leur intérêt est toujours ce qu'ils (les hommes) voient le mieux. +_Ibid._ + +«L'intérêt est le plus grand monarque de la terre.» CVII. + +=Interprètes=, ont cherché dans l'Ecriture la confirmation de leurs +idées particulières. CXXXIV. + +=Intolérance=, ses résultats funestes, son iniquité. LXXXVI. + +=Intrigants=, souffleurs, magiciens, devins, femmes fardées, gens de +loi, maîtres de langues et d'arts, boutiquiers, etc. LVIII. + +=Invalides=. Éloge des Invalides. LXXXV. + +=Irimette=, petit royaume voisin de la Perse. CXIII. + +Fort dépeuplé. _Ibid._ + +=Irréligion=. Les savants en sont nécessairement accusés. CXLV. + +=Isben-Aben=, historien arabe. XXXIX. + +=Isis=, divinité égyptienne, symbolisant l'autorité de la femme. +XXXVIII. + +=Ispahan= (ville des chevaux, ou du soleil considéré comme le coursier +céleste), capitale de la Perse, dépérit et serait changée en désert +par la polygamie, si les rois n'y transportaient sans cesse des +nations entières. CXV. + +=Italie=, partagée en un nombre infini de petits États ouverts comme +des caravansérails. CIII. + +Au temps des premières colonies grecques, il n'y avait guère de +monarchies en Italie. CXXXI. + +Jadis maîtresse du monde, aujourd'hui esclave des autres nations. +CXXXVI. + + +J + +=Jalousie=. Jalousie musulmane. VI. + +Jalousie française. LV. + +Jalousie espagnole. LXXVIII. + +La jalousie des hommes prouve leur dépendance. LXII. + +Jalousie mutuelle des sectes religieuses; elle descend jusqu'aux +particuliers. LXXXVI. + +=Jaloux=. Ridicules en France. LV. + +=Jamblique=, purgatif. CXLIII. + +=Jansénistes=, désignés. XXIV. + +=Japhet= raconte, par ordre de Mahomet, les légendes de l'arche de +Noé. XVIII. + +=Jaron=, eunuque noir en correspondance avec le grand eunuque. XV, +XXII. + +=Jésuites=. Constitution des Jésuites, purgatif violent; + +Pièces des Jésuites français, vomitif puissant. CXLIII. + +=Jeu=. «Très en usage en Europe: c'est un état que d'être joueur.» +LVI. + +Les jeux de hasard interdits par Mahomet. _Ibid._ + +=Jeunes=. Les chrétiens en ont comme les musulmans. XXXV. + +=Joueuses=, leur portrait. LVI. + +=Journalistes=. Ils ne parlent que des livres nouveaux et flattent les +auteurs. CIX. + +=Journaux=. Livres par fragments. Leurs avantages et leurs défauts. + +Ils flattent la paresse. CIX. + +=Judaïsme=, «vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert +toute la terre.» LX. + +=Juges=. Ils ne s'enflent point d'une vaine science. Les avocats +travaillent pour eux. LXVIII. + +Ils présument qu'un accusé est innocent. XXIX. + +=Juifs=. Ils font en France ce qu'ils font en Perse. Leur obstination +invincible pour leur religion. LX. + +«Ils n'ont jamais eu dans l'Europe un calme pareil à celui dont ils +jouissent... On s'est mal trouvé en Espagne de les avoir chassés.» +_Ibid._ + +Les Juifs lèvent les impôts en Turquie; persécutés par les pachas. +XIX. + +Ils achètent les enfants. LXVII. + +Les Juifs se maintiennent et multiplient, par l'espoir d'engendrer +un Messie. CXX. + +Transportés en Sardaigne par les Romains. CXXII. + +=Justesse=, «Martyr de sa justesse» un esprit trop régulier, trop +géométrique, ressemble à Tarquin, à Thrasybule ou à Périandre +coupant avec leur épée «la tête des fleurs qui s'élevaient au-dessus +des autres.» CXXIX. + +=Justice=. Les hommes sont «nés pour être vertueux; la justice est une +qualité qui leur est aussi propre que l'existence.» X. + +La justice est inséparable de la solidarité, de la garantie mutuelle +du droit. + +«L'intérêt des particuliers se trouve dans l'intérêt commun.» XII. + +La justice est un rapport de convenance qui se trouve réellement +entre deux choses. + +Dès qu'on suppose que Dieu voit la justice, il faut nécessairement +qu'il la suive. + +Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la +justice. + +La justice est éternelle. Si elle ne l'était pas, ce serait une +vérité terrible qu'il faudrait se dérober à soi-même. + +Plaisir d'être juste. LXXXIV. + +La justice est violée par le droit public faussé. XCV. + +En France elle se mêle de tous les différends de famille; elle est +toujours contre le mari jaloux, le père chagrin, le maître +incommode. LXXXVII. + +=Justice divine=, incompatible avec la prescience. LXIX. + + +L + +=Lacédémone=. Les récompenses à Lacédémone. XC. + +Si Lycurgue avait établi que les maris changeassent de femmes tous +les ans, il en serait né un peuple innombrable. CXVII. + +=Lapin=, immonde pour le juif. Discussion du Juif, du Turc, de +l'Arménien, du brachmane à propos d'un lapin. XLVI. + +=Laquais=. En France, le corps des laquais est un séminaire de grands +seigneurs. XCVIII. + +Leurs enrichissements subits par la spéculation. + +Leur vanité. CXXXVIII. + +=Law=. Un étranger est venu... qui a tourné l'État comme un fripier +tourne un habit, etc. CXXXVIII. + +Son portrait allégorique en tant que fils d'Eole. CXLII. + +Corruption qui résulte du système et de l'agiotage effréné. CXLVI. + +=Légendes mahométanes= sur les viandes et les animaux immondes, XVIII. + +Sur la naissance de Mahomet. XXXIX. + +=Législateurs=, leurs défauts ordinaires et leurs ridicules: +étroitesse, puérilité, subtilité, emploi d'une langue morte, etc. +LXXIX. + +=Lèse-majesté=, seul crime politique qui entraîne la mort pour les +grands d'Europe. CIII. + +Selon les Anglais, c'est le crime que le plus faible commet contre +le plus fort, aussi bien s'il est roi que s'il est peuple. CV. + +=Lettres=, avantages du roman par lettres: «l'on rend compte soi-même +de sa situation actuelle; ce qui fait plus sentir les passions, que +tous les récits qu'on en pourrait faire.» + +(_Quelques réflexions sur les_ Lettres Persanes.) + +Lettres intercalées dans d'autres: + +D'une comédienne perdue par un jeune abbé. XXVIII. + +D'une jeune russe qui veut être battue. LI. + +D'un Français voyageant en Espagne. LXXVIII. + +D'un savant. CXLV. + +Trois de nouvellistes. CXXX. + +D'un antiquaire. CXLII. + +D'un médecin de province. CXLIII. + +=Lever=. La présence assidue au lever du roi est un titre aux +libéralités et aux faveurs. XXXVII, CXXV. + +=Libéralités=. Grâces et pensions accordées par les princes aux +courtisans, aux dépens de l'agriculture et de l'industrie. CXXIV. + +=Liberté= supprimée par la prescience divine. Liberté d'indifférence. +LXIX. + +La liberté existe surtout dans les républiques; favorable à la +propagation de l'espèce et aux progrès de l'opulence. Elle attire +les étrangers. CXXIII. + +La liberté semble faite pour le génie des peuples d'Europe. CXXXI. + +La liberté chez les ancêtres des peuples du Nord. _Ibid._ + +=Libre arbitre=, incompatible avec la prescience. LXIX. + +=Lionne= (M. de L.) président des nouvellistes. CXXX. + +=Livourne=, ville nouvelle, témoignage du génie des ducs de Toscane. +XXIII. + +=Livres=. Contre les faiseurs de livres inutiles. + +Respect qu'on doit aux ouvrages originaux. LXVI. + +Absence de bon sens dans les livres espagnols, romans ou +scolastiques. Exception en faveur de Don Quichotte. LXXVIII. + +Le sujet est délayé selon le format des livres. CIX. + +Jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune +raison de leur préférer les nouveaux. _Ibid._ + +Les diverses espèces de livres. CXXXIII-CXXXVII. + +=Lois=. Lois variables des législateurs. + +Lois éternelles, immuables, de la nature. XCVIII. + +Lois anciennes établies par les rois Francs, oubliées pour des lois +romaines en partie rédigées par les Byzantins. + +Ajoutez les constitutions des papes et quelques coutumes de villes +et provinces, récemment rédigées; plus les commentaires, les +formalités et la jurisprudence. + +«Cette abondance de lois, en France, accable également la justice et +les juges.» CI, LXXIX. + +Il ne faut toucher aux lois que d'une main tremblante. LXXIX. + +Les lois contre les suicidés sont injustes parce qu'elles sont sans +objet. Elles ne lient pas les morts. LXXVI. + +Chez les barbares germaniques, les lois étaient faites dans les +assemblées de la nation. CXXXI. + +=Louis= XIV, son portrait, sa dévotion, sa puissance, sa maîtresse, +ses ministres, sa vieillesse. XXIV, XXXVII. + +Trop peu modéré envers les ennemis. XXIV. + +Son goût pour les femmes. CVIII. + +Sa mort et son testament. XCIII. + +Son amour pour la politique orientale, c'est-à-dire le despotisme. +XXXVII. + +=Louis= XV, son enfance. XCIII. + +Son portrait. Les espérances qu'il donne. CVIII. + +=Lucifer= jeté au fond de la mer, lors de la naissance de Mahomet, +nage quarante jours. XXXIX. + +=Lumière=, son trajet du soleil à la terre. XCVIII. + +=Lunettes=, insignes de la gravité espagnole et portugaise, symbole de +science. LXXVIII. + +=Luxe=, nécessaire à la prospérité des nations. CVII. + + +M + +=Mages=, prêtres du magisme ou mazdéisme. LXVII. + +Adorateurs du soleil, des étoiles, du feu et des éléments; + +Mais leur religion, calomniée par les musulmans, est, selon +Montesquieu, un pur monothéisme. _Ibid._ + +(Le mazdéisme est une polythéisme dualiste où la lumière et les +ténèbres (le bien et le mal) luttent dans le temps et l'espace sans +bornes.) + +Les mages enseignaient que les actes les plus méritoires sont: faire +un enfant, labourer un champ, planter un arbre. CXX. + +=Magiciens=. Ils promettent «de vous faire coucher avec les esprits +aériens, pourvu que vous soyez seulement trente ans sans voir de +femmes.» LVIII. + +=Magie=. Les savants en sont accusés. CXLV. + +=Magistrats=. Ils doivent rendre la justice de citoyen à citoyen. +XCVI. + +=Mahomet=, sa naissance merveilleuse. XXXIX. + +Il naît circoncis. _Ibid._ + +Ses prescriptions relatives aux viandes immondes. XVIII. + +Il a enchaîné Satan et l'a précipité dans les abîmes; + +Il a purifié la terre. XCIV. + +=Mahométans=. Plus persuadés de leur religion que les chrétiens. LXXV. + +Croient à la vertu des amulettes et talismans. CXLIII. + +=Mahométisme=. Peu favorable à la propagation de l'espèce humaine. +CXV. + +Issu du judaïsme, LX. + +Comparé au christianisme, XXXV. + +Ferme la vie future aux femmes. LXVII. + +Etabli par conquête et non par persuasion. _Ibid._ + +=Maimbourg=, bon contre l'asthme. CXLIII. + +(Louis Maimbourg, né à Nangis en 1610, exclu de la compagnie de +Jésus par Innocent XI, pour avoir écrit contre Rome, en faveur du +clergé de France (1682); mort en 1686.) + +=Maine= (duc du). Arrestation du duc du Maine, oncle naturel du roi +mineur. CXXVII. + +=Maîtres de sciences=, =arts=, etc., enseignent souvent ce qu'ils +ignorent. LVIII. + +=Maîtresse=. Maîtresse et confesseur, les deux grandes épreuves d'un +roi. CVIII. + +Une femme est la maîtresse d'un ministre, non pour coucher avec lui, +mais pour lui présenter cinq ou six placets tous les matins. _Ibid._ + +Louis XIV a une maîtresse de quatre-vingts ans. XXXVII. + +=Malheurs=. Pour un vrai musulman, les malheurs sont moins des +châtiments que des menaces. LXXVII. + +=Malte= (chevaliers de), bravent l'empire ottoman. XIX. + +=Mandement=. Evêque qui a «bien sué» pour le faire. CII. + +=Marchandes=. A Paris «une jeune marchande cajole un homme une heure +entière, pour lui faire acheter un paquet de curedents.» LVIII. + +Nombre infini de jeunes marchandes aux abords du palais. LXXXVII. + +=Mariages=. Il y a «des mariages heureux et des femmes dont la vertu +est un gardien sévère.» XLVII. + +Mariages d'eunuques: Cosrou et Zélide. LIII; Astarté, soeur +d'Aphéridon. LXVII. + +Mariages entre frère et soeur. _Ibid._ + +Avanie faite par Suphis à sa jeune femme. LXX. + +Charges du mariage chez les musulmans. CXV. + +Chez les chrétiens, l'interdiction du divorce porte atteinte à la +fin même du mariage. CXVII. + +Le mariage chrétien est une image, une figure, un mystère +incompréhensible. _Ibid._ + +En fait, il est stérilisé par l'impuissance de le rompre. _Ibid._ + +Mariages précoces causés par la crainte d'un enrôlement forcé. De +là, dépopulation. CXXIII. + +=Maris=. Facilité des maris français. + +Les jaloux sont haïs et ridicules. LV. + +Les maris eunuques «n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que +les autres.» LXVII. + +Une veuve indienne renonce au bûcher dès qu'elle sait que son mari +l'attend au ciel. CXXVI. + +=Matière=, son mouvement universel. CXIV. + +Quelques-uns ne peuvent comprendre qu'elle n'ait que six mille ans. +_Ibid._ + +=Maures=. Vide irréparable causé en Espagne par l'expulsion des +Maures. CXXII. + +=Mazarin=. Pataquès qu'on lui prête, chanson qu'on fait sur lui. +Allusion à ses pages. CXII. + +=Mécontents=. Vieux guerrier. XLVIII. + +Vieilles femmes, goutteux, vieux seigneurs, ecclésiastiques, etc. +LIX. + +=Mecque= (la). Les musulmans croient s'y purifier des souillures +contractées parmi les chrétiens. XV. + +=Médecine=. Ravages de la _forme_ en médecine. CI. + +Les livres de médecine font trembler, même quand ils traitent des +maladies les plus légères. CXXXV. + +=Médecins=. Toujours trop estimés ou trop méprisés. Les héritiers s'en +accommodent mieux que des confesseurs. LVII. + +Lettre d'un médecin de province. CXLIII. + +«Il y a dans tous les coins de Paris des gens qui ont des remèdes +infaillibles contre toutes les maladies imaginables.» LVIII. + +=Médiocrité= (d'esprit). L'homme médiocre est en général préféré à +l'homme d'esprit. CXLV. + +=Méditerranée=. Décadence de ses côtes. CXIII. + +=Méhémet-Ali=, mollak, gardien des trois tombeaux, à Com, +correspondant d'Usbek. XVI, XVII, XVIII, CXXIV. + +=Mercure= (vif-argent), son usage continuel et forcé fait périr par +milliers les indigènes de l'Amérique espagnole. CXIX. + +=Messianiques=, croyances juives. Point de famille juive qui n'espère +engendrer le messie. CXX. + +=Mesure= des fluides et des liquides, des esprits interplanétaires. +XCVIII. + +=Métaphysique=. L'infini s'y rencontre partout. CXXXV. + +=Métempsycose= alléguée par un brachmane contre un mangeur de lapin. +XLVI. + +=Meurtre=. Les curieux qui regardent les Persane de trop près sont +tués impunément par les eunuques, même dans une rivière et hors du +sérail. XLVII. + +=Mexique=. Orgueil et paresse des conquérants espagnols au Mexique. +LXXVIII. + +=Mines=. Sont, en Amérique, le tombeau des indigènes et des nègres. +CXIX. + +Le roi d'Espagne possède des mines d'or. XXIV. + +=Ministres=. Enclins à calomnier la nation; toujours plus méchants que +le prince dont ils attisent les haines. Le premier ministre de +Charles XII, condamné à mort. CXXVIII. + +Louis XIV a un ministre de dix-huit ans. XXXVII. + +Les ministères se succèdent comme les saisons. CXXXVIII. + +Danger de l'autorité sans bornes des ministres de Louis XIV. _Ibid._ + +Le mauvais exemple donné par un ministre est un crime. CXLVI. + +=Minorité=. On ne lit plus que des mémoires sur la minorité de Louis +XIV. CXII. + +=Miracle chimique= manifesté dans une mixture d'infusion Quesnel et +d'infusion Lallemand. CXLIII. + +=Miracles=. «Pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit par cent +mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir examiné si +aucune de ces causes n'a agi; ce qui est impossible.» CXLIII. + +=Mirza=, ami et correspondant d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, LXXXVI. + +Mirza (de _Mard_=_mort_-alis. = [Grec: mbrot-os], homme) est un +titre honorifique persan que les gens de lettres mettent avant leur +nom et les princes après. + +=Misère=. Chez les peuples misérables, l'espèce perd et même dégénère. +CXXIII. + +Le pauvre évitera de faire des enfants plus pauvres que lui. _Ibid._ + +=Mode=. Ses caprices étonnants chez les Français. C. + +C'est d'après elle qu'ils jugent «tout ce qui se fait chez les +autres nations.» CI. + +=Modestie=. Vertu nécessaire au talent. L. + +Eloge des hommes modestes. CXLIV. + +=Moeurs.= Les Français changent de moeurs selon l'âge de leur roi. +C. + +=Mogol=. Le grand Mogol se fait peser tous les ans. XL. + +Les Tartares dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du +Mogol. LXXXII. + +Expulsion d'un ambassadeur mogol. CXXVII. (Allusion à la +conspiration de Cellamare.) + +=Moines=. Voy. Dervis. + +=Moise= n'enseigne pas le dogme de la prescience absolue. LXX. + +=Molina=. Emollient. CXLIII. (Casuiste espagnol, XVIe siècle.) + +=Mollaks= (ou mollahs), prêtres musulmans, qui «me désespèrent avec +leurs passages de l'alcoran.» Lettre X. + +(En Perse, les mollahs sont des prêtres; en Turquie des juges.) + +=Monachisme=, porte partout la mort. CXVIII. + +=Monarchie=. État où la vertu n'est plus qu'obéissance au caprice d'un +seul. XIV. + +Très-inférieure moralement au régime républicain, elle abaisse le +niveau des moeurs en substituant à la loi et à la vertu l'autorité +et l'arbitraire. _Ibid._ + +La monarchie pure, état violent qui dégénère toujours en despotisme +ou en république. CIII. + +=Monde=. N'a-t-il que six mille ans? Il ne faut pas compter ses +années. CXIV. + +Dépopulation croissante du monde. Ses causes. CXIII et suivantes. + +=Monde= (nouveau). Découvertes immenses et dévastatrices des Portugais +et des Espagnols. LXXVIII. + +=Monde romain=, mieux organisé pour la propagation de l'espèce que les +mondes chrétien et musulman. CXV. + +=Monnaies=. Le décri des monnaies est un artifice financier proche du +faux-monnayage et pratiqué par Louis XIV. XXIV. + +=Montesquieu= paraît se peindre dans Usbek. XLVIII, Ibben, LXXVII, +Rica, CXXVII. + +Semble annoncer la _Décadence des Romains_. CXXXVI. + +=Morale=. Les livres de morale, plus utiles que les ouvrages de +dévotion. CXXXIV. + +=Mortifications=. Chrétiens et musulmans en usent pour fléchir la +miséricorde divine. XXXV, XCIV. + +=Moscovie=. Les Tartares «ont soumis la Moscovie.» LXXXII. + +=Mouches=. Leur abus. C. + +=Moustache=, importance de la moustache en Espagne et en Portugal. + +La moustache de Jean de Castro. LXXVIII. + +=Mouvement=. Ses lois constituent le système du monde. XCVIII. + +La nature y est soumise, sans exception, _Ibid._ + +Et la terre n'y peut échapper. CXIV. + +=Mustapha= proclamé, à la place d'Osman, empereur des Turcs. LXXXI. + +=Musulman=. Sa vie est laborieuse. La polygamie l'épuise. CXV. + +=Mystiques=, dévots qui ont le coeur tendre. Leurs extases, délire +de la dévotion. Leurs livres. CXXXIV. + +=Mythologiste=. Fragment d'un ancien mythologiste (portrait +allégorique de Law). CXLII. + + +N + +=Nadir=. Eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi. XX, XXI. + +=Naissance=. Il y a en Europe des sens qui sont grands par leur +naissance. LXXXIX. + +=Nargum=, ambassadeur Persan à Moscou. LI, LXXXII. + +=Narsit=, eunuque peu clairvoyant. CXLIX, CL, CLII. + +=Nathanael Lévi=, médecin juif à Livourne, croit aux talismans CXLIII. + +=Nations=. Leurs rapports, d'où résulte la notion du droit public. +Deux peuples ne peuvent s'allier pour l'oppression d'un troisième. +XCVI. + +=Nature=. Elle a perdu sa fécondité des premiers temps CXIII. + +Elle agit avec lenteur et épargne. Si on la surmène, elle tombe dans +la langueur et perd sa force génératrice. CXV. + +=Nègres=. Leurs dieux sont noirs et leur diable blanc. LIX. + +Leurs rois les vendent comme esclaves. CXIX. + +Et les princes chrétiens autorisent la traite. LXXV. + +Les noirs d'Afrique meurent par milliers dans les mines américaines. +CXIX, CXXII. + +=Nessir=, ami et correspondant d'Usbek. VI, XXVII, CLV. + +=Noailles= (N***), ministre hardi qui prit le fer à la main, etc. +CXXXVIII. + +Connu par son esprit, il honore de ses plaisanteries les traitants +livrés à la chambre de justice. XCIX. + +=Noblesse=. «En Espagne, c'est sur des chaises que la noblesse +s'acquiert.» LXXVIII. + +Les laquais enrichis voudront se faire nobles. Espoir d'un +généalogiste. CXXXII. + +=Nord=. Autrefois plein d'hommes; est fort dégarni. CXXIII. + +C'est du Nord qu'une foule de nations inconnues fondirent sur +l'empire romain; + +Ces peuples étaient libres, et leurs rois n'étaient que des +généraux. CXXXI. + +Ils n'étaient point barbares puisqu'ils étaient libres; ils le sont +devenus. CXXXV. + +=Notre-Dame=. Superbe édifice. LXI. + +=Nouvellistes=. Inventeurs de nouvelles. Leurs ridicules, leurs +prédictions, leurs paris. Lettres plaisantes de nouvellistes à des +particuliers et à des ministres. Leurs lieux de réunions. Leur +président, le comte de Lionne. CXXX. + +Nouvelliste trembleur. CXXXII. + + +O + +=Obéissance=; n'est pas une vertu anglaise. Les Anglais la fondent sur +la gratitude. CV. + +=Occultes=. Livres de science, ou mieux d'ignorance occulte, plus +pitoyables qu'exécrables. CXXXV. + +=Opéra=. Lettre de la plus vertueuse actrice de l'Opéra. XXVIII. + +=Opéras nouveaux=. Vomitif. CXLIII. + +=Opulence= toujours compagne de la liberté des peuples. CXXIII. + +=Omar=, troisième successeur de Mahomet, au mépris des droits d'Ali. +Les persans, Chiites, c'est-à-dire sectateurs d'Ali, disent qu'Omar, +Apôtre des Sonnites «a dévoyé» les enfants du prophète. CXXIV. + +=Or=. Le roi de France n'a pas de mines d'or comme le roi d'Espagne. +XXIV. + +L'or et l'argent, prix de toutes marchandises, gage de leur valeur. +Pernicieux effets de leur diffusion. CVI. + +Nombre innombrable d'hommes sacrifiés pour extraire l'or et l'argent +du fond de la terre. CXIX. + +=Oraisons funèbres=. Leur fausseté. XI. + +Entrent dans le vomitif du docteur de province, sauf celles de +Fléchier. CXXXV. + +=Orateurs=. Leur talent de persuader indépendamment des raisons. +CXXXV. + +=Ordonnance=, concernant les services des courtisans et +l'établissement des impôts nécessaires aux libéralités des princes. +CXXV. + +=Orgueil=. Orgueil de l'homme, qui veut «être compté dans l'univers.» +LXXXVII. + +Orgueil de religion et de race chez les Portugais et les Espagnols. +LXXVIII. + +Les _vieux chrétiens_ en Espagne; + +Les _blancs_ en Amérique. _Ibid._ + +=Orientales=. moins gaies que les Européennes. XLVIII. (Voir +_Femmes_.) + +=Orientaux=. Le sérail tue leurs désirs sans éteindre leur jalousie. +VI. + +Leur gravité, la froideur de leurs relations. XXXIV. + +Leurs poésies, leurs romans. CXXXVII. + +Le despotisme de leurs princes et la rigueur des châtiments les +portent à la révolte et aux derniers excès. LXXXI, CIII. + +=Osman=, sultan déposé par des suppliants. LXXXI. + +=Osmanlins=. Voir Turcs. + + +P + +=Paganisme=, favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV. + +Supérieur au mahométisme par l'interdiction de la polygamie, au +christianisme par la permission du divorce. _Ibid._ et CXVII. + +=Palais=. Lieu où se rend la justice, ses abords. Aspect lugubre des +salles et des magistrats. LXXXVII. + +=Palestine=. Déserte depuis la destruction des Juifs par Adrien. +CXXII. + +=Pape=. «Magicien» plus fort que le roi, dont il dirige l'esprit, lui +faisant croire «que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange +n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin.» XXIV. + +Chef des chrétiens, «vieille idole qu'on encense par habitude»; il +déposait les rois; il se dit successeur d'un des premiers chrétiens, +qu'on appelle saint Pierre; il donne des dispenses. XXIX. + +Effet de l'histoire des papes sur l'esprit du lecteur. CXXXVI. + +=Papier d'état=. Louis XIV en abuse. XXIV. + +(Décri des monnaies). _Ibid._ + +=Paracelse=. Purgatif. CXLIII. + +=Paradis=. Lieu de délices pour les chrétiens comme pour les +musulmans. XXXV. + +Les femmes en sont exclues par Mahomet. XXIV. + +Embarras des religions pour donner une idée des plaisirs assurés aux +élus: musique, circulation éternelle de par le monde, souvenir des +amours terrestres. Toutes inventions ridicules. CXXVI. + +Le paradis des femmes, conte persan. Les plaisirs et les vengeances +de l'immortelle Anaïs. CXLI. + +=Parfumeuses= qui réparent «par la force de leur art toutes les +injures du temps.» LVIII. + +=Paris=. «Siége de l'empire d'Europe.» XXIII. + +«Aussi grand qu'Ispahan;» + +Ville «bâtie en l'air;» extrêmement peuplée; embarras des rues; +XXIV. + +Extravagante curiosité des Parisiens pour tout ce qui sort de +l'usage reçu. XXX. + +Cherté du vin à Paris. XXXIII. + +Usage du café à Paris; les cafés. XXXVI. + +Paris, rendez-vous de tous les exploiteurs: alchimistes, magiciens, +devins, entremetteuses, chercheurs de bénéfices, maîtres de langues, +d'arts et de sciences, enseignant «ce qu'ils ne savent pas,» +médecins, empiriques, marchands et marchandes accortes, tous ces +gens-là cherchent à vivre dans une ville «qui est la mère de +l'invention.» L'étranger sort de Paris «plus précautionné qu'il n'y +est entré.» LVIII. + +=Paris= jugé par un Espagnol. LXXVIII. + +A Paris, règnent la liberté et l'égalité. Rien ne sauve un homme de +la foule. LXXXIX. + +=Paris= foyer de plaisir, donc d'art, de travail et d'industrie. CVII. + +=Parlements=. Grands corps, affaiblis par les moeurs, abattus par la +royauté; ruines qui rappellent un temple vénéré, image de la liberté +publique. Ils sont réduits aux fonctions judiciaires, et ne +retrouvent d'importance politique que dans quelques conjonctures +imprévues. + +Le régent a recours au parlement. XCIII. + +Le parlement de Paris relégué à Pontoise, pour s'être opposé aux +mesures exigées par Law. CXL. + +Ces compagnies facilement odieuses aux rois. _Ibid._ + +=Parties=. Parties de campagne où l'on veut s'amuser et où l'on +bâille. CXI. + +=Parure=. La parure d'une femme occupe cinquante artisans. CVII. + +=Paternité=. L'enfant né dans le mariage est censé être au mari. +LXXXVII. + +=Patrie=. «Je voudrais voir les noms de ceux qui meurent pour la +patrie écrits dans des registres qui fussent comme la source de la +gloire et de la noblesse.» LXXXV. + +=Paysan=. Riche ou pauvre, le rustique ou paysan peuple +indifféremment. CXIII. + +Les impôts pèsent principalement sur la nourriture et la famille du +paysan. CXXV. + +=Pécule=, propriété, mise de fonds et rançon de l'esclave antique. +CXVI. + +=Peines=. «Les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on +obéisse plus aux lois.» Témoin l'état moral de l'Asie. + +Ce qui importe, c'est la gradation dans le châtiment. LXXXI. + +=Pèlerinages= de la Mecque. XV. + +De saint Jacques en Galice. XXIX. + +=Perruquiers=. Les perruquiers français décident en législateurs sur +la forme des perruques étrangères. CI. + +=Persans=. Les plus tolérants de tous les mahométans. XXIX. + +Leur haine contre les Turcs. VII. + +Intempérance des monarques persans. XXXIII. + +=Persanes=. (Voir _Femmes_ et _Sérail_.) + +=Perse=. Les Tartares, «maîtres de la Perse.» LXXXII. + +Fort déchue de ce qu'elle était du temps des Xerxès et des Darius. +CXIII. + +La Perse antique était peuplée parce que les mages enseignaient un +dogme favorable à la propagation. CXX. + +=Peste=. Multitude de pestes mentionnées par l'histoire. Une, entre +autres, brûla jusqu'à la racine des plantes. CXIV. + +=Petits-maitres= au spectacle. XXVIII. + +Dans les conversations, parlent sans rien dire ou font parler leur +tabatière. Goûtés des femmes. LXXXIII. + +=Peuple=. L'abolition de l'esclavage retirait le bas peuple de la +puissance des seigneurs. LXXV. + +Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI. + +La puissance ne peut jamais être également partagée entre le peuple +et le prince. + +Le peuple en Europe et en Orient; + +Le peuple anglais devant la royauté. CIII-CV. + +=Pharan= ne veut pas être fait eunuque. XLI, XLII, XLIII. + +=Pharmacie nouvelle= extraite des ouvrages des philosophes, orateurs, +romanciers, poëtes, théologiens et casuistes. CXLIII. + +=Philosophes=; «laissés à eux-mêmes, privés des saintes merveilles, +ils suivent dans le silence les traces de la raison humaine.» +XCVIII. + +Leur supériorité sur les docteurs des religions diverses. _Ibid._ + +Plaisanteries contre Aristote, et surtout les scolastiques, dans la +lettre du médecin de province. CXLIII. + +Les philosophes (métaphysiciens) ont un mépris souverain pour +l'homme qui a la tête chargée de faits. CXLV. + +=Philosophie=, ne s'accorde pas avec la théologie. LXVI, CXL. + +=Physique=, bannit le merveilleux de l'univers. CXXXV. + +=Pierre le Grand=. Ses réformes, son humeur sévère. LI. + +=Plaisir=. La nature des plaisirs est d'être de courte durée. De là +l'embarras des religions et le ridicule des plaisirs éternels +qu'elles imaginent pour leurs paradis. CXXVI. + +=Plotin=. Purgatif. CXLIII. + +=Poëtes=. Singulière opinion sur les poëtes. XLVIII. + +Ils accablent la raison sous les agréments. + +Ils ne sont pas rares chez les orientaux. CXXXVII. + +Bucoliques, plaisent aux gens de cour; + +Dramatiques, poëtes par excellence, maîtres des passions; + +Epiques, sévèrement jugés; de là la froideur de Voltaire pour +Montesquieu. + +Lyriques, qui font de leur art une harmonieuse extravagance. +CXXXVII. + +=Point d'honneur=, tient à la passion de la gloire; caractère de +chaque profession; plus marqué chez les gens de guerre, a réglé +jadis la conduite des Français surtout des nobles; n'admet qu'une +solution, le duel. (V. _Duel_.) XCI. + +=Politesse=. En Espagne «un capitaine ne bat jamais son soldat sans +lui en demander permission, et l'inquisition ne fait jamais brûler +un juif sans lui faire ses excuses.» LXXVIII. + +=Politique=. En Asie, les règles de la politique sont partout les +mêmes. LXXXI. + +=Pologne=. N'a presque plus de peuples. CXIII. + +A mal usé de sa liberté et du droit d'élire ses rois. CXXXVI. + +=Polygamie=. _La polygamie triomphante_, livre où il est prouvé que la +polygamie est ordonnée aux chrétiens. XXXV. + +La polygamie, défendue par le paganisme romain. CXV. + +Elle engendre la langueur des hommes, l'étiolement des enfants, les +querelles des femmes condamnées à une continence forcée, la +fabrication des eunuques, le célibat des filles esclaves. C'est un +agent de dépopulation. _Ibid._ + +=Pompes funèbres=. Leur inutilité. XL. + +=Porphyre=. Purgatif. CXLIII. + +=Portes=, haussées, baissées ou élargies selon les parures des femmes. +C. + +=Portugais=. Voyez Espagne. LXXVIII. + +Leur douceur relative dans le gouvernement de leurs colonies. Ils +furent bientôt chassés de tous les pays qu'ils avaient découverts. +CXXII. + +=Poudre=. Depuis la poudre, plus d'asile contre l'injustice et la +violence. CVI. + +Mais depuis la poudre, batailles moins sanglantes. CVII. + +=Pourceau=. Pourquoi immonde? XVIII. + +=Pouvoir=. Il ne peut jamais être également partagé entre le peuple et +le prince. + +Le pouvoir des rois d'Europe est très-grand, modéré par leur +intérêt. CIII. + +Le pouvoir arbitraire, négation de la liberté et de l'égalité, +assurant aux princes toutes les richesses, enraye la propagation de +l'espèce. CXXIII. + +=Prescience divine=, ni absolue, ni infinie, sous peine de +contradiction et d'injustice. + +Si elle est intermittente, elle n'est plus que caprice et fantaisie. + +«L'alcoran et le livre des Juifs s'élèvent sans cesse contre le +dogme de la prescience absolue.» LXIX. + +Voir Dieu, Adam, liberté, âme. + +=Prestiges= qui font gagner des batailles: le terrain, le nombre, le +courage. CXLIII. + +=Prêtres=. Rôle difficile du prêtre dans le monde; sa neutralité +forcée. LVI. + +«L'envie d'attirer les autres dans son opinion est, pour ainsi dire, +attachée à sa profession.» _Ibid._ + +=Prière=. Postures exigées par les diverses religions. XLVI. + +Prêtres chrétiens et musulmans prient sept fois par jour. XXXV. + +=Prince=. Les querelles particulières du prince, le mécontentement des +ambassadeurs du prince, ne peuvent légitimer une guerre. XCVI. + +Il n'est pas de son honneur de s'allier avec un tyran. _Ibid._ + +Autorité illimitée des princes en Orient. CIII. + +En Europe, peu d'attentats contre la vie des princes. + +En Orient, sans précautions infinies, les princes ne vivraient pas +un jour. _Ibid._ + +En se cachant, les princes d'Orient font respecter la royauté et non +le roi. CIV. + +C'est un crime de lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses +sujets. CV. + +=Procédure=. «Formalités dont l'excès est la honte de la raison +humaine.» CI. + +=Propagation=. Conditions favorables à la propagation de l'espèce. + +=Divorce=; suppression du célibat religieux. CXV, CXVII. + +Accord du tempérament et du climat. CXXI. + +Liberté, égalité des droits et des fortunes. + +Gouvernement doux et républicain. CXXIII. + +=Proportion=. La proportion entre les fautes et les peines est comme +l'âme des États; gardée par les princes d'Europe, elle est sans +cesse renversée, à leurs dépens, par les rois d'Orient. CIII. + +=Propreté=. «La propreté, qui est l'image de la netteté de l'âme.» II. + +=Propriété=. L'incertitude de la propriété des terres ralentit +«l'ardeur de les faire valoir.» XX. + +=Prosélytisme=. Transmis des Egyptiens aux Juifs, des Juifs aux +mahométans et aux chrétiens; maladie épidémique; esprit de vertige; +éclipse entière de la raison humaine. LXXXVI. + +=Protestantisme=. Avantage du protestantisme sur le catholicisme, +suppression du célibat et des couvents. CXVIII. + +=Protestants=. Ils multiplient nécessairement plus que les +catholiques. De là accroissement de population, d'impôts, d'activité +agricole, industrielle, de travail et de richesses. CXVIII. + +=Providence=. Ce qui est pour le riche sagesse de la providence est +pour le pauvre aveugle fatalité du destin. XCVIII. + +Les musulmans laissent tout faire à la providence. CXX. + +L'homme ne trouble pas l'ordre de la providence lorsqu'il change les +modifications de la matière. LXXVI. + +=Puissance paternelle=. La plus sacrée de toutes les magistratures, +fortement établie par le droit romain; + +Montesquieu semble blâmer les Français de l'avoir restreinte. LXXIX. + +=Puissance royale=, ses progrès en France. CXXXVI. + +=Purgatifs=. 1º Mélange de philosophie scolastique; + +2º Extraits d'arrêts du Conseil et de Bulles et Constitutions de +jésuites. CXLIII. + + +Q + +Q. Quelques docteurs voulaient qu'on prononçât cette lettre comme un +K. (Querelle de Ramus.) CX. + +=Quiétisme=, sorte de mysticisme exalté. + +Un quiétiste n'est autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin. +CXXXIV. + + +R + +=Rat=. Pourquoi immonde? XVIII. + +=Raymond Lulle= a cherché vainement le secret de la transmutation des +métaux. XLV. + +=Récompenses=. A Rome, Athènes, Lacédémone, l'honneur payait seul les +services les plus signalés. L'auteur d'une belle action y trouvait +sa récompense. XC. + +=Régence=, ses commencements. Désarroi où la mort de Louis XIV laisse +la France. CXXXVIII. + +=Régent= (le), son habileté. XCIII. + +Il fait casser par le Parlement le testament de Louis XIV. + +Il relègue le Parlement à Pontoise. CXL. + +=Régicide=. En Orient, le régicide monte sur le trône sans opposition. +Pourquoi? CIV. + +=Reine=. Exemple de tendresse conjugale donné par une reine de Suède. +CXXXIX. + +=Religion=. Distinction entre la foi et la vie laïque, fortement +établie. X. + +«Je ne leur parle pas (aux Mollaks) comme vrai croyant, mais comme +homme, comme citoyen, comme père de famille.» + +Chez les chrétiens elle est plus un sujet à disputes qu'un moyen de +sanctification. LXXV. + +La religion gagne les malades par ses promesses. LXXV. + +=Religions=. «Les plus proches sont les plus grandes ennemies.» LX. + +Avantages de la multiplicité des religions dans un État; + +Les guerres de religion suscitées par l'esprit d'intolérance. +LXXXVI. + +Il n'y a pas de religion qui ne prescrive l'obéissance et la +soumission. _Ibid._ + +Leur grand nombre embarrasse ceux qui cherchent la vraie. XLVI. + +Béatitudes qu'elles promettent aux élus. CXXVI. + +Dieu condamne-t-il ceux qui ne pratiquent pas celle qu'ils ne +peuvent connaître? XXXV. + +=Religions= (tolérées). Ceux qui vivent dans ces religions, plus +utiles que ceux qui suivent la religion dominante. Eloignés des +honneurs, ils n'en sont que plus portés à s'enrichir par le travail. +LXXXVI. + +=Remèdes= composés par un médecin rempli des mystères de la cabale. +CXLIII. + +Remèdes rares, tels que préface trop courte, mandement fait par un +évêque, etc. _Ibid._ + +=Représailles=. Leur office dans le droit public international. XCVI. + +=Représenter=, c'est-à-dire «faire sentir à tous les instants la +supériorité qu'on a.» LXXIV. + +=République=. Conclusion de l'histoire des Troglodytes. XIV. + +Semble être le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la +vertu. X. + +La douceur du gouvernement républicain, la liberté, l'égalité, +source d'opulence, favorisent la propagation de l'espèce. CXXIII. + +=République romaine=, son extension eût été un bonheur pour le monde, +sans le pouvoir abusif des proconsuls et la différence que le droit +de cité maintenait entre les vainqueurs et les vaincus. CXXXI. + +Républiques=, contraires au génie oriental. + +Leurs origines. Elles sont postérieures aux monarchies. + +La Grèce, l'Asie-Mineure, Carthage, Rome. + +Le Nord et l'Allemagne (on a pris pour des rois les chefs des +armées). CXXXI. + +=Résurrection de la chair=. Croyance commune au christianisme et au +mahométisme. XXXV. + +=Revenus=. A Paris, les revenus des citoyens «ne consistent qu'en +esprit et en industrie; chacun a la sienne qu'il fait valoir de son +mieux.» LVIII. + +Revenus fonciers difficiles à percevoir. + +Revenus mobiliers. Embarras d'un homme à qui son débiteur rend une +somme prêtée. CXXXII. + +=Révolution=. En Orient «le moindre accident produit une grande +révolution.» LXXXI. + +=Rhédi= neveu d'Ibben. XXV, écrit de Venise à Usbek, XXXI. (Voir la +table des _Lettres_.) + +=Rica=, compagnon de voyage d'Usbek, son caractère enjoué, XXV. (Voir +la table des _Lettres_.) + +=Richesse=. Si la Providence n'avait accordé les richesses qu'aux gens +de bien, on ne les aurait pas assez distinguées de la vertu. XCIX. + +=Robe=. Un des trois états qui se méprisent mutuellement. XLIV. + +=Rodriguez= (le P. Alphonse), jésuite espagnol, né à Valladolid, mort +à Séville en 1616, auteur d'un _Traité de la perfection chrétienne_, +traduit par Régnier des Marets. Ses oeuvres sont rangées parmi les +purgatifs. CXLIII. + +=Rois=. Les rois sont comme les dieux: pendant qu'ils vivent, on doit +les croire immortels. CVIII. + +Les rois des tribus germaniques n'étaient que des chefs ou généraux +à pouvoir limité par celui des seigneurs et l'égalité des +dépouilles. CXXXI. + +Rois déposés par les Vandales et les Goths. _Ibid._ + +=Roman=. Le roman qui sert de canevas aux Lettres persanes est tout +entier dans la jalousie d'Usbek absent et les désordres de son +sérail. Si l'on y joint l'histoire d'Aphéridon et d'Astarté et celle +d'Anaïs (LXVII, CXLI), il remplit environ soixante lettres, et un +peu moins du tiers de l'ouvrage qu'il varie, et auquel il est +souvent rattaché avec un art discret. + +(Voir _Eunuques_, _Fatmé_, _Roxane_, _Zachi_, _Zélis_, _Zélide_, +_Zéphis_ et _Sérail_, _Usbek_ et _Solim_, etc.). + +=Romanciers=. Espèces de poëtes qui outrent le langage de l'esprit et +du coeur. CXXXVII. + +=Romans=. Leurs héros sont à côté de la nature; un seul détruit une +armée. + +Extravagance des romans orientaux. CXXXVII. + +Romans, vomitif. CXLIII. + +=Rome=. Combien déchue depuis les temps anciens. CXIII. + +=Royauté=. Progrès de la royauté française. CXXXVI. + +=Roxane=, femme préférée d'Usbek, qui vante sa vertu. XX. + +Son opiniâtreté à repousser les assiduités de son mari dans les +premiers mois de son mariage. XXVI. + +Sa feinte sagesse trompe les eunuques. CLI; + +Elle s'indigne des châtiments subis par les autres femmes du sérail. +CLVI. + +Surprise avec un jeune homme. CLIX. + +S'empoisonne: sa lettre. CLXI. + +=Russe=. Lettre d'une jeune mariée russe qui se plaint de n'être pas +battue par son mari. LI. + +=Russie=. Le czar, allié naturel de la Perse contre les Turcs. + +Réformes de Pierre le Grand. LI. + +=Rustan=, ami et correspondant d'Usbek. V. + +(Voir la table des _Lettres_.) + + +S + +=Saint-Cyran= (abbé de), ses lettres bonnes contre la gale, la +gratelle, etc. CXLIII. + +=Samos=. Roi de Samos sommé par un roi d'Egypte de renoncer à la +cruauté et à la tyrannie. XCVI. + +=Sanchez=. Son _de matrimonio_, fort tonique contre la chlorose. +CXLIII. + +=Santon=, saint musulman. XCIV. + +Santons chrétiens (moines de la Thébaïde). _Ibid._ + +=Sardaigne=, terre insalubre, destinée par les Romains aux criminels +et aux Juifs. CXXII. + +=Sauromates=, véritablement dans la servitude du sexe. XXXVIII. + +=Sauvages=. Leur aversion pour le travail et l'agriculture. Leur vie +précaire; famine. Avortements. Isolement des tribus. + +Dépopulation. CXXI. + +=Savants=. Deux savants pleins de vanité. CXLIV. + +Tribulations d'un savant, astronome, physicien et anatomiste. CXLV. + +Jadis accusé de magie, le savant aujourd'hui l'est d'irréligion ou +d'hérésie. + +Dédain des savants pour ceux qui s'occupent d'une autre science que +la leur. CXLV. + +=Scapulaire=, morceau de drap attaché à deux rubans. XXIX. + +=Sciences=. Mauvais usage des sciences. CVI. + +=Scolastique=. Allusion aux disputes et aux subtilités scolastiques. +XXXVI. + +=Scot=, subtil scolastique; purgatif. CXLIII. + +=Secte=. Une secte nouvelle introduite dans un État est le moyen le +plus sûr pour corriger les abus de l'ancienne. LXXXVI. + +=Seigneur=. Les grands seigneurs qui représentent. + +Leur morgue. LXXIV. + +L'abolition de l'esclavage par les rois abaissait les seigneurs. +LXXV. + +Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, parle aux ministres, +a des ancêtres, des dettes et des pensions. LXXXIX. + +=Sémiramis=, reine et divinité des Babyloniens. XXXVIII. + +=Sénèque=. Dans le malheur, un Européen n'a «d'autre ressource que la +lecture d'un philosophe qu'on appelle Sénèque: mais les Asiatiques, +plus sensés et meilleurs physiciens en cela, prennent des breuvages +capables de rendre l'homme gai, etc.» XXXIII. + +=Séparation=. Une femme effrontée expose les outrages qu'elle a faits +à son époux comme une raison d'en être séparée. LXXXVII. + +=Sérail=. Gouverné par les eunuques noirs. II, VII, LXIV, IX. + +Gardé par les eunuques blancs qui ne peuvent pénétrer dans +l'appartement des femmes. XX, XXI. + +Les hommes qui en approchent sont massacrés. LXVII, CLIX. + +Condition et malheur des femmes qui y sont enfermées. VII, XX, XXI, +XXVI, XXVII. + +A quel âge elles y entrent. LXII. + +On leur fait croire que leur réclusion est une garantie de chasteté, +de santé et de beauté. XX, XXXIV, XLVII, LXII, LXIII. + +Plus il y a de femmes dans un sérail, moins elles y donnent +d'embarras. XCVII. + +Leurs dissensions, leurs réconciliations, leurs voyages ou +promenades dans des boîtes. LXIV, III, XLVII. + +Leurs privautés avec les filles esclaves, IV, CXLVII, qui ne se +marient presque jamais sinon avec des eunuques, LXVII, CXV, LIII; +leur goût pour les eunuques blancs. XX. + +Le sérail tue l'amour chez le mari sans supprimer la jalousie. VI. + +Désordres dans le sérail d'Usbek. XX, LXIV, LXV, CXLVII-CLXI. + +Châtiments terribles, le fouet, la torture. CLVI-CLVIII. + +=Servitude=. La servitude est dans le tempérament asiatique. CXXXI. + +=Sibérie=. Lieu d'exil pour les seigneurs russes disgraciés. LI. + +=Sicile=. Contenait jadis de puissants royaumes. CXIII. + +=Sincérité=. Celle d'Usbek lui a fait des ennemis à la cour de Perse. +C'est la cause de son voyage. VIII. + +=Singe=. Il y a encore des peuples chez lesquels un singe passablement +instruit pourrait vivre avec honneur. CVII. + +=Smyrne=. Seule ville «riche et puissante» de l'Asie turque: «Ce sont +les Européens qui la rendent telle.» XX. + +=Sociabilité=. L'homme, animal sociable; un Français est donc l'homme +par excellence. LXXXVIII. + +=Société=. Elle est fondée sur un avantage mutuel. LXXVI. + +Origine des sociétés: «un fils est né auprès de son père et il s'y +tient: voilà la société et la cause de la société.» XCV. + +=Soleil=. Les Espagnols disent «que le soleil se lève et se couche +dans leur pays.» LXXVIII. + +«Ouvrage et manifestation de la divinité,» dieu des Guèbres, +longtemps «honoré» d'un «culte religieux mais inférieur... dans la +ville sainte de Balk.» LXVII. + +=Solidarité=. Sa nécessité sociale, prouvée dans l'épisode des +Troglodytes. Lettres XI. XII, XIII. + +=Solim=, eunuque, dénonce les désordres du sérail, CLI. + +Est chargé des vengeances d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX. + +=Soliman=, affront qu'il reçoit. LXX. + +=Solliciteuses=. Leur agitation perpétuelle; elles ne reculent devant +rien pour distribuer les places et les honneurs. CVIII. + +=Somnifères=. La _Cour sainte_ du P. Caussin procure un doux sommeil à +un malade affligé d'insomnie, et à toute sa famille. CXLIII. + +=Somptuaires= (lois) finement raillées. CXXV. + +=Son=. Combien de lieues il fait dans une heure. XCVIII. + +=Sottises=. Dire théologiquement force sottises. CII. + +=Soumission=. Elle se mesure à la gratitude. CV. + +=Souverains=. Doivent chercher des sujets et non des terres. CVII. + +=Statues=. Il y en a autant dans les jardins de Louis XIV que de +citoyens dans une grande ville. XXXVII. + +=Statuts= de villes et de provinces. Presque toujours rédigés par +écrit sous Louis XIV. CI. + +=Style figuré=. L'auteur le condamne. XCVIII. + +=Suède=. Mort de Charles XII. CXXVIII. + +Mention de deux reines de Suède. CXXXIX. + +=Suicide=. Injustice des lois portées contre ceux qui se tuent +eux-mêmes. + +Le suicide ne trouble pas l'ordre de la nature. + +Il n'est que l'usage d'un droit; la renonciation à un contrat devenu +onéreux. LXXVI. + +Faibles arguments en faveur de la loi religieuse et de la loi civile +contre le suicide. LXXVII. + +=Suisse=. République. CXXIII. + +Elle est l'image de la liberté. CXXXVI. + +=Sultans=. Ils ont plus de femmes que certains princes italiens ou +allemands n'ont de sujets. CIII. + +=Superfluités=. Elles sont socialement aussi nécessaires que les +nécessités de la vie. CVII. + +=Sûreté=. Précautions des princes orientaux pour mettre leur vie en +sûreté. CIII. + +=Suphis=. Jeune étourdi. Le traitement qu'il fait subir à sa jeune +femme. LXX. + +=Syphilis=, son introduction dans l'ancien monde; ses effets +prodigieux; remède puissant qui lui est opposé. CXIV. + +=Système= (de Law). Allusion aux troubles qu'il apporte dans les +fortunes. CXXXII. + +Ses affirmations ne sont pas plus sûres que les présages de +l'astrologie judiciaire. CXXXV. + +Il pervertit la moralité publique. CXLVI. + +=Système du monde=, expliqué par quelques lois générales découvertes +par des philosophes qui n'ont point été ravis jusqu'au trône +lumineux (comme saint Paul), etc. XCVIII. + + +T + +=Talents= (petits), tels que: parler pour ne rien dire, écouter, +sourire à propos, entendre finesse à tout, etc. + +«Un homme de bon sens ne brille guère devant eux.» LXXXIII. + +=Talismans=. Effet que peut produire l'arrangement de certaines +lettres. CXLIII. + +=Tartares=. Leurs conquêtes et leur puissance. Il ne leur a manqué que +des historiens. LXXXII. + +Pourquoi leurs conquêtes seraient dévastatrices. CXXXI. + +=Tartarie=. «Quand le kan de Tartarie a dîné, un héraut crie que tous +les princes de la terre peuvent aller dîner.» XLIV. + +=Tauris=. Lettres I, II, III. + +=Tavernier=, célèbre voyageur en Perse. LXXII. + +=Tempéraments= fixés par le climat, ils souffrent du changement +brusque du pays d'origine. CXXII. + +=Tentations= des santons de la Thébaïde. Elles nous suivent jusque +dans la vie la plus austère. XCIV. + +=Terre=. Soumise comme les autres planètes, aux lois du mouvement; +elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses principes. +CXIV. + +Elle se dépeuple et dans dix siècles ne sera plus qu'un désert. +CXIII. + +=Testament=. Le testament de Louis XIV cassé par le parlement. XCIII. + +=Théâtre=. Description de la salle et de la scène. XXVIII. + +=Thébaïde=. Saints ou santons chrétiens de la Thébaïde. Leur vie, +leurs tentations. + +Les chrétiens sensés regardent leur histoire comme une allégorie +bien naturelle des passions qui nous suivent jusque dans le désert. +XCIV. + +=Théologie=. Les livres de théologie, doublement inintelligibles par +la matière et la manière. CXXXIV. + +=Tisane= purgative et autres, d'après la nouvelle pharmacie +spirituelle. CXLIII. + +=Titres=. La vente des titres d'honneur est une des principales +ressources de Louis XIV. XXIV. + +=Tolérance=. Elle commence à s'établir en France; mais non en Asie. +LX. (Voir =Intolérance=.) + +=Traducteurs=. Dialogue d'un traducteur d'Horace et d'un géomètre. + +Services que rendent les traducteurs et danger de leur métier. +CXXIX. + +=Traductions=; rendent le corps, mais non la vie. _Ibid._ + +=Traitants=. Chambre, qu'on appelle de justice, parce qu'elle va leur +ravir tout leur bien. XCIX. + +=Traite= autorisée par les rois chrétiens. LXXV. + +=Traités de paix=, légitimes lorsque les conditions en sont telles que +les deux peuples peuvent se conserver. XCVI. + +=Travail=. Les Espagnols «invincibles ennemis du travail.» LXXVIII. + +Le travail et l'industrie à Paris: sans eux, plus de revenus, plus +de circulation des richesses. Chacun, retiré dans sa terre, ne +travaillerait qu'à sa faim. Dépopulation. CVII. + +=Tribunal= où l'on prend les voix à la majeure; on a reconnu qu'il +vaudrait mieux les recueillir à la mineure. LXXXVII. + +=Troglodytes=, perdus par l'égoïsme et l'anarchie, relevés par la +solidarité des droits et des devoirs, par la pratique de la vertu et +de la liberté civile. Vont de nouveau périr par la monarchie et +l'égalité dans la servitude. XI-XIV. + +=Turcs=. Sous le nom de Turcs, les Tartares ont fait des conquêtes +immenses dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique; et ils dominent sur +trois parties de l'univers. LXXXII. + +Les Turcs défaits par les Impériaux. CXXIV. + +Caractère de leurs conquêtes. CXXXI. + +=Turquie=. Faiblesse de l'empire des Osmanlis: «Ce corps malade ne se +soutient pas par un régime doux et tempéré, mais par des remèdes +violents qui l'épuisent et le minent sans cesse.» + +Ni commerce, ni art, ni «expérience sur la mer,» villes désertes, +campagnes désolées; + +«Juste idée de cet empire qui, avant deux siècles, sera le théâtre +des triomphes de quelque conquérant.» XX. + +La Turquie est également dépeuplée en Europe et en Asie. CXIII. + +=Tyen=. Ciel des chinois. Les âmes des ancêtres y sont anéanties, mais +revivent sur terre dans les enfants. CXX. + + +U + +=Ubiquité=. Question pour les philosophes, réalité pour les Français. +LXXXVIII. + +=Ulrique-Eléonore=, reine de Suède. Sa tendresse conjugale. CXXXIX. + +=Université= (de Paris), fille très-aînée des rois de France. Elle +rêve quelquefois. CX. + +=Usbek=. (_Ouzbeyg_, nom d'une des principales tribus tartares ou +turcomanes qui ont envahi l'Asie Mineure vers le temps des +croisades.) Seigneur persan disgracié. VIII. + +Vient en Europe se perfectionner dans les sciences, qu'il a toujours +aimées. + +Il passe par Com, Tauris, Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne et +s'arrête à Paris «siége de l'empire d'Europe.» + +C'est là qu'il étudie les moeurs des Français, qu'il ne cesse de +sonder les matières religieuses, philosophiques, politiques, qu'il +acquiert des notions de droit public et d'histoire générale, plus +tard développées dans l'_Esprit des lois_. + +Le regret de son sérail, la jalousie, troublent seules la sérénité +de son esprit. Il renvoie à Ispahan les eunuques qu'il avait +emmenés, ne cesse d'écrire à Zachi, Zélis, Zéphis, Fatmé, et surtout +à Roxane, sa favorite, qui le trompe avec toutes les apparences de +la vertu. Son désespoir, les ordres cruels qu'il donne contre les +infidèles remplissent la fin des _Lettres persanes_. + +Voir à la table les numéros des lettres nombreuses qu'il envoie et +qu'il reçoit. + +=Usurpateur=. Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point +opprimé la patrie comme lui. CV. + + +V + +=Vanité= de deux savants qui veulent être admirés à force de déplaire. +CXLIV. + +Portrait du vaniteux. L. + +=Vandales=, déposaient volontiers leurs rois. CXXXI. + +=Venise=. Epargnée par les mahométans parce que l'eau y manque pour +les purifications. XXXI. + +République qui n'a de ressources qu'en son économie. CXXXVI. + +=Vérité=. «Vérité dans un temps, erreur dans un autre.» LXXV. + +=Vérités=. La connaissance de cinq ou six vérités a rendu la +philosophie pleine de miracles. XCVIII. + +=Vertu=. C'est la pratique de la justice, de la réciprocité sociale. +XII, XIII, _passim._ + +Quand elle est naturelle, la vertu est modeste et ne se fait pas +sentir. L. + +=Veuve indienne=. Pourquoi elle veut se brûler et pourquoi elle y +renonce. CXXVI. + +=Viandes=. Le Turc ne veut point qu'elles soient étouffées. XLVI. + +=Vieillesse=. Elle juge tout d'après le souvenir et le regret de la +jeunesse perdue. LIX. + +=Vierge= qui a mis au monde douze prophètes. Son tombeau est à Com. I. + +=Villes= d'Italie, désertes et dépeuplées. CXIII. + +Les voyageurs recherchent les grandes villes, espèce de patrie +commune à tous les étrangers. XXIII. + +Depuis quand les bourgeois ont perdu la garde de leurs villes. CVI. + +=Vin=, causes de sa cherté à Paris. Ses funestes effets chez les +musulmans, malgré les prohibitions du Coran. XXIII, LVI. + +=Virginité=. Des femmes adroites font de la virginité une fleur qui +périt et renaît tous les jours, «et se cueille la centième fois plus +douloureusement que la première.» LVIII. + +Incertitude des preuves de la virginité. LXXI. + +=Visapour=. Les femmes jaunes de ce pays peuplent les sérails de +Perse. XCVII. + +=Visites=. Pour nombre de Français, il est de la bienséance de visiter +chaque jour le public en gros et en détail. LXXXVIII. + +=Vizir=. Le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour +châtier les sectateurs d'Omar. CXXIV. + +=Voeux=. «Les dervis font trois voeux, d'obéissance, de pauvreté +et de chasteté. On dit que le premier est le mieux observé de tous; +quant au second, je te réponds qu'il ne l'est point: je te laisse à +juger du troisième.» LVII. + +=Volonté=. «Dieu ne peut lire dans une volonté qui n'est point +encore.» LXIX. + +=Vomitifs=. 1º Harangues, oraisons funèbres, opéras nouveaux, romans, +mémoires, le tout distillé; + +2º Infusion de papier ayant couvert un recueil des pièces des +Jésuites français» (J. F.); ou mieux, selon Barbier, des jeux +floraux. CXLIII. + +=Voyages=. Combien plus embarrassants pour les femmes que pour les +hommes. XLIII. + + +Z + +=Zachi= rappelle à Usbek qu'il l'a préférée à ses autres femmes. III. + +Trouvée seule avec Nadir, eunuque blanc. XX. + +Ses privautés avec la jeune Zélide. _Ibid._ + +Sa réconciliation avec Zéphis. XLVII. + +Couchée avec une de ses esclaves. CXLVII. + +Elle reçoit le fouet et se plaint passionnément à Usbek. CLVII. + +=Zélide=, esclave de Zéphis, de Zachi et de Zélis, soupçonnée de +certaines complaisances intimes pour ses maîtresses. IV, XX, CXLVII. + +Elle consent à épouser Cosrou, eunuque blanc. (V. ce mot.) XLVII. + +=Zélis= marie son esclave Zélide à Cosrou, eunuque blanc. Ses idées +sur les plaisirs conjugaux des hommes de cette espèce. LIII. + +Confie sa fille, âgée de sept ans, aux soins des eunuques noirs. +LXII. + +A laissé tomber son voile en allant à la mosquée. CXLVII. + +Soupçonnée d'avoir reçu une lettre. CXLVIII. + +Reçoit le fouet et se plaint vertement au «tyran» Usbek. CLVIII. + +=Zéphis=. Accusée de certaines relations illicites avec son esclave +Zélide, IV, se plaint du grand eunuque noir. + +Sa réconciliation avec Zachi. XLVII. + +=Zend=, ancien bactrien, langue sacrée des Guèbres. LXVII. + +=Zeuxis= assemble les plus beaux modèles pour figurer la déesse de la +beauté. + +Ainsi les métaphysiciens construisent l'idée de Dieu avec les +perfections imaginées par les hommes. LXIX. + +=Zoroastre=. Législateur des Guèbres et auteur de leurs livres sacrés. +LXVII. + +=Zufagar=, nom de l'épée d'Ali, «qui avoit deux pointes.» XVI. + +(_Zoulfékar_, sabre à deux lames donné par Mahomet, conservé dans la +maison des Kalifes, brisé à la chasse par un descendant d'Abdoullah +IV, il figure sur les pavillons ottomans.) + +=Zuléma= raconte à ses compagnes du sérail l'histoire du farouche +Ibrahim et de l'immortelle Anaïs. CXLI. + + + + +BIBLIOGRAPHIE. + + +I.--ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT DE L'AUTEUR. + +1721. =Lettres persanes=, à Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le Dam. +2 vol. grand in-12 (150 lettres). + +-- =Lettres persanes=, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. in-12. (Édition +semblable à la précédente.) + +-- =Lettres persanes=. =Seconde édition=, _revuë, corrigée, diminuée +et augmentée par l'auteur_. 2 vol. pet. in-12, (140 lettres). +Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B. + +Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition), XXIII (XXV), +XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL (XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII +(LXV), LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI sont fondues +en une seule. + +Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans cette _2e Marteau_ +les nos LVIII, LIX, LX. Reproduites avec quelques variantes dans le +_Supplément_ de 1754. + +Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX. + +La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en tête du +tome second de la première édition, termine le tome premier de la +seconde, avec le nº LXI. + +Les suppressions et changements ne portent que sur le tome Ier. + +(Pour la nature des suppressions, voir la _préface_ de notre +édition. Pour les variantes et la collation des nos, voir nos _notes +et variantes_, tomes I et II.) + +_N. B._ Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble bien +qu'il en ait paru deux à _Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le +Dam_. L'une porte sous le titre une sphère armillaire, l'autre un +polygone régulier à neuf pans, dans lequel sont inscrits trois +triangles équilatéraux. + +Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale +appartiennent à deux éditions différentes: le tome I a la sphère, le +tome II a le polygone; or nous avons sous les yeux: + +Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette. Sur le tome I +de la Bibliothèque nationale, en regard du feuillet de garde, se +trouve la note manuscrite suivante: _édition différente_. Au reste, +les deux éditions Brunel et l'une des éditions Marteau sont des +réimpressions d'un même texte. + + +1730. =Lettres persanes, troisième édition= à Amsterdam, chez Jacques +Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, 19030 _bis_ B. + +Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser au +moment où fut rédigée notre préface, est une _réimpression_ de la 2e +Marteau. Elle commence également par la lettre d'_Usbek à son ami +Nessir_, la Ve du texte complet. Le premier tome finit par la lettre +sur l'Académie. + +-- Autre édition, mais conforme à la 1re: à Cologne, chez Pierre +Marteau. 2 vol. in-12. + + +1731. =Lettres persanes=: à Amsterdam, chez P. Mortier, 2 vol in-12 +(150 lettres). Quérard dit: Amsterdam (Paris). + + +1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, Pierre +Marteau. + + +1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18. + + +1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, près le +collége des Jésuites. In-8o, 2 tomes en un volume, 150 lettres. +(Arsenal, 19031 B.) + +-- La même édition, augmentée des _Lettres turques_ (par +Saint-Foix), 2 tomes en un volume. + +Réimpression de la 1re 1721, avec quelques variantes insignifiantes. + + +1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir la +préface) _les Lettres persannes convaincues d'impiété_, qui vise la +1re Marteau 1721, et la 2e Desbordes 1730. + + +1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau. + + +1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de +Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le texte. + +=Lettres persanes=, à Cologne, chez Pierre Marteau (2 tomes in-12, 150 +lettres, avec un _Supplément_). + +Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier volume +sont intercalées les _Lettres turques_. + +Le _Supplément_, à la fin du second volume, contient _quelques +réflexions sur les Lettres persanes_, onze lettres, dont trois +empruntées, avec variantes, à la 2e Marteau, 3e Desbordes, et un +certain nombre de passages nouveaux à ajouter ou à substituer dans +le texte. La plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement +observé les indications du _Supplément_ pour le placement des +lettres et passages nouveaux. + +Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition reliée en un +volume; les _Lettres turques_ y sont insérées après le Supplément. + + +II.--ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT DE L'AUTEUR. + +(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées des +_Lettres persanes_: mais diverses considérations nous ont amené à +signaler plusieurs éditions des OEuvres complètes, en n'y tenant +compte que de ce qui concerne les _Lettres_.) + + +1755. Réimpression pure et simple, sans _Supplément_, du texte de +1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. grand in-12). +L'exemplaire de la bibliothèque nationale est relié en un volume. + + +1757. =OEuvres de M. de Montesquieu=, Londres (4 vol. in-12). La +première édition des oeuvres complètes, publiée par Richer sous +les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, avec le concours de +Moreau, ancien secrétaire de l'auteur, et imprimeur célèbre qui, +suivant Quérard et Brunet, la rendit le modèle des éditions +suivantes. + + +1758. =OEuvres complètes de M. de Montesquieu=, nouvelle édition, +revue, corrigée et considérablement augmentée _par l'auteur_, +Amsterdam et Leipsick, Arkstée et Merkus (3 vol. in-4o). Toutes les +additions du _Supplément_ sont intercalées à leur place. + +Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), note +manuscrite indiquant deux collaborateurs pour les _Lettres_. Les +_Lettres_ sont au tome III. Dans l'avertissement, Richer réfute les +remarques d'un anonyme (Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition, +très-belle en effet, est plus correcte et moins chère que la +précédente. Toutes deux sont d'ailleurs l'oeuvre de Richer et de +Moreau. Elles renferment un assez grand nombre de _corrections_ +d'après les changements trouvés dans les papiers de l'auteur, et que +beaucoup d'éditions subséquentes ont admises. Nous les signalons +dans nos _Notes_, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à +même de les voir et de les certifier, et nous nous défions fort de +cette manie d'arrangement et d'atténuations, à laquelle se +laissaient aller volontiers les éditeurs des derniers siècles. Au +reste, ces variantes sont véritablement insignifiantes. + +Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam. + + +1759, 1762. =OEuvres=. Nouvelle édition, très-augmentée, avec des +_remarques philosophiques et politiques d'un anonyme_ (Élias Luzac), +Amsterdam et Lausanne, Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.) +(6 volumes in-12. + +Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque Richer +réfute en 1758 les _Remarques_ d'Élias Luzac. + + +1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la note +manuscrite mentionnée à l'article 1758. + + +1761. =Lettres persanes=, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle édition, +augmentée de douze lettres qui ne se trouvent pas dans les +précédentes, et d'une table analytique des sujets traités; un vol. +in-8o de 527 pages. Réimprimée en 1786. + +Le chiffre de _douze lettres_ contient sans doute _Quelques +Réflexions sur les Lettres persanes_. En fait, le _Supplément_ de +1754 n'ajoute que _onze_ lettres. + +Cette édition est la première complète des _Lettres persanes_. + + +1767. =Lettres persanes=, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12. + + +1772. =OEuvres=. Londres, Nourse, 3 vol. in-8o, l'une des plus +mauvaises. + + +1776. =Lettres persanes=, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1 vol. in-12, +161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de Provins.) + + +1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18. + + +1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12. + + +1788. =OEuvres=. Paris, Bastien, 5 vol in-8o. D'après Quérard, +médiocre et chère. + +=OEuvres=, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs pièces +qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam (sans nom d'éditeur ni +d'imprimeur). Généralement conforme à l'in-4o de 1758. 