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+The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by
+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Lettres persanes, tome II
+
+Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
+
+Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II ***
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+
+Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+LETTRES PERSANES
+
+PAR
+
+MONTESQUIEU
+
+AVEC
+
+PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES,
+
+INDEX
+
+PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE,
+
+PAR
+
+ANDRÉ LEFÈVRE
+
+TOME II
+
+PARIS
+
+ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
+
+27, PASSAGE CHOISEUL, 29
+
+M DCCC LXXIII
+
+_Tous droits réservés_.
+
+E. Picard.
+
+
+IMP. EUGÈNE HEUTTE ET Ce, A SAINT-GERMAIN.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXIX.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance, la vertu, le
+mérite même de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas
+un homme de la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie des
+rangs y est inconnue. On dit que le premier de Paris est celui qui a
+les meilleurs chevaux à son carrosse.
+
+Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux
+ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. S'il peut
+avec cela cacher son oisiveté par un air empressé, ou par un feint
+attachement pour les plaisirs, il croit être le plus heureux de tous
+les hommes.
+
+En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque donne
+quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands
+par leur naissance; mais ils sont sans crédit. Les rois font comme
+ces ouvriers habiles qui, pour exécuter leurs ouvrages, se servent
+toujours des machines les plus simples.
+
+La faveur est la grande divinité des François. Le ministre est le
+grand prêtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui l'entourent
+ne sont point habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt
+sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole avec tout le
+peuple.
+
+ A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XC.
+
+USBEK A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Le désir de la gloire n'est point différent de cet instinct que
+toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous
+augmentons notre être, lorsque nous pouvons le porter dans la
+mémoire des autres: c'est une nouvelle vie que nous acquérons, et
+qui nous devient aussi précieuse que celle que nous avons reçue du
+ciel.
+
+Mais comme tous les hommes ne sont pas également attachés à la vie,
+ils ne sont pas aussi également sensibles à la gloire. Cette noble
+passion est bien toujours gravée dans leur coeur; mais l'imagination
+et l'éducation la modifient de mille manières.
+
+Cette différence, qui se trouve d'homme à homme, se fait encore plus
+sentir de peuple à peuple.
+
+On peut poser pour maxime que, dans chaque État, le désir de la
+gloire croît avec la liberté des sujets, et diminue avec elle: la
+gloire n'est jamais compagne de la servitude.
+
+Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: On est en France, à
+bien des égards, plus libre qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la
+gloire. Cette heureuse fantaisie fait faire à un François, avec
+plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient de ses sujets
+qu'en leur mettant sans cesse devant les yeux les supplices et les
+récompenses.
+
+Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de l'honneur du dernier
+de ses sujets. Il y a pour le maintenir des tribunaux respectables:
+c'est le trésor sacré de la nation, et le seul dont le souverain
+n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans choquer ses
+intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve blessé dans son honneur par
+son prince, soit par quelque préférence, soit par la moindre marque
+de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, son service,
+et se retire chez lui.
+
+La différence qu'il y a des troupes françoises aux vôtres, c'est que
+les unes, composées d'esclaves naturellement lâches, ne surmontent
+la crainte de la mort que par celle du châtiment; ce qui produit
+dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la rend comme stupide: au
+lieu que les autres se présentent aux coups avec délice, et
+bannissent la crainte par une satisfaction qui lui est supérieure.
+
+Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la vertu,
+semble être établi dans les républiques, et dans les pays où l'on
+peut prononcer le mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone,
+l'honneur payoit seul les services les plus signalés. Une couronne
+de chêne ou de laurier, une statue, un éloge, étoit une récompense
+immense pour une bataille gagnée ou une ville prise.
+
+Là, un homme qui avoit fait une belle action se trouvoit
+suffisamment récompensé par cette action même. Il ne pouvoit voir un
+de ses compatriotes qu'il ne ressentit le plaisir d'être son
+bienfaiteur; il comptoit le nombre de ses services par celui de ses
+concitoyens. Tout homme est capable de faire du bien à un homme:
+mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une
+société entière.
+
+Mais cette noble émulation ne doit-elle point être entièrement
+éteinte dans le coeur de vos Persans, chez qui les emplois et les
+dignités ne sont que des attributs de la fantaisie du souverain? La
+réputation et la vertu y sont regardées comme imaginaires, si elles
+ne sont accompagnées de la faveur du prince, avec laquelle elles
+naissent et meurent de même. Un homme qui a pour lui l'estime
+publique n'est jamais sûr de ne pas être déshonoré demain: le voilà
+aujourd'hui général d'armée; peut-être que le prince le va faire son
+cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre éloge que celui
+d'avoir fait un bon ragoût.
+
+ A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+A Smyrne.
+
+
+De cette passion générale que la nation françoise a pour la gloire,
+il s'est formé dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais
+quoi qu'on appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère de
+chaque profession; mais il est plus marqué chez les gens de guerre,
+et c'est le point d'honneur par excellence. Il me seroit bien
+difficile de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en avons point
+précisément d'idée.
+
+Autrefois les François, surtout les nobles, ne suivoient guère
+d'autres lois que celles de ce point d'honneur: elles régloient
+toute la conduite de leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne
+pouvoit, sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les
+enfreindre, mais en éluder la plus petite disposition.
+
+Quand il s'agissoit de régler les différends, elles ne prescrivoient
+guère qu'une manière de décision, qui étoit le duel, qui tranchoit
+toutes les difficultés; mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que
+souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties que celles qui
+y étoient intéressées.
+
+Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, il falloit qu'il entrât
+dans la dispute, et qu'il payât de sa personne, comme s'il avoit été
+lui-même en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel choix et
+d'une préférence si flatteuse; et tel qui n'auroit pas voulu donner
+quatre pistoles à un homme pour le sauver de la potence, lui et
+toute sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer pour
+lui mille fois sa vie.
+
+Cette manière de décider étoit assez mal imaginée, car de ce qu'un
+homme étoit plus adroit ou plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit
+pas qu'il eût de meilleures raisons.
+
+Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines très-sévères; mais
+c'est en vain: l'honneur, qui veut toujours régner, se révolte, et
+il ne reconnoît point de lois.
+
+Ainsi les François sont dans un état bien violent: car les mêmes
+lois de l'honneur obligent un honnête homme de se venger quand il a
+été offensé; mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus
+cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les lois de
+l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on suit celles de la
+justice, on est banni pour jamais de la société des hommes: il n'y a
+donc que cette cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne
+de vivre.
+
+ A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCII.
+
+USBEK A RUSTAN.
+
+A Ispahan.
+
+
+Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se
+joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte au
+monarque des François des présents que le nôtre ne sauroit donner à
+un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par sa lâche avarice, il a
+flétri la majesté des deux empires.
+
+Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui prétend être le plus
+poli de l'Europe, et il a fait dire en Occident que le roi des rois
+ne domine que sur des barbares.
+
+Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu se faire refuser
+lui-même; et, comme si la cour de France avoit eu plus à coeur la
+grandeur persane que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant
+un peuple dont il est le mépris.
+
+Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête d'un malheureux. Je ne
+veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence,
+et de l'indigne choix qu'ils ont fait.
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCIII.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Le monarque qui a si longtemps régné n'est plus[A]. Il a bien fait
+parler des gens pendant sa vie; tout le monde s'est tû à sa mort.
+Ferme et courageux dans ce dernier moment, il a paru ne céder qu'au
+destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, après avoir rempli toute la
+terre de son nom.
+
+[Note A: Il mourut le 1er septembre 1715.]
+
+Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des
+réflexions morales. Chacun a pensé à ses affaires, et à prendre ses
+avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque
+défunt, n'ayant que cinq ans, un prince son oncle a été déclaré
+régent du royaume.
+
+Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit l'autorité du régent.
+Ce prince habile a été au parlement; et, y exposant tous les droits
+de sa naissance, il a fait casser la disposition du monarque, qui,
+voulant se survivre à lui-même, sembloit avoir prétendu régner
+encore après sa mort.
+
+Les parlements ressemblent à ces ruines que l'on foule aux pieds,
+mais qui rappellent toujours l'idée de quelque temple fameux par
+l'ancienne religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus que de
+rendre la justice; et leur autorité est toujours languissante, à
+moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne lui rendre la force
+et la vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines:
+ils ont cédé au temps, qui détruit tout; à la corruption des
+moeurs, qui a tout affoibli; à l'autorité suprême, qui a tout
+abattu.
+
+Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable au peuple, a paru
+d'abord respecter cette image de la liberté publique; et, comme s'il
+avoit pensé à relever de terre le temple et l'idole, il a voulu
+qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie et le fondement de
+toute autorité légitime.
+
+ A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCIV.
+
+USBEK A SON FRÈRE, SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN.
+
+
+Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me prosterne: je
+regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta
+sainteté est si grande, qu'il semble que tu aies le coeur de notre
+saint prophète; tes austérités étonnent le ciel même; les anges
+t'ont regardé du sommet de la gloire, et ont dit: Comment est-il
+encore sur la terre, puisque son esprit est avec nous, et vole
+autour du trône qui est soutenu par les nuées?
+
+Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai appris de nos docteurs
+que les dervis, même infidèles, ont toujours un caractère de
+sainteté qui les rend respectables aux vrais croyants; et que Dieu
+s'est choisi dans tous les coins de la terre des âmes plus pures que
+les autres, qu'il a séparées du monde impie, afin que leurs
+mortifications et leurs prières ferventes suspendissent sa colère
+prête à tomber sur tant de peuples rebelles?
+
+Les chrétiens disent des merveilles de leurs premiers santons, qui
+se réfugièrent à milliers dans les déserts affreux de la Thébaïde,
+et eurent pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils en disent
+est vrai, leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de
+nos plus sacrés immaums. Ils passoient quelquefois dix ans entiers
+sans voir un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le jour avec
+des démons; ils étoient sans cesse tourmentés par ces esprits
+malins; ils les trouvoient au lit, ils les trouvoient à table;
+jamais d'asile contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable,
+il faudroit avouer que personne n'auroit jamais vécu en plus
+mauvaise compagnie.
+
+Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires comme une
+allégorie bien naturelle, qui nous peut servir à nous faire sentir
+le malheur de la condition humaine. En vain cherchons-nous dans le
+désert un état tranquille; les tentations nous suivent toujours: nos
+passions, figurées par les démons, ne nous quittent point encore;
+ces monstres du coeur, ces illusions de l'esprit, ces vains
+fantômes de l'erreur et du mensonge, se montrent toujours à nous
+pour nous séduire, et nous attaquent jusque dans les jeûnes et les
+cilices, c'est-à-dire jusque dans notre force même.
+
+Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé de Dieu a enchaîné
+Satan, et l'a précipité dans les abîmes: il a purifié la terre,
+autrefois pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour des
+anges et des prophètes.
+
+ A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.
