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diff --git a/33856-h/33856-h.htm b/33856-h/33856-h.htm new file mode 100644 index 0000000..c5b49da --- /dev/null +++ b/33856-h/33856-h.htm @@ -0,0 +1,13318 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="en" lang="en"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Lettres Persanes, by Montesquieu. + </title> + <style type="text/css"> +body { + margin-left: 10%; + margin-right: 10%; +} + + h1,h2,h3,h4,h5,h6 { + text-align: center; /* all headings centered */ + clear: both; +} + +p { + margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; +} + +hr { + width: 33%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; +} + +.smcap {font-variant: small-caps;} + + +/* Footnotes */ +.footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 0.9em;} + +.footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;} + +.fnanchor { + vertical-align: super; + font-size: .8em; + text-decoration: + none; +} + +/* Poetry */ +.poem { + margin-left:10%; + margin-right:10%; + text-align: left; +} + +.poem br {display: none;} + +.poem .stanza {margin: 1em 0em 1em 0em;} + +.poem span.i0 { + display: block; + margin-left: 0em; + padding-left: 3em; + text-indent: -3em; +} + + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Lettres persanes, tome II + +Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + + +<h1>LETTRES PERSANES</h1> + +<h4>PAR</h4> + +<h1>MONTESQUIEU</h1> + +<h3>AVEC</h3> + +<h3>PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES,</h3> + +<h3>INDEX</h3> + +<h3>PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE,</h3> + +<h4>PAR</h4> + +<h2>ANDRÉ LEFÈVRE</h2> + +<h2>TOME II</h2> + +<h4>PARIS</h4> + +<h4>ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR +27, PASSAGE CHOISEUL, 29</h4> + +<h4>M DCCC LXXIII</h4> + +<h5>Tous droits réservés.</h5> + +<h5>E. Picard</h5> + +<h5>IMP. EUGÈNE HEUTTE ET C<sup>e</sup>, A SAINT GERMAIN.</h5> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_LXXXIX" id="LETTRE_LXXXIX"></a>LETTRE LXXXIX.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance, +la vertu, le mérite même de la guerre, quelque +brillant qu'il soit, ne sauve pas un homme de +la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie +des rangs y est inconnue. On dit que le premier +de Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son +carrosse.</p> + +<p>Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, +qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des +dettes et des pensions. S'il peut avec cela cacher +son oisiveté par un air empressé, ou par un feint +attachement pour les plaisirs, il croit être le plus +heureux de tous les hommes.</p> + +<p>En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le +monarque donne quelque part au gouvernement. +Ici, il y a des gens qui sont grands par leur naissance; +mais ils sont sans crédit. Les rois font +comme ces ouvriers habiles qui, pour exécuter +leurs ouvrages, se servent toujours des machines +les plus simples.</p> + +<p>La faveur est la grande divinité des François. +Le ministre est le grand prêtre, qui lui offre bien +des victimes. Ceux qui l'entourent ne sont point +habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt +sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole +avec tout le peuple.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XC" id="LETTRE_XC"></a>LETTRE XC.</h2> + +<h3>USBEK A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Le désir de la gloire n'est point différent de cet +instinct que toutes les créatures ont pour leur +conservation. Il semble que nous augmentons notre +être, lorsque nous pouvons le porter dans la mémoire +des autres: c'est une nouvelle vie que nous +acquérons, et qui nous devient aussi précieuse que +celle que nous avons reçue du ciel.</p> + +<p>Mais comme tous les hommes ne sont pas également +attachés à la vie, ils ne sont pas aussi également +sensibles à la gloire. Cette noble passion est +bien toujours gravée dans leur cœur; mais l'imagination +et l'éducation la modifient de mille manières.</p> + +<p>Cette différence, qui se trouve d'homme à +homme, se fait encore plus sentir de peuple à +peuple.</p> + +<p>On peut poser pour maxime que, dans chaque +État, le désir de la gloire croît avec la liberté des +sujets, et diminue avec elle: la gloire n'est jamais +compagne de la servitude.</p> + +<p>Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: +On est en France, à bien des égards, plus libre +qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la gloire. Cette +heureuse fantaisie fait faire à un François, avec +plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient +de ses sujets qu'en leur mettant sans cesse devant +les yeux les supplices et les récompenses.</p> + +<p>Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de +l'honneur du dernier de ses sujets. Il y a pour le +maintenir des tribunaux respectables: c'est le trésor +sacré de la nation, et le seul dont le souverain +n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans +choquer ses intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve +blessé dans son honneur par son prince, soit par +quelque préférence, soit par la moindre marque +de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, +son service, et se retire chez lui.</p> + +<p>La différence qu'il y a des troupes françoises aux +vôtres, c'est que les unes, composées d'esclaves +naturellement lâches, ne surmontent la crainte de +la mort que par celle du châtiment; ce qui produit +dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la +rend comme stupide: au lieu que les autres se +présentent aux coups avec délice, et bannissent la +crainte par une satisfaction qui lui est supérieure.</p> + +<p>Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation +et de la vertu, semble être établi dans les républiques, +et dans les pays où l'on peut prononcer le +mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone, +l'honneur payoit seul les services les plus signalés. +Une couronne de chêne ou de laurier, une statue, +un éloge, étoit une récompense immense pour une +bataille gagnée ou une ville prise.</p> + +<p>Là, un homme qui avoit fait une belle action se +trouvoit suffisamment récompensé par cette action +même. Il ne pouvoit voir un de ses compatriotes +qu'il ne ressentit le plaisir d'être son bienfaiteur; +il comptoit le nombre de ses services par celui de +ses concitoyens. Tout homme est capable de faire +du bien à un homme: mais c'est ressembler aux +dieux que de contribuer au bonheur d'une société +entière.</p> + +<p>Mais cette noble émulation ne doit-elle point +être entièrement éteinte dans le cœur de vos Persans, +chez qui les emplois et les dignités ne sont +que des attributs de la fantaisie du souverain? La +réputation et la vertu y sont regardées comme +imaginaires, si elles ne sont accompagnées de la +faveur du prince, avec laquelle elles naissent et +meurent de même. Un homme qui a pour lui +l'estime publique n'est jamais sûr de ne pas être +déshonoré demain: le voilà aujourd'hui général +d'armée; peut-être que le prince le va faire son +cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre +éloge que celui d'avoir fait un bon ragoût.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCI" id="LETTRE_XCI"></a>LETTRE XCI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>De cette passion générale que la nation françoise +a pour la gloire, il s'est formé dans l'esprit +des particuliers un certain je ne sais quoi qu'on +appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère +de chaque profession; mais il est plus marqué +chez les gens de guerre, et c'est le point +d'honneur par excellence. Il me seroit bien difficile +de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en +avons point précisément d'idée.</p> + +<p>Autrefois les François, surtout les nobles, ne +suivoient guère d'autres lois que celles de ce point +d'honneur: elles régloient toute la conduite de +leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne pouvoit, +sans une peine plus cruelle que la mort, je +ne dis pas les enfreindre, mais en éluder la plus +petite disposition.</p> + +<p>Quand il s'agissoit de régler les différends, elles +ne prescrivoient guère qu'une manière de décision, +qui étoit le duel, qui tranchoit toutes les difficultés; +mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que +souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties +que celles qui y étoient intéressées.</p> + +<p>Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, +il falloit qu'il entrât dans la dispute, et qu'il payât +de sa personne, comme s'il avoit été lui-même +en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel +choix et d'une préférence si flatteuse; et tel qui +n'auroit pas voulu donner quatre pistoles à un +homme pour le sauver de la potence, lui et toute +sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer +pour lui mille fois sa vie.</p> + +<p>Cette manière de décider étoit assez mal imaginée, +car de ce qu'un homme étoit plus adroit ou +plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit pas qu'il +eût de meilleures raisons.</p> + +<p>Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines +très-sévères; mais c'est en vain: l'honneur, qui +veut toujours régner, se révolte, et il ne reconnoît +point de lois.</p> + +<p>Ainsi les François sont dans un état bien violent: +car les mêmes lois de l'honneur obligent un +honnête homme de se venger quand il a été offensé; +mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus +cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les +lois de l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on +suit celles de la justice, on est banni pour jamais +de la société des hommes: il n'y a donc que cette +cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne +de vivre.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCII" id="LETTRE_XCII"></a>LETTRE XCII.</h2> + +<h3>USBEK A RUSTAN.</h3> + +<h3>A Ispahan.</h3> + + +<p>Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur +de Perse, qui se joue insolemment des deux +plus grands rois du monde. Il apporte au monarque +des François des présents que le nôtre ne sauroit +donner à un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par +sa lâche avarice, il a flétri la majesté des deux empires.</p> + +<p>Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui +prétend être le plus poli de l'Europe, et il a fait +dire en Occident que le roi des rois ne domine +que sur des barbares.</p> + +<p>Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu +se faire refuser lui-même; et, comme si la cour de +France avoit eu plus à cœur la grandeur persane +que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant +un peuple dont il est le mépris.</p> + +<p>Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête +d'un malheureux. Je ne veux pas que nos ministres +le punissent de leur propre imprudence, +et de l'indigne choix qu'ils ont fait.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCIII" id="LETTRE_XCIII"></a>LETTRE XCIII.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Le monarque qui a si longtemps régné n'est +plus<a name="FNanchor_A_1" id="FNanchor_A_1"></a><a href="#Footnote_A_1" class="fnanchor">[A]</a>. Il a bien fait parler des gens pendant sa +vie; tout le monde s'est tû à sa mort. Ferme et courageux +dans ce dernier moment, il a paru ne céder +qu'au destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, +après avoir rempli toute la terre de son nom.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_A_1" id="Footnote_A_1"></a><a href="#FNanchor_A_1"><span class="label">[A]</span></a> Il mourut le 1<sup>er</sup> septembre 1715.</p></div> + +<p>Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait +faire ici que des réflexions morales. Chacun a +pensé à ses affaires, et à prendre ses avantages +dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du +monarque défunt, n'ayant que cinq ans, un prince +son oncle a été déclaré régent du royaume.</p> + +<p>Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit +l'autorité du régent. Ce prince habile a été au parlement; +et, y exposant tous les droits de sa naissance, +il a fait casser la disposition du monarque, +qui, voulant se survivre à lui-même, sembloit +avoir prétendu régner encore après sa mort.</p> + +<p>Les parlements ressemblent à ces ruines que +l'on foule aux pieds, mais qui rappellent toujours +l'idée de quelque temple fameux par l'ancienne +religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus +que de rendre la justice; et leur autorité est toujours +languissante, à moins que quelque conjoncture +imprévue ne vienne lui rendre la force et la +vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses +humaines: ils ont cédé au temps, qui détruit tout; +à la corruption des mœurs, qui a tout affoibli; à +l'autorité suprême, qui a tout abattu.</p> + +<p>Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable +au peuple, a paru d'abord respecter cette image de +la liberté publique; et, comme s'il avoit pensé à +relever de terre le temple et l'idole, il a voulu +qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie +et le fondement de toute autorité légitime.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCIV" id="LETTRE_XCIV"></a>LETTRE XCIV.</h2> + +<h3>USBEK A SON FRÈRE, +SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.</h3> + + +<p>Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me +prosterne: je regarde les vestiges de tes pieds +comme la prunelle de mes yeux. Ta sainteté est si +grande, qu'il semble que tu aies le cœur de notre +saint prophète; tes austérités étonnent le ciel +même; les anges t'ont regardé du sommet de la +gloire, et ont dit: Comment est-il encore sur la +terre, puisque son esprit est avec nous, et vole +autour du trône qui est soutenu par les nuées?</p> + +<p>Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai +appris de nos docteurs que les dervis, même infidèles, +ont toujours un caractère de sainteté qui +les rend respectables aux vrais croyants; et que +Dieu s'est choisi dans tous les coins de la terre +des âmes plus pures que les autres, qu'il a séparées +du monde impie, afin que leurs mortifications +et leurs prières ferventes suspendissent sa +colère prête à tomber sur tant de peuples rebelles?</p> + +<p>Les chrétiens disent des merveilles de leurs +premiers santons, qui se réfugièrent à milliers +dans les déserts affreux de la Thébaïde, et eurent +pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils +en disent est vrai, leurs vies sont aussi pleines de +prodiges que celles de nos plus sacrés immaums. +Ils passoient quelquefois dix ans entiers sans voir +un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le +jour avec des démons; ils étoient sans cesse tourmentés +par ces esprits malins; ils les trouvoient +au lit, ils les trouvoient à table; jamais d'asile +contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable, +il faudroit avouer que personne n'auroit +jamais vécu en plus mauvaise compagnie.</p> + +<p>Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires +comme une allégorie bien naturelle, qui +nous peut servir à nous faire sentir le malheur de +la condition humaine. En vain cherchons-nous +dans le désert un état tranquille; les tentations +nous suivent toujours: nos passions, figurées par +les démons, ne nous quittent point encore; ces +monstres du cœur, ces illusions de l'esprit, ces +vains fantômes de l'erreur et du mensonge, se +montrent toujours à nous pour nous séduire, et +nous attaquent jusque dans les jeûnes et les cilices, +c'est-à-dire jusque dans notre force même.</p> + +<p>Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé +de Dieu a enchaîné Satan, et l'a précipité +dans les abîmes: il a purifié la terre, autrefois +pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour +des anges et des prophètes.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCV" id="LETTRE_XCV"></a>LETTRE XCV</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on +n'ait commencé par rechercher soigneusement +quelle est l'origine des sociétés; ce qui me paroît +ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils +se quittoient et se fuyoient les uns les autres, +il faudroit en demander la raison, et chercher +pourquoi ils se tiennent séparés: mais ils naissent +tous liés les uns aux autres; un fils est né auprès +de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la +cause de la société.</p> + +<p>Le droit public est plus connu en Europe qu'en +Asie: cependant on peut dire que les passions des +princes, la patience des peuples, la flatterie des +écrivains, en ont corrompu tous les principes.</p> + +<p>Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une +science qui apprend aux princes jusqu'à quel point +ils peuvent violer la justice sans choquer leurs intérêts. +Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour endurcir +leur conscience, mettre l'iniquité en système, +d'en donner des règles, d'en former des +principes, et d'en tirer des conséquences!</p> + +<p>La puissance illimitée de nos sublimes sultans, +qui n'a d'autre règle qu'elle-même, ne produit pas +plus de monstres que cet art indigne qui veut faire +plier la justice, tout inflexible qu'elle est.</p> + +<p>On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes +différentes: l'une qui règle les affaires des particuliers, +qui règne dans le droit civil; l'autre qui +règle les différends qui surviennent de peuple à +peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme +si le droit public n'étoit pas lui-même un droit +civil, non pas à la vérité d'un pays particulier, +mais du monde.</p> + +<p>Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées +là-dessus.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCVI" id="LETTRE_XCVI"></a>LETTRE XCVI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen +à citoyen: chaque peuple la doit rendre +lui-même de lui à un autre peuple. Dans cette +seconde distribution de justice, on ne peut employer +d'autres maximes que dans la première.</p> + +<p>De peuple à peuple, il est rarement besoin de +tiers pour juger, parce que les sujets de disputes +sont presque toujours clairs et faciles à terminer. +Les intérêts de deux nations sont ordinairement +si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour +la trouver: on ne peut guère se prévenir dans sa +propre cause.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des différends qui arrivent +entre particuliers. Comme ils vivent en +société, leurs intérêts sont si mêlés et si confondus, +il y en a tant de sortes différentes, qu'il est +nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité +des parties cherche à obscurcir.</p> + +<p>Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les +unes qui se font pour repousser un ennemi qui +attaque; les autres pour secourir un allié qui est +attaqué.</p> + +<p>Il n'y auroit point de justice de faire la guerre +pour des querelles particulières du prince, à moins +que le cas ne fût si grave qu'il méritât la mort du +prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un +prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura +refusé un honneur qui lui est dû, ou parce qu'on +aura eu quelque procédé peu convenable à l'égard +de ses ambassadeurs, et autres choses pareilles; +non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui +lui refuse le pas. La raison en est que, comme la +déclaration de guerre doit être un acte de justice, +dans lequel il faut toujours que la peine soit proportionnée +à la faute, il faut voir si celui à qui on +déclare la guerre mérite la mort. Car faire la +guerre à quelqu'un, c'est vouloir le punir de mort.</p> + +<p>Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère +c'est la guerre: puisque son but est la destruction +de la société.</p> + +<p>Les représailles sont du second degré. C'est une +loi que les tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer, +de mesurer la peine par le crime.</p> + +<p>Un troisième acte de justice est de priver un +prince des avantages qu'il peut tirer de nous, proportionnant +toujours la peine à l'offense.</p> + +<p>Le quatrième acte de justice, qui doit être le +plus fréquent, est la renonciation à l'alliance du +peuple dont on a à se plaindre. Cette peine répond +à celle du bannissement établie dans les tribunaux, +qui retranche les coupables de la société. +Ainsi un prince à l'alliance duquel nous renonçons +est retranché par là de notre société, et +n'est plus un de nos membres.</p> + +<p>On ne peut pas faire de plus grand affront à un +prince que de renoncer à son alliance, ni lui faire +de plus grand honneur que de la contracter. Il +n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus +glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres +toujours attentifs à leur conservation.</p> + +<p>Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle +soit juste: ainsi une alliance faite entre deux nations +pour en opprimer une troisième n'est pas +légitime, et on peut la violer sans crime.</p> + +<p>Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité +du prince de s'allier avec un tyran. On dit qu'un +monarque d'Égypte fit avertir le roi de Samos de +sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en +corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire +qu'il renonçoit à son amitié et à son alliance.</p> + +<p>La conquête ne donne point un droit par elle-même. +Lorsque le peuple subsiste, elle est un gage +de la paix et de la réparation du tort; et, si le +peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument +d'une tyrannie.</p> + +<p>Les traités de paix sont si sacrés parmi les +hommes, qu'il semble qu'ils soient la voix de la +nature, qui réclame ses droits. Ils sont tous légitimes, +lorsque les conditions en sont telles que les +deux peuples peuvent se conserver: sans quoi, +celle des deux sociétés qui doit périr, privée de sa +défense naturelle par la paix, la peut chercher dans +la guerre.</p> + +<p>Car la nature, qui a établi les différents degrés +de force et de foiblesse parmi les hommes, a encore +souvent égalé la foiblesse à la force par le +désespoir.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCVII" id="LETTRE_XCVII"></a>LETTRE XCVII.</h2> + +<h3>LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du +royaume de Visapour: j'en ai acheté une pour +ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui m'envoya +il y a un mois son commandement sublime +et cent tomans.</p> + +<p>Je me connois en femmes, d'autant mieux +qu'elles ne me surprennent pas, et qu'en moi les +yeux ne sont point troublés par les mouvements +du cœur.</p> + +<p>Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si +parfaite: ses yeux brillants portent la vie sur son +visage, et relèvent l'éclat d'une couleur qui pourroit +effacer tous les charmes de la Circassie.</p> + +<p>Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan +la marchandoit avec moi; mais elle se déroboit +dédaigneusement à ses regards, et sembloit chercher +les miens, comme si elle avoit voulu me dire +qu'un vil marchand n'étoit pas digne d'elle, et +qu'elle étoit destinée à un plus illustre époux.</p> + +<p>Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie +secrète quand je pense aux charmes de cette +belle personne: il me semble que je la vois entrer +dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir +l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur +impérieuse des unes; l'affliction muette, mais plus +douloureuse, des autres; la consolation maligne +de celles qui n'espèrent plus rien, et l'ambition +irritée de celles qui espèrent encore.</p> + +<p>Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire +changer tout un sérail de face. Que de passions je +vais émouvoir! Que de craintes et de peines je +prépare!</p> + +<p>Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors +ne sera pas moins tranquille: les grandes révolutions +seront cachées dans le fond du cœur; les +chagrins seront dévorés, et les joies contenues; +l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les +règles moins inflexibles; la douceur, toujours +contrainte de paroître, sortira du fond même du +désespoir.</p> + +<p>Nous remarquons que, plus nous avons de +femmes sous nos yeux, moins elles nous donnent +d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire, +moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission, +tout cela leur forme des chaînes. Les +unes sont sans cesse attentives sur les démarches +des autres: il semble que, de concert avec nous, +elles travaillent à se rendre plus dépendantes; elles +font presque la moitié de notre office, et nous +ouvrent les yeux quand nous les fermons. Que +dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre +leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles +se trouvent près de celles qu'on punit.</p> + +<p>Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela +n'est rien sans la présence du maître. Que pouvons-nous +faire avec ce vain fantôme d'une autorité +qui ne se communique jamais tout entière? Nous +ne représentons que foiblement la moitié de toi-même: +nous ne pouvons que leur montrer une +odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte par +les espérances: plus absolu quand tu caresses, +que tu ne l'es quand tu menaces.</p> + +<p>Reviens donc, magnifique seigneur, reviens +dans ces lieux porter partout les marques de ton +empire. Viens adoucir des passions désespérées: +viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser +l'amour qui murmure, et rendre le devoir même +aimable; viens enfin soulager tes fidèles eunuques +d'un fardeau qui s'appesantit chaque jour.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCVIII" id="LETTRE_XCVIII"></a>LETTRE XCVIII.</h2> + +<h3>USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE +DE JARON.</h3> + + +<p>O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de +tant de connoissances, écoute ce que je vais +te dire.</p> + +<p>Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont +point atteint jusqu'au faîte de la sagesse orientale: +ils n'ont point été ravis jusqu'au trône lumineux; +ils n'ont, ni entendu les paroles ineffables dont les +concerts des anges retentissent, ni senti les formidables +accès d'une fureur divine: mais, laissés +à eux-mêmes, privés des saintes merveilles, ils +suivent dans le silence les traces de la raison +humaine.</p> + +<p>Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a +conduits. Ils ont débrouillé le chaos; et ont expliqué, +par une mécanique simple, l'ordre de l'architecture +divine. L'auteur de la nature a donné du +mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage +pour produire cette prodigieuse variété d'effets, +que nous voyons dans l'univers.</p> + +<p>Que les législateurs ordinaires nous proposent +des lois pour régler les sociétés des hommes; des +lois aussi sujettes au changement que l'esprit de +ceux qui les proposent et des peuples qui les observent: +ceux-ci ne nous parlent que des lois générales, +immuables, éternelles, qui s'observent sans +aucune exception, avec un ordre, une régularité, et +une promptitude infinie, dans l'immensité des +espaces.</p> + +<p>Et que crois-tu, homme divin, que soient ces +lois? Tu t'imagines peut-être qu'entrant dans le +conseil de l'Éternel, tu vas être étonné par la +sublimité des mystères: tu renonces par avance à +comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.</p> + +<p>Mais tu changeras bientôt de pensée: elles +n'éblouissent point par un faux respect; leur +simplicité les a fait longtemps méconnoître, et +ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en +a connu toute la fécondité et toute l'étendue.</p> + +<p>La première est que tout corps tend à décrire +une ligne droite, à moins qu'il ne rencontre quelque +obstacle qui l'en détourne; et la seconde, qui +n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui +tourne autour d'un centre tend à s'en éloigner, +parce que, plus il en est loin, plus la ligne qu'il +décrit approche de la ligne droite.</p> + +<p>Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà +des principes féconds, dont on tire des conséquences +à perte de vue, comme je te le ferai voir dans +une lettre particulière.</p> + +<p>La connoissance de cinq ou six vérités a rendu +leur philosophie pleine de miracles, et leur a fait +faire plus de prodiges et de merveilles que tout ce +qu'on nous raconte de nos saints prophètes.</p> + +<p>Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de +nos docteurs qui n'eût été embarrassé, si on lui +eût dit de peser dans une balance tout l'air qui +est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau +qui tombe chaque année sur sa surface; et qui +n'eût pensé plus de quatre fois, avant de dire combien +de lieues le son fait dans une heure; quel +temps un rayon de lumière emploie à venir du +soleil à nous; combien de toises il y a d'ici à Saturne; +quelle est la courbe selon laquelle un vaisseau +doit être taillé, pour être le meilleur voilier +qu'il soit possible.</p> + +<p>Peut-être que si quelque homme divin avoit +orné les ouvrages de ces philosophes de paroles +hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des figures +hardies et des allégories mystérieuses, il auroit +fait un bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint +Alcoran.</p> + +<p>Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je +ne m'accommode guères du style figuré. Il y a +dans notre Alcoran un grand nombre de choses +puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles +soient relevées par la force et la vie de +l'expression. Il semble d'abord que les livres +inspirés ne sont que les idées divines rendues en +langage humain: au contraire, dans nos livres +saints, on trouve le langage de Dieu, et les idées +des hommes; comme si, par un admirable caprice, +Dieu y avoit dicté les paroles, et que +l'homme eût fourni les pensées.</p> + +<p>Tu diras peut-être que je parle trop librement +de ce qu'il y a de plus saint parmi nous; tu croiras +que c'est le fruit de l'indépendance où l'on vit +dans ce pays. Non, grâces au ciel, l'esprit n'a pas +corrompu le cœur; et, tandis que je vivrai, Ali +sera mon prophète.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_XCIX" id="LETTRE_XCIX"></a>LETTRE XCIX.</h2> + +<h3>USBEK A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit +si inconstante que dans celui-ci. Il arrive tous +les dix ans des révolutions qui précipitent le riche +dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des +ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci +est étonné de sa pauvreté; celui-là l'est de son +abondance. Le nouveau riche admire la sagesse +de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du +destin.</p> + +<p>Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des +trésors: parmi eux il y a peu de Tantales. Ils +commencent pourtant ce métier par la dernière +misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant +qu'ils sont pauvres; quand ils sont riches, on +les estime assez: aussi ne négligent-ils rien pour +acquérir de l'estime.</p> + +<p>Ils sont à présent dans une situation bien terrible. +On vient d'établir une chambre qu'on appelle +de justice, parce qu'elle va leur ravir tout leur +bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs +effets; car on les oblige de les déclarer au juste, +sous peine de la vie: ainsi on les fait passer par +un défilé bien étroit, je veux dire entre la vie +et leur argent. Pour comble d'infortune, il y a +un ministre connu par son esprit, qui les honore +de ses plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations +du conseil. On ne trouve pas tous les +jours des ministres disposés à faire rire le peuple; +et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir +entrepris.</p> + +<p>Le corps des laquais est plus respectable en +France qu'ailleurs: c'est un séminaire de grands +seigneurs; il remplit le vide des autres états. Ceux +qui le composent prennent la place des grands +malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes +tués dans les fureurs de la guerre; et +quand ils ne peuvent pas suppléer par eux-mêmes, +ils relèvent toutes les grandes maisons par le +moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce +de fumier qui engraisse les terres montagneuses et +arides.</p> + +<p>Je trouve, Ibben, la providence admirable dans +la manière dont elle a distribué les richesses: si +elle ne les avoit accordées qu'aux gens de bien, on +ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et +on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand +on examine qui sont les gens qui en sont les plus +chargés, à force de mépriser les riches, on vient +enfin à mépriser les richesses.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_C" id="LETTRE_C"></a>LETTRE C.</h2> + +<h3>RICA A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Je trouve les caprices de la mode, chez les François, +étonnants. Ils ont oublié comment ils +étoient habillés cet été; ils ignorent encore plus +comment ils le seront cet hiver: mais surtout on +ne sauroit croire combien il en coûte à un mari, +pour mettre sa femme à la mode.</p> + +<p>Que me serviroit de te faire une description +exacte de leur habillement et de leurs parures? +une mode nouvelle viendroit détruire tout mon +ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant +que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé.</p> + +<p>Une femme qui quitte Paris pour aller passer +six mois à la campagne en revient aussi antique +que si elle s'y étoit oubliée trente ans. Le fils +méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit +avec lequel elle est peinte lui paroît étranger; il +s'imagine que c'est quelque Américaine qui y est +représentée; ou que le peintre a voulu exprimer +quelqu'une de ses fantaisies.</p> + +<p>Quelquefois les coiffures montent insensiblement; +et une révolution les fait descendre tout à +coup. Il a été un temps que leur hauteur immense +mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même: +dans un autre, c'étoit les pieds qui occupoient +cette place; les talons faisoient un piédestal, +qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le croire? +les architectes ont été souvent obligés de hausser, +de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les +parures des femmes exigeoient d'eux ce changement; +et les règles de leur art ont été asservies à +ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage +une quantité prodigieuse de mouches, et elles +disparoissent toutes le lendemain. Autrefois les +femmes avoient de la taille, et des dents; aujourd'hui +il n'en est pas question. Dans cette changeante +nation, quoi qu'en dise le critique, les +filles se trouvent autrement faites que leurs +mères.</p> + +<p>Il en est des manières et de la façon de vivre +comme des modes: les François changent de +mœurs selon l'âge de leur roi. Le monarque +pourroit même parvenir à rendre la nation grave, +s'il l'avoit entrepris. Le prince imprime le caractère +de son esprit à la cour, la cour à la ville, la +ville aux provinces. L'âme du souverain est un +moule qui donne la forme à toutes les autres.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CI" id="LETTRE_CI"></a>LETTRE CI.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse +des François sur leurs modes. Cependant +il est inconcevable à quel point ils en sont entêtés: +c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout +ce qui se fait chez les autres nations; ils y rappellent +tout; ce qui est étranger leur paroît toujours +ridicule. Je t'avoue que je ne saurois guères +ajuster cette fureur pour leurs costumes avec +l'inconstance avec laquelle ils en changent tous +les jours.</p> + +<p>Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est +étranger, je ne te parle que des bagatelles; car, +sur les choses importantes, ils semblent s'être méfiés +d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent +de bon cœur que les autres peuples sont plus +sages, pourvu qu'on convienne qu'ils sont mieux +vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux lois d'une +nation rivale, pourvu que les perruquiers françois +décident en législateurs sur la forme des perruques +étrangères. Rien ne leur paroît si beau que +de voir le goût de leurs cuisiniers régner du septentrion +au midi; et les ordonnances de leurs +coiffeuses portées dans toutes les toilettes de +l'Europe.</p> + +<p>Avec ces nobles avantages, que leur importe +que le bon sens leur vienne d'ailleurs, et qu'ils +aient pris de leurs voisins tout ce qui concerne le +gouvernement politique et civil?</p> + +<p>Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien +et le plus puissant de l'Europe, soit gouverné, depuis +plus de dix siècles, par des lois qui ne sont +pas faites pour lui? Si les François avoient été +conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre: +mais ils sont les conquérants.</p> + +<p>Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par +leurs premiers rois dans les assemblées générales +de la nation; et ce qu'il y a de singulier, c'est que +les lois romaines, qu'ils ont prises à la place, +étoient en partie faites et en partie rédigées par +des empereurs contemporains de leurs législateurs.</p> + +<p>Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout +le bon sens leur vînt d'ailleurs, ils ont adopté +toutes les constitutions des papes, et en ont fait +une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre +de servitude.</p> + +<p>Il est vrai que, dans les derniers temps, on a +rédigé par écrit quelques statuts des villes et des +provinces: mais ils sont presque tous pris du droit +romain.</p> + +<p>Cette abondance de lois adoptées, et pour +ainsi dire naturalisées, est si grande qu'elle accable +également la justice et les juges. Mais ces +volumes de lois ne sont rien en comparaison de +cette armée effroyable de glossateurs, de commentateurs, +de compilateurs; gens aussi foibles +par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont +forts par leur nombre prodigieux.</p> + +<p>Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit +des formalités qui sont la honte de la raison +humaine. Il seroit assez difficile de décider si +la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle +est entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle +s'est logée dans la médecine; si elle a fait plus de +ravages sous la robe d'un jurisconsulte que sous +le large chapeau d'un médecin; et si dans l'une +elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans +l'autre.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CII" id="LETTRE_CII"></a>LETTRE CII.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>On parle toujours ici de la constitution. J'entrai +l'autre jour dans une maison où je vis d'abord +un gros homme avec un teint vermeil, qui disoit +d'une voix forte: J'ai donné mon mandement; +je n'irai point répondre à tout ce que vous dites; +mais lisez-le, ce mandement; et vous verrez que +j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a fallu bien suer +pour le faire, dit-il en portant la main sur le +front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il +m'a fallu lire bien des auteurs latins. Je le crois, +dit un homme qui se trouva là, car c'est un bel +ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si souvent +vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, +lisez-le donc, reprit-il, et vous serez plus instruit +sur ces matières dans un quart d'heure, que si je +vous en avois parlé deux heures. Voilà comme il +évitoit d'entrer en conversation, et de commettre +sa suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut +obligé de sortir de ses retranchements; et il +commença à dire théologiquement force sottises, +soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement. +Quand deux hommes qui +étoient là lui nioient quelque principe, il disoit +d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi; +et nous sommes des juges infaillibles. Et comment, +lui dis-je pour lors, êtes-vous des juges +infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le +Saint-Esprit nous éclaire? Cela est heureux, lui +répondis-je; car, de la manière dont vous avez +parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez +grand besoin d'être éclairé.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CIII" id="LETTRE_CIII"></a>LETTRE CIII.</h2> + +<h3>USBEK A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Les plus puissants États de l'Europe sont ceux +de l'empereur, des rois de France, d'Espagne et +d'Angleterre. L'Italie et une grande partie de +l'Allemagne sont partagées en un nombre infini +de petits États, dont les princes sont, à proprement +parler, les martyrs de la souveraineté. Nos +glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart +de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui +ne sont pas si unis, sont plus à plaindre: leurs +États sont ouverts comme des caravansérails, où +ils sont obligés de loger les premiers qui viennent: +il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, +et leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de +leur amitié.</p> + +<p>La plupart des gouvernements d'Europe sont +monarchiques, ou plutôt sont ainsi appelés: car +je ne sais pas s'il y en a jamais eu véritablement +de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient +subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état +violent, qui dégénère toujours en despotisme, ou +en république: la puissance ne peut jamais être +également partagée entre le peuple et le prince; +l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le +pouvoir diminue d'un côté pendant qu'il augmente +de l'autre; mais l'avantage est ordinairement +du côté du prince, qui est à la tête des armées.</p> + +<p>Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien +grand, et on peut dire qu'ils l'ont tel qu'ils le +veulent: mais ils ne l'exercent point avec tant +d'étendue que nos sultans; premièrement, parce +qu'ils ne veulent point choquer les mœurs et la +religion des peuples; secondement, parce qu'il +n'est pas de leur intérêt de le porter si loin.</p> + +<p>Rien ne rapproche plus les princes de la condition +de leurs sujets, que cet immense pouvoir +qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet plus +aux revers, et aux caprices de la fortune.</p> + +<p>L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux +qui leur déplaisent, au moindre signe qu'ils font, +renverse la proportion qui doit être entre les fautes +et les peines, qui est comme l'âme des États +et l'harmonie des empires; et cette proportion, +scrupuleusement gardée par les princes chrétiens, +leur donne un avantage infini sur nos sultans.</p> + +<p>Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, +s'est attiré la disgrâce du prince, est sûr de +mourir: la moindre faute ou le moindre caprice +le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté +à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses +places aux ennemis, il en seroit aussi quitte pour +perdre la vie: il ne court donc pas plus de risque +dans ce dernier cas que dans le premier.</p> + +<p>Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort +certaine, et ne voyant rien de pis, il se porte naturellement +à troubler l'État, et à conspirer contre +le souverain; seule ressource qui lui reste.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à +qui la disgrâce n'ôte rien que la bienveillance et +la faveur. Ils se retirent de la cour, et ne songent +qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de +leur naissance. Comme on ne les fait guères périr +que pour le crime de lèse-majesté, ils craignent +d'y tomber, par la considération de ce qu'ils ont à +perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait +qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes +morts d'une mort violente.</p> + +<p>Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos +princes, ils n'apportoient pas tant de précautions +pour mettre leur vie en sûreté, ils ne vivroient +pas un jour; et s'ils n'avoient à leur solde un nombre +innombrable de troupes, pour tyranniser le +reste de leurs sujets, leur empire ne subsisteroit +pas un mois.</p> + +<p>Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de +France prit des gardes, contre l'usage de ces +temps-là, pour se garantir des assassins qu'un +petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire +périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles +au milieu de leurs sujets, comme des pères au +milieu de leurs enfants.</p> + +<p>Bien loin que les rois de France puissent de +leur propre mouvement ôter la vie à un de leurs +sujets, comme nos sultans, ils portent au contraire +toujours avec eux la grâce de tous les criminels; +il suffit qu'un homme ait été assez heureux +pour voir l'auguste visage de son prince, pour +qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces monarques +sont comme le soleil, qui porte partout la +chaleur et la vie.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CIV" id="LETTRE_CIV"></a>LETTRE CIV.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici +à peu près ce que me disoit l'autre jour un +Européen assez sensé:</p> + +<p>Le plus mauvais parti que les princes d'Asie +aient pu prendre, c'est de se cacher comme ils +font. Ils veulent se rendre plus respectables: mais +ils font respecter la royauté, et non pas le roi; et +attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et +non pas à une certaine personne.</p> + +<p>Cette puissance invisible qui gouverne est toujours +la même pour le peuple. Quoique dix rois, +qu'il ne connoît que de nom, se soient égorgés +l'un après l'autre, il ne sent aucune différence: +c'est comme s'il avoit été gouverné successivement +par des esprits.</p> + +<p>Si le détestable parricide de notre grand roi +Henri IV avoit porté ce coup sur un roi des Indes, +maître du sceau royal et d'un trésor immense, qui +auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris tranquillement +les rênes de l'empire, sans qu'un seul +homme eût pensé à réclamer son roi, sa famille +et ses enfants.</p> + +<p>On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de +changement dans le gouvernement des princes +d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est de ce qu'il +est tyrannique et affreux?</p> + +<p>Les changements ne peuvent être faits que par +le prince, ou par le peuple; mais là, les princes +n'ont garde d'en faire, parce que, dans un si haut +degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent +avoir; s'ils changeoient quelque chose, ce ne +pourroit être qu'à leur préjudice.</p> + +<p>Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme +quelque résolution, il ne sauroit l'exécuter sur +l'État; il faudroit qu'il contre-balançât tout à +coup une puissance redoutable et toujours unique; +le temps lui manque comme les moyens: mais il +n'a qu'à aller à la source de ce pouvoir; et il ne lui +faut qu'un bras et qu'un instant.</p> + +<p>Le meurtrier monte sur le trône pendant que +le monarque en descend, tombe, et va expirer à +ses pieds.</p> + +<p>Un mécontent en Europe songe à entretenir +quelque intelligence secrète, à se jeter chez les +ennemis, à se saisir de quelque place, à exciter +quelques vains murmures parmi les sujets. Un +mécontent en Asie va droit au prince, étonne, +frappe, renverse: il en efface jusqu'à l'idée; dans +un instant l'esclave et le maître; dans un instant +usurpateur et légitime.</p> + +<p>Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble +ne réunir sur elle toute sa puissance, que pour +indiquer au premier ambitieux l'endroit où il la +trouvera tout entière.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CV" id="LETTRE_CV"></a>LETTRE CV.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Tous les peuples d'Europe ne sont pas également +soumis à leurs princes: par exemple, +l'humeur impatiente des Anglois ne laisse guère à +leur roi le temps d'appesantir son autorité; la +soumission et l'obéissance sont les vertus dont ils +se piquent le moins. Ils disent là-dessus des choses +bien extraordinaires. Selon eux, il n'y a qu'un +lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui +de la gratitude: un mari, une femme, un père et +un fils, ne sont liés entre eux que par l'amour +qu'ils se portent, ou par les bienfaits qu'ils se procurent; +et ces motifs divers de reconnoissance +sont l'origine de tous les royaumes, et de toutes +les sociétés.</p> + +<p>Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses +sujets heureux, veut les accabler et les détruire, le +fondement de l'obéissance cesse; rien ne les lie, +rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans leur +liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir +sans bornes ne sauroit être légitime, parce qu'il +n'a jamais pu avoir d'origine légitime. Car nous +ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre plus +de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes: +or nous n'avons pas sur nous-mêmes un +pouvoir sans bornes; par exemple, nous ne pouvons +pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils, +sur la terre un tel pouvoir.</p> + +<p>Le crime de lèse-majesté n'est autre chose, +selon eux, que le crime que le plus foible commet +contre le plus fort, en lui désobéissant, de quelque +manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple d'Angleterre, +qui se trouva le plus fort contre un de +leurs rois, déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté +à un prince de faire la guerre à ses sujets. +Ils ont donc grande raison, quand ils disent que le +précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre +aux puissances, n'est pas bien difficile à +suivre, puisqu'il leur est impossible de ne le pas +observer: d'autant que ce n'est pas au plus vertueux +qu'on les oblige de se soumettre, mais à +celui qui est le plus fort.</p> + +<p>Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit +vaincu et pris prisonnier un prince qui s'étoit révolté +et lui disputoit la couronne, ayant voulu lui +reprocher son infidélité et sa perfidie: Il n'y a +qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient +d'être décidé lequel de nous deux est le traître.</p> + +<p>Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui +n'ont point opprimé la patrie comme lui: et, +croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne voit point +de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, +les caprices du hasard et de la fortune.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CVI" id="LETTRE_CVI"></a>LETTRE CVI.</h2> + +<h3>RHÉDI A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, +des sciences et des arts cultivés en Occident. +Tu me vas regarder comme un barbare; mais je ne +sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les +hommes du mauvais usage que l'on en fait tous +les jours.</p> + +<p>J'ai ouï dire que la seule invention des bombes +avoit ôté la liberté à tous les peuples d'Europe. +Les princes ne pouvant plus confier la garde des +places aux bourgeois, qui, à la première bombe, +se seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir +de gros corps de troupes réglées, avec lesquelles +ils ont dans la suite opprimé leurs sujets.</p> + +<p>Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il +n'y a plus de places imprenables; c'est-à-dire, +Usbek, qu'il n'y a plus d'asile sur la terre contre +l'injustice et la violence.</p> + +<p>Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin +à découvrir quelque secret qui fournisse une voie +plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire +les peuples et les nations entières.</p> + +<p>Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: +presque toutes les monarchies n'ont été fondées +que sur l'ignorance des arts, et n'ont été détruites +que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire +de Perse peut nous en fournir un exemple +domestique.</p> + +<p>Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; +mais j'ai ouï parler à des gens sensés des ravages +de la chimie: il semble que ce soit un quatrième +fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail, +mais continuellement; tandis que la guerre, la +peste, la famine, les détruisent en gros, mais par +intervalles.</p> + +<p>Que nous a servi l'invention de la boussole, et +la découverte de tant de peuples, qu'à nous communiquer +leurs maladies plutôt que leurs richesses? +L'or et l'argent avoient été établis, par +une convention générale, pour être le prix de +toutes les marchandises et un gage de leur valeur, +par la raison que ces métaux étoient rares, et inutiles +à tout autre usage: que nous importoit-il +donc qu'ils devinssent plus communs, et que, +pour marquer la valeur d'une denrée, nous eussions +deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en +étoit que plus incommode.</p> + +<p>Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien +pernicieuse aux pays qui ont été découverts. Les +nations entières ont été détruites; et les hommes +qui ont échappé à la mort ont été réduits à une +servitude si rude, que le récit en a fait frémir les +musulmans.</p> + +<p>Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! +Aimable simplicité, si chérie de notre saint prophète, +vous me rappelez toujours la naïveté des +anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans +le cœur de nos premiers pères.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CVII" id="LETTRE_CVII"></a>LETTRE CVII.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien +tu fais mieux que tu ne penses. Tu as quitté +ta patrie pour t'instruire, et tu méprises toute instruction: +tu viens pour te former dans un pays +où l'on cultive les beaux-arts, et tu les regardes +comme pernicieux. Te le dirai-je, Rhédi? je suis +plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec toi-même.</p> + +<p>As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux +où nous entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas +nécessaire de se l'imaginer, on peut le voir. Il y a +encore des peuples sur la terre chez lesquels un +singe passablement instruit pourroit vivre avec +honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée +des autres habitants: on ne lui trouveroit point +l'esprit singulier, ni le caractère bizarre; il passeroit +tout comme un autre, et seroit distingué +même par sa gentillesse.