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+ The Project Gutenberg eBook of Lettres Persanes, by Montesquieu.
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+<pre>
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+The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Lettres persanes, tome II
+
+Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
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+
+
+
+<h1>LETTRES PERSANES</h1>
+
+<h4>PAR</h4>
+
+<h1>MONTESQUIEU</h1>
+
+<h3>AVEC</h3>
+
+<h3>PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES,</h3>
+
+<h3>INDEX</h3>
+
+<h3>PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE,</h3>
+
+<h4>PAR</h4>
+
+<h2>ANDRÉ LEFÈVRE</h2>
+
+<h2>TOME II</h2>
+
+<h4>PARIS</h4>
+
+<h4>ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
+27, PASSAGE CHOISEUL, 29</h4>
+
+<h4>M DCCC LXXIII</h4>
+
+<h5>Tous droits réservés.</h5>
+
+<h5>E. Picard</h5>
+
+<h5>IMP. EUGÈNE HEUTTE ET C<sup>e</sup>, A SAINT GERMAIN.</h5>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_LXXXIX" id="LETTRE_LXXXIX"></a>LETTRE LXXXIX.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance,
+la vertu, le mérite même de la guerre, quelque
+brillant qu'il soit, ne sauve pas un homme de
+la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie
+des rangs y est inconnue. On dit que le premier
+de Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son
+carrosse.</p>
+
+<p>Un grand seigneur est un homme qui voit le roi,
+qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des
+dettes et des pensions. S'il peut avec cela cacher
+son oisiveté par un air empressé, ou par un feint
+attachement pour les plaisirs, il croit être le plus
+heureux de tous les hommes.</p>
+
+<p>En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le
+monarque donne quelque part au gouvernement.
+Ici, il y a des gens qui sont grands par leur naissance;
+mais ils sont sans crédit. Les rois font
+comme ces ouvriers habiles qui, pour exécuter
+leurs ouvrages, se servent toujours des machines
+les plus simples.</p>
+
+<p>La faveur est la grande divinité des François.
+Le ministre est le grand prêtre, qui lui offre bien
+des victimes. Ceux qui l'entourent ne sont point
+habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt
+sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole
+avec tout le peuple.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XC" id="LETTRE_XC"></a>LETTRE XC.</h2>
+
+<h3>USBEK A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Le désir de la gloire n'est point différent de cet
+instinct que toutes les créatures ont pour leur
+conservation. Il semble que nous augmentons notre
+être, lorsque nous pouvons le porter dans la mémoire
+des autres: c'est une nouvelle vie que nous
+acquérons, et qui nous devient aussi précieuse que
+celle que nous avons reçue du ciel.</p>
+
+<p>Mais comme tous les hommes ne sont pas également
+attachés à la vie, ils ne sont pas aussi également
+sensibles à la gloire. Cette noble passion est
+bien toujours gravée dans leur c&oelig;ur; mais l'imagination
+et l'éducation la modifient de mille manières.</p>
+
+<p>Cette différence, qui se trouve d'homme à
+homme, se fait encore plus sentir de peuple à
+peuple.</p>
+
+<p>On peut poser pour maxime que, dans chaque
+État, le désir de la gloire croît avec la liberté des
+sujets, et diminue avec elle: la gloire n'est jamais
+compagne de la servitude.</p>
+
+<p>Un homme de bon sens me disoit l'autre jour:
+On est en France, à bien des égards, plus libre
+qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la gloire. Cette
+heureuse fantaisie fait faire à un François, avec
+plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient
+de ses sujets qu'en leur mettant sans cesse devant
+les yeux les supplices et les récompenses.</p>
+
+<p>Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de
+l'honneur du dernier de ses sujets. Il y a pour le
+maintenir des tribunaux respectables: c'est le trésor
+sacré de la nation, et le seul dont le souverain
+n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans
+choquer ses intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve
+blessé dans son honneur par son prince, soit par
+quelque préférence, soit par la moindre marque
+de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi,
+son service, et se retire chez lui.</p>
+
+<p>La différence qu'il y a des troupes françoises aux
+vôtres, c'est que les unes, composées d'esclaves
+naturellement lâches, ne surmontent la crainte de
+la mort que par celle du châtiment; ce qui produit
+dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la
+rend comme stupide: au lieu que les autres se
+présentent aux coups avec délice, et bannissent la
+crainte par une satisfaction qui lui est supérieure.</p>
+
+<p>Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation
+et de la vertu, semble être établi dans les républiques,
+et dans les pays où l'on peut prononcer le
+mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone,
+l'honneur payoit seul les services les plus signalés.
+Une couronne de chêne ou de laurier, une statue,
+un éloge, étoit une récompense immense pour une
+bataille gagnée ou une ville prise.</p>
+
+<p>Là, un homme qui avoit fait une belle action se
+trouvoit suffisamment récompensé par cette action
+même. Il ne pouvoit voir un de ses compatriotes
+qu'il ne ressentit le plaisir d'être son bienfaiteur;
+il comptoit le nombre de ses services par celui de
+ses concitoyens. Tout homme est capable de faire
+du bien à un homme: mais c'est ressembler aux
+dieux que de contribuer au bonheur d'une société
+entière.</p>
+
+<p>Mais cette noble émulation ne doit-elle point
+être entièrement éteinte dans le c&oelig;ur de vos Persans,
+chez qui les emplois et les dignités ne sont
+que des attributs de la fantaisie du souverain? La
+réputation et la vertu y sont regardées comme
+imaginaires, si elles ne sont accompagnées de la
+faveur du prince, avec laquelle elles naissent et
+meurent de même. Un homme qui a pour lui
+l'estime publique n'est jamais sûr de ne pas être
+déshonoré demain: le voilà aujourd'hui général
+d'armée; peut-être que le prince le va faire son
+cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre
+éloge que celui d'avoir fait un bon ragoût.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCI" id="LETTRE_XCI"></a>LETTRE XCI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>De cette passion générale que la nation françoise
+a pour la gloire, il s'est formé dans l'esprit
+des particuliers un certain je ne sais quoi qu'on
+appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère
+de chaque profession; mais il est plus marqué
+chez les gens de guerre, et c'est le point
+d'honneur par excellence. Il me seroit bien difficile
+de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en
+avons point précisément d'idée.</p>
+
+<p>Autrefois les François, surtout les nobles, ne
+suivoient guère d'autres lois que celles de ce point
+d'honneur: elles régloient toute la conduite de
+leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne pouvoit,
+sans une peine plus cruelle que la mort, je
+ne dis pas les enfreindre, mais en éluder la plus
+petite disposition.</p>
+
+<p>Quand il s'agissoit de régler les différends, elles
+ne prescrivoient guère qu'une manière de décision,
+qui étoit le duel, qui tranchoit toutes les difficultés;
+mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que
+souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties
+que celles qui y étoient intéressées.</p>
+
+<p>Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre,
+il falloit qu'il entrât dans la dispute, et qu'il payât
+de sa personne, comme s'il avoit été lui-même
+en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel
+choix et d'une préférence si flatteuse; et tel qui
+n'auroit pas voulu donner quatre pistoles à un
+homme pour le sauver de la potence, lui et toute
+sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer
+pour lui mille fois sa vie.</p>
+
+<p>Cette manière de décider étoit assez mal imaginée,
+car de ce qu'un homme étoit plus adroit ou
+plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit pas qu'il
+eût de meilleures raisons.</p>
+
+<p>Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines
+très-sévères; mais c'est en vain: l'honneur, qui
+veut toujours régner, se révolte, et il ne reconnoît
+point de lois.</p>
+
+<p>Ainsi les François sont dans un état bien violent:
+car les mêmes lois de l'honneur obligent un
+honnête homme de se venger quand il a été offensé;
+mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus
+cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les
+lois de l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on
+suit celles de la justice, on est banni pour jamais
+de la société des hommes: il n'y a donc que cette
+cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne
+de vivre.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCII" id="LETTRE_XCII"></a>LETTRE XCII.</h2>
+
+<h3>USBEK A RUSTAN.</h3>
+
+<h3>A Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur
+de Perse, qui se joue insolemment des deux
+plus grands rois du monde. Il apporte au monarque
+des François des présents que le nôtre ne sauroit
+donner à un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par
+sa lâche avarice, il a flétri la majesté des deux empires.</p>
+
+<p>Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui
+prétend être le plus poli de l'Europe, et il a fait
+dire en Occident que le roi des rois ne domine
+que sur des barbares.</p>
+
+<p>Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu
+se faire refuser lui-même; et, comme si la cour de
+France avoit eu plus à c&oelig;ur la grandeur persane
+que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant
+un peuple dont il est le mépris.</p>
+
+<p>Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête
+d'un malheureux. Je ne veux pas que nos ministres
+le punissent de leur propre imprudence,
+et de l'indigne choix qu'ils ont fait.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCIII" id="LETTRE_XCIII"></a>LETTRE XCIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Le monarque qui a si longtemps régné n'est
+plus<a name="FNanchor_A_1" id="FNanchor_A_1"></a><a href="#Footnote_A_1" class="fnanchor">[A]</a>. Il a bien fait parler des gens pendant sa
+vie; tout le monde s'est tû à sa mort. Ferme et courageux
+dans ce dernier moment, il a paru ne céder
+qu'au destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas,
+après avoir rempli toute la terre de son nom.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_A_1" id="Footnote_A_1"></a><a href="#FNanchor_A_1"><span class="label">[A]</span></a> Il mourut le 1<sup>er</sup> septembre 1715.</p></div>
+
+<p>Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait
+faire ici que des réflexions morales. Chacun a
+pensé à ses affaires, et à prendre ses avantages
+dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du
+monarque défunt, n'ayant que cinq ans, un prince
+son oncle a été déclaré régent du royaume.</p>
+
+<p>Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit
+l'autorité du régent. Ce prince habile a été au parlement;
+et, y exposant tous les droits de sa naissance,
+il a fait casser la disposition du monarque,
+qui, voulant se survivre à lui-même, sembloit
+avoir prétendu régner encore après sa mort.</p>
+
+<p>Les parlements ressemblent à ces ruines que
+l'on foule aux pieds, mais qui rappellent toujours
+l'idée de quelque temple fameux par l'ancienne
+religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus
+que de rendre la justice; et leur autorité est toujours
+languissante, à moins que quelque conjoncture
+imprévue ne vienne lui rendre la force et la
+vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses
+humaines: ils ont cédé au temps, qui détruit tout;
+à la corruption des m&oelig;urs, qui a tout affoibli; à
+l'autorité suprême, qui a tout abattu.</p>
+
+<p>Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable
+au peuple, a paru d'abord respecter cette image de
+la liberté publique; et, comme s'il avoit pensé à
+relever de terre le temple et l'idole, il a voulu
+qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie
+et le fondement de toute autorité légitime.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCIV" id="LETTRE_XCIV"></a>LETTRE XCIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A SON FRÈRE,
+SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.</h3>
+
+
+<p>Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me
+prosterne: je regarde les vestiges de tes pieds
+comme la prunelle de mes yeux. Ta sainteté est si
+grande, qu'il semble que tu aies le c&oelig;ur de notre
+saint prophète; tes austérités étonnent le ciel
+même; les anges t'ont regardé du sommet de la
+gloire, et ont dit: Comment est-il encore sur la
+terre, puisque son esprit est avec nous, et vole
+autour du trône qui est soutenu par les nuées?</p>
+
+<p>Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai
+appris de nos docteurs que les dervis, même infidèles,
+ont toujours un caractère de sainteté qui
+les rend respectables aux vrais croyants; et que
+Dieu s'est choisi dans tous les coins de la terre
+des âmes plus pures que les autres, qu'il a séparées
+du monde impie, afin que leurs mortifications
+et leurs prières ferventes suspendissent sa
+colère prête à tomber sur tant de peuples rebelles?</p>
+
+<p>Les chrétiens disent des merveilles de leurs
+premiers santons, qui se réfugièrent à milliers
+dans les déserts affreux de la Thébaïde, et eurent
+pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils
+en disent est vrai, leurs vies sont aussi pleines de
+prodiges que celles de nos plus sacrés immaums.
+Ils passoient quelquefois dix ans entiers sans voir
+un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le
+jour avec des démons; ils étoient sans cesse tourmentés
+par ces esprits malins; ils les trouvoient
+au lit, ils les trouvoient à table; jamais d'asile
+contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable,
+il faudroit avouer que personne n'auroit
+jamais vécu en plus mauvaise compagnie.</p>
+
+<p>Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires
+comme une allégorie bien naturelle, qui
+nous peut servir à nous faire sentir le malheur de
+la condition humaine. En vain cherchons-nous
+dans le désert un état tranquille; les tentations
+nous suivent toujours: nos passions, figurées par
+les démons, ne nous quittent point encore; ces
+monstres du c&oelig;ur, ces illusions de l'esprit, ces
+vains fantômes de l'erreur et du mensonge, se
+montrent toujours à nous pour nous séduire, et
+nous attaquent jusque dans les jeûnes et les cilices,
+c'est-à-dire jusque dans notre force même.</p>
+
+<p>Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé
+de Dieu a enchaîné Satan, et l'a précipité
+dans les abîmes: il a purifié la terre, autrefois
+pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour
+des anges et des prophètes.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCV" id="LETTRE_XCV"></a>LETTRE XCV</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on
+n'ait commencé par rechercher soigneusement
+quelle est l'origine des sociétés; ce qui me paroît
+ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils
+se quittoient et se fuyoient les uns les autres,
+il faudroit en demander la raison, et chercher
+pourquoi ils se tiennent séparés: mais ils naissent
+tous liés les uns aux autres; un fils est né auprès
+de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la
+cause de la société.</p>
+
+<p>Le droit public est plus connu en Europe qu'en
+Asie: cependant on peut dire que les passions des
+princes, la patience des peuples, la flatterie des
+écrivains, en ont corrompu tous les principes.</p>
+
+<p>Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une
+science qui apprend aux princes jusqu'à quel point
+ils peuvent violer la justice sans choquer leurs intérêts.
+Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour endurcir
+leur conscience, mettre l'iniquité en système,
+d'en donner des règles, d'en former des
+principes, et d'en tirer des conséquences!</p>
+
+<p>La puissance illimitée de nos sublimes sultans,
+qui n'a d'autre règle qu'elle-même, ne produit pas
+plus de monstres que cet art indigne qui veut faire
+plier la justice, tout inflexible qu'elle est.</p>
+
+<p>On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes
+différentes: l'une qui règle les affaires des particuliers,
+qui règne dans le droit civil; l'autre qui
+règle les différends qui surviennent de peuple à
+peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme
+si le droit public n'étoit pas lui-même un droit
+civil, non pas à la vérité d'un pays particulier,
+mais du monde.</p>
+
+<p>Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées
+là-dessus.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCVI" id="LETTRE_XCVI"></a>LETTRE XCVI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen
+à citoyen: chaque peuple la doit rendre
+lui-même de lui à un autre peuple. Dans cette
+seconde distribution de justice, on ne peut employer
+d'autres maximes que dans la première.</p>
+
+<p>De peuple à peuple, il est rarement besoin de
+tiers pour juger, parce que les sujets de disputes
+sont presque toujours clairs et faciles à terminer.
+Les intérêts de deux nations sont ordinairement
+si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour
+la trouver: on ne peut guère se prévenir dans sa
+propre cause.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des différends qui arrivent
+entre particuliers. Comme ils vivent en
+société, leurs intérêts sont si mêlés et si confondus,
+il y en a tant de sortes différentes, qu'il est
+nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité
+des parties cherche à obscurcir.</p>
+
+<p>Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les
+unes qui se font pour repousser un ennemi qui
+attaque; les autres pour secourir un allié qui est
+attaqué.</p>
+
+<p>Il n'y auroit point de justice de faire la guerre
+pour des querelles particulières du prince, à moins
+que le cas ne fût si grave qu'il méritât la mort du
+prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un
+prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura
+refusé un honneur qui lui est dû, ou parce qu'on
+aura eu quelque procédé peu convenable à l'égard
+de ses ambassadeurs, et autres choses pareilles;
+non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui
+lui refuse le pas. La raison en est que, comme la
+déclaration de guerre doit être un acte de justice,
+dans lequel il faut toujours que la peine soit proportionnée
+à la faute, il faut voir si celui à qui on
+déclare la guerre mérite la mort. Car faire la
+guerre à quelqu'un, c'est vouloir le punir de mort.</p>
+
+<p>Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère
+c'est la guerre: puisque son but est la destruction
+de la société.</p>
+
+<p>Les représailles sont du second degré. C'est une
+loi que les tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer,
+de mesurer la peine par le crime.</p>
+
+<p>Un troisième acte de justice est de priver un
+prince des avantages qu'il peut tirer de nous, proportionnant
+toujours la peine à l'offense.</p>
+
+<p>Le quatrième acte de justice, qui doit être le
+plus fréquent, est la renonciation à l'alliance du
+peuple dont on a à se plaindre. Cette peine répond
+à celle du bannissement établie dans les tribunaux,
+qui retranche les coupables de la société.
+Ainsi un prince à l'alliance duquel nous renonçons
+est retranché par là de notre société, et
+n'est plus un de nos membres.</p>
+
+<p>On ne peut pas faire de plus grand affront à un
+prince que de renoncer à son alliance, ni lui faire
+de plus grand honneur que de la contracter. Il
+n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus
+glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres
+toujours attentifs à leur conservation.</p>
+
+<p>Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle
+soit juste: ainsi une alliance faite entre deux nations
+pour en opprimer une troisième n'est pas
+légitime, et on peut la violer sans crime.</p>
+
+<p>Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité
+du prince de s'allier avec un tyran. On dit qu'un
+monarque d'Égypte fit avertir le roi de Samos de
+sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en
+corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire
+qu'il renonçoit à son amitié et à son alliance.</p>
+
+<p>La conquête ne donne point un droit par elle-même.
+Lorsque le peuple subsiste, elle est un gage
+de la paix et de la réparation du tort; et, si le
+peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument
+d'une tyrannie.</p>
+
+<p>Les traités de paix sont si sacrés parmi les
+hommes, qu'il semble qu'ils soient la voix de la
+nature, qui réclame ses droits. Ils sont tous légitimes,
+lorsque les conditions en sont telles que les
+deux peuples peuvent se conserver: sans quoi,
+celle des deux sociétés qui doit périr, privée de sa
+défense naturelle par la paix, la peut chercher dans
+la guerre.</p>
+
+<p>Car la nature, qui a établi les différents degrés
+de force et de foiblesse parmi les hommes, a encore
+souvent égalé la foiblesse à la force par le
+désespoir.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCVII" id="LETTRE_XCVII"></a>LETTRE XCVII.</h2>
+
+<h3>LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du
+royaume de Visapour: j'en ai acheté une pour
+ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui m'envoya
+il y a un mois son commandement sublime
+et cent tomans.</p>
+
+<p>Je me connois en femmes, d'autant mieux
+qu'elles ne me surprennent pas, et qu'en moi les
+yeux ne sont point troublés par les mouvements
+du c&oelig;ur.</p>
+
+<p>Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si
+parfaite: ses yeux brillants portent la vie sur son
+visage, et relèvent l'éclat d'une couleur qui pourroit
+effacer tous les charmes de la Circassie.</p>
+
+<p>Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan
+la marchandoit avec moi; mais elle se déroboit
+dédaigneusement à ses regards, et sembloit chercher
+les miens, comme si elle avoit voulu me dire
+qu'un vil marchand n'étoit pas digne d'elle, et
+qu'elle étoit destinée à un plus illustre époux.</p>
+
+<p>Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie
+secrète quand je pense aux charmes de cette
+belle personne: il me semble que je la vois entrer
+dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir
+l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur
+impérieuse des unes; l'affliction muette, mais plus
+douloureuse, des autres; la consolation maligne
+de celles qui n'espèrent plus rien, et l'ambition
+irritée de celles qui espèrent encore.</p>
+
+<p>Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire
+changer tout un sérail de face. Que de passions je
+vais émouvoir! Que de craintes et de peines je
+prépare!</p>
+
+<p>Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors
+ne sera pas moins tranquille: les grandes révolutions
+seront cachées dans le fond du c&oelig;ur; les
+chagrins seront dévorés, et les joies contenues;
+l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les
+règles moins inflexibles; la douceur, toujours
+contrainte de paroître, sortira du fond même du
+désespoir.</p>
+
+<p>Nous remarquons que, plus nous avons de
+femmes sous nos yeux, moins elles nous donnent
+d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire,
+moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission,
+tout cela leur forme des chaînes. Les
+unes sont sans cesse attentives sur les démarches
+des autres: il semble que, de concert avec nous,
+elles travaillent à se rendre plus dépendantes; elles
+font presque la moitié de notre office, et nous
+ouvrent les yeux quand nous les fermons. Que
+dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre
+leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles
+se trouvent près de celles qu'on punit.</p>
+
+<p>Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela
+n'est rien sans la présence du maître. Que pouvons-nous
+faire avec ce vain fantôme d'une autorité
+qui ne se communique jamais tout entière? Nous
+ne représentons que foiblement la moitié de toi-même:
+nous ne pouvons que leur montrer une
+odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte par
+les espérances: plus absolu quand tu caresses,
+que tu ne l'es quand tu menaces.</p>
+
+<p>Reviens donc, magnifique seigneur, reviens
+dans ces lieux porter partout les marques de ton
+empire. Viens adoucir des passions désespérées:
+viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser
+l'amour qui murmure, et rendre le devoir même
+aimable; viens enfin soulager tes fidèles eunuques
+d'un fardeau qui s'appesantit chaque jour.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCVIII" id="LETTRE_XCVIII"></a>LETTRE XCVIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE
+DE JARON.</h3>
+
+
+<p>O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de
+tant de connoissances, écoute ce que je vais
+te dire.</p>
+
+<p>Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont
+point atteint jusqu'au faîte de la sagesse orientale:
+ils n'ont point été ravis jusqu'au trône lumineux;
+ils n'ont, ni entendu les paroles ineffables dont les
+concerts des anges retentissent, ni senti les formidables
+accès d'une fureur divine: mais, laissés
+à eux-mêmes, privés des saintes merveilles, ils
+suivent dans le silence les traces de la raison
+humaine.</p>
+
+<p>Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a
+conduits. Ils ont débrouillé le chaos; et ont expliqué,
+par une mécanique simple, l'ordre de l'architecture
+divine. L'auteur de la nature a donné du
+mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage
+pour produire cette prodigieuse variété d'effets,
+que nous voyons dans l'univers.</p>
+
+<p>Que les législateurs ordinaires nous proposent
+des lois pour régler les sociétés des hommes; des
+lois aussi sujettes au changement que l'esprit de
+ceux qui les proposent et des peuples qui les observent:
+ceux-ci ne nous parlent que des lois générales,
+immuables, éternelles, qui s'observent sans
+aucune exception, avec un ordre, une régularité, et
+une promptitude infinie, dans l'immensité des
+espaces.</p>
+
+<p>Et que crois-tu, homme divin, que soient ces
+lois? Tu t'imagines peut-être qu'entrant dans le
+conseil de l'Éternel, tu vas être étonné par la
+sublimité des mystères: tu renonces par avance à
+comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.</p>
+
+<p>Mais tu changeras bientôt de pensée: elles
+n'éblouissent point par un faux respect; leur
+simplicité les a fait longtemps méconnoître, et
+ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en
+a connu toute la fécondité et toute l'étendue.</p>
+
+<p>La première est que tout corps tend à décrire
+une ligne droite, à moins qu'il ne rencontre quelque
+obstacle qui l'en détourne; et la seconde, qui
+n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui
+tourne autour d'un centre tend à s'en éloigner,
+parce que, plus il en est loin, plus la ligne qu'il
+décrit approche de la ligne droite.</p>
+
+<p>Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà
+des principes féconds, dont on tire des conséquences
+à perte de vue, comme je te le ferai voir dans
+une lettre particulière.</p>
+
+<p>La connoissance de cinq ou six vérités a rendu
+leur philosophie pleine de miracles, et leur a fait
+faire plus de prodiges et de merveilles que tout ce
+qu'on nous raconte de nos saints prophètes.</p>
+
+<p>Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de
+nos docteurs qui n'eût été embarrassé, si on lui
+eût dit de peser dans une balance tout l'air qui
+est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau
+qui tombe chaque année sur sa surface; et qui
+n'eût pensé plus de quatre fois, avant de dire combien
+de lieues le son fait dans une heure; quel
+temps un rayon de lumière emploie à venir du
+soleil à nous; combien de toises il y a d'ici à Saturne;
+quelle est la courbe selon laquelle un vaisseau
+doit être taillé, pour être le meilleur voilier
+qu'il soit possible.</p>
+
+<p>Peut-être que si quelque homme divin avoit
+orné les ouvrages de ces philosophes de paroles
+hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des figures
+hardies et des allégories mystérieuses, il auroit
+fait un bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint
+Alcoran.</p>
+
+<p>Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je
+ne m'accommode guères du style figuré. Il y a
+dans notre Alcoran un grand nombre de choses
+puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles
+soient relevées par la force et la vie de
+l'expression. Il semble d'abord que les livres
+inspirés ne sont que les idées divines rendues en
+langage humain: au contraire, dans nos livres
+saints, on trouve le langage de Dieu, et les idées
+des hommes; comme si, par un admirable caprice,
+Dieu y avoit dicté les paroles, et que
+l'homme eût fourni les pensées.</p>
+
+<p>Tu diras peut-être que je parle trop librement
+de ce qu'il y a de plus saint parmi nous; tu croiras
+que c'est le fruit de l'indépendance où l'on vit
+dans ce pays. Non, grâces au ciel, l'esprit n'a pas
+corrompu le c&oelig;ur; et, tandis que je vivrai, Ali
+sera mon prophète.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_XCIX" id="LETTRE_XCIX"></a>LETTRE XCIX.</h2>
+
+<h3>USBEK A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit
+si inconstante que dans celui-ci. Il arrive tous
+les dix ans des révolutions qui précipitent le riche
+dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des
+ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci
+est étonné de sa pauvreté; celui-là l'est de son
+abondance. Le nouveau riche admire la sagesse
+de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du
+destin.</p>
+
+<p>Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des
+trésors: parmi eux il y a peu de Tantales. Ils
+commencent pourtant ce métier par la dernière
+misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant
+qu'ils sont pauvres; quand ils sont riches, on
+les estime assez: aussi ne négligent-ils rien pour
+acquérir de l'estime.</p>
+
+<p>Ils sont à présent dans une situation bien terrible.
+On vient d'établir une chambre qu'on appelle
+de justice, parce qu'elle va leur ravir tout leur
+bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs
+effets; car on les oblige de les déclarer au juste,
+sous peine de la vie: ainsi on les fait passer par
+un défilé bien étroit, je veux dire entre la vie
+et leur argent. Pour comble d'infortune, il y a
+un ministre connu par son esprit, qui les honore
+de ses plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations
+du conseil. On ne trouve pas tous les
+jours des ministres disposés à faire rire le peuple;
+et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir
+entrepris.</p>
+
+<p>Le corps des laquais est plus respectable en
+France qu'ailleurs: c'est un séminaire de grands
+seigneurs; il remplit le vide des autres états. Ceux
+qui le composent prennent la place des grands
+malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes
+tués dans les fureurs de la guerre; et
+quand ils ne peuvent pas suppléer par eux-mêmes,
+ils relèvent toutes les grandes maisons par le
+moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce
+de fumier qui engraisse les terres montagneuses et
+arides.</p>
+
+<p>Je trouve, Ibben, la providence admirable dans
+la manière dont elle a distribué les richesses: si
+elle ne les avoit accordées qu'aux gens de bien, on
+ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et
+on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand
+on examine qui sont les gens qui en sont les plus
+chargés, à force de mépriser les riches, on vient
+enfin à mépriser les richesses.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_C" id="LETTRE_C"></a>LETTRE C.</h2>
+
+<h3>RICA A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Je trouve les caprices de la mode, chez les François,
+étonnants. Ils ont oublié comment ils
+étoient habillés cet été; ils ignorent encore plus
+comment ils le seront cet hiver: mais surtout on
+ne sauroit croire combien il en coûte à un mari,
+pour mettre sa femme à la mode.</p>
+
+<p>Que me serviroit de te faire une description
+exacte de leur habillement et de leurs parures?
+une mode nouvelle viendroit détruire tout mon
+ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant
+que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé.</p>
+
+<p>Une femme qui quitte Paris pour aller passer
+six mois à la campagne en revient aussi antique
+que si elle s'y étoit oubliée trente ans. Le fils
+méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit
+avec lequel elle est peinte lui paroît étranger; il
+s'imagine que c'est quelque Américaine qui y est
+représentée; ou que le peintre a voulu exprimer
+quelqu'une de ses fantaisies.</p>
+
+<p>Quelquefois les coiffures montent insensiblement;
+et une révolution les fait descendre tout à
+coup. Il a été un temps que leur hauteur immense
+mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même:
+dans un autre, c'étoit les pieds qui occupoient
+cette place; les talons faisoient un piédestal,
+qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le croire?
+les architectes ont été souvent obligés de hausser,
+de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les
+parures des femmes exigeoient d'eux ce changement;
+et les règles de leur art ont été asservies à
+ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage
+une quantité prodigieuse de mouches, et elles
+disparoissent toutes le lendemain. Autrefois les
+femmes avoient de la taille, et des dents; aujourd'hui
+il n'en est pas question. Dans cette changeante
+nation, quoi qu'en dise le critique, les
+filles se trouvent autrement faites que leurs
+mères.</p>
+
+<p>Il en est des manières et de la façon de vivre
+comme des modes: les François changent de
+m&oelig;urs selon l'âge de leur roi. Le monarque
+pourroit même parvenir à rendre la nation grave,
+s'il l'avoit entrepris. Le prince imprime le caractère
+de son esprit à la cour, la cour à la ville, la
+ville aux provinces. L'âme du souverain est un
+moule qui donne la forme à toutes les autres.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CI" id="LETTRE_CI"></a>LETTRE CI.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse
+des François sur leurs modes. Cependant
+il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés:
+c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout
+ce qui se fait chez les autres nations; ils y rappellent
+tout; ce qui est étranger leur paroît toujours
+ridicule. Je t'avoue que je ne saurois guères
+ajuster cette fureur pour leurs costumes avec
+l'inconstance avec laquelle ils en changent tous
+les jours.</p>
+
+<p>Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est
+étranger, je ne te parle que des bagatelles; car,
+sur les choses importantes, ils semblent s'être méfiés
+d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent
+de bon c&oelig;ur que les autres peuples sont plus
+sages, pourvu qu'on convienne qu'ils sont mieux
+vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux lois d'une
+nation rivale, pourvu que les perruquiers françois
+décident en législateurs sur la forme des perruques
+étrangères. Rien ne leur paroît si beau que
+de voir le goût de leurs cuisiniers régner du septentrion
+au midi; et les ordonnances de leurs
+coiffeuses portées dans toutes les toilettes de
+l'Europe.</p>
+
+<p>Avec ces nobles avantages, que leur importe
+que le bon sens leur vienne d'ailleurs, et qu'ils
+aient pris de leurs voisins tout ce qui concerne le
+gouvernement politique et civil?</p>
+
+<p>Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien
+et le plus puissant de l'Europe, soit gouverné, depuis
+plus de dix siècles, par des lois qui ne sont
+pas faites pour lui? Si les François avoient été
+conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre:
+mais ils sont les conquérants.</p>
+
+<p>Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par
+leurs premiers rois dans les assemblées générales
+de la nation; et ce qu'il y a de singulier, c'est que
+les lois romaines, qu'ils ont prises à la place,
+étoient en partie faites et en partie rédigées par
+des empereurs contemporains de leurs législateurs.</p>
+
+<p>Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout
+le bon sens leur vînt d'ailleurs, ils ont adopté
+toutes les constitutions des papes, et en ont fait
+une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre
+de servitude.</p>
+
+<p>Il est vrai que, dans les derniers temps, on a
+rédigé par écrit quelques statuts des villes et des
+provinces: mais ils sont presque tous pris du droit
+romain.</p>
+
+<p>Cette abondance de lois adoptées, et pour
+ainsi dire naturalisées, est si grande qu'elle accable
+également la justice et les juges. Mais ces
+volumes de lois ne sont rien en comparaison de
+cette armée effroyable de glossateurs, de commentateurs,
+de compilateurs; gens aussi foibles
+par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont
+forts par leur nombre prodigieux.</p>
+
+<p>Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit
+des formalités qui sont la honte de la raison
+humaine. Il seroit assez difficile de décider si
+la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle
+est entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle
+s'est logée dans la médecine; si elle a fait plus de
+ravages sous la robe d'un jurisconsulte que sous
+le large chapeau d'un médecin; et si dans l'une
+elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans
+l'autre.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CII" id="LETTRE_CII"></a>LETTRE CII.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>On parle toujours ici de la constitution. J'entrai
+l'autre jour dans une maison où je vis d'abord
+un gros homme avec un teint vermeil, qui disoit
+d'une voix forte: J'ai donné mon mandement;
+je n'irai point répondre à tout ce que vous dites;
+mais lisez-le, ce mandement; et vous verrez que
+j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a fallu bien suer
+pour le faire, dit-il en portant la main sur le
+front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il
+m'a fallu lire bien des auteurs latins. Je le crois,
+dit un homme qui se trouva là, car c'est un bel
+ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si souvent
+vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien,
+lisez-le donc, reprit-il, et vous serez plus instruit
+sur ces matières dans un quart d'heure, que si je
+vous en avois parlé deux heures. Voilà comme il
+évitoit d'entrer en conversation, et de commettre
+sa suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut
+obligé de sortir de ses retranchements; et il
+commença à dire théologiquement force sottises,
+soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement.
+Quand deux hommes qui
+étoient là lui nioient quelque principe, il disoit
+d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi;
+et nous sommes des juges infaillibles. Et comment,
+lui dis-je pour lors, êtes-vous des juges
+infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le
+Saint-Esprit nous éclaire? Cela est heureux, lui
+répondis-je; car, de la manière dont vous avez
+parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez
+grand besoin d'être éclairé.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CIII" id="LETTRE_CIII"></a>LETTRE CIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Les plus puissants États de l'Europe sont ceux
+de l'empereur, des rois de France, d'Espagne et
+d'Angleterre. L'Italie et une grande partie de
+l'Allemagne sont partagées en un nombre infini
+de petits États, dont les princes sont, à proprement
+parler, les martyrs de la souveraineté. Nos
+glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart
+de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui
+ne sont pas si unis, sont plus à plaindre: leurs
+États sont ouverts comme des caravansérails, où
+ils sont obligés de loger les premiers qui viennent:
+il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes,
+et leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de
+leur amitié.</p>
+
+<p>La plupart des gouvernements d'Europe sont
+monarchiques, ou plutôt sont ainsi appelés: car
+je ne sais pas s'il y en a jamais eu véritablement
+de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient
+subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état
+violent, qui dégénère toujours en despotisme, ou
+en république: la puissance ne peut jamais être
+également partagée entre le peuple et le prince;
+l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le
+pouvoir diminue d'un côté pendant qu'il augmente
+de l'autre; mais l'avantage est ordinairement
+du côté du prince, qui est à la tête des armées.</p>
+
+<p>Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien
+grand, et on peut dire qu'ils l'ont tel qu'ils le
+veulent: mais ils ne l'exercent point avec tant
+d'étendue que nos sultans; premièrement, parce
+qu'ils ne veulent point choquer les m&oelig;urs et la
+religion des peuples; secondement, parce qu'il
+n'est pas de leur intérêt de le porter si loin.</p>
+
+<p>Rien ne rapproche plus les princes de la condition
+de leurs sujets, que cet immense pouvoir
+qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet plus
+aux revers, et aux caprices de la fortune.</p>
+
+<p>L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux
+qui leur déplaisent, au moindre signe qu'ils font,
+renverse la proportion qui doit être entre les fautes
+et les peines, qui est comme l'âme des États
+et l'harmonie des empires; et cette proportion,
+scrupuleusement gardée par les princes chrétiens,
+leur donne un avantage infini sur nos sultans.</p>
+
+<p>Un Persan qui, par imprudence ou par malheur,
+s'est attiré la disgrâce du prince, est sûr de
+mourir: la moindre faute ou le moindre caprice
+le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté
+à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses
+places aux ennemis, il en seroit aussi quitte pour
+perdre la vie: il ne court donc pas plus de risque
+dans ce dernier cas que dans le premier.</p>
+
+<p>Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort
+certaine, et ne voyant rien de pis, il se porte naturellement
+à troubler l'État, et à conspirer contre
+le souverain; seule ressource qui lui reste.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à
+qui la disgrâce n'ôte rien que la bienveillance et
+la faveur. Ils se retirent de la cour, et ne songent
+qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de
+leur naissance. Comme on ne les fait guères périr
+que pour le crime de lèse-majesté, ils craignent
+d'y tomber, par la considération de ce qu'ils ont à
+perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait
+qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes
+morts d'une mort violente.</p>
+
+<p>Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos
+princes, ils n'apportoient pas tant de précautions
+pour mettre leur vie en sûreté, ils ne vivroient
+pas un jour; et s'ils n'avoient à leur solde un nombre
+innombrable de troupes, pour tyranniser le
+reste de leurs sujets, leur empire ne subsisteroit
+pas un mois.</p>
+
+<p>Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de
+France prit des gardes, contre l'usage de ces
+temps-là, pour se garantir des assassins qu'un
+petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire
+périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles
+au milieu de leurs sujets, comme des pères au
+milieu de leurs enfants.</p>
+
+<p>Bien loin que les rois de France puissent de
+leur propre mouvement ôter la vie à un de leurs
+sujets, comme nos sultans, ils portent au contraire
+toujours avec eux la grâce de tous les criminels;
+il suffit qu'un homme ait été assez heureux
+pour voir l'auguste visage de son prince, pour
+qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces monarques
+sont comme le soleil, qui porte partout la
+chaleur et la vie.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CIV" id="LETTRE_CIV"></a>LETTRE CIV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici
+à peu près ce que me disoit l'autre jour un
+Européen assez sensé:</p>
+
+<p>Le plus mauvais parti que les princes d'Asie
+aient pu prendre, c'est de se cacher comme ils
+font. Ils veulent se rendre plus respectables: mais
+ils font respecter la royauté, et non pas le roi; et
+attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et
+non pas à une certaine personne.</p>
+
+<p>Cette puissance invisible qui gouverne est toujours
+la même pour le peuple. Quoique dix rois,
+qu'il ne connoît que de nom, se soient égorgés
+l'un après l'autre, il ne sent aucune différence:
+c'est comme s'il avoit été gouverné successivement
+par des esprits.</p>
+
+<p>Si le détestable parricide de notre grand roi
+Henri IV avoit porté ce coup sur un roi des Indes,
+maître du sceau royal et d'un trésor immense, qui
+auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris tranquillement
+les rênes de l'empire, sans qu'un seul
+homme eût pensé à réclamer son roi, sa famille
+et ses enfants.</p>
+
+<p>On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de
+changement dans le gouvernement des princes
+d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est de ce qu'il
+est tyrannique et affreux?</p>
+
+<p>Les changements ne peuvent être faits que par
+le prince, ou par le peuple; mais là, les princes
+n'ont garde d'en faire, parce que, dans un si haut
+degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent
+avoir; s'ils changeoient quelque chose, ce ne
+pourroit être qu'à leur préjudice.</p>
+
+<p>Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme
+quelque résolution, il ne sauroit l'exécuter sur
+l'État; il faudroit qu'il contre-balançât tout à
+coup une puissance redoutable et toujours unique;
+le temps lui manque comme les moyens: mais il
+n'a qu'à aller à la source de ce pouvoir; et il ne lui
+faut qu'un bras et qu'un instant.</p>
+
+<p>Le meurtrier monte sur le trône pendant que
+le monarque en descend, tombe, et va expirer à
+ses pieds.</p>
+
+<p>Un mécontent en Europe songe à entretenir
+quelque intelligence secrète, à se jeter chez les
+ennemis, à se saisir de quelque place, à exciter
+quelques vains murmures parmi les sujets. Un
+mécontent en Asie va droit au prince, étonne,
+frappe, renverse: il en efface jusqu'à l'idée; dans
+un instant l'esclave et le maître; dans un instant
+usurpateur et légitime.</p>
+
+<p>Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble
+ne réunir sur elle toute sa puissance, que pour
+indiquer au premier ambitieux l'endroit où il la
+trouvera tout entière.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CV" id="LETTRE_CV"></a>LETTRE CV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Tous les peuples d'Europe ne sont pas également
+soumis à leurs princes: par exemple,
+l'humeur impatiente des Anglois ne laisse guère à
+leur roi le temps d'appesantir son autorité; la
+soumission et l'obéissance sont les vertus dont ils
+se piquent le moins. Ils disent là-dessus des choses
+bien extraordinaires. Selon eux, il n'y a qu'un
+lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui
+de la gratitude: un mari, une femme, un père et
+un fils, ne sont liés entre eux que par l'amour
+qu'ils se portent, ou par les bienfaits qu'ils se procurent;
+et ces motifs divers de reconnoissance
+sont l'origine de tous les royaumes, et de toutes
+les sociétés.</p>
+
+<p>Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses
+sujets heureux, veut les accabler et les détruire, le
+fondement de l'obéissance cesse; rien ne les lie,
+rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans leur
+liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir
+sans bornes ne sauroit être légitime, parce qu'il
+n'a jamais pu avoir d'origine légitime. Car nous
+ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre plus
+de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes:
+or nous n'avons pas sur nous-mêmes un
+pouvoir sans bornes; par exemple, nous ne pouvons
+pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils,
+sur la terre un tel pouvoir.</p>
+
+<p>Le crime de lèse-majesté n'est autre chose,
+selon eux, que le crime que le plus foible commet
+contre le plus fort, en lui désobéissant, de quelque
+manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple d'Angleterre,
+qui se trouva le plus fort contre un de
+leurs rois, déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté
+à un prince de faire la guerre à ses sujets.
+Ils ont donc grande raison, quand ils disent que le
+précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre
+aux puissances, n'est pas bien difficile à
+suivre, puisqu'il leur est impossible de ne le pas
+observer: d'autant que ce n'est pas au plus vertueux
+qu'on les oblige de se soumettre, mais à
+celui qui est le plus fort.</p>
+
+<p>Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit
+vaincu et pris prisonnier un prince qui s'étoit révolté
+et lui disputoit la couronne, ayant voulu lui
+reprocher son infidélité et sa perfidie: Il n'y a
+qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient
+d'être décidé lequel de nous deux est le traître.</p>
+
+<p>Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui
+n'ont point opprimé la patrie comme lui: et,
+croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne voit point
+de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel,
+les caprices du hasard et de la fortune.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CVI" id="LETTRE_CVI"></a>LETTRE CVI.</h2>
+
+<h3>RHÉDI A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres,
+des sciences et des arts cultivés en Occident.
+Tu me vas regarder comme un barbare; mais je ne
+sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les
+hommes du mauvais usage que l'on en fait tous
+les jours.</p>
+
+<p>J'ai ouï dire que la seule invention des bombes
+avoit ôté la liberté à tous les peuples d'Europe.
+Les princes ne pouvant plus confier la garde des
+places aux bourgeois, qui, à la première bombe,
+se seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir
+de gros corps de troupes réglées, avec lesquelles
+ils ont dans la suite opprimé leurs sujets.</p>
+
+<p>Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il
+n'y a plus de places imprenables; c'est-à-dire,
+Usbek, qu'il n'y a plus d'asile sur la terre contre
+l'injustice et la violence.</p>
+
+<p>Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin
+à découvrir quelque secret qui fournisse une voie
+plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire
+les peuples et les nations entières.</p>
+
+<p>Tu as lu les historiens; fais-y bien attention:
+presque toutes les monarchies n'ont été fondées
+que sur l'ignorance des arts, et n'ont été détruites
+que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire
+de Perse peut nous en fournir un exemple
+domestique.</p>
+
+<p>Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe;
+mais j'ai ouï parler à des gens sensés des ravages
+de la chimie: il semble que ce soit un quatrième
+fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail,
+mais continuellement; tandis que la guerre, la
+peste, la famine, les détruisent en gros, mais par
+intervalles.</p>
+
+<p>Que nous a servi l'invention de la boussole, et
+la découverte de tant de peuples, qu'à nous communiquer
+leurs maladies plutôt que leurs richesses?
+L'or et l'argent avoient été établis, par
+une convention générale, pour être le prix de
+toutes les marchandises et un gage de leur valeur,
+par la raison que ces métaux étoient rares, et inutiles
+à tout autre usage: que nous importoit-il
+donc qu'ils devinssent plus communs, et que,
+pour marquer la valeur d'une denrée, nous eussions
+deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en
+étoit que plus incommode.</p>
+
+<p>Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien
+pernicieuse aux pays qui ont été découverts. Les
+nations entières ont été détruites; et les hommes
+qui ont échappé à la mort ont été réduits à une
+servitude si rude, que le récit en a fait frémir les
+musulmans.</p>
+
+<p>Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet!
+Aimable simplicité, si chérie de notre saint prophète,
+vous me rappelez toujours la naïveté des
+anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans
+le c&oelig;ur de nos premiers pères.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CVII" id="LETTRE_CVII"></a>LETTRE CVII.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien
+tu fais mieux que tu ne penses. Tu as quitté
+ta patrie pour t'instruire, et tu méprises toute instruction:
+tu viens pour te former dans un pays
+où l'on cultive les beaux-arts, et tu les regardes
+comme pernicieux. Te le dirai-je, Rhédi? je suis
+plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec toi-même.</p>
+
+<p>As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux
+où nous entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas
+nécessaire de se l'imaginer, on peut le voir. Il y a
+encore des peuples sur la terre chez lesquels un
+singe passablement instruit pourroit vivre avec
+honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée
+des autres habitants: on ne lui trouveroit point
+l'esprit singulier, ni le caractère bizarre; il passeroit
+tout comme un autre, et seroit distingué
+même par sa gentillesse.</p>
+
+<p>Tu dis que les fondateurs des empires ont presque
+tous ignoré les arts. Je ne te nie pas que des
+peuples barbares n'aient pu, comme des torrents
+impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de
+leurs armées féroces les royaumes les mieux policés.
+Mais, prends-y garde, ils ont appris les arts
+ou les ont fait exercer aux peuples vaincus; sans
+cela leur puissance auroit passé comme le bruit du
+tonnerre et des tempêtes.</p>
+
+<p>Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque
+manière de destruction plus cruelle que celle qui
+est en usage. Non: si une fatale invention venoit à
+se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le
+droit des gens; et le consentement unanime des
+nations enseveliroit cette découverte. Il n'est point
+de l'intérêt des princes de faire des conquêtes par
+de pareilles voies: ils doivent chercher des sujets,
+et non pas des terres.</p>
+
+<p>Tu te plains de l'invention de la poudre et des
+bombes; tu trouves étrange qu'il n'y ait plus de
+place imprenable: c'est-à-dire que tu trouves
+étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées
+plus tôt qu'elles ne l'étoient autrefois.</p>
+
+<p>Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires,
+que, depuis l'invention de la poudre, les batailles
+sont beaucoup moins sanglantes qu'elles ne l'étoient,
+parce qu'il n'y a presque plus de mêlée.</p>
+
+<p>Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier
+où un art auroit été préjudiciable, doit-on
+pour cela le rejeter? Penses-tu, Rhédi, que la
+religion que notre saint prophète a apportée du
+ciel soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque
+jour à confondre les perfides chrétiens?</p>
+
+<p>Tu crois que les arts amollissent les peuples, et
+par là sont cause de la chute des empires. Tu parles
+de la ruine de celui des anciens Perses, qui fut
+l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que
+cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les
+subjuguèrent, cultivoient les arts avec infiniment
+plus de soin qu'eux.</p>
+
+<p>Quand on dit que les arts rendent les hommes
+efféminés, on ne parle pas du moins des gens qui
+s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais dans l'oisiveté,
+qui, de tous les vices, est celui qui amollit
+le plus le courage.</p>
+
+<p>Il n'est donc question que de ceux qui en
+jouissent. Mais comme dans un pays policé ceux
+qui jouissent des commodités d'un art sont obligés
+d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits
+à une pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté
+et la mollesse sont incompatibles avec les
+arts.</p>
+
+<p>Paris est peut-être la ville du monde la plus
+sensuelle, et où l'on raffine le plus sur les plaisirs;
+mais c'est peut-être celle où l'on mène une vie
+plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement,
+il faut que cent autres travaillent sans relâche.