+
+
+
+
+LETTRE XCV
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on n'ait commencé par
+rechercher soigneusement quelle est l'origine des sociétés; ce qui
+me paroît ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils se
+quittoient et se fuyoient les uns les autres, il faudroit en
+demander la raison, et chercher pourquoi ils se tiennent séparés:
+mais ils naissent tous liés les uns aux autres; un fils est né
+auprès de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la cause
+de la société.
+
+Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on
+peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la
+flatterie des écrivains, en ont corrompu tous les principes.
+
+Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux
+princes jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice sans
+choquer leurs intérêts. Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour
+endurcir leur conscience, mettre l'iniquité en système, d'en donner
+des règles, d'en former des principes, et d'en tirer des
+conséquences!
+
+La puissance illimitée de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre
+règle qu'elle-même, ne produit pas plus de monstres que cet art
+indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle
+est.
+
+On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes différentes: l'une
+qui règle les affaires des particuliers, qui règne dans le droit
+civil; l'autre qui règle les différends qui surviennent de peuple à
+peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public
+n'étoit pas lui-même un droit civil, non pas à la vérité d'un pays
+particulier, mais du monde.
+
+Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées là-dessus.
+
+ A Paris, le 1er de la lune de Zilhagé, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCVI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen à citoyen:
+chaque peuple la doit rendre lui-même de lui à un autre peuple. Dans
+cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d'autres
+maximes que dans la première.
+
+De peuple à peuple, il est rarement besoin de tiers pour juger,
+parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs et
+faciles à terminer. Les intérêts de deux nations sont ordinairement
+si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour la trouver: on ne
+peut guère se prévenir dans sa propre cause.
+
+Il n'en est pas de même des différends qui arrivent entre
+particuliers. Comme ils vivent en société, leurs intérêts sont si
+mêlés et si confondus, il y en a tant de sortes différentes, qu'il
+est nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité des parties
+cherche à obscurcir.
+
+Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les unes qui se font
+pour repousser un ennemi qui attaque; les autres pour secourir un
+allié qui est attaqué.
+
+Il n'y auroit point de justice de faire la guerre pour des querelles
+particulières du prince, à moins que le cas ne fût si grave qu'il
+méritât la mort du prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un
+prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura refusé un
+honneur qui lui est dû, ou parce qu'on aura eu quelque procédé peu
+convenable à l'égard de ses ambassadeurs, et autres choses
+pareilles; non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui lui
+refuse le pas. La raison en est que, comme la déclaration de guerre
+doit être un acte de justice, dans lequel il faut toujours que la
+peine soit proportionnée à la faute, il faut voir si celui à qui on
+déclare la guerre mérite la mort. Car faire la guerre à quelqu'un,
+c'est vouloir le punir de mort.
+
+Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère c'est la
+guerre: puisque son but est la destruction de la société.
+
+Les représailles sont du second degré. C'est une loi que les
+tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer, de mesurer la peine par le
+crime.
+
+Un troisième acte de justice est de priver un prince des avantages
+qu'il peut tirer de nous, proportionnant toujours la peine à
+l'offense.
+
+Le quatrième acte de justice, qui doit être le plus fréquent, est la
+renonciation à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre. Cette
+peine répond à celle du bannissement établie dans les tribunaux, qui
+retranche les coupables de la société. Ainsi un prince à l'alliance
+duquel nous renonçons est retranché par là de notre société, et
+n'est plus un de nos membres.
+
+On ne peut pas faire de plus grand affront à un prince que de
+renoncer à son alliance, ni lui faire de plus grand honneur que de
+la contracter. Il n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus
+glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres toujours
+attentifs à leur conservation.
+
+Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle soit juste: ainsi
+une alliance faite entre deux nations pour en opprimer une troisième
+n'est pas légitime, et on peut la violer sans crime.
+
+Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité du prince de
+s'allier avec un tyran. On dit qu'un monarque d'Égypte fit avertir
+le roi de Samos de sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en
+corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire qu'il renonçoit
+à son amitié et à son alliance.
+
+La conquête ne donne point un droit par elle-même. Lorsque le peuple
+subsiste, elle est un gage de la paix et de la réparation du tort;
+et, si le peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument d'une
+tyrannie.
+
+Les traités de paix sont si sacrés parmi les hommes, qu'il semble
+qu'ils soient la voix de la nature, qui réclame ses droits. Ils sont
+tous légitimes, lorsque les conditions en sont telles que les deux
+peuples peuvent se conserver: sans quoi, celle des deux sociétés qui
+doit périr, privée de sa défense naturelle par la paix, la peut
+chercher dans la guerre.
+
+Car la nature, qui a établi les différents degrés de force et de
+foiblesse parmi les hommes, a encore souvent égalé la foiblesse à la
+force par le désespoir.
+
+ A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCVII.
+
+LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du royaume de Visapour:
+j'en ai acheté une pour ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui
+m'envoya il y a un mois son commandement sublime et cent tomans.
+
+Je me connois en femmes, d'autant mieux qu'elles ne me surprennent
+pas, et qu'en moi les yeux ne sont point troublés par les mouvements
+du coeur.
+
+Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si parfaite: ses yeux
+brillants portent la vie sur son visage, et relèvent l'éclat d'une
+couleur qui pourroit effacer tous les charmes de la Circassie.
+
+Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan la marchandoit avec moi;
+mais elle se déroboit dédaigneusement à ses regards, et sembloit
+chercher les miens, comme si elle avoit voulu me dire qu'un vil
+marchand n'étoit pas digne d'elle, et qu'elle étoit destinée à un
+plus illustre époux.
+
+Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie secrète quand je pense
+aux charmes de cette belle personne: il me semble que je la vois
+entrer dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir
+l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur impérieuse des unes;
+l'affliction muette, mais plus douloureuse, des autres; la
+consolation maligne de celles qui n'espèrent plus rien, et
+l'ambition irritée de celles qui espèrent encore.
+
+Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire changer tout un sérail
+de face. Que de passions je vais émouvoir! Que de craintes et de
+peines je prépare!
+
+Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors ne sera pas moins
+tranquille: les grandes révolutions seront cachées dans le fond du
+coeur; les chagrins seront dévorés, et les joies contenues;
+l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les règles moins
+inflexibles; la douceur, toujours contrainte de paroître, sortira du
+fond même du désespoir.
+
+Nous remarquons que, plus nous avons de femmes sous nos yeux, moins
+elles nous donnent d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire,
+moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission, tout
+cela leur forme des chaînes. Les unes sont sans cesse attentives sur
+les démarches des autres: il semble que, de concert avec nous, elles
+travaillent à se rendre plus dépendantes; elles font presque la
+moitié de notre office, et nous ouvrent les yeux quand nous les
+fermons. Que dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre
+leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles se trouvent près
+de celles qu'on punit.
+
+Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela n'est rien sans la
+présence du maître. Que pouvons-nous faire avec ce vain fantôme
+d'une autorité qui ne se communique jamais tout entière? Nous ne
+représentons que foiblement la moitié de toi-même: nous ne pouvons
+que leur montrer une odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte
+par les espérances: plus absolu quand tu caresses, que tu ne l'es
+quand tu menaces.
+
+Reviens donc, magnifique seigneur, reviens dans ces lieux porter
+partout les marques de ton empire. Viens adoucir des passions
+désespérées: viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser
+l'amour qui murmure, et rendre le devoir même aimable; viens enfin
+soulager tes fidèles eunuques d'un fardeau qui s'appesantit chaque
+jour.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCVIII.
+
+USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE DE JARON.
+
+
+O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de tant de
+connoissances, écoute ce que je vais te dire.
+
+Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont point atteint
+jusqu'au faîte de la sagesse orientale: ils n'ont point été ravis
+jusqu'au trône lumineux; ils n'ont, ni entendu les paroles
+ineffables dont les concerts des anges retentissent, ni senti les
+formidables accès d'une fureur divine: mais, laissés à eux-mêmes,
+privés des saintes merveilles, ils suivent dans le silence les
+traces de la raison humaine.
+
+Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a conduits. Ils ont
+débrouillé le chaos; et ont expliqué, par une mécanique simple,
+l'ordre de l'architecture divine. L'auteur de la nature a donné du
+mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage pour produire
+cette prodigieuse variété d'effets, que nous voyons dans l'univers.
+
+Que les législateurs ordinaires nous proposent des lois pour régler
+les sociétés des hommes; des lois aussi sujettes au changement que
+l'esprit de ceux qui les proposent et des peuples qui les observent:
+ceux-ci ne nous parlent que des lois générales, immuables,
+éternelles, qui s'observent sans aucune exception, avec un ordre,
+une régularité, et une promptitude infinie, dans l'immensité des
+espaces.
+
+Et que crois-tu, homme divin, que soient ces lois? Tu t'imagines
+peut-être qu'entrant dans le conseil de l'Éternel, tu vas être
+étonné par la sublimité des mystères: tu renonces par avance à
+comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.
+
+Mais tu changeras bientôt de pensée: elles n'éblouissent point par
+un faux respect; leur simplicité les a fait longtemps méconnoître,
+et ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en a connu toute la
+fécondité et toute l'étendue.
+
+La première est que tout corps tend à décrire une ligne droite, à
+moins qu'il ne rencontre quelque obstacle qui l'en détourne; et la
+seconde, qui n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui tourne
+autour d'un centre tend à s'en éloigner, parce que, plus il en est
+loin, plus la ligne qu'il décrit approche de la ligne droite.
+
+Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà des principes
+féconds, dont on tire des conséquences à perte de vue, comme je te
+le ferai voir dans une lettre particulière.
+
+La connoissance de cinq ou six vérités a rendu leur philosophie
+pleine de miracles, et leur a fait faire plus de prodiges et de
+merveilles que tout ce qu'on nous raconte de nos saints prophètes.
+
+Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de nos docteurs qui
+n'eût été embarrassé, si on lui eût dit de peser dans une balance
+tout l'air qui est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau qui
+tombe chaque année sur sa surface; et qui n'eût pensé plus de quatre
+fois, avant de dire combien de lieues le son fait dans une heure;
+quel temps un rayon de lumière emploie à venir du soleil à nous;
+combien de toises il y a d'ici à Saturne; quelle est la courbe selon
+laquelle un vaisseau doit être taillé, pour être le meilleur voilier
+qu'il soit possible.
+
+Peut-être que si quelque homme divin avoit orné les ouvrages de ces
+philosophes de paroles hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des
+figures hardies et des allégories mystérieuses, il auroit fait un
+bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint Alcoran.
+
+Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je ne m'accommode
+guères du style figuré. Il y a dans notre Alcoran un grand nombre de
+choses puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles
+soient relevées par la force et la vie de l'expression. Il semble
+d'abord que les livres inspirés ne sont que les idées divines
+rendues en langage humain: au contraire, dans nos livres saints, on
+trouve le langage de Dieu, et les idées des hommes; comme si, par un
+admirable caprice, Dieu y avoit dicté les paroles, et que l'homme
+eût fourni les pensées.
+
+Tu diras peut-être que je parle trop librement de ce qu'il y a de
+plus saint parmi nous; tu croiras que c'est le fruit de
+l'indépendance où l'on vit dans ce pays. Non, grâces au ciel,
+l'esprit n'a pas corrompu le coeur; et, tandis que je vivrai, Ali
+sera mon prophète.