</p> + +<p>Tu dis que les fondateurs des empires ont presque +tous ignoré les arts. Je ne te nie pas que des +peuples barbares n'aient pu, comme des torrents +impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de +leurs armées féroces les royaumes les mieux policés. +Mais, prends-y garde, ils ont appris les arts +ou les ont fait exercer aux peuples vaincus; sans +cela leur puissance auroit passé comme le bruit du +tonnerre et des tempêtes.</p> + +<p>Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque +manière de destruction plus cruelle que celle qui +est en usage. Non: si une fatale invention venoit à +se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le +droit des gens; et le consentement unanime des +nations enseveliroit cette découverte. Il n'est point +de l'intérêt des princes de faire des conquêtes par +de pareilles voies: ils doivent chercher des sujets, +et non pas des terres.</p> + +<p>Tu te plains de l'invention de la poudre et des +bombes; tu trouves étrange qu'il n'y ait plus de +place imprenable: c'est-à-dire que tu trouves +étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées +plus tôt qu'elles ne l'étoient autrefois.</p> + +<p>Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires, +que, depuis l'invention de la poudre, les batailles +sont beaucoup moins sanglantes qu'elles ne l'étoient, +parce qu'il n'y a presque plus de mêlée.</p> + +<p>Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier +où un art auroit été préjudiciable, doit-on +pour cela le rejeter? Penses-tu, Rhédi, que la +religion que notre saint prophète a apportée du +ciel soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque +jour à confondre les perfides chrétiens?</p> + +<p>Tu crois que les arts amollissent les peuples, et +par là sont cause de la chute des empires. Tu parles +de la ruine de celui des anciens Perses, qui fut +l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que +cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les +subjuguèrent, cultivoient les arts avec infiniment +plus de soin qu'eux.</p> + +<p>Quand on dit que les arts rendent les hommes +efféminés, on ne parle pas du moins des gens qui +s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais dans l'oisiveté, +qui, de tous les vices, est celui qui amollit +le plus le courage.</p> + +<p>Il n'est donc question que de ceux qui en +jouissent. Mais comme dans un pays policé ceux +qui jouissent des commodités d'un art sont obligés +d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits +à une pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté +et la mollesse sont incompatibles avec les +arts.</p> + +<p>Paris est peut-être la ville du monde la plus +sensuelle, et où l'on raffine le plus sur les plaisirs; +mais c'est peut-être celle où l'on mène une vie +plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement, +il faut que cent autres travaillent sans relâche. +Une femme s'est mis dans la tête qu'elle +devoit paroître à une assemblée avec une certaine +parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans +ne dorment plus, et n'aient plus le loisir de +boire et de manger: elle commande, et elle est +obéie plus promptement que ne seroit notre monarque; +parce que l'intérêt est le plus grand monarque +de la terre.</p> + +<p>Cette ardeur pour le travail, cette passion de +s'enrichir, passe de condition en condition, depuis +les artisans jusqu'aux grands. Personne n'aime à +être plus pauvre que celui qu'il vient de voir immédiatement +au-dessous de lui. Vous voyez à Paris +un homme qui a de quoi vivre jusqu'au jour du +jugement, qui travaille sans cesse, et court risque +d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi +vivre.</p> + +<p>Le même esprit gagne la nation; on n'y voit +que travail et qu'industrie: où est donc ce peuple +efféminé dont tu parles tant?</p> + +<p>Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un +royaume que les arts absolument nécessaires à la +culture des terres, qui sont pourtant en grand +nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne +servent qu'à la volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, +cet État seroit le plus misérable qu'il y eût +au monde.</p> + +<p>Quand les habitants auroient assez de courage +pour se passer de tant de choses qu'ils doivent à +leurs besoins, le peuple dépériroit tous les jours; +et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si +petite puissance qui ne fût en état de le conquérir.</p> + +<p>Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te +faire voir que les revenus des particuliers cesseroient +presque absolument, et par conséquent +ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation +de facultés entre les citoyens; cette circulation +de richesses et cette progression de revenus, +qui vient de la dépendance où sont les +arts les uns des autres, cesseroient absolument; +chacun ne tireroit de revenu que de sa terre, et +n'en tireroit précisément que ce qu'il lui faut +pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est +pas la centième partie du revenu d'un royaume, +il faudroit que le nombre des habitants diminuât +à proportion, et qu'il n'en restât que la centième +partie.</p> + +<p>Fais bien attention jusqu'où vont les revenus +de l'industrie. Un fonds ne produit annuellement +à son maître que la vingtième partie de sa valeur; +mais, avec une pistole de couleur, un peintre +fera un tableau qui lui en vaudra cinquante. On +en peut dire de même des orfèvres, des ouvriers +en laine, en soie, et de toutes sortes d'artisans.</p> + +<p>De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour +qu'un prince soit puissant, il faut que ses sujets +vivent dans les délices; il faut qu'il travaille à +leur procurer toutes sortes de superfluités avec +autant d'attention que les nécessités de la vie.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CVIII" id="LETTRE_CVIII"></a>LETTRE CVIII.</h2> + +<h3>RICA A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse +à ses sujets; elle ne l'est pas moins à toute +l'Europe, par les grands troubles que sa mort +pourroit produire. Mais les rois sont comme les +dieux; et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire +immortels. Sa physionomie est majestueuse, mais +charmante: une belle éducation semble concourir +avec un heureux naturel, et promet déjà un +grand prince.</p> + +<p>On dit que l'on ne peut jamais connoître le +caractère des rois d'Occident jusqu'à ce qu'ils +aient passé par les deux grandes épreuves, de leur +maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt +l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit +de celui-ci; et il se livrera pour cela de grands +combats. Car, sous un jeune prince, ces deux puissances +sont toujours rivales; mais elles se concilient +et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune +prince, le dervis a un rôle bien difficile à soutenir: +la force du roi fait sa foiblesse; mais l'autre +triomphe également de sa foiblesse et de sa force.</p> + +<p>Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu +roi absolument gouverné par les femmes; et cependant, +dans l'âge où il étoit, je crois que c'étoit +le monarque de la terre qui en avoit le moins de +besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: +Il faut que l'on fasse quelque chose pour ce jeune +colonel, sa valeur m'est connue; j'en parlerai au +ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que +ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit +évêque: il est homme de naissance, et je pourrois +répondre de ses mœurs. Il ne faut pas pourtant +que tu t'imagines que celles qui tenoient ces +discours fussent des favorites du prince; elles ne +lui avoient peut-être pas parlé deux fois en leur +vie: chose pourtant très-facile à faire chez les +princes européens. Mais c'est qu'il n'y a personne +qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou +dans les provinces, qui n'ait une femme par les +mains de laquelle passent toutes les grâces et quelquefois +les injustices qu'il peut faire. Ces femmes +ont toutes des relations les unes avec les autres, +et forment une espèce de république, dont les +membres toujours actifs se secourent et se servent +mutuellement: c'est comme un nouvel État dans +l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les +provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, +des prélats, s'il ne connoît les femmes qui +les gouvernent, est comme un homme qui voit +bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît +point les ressorts.</p> + +<p>Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la +maîtresse d'un ministre pour coucher avec lui? +Quelle idée! c'est pour lui présenter cinq ou six +placets tous les matins; et la bonté de leur naturel +paroît dans l'empressement qu'elles ont de +faire du bien à une infinité de gens malheureux, +qui leur procurent cent mille livres de rente.</p> + +<p>On se plaint en Perse de ce que le royaume est +gouverné par deux ou trois femmes: c'est bien +pis en France, où les femmes en général gouvernent, +et prennent non-seulement en gros, mais +même se partagent en détail, toute l'autorité.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CIX" id="LETTRE_CIX"></a>LETTRE CIX.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons +point en Perse, et qui me paroissent ici +fort à la mode: ce sont les journaux. La paresse se +sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir +parcourir trente volumes en un quart d'heure.</p> + +<p>Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait +les compliments ordinaires, que les lecteurs sont +aux abois: il les fait entrer à demi morts dans une +matière noyée au milieu d'une mer de paroles. +Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là, +par un in-quarto; un autre, qui a de plus +belles inclinations, vise à l'in-folio; il faut donc +qu'il étende son sujet à proportion; ce qu'il fait +sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre +lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris +tant de peine à amplifier.</p> + +<p>Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils +ouvrages: j'en ferois bien autant si je voulois ruiner +ma santé et un libraire.</p> + +<p>Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils +ne parlent que des livres nouveaux: comme si la +vérité étoit jamais nouvelle. Il me semble que, +jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, +il n'a aucune raison de leur préférer les +nouveaux.</p> + +<p>Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que +des ouvrages encore tout chauds de la forge, ils +s'en imposent un autre, qui est d'être très-ennuyeux. +Ils n'ont garde de critiquer les livres dont +ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; +et, en effet, quel est l'homme assez hardi pour vouloir +se faire dix ou douze ennemis tous les mois?</p> + +<p>La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes, +qui souffriront une volée de coups de bâton sans +se plaindre; mais qui, peu jaloux de leurs épaules, +le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne sauroient +soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se +donner de garde de les attaquer par un endroit si +sensible; et les journalistes le savent bien. Ils font +donc tout le contraire; ils commencent par louer +la matière qui est traitée: première fadeur; de là +ils passent aux louanges de l'auteur; louanges +forcées: car ils ont affaire à des gens qui sont encore +en haleine, tout prêts à se faire faire raison, +et à foudroyer à coups de plume un téméraire +journaliste.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CX" id="LETTRE_CX"></a>LETTRE CX.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>L'université de Paris est la fille aînée des rois +de France, et très-aînée; car elle a plus de neuf +cents ans: aussi rêve-t-elle quelquefois.</p> + +<p>On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, +un grand démêlé avec quelques docteurs à l'occasion +de la lettre Q<a name="FNanchor_B_2" id="FNanchor_B_2"></a><a href="#Footnote_B_2" class="fnanchor">[B]</a>, qu'elle vouloit que l'on prononçât +comme un K. La dispute s'échauffa si fort, +que quelques-uns furent dépouillés de leurs biens: +il fallut que le parlement terminât le différend; et +il accorda permission, par un arrêt solennel, à +tous les sujets du roi de France de prononcer cette +lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux +corps de l'Europe les plus respectables occupés à +décider du sort d'une lettre de l'alphabet.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_B_2" id="Footnote_B_2"></a><a href="#FNanchor_B_2"><span class="label">[B]</span></a> Il veut parler de la querelle de Ramus.</p></div> + +<p>Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus +grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; +et que, là où il y a plus de sages, il y ait +aussi moins de sagesse. Les grands corps s'attachent +toujours si fort aux minuties, aux formalités, +aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais +qu'après. J'ai ouï dire qu'un roi d'Arragon<a name="FNanchor_C_3" id="FNanchor_C_3"></a><a href="#Footnote_C_3" class="fnanchor">[C]</a> ayant +assemblé les états d'Arragon et de Catalogne, les +premières séances s'employèrent à décider en +quelle langue les délibérations seroient conçues: +la dispute étoit vive, et les états se seroient rompus +mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient, +qui étoit que la demande seroit faite en langage +catalan, et la réponse en arragonois.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_C_3" id="Footnote_C_3"></a><a href="#FNanchor_C_3"><span class="label">[C]</span></a> C'était en 1610.</p></div> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXI" id="LETTRE_CXI"></a>LETTRE CXI.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus +grave que l'on ne pense. Il n'y a rien de plus +sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette, au +milieu de ses domestiques; un général d'armée +n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite +ou son corps de réserve, qu'elle en met à poster +une mouche qui peut manquer, mais dont elle +espère ou prévoit le succès.</p> + +<p>Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour +concilier sans cesse les intérêts de deux rivaux, +pour paroître neutre à tous les deux, pendant +qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre +médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle +leur donne!</p> + +<p>Quelle occupation pour faire venir parties de +plaisir sur parties, les faire succéder et renaître +sans cesse, et prévenir tous les accidents qui pourroient +les rompre!</p> + +<p>Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas +de se divertir; c'est de le paroître: ennuyez-les +tant que vous voudrez, elles vous le pardonneront, +pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien +réjouies.</p> + +<p>Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que +des femmes firent à la campagne. Dans le chemin +elles disoient sans cesse: Au moins, il faudra +bien rire et bien nous divertir.</p> + +<p>Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et +par conséquent assez sérieux. Il faut avouer, dit +une de ces femmes, que nous nous divertissons +bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une +partie aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me +gagnoit, une femme me secoua, et me dit: Eh +bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? +Oui, lui répondis-je en bâillant; je crois que je +crèverai à force de rire. Cependant la tristesse +triomphoit toujours des réflexions; et, quant à +moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement +dans un sommeil léthargique, qui finit tous +mes plaisirs.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXII" id="LETTRE_CXII"></a>LETTRE CXII.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>Le règne du feu roi a été si long, que la fin en +avoit fait oublier le commencement. C'est aujourd'hui +la mode de ne s'occuper que des événements +arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus +que les mémoires de ces temps-là.</p> + +<p>Voici le discours qu'un des généraux de la ville +de Paris prononça dans un conseil de guerre: et +j'avoue que je n'y comprends pas grand'chose.</p> + +<p>«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées +avec perte, je crois qu'il nous sera +facile de réparer cet échec. J'ai six couplets de +chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je +m'assure, remettront toutes choses dans l'équilibre. +J'ai fait choix de quelques voix très-nettes, +qui, sortant de la cavité de certaines +poitrines très-fortes, émouvront merveilleusement +le peuple. Ils sont sur un air qui a fait, +jusqu'à présent, un effet tout particulier.</p> + +<p>«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une +estampe qui fera voir Mazarin pendu.</p> + +<p>«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien +françois; et il l'écorche tellement, qu'il n'est pas +possible que ses affaires ne déclinent. Nous ne +manquons pas de faire bien remarquer au peuple +le ton ridicule dont il prononce<a name="FNanchor_D_4" id="FNanchor_D_4"></a><a href="#Footnote_D_4" class="fnanchor">[D]</a>. Nous relevâmes, +il y a quelques jours, une faute de +grammaire si grossière, qu'on en fit des farces par +tous les carrefours.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_D_4" id="Footnote_D_4"></a><a href="#FNanchor_D_4"><span class="label">[D]</span></a> (Note de l'auteur, extraite de l'<i>édition</i> 1721 2<sup>e</sup>, Cologne, +Pierre Marteau.) +</p><p> +Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'<i>arrêt d'Union</i>, dit +devant les députés du parlement: l'<i>Arrêt</i> d'<i>Ognon</i>, de quoi le +peuple fit force plaisanteries.</p></div> + +<p>«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple +fera du nom de Mazarin un mot générique +pour exprimer toutes les bêtes de somme, et +celles qui servent à tirer.</p> + +<p>«Depuis notre défaite, notre musique l'a si +furieusement vexé sur le péché originel, que, +pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, +il a été obligé de renvoyer tous ses pages.</p> + +<p>«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et +soyez sûrs que nous lui ferons repasser les +monts à coups de sifflets.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXIII" id="LETTRE_CXIII"></a>LETTRE CXIII.</h2> + +<h3>RHÉDI A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis +les historiens anciens et modernes: je compare +tous les temps; j'ai du plaisir à les voir passer, +pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout +mon esprit à ces grands changements qui ont +rendu les âges si différents des âges, et la terre si +peu semblable à elle-même.</p> + +<p>Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose +qui cause tous les jours ma surprise. Comment le +monde est-il si peu peuplé, en comparaison de ce +qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle +pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers +temps? seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et +tomberoit-elle de langueur?</p> + +<p>J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu +que le débris de cette ancienne Italie si fameuse +autrefois. Quoique tout le monde habite les villes, +elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il +semble qu'elles ne subsistent encore, que pour +marquer le lieu où étoient ces cités puissantes +dont l'histoire a tant parlé.</p> + +<p>Il y a des gens qui prétendent que la seule ville +de Rome contenoit autrefois plus de peuple que le +plus grand royaume de l'Europe n'en a aujourd'hui. +Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, +et même vingt mille esclaves, sans compter ceux +qui travailloient dans les maisons de campagne; +et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent mille +citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants +sans que l'imagination ne se révolte.</p> + +<p>Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants +royaumes, et des peuples nombreux, qui en ont +disparu depuis: cette île n'a plus rien de considérable +que ses volcans.</p> + +<p>La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas +la centième partie de ses anciens habitants.</p> + +<p>L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui +que des campagnes inhabitées; et la +France n'est rien, en comparaison de cette ancienne +Gaule dont parle César.</p> + +<p>Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en +faut bien que les peuples y soient, comme autrefois, +obligés de se partager, et d'envoyer dehors, +comme des essaims, des colonies et des nations +entières chercher de nouvelles demeures.</p> + +<p>La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque +plus de peuples.</p> + +<p>On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième +partie des hommes qui y formoient de +si grands empires.</p> + +<p>L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie +mineure, qui contenoit tant de puissantes monarchies, +et un nombre si prodigieux de grandes +villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la +grande Asie, celle qui est soumise au Turc n'est +pas plus pleine; et pour celle qui est sous la +domination de nos rois, si on la compare à l'état +florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle +n'a qu'une très-petite partie des habitants qui y +étoient sans nombre du temps des Xerxès et des +Darius.</p> + +<p>Quant aux petits États qui sont autour de ces +grands empires, ils sont réellement déserts: tels +sont les royaumes d'Irimette, de Circassie et de +Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États, +comptent à peine cinquante mille sujets.</p> + +<p>L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres +pays.</p> + +<p>Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que +délabrement: je crois la voir sortir des ravages de +la peste et de la famine.</p> + +<p>L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne +peut en parler si précisément que des autres parties +du monde: mais, à ne faire attention qu'aux +côtes de la Méditerranée connues de tout temps, +on voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle +étoit, lorsqu'elle étoit province romaine. Aujourd'hui +ses princes sont si foibles, que ce sont les +plus petites puissances du monde.</p> + +<p>Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être +dans ces sortes de choses, j'ai trouvé qu'il y a à +peine sur la terre la cinquantième partie des hommes +qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y +a d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les +jours; et si cela continue, dans dix siècles, elle ne +sera qu'un désert.</p> + +<p>Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe +qui soit jamais arrivée dans le monde; mais +à peine s'en est-on aperçu, parce qu'elle est arrivée +insensiblement, et dans le cours d'un grand nombre +de siècles; ce qui marque un vice intérieur, +un venin secret et caché, une maladie de langueur, +qui afflige la nature humaine.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXIV" id="LETTRE_CXIV"></a>LETTRE CXIV.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible; +les cieux mêmes ne le sont pas: les +astronomes sont des témoins oculaires de tous +leurs changements, qui sont les effets bien naturels +du mouvement universel de la matière.</p> + +<p>La terre est soumise, comme les autres planètes, +aux mêmes lois des mouvements; elle +souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de +ses principes: la mer et le continent semblent +être dans une guerre éternelle; chaque instant +produit de nouvelles combinaisons.</p> + +<p>Les hommes, dans une demeure si sujette aux +changements, sont dans un état aussi incertain: +cent mille causes peuvent agir, dont la plus petite +peut les détruire, et à plus forte raison augmenter +ou diminuer leur nombre.</p> + +<p>Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, +si communes chez les historiens, qui ont +détruit des villes et des royaumes entiers: il y en +a de générales, qui ont mis bien des fois le genre +humain à deux doigts de sa perte.</p> + +<p>Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, +qui ont tour à tour désolé l'univers. Elles +parlent d'une, entr'autres, qui fut si violente +qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se +fit sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire +du Catay: un degré de plus de corruption +auroit peut-être, dans un seul jour, détruit toute +la nature humaine.</p> + +<p>Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse +de toutes les maladies se fit sentir en Europe, en +Asie et en Afrique; elle fit dans très-peu de temps +des effets prodigieux: c'étoit fait des hommes, si +elle avoit continué ses progrès avec la même furie. +Accablés de maux dès leur naissance, incapables +de soutenir le poids des charges de la société, ils +auroient péri misérablement.</p> + +<p>Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus +exalté? et il le seroit devenu sans doute, si l'on +n'avoit été assez heureux pour trouver un remède +aussi puissant que celui qu'on a découvert. +Peut-être que cette maladie, attaquant les parties +de la génération, auroit attaqué la génération +même.</p> + +<p>Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit +pu arriver au genre humain? n'est-elle pas +arrivée en effet, et le déluge ne le réduisit-il pas +à une seule famille?</p> + +<p>Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de +Dieu une idée raisonnable, peuvent-ils comprendre +que la matière et les choses créées n'aient +que six mille ans? que Dieu ait différé pendant +toute l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que +d'hier de sa puissance créatrice? Seroit-ce parce +qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il ne l'auroit +pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, +il ne l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce +qu'il ne l'a pas voulu. Mais, comme il n'y a pas de +succession dans Dieu, si l'on admet qu'il ait voulu +quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et +dès le commencement.</p> + +<p>Il ne faut donc pas compter les années du +monde; le nombre des grains de sable de la mer +ne leur est pas plus comparable qu'un instant.</p> + +<p>Cependant tous les historiens nous parlent d'un +premier père: ils nous font voir la nature humaine +naissante. N'est-il pas naturel de penser +qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun, +comme Noé le fut du déluge; et que ces grands +événements ont été fréquents sur la terre, depuis +la création du monde?</p> + +<p>Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. +Nous voyons plusieurs parties de la terre +se lasser de fournir à la subsistance des hommes: +que savons-nous si la terre entière n'a pas des +causes générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?</p> + +<p>J'ai été bien aise de te donner ces idées générales, +avant de répondre plus particulièrement à ta +lettre sur la diminution des peuples, arrivée depuis +dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai voir +dans une lettre suivante, qu'indépendamment des +causes physiques, il y en a de morales qui ont produit +cet effet.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXV" id="LETTRE_CXV"></a>LETTRE CXV.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Tu cherches la raison pourquoi la terre est +moins peuplée qu'elle ne l'étoit autrefois: et +si tu y fais bien attention, tu verras que la grande +différence vient de celle qui est arrivée dans les +mœurs.</p> + +<p>Depuis que la religion chrétienne et la mahométane +ont partagé le monde romain, les choses +sont bien changées: il s'en faut bien que ces deux +religions soient aussi favorables à la propagation +de l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers.</p> + +<p>Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue: +et en cela elle avoit un très-grand avantage +sur la religion mahométane; le divorce y étoit +permis: ce qui lui en donnoit un autre, non +moins considérable, sur la chrétienne.</p> + +<p>Je ne trouve rien de si contradictoire que cette +pluralité des femmes permise par le saint Alcoran, +et l'ordre de les satisfaire ordonné par le même +livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce +que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements, +et qu'elles vous sont nécessaires comme +vos vêtements. Voilà un précepte qui rend la vie +d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui +qui a les quatre femmes établies par la loi, et seulement +autant de concubines et d'esclaves, ne +doit-il pas être accablé de tant de vêtements?</p> + +<p>Vos femmes sont vos labourages, dit encore le +prophète; approchez-vous donc de vos labourages: +faites du bien pour vos âmes; et vous le trouverez +un jour.</p> + +<p>Je regarde un bon musulman comme un +athlète, destiné à combattre sans relâche; mais +qui bientôt, foible et accablé de ses premières fatigues, +languit dans le champ même de la victoire; +et se trouve, pour ainsi dire, enseveli sous +ses propres triomphes.</p> + +<p>La nature agit toujours avec lenteur, et pour +ainsi dire avec épargne: ses opérations ne sont +jamais violentes; jusque dans ses productions elle +veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec +règle et mesure; si on la précipite, elle tombe +bientôt dans la langueur: elle emploie toute la +force qui lui reste à se conserver, perdant absolument +sa vertu productrice et sa puissance générative.</p> + +<p>C'est dans cet état de défaillance que nous met +toujours ce grand nombre de femmes, plus propres +à nous épuiser qu'à nous satisfaire. Il est +très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans +un sérail prodigieux avec un très-petit nombre +d'enfants: ces enfants mêmes sont la plupart du +temps foibles et malsains, et se sentent de la langueur +de leur père.</p> + +<p>Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une +continence forcée, ont besoin d'avoir des gens +pour les garder, qui ne peuvent être que des eunuques: +la religion, la jalousie, et la raison même, +ne permettent pas d'en laisser approcher d'autres; +ces gardiens doivent être en grand nombre, +soit afin de maintenir la tranquillité au dedans +parmi les guerres que ces femmes se font sans +cesse, soit enfin pour empêcher les entreprises du +dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes ou +concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour +les garder. Mais quelle perte pour la société que +ce grand nombre d'hommes morts dès leur naissance! +quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre!</p> + +<p>Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour +servir avec les eunuques ce grand nombre de +femmes, y vieillissent presque toujours dans une +affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier +pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses, +une fois accoutumées à elles, ne s'en défont presque +jamais.</p> + +<p>Voilà comme un seul homme occupe lui seul +tant de sujets de l'un et l'autre sexe à ses plaisirs, +les fait mourir pour l'État, et les rend inutiles à +la propagation de l'espèce.</p> + +<p>Constantinople et Ispahan sont les capitales des +deux plus grands empires du monde: c'est là que +tout doit aboutir, et que les peuples, attirés de +mille manières, se rendent de toutes parts. Cependant +elles périssent d'elles-mêmes, et elles +seroient bientôt détruites, si les souverains n'y +faisoient venir, presque à chaque siècle, des nations +entières pour les repeupler. J'épuiserai ce +sujet dans une autre lettre.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXVI" id="LETTRE_CXVI"></a>LETTRE CXVI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que +nous; ils en avoient même plus: mais ils en +faisoient un meilleur usage.</p> + +<p>Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la +multiplication de ces esclaves, ils la favorisoient +au contraire de tout leur pouvoir; ils les associoient +le plus qu'ils pouvoient par des espèces de +mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs +maisons de domestiques de tous les sexes, de tous +les âges, et l'État d'un peuple innombrable.</p> + +<p>Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse +d'un maître, naissoient sans nombre autour de +lui: il étoit seul chargé de leur nourriture et de +leur éducation; les pères, libres de ce fardeau, +suivoient uniquement le penchant de la nature, et +multiplioient sans craindre une trop nombreuse +famille.</p> + +<p>Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves +sont occupés à garder nos femmes, et à rien de +plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État, dans une +perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre +à quelques hommes libres, à quelques +chefs de familles, la culture des arts et des terres, +lesquels même s'y donnent le moins qu'ils peuvent.</p> + +<p>Il n'en étoit pas de même chez les Romains: +la république se servoit avec un avantage infini +de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit son +pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître +lui imposoit; avec ce pécule il travailloit et se +tournoit du côté où le portoit son industrie. Celui-ci +faisoit la banque; celui-là se donnoit au commerce +de la mer; l'un vendoit des marchandises +en détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique, +ou bien affermoit et faisoit valoir des terres: +mais il n'y en avoit aucun qui ne s'attachât +de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule, qui +lui procuroit en même temps l'aisance dans la +servitude présente, et l'espérance d'une liberté +future: cela faisoit un peuple laborieux, animoit +les arts et l'industrie.</p> + +<p>Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et +leur travail, se faisoient affranchir, et devenoient +citoyens. La république se réparoit sans cesse, et +recevoit dans son sein de nouvelles familles, à +mesure que les anciennes se détruisoient.</p> + +<p>J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes, +occasion de te prouver que plus il y a d'hommes +dans un État, plus le commerce y fleurit; je +prouverai aussi facilement que plus le commerce +y fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: +ces deux choses s'entr'aident, et se favorisent nécessairement.</p> + +<p>Si cela est, combien ce nombre prodigieux +d'esclaves, toujours laborieux, devoit-il s'accroître +et s'augmenter! L'industrie et l'abondance les +faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient +naître l'abondance et l'industrie.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXVII" id="LETTRE_CXVII"></a>LETTRE CXVII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans, +et cherché la raison pourquoi ils étoient +moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la +domination des Romains: examinons à présent +ce qui a produit cet effet chez les chrétiens.</p> + +<p>Le divorce étoit permis dans la religion païenne, +et il fut défendu aux chrétiens. Ce changement, +qui parut d'abord de si petite conséquence, eut +insensiblement des suites terribles, et telles qu'on +peut à peine les croire.</p> + +<p>On ôta non-seulement toute la douceur du +mariage, mais aussi l'on donna atteinte à sa fin: +en voulant resserrer ses nœuds, on les relâcha; et +au lieu d'unir les cœurs, comme on le prétendoit, +on les sépara pour jamais.</p> + +<p>Dans une action si libre, et où le cœur doit +avoir tant de part, on mit la gêne, la nécessité, +et la fatalité du destin même. On compta pour +rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité +des humeurs; on voulut fixer le cœur, c'est-à-dire +ce qu'il y a de plus variable et de plus inconstant +dans la nature: on attacha sans retour et +sans espérance des gens accablés l'un de l'autre, +et presque toujours mal assortis; et l'on fit comme +ces tyrans qui faisoient lier des hommes vivants +à des corps morts.</p> + +<p>Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel +que la faculté du divorce: un mari et une +femme étoient portés à soutenir patiemment les +peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres +de les faire finir: et ils gardoient souvent ce +pouvoir en main toute leur vie sans en user, par +cette seule considération qu'ils étoient libres de +le faire.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs +peines présentes désespèrent pour l'avenir: ils ne +voient, dans les désagréments du mariage, que +leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là +viennent les dégoûts, les discordes, les mépris; +et c'est autant de perdu pour la postérité. A peine +a-t-on trois ans de mariage, qu'on en néglige +l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: +il se forme des séparations intestines aussi +fortes, et peut-être plus pernicieuses, que si elles +étoient publiques: chacun vit et reste de son +côté, et tout cela au préjudice des races futures. +Bientôt un homme dégoûté d'une femme éternelle, +se livrera aux filles de joie: commerce +honteux et si contraire à la société; lequel, sans +remplir l'objet du mariage, n'en représente tout +au plus que les plaisirs.</p> + +<p>Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une +qui n'est pas propre au dessein de la nature et à +la propagation de l'espèce, soit par son tempérament, +soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec +elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même.</p> + +<p>Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez +les chrétiens tant de mariages fournir un si petit +nombre de citoyens. Le divorce est aboli: les +mariages mal assortis ne se raccommodent plus; +les femmes ne passent plus, comme chez les Romains, +successivement dans les mains de plusieurs +maris, qui en tiroient, dans le chemin, le meilleur +parti qu'il étoit possible.</p> + +<p>J'ose le dire: si, dans une république comme +Lacédémone, où les citoyens étoient sans cesse +gênés par des lois singulières et subtiles, et dans +laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la +république, il avoit été établi que les maris changeassent +de femme tous les ans, il en seroit né un +peuple innombrable.</p> + +<p>Il est assez difficile de faire bien comprendre la +raison qui a porté les chrétiens à abolir le divorce. +Le mariage, chez toutes les nations du monde, +est un contrat susceptible de toutes les conventions, +et on n'en a dû bannir que celles qui +auroient pu en affoiblir l'objet; mais les chrétiens +ne le regardent pas dans ce point de vue: aussi +ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est. Ils ne +le font pas consister dans le plaisir des sens; au +contraire, comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils +veulent l'en bannir autant qu'ils le peuvent: mais +c'est une image, une figure, et quelque chose +de mystérieux, que je ne comprends point.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXVIII" id="LETTRE_CXVIII"></a>LETTRE CXVIII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>La prohibition du divorce n'est pas la seule +cause de la dépopulation des pays chrétiens: le +grand nombre d'eunuques qu'ils ont parmi eux +n'en est pas une moins considérable.</p> + +<p>Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de +l'autre sexe, qui se vouent à une continence éternelle: +c'est chez les chrétiens la vertu par excellence; +en quoi je ne les comprends pas, ne sachant +ce que c'est qu'une vertu dont il ne résulte +rien.</p> + +<p>Je trouve que leurs docteurs se contredisent +manifestement quand ils disent que le mariage est +saint, et que le célibat, qui lui est opposé, l'est +encore davantage, sans compter qu'en fait de +préceptes et de dogmes fondamentaux, le bien est +toujours le mieux.</p> + +<p>Le nombre de ces gens faisant profession de +célibat est prodigieux. Les pères y condamnoient +autrefois les enfants dès le berceau; aujourd'hui +ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze +ans: ce qui revient à peu près à la même chose.</p> + +<p>Ce métier de continence a anéanti plus +d'hommes que les pestes et les guerres les plus +sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans chaque +maison religieuse une famille éternelle, où il ne +naît personne, et qui s'entretient aux dépens de +toutes les autres. Ces maisons sont toujours +ouvertes, comme autant de gouffres où s'ensevelissent +les races futures.</p> + +<p>Cette politique est bien différente de celle des +Romains, qui établissoient des lois pénales contre +ceux qui se refusoient aux lois du mariage, et +vouloient jouir d'une liberté si contraire à l'utilité +publique.</p> + +<p>Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans +la religion protestante, tout le monde est en +droit de faire des enfants: elle ne souffre ni prêtres +ni dervis; et si, dans l'établissement de cette +religion qui ramenoit tout aux premiers temps, +ses fondateurs n'avoient été accusés sans cesse +d'intempérance, il ne faut pas douter qu'après +avoir rendu la pratique du mariage universelle, +ils n'en eussent encore adouci le joug, et achevé +d'ôter toute la barrière qui sépare, en ce point, le +Nazaréen et Mahomet.</p> + +<p>Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la +religion donne aux protestants un avantage infini +sur les catholiques.</p> + +<p>J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe, +il n'est pas possible que la religion catholique y +subsiste cinq cents ans.</p> + +<p>Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, +les catholiques étoient beaucoup plus forts que +les protestants. Ces derniers sont peu à peu parvenus +à un équilibre, et aujourd'hui la balance +commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité +augmentera tous les jours: les protestants +deviendront plus riches et plus puissants, et les +catholiques plus foibles.</p> + +<p>Les pays protestants doivent être, et sont réellement, +plus peuplés que les catholiques: d'où il +suit, premièrement, que les tributs y sont plus +considérables, parce qu'ils augmentent à proportion +de ceux qui les payent; secondement, que les +terres y sont mieux cultivées; enfin que le commerce +y fleurit davantage, parce qu'il y a plus de +gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus +de besoins on y a plus de ressources pour les remplir. +Quand il n'y a que le nombre de gens suffisants +pour la culture des terres, il faut que le commerce +périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est +nécessaire pour entretenir le commerce, il faut +que la culture des terres manque, c'est-à-dire il +faut que tous les deux tombent en même temps, +parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce +ne soit aux dépens de l'autre.</p> + +<p>Quant aux pays catholiques, non seulement la +culture des terres y est abandonnée, mais même +l'industrie y est pernicieuse; elle ne consiste qu'à +apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. +Dès qu'un homme a cette provision par devers +lui, il ne doit plus s'embarrasser de sa fortune: +il trouve dans le cloître une vie tranquille, qui +dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des +peines.</p> + +<p>Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains +presque toutes les richesses de l'État; c'est une +société de gens avares, qui prennent toujours, et ne +rendent jamais: ils accumulent sans cesse des +revenus pour acquérir des capitaux. Tant de +richesses tombent, pour ainsi dire, en paralysie; +plus de circulation, plus de commerce, plus d'arts, +plus de manufactures.</p> + +<p>Il n'y a point de prince protestant qui ne lève +sur ses peuples dix fois plus d'impôts que le pape +n'en lève sur ses sujets; cependant ces derniers +sont misérables, pendant que les autres vivent +dans l'opulence. Le commerce ranime tout chez +les uns, et le monachisme porte la mort partout +chez les autres.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXIX" id="LETTRE_CXIX"></a>LETTRE CXIX.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de +l'Europe; passons à l'Afrique. On ne peut +guère parler que de ses côtes, parce qu'on n'en +connoît pas l'intérieur.</p> + +<p>Celles de Barbarie, où la religion mahométane +est établie, ne sont plus si peuplées qu'elles +étoient du temps des Romains, par les raisons +que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la +Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies +depuis deux cents ans que les petits rois, ou chefs +de villages, vendent leurs sujets aux princes d'Europe, +pour les porter dans leurs colonies en +Amérique.</p> + +<p>Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, +qui reçoit tous les ans tant de nouveaux +habitants, est elle-même déserte, et ne profite point +des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves, +qu'on transporte dans un autre climat, y périssent +par milliers; et les travaux des mines, où l'on +occupe sans cesse et les naturels du pays et les +étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, +le vif-argent dont il faut faire un continuel +usage, les détruisent sans ressource.</p> + +<p>Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr +un nombre innombrable d'hommes pour tirer du +fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'eux-mêmes +absolument inutiles, et qui ne sont des +richesses que parce qu'on les a choisis pour en +être les signes.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXX" id="LETTRE_CXX"></a>LETTRE CXX.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des +plus petites circonstances du monde: de manière +qu'il ne faut souvent qu'un nouveau tour +dans son imagination pour le rendre beaucoup +plus nombreux qu'il n'étoit.</p> + +<p>Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants, +ont réparé leurs pertes et leurs destructions +continuelles, par cette seule espérance +qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir +naître un roi puissant qui sera le maître de la +terre.</p> + +<p>Les anciens rois de Perse n'avoient tant de +milliers de sujets qu'à cause de ce dogme de la +religion des mages, que les actes les plus agréables +à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit +de faire un enfant, labourer un champ, et planter +un arbre.</p> + +<p>Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, +cela ne vient que d'une certaine manière +de penser: car, comme les enfants regardent leurs +pères comme des dieux, qu'ils les respectent +comme tels dès cette vie, qu'ils les honorent après +leur mort par des sacrifices dans lesquels ils +croient que leurs âmes, anéanties dans le Tyen, +reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à +augmenter une famille si soumise dans cette vie, +et si nécessaire dans l'autre.</p> + +<p>D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent +tous les jours déserts, à cause d'une opinion +qui, toute sainte qu'elle est, ne laisse pas +d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est +enracinée dans les esprits. Nous nous regardons +comme des voyageurs qui ne doivent penser qu'à +une autre patrie; les travaux utiles et durables, +les soins pour assurer la fortune de nos enfants, +les projets qui tendent au delà d'une vie courte et +passagère, nous paroissent quelque chose d'extravagant. +Tranquilles pour le présent, sans inquiétude +pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de +réparer les édifices publics, ni de défricher les +terres incultes, ni de cultiver celles qui sont en état +de recevoir nos soins: nous vivons dans une insensibilité +générale, et nous laissons tout faire à la +providence.</p> + +<p>C'est un esprit de vanité qui a établi chez les +Européens l'injuste droit d'aînesse, si défavorable +à la propagation, en ce qu'il porte l'attention d'un +père sur un seul de ses enfants, et détourne ses +yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour +rendre solide la fortune d'un seul, de s'opposer à +l'établissement de plusieurs; enfin en ce qu'il détruit +l'égalité des citoyens, qui en fait toute l'opulence.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXI" id="LETTRE_CXXI"></a>LETTRE CXXI.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>Les pays habités par les sauvages sont ordinairement +peu peuplés, par l'éloignement qu'ils +ont presque tous pour le travail et la culture de la +terre. Cette malheureuse aversion est si forte que, +lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un +de leurs ennemis, ils ne lui souhaitent autre +chose que d'être réduit à labourer un champ, +croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui +soit un exercice noble et digne d'eux.</p> + +<p>Mais, comme il y a souvent des années où la +chasse et la pêche rendent très-peu, ils sont désolés +par des famines fréquentes; sans compter qu'il +n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson +qui puisse donner la subsistance à un grand +peuple, parce que les animaux fuient toujours les +endroits trop habités.</p> + +<p>D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre +de deux ou trois cents habitants, isolées les +unes des autres, ayant des intérêts aussi séparés +que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir, +parce qu'elles n'ont pas la ressource des +grands États, dont toutes les parties se répondent +et se secourent mutuellement.</p> + +<p>Il y a chez les sauvages une autre coutume qui +n'est pas moins pernicieuse que la première: c'est +la cruelle habitude où sont les femmes de se faire +avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas +désagréables à leurs maris.</p> + +<p>Il y a ici des lois terribles contre ce désordre; +elles vont jusqu'à la fureur. Toute fille qui n'a +point été déclarer sa grossesse au magistrat est +punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la +honte, les accidents même, ne l'excusent jamais.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXII" id="LETTRE_CXXII"></a>LETTRE CXXII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les +pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on +les envoie.</p> + +<p>Il faut que les hommes restent où ils sont: il y +a des maladies qui viennent de ce qu'on change +un bon air contre un mauvais; d'autres qui viennent +précisément de ce qu'on en change.</p> + +<p>L'air se charge, comme les plantes, des particules +de la terre de chaque pays. Il agit tellement +sur nous, que notre tempérament en est fixé. +Lorsque nous sommes transportés dans un autre +pays, nous devenons malades. Les liquides étant +accoutumés à une certaine consistance, les solides +à une certaine disposition, tous les deux, à un +certain degré de mouvement, n'en peuvent plus +souffrir d'autres, et ils résistent à un nouveau pli.</p> + +<p>Quand un pays est désert, c'est un préjugé de +quelque vice particulier de la nature du climat: +ainsi, quand on ôte les hommes d'un ciel heureux +pour les envoyer dans un tel pays, on fait +précisément le contraire de ce qu'on se propose.</p> + +<p>Les Romains savoient cela par expérience; ils +reléguoient tous les criminels en Sardaigne, et ils +y faisoient passer des Juifs. Il fallut se consoler +de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient +pour ces misérables rendoit très-facile.</p> + +<p>Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le +moyen d'entretenir de grosses armées sur les frontières, +transporta presque tous les Arméniens +hors de leur pays, et en envoya plus de vingt +mille familles dans la province de Guilan, qui périrent +presque toutes en très-peu de temps.</p> + +<p>Tous les transports de peuples faits à Constantinople +n'ont jamais réussi.</p> + +<p>Ce nombre prodigieux de nègres dont nous +avons parlé n'a point rempli l'Amérique.</p> + +<p>Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la +Palestine est sans habitants.</p> + +<p>Il faut donc avouer que les grandes destructions +sont presque irréparables, parce qu'un peuple qui +manque à un certain point reste dans le même +état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des +siècles pour cela.</p> + +<p>Que si, dans un état de défaillance, la moindre +des circonstances dont nous avons parlé vient à +concourir, non-seulement il ne se répare pas, +mais il dépérit tous les jours, et tend à son anéantissement.</p> + +<p>L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore +sentir comme le premier jour: bien loin que ce +vide se remplisse, il devient tous les jours plus +grand.</p> + +<p>Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols, +qui ont pris la place de ses anciens habitants, +n'ont pu la repeupler; au contraire, par +une fatalité que je ferois mieux de nommer une +justice divine, les destructeurs se détruisent eux-mêmes, +et se consument tous les jours.</p> + +<p>Les princes ne doivent donc point songer à +peupler de grands pays par des colonies. Je ne +dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois; il y a +des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie +toujours: témoin ces îles<a name="FNanchor_E_5" id="FNanchor_E_5"></a><a href="#Footnote_E_5" class="fnanchor">[E]</a> qui ont été peuplées +par des malades que quelques vaisseaux y avoient +abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la +santé.</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_E_5" id="Footnote_E_5"></a><a href="#FNanchor_E_5"><span class="label">[E]</span></a> L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.</p></div> + +<p>Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu +d'augmenter la puissance, elles ne feroient que la +partager, à moins qu'elles n'eussent très-peu d'étendue, +comme sont celles que l'on envoie pour +occuper quelque place pour le commerce.</p> + +<p>Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, +découvert l'Amérique, ou au moins de grandes +îles dans lesquelles ils faisoient un commerce prodigieux: +mais quand ils virent le nombre de leurs +habitants diminuer, cette sage république défendit +à ses sujets ce commerce et cette navigation.