6 vol. in-8o. + + +1790. =OEuvres=, Bâle 8 vol. in-8o (réimprimées en 1799), avec des +notes d'Helvétius, longtemps la plus complète, mais entièrement +effacée par celle d'Auger 1816. + + +1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8o; avec notes +d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte médiocre. +(Publiée par de Laroche.) + + +1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV. + +Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les manuscrits +(?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie Plassan. 5 vol. grand +in-4o. + +Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758, laisse à +désirer comme livre de luxe. + + +1803. =Lettres=. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol. in-18. +Avec les clichés de cette édition peu correcte a été faite celle de +Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection des classiques français). +Autre tirage, 1811. + + +1814 et 1820. =OEuvres=, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8o. + + +1815. =Lettres=, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format). + + +1816, 1818, 1820. =OEuvres=, précédées de la vie de l'auteur par +Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8o, imprimerie Crapelet. (Table +analytique bien faite.) + +La seconde est plus complète. + +Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le texte des +lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables. + + +1817. =OEuvres=, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes +in-8o. + + +1818. =Lettres=, Nîmes, in-8o (id. 1820), traduction espagnole de +Marchena. + + +1819. =OEuvres=. Nouvelle édition contenant les _Éloges de +Montesquieu_ par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable), +les notes d'Helvétius, de Condorcet, et le commentaire de Voltaire +sur l'_Esprit des lois_. Paris, de l'imprimerie de Pierre Didot +aîné. Lequien 1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de +1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont passées en revue. +Estimée. + + +1820. =Lettres=, suivies des oeuvres diverses, Paris, Didot aîné, 3 +vol. in-8o, formant les volumes 52-54 de la _Collection des +meilleurs ouvrages français_. + + +1820. =Lettres=. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant +partie de la _Bibliothèque française_. + + +1821. =Lettres=. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection +des _Classiques français_.) + +=Lettres= (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, in-12. + +=Lettres=, Paris, Touquet, in-12. + + +1822. =OEuvres=, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8o. +Portrait. Avec les =Éloges= par d'Alembert et Villemain, suivie du +_Commentaire sur l'Esprit des lois_ par Destutt de Tracy. Édition +faite sur 1819-Lequien. Estimée. + + +1823. =Lettres=. Nouvelle édition accompagnée de notes et d'une table +alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18. + +Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur les noms +orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée par les frères Garnier. + +=Lettres=, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, 3 vol. in-32. + + +Il y a peu à dire sur les éditions, tant des =OEuvres= que des +=Lettres=, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de nos +jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt de 1758. + + + + +TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND. + +Lettre LXXXIX. Usbek à Rhédi. + +Notes sur Paris ou règnent la _liberté et l'égalité_; +portrait du grand seigneur en France; la faveur, +grande divinité des Français. 1 + +Lettre XC. Usbek à Ibben. + +Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation. +Amour des Français pour la gloire. Éloge +du régime républicain. 2 + +Lettre XCI. Usbek au même. + +Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du +duel, plus forte que la raison et que la loi. 4 + +Lettre XCII. Usbek à Rustan. + +Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. 6 + +Lettre XCIII. Usbek à Rhédi. + +Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement. +Rôle des parlements. Habileté du régent. 7 + + +Lettre XCIV. Usbek à son frère santon au monastère de +Casbin. + +A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires. +Tentations des ascètes de la Thébaïde. 8 + +Lettre XCV. Usbek à Rhédi. + +Le droit public altéré par les princes et les puissants. +Le droit public ramené aux principes de justice +qui régissent le droit privé. 10 + +Lettre XCVI. Usbek au même. + +Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions +du droit public. De la guerre et du prétendu +droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir +les _Notes et variantes_.) 11 + +Lettre XCVII. Le premier eunuque à Usbek. (_Roman_.) + +Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de +la polygamie. Nécessite de la présence du maître +dans le sérail. 14 + +Lettre XCVIII. Usbek à Hassein, dervis de la montagne +de Jaron. + +Supériorité des lois physiques découvertes par les +philosophes sur les élucubrations mystiques des +livres saints et des prophéties. 16 + +Lettre XCIX. Usbek à Ibben. + +Inconstance des fortunes et désordre des finances en +France. Chambre ardente contre les traitants. +Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. 19 + +Lettre C. Rica à Rhédi. + +Les caprices et l'empire de la mode en France. 21 + +Lettre CI. Rica au même. + +Frivolité du caractère français. Incohérence de leur +législation empruntée au droit romain et aux constitutions +des Papes. 23 + +Lettre CII. Usbek à ***. + +Sur un évêque qui vantait son mandement. 25 + +Lettre CIII. Usbek à Ibben. + +Considérations sur le gouvernement monarchique en +Europe et sur le despotisme oriental. 26 + +Lettre CIV. Usbek au même. + +Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs +assassins pour successeurs. 29 + +Lettre CV. Usbek au même. + +Limitation de l'autorité royale par les Anglais. 31 + +Lettre CVI. Rhédi à Usbek. + +Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts, +incompatibles avec la solidité des monarchies. 33 + +Lettre CVII. Usbek à Rhédi. + +Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de +l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du +luxe. 35 + +Lettre CVIII. Rica à Ibben. + +Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère +des rois. Louis XIV entièrement gouverné +par les femmes. 39 + +Lettre CIX. Usbek à ***. + +Les journaux et la critique au commencement du +XVIIIe siècle. 41 + +Lettre CX. Rica à ***. + +Querelles scolastiques sur la lettre Q. 43 + +Lettre CXI. Rica à ***. + +Rôle et occupation d'une jolie femme. 44 + +Lettre CXII. Usbek à ***. + +Discours d'un général de la Fronde. 45 + +Lettre CXIII. Rhédi à Usbek. + +Dépopulation croissante de la terre. 47 + +Lettre CXIV. Usbek à Rhédi. + +Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes +générales. Le monde terrestre a bien plus de six +mille ans. 50 + +Lettre CXV. Usbek au même. + +Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. 53 + +Lettre CXVI. Usbek au même. + +Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde +romain. 56 + +Lettre CXVII. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce. +(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.). 58 + +Lettre CXVIII. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et +le monachisme. Supériorité des pays protestants +sur les pays catholiques. 60 + +Lettre CXIX. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique: +la traite et le travail esclave. 64 + +Lettre CXX. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et +de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme, +«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la +fécondité de la Perse ancienne et des races juive +et chinoise. 65 + +Lettre CXXI. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur +ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. 67 + +Lettre CXXII. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation des colonies: les influences +climatériques, les cruautés des conquérants. 68 + +Lettre CXXIII. Usbek au même. + +Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir +arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages +précoces. 72 + +Lettre CXXIV. Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien +des trois tombeaux. + +En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la +victoire abandonne les Osmanlis. 74 + +Lettre CXXV. Usbek à Rhédi. + +Qui paye les libéralités des princes envers leurs +courtisans?. 75 + +Lettre CXXVI. Rica à ***. + +Difficulté de concevoir des récompenses éternelles. +Les paradis sont rendus inhabitables par leurs +inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. 78 + +Lettre CXXVII. Rica à Usbek. + +Allusion à la conspiration de Cellamare. 80 + +Lettre CXXVIII. Rica à Ibben. + +A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité +des ministres. 81 + +Lettre CXXIX. Rica à Usbek. + +Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. 83 + +Lettre CXXX. Rica à ***. + +Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres +d'un nouvelliste. 86 + +Lettre CXXXI. Rhédi à Rica. + +Origines des républiques. Éloge du gouvernement +républicain. La liberté faite pour le génie des peuples +de l'Europe; la servitude pour celui des +orientaux. 90 + +Lettre CXXXII. Rica à ***. + +Un café à la mode à l'époque de Law. 94 + +Lettre CXXXIII. Rica à ***. + +Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de +dervis. 96 + +Lettre CXXXIV. Rica au même. + +Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique +de divers genres littéraires. La théologie, +l'ascétisme, la casuistique. 97 + +Lettre CXXXV. Rica au même. + +Troisième visite: les grammairiens, glossateurs +et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens, +les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes +des sciences occultes. 99 + +Lettre CXXXVI. Rica au même. + +Vues historiques sur l'église, la décadence romaine, +les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne, +l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et +les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. 101 + +Lettre CXXXVII. Rica au même. + +Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques, +épigrammatiques; les romanciers. 104 + +Lettre CXXXVIII. Rica à Ibben. + +Désastreuses conséquences du système de Law. 106 + +Lettre CXXXIX. Rica au même. + +Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore +et Christine. 108 + +Lettre CXL. Rica à Usbek. + +Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves +et difficiles attributions politiques des parlements. 109 + +Lettre CXLI. Rica au même. + +Traduction supposée d'un conte persan. Aventures +de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes. +Vengeance qu'elle tire de son mari. 110 + +Lettre CXLII. Rica à Usbek. + +«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien +mythologiste.» (Portrait allégorique de Law, +fils d'Éole). 120 + +Lettre CXLIII. Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif. + +Sur les amulettes, talismans et prestiges. 126 + +Lettre d'un médecin de province à un médecin de +Paris. + +Vertu dormitive de la _Cour sainte_ du père Caussin. +Pharmacie nouvelle extraite des oeuvres des philosophes +et des théologiens. 129 + +Lettre CXLIV. Usbek à Rica. + +Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge +de la modestie. 134 + +Lettre CXLV. Usbek à ***. + +Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre +d'un anatomiste. 135 + +Lettre CXLVI. Usbek à Rhédi. + +Perversion des moeurs publiques sous l'influence de +Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution +publique. 140 + +Lettre CXLVII. Le grand eunuque à Usbek. (_Roman._) + +Désordres dans le sérail d'Usbek. 143 + +Lettre CXLVIII. Usbek au grand eunuque. (_Roman._) + +Ordres de répression. 144 + +Lettre CXLIX. Narsit à Usbek. (_Roman._) + +Mort du grand eunuque. 144 + +Lettre CL. Usbek à Narsit. (_Roman._) + +Ordres réitérés de répression. 145 + +Lettre CLI. Solim à Usbek. (_Roman._) + +Dénonciations contre les femmes d'Usbek. 146 + +Lettre CLII. Narsit à Usbek. (_Roman._) + +Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est +égarée. 148 + +Lettre CLIII. Usbek à Solim. (_Roman._) + +Fureurs de l'époux outragé. 149 + +Lettre CLIV. Usbek à ses femmes. (_Roman._) + +Reproches et menaces. 149 + +Lettre CLV. Usbek à Nessir. (_Roman._) + +Douloureuses confidences. 150 + +Lettre CLVI. Roxane à Usbek. (_Roman._) + +Protestation contre les violences de Solim. 152 + +Lettre CLVII. Zachi à Usbek. (_Roman._) + +Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. 153 + +Lettre CLVIII. Zélis à Usbek. (_Roman._) + +Même châtiment, même colère. 154 + +Lettre CLIX. Solim à Usbek. (_Roman._) + +Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. 155 + +Lettre CLX. Solim à Usbek. (_Roman._) + +Solim va punir. 156 + +Lettre CLXI. Roxane à Usbek. (_Roman._) + +Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme +qui l'a épousée malgré elle. 157 + +Notes et variantes. 159 + +Index philosophique, historique et littéraire. 169 + +Bibliographie. 211 + +FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER. + + + + +OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE. + + +Les Finances de Champagne aux XIIIe et XIVe siècles. + +La Flute de Pan, 2e édition. Hetzel. + +La Lyre intime. _Ibid._ + +Virgile et Kalidasa. _Ibid._ + +L'Épopée terrestre. Marpon. + +La Vallée du Nil (avec M. H. Cammas). Hachette. + +Les Merveilles de l'Architecture, 3e édit. _Ibid._ + +Les Parcs et les Jardins, 2e édition. _Ibid._ + +La Pensée nouvelle, en collaboration avec MM. Louis +Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe, +etc. 2 vol. gr. in-8o. + +Napoléon Ier (in-32). Bureaux de l_'Éclipse_. + +Les Finances particulières de Napoléon III. J. Rouquette. + +Imprimerie Eugène Heutte et Ce, à Saint-Germain. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + +***** This file should be named 33856-8.txt or 33856-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/8/5/33856/ + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/33856-8.zip b/33856-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..827eafd --- /dev/null +++ b/33856-8.zip diff --git a/33856-h.zip b/33856-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9caac86 --- /dev/null +++ b/33856-h.zip diff --git a/33856-h/33856-h.htm b/33856-h/33856-h.htm new file mode 100644 index 0000000..c5b49da --- /dev/null +++ b/33856-h/33856-h.htm @@ -0,0 +1,13318 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="en" lang="en"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Lettres Persanes, by Montesquieu. + </title> + <style type="text/css"> +body { + margin-left: 10%; + margin-right: 10%; +} + + h1,h2,h3,h4,h5,h6 { + text-align: center; /* all headings centered */ + clear: both; +} + +p { + margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; +} + +hr { + width: 33%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; +} + +.smcap {font-variant: small-caps;} + + +/* Footnotes */ +.footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 0.9em;} + +.footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;} + +.fnanchor { + vertical-align: super; + font-size: .8em; + text-decoration: + none; +} + +/* Poetry */ +.poem { + margin-left:10%; + margin-right:10%; + text-align: left; +} + +.poem br {display: none;} + +.poem .stanza {margin: 1em 0em 1em 0em;} + +.poem span.i0 { + display: block; + margin-left: 0em; + padding-left: 3em; + text-indent: -3em; +} + + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Lettres persanes, tome II + +Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + + +<h1>LETTRES PERSANES</h1> + +<h4>PAR</h4> + +<h1>MONTESQUIEU</h1> + +<h3>AVEC</h3> + +<h3>PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES,</h3> + +<h3>INDEX</h3> + +<h3>PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE,</h3> + +<h4>PAR</h4> + +<h2>ANDRÉ LEFÈVRE</h2> + +<h2>TOME II</h2> + +<h4>PARIS</h4> + +<h4>ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR +27, PASSAGE CHOISEUL, 29</h4> + +<h4>M DCCC LXXIII</h4> + +<h5>Tous droits réservés.</h5> + +<h5>E. Picard</h5> + +<h5>IMP. EUGÈNE HEUTTE ET C<sup>e</sup>, A SAINT GERMAIN.</h5> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_LXXXIX" id="LETTRE_LXXXIX"></a>LETTRE LXXXIX.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance, +la vertu, le mérite même de la guerre, quelque +brillant qu'il soit, ne sauve pas un homme de +la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie +des rangs y est inconnue. On dit que le premier +de Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son +carrosse.</p> + +<p>Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, +qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des +dettes et des pensions. S'il peut avec cela cacher +son oisiveté par un air empressé, ou par un feint +attachement pour les plaisirs, il croit être le plus +heureux de tous les hommes.</p> + +<p>En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le +monarque donne quelque part au gouvernement. +Ici, il y a des gens qui sont grands par leur naissance; +mais ils sont sans crédit. Les rois font +comme ces ouvriers habiles qui, pour exécuter +leurs ouvrages, se servent toujours des machines +les plus simples.</p> + +<p>La faveur est la grande divinité des François. +Le ministre est le grand prêtre, qui lui offre bien +des victimes. Ceux qui l'entourent ne sont point +habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt +sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole +avec tout le peuple.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XC" id="LETTRE_XC"></a>LETTRE XC.</h2> + +<h3>USBEK A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Le désir de la gloire n'est point différent de cet +instinct que toutes les créatures ont pour leur +conservation. Il semble que nous augmentons notre +être, lorsque nous pouvons le porter dans la mémoire +des autres: c'est une nouvelle vie que nous +acquérons, et qui nous devient aussi précieuse que +celle que nous avons reçue du ciel.</p> + +<p>Mais comme tous les hommes ne sont pas également +attachés à la vie, ils ne sont pas aussi également +sensibles à la gloire. Cette noble passion est +bien toujours gravée dans leur cœur; mais l'imagination +et l'éducation la modifient de mille manières.</p> + +<p>Cette différence, qui se trouve d'homme à +homme, se fait encore plus sentir de peuple à +peuple.</p> + +<p>On peut poser pour maxime que, dans chaque +État, le désir de la gloire croît avec la liberté des +sujets, et diminue avec elle: la gloire n'est jamais +compagne de la servitude.</p> + +<p>Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: +On est en France, à bien des égards, plus libre +qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la gloire. Cette +heureuse fantaisie fait faire à un François, avec +plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient +de ses sujets qu'en leur mettant sans cesse devant +les yeux les supplices et les récompenses.</p> + +<p>Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de +l'honneur du dernier de ses sujets. Il y a pour le +maintenir des tribunaux respectables: c'est le trésor +sacré de la nation, et le seul dont le souverain +n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans +choquer ses intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve +blessé dans son honneur par son prince, soit par +quelque préférence, soit par la moindre marque +de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, +son service, et se retire chez lui.</p> + +<p>La différence qu'il y a des troupes françoises aux +vôtres, c'est que les unes, composées d'esclaves +naturellement lâches, ne surmontent la crainte de +la mort que par celle du châtiment; ce qui produit +dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la +rend comme stupide: au lieu que les autres se +présentent aux coups avec délice, et bannissent la +crainte par une satisfaction qui lui est supérieure.</p> + +<p>Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation +et de la vertu, semble être établi dans les républiques, +et dans les pays où l'on peut prononcer le +mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone, +l'honneur payoit seul les services les plus signalés. +Une couronne de chêne ou de laurier, une statue, +un éloge, étoit une récompense immense pour une +bataille gagnée ou une ville prise.</p> + +<p>Là, un homme qui avoit fait une belle action se +trouvoit suffisamment récompensé par cette action +même. Il ne pouvoit voir un de ses compatriotes +qu'il ne ressentit le plaisir d'être son bienfaiteur; +il comptoit le nombre de ses services par celui de +ses concitoyens. Tout homme est capable de faire +du bien à un homme: mais c'est ressembler aux +dieux que de contribuer au bonheur d'une société +entière.</p> + +<p>Mais cette noble émulation ne doit-elle point +être entièrement éteinte dans le cœur de vos Persans, +chez qui les emplois et les dignités ne sont +que des attributs de la fantaisie du souverain? La +réputation et la vertu y sont regardées comme +imaginaires, si elles ne sont accompagnées de la +faveur du prince, avec laquelle elles naissent et +meurent de même. Un homme qui a pour lui +l'estime publique n'est jamais sûr de ne pas être +déshonoré demain: le voilà aujourd'hui général +d'armée; peut-être que le prince le va faire son +cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre +éloge que celui d'avoir fait un bon ragoût.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCI" id="LETTRE_XCI"></a>LETTRE XCI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>De cette passion générale que la nation françoise +a pour la gloire, il s'est formé dans l'esprit +des particuliers un certain je ne sais quoi qu'on +appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère +de chaque profession; mais il est plus marqué +chez les gens de guerre, et c'est le point +d'honneur par excellence. Il me seroit bien difficile +de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en +avons point précisément d'idée.</p> + +<p>Autrefois les François, surtout les nobles, ne +suivoient guère d'autres lois que celles de ce point +d'honneur: elles régloient toute la conduite de +leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne pouvoit, +sans une peine plus cruelle que la mort, je +ne dis pas les enfreindre, mais en éluder la plus +petite disposition.</p> + +<p>Quand il s'agissoit de régler les différends, elles +ne prescrivoient guère qu'une manière de décision, +qui étoit le duel, qui tranchoit toutes les difficultés; +mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que +souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties +que celles qui y étoient intéressées.</p> + +<p>Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, +il falloit qu'il entrât dans la dispute, et qu'il payât +de sa personne, comme s'il avoit été lui-même +en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel +choix et d'une préférence si flatteuse; et tel qui +n'auroit pas voulu donner quatre pistoles à un +homme pour le sauver de la potence, lui et toute +sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer +pour lui mille fois sa vie.</p> + +<p>Cette manière de décider étoit assez mal imaginée, +car de ce qu'un homme étoit plus adroit ou +plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit pas qu'il +eût de meilleures raisons.</p> + +<p>Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines +très-sévères; mais c'est en vain: l'honneur, qui +veut toujours régner, se révolte, et il ne reconnoît +point de lois.</p> + +<p>Ainsi les François sont dans un état bien violent: +car les mêmes lois de l'honneur obligent un +honnête homme de se venger quand il a été offensé; +mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus +cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les +lois de l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on +suit celles de la justice, on est banni pour jamais +de la société des hommes: il n'y a donc que cette +cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne +de vivre.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCII" id="LETTRE_XCII"></a>LETTRE XCII.</h2> + +<h3>USBEK A RUSTAN.</h3> + +<h3>A Ispahan.</h3> + + +<p>Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur +de Perse, qui se joue insolemment des deux +plus grands rois du monde. Il apporte au monarque +des François des présents que le nôtre ne sauroit +donner à un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par +sa lâche avarice, il a flétri la majesté des deux empires.</p> + +<p>Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui +prétend être le plus poli de l'Europe, et il a fait +dire en Occident que le roi des rois ne domine +que sur des barbares.</p> + +<p>Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu +se faire refuser lui-même; et, comme si la cour de +France avoit eu plus à cœur la grandeur persane +que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant +un peuple dont il est le mépris.</p> + +<p>Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête +d'un malheureux. Je ne veux pas que nos ministres +le punissent de leur propre imprudence, +et de l'indigne choix qu'ils ont fait.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCIII" id="LETTRE_XCIII"></a>LETTRE XCIII.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Le monarque qui a si longtemps régné n'est +plus<a name="FNanchor_A_1" id="FNanchor_A_1"></a><a href="#Footnote_A_1" class="fnanchor">[A]</a>. Il a bien fait parler des gens pendant sa +vie; tout le monde s'est tû à sa mort. Ferme et courageux +dans ce dernier moment, il a paru ne céder +qu'au destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, +après avoir rempli toute la terre de son nom.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_A_1" id="Footnote_A_1"></a><a href="#FNanchor_A_1"><span class="label">[A]</span></a> Il mourut le 1<sup>er</sup> septembre 1715.</p></div> + +<p>Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait +faire ici que des réflexions morales. Chacun a +pensé à ses affaires, et à prendre ses avantages +dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du +monarque défunt, n'ayant que cinq ans, un prince +son oncle a été déclaré régent du royaume.</p> + +<p>Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit +l'autorité du régent. Ce prince habile a été au parlement; +et, y exposant tous les droits de sa naissance, +il a fait casser la disposition du monarque, +qui, voulant se survivre à lui-même, sembloit +avoir prétendu régner encore après sa mort.</p> + +<p>Les parlements ressemblent à ces ruines que +l'on foule aux pieds, mais qui rappellent toujours +l'idée de quelque temple fameux par l'ancienne +religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus +que de rendre la justice; et leur autorité est toujours +languissante, à moins que quelque conjoncture +imprévue ne vienne lui rendre la force et la +vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses +humaines: ils ont cédé au temps, qui détruit tout; +à la corruption des mœurs, qui a tout affoibli; à +l'autorité suprême, qui a tout abattu.</p> + +<p>Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable +au peuple, a paru d'abord respecter cette image de +la liberté publique; et, comme s'il avoit pensé à +relever de terre le temple et l'idole, il a voulu +qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie +et le fondement de toute autorité légitime.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCIV" id="LETTRE_XCIV"></a>LETTRE XCIV.</h2> + +<h3>USBEK A SON FRÈRE, +SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.</h3> + + +<p>Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me +prosterne: je regarde les vestiges de tes pieds +comme la prunelle de mes yeux. Ta sainteté est si +grande, qu'il semble que tu aies le cœur de notre +saint prophète; tes austérités étonnent le ciel +même; les anges t'ont regardé du sommet de la +gloire, et ont dit: Comment est-il encore sur la +terre, puisque son esprit est avec nous, et vole +autour du trône qui est soutenu par les nuées?</p> + +<p>Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai +appris de nos docteurs que les dervis, même infidèles, +ont toujours un caractère de sainteté qui +les rend respectables aux vrais croyants; et que +Dieu s'est choisi dans tous les coins de la terre +des âmes plus pures que les autres, qu'il a séparées +du monde impie, afin que leurs mortifications +et leurs prières ferventes suspendissent sa +colère prête à tomber sur tant de peuples rebelles?</p> + +<p>Les chrétiens disent des merveilles de leurs +premiers santons, qui se réfugièrent à milliers +dans les déserts affreux de la Thébaïde, et eurent +pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils +en disent est vrai, leurs vies sont aussi pleines de +prodiges que celles de nos plus sacrés immaums. +Ils passoient quelquefois dix ans entiers sans voir +un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le +jour avec des démons; ils étoient sans cesse tourmentés +par ces esprits malins; ils les trouvoient +au lit, ils les trouvoient à table; jamais d'asile +contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable, +il faudroit avouer que personne n'auroit +jamais vécu en plus mauvaise compagnie.</p> + +<p>Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires +comme une allégorie bien naturelle, qui +nous peut servir à nous faire sentir le malheur de +la condition humaine. En vain cherchons-nous +dans le désert un état tranquille; les tentations +nous suivent toujours: nos passions, figurées par +les démons, ne nous quittent point encore; ces +monstres du cœur, ces illusions de l'esprit, ces +vains fantômes de l'erreur et du mensonge, se +montrent toujours à nous pour nous séduire, et +nous attaquent jusque dans les jeûnes et les cilices, +c'est-à-dire jusque dans notre force même.</p> + +<p>Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé +de Dieu a enchaîné Satan, et l'a précipité +dans les abîmes: il a purifié la terre, autrefois +pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour +des anges et des prophètes.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCV" id="LETTRE_XCV"></a>LETTRE XCV</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on +n'ait commencé par rechercher soigneusement +quelle est l'origine des sociétés; ce qui me paroît +ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils +se quittoient et se fuyoient les uns les autres, +il faudroit en demander la raison, et chercher +pourquoi ils se tiennent séparés: mais ils naissent +tous liés les uns aux autres; un fils est né auprès +de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la +cause de la société.</p> + +<p>Le droit public est plus connu en Europe qu'en +Asie: cependant on peut dire que les passions des +princes, la patience des peuples, la flatterie des +écrivains, en ont corrompu tous les principes.</p> + +<p>Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une +science qui apprend aux princes jusqu'à quel point +ils peuvent violer la justice sans choquer leurs intérêts. +Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour endurcir +leur conscience, mettre l'iniquité en système, +d'en donner des règles, d'en former des +principes, et d'en tirer des conséquences!</p> + +<p>La puissance illimitée de nos sublimes sultans, +qui n'a d'autre règle qu'elle-même, ne produit pas +plus de monstres que cet art indigne qui veut faire +plier la justice, tout inflexible qu'elle est.</p> + +<p>On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes +différentes: l'une qui règle les affaires des particuliers, +qui règne dans le droit civil; l'autre qui +règle les différends qui surviennent de peuple à +peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme +si le droit public n'étoit pas lui-même un droit +civil, non pas à la vérité d'un pays particulier, +mais du monde.</p> + +<p>Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées +là-dessus.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCVI" id="LETTRE_XCVI"></a>LETTRE XCVI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen +à citoyen: chaque peuple la doit rendre +lui-même de lui à un autre peuple. Dans cette +seconde distribution de justice, on ne peut employer +d'autres maximes que dans la première.</p> + +<p>De peuple à peuple, il est rarement besoin de +tiers pour juger, parce que les sujets de disputes +sont presque toujours clairs et faciles à terminer. +Les intérêts de deux nations sont ordinairement +si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour +la trouver: on ne peut guère se prévenir dans sa +propre cause.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des différends qui arrivent +entre particuliers. Comme ils vivent en +société, leurs intérêts sont si mêlés et si confondus, +il y en a tant de sortes différentes, qu'il est +nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité +des parties cherche à obscurcir.</p> + +<p>Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les +unes qui se font pour repousser un ennemi qui +attaque; les autres pour secourir un allié qui est +attaqué.</p> + +<p>Il n'y auroit point de justice de faire la guerre +pour des querelles particulières du prince, à moins +que le cas ne fût si grave qu'il méritât la mort du +prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un +prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura +refusé un honneur qui lui est dû, ou parce qu'on +aura eu quelque procédé peu convenable à l'égard +de ses ambassadeurs, et autres choses pareilles; +non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui +lui refuse le pas. La raison en est que, comme la +déclaration de guerre doit être un acte de justice, +dans lequel il faut toujours que la peine soit proportionnée +à la faute, il faut voir si celui à qui on +déclare la guerre mérite la mort. Car faire la +guerre à quelqu'un, c'est vouloir le punir de mort.</p> + +<p>Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère +c'est la guerre: puisque son but est la destruction +de la société.</p> + +<p>Les représailles sont du second degré. C'est une +loi que les tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer, +de mesurer la peine par le crime.</p> + +<p>Un troisième acte de justice est de priver un +prince des avantages qu'il peut tirer de nous, proportionnant +toujours la peine à l'offense.</p> + +<p>Le quatrième acte de justice, qui doit être le +plus fréquent, est la renonciation à l'alliance du +peuple dont on a à se plaindre. Cette peine répond +à celle du bannissement établie dans les tribunaux, +qui retranche les coupables de la société. +Ainsi un prince à l'alliance duquel nous renonçons +est retranché par là de notre société, et +n'est plus un de nos membres.</p> + +<p>On ne peut pas faire de plus grand affront à un +prince que de renoncer à son alliance, ni lui faire +de plus grand honneur que de la contracter. Il +n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus +glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres +toujours attentifs à leur conservation.</p> + +<p>Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle +soit juste: ainsi une alliance faite entre deux nations +pour en opprimer une troisième n'est pas +légitime, et on peut la violer sans crime.</p> + +<p>Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité +du prince de s'allier avec un tyran. On dit qu'un +monarque d'Égypte fit avertir le roi de Samos de +sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en +corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire +qu'il renonçoit à son amitié et à son alliance.</p> + +<p>La conquête ne donne point un droit par elle-même. +Lorsque le peuple subsiste, elle est un gage +de la paix et de la réparation du tort; et, si le +peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument +d'une tyrannie.</p> + +<p>Les traités de paix sont si sacrés parmi les +hommes, qu'il semble qu'ils soient la voix de la +nature, qui réclame ses droits. Ils sont tous légitimes, +lorsque les conditions en sont telles que les +deux peuples peuvent se conserver: sans quoi, +celle des deux sociétés qui doit périr, privée de sa +défense naturelle par la paix, la peut chercher dans +la guerre.</p> + +<p>Car la nature, qui a établi les différents degrés +de force et de foiblesse parmi les hommes, a encore +souvent égalé la foiblesse à la force par le +désespoir.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCVII" id="LETTRE_XCVII"></a>LETTRE XCVII.</h2> + +<h3>LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du +royaume de Visapour: j'en ai acheté une pour +ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui m'envoya +il y a un mois son commandement sublime +et cent tomans.</p> + +<p>Je me connois en femmes, d'autant mieux +qu'elles ne me surprennent pas, et qu'en moi les +yeux ne sont point troublés par les mouvements +du cœur.</p> + +<p>Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si +parfaite: ses yeux brillants portent la vie sur son +visage, et relèvent l'éclat d'une couleur qui pourroit +effacer tous les charmes de la Circassie.</p> + +<p>Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan +la marchandoit avec moi; mais elle se déroboit +dédaigneusement à ses regards, et sembloit chercher +les miens, comme si elle avoit voulu me dire +qu'un vil marchand n'étoit pas digne d'elle, et +qu'elle étoit destinée à un plus illustre époux.</p> + +<p>Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie +secrète quand je pense aux charmes de cette +belle personne: il me semble que je la vois entrer +dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir +l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur +impérieuse des unes; l'affliction muette, mais plus +douloureuse, des autres; la consolation maligne +de celles qui n'espèrent plus rien, et l'ambition +irritée de celles qui espèrent encore.</p> + +<p>Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire +changer tout un sérail de face. Que de passions je +vais émouvoir! Que de craintes et de peines je +prépare!</p> + +<p>Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors +ne sera pas moins tranquille: les grandes révolutions +seront cachées dans le fond du cœur; les +chagrins seront dévorés, et les joies contenues; +l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les +règles moins inflexibles; la douceur, toujours +contrainte de paroître, sortira du fond même du +désespoir.</p> + +<p>Nous remarquons que, plus nous avons de +femmes sous nos yeux, moins elles nous donnent +d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire, +moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission, +tout cela leur forme des chaînes. Les +unes sont sans cesse attentives sur les démarches +des autres: il semble que, de concert avec nous, +elles travaillent à se rendre plus dépendantes; elles +font presque la moitié de notre office, et nous +ouvrent les yeux quand nous les fermons. Que +dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre +leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles +se trouvent près de celles qu'on punit.</p> + +<p>Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela +n'est rien sans la présence du maître. Que pouvons-nous +faire avec ce vain fantôme d'une autorité +qui ne se communique jamais tout entière? Nous +ne représentons que foiblement la moitié de toi-même: +nous ne pouvons que leur montrer une +odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte par +les espérances: plus absolu quand tu caresses, +que tu ne l'es quand tu menaces.</p> + +<p>Reviens donc, magnifique seigneur, reviens +dans ces lieux porter partout les marques de ton +empire. Viens adoucir des passions désespérées: +viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser +l'amour qui murmure, et rendre le devoir même +aimable; viens enfin soulager tes fidèles eunuques +d'un fardeau qui s'appesantit chaque jour.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCVIII" id="LETTRE_XCVIII"></a>LETTRE XCVIII.</h2> + +<h3>USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE +DE JARON.</h3> + + +<p>O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de +tant de connoissances, écoute ce que je vais +te dire.</p> + +<p>Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont +point atteint jusqu'au faîte de la sagesse orientale: +ils n'ont point été ravis jusqu'au trône lumineux; +ils n'ont, ni entendu les paroles ineffables dont les +concerts des anges retentissent, ni senti les formidables +accès d'une fureur divine: mais, laissés +à eux-mêmes, privés des saintes merveilles, ils +suivent dans le silence les traces de la raison +humaine.</p> + +<p>Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a +conduits. Ils ont débrouillé le chaos; et ont expliqué, +par une mécanique simple, l'ordre de l'architecture +divine. L'auteur de la nature a donné du +mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage +pour produire cette prodigieuse variété d'effets, +que nous voyons dans l'univers.</p> + +<p>Que les législateurs ordinaires nous proposent +des lois pour régler les sociétés des hommes; des +lois aussi sujettes au changement que l'esprit de +ceux qui les proposent et des peuples qui les observent: +ceux-ci ne nous parlent que des lois générales, +immuables, éternelles, qui s'observent sans +aucune exception, avec un ordre, une régularité, et +une promptitude infinie, dans l'immensité des +espaces.</p> + +<p>Et que crois-tu, homme divin, que soient ces +lois? Tu t'imagines peut-être qu'entrant dans le +conseil de l'Éternel, tu vas être étonné par la +sublimité des mystères: tu renonces par avance à +comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.</p> + +<p>Mais tu changeras bientôt de pensée: elles +n'éblouissent point par un faux respect; leur +simplicité les a fait longtemps méconnoître, et +ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en +a connu toute la fécondité et toute l'étendue.</p> + +<p>La première est que tout corps tend à décrire +une ligne droite, à moins qu'il ne rencontre quelque +obstacle qui l'en détourne; et la seconde, qui +n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui +tourne autour d'un centre tend à s'en éloigner, +parce que, plus il en est loin, plus la ligne qu'il +décrit approche de la ligne droite.</p> + +<p>Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà +des principes féconds, dont on tire des conséquences +à perte de vue, comme je te le ferai voir dans +une lettre particulière.</p> + +<p>La connoissance de cinq ou six vérités a rendu +leur philosophie pleine de miracles, et leur a fait +faire plus de prodiges et de merveilles que tout ce +qu'on nous raconte de nos saints prophètes.</p> + +<p>Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de +nos docteurs qui n'eût été embarrassé, si on lui +eût dit de peser dans une balance tout l'air qui +est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau +qui tombe chaque année sur sa surface; et qui +n'eût pensé plus de quatre fois, avant de dire combien +de lieues le son fait dans une heure; quel +temps un rayon de lumière emploie à venir du +soleil à nous; combien de toises il y a d'ici à Saturne; +quelle est la courbe selon laquelle un vaisseau +doit être taillé, pour être le meilleur voilier +qu'il soit possible.</p> + +<p>Peut-être que si quelque homme divin avoit +orné les ouvrages de ces philosophes de paroles +hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des figures +hardies et des allégories mystérieuses, il auroit +fait un bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint +Alcoran.</p> + +<p>Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je +ne m'accommode guères du style figuré. Il y a +dans notre Alcoran un grand nombre de choses +puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles +soient relevées par la force et la vie de +l'expression. Il semble d'abord que les livres +inspirés ne sont que les idées divines rendues en +langage humain: au contraire, dans nos livres +saints, on trouve le langage de Dieu, et les idées +des hommes; comme si, par un admirable caprice, +Dieu y avoit dicté les paroles, et que +l'homme eût fourni les pensées.</p> + +<p>Tu diras peut-être que je parle trop librement +de ce qu'il y a de plus saint parmi nous; tu croiras +que c'est le fruit de l'indépendance où l'on vit +dans ce pays. Non, grâces au ciel, l'esprit n'a pas +corrompu le cœur; et, tandis que je vivrai, Ali +sera mon prophète.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCIX" id="LETTRE_XCIX"></a>LETTRE XCIX.</h2> + +<h3>USBEK A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit +si inconstante que dans celui-ci. Il arrive tous +les dix ans des révolutions qui précipitent le riche +dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des +ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci +est étonné de sa pauvreté; celui-là l'est de son +abondance. Le nouveau riche admire la sagesse +de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du +destin.</p> + +<p>Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des +trésors: parmi eux il y a peu de Tantales. Ils +commencent pourtant ce métier par la dernière +misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant +qu'ils sont pauvres; quand ils sont riches, on +les estime assez: aussi ne négligent-ils rien pour +acquérir de l'estime.</p> + +<p>Ils sont à présent dans une situation bien terrible. +On vient d'établir une chambre qu'on appelle +de justice, parce qu'elle va leur ravir tout leur +bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs +effets; car on les oblige de les déclarer au juste, +sous peine de la vie: ainsi on les fait passer par +un défilé bien étroit, je veux dire entre la vie +et leur argent. Pour comble d'infortune, il y a +un ministre connu par son esprit, qui les honore +de ses plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations +du conseil. On ne trouve pas tous les +jours des ministres disposés à faire rire le peuple; +et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir +entrepris.</p> + +<p>Le corps des laquais est plus respectable en +France qu'ailleurs: c'est un séminaire de grands +seigneurs; il remplit le vide des autres états. Ceux +qui le composent prennent la place des grands +malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes +tués dans les fureurs de la guerre; et +quand ils ne peuvent pas suppléer par eux-mêmes, +ils relèvent toutes les grandes maisons par le +moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce +de fumier qui engraisse les terres montagneuses et +arides.</p> + +<p>Je trouve, Ibben, la providence admirable dans +la manière dont elle a distribué les richesses: si +elle ne les avoit accordées qu'aux gens de bien, on +ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et +on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand +on examine qui sont les gens qui en sont les plus +chargés, à force de mépriser les riches, on vient +enfin à mépriser les richesses.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_C" id="LETTRE_C"></a>LETTRE C.</h2> + +<h3>RICA A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Je trouve les caprices de la mode, chez les François, +étonnants. Ils ont oublié comment ils +étoient habillés cet été; ils ignorent encore plus +comment ils le seront cet hiver: mais surtout on +ne sauroit croire combien il en coûte à un mari, +pour mettre sa femme à la mode.</p> + +<p>Que me serviroit de te faire une description +exacte de leur habillement et de leurs parures? +une mode nouvelle viendroit détruire tout mon +ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant +que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé.</p> + +<p>Une femme qui quitte Paris pour aller passer +six mois à la campagne en revient aussi antique +que si elle s'y étoit oubliée trente ans. Le fils +méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit +avec lequel elle est peinte lui paroît étranger; il +s'imagine que c'est quelque Américaine qui y est +représentée; ou que le peintre a voulu exprimer +quelqu'une de ses fantaisies.</p> + +<p>Quelquefois les coiffures montent insensiblement; +et une révolution les fait descendre tout à +coup. Il a été un temps que leur hauteur immense +mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même: +dans un autre, c'étoit les pieds qui occupoient +cette place; les talons faisoient un piédestal, +qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le croire? +les architectes ont été souvent obligés de hausser, +de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les +parures des femmes exigeoient d'eux ce changement; +et les règles de leur art ont été asservies à +ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage +une quantité prodigieuse de mouches, et elles +disparoissent toutes le lendemain. Autrefois les +femmes avoient de la taille, et des dents; aujourd'hui +il n'en est pas question. Dans cette changeante +nation, quoi qu'en dise le critique, les +filles se trouvent autrement faites que leurs +mères.</p> + +<p>Il en est des manières et de la façon de vivre +comme des modes: les François changent de +mœurs selon l'âge de leur roi. Le monarque +pourroit même parvenir à rendre la nation grave, +s'il l'avoit entrepris. Le prince imprime le caractère +de son esprit à la cour, la cour à la ville, la +ville aux provinces. L'âme du souverain est un +moule qui donne la forme à toutes les autres.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CI" id="LETTRE_CI"></a>LETTRE CI.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse +des François sur leurs modes. Cependant +il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés: +c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout +ce qui se fait chez les autres nations; ils y rappellent +tout; ce qui est étranger leur paroît toujours +ridicule. Je t'avoue que je ne saurois guères +ajuster cette fureur pour leurs costumes avec +l'inconstance avec laquelle ils en changent tous +les jours.</p> + +<p>Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est +étranger, je ne te parle que des bagatelles; car, +sur les choses importantes, ils semblent s'être méfiés +d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent +de bon cœur que les autres peuples sont plus +sages, pourvu qu'on convienne qu'ils sont mieux +vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux lois d'une +nation rivale, pourvu que les perruquiers françois +décident en législateurs sur la forme des perruques +étrangères. Rien ne leur paroît si beau que +de voir le goût de leurs cuisiniers régner du septentrion +au midi; et les ordonnances de leurs +coiffeuses portées dans toutes les toilettes de +l'Europe.</p> + +<p>Avec ces nobles avantages, que leur importe +que le bon sens leur vienne d'ailleurs, et qu'ils +aient pris de leurs voisins tout ce qui concerne le +gouvernement politique et civil?</p> + +<p>Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien +et le plus puissant de l'Europe, soit gouverné, depuis +plus de dix siècles, par des lois qui ne sont +pas faites pour lui? Si les François avoient été +conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre: +mais ils sont les conquérants.</p> + +<p>Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par +leurs premiers rois dans les assemblées générales +de la nation; et ce qu'il y a de singulier, c'est que +les lois romaines, qu'ils ont prises à la place, +étoient en partie faites et en partie rédigées par +des empereurs contemporains de leurs législateurs.</p> + +<p>Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout +le bon sens leur vînt d'ailleurs, ils ont adopté +toutes les constitutions des papes, et en ont fait +une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre +de servitude.</p> + +<p>Il est vrai que, dans les derniers temps, on a +rédigé par écrit quelques statuts des villes et des +provinces: mais ils sont presque tous pris du droit +romain.</p> + +<p>Cette abondance de lois adoptées, et pour +ainsi dire naturalisées, est si grande qu'elle accable +également la justice et les juges. Mais ces +volumes de lois ne sont rien en comparaison de +cette armée effroyable de glossateurs, de commentateurs, +de compilateurs; gens aussi foibles +par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont +forts par leur nombre prodigieux.</p> + +<p>Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit +des formalités qui sont la honte de la raison +humaine. Il seroit assez difficile de décider si +la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle +est entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle +s'est logée dans la médecine; si elle a fait plus de +ravages sous la robe d'un jurisconsulte que sous +le large chapeau d'un médecin; et si dans l'une +elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans +l'autre.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CII" id="LETTRE_CII"></a>LETTRE CII.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>On parle toujours ici de la constitution. J'entrai +l'autre jour dans une maison où je vis d'abord +un gros homme avec un teint vermeil, qui disoit +d'une voix forte: J'ai donné mon mandement; +je n'irai point répondre à tout ce que vous dites; +mais lisez-le, ce mandement; et vous verrez que +j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a fallu bien suer +pour le faire, dit-il en portant la main sur le +front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il +m'a fallu lire bien des auteurs latins. Je le crois, +dit un homme qui se trouva là, car c'est un bel +ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si souvent +vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, +lisez-le donc, reprit-il, et vous serez plus instruit +sur ces matières dans un quart d'heure, que si je +vous en avois parlé deux heures. Voilà comme il +évitoit d'entrer en conversation, et de commettre +sa suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut +obligé de sortir de ses retranchements; et il +commença à dire théologiquement force sottises, +soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement. +Quand deux hommes qui +étoient là lui nioient quelque principe, il disoit +d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi; +et nous sommes des juges infaillibles. Et comment, +lui dis-je pour lors, êtes-vous des juges +infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le +Saint-Esprit nous éclaire? Cela est heureux, lui +répondis-je; car, de la manière dont vous avez +parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez +grand besoin d'être éclairé.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CIII" id="LETTRE_CIII"></a>LETTRE CIII.</h2> + +<h3>USBEK A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Les plus puissants États de l'Europe sont ceux +de l'empereur, des rois de France, d'Espagne et +d'Angleterre. L'Italie et une grande partie de +l'Allemagne sont partagées en un nombre infini +de petits États, dont les princes sont, à proprement +parler, les martyrs de la souveraineté. Nos +glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart +de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui +ne sont pas si unis, sont plus à plaindre: leurs +États sont ouverts comme des caravansérails, où +ils sont obligés de loger les premiers qui viennent: +il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, +et leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de +leur amitié.</p> + +<p>La plupart des gouvernements d'Europe sont +monarchiques, ou plutôt sont ainsi appelés: car +je ne sais pas s'il y en a jamais eu véritablement +de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient +subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état +violent, qui dégénère toujours en despotisme, ou +en république: la puissance ne peut jamais être +également partagée entre le peuple et le prince; +l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le +pouvoir diminue d'un côté pendant qu'il augmente +de l'autre; mais l'avantage est ordinairement +du côté du prince, qui est à la tête des armées.</p> + +<p>Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien +grand, et on peut dire qu'ils l'ont tel qu'ils le +veulent: mais ils ne l'exercent point avec tant +d'étendue que nos sultans; premièrement, parce +qu'ils ne veulent point choquer les mœurs et la +religion des peuples; secondement, parce qu'il +n'est pas de leur intérêt de le porter si loin.</p> + +<p>Rien ne rapproche plus les princes de la condition +de leurs sujets, que cet immense pouvoir +qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet plus +aux revers, et aux caprices de la fortune.</p> + +<p>L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux +qui leur déplaisent, au moindre signe qu'ils font, +renverse la proportion qui doit être entre les fautes +et les peines, qui est comme l'âme des États +et l'harmonie des empires; et cette proportion, +scrupuleusement gardée par les princes chrétiens, +leur donne un avantage infini sur nos sultans.</p> + +<p>Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, +s'est attiré la disgrâce du prince, est sûr de +mourir: la moindre faute ou le moindre caprice +le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté +à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses +places aux ennemis, il en seroit aussi quitte pour +perdre la vie: il ne court donc pas plus de risque +dans ce dernier cas que dans le premier.</p> + +<p>Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort +certaine, et ne voyant rien de pis, il se porte naturellement +à troubler l'État, et à conspirer contre +le souverain; seule ressource qui lui reste.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à +qui la disgrâce n'ôte rien que la bienveillance et +la faveur. Ils se retirent de la cour, et ne songent +qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de +leur naissance. Comme on ne les fait guères périr +que pour le crime de lèse-majesté, ils craignent +d'y tomber, par la considération de ce qu'ils ont à +perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait +qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes +morts d'une mort violente.</p> + +<p>Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos +princes, ils n'apportoient pas tant de précautions +pour mettre leur vie en sûreté, ils ne vivroient +pas un jour; et s'ils n'avoient à leur solde un nombre +innombrable de troupes, pour tyranniser le +reste de leurs sujets, leur empire ne subsisteroit +pas un mois.</p> + +<p>Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de +France prit des gardes, contre l'usage de ces +temps-là, pour se garantir des assassins qu'un +petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire +périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles +au milieu de leurs sujets, comme des pères au +milieu de leurs enfants.</p> + +<p>Bien loin que les rois de France puissent de +leur propre mouvement ôter la vie à un de leurs +sujets, comme nos sultans, ils portent au contraire +toujours avec eux la grâce de tous les criminels; +il suffit qu'un homme ait été assez heureux +pour voir l'auguste visage de son prince, pour +qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces monarques +sont comme le soleil, qui porte partout la +chaleur et la vie.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CIV" id="LETTRE_CIV"></a>LETTRE CIV.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici +à peu près ce que me disoit l'autre jour un +Européen assez sensé:</p> + +<p>Le plus mauvais parti que les princes d'Asie +aient pu prendre, c'est de se cacher comme ils +font. Ils veulent se rendre plus respectables: mais +ils font respecter la royauté, et non pas le roi; et +attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et +non pas à une certaine personne.</p> + +<p>Cette puissance invisible qui gouverne est toujours +la même pour le peuple. Quoique dix rois, +qu'il ne connoît que de nom, se soient égorgés +l'un après l'autre, il ne sent aucune différence: +c'est comme s'il avoit été gouverné successivement +par des esprits.</p> + +<p>Si le détestable parricide de notre grand roi +Henri IV avoit porté ce coup sur un roi des Indes, +maître du sceau royal et d'un trésor immense, qui +auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris tranquillement +les rênes de l'empire, sans qu'un seul +homme eût pensé à réclamer son roi, sa famille +et ses enfants.</p> + +<p>On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de +changement dans le gouvernement des princes +d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est de ce qu'il +est tyrannique et affreux?</p> + +<p>Les changements ne peuvent être faits que par +le prince, ou par le peuple; mais là, les princes +n'ont garde d'en faire, parce que, dans un si haut +degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent +avoir; s'ils changeoient quelque chose, ce ne +pourroit être qu'à leur préjudice.</p> + +<p>Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme +quelque résolution, il ne sauroit l'exécuter sur +l'État; il faudroit qu'il contre-balançât tout à +coup une puissance redoutable et toujours unique; +le temps lui manque comme les moyens: mais il +n'a qu'à aller à la source de ce pouvoir; et il ne lui +faut qu'un bras et qu'un instant.</p> + +<p>Le meurtrier monte sur le trône pendant que +le monarque en descend, tombe, et va expirer à +ses pieds.</p> + +<p>Un mécontent en Europe songe à entretenir +quelque intelligence secrète, à se jeter chez les +ennemis, à se saisir de quelque place, à exciter +quelques vains murmures parmi les sujets. Un +mécontent en Asie va droit au prince, étonne, +frappe, renverse: il en efface jusqu'à l'idée; dans +un instant l'esclave et le maître; dans un instant +usurpateur et légitime.</p> + +<p>Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble +ne réunir sur elle toute sa puissance, que pour +indiquer au premier ambitieux l'endroit où il la +trouvera tout entière.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CV" id="LETTRE_CV"></a>LETTRE CV.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Tous les peuples d'Europe ne sont pas également +soumis à leurs princes: par exemple, +l'humeur impatiente des Anglois ne laisse guère à +leur roi le temps d'appesantir son autorité; la +soumission et l'obéissance sont les vertus dont ils +se piquent le moins. Ils disent là-dessus des choses +bien extraordinaires. Selon eux, il n'y a qu'un +lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui +de la gratitude: un mari, une femme, un père et +un fils, ne sont liés entre eux que par l'amour +qu'ils se portent, ou par les bienfaits qu'ils se procurent; +et ces motifs divers de reconnoissance +sont l'origine de tous les royaumes, et de toutes +les sociétés.</p> + +<p>Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses +sujets heureux, veut les accabler et les détruire, le +fondement de l'obéissance cesse; rien ne les lie, +rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans leur +liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir +sans bornes ne sauroit être légitime, parce qu'il +n'a jamais pu avoir d'origine légitime. Car nous +ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre plus +de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes: +or nous n'avons pas sur nous-mêmes un +pouvoir sans bornes; par exemple, nous ne pouvons +pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils, +sur la terre un tel pouvoir.