+
+ A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.
+
+
+
+
+LETTRE XCIX.
+
+USBEK A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit si inconstante
+que dans celui-ci. Il arrive tous les dix ans des révolutions qui
+précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des
+ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci est étonné de sa
+pauvreté; celui-là l'est de son abondance. Le nouveau riche admire
+la sagesse de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du
+destin.
+
+Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors: parmi eux
+il y a peu de Tantales. Ils commencent pourtant ce métier par la
+dernière misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant qu'ils
+sont pauvres; quand ils sont riches, on les estime assez: aussi ne
+négligent-ils rien pour acquérir de l'estime.
+
+Ils sont à présent dans une situation bien terrible. On vient
+d'établir une chambre qu'on appelle de justice, parce qu'elle va
+leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher
+leurs effets; car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine
+de la vie: ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit, je
+veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d'infortune, il y
+a un ministre connu par son esprit, qui les honore de ses
+plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations du conseil. On
+ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le
+peuple; et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir entrepris.
+
+Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs:
+c'est un séminaire de grands seigneurs; il remplit le vide des
+autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands
+malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les
+fureurs de la guerre; et quand ils ne peuvent pas suppléer par
+eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de
+leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les
+terres montagneuses et arides.
+
+Je trouve, Ibben, la providence admirable dans la manière dont elle
+a distribué les richesses: si elle ne les avoit accordées qu'aux
+gens de bien, on ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et
+on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand on examine qui
+sont les gens qui en sont les plus chargés, à force de mépriser les
+riches, on vient enfin à mépriser les richesses.
+
+ A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE C.
+
+RICA A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Je trouve les caprices de la mode, chez les François, étonnants. Ils
+ont oublié comment ils étoient habillés cet été; ils ignorent encore
+plus comment ils le seront cet hiver: mais surtout on ne sauroit
+croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la
+mode.
+
+Que me serviroit de te faire une description exacte de leur
+habillement et de leurs parures? une mode nouvelle viendroit
+détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant
+que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé.
+
+Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne
+en revient aussi antique que si elle s'y étoit oubliée trente ans.
+Le fils méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit avec lequel
+elle est peinte lui paroît étranger; il s'imagine que c'est quelque
+Américaine qui y est représentée; ou que le peintre a voulu exprimer
+quelqu'une de ses fantaisies.
+
+Quelquefois les coiffures montent insensiblement; et une révolution
+les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur
+immense mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même: dans un
+autre, c'étoit les pieds qui occupoient cette place; les talons
+faisoient un piédestal, qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le
+croire? les architectes ont été souvent obligés de hausser, de
+baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes
+exigeoient d'eux ce changement; et les règles de leur art ont été
+asservies à ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage une
+quantité prodigieuse de mouches, et elles disparoissent toutes le
+lendemain. Autrefois les femmes avoient de la taille, et des dents;
+aujourd'hui il n'en est pas question. Dans cette changeante nation,
+quoi qu'en dise le critique, les filles se trouvent autrement faites
+que leurs mères.
+
+Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes: les
+François changent de moeurs selon l'âge de leur roi. Le monarque
+pourroit même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avoit
+entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour,
+la cour à la ville, la ville aux provinces. L'âme du souverain est
+un moule qui donne la forme à toutes les autres.
+
+ De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CI.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse des François
+sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en
+sont entêtés: c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui
+se fait chez les autres nations; ils y rappellent tout; ce qui est
+étranger leur paroît toujours ridicule. Je t'avoue que je ne saurois
+guères ajuster cette fureur pour leurs costumes avec l'inconstance
+avec laquelle ils en changent tous les jours.
+
+Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est étranger, je ne te
+parle que des bagatelles; car, sur les choses importantes, ils
+semblent s'être méfiés d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent
+de bon coeur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu'on
+convienne qu'ils sont mieux vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux
+lois d'une nation rivale, pourvu que les perruquiers françois
+décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. Rien
+ne leur paroît si beau que de voir le goût de leurs cuisiniers
+régner du septentrion au midi; et les ordonnances de leurs
+coiffeuses portées dans toutes les toilettes de l'Europe.
+
+Avec ces nobles avantages, que leur importe que le bon sens leur
+vienne d'ailleurs, et qu'ils aient pris de leurs voisins tout ce qui
+concerne le gouvernement politique et civil?
+
+Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien et le plus puissant de
+l'Europe, soit gouverné, depuis plus de dix siècles, par des lois
+qui ne sont pas faites pour lui? Si les François avoient été
+conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre: mais ils sont
+les conquérants.
+
+Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par leurs premiers rois
+dans les assemblées générales de la nation; et ce qu'il y a de
+singulier, c'est que les lois romaines, qu'ils ont prises à la
+place, étoient en partie faites et en partie rédigées par des
+empereurs contemporains de leurs législateurs.
+
+Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout le bon sens leur
+vînt d'ailleurs, ils ont adopté toutes les constitutions des papes,
+et en ont fait une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre de
+servitude.
+
+Il est vrai que, dans les derniers temps, on a rédigé par écrit
+quelques statuts des villes et des provinces: mais ils sont presque
+tous pris du droit romain.
+
+Cette abondance de lois adoptées, et pour ainsi dire naturalisées,
+est si grande qu'elle accable également la justice et les juges.
+Mais ces volumes de lois ne sont rien en comparaison de cette armée
+effroyable de glossateurs, de commentateurs, de compilateurs; gens
+aussi foibles par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont
+forts par leur nombre prodigieux.
+
+Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit des formalités
+qui sont la honte de la raison humaine. Il seroit assez difficile de
+décider si la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle est
+entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle s'est logée dans la
+médecine; si elle a fait plus de ravages sous la robe d'un
+jurisconsulte que sous le large chapeau d'un médecin; et si dans
+l'une elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans l'autre.
+
+ De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CII.
+
+USBEK A ***.
+
+
+On parle toujours ici de la constitution. J'entrai l'autre jour dans
+une maison où je vis d'abord un gros homme avec un teint vermeil,
+qui disoit d'une voix forte: J'ai donné mon mandement; je n'irai
+point répondre à tout ce que vous dites; mais lisez-le, ce
+mandement; et vous verrez que j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a
+fallu bien suer pour le faire, dit-il en portant la main sur le
+front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il m'a fallu lire
+bien des auteurs latins. Je le crois, dit un homme qui se trouva là,
+car c'est un bel ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si
+souvent vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, lisez-le donc,
+reprit-il, et vous serez plus instruit sur ces matières dans un
+quart d'heure, que si je vous en avois parlé deux heures. Voilà
+comme il évitoit d'entrer en conversation, et de commettre sa
+suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut obligé de sortir de
+ses retranchements; et il commença à dire théologiquement force
+sottises, soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement.
+Quand deux hommes qui étoient là lui nioient quelque principe, il disoit
+d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi; et nous sommes des
+juges infaillibles. Et comment, lui dis-je pour lors, êtes-vous des
+juges infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le Saint-Esprit
+nous éclaire? Cela est heureux, lui répondis-je; car, de la manière dont
+vous avez parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez grand
+besoin d'être éclairé.
+
+ De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CIII.
+
+USBEK A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Les plus puissants États de l'Europe sont ceux de l'empereur, des
+rois de France, d'Espagne et d'Angleterre. L'Italie et une grande
+partie de l'Allemagne sont partagées en un nombre infini de petits
+États, dont les princes sont, à proprement parler, les martyrs de la
+souveraineté. Nos glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart
+de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui ne sont pas si
+unis, sont plus à plaindre: leurs États sont ouverts comme des
+caravansérails, où ils sont obligés de loger les premiers qui
+viennent: il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, et
+leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de leur amitié.
+
+La plupart des gouvernements d'Europe sont monarchiques, ou plutôt
+sont ainsi appelés: car je ne sais pas s'il y en a jamais eu
+véritablement de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient
+subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état violent, qui
+dégénère toujours en despotisme, ou en république: la puissance ne
+peut jamais être également partagée entre le peuple et le prince;
+l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le pouvoir
+diminue d'un côté pendant qu'il augmente de l'autre; mais l'avantage
+est ordinairement du côté du prince, qui est à la tête des armées.
+
+Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien grand, et on peut
+dire qu'ils l'ont tel qu'ils le veulent: mais ils ne l'exercent
+point avec tant d'étendue que nos sultans; premièrement, parce
+qu'ils ne veulent point choquer les moeurs et la religion des
+peuples; secondement, parce qu'il n'est pas de leur intérêt de le
+porter si loin.
+
+Rien ne rapproche plus les princes de la condition de leurs sujets,
+que cet immense pouvoir qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet
+plus aux revers, et aux caprices de la fortune.
+
+L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux qui leur déplaisent,
+au moindre signe qu'ils font, renverse la proportion qui doit être
+entre les fautes et les peines, qui est comme l'âme des États et
+l'harmonie des empires; et cette proportion, scrupuleusement gardée
+par les princes chrétiens, leur donne un avantage infini sur nos
+sultans.
+
+Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, s'est attiré la
+disgrâce du prince, est sûr de mourir: la moindre faute ou le
+moindre caprice le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté
+à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses places aux
+ennemis, il en seroit aussi quitte pour perdre la vie: il ne court
+donc pas plus de risque dans ce dernier cas que dans le premier.
+
+Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort certaine, et ne
+voyant rien de pis, il se porte naturellement à troubler l'État, et
+à conspirer contre le souverain; seule ressource qui lui reste.
+
+Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à qui la disgrâce n'ôte
+rien que la bienveillance et la faveur. Ils se retirent de la cour,
+et ne songent qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de
+leur naissance. Comme on ne les fait guères périr que pour le crime
+de lèse-majesté, ils craignent d'y tomber, par la considération de
+ce qu'ils ont à perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait
+qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes morts d'une mort
+violente.
+
+Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos princes, ils
+n'apportoient pas tant de précautions pour mettre leur vie en
+sûreté, ils ne vivroient pas un jour; et s'ils n'avoient à leur
+solde un nombre innombrable de troupes, pour tyranniser le reste de
+leurs sujets, leur empire ne subsisteroit pas un mois.
+
+Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des
+gardes, contre l'usage de ces temps-là, pour se garantir des
+assassins qu'un petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire
+périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles au milieu de
+leurs sujets, comme des pères au milieu de leurs enfants.
+
+Bien loin que les rois de France puissent de leur propre mouvement
+ôter la vie à un de leurs sujets, comme nos sultans, ils portent au
+contraire toujours avec eux la grâce de tous les criminels; il
+suffit qu'un homme ait été assez heureux pour voir l'auguste visage
+de son prince, pour qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces
+monarques sont comme le soleil, qui porte partout la chaleur et la
+vie.