</p> + +<p>J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols +dans les Indes, il faudroit faire repasser les +Indiens et les métifs en Espagne; il faudroit rendre +à cette monarchie tous ses peuples dispersés; +et, si la moitié seulement de ces grandes colonies +se conservoit, l'Espagne deviendroit la puissance +de l'Europe la plus redoutable.</p> + +<p>On peut comparer les empires à un arbre dont +les branches trop étendues ôtent tout le suc du +tronc, et ne servent qu'à faire de l'ombrage.</p> + +<p>Rien ne devrait corriger les princes de la fureur +des conquêtes lointaines que l'exemple des Portugais +et des Espagnols.</p> + +<p>Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité +inconcevable, des royaumes immenses, plus +étonnées de leurs victoires que les peuples vaincus +de leur défaite, songèrent aux moyens de les +conserver, et prirent chacune pour cela une voie +différente.</p> + +<p>Les Espagnols, désespérant de retenir les +nations vaincues dans la fidélité, prirent le parti +de les exterminer, et d'y envoyer d'Espagne des +peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut +plus ponctuellement exécuté. On vit un peuple, +aussi nombreux que tous ceux de l'Europe ensemble, +disparoître de la terre à l'arrivée de ces +barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes, +avoir voulu en même temps découvrir aux hommes +quel étoit le dernier période de la cruauté.</p> + +<p>Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous +leur domination. Juge par là combien les conquêtes +sont funestes, puisque les effets en sont +tels: car enfin ce remède affreux étoit unique. +Comment auroient-ils pu retenir tant de millions +d'hommes dans l'obéissance? Comment soutenir +une guerre civile de si loin? Que seroient-ils devenus, +s'ils avoient donné le temps à ces peuples +de revenir de l'admiration où ils étoient de l'arrivée +de ces nouveaux dieux et de la crainte de leurs +foudres?</p> + +<p>Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout +opposée; ils n'employèrent pas les cruautés: +aussi furent-ils bientôt chassés de tous les pays +qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent +la rébellion de ces peuples, et en profitèrent.</p> + +<p>Quel prince envieroit le sort de ces conquérants? +Qui voudroit de ces conquêtes à ces conditions? +Les uns en furent aussitôt chassés; les +autres en firent des déserts, et rendirent de même +leur propre pays.</p> + +<p>C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir +des pays qu'ils perdent soudain, ou à soumettre +des nations qu'ils sont obligés eux-mêmes +de détruire; comme cet insensé qui se consumoit +à acheter des statues qu'il jetoit dans la mer, et +des glaces qu'il brisoit aussitôt.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXIII" id="LETTRE_CXXIII"></a>LETTRE CXXIII.</h2> + +<h3>USBEK AU MÊME.</h3> + + +<p>La douceur du gouvernement contribue merveilleusement +à la propagation de l'espèce. +Toutes les républiques en sont une preuve constante; +et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, +qui sont les deux plus mauvais pays de +l'Europe, si l'on considère la nature du terrain, et +qui cependant sont les plus peuplés.</p> + +<p>Rien n'attire plus les étrangers que la liberté, +et l'opulence qui la suit toujours: l'une se fait +rechercher par elle-même, et les besoins attirent +dans les pays où l'on trouve l'autre.</p> + +<p>L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance +fournit aux enfants, sans rien diminuer de +la subsistance des pères.</p> + +<p>L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement +de l'égalité dans les fortunes, porte l'abondance +et la vie dans toutes les parties du corps +politique, et la répand partout.</p> + +<p>Il n'en est pas de même des pays soumis au +pouvoir arbitraire: le prince, les courtisans, et +quelques particuliers, possèdent toutes les richesses, +pendant que tous les autres gémissent dans +une pauvreté extrême.</p> + +<p>Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente +qu'il fera des enfants plus pauvres que lui, il ne se +mariera pas; ou s'il se marie, il craindra d'avoir +un trop grand nombre d'enfants, qui pourroient +achever de déranger sa fortune, et qui descendroient +de la condition de leur père.</p> + +<p>J'avoue que le rustique ou paysan, étant une +fois marié, peuplera indifféremment, soit qu'il soit +riche, soit qu'il soit pauvre; cette considération +ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à +laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne +l'empêche jamais de suivre aveuglément l'instinct +de la nature.</p> + +<p>Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants +qui languissent dans la misère? Ils périssent +presque tous à mesure qu'ils naissent; ils ne prospèrent +jamais: foibles et débiles, ils meurent en +détail de mille manières, tandis qu'ils sont emportés +en gros par les fréquentes maladies populaires, +que la misère et la mauvaise nourriture produisent +toujours; ceux qui en échappent atteignent +l'âge viril sans en avoir la force, et languissent +tout le reste de leur vie.</p> + +<p>Les hommes sont comme les plantes, qui ne +croissent jamais heureusement si elles ne sont +bien cultivées: chez les peuples misérables, +l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.</p> + +<p>La France peut fournir un grand exemple de +tout ceci. Dans les guerres passées, la crainte où +étoient tous les enfants de famille qu'on ne les +enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier, +et cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de +la pauvreté. De tant de mariages il naissoit bien +des enfants, que l'on cherche encore en France, +et que la misère, la famine et les maladies en ont +fait disparoître.</p> + +<p>Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un +royaume aussi policé que la France, on fait de +pareilles remarques, que sera-ce dans les autres +États?</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXIV" id="LETTRE_CXXIV"></a>LETTRE CXXIV.</h2> + +<h3>USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,</h3> + +<h3>Gardien des trois tombeaux</h3> + +<h3>A Com.</h3> + + +<p>Que nous servent les jeûnes des immaums et +les cilices des mollaks? La main de Dieu +s'est deux fois appesantie sur les enfants de la loi, +le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que +leurs défaites; leurs armées s'assemblent, et elles +sont dissipées comme la poussière.</p> + +<p>L'empire des Osmanlins est ébranlé par les +deux plus grands échecs qu'il ait jamais reçus: +un moufti chrétien ne le soutient qu'avec peine; +le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, +envoyé pour châtier les sectateurs d'Omar; il +porte partout la colère du ciel, irrité contre leur +rébellion et leur perfidie.</p> + +<p>Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit +et jour sur les enfants du prophète que le détestable +Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent +à la vue de leurs malheurs; tu désires leur +conversion, et non pas leur perte; tu voudrois +les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par les larmes +des saints; et non pas dispersés dans les montagnes +et dans les déserts par la terreur des infidèles.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXV" id="LETTRE_CXXV"></a>LETTRE CXXV.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Quel peut être le motif de ces libéralités immenses +que les princes versent sur leurs +courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur +sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et +d'ailleurs, s'ils acquièrent quelques-uns de leurs +sujets en les achetant, il faut bien, par la même +raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en +les appauvrissant.</p> + +<p>Quand je pense à la situation des princes, toujours +entourés d'hommes avides et insatiables, je +ne puis que les plaindre: et je les plains encore +davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de résister +à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne +demandent rien.</p> + +<p>Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, +des grâces et des pensions qu'ils accordent, que +je ne me livre à mille réflexions: une foule d'idées +se présente à mon esprit; il me semble que j'entends +publier cette ordonnance:</p> + +<p>«Le courage infatigable de quelques-uns de +nos sujets à nous demander des pensions ayant +exercé sans relâche notre magnificence royale, +nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes +qu'ils nous ont présentées, lesquelles +ont fait jusqu'ici la plus grande sollicitude du +trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point +manqué, depuis notre avènement à la couronne, +de se trouver à notre lever; que nous +les avons toujours vus sur notre passage immobiles +comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement +élevés pour regarder, sur les épaules +les plus hautes, notre sérénité. Nous avons +même reçu plusieurs requêtes de la part de +quelques personnes du beau sexe, qui nous ont +supplié de faire attention qu'il étoit notoire +qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes +même très-surannées nous ont prié, +branlant la tête, de faire attention qu'elles ont +fait l'ornement de la cour des rois nos prédécesseurs; +et que, si les généraux de leurs armées +ont rendu l'État redoutable par leurs faits +militaires, elles n'ont point rendu la cour +moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant +traiter les suppliants avec bonté, et leur +accorder toutes leurs prières, nous avons ordonné +ce qui suit:</p> + +<p>«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera +journellement la cinquième partie +du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères +de famille de faire la diminution, sur chacun +d'eux, aussi juste que faire se pourra.</p> + +<p>«Défendons expressément à tous ceux qui +s'appliquent à la culture de leurs héritages, ou +qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire +aucune réparation, de quelque espèce qu'elle +soit.</p> + +<p>«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent +à des travaux vils et mécaniques, lesquelles +n'ont jamais été au lever de notre majesté, n'achètent +désormais d'habits, à eux, à leurs femmes +et à leurs enfants, que de quatre ans en +quatre ans; leur interdisons en outre très-étroitement +ces petites réjouissances qu'ils avoient +coutume de faire, dans leurs familles, les principales +fêtes de l'année.</p> + +<p>«Et, d'autant que nous demeurons averti que +la plupart des bourgeois de nos bonnes villes sont +entièrement occupés à pourvoir à l'établissement +de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues +recommandables, dans notre État, que par une +triste et ennuyeuse modestie, nous ordonnons +qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce qu'ayant +atteint l'âge limité par les ordonnances, elles +viennent à les y contraindre. Défendons à nos +magistrats de pourvoir à l'éducation de leurs +enfants.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXVI" id="LETTRE_CXXVI"></a>LETTRE CXXVI.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>On est bien embarrassé dans toutes les religions, +quand il s'agit de donner une idée des +plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien vécu. +On épouvante facilement les méchants par une +longue suite de peines, dont on les menace: mais, +pour les gens vertueux, on ne sait que leur promettre. +Il semble que la nature des plaisirs soit +d'être d'une courte durée; l'imagination a peine +à en représenter d'autres.</p> + +<p>J'ai vu des descriptions du paradis, capables +d'y faire renoncer tous les gens de bon sens: les +uns font jouer sans cesse de la flûte ces ombres +heureuses; d'autres les condamnent au supplice +de se promener éternellement; d'autres enfin, +qui les font rêver là-haut aux maîtresses d'ici-bas, +n'ont pas cru que cent millions d'années +fussent un terme assez long pour leur ôter le +goût de ces inquiétudes amoureuses.</p> + +<p>Je me souviens à ce propos d'une histoire que +j'ai ouï raconter à un homme qui avoit été dans +le pays du Mogol; elle fait voir que les prêtres +indiens ne sont pas moins stériles que les autres +dans les idées qu'ils ont des plaisirs du paradis.</p> + +<p>Une femme qui venoit de perdre son mari vint +en cérémonie chez le gouverneur de la ville lui +demander permission de se brûler: mais, comme, +dans les pays soumis aux mahométans, on abolit +tant qu'on peut cette cruelle coutume, il la refusa +absolument.</p> + +<p>Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se +jeta dans un furieux emportement. Voyez, disoit-elle, +comme on est gêné! Il ne sera seulement +pas permis à une pauvre femme de se brûler +quand elle en a envie! A-t-on jamais vu rien de +pareil? Ma mère, ma tante, mes sœurs, se sont +bien brûlées? Et, quand je vais demander permission +à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se +met à crier comme un enragé.</p> + +<p>Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze: +Homme infidèle, lui dit le gouverneur, est-ce toi +qui a mis dans l'esprit de cette femme cette fureur? +Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais, +si elle m'en croit, elle consommera son sacrifice; +elle fera une action agréable au dieu Brama: +aussi en sera-t-elle bien récompensée; car elle +retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle +recommencera avec lui un second mariage. Que +dites-vous? dit la femme surprise. Je retrouverai +mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux, +chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu +Brama n'a point fait sur lui quelque réforme, +sûrement il n'a pas besoin de moi. Me brûler +pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour +le retirer du fond des enfers. Deux vieux bonzes, +qui me séduisoient, et qui savoient de quelle manière +je vivois avec lui, n'avoient garde de me +tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent +à me faire, je renonce à cette béatitude. Monsieur +le gouverneur, je me fais mahométane. Et +pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous +pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que +je me porte fort bien.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXVII" id="LETTRE_CXXVII"></a>LETTRE CXXVII.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie +tes lettres d'Ispahan. Les miennes portent que +l'ambassadeur du Grand Mogol a reçu ordre de +sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter +le prince, oncle du roi, qui est chargé de son +éducation; qu'on l'a fait conduire dans un château, +où il est très-étroitement gardé, et qu'on l'a +privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort +de ce prince, et je le plains.</p> + +<p>Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler +les larmes de personne sans en être attendri: je +sens de l'humanité pour les malheureux, comme +s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les +grands même, pour lesquels je trouve dans mon +cœur de la dureté quand ils sont élevés, je les +aime sitôt qu'ils tombent.</p> + +<p>En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, +d'une inutile tendresse? elle approche trop de +l'égalité: ils aiment bien mieux du respect, qui +ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils +sont déchus de leur grandeur, il n'y a que nos +plaintes qui puissent leur en rappeler l'idée.</p> + +<p>Je trouve quelque chose de bien naïf, et même +de bien grand, dans les paroles d'un prince qui, +près de tomber entre les mains de ses ennemis, +voyant ses courtisans autour de lui qui +pleuroient: Je sens, leur dit-il, à vos larmes que +je suis encore votre roi.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXVIII" id="LETTRE_CXXVIII"></a>LETTRE CXXVIII.</h2> + +<h3>RICA A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de +Suède: il assiégeoit une place dans un royaume +qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit la +tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un +coup dans la tête, dont il est mort. On a fait sur-le-champ +arrêter son premier ministre: les états +se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la +tête.</p> + +<p>Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir +calomnié la nation, et de lui avoir fait perdre la +confiance de son roi: forfait qui, selon moi, mérite +mille morts.</p> + +<p>Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir +dans l'esprit du prince le dernier de ses sujets, +qu'est-ce, lorsque l'on noircit la nation entière, +et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la +providence a établi pour faire son bonheur?</p> + + +<p>Je voudrois que les hommes parlassent aux rois +comme les anges parlent à notre saint prophète.</p> + +<p>Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur +des seigneurs descend du plus sublime trône +du monde pour se communiquer à ses esclaves, je +me suis fait une loi sévère de captiver une langue +indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une +seule parole qui pût être amère au dernier de ses +sujets. Quand il m'a fallu cesser d'être sobre, je +n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans +cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie, +et jamais ma vertu.</p> + +<p>Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque +jamais de prince si méchant, que son ministre ne +le soit encore davantage; s'il fait quelque action +mauvaise, elle a presque toujours été suggérée; +de manière que l'ambition des princes n'est jamais +si dangereuse que la bassesse d'âme de ses conseillers. +Mais comprends-tu qu'un homme, qui n'est +que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y +sera pas demain, puisse devenir dans un moment +l'ennemi de lui-même, de sa famille, de sa patrie, +et du peuple qui naîtra à jamais de celui qu'il va +faire opprimer?</p> + +<p>Un prince a des passions; le ministre les remue: +c'est de ce côté-là qu'il dirige son ministère; +il n'a point d'autre but, ni n'en veut connoître. +Les courtisans le séduisent par leurs +louanges; et lui le flatte plus dangereusement par +ses conseils, par les desseins qu'il lui inspire, et +par les maximes qu'il lui propose.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXIX" id="LETTRE_CXXIX"></a>LETTRE CXXIX.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un +de mes amis: il rencontra un homme de sa +connoissance, qu'il me dit être un géomètre; et +il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une +rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât +longtemps par la manche, et le secouât pour le +faire descendre jusqu'à lui; tant il étoit occupé +d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis +plus de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup +d'honnêtetés, et s'apprirent réciproquement +quelques nouvelles littéraires. Ces discours les +menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai +avec eux.</p> + +<p>Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de +tout le monde avec empressement, et que les garçons +du caffé en faisoient beaucoup plus de cas +que de deux mousquetaires qui étoient dans un +coin. Pour lui, il parut qu'il se trouvoit dans un +lieu agréable: car il dérida un peu son visage, et +se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la moindre +teinture de géométrie.</p> + +<p>Cependant son esprit régulier toisoit tout ce +qui se disoit dans la conversation. Il ressembloit +à celui qui, dans un jardin, coupoit avec son épée +la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des +autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé +d'une saillie, comme une vue délicate est offensée +par une lumière trop vive. Rien pour lui n'étoit +indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa conversation +étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce +jour-là de la campagne avec un homme qui avoit +vu un château superbe et des jardins magnifiques; +et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de soixante +pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet +barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité +que les règles de la perspective eussent été tellement +observées, que les allées des avenues eussent +paru partout de même largeur; et il auroit donné +pour cela une méthode infaillible. Il parut fort +satisfait d'un cadran qu'il y avoit démêlé, d'une +structure fort singulière; et il s'échauffa fort contre +un savant qui étoit auprès de moi, qui lui demanda +si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. +Un nouvelliste parla du bombardement du château +de Fontarabie; et il nous donna soudain les +propriétés de la ligne que les bombes avoient décrite +en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut +en ignorer entièrement le succès. Un homme se +plaignoit d'avoir été ruiné l'hiver d'auparavant +par une inondation. Ce que vous me dites là m'est +fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que +je ne me suis pas trompé dans l'observation que +j'ai faite, et qu'il est au moins tombé sur la terre +deux pouces d'eau plus que l'année passée.</p> + +<p>Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. +Comme il alloit assez vite, et qu'il négligeoit de +regarder devant lui, il fut rencontré directement +par un autre homme: ils se choquèrent rudement; +et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son +côté, en raison réciproque de leur vitesse et de +leurs masses. Quand ils furent un peu revenus de +leur étourdissement, cet homme, portant la main +sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise +que vous m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle +à vous apprendre: je viens de donner mon +Horace au public. Comment! dit le géomètre, il +y a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez +pas, reprit l'autre: c'est une traduction de cet +ancien auteur, que je viens de mettre au jour; il +y a vingt ans que je m'occupe à faire des traductions.</p> + +<p>Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt +ans que vous ne pensez pas! Vous parlez pour les +autres, et ils pensent pour vous! Monsieur, dit le +savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un +grand service au public, de lui rendre la lecture +des bons auteurs familière? Je ne dis pas tout à +fait cela: j'estime autant qu'un autre les sublimes +génies que vous travestissez; mais vous ne leur +ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, +on ne vous traduira jamais.</p> + +<p>Les traductions sont comme ces monnoies de +cuivre qui ont bien la même valeur qu'une pièce +d'or, et même sont d'un plus grand usage pour le +peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un +mauvais aloi.</p> + +<p>Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi +nous ces illustres morts; et j'avoue que vous leur +donnez bien un corps: mais vous ne leur rendez +pas la vie; il y manque toujours un esprit pour +les animer.</p> + +<p>Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche +de tant de belles vérités qu'un calcul facile +nous fait découvrir tous les jours? Après ce petit +conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents +l'un de l'autre,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXX" id="LETTRE_CXXX"></a>LETTRE CXXX.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine +nation qu'on appelle les nouvellistes, qui s'assemblent +dans un jardin magnifique, où leur oisiveté +est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à +l'État, et leurs discours de cinquante ans n'ont +pas un effet différent de celui qu'auroit pu produire +un silence aussi long: cependant ils se +croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent +de projets magnifiques, et traitent de grands intérêts.</p> + +<p>La base de leurs conversations est une curiosité +frivole et ridicule: il n'y a point de cabinet si +mystérieux qu'ils ne prétendent pénétrer; ils ne +sauroient consentir à ignorer quelque chose; ils +savent combien notre auguste sultan a de femmes, +combien il fait d'enfants toutes les années; +et quoiqu'ils ne fassent aucune dépense en espions, +ils sont instruits des mesures qu'il prend +pour humilier l'empereur des Turcs et celui des +Mogols.</p> + +<p>A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent +dans l'avenir; et, marchant au-devant +de la providence, la préviennent sur toutes les +démarches des hommes. Ils conduisent un général +par la main; et, après l'avoir loué de mille sottises +qu'il n'a pas faites, ils lui en préparent mille autres +qu'il ne fera pas.</p> + +<p>Ils font voler les armées comme les grues, et +tomber les murailles comme des cartons; ils ont +des ponts sur toutes les rivières, des routes secrètes +dans toutes les montagnes, des magasins immenses +dans les sables brûlants: il ne leur manque +que le bon sens.</p> + +<p>Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette +lettre d'un nouvelliste; comme elle m'a paru singulière, +je la gardai; la voici:</p> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Je me trompe rarement dans mes conjectures +sur les affaires du temps. Le 1<sup>er</sup> janvier 1711, je +prédis que l'empereur Joseph mourroit dans le +cours de l'année: il est vrai que, comme il se +portoit fort bien, je crus que je me ferois moquer +de moi si je m'expliquois d'une manière +bien claire; ce qui fit que je me servis de termes +un peu énigmatiques; mais les gens qui +savent raisonner m'entendirent bien. Le 17 avril +de la même année, il mourut de la petite vérole.</p> + +<p>«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur +et les Turcs, j'allai chercher nos messieurs +dans tous les coins des Tuileries; je les assemblai +près du bassin, et leur prédis qu'on feroit +le siége de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été +assez heureux pour que ma prédiction ait été +accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du +siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le +18 août<a name="FNanchor_F_6" id="FNanchor_F_6"></a><a href="#Footnote_F_6" class="fnanchor">[F]</a>; il ne fut pris que le lendemain: +peut-on perdre à si beau jeu?</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_F_6" id="Footnote_F_6"></a><a href="#FNanchor_F_6"><span class="label">[F]</span></a> 1717.</p></div> + +<p>«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit +en Sardaigne, je jugeai qu'elle en ferait la +conquête: je le dis, et cela se trouva vrai. Enflé +de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse +iroit débarquer à Final pour faire la conquête +du Milanès. Comme je trouvai de la +résistance à faire recevoir cette idée, je voulus +la soutenir glorieusement: je pariai cinquante +pistoles, et je les perdis encore; car ce diable +d'Alberoni, malgré la foi des traités, envoya sa +flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux +grands politiques, le duc de Savoie et moi.</p> + +<p>«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que +j'ai résolu de prédire toujours et de ne parier +jamais. Autrefois nous ne connoissions point aux +Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte +de L. ne les souffrait guère; mais, depuis +qu'une troupe de petits-maîtres s'est mêlée +parmi nous, nous ne savons plus où nous en +sommes. A peine ouvrons-nous la bouche pour +dire une nouvelle, qu'un de ces jeunes gens +propose de parier contre.</p> + +<p>«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, +et accommodois mes lunettes sur mon nez, +un de ces fanfarons, saisissant justement l'intervalle +du premier mot au second, me dit: Je +parie cent pistoles que non. Je fis semblant de +n'avoir pas fait d'attention à cette extravagance; +et, reprenant la parole d'une voix plus forte, +je dis: M. le maréchal de *** ayant appris... +Cela est faux, me dit-il, vous avez toujours des +nouvelles extravagantes; il n'y a pas le sens +commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de +me faire le plaisir de me prêter trente pistoles; +car je vous avoue que ces paris m'ont fort dérangé. +Je vous envoie la copie de deux lettres +que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.»</p> + + +<h4>LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.</h4> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais +eu: c'est moi qui obligeai un de mes amis d'exécuter +le projet que j'avois formé d'un livre pour +démontrer que Louis le Grand étoit le plus +grand de tous les princes qui ont mérité le +nom de Grand. Je travaille depuis longtemps à +un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur +à notre nation, si Votre Grandeur veut +m'accorder un privilége: mon dessein est de +prouver que, depuis le commencement de la +monarchie, les François n'ont jamais été battus, +et que ce que les historiens ont dit jusqu'ici +de nos désavantages sont de véritables +impostures. Je suis obligé de les redresser en +bien des occasions; et j'ose me flatter que je +brille surtout dans la critique. Je suis, monseigneur, +etc.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monseigneur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Depuis la perte que nous avons faite de M. le +comte de L., nous vous supplions d'avoir la +bonté de nous permettre d'élire un président. +Le désordre se met dans nos conférences, et +les affaires d'État n'y sont pas traitées avec la +même discussion que par le passé; nos jeunes +gens vivent absolument sans égard pour les anciens, +et entre eux sans discipline: c'est le véritable +conseil de Roboam, où les jeunes imposent +aux vieillards. Nous avons beau leur +représenter que nous étions paisibles possesseurs +des Tuileries vingt ans avant qu'ils fussent +au monde; je crois qu'ils nous en chasseront à +la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où +nous avons tant de fois évoqué les ombres de +nos héros françois, il faudra que nous allions +tenir nos conférences au Jardin du Roi ou +dans quelque lieu plus écarté. Je suis...»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXI" id="LETTRE_CXXXI"></a>LETTRE CXXXI.</h2> + +<h3>RHÉDI A RICA.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité +en arrivant en Europe, c'est l'histoire +et l'origine des républiques. Tu sais que la +plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée +de cette sorte de gouvernement, et que l'imagination +ne les a pas servis jusqu'à leur faire comprendre +qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre +que le despotique.</p> + +<p>Les premiers gouvernements du monde furent +monarchiques: ce ne fut que par hasard et par +la succession des siècles que les républiques se +formèrent.</p> + +<p>La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de +nouveaux habitants vinrent la peupler: elle tira +presque toutes ses colonies d'Égypte et des contrées +de l'Asie les plus voisines; et, comme ces +pays étoient gouvernés par des rois, les peuples +qui en sortirent furent gouvernés de même. Mais +la tyrannie de ces princes devenant trop pesante, +on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes +s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir +la Grèce, seule polie au milieu des barbares.</p> + +<p>L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva +longtemps la Grèce dans l'indépendance, et +étendit au loin le gouvernement républicain. Les +villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie +mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi +libres qu'elles, qui leur servirent de remparts contre +les entreprises des rois de Perse. Ce n'est pas +tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, +et peut-être les Gaules. On sait que cette grande +Hespérie, si fameuse chez les anciens, étoit au +commencement la Grèce, que ses voisins regardoient +comme un séjour de félicité: les Grecs +qui ne trouvoient point chez eux ce pays heureux, +l'allèrent chercher en Italie; ceux de l'Italie, +en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique +ou le Portugal: de manière que toutes ces régions +portèrent ce nom chez les anciens. Ces +colonies grecques apportèrent avec elles un esprit +de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux +pays. Ainsi, on ne voit guère, dans ces temps reculés, +de monarchies dans l'Italie, l'Espagne, les +Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord +et d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si +l'on trouve des vestiges de quelque royauté parmi +eux, c'est qu'on a pris pour des rois les chefs des +armées ou des républiques.</p> + +<p>Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie +et l'Afrique, elles ont toujours été accablées sous +le despotisme, si vous en exceptez quelques villes +de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la +république de Carthage en Afrique.</p> + +<p>Le monde fut partagé entre deux puissantes +républiques: celle de Rome et celle de Carthage. +Il n'y a rien de si connu que les commencements +de la république romaine, et rien qui le soit si +peu que l'origine de celle de Carthage. On ignore +absolument la suite des princes africains depuis +Didon, et comment ils perdirent leurs puissance. +C'eût été un grand bonheur pour le monde que +l'agrandissement prodigieux de la république romaine, +s'il n'y avoit pas eu cette différence injuste +entre les citoyens romains et les peuples vaincus; +si l'on avoit donné au gouverneur des provinces +une autorité moins grande; si les lois si saintes +pour empêcher leur tyrannie avoient été observées, +et s'ils ne s'étoient pas servis, pour les faire +taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit +amassés.</p> + +<p>Il semble que la liberté soit faite pour le génie +des peuples d'Europe, et la servitude pour celui +des peuples d'Asie. C'est en vain que les Romains +offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor: +cette nation lâche le refusa, et elle courut à la +servitude avec le même empressement que les +autres peuples couroient à la liberté.</p> + +<p>César opprima la république romaine, et la soumit +à un pouvoir arbitraire.</p> + +<p>L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement +militaire et violent, et la douceur romaine +fut changée en une cruelle oppression.</p> + +<p>Cependant une infinité de nations inconnues +sortirent du Nord, se répandirent comme des +torrents dans les provinces romaines; et, trouvant +autant de facilité à faire des conquêtes qu'à +exercer leurs pirateries, les démembrèrent et en +firent des royaumes. Ces peuples étoient libres et +ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois, qu'ils +n'étoient proprement que des chefs ou des généraux. +Ainsi ces royaumes, quoique fondés par la +force, ne sentirent point le joug du vainqueur. +Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et +les Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté +d'un seul, ils ne songèrent qu'à lui donner de +nouveaux sujets, et à établir par les armes son +autorité violente: mais les peuples du Nord, libres +dans leur pays, s'emparant des provinces +romaines, ne donnèrent point à leurs chefs une +grande autorité. Quelques-uns même de ces peuples, +comme les Vandales en Afrique, les Goths +en Espagne, déposoient leurs rois dès qu'ils n'en +étoient pas satisfaits; et, chez les autres, l'autorité +du prince étoit bornée de mille manières différentes: +un grand nombre de seigneurs la partageoient +avec lui; les guerres n'étoient entreprises +que de leur consentement; les dépouilles étoient +partagées entre le chef et les soldats; aucun impôt +en faveur du prince; les lois étoient faites dans +les assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental +de tous ces États, qui se formèrent des +débris de l'empire romain.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXII" id="LETTRE_CXXXII"></a>LETTRE CXXXII.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé; +j'y remarquai un gentilhomme assez bien mis +qui se faisoit écouter: il parloit du plaisir qu'il y +avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation +d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il, +quinze mille livres de rente en fonds de terre, et +je me croirois plus heureux si j'avois le quart de +ce bien-là en argent et en effets portables partout. +J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de +frais de justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: +je n'ai jamais pu voir cent pistoles à la +fois. Si je devois dix mille francs, on me feroit +saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital.</p> + +<p>Je sortis sans avoir fait grande attention à tout +ce discours; mais, me trouvant hier dans ce quartier, +j'entrai dans la même maison, et j'y vis un +homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au +milieu de cinq ou six discoureurs, paroissoit +morne et pensif, jusques à ce que, prenant brusquement +la parole: Oui, messieurs, dit-il en +haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de +quoi vivre; car j'ai actuellement chez moi deux +cent mille livres en billets de banque, et cent +mille écus d'argent: je me trouve dans une situation +affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à +l'hôpital: au moins si j'avois seulement une petite +terre où je pusse me retirer, je serois sûr d'avoir +de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce +chapeau en fonds de terre.</p> + +<p>Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et +je vis un autre homme qui faisoit des grimaces +de possédé. A qui se fier désormais? s'écrioit-il. Il +y a un traître que je croyois si fort de mes amis +que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a +rendu! quelle perfidie horrible! Il a beau faire; +dans mon esprit il sera toujours déshonoré.</p> + +<p>Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu, +qui, élevant les yeux au ciel, disoit: Dieu bénisse +les projets de nos ministres! puissé-je voir les actions +à deux mille, et tous les laquais de Paris +plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité +de demander son nom. C'est un homme extrêmement +pauvre, me dit-on; aussi a-t-il un pauvre +métier: il est généalogiste, et il espère que son +art rendra, si les fortunes continuent; et que tous +ces nouveaux riches auront besoin de lui pour réformer +leur nom, décrasser leurs ancêtres, et orner +leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire +autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille +de joie de voir multiplier ses pratiques.</p> + +<p>Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que +je reconnus pour nouvelliste avant qu'il se fût +assis; il n'étoit pas du nombre de ceux qui ont +une assurance victorieuse contre tous les revers, +et présagent toujours les victoires et les trophées: +c'étoit au contraire un de ces trembleurs qui +n'ont que des nouvelles tristes. Les affaires vont +bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons +point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre +que le prince Pio, qui en a un gros corps, ne +fasse contribuer tout le Languedoc. Il y avoit vis-à-vis +de moi un philosophe assez mal en ordre +qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les +épaules à mesure que l'autre haussoit la voix; je +m'approchai de lui, et il me dit à l'oreille: Vous +voyez que ce fat nous entretient, il y a une heure, +de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus +hier au soir une tache dans le soleil, qui, si +elle augmentoit, pourroit faire tomber toute la +nature en engourdissement; et je n'ai pas dit un +seul mot.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXIII" id="LETTRE_CXXXIII"></a>LETTRE CXXXIII.</h2> + +<h3>RICA A ***.</h3> + + +<p>J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque +dans un couvent de dervis, qui en sont comme +les dépositaires, mais qui sont obligés d'y laisser +entrer tout le monde à certaines heures.</p> + +<p>En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit +au milieu d'un nombre innombrable de +volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et le priai +de me dire quels étoient quelques-uns de ces +livres que je voyois mieux reliés que les autres. +Monsieur, me dit-il, j'habite ici une terre étrangère: +je n'y connois personne: bien des gens me +font de pareilles questions; mais vous voyez bien +que je n'irai pas lire tous ces livres pour les satisfaire; +mais j'ai mon bibliothécaire qui vous donnera +satisfaction, car il s'occupe nuit et jour à déchiffrer +tout ce que vous voyez là; c'est un homme +qui n'est bon à rien, et qui nous est très à charge, +parce qu'il ne travaille point pour le couvent. +Mais j'entends l'heure du réfectoire qui sonne. +Ceux qui comme moi sont à la tête d'une communauté +doivent être les premiers à tous les exercices. +En disant cela, le moine me poussa dehors, +ferma la porte, et, comme s'il eût volé, disparut à +mes yeux.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXIV" id="LETTRE_CXXXIV"></a>LETTRE CXXXIV.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, +où je trouvai tout un autre homme que celui +que j'avois vu la première fois: son air étoit simple, +sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable. +Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité, +il se mit en devoir de la satisfaire, et même +en qualité d'étranger, de m'instruire.</p> + +<p>Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes +qui tiennent tout ce côté de bibliothèque? +Ce sont, me dit-il, les interprètes de l'Écriture. Il +y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut +que l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien +claire à présent; reste-t-il encore quelques doutes? +peut-il y avoir des points contestés? S'il y en a, +bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y en a +presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et +qu'ont donc fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me +repartit-il, n'ont point cherché dans l'Écriture ce +qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient eux-mêmes; +ils ne l'ont point regardée comme un livre où +étoient contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, +mais comme un ouvrage qui pourroit donner +de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour +cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont +donné la torture à tous les passages. C'est un pays +où les hommes de toutes les sectes font des descentes, +et vont comme au pillage; c'est un champ +de bataille où les nations ennemies qui se rencontrent +livrent bien des combats, où l'on s'attaque, +où l'on s'escarmouche de bien des manières.</p> + +<p>Tout près de là vous voyez les livres ascétiques +ou de dévotion; ensuite les livres de morale, bien +plus utiles; ceux de théologie, doublement inintelligibles, +et par la matière qui y est traitée, et +par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques, +c'est-à-dire des dévots qui ont le cœur tendre. +Ah! mon père, lui dis-je, un moment; n'allez +pas si vite; parlez-moi de ces mystiques. +Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un cœur +disposé à la tendresse, et lui fait envoyer des esprits +au cerveau qui l'échauffent de même, d'où +naissent les extases et les ravissements. Cet état +est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne, +ou plutôt dégénère en quiétisme: vous +savez qu'un quiétiste n'est autre chose qu'un +homme fou, dévot et libertin.</p> + +<p>Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets +de la nuit; qui forment dans leur imagination +tous les monstres que le démon d'amour peut +produire, les rassemblent, les comparent, et en +font l'objet éternel de leurs pensées: heureux si +leur cœur ne se met pas de la partie, et ne devient +pas lui-même complice de tant d'égarements +si naïvement décrits et si nuement peints!</p> + +<p>Vous voyez, monsieur, que je pense librement, +et que je vous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement +naïf, et plus encore avec vous, qui +êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et +les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne +vous parlerois de tout ceci qu'avec admiration; je +vous dirois sans cesse: Cela est divin, cela est +respectable; il y a du merveilleux. Et il en arriveroit +de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, +ou que je me déshonorerois dans votre +esprit.</p> + +<p>Nous en restâmes là; une affaire qui survint au +dervis rompit notre conversation jusqu'au lendemain.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXV" id="LETTRE_CXXXV"></a>LETTRE CXXXV.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Je revins à l'heure marquée, et mon homme me +mena précisément dans l'endroit où nous nous +étions quittés. Voici, me dit-il, les grammairiens, +les glossateurs, et les commentateurs. Mon père, +lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se +dispenser d'avoir du bon sens? Oui, dit-il, ils le +peuvent; et même il n'y paroît pas, leurs ouvrages +n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode +pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois +bien des philosophes qui feroient bien de +s'appliquer à ces sortes de sciences-là.</p> + +<p>Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent +de persuader indépendamment des raisons; +et les géomètres, qui obligent un homme malgré +lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.</p> + +<p>Voici les livres de métaphysique, qui traitent +de si grands intérêts, et dans lesquels l'infini se +rencontre partout; les livres de physique, qui ne +trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie +du vaste univers que dans la machine la plus +simple de nos artisans; les livres de médecine, +ces monuments de la fragilité de la nature et de +la puissance de l'art; qui font trembler quand ils +traitent des maladies même les plus légères, tant +ils nous rendent la mort présente; mais qui nous +mettent dans une sécurité entière quand ils parlent +de la vertu des remèdes, comme si nous +étions devenus immortels.</p> + +<p>Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui +contiennent bien moins la description des parties +du corps humain que les noms barbares qu'on +leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade +de son mal, ni le médecin de son ignorance.</p> + +<p>Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et +tantôt les petites-maisons, comme des demeures +qui lui sont également propres.</p> + +<p>Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance +occulte: tels sont ceux qui contiennent +quelque espèce de diablerie; exécrables selon la +plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont +encore les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, +mon père? Les livres d'astrologie judiciaire, +repartis-je avec feu! Et ce sont ceux dont nous +faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes +les actions de notre vie, et nous déterminent dans +toutes nos entreprises; les astrologues sont proprement +nos directeurs; ils font plus, ils entrent +dans le gouvernement de l'État. Si cela est, me +dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que +celui de la raison: voilà ce qui s'appelle le plus +étrange de tous les empires; je plains bien une +famille, et encore plus une nation, qui se laisse +si fort dominer par les planètes. Nous nous +servons, lui repartis-je, de l'astrologie, comme +vous vous servez de l'algèbre. Chaque nation a sa +science, selon laquelle elle règle sa politique: +tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait +tant de sottises en notre Perse qu'un seul de vos +algébristes en a fait ici. Croyez-vous que le concours +fortuit des astres ne soit pas une règle +aussi sûre que les beaux raisonnements de votre +faiseur de système? Si l'on comptoit les voix là-dessus +en France et en Perse, ce seroit un beau +sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez +les mathématiciens bien humiliés: quel accablant +corollaire en pourroit-on tirer contre eux!</p> + +<p>Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous +quitter.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXVI" id="LETTRE_CXXXVI"></a>LETTRE CXXXVI.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Dans l'entrevue suivante, mon savant me +mena dans un cabinet particulier. Voici les +livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez +premièrement les historiens de l'Église et des +papes; livres que je lis pour m'édifier, et qui +font souvent en moi un effet tout contraire.</p> + +<p>Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence +du formidable empire romain, qui s'étoit +formé du débris de tant de monarchies, et sur +la chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. +Un nombre infini de peuples barbares, aussi inconnus +que les pays qu'ils habitoient, parurent +tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, +et fondèrent tous les royaumes que vous +voyez à présent en Europe. Ces peuples n'étoient +point proprement barbares, puisqu'ils étoient +libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis +pour la plupart à une puissance absolue, ils +ont perdu cette douce liberté si conforme à la +raison, à l'humanité, et à la nature.</p> + +<p>Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, +laquelle n'est qu'une ombre du premier empire, +mais qui est, je crois, la seule puissance qui soit +sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la +seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de +ses pertes; et qui, lente à profiter des succès, devient +indomptable par ses défaites.</p> + +<p>Voici les historiens de France, où l'on voit +d'abord la puissance des rois se former, mourir +deux fois, renaître de même, languir ensuite +pendant plusieurs siècles; mais, prenant +insensiblement des forces, accrue de toutes parts, +monter à son dernier période: semblable à ces +fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, +ou se cachent sous terre; puis reparoissant de +nouveau, grossis par les rivières qui s'y jettent, +entraînent avec rapidité tout ce qui s'oppose à +leur passage.</p> + +<p>Là, vous voyez la nation espagnole sortir de +quelques montagnes: les princes mahométans +subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient rapidement +conquis; tant de royaumes réunis +dans une vaste monarchie, qui devint presque la +seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa fausse opulence, +elle perdit sa force et sa réputation même, +et ne conserva que l'orgueil de sa première puissance.</p> + +<p>Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on +voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde +et de la sédition; le prince toujours chancelant +sur un trône inébranlable; une nation +impatiente, sage dans sa fureur même; et qui, +maîtresse de la mer (chose inouïe jusqu'alors), +mêle le commerce avec l'empire.</p> + +<p>Tout près de là sont les historiens de cette autre +reine de la mer, la république de Hollande, +si respectée en Europe, et si formidable en Asie, +où ses négociants voient tant de rois prosternés +devant eux.</p> + +<p>Les historiens d'Italie vous représentent une +nation autrefois maîtresse du monde, aujourd'hui +esclave de toutes les autres; ses princes divisés +et foibles, et sans autre attribut de souveraineté +qu'une vaine politique.</p> + +<p>Voilà les historiens des républiques: de la +Suisse, qui est l'image de sa liberté; de Venise, +qui n'a de ressources qu'en son économie; et de +Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.</p> + +<p>Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, +qui use si mal de sa liberté et du droit qu'elle +a d'élire ses rois, qu'il semble qu'elle veuille consoler +par là les peuples ses voisins, qui ont perdu +l'un et l'autre.</p> + +<p>Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXVII" id="LETTRE_CXXXVII"></a>LETTRE CXXXVII.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. +Ce sont ici les poëtes, me dit-il; c'est-à-dire +ces auteurs dont le métier est de mettre des +entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous +les agréments comme on ensevelissoit autrefois +les femmes sous leurs parures et leurs ornements. +Vous les connoissez; ils ne sont pas rares chez +les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble +échauffer les imaginations mêmes.</p> + +<p>Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que +les poëmes épiques? En vérité, me dit-il, je n'en +sais rien; les connoisseurs disent qu'on n'en a +jamais fait que deux, et que les autres qu'on +donne sous ce nom ne le sont point: c'est aussi +ce que je ne sais pas. Ils disent de plus qu'il est +impossible d'en faire de nouveaux; et cela est +encore plus surprenant.</p> + +<p>Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi, +sont les poëtes par excellence, et les maîtres des +passions. Il y en a de deux sortes: les comiques, +qui nous remuent si doucement; et les tragiques, +qui nous troublent et nous agitent avec tant de +violence.</p> + +<p>Voici les lyriques, que je méprise autant que +je fais cas des autres, et qui font de leur art une +harmonieuse extravagance.</p> + +<p>On voit ensuite les auteurs des idylles et des +églogues, qui plaisent même aux gens de cour, +par l'idée qu'ils leur donnent d'une certaine tranquillité +qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent +dans la condition des bergers.</p> + +<p>De tous les auteurs que nous avons vus, voici +les plus dangereux: ce sont ceux qui aiguisent +les épigrammes, qui sont de petites flèches déliées +qui font une plaie profonde et inaccessible aux +remèdes.</p> + +<p>Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces +de poëtes, et qui outrent également le langage +de l'esprit et celui du cœur; qui passent leur vie +à chercher la nature, et la manquent toujours; +et qui font des héros, qui y sont aussi étrangers +que les dragons ailés et les hippocentaures.