</p> + +<p>Le crime de lèse-majesté n'est autre chose, +selon eux, que le crime que le plus foible commet +contre le plus fort, en lui désobéissant, de quelque +manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple d'Angleterre, +qui se trouva le plus fort contre un de +leurs rois, déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté +à un prince de faire la guerre à ses sujets. +Ils ont donc grande raison, quand ils disent que le +précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre +aux puissances, n'est pas bien difficile à +suivre, puisqu'il leur est impossible de ne le pas +observer: d'autant que ce n'est pas au plus vertueux +qu'on les oblige de se soumettre, mais à +celui qui est le plus fort.</p> + +<p>Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit +vaincu et pris prisonnier un prince qui s'étoit révolté +et lui disputoit la couronne, ayant voulu lui +reprocher son infidélité et sa perfidie: Il n'y a +qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient +d'être décidé lequel de nous deux est le traître.</p> + +<p>Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui +n'ont point opprimé la patrie comme lui: et, +croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne voit point +de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, +les caprices du hasard et de la fortune.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CVI" id="LETTRE_CVI"></a>LETTRE CVI.</h2> + +<h3>RHÉDI A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, +des sciences et des arts cultivés en Occident. +Tu me vas regarder comme un barbare; mais je ne +sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les +hommes du mauvais usage que l'on en fait tous +les jours.</p> + +<p>J'ai ouï dire que la seule invention des bombes +avoit ôté la liberté à tous les peuples d'Europe. +Les princes ne pouvant plus confier la garde des +places aux bourgeois, qui, à la première bombe, +se seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir +de gros corps de troupes réglées, avec lesquelles +ils ont dans la suite opprimé leurs sujets.</p> + +<p>Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il +n'y a plus de places imprenables; c'est-à-dire, +Usbek, qu'il n'y a plus d'asile sur la terre contre +l'injustice et la violence.</p> + +<p>Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin +à découvrir quelque secret qui fournisse une voie +plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire +les peuples et les nations entières.</p> + +<p>Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: +presque toutes les monarchies n'ont été fondées +que sur l'ignorance des arts, et n'ont été détruites +que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire +de Perse peut nous en fournir un exemple +domestique.</p> + +<p>Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; +mais j'ai ouï parler à des gens sensés des ravages +de la chimie: il semble que ce soit un quatrième +fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail, +mais continuellement; tandis que la guerre, la +peste, la famine, les détruisent en gros, mais par +intervalles.</p> + +<p>Que nous a servi l'invention de la boussole, et +la découverte de tant de peuples, qu'à nous communiquer +leurs maladies plutôt que leurs richesses? +L'or et l'argent avoient été établis, par +une convention générale, pour être le prix de +toutes les marchandises et un gage de leur valeur, +par la raison que ces métaux étoient rares, et inutiles +à tout autre usage: que nous importoit-il +donc qu'ils devinssent plus communs, et que, +pour marquer la valeur d'une denrée, nous eussions +deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en +étoit que plus incommode.</p> + +<p>Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien +pernicieuse aux pays qui ont été découverts. Les +nations entières ont été détruites; et les hommes +qui ont échappé à la mort ont été réduits à une +servitude si rude, que le récit en a fait frémir les +musulmans.</p> + +<p>Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! +Aimable simplicité, si chérie de notre saint prophète, +vous me rappelez toujours la naïveté des +anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans +le cœur de nos premiers pères.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CVII" id="LETTRE_CVII"></a>LETTRE CVII.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien +tu fais mieux que tu ne penses. Tu as quitté +ta patrie pour t'instruire, et tu méprises toute instruction: +tu viens pour te former dans un pays +où l'on cultive les beaux-arts, et tu les regardes +comme pernicieux. Te le dirai-je, Rhédi? je suis +plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec toi-même.</p> + +<p>As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux +où nous entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas +nécessaire de se l'imaginer, on peut le voir. Il y a +encore des peuples sur la terre chez lesquels un +singe passablement instruit pourroit vivre avec +honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée +des autres habitants: on ne lui trouveroit point +l'esprit singulier, ni le caractère bizarre; il passeroit +tout comme un autre, et seroit distingué +même par sa gentillesse.</p> + +<p>Tu dis que les fondateurs des empires ont presque +tous ignoré les arts. Je ne te nie pas que des +peuples barbares n'aient pu, comme des torrents +impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de +leurs armées féroces les royaumes les mieux policés. +Mais, prends-y garde, ils ont appris les arts +ou les ont fait exercer aux peuples vaincus; sans +cela leur puissance auroit passé comme le bruit du +tonnerre et des tempêtes.</p> + +<p>Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque +manière de destruction plus cruelle que celle qui +est en usage. Non: si une fatale invention venoit à +se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le +droit des gens; et le consentement unanime des +nations enseveliroit cette découverte. Il n'est point +de l'intérêt des princes de faire des conquêtes par +de pareilles voies: ils doivent chercher des sujets, +et non pas des terres.</p> + +<p>Tu te plains de l'invention de la poudre et des +bombes; tu trouves étrange qu'il n'y ait plus de +place imprenable: c'est-à-dire que tu trouves +étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées +plus tôt qu'elles ne l'étoient autrefois.</p> + +<p>Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires, +que, depuis l'invention de la poudre, les batailles +sont beaucoup moins sanglantes qu'elles ne l'étoient, +parce qu'il n'y a presque plus de mêlée.</p> + +<p>Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier +où un art auroit été préjudiciable, doit-on +pour cela le rejeter? Penses-tu, Rhédi, que la +religion que notre saint prophète a apportée du +ciel soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque +jour à confondre les perfides chrétiens?</p> + +<p>Tu crois que les arts amollissent les peuples, et +par là sont cause de la chute des empires. Tu parles +de la ruine de celui des anciens Perses, qui fut +l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que +cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les +subjuguèrent, cultivoient les arts avec infiniment +plus de soin qu'eux.</p> + +<p>Quand on dit que les arts rendent les hommes +efféminés, on ne parle pas du moins des gens qui +s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais dans l'oisiveté, +qui, de tous les vices, est celui qui amollit +le plus le courage.</p> + +<p>Il n'est donc question que de ceux qui en +jouissent. Mais comme dans un pays policé ceux +qui jouissent des commodités d'un art sont obligés +d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits +à une pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté +et la mollesse sont incompatibles avec les +arts.</p> + +<p>Paris est peut-être la ville du monde la plus +sensuelle, et où l'on raffine le plus sur les plaisirs; +mais c'est peut-être celle où l'on mène une vie +plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement, +il faut que cent autres travaillent sans relâche. +Une femme s'est mis dans la tête qu'elle +devoit paroître à une assemblée avec une certaine +parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans +ne dorment plus, et n'aient plus le loisir de +boire et de manger: elle commande, et elle est +obéie plus promptement que ne seroit notre monarque; +parce que l'intérêt est le plus grand monarque +de la terre.</p> + +<p>Cette ardeur pour le travail, cette passion de +s'enrichir, passe de condition en condition, depuis +les artisans jusqu'aux grands. Personne n'aime à +être plus pauvre que celui qu'il vient de voir immédiatement +au-dessous de lui. Vous voyez à Paris +un homme qui a de quoi vivre jusqu'au jour du +jugement, qui travaille sans cesse, et court risque +d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi +vivre.</p> + +<p>Le même esprit gagne la nation; on n'y voit +que travail et qu'industrie: où est donc ce peuple +efféminé dont tu parles tant?</p> + +<p>Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un +royaume que les arts absolument nécessaires à la +culture des terres, qui sont pourtant en grand +nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne +servent qu'à la volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, +cet État seroit le plus misérable qu'il y eût +au monde.</p> + +<p>Quand les habitants auroient assez de courage +pour se passer de tant de choses qu'ils doivent à +leurs besoins, le peuple dépériroit tous les jours; +et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si +petite puissance qui ne fût en état de le conquérir.</p> + +<p>Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te +faire voir que les revenus des particuliers cesseroient +presque absolument, et par conséquent +ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation +de facultés entre les citoyens; cette circulation +de richesses et cette progression de revenus, +qui vient de la dépendance où sont les +arts les uns des autres, cesseroient absolument; +chacun ne tireroit de revenu que de sa terre, et +n'en tireroit précisément que ce qu'il lui faut +pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est +pas la centième partie du revenu d'un royaume, +il faudroit que le nombre des habitants diminuât +à proportion, et qu'il n'en restât que la centième +partie.</p> + +<p>Fais bien attention jusqu'où vont les revenus +de l'industrie. Un fonds ne produit annuellement +à son maître que la vingtième partie de sa valeur; +mais, avec une pistole de couleur, un peintre +fera un tableau qui lui en vaudra cinquante. On +en peut dire de même des orfèvres, des ouvriers +en laine, en soie, et de toutes sortes d'artisans.</p> + +<p>De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour +qu'un prince soit puissant, il faut que ses sujets +vivent dans les délices; il faut qu'il travaille à +leur procurer toutes sortes de superfluités avec +autant d'attention que les nécessités de la vie.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CVIII" id="LETTRE_CVIII"></a>LETTRE CVIII.</h2> + +<h3>RICA A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse +à ses sujets; elle ne l'est pas moins à toute +l'Europe, par les grands troubles que sa mort +pourroit produire. Mais les rois sont comme les +dieux; et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire +immortels. Sa physionomie est majestueuse, mais +charmante: une belle éducation semble concourir +avec un heureux naturel, et promet déjà un +grand prince.</p> + +<p>On dit que l'on ne peut jamais connoître le +caractère des rois d'Occident jusqu'à ce qu'ils +aient passé par les deux grandes épreuves, de leur +maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt +l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit +de celui-ci; et il se livrera pour cela de grands +combats. Car, sous un jeune prince, ces deux puissances +sont toujours rivales; mais elles se concilient +et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune +prince, le dervis a un rôle bien difficile à soutenir: +la force du roi fait sa foiblesse; mais l'autre +triomphe également de sa foiblesse et de sa force.</p> + +<p>Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu +roi absolument gouverné par les femmes; et cependant, +dans l'âge où il étoit, je crois que c'étoit +le monarque de la terre qui en avoit le moins de +besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: +Il faut que l'on fasse quelque chose pour ce jeune +colonel, sa valeur m'est connue; j'en parlerai au +ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que +ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit +évêque: il est homme de naissance, et je pourrois +répondre de ses mœurs. Il ne faut pas pourtant +que tu t'imagines que celles qui tenoient ces +discours fussent des favorites du prince; elles ne +lui avoient peut-être pas parlé deux fois en leur +vie: chose pourtant très-facile à faire chez les +princes européens. Mais c'est qu'il n'y a personne +qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou +dans les provinces, qui n'ait une femme par les +mains de laquelle passent toutes les grâces et quelquefois +les injustices qu'il peut faire. Ces femmes +ont toutes des relations les unes avec les autres, +et forment une espèce de république, dont les +membres toujours actifs se secourent et se servent +mutuellement: c'est comme un nouvel État dans +l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les +provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, +des prélats, s'il ne connoît les femmes qui +les gouvernent, est comme un homme qui voit +bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît +point les ressorts.</p> + +<p>Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la +maîtresse d'un ministre pour coucher avec lui? +Quelle idée! c'est pour lui présenter cinq ou six +placets tous les matins; et la bonté de leur naturel +paroît dans l'empressement qu'elles ont de +faire du bien à une infinité de gens malheureux, +qui leur procurent cent mille livres de rente.</p> + +<p>On se plaint en Perse de ce que le royaume est +gouverné par deux ou trois femmes: c'est bien +pis en France, où les femmes en général gouvernent, +et prennent non-seulement en gros, mais +même se partagent en détail, toute l'autorité.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CIX" id="LETTRE_CIX"></a>LETTRE CIX.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons +point en Perse, et qui me paroissent ici +fort à la mode: ce sont les journaux. La paresse se +sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir +parcourir trente volumes en un quart d'heure.</p> + +<p>Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait +les compliments ordinaires, que les lecteurs sont +aux abois: il les fait entrer à demi morts dans une +matière noyée au milieu d'une mer de paroles. +Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là, +par un in-quarto; un autre, qui a de plus +belles inclinations, vise à l'in-folio; il faut donc +qu'il étende son sujet à proportion; ce qu'il fait +sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre +lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris +tant de peine à amplifier.</p> + +<p>Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils +ouvrages: j'en ferois bien autant si je voulois ruiner +ma santé et un libraire.</p> + +<p>Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils +ne parlent que des livres nouveaux: comme si la +vérité étoit jamais nouvelle. Il me semble que, +jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, +il n'a aucune raison de leur préférer les +nouveaux.</p> + +<p>Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que +des ouvrages encore tout chauds de la forge, ils +s'en imposent un autre, qui est d'être très-ennuyeux. +Ils n'ont garde de critiquer les livres dont +ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; +et, en effet, quel est l'homme assez hardi pour vouloir +se faire dix ou douze ennemis tous les mois?</p> + +<p>La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes, +qui souffriront une volée de coups de bâton sans +se plaindre; mais qui, peu jaloux de leurs épaules, +le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne sauroient +soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se +donner de garde de les attaquer par un endroit si +sensible; et les journalistes le savent bien. Ils font +donc tout le contraire; ils commencent par louer +la matière qui est traitée: première fadeur; de là +ils passent aux louanges de l'auteur; louanges +forcées: car ils ont affaire à des gens qui sont encore +en haleine, tout prêts à se faire faire raison, +et à foudroyer à coups de plume un téméraire +journaliste.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CX" id="LETTRE_CX"></a>LETTRE CX.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>L'université de Paris est la fille aînée des rois +de France, et très-aînée; car elle a plus de neuf +cents ans: aussi rêve-t-elle quelquefois.</p> + +<p>On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, +un grand démêlé avec quelques docteurs à l'occasion +de la lettre Q<a name="FNanchor_B_2" id="FNanchor_B_2"></a><a href="#Footnote_B_2" class="fnanchor">[B]</a>, qu'elle vouloit que l'on prononçât +comme un K. La dispute s'échauffa si fort, +que quelques-uns furent dépouillés de leurs biens: +il fallut que le parlement terminât le différend; et +il accorda permission, par un arrêt solennel, à +tous les sujets du roi de France de prononcer cette +lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux +corps de l'Europe les plus respectables occupés à +décider du sort d'une lettre de l'alphabet.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_B_2" id="Footnote_B_2"></a><a href="#FNanchor_B_2"><span class="label">[B]</span></a> Il veut parler de la querelle de Ramus.</p></div> + +<p>Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus +grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; +et que, là où il y a plus de sages, il y ait +aussi moins de sagesse. Les grands corps s'attachent +toujours si fort aux minuties, aux formalités, +aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais +qu'après. J'ai ouï dire qu'un roi d'Arragon<a name="FNanchor_C_3" id="FNanchor_C_3"></a><a href="#Footnote_C_3" class="fnanchor">[C]</a> ayant +assemblé les états d'Arragon et de Catalogne, les +premières séances s'employèrent à décider en +quelle langue les délibérations seroient conçues: +la dispute étoit vive, et les états se seroient rompus +mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient, +qui étoit que la demande seroit faite en langage +catalan, et la réponse en arragonois.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_C_3" id="Footnote_C_3"></a><a href="#FNanchor_C_3"><span class="label">[C]</span></a> C'était en 1610.</p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXI" id="LETTRE_CXI"></a>LETTRE CXI.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus +grave que l'on ne pense. Il n'y a rien de plus +sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette, au +milieu de ses domestiques; un général d'armée +n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite +ou son corps de réserve, qu'elle en met à poster +une mouche qui peut manquer, mais dont elle +espère ou prévoit le succès.</p> + +<p>Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour +concilier sans cesse les intérêts de deux rivaux, +pour paroître neutre à tous les deux, pendant +qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre +médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle +leur donne!</p> + +<p>Quelle occupation pour faire venir parties de +plaisir sur parties, les faire succéder et renaître +sans cesse, et prévenir tous les accidents qui pourroient +les rompre!</p> + +<p>Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas +de se divertir; c'est de le paroître: ennuyez-les +tant que vous voudrez, elles vous le pardonneront, +pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien +réjouies.</p> + +<p>Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que +des femmes firent à la campagne. Dans le chemin +elles disoient sans cesse: Au moins, il faudra +bien rire et bien nous divertir.</p> + +<p>Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et +par conséquent assez sérieux. Il faut avouer, dit +une de ces femmes, que nous nous divertissons +bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une +partie aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me +gagnoit, une femme me secoua, et me dit: Eh +bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? +Oui, lui répondis-je en bâillant; je crois que je +crèverai à force de rire. Cependant la tristesse +triomphoit toujours des réflexions; et, quant à +moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement +dans un sommeil léthargique, qui finit tous +mes plaisirs.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXII" id="LETTRE_CXII"></a>LETTRE CXII.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>Le règne du feu roi a été si long, que la fin en +avoit fait oublier le commencement. C'est aujourd'hui +la mode de ne s'occuper que des événements +arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus +que les mémoires de ces temps-là.</p> + +<p>Voici le discours qu'un des généraux de la ville +de Paris prononça dans un conseil de guerre: et +j'avoue que je n'y comprends pas grand'chose.</p> + +<p>«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées +avec perte, je crois qu'il nous sera +facile de réparer cet échec. J'ai six couplets de +chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je +m'assure, remettront toutes choses dans l'équilibre. +J'ai fait choix de quelques voix très-nettes, +qui, sortant de la cavité de certaines +poitrines très-fortes, émouvront merveilleusement +le peuple. Ils sont sur un air qui a fait, +jusqu'à présent, un effet tout particulier.</p> + +<p>«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une +estampe qui fera voir Mazarin pendu.</p> + +<p>«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien +françois; et il l'écorche tellement, qu'il n'est pas +possible que ses affaires ne déclinent. Nous ne +manquons pas de faire bien remarquer au peuple +le ton ridicule dont il prononce<a name="FNanchor_D_4" id="FNanchor_D_4"></a><a href="#Footnote_D_4" class="fnanchor">[D]</a>. Nous relevâmes, +il y a quelques jours, une faute de +grammaire si grossière, qu'on en fit des farces par +tous les carrefours.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_D_4" id="Footnote_D_4"></a><a href="#FNanchor_D_4"><span class="label">[D]</span></a> (Note de l'auteur, extraite de l'<i>édition</i> 1721 2<sup>e</sup>, Cologne, +Pierre Marteau.) +</p><p> +Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'<i>arrêt d'Union</i>, dit +devant les députés du parlement: l'<i>Arrêt</i> d'<i>Ognon</i>, de quoi le +peuple fit force plaisanteries.</p></div> + +<p>«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple +fera du nom de Mazarin un mot générique +pour exprimer toutes les bêtes de somme, et +celles qui servent à tirer.</p> + +<p>«Depuis notre défaite, notre musique l'a si +furieusement vexé sur le péché originel, que, +pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, +il a été obligé de renvoyer tous ses pages.</p> + +<p>«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et +soyez sûrs que nous lui ferons repasser les +monts à coups de sifflets.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXIII" id="LETTRE_CXIII"></a>LETTRE CXIII.</h2> + +<h3>RHÉDI A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis +les historiens anciens et modernes: je compare +tous les temps; j'ai du plaisir à les voir passer, +pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout +mon esprit à ces grands changements qui ont +rendu les âges si différents des âges, et la terre si +peu semblable à elle-même.</p> + +<p>Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose +qui cause tous les jours ma surprise. Comment le +monde est-il si peu peuplé, en comparaison de ce +qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle +pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers +temps? seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et +tomberoit-elle de langueur?</p> + +<p>J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu +que le débris de cette ancienne Italie si fameuse +autrefois. Quoique tout le monde habite les villes, +elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il +semble qu'elles ne subsistent encore, que pour +marquer le lieu où étoient ces cités puissantes +dont l'histoire a tant parlé.</p> + +<p>Il y a des gens qui prétendent que la seule ville +de Rome contenoit autrefois plus de peuple que le +plus grand royaume de l'Europe n'en a aujourd'hui. +Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, +et même vingt mille esclaves, sans compter ceux +qui travailloient dans les maisons de campagne; +et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent mille +citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants +sans que l'imagination ne se révolte.</p> + +<p>Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants +royaumes, et des peuples nombreux, qui en ont +disparu depuis: cette île n'a plus rien de considérable +que ses volcans.</p> + +<p>La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas +la centième partie de ses anciens habitants.</p> + +<p>L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui +que des campagnes inhabitées; et la +France n'est rien, en comparaison de cette ancienne +Gaule dont parle César.</p> + +<p>Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en +faut bien que les peuples y soient, comme autrefois, +obligés de se partager, et d'envoyer dehors, +comme des essaims, des colonies et des nations +entières chercher de nouvelles demeures.</p> + +<p>La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque +plus de peuples.</p> + +<p>On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième +partie des hommes qui y formoient de +si grands empires.</p> + +<p>L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie +mineure, qui contenoit tant de puissantes monarchies, +et un nombre si prodigieux de grandes +villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la +grande Asie, celle qui est soumise au Turc n'est +pas plus pleine; et pour celle qui est sous la +domination de nos rois, si on la compare à l'état +florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle +n'a qu'une très-petite partie des habitants qui y +étoient sans nombre du temps des Xerxès et des +Darius.</p> + +<p>Quant aux petits États qui sont autour de ces +grands empires, ils sont réellement déserts: tels +sont les royaumes d'Irimette, de Circassie et de +Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États, +comptent à peine cinquante mille sujets.</p> + +<p>L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres +pays.</p> + +<p>Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que +délabrement: je crois la voir sortir des ravages de +la peste et de la famine.</p> + +<p>L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne +peut en parler si précisément que des autres parties +du monde: mais, à ne faire attention qu'aux +côtes de la Méditerranée connues de tout temps, +on voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle +étoit, lorsqu'elle étoit province romaine. Aujourd'hui +ses princes sont si foibles, que ce sont les +plus petites puissances du monde.</p> + +<p>Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être +dans ces sortes de choses, j'ai trouvé qu'il y a à +peine sur la terre la cinquantième partie des hommes +qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y +a d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les +jours; et si cela continue, dans dix siècles, elle ne +sera qu'un désert.</p> + +<p>Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe +qui soit jamais arrivée dans le monde; mais +à peine s'en est-on aperçu, parce qu'elle est arrivée +insensiblement, et dans le cours d'un grand nombre +de siècles; ce qui marque un vice intérieur, +un venin secret et caché, une maladie de langueur, +qui afflige la nature humaine.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXIV" id="LETTRE_CXIV"></a>LETTRE CXIV.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible; +les cieux mêmes ne le sont pas: les +astronomes sont des témoins oculaires de tous +leurs changements, qui sont les effets bien naturels +du mouvement universel de la matière.</p> + +<p>La terre est soumise, comme les autres planètes, +aux mêmes lois des mouvements; elle +souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de +ses principes: la mer et le continent semblent +être dans une guerre éternelle; chaque instant +produit de nouvelles combinaisons.</p> + +<p>Les hommes, dans une demeure si sujette aux +changements, sont dans un état aussi incertain: +cent mille causes peuvent agir, dont la plus petite +peut les détruire, et à plus forte raison augmenter +ou diminuer leur nombre.</p> + +<p>Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, +si communes chez les historiens, qui ont +détruit des villes et des royaumes entiers: il y en +a de générales, qui ont mis bien des fois le genre +humain à deux doigts de sa perte.</p> + +<p>Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, +qui ont tour à tour désolé l'univers. Elles +parlent d'une, entr'autres, qui fut si violente +qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se +fit sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire +du Catay: un degré de plus de corruption +auroit peut-être, dans un seul jour, détruit toute +la nature humaine.</p> + +<p>Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse +de toutes les maladies se fit sentir en Europe, en +Asie et en Afrique; elle fit dans très-peu de temps +des effets prodigieux: c'étoit fait des hommes, si +elle avoit continué ses progrès avec la même furie. +Accablés de maux dès leur naissance, incapables +de soutenir le poids des charges de la société, ils +auroient péri misérablement.</p> + +<p>Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus +exalté? et il le seroit devenu sans doute, si l'on +n'avoit été assez heureux pour trouver un remède +aussi puissant que celui qu'on a découvert. +Peut-être que cette maladie, attaquant les parties +de la génération, auroit attaqué la génération +même.</p> + +<p>Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit +pu arriver au genre humain? n'est-elle pas +arrivée en effet, et le déluge ne le réduisit-il pas +à une seule famille?</p> + +<p>Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de +Dieu une idée raisonnable, peuvent-ils comprendre +que la matière et les choses créées n'aient +que six mille ans? que Dieu ait différé pendant +toute l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que +d'hier de sa puissance créatrice? Seroit-ce parce +qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il ne l'auroit +pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, +il ne l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce +qu'il ne l'a pas voulu. Mais, comme il n'y a pas de +succession dans Dieu, si l'on admet qu'il ait voulu +quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et +dès le commencement.</p> + +<p>Il ne faut donc pas compter les années du +monde; le nombre des grains de sable de la mer +ne leur est pas plus comparable qu'un instant.</p> + +<p>Cependant tous les historiens nous parlent d'un +premier père: ils nous font voir la nature humaine +naissante. N'est-il pas naturel de penser +qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun, +comme Noé le fut du déluge; et que ces grands +événements ont été fréquents sur la terre, depuis +la création du monde?</p> + +<p>Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. +Nous voyons plusieurs parties de la terre +se lasser de fournir à la subsistance des hommes: +que savons-nous si la terre entière n'a pas des +causes générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?</p> + +<p>J'ai été bien aise de te donner ces idées générales, +avant de répondre plus particulièrement à ta +lettre sur la diminution des peuples, arrivée depuis +dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai voir +dans une lettre suivante, qu'indépendamment des +causes physiques, il y en a de morales qui ont produit +cet effet.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXV" id="LETTRE_CXV"></a>LETTRE CXV.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Tu cherches la raison pourquoi la terre est +moins peuplée qu'elle ne l'étoit autrefois: et +si tu y fais bien attention, tu verras que la grande +différence vient de celle qui est arrivée dans les +mœurs.</p> + +<p>Depuis que la religion chrétienne et la mahométane +ont partagé le monde romain, les choses +sont bien changées: il s'en faut bien que ces deux +religions soient aussi favorables à la propagation +de l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers.</p> + +<p>Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue: +et en cela elle avoit un très-grand avantage +sur la religion mahométane; le divorce y étoit +permis: ce qui lui en donnoit un autre, non +moins considérable, sur la chrétienne.</p> + +<p>Je ne trouve rien de si contradictoire que cette +pluralité des femmes permise par le saint Alcoran, +et l'ordre de les satisfaire ordonné par le même +livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce +que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements, +et qu'elles vous sont nécessaires comme +vos vêtements. Voilà un précepte qui rend la vie +d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui +qui a les quatre femmes établies par la loi, et seulement +autant de concubines et d'esclaves, ne +doit-il pas être accablé de tant de vêtements?</p> + +<p>Vos femmes sont vos labourages, dit encore le +prophète; approchez-vous donc de vos labourages: +faites du bien pour vos âmes; et vous le trouverez +un jour.</p> + +<p>Je regarde un bon musulman comme un +athlète, destiné à combattre sans relâche; mais +qui bientôt, foible et accablé de ses premières fatigues, +languit dans le champ même de la victoire; +et se trouve, pour ainsi dire, enseveli sous +ses propres triomphes.</p> + +<p>La nature agit toujours avec lenteur, et pour +ainsi dire avec épargne: ses opérations ne sont +jamais violentes; jusque dans ses productions elle +veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec +règle et mesure; si on la précipite, elle tombe +bientôt dans la langueur: elle emploie toute la +force qui lui reste à se conserver, perdant absolument +sa vertu productrice et sa puissance générative.</p> + +<p>C'est dans cet état de défaillance que nous met +toujours ce grand nombre de femmes, plus propres +à nous épuiser qu'à nous satisfaire. Il est +très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans +un sérail prodigieux avec un très-petit nombre +d'enfants: ces enfants mêmes sont la plupart du +temps foibles et malsains, et se sentent de la langueur +de leur père.</p> + +<p>Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une +continence forcée, ont besoin d'avoir des gens +pour les garder, qui ne peuvent être que des eunuques: +la religion, la jalousie, et la raison même, +ne permettent pas d'en laisser approcher d'autres; +ces gardiens doivent être en grand nombre, +soit afin de maintenir la tranquillité au dedans +parmi les guerres que ces femmes se font sans +cesse, soit enfin pour empêcher les entreprises du +dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes ou +concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour +les garder. Mais quelle perte pour la société que +ce grand nombre d'hommes morts dès leur naissance! +quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre!</p> + +<p>Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour +servir avec les eunuques ce grand nombre de +femmes, y vieillissent presque toujours dans une +affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier +pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses, +une fois accoutumées à elles, ne s'en défont presque +jamais.</p> + +<p>Voilà comme un seul homme occupe lui seul +tant de sujets de l'un et l'autre sexe à ses plaisirs, +les fait mourir pour l'État, et les rend inutiles à +la propagation de l'espèce.</p> + +<p>Constantinople et Ispahan sont les capitales des +deux plus grands empires du monde: c'est là que +tout doit aboutir, et que les peuples, attirés de +mille manières, se rendent de toutes parts. Cependant +elles périssent d'elles-mêmes, et elles +seroient bientôt détruites, si les souverains n'y +faisoient venir, presque à chaque siècle, des nations +entières pour les repeupler. J'épuiserai ce +sujet dans une autre lettre.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXVI" id="LETTRE_CXVI"></a>LETTRE CXVI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que +nous; ils en avoient même plus: mais ils en +faisoient un meilleur usage.</p> + +<p>Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la +multiplication de ces esclaves, ils la favorisoient +au contraire de tout leur pouvoir; ils les associoient +le plus qu'ils pouvoient par des espèces de +mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs +maisons de domestiques de tous les sexes, de tous +les âges, et l'État d'un peuple innombrable.</p> + +<p>Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse +d'un maître, naissoient sans nombre autour de +lui: il étoit seul chargé de leur nourriture et de +leur éducation; les pères, libres de ce fardeau, +suivoient uniquement le penchant de la nature, et +multiplioient sans craindre une trop nombreuse +famille.</p> + +<p>Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves +sont occupés à garder nos femmes, et à rien de +plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État, dans une +perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre +à quelques hommes libres, à quelques +chefs de familles, la culture des arts et des terres, +lesquels même s'y donnent le moins qu'ils peuvent.</p> + +<p>Il n'en étoit pas de même chez les Romains: +la république se servoit avec un avantage infini +de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit son +pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître +lui imposoit; avec ce pécule il travailloit et se +tournoit du côté où le portoit son industrie. Celui-ci +faisoit la banque; celui-là se donnoit au commerce +de la mer; l'un vendoit des marchandises +en détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique, +ou bien affermoit et faisoit valoir des terres: +mais il n'y en avoit aucun qui ne s'attachât +de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule, qui +lui procuroit en même temps l'aisance dans la +servitude présente, et l'espérance d'une liberté +future: cela faisoit un peuple laborieux, animoit +les arts et l'industrie.</p> + +<p>Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et +leur travail, se faisoient affranchir, et devenoient +citoyens. La république se réparoit sans cesse, et +recevoit dans son sein de nouvelles familles, à +mesure que les anciennes se détruisoient.</p> + +<p>J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes, +occasion de te prouver que plus il y a d'hommes +dans un État, plus le commerce y fleurit; je +prouverai aussi facilement que plus le commerce +y fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: +ces deux choses s'entr'aident, et se favorisent nécessairement.</p> + +<p>Si cela est, combien ce nombre prodigieux +d'esclaves, toujours laborieux, devoit-il s'accroître +et s'augmenter! L'industrie et l'abondance les +faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient +naître l'abondance et l'industrie.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXVII" id="LETTRE_CXVII"></a>LETTRE CXVII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans, +et cherché la raison pourquoi ils étoient +moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la +domination des Romains: examinons à présent +ce qui a produit cet effet chez les chrétiens.</p> + +<p>Le divorce étoit permis dans la religion païenne, +et il fut défendu aux chrétiens. Ce changement, +qui parut d'abord de si petite conséquence, eut +insensiblement des suites terribles, et telles qu'on +peut à peine les croire.</p> + +<p>On ôta non-seulement toute la douceur du +mariage, mais aussi l'on donna atteinte à sa fin: +en voulant resserrer ses nœuds, on les relâcha; et +au lieu d'unir les cœurs, comme on le prétendoit, +on les sépara pour jamais.</p> + +<p>Dans une action si libre, et où le cœur doit +avoir tant de part, on mit la gêne, la nécessité, +et la fatalité du destin même. On compta pour +rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité +des humeurs; on voulut fixer le cœur, c'est-à-dire +ce qu'il y a de plus variable et de plus inconstant +dans la nature: on attacha sans retour et +sans espérance des gens accablés l'un de l'autre, +et presque toujours mal assortis; et l'on fit comme +ces tyrans qui faisoient lier des hommes vivants +à des corps morts.</p> + +<p>Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel +que la faculté du divorce: un mari et une +femme étoient portés à soutenir patiemment les +peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres +de les faire finir: et ils gardoient souvent ce +pouvoir en main toute leur vie sans en user, par +cette seule considération qu'ils étoient libres de +le faire.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs +peines présentes désespèrent pour l'avenir: ils ne +voient, dans les désagréments du mariage, que +leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là +viennent les dégoûts, les discordes, les mépris; +et c'est autant de perdu pour la postérité. A peine +a-t-on trois ans de mariage, qu'on en néglige +l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: +il se forme des séparations intestines aussi +fortes, et peut-être plus pernicieuses, que si elles +étoient publiques: chacun vit et reste de son +côté, et tout cela au préjudice des races futures. +Bientôt un homme dégoûté d'une femme éternelle, +se livrera aux filles de joie: commerce +honteux et si contraire à la société; lequel, sans +remplir l'objet du mariage, n'en représente tout +au plus que les plaisirs.</p> + +<p>Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une +qui n'est pas propre au dessein de la nature et à +la propagation de l'espèce, soit par son tempérament, +soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec +elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même.</p> + +<p>Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez +les chrétiens tant de mariages fournir un si petit +nombre de citoyens. Le divorce est aboli: les +mariages mal assortis ne se raccommodent plus; +les femmes ne passent plus, comme chez les Romains, +successivement dans les mains de plusieurs +maris, qui en tiroient, dans le chemin, le meilleur +parti qu'il étoit possible.</p> + +<p>J'ose le dire: si, dans une république comme +Lacédémone, où les citoyens étoient sans cesse +gênés par des lois singulières et subtiles, et dans +laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la +république, il avoit été établi que les maris changeassent +de femme tous les ans, il en seroit né un +peuple innombrable.</p> + +<p>Il est assez difficile de faire bien comprendre la +raison qui a porté les chrétiens à abolir le divorce. +Le mariage, chez toutes les nations du monde, +est un contrat susceptible de toutes les conventions, +et on n'en a dû bannir que celles qui +auroient pu en affoiblir l'objet; mais les chrétiens +ne le regardent pas dans ce point de vue: aussi +ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est. Ils ne +le font pas consister dans le plaisir des sens; au +contraire, comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils +veulent l'en bannir autant qu'ils le peuvent: mais +c'est une image, une figure, et quelque chose +de mystérieux, que je ne comprends point.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXVIII" id="LETTRE_CXVIII"></a>LETTRE CXVIII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>La prohibition du divorce n'est pas la seule +cause de la dépopulation des pays chrétiens: le +grand nombre d'eunuques qu'ils ont parmi eux +n'en est pas une moins considérable.</p> + +<p>Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de +l'autre sexe, qui se vouent à une continence éternelle: +c'est chez les chrétiens la vertu par excellence; +en quoi je ne les comprends pas, ne sachant +ce que c'est qu'une vertu dont il ne résulte +rien.</p> + +<p>Je trouve que leurs docteurs se contredisent +manifestement quand ils disent que le mariage est +saint, et que le célibat, qui lui est opposé, l'est +encore davantage, sans compter qu'en fait de +préceptes et de dogmes fondamentaux, le bien est +toujours le mieux.</p> + +<p>Le nombre de ces gens faisant profession de +célibat est prodigieux. Les pères y condamnoient +autrefois les enfants dès le berceau; aujourd'hui +ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze +ans: ce qui revient à peu près à la même chose.</p> + +<p>Ce métier de continence a anéanti plus +d'hommes que les pestes et les guerres les plus +sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans chaque +maison religieuse une famille éternelle, où il ne +naît personne, et qui s'entretient aux dépens de +toutes les autres. Ces maisons sont toujours +ouvertes, comme autant de gouffres où s'ensevelissent +les races futures.</p> + +<p>Cette politique est bien différente de celle des +Romains, qui établissoient des lois pénales contre +ceux qui se refusoient aux lois du mariage, et +vouloient jouir d'une liberté si contraire à l'utilité +publique.</p> + +<p>Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans +la religion protestante, tout le monde est en +droit de faire des enfants: elle ne souffre ni prêtres +ni dervis; et si, dans l'établissement de cette +religion qui ramenoit tout aux premiers temps, +ses fondateurs n'avoient été accusés sans cesse +d'intempérance, il ne faut pas douter qu'après +avoir rendu la pratique du mariage universelle, +ils n'en eussent encore adouci le joug, et achevé +d'ôter toute la barrière qui sépare, en ce point, le +Nazaréen et Mahomet.</p> + +<p>Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la +religion donne aux protestants un avantage infini +sur les catholiques.</p> + +<p>J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe, +il n'est pas possible que la religion catholique y +subsiste cinq cents ans.</p> + +<p>Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, +les catholiques étoient beaucoup plus forts que +les protestants. Ces derniers sont peu à peu parvenus +à un équilibre, et aujourd'hui la balance +commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité +augmentera tous les jours: les protestants +deviendront plus riches et plus puissants, et les +catholiques plus foibles.</p> + +<p>Les pays protestants doivent être, et sont réellement, +plus peuplés que les catholiques: d'où il +suit, premièrement, que les tributs y sont plus +considérables, parce qu'ils augmentent à proportion +de ceux qui les payent; secondement, que les +terres y sont mieux cultivées; enfin que le commerce +y fleurit davantage, parce qu'il y a plus de +gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus +de besoins on y a plus de ressources pour les remplir. +Quand il n'y a que le nombre de gens suffisants +pour la culture des terres, il faut que le commerce +périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est +nécessaire pour entretenir le commerce, il faut +que la culture des terres manque, c'est-à-dire il +faut que tous les deux tombent en même temps, +parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce +ne soit aux dépens de l'autre.</p> + +<p>Quant aux pays catholiques, non seulement la +culture des terres y est abandonnée, mais même +l'industrie y est pernicieuse; elle ne consiste qu'à +apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. +Dès qu'un homme a cette provision par devers +lui, il ne doit plus s'embarrasser de sa fortune: +il trouve dans le cloître une vie tranquille, qui +dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des +peines.</p> + +<p>Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains +presque toutes les richesses de l'État; c'est une +société de gens avares, qui prennent toujours, et ne +rendent jamais: ils accumulent sans cesse des +revenus pour acquérir des capitaux. Tant de +richesses tombent, pour ainsi dire, en paralysie; +plus de circulation, plus de commerce, plus d'arts, +plus de manufactures.</p> + +<p>Il n'y a point de prince protestant qui ne lève +sur ses peuples dix fois plus d'impôts que le pape +n'en lève sur ses sujets; cependant ces derniers +sont misérables, pendant que les autres vivent +dans l'opulence. Le commerce ranime tout chez +les uns, et le monachisme porte la mort partout +chez les autres.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXIX" id="LETTRE_CXIX"></a>LETTRE CXIX.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de +l'Europe; passons à l'Afrique. On ne peut +guère parler que de ses côtes, parce qu'on n'en +connoît pas l'intérieur.</p> + +<p>Celles de Barbarie, où la religion mahométane +est établie, ne sont plus si peuplées qu'elles +étoient du temps des Romains, par les raisons +que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la +Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies +depuis deux cents ans que les petits rois, ou chefs +de villages, vendent leurs sujets aux princes d'Europe, +pour les porter dans leurs colonies en +Amérique.</p> + +<p>Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, +qui reçoit tous les ans tant de nouveaux +habitants, est elle-même déserte, et ne profite point +des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves, +qu'on transporte dans un autre climat, y périssent +par milliers; et les travaux des mines, où l'on +occupe sans cesse et les naturels du pays et les +étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, +le vif-argent dont il faut faire un continuel +usage, les détruisent sans ressource.</p> + +<p>Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr +un nombre innombrable d'hommes pour tirer du +fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'eux-mêmes +absolument inutiles, et qui ne sont des +richesses que parce qu'on les a choisis pour en +être les signes.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXX" id="LETTRE_CXX"></a>LETTRE CXX.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des +plus petites circonstances du monde: de manière +qu'il ne faut souvent qu'un nouveau tour +dans son imagination pour le rendre beaucoup +plus nombreux qu'il n'étoit.</p> + +<p>Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants, +ont réparé leurs pertes et leurs destructions +continuelles, par cette seule espérance +qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir +naître un roi puissant qui sera le maître de la +terre.</p> + +<p>Les anciens rois de Perse n'avoient tant de +milliers de sujets qu'à cause de ce dogme de la +religion des mages, que les actes les plus agréables +à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit +de faire un enfant, labourer un champ, et planter +un arbre.</p> + +<p>Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, +cela ne vient que d'une certaine manière +de penser: car, comme les enfants regardent leurs +pères comme des dieux, qu'ils les respectent +comme tels dès cette vie, qu'ils les honorent après +leur mort par des sacrifices dans lesquels ils +croient que leurs âmes, anéanties dans le Tyen, +reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à +augmenter une famille si soumise dans cette vie, +et si nécessaire dans l'autre.</p> + +<p>D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent +tous les jours déserts, à cause d'une opinion +qui, toute sainte qu'elle est, ne laisse pas +d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est +enracinée dans les esprits. Nous nous regardons +comme des voyageurs qui ne doivent penser qu'à +une autre patrie; les travaux utiles et durables, +les soins pour assurer la fortune de nos enfants, +les projets qui tendent au delà d'une vie courte et +passagère, nous paroissent quelque chose d'extravagant. +Tranquilles pour le présent, sans inquiétude +pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de +réparer les édifices publics, ni de défricher les +terres incultes, ni de cultiver celles qui sont en état +de recevoir nos soins: nous vivons dans une insensibilité +générale, et nous laissons tout faire à la +providence.</p> + +<p>C'est un esprit de vanité qui a établi chez les +Européens l'injuste droit d'aînesse, si défavorable +à la propagation, en ce qu'il porte l'attention d'un +père sur un seul de ses enfants, et détourne ses +yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour +rendre solide la fortune d'un seul, de s'opposer à +l'établissement de plusieurs; enfin en ce qu'il détruit +l'égalité des citoyens, qui en fait toute l'opulence.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXI" id="LETTRE_CXXI"></a>LETTRE CXXI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Les pays habités par les sauvages sont ordinairement +peu peuplés, par l'éloignement qu'ils +ont presque tous pour le travail et la culture de la +terre. Cette malheureuse aversion est si forte que, +lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un +de leurs ennemis, ils ne lui souhaitent autre +chose que d'être réduit à labourer un champ, +croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui +soit un exercice noble et digne d'eux.</p> + +<p>Mais, comme il y a souvent des années où la +chasse et la pêche rendent très-peu, ils sont désolés +par des famines fréquentes; sans compter qu'il +n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson +qui puisse donner la subsistance à un grand +peuple, parce que les animaux fuient toujours les +endroits trop habités.</p> + +<p>D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre +de deux ou trois cents habitants, isolées les +unes des autres, ayant des intérêts aussi séparés +que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir, +parce qu'elles n'ont pas la ressource des +grands États, dont toutes les parties se répondent +et se secourent mutuellement.</p> + +<p>Il y a chez les sauvages une autre coutume qui +n'est pas moins pernicieuse que la première: c'est +la cruelle habitude où sont les femmes de se faire +avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas +désagréables à leurs maris.</p> + +<p>Il y a ici des lois terribles contre ce désordre; +elles vont jusqu'à la fureur. Toute fille qui n'a +point été déclarer sa grossesse au magistrat est +punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la +honte, les accidents même, ne l'excusent jamais.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXII" id="LETTRE_CXXII"></a>LETTRE CXXII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les +pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on +les envoie.</p> + +<p>Il faut que les hommes restent où ils sont: il y +a des maladies qui viennent de ce qu'on change +un bon air contre un mauvais; d'autres qui viennent +précisément de ce qu'on en change.</p> + +<p>L'air se charge, comme les plantes, des particules +de la terre de chaque pays. Il agit tellement +sur nous, que notre tempérament en est fixé. +Lorsque nous sommes transportés dans un autre +pays, nous devenons malades. Les liquides étant +accoutumés à une certaine consistance, les solides +à une certaine disposition, tous les deux, à un +certain degré de mouvement, n'en peuvent plus +souffrir d'autres, et ils résistent à un nouveau pli.</p> + +<p>Quand un pays est désert, c'est un préjugé de +quelque vice particulier de la nature du climat: +ainsi, quand on ôte les hommes d'un ciel heureux +pour les envoyer dans un tel pays, on fait +précisément le contraire de ce qu'on se propose.</p> + +<p>Les Romains savoient cela par expérience; ils +reléguoient tous les criminels en Sardaigne, et ils +y faisoient passer des Juifs. Il fallut se consoler +de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient +pour ces misérables rendoit très-facile.</p> + +<p>Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le +moyen d'entretenir de grosses armées sur les frontières, +transporta presque tous les Arméniens +hors de leur pays, et en envoya plus de vingt +mille familles dans la province de Guilan, qui périrent +presque toutes en très-peu de temps.</p> + +<p>Tous les transports de peuples faits à Constantinople +n'ont jamais réussi.</p> + +<p>Ce nombre prodigieux de nègres dont nous +avons parlé n'a point rempli l'Amérique.</p> + +<p>Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la +Palestine est sans habitants.</p> + +<p>Il faut donc avouer que les grandes destructions +sont presque irréparables, parce qu'un peuple qui +manque à un certain point reste dans le même +état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des +siècles pour cela.</p> + +<p>Que si, dans un état de défaillance, la moindre +des circonstances dont nous avons parlé vient à +concourir, non-seulement il ne se répare pas, +mais il dépérit tous les jours, et tend à son anéantissement.</p> + +<p>L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore +sentir comme le premier jour: bien loin que ce +vide se remplisse, il devient tous les jours plus +grand.</p> + +<p>Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols, +qui ont pris la place de ses anciens habitants, +n'ont pu la repeupler; au contraire, par +une fatalité que je ferois mieux de nommer une +justice divine, les destructeurs se détruisent eux-mêmes, +et se consument tous les jours.</p> + +<p>Les princes ne doivent donc point songer à +peupler de grands pays par des colonies. Je ne +dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois; il y a +des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie +toujours: témoin ces îles<a name="FNanchor_E_5" id="FNanchor_E_5"></a><a href="#Footnote_E_5" class="fnanchor">[E]</a> qui ont été peuplées +par des malades que quelques vaisseaux y avoient +abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la +santé.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_E_5" id="Footnote_E_5"></a><a href="#FNanchor_E_5"><span class="label">[E]</span></a> L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.</p></div> + +<p>Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu +d'augmenter la puissance, elles ne feroient que la +partager, à moins qu'elles n'eussent très-peu d'étendue, +comme sont celles que l'on envoie pour +occuper quelque place pour le commerce.</p> + +<p>Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, +découvert l'Amérique, ou au moins de grandes +îles dans lesquelles ils faisoient un commerce prodigieux: +mais quand ils virent le nombre de leurs +habitants diminuer, cette sage république défendit +à ses sujets ce commerce et cette navigation.</p> + +<p>J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols +dans les Indes, il faudroit faire repasser les +Indiens et les métifs en Espagne; il faudroit rendre +à cette monarchie tous ses peuples dispersés; +et, si la moitié seulement de ces grandes colonies +se conservoit, l'Espagne deviendroit la puissance +de l'Europe la plus redoutable.</p> + +<p>On peut comparer les empires à un arbre dont +les branches trop étendues ôtent tout le suc du +tronc, et ne servent qu'à faire de l'ombrage.</p> + +<p>Rien ne devrait corriger les princes de la fureur +des conquêtes lointaines que l'exemple des Portugais +et des Espagnols.</p> + +<p>Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité +inconcevable, des royaumes immenses, plus +étonnées de leurs victoires que les peuples vaincus +de leur défaite, songèrent aux moyens de les +conserver, et prirent chacune pour cela une voie +différente.</p> + +<p>Les Espagnols, désespérant de retenir les +nations vaincues dans la fidélité, prirent le parti +de les exterminer, et d'y envoyer d'Espagne des +peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut +plus ponctuellement exécuté. On vit un peuple, +aussi nombreux que tous ceux de l'Europe ensemble, +disparoître de la terre à l'arrivée de ces +barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes, +avoir voulu en même temps découvrir aux hommes +quel étoit le dernier période de la cruauté.</p> + +<p>Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous +leur domination. Juge par là combien les conquêtes +sont funestes, puisque les effets en sont +tels: car enfin ce remède affreux étoit unique. +Comment auroient-ils pu retenir tant de millions +d'hommes dans l'obéissance? Comment soutenir +une guerre civile de si loin? Que seroient-ils devenus, +s'ils avoient donné le temps à ces peuples +de revenir de l'admiration où ils étoient de l'arrivée +de ces nouveaux dieux et de la crainte de leurs +foudres?</p> + +<p>Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout +opposée; ils n'employèrent pas les cruautés: +aussi furent-ils bientôt chassés de tous les pays +qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent +la rébellion de ces peuples, et en profitèrent.</p> + +<p>Quel prince envieroit le sort de ces conquérants? +Qui voudroit de ces conquêtes à ces conditions? +Les uns en furent aussitôt chassés; les +autres en firent des déserts, et rendirent de même +leur propre pays.</p> + +<p>C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir +des pays qu'ils perdent soudain, ou à soumettre +des nations qu'ils sont obligés eux-mêmes +de détruire; comme cet insensé qui se consumoit +à acheter des statues qu'il jetoit dans la mer, et +des glaces qu'il brisoit aussitôt.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXIII" id="LETTRE_CXXIII"></a>LETTRE CXXIII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>La douceur du gouvernement contribue merveilleusement +à la propagation de l'espèce. +Toutes les républiques en sont une preuve constante; +et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, +qui sont les deux plus mauvais pays de +l'Europe, si l'on considère la nature du terrain, et +qui cependant sont les plus peuplés.</p> + +<p>Rien n'attire plus les étrangers que la liberté, +et l'opulence qui la suit toujours: l'une se fait +rechercher par elle-même, et les besoins attirent +dans les pays où l'on trouve l'autre.</p> + +<p>L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance +fournit aux enfants, sans rien diminuer de +la subsistance des pères.</p> + +<p>L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement +de l'égalité dans les fortunes, porte l'abondance +et la vie dans toutes les parties du corps +politique, et la répand partout.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des pays soumis au +pouvoir arbitraire: le prince, les courtisans, et +quelques particuliers, possèdent toutes les richesses, +pendant que tous les autres gémissent dans +une pauvreté extrême.</p> + +<p>Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente +qu'il fera des enfants plus pauvres que lui, il ne se +mariera pas; ou s'il se marie, il craindra d'avoir +un trop grand nombre d'enfants, qui pourroient +achever de déranger sa fortune, et qui descendroient +de la condition de leur père.</p> + +<p>J'avoue que le rustique ou paysan, étant une +fois marié, peuplera indifféremment, soit qu'il soit +riche, soit qu'il soit pauvre; cette considération +ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à +laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne +l'empêche jamais de suivre aveuglément l'instinct +de la nature.</p> + +<p>Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants +qui languissent dans la misère? Ils périssent +presque tous à mesure qu'ils naissent; ils ne prospèrent +jamais: foibles et débiles, ils meurent en +détail de mille manières, tandis qu'ils sont emportés +en gros par les fréquentes maladies populaires, +que la misère et la mauvaise nourriture produisent +toujours; ceux qui en échappent atteignent +l'âge viril sans en avoir la force, et languissent +tout le reste de leur vie.