+
+ De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CIV.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici à peu près ce que me
+disoit l'autre jour un Européen assez sensé:
+
+Le plus mauvais parti que les princes d'Asie aient pu prendre, c'est
+de se cacher comme ils font. Ils veulent se rendre plus
+respectables: mais ils font respecter la royauté, et non pas le roi;
+et attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et non pas à
+une certaine personne.
+
+Cette puissance invisible qui gouverne est toujours la même pour le
+peuple. Quoique dix rois, qu'il ne connoît que de nom, se soient
+égorgés l'un après l'autre, il ne sent aucune différence: c'est
+comme s'il avoit été gouverné successivement par des esprits.
+
+Si le détestable parricide de notre grand roi Henri IV avoit porté
+ce coup sur un roi des Indes, maître du sceau royal et d'un trésor
+immense, qui auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris
+tranquillement les rênes de l'empire, sans qu'un seul homme eût
+pensé à réclamer son roi, sa famille et ses enfants.
+
+On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de changement dans le
+gouvernement des princes d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est
+de ce qu'il est tyrannique et affreux?
+
+Les changements ne peuvent être faits que par le prince, ou par le
+peuple; mais là, les princes n'ont garde d'en faire, parce que, dans
+un si haut degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent avoir;
+s'ils changeoient quelque chose, ce ne pourroit être qu'à leur
+préjudice.
+
+Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme quelque résolution, il ne
+sauroit l'exécuter sur l'État; il faudroit qu'il contre-balançât
+tout à coup une puissance redoutable et toujours unique; le temps
+lui manque comme les moyens: mais il n'a qu'à aller à la source de
+ce pouvoir; et il ne lui faut qu'un bras et qu'un instant.
+
+Le meurtrier monte sur le trône pendant que le monarque en descend,
+tombe, et va expirer à ses pieds.
+
+Un mécontent en Europe songe à entretenir quelque intelligence
+secrète, à se jeter chez les ennemis, à se saisir de quelque place,
+à exciter quelques vains murmures parmi les sujets. Un mécontent en
+Asie va droit au prince, étonne, frappe, renverse: il en efface
+jusqu'à l'idée; dans un instant l'esclave et le maître; dans un
+instant usurpateur et légitime.
+
+Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble ne réunir sur elle
+toute sa puissance, que pour indiquer au premier ambitieux l'endroit
+où il la trouvera tout entière.
+
+ De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CV.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Tous les peuples d'Europe ne sont pas également soumis à leurs
+princes: par exemple, l'humeur impatiente des Anglois ne laisse
+guère à leur roi le temps d'appesantir son autorité; la soumission
+et l'obéissance sont les vertus dont ils se piquent le moins. Ils
+disent là-dessus des choses bien extraordinaires. Selon eux, il n'y
+a qu'un lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui de la
+gratitude: un mari, une femme, un père et un fils, ne sont liés
+entre eux que par l'amour qu'ils se portent, ou par les bienfaits
+qu'ils se procurent; et ces motifs divers de reconnoissance sont
+l'origine de tous les royaumes, et de toutes les sociétés.
+
+Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses sujets heureux, veut
+les accabler et les détruire, le fondement de l'obéissance cesse;
+rien ne les lie, rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans
+leur liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir sans bornes
+ne sauroit être légitime, parce qu'il n'a jamais pu avoir d'origine
+légitime. Car nous ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre
+plus de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes: or nous
+n'avons pas sur nous-mêmes un pouvoir sans bornes; par exemple, nous
+ne pouvons pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils,
+sur la terre un tel pouvoir.
+
+Le crime de lèse-majesté n'est autre chose, selon eux, que le crime
+que le plus foible commet contre le plus fort, en lui désobéissant,
+de quelque manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple
+d'Angleterre, qui se trouva le plus fort contre un de leurs rois,
+déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté à un prince de
+faire la guerre à ses sujets. Ils ont donc grande raison, quand ils
+disent que le précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre
+aux puissances, n'est pas bien difficile à suivre, puisqu'il leur
+est impossible de ne le pas observer: d'autant que ce n'est pas au
+plus vertueux qu'on les oblige de se soumettre, mais à celui qui est
+le plus fort.
+
+Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit vaincu et pris
+prisonnier un prince qui s'étoit révolté et lui disputoit la
+couronne, ayant voulu lui reprocher son infidélité et sa perfidie:
+Il n'y a qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient d'être
+décidé lequel de nous deux est le traître.
+
+Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point opprimé la
+patrie comme lui: et, croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne
+voit point de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, les
+caprices du hasard et de la fortune.
+
+ De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CVI.
+
+RHÉDI A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, des sciences et des
+arts cultivés en Occident. Tu me vas regarder comme un barbare; mais
+je ne sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les hommes du
+mauvais usage que l'on en fait tous les jours.
+
+J'ai ouï dire que la seule invention des bombes avoit ôté la liberté
+à tous les peuples d'Europe. Les princes ne pouvant plus confier la
+garde des places aux bourgeois, qui, à la première bombe, se
+seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir de gros corps de
+troupes réglées, avec lesquelles ils ont dans la suite opprimé leurs
+sujets.
+
+Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il n'y a plus de
+places imprenables; c'est-à-dire, Usbek, qu'il n'y a plus d'asile
+sur la terre contre l'injustice et la violence.
+
+Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin à découvrir quelque
+secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les
+hommes, détruire les peuples et les nations entières.
+
+Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: presque toutes les
+monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance des arts, et n'ont
+été détruites que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire
+de Perse peut nous en fournir un exemple domestique.
+
+Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; mais j'ai ouï parler à
+des gens sensés des ravages de la chimie: il semble que ce soit un
+quatrième fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail, mais
+continuellement; tandis que la guerre, la peste, la famine, les
+détruisent en gros, mais par intervalles.
+
+Que nous a servi l'invention de la boussole, et la découverte de
+tant de peuples, qu'à nous communiquer leurs maladies plutôt que
+leurs richesses? L'or et l'argent avoient été établis, par une
+convention générale, pour être le prix de toutes les marchandises et
+un gage de leur valeur, par la raison que ces métaux étoient rares,
+et inutiles à tout autre usage: que nous importoit-il donc qu'ils
+devinssent plus communs, et que, pour marquer la valeur d'une
+denrée, nous eussions deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en
+étoit que plus incommode.
+
+Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien pernicieuse aux
+pays qui ont été découverts. Les nations entières ont été détruites;
+et les hommes qui ont échappé à la mort ont été réduits à une
+servitude si rude, que le récit en a fait frémir les musulmans.
+
+Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! Aimable simplicité, si
+chérie de notre saint prophète, vous me rappelez toujours la naïveté
+des anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans le coeur de
+nos premiers pères.
+
+ De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CVII.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieux que tu ne
+penses. Tu as quitté ta patrie pour t'instruire, et tu méprises
+toute instruction: tu viens pour te former dans un pays où l'on
+cultive les beaux-arts, et tu les regardes comme pernicieux. Te le
+dirai-je, Rhédi? je suis plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec
+toi-même.
+
+As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux où nous
+entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas nécessaire de se
+l'imaginer, on peut le voir. Il y a encore des peuples sur la terre
+chez lesquels un singe passablement instruit pourroit vivre avec
+honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée des autres
+habitants: on ne lui trouveroit point l'esprit singulier, ni le
+caractère bizarre; il passeroit tout comme un autre, et seroit
+distingué même par sa gentillesse.
+
+Tu dis que les fondateurs des empires ont presque tous ignoré les
+arts. Je ne te nie pas que des peuples barbares n'aient pu, comme
+des torrents impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de
+leurs armées féroces les royaumes les mieux policés. Mais, prends-y
+garde, ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux peuples
+vaincus; sans cela leur puissance auroit passé comme le bruit du
+tonnerre et des tempêtes.
+
+Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque manière de destruction
+plus cruelle que celle qui est en usage. Non: si une fatale
+invention venoit à se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le
+droit des gens; et le consentement unanime des nations enseveliroit
+cette découverte. Il n'est point de l'intérêt des princes de faire
+des conquêtes par de pareilles voies: ils doivent chercher des
+sujets, et non pas des terres.
+
+Tu te plains de l'invention de la poudre et des bombes; tu trouves
+étrange qu'il n'y ait plus de place imprenable: c'est-à-dire que tu
+trouves étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées plus
+tôt qu'elles ne l'étoient autrefois.
+
+Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires, que, depuis
+l'invention de la poudre, les batailles sont beaucoup moins
+sanglantes qu'elles ne l'étoient, parce qu'il n'y a presque plus de
+mêlée.
+
+Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier où un art
+auroit été préjudiciable, doit-on pour cela le rejeter? Penses-tu,
+Rhédi, que la religion que notre saint prophète a apportée du ciel
+soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque jour à confondre les
+perfides chrétiens?
+
+Tu crois que les arts amollissent les peuples, et par là sont cause
+de la chute des empires. Tu parles de la ruine de celui des anciens
+Perses, qui fut l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que
+cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les subjuguèrent,
+cultivoient les arts avec infiniment plus de soin qu'eux.
+
+Quand on dit que les arts rendent les hommes efféminés, on ne parle
+pas du moins des gens qui s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais
+dans l'oisiveté, qui, de tous les vices, est celui qui amollit le
+plus le courage.
+
+Il n'est donc question que de ceux qui en jouissent. Mais comme dans
+un pays policé ceux qui jouissent des commodités d'un art sont
+obligés d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits à une
+pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté et la mollesse sont
+incompatibles avec les arts.
+
+Paris est peut-être la ville du monde la plus sensuelle, et où l'on
+raffine le plus sur les plaisirs; mais c'est peut-être celle où l'on
+mène une vie plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement, il
+faut que cent autres travaillent sans relâche. Une femme s'est mis
+dans la tête qu'elle devoit paroître à une assemblée avec une
+certaine parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans ne
+dorment plus, et n'aient plus le loisir de boire et de manger: elle
+commande, et elle est obéie plus promptement que ne seroit notre
+monarque; parce que l'intérêt est le plus grand monarque de la
+terre.
+
+Cette ardeur pour le travail, cette passion de s'enrichir, passe de
+condition en condition, depuis les artisans jusqu'aux grands.
+Personne n'aime à être plus pauvre que celui qu'il vient de voir
+immédiatement au-dessous de lui. Vous voyez à Paris un homme qui a
+de quoi vivre jusqu'au jour du jugement, qui travaille sans cesse,
+et court risque d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi
+vivre.
+
+Le même esprit gagne la nation; on n'y voit que travail et
+qu'industrie: où est donc ce peuple efféminé dont tu parles tant?
+
+Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un royaume que les arts
+absolument nécessaires à la culture des terres, qui sont pourtant en
+grand nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne servent qu'à la
+volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, cet État seroit le plus
+misérable qu'il y eût au monde.
+
+Quand les habitants auroient assez de courage pour se passer de tant
+de choses qu'ils doivent à leurs besoins, le peuple dépériroit tous
+les jours; et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si
+petite puissance qui ne fût en état de le conquérir.