</p> + +<p>J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: +et, si vous voyiez les nôtres, vous en seriez encore +plus choqué. Il sont aussi peu naturels, et d'ailleurs +extrêmement gênés par nos mœurs: il faut +dix années de passion avant qu'un amant ait pu +voir seulement le visage de sa maîtresse. Cependant +les auteurs sont forcés de faire passer les +lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il +est impossible que les incidents soient variés: on +a recours à un artifice pire que le mal même +qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. Je suis +sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne +fasse sortir une armée de dessous terre; +qu'un héros lui seul en détruise une de cent +mille hommes. Cependant voilà nos romans: +ces aventures froides et souvent répétées nous +font languir, et ces prodiges extravagants nous +révoltent.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXVIII" id="LETTRE_CXXXVIII"></a>LETTRE CXXXVIII.</h2> + +<h3>RICA A IBBEN.</h3> + +<h3>A Smyrne.</h3> + + +<p>Les ministres se succèdent et se détruisent ici +comme les saisons: depuis trois ans j'ai vu +changer quatre fois de système sur les finances. +On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les +subsides de la même manière que les fondateurs +de ces monarchies les levoient: il s'en faut bien +qu'il en soit ici de même. Il est vrai que nous +n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: +nous croyons qu'il n'y a pas plus de +différence entre l'administration des revenus du +prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a +entre compter cent mille tomans ou en compter +cent. Mais il y a ici bien plus de finesse et de +mystère. Il faut que de grands génies travaillent +nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec +douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les +avis d'une infinité de gens qui travaillent pour +eux sans en être priés; qu'ils se retirent et vivent +dans le fond d'un cabinet impénétrable aux +grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours +la tête remplie de secrets importants, de desseins +miraculeux, de systèmes nouveaux; et qu'absorbés +dans les méditations, ils soient privés non-seulement +de l'usage de la parole, mais même quelquefois +de la politesse.</p> + +<p>Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa +à établir une nouvelle administration. On sentoit +qu'on étoit mal, mais ne savoit comment faire +pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité +sans bornes des ministres précédents: on la voulut +partager. On créa pour cet effet six ou sept conseils; +et ce ministère est peut-être celui de tous qui +a gouverné la France avec plus de sens: la durée +en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il +produisit.</p> + +<p>La France, à la mort du feu roi, étoit un corps +accablé de mille maux: N*** prit le fer à la main, +retrancha les chairs inutiles, et appliqua quelques +remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice +intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a +entrepris cette cure. Après bien des remèdes violents, +il a cru lui avoir rendu son embonpoint; et +il l'a seulement rendue bouffie.</p> + +<p>Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont +à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avoient +pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces +deux extrémités ne se sont touchées de si près. +L'étranger a tourné l'État comme un fripier +tourne un habit: il fait paroître dessus ce qui +étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le met à +l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables +même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas +plus rapidement les hommes du néant. Que de +valets servis par leurs camarades, et peut-être demain +par leurs maîtres!</p> + +<p>Tout ceci produit souvent des choses bizarres. +Les laquais qui avoient fait fortune sous le règne +passé vantent aujourd'hui leur naissance: ils rendent +à ceux qui viennent de quitter leur livrée +dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit +pour eux il y a six mois; ils crient de toute leur +force: La noblesse est ruinée, quel désordre +dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On +ne voit que des inconnus faire fortune! Je te +promets que ceux-ci prendront bien leur revanche +sur ceux qui viendront après eux; et que, +dans trente ans, ces gens de qualité feront bien +du bruit.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 1<sup>er</sup> de la lune de Zilcadé, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXXXIX" id="LETTRE_CXXXIX"></a>LETTRE CXXXIX.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + + +<p>Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, +non-seulement dans une femme, mais +dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute +force associer le prince son époux à la couronne, +pour aplanir toutes les difficultés, a envoyé aux +états une déclaration par laquelle elle se désiste +de la régence, en cas qu'il soit élu.</p> + +<p>Il y a soixante et quelques années qu'une autre +reine, nommée Christine, abdiqua la couronne +pour se donner tout entière à la philosophie. Je +ne sais lequel de ces deux exemples nous devons +admirer davantage.</p> + +<p>Quoique j'approuve assez que chacun se tienne +ferme dans le poste où la nature l'a mis; et que je +ne puisse louer la foiblesse de ceux qui, se trouvant +au-dessous de leur état, le quittent comme +par une espèce de désertion; je suis cependant +frappé de la grandeur d'âme de ces deux princesses, +et de voir l'esprit de l'une et le cœur de l'autre +supérieurs à leur fortune. Christine a songé à +connoître dans le temps que les autres ne songent +qu'à jouir; et l'autre ne veut jouir que pour +mettre tout son bonheur entre les mains de son +auguste époux.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXL" id="LETTRE_CXL"></a>LETTRE CXL.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Le parlement de Paris vient d'être relégué dans +une petite ville qu'on appelle Pontoise. Le +conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une +déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée +d'une manière qui déshonore le conseil.</p> + +<p>On menace d'un pareil traitement quelques parlements +du royaume.</p> + +<p>Ces compagnies sont toujours odieuses: elles +n'approchent des rois que pour leur dire de tristes +vérités; et pendant qu'une foule de courtisans leur +représentent sans cesse un peuple heureux sous +leur gouvernement, elles viennent démentir la +flatterie, et apporter au pied du trône les gémissements +et les larmes dont elles sont dépositaires.</p> + +<p>C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que +celui de la vérité, lorsqu'il faut la porter jusqu'aux +princes: ils doivent bien penser que ceux qui le +font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient +jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes +pour ceux qui les font, s'ils n'y étoient +forcés par leur devoir, leur respect, et même leur +amour.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLI" id="LETTRE_CXLI"></a>LETTRE CXLI.</h2> + +<h3>RICA AU MÊME.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les +jours couleront agréablement avec toi!</p> + +<p>Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame +de la cour, qui avoit quelque envie de voir ma +figure étrangère. Je la trouvai belle, digne des regards +de notre monarque, et d'un rang auguste +dans le lieu sacré où son cœur repose.</p> + +<p>Elle me fit mille questions sur les mœurs des +Persans, et sur la manière de vivre des Persanes: +il me parut que la vie du sérail n'étoit pas de son +goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir +un homme partagé entre dix ou douze femmes. +Elle ne put voir sans envie le bonheur de l'un, et +sans pitié la condition des autres. Comme elle +aime la lecture, surtout celle des poëtes et des +romans, elle souhaita que je lui parlasse des nôtres: +ce que je lui en dis redoubla sa curiosité; elle me +pria de lui faire traduire un fragment de quelques-uns +de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je +lui envoyai, quelques jours après, un conte persan: +peut-être seras-tu, bien aise de le voir travesti.</p> + +<hr style="width: 45%;" /> + +<p>Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse +une femme nommée Zuléma: elle savoit par cœur +tout le saint Alcoran; il n'y avoit point de dervis +qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints +prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit +de si mystérieux qu'elle n'en comprît tous les +sens; et elle joignoit à tant de connoissances un +certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à +peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui +elle parloit, ou les instruire.</p> + +<p>Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans +une des salles du sérail, une d'elles lui demanda +ce qu'elle pensoit de l'autre vie, et si elle ajoutoit +foi à cette ancienne tradition de nos docteurs, que +le paradis n'est fait que pour les hommes.</p> + +<p>C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y +a rien que l'on n'ait fait pour dégrader notre sexe. +Il y a même une nation répandue par toute la +Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, +par l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons +point d'âme.</p> + +<p>Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine +que l'orgueil des hommes, qui veulent porter leur +supériorité au delà même de leur vie; et ne pensent +pas que, dans le grand jour, toutes les créatures +paroîtront devant Dieu comme le néant, sans +qu'il y ait entre elles de prérogatives que celles +que la vertu y aura mises.</p> + +<p>Dieu ne se bornera point dans ses récompenses: +et comme les hommes qui auront bien vécu, +et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur nous, +seront dans un paradis plein de beautés célestes et +ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit +vues, il se donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience +d'en jouir; aussi les femmes vertueuses +iront dans un lieu de délices, où elles seront enivrées +d'un torrent de voluptés, avec des hommes +divins qui leur seront soumis: chacune d'elles +aura un sérail, dans lequel ils seront enfermés; et +des eunuques, encore plus fidèles que les nôtres, +pour les garder.</p> + +<p>J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un +homme, nommé Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable. +Il avoit douze femmes extrêmement +belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne +se fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail; +il les tenoit presque toujours sous la clef, enfermées +dans leur chambre, sans qu'elles pussent +se voir ni se parler; car il étoit même jaloux d'une +amitié innocente: toutes ses actions prenoient la +teinture de sa brutalité naturelle; jamais une +douce parole ne sortit de sa bouche; et jamais il +ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque +chose à la rigueur de leur esclavage.</p> + +<p>Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans +une salle de son sérail, une d'entre elles, plus +hardie que les autres, lui reprocha son mauvais +naturel. Quand on cherche si fort les moyens de +se faire craindre, lui dit-elle, on trouve toujours +auparavant ceux de se faire haïr. Nous sommes +si malheureuses, que nous ne pouvons nous empêcher +de désirer un changement: d'autres, à ma +place, souhaiteroient votre mort; je ne souhaite +que la mienne: et, ne pouvant espérer d'être +séparée de vous que par là, il me sera encore +bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit +dû le toucher, le fit entrer dans une furieuse +colère; il tira son poignard, et le lui plongea +dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une +voix mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous +serez vengées. A ces mots, elle quitta cette vie +infortunée, pour aller dans le séjour des délices, +où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un +bonheur qui se renouvelle toujours.</p> + +<p>D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure +étoit relevée par les peintures des fleurs les +plus vives: un ruisseau, dont les eaux étoient plus +pures que le cristal, y faisoit un nombre infini de +détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, +dont le silence n'étoit interrompu que par +le doux chant des oiseaux; de magnifiques jardins +se présentèrent ensuite; la nature les avoit ornés +avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle +trouva enfin un palais superbe préparé pour elle, +et rempli d'hommes célestes destinés à ses plaisirs.</p> + +<p>Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour +la déshabiller; d'autres la mirent dans le bain, et +la parfumèrent des plus délicieuses essences; on +lui donna ensuite des habits infiniment plus riches +que les siens; après quoi on la mena dans une +grande salle, où elle trouva un feu fait avec des +bois odoriférants, et une table couverte des mets +les plus exquis. Tout sembloit concourir au ravissement +de ses sens: elle entendoit d'un côté une +musique d'autant plus divine qu'elle étoit plus +tendre; de l'autre, elle ne voyoit que des danses +de ces hommes divins, uniquement occupés à lui +plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient +servir qu'à la conduire insensiblement à des plaisirs +plus grands. On la mena dans sa chambre; +et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la +porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une +beauté charmante la reçurent dans leurs bras. +C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et que ses +ravissements passèrent même ses désirs. Je suis +toute hors de moi, leur disoit-elle; je croirois +mourir, si je n'étois sûre de mon immortalité. +C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la +violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le +calme à mes sens; je commence à respirer et à revenir +à moi-même. D'où vient que l'on a ôté les flambeaux? +Que ne puis-je à présent considérer votre +beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi +voir? Vous me faites rentrer dans mes premiers +transports. O dieux! que ces ténèbres sont +aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle +avec vous! je serai... Non, je vous demande +grâce, car je vois bien que vous êtes gens à n'en +demander jamais.</p> + +<p>Après plusieurs commandements réitérés, elle +fut obéie: mais elle ne le fut que lorsqu'elle voulut +l'être bien sérieusement. Elle se reposa languissamment, +et s'endormit dans leurs bras. Deux +moments de sommeil réparèrent sa lassitude: elle +reçut deux baisers qui l'enflammèrent soudain, et +lui firent ouvrir les yeux. Je suis inquiète, dit-elle; +je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit +un doute dans lequel elle ne vouloit pas rester +longtemps: aussi eut-elle avec eux tous les éclaircissements +qu'elle pouvoit désirer. Je suis désabusée, +s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre +de vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez +mieux que tout ce que vous me pourriez dire: +oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais tant +aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux +l'honneur de me persuader! Ah! si vous vous +disputez, si vous joignez l'ambition au plaisir de +ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux +vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; +mais je vous vendrai bien cher la victoire.</p> + +<p>Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. +Ses fidèles et aimables domestiques entrèrent +dans sa chambre, et firent lever ces deux jeunes +hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les +lieux où ils étoient gardés pour ses plaisirs. Elle +se leva ensuite, et parut d'abord à cette cour idolâtre +dans les charmes d'un déshabillé simple, et +ensuite couverte des plus somptueux ornements. +Cette nuit l'avoit embellie; elle avoit donné de la +vie à son teint, et de l'expression à ses grâces. Ce +ne fut pendant tout le jour que danses, que concerts, +que festins, que jeux, que promenades; et +l'on remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en +temps, et voloit vers ses deux jeunes héros; après +quelques précieux instants d'entrevue, elle revenoit +vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours +avec un visage plus serein. Enfin, sur le soir, on +la perdit tout à fait: elle alla s'enfermer dans le +sérail, où elle vouloit, disoit-elle, faire connoissance +avec ces captifs immortels qui devoient à +jamais vivre avec elle. Elle visita donc les appartements +de ces lieux les plus reculés et les plus charmants +où elle compta cinquante esclaves d'une +beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de +chambre en chambre, recevant partout des hommages +toujours différents, et toujours les mêmes.</p> + +<p>Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa +vie, tantôt dans des plaisirs éclatants, tantôt dans +des plaisirs solitaires; admirée d'une troupe brillante, +ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent +elle quittoit un palais enchanté pour aller dans +une grotte champêtre; les fleurs sembloient naître +sous ses pas, et les jeux se présentoient en foule +au-devant d'elle.</p> + +<p>Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans +cette demeure heureuse, que, toujours hors d'elle-même, +elle n'avoit pas fait une seule réflexion: elle +avoit joui de son bonheur sans le connoître, et +sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, +où l'âme se rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, +et s'écoute dans le silence des passions.</p> + +<p>Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils +peuvent rarement jouir de cette liberté d'esprit: +c'est pour cela qu'attachés invinciblement aux objets +présents, ils perdent entièrement la mémoire +des choses passées, et n'ont plus aucun souci de +ce qu'ils ont connu ou aimé dans l'autre vie.</p> + +<p>Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe, +avoit passé presque toute sa vie à méditer: +elle avoit poussé ses réflexions beaucoup plus loin +qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée à +elle-même. La retraite austère que son mari lui +avoit fait garder ne lui avoit laissé que cet avantage. +C'est cette force d'esprit qui lui avoit fait +mépriser la crainte dont ses compagnes étoient +frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses +peines et le commencement de sa félicité.</p> + +<p>Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs, +et s'enferma seule dans un appartement de +son palais. Elle se laissa aller à des réflexions bien +douces sur sa condition passée, et sur sa félicité +présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur +le malheur de ses compagnes: on est sensible à +des tourments que l'on a partagés. Anaïs ne se +tint pas dans les simples bornes de la compassion: +plus tendre envers ces infortunées, elle se sentit +portée à les secourir.</p> + +<p>Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes +qui étoient auprès d'elle de prendre la figure de +son mari; d'aller dans son sérail de s'en rendre +maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place +jusqu'à ce qu'elle le rappelât.</p> + +<p>L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva +à la porte du sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit +pas. Il frappe, tout lui est ouvert; les eunuques +tombent à ses pieds: il vole vers les appartements +où les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il +avoit, en passant, pris les clefs dans la poche de ce +jaloux, à qui il s'étoit rendu invisible. Il entre, et +les surprend d'abord par son air doux et affable; +et, bientôt après, il les surprend davantage par ses +empressements et par la rapidité de ses entreprises. +Toutes eurent leur part de l'étonnement; et elles +l'auroient pris pour un songe, s'il y eût eu moins +de réalité.</p> + +<p>Pendant que ces nouvelles scènes se jouent +dans le sérail, Ibrahim heurte, se nomme, tempête, +et crie. Après avoir essuyé bien des difficultés, +il entre, et jette les eunuques dans un désordre +extrême. Il marche à grands pas; mais il +recule en arrière, et tombe comme des nues, +quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image, +dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours; +il veut que les eunuques lui aident à tuer +cet imposteur; mais il n'est pas obéi. Il n'a plus +qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter au +jugement de ses femmes. Dans une heure le faux +Ibrahim avoit séduit tous ses juges. Il est chassé +et traîné indignement hors du sérail, et il auroit +reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit ordonné +qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel +Ibrahim, resté maître du champ de bataille, se +montra de plus en plus digne d'un tel choix, et +se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. +Vous ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces +femmes. Dites, dites plutôt que cet imposteur ne +me ressemble pas, disoit le triomphant Ibrahim: +comment faut-il faire pour être votre époux, si +ce que je fais ne suffit pas?</p> + +<p>Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les +femmes. Si vous n'êtes pas Ibrahim, il nous suffit +que vous ayez si bien mérité de l'être: vous +êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans +le cours de dix années. Vous me promettez donc, +reprit-il, que vous vous déclarerez en ma faveur +contre cet imposteur? N'en doutez pas, dirent-elles +d'une commune voix; nous vous jurons une +fidélité éternelle: nous n'avons été que trop longtemps +abusées: le traître ne soupçonnoit point +notre vertu, il ne soupçonnoit que sa foiblesse; +nous voyons bien que les hommes ne sont point +faits comme lui; c'est à vous sans doute qu'ils +ressemblent: si vous saviez combien vous nous +le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de +nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: +vous ne connoissez point encore tout le tort qu'il +vous a fait. Nous jugeons de son injustice par la +grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. +Oui, vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré +l'expiation au crime: je suis bien aise que vous +soyez contentes de ma manière de punir. Mais, dirent +ces femmes, si cet imposteur revient, que +ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous +tromper, répondit-il: dans la place que j'occupe +auprès de vous, on ne se soutient guère par la ruse; +et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que vous n'entendrez +plus parler de lui, pour lors je prendrai sur +moi le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; +je saurai m'assurer de vous, sans vous gêner; +j'ai assez bonne opinion de mon mérite pour croire +que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas vertueuses +avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette +conversation dura longtemps entre lui et ces femmes, +qui, plus frappées de la différence des deux +Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient +pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles. +Enfin le mari désespéré revint encore les troubler; +il trouva toute sa maison dans la joie, et les +femmes plus incrédules que jamais. La place +n'étoit pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; +et un instant après le faux Ibrahim le suivit, +le prit, le transporta dans les airs, et le laissa +à quatre cents lieues de là.</p> + +<p>O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent +ces femmes dans l'absence de leur cher Ibrahim! +Déjà leurs eunuques avoient repris leur sévérité naturelle; +toute la maison étoit en larmes; elles s'imaginoient +quelquefois que tout ce qu'il leur étoit, +arrivé n'étoit qu'un songe; elles se regardoient +toutes les unes les autres, et se rappeloient les +moindres circonstances de ces étranges aventures. +Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; +il leur parut que son voyage n'avoit pas été pénible. +Le nouveau maître prit une conduite si +opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les +voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa +maison accessible à tout le monde: il ne voulut +pas même souffrir que ses femmes se voilassent. +C'étoit une chose singulière de les voir dans les +festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. +Ibrahim crut avec raison que les coutumes du +pays n'étoient pas faites pour des citoyens comme +lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense: +il dissipa avec une immense profusion les biens +du jaloux, qui, de retour trois ans après des pays +lointains où il avoit été transporté, ne trouva +plus que ses femmes et trente-six enfants.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLII" id="LETTRE_CXLII"></a>LETTRE CXLII.</h2> + +<h3>RICA A USBEK.</h3> + +<h3>A ***.</h3> + + +<p>Voici une lettre que je reçus hier d'un savant: +elle te paroîtra singulière.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession +d'un oncle très-riche, qui m'a laissé cinq ou six +cent mille livres, et une maison superbement +meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on +en sait faire un bon usage. Je n'ai point +d'ambition ni de goût pour les plaisirs: je suis +presque toujours enfermé dans un cabinet, où +je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu +que l'on trouve un curieux amateur de la vénérable +antiquité.</p> + +<p>«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois +fort souhaité de le faire enterrer avec les +cérémonies observées par les anciens Grecs et +Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, +ni urnes, ni lampes antiques.</p> + +<p>«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces +précieuses raretés. Il y a quelques jours que je +vendis ma vaisselle d'argent pour acheter une +lampe de terre qui avoit servi à un philosophe +stoïcien. Je me suis défait de toutes les glaces +dont mon oncle avoit couvert presque tous les +murs de ses appartements, pour avoir un petit +miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage +de Virgile: je suis charmé d'y voir ma figure +représentée, au lieu de celle du cygne de Mantoue. +Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis +d'or cinq ou six pièces de monnoie de cuivre +qui avoit cours il y a deux mille ans. Je ne sache +pas avoir à présent dans ma maison un seul +meuble qui n'ait été fait avant la décadence de +l'empire. J'ai un petit cabinet de manuscrits +fort précieux et fort chers: quoique je me tue +la vue à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en +servir que des exemplaires imprimés, qui ne +sont pas si corrects, et que tout le monde a +entre les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, +je ne laisse pas d'avoir une passion démesurée +de connoître tous les anciens chemins qui +étoient du temps des Romains. Il y en a un qui +est près de chez moi, qu'un proconsul des Gaules +fit faire il y a environ douze cents ans: +lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne +manque jamais d'y passer, quoiqu'il soit très incommode, +et qu'il m'allonge de plus d'une +lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on +y a mis des poteaux de bois de distance en distance, +pour marquer l'éloignement des villes +voisines; je suis désespéré de voir ces misérables +indices, au lieu des colonnes milliaires qui +y étoient autrefois: je ne doute pas que je ne +les fasse rétablir par mes héritiers, et que je ne +les engage à cette dépense par mon testament. +Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit +persan, vous me ferez plaisir de m'en accommoder: +je vous le payerai tout ce que vous +voudrez; et je vous donnerai par-dessus le +marché quelques ouvrages de ma façon, par +lesquels vous verrez que je ne suis point un +membre inutile de la république des lettres. +Vous y remarquerez entre autres une dissertation, +où je prouve que la couronne dont on +se servoit autrefois dans les triomphes étoit de +chêne, et non pas de laurier: vous en admirerez +une autre, où je prouve, par de doctes conjectures +tirées des plus graves auteurs grecs, +que Cambyses fut blessé à la jambe gauche, et +non pas à la droite; une autre, où je prouve +qu'un petit front étoit une beauté recherchée +par les Romains. Je vous enverrai encore un +volume in-quarto, en forme d'explication d'un +vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile. +Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques +jours; et quant à présent, je me contente de +vous envoyer ce fragment d'un ancien mythologiste +grec, qui n'avoit point paru jusques +ici, et que j'ai découvert dans la poussière +d'une bibliothèque. Je vous quitte pour une +affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit +de restituer un beau passage de Pline le naturaliste, +que les copistes du cinquième siècle +ont étrangement défiguré. Je suis, etc.»</p> + + +<h4>FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.</h4> + + +<p>«Dans une île près des Orcades, il naquit un +enfant qui avoit pour père Éole, dieu des +vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. +On dit de lui qu'il apprit tout seul à compter +avec ses doigts; et que, dès l'âge de quatre ans, +il distinguoit si parfaitement les métaux, que +sa mère ayant voulu lui donner une bague de +laiton au lieu d'une d'or, il reconnut la tromperie, +et la jeta par terre.</p> + +<p>«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le +secret d'enfermer les vents dans une outre, +qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs; mais +comme la marchandise n'étoit pas fort prisée +dans son pays, il le quitta, et se mit à courir le +monde en compagnie de l'aveugle dieu du hasard.</p> + +<p>«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique +l'or reluisoit de toutes parts: cela fit qu'il +y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de +Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu +ayant quitté la terre, il s'avisa d'aller dans tous +les carrefours, où il crioit sans cesse d'une voix +rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être +riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; +votre erreur me fait pitié: croyez-moi, +quittez le pays des vils métaux; venez dans +l'empire de l'imagination; et je vous promets +des richesses qui vous étonneront vous-mêmes. +Aussitôt il ouvrit une grande partie des outres +qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise +à qui en voulut.</p> + +<p>«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours, +et il s'écria: Peuples de Bétique, voulez-vous +être riches? Imaginez-vous que je le +suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup +aussi; mettez-vous tous les matins dans l'esprit +que votre fortune a doublé pendant la nuit; +levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers, +allez les payer de ce que vous aurez imaginé; +et dites-leur d'imaginer à leur tour.</p> + +<p>«Il reparut quelques jours après, et il parla +ainsi: Peuples de Bétique, je vois bien que votre +imagination n'est pas si vive que les premiers +jours; laissez-vous conduire à la mienne; +je mettrai tous les matins devant vos yeux un +écriteau qui sera pour vous la source des richesses: +vous n'y verrez que quatre paroles; +mais elles seront bien significatives, car elles +régleront la dot de vos femmes, la légitime de +vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et +quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui +étoient le plus près de lui; quant à vous, mes +chers enfants (je puis vous appeler de ce nom, +car vous avez reçu de moi une seconde naissance), +mon écriteau décidera de la magnificence +de vos équipages, de la somptuosité de +vos festins, du nombre et de la pension de vos +maîtresses.</p> + +<p>«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, +tout essoufflé; et, transporté de colère, il +s'écria: Peuples de Bétique, je vous avois conseillé +d'imaginer, et je vois que vous ne le faites +pas: eh bien! à présent je vous l'ordonne. +Là-dessus, il les quitta brusquement; mais la +réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends que +quelques-uns de vous sont assez détestables +pour conserver leur or et leur argent. Encore +passe pour l'argent; mais pour de l'or.... pour +de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... +Je jure par mes outres sacrées que, s'ils +ne viennent me l'apporter, je les punirai sévèrement. +Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif: +Croyez-vous que ce soit pour garder ces +misérables métaux que je vous les demande? +Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque +vous me les apportâtes il y a quelques jours, je +vous en rendis sur-le-champ la moitié.</p> + +<p>«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le +vit s'insinuer avec une voix douce et flatteuse: +Peuples de Bétique, j'apprends que vous avez +une partie de vos trésors dans les pays étrangers; +je vous prie, faites-les-moi venir; vous me +ferez plaisir, et je vous en aurai une reconnoissance +éternelle.</p> + +<p>«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient +pas grande envie de rire; ils ne purent pourtant +s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en retourna +bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda +encore une petite prière: je sais que vous +avez des pierres précieuses; au nom de Jupiter, +défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit +comme ces sortes de choses; défaites-vous-en, +vous dis-je: si vous ne le pouvez pas par vous-mêmes, +je vous donnerai des hommes d'affaires +excellents. Que de richesses vont couler chez +vous, si vous faites ce que je vous conseille! +Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura de plus +pur dans mes outres.</p> + +<p>«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant +une voix plus assurée, il dit: Peuples de Bétique, +j'ai comparé l'heureux état dans lequel +vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque +j'arrivai ici; je vous vois le plus riche peuple +de la terre: mais, pour achever votre fortune, +souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. +A ces mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut, +et laissa ses auditeurs dans une consternation +inexprimable; ce qui fit qu'il revint le +lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier +que mon discours vous déplut extrêmement. +Eh bien! prenez que je ne vous aie rien dit. Il +n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver +au but que je me suis proposé. Assemblons +nos richesses dans un même endroit; +nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent +pas un gros volume. Aussitôt il en disparut +les trois quarts.»</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLIII" id="LETTRE_CXLIII"></a>LETTRE CXLIII.</h2> + +<h3>RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.</h3> + +<h3>A Livourne.</h3> + + +<p>Tu me demandes ce que je pense de la vertu des +amulettes, et de la puissance des talismans. +Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif, et je +suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes +tous deux bien crédules.</p> + +<p>Je porte toujours sur moi plus de deux mille +passages du saint Alcoran; j'attache à mes bras +un petit paquet, où sont écrits les noms de plus +de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de +tous les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits +de mes habits.</p> + +<p>Cependant je ne désapprouve point ceux qui +rejettent cette vertu que l'on attribue à de certaines +paroles: il nous est bien plus difficile de +répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre +à nos expériences.</p> + +<p>Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue +habitude, pour me conformera une pratique universelle: +je crois que, s'ils n'ont pas plus de vertu +que les bagues et les autres ornements dont on +se pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets +toute ta confiance sur quelques lettres mystérieuses, +et, sans cette sauvegarde, tu serois dans +un effroi continuel.</p> + +<p>Les hommes sont bien malheureux! ils flottent +sans cesse entre de fausses espérances et des +craintes ridicules: et, au lieu de s'appuyer sur la +raison, ils se font des monstres qui les intimident, +ou des fantômes qui les séduisent.</p> + +<p>Quel effet veux-tu que produise l'arrangement +de certaines lettres? Quel effet veux-tu que leur +dérangement puisse troubler? quelle relation ont-elles +avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec +la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec +ce que les médecins appellent l'humeur peccante +et la cause morbifique des maladies, pour les +guérir?</p> + +<p>Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux +qui fatiguent leur raison pour lui faire rapporter +de certains événements à des vertus occultes, +n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher +d'en voir la véritable cause.</p> + +<p>Tu me diras que de certains prestiges ont fait +gagner une bataille: et moi je te dirai qu'il faut +que tu t'aveugles, pour ne pas trouver dans la situation +du terrain, dans le nombre ou dans le +courage des soldats, dans l'expérience des capitaines, +des causes suffisantes pour produire cet +effet dont tu veux ignorer la cause.</p> + +<p>Je te passe pour un moment qu'il y ait des +prestiges: passe-moi à mon tour, pour un moment, +qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas +impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche +pas que deux armées ne puissent se battre: +veux-tu que, dans ce cas-là, aucune des deux ne +puisse remporter la victoire?</p> + +<p>Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à +ce que quelque puissance invisible vienne le déterminer? +que tous les coups seront perdus, toute la +prudence vaine, et tout le courage inutile?</p> + +<p>Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue +présente de mille manières, ne puisse pas +produire dans les esprits ces terreurs paniques +que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, +dans une armée de cent mille hommes, il ne +puisse pas y avoir un seul homme timide? Crois-tu +que le découragement de celui-ci ne puisse pas +produire le découragement d'un autre? que le +second, qui quitte un troisième, ne lui fasse pas +bientôt abandonner un quatrième? Il n'en faut +pas davantage pour que le désespoir de vaincre +saisisse soudain toute une armée, et la saisisse +d'autant plus facilement qu'elle se trouve plus +nombreuse.</p> + +<p>Tout le monde sait, et tout le monde sent, que +les hommes, comme toutes les créatures qui tendent +à conserver leur être, aiment passionnément +la vie; on sait cela en général: et on cherche +pourquoi, dans une certaine occasion particulière, +ils ont craint de la perdre?</p> + +<p>Quoique les livres sacrés de toutes les nations +soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles, +je n'imagine rien de si frivole, parce que, +pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit +par cent mille causes naturelles est surnaturel, il +faut avoir auparavant examiné si aucune de ces +causes n'a agi; ce qui est impossible.</p> + +<p>Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me +semble que la matière ne mérite pas d'être si sérieusement +traitée.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span> +</div></div> + +<p><i>P. S.</i> Comme je finissois, j'ai entendu crier +dans la rue une lettre d'un médecin de province +à un médecin de Paris (car ici toutes les bagatelles +s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai cru +que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a +du rapport à notre sujet. Il y a bien des choses +que je n'entends pas: mais toi, qui es médecin, +tu dois entendre le langage de tes confrères.</p> + + +<h4>LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE +A UN MÉDECIN DE PARIS.</h4> + +<p>Il y avoit dans notre ville un malade qui ne +dormoit point depuis trente-cinq jours: son médecin +lui ordonna l'opium; mais il ne pouvoit se +résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la +main; qu'il étoit plus indéterminé que jamais. +Enfin il dit à son médecin: Monsieur, je vous demande +quartier seulement jusqu'à demain: je +connois un homme qui n'exerce pas la médecine, +mais qui a chez lui un nombre innombrable de remèdes +contre l'insomnie; souffrez que je l'envoie +quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous +promets que je reviendrai à vous. Le médecin congédié, +le malade fit fermer les rideaux, et dit à un +petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis, et dis-lui +qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon +cher monsieur Anis, je me meurs, je ne puis dormir: +n'auriez-vous point, dans votre boutique, la +C. du G., ou bien quelque livre de dévotion composé +par un révérend père jésuite, que vous n'ayez +pas pu vendre? car souvent les remèdes les plus +gardés sont les meilleurs. Monsieur, dit le libraire, +j'ai chez moi la Cour sainte du P. Caussin, en six +volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je +souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous +voulez les œuvres du révérend père Rodriguez, jésuite +espagnol, ne vous en faites faute. Mais, +croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin; j'espère, +avec l'aide de Dieu, qu'une période du père +Caussin vous fera autant d'effet qu'un feuillet tout +entier de la C. du G. Là-dessus M. Anis sortit, et +courut chercher le remède à sa boutique. La Cour +sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du +malade, jeune écolier, commence à la lire: il en +sentit le premier l'effet, à la seconde page il ne +prononçoit plus que d'une voix mal articulée, et +déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un +instant après tout ronfla, excepté le malade, qui +après avoir été longtemps éprouvé, s'assoupit à la +fin.</p> + +<p>Le médecin arrive de grand matin. Hé bien! +a-t-on pris mon opium? On ne lui répond rien: la +femme, la fille, le petit garçon, tous transportés +de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande +ce que c'est; on lui dit: Vive le père Caussin! +il faut l'envoyer relier. Qui l'eût dit? qui l'eût cru? +c'est un miracle! Tenez, monsieur, voyez donc +le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir +mon père. Et là-dessus on lui expliqua la +chose, comme elle s'étoit passée.</p> + +<p>Le médecin étoit un homme subtil, rempli des +mystères de la cabale, et de la puissance des paroles +et des esprits: cela le frappa; et, après plusieurs +réflexions, il résolut de changer absolument +sa pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. +Je tiens une expérience; il faut la pousser plus +loin. Hé pourquoi un esprit ne pourroit-il pas +transmettre à son ouvrage les mêmes qualités +qu'il a lui-même? ne le voyons-nous pas tous les +jours? Au moins cela vaut-il bien la peine de l'essayer. +Je suis las des apothicaires; leurs sirops, +leurs juleps, et toutes les drogues galéniques +ruinent les malades et leur santé: changeons de +méthode; éprouvons la vertu des esprits. Sur +cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, +comme vous allez voir par la description que je +vous vais faire des principaux remèdes qu'il mit +en pratique.</p> + + +<p><i>Tisane purgative.</i></p> + +<p>Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en +grec; deux feuilles d'un traité de théologie scholastique +le plus aigu, comme, par exemple, du +subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne; +six d'Averroès; trois de Porphyre; autant +de Plotin; autant de Jamblique: faites infuser le +tout pendant vingt-quatre heures, et prenez-en +quatre prises par jour.</p> + + +<p><i>Purgatif plus violent.</i></p> + +<p>Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la +C*** des I***; faites-les distiller au bain-marie; +mortifiez une goutte de l'humeur âcre et piquante +qui en viendra, dans un verre d'eau commune: +avalez le tout avec confiance.</p> + + +<p><i>Vomitif.</i></p> + +<p>Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons +funèbres indifféremment, prenant garde pourtant +de ne point se servir de celles de M. de N.; un +recueil de nouveaux opéras; cinquante romans; +trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans +un matras; laissez-le en digestion pendant deux +jours; puis faites-le distiller au feu de sable. Et si +tout cela ne suffit pas,</p> + + +<p><i>Autre plus puissant.</i></p> + +<p>Prenez une feuille de papier marbré, qui ait +servi à couvrir un recueil des pièces des J. F.; +faites-la infuser l'espace de trois minutes; faites +chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez.</p> + + +<p><i>Remède très-simple pour guérir de l'asthme.</i></p> + +<p>Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, +ci-devant jésuite, prenant garde de ne vous +arrêter qu'à la fin de chaque période: et vous sentirez +la faculté de respirer vous revenir peu à peu, +sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.</p> + + +<p><i>Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin +des chevaux.</i></p> + +<p>Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés +métaphysiques, une distinction, six vers de Chapelain, +une phrase tirée des lettres de M. l'abbé +de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau +de papier, que vous plierez, attacherez à un ruban, +et porterez au col.</p> + + +<p><i>Miraculum chymicum, de violenta fermentatione +cum fumo, igne et flammâ.</i></p> + +<p>Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione +Lallemaniana; fiat fermentatio cum magna +vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et invicem +penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio +ardentium spirituum. Pone liquorem fermentatum +in alembico: nihil inde extrahes, et +nihil invenies, nisi caput mortuum.</p> + + +<p><i>Lenitivum.</i></p> + +<p>Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris +relaxativi paginas sex; Vasquii emollientis +folium unum: infunde in aquæ communis libras +iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur +et exprimantur; et in expressione dissolve +Bauni detersivi et Tamburini abluentis folia iij.</p> + +<p>Fiat clyster.</p> + + +<p><i>In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut +febrim-amatoriam, appellat.</i></p> + +<p>Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ +Sanchii de matrimonio folia ij. Infundantur in +aquæ communis libras quinque.</p> + +<p>Fiat ptisana aperiens.</p> + +<hr style="width: 45%;" /> + +<p>Voilà les drogues que notre médecin mit en +pratique, avec un succès imaginable. Il ne vouloit +pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses malades, employer +des remèdes rares, et qui ne se trouvent +presque point: comme, par exemple, une épître +dédicatoire qui n'ait fait bâiller personne; une +préface trop courte; un mandement fait par un +évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par +un janséniste, ou bien admiré par un jésuite. Il +disoit que ces sortes de remèdes ne sont propres +qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle +il avoit une antipathie insurmontable.</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLIV" id="LETTRE_CXLIV"></a>LETTRE CXLIV.</h2> + +<h3>USBEK A RICA.</h3> + + +<p>Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison +de campagne où j'étois allé, deux savants +qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère +me parut admirable. La conversation du premier, +bien appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit +est vrai, parce que je l'ai dit. La conversation du +second portoit sur autre chose: Ce que je n'ai pas +dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.</p> + +<p>J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit +opiniâtre, cela ne me fait absolument rien; mais +qu'il soit impertinent, cela me fait beaucoup. Le +premier défend ses opinions; c'est son bien; le +second attaque les opinions des autres; et c'est le +bien de tout le monde.</p> + +<p>Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal +ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui +est nécessaire pour la conservation de la nature! +Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. +Ils cherchent à être supérieurs; et ils ne +sont pas seulement égaux.</p> + +<p>Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. +Vous faites la douceur et le charme de la +vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je +vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous +n'humiliez personne; et vous humiliez tout le +monde. Et, quand je vous compare dans mon +idée avec ces hommes absolus que je vois partout, +je les précipite de leur tribunal, et je les +mets à vos pieds.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLV" id="LETTRE_CXLV"></a>LETTRE CXLV.</h2> + +<h3>USBEK A ***.</h3> + + +<p>Un homme d'esprit est ordinairement difficile +dans les sociétés. Il choisit peu de personnes; +il s'ennuie avec tout ce grand nombre de gens qu'il +lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible +qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût: +autant d'ennemis.</p> + +<p>Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent +de le faire.</p> + +<p>Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de +choses qu'un autre, et les sent mieux.</p> + +<p>Il ruine presque toujours sa fortune, parce que +son esprit lui fournit pour cela un plus grand +nombre de moyens.</p> + +<p>Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde +beaucoup. Sa vue, qui se porte toujours +loin, lui fait voir des objets qui sont à de trop +grandes distances. Sans compter que, dans la +naissance d'un projet, il est moins frappé des difficultés +qui viennent de la chose, que des remèdes +qui sont de lui, et qu'il tire de son propre fonds.</p> + +<p>Il néglige les menus détails, dont dépend cependant +la réussite de presque toutes les grandes +affaires.</p> + +<p>L'homme médiocre, au contraire, cherche à +tirer parti de tout: il sent bien qu'il n'a rien à +perdre en négligences.</p> + +<p>L'approbation universelle est plus ordinairement +pour l'homme médiocre. On est charmé de +donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à celui-là. +Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne +lui pardonne rien, on supplée tout en faveur de +l'autre: la vanité se déclare pour lui.</p> + +<p>Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, +que dirons-nous de la dure condition des +savants?</p> + +<p>Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une +lettre d'un d'eux à un de ses amis. La voici.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">«<span class="smcap">Monsieur</span>,<br /></span> +</div></div> + +<p>«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les +nuits, à regarder, avec des lunettes de trente +pieds, ces grands corps qui roulent sur nos +têtes; et quand je veux me délasser, je prends +mes petits microscopes, et j'observe un ciron +ou une mite.</p> + +<p>«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule +chambre: je n'ose même y faire du feu, parce +que j'y tiens mon thermomètre, et que la chaleur +étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier, +je pensai mourir de froid; et quoique mon thermomètre, +qui étoit au plus bas degré, m'avertît +que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai +point; et j'ai la consolation d'être instruit +exactement des changements de temps les +plus insensibles de toute l'année passée.</p> + +<p>«Je me communique fort peu: et, de tous les +gens que je vois, je n'en connois aucun. Mais +il y a un homme à Stockholm, un autre à Leipsick, +un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, +et que je ne verrai sans doute jamais, avec lesquels +j'entretiens une correspondance si exacte, +que je ne laisse pas passer un courrier sans leur +écrire.</p> + +<p>«Mais, quoique je ne connoisse personne dans +mon quartier, je suis dans une si mauvaise réputation, +que je serai, à la fin, obligé de le quitter. +Il y a cinq ans que je fus rudement insulté +par une de mes voisines, pour avoir fait la dissection +d'un chien qu'elle prétendoit lui appartenir. +La femme d'un boucher, qui se trouva +là, se mit de la partie; et, pendant que celle-là +m'accabloit d'injures, celle-ci m'assommoit à +coups de pierres, conjointement avec le docteur +***, qui étoit avec moi, et qui reçut un +coup terrible sur l'os frontal et occipital, dont +le siége de sa raison fut très-ébranlé.</p> + +<p>«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque +chien au bout de la rue, il est aussitôt décidé +qu'il a passé par mes mains. Une bonne bourgeoise +qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, +disoit-elle, plus que ses enfants, vint +l'autre jour s'évanouir dans ma chambre; et, ne +le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. +Je crois que je ne serai jamais délivré de +la malice importune de ces femmes qui, avec +leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans +cesse de l'oraison funèbre de tous les automates +qui sont morts depuis dix ans.</p> + +<p>«Je suis, etc.»</p> + +<p>Tous les savants étoient autrefois accusés de +magie. Je n'en suis point étonné. Chacun disoit +en lui-même: j'ai porté les talents naturels aussi +loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain +savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il +y ait là quelque diablerie.</p> + +<p>A présent que ces sortes d'accusations sont tombées +dans le décri, on a pris un autre tour; et un +savant ne sauroit guère éviter le reproche d'irréligion +ou d'hérésie. Il a beau être absous par le +peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais +bien. C'est toujours pour lui un endroit malade. +Un adversaire viendra, trente ans après, lui +dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise +que ce dont on vous accuse soit vrai! mais vous +avez été obligé de vous défendre. C'est ainsi qu'on +tourne contre lui sa justification même.</p> + +<p>S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse +dans l'esprit, et quelque droiture dans le +cœur, on lui suscite mille persécutions. On ira +contre lui soulever le magistrat sur un fait qui +s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa +plume soit captive, si elle n'est pas vénale.