+Une femme s'est mis dans la tête qu'elle
+devoit paroître à une assemblée avec une certaine
+parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans
+ne dorment plus, et n'aient plus le loisir de
+boire et de manger: elle commande, et elle est
+obéie plus promptement que ne seroit notre monarque;
+parce que l'intérêt est le plus grand monarque
+de la terre.</p>
+
+<p>Cette ardeur pour le travail, cette passion de
+s'enrichir, passe de condition en condition, depuis
+les artisans jusqu'aux grands. Personne n'aime à
+être plus pauvre que celui qu'il vient de voir immédiatement
+au-dessous de lui. Vous voyez à Paris
+un homme qui a de quoi vivre jusqu'au jour du
+jugement, qui travaille sans cesse, et court risque
+d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi
+vivre.</p>
+
+<p>Le même esprit gagne la nation; on n'y voit
+que travail et qu'industrie: où est donc ce peuple
+efféminé dont tu parles tant?</p>
+
+<p>Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un
+royaume que les arts absolument nécessaires à la
+culture des terres, qui sont pourtant en grand
+nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne
+servent qu'à la volupté ou à la fantaisie, je le soutiens,
+cet État seroit le plus misérable qu'il y eût
+au monde.</p>
+
+<p>Quand les habitants auroient assez de courage
+pour se passer de tant de choses qu'ils doivent à
+leurs besoins, le peuple dépériroit tous les jours;
+et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si
+petite puissance qui ne fût en état de le conquérir.</p>
+
+<p>Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te
+faire voir que les revenus des particuliers cesseroient
+presque absolument, et par conséquent
+ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation
+de facultés entre les citoyens; cette circulation
+de richesses et cette progression de revenus,
+qui vient de la dépendance où sont les
+arts les uns des autres, cesseroient absolument;
+chacun ne tireroit de revenu que de sa terre, et
+n'en tireroit précisément que ce qu'il lui faut
+pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est
+pas la centième partie du revenu d'un royaume,
+il faudroit que le nombre des habitants diminuât
+à proportion, et qu'il n'en restât que la centième
+partie.</p>
+
+<p>Fais bien attention jusqu'où vont les revenus
+de l'industrie. Un fonds ne produit annuellement
+à son maître que la vingtième partie de sa valeur;
+mais, avec une pistole de couleur, un peintre
+fera un tableau qui lui en vaudra cinquante. On
+en peut dire de même des orfèvres, des ouvriers
+en laine, en soie, et de toutes sortes d'artisans.</p>
+
+<p>De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour
+qu'un prince soit puissant, il faut que ses sujets
+vivent dans les délices; il faut qu'il travaille à
+leur procurer toutes sortes de superfluités avec
+autant d'attention que les nécessités de la vie.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CVIII" id="LETTRE_CVIII"></a>LETTRE CVIII.</h2>
+
+<h3>RICA A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse
+à ses sujets; elle ne l'est pas moins à toute
+l'Europe, par les grands troubles que sa mort
+pourroit produire. Mais les rois sont comme les
+dieux; et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire
+immortels. Sa physionomie est majestueuse, mais
+charmante: une belle éducation semble concourir
+avec un heureux naturel, et promet déjà un
+grand prince.</p>
+
+<p>On dit que l'on ne peut jamais connoître le
+caractère des rois d'Occident jusqu'à ce qu'ils
+aient passé par les deux grandes épreuves, de leur
+maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt
+l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit
+de celui-ci; et il se livrera pour cela de grands
+combats. Car, sous un jeune prince, ces deux puissances
+sont toujours rivales; mais elles se concilient
+et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune
+prince, le dervis a un rôle bien difficile à soutenir:
+la force du roi fait sa foiblesse; mais l'autre
+triomphe également de sa foiblesse et de sa force.</p>
+
+<p>Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu
+roi absolument gouverné par les femmes; et cependant,
+dans l'âge où il étoit, je crois que c'étoit
+le monarque de la terre qui en avoit le moins de
+besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit:
+Il faut que l'on fasse quelque chose pour ce jeune
+colonel, sa valeur m'est connue; j'en parlerai au
+ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que
+ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit
+évêque: il est homme de naissance, et je pourrois
+répondre de ses m&oelig;urs. Il ne faut pas pourtant
+que tu t'imagines que celles qui tenoient ces
+discours fussent des favorites du prince; elles ne
+lui avoient peut-être pas parlé deux fois en leur
+vie: chose pourtant très-facile à faire chez les
+princes européens. Mais c'est qu'il n'y a personne
+qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou
+dans les provinces, qui n'ait une femme par les
+mains de laquelle passent toutes les grâces et quelquefois
+les injustices qu'il peut faire. Ces femmes
+ont toutes des relations les unes avec les autres,
+et forment une espèce de république, dont les
+membres toujours actifs se secourent et se servent
+mutuellement: c'est comme un nouvel État dans
+l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les
+provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats,
+des prélats, s'il ne connoît les femmes qui
+les gouvernent, est comme un homme qui voit
+bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît
+point les ressorts.</p>
+
+<p>Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la
+maîtresse d'un ministre pour coucher avec lui?
+Quelle idée! c'est pour lui présenter cinq ou six
+placets tous les matins; et la bonté de leur naturel
+paroît dans l'empressement qu'elles ont de
+faire du bien à une infinité de gens malheureux,
+qui leur procurent cent mille livres de rente.</p>
+
+<p>On se plaint en Perse de ce que le royaume est
+gouverné par deux ou trois femmes: c'est bien
+pis en France, où les femmes en général gouvernent,
+et prennent non-seulement en gros, mais
+même se partagent en détail, toute l'autorité.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CIX" id="LETTRE_CIX"></a>LETTRE CIX.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons
+point en Perse, et qui me paroissent ici
+fort à la mode: ce sont les journaux. La paresse se
+sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir
+parcourir trente volumes en un quart d'heure.</p>
+
+<p>Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait
+les compliments ordinaires, que les lecteurs sont
+aux abois: il les fait entrer à demi morts dans une
+matière noyée au milieu d'une mer de paroles.
+Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là,
+par un in-quarto; un autre, qui a de plus
+belles inclinations, vise à l'in-folio; il faut donc
+qu'il étende son sujet à proportion; ce qu'il fait
+sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre
+lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris
+tant de peine à amplifier.</p>
+
+<p>Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils
+ouvrages: j'en ferois bien autant si je voulois ruiner
+ma santé et un libraire.</p>
+
+<p>Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils
+ne parlent que des livres nouveaux: comme si la
+vérité étoit jamais nouvelle. Il me semble que,
+jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens,
+il n'a aucune raison de leur préférer les
+nouveaux.</p>
+
+<p>Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que
+des ouvrages encore tout chauds de la forge, ils
+s'en imposent un autre, qui est d'être très-ennuyeux.
+Ils n'ont garde de critiquer les livres dont
+ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient;
+et, en effet, quel est l'homme assez hardi pour vouloir
+se faire dix ou douze ennemis tous les mois?</p>
+
+<p>La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes,
+qui souffriront une volée de coups de bâton sans
+se plaindre; mais qui, peu jaloux de leurs épaules,
+le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne sauroient
+soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se
+donner de garde de les attaquer par un endroit si
+sensible; et les journalistes le savent bien. Ils font
+donc tout le contraire; ils commencent par louer
+la matière qui est traitée: première fadeur; de là
+ils passent aux louanges de l'auteur; louanges
+forcées: car ils ont affaire à des gens qui sont encore
+en haleine, tout prêts à se faire faire raison,
+et à foudroyer à coups de plume un téméraire
+journaliste.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CX" id="LETTRE_CX"></a>LETTRE CX.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>L'université de Paris est la fille aînée des rois
+de France, et très-aînée; car elle a plus de neuf
+cents ans: aussi rêve-t-elle quelquefois.</p>
+
+<p>On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps,
+un grand démêlé avec quelques docteurs à l'occasion
+de la lettre Q<a name="FNanchor_B_2" id="FNanchor_B_2"></a><a href="#Footnote_B_2" class="fnanchor">[B]</a>, qu'elle vouloit que l'on prononçât
+comme un K. La dispute s'échauffa si fort,
+que quelques-uns furent dépouillés de leurs biens:
+il fallut que le parlement terminât le différend; et
+il accorda permission, par un arrêt solennel, à
+tous les sujets du roi de France de prononcer cette
+lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux
+corps de l'Europe les plus respectables occupés à
+décider du sort d'une lettre de l'alphabet.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_B_2" id="Footnote_B_2"></a><a href="#FNanchor_B_2"><span class="label">[B]</span></a> Il veut parler de la querelle de Ramus.</p></div>
+
+<p>Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus
+grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées;
+et que, là où il y a plus de sages, il y ait
+aussi moins de sagesse. Les grands corps s'attachent
+toujours si fort aux minuties, aux formalités,
+aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais
+qu'après. J'ai ouï dire qu'un roi d'Arragon<a name="FNanchor_C_3" id="FNanchor_C_3"></a><a href="#Footnote_C_3" class="fnanchor">[C]</a> ayant
+assemblé les états d'Arragon et de Catalogne, les
+premières séances s'employèrent à décider en
+quelle langue les délibérations seroient conçues:
+la dispute étoit vive, et les états se seroient rompus
+mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient,
+qui étoit que la demande seroit faite en langage
+catalan, et la réponse en arragonois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_C_3" id="Footnote_C_3"></a><a href="#FNanchor_C_3"><span class="label">[C]</span></a> C'était en 1610.</p></div>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXI" id="LETTRE_CXI"></a>LETTRE CXI.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus
+grave que l'on ne pense. Il n'y a rien de plus
+sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette, au
+milieu de ses domestiques; un général d'armée
+n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite
+ou son corps de réserve, qu'elle en met à poster
+une mouche qui peut manquer, mais dont elle
+espère ou prévoit le succès.</p>
+
+<p>Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour
+concilier sans cesse les intérêts de deux rivaux,
+pour paroître neutre à tous les deux, pendant
+qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre
+médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle
+leur donne!</p>
+
+<p>Quelle occupation pour faire venir parties de
+plaisir sur parties, les faire succéder et renaître
+sans cesse, et prévenir tous les accidents qui pourroient
+les rompre!</p>
+
+<p>Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas
+de se divertir; c'est de le paroître: ennuyez-les
+tant que vous voudrez, elles vous le pardonneront,
+pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien
+réjouies.</p>
+
+<p>Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que
+des femmes firent à la campagne. Dans le chemin
+elles disoient sans cesse: Au moins, il faudra
+bien rire et bien nous divertir.</p>
+
+<p>Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et
+par conséquent assez sérieux. Il faut avouer, dit
+une de ces femmes, que nous nous divertissons
+bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une
+partie aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me
+gagnoit, une femme me secoua, et me dit: Eh
+bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur?
+Oui, lui répondis-je en bâillant; je crois que je
+crèverai à force de rire. Cependant la tristesse
+triomphoit toujours des réflexions; et, quant à
+moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement
+dans un sommeil léthargique, qui finit tous
+mes plaisirs.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXII" id="LETTRE_CXII"></a>LETTRE CXII.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>Le règne du feu roi a été si long, que la fin en
+avoit fait oublier le commencement. C'est aujourd'hui
+la mode de ne s'occuper que des événements
+arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus
+que les mémoires de ces temps-là.</p>
+
+<p>Voici le discours qu'un des généraux de la ville
+de Paris prononça dans un conseil de guerre: et
+j'avoue que je n'y comprends pas grand'chose.</p>
+
+<p>«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées
+avec perte, je crois qu'il nous sera
+facile de réparer cet échec. J'ai six couplets de
+chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je
+m'assure, remettront toutes choses dans l'équilibre.
+J'ai fait choix de quelques voix très-nettes,
+qui, sortant de la cavité de certaines
+poitrines très-fortes, émouvront merveilleusement
+le peuple. Ils sont sur un air qui a fait,
+jusqu'à présent, un effet tout particulier.</p>
+
+<p>«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une
+estampe qui fera voir Mazarin pendu.</p>
+
+<p>«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien
+françois; et il l'écorche tellement, qu'il n'est pas
+possible que ses affaires ne déclinent. Nous ne
+manquons pas de faire bien remarquer au peuple
+le ton ridicule dont il prononce<a name="FNanchor_D_4" id="FNanchor_D_4"></a><a href="#Footnote_D_4" class="fnanchor">[D]</a>. Nous relevâmes,
+il y a quelques jours, une faute de
+grammaire si grossière, qu'on en fit des farces par
+tous les carrefours.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_D_4" id="Footnote_D_4"></a><a href="#FNanchor_D_4"><span class="label">[D]</span></a> (Note de l'auteur, extraite de l'<i>édition</i> 1721 2<sup>e</sup>, Cologne,
+Pierre Marteau.)
+</p><p>
+Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'<i>arrêt d'Union</i>, dit
+devant les députés du parlement: l'<i>Arrêt</i> d'<i>Ognon</i>, de quoi le
+peuple fit force plaisanteries.</p></div>
+
+<p>«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple
+fera du nom de Mazarin un mot générique
+pour exprimer toutes les bêtes de somme, et
+celles qui servent à tirer.</p>
+
+<p>«Depuis notre défaite, notre musique l'a si
+furieusement vexé sur le péché originel, que,
+pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié,
+il a été obligé de renvoyer tous ses pages.</p>
+
+<p>«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et
+soyez sûrs que nous lui ferons repasser les
+monts à coups de sifflets.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXIII" id="LETTRE_CXIII"></a>LETTRE CXIII.</h2>
+
+<h3>RHÉDI A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis
+les historiens anciens et modernes: je compare
+tous les temps; j'ai du plaisir à les voir passer,
+pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout
+mon esprit à ces grands changements qui ont
+rendu les âges si différents des âges, et la terre si
+peu semblable à elle-même.</p>
+
+<p>Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose
+qui cause tous les jours ma surprise. Comment le
+monde est-il si peu peuplé, en comparaison de ce
+qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle
+pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers
+temps? seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et
+tomberoit-elle de langueur?</p>
+
+<p>J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu
+que le débris de cette ancienne Italie si fameuse
+autrefois. Quoique tout le monde habite les villes,
+elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il
+semble qu'elles ne subsistent encore, que pour
+marquer le lieu où étoient ces cités puissantes
+dont l'histoire a tant parlé.</p>
+
+<p>Il y a des gens qui prétendent que la seule ville
+de Rome contenoit autrefois plus de peuple que le
+plus grand royaume de l'Europe n'en a aujourd'hui.
+Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix,
+et même vingt mille esclaves, sans compter ceux
+qui travailloient dans les maisons de campagne;
+et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent mille
+citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants
+sans que l'imagination ne se révolte.</p>
+
+<p>Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants
+royaumes, et des peuples nombreux, qui en ont
+disparu depuis: cette île n'a plus rien de considérable
+que ses volcans.</p>
+
+<p>La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas
+la centième partie de ses anciens habitants.</p>
+
+<p>L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui
+que des campagnes inhabitées; et la
+France n'est rien, en comparaison de cette ancienne
+Gaule dont parle César.</p>
+
+<p>Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en
+faut bien que les peuples y soient, comme autrefois,
+obligés de se partager, et d'envoyer dehors,
+comme des essaims, des colonies et des nations
+entières chercher de nouvelles demeures.</p>
+
+<p>La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque
+plus de peuples.</p>
+
+<p>On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième
+partie des hommes qui y formoient de
+si grands empires.</p>
+
+<p>L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie
+mineure, qui contenoit tant de puissantes monarchies,
+et un nombre si prodigieux de grandes
+villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la
+grande Asie, celle qui est soumise au Turc n'est
+pas plus pleine; et pour celle qui est sous la
+domination de nos rois, si on la compare à l'état
+florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle
+n'a qu'une très-petite partie des habitants qui y
+étoient sans nombre du temps des Xerxès et des
+Darius.</p>
+
+<p>Quant aux petits États qui sont autour de ces
+grands empires, ils sont réellement déserts: tels
+sont les royaumes d'Irimette, de Circassie et de
+Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États,
+comptent à peine cinquante mille sujets.</p>
+
+<p>L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres
+pays.</p>
+
+<p>Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que
+délabrement: je crois la voir sortir des ravages de
+la peste et de la famine.</p>
+
+<p>L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne
+peut en parler si précisément que des autres parties
+du monde: mais, à ne faire attention qu'aux
+côtes de la Méditerranée connues de tout temps,
+on voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle
+étoit, lorsqu'elle étoit province romaine. Aujourd'hui
+ses princes sont si foibles, que ce sont les
+plus petites puissances du monde.</p>
+
+<p>Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être
+dans ces sortes de choses, j'ai trouvé qu'il y a à
+peine sur la terre la cinquantième partie des hommes
+qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y
+a d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les
+jours; et si cela continue, dans dix siècles, elle ne
+sera qu'un désert.</p>
+
+<p>Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe
+qui soit jamais arrivée dans le monde; mais
+à peine s'en est-on aperçu, parce qu'elle est arrivée
+insensiblement, et dans le cours d'un grand nombre
+de siècles; ce qui marque un vice intérieur,
+un venin secret et caché, une maladie de langueur,
+qui afflige la nature humaine.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXIV" id="LETTRE_CXIV"></a>LETTRE CXIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible;
+les cieux mêmes ne le sont pas: les
+astronomes sont des témoins oculaires de tous
+leurs changements, qui sont les effets bien naturels
+du mouvement universel de la matière.</p>
+
+<p>La terre est soumise, comme les autres planètes,
+aux mêmes lois des mouvements; elle
+souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de
+ses principes: la mer et le continent semblent
+être dans une guerre éternelle; chaque instant
+produit de nouvelles combinaisons.</p>
+
+<p>Les hommes, dans une demeure si sujette aux
+changements, sont dans un état aussi incertain:
+cent mille causes peuvent agir, dont la plus petite
+peut les détruire, et à plus forte raison augmenter
+ou diminuer leur nombre.</p>
+
+<p>Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières,
+si communes chez les historiens, qui ont
+détruit des villes et des royaumes entiers: il y en
+a de générales, qui ont mis bien des fois le genre
+humain à deux doigts de sa perte.</p>
+
+<p>Les histoires sont pleines de ces pestes universelles,
+qui ont tour à tour désolé l'univers. Elles
+parlent d'une, entr'autres, qui fut si violente
+qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se
+fit sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire
+du Catay: un degré de plus de corruption
+auroit peut-être, dans un seul jour, détruit toute
+la nature humaine.</p>
+
+<p>Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse
+de toutes les maladies se fit sentir en Europe, en
+Asie et en Afrique; elle fit dans très-peu de temps
+des effets prodigieux: c'étoit fait des hommes, si
+elle avoit continué ses progrès avec la même furie.
+Accablés de maux dès leur naissance, incapables
+de soutenir le poids des charges de la société, ils
+auroient péri misérablement.</p>
+
+<p>Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus
+exalté? et il le seroit devenu sans doute, si l'on
+n'avoit été assez heureux pour trouver un remède
+aussi puissant que celui qu'on a découvert.
+Peut-être que cette maladie, attaquant les parties
+de la génération, auroit attaqué la génération
+même.</p>
+
+<p>Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit
+pu arriver au genre humain? n'est-elle pas
+arrivée en effet, et le déluge ne le réduisit-il pas
+à une seule famille?</p>
+
+<p>Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de
+Dieu une idée raisonnable, peuvent-ils comprendre
+que la matière et les choses créées n'aient
+que six mille ans? que Dieu ait différé pendant
+toute l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que
+d'hier de sa puissance créatrice? Seroit-ce parce
+qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il ne l'auroit
+pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps,
+il ne l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce
+qu'il ne l'a pas voulu. Mais, comme il n'y a pas de
+succession dans Dieu, si l'on admet qu'il ait voulu
+quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et
+dès le commencement.</p>
+
+<p>Il ne faut donc pas compter les années du
+monde; le nombre des grains de sable de la mer
+ne leur est pas plus comparable qu'un instant.</p>
+
+<p>Cependant tous les historiens nous parlent d'un
+premier père: ils nous font voir la nature humaine
+naissante. N'est-il pas naturel de penser
+qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun,
+comme Noé le fut du déluge; et que ces grands
+événements ont été fréquents sur la terre, depuis
+la création du monde?</p>
+
+<p>Mais toutes les destructions ne sont pas violentes.
+Nous voyons plusieurs parties de la terre
+se lasser de fournir à la subsistance des hommes:
+que savons-nous si la terre entière n'a pas des
+causes générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?</p>
+
+<p>J'ai été bien aise de te donner ces idées générales,
+avant de répondre plus particulièrement à ta
+lettre sur la diminution des peuples, arrivée depuis
+dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai voir
+dans une lettre suivante, qu'indépendamment des
+causes physiques, il y en a de morales qui ont produit
+cet effet.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXV" id="LETTRE_CXV"></a>LETTRE CXV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Tu cherches la raison pourquoi la terre est
+moins peuplée qu'elle ne l'étoit autrefois: et
+si tu y fais bien attention, tu verras que la grande
+différence vient de celle qui est arrivée dans les
+m&oelig;urs.</p>
+
+<p>Depuis que la religion chrétienne et la mahométane
+ont partagé le monde romain, les choses
+sont bien changées: il s'en faut bien que ces deux
+religions soient aussi favorables à la propagation
+de l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers.</p>
+
+<p>Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue:
+et en cela elle avoit un très-grand avantage
+sur la religion mahométane; le divorce y étoit
+permis: ce qui lui en donnoit un autre, non
+moins considérable, sur la chrétienne.</p>
+
+<p>Je ne trouve rien de si contradictoire que cette
+pluralité des femmes permise par le saint Alcoran,
+et l'ordre de les satisfaire ordonné par le même
+livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce
+que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements,
+et qu'elles vous sont nécessaires comme
+vos vêtements. Voilà un précepte qui rend la vie
+d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui
+qui a les quatre femmes établies par la loi, et seulement
+autant de concubines et d'esclaves, ne
+doit-il pas être accablé de tant de vêtements?</p>
+
+<p>Vos femmes sont vos labourages, dit encore le
+prophète; approchez-vous donc de vos labourages:
+faites du bien pour vos âmes; et vous le trouverez
+un jour.</p>
+
+<p>Je regarde un bon musulman comme un
+athlète, destiné à combattre sans relâche; mais
+qui bientôt, foible et accablé de ses premières fatigues,
+languit dans le champ même de la victoire;
+et se trouve, pour ainsi dire, enseveli sous
+ses propres triomphes.</p>
+
+<p>La nature agit toujours avec lenteur, et pour
+ainsi dire avec épargne: ses opérations ne sont
+jamais violentes; jusque dans ses productions elle
+veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec
+règle et mesure; si on la précipite, elle tombe
+bientôt dans la langueur: elle emploie toute la
+force qui lui reste à se conserver, perdant absolument
+sa vertu productrice et sa puissance générative.</p>
+
+<p>C'est dans cet état de défaillance que nous met
+toujours ce grand nombre de femmes, plus propres
+à nous épuiser qu'à nous satisfaire. Il est
+très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans
+un sérail prodigieux avec un très-petit nombre
+d'enfants: ces enfants mêmes sont la plupart du
+temps foibles et malsains, et se sentent de la langueur
+de leur père.</p>
+
+<p>Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une
+continence forcée, ont besoin d'avoir des gens
+pour les garder, qui ne peuvent être que des eunuques:
+la religion, la jalousie, et la raison même,
+ne permettent pas d'en laisser approcher d'autres;
+ces gardiens doivent être en grand nombre,
+soit afin de maintenir la tranquillité au dedans
+parmi les guerres que ces femmes se font sans
+cesse, soit enfin pour empêcher les entreprises du
+dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes ou
+concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour
+les garder. Mais quelle perte pour la société que
+ce grand nombre d'hommes morts dès leur naissance!
+quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre!</p>
+
+<p>Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour
+servir avec les eunuques ce grand nombre de
+femmes, y vieillissent presque toujours dans une
+affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier
+pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses,
+une fois accoutumées à elles, ne s'en défont presque
+jamais.</p>
+
+<p>Voilà comme un seul homme occupe lui seul
+tant de sujets de l'un et l'autre sexe à ses plaisirs,
+les fait mourir pour l'État, et les rend inutiles à
+la propagation de l'espèce.</p>
+
+<p>Constantinople et Ispahan sont les capitales des
+deux plus grands empires du monde: c'est là que
+tout doit aboutir, et que les peuples, attirés de
+mille manières, se rendent de toutes parts. Cependant
+elles périssent d'elles-mêmes, et elles
+seroient bientôt détruites, si les souverains n'y
+faisoient venir, presque à chaque siècle, des nations
+entières pour les repeupler. J'épuiserai ce
+sujet dans une autre lettre.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXVI" id="LETTRE_CXVI"></a>LETTRE CXVI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que
+nous; ils en avoient même plus: mais ils en
+faisoient un meilleur usage.</p>
+
+<p>Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la
+multiplication de ces esclaves, ils la favorisoient
+au contraire de tout leur pouvoir; ils les associoient
+le plus qu'ils pouvoient par des espèces de
+mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs
+maisons de domestiques de tous les sexes, de tous
+les âges, et l'État d'un peuple innombrable.</p>
+
+<p>Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse
+d'un maître, naissoient sans nombre autour de
+lui: il étoit seul chargé de leur nourriture et de
+leur éducation; les pères, libres de ce fardeau,
+suivoient uniquement le penchant de la nature, et
+multiplioient sans craindre une trop nombreuse
+famille.</p>
+
+<p>Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves
+sont occupés à garder nos femmes, et à rien de
+plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État, dans une
+perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre
+à quelques hommes libres, à quelques
+chefs de familles, la culture des arts et des terres,
+lesquels même s'y donnent le moins qu'ils peuvent.</p>
+
+<p>Il n'en étoit pas de même chez les Romains:
+la république se servoit avec un avantage infini
+de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit son
+pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître
+lui imposoit; avec ce pécule il travailloit et se
+tournoit du côté où le portoit son industrie. Celui-ci
+faisoit la banque; celui-là se donnoit au commerce
+de la mer; l'un vendoit des marchandises
+en détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique,
+ou bien affermoit et faisoit valoir des terres:
+mais il n'y en avoit aucun qui ne s'attachât
+de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule, qui
+lui procuroit en même temps l'aisance dans la
+servitude présente, et l'espérance d'une liberté
+future: cela faisoit un peuple laborieux, animoit
+les arts et l'industrie.</p>
+
+<p>Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et
+leur travail, se faisoient affranchir, et devenoient
+citoyens. La république se réparoit sans cesse, et
+recevoit dans son sein de nouvelles familles, à
+mesure que les anciennes se détruisoient.</p>
+
+<p>J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes,
+occasion de te prouver que plus il y a d'hommes
+dans un État, plus le commerce y fleurit; je
+prouverai aussi facilement que plus le commerce
+y fleurit, plus le nombre des hommes y augmente:
+ces deux choses s'entr'aident, et se favorisent nécessairement.</p>
+
+<p>Si cela est, combien ce nombre prodigieux
+d'esclaves, toujours laborieux, devoit-il s'accroître
+et s'augmenter! L'industrie et l'abondance les
+faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient
+naître l'abondance et l'industrie.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXVII" id="LETTRE_CXVII"></a>LETTRE CXVII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans,
+et cherché la raison pourquoi ils étoient
+moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la
+domination des Romains: examinons à présent
+ce qui a produit cet effet chez les chrétiens.</p>
+
+<p>Le divorce étoit permis dans la religion païenne,
+et il fut défendu aux chrétiens. Ce changement,
+qui parut d'abord de si petite conséquence, eut
+insensiblement des suites terribles, et telles qu'on
+peut à peine les croire.</p>
+
+<p>On ôta non-seulement toute la douceur du
+mariage, mais aussi l'on donna atteinte à sa fin:
+en voulant resserrer ses n&oelig;uds, on les relâcha; et
+au lieu d'unir les c&oelig;urs, comme on le prétendoit,
+on les sépara pour jamais.</p>
+
+<p>Dans une action si libre, et où le c&oelig;ur doit
+avoir tant de part, on mit la gêne, la nécessité,
+et la fatalité du destin même. On compta pour
+rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité
+des humeurs; on voulut fixer le c&oelig;ur, c'est-à-dire
+ce qu'il y a de plus variable et de plus inconstant
+dans la nature: on attacha sans retour et
+sans espérance des gens accablés l'un de l'autre,
+et presque toujours mal assortis; et l'on fit comme
+ces tyrans qui faisoient lier des hommes vivants
+à des corps morts.</p>
+
+<p>Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel
+que la faculté du divorce: un mari et une
+femme étoient portés à soutenir patiemment les
+peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres
+de les faire finir: et ils gardoient souvent ce
+pouvoir en main toute leur vie sans en user, par
+cette seule considération qu'ils étoient libres de
+le faire.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs
+peines présentes désespèrent pour l'avenir: ils ne
+voient, dans les désagréments du mariage, que
+leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là
+viennent les dégoûts, les discordes, les mépris;
+et c'est autant de perdu pour la postérité. A peine
+a-t-on trois ans de mariage, qu'on en néglige
+l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur:
+il se forme des séparations intestines aussi
+fortes, et peut-être plus pernicieuses, que si elles
+étoient publiques: chacun vit et reste de son
+côté, et tout cela au préjudice des races futures.
+Bientôt un homme dégoûté d'une femme éternelle,
+se livrera aux filles de joie: commerce
+honteux et si contraire à la société; lequel, sans
+remplir l'objet du mariage, n'en représente tout
+au plus que les plaisirs.</p>
+
+<p>Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une
+qui n'est pas propre au dessein de la nature et à
+la propagation de l'espèce, soit par son tempérament,
+soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec
+elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même.</p>
+
+<p>Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez
+les chrétiens tant de mariages fournir un si petit
+nombre de citoyens. Le divorce est aboli: les
+mariages mal assortis ne se raccommodent plus;
+les femmes ne passent plus, comme chez les Romains,
+successivement dans les mains de plusieurs
+maris, qui en tiroient, dans le chemin, le meilleur
+parti qu'il étoit possible.</p>
+
+<p>J'ose le dire: si, dans une république comme
+Lacédémone, où les citoyens étoient sans cesse
+gênés par des lois singulières et subtiles, et dans
+laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la
+république, il avoit été établi que les maris changeassent
+de femme tous les ans, il en seroit né un
+peuple innombrable.</p>
+
+<p>Il est assez difficile de faire bien comprendre la
+raison qui a porté les chrétiens à abolir le divorce.
+Le mariage, chez toutes les nations du monde,
+est un contrat susceptible de toutes les conventions,
+et on n'en a dû bannir que celles qui
+auroient pu en affoiblir l'objet; mais les chrétiens
+ne le regardent pas dans ce point de vue: aussi
+ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est. Ils ne
+le font pas consister dans le plaisir des sens; au
+contraire, comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils
+veulent l'en bannir autant qu'ils le peuvent: mais
+c'est une image, une figure, et quelque chose
+de mystérieux, que je ne comprends point.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXVIII" id="LETTRE_CXVIII"></a>LETTRE CXVIII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>La prohibition du divorce n'est pas la seule
+cause de la dépopulation des pays chrétiens: le
+grand nombre d'eunuques qu'ils ont parmi eux
+n'en est pas une moins considérable.</p>
+
+<p>Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de
+l'autre sexe, qui se vouent à une continence éternelle:
+c'est chez les chrétiens la vertu par excellence;
+en quoi je ne les comprends pas, ne sachant
+ce que c'est qu'une vertu dont il ne résulte
+rien.</p>
+
+<p>Je trouve que leurs docteurs se contredisent
+manifestement quand ils disent que le mariage est
+saint, et que le célibat, qui lui est opposé, l'est
+encore davantage, sans compter qu'en fait de
+préceptes et de dogmes fondamentaux, le bien est
+toujours le mieux.</p>
+
+<p>Le nombre de ces gens faisant profession de
+célibat est prodigieux. Les pères y condamnoient
+autrefois les enfants dès le berceau; aujourd'hui
+ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze
+ans: ce qui revient à peu près à la même chose.</p>
+
+<p>Ce métier de continence a anéanti plus
+d'hommes que les pestes et les guerres les plus
+sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans chaque
+maison religieuse une famille éternelle, où il ne
+naît personne, et qui s'entretient aux dépens de
+toutes les autres. Ces maisons sont toujours
+ouvertes, comme autant de gouffres où s'ensevelissent
+les races futures.</p>
+
+<p>Cette politique est bien différente de celle des
+Romains, qui établissoient des lois pénales contre
+ceux qui se refusoient aux lois du mariage, et
+vouloient jouir d'une liberté si contraire à l'utilité
+publique.</p>
+
+<p>Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans
+la religion protestante, tout le monde est en
+droit de faire des enfants: elle ne souffre ni prêtres
+ni dervis; et si, dans l'établissement de cette
+religion qui ramenoit tout aux premiers temps,
+ses fondateurs n'avoient été accusés sans cesse
+d'intempérance, il ne faut pas douter qu'après
+avoir rendu la pratique du mariage universelle,
+ils n'en eussent encore adouci le joug, et achevé
+d'ôter toute la barrière qui sépare, en ce point, le
+Nazaréen et Mahomet.</p>
+
+<p>Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la
+religion donne aux protestants un avantage infini
+sur les catholiques.</p>
+
+<p>J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe,
+il n'est pas possible que la religion catholique y
+subsiste cinq cents ans.</p>
+
+<p>Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne,
+les catholiques étoient beaucoup plus forts que
+les protestants. Ces derniers sont peu à peu parvenus
+à un équilibre, et aujourd'hui la balance
+commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité
+augmentera tous les jours: les protestants
+deviendront plus riches et plus puissants, et les
+catholiques plus foibles.</p>
+
+<p>Les pays protestants doivent être, et sont réellement,
+plus peuplés que les catholiques: d'où il
+suit, premièrement, que les tributs y sont plus
+considérables, parce qu'ils augmentent à proportion
+de ceux qui les payent; secondement, que les
+terres y sont mieux cultivées; enfin que le commerce
+y fleurit davantage, parce qu'il y a plus de
+gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus
+de besoins on y a plus de ressources pour les remplir.
+Quand il n'y a que le nombre de gens suffisants
+pour la culture des terres, il faut que le commerce
+périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est
+nécessaire pour entretenir le commerce, il faut
+que la culture des terres manque, c'est-à-dire il
+faut que tous les deux tombent en même temps,
+parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce
+ne soit aux dépens de l'autre.</p>
+
+<p>Quant aux pays catholiques, non seulement la
+culture des terres y est abandonnée, mais même
+l'industrie y est pernicieuse; elle ne consiste qu'à
+apprendre cinq ou six mots d'une langue morte.
+Dès qu'un homme a cette provision par devers
+lui, il ne doit plus s'embarrasser de sa fortune:
+il trouve dans le cloître une vie tranquille, qui
+dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des
+peines.</p>
+
+<p>Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains
+presque toutes les richesses de l'État; c'est une
+société de gens avares, qui prennent toujours, et ne
+rendent jamais: ils accumulent sans cesse des
+revenus pour acquérir des capitaux. Tant de
+richesses tombent, pour ainsi dire, en paralysie;
+plus de circulation, plus de commerce, plus d'arts,
+plus de manufactures.</p>
+
+<p>Il n'y a point de prince protestant qui ne lève
+sur ses peuples dix fois plus d'impôts que le pape
+n'en lève sur ses sujets; cependant ces derniers
+sont misérables, pendant que les autres vivent
+dans l'opulence. Le commerce ranime tout chez
+les uns, et le monachisme porte la mort partout
+chez les autres.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXIX" id="LETTRE_CXIX"></a>LETTRE CXIX.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de
+l'Europe; passons à l'Afrique. On ne peut
+guère parler que de ses côtes, parce qu'on n'en
+connoît pas l'intérieur.</p>
+
+<p>Celles de Barbarie, où la religion mahométane
+est établie, ne sont plus si peuplées qu'elles
+étoient du temps des Romains, par les raisons
+que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la
+Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies
+depuis deux cents ans que les petits rois, ou chefs
+de villages, vendent leurs sujets aux princes d'Europe,
+pour les porter dans leurs colonies en
+Amérique.</p>
+
+<p>Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique,
+qui reçoit tous les ans tant de nouveaux
+habitants, est elle-même déserte, et ne profite point
+des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves,
+qu'on transporte dans un autre climat, y périssent
+par milliers; et les travaux des mines, où l'on
+occupe sans cesse et les naturels du pays et les
+étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent,
+le vif-argent dont il faut faire un continuel
+usage, les détruisent sans ressource.</p>
+
+<p>Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr
+un nombre innombrable d'hommes pour tirer du
+fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'eux-mêmes
+absolument inutiles, et qui ne sont des
+richesses que parce qu'on les a choisis pour en
+être les signes.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXX" id="LETTRE_CXX"></a>LETTRE CXX.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des
+plus petites circonstances du monde: de manière
+qu'il ne faut souvent qu'un nouveau tour
+dans son imagination pour le rendre beaucoup
+plus nombreux qu'il n'étoit.</p>
+
+<p>Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants,
+ont réparé leurs pertes et leurs destructions
+continuelles, par cette seule espérance
+qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir
+naître un roi puissant qui sera le maître de la
+terre.</p>
+
+<p>Les anciens rois de Perse n'avoient tant de
+milliers de sujets qu'à cause de ce dogme de la
+religion des mages, que les actes les plus agréables
+à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit
+de faire un enfant, labourer un champ, et planter
+un arbre.</p>
+
+<p>Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux,
+cela ne vient que d'une certaine manière
+de penser: car, comme les enfants regardent leurs
+pères comme des dieux, qu'ils les respectent
+comme tels dès cette vie, qu'ils les honorent après
+leur mort par des sacrifices dans lesquels ils
+croient que leurs âmes, anéanties dans le Tyen,
+reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à
+augmenter une famille si soumise dans cette vie,
+et si nécessaire dans l'autre.</p>
+
+<p>D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent
+tous les jours déserts, à cause d'une opinion
+qui, toute sainte qu'elle est, ne laisse pas
+d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est
+enracinée dans les esprits. Nous nous regardons
+comme des voyageurs qui ne doivent penser qu'à
+une autre patrie; les travaux utiles et durables,
+les soins pour assurer la fortune de nos enfants,
+les projets qui tendent au delà d'une vie courte et
+passagère, nous paroissent quelque chose d'extravagant.
+Tranquilles pour le présent, sans inquiétude
+pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de
+réparer les édifices publics, ni de défricher les
+terres incultes, ni de cultiver celles qui sont en état
+de recevoir nos soins: nous vivons dans une insensibilité
+générale, et nous laissons tout faire à la
+providence.</p>
+
+<p>C'est un esprit de vanité qui a établi chez les
+Européens l'injuste droit d'aînesse, si défavorable
+à la propagation, en ce qu'il porte l'attention d'un
+père sur un seul de ses enfants, et détourne ses
+yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour
+rendre solide la fortune d'un seul, de s'opposer à
+l'établissement de plusieurs; enfin en ce qu'il détruit
+l'égalité des citoyens, qui en fait toute l'opulence.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXI" id="LETTRE_CXXI"></a>LETTRE CXXI.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Les pays habités par les sauvages sont ordinairement
+peu peuplés, par l'éloignement qu'ils
+ont presque tous pour le travail et la culture de la
+terre. Cette malheureuse aversion est si forte que,
+lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un
+de leurs ennemis, ils ne lui souhaitent autre
+chose que d'être réduit à labourer un champ,
+croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui
+soit un exercice noble et digne d'eux.</p>
+
+<p>Mais, comme il y a souvent des années où la
+chasse et la pêche rendent très-peu, ils sont désolés
+par des famines fréquentes; sans compter qu'il
+n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson
+qui puisse donner la subsistance à un grand
+peuple, parce que les animaux fuient toujours les
+endroits trop habités.</p>
+
+<p>D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre
+de deux ou trois cents habitants, isolées les
+unes des autres, ayant des intérêts aussi séparés
+que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir,
+parce qu'elles n'ont pas la ressource des
+grands États, dont toutes les parties se répondent
+et se secourent mutuellement.</p>
+
+<p>Il y a chez les sauvages une autre coutume qui
+n'est pas moins pernicieuse que la première: c'est
+la cruelle habitude où sont les femmes de se faire
+avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas
+désagréables à leurs maris.</p>
+
+<p>Il y a ici des lois terribles contre ce désordre;
+elles vont jusqu'à la fureur. Toute fille qui n'a
+point été déclarer sa grossesse au magistrat est
+punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la
+honte, les accidents même, ne l'excusent jamais.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXII" id="LETTRE_CXXII"></a>LETTRE CXXII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les
+pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on
+les envoie.</p>
+
+<p>Il faut que les hommes restent où ils sont: il y
+a des maladies qui viennent de ce qu'on change
+un bon air contre un mauvais; d'autres qui viennent
+précisément de ce qu'on en change.</p>
+
+<p>L'air se charge, comme les plantes, des particules
+de la terre de chaque pays. Il agit tellement
+sur nous, que notre tempérament en est fixé.
+Lorsque nous sommes transportés dans un autre
+pays, nous devenons malades. Les liquides étant
+accoutumés à une certaine consistance, les solides
+à une certaine disposition, tous les deux, à un
+certain degré de mouvement, n'en peuvent plus
+souffrir d'autres, et ils résistent à un nouveau pli.</p>
+
+<p>Quand un pays est désert, c'est un préjugé de
+quelque vice particulier de la nature du climat:
+ainsi, quand on ôte les hommes d'un ciel heureux
+pour les envoyer dans un tel pays, on fait
+précisément le contraire de ce qu'on se propose.</p>
+
+<p>Les Romains savoient cela par expérience; ils
+reléguoient tous les criminels en Sardaigne, et ils
+y faisoient passer des Juifs. Il fallut se consoler
+de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient
+pour ces misérables rendoit très-facile.</p>
+
+<p>Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le
+moyen d'entretenir de grosses armées sur les frontières,
+transporta presque tous les Arméniens
+hors de leur pays, et en envoya plus de vingt
+mille familles dans la province de Guilan, qui périrent
+presque toutes en très-peu de temps.</p>
+
+<p>Tous les transports de peuples faits à Constantinople
+n'ont jamais réussi.</p>
+
+<p>Ce nombre prodigieux de nègres dont nous
+avons parlé n'a point rempli l'Amérique.</p>
+
+<p>Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la
+Palestine est sans habitants.</p>
+
+<p>Il faut donc avouer que les grandes destructions
+sont presque irréparables, parce qu'un peuple qui
+manque à un certain point reste dans le même
+état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des
+siècles pour cela.</p>
+
+<p>Que si, dans un état de défaillance, la moindre
+des circonstances dont nous avons parlé vient à
+concourir, non-seulement il ne se répare pas,
+mais il dépérit tous les jours, et tend à son anéantissement.</p>
+
+<p>L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore
+sentir comme le premier jour: bien loin que ce
+vide se remplisse, il devient tous les jours plus
+grand.</p>
+
+<p>Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols,
+qui ont pris la place de ses anciens habitants,
+n'ont pu la repeupler; au contraire, par
+une fatalité que je ferois mieux de nommer une
+justice divine, les destructeurs se détruisent eux-mêmes,
+et se consument tous les jours.</p>
+
+<p>Les princes ne doivent donc point songer à
+peupler de grands pays par des colonies. Je ne
+dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois; il y a
+des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie
+toujours: témoin ces îles<a name="FNanchor_E_5" id="FNanchor_E_5"></a><a href="#Footnote_E_5" class="fnanchor">[E]</a> qui ont été peuplées
+par des malades que quelques vaisseaux y avoient
+abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la
+santé.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_E_5" id="Footnote_E_5"></a><a href="#FNanchor_E_5"><span class="label">[E]</span></a> L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.</p></div>
+
+<p>Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu
+d'augmenter la puissance, elles ne feroient que la
+partager, à moins qu'elles n'eussent très-peu d'étendue,
+comme sont celles que l'on envoie pour
+occuper quelque place pour le commerce.</p>
+
+<p>Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols,
+découvert l'Amérique, ou au moins de grandes
+îles dans lesquelles ils faisoient un commerce prodigieux:
+mais quand ils virent le nombre de leurs
+habitants diminuer, cette sage république défendit
+à ses sujets ce commerce et cette navigation.</p>
+
+<p>J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols
+dans les Indes, il faudroit faire repasser les
+Indiens et les métifs en Espagne; il faudroit rendre
+à cette monarchie tous ses peuples dispersés;
+et, si la moitié seulement de ces grandes colonies
+se conservoit, l'Espagne deviendroit la puissance
+de l'Europe la plus redoutable.</p>
+
+<p>On peut comparer les empires à un arbre dont
+les branches trop étendues ôtent tout le suc du
+tronc, et ne servent qu'à faire de l'ombrage.</p>
+
+<p>Rien ne devrait corriger les princes de la fureur
+des conquêtes lointaines que l'exemple des Portugais
+et des Espagnols.</p>
+
+<p>Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité
+inconcevable, des royaumes immenses, plus
+étonnées de leurs victoires que les peuples vaincus
+de leur défaite, songèrent aux moyens de les
+conserver, et prirent chacune pour cela une voie
+différente.</p>
+
+<p>Les Espagnols, désespérant de retenir les
+nations vaincues dans la fidélité, prirent le parti
+de les exterminer, et d'y envoyer d'Espagne des
+peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut
+plus ponctuellement exécuté. On vit un peuple,
+aussi nombreux que tous ceux de l'Europe ensemble,
+disparoître de la terre à l'arrivée de ces
+barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes,
+avoir voulu en même temps découvrir aux hommes
+quel étoit le dernier période de la cruauté.</p>
+
+<p>Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous
+leur domination. Juge par là combien les conquêtes
+sont funestes, puisque les effets en sont
+tels: car enfin ce remède affreux étoit unique.
+Comment auroient-ils pu retenir tant de millions
+d'hommes dans l'obéissance? Comment soutenir
+une guerre civile de si loin? Que seroient-ils devenus,
+s'ils avoient donné le temps à ces peuples
+de revenir de l'admiration où ils étoient de l'arrivée
+de ces nouveaux dieux et de la crainte de leurs
+foudres?</p>
+
+<p>Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout
+opposée; ils n'employèrent pas les cruautés:
+aussi furent-ils bientôt chassés de tous les pays
+qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent
+la rébellion de ces peuples, et en profitèrent.</p>
+
+<p>Quel prince envieroit le sort de ces conquérants?
+Qui voudroit de ces conquêtes à ces conditions?
+Les uns en furent aussitôt chassés; les
+autres en firent des déserts, et rendirent de même
+leur propre pays.</p>
+
+<p>C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir
+des pays qu'ils perdent soudain, ou à soumettre
+des nations qu'ils sont obligés eux-mêmes
+de détruire; comme cet insensé qui se consumoit
+à acheter des statues qu'il jetoit dans la mer, et
+des glaces qu'il brisoit aussitôt.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXIII" id="LETTRE_CXXIII"></a>LETTRE CXXIII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>La douceur du gouvernement contribue merveilleusement
+à la propagation de l'espèce.