+
+Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te faire voir que les
+revenus des particuliers cesseroient presque absolument, et par
+conséquent ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation de
+facultés entre les citoyens; cette circulation de richesses et cette
+progression de revenus, qui vient de la dépendance où sont les arts
+les uns des autres, cesseroient absolument; chacun ne tireroit de
+revenu que de sa terre, et n'en tireroit précisément que ce qu'il
+lui faut pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est pas la
+centième partie du revenu d'un royaume, il faudroit que le nombre
+des habitants diminuât à proportion, et qu'il n'en restât que la
+centième partie.
+
+Fais bien attention jusqu'où vont les revenus de l'industrie. Un
+fonds ne produit annuellement à son maître que la vingtième partie
+de sa valeur; mais, avec une pistole de couleur, un peintre fera un
+tableau qui lui en vaudra cinquante. On en peut dire de même des
+orfèvres, des ouvriers en laine, en soie, et de toutes sortes
+d'artisans.
+
+De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour qu'un prince soit
+puissant, il faut que ses sujets vivent dans les délices; il faut
+qu'il travaille à leur procurer toutes sortes de superfluités avec
+autant d'attention que les nécessités de la vie.
+
+ De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CVIII.
+
+RICA A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse à ses sujets;
+elle ne l'est pas moins à toute l'Europe, par les grands troubles
+que sa mort pourroit produire. Mais les rois sont comme les dieux;
+et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire immortels. Sa
+physionomie est majestueuse, mais charmante: une belle éducation
+semble concourir avec un heureux naturel, et promet déjà un grand
+prince.
+
+On dit que l'on ne peut jamais connoître le caractère des rois
+d'Occident jusqu'à ce qu'ils aient passé par les deux grandes
+épreuves, de leur maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt
+l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit de celui-ci; et
+il se livrera pour cela de grands combats. Car, sous un jeune
+prince, ces deux puissances sont toujours rivales; mais elles se
+concilient et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune prince, le
+dervis a un rôle bien difficile à soutenir: la force du roi fait sa
+foiblesse; mais l'autre triomphe également de sa foiblesse et de sa
+force.
+
+Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu roi absolument
+gouverné par les femmes; et cependant, dans l'âge où il étoit, je
+crois que c'étoit le monarque de la terre qui en avoit le moins de
+besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: Il faut que l'on
+fasse quelque chose pour ce jeune colonel, sa valeur m'est connue;
+j'en parlerai au ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que
+ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit évêque: il est
+homme de naissance, et je pourrois répondre de ses moeurs. Il ne
+faut pas pourtant que tu t'imagines que celles qui tenoient ces
+discours fussent des favorites du prince; elles ne lui avoient
+peut-être pas parlé deux fois en leur vie: chose pourtant
+très-facile à faire chez les princes européens. Mais c'est qu'il n'y
+a personne qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les
+provinces, qui n'ait une femme par les mains de laquelle passent
+toutes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire.
+Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et
+forment une espèce de république, dont les membres toujours actifs
+se secourent et se servent mutuellement: c'est comme un nouvel État
+dans l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les
+provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prélats,
+s'il ne connoît les femmes qui les gouvernent, est comme un homme
+qui voit bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît point les
+ressorts.
+
+Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la maîtresse d'un
+ministre pour coucher avec lui? Quelle idée! c'est pour lui
+présenter cinq ou six placets tous les matins; et la bonté de leur
+naturel paroît dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien à
+une infinité de gens malheureux, qui leur procurent cent mille
+livres de rente.
+
+On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouverné par deux ou
+trois femmes: c'est bien pis en France, où les femmes en général
+gouvernent, et prennent non-seulement en gros, mais même se
+partagent en détail, toute l'autorité.
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CIX.
+
+USBEK A ***.
+
+
+Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons point en Perse,
+et qui me paroissent ici fort à la mode: ce sont les journaux. La
+paresse se sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir
+parcourir trente volumes en un quart d'heure.
+
+Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait les compliments
+ordinaires, que les lecteurs sont aux abois: il les fait entrer à
+demi morts dans une matière noyée au milieu d'une mer de paroles.
+Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là, par un
+in-quarto; un autre, qui a de plus belles inclinations, vise à
+l'in-folio; il faut donc qu'il étende son sujet à proportion; ce
+qu'il fait sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre
+lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris tant de peine à
+amplifier.
+
+Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils ouvrages:
+j'en ferois bien autant si je voulois ruiner ma santé et un
+libraire.
+
+Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils ne parlent que
+des livres nouveaux: comme si la vérité étoit jamais nouvelle. Il me
+semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens,
+il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux.
+
+Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages
+encore tout chauds de la forge, ils s'en imposent un autre, qui est
+d'être très-ennuyeux. Ils n'ont garde de critiquer les livres dont
+ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; et, en effet,
+quel est l'homme assez hardi pour vouloir se faire dix ou douze
+ennemis tous les mois?
+
+La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes, qui souffriront une
+volée de coups de bâton sans se plaindre; mais qui, peu jaloux de
+leurs épaules, le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne
+sauroient soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se donner
+de garde de les attaquer par un endroit si sensible; et les
+journalistes le savent bien. Ils font donc tout le contraire; ils
+commencent par louer la matière qui est traitée: première fadeur; de
+là ils passent aux louanges de l'auteur; louanges forcées: car ils
+ont affaire à des gens qui sont encore en haleine, tout prêts à se
+faire faire raison, et à foudroyer à coups de plume un téméraire
+journaliste.
+
+ De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CX.
+
+RICA A ***.
+
+
+L'université de Paris est la fille aînée des rois de France, et
+très-aînée; car elle a plus de neuf cents ans: aussi rêve-t-elle
+quelquefois.
+
+On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand démêlé avec
+quelques docteurs à l'occasion de la lettre Q[B], qu'elle vouloit
+que l'on prononçât comme un K. La dispute s'échauffa si fort, que
+quelques-uns furent dépouillés de leurs biens: il fallut que le
+parlement terminât le différend; et il accorda permission, par un
+arrêt solennel, à tous les sujets du roi de France de prononcer
+cette lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux corps
+de l'Europe les plus respectables occupés à décider du sort d'une
+lettre de l'alphabet.
+
+[Note B: Il veut parler de la querelle de Ramus.]
+
+Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus grands hommes
+s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; et que, là où il y a
+plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Les grands corps
+s'attachent toujours si fort aux minuties, aux formalités, aux vains
+usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après. J'ai ouï dire qu'un
+roi d'Arragon[C] ayant assemblé les états d'Arragon et de Catalogne,
+les premières séances s'employèrent à décider en quelle langue les
+délibérations seroient conçues: la dispute étoit vive, et les états
+se seroient rompus mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient,
+qui étoit que la demande seroit faite en langage catalan, et la
+réponse en arragonois.
+
+[Note C: C'était en 1610.]
+
+ De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXI.
+
+RICA A ***.
+
+
+Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus grave que l'on ne pense.
+Il n'y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa
+toilette, au milieu de ses domestiques; un général d'armée n'emploie
+pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve,
+qu'elle en met à poster une mouche qui peut manquer, mais dont elle
+espère ou prévoit le succès.
+
+Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour concilier sans cesse
+les intérêts de deux rivaux, pour paroître neutre à tous les deux,
+pendant qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre
+médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle leur donne!
+
+Quelle occupation pour faire venir parties de plaisir sur parties,
+les faire succéder et renaître sans cesse, et prévenir tous les
+accidents qui pourroient les rompre!
+
+Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas de se divertir; c'est
+de le paroître: ennuyez-les tant que vous voudrez, elles vous le
+pardonneront, pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien
+réjouies.
+
+Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que des femmes firent à
+la campagne. Dans le chemin elles disoient sans cesse: Au moins, il
+faudra bien rire et bien nous divertir.
+
+Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et par conséquent assez
+sérieux. Il faut avouer, dit une de ces femmes, que nous nous
+divertissons bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une partie
+aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me gagnoit, une femme me
+secoua, et me dit: Eh bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? Oui,
+lui répondis-je en bâillant; je crois que je crèverai à force de
+rire. Cependant la tristesse triomphoit toujours des réflexions; et,
+quant à moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement dans
+un sommeil léthargique, qui finit tous mes plaisirs.
+
+ De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXII.
+
+USBEK A ***.
+
+
+Le règne du feu roi a été si long, que la fin en avoit fait oublier
+le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'occuper que des
+événements arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus que les
+mémoires de ces temps-là.
+
+Voici le discours qu'un des généraux de la ville de Paris prononça
+dans un conseil de guerre: et j'avoue que je n'y comprends pas
+grand'chose.
+
+«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées avec perte, je
+crois qu'il nous sera facile de réparer cet échec. J'ai six couplets
+de chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je m'assure, remettront
+toutes choses dans l'équilibre. J'ai fait choix de quelques voix
+très-nettes, qui, sortant de la cavité de certaines poitrines
+très-fortes, émouvront merveilleusement le peuple. Ils sont sur un
+air qui a fait, jusqu'à présent, un effet tout particulier.
+
+«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une estampe qui fera
+voir Mazarin pendu.
+
+«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien françois; et il
+l'écorche tellement, qu'il n'est pas possible que ses affaires ne
+déclinent. Nous ne manquons pas de faire bien remarquer au peuple le
+ton ridicule dont il prononce[D]. Nous relevâmes, il y a quelques
+jours, une faute de grammaire si grossière, qu'on en fit des farces
+par tous les carrefours.
+
+[Note D: (Note de l'auteur, extraite de l'_édition_ 1721 2e,
+Cologne, Pierre Marteau.)
+
+Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'_arrêt d'Union_, dit devant
+les députés du parlement: l'_Arrêt_ d'_Ognon_, de quoi le peuple fit
+force plaisanteries.]
+
+«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera du nom de
+Mazarin un mot générique pour exprimer toutes les bêtes de somme, et
+celles qui servent à tirer.
+
+«Depuis notre défaite, notre musique l'a si furieusement vexé sur le
+péché originel, que, pour ne pas voir ses partisans réduits à la
+moitié, il a été obligé de renvoyer tous ses pages.
+
+«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et soyez sûrs que nous lui
+ferons repasser les monts à coups de sifflets.»
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXIII.
+
+RHÉDI A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis les historiens
+anciens et modernes: je compare tous les temps; j'ai du plaisir à
+les voir passer, pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout
+mon esprit à ces grands changements qui ont rendu les âges si
+différents des âges, et la terre si peu semblable à elle-même.
+
+Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose qui cause tous les
+jours ma surprise. Comment le monde est-il si peu peuplé, en
+comparaison de ce qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle
+pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers temps?
+seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et tomberoit-elle de langueur?
+
+J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu que le débris de
+cette ancienne Italie si fameuse autrefois. Quoique tout le monde
+habite les villes, elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il
+semble qu'elles ne subsistent encore, que pour marquer le lieu où
+étoient ces cités puissantes dont l'histoire a tant parlé.