</p> + +<p>Plus heureux cependant que ces hommes lâches, +qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension; +qui, à prendre toutes leurs impostures en +détail, ne les vendent pas seulement une obole; +qui renversent la constitution de l'empire, diminuent +les droits d'une puissance, augmentent ceux +d'une autre, donnent aux princes, ôtent aux peuples, +font revivre des droits surannés, flattent les +passions qui sont en crédit de leur temps, et les +vices qui sont sur le trône, imposant à la postérité, +d'autant plus indignement qu'elle a moins de +moyens de détruire leur témoignage.</p> + +<p>Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir +essuyé toutes ces insultes; ce n'est point assez +pour lui d'avoir été dans une inquiétude continuelle +sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour +enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire +des querelles de toutes parts. Et comment les éviter? +Il avoit un sentiment; il l'a soutenu par ses +écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux cents +lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant +la guerre qui se déclare.</p> + +<p>Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque +considération! Non. Il n'est tout au plus estimé +que de ceux qui se sont appliqués au même genre +de science que lui. Un philosophe a un mépris +souverain pour un homme qui a la tête chargée de +faits; et il est, à son tour, regardé comme un visionnaire +par celui qui a une bonne mémoire.</p> + +<p>Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse +ignorance, ils voudroient que tout le genre +humain fût enseveli dans l'oubli où ils seront eux-mêmes.</p> + +<p>Un homme à qui il manque un talent se dédommage +en le méprisant: il ôte cet obstacle +qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par là, +se trouve au niveau de celui dont il redoute les +travaux.</p> + +<p>Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque, +la privation des plaisirs et la perte de la +santé.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLVI" id="LETTRE_CXLVI"></a>LETTRE CXLVI.</h2> + +<h3>USBEK A RHÉDI.</h3> + +<h3>A Venise.</h3> + + +<p>Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne +foi étoit l'âme d'un grand ministre.</p> + +<p>Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se +trouve; il ne se décrédite que devant quelques +gens; il se tient couvert devant les autres: mais +un ministre qui manque à la probité a autant de +témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il +gouverne.</p> + +<p>Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un +ministre sans probité n'est pas de desservir son +prince et de ruiner son peuple: il y en a un autre, +à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est +le mauvais exemple qu'il donne.</p> + +<p>Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les +Indes. J'y ai vu une nation, naturellement généreuse, +pervertie en un instant, depuis le dernier +des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais +exemple d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, +chez qui la générosité, la probité, la candeur et +la bonne foi ont passé de tout temps pour les +qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier +des peuples; le mal se communiquer, et n'épargner +pas même les membres les plus sains; les +hommes les plus vertueux faire des choses indignes; +et violer, dans toutes les occasions de leur +vie, les premiers principes de la justice, sur ce +vain prétexte qu'on la leur avoit violée.</p> + +<p>Ils appeloient des lois odieuses en garantie des +actions les plus lâches; et nommoient nécessité +l'injustice et la perfidie.</p> + +<p>J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes +conventions anéanties, toutes les lois des +familles renversées. J'ai vu des débiteurs avares, +fiers d'une insolente pauvreté, instruments indignes +de la fureur des lois et de la rigueur des +temps, feindre un payement au lieu de le faire, +et porter le couteau dans le sein de leurs bienfaiteurs.</p> + +<p>J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter +presque pour rien, ou plutôt ramasser de terre +des feuilles de chêne, pour les mettre à la place +de la substance des veuves et des orphelins.</p> + +<p>J'ai vu naître soudain, dans tous les cœurs, +une soif insatiable des richesses. J'ai vu se former +en un moment une détestable conjuration de +s'enrichir, non par un honnête travail et une généreuse +industrie, mais par la ruine du prince, de +l'État et des concitoyens.</p> + +<p>J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps +malheureux, ne se coucher qu'en disant: J'ai +ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une +autre demain.</p> + +<p>Je vais, disoit un autre, avec un homme noir +qui porte une écritoire à la main et un fer pointu +à l'oreille, assassiner tous ceux à qui j'ai de l'obligation.</p> + +<p>Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes +affaires: il est vrai que, lorsque j'allai, il y a trois +jours, faire un certain payement, je laissai toute +une famille en larmes, que je dissipai la dot de +deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un +petit garçon; le père en mourra de douleur, la +mère périt de tristesse: mais je n'ai fait que ce +qui est permis par la loi.</p> + +<p>Quel plus grand crime que celui que commet +un ministre, lorsqu'il corrompt les mœurs de +toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses, +ternit l'éclat des dignités, obscurcit la +vertu même, et confond la plus haute naissance +dans le mépris universel?</p> + +<p>Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir +de la honte de ses pères? Que dira le peuple +naissant, lorsqu'il comparera le fer de ses aïeux +avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le +jour? Je ne doute pas que les nobles ne retranchent +de leurs quartiers un indigne degré de noblesse +qui les déshonore, et ne laissent la génération +présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLVII" id="LETTRE_CXLVII"></a>LETTRE CXLVII.</h2> + +<h3>LE GRAND EUNUQUE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Les choses sont venues à un état qui ne se peut +plus soutenir: tes femmes se sont imaginé que +ton départ leur laissoit une impunité entière; il +se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même +au cruel récit que je vais te faire.</p> + +<p>Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée, +laissa tomber son voile, et parut presque à visage +découvert devant tout le peuple.</p> + +<p>J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses +esclaves; chose si défendue par les lois du sérail.</p> + +<p>J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, +une lettre que je t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir +à qui elle étoit adressée.</p> + +<p>Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans +le jardin du sérail, et il se sauva par-dessus les +murailles.</p> + +<p>Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma +connoissance; car sûrement tu es trahi. J'attends +tes ordres: et, jusqu'à l'heureux moment que je +les recevrai, je vais être dans une situation mortelle. +Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma +discrétion, je ne te réponds d'aucune d'elles, et +j'aurai tous les jours des nouvelles aussi tristes à +te mander.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 1<sup>er</sup> de la lune de Rhégeb, 1717.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLVIII" id="LETTRE_CXLVIII"></a>LETTRE CXLVIII.</h2> + +<h3>USBEK AU PREMIER EUNUQUE.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes +sur tout le sérail: commandez avec autant +d'autorité que moi-même; que la crainte et la +terreur marchent avec vous; courez d'appartements +en appartements porter les punitions et les +châtiments; que tout vive dans la consternation, +que tout fonde en larmes devant vous; interrogez +tout le sérail; commencez par les esclaves; +n'épargnez pas mon amour; que tout subisse +votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets +les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et +faites-y rentrer la vertu bannie. Car, dès ce moment, +je mets sur votre tête les moindres fautes +qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être +celle à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: +examinez cela avec des yeux de lynx.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CXLIX" id="LETTRE_CXLIX"></a>LETTRE CXLIX.</h2> + +<h3>NARSIT A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Le grand eunuque vient de mourir, magnifique +seigneur: comme je suis le plus vieux de tes +esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que tu aies +fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.</p> + +<p>Deux jours après sa mort, on m'apporta une de +tes lettres qui lui étoit adressée: je me suis bien +gardé de l'ouvrir; je l'ai enveloppée avec respect, +et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies fait connoître +tes sacrées volontés.</p> + +<p>Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me +dire qu'il avoit trouvé un jeune homme dans le +sérail: je me levai, j'examinai la chose, et je +trouvai que c'étoit une vision.</p> + +<p>Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te +prie de compter sur mon zèle, mon expérience et +ma vieillesse.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CL" id="LETTRE_CL"></a>LETTRE CL.</h2> + +<h3>USBEK A NARSIT.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Malheureux que vous êtes, vous avez dans +vos mains des lettres qui contiennent des +ordres prompts et violents; le moindre retardement +peut me désespérer: et vous demeurez +tranquille sous un vain prétexte!</p> + +<p>Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être +la moitié de mes esclaves qui méritent la mort. +Je vous envoie la lettre que le premier eunuque +m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez +ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez +trouvé des ordres sanglants. Lisez-les donc ces +ordres: et vous périrez, si vous ne les exécutez +pas.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLI" id="LETTRE_CLI"></a>LETTRE CLI.</h2> + +<h3>SOLIM A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Si je gardois plus longtemps le silence, je serois +aussi coupable que tous ces criminels que +tu as dans le sérail.</p> + +<p>J'étois le confident du grand eunuque, le plus +fidèle de tes esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa +fin, il me fit appeler, et me dit ces paroles: Je +me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en quittant +la vie, c'est que mes derniers regards aient +trouvé les femmes de mon maître criminelles. Le +ciel puisse le garantir de tous les malheurs que je +prévois! puisse, après ma mort, mon ombre menaçante +venir avertir ces perfides de leur devoir, +et les intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables +lieux; va les porter au plus vieux des +noirs. Mais si, après ma mort, il manque de vigilance, +songe à en avertir ton maître. En achevant ces +mots, il expira dans mes bras.</p> + +<p>Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant +sa mort, sur la conduite de tes femmes: il y a +dans le sérail une lettre qui auroit porté la terreur +avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que +tu as écrite depuis a été surprise à trois lieues +d'ici: je ne sais ce que c'est, tout se tourne malheureusement.</p> + +<p>Cependant tes femmes ne gardent plus aucune +retenue: depuis la mort du grand eunuque, il +semble que tout leur soit permis; la seule Roxane +est restée dans le devoir, et conserve de la modestie. +On voit les mœurs se corrompre tous les +jours. On ne trouve plus sur le visage de tes femmes +cette vertu mâle et sévère qui y régnoit autrefois: +une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, +est un témoignage infaillible, selon moi, de quelque +satisfaction nouvelle; dans les plus petites +choses, je remarque des libertés jusqu'alors inconnues. +Il règne, même parmi tes esclaves, une +certaine indolence pour leur devoir et pour l'observation +des règles, qui me surprend; ils n'ont +plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit +animer tout le sérail.</p> + +<p>Tes femmes ont été huit jours à la campagne, +à une de tes maisons les plus abandonnées. On +dit que l'esclave qui en a soin a été gagné; et +qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait +cacher deux hommes dans un réduit de pierre +qui est dans la muraille de la principale chambre, +d'où ils sortoient le soir lorsque nous étions +retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à +notre tête, est un imbécile, à qui l'on fait croire +tout ce qu'on veut.</p> + +<p>Je suis agité d'une colère vengeresse contre +tant de perfidies: et si le ciel vouloit, pour le +bien de ton service, que tu me jugeasses capable +de gouverner, je te promets que, si tes +femmes n'étoient pas vertueuses, au moins elles +seroient fidèles.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLII" id="LETTRE_CLII"></a>LETTRE CLII.</h2> + +<h3>NARSIT A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne; +je n'ai pas cru devoir le leur refuser. +Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et des +esclaves vigilants: je commande en des lieux où +la vertu semble s'être choisi un asile. Compte +qu'il ne s'y passera rien que tes yeux ne puissent +soutenir.</p> + +<p>Il est arrivé un malheur qui me met en grande +peine. Quelques marchands arméniens, nouvellement +arrivés à Ispahan, avoient apporté une de tes +lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la +chercher; il a été volé à son retour, de manière +que la lettre est perdue. Écris-moi donc promptement; +car je m'imagine que, dans ce changement, +tu dois avoir des choses de conséquence à +me mander.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLIII" id="LETTRE_CLIII"></a>LETTRE CLIII.</h2> + +<h3>USBEK A SOLIM.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que +j'ai à présent dans le monde de plus cher, qui +est ma vengeance. Entre dans ce nouvel emploi: +mais n'y porte ni cœur ni pitié. J'écris à mes +femmes de t'obéir aveuglément: dans la confusion +de tant de crimes, elles tomberont devant +tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur +et mon repos: rends-moi mon sérail comme je +l'ai laissé. Mais commence par l'expier; extermine +les coupables, et fais trembler ceux qui se +proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer +de ton maître pour des services si signalés? +Il ne tiendra qu'à toi de te mettre au-dessus de ta +condition même, et de toutes les récompenses +que tu as jamais désirées.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLIV" id="LETTRE_CLIV"></a>LETTRE CLIV.</h2> + +<h3>USBEK A SES FEMMES.</h3> + +<h3>Au sérail d'Ispahan.</h3> + + +<p>Puisse cette lettre être comme la foudre qui +tombe au milieu des éclairs et des tempêtes! +Solim est votre premier eunuque, non pas pour +vous garder, mais pour vous punir. Que tout le +sérail s'abaisse devant lui. Il doit juger vos actions +passées: et, pour l'avenir, il vous fera +vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez +votre liberté, si vous ne regrettez pas votre +vertu.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLV" id="LETTRE_CLV"></a>LETTRE CLV.</h2> + +<h3>USBEK A NESSIR.</h3> + +<h3>A Ispahan.</h3> + + +<p>Heureux celui qui, connoissant tout le prix +d'une vie douce et tranquille, repose son +cœur au milieu de sa famille, et ne connoît d'autre +terre que celle qui lui a donné le jour.</p> + +<p>Je vis dans un climat barbare, présent à tout +ce qui m'importune, absent de tout ce qui m'intéresse. +Une tristesse sombre me saisit; je tombe +dans un accablement affreux: il me semble que +je m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même +que lorsqu'une sombre jalousie vient s'allumer, +et enfanter dans mon âme la crainte, les soupçons, +la haine et les regrets.</p> + +<p>Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans +mon cœur comme dans le tien: je te ferois pitié, +si tu savois mon état déplorable. J'attends quelquefois +six mois entiers des nouvelles du sérail; +je compte tous les instants qui s'écoulent; mon +impatience me les allonge toujours; et lorsque +celui qui a été tant attendu est près d'arriver, il se +fait dans mon cœur une révolution soudaine; +ma main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette +inquiétude qui me désespéroit, je la trouve l'état +le plus heureux où je puisse être, et je crains +d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que +mille morts.</p> + +<p>Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de +ma patrie, quoique je doive ma vie à ma retraite, +je ne puis plus, Nessir, rester dans cet affreux +exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en +proie à mes chagrins? J'ai pressé mille fois Rica +de quitter cette terre étrangère; mais il s'oppose +à toutes mes résolutions; il m'attache ici par +mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie; +ou plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même, +tant il est insensible à mes déplaisirs.</p> + +<p>Malheureux que je suis! je souhaite de revoir +ma patrie, peut-être pour devenir plus malheureux +encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais rapporter +ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout: +j'entrerai dans le sérail; il faut que j'y demande +compte du temps funeste de mon absence: et si +j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et +si la seule idée m'accable de si loin, que sera-ce, +lorsque ma présence la rendra plus vive? que +sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que j'entende +ce que je n'ose imaginer sans frémir? que +sera-ce enfin, s'il faut que des châtiments que je +prononcerai moi-même soient des marques éternelles +de ma confusion et de mon désespoir?</p> + +<p>J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles +pour moi que pour les femmes qui y sont gardées; +j'y porterai tous mes soupçons; leurs +empressements ne m'en déroberont rien; dans mon +lit, dans leurs bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes; +dans un temps si peu propre aux réflexions, +ma jalousie trouvera à en faire. Rebut +indigne de la nature humaine, esclaves vils dont +le cœur a été fermé pour jamais à tous les sentiments +de l'amour, vous ne gémiriez plus sur votre +condition, si vous connoissiez le malheur de la +mienne.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLVI" id="LETTRE_CLVI"></a>LETTRE CLVI.</h2> + +<h3>ROXANE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans +le sérail; un deuil affreux l'environne: un tigre +y exerce à chaque instant toute sa rage; il a +mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui +n'ont avoué que leur innocence; il a vendu une +partie de nos esclaves, et nous a obligées de changer +entre nous celles qui nous restoient. Zachi et +Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité +de la nuit un traitement indigne; le sacrilége +n'a pas craint de porter sur elles ses viles +mains. Il nous tient enfermées chacune dans notre +appartement; et, quoique nous y soyons seules, +il nous y fait vivre sous le voile: il ne nous +est plus permis de nous parler; ce seroit un crime +de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre +que les pleurs.</p> + +<p>Une troupe de nouveaux eunuques est entrée +dans le sérail, où ils nous assiégent nuit et jour: +notre sommeil est sans cesse interrompu par +leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me +console, c'est que tout ceci ne durera pas longtemps, +et que ces peines finiront avec ma vie: +elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te +donnerai pas le temps de faire cesser tous ces +outrages.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLVII" id="LETTRE_CLVII"></a>LETTRE CLVII.</h2> + +<h3>ZACHI A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans +la manière de me punir! Il m'a infligé ce +châtiment qui commence par alarmer la pudeur; +ce châtiment qui met dans l'humiliation extrême; +ce châtiment qui ramène, pour ainsi dire, à l'enfance.</p> + +<p>Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit +le sentiment d'elle-même, et commençoit +à s'indigner, lorsque mes cris firent retentir les +voûtes de mes appartements. On m'entendit demander +grâce au plus vil de tous les humains, et +tenter sa pitié, à mesure qu'il étoit plus inexorable.</p> + +<p>Depuis ce temps, son âme insolente et servile +s'est élevée sur la mienne. Sa présence, ses regards, +ses paroles, tous les malheurs viennent +m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la +consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il +s'offre à ma vue, la fureur me saisit; je la trouve +impuissante; et je tombe dans le désespoir.</p> + +<p>Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes +ces barbaries. Il voudrait m'ôter mon amour, +et profaner jusques aux sentiments de mon +cœur. Quand il me prononce le nom de celui que +j'aime, je ne sais plus me plaindre: je ne puis +plus que mourir.</p> + +<p>J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon +amour, par la force de mon amour. Les nuits, +les jours, les moments, tout a été pour toi. J'étois +superbe de mon amour même; et le tien me faisoit +respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis +plus soutenir l'humiliation où je suis descendue. +Si je suis innocente, reviens pour m'aimer; reviens, +si je suis coupable, pour que j'expire à tes +pieds.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLVIII" id="LETTRE_CLVIII"></a>LETTRE CLVIII.</h2> + +<h3>ZÉLIS A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>A mille lieues de moi, vous me jugez coupable: +à mille lieues de moi, vous me punissez.</p> + +<p>Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles +mains, il agit par votre ordre: c'est le tyran qui +m'outrage, et non pas celui qui exerce la tyrannie.</p> + +<p>Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos +mauvais traitements. Mon cœur est tranquille, depuis +qu'il ne peut plus vous aimer. Votre âme se +dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que +vous n'êtes point heureux. Adieu.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLIX" id="LETTRE_CLIX"></a>LETTRE CLIX.</h2> + +<h3>SOLIM A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Je me plains, magnifique seigneur, et je te +plains: jamais serviteur fidèle n'est descendu +dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs +et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.</p> + +<p>Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis +que tu m'as confié tes femmes, j'ai veillé nuit +et jour sur elles; que je n'ai jamais suspendu un +moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé +mon ministère par les châtiments; et je les +ai suspendus, sans sortir de mon austérité naturelle.</p> + +<p>Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une +fidélité qui t'a été inutile? Oublie tous mes services +passés; regarde-moi comme un traître; et +punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.</p> + +<p>Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier +désormais? Tu soupçonnois Zachi, et tu avois +pour Roxane une sécurité entière; mais sa vertu +farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le +voile de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras +d'un jeune homme, qui, dès qu'il s'est vu découvert, +est venu sur moi; il m'a donné deux coups +de poignard; les eunuques, accourus au bruit, +l'ont entouré: il s'est défendu longtemps, en a +blessé plusieurs; il vouloit même rentrer dans la +chambre, pour mourir, disoit-il, aux yeux de +Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est +tombé à nos pieds.</p> + +<p>Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes +ordres sévères: tu as mis ta vengeance en mes +mains; je ne dois pas la faire languir.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLX" id="LETTRE_CLX"></a>LETTRE CLX.</h2> + +<h3>SOLIM A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître; +je vais punir.</p> + +<p>Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la +tienne vont s'apaiser: nous allons exterminer le +crime, et l'innocence va pâlir.</p> + +<p>O vous, qui semblez n'être faites que pour +ignorer tous vos sens et être indignées de vos désirs +mêmes; éternelles victimes de la honte et de la +pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands +flots dans ce sérail malheureux, pour vous voir +étonnées de tout le sang que j'y vais répandre!</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="LETTRE_CLXI" id="LETTRE_CLXI"></a>LETTRE CLXI.</h2> + +<h3>ROXANE A USBEK.</h3> + +<h3>A Paris.</h3> + + +<p>Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques; +je me suis jouée de ta jalousie; et j'ai su de +ton affreux sérail faire un lieu de délices et de +plaisirs.</p> + +<p>Je vais mourir; le poison va couler dans mes +veines: car que ferois-je ici, puisque le seul +homme qui me retenoit à la vie n'est plus? Je +meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: +je viens d'envoyer devant moi ces gardiens +sacriléges, qui ont répandu le plus beau sang +du monde.</p> + +<p>Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, +pour m'imaginer que je ne fusse dans le +monde que pour adorer tes caprices? que, pendant +que tu te permets tout, tu eusses le droit +d'affliger tous mes désirs? Non: j'ai pu vivre +dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai +réformé tes lois sur celles de la nature; et mon +esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.</p> + +<p>Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice +que je t'ai fait; de ce que je me suis abaissée jusqu'à +te paroître fidèle; de ce que j'ai lâchement +gardé dans mon cœur ce que j'aurois dû faire paroître +à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané +la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma +soumission à tes fantaisies.</p> + +<p>Tu étois étonné de ne point trouver en moi les +transports de l'amour: si tu m'avois bien connue, +tu y aurois trouvé toute la violence de la haine.</p> + +<p>Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire +qu'un cœur comme le mien t'étoit soumis. Nous +étions tous deux heureux; tu me croyois trompée, +et je te trompois.</p> + +<p>Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il +possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, +je te forçasse encore d'admirer mon courage? +Mais c'en est fait, le poison me consume, +ma force m'abandonne; la plume me tombe des +mains; je sens affoiblir jusqu'à ma haine; je me +meurs.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.<br /></span> +</div></div> + +<h2>FIN DU TOME SECOND.</h2> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="NOTES_ET_VARIANTES" id="NOTES_ET_VARIANTES"></a>NOTES ET VARIANTES.</h2> + + +<p>(Voir l'<i>Index</i>, pour l'histoire, la religion, la philosophie, +le droit public et privé, les mœurs orientales +et européennes.)</p> + + +<p>Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).</p> + +<p>«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre; +<i>puisque son but est la destruction de la société</i>.» +C'est la leçon de 1721 et de 1754.</p> + +<p>Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions +subséquentes: «<i>puisqu'elle peut avoir l'effet de +détruire la société</i>».</p> + +<p>Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant +les deux leçons bout à bout: «puisqu'elle +peut avoir l'effet etc..., puisque son but est la destruction +de la société.</p> + +<p>«Cette peine répond à celle du bannissement <i>établie +dans les tribunaux, qui retranche</i> les coupables +de la société. Ainsi un prince, à l'alliance duquel +nous renonçons, est retranché <i>par là</i> de notre société +et n'est plus un de nos membres.»</p> + +<p>Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754.</p> + +<p>Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition +complète), et Lefèvre 1820, d'après l'édition +de Londres 1757, et peut-être sur des indications +manuscrites de Montesquieu conservées par son +fils et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi:</p> + +<p>«Cette peine répond à celle du bannissement, <i>que +les tribunaux ont établi pour retrancher</i> les coupables +de la société. Ainsi un prince, à l'alliance +duquel nous renonçons, est retranché de notre +société, et n'est plus <i>un des membres qui la composent</i>.»</p> + +<p>Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons +la correction du Supplément de 1754, sont +ainsi rédigés dans le texte primitif:</p> + +<p>«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société +ne peut être fondée que sur la volonté des +associés: si elle est détruite par la conquête, le +peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle +société: et si le vainqueur en veut former, c'est +une tyrannie.</p> + +<p>«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais +légitimes, lorsqu'ils ordonnent une cession ou +dédommagement plus considérable que le dommage +causé: autrement, c'est une pure violence, +contre laquelle on peut toujours revenir; à moins +que, pour ravoir ce qu'on a perdu, on ne soit +obligé de se servir de moyens si violents, qu'il en +arrive un mal plus grand que le bien que l'on en +doit retirer.</p> + +<p>«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public; +voilà le droit des gens, ou plutôt celui de la +raison.»</p> + +<p>En tête de la correction indiquée par le Supplément, +et qui, sous beaucoup de rapports, est inférieure +au texte primitif, se lit cet avertissement: «A la +place des trois derniers alinéas, mettez ceux-ci.»</p> + +<p>Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec +raison, à la suite du nouveau texte, la conclusion +si ferme: «Voilà cher Rhédi...»</p> + +<p> </p> +<p>Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)</p> + +<p>«Écoute ce que <i>je vais te</i> dire...».</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>: «Ce que je <i>te</i> vais dire...»</p> + +<p>Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de +Montesquieu.</p> + +<p>«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a +<i>connu</i> toute la fécondité.»</p> + +<p>Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a <i>vu</i>...»</p> + +<p>Cette lettre (LXXXIV de la 2<sup>e</sup> Marteau) est vivement +incriminée dans la brochure de l'abbé Gaultier: +<i>Lettres persannes convaincues d'impiété</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).</p> + +<p>«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté +longtemps <i>dans leur pureté</i>.»</p> + +<p>Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et +appartiennent aux éditions postérieures qui procèdent +de 1757 (voir la <i>Bibliographie</i>.)</p> + +<p>«Caravansérails». 1721, 1<sup>re</sup> donne: <i>Caravansérais</i>, +qui avec un ï serait peut-être la meilleure transcription +de ce terme oriental; et 1754: <i>Caravanseras</i>.</p> + +<p>«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de +France prit des gardes.»</p> + +<p>Ce roi est Philippe Auguste menacé par les <i>Assassins</i> +du Vieux de la Montagne.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXI (CVII 1721-1754).</p> + +<p>«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention +<i>à placer</i> sa droite... qu'elle en met <i>à poster</i> +une mouche qui peut manquer...»</p> + +<p>C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure.</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup> donne: «<i>porter</i> une mouche. (C'est une +coquille.)</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup> donne: <i>poster</i> sa droite,... <i>placer</i> une mouche.</p> + +<p>Les éditions subséquentes «<i>poser</i> une mouche» +(qui ne vaut pas <i>poster</i>).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754).</p> + +<p>Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2<sup>e</sup> Marteau +(LVIII), avec une adresse et une date différentes.</p> + +<p>En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note, +qui ne figure plus au Supplément:</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Rica à ***<br /></span> +</div></div> + +<p>«Le peuple est un animal qui voit et qui entend; +mais qui ne pense jamais. Il est dans une léthargie +ou dans une fougue surprenante; et il va et +vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans +savoir jamais d'où il est parti.</p> + +<p>«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur +de Normandie, qui, voulant se rendre plus considérable +à la cour, excitoit lui même de temps en +temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt.</p> + +<p>«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui +coûta, tout compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit +assembler quelques canailles dans un cabaret +qui donnoit le ton à toute la ville, et ensuite à +toute la province.</p> + +<p>«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit +dans les derniers troubles de Paris un des généraux +de cette ville à un de ses amis.</p> + +<p>«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la +ville; mais elles furent repoussées avec perte. Je +compte pourtant que je réparerai facilement cet +échec; j'ai six couplets...</p> + +<p>«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de +faire paroître une estampe, qui fera voir Mazarin +pendu; et pour peu que la conjoncture des affaires +le demande, nous aurons la ressource d'ordonner +au graveur de le rouer...</p> + +<p>«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et +de faire du nom de Mazarin un mot...</p> + +<p>«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché +originel que, pour ne pas voir ses partisans +réduits à la moitié, il a été obligé de renvoyer +tous ses pages. Je suis, etc...</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715.<br /></span> +</div></div> + +<p>En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.»</p> + +<p>«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer <i>l'arrêt +d'Union</i>, dit devant les députés du parlement <i>l'arrêt +d'Ognon</i>; sur quoi le peuple fit force plaisanteries.»</p> + +<p>Le <i>péché originel</i> dont il est question plus haut est +ce vice contre nature qu'on nomme parfois <i>italien</i>, +et qui serait mieux nommé <i>clérical</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Elle est incriminée dans la brochure: <i>Lettres persannes +convaincues d'impiété.</i></p> + +<p>«Il ne faut donc pas compter les années du monde...»</p> + +<p>Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1<sup>re</sup>, ni dans +1721 2<sup>e</sup> Marteau, ni dans 1754. C'est à tort qu'il a +été supprimé dans 1758 et dans beaucoup d'éditions +postérieures.</p> + +<p>«Cependant tous les historiens <i>nous parlent d'un +premier père; ils</i>...»</p> + +<p>Les mots en <i>italiques</i> manquent dans la première +édition. Ils sont déjà rétablis dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau.</p> + +<p>L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions +ne sont pas violentes...» appartient au +Supplément de 1754.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXVII (CXII de 1721 1<sup>re</sup>, CII de la 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues +d'impiété</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXVIII (CXII 1<sup>re</sup>, CIII 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Également incriminée.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXX.</p> + +<p><i>Tyen</i>, ciel des chinois.</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>: <i>Tyien</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXII</p> + +<p>«L'air se charge, comme les plantes...» +Alinéa ajouté par le Supplément de 1754.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754).</p> + +<p>Elle se trouve déjà dans 1721 2<sup>e</sup> Marteau (LX, Usbek +à ***, Paris, 11 Zilcadé 1715), avec les variantes +suivantes:</p> + +<p><i>Troisième alinéa.</i></p> + +<p>«A mon esprit; il me semble...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>et</i> il me semble...</p> + +<p><i>Quatrième alinéa.</i></p> + +<p>«De quelques uns de nos sujets...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: de nos <i>plus riches</i> sujets...</p> + +<p>«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: à la multitude <i>innombrable</i>...</p> + +<p>«Faire attention qu'il <i>étoit</i> notoire...</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: qu'il <i>est</i> notoire...</p> + +<p>«Nous ont prié, branlant la tête...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>en</i> branlant la tête...</p> + +<p>«<i>Ainsi</i>, désirant traiter les suppliants...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>A ces causes</i>, désirant...</p> + +<p><i>Septième alinéa.</i></p> + +<p>«A leurs femmes <i>et</i> à leurs enfants...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: A leurs femmes, à leurs enfants...</p> + +<p>«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: dans leurs familles, <i>avec leurs amis</i>, etc...</p> + +<p><i>Huitième alinéa.</i></p> + +<p>«<i>Elles</i> viennent à les y contraindre...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Ils</i> viennent...</p> + +<p>«Défendons à nos magistrats...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: à <i>tous</i> nos magistrats...</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXVI (CXX de 1721 1<sup>re</sup>, CX de 1721 2<sup>e</sup> Marteau).</p> + +<p>Incriminée dans les <i>Lettres persannes convaincues +d'impiété</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1<sup>re</sup>).</p> + +<p>«semble échauffer les imaginations <i>mêmes</i>.» +<i>Mêmes</i> manque, et avec raison, dans 1721 1<sup>re</sup>. +«Romans» pris dans le sens de <i>romanciers</i>.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1<sup>re</sup>).</p> + +<p>«<i>N.</i> prit le fer à la main...» <i>N.</i> est le duc de Noailles.</p> + +<p>«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'<i>Index</i>).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1<sup>re</sup>).</p> + +<p>«<i>Romans</i>» dans le sens de <i>romanciers</i>.</p> + +<p>«Zuléma». 1721 1<sup>re</sup>: Zumela.</p> + +<p>«Gemmadi 1, 1720»</p> + +<p>1 manque dans 1754.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).</p> + +<p>La piquante <i>Lettre d'un médecin de province</i> figure +tout entière dans les deux éditions qui servent de +base à notre travail. 1721 1<sup>re</sup> donne même <i>Révérend +père jésuite</i>, là où 1754 n'a que les initiales +R. P. J.</p> + +<p>Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des +éditeurs timorés ont supprimé ou mis en note +l'énumération des médicaments: la lettre s'arrête +à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit +passée.»</p> + +<p>Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu +«Il y a bien des choses que je n'entends pas, etc...»</p> + +<p>Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu +lui-même ces mutilations qu'on ne s'explique +guère:</p> + +<p>«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit +confié <i>de son vivant</i>» (ce qui est faux) «aux libraires, +a jugé à propos de faire des retranchements. +On n'a pas cru devoir en priver le lecteur +qui les trouvera ici en notes.»</p> + +<p>«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** +des J***.»</p> + +<p>Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la +Constitution des Jésuites. (Selon d'autres: concernant +la Banque, ou la Bourse, et la Compagnie +des Indes.)</p> + +<p>«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu +est ici bien aimable d'excepter les Oraisons +funèbres de Fléchier.</p> + +<p>«Teigne», 1721: <i>tigne</i>.</p> + +<p>«<i>Miraculum chymicum, de violenta</i>, etc...»</p> + +<p>Miracle chimique, par violente fermentation, avec +fumée, feu et flamme.</p> + +<p>Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion +de Lallemand; que la fermentation ait lieu, +avec grande violence, bouillonnement et tonnerre, +les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les +sels alcalins: il se fera une évaporation d'esprits +brûlants. Mettez la liqueur fermentée dans l'alambic; +vous n'en tirerez rien, et n'y trouverez rien +sinon un <i>caput mortuum</i> (une drogue inutile et +impuissante.)</p> + +<p>«<i>Lenitivum</i>.»</p> + +<p>Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages +du laxatif Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez: +faites infuser dans quatre livres d'eau +ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à moitié; +pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois +feuilles du détersif Bauni et du diluant Tamburini.</p> + +<p>Faites du tout un lavement.</p> + +<p>«<i>Clyster</i>.» 1721-1754: <i>clister</i>.</p> + +<p>«<i>In chlorosim</i>, etc...»</p> + +<p>Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs +ou fièvre-amoureuse.</p> + +<p>Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du +révérend Thomas Sanchez <i>De matrimonio</i> (Du +mariage). Faites infuser dans cinq livres d'eau +ordinaire.</p> + +<p>Faites du tout une tisane apéritive.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754).</p> + +<p>Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2<sup>e</sup> +Marteau (LIX).</p> + +<p>«Sa vue qui <i>se</i> porte toujours loin...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: qui porte...</p> + +<p>«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté +d'ôter à celui-là.»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: On aime à donner..., on est charmé +d'ôter...</p> + +<p>«Une mite.»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>Mitte</i>...</p> + +<p>«L'hiver <i>dernier</i>, je pensai mourir...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: L'hiver <i>passé</i>,...</p> + +<p>«On lui suscite...»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: On lui suscite<i>ra</i>...</p> + +<p>«La constitution <i>de</i> l'empire...</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>des empires</i>...</p> + +<p>«Mais ce n'est <i>point</i> assez...</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: <i>pas</i></p> + +<p>«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.»</p> + +<p>1721 2<sup>e</sup>: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).</p> + +<p>«Tes femmes se sont imaginé...»</p> + +<p>1721, 1754: se sont imagi<i>nées</i>...</p> + +<p>La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait +devoir les placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur +aura voulu, en les rassemblant, donner plus +de corps à la conclusion de son <i>roman</i> et finir +comme il avait commencé.</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).</p> + +<p>«Je sais ce qu'il t'écrivit...»</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup> et 1754 portent: je <i>ne</i> sais (qui répond +moins bien au sens général).</p> + +<p>«Avant qu'elles arrivassent...</p> + +<p>1721 1<sup>re</sup>, 2<sup>e</sup>: qu'elles <i>n</i>'arrivassent...</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754).</p> + +<p> </p> +<p>Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de +1721 2<sup>e</sup> Marteau, et 1730, 3<sup>e</sup> édition, Amsterdam, +Jacques Desbordes).</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE" id="INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"></a>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</h2> + + +<h3>A</h3> + +<p><span class="smcap">Abbé</span>. Jeune abbé séduisant +une actrice. XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Abdias Ibesalon</span>, juif, interroge +Mahomet sur les animaux +impurs. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Académie Française</span>. «établissement +singulier et bizarre» +inconnu en Perse. Babil éternel, +manie du panégyrique. +Quarante têtes pleines de figures, +de métaphores et d'antithèses. +LXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Actrices</span>. Elles ne sont point +cruelles. Lettre d'une actrice à +laquelle un abbé a ravi son innocence. +XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Adam</span>. «Dieu met Adam +dans le paradis terrestre, à +condition qu'il ne mangera pas +d'un certain fruit: précepte +absurde dans un être qui connoîtrait +les déterminations futures +des âmes; car enfin un +tel être peut-il mettre des conditions +à ses grâces, sans les +rendre dérisoires?» LXIX.</p> + +<p>(Voir Dieu. Prescience.)</p> + +<p>Adam a peut-être été sauvé +d'une catastrophe générale, +comme Noé le fut du déluge. +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Affranchissement</span>, comblait +sans cesse les vides de la +population romaine. CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Afrique</span>, toujours très-inconnue; +ses côtes ne sont plus ce +qu'elles étaient sous les Carthaginois +et les Romains. +CXIII, CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Agriculture</span>, ses progrès +intimement liés à ceux du +commerce et de l'industrie, et +réciproquement. CXVIII.</p> + +<p>Ses revenus inférieurs à ceux +de l'industrie et de l'art. Un +fonds ne produit annuellement +que le vingtième de sa valeur. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Agiotage</span>, ses effets désastreux. +CXXXII, CXLVI.</p> + +<p>(Par arrêt du conseil du +25 juillet 1719, le papier-monnaie, +déclaré immuable, fait +tomber l'or; un créancier, rue +Quincampoix, tire l'épée contre +un débiteur qui l'avait remboursé. +Allusion à ce fait, +CXLVI.)</p> + +<p><span class="smcap">Ainesse</span>. Le droit d'aînesse, +invention de la vanité, détruit +l'égalité des citoyens; il fait +obstacle à la propagation. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Alchimistes</span>. Ils vous offrent +«pour un peu d'argent le secret +de faire de l'or.» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Alcoran</span>, ses défauts: langage +de Dieu, idées des hommes. +XCVIII.</p> + +<p>Il ordonne de se soumettre +aux puissances (allusion à l'Evangile). +CV.</p> + +<p>Il autorise la pluralité des +femmes. CXV.</p> + +<p>Plaidoyer d'une femme contre +l'Alcoran. CXLI.</p> + +<p>Passages de l'Alcoran cousus +dans les vêtements, comme +amulette. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Alexandre</span> comparé à Gengiskhan. +LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Algébristes</span> comparés aux +astrologues. CXXXV.</p> + +<p><i>Ibid.</i> Algébriste faiseur de +<i>système</i>; allusion à Law.</p> + +<p><span class="smcap">Ali</span>, gendre du prophète.</p> + +<p>(Dans un certain nombre +d'éditions du temps <i>Hali</i>; déjà +en 1721, on imprime <i>Aly</i>.</p> + +<p>Prophète des Chiites (Persans).</p> + +<p>Son nom est un talisman. +CXLIII.</p> + +<p>Il est «le plus beau de tous +les hommes;» expressions d'un +Psaume appliquées au messie. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Allemagne</span>, partagée en un +nombre infini de petits États. +CIII.</p> + +<p>Les peuples de l'Allemagne +antique, avant la chute de +l'empire romain, étaient libres; +leurs rois n'étaient que des +chefs à pouvoir limité. CXXXI.</p> + +<p>L'empire d'Allemagne «se +fortifie à mesure de ses pertes.» +CXXXVI.</p> + +<p>Grand vizir d'Allemagne; +le prince Eugène vainqueur à +Peterwaradin. CXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Alliances</span>. Alliances honorables, +alliances injustes; alliances +déshonorantes (celle +d'un tyran).</p> + +<p>Il est juste et légitime de secourir +un allié. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Ambassadeur</span>. Faux ambassadeur +de Perse à la cour de +France XCII.</p> + +<p>Nargum, ambassadeur de +Perse en Russie. LI, LXXXII.</p> + +<p>Ambassadeur du grand Mogol +(d'Espagne) expulsé du +royaume. CXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Ambroise</span>, sa conduite à l'égard +de Théodose. LXI.</p> + +<p>(Comparez Spinoza, <i>Tractatus +theologico-politicus</i>, cap. +19.)</p> + +<p><span class="smcap">Ame</span>, entièrement liée au +corps et soumise aux influences +physiques, XXXIII.</p> + +<p>«Ouvrière de sa détermination» +l'âme, devant la prescience +divine, ne serait pas +plus libre qu'une boule de billard. +LXIX.</p> + +<p>Gens qui croient à l'immortalité +de l'âme par semestre. +LXXV.</p> + +<p>Les livres juifs enseignent +que la femme n'a pas d'âme. +CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Amérique</span>, avait été découverte +par les Carthaginois; +très-dépeuplée, CXIII, par la +barbarie des conquérants espagnols. +CXXII.</p> + +<p>Vainement y introduit-on +des esclaves; elle ne profite +point des pertes de l'Afrique. +CXIX.</p> + +<p>Indigènes et nègres y périssent +par milliers dans les mines. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Amitié</span>. presque inconnue +aux Asiatiques. XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Amour</span>. «Dans le nombreux +sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu +l'amour et l'ai détruit par lui-même.» +La polygamie éteint +l'amour. VI. LVI.</p> + +<p>L'amour, chez les musulmans, +est amorti par la pluralité des +femmes. LVI.</p> + +<p>L'amour chez les Espagnols. +LXXVIII.</p> + +<p>L'amour dans le paradis des +femmes. CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Amulettes</span>, passages de +l'Alcoran, noms sacrés cousus +dans les vêtements des fidèles +musulmans. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Anais</span>, ses aventures dans le +paradis des femmes, et la vengeance +qu'elle exerce sur son +mari, qui l'a tuée. CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Anatomie</span>. Noms barbares +qu'elle donne aux parties du +corps. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Anatomiste</span>. soupçonné, +dans son quartier, du meurtre +de tous les chiens qui disparaissaient. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Anciens et Modernes</span>. +Querelles sur le mérite d'Homère. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Anges</span>. Ils demandent à élever +Mahomet enfant. XXXIX.</p> + +<p>Chrétiens et musulmans rendent +un culte aux bons anges +et se méfient des mauvais. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Anglais</span>. Ils limitent l'autorité +de leurs rois. Leur humeur +et leurs raisonnements sur le +pouvoir. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Angleterre</span>. Son histoire +pleine de discordes d'où sort la +liberté.</p> + +<p>Ses rois toujours chancelants +sur un trône inébranlable.</p> + +<p>Nation qui, maîtresse de la +mer, mêle le commerce avec +l'empire. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Antiquaire</span>. Lettre et manies +innocentes d'un antiquaire +malin. CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Aphéridon</span>, Guèbre qui +épouse sa sœur: ses aventures. +LXVII.</p> + +<p>(Féridun, Zend <i>Thaethraona</i>, +sanscrit <i>Tritâna</i>, de <i>Trita</i>, +l'une des plus anciennes divinités +solaires des peuples +aryens).</p> + +<p><span class="smcap">Aragon</span>. Les états d'Aragon +et de Catalogne, en 1610, +discutent quelle sera la langue +employée dans les délibérations. +CX.</p> + +<p><span class="smcap">Arche</span>. Légendes sur l'arche +de Noé. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Argent</span> (vif), employé contre +les exhalaisons malignes. CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Arétin</span>, ses figures recommandées +contre les pâles couleurs. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Aristote</span>. Le médecin de +province fait entrer sa logique +dans un purgatif, ses catégories +dans un remède contre la +gale. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Armées</span>. Différence des armées +d'Orient et des troupes +européennes. XC.</p> + +<p>L'avantage est du côté du +prince qui est à la tête des armées. +CIII.</p> + +<p>Les armées, instrument nécessaire +de la tyrannie, surtout +en Orient. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Arméniens</span>. Leurs caravanes +qui partent «tous les jours» +de Smyrne pour Ispahan, transportent +en Perse les lettres venues +de Marseille. XXVII.</p> + +<p>Marchands d'esclaves. +LXXX.</p> + +<p>Quelques ministres de Cha-Soliman +voulaient les expulser +de Perse, s'ils ne se faisaient +mahométans. (Allusion à l'édit +de Nantes.) LXXXVI.</p> + +<p>Transportés par Cha-Abbas +dans la province de Guilan, ils +y périrent par milliers. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Arrêt</span> qui permet de prononcer +la lettre Q au gré de +chacun. CX.</p> + +<p>A. du C. (Arrêts du conseil.) +concernant la B. et la C. des I. +ou J. (Ordinairement traduit: +concernant la Bulle et la Constitution +des Jésuites: Barbier +préfère: concernant la Bourse +et la Compagnie des Indes.) +Purgatif violent. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Arts</span>. Mauvais usage des +arts. CVI.</p> + +<p>Où nous entraînerait la perte +des arts? Les barbares ont appris +les arts des vaincus. CVII.</p> + +<p>Nécessité des arts. L'oisiveté +et la mollesse incompatibles +avec les arts. Les arts à Paris. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Ascétiques</span>. Inutilité des livres +de cette espèce. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Asie</span>, dépeuplée, CXIII; toujours +livrée au despotisme. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Asie-Mineure</span>, singulièrement +déchue de son antique +prospérité. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Astarté</span>, Guèbre qui épousa +son frère: ses aventures. +LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Asthmè</span>. Pour le guérir, lisez +les périodes du père Maimbourg. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Astrologie judiciaire</span>, est +tenue en honneur chez les Persans +et les Orientaux. Rica +croit fermement au concours +des astres. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Auteurs</span>. Vanité des auteurs, +leur impatience de la +critique.</p> + +<p>Plus jaloux de leurs ouvrages +que de leurs épaules. CIX.</p> + +<p><span class="smcap">Automates</span>, les animaux; +allusion au système de Descartes. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Autorité</span>. «Quand une fois +l'autorité violente est méprisée, +il n'en reste plus assez à personne +pour la faire revenir.» +LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Averroes</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Aveugles</span>. La vie aux +Quinze-Vingts.</p> + +<p>Habileté des aveugles à se +conduire dans Paris. XXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Avicenne</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Avocats</span>. «Livres vivants,» +ils travaillent pour les juges et +se chargent de les instruire, +parfois aussi de les tromper. +LXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Avortement</span>. Crime sévèrement +puni par les lois européennes.</p> + +<p>Abus qu'en font les femmes +sauvages. CXXI.</p> + + +<h3>B</h3> + +<p><span class="smcap">Babyloniens</span>. Autorité de la +femme établie chez eux par +une loi en l'honneur de Sémiramis. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Bachas</span>. Ils achètent leurs +emplois et, ruinés, ruinent les +provinces. XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Badinage</span> «naturellement +fait pour les toilettes... semble +être venu à former le caractère +général de la nation.» +LXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Balk</span> (Bactres), ville sainte +où les Guèbres honoraient le +soleil. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Banque</span>. Ses actions. Projets +financiers du ministère en +1719. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Baptême</span>, comparé aux ablutions +musulmanes. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Barbares</span>. Ils ont appris les +arts ou les ont fait exercer aux +vaincus. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Barbarie</span>. Ses côtes, florissantes +sous les Carthaginois et +les Romains, ont été dépeuplées +et stérilisées par le mahométisme. +CXIII, CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Barbe</span>. Pierre I<sup>er</sup> et la barbe +de ses sujets. LI.</p> + +<p><span class="smcap">Bataille</span>. La terreur panique +d'un seul soldat en décide +quelquefois. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Bâtiments</span>. Magnificence de +Louis XIV dans ses constructions. +XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Batuecas</span>. Tribu des montagnes +d'Espagne, mal connue +des Espagnols eux-mêmes. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Béatitude Éternelle</span>. +Croyance défavorable à la propagation +de l'espèce. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Beauté</span>. Beauté des Persanes. +XXXIV.</p> + +<p>Beauté d'une esclave de Circassie, +achetée à des Arméniens. +LXXX.</p> + +<p>Beauté d'une femme jaune de +Visapour. XCVII.</p> + +<p>Empire naturel et universel +de la beauté. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Beaux esprits</span>. Ils s'amusent +aux choses puériles. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Beiram</span>. Appartement des +femmes. Sérail du roi (de +Perse). Toute esclave qui y +entre devient mahométane. +LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bénéfices</span>. «Qui voudroit +nombrer tous les gens de loi +qui poursuivent le revenu de +quelque mosquée...» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ben Josué</span>, juif, prosélyte +musulman. XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Bibliothécaire</span>. Portrait +d'un moine bibliothécaire. Ses +conversations avec Rica. +CXXXIV-CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bibliothèques</span>. Comment +elles sont administrées par les +dervis. CXXXIII.</p> + +<p>Voyage dans une grande bibliothèque +à Paris. CXXXIII-CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bienfait</span>. Tout homme est +capable de faire du bien à un +homme: mais c'est ressembler +aux dieux que de contribuer +au bonheur d'une société tout +entière. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Boissons</span>. Celles qui abrutissent.</p> + +<p>Celles qui égayent et consolent, +permises aux musulmans. +XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Boîtes</span> où l'on enferme les +femmes de la Perse au passage +des rivières. III.</p> + +<p><span class="smcap">Bombés</span>. Leur invention a +ôté la liberté à tous les peuples +de l'Europe. CVI.</p> + +<p>Défense des bombes. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Bonheur</span>. Réside-t-il dans +les satisfactions des sens ou +dans la pratique de la vertu? +X.</p> + +<p><span class="smcap">Bonne foi</span>. Doit être l'âme +d'un grand ministre. CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Bons mots</span> préparés d'avance +et lancés à l'aide d'un +compère. LIV.</p> + +<p><span class="smcap">Bonzes</span>, confondus avec les +brahmanes. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Bourgeois</span>. Ont perdu la +garde de leurs villes. CVI.</p> + +<p>Sous quel prétexte les princes +la leur ont retirée. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Boussole</span>. Que nous a servi +l'invention de la boussole? CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Brahma</span> récompense le suicide +des veuves. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Brahmane</span>. Croit à la métempsychose, +mais admet qu'on +mange un animal quand on ne +l'a pas tué soi-même. XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Bulles</span>, purgatif violent. +CXLIII.</p> + + +<h3>C</h3> + +<p><span class="smcap">Cabale</span>. Panthéisme mystique +des Juifs.</p> + +<p>Pratiquée par un médecin de +province. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Café</span> (<span class="smcap">et cafés</span>.) Très en +usage à Paris, donne de l'esprit +à ceux qui le prennent +dans certains établissements. +On y joue aux échecs. XXXVI.</p> + +<p>Conversations que l'on y entend. +CXXIX, CXXX, CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Cambyse</span> a établi en Perse le +mariage de la sœur et du +frère. LXVII.</p> + +<p>A quelle jambe a-t-il été +blessé? CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Cappadociens</span>. Ils refusèrent +la liberté que leur offraient +les Romains. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Capucins</span>. Conversation de +Rica et d'un provincial de capucins. +XLIX.</p> + +<p><span class="smcap">Carthage</span>. République dont +on ignore les origines; rivale +de Rome. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Carthaginois</span>, avaient découvert +l'Amérique. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Casbin</span>. Ville et monastère +en Perse. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Casuistes</span>. Leur habileté à +faire passer les péchés du mortel +au véniel. «Il y a un tour +à donner à tout.» LVII.</p> + +<p>Ils mettent au jour les secrets +de la nuit. Ingéniosité +voluptueuse, crudité et danger +de leurs ouvrages. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Castro</span> (Jean de), «fameux +général portugais.» XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Catalogne</span>. États d'Aragon +et de Catalogne, 1610. Discussion +préalable sur la langue à +employer dans les délibérations. +CX.</p> + +<p><span class="smcap">Catholicisme</span>. Son infériorité +sociale devant le protestantisme.</p> + +<p>Dans l'État de l'Europe, il +n'est pas possible qu'il y subsiste +cinq cents ans. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Catholiques</span>. Les pays catholiques +moins riches, moins +actifs, moins peuplés que les +pays protestants. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Caussin</span> (le P.), jésuite, né à +Troyes en 1543, confesseur +de Louis XIII, exilé par Richelieu.</p> + +<p>Sa <i>Cour sainte</i>, livre de +piété en 4 volumes in-4, est recommandée +comme somnifère +à un homme qui ne dormait +pas depuis trente-cinq jours. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Célibat</span>. Les filles esclaves +condamnées à la virginité dans +le sérail. CXV.</p> + +<p>Les Romains établissaient +des peines sévères contre le +célibat.</p> + +<p>Les chrétiens le proclament +supérieur au mariage. CXVII.</p> + +<p>Nombre prodigieux de catholiques +faisant profession de +célibat.</p> + +<p>Le célibat ecclésiastique est +plus nuisible à la propagation +que la castration même.</p> + +<p>Habitude des familles de +vouer un de leur membre au +célibat religieux. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Cellamare</span> (conspiration de), +allusions, CXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Cérémonies</span>. Leur importance +secondaire en religion. +XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">César</span>, opprima la république +romaine et la soumit à un +pouvoir arbitraire. Suites de +son crime. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Cha-Abbas</span>, se serait fait +couper les deux bras plutôt que +de signer l'édit de Nantes et +«d'envoyer au Mogol et aux autres +rois des Indes ses sujets les +plus industrieux.» LXXXVI.</p> + +<p>Voulant priver les Turcs de +soldats sur leurs frontières, il +transporta vingt milles familles +arméniennes dans la province +de Guilan. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Chahban</span>, mois ardent. +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Chansons</span>. Influence des +chansons sur les frondeurs. +CXI.</p> + +<p><span class="smcap">Chapelain</span>, bon contre la +gale, la teigne, etc. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Chapelet</span>. «Heureux celui +qui a toujours prié Dieu avec +de petits grains de bois à la +main!» XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Chardin</span>, célèbre voyageur +en Perse. LXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Charles XII</span>, tué devant une +place assiégée en Norwége +(Frédéricshall). CXXXVII. +(<i>Esprit des lois</i>.) X, 13.</p> + +<p><span class="smcap">Chartreux</span>. Espèce de dervis +taciturnes. LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Cha-Soliman</span>. Quelques ministres +de ce prince avaient +voulu expulser de Perse tous +les Arméniens (allusion à l'édit +de Nantes). LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Chat</span>, sorti du nez du lion. +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Châtiments</span>. Les châtiments +dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI. +(Voir Peines.)</p> + +<p><span class="smcap">Chaussures</span>. Les hauts talons. +C.</p> + +<p><span class="smcap">Chauvinisme</span>. «Depuis le +commencement de la monarchie, +les Français n'ont jamais +été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.) +CXXX.</p> + +<p><span class="smcap">Chimie</span> (alchimie?), quatrième +fléau qui ruine les hommes +et les détruit en détail (?). +CVI.</p> + +<p>Elle habite tantôt l'hôpital, +tantôt les Petites-Maisons. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Chine</span>. Deux fois conquise +par les Tartares. LXXXII.</p> + +<p>Les Chinois pensent que +leurs pères, anéantis dans le +Tyen, revivent en eux sur la +terre. De là, propagation de +l'espèce. CXX.</p> + +<p>Ils honorent leurs parents +comme des dieux. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Un conquérant de la Chine +obligea ses sujets à se rogner +les cheveux ou les ongles. LXI.</p> + +<p><span class="smcap">Chlorose</span>, doit céder à un +tonique où entreront des figures +d'Arétin et des passages +de Sanchez. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Chrétiens</span> (vieux). Ce que +c'est que les «vieux chrétiens» +en Espagne et Portugal. Leur +orgueil. LXXVIII.</p> + +<p>Les chrétiens cultivent les +terres en Turquie et sont persécutés +par les Pachas. XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Christ</span>. Pas de royaume où +il y ait eu tant de guerres civiles +que dans celui du Christ. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Christianisme</span>. Il rend tous +les hommes égaux, mais n'empêche +pas les rois chrétiens +d'autoriser la traite des nègres. +LXXV.</p> + +<p>Il est peu favorable à la propagation +de l'espèce humaine. +CXV.</p> + +<p>Ses rapports avec le mahométisme +au point de vue des +croyances. XXXV.</p> + +<p>Ses vices sociaux: interdiction +du divorce; création +d'eunuques des deux sexes; +exaltation du célibat. CXV, +CXVII, CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Christine</span> (de Suède), abdique +la couronne pour se donner +à la philosophie. CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Circassie</span>, pays des belles +esclaves. LXXX, XCVII.</p> + +<p>Royaume grand et dépeuplé. +CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Circoncision</span>. Ablation d'un +«petit morceau de chair.» +XLVI.</p> + +<p>Mesure sanitaire qui délivre +l'homme de l'impureté. XXXIX.</p> + +<p>Mahomet est né circoncis. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Climats</span>. Ils fixent les tempéraments.</p> + +<p>On n'en sort pas impunément. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Cloître</span>. Cinq ou six mots +d'une langue morte y assurent +une vie tranquille. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Clyster</span> (composition d'un). +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Coiffeuses</span>. Supériorité +des coiffeuses françaises. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Coiffures</span>. Variations des +coiffures françaises. C.</p> + +<p><span class="smcap">Colonies</span>. Elles affaiblissent +la mère-patrie sans peupler le +pays où on les établit. CXXII.</p> + +<p>Les colonies grecques apportèrent +avec elles un esprit de +liberté. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Colonisation</span>. L'auteur y +est peu favorable et n'y voit, +sauf exception, qu'une cause +de dépopulation intérieure et +extérieure. CXXII.</p> + +<p>Il voudrait la borner à l'occupation +de places pour le +commerce. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Com</span>. (Ville de).</p> + +<p>C'est là qu'est le «tombeau +de la Vierge qui a mis au +monde douze prophètes.» Lettres +I, XVII.</p> + +<p><span class="smcap">Commentateurs</span>. Armée effroyable +des glossateurs, de +commentateurs, jurisconsultes. +CI.</p> + +<p>Ils peuvent se dispenser d'avoir +du bon sens. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Commerce</span>. Plus il y a +d'hommes, plus il fleurit; plus +il fleurit, plus il y a d'hommes. +CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Communisme</span>. Montesquieu +semble avoir attribué quelques +avantages à l'indivision: «Le +peuple Troglodyte se regardoit +comme une seule famille: les +troupeaux étoient presque toujours +confondus; la seule peine +qu'on s'épargnoit ordinairement, +c'étoit de les partager.» +Lettre XII.</p> + +<p><span class="smcap">Compères</span>. Le rôle des compères +dans les conversations +du monde. LIV.</p> + +<p><span class="smcap">Compilateurs</span>. Contre leurs +plagiats stériles. LXVI.</p> + +<p>Les compilateurs de lois et +d'ordonnances. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Conception</span>. Mahomet ne +veut pas que la femme conçoive +dans l'état d'impureté. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Confesseur</span>, son rôle près +d'un vieux et d'un jeune roi. +CVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Congrès</span>. «Épreuve aussi +flétrissante pour la femme qui +la soutient que pour le mari +qui y succombe.» LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Conquête</span>. «La conquête +ne donne point un droit par +elle-même.» XCVI.</p> + +<p>Funestes nécessités de la +conquête lorsqu'elle est lointaine: +extermination des vaincus +et épuisement des vainqueurs. +CXXII.</p> + +<p>Les conquêtes des Espagnols +marquées par la ruine des campagnes. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Conscience</span>. Inhumanité de +ceux qui affligent la conscience +des autres. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Conseils</span>. Six ou sept conseils +remplaçant les ministres +ont pu sagement administrer +la France. CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Consolations</span>. Vanité de +celles qu'on tire «de la nécessité +du mal, de l'inutilité des +remèdes, de la fatalité du destin, +de l'ordre de la providence.» +XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Conspirations</span> fréquentes +en Orient. Pourquoi? CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Constantinople</span> menacée +de dépopulation par la polygamie. +CXV.</p> + +<p>Les transports de peuples +qu'on y a faits n'ont jamais +réussi. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Constitution</span> (Bulle de +1710) mal accueillie par les +Français, surtout par les femmes. +Louis XIV l'accepte. +XXIV.</p> + +<p>Les constitutions des papes, +adoptées par la jurisprudence +française. CI.</p> + +<p>Influence de la constitution +du corps sur les croyances religieuses. +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Conte persan</span>. Anaïs dans +le paradis. CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Continence</span>. Chez les chrétiens, +c'est la vertu par excellence +(bien que le mariage soit +saint: contradiction); elle a +anéanti plus d'hommes que les +pestes et les guerres les plus +sanglantes. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Conversation</span>. Influence +qu'ont dans les conversations +les choses inanimées, bruit du +carrosse et du marteau, habit +brodé, perruque blonde, tabatière, +canne, gants. LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Coquetterie</span>. «Un peu de +coquetterie est un sel qui pique +et prévient la corruption.» +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Corps</span>. Les grands corps +s'attachent aux minuties, aux +vains usages. CX.</p> + +<p><span class="smcap">Corruption</span> remarquée dans +les Indes (en France), œuvre +du système de Law. Peinture +énergique des hontes de l'agiotage. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Cosrou</span>, eunuque blanc +amoureux de Zélide. LIII.</p> + +<p><span class="smcap">Cour</span>. La vertu et la sincérité +y sont périlleuses. Lettre +VIII.</p> + +<p><span class="smcap">Courbe</span> selon laquelle un +vaisseau doit être taillé. +XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Courouc</span>. Ordre qui, en +Perse, écarte les hommes du +passage des femmes de qualité. +XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Courtisans</span>. Par quels services +ils gagnent des libéralités +des princes, CXXV, et leurs +faveurs, notamment celles de +Louis XIV. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Coutumes</span>. Multiplicité des +coutumes des provinces en +France. La plupart rédigées +d'après le droit romain. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Couvent</span>. Famille éternelle +où il ne naît personne; gouffre +où s'ensevelissent les races futures. +CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Création</span>. Peut-on croire +qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a +6,000 ans? Plus tôt, Dieu n'a-t-il +pas voulu? n'a-t-il pas pu? +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Cuisiniers</span>. Le goût des +cuisiniers français règne du +septentrion au midi. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Czar</span>, son autorité despotique. +LI.</p> + + +<h3>D</h3> + +<p><span class="smcap">Débiteurs</span> avares qui ruinent +leurs créanciers par des +payements fictifs. CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Décadence romaine</span>. Passage +qui contient en germe +un des chefs-d'œuvre de Montesquieu. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Décisionnaire</span>. Homme +content de lui qui tranche sur +tout, morale, science, histoire, +nouvelles. LXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Défense</span>. Elle rend la guerre +légitime. Quand un traité a +privé une société de «sa défense +naturelle,» elle peut la +reconquérir par la guerre. +XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Déluge</span>. Hypothèses de plusieurs +déluges. CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Dépopulation</span>. Catastrophe +insensible.</p> + +<p>Elle croît depuis les temps +les plus reculés, dans tous les +pays du monde connu. CXIII.</p> + +<p>Ses causes physiques, CXIV, +et morales, CXV, dans les +pays musulmans, CXVI, et +chrétiens, CXVII, CXVIII; en +Afrique et en Amérique, +CXIX; chez les sauvages, +CXXI; dans les colonies, +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Dervis</span> (Lisez prêtres ou +moines.) LVII;</p> + +<p>Dervis taciturnes: Chartreux +LXXXIII.</p> + +<p>On souhaiterait que les dervis +«<i>se retranchassent</i> tout +ce que leur profession leur +rend inutiles.» <i>Ibid.</i></p> + +<p>Société de gens avares qui +prennent tout et ne rendent +rien. Les dervis catholiques +accaparent les richesses de +l'État, paralysent la circulation, +le commerce et les arts. +CXVIII.</p> + +<p>Comment ils administrent +leurs bibliothèques. CXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Déserts</span>. Pays déserts par +vice de nature ou destruction +de peuples. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Désespoir</span>. Il égale la faiblesse +à la force. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Désirs</span>. Malheur d'une femme +qui a des désirs violents +lorsqu'elle est privée de celui +qui peut seul les satisfaire. +VII.</p> + +<p><span class="smcap">Despote</span>, <span class="smcap">despotisme</span>. Le +despote menacé par l'excès +même de son autorité. LXXXII, +CIII.</p> + +<p>Le despotisme tue l'émulation, +XC; conduit au régicide +impuni. CIV.</p> + +<p><span class="smcap">Devins</span>. Ils vous diront toute +votre vie, «pourvu qu'ils +aient eu un quart d'heure de +conversation avec vos domestiques.» +LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Dévot</span>. Dévot ou incrédule +par accès, caractère du chrétien. +LXXV.</p> + +<p>«Si dévots qu'ils sont à +peine chrétiens» (les Espagnols). +LXXVIII.</p> + +<p>Le dévot adore tout ce qu'il +vénère, attribue à de petites +pratiques monacales la même +efficacité qu'aux sacrements. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Dictionnaire</span>. Le dictionnaire +de Furetière et celui de +l'Académie. LXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Didon</span>. On ignore la suite +des princes africains depuis +Didon. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Dieu</span>. Les hommes le font à +leur image. Dieux nègres, Vénus +hottentote; «si les triangles +faisoient un dieu, ils lui +donneroient trois côtés.» LIX.</p> + +<p>«Ils ont fait une énumération +de toutes les perfections +différentes que l'homme est +capable d'avoir et d'imaginer, +et en ont chargé l'idée de la +divinité.»</p> + +<p>Quoique tout-puissant, Dieu +«ne peut pas violer ses promesses, +ni tromper les hommes.»</p> + +<p>Comment pourrait-il prévoir +ce qui n'est pas encore?</p> + +<p>La prescience divine est discutée +et discutable. Peut-être +n'est-elle qu'intermittente, +quand Dieu veut qu'une chose +arrive. En tout cas elle est +contradictoire et supprime la +liberté, le mérite et le démérite, +tels que les métaphysiciens +les définissent. LXIX.</p> + +<p>«Dieu est si haut que nous +n'apercevons pas même ses +nuages.» LXIX.</p> + +<p>Dieu défend-il le suicide? +LXXVI.</p> + +<p>S'il y a un Dieu, il faut qu'il +soit juste... Il serait le plus +méchant de tous les êtres puisqu'il +le serait sans intérêt.</p> + +<p>Docteurs qui représentent +Dieu tantôt comme un être +mauvais, tantôt comme un être +qui hait le mal. LXXXIV.</p> + +<p>Comment comprendre que +Dieu ait différé, durant toute +l'éternité, la création du monde?—Il +n'y a point en lui de +succession. CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Directeur</span>. Portrait du +directeur de consciences. +XLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Discours</span> prononcé par un +général de la Fronde. CXII.</p> + +<p><span class="smcap">Disgrâce</span>. Pour un Persan, +la disgrâce du prince, c'est la +mort. Aussi les révoltes coûtent-elles +peu aux Orientaux.</p> + +<p>Pour les grands d'Europe, la +disgrâce n'est que défaveur, +exil. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Dissimulation</span>. Art nécessaire +et pratiqué chez les Asiatiques. +LXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Distinction</span>. Procédé jésuitique, +raillé. XXIX.</p> + +<p>Les distinctions des avocats +ou des scolastiques. XXXVI.</p> + +<p>Une «distinction» sur un +morceau de papier, remède +contre la gale, la gratelle, etc. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Divorce</span>. Autorisé par le +paganisme. CXV.</p> + +<p>Il contribuait à l'attachement +mutuel CXVII.</p> + +<p>Son interdiction peu judicieuse +relâche les liens que le +christianisme prétend resserrer, +et porte atteinte à la fin du +mariage. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Elle engendre la froideur +dans le ménage, livre aux filles +de joie l'homme dégoûté d'une +épouse éternelle et nuit à la +propagation de l'espèce. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Docteurs</span> qui représentent +Dieu comme un être qui fait +un exercice tyrannique de sa +puissance, etc. LXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Don Quichotte</span>. Le seul des +livres espagnols «qui soit bon +est celui qui a fait voir le ridicule +de tous les autres.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Droit barbare</span>. Lois franques, +etc., abandonnées pour le +droit romain. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Droit canon</span>. Constitutions +des papes (Décrétales), adoptées +par les Français. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Droit civil</span>. Il règle les affaires +des particuliers.</p> + +<p>Identité rationnelle du droit +civil et du droit public. XCV.</p> + +<p><span class="smcap">Droit coutumier</span> presque +toujours modifié selon le droit +romain. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Droit des gens</span> (voyez Droit +public), doit prohiber les inventions +meurtrières. CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Droit public</span> faussé par les +passions des princes, la patience +des peuples, la flatterie +des écrivains; science qui apprend +aux princes jusqu'à quel +point ils peuvent violer la justice. +XCV.</p> + +<p>Le droit public devrait être +considéré comme un droit civil +étendu au monde entier. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Il est plus connu en Europe +qu'en Asie. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Sanctions du droit public: +la guerre; les représailles; la +suppression des avantages mutuels; +la renonciation aux alliances. +XCVI.</p> + +<p>Les principes du droit public +sont ceux du droit privé. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Droit romain</span>. Fond du droit +français, rédigé en partie par +les Byzantins. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Droits</span> surannés rétablis au +détriment du peuple par les +fauteurs d'intrigues princières. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Duel</span>. Edit de Louis XIV +contre les duels, loué par un +homme qui «reçut cent coups +de bâton pour ne le pas violer.» +LIX.</p> + +<p>Contradiction entre les lois +de la nation et les lois de +l'honneur.</p> + +<p>Inutilité et injustice des lois +sur le duel. XCI.</p> + +<p>Sottise du duel, qui met le +droit à la merci de la force ou +de l'adresse corporelle.</p> + +<p>Injustice du duel par champions.</p> + +<p>Rôle des seconds.</p> + +<p>Le duel survit à toutes les +interdictions et à toutes les +peines. <i>Ibid.</i> XCI.</p> + + +<h3>E</h3> + +<p><span class="smcap">Eau</span> froide pour les ablutions +du matin. XLVI.</p> + +<p>Manque à Venise pour les +purifications musulmanes.</p> + +<p>(Voir Venise.)</p> + +<p><span class="smcap">Ecclésiastiques</span>. On leur +demande de prouver ce qu'on +est résolu de ne pas croire. +LXI, LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Ecriture sainte</span>. Tortures +que lui infligent les glossateurs +ecclésiastiques. CXXXIV.</p> + +<p>Diversité des interprétations. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Edit de Nantes</span>. «En proscrivant +les Arméniens (les protestants), +on pensa détruire en +un seul jour tous les négociants +et presque tous les artisans +du royaume.»</p> + +<p>Coup porté à l'industrie par +la dévotion. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Education</span>. Tristes résultats +de celle que les enfants, en +Orient, reçoivent des esclaves. +XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Education des femmes</span>. Entre +les hommes et les femmes, +«les forces seroient égales si +l'éducation l'étoit aussi.» +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Egalité</span>. L'égalité civique, +amenant l'égalité des fortunes +porte l'abondance et la vie dans +toutes les parties du corps politique. +CXXIII.</p> + +<p>Chez les Guèbres la femme +était l'égale de son mari. +LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Eglise</span>. L'histoire de l'Église +et des Papes, faite pour +édifier, produit l'effet contraire. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Egypte</span> dépeuplée. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Egyptiens</span>. Autorité de la +femme établie chez eux par +une loi en l'honneur d'Isis. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eléphant</span>. Ses ordures font +pencher l'arche et engendrent +le pourceau. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Emollients</span>. Molina, Escobar, +Vasquez, etc., en clystère. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Empire romain</span>. Gouvernement +militaire et violent sous +lequel gémit l'Europe. CXXXI.</p> + +<p>Démembré par les barbares. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Empire d'Allemagne</span> (voyez +Allemagne).</p> + +<p><span class="smcap">Empires</span> comparés à un arbre +dont les branches trop +étendues ôtent le suc du tronc. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Enfants</span>. Les enfants nés +dans la misère, ou issus de +mariages précoces, meurent en +bas-âge ou forment des générations +étiolées. CXXIII.</p> + +<p>Tout enfant né dans le mariage +est censé être au mari. +LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Enrhumé</span>. «Tout Espagnol +qui n'est pas enrhumé ne saurait +passer pour galant.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eole</span>. Fils qu'il eut d'une +nymphe de la Calédonie (Law), +et auquel il apprit l'art d'enfermer +du vent dans des outres.</p> + +<p>Voyages de ce fils en compagnie +du dieu du hasard; son +séjour en Bétique (France); ses +discours; il escamote la fortune +des crédules auditeurs. +CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Epée</span> (gens d'), méprisent les +gens de robe, qui le leur rendent. +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Epigrammes</span>. Petites flèches +déliées qui font une plaie profonde. +CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Episodes intercalés</span>. Les +Troglodytes. XI-XIV.</p> + +<p>Aphéridon et Astarté. +LXVII.</p> + +<p>L'immortelle Anaïs. CXLI.</p> + +<p>Fragments d'un mythologiste. +CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Epitaphe</span> d'un Français +mort de lassitude en la soixantième +année de son âge. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Epopées</span>. Les connaisseurs +disent qu'il n'y en a que deux +et qu'on n'en peut plus faire. +CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Equité</span>. «Libres que nous +serions du joug de la religion, +nous ne devrions pas l'être de +celui de l'équité.» LXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Erivan</span>, ville où s'achètent les +esclaves géorgiennes et circassiennes. +LXXX.</p> + +<p><span class="smcap">Erzeron</span> (Erzeroum), ville +de Turquie d'Asie. Lettres IV, +V, VI, XVI.</p> + +<p><span class="smcap">Esclavage</span> aboli par les rois +dans leurs États, rétabli dans +leurs conquêtes. Pour quelles +raisons? LXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Esclaves</span>. Leur dégradation +morale; danger de leur fréquentation. +XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Esclaves romains</span>. Leur +multiplication favorisée; leur +pécule, leurs industries; aisance +dans la servitude, espoir +de liberté; affranchissement et +libération. CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Escobar</span>. Casuiste espagnol +(XVI<sup>e</sup>-XVII<sup>e</sup> siècles). Emollient. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Espagne</span>, <span class="smcap">espagnols</span>. Espagnols +et Portugais, deux peuples +qui «méprisant tous les +autres, font aux seuls François +l'honneur de les haïr.» Orgueilleux, +ennemis de tout travail, +amoureux, dévots jusqu'à enfermer +leurs femmes avec un novice +ou un franciscain; jaloux; +leurs politesses bizarres; leur +ignorance. Extravagance de +leurs livres. LXXVIII.</p> + +<p>L'abaissement de l'Espagne +correspond aux progrès du protestantisme. +CXVIII.</p> + +<p>L'inquisition en Espagne. +XXIX, LXXVIII.</p> + +<p>Dépopulation. CXIII.</p> + +<p>L'expulsion des maures. +CXXII.</p> + +<p>Les Espagnols ont été logiquement +conduits à massacrer +les indigènes de leurs colonies.</p> + +<p>Ils n'ont pu repeupler l'Amérique +dévastée par eux. Au +lieu de passer aux Indes, ils +feraient mieux de rappeler en +Espagne tous les métis et tous +les indiens. CXXII.</p> + +<p>Dans l'Espagne, ou Hespérie, +au temps des colonies +grecques, on ne voit guère de +monarchies. CXXXI.</p> + +<p>Résumé de l'histoire d'Espagne. +Expulsion des princes +mahométans. Eclat momentané, +fausse opulence. La nation +vit sur l'orgueil de son +passé. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Esprit</span> (homme d'). Portrait +de l'homme d'esprit, ses défauts, +ses ennuis. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Estomac</span>, son influence sur +l'intensité des croyances religieuses. +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">États</span>. Il y a en France +trois états: église, épée, robe, +qui se méprisent mutuellement. +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">États</span>. Les plus puissants +États de l'Europe sont l'Empire, +la France, l'Espagne et +l'Angleterre. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques</span>. Leurs fonctions, +devoirs; situation dans le sérail. +II, XV.</p> + +<p>Plaintes contre leur autorité. +IV, VII, IX, CLVI-CLIX.</p> + +<p>Leur état détruit l'effet des +passions sans en éteindre la +cause, IX; leur jalouse impuissance, +leurs souffrances. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Confiance et mépris de leurs +maîtres. XXI.</p> + +<p>Leur position entre les deux +sexes. XXII.</p> + +<p>Leurs mariages. LII, +LXVII.</p> + +<p>Ils n'ont pas sur leurs femmes +la même autorité que les +autres maris. LXVII.</p> + +<p>Leur multitude en Asie est +une cause de dépopulation. +CXV.</p> + +<p>Voir encore CXLVII-CLXI.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques</span> (blancs). L'eunuque +blanc n'a pas d'accès près +des femmes; Nadir, eunuque +blanc, trouvé seul avec Zachi, +est menacé de mort par Usbek. +XXI.</p> + +<p>Le chef des eunuques blancs +sévèrement blâmé. XXII.</p> + +<p>Passion de Cosrou, eunuque +blanc, pour Zélide. Sorte de +volupté que les eunuques goûtent, +dit-on, dans le mariage. +LIII.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques</span> (noirs), chargés +spécialement de la direction +des femmes dans le sérail, de +l'examen et de l'achat des esclaves, +des corrections, même +manuelles. <i>Passim.</i></p> + +<p>Histoire du grand eunuque +noir, racontée par lui-même. +IX, LXIV.</p> + +<p>Ce qui lui arrive en mettant +une femme au bain. IX.</p> + +<p>Tours que lui jouent les +femmes.</p> + +<p>Châtiment obtenu contre lui +par une femme, dans un de ces +moments où le mari ne refuse +rien.</p> + +<p>Il veut mutiler un esclave +noir qui résiste, XLI, XLII.</p> + +<p>Achète une Circassienne. +LXXX.</p> + +<p>Une femme jaune de Visapour. +XCVII.</p> + +<p>Sa mort; désordres qui la +suivent. CXLIX.</p> + +<p><span class="smcap">Eunuques chrétiens</span>. Prêtres +et dervis de l'un et l'autre +sexe. CXVIII.</p> + +<p>Agents de dépopulation. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Europe</span>. Sa capitale, Paris. +XXIII.</p> + +<p>Ses plus puissants États, la +plupart monarchiques. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Européens</span>. Ils font tout le +commerce des Turcs, XIX; +aussi punis par une peine légère +que les Asiatiques par la +perte d'un membre. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Evêques</span>, gens de loi subordonnés +au pape; unis au pape +ils font des articles de foi; en +particulier, ils dispensent d'accomplir +la loi. XXIX.</p> + +<p>Evêque vantant son mandement. +CII.</p> + +<p><span class="smcap">Extravagance humaine</span>. A +propos des pompes funèbres. +XL.</p> + + +<h3>F</h3> + +<p><span class="smcap">Famille</span>. Puissance paternelle +chez les Romains. +LXXIX.</p> + +<p>Chez les Français, les familles +se gouvernent toutes seules. +LXXXVII.</p> + +<p>Leurs différends portés devant +les tribunaux. <i>Ibid.</i>.</p> + +<p>Les membres de la famille +ne sont liés que par l'amour +et la gratitude. CV.</p> + +<p>Infériorité de la famille +polygamique. VII, CXV, +XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Fat</span>. Son portrait. L.</p> + +<p><span class="smcap">Fatalisme musulman</span>. Cause +de dépopulation. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Fatmé</span> rappelle à Usbek sa +beauté, lui raconte ses désirs +amoureux et les soins qu'elle +prend de sa personne. VII.</p> + +<p><span class="smcap">Faveur</span>. C'est la grande divinité +des Français. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Félicitations</span>. Tout pour +les Français est matière à +félicitations et compliments. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Femme jaune</span> de Visapour, +achetée cent tomans. Sa beauté +supérieure à «tous les charmes +de la Circassie.» XCVII.</p> + +<p><span class="smcap">Femmes</span>. Liberté des femmes +européennes. XXIII, XXVI.</p> + +<p>Indignation des Françaises +contre la <i>Constitution</i> (bulle +de 1710) qui leur interdit la +lecture de la Bible. XXIV.</p> + +<p>Coquetterie des Françaises +de tout âge. LII.</p> + +<p>Leur légèreté, leurs infidélités +qui ne choquent personne. +LV.</p> + +<p>«Ce n'est pas qu'il n'y ait +des dames vertueuses... mais +si laides qu'il faut être un saint +pour ne pas haïr la vertu.» +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Les femmes, surtout lorsqu'elles +vieillissent, s'adonnent +au jeu avec passion. LVI.</p> + +<p>Comment elles ruinent leurs +maris. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Vieilles femmes qui ont travaillé +tout le matin à se rajeunir +et passent le soir à louer +le temps de leur jeunesse. LIX.</p> + +<p>Leur situation en Espagne; +elles laissent souvent aux hommes +«un long et fâcheux souvenir +d'une passion éteinte.» +LXXVIII.</p> + +<p>Les femmes adorent ceux +qui savent parler sans rien dire. +LXXXIII.</p> + +<p>La loi naturelle soumet-elle +les femmes aux hommes?</p> + +<p>Chez les peuples les plus polis, +les femmes ont de l'autorité +sur leurs maris.</p> + +<p>Les hommes, dit Mahomet, +ont un degré sur elles. +XXXVIII.</p> + +<p>En France, les femmes gouvernent, +distribuent les faveurs +et les places. CVIII.</p> + +<p>Elles forment une sorte de +république (nous dirions franc-maçonnerie). +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Gravité du rôle d'une jolie +femme. CXI.</p> + +<p><span class="smcap">Femmes</span> (musulmanes). (Voir +<i>sérail</i>). La femme, selon Mahomet, +est d'une «création inférieure;» +elle n'entrera pas +dans le paradis. XXIV.</p> + +<p>«Les femmes sont vos labourages, +elles vous sont nécessaires +comme vos vêtements, +et vous à elles,» dit le prophète. +CXV.</p> + +<p>Quatre femmes, permises par +la loi, et autant de concubines +qu'un homme en peut entretenir +et satisfaire. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Fermier général</span>. Portrait +du fermier général suffisant. +XLVIII.</p> + +<p>Ceux qui lèvent les tributs +nagent au milieu des trésors. +XCIX.</p> + +<p>Leur situation terrible devant +la chambre de justice. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Fermiers</span>. En vain les accable-t-on +de frais; ils payent leurs +loyers toujours en retard. +CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Fidélité</span>. La fidélité n'empêche +point le dégoût qui suit +les passions satisfaites. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Filles</span>. Fille modeste +avouant devant les juges les +tourments d'une trop longue +virginité. LXXXVII.</p> + +<p>Filles ravies ou séduites; +elles font les hommes beaucoup +plus mauvais qu'il ne +sont. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Les filles des laquais enrichissent +les seigneurs ruinés. +XCIX.</p> + +<p>En Europe, on sait à la minute +le moment où elles cessent +de l'être. En Orient, quoique +mariées, elles se défendent +longtemps. LV.</p> + +<p><span class="smcap">Filles de joie</span>. Il y en a à +Paris autant que de dervis. +LVII.</p> + +<p>L'interdiction du divorce +leur livre les maris désespérés. +CXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Filles musulmanes</span> confiées +aux eunuques noirs dès +leur septième année; quelquefois +on attend leur dixième. +LXII.</p> + +<p><span class="smcap">Finances</span>. En trois ans quatre +systèmes. Bouleversées par +Law. CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Financiers</span>. Leurs bureaux, +leurs inventions, leur impertinence +CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Flamel</span> (Nicolas), a découvert +la pierre philosophale. +XLV. (La légende paraît avoir +fait sans raison un alchimiste +de Flamel, riche écrivain—juré +de l'Université de Paris, +mort en 1418.)</p> + +<p><span class="smcap">Fléchier</span> (M. de N.). Ses +oraisons funèbres ne peuvent +entrer dans le <i>vomitif</i> indiqué +par le médecin de province. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Flegme</span> des grands seigneurs. +LXXIV.</p> + +<p>Des Espagnols et Portugais. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Formalités</span>. pernicieuses +dans la jurisprudence et dans +la médecine. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Fortune</span>. Instabilité des fortunes +en France. (Allusion à +Law.) XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Fouet</span>. Châtiment qu'on inflige +aux femmes persanes. +CLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Fous</span>. Les Français «enferment +quelques fous dans une +maison, pour prouver que les +autres ne le sont pas.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Fragment</span> d'un ancien mythologiste, +sur le fils d'Eole, +Law. CXLII.</p> + +<p><span class="smcap">Français</span>. Leur activité: +«ils courent, ils volent.» +XXIV.</p> + +<p>Leur vanité, exploitée par +Louis XIV, <i>Ibid.</i></p> + +<p>Le roi les fait penser comme +il veut. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Leurs perpétuelles accolades. +XXVIII.</p> + +<p>Leur gaieté, leur liberté d'esprit +inconnues aux Persans et +aux Turcs. XXXIV.</p> + +<p>Ils parlent beaucoup. +LXXXIII.</p> + +<p>Leur badinage. LXIII.</p> + +<p>Leurs modes. C.</p> + +<p>Leur prééminence en toilette, +cuisine, coiffures. CI.</p> + +<p>Leur amour de la gloire. +XC.</p> + +<p>Ils ont pris de leurs voisins +tout ce qui concerne le gouvernement +politique et civil. CI.</p> + +<p>Leur droit écrit, coutumier +et canonique. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">France</span>. Sa population n'est +rien en comparaison de celle +de l'ancienne Gaule. CXIII.</p> + +<p>Un des plus puissants États +d'Europe. CIII.</p> + +<p>Allusion à la guerre avec +l'Espagne, sous la Régence. +CXXXII.</p> + + +<h3>G</h3> + +<p><span class="smcap">Gaité</span>. Gaieté des Français, +inconnue des Persans, surtout +des Turcs. XXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Gale</span>. Remède recommandé +contre la gale, gratelle, teigne, +etc. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Galice</span>, province d'Espagne, +lieu de pèlerinage. XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Gardes</span>. En quelle occasion +les rois de France se donnèrent +des gardes. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gaules</span>. Colonies grecques +dans les Gaules.</p> + +<p>Dans les temps les plus reculés, +on ne voit guère de monarchies +chez les Gaulois. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Gemchid</span> (nom du fondateur +légendaire de la royauté Perse), +dervis du brillant monastère +de Tauris. Usbek lui énumère +les conformités du christianisme +et de l'islamisme, et lui demande +si les chrétiens iront en +enfer. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Généalogiste</span>. Pauvre métier. +Espérances que fonde un +généalogiste sur les enrichissements +subits dûs au système +de Law. CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Gênes</span>, république, qui n'est +remarquable que par ses bâtiments. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Gengiskan</span>, ses conquêtes +mises au-dessus de celles d'Alexandre. +LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Géomètre</span>. Esprit exclusif +d'un géomètre, sa rencontre +avec un traducteur d'Horace. +CXXIX.</p> + +<p>Les géomètres obligent un +homme malgré lui d'être persuadé. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Géorgie</span>, royaume jadis vassal +de la Perse. XCII.</p> + +<p><span class="smcap">Gloire</span>. C'est une nouvelle +vie qu'on acquiert.</p> + +<p>Le désir de la gloire croît +avec la liberté; la gloire n'est +jamais compagne de la servitude.</p> + +<p>Amour des Français pour la +gloire. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Glossateurs</span>, peuvent se +dispenser d'avoir du bon sens. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Goa</span>. Les habitants de Goa +prêtent vingt mille pistoles sur +une des moustaches de Jean +de Castro. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gortz</span> (baron de), ministre +suédois condamné à mort. +CXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Goths</span>, déposaient leurs rois +dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Gouvernements</span>, monarchiques +en Europe, avec tempéraments; +absolus en Orient. +CIII.</p> + +<p>Diversité des gouvernements +en Europe. Le plus parfait est +celui qui va à son but à moins +de frais et qui conduit les hommes +selon leur inclination.</p> + +<p>Supériorité rationnelle d'un +gouvernement doux. LXXXI.</p> + +<p>La douceur du gouvernement, +les républiques, Suisse +et Hollande, en sont une preuve +constante, contribue à la propagation +de l'espèce. CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Grace</span>. Le droit de grâce, +attribut des rois en Europe. +CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Grammairiens</span>, peuvent se +dispenser d'avoir du bon sens. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Grands</span>. En Perse, il n'y a +de grands que ceux à qui le +monarque donne quelque part +au gouvernement. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Gravitation</span>, la clef de la +nature. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gravité</span>. Causes de la gravité +des Asiatiques. XXXIV.</p> + +<p>La gravité est le caractère +saillant des Espagnols et des +Portugais. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Grèce</span>, aujourd'hui réduite +à la centième partie de ses habitants. +CXIII.</p> + +<p>Tira ses colonies d'Egypte +et d'Asie, renversa ses tyrans, +se divisa en républiques qui +tinrent en échec la Perse, répandirent +les arts, peuplèrent +l'Italie, colonisèrent la Gaule, +et l'Espagne. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Guèbres</span>. Antiquité de leur +religion; mariage de la sœur +avec le frère, «usage introduit +par Cambyse» (?) LXVII +(<i>Aphéridon et Astarté</i>).</p> + +<p>La persécution a privé la +Perse de «cette nation si appliquée +au labourage» (allusion +à l'édit de Nantes). +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Guerre</span>. Deux sortes de +guerres justes: pour défendre +le sol, pour secourir un allié.</p> + +<p>La guerre, c'est la peine de +mort transportée dans le droit +public.</p> + +<p>La déclaration de guerre est +régie par les mêmes principes +que l'accusation en droit privé. +XCVI.</p> + +<p>Il n'y a jamais eu autant de +guerres civiles que dans l'empire +du Christ. XXIX.</p> + +<p>Les guerres de religion ne +sont pas dues à la multiplicité +des religions, mais à l'intolérance. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Guerrier</span>. Vanité et babil +du vieux guerrier. Les officiers +médiocres languissent dans les +emplois obscurs. XLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Guilan</span>, province où Cha-Abbas +déporta les Arméniens. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Guinée</span>. Vanité d'un roi de +Guinée dont tous les ornements +consistaient en sa peau +noire et luisante et quelques +bagues. XLIV.</p> + +<p>Ses côtes dépeuplées par la +traite des nègres;</p> + +<p>Ses rois vendent leurs sujets. +CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Guitare</span>. Abus qu'en font +les Espagnols. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Guriel</span>, petit État d'Asie, +peu peuplé. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Gustape</span> (Hystaspe), nom +d'un héros perse, quatrième +roi de l'antique dynastie Kaïanienne, +sous lequel vivait Zoroastre. +LXVII.</p> + +<p>Les Tartares se sont assis +sur le trône de Cyrus et Gustape. +LXXXII.</p> + + +<h3>H</h3> + +<p><span class="smcap">Habillement</span>, son influence +sur la curiosité publique en +France. XXX.</p> + +<p><span class="smcap">Hagi</span>, qui a fait le pèlerinage +de la Mecque. XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Hassein</span>, dervis de la montagne +de Jaron. Usbek lui +adresse la lettre sur les philosophes +rationalistes. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Hérésie</span>. Les savants en +sont naturellement accusés. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Hérétiques</span>. Ceux qui mettent +au jour quelque proposition +nouvelle sans avoir présenté +au moins une distinction. +XXIX.</p> + +<p>Brûlés par les dervis en Espagne +et Portugal. LIX, +LXXVIII.</p> + +<p>Allusion à l'édit de Nantes. +LIX.</p> + +<p><span class="smcap">Héros</span>, se ruinent à conquérir +des pays qu'ils perdent soudain. +CXXII.</p> + +<p>Les héros de roman français +et orientaux. CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Hibernois</span> (?), chassés de +leur pays, viennent utiliser en +France leur talent pour la dispute. +XXXVI.</p> + +<p>(Note de l'édition Lefèvre. +1820.)</p> + +<p><span class="smcap">Historiens</span> de l'Église, de +la décadence romaine, de l'empire +d'Allemagne, de France, +d'Espagne, d'Angleterre, de +Hollande, d'Italie, de Suisse, +de Venise, de Gênes, du Nord, +de la Pologne.</p> + +<p>Caractère et destinée des différents +peuples. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Hohoraspe</span> (le cheval de +l'asoura ou le cheval-être), divinité +persique (?), nom donné +à un fabuleux Cambyse, père +de Gustape et troisième roi de +la dynastie Kaïanienne. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Hollande</span>, république citée +avec éloge. LXXII.</p> + +<p>Seconde reine de la mer, respectée +en Europe, formidable +en Asie. CXXXVI.</p> + +<p>Les Hollandais poussèrent +les colonies portugaises à la +révolte pour s'en emparer. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Homère</span>. Dispute sur les +poëmes et le mérite d'Homère. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Hommes</span> (en général) nés +pour être vertueux; la justice +leur est aussi propre que l'existence. +X.</p> + +<p>Ils rapportent tout à leurs +idées, XLIV; à leurs souvenirs, +LIX; s'exagèrent leur +place dans l'univers, LXXVI; +cèdent trop volontiers aux passions +et à l'intérêt immédiat +qui leur voilent les avantages +de la justice, si nécessaire à +leur sécurité et à leur bonheur. +LXXXIV.</p> + +<p>La fausseté de leurs espérances +et de leurs craintes les +rend malheureux. CXLIII.</p> + +<p>Il semble que le fait d'être +assemblés en grand nombre +rétrécisse leur esprit. CX.</p> + +<p>Ils n'ont sur les femmes +qu'un pouvoir tyrannique. Ils +sont les plus forts. XXXVIII.</p> + +<p>Les soupçons et la jalousie +les mettent dans la dépendance +des femmes. LXII.</p> + +<p>Hommes lâches qui abandonnent +leur foi pour une médiocre +pension. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Hommes a bonnes fortunes</span>, +leur fatuité, leur indignité +sociale. XLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Honneur</span>. Le sanctuaire de +l'honneur, de la réputation et +de la vertu, semble être établi +dans les républiques.</p> + +<p>Un sujet blessé dans son +honneur par son prince quitte +sur-le-champ sa cour, son emploi, +son service. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Huguenots</span>. La persécution +qui les a jetés en exil n'a point +profité à la France. LX.</p> + +<p><span class="smcap">Humanité</span>. Les devoirs de +l'humanité priment les règles +de la religion. A ce point que +toutes les religions les ont inscrits +en tête de leurs préceptes. +XLVI.</p> + + +<h3>I</h3> + +<p><span class="smcap">Ibben</span>, un des correspondants +ordinaires d'Usbek et de +Rica, négociant à Smyrne, oncle +de Rhédi. XXIII, XXIV, +XXV, XXIX, XXX, XXXIV, +XXXVII, XXXVIII, XL, LV, +LVI, LX, LXVIII, LXXVI, +LXXVII, LXXXIII, XC, +CXIX, CIII-CV, CVIII, +CXXVIII, CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ibbi</span>, esclave qui a suivi Usbek, +correspondant du grand +eunuque noir. IX.