</p> + +<p>Les hommes sont comme les plantes, qui ne +croissent jamais heureusement si elles ne sont +bien cultivées: chez les peuples misérables, +l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.</p> + +<p>La France peut fournir un grand exemple de +tout ceci. Dans les guerres passées, la crainte où +étoient tous les enfants de famille qu'on ne les +enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier, +et cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de +la pauvreté. De tant de mariages il naissoit bien +des enfants, que l'on cherche encore en France, +et que la misère, la famine et les maladies en ont +fait disparoître.</p> + +<p>Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un +royaume aussi policé que la France, on fait de +pareilles remarques, que sera-ce dans les autres +États?</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXIV" id="LETTRE_CXXIV"></a>LETTRE CXXIV.</h2> + +<h3>USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,</h3> + +<h3>Gardien des trois tombeaux</h3> + +<h3>A Com.</h3> + + +<p>Que nous servent les jeûnes des immaums et +les cilices des mollaks? La main de Dieu +s'est deux fois appesantie sur les enfants de la loi, +le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que +leurs défaites; leurs armées s'assemblent, et elles +sont dissipées comme la poussière.</p> + +<p>L'empire des Osmanlins est ébranlé par les +deux plus grands échecs qu'il ait jamais reçus: +un moufti chrétien ne le soutient qu'avec peine; +le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, +envoyé pour châtier les sectateurs d'Omar; il +porte partout la colère du ciel, irrité contre leur +rébellion et leur perfidie.</p> + +<p>Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit +et jour sur les enfants du prophète que le détestable +Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent +à la vue de leurs malheurs; tu désires leur +conversion, et non pas leur perte; tu voudrois +les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par les larmes +des saints; et non pas dispersés dans les montagnes +et dans les déserts par la terreur des infidèles.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXV" id="LETTRE_CXXV"></a>LETTRE CXXV.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Quel peut être le motif de ces libéralités immenses +que les princes versent sur leurs +courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur +sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et +d'ailleurs, s'ils acquièrent quelques-uns de leurs +sujets en les achetant, il faut bien, par la même +raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en +les appauvrissant.</p> + +<p>Quand je pense à la situation des princes, toujours +entourés d'hommes avides et insatiables, je +ne puis que les plaindre: et je les plains encore +davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de résister +à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne +demandent rien.</p> + +<p>Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, +des grâces et des pensions qu'ils accordent, que +je ne me livre à mille réflexions: une foule d'idées +se présente à mon esprit; il me semble que j'entends +publier cette ordonnance:</p> + +<p>«Le courage infatigable de quelques-uns de +nos sujets à nous demander des pensions ayant +exercé sans relâche notre magnificence royale, +nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes +qu'ils nous ont présentées, lesquelles +ont fait jusqu'ici la plus grande sollicitude du +trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point +manqué, depuis notre avènement à la couronne, +de se trouver à notre lever; que nous +les avons toujours vus sur notre passage immobiles +comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement +élevés pour regarder, sur les épaules +les plus hautes, notre sérénité. Nous avons +même reçu plusieurs requêtes de la part de +quelques personnes du beau sexe, qui nous ont +supplié de faire attention qu'il étoit notoire +qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes +même très-surannées nous ont prié, +branlant la tête, de faire attention qu'elles ont +fait l'ornement de la cour des rois nos prédécesseurs; +et que, si les généraux de leurs armées +ont rendu l'État redoutable par leurs faits +militaires, elles n'ont point rendu la cour +moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant +traiter les suppliants avec bonté, et leur +accorder toutes leurs prières, nous avons ordonné +ce qui suit:</p> + +<p>«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera +journellement la cinquième partie +du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères +de famille de faire la diminution, sur chacun +d'eux, aussi juste que faire se pourra.</p> + +<p>«Défendons expressément à tous ceux qui +s'appliquent à la culture de leurs héritages, ou +qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire +aucune réparation, de quelque espèce qu'elle +soit.</p> + +<p>«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent +à des travaux vils et mécaniques, lesquelles +n'ont jamais été au lever de notre majesté, n'achètent +désormais d'habits, à eux, à leurs femmes +et à leurs enfants, que de quatre ans en +quatre ans; leur interdisons en outre très-étroitement +ces petites réjouissances qu'ils avoient +coutume de faire, dans leurs familles, les principales +fêtes de l'année.</p> + +<p>«Et, d'autant que nous demeurons averti que +la plupart des bourgeois de nos bonnes villes sont +entièrement occupés à pourvoir à l'établissement +de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues +recommandables, dans notre État, que par une +triste et ennuyeuse modestie, nous ordonnons +qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce qu'ayant +atteint l'âge limité par les ordonnances, elles +viennent à les y contraindre. Défendons à nos +magistrats de pourvoir à l'éducation de leurs +enfants.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXVI" id="LETTRE_CXXVI"></a>LETTRE CXXVI.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>On est bien embarrassé dans toutes les religions, +quand il s'agit de donner une idée des +plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien vécu. +On épouvante facilement les méchants par une +longue suite de peines, dont on les menace: mais, +pour les gens vertueux, on ne sait que leur promettre. +Il semble que la nature des plaisirs soit +d'être d'une courte durée; l'imagination a peine +à en représenter d'autres.</p> + +<p>J'ai vu des descriptions du paradis, capables +d'y faire renoncer tous les gens de bon sens: les +uns font jouer sans cesse de la flûte ces ombres +heureuses; d'autres les condamnent au supplice +de se promener éternellement; d'autres enfin, +qui les font rêver là-haut aux maîtresses d'ici-bas, +n'ont pas cru que cent millions d'années +fussent un terme assez long pour leur ôter le +goût de ces inquiétudes amoureuses.</p> + +<p>Je me souviens à ce propos d'une histoire que +j'ai ouï raconter à un homme qui avoit été dans +le pays du Mogol; elle fait voir que les prêtres +indiens ne sont pas moins stériles que les autres +dans les idées qu'ils ont des plaisirs du paradis.</p> + +<p>Une femme qui venoit de perdre son mari vint +en cérémonie chez le gouverneur de la ville lui +demander permission de se brûler: mais, comme, +dans les pays soumis aux mahométans, on abolit +tant qu'on peut cette cruelle coutume, il la refusa +absolument.</p> + +<p>Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se +jeta dans un furieux emportement. Voyez, disoit-elle, +comme on est gêné! Il ne sera seulement +pas permis à une pauvre femme de se brûler +quand elle en a envie! A-t-on jamais vu rien de +pareil? Ma mère, ma tante, mes sœurs, se sont +bien brûlées? Et, quand je vais demander permission +à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se +met à crier comme un enragé.</p> + +<p>Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze: +Homme infidèle, lui dit le gouverneur, est-ce toi +qui a mis dans l'esprit de cette femme cette fureur? +Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais, +si elle m'en croit, elle consommera son sacrifice; +elle fera une action agréable au dieu Brama: +aussi en sera-t-elle bien récompensée; car elle +retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle +recommencera avec lui un second mariage. Que +dites-vous? dit la femme surprise. Je retrouverai +mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux, +chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu +Brama n'a point fait sur lui quelque réforme, +sûrement il n'a pas besoin de moi. Me brûler +pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour +le retirer du fond des enfers. Deux vieux bonzes, +qui me séduisoient, et qui savoient de quelle manière +je vivois avec lui, n'avoient garde de me +tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent +à me faire, je renonce à cette béatitude. Monsieur +le gouverneur, je me fais mahométane. Et +pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous +pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que +je me porte fort bien.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXVII" id="LETTRE_CXXVII"></a>LETTRE CXXVII.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie +tes lettres d'Ispahan. Les miennes portent que +l'ambassadeur du Grand Mogol a reçu ordre de +sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter +le prince, oncle du roi, qui est chargé de son +éducation; qu'on l'a fait conduire dans un château, +où il est très-étroitement gardé, et qu'on l'a +privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort +de ce prince, et je le plains.</p> + +<p>Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler +les larmes de personne sans en être attendri: je +sens de l'humanité pour les malheureux, comme +s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les +grands même, pour lesquels je trouve dans mon +cœur de la dureté quand ils sont élevés, je les +aime sitôt qu'ils tombent.</p> + +<p>En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, +d'une inutile tendresse? elle approche trop de +l'égalité: ils aiment bien mieux du respect, qui +ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils +sont déchus de leur grandeur, il n'y a que nos +plaintes qui puissent leur en rappeler l'idée.</p> + +<p>Je trouve quelque chose de bien naïf, et même +de bien grand, dans les paroles d'un prince qui, +près de tomber entre les mains de ses ennemis, +voyant ses courtisans autour de lui qui +pleuroient: Je sens, leur dit-il, à vos larmes que +je suis encore votre roi.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXVIII" id="LETTRE_CXXVIII"></a>LETTRE CXXVIII.</h2> + +<h3>RICA A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de +Suède: il assiégeoit une place dans un royaume +qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit la +tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un +coup dans la tête, dont il est mort. On a fait sur-le-champ +arrêter son premier ministre: les états +se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la +tête.</p> + +<p>Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir +calomnié la nation, et de lui avoir fait perdre la +confiance de son roi: forfait qui, selon moi, mérite +mille morts.</p> + +<p>Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir +dans l'esprit du prince le dernier de ses sujets, +qu'est-ce, lorsque l'on noircit la nation entière, +et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la +providence a établi pour faire son bonheur?</p> + + +<p>Je voudrois que les hommes parlassent aux rois +comme les anges parlent à notre saint prophète.</p> + +<p>Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur +des seigneurs descend du plus sublime trône +du monde pour se communiquer à ses esclaves, je +me suis fait une loi sévère de captiver une langue +indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une +seule parole qui pût être amère au dernier de ses +sujets. Quand il m'a fallu cesser d'être sobre, je +n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans +cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie, +et jamais ma vertu.</p> + +<p>Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque +jamais de prince si méchant, que son ministre ne +le soit encore davantage; s'il fait quelque action +mauvaise, elle a presque toujours été suggérée; +de manière que l'ambition des princes n'est jamais +si dangereuse que la bassesse d'âme de ses conseillers. +Mais comprends-tu qu'un homme, qui n'est +que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y +sera pas demain, puisse devenir dans un moment +l'ennemi de lui-même, de sa famille, de sa patrie, +et du peuple qui naîtra à jamais de celui qu'il va +faire opprimer?</p> + +<p>Un prince a des passions; le ministre les remue: +c'est de ce côté-là qu'il dirige son ministère; +il n'a point d'autre but, ni n'en veut connoître. +Les courtisans le séduisent par leurs +louanges; et lui le flatte plus dangereusement par +ses conseils, par les desseins qu'il lui inspire, et +par les maximes qu'il lui propose.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXIX" id="LETTRE_CXXIX"></a>LETTRE CXXIX.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un +de mes amis: il rencontra un homme de sa +connoissance, qu'il me dit être un géomètre; et +il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une +rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât +longtemps par la manche, et le secouât pour le +faire descendre jusqu'à lui; tant il étoit occupé +d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis +plus de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup +d'honnêtetés, et s'apprirent réciproquement +quelques nouvelles littéraires. Ces discours les +menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai +avec eux.</p> + +<p>Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de +tout le monde avec empressement, et que les garçons +du caffé en faisoient beaucoup plus de cas +que de deux mousquetaires qui étoient dans un +coin. Pour lui, il parut qu'il se trouvoit dans un +lieu agréable: car il dérida un peu son visage, et +se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la moindre +teinture de géométrie.</p> + +<p>Cependant son esprit régulier toisoit tout ce +qui se disoit dans la conversation. Il ressembloit +à celui qui, dans un jardin, coupoit avec son épée +la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des +autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé +d'une saillie, comme une vue délicate est offensée +par une lumière trop vive. Rien pour lui n'étoit +indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa conversation +étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce +jour-là de la campagne avec un homme qui avoit +vu un château superbe et des jardins magnifiques; +et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de soixante +pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet +barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité +que les règles de la perspective eussent été tellement +observées, que les allées des avenues eussent +paru partout de même largeur; et il auroit donné +pour cela une méthode infaillible. Il parut fort +satisfait d'un cadran qu'il y avoit démêlé, d'une +structure fort singulière; et il s'échauffa fort contre +un savant qui étoit auprès de moi, qui lui demanda +si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. +Un nouvelliste parla du bombardement du château +de Fontarabie; et il nous donna soudain les +propriétés de la ligne que les bombes avoient décrite +en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut +en ignorer entièrement le succès. Un homme se +plaignoit d'avoir été ruiné l'hiver d'auparavant +par une inondation. Ce que vous me dites là m'est +fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que +je ne me suis pas trompé dans l'observation que +j'ai faite, et qu'il est au moins tombé sur la terre +deux pouces d'eau plus que l'année passée.</p> + +<p>Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. +Comme il alloit assez vite, et qu'il négligeoit de +regarder devant lui, il fut rencontré directement +par un autre homme: ils se choquèrent rudement; +et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son +côté, en raison réciproque de leur vitesse et de +leurs masses. Quand ils furent un peu revenus de +leur étourdissement, cet homme, portant la main +sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise +que vous m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle +à vous apprendre: je viens de donner mon +Horace au public. Comment! dit le géomètre, il +y a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez +pas, reprit l'autre: c'est une traduction de cet +ancien auteur, que je viens de mettre au jour; il +y a vingt ans que je m'occupe à faire des traductions.</p> + +<p>Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt +ans que vous ne pensez pas! Vous parlez pour les +autres, et ils pensent pour vous! Monsieur, dit le +savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un +grand service au public, de lui rendre la lecture +des bons auteurs familière? Je ne dis pas tout à +fait cela: j'estime autant qu'un autre les sublimes +génies que vous travestissez; mais vous ne leur +ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, +on ne vous traduira jamais.</p> + +<p>Les traductions sont comme ces monnoies de +cuivre qui ont bien la même valeur qu'une pièce +d'or, et même sont d'un plus grand usage pour le +peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un +mauvais aloi.</p> + +<p>Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi +nous ces illustres morts; et j'avoue que vous leur +donnez bien un corps: mais vous ne leur rendez +pas la vie; il y manque toujours un esprit pour +les animer.</p> + +<p>Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche +de tant de belles vérités qu'un calcul facile +nous fait découvrir tous les jours? Après ce petit +conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents +l'un de l'autre,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXX" id="LETTRE_CXXX"></a>LETTRE CXXX.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine +nation qu'on appelle les nouvellistes, qui s'assemblent +dans un jardin magnifique, où leur oisiveté +est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à +l'État, et leurs discours de cinquante ans n'ont +pas un effet différent de celui qu'auroit pu produire +un silence aussi long: cependant ils se +croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent +de projets magnifiques, et traitent de grands intérêts.</p> + +<p>La base de leurs conversations est une curiosité +frivole et ridicule: il n'y a point de cabinet si +mystérieux qu'ils ne prétendent pénétrer; ils ne +sauroient consentir à ignorer quelque chose; ils +savent combien notre auguste sultan a de femmes, +combien il fait d'enfants toutes les années; +et quoiqu'ils ne fassent aucune dépense en espions, +ils sont instruits des mesures qu'il prend +pour humilier l'empereur des Turcs et celui des +Mogols.</p> + +<p>A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent +dans l'avenir; et, marchant au-devant +de la providence, la préviennent sur toutes les +démarches des hommes. Ils conduisent un général +par la main; et, après l'avoir loué de mille sottises +qu'il n'a pas faites, ils lui en préparent mille autres +qu'il ne fera pas.</p> + +<p>Ils font voler les armées comme les grues, et +tomber les murailles comme des cartons; ils ont +des ponts sur toutes les rivières, des routes secrètes +dans toutes les montagnes, des magasins immenses +dans les sables brûlants: il ne leur manque +que le bon sens.</p> + +<p>Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette +lettre d'un nouvelliste; comme elle m'a paru singulière, +je la gardai; la voici:</p> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Je me trompe rarement dans mes conjectures +sur les affaires du temps. Le 1<sup>er</sup> janvier 1711, je +prédis que l'empereur Joseph mourroit dans le +cours de l'année: il est vrai que, comme il se +portoit fort bien, je crus que je me ferois moquer +de moi si je m'expliquois d'une manière +bien claire; ce qui fit que je me servis de termes +un peu énigmatiques; mais les gens qui +savent raisonner m'entendirent bien. Le 17 avril +de la même année, il mourut de la petite vérole.</p> + +<p>«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur +et les Turcs, j'allai chercher nos messieurs +dans tous les coins des Tuileries; je les assemblai +près du bassin, et leur prédis qu'on feroit +le siége de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été +assez heureux pour que ma prédiction ait été +accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du +siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le +18 août<a name="FNanchor_F_6" id="FNanchor_F_6"></a><a href="#Footnote_F_6" class="fnanchor">[F]</a>; il ne fut pris que le lendemain: +peut-on perdre à si beau jeu?</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_F_6" id="Footnote_F_6"></a><a href="#FNanchor_F_6"><span class="label">[F]</span></a> 1717.</p></div> + +<p>«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit +en Sardaigne, je jugeai qu'elle en ferait la +conquête: je le dis, et cela se trouva vrai. Enflé +de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse +iroit débarquer à Final pour faire la conquête +du Milanès. Comme je trouvai de la +résistance à faire recevoir cette idée, je voulus +la soutenir glorieusement: je pariai cinquante +pistoles, et je les perdis encore; car ce diable +d'Alberoni, malgré la foi des traités, envoya sa +flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux +grands politiques, le duc de Savoie et moi.</p> + +<p>«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que +j'ai résolu de prédire toujours et de ne parier +jamais. Autrefois nous ne connoissions point aux +Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte +de L. ne les souffrait guère; mais, depuis +qu'une troupe de petits-maîtres s'est mêlée +parmi nous, nous ne savons plus où nous en +sommes. A peine ouvrons-nous la bouche pour +dire une nouvelle, qu'un de ces jeunes gens +propose de parier contre.</p> + +<p>«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, +et accommodois mes lunettes sur mon nez, +un de ces fanfarons, saisissant justement l'intervalle +du premier mot au second, me dit: Je +parie cent pistoles que non. Je fis semblant de +n'avoir pas fait d'attention à cette extravagance; +et, reprenant la parole d'une voix plus forte, +je dis: M. le maréchal de *** ayant appris... +Cela est faux, me dit-il, vous avez toujours des +nouvelles extravagantes; il n'y a pas le sens +commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de +me faire le plaisir de me prêter trente pistoles; +car je vous avoue que ces paris m'ont fort dérangé. +Je vous envoie la copie de deux lettres +que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.»</p> + + +<h4>LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.</h4> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais +eu: c'est moi qui obligeai un de mes amis d'exécuter +le projet que j'avois formé d'un livre pour +démontrer que Louis le Grand étoit le plus +grand de tous les princes qui ont mérité le +nom de Grand. Je travaille depuis longtemps à +un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur +à notre nation, si Votre Grandeur veut +m'accorder un privilége: mon dessein est de +prouver que, depuis le commencement de la +monarchie, les François n'ont jamais été battus, +et que ce que les historiens ont dit jusqu'ici +de nos désavantages sont de véritables +impostures. Je suis obligé de les redresser en +bien des occasions; et j'ose me flatter que je +brille surtout dans la critique. Je suis, monseigneur, +etc.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Depuis la perte que nous avons faite de M. le +comte de L., nous vous supplions d'avoir la +bonté de nous permettre d'élire un président. +Le désordre se met dans nos conférences, et +les affaires d'État n'y sont pas traitées avec la +même discussion que par le passé; nos jeunes +gens vivent absolument sans égard pour les anciens, +et entre eux sans discipline: c'est le véritable +conseil de Roboam, où les jeunes imposent +aux vieillards. Nous avons beau leur +représenter que nous étions paisibles possesseurs +des Tuileries vingt ans avant qu'ils fussent +au monde; je crois qu'ils nous en chasseront à +la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où +nous avons tant de fois évoqué les ombres de +nos héros françois, il faudra que nous allions +tenir nos conférences au Jardin du Roi ou +dans quelque lieu plus écarté. Je suis...»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXI" id="LETTRE_CXXXI"></a>LETTRE CXXXI.</h2> + +<h3>RHÉDI A RICA.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité +en arrivant en Europe, c'est l'histoire +et l'origine des républiques. Tu sais que la +plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée +de cette sorte de gouvernement, et que l'imagination +ne les a pas servis jusqu'à leur faire comprendre +qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre +que le despotique.</p> + +<p>Les premiers gouvernements du monde furent +monarchiques: ce ne fut que par hasard et par +la succession des siècles que les républiques se +formèrent.</p> + +<p>La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de +nouveaux habitants vinrent la peupler: elle tira +presque toutes ses colonies d'Égypte et des contrées +de l'Asie les plus voisines; et, comme ces +pays étoient gouvernés par des rois, les peuples +qui en sortirent furent gouvernés de même. Mais +la tyrannie de ces princes devenant trop pesante, +on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes +s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir +la Grèce, seule polie au milieu des barbares.</p> + +<p>L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva +longtemps la Grèce dans l'indépendance, et +étendit au loin le gouvernement républicain. Les +villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie +mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi +libres qu'elles, qui leur servirent de remparts contre +les entreprises des rois de Perse. Ce n'est pas +tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, +et peut-être les Gaules. On sait que cette grande +Hespérie, si fameuse chez les anciens, étoit au +commencement la Grèce, que ses voisins regardoient +comme un séjour de félicité: les Grecs +qui ne trouvoient point chez eux ce pays heureux, +l'allèrent chercher en Italie; ceux de l'Italie, +en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique +ou le Portugal: de manière que toutes ces régions +portèrent ce nom chez les anciens. Ces +colonies grecques apportèrent avec elles un esprit +de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux +pays. Ainsi, on ne voit guère, dans ces temps reculés, +de monarchies dans l'Italie, l'Espagne, les +Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord +et d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si +l'on trouve des vestiges de quelque royauté parmi +eux, c'est qu'on a pris pour des rois les chefs des +armées ou des républiques.</p> + +<p>Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie +et l'Afrique, elles ont toujours été accablées sous +le despotisme, si vous en exceptez quelques villes +de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la +république de Carthage en Afrique.</p> + +<p>Le monde fut partagé entre deux puissantes +républiques: celle de Rome et celle de Carthage. +Il n'y a rien de si connu que les commencements +de la république romaine, et rien qui le soit si +peu que l'origine de celle de Carthage. On ignore +absolument la suite des princes africains depuis +Didon, et comment ils perdirent leurs puissance. +C'eût été un grand bonheur pour le monde que +l'agrandissement prodigieux de la république romaine, +s'il n'y avoit pas eu cette différence injuste +entre les citoyens romains et les peuples vaincus; +si l'on avoit donné au gouverneur des provinces +une autorité moins grande; si les lois si saintes +pour empêcher leur tyrannie avoient été observées, +et s'ils ne s'étoient pas servis, pour les faire +taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit +amassés.</p> + +<p>Il semble que la liberté soit faite pour le génie +des peuples d'Europe, et la servitude pour celui +des peuples d'Asie. C'est en vain que les Romains +offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor: +cette nation lâche le refusa, et elle courut à la +servitude avec le même empressement que les +autres peuples couroient à la liberté.</p> + +<p>César opprima la république romaine, et la soumit +à un pouvoir arbitraire.</p> + +<p>L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement +militaire et violent, et la douceur romaine +fut changée en une cruelle oppression.</p> + +<p>Cependant une infinité de nations inconnues +sortirent du Nord, se répandirent comme des +torrents dans les provinces romaines; et, trouvant +autant de facilité à faire des conquêtes qu'à +exercer leurs pirateries, les démembrèrent et en +firent des royaumes. Ces peuples étoient libres et +ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois, qu'ils +n'étoient proprement que des chefs ou des généraux. +Ainsi ces royaumes, quoique fondés par la +force, ne sentirent point le joug du vainqueur. +Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et +les Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté +d'un seul, ils ne songèrent qu'à lui donner de +nouveaux sujets, et à établir par les armes son +autorité violente: mais les peuples du Nord, libres +dans leur pays, s'emparant des provinces +romaines, ne donnèrent point à leurs chefs une +grande autorité. Quelques-uns même de ces peuples, +comme les Vandales en Afrique, les Goths +en Espagne, déposoient leurs rois dès qu'ils n'en +étoient pas satisfaits; et, chez les autres, l'autorité +du prince étoit bornée de mille manières différentes: +un grand nombre de seigneurs la partageoient +avec lui; les guerres n'étoient entreprises +que de leur consentement; les dépouilles étoient +partagées entre le chef et les soldats; aucun impôt +en faveur du prince; les lois étoient faites dans +les assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental +de tous ces États, qui se formèrent des +débris de l'empire romain.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXII" id="LETTRE_CXXXII"></a>LETTRE CXXXII.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé; +j'y remarquai un gentilhomme assez bien mis +qui se faisoit écouter: il parloit du plaisir qu'il y +avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation +d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il, +quinze mille livres de rente en fonds de terre, et +je me croirois plus heureux si j'avois le quart de +ce bien-là en argent et en effets portables partout. +J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de +frais de justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: +je n'ai jamais pu voir cent pistoles à la +fois. Si je devois dix mille francs, on me feroit +saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital.</p> + +<p>Je sortis sans avoir fait grande attention à tout +ce discours; mais, me trouvant hier dans ce quartier, +j'entrai dans la même maison, et j'y vis un +homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au +milieu de cinq ou six discoureurs, paroissoit +morne et pensif, jusques à ce que, prenant brusquement +la parole: Oui, messieurs, dit-il en +haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de +quoi vivre; car j'ai actuellement chez moi deux +cent mille livres en billets de banque, et cent +mille écus d'argent: je me trouve dans une situation +affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à +l'hôpital: au moins si j'avois seulement une petite +terre où je pusse me retirer, je serois sûr d'avoir +de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce +chapeau en fonds de terre.</p> + +<p>Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et +je vis un autre homme qui faisoit des grimaces +de possédé. A qui se fier désormais? s'écrioit-il. Il +y a un traître que je croyois si fort de mes amis +que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a +rendu! quelle perfidie horrible! Il a beau faire; +dans mon esprit il sera toujours déshonoré.</p> + +<p>Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu, +qui, élevant les yeux au ciel, disoit: Dieu bénisse +les projets de nos ministres! puissé-je voir les actions +à deux mille, et tous les laquais de Paris +plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité +de demander son nom. C'est un homme extrêmement +pauvre, me dit-on; aussi a-t-il un pauvre +métier: il est généalogiste, et il espère que son +art rendra, si les fortunes continuent; et que tous +ces nouveaux riches auront besoin de lui pour réformer +leur nom, décrasser leurs ancêtres, et orner +leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire +autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille +de joie de voir multiplier ses pratiques.</p> + +<p>Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que +je reconnus pour nouvelliste avant qu'il se fût +assis; il n'étoit pas du nombre de ceux qui ont +une assurance victorieuse contre tous les revers, +et présagent toujours les victoires et les trophées: +c'étoit au contraire un de ces trembleurs qui +n'ont que des nouvelles tristes. Les affaires vont +bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons +point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre +que le prince Pio, qui en a un gros corps, ne +fasse contribuer tout le Languedoc. Il y avoit vis-à-vis +de moi un philosophe assez mal en ordre +qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les +épaules à mesure que l'autre haussoit la voix; je +m'approchai de lui, et il me dit à l'oreille: Vous +voyez que ce fat nous entretient, il y a une heure, +de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus +hier au soir une tache dans le soleil, qui, si +elle augmentoit, pourroit faire tomber toute la +nature en engourdissement; et je n'ai pas dit un +seul mot.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXIII" id="LETTRE_CXXXIII"></a>LETTRE CXXXIII.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque +dans un couvent de dervis, qui en sont comme +les dépositaires, mais qui sont obligés d'y laisser +entrer tout le monde à certaines heures.</p> + +<p>En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit +au milieu d'un nombre innombrable de +volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et le priai +de me dire quels étoient quelques-uns de ces +livres que je voyois mieux reliés que les autres. +Monsieur, me dit-il, j'habite ici une terre étrangère: +je n'y connois personne: bien des gens me +font de pareilles questions; mais vous voyez bien +que je n'irai pas lire tous ces livres pour les satisfaire; +mais j'ai mon bibliothécaire qui vous donnera +satisfaction, car il s'occupe nuit et jour à déchiffrer +tout ce que vous voyez là; c'est un homme +qui n'est bon à rien, et qui nous est très à charge, +parce qu'il ne travaille point pour le couvent. +Mais j'entends l'heure du réfectoire qui sonne. +Ceux qui comme moi sont à la tête d'une communauté +doivent être les premiers à tous les exercices. +En disant cela, le moine me poussa dehors, +ferma la porte, et, comme s'il eût volé, disparut à +mes yeux.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXIV" id="LETTRE_CXXXIV"></a>LETTRE CXXXIV.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, +où je trouvai tout un autre homme que celui +que j'avois vu la première fois: son air étoit simple, +sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable. +Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité, +il se mit en devoir de la satisfaire, et même +en qualité d'étranger, de m'instruire.</p> + +<p>Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes +qui tiennent tout ce côté de bibliothèque? +Ce sont, me dit-il, les interprètes de l'Écriture. Il +y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut +que l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien +claire à présent; reste-t-il encore quelques doutes? +peut-il y avoir des points contestés? S'il y en a, +bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y en a +presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et +qu'ont donc fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me +repartit-il, n'ont point cherché dans l'Écriture ce +qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient eux-mêmes; +ils ne l'ont point regardée comme un livre où +étoient contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, +mais comme un ouvrage qui pourroit donner +de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour +cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont +donné la torture à tous les passages. C'est un pays +où les hommes de toutes les sectes font des descentes, +et vont comme au pillage; c'est un champ +de bataille où les nations ennemies qui se rencontrent +livrent bien des combats, où l'on s'attaque, +où l'on s'escarmouche de bien des manières.</p> + +<p>Tout près de là vous voyez les livres ascétiques +ou de dévotion; ensuite les livres de morale, bien +plus utiles; ceux de théologie, doublement inintelligibles, +et par la matière qui y est traitée, et +par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques, +c'est-à-dire des dévots qui ont le cœur tendre. +Ah! mon père, lui dis-je, un moment; n'allez +pas si vite; parlez-moi de ces mystiques. +Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un cœur +disposé à la tendresse, et lui fait envoyer des esprits +au cerveau qui l'échauffent de même, d'où +naissent les extases et les ravissements. Cet état +est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne, +ou plutôt dégénère en quiétisme: vous +savez qu'un quiétiste n'est autre chose qu'un +homme fou, dévot et libertin.</p> + +<p>Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets +de la nuit; qui forment dans leur imagination +tous les monstres que le démon d'amour peut +produire, les rassemblent, les comparent, et en +font l'objet éternel de leurs pensées: heureux si +leur cœur ne se met pas de la partie, et ne devient +pas lui-même complice de tant d'égarements +si naïvement décrits et si nuement peints!</p> + +<p>Vous voyez, monsieur, que je pense librement, +et que je vous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement +naïf, et plus encore avec vous, qui +êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et +les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne +vous parlerois de tout ceci qu'avec admiration; je +vous dirois sans cesse: Cela est divin, cela est +respectable; il y a du merveilleux. Et il en arriveroit +de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, +ou que je me déshonorerois dans votre +esprit.</p> + +<p>Nous en restâmes là; une affaire qui survint au +dervis rompit notre conversation jusqu'au lendemain.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXV" id="LETTRE_CXXXV"></a>LETTRE CXXXV.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Je revins à l'heure marquée, et mon homme me +mena précisément dans l'endroit où nous nous +étions quittés. Voici, me dit-il, les grammairiens, +les glossateurs, et les commentateurs. Mon père, +lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se +dispenser d'avoir du bon sens? Oui, dit-il, ils le +peuvent; et même il n'y paroît pas, leurs ouvrages +n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode +pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois +bien des philosophes qui feroient bien de +s'appliquer à ces sortes de sciences-là.</p> + +<p>Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent +de persuader indépendamment des raisons; +et les géomètres, qui obligent un homme malgré +lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.</p> + +<p>Voici les livres de métaphysique, qui traitent +de si grands intérêts, et dans lesquels l'infini se +rencontre partout; les livres de physique, qui ne +trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie +du vaste univers que dans la machine la plus +simple de nos artisans; les livres de médecine, +ces monuments de la fragilité de la nature et de +la puissance de l'art; qui font trembler quand ils +traitent des maladies même les plus légères, tant +ils nous rendent la mort présente; mais qui nous +mettent dans une sécurité entière quand ils parlent +de la vertu des remèdes, comme si nous +étions devenus immortels.</p> + +<p>Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui +contiennent bien moins la description des parties +du corps humain que les noms barbares qu'on +leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade +de son mal, ni le médecin de son ignorance.</p> + +<p>Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et +tantôt les petites-maisons, comme des demeures +qui lui sont également propres.</p> + +<p>Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance +occulte: tels sont ceux qui contiennent +quelque espèce de diablerie; exécrables selon la +plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont +encore les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, +mon père? Les livres d'astrologie judiciaire, +repartis-je avec feu! Et ce sont ceux dont nous +faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes +les actions de notre vie, et nous déterminent dans +toutes nos entreprises; les astrologues sont proprement +nos directeurs; ils font plus, ils entrent +dans le gouvernement de l'État. Si cela est, me +dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que +celui de la raison: voilà ce qui s'appelle le plus +étrange de tous les empires; je plains bien une +famille, et encore plus une nation, qui se laisse +si fort dominer par les planètes. Nous nous +servons, lui repartis-je, de l'astrologie, comme +vous vous servez de l'algèbre. Chaque nation a sa +science, selon laquelle elle règle sa politique: +tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait +tant de sottises en notre Perse qu'un seul de vos +algébristes en a fait ici. Croyez-vous que le concours +fortuit des astres ne soit pas une règle +aussi sûre que les beaux raisonnements de votre +faiseur de système? Si l'on comptoit les voix là-dessus +en France et en Perse, ce seroit un beau +sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez +les mathématiciens bien humiliés: quel accablant +corollaire en pourroit-on tirer contre eux!</p> + +<p>Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous +quitter.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXVI" id="LETTRE_CXXXVI"></a>LETTRE CXXXVI.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Dans l'entrevue suivante, mon savant me +mena dans un cabinet particulier. Voici les +livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez +premièrement les historiens de l'Église et des +papes; livres que je lis pour m'édifier, et qui +font souvent en moi un effet tout contraire.</p> + +<p>Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence +du formidable empire romain, qui s'étoit +formé du débris de tant de monarchies, et sur +la chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. +Un nombre infini de peuples barbares, aussi inconnus +que les pays qu'ils habitoient, parurent +tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, +et fondèrent tous les royaumes que vous +voyez à présent en Europe. Ces peuples n'étoient +point proprement barbares, puisqu'ils étoient +libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis +pour la plupart à une puissance absolue, ils +ont perdu cette douce liberté si conforme à la +raison, à l'humanité, et à la nature.</p> + +<p>Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, +laquelle n'est qu'une ombre du premier empire, +mais qui est, je crois, la seule puissance qui soit +sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la +seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de +ses pertes; et qui, lente à profiter des succès, devient +indomptable par ses défaites.</p> + +<p>Voici les historiens de France, où l'on voit +d'abord la puissance des rois se former, mourir +deux fois, renaître de même, languir ensuite +pendant plusieurs siècles; mais, prenant +insensiblement des forces, accrue de toutes parts, +monter à son dernier période: semblable à ces +fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, +ou se cachent sous terre; puis reparoissant de +nouveau, grossis par les rivières qui s'y jettent, +entraînent avec rapidité tout ce qui s'oppose à +leur passage.</p> + +<p>Là, vous voyez la nation espagnole sortir de +quelques montagnes: les princes mahométans +subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient rapidement +conquis; tant de royaumes réunis +dans une vaste monarchie, qui devint presque la +seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa fausse opulence, +elle perdit sa force et sa réputation même, +et ne conserva que l'orgueil de sa première puissance.</p> + +<p>Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on +voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde +et de la sédition; le prince toujours chancelant +sur un trône inébranlable; une nation +impatiente, sage dans sa fureur même; et qui, +maîtresse de la mer (chose inouïe jusqu'alors), +mêle le commerce avec l'empire.</p> + +<p>Tout près de là sont les historiens de cette autre +reine de la mer, la république de Hollande, +si respectée en Europe, et si formidable en Asie, +où ses négociants voient tant de rois prosternés +devant eux.</p> + +<p>Les historiens d'Italie vous représentent une +nation autrefois maîtresse du monde, aujourd'hui +esclave de toutes les autres; ses princes divisés +et foibles, et sans autre attribut de souveraineté +qu'une vaine politique.</p> + +<p>Voilà les historiens des républiques: de la +Suisse, qui est l'image de sa liberté; de Venise, +qui n'a de ressources qu'en son économie; et de +Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.</p> + +<p>Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, +qui use si mal de sa liberté et du droit qu'elle +a d'élire ses rois, qu'il semble qu'elle veuille consoler +par là les peuples ses voisins, qui ont perdu +l'un et l'autre.</p> + +<p>Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXVII" id="LETTRE_CXXXVII"></a>LETTRE CXXXVII.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. +Ce sont ici les poëtes, me dit-il; c'est-à-dire +ces auteurs dont le métier est de mettre des +entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous +les agréments comme on ensevelissoit autrefois +les femmes sous leurs parures et leurs ornements. +Vous les connoissez; ils ne sont pas rares chez +les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble +échauffer les imaginations mêmes.</p> + +<p>Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que +les poëmes épiques? En vérité, me dit-il, je n'en +sais rien; les connoisseurs disent qu'on n'en a +jamais fait que deux, et que les autres qu'on +donne sous ce nom ne le sont point: c'est aussi +ce que je ne sais pas. Ils disent de plus qu'il est +impossible d'en faire de nouveaux; et cela est +encore plus surprenant.</p> + +<p>Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi, +sont les poëtes par excellence, et les maîtres des +passions. Il y en a de deux sortes: les comiques, +qui nous remuent si doucement; et les tragiques, +qui nous troublent et nous agitent avec tant de +violence.</p> + +<p>Voici les lyriques, que je méprise autant que +je fais cas des autres, et qui font de leur art une +harmonieuse extravagance.</p> + +<p>On voit ensuite les auteurs des idylles et des +églogues, qui plaisent même aux gens de cour, +par l'idée qu'ils leur donnent d'une certaine tranquillité +qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent +dans la condition des bergers.</p> + +<p>De tous les auteurs que nous avons vus, voici +les plus dangereux: ce sont ceux qui aiguisent +les épigrammes, qui sont de petites flèches déliées +qui font une plaie profonde et inaccessible aux +remèdes.</p> + +<p>Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces +de poëtes, et qui outrent également le langage +de l'esprit et celui du cœur; qui passent leur vie +à chercher la nature, et la manquent toujours; +et qui font des héros, qui y sont aussi étrangers +que les dragons ailés et les hippocentaures.</p> + +<p>J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: +et, si vous voyiez les nôtres, vous en seriez encore +plus choqué. Il sont aussi peu naturels, et d'ailleurs +extrêmement gênés par nos mœurs: il faut +dix années de passion avant qu'un amant ait pu +voir seulement le visage de sa maîtresse. Cependant +les auteurs sont forcés de faire passer les +lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il +est impossible que les incidents soient variés: on +a recours à un artifice pire que le mal même +qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. Je suis +sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne +fasse sortir une armée de dessous terre; +qu'un héros lui seul en détruise une de cent +mille hommes. Cependant voilà nos romans: +ces aventures froides et souvent répétées nous +font languir, et ces prodiges extravagants nous +révoltent.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXVIII" id="LETTRE_CXXXVIII"></a>LETTRE CXXXVIII.</h2> + +<h3>RICA A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Les ministres se succèdent et se détruisent ici +comme les saisons: depuis trois ans j'ai vu +changer quatre fois de système sur les finances. +On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les +subsides de la même manière que les fondateurs +de ces monarchies les levoient: il s'en faut bien +qu'il en soit ici de même. Il est vrai que nous +n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: +nous croyons qu'il n'y a pas plus de +différence entre l'administration des revenus du +prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a +entre compter cent mille tomans ou en compter +cent. Mais il y a ici bien plus de finesse et de +mystère. Il faut que de grands génies travaillent +nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec +douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les +avis d'une infinité de gens qui travaillent pour +eux sans en être priés; qu'ils se retirent et vivent +dans le fond d'un cabinet impénétrable aux +grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours +la tête remplie de secrets importants, de desseins +miraculeux, de systèmes nouveaux; et qu'absorbés +dans les méditations, ils soient privés non-seulement +de l'usage de la parole, mais même quelquefois +de la politesse.</p> + +<p>Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa +à établir une nouvelle administration. On sentoit +qu'on étoit mal, mais ne savoit comment faire +pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité +sans bornes des ministres précédents: on la voulut +partager. On créa pour cet effet six ou sept conseils; +et ce ministère est peut-être celui de tous qui +a gouverné la France avec plus de sens: la durée +en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il +produisit.</p> + +<p>La France, à la mort du feu roi, étoit un corps +accablé de mille maux: N*** prit le fer à la main, +retrancha les chairs inutiles, et appliqua quelques +remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice +intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a +entrepris cette cure. Après bien des remèdes violents, +il a cru lui avoir rendu son embonpoint; et +il l'a seulement rendue bouffie.</p> + +<p>Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont +à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avoient +pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces +deux extrémités ne se sont touchées de si près. +L'étranger a tourné l'État comme un fripier +tourne un habit: il fait paroître dessus ce qui +étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le met à +l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables +même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas +plus rapidement les hommes du néant. Que de +valets servis par leurs camarades, et peut-être demain +par leurs maîtres!</p> + +<p>Tout ceci produit souvent des choses bizarres. +Les laquais qui avoient fait fortune sous le règne +passé vantent aujourd'hui leur naissance: ils rendent +à ceux qui viennent de quitter leur livrée +dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit +pour eux il y a six mois; ils crient de toute leur +force: La noblesse est ruinée, quel désordre +dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On +ne voit que des inconnus faire fortune! Je te +promets que ceux-ci prendront bien leur revanche +sur ceux qui viendront après eux; et que, +dans trente ans, ces gens de qualité feront bien +du bruit.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilcadé, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXIX" id="LETTRE_CXXXIX"></a>LETTRE CXXXIX.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, +non-seulement dans une femme, mais +dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute +force associer le prince son époux à la couronne, +pour aplanir toutes les difficultés, a envoyé aux +états une déclaration par laquelle elle se désiste +de la régence, en cas qu'il soit élu.</p> + +<p>Il y a soixante et quelques années qu'une autre +reine, nommée Christine, abdiqua la couronne +pour se donner tout entière à la philosophie. Je +ne sais lequel de ces deux exemples nous devons +admirer davantage.</p> + +<p>Quoique j'approuve assez que chacun se tienne +ferme dans le poste où la nature l'a mis; et que je +ne puisse louer la foiblesse de ceux qui, se trouvant +au-dessous de leur état, le quittent comme +par une espèce de désertion; je suis cependant +frappé de la grandeur d'âme de ces deux princesses, +et de voir l'esprit de l'une et le cœur de l'autre +supérieurs à leur fortune. Christine a songé à +connoître dans le temps que les autres ne songent +qu'à jouir; et l'autre ne veut jouir que pour +mettre tout son bonheur entre les mains de son +auguste époux.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXL" id="LETTRE_CXL"></a>LETTRE CXL.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Le parlement de Paris vient d'être relégué dans +une petite ville qu'on appelle Pontoise. Le +conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une +déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée +d'une manière qui déshonore le conseil.</p> + +<p>On menace d'un pareil traitement quelques parlements +du royaume.</p> + +<p>Ces compagnies sont toujours odieuses: elles +n'approchent des rois que pour leur dire de tristes +vérités; et pendant qu'une foule de courtisans leur +représentent sans cesse un peuple heureux sous +leur gouvernement, elles viennent démentir la +flatterie, et apporter au pied du trône les gémissements +et les larmes dont elles sont dépositaires.</p> + +<p>C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que +celui de la vérité, lorsqu'il faut la porter jusqu'aux +princes: ils doivent bien penser que ceux qui le +font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient +jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes +pour ceux qui les font, s'ils n'y étoient +forcés par leur devoir, leur respect, et même leur +amour.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLI" id="LETTRE_CXLI"></a>LETTRE CXLI.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les +jours couleront agréablement avec toi!</p> + +<p>Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame +de la cour, qui avoit quelque envie de voir ma +figure étrangère. Je la trouvai belle, digne des regards +de notre monarque, et d'un rang auguste +dans le lieu sacré où son cœur repose.</p> + +<p>Elle me fit mille questions sur les mœurs des +Persans, et sur la manière de vivre des Persanes: +il me parut que la vie du sérail n'étoit pas de son +goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir +un homme partagé entre dix ou douze femmes. +Elle ne put voir sans envie le bonheur de l'un, et +sans pitié la condition des autres. Comme elle +aime la lecture, surtout celle des poëtes et des +romans, elle souhaita que je lui parlasse des nôtres: +ce que je lui en dis redoubla sa curiosité; elle me +pria de lui faire traduire un fragment de quelques-uns +de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je +lui envoyai, quelques jours après, un conte persan: +peut-être seras-tu, bien aise de le voir travesti.</p> + +<hr style="width: 45%;" /> + +<p>Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse +une femme nommée Zuléma: elle savoit par cœur +tout le saint Alcoran; il n'y avoit point de dervis +qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints +prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit +de si mystérieux qu'elle n'en comprît tous les +sens; et elle joignoit à tant de connoissances un +certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à +peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui +elle parloit, ou les instruire.</p> + +<p>Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans +une des salles du sérail, une d'elles lui demanda +ce qu'elle pensoit de l'autre vie, et si elle ajoutoit +foi à cette ancienne tradition de nos docteurs, que +le paradis n'est fait que pour les hommes.</p> + +<p>C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y +a rien que l'on n'ait fait pour dégrader notre sexe. +Il y a même une nation répandue par toute la +Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, +par l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons +point d'âme.</p> + +<p>Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine +que l'orgueil des hommes, qui veulent porter leur +supériorité au delà même de leur vie; et ne pensent +pas que, dans le grand jour, toutes les créatures +paroîtront devant Dieu comme le néant, sans +qu'il y ait entre elles de prérogatives que celles +que la vertu y aura mises.</p> + +<p>Dieu ne se bornera point dans ses récompenses: +et comme les hommes qui auront bien vécu, +et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur nous, +seront dans un paradis plein de beautés célestes et +ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit +vues, il se donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience +d'en jouir; aussi les femmes vertueuses +iront dans un lieu de délices, où elles seront enivrées +d'un torrent de voluptés, avec des hommes +divins qui leur seront soumis: chacune d'elles +aura un sérail, dans lequel ils seront enfermés; et +des eunuques, encore plus fidèles que les nôtres, +pour les garder.</p> + +<p>J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un +homme, nommé Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable. +Il avoit douze femmes extrêmement +belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne +se fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail; +il les tenoit presque toujours sous la clef, enfermées +dans leur chambre, sans qu'elles pussent +se voir ni se parler; car il étoit même jaloux d'une +amitié innocente: toutes ses actions prenoient la +teinture de sa brutalité naturelle; jamais une +douce parole ne sortit de sa bouche; et jamais il +ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque +chose à la rigueur de leur esclavage.</p> + +<p>Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans +une salle de son sérail, une d'entre elles, plus +hardie que les autres, lui reprocha son mauvais +naturel. Quand on cherche si fort les moyens de +se faire craindre, lui dit-elle, on trouve toujours +auparavant ceux de se faire haïr. Nous sommes +si malheureuses, que nous ne pouvons nous empêcher +de désirer un changement: d'autres, à ma +place, souhaiteroient votre mort; je ne souhaite +que la mienne: et, ne pouvant espérer d'être +séparée de vous que par là, il me sera encore +bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit +dû le toucher, le fit entrer dans une furieuse +colère; il tira son poignard, et le lui plongea +dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une +voix mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous +serez vengées. A ces mots, elle quitta cette vie +infortunée, pour aller dans le séjour des délices, +où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un +bonheur qui se renouvelle toujours.</p> + +<p>D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure +étoit relevée par les peintures des fleurs les +plus vives: un ruisseau, dont les eaux étoient plus +pures que le cristal, y faisoit un nombre infini de +détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, +dont le silence n'étoit interrompu que par +le doux chant des oiseaux; de magnifiques jardins +se présentèrent ensuite; la nature les avoit ornés +avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle +trouva enfin un palais superbe préparé pour elle, +et rempli d'hommes célestes destinés à ses plaisirs.</p> + +<p>Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour +la déshabiller; d'autres la mirent dans le bain, et +la parfumèrent des plus délicieuses essences; on +lui donna ensuite des habits infiniment plus riches +que les siens; après quoi on la mena dans une +grande salle, où elle trouva un feu fait avec des +bois odoriférants, et une table couverte des mets +les plus exquis. Tout sembloit concourir au ravissement +de ses sens: elle entendoit d'un côté une +musique d'autant plus divine qu'elle étoit plus +tendre; de l'autre, elle ne voyoit que des danses +de ces hommes divins, uniquement occupés à lui +plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient +servir qu'à la conduire insensiblement à des plaisirs +plus grands. On la mena dans sa chambre; +et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la +porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une +beauté charmante la reçurent dans leurs bras. +C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et que ses +ravissements passèrent même ses désirs. Je suis +toute hors de moi, leur disoit-elle; je croirois +mourir, si je n'étois sûre de mon immortalité. +C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la +violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le +calme à mes sens; je commence à respirer et à revenir +à moi-même. D'où vient que l'on a ôté les flambeaux? +Que ne puis-je à présent considérer votre +beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi +voir? Vous me faites rentrer dans mes premiers +transports. O dieux! que ces ténèbres sont +aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle +avec vous! je serai... Non, je vous demande +grâce, car je vois bien que vous êtes gens à n'en +demander jamais.</p> + +<p>Après plusieurs commandements réitérés, elle +fut obéie: mais elle ne le fut que lorsqu'elle voulut +l'être bien sérieusement. Elle se reposa languissamment, +et s'endormit dans leurs bras. Deux +moments de sommeil réparèrent sa lassitude: elle +reçut deux baisers qui l'enflammèrent soudain, et +lui firent ouvrir les yeux. Je suis inquiète, dit-elle; +je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit +un doute dans lequel elle ne vouloit pas rester +longtemps: aussi eut-elle avec eux tous les éclaircissements +qu'elle pouvoit désirer. Je suis désabusée, +s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre +de vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez +mieux que tout ce que vous me pourriez dire: +oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais tant +aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux +l'honneur de me persuader! Ah! si vous vous +disputez, si vous joignez l'ambition au plaisir de +ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux +vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; +mais je vous vendrai bien cher la victoire.