+Toutes les républiques en sont une preuve constante;
+et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande,
+qui sont les deux plus mauvais pays de
+l'Europe, si l'on considère la nature du terrain, et
+qui cependant sont les plus peuplés.</p>
+
+<p>Rien n'attire plus les étrangers que la liberté,
+et l'opulence qui la suit toujours: l'une se fait
+rechercher par elle-même, et les besoins attirent
+dans les pays où l'on trouve l'autre.</p>
+
+<p>L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance
+fournit aux enfants, sans rien diminuer de
+la subsistance des pères.</p>
+
+<p>L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement
+de l'égalité dans les fortunes, porte l'abondance
+et la vie dans toutes les parties du corps
+politique, et la répand partout.</p>
+
+<p>Il n'en est pas de même des pays soumis au
+pouvoir arbitraire: le prince, les courtisans, et
+quelques particuliers, possèdent toutes les richesses,
+pendant que tous les autres gémissent dans
+une pauvreté extrême.</p>
+
+<p>Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente
+qu'il fera des enfants plus pauvres que lui, il ne se
+mariera pas; ou s'il se marie, il craindra d'avoir
+un trop grand nombre d'enfants, qui pourroient
+achever de déranger sa fortune, et qui descendroient
+de la condition de leur père.</p>
+
+<p>J'avoue que le rustique ou paysan, étant une
+fois marié, peuplera indifféremment, soit qu'il soit
+riche, soit qu'il soit pauvre; cette considération
+ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à
+laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne
+l'empêche jamais de suivre aveuglément l'instinct
+de la nature.</p>
+
+<p>Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants
+qui languissent dans la misère? Ils périssent
+presque tous à mesure qu'ils naissent; ils ne prospèrent
+jamais: foibles et débiles, ils meurent en
+détail de mille manières, tandis qu'ils sont emportés
+en gros par les fréquentes maladies populaires,
+que la misère et la mauvaise nourriture produisent
+toujours; ceux qui en échappent atteignent
+l'âge viril sans en avoir la force, et languissent
+tout le reste de leur vie.</p>
+
+<p>Les hommes sont comme les plantes, qui ne
+croissent jamais heureusement si elles ne sont
+bien cultivées: chez les peuples misérables,
+l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.</p>
+
+<p>La France peut fournir un grand exemple de
+tout ceci. Dans les guerres passées, la crainte où
+étoient tous les enfants de famille qu'on ne les
+enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier,
+et cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de
+la pauvreté. De tant de mariages il naissoit bien
+des enfants, que l'on cherche encore en France,
+et que la misère, la famine et les maladies en ont
+fait disparoître.</p>
+
+<p>Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un
+royaume aussi policé que la France, on fait de
+pareilles remarques, que sera-ce dans les autres
+États?</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXIV" id="LETTRE_CXXIV"></a>LETTRE CXXIV.</h2>
+
+<h3>USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,</h3>
+
+<h3>Gardien des trois tombeaux</h3>
+
+<h3>A Com.</h3>
+
+
+<p>Que nous servent les jeûnes des immaums et
+les cilices des mollaks? La main de Dieu
+s'est deux fois appesantie sur les enfants de la loi,
+le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que
+leurs défaites; leurs armées s'assemblent, et elles
+sont dissipées comme la poussière.</p>
+
+<p>L'empire des Osmanlins est ébranlé par les
+deux plus grands échecs qu'il ait jamais reçus:
+un moufti chrétien ne le soutient qu'avec peine;
+le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu,
+envoyé pour châtier les sectateurs d'Omar; il
+porte partout la colère du ciel, irrité contre leur
+rébellion et leur perfidie.</p>
+
+<p>Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit
+et jour sur les enfants du prophète que le détestable
+Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent
+à la vue de leurs malheurs; tu désires leur
+conversion, et non pas leur perte; tu voudrois
+les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par les larmes
+des saints; et non pas dispersés dans les montagnes
+et dans les déserts par la terreur des infidèles.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXV" id="LETTRE_CXXV"></a>LETTRE CXXV.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Quel peut être le motif de ces libéralités immenses
+que les princes versent sur leurs
+courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur
+sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et
+d'ailleurs, s'ils acquièrent quelques-uns de leurs
+sujets en les achetant, il faut bien, par la même
+raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en
+les appauvrissant.</p>
+
+<p>Quand je pense à la situation des princes, toujours
+entourés d'hommes avides et insatiables, je
+ne puis que les plaindre: et je les plains encore
+davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de résister
+à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne
+demandent rien.</p>
+
+<p>Je n'entends jamais parler de leurs libéralités,
+des grâces et des pensions qu'ils accordent, que
+je ne me livre à mille réflexions: une foule d'idées
+se présente à mon esprit; il me semble que j'entends
+publier cette ordonnance:</p>
+
+<p>«Le courage infatigable de quelques-uns de
+nos sujets à nous demander des pensions ayant
+exercé sans relâche notre magnificence royale,
+nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes
+qu'ils nous ont présentées, lesquelles
+ont fait jusqu'ici la plus grande sollicitude du
+trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point
+manqué, depuis notre avènement à la couronne,
+de se trouver à notre lever; que nous
+les avons toujours vus sur notre passage immobiles
+comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement
+élevés pour regarder, sur les épaules
+les plus hautes, notre sérénité. Nous avons
+même reçu plusieurs requêtes de la part de
+quelques personnes du beau sexe, qui nous ont
+supplié de faire attention qu'il étoit notoire
+qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes
+même très-surannées nous ont prié,
+branlant la tête, de faire attention qu'elles ont
+fait l'ornement de la cour des rois nos prédécesseurs;
+et que, si les généraux de leurs armées
+ont rendu l'État redoutable par leurs faits
+militaires, elles n'ont point rendu la cour
+moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant
+traiter les suppliants avec bonté, et leur
+accorder toutes leurs prières, nous avons ordonné
+ce qui suit:</p>
+
+<p>«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera
+journellement la cinquième partie
+du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères
+de famille de faire la diminution, sur chacun
+d'eux, aussi juste que faire se pourra.</p>
+
+<p>«Défendons expressément à tous ceux qui
+s'appliquent à la culture de leurs héritages, ou
+qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire
+aucune réparation, de quelque espèce qu'elle
+soit.</p>
+
+<p>«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent
+à des travaux vils et mécaniques, lesquelles
+n'ont jamais été au lever de notre majesté, n'achètent
+désormais d'habits, à eux, à leurs femmes
+et à leurs enfants, que de quatre ans en
+quatre ans; leur interdisons en outre très-étroitement
+ces petites réjouissances qu'ils avoient
+coutume de faire, dans leurs familles, les principales
+fêtes de l'année.</p>
+
+<p>«Et, d'autant que nous demeurons averti que
+la plupart des bourgeois de nos bonnes villes sont
+entièrement occupés à pourvoir à l'établissement
+de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues
+recommandables, dans notre État, que par une
+triste et ennuyeuse modestie, nous ordonnons
+qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce qu'ayant
+atteint l'âge limité par les ordonnances, elles
+viennent à les y contraindre. Défendons à nos
+magistrats de pourvoir à l'éducation de leurs
+enfants.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXVI" id="LETTRE_CXXVI"></a>LETTRE CXXVI.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>On est bien embarrassé dans toutes les religions,
+quand il s'agit de donner une idée des
+plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien vécu.
+On épouvante facilement les méchants par une
+longue suite de peines, dont on les menace: mais,
+pour les gens vertueux, on ne sait que leur promettre.
+Il semble que la nature des plaisirs soit
+d'être d'une courte durée; l'imagination a peine
+à en représenter d'autres.</p>
+
+<p>J'ai vu des descriptions du paradis, capables
+d'y faire renoncer tous les gens de bon sens: les
+uns font jouer sans cesse de la flûte ces ombres
+heureuses; d'autres les condamnent au supplice
+de se promener éternellement; d'autres enfin,
+qui les font rêver là-haut aux maîtresses d'ici-bas,
+n'ont pas cru que cent millions d'années
+fussent un terme assez long pour leur ôter le
+goût de ces inquiétudes amoureuses.</p>
+
+<p>Je me souviens à ce propos d'une histoire que
+j'ai ouï raconter à un homme qui avoit été dans
+le pays du Mogol; elle fait voir que les prêtres
+indiens ne sont pas moins stériles que les autres
+dans les idées qu'ils ont des plaisirs du paradis.</p>
+
+<p>Une femme qui venoit de perdre son mari vint
+en cérémonie chez le gouverneur de la ville lui
+demander permission de se brûler: mais, comme,
+dans les pays soumis aux mahométans, on abolit
+tant qu'on peut cette cruelle coutume, il la refusa
+absolument.</p>
+
+<p>Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se
+jeta dans un furieux emportement. Voyez, disoit-elle,
+comme on est gêné! Il ne sera seulement
+pas permis à une pauvre femme de se brûler
+quand elle en a envie! A-t-on jamais vu rien de
+pareil? Ma mère, ma tante, mes s&oelig;urs, se sont
+bien brûlées? Et, quand je vais demander permission
+à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se
+met à crier comme un enragé.</p>
+
+<p>Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze:
+Homme infidèle, lui dit le gouverneur, est-ce toi
+qui a mis dans l'esprit de cette femme cette fureur?
+Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais,
+si elle m'en croit, elle consommera son sacrifice;
+elle fera une action agréable au dieu Brama:
+aussi en sera-t-elle bien récompensée; car elle
+retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle
+recommencera avec lui un second mariage. Que
+dites-vous? dit la femme surprise. Je retrouverai
+mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux,
+chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu
+Brama n'a point fait sur lui quelque réforme,
+sûrement il n'a pas besoin de moi. Me brûler
+pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour
+le retirer du fond des enfers. Deux vieux bonzes,
+qui me séduisoient, et qui savoient de quelle manière
+je vivois avec lui, n'avoient garde de me
+tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent
+à me faire, je renonce à cette béatitude. Monsieur
+le gouverneur, je me fais mahométane. Et
+pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous
+pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que
+je me porte fort bien.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXVII" id="LETTRE_CXXVII"></a>LETTRE CXXVII.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie
+tes lettres d'Ispahan. Les miennes portent que
+l'ambassadeur du Grand Mogol a reçu ordre de
+sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter
+le prince, oncle du roi, qui est chargé de son
+éducation; qu'on l'a fait conduire dans un château,
+où il est très-étroitement gardé, et qu'on l'a
+privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort
+de ce prince, et je le plains.</p>
+
+<p>Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler
+les larmes de personne sans en être attendri: je
+sens de l'humanité pour les malheureux, comme
+s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les
+grands même, pour lesquels je trouve dans mon
+c&oelig;ur de la dureté quand ils sont élevés, je les
+aime sitôt qu'ils tombent.</p>
+
+<p>En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité,
+d'une inutile tendresse? elle approche trop de
+l'égalité: ils aiment bien mieux du respect, qui
+ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils
+sont déchus de leur grandeur, il n'y a que nos
+plaintes qui puissent leur en rappeler l'idée.</p>
+
+<p>Je trouve quelque chose de bien naïf, et même
+de bien grand, dans les paroles d'un prince qui,
+près de tomber entre les mains de ses ennemis,
+voyant ses courtisans autour de lui qui
+pleuroient: Je sens, leur dit-il, à vos larmes que
+je suis encore votre roi.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXVIII" id="LETTRE_CXXVIII"></a>LETTRE CXXVIII.</h2>
+
+<h3>RICA A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de
+Suède: il assiégeoit une place dans un royaume
+qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit la
+tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un
+coup dans la tête, dont il est mort. On a fait sur-le-champ
+arrêter son premier ministre: les états
+se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la
+tête.</p>
+
+<p>Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir
+calomnié la nation, et de lui avoir fait perdre la
+confiance de son roi: forfait qui, selon moi, mérite
+mille morts.</p>
+
+<p>Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir
+dans l'esprit du prince le dernier de ses sujets,
+qu'est-ce, lorsque l'on noircit la nation entière,
+et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la
+providence a établi pour faire son bonheur?</p>
+
+
+<p>Je voudrois que les hommes parlassent aux rois
+comme les anges parlent à notre saint prophète.</p>
+
+<p>Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur
+des seigneurs descend du plus sublime trône
+du monde pour se communiquer à ses esclaves, je
+me suis fait une loi sévère de captiver une langue
+indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une
+seule parole qui pût être amère au dernier de ses
+sujets. Quand il m'a fallu cesser d'être sobre, je
+n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans
+cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie,
+et jamais ma vertu.</p>
+
+<p>Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque
+jamais de prince si méchant, que son ministre ne
+le soit encore davantage; s'il fait quelque action
+mauvaise, elle a presque toujours été suggérée;
+de manière que l'ambition des princes n'est jamais
+si dangereuse que la bassesse d'âme de ses conseillers.
+Mais comprends-tu qu'un homme, qui n'est
+que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y
+sera pas demain, puisse devenir dans un moment
+l'ennemi de lui-même, de sa famille, de sa patrie,
+et du peuple qui naîtra à jamais de celui qu'il va
+faire opprimer?</p>
+
+<p>Un prince a des passions; le ministre les remue:
+c'est de ce côté-là qu'il dirige son ministère;
+il n'a point d'autre but, ni n'en veut connoître.
+Les courtisans le séduisent par leurs
+louanges; et lui le flatte plus dangereusement par
+ses conseils, par les desseins qu'il lui inspire, et
+par les maximes qu'il lui propose.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXIX" id="LETTRE_CXXIX"></a>LETTRE CXXIX.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un
+de mes amis: il rencontra un homme de sa
+connoissance, qu'il me dit être un géomètre; et
+il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une
+rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât
+longtemps par la manche, et le secouât pour le
+faire descendre jusqu'à lui; tant il étoit occupé
+d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis
+plus de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup
+d'honnêtetés, et s'apprirent réciproquement
+quelques nouvelles littéraires. Ces discours les
+menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai
+avec eux.</p>
+
+<p>Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de
+tout le monde avec empressement, et que les garçons
+du caffé en faisoient beaucoup plus de cas
+que de deux mousquetaires qui étoient dans un
+coin. Pour lui, il parut qu'il se trouvoit dans un
+lieu agréable: car il dérida un peu son visage, et
+se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la moindre
+teinture de géométrie.</p>
+
+<p>Cependant son esprit régulier toisoit tout ce
+qui se disoit dans la conversation. Il ressembloit
+à celui qui, dans un jardin, coupoit avec son épée
+la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des
+autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé
+d'une saillie, comme une vue délicate est offensée
+par une lumière trop vive. Rien pour lui n'étoit
+indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa conversation
+étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce
+jour-là de la campagne avec un homme qui avoit
+vu un château superbe et des jardins magnifiques;
+et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de soixante
+pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet
+barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité
+que les règles de la perspective eussent été tellement
+observées, que les allées des avenues eussent
+paru partout de même largeur; et il auroit donné
+pour cela une méthode infaillible. Il parut fort
+satisfait d'un cadran qu'il y avoit démêlé, d'une
+structure fort singulière; et il s'échauffa fort contre
+un savant qui étoit auprès de moi, qui lui demanda
+si ce cadran marquoit les heures babyloniennes.
+Un nouvelliste parla du bombardement du château
+de Fontarabie; et il nous donna soudain les
+propriétés de la ligne que les bombes avoient décrite
+en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut
+en ignorer entièrement le succès. Un homme se
+plaignoit d'avoir été ruiné l'hiver d'auparavant
+par une inondation. Ce que vous me dites là m'est
+fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que
+je ne me suis pas trompé dans l'observation que
+j'ai faite, et qu'il est au moins tombé sur la terre
+deux pouces d'eau plus que l'année passée.</p>
+
+<p>Un moment après il sortit, et nous le suivîmes.
+Comme il alloit assez vite, et qu'il négligeoit de
+regarder devant lui, il fut rencontré directement
+par un autre homme: ils se choquèrent rudement;
+et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son
+côté, en raison réciproque de leur vitesse et de
+leurs masses. Quand ils furent un peu revenus de
+leur étourdissement, cet homme, portant la main
+sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise
+que vous m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle
+à vous apprendre: je viens de donner mon
+Horace au public. Comment! dit le géomètre, il
+y a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez
+pas, reprit l'autre: c'est une traduction de cet
+ancien auteur, que je viens de mettre au jour; il
+y a vingt ans que je m'occupe à faire des traductions.</p>
+
+<p>Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt
+ans que vous ne pensez pas! Vous parlez pour les
+autres, et ils pensent pour vous! Monsieur, dit le
+savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un
+grand service au public, de lui rendre la lecture
+des bons auteurs familière? Je ne dis pas tout à
+fait cela: j'estime autant qu'un autre les sublimes
+génies que vous travestissez; mais vous ne leur
+ressemblerez point; car si vous traduisez toujours,
+on ne vous traduira jamais.</p>
+
+<p>Les traductions sont comme ces monnoies de
+cuivre qui ont bien la même valeur qu'une pièce
+d'or, et même sont d'un plus grand usage pour le
+peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un
+mauvais aloi.</p>
+
+<p>Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi
+nous ces illustres morts; et j'avoue que vous leur
+donnez bien un corps: mais vous ne leur rendez
+pas la vie; il y manque toujours un esprit pour
+les animer.</p>
+
+<p>Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche
+de tant de belles vérités qu'un calcul facile
+nous fait découvrir tous les jours? Après ce petit
+conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents
+l'un de l'autre,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXX" id="LETTRE_CXXX"></a>LETTRE CXXX.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine
+nation qu'on appelle les nouvellistes, qui s'assemblent
+dans un jardin magnifique, où leur oisiveté
+est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à
+l'État, et leurs discours de cinquante ans n'ont
+pas un effet différent de celui qu'auroit pu produire
+un silence aussi long: cependant ils se
+croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent
+de projets magnifiques, et traitent de grands intérêts.</p>
+
+<p>La base de leurs conversations est une curiosité
+frivole et ridicule: il n'y a point de cabinet si
+mystérieux qu'ils ne prétendent pénétrer; ils ne
+sauroient consentir à ignorer quelque chose; ils
+savent combien notre auguste sultan a de femmes,
+combien il fait d'enfants toutes les années;
+et quoiqu'ils ne fassent aucune dépense en espions,
+ils sont instruits des mesures qu'il prend
+pour humilier l'empereur des Turcs et celui des
+Mogols.</p>
+
+<p>A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent
+dans l'avenir; et, marchant au-devant
+de la providence, la préviennent sur toutes les
+démarches des hommes. Ils conduisent un général
+par la main; et, après l'avoir loué de mille sottises
+qu'il n'a pas faites, ils lui en préparent mille autres
+qu'il ne fera pas.</p>
+
+<p>Ils font voler les armées comme les grues, et
+tomber les murailles comme des cartons; ils ont
+des ponts sur toutes les rivières, des routes secrètes
+dans toutes les montagnes, des magasins immenses
+dans les sables brûlants: il ne leur manque
+que le bon sens.</p>
+
+<p>Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette
+lettre d'un nouvelliste; comme elle m'a paru singulière,
+je la gardai; la voici:</p>
+
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Je me trompe rarement dans mes conjectures
+sur les affaires du temps. Le 1<sup>er</sup> janvier 1711, je
+prédis que l'empereur Joseph mourroit dans le
+cours de l'année: il est vrai que, comme il se
+portoit fort bien, je crus que je me ferois moquer
+de moi si je m'expliquois d'une manière
+bien claire; ce qui fit que je me servis de termes
+un peu énigmatiques; mais les gens qui
+savent raisonner m'entendirent bien. Le 17 avril
+de la même année, il mourut de la petite vérole.</p>
+
+<p>«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur
+et les Turcs, j'allai chercher nos messieurs
+dans tous les coins des Tuileries; je les assemblai
+près du bassin, et leur prédis qu'on feroit
+le siége de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été
+assez heureux pour que ma prédiction ait été
+accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du
+siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le
+18 août<a name="FNanchor_F_6" id="FNanchor_F_6"></a><a href="#Footnote_F_6" class="fnanchor">[F]</a>; il ne fut pris que le lendemain:
+peut-on perdre à si beau jeu?</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_F_6" id="Footnote_F_6"></a><a href="#FNanchor_F_6"><span class="label">[F]</span></a> 1717.</p></div>
+
+<p>«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit
+en Sardaigne, je jugeai qu'elle en ferait la
+conquête: je le dis, et cela se trouva vrai. Enflé
+de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse
+iroit débarquer à Final pour faire la conquête
+du Milanès. Comme je trouvai de la
+résistance à faire recevoir cette idée, je voulus
+la soutenir glorieusement: je pariai cinquante
+pistoles, et je les perdis encore; car ce diable
+d'Alberoni, malgré la foi des traités, envoya sa
+flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux
+grands politiques, le duc de Savoie et moi.</p>
+
+<p>«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que
+j'ai résolu de prédire toujours et de ne parier
+jamais. Autrefois nous ne connoissions point aux
+Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte
+de L. ne les souffrait guère; mais, depuis
+qu'une troupe de petits-maîtres s'est mêlée
+parmi nous, nous ne savons plus où nous en
+sommes. A peine ouvrons-nous la bouche pour
+dire une nouvelle, qu'un de ces jeunes gens
+propose de parier contre.</p>
+
+<p>«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit,
+et accommodois mes lunettes sur mon nez,
+un de ces fanfarons, saisissant justement l'intervalle
+du premier mot au second, me dit: Je
+parie cent pistoles que non. Je fis semblant de
+n'avoir pas fait d'attention à cette extravagance;
+et, reprenant la parole d'une voix plus forte,
+je dis: M. le maréchal de *** ayant appris...
+Cela est faux, me dit-il, vous avez toujours des
+nouvelles extravagantes; il n'y a pas le sens
+commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de
+me faire le plaisir de me prêter trente pistoles;
+car je vous avoue que ces paris m'ont fort dérangé.
+Je vous envoie la copie de deux lettres
+que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.»</p>
+
+
+<h4>LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.</h4>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais
+eu: c'est moi qui obligeai un de mes amis d'exécuter
+le projet que j'avois formé d'un livre pour
+démontrer que Louis le Grand étoit le plus
+grand de tous les princes qui ont mérité le
+nom de Grand. Je travaille depuis longtemps à
+un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur
+à notre nation, si Votre Grandeur veut
+m'accorder un privilége: mon dessein est de
+prouver que, depuis le commencement de la
+monarchie, les François n'ont jamais été battus,
+et que ce que les historiens ont dit jusqu'ici
+de nos désavantages sont de véritables
+impostures. Je suis obligé de les redresser en
+bien des occasions; et j'ose me flatter que je
+brille surtout dans la critique. Je suis, monseigneur,
+etc.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Depuis la perte que nous avons faite de M. le
+comte de L., nous vous supplions d'avoir la
+bonté de nous permettre d'élire un président.
+Le désordre se met dans nos conférences, et
+les affaires d'État n'y sont pas traitées avec la
+même discussion que par le passé; nos jeunes
+gens vivent absolument sans égard pour les anciens,
+et entre eux sans discipline: c'est le véritable
+conseil de Roboam, où les jeunes imposent
+aux vieillards. Nous avons beau leur
+représenter que nous étions paisibles possesseurs
+des Tuileries vingt ans avant qu'ils fussent
+au monde; je crois qu'ils nous en chasseront à
+la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où
+nous avons tant de fois évoqué les ombres de
+nos héros françois, il faudra que nous allions
+tenir nos conférences au Jardin du Roi ou
+dans quelque lieu plus écarté. Je suis...»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXI" id="LETTRE_CXXXI"></a>LETTRE CXXXI.</h2>
+
+<h3>RHÉDI A RICA.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité
+en arrivant en Europe, c'est l'histoire
+et l'origine des républiques. Tu sais que la
+plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée
+de cette sorte de gouvernement, et que l'imagination
+ne les a pas servis jusqu'à leur faire comprendre
+qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre
+que le despotique.</p>
+
+<p>Les premiers gouvernements du monde furent
+monarchiques: ce ne fut que par hasard et par
+la succession des siècles que les républiques se
+formèrent.</p>
+
+<p>La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de
+nouveaux habitants vinrent la peupler: elle tira
+presque toutes ses colonies d'Égypte et des contrées
+de l'Asie les plus voisines; et, comme ces
+pays étoient gouvernés par des rois, les peuples
+qui en sortirent furent gouvernés de même. Mais
+la tyrannie de ces princes devenant trop pesante,
+on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes
+s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir
+la Grèce, seule polie au milieu des barbares.</p>
+
+<p>L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva
+longtemps la Grèce dans l'indépendance, et
+étendit au loin le gouvernement républicain. Les
+villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie
+mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi
+libres qu'elles, qui leur servirent de remparts contre
+les entreprises des rois de Perse. Ce n'est pas
+tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne,
+et peut-être les Gaules. On sait que cette grande
+Hespérie, si fameuse chez les anciens, étoit au
+commencement la Grèce, que ses voisins regardoient
+comme un séjour de félicité: les Grecs
+qui ne trouvoient point chez eux ce pays heureux,
+l'allèrent chercher en Italie; ceux de l'Italie,
+en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique
+ou le Portugal: de manière que toutes ces régions
+portèrent ce nom chez les anciens. Ces
+colonies grecques apportèrent avec elles un esprit
+de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux
+pays. Ainsi, on ne voit guère, dans ces temps reculés,
+de monarchies dans l'Italie, l'Espagne, les
+Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord
+et d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si
+l'on trouve des vestiges de quelque royauté parmi
+eux, c'est qu'on a pris pour des rois les chefs des
+armées ou des républiques.</p>
+
+<p>Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie
+et l'Afrique, elles ont toujours été accablées sous
+le despotisme, si vous en exceptez quelques villes
+de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la
+république de Carthage en Afrique.</p>
+
+<p>Le monde fut partagé entre deux puissantes
+républiques: celle de Rome et celle de Carthage.
+Il n'y a rien de si connu que les commencements
+de la république romaine, et rien qui le soit si
+peu que l'origine de celle de Carthage. On ignore
+absolument la suite des princes africains depuis
+Didon, et comment ils perdirent leurs puissance.
+C'eût été un grand bonheur pour le monde que
+l'agrandissement prodigieux de la république romaine,
+s'il n'y avoit pas eu cette différence injuste
+entre les citoyens romains et les peuples vaincus;
+si l'on avoit donné au gouverneur des provinces
+une autorité moins grande; si les lois si saintes
+pour empêcher leur tyrannie avoient été observées,
+et s'ils ne s'étoient pas servis, pour les faire
+taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit
+amassés.</p>
+
+<p>Il semble que la liberté soit faite pour le génie
+des peuples d'Europe, et la servitude pour celui
+des peuples d'Asie. C'est en vain que les Romains
+offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor:
+cette nation lâche le refusa, et elle courut à la
+servitude avec le même empressement que les
+autres peuples couroient à la liberté.</p>
+
+<p>César opprima la république romaine, et la soumit
+à un pouvoir arbitraire.</p>
+
+<p>L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement
+militaire et violent, et la douceur romaine
+fut changée en une cruelle oppression.</p>
+
+<p>Cependant une infinité de nations inconnues
+sortirent du Nord, se répandirent comme des
+torrents dans les provinces romaines; et, trouvant
+autant de facilité à faire des conquêtes qu'à
+exercer leurs pirateries, les démembrèrent et en
+firent des royaumes. Ces peuples étoient libres et
+ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois, qu'ils
+n'étoient proprement que des chefs ou des généraux.
+Ainsi ces royaumes, quoique fondés par la
+force, ne sentirent point le joug du vainqueur.
+Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et
+les Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté
+d'un seul, ils ne songèrent qu'à lui donner de
+nouveaux sujets, et à établir par les armes son
+autorité violente: mais les peuples du Nord, libres
+dans leur pays, s'emparant des provinces
+romaines, ne donnèrent point à leurs chefs une
+grande autorité. Quelques-uns même de ces peuples,
+comme les Vandales en Afrique, les Goths
+en Espagne, déposoient leurs rois dès qu'ils n'en
+étoient pas satisfaits; et, chez les autres, l'autorité
+du prince étoit bornée de mille manières différentes:
+un grand nombre de seigneurs la partageoient
+avec lui; les guerres n'étoient entreprises
+que de leur consentement; les dépouilles étoient
+partagées entre le chef et les soldats; aucun impôt
+en faveur du prince; les lois étoient faites dans
+les assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental
+de tous ces États, qui se formèrent des
+débris de l'empire romain.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXII" id="LETTRE_CXXXII"></a>LETTRE CXXXII.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé;
+j'y remarquai un gentilhomme assez bien mis
+qui se faisoit écouter: il parloit du plaisir qu'il y
+avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation
+d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il,
+quinze mille livres de rente en fonds de terre, et
+je me croirois plus heureux si j'avois le quart de
+ce bien-là en argent et en effets portables partout.
+J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de
+frais de justice, je ne fais que les rendre plus insolvables:
+je n'ai jamais pu voir cent pistoles à la
+fois. Si je devois dix mille francs, on me feroit
+saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital.</p>
+
+<p>Je sortis sans avoir fait grande attention à tout
+ce discours; mais, me trouvant hier dans ce quartier,
+j'entrai dans la même maison, et j'y vis un
+homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au
+milieu de cinq ou six discoureurs, paroissoit
+morne et pensif, jusques à ce que, prenant brusquement
+la parole: Oui, messieurs, dit-il en
+haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de
+quoi vivre; car j'ai actuellement chez moi deux
+cent mille livres en billets de banque, et cent
+mille écus d'argent: je me trouve dans une situation
+affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à
+l'hôpital: au moins si j'avois seulement une petite
+terre où je pusse me retirer, je serois sûr d'avoir
+de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce
+chapeau en fonds de terre.</p>
+
+<p>Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et
+je vis un autre homme qui faisoit des grimaces
+de possédé. A qui se fier désormais? s'écrioit-il. Il
+y a un traître que je croyois si fort de mes amis
+que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a
+rendu! quelle perfidie horrible! Il a beau faire;
+dans mon esprit il sera toujours déshonoré.</p>
+
+<p>Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu,
+qui, élevant les yeux au ciel, disoit: Dieu bénisse
+les projets de nos ministres! puissé-je voir les actions
+à deux mille, et tous les laquais de Paris
+plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité
+de demander son nom. C'est un homme extrêmement
+pauvre, me dit-on; aussi a-t-il un pauvre
+métier: il est généalogiste, et il espère que son
+art rendra, si les fortunes continuent; et que tous
+ces nouveaux riches auront besoin de lui pour réformer
+leur nom, décrasser leurs ancêtres, et orner
+leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire
+autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille
+de joie de voir multiplier ses pratiques.</p>
+
+<p>Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que
+je reconnus pour nouvelliste avant qu'il se fût
+assis; il n'étoit pas du nombre de ceux qui ont
+une assurance victorieuse contre tous les revers,
+et présagent toujours les victoires et les trophées:
+c'étoit au contraire un de ces trembleurs qui
+n'ont que des nouvelles tristes. Les affaires vont
+bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons
+point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre
+que le prince Pio, qui en a un gros corps, ne
+fasse contribuer tout le Languedoc. Il y avoit vis-à-vis
+de moi un philosophe assez mal en ordre
+qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les
+épaules à mesure que l'autre haussoit la voix; je
+m'approchai de lui, et il me dit à l'oreille: Vous
+voyez que ce fat nous entretient, il y a une heure,
+de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus
+hier au soir une tache dans le soleil, qui, si
+elle augmentoit, pourroit faire tomber toute la
+nature en engourdissement; et je n'ai pas dit un
+seul mot.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXIII" id="LETTRE_CXXXIII"></a>LETTRE CXXXIII.</h2>
+
+<h3>RICA A ***.</h3>
+
+
+<p>J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque
+dans un couvent de dervis, qui en sont comme
+les dépositaires, mais qui sont obligés d'y laisser
+entrer tout le monde à certaines heures.</p>
+
+<p>En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit
+au milieu d'un nombre innombrable de
+volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et le priai
+de me dire quels étoient quelques-uns de ces
+livres que je voyois mieux reliés que les autres.
+Monsieur, me dit-il, j'habite ici une terre étrangère:
+je n'y connois personne: bien des gens me
+font de pareilles questions; mais vous voyez bien
+que je n'irai pas lire tous ces livres pour les satisfaire;
+mais j'ai mon bibliothécaire qui vous donnera
+satisfaction, car il s'occupe nuit et jour à déchiffrer
+tout ce que vous voyez là; c'est un homme
+qui n'est bon à rien, et qui nous est très à charge,
+parce qu'il ne travaille point pour le couvent.
+Mais j'entends l'heure du réfectoire qui sonne.
+Ceux qui comme moi sont à la tête d'une communauté
+doivent être les premiers à tous les exercices.
+En disant cela, le moine me poussa dehors,
+ferma la porte, et, comme s'il eût volé, disparut à
+mes yeux.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXIV" id="LETTRE_CXXXIV"></a>LETTRE CXXXIV.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Je retournai le lendemain à cette bibliothèque,
+où je trouvai tout un autre homme que celui
+que j'avois vu la première fois: son air étoit simple,
+sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable.
+Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité,
+il se mit en devoir de la satisfaire, et même
+en qualité d'étranger, de m'instruire.</p>
+
+<p>Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes
+qui tiennent tout ce côté de bibliothèque?
+Ce sont, me dit-il, les interprètes de l'Écriture. Il
+y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut
+que l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien
+claire à présent; reste-t-il encore quelques doutes?
+peut-il y avoir des points contestés? S'il y en a,
+bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y en a
+presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et
+qu'ont donc fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me
+repartit-il, n'ont point cherché dans l'Écriture ce
+qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient eux-mêmes;
+ils ne l'ont point regardée comme un livre où
+étoient contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir,
+mais comme un ouvrage qui pourroit donner
+de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour
+cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont
+donné la torture à tous les passages. C'est un pays
+où les hommes de toutes les sectes font des descentes,
+et vont comme au pillage; c'est un champ
+de bataille où les nations ennemies qui se rencontrent
+livrent bien des combats, où l'on s'attaque,
+où l'on s'escarmouche de bien des manières.</p>
+
+<p>Tout près de là vous voyez les livres ascétiques
+ou de dévotion; ensuite les livres de morale, bien
+plus utiles; ceux de théologie, doublement inintelligibles,
+et par la matière qui y est traitée, et
+par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques,
+c'est-à-dire des dévots qui ont le c&oelig;ur tendre.
+Ah! mon père, lui dis-je, un moment; n'allez
+pas si vite; parlez-moi de ces mystiques.
+Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un c&oelig;ur
+disposé à la tendresse, et lui fait envoyer des esprits
+au cerveau qui l'échauffent de même, d'où
+naissent les extases et les ravissements. Cet état
+est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne,
+ou plutôt dégénère en quiétisme: vous
+savez qu'un quiétiste n'est autre chose qu'un
+homme fou, dévot et libertin.</p>
+
+<p>Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets
+de la nuit; qui forment dans leur imagination
+tous les monstres que le démon d'amour peut
+produire, les rassemblent, les comparent, et en
+font l'objet éternel de leurs pensées: heureux si
+leur c&oelig;ur ne se met pas de la partie, et ne devient
+pas lui-même complice de tant d'égarements
+si naïvement décrits et si nuement peints!</p>
+
+<p>Vous voyez, monsieur, que je pense librement,
+et que je vous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement
+naïf, et plus encore avec vous, qui
+êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et
+les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne
+vous parlerois de tout ceci qu'avec admiration; je
+vous dirois sans cesse: Cela est divin, cela est
+respectable; il y a du merveilleux. Et il en arriveroit
+de deux choses l'une, ou que je vous tromperois,
+ou que je me déshonorerois dans votre
+esprit.</p>
+
+<p>Nous en restâmes là; une affaire qui survint au
+dervis rompit notre conversation jusqu'au lendemain.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXV" id="LETTRE_CXXXV"></a>LETTRE CXXXV.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Je revins à l'heure marquée, et mon homme me
+mena précisément dans l'endroit où nous nous
+étions quittés. Voici, me dit-il, les grammairiens,
+les glossateurs, et les commentateurs. Mon père,
+lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se
+dispenser d'avoir du bon sens? Oui, dit-il, ils le
+peuvent; et même il n'y paroît pas, leurs ouvrages
+n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode
+pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois
+bien des philosophes qui feroient bien de
+s'appliquer à ces sortes de sciences-là.</p>
+
+<p>Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent
+de persuader indépendamment des raisons;
+et les géomètres, qui obligent un homme malgré
+lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.</p>
+
+<p>Voici les livres de métaphysique, qui traitent
+de si grands intérêts, et dans lesquels l'infini se
+rencontre partout; les livres de physique, qui ne
+trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie
+du vaste univers que dans la machine la plus
+simple de nos artisans; les livres de médecine,
+ces monuments de la fragilité de la nature et de
+la puissance de l'art; qui font trembler quand ils
+traitent des maladies même les plus légères, tant
+ils nous rendent la mort présente; mais qui nous
+mettent dans une sécurité entière quand ils parlent
+de la vertu des remèdes, comme si nous
+étions devenus immortels.</p>
+
+<p>Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui
+contiennent bien moins la description des parties
+du corps humain que les noms barbares qu'on
+leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade
+de son mal, ni le médecin de son ignorance.</p>
+
+<p>Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et
+tantôt les petites-maisons, comme des demeures
+qui lui sont également propres.</p>
+
+<p>Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance
+occulte: tels sont ceux qui contiennent
+quelque espèce de diablerie; exécrables selon la
+plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont
+encore les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous,
+mon père? Les livres d'astrologie judiciaire,
+repartis-je avec feu! Et ce sont ceux dont nous
+faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes
+les actions de notre vie, et nous déterminent dans
+toutes nos entreprises; les astrologues sont proprement
+nos directeurs; ils font plus, ils entrent
+dans le gouvernement de l'État. Si cela est, me
+dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que
+celui de la raison: voilà ce qui s'appelle le plus
+étrange de tous les empires; je plains bien une
+famille, et encore plus une nation, qui se laisse
+si fort dominer par les planètes. Nous nous
+servons, lui repartis-je, de l'astrologie, comme
+vous vous servez de l'algèbre. Chaque nation a sa
+science, selon laquelle elle règle sa politique:
+tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait
+tant de sottises en notre Perse qu'un seul de vos
+algébristes en a fait ici. Croyez-vous que le concours
+fortuit des astres ne soit pas une règle
+aussi sûre que les beaux raisonnements de votre
+faiseur de système? Si l'on comptoit les voix là-dessus
+en France et en Perse, ce seroit un beau
+sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez
+les mathématiciens bien humiliés: quel accablant
+corollaire en pourroit-on tirer contre eux!</p>
+
+<p>Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous
+quitter.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXVI" id="LETTRE_CXXXVI"></a>LETTRE CXXXVI.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Dans l'entrevue suivante, mon savant me
+mena dans un cabinet particulier. Voici les
+livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez
+premièrement les historiens de l'Église et des
+papes; livres que je lis pour m'édifier, et qui
+font souvent en moi un effet tout contraire.</p>
+
+<p>Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence
+du formidable empire romain, qui s'étoit
+formé du débris de tant de monarchies, et sur
+la chute duquel il s'en forma tant de nouvelles.
+Un nombre infini de peuples barbares, aussi inconnus
+que les pays qu'ils habitoient, parurent
+tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent,
+et fondèrent tous les royaumes que vous
+voyez à présent en Europe. Ces peuples n'étoient
+point proprement barbares, puisqu'ils étoient
+libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis
+pour la plupart à une puissance absolue, ils
+ont perdu cette douce liberté si conforme à la
+raison, à l'humanité, et à la nature.</p>
+
+<p>Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne,
+laquelle n'est qu'une ombre du premier empire,
+mais qui est, je crois, la seule puissance qui soit
+sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la
+seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de
+ses pertes; et qui, lente à profiter des succès, devient
+indomptable par ses défaites.</p>
+
+<p>Voici les historiens de France, où l'on voit
+d'abord la puissance des rois se former, mourir
+deux fois, renaître de même, languir ensuite
+pendant plusieurs siècles; mais, prenant
+insensiblement des forces, accrue de toutes parts,
+monter à son dernier période: semblable à ces
+fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux,
+ou se cachent sous terre; puis reparoissant de
+nouveau, grossis par les rivières qui s'y jettent,
+entraînent avec rapidité tout ce qui s'oppose à
+leur passage.</p>
+
+<p>Là, vous voyez la nation espagnole sortir de
+quelques montagnes: les princes mahométans
+subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient rapidement
+conquis; tant de royaumes réunis
+dans une vaste monarchie, qui devint presque la
+seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa fausse opulence,
+elle perdit sa force et sa réputation même,
+et ne conserva que l'orgueil de sa première puissance.</p>
+
+<p>Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on
+voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde
+et de la sédition; le prince toujours chancelant
+sur un trône inébranlable; une nation
+impatiente, sage dans sa fureur même; et qui,
+maîtresse de la mer (chose inouïe jusqu'alors),
+mêle le commerce avec l'empire.</p>
+
+<p>Tout près de là sont les historiens de cette autre
+reine de la mer, la république de Hollande,
+si respectée en Europe, et si formidable en Asie,
+où ses négociants voient tant de rois prosternés
+devant eux.</p>
+
+<p>Les historiens d'Italie vous représentent une
+nation autrefois maîtresse du monde, aujourd'hui
+esclave de toutes les autres; ses princes divisés
+et foibles, et sans autre attribut de souveraineté
+qu'une vaine politique.</p>
+
+<p>Voilà les historiens des républiques: de la
+Suisse, qui est l'image de sa liberté; de Venise,
+qui n'a de ressources qu'en son économie; et de
+Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.</p>
+
+<p>Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne,
+qui use si mal de sa liberté et du droit qu'elle
+a d'élire ses rois, qu'il semble qu'elle veuille consoler
+par là les peuples ses voisins, qui ont perdu
+l'un et l'autre.</p>
+
+<p>Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXVII" id="LETTRE_CXXXVII"></a>LETTRE CXXXVII.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet.
+Ce sont ici les poëtes, me dit-il; c'est-à-dire
+ces auteurs dont le métier est de mettre des
+entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous
+les agréments comme on ensevelissoit autrefois
+les femmes sous leurs parures et leurs ornements.
+Vous les connoissez; ils ne sont pas rares chez
+les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble
+échauffer les imaginations mêmes.</p>
+
+<p>Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que
+les poëmes épiques? En vérité, me dit-il, je n'en
+sais rien; les connoisseurs disent qu'on n'en a
+jamais fait que deux, et que les autres qu'on
+donne sous ce nom ne le sont point: c'est aussi
+ce que je ne sais pas. Ils disent de plus qu'il est
+impossible d'en faire de nouveaux; et cela est
+encore plus surprenant.</p>
+
+<p>Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi,
+sont les poëtes par excellence, et les maîtres des
+passions. Il y en a de deux sortes: les comiques,
+qui nous remuent si doucement; et les tragiques,
+qui nous troublent et nous agitent avec tant de
+violence.</p>
+
+<p>Voici les lyriques, que je méprise autant que
+je fais cas des autres, et qui font de leur art une
+harmonieuse extravagance.</p>
+
+<p>On voit ensuite les auteurs des idylles et des
+églogues, qui plaisent même aux gens de cour,
+par l'idée qu'ils leur donnent d'une certaine tranquillité
+qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent
+dans la condition des bergers.</p>
+
+<p>De tous les auteurs que nous avons vus, voici
+les plus dangereux: ce sont ceux qui aiguisent
+les épigrammes, qui sont de petites flèches déliées
+qui font une plaie profonde et inaccessible aux
+remèdes.</p>
+
+<p>Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces
+de poëtes, et qui outrent également le langage
+de l'esprit et celui du c&oelig;ur; qui passent leur vie
+à chercher la nature, et la manquent toujours;
+et qui font des héros, qui y sont aussi étrangers
+que les dragons ailés et les hippocentaures.</p>
+
+<p>J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans:
+et, si vous voyiez les nôtres, vous en seriez encore
+plus choqué. Il sont aussi peu naturels, et d'ailleurs
+extrêmement gênés par nos m&oelig;urs: il faut
+dix années de passion avant qu'un amant ait pu
+voir seulement le visage de sa maîtresse. Cependant
+les auteurs sont forcés de faire passer les
+lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il
+est impossible que les incidents soient variés: on
+a recours à un artifice pire que le mal même
+qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. Je suis
+sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne
+fasse sortir une armée de dessous terre;
+qu'un héros lui seul en détruise une de cent
+mille hommes. Cependant voilà nos romans:
+ces aventures froides et souvent répétées nous
+font languir, et ces prodiges extravagants nous
+révoltent.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXVIII" id="LETTRE_CXXXVIII"></a>LETTRE CXXXVIII.</h2>
+
+<h3>RICA A IBBEN.</h3>
+
+<h3>A Smyrne.</h3>
+
+
+<p>Les ministres se succèdent et se détruisent ici
+comme les saisons: depuis trois ans j'ai vu
+changer quatre fois de système sur les finances.
+On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les
+subsides de la même manière que les fondateurs
+de ces monarchies les levoient: il s'en faut bien
+qu'il en soit ici de même. Il est vrai que nous
+n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux:
+nous croyons qu'il n'y a pas plus de
+différence entre l'administration des revenus du
+prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a
+entre compter cent mille tomans ou en compter
+cent. Mais il y a ici bien plus de finesse et de
+mystère. Il faut que de grands génies travaillent
+nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec
+douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les
+avis d'une infinité de gens qui travaillent pour
+eux sans en être priés; qu'ils se retirent et vivent
+dans le fond d'un cabinet impénétrable aux
+grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours
+la tête remplie de secrets importants, de desseins
+miraculeux, de systèmes nouveaux; et qu'absorbés
+dans les méditations, ils soient privés non-seulement
+de l'usage de la parole, mais même quelquefois
+de la politesse.</p>
+
+<p>Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa
+à établir une nouvelle administration. On sentoit
+qu'on étoit mal, mais ne savoit comment faire
+pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité
+sans bornes des ministres précédents: on la voulut
+partager. On créa pour cet effet six ou sept conseils;
+et ce ministère est peut-être celui de tous qui
+a gouverné la France avec plus de sens: la durée
+en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il
+produisit.</p>
+
+<p>La France, à la mort du feu roi, étoit un corps
+accablé de mille maux: N*** prit le fer à la main,
+retrancha les chairs inutiles, et appliqua quelques
+remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice
+intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a
+entrepris cette cure. Après bien des remèdes violents,
+il a cru lui avoir rendu son embonpoint; et
+il l'a seulement rendue bouffie.</p>
+
+<p>Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont
+à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avoient
+pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces
+deux extrémités ne se sont touchées de si près.
+L'étranger a tourné l'État comme un fripier
+tourne un habit: il fait paroître dessus ce qui
+étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le met à
+l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables
+même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas
+plus rapidement les hommes du néant. Que de
+valets servis par leurs camarades, et peut-être demain
+par leurs maîtres!</p>
+
+<p>Tout ceci produit souvent des choses bizarres.