</p> + +<p><span class="smcap">Ibbi</span> (hagi), écrit à Ben Josué +sur la naissance merveilleuse +de Mahomet. XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Ignorance</span>. Les monarchies +n'ont été fondées que sur l'ignorance +et ne subsistent que +par elle, témoins les royautés +d'Orient. CVI.</p> + +<p>Heureuse ignorance des musulmans. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Ignorants</span>. Un ignorant se +dédommage en méprisant le +mérite. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Iles</span> peuplées par des malades +que quelques vaisseaux y +avaient abandonnés. (L'île de +France et la Réunion.) CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Immaums</span> (Imans), saints et +prophètes musulmans. Il y en +a douze (les douze premiers +successeurs de Mahomet). Treizième +iman est un compliment +comme dixième muse. +Les imans sont des prêtres +chargés de faire la prière publique, +de prêcher le vendredi; +ils assistent à la circoncision, +aux mariages, aux enterrement +XVI, XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Immeubles</span>. Deux appréciations +de ce genre de biens. +CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Immortalité</span> (de l'âme). On +y croit par semestre. LXXV,</p> + +<p>Pour «mourir du côté de +l'espérance.» <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Impie</span>. Impie ou dévot, selon +le tempérament, la digestion, +la santé. LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Impôts</span>. Ils pèsent sur l'agriculture, +l'industrie, CXXV,</p> + +<p>Et la nourriture du peuple. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Le vin, très-imposé, est cher +à Paris. XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Impureté</span>, viandes immondes, +impureté des cadavres.</p> + +<p>«Les choses ne sont en +elles-mêmes ni pures, ni impures... +La boue ne nous paroît +sale que parce qu'elle +blesse notre vue ou quelque +autre de nos sens.» XVII.</p> + +<p>Légende musulmane sur +l'impureté du cochon et du rat. +XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Inde</span>. Les «hommes de +chair blanche» dans l'Inde. +Leur orgueil. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Industrie</span>. Les revenus industriels +supérieurs à ceux de +l'agriculture.</p> + +<p>Avec une pistole de couleurs +le peintre en gagne cinquante, +etc., etc. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Infaillibilité</span> de ceux que +l'Esprit-Saint éclaire—et qui +ont grand besoin d'être éclairés. +CII.</p> + +<p><span class="smcap">Injustice</span>. Les hommes peuvent +faire des injustices, parce +qu'ils ont intérêt de les commettre; +nul n'est mauvais gratuitement. +LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Inquisition</span>. Elle sévit en +Espagne et en Portugal. Sa +cruauté et son hypocrisie. +XXIX.</p> + +<p>Elle ne fait jamais brûler un +juif «sans lui faire des excuses.» +LXXVIII.</p> + +<p>Elle présume l'accusé coupable. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Instabilité</span> des honneurs +et des fortunes en Orient. Aujourd'hui +général, cuisinier demain. +XC.</p> + +<p><span class="smcap">Intercesseur</span>. Chrétiens et +mahométans croient à la nécessité +d'un intercesseur auprès +de Dieu. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Intérêt</span>. «L'intérêt particulier +se trouve dans l'intérêt +commun.» XII.</p> + +<p>La raison de l'injustice est +toujours «une raison d'intérêt.» +LXXXIV.</p> + +<p>Leur intérêt est toujours ce +qu'ils (les hommes) voient le +mieux. <i>Ibid.</i></p> + +<p>«L'intérêt est le plus grand +monarque de la terre.» CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Interprètes</span>, ont cherché +dans l'Ecriture la confirmation +de leurs idées particulières. +CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Intolérance</span>, ses résultats +funestes, son iniquité. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Intrigants</span>, souffleurs, magiciens, +devins, femmes fardées, +gens de loi, maîtres de +langues et d'arts, boutiquiers, +etc. LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Invalides</span>. Éloge des Invalides. +LXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Irimette</span>, petit royaume +voisin de la Perse. CXIII.</p> + +<p>Fort dépeuplé. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Irréligion</span>. Les savants en +sont nécessairement accusés. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Isben-Aben</span>, historien arabe. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Isis</span>, divinité égyptienne, +symbolisant l'autorité de la +femme. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ispahan</span> (ville des chevaux, +ou du soleil considéré comme +le coursier céleste), capitale de +la Perse, dépérit et serait changée +en désert par la polygamie, +si les rois n'y transportaient +sans cesse des nations +entières. CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Italie</span>, partagée en un nombre +infini de petits États ouverts +comme des caravansérails. +CIII.</p> + +<p>Au temps des premières colonies +grecques, il n'y avait +guère de monarchies en Italie. +CXXXI.</p> + +<p>Jadis maîtresse du monde, +aujourd'hui esclave des autres +nations. CXXXVI.</p> + + +<h3>J</h3> + +<p><span class="smcap">Jalousie</span>. Jalousie musulmane. +VI.</p> + +<p>Jalousie française. LV.</p> + +<p>Jalousie espagnole. LXXVIII.</p> + +<p>La jalousie des hommes +prouve leur dépendance. LXII.</p> + +<p>Jalousie mutuelle des sectes +religieuses; elle descend jusqu'aux +particuliers. LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Jaloux</span>. Ridicules en France. +LV.</p> + +<p><span class="smcap">Jamblique</span>, purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Jansénistes</span>, désignés. XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Japhet</span> raconte, par ordre de +Mahomet, les légendes de l'arche +de Noé. XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Jaron</span>, eunuque noir en correspondance +avec le grand eunuque. +XV, XXII.</p> + +<p><span class="smcap">Jésuites</span>. Constitution des +Jésuites, purgatif violent;</p> + +<p>Pièces des Jésuites français, +vomitif puissant. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Jeu</span>. «Très en usage en Europe: +c'est un état que d'être +joueur.» LVI.</p> + +<p>Les jeux de hasard interdits +par Mahomet. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Jeunes</span>. Les chrétiens en ont +comme les musulmans. XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Joueuses</span>, leur portrait. LVI.</p> + +<p><span class="smcap">Journalistes</span>. Ils ne parlent +que des livres nouveaux +et flattent les auteurs. CIX.</p> + +<p><span class="smcap">Journaux</span>. Livres par fragments. +Leurs avantages et +leurs défauts.</p> + +<p>Ils flattent la paresse. CIX.</p> + +<p><span class="smcap">Judaïsme</span>, «vieux tronc qui a +produit deux branches qui ont +couvert toute la terre.» LX.</p> + +<p><span class="smcap">Juges</span>. Ils ne s'enflent point +d'une vaine science. Les avocats +travaillent pour eux. +LXVIII.</p> + +<p>Ils présument qu'un accusé +est innocent. XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Juifs</span>. Ils font en France ce +qu'ils font en Perse. Leur obstination +invincible pour leur +religion. LX.</p> + +<p>«Ils n'ont jamais eu dans +l'Europe un calme pareil à celui +dont ils jouissent... On +s'est mal trouvé en Espagne de +les avoir chassés.» <i>Ibid.</i></p> + +<p>Les Juifs lèvent les impôts +en Turquie; persécutés par les +pachas. XIX.</p> + +<p>Ils achètent les enfants. +LXVII.</p> + +<p>Les Juifs se maintiennent et +multiplient, par l'espoir d'engendrer +un Messie. CXX.</p> + +<p>Transportés en Sardaigne +par les Romains. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Justesse</span>, «Martyr de sa +justesse» un esprit trop régulier, +trop géométrique, ressemble +à Tarquin, à Thrasybule ou +à Périandre coupant avec leur +épée «la tête des fleurs qui +s'élevaient au-dessus des autres.» +CXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Justice</span>. Les hommes sont +«nés pour être vertueux; la +justice est une qualité qui leur +est aussi propre que l'existence.» +X.</p> + +<p>La justice est inséparable de +la solidarité, de la garantie +mutuelle du droit.</p> + +<p>«L'intérêt des particuliers +se trouve dans l'intérêt commun.» +XII.</p> + +<p>La justice est un rapport de +convenance qui se trouve réellement +entre deux choses.</p> + +<p>Dès qu'on suppose que Dieu +voit la justice, il faut nécessairement +qu'il la suive.</p> + +<p>Quand il n'y aurait pas de +Dieu, nous devrions toujours +aimer la justice.</p> + +<p>La justice est éternelle. Si +elle ne l'était pas, ce serait +une vérité terrible qu'il faudrait +se dérober à soi-même.</p> + +<p>Plaisir d'être juste. LXXXIV.</p> + +<p>La justice est violée par le +droit public faussé. XCV.</p> + +<p>En France elle se mêle de +tous les différends de famille; +elle est toujours contre le mari +jaloux, le père chagrin, le maître +incommode. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Justice divine</span>, incompatible +avec la prescience. LXIX.</p> + + +<h3>L</h3> + +<p><span class="smcap">Lacédémone</span>. Les récompenses +à Lacédémone. XC.</p> + +<p>Si Lycurgue avait établi que +les maris changeassent de +femmes tous les ans, il en serait +né un peuple innombrable. +CXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Lapin</span>, immonde pour le +juif. Discussion du Juif, du +Turc, de l'Arménien, du +brachmane à propos d'un lapin. +XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Laquais</span>. En France, le corps +des laquais est un séminaire +de grands seigneurs. XCVIII.</p> + +<p>Leurs enrichissements subits +par la spéculation.</p> + +<p>Leur vanité. CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Law</span>. Un étranger est venu... +qui a tourné l'État comme un +fripier tourne un habit, etc. +CXXXVIII.</p> + +<p>Son portrait allégorique en +tant que fils d'Eole. CXLII.</p> + +<p>Corruption qui résulte du +système et de l'agiotage effréné. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Légendes mahométanes</span> sur +les viandes et les animaux immondes, +XVIII.</p> + +<p>Sur la naissance de Mahomet. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Législateurs</span>, leurs défauts +ordinaires et leurs ridicules: +étroitesse, puérilité, subtilité, +emploi d'une langue morte, etc. +LXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Lèse-majesté</span>, seul crime +politique qui entraîne la mort +pour les grands d'Europe. +CIII.</p> + +<p>Selon les Anglais, c'est le +crime que le plus faible commet +contre le plus fort, aussi +bien s'il est roi que s'il est +peuple. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span>, avantages du roman +par lettres: «l'on rend +compte soi-même de sa situation +actuelle; ce qui fait plus +sentir les passions, que tous +les récits qu'on en pourrait +faire.»</p> + +<p>(<i>Quelques réflexions sur les</i> +Lettres Persanes.)</p> + +<p>Lettres intercalées dans d'autres:</p> + +<p>D'une comédienne perdue +par un jeune abbé. XXVIII.</p> + +<p>D'une jeune russe qui veut +être battue. LI.</p> + +<p>D'un Français voyageant en +Espagne. LXXVIII.</p> + +<p>D'un savant. CXLV.</p> + +<p>Trois de nouvellistes. CXXX.</p> + +<p>D'un antiquaire. CXLII.</p> + +<p>D'un médecin de province. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Lever</span>. La présence assidue +au lever du roi est un titre +aux libéralités et aux faveurs. +XXXVII, CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Libéralités</span>. Grâces et pensions +accordées par les princes +aux courtisans, aux dépens de +l'agriculture et de l'industrie. +CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Liberté</span> supprimée par la +prescience divine. Liberté +d'indifférence. LXIX.</p> + +<p>La liberté existe surtout dans +les républiques; favorable à la +propagation de l'espèce et aux +progrès de l'opulence. Elle +attire les étrangers. CXXIII.</p> + +<p>La liberté semble faite pour +le génie des peuples d'Europe. +CXXXI.</p> + +<p>La liberté chez les ancêtres +des peuples du Nord. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Libre arbitre</span>, incompatible +avec la prescience. LXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Lionne</span> (M. de L.) président +des nouvellistes. CXXX.</p> + +<p><span class="smcap">Livourne</span>, ville nouvelle, témoignage +du génie des ducs de +Toscane. XXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Livres</span>. Contre les faiseurs +de livres inutiles.</p> + +<p>Respect qu'on doit aux ouvrages +originaux. LXVI.</p> + +<p>Absence de bon sens dans +les livres espagnols, romans +ou scolastiques. Exception en +faveur de Don Quichotte. +LXXVIII.</p> + +<p>Le sujet est délayé selon le +format des livres. CIX.</p> + +<p>Jusqu'à ce qu'un homme ait +lu tous les livres anciens, il +n'a aucune raison de leur préférer +les nouveaux. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Les diverses espèces de livres. +CXXXIII-CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Lois</span>. Lois variables des législateurs.</p> + +<p>Lois éternelles, immuables, +de la nature. XCVIII.</p> + +<p>Lois anciennes établies par +les rois Francs, oubliées pour +des lois romaines en partie rédigées +par les Byzantins.</p> + +<p>Ajoutez les constitutions des +papes et quelques coutumes de +villes et provinces, récemment +rédigées; plus les commentaires, +les formalités et la jurisprudence.</p> + +<p>«Cette abondance de lois, en +France, accable également la +justice et les juges.» CI, +LXXIX.</p> + +<p>Il ne faut toucher aux lois +que d'une main tremblante. +LXXIX.</p> + +<p>Les lois contre les suicidés +sont injustes parce qu'elles +sont sans objet. Elles ne lient +pas les morts. LXXVI.</p> + +<p>Chez les barbares germaniques, +les lois étaient faites +dans les assemblées de la nation. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Louis</span> XIV, son portrait, sa +dévotion, sa puissance, sa maîtresse, +ses ministres, sa vieillesse. +XXIV, XXXVII.</p> + +<p>Trop peu modéré envers les +ennemis. XXIV.</p> + +<p>Son goût pour les femmes. +CVIII.</p> + +<p>Sa mort et son testament. +XCIII.</p> + +<p>Son amour pour la politique +orientale, c'est-à-dire le despotisme. +XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Louis</span> XV, son enfance. +XCIII.</p> + +<p>Son portrait. Les espérances +qu'il donne. CVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Lucifer</span> jeté au fond de la +mer, lors de la naissance de +Mahomet, nage quarante jours. +XXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Lumière</span>, son trajet du soleil +à la terre. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Lunettes</span>, insignes de la +gravité espagnole et portugaise, +symbole de science. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Luxe</span>, nécessaire à la prospérité +des nations. CVII.</p> + + +<h3>M</h3> + +<p><span class="smcap">Mages</span>, prêtres du magisme +ou mazdéisme. LXVII.</p> + +<p>Adorateurs du soleil, des étoiles, +du feu et des éléments;</p> + +<p>Mais leur religion, calomniée +par les musulmans, est, selon +Montesquieu, un pur monothéisme. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>(Le mazdéisme est une polythéisme +dualiste où la lumière +et les ténèbres (le bien et le +mal) luttent dans le temps et +l'espace sans bornes.)</p> + +<p>Les mages enseignaient que +les actes les plus méritoires +sont: faire un enfant, labourer +un champ, planter un arbre. +CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Magiciens</span>. Ils promettent +«de vous faire coucher avec +les esprits aériens, pourvu que +vous soyez seulement trente +ans sans voir de femmes.» +LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Magie</span>. Les savants en sont +accusés. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Magistrats</span>. Ils doivent +rendre la justice de citoyen à +citoyen. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Mahomet</span>, sa naissance merveilleuse. +XXXIX.</p> + +<p>Il naît circoncis. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Ses prescriptions relatives +aux viandes immondes. XVIII.</p> + +<p>Il a enchaîné Satan et l'a +précipité dans les abîmes;</p> + +<p>Il a purifié la terre. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mahométans</span>. Plus persuadés +de leur religion que les +chrétiens. LXXV.</p> + +<p>Croient à la vertu des amulettes +et talismans. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mahométisme</span>. Peu favorable +à la propagation de l'espèce +humaine. CXV.</p> + +<p>Issu du judaïsme, LX.</p> + +<p>Comparé au christianisme, +XXXV.</p> + +<p>Ferme la vie future aux +femmes. LXVII.</p> + +<p>Etabli par conquête et non +par persuasion. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Maimbourg</span>, bon contre +l'asthme. CXLIII.</p> + +<p>(Louis Maimbourg, né à Nangis +en 1610, exclu de la compagnie +de Jésus par Innocent +XI, pour avoir écrit contre +Rome, en faveur du clergé +de France (1682); mort en +1686.)</p> + +<p><span class="smcap">Maine</span> (duc du). Arrestation +du duc du Maine, oncle naturel +du roi mineur. CXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Maîtres de sciences</span>, <span class="smcap">arts</span>, +etc., enseignent souvent ce +qu'ils ignorent. LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Maîtresse</span>. Maîtresse et confesseur, +les deux grandes épreuves +d'un roi. CVIII.</p> + +<p>Une femme est la maîtresse +d'un ministre, non pour coucher +avec lui, mais pour lui +présenter cinq ou six placets +tous les matins. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Louis XIV a une maîtresse +de quatre-vingts ans. XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Malheurs</span>. Pour un vrai +musulman, les malheurs sont +moins des châtiments que des +menaces. LXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Malte</span> (chevaliers de), bravent +l'empire ottoman. XIX.</p> + +<p><span class="smcap">Mandement</span>. Evêque qui a +«bien sué» pour le faire. CII.</p> + +<p><span class="smcap">Marchandes</span>. A Paris «une +jeune marchande cajole un +homme une heure entière, +pour lui faire acheter un paquet +de curedents.» LVIII.</p> + +<p>Nombre infini de jeunes +marchandes aux abords du +palais. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Mariages</span>. Il y a «des mariages +heureux et des femmes +dont la vertu est un gardien +sévère.» XLVII.</p> + +<p>Mariages d'eunuques: Cosrou +et Zélide. LIII; Astarté, +sœur d'Aphéridon. LXVII.</p> + +<p>Mariages entre frère et sœur. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Avanie faite par Suphis à sa +jeune femme. LXX.</p> + +<p>Charges du mariage chez +les musulmans. CXV.</p> + +<p>Chez les chrétiens, l'interdiction +du divorce porte atteinte à +la fin même du mariage. CXVII.</p> + +<p>Le mariage chrétien est une +image, une figure, un mystère +incompréhensible. <i>Ibid.</i></p> + +<p>En fait, il est stérilisé par +l'impuissance de le rompre. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Mariages précoces causés +par la crainte d'un enrôlement +forcé. De là, dépopulation. +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Maris</span>. Facilité des maris +français.</p> + +<p>Les jaloux sont haïs et ridicules. +LV.</p> + +<p>Les maris eunuques «n'ont +pas sur leurs femmes la même +autorité que les autres.» +LXVII.</p> + +<p>Une veuve indienne renonce +au bûcher dès qu'elle sait que +son mari l'attend au ciel. +CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Matière</span>, son mouvement +universel. CXIV.</p> + +<p>Quelques-uns ne peuvent +comprendre qu'elle n'ait que +six mille ans. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Maures</span>. Vide irréparable +causé en Espagne par l'expulsion +des Maures. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Mazarin</span>. Pataquès qu'on lui +prête, chanson qu'on fait sur +lui. Allusion à ses pages. CXII.</p> + +<p><span class="smcap">Mécontents</span>. Vieux guerrier. +XLVIII.</p> + +<p>Vieilles femmes, goutteux, +vieux seigneurs, ecclésiastiques, +etc. LIX.</p> + +<p><span class="smcap">Mecque</span> (la). Les musulmans +croient s'y purifier des +souillures contractées parmi +les chrétiens. XV.</p> + +<p><span class="smcap">Médecine</span>. Ravages de la +<i>forme</i> en médecine. CI.</p> + +<p>Les livres de médecine font +trembler, même quand ils traitent +des maladies les plus légères. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Médecins</span>. Toujours trop +estimés ou trop méprisés. Les +héritiers s'en accommodent +mieux que des confesseurs. +LVII.</p> + +<p>Lettre d'un médecin de province. +CXLIII.</p> + +<p>«Il y a dans tous les coins +de Paris des gens qui ont des +remèdes infaillibles contre toutes +les maladies imaginables.» +LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Médiocrité</span> (d'esprit). +L'homme médiocre est en général +préféré à l'homme d'esprit. +CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Méditerranée</span>. Décadence +de ses côtes. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Méhémet-Ali</span>, mollak, gardien +des trois tombeaux, à +Com, correspondant d'Usbek. +XVI, XVII, XVIII, CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mercure</span> (vif-argent), son +usage continuel et forcé fait +périr par milliers les indigènes +de l'Amérique espagnole. +CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Messianiques</span>, croyances juives. +Point de famille juive qui +n'espère engendrer le messie. +CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Mesure</span> des fluides et des liquides, +des esprits interplanétaires. +XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Métaphysique</span>. L'infini s'y +rencontre partout. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Métempsycose</span> alléguée par +un brachmane contre un mangeur +de lapin. XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Meurtre</span>. Les curieux qui +regardent les Persane de trop +près sont tués impunément +par les eunuques, même dans +une rivière et hors du sérail. +XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Mexique</span>. Orgueil et paresse +des conquérants espagnols au +Mexique. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mines</span>. Sont, en Amérique, +le tombeau des indigènes et +des nègres. CXIX.</p> + +<p>Le roi d'Espagne possède +des mines d'or. XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Ministres</span>. Enclins à calomnier +la nation; toujours plus +méchants que le prince dont +ils attisent les haines. Le premier +ministre de Charles XII, +condamné à mort. CXXVIII.</p> + +<p>Louis XIV a un ministre de +dix-huit ans. XXXVII.</p> + +<p>Les ministères se succèdent +comme les saisons. CXXXVIII.</p> + +<p>Danger de l'autorité sans +bornes des ministres de +Louis XIV. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Le mauvais exemple donné +par un ministre est un crime. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Minorité</span>. On ne lit plus +que des mémoires sur la minorité +de Louis XIV. CXII.</p> + +<p><span class="smcap">Miracle chimique</span> manifesté +dans une mixture d'infusion +Quesnel et d'infusion Lallemand. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Miracles</span>. «Pour s'assurer +qu'un effet qui peut être produit +par cent mille causes naturelles +est surnaturel, il faut +avoir examiné si aucune de +ces causes n'a agi; ce qui est +impossible.» CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mirza</span>, ami et correspondant +d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, +LXXXVI.</p> + +<p>Mirza (de <i>Mard</i>=<i>mort</i>-alis. += μβροτ-ος, homme) est un titre +honorifique persan que les +gens de lettres mettent avant +leur nom et les princes après.</p> + +<p><span class="smcap">Misère</span>. Chez les peuples +misérables, l'espèce perd et +même dégénère. CXXIII.</p> + +<p>Le pauvre évitera de faire +des enfants plus pauvres que +lui. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Mode</span>. Ses caprices étonnants +chez les Français. C.</p> + +<p>C'est d'après elle qu'ils jugent +«tout ce qui se fait chez +les autres nations.» CI.</p> + +<p><span class="smcap">Modestie</span>. Vertu nécessaire +au talent. L.</p> + +<p>Eloge des hommes modestes. +CXLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mœurs.</span> Les Français changent +de mœurs selon l'âge de +leur roi. C.</p> + +<p><span class="smcap">Mogol</span>. Le grand Mogol se +fait peser tous les ans. XL.</p> + +<p>Les Tartares dominent sur +les vastes pays qui forment +l'empire du Mogol. LXXXII.</p> + +<p>Expulsion d'un ambassadeur +mogol. CXXVII. (Allusion à la +conspiration de Cellamare.)</p> + +<p><span class="smcap">Moines</span>. Voy. Dervis.</p> + +<p><span class="smcap">Moise</span> n'enseigne pas le dogme +de la prescience absolue. +LXX.</p> + +<p><span class="smcap">Molina</span>. Emollient. CXLIII. +(Casuiste espagnol, XVI<sup>e</sup> siècle.)</p> + +<p><span class="smcap">Mollaks</span> (ou mollahs), prêtres +musulmans, qui «me désespèrent +avec leurs passages +de l'alcoran.» Lettre X.</p> + +<p>(En Perse, les mollahs sont +des prêtres; en Turquie des +juges.)</p> + +<p><span class="smcap">Monachisme</span>, porte partout +la mort. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Monarchie</span>. État où la vertu +n'est plus qu'obéissance au caprice +d'un seul. XIV.</p> + +<p>Très-inférieure moralement +au régime républicain, elle +abaisse le niveau des mœurs +en substituant à la loi et à la +vertu l'autorité et l'arbitraire. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>La monarchie pure, état violent +qui dégénère toujours en +despotisme ou en république. +CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Monde</span>. N'a-t-il que six +mille ans? Il ne faut pas compter +ses années. CXIV.</p> + +<p>Dépopulation croissante du +monde. Ses causes. CXIII et +suivantes.</p> + +<p><span class="smcap">Monde</span> (nouveau). Découvertes +immenses et dévastatrices +des Portugais et des Espagnols. +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Monde romain</span>, mieux organisé +pour la propagation de +l'espèce que les mondes chrétien +et musulman. CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Monnaies</span>. Le décri des +monnaies est un artifice financier +proche du faux-monnayage +et pratiqué par +Louis XIV. XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Montesquieu</span> paraît se peindre +dans Usbek. XLVIII, Ibben, +LXXVII, Rica, CXXVII.</p> + +<p>Semble annoncer la <i>Décadence +des Romains</i>. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Morale</span>. Les livres de morale, +plus utiles que les ouvrages +de dévotion. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mortifications</span>. Chrétiens +et musulmans en usent pour +fléchir la miséricorde divine. +XXXV, XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Moscovie</span>. Les Tartares +«ont soumis la Moscovie.» +LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Mouches</span>. Leur abus. C.</p> + +<p><span class="smcap">Moustache</span>, importance de +la moustache en Espagne et en +Portugal.</p> + +<p>La moustache de Jean de +Castro. LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Mouvement</span>. Ses lois constituent +le système du monde. +XCVIII.</p> + +<p>La nature y est soumise, +sans exception, <i>Ibid.</i></p> + +<p>Et la terre n'y peut échapper. +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mustapha</span> proclamé, à la +place d'Osman, empereur des +Turcs. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Musulman</span>. Sa vie est laborieuse. +La polygamie l'épuise. +CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Mystiques</span>, dévots qui ont +le cœur tendre. Leurs extases, +délire de la dévotion. Leurs livres. +CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Mythologiste</span>. Fragment +d'un ancien mythologiste (portrait +allégorique de Law). +CXLII.</p> + + +<h3>N</h3> + +<p><span class="smcap">Nadir</span>. Eunuque blanc, +trouvé seul avec Zachi. XX, +XXI.</p> + +<p><span class="smcap">Naissance</span>. Il y a en Europe +des sens qui sont grands par +leur naissance. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Nargum</span>, ambassadeur Persan +à Moscou. LI, LXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Narsit</span>, eunuque peu clairvoyant. +CXLIX, CL, CLII.</p> + +<p><span class="smcap">Nathanael Lévi</span>, médecin +juif à Livourne, croit aux talismans +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Nations</span>. Leurs rapports, +d'où résulte la notion du droit +public. Deux peuples ne peuvent +s'allier pour l'oppression +d'un troisième. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Nature</span>. Elle a perdu sa fécondité +des premiers temps +CXIII.</p> + +<p>Elle agit avec lenteur et +épargne. Si on la surmène, elle +tombe dans la langueur et perd +sa force génératrice. CXV.</p> + +<p><span class="smcap">Nègres</span>. Leurs dieux sont +noirs et leur diable blanc. LIX.</p> + +<p>Leurs rois les vendent +comme esclaves. CXIX.</p> + +<p>Et les princes chrétiens autorisent +la traite. LXXV.</p> + +<p>Les noirs d'Afrique meurent +par milliers dans les mines +américaines. CXIX, CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Nessir</span>, ami et correspondant +d'Usbek. VI, XXVII, CLV.</p> + +<p><span class="smcap">Noailles</span> (N***), ministre +hardi qui prit le fer à la +main, etc. CXXXVIII.</p> + +<p>Connu par son esprit, il honore +de ses plaisanteries les +traitants livrés à la chambre +de justice. XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Noblesse</span>. «En Espagne, +c'est sur des chaises que la noblesse +s'acquiert.» LXXVIII.</p> + +<p>Les laquais enrichis voudront +se faire nobles. Espoir +d'un généalogiste. CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Nord</span>. Autrefois plein +d'hommes; est fort dégarni. +CXXIII.</p> + +<p>C'est du Nord qu'une foule +de nations inconnues fondirent +sur l'empire romain;</p> + +<p>Ces peuples étaient libres, et +leurs rois n'étaient que des généraux. +CXXXI.</p> + +<p>Ils n'étaient point barbares +puisqu'ils étaient libres; ils le +sont devenus. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Notre-Dame</span>. Superbe édifice. +LXI.</p> + +<p><span class="smcap">Nouvellistes</span>. Inventeurs +de nouvelles. Leurs ridicules, +leurs prédictions, leurs paris. +Lettres plaisantes de nouvellistes +à des particuliers et à +des ministres. Leurs lieux de +réunions. Leur président, le +comte de Lionne. CXXX.</p> + +<p>Nouvelliste trembleur. +CXXXII.</p> + + +<h3>O</h3> + +<p><span class="smcap">Obéissance</span>; n'est pas une +vertu anglaise. Les Anglais la +fondent sur la gratitude. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Occultes</span>. Livres de science, +ou mieux d'ignorance occulte, +plus pitoyables qu'exécrables. +CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Opéra</span>. Lettre de la plus +vertueuse actrice de l'Opéra. +XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Opéras nouveaux</span>. Vomitif. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Opulence</span> toujours compagne +de la liberté des peuples. +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Omar</span>, troisième successeur +de Mahomet, au mépris des +droits d'Ali. Les persans, Chiites, +c'est-à-dire sectateurs +d'Ali, disent qu'Omar, Apôtre +des Sonnites «a dévoyé» les +enfants du prophète. CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Or</span>. Le roi de France n'a +pas de mines d'or comme le +roi d'Espagne. XXIV.</p> + +<p>L'or et l'argent, prix de toutes +marchandises, gage de leur +valeur. Pernicieux effets de +leur diffusion. CVI.</p> + +<p>Nombre innombrable d'hommes +sacrifiés pour extraire l'or +et l'argent du fond de la terre. +CXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Oraisons funèbres</span>. Leur +fausseté. XI.</p> + +<p>Entrent dans le vomitif du +docteur de province, sauf celles +de Fléchier. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Orateurs</span>. Leur talent de +persuader indépendamment des +raisons. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Ordonnance</span>, concernant +les services des courtisans et +l'établissement des impôts nécessaires +aux libéralités des +princes. CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Orgueil</span>. Orgueil de l'homme, +qui veut «être compté +dans l'univers.» LXXXVII.</p> + +<p>Orgueil de religion et de +race chez les Portugais et les +Espagnols. LXXVIII.</p> + +<p>Les <i>vieux chrétiens</i> en Espagne;</p> + +<p>Les <i>blancs</i> en Amérique. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Orientales</span>. moins gaies +que les Européennes. XLVIII. +(Voir <i>Femmes</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Orientaux</span>. Le sérail tue +leurs désirs sans éteindre leur +jalousie. VI.</p> + +<p>Leur gravité, la froideur de +leurs relations. XXXIV.</p> + +<p>Leurs poésies, leurs romans. +CXXXVII.</p> + +<p>Le despotisme de leurs princes +et la rigueur des châtiments +les portent à la révolte et aux +derniers excès. LXXXI, CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Osman</span>, sultan déposé par +des suppliants. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Osmanlins</span>. Voir Turcs.</p> + + +<h3>P</h3> + +<p><span class="smcap">Paganisme</span>, favorable à la +propagation de l'espèce humaine. +CXV.</p> + +<p>Supérieur au mahométisme +par l'interdiction de la polygamie, +au christianisme par la +permission du divorce. <i>Ibid.</i> et +CXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Palais</span>. Lieu où se rend la +justice, ses abords. Aspect lugubre +des salles et des magistrats. +LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Palestine</span>. Déserte depuis +la destruction des Juifs par +Adrien. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Pape</span>. «Magicien» plus fort +que le roi, dont il dirige l'esprit, +lui faisant croire «que +trois ne sont qu'un; que le +pain qu'on mange n'est pas du +pain, ou que le vin qu'on boit +n'est pas du vin.» XXIV.</p> + +<p>Chef des chrétiens, «vieille +idole qu'on encense par habitude»; +il déposait les rois; il +se dit successeur d'un des premiers +chrétiens, qu'on appelle +saint Pierre; il donne des dispenses. +XXIX.</p> + +<p>Effet de l'histoire des papes +sur l'esprit du lecteur. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Papier d'état</span>. Louis XIV +en abuse. XXIV.</p> + +<p>(Décri des monnaies). <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Paracelse</span>. Purgatif. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Paradis</span>. Lieu de délices +pour les chrétiens comme pour +les musulmans. XXXV.</p> + +<p>Les femmes en sont exclues +par Mahomet. XXIV.</p> + +<p>Embarras des religions pour +donner une idée des plaisirs +assurés aux élus: musique, +circulation éternelle de par le +monde, souvenir des amours +terrestres. Toutes inventions +ridicules. CXXVI.</p> + +<p>Le paradis des femmes, conte +persan. Les plaisirs et les vengeances +de l'immortelle Anaïs. +CXLI.</p> + +<p><span class="smcap">Parfumeuses</span> qui réparent +«par la force de leur art toutes +les injures du temps.» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Paris</span>. «Siége de l'empire +d'Europe.» XXIII.</p> + +<p>«Aussi grand qu'Ispahan;»</p> + +<p>Ville «bâtie en l'air;» extrêmement +peuplée; embarras +des rues; XXIV.</p> + +<p>Extravagante curiosité des +Parisiens pour tout ce qui sort +de l'usage reçu. XXX.</p> + +<p>Cherté du vin à Paris. +XXXIII.</p> + +<p>Usage du café à Paris; les +cafés. XXXVI.</p> + +<p>Paris, rendez-vous de tous +les exploiteurs: alchimistes, +magiciens, devins, entremetteuses, +chercheurs de bénéfices, +maîtres de langues, d'arts et +de sciences, enseignant «ce +qu'ils ne savent pas,» médecins, +empiriques, marchands et marchandes +accortes, tous ces +gens-là cherchent à vivre dans +une ville «qui est la mère de +l'invention.» L'étranger sort +de Paris «plus précautionné +qu'il n'y est entré.» LVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Paris</span> jugé par un Espagnol. +LXXVIII.</p> + +<p>A Paris, règnent la liberté +et l'égalité. Rien ne sauve un +homme de la foule. LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Paris</span> foyer de plaisir, donc +d'art, de travail et d'industrie. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Parlements</span>. Grands corps, +affaiblis par les mœurs, abattus +par la royauté; ruines qui +rappellent un temple vénéré, +image de la liberté publique. +Ils sont réduits aux fonctions +judiciaires, et ne retrouvent +d'importance politique que dans +quelques conjonctures imprévues.</p> + +<p>Le régent a recours au parlement. +XCIII.</p> + +<p>Le parlement de Paris relégué +à Pontoise, pour s'être opposé +aux mesures exigées par +Law. CXL.</p> + +<p>Ces compagnies facilement +odieuses aux rois. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Parties</span>. Parties de campagne +où l'on veut s'amuser et où +l'on bâille. CXI.</p> + +<p><span class="smcap">Parure</span>. La parure d'une +femme occupe cinquante artisans. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Paternité</span>. L'enfant né dans +le mariage est censé être au +mari. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Patrie</span>. «Je voudrais voir +les noms de ceux qui meurent +pour la patrie écrits dans des +registres qui fussent comme +la source de la gloire et de +la noblesse.» LXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Paysan</span>. Riche ou pauvre, le +rustique ou paysan peuple indifféremment. +CXIII.</p> + +<p>Les impôts pèsent principalement +sur la nourriture et la +famille du paysan. CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Pécule</span>, propriété, mise de +fonds et rançon de l'esclave +antique. CXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Peines</span>. «Les peines plus ou +moins cruelles ne font pas que +l'on obéisse plus aux lois.» +Témoin l'état moral de l'Asie.</p> + +<p>Ce qui importe, c'est la gradation +dans le châtiment. +LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Pèlerinages</span> de la Mecque. +XV.</p> + +<p>De saint Jacques en Galice. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Perruquiers</span>. Les perruquiers +français décident en législateurs +sur la forme des perruques +étrangères. CI.</p> + +<p><span class="smcap">Persans</span>. Les plus tolérants +de tous les mahométans. XXIX.</p> + +<p>Leur haine contre les Turcs. +VII.</p> + +<p>Intempérance des monarques +persans. XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Persanes</span>. (Voir <i>Femmes</i> et +<i>Sérail</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Perse</span>. Les Tartares, «maîtres +de la Perse.» LXXXII.</p> + +<p>Fort déchue de ce qu'elle +était du temps des Xerxès et +des Darius. CXIII.</p> + +<p>La Perse antique était peuplée +parce que les mages enseignaient +un dogme favorable +à la propagation. CXX.</p> + +<p><span class="smcap">Peste</span>. Multitude de pestes +mentionnées par l'histoire. +Une, entre autres, brûla jusqu'à +la racine des plantes. +CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Petits-maitres</span> au spectacle. +XXVIII.</p> + +<p>Dans les conversations, parlent +sans rien dire ou font +parler leur tabatière. Goûtés +des femmes. LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Peuple</span>. L'abolition de l'esclavage +retirait le bas peuple +de la puissance des seigneurs. +LXXV.</p> + +<p>Caractère et destinée des différents +peuples. CXXXVI.</p> + +<p>La puissance ne peut jamais +être également partagée entre +le peuple et le prince.</p> + +<p>Le peuple en Europe et en +Orient;</p> + +<p>Le peuple anglais devant la +royauté. CIII-CV.</p> + +<p><span class="smcap">Pharan</span> ne veut pas être fait +eunuque. XLI, XLII, XLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Pharmacie nouvelle</span> extraite +des ouvrages des philosophes, +orateurs, romanciers, +poëtes, théologiens et casuistes. +CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Philosophes</span>; «laissés à +eux-mêmes, privés des saintes +merveilles, ils suivent dans le +silence les traces de la raison +humaine.» XCVIII.</p> + +<p>Leur supériorité sur les docteurs +des religions diverses. +<i>Ibid.</i></p> + +<p>Plaisanteries contre Aristote, +et surtout les scolastiques, +dans la lettre du médecin de +province. CXLIII.</p> + +<p>Les philosophes (métaphysiciens) +ont un mépris souverain +pour l'homme qui a la +tête chargée de faits. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Philosophie</span>, ne s'accorde pas +avec la théologie. LXVI, CXL.</p> + +<p><span class="smcap">Physique</span>, bannit le merveilleux +de l'univers. CXXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Pierre le Grand</span>. Ses réformes, +son humeur sévère. LI.</p> + +<p><span class="smcap">Plaisir</span>. La nature des plaisirs +est d'être de courte durée. +De là l'embarras des religions +et le ridicule des plaisirs éternels +qu'elles imaginent pour +leurs paradis. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Plotin</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Poëtes</span>. Singulière opinion +sur les poëtes. XLVIII.</p> + +<p>Ils accablent la raison sous +les agréments.</p> + +<p>Ils ne sont pas rares chez les +orientaux. CXXXVII.</p> + +<p>Bucoliques, plaisent aux gens +de cour;</p> + +<p>Dramatiques, poëtes par excellence, +maîtres des passions;</p> + +<p>Epiques, sévèrement jugés; +de là la froideur de Voltaire +pour Montesquieu.</p> + +<p>Lyriques, qui font de leur art +une harmonieuse extravagance. +CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Point d'honneur</span>, tient à la +passion de la gloire; caractère +de chaque profession; plus +marqué chez les gens de guerre, +a réglé jadis la conduite des +Français surtout des nobles; +n'admet qu'une solution, le +duel. (V. <i>Duel</i>.) XCI.</p> + +<p><span class="smcap">Politesse</span>. En Espagne +«un capitaine ne bat jamais +son soldat sans lui en demander +permission, et l'inquisition +ne fait jamais brûler un juif +sans lui faire ses excuses.» +LXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Politique</span>. En Asie, les règles +de la politique sont partout +les mêmes. LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Pologne</span>. N'a presque plus de +peuples. CXIII.</p> + +<p>A mal usé de sa liberté et +du droit d'élire ses rois. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Polygamie</span>. <i>La polygamie +triomphante</i>, livre où il +est prouvé que la polygamie +est ordonnée aux chrétiens. +XXXV.</p> + +<p>La polygamie, défendue par +le paganisme romain. CXV.</p> + +<p>Elle engendre la langueur +des hommes, l'étiolement des +enfants, les querelles des femmes +condamnées à une continence +forcée, la fabrication des +eunuques, le célibat des filles +esclaves. C'est un agent de dépopulation. +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Pompes funèbres</span>. Leur +inutilité. XL.</p> + +<p><span class="smcap">Porphyre</span>. Purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Portes</span>, haussées, baissées ou +élargies selon les parures des +femmes. C.</p> + +<p><span class="smcap">Portugais</span>. Voyez Espagne. +LXXVIII.</p> + +<p>Leur douceur relative dans +le gouvernement de leurs colonies. +Ils furent bientôt chassés +de tous les pays qu'ils avaient +découverts. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Poudre</span>. Depuis la poudre, +plus d'asile contre l'injustice et +la violence. CVI.</p> + +<p>Mais depuis la poudre, batailles +moins sanglantes. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Pourceau</span>. Pourquoi immonde? +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Pouvoir</span>. Il ne peut jamais +être également partagé entre le +peuple et le prince.</p> + +<p>Le pouvoir des rois d'Europe +est très-grand, modéré par +leur intérêt. CIII.</p> + +<p>Le pouvoir arbitraire, négation +de la liberté et de l'égalité, +assurant aux princes toutes +les richesses, enraye la propagation +de l'espèce. CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Prescience divine</span>, ni absolue, +ni infinie, sous peine de +contradiction et d'injustice.</p> + +<p>Si elle est intermittente, elle +n'est plus que caprice et fantaisie.</p> + +<p>«L'alcoran et le livre des +Juifs s'élèvent sans cesse contre +le dogme de la prescience +absolue.» LXIX.</p> + +<p>Voir Dieu, Adam, liberté, âme.</p> + +<p><span class="smcap">Prestiges</span> qui font gagner +des batailles: le terrain, le nombre, +le courage. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Prêtres</span>. Rôle difficile du +prêtre dans le monde; sa neutralité +forcée. LVI.</p> + +<p>«L'envie d'attirer les autres +dans son opinion est, pour ainsi +dire, attachée à sa profession.» +<i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Prière</span>. Postures exigées +par les diverses religions. +XLVI.</p> + +<p>Prêtres chrétiens et musulmans +prient sept fois par jour. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Prince</span>. Les querelles particulières +du prince, le mécontentement +des ambassadeurs +du prince, ne peuvent légitimer +une guerre. XCVI.</p> + +<p>Il n'est pas de son honneur +de s'allier avec un tyran. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Autorité illimitée des princes +en Orient. CIII.</p> + +<p>En Europe, peu d'attentats +contre la vie des princes.</p> + +<p>En Orient, sans précautions +infinies, les princes ne vivraient +pas un jour. <i>Ibid.</i></p> + +<p>En se cachant, les princes +d'Orient font respecter la +royauté et non le roi. CIV.</p> + +<p>C'est un crime de lèse-majesté +à un prince de faire la +guerre à ses sujets. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Procédure</span>. «Formalités +dont l'excès est la honte de la +raison humaine.» CI.</p> + +<p><span class="smcap">Propagation</span>. Conditions favorables +à la propagation de +l'espèce.</p> + +<p><span class="smcap">Divorce</span>; suppression du célibat +religieux. CXV, CXVII.</p> + +<p>Accord du tempérament et +du climat. CXXI.</p> + +<p>Liberté, égalité des droits et +des fortunes.</p> + +<p>Gouvernement doux et républicain. +CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Proportion</span>. La proportion +entre les fautes et les peines +est comme l'âme des États; +gardée par les princes d'Europe, +elle est sans cesse renversée, +à leurs dépens, par les +rois d'Orient. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Propreté</span>. «La propreté, +qui est l'image de la netteté de +l'âme.» II.</p> + +<p><span class="smcap">Propriété</span>. L'incertitude de +la propriété des terres ralentit +«l'ardeur de les faire valoir.» +XX.</p> + +<p><span class="smcap">Prosélytisme</span>. Transmis des +Egyptiens aux Juifs, des Juifs +aux mahométans et aux chrétiens; +maladie épidémique; esprit +de vertige; éclipse entière +de la raison humaine. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Protestantisme</span>. Avantage +du protestantisme sur le catholicisme, +suppression du célibat +et des couvents. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Protestants</span>. Ils multiplient +nécessairement plus que les catholiques. +De là accroissement +de population, d'impôts, d'activité +agricole, industrielle, de +travail et de richesses. CXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Providence</span>. Ce qui est pour +le riche sagesse de la providence +est pour le pauvre aveugle fatalité +du destin. XCVIII.</p> + +<p>Les musulmans laissent tout +faire à la providence. CXX.</p> + +<p>L'homme ne trouble pas +l'ordre de la providence lorsqu'il +change les modifications +de la matière. LXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Puissance paternelle</span>. La +plus sacrée de toutes les magistratures, +fortement établie +par le droit romain;</p> + +<p>Montesquieu semble blâmer +les Français de l'avoir restreinte. +LXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Puissance royale</span>, ses progrès +en France. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Purgatifs</span>. 1º Mélange de +philosophie scolastique;</p> + +<p>2º Extraits d'arrêts du Conseil +et de Bulles et Constitutions +de jésuites. CXLIII.</p> + + +<h3>Q</h3> + +<p>Q. Quelques docteurs voulaient +qu'on prononçât cette +lettre comme un K. (Querelle +de Ramus.) CX.</p> + +<p><span class="smcap">Quiétisme</span>, sorte de mysticisme +exalté.</p> + +<p>Un quiétiste n'est autre +chose qu'un homme fou, dévot +et libertin. CXXXIV.</p> + + +<h3>R</h3> + +<p><span class="smcap">Rat</span>. Pourquoi immonde? +XVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Raymond Lulle</span> a cherché +vainement le secret de la transmutation +des métaux. XLV.</p> + +<p><span class="smcap">Récompenses</span>. A Rome, +Athènes, Lacédémone, l'honneur +payait seul les services +les plus signalés. L'auteur +d'une belle action y trouvait sa +récompense. XC.</p> + +<p><span class="smcap">Régence</span>, ses commencements. +Désarroi où la mort de +Louis XIV laisse la France. +CXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Régent</span> (le), son habileté. +XCIII.</p> + +<p>Il fait casser par le Parlement +le testament de +Louis XIV.</p> + +<p>Il relègue le Parlement à +Pontoise. CXL.</p> + +<p><span class="smcap">Régicide</span>. En Orient, le régicide +monte sur le trône sans +opposition. Pourquoi? CIV.</p> + +<p><span class="smcap">Reine</span>. Exemple de tendresse +conjugale donné par +une reine de Suède. CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Religion</span>. Distinction entre +la foi et la vie laïque, fortement +établie. X.</p> + +<p>«Je ne leur parle pas (aux +Mollaks) comme vrai croyant, +mais comme homme, comme +citoyen, comme père de famille.»</p> + +<p>Chez les chrétiens elle est +plus un sujet à disputes +qu'un moyen de sanctification. +LXXV.</p> + +<p>La religion gagne les malades +par ses promesses. +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Religions</span>. «Les plus proches +sont les plus grandes ennemies.» +LX.</p> + +<p>Avantages de la multiplicité +des religions dans un État;</p> + +<p>Les guerres de religion suscitées +par l'esprit d'intolérance. +LXXXVI.</p> + +<p>Il n'y a pas de religion qui +ne prescrive l'obéissance et la +soumission. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Leur grand nombre embarrasse +ceux qui cherchent la +vraie. XLVI.</p> + +<p>Béatitudes qu'elles promettent +aux élus. CXXVI.</p> + +<p>Dieu condamne-t-il ceux qui +ne pratiquent pas celle qu'ils +ne peuvent connaître? XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Religions</span> (tolérées). Ceux +qui vivent dans ces religions, +plus utiles que ceux qui suivent +la religion dominante. +Eloignés des honneurs, ils +n'en sont que plus portés +à s'enrichir par le travail. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Remèdes</span> composés par un +médecin rempli des mystères +de la cabale. CXLIII.</p> + +<p>Remèdes rares, tels que préface +trop courte, mandement +fait par un évêque, etc. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Représailles</span>. Leur office +dans le droit public international. +XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Représenter</span>, c'est-à-dire +«faire sentir à tous les instants +la supériorité qu'on a.» +LXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">République</span>. Conclusion de +l'histoire des Troglodytes. +XIV.</p> + +<p>Semble être le sanctuaire de +l'honneur, de la réputation et +de la vertu. X.</p> + +<p>La douceur du gouvernement +républicain, la liberté, +l'égalité, source d'opulence, favorisent +la propagation de +l'espèce. CXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">République romaine</span>, son +extension eût été un bonheur +pour le monde, sans le pouvoir +abusif des proconsuls et la +différence que le droit de cité +maintenait entre les vainqueurs +et les vaincus. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Républiques</span>, contraires au +génie oriental.</p> + +<p>Leurs origines. Elles sont +postérieures aux monarchies.</p> + +<p>La Grèce, l'Asie-Mineure, +Carthage, Rome.</p> + +<p>Le Nord et l'Allemagne (on +a pris pour des rois les chefs +des armées). CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Résurrection de la chair</span>. +Croyance commune au christianisme +et au mahométisme. +XXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Revenus</span>. A Paris, les revenus +des citoyens «ne consistent +qu'en esprit et en industrie; +chacun a la sienne qu'il +fait valoir de son mieux.» +LVIII.</p> + +<p>Revenus fonciers difficiles à +percevoir.</p> + +<p>Revenus mobiliers. Embarras +d'un homme à qui son débiteur +rend une somme prêtée. +CXXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Révolution</span>. En Orient «le +moindre accident produit une +grande révolution.» LXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Rhédi</span> neveu d'Ibben. XXV, +écrit de Venise à Usbek, XXXI. +(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Rica</span>, compagnon de voyage +d'Usbek, son caractère enjoué, +XXV. (Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Richesse</span>. Si la Providence +n'avait accordé les richesses +qu'aux gens de bien, on ne les +aurait pas assez distinguées de +la vertu. XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Robe</span>. Un des trois états qui +se méprisent mutuellement. +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Rodriguez</span> (le P. Alphonse), +jésuite espagnol, né à Valladolid, +mort à Séville en 1616, +auteur d'un <i>Traité de la perfection +chrétienne</i>, traduit +par Régnier des Marets. Ses +œuvres sont rangées parmi les +purgatifs. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Rois</span>. Les rois sont comme +les dieux: pendant qu'ils vivent, +on doit les croire immortels. +CVIII.</p> + +<p>Les rois des tribus germaniques +n'étaient que des chefs +ou généraux à pouvoir limité +par celui des seigneurs et l'égalité +des dépouilles. CXXXI.</p> + +<p>Rois déposés par les Vandales +et les Goths. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Roman</span>. Le roman qui sert +de canevas aux Lettres persanes +est tout entier dans la +jalousie d'Usbek absent et les +désordres de son sérail. Si l'on +y joint l'histoire d'Aphéridon +et d'Astarté et celle d'Anaïs +(LXVII, CXLI), il remplit environ +soixante lettres, et un +peu moins du tiers de l'ouvrage +qu'il varie, et auquel il +est souvent rattaché avec un +art discret.</p> + +<p>(Voir <i>Eunuques</i>, <i>Fatmé</i>, +<i>Roxane</i>, <i>Zachi</i>, <i>Zélis</i>, <i>Zélide</i>, +<i>Zéphis</i> et <i>Sérail</i>, <i>Usbek</i> et +<i>Solim</i>, etc.).</p> + +<p><span class="smcap">Romanciers</span>. Espèces de +poëtes qui outrent le langage de +l'esprit et du cœur. CXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Romans</span>. Leurs héros sont à +côté de la nature; un seul détruit +une armée.</p> + +<p>Extravagance des romans +orientaux. CXXXVII.</p> + +<p>Romans, vomitif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Rome</span>. Combien déchue depuis +les temps anciens. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Royauté</span>. Progrès de la +royauté française. CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Roxane</span>, femme préférée +d'Usbek, qui vante sa vertu. +XX.</p> + +<p>Son opiniâtreté à repousser +les assiduités de son mari dans +les premiers mois de son mariage. +XXVI.</p> + +<p>Sa feinte sagesse trompe les +eunuques. CLI;</p> + +<p>Elle s'indigne des châtiments +subis par les autres femmes +du sérail. CLVI.</p> + +<p>Surprise avec un jeune homme. +CLIX.</p> + +<p>S'empoisonne: sa lettre. +CLXI.</p> + +<p><span class="smcap">Russe</span>. Lettre d'une jeune +mariée russe qui se plaint de +n'être pas battue par son mari. +LI.</p> + +<p><span class="smcap">Russie</span>. Le czar, allié naturel +de la Perse contre les +Turcs.</p> + +<p>Réformes de Pierre le +Grand. LI.</p> + +<p><span class="smcap">Rustan</span>, ami et correspondant +d'Usbek. V.</p> + +<p>(Voir la table des <i>Lettres</i>.)</p> + + +<h3>S</h3> + +<p><span class="smcap">Saint-Cyran</span> (abbé de), ses +lettres bonnes contre la gale, la +gratelle, etc. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Samos</span>. Roi de Samos sommé +par un roi d'Egypte de renoncer +à la cruauté et à la tyrannie. +XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Sanchez</span>. Son <i>de matrimonio</i>, +fort tonique contre la +chlorose. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Santon</span>, saint musulman. +XCIV.</p> + +<p>Santons chrétiens (moines +de la Thébaïde). <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Sardaigne</span>, terre insalubre, +destinée par les Romains aux +criminels et aux Juifs. CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Sauromates</span>, véritablement +dans la servitude du sexe. +XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sauvages</span>. Leur aversion +pour le travail et l'agriculture. +Leur vie précaire; famine. +Avortements. Isolement des +tribus.</p> + +<p>Dépopulation. CXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Savants</span>. Deux savants pleins +de vanité. CXLIV.</p> + +<p>Tribulations d'un savant, +astronome, physicien et anatomiste. +CXLV.</p> + +<p>Jadis accusé de magie, le +savant aujourd'hui l'est d'irréligion +ou d'hérésie.</p> + +<p>Dédain des savants pour +ceux qui s'occupent d'une autre +science que la leur. CXLV.</p> + +<p><span class="smcap">Scapulaire</span>, morceau de +drap attaché à deux rubans. +XXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Sciences</span>. Mauvais usage +des sciences. CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Scolastique</span>. Allusion aux +disputes et aux subtilités scolastiques. +XXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Scot</span>, subtil scolastique; +purgatif. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Secte</span>. Une secte nouvelle +introduite dans un État est le +moyen le plus sûr pour corriger +les abus de l'ancienne. +LXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Seigneur</span>. Les grands seigneurs +qui représentent.</p> + +<p>Leur morgue. LXXIV.</p> + +<p>L'abolition de l'esclavage par +les rois abaissait les seigneurs. +LXXV.</p> + +<p>Un grand seigneur est un +homme qui voit le roi, parle +aux ministres, a des ancêtres, +des dettes et des pensions. +LXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Sémiramis</span>, reine et divinité +des Babyloniens. XXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sénèque</span>. Dans le malheur, +un Européen n'a «d'autre ressource +que la lecture d'un philosophe +qu'on appelle Sénèque: +mais les Asiatiques, plus sensés +et meilleurs physiciens en +cela, prennent des breuvages +capables de rendre l'homme +gai, etc.» XXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Séparation</span>. Une femme effrontée +expose les outrages +qu'elle a faits à son époux +comme une raison d'en être +séparée. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Sérail</span>. Gouverné par les +eunuques noirs. II, VII, LXIV, +IX.</p> + +<p>Gardé par les eunuques +blancs qui ne peuvent pénétrer +dans l'appartement des +femmes. XX, XXI.</p> + +<p>Les hommes qui en approchent +sont massacrés. LXVII, +CLIX.</p> + +<p>Condition et malheur des +femmes qui y sont enfermées. +VII, XX, XXI, XXVI, XXVII.</p> + +<p>A quel âge elles y entrent. +LXII.</p> + +<p>On leur fait croire que leur +réclusion est une garantie de +chasteté, de santé et de beauté. +XX, XXXIV, XLVII, LXII, +LXIII.</p> + +<p>Plus il y a de femmes dans +un sérail, moins elles y donnent +d'embarras. XCVII.</p> + +<p>Leurs dissensions, leurs réconciliations, +leurs voyages ou +promenades dans des boîtes. +LXIV, III, XLVII.</p> + +<p>Leurs privautés avec les filles +esclaves, IV, CXLVII, qui +ne se marient presque jamais +sinon avec des eunuques, +LXVII, CXV, LIII; leur goût +pour les eunuques blancs. XX.</p> + +<p>Le sérail tue l'amour chez le +mari sans supprimer la jalousie. +VI.</p> + +<p>Désordres dans le sérail +d'Usbek. XX, LXIV, LXV, +CXLVII-CLXI.</p> + +<p>Châtiments terribles, le fouet, +la torture. CLVI-CLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Servitude</span>. La servitude est +dans le tempérament asiatique. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Sibérie</span>. Lieu d'exil pour +les seigneurs russes disgraciés. +LI.</p> + +<p><span class="smcap">Sicile</span>. Contenait jadis de +puissants royaumes. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sincérité</span>. Celle d'Usbek +lui a fait des ennemis à la cour +de Perse. C'est la cause de son +voyage. VIII.</p> + +<p><span class="smcap">Singe</span>. Il y a encore des peuples +chez lesquels un singe passablement +instruit pourrait vivre +avec honneur. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Smyrne</span>. Seule ville «riche +et puissante» de l'Asie turque: +«Ce sont les Européens qui la +rendent telle.» XX.</p> + +<p><span class="smcap">Sociabilité</span>. L'homme, animal +sociable; un Français est +donc l'homme par excellence. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Société</span>. Elle est fondée sur +un avantage mutuel. LXXVI.</p> + +<p>Origine des sociétés: «un +fils est né auprès de son père +et il s'y tient: voilà la société +et la cause de la société.» +XCV.</p> + +<p><span class="smcap">Soleil</span>. Les Espagnols disent +«que le soleil se lève et +se couche dans leur pays.» +LXXVIII.</p> + +<p>«Ouvrage et manifestation +de la divinité,» dieu des Guèbres, +longtemps «honoré» +d'un «culte religieux mais inférieur... +dans la ville sainte +de Balk.» LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Solidarité</span>. Sa nécessité sociale, +prouvée dans l'épisode +des Troglodytes. Lettres XI. +XII, XIII.</p> + +<p><span class="smcap">Solim</span>, eunuque, dénonce les +désordres du sérail, CLI.</p> + +<p>Est chargé des vengeances +d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.</p> + +<p><span class="smcap">Soliman</span>, affront qu'il reçoit. +LXX.</p> + +<p><span class="smcap">Solliciteuses</span>. Leur agitation +perpétuelle; elles ne reculent +devant rien pour distribuer +les places et les honneurs. +CVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Somnifères</span>. La <i>Cour sainte</i> +du P. Caussin procure un +doux sommeil à un malade +affligé d'insomnie, et à toute +sa famille. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Somptuaires</span> (lois) finement +raillées. CXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Son</span>. Combien de lieues il fait +dans une heure. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Sottises</span>. Dire théologiquement +force sottises. CII.</p> + +<p><span class="smcap">Soumission</span>. Elle se mesure +à la gratitude. CV.</p> + +<p><span class="smcap">Souverains</span>. Doivent chercher +des sujets et non des terres. +CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Statues</span>. Il y en a autant +dans les jardins de Louis XIV +que de citoyens dans une +grande ville. XXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Statuts</span> de villes et de provinces. +Presque toujours rédigés +par écrit sous Louis XIV. +CI.</p> + +<p><span class="smcap">Style figuré</span>. L'auteur le +condamne. XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Suède</span>. Mort de Charles XII. +CXXVIII.</p> + +<p>Mention de deux reines de +Suède. CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Suicide</span>. Injustice des lois +portées contre ceux qui se +tuent eux-mêmes.</p> + +<p>Le suicide ne trouble pas +l'ordre de la nature.</p> + +<p>Il n'est que l'usage d'un +droit; la renonciation à un contrat +devenu onéreux. LXXVI.</p> + +<p>Faibles arguments en faveur +de la loi religieuse et de la loi civile +contre le suicide. LXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Suisse</span>. République. CXXIII.</p> + +<p>Elle est l'image de la liberté. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Sultans</span>. Ils ont plus de +femmes que certains princes +italiens ou allemands n'ont de +sujets. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Superfluités</span>. Elles sont socialement +aussi nécessaires que +les nécessités de la vie. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Sûreté</span>. Précautions des +princes orientaux pour mettre +leur vie en sûreté. CIII.</p> + +<p><span class="smcap">Suphis</span>. Jeune étourdi. Le +traitement qu'il fait subir à sa +jeune femme. LXX.</p> + +<p><span class="smcap">Syphilis</span>, son introduction +dans l'ancien monde; ses effets +prodigieux; remède puissant +qui lui est opposé. CXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Système</span> (de Law). Allusion +aux troubles qu'il apporte dans +les fortunes. CXXXII.</p> + +<p>Ses affirmations ne sont pas +plus sûres que les présages de +l'astrologie judiciaire. CXXXV.</p> + +<p>Il pervertit la moralité publique. +CXLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Système du monde</span>, expliqué +par quelques lois générales +découvertes par des philosophes +qui n'ont point été +ravis jusqu'au trône lumineux +(comme saint Paul), etc. +XCVIII.</p> + + +<h3>T</h3> + +<p><span class="smcap">Talents</span> (petits), tels que: +parler pour ne rien dire, écouter, +sourire à propos, entendre +finesse à tout, etc.</p> + +<p>«Un homme de bon sens ne +brille guère devant eux.» +LXXXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Talismans</span>. Effet que peut +produire l'arrangement de certaines +lettres. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Tartares</span>. Leurs conquêtes +et leur puissance. Il ne leur a +manqué que des historiens. +LXXXII.</p> + +<p>Pourquoi leurs conquêtes seraient +dévastatrices. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Tartarie</span>. «Quand le kan +de Tartarie a dîné, un héraut +crie que tous les princes de la +terre peuvent aller dîner.» +XLIV.</p> + +<p><span class="smcap">Tauris</span>. Lettres I, II, III.</p> + +<p><span class="smcap">Tavernier</span>, célèbre voyageur +en Perse. LXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Tempéraments</span> fixés par le +climat, ils souffrent du changement +brusque du pays d'origine. +CXXII.</p> + +<p><span class="smcap">Tentations</span> des santons de +la Thébaïde. Elles nous suivent +jusque dans la vie la plus +austère. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Terre</span>. Soumise comme les +autres planètes, aux lois du +mouvement; elle souffre au dedans +d'elle un combat perpétuel +de ses principes. CXIV.</p> + +<p>Elle se dépeuple et dans dix +siècles ne sera plus qu'un désert. +CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Testament</span>. Le testament +de Louis XIV cassé par le parlement. +XCIII.</p> + +<p><span class="smcap">Théâtre</span>. Description de la +salle et de la scène. XXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Thébaïde</span>. Saints ou santons +chrétiens de la Thébaïde. Leur +vie, leurs tentations.</p> + +<p>Les chrétiens sensés regardent +leur histoire comme une +allégorie bien naturelle des +passions qui nous suivent jusque +dans le désert. XCIV.</p> + +<p><span class="smcap">Théologie</span>. Les livres de +théologie, doublement inintelligibles +par la matière et la +manière. CXXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Tisane</span> purgative et autres, +d'après la nouvelle pharmacie +spirituelle. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Titres</span>. La vente des titres +d'honneur est une des principales +ressources de Louis XIV. +XXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Tolérance</span>. Elle commence +à s'établir en France; mais non +en Asie. LX. (Voir <span class="smcap">Intolérance</span>.)</p> + +<p><span class="smcap">Traducteurs</span>. Dialogue d'un +traducteur d'Horace et d'un +géomètre.</p> + +<p>Services que rendent les traducteurs +et danger de leur +métier. CXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Traductions</span>; rendent le +corps, mais non la vie. <i>Ibid.</i></p> + +<p><span class="smcap">Traitants</span>. Chambre, qu'on +appelle de justice, parce qu'elle +va leur ravir tout leur bien. +XCIX.</p> + +<p><span class="smcap">Traite</span> autorisée par les rois +chrétiens. LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Traités de paix</span>, légitimes +lorsque les conditions en sont +telles que les deux peuples +peuvent se conserver. XCVI.</p> + +<p><span class="smcap">Travail</span>. Les Espagnols +«invincibles ennemis du travail.» +LXXVIII.</p> + +<p>Le travail et l'industrie à +Paris: sans eux, plus de revenus, +plus de circulation des +richesses. Chacun, retiré dans +sa terre, ne travaillerait qu'à +sa faim. Dépopulation. CVII.</p> + +<p><span class="smcap">Tribunal</span> où l'on prend les +voix à la majeure; on a reconnu +qu'il vaudrait mieux les recueillir +à la mineure. LXXXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Troglodytes</span>, perdus par +l'égoïsme et l'anarchie, relevés +par la solidarité des droits et +des devoirs, par la pratique de +la vertu et de la liberté civile. +Vont de nouveau périr par la +monarchie et l'égalité dans la +servitude. XI-XIV.</p> + +<p><span class="smcap">Turcs</span>. Sous le nom de +Turcs, les Tartares ont fait +des conquêtes immenses dans +l'Europe, l'Asie et l'Afrique; +et ils dominent sur trois parties +de l'univers. LXXXII.</p> + +<p>Les Turcs défaits par les Impériaux. +CXXIV.</p> + +<p>Caractère de leurs conquêtes. +CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Turquie</span>. Faiblesse de l'empire +des Osmanlis: «Ce corps +malade ne se soutient pas par +un régime doux et tempéré, +mais par des remèdes violents +qui l'épuisent et le minent sans +cesse.»</p> + +<p>Ni commerce, ni art, ni «expérience +sur la mer,» villes +désertes, campagnes désolées;</p> + +<p>«Juste idée de cet empire +qui, avant deux siècles, sera le +théâtre des triomphes de quelque +conquérant.» XX.</p> + +<p>La Turquie est également +dépeuplée en Europe et en +Asie. CXIII.</p> + +<p><span class="smcap">Tyen</span>. Ciel des chinois. Les +âmes des ancêtres y sont +anéanties, mais revivent sur +terre dans les enfants. CXX.</p> + + +<h3>U</h3> + +<p><span class="smcap">Ubiquité</span>. Question pour les +philosophes, réalité pour les +Français. LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Ulrique-Eléonore</span>, reine +de Suède. Sa tendresse conjugale. +CXXXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Université</span> (de Paris), fille +très-aînée des rois de France. +Elle rêve quelquefois. CX.</p> + +<p><span class="smcap">Usbek</span>. (<i>Ouzbeyg</i>, nom +d'une des principales tribus +tartares ou turcomanes qui ont +envahi l'Asie Mineure vers le +temps des croisades.) Seigneur +persan disgracié. VIII.</p> + +<p>Vient en Europe se perfectionner +dans les sciences, qu'il +a toujours aimées.</p> + +<p>Il passe par Com, Tauris, +Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne +et s'arrête à Paris «siége +de l'empire d'Europe.»</p> + +<p>C'est là qu'il étudie les mœurs +des Français, qu'il ne cesse de +sonder les matières religieuses, +philosophiques, politiques, qu'il +acquiert des notions de droit +public et d'histoire générale, +plus tard développées dans +l'<i>Esprit des lois</i>.</p> + +<p>Le regret de son sérail, la +jalousie, troublent seules la sérénité +de son esprit. Il renvoie +à Ispahan les eunuques qu'il +avait emmenés, ne cesse d'écrire +à Zachi, Zélis, Zéphis, +Fatmé, et surtout à Roxane, sa +favorite, qui le trompe avec +toutes les apparences de la +vertu. Son désespoir, les ordres +cruels qu'il donne contre +les infidèles remplissent la fin +des <i>Lettres persanes</i>.</p> + +<p>Voir à la table les numéros +des lettres nombreuses qu'il +envoie et qu'il reçoit.</p> + +<p><span class="smcap">Usurpateur</span>. Un usurpateur +déclare rebelles tous ceux qui +n'ont point opprimé la patrie +comme lui. CV.</p> + + +<h3>V</h3> + +<p><span class="smcap">Vanité</span> de deux savants qui +veulent être admirés à force +de déplaire. CXLIV.</p> + +<p>Portrait du vaniteux. L.</p> + +<p><span class="smcap">Vandales</span>, déposaient volontiers +leurs rois. CXXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Venise</span>. Epargnée par les +mahométans parce que l'eau y +manque pour les purifications. +XXXI.</p> + +<p>République qui n'a de ressources +qu'en son économie. +CXXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Vérité</span>. «Vérité dans un +temps, erreur dans un autre.» +LXXV.</p> + +<p><span class="smcap">Vérités</span>. La connaissance +de cinq ou six vérités a rendu +la philosophie pleine de miracles. +XCVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Vertu</span>. C'est la pratique de +la justice, de la réciprocité sociale. +XII, XIII, <i>passim.</i></p> + +<p>Quand elle est naturelle, la +vertu est modeste et ne se fait +pas sentir. L.</p> + +<p><span class="smcap">Veuve indienne</span>. Pourquoi +elle veut se brûler et pourquoi +elle y renonce. CXXVI.</p> + +<p><span class="smcap">Viandes</span>. Le Turc ne veut +point qu'elles soient étouffées. +XLVI.</p> + +<p><span class="smcap">Vieillesse</span>. Elle juge tout +d'après le souvenir et le regret +de la jeunesse perdue. LIX.</p> + +<p><span class="smcap">Vierge</span> qui a mis au monde +douze prophètes. Son tombeau +est à Com. I.</p> + +<p><span class="smcap">Villes</span> d'Italie, désertes et +dépeuplées. CXIII.</p> + +<p>Les voyageurs recherchent +les grandes villes, espèce de +patrie commune à tous les +étrangers. XXIII.</p> + +<p>Depuis quand les bourgeois +ont perdu la garde de leurs +villes. CVI.</p> + +<p><span class="smcap">Vin</span>, causes de sa cherté à +Paris. Ses funestes effets chez +les musulmans, malgré les prohibitions +du Coran. XXIII, +LVI.</p> + +<p><span class="smcap">Virginité</span>. Des femmes +adroites font de la virginité +une fleur qui périt et renaît +tous les jours, «et se cueille la +centième fois plus douloureusement +que la première.» +LVIII.</p> + +<p>Incertitude des preuves de la +virginité. LXXI.</p> + +<p><span class="smcap">Visapour</span>. Les femmes jaunes +de ce pays peuplent les sérails +de Perse. XCVII.</p> + +<p><span class="smcap">Visites</span>. Pour nombre de +Français, il est de la bienséance +de visiter chaque jour le public +en gros et en détail. +LXXXVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Vizir</span>. Le grand vizir d'Allemagne +est le fléau de Dieu, +envoyé pour châtier les sectateurs +d'Omar. CXXIV.</p> + +<p><span class="smcap">Vœux</span>. «Les dervis font trois +vœux, d'obéissance, de pauvreté +et de chasteté. On dit +que le premier est le mieux +observé de tous; quant au second, +je te réponds qu'il ne +l'est point: je te laisse à juger +du troisième.» LVII.</p> + +<p><span class="smcap">Volonté</span>. «Dieu ne peut +lire dans une volonté qui n'est +point encore.» LXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Vomitifs</span>. 1º Harangues, +oraisons funèbres, opéras nouveaux, +romans, mémoires, le +tout distillé;</p> + +<p>2º Infusion de papier ayant +couvert un recueil des pièces +des Jésuites français» (J. F.); +ou mieux, selon Barbier, des +jeux floraux. CXLIII.</p> + +<p><span class="smcap">Voyages</span>. Combien plus embarrassants +pour les femmes +que pour les hommes. XLIII.</p> + + +<h3>Z</h3> + +<p><span class="smcap">Zachi</span> rappelle à Usbek qu'il +l'a préférée à ses autres femmes. +III.</p> + +<p>Trouvée seule avec Nadir, +eunuque blanc. XX.</p> + +<p>Ses privautés avec la jeune +Zélide. <i>Ibid.</i></p> + +<p>Sa réconciliation avec Zéphis. +XLVII.</p> + +<p>Couchée avec une de ses esclaves. +CXLVII.</p> + +<p>Elle reçoit le fouet et se +plaint passionnément à Usbek. +CLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zélide</span>, esclave de Zéphis, de +Zachi et de Zélis, soupçonnée +de certaines complaisances intimes +pour ses maîtresses. IV, +XX, CXLVII.</p> + +<p>Elle consent à épouser Cosrou, +eunuque blanc. (V. ce +mot.) XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zélis</span> marie son esclave Zélide +à Cosrou, eunuque blanc. +Ses idées sur les plaisirs conjugaux +des hommes de cette +espèce. LIII.</p> + +<p>Confie sa fille, âgée de sept +ans, aux soins des eunuques +noirs. LXII.</p> + +<p>A laissé tomber son voile en +allant à la mosquée. CXLVII.</p> + +<p>Soupçonnée d'avoir reçu une +lettre. CXLVIII.</p> + +<p>Reçoit le fouet et se plaint +vertement au «tyran» Usbek. +CLVIII.</p> + +<p><span class="smcap">Zéphis</span>. Accusée de certaines +relations illicites avec son +esclave Zélide, IV, se plaint +du grand eunuque noir.</p> + +<p>Sa réconciliation avec Zachi. +XLVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zend</span>, ancien bactrien, langue +sacrée des Guèbres. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zeuxis</span> assemble les plus +beaux modèles pour figurer la +déesse de la beauté.</p> + +<p>Ainsi les métaphysiciens +construisent l'idée de Dieu avec +les perfections imaginées par +les hommes. LXIX.</p> + +<p><span class="smcap">Zoroastre</span>. Législateur des +Guèbres et auteur de leurs +livres sacrés. LXVII.</p> + +<p><span class="smcap">Zufagar</span>, nom de l'épée +d'Ali, «qui avoit deux pointes.» +XVI.</p> + +<p>(<i>Zoulfékar</i>, sabre à deux +lames donné par Mahomet, conservé +dans la maison des Kalifes, +brisé à la chasse par un +descendant d'Abdoullah IV, il figure +sur les pavillons ottomans.)</p> + +<p><span class="smcap">Zuléma</span> raconte à ses compagnes +du sérail l'histoire du +farouche Ibrahim et de l'immortelle +Anaïs. CXLI.</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="BIBLIOGRAPHIE" id="BIBLIOGRAPHIE"></a>BIBLIOGRAPHIE.</h2> + + +<h3>I.—ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT +DE L'AUTEUR.</h3> + +<p>1721. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Amsterdam, chez Pierre Brunel, +sur le Dam. 2 vol. grand in-12 (150 lettres).<br /></p> + +<p>— <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. +in-12. (Édition semblable à la précédente.)</p> + +<p>— <span class="smcap">Lettres persanes</span>. <span class="smcap">Seconde édition</span>, <i>revuë, corrigée, +diminuée et augmentée par l'auteur</i>. 2 vol. pet. in-12, +(140 lettres). Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B.</p> + +<p>Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition), +XXIII (XXV), XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL +(XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII (LXV), +LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI +sont fondues en une seule.</p> + +<p>Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans +cette <i>2<sup>e</sup> Marteau</i> les n<sup>os</sup> LVIII, LIX, LX. Reproduites +avec quelques variantes dans le <i>Supplément</i> de 1754.</p> + +<p>Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.</p> + +<p>La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en +tête du tome second de la première édition, termine le +tome premier de la seconde, avec le nº LXI.</p> + +<p>Les suppressions et changements ne portent que sur le +tome I<sup>er</sup>.</p> + +<p>(Pour la nature des suppressions, voir la <i>préface</i> de +notre édition. Pour les variantes et la collation des +n<sup>os</sup>, voir nos <i>notes et variantes</i>, tomes I et II.)</p> + +<p><i>N. B.</i> Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble +bien qu'il en ait paru deux à <i>Amsterdam, chez Pierre +Brunel, sur le Dam</i>. L'une porte sous le titre une +sphère armillaire, l'autre un polygone régulier à neuf +pans, dans lequel sont inscrits trois triangles équilatéraux.</p> + +<p>Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale +appartiennent à deux éditions différentes: le tome I +a la sphère, le tome II a le polygone; or nous avons +sous les yeux:</p> + +<p>Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette. +Sur le tome I de la Bibliothèque nationale, en regard +du feuillet de garde, se trouve la note manuscrite suivante: +<i>édition différente</i>. Au reste, les deux éditions +Brunel et l'une des éditions Marteau sont des réimpressions +d'un même texte.<br /></p> + +<p> </p> +<p>1730. <span class="smcap">Lettres persanes, troisième édition</span> à Amsterdam, +chez Jacques Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, +19030 <i>bis</i> B.</p> + +<p>Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser +au moment où fut rédigée notre préface, est +une <i>réimpression</i> de la 2<sup>e</sup> Marteau. Elle commence +également par la lettre d'<i>Usbek à son ami Nessir</i>, la +V<sup>e</sup> du texte complet. Le premier tome finit par la lettre +sur l'Académie.</p> + +<p>— Autre édition, mais conforme à la 1<sup>re</sup>: à Cologne, chez +Pierre Marteau. 2 vol. in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1731. <span class="smcap">Lettres persanes</span>: à Amsterdam, chez P. Mortier, +2 vol in-12 (150 lettres). Quérard dit: Amsterdam +(Paris).</p> + +<p> </p> +<p>1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, +Pierre Marteau.</p> + +<p> </p> +<p>1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.</p> + +<p> </p> +<p>1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, +près le collége des Jésuites. In-8<sup>o</sup>, 2 tomes en un volume, +150 lettres. (Arsenal, 19031 B.)</p> + +<p>— La même édition, augmentée des <i>Lettres turques</i> (par +Saint-Foix), 2 tomes en un volume.</p> + +<p>Réimpression de la 1<sup>re</sup> 1721, avec quelques variantes +insignifiantes.</p> + +<p> </p> +<p>1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir +la préface) <i>les Lettres persannes convaincues d'impiété</i>, +qui vise la 1<sup>re</sup> Marteau 1721, et la 2<sup>e</sup> Desbordes +1730.</p> + +<p> </p> +<p>1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.</p> + +<p> </p> +<p>1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de +Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le +texte.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres persanes</span>, à Cologne, chez Pierre Marteau +(2 tomes in-12, 150 lettres, avec un <i>Supplément</i>).</p> + +<p>Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier +volume sont intercalées les <i>Lettres turques</i>.</p> + +<p>Le <i>Supplément</i>, à la fin du second volume, contient +<i>quelques réflexions sur les Lettres persanes</i>, onze lettres, +dont trois empruntées, avec variantes, à la 2<sup>e</sup> Marteau, +3<sup>e</sup> Desbordes, et un certain nombre de passages +nouveaux à ajouter ou à substituer dans le texte. La +plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement +observé les indications du <i>Supplément</i> pour le placement +des lettres et passages nouveaux.</p> + +<p>Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition +reliée en un volume; les <i>Lettres turques</i> y sont +insérées après le Supplément.</p> + + +<h3>II.—ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT +DE L'AUTEUR.</h3> + +<p>(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées +des <i>Lettres persanes</i>: mais diverses considérations +nous ont amené à signaler plusieurs éditions des Œuvres +complètes, en n'y tenant compte que de ce qui +concerne les <i>Lettres</i>.)</p> + +<p> </p> +<p>1755. Réimpression pure et simple, sans <i>Supplément</i>, du texte +de 1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. +grand in-12). L'exemplaire de la bibliothèque nationale +est relié en un volume.</p> + +<p> </p> +<p>1757. <span class="smcap">Œuvres de M. de Montesquieu</span>, Londres (4 vol. in-12). +La première édition des œuvres complètes, publiée par +Richer sous les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, +avec le concours de Moreau, ancien secrétaire +de l'auteur, et imprimeur célèbre qui, suivant Quérard +et Brunet, la rendit le modèle des éditions suivantes.</p> + +<p> </p> +<p>1758. <span class="smcap">Œuvres complètes de M. de Montesquieu</span>, nouvelle +édition, revue, corrigée et considérablement augmentée +<i>par l'auteur</i>, Amsterdam et Leipsick, Arkstée et +Merkus (3 vol. in-4<sup>o</sup>). Toutes les additions du <i>Supplément</i> +sont intercalées à leur place.</p> + +<p>Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), +note manuscrite indiquant deux collaborateurs +pour les <i>Lettres</i>. Les <i>Lettres</i> sont au tome III. Dans +l'avertissement, Richer réfute les remarques d'un anonyme +(Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition, très-belle +en effet, est plus correcte et moins chère que la précédente. +Toutes deux sont d'ailleurs l'œuvre de Richer +et de Moreau. Elles renferment un assez grand nombre +de <i>corrections</i> d'après les changements trouvés dans +les papiers de l'auteur, et que beaucoup d'éditions subséquentes +ont admises. Nous les signalons dans nos +<i>Notes</i>, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à +même de les voir et de les certifier, et nous nous défions +fort de cette manie d'arrangement et d'atténuations, +à laquelle se laissaient aller volontiers les éditeurs +des derniers siècles. Au reste, ces variantes sont +véritablement insignifiantes.</p> + +<p>Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam.</p> + +<p> </p> +<p>1759, 1762. <span class="smcap">Œuvres</span>. Nouvelle édition, très-augmentée, avec +des <i>remarques philosophiques et politiques d'un +anonyme</i> (Élias Luzac), Amsterdam et Lausanne, +Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.) (6 volumes +in-12.</p> + +<p>Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque +Richer réfute en 1758 les <i>Remarques</i> d'Élias +Luzac.</p> + +<p> </p> +<p>1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la +note manuscrite mentionnée à l'article 1758.</p> + +<p> </p> +<p>1761. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle +édition, augmentée de douze lettres qui ne se +trouvent pas dans les précédentes, et d'une table analytique +des sujets traités; un vol. in-8<sup>o</sup> de 527 pages. +Réimprimée en 1786.</p> + +<p>Le chiffre de <i>douze lettres</i> contient sans doute <i>Quelques +Réflexions sur les Lettres persanes</i>. En fait, le <i>Supplément</i> +de 1754 n'ajoute que <i>onze</i> lettres.</p> + +<p>Cette édition est la première complète des <i>Lettres persanes</i>.</p> + +<p> </p> +<p>1767. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1772. <span class="smcap">Œuvres</span>. Londres, Nourse, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, l'une des plus +mauvaises.</p> + +<p> </p> +<p>1776. <span class="smcap">Lettres persanes</span>, Amsterdam, Arkstée et Merkus, +1 vol. in-12, 161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de +Provins.)</p> + +<p> </p> +<p>1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18.</p> + +<p> </p> +<p>1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1788. <span class="smcap">Œuvres</span>. Paris, Bastien, 5 vol in-8<sup>o</sup>. D'après Quérard, +médiocre et chère.</p> + +<p><span class="smcap">Œuvres</span>, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs +pièces qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam +(sans nom d'éditeur ni d'imprimeur). Généralement +conforme à l'in-4<sup>o</sup> de 1758. 6 vol. in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p> </p> +<p>1790. <span class="smcap">Œuvres</span>, Bâle 8 vol. in-8<sup>o</sup> (réimprimées en 1799), avec +des notes d'Helvétius, longtemps la plus complète, +mais entièrement effacée par celle d'Auger 1816.</p> + +<p> </p> +<p>1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8<sup>o</sup>; avec notes +d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte +médiocre. (Publiée par de Laroche.)</p> + +<p> </p> +<p>1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV.</p> + +<p>Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les +manuscrits (?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie +Plassan. 5 vol. grand in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p>Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758, +laisse à désirer comme livre de luxe.</p> + +<p> </p> +<p>1803. <span class="smcap">Lettres</span>. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol. +in-18. Avec les clichés de cette édition peu correcte a +été faite celle de Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection +des classiques français). Autre tirage, 1811.</p> + +<p> </p> +<p>1814 et 1820. <span class="smcap">Œuvres</span>, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p> </p> +<p>1815. <span class="smcap">Lettres</span>, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).</p> + +<p> </p> +<p>1816, 1818, 1820. <span class="smcap">Œuvres</span>, précédées de la vie de l'auteur par +Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8<sup>o</sup>, imprimerie +Crapelet. (Table analytique bien faite.)</p> + +<p>La seconde est plus complète.</p> + +<p>Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le +texte des lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.</p> + +<p> </p> +<p>1817. <span class="smcap">Œuvres</span>, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes +in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p> </p> +<p>1818. <span class="smcap">Lettres</span>, Nîmes, in-8<sup>o</sup> (id. 1820), traduction espagnole de +Marchena.</p> + +<p> </p> +<p>1819. <span class="smcap">Œuvres</span>. Nouvelle édition contenant les <i>Éloges de Montesquieu</i> +par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable), +les notes d'Helvétius, de Condorcet, et +le commentaire de Voltaire sur l'<i>Esprit des lois</i>. Paris, +de l'imprimerie de Pierre Didot aîné. Lequien +1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de +1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont +passées en revue. Estimée.</p> + +<p> </p> +<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>, suivies des œuvres diverses, Paris, Didot aîné, +3 vol. in-8<sup>o</sup>, formant les volumes 52-54 de la <i>Collection +des meilleurs ouvrages français</i>.</p> + +<p> </p> +<p>1820. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant +partie de la <i>Bibliothèque française</i>.</p> + +<p> </p> +<p>1821. <span class="smcap">Lettres</span>. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection +des <i>Classiques français</i>.)</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span> (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, +in-12.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span>, Paris, Touquet, in-12.</p> + +<p> </p> +<p>1822. <span class="smcap">Œuvres</span>, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8<sup>o</sup>. +Portrait. Avec les <span class="smcap">Éloges</span> par d'Alembert et Villemain, +suivie du <i>Commentaire sur l'Esprit des lois</i> par +Destutt de Tracy. Édition faite sur 1819-Lequien. +Estimée.</p> + +<p> </p> +<p>1823. <span class="smcap">Lettres</span>. Nouvelle édition accompagnée de notes et +d'une table alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18.</p> + +<p>Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur +les noms orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée +par les frères Garnier.</p> + +<p><span class="smcap">Lettres</span>, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, +3 vol. in-32.</p> + + +<p>Il y a peu à dire sur les éditions, tant des <span class="smcap">Œuvres</span> que des +<span class="smcap">Lettres</span>, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de +nos jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt +de 1758.</p> + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND" id="TABLE_DES_MATIERES_DU_TOME_SECOND"></a>TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.</h2> + +<p> +<a href="#LETTRE_LXXXIX"><b>LETTRE LXXXIX.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Notes sur Paris ou règnent la <i>liberté et l'égalité</i>; +portrait du grand seigneur en France; la faveur, +grande divinité des Français.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XC"><b>LETTRE XC.</b></a> Usbek à Ibben.<br /> +<br /> +Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation. +Amour des Français pour la gloire. Éloge +du régime républicain. <br /> + +<a href="#LETTRE_XCI"><b>LETTRE XCI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du +duel, plus forte que la raison et que la loi. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCII"><b>LETTRE XCII.</b></a> Usbek à Rustan.<br /> +<br /> +Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCIII"><b>LETTRE XCIII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement. +Rôle des parlements. Habileté du régent. +<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCIV"><b>LETTRE XCIV.</b></a> Usbek à son frère santon au monastère de +Casbin.<br /> +<br /> +A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires. +Tentations des ascètes de la Thébaïde. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCV"><b>LETTRE XCV</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Le droit public altéré par les princes et les puissants. +Le droit public ramené aux principes de justice +qui régissent le droit privé. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCVI"><b>LETTRE XCVI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions +du droit public. De la guerre et du prétendu +droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir +les <i>Notes et variantes</i>.) <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCVII"><b>LETTRE XCVII.</b></a> Le premier eunuque à Usbek. (<i>Roman</i>.)<br /> +<br /> +Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de +la polygamie. Nécessite de la présence du maître +dans le sérail. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCVIII"><b>LETTRE XCVIII.</b></a> Usbek à Hassein, dervis de la montagne +de Jaron.<br /> +<br /> +Supériorité des lois physiques découvertes par les +philosophes sur les élucubrations mystiques des +livres saints et des prophéties. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_XCIX"><b>LETTRE XCIX.</b></a> Usbek à Ibben.<br /> +<br /> +Inconstance des fortunes et désordre des finances en +France. Chambre ardente contre les traitants. +Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_C"><b>LETTRE C.</b></a> Rica à Rhédi.<br /> +<br /> +Les caprices et l'empire de la mode en France. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CI"><b>LETTRE CI.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Frivolité du caractère français. Incohérence de leur +législation empruntée au droit romain et aux constitutions +des Papes. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CII"><b>LETTRE CII.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Sur un évêque qui vantait son mandement. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CIII"><b>LETTRE CIII.</b></a> Usbek à Ibben.<br /> +<br /> +Considérations sur le gouvernement monarchique en +Europe et sur le despotisme oriental. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CIV"><b>LETTRE CIV.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs +assassins pour successeurs. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CV"><b>LETTRE CV.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Limitation de l'autorité royale par les Anglais. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CVI"><b>LETTRE CVI.</b></a> Rhédi à Usbek.<br /> +<br /> +Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts,<br /> +incompatibles avec la solidité des monarchies. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CVII"><b>LETTRE CVII.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de +l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du luxe. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CVIII"><b>LETTRE CVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br /> +<br /> +Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère +des rois. Louis XIV entièrement gouverné +par les femmes. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CIX"><b>LETTRE CIX.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Les journaux et la critique au commencement du +XVIII<sup>e</sup> siècle. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CX"><b>LETTRE CX.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Querelles scolastiques sur la lettre Q.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXI"><b>LETTRE CXI.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Rôle et occupation d'une jolie femme. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXII"><b>LETTRE CXII.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Discours d'un général de la Fronde. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXIII"><b>LETTRE CXIII.</b></a> Rhédi à Usbek.<br /> +<br /> +Dépopulation croissante de la terre. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXIV"><b>LETTRE CXIV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes +générales. Le monde terrestre a bien plus de six +mille ans. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXV"><b>LETTRE CXV.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXVI"><b>LETTRE CXVI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde +romain. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXVII"><b>LETTRE CXVII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce. +(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.)<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXVIII"><b>LETTRE CXVIII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et +le monachisme. Supériorité des pays protestants +sur les pays catholiques. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXIX"><b>LETTRE CXIX.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique: +la traite et le travail esclave.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXX"><b>LETTRE CXX.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et +de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme, +«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la +fécondité de la Perse ancienne et des races juive +et chinoise. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXI"><b>LETTRE CXXI.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur +ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXII"><b>LETTRE CXXII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de la dépopulation des colonies: les influences +climatériques, les cruautés des conquérants. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXIII"><b>LETTRE CXXIII.</b></a> Usbek au même.<br /> +<br /> +Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir +arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages +précoces. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXIV"><b>LETTRE CXXIV.</b></a> Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien +des trois tombeaux.<br /> +<br /> +En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la +victoire abandonne les Osmanlis. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXV"><b>LETTRE CXXV.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Qui paye les libéralités des princes envers leurs +courtisans? <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXVI"><b>LETTRE CXXVI.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Difficulté de concevoir des récompenses éternelles. +Les paradis sont rendus inhabitables par leurs +inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXVII"><b>LETTRE CXXVII.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +Allusion à la conspiration de Cellamare. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXVIII"><b>LETTRE CXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br /> +<br /> +A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité +des ministres. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXIX"><b>LETTRE CXXIX.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXX"><b>LETTRE CXXX.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres +d'un nouvelliste. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXI"><b>LETTRE CXXXI.</b></a> Rhédi à Rica.<br /> +<br /> +Origines des républiques. Éloge du gouvernement +républicain. La liberté faite pour le génie des peuples +de l'Europe; la servitude pour celui des +orientaux. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXII"><b>LETTRE CXXXII.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Un café à la mode à l'époque de Law. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXIII"><b>LETTRE CXXXIII.</b></a> Rica à ***.<br /> +<br /> +Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de +dervis. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXIV"><b>LETTRE CXXXIV.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique +de divers genres littéraires. La théologie, +l'ascétisme, la casuistique. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXV"><b>LETTRE CXXXV.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Troisième visite: les grammairiens, glossateurs +et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens, +les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes +des sciences occultes.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXVI"><b>LETTRE CXXXVI.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Vues historiques sur l'église, la décadence romaine, +les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne, +l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et +les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXVII"><b>LETTRE CXXXVII.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques, +épigrammatiques; les romanciers. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXVIII"><b>LETTRE CXXXVIII.</b></a> Rica à Ibben.<br /> +<br /> +Désastreuses conséquences du système de Law. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXXXIX"><b>LETTRE CXXXIX.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore +et Christine. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXL"><b>LETTRE CXL.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves +et difficiles attributions politiques des parlements. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLI"><b>LETTRE CXLI.</b></a> Rica au même.<br /> +<br /> +Traduction supposée d'un conte persan. Aventures +de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes. +Vengeance qu'elle tire de son mari. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLII"><b>LETTRE CXLII.</b></a> Rica à Usbek.<br /> +<br /> +«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien +mythologiste.» (Portrait allégorique de Law, +fils d'Éole). <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLIII"><b>LETTRE CXLIII.</b></a> Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif.<br /> +<br /> +Sur les amulettes, talismans et prestiges. <br /> +<br /> +Lettre d'un médecin de province à un médecin de +Paris.<br /> +<br /> +Vertu dormitive de la <i>Cour sainte</i> du père Caussin. +Pharmacie nouvelle extraite des œuvres des philosophes +et des théologiens. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLIV"><b>LETTRE CXLIV.</b></a> Usbek à Rica.<br /> +<br /> +Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge +de la modestie. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLV"><b>LETTRE CXLV.</b></a> Usbek à ***.<br /> +<br /> +Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre +d'un anatomiste. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLVI"><b>LETTRE CXLVI.</b></a> Usbek à Rhédi.<br /> +<br /> +Perversion des mœurs publiques sous l'influence de +Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution +publique. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLVII"><b>LETTRE CXLVII.</b></a> Le grand eunuque à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Désordres dans le sérail d'Usbek. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLVIII"><b>LETTRE CXLVIII.</b></a> Usbek au grand eunuque. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Ordres de répression. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CXLIX"><b>LETTRE CXLIX.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Mort du grand eunuque. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CL"><b>LETTRE CL.</b></a> Usbek à Narsit. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Ordres réitérés de répression. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLI"><b>LETTRE CLI.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Dénonciations contre les femmes d'Usbek. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLII"><b>LETTRE CLII.</b></a> Narsit à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est<br /> +égarée. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLIII"><b>LETTRE CLIII.</b></a> Usbek à Solim. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Fureurs de l'époux outragé.<br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLIV"><b>LETTRE CLIV.</b></a> Usbek à ses femmes. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Reproches et menaces. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLV"><b>LETTRE CLV.</b></a> Usbek à Nessir. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Douloureuses confidences. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLVI"><b>LETTRE CLVI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Protestation contre les violences de Solim. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLVII"><b>LETTRE CLVII.</b></a> Zachi à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLVIII"><b>LETTRE CLVIII.</b></a> Zélis à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Même châtiment, même colère. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLIX"><b>LETTRE CLIX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLX"><b>LETTRE CLX.</b></a> Solim à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Solim va punir. <br /> +<br /> +<a href="#LETTRE_CLXI"><b>LETTRE CLXI.</b></a> Roxane à Usbek. (<i>Roman.</i>)<br /> +<br /> +Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme +qui l'a épousée malgré elle. <br /> +<br /> +<a href="#NOTES_ET_VARIANTES"><b>NOTES ET VARIANTES.</b></a> <br /> +<br /> +<a href="#INDEX_PHILOSOPHIQUE_HISTORIQUE_ET_LITTERAIRE"><b>INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.</b></a> <br /> +<br /> +<a href="#BIBLIOGRAPHIE"><b>BIBLIOGRAPHIE.</b></a><br /> +<br /> +</p> +<h2>FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.</h2> + + + + +<hr style="width: 65%;" /> +<h2><a name="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE" id="OUVRAGES_DE_M_ANDRE_LEFEVRE"></a>OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE.</h2> + + +<p> +<span class="smcap">Les Finances de Champagne aux XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles</span>.<br /> +<br /> +<span class="smcap">La Flute de Pan</span>, 2<sup>e</sup> édition. Hetzel.<br /> +<br /> +<span class="smcap">La Lyre intime</span>. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">Virgile et Kalidasa</span>. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">L'Épopée terrestre</span>. Marpon.<br /> +<br /> +<span class="smcap">La Vallée du Nil</span> (avec <span class="smcap">M. H. Cammas</span>). Hachette.<br /> +<br /> +<span class="smcap">Les Merveilles de l'Architecture</span>, 3<sup>e</sup> édit. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">Les Parcs et les Jardins</span>, 2<sup>e</sup> édition. <i>Ibid.</i><br /> +<br /> +<span class="smcap">La Pensée nouvelle</span>, en collaboration avec MM. Louis<br /> +Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,<br /> +etc. 2 vol. gr. in-8<sup>o</sup>.<br /> +<br /> +<span class="smcap">Napoléon</span> I<sup>er</sup> (in-32). Bureaux de l<i>'Éclipse</i>.<br /> +<br /> +<span class="smcap">Les Finances particulières de Napoléon III.</span> J. Rouquette.<br /> +</p> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + +***** This file should be named 33856-h.htm or 33856-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/8/5/33856/ + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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