+
+Il y a des gens qui prétendent que la seule ville de Rome contenoit
+autrefois plus de peuple que le plus grand royaume de l'Europe n'en
+a aujourd'hui. Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, et même
+vingt mille esclaves, sans compter ceux qui travailloient dans les
+maisons de campagne; et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent
+mille citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants sans que
+l'imagination ne se révolte.
+
+Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants royaumes, et des
+peuples nombreux, qui en ont disparu depuis: cette île n'a plus rien
+de considérable que ses volcans.
+
+La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas la centième partie
+de ses anciens habitants.
+
+L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui que des
+campagnes inhabitées; et la France n'est rien, en comparaison de
+cette ancienne Gaule dont parle César.
+
+Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en faut bien que les
+peuples y soient, comme autrefois, obligés de se partager, et
+d'envoyer dehors, comme des essaims, des colonies et des nations
+entières chercher de nouvelles demeures.
+
+La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque plus de peuples.
+
+On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième partie des
+hommes qui y formoient de si grands empires.
+
+L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie mineure, qui
+contenoit tant de puissantes monarchies, et un nombre si prodigieux
+de grandes villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la grande
+Asie, celle qui est soumise au Turc n'est pas plus pleine; et pour
+celle qui est sous la domination de nos rois, si on la compare à
+l'état florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle n'a
+qu'une très-petite partie des habitants qui y étoient sans nombre du
+temps des Xerxès et des Darius.
+
+Quant aux petits États qui sont autour de ces grands empires, ils
+sont réellement déserts: tels sont les royaumes d'Irimette, de
+Circassie et de Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États,
+comptent à peine cinquante mille sujets.
+
+L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres pays.
+
+Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que délabrement: je
+crois la voir sortir des ravages de la peste et de la famine.
+
+L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne peut en parler si
+précisément que des autres parties du monde: mais, à ne faire
+attention qu'aux côtes de la Méditerranée connues de tout temps, on
+voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle étoit, lorsqu'elle
+étoit province romaine. Aujourd'hui ses princes sont si foibles, que
+ce sont les plus petites puissances du monde.
+
+Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être dans ces sortes de
+choses, j'ai trouvé qu'il y a à peine sur la terre la cinquantième
+partie des hommes qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y a
+d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les jours; et si cela
+continue, dans dix siècles, elle ne sera qu'un désert.
+
+Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soit jamais
+arrivée dans le monde; mais à peine s'en est-on aperçu, parce
+qu'elle est arrivée insensiblement, et dans le cours d'un grand
+nombre de siècles; ce qui marque un vice intérieur, un venin secret
+et caché, une maladie de langueur, qui afflige la nature humaine.
+
+ De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXIV.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible; les cieux mêmes
+ne le sont pas: les astronomes sont des témoins oculaires de tous
+leurs changements, qui sont les effets bien naturels du mouvement
+universel de la matière.
+
+La terre est soumise, comme les autres planètes, aux mêmes lois des
+mouvements; elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses
+principes: la mer et le continent semblent être dans une guerre
+éternelle; chaque instant produit de nouvelles combinaisons.
+
+Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements, sont dans
+un état aussi incertain: cent mille causes peuvent agir, dont la
+plus petite peut les détruire, et à plus forte raison augmenter ou
+diminuer leur nombre.
+
+Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, si communes
+chez les historiens, qui ont détruit des villes et des royaumes
+entiers: il y en a de générales, qui ont mis bien des fois le genre
+humain à deux doigts de sa perte.
+
+Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, qui ont tour
+à tour désolé l'univers. Elles parlent d'une, entr'autres, qui fut
+si violente qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se fit
+sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire du Catay: un degré
+de plus de corruption auroit peut-être, dans un seul jour, détruit
+toute la nature humaine.
+
+Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse de toutes les
+maladies se fit sentir en Europe, en Asie et en Afrique; elle fit
+dans très-peu de temps des effets prodigieux: c'étoit fait des
+hommes, si elle avoit continué ses progrès avec la même furie.
+Accablés de maux dès leur naissance, incapables de soutenir le poids
+des charges de la société, ils auroient péri misérablement.
+
+Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus exalté? et il le
+seroit devenu sans doute, si l'on n'avoit été assez heureux pour
+trouver un remède aussi puissant que celui qu'on a découvert.
+Peut-être que cette maladie, attaquant les parties de la génération,
+auroit attaqué la génération même.
+
+Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit pu arriver au
+genre humain? n'est-elle pas arrivée en effet, et le déluge ne le
+réduisit-il pas à une seule famille?
+
+Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de Dieu une idée
+raisonnable, peuvent-ils comprendre que la matière et les choses
+créées n'aient que six mille ans? que Dieu ait différé pendant toute
+l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que d'hier de sa puissance
+créatrice? Seroit-ce parce qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il
+ne l'auroit pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne
+l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a pas voulu.
+Mais, comme il n'y a pas de succession dans Dieu, si l'on admet
+qu'il ait voulu quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et
+dès le commencement.
+
+Il ne faut donc pas compter les années du monde; le nombre des
+grains de sable de la mer ne leur est pas plus comparable qu'un
+instant.
+
+Cependant tous les historiens nous parlent d'un premier père: ils
+nous font voir la nature humaine naissante. N'est-il pas naturel de
+penser qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun, comme Noé le fut du
+déluge; et que ces grands événements ont été fréquents sur la terre,
+depuis la création du monde?
+
+Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. Nous voyons
+plusieurs parties de la terre se lasser de fournir à la subsistance
+des hommes: que savons-nous si la terre entière n'a pas des causes
+générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?
+
+J'ai été bien aise de te donner ces idées générales, avant de
+répondre plus particulièrement à ta lettre sur la diminution des
+peuples, arrivée depuis dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai
+voir dans une lettre suivante, qu'indépendamment des causes
+physiques, il y en a de morales qui ont produit cet effet.
+
+ De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXV.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuplée qu'elle ne
+l'étoit autrefois: et si tu y fais bien attention, tu verras que la
+grande différence vient de celle qui est arrivée dans les moeurs.
+
+Depuis que la religion chrétienne et la mahométane ont partagé le
+monde romain, les choses sont bien changées: il s'en faut bien que
+ces deux religions soient aussi favorables à la propagation de
+l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers.
+
+Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue: et en cela elle
+avoit un très-grand avantage sur la religion mahométane; le divorce
+y étoit permis: ce qui lui en donnoit un autre, non moins
+considérable, sur la chrétienne.
+
+Je ne trouve rien de si contradictoire que cette pluralité des
+femmes permise par le saint Alcoran, et l'ordre de les satisfaire
+ordonné par le même livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce
+que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements, et qu'elles
+vous sont nécessaires comme vos vêtements. Voilà un précepte qui
+rend la vie d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui qui a les
+quatre femmes établies par la loi, et seulement autant de concubines
+et d'esclaves, ne doit-il pas être accablé de tant de vêtements?
+
+Vos femmes sont vos labourages, dit encore le prophète;
+approchez-vous donc de vos labourages: faites du bien pour vos âmes;
+et vous le trouverez un jour.
+
+Je regarde un bon musulman comme un athlète, destiné à combattre
+sans relâche; mais qui bientôt, foible et accablé de ses premières
+fatigues, languit dans le champ même de la victoire; et se trouve,
+pour ainsi dire, enseveli sous ses propres triomphes.
+
+La nature agit toujours avec lenteur, et pour ainsi dire avec
+épargne: ses opérations ne sont jamais violentes; jusque dans ses
+productions elle veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec
+règle et mesure; si on la précipite, elle tombe bientôt dans la
+langueur: elle emploie toute la force qui lui reste à se conserver,
+perdant absolument sa vertu productrice et sa puissance générative.
+
+C'est dans cet état de défaillance que nous met toujours ce grand
+nombre de femmes, plus propres à nous épuiser qu'à nous satisfaire.
+Il est très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans un sérail
+prodigieux avec un très-petit nombre d'enfants: ces enfants mêmes
+sont la plupart du temps foibles et malsains, et se sentent de la
+langueur de leur père.
+
+Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une continence forcée, ont
+besoin d'avoir des gens pour les garder, qui ne peuvent être que des
+eunuques: la religion, la jalousie, et la raison même, ne permettent
+pas d'en laisser approcher d'autres; ces gardiens doivent être en
+grand nombre, soit afin de maintenir la tranquillité au dedans parmi
+les guerres que ces femmes se font sans cesse, soit enfin pour
+empêcher les entreprises du dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes
+ou concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour les garder. Mais
+quelle perte pour la société que ce grand nombre d'hommes morts dès
+leur naissance! quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre!
+
+Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour servir avec les
+eunuques ce grand nombre de femmes, y vieillissent presque toujours
+dans une affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier
+pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses, une fois
+accoutumées à elles, ne s'en défont presque jamais.
+
+Voilà comme un seul homme occupe lui seul tant de sujets de l'un et
+l'autre sexe à ses plaisirs, les fait mourir pour l'État, et les
+rend inutiles à la propagation de l'espèce.
+
+Constantinople et Ispahan sont les capitales des deux plus grands
+empires du monde: c'est là que tout doit aboutir, et que les
+peuples, attirés de mille manières, se rendent de toutes parts.
+Cependant elles périssent d'elles-mêmes, et elles seroient bientôt
+détruites, si les souverains n'y faisoient venir, presque à chaque
+siècle, des nations entières pour les repeupler. J'épuiserai ce
+sujet dans une autre lettre.
+
+ De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXVI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que nous; ils en avoient
+même plus: mais ils en faisoient un meilleur usage.
+
+Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la multiplication de
+ces esclaves, ils la favorisoient au contraire de tout leur pouvoir;
+ils les associoient le plus qu'ils pouvoient par des espèces de
+mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs maisons de
+domestiques de tous les sexes, de tous les âges, et l'État d'un
+peuple innombrable.
+
+Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse d'un maître,
+naissoient sans nombre autour de lui: il étoit seul chargé de leur
+nourriture et de leur éducation; les pères, libres de ce fardeau,
+suivoient uniquement le penchant de la nature, et multiplioient sans
+craindre une trop nombreuse famille.
+
+Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves sont occupés à garder
+nos femmes, et à rien de plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État,
+dans une perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre à
+quelques hommes libres, à quelques chefs de familles, la culture des
+arts et des terres, lesquels même s'y donnent le moins qu'ils
+peuvent.
+
+Il n'en étoit pas de même chez les Romains: la république se servoit
+avec un avantage infini de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit
+son pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître lui
+imposoit; avec ce pécule il travailloit et se tournoit du côté où le
+portoit son industrie. Celui-ci faisoit la banque; celui-là se
+donnoit au commerce de la mer; l'un vendoit des marchandises en
+détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique, ou bien
+affermoit et faisoit valoir des terres: mais il n'y en avoit aucun
+qui ne s'attachât de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule,
+qui lui procuroit en même temps l'aisance dans la servitude
+présente, et l'espérance d'une liberté future: cela faisoit un
+peuple laborieux, animoit les arts et l'industrie.
+
+Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et leur travail, se
+faisoient affranchir, et devenoient citoyens. La république se
+réparoit sans cesse, et recevoit dans son sein de nouvelles
+familles, à mesure que les anciennes se détruisoient.