</p> + +<p>Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. +Ses fidèles et aimables domestiques entrèrent +dans sa chambre, et firent lever ces deux jeunes +hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les +lieux où ils étoient gardés pour ses plaisirs. Elle +se leva ensuite, et parut d'abord à cette cour idolâtre +dans les charmes d'un déshabillé simple, et +ensuite couverte des plus somptueux ornements. +Cette nuit l'avoit embellie; elle avoit donné de la +vie à son teint, et de l'expression à ses grâces. Ce +ne fut pendant tout le jour que danses, que concerts, +que festins, que jeux, que promenades; et +l'on remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en +temps, et voloit vers ses deux jeunes héros; après +quelques précieux instants d'entrevue, elle revenoit +vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours +avec un visage plus serein. Enfin, sur le soir, on +la perdit tout à fait: elle alla s'enfermer dans le +sérail, où elle vouloit, disoit-elle, faire connoissance +avec ces captifs immortels qui devoient à +jamais vivre avec elle. Elle visita donc les appartements +de ces lieux les plus reculés et les plus charmants +où elle compta cinquante esclaves d'une +beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de +chambre en chambre, recevant partout des hommages +toujours différents, et toujours les mêmes.</p> + +<p>Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa +vie, tantôt dans des plaisirs éclatants, tantôt dans +des plaisirs solitaires; admirée d'une troupe brillante, +ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent +elle quittoit un palais enchanté pour aller dans +une grotte champêtre; les fleurs sembloient naître +sous ses pas, et les jeux se présentoient en foule +au-devant d'elle.</p> + +<p>Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans +cette demeure heureuse, que, toujours hors d'elle-même, +elle n'avoit pas fait une seule réflexion: elle +avoit joui de son bonheur sans le connoître, et +sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, +où l'âme se rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, +et s'écoute dans le silence des passions.</p> + +<p>Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils +peuvent rarement jouir de cette liberté d'esprit: +c'est pour cela qu'attachés invinciblement aux objets +présents, ils perdent entièrement la mémoire +des choses passées, et n'ont plus aucun souci de +ce qu'ils ont connu ou aimé dans l'autre vie.</p> + +<p>Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe, +avoit passé presque toute sa vie à méditer: +elle avoit poussé ses réflexions beaucoup plus loin +qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée à +elle-même. La retraite austère que son mari lui +avoit fait garder ne lui avoit laissé que cet avantage. +C'est cette force d'esprit qui lui avoit fait +mépriser la crainte dont ses compagnes étoient +frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses +peines et le commencement de sa félicité.</p> + +<p>Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs, +et s'enferma seule dans un appartement de +son palais. Elle se laissa aller à des réflexions bien +douces sur sa condition passée, et sur sa félicité +présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur +le malheur de ses compagnes: on est sensible à +des tourments que l'on a partagés. Anaïs ne se +tint pas dans les simples bornes de la compassion: +plus tendre envers ces infortunées, elle se sentit +portée à les secourir.</p> + +<p>Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes +qui étoient auprès d'elle de prendre la figure de +son mari; d'aller dans son sérail de s'en rendre +maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place +jusqu'à ce qu'elle le rappelât.</p> + +<p>L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva +à la porte du sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit +pas. Il frappe, tout lui est ouvert; les eunuques +tombent à ses pieds: il vole vers les appartements +où les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il +avoit, en passant, pris les clefs dans la poche de ce +jaloux, à qui il s'étoit rendu invisible. Il entre, et +les surprend d'abord par son air doux et affable; +et, bientôt après, il les surprend davantage par ses +empressements et par la rapidité de ses entreprises. +Toutes eurent leur part de l'étonnement; et elles +l'auroient pris pour un songe, s'il y eût eu moins +de réalité.</p> + +<p>Pendant que ces nouvelles scènes se jouent +dans le sérail, Ibrahim heurte, se nomme, tempête, +et crie. Après avoir essuyé bien des difficultés, +il entre, et jette les eunuques dans un désordre +extrême. Il marche à grands pas; mais il +recule en arrière, et tombe comme des nues, +quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image, +dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours; +il veut que les eunuques lui aident à tuer +cet imposteur; mais il n'est pas obéi. Il n'a plus +qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter au +jugement de ses femmes. Dans une heure le faux +Ibrahim avoit séduit tous ses juges. Il est chassé +et traîné indignement hors du sérail, et il auroit +reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit ordonné +qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel +Ibrahim, resté maître du champ de bataille, se +montra de plus en plus digne d'un tel choix, et +se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. +Vous ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces +femmes. Dites, dites plutôt que cet imposteur ne +me ressemble pas, disoit le triomphant Ibrahim: +comment faut-il faire pour être votre époux, si +ce que je fais ne suffit pas?</p> + +<p>Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les +femmes. Si vous n'êtes pas Ibrahim, il nous suffit +que vous ayez si bien mérité de l'être: vous +êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans +le cours de dix années. Vous me promettez donc, +reprit-il, que vous vous déclarerez en ma faveur +contre cet imposteur? N'en doutez pas, dirent-elles +d'une commune voix; nous vous jurons une +fidélité éternelle: nous n'avons été que trop longtemps +abusées: le traître ne soupçonnoit point +notre vertu, il ne soupçonnoit que sa foiblesse; +nous voyons bien que les hommes ne sont point +faits comme lui; c'est à vous sans doute qu'ils +ressemblent: si vous saviez combien vous nous +le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de +nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: +vous ne connoissez point encore tout le tort qu'il +vous a fait. Nous jugeons de son injustice par la +grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. +Oui, vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré +l'expiation au crime: je suis bien aise que vous +soyez contentes de ma manière de punir. Mais, dirent +ces femmes, si cet imposteur revient, que +ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous +tromper, répondit-il: dans la place que j'occupe +auprès de vous, on ne se soutient guère par la ruse; +et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que vous n'entendrez +plus parler de lui, pour lors je prendrai sur +moi le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; +je saurai m'assurer de vous, sans vous gêner; +j'ai assez bonne opinion de mon mérite pour croire +que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas vertueuses +avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette +conversation dura longtemps entre lui et ces femmes, +qui, plus frappées de la différence des deux +Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient +pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles. +Enfin le mari désespéré revint encore les troubler; +il trouva toute sa maison dans la joie, et les +femmes plus incrédules que jamais. La place +n'étoit pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; +et un instant après le faux Ibrahim le suivit, +le prit, le transporta dans les airs, et le laissa +à quatre cents lieues de là.</p> + +<p>O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent +ces femmes dans l'absence de leur cher Ibrahim! +Déjà leurs eunuques avoient repris leur sévérité naturelle; +toute la maison étoit en larmes; elles s'imaginoient +quelquefois que tout ce qu'il leur étoit, +arrivé n'étoit qu'un songe; elles se regardoient +toutes les unes les autres, et se rappeloient les +moindres circonstances de ces étranges aventures. +Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; +il leur parut que son voyage n'avoit pas été pénible. +Le nouveau maître prit une conduite si +opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les +voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa +maison accessible à tout le monde: il ne voulut +pas même souffrir que ses femmes se voilassent. +C'étoit une chose singulière de les voir dans les +festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. +Ibrahim crut avec raison que les coutumes du +pays n'étoient pas faites pour des citoyens comme +lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense: +il dissipa avec une immense profusion les biens +du jaloux, qui, de retour trois ans après des pays +lointains où il avoit été transporté, ne trouva +plus que ses femmes et trente-six enfants.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLII" id="LETTRE_CXLII"></a>LETTRE CXLII.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Voici une lettre que je reçus hier d'un savant: +elle te paroîtra singulière.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession +d'un oncle très-riche, qui m'a laissé cinq ou six +cent mille livres, et une maison superbement +meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on +en sait faire un bon usage. Je n'ai point +d'ambition ni de goût pour les plaisirs: je suis +presque toujours enfermé dans un cabinet, où +je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu +que l'on trouve un curieux amateur de la vénérable +antiquité.</p> + +<p>«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois +fort souhaité de le faire enterrer avec les +cérémonies observées par les anciens Grecs et +Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, +ni urnes, ni lampes antiques.</p> + +<p>«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces +précieuses raretés. Il y a quelques jours que je +vendis ma vaisselle d'argent pour acheter une +lampe de terre qui avoit servi à un philosophe +stoïcien. Je me suis défait de toutes les glaces +dont mon oncle avoit couvert presque tous les +murs de ses appartements, pour avoir un petit +miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage +de Virgile: je suis charmé d'y voir ma figure +représentée, au lieu de celle du cygne de Mantoue. +Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis +d'or cinq ou six pièces de monnoie de cuivre +qui avoit cours il y a deux mille ans. Je ne sache +pas avoir à présent dans ma maison un seul +meuble qui n'ait été fait avant la décadence de +l'empire. J'ai un petit cabinet de manuscrits +fort précieux et fort chers: quoique je me tue +la vue à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en +servir que des exemplaires imprimés, qui ne +sont pas si corrects, et que tout le monde a +entre les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, +je ne laisse pas d'avoir une passion démesurée +de connoître tous les anciens chemins qui +étoient du temps des Romains. Il y en a un qui +est près de chez moi, qu'un proconsul des Gaules +fit faire il y a environ douze cents ans: +lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne +manque jamais d'y passer, quoiqu'il soit très incommode, +et qu'il m'allonge de plus d'une +lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on +y a mis des poteaux de bois de distance en distance, +pour marquer l'éloignement des villes +voisines; je suis désespéré de voir ces misérables +indices, au lieu des colonnes milliaires qui +y étoient autrefois: je ne doute pas que je ne +les fasse rétablir par mes héritiers, et que je ne +les engage à cette dépense par mon testament. +Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit +persan, vous me ferez plaisir de m'en accommoder: +je vous le payerai tout ce que vous +voudrez; et je vous donnerai par-dessus le +marché quelques ouvrages de ma façon, par +lesquels vous verrez que je ne suis point un +membre inutile de la république des lettres. +Vous y remarquerez entre autres une dissertation, +où je prouve que la couronne dont on +se servoit autrefois dans les triomphes étoit de +chêne, et non pas de laurier: vous en admirerez +une autre, où je prouve, par de doctes conjectures +tirées des plus graves auteurs grecs, +que Cambyses fut blessé à la jambe gauche, et +non pas à la droite; une autre, où je prouve +qu'un petit front étoit une beauté recherchée +par les Romains. Je vous enverrai encore un +volume in-quarto, en forme d'explication d'un +vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile. +Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques +jours; et quant à présent, je me contente de +vous envoyer ce fragment d'un ancien mythologiste +grec, qui n'avoit point paru jusques +ici, et que j'ai découvert dans la poussière +d'une bibliothèque. Je vous quitte pour une +affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit +de restituer un beau passage de Pline le naturaliste, +que les copistes du cinquième siècle +ont étrangement défiguré. Je suis, etc.»</p> + + +<h4>FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.</h4> + + +<p>«Dans une île près des Orcades, il naquit un +enfant qui avoit pour père Éole, dieu des +vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. +On dit de lui qu'il apprit tout seul à compter +avec ses doigts; et que, dès l'âge de quatre ans, +il distinguoit si parfaitement les métaux, que +sa mère ayant voulu lui donner une bague de +laiton au lieu d'une d'or, il reconnut la tromperie, +et la jeta par terre.</p> + +<p>«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le +secret d'enfermer les vents dans une outre, +qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs; mais +comme la marchandise n'étoit pas fort prisée +dans son pays, il le quitta, et se mit à courir le +monde en compagnie de l'aveugle dieu du hasard.</p> + +<p>«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique +l'or reluisoit de toutes parts: cela fit qu'il +y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de +Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu +ayant quitté la terre, il s'avisa d'aller dans tous +les carrefours, où il crioit sans cesse d'une voix +rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être +riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; +votre erreur me fait pitié: croyez-moi, +quittez le pays des vils métaux; venez dans +l'empire de l'imagination; et je vous promets +des richesses qui vous étonneront vous-mêmes. +Aussitôt il ouvrit une grande partie des outres +qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise +à qui en voulut.</p> + +<p>«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours, +et il s'écria: Peuples de Bétique, voulez-vous +être riches? Imaginez-vous que je le +suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup +aussi; mettez-vous tous les matins dans l'esprit +que votre fortune a doublé pendant la nuit; +levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers, +allez les payer de ce que vous aurez imaginé; +et dites-leur d'imaginer à leur tour.</p> + +<p>«Il reparut quelques jours après, et il parla +ainsi: Peuples de Bétique, je vois bien que votre +imagination n'est pas si vive que les premiers +jours; laissez-vous conduire à la mienne; +je mettrai tous les matins devant vos yeux un +écriteau qui sera pour vous la source des richesses: +vous n'y verrez que quatre paroles; +mais elles seront bien significatives, car elles +régleront la dot de vos femmes, la légitime de +vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et +quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui +étoient le plus près de lui; quant à vous, mes +chers enfants (je puis vous appeler de ce nom, +car vous avez reçu de moi une seconde naissance), +mon écriteau décidera de la magnificence +de vos équipages, de la somptuosité de +vos festins, du nombre et de la pension de vos +maîtresses.</p> + +<p>«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, +tout essoufflé; et, transporté de colère, il +s'écria: Peuples de Bétique, je vous avois conseillé +d'imaginer, et je vois que vous ne le faites +pas: eh bien! à présent je vous l'ordonne. +Là-dessus, il les quitta brusquement; mais la +réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends que +quelques-uns de vous sont assez détestables +pour conserver leur or et leur argent. Encore +passe pour l'argent; mais pour de l'or.... pour +de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... +Je jure par mes outres sacrées que, s'ils +ne viennent me l'apporter, je les punirai sévèrement. +Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif: +Croyez-vous que ce soit pour garder ces +misérables métaux que je vous les demande? +Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque +vous me les apportâtes il y a quelques jours, je +vous en rendis sur-le-champ la moitié.</p> + +<p>«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le +vit s'insinuer avec une voix douce et flatteuse: +Peuples de Bétique, j'apprends que vous avez +une partie de vos trésors dans les pays étrangers; +je vous prie, faites-les-moi venir; vous me +ferez plaisir, et je vous en aurai une reconnoissance +éternelle.</p> + +<p>«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient +pas grande envie de rire; ils ne purent pourtant +s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en retourna +bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda +encore une petite prière: je sais que vous +avez des pierres précieuses; au nom de Jupiter, +défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit +comme ces sortes de choses; défaites-vous-en, +vous dis-je: si vous ne le pouvez pas par vous-mêmes, +je vous donnerai des hommes d'affaires +excellents. Que de richesses vont couler chez +vous, si vous faites ce que je vous conseille! +Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura de plus +pur dans mes outres.</p> + +<p>«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant +une voix plus assurée, il dit: Peuples de Bétique, +j'ai comparé l'heureux état dans lequel +vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque +j'arrivai ici; je vous vois le plus riche peuple +de la terre: mais, pour achever votre fortune, +souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. +A ces mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut, +et laissa ses auditeurs dans une consternation +inexprimable; ce qui fit qu'il revint le +lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier +que mon discours vous déplut extrêmement. +Eh bien! prenez que je ne vous aie rien dit. Il +n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver +au but que je me suis proposé. Assemblons +nos richesses dans un même endroit; +nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent +pas un gros volume. Aussitôt il en disparut +les trois quarts.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLIII" id="LETTRE_CXLIII"></a>LETTRE CXLIII.</h2> + +<h3>RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.</h3> + +<h3>A Livourne.</h3> + + +<p>Tu me demandes ce que je pense de la vertu des +amulettes, et de la puissance des talismans. +Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif, et je +suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes +tous deux bien crédules.</p> + +<p>Je porte toujours sur moi plus de deux mille +passages du saint Alcoran; j'attache à mes bras +un petit paquet, où sont écrits les noms de plus +de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de +tous les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits +de mes habits.</p> + +<p>Cependant je ne désapprouve point ceux qui +rejettent cette vertu que l'on attribue à de certaines +paroles: il nous est bien plus difficile de +répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre +à nos expériences.</p> + +<p>Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue +habitude, pour me conformera une pratique universelle: +je crois que, s'ils n'ont pas plus de vertu +que les bagues et les autres ornements dont on +se pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets +toute ta confiance sur quelques lettres mystérieuses, +et, sans cette sauvegarde, tu serois dans +un effroi continuel.</p> + +<p>Les hommes sont bien malheureux! ils flottent +sans cesse entre de fausses espérances et des +craintes ridicules: et, au lieu de s'appuyer sur la +raison, ils se font des monstres qui les intimident, +ou des fantômes qui les séduisent.</p> + +<p>Quel effet veux-tu que produise l'arrangement +de certaines lettres? Quel effet veux-tu que leur +dérangement puisse troubler? quelle relation ont-elles +avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec +la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec +ce que les médecins appellent l'humeur peccante +et la cause morbifique des maladies, pour les +guérir?</p> + +<p>Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux +qui fatiguent leur raison pour lui faire rapporter +de certains événements à des vertus occultes, +n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher +d'en voir la véritable cause.</p> + +<p>Tu me diras que de certains prestiges ont fait +gagner une bataille: et moi je te dirai qu'il faut +que tu t'aveugles, pour ne pas trouver dans la situation +du terrain, dans le nombre ou dans le +courage des soldats, dans l'expérience des capitaines, +des causes suffisantes pour produire cet +effet dont tu veux ignorer la cause.</p> + +<p>Je te passe pour un moment qu'il y ait des +prestiges: passe-moi à mon tour, pour un moment, +qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas +impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche +pas que deux armées ne puissent se battre: +veux-tu que, dans ce cas-là, aucune des deux ne +puisse remporter la victoire?</p> + +<p>Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à +ce que quelque puissance invisible vienne le déterminer? +que tous les coups seront perdus, toute la +prudence vaine, et tout le courage inutile?</p> + +<p>Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue +présente de mille manières, ne puisse pas +produire dans les esprits ces terreurs paniques +que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, +dans une armée de cent mille hommes, il ne +puisse pas y avoir un seul homme timide? Crois-tu +que le découragement de celui-ci ne puisse pas +produire le découragement d'un autre? que le +second, qui quitte un troisième, ne lui fasse pas +bientôt abandonner un quatrième? Il n'en faut +pas davantage pour que le désespoir de vaincre +saisisse soudain toute une armée, et la saisisse +d'autant plus facilement qu'elle se trouve plus +nombreuse.</p> + +<p>Tout le monde sait, et tout le monde sent, que +les hommes, comme toutes les créatures qui tendent +à conserver leur être, aiment passionnément +la vie; on sait cela en général: et on cherche +pourquoi, dans une certaine occasion particulière, +ils ont craint de la perdre?</p> + +<p>Quoique les livres sacrés de toutes les nations +soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles, +je n'imagine rien de si frivole, parce que, +pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit +par cent mille causes naturelles est surnaturel, il +faut avoir auparavant examiné si aucune de ces +causes n'a agi; ce qui est impossible.</p> + +<p>Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me +semble que la matière ne mérite pas d'être si sérieusement +traitée.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span> +</div></div> + +<p><i>P. S.</i> Comme je finissois, j'ai entendu crier +dans la rue une lettre d'un médecin de province +à un médecin de Paris (car ici toutes les bagatelles +s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai cru +que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a +du rapport à notre sujet. Il y a bien des choses +que je n'entends pas: mais toi, qui es médecin, +tu dois entendre le langage de tes confrères.</p> + + +<h4>LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE +A UN MÉDECIN DE PARIS.</h4> + +<p>Il y avoit dans notre ville un malade qui ne +dormoit point depuis trente-cinq jours: son médecin +lui ordonna l'opium; mais il ne pouvoit se +résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la +main; qu'il étoit plus indéterminé que jamais. +Enfin il dit à son médecin: Monsieur, je vous demande +quartier seulement jusqu'à demain: je +connois un homme qui n'exerce pas la médecine, +mais qui a chez lui un nombre innombrable de remèdes +contre l'insomnie; souffrez que je l'envoie +quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous +promets que je reviendrai à vous. Le médecin congédié, +le malade fit fermer les rideaux, et dit à un +petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis, et dis-lui +qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon +cher monsieur Anis, je me meurs, je ne puis dormir: +n'auriez-vous point, dans votre boutique, la +C. du G., ou bien quelque livre de dévotion composé +par un révérend père jésuite, que vous n'ayez +pas pu vendre? car souvent les remèdes les plus +gardés sont les meilleurs. Monsieur, dit le libraire, +j'ai chez moi la Cour sainte du P. Caussin, en six +volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je +souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous +voulez les œuvres du révérend père Rodriguez, jésuite +espagnol, ne vous en faites faute. Mais, +croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin; j'espère, +avec l'aide de Dieu, qu'une période du père +Caussin vous fera autant d'effet qu'un feuillet tout +entier de la C. du G. Là-dessus M. Anis sortit, et +courut chercher le remède à sa boutique. La Cour +sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du +malade, jeune écolier, commence à la lire: il en +sentit le premier l'effet, à la seconde page il ne +prononçoit plus que d'une voix mal articulée, et +déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un +instant après tout ronfla, excepté le malade, qui +après avoir été longtemps éprouvé, s'assoupit à la +fin.</p> + +<p>Le médecin arrive de grand matin. Hé bien! +a-t-on pris mon opium? On ne lui répond rien: la +femme, la fille, le petit garçon, tous transportés +de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande +ce que c'est; on lui dit: Vive le père Caussin! +il faut l'envoyer relier. Qui l'eût dit? qui l'eût cru? +c'est un miracle! Tenez, monsieur, voyez donc +le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir +mon père. Et là-dessus on lui expliqua la +chose, comme elle s'étoit passée.</p> + +<p>Le médecin étoit un homme subtil, rempli des +mystères de la cabale, et de la puissance des paroles +et des esprits: cela le frappa; et, après plusieurs +réflexions, il résolut de changer absolument +sa pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. +Je tiens une expérience; il faut la pousser plus +loin. Hé pourquoi un esprit ne pourroit-il pas +transmettre à son ouvrage les mêmes qualités +qu'il a lui-même? ne le voyons-nous pas tous les +jours? Au moins cela vaut-il bien la peine de l'essayer. +Je suis las des apothicaires; leurs sirops, +leurs juleps, et toutes les drogues galéniques +ruinent les malades et leur santé: changeons de +méthode; éprouvons la vertu des esprits. Sur +cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, +comme vous allez voir par la description que je +vous vais faire des principaux remèdes qu'il mit +en pratique.</p> + + +<p><i>Tisane purgative.</i></p> + +<p>Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en +grec; deux feuilles d'un traité de théologie scholastique +le plus aigu, comme, par exemple, du +subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne; +six d'Averroès; trois de Porphyre; autant +de Plotin; autant de Jamblique: faites infuser le +tout pendant vingt-quatre heures, et prenez-en +quatre prises par jour.</p> + + +<p><i>Purgatif plus violent.</i></p> + +<p>Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la +C*** des I***; faites-les distiller au bain-marie; +mortifiez une goutte de l'humeur âcre et piquante +qui en viendra, dans un verre d'eau commune: +avalez le tout avec confiance.</p> + + +<p><i>Vomitif.</i></p> + +<p>Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons +funèbres indifféremment, prenant garde pourtant +de ne point se servir de celles de M. de N.; un +recueil de nouveaux opéras; cinquante romans; +trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans +un matras; laissez-le en digestion pendant deux +jours; puis faites-le distiller au feu de sable. Et si +tout cela ne suffit pas,</p> + + +<p><i>Autre plus puissant.</i></p> + +<p>Prenez une feuille de papier marbré, qui ait +servi à couvrir un recueil des pièces des J. F.; +faites-la infuser l'espace de trois minutes; faites +chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez.</p> + + +<p><i>Remède très-simple pour guérir de l'asthme.</i></p> + +<p>Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, +ci-devant jésuite, prenant garde de ne vous +arrêter qu'à la fin de chaque période: et vous sentirez +la faculté de respirer vous revenir peu à peu, +sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.</p> + + +<p><i>Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin +des chevaux.</i></p> + +<p>Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés +métaphysiques, une distinction, six vers de Chapelain, +une phrase tirée des lettres de M. l'abbé +de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau +de papier, que vous plierez, attacherez à un ruban, +et porterez au col.</p> + + +<p><i>Miraculum chymicum, de violenta fermentatione +cum fumo, igne et flammâ.</i></p> + +<p>Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione +Lallemaniana; fiat fermentatio cum magna +vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et invicem +penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio +ardentium spirituum. Pone liquorem fermentatum +in alembico: nihil inde extrahes, et +nihil invenies, nisi caput mortuum.</p> + + +<p><i>Lenitivum.</i></p> + +<p>Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris +relaxativi paginas sex; Vasquii emollientis +folium unum: infunde in aquæ communis libras +iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur +et exprimantur; et in expressione dissolve +Bauni detersivi et Tamburini abluentis folia iij.</p> + +<p>Fiat clyster.</p> + + +<p><i>In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut +febrim-amatoriam, appellat.</i></p> + +<p>Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ +Sanchii de matrimonio folia ij. Infundantur in +aquæ communis libras quinque.</p> + +<p>Fiat ptisana aperiens.</p> + +<hr style="width: 45%;" /> + +<p>Voilà les drogues que notre médecin mit en +pratique, avec un succès imaginable. Il ne vouloit +pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses malades, employer +des remèdes rares, et qui ne se trouvent +presque point: comme, par exemple, une épître +dédicatoire qui n'ait fait bâiller personne; une +préface trop courte; un mandement fait par un +évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par +un janséniste, ou bien admiré par un jésuite. Il +disoit que ces sortes de remèdes ne sont propres +qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle +il avoit une antipathie insurmontable.</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLIV" id="LETTRE_CXLIV"></a>LETTRE CXLIV.</h2> + +<h3>USBEK A RICA.</h3> + + +<p>Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison +de campagne où j'étois allé, deux savants +qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère +me parut admirable. La conversation du premier, +bien appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit +est vrai, parce que je l'ai dit. La conversation du +second portoit sur autre chose: Ce que je n'ai pas +dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.</p> + +<p>J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit +opiniâtre, cela ne me fait absolument rien; mais +qu'il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le +premier défend ses opinions; c'est son bien; le +second attaque les opinions des autres; et c'est le +bien de tout le monde.</p> + +<p>Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal +ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui +est nécessaire pour la conservation de la nature! +Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. +Ils cherchent à être supérieurs; et ils ne +sont pas seulement égaux.</p> + +<p>Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. +Vous faites la douceur et le charme de la +vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je +vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous +n'humiliez personne; et vous humiliez tout le +monde. Et, quand je vous compare dans mon +idée avec ces hommes absolus que je vois partout, +je les précipite de leur tribunal, et je les +mets à vos pieds.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLV" id="LETTRE_CXLV"></a>LETTRE CXLV.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>Un homme d'esprit est ordinairement difficile +dans les sociétés. Il choisit peu de personnes; +il s'ennuie avec tout ce grand nombre de gens qu'il +lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible +qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût: +autant d'ennemis.</p> + +<p>Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent +de le faire.</p> + +<p>Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de +choses qu'un autre, et les sent mieux.</p> + +<p>Il ruine presque toujours sa fortune, parce que +son esprit lui fournit pour cela un plus grand +nombre de moyens.</p> + +<p>Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde +beaucoup. Sa vue, qui se porte toujours +loin, lui fait voir des objets qui sont à de trop +grandes distances. Sans compter que, dans la +naissance d'un projet, il est moins frappé des difficultés +qui viennent de la chose, que des remèdes +qui sont de lui, et qu'il tire de son propre fonds.</p> + +<p>Il néglige les menus détails, dont dépend cependant +la réussite de presque toutes les grandes +affaires.</p> + +<p>L'homme médiocre, au contraire, cherche à +tirer parti de tout: il sent bien qu'il n'a rien à +perdre en négligences.</p> + +<p>L'approbation universelle est plus ordinairement +pour l'homme médiocre. On est charmé de +donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à celui-là. +Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne +lui pardonne rien, on supplée tout en faveur de +l'autre: la vanité se déclare pour lui.</p> + +<p>Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, +que dirons-nous de la dure condition des +savants?</p> + +<p>Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une +lettre d'un d'eux à un de ses amis. La voici.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les +nuits, à regarder, avec des lunettes de trente +pieds, ces grands corps qui roulent sur nos +têtes; et quand je veux me délasser, je prends +mes petits microscopes, et j'observe un ciron +ou une mite.</p> + +<p>«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule +chambre: je n'ose même y faire du feu, parce +que j'y tiens mon thermomètre, et que la chaleur +étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier, +je pensai mourir de froid; et quoique mon thermomètre, +qui étoit au plus bas degré, m'avertît +que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai +point; et j'ai la consolation d'être instruit +exactement des changements de temps les +plus insensibles de toute l'année passée.</p> + +<p>«Je me communique fort peu: et, de tous les +gens que je vois, je n'en connois aucun. Mais +il y a un homme à Stockholm, un autre à Leipsick, +un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, +et que je ne verrai sans doute jamais, avec lesquels +j'entretiens une correspondance si exacte, +que je ne laisse pas passer un courrier sans leur +écrire.</p> + +<p>«Mais, quoique je ne connoisse personne dans +mon quartier, je suis dans une si mauvaise réputation, +que je serai, à la fin, obligé de le quitter. +Il y a cinq ans que je fus rudement insulté +par une de mes voisines, pour avoir fait la dissection +d'un chien qu'elle prétendoit lui appartenir. +La femme d'un boucher, qui se trouva +là, se mit de la partie; et, pendant que celle-là +m'accabloit d'injures, celle-ci m'assommoit à +coups de pierres, conjointement avec le docteur +***, qui étoit avec moi, et qui reçut un +coup terrible sur l'os frontal et occipital, dont +le siége de sa raison fut très-ébranlé.</p> + +<p>«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque +chien au bout de la rue, il est aussitôt décidé +qu'il a passé par mes mains. Une bonne bourgeoise +qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, +disoit-elle, plus que ses enfants, vint +l'autre jour s'évanouir dans ma chambre; et, ne +le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. +Je crois que je ne serai jamais délivré de +la malice importune de ces femmes qui, avec +leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans +cesse de l'oraison funèbre de tous les automates +qui sont morts depuis dix ans.</p> + +<p>«Je suis, etc.»</p> + +<p>Tous les savants étoient autrefois accusés de +magie. Je n'en suis point étonné. Chacun disoit +en lui-même: j'ai porté les talents naturels aussi +loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain +savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il +y ait là quelque diablerie.</p> + +<p>A présent que ces sortes d'accusations sont tombées +dans le décri, on a pris un autre tour; et un +savant ne sauroit guère éviter le reproche d'irréligion +ou d'hérésie. Il a beau être absous par le +peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais +bien. C'est toujours pour lui un endroit malade. +Un adversaire viendra, trente ans après, lui +dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise +que ce dont on vous accuse soit vrai! mais vous +avez été obligé de vous défendre. C'est ainsi qu'on +tourne contre lui sa justification même.</p> + +<p>S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse +dans l'esprit, et quelque droiture dans le +cœur, on lui suscite mille persécutions. On ira +contre lui soulever le magistrat sur un fait qui +s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa +plume soit captive, si elle n'est pas vénale.</p> + +<p>Plus heureux cependant que ces hommes lâches, +qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension; +qui, à prendre toutes leurs impostures en +détail, ne les vendent pas seulement une obole; +qui renversent la constitution de l'empire, diminuent +les droits d'une puissance, augmentent ceux +d'une autre, donnent aux princes, ôtent aux peuples, +font revivre des droits surannés, flattent les +passions qui sont en crédit de leur temps, et les +vices qui sont sur le trône, imposant à la postérité, +d'autant plus indignement qu'elle a moins de +moyens de détruire leur témoignage.</p> + +<p>Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir +essuyé toutes ces insultes; ce n'est point assez +pour lui d'avoir été dans une inquiétude continuelle +sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour +enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire +des querelles de toutes parts. Et comment les éviter? +Il avoit un sentiment; il l'a soutenu par ses +écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux cents +lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant +la guerre qui se déclare.</p> + +<p>Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque +considération! Non. Il n'est tout au plus estimé +que de ceux qui se sont appliqués au même genre +de science que lui. Un philosophe a un mépris +souverain pour un homme qui a la tête chargée de +faits; et il est, à son tour, regardé comme un visionnaire +par celui qui a une bonne mémoire.</p> + +<p>Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse +ignorance, ils voudroient que tout le genre +humain fût enseveli dans l'oubli où ils seront eux-mêmes.</p> + +<p>Un homme à qui il manque un talent se dédommage +en le méprisant: il ôte cet obstacle +qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par là, +se trouve au niveau de celui dont il redoute les +travaux.</p> + +<p>Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque, +la privation des plaisirs et la perte de la +santé.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLVI" id="LETTRE_CXLVI"></a>LETTRE CXLVI.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne +foi étoit l'âme d'un grand ministre.</p> + +<p>Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se +trouve; il ne se décrédite que devant quelques +gens; il se tient couvert devant les autres: mais +un ministre qui manque à la probité a autant de +témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il +gouverne.</p> + +<p>Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un +ministre sans probité n'est pas de desservir son +prince et de ruiner son peuple: il y en a un autre, +à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est +le mauvais exemple qu'il donne.</p> + +<p>Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les +Indes. J'y ai vu une nation, naturellement généreuse, +pervertie en un instant, depuis le dernier +des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais +exemple d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, +chez qui la générosité, la probité, la candeur et +la bonne foi ont passé de tout temps pour les +qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier +des peuples; le mal se communiquer, et n'épargner +pas même les membres les plus sains; les +hommes les plus vertueux faire des choses indignes; +et violer, dans toutes les occasions de leur +vie, les premiers principes de la justice, sur ce +vain prétexte qu'on la leur avoit violée.</p> + +<p>Ils appeloient des lois odieuses en garantie des +actions les plus lâches; et nommoient nécessité +l'injustice et la perfidie.</p> + +<p>J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes +conventions anéanties, toutes les lois des +familles renversées. J'ai vu des débiteurs avares, +fiers d'une insolente pauvreté, instruments indignes +de la fureur des lois et de la rigueur des +temps, feindre un payement au lieu de le faire, +et porter le couteau dans le sein de leurs bienfaiteurs.</p> + +<p>J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter +presque pour rien, ou plutôt ramasser de terre +des feuilles de chêne, pour les mettre à la place +de la substance des veuves et des orphelins.</p> + +<p>J'ai vu naître soudain, dans tous les cœurs, +une soif insatiable des richesses. J'ai vu se former +en un moment une détestable conjuration de +s'enrichir, non par un honnête travail et une généreuse +industrie, mais par la ruine du prince, de +l'État et des concitoyens.</p> + +<p>J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps +malheureux, ne se coucher qu'en disant: J'ai +ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une +autre demain.</p> + +<p>Je vais, disoit un autre, avec un homme noir +qui porte une écritoire à la main et un fer pointu +à l'oreille, assassiner tous ceux à qui j'ai de l'obligation.</p> + +<p>Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes +affaires: il est vrai que, lorsque j'allai, il y a trois +jours, faire un certain payement, je laissai toute +une famille en larmes, que je dissipai la dot de +deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un +petit garçon; le père en mourra de douleur, la +mère périt de tristesse: mais je n'ai fait que ce +qui est permis par la loi.</p> + +<p>Quel plus grand crime que celui que commet +un ministre, lorsqu'il corrompt les mœurs de +toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses, +ternit l'éclat des dignités, obscurcit la +vertu même, et confond la plus haute naissance +dans le mépris universel?</p> + +<p>Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir +de la honte de ses pères? Que dira le peuple +naissant, lorsqu'il comparera le fer de ses aïeux +avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le +jour? Je ne doute pas que les nobles ne retranchent +de leurs quartiers un indigne degré de noblesse +qui les déshonore, et ne laissent la génération +présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLVII" id="LETTRE_CXLVII"></a>LETTRE CXLVII.</h2> + +<h3>LE GRAND EUNUQUE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Les choses sont venues à un état qui ne se peut +plus soutenir: tes femmes se sont imaginé que +ton départ leur laissoit une impunité entière; il +se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même +au cruel récit que je vais te faire.</p> + +<p>Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée, +laissa tomber son voile, et parut presque à visage +découvert devant tout le peuple.</p> + +<p>J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses +esclaves; chose si défendue par les lois du sérail.</p> + +<p>J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, +une lettre que je t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir +à qui elle étoit adressée.</p> + +<p>Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans +le jardin du sérail, et il se sauva par-dessus les +murailles.</p> + +<p>Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma +connoissance; car sûrement tu es trahi. J'attends +tes ordres: et, jusqu'à l'heureux moment que je +les recevrai, je vais être dans une situation mortelle. +Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma +discrétion, je ne te réponds d'aucune d'elles, et +j'aurai tous les jours des nouvelles aussi tristes à +te mander.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 1<sup>er</sup> de la lune de Rhégeb, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLVIII" id="LETTRE_CXLVIII"></a>LETTRE CXLVIII.</h2> + +<h3>USBEK AU PREMIER EUNUQUE.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes +sur tout le sérail: commandez avec autant +d'autorité que moi-même; que la crainte et la +terreur marchent avec vous; courez d'appartements +en appartements porter les punitions et les +châtiments; que tout vive dans la consternation, +que tout fonde en larmes devant vous; interrogez +tout le sérail; commencez par les esclaves; +n'épargnez pas mon amour; que tout subisse +votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets +les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et +faites-y rentrer la vertu bannie. Car, dès ce moment, +je mets sur votre tête les moindres fautes +qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être +celle à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: +examinez cela avec des yeux de lynx.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLIX" id="LETTRE_CXLIX"></a>LETTRE CXLIX.</h2> + +<h3>NARSIT A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Le grand eunuque vient de mourir, magnifique +seigneur: comme je suis le plus vieux de tes +esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que tu aies +fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.</p> + +<p>Deux jours après sa mort, on m'apporta une de +tes lettres qui lui étoit adressée: je me suis bien +gardé de l'ouvrir; je l'ai enveloppée avec respect, +et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies fait connoître +tes sacrées volontés.</p> + +<p>Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me +dire qu'il avoit trouvé un jeune homme dans le +sérail: je me levai, j'examinai la chose, et je +trouvai que c'étoit une vision.</p> + +<p>Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te +prie de compter sur mon zèle, mon expérience et +ma vieillesse.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CL" id="LETTRE_CL"></a>LETTRE CL.</h2> + +<h3>USBEK A NARSIT.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Malheureux que vous êtes, vous avez dans +vos mains des lettres qui contiennent des +ordres prompts et violents; le moindre retardement +peut me désespérer: et vous demeurez +tranquille sous un vain prétexte!</p> + +<p>Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être +la moitié de mes esclaves qui méritent la mort. +Je vous envoie la lettre que le premier eunuque +m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez +ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez +trouvé des ordres sanglants. Lisez-les donc ces +ordres: et vous périrez, si vous ne les exécutez +pas.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLI" id="LETTRE_CLI"></a>LETTRE CLI.</h2> + +<h3>SOLIM A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Si je gardois plus longtemps le silence, je serois +aussi coupable que tous ces criminels que +tu as dans le sérail.</p> + +<p>J'étois le confident du grand eunuque, le plus +fidèle de tes esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa +fin, il me fit appeler, et me dit ces paroles: Je +me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en quittant +la vie, c'est que mes derniers regards aient +trouvé les femmes de mon maître criminelles. Le +ciel puisse le garantir de tous les malheurs que je +prévois! puisse, après ma mort, mon ombre menaçante +venir avertir ces perfides de leur devoir, +et les intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables +lieux; va les porter au plus vieux des +noirs. Mais si, après ma mort, il manque de vigilance, +songe à en avertir ton maître. En achevant ces +mots, il expira dans mes bras.</p> + +<p>Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant +sa mort, sur la conduite de tes femmes: il y a +dans le sérail une lettre qui auroit porté la terreur +avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que +tu as écrite depuis a été surprise à trois lieues +d'ici: je ne sais ce que c'est, tout se tourne malheureusement.</p> + +<p>Cependant tes femmes ne gardent plus aucune +retenue: depuis la mort du grand eunuque, il +semble que tout leur soit permis; la seule Roxane +est restée dans le devoir, et conserve de la modestie. +On voit les mœurs se corrompre tous les +jours. On ne trouve plus sur le visage de tes femmes +cette vertu mâle et sévère qui y régnoit autrefois: +une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, +est un témoignage infaillible, selon moi, de quelque +satisfaction nouvelle; dans les plus petites +choses, je remarque des libertés jusqu'alors inconnues. +Il règne, même parmi tes esclaves, une +certaine indolence pour leur devoir et pour l'observation +des règles, qui me surprend; ils n'ont +plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit +animer tout le sérail.</p> + +<p>Tes femmes ont été huit jours à la campagne, +à une de tes maisons les plus abandonnées. On +dit que l'esclave qui en a soin a été gagné; et +qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait +cacher deux hommes dans un réduit de pierre +qui est dans la muraille de la principale chambre, +d'où ils sortoient le soir lorsque nous étions +retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à +notre tête, est un imbécile, à qui l'on fait croire +tout ce qu'on veut.</p> + +<p>Je suis agité d'une colère vengeresse contre +tant de perfidies: et si le ciel vouloit, pour le +bien de ton service, que tu me jugeasses capable +de gouverner, je te promets que, si tes +femmes n'étoient pas vertueuses, au moins elles +seroient fidèles.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLII" id="LETTRE_CLII"></a>LETTRE CLII.</h2> + +<h3>NARSIT A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne; +je n'ai pas cru devoir le leur refuser. +Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et des +esclaves vigilants: je commande en des lieux où +la vertu semble s'être choisi un asile. Compte +qu'il ne s'y passera rien que tes yeux ne puissent +soutenir.</p> + +<p>Il est arrivé un malheur qui me met en grande +peine. Quelques marchands arméniens, nouvellement +arrivés à Ispahan, avoient apporté une de tes +lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la +chercher; il a été volé à son retour, de manière +que la lettre est perdue. Écris-moi donc promptement; +car je m'imagine que, dans ce changement, +tu dois avoir des choses de conséquence à +me mander.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLIII" id="LETTRE_CLIII"></a>LETTRE CLIII.</h2> + +<h3>USBEK A SOLIM.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que +j'ai à présent dans le monde de plus cher, qui +est ma vengeance. Entre dans ce nouvel emploi: +mais n'y porte ni cœur ni pitié. J'écris à mes +femmes de t'obéir aveuglément: dans la confusion +de tant de crimes, elles tomberont devant +tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur +et mon repos: rends-moi mon sérail comme je +l'ai laissé. Mais commence par l'expier; extermine +les coupables, et fais trembler ceux qui se +proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer +de ton maître pour des services si signalés? +Il ne tiendra qu'à toi de te mettre au-dessus de ta +condition même, et de toutes les récompenses +que tu as jamais désirées.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLIV" id="LETTRE_CLIV"></a>LETTRE CLIV.</h2> + +<h3>USBEK A SES FEMMES.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Puisse cette lettre être comme la foudre qui +tombe au milieu des éclairs et des tempêtes! +Solim est votre premier eunuque, non pas pour +vous garder, mais pour vous punir. Que tout le +sérail s'abaisse devant lui. Il doit juger vos actions +passées: et, pour l'avenir, il vous fera +vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez +votre liberté, si vous ne regrettez pas votre +vertu.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLV" id="LETTRE_CLV"></a>LETTRE CLV.</h2> + +<h3>USBEK A NESSIR.</h3> + +<h3>A Ispahan.</h3> + + +<p>Heureux celui qui, connoissant tout le prix +d'une vie douce et tranquille, repose son +cœur au milieu de sa famille, et ne connoît d'autre +terre que celle qui lui a donné le jour.</p> + +<p>Je vis dans un climat barbare, présent à tout +ce qui m'importune, absent de tout ce qui m'intéresse. +Une tristesse sombre me saisit; je tombe +dans un accablement affreux: il me semble que +je m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même +que lorsqu'une sombre jalousie vient s'allumer, +et enfanter dans mon âme la crainte, les soupçons, +la haine et les regrets.</p> + +<p>Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans +mon cœur comme dans le tien: je te ferois pitié, +si tu savois mon état déplorable. J'attends quelquefois +six mois entiers des nouvelles du sérail; +je compte tous les instants qui s'écoulent; mon +impatience me les allonge toujours; et lorsque +celui qui a été tant attendu est près d'arriver, il se +fait dans mon cœur une révolution soudaine; +ma main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette +inquiétude qui me désespéroit, je la trouve l'état +le plus heureux où je puisse être, et je crains +d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que +mille morts.</p> + +<p>Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de +ma patrie, quoique je doive ma vie à ma retraite, +je ne puis plus, Nessir, rester dans cet affreux +exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en +proie à mes chagrins? J'ai pressé mille fois Rica +de quitter cette terre étrangère; mais il s'oppose +à toutes mes résolutions; il m'attache ici par +mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie; +ou plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même, +tant il est insensible à mes déplaisirs.</p> + +<p>Malheureux que je suis! je souhaite de revoir +ma patrie, peut-être pour devenir plus malheureux +encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais rapporter +ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout: +j'entrerai dans le sérail; il faut que j'y demande +compte du temps funeste de mon absence: et si +j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et +si la seule idée m'accable de si loin, que sera-ce, +lorsque ma présence la rendra plus vive? que +sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que j'entende +ce que je n'ose imaginer sans frémir? que +sera-ce enfin, s'il faut que des châtiments que je +prononcerai moi-même soient des marques éternelles +de ma confusion et de mon désespoir?</p> + +<p>J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles +pour moi que pour les femmes qui y sont gardées; +j'y porterai tous mes soupçons; leurs +empressements ne m'en déroberont rien; dans mon +lit, dans leurs bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes; +dans un temps si peu propre aux réflexions, +ma jalousie trouvera à en faire. Rebut +indigne de la nature humaine, esclaves vils dont +le cœur a été fermé pour jamais à tous les sentiments +de l'amour, vous ne gémiriez plus sur votre +condition, si vous connoissiez le malheur de la +mienne.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLVI" id="LETTRE_CLVI"></a>LETTRE CLVI.</h2> + +<h3>ROXANE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans +le sérail; un deuil affreux l'environne: un tigre +y exerce à chaque instant toute sa rage; il a +mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui +n'ont avoué que leur innocence; il a vendu une +partie de nos esclaves, et nous a obligées de changer +entre nous celles qui nous restoient. Zachi et +Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité +de la nuit un traitement indigne; le sacrilége +n'a pas craint de porter sur elles ses viles +mains. Il nous tient enfermées chacune dans notre +appartement; et, quoique nous y soyons seules, +il nous y fait vivre sous le voile: il ne nous +est plus permis de nous parler; ce seroit un crime +de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre +que les pleurs.</p> + +<p>Une troupe de nouveaux eunuques est entrée +dans le sérail, où ils nous assiégent nuit et jour: +notre sommeil est sans cesse interrompu par +leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me +console, c'est que tout ceci ne durera pas longtemps, +et que ces peines finiront avec ma vie: +elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te +donnerai pas le temps de faire cesser tous ces +outrages.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLVII" id="LETTRE_CLVII"></a>LETTRE CLVII.</h2> + +<h3>ZACHI A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans +la manière de me punir! Il m'a infligé ce +châtiment qui commence par alarmer la pudeur; +ce châtiment qui met dans l'humiliation extrême; +ce châtiment qui ramène, pour ainsi dire, à l'enfance.</p> + +<p>Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit +le sentiment d'elle-même, et commençoit +à s'indigner, lorsque mes cris firent retentir les +voûtes de mes appartements. On m'entendit demander +grâce au plus vil de tous les humains, et +tenter sa pitié, à mesure qu'il étoit plus inexorable.</p> + +<p>Depuis ce temps, son âme insolente et servile +s'est élevée sur la mienne. Sa présence, ses regards, +ses paroles, tous les malheurs viennent +m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la +consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il +s'offre à ma vue, la fureur me saisit; je la trouve +impuissante; et je tombe dans le désespoir.</p> + +<p>Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes +ces barbaries. Il voudrait m'ôter mon amour, +et profaner jusques aux sentiments de mon +cœur. Quand il me prononce le nom de celui que +j'aime, je ne sais plus me plaindre: je ne puis +plus que mourir.</p> + +<p>J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon +amour, par la force de mon amour. Les nuits, +les jours, les moments, tout a été pour toi. J'étois +superbe de mon amour même; et le tien me faisoit +respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis +plus soutenir l'humiliation où je suis descendue. +Si je suis innocente, reviens pour m'aimer; reviens, +si je suis coupable, pour que j'expire à tes +pieds.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLVIII" id="LETTRE_CLVIII"></a>LETTRE CLVIII.</h2> + +<h3>ZÉLIS A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>A mille lieues de moi, vous me jugez coupable: +à mille lieues de moi, vous me punissez.</p> + +<p>Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles +mains, il agit par votre ordre: c'est le tyran qui +m'outrage, et non pas celui qui exerce la tyrannie.</p> + +<p>Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos +mauvais traitements. Mon cœur est tranquille, depuis +qu'il ne peut plus vous aimer. Votre âme se +dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que +vous n'êtes point heureux. Adieu.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLIX" id="LETTRE_CLIX"></a>LETTRE CLIX.</h2> + +<h3>SOLIM A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Je me plains, magnifique seigneur, et je te +plains: jamais serviteur fidèle n'est descendu +dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs +et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.</p> + +<p>Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis +que tu m'as confié tes femmes, j'ai veillé nuit +et jour sur elles; que je n'ai jamais suspendu un +moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé +mon ministère par les châtiments; et je les +ai suspendus, sans sortir de mon austérité naturelle.</p> + +<p>Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une +fidélité qui t'a été inutile? Oublie tous mes services +passés; regarde-moi comme un traître; et +punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.</p> + +<p>Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier +désormais? Tu soupçonnois Zachi, et tu avois +pour Roxane une sécurité entière; mais sa vertu +farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le +voile de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras +d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert, +est venu sur moi; il m'a donné deux coups +de poignard; les eunuques, accourus au bruit, +l'ont entouré: il s'est défendu longtemps, en a +blessé plusieurs; il vouloit même rentrer dans la +chambre, pour mourir, disoit-il, aux yeux de +Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est +tombé à nos pieds.</p> + +<p>Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes +ordres sévères: tu as mis ta vengeance en mes +mains; je ne dois pas la faire languir.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLX" id="LETTRE_CLX"></a>LETTRE CLX.</h2> + +<h3>SOLIM A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître; +je vais punir.</p> + +<p>Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la +tienne vont s'apaiser: nous allons exterminer le +crime, et l'innocence va pâlir.</p> + +<p>O vous, qui semblez n'être faites que pour +ignorer tous vos sens et être indignées de vos désirs +mêmes; éternelles victimes de la honte et de la +pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands +flots dans ce sérail malheureux, pour vous voir +étonnées de tout le sang que j'y vais répandre!</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLXI" id="LETTRE_CLXI"></a>LETTRE CLXI.</h2> + +<h3>ROXANE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques; +je me suis jouée de ta jalousie; et j'ai su de +ton affreux sérail faire un lieu de délices et de +plaisirs.