+Les laquais qui avoient fait fortune sous le règne
+passé vantent aujourd'hui leur naissance: ils rendent
+à ceux qui viennent de quitter leur livrée
+dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit
+pour eux il y a six mois; ils crient de toute leur
+force: La noblesse est ruinée, quel désordre
+dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On
+ne voit que des inconnus faire fortune! Je te
+promets que ceux-ci prendront bien leur revanche
+sur ceux qui viendront après eux; et que,
+dans trente ans, ces gens de qualité feront bien
+du bruit.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilcadé, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXXXIX" id="LETTRE_CXXXIX"></a>LETTRE CXXXIX.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+
+<p>Voici un grand exemple de la tendresse conjugale,
+non-seulement dans une femme, mais
+dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute
+force associer le prince son époux à la couronne,
+pour aplanir toutes les difficultés, a envoyé aux
+états une déclaration par laquelle elle se désiste
+de la régence, en cas qu'il soit élu.</p>
+
+<p>Il y a soixante et quelques années qu'une autre
+reine, nommée Christine, abdiqua la couronne
+pour se donner tout entière à la philosophie. Je
+ne sais lequel de ces deux exemples nous devons
+admirer davantage.</p>
+
+<p>Quoique j'approuve assez que chacun se tienne
+ferme dans le poste où la nature l'a mis; et que je
+ne puisse louer la foiblesse de ceux qui, se trouvant
+au-dessous de leur état, le quittent comme
+par une espèce de désertion; je suis cependant
+frappé de la grandeur d'âme de ces deux princesses,
+et de voir l'esprit de l'une et le c&oelig;ur de l'autre
+supérieurs à leur fortune. Christine a songé à
+connoître dans le temps que les autres ne songent
+qu'à jouir; et l'autre ne veut jouir que pour
+mettre tout son bonheur entre les mains de son
+auguste époux.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXL" id="LETTRE_CXL"></a>LETTRE CXL.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Le parlement de Paris vient d'être relégué dans
+une petite ville qu'on appelle Pontoise. Le
+conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une
+déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée
+d'une manière qui déshonore le conseil.</p>
+
+<p>On menace d'un pareil traitement quelques parlements
+du royaume.</p>
+
+<p>Ces compagnies sont toujours odieuses: elles
+n'approchent des rois que pour leur dire de tristes
+vérités; et pendant qu'une foule de courtisans leur
+représentent sans cesse un peuple heureux sous
+leur gouvernement, elles viennent démentir la
+flatterie, et apporter au pied du trône les gémissements
+et les larmes dont elles sont dépositaires.</p>
+
+<p>C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que
+celui de la vérité, lorsqu'il faut la porter jusqu'aux
+princes: ils doivent bien penser que ceux qui le
+font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient
+jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes
+pour ceux qui les font, s'ils n'y étoient
+forcés par leur devoir, leur respect, et même leur
+amour.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLI" id="LETTRE_CXLI"></a>LETTRE CXLI.</h2>
+
+<h3>RICA AU MÊME.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les
+jours couleront agréablement avec toi!</p>
+
+<p>Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame
+de la cour, qui avoit quelque envie de voir ma
+figure étrangère. Je la trouvai belle, digne des regards
+de notre monarque, et d'un rang auguste
+dans le lieu sacré où son c&oelig;ur repose.</p>
+
+<p>Elle me fit mille questions sur les m&oelig;urs des
+Persans, et sur la manière de vivre des Persanes:
+il me parut que la vie du sérail n'étoit pas de son
+goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir
+un homme partagé entre dix ou douze femmes.
+Elle ne put voir sans envie le bonheur de l'un, et
+sans pitié la condition des autres. Comme elle
+aime la lecture, surtout celle des poëtes et des
+romans, elle souhaita que je lui parlasse des nôtres:
+ce que je lui en dis redoubla sa curiosité; elle me
+pria de lui faire traduire un fragment de quelques-uns
+de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je
+lui envoyai, quelques jours après, un conte persan:
+peut-être seras-tu, bien aise de le voir travesti.</p>
+
+<hr style="width: 45%;" />
+
+<p>Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse
+une femme nommée Zuléma: elle savoit par c&oelig;ur
+tout le saint Alcoran; il n'y avoit point de dervis
+qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints
+prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit
+de si mystérieux qu'elle n'en comprît tous les
+sens; et elle joignoit à tant de connoissances un
+certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à
+peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui
+elle parloit, ou les instruire.</p>
+
+<p>Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans
+une des salles du sérail, une d'elles lui demanda
+ce qu'elle pensoit de l'autre vie, et si elle ajoutoit
+foi à cette ancienne tradition de nos docteurs, que
+le paradis n'est fait que pour les hommes.</p>
+
+<p>C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y
+a rien que l'on n'ait fait pour dégrader notre sexe.
+Il y a même une nation répandue par toute la
+Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient,
+par l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons
+point d'âme.</p>
+
+<p>Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine
+que l'orgueil des hommes, qui veulent porter leur
+supériorité au delà même de leur vie; et ne pensent
+pas que, dans le grand jour, toutes les créatures
+paroîtront devant Dieu comme le néant, sans
+qu'il y ait entre elles de prérogatives que celles
+que la vertu y aura mises.</p>
+
+<p>Dieu ne se bornera point dans ses récompenses:
+et comme les hommes qui auront bien vécu,
+et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur nous,
+seront dans un paradis plein de beautés célestes et
+ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit
+vues, il se donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience
+d'en jouir; aussi les femmes vertueuses
+iront dans un lieu de délices, où elles seront enivrées
+d'un torrent de voluptés, avec des hommes
+divins qui leur seront soumis: chacune d'elles
+aura un sérail, dans lequel ils seront enfermés; et
+des eunuques, encore plus fidèles que les nôtres,
+pour les garder.</p>
+
+<p>J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un
+homme, nommé Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable.
+Il avoit douze femmes extrêmement
+belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne
+se fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail;
+il les tenoit presque toujours sous la clef, enfermées
+dans leur chambre, sans qu'elles pussent
+se voir ni se parler; car il étoit même jaloux d'une
+amitié innocente: toutes ses actions prenoient la
+teinture de sa brutalité naturelle; jamais une
+douce parole ne sortit de sa bouche; et jamais il
+ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque
+chose à la rigueur de leur esclavage.</p>
+
+<p>Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans
+une salle de son sérail, une d'entre elles, plus
+hardie que les autres, lui reprocha son mauvais
+naturel. Quand on cherche si fort les moyens de
+se faire craindre, lui dit-elle, on trouve toujours
+auparavant ceux de se faire haïr. Nous sommes
+si malheureuses, que nous ne pouvons nous empêcher
+de désirer un changement: d'autres, à ma
+place, souhaiteroient votre mort; je ne souhaite
+que la mienne: et, ne pouvant espérer d'être
+séparée de vous que par là, il me sera encore
+bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit
+dû le toucher, le fit entrer dans une furieuse
+colère; il tira son poignard, et le lui plongea
+dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une
+voix mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous
+serez vengées. A ces mots, elle quitta cette vie
+infortunée, pour aller dans le séjour des délices,
+où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un
+bonheur qui se renouvelle toujours.</p>
+
+<p>D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure
+étoit relevée par les peintures des fleurs les
+plus vives: un ruisseau, dont les eaux étoient plus
+pures que le cristal, y faisoit un nombre infini de
+détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants,
+dont le silence n'étoit interrompu que par
+le doux chant des oiseaux; de magnifiques jardins
+se présentèrent ensuite; la nature les avoit ornés
+avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle
+trouva enfin un palais superbe préparé pour elle,
+et rempli d'hommes célestes destinés à ses plaisirs.</p>
+
+<p>Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour
+la déshabiller; d'autres la mirent dans le bain, et
+la parfumèrent des plus délicieuses essences; on
+lui donna ensuite des habits infiniment plus riches
+que les siens; après quoi on la mena dans une
+grande salle, où elle trouva un feu fait avec des
+bois odoriférants, et une table couverte des mets
+les plus exquis. Tout sembloit concourir au ravissement
+de ses sens: elle entendoit d'un côté une
+musique d'autant plus divine qu'elle étoit plus
+tendre; de l'autre, elle ne voyoit que des danses
+de ces hommes divins, uniquement occupés à lui
+plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient
+servir qu'à la conduire insensiblement à des plaisirs
+plus grands. On la mena dans sa chambre;
+et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la
+porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une
+beauté charmante la reçurent dans leurs bras.
+C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et que ses
+ravissements passèrent même ses désirs. Je suis
+toute hors de moi, leur disoit-elle; je croirois
+mourir, si je n'étois sûre de mon immortalité.
+C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la
+violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le
+calme à mes sens; je commence à respirer et à revenir
+à moi-même. D'où vient que l'on a ôté les flambeaux?
+Que ne puis-je à présent considérer votre
+beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi
+voir? Vous me faites rentrer dans mes premiers
+transports. O dieux! que ces ténèbres sont
+aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle
+avec vous! je serai... Non, je vous demande
+grâce, car je vois bien que vous êtes gens à n'en
+demander jamais.</p>
+
+<p>Après plusieurs commandements réitérés, elle
+fut obéie: mais elle ne le fut que lorsqu'elle voulut
+l'être bien sérieusement. Elle se reposa languissamment,
+et s'endormit dans leurs bras. Deux
+moments de sommeil réparèrent sa lassitude: elle
+reçut deux baisers qui l'enflammèrent soudain, et
+lui firent ouvrir les yeux. Je suis inquiète, dit-elle;
+je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit
+un doute dans lequel elle ne vouloit pas rester
+longtemps: aussi eut-elle avec eux tous les éclaircissements
+qu'elle pouvoit désirer. Je suis désabusée,
+s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre
+de vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez
+mieux que tout ce que vous me pourriez dire:
+oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais tant
+aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux
+l'honneur de me persuader! Ah! si vous vous
+disputez, si vous joignez l'ambition au plaisir de
+ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux
+vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue;
+mais je vous vendrai bien cher la victoire.</p>
+
+<p>Tout ceci ne fut interrompu que par le jour.
+Ses fidèles et aimables domestiques entrèrent
+dans sa chambre, et firent lever ces deux jeunes
+hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les
+lieux où ils étoient gardés pour ses plaisirs. Elle
+se leva ensuite, et parut d'abord à cette cour idolâtre
+dans les charmes d'un déshabillé simple, et
+ensuite couverte des plus somptueux ornements.
+Cette nuit l'avoit embellie; elle avoit donné de la
+vie à son teint, et de l'expression à ses grâces. Ce
+ne fut pendant tout le jour que danses, que concerts,
+que festins, que jeux, que promenades; et
+l'on remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en
+temps, et voloit vers ses deux jeunes héros; après
+quelques précieux instants d'entrevue, elle revenoit
+vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours
+avec un visage plus serein. Enfin, sur le soir, on
+la perdit tout à fait: elle alla s'enfermer dans le
+sérail, où elle vouloit, disoit-elle, faire connoissance
+avec ces captifs immortels qui devoient à
+jamais vivre avec elle. Elle visita donc les appartements
+de ces lieux les plus reculés et les plus charmants
+où elle compta cinquante esclaves d'une
+beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de
+chambre en chambre, recevant partout des hommages
+toujours différents, et toujours les mêmes.</p>
+
+<p>Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa
+vie, tantôt dans des plaisirs éclatants, tantôt dans
+des plaisirs solitaires; admirée d'une troupe brillante,
+ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent
+elle quittoit un palais enchanté pour aller dans
+une grotte champêtre; les fleurs sembloient naître
+sous ses pas, et les jeux se présentoient en foule
+au-devant d'elle.</p>
+
+<p>Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans
+cette demeure heureuse, que, toujours hors d'elle-même,
+elle n'avoit pas fait une seule réflexion: elle
+avoit joui de son bonheur sans le connoître, et
+sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles,
+où l'âme se rend, pour ainsi dire, compte à elle-même,
+et s'écoute dans le silence des passions.</p>
+
+<p>Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils
+peuvent rarement jouir de cette liberté d'esprit:
+c'est pour cela qu'attachés invinciblement aux objets
+présents, ils perdent entièrement la mémoire
+des choses passées, et n'ont plus aucun souci de
+ce qu'ils ont connu ou aimé dans l'autre vie.</p>
+
+<p>Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe,
+avoit passé presque toute sa vie à méditer:
+elle avoit poussé ses réflexions beaucoup plus loin
+qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée à
+elle-même. La retraite austère que son mari lui
+avoit fait garder ne lui avoit laissé que cet avantage.
+C'est cette force d'esprit qui lui avoit fait
+mépriser la crainte dont ses compagnes étoient
+frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses
+peines et le commencement de sa félicité.</p>
+
+<p>Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs,
+et s'enferma seule dans un appartement de
+son palais. Elle se laissa aller à des réflexions bien
+douces sur sa condition passée, et sur sa félicité
+présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur
+le malheur de ses compagnes: on est sensible à
+des tourments que l'on a partagés. Anaïs ne se
+tint pas dans les simples bornes de la compassion:
+plus tendre envers ces infortunées, elle se sentit
+portée à les secourir.</p>
+
+<p>Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes
+qui étoient auprès d'elle de prendre la figure de
+son mari; d'aller dans son sérail de s'en rendre
+maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place
+jusqu'à ce qu'elle le rappelât.</p>
+
+<p>L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva
+à la porte du sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit
+pas. Il frappe, tout lui est ouvert; les eunuques
+tombent à ses pieds: il vole vers les appartements
+où les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il
+avoit, en passant, pris les clefs dans la poche de ce
+jaloux, à qui il s'étoit rendu invisible. Il entre, et
+les surprend d'abord par son air doux et affable;
+et, bientôt après, il les surprend davantage par ses
+empressements et par la rapidité de ses entreprises.
+Toutes eurent leur part de l'étonnement; et elles
+l'auroient pris pour un songe, s'il y eût eu moins
+de réalité.</p>
+
+<p>Pendant que ces nouvelles scènes se jouent
+dans le sérail, Ibrahim heurte, se nomme, tempête,
+et crie. Après avoir essuyé bien des difficultés,
+il entre, et jette les eunuques dans un désordre
+extrême. Il marche à grands pas; mais il
+recule en arrière, et tombe comme des nues,
+quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image,
+dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours;
+il veut que les eunuques lui aident à tuer
+cet imposteur; mais il n'est pas obéi. Il n'a plus
+qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter au
+jugement de ses femmes. Dans une heure le faux
+Ibrahim avoit séduit tous ses juges. Il est chassé
+et traîné indignement hors du sérail, et il auroit
+reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit ordonné
+qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel
+Ibrahim, resté maître du champ de bataille, se
+montra de plus en plus digne d'un tel choix, et
+se signala par des miracles jusqu'alors inconnus.
+Vous ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces
+femmes. Dites, dites plutôt que cet imposteur ne
+me ressemble pas, disoit le triomphant Ibrahim:
+comment faut-il faire pour être votre époux, si
+ce que je fais ne suffit pas?</p>
+
+<p>Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les
+femmes. Si vous n'êtes pas Ibrahim, il nous suffit
+que vous ayez si bien mérité de l'être: vous
+êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans
+le cours de dix années. Vous me promettez donc,
+reprit-il, que vous vous déclarerez en ma faveur
+contre cet imposteur? N'en doutez pas, dirent-elles
+d'une commune voix; nous vous jurons une
+fidélité éternelle: nous n'avons été que trop longtemps
+abusées: le traître ne soupçonnoit point
+notre vertu, il ne soupçonnoit que sa foiblesse;
+nous voyons bien que les hommes ne sont point
+faits comme lui; c'est à vous sans doute qu'ils
+ressemblent: si vous saviez combien vous nous
+le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de
+nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim:
+vous ne connoissez point encore tout le tort qu'il
+vous a fait. Nous jugeons de son injustice par la
+grandeur de votre vengeance, reprirent-elles.
+Oui, vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré
+l'expiation au crime: je suis bien aise que vous
+soyez contentes de ma manière de punir. Mais, dirent
+ces femmes, si cet imposteur revient, que
+ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous
+tromper, répondit-il: dans la place que j'occupe
+auprès de vous, on ne se soutient guère par la ruse;
+et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que vous n'entendrez
+plus parler de lui, pour lors je prendrai sur
+moi le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux;
+je saurai m'assurer de vous, sans vous gêner;
+j'ai assez bonne opinion de mon mérite pour croire
+que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas vertueuses
+avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette
+conversation dura longtemps entre lui et ces femmes,
+qui, plus frappées de la différence des deux
+Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient
+pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles.
+Enfin le mari désespéré revint encore les troubler;
+il trouva toute sa maison dans la joie, et les
+femmes plus incrédules que jamais. La place
+n'étoit pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux;
+et un instant après le faux Ibrahim le suivit,
+le prit, le transporta dans les airs, et le laissa
+à quatre cents lieues de là.</p>
+
+<p>O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent
+ces femmes dans l'absence de leur cher Ibrahim!
+Déjà leurs eunuques avoient repris leur sévérité naturelle;
+toute la maison étoit en larmes; elles s'imaginoient
+quelquefois que tout ce qu'il leur étoit,
+arrivé n'étoit qu'un songe; elles se regardoient
+toutes les unes les autres, et se rappeloient les
+moindres circonstances de ces étranges aventures.
+Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable;
+il leur parut que son voyage n'avoit pas été pénible.
+Le nouveau maître prit une conduite si
+opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les
+voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa
+maison accessible à tout le monde: il ne voulut
+pas même souffrir que ses femmes se voilassent.
+C'étoit une chose singulière de les voir dans les
+festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux.
+Ibrahim crut avec raison que les coutumes du
+pays n'étoient pas faites pour des citoyens comme
+lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense:
+il dissipa avec une immense profusion les biens
+du jaloux, qui, de retour trois ans après des pays
+lointains où il avoit été transporté, ne trouva
+plus que ses femmes et trente-six enfants.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLII" id="LETTRE_CXLII"></a>LETTRE CXLII.</h2>
+
+<h3>RICA A USBEK.</h3>
+
+<h3>A ***.</h3>
+
+
+<p>Voici une lettre que je reçus hier d'un savant:
+elle te paroîtra singulière.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession
+d'un oncle très-riche, qui m'a laissé cinq ou six
+cent mille livres, et une maison superbement
+meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on
+en sait faire un bon usage. Je n'ai point
+d'ambition ni de goût pour les plaisirs: je suis
+presque toujours enfermé dans un cabinet, où
+je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu
+que l'on trouve un curieux amateur de la vénérable
+antiquité.</p>
+
+<p>«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois
+fort souhaité de le faire enterrer avec les
+cérémonies observées par les anciens Grecs et
+Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires,
+ni urnes, ni lampes antiques.</p>
+
+<p>«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces
+précieuses raretés. Il y a quelques jours que je
+vendis ma vaisselle d'argent pour acheter une
+lampe de terre qui avoit servi à un philosophe
+stoïcien. Je me suis défait de toutes les glaces
+dont mon oncle avoit couvert presque tous les
+murs de ses appartements, pour avoir un petit
+miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage
+de Virgile: je suis charmé d'y voir ma figure
+représentée, au lieu de celle du cygne de Mantoue.
+Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis
+d'or cinq ou six pièces de monnoie de cuivre
+qui avoit cours il y a deux mille ans. Je ne sache
+pas avoir à présent dans ma maison un seul
+meuble qui n'ait été fait avant la décadence de
+l'empire. J'ai un petit cabinet de manuscrits
+fort précieux et fort chers: quoique je me tue
+la vue à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en
+servir que des exemplaires imprimés, qui ne
+sont pas si corrects, et que tout le monde a
+entre les mains. Quoique je ne sorte presque jamais,
+je ne laisse pas d'avoir une passion démesurée
+de connoître tous les anciens chemins qui
+étoient du temps des Romains. Il y en a un qui
+est près de chez moi, qu'un proconsul des Gaules
+fit faire il y a environ douze cents ans:
+lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne
+manque jamais d'y passer, quoiqu'il soit très incommode,
+et qu'il m'allonge de plus d'une
+lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on
+y a mis des poteaux de bois de distance en distance,
+pour marquer l'éloignement des villes
+voisines; je suis désespéré de voir ces misérables
+indices, au lieu des colonnes milliaires qui
+y étoient autrefois: je ne doute pas que je ne
+les fasse rétablir par mes héritiers, et que je ne
+les engage à cette dépense par mon testament.
+Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit
+persan, vous me ferez plaisir de m'en accommoder:
+je vous le payerai tout ce que vous
+voudrez; et je vous donnerai par-dessus le
+marché quelques ouvrages de ma façon, par
+lesquels vous verrez que je ne suis point un
+membre inutile de la république des lettres.
+Vous y remarquerez entre autres une dissertation,
+où je prouve que la couronne dont on
+se servoit autrefois dans les triomphes étoit de
+chêne, et non pas de laurier: vous en admirerez
+une autre, où je prouve, par de doctes conjectures
+tirées des plus graves auteurs grecs,
+que Cambyses fut blessé à la jambe gauche, et
+non pas à la droite; une autre, où je prouve
+qu'un petit front étoit une beauté recherchée
+par les Romains. Je vous enverrai encore un
+volume in-quarto, en forme d'explication d'un
+vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile.
+Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques
+jours; et quant à présent, je me contente de
+vous envoyer ce fragment d'un ancien mythologiste
+grec, qui n'avoit point paru jusques
+ici, et que j'ai découvert dans la poussière
+d'une bibliothèque. Je vous quitte pour une
+affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit
+de restituer un beau passage de Pline le naturaliste,
+que les copistes du cinquième siècle
+ont étrangement défiguré. Je suis, etc.»</p>
+
+
+<h4>FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.</h4>
+
+
+<p>«Dans une île près des Orcades, il naquit un
+enfant qui avoit pour père Éole, dieu des
+vents, et pour mère une nymphe de Calédonie.
+On dit de lui qu'il apprit tout seul à compter
+avec ses doigts; et que, dès l'âge de quatre ans,
+il distinguoit si parfaitement les métaux, que
+sa mère ayant voulu lui donner une bague de
+laiton au lieu d'une d'or, il reconnut la tromperie,
+et la jeta par terre.</p>
+
+<p>«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le
+secret d'enfermer les vents dans une outre,
+qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs; mais
+comme la marchandise n'étoit pas fort prisée
+dans son pays, il le quitta, et se mit à courir le
+monde en compagnie de l'aveugle dieu du hasard.</p>
+
+<p>«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique
+l'or reluisoit de toutes parts: cela fit qu'il
+y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de
+Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu
+ayant quitté la terre, il s'avisa d'aller dans tous
+les carrefours, où il crioit sans cesse d'une voix
+rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être
+riches parce que vous avez de l'or et de l'argent;
+votre erreur me fait pitié: croyez-moi,
+quittez le pays des vils métaux; venez dans
+l'empire de l'imagination; et je vous promets
+des richesses qui vous étonneront vous-mêmes.
+Aussitôt il ouvrit une grande partie des outres
+qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise
+à qui en voulut.</p>
+
+<p>«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours,
+et il s'écria: Peuples de Bétique, voulez-vous
+être riches? Imaginez-vous que je le
+suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup
+aussi; mettez-vous tous les matins dans l'esprit
+que votre fortune a doublé pendant la nuit;
+levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers,
+allez les payer de ce que vous aurez imaginé;
+et dites-leur d'imaginer à leur tour.</p>
+
+<p>«Il reparut quelques jours après, et il parla
+ainsi: Peuples de Bétique, je vois bien que votre
+imagination n'est pas si vive que les premiers
+jours; laissez-vous conduire à la mienne;
+je mettrai tous les matins devant vos yeux un
+écriteau qui sera pour vous la source des richesses:
+vous n'y verrez que quatre paroles;
+mais elles seront bien significatives, car elles
+régleront la dot de vos femmes, la légitime de
+vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et
+quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui
+étoient le plus près de lui; quant à vous, mes
+chers enfants (je puis vous appeler de ce nom,
+car vous avez reçu de moi une seconde naissance),
+mon écriteau décidera de la magnificence
+de vos équipages, de la somptuosité de
+vos festins, du nombre et de la pension de vos
+maîtresses.</p>
+
+<p>«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour,
+tout essoufflé; et, transporté de colère, il
+s'écria: Peuples de Bétique, je vous avois conseillé
+d'imaginer, et je vois que vous ne le faites
+pas: eh bien! à présent je vous l'ordonne.
+Là-dessus, il les quitta brusquement; mais la
+réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends que
+quelques-uns de vous sont assez détestables
+pour conserver leur or et leur argent. Encore
+passe pour l'argent; mais pour de l'or.... pour
+de l'or... Ah! cela me met dans une indignation...
+Je jure par mes outres sacrées que, s'ils
+ne viennent me l'apporter, je les punirai sévèrement.
+Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif:
+Croyez-vous que ce soit pour garder ces
+misérables métaux que je vous les demande?
+Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque
+vous me les apportâtes il y a quelques jours, je
+vous en rendis sur-le-champ la moitié.</p>
+
+<p>«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le
+vit s'insinuer avec une voix douce et flatteuse:
+Peuples de Bétique, j'apprends que vous avez
+une partie de vos trésors dans les pays étrangers;
+je vous prie, faites-les-moi venir; vous me
+ferez plaisir, et je vous en aurai une reconnoissance
+éternelle.</p>
+
+<p>«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient
+pas grande envie de rire; ils ne purent pourtant
+s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en retourna
+bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda
+encore une petite prière: je sais que vous
+avez des pierres précieuses; au nom de Jupiter,
+défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit
+comme ces sortes de choses; défaites-vous-en,
+vous dis-je: si vous ne le pouvez pas par vous-mêmes,
+je vous donnerai des hommes d'affaires
+excellents. Que de richesses vont couler chez
+vous, si vous faites ce que je vous conseille!
+Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura de plus
+pur dans mes outres.</p>
+
+<p>«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant
+une voix plus assurée, il dit: Peuples de Bétique,
+j'ai comparé l'heureux état dans lequel
+vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque
+j'arrivai ici; je vous vois le plus riche peuple
+de la terre: mais, pour achever votre fortune,
+souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens.
+A ces mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut,
+et laissa ses auditeurs dans une consternation
+inexprimable; ce qui fit qu'il revint le
+lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier
+que mon discours vous déplut extrêmement.
+Eh bien! prenez que je ne vous aie rien dit. Il
+n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver
+au but que je me suis proposé. Assemblons
+nos richesses dans un même endroit;
+nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent
+pas un gros volume. Aussitôt il en disparut
+les trois quarts.»</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLIII" id="LETTRE_CXLIII"></a>LETTRE CXLIII.</h2>
+
+<h3>RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.</h3>
+
+<h3>A Livourne.</h3>
+
+
+<p>Tu me demandes ce que je pense de la vertu des
+amulettes, et de la puissance des talismans.
+Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif, et je
+suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes
+tous deux bien crédules.</p>
+
+<p>Je porte toujours sur moi plus de deux mille
+passages du saint Alcoran; j'attache à mes bras
+un petit paquet, où sont écrits les noms de plus
+de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de
+tous les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits
+de mes habits.</p>
+
+<p>Cependant je ne désapprouve point ceux qui
+rejettent cette vertu que l'on attribue à de certaines
+paroles: il nous est bien plus difficile de
+répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre
+à nos expériences.</p>
+
+<p>Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue
+habitude, pour me conformera une pratique universelle:
+je crois que, s'ils n'ont pas plus de vertu
+que les bagues et les autres ornements dont on
+se pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets
+toute ta confiance sur quelques lettres mystérieuses,
+et, sans cette sauvegarde, tu serois dans
+un effroi continuel.</p>
+
+<p>Les hommes sont bien malheureux! ils flottent
+sans cesse entre de fausses espérances et des
+craintes ridicules: et, au lieu de s'appuyer sur la
+raison, ils se font des monstres qui les intimident,
+ou des fantômes qui les séduisent.</p>
+
+<p>Quel effet veux-tu que produise l'arrangement
+de certaines lettres? Quel effet veux-tu que leur
+dérangement puisse troubler? quelle relation ont-elles
+avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec
+la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec
+ce que les médecins appellent l'humeur peccante
+et la cause morbifique des maladies, pour les
+guérir?</p>
+
+<p>Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux
+qui fatiguent leur raison pour lui faire rapporter
+de certains événements à des vertus occultes,
+n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher
+d'en voir la véritable cause.</p>
+
+<p>Tu me diras que de certains prestiges ont fait
+gagner une bataille: et moi je te dirai qu'il faut
+que tu t'aveugles, pour ne pas trouver dans la situation
+du terrain, dans le nombre ou dans le
+courage des soldats, dans l'expérience des capitaines,
+des causes suffisantes pour produire cet
+effet dont tu veux ignorer la cause.</p>
+
+<p>Je te passe pour un moment qu'il y ait des
+prestiges: passe-moi à mon tour, pour un moment,
+qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas
+impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche
+pas que deux armées ne puissent se battre:
+veux-tu que, dans ce cas-là, aucune des deux ne
+puisse remporter la victoire?</p>
+
+<p>Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à
+ce que quelque puissance invisible vienne le déterminer?
+que tous les coups seront perdus, toute la
+prudence vaine, et tout le courage inutile?</p>
+
+<p>Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue
+présente de mille manières, ne puisse pas
+produire dans les esprits ces terreurs paniques
+que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que,
+dans une armée de cent mille hommes, il ne
+puisse pas y avoir un seul homme timide? Crois-tu
+que le découragement de celui-ci ne puisse pas
+produire le découragement d'un autre? que le
+second, qui quitte un troisième, ne lui fasse pas
+bientôt abandonner un quatrième? Il n'en faut
+pas davantage pour que le désespoir de vaincre
+saisisse soudain toute une armée, et la saisisse
+d'autant plus facilement qu'elle se trouve plus
+nombreuse.</p>
+
+<p>Tout le monde sait, et tout le monde sent, que
+les hommes, comme toutes les créatures qui tendent
+à conserver leur être, aiment passionnément
+la vie; on sait cela en général: et on cherche
+pourquoi, dans une certaine occasion particulière,
+ils ont craint de la perdre?</p>
+
+<p>Quoique les livres sacrés de toutes les nations
+soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles,
+je n'imagine rien de si frivole, parce que,
+pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit
+par cent mille causes naturelles est surnaturel, il
+faut avoir auparavant examiné si aucune de ces
+causes n'a agi; ce qui est impossible.</p>
+
+<p>Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me
+semble que la matière ne mérite pas d'être si sérieusement
+traitée.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p><i>P. S.</i> Comme je finissois, j'ai entendu crier
+dans la rue une lettre d'un médecin de province
+à un médecin de Paris (car ici toutes les bagatelles
+s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai cru
+que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a
+du rapport à notre sujet. Il y a bien des choses
+que je n'entends pas: mais toi, qui es médecin,
+tu dois entendre le langage de tes confrères.</p>
+
+
+<h4>LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE
+A UN MÉDECIN DE PARIS.</h4>
+
+<p>Il y avoit dans notre ville un malade qui ne
+dormoit point depuis trente-cinq jours: son médecin
+lui ordonna l'opium; mais il ne pouvoit se
+résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la
+main; qu'il étoit plus indéterminé que jamais.
+Enfin il dit à son médecin: Monsieur, je vous demande
+quartier seulement jusqu'à demain: je
+connois un homme qui n'exerce pas la médecine,
+mais qui a chez lui un nombre innombrable de remèdes
+contre l'insomnie; souffrez que je l'envoie
+quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous
+promets que je reviendrai à vous. Le médecin congédié,
+le malade fit fermer les rideaux, et dit à un
+petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis, et dis-lui
+qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon
+cher monsieur Anis, je me meurs, je ne puis dormir:
+n'auriez-vous point, dans votre boutique, la
+C. du G., ou bien quelque livre de dévotion composé
+par un révérend père jésuite, que vous n'ayez
+pas pu vendre? car souvent les remèdes les plus
+gardés sont les meilleurs. Monsieur, dit le libraire,
+j'ai chez moi la Cour sainte du P. Caussin, en six
+volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je
+souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous
+voulez les &oelig;uvres du révérend père Rodriguez, jésuite
+espagnol, ne vous en faites faute. Mais,
+croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin; j'espère,
+avec l'aide de Dieu, qu'une période du père
+Caussin vous fera autant d'effet qu'un feuillet tout
+entier de la C. du G. Là-dessus M. Anis sortit, et
+courut chercher le remède à sa boutique. La Cour
+sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du
+malade, jeune écolier, commence à la lire: il en
+sentit le premier l'effet, à la seconde page il ne
+prononçoit plus que d'une voix mal articulée, et
+déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un
+instant après tout ronfla, excepté le malade, qui
+après avoir été longtemps éprouvé, s'assoupit à la
+fin.</p>
+
+<p>Le médecin arrive de grand matin. Hé bien!
+a-t-on pris mon opium? On ne lui répond rien: la
+femme, la fille, le petit garçon, tous transportés
+de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande
+ce que c'est; on lui dit: Vive le père Caussin!
+il faut l'envoyer relier. Qui l'eût dit? qui l'eût cru?
+c'est un miracle! Tenez, monsieur, voyez donc
+le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir
+mon père. Et là-dessus on lui expliqua la
+chose, comme elle s'étoit passée.</p>
+
+<p>Le médecin étoit un homme subtil, rempli des
+mystères de la cabale, et de la puissance des paroles
+et des esprits: cela le frappa; et, après plusieurs
+réflexions, il résolut de changer absolument
+sa pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il.
+Je tiens une expérience; il faut la pousser plus
+loin. Hé pourquoi un esprit ne pourroit-il pas
+transmettre à son ouvrage les mêmes qualités
+qu'il a lui-même? ne le voyons-nous pas tous les
+jours? Au moins cela vaut-il bien la peine de l'essayer.
+Je suis las des apothicaires; leurs sirops,
+leurs juleps, et toutes les drogues galéniques
+ruinent les malades et leur santé: changeons de
+méthode; éprouvons la vertu des esprits. Sur
+cette idée il dressa une nouvelle pharmacie,
+comme vous allez voir par la description que je
+vous vais faire des principaux remèdes qu'il mit
+en pratique.</p>
+
+
+<p><i>Tisane purgative.</i></p>
+
+<p>Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en
+grec; deux feuilles d'un traité de théologie scholastique
+le plus aigu, comme, par exemple, du
+subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne;
+six d'Averroès; trois de Porphyre; autant
+de Plotin; autant de Jamblique: faites infuser le
+tout pendant vingt-quatre heures, et prenez-en
+quatre prises par jour.</p>
+
+
+<p><i>Purgatif plus violent.</i></p>
+
+<p>Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la
+C*** des I***; faites-les distiller au bain-marie;
+mortifiez une goutte de l'humeur âcre et piquante
+qui en viendra, dans un verre d'eau commune:
+avalez le tout avec confiance.</p>
+
+
+<p><i>Vomitif.</i></p>
+
+<p>Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons
+funèbres indifféremment, prenant garde pourtant
+de ne point se servir de celles de M. de N.; un
+recueil de nouveaux opéras; cinquante romans;
+trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans
+un matras; laissez-le en digestion pendant deux
+jours; puis faites-le distiller au feu de sable. Et si
+tout cela ne suffit pas,</p>
+
+
+<p><i>Autre plus puissant.</i></p>
+
+<p>Prenez une feuille de papier marbré, qui ait
+servi à couvrir un recueil des pièces des J. F.;
+faites-la infuser l'espace de trois minutes; faites
+chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez.</p>
+
+
+<p><i>Remède très-simple pour guérir de l'asthme.</i></p>
+
+<p>Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg,
+ci-devant jésuite, prenant garde de ne vous
+arrêter qu'à la fin de chaque période: et vous sentirez
+la faculté de respirer vous revenir peu à peu,
+sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.</p>
+
+
+<p><i>Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin
+des chevaux.</i></p>
+
+<p>Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés
+métaphysiques, une distinction, six vers de Chapelain,
+une phrase tirée des lettres de M. l'abbé
+de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau
+de papier, que vous plierez, attacherez à un ruban,
+et porterez au col.</p>
+
+
+<p><i>Miraculum chymicum, de violenta fermentatione
+cum fumo, igne et flammâ.</i></p>
+
+<p>Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione
+Lallemaniana; fiat fermentatio cum magna
+vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et invicem
+penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio
+ardentium spirituum. Pone liquorem fermentatum
+in alembico: nihil inde extrahes, et
+nihil invenies, nisi caput mortuum.</p>
+
+
+<p><i>Lenitivum.</i></p>
+
+<p>Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris
+relaxativi paginas sex; Vasquii emollientis
+folium unum: infunde in aquæ communis libras
+iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur
+et exprimantur; et in expressione dissolve
+Bauni detersivi et Tamburini abluentis folia iij.</p>
+
+<p>Fiat clyster.</p>
+
+
+<p><i>In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut
+febrim-amatoriam, appellat.</i></p>
+
+<p>Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ
+Sanchii de matrimonio folia ij. Infundantur in
+aquæ communis libras quinque.</p>
+
+<p>Fiat ptisana aperiens.</p>
+
+<hr style="width: 45%;" />
+
+<p>Voilà les drogues que notre médecin mit en
+pratique, avec un succès imaginable. Il ne vouloit
+pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses malades, employer
+des remèdes rares, et qui ne se trouvent
+presque point: comme, par exemple, une épître
+dédicatoire qui n'ait fait bâiller personne; une
+préface trop courte; un mandement fait par un
+évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par
+un janséniste, ou bien admiré par un jésuite. Il
+disoit que ces sortes de remèdes ne sont propres
+qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle
+il avoit une antipathie insurmontable.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLIV" id="LETTRE_CXLIV"></a>LETTRE CXLIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A RICA.</h3>
+
+
+<p>Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison
+de campagne où j'étois allé, deux savants
+qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère
+me parut admirable. La conversation du premier,
+bien appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit
+est vrai, parce que je l'ai dit. La conversation du
+second portoit sur autre chose: Ce que je n'ai pas
+dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.</p>
+
+<p>J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit
+opiniâtre, cela ne me fait absolument rien; mais
+qu'il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le
+premier défend ses opinions; c'est son bien; le
+second attaque les opinions des autres; et c'est le
+bien de tout le monde.</p>
+
+<p>Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal
+ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui
+est nécessaire pour la conservation de la nature!
+Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire.
+Ils cherchent à être supérieurs; et ils ne
+sont pas seulement égaux.</p>
+
+<p>Hommes modestes, venez, que je vous embrasse.
+Vous faites la douceur et le charme de la
+vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je
+vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous
+n'humiliez personne; et vous humiliez tout le
+monde. Et, quand je vous compare dans mon
+idée avec ces hommes absolus que je vois partout,
+je les précipite de leur tribunal, et je les
+mets à vos pieds.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLV" id="LETTRE_CXLV"></a>LETTRE CXLV.</h2>
+
+<h3>USBEK A ***.</h3>
+
+
+<p>Un homme d'esprit est ordinairement difficile
+dans les sociétés. Il choisit peu de personnes;
+il s'ennuie avec tout ce grand nombre de gens qu'il
+lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible
+qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût:
+autant d'ennemis.</p>
+
+<p>Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent
+de le faire.</p>
+
+<p>Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de
+choses qu'un autre, et les sent mieux.</p>
+
+<p>Il ruine presque toujours sa fortune, parce que
+son esprit lui fournit pour cela un plus grand
+nombre de moyens.</p>
+
+<p>Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde
+beaucoup. Sa vue, qui se porte toujours
+loin, lui fait voir des objets qui sont à de trop
+grandes distances. Sans compter que, dans la
+naissance d'un projet, il est moins frappé des difficultés
+qui viennent de la chose, que des remèdes
+qui sont de lui, et qu'il tire de son propre fonds.</p>
+
+<p>Il néglige les menus détails, dont dépend cependant
+la réussite de presque toutes les grandes
+affaires.</p>
+
+<p>L'homme médiocre, au contraire, cherche à
+tirer parti de tout: il sent bien qu'il n'a rien à
+perdre en négligences.</p>
+
+<p>L'approbation universelle est plus ordinairement
+pour l'homme médiocre. On est charmé de
+donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à celui-là.
+Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne
+lui pardonne rien, on supplée tout en faveur de
+l'autre: la vanité se déclare pour lui.</p>
+
+<p>Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages,
+que dirons-nous de la dure condition des
+savants?</p>
+
+<p>Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une
+lettre d'un d'eux à un de ses amis. La voici.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les
+nuits, à regarder, avec des lunettes de trente
+pieds, ces grands corps qui roulent sur nos
+têtes; et quand je veux me délasser, je prends
+mes petits microscopes, et j'observe un ciron
+ou une mite.</p>
+
+<p>«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule
+chambre: je n'ose même y faire du feu, parce
+que j'y tiens mon thermomètre, et que la chaleur
+étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier,
+je pensai mourir de froid; et quoique mon thermomètre,
+qui étoit au plus bas degré, m'avertît
+que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai
+point; et j'ai la consolation d'être instruit
+exactement des changements de temps les
+plus insensibles de toute l'année passée.</p>
+
+<p>«Je me communique fort peu: et, de tous les
+gens que je vois, je n'en connois aucun. Mais
+il y a un homme à Stockholm, un autre à Leipsick,
+un autre à Londres, que je n'ai jamais vus,
+et que je ne verrai sans doute jamais, avec lesquels
+j'entretiens une correspondance si exacte,
+que je ne laisse pas passer un courrier sans leur
+écrire.</p>
+
+<p>«Mais, quoique je ne connoisse personne dans
+mon quartier, je suis dans une si mauvaise réputation,
+que je serai, à la fin, obligé de le quitter.
+Il y a cinq ans que je fus rudement insulté
+par une de mes voisines, pour avoir fait la dissection
+d'un chien qu'elle prétendoit lui appartenir.
+La femme d'un boucher, qui se trouva
+là, se mit de la partie; et, pendant que celle-là
+m'accabloit d'injures, celle-ci m'assommoit à
+coups de pierres, conjointement avec le docteur
+***, qui étoit avec moi, et qui reçut un
+coup terrible sur l'os frontal et occipital, dont
+le siége de sa raison fut très-ébranlé.</p>
+
+<p>«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque
+chien au bout de la rue, il est aussitôt décidé
+qu'il a passé par mes mains. Une bonne bourgeoise
+qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit,
+disoit-elle, plus que ses enfants, vint
+l'autre jour s'évanouir dans ma chambre; et, ne
+le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat.
+Je crois que je ne serai jamais délivré de
+la malice importune de ces femmes qui, avec
+leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans
+cesse de l'oraison funèbre de tous les automates
+qui sont morts depuis dix ans.</p>
+
+<p>«Je suis, etc.»</p>
+
+<p>Tous les savants étoient autrefois accusés de
+magie. Je n'en suis point étonné. Chacun disoit
+en lui-même: j'ai porté les talents naturels aussi
+loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain
+savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il
+y ait là quelque diablerie.</p>
+
+<p>A présent que ces sortes d'accusations sont tombées
+dans le décri, on a pris un autre tour; et un
+savant ne sauroit guère éviter le reproche d'irréligion
+ou d'hérésie. Il a beau être absous par le
+peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais
+bien. C'est toujours pour lui un endroit malade.
+Un adversaire viendra, trente ans après, lui
+dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise
+que ce dont on vous accuse soit vrai! mais vous
+avez été obligé de vous défendre. C'est ainsi qu'on
+tourne contre lui sa justification même.</p>
+
+<p>S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse
+dans l'esprit, et quelque droiture dans le
+c&oelig;ur, on lui suscite mille persécutions. On ira
+contre lui soulever le magistrat sur un fait qui
+s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa
+plume soit captive, si elle n'est pas vénale.</p>
+
+<p>Plus heureux cependant que ces hommes lâches,
+qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension;
+qui, à prendre toutes leurs impostures en
+détail, ne les vendent pas seulement une obole;
+qui renversent la constitution de l'empire, diminuent
+les droits d'une puissance, augmentent ceux
+d'une autre, donnent aux princes, ôtent aux peuples,
+font revivre des droits surannés, flattent les
+passions qui sont en crédit de leur temps, et les
+vices qui sont sur le trône, imposant à la postérité,
+d'autant plus indignement qu'elle a moins de
+moyens de détruire leur témoignage.</p>
+
+<p>Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir
+essuyé toutes ces insultes; ce n'est point assez
+pour lui d'avoir été dans une inquiétude continuelle
+sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour
+enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire
+des querelles de toutes parts. Et comment les éviter?
+Il avoit un sentiment; il l'a soutenu par ses
+écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux cents
+lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant
+la guerre qui se déclare.</p>
+
+<p>Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque
+considération! Non. Il n'est tout au plus estimé
+que de ceux qui se sont appliqués au même genre
+de science que lui. Un philosophe a un mépris
+souverain pour un homme qui a la tête chargée de
+faits; et il est, à son tour, regardé comme un visionnaire
+par celui qui a une bonne mémoire.</p>
+
+<p>Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse
+ignorance, ils voudroient que tout le genre
+humain fût enseveli dans l'oubli où ils seront eux-mêmes.</p>
+
+<p>Un homme à qui il manque un talent se dédommage
+en le méprisant: il ôte cet obstacle
+qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par là,
+se trouve au niveau de celui dont il redoute les
+travaux.</p>
+
+<p>Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque,
+la privation des plaisirs et la perte de la
+santé.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLVI" id="LETTRE_CXLVI"></a>LETTRE CXLVI.</h2>
+
+<h3>USBEK A RHÉDI.</h3>
+
+<h3>A Venise.</h3>
+
+
+<p>Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne
+foi étoit l'âme d'un grand ministre.</p>
+
+<p>Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se
+trouve; il ne se décrédite que devant quelques
+gens; il se tient couvert devant les autres: mais
+un ministre qui manque à la probité a autant de
+témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il
+gouverne.</p>
+
+<p>Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un
+ministre sans probité n'est pas de desservir son
+prince et de ruiner son peuple: il y en a un autre,
+à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est
+le mauvais exemple qu'il donne.</p>
+
+<p>Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les
+Indes. J'y ai vu une nation, naturellement généreuse,
+pervertie en un instant, depuis le dernier
+des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais
+exemple d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple,
+chez qui la générosité, la probité, la candeur et
+la bonne foi ont passé de tout temps pour les
+qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier
+des peuples; le mal se communiquer, et n'épargner
+pas même les membres les plus sains; les
+hommes les plus vertueux faire des choses indignes;
+et violer, dans toutes les occasions de leur
+vie, les premiers principes de la justice, sur ce
+vain prétexte qu'on la leur avoit violée.</p>
+
+<p>Ils appeloient des lois odieuses en garantie des
+actions les plus lâches; et nommoient nécessité
+l'injustice et la perfidie.</p>
+
+<p>J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes
+conventions anéanties, toutes les lois des
+familles renversées. J'ai vu des débiteurs avares,
+fiers d'une insolente pauvreté, instruments indignes
+de la fureur des lois et de la rigueur des
+temps, feindre un payement au lieu de le faire,
+et porter le couteau dans le sein de leurs bienfaiteurs.</p>
+
+<p>J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter
+presque pour rien, ou plutôt ramasser de terre
+des feuilles de chêne, pour les mettre à la place
+de la substance des veuves et des orphelins.</p>
+
+<p>J'ai vu naître soudain, dans tous les c&oelig;urs,
+une soif insatiable des richesses. J'ai vu se former
+en un moment une détestable conjuration de
+s'enrichir, non par un honnête travail et une généreuse
+industrie, mais par la ruine du prince, de
+l'État et des concitoyens.</p>
+
+<p>J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps
+malheureux, ne se coucher qu'en disant: J'ai
+ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une
+autre demain.</p>
+
+<p>Je vais, disoit un autre, avec un homme noir
+qui porte une écritoire à la main et un fer pointu
+à l'oreille, assassiner tous ceux à qui j'ai de l'obligation.</p>
+
+<p>Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes
+affaires: il est vrai que, lorsque j'allai, il y a trois
+jours, faire un certain payement, je laissai toute
+une famille en larmes, que je dissipai la dot de
+deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un
+petit garçon; le père en mourra de douleur, la
+mère périt de tristesse: mais je n'ai fait que ce
+qui est permis par la loi.</p>
+
+<p>Quel plus grand crime que celui que commet
+un ministre, lorsqu'il corrompt les m&oelig;urs de
+toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses,
+ternit l'éclat des dignités, obscurcit la
+vertu même, et confond la plus haute naissance
+dans le mépris universel?</p>
+
+<p>Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir
+de la honte de ses pères? Que dira le peuple
+naissant, lorsqu'il comparera le fer de ses aïeux
+avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le
+jour? Je ne doute pas que les nobles ne retranchent
+de leurs quartiers un indigne degré de noblesse
+qui les déshonore, et ne laissent la génération
+présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLVII" id="LETTRE_CXLVII"></a>LETTRE CXLVII.</h2>
+
+<h3>LE GRAND EUNUQUE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Les choses sont venues à un état qui ne se peut
+plus soutenir: tes femmes se sont imaginé que
+ton départ leur laissoit une impunité entière; il
+se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même
+au cruel récit que je vais te faire.</p>
+
+<p>Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée,
+laissa tomber son voile, et parut presque à visage
+découvert devant tout le peuple.</p>
+
+<p>J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses
+esclaves; chose si défendue par les lois du sérail.</p>
+
+<p>J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde,
+une lettre que je t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir
+à qui elle étoit adressée.</p>
+
+<p>Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans
+le jardin du sérail, et il se sauva par-dessus les
+murailles.</p>
+
+<p>Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma
+connoissance; car sûrement tu es trahi. J'attends
+tes ordres: et, jusqu'à l'heureux moment que je
+les recevrai, je vais être dans une situation mortelle.
+Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma
+discrétion, je ne te réponds d'aucune d'elles, et
+j'aurai tous les jours des nouvelles aussi tristes à
+te mander.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 1<sup>er</sup> de la lune de Rhégeb, 1717.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLVIII" id="LETTRE_CXLVIII"></a>LETTRE CXLVIII.</h2>
+
+<h3>USBEK AU PREMIER EUNUQUE.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes
+sur tout le sérail: commandez avec autant
+d'autorité que moi-même; que la crainte et la
+terreur marchent avec vous; courez d'appartements
+en appartements porter les punitions et les
+châtiments; que tout vive dans la consternation,
+que tout fonde en larmes devant vous; interrogez
+tout le sérail; commencez par les esclaves;
+n'épargnez pas mon amour; que tout subisse
+votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets
+les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et
+faites-y rentrer la vertu bannie. Car, dès ce moment,
+je mets sur votre tête les moindres fautes
+qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être
+celle à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit:
+examinez cela avec des yeux de lynx.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CXLIX" id="LETTRE_CXLIX"></a>LETTRE CXLIX.</h2>
+
+<h3>NARSIT A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Le grand eunuque vient de mourir, magnifique
+seigneur: comme je suis le plus vieux de tes
+esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que tu aies
+fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.</p>
+
+<p>Deux jours après sa mort, on m'apporta une de
+tes lettres qui lui étoit adressée: je me suis bien
+gardé de l'ouvrir; je l'ai enveloppée avec respect,
+et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies fait connoître
+tes sacrées volontés.</p>
+
+<p>Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me
+dire qu'il avoit trouvé un jeune homme dans le
+sérail: je me levai, j'examinai la chose, et je
+trouvai que c'étoit une vision.</p>
+
+<p>Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te
+prie de compter sur mon zèle, mon expérience et
+ma vieillesse.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CL" id="LETTRE_CL"></a>LETTRE CL.</h2>
+
+<h3>USBEK A NARSIT.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Malheureux que vous êtes, vous avez dans
+vos mains des lettres qui contiennent des
+ordres prompts et violents; le moindre retardement
+peut me désespérer: et vous demeurez
+tranquille sous un vain prétexte!</p>
+
+<p>Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être
+la moitié de mes esclaves qui méritent la mort.
+Je vous envoie la lettre que le premier eunuque
+m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez
+ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez
+trouvé des ordres sanglants. Lisez-les donc ces
+ordres: et vous périrez, si vous ne les exécutez
+pas.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLI" id="LETTRE_CLI"></a>LETTRE CLI.</h2>
+
+<h3>SOLIM A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Si je gardois plus longtemps le silence, je serois
+aussi coupable que tous ces criminels que
+tu as dans le sérail.</p>
+
+<p>J'étois le confident du grand eunuque, le plus
+fidèle de tes esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa
+fin, il me fit appeler, et me dit ces paroles: Je
+me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en quittant
+la vie, c'est que mes derniers regards aient
+trouvé les femmes de mon maître criminelles. Le
+ciel puisse le garantir de tous les malheurs que je
+prévois! puisse, après ma mort, mon ombre menaçante
+venir avertir ces perfides de leur devoir,
+et les intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables
+lieux; va les porter au plus vieux des
+noirs. Mais si, après ma mort, il manque de vigilance,
+songe à en avertir ton maître. En achevant ces
+mots, il expira dans mes bras.</p>
+
+<p>Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant
+sa mort, sur la conduite de tes femmes: il y a
+dans le sérail une lettre qui auroit porté la terreur
+avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que
+tu as écrite depuis a été surprise à trois lieues
+d'ici: je ne sais ce que c'est, tout se tourne malheureusement.</p>
+
+<p>Cependant tes femmes ne gardent plus aucune
+retenue: depuis la mort du grand eunuque, il
+semble que tout leur soit permis; la seule Roxane
+est restée dans le devoir, et conserve de la modestie.
+On voit les m&oelig;urs se corrompre tous les
+jours. On ne trouve plus sur le visage de tes femmes
+cette vertu mâle et sévère qui y régnoit autrefois:
+une joie nouvelle, répandue dans ces lieux,
+est un témoignage infaillible, selon moi, de quelque
+satisfaction nouvelle; dans les plus petites
+choses, je remarque des libertés jusqu'alors inconnues.
+Il règne, même parmi tes esclaves, une
+certaine indolence pour leur devoir et pour l'observation
+des règles, qui me surprend; ils n'ont
+plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit
+animer tout le sérail.</p>
+
+<p>Tes femmes ont été huit jours à la campagne,
+à une de tes maisons les plus abandonnées. On
+dit que l'esclave qui en a soin a été gagné; et
+qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait
+cacher deux hommes dans un réduit de pierre
+qui est dans la muraille de la principale chambre,
+d'où ils sortoient le soir lorsque nous étions
+retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à
+notre tête, est un imbécile, à qui l'on fait croire
+tout ce qu'on veut.</p>
+
+<p>Je suis agité d'une colère vengeresse contre
+tant de perfidies: et si le ciel vouloit, pour le
+bien de ton service, que tu me jugeasses capable
+de gouverner, je te promets que, si tes
+femmes n'étoient pas vertueuses, au moins elles
+seroient fidèles.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLII" id="LETTRE_CLII"></a>LETTRE CLII.</h2>
+
+<h3>NARSIT A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne;
+je n'ai pas cru devoir le leur refuser.
+Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et des
+esclaves vigilants: je commande en des lieux où
+la vertu semble s'être choisi un asile. Compte
+qu'il ne s'y passera rien que tes yeux ne puissent
+soutenir.</p>
+
+<p>Il est arrivé un malheur qui me met en grande
+peine. Quelques marchands arméniens, nouvellement
+arrivés à Ispahan, avoient apporté une de tes
+lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la
+chercher; il a été volé à son retour, de manière
+que la lettre est perdue. Écris-moi donc promptement;
+car je m'imagine que, dans ce changement,
+tu dois avoir des choses de conséquence à
+me mander.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLIII" id="LETTRE_CLIII"></a>LETTRE CLIII.</h2>
+
+<h3>USBEK A SOLIM.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que
+j'ai à présent dans le monde de plus cher, qui
+est ma vengeance. Entre dans ce nouvel emploi:
+mais n'y porte ni c&oelig;ur ni pitié. J'écris à mes
+femmes de t'obéir aveuglément: dans la confusion
+de tant de crimes, elles tomberont devant
+tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur
+et mon repos: rends-moi mon sérail comme je
+l'ai laissé. Mais commence par l'expier; extermine
+les coupables, et fais trembler ceux qui se
+proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer
+de ton maître pour des services si signalés?
+Il ne tiendra qu'à toi de te mettre au-dessus de ta
+condition même, et de toutes les récompenses
+que tu as jamais désirées.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLIV" id="LETTRE_CLIV"></a>LETTRE CLIV.</h2>
+
+<h3>USBEK A SES FEMMES.</h3>
+
+<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Puisse cette lettre être comme la foudre qui
+tombe au milieu des éclairs et des tempêtes!
+Solim est votre premier eunuque, non pas pour
+vous garder, mais pour vous punir. Que tout le
+sérail s'abaisse devant lui. Il doit juger vos actions
+passées: et, pour l'avenir, il vous fera
+vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez
+votre liberté, si vous ne regrettez pas votre
+vertu.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLV" id="LETTRE_CLV"></a>LETTRE CLV.</h2>
+
+<h3>USBEK A NESSIR.</h3>
+
+<h3>A Ispahan.</h3>
+
+
+<p>Heureux celui qui, connoissant tout le prix
+d'une vie douce et tranquille, repose son
+c&oelig;ur au milieu de sa famille, et ne connoît d'autre
+terre que celle qui lui a donné le jour.</p>
+
+<p>Je vis dans un climat barbare, présent à tout
+ce qui m'importune, absent de tout ce qui m'intéresse.
+Une tristesse sombre me saisit; je tombe
+dans un accablement affreux: il me semble que
+je m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même
+que lorsqu'une sombre jalousie vient s'allumer,
+et enfanter dans mon âme la crainte, les soupçons,
+la haine et les regrets.</p>
+
+<p>Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans
+mon c&oelig;ur comme dans le tien: je te ferois pitié,
+si tu savois mon état déplorable. J'attends quelquefois
+six mois entiers des nouvelles du sérail;
+je compte tous les instants qui s'écoulent; mon
+impatience me les allonge toujours; et lorsque
+celui qui a été tant attendu est près d'arriver, il se
+fait dans mon c&oelig;ur une révolution soudaine;
+ma main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette
+inquiétude qui me désespéroit, je la trouve l'état
+le plus heureux où je puisse être, et je crains
+d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que
+mille morts.</p>
+
+<p>Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de
+ma patrie, quoique je doive ma vie à ma retraite,
+je ne puis plus, Nessir, rester dans cet affreux
+exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en
+proie à mes chagrins? J'ai pressé mille fois Rica
+de quitter cette terre étrangère; mais il s'oppose
+à toutes mes résolutions; il m'attache ici par
+mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie;
+ou plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même,
+tant il est insensible à mes déplaisirs.</p>
+
+<p>Malheureux que je suis! je souhaite de revoir
+ma patrie, peut-être pour devenir plus malheureux
+encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais rapporter
+ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout:
+j'entrerai dans le sérail; il faut que j'y demande
+compte du temps funeste de mon absence: et si
+j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et
+si la seule idée m'accable de si loin, que sera-ce,
+lorsque ma présence la rendra plus vive? que
+sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que j'entende
+ce que je n'ose imaginer sans frémir? que
+sera-ce enfin, s'il faut que des châtiments que je
+prononcerai moi-même soient des marques éternelles
+de ma confusion et de mon désespoir?</p>
+
+<p>J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles
+pour moi que pour les femmes qui y sont gardées;
+j'y porterai tous mes soupçons; leurs
+empressements ne m'en déroberont rien; dans mon
+lit, dans leurs bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes;
+dans un temps si peu propre aux réflexions,
+ma jalousie trouvera à en faire. Rebut
+indigne de la nature humaine, esclaves vils dont
+le c&oelig;ur a été fermé pour jamais à tous les sentiments
+de l'amour, vous ne gémiriez plus sur votre
+condition, si vous connoissiez le malheur de la
+mienne.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLVI" id="LETTRE_CLVI"></a>LETTRE CLVI.</h2>
+
+<h3>ROXANE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans
+le sérail; un deuil affreux l'environne: un tigre
+y exerce à chaque instant toute sa rage; il a
+mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui
+n'ont avoué que leur innocence; il a vendu une
+partie de nos esclaves, et nous a obligées de changer
+entre nous celles qui nous restoient. Zachi et
+Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité
+de la nuit un traitement indigne; le sacrilége
+n'a pas craint de porter sur elles ses viles
+mains. Il nous tient enfermées chacune dans notre
+appartement; et, quoique nous y soyons seules,
+il nous y fait vivre sous le voile: il ne nous
+est plus permis de nous parler; ce seroit un crime
+de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre
+que les pleurs.</p>
+
+<p>Une troupe de nouveaux eunuques est entrée
+dans le sérail, où ils nous assiégent nuit et jour:
+notre sommeil est sans cesse interrompu par
+leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me
+console, c'est que tout ceci ne durera pas longtemps,
+et que ces peines finiront avec ma vie:
+elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te
+donnerai pas le temps de faire cesser tous ces
+outrages.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLVII" id="LETTRE_CLVII"></a>LETTRE CLVII.</h2>
+
+<h3>ZACHI A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans
+la manière de me punir! Il m'a infligé ce
+châtiment qui commence par alarmer la pudeur;
+ce châtiment qui met dans l'humiliation extrême;
+ce châtiment qui ramène, pour ainsi dire, à l'enfance.</p>
+
+<p>Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit
+le sentiment d'elle-même, et commençoit
+à s'indigner, lorsque mes cris firent retentir les
+voûtes de mes appartements. On m'entendit demander
+grâce au plus vil de tous les humains, et
+tenter sa pitié, à mesure qu'il étoit plus inexorable.</p>
+
+<p>Depuis ce temps, son âme insolente et servile
+s'est élevée sur la mienne. Sa présence, ses regards,
+ses paroles, tous les malheurs viennent
+m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la
+consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il
+s'offre à ma vue, la fureur me saisit; je la trouve
+impuissante; et je tombe dans le désespoir.</p>
+
+<p>Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes
+ces barbaries. Il voudrait m'ôter mon amour,
+et profaner jusques aux sentiments de mon
+c&oelig;ur. Quand il me prononce le nom de celui que
+j'aime, je ne sais plus me plaindre: je ne puis
+plus que mourir.</p>
+
+<p>J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon
+amour, par la force de mon amour. Les nuits,
+les jours, les moments, tout a été pour toi. J'étois
+superbe de mon amour même; et le tien me faisoit
+respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis
+plus soutenir l'humiliation où je suis descendue.
+Si je suis innocente, reviens pour m'aimer; reviens,
+si je suis coupable, pour que j'expire à tes
+pieds.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLVIII" id="LETTRE_CLVIII"></a>LETTRE CLVIII.</h2>
+
+<h3>ZÉLIS A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>A mille lieues de moi, vous me jugez coupable:
+à mille lieues de moi, vous me punissez.</p>
+
+<p>Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles
+mains, il agit par votre ordre: c'est le tyran qui
+m'outrage, et non pas celui qui exerce la tyrannie.</p>
+
+<p>Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos
+mauvais traitements. Mon c&oelig;ur est tranquille, depuis
+qu'il ne peut plus vous aimer. Votre âme se
+dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que
+vous n'êtes point heureux. Adieu.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLIX" id="LETTRE_CLIX"></a>LETTRE CLIX.</h2>
+
+<h3>SOLIM A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Je me plains, magnifique seigneur, et je te
+plains: jamais serviteur fidèle n'est descendu
+dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs
+et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.</p>
+
+<p>Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis
+que tu m'as confié tes femmes, j'ai veillé nuit
+et jour sur elles; que je n'ai jamais suspendu un
+moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé
+mon ministère par les châtiments; et je les
+ai suspendus, sans sortir de mon austérité naturelle.</p>
+
+<p>Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une
+fidélité qui t'a été inutile? Oublie tous mes services
+passés; regarde-moi comme un traître; et
+punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.</p>
+
+<p>Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier
+désormais? Tu soupçonnois Zachi, et tu avois
+pour Roxane une sécurité entière; mais sa vertu
+farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le
+voile de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras
+d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert,
+est venu sur moi; il m'a donné deux coups
+de poignard; les eunuques, accourus au bruit,
+l'ont entouré: il s'est défendu longtemps, en a
+blessé plusieurs; il vouloit même rentrer dans la
+chambre, pour mourir, disoit-il, aux yeux de
+Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est
+tombé à nos pieds.</p>
+
+<p>Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes
+ordres sévères: tu as mis ta vengeance en mes
+mains; je ne dois pas la faire languir.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLX" id="LETTRE_CLX"></a>LETTRE CLX.</h2>
+
+<h3>SOLIM A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître;
+je vais punir.</p>
+
+<p>Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la
+tienne vont s'apaiser: nous allons exterminer le
+crime, et l'innocence va pâlir.</p>
+
+<p>O vous, qui semblez n'être faites que pour
+ignorer tous vos sens et être indignées de vos désirs
+mêmes; éternelles victimes de la honte et de la
+pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands
+flots dans ce sérail malheureux, pour vous voir
+étonnées de tout le sang que j'y vais répandre!</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LETTRE_CLXI" id="LETTRE_CLXI"></a>LETTRE CLXI.</h2>
+
+<h3>ROXANE A USBEK.</h3>
+
+<h3>A Paris.</h3>
+
+
+<p>Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques;
+je me suis jouée de ta jalousie; et j'ai su de
+ton affreux sérail faire un lieu de délices et de
+plaisirs.</p>
+
+<p>Je vais mourir; le poison va couler dans mes
+veines: car que ferois-je ici, puisque le seul
+homme qui me retenoit à la vie n'est plus? Je
+meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée:
+je viens d'envoyer devant moi ces gardiens
+sacriléges, qui ont répandu le plus beau sang
+du monde.</p>
+
+<p>Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule,
+pour m'imaginer que je ne fusse dans le
+monde que pour adorer tes caprices? que, pendant
+que tu te permets tout, tu eusses le droit
+d'affliger tous mes désirs? Non: j'ai pu vivre
+dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai
+réformé tes lois sur celles de la nature; et mon
+esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.</p>
+
+<p>Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice
+que je t'ai fait; de ce que je me suis abaissée jusqu'à
+te paroître fidèle; de ce que j'ai lâchement
+gardé dans mon c&oelig;ur ce que j'aurois dû faire paroître
+à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané
+la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma
+soumission à tes fantaisies.</p>
+
+<p>Tu étois étonné de ne point trouver en moi les
+transports de l'amour: si tu m'avois bien connue,
+tu y aurois trouvé toute la violence de la haine.</p>
+
+<p>Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire
+qu'un c&oelig;ur comme le mien t'étoit soumis. Nous
+étions tous deux heureux; tu me croyois trompée,
+et je te trompois.</p>
+
+<p>Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il
+possible qu'après t'avoir accablé de douleurs,
+je te forçasse encore d'admirer mon courage?
+Mais c'en est fait, le poison me consume,
+ma force m'abandonne; la plume me tombe des
+mains; je sens affoiblir jusqu'à ma haine; je me
+meurs.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span>
+</div></div>
+
+<h2>FIN DU TOME SECOND.</h2>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="NOTES_ET_VARIANTES" id="NOTES_ET_VARIANTES"></a>NOTES ET VARIANTES.</h2>
+
+
+<p>(Voir l'<i>Index</i>, pour l'histoire, la religion, la philosophie,
+le droit public et privé, les m&oelig;urs orientales
+et européennes.)</p>
+
+
+<p>Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).</p>
+
+<p>«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre;
+<i>puisque son but est la destruction de la société</i>.»
+C'est la leçon de 1721 et de 1754.</p>
+
+<p>Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions
+subséquentes: «<i>puisqu'elle peut avoir l'effet de
+détruire la société</i>».</p>
+
+<p>Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant
+les deux leçons bout à bout: «puisqu'elle
+peut avoir l'effet etc..., puisque son but est la destruction
+de la société.</p>
+
+<p>«Cette peine répond à celle du bannissement <i>établie
+dans les tribunaux, qui retranche</i> les coupables
+de la société. Ainsi un prince, à l'alliance duquel
+nous renonçons, est retranché <i>par là</i> de notre société
+et n'est plus un de nos membres.»</p>
+
+<p>Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754.</p>
+
+<p>Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition
+complète), et Lefèvre 1820, d'après l'édition
+de Londres 1757, et peut-être sur des indications
+manuscrites de Montesquieu conservées par son
+fils et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi:</p>
+
+<p>«Cette peine répond à celle du bannissement, <i>que
+les tribunaux ont établi pour retrancher</i> les coupables
+de la société. Ainsi un prince, à l'alliance
+duquel nous renonçons, est retranché de notre
+société, et n'est plus <i>un des membres qui la composent</i>.»</p>
+
+<p>Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons
+la correction du Supplément de 1754, sont
+ainsi rédigés dans le texte primitif:</p>
+
+<p>«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société
+ne peut être fondée que sur la volonté des
+associés: si elle est détruite par la conquête, le
+peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle
+société: et si le vainqueur en veut former, c'est
+une tyrannie.</p>
+
+<p>«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais
+légitimes, lorsqu'ils ordonnent une cession ou
+dédommagement plus considérable que le dommage
+causé: autrement, c'est une pure violence,
+contre laquelle on peut toujours revenir; à moins
+que, pour ravoir ce qu'on a perdu, on ne soit
+obligé de se servir de moyens si violents, qu'il en
+arrive un mal plus grand que le bien que l'on en
+doit retirer.</p>
+
+<p>«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public;
+voilà le droit des gens, ou plutôt celui de la
+raison.»</p>
+
+<p>En tête de la correction indiquée par le Supplément,
+et qui, sous beaucoup de rapports, est inférieure
+au texte primitif, se lit cet avertissement: «A la
+place des trois derniers alinéas, mettez ceux-ci.»</p>
+
+<p>Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec
+raison, à la suite du nouveau texte, la conclusion
+si ferme: «Voilà cher Rhédi...»</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)</p>
+
+<p>«Écoute ce que <i>je vais te</i> dire...».</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>: «Ce que je <i>te</i> vais dire...»</p>
+
+<p>Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de
+Montesquieu.</p>
+
+<p>«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a
+<i>connu</i> toute la fécondité.»</p>
+
+<p>Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a <i>vu</i>...»</p>
+
+<p>Cette lettre (LXXXIV de la 2<sup>e</sup> Marteau) est vivement
+incriminée dans la brochure de l'abbé Gaultier:
+<i>Lettres persannes convaincues d'impiété</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).</p>
+
+<p>«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté
+longtemps <i>dans leur pureté</i>.»</p>
+
+<p>Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et
+appartiennent aux éditions postérieures qui procèdent
+de 1757 (voir la <i>Bibliographie</i>.)</p>
+
+<p>«Caravansérails». 1721, 1<sup>re</sup> donne: <i>Caravansérais</i>,
+qui avec un ï serait peut-être la meilleure transcription
+de ce terme oriental; et 1754: <i>Caravanseras</i>.</p>
+
+<p>«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de
+France prit des gardes.»</p>
+
+<p>Ce roi est Philippe Auguste menacé par les <i>Assassins</i>
+du Vieux de la Montagne.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXI (CVII 1721-1754).</p>
+
+<p>«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention
+<i>à placer</i> sa droite... qu'elle en met <i>à poster</i>
+une mouche qui peut manquer...»</p>
+
+<p>C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure.</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup> donne: «<i>porter</i> une mouche. (C'est une
+coquille.)</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup> donne: <i>poster</i> sa droite,... <i>placer</i> une mouche.</p>
+
+<p>Les éditions subséquentes «<i>poser</i> une mouche»
+(qui ne vaut pas <i>poster</i>).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2<sup>e</sup> Marteau
+(LVIII), avec une adresse et une date différentes.</p>
+
+<p>En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note,
+qui ne figure plus au Supplément:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Rica à ***<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>«Le peuple est un animal qui voit et qui entend;
+mais qui ne pense jamais. Il est dans une léthargie
+ou dans une fougue surprenante; et il va et
+vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans
+savoir jamais d'où il est parti.</p>
+
+<p>«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur
+de Normandie, qui, voulant se rendre plus considérable
+à la cour, excitoit lui même de temps en
+temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt.</p>
+
+<p>«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui
+coûta, tout compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit
+assembler quelques canailles dans un cabaret
+qui donnoit le ton à toute la ville, et ensuite à
+toute la province.</p>
+
+<p>«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit
+dans les derniers troubles de Paris un des généraux
+de cette ville à un de ses amis.</p>
+
+<p>«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la
+ville; mais elles furent repoussées avec perte. Je
+compte pourtant que je réparerai facilement cet
+échec; j'ai six couplets...</p>
+
+<p>«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de
+faire paroître une estampe, qui fera voir Mazarin
+pendu; et pour peu que la conjoncture des affaires
+le demande, nous aurons la ressource d'ordonner
+au graveur de le rouer...</p>
+
+<p>«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et
+de faire du nom de Mazarin un mot...</p>
+
+<p>«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché
+originel que, pour ne pas voir ses partisans
+réduits à la moitié, il a été obligé de renvoyer
+tous ses pages. Je suis, etc...</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.»</p>
+
+<p>«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer <i>l'arrêt
+d'Union</i>, dit devant les députés du parlement <i>l'arrêt
+d'Ognon</i>; sur quoi le peuple fit force plaisanteries.»</p>
+
+<p>Le <i>péché originel</i> dont il est question plus haut est
+ce vice contre nature qu'on nomme parfois <i>italien</i>,
+et qui serait mieux nommé <i>clérical</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Elle est incriminée dans la brochure: <i>Lettres persannes
+convaincues d'impiété.</i></p>
+
+<p>«Il ne faut donc pas compter les années du monde...»</p>
+
+<p>Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1<sup>re</sup>, ni dans
+1721 2<sup>e</sup> Marteau, ni dans 1754. C'est à tort qu'il a
+été supprimé dans 1758 et dans beaucoup d'éditions
+postérieures.</p>
+
+<p>«Cependant tous les historiens <i>nous parlent d'un
+premier père; ils</i>...»</p>
+
+<p>Les mots en <i>italiques</i> manquent dans la première
+édition. Ils sont déjà rétablis dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau.</p>
+
+<p>L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions
+ne sont pas violentes...» appartient au
+Supplément de 1754.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXVII (CXII de 1721 1<sup>re</sup>, CII de la 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues
+d'impiété</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXVIII (CXII 1<sup>re</sup>, CIII 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Également incriminée.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXX.</p>
+
+<p><i>Tyen</i>, ciel des chinois.</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>: <i>Tyien</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXII</p>
+
+<p>«L'air se charge, comme les plantes...»
+Alinéa ajouté par le Supplément de 1754.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>Elle se trouve déjà dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau (LX, Usbek
+à ***, Paris, 11 Zilcadé 1715), avec les variantes
+suivantes:</p>
+
+<p><i>Troisième alinéa.</i></p>
+
+<p>«A mon esprit; il me semble...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>et</i> il me semble...</p>
+
+<p><i>Quatrième alinéa.</i></p>
+
+<p>«De quelques uns de nos sujets...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: de nos <i>plus riches</i> sujets...</p>
+
+<p>«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: à la multitude <i>innombrable</i>...</p>
+
+<p>«Faire attention qu'il <i>étoit</i> notoire...</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: qu'il <i>est</i> notoire...</p>
+
+<p>«Nous ont prié, branlant la tête...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>en</i> branlant la tête...</p>
+
+<p>«<i>Ainsi</i>, désirant traiter les suppliants...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>A ces causes</i>, désirant...</p>
+
+<p><i>Septième alinéa.</i></p>
+
+<p>«A leurs femmes <i>et</i> à leurs enfants...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: A leurs femmes, à leurs enfants...</p>
+
+<p>«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: dans leurs familles, <i>avec leurs amis</i>, etc...</p>
+
+<p><i>Huitième alinéa.</i></p>
+
+<p>«<i>Elles</i> viennent à les y contraindre...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Ils</i> viennent...</p>
+
+<p>«Défendons à nos magistrats...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: à <i>tous</i> nos magistrats...</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXVI (CXX de 1721 1<sup>re</sup>, CX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p>
+
+<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues
+d'impiété</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1<sup>re</sup>).</p>
+
+<p>«semble échauffer les imaginations <i>mêmes</i>.»
+<i>Mêmes</i> manque, et avec raison, dans 1721 1<sup>re</sup>.
+«Romans» pris dans le sens de <i>romanciers</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1<sup>re</sup>).</p>
+
+<p>«<i>N.</i> prit le fer à la main...» <i>N.</i> est le duc de Noailles.</p>
+
+<p>«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'<i>Index</i>).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1<sup>re</sup>).</p>
+
+<p>«<i>Romans</i>» dans le sens de <i>romanciers</i>.</p>
+
+<p>«Zuléma». 1721 1<sup>re</sup>: Zumela.</p>
+
+<p>«Gemmadi 1, 1720»</p>
+
+<p>1 manque dans 1754.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).</p>
+
+<p>La piquante <i>Lettre d'un médecin de province</i> figure
+tout entière dans les deux éditions qui servent de
+base à notre travail. 1721 1<sup>re</sup> donne même <i>Révérend
+père jésuite</i>, là où 1754 n'a que les initiales
+R. P. J.</p>
+
+<p>Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des
+éditeurs timorés ont supprimé ou mis en note
+l'énumération des médicaments: la lettre s'arrête
+à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit
+passée.»</p>
+
+<p>Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu
+«Il y a bien des choses que je n'entends pas, etc...»</p>
+
+<p>Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu
+lui-même ces mutilations qu'on ne s'explique
+guère:</p>
+
+<p>«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit
+confié <i>de son vivant</i>» (ce qui est faux) «aux libraires,
+a jugé à propos de faire des retranchements.
+On n'a pas cru devoir en priver le lecteur
+qui les trouvera ici en notes.»</p>
+
+<p>«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C***
+des J***.»</p>
+
+<p>Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la
+Constitution des Jésuites. (Selon d'autres: concernant
+la Banque, ou la Bourse, et la Compagnie
+des Indes.)</p>
+
+<p>«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu
+est ici bien aimable d'excepter les Oraisons
+funèbres de Fléchier.</p>
+
+<p>«Teigne», 1721: <i>tigne</i>.</p>
+
+<p>«<i>Miraculum chymicum, de violenta</i>, etc...»</p>
+
+<p>Miracle chimique, par violente fermentation, avec
+fumée, feu et flamme.</p>
+
+<p>Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion
+de Lallemand; que la fermentation ait lieu,
+avec grande violence, bouillonnement et tonnerre,
+les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les
+sels alcalins: il se fera une évaporation d'esprits
+brûlants. Mettez la liqueur fermentée dans l'alambic;
+vous n'en tirerez rien, et n'y trouverez rien
+sinon un <i>caput mortuum</i> (une drogue inutile et
+impuissante.)</p>
+
+<p>«<i>Lenitivum</i>.»</p>
+
+<p>Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages
+du laxatif Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez:
+faites infuser dans quatre livres d'eau
+ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à moitié;
+pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois
+feuilles du détersif Bauni et du diluant Tamburini.</p>
+
+<p>Faites du tout un lavement.</p>
+
+<p>«<i>Clyster</i>.» 1721-1754: <i>clister</i>.</p>
+
+<p>«<i>In chlorosim</i>, etc...»</p>
+
+<p>Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs
+ou fièvre-amoureuse.</p>
+
+<p>Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du
+révérend Thomas Sanchez <i>De matrimonio</i> (Du
+mariage). Faites infuser dans cinq livres d'eau
+ordinaire.</p>
+
+<p>Faites du tout une tisane apéritive.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754).</p>
+
+<p>Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2<sup>e</sup>
+Marteau (LIX).</p>
+
+<p>«Sa vue qui <i>se</i> porte toujours loin...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: qui porte...</p>
+
+<p>«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté
+d'ôter à celui-là.»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: On aime à donner..., on est charmé
+d'ôter...</p>
+
+<p>«Une mite.»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Mitte</i>...</p>
+
+<p>«L'hiver <i>dernier</i>, je pensai mourir...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: L'hiver <i>passé</i>,...</p>
+
+<p>«On lui suscite...»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: On lui suscite<i>ra</i>...</p>
+
+<p>«La constitution <i>de</i> l'empire...</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>des empires</i>...</p>
+
+<p>«Mais ce n'est <i>point</i> assez...</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>pas</i></p>
+
+<p>«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.»</p>
+
+<p>1721 2<sup>e</sup>: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).</p>
+
+<p>«Tes femmes se sont imaginé...»</p>
+
+<p>1721, 1754: se sont imagi<i>nées</i>...</p>
+
+<p>La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait
+devoir les placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur
+aura voulu, en les rassemblant, donner plus
+de corps à la conclusion de son <i>roman</i> et finir
+comme il avait commencé.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).</p>
+
+<p>«Je sais ce qu'il t'écrivit...»</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup> et 1754 portent: je <i>ne</i> sais (qui répond
+moins bien au sens général).</p>
+
+<p>«Avant qu'elles arrivassent...</p>
+
+<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup>: qu'elles <i>n</i>'arrivassent...</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de
+1721 2<sup>e</sup> Marteau, et 1730, 3<sup>e</sup> édition, Amsterdam,
+Jacques Desbordes).</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE" id="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"></a>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</h2>
+
+
+<h3>A</h3>
+
+<p><span class="smcap">Abbé</span>. Jeune abbé séduisant
+une actrice. XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Abdias Ibesalon</span>, juif, interroge
+Mahomet sur les animaux
+impurs. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Académie Française</span>. «établissement
+singulier et bizarre»
+inconnu en Perse. Babil éternel,
+manie du panégyrique.
+Quarante têtes pleines de figures,
+de métaphores et d'antithèses.
+LXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Actrices</span>. Elles ne sont point
+cruelles. Lettre d'une actrice à
+laquelle un abbé a ravi son innocence.
+XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Adam</span>. «Dieu met Adam
+dans le paradis terrestre, à
+condition qu'il ne mangera pas
+d'un certain fruit: précepte
+absurde dans un être qui connoîtrait
+les déterminations futures
+des âmes; car enfin un
+tel être peut-il mettre des conditions
+à ses grâces, sans les
+rendre dérisoires?» LXIX.</p>
+
+<p>(Voir Dieu. Prescience.)</p>
+
+<p>Adam a peut-être été sauvé
+d'une catastrophe générale,
+comme Noé le fut du déluge.
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Affranchissement</span>, comblait
+sans cesse les vides de la
+population romaine. CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Afrique</span>, toujours très-inconnue;
+ses côtes ne sont plus ce
+qu'elles étaient sous les Carthaginois
+et les Romains.
+CXIII, CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Agriculture</span>, ses progrès
+intimement liés à ceux du
+commerce et de l'industrie, et
+réciproquement. CXVIII.</p>
+
+<p>Ses revenus inférieurs à ceux
+de l'industrie et de l'art. Un
+fonds ne produit annuellement
+que le vingtième de sa valeur.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Agiotage</span>, ses effets désastreux.
+CXXXII, CXLVI.</p>
+
+<p>(Par arrêt du conseil du
+25 juillet 1719, le papier-monnaie,
+déclaré immuable, fait
+tomber l'or; un créancier, rue
+Quincampoix, tire l'épée contre
+un débiteur qui l'avait remboursé.
+Allusion à ce fait,
+CXLVI.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Ainesse</span>. Le droit d'aînesse,
+invention de la vanité, détruit
+l'égalité des citoyens; il fait
+obstacle à la propagation. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alchimistes</span>. Ils vous offrent
+«pour un peu d'argent le secret
+de faire de l'or.» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alcoran</span>, ses défauts: langage
+de Dieu, idées des hommes.
+XCVIII.</p>
+
+<p>Il ordonne de se soumettre
+aux puissances (allusion à l'Evangile).
+CV.</p>
+
+<p>Il autorise la pluralité des
+femmes. CXV.</p>
+
+<p>Plaidoyer d'une femme contre
+l'Alcoran. CXLI.</p>
+
+<p>Passages de l'Alcoran cousus
+dans les vêtements, comme
+amulette. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alexandre</span> comparé à Gengiskhan.
+LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Algébristes</span> comparés aux
+astrologues. CXXXV.</p>
+
+<p><i>Ibid.</i> Algébriste faiseur de
+<i>système</i>; allusion à Law.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ali</span>, gendre du prophète.</p>
+
+<p>(Dans un certain nombre
+d'éditions du temps <i>Hali</i>; déjà
+en 1721, on imprime <i>Aly</i>.</p>
+
+<p>Prophète des Chiites (Persans).</p>
+
+<p>Son nom est un talisman.
+CXLIII.</p>
+
+<p>Il est «le plus beau de tous
+les hommes;» expressions d'un
+Psaume appliquées au messie.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Allemagne</span>, partagée en un
+nombre infini de petits États.
+CIII.</p>
+
+<p>Les peuples de l'Allemagne
+antique, avant la chute de
+l'empire romain, étaient libres;
+leurs rois n'étaient que des
+chefs à pouvoir limité. CXXXI.</p>
+
+<p>L'empire d'Allemagne «se
+fortifie à mesure de ses pertes.»
+CXXXVI.</p>
+
+<p>Grand vizir d'Allemagne;
+le prince Eugène vainqueur à
+Peterwaradin. CXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Alliances</span>. Alliances honorables,
+alliances injustes; alliances
+déshonorantes (celle
+d'un tyran).</p>
+
+<p>Il est juste et légitime de secourir
+un allié. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ambassadeur</span>. Faux ambassadeur
+de Perse à la cour de
+France XCII.</p>
+
+<p>Nargum, ambassadeur de
+Perse en Russie. LI, LXXXII.</p>
+
+<p>Ambassadeur du grand Mogol
+(d'Espagne) expulsé du
+royaume. CXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ambroise</span>, sa conduite à l'égard
+de Théodose. LXI.</p>
+
+<p>(Comparez Spinoza, <i>Tractatus
+theologico-politicus</i>, cap.
+19.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Ame</span>, entièrement liée au
+corps et soumise aux influences
+physiques, XXXIII.</p>
+
+<p>«Ouvrière de sa détermination»
+l'âme, devant la prescience
+divine, ne serait pas
+plus libre qu'une boule de billard.
+LXIX.</p>
+
+<p>Gens qui croient à l'immortalité
+de l'âme par semestre.
+LXXV.</p>
+
+<p>Les livres juifs enseignent
+que la femme n'a pas d'âme.
+CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Amérique</span>, avait été découverte
+par les Carthaginois;
+très-dépeuplée, CXIII, par la
+barbarie des conquérants espagnols.
+CXXII.</p>
+
+<p>Vainement y introduit-on
+des esclaves; elle ne profite
+point des pertes de l'Afrique.
+CXIX.</p>
+
+<p>Indigènes et nègres y périssent
+par milliers dans les mines.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Amitié</span>. presque inconnue
+aux Asiatiques. XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Amour</span>. «Dans le nombreux
+sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu
+l'amour et l'ai détruit par lui-même.»
+La polygamie éteint
+l'amour. VI. LVI.</p>
+
+<p>L'amour, chez les musulmans,
+est amorti par la pluralité des
+femmes. LVI.</p>
+
+<p>L'amour chez les Espagnols.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>L'amour dans le paradis des
+femmes. CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Amulettes</span>, passages de
+l'Alcoran, noms sacrés cousus
+dans les vêtements des fidèles
+musulmans. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anais</span>, ses aventures dans le
+paradis des femmes, et la vengeance
+qu'elle exerce sur son
+mari, qui l'a tuée. CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anatomie</span>. Noms barbares
+qu'elle donne aux parties du
+corps. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anatomiste</span>. soupçonné,
+dans son quartier, du meurtre
+de tous les chiens qui disparaissaient.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anciens et Modernes</span>.
+Querelles sur le mérite d'Homère.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anges</span>. Ils demandent à élever
+Mahomet enfant. XXXIX.</p>
+
+<p>Chrétiens et musulmans rendent
+un culte aux bons anges
+et se méfient des mauvais.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Anglais</span>. Ils limitent l'autorité
+de leurs rois. Leur humeur
+et leurs raisonnements sur le
+pouvoir. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angleterre</span>. Son histoire
+pleine de discordes d'où sort la
+liberté.</p>
+
+<p>Ses rois toujours chancelants
+sur un trône inébranlable.</p>
+
+<p>Nation qui, maîtresse de la
+mer, mêle le commerce avec
+l'empire. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Antiquaire</span>. Lettre et manies
+innocentes d'un antiquaire
+malin. CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Aphéridon</span>, Guèbre qui
+épouse sa s&oelig;ur: ses aventures.
+LXVII.</p>
+
+<p>(Féridun, Zend <i>Thaethraona</i>,
+sanscrit <i>Tritâna</i>, de <i>Trita</i>,
+l'une des plus anciennes divinités
+solaires des peuples
+aryens).</p>
+
+<p><span class="smcap">Aragon</span>. Les états d'Aragon
+et de Catalogne, en 1610,
+discutent quelle sera la langue
+employée dans les délibérations.
+CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arche</span>. Légendes sur l'arche
+de Noé. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Argent</span> (vif), employé contre
+les exhalaisons malignes. CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arétin</span>, ses figures recommandées
+contre les pâles couleurs.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Aristote</span>. Le médecin de
+province fait entrer sa logique
+dans un purgatif, ses catégories
+dans un remède contre la
+gale. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Armées</span>. Différence des armées
+d'Orient et des troupes
+européennes. XC.</p>
+
+<p>L'avantage est du côté du
+prince qui est à la tête des armées.
+CIII.</p>
+
+<p>Les armées, instrument nécessaire
+de la tyrannie, surtout
+en Orient. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Arméniens</span>. Leurs caravanes
+qui partent «tous les jours»
+de Smyrne pour Ispahan, transportent
+en Perse les lettres venues
+de Marseille. XXVII.</p>
+
+<p>Marchands d'esclaves.
+LXXX.</p>
+
+<p>Quelques ministres de Cha-Soliman
+voulaient les expulser
+de Perse, s'ils ne se faisaient
+mahométans. (Allusion à l'édit
+de Nantes.) LXXXVI.</p>
+
+<p>Transportés par Cha-Abbas
+dans la province de Guilan, ils
+y périrent par milliers. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arrêt</span> qui permet de prononcer
+la lettre Q au gré de
+chacun. CX.</p>
+
+<p>A. du C. (Arrêts du conseil.)
+concernant la B. et la C. des I.
+ou J. (Ordinairement traduit:
+concernant la Bulle et la Constitution
+des Jésuites: Barbier
+préfère: concernant la Bourse
+et la Compagnie des Indes.)
+Purgatif violent. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Arts</span>. Mauvais usage des
+arts. CVI.</p>
+
+<p>Où nous entraînerait la perte
+des arts? Les barbares ont appris
+les arts des vaincus. CVII.</p>
+
+<p>Nécessité des arts. L'oisiveté
+et la mollesse incompatibles
+avec les arts. Les arts à Paris.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Ascétiques</span>. Inutilité des livres
+de cette espèce. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Asie</span>, dépeuplée, CXIII; toujours
+livrée au despotisme.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Asie-Mineure</span>, singulièrement
+déchue de son antique
+prospérité. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Astarté</span>, Guèbre qui épousa
+son frère: ses aventures.
+LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Asthmè</span>. Pour le guérir, lisez
+les périodes du père Maimbourg.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Astrologie judiciaire</span>, est
+tenue en honneur chez les Persans
+et les Orientaux. Rica
+croit fermement au concours
+des astres. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Auteurs</span>. Vanité des auteurs,
+leur impatience de la
+critique.</p>
+
+<p>Plus jaloux de leurs ouvrages
+que de leurs épaules. CIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Automates</span>, les animaux;
+allusion au système de Descartes.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Autorité</span>. «Quand une fois
+l'autorité violente est méprisée,
+il n'en reste plus assez à personne
+pour la faire revenir.»
+LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Averroes</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Aveugles</span>. La vie aux
+Quinze-Vingts.</p>
+
+<p>Habileté des aveugles à se
+conduire dans Paris. XXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Avicenne</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Avocats</span>. «Livres vivants,»
+ils travaillent pour les juges et
+se chargent de les instruire,
+parfois aussi de les tromper.
+LXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Avortement</span>. Crime sévèrement
+puni par les lois européennes.</p>
+
+<p>Abus qu'en font les femmes
+sauvages. CXXI.</p>
+
+
+<h3>B</h3>
+
+<p><span class="smcap">Babyloniens</span>. Autorité de la
+femme établie chez eux par
+une loi en l'honneur de Sémiramis.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bachas</span>. Ils achètent leurs
+emplois et, ruinés, ruinent les
+provinces. XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Badinage</span> «naturellement
+fait pour les toilettes... semble
+être venu à former le caractère
+général de la nation.»
+LXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Balk</span> (Bactres), ville sainte
+où les Guèbres honoraient le
+soleil. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Banque</span>. Ses actions. Projets
+financiers du ministère en
+1719. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Baptême</span>, comparé aux ablutions
+musulmanes. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Barbares</span>. Ils ont appris les
+arts ou les ont fait exercer aux
+vaincus. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Barbarie</span>. Ses côtes, florissantes
+sous les Carthaginois et
+les Romains, ont été dépeuplées
+et stérilisées par le mahométisme.
+CXIII, CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Barbe</span>. Pierre I<sup>er</sup> et la barbe
+de ses sujets. LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bataille</span>. La terreur panique
+d'un seul soldat en décide
+quelquefois. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bâtiments</span>. Magnificence de
+Louis XIV dans ses constructions.
+XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Batuecas</span>. Tribu des montagnes
+d'Espagne, mal connue
+des Espagnols eux-mêmes.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Béatitude Éternelle</span>.
+Croyance défavorable à la propagation
+de l'espèce. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Beauté</span>. Beauté des Persanes.
+XXXIV.</p>
+
+<p>Beauté d'une esclave de Circassie,
+achetée à des Arméniens.
+LXXX.</p>
+
+<p>Beauté d'une femme jaune de
+Visapour. XCVII.</p>
+
+<p>Empire naturel et universel
+de la beauté. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Beaux esprits</span>. Ils s'amusent
+aux choses puériles.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Beiram</span>. Appartement des
+femmes. Sérail du roi (de
+Perse). Toute esclave qui y
+entre devient mahométane.
+LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bénéfices</span>. «Qui voudroit
+nombrer tous les gens de loi
+qui poursuivent le revenu de
+quelque mosquée...» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ben Josué</span>, juif, prosélyte
+musulman. XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bibliothécaire</span>. Portrait
+d'un moine bibliothécaire. Ses
+conversations avec Rica.
+CXXXIV-CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bibliothèques</span>. Comment
+elles sont administrées par les
+dervis. CXXXIII.</p>
+
+<p>Voyage dans une grande bibliothèque
+à Paris. CXXXIII-CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bienfait</span>. Tout homme est
+capable de faire du bien à un
+homme: mais c'est ressembler
+aux dieux que de contribuer
+au bonheur d'une société tout
+entière. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Boissons</span>. Celles qui abrutissent.</p>
+
+<p>Celles qui égayent et consolent,
+permises aux musulmans.
+XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Boîtes</span> où l'on enferme les
+femmes de la Perse au passage
+des rivières. III.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bombés</span>. Leur invention a
+ôté la liberté à tous les peuples
+de l'Europe. CVI.</p>
+
+<p>Défense des bombes. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bonheur</span>. Réside-t-il dans
+les satisfactions des sens ou
+dans la pratique de la vertu?
+X.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bonne foi</span>. Doit être l'âme
+d'un grand ministre. CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bons mots</span> préparés d'avance
+et lancés à l'aide d'un
+compère. LIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bonzes</span>, confondus avec les
+brahmanes. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bourgeois</span>. Ont perdu la
+garde de leurs villes. CVI.</p>
+
+<p>Sous quel prétexte les princes
+la leur ont retirée. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Boussole</span>. Que nous a servi
+l'invention de la boussole? CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Brahma</span> récompense le suicide
+des veuves. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Brahmane</span>. Croit à la métempsychose,
+mais admet qu'on
+mange un animal quand on ne
+l'a pas tué soi-même. XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Bulles</span>, purgatif violent.
+CXLIII.</p>
+
+
+<h3>C</h3>
+
+<p><span class="smcap">Cabale</span>. Panthéisme mystique
+des Juifs.</p>
+
+<p>Pratiquée par un médecin de
+province. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Café</span> (<span class="smcap">et cafés</span>.) Très en
+usage à Paris, donne de l'esprit
+à ceux qui le prennent
+dans certains établissements.