+
+J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes, occasion de te
+prouver que plus il y a d'hommes dans un État, plus le commerce y
+fleurit; je prouverai aussi facilement que plus le commerce y
+fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: ces deux choses
+s'entr'aident, et se favorisent nécessairement.
+
+Si cela est, combien ce nombre prodigieux d'esclaves, toujours
+laborieux, devoit-il s'accroître et s'augmenter! L'industrie et
+l'abondance les faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient
+naître l'abondance et l'industrie.
+
+ De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXVII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans, et cherché la raison
+pourquoi ils étoient moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la
+domination des Romains: examinons à présent ce qui a produit cet
+effet chez les chrétiens.
+
+Le divorce étoit permis dans la religion païenne, et il fut défendu
+aux chrétiens. Ce changement, qui parut d'abord de si petite
+conséquence, eut insensiblement des suites terribles, et telles
+qu'on peut à peine les croire.
+
+On ôta non-seulement toute la douceur du mariage, mais aussi l'on
+donna atteinte à sa fin: en voulant resserrer ses noeuds, on les
+relâcha; et au lieu d'unir les coeurs, comme on le prétendoit, on
+les sépara pour jamais.
+
+Dans une action si libre, et où le coeur doit avoir tant de part,
+on mit la gêne, la nécessité, et la fatalité du destin même. On
+compta pour rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité des
+humeurs; on voulut fixer le coeur, c'est-à-dire ce qu'il y a de
+plus variable et de plus inconstant dans la nature: on attacha sans
+retour et sans espérance des gens accablés l'un de l'autre, et
+presque toujours mal assortis; et l'on fit comme ces tyrans qui
+faisoient lier des hommes vivants à des corps morts.
+
+Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel que la faculté du
+divorce: un mari et une femme étoient portés à soutenir patiemment
+les peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres de les faire
+finir: et ils gardoient souvent ce pouvoir en main toute leur vie
+sans en user, par cette seule considération qu'ils étoient libres de
+le faire.
+
+Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs peines présentes
+désespèrent pour l'avenir: ils ne voient, dans les désagréments du
+mariage, que leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là
+viennent les dégoûts, les discordes, les mépris; et c'est autant de
+perdu pour la postérité. A peine a-t-on trois ans de mariage, qu'on
+en néglige l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: il
+se forme des séparations intestines aussi fortes, et peut-être plus
+pernicieuses, que si elles étoient publiques: chacun vit et reste de
+son côté, et tout cela au préjudice des races futures. Bientôt un
+homme dégoûté d'une femme éternelle, se livrera aux filles de joie:
+commerce honteux et si contraire à la société; lequel, sans remplir
+l'objet du mariage, n'en représente tout au plus que les plaisirs.
+
+Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une qui n'est pas
+propre au dessein de la nature et à la propagation de l'espèce, soit
+par son tempérament, soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec
+elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même.
+
+Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez les chrétiens tant
+de mariages fournir un si petit nombre de citoyens. Le divorce est
+aboli: les mariages mal assortis ne se raccommodent plus; les femmes
+ne passent plus, comme chez les Romains, successivement dans les
+mains de plusieurs maris, qui en tiroient, dans le chemin, le
+meilleur parti qu'il étoit possible.
+
+J'ose le dire: si, dans une république comme Lacédémone, où les
+citoyens étoient sans cesse gênés par des lois singulières et
+subtiles, et dans laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la
+république, il avoit été établi que les maris changeassent de femme
+tous les ans, il en seroit né un peuple innombrable.
+
+Il est assez difficile de faire bien comprendre la raison qui a
+porté les chrétiens à abolir le divorce. Le mariage, chez toutes les
+nations du monde, est un contrat susceptible de toutes les
+conventions, et on n'en a dû bannir que celles qui auroient pu en
+affoiblir l'objet; mais les chrétiens ne le regardent pas dans ce
+point de vue: aussi ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est.
+Ils ne le font pas consister dans le plaisir des sens; au contraire,
+comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils veulent l'en bannir
+autant qu'ils le peuvent: mais c'est une image, une figure, et
+quelque chose de mystérieux, que je ne comprends point.
+
+ De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXVIII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+La prohibition du divorce n'est pas la seule cause de la
+dépopulation des pays chrétiens: le grand nombre d'eunuques qu'ils
+ont parmi eux n'en est pas une moins considérable.
+
+Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de l'autre sexe, qui
+se vouent à une continence éternelle: c'est chez les chrétiens la
+vertu par excellence; en quoi je ne les comprends pas, ne sachant ce
+que c'est qu'une vertu dont il ne résulte rien.
+
+Je trouve que leurs docteurs se contredisent manifestement quand ils
+disent que le mariage est saint, et que le célibat, qui lui est
+opposé, l'est encore davantage, sans compter qu'en fait de préceptes
+et de dogmes fondamentaux, le bien est toujours le mieux.
+
+Le nombre de ces gens faisant profession de célibat est prodigieux.
+Les pères y condamnoient autrefois les enfants dès le berceau;
+aujourd'hui ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze ans: ce
+qui revient à peu près à la même chose.
+
+Ce métier de continence a anéanti plus d'hommes que les pestes et
+les guerres les plus sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans
+chaque maison religieuse une famille éternelle, où il ne naît
+personne, et qui s'entretient aux dépens de toutes les autres. Ces
+maisons sont toujours ouvertes, comme autant de gouffres où
+s'ensevelissent les races futures.
+
+Cette politique est bien différente de celle des Romains, qui
+établissoient des lois pénales contre ceux qui se refusoient aux
+lois du mariage, et vouloient jouir d'une liberté si contraire à
+l'utilité publique.
+
+Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans la religion
+protestante, tout le monde est en droit de faire des enfants: elle
+ne souffre ni prêtres ni dervis; et si, dans l'établissement de
+cette religion qui ramenoit tout aux premiers temps, ses fondateurs
+n'avoient été accusés sans cesse d'intempérance, il ne faut pas
+douter qu'après avoir rendu la pratique du mariage universelle, ils
+n'en eussent encore adouci le joug, et achevé d'ôter toute la
+barrière qui sépare, en ce point, le Nazaréen et Mahomet.
+
+Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la religion donne aux
+protestants un avantage infini sur les catholiques.
+
+J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe, il n'est pas
+possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans.
+
+Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, les catholiques
+étoient beaucoup plus forts que les protestants. Ces derniers sont
+peu à peu parvenus à un équilibre, et aujourd'hui la balance
+commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité augmentera
+tous les jours: les protestants deviendront plus riches et plus
+puissants, et les catholiques plus foibles.
+
+Les pays protestants doivent être, et sont réellement, plus peuplés
+que les catholiques: d'où il suit, premièrement, que les tributs y
+sont plus considérables, parce qu'ils augmentent à proportion de
+ceux qui les payent; secondement, que les terres y sont mieux
+cultivées; enfin que le commerce y fleurit davantage, parce qu'il y
+a plus de gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus de
+besoins on y a plus de ressources pour les remplir. Quand il n'y a
+que le nombre de gens suffisants pour la culture des terres, il faut
+que le commerce périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est
+nécessaire pour entretenir le commerce, il faut que la culture des
+terres manque, c'est-à-dire il faut que tous les deux tombent en
+même temps, parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce ne
+soit aux dépens de l'autre.
+
+Quant aux pays catholiques, non seulement la culture des terres y
+est abandonnée, mais même l'industrie y est pernicieuse; elle ne
+consiste qu'à apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. Dès
+qu'un homme a cette provision par devers lui, il ne doit plus
+s'embarrasser de sa fortune: il trouve dans le cloître une vie
+tranquille, qui dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des
+peines.
+
+Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains presque toutes les
+richesses de l'État; c'est une société de gens avares, qui prennent
+toujours, et ne rendent jamais: ils accumulent sans cesse des
+revenus pour acquérir des capitaux. Tant de richesses tombent, pour
+ainsi dire, en paralysie; plus de circulation, plus de commerce,
+plus d'arts, plus de manufactures.
+
+Il n'y a point de prince protestant qui ne lève sur ses peuples dix
+fois plus d'impôts que le pape n'en lève sur ses sujets; cependant
+ces derniers sont misérables, pendant que les autres vivent dans
+l'opulence. Le commerce ranime tout chez les uns, et le monachisme
+porte la mort partout chez les autres.
+
+ De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXIX.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de l'Europe; passons à
+l'Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes, parce qu'on
+n'en connoît pas l'intérieur.
+
+Celles de Barbarie, où la religion mahométane est établie, ne sont
+plus si peuplées qu'elles étoient du temps des Romains, par les
+raisons que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la Guinée,
+elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux cents ans que
+les petits rois, ou chefs de villages, vendent leurs sujets aux
+princes d'Europe, pour les porter dans leurs colonies en Amérique.
+
+Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, qui reçoit tous
+les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même déserte, et ne
+profite point des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves,
+qu'on transporte dans un autre climat, y périssent par milliers; et
+les travaux des mines, où l'on occupe sans cesse et les naturels du
+pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, le
+vif-argent dont il faut faire un continuel usage, les détruisent
+sans ressource.
+
+Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre
+innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et
+l'argent, ces métaux d'eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont
+des richesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes.
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXX.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des plus petites
+circonstances du monde: de manière qu'il ne faut souvent qu'un
+nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus
+nombreux qu'il n'étoit.
+
+Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants, ont réparé
+leurs pertes et leurs destructions continuelles, par cette seule
+espérance qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir naître un
+roi puissant qui sera le maître de la terre.
+
+Les anciens rois de Perse n'avoient tant de milliers de sujets qu'à
+cause de ce dogme de la religion des mages, que les actes les plus
+agréables à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit de faire un
+enfant, labourer un champ, et planter un arbre.
+
+Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, cela ne vient
+que d'une certaine manière de penser: car, comme les enfants
+regardent leurs pères comme des dieux, qu'ils les respectent comme
+tels dès cette vie, qu'ils les honorent après leur mort par des
+sacrifices dans lesquels ils croient que leurs âmes, anéanties dans
+le Tyen, reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à augmenter
+une famille si soumise dans cette vie, et si nécessaire dans
+l'autre.
+
+D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent tous les jours
+déserts, à cause d'une opinion qui, toute sainte qu'elle est, ne
+laisse pas d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est
+enracinée dans les esprits. Nous nous regardons comme des voyageurs
+qui ne doivent penser qu'à une autre patrie; les travaux utiles et
+durables, les soins pour assurer la fortune de nos enfants, les
+projets qui tendent au delà d'une vie courte et passagère, nous
+paroissent quelque chose d'extravagant. Tranquilles pour le présent,
+sans inquiétude pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de
+réparer les édifices publics, ni de défricher les terres incultes,
+ni de cultiver celles qui sont en état de recevoir nos soins: nous
+vivons dans une insensibilité générale, et nous laissons tout faire
+à la providence.