</p> + +<p>Je vais mourir; le poison va couler dans mes +veines: car que ferois-je ici, puisque le seul +homme qui me retenoit à la vie n'est plus? Je +meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: +je viens d'envoyer devant moi ces gardiens +sacriléges, qui ont répandu le plus beau sang +du monde.</p> + +<p>Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, +pour m'imaginer que je ne fusse dans le +monde que pour adorer tes caprices? que, pendant +que tu te permets tout, tu eusses le droit +d'affliger tous mes désirs? Non: j'ai pu vivre +dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai +réformé tes lois sur celles de la nature; et mon +esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.</p> + +<p>Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice +que je t'ai fait; de ce que je me suis abaissée jusqu'à +te paroître fidèle; de ce que j'ai lâchement +gardé dans mon cœur ce que j'aurois dû faire paroître +à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané +la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma +soumission à tes fantaisies.</p> + +<p>Tu étois étonné de ne point trouver en moi les +transports de l'amour: si tu m'avois bien connue, +tu y aurois trouvé toute la violence de la haine.</p> + +<p>Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire +qu'un cœur comme le mien t'étoit soumis. Nous +étions tous deux heureux; tu me croyois trompée, +et je te trompois.</p> + +<p>Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il +possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, +je te forçasse encore d'admirer mon courage? +Mais c'en est fait, le poison me consume, +ma force m'abandonne; la plume me tombe des +mains; je sens affoiblir jusqu'à ma haine; je me +meurs.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + +<h2>FIN DU TOME SECOND.</h2> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="NOTES_ET_VARIANTES" id="NOTES_ET_VARIANTES"></a>NOTES ET VARIANTES.</h2> + + +<p>(Voir l'<i>Index</i>, pour l'histoire, la religion, la philosophie, +le droit public et privé, les mœurs orientales +et européennes.)</p> + + +<p>Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).</p> + +<p>«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre; +<i>puisque son but est la destruction de la société</i>.» +C'est la leçon de 1721 et de 1754.</p> + +<p>Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions +subséquentes: «<i>puisqu'elle peut avoir l'effet de +détruire la société</i>».</p> + +<p>Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant +les deux leçons bout à bout: «puisqu'elle +peut avoir l'effet etc..., puisque son but est la destruction +de la société.</p> + +<p>«Cette peine répond à celle du bannissement <i>établie +dans les tribunaux, qui retranche</i> les coupables +de la société. Ainsi un prince, à l'alliance duquel +nous renonçons, est retranché <i>par là</i> de notre société +et n'est plus un de nos membres.»</p> + +<p>Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754.</p> + +<p>Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition +complète), et Lefèvre 1820, d'après l'édition +de Londres 1757, et peut-être sur des indications +manuscrites de Montesquieu conservées par son +fils et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi:</p> + +<p>«Cette peine répond à celle du bannissement, <i>que +les tribunaux ont établi pour retrancher</i> les coupables +de la société. Ainsi un prince, à l'alliance +duquel nous renonçons, est retranché de notre +société, et n'est plus <i>un des membres qui la composent</i>.»</p> + +<p>Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons +la correction du Supplément de 1754, sont +ainsi rédigés dans le texte primitif:</p> + +<p>«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société +ne peut être fondée que sur la volonté des +associés: si elle est détruite par la conquête, le +peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle +société: et si le vainqueur en veut former, c'est +une tyrannie.</p> + +<p>«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais +légitimes, lorsqu'ils ordonnent une cession ou +dédommagement plus considérable que le dommage +causé: autrement, c'est une pure violence, +contre laquelle on peut toujours revenir; à moins +que, pour ravoir ce qu'on a perdu, on ne soit +obligé de se servir de moyens si violents, qu'il en +arrive un mal plus grand que le bien que l'on en +doit retirer.</p> + +<p>«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public; +voilà le droit des gens, ou plutôt celui de la +raison.»</p> + +<p>En tête de la correction indiquée par le Supplément, +et qui, sous beaucoup de rapports, est inférieure +au texte primitif, se lit cet avertissement: «A la +place des trois derniers alinéas, mettez ceux-ci.»</p> + +<p>Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec +raison, à la suite du nouveau texte, la conclusion +si ferme: «Voilà cher Rhédi...»</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)</p> + +<p>«Écoute ce que <i>je vais te</i> dire...».</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>: «Ce que je <i>te</i> vais dire...»</p> + +<p>Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de +Montesquieu.</p> + +<p>«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a +<i>connu</i> toute la fécondité.»</p> + +<p>Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a <i>vu</i>...»</p> + +<p>Cette lettre (LXXXIV de la 2<sup>e</sup> Marteau) est vivement +incriminée dans la brochure de l'abbé Gaultier: +<i>Lettres persannes convaincues d'impiété</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).</p> + +<p>«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté +longtemps <i>dans leur pureté</i>.»</p> + +<p>Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et +appartiennent aux éditions postérieures qui procèdent +de 1757 (voir la <i>Bibliographie</i>.)</p> + +<p>«Caravansérails». 1721, 1<sup>re</sup> donne: <i>Caravansérais</i>, +qui avec un ï serait peut-être la meilleure transcription +de ce terme oriental; et 1754: <i>Caravanseras</i>.</p> + +<p>«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de +France prit des gardes.»</p> + +<p>Ce roi est Philippe Auguste menacé par les <i>Assassins</i> +du Vieux de la Montagne.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXI (CVII 1721-1754).</p> + +<p>«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention +<i>à placer</i> sa droite... qu'elle en met <i>à poster</i> +une mouche qui peut manquer...»</p> + +<p>C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure.</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup> donne: «<i>porter</i> une mouche. (C'est une +coquille.)</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup> donne: <i>poster</i> sa droite,... <i>placer</i> une mouche.</p> + +<p>Les éditions subséquentes «<i>poser</i> une mouche» +(qui ne vaut pas <i>poster</i>).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754).</p> + +<p>Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2<sup>e</sup> Marteau +(LVIII), avec une adresse et une date différentes.</p> + +<p>En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note, +qui ne figure plus au Supplément:</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Rica à ***<br /></span> +</div></div> + +<p>«Le peuple est un animal qui voit et qui entend; +mais qui ne pense jamais. Il est dans une léthargie +ou dans une fougue surprenante; et il va et +vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans +savoir jamais d'où il est parti.</p> + +<p>«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur +de Normandie, qui, voulant se rendre plus considérable +à la cour, excitoit lui même de temps en +temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt.</p> + +<p>«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui +coûta, tout compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit +assembler quelques canailles dans un cabaret +qui donnoit le ton à toute la ville, et ensuite à +toute la province.</p> + +<p>«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit +dans les derniers troubles de Paris un des généraux +de cette ville à un de ses amis.</p> + +<p>«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la +ville; mais elles furent repoussées avec perte. Je +compte pourtant que je réparerai facilement cet +échec; j'ai six couplets...</p> + +<p>«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de +faire paroître une estampe, qui fera voir Mazarin +pendu; et pour peu que la conjoncture des affaires +le demande, nous aurons la ressource d'ordonner +au graveur de le rouer...</p> + +<p>«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et +de faire du nom de Mazarin un mot...</p> + +<p>«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché +originel que, pour ne pas voir ses partisans +réduits à la moitié, il a été obligé de renvoyer +tous ses pages. Je suis, etc...</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715.<br /></span> +</div></div> + +<p>En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.»</p> + +<p>«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer <i>l'arrêt +d'Union</i>, dit devant les députés du parlement <i>l'arrêt +d'Ognon</i>; sur quoi le peuple fit force plaisanteries.»</p> + +<p>Le <i>péché originel</i> dont il est question plus haut est +ce vice contre nature qu'on nomme parfois <i>italien</i>, +et qui serait mieux nommé <i>clérical</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Elle est incriminée dans la brochure: <i>Lettres persannes +convaincues d'impiété.</i></p> + +<p>«Il ne faut donc pas compter les années du monde...»</p> + +<p>Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1<sup>re</sup>, ni dans +1721 2<sup>e</sup> Marteau, ni dans 1754. C'est à tort qu'il a +été supprimé dans 1758 et dans beaucoup d'éditions +postérieures.</p> + +<p>«Cependant tous les historiens <i>nous parlent d'un +premier père; ils</i>...»</p> + +<p>Les mots en <i>italiques</i> manquent dans la première +édition. Ils sont déjà rétablis dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau.</p> + +<p>L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions +ne sont pas violentes...» appartient au +Supplément de 1754.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXVII (CXII de 1721 1<sup>re</sup>, CII de la 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues +d'impiété</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXVIII (CXII 1<sup>re</sup>, CIII 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Également incriminée.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXX.</p> + +<p><i>Tyen</i>, ciel des chinois.</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>: <i>Tyien</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXII</p> + +<p>«L'air se charge, comme les plantes...» +Alinéa ajouté par le Supplément de 1754.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754).</p> + +<p>Elle se trouve déjà dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau (LX, Usbek +à ***, Paris, 11 Zilcadé 1715), avec les variantes +suivantes:</p> + +<p><i>Troisième alinéa.</i></p> + +<p>«A mon esprit; il me semble...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>et</i> il me semble...</p> + +<p><i>Quatrième alinéa.</i></p> + +<p>«De quelques uns de nos sujets...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: de nos <i>plus riches</i> sujets...</p> + +<p>«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: à la multitude <i>innombrable</i>...</p> + +<p>«Faire attention qu'il <i>étoit</i> notoire...</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: qu'il <i>est</i> notoire...</p> + +<p>«Nous ont prié, branlant la tête...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>en</i> branlant la tête...</p> + +<p>«<i>Ainsi</i>, désirant traiter les suppliants...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>A ces causes</i>, désirant...</p> + +<p><i>Septième alinéa.</i></p> + +<p>«A leurs femmes <i>et</i> à leurs enfants...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: A leurs femmes, à leurs enfants...</p> + +<p>«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: dans leurs familles, <i>avec leurs amis</i>, etc...</p> + +<p><i>Huitième alinéa.</i></p> + +<p>«<i>Elles</i> viennent à les y contraindre...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Ils</i> viennent...</p> + +<p>«Défendons à nos magistrats...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: à <i>tous</i> nos magistrats...</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXVI (CXX de 1721 1<sup>re</sup>, CX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues +d'impiété</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1<sup>re</sup>).</p> + +<p>«semble échauffer les imaginations <i>mêmes</i>.» +<i>Mêmes</i> manque, et avec raison, dans 1721 1<sup>re</sup>. +«Romans» pris dans le sens de <i>romanciers</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1<sup>re</sup>).</p> + +<p>«<i>N.</i> prit le fer à la main...» <i>N.</i> est le duc de Noailles.</p> + +<p>«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'<i>Index</i>).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1<sup>re</sup>).</p> + +<p>«<i>Romans</i>» dans le sens de <i>romanciers</i>.</p> + +<p>«Zuléma». 1721 1<sup>re</sup>: Zumela.</p> + +<p>«Gemmadi 1, 1720»</p> + +<p>1 manque dans 1754.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).</p> + +<p>La piquante <i>Lettre d'un médecin de province</i> figure +tout entière dans les deux éditions qui servent de +base à notre travail. 1721 1<sup>re</sup> donne même <i>Révérend +père jésuite</i>, là où 1754 n'a que les initiales +R. P. J.</p> + +<p>Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des +éditeurs timorés ont supprimé ou mis en note +l'énumération des médicaments: la lettre s'arrête +à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit +passée.»</p> + +<p>Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu +«Il y a bien des choses que je n'entends pas, etc...»</p> + +<p>Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu +lui-même ces mutilations qu'on ne s'explique +guère:</p> + +<p>«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit +confié <i>de son vivant</i>» (ce qui est faux) «aux libraires, +a jugé à propos de faire des retranchements. +On n'a pas cru devoir en priver le lecteur +qui les trouvera ici en notes.»</p> + +<p>«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** +des J***.»</p> + +<p>Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la +Constitution des Jésuites. (Selon d'autres: concernant +la Banque, ou la Bourse, et la Compagnie +des Indes.)</p> + +<p>«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu +est ici bien aimable d'excepter les Oraisons +funèbres de Fléchier.</p> + +<p>«Teigne», 1721: <i>tigne</i>.</p> + +<p>«<i>Miraculum chymicum, de violenta</i>, etc...»</p> + +<p>Miracle chimique, par violente fermentation, avec +fumée, feu et flamme.</p> + +<p>Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion +de Lallemand; que la fermentation ait lieu, +avec grande violence, bouillonnement et tonnerre, +les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les +sels alcalins: il se fera une évaporation d'esprits +brûlants. Mettez la liqueur fermentée dans l'alambic; +vous n'en tirerez rien, et n'y trouverez rien +sinon un <i>caput mortuum</i> (une drogue inutile et +impuissante.)</p> + +<p>«<i>Lenitivum</i>.»</p> + +<p>Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages +du laxatif Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez: +faites infuser dans quatre livres d'eau +ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à moitié; +pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois +feuilles du détersif Bauni et du diluant Tamburini.</p> + +<p>Faites du tout un lavement.</p> + +<p>«<i>Clyster</i>.» 1721-1754: <i>clister</i>.</p> + +<p>«<i>In chlorosim</i>, etc...»</p> + +<p>Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs +ou fièvre-amoureuse.</p> + +<p>Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du +révérend Thomas Sanchez <i>De matrimonio</i> (Du +mariage). Faites infuser dans cinq livres d'eau +ordinaire.</p> + +<p>Faites du tout une tisane apéritive.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754).</p> + +<p>Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2<sup>e</sup> +Marteau (LIX).</p> + +<p>«Sa vue qui <i>se</i> porte toujours loin...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: qui porte...</p> + +<p>«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté +d'ôter à celui-là.»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: On aime à donner..., on est charmé +d'ôter...</p> + +<p>«Une mite.»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Mitte</i>...</p> + +<p>«L'hiver <i>dernier</i>, je pensai mourir...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: L'hiver <i>passé</i>,...</p> + +<p>«On lui suscite...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: On lui suscite<i>ra</i>...</p> + +<p>«La constitution <i>de</i> l'empire...</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>des empires</i>...</p> + +<p>«Mais ce n'est <i>point</i> assez...</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>pas</i></p> + +<p>«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).</p> + +<p>«Tes femmes se sont imaginé...»</p> + +<p>1721, 1754: se sont imagi<i>nées</i>...</p> + +<p>La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait +devoir les placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur +aura voulu, en les rassemblant, donner plus +de corps à la conclusion de son <i>roman</i> et finir +comme il avait commencé.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).</p> + +<p>«Je sais ce qu'il t'écrivit...»</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup> et 1754 portent: je <i>ne</i> sais (qui répond +moins bien au sens général).</p> + +<p>«Avant qu'elles arrivassent...</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup>: qu'elles <i>n</i>'arrivassent...</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de +1721 2<sup>e</sup> Marteau, et 1730, 3<sup>e</sup> édition, Amsterdam, +Jacques Desbordes).</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE" id="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"></a>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</h2> + + +<h3>A</h3> + +<p><span class="smcap">Abbé</span>. Jeune abbé séduisant +une actrice. XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Abdias Ibesalon</span>, juif, interroge +Mahomet sur les animaux +impurs. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Académie Française</span>. «établissement +singulier et bizarre» +inconnu en Perse. Babil éternel, +manie du panégyrique. +Quarante têtes pleines de figures, +de métaphores et d'antithèses. +LXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Actrices</span>. Elles ne sont point +cruelles. Lettre d'une actrice à +laquelle un abbé a ravi son innocence. +XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Adam</span>. «Dieu met Adam +dans le paradis terrestre, à +condition qu'il ne mangera pas +d'un certain fruit: précepte +absurde dans un être qui connoîtrait +les déterminations futures +des âmes; car enfin un +tel être peut-il mettre des conditions +à ses grâces, sans les +rendre dérisoires?» LXIX.</p> + +<p>(Voir Dieu. Prescience.)</p> + +<p>Adam a peut-être été sauvé +d'une catastrophe générale, +comme Noé le fut du déluge. +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Affranchissement</span>, comblait +sans cesse les vides de la +population romaine. CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Afrique</span>, toujours très-inconnue; +ses côtes ne sont plus ce +qu'elles étaient sous les Carthaginois +et les Romains. +CXIII, CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Agriculture</span>, ses progrès +intimement liés à ceux du +commerce et de l'industrie, et +réciproquement. CXVIII.</p> + +<p>Ses revenus inférieurs à ceux +de l'industrie et de l'art. Un +fonds ne produit annuellement +que le vingtième de sa valeur. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Agiotage</span>, ses effets désastreux. +CXXXII, CXLVI.</p> + +<p>(Par arrêt du conseil du +25 juillet 1719, le papier-monnaie, +déclaré immuable, fait +tomber l'or; un créancier, rue +Quincampoix, tire l'épée contre +un débiteur qui l'avait remboursé. +Allusion à ce fait, +CXLVI.)</p> + +<p><span class="smcap">Ainesse</span>. Le droit d'aînesse, +invention de la vanité, détruit +l'égalité des citoyens; il fait +obstacle à la propagation. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Alchimistes</span>. Ils vous offrent +«pour un peu d'argent le secret +de faire de l'or.» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Alcoran</span>, ses défauts: langage +de Dieu, idées des hommes. +XCVIII.</p> + +<p>Il ordonne de se soumettre +aux puissances (allusion à l'Evangile). +CV.</p> + +<p>Il autorise la pluralité des +femmes. CXV.</p> + +<p>Plaidoyer d'une femme contre +l'Alcoran. CXLI.</p> + +<p>Passages de l'Alcoran cousus +dans les vêtements, comme +amulette. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Alexandre</span> comparé à Gengiskhan. +LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Algébristes</span> comparés aux +astrologues. CXXXV.</p> + +<p><i>Ibid.</i> Algébriste faiseur de +<i>système</i>; allusion à Law.</p> + +<p><span class="smcap">Ali</span>, gendre du prophète.</p> + +<p>(Dans un certain nombre +d'éditions du temps <i>Hali</i>; déjà +en 1721, on imprime <i>Aly</i>.</p> + +<p>Prophète des Chiites (Persans).</p> + +<p>Son nom est un talisman. +CXLIII.</p> + +<p>Il est «le plus beau de tous +les hommes;» expressions d'un +Psaume appliquées au messie. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Allemagne</span>, partagée en un +nombre infini de petits États. +CIII.</p> + +<p>Les peuples de l'Allemagne +antique, avant la chute de +l'empire romain, étaient libres; +leurs rois n'étaient que des +chefs à pouvoir limité. CXXXI.</p> + +<p>L'empire d'Allemagne «se +fortifie à mesure de ses pertes.» +CXXXVI.</p> + +<p>Grand vizir d'Allemagne; +le prince Eugène vainqueur à +Peterwaradin. CXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Alliances</span>. Alliances honorables, +alliances injustes; alliances +déshonorantes (celle +d'un tyran).</p> + +<p>Il est juste et légitime de secourir +un allié. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Ambassadeur</span>. Faux ambassadeur +de Perse à la cour de +France XCII.</p> + +<p>Nargum, ambassadeur de +Perse en Russie. LI, LXXXII.</p> + +<p>Ambassadeur du grand Mogol +(d'Espagne) expulsé du +royaume. CXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Ambroise</span>, sa conduite à l'égard +de Théodose. LXI.</p> + +<p>(Comparez Spinoza, <i>Tractatus +theologico-politicus</i>, cap. +19.)</p> + +<p><span class="smcap">Ame</span>, entièrement liée au +corps et soumise aux influences +physiques, XXXIII.</p> + +<p>«Ouvrière de sa détermination» +l'âme, devant la prescience +divine, ne serait pas +plus libre qu'une boule de billard. +LXIX.</p> + +<p>Gens qui croient à l'immortalité +de l'âme par semestre. +LXXV.</p> + +<p>Les livres juifs enseignent +que la femme n'a pas d'âme. +CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Amérique</span>, avait été découverte +par les Carthaginois; +très-dépeuplée, CXIII, par la +barbarie des conquérants espagnols. +CXXII.</p> + +<p>Vainement y introduit-on +des esclaves; elle ne profite +point des pertes de l'Afrique. +CXIX.</p> + +<p>Indigènes et nègres y périssent +par milliers dans les mines. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Amitié</span>. presque inconnue +aux Asiatiques. XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Amour</span>. «Dans le nombreux +sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu +l'amour et l'ai détruit par lui-même.» +La polygamie éteint +l'amour. VI. LVI.</p> + +<p>L'amour, chez les musulmans, +est amorti par la pluralité des +femmes. LVI.</p> + +<p>L'amour chez les Espagnols. +LXXVIII.</p> + +<p>L'amour dans le paradis des +femmes. CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Amulettes</span>, passages de +l'Alcoran, noms sacrés cousus +dans les vêtements des fidèles +musulmans. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Anais</span>, ses aventures dans le +paradis des femmes, et la vengeance +qu'elle exerce sur son +mari, qui l'a tuée. CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Anatomie</span>. Noms barbares +qu'elle donne aux parties du +corps. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Anatomiste</span>. soupçonné, +dans son quartier, du meurtre +de tous les chiens qui disparaissaient. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Anciens et Modernes</span>. +Querelles sur le mérite d'Homère. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Anges</span>. Ils demandent à élever +Mahomet enfant. XXXIX.</p> + +<p>Chrétiens et musulmans rendent +un culte aux bons anges +et se méfient des mauvais. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Anglais</span>. Ils limitent l'autorité +de leurs rois. Leur humeur +et leurs raisonnements sur le +pouvoir. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Angleterre</span>. Son histoire +pleine de discordes d'où sort la +liberté.</p> + +<p>Ses rois toujours chancelants +sur un trône inébranlable.</p> + +<p>Nation qui, maîtresse de la +mer, mêle le commerce avec +l'empire. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Antiquaire</span>. Lettre et manies +innocentes d'un antiquaire +malin. CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Aphéridon</span>, Guèbre qui +épouse sa sœur: ses aventures. +LXVII.</p> + +<p>(Féridun, Zend <i>Thaethraona</i>, +sanscrit <i>Tritâna</i>, de <i>Trita</i>, +l'une des plus anciennes divinités +solaires des peuples +aryens).</p> + +<p><span class="smcap">Aragon</span>. Les états d'Aragon +et de Catalogne, en 1610, +discutent quelle sera la langue +employée dans les délibérations. +CX.</p> + +<p><span class="smcap">Arche</span>. Légendes sur l'arche +de Noé. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Argent</span> (vif), employé contre +les exhalaisons malignes. CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Arétin</span>, ses figures recommandées +contre les pâles couleurs. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Aristote</span>. Le médecin de +province fait entrer sa logique +dans un purgatif, ses catégories +dans un remède contre la +gale. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Armées</span>. Différence des armées +d'Orient et des troupes +européennes. XC.</p> + +<p>L'avantage est du côté du +prince qui est à la tête des armées. +CIII.</p> + +<p>Les armées, instrument nécessaire +de la tyrannie, surtout +en Orient. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Arméniens</span>. Leurs caravanes +qui partent «tous les jours» +de Smyrne pour Ispahan, transportent +en Perse les lettres venues +de Marseille. XXVII.</p> + +<p>Marchands d'esclaves. +LXXX.</p> + +<p>Quelques ministres de Cha-Soliman +voulaient les expulser +de Perse, s'ils ne se faisaient +mahométans. (Allusion à l'édit +de Nantes.) LXXXVI.</p> + +<p>Transportés par Cha-Abbas +dans la province de Guilan, ils +y périrent par milliers. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Arrêt</span> qui permet de prononcer +la lettre Q au gré de +chacun. CX.</p> + +<p>A. du C. (Arrêts du conseil.) +concernant la B. et la C. des I. +ou J. (Ordinairement traduit: +concernant la Bulle et la Constitution +des Jésuites: Barbier +préfère: concernant la Bourse +et la Compagnie des Indes.) +Purgatif violent. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Arts</span>. Mauvais usage des +arts. CVI.</p> + +<p>Où nous entraînerait la perte +des arts? Les barbares ont appris +les arts des vaincus. CVII.</p> + +<p>Nécessité des arts. L'oisiveté +et la mollesse incompatibles +avec les arts. Les arts à Paris. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Ascétiques</span>. Inutilité des livres +de cette espèce. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Asie</span>, dépeuplée, CXIII; toujours +livrée au despotisme. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Asie-Mineure</span>, singulièrement +déchue de son antique +prospérité. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Astarté</span>, Guèbre qui épousa +son frère: ses aventures. +LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Asthmè</span>. Pour le guérir, lisez +les périodes du père Maimbourg. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Astrologie judiciaire</span>, est +tenue en honneur chez les Persans +et les Orientaux. Rica +croit fermement au concours +des astres. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Auteurs</span>. Vanité des auteurs, +leur impatience de la +critique.</p> + +<p>Plus jaloux de leurs ouvrages +que de leurs épaules. CIX.</p> + +<p><span class="smcap">Automates</span>, les animaux; +allusion au système de Descartes. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Autorité</span>. «Quand une fois +l'autorité violente est méprisée, +il n'en reste plus assez à personne +pour la faire revenir.» +LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Averroes</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Aveugles</span>. La vie aux +Quinze-Vingts.</p> + +<p>Habileté des aveugles à se +conduire dans Paris. XXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Avicenne</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Avocats</span>. «Livres vivants,» +ils travaillent pour les juges et +se chargent de les instruire, +parfois aussi de les tromper. +LXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Avortement</span>. Crime sévèrement +puni par les lois européennes.</p> + +<p>Abus qu'en font les femmes +sauvages. CXXI.</p> + + +<h3>B</h3> + +<p><span class="smcap">Babyloniens</span>. Autorité de la +femme établie chez eux par +une loi en l'honneur de Sémiramis. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Bachas</span>. Ils achètent leurs +emplois et, ruinés, ruinent les +provinces. XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Badinage</span> «naturellement +fait pour les toilettes... semble +être venu à former le caractère +général de la nation.» +LXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Balk</span> (Bactres), ville sainte +où les Guèbres honoraient le +soleil. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Banque</span>. Ses actions. Projets +financiers du ministère en +1719. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Baptême</span>, comparé aux ablutions +musulmanes. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Barbares</span>. Ils ont appris les +arts ou les ont fait exercer aux +vaincus. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Barbarie</span>. Ses côtes, florissantes +sous les Carthaginois et +les Romains, ont été dépeuplées +et stérilisées par le mahométisme. +CXIII, CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Barbe</span>. Pierre I<sup>er</sup> et la barbe +de ses sujets. LI.</p> + +<p><span class="smcap">Bataille</span>. La terreur panique +d'un seul soldat en décide +quelquefois. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Bâtiments</span>. Magnificence de +Louis XIV dans ses constructions. +XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Batuecas</span>. Tribu des montagnes +d'Espagne, mal connue +des Espagnols eux-mêmes. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Béatitude Éternelle</span>. +Croyance défavorable à la propagation +de l'espèce. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Beauté</span>. Beauté des Persanes. +XXXIV.</p> + +<p>Beauté d'une esclave de Circassie, +achetée à des Arméniens. +LXXX.</p> + +<p>Beauté d'une femme jaune de +Visapour. XCVII.</p> + +<p>Empire naturel et universel +de la beauté. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Beaux esprits</span>. Ils s'amusent +aux choses puériles. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Beiram</span>. Appartement des +femmes. Sérail du roi (de +Perse). Toute esclave qui y +entre devient mahométane. +LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bénéfices</span>. «Qui voudroit +nombrer tous les gens de loi +qui poursuivent le revenu de +quelque mosquée...» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ben Josué</span>, juif, prosélyte +musulman. XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Bibliothécaire</span>. Portrait +d'un moine bibliothécaire. Ses +conversations avec Rica. +CXXXIV-CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bibliothèques</span>. Comment +elles sont administrées par les +dervis. CXXXIII.</p> + +<p>Voyage dans une grande bibliothèque +à Paris. CXXXIII-CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bienfait</span>. Tout homme est +capable de faire du bien à un +homme: mais c'est ressembler +aux dieux que de contribuer +au bonheur d'une société tout +entière. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Boissons</span>. Celles qui abrutissent.</p> + +<p>Celles qui égayent et consolent, +permises aux musulmans. +XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Boîtes</span> où l'on enferme les +femmes de la Perse au passage +des rivières. III.</p> + +<p><span class="smcap">Bombés</span>. Leur invention a +ôté la liberté à tous les peuples +de l'Europe. CVI.</p> + +<p>Défense des bombes. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bonheur</span>. Réside-t-il dans +les satisfactions des sens ou +dans la pratique de la vertu? +X.</p> + +<p><span class="smcap">Bonne foi</span>. Doit être l'âme +d'un grand ministre. CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Bons mots</span> préparés d'avance +et lancés à l'aide d'un +compère. LIV.</p> + +<p><span class="smcap">Bonzes</span>, confondus avec les +brahmanes. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Bourgeois</span>. Ont perdu la +garde de leurs villes. CVI.</p> + +<p>Sous quel prétexte les princes +la leur ont retirée. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Boussole</span>. Que nous a servi +l'invention de la boussole? CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Brahma</span> récompense le suicide +des veuves. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Brahmane</span>. Croit à la métempsychose, +mais admet qu'on +mange un animal quand on ne +l'a pas tué soi-même. XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Bulles</span>, purgatif violent. +CXLIII.</p> + + +<h3>C</h3> + +<p><span class="smcap">Cabale</span>. Panthéisme mystique +des Juifs.</p> + +<p>Pratiquée par un médecin de +province. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Café</span> (<span class="smcap">et cafés</span>.) Très en +usage à Paris, donne de l'esprit +à ceux qui le prennent +dans certains établissements. +On y joue aux échecs. XXXVI.</p> + +<p>Conversations que l'on y entend. +CXXIX, CXXX, CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Cambyse</span> a établi en Perse le +mariage de la sœur et du +frère. LXVII.</p> + +<p>A quelle jambe a-t-il été +blessé? CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Cappadociens</span>. Ils refusèrent +la liberté que leur offraient +les Romains. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Capucins</span>. Conversation de +Rica et d'un provincial de capucins. +XLIX.</p> + +<p><span class="smcap">Carthage</span>. République dont +on ignore les origines; rivale +de Rome. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Carthaginois</span>, avaient découvert +l'Amérique. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Casbin</span>. Ville et monastère +en Perse. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Casuistes</span>. Leur habileté à +faire passer les péchés du mortel +au véniel. «Il y a un tour +à donner à tout.» LVII.</p> + +<p>Ils mettent au jour les secrets +de la nuit. Ingéniosité +voluptueuse, crudité et danger +de leurs ouvrages. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Castro</span> (Jean de), «fameux +général portugais.» XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Catalogne</span>. États d'Aragon +et de Catalogne, 1610. Discussion +préalable sur la langue à +employer dans les délibérations. +CX.</p> + +<p><span class="smcap">Catholicisme</span>. Son infériorité +sociale devant le protestantisme.</p> + +<p>Dans l'État de l'Europe, il +n'est pas possible qu'il y subsiste +cinq cents ans. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Catholiques</span>. Les pays catholiques +moins riches, moins +actifs, moins peuplés que les +pays protestants. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Caussin</span> (le P.), jésuite, né à +Troyes en 1543, confesseur +de Louis XIII, exilé par Richelieu.</p> + +<p>Sa <i>Cour sainte</i>, livre de +piété en 4 volumes in-4, est recommandée +comme somnifère +à un homme qui ne dormait +pas depuis trente-cinq jours. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Célibat</span>. Les filles esclaves +condamnées à la virginité dans +le sérail. CXV.</p> + +<p>Les Romains établissaient +des peines sévères contre le +célibat.</p> + +<p>Les chrétiens le proclament +supérieur au mariage. CXVII.</p> + +<p>Nombre prodigieux de catholiques +faisant profession de +célibat.</p> + +<p>Le célibat ecclésiastique est +plus nuisible à la propagation +que la castration même.</p> + +<p>Habitude des familles de +vouer un de leur membre au +célibat religieux. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Cellamare</span> (conspiration de), +allusions, CXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Cérémonies</span>. Leur importance +secondaire en religion. +XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">César</span>, opprima la république +romaine et la soumit à un +pouvoir arbitraire. Suites de +son crime. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Cha-Abbas</span>, se serait fait +couper les deux bras plutôt que +de signer l'édit de Nantes et +«d'envoyer au Mogol et aux autres +rois des Indes ses sujets les +plus industrieux.» LXXXVI.</p> + +<p>Voulant priver les Turcs de +soldats sur leurs frontières, il +transporta vingt milles familles +arméniennes dans la province +de Guilan. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Chahban</span>, mois ardent. +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Chansons</span>. Influence des +chansons sur les frondeurs. +CXI.</p> + +<p><span class="smcap">Chapelain</span>, bon contre la +gale, la teigne, etc. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Chapelet</span>. «Heureux celui +qui a toujours prié Dieu avec +de petits grains de bois à la +main!» XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Chardin</span>, célèbre voyageur +en Perse. LXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Charles XII</span>, tué devant une +place assiégée en Norwége +(Frédéricshall). CXXXVII. +(<i>Esprit des lois</i>.) X, 13.</p> + +<p><span class="smcap">Chartreux</span>. Espèce de dervis +taciturnes. LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Cha-Soliman</span>. Quelques ministres +de ce prince avaient +voulu expulser de Perse tous +les Arméniens (allusion à l'édit +de Nantes). LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Chat</span>, sorti du nez du lion. +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Châtiments</span>. Les châtiments +dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI. +(Voir Peines.)</p> + +<p><span class="smcap">Chaussures</span>. Les hauts talons. +C.</p> + +<p><span class="smcap">Chauvinisme</span>. «Depuis le +commencement de la monarchie, +les Français n'ont jamais +été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.) +CXXX.</p> + +<p><span class="smcap">Chimie</span> (alchimie?), quatrième +fléau qui ruine les hommes +et les détruit en détail (?). +CVI.</p> + +<p>Elle habite tantôt l'hôpital, +tantôt les Petites-Maisons. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Chine</span>. Deux fois conquise +par les Tartares. LXXXII.</p> + +<p>Les Chinois pensent que +leurs pères, anéantis dans le +Tyen, revivent en eux sur la +terre. De là, propagation de +l'espèce. CXX.</p> + +<p>Ils honorent leurs parents +comme des dieux. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Un conquérant de la Chine +obligea ses sujets à se rogner +les cheveux ou les ongles. LXI.</p> + +<p><span class="smcap">Chlorose</span>, doit céder à un +tonique où entreront des figures +d'Arétin et des passages +de Sanchez. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Chrétiens</span> (vieux). Ce que +c'est que les «vieux chrétiens» +en Espagne et Portugal. Leur +orgueil. LXXVIII.</p> + +<p>Les chrétiens cultivent les +terres en Turquie et sont persécutés +par les Pachas. XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Christ</span>. Pas de royaume où +il y ait eu tant de guerres civiles +que dans celui du Christ. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Christianisme</span>. Il rend tous +les hommes égaux, mais n'empêche +pas les rois chrétiens +d'autoriser la traite des nègres. +LXXV.</p> + +<p>Il est peu favorable à la propagation +de l'espèce humaine. +CXV.</p> + +<p>Ses rapports avec le mahométisme +au point de vue des +croyances. XXXV.</p> + +<p>Ses vices sociaux: interdiction +du divorce; création +d'eunuques des deux sexes; +exaltation du célibat. CXV, +CXVII, CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Christine</span> (de Suède), abdique +la couronne pour se donner +à la philosophie. CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Circassie</span>, pays des belles +esclaves. LXXX, XCVII.</p> + +<p>Royaume grand et dépeuplé. +CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Circoncision</span>. Ablation d'un +«petit morceau de chair.» +XLVI.</p> + +<p>Mesure sanitaire qui délivre +l'homme de l'impureté. XXXIX.</p> + +<p>Mahomet est né circoncis. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Climats</span>. Ils fixent les tempéraments.</p> + +<p>On n'en sort pas impunément. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Cloître</span>. Cinq ou six mots +d'une langue morte y assurent +une vie tranquille. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Clyster</span> (composition d'un). +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Coiffeuses</span>. Supériorité +des coiffeuses françaises. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Coiffures</span>. Variations des +coiffures françaises. C.</p> + +<p><span class="smcap">Colonies</span>. Elles affaiblissent +la mère-patrie sans peupler le +pays où on les établit. CXXII.</p> + +<p>Les colonies grecques apportèrent +avec elles un esprit de +liberté. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Colonisation</span>. L'auteur y +est peu favorable et n'y voit, +sauf exception, qu'une cause +de dépopulation intérieure et +extérieure. CXXII.</p> + +<p>Il voudrait la borner à l'occupation +de places pour le +commerce. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Com</span>. (Ville de).</p> + +<p>C'est là qu'est le «tombeau +de la Vierge qui a mis au +monde douze prophètes.» Lettres +I, XVII.</p> + +<p><span class="smcap">Commentateurs</span>. Armée effroyable +des glossateurs, de +commentateurs, jurisconsultes. +CI.</p> + +<p>Ils peuvent se dispenser d'avoir +du bon sens. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Commerce</span>. Plus il y a +d'hommes, plus il fleurit; plus +il fleurit, plus il y a d'hommes. +CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Communisme</span>. Montesquieu +semble avoir attribué quelques +avantages à l'indivision: «Le +peuple Troglodyte se regardoit +comme une seule famille: les +troupeaux étoient presque toujours +confondus; la seule peine +qu'on s'épargnoit ordinairement, +c'étoit de les partager.» +Lettre XII.</p> + +<p><span class="smcap">Compères</span>. Le rôle des compères +dans les conversations +du monde. LIV.</p> + +<p><span class="smcap">Compilateurs</span>. Contre leurs +plagiats stériles. LXVI.</p> + +<p>Les compilateurs de lois et +d'ordonnances. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Conception</span>. Mahomet ne +veut pas que la femme conçoive +dans l'état d'impureté. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Confesseur</span>, son rôle près +d'un vieux et d'un jeune roi. +CVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Congrès</span>. «Épreuve aussi +flétrissante pour la femme qui +la soutient que pour le mari +qui y succombe.» LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Conquête</span>. «La conquête +ne donne point un droit par +elle-même.» XCVI.</p> + +<p>Funestes nécessités de la +conquête lorsqu'elle est lointaine: +extermination des vaincus +et épuisement des vainqueurs. +CXXII.</p> + +<p>Les conquêtes des Espagnols +marquées par la ruine des campagnes. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Conscience</span>. Inhumanité de +ceux qui affligent la conscience +des autres. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Conseils</span>. Six ou sept conseils +remplaçant les ministres +ont pu sagement administrer +la France. CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Consolations</span>. Vanité de +celles qu'on tire «de la nécessité +du mal, de l'inutilité des +remèdes, de la fatalité du destin, +de l'ordre de la providence.» +XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Conspirations</span> fréquentes +en Orient. Pourquoi? CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Constantinople</span> menacée +de dépopulation par la polygamie. +CXV.</p> + +<p>Les transports de peuples +qu'on y a faits n'ont jamais +réussi. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Constitution</span> (Bulle de +1710) mal accueillie par les +Français, surtout par les femmes. +Louis XIV l'accepte. +XXIV.</p> + +<p>Les constitutions des papes, +adoptées par la jurisprudence +française. CI.</p> + +<p>Influence de la constitution +du corps sur les croyances religieuses. +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Conte persan</span>. Anaïs dans +le paradis. CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Continence</span>. Chez les chrétiens, +c'est la vertu par excellence +(bien que le mariage soit +saint: contradiction); elle a +anéanti plus d'hommes que les +pestes et les guerres les plus +sanglantes. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Conversation</span>. Influence +qu'ont dans les conversations +les choses inanimées, bruit du +carrosse et du marteau, habit +brodé, perruque blonde, tabatière, +canne, gants. LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Coquetterie</span>. «Un peu de +coquetterie est un sel qui pique +et prévient la corruption.» +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Corps</span>. Les grands corps +s'attachent aux minuties, aux +vains usages. CX.</p> + +<p><span class="smcap">Corruption</span> remarquée dans +les Indes (en France), œuvre +du système de Law. Peinture +énergique des hontes de l'agiotage. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Cosrou</span>, eunuque blanc +amoureux de Zélide. LIII.</p> + +<p><span class="smcap">Cour</span>. La vertu et la sincérité +y sont périlleuses. Lettre +VIII.</p> + +<p><span class="smcap">Courbe</span> selon laquelle un +vaisseau doit être taillé. +XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Courouc</span>. Ordre qui, en +Perse, écarte les hommes du +passage des femmes de qualité. +XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Courtisans</span>. Par quels services +ils gagnent des libéralités +des princes, CXXV, et leurs +faveurs, notamment celles de +Louis XIV. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Coutumes</span>. Multiplicité des +coutumes des provinces en +France. La plupart rédigées +d'après le droit romain. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Couvent</span>. Famille éternelle +où il ne naît personne; gouffre +où s'ensevelissent les races futures. +CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Création</span>. Peut-on croire +qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a +6,000 ans? Plus tôt, Dieu n'a-t-il +pas voulu? n'a-t-il pas pu? +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Cuisiniers</span>. Le goût des +cuisiniers français règne du +septentrion au midi. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Czar</span>, son autorité despotique. +LI.</p> + + +<h3>D</h3> + +<p><span class="smcap">Débiteurs</span> avares qui ruinent +leurs créanciers par des +payements fictifs. CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Décadence romaine</span>. Passage +qui contient en germe +un des chefs-d'œuvre de Montesquieu. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Décisionnaire</span>. Homme +content de lui qui tranche sur +tout, morale, science, histoire, +nouvelles. LXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Défense</span>. Elle rend la guerre +légitime. Quand un traité a +privé une société de «sa défense +naturelle,» elle peut la +reconquérir par la guerre. +XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Déluge</span>. Hypothèses de plusieurs +déluges. CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Dépopulation</span>. Catastrophe +insensible.</p> + +<p>Elle croît depuis les temps +les plus reculés, dans tous les +pays du monde connu. CXIII.</p> + +<p>Ses causes physiques, CXIV, +et morales, CXV, dans les +pays musulmans, CXVI, et +chrétiens, CXVII, CXVIII; en +Afrique et en Amérique, +CXIX; chez les sauvages, +CXXI; dans les colonies, +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Dervis</span> (Lisez prêtres ou +moines.) LVII;</p> + +<p>Dervis taciturnes: Chartreux +LXXXIII.</p> + +<p>On souhaiterait que les dervis +«<i>se retranchassent</i> tout +ce que leur profession leur +rend inutiles.» <i>Ibid.</i></p> + +<p>Société de gens avares qui +prennent tout et ne rendent +rien. Les dervis catholiques +accaparent les richesses de +l'État, paralysent la circulation, +le commerce et les arts. +CXVIII.</p> + +<p>Comment ils administrent +leurs bibliothèques. CXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Déserts</span>. Pays déserts par +vice de nature ou destruction +de peuples. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Désespoir</span>. Il égale la faiblesse +à la force. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Désirs</span>. Malheur d'une femme +qui a des désirs violents +lorsqu'elle est privée de celui +qui peut seul les satisfaire. +VII.</p> + +<p><span class="smcap">Despote</span>, <span class="smcap">despotisme</span>. Le +despote menacé par l'excès +même de son autorité. LXXXII, +CIII.</p> + +<p>Le despotisme tue l'émulation, +XC; conduit au régicide +impuni. CIV.</p> + +<p><span class="smcap">Devins</span>. Ils vous diront toute +votre vie, «pourvu qu'ils +aient eu un quart d'heure de +conversation avec vos domestiques.» +LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Dévot</span>. Dévot ou incrédule +par accès, caractère du chrétien. +LXXV.</p> + +<p>«Si dévots qu'ils sont à +peine chrétiens» (les Espagnols). +LXXVIII.</p> + +<p>Le dévot adore tout ce qu'il +vénère, attribue à de petites +pratiques monacales la même +efficacité qu'aux sacrements. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Dictionnaire</span>. Le dictionnaire +de Furetière et celui de +l'Académie. LXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Didon</span>. On ignore la suite +des princes africains depuis +Didon. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Dieu</span>. Les hommes le font à +leur image. Dieux nègres, Vénus +hottentote; «si les triangles +faisoient un dieu, ils lui +donneroient trois côtés.» LIX.</p> + +<p>«Ils ont fait une énumération +de toutes les perfections +différentes que l'homme est +capable d'avoir et d'imaginer, +et en ont chargé l'idée de la +divinité.»</p> + +<p>Quoique tout-puissant, Dieu +«ne peut pas violer ses promesses, +ni tromper les hommes.»</p> + +<p>Comment pourrait-il prévoir +ce qui n'est pas encore?</p> + +<p>La prescience divine est discutée +et discutable. Peut-être +n'est-elle qu'intermittente, +quand Dieu veut qu'une chose +arrive. En tout cas elle est +contradictoire et supprime la +liberté, le mérite et le démérite, +tels que les métaphysiciens +les définissent. LXIX.</p> + +<p>«Dieu est si haut que nous +n'apercevons pas même ses +nuages.» LXIX.</p> + +<p>Dieu défend-il le suicide? +LXXVI.</p> + +<p>S'il y a un Dieu, il faut qu'il +soit juste... Il serait le plus +méchant de tous les êtres puisqu'il +le serait sans intérêt.</p> + +<p>Docteurs qui représentent +Dieu tantôt comme un être +mauvais, tantôt comme un être +qui hait le mal. LXXXIV.</p> + +<p>Comment comprendre que +Dieu ait différé, durant toute +l'éternité, la création du monde?—Il +n'y a point en lui de +succession. CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Directeur</span>. Portrait du +directeur de consciences. +XLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Discours</span> prononcé par un +général de la Fronde. CXII.</p> + +<p><span class="smcap">Disgrâce</span>. Pour un Persan, +la disgrâce du prince, c'est la +mort. Aussi les révoltes coûtent-elles +peu aux Orientaux.</p> + +<p>Pour les grands d'Europe, la +disgrâce n'est que défaveur, +exil. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Dissimulation</span>. Art nécessaire +et pratiqué chez les Asiatiques. +LXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Distinction</span>. Procédé jésuitique, +raillé. XXIX.</p> + +<p>Les distinctions des avocats +ou des scolastiques. XXXVI.</p> + +<p>Une «distinction» sur un +morceau de papier, remède +contre la gale, la gratelle, etc. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Divorce</span>. Autorisé par le +paganisme. CXV.</p> + +<p>Il contribuait à l'attachement +mutuel CXVII.</p> + +<p>Son interdiction peu judicieuse +relâche les liens que le +christianisme prétend resserrer, +et porte atteinte à la fin du +mariage. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Elle engendre la froideur +dans le ménage, livre aux filles +de joie l'homme dégoûté d'une +épouse éternelle et nuit à la +propagation de l'espèce. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Docteurs</span> qui représentent +Dieu comme un être qui fait +un exercice tyrannique de sa +puissance, etc. LXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Don Quichotte</span>. Le seul des +livres espagnols «qui soit bon +est celui qui a fait voir le ridicule +de tous les autres.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Droit barbare</span>. Lois franques, +etc., abandonnées pour le +droit romain. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Droit canon</span>. Constitutions +des papes (Décrétales), adoptées +par les Français. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Droit civil</span>. Il règle les affaires +des particuliers.</p> + +<p>Identité rationnelle du droit +civil et du droit public. XCV.</p> + +<p><span class="smcap">Droit coutumier</span> presque +toujours modifié selon le droit +romain. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Droit des gens</span> (voyez Droit +public), doit prohiber les inventions +meurtrières. CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Droit public</span> faussé par les +passions des princes, la patience +des peuples, la flatterie +des écrivains; science qui apprend +aux princes jusqu'à quel +point ils peuvent violer la justice. +XCV.</p> + +<p>Le droit public devrait être +considéré comme un droit civil +étendu au monde entier. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Il est plus connu en Europe +qu'en Asie. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Sanctions du droit public: +la guerre; les représailles; la +suppression des avantages mutuels; +la renonciation aux alliances. +XCVI.</p> + +<p>Les principes du droit public +sont ceux du droit privé. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Droit romain</span>. Fond du droit +français, rédigé en partie par +les Byzantins. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Droits</span> surannés rétablis au +détriment du peuple par les +fauteurs d'intrigues princières. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Duel</span>. Edit de Louis XIV +contre les duels, loué par un +homme qui «reçut cent coups +de bâton pour ne le pas violer.» +LIX.</p> + +<p>Contradiction entre les lois +de la nation et les lois de +l'honneur.</p> + +<p>Inutilité et injustice des lois +sur le duel. XCI.</p> + +<p>Sottise du duel, qui met le +droit à la merci de la force ou +de l'adresse corporelle.</p> + +<p>Injustice du duel par champions.</p> + +<p>Rôle des seconds.</p> + +<p>Le duel survit à toutes les +interdictions et à toutes les +peines. <i>Ibid.</i> XCI.</p> + + +<h3>E</h3> + +<p><span class="smcap">Eau</span> froide pour les ablutions +du matin. XLVI.</p> + +<p>Manque à Venise pour les +purifications musulmanes.</p> + +<p>(Voir Venise.)</p> + +<p><span class="smcap">Ecclésiastiques</span>. On leur +demande de prouver ce qu'on +est résolu de ne pas croire. +LXI, LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Ecriture sainte</span>. Tortures +que lui infligent les glossateurs +ecclésiastiques. CXXXIV.</p> + +<p>Diversité des interprétations. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Edit de Nantes</span>. «En proscrivant +les Arméniens (les protestants), +on pensa détruire en +un seul jour tous les négociants +et presque tous les artisans +du royaume.»</p> + +<p>Coup porté à l'industrie par +la dévotion. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Education</span>. Tristes résultats +de celle que les enfants, en +Orient, reçoivent des esclaves. +XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Education des femmes</span>. Entre +les hommes et les femmes, +«les forces seroient égales si +l'éducation l'étoit aussi.» +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Egalité</span>. L'égalité civique, +amenant l'égalité des fortunes +porte l'abondance et la vie dans +toutes les parties du corps politique. +CXXIII.</p> + +<p>Chez les Guèbres la femme +était l'égale de son mari. +LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Eglise</span>. L'histoire de l'Église +et des Papes, faite pour +édifier, produit l'effet contraire. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Egypte</span> dépeuplée. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Egyptiens</span>. Autorité de la +femme établie chez eux par +une loi en l'honneur d'Isis. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eléphant</span>. Ses ordures font +pencher l'arche et engendrent +le pourceau. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Emollients</span>. Molina, Escobar, +Vasquez, etc., en clystère. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Empire romain</span>. Gouvernement +militaire et violent sous +lequel gémit l'Europe. CXXXI.</p> + +<p>Démembré par les barbares. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Empire d'Allemagne</span> (voyez +Allemagne).</p> + +<p><span class="smcap">Empires</span> comparés à un arbre +dont les branches trop +étendues ôtent le suc du tronc. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Enfants</span>. Les enfants nés +dans la misère, ou issus de +mariages précoces, meurent en +bas-âge ou forment des générations +étiolées. CXXIII.</p> + +<p>Tout enfant né dans le mariage +est censé être au mari. +LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Enrhumé</span>. «Tout Espagnol +qui n'est pas enrhumé ne saurait +passer pour galant.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eole</span>. Fils qu'il eut d'une +nymphe de la Calédonie (Law), +et auquel il apprit l'art d'enfermer +du vent dans des outres.</p> + +<p>Voyages de ce fils en compagnie +du dieu du hasard; son +séjour en Bétique (France); ses +discours; il escamote la fortune +des crédules auditeurs. +CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Epée</span> (gens d'), méprisent les +gens de robe, qui le leur rendent. +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Epigrammes</span>. Petites flèches +déliées qui font une plaie profonde. +CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Episodes intercalés</span>. Les +Troglodytes. XI-XIV.</p> + +<p>Aphéridon et Astarté. +LXVII.</p> + +<p>L'immortelle Anaïs. CXLI.</p> + +<p>Fragments d'un mythologiste. +CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Epitaphe</span> d'un Français +mort de lassitude en la soixantième +année de son âge. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Epopées</span>. Les connaisseurs +disent qu'il n'y en a que deux +et qu'on n'en peut plus faire. +CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Equité</span>. «Libres que nous +serions du joug de la religion, +nous ne devrions pas l'être de +celui de l'équité.» LXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Erivan</span>, ville où s'achètent les +esclaves géorgiennes et circassiennes. +LXXX.</p> + +<p><span class="smcap">Erzeron</span> (Erzeroum), ville +de Turquie d'Asie. Lettres IV, +V, VI, XVI.</p> + +<p><span class="smcap">Esclavage</span> aboli par les rois +dans leurs États, rétabli dans +leurs conquêtes. Pour quelles +raisons? LXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Esclaves</span>. Leur dégradation +morale; danger de leur fréquentation. +XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Esclaves romains</span>. Leur +multiplication favorisée; leur +pécule, leurs industries; aisance +dans la servitude, espoir +de liberté; affranchissement et +libération. CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Escobar</span>. Casuiste espagnol +(XVI<sup>e</sup>-XVII<sup>e</sup> siècles). Emollient. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Espagne</span>, <span class="smcap">espagnols</span>. Espagnols +et Portugais, deux peuples +qui «méprisant tous les +autres, font aux seuls François +l'honneur de les haïr.» Orgueilleux, +ennemis de tout travail, +amoureux, dévots jusqu'à enfermer +leurs femmes avec un novice +ou un franciscain; jaloux; +leurs politesses bizarres; leur +ignorance. Extravagance de +leurs livres. LXXVIII.</p> + +<p>L'abaissement de l'Espagne +correspond aux progrès du protestantisme. +CXVIII.</p> + +<p>L'inquisition en Espagne. +XXIX, LXXVIII.</p> + +<p>Dépopulation. CXIII.</p> + +<p>L'expulsion des maures. +CXXII.</p> + +<p>Les Espagnols ont été logiquement +conduits à massacrer +les indigènes de leurs colonies.</p> + +<p>Ils n'ont pu repeupler l'Amérique +dévastée par eux. Au +lieu de passer aux Indes, ils +feraient mieux de rappeler en +Espagne tous les métis et tous +les indiens. CXXII.</p> + +<p>Dans l'Espagne, ou Hespérie, +au temps des colonies +grecques, on ne voit guère de +monarchies. CXXXI.</p> + +<p>Résumé de l'histoire d'Espagne. +Expulsion des princes +mahométans. Eclat momentané, +fausse opulence. La nation +vit sur l'orgueil de son +passé. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Esprit</span> (homme d'). Portrait +de l'homme d'esprit, ses défauts, +ses ennuis. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Estomac</span>, son influence sur +l'intensité des croyances religieuses. +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">États</span>. Il y a en France +trois états: église, épée, robe, +qui se méprisent mutuellement. +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">États</span>. Les plus puissants +États de l'Europe sont l'Empire, +la France, l'Espagne et +l'Angleterre. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques</span>. Leurs fonctions, +devoirs; situation dans le sérail. +II, XV.</p> + +<p>Plaintes contre leur autorité. +IV, VII, IX, CLVI-CLIX.</p> + +<p>Leur état détruit l'effet des +passions sans en éteindre la +cause, IX; leur jalouse impuissance, +leurs souffrances. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Confiance et mépris de leurs +maîtres. XXI.</p> + +<p>Leur position entre les deux +sexes. XXII.