+On y joue aux échecs. XXXVI.</p>
+
+<p>Conversations que l'on y entend.
+CXXIX, CXXX, CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cambyse</span> a établi en Perse le
+mariage de la s&oelig;ur et du
+frère. LXVII.</p>
+
+<p>A quelle jambe a-t-il été
+blessé? CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cappadociens</span>. Ils refusèrent
+la liberté que leur offraient
+les Romains. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capucins</span>. Conversation de
+Rica et d'un provincial de capucins.
+XLIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Carthage</span>. République dont
+on ignore les origines; rivale
+de Rome. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Carthaginois</span>, avaient découvert
+l'Amérique. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Casbin</span>. Ville et monastère
+en Perse. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Casuistes</span>. Leur habileté à
+faire passer les péchés du mortel
+au véniel. «Il y a un tour
+à donner à tout.» LVII.</p>
+
+<p>Ils mettent au jour les secrets
+de la nuit. Ingéniosité
+voluptueuse, crudité et danger
+de leurs ouvrages. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Castro</span> (Jean de), «fameux
+général portugais.» XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Catalogne</span>. États d'Aragon
+et de Catalogne, 1610. Discussion
+préalable sur la langue à
+employer dans les délibérations.
+CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Catholicisme</span>. Son infériorité
+sociale devant le protestantisme.</p>
+
+<p>Dans l'État de l'Europe, il
+n'est pas possible qu'il y subsiste
+cinq cents ans. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Catholiques</span>. Les pays catholiques
+moins riches, moins
+actifs, moins peuplés que les
+pays protestants. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Caussin</span> (le P.), jésuite, né à
+Troyes en 1543, confesseur
+de Louis XIII, exilé par Richelieu.</p>
+
+<p>Sa <i>Cour sainte</i>, livre de
+piété en 4 volumes in-4, est recommandée
+comme somnifère
+à un homme qui ne dormait
+pas depuis trente-cinq jours.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Célibat</span>. Les filles esclaves
+condamnées à la virginité dans
+le sérail. CXV.</p>
+
+<p>Les Romains établissaient
+des peines sévères contre le
+célibat.</p>
+
+<p>Les chrétiens le proclament
+supérieur au mariage. CXVII.</p>
+
+<p>Nombre prodigieux de catholiques
+faisant profession de
+célibat.</p>
+
+<p>Le célibat ecclésiastique est
+plus nuisible à la propagation
+que la castration même.</p>
+
+<p>Habitude des familles de
+vouer un de leur membre au
+célibat religieux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Cellamare</span> (conspiration de),
+allusions, CXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cérémonies</span>. Leur importance
+secondaire en religion.
+XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">César</span>, opprima la république
+romaine et la soumit à un
+pouvoir arbitraire. Suites de
+son crime. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cha-Abbas</span>, se serait fait
+couper les deux bras plutôt que
+de signer l'édit de Nantes et
+«d'envoyer au Mogol et aux autres
+rois des Indes ses sujets les
+plus industrieux.» LXXXVI.</p>
+
+<p>Voulant priver les Turcs de
+soldats sur leurs frontières, il
+transporta vingt milles familles
+arméniennes dans la province
+de Guilan. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chahban</span>, mois ardent.
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chansons</span>. Influence des
+chansons sur les frondeurs.
+CXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chapelain</span>, bon contre la
+gale, la teigne, etc. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chapelet</span>. «Heureux celui
+qui a toujours prié Dieu avec
+de petits grains de bois à la
+main!» XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chardin</span>, célèbre voyageur
+en Perse. LXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Charles XII</span>, tué devant une
+place assiégée en Norwége
+(Frédéricshall). CXXXVII.
+(<i>Esprit des lois</i>.) X, 13.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chartreux</span>. Espèce de dervis
+taciturnes. LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cha-Soliman</span>. Quelques ministres
+de ce prince avaient
+voulu expulser de Perse tous
+les Arméniens (allusion à l'édit
+de Nantes). LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chat</span>, sorti du nez du lion.
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Châtiments</span>. Les châtiments
+dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI.
+(Voir Peines.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Chaussures</span>. Les hauts talons.
+C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chauvinisme</span>. «Depuis le
+commencement de la monarchie,
+les Français n'ont jamais
+été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.)
+CXXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chimie</span> (alchimie?), quatrième
+fléau qui ruine les hommes
+et les détruit en détail (?).
+CVI.</p>
+
+<p>Elle habite tantôt l'hôpital,
+tantôt les Petites-Maisons.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chine</span>. Deux fois conquise
+par les Tartares. LXXXII.</p>
+
+<p>Les Chinois pensent que
+leurs pères, anéantis dans le
+Tyen, revivent en eux sur la
+terre. De là, propagation de
+l'espèce. CXX.</p>
+
+<p>Ils honorent leurs parents
+comme des dieux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Un conquérant de la Chine
+obligea ses sujets à se rogner
+les cheveux ou les ongles. LXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chlorose</span>, doit céder à un
+tonique où entreront des figures
+d'Arétin et des passages
+de Sanchez. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Chrétiens</span> (vieux). Ce que
+c'est que les «vieux chrétiens»
+en Espagne et Portugal. Leur
+orgueil. LXXVIII.</p>
+
+<p>Les chrétiens cultivent les
+terres en Turquie et sont persécutés
+par les Pachas. XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Christ</span>. Pas de royaume où
+il y ait eu tant de guerres civiles
+que dans celui du Christ.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Christianisme</span>. Il rend tous
+les hommes égaux, mais n'empêche
+pas les rois chrétiens
+d'autoriser la traite des nègres.
+LXXV.</p>
+
+<p>Il est peu favorable à la propagation
+de l'espèce humaine.
+CXV.</p>
+
+<p>Ses rapports avec le mahométisme
+au point de vue des
+croyances. XXXV.</p>
+
+<p>Ses vices sociaux: interdiction
+du divorce; création
+d'eunuques des deux sexes;
+exaltation du célibat. CXV,
+CXVII, CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Christine</span> (de Suède), abdique
+la couronne pour se donner
+à la philosophie. CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Circassie</span>, pays des belles
+esclaves. LXXX, XCVII.</p>
+
+<p>Royaume grand et dépeuplé.
+CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Circoncision</span>. Ablation d'un
+«petit morceau de chair.»
+XLVI.</p>
+
+<p>Mesure sanitaire qui délivre
+l'homme de l'impureté. XXXIX.</p>
+
+<p>Mahomet est né circoncis.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Climats</span>. Ils fixent les tempéraments.</p>
+
+<p>On n'en sort pas impunément.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cloître</span>. Cinq ou six mots
+d'une langue morte y assurent
+une vie tranquille. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Clyster</span> (composition d'un).
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coiffeuses</span>. Supériorité
+des coiffeuses françaises. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coiffures</span>. Variations des
+coiffures françaises. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Colonies</span>. Elles affaiblissent
+la mère-patrie sans peupler le
+pays où on les établit. CXXII.</p>
+
+<p>Les colonies grecques apportèrent
+avec elles un esprit de
+liberté. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Colonisation</span>. L'auteur y
+est peu favorable et n'y voit,
+sauf exception, qu'une cause
+de dépopulation intérieure et
+extérieure. CXXII.</p>
+
+<p>Il voudrait la borner à l'occupation
+de places pour le
+commerce. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Com</span>. (Ville de).</p>
+
+<p>C'est là qu'est le «tombeau
+de la Vierge qui a mis au
+monde douze prophètes.» Lettres
+I, XVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Commentateurs</span>. Armée effroyable
+des glossateurs, de
+commentateurs, jurisconsultes.
+CI.</p>
+
+<p>Ils peuvent se dispenser d'avoir
+du bon sens. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Commerce</span>. Plus il y a
+d'hommes, plus il fleurit; plus
+il fleurit, plus il y a d'hommes.
+CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Communisme</span>. Montesquieu
+semble avoir attribué quelques
+avantages à l'indivision: «Le
+peuple Troglodyte se regardoit
+comme une seule famille: les
+troupeaux étoient presque toujours
+confondus; la seule peine
+qu'on s'épargnoit ordinairement,
+c'étoit de les partager.»
+Lettre XII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Compères</span>. Le rôle des compères
+dans les conversations
+du monde. LIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Compilateurs</span>. Contre leurs
+plagiats stériles. LXVI.</p>
+
+<p>Les compilateurs de lois et
+d'ordonnances. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conception</span>. Mahomet ne
+veut pas que la femme conçoive
+dans l'état d'impureté.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Confesseur</span>, son rôle près
+d'un vieux et d'un jeune roi.
+CVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Congrès</span>. «Épreuve aussi
+flétrissante pour la femme qui
+la soutient que pour le mari
+qui y succombe.» LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conquête</span>. «La conquête
+ne donne point un droit par
+elle-même.» XCVI.</p>
+
+<p>Funestes nécessités de la
+conquête lorsqu'elle est lointaine:
+extermination des vaincus
+et épuisement des vainqueurs.
+CXXII.</p>
+
+<p>Les conquêtes des Espagnols
+marquées par la ruine des campagnes.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conscience</span>. Inhumanité de
+ceux qui affligent la conscience
+des autres. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conseils</span>. Six ou sept conseils
+remplaçant les ministres
+ont pu sagement administrer
+la France. CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Consolations</span>. Vanité de
+celles qu'on tire «de la nécessité
+du mal, de l'inutilité des
+remèdes, de la fatalité du destin,
+de l'ordre de la providence.»
+XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conspirations</span> fréquentes
+en Orient. Pourquoi? CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Constantinople</span> menacée
+de dépopulation par la polygamie.
+CXV.</p>
+
+<p>Les transports de peuples
+qu'on y a faits n'ont jamais
+réussi. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Constitution</span> (Bulle de
+1710) mal accueillie par les
+Français, surtout par les femmes.
+Louis XIV l'accepte.
+XXIV.</p>
+
+<p>Les constitutions des papes,
+adoptées par la jurisprudence
+française. CI.</p>
+
+<p>Influence de la constitution
+du corps sur les croyances religieuses.
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conte persan</span>. Anaïs dans
+le paradis. CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Continence</span>. Chez les chrétiens,
+c'est la vertu par excellence
+(bien que le mariage soit
+saint: contradiction); elle a
+anéanti plus d'hommes que les
+pestes et les guerres les plus
+sanglantes. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Conversation</span>. Influence
+qu'ont dans les conversations
+les choses inanimées, bruit du
+carrosse et du marteau, habit
+brodé, perruque blonde, tabatière,
+canne, gants. LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coquetterie</span>. «Un peu de
+coquetterie est un sel qui pique
+et prévient la corruption.»
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Corps</span>. Les grands corps
+s'attachent aux minuties, aux
+vains usages. CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Corruption</span> remarquée dans
+les Indes (en France), &oelig;uvre
+du système de Law. Peinture
+énergique des hontes de l'agiotage.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cosrou</span>, eunuque blanc
+amoureux de Zélide. LIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cour</span>. La vertu et la sincérité
+y sont périlleuses. Lettre
+VIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Courbe</span> selon laquelle un
+vaisseau doit être taillé.
+XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Courouc</span>. Ordre qui, en
+Perse, écarte les hommes du
+passage des femmes de qualité.
+XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Courtisans</span>. Par quels services
+ils gagnent des libéralités
+des princes, CXXV, et leurs
+faveurs, notamment celles de
+Louis XIV. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Coutumes</span>. Multiplicité des
+coutumes des provinces en
+France. La plupart rédigées
+d'après le droit romain. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Couvent</span>. Famille éternelle
+où il ne naît personne; gouffre
+où s'ensevelissent les races futures.
+CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Création</span>. Peut-on croire
+qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a
+6,000 ans? Plus tôt, Dieu n'a-t-il
+pas voulu? n'a-t-il pas pu?
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Cuisiniers</span>. Le goût des
+cuisiniers français règne du
+septentrion au midi. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Czar</span>, son autorité despotique.
+LI.</p>
+
+
+<h3>D</h3>
+
+<p><span class="smcap">Débiteurs</span> avares qui ruinent
+leurs créanciers par des
+payements fictifs. CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Décadence romaine</span>. Passage
+qui contient en germe
+un des chefs-d'&oelig;uvre de Montesquieu.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Décisionnaire</span>. Homme
+content de lui qui tranche sur
+tout, morale, science, histoire,
+nouvelles. LXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Défense</span>. Elle rend la guerre
+légitime. Quand un traité a
+privé une société de «sa défense
+naturelle,» elle peut la
+reconquérir par la guerre.
+XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Déluge</span>. Hypothèses de plusieurs
+déluges. CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dépopulation</span>. Catastrophe
+insensible.</p>
+
+<p>Elle croît depuis les temps
+les plus reculés, dans tous les
+pays du monde connu. CXIII.</p>
+
+<p>Ses causes physiques, CXIV,
+et morales, CXV, dans les
+pays musulmans, CXVI, et
+chrétiens, CXVII, CXVIII; en
+Afrique et en Amérique,
+CXIX; chez les sauvages,
+CXXI; dans les colonies,
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dervis</span> (Lisez prêtres ou
+moines.) LVII;</p>
+
+<p>Dervis taciturnes: Chartreux
+LXXXIII.</p>
+
+<p>On souhaiterait que les dervis
+«<i>se retranchassent</i> tout
+ce que leur profession leur
+rend inutiles.» <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Société de gens avares qui
+prennent tout et ne rendent
+rien. Les dervis catholiques
+accaparent les richesses de
+l'État, paralysent la circulation,
+le commerce et les arts.
+CXVIII.</p>
+
+<p>Comment ils administrent
+leurs bibliothèques. CXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Déserts</span>. Pays déserts par
+vice de nature ou destruction
+de peuples. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Désespoir</span>. Il égale la faiblesse
+à la force. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Désirs</span>. Malheur d'une femme
+qui a des désirs violents
+lorsqu'elle est privée de celui
+qui peut seul les satisfaire.
+VII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Despote</span>, <span class="smcap">despotisme</span>. Le
+despote menacé par l'excès
+même de son autorité. LXXXII,
+CIII.</p>
+
+<p>Le despotisme tue l'émulation,
+XC; conduit au régicide
+impuni. CIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Devins</span>. Ils vous diront toute
+votre vie, «pourvu qu'ils
+aient eu un quart d'heure de
+conversation avec vos domestiques.»
+LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dévot</span>. Dévot ou incrédule
+par accès, caractère du chrétien.
+LXXV.</p>
+
+<p>«Si dévots qu'ils sont à
+peine chrétiens» (les Espagnols).
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Le dévot adore tout ce qu'il
+vénère, attribue à de petites
+pratiques monacales la même
+efficacité qu'aux sacrements.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Dictionnaire</span>. Le dictionnaire
+de Furetière et celui de
+l'Académie. LXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Didon</span>. On ignore la suite
+des princes africains depuis
+Didon. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dieu</span>. Les hommes le font à
+leur image. Dieux nègres, Vénus
+hottentote; «si les triangles
+faisoient un dieu, ils lui
+donneroient trois côtés.» LIX.</p>
+
+<p>«Ils ont fait une énumération
+de toutes les perfections
+différentes que l'homme est
+capable d'avoir et d'imaginer,
+et en ont chargé l'idée de la
+divinité.»</p>
+
+<p>Quoique tout-puissant, Dieu
+«ne peut pas violer ses promesses,
+ni tromper les hommes.»</p>
+
+<p>Comment pourrait-il prévoir
+ce qui n'est pas encore?</p>
+
+<p>La prescience divine est discutée
+et discutable. Peut-être
+n'est-elle qu'intermittente,
+quand Dieu veut qu'une chose
+arrive. En tout cas elle est
+contradictoire et supprime la
+liberté, le mérite et le démérite,
+tels que les métaphysiciens
+les définissent. LXIX.</p>
+
+<p>«Dieu est si haut que nous
+n'apercevons pas même ses
+nuages.» LXIX.</p>
+
+<p>Dieu défend-il le suicide?
+LXXVI.</p>
+
+<p>S'il y a un Dieu, il faut qu'il
+soit juste... Il serait le plus
+méchant de tous les êtres puisqu'il
+le serait sans intérêt.</p>
+
+<p>Docteurs qui représentent
+Dieu tantôt comme un être
+mauvais, tantôt comme un être
+qui hait le mal. LXXXIV.</p>
+
+<p>Comment comprendre que
+Dieu ait différé, durant toute
+l'éternité, la création du monde?&mdash;Il
+n'y a point en lui de
+succession. CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Directeur</span>. Portrait du
+directeur de consciences.
+XLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Discours</span> prononcé par un
+général de la Fronde. CXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Disgrâce</span>. Pour un Persan,
+la disgrâce du prince, c'est la
+mort. Aussi les révoltes coûtent-elles
+peu aux Orientaux.</p>
+
+<p>Pour les grands d'Europe, la
+disgrâce n'est que défaveur,
+exil. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Dissimulation</span>. Art nécessaire
+et pratiqué chez les Asiatiques.
+LXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Distinction</span>. Procédé jésuitique,
+raillé. XXIX.</p>
+
+<p>Les distinctions des avocats
+ou des scolastiques. XXXVI.</p>
+
+<p>Une «distinction» sur un
+morceau de papier, remède
+contre la gale, la gratelle, etc.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Divorce</span>. Autorisé par le
+paganisme. CXV.</p>
+
+<p>Il contribuait à l'attachement
+mutuel CXVII.</p>
+
+<p>Son interdiction peu judicieuse
+relâche les liens que le
+christianisme prétend resserrer,
+et porte atteinte à la fin du
+mariage. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Elle engendre la froideur
+dans le ménage, livre aux filles
+de joie l'homme dégoûté d'une
+épouse éternelle et nuit à la
+propagation de l'espèce. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Docteurs</span> qui représentent
+Dieu comme un être qui fait
+un exercice tyrannique de sa
+puissance, etc. LXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Don Quichotte</span>. Le seul des
+livres espagnols «qui soit bon
+est celui qui a fait voir le ridicule
+de tous les autres.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit barbare</span>. Lois franques,
+etc., abandonnées pour le
+droit romain. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit canon</span>. Constitutions
+des papes (Décrétales), adoptées
+par les Français. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Droit civil</span>. Il règle les affaires
+des particuliers.</p>
+
+<p>Identité rationnelle du droit
+civil et du droit public. XCV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit coutumier</span> presque
+toujours modifié selon le droit
+romain. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit des gens</span> (voyez Droit
+public), doit prohiber les inventions
+meurtrières. CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droit public</span> faussé par les
+passions des princes, la patience
+des peuples, la flatterie
+des écrivains; science qui apprend
+aux princes jusqu'à quel
+point ils peuvent violer la justice.
+XCV.</p>
+
+<p>Le droit public devrait être
+considéré comme un droit civil
+étendu au monde entier. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Il est plus connu en Europe
+qu'en Asie. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Sanctions du droit public:
+la guerre; les représailles; la
+suppression des avantages mutuels;
+la renonciation aux alliances.
+XCVI.</p>
+
+<p>Les principes du droit public
+sont ceux du droit privé. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Droit romain</span>. Fond du droit
+français, rédigé en partie par
+les Byzantins. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Droits</span> surannés rétablis au
+détriment du peuple par les
+fauteurs d'intrigues princières.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Duel</span>. Edit de Louis XIV
+contre les duels, loué par un
+homme qui «reçut cent coups
+de bâton pour ne le pas violer.»
+LIX.</p>
+
+<p>Contradiction entre les lois
+de la nation et les lois de
+l'honneur.</p>
+
+<p>Inutilité et injustice des lois
+sur le duel. XCI.</p>
+
+<p>Sottise du duel, qui met le
+droit à la merci de la force ou
+de l'adresse corporelle.</p>
+
+<p>Injustice du duel par champions.</p>
+
+<p>Rôle des seconds.</p>
+
+<p>Le duel survit à toutes les
+interdictions et à toutes les
+peines. <i>Ibid.</i> XCI.</p>
+
+
+<h3>E</h3>
+
+<p><span class="smcap">Eau</span> froide pour les ablutions
+du matin. XLVI.</p>
+
+<p>Manque à Venise pour les
+purifications musulmanes.</p>
+
+<p>(Voir Venise.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Ecclésiastiques</span>. On leur
+demande de prouver ce qu'on
+est résolu de ne pas croire.
+LXI, LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ecriture sainte</span>. Tortures
+que lui infligent les glossateurs
+ecclésiastiques. CXXXIV.</p>
+
+<p>Diversité des interprétations.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Edit de Nantes</span>. «En proscrivant
+les Arméniens (les protestants),
+on pensa détruire en
+un seul jour tous les négociants
+et presque tous les artisans
+du royaume.»</p>
+
+<p>Coup porté à l'industrie par
+la dévotion. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Education</span>. Tristes résultats
+de celle que les enfants, en
+Orient, reçoivent des esclaves.
+XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Education des femmes</span>. Entre
+les hommes et les femmes,
+«les forces seroient égales si
+l'éducation l'étoit aussi.»
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Egalité</span>. L'égalité civique,
+amenant l'égalité des fortunes
+porte l'abondance et la vie dans
+toutes les parties du corps politique.
+CXXIII.</p>
+
+<p>Chez les Guèbres la femme
+était l'égale de son mari.
+LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eglise</span>. L'histoire de l'Église
+et des Papes, faite pour
+édifier, produit l'effet contraire.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Egypte</span> dépeuplée. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Egyptiens</span>. Autorité de la
+femme établie chez eux par
+une loi en l'honneur d'Isis.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eléphant</span>. Ses ordures font
+pencher l'arche et engendrent
+le pourceau. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Emollients</span>. Molina, Escobar,
+Vasquez, etc., en clystère.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Empire romain</span>. Gouvernement
+militaire et violent sous
+lequel gémit l'Europe. CXXXI.</p>
+
+<p>Démembré par les barbares.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Empire d'Allemagne</span> (voyez
+Allemagne).</p>
+
+<p><span class="smcap">Empires</span> comparés à un arbre
+dont les branches trop
+étendues ôtent le suc du tronc.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants</span>. Les enfants nés
+dans la misère, ou issus de
+mariages précoces, meurent en
+bas-âge ou forment des générations
+étiolées. CXXIII.</p>
+
+<p>Tout enfant né dans le mariage
+est censé être au mari.
+LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Enrhumé</span>. «Tout Espagnol
+qui n'est pas enrhumé ne saurait
+passer pour galant.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eole</span>. Fils qu'il eut d'une
+nymphe de la Calédonie (Law),
+et auquel il apprit l'art d'enfermer
+du vent dans des outres.</p>
+
+<p>Voyages de ce fils en compagnie
+du dieu du hasard; son
+séjour en Bétique (France); ses
+discours; il escamote la fortune
+des crédules auditeurs.
+CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epée</span> (gens d'), méprisent les
+gens de robe, qui le leur rendent.
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epigrammes</span>. Petites flèches
+déliées qui font une plaie profonde.
+CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Episodes intercalés</span>. Les
+Troglodytes. XI-XIV.</p>
+
+<p>Aphéridon et Astarté.
+LXVII.</p>
+
+<p>L'immortelle Anaïs. CXLI.</p>
+
+<p>Fragments d'un mythologiste.
+CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epitaphe</span> d'un Français
+mort de lassitude en la soixantième
+année de son âge.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Epopées</span>. Les connaisseurs
+disent qu'il n'y en a que deux
+et qu'on n'en peut plus faire.
+CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Equité</span>. «Libres que nous
+serions du joug de la religion,
+nous ne devrions pas l'être de
+celui de l'équité.» LXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Erivan</span>, ville où s'achètent les
+esclaves géorgiennes et circassiennes.
+LXXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Erzeron</span> (Erzeroum), ville
+de Turquie d'Asie. Lettres IV,
+V, VI, XVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esclavage</span> aboli par les rois
+dans leurs États, rétabli dans
+leurs conquêtes. Pour quelles
+raisons? LXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esclaves</span>. Leur dégradation
+morale; danger de leur fréquentation.
+XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esclaves romains</span>. Leur
+multiplication favorisée; leur
+pécule, leurs industries; aisance
+dans la servitude, espoir
+de liberté; affranchissement et
+libération. CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Escobar</span>. Casuiste espagnol
+(XVI<sup>e</sup>-XVII<sup>e</sup> siècles). Emollient.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Espagne</span>, <span class="smcap">espagnols</span>. Espagnols
+et Portugais, deux peuples
+qui «méprisant tous les
+autres, font aux seuls François
+l'honneur de les haïr.» Orgueilleux,
+ennemis de tout travail,
+amoureux, dévots jusqu'à enfermer
+leurs femmes avec un novice
+ou un franciscain; jaloux;
+leurs politesses bizarres; leur
+ignorance. Extravagance de
+leurs livres. LXXVIII.</p>
+
+<p>L'abaissement de l'Espagne
+correspond aux progrès du protestantisme.
+CXVIII.</p>
+
+<p>L'inquisition en Espagne.
+XXIX, LXXVIII.</p>
+
+<p>Dépopulation. CXIII.</p>
+
+<p>L'expulsion des maures.
+CXXII.</p>
+
+<p>Les Espagnols ont été logiquement
+conduits à massacrer
+les indigènes de leurs colonies.</p>
+
+<p>Ils n'ont pu repeupler l'Amérique
+dévastée par eux. Au
+lieu de passer aux Indes, ils
+feraient mieux de rappeler en
+Espagne tous les métis et tous
+les indiens. CXXII.</p>
+
+<p>Dans l'Espagne, ou Hespérie,
+au temps des colonies
+grecques, on ne voit guère de
+monarchies. CXXXI.</p>
+
+<p>Résumé de l'histoire d'Espagne.
+Expulsion des princes
+mahométans. Eclat momentané,
+fausse opulence. La nation
+vit sur l'orgueil de son
+passé. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Esprit</span> (homme d'). Portrait
+de l'homme d'esprit, ses défauts,
+ses ennuis. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Estomac</span>, son influence sur
+l'intensité des croyances religieuses.
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">États</span>. Il y a en France
+trois états: église, épée, robe,
+qui se méprisent mutuellement.
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">États</span>. Les plus puissants
+États de l'Europe sont l'Empire,
+la France, l'Espagne et
+l'Angleterre. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques</span>. Leurs fonctions,
+devoirs; situation dans le sérail.
+II, XV.</p>
+
+<p>Plaintes contre leur autorité.
+IV, VII, IX, CLVI-CLIX.</p>
+
+<p>Leur état détruit l'effet des
+passions sans en éteindre la
+cause, IX; leur jalouse impuissance,
+leurs souffrances. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Confiance et mépris de leurs
+maîtres. XXI.</p>
+
+<p>Leur position entre les deux
+sexes. XXII.</p>
+
+<p>Leurs mariages. LII,
+LXVII.</p>
+
+<p>Ils n'ont pas sur leurs femmes
+la même autorité que les
+autres maris. LXVII.</p>
+
+<p>Leur multitude en Asie est
+une cause de dépopulation.
+CXV.</p>
+
+<p>Voir encore CXLVII-CLXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques</span> (blancs). L'eunuque
+blanc n'a pas d'accès près
+des femmes; Nadir, eunuque
+blanc, trouvé seul avec Zachi,
+est menacé de mort par Usbek.
+XXI.</p>
+
+<p>Le chef des eunuques blancs
+sévèrement blâmé. XXII.</p>
+
+<p>Passion de Cosrou, eunuque
+blanc, pour Zélide. Sorte de
+volupté que les eunuques goûtent,
+dit-on, dans le mariage.
+LIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques</span> (noirs), chargés
+spécialement de la direction
+des femmes dans le sérail, de
+l'examen et de l'achat des esclaves,
+des corrections, même
+manuelles. <i>Passim.</i></p>
+
+<p>Histoire du grand eunuque
+noir, racontée par lui-même.
+IX, LXIV.</p>
+
+<p>Ce qui lui arrive en mettant
+une femme au bain. IX.</p>
+
+<p>Tours que lui jouent les
+femmes.</p>
+
+<p>Châtiment obtenu contre lui
+par une femme, dans un de ces
+moments où le mari ne refuse
+rien.</p>
+
+<p>Il veut mutiler un esclave
+noir qui résiste, XLI, XLII.</p>
+
+<p>Achète une Circassienne.
+LXXX.</p>
+
+<p>Une femme jaune de Visapour.
+XCVII.</p>
+
+<p>Sa mort; désordres qui la
+suivent. CXLIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eunuques chrétiens</span>. Prêtres
+et dervis de l'un et l'autre
+sexe. CXVIII.</p>
+
+<p>Agents de dépopulation. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Europe</span>. Sa capitale, Paris.
+XXIII.</p>
+
+<p>Ses plus puissants États, la
+plupart monarchiques. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Européens</span>. Ils font tout le
+commerce des Turcs, XIX;
+aussi punis par une peine légère
+que les Asiatiques par la
+perte d'un membre. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Evêques</span>, gens de loi subordonnés
+au pape; unis au pape
+ils font des articles de foi; en
+particulier, ils dispensent d'accomplir
+la loi. XXIX.</p>
+
+<p>Evêque vantant son mandement.
+CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Extravagance humaine</span>. A
+propos des pompes funèbres.
+XL.</p>
+
+
+<h3>F</h3>
+
+<p><span class="smcap">Famille</span>. Puissance paternelle
+chez les Romains.
+LXXIX.</p>
+
+<p>Chez les Français, les familles
+se gouvernent toutes seules.
+LXXXVII.</p>
+
+<p>Leurs différends portés devant
+les tribunaux. <i>Ibid.</i>.</p>
+
+<p>Les membres de la famille
+ne sont liés que par l'amour
+et la gratitude. CV.</p>
+
+<p>Infériorité de la famille
+polygamique. VII, CXV,
+XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fat</span>. Son portrait. L.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fatalisme musulman</span>. Cause
+de dépopulation. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fatmé</span> rappelle à Usbek sa
+beauté, lui raconte ses désirs
+amoureux et les soins qu'elle
+prend de sa personne. VII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Faveur</span>. C'est la grande divinité
+des Français. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Félicitations</span>. Tout pour
+les Français est matière à
+félicitations et compliments.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Femme jaune</span> de Visapour,
+achetée cent tomans. Sa beauté
+supérieure à «tous les charmes
+de la Circassie.» XCVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes</span>. Liberté des femmes
+européennes. XXIII, XXVI.</p>
+
+<p>Indignation des Françaises
+contre la <i>Constitution</i> (bulle
+de 1710) qui leur interdit la
+lecture de la Bible. XXIV.</p>
+
+<p>Coquetterie des Françaises
+de tout âge. LII.</p>
+
+<p>Leur légèreté, leurs infidélités
+qui ne choquent personne.
+LV.</p>
+
+<p>«Ce n'est pas qu'il n'y ait
+des dames vertueuses... mais
+si laides qu'il faut être un saint
+pour ne pas haïr la vertu.»
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les femmes, surtout lorsqu'elles
+vieillissent, s'adonnent
+au jeu avec passion. LVI.</p>
+
+<p>Comment elles ruinent leurs
+maris. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Vieilles femmes qui ont travaillé
+tout le matin à se rajeunir
+et passent le soir à louer
+le temps de leur jeunesse. LIX.</p>
+
+<p>Leur situation en Espagne;
+elles laissent souvent aux hommes
+«un long et fâcheux souvenir
+d'une passion éteinte.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Les femmes adorent ceux
+qui savent parler sans rien dire.
+LXXXIII.</p>
+
+<p>La loi naturelle soumet-elle
+les femmes aux hommes?</p>
+
+<p>Chez les peuples les plus polis,
+les femmes ont de l'autorité
+sur leurs maris.</p>
+
+<p>Les hommes, dit Mahomet,
+ont un degré sur elles.
+XXXVIII.</p>
+
+<p>En France, les femmes gouvernent,
+distribuent les faveurs
+et les places. CVIII.</p>
+
+<p>Elles forment une sorte de
+république (nous dirions franc-maçonnerie).
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Gravité du rôle d'une jolie
+femme. CXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes</span> (musulmanes). (Voir
+<i>sérail</i>). La femme, selon Mahomet,
+est d'une «création inférieure;»
+elle n'entrera pas
+dans le paradis. XXIV.</p>
+
+<p>«Les femmes sont vos labourages,
+elles vous sont nécessaires
+comme vos vêtements,
+et vous à elles,» dit le prophète.
+CXV.</p>
+
+<p>Quatre femmes, permises par
+la loi, et autant de concubines
+qu'un homme en peut entretenir
+et satisfaire. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Fermier général</span>. Portrait
+du fermier général suffisant.
+XLVIII.</p>
+
+<p>Ceux qui lèvent les tributs
+nagent au milieu des trésors.
+XCIX.</p>
+
+<p>Leur situation terrible devant
+la chambre de justice.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Fermiers</span>. En vain les accable-t-on
+de frais; ils payent leurs
+loyers toujours en retard.
+CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fidélité</span>. La fidélité n'empêche
+point le dégoût qui suit
+les passions satisfaites.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Filles</span>. Fille modeste
+avouant devant les juges les
+tourments d'une trop longue
+virginité. LXXXVII.</p>
+
+<p>Filles ravies ou séduites;
+elles font les hommes beaucoup
+plus mauvais qu'il ne
+sont. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les filles des laquais enrichissent
+les seigneurs ruinés.
+XCIX.</p>
+
+<p>En Europe, on sait à la minute
+le moment où elles cessent
+de l'être. En Orient, quoique
+mariées, elles se défendent
+longtemps. LV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Filles de joie</span>. Il y en a à
+Paris autant que de dervis.
+LVII.</p>
+
+<p>L'interdiction du divorce
+leur livre les maris désespérés.
+CXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Filles musulmanes</span> confiées
+aux eunuques noirs dès
+leur septième année; quelquefois
+on attend leur dixième.
+LXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Finances</span>. En trois ans quatre
+systèmes. Bouleversées par
+Law. CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Financiers</span>. Leurs bureaux,
+leurs inventions, leur impertinence
+CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Flamel</span> (Nicolas), a découvert
+la pierre philosophale.
+XLV. (La légende paraît avoir
+fait sans raison un alchimiste
+de Flamel, riche écrivain&mdash;juré
+de l'Université de Paris,
+mort en 1418.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Fléchier</span> (M. de N.). Ses
+oraisons funèbres ne peuvent
+entrer dans le <i>vomitif</i> indiqué
+par le médecin de province.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Flegme</span> des grands seigneurs.
+LXXIV.</p>
+
+<p>Des Espagnols et Portugais.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Formalités</span>. pernicieuses
+dans la jurisprudence et dans
+la médecine. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fortune</span>. Instabilité des fortunes
+en France. (Allusion à
+Law.) XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fouet</span>. Châtiment qu'on inflige
+aux femmes persanes.
+CLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fous</span>. Les Français «enferment
+quelques fous dans une
+maison, pour prouver que les
+autres ne le sont pas.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fragment</span> d'un ancien mythologiste,
+sur le fils d'Eole,
+Law. CXLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Français</span>. Leur activité:
+«ils courent, ils volent.»
+XXIV.</p>
+
+<p>Leur vanité, exploitée par
+Louis XIV, <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Le roi les fait penser comme
+il veut. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Leurs perpétuelles accolades.
+XXVIII.</p>
+
+<p>Leur gaieté, leur liberté d'esprit
+inconnues aux Persans et
+aux Turcs. XXXIV.</p>
+
+<p>Ils parlent beaucoup.
+LXXXIII.</p>
+
+<p>Leur badinage. LXIII.</p>
+
+<p>Leurs modes. C.</p>
+
+<p>Leur prééminence en toilette,
+cuisine, coiffures. CI.</p>
+
+<p>Leur amour de la gloire.
+XC.</p>
+
+<p>Ils ont pris de leurs voisins
+tout ce qui concerne le gouvernement
+politique et civil. CI.</p>
+
+<p>Leur droit écrit, coutumier
+et canonique. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">France</span>. Sa population n'est
+rien en comparaison de celle
+de l'ancienne Gaule. CXIII.</p>
+
+<p>Un des plus puissants États
+d'Europe. CIII.</p>
+
+<p>Allusion à la guerre avec
+l'Espagne, sous la Régence.
+CXXXII.</p>
+
+
+<h3>G</h3>
+
+<p><span class="smcap">Gaité</span>. Gaieté des Français,
+inconnue des Persans, surtout
+des Turcs. XXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gale</span>. Remède recommandé
+contre la gale, gratelle, teigne,
+etc. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Galice</span>, province d'Espagne,
+lieu de pèlerinage. XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gardes</span>. En quelle occasion
+les rois de France se donnèrent
+des gardes. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gaules</span>. Colonies grecques
+dans les Gaules.</p>
+
+<p>Dans les temps les plus reculés,
+on ne voit guère de monarchies
+chez les Gaulois.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gemchid</span> (nom du fondateur
+légendaire de la royauté Perse),
+dervis du brillant monastère
+de Tauris. Usbek lui énumère
+les conformités du christianisme
+et de l'islamisme, et lui demande
+si les chrétiens iront en
+enfer. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Généalogiste</span>. Pauvre métier.
+Espérances que fonde un
+généalogiste sur les enrichissements
+subits dûs au système
+de Law. CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gênes</span>, république, qui n'est
+remarquable que par ses bâtiments.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gengiskan</span>, ses conquêtes
+mises au-dessus de celles d'Alexandre.
+LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Géomètre</span>. Esprit exclusif
+d'un géomètre, sa rencontre
+avec un traducteur d'Horace.
+CXXIX.</p>
+
+<p>Les géomètres obligent un
+homme malgré lui d'être persuadé.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Géorgie</span>, royaume jadis vassal
+de la Perse. XCII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gloire</span>. C'est une nouvelle
+vie qu'on acquiert.</p>
+
+<p>Le désir de la gloire croît
+avec la liberté; la gloire n'est
+jamais compagne de la servitude.</p>
+
+<p>Amour des Français pour la
+gloire. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Glossateurs</span>, peuvent se
+dispenser d'avoir du bon sens.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Goa</span>. Les habitants de Goa
+prêtent vingt mille pistoles sur
+une des moustaches de Jean
+de Castro. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gortz</span> (baron de), ministre
+suédois condamné à mort.
+CXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Goths</span>, déposaient leurs rois
+dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gouvernements</span>, monarchiques
+en Europe, avec tempéraments;
+absolus en Orient.
+CIII.</p>
+
+<p>Diversité des gouvernements
+en Europe. Le plus parfait est
+celui qui va à son but à moins
+de frais et qui conduit les hommes
+selon leur inclination.</p>
+
+<p>Supériorité rationnelle d'un
+gouvernement doux. LXXXI.</p>
+
+<p>La douceur du gouvernement,
+les républiques, Suisse
+et Hollande, en sont une preuve
+constante, contribue à la propagation
+de l'espèce. CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grace</span>. Le droit de grâce,
+attribut des rois en Europe.
+CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grammairiens</span>, peuvent se
+dispenser d'avoir du bon sens.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grands</span>. En Perse, il n'y a
+de grands que ceux à qui le
+monarque donne quelque part
+au gouvernement. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gravitation</span>, la clef de la
+nature. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gravité</span>. Causes de la gravité
+des Asiatiques. XXXIV.</p>
+
+<p>La gravité est le caractère
+saillant des Espagnols et des
+Portugais. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Grèce</span>, aujourd'hui réduite
+à la centième partie de ses habitants.
+CXIII.</p>
+
+<p>Tira ses colonies d'Egypte
+et d'Asie, renversa ses tyrans,
+se divisa en républiques qui
+tinrent en échec la Perse, répandirent
+les arts, peuplèrent
+l'Italie, colonisèrent la Gaule,
+et l'Espagne. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guèbres</span>. Antiquité de leur
+religion; mariage de la s&oelig;ur
+avec le frère, «usage introduit
+par Cambyse» (?) LXVII
+(<i>Aphéridon et Astarté</i>).</p>
+
+<p>La persécution a privé la
+Perse de «cette nation si appliquée
+au labourage» (allusion
+à l'édit de Nantes).
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guerre</span>. Deux sortes de
+guerres justes: pour défendre
+le sol, pour secourir un allié.</p>
+
+<p>La guerre, c'est la peine de
+mort transportée dans le droit
+public.</p>
+
+<p>La déclaration de guerre est
+régie par les mêmes principes
+que l'accusation en droit privé.
+XCVI.</p>
+
+<p>Il n'y a jamais eu autant de
+guerres civiles que dans l'empire
+du Christ. XXIX.</p>
+
+<p>Les guerres de religion ne
+sont pas dues à la multiplicité
+des religions, mais à l'intolérance.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guerrier</span>. Vanité et babil
+du vieux guerrier. Les officiers
+médiocres languissent dans les
+emplois obscurs. XLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guilan</span>, province où Cha-Abbas
+déporta les Arméniens.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guinée</span>. Vanité d'un roi de
+Guinée dont tous les ornements
+consistaient en sa peau
+noire et luisante et quelques
+bagues. XLIV.</p>
+
+<p>Ses côtes dépeuplées par la
+traite des nègres;</p>
+
+<p>Ses rois vendent leurs sujets.
+CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guitare</span>. Abus qu'en font
+les Espagnols. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Guriel</span>, petit État d'Asie,
+peu peuplé. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gustape</span> (Hystaspe), nom
+d'un héros perse, quatrième
+roi de l'antique dynastie Kaïanienne,
+sous lequel vivait Zoroastre.
+LXVII.</p>
+
+<p>Les Tartares se sont assis
+sur le trône de Cyrus et Gustape.
+LXXXII.</p>
+
+
+<h3>H</h3>
+
+<p><span class="smcap">Habillement</span>, son influence
+sur la curiosité publique en
+France. XXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hagi</span>, qui a fait le pèlerinage
+de la Mecque. XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hassein</span>, dervis de la montagne
+de Jaron. Usbek lui
+adresse la lettre sur les philosophes
+rationalistes. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hérésie</span>. Les savants en
+sont naturellement accusés.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hérétiques</span>. Ceux qui mettent
+au jour quelque proposition
+nouvelle sans avoir présenté
+au moins une distinction.
+XXIX.</p>
+
+<p>Brûlés par les dervis en Espagne
+et Portugal. LIX,
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Allusion à l'édit de Nantes.
+LIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Héros</span>, se ruinent à conquérir
+des pays qu'ils perdent soudain.
+CXXII.</p>
+
+<p>Les héros de roman français
+et orientaux. CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hibernois</span> (?), chassés de
+leur pays, viennent utiliser en
+France leur talent pour la dispute.
+XXXVI.</p>
+
+<p>(Note de l'édition Lefèvre.
+1820.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Historiens</span> de l'Église, de
+la décadence romaine, de l'empire
+d'Allemagne, de France,
+d'Espagne, d'Angleterre, de
+Hollande, d'Italie, de Suisse,
+de Venise, de Gênes, du Nord,
+de la Pologne.</p>
+
+<p>Caractère et destinée des différents
+peuples. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hohoraspe</span> (le cheval de
+l'asoura ou le cheval-être), divinité
+persique (?), nom donné
+à un fabuleux Cambyse, père
+de Gustape et troisième roi de
+la dynastie Kaïanienne. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hollande</span>, république citée
+avec éloge. LXXII.</p>
+
+<p>Seconde reine de la mer, respectée
+en Europe, formidable
+en Asie. CXXXVI.</p>
+
+<p>Les Hollandais poussèrent
+les colonies portugaises à la
+révolte pour s'en emparer.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Homère</span>. Dispute sur les
+poëmes et le mérite d'Homère.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hommes</span> (en général) nés
+pour être vertueux; la justice
+leur est aussi propre que l'existence.
+X.</p>
+
+<p>Ils rapportent tout à leurs
+idées, XLIV; à leurs souvenirs,
+LIX; s'exagèrent leur
+place dans l'univers, LXXVI;
+cèdent trop volontiers aux passions
+et à l'intérêt immédiat
+qui leur voilent les avantages
+de la justice, si nécessaire à
+leur sécurité et à leur bonheur.
+LXXXIV.</p>
+
+<p>La fausseté de leurs espérances
+et de leurs craintes les
+rend malheureux. CXLIII.</p>
+
+<p>Il semble que le fait d'être
+assemblés en grand nombre
+rétrécisse leur esprit. CX.</p>
+
+<p>Ils n'ont sur les femmes
+qu'un pouvoir tyrannique. Ils
+sont les plus forts. XXXVIII.</p>
+
+<p>Les soupçons et la jalousie
+les mettent dans la dépendance
+des femmes. LXII.</p>
+
+<p>Hommes lâches qui abandonnent
+leur foi pour une médiocre
+pension. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Hommes a bonnes fortunes</span>,
+leur fatuité, leur indignité
+sociale. XLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Honneur</span>. Le sanctuaire de
+l'honneur, de la réputation et
+de la vertu, semble être établi
+dans les républiques.</p>
+
+<p>Un sujet blessé dans son
+honneur par son prince quitte
+sur-le-champ sa cour, son emploi,
+son service. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Huguenots</span>. La persécution
+qui les a jetés en exil n'a point
+profité à la France. LX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Humanité</span>. Les devoirs de
+l'humanité priment les règles
+de la religion. A ce point que
+toutes les religions les ont inscrits
+en tête de leurs préceptes.
+XLVI.</p>
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<p><span class="smcap">Ibben</span>, un des correspondants
+ordinaires d'Usbek et de
+Rica, négociant à Smyrne, oncle
+de Rhédi. XXIII, XXIV,
+XXV, XXIX, XXX, XXXIV,
+XXXVII, XXXVIII, XL, LV,
+LVI, LX, LXVIII, LXXVI,
+LXXVII, LXXXIII, XC,
+CXIX, CIII-CV, CVIII,
+CXXVIII, CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ibbi</span>, esclave qui a suivi Usbek,
+correspondant du grand
+eunuque noir. IX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ibbi</span> (hagi), écrit à Ben Josué
+sur la naissance merveilleuse
+de Mahomet. XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ignorance</span>. Les monarchies
+n'ont été fondées que sur l'ignorance
+et ne subsistent que
+par elle, témoins les royautés
+d'Orient. CVI.</p>
+
+<p>Heureuse ignorance des musulmans.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Ignorants</span>. Un ignorant se
+dédommage en méprisant le
+mérite. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Iles</span> peuplées par des malades
+que quelques vaisseaux y
+avaient abandonnés. (L'île de
+France et la Réunion.) CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Immaums</span> (Imans), saints et
+prophètes musulmans. Il y en
+a douze (les douze premiers
+successeurs de Mahomet). Treizième
+iman est un compliment
+comme dixième muse.
+Les imans sont des prêtres
+chargés de faire la prière publique,
+de prêcher le vendredi;
+ils assistent à la circoncision,
+aux mariages, aux enterrement
+XVI, XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Immeubles</span>. Deux appréciations
+de ce genre de biens.
+CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Immortalité</span> (de l'âme). On
+y croit par semestre. LXXV,</p>
+
+<p>Pour «mourir du côté de
+l'espérance.» <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Impie</span>. Impie ou dévot, selon
+le tempérament, la digestion,
+la santé. LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Impôts</span>. Ils pèsent sur l'agriculture,
+l'industrie, CXXV,</p>
+
+<p>Et la nourriture du peuple.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Le vin, très-imposé, est cher
+à Paris. XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Impureté</span>, viandes immondes,
+impureté des cadavres.</p>
+
+<p>«Les choses ne sont en
+elles-mêmes ni pures, ni impures...
+La boue ne nous paroît
+sale que parce qu'elle
+blesse notre vue ou quelque
+autre de nos sens.» XVII.</p>
+
+<p>Légende musulmane sur
+l'impureté du cochon et du rat.
+XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Inde</span>. Les «hommes de
+chair blanche» dans l'Inde.
+Leur orgueil. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Industrie</span>. Les revenus industriels
+supérieurs à ceux de
+l'agriculture.</p>
+
+<p>Avec une pistole de couleurs
+le peintre en gagne cinquante,
+etc., etc. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Infaillibilité</span> de ceux que
+l'Esprit-Saint éclaire&mdash;et qui
+ont grand besoin d'être éclairés.
+CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Injustice</span>. Les hommes peuvent
+faire des injustices, parce
+qu'ils ont intérêt de les commettre;
+nul n'est mauvais gratuitement.
+LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Inquisition</span>. Elle sévit en
+Espagne et en Portugal. Sa
+cruauté et son hypocrisie.
+XXIX.</p>
+
+<p>Elle ne fait jamais brûler un
+juif «sans lui faire des excuses.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Elle présume l'accusé coupable.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Instabilité</span> des honneurs
+et des fortunes en Orient. Aujourd'hui
+général, cuisinier demain.
+XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intercesseur</span>. Chrétiens et
+mahométans croient à la nécessité
+d'un intercesseur auprès
+de Dieu. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intérêt</span>. «L'intérêt particulier
+se trouve dans l'intérêt
+commun.» XII.</p>
+
+<p>La raison de l'injustice est
+toujours «une raison d'intérêt.»
+LXXXIV.</p>
+
+<p>Leur intérêt est toujours ce
+qu'ils (les hommes) voient le
+mieux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>«L'intérêt est le plus grand
+monarque de la terre.» CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Interprètes</span>, ont cherché
+dans l'Ecriture la confirmation
+de leurs idées particulières.
+CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intolérance</span>, ses résultats
+funestes, son iniquité. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Intrigants</span>, souffleurs, magiciens,
+devins, femmes fardées,
+gens de loi, maîtres de
+langues et d'arts, boutiquiers,
+etc. LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Invalides</span>. Éloge des Invalides.
+LXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Irimette</span>, petit royaume
+voisin de la Perse. CXIII.</p>
+
+<p>Fort dépeuplé. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Irréligion</span>. Les savants en
+sont nécessairement accusés.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Isben-Aben</span>, historien arabe.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Isis</span>, divinité égyptienne,
+symbolisant l'autorité de la
+femme. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ispahan</span> (ville des chevaux,
+ou du soleil considéré comme
+le coursier céleste), capitale de
+la Perse, dépérit et serait changée
+en désert par la polygamie,
+si les rois n'y transportaient
+sans cesse des nations
+entières. CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Italie</span>, partagée en un nombre
+infini de petits États ouverts
+comme des caravansérails.
+CIII.</p>
+
+<p>Au temps des premières colonies
+grecques, il n'y avait
+guère de monarchies en Italie.
+CXXXI.</p>
+
+<p>Jadis maîtresse du monde,
+aujourd'hui esclave des autres
+nations. CXXXVI.</p>
+
+
+<h3>J</h3>
+
+<p><span class="smcap">Jalousie</span>. Jalousie musulmane.
+VI.</p>
+
+<p>Jalousie française. LV.</p>
+
+<p>Jalousie espagnole. LXXVIII.</p>
+
+<p>La jalousie des hommes
+prouve leur dépendance. LXII.</p>
+
+<p>Jalousie mutuelle des sectes
+religieuses; elle descend jusqu'aux
+particuliers. LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jaloux</span>. Ridicules en France.
+LV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jamblique</span>, purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jansénistes</span>, désignés. XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Japhet</span> raconte, par ordre de
+Mahomet, les légendes de l'arche
+de Noé. XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jaron</span>, eunuque noir en correspondance
+avec le grand eunuque.
+XV, XXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jésuites</span>. Constitution des
+Jésuites, purgatif violent;</p>
+
+<p>Pièces des Jésuites français,
+vomitif puissant. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Jeu</span>. «Très en usage en Europe:
+c'est un état que d'être
+joueur.» LVI.</p>
+
+<p>Les jeux de hasard interdits
+par Mahomet. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeunes</span>. Les chrétiens en ont
+comme les musulmans. XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Joueuses</span>, leur portrait. LVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Journalistes</span>. Ils ne parlent
+que des livres nouveaux
+et flattent les auteurs. CIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Journaux</span>. Livres par fragments.
+Leurs avantages et
+leurs défauts.</p>
+
+<p>Ils flattent la paresse. CIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Judaïsme</span>, «vieux tronc qui a
+produit deux branches qui ont
+couvert toute la terre.» LX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Juges</span>. Ils ne s'enflent point
+d'une vaine science. Les avocats
+travaillent pour eux.
+LXVIII.</p>
+
+<p>Ils présument qu'un accusé
+est innocent. XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Juifs</span>. Ils font en France ce
+qu'ils font en Perse. Leur obstination
+invincible pour leur
+religion. LX.</p>
+
+<p>«Ils n'ont jamais eu dans
+l'Europe un calme pareil à celui
+dont ils jouissent... On
+s'est mal trouvé en Espagne de
+les avoir chassés.» <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les Juifs lèvent les impôts
+en Turquie; persécutés par les
+pachas. XIX.</p>
+
+<p>Ils achètent les enfants.
+LXVII.</p>
+
+<p>Les Juifs se maintiennent et
+multiplient, par l'espoir d'engendrer
+un Messie. CXX.</p>
+
+<p>Transportés en Sardaigne
+par les Romains. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Justesse</span>, «Martyr de sa
+justesse» un esprit trop régulier,
+trop géométrique, ressemble
+à Tarquin, à Thrasybule ou
+à Périandre coupant avec leur
+épée «la tête des fleurs qui
+s'élevaient au-dessus des autres.»
+CXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Justice</span>. Les hommes sont
+«nés pour être vertueux; la
+justice est une qualité qui leur
+est aussi propre que l'existence.»
+X.</p>
+
+<p>La justice est inséparable de
+la solidarité, de la garantie
+mutuelle du droit.</p>
+
+<p>«L'intérêt des particuliers
+se trouve dans l'intérêt commun.»
+XII.</p>
+
+<p>La justice est un rapport de
+convenance qui se trouve réellement
+entre deux choses.</p>
+
+<p>Dès qu'on suppose que Dieu
+voit la justice, il faut nécessairement
+qu'il la suive.</p>
+
+<p>Quand il n'y aurait pas de
+Dieu, nous devrions toujours
+aimer la justice.</p>
+
+<p>La justice est éternelle. Si
+elle ne l'était pas, ce serait
+une vérité terrible qu'il faudrait
+se dérober à soi-même.</p>
+
+<p>Plaisir d'être juste. LXXXIV.</p>
+
+<p>La justice est violée par le
+droit public faussé. XCV.</p>
+
+<p>En France elle se mêle de
+tous les différends de famille;
+elle est toujours contre le mari
+jaloux, le père chagrin, le maître
+incommode. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Justice divine</span>, incompatible
+avec la prescience. LXIX.</p>
+
+
+<h3>L</h3>
+
+<p><span class="smcap">Lacédémone</span>. Les récompenses
+à Lacédémone. XC.</p>
+
+<p>Si Lycurgue avait établi que
+les maris changeassent de
+femmes tous les ans, il en serait
+né un peuple innombrable.
+CXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lapin</span>, immonde pour le
+juif. Discussion du Juif, du
+Turc, de l'Arménien, du
+brachmane à propos d'un lapin.
+XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Laquais</span>. En France, le corps
+des laquais est un séminaire
+de grands seigneurs. XCVIII.</p>
+
+<p>Leurs enrichissements subits
+par la spéculation.</p>
+
+<p>Leur vanité. CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Law</span>. Un étranger est venu...
+qui a tourné l'État comme un
+fripier tourne un habit, etc.
+CXXXVIII.</p>
+
+<p>Son portrait allégorique en
+tant que fils d'Eole. CXLII.</p>
+
+<p>Corruption qui résulte du
+système et de l'agiotage effréné.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Légendes mahométanes</span> sur
+les viandes et les animaux immondes,
+XVIII.</p>
+
+<p>Sur la naissance de Mahomet.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Législateurs</span>, leurs défauts
+ordinaires et leurs ridicules:
+étroitesse, puérilité, subtilité,
+emploi d'une langue morte, etc.
+LXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lèse-majesté</span>, seul crime
+politique qui entraîne la mort
+pour les grands d'Europe.
+CIII.</p>
+
+<p>Selon les Anglais, c'est le
+crime que le plus faible commet
+contre le plus fort, aussi
+bien s'il est roi que s'il est
+peuple. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span>, avantages du roman
+par lettres: «l'on rend
+compte soi-même de sa situation
+actuelle; ce qui fait plus
+sentir les passions, que tous
+les récits qu'on en pourrait
+faire.»</p>
+
+<p>(<i>Quelques réflexions sur les</i>
+Lettres Persanes.)</p>
+
+<p>Lettres intercalées dans d'autres:</p>
+
+<p>D'une comédienne perdue
+par un jeune abbé. XXVIII.</p>
+
+<p>D'une jeune russe qui veut
+être battue. LI.</p>
+
+<p>D'un Français voyageant en
+Espagne. LXXVIII.</p>
+
+<p>D'un savant. CXLV.</p>
+
+<p>Trois de nouvellistes. CXXX.</p>
+
+<p>D'un antiquaire. CXLII.</p>
+
+<p>D'un médecin de province.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lever</span>. La présence assidue
+au lever du roi est un titre
+aux libéralités et aux faveurs.
+XXXVII, CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Libéralités</span>. Grâces et pensions
+accordées par les princes
+aux courtisans, aux dépens de
+l'agriculture et de l'industrie.
+CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Liberté</span> supprimée par la
+prescience divine. Liberté
+d'indifférence. LXIX.</p>
+
+<p>La liberté existe surtout dans
+les républiques; favorable à la
+propagation de l'espèce et aux
+progrès de l'opulence. Elle
+attire les étrangers. CXXIII.</p>
+
+<p>La liberté semble faite pour
+le génie des peuples d'Europe.
+CXXXI.</p>
+
+<p>La liberté chez les ancêtres
+des peuples du Nord. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Libre arbitre</span>, incompatible
+avec la prescience. LXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lionne</span> (M. de L.) président
+des nouvellistes. CXXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Livourne</span>, ville nouvelle, témoignage
+du génie des ducs de
+Toscane. XXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Livres</span>. Contre les faiseurs
+de livres inutiles.</p>
+
+<p>Respect qu'on doit aux ouvrages
+originaux. LXVI.</p>
+
+<p>Absence de bon sens dans
+les livres espagnols, romans
+ou scolastiques. Exception en
+faveur de Don Quichotte.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Le sujet est délayé selon le
+format des livres. CIX.</p>
+
+<p>Jusqu'à ce qu'un homme ait
+lu tous les livres anciens, il
+n'a aucune raison de leur préférer
+les nouveaux. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Les diverses espèces de livres.
+CXXXIII-CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lois</span>. Lois variables des législateurs.</p>
+
+<p>Lois éternelles, immuables,
+de la nature. XCVIII.</p>
+
+<p>Lois anciennes établies par
+les rois Francs, oubliées pour
+des lois romaines en partie rédigées
+par les Byzantins.</p>
+
+<p>Ajoutez les constitutions des
+papes et quelques coutumes de
+villes et provinces, récemment
+rédigées; plus les commentaires,
+les formalités et la jurisprudence.</p>
+
+<p>«Cette abondance de lois, en
+France, accable également la
+justice et les juges.» CI,
+LXXIX.</p>
+
+<p>Il ne faut toucher aux lois
+que d'une main tremblante.
+LXXIX.</p>
+
+<p>Les lois contre les suicidés
+sont injustes parce qu'elles
+sont sans objet. Elles ne lient
+pas les morts. LXXVI.</p>
+
+<p>Chez les barbares germaniques,
+les lois étaient faites
+dans les assemblées de la nation.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Louis</span> XIV, son portrait, sa
+dévotion, sa puissance, sa maîtresse,
+ses ministres, sa vieillesse.
+XXIV, XXXVII.</p>
+
+<p>Trop peu modéré envers les
+ennemis. XXIV.</p>
+
+<p>Son goût pour les femmes.
+CVIII.</p>
+
+<p>Sa mort et son testament.
+XCIII.</p>
+
+<p>Son amour pour la politique
+orientale, c'est-à-dire le despotisme.
+XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Louis</span> XV, son enfance.
+XCIII.</p>
+
+<p>Son portrait. Les espérances
+qu'il donne. CVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lucifer</span> jeté au fond de la
+mer, lors de la naissance de
+Mahomet, nage quarante jours.
+XXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lumière</span>, son trajet du soleil
+à la terre. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lunettes</span>, insignes de la
+gravité espagnole et portugaise,
+symbole de science. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Luxe</span>, nécessaire à la prospérité
+des nations. CVII.</p>
+
+
+<h3>M</h3>
+
+<p><span class="smcap">Mages</span>, prêtres du magisme
+ou mazdéisme. LXVII.</p>
+
+<p>Adorateurs du soleil, des étoiles,
+du feu et des éléments;</p>
+
+<p>Mais leur religion, calomniée
+par les musulmans, est, selon
+Montesquieu, un pur monothéisme.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>(Le mazdéisme est une polythéisme
+dualiste où la lumière
+et les ténèbres (le bien et le
+mal) luttent dans le temps et
+l'espace sans bornes.)</p>
+
+<p>Les mages enseignaient que
+les actes les plus méritoires
+sont: faire un enfant, labourer
+un champ, planter un arbre.
+CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Magiciens</span>. Ils promettent
+«de vous faire coucher avec
+les esprits aériens, pourvu que
+vous soyez seulement trente
+ans sans voir de femmes.»
+LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Magie</span>. Les savants en sont
+accusés. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Magistrats</span>. Ils doivent
+rendre la justice de citoyen à
+citoyen. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mahomet</span>, sa naissance merveilleuse.
+XXXIX.</p>
+
+<p>Il naît circoncis. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Ses prescriptions relatives
+aux viandes immondes. XVIII.</p>
+
+<p>Il a enchaîné Satan et l'a
+précipité dans les abîmes;</p>
+
+<p>Il a purifié la terre. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mahométans</span>. Plus persuadés
+de leur religion que les
+chrétiens. LXXV.</p>
+
+<p>Croient à la vertu des amulettes
+et talismans. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mahométisme</span>. Peu favorable
+à la propagation de l'espèce
+humaine. CXV.</p>
+
+<p>Issu du judaïsme, LX.</p>
+
+<p>Comparé au christianisme,
+XXXV.</p>
+
+<p>Ferme la vie future aux
+femmes. LXVII.</p>
+
+<p>Etabli par conquête et non
+par persuasion. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Maimbourg</span>, bon contre
+l'asthme. CXLIII.</p>
+
+<p>(Louis Maimbourg, né à Nangis
+en 1610, exclu de la compagnie
+de Jésus par Innocent
+XI, pour avoir écrit contre
+Rome, en faveur du clergé
+de France (1682); mort en
+1686.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Maine</span> (duc du). Arrestation
+du duc du Maine, oncle naturel
+du roi mineur. CXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Maîtres de sciences</span>, <span class="smcap">arts</span>,
+etc., enseignent souvent ce
+qu'ils ignorent. LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Maîtresse</span>. Maîtresse et confesseur,
+les deux grandes épreuves
+d'un roi. CVIII.</p>
+
+<p>Une femme est la maîtresse
+d'un ministre, non pour coucher
+avec lui, mais pour lui
+présenter cinq ou six placets
+tous les matins. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Louis XIV a une maîtresse
+de quatre-vingts ans. XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Malheurs</span>. Pour un vrai
+musulman, les malheurs sont
+moins des châtiments que des
+menaces. LXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Malte</span> (chevaliers de), bravent
+l'empire ottoman. XIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mandement</span>. Evêque qui a
+«bien sué» pour le faire. CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marchandes</span>. A Paris «une
+jeune marchande cajole un
+homme une heure entière,
+pour lui faire acheter un paquet
+de curedents.» LVIII.</p>
+
+<p>Nombre infini de jeunes
+marchandes aux abords du
+palais. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mariages</span>. Il y a «des mariages
+heureux et des femmes
+dont la vertu est un gardien
+sévère.» XLVII.</p>
+
+<p>Mariages d'eunuques: Cosrou
+et Zélide. LIII; Astarté,
+s&oelig;ur d'Aphéridon. LXVII.</p>
+
+<p>Mariages entre frère et s&oelig;ur.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Avanie faite par Suphis à sa
+jeune femme. LXX.</p>
+
+<p>Charges du mariage chez
+les musulmans. CXV.</p>
+
+<p>Chez les chrétiens, l'interdiction
+du divorce porte atteinte à
+la fin même du mariage. CXVII.</p>
+
+<p>Le mariage chrétien est une
+image, une figure, un mystère
+incompréhensible. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>En fait, il est stérilisé par
+l'impuissance de le rompre.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Mariages précoces causés
+par la crainte d'un enrôlement
+forcé. De là, dépopulation.
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Maris</span>. Facilité des maris
+français.</p>
+
+<p>Les jaloux sont haïs et ridicules.
+LV.</p>
+
+<p>Les maris eunuques «n'ont
+pas sur leurs femmes la même
+autorité que les autres.»
+LXVII.</p>
+
+<p>Une veuve indienne renonce
+au bûcher dès qu'elle sait que
+son mari l'attend au ciel.
+CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Matière</span>, son mouvement
+universel. CXIV.</p>
+
+<p>Quelques-uns ne peuvent
+comprendre qu'elle n'ait que
+six mille ans. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Maures</span>. Vide irréparable
+causé en Espagne par l'expulsion
+des Maures. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mazarin</span>. Pataquès qu'on lui
+prête, chanson qu'on fait sur
+lui. Allusion à ses pages. CXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mécontents</span>. Vieux guerrier.
+XLVIII.</p>
+
+<p>Vieilles femmes, goutteux,
+vieux seigneurs, ecclésiastiques,
+etc. LIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mecque</span> (la). Les musulmans
+croient s'y purifier des
+souillures contractées parmi
+les chrétiens. XV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Médecine</span>. Ravages de la
+<i>forme</i> en médecine. CI.</p>
+
+<p>Les livres de médecine font
+trembler, même quand ils traitent
+des maladies les plus légères.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Médecins</span>. Toujours trop
+estimés ou trop méprisés. Les
+héritiers s'en accommodent
+mieux que des confesseurs.
+LVII.</p>
+
+<p>Lettre d'un médecin de province.
+CXLIII.</p>
+
+<p>«Il y a dans tous les coins
+de Paris des gens qui ont des
+remèdes infaillibles contre toutes
+les maladies imaginables.»
+LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Médiocrité</span> (d'esprit).
+L'homme médiocre est en général
+préféré à l'homme d'esprit.
+CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Méditerranée</span>. Décadence
+de ses côtes. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Méhémet-Ali</span>, mollak, gardien
+des trois tombeaux, à
+Com, correspondant d'Usbek.
+XVI, XVII, XVIII, CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mercure</span> (vif-argent), son
+usage continuel et forcé fait
+périr par milliers les indigènes
+de l'Amérique espagnole.
+CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Messianiques</span>, croyances juives.
+Point de famille juive qui
+n'espère engendrer le messie.
+CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mesure</span> des fluides et des liquides,
+des esprits interplanétaires.
+XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Métaphysique</span>. L'infini s'y
+rencontre partout. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Métempsycose</span> alléguée par
+un brachmane contre un mangeur
+de lapin. XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Meurtre</span>. Les curieux qui
+regardent les Persane de trop
+près sont tués impunément
+par les eunuques, même dans
+une rivière et hors du sérail.
+XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mexique</span>. Orgueil et paresse
+des conquérants espagnols au
+Mexique. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mines</span>. Sont, en Amérique,
+le tombeau des indigènes et
+des nègres. CXIX.</p>
+
+<p>Le roi d'Espagne possède
+des mines d'or. XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ministres</span>. Enclins à calomnier
+la nation; toujours plus
+méchants que le prince dont
+ils attisent les haines. Le premier
+ministre de Charles XII,
+condamné à mort. CXXVIII.</p>
+
+<p>Louis XIV a un ministre de
+dix-huit ans. XXXVII.</p>
+
+<p>Les ministères se succèdent
+comme les saisons. CXXXVIII.</p>
+
+<p>Danger de l'autorité sans
+bornes des ministres de
+Louis XIV. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Le mauvais exemple donné
+par un ministre est un crime.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Minorité</span>. On ne lit plus
+que des mémoires sur la minorité
+de Louis XIV. CXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Miracle chimique</span> manifesté
+dans une mixture d'infusion
+Quesnel et d'infusion Lallemand.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Miracles</span>. «Pour s'assurer
+qu'un effet qui peut être produit
+par cent mille causes naturelles
+est surnaturel, il faut
+avoir examiné si aucune de
+ces causes n'a agi; ce qui est
+impossible.» CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mirza</span>, ami et correspondant
+d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV,
+LXXXVI.</p>
+
+<p>Mirza (de <i>Mard</i>=<i>mort</i>-alis.
+= &mu;&beta;&rho;&omicron;&tau;-&omicron;&sigmaf;, homme) est un titre
+honorifique persan que les
+gens de lettres mettent avant
+leur nom et les princes après.</p>
+
+<p><span class="smcap">Misère</span>. Chez les peuples
+misérables, l'espèce perd et
+même dégénère. CXXIII.</p>
+
+<p>Le pauvre évitera de faire
+des enfants plus pauvres que
+lui. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Mode</span>. Ses caprices étonnants
+chez les Français. C.</p>
+
+<p>C'est d'après elle qu'ils jugent
+«tout ce qui se fait chez
+les autres nations.» CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Modestie</span>. Vertu nécessaire
+au talent. L.</p>
+
+<p>Eloge des hommes modestes.
+CXLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">M&oelig;urs.</span> Les Français changent
+de m&oelig;urs selon l'âge de
+leur roi. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mogol</span>. Le grand Mogol se
+fait peser tous les ans. XL.</p>
+
+<p>Les Tartares dominent sur
+les vastes pays qui forment
+l'empire du Mogol. LXXXII.</p>
+
+<p>Expulsion d'un ambassadeur
+mogol. CXXVII. (Allusion à la
+conspiration de Cellamare.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Moines</span>. Voy. Dervis.</p>
+
+<p><span class="smcap">Moise</span> n'enseigne pas le dogme
+de la prescience absolue.
+LXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Molina</span>. Emollient. CXLIII.
+(Casuiste espagnol, XVI<sup>e</sup> siècle.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Mollaks</span> (ou mollahs), prêtres
+musulmans, qui «me désespèrent
+avec leurs passages
+de l'alcoran.» Lettre X.</p>
+
+<p>(En Perse, les mollahs sont
+des prêtres; en Turquie des
+juges.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Monachisme</span>, porte partout
+la mort. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monarchie</span>. État où la vertu
+n'est plus qu'obéissance au caprice
+d'un seul. XIV.</p>
+
+<p>Très-inférieure moralement
+au régime républicain, elle
+abaisse le niveau des m&oelig;urs
+en substituant à la loi et à la
+vertu l'autorité et l'arbitraire.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>La monarchie pure, état violent
+qui dégénère toujours en
+despotisme ou en république.
+CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monde</span>. N'a-t-il que six
+mille ans? Il ne faut pas compter
+ses années. CXIV.</p>
+
+<p>Dépopulation croissante du
+monde. Ses causes. CXIII et
+suivantes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monde</span> (nouveau). Découvertes
+immenses et dévastatrices
+des Portugais et des Espagnols.
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monde romain</span>, mieux organisé
+pour la propagation de
+l'espèce que les mondes chrétien
+et musulman. CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Monnaies</span>. Le décri des
+monnaies est un artifice financier
+proche du faux-monnayage
+et pratiqué par
+Louis XIV. XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Montesquieu</span> paraît se peindre
+dans Usbek. XLVIII, Ibben,
+LXXVII, Rica, CXXVII.</p>
+
+<p>Semble annoncer la <i>Décadence
+des Romains</i>. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Morale</span>. Les livres de morale,
+plus utiles que les ouvrages
+de dévotion. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mortifications</span>. Chrétiens
+et musulmans en usent pour
+fléchir la miséricorde divine.
+XXXV, XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Moscovie</span>. Les Tartares
+«ont soumis la Moscovie.»
+LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mouches</span>. Leur abus. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Moustache</span>, importance de
+la moustache en Espagne et en
+Portugal.</p>
+
+<p>La moustache de Jean de
+Castro. LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mouvement</span>. Ses lois constituent
+le système du monde.
+XCVIII.</p>
+
+<p>La nature y est soumise,
+sans exception, <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Et la terre n'y peut échapper.
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mustapha</span> proclamé, à la
+place d'Osman, empereur des
+Turcs. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Musulman</span>. Sa vie est laborieuse.
+La polygamie l'épuise.
+CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mystiques</span>, dévots qui ont
+le c&oelig;ur tendre. Leurs extases,
+délire de la dévotion. Leurs livres.
+CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mythologiste</span>. Fragment
+d'un ancien mythologiste (portrait
+allégorique de Law).
+CXLII.</p>
+
+
+<h3>N</h3>
+
+<p><span class="smcap">Nadir</span>. Eunuque blanc,
+trouvé seul avec Zachi. XX,
+XXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Naissance</span>. Il y a en Europe
+des sens qui sont grands par
+leur naissance. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nargum</span>, ambassadeur Persan
+à Moscou. LI, LXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Narsit</span>, eunuque peu clairvoyant.
+CXLIX, CL, CLII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nathanael Lévi</span>, médecin
+juif à Livourne, croit aux talismans
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nations</span>. Leurs rapports,
+d'où résulte la notion du droit
+public. Deux peuples ne peuvent
+s'allier pour l'oppression
+d'un troisième. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nature</span>. Elle a perdu sa fécondité
+des premiers temps
+CXIII.</p>
+
+<p>Elle agit avec lenteur et
+épargne. Si on la surmène, elle
+tombe dans la langueur et perd
+sa force génératrice. CXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nègres</span>. Leurs dieux sont
+noirs et leur diable blanc. LIX.</p>
+
+<p>Leurs rois les vendent
+comme esclaves. CXIX.</p>
+
+<p>Et les princes chrétiens autorisent
+la traite. LXXV.</p>
+
+<p>Les noirs d'Afrique meurent
+par milliers dans les mines
+américaines. CXIX, CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nessir</span>, ami et correspondant
+d'Usbek. VI, XXVII, CLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Noailles</span> (N***), ministre
+hardi qui prit le fer à la
+main, etc. CXXXVIII.</p>
+
+<p>Connu par son esprit, il honore
+de ses plaisanteries les
+traitants livrés à la chambre
+de justice. XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Noblesse</span>. «En Espagne,
+c'est sur des chaises que la noblesse
+s'acquiert.» LXXVIII.</p>
+
+<p>Les laquais enrichis voudront
+se faire nobles. Espoir
+d'un généalogiste. CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nord</span>. Autrefois plein
+d'hommes; est fort dégarni.
+CXXIII.</p>
+
+<p>C'est du Nord qu'une foule
+de nations inconnues fondirent
+sur l'empire romain;</p>
+
+<p>Ces peuples étaient libres, et
+leurs rois n'étaient que des généraux.
+CXXXI.</p>
+
+<p>Ils n'étaient point barbares
+puisqu'ils étaient libres; ils le
+sont devenus. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Notre-Dame</span>. Superbe édifice.
+LXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Nouvellistes</span>. Inventeurs
+de nouvelles. Leurs ridicules,
+leurs prédictions, leurs paris.
+Lettres plaisantes de nouvellistes
+à des particuliers et à
+des ministres. Leurs lieux de
+réunions. Leur président, le
+comte de Lionne. CXXX.</p>
+
+<p>Nouvelliste trembleur.
+CXXXII.</p>
+
+
+<h3>O</h3>
+
+<p><span class="smcap">Obéissance</span>; n'est pas une
+vertu anglaise. Les Anglais la
+fondent sur la gratitude. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Occultes</span>. Livres de science,
+ou mieux d'ignorance occulte,
+plus pitoyables qu'exécrables.
+CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Opéra</span>. Lettre de la plus
+vertueuse actrice de l'Opéra.
+XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Opéras nouveaux</span>. Vomitif.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Opulence</span> toujours compagne
+de la liberté des peuples.
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Omar</span>, troisième successeur
+de Mahomet, au mépris des
+droits d'Ali. Les persans, Chiites,
+c'est-à-dire sectateurs
+d'Ali, disent qu'Omar, Apôtre
+des Sonnites «a dévoyé» les
+enfants du prophète. CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Or</span>. Le roi de France n'a
+pas de mines d'or comme le
+roi d'Espagne. XXIV.</p>
+
+<p>L'or et l'argent, prix de toutes
+marchandises, gage de leur
+valeur. Pernicieux effets de
+leur diffusion. CVI.</p>
+
+<p>Nombre innombrable d'hommes
+sacrifiés pour extraire l'or
+et l'argent du fond de la terre.
+CXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Oraisons funèbres</span>. Leur
+fausseté. XI.</p>
+
+<p>Entrent dans le vomitif du
+docteur de province, sauf celles
+de Fléchier. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Orateurs</span>. Leur talent de
+persuader indépendamment des
+raisons. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ordonnance</span>, concernant
+les services des courtisans et
+l'établissement des impôts nécessaires
+aux libéralités des
+princes. CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Orgueil</span>. Orgueil de l'homme,
+qui veut «être compté
+dans l'univers.» LXXXVII.</p>
+
+<p>Orgueil de religion et de
+race chez les Portugais et les
+Espagnols. LXXVIII.</p>
+
+<p>Les <i>vieux chrétiens</i> en Espagne;</p>
+
+<p>Les <i>blancs</i> en Amérique.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Orientales</span>. moins gaies
+que les Européennes. XLVIII.
+(Voir <i>Femmes</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Orientaux</span>. Le sérail tue
+leurs désirs sans éteindre leur
+jalousie. VI.</p>
+
+<p>Leur gravité, la froideur de
+leurs relations. XXXIV.</p>
+
+<p>Leurs poésies, leurs romans.
+CXXXVII.</p>
+
+<p>Le despotisme de leurs princes
+et la rigueur des châtiments
+les portent à la révolte et aux
+derniers excès. LXXXI, CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Osman</span>, sultan déposé par
+des suppliants. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Osmanlins</span>. Voir Turcs.</p>
+
+
+<h3>P</h3>
+
+<p><span class="smcap">Paganisme</span>, favorable à la
+propagation de l'espèce humaine.
+CXV.</p>
+
+<p>Supérieur au mahométisme
+par l'interdiction de la polygamie,
+au christianisme par la
+permission du divorce. <i>Ibid.</i> et
+CXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Palais</span>. Lieu où se rend la
+justice, ses abords. Aspect lugubre
+des salles et des magistrats.
+LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Palestine</span>. Déserte depuis
+la destruction des Juifs par
+Adrien. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pape</span>. «Magicien» plus fort
+que le roi, dont il dirige l'esprit,
+lui faisant croire «que
+trois ne sont qu'un; que le
+pain qu'on mange n'est pas du
+pain, ou que le vin qu'on boit
+n'est pas du vin.» XXIV.</p>
+
+<p>Chef des chrétiens, «vieille
+idole qu'on encense par habitude»;
+il déposait les rois; il
+se dit successeur d'un des premiers
+chrétiens, qu'on appelle
+saint Pierre; il donne des dispenses.
+XXIX.</p>
+
+<p>Effet de l'histoire des papes
+sur l'esprit du lecteur.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Papier d'état</span>. Louis XIV
+en abuse. XXIV.</p>
+
+<p>(Décri des monnaies). <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Paracelse</span>. Purgatif.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paradis</span>. Lieu de délices
+pour les chrétiens comme pour
+les musulmans. XXXV.</p>
+
+<p>Les femmes en sont exclues
+par Mahomet. XXIV.</p>
+
+<p>Embarras des religions pour
+donner une idée des plaisirs
+assurés aux élus: musique,
+circulation éternelle de par le
+monde, souvenir des amours
+terrestres. Toutes inventions
+ridicules. CXXVI.</p>
+
+<p>Le paradis des femmes, conte
+persan. Les plaisirs et les vengeances
+de l'immortelle Anaïs.
+CXLI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Parfumeuses</span> qui réparent
+«par la force de leur art toutes
+les injures du temps.» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paris</span>. «Siége de l'empire
+d'Europe.» XXIII.</p>
+
+<p>«Aussi grand qu'Ispahan;»</p>
+
+<p>Ville «bâtie en l'air;» extrêmement
+peuplée; embarras
+des rues; XXIV.</p>
+
+<p>Extravagante curiosité des
+Parisiens pour tout ce qui sort
+de l'usage reçu. XXX.</p>
+
+<p>Cherté du vin à Paris.
+XXXIII.</p>
+
+<p>Usage du café à Paris; les
+cafés. XXXVI.</p>
+
+<p>Paris, rendez-vous de tous
+les exploiteurs: alchimistes,
+magiciens, devins, entremetteuses,
+chercheurs de bénéfices,
+maîtres de langues, d'arts et
+de sciences, enseignant «ce
+qu'ils ne savent pas,» médecins,
+empiriques, marchands et marchandes
+accortes, tous ces
+gens-là cherchent à vivre dans
+une ville «qui est la mère de
+l'invention.» L'étranger sort
+de Paris «plus précautionné
+qu'il n'y est entré.» LVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paris</span> jugé par un Espagnol.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>A Paris, règnent la liberté
+et l'égalité. Rien ne sauve un
+homme de la foule. LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paris</span> foyer de plaisir, donc
+d'art, de travail et d'industrie.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Parlements</span>. Grands corps,
+affaiblis par les m&oelig;urs, abattus
+par la royauté; ruines qui
+rappellent un temple vénéré,
+image de la liberté publique.
+Ils sont réduits aux fonctions
+judiciaires, et ne retrouvent
+d'importance politique que dans
+quelques conjonctures imprévues.</p>
+
+<p>Le régent a recours au parlement.
+XCIII.</p>
+
+<p>Le parlement de Paris relégué
+à Pontoise, pour s'être opposé
+aux mesures exigées par
+Law. CXL.</p>
+
+<p>Ces compagnies facilement
+odieuses aux rois. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Parties</span>. Parties de campagne
+où l'on veut s'amuser et où
+l'on bâille. CXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Parure</span>. La parure d'une
+femme occupe cinquante artisans.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paternité</span>. L'enfant né dans
+le mariage est censé être au
+mari. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Patrie</span>. «Je voudrais voir
+les noms de ceux qui meurent
+pour la patrie écrits dans des
+registres qui fussent comme
+la source de la gloire et de
+la noblesse.» LXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paysan</span>. Riche ou pauvre, le
+rustique ou paysan peuple indifféremment.
+CXIII.</p>
+
+<p>Les impôts pèsent principalement
+sur la nourriture et la
+famille du paysan. CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pécule</span>, propriété, mise de
+fonds et rançon de l'esclave
+antique. CXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Peines</span>. «Les peines plus ou
+moins cruelles ne font pas que
+l'on obéisse plus aux lois.»
+Témoin l'état moral de l'Asie.</p>
+
+<p>Ce qui importe, c'est la gradation
+dans le châtiment.
+LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pèlerinages</span> de la Mecque.
+XV.</p>
+
+<p>De saint Jacques en Galice.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Perruquiers</span>. Les perruquiers
+français décident en législateurs
+sur la forme des perruques
+étrangères. CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Persans</span>. Les plus tolérants
+de tous les mahométans. XXIX.</p>
+
+<p>Leur haine contre les Turcs.
+VII.</p>
+
+<p>Intempérance des monarques
+persans. XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Persanes</span>. (Voir <i>Femmes</i> et
+<i>Sérail</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Perse</span>. Les Tartares, «maîtres
+de la Perse.» LXXXII.</p>
+
+<p>Fort déchue de ce qu'elle
+était du temps des Xerxès et
+des Darius. CXIII.</p>
+
+<p>La Perse antique était peuplée
+parce que les mages enseignaient
+un dogme favorable
+à la propagation. CXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Peste</span>. Multitude de pestes
+mentionnées par l'histoire.
+Une, entre autres, brûla jusqu'à
+la racine des plantes.
+CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Petits-maitres</span> au spectacle.
+XXVIII.</p>
+
+<p>Dans les conversations, parlent
+sans rien dire ou font
+parler leur tabatière. Goûtés
+des femmes. LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Peuple</span>. L'abolition de l'esclavage
+retirait le bas peuple
+de la puissance des seigneurs.
+LXXV.</p>
+
+<p>Caractère et destinée des différents
+peuples. CXXXVI.</p>
+
+<p>La puissance ne peut jamais
+être également partagée entre
+le peuple et le prince.</p>
+
+<p>Le peuple en Europe et en
+Orient;</p>
+
+<p>Le peuple anglais devant la
+royauté. CIII-CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pharan</span> ne veut pas être fait
+eunuque. XLI, XLII, XLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pharmacie nouvelle</span> extraite
+des ouvrages des philosophes,
+orateurs, romanciers,
+poëtes, théologiens et casuistes.
+CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Philosophes</span>; «laissés à
+eux-mêmes, privés des saintes
+merveilles, ils suivent dans le
+silence les traces de la raison
+humaine.» XCVIII.</p>
+
+<p>Leur supériorité sur les docteurs
+des religions diverses.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Plaisanteries contre Aristote,
+et surtout les scolastiques,
+dans la lettre du médecin de
+province. CXLIII.</p>
+
+<p>Les philosophes (métaphysiciens)
+ont un mépris souverain
+pour l'homme qui a la
+tête chargée de faits. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Philosophie</span>, ne s'accorde pas
+avec la théologie. LXVI, CXL.</p>
+
+<p><span class="smcap">Physique</span>, bannit le merveilleux
+de l'univers. CXXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pierre le Grand</span>. Ses réformes,
+son humeur sévère. LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Plaisir</span>. La nature des plaisirs
+est d'être de courte durée.
+De là l'embarras des religions
+et le ridicule des plaisirs éternels
+qu'elles imaginent pour
+leurs paradis. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Plotin</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Poëtes</span>. Singulière opinion
+sur les poëtes. XLVIII.</p>
+
+<p>Ils accablent la raison sous
+les agréments.</p>
+
+<p>Ils ne sont pas rares chez les
+orientaux. CXXXVII.</p>
+
+<p>Bucoliques, plaisent aux gens
+de cour;</p>
+
+<p>Dramatiques, poëtes par excellence,
+maîtres des passions;</p>
+
+<p>Epiques, sévèrement jugés;
+de là la froideur de Voltaire
+pour Montesquieu.</p>
+
+<p>Lyriques, qui font de leur art
+une harmonieuse extravagance.
+CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Point d'honneur</span>, tient à la
+passion de la gloire; caractère
+de chaque profession; plus
+marqué chez les gens de guerre,
+a réglé jadis la conduite des
+Français surtout des nobles;
+n'admet qu'une solution, le
+duel. (V. <i>Duel</i>.) XCI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Politesse</span>. En Espagne
+«un capitaine ne bat jamais
+son soldat sans lui en demander
+permission, et l'inquisition
+ne fait jamais brûler un juif
+sans lui faire ses excuses.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Politique</span>. En Asie, les règles
+de la politique sont partout
+les mêmes. LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pologne</span>. N'a presque plus de
+peuples. CXIII.</p>
+
+<p>A mal usé de sa liberté et
+du droit d'élire ses rois.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Polygamie</span>. <i>La polygamie
+triomphante</i>, livre où il
+est prouvé que la polygamie
+est ordonnée aux chrétiens.
+XXXV.</p>
+
+<p>La polygamie, défendue par
+le paganisme romain. CXV.</p>
+
+<p>Elle engendre la langueur
+des hommes, l'étiolement des
+enfants, les querelles des femmes
+condamnées à une continence
+forcée, la fabrication des
+eunuques, le célibat des filles
+esclaves. C'est un agent de dépopulation.
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Pompes funèbres</span>. Leur
+inutilité. XL.</p>
+
+<p><span class="smcap">Porphyre</span>. Purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Portes</span>, haussées, baissées ou
+élargies selon les parures des
+femmes. C.</p>
+
+<p><span class="smcap">Portugais</span>. Voyez Espagne.
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Leur douceur relative dans
+le gouvernement de leurs colonies.
+Ils furent bientôt chassés
+de tous les pays qu'ils avaient
+découverts. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Poudre</span>. Depuis la poudre,
+plus d'asile contre l'injustice et
+la violence. CVI.</p>
+
+<p>Mais depuis la poudre, batailles
+moins sanglantes. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pourceau</span>. Pourquoi immonde?
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Pouvoir</span>. Il ne peut jamais
+être également partagé entre le
+peuple et le prince.</p>
+
+<p>Le pouvoir des rois d'Europe
+est très-grand, modéré par
+leur intérêt. CIII.</p>
+
+<p>Le pouvoir arbitraire, négation
+de la liberté et de l'égalité,
+assurant aux princes toutes
+les richesses, enraye la propagation
+de l'espèce. CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prescience divine</span>, ni absolue,
+ni infinie, sous peine de
+contradiction et d'injustice.</p>
+
+<p>Si elle est intermittente, elle
+n'est plus que caprice et fantaisie.</p>
+
+<p>«L'alcoran et le livre des
+Juifs s'élèvent sans cesse contre
+le dogme de la prescience
+absolue.» LXIX.</p>
+
+<p>Voir Dieu, Adam, liberté, âme.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prestiges</span> qui font gagner
+des batailles: le terrain, le nombre,
+le courage. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prêtres</span>. Rôle difficile du
+prêtre dans le monde; sa neutralité
+forcée. LVI.</p>
+
+<p>«L'envie d'attirer les autres
+dans son opinion est, pour ainsi
+dire, attachée à sa profession.»
+<i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Prière</span>. Postures exigées
+par les diverses religions.
+XLVI.</p>
+
+<p>Prêtres chrétiens et musulmans
+prient sept fois par jour.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prince</span>. Les querelles particulières
+du prince, le mécontentement
+des ambassadeurs
+du prince, ne peuvent légitimer
+une guerre. XCVI.</p>
+
+<p>Il n'est pas de son honneur
+de s'allier avec un tyran. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Autorité illimitée des princes
+en Orient. CIII.</p>
+
+<p>En Europe, peu d'attentats
+contre la vie des princes.</p>
+
+<p>En Orient, sans précautions
+infinies, les princes ne vivraient
+pas un jour. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>En se cachant, les princes
+d'Orient font respecter la
+royauté et non le roi. CIV.</p>
+
+<p>C'est un crime de lèse-majesté
+à un prince de faire la
+guerre à ses sujets. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Procédure</span>. «Formalités
+dont l'excès est la honte de la
+raison humaine.» CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Propagation</span>. Conditions favorables
+à la propagation de
+l'espèce.</p>
+
+<p><span class="smcap">Divorce</span>; suppression du célibat
+religieux. CXV, CXVII.</p>
+
+<p>Accord du tempérament et
+du climat. CXXI.</p>
+
+<p>Liberté, égalité des droits et
+des fortunes.</p>
+
+<p>Gouvernement doux et républicain.
+CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Proportion</span>. La proportion
+entre les fautes et les peines
+est comme l'âme des États;
+gardée par les princes d'Europe,
+elle est sans cesse renversée,
+à leurs dépens, par les
+rois d'Orient. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Propreté</span>. «La propreté,
+qui est l'image de la netteté de
+l'âme.» II.</p>
+
+<p><span class="smcap">Propriété</span>. L'incertitude de
+la propriété des terres ralentit
+«l'ardeur de les faire valoir.»
+XX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Prosélytisme</span>. Transmis des
+Egyptiens aux Juifs, des Juifs
+aux mahométans et aux chrétiens;
+maladie épidémique; esprit
+de vertige; éclipse entière
+de la raison humaine.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Protestantisme</span>. Avantage
+du protestantisme sur le catholicisme,
+suppression du célibat
+et des couvents. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Protestants</span>. Ils multiplient
+nécessairement plus que les catholiques.
+De là accroissement
+de population, d'impôts, d'activité
+agricole, industrielle, de
+travail et de richesses. CXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Providence</span>. Ce qui est pour
+le riche sagesse de la providence
+est pour le pauvre aveugle fatalité
+du destin. XCVIII.</p>
+
+<p>Les musulmans laissent tout
+faire à la providence. CXX.</p>
+
+<p>L'homme ne trouble pas
+l'ordre de la providence lorsqu'il
+change les modifications
+de la matière. LXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Puissance paternelle</span>. La
+plus sacrée de toutes les magistratures,
+fortement établie
+par le droit romain;</p>
+
+<p>Montesquieu semble blâmer
+les Français de l'avoir restreinte.
+LXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Puissance royale</span>, ses progrès
+en France. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Purgatifs</span>. 1º Mélange de
+philosophie scolastique;</p>
+
+<p>2º Extraits d'arrêts du Conseil
+et de Bulles et Constitutions
+de jésuites. CXLIII.</p>
+
+
+<h3>Q</h3>
+
+<p>Q. Quelques docteurs voulaient
+qu'on prononçât cette
+lettre comme un K. (Querelle
+de Ramus.) CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Quiétisme</span>, sorte de mysticisme
+exalté.</p>
+
+<p>Un quiétiste n'est autre
+chose qu'un homme fou, dévot
+et libertin. CXXXIV.</p>
+
+
+<h3>R</h3>
+
+<p><span class="smcap">Rat</span>. Pourquoi immonde?
+XVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Raymond Lulle</span> a cherché
+vainement le secret de la transmutation
+des métaux. XLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Récompenses</span>. A Rome,
+Athènes, Lacédémone, l'honneur
+payait seul les services
+les plus signalés. L'auteur
+d'une belle action y trouvait sa
+récompense. XC.</p>
+
+<p><span class="smcap">Régence</span>, ses commencements.
+Désarroi où la mort de
+Louis XIV laisse la France.
+CXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Régent</span> (le), son habileté.
+XCIII.</p>
+
+<p>Il fait casser par le Parlement
+le testament de
+Louis XIV.</p>
+
+<p>Il relègue le Parlement à
+Pontoise. CXL.</p>
+
+<p><span class="smcap">Régicide</span>. En Orient, le régicide
+monte sur le trône sans
+opposition. Pourquoi? CIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Reine</span>. Exemple de tendresse
+conjugale donné par
+une reine de Suède. CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Religion</span>. Distinction entre
+la foi et la vie laïque, fortement
+établie. X.</p>
+
+<p>«Je ne leur parle pas (aux
+Mollaks) comme vrai croyant,
+mais comme homme, comme
+citoyen, comme père de famille.»</p>
+
+<p>Chez les chrétiens elle est
+plus un sujet à disputes
+qu'un moyen de sanctification.
+LXXV.</p>
+
+<p>La religion gagne les malades
+par ses promesses.
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Religions</span>. «Les plus proches
+sont les plus grandes ennemies.»
+LX.</p>
+
+<p>Avantages de la multiplicité
+des religions dans un État;</p>
+
+<p>Les guerres de religion suscitées
+par l'esprit d'intolérance.
+LXXXVI.</p>
+
+<p>Il n'y a pas de religion qui
+ne prescrive l'obéissance et la
+soumission. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Leur grand nombre embarrasse
+ceux qui cherchent la
+vraie. XLVI.</p>
+
+<p>Béatitudes qu'elles promettent
+aux élus. CXXVI.</p>
+
+<p>Dieu condamne-t-il ceux qui
+ne pratiquent pas celle qu'ils
+ne peuvent connaître? XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Religions</span> (tolérées). Ceux
+qui vivent dans ces religions,
+plus utiles que ceux qui suivent
+la religion dominante.
+Eloignés des honneurs, ils
+n'en sont que plus portés
+à s'enrichir par le travail.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Remèdes</span> composés par un
+médecin rempli des mystères
+de la cabale. CXLIII.</p>
+
+<p>Remèdes rares, tels que préface
+trop courte, mandement
+fait par un évêque, etc. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Représailles</span>. Leur office
+dans le droit public international.
+XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Représenter</span>, c'est-à-dire
+«faire sentir à tous les instants
+la supériorité qu'on a.»
+LXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">République</span>. Conclusion de
+l'histoire des Troglodytes.