</p> + +<p>Leurs mariages. LII, +LXVII.</p> + +<p>Ils n'ont pas sur leurs femmes +la même autorité que les +autres maris. LXVII.</p> + +<p>Leur multitude en Asie est +une cause de dépopulation. +CXV.</p> + +<p>Voir encore CXLVII-CLXI.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques</span> (blancs). L'eunuque +blanc n'a pas d'accès près +des femmes; Nadir, eunuque +blanc, trouvé seul avec Zachi, +est menacé de mort par Usbek. +XXI.</p> + +<p>Le chef des eunuques blancs +sévèrement blâmé. XXII.</p> + +<p>Passion de Cosrou, eunuque +blanc, pour Zélide. Sorte de +volupté que les eunuques goûtent, +dit-on, dans le mariage. +LIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques</span> (noirs), chargés +spécialement de la direction +des femmes dans le sérail, de +l'examen et de l'achat des esclaves, +des corrections, même +manuelles. <i>Passim.</i></p> + +<p>Histoire du grand eunuque +noir, racontée par lui-même. +IX, LXIV.</p> + +<p>Ce qui lui arrive en mettant +une femme au bain. IX.</p> + +<p>Tours que lui jouent les +femmes.</p> + +<p>Châtiment obtenu contre lui +par une femme, dans un de ces +moments où le mari ne refuse +rien.</p> + +<p>Il veut mutiler un esclave +noir qui résiste, XLI, XLII.</p> + +<p>Achète une Circassienne. +LXXX.</p> + +<p>Une femme jaune de Visapour. +XCVII.</p> + +<p>Sa mort; désordres qui la +suivent. CXLIX.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques chrétiens</span>. Prêtres +et dervis de l'un et l'autre +sexe. CXVIII.</p> + +<p>Agents de dépopulation. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Europe</span>. Sa capitale, Paris. +XXIII.</p> + +<p>Ses plus puissants États, la +plupart monarchiques. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Européens</span>. Ils font tout le +commerce des Turcs, XIX; +aussi punis par une peine légère +que les Asiatiques par la +perte d'un membre. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Evêques</span>, gens de loi subordonnés +au pape; unis au pape +ils font des articles de foi; en +particulier, ils dispensent d'accomplir +la loi. XXIX.</p> + +<p>Evêque vantant son mandement. +CII.</p> + +<p><span class="smcap">Extravagance humaine</span>. A +propos des pompes funèbres. +XL.</p> + + +<h3>F</h3> + +<p><span class="smcap">Famille</span>. Puissance paternelle +chez les Romains. +LXXIX.</p> + +<p>Chez les Français, les familles +se gouvernent toutes seules. +LXXXVII.</p> + +<p>Leurs différends portés devant +les tribunaux. <i>Ibid.</i>.</p> + +<p>Les membres de la famille +ne sont liés que par l'amour +et la gratitude. CV.</p> + +<p>Infériorité de la famille +polygamique. VII, CXV, +XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Fat</span>. Son portrait. L.</p> + +<p><span class="smcap">Fatalisme musulman</span>. Cause +de dépopulation. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Fatmé</span> rappelle à Usbek sa +beauté, lui raconte ses désirs +amoureux et les soins qu'elle +prend de sa personne. VII.</p> + +<p><span class="smcap">Faveur</span>. C'est la grande divinité +des Français. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Félicitations</span>. Tout pour +les Français est matière à +félicitations et compliments. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Femme jaune</span> de Visapour, +achetée cent tomans. Sa beauté +supérieure à «tous les charmes +de la Circassie.» XCVII.</p> + +<p><span class="smcap">Femmes</span>. Liberté des femmes +européennes. XXIII, XXVI.</p> + +<p>Indignation des Françaises +contre la <i>Constitution</i> (bulle +de 1710) qui leur interdit la +lecture de la Bible. XXIV.</p> + +<p>Coquetterie des Françaises +de tout âge. LII.</p> + +<p>Leur légèreté, leurs infidélités +qui ne choquent personne. +LV.</p> + +<p>«Ce n'est pas qu'il n'y ait +des dames vertueuses... mais +si laides qu'il faut être un saint +pour ne pas haïr la vertu.» +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Les femmes, surtout lorsqu'elles +vieillissent, s'adonnent +au jeu avec passion. LVI.</p> + +<p>Comment elles ruinent leurs +maris. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Vieilles femmes qui ont travaillé +tout le matin à se rajeunir +et passent le soir à louer +le temps de leur jeunesse. LIX.</p> + +<p>Leur situation en Espagne; +elles laissent souvent aux hommes +«un long et fâcheux souvenir +d'une passion éteinte.» +LXXVIII.</p> + +<p>Les femmes adorent ceux +qui savent parler sans rien dire. +LXXXIII.</p> + +<p>La loi naturelle soumet-elle +les femmes aux hommes?</p> + +<p>Chez les peuples les plus polis, +les femmes ont de l'autorité +sur leurs maris.</p> + +<p>Les hommes, dit Mahomet, +ont un degré sur elles. +XXXVIII.</p> + +<p>En France, les femmes gouvernent, +distribuent les faveurs +et les places. CVIII.</p> + +<p>Elles forment une sorte de +république (nous dirions franc-maçonnerie). +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Gravité du rôle d'une jolie +femme. CXI.</p> + +<p><span class="smcap">Femmes</span> (musulmanes). (Voir +<i>sérail</i>). La femme, selon Mahomet, +est d'une «création inférieure;» +elle n'entrera pas +dans le paradis. XXIV.</p> + +<p>«Les femmes sont vos labourages, +elles vous sont nécessaires +comme vos vêtements, +et vous à elles,» dit le prophète. +CXV.</p> + +<p>Quatre femmes, permises par +la loi, et autant de concubines +qu'un homme en peut entretenir +et satisfaire. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Fermier général</span>. Portrait +du fermier général suffisant. +XLVIII.</p> + +<p>Ceux qui lèvent les tributs +nagent au milieu des trésors. +XCIX.</p> + +<p>Leur situation terrible devant +la chambre de justice. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Fermiers</span>. En vain les accable-t-on +de frais; ils payent leurs +loyers toujours en retard. +CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Fidélité</span>. La fidélité n'empêche +point le dégoût qui suit +les passions satisfaites. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Filles</span>. Fille modeste +avouant devant les juges les +tourments d'une trop longue +virginité. LXXXVII.</p> + +<p>Filles ravies ou séduites; +elles font les hommes beaucoup +plus mauvais qu'il ne +sont. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Les filles des laquais enrichissent +les seigneurs ruinés. +XCIX.</p> + +<p>En Europe, on sait à la minute +le moment où elles cessent +de l'être. En Orient, quoique +mariées, elles se défendent +longtemps. LV.</p> + +<p><span class="smcap">Filles de joie</span>. Il y en a à +Paris autant que de dervis. +LVII.</p> + +<p>L'interdiction du divorce +leur livre les maris désespérés. +CXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Filles musulmanes</span> confiées +aux eunuques noirs dès +leur septième année; quelquefois +on attend leur dixième. +LXII.</p> + +<p><span class="smcap">Finances</span>. En trois ans quatre +systèmes. Bouleversées par +Law. CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Financiers</span>. Leurs bureaux, +leurs inventions, leur impertinence +CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Flamel</span> (Nicolas), a découvert +la pierre philosophale. +XLV. (La légende paraît avoir +fait sans raison un alchimiste +de Flamel, riche écrivain—juré +de l'Université de Paris, +mort en 1418.)</p> + +<p><span class="smcap">Fléchier</span> (M. de N.). Ses +oraisons funèbres ne peuvent +entrer dans le <i>vomitif</i> indiqué +par le médecin de province. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Flegme</span> des grands seigneurs. +LXXIV.</p> + +<p>Des Espagnols et Portugais. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Formalités</span>. pernicieuses +dans la jurisprudence et dans +la médecine. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Fortune</span>. Instabilité des fortunes +en France. (Allusion à +Law.) XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Fouet</span>. Châtiment qu'on inflige +aux femmes persanes. +CLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Fous</span>. Les Français «enferment +quelques fous dans une +maison, pour prouver que les +autres ne le sont pas.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Fragment</span> d'un ancien mythologiste, +sur le fils d'Eole, +Law. CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Français</span>. Leur activité: +«ils courent, ils volent.» +XXIV.</p> + +<p>Leur vanité, exploitée par +Louis XIV, <i>Ibid.</i></p> + +<p>Le roi les fait penser comme +il veut. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Leurs perpétuelles accolades. +XXVIII.</p> + +<p>Leur gaieté, leur liberté d'esprit +inconnues aux Persans et +aux Turcs. XXXIV.</p> + +<p>Ils parlent beaucoup. +LXXXIII.</p> + +<p>Leur badinage. LXIII.</p> + +<p>Leurs modes. C.</p> + +<p>Leur prééminence en toilette, +cuisine, coiffures. CI.</p> + +<p>Leur amour de la gloire. +XC.</p> + +<p>Ils ont pris de leurs voisins +tout ce qui concerne le gouvernement +politique et civil. CI.</p> + +<p>Leur droit écrit, coutumier +et canonique. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">France</span>. Sa population n'est +rien en comparaison de celle +de l'ancienne Gaule. CXIII.</p> + +<p>Un des plus puissants États +d'Europe. CIII.</p> + +<p>Allusion à la guerre avec +l'Espagne, sous la Régence. +CXXXII.</p> + + +<h3>G</h3> + +<p><span class="smcap">Gaité</span>. Gaieté des Français, +inconnue des Persans, surtout +des Turcs. XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Gale</span>. Remède recommandé +contre la gale, gratelle, teigne, +etc. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Galice</span>, province d'Espagne, +lieu de pèlerinage. XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Gardes</span>. En quelle occasion +les rois de France se donnèrent +des gardes. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gaules</span>. Colonies grecques +dans les Gaules.</p> + +<p>Dans les temps les plus reculés, +on ne voit guère de monarchies +chez les Gaulois. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Gemchid</span> (nom du fondateur +légendaire de la royauté Perse), +dervis du brillant monastère +de Tauris. Usbek lui énumère +les conformités du christianisme +et de l'islamisme, et lui demande +si les chrétiens iront en +enfer. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Généalogiste</span>. Pauvre métier. +Espérances que fonde un +généalogiste sur les enrichissements +subits dûs au système +de Law. CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Gênes</span>, république, qui n'est +remarquable que par ses bâtiments. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Gengiskan</span>, ses conquêtes +mises au-dessus de celles d'Alexandre. +LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Géomètre</span>. Esprit exclusif +d'un géomètre, sa rencontre +avec un traducteur d'Horace. +CXXIX.</p> + +<p>Les géomètres obligent un +homme malgré lui d'être persuadé. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Géorgie</span>, royaume jadis vassal +de la Perse. XCII.</p> + +<p><span class="smcap">Gloire</span>. C'est une nouvelle +vie qu'on acquiert.</p> + +<p>Le désir de la gloire croît +avec la liberté; la gloire n'est +jamais compagne de la servitude.</p> + +<p>Amour des Français pour la +gloire. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Glossateurs</span>, peuvent se +dispenser d'avoir du bon sens. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Goa</span>. Les habitants de Goa +prêtent vingt mille pistoles sur +une des moustaches de Jean +de Castro. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gortz</span> (baron de), ministre +suédois condamné à mort. +CXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Goths</span>, déposaient leurs rois +dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Gouvernements</span>, monarchiques +en Europe, avec tempéraments; +absolus en Orient. +CIII.</p> + +<p>Diversité des gouvernements +en Europe. Le plus parfait est +celui qui va à son but à moins +de frais et qui conduit les hommes +selon leur inclination.</p> + +<p>Supériorité rationnelle d'un +gouvernement doux. LXXXI.</p> + +<p>La douceur du gouvernement, +les républiques, Suisse +et Hollande, en sont une preuve +constante, contribue à la propagation +de l'espèce. CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Grace</span>. Le droit de grâce, +attribut des rois en Europe. +CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Grammairiens</span>, peuvent se +dispenser d'avoir du bon sens. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Grands</span>. En Perse, il n'y a +de grands que ceux à qui le +monarque donne quelque part +au gouvernement. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Gravitation</span>, la clef de la +nature. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gravité</span>. Causes de la gravité +des Asiatiques. XXXIV.</p> + +<p>La gravité est le caractère +saillant des Espagnols et des +Portugais. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Grèce</span>, aujourd'hui réduite +à la centième partie de ses habitants. +CXIII.</p> + +<p>Tira ses colonies d'Egypte +et d'Asie, renversa ses tyrans, +se divisa en républiques qui +tinrent en échec la Perse, répandirent +les arts, peuplèrent +l'Italie, colonisèrent la Gaule, +et l'Espagne. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Guèbres</span>. Antiquité de leur +religion; mariage de la sœur +avec le frère, «usage introduit +par Cambyse» (?) LXVII +(<i>Aphéridon et Astarté</i>).</p> + +<p>La persécution a privé la +Perse de «cette nation si appliquée +au labourage» (allusion +à l'édit de Nantes). +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Guerre</span>. Deux sortes de +guerres justes: pour défendre +le sol, pour secourir un allié.</p> + +<p>La guerre, c'est la peine de +mort transportée dans le droit +public.</p> + +<p>La déclaration de guerre est +régie par les mêmes principes +que l'accusation en droit privé. +XCVI.</p> + +<p>Il n'y a jamais eu autant de +guerres civiles que dans l'empire +du Christ. XXIX.</p> + +<p>Les guerres de religion ne +sont pas dues à la multiplicité +des religions, mais à l'intolérance. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Guerrier</span>. Vanité et babil +du vieux guerrier. Les officiers +médiocres languissent dans les +emplois obscurs. XLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Guilan</span>, province où Cha-Abbas +déporta les Arméniens. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Guinée</span>. Vanité d'un roi de +Guinée dont tous les ornements +consistaient en sa peau +noire et luisante et quelques +bagues. XLIV.</p> + +<p>Ses côtes dépeuplées par la +traite des nègres;</p> + +<p>Ses rois vendent leurs sujets. +CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Guitare</span>. Abus qu'en font +les Espagnols. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Guriel</span>, petit État d'Asie, +peu peuplé. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gustape</span> (Hystaspe), nom +d'un héros perse, quatrième +roi de l'antique dynastie Kaïanienne, +sous lequel vivait Zoroastre. +LXVII.</p> + +<p>Les Tartares se sont assis +sur le trône de Cyrus et Gustape. +LXXXII.</p> + + +<h3>H</h3> + +<p><span class="smcap">Habillement</span>, son influence +sur la curiosité publique en +France. XXX.</p> + +<p><span class="smcap">Hagi</span>, qui a fait le pèlerinage +de la Mecque. XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Hassein</span>, dervis de la montagne +de Jaron. Usbek lui +adresse la lettre sur les philosophes +rationalistes. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Hérésie</span>. Les savants en +sont naturellement accusés. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Hérétiques</span>. Ceux qui mettent +au jour quelque proposition +nouvelle sans avoir présenté +au moins une distinction. +XXIX.</p> + +<p>Brûlés par les dervis en Espagne +et Portugal. LIX, +LXXVIII.</p> + +<p>Allusion à l'édit de Nantes. +LIX.</p> + +<p><span class="smcap">Héros</span>, se ruinent à conquérir +des pays qu'ils perdent soudain. +CXXII.</p> + +<p>Les héros de roman français +et orientaux. CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Hibernois</span> (?), chassés de +leur pays, viennent utiliser en +France leur talent pour la dispute. +XXXVI.</p> + +<p>(Note de l'édition Lefèvre. +1820.)</p> + +<p><span class="smcap">Historiens</span> de l'Église, de +la décadence romaine, de l'empire +d'Allemagne, de France, +d'Espagne, d'Angleterre, de +Hollande, d'Italie, de Suisse, +de Venise, de Gênes, du Nord, +de la Pologne.</p> + +<p>Caractère et destinée des différents +peuples. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Hohoraspe</span> (le cheval de +l'asoura ou le cheval-être), divinité +persique (?), nom donné +à un fabuleux Cambyse, père +de Gustape et troisième roi de +la dynastie Kaïanienne. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Hollande</span>, république citée +avec éloge. LXXII.</p> + +<p>Seconde reine de la mer, respectée +en Europe, formidable +en Asie. CXXXVI.</p> + +<p>Les Hollandais poussèrent +les colonies portugaises à la +révolte pour s'en emparer. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Homère</span>. Dispute sur les +poëmes et le mérite d'Homère. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Hommes</span> (en général) nés +pour être vertueux; la justice +leur est aussi propre que l'existence. +X.</p> + +<p>Ils rapportent tout à leurs +idées, XLIV; à leurs souvenirs, +LIX; s'exagèrent leur +place dans l'univers, LXXVI; +cèdent trop volontiers aux passions +et à l'intérêt immédiat +qui leur voilent les avantages +de la justice, si nécessaire à +leur sécurité et à leur bonheur. +LXXXIV.</p> + +<p>La fausseté de leurs espérances +et de leurs craintes les +rend malheureux. CXLIII.</p> + +<p>Il semble que le fait d'être +assemblés en grand nombre +rétrécisse leur esprit. CX.</p> + +<p>Ils n'ont sur les femmes +qu'un pouvoir tyrannique. Ils +sont les plus forts. XXXVIII.</p> + +<p>Les soupçons et la jalousie +les mettent dans la dépendance +des femmes. LXII.</p> + +<p>Hommes lâches qui abandonnent +leur foi pour une médiocre +pension. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Hommes a bonnes fortunes</span>, +leur fatuité, leur indignité +sociale. XLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Honneur</span>. Le sanctuaire de +l'honneur, de la réputation et +de la vertu, semble être établi +dans les républiques.</p> + +<p>Un sujet blessé dans son +honneur par son prince quitte +sur-le-champ sa cour, son emploi, +son service. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Huguenots</span>. La persécution +qui les a jetés en exil n'a point +profité à la France. LX.</p> + +<p><span class="smcap">Humanité</span>. Les devoirs de +l'humanité priment les règles +de la religion. A ce point que +toutes les religions les ont inscrits +en tête de leurs préceptes. +XLVI.</p> + + +<h3>I</h3> + +<p><span class="smcap">Ibben</span>, un des correspondants +ordinaires d'Usbek et de +Rica, négociant à Smyrne, oncle +de Rhédi. XXIII, XXIV, +XXV, XXIX, XXX, XXXIV, +XXXVII, XXXVIII, XL, LV, +LVI, LX, LXVIII, LXXVI, +LXXVII, LXXXIII, XC, +CXIX, CIII-CV, CVIII, +CXXVIII, CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ibbi</span>, esclave qui a suivi Usbek, +correspondant du grand +eunuque noir. IX.</p> + +<p><span class="smcap">Ibbi</span> (hagi), écrit à Ben Josué +sur la naissance merveilleuse +de Mahomet. XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Ignorance</span>. Les monarchies +n'ont été fondées que sur l'ignorance +et ne subsistent que +par elle, témoins les royautés +d'Orient. CVI.</p> + +<p>Heureuse ignorance des musulmans. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Ignorants</span>. Un ignorant se +dédommage en méprisant le +mérite. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Iles</span> peuplées par des malades +que quelques vaisseaux y +avaient abandonnés. (L'île de +France et la Réunion.) CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Immaums</span> (Imans), saints et +prophètes musulmans. Il y en +a douze (les douze premiers +successeurs de Mahomet). Treizième +iman est un compliment +comme dixième muse. +Les imans sont des prêtres +chargés de faire la prière publique, +de prêcher le vendredi; +ils assistent à la circoncision, +aux mariages, aux enterrement +XVI, XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Immeubles</span>. Deux appréciations +de ce genre de biens. +CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Immortalité</span> (de l'âme). On +y croit par semestre. LXXV,</p> + +<p>Pour «mourir du côté de +l'espérance.» <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Impie</span>. Impie ou dévot, selon +le tempérament, la digestion, +la santé. LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Impôts</span>. Ils pèsent sur l'agriculture, +l'industrie, CXXV,</p> + +<p>Et la nourriture du peuple. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Le vin, très-imposé, est cher +à Paris. XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Impureté</span>, viandes immondes, +impureté des cadavres.</p> + +<p>«Les choses ne sont en +elles-mêmes ni pures, ni impures... +La boue ne nous paroît +sale que parce qu'elle +blesse notre vue ou quelque +autre de nos sens.» XVII.</p> + +<p>Légende musulmane sur +l'impureté du cochon et du rat. +XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Inde</span>. Les «hommes de +chair blanche» dans l'Inde. +Leur orgueil. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Industrie</span>. Les revenus industriels +supérieurs à ceux de +l'agriculture.</p> + +<p>Avec une pistole de couleurs +le peintre en gagne cinquante, +etc., etc. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Infaillibilité</span> de ceux que +l'Esprit-Saint éclaire—et qui +ont grand besoin d'être éclairés. +CII.</p> + +<p><span class="smcap">Injustice</span>. Les hommes peuvent +faire des injustices, parce +qu'ils ont intérêt de les commettre; +nul n'est mauvais gratuitement. +LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Inquisition</span>. Elle sévit en +Espagne et en Portugal. Sa +cruauté et son hypocrisie. +XXIX.</p> + +<p>Elle ne fait jamais brûler un +juif «sans lui faire des excuses.» +LXXVIII.</p> + +<p>Elle présume l'accusé coupable. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Instabilité</span> des honneurs +et des fortunes en Orient. Aujourd'hui +général, cuisinier demain. +XC.</p> + +<p><span class="smcap">Intercesseur</span>. Chrétiens et +mahométans croient à la nécessité +d'un intercesseur auprès +de Dieu. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Intérêt</span>. «L'intérêt particulier +se trouve dans l'intérêt +commun.» XII.</p> + +<p>La raison de l'injustice est +toujours «une raison d'intérêt.» +LXXXIV.</p> + +<p>Leur intérêt est toujours ce +qu'ils (les hommes) voient le +mieux. <i>Ibid.</i></p> + +<p>«L'intérêt est le plus grand +monarque de la terre.» CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Interprètes</span>, ont cherché +dans l'Ecriture la confirmation +de leurs idées particulières. +CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Intolérance</span>, ses résultats +funestes, son iniquité. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Intrigants</span>, souffleurs, magiciens, +devins, femmes fardées, +gens de loi, maîtres de +langues et d'arts, boutiquiers, +etc. LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Invalides</span>. Éloge des Invalides. +LXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Irimette</span>, petit royaume +voisin de la Perse. CXIII.</p> + +<p>Fort dépeuplé. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Irréligion</span>. Les savants en +sont nécessairement accusés. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Isben-Aben</span>, historien arabe. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Isis</span>, divinité égyptienne, +symbolisant l'autorité de la +femme. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ispahan</span> (ville des chevaux, +ou du soleil considéré comme +le coursier céleste), capitale de +la Perse, dépérit et serait changée +en désert par la polygamie, +si les rois n'y transportaient +sans cesse des nations +entières. CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Italie</span>, partagée en un nombre +infini de petits États ouverts +comme des caravansérails. +CIII.</p> + +<p>Au temps des premières colonies +grecques, il n'y avait +guère de monarchies en Italie. +CXXXI.</p> + +<p>Jadis maîtresse du monde, +aujourd'hui esclave des autres +nations. CXXXVI.</p> + + +<h3>J</h3> + +<p><span class="smcap">Jalousie</span>. Jalousie musulmane. +VI.</p> + +<p>Jalousie française. LV.</p> + +<p>Jalousie espagnole. LXXVIII.</p> + +<p>La jalousie des hommes +prouve leur dépendance. LXII.</p> + +<p>Jalousie mutuelle des sectes +religieuses; elle descend jusqu'aux +particuliers. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Jaloux</span>. Ridicules en France. +LV.</p> + +<p><span class="smcap">Jamblique</span>, purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Jansénistes</span>, désignés. XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Japhet</span> raconte, par ordre de +Mahomet, les légendes de l'arche +de Noé. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Jaron</span>, eunuque noir en correspondance +avec le grand eunuque. +XV, XXII.</p> + +<p><span class="smcap">Jésuites</span>. Constitution des +Jésuites, purgatif violent;</p> + +<p>Pièces des Jésuites français, +vomitif puissant. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Jeu</span>. «Très en usage en Europe: +c'est un état que d'être +joueur.» LVI.</p> + +<p>Les jeux de hasard interdits +par Mahomet. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Jeunes</span>. Les chrétiens en ont +comme les musulmans. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Joueuses</span>, leur portrait. LVI.</p> + +<p><span class="smcap">Journalistes</span>. Ils ne parlent +que des livres nouveaux +et flattent les auteurs. CIX.</p> + +<p><span class="smcap">Journaux</span>. Livres par fragments. +Leurs avantages et +leurs défauts.</p> + +<p>Ils flattent la paresse. CIX.</p> + +<p><span class="smcap">Judaïsme</span>, «vieux tronc qui a +produit deux branches qui ont +couvert toute la terre.» LX.</p> + +<p><span class="smcap">Juges</span>. Ils ne s'enflent point +d'une vaine science. Les avocats +travaillent pour eux. +LXVIII.</p> + +<p>Ils présument qu'un accusé +est innocent. XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Juifs</span>. Ils font en France ce +qu'ils font en Perse. Leur obstination +invincible pour leur +religion. LX.</p> + +<p>«Ils n'ont jamais eu dans +l'Europe un calme pareil à celui +dont ils jouissent... On +s'est mal trouvé en Espagne de +les avoir chassés.» <i>Ibid.</i></p> + +<p>Les Juifs lèvent les impôts +en Turquie; persécutés par les +pachas. XIX.</p> + +<p>Ils achètent les enfants. +LXVII.</p> + +<p>Les Juifs se maintiennent et +multiplient, par l'espoir d'engendrer +un Messie. CXX.</p> + +<p>Transportés en Sardaigne +par les Romains. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Justesse</span>, «Martyr de sa +justesse» un esprit trop régulier, +trop géométrique, ressemble +à Tarquin, à Thrasybule ou +à Périandre coupant avec leur +épée «la tête des fleurs qui +s'élevaient au-dessus des autres.» +CXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Justice</span>. Les hommes sont +«nés pour être vertueux; la +justice est une qualité qui leur +est aussi propre que l'existence.» +X.</p> + +<p>La justice est inséparable de +la solidarité, de la garantie +mutuelle du droit.</p> + +<p>«L'intérêt des particuliers +se trouve dans l'intérêt commun.» +XII.</p> + +<p>La justice est un rapport de +convenance qui se trouve réellement +entre deux choses.</p> + +<p>Dès qu'on suppose que Dieu +voit la justice, il faut nécessairement +qu'il la suive.</p> + +<p>Quand il n'y aurait pas de +Dieu, nous devrions toujours +aimer la justice.</p> + +<p>La justice est éternelle. Si +elle ne l'était pas, ce serait +une vérité terrible qu'il faudrait +se dérober à soi-même.</p> + +<p>Plaisir d'être juste. LXXXIV.</p> + +<p>La justice est violée par le +droit public faussé. XCV.</p> + +<p>En France elle se mêle de +tous les différends de famille; +elle est toujours contre le mari +jaloux, le père chagrin, le maître +incommode. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Justice divine</span>, incompatible +avec la prescience. LXIX.</p> + + +<h3>L</h3> + +<p><span class="smcap">Lacédémone</span>. Les récompenses +à Lacédémone. XC.</p> + +<p>Si Lycurgue avait établi que +les maris changeassent de +femmes tous les ans, il en serait +né un peuple innombrable. +CXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Lapin</span>, immonde pour le +juif. Discussion du Juif, du +Turc, de l'Arménien, du +brachmane à propos d'un lapin. +XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Laquais</span>. En France, le corps +des laquais est un séminaire +de grands seigneurs. XCVIII.</p> + +<p>Leurs enrichissements subits +par la spéculation.</p> + +<p>Leur vanité. CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Law</span>. Un étranger est venu... +qui a tourné l'État comme un +fripier tourne un habit, etc. +CXXXVIII.</p> + +<p>Son portrait allégorique en +tant que fils d'Eole. CXLII.</p> + +<p>Corruption qui résulte du +système et de l'agiotage effréné. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Légendes mahométanes</span> sur +les viandes et les animaux immondes, +XVIII.</p> + +<p>Sur la naissance de Mahomet. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Législateurs</span>, leurs défauts +ordinaires et leurs ridicules: +étroitesse, puérilité, subtilité, +emploi d'une langue morte, etc. +LXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Lèse-majesté</span>, seul crime +politique qui entraîne la mort +pour les grands d'Europe. +CIII.</p> + +<p>Selon les Anglais, c'est le +crime que le plus faible commet +contre le plus fort, aussi +bien s'il est roi que s'il est +peuple. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span>, avantages du roman +par lettres: «l'on rend +compte soi-même de sa situation +actuelle; ce qui fait plus +sentir les passions, que tous +les récits qu'on en pourrait +faire.»</p> + +<p>(<i>Quelques réflexions sur les</i> +Lettres Persanes.)</p> + +<p>Lettres intercalées dans d'autres:</p> + +<p>D'une comédienne perdue +par un jeune abbé. XXVIII.</p> + +<p>D'une jeune russe qui veut +être battue. LI.</p> + +<p>D'un Français voyageant en +Espagne. LXXVIII.</p> + +<p>D'un savant. CXLV.</p> + +<p>Trois de nouvellistes. CXXX.</p> + +<p>D'un antiquaire. CXLII.</p> + +<p>D'un médecin de province. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Lever</span>. La présence assidue +au lever du roi est un titre +aux libéralités et aux faveurs. +XXXVII, CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Libéralités</span>. Grâces et pensions +accordées par les princes +aux courtisans, aux dépens de +l'agriculture et de l'industrie. +CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Liberté</span> supprimée par la +prescience divine. Liberté +d'indifférence. LXIX.</p> + +<p>La liberté existe surtout dans +les républiques; favorable à la +propagation de l'espèce et aux +progrès de l'opulence. Elle +attire les étrangers. CXXIII.</p> + +<p>La liberté semble faite pour +le génie des peuples d'Europe. +CXXXI.</p> + +<p>La liberté chez les ancêtres +des peuples du Nord. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Libre arbitre</span>, incompatible +avec la prescience. LXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Lionne</span> (M. de L.) président +des nouvellistes. CXXX.</p> + +<p><span class="smcap">Livourne</span>, ville nouvelle, témoignage +du génie des ducs de +Toscane. XXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Livres</span>. Contre les faiseurs +de livres inutiles.</p> + +<p>Respect qu'on doit aux ouvrages +originaux. LXVI.</p> + +<p>Absence de bon sens dans +les livres espagnols, romans +ou scolastiques. Exception en +faveur de Don Quichotte. +LXXVIII.</p> + +<p>Le sujet est délayé selon le +format des livres. CIX.</p> + +<p>Jusqu'à ce qu'un homme ait +lu tous les livres anciens, il +n'a aucune raison de leur préférer +les nouveaux. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Les diverses espèces de livres. +CXXXIII-CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Lois</span>. Lois variables des législateurs.</p> + +<p>Lois éternelles, immuables, +de la nature. XCVIII.</p> + +<p>Lois anciennes établies par +les rois Francs, oubliées pour +des lois romaines en partie rédigées +par les Byzantins.</p> + +<p>Ajoutez les constitutions des +papes et quelques coutumes de +villes et provinces, récemment +rédigées; plus les commentaires, +les formalités et la jurisprudence.</p> + +<p>«Cette abondance de lois, en +France, accable également la +justice et les juges.» CI, +LXXIX.</p> + +<p>Il ne faut toucher aux lois +que d'une main tremblante. +LXXIX.</p> + +<p>Les lois contre les suicidés +sont injustes parce qu'elles +sont sans objet. Elles ne lient +pas les morts. LXXVI.</p> + +<p>Chez les barbares germaniques, +les lois étaient faites +dans les assemblées de la nation. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Louis</span> XIV, son portrait, sa +dévotion, sa puissance, sa maîtresse, +ses ministres, sa vieillesse. +XXIV, XXXVII.</p> + +<p>Trop peu modéré envers les +ennemis. XXIV.</p> + +<p>Son goût pour les femmes. +CVIII.</p> + +<p>Sa mort et son testament. +XCIII.</p> + +<p>Son amour pour la politique +orientale, c'est-à-dire le despotisme. +XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Louis</span> XV, son enfance. +XCIII.</p> + +<p>Son portrait. Les espérances +qu'il donne. CVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Lucifer</span> jeté au fond de la +mer, lors de la naissance de +Mahomet, nage quarante jours. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Lumière</span>, son trajet du soleil +à la terre. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Lunettes</span>, insignes de la +gravité espagnole et portugaise, +symbole de science. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Luxe</span>, nécessaire à la prospérité +des nations. CVII.</p> + + +<h3>M</h3> + +<p><span class="smcap">Mages</span>, prêtres du magisme +ou mazdéisme. LXVII.</p> + +<p>Adorateurs du soleil, des étoiles, +du feu et des éléments;</p> + +<p>Mais leur religion, calomniée +par les musulmans, est, selon +Montesquieu, un pur monothéisme. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>(Le mazdéisme est une polythéisme +dualiste où la lumière +et les ténèbres (le bien et le +mal) luttent dans le temps et +l'espace sans bornes.)</p> + +<p>Les mages enseignaient que +les actes les plus méritoires +sont: faire un enfant, labourer +un champ, planter un arbre. +CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Magiciens</span>. Ils promettent +«de vous faire coucher avec +les esprits aériens, pourvu que +vous soyez seulement trente +ans sans voir de femmes.» +LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Magie</span>. Les savants en sont +accusés. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Magistrats</span>. Ils doivent +rendre la justice de citoyen à +citoyen. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Mahomet</span>, sa naissance merveilleuse. +XXXIX.</p> + +<p>Il naît circoncis. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Ses prescriptions relatives +aux viandes immondes. XVIII.</p> + +<p>Il a enchaîné Satan et l'a +précipité dans les abîmes;</p> + +<p>Il a purifié la terre. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mahométans</span>. Plus persuadés +de leur religion que les +chrétiens. LXXV.</p> + +<p>Croient à la vertu des amulettes +et talismans. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mahométisme</span>. Peu favorable +à la propagation de l'espèce +humaine. CXV.</p> + +<p>Issu du judaïsme, LX.</p> + +<p>Comparé au christianisme, +XXXV.</p> + +<p>Ferme la vie future aux +femmes. LXVII.</p> + +<p>Etabli par conquête et non +par persuasion. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Maimbourg</span>, bon contre +l'asthme. CXLIII.</p> + +<p>(Louis Maimbourg, né à Nangis +en 1610, exclu de la compagnie +de Jésus par Innocent +XI, pour avoir écrit contre +Rome, en faveur du clergé +de France (1682); mort en +1686.)</p> + +<p><span class="smcap">Maine</span> (duc du). Arrestation +du duc du Maine, oncle naturel +du roi mineur. CXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Maîtres de sciences</span>, <span class="smcap">arts</span>, +etc., enseignent souvent ce +qu'ils ignorent. LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Maîtresse</span>. Maîtresse et confesseur, +les deux grandes épreuves +d'un roi. CVIII.</p> + +<p>Une femme est la maîtresse +d'un ministre, non pour coucher +avec lui, mais pour lui +présenter cinq ou six placets +tous les matins. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Louis XIV a une maîtresse +de quatre-vingts ans. XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Malheurs</span>. Pour un vrai +musulman, les malheurs sont +moins des châtiments que des +menaces. LXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Malte</span> (chevaliers de), bravent +l'empire ottoman. XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Mandement</span>. Evêque qui a +«bien sué» pour le faire. CII.</p> + +<p><span class="smcap">Marchandes</span>. A Paris «une +jeune marchande cajole un +homme une heure entière, +pour lui faire acheter un paquet +de curedents.» LVIII.</p> + +<p>Nombre infini de jeunes +marchandes aux abords du +palais. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Mariages</span>. Il y a «des mariages +heureux et des femmes +dont la vertu est un gardien +sévère.» XLVII.</p> + +<p>Mariages d'eunuques: Cosrou +et Zélide. LIII; Astarté, +sœur d'Aphéridon. LXVII.</p> + +<p>Mariages entre frère et sœur. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Avanie faite par Suphis à sa +jeune femme. LXX.</p> + +<p>Charges du mariage chez +les musulmans. CXV.</p> + +<p>Chez les chrétiens, l'interdiction +du divorce porte atteinte à +la fin même du mariage. CXVII.</p> + +<p>Le mariage chrétien est une +image, une figure, un mystère +incompréhensible. <i>Ibid.</i></p> + +<p>En fait, il est stérilisé par +l'impuissance de le rompre. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Mariages précoces causés +par la crainte d'un enrôlement +forcé. De là, dépopulation. +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Maris</span>. Facilité des maris +français.</p> + +<p>Les jaloux sont haïs et ridicules. +LV.</p> + +<p>Les maris eunuques «n'ont +pas sur leurs femmes la même +autorité que les autres.» +LXVII.</p> + +<p>Une veuve indienne renonce +au bûcher dès qu'elle sait que +son mari l'attend au ciel. +CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Matière</span>, son mouvement +universel. CXIV.</p> + +<p>Quelques-uns ne peuvent +comprendre qu'elle n'ait que +six mille ans. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Maures</span>. Vide irréparable +causé en Espagne par l'expulsion +des Maures. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Mazarin</span>. Pataquès qu'on lui +prête, chanson qu'on fait sur +lui. Allusion à ses pages. CXII.</p> + +<p><span class="smcap">Mécontents</span>. Vieux guerrier. +XLVIII.</p> + +<p>Vieilles femmes, goutteux, +vieux seigneurs, ecclésiastiques, +etc. LIX.</p> + +<p><span class="smcap">Mecque</span> (la). Les musulmans +croient s'y purifier des +souillures contractées parmi +les chrétiens. XV.</p> + +<p><span class="smcap">Médecine</span>. Ravages de la +<i>forme</i> en médecine. CI.</p> + +<p>Les livres de médecine font +trembler, même quand ils traitent +des maladies les plus légères. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Médecins</span>. Toujours trop +estimés ou trop méprisés. Les +héritiers s'en accommodent +mieux que des confesseurs. +LVII.</p> + +<p>Lettre d'un médecin de province. +CXLIII.</p> + +<p>«Il y a dans tous les coins +de Paris des gens qui ont des +remèdes infaillibles contre toutes +les maladies imaginables.» +LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Médiocrité</span> (d'esprit). +L'homme médiocre est en général +préféré à l'homme d'esprit. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Méditerranée</span>. Décadence +de ses côtes. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Méhémet-Ali</span>, mollak, gardien +des trois tombeaux, à +Com, correspondant d'Usbek. +XVI, XVII, XVIII, CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mercure</span> (vif-argent), son +usage continuel et forcé fait +périr par milliers les indigènes +de l'Amérique espagnole. +CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Messianiques</span>, croyances juives. +Point de famille juive qui +n'espère engendrer le messie. +CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Mesure</span> des fluides et des liquides, +des esprits interplanétaires. +XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Métaphysique</span>. L'infini s'y +rencontre partout. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Métempsycose</span> alléguée par +un brachmane contre un mangeur +de lapin. XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Meurtre</span>. Les curieux qui +regardent les Persane de trop +près sont tués impunément +par les eunuques, même dans +une rivière et hors du sérail. +XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Mexique</span>. Orgueil et paresse +des conquérants espagnols au +Mexique. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mines</span>. Sont, en Amérique, +le tombeau des indigènes et +des nègres. CXIX.</p> + +<p>Le roi d'Espagne possède +des mines d'or. XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Ministres</span>. Enclins à calomnier +la nation; toujours plus +méchants que le prince dont +ils attisent les haines. Le premier +ministre de Charles XII, +condamné à mort. CXXVIII.</p> + +<p>Louis XIV a un ministre de +dix-huit ans. XXXVII.</p> + +<p>Les ministères se succèdent +comme les saisons. CXXXVIII.</p> + +<p>Danger de l'autorité sans +bornes des ministres de +Louis XIV. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Le mauvais exemple donné +par un ministre est un crime. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Minorité</span>. On ne lit plus +que des mémoires sur la minorité +de Louis XIV. CXII.</p> + +<p><span class="smcap">Miracle chimique</span> manifesté +dans une mixture d'infusion +Quesnel et d'infusion Lallemand. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Miracles</span>. «Pour s'assurer +qu'un effet qui peut être produit +par cent mille causes naturelles +est surnaturel, il faut +avoir examiné si aucune de +ces causes n'a agi; ce qui est +impossible.» CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mirza</span>, ami et correspondant +d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, +LXXXVI.</p> + +<p>Mirza (de <i>Mard</i>=<i>mort</i>-alis. += μβροτ-ος, homme) est un titre +honorifique persan que les +gens de lettres mettent avant +leur nom et les princes après.</p> + +<p><span class="smcap">Misère</span>. Chez les peuples +misérables, l'espèce perd et +même dégénère. CXXIII.</p> + +<p>Le pauvre évitera de faire +des enfants plus pauvres que +lui. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Mode</span>. Ses caprices étonnants +chez les Français. C.</p> + +<p>C'est d'après elle qu'ils jugent +«tout ce qui se fait chez +les autres nations.» CI.</p> + +<p><span class="smcap">Modestie</span>. Vertu nécessaire +au talent. L.</p> + +<p>Eloge des hommes modestes. +CXLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mœurs.</span> Les Français changent +de mœurs selon l'âge de +leur roi. C.</p> + +<p><span class="smcap">Mogol</span>. Le grand Mogol se +fait peser tous les ans. XL.</p> + +<p>Les Tartares dominent sur +les vastes pays qui forment +l'empire du Mogol. LXXXII.</p> + +<p>Expulsion d'un ambassadeur +mogol. CXXVII. (Allusion à la +conspiration de Cellamare.)</p> + +<p><span class="smcap">Moines</span>. Voy. Dervis.</p> + +<p><span class="smcap">Moise</span> n'enseigne pas le dogme +de la prescience absolue. +LXX.</p> + +<p><span class="smcap">Molina</span>. Emollient. CXLIII. +(Casuiste espagnol, XVI<sup>e</sup> siècle.)</p> + +<p><span class="smcap">Mollaks</span> (ou mollahs), prêtres +musulmans, qui «me désespèrent +avec leurs passages +de l'alcoran.» Lettre X.</p> + +<p>(En Perse, les mollahs sont +des prêtres; en Turquie des +juges.)</p> + +<p><span class="smcap">Monachisme</span>, porte partout +la mort. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Monarchie</span>. État où la vertu +n'est plus qu'obéissance au caprice +d'un seul. XIV.</p> + +<p>Très-inférieure moralement +au régime républicain, elle +abaisse le niveau des mœurs +en substituant à la loi et à la +vertu l'autorité et l'arbitraire. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>La monarchie pure, état violent +qui dégénère toujours en +despotisme ou en république. +CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Monde</span>. N'a-t-il que six +mille ans? Il ne faut pas compter +ses années. CXIV.</p> + +<p>Dépopulation croissante du +monde. Ses causes. CXIII et +suivantes.</p> + +<p><span class="smcap">Monde</span> (nouveau). Découvertes +immenses et dévastatrices +des Portugais et des Espagnols. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Monde romain</span>, mieux organisé +pour la propagation de +l'espèce que les mondes chrétien +et musulman. CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Monnaies</span>. Le décri des +monnaies est un artifice financier +proche du faux-monnayage +et pratiqué par +Louis XIV. XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Montesquieu</span> paraît se peindre +dans Usbek. XLVIII, Ibben, +LXXVII, Rica, CXXVII.</p> + +<p>Semble annoncer la <i>Décadence +des Romains</i>. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Morale</span>. Les livres de morale, +plus utiles que les ouvrages +de dévotion. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mortifications</span>. Chrétiens +et musulmans en usent pour +fléchir la miséricorde divine. +XXXV, XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Moscovie</span>. Les Tartares +«ont soumis la Moscovie.» +LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Mouches</span>. Leur abus. C.</p> + +<p><span class="smcap">Moustache</span>, importance de +la moustache en Espagne et en +Portugal.</p> + +<p>La moustache de Jean de +Castro. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mouvement</span>. Ses lois constituent +le système du monde. +XCVIII.</p> + +<p>La nature y est soumise, +sans exception, <i>Ibid.</i></p> + +<p>Et la terre n'y peut échapper. +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mustapha</span> proclamé, à la +place d'Osman, empereur des +Turcs. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Musulman</span>. Sa vie est laborieuse. +La polygamie l'épuise. +CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Mystiques</span>, dévots qui ont +le cœur tendre. Leurs extases, +délire de la dévotion. Leurs livres. +CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mythologiste</span>. Fragment +d'un ancien mythologiste (portrait +allégorique de Law). +CXLII.</p> + + +<h3>N</h3> + +<p><span class="smcap">Nadir</span>. Eunuque blanc, +trouvé seul avec Zachi. XX, +XXI.</p> + +<p><span class="smcap">Naissance</span>. Il y a en Europe +des sens qui sont grands par +leur naissance. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Nargum</span>, ambassadeur Persan +à Moscou. LI, LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Narsit</span>, eunuque peu clairvoyant. +CXLIX, CL, CLII.</p> + +<p><span class="smcap">Nathanael Lévi</span>, médecin +juif à Livourne, croit aux talismans +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Nations</span>. Leurs rapports, +d'où résulte la notion du droit +public. Deux peuples ne peuvent +s'allier pour l'oppression +d'un troisième. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Nature</span>. Elle a perdu sa fécondité +des premiers temps +CXIII.</p> + +<p>Elle agit avec lenteur et +épargne. Si on la surmène, elle +tombe dans la langueur et perd +sa force génératrice. CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Nègres</span>. Leurs dieux sont +noirs et leur diable blanc. LIX.</p> + +<p>Leurs rois les vendent +comme esclaves. CXIX.</p> + +<p>Et les princes chrétiens autorisent +la traite. LXXV.</p> + +<p>Les noirs d'Afrique meurent +par milliers dans les mines +américaines. CXIX, CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Nessir</span>, ami et correspondant +d'Usbek. VI, XXVII, CLV.</p> + +<p><span class="smcap">Noailles</span> (N***), ministre +hardi qui prit le fer à la +main, etc. CXXXVIII.</p> + +<p>Connu par son esprit, il honore +de ses plaisanteries les +traitants livrés à la chambre +de justice. XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Noblesse</span>. «En Espagne, +c'est sur des chaises que la noblesse +s'acquiert.» LXXVIII.</p> + +<p>Les laquais enrichis voudront +se faire nobles. Espoir +d'un généalogiste. CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Nord</span>. Autrefois plein +d'hommes; est fort dégarni. +CXXIII.</p> + +<p>C'est du Nord qu'une foule +de nations inconnues fondirent +sur l'empire romain;</p> + +<p>Ces peuples étaient libres, et +leurs rois n'étaient que des généraux. +CXXXI.</p> + +<p>Ils n'étaient point barbares +puisqu'ils étaient libres; ils le +sont devenus. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Notre-Dame</span>. Superbe édifice. +LXI.</p> + +<p><span class="smcap">Nouvellistes</span>. Inventeurs +de nouvelles. Leurs ridicules, +leurs prédictions, leurs paris. +Lettres plaisantes de nouvellistes +à des particuliers et à +des ministres. Leurs lieux de +réunions. Leur président, le +comte de Lionne. CXXX.</p> + +<p>Nouvelliste trembleur. +CXXXII.</p> + + +<h3>O</h3> + +<p><span class="smcap">Obéissance</span>; n'est pas une +vertu anglaise. Les Anglais la +fondent sur la gratitude. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Occultes</span>. Livres de science, +ou mieux d'ignorance occulte, +plus pitoyables qu'exécrables. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Opéra</span>. Lettre de la plus +vertueuse actrice de l'Opéra. +XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Opéras nouveaux</span>. Vomitif. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Opulence</span> toujours compagne +de la liberté des peuples. +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Omar</span>, troisième successeur +de Mahomet, au mépris des +droits d'Ali. Les persans, Chiites, +c'est-à-dire sectateurs +d'Ali, disent qu'Omar, Apôtre +des Sonnites «a dévoyé» les +enfants du prophète. CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Or</span>. Le roi de France n'a +pas de mines d'or comme le +roi d'Espagne. XXIV.</p> + +<p>L'or et l'argent, prix de toutes +marchandises, gage de leur +valeur. Pernicieux effets de +leur diffusion. CVI.</p> + +<p>Nombre innombrable d'hommes +sacrifiés pour extraire l'or +et l'argent du fond de la terre. +CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Oraisons funèbres</span>. Leur +fausseté. XI.</p> + +<p>Entrent dans le vomitif du +docteur de province, sauf celles +de Fléchier. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Orateurs</span>. Leur talent de +persuader indépendamment des +raisons. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Ordonnance</span>, concernant +les services des courtisans et +l'établissement des impôts nécessaires +aux libéralités des +princes. CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Orgueil</span>. Orgueil de l'homme, +qui veut «être compté +dans l'univers.» LXXXVII.</p> + +<p>Orgueil de religion et de +race chez les Portugais et les +Espagnols. LXXVIII.</p> + +<p>Les <i>vieux chrétiens</i> en Espagne;</p> + +<p>Les <i>blancs</i> en Amérique. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Orientales</span>. moins gaies +que les Européennes. XLVIII. +(Voir <i>Femmes</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Orientaux</span>. Le sérail tue +leurs désirs sans éteindre leur +jalousie. VI.</p> + +<p>Leur gravité, la froideur de +leurs relations. XXXIV.</p> + +<p>Leurs poésies, leurs romans. +CXXXVII.</p> + +<p>Le despotisme de leurs princes +et la rigueur des châtiments +les portent à la révolte et aux +derniers excès. LXXXI, CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Osman</span>, sultan déposé par +des suppliants. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Osmanlins</span>. Voir Turcs.</p> + + +<h3>P</h3> + +<p><span class="smcap">Paganisme</span>, favorable à la +propagation de l'espèce humaine. +CXV.</p> + +<p>Supérieur au mahométisme +par l'interdiction de la polygamie, +au christianisme par la +permission du divorce. <i>Ibid.</i> et +CXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Palais</span>. Lieu où se rend la +justice, ses abords. Aspect lugubre +des salles et des magistrats. +LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Palestine</span>. Déserte depuis +la destruction des Juifs par +Adrien. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Pape</span>. «Magicien» plus fort +que le roi, dont il dirige l'esprit, +lui faisant croire «que +trois ne sont qu'un; que le +pain qu'on mange n'est pas du +pain, ou que le vin qu'on boit +n'est pas du vin.» XXIV.</p> + +<p>Chef des chrétiens, «vieille +idole qu'on encense par habitude»; +il déposait les rois; il +se dit successeur d'un des premiers +chrétiens, qu'on appelle +saint Pierre; il donne des dispenses. +XXIX.</p> + +<p>Effet de l'histoire des papes +sur l'esprit du lecteur. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Papier d'état</span>. Louis XIV +en abuse. XXIV.</p> + +<p>(Décri des monnaies). <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Paracelse</span>. Purgatif. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Paradis</span>. Lieu de délices +pour les chrétiens comme pour +les musulmans. XXXV.</p> + +<p>Les femmes en sont exclues +par Mahomet. XXIV.</p> + +<p>Embarras des religions pour +donner une idée des plaisirs +assurés aux élus: musique, +circulation éternelle de par le +monde, souvenir des amours +terrestres. Toutes inventions +ridicules. CXXVI.</p> + +<p>Le paradis des femmes, conte +persan. Les plaisirs et les vengeances +de l'immortelle Anaïs. +CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Parfumeuses</span> qui réparent +«par la force de leur art toutes +les injures du temps.» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Paris</span>. «Siége de l'empire +d'Europe.» XXIII.</p> + +<p>«Aussi grand qu'Ispahan;»</p> + +<p>Ville «bâtie en l'air;» extrêmement +peuplée; embarras +des rues; XXIV.</p> + +<p>Extravagante curiosité des +Parisiens pour tout ce qui sort +de l'usage reçu. XXX.</p> + +<p>Cherté du vin à Paris. +XXXIII.</p> + +<p>Usage du café à Paris; les +cafés. XXXVI.</p> + +<p>Paris, rendez-vous de tous +les exploiteurs: alchimistes, +magiciens, devins, entremetteuses, +chercheurs de bénéfices, +maîtres de langues, d'arts et +de sciences, enseignant «ce +qu'ils ne savent pas,» médecins, +empiriques, marchands et marchandes +accortes, tous ces +gens-là cherchent à vivre dans +une ville «qui est la mère de +l'invention.» L'étranger sort +de Paris «plus précautionné +qu'il n'y est entré.» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Paris</span> jugé par un Espagnol. +LXXVIII.</p> + +<p>A Paris, règnent la liberté +et l'égalité. Rien ne sauve un +homme de la foule. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Paris</span> foyer de plaisir, donc +d'art, de travail et d'industrie. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Parlements</span>. Grands corps, +affaiblis par les mœurs, abattus +par la royauté; ruines qui +rappellent un temple vénéré, +image de la liberté publique. +Ils sont réduits aux fonctions +judiciaires, et ne retrouvent +d'importance politique que dans +quelques conjonctures imprévues.</p> + +<p>Le régent a recours au parlement. +XCIII.</p> + +<p>Le parlement de Paris relégué +à Pontoise, pour s'être opposé +aux mesures exigées par +Law. CXL.</p> + +<p>Ces compagnies facilement +odieuses aux rois. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Parties</span>. Parties de campagne +où l'on veut s'amuser et où +l'on bâille. CXI.</p> + +<p><span class="smcap">Parure</span>. La parure d'une +femme occupe cinquante artisans. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Paternité</span>. L'enfant né dans +le mariage est censé être au +mari. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Patrie</span>. «Je voudrais voir +les noms de ceux qui meurent +pour la patrie écrits dans des +registres qui fussent comme +la source de la gloire et de +la noblesse.» LXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Paysan</span>. Riche ou pauvre, le +rustique ou paysan peuple indifféremment. +CXIII.</p> + +<p>Les impôts pèsent principalement +sur la nourriture et la +famille du paysan. CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Pécule</span>, propriété, mise de +fonds et rançon de l'esclave +antique. CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Peines</span>. «Les peines plus ou +moins cruelles ne font pas que +l'on obéisse plus aux lois.» +Témoin l'état moral de l'Asie.</p> + +<p>Ce qui importe, c'est la gradation +dans le châtiment. +LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Pèlerinages</span> de la Mecque. +XV.</p> + +<p>De saint Jacques en Galice. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Perruquiers</span>. Les perruquiers +français décident en législateurs +sur la forme des perruques +étrangères. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Persans</span>. Les plus tolérants +de tous les mahométans. XXIX.</p> + +<p>Leur haine contre les Turcs. +VII.</p> + +<p>Intempérance des monarques +persans. XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Persanes</span>. (Voir <i>Femmes</i> et +<i>Sérail</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Perse</span>. Les Tartares, «maîtres +de la Perse.» LXXXII.</p> + +<p>Fort déchue de ce qu'elle +était du temps des Xerxès et +des Darius. CXIII.</p> + +<p>La Perse antique était peuplée +parce que les mages enseignaient +un dogme favorable +à la propagation. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Peste</span>. Multitude de pestes +mentionnées par l'histoire. +Une, entre autres, brûla jusqu'à +la racine des plantes. +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Petits-maitres</span> au spectacle. +XXVIII.</p> + +<p>Dans les conversations, parlent +sans rien dire ou font +parler leur tabatière. Goûtés +des femmes. LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Peuple</span>. L'abolition de l'esclavage +retirait le bas peuple +de la puissance des seigneurs. +LXXV.</p> + +<p>Caractère et destinée des différents +peuples. CXXXVI.</p> + +<p>La puissance ne peut jamais +être également partagée entre +le peuple et le prince.</p> + +<p>Le peuple en Europe et en +Orient;</p> + +<p>Le peuple anglais devant la +royauté. CIII-CV.</p> + +<p><span class="smcap">Pharan</span> ne veut pas être fait +eunuque. XLI, XLII, XLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Pharmacie nouvelle</span> extraite +des ouvrages des philosophes, +orateurs, romanciers, +poëtes, théologiens et casuistes. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Philosophes</span>; «laissés à +eux-mêmes, privés des saintes +merveilles, ils suivent dans le +silence les traces de la raison +humaine.» XCVIII.</p> + +<p>Leur supériorité sur les docteurs +des religions diverses. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Plaisanteries contre Aristote, +et surtout les scolastiques, +dans la lettre du médecin de +province. CXLIII.</p> + +<p>Les philosophes (métaphysiciens) +ont un mépris souverain +pour l'homme qui a la +tête chargée de faits. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Philosophie</span>, ne s'accorde pas +avec la théologie. LXVI, CXL.</p> + +<p><span class="smcap">Physique</span>, bannit le merveilleux +de l'univers. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Pierre le Grand</span>. Ses réformes, +son humeur sévère. LI.</p> + +<p><span class="smcap">Plaisir</span>. La nature des plaisirs +est d'être de courte durée. +De là l'embarras des religions +et le ridicule des plaisirs éternels +qu'elles imaginent pour +leurs paradis. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Plotin</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Poëtes</span>. Singulière opinion +sur les poëtes. XLVIII.</p> + +<p>Ils accablent la raison sous +les agréments.</p> + +<p>Ils ne sont pas rares chez les +orientaux. CXXXVII.</p> + +<p>Bucoliques, plaisent aux gens +de cour;</p> + +<p>Dramatiques, poëtes par excellence, +maîtres des passions;</p> + +<p>Epiques, sévèrement jugés; +de là la froideur de Voltaire +pour Montesquieu.</p> + +<p>Lyriques, qui font de leur art +une harmonieuse extravagance. +CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Point d'honneur</span>, tient à la +passion de la gloire; caractère +de chaque profession; plus +marqué chez les gens de guerre, +a réglé jadis la conduite des +Français surtout des nobles; +n'admet qu'une solution, le +duel. (V. <i>Duel</i>.) XCI.</p> + +<p><span class="smcap">Politesse</span>. En Espagne +«un capitaine ne bat jamais +son soldat sans lui en demander +permission, et l'inquisition +ne fait jamais brûler un juif +sans lui faire ses excuses.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Politique</span>. En Asie, les règles +de la politique sont partout +les mêmes. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Pologne</span>. N'a presque plus de +peuples. CXIII.</p> + +<p>A mal usé de sa liberté et +du droit d'élire ses rois. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Polygamie</span>. <i>La polygamie +triomphante</i>, livre où il +est prouvé que la polygamie +est ordonnée aux chrétiens. +XXXV.</p> + +<p>La polygamie, défendue par +le paganisme romain. CXV.</p> + +<p>Elle engendre la langueur +des hommes, l'étiolement des +enfants, les querelles des femmes +condamnées à une continence +forcée, la fabrication des +eunuques, le célibat des filles +esclaves. C'est un agent de dépopulation. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Pompes funèbres</span>. Leur +inutilité. XL.</p> + +<p><span class="smcap">Porphyre</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Portes</span>, haussées, baissées ou +élargies selon les parures des +femmes. C.</p> + +<p><span class="smcap">Portugais</span>. Voyez Espagne. +LXXVIII.</p> + +<p>Leur douceur relative dans +le gouvernement de leurs colonies. +Ils furent bientôt chassés +de tous les pays qu'ils avaient +découverts. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Poudre</span>. Depuis la poudre, +plus d'asile contre l'injustice et +la violence. CVI.</p> + +<p>Mais depuis la poudre, batailles +moins sanglantes. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Pourceau</span>. Pourquoi immonde? +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Pouvoir</span>. Il ne peut jamais +être également partagé entre le +peuple et le prince.</p> + +<p>Le pouvoir des rois d'Europe +est très-grand, modéré par +leur intérêt. CIII.</p> + +<p>Le pouvoir arbitraire, négation +de la liberté et de l'égalité, +assurant aux princes toutes +les richesses, enraye la propagation +de l'espèce. CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Prescience divine</span>, ni absolue, +ni infinie, sous peine de +contradiction et d'injustice.