+XIV.</p>
+
+<p>Semble être le sanctuaire de
+l'honneur, de la réputation et
+de la vertu. X.</p>
+
+<p>La douceur du gouvernement
+républicain, la liberté,
+l'égalité, source d'opulence, favorisent
+la propagation de
+l'espèce. CXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">République romaine</span>, son
+extension eût été un bonheur
+pour le monde, sans le pouvoir
+abusif des proconsuls et la
+différence que le droit de cité
+maintenait entre les vainqueurs
+et les vaincus. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Républiques</span>, contraires au
+génie oriental.</p>
+
+<p>Leurs origines. Elles sont
+postérieures aux monarchies.</p>
+
+<p>La Grèce, l'Asie-Mineure,
+Carthage, Rome.</p>
+
+<p>Le Nord et l'Allemagne (on
+a pris pour des rois les chefs
+des armées). CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Résurrection de la chair</span>.
+Croyance commune au christianisme
+et au mahométisme.
+XXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Revenus</span>. A Paris, les revenus
+des citoyens «ne consistent
+qu'en esprit et en industrie;
+chacun a la sienne qu'il
+fait valoir de son mieux.»
+LVIII.</p>
+
+<p>Revenus fonciers difficiles à
+percevoir.</p>
+
+<p>Revenus mobiliers. Embarras
+d'un homme à qui son débiteur
+rend une somme prêtée.
+CXXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Révolution</span>. En Orient «le
+moindre accident produit une
+grande révolution.» LXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rhédi</span> neveu d'Ibben. XXV,
+écrit de Venise à Usbek, XXXI.
+(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Rica</span>, compagnon de voyage
+d'Usbek, son caractère enjoué,
+XXV. (Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Richesse</span>. Si la Providence
+n'avait accordé les richesses
+qu'aux gens de bien, on ne les
+aurait pas assez distinguées de
+la vertu. XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Robe</span>. Un des trois états qui
+se méprisent mutuellement.
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rodriguez</span> (le P. Alphonse),
+jésuite espagnol, né à Valladolid,
+mort à Séville en 1616,
+auteur d'un <i>Traité de la perfection
+chrétienne</i>, traduit
+par Régnier des Marets. Ses
+&oelig;uvres sont rangées parmi les
+purgatifs. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rois</span>. Les rois sont comme
+les dieux: pendant qu'ils vivent,
+on doit les croire immortels.
+CVIII.</p>
+
+<p>Les rois des tribus germaniques
+n'étaient que des chefs
+ou généraux à pouvoir limité
+par celui des seigneurs et l'égalité
+des dépouilles. CXXXI.</p>
+
+<p>Rois déposés par les Vandales
+et les Goths. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Roman</span>. Le roman qui sert
+de canevas aux Lettres persanes
+est tout entier dans la
+jalousie d'Usbek absent et les
+désordres de son sérail. Si l'on
+y joint l'histoire d'Aphéridon
+et d'Astarté et celle d'Anaïs
+(LXVII, CXLI), il remplit environ
+soixante lettres, et un
+peu moins du tiers de l'ouvrage
+qu'il varie, et auquel il
+est souvent rattaché avec un
+art discret.</p>
+
+<p>(Voir <i>Eunuques</i>, <i>Fatmé</i>,
+<i>Roxane</i>, <i>Zachi</i>, <i>Zélis</i>, <i>Zélide</i>,
+<i>Zéphis</i> et <i>Sérail</i>, <i>Usbek</i> et
+<i>Solim</i>, etc.).</p>
+
+<p><span class="smcap">Romanciers</span>. Espèces de
+poëtes qui outrent le langage de
+l'esprit et du c&oelig;ur. CXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Romans</span>. Leurs héros sont à
+côté de la nature; un seul détruit
+une armée.</p>
+
+<p>Extravagance des romans
+orientaux. CXXXVII.</p>
+
+<p>Romans, vomitif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rome</span>. Combien déchue depuis
+les temps anciens. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Royauté</span>. Progrès de la
+royauté française. CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Roxane</span>, femme préférée
+d'Usbek, qui vante sa vertu.
+XX.</p>
+
+<p>Son opiniâtreté à repousser
+les assiduités de son mari dans
+les premiers mois de son mariage.
+XXVI.</p>
+
+<p>Sa feinte sagesse trompe les
+eunuques. CLI;</p>
+
+<p>Elle s'indigne des châtiments
+subis par les autres femmes
+du sérail. CLVI.</p>
+
+<p>Surprise avec un jeune homme.
+CLIX.</p>
+
+<p>S'empoisonne: sa lettre.
+CLXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Russe</span>. Lettre d'une jeune
+mariée russe qui se plaint de
+n'être pas battue par son mari.
+LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Russie</span>. Le czar, allié naturel
+de la Perse contre les
+Turcs.</p>
+
+<p>Réformes de Pierre le
+Grand. LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Rustan</span>, ami et correspondant
+d'Usbek. V.</p>
+
+<p>(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p>
+
+
+<h3>S</h3>
+
+<p><span class="smcap">Saint-Cyran</span> (abbé de), ses
+lettres bonnes contre la gale, la
+gratelle, etc. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Samos</span>. Roi de Samos sommé
+par un roi d'Egypte de renoncer
+à la cruauté et à la tyrannie.
+XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sanchez</span>. Son <i>de matrimonio</i>,
+fort tonique contre la
+chlorose. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Santon</span>, saint musulman.
+XCIV.</p>
+
+<p>Santons chrétiens (moines
+de la Thébaïde). <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Sardaigne</span>, terre insalubre,
+destinée par les Romains aux
+criminels et aux Juifs. CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sauromates</span>, véritablement
+dans la servitude du sexe.
+XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sauvages</span>. Leur aversion
+pour le travail et l'agriculture.
+Leur vie précaire; famine.
+Avortements. Isolement des
+tribus.</p>
+
+<p>Dépopulation. CXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Savants</span>. Deux savants pleins
+de vanité. CXLIV.</p>
+
+<p>Tribulations d'un savant,
+astronome, physicien et anatomiste.
+CXLV.</p>
+
+<p>Jadis accusé de magie, le
+savant aujourd'hui l'est d'irréligion
+ou d'hérésie.</p>
+
+<p>Dédain des savants pour
+ceux qui s'occupent d'une autre
+science que la leur. CXLV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scapulaire</span>, morceau de
+drap attaché à deux rubans.
+XXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sciences</span>. Mauvais usage
+des sciences. CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scolastique</span>. Allusion aux
+disputes et aux subtilités scolastiques.
+XXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scot</span>, subtil scolastique;
+purgatif. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Secte</span>. Une secte nouvelle
+introduite dans un État est le
+moyen le plus sûr pour corriger
+les abus de l'ancienne.
+LXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Seigneur</span>. Les grands seigneurs
+qui représentent.</p>
+
+<p>Leur morgue. LXXIV.</p>
+
+<p>L'abolition de l'esclavage par
+les rois abaissait les seigneurs.
+LXXV.</p>
+
+<p>Un grand seigneur est un
+homme qui voit le roi, parle
+aux ministres, a des ancêtres,
+des dettes et des pensions.
+LXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sémiramis</span>, reine et divinité
+des Babyloniens. XXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sénèque</span>. Dans le malheur,
+un Européen n'a «d'autre ressource
+que la lecture d'un philosophe
+qu'on appelle Sénèque:
+mais les Asiatiques, plus sensés
+et meilleurs physiciens en
+cela, prennent des breuvages
+capables de rendre l'homme
+gai, etc.» XXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Séparation</span>. Une femme effrontée
+expose les outrages
+qu'elle a faits à son époux
+comme une raison d'en être
+séparée. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sérail</span>. Gouverné par les
+eunuques noirs. II, VII, LXIV,
+IX.</p>
+
+<p>Gardé par les eunuques
+blancs qui ne peuvent pénétrer
+dans l'appartement des
+femmes. XX, XXI.</p>
+
+<p>Les hommes qui en approchent
+sont massacrés. LXVII,
+CLIX.</p>
+
+<p>Condition et malheur des
+femmes qui y sont enfermées.
+VII, XX, XXI, XXVI, XXVII.</p>
+
+<p>A quel âge elles y entrent.
+LXII.</p>
+
+<p>On leur fait croire que leur
+réclusion est une garantie de
+chasteté, de santé et de beauté.
+XX, XXXIV, XLVII, LXII,
+LXIII.</p>
+
+<p>Plus il y a de femmes dans
+un sérail, moins elles y donnent
+d'embarras. XCVII.</p>
+
+<p>Leurs dissensions, leurs réconciliations,
+leurs voyages ou
+promenades dans des boîtes.
+LXIV, III, XLVII.</p>
+
+<p>Leurs privautés avec les filles
+esclaves, IV, CXLVII, qui
+ne se marient presque jamais
+sinon avec des eunuques,
+LXVII, CXV, LIII; leur goût
+pour les eunuques blancs. XX.</p>
+
+<p>Le sérail tue l'amour chez le
+mari sans supprimer la jalousie.
+VI.</p>
+
+<p>Désordres dans le sérail
+d'Usbek. XX, LXIV, LXV,
+CXLVII-CLXI.</p>
+
+<p>Châtiments terribles, le fouet,
+la torture. CLVI-CLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Servitude</span>. La servitude est
+dans le tempérament asiatique.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sibérie</span>. Lieu d'exil pour
+les seigneurs russes disgraciés.
+LI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sicile</span>. Contenait jadis de
+puissants royaumes. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sincérité</span>. Celle d'Usbek
+lui a fait des ennemis à la cour
+de Perse. C'est la cause de son
+voyage. VIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Singe</span>. Il y a encore des peuples
+chez lesquels un singe passablement
+instruit pourrait vivre
+avec honneur. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Smyrne</span>. Seule ville «riche
+et puissante» de l'Asie turque:
+«Ce sont les Européens qui la
+rendent telle.» XX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sociabilité</span>. L'homme, animal
+sociable; un Français est
+donc l'homme par excellence.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Société</span>. Elle est fondée sur
+un avantage mutuel. LXXVI.</p>
+
+<p>Origine des sociétés: «un
+fils est né auprès de son père
+et il s'y tient: voilà la société
+et la cause de la société.»
+XCV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Soleil</span>. Les Espagnols disent
+«que le soleil se lève et
+se couche dans leur pays.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>«Ouvrage et manifestation
+de la divinité,» dieu des Guèbres,
+longtemps «honoré»
+d'un «culte religieux mais inférieur...
+dans la ville sainte
+de Balk.» LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Solidarité</span>. Sa nécessité sociale,
+prouvée dans l'épisode
+des Troglodytes. Lettres XI.
+XII, XIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Solim</span>, eunuque, dénonce les
+désordres du sérail, CLI.</p>
+
+<p>Est chargé des vengeances
+d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Soliman</span>, affront qu'il reçoit.
+LXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Solliciteuses</span>. Leur agitation
+perpétuelle; elles ne reculent
+devant rien pour distribuer
+les places et les honneurs.
+CVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Somnifères</span>. La <i>Cour sainte</i>
+du P. Caussin procure un
+doux sommeil à un malade
+affligé d'insomnie, et à toute
+sa famille. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Somptuaires</span> (lois) finement
+raillées. CXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Son</span>. Combien de lieues il fait
+dans une heure. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sottises</span>. Dire théologiquement
+force sottises. CII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Soumission</span>. Elle se mesure
+à la gratitude. CV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Souverains</span>. Doivent chercher
+des sujets et non des terres.
+CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Statues</span>. Il y en a autant
+dans les jardins de Louis XIV
+que de citoyens dans une
+grande ville. XXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Statuts</span> de villes et de provinces.
+Presque toujours rédigés
+par écrit sous Louis XIV.
+CI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Style figuré</span>. L'auteur le
+condamne. XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suède</span>. Mort de Charles XII.
+CXXVIII.</p>
+
+<p>Mention de deux reines de
+Suède. CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suicide</span>. Injustice des lois
+portées contre ceux qui se
+tuent eux-mêmes.</p>
+
+<p>Le suicide ne trouble pas
+l'ordre de la nature.</p>
+
+<p>Il n'est que l'usage d'un
+droit; la renonciation à un contrat
+devenu onéreux. LXXVI.</p>
+
+<p>Faibles arguments en faveur
+de la loi religieuse et de la loi civile
+contre le suicide. LXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suisse</span>. République. CXXIII.</p>
+
+<p>Elle est l'image de la liberté.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sultans</span>. Ils ont plus de
+femmes que certains princes
+italiens ou allemands n'ont de
+sujets. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Superfluités</span>. Elles sont socialement
+aussi nécessaires que
+les nécessités de la vie. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Sûreté</span>. Précautions des
+princes orientaux pour mettre
+leur vie en sûreté. CIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Suphis</span>. Jeune étourdi. Le
+traitement qu'il fait subir à sa
+jeune femme. LXX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Syphilis</span>, son introduction
+dans l'ancien monde; ses effets
+prodigieux; remède puissant
+qui lui est opposé. CXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Système</span> (de Law). Allusion
+aux troubles qu'il apporte dans
+les fortunes. CXXXII.</p>
+
+<p>Ses affirmations ne sont pas
+plus sûres que les présages de
+l'astrologie judiciaire. CXXXV.</p>
+
+<p>Il pervertit la moralité publique.
+CXLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Système du monde</span>, expliqué
+par quelques lois générales
+découvertes par des philosophes
+qui n'ont point été
+ravis jusqu'au trône lumineux
+(comme saint Paul), etc.
+XCVIII.</p>
+
+
+<h3>T</h3>
+
+<p><span class="smcap">Talents</span> (petits), tels que:
+parler pour ne rien dire, écouter,
+sourire à propos, entendre
+finesse à tout, etc.</p>
+
+<p>«Un homme de bon sens ne
+brille guère devant eux.»
+LXXXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Talismans</span>. Effet que peut
+produire l'arrangement de certaines
+lettres. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tartares</span>. Leurs conquêtes
+et leur puissance. Il ne leur a
+manqué que des historiens.
+LXXXII.</p>
+
+<p>Pourquoi leurs conquêtes seraient
+dévastatrices. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tartarie</span>. «Quand le kan
+de Tartarie a dîné, un héraut
+crie que tous les princes de la
+terre peuvent aller dîner.»
+XLIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tauris</span>. Lettres I, II, III.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tavernier</span>, célèbre voyageur
+en Perse. LXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tempéraments</span> fixés par le
+climat, ils souffrent du changement
+brusque du pays d'origine.
+CXXII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tentations</span> des santons de
+la Thébaïde. Elles nous suivent
+jusque dans la vie la plus
+austère. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Terre</span>. Soumise comme les
+autres planètes, aux lois du
+mouvement; elle souffre au dedans
+d'elle un combat perpétuel
+de ses principes. CXIV.</p>
+
+<p>Elle se dépeuple et dans dix
+siècles ne sera plus qu'un désert.
+CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Testament</span>. Le testament
+de Louis XIV cassé par le parlement.
+XCIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Théâtre</span>. Description de la
+salle et de la scène. XXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Thébaïde</span>. Saints ou santons
+chrétiens de la Thébaïde. Leur
+vie, leurs tentations.</p>
+
+<p>Les chrétiens sensés regardent
+leur histoire comme une
+allégorie bien naturelle des
+passions qui nous suivent jusque
+dans le désert. XCIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Théologie</span>. Les livres de
+théologie, doublement inintelligibles
+par la matière et la
+manière. CXXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tisane</span> purgative et autres,
+d'après la nouvelle pharmacie
+spirituelle. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Titres</span>. La vente des titres
+d'honneur est une des principales
+ressources de Louis XIV.
+XXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tolérance</span>. Elle commence
+à s'établir en France; mais non
+en Asie. LX. (Voir <span class="smcap">Intolérance</span>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Traducteurs</span>. Dialogue d'un
+traducteur d'Horace et d'un
+géomètre.</p>
+
+<p>Services que rendent les traducteurs
+et danger de leur
+métier. CXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Traductions</span>; rendent le
+corps, mais non la vie. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Traitants</span>. Chambre, qu'on
+appelle de justice, parce qu'elle
+va leur ravir tout leur bien.
+XCIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Traite</span> autorisée par les rois
+chrétiens. LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Traités de paix</span>, légitimes
+lorsque les conditions en sont
+telles que les deux peuples
+peuvent se conserver. XCVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Travail</span>. Les Espagnols
+«invincibles ennemis du travail.»
+LXXVIII.</p>
+
+<p>Le travail et l'industrie à
+Paris: sans eux, plus de revenus,
+plus de circulation des
+richesses. Chacun, retiré dans
+sa terre, ne travaillerait qu'à
+sa faim. Dépopulation. CVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tribunal</span> où l'on prend les
+voix à la majeure; on a reconnu
+qu'il vaudrait mieux les recueillir
+à la mineure. LXXXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Troglodytes</span>, perdus par
+l'égoïsme et l'anarchie, relevés
+par la solidarité des droits et
+des devoirs, par la pratique de
+la vertu et de la liberté civile.
+Vont de nouveau périr par la
+monarchie et l'égalité dans la
+servitude. XI-XIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Turcs</span>. Sous le nom de
+Turcs, les Tartares ont fait
+des conquêtes immenses dans
+l'Europe, l'Asie et l'Afrique;
+et ils dominent sur trois parties
+de l'univers. LXXXII.</p>
+
+<p>Les Turcs défaits par les Impériaux.
+CXXIV.</p>
+
+<p>Caractère de leurs conquêtes.
+CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Turquie</span>. Faiblesse de l'empire
+des Osmanlis: «Ce corps
+malade ne se soutient pas par
+un régime doux et tempéré,
+mais par des remèdes violents
+qui l'épuisent et le minent sans
+cesse.»</p>
+
+<p>Ni commerce, ni art, ni «expérience
+sur la mer,» villes
+désertes, campagnes désolées;</p>
+
+<p>«Juste idée de cet empire
+qui, avant deux siècles, sera le
+théâtre des triomphes de quelque
+conquérant.» XX.</p>
+
+<p>La Turquie est également
+dépeuplée en Europe et en
+Asie. CXIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tyen</span>. Ciel des chinois. Les
+âmes des ancêtres y sont
+anéanties, mais revivent sur
+terre dans les enfants. CXX.</p>
+
+
+<h3>U</h3>
+
+<p><span class="smcap">Ubiquité</span>. Question pour les
+philosophes, réalité pour les
+Français. LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Ulrique-Eléonore</span>, reine
+de Suède. Sa tendresse conjugale.
+CXXXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Université</span> (de Paris), fille
+très-aînée des rois de France.
+Elle rêve quelquefois. CX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Usbek</span>. (<i>Ouzbeyg</i>, nom
+d'une des principales tribus
+tartares ou turcomanes qui ont
+envahi l'Asie Mineure vers le
+temps des croisades.) Seigneur
+persan disgracié. VIII.</p>
+
+<p>Vient en Europe se perfectionner
+dans les sciences, qu'il
+a toujours aimées.</p>
+
+<p>Il passe par Com, Tauris,
+Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne
+et s'arrête à Paris «siége
+de l'empire d'Europe.»</p>
+
+<p>C'est là qu'il étudie les m&oelig;urs
+des Français, qu'il ne cesse de
+sonder les matières religieuses,
+philosophiques, politiques, qu'il
+acquiert des notions de droit
+public et d'histoire générale,
+plus tard développées dans
+l'<i>Esprit des lois</i>.</p>
+
+<p>Le regret de son sérail, la
+jalousie, troublent seules la sérénité
+de son esprit. Il renvoie
+à Ispahan les eunuques qu'il
+avait emmenés, ne cesse d'écrire
+à Zachi, Zélis, Zéphis,
+Fatmé, et surtout à Roxane, sa
+favorite, qui le trompe avec
+toutes les apparences de la
+vertu. Son désespoir, les ordres
+cruels qu'il donne contre
+les infidèles remplissent la fin
+des <i>Lettres persanes</i>.</p>
+
+<p>Voir à la table les numéros
+des lettres nombreuses qu'il
+envoie et qu'il reçoit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Usurpateur</span>. Un usurpateur
+déclare rebelles tous ceux qui
+n'ont point opprimé la patrie
+comme lui. CV.</p>
+
+
+<h3>V</h3>
+
+<p><span class="smcap">Vanité</span> de deux savants qui
+veulent être admirés à force
+de déplaire. CXLIV.</p>
+
+<p>Portrait du vaniteux. L.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vandales</span>, déposaient volontiers
+leurs rois. CXXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Venise</span>. Epargnée par les
+mahométans parce que l'eau y
+manque pour les purifications.
+XXXI.</p>
+
+<p>République qui n'a de ressources
+qu'en son économie.
+CXXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vérité</span>. «Vérité dans un
+temps, erreur dans un autre.»
+LXXV.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vérités</span>. La connaissance
+de cinq ou six vérités a rendu
+la philosophie pleine de miracles.
+XCVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vertu</span>. C'est la pratique de
+la justice, de la réciprocité sociale.
+XII, XIII, <i>passim.</i></p>
+
+<p>Quand elle est naturelle, la
+vertu est modeste et ne se fait
+pas sentir. L.</p>
+
+<p><span class="smcap">Veuve indienne</span>. Pourquoi
+elle veut se brûler et pourquoi
+elle y renonce. CXXVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Viandes</span>. Le Turc ne veut
+point qu'elles soient étouffées.
+XLVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vieillesse</span>. Elle juge tout
+d'après le souvenir et le regret
+de la jeunesse perdue. LIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vierge</span> qui a mis au monde
+douze prophètes. Son tombeau
+est à Com. I.</p>
+
+<p><span class="smcap">Villes</span> d'Italie, désertes et
+dépeuplées. CXIII.</p>
+
+<p>Les voyageurs recherchent
+les grandes villes, espèce de
+patrie commune à tous les
+étrangers. XXIII.</p>
+
+<p>Depuis quand les bourgeois
+ont perdu la garde de leurs
+villes. CVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vin</span>, causes de sa cherté à
+Paris. Ses funestes effets chez
+les musulmans, malgré les prohibitions
+du Coran. XXIII,
+LVI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Virginité</span>. Des femmes
+adroites font de la virginité
+une fleur qui périt et renaît
+tous les jours, «et se cueille la
+centième fois plus douloureusement
+que la première.»
+LVIII.</p>
+
+<p>Incertitude des preuves de la
+virginité. LXXI.</p>
+
+<p><span class="smcap">Visapour</span>. Les femmes jaunes
+de ce pays peuplent les sérails
+de Perse. XCVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Visites</span>. Pour nombre de
+Français, il est de la bienséance
+de visiter chaque jour le public
+en gros et en détail.
+LXXXVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vizir</span>. Le grand vizir d'Allemagne
+est le fléau de Dieu,
+envoyé pour châtier les sectateurs
+d'Omar. CXXIV.</p>
+
+<p><span class="smcap">V&oelig;ux</span>. «Les dervis font trois
+v&oelig;ux, d'obéissance, de pauvreté
+et de chasteté. On dit
+que le premier est le mieux
+observé de tous; quant au second,
+je te réponds qu'il ne
+l'est point: je te laisse à juger
+du troisième.» LVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Volonté</span>. «Dieu ne peut
+lire dans une volonté qui n'est
+point encore.» LXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Vomitifs</span>. 1º Harangues,
+oraisons funèbres, opéras nouveaux,
+romans, mémoires, le
+tout distillé;</p>
+
+<p>2º Infusion de papier ayant
+couvert un recueil des pièces
+des Jésuites français» (J. F.);
+ou mieux, selon Barbier, des
+jeux floraux. CXLIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Voyages</span>. Combien plus embarrassants
+pour les femmes
+que pour les hommes. XLIII.</p>
+
+
+<h3>Z</h3>
+
+<p><span class="smcap">Zachi</span> rappelle à Usbek qu'il
+l'a préférée à ses autres femmes.
+III.</p>
+
+<p>Trouvée seule avec Nadir,
+eunuque blanc. XX.</p>
+
+<p>Ses privautés avec la jeune
+Zélide. <i>Ibid.</i></p>
+
+<p>Sa réconciliation avec Zéphis.
+XLVII.</p>
+
+<p>Couchée avec une de ses esclaves.
+CXLVII.</p>
+
+<p>Elle reçoit le fouet et se
+plaint passionnément à Usbek.
+CLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zélide</span>, esclave de Zéphis, de
+Zachi et de Zélis, soupçonnée
+de certaines complaisances intimes
+pour ses maîtresses. IV,
+XX, CXLVII.</p>
+
+<p>Elle consent à épouser Cosrou,
+eunuque blanc. (V. ce
+mot.) XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zélis</span> marie son esclave Zélide
+à Cosrou, eunuque blanc.
+Ses idées sur les plaisirs conjugaux
+des hommes de cette
+espèce. LIII.</p>
+
+<p>Confie sa fille, âgée de sept
+ans, aux soins des eunuques
+noirs. LXII.</p>
+
+<p>A laissé tomber son voile en
+allant à la mosquée. CXLVII.</p>
+
+<p>Soupçonnée d'avoir reçu une
+lettre. CXLVIII.</p>
+
+<p>Reçoit le fouet et se plaint
+vertement au «tyran» Usbek.
+CLVIII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zéphis</span>. Accusée de certaines
+relations illicites avec son
+esclave Zélide, IV, se plaint
+du grand eunuque noir.</p>
+
+<p>Sa réconciliation avec Zachi.
+XLVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zend</span>, ancien bactrien, langue
+sacrée des Guèbres. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zeuxis</span> assemble les plus
+beaux modèles pour figurer la
+déesse de la beauté.</p>
+
+<p>Ainsi les métaphysiciens
+construisent l'idée de Dieu avec
+les perfections imaginées par
+les hommes. LXIX.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zoroastre</span>. Législateur des
+Guèbres et auteur de leurs
+livres sacrés. LXVII.</p>
+
+<p><span class="smcap">Zufagar</span>, nom de l'épée
+d'Ali, «qui avoit deux pointes.»
+XVI.</p>
+
+<p>(<i>Zoulfékar</i>, sabre à deux
+lames donné par Mahomet, conservé
+dans la maison des Kalifes,
+brisé à la chasse par un
+descendant d'Abdoullah IV, il figure
+sur les pavillons ottomans.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Zuléma</span> raconte à ses compagnes
+du sérail l'histoire du
+farouche Ibrahim et de l'immortelle
+Anaïs. CXLI.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="BIBLIOGRAPHIE" id="BIBLIOGRAPHIE"></a>BIBLIOGRAPHIE.</h2>
+
+
+<h3>I.&mdash;ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT
+DE L'AUTEUR.</h3>
+
+<p>1721. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Amsterdam, chez Pierre Brunel,
+sur le Dam. 2 vol. grand in-12 (150 lettres).<br /></p>
+
+<p>&mdash; <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol.
+in-12. (Édition semblable à la précédente.)</p>
+
+<p>&mdash; <span class="smcap">Lettres persanes</span>. <span class="smcap">Seconde édition</span>, <i>revuë, corrigée,
+diminuée et augmentée par l'auteur</i>. 2 vol. pet. in-12,
+(140 lettres). Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B.</p>
+
+<p>Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition),
+XXIII (XXV), XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL
+(XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII (LXV),
+LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI
+sont fondues en une seule.</p>
+
+<p>Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans
+cette <i>2<sup>e</sup> Marteau</i> les n<sup>os</sup> LVIII, LIX, LX. Reproduites
+avec quelques variantes dans le <i>Supplément</i> de 1754.</p>
+
+<p>Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.</p>
+
+<p>La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en
+tête du tome second de la première édition, termine le
+tome premier de la seconde, avec le nº LXI.</p>
+
+<p>Les suppressions et changements ne portent que sur le
+tome I<sup>er</sup>.</p>
+
+<p>(Pour la nature des suppressions, voir la <i>préface</i> de
+notre édition. Pour les variantes et la collation des
+n<sup>os</sup>, voir nos <i>notes et variantes</i>, tomes I et II.)</p>
+
+<p><i>N. B.</i> Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble
+bien qu'il en ait paru deux à <i>Amsterdam, chez Pierre
+Brunel, sur le Dam</i>. L'une porte sous le titre une
+sphère armillaire, l'autre un polygone régulier à neuf
+pans, dans lequel sont inscrits trois triangles équilatéraux.</p>
+
+<p>Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale
+appartiennent à deux éditions différentes: le tome I
+a la sphère, le tome II a le polygone; or nous avons
+sous les yeux:</p>
+
+<p>Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette.
+Sur le tome I de la Bibliothèque nationale, en regard
+du feuillet de garde, se trouve la note manuscrite suivante:
+<i>édition différente</i>. Au reste, les deux éditions
+Brunel et l'une des éditions Marteau sont des réimpressions
+d'un même texte.<br /></p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1730. <span class="smcap">Lettres persanes, troisième édition</span> à Amsterdam,
+chez Jacques Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal,
+19030 <i>bis</i> B.</p>
+
+<p>Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser
+au moment où fut rédigée notre préface, est
+une <i>réimpression</i> de la 2<sup>e</sup> Marteau. Elle commence
+également par la lettre d'<i>Usbek à son ami Nessir</i>, la
+V<sup>e</sup> du texte complet. Le premier tome finit par la lettre
+sur l'Académie.</p>
+
+<p>&mdash; Autre édition, mais conforme à la 1<sup>re</sup>: à Cologne, chez
+Pierre Marteau. 2 vol. in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1731. <span class="smcap">Lettres persanes</span>: à Amsterdam, chez P. Mortier,
+2 vol in-12 (150 lettres). Quérard dit: Amsterdam
+(Paris).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne,
+Pierre Marteau.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire,
+près le collége des Jésuites. In-8<sup>o</sup>, 2 tomes en un volume,
+150 lettres. (Arsenal, 19031 B.)</p>
+
+<p>&mdash; La même édition, augmentée des <i>Lettres turques</i> (par
+Saint-Foix), 2 tomes en un volume.</p>
+
+<p>Réimpression de la 1<sup>re</sup> 1721, avec quelques variantes
+insignifiantes.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir
+la préface) <i>les Lettres persannes convaincues d'impiété</i>,
+qui vise la 1<sup>re</sup> Marteau 1721, et la 2<sup>e</sup> Desbordes
+1730.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de
+Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le
+texte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Cologne, chez Pierre Marteau
+(2 tomes in-12, 150 lettres, avec un <i>Supplément</i>).</p>
+
+<p>Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier
+volume sont intercalées les <i>Lettres turques</i>.</p>
+
+<p>Le <i>Supplément</i>, à la fin du second volume, contient
+<i>quelques réflexions sur les Lettres persanes</i>, onze lettres,
+dont trois empruntées, avec variantes, à la 2<sup>e</sup> Marteau,
+3<sup>e</sup> Desbordes, et un certain nombre de passages
+nouveaux à ajouter ou à substituer dans le texte. La
+plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement
+observé les indications du <i>Supplément</i> pour le placement
+des lettres et passages nouveaux.</p>
+
+<p>Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition
+reliée en un volume; les <i>Lettres turques</i> y sont
+insérées après le Supplément.</p>
+
+
+<h3>II.&mdash;ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT
+DE L'AUTEUR.</h3>
+
+<p>(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées
+des <i>Lettres persanes</i>: mais diverses considérations
+nous ont amené à signaler plusieurs éditions des &OElig;uvres
+complètes, en n'y tenant compte que de ce qui
+concerne les <i>Lettres</i>.)</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1755. Réimpression pure et simple, sans <i>Supplément</i>, du texte
+de 1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol.
+grand in-12). L'exemplaire de la bibliothèque nationale
+est relié en un volume.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1757. <span class="smcap">&OElig;uvres de M. de Montesquieu</span>, Londres (4 vol. in-12).
+La première édition des &oelig;uvres complètes, publiée par
+Richer sous les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu,
+avec le concours de Moreau, ancien secrétaire
+de l'auteur, et imprimeur célèbre qui, suivant Quérard
+et Brunet, la rendit le modèle des éditions suivantes.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1758. <span class="smcap">&OElig;uvres complètes de M. de Montesquieu</span>, nouvelle
+édition, revue, corrigée et considérablement augmentée
+<i>par l'auteur</i>, Amsterdam et Leipsick, Arkstée et
+Merkus (3 vol. in-4<sup>o</sup>). Toutes les additions du <i>Supplément</i>
+sont intercalées à leur place.</p>
+
+<p>Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal),
+note manuscrite indiquant deux collaborateurs
+pour les <i>Lettres</i>. Les <i>Lettres</i> sont au tome III. Dans
+l'avertissement, Richer réfute les remarques d'un anonyme
+(Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition, très-belle
+en effet, est plus correcte et moins chère que la précédente.
+Toutes deux sont d'ailleurs l'&oelig;uvre de Richer
+et de Moreau. Elles renferment un assez grand nombre
+de <i>corrections</i> d'après les changements trouvés dans
+les papiers de l'auteur, et que beaucoup d'éditions subséquentes
+ont admises. Nous les signalons dans nos
+<i>Notes</i>, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à
+même de les voir et de les certifier, et nous nous défions
+fort de cette manie d'arrangement et d'atténuations,
+à laquelle se laissaient aller volontiers les éditeurs
+des derniers siècles. Au reste, ces variantes sont
+véritablement insignifiantes.</p>
+
+<p>Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1759, 1762. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Nouvelle édition, très-augmentée, avec
+des <i>remarques philosophiques et politiques d'un
+anonyme</i> (Élias Luzac), Amsterdam et Lausanne,
+Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.) (6 volumes
+in-12.</p>
+
+<p>Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque
+Richer réfute en 1758 les <i>Remarques</i> d'Élias
+Luzac.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la
+note manuscrite mentionnée à l'article 1758.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1761. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle
+édition, augmentée de douze lettres qui ne se
+trouvent pas dans les précédentes, et d'une table analytique
+des sujets traités; un vol. in-8<sup>o</sup> de 527 pages.
+Réimprimée en 1786.</p>
+
+<p>Le chiffre de <i>douze lettres</i> contient sans doute <i>Quelques
+Réflexions sur les Lettres persanes</i>. En fait, le <i>Supplément</i>
+de 1754 n'ajoute que <i>onze</i> lettres.</p>
+
+<p>Cette édition est la première complète des <i>Lettres persanes</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1767. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1772. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Londres, Nourse, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, l'une des plus
+mauvaises.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1776. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam, Arkstée et Merkus,
+1 vol. in-12, 161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de
+Provins.)</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1788. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Paris, Bastien, 5 vol in-8<sup>o</sup>. D'après Quérard,
+médiocre et chère.</p>
+
+<p><span class="smcap">&OElig;uvres</span>, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs
+pièces qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam
+(sans nom d'éditeur ni d'imprimeur). Généralement
+conforme à l'in-4<sup>o</sup> de 1758. 6 vol. in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1790. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Bâle 8 vol. in-8<sup>o</sup> (réimprimées en 1799), avec
+des notes d'Helvétius, longtemps la plus complète,
+mais entièrement effacée par celle d'Auger 1816.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8<sup>o</sup>; avec notes
+d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte
+médiocre. (Publiée par de Laroche.)</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV.</p>
+
+<p>Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les
+manuscrits (?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie
+Plassan. 5 vol. grand in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758,
+laisse à désirer comme livre de luxe.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1803. <span class="smcap">Lettres</span>. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol.
+in-18. Avec les clichés de cette édition peu correcte a
+été faite celle de Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection
+des classiques français). Autre tirage, 1811.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1814 et 1820. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1815. <span class="smcap">Lettres</span>, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1816, 1818, 1820. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, précédées de la vie de l'auteur par
+Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8<sup>o</sup>, imprimerie
+Crapelet. (Table analytique bien faite.)</p>
+
+<p>La seconde est plus complète.</p>
+
+<p>Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le
+texte des lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1817. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes
+in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1818. <span class="smcap">Lettres</span>, Nîmes, in-8<sup>o</sup> (id. 1820), traduction espagnole de
+Marchena.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1819. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>. Nouvelle édition contenant les <i>Éloges de Montesquieu</i>
+par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable),
+les notes d'Helvétius, de Condorcet, et
+le commentaire de Voltaire sur l'<i>Esprit des lois</i>. Paris,
+de l'imprimerie de Pierre Didot aîné. Lequien
+1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de
+1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont
+passées en revue. Estimée.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>, suivies des &oelig;uvres diverses, Paris, Didot aîné,
+3 vol. in-8<sup>o</sup>, formant les volumes 52-54 de la <i>Collection
+des meilleurs ouvrages français</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant
+partie de la <i>Bibliothèque française</i>.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1821. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection
+des <i>Classiques français</i>.)</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span> (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue,
+in-12.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span>, Paris, Touquet, in-12.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1822. <span class="smcap">&OElig;uvres</span>, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8<sup>o</sup>.
+Portrait. Avec les <span class="smcap">Éloges</span> par d'Alembert et Villemain,
+suivie du <i>Commentaire sur l'Esprit des lois</i> par
+Destutt de Tracy. Édition faite sur 1819-Lequien.
+Estimée.</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>1823. <span class="smcap">Lettres</span>. Nouvelle édition accompagnée de notes et
+d'une table alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18.</p>
+
+<p>Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur
+les noms orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée
+par les frères Garnier.</p>
+
+<p><span class="smcap">Lettres</span>, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot,
+3 vol. in-32.</p>
+
+
+<p>Il y a peu à dire sur les éditions, tant des <span class="smcap">&OElig;uvres</span> que des
+<span class="smcap">Lettres</span>, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de
+nos jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt
+de 1758.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND" id="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND"></a>TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.</h2>
+
+<p>
+<a href="#LETTRE_LXXXIX"><b>LETTRE LXXXIX.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Notes sur Paris ou règnent la <i>liberté et l'égalité</i>;
+portrait du grand seigneur en France; la faveur,
+grande divinité des Français.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XC"><b>LETTRE XC.</b></a> Usbek à Ibben.<br />
+<br />
+Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation.
+Amour des Français pour la gloire. Éloge
+du régime républicain. <br />
+
+<a href="#LETTRE_XCI"><b>LETTRE XCI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du
+duel, plus forte que la raison et que la loi. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCII"><b>LETTRE XCII.</b></a> Usbek à Rustan.<br />
+<br />
+Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCIII"><b>LETTRE XCIII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement.
+Rôle des parlements. Habileté du régent.
+<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCIV"><b>LETTRE XCIV.</b></a> Usbek à son frère santon au monastère de
+Casbin.<br />
+<br />
+A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires.
+Tentations des ascètes de la Thébaïde. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCV"><b>LETTRE XCV</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Le droit public altéré par les princes et les puissants.
+Le droit public ramené aux principes de justice
+qui régissent le droit privé. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCVI"><b>LETTRE XCVI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions
+du droit public. De la guerre et du prétendu
+droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir
+les <i>Notes et variantes</i>.) <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCVII"><b>LETTRE XCVII.</b></a> Le premier eunuque à Usbek. (<i>Roman</i>.)<br />
+<br />
+Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de
+la polygamie. Nécessite de la présence du maître
+dans le sérail. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCVIII"><b>LETTRE XCVIII.</b></a> Usbek à Hassein, dervis de la montagne
+de Jaron.<br />
+<br />
+Supériorité des lois physiques découvertes par les
+philosophes sur les élucubrations mystiques des
+livres saints et des prophéties. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_XCIX"><b>LETTRE XCIX.</b></a> Usbek à Ibben.<br />
+<br />
+Inconstance des fortunes et désordre des finances en
+France. Chambre ardente contre les traitants.
+Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_C"><b>LETTRE C.</b></a> Rica à Rhédi.<br />
+<br />
+Les caprices et l'empire de la mode en France. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CI"><b>LETTRE CI.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Frivolité du caractère français. Incohérence de leur
+législation empruntée au droit romain et aux constitutions
+des Papes. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CII"><b>LETTRE CII.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Sur un évêque qui vantait son mandement. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CIII"><b>LETTRE CIII.</b></a> Usbek à Ibben.<br />
+<br />
+Considérations sur le gouvernement monarchique en
+Europe et sur le despotisme oriental. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CIV"><b>LETTRE CIV.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs
+assassins pour successeurs. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CV"><b>LETTRE CV.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Limitation de l'autorité royale par les Anglais. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CVI"><b>LETTRE CVI.</b></a> Rhédi à Usbek.<br />
+<br />
+Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts,<br />
+incompatibles avec la solidité des monarchies. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CVII"><b>LETTRE CVII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de
+l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du luxe. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CVIII"><b>LETTRE CVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br />
+<br />
+Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère
+des rois. Louis XIV entièrement gouverné
+par les femmes. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CIX"><b>LETTRE CIX.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Les journaux et la critique au commencement du
+XVIII<sup>e</sup> siècle. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CX"><b>LETTRE CX.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Querelles scolastiques sur la lettre Q.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXI"><b>LETTRE CXI.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Rôle et occupation d'une jolie femme. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXII"><b>LETTRE CXII.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Discours d'un général de la Fronde. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXIII"><b>LETTRE CXIII.</b></a> Rhédi à Usbek.<br />
+<br />
+Dépopulation croissante de la terre. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXIV"><b>LETTRE CXIV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes
+générales. Le monde terrestre a bien plus de six
+mille ans. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXV"><b>LETTRE CXV.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXVI"><b>LETTRE CXVI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde
+romain. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXVII"><b>LETTRE CXVII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce.
+(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.)<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXVIII"><b>LETTRE CXVIII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et
+le monachisme. Supériorité des pays protestants
+sur les pays catholiques. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXIX"><b>LETTRE CXIX.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique:
+la traite et le travail esclave.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXX"><b>LETTRE CXX.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et
+de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme,
+«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la
+fécondité de la Perse ancienne et des races juive
+et chinoise. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXI"><b>LETTRE CXXI.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur
+ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXII"><b>LETTRE CXXII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de la dépopulation des colonies: les influences
+climatériques, les cruautés des conquérants. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXIII"><b>LETTRE CXXIII.</b></a> Usbek au même.<br />
+<br />
+Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir
+arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages
+précoces. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXIV"><b>LETTRE CXXIV.</b></a> Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien
+des trois tombeaux.<br />
+<br />
+En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la
+victoire abandonne les Osmanlis. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXV"><b>LETTRE CXXV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Qui paye les libéralités des princes envers leurs
+courtisans? <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXVI"><b>LETTRE CXXVI.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Difficulté de concevoir des récompenses éternelles.
+Les paradis sont rendus inhabitables par leurs
+inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXVII"><b>LETTRE CXXVII.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+Allusion à la conspiration de Cellamare. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXVIII"><b>LETTRE CXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br />
+<br />
+A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité
+des ministres. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXIX"><b>LETTRE CXXIX.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXX"><b>LETTRE CXXX.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres
+d'un nouvelliste. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXI"><b>LETTRE CXXXI.</b></a> Rhédi à Rica.<br />
+<br />
+Origines des républiques. Éloge du gouvernement
+républicain. La liberté faite pour le génie des peuples
+de l'Europe; la servitude pour celui des
+orientaux. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXII"><b>LETTRE CXXXII.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Un café à la mode à l'époque de Law. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXIII"><b>LETTRE CXXXIII.</b></a> Rica à ***.<br />
+<br />
+Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de
+dervis. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXIV"><b>LETTRE CXXXIV.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique
+de divers genres littéraires. La théologie,
+l'ascétisme, la casuistique. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXV"><b>LETTRE CXXXV.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Troisième visite: les grammairiens, glossateurs
+et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens,
+les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes
+des sciences occultes.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXVI"><b>LETTRE CXXXVI.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Vues historiques sur l'église, la décadence romaine,
+les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne,
+l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et
+les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXVII"><b>LETTRE CXXXVII.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques,
+épigrammatiques; les romanciers. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXVIII"><b>LETTRE CXXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br />
+<br />
+Désastreuses conséquences du système de Law. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXXXIX"><b>LETTRE CXXXIX.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore
+et Christine. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXL"><b>LETTRE CXL.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves
+et difficiles attributions politiques des parlements. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLI"><b>LETTRE CXLI.</b></a> Rica au même.<br />
+<br />
+Traduction supposée d'un conte persan. Aventures
+de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes.
+Vengeance qu'elle tire de son mari. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLII"><b>LETTRE CXLII.</b></a> Rica à Usbek.<br />
+<br />
+«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien
+mythologiste.» (Portrait allégorique de Law,
+fils d'Éole). <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLIII"><b>LETTRE CXLIII.</b></a> Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif.<br />
+<br />
+Sur les amulettes, talismans et prestiges. <br />
+<br />
+Lettre d'un médecin de province à un médecin de
+Paris.<br />
+<br />
+Vertu dormitive de la <i>Cour sainte</i> du père Caussin.
+Pharmacie nouvelle extraite des &oelig;uvres des philosophes
+et des théologiens. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLIV"><b>LETTRE CXLIV.</b></a> Usbek à Rica.<br />
+<br />
+Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge
+de la modestie. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLV"><b>LETTRE CXLV.</b></a> Usbek à ***.<br />
+<br />
+Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre
+d'un anatomiste. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLVI"><b>LETTRE CXLVI.</b></a> Usbek à Rhédi.<br />
+<br />
+Perversion des m&oelig;urs publiques sous l'influence de
+Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution
+publique. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLVII"><b>LETTRE CXLVII.</b></a> Le grand eunuque à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Désordres dans le sérail d'Usbek. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLVIII"><b>LETTRE CXLVIII.</b></a> Usbek au grand eunuque. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Ordres de répression. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CXLIX"><b>LETTRE CXLIX.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Mort du grand eunuque. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CL"><b>LETTRE CL.</b></a> Usbek à Narsit. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Ordres réitérés de répression. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLI"><b>LETTRE CLI.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Dénonciations contre les femmes d'Usbek. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLII"><b>LETTRE CLII.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est<br />
+égarée. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLIII"><b>LETTRE CLIII.</b></a> Usbek à Solim. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Fureurs de l'époux outragé.<br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLIV"><b>LETTRE CLIV.</b></a> Usbek à ses femmes. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Reproches et menaces. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLV"><b>LETTRE CLV.</b></a> Usbek à Nessir. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Douloureuses confidences. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLVI"><b>LETTRE CLVI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Protestation contre les violences de Solim. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLVII"><b>LETTRE CLVII.</b></a> Zachi à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLVIII"><b>LETTRE CLVIII.</b></a> Zélis à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Même châtiment, même colère. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLIX"><b>LETTRE CLIX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLX"><b>LETTRE CLX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Solim va punir. <br />
+<br />
+<a href="#LETTRE_CLXI"><b>LETTRE CLXI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br />
+<br />
+Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme
+qui l'a épousée malgré elle. <br />
+<br />
+<a href="#NOTES_ET_VARIANTES"><b>NOTES ET VARIANTES.</b></a> <br />
+<br />
+<a href="#INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"><b>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</b></a> <br />
+<br />
+<a href="#BIBLIOGRAPHIE"><b>BIBLIOGRAPHIE.</b></a><br />
+<br />
+</p>
+<h2>FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.</h2>
+
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE" id="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE"></a>OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE.</h2>
+
+
+<p>
+<span class="smcap">Les Finances de Champagne aux XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">La Flute de Pan</span>, 2<sup>e</sup> édition. Hetzel.<br />
+<br />
+<span class="smcap">La Lyre intime</span>. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">Virgile et Kalidasa</span>. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">L'Épopée terrestre</span>. Marpon.<br />
+<br />
+<span class="smcap">La Vallée du Nil</span> (avec <span class="smcap">M. H. Cammas</span>). Hachette.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Les Merveilles de l'Architecture</span>, 3<sup>e</sup> édit. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">Les Parcs et les Jardins</span>, 2<sup>e</sup> édition. <i>Ibid.</i><br />
+<br />
+<span class="smcap">La Pensée nouvelle</span>, en collaboration avec MM. Louis<br />
+Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,<br />
+etc. 2 vol. gr. in-8<sup>o</sup>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Napoléon</span> I<sup>er</sup> (in-32). Bureaux de l<i>'Éclipse</i>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Les Finances particulières de Napoléon III.</span> J. Rouquette.<br />
+</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
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+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
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+
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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+
+
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