</p> + +<p>Si elle est intermittente, elle +n'est plus que caprice et fantaisie.</p> + +<p>«L'alcoran et le livre des +Juifs s'élèvent sans cesse contre +le dogme de la prescience +absolue.» LXIX.</p> + +<p>Voir Dieu, Adam, liberté, âme.</p> + +<p><span class="smcap">Prestiges</span> qui font gagner +des batailles: le terrain, le nombre, +le courage. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Prêtres</span>. Rôle difficile du +prêtre dans le monde; sa neutralité +forcée. LVI.</p> + +<p>«L'envie d'attirer les autres +dans son opinion est, pour ainsi +dire, attachée à sa profession.» +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Prière</span>. Postures exigées +par les diverses religions. +XLVI.</p> + +<p>Prêtres chrétiens et musulmans +prient sept fois par jour. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Prince</span>. Les querelles particulières +du prince, le mécontentement +des ambassadeurs +du prince, ne peuvent légitimer +une guerre. XCVI.</p> + +<p>Il n'est pas de son honneur +de s'allier avec un tyran. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Autorité illimitée des princes +en Orient. CIII.</p> + +<p>En Europe, peu d'attentats +contre la vie des princes.</p> + +<p>En Orient, sans précautions +infinies, les princes ne vivraient +pas un jour. <i>Ibid.</i></p> + +<p>En se cachant, les princes +d'Orient font respecter la +royauté et non le roi. CIV.</p> + +<p>C'est un crime de lèse-majesté +à un prince de faire la +guerre à ses sujets. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Procédure</span>. «Formalités +dont l'excès est la honte de la +raison humaine.» CI.</p> + +<p><span class="smcap">Propagation</span>. Conditions favorables +à la propagation de +l'espèce.</p> + +<p><span class="smcap">Divorce</span>; suppression du célibat +religieux. CXV, CXVII.</p> + +<p>Accord du tempérament et +du climat. CXXI.</p> + +<p>Liberté, égalité des droits et +des fortunes.</p> + +<p>Gouvernement doux et républicain. +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Proportion</span>. La proportion +entre les fautes et les peines +est comme l'âme des États; +gardée par les princes d'Europe, +elle est sans cesse renversée, +à leurs dépens, par les +rois d'Orient. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Propreté</span>. «La propreté, +qui est l'image de la netteté de +l'âme.» II.</p> + +<p><span class="smcap">Propriété</span>. L'incertitude de +la propriété des terres ralentit +«l'ardeur de les faire valoir.» +XX.</p> + +<p><span class="smcap">Prosélytisme</span>. Transmis des +Egyptiens aux Juifs, des Juifs +aux mahométans et aux chrétiens; +maladie épidémique; esprit +de vertige; éclipse entière +de la raison humaine. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Protestantisme</span>. Avantage +du protestantisme sur le catholicisme, +suppression du célibat +et des couvents. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Protestants</span>. Ils multiplient +nécessairement plus que les catholiques. +De là accroissement +de population, d'impôts, d'activité +agricole, industrielle, de +travail et de richesses. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Providence</span>. Ce qui est pour +le riche sagesse de la providence +est pour le pauvre aveugle fatalité +du destin. XCVIII.</p> + +<p>Les musulmans laissent tout +faire à la providence. CXX.</p> + +<p>L'homme ne trouble pas +l'ordre de la providence lorsqu'il +change les modifications +de la matière. LXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Puissance paternelle</span>. La +plus sacrée de toutes les magistratures, +fortement établie +par le droit romain;</p> + +<p>Montesquieu semble blâmer +les Français de l'avoir restreinte. +LXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Puissance royale</span>, ses progrès +en France. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Purgatifs</span>. 1º Mélange de +philosophie scolastique;</p> + +<p>2º Extraits d'arrêts du Conseil +et de Bulles et Constitutions +de jésuites. CXLIII.</p> + + +<h3>Q</h3> + +<p>Q. Quelques docteurs voulaient +qu'on prononçât cette +lettre comme un K. (Querelle +de Ramus.) CX.</p> + +<p><span class="smcap">Quiétisme</span>, sorte de mysticisme +exalté.</p> + +<p>Un quiétiste n'est autre +chose qu'un homme fou, dévot +et libertin. CXXXIV.</p> + + +<h3>R</h3> + +<p><span class="smcap">Rat</span>. Pourquoi immonde? +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Raymond Lulle</span> a cherché +vainement le secret de la transmutation +des métaux. XLV.</p> + +<p><span class="smcap">Récompenses</span>. A Rome, +Athènes, Lacédémone, l'honneur +payait seul les services +les plus signalés. L'auteur +d'une belle action y trouvait sa +récompense. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Régence</span>, ses commencements. +Désarroi où la mort de +Louis XIV laisse la France. +CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Régent</span> (le), son habileté. +XCIII.</p> + +<p>Il fait casser par le Parlement +le testament de +Louis XIV.</p> + +<p>Il relègue le Parlement à +Pontoise. CXL.</p> + +<p><span class="smcap">Régicide</span>. En Orient, le régicide +monte sur le trône sans +opposition. Pourquoi? CIV.</p> + +<p><span class="smcap">Reine</span>. Exemple de tendresse +conjugale donné par +une reine de Suède. CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Religion</span>. Distinction entre +la foi et la vie laïque, fortement +établie. X.</p> + +<p>«Je ne leur parle pas (aux +Mollaks) comme vrai croyant, +mais comme homme, comme +citoyen, comme père de famille.»</p> + +<p>Chez les chrétiens elle est +plus un sujet à disputes +qu'un moyen de sanctification. +LXXV.</p> + +<p>La religion gagne les malades +par ses promesses. +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Religions</span>. «Les plus proches +sont les plus grandes ennemies.» +LX.</p> + +<p>Avantages de la multiplicité +des religions dans un État;</p> + +<p>Les guerres de religion suscitées +par l'esprit d'intolérance. +LXXXVI.</p> + +<p>Il n'y a pas de religion qui +ne prescrive l'obéissance et la +soumission. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Leur grand nombre embarrasse +ceux qui cherchent la +vraie. XLVI.</p> + +<p>Béatitudes qu'elles promettent +aux élus. CXXVI.</p> + +<p>Dieu condamne-t-il ceux qui +ne pratiquent pas celle qu'ils +ne peuvent connaître? XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Religions</span> (tolérées). Ceux +qui vivent dans ces religions, +plus utiles que ceux qui suivent +la religion dominante. +Eloignés des honneurs, ils +n'en sont que plus portés +à s'enrichir par le travail. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Remèdes</span> composés par un +médecin rempli des mystères +de la cabale. CXLIII.</p> + +<p>Remèdes rares, tels que préface +trop courte, mandement +fait par un évêque, etc. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Représailles</span>. Leur office +dans le droit public international. +XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Représenter</span>, c'est-à-dire +«faire sentir à tous les instants +la supériorité qu'on a.» +LXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">République</span>. Conclusion de +l'histoire des Troglodytes. +XIV.</p> + +<p>Semble être le sanctuaire de +l'honneur, de la réputation et +de la vertu. X.</p> + +<p>La douceur du gouvernement +républicain, la liberté, +l'égalité, source d'opulence, favorisent +la propagation de +l'espèce. CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">République romaine</span>, son +extension eût été un bonheur +pour le monde, sans le pouvoir +abusif des proconsuls et la +différence que le droit de cité +maintenait entre les vainqueurs +et les vaincus. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Républiques</span>, contraires au +génie oriental.</p> + +<p>Leurs origines. Elles sont +postérieures aux monarchies.</p> + +<p>La Grèce, l'Asie-Mineure, +Carthage, Rome.</p> + +<p>Le Nord et l'Allemagne (on +a pris pour des rois les chefs +des armées). CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Résurrection de la chair</span>. +Croyance commune au christianisme +et au mahométisme. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Revenus</span>. A Paris, les revenus +des citoyens «ne consistent +qu'en esprit et en industrie; +chacun a la sienne qu'il +fait valoir de son mieux.» +LVIII.</p> + +<p>Revenus fonciers difficiles à +percevoir.</p> + +<p>Revenus mobiliers. Embarras +d'un homme à qui son débiteur +rend une somme prêtée. +CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Révolution</span>. En Orient «le +moindre accident produit une +grande révolution.» LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Rhédi</span> neveu d'Ibben. XXV, +écrit de Venise à Usbek, XXXI. +(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Rica</span>, compagnon de voyage +d'Usbek, son caractère enjoué, +XXV. (Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Richesse</span>. Si la Providence +n'avait accordé les richesses +qu'aux gens de bien, on ne les +aurait pas assez distinguées de +la vertu. XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Robe</span>. Un des trois états qui +se méprisent mutuellement. +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Rodriguez</span> (le P. Alphonse), +jésuite espagnol, né à Valladolid, +mort à Séville en 1616, +auteur d'un <i>Traité de la perfection +chrétienne</i>, traduit +par Régnier des Marets. Ses +œuvres sont rangées parmi les +purgatifs. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Rois</span>. Les rois sont comme +les dieux: pendant qu'ils vivent, +on doit les croire immortels. +CVIII.</p> + +<p>Les rois des tribus germaniques +n'étaient que des chefs +ou généraux à pouvoir limité +par celui des seigneurs et l'égalité +des dépouilles. CXXXI.</p> + +<p>Rois déposés par les Vandales +et les Goths. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Roman</span>. Le roman qui sert +de canevas aux Lettres persanes +est tout entier dans la +jalousie d'Usbek absent et les +désordres de son sérail. Si l'on +y joint l'histoire d'Aphéridon +et d'Astarté et celle d'Anaïs +(LXVII, CXLI), il remplit environ +soixante lettres, et un +peu moins du tiers de l'ouvrage +qu'il varie, et auquel il +est souvent rattaché avec un +art discret.</p> + +<p>(Voir <i>Eunuques</i>, <i>Fatmé</i>, +<i>Roxane</i>, <i>Zachi</i>, <i>Zélis</i>, <i>Zélide</i>, +<i>Zéphis</i> et <i>Sérail</i>, <i>Usbek</i> et +<i>Solim</i>, etc.).</p> + +<p><span class="smcap">Romanciers</span>. Espèces de +poëtes qui outrent le langage de +l'esprit et du cœur. CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Romans</span>. Leurs héros sont à +côté de la nature; un seul détruit +une armée.</p> + +<p>Extravagance des romans +orientaux. CXXXVII.</p> + +<p>Romans, vomitif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Rome</span>. Combien déchue depuis +les temps anciens. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Royauté</span>. Progrès de la +royauté française. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Roxane</span>, femme préférée +d'Usbek, qui vante sa vertu. +XX.</p> + +<p>Son opiniâtreté à repousser +les assiduités de son mari dans +les premiers mois de son mariage. +XXVI.</p> + +<p>Sa feinte sagesse trompe les +eunuques. CLI;</p> + +<p>Elle s'indigne des châtiments +subis par les autres femmes +du sérail. CLVI.</p> + +<p>Surprise avec un jeune homme. +CLIX.</p> + +<p>S'empoisonne: sa lettre. +CLXI.</p> + +<p><span class="smcap">Russe</span>. Lettre d'une jeune +mariée russe qui se plaint de +n'être pas battue par son mari. +LI.</p> + +<p><span class="smcap">Russie</span>. Le czar, allié naturel +de la Perse contre les +Turcs.</p> + +<p>Réformes de Pierre le +Grand. LI.</p> + +<p><span class="smcap">Rustan</span>, ami et correspondant +d'Usbek. V.</p> + +<p>(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p> + + +<h3>S</h3> + +<p><span class="smcap">Saint-Cyran</span> (abbé de), ses +lettres bonnes contre la gale, la +gratelle, etc. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Samos</span>. Roi de Samos sommé +par un roi d'Egypte de renoncer +à la cruauté et à la tyrannie. +XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Sanchez</span>. Son <i>de matrimonio</i>, +fort tonique contre la +chlorose. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Santon</span>, saint musulman. +XCIV.</p> + +<p>Santons chrétiens (moines +de la Thébaïde). <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Sardaigne</span>, terre insalubre, +destinée par les Romains aux +criminels et aux Juifs. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Sauromates</span>, véritablement +dans la servitude du sexe. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sauvages</span>. Leur aversion +pour le travail et l'agriculture. +Leur vie précaire; famine. +Avortements. Isolement des +tribus.</p> + +<p>Dépopulation. CXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Savants</span>. Deux savants pleins +de vanité. CXLIV.</p> + +<p>Tribulations d'un savant, +astronome, physicien et anatomiste. +CXLV.</p> + +<p>Jadis accusé de magie, le +savant aujourd'hui l'est d'irréligion +ou d'hérésie.</p> + +<p>Dédain des savants pour +ceux qui s'occupent d'une autre +science que la leur. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Scapulaire</span>, morceau de +drap attaché à deux rubans. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Sciences</span>. Mauvais usage +des sciences. CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Scolastique</span>. Allusion aux +disputes et aux subtilités scolastiques. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Scot</span>, subtil scolastique; +purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Secte</span>. Une secte nouvelle +introduite dans un État est le +moyen le plus sûr pour corriger +les abus de l'ancienne. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Seigneur</span>. Les grands seigneurs +qui représentent.</p> + +<p>Leur morgue. LXXIV.</p> + +<p>L'abolition de l'esclavage par +les rois abaissait les seigneurs. +LXXV.</p> + +<p>Un grand seigneur est un +homme qui voit le roi, parle +aux ministres, a des ancêtres, +des dettes et des pensions. +LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Sémiramis</span>, reine et divinité +des Babyloniens. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sénèque</span>. Dans le malheur, +un Européen n'a «d'autre ressource +que la lecture d'un philosophe +qu'on appelle Sénèque: +mais les Asiatiques, plus sensés +et meilleurs physiciens en +cela, prennent des breuvages +capables de rendre l'homme +gai, etc.» XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Séparation</span>. Une femme effrontée +expose les outrages +qu'elle a faits à son époux +comme une raison d'en être +séparée. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Sérail</span>. Gouverné par les +eunuques noirs. II, VII, LXIV, +IX.</p> + +<p>Gardé par les eunuques +blancs qui ne peuvent pénétrer +dans l'appartement des +femmes. XX, XXI.</p> + +<p>Les hommes qui en approchent +sont massacrés. LXVII, +CLIX.</p> + +<p>Condition et malheur des +femmes qui y sont enfermées. +VII, XX, XXI, XXVI, XXVII.</p> + +<p>A quel âge elles y entrent. +LXII.</p> + +<p>On leur fait croire que leur +réclusion est une garantie de +chasteté, de santé et de beauté. +XX, XXXIV, XLVII, LXII, +LXIII.</p> + +<p>Plus il y a de femmes dans +un sérail, moins elles y donnent +d'embarras. XCVII.</p> + +<p>Leurs dissensions, leurs réconciliations, +leurs voyages ou +promenades dans des boîtes. +LXIV, III, XLVII.</p> + +<p>Leurs privautés avec les filles +esclaves, IV, CXLVII, qui +ne se marient presque jamais +sinon avec des eunuques, +LXVII, CXV, LIII; leur goût +pour les eunuques blancs. XX.</p> + +<p>Le sérail tue l'amour chez le +mari sans supprimer la jalousie. +VI.</p> + +<p>Désordres dans le sérail +d'Usbek. XX, LXIV, LXV, +CXLVII-CLXI.</p> + +<p>Châtiments terribles, le fouet, +la torture. CLVI-CLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Servitude</span>. La servitude est +dans le tempérament asiatique. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Sibérie</span>. Lieu d'exil pour +les seigneurs russes disgraciés. +LI.</p> + +<p><span class="smcap">Sicile</span>. Contenait jadis de +puissants royaumes. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sincérité</span>. Celle d'Usbek +lui a fait des ennemis à la cour +de Perse. C'est la cause de son +voyage. VIII.</p> + +<p><span class="smcap">Singe</span>. Il y a encore des peuples +chez lesquels un singe passablement +instruit pourrait vivre +avec honneur. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Smyrne</span>. Seule ville «riche +et puissante» de l'Asie turque: +«Ce sont les Européens qui la +rendent telle.» XX.</p> + +<p><span class="smcap">Sociabilité</span>. L'homme, animal +sociable; un Français est +donc l'homme par excellence. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Société</span>. Elle est fondée sur +un avantage mutuel. LXXVI.</p> + +<p>Origine des sociétés: «un +fils est né auprès de son père +et il s'y tient: voilà la société +et la cause de la société.» +XCV.</p> + +<p><span class="smcap">Soleil</span>. Les Espagnols disent +«que le soleil se lève et +se couche dans leur pays.» +LXXVIII.</p> + +<p>«Ouvrage et manifestation +de la divinité,» dieu des Guèbres, +longtemps «honoré» +d'un «culte religieux mais inférieur... +dans la ville sainte +de Balk.» LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Solidarité</span>. Sa nécessité sociale, +prouvée dans l'épisode +des Troglodytes. Lettres XI. +XII, XIII.</p> + +<p><span class="smcap">Solim</span>, eunuque, dénonce les +désordres du sérail, CLI.</p> + +<p>Est chargé des vengeances +d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.</p> + +<p><span class="smcap">Soliman</span>, affront qu'il reçoit. +LXX.</p> + +<p><span class="smcap">Solliciteuses</span>. Leur agitation +perpétuelle; elles ne reculent +devant rien pour distribuer +les places et les honneurs. +CVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Somnifères</span>. La <i>Cour sainte</i> +du P. Caussin procure un +doux sommeil à un malade +affligé d'insomnie, et à toute +sa famille. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Somptuaires</span> (lois) finement +raillées. CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Son</span>. Combien de lieues il fait +dans une heure. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sottises</span>. Dire théologiquement +force sottises. CII.</p> + +<p><span class="smcap">Soumission</span>. Elle se mesure +à la gratitude. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Souverains</span>. Doivent chercher +des sujets et non des terres. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Statues</span>. Il y en a autant +dans les jardins de Louis XIV +que de citoyens dans une +grande ville. XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Statuts</span> de villes et de provinces. +Presque toujours rédigés +par écrit sous Louis XIV. +CI.</p> + +<p><span class="smcap">Style figuré</span>. L'auteur le +condamne. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Suède</span>. Mort de Charles XII. +CXXVIII.</p> + +<p>Mention de deux reines de +Suède. CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Suicide</span>. Injustice des lois +portées contre ceux qui se +tuent eux-mêmes.</p> + +<p>Le suicide ne trouble pas +l'ordre de la nature.</p> + +<p>Il n'est que l'usage d'un +droit; la renonciation à un contrat +devenu onéreux. LXXVI.</p> + +<p>Faibles arguments en faveur +de la loi religieuse et de la loi civile +contre le suicide. LXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Suisse</span>. République. CXXIII.</p> + +<p>Elle est l'image de la liberté. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Sultans</span>. Ils ont plus de +femmes que certains princes +italiens ou allemands n'ont de +sujets. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Superfluités</span>. Elles sont socialement +aussi nécessaires que +les nécessités de la vie. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Sûreté</span>. Précautions des +princes orientaux pour mettre +leur vie en sûreté. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Suphis</span>. Jeune étourdi. Le +traitement qu'il fait subir à sa +jeune femme. LXX.</p> + +<p><span class="smcap">Syphilis</span>, son introduction +dans l'ancien monde; ses effets +prodigieux; remède puissant +qui lui est opposé. CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Système</span> (de Law). Allusion +aux troubles qu'il apporte dans +les fortunes. CXXXII.</p> + +<p>Ses affirmations ne sont pas +plus sûres que les présages de +l'astrologie judiciaire. CXXXV.</p> + +<p>Il pervertit la moralité publique. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Système du monde</span>, expliqué +par quelques lois générales +découvertes par des philosophes +qui n'ont point été +ravis jusqu'au trône lumineux +(comme saint Paul), etc. +XCVIII.</p> + + +<h3>T</h3> + +<p><span class="smcap">Talents</span> (petits), tels que: +parler pour ne rien dire, écouter, +sourire à propos, entendre +finesse à tout, etc.</p> + +<p>«Un homme de bon sens ne +brille guère devant eux.» +LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Talismans</span>. Effet que peut +produire l'arrangement de certaines +lettres. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Tartares</span>. Leurs conquêtes +et leur puissance. Il ne leur a +manqué que des historiens. +LXXXII.</p> + +<p>Pourquoi leurs conquêtes seraient +dévastatrices. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Tartarie</span>. «Quand le kan +de Tartarie a dîné, un héraut +crie que tous les princes de la +terre peuvent aller dîner.» +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Tauris</span>. Lettres I, II, III.</p> + +<p><span class="smcap">Tavernier</span>, célèbre voyageur +en Perse. LXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Tempéraments</span> fixés par le +climat, ils souffrent du changement +brusque du pays d'origine. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Tentations</span> des santons de +la Thébaïde. Elles nous suivent +jusque dans la vie la plus +austère. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Terre</span>. Soumise comme les +autres planètes, aux lois du +mouvement; elle souffre au dedans +d'elle un combat perpétuel +de ses principes. CXIV.</p> + +<p>Elle se dépeuple et dans dix +siècles ne sera plus qu'un désert. +CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Testament</span>. Le testament +de Louis XIV cassé par le parlement. +XCIII.</p> + +<p><span class="smcap">Théâtre</span>. Description de la +salle et de la scène. XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Thébaïde</span>. Saints ou santons +chrétiens de la Thébaïde. Leur +vie, leurs tentations.</p> + +<p>Les chrétiens sensés regardent +leur histoire comme une +allégorie bien naturelle des +passions qui nous suivent jusque +dans le désert. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Théologie</span>. Les livres de +théologie, doublement inintelligibles +par la matière et la +manière. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Tisane</span> purgative et autres, +d'après la nouvelle pharmacie +spirituelle. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Titres</span>. La vente des titres +d'honneur est une des principales +ressources de Louis XIV. +XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Tolérance</span>. Elle commence +à s'établir en France; mais non +en Asie. LX. (Voir <span class="smcap">Intolérance</span>.)</p> + +<p><span class="smcap">Traducteurs</span>. Dialogue d'un +traducteur d'Horace et d'un +géomètre.</p> + +<p>Services que rendent les traducteurs +et danger de leur +métier. CXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Traductions</span>; rendent le +corps, mais non la vie. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Traitants</span>. Chambre, qu'on +appelle de justice, parce qu'elle +va leur ravir tout leur bien. +XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Traite</span> autorisée par les rois +chrétiens. LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Traités de paix</span>, légitimes +lorsque les conditions en sont +telles que les deux peuples +peuvent se conserver. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Travail</span>. Les Espagnols +«invincibles ennemis du travail.» +LXXVIII.</p> + +<p>Le travail et l'industrie à +Paris: sans eux, plus de revenus, +plus de circulation des +richesses. Chacun, retiré dans +sa terre, ne travaillerait qu'à +sa faim. Dépopulation. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Tribunal</span> où l'on prend les +voix à la majeure; on a reconnu +qu'il vaudrait mieux les recueillir +à la mineure. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Troglodytes</span>, perdus par +l'égoïsme et l'anarchie, relevés +par la solidarité des droits et +des devoirs, par la pratique de +la vertu et de la liberté civile. +Vont de nouveau périr par la +monarchie et l'égalité dans la +servitude. XI-XIV.</p> + +<p><span class="smcap">Turcs</span>. Sous le nom de +Turcs, les Tartares ont fait +des conquêtes immenses dans +l'Europe, l'Asie et l'Afrique; +et ils dominent sur trois parties +de l'univers. LXXXII.</p> + +<p>Les Turcs défaits par les Impériaux. +CXXIV.</p> + +<p>Caractère de leurs conquêtes. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Turquie</span>. Faiblesse de l'empire +des Osmanlis: «Ce corps +malade ne se soutient pas par +un régime doux et tempéré, +mais par des remèdes violents +qui l'épuisent et le minent sans +cesse.»</p> + +<p>Ni commerce, ni art, ni «expérience +sur la mer,» villes +désertes, campagnes désolées;</p> + +<p>«Juste idée de cet empire +qui, avant deux siècles, sera le +théâtre des triomphes de quelque +conquérant.» XX.</p> + +<p>La Turquie est également +dépeuplée en Europe et en +Asie. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Tyen</span>. Ciel des chinois. Les +âmes des ancêtres y sont +anéanties, mais revivent sur +terre dans les enfants. CXX.</p> + + +<h3>U</h3> + +<p><span class="smcap">Ubiquité</span>. Question pour les +philosophes, réalité pour les +Français. LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ulrique-Eléonore</span>, reine +de Suède. Sa tendresse conjugale. +CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Université</span> (de Paris), fille +très-aînée des rois de France. +Elle rêve quelquefois. CX.</p> + +<p><span class="smcap">Usbek</span>. (<i>Ouzbeyg</i>, nom +d'une des principales tribus +tartares ou turcomanes qui ont +envahi l'Asie Mineure vers le +temps des croisades.) Seigneur +persan disgracié. VIII.</p> + +<p>Vient en Europe se perfectionner +dans les sciences, qu'il +a toujours aimées.</p> + +<p>Il passe par Com, Tauris, +Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne +et s'arrête à Paris «siége +de l'empire d'Europe.»</p> + +<p>C'est là qu'il étudie les mœurs +des Français, qu'il ne cesse de +sonder les matières religieuses, +philosophiques, politiques, qu'il +acquiert des notions de droit +public et d'histoire générale, +plus tard développées dans +l'<i>Esprit des lois</i>.</p> + +<p>Le regret de son sérail, la +jalousie, troublent seules la sérénité +de son esprit. Il renvoie +à Ispahan les eunuques qu'il +avait emmenés, ne cesse d'écrire +à Zachi, Zélis, Zéphis, +Fatmé, et surtout à Roxane, sa +favorite, qui le trompe avec +toutes les apparences de la +vertu. Son désespoir, les ordres +cruels qu'il donne contre +les infidèles remplissent la fin +des <i>Lettres persanes</i>.</p> + +<p>Voir à la table les numéros +des lettres nombreuses qu'il +envoie et qu'il reçoit.</p> + +<p><span class="smcap">Usurpateur</span>. Un usurpateur +déclare rebelles tous ceux qui +n'ont point opprimé la patrie +comme lui. CV.</p> + + +<h3>V</h3> + +<p><span class="smcap">Vanité</span> de deux savants qui +veulent être admirés à force +de déplaire. CXLIV.</p> + +<p>Portrait du vaniteux. L.</p> + +<p><span class="smcap">Vandales</span>, déposaient volontiers +leurs rois. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Venise</span>. Epargnée par les +mahométans parce que l'eau y +manque pour les purifications. +XXXI.</p> + +<p>République qui n'a de ressources +qu'en son économie. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Vérité</span>. «Vérité dans un +temps, erreur dans un autre.» +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Vérités</span>. La connaissance +de cinq ou six vérités a rendu +la philosophie pleine de miracles. +XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Vertu</span>. C'est la pratique de +la justice, de la réciprocité sociale. +XII, XIII, <i>passim.</i></p> + +<p>Quand elle est naturelle, la +vertu est modeste et ne se fait +pas sentir. L.</p> + +<p><span class="smcap">Veuve indienne</span>. Pourquoi +elle veut se brûler et pourquoi +elle y renonce. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Viandes</span>. Le Turc ne veut +point qu'elles soient étouffées. +XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Vieillesse</span>. Elle juge tout +d'après le souvenir et le regret +de la jeunesse perdue. LIX.</p> + +<p><span class="smcap">Vierge</span> qui a mis au monde +douze prophètes. Son tombeau +est à Com. I.</p> + +<p><span class="smcap">Villes</span> d'Italie, désertes et +dépeuplées. CXIII.</p> + +<p>Les voyageurs recherchent +les grandes villes, espèce de +patrie commune à tous les +étrangers. XXIII.</p> + +<p>Depuis quand les bourgeois +ont perdu la garde de leurs +villes. CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Vin</span>, causes de sa cherté à +Paris. Ses funestes effets chez +les musulmans, malgré les prohibitions +du Coran. XXIII, +LVI.</p> + +<p><span class="smcap">Virginité</span>. Des femmes +adroites font de la virginité +une fleur qui périt et renaît +tous les jours, «et se cueille la +centième fois plus douloureusement +que la première.» +LVIII.</p> + +<p>Incertitude des preuves de la +virginité. LXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Visapour</span>. Les femmes jaunes +de ce pays peuplent les sérails +de Perse. XCVII.</p> + +<p><span class="smcap">Visites</span>. Pour nombre de +Français, il est de la bienséance +de visiter chaque jour le public +en gros et en détail. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Vizir</span>. Le grand vizir d'Allemagne +est le fléau de Dieu, +envoyé pour châtier les sectateurs +d'Omar. CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Vœux</span>. «Les dervis font trois +vœux, d'obéissance, de pauvreté +et de chasteté. On dit +que le premier est le mieux +observé de tous; quant au second, +je te réponds qu'il ne +l'est point: je te laisse à juger +du troisième.» LVII.</p> + +<p><span class="smcap">Volonté</span>. «Dieu ne peut +lire dans une volonté qui n'est +point encore.» LXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Vomitifs</span>. 1º Harangues, +oraisons funèbres, opéras nouveaux, +romans, mémoires, le +tout distillé;</p> + +<p>2º Infusion de papier ayant +couvert un recueil des pièces +des Jésuites français» (J. F.); +ou mieux, selon Barbier, des +jeux floraux. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Voyages</span>. Combien plus embarrassants +pour les femmes +que pour les hommes. XLIII.</p> + + +<h3>Z</h3> + +<p><span class="smcap">Zachi</span> rappelle à Usbek qu'il +l'a préférée à ses autres femmes. +III.</p> + +<p>Trouvée seule avec Nadir, +eunuque blanc. XX.</p> + +<p>Ses privautés avec la jeune +Zélide. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Sa réconciliation avec Zéphis. +XLVII.</p> + +<p>Couchée avec une de ses esclaves. +CXLVII.</p> + +<p>Elle reçoit le fouet et se +plaint passionnément à Usbek. +CLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zélide</span>, esclave de Zéphis, de +Zachi et de Zélis, soupçonnée +de certaines complaisances intimes +pour ses maîtresses. IV, +XX, CXLVII.</p> + +<p>Elle consent à épouser Cosrou, +eunuque blanc. (V. ce +mot.) XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zélis</span> marie son esclave Zélide +à Cosrou, eunuque blanc. +Ses idées sur les plaisirs conjugaux +des hommes de cette +espèce. LIII.</p> + +<p>Confie sa fille, âgée de sept +ans, aux soins des eunuques +noirs. LXII.</p> + +<p>A laissé tomber son voile en +allant à la mosquée. CXLVII.</p> + +<p>Soupçonnée d'avoir reçu une +lettre. CXLVIII.</p> + +<p>Reçoit le fouet et se plaint +vertement au «tyran» Usbek. +CLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Zéphis</span>. Accusée de certaines +relations illicites avec son +esclave Zélide, IV, se plaint +du grand eunuque noir.</p> + +<p>Sa réconciliation avec Zachi. +XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zend</span>, ancien bactrien, langue +sacrée des Guèbres. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zeuxis</span> assemble les plus +beaux modèles pour figurer la +déesse de la beauté.</p> + +<p>Ainsi les métaphysiciens +construisent l'idée de Dieu avec +les perfections imaginées par +les hommes. LXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Zoroastre</span>. Législateur des +Guèbres et auteur de leurs +livres sacrés. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zufagar</span>, nom de l'épée +d'Ali, «qui avoit deux pointes.» +XVI.</p> + +<p>(<i>Zoulfékar</i>, sabre à deux +lames donné par Mahomet, conservé +dans la maison des Kalifes, +brisé à la chasse par un +descendant d'Abdoullah IV, il figure +sur les pavillons ottomans.)</p> + +<p><span class="smcap">Zuléma</span> raconte à ses compagnes +du sérail l'histoire du +farouche Ibrahim et de l'immortelle +Anaïs. CXLI.</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="BIBLIOGRAPHIE" id="BIBLIOGRAPHIE"></a>BIBLIOGRAPHIE.</h2> + + +<h3>I.—ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT +DE L'AUTEUR.</h3> + +<p>1721. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Amsterdam, chez Pierre Brunel, +sur le Dam. 2 vol. grand in-12 (150 lettres).<br /></p> + +<p>— <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. +in-12. (Édition semblable à la précédente.)</p> + +<p>— <span class="smcap">Lettres persanes</span>. <span class="smcap">Seconde édition</span>, <i>revuë, corrigée, +diminuée et augmentée par l'auteur</i>. 2 vol. pet. in-12, +(140 lettres). Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B.</p> + +<p>Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition), +XXIII (XXV), XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL +(XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII (LXV), +LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI +sont fondues en une seule.</p> + +<p>Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans +cette <i>2<sup>e</sup> Marteau</i> les n<sup>os</sup> LVIII, LIX, LX. Reproduites +avec quelques variantes dans le <i>Supplément</i> de 1754.</p> + +<p>Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.</p> + +<p>La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en +tête du tome second de la première édition, termine le +tome premier de la seconde, avec le nº LXI.</p> + +<p>Les suppressions et changements ne portent que sur le +tome I<sup>er</sup>.</p> + +<p>(Pour la nature des suppressions, voir la <i>préface</i> de +notre édition. Pour les variantes et la collation des +n<sup>os</sup>, voir nos <i>notes et variantes</i>, tomes I et II.)</p> + +<p><i>N. B.</i> Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble +bien qu'il en ait paru deux à <i>Amsterdam, chez Pierre +Brunel, sur le Dam</i>. L'une porte sous le titre une +sphère armillaire, l'autre un polygone régulier à neuf +pans, dans lequel sont inscrits trois triangles équilatéraux.</p> + +<p>Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale +appartiennent à deux éditions différentes: le tome I +a la sphère, le tome II a le polygone; or nous avons +sous les yeux:</p> + +<p>Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette. +Sur le tome I de la Bibliothèque nationale, en regard +du feuillet de garde, se trouve la note manuscrite suivante: +<i>édition différente</i>. Au reste, les deux éditions +Brunel et l'une des éditions Marteau sont des réimpressions +d'un même texte.<br /></p> + +<p> </p> +<p>1730. <span class="smcap">Lettres persanes, troisième édition</span> à Amsterdam, +chez Jacques Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, +19030 <i>bis</i> B.</p> + +<p>Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser +au moment où fut rédigée notre préface, est +une <i>réimpression</i> de la 2<sup>e</sup> Marteau. Elle commence +également par la lettre d'<i>Usbek à son ami Nessir</i>, la +V<sup>e</sup> du texte complet. Le premier tome finit par la lettre +sur l'Académie.</p> + +<p>— Autre édition, mais conforme à la 1<sup>re</sup>: à Cologne, chez +Pierre Marteau. 2 vol. in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1731. <span class="smcap">Lettres persanes</span>: à Amsterdam, chez P. Mortier, +2 vol in-12 (150 lettres). Quérard dit: Amsterdam +(Paris).</p> + +<p> </p> +<p>1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, +Pierre Marteau.</p> + +<p> </p> +<p>1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.</p> + +<p> </p> +<p>1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, +près le collége des Jésuites. In-8<sup>o</sup>, 2 tomes en un volume, +150 lettres. (Arsenal, 19031 B.)</p> + +<p>— La même édition, augmentée des <i>Lettres turques</i> (par +Saint-Foix), 2 tomes en un volume.</p> + +<p>Réimpression de la 1<sup>re</sup> 1721, avec quelques variantes +insignifiantes.</p> + +<p> </p> +<p>1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir +la préface) <i>les Lettres persannes convaincues d'impiété</i>, +qui vise la 1<sup>re</sup> Marteau 1721, et la 2<sup>e</sup> Desbordes +1730.</p> + +<p> </p> +<p>1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.</p> + +<p> </p> +<p>1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de +Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le +texte.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Cologne, chez Pierre Marteau +(2 tomes in-12, 150 lettres, avec un <i>Supplément</i>).</p> + +<p>Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier +volume sont intercalées les <i>Lettres turques</i>.</p> + +<p>Le <i>Supplément</i>, à la fin du second volume, contient +<i>quelques réflexions sur les Lettres persanes</i>, onze lettres, +dont trois empruntées, avec variantes, à la 2<sup>e</sup> Marteau, +3<sup>e</sup> Desbordes, et un certain nombre de passages +nouveaux à ajouter ou à substituer dans le texte. La +plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement +observé les indications du <i>Supplément</i> pour le placement +des lettres et passages nouveaux.</p> + +<p>Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition +reliée en un volume; les <i>Lettres turques</i> y sont +insérées après le Supplément.</p> + + +<h3>II.—ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT +DE L'AUTEUR.</h3> + +<p>(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées +des <i>Lettres persanes</i>: mais diverses considérations +nous ont amené à signaler plusieurs éditions des Œuvres +complètes, en n'y tenant compte que de ce qui +concerne les <i>Lettres</i>.)</p> + +<p> </p> +<p>1755. Réimpression pure et simple, sans <i>Supplément</i>, du texte +de 1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. +grand in-12). L'exemplaire de la bibliothèque nationale +est relié en un volume.</p> + +<p> </p> +<p>1757. <span class="smcap">Œuvres de M. de Montesquieu</span>, Londres (4 vol. in-12). +La première édition des œuvres complètes, publiée par +Richer sous les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, +avec le concours de Moreau, ancien secrétaire +de l'auteur, et imprimeur célèbre qui, suivant Quérard +et Brunet, la rendit le modèle des éditions suivantes.</p> + +<p> </p> +<p>1758. <span class="smcap">Œuvres complètes de M. de Montesquieu</span>, nouvelle +édition, revue, corrigée et considérablement augmentée +<i>par l'auteur</i>, Amsterdam et Leipsick, Arkstée et +Merkus (3 vol. in-4<sup>o</sup>). Toutes les additions du <i>Supplément</i> +sont intercalées à leur place.</p> + +<p>Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), +note manuscrite indiquant deux collaborateurs +pour les <i>Lettres</i>. Les <i>Lettres</i> sont au tome III. Dans +l'avertissement, Richer réfute les remarques d'un anonyme +(Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition, très-belle +en effet, est plus correcte et moins chère que la précédente. +Toutes deux sont d'ailleurs l'œuvre de Richer +et de Moreau. Elles renferment un assez grand nombre +de <i>corrections</i> d'après les changements trouvés dans +les papiers de l'auteur, et que beaucoup d'éditions subséquentes +ont admises. Nous les signalons dans nos +<i>Notes</i>, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à +même de les voir et de les certifier, et nous nous défions +fort de cette manie d'arrangement et d'atténuations, +à laquelle se laissaient aller volontiers les éditeurs +des derniers siècles. Au reste, ces variantes sont +véritablement insignifiantes.</p> + +<p>Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam.</p> + +<p> </p> +<p>1759, 1762. <span class="smcap">Œuvres</span>. Nouvelle édition, très-augmentée, avec +des <i>remarques philosophiques et politiques d'un +anonyme</i> (Élias Luzac), Amsterdam et Lausanne, +Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.) (6 volumes +in-12.</p> + +<p>Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque +Richer réfute en 1758 les <i>Remarques</i> d'Élias +Luzac.</p> + +<p> </p> +<p>1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la +note manuscrite mentionnée à l'article 1758.</p> + +<p> </p> +<p>1761. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle +édition, augmentée de douze lettres qui ne se +trouvent pas dans les précédentes, et d'une table analytique +des sujets traités; un vol. in-8<sup>o</sup> de 527 pages. +Réimprimée en 1786.</p> + +<p>Le chiffre de <i>douze lettres</i> contient sans doute <i>Quelques +Réflexions sur les Lettres persanes</i>. En fait, le <i>Supplément</i> +de 1754 n'ajoute que <i>onze</i> lettres.</p> + +<p>Cette édition est la première complète des <i>Lettres persanes</i>.</p> + +<p> </p> +<p>1767. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1772. <span class="smcap">Œuvres</span>. Londres, Nourse, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, l'une des plus +mauvaises.</p> + +<p> </p> +<p>1776. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam, Arkstée et Merkus, +1 vol. in-12, 161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de +Provins.)</p> + +<p> </p> +<p>1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18.</p> + +<p> </p> +<p>1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1788. <span class="smcap">Œuvres</span>. Paris, Bastien, 5 vol in-8<sup>o</sup>. D'après Quérard, +médiocre et chère.</p> + +<p><span class="smcap">Œuvres</span>, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs +pièces qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam +(sans nom d'éditeur ni d'imprimeur). Généralement +conforme à l'in-4<sup>o</sup> de 1758. 6 vol. in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p> </p> +<p>1790. <span class="smcap">Œuvres</span>, Bâle 8 vol. in-8<sup>o</sup> (réimprimées en 1799), avec +des notes d'Helvétius, longtemps la plus complète, +mais entièrement effacée par celle d'Auger 1816.</p> + +<p> </p> +<p>1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8<sup>o</sup>; avec notes +d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte +médiocre. (Publiée par de Laroche.)</p> + +<p> </p> +<p>1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV.</p> + +<p>Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les +manuscrits (?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie +Plassan. 5 vol. grand in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p>Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758, +laisse à désirer comme livre de luxe.</p> + +<p> </p> +<p>1803. <span class="smcap">Lettres</span>. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol. +in-18. Avec les clichés de cette édition peu correcte a +été faite celle de Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection +des classiques français). Autre tirage, 1811.</p> + +<p> </p> +<p>1814 et 1820. <span class="smcap">Œuvres</span>, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p> </p> +<p>1815. <span class="smcap">Lettres</span>, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).</p> + +<p> </p> +<p>1816, 1818, 1820. <span class="smcap">Œuvres</span>, précédées de la vie de l'auteur par +Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8<sup>o</sup>, imprimerie +Crapelet. (Table analytique bien faite.)</p> + +<p>La seconde est plus complète.</p> + +<p>Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le +texte des lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.</p> + +<p> </p> +<p>1817. <span class="smcap">Œuvres</span>, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes +in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p> </p> +<p>1818. <span class="smcap">Lettres</span>, Nîmes, in-8<sup>o</sup> (id. 1820), traduction espagnole de +Marchena.</p> + +<p> </p> +<p>1819. <span class="smcap">Œuvres</span>. Nouvelle édition contenant les <i>Éloges de Montesquieu</i> +par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable), +les notes d'Helvétius, de Condorcet, et +le commentaire de Voltaire sur l'<i>Esprit des lois</i>. Paris, +de l'imprimerie de Pierre Didot aîné. Lequien +1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de +1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont +passées en revue. Estimée.</p> + +<p> </p> +<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>, suivies des œuvres diverses, Paris, Didot aîné, +3 vol. in-8<sup>o</sup>, formant les volumes 52-54 de la <i>Collection +des meilleurs ouvrages français</i>.</p> + +<p> </p> +<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant +partie de la <i>Bibliothèque française</i>.</p> + +<p> </p> +<p>1821. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection +des <i>Classiques français</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span> (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, +in-12.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span>, Paris, Touquet, in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1822. <span class="smcap">Œuvres</span>, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8<sup>o</sup>. +Portrait. Avec les <span class="smcap">Éloges</span> par d'Alembert et Villemain, +suivie du <i>Commentaire sur l'Esprit des lois</i> par +Destutt de Tracy. Édition faite sur 1819-Lequien. +Estimée.</p> + +<p> </p> +<p>1823. <span class="smcap">Lettres</span>. Nouvelle édition accompagnée de notes et +d'une table alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18.</p> + +<p>Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur +les noms orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée +par les frères Garnier.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span>, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, +3 vol. in-32.</p> + + +<p>Il y a peu à dire sur les éditions, tant des <span class="smcap">Œuvres</span> que des +<span class="smcap">Lettres</span>, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de +nos jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt +de 1758.</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND" id="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND"></a>TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.</h2> + +<p> +<a href="#LETTRE_LXXXIX"><b>LETTRE LXXXIX.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Notes sur Paris ou règnent la <i>liberté et l'égalité</i>; +portrait du grand seigneur en France; la faveur, +grande divinité des Français.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XC"><b>LETTRE XC.</b></a> Usbek à Ibben.<br /> +<br /> +Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation. +Amour des Français pour la gloire. Éloge +du régime républicain. <br /> + +<a href="#LETTRE_XCI"><b>LETTRE XCI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du +duel, plus forte que la raison et que la loi. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCII"><b>LETTRE XCII.</b></a> Usbek à Rustan.<br /> +<br /> +Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCIII"><b>LETTRE XCIII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement. +Rôle des parlements. Habileté du régent. +<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCIV"><b>LETTRE XCIV.</b></a> Usbek à son frère santon au monastère de +Casbin.<br /> +<br /> +A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires. +Tentations des ascètes de la Thébaïde. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCV"><b>LETTRE XCV</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Le droit public altéré par les princes et les puissants. +Le droit public ramené aux principes de justice +qui régissent le droit privé. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCVI"><b>LETTRE XCVI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions +du droit public. De la guerre et du prétendu +droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir +les <i>Notes et variantes</i>.) <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCVII"><b>LETTRE XCVII.</b></a> Le premier eunuque à Usbek. (<i>Roman</i>.)<br /> +<br /> +Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de +la polygamie. Nécessite de la présence du maître +dans le sérail. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCVIII"><b>LETTRE XCVIII.</b></a> Usbek à Hassein, dervis de la montagne +de Jaron.<br /> +<br /> +Supériorité des lois physiques découvertes par les +philosophes sur les élucubrations mystiques des +livres saints et des prophéties. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCIX"><b>LETTRE XCIX.</b></a> Usbek à Ibben.<br /> +<br /> +Inconstance des fortunes et désordre des finances en +France. Chambre ardente contre les traitants. +Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_C"><b>LETTRE C.</b></a> Rica à Rhédi.<br /> +<br /> +Les caprices et l'empire de la mode en France. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CI"><b>LETTRE CI.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Frivolité du caractère français. Incohérence de leur +législation empruntée au droit romain et aux constitutions +des Papes. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CII"><b>LETTRE CII.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Sur un évêque qui vantait son mandement. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CIII"><b>LETTRE CIII.</b></a> Usbek à Ibben.<br /> +<br /> +Considérations sur le gouvernement monarchique en +Europe et sur le despotisme oriental. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CIV"><b>LETTRE CIV.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs +assassins pour successeurs. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CV"><b>LETTRE CV.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Limitation de l'autorité royale par les Anglais. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CVI"><b>LETTRE CVI.</b></a> Rhédi à Usbek.<br /> +<br /> +Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts,<br /> +incompatibles avec la solidité des monarchies. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CVII"><b>LETTRE CVII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de +l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du luxe. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CVIII"><b>LETTRE CVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br /> +<br /> +Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère +des rois. Louis XIV entièrement gouverné +par les femmes. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CIX"><b>LETTRE CIX.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Les journaux et la critique au commencement du +XVIII<sup>e</sup> siècle. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CX"><b>LETTRE CX.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Querelles scolastiques sur la lettre Q.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXI"><b>LETTRE CXI.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Rôle et occupation d'une jolie femme. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXII"><b>LETTRE CXII.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Discours d'un général de la Fronde. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXIII"><b>LETTRE CXIII.</b></a> Rhédi à Usbek.<br /> +<br /> +Dépopulation croissante de la terre. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXIV"><b>LETTRE CXIV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes +générales. Le monde terrestre a bien plus de six +mille ans. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXV"><b>LETTRE CXV.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXVI"><b>LETTRE CXVI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde +romain. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXVII"><b>LETTRE CXVII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce. +(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.)<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXVIII"><b>LETTRE CXVIII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et +le monachisme. Supériorité des pays protestants +sur les pays catholiques. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXIX"><b>LETTRE CXIX.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique: +la traite et le travail esclave.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXX"><b>LETTRE CXX.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et +de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme, +«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la +fécondité de la Perse ancienne et des races juive +et chinoise. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXI"><b>LETTRE CXXI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur +ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXII"><b>LETTRE CXXII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation des colonies: les influences +climatériques, les cruautés des conquérants. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXIII"><b>LETTRE CXXIII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir +arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages +précoces. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXIV"><b>LETTRE CXXIV.</b></a> Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien +des trois tombeaux.<br /> +<br /> +En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la +victoire abandonne les Osmanlis. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXV"><b>LETTRE CXXV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Qui paye les libéralités des princes envers leurs +courtisans? <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXVI"><b>LETTRE CXXVI.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Difficulté de concevoir des récompenses éternelles. +Les paradis sont rendus inhabitables par leurs +inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXVII"><b>LETTRE CXXVII.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +Allusion à la conspiration de Cellamare. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXVIII"><b>LETTRE CXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br /> +<br /> +A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité +des ministres. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXIX"><b>LETTRE CXXIX.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXX"><b>LETTRE CXXX.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres +d'un nouvelliste. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXI"><b>LETTRE CXXXI.</b></a> Rhédi à Rica.<br /> +<br /> +Origines des républiques. Éloge du gouvernement +républicain. La liberté faite pour le génie des peuples +de l'Europe; la servitude pour celui des +orientaux. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXII"><b>LETTRE CXXXII.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Un café à la mode à l'époque de Law. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXIII"><b>LETTRE CXXXIII.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de +dervis. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXIV"><b>LETTRE CXXXIV.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique +de divers genres littéraires. La théologie, +l'ascétisme, la casuistique. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXV"><b>LETTRE CXXXV.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Troisième visite: les grammairiens, glossateurs +et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens, +les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes +des sciences occultes.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXVI"><b>LETTRE CXXXVI.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Vues historiques sur l'église, la décadence romaine, +les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne, +l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et +les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXVII"><b>LETTRE CXXXVII.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques, +épigrammatiques; les romanciers. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXVIII"><b>LETTRE CXXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br /> +<br /> +Désastreuses conséquences du système de Law. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXIX"><b>LETTRE CXXXIX.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore +et Christine. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXL"><b>LETTRE CXL.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves +et difficiles attributions politiques des parlements. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLI"><b>LETTRE CXLI.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Traduction supposée d'un conte persan. Aventures +de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes. +Vengeance qu'elle tire de son mari. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLII"><b>LETTRE CXLII.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien +mythologiste.» (Portrait allégorique de Law, +fils d'Éole). <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLIII"><b>LETTRE CXLIII.</b></a> Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif.<br /> +<br /> +Sur les amulettes, talismans et prestiges. <br /> +<br /> +Lettre d'un médecin de province à un médecin de +Paris.<br /> +<br /> +Vertu dormitive de la <i>Cour sainte</i> du père Caussin. +Pharmacie nouvelle extraite des œuvres des philosophes +et des théologiens. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLIV"><b>LETTRE CXLIV.</b></a> Usbek à Rica.<br /> +<br /> +Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge +de la modestie. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLV"><b>LETTRE CXLV.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre +d'un anatomiste. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLVI"><b>LETTRE CXLVI.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Perversion des mœurs publiques sous l'influence de +Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution +publique. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLVII"><b>LETTRE CXLVII.</b></a> Le grand eunuque à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Désordres dans le sérail d'Usbek. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLVIII"><b>LETTRE CXLVIII.</b></a> Usbek au grand eunuque. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Ordres de répression. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLIX"><b>LETTRE CXLIX.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Mort du grand eunuque. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CL"><b>LETTRE CL.</b></a> Usbek à Narsit. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Ordres réitérés de répression. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLI"><b>LETTRE CLI.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Dénonciations contre les femmes d'Usbek. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLII"><b>LETTRE CLII.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est<br /> +égarée. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLIII"><b>LETTRE CLIII.</b></a> Usbek à Solim. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Fureurs de l'époux outragé.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLIV"><b>LETTRE CLIV.</b></a> Usbek à ses femmes. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Reproches et menaces. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLV"><b>LETTRE CLV.</b></a> Usbek à Nessir. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Douloureuses confidences. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLVI"><b>LETTRE CLVI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Protestation contre les violences de Solim. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLVII"><b>LETTRE CLVII.</b></a> Zachi à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLVIII"><b>LETTRE CLVIII.</b></a> Zélis à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Même châtiment, même colère. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLIX"><b>LETTRE CLIX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLX"><b>LETTRE CLX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Solim va punir. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLXI"><b>LETTRE CLXI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme +qui l'a épousée malgré elle. <br /> +<br /> +<a href="#NOTES_ET_VARIANTES"><b>NOTES ET VARIANTES.</b></a> <br /> +<br /> +<a href="#INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"><b>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</b></a> <br /> +<br /> +<a href="#BIBLIOGRAPHIE"><b>BIBLIOGRAPHIE.</b></a><br /> +<br /> +</p> +<h2>FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.</h2> + + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE" id="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE"></a>OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE.</h2> + + +<p> +<span class="smcap">Les Finances de Champagne aux XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles</span>.<br /> +<br /> +<span class="smcap">La Flute de Pan</span>, 2<sup>e</sup> édition. Hetzel.<br /> +<br /> +<span class="smcap">La Lyre intime</span>. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">Virgile et Kalidasa</span>. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">L'Épopée terrestre</span>. Marpon.<br /> +<br /> +<span class="smcap">La Vallée du Nil</span> (avec <span class="smcap">M. H. Cammas</span>). Hachette.<br /> +<br /> +<span class="smcap">Les Merveilles de l'Architecture</span>, 3<sup>e</sup> édit. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">Les Parcs et les Jardins</span>, 2<sup>e</sup> édition. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">La Pensée nouvelle</span>, en collaboration avec MM. Louis<br /> +Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,<br /> +etc. 2 vol. gr. in-8<sup>o</sup>.<br /> +<br /> +<span class="smcap">Napoléon</span> I<sup>er</sup> (in-32). Bureaux de l<i>'Éclipse</i>.<br /> +<br /> +<span class="smcap">Les Finances particulières de Napoléon III.</span> J. Rouquette.<br /> +</p> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + +***** This file should be named 33856-h.htm or 33856-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/8/5/33856/ + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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