+
+C'est un esprit de vanité qui a établi chez les Européens l'injuste
+droit d'aînesse, si défavorable à la propagation, en ce qu'il porte
+l'attention d'un père sur un seul de ses enfants, et détourne ses
+yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la
+fortune d'un seul, de s'opposer à l'établissement de plusieurs;
+enfin en ce qu'il détruit l'égalité des citoyens, qui en fait toute
+l'opulence.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXI.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+Les pays habités par les sauvages sont ordinairement peu peuplés,
+par l'éloignement qu'ils ont presque tous pour le travail et la
+culture de la terre. Cette malheureuse aversion est si forte que,
+lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un de leurs
+ennemis, ils ne lui souhaitent autre chose que d'être réduit à
+labourer un champ, croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui
+soit un exercice noble et digne d'eux.
+
+Mais, comme il y a souvent des années où la chasse et la pêche
+rendent très-peu, ils sont désolés par des famines fréquentes; sans
+compter qu'il n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson
+qui puisse donner la subsistance à un grand peuple, parce que les
+animaux fuient toujours les endroits trop habités.
+
+D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre de deux ou trois
+cents habitants, isolées les unes des autres, ayant des intérêts
+aussi séparés que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir,
+parce qu'elles n'ont pas la ressource des grands États, dont toutes
+les parties se répondent et se secourent mutuellement.
+
+Il y a chez les sauvages une autre coutume qui n'est pas moins
+pernicieuse que la première: c'est la cruelle habitude où sont les
+femmes de se faire avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas
+désagréables à leurs maris.
+
+Il y a ici des lois terribles contre ce désordre; elles vont jusqu'à
+la fureur. Toute fille qui n'a point été déclarer sa grossesse au
+magistrat est punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la
+honte, les accidents même, ne l'excusent jamais.
+
+ De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les pays d'où on les
+tire, sans peupler ceux où on les envoie.
+
+Il faut que les hommes restent où ils sont: il y a des maladies qui
+viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais; d'autres
+qui viennent précisément de ce qu'on en change.
+
+L'air se charge, comme les plantes, des particules de la terre de
+chaque pays. Il agit tellement sur nous, que notre tempérament en
+est fixé. Lorsque nous sommes transportés dans un autre pays, nous
+devenons malades. Les liquides étant accoutumés à une certaine
+consistance, les solides à une certaine disposition, tous les deux,
+à un certain degré de mouvement, n'en peuvent plus souffrir
+d'autres, et ils résistent à un nouveau pli.
+
+Quand un pays est désert, c'est un préjugé de quelque vice
+particulier de la nature du climat: ainsi, quand on ôte les hommes
+d'un ciel heureux pour les envoyer dans un tel pays, on fait
+précisément le contraire de ce qu'on se propose.
+
+Les Romains savoient cela par expérience; ils reléguoient tous les
+criminels en Sardaigne, et ils y faisoient passer des Juifs. Il
+fallut se consoler de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient
+pour ces misérables rendoit très-facile.
+
+Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le moyen d'entretenir de
+grosses armées sur les frontières, transporta presque tous les
+Arméniens hors de leur pays, et en envoya plus de vingt mille
+familles dans la province de Guilan, qui périrent presque toutes en
+très-peu de temps.
+
+Tous les transports de peuples faits à Constantinople n'ont jamais
+réussi.
+
+Ce nombre prodigieux de nègres dont nous avons parlé n'a point
+rempli l'Amérique.
+
+Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la Palestine est sans
+habitants.
+
+Il faut donc avouer que les grandes destructions sont presque
+irréparables, parce qu'un peuple qui manque à un certain point reste
+dans le même état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des
+siècles pour cela.
+
+Que si, dans un état de défaillance, la moindre des circonstances
+dont nous avons parlé vient à concourir, non-seulement il ne se
+répare pas, mais il dépérit tous les jours, et tend à son
+anéantissement.
+
+L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore sentir comme le
+premier jour: bien loin que ce vide se remplisse, il devient tous
+les jours plus grand.
+
+Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols, qui ont pris la
+place de ses anciens habitants, n'ont pu la repeupler; au contraire,
+par une fatalité que je ferois mieux de nommer une justice divine,
+les destructeurs se détruisent eux-mêmes, et se consument tous les
+jours.
+
+Les princes ne doivent donc point songer à peupler de grands pays
+par des colonies. Je ne dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois;
+il y a des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie toujours:
+témoin ces îles[E] qui ont été peuplées par des malades que quelques
+vaisseaux y avoient abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la
+santé.
+
+[Note E: L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.]
+
+Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu d'augmenter la
+puissance, elles ne feroient que la partager, à moins qu'elles
+n'eussent très-peu d'étendue, comme sont celles que l'on envoie pour
+occuper quelque place pour le commerce.
+
+Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, découvert l'Amérique,
+ou au moins de grandes îles dans lesquelles ils faisoient un
+commerce prodigieux: mais quand ils virent le nombre de leurs
+habitants diminuer, cette sage république défendit à ses sujets ce
+commerce et cette navigation.
+
+J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols dans les Indes,
+il faudroit faire repasser les Indiens et les métifs en Espagne; il
+faudroit rendre à cette monarchie tous ses peuples dispersés; et, si
+la moitié seulement de ces grandes colonies se conservoit, l'Espagne
+deviendroit la puissance de l'Europe la plus redoutable.
+
+On peut comparer les empires à un arbre dont les branches trop
+étendues ôtent tout le suc du tronc, et ne servent qu'à faire de
+l'ombrage.
+
+Rien ne devrait corriger les princes de la fureur des conquêtes
+lointaines que l'exemple des Portugais et des Espagnols.
+
+Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité inconcevable, des
+royaumes immenses, plus étonnées de leurs victoires que les peuples
+vaincus de leur défaite, songèrent aux moyens de les conserver, et
+prirent chacune pour cela une voie différente.
+
+Les Espagnols, désespérant de retenir les nations vaincues dans la
+fidélité, prirent le parti de les exterminer, et d'y envoyer
+d'Espagne des peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut plus
+ponctuellement exécuté. On vit un peuple, aussi nombreux que tous
+ceux de l'Europe ensemble, disparoître de la terre à l'arrivée de
+ces barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes, avoir voulu
+en même temps découvrir aux hommes quel étoit le dernier période de
+la cruauté.
+
+Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous leur domination.
+Juge par là combien les conquêtes sont funestes, puisque les effets
+en sont tels: car enfin ce remède affreux étoit unique. Comment
+auroient-ils pu retenir tant de millions d'hommes dans l'obéissance?
+Comment soutenir une guerre civile de si loin? Que seroient-ils
+devenus, s'ils avoient donné le temps à ces peuples de revenir de
+l'admiration où ils étoient de l'arrivée de ces nouveaux dieux et de
+la crainte de leurs foudres?
+
+Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout opposée; ils
+n'employèrent pas les cruautés: aussi furent-ils bientôt chassés de
+tous les pays qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent
+la rébellion de ces peuples, et en profitèrent.
+
+Quel prince envieroit le sort de ces conquérants? Qui voudroit de
+ces conquêtes à ces conditions? Les uns en furent aussitôt chassés;
+les autres en firent des déserts, et rendirent de même leur propre
+pays.
+
+C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir des pays qu'ils
+perdent soudain, ou à soumettre des nations qu'ils sont obligés
+eux-mêmes de détruire; comme cet insensé qui se consumoit à acheter
+des statues qu'il jetoit dans la mer, et des glaces qu'il brisoit
+aussitôt.
+
+ De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXIII.
+
+USBEK AU MÊME.
+
+
+La douceur du gouvernement contribue merveilleusement à la
+propagation de l'espèce. Toutes les républiques en sont une preuve
+constante; et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, qui sont
+les deux plus mauvais pays de l'Europe, si l'on considère la nature
+du terrain, et qui cependant sont les plus peuplés.
+
+Rien n'attire plus les étrangers que la liberté, et l'opulence qui
+la suit toujours: l'une se fait rechercher par elle-même, et les
+besoins attirent dans les pays où l'on trouve l'autre.
+
+L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance fournit aux
+enfants, sans rien diminuer de la subsistance des pères.
+
+L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement de l'égalité
+dans les fortunes, porte l'abondance et la vie dans toutes les
+parties du corps politique, et la répand partout.
+
+Il n'en est pas de même des pays soumis au pouvoir arbitraire: le
+prince, les courtisans, et quelques particuliers, possèdent toutes
+les richesses, pendant que tous les autres gémissent dans une
+pauvreté extrême.
+
+Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente qu'il fera des
+enfants plus pauvres que lui, il ne se mariera pas; ou s'il se
+marie, il craindra d'avoir un trop grand nombre d'enfants, qui
+pourroient achever de déranger sa fortune, et qui descendroient de
+la condition de leur père.
+
+J'avoue que le rustique ou paysan, étant une fois marié, peuplera
+indifféremment, soit qu'il soit riche, soit qu'il soit pauvre; cette
+considération ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à
+laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne l'empêche
+jamais de suivre aveuglément l'instinct de la nature.
+
+Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants qui languissent
+dans la misère? Ils périssent presque tous à mesure qu'ils naissent;
+ils ne prospèrent jamais: foibles et débiles, ils meurent en détail
+de mille manières, tandis qu'ils sont emportés en gros par les
+fréquentes maladies populaires, que la misère et la mauvaise
+nourriture produisent toujours; ceux qui en échappent atteignent
+l'âge viril sans en avoir la force, et languissent tout le reste de
+leur vie.
+
+Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais
+heureusement si elles ne sont bien cultivées: chez les peuples
+misérables, l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.
+
+La France peut fournir un grand exemple de tout ceci. Dans les
+guerres passées, la crainte où étoient tous les enfants de famille
+qu'on ne les enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier, et
+cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de la pauvreté. De
+tant de mariages il naissoit bien des enfants, que l'on cherche
+encore en France, et que la misère, la famine et les maladies en ont
+fait disparoître.
+
+Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un royaume aussi policé que
+la France, on fait de pareilles remarques, que sera-ce dans les
+autres États?
+
+ De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXIV.
+
+USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI,
+
+Gardien des trois tombeaux
+
+A Com.
+
+
+Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks?
+La main de Dieu s'est deux fois appesantie sur les enfants de la
+loi, le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que leurs
+défaites; leurs armées s'assemblent, et elles sont dissipées comme
+la poussière.
+
+L'empire des Osmanlins est ébranlé par les deux plus grands échecs
+qu'il ait jamais reçus: un moufti chrétien ne le soutient qu'avec
+peine; le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour
+châtier les sectateurs d'Omar; il porte partout la colère du ciel,
+irrité contre leur rébellion et leur perfidie.
+
+Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du
+prophète que le détestable Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent
+à la vue de leurs malheurs; tu désires leur conversion, et non pas
+leur perte; tu voudrois les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par
+les larmes des saints; et non pas dispersés dans les montagnes et
+dans les déserts par la terreur des infidèles.
+
+ De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXV.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes
+versent sur leurs courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur
+sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et d'ailleurs, s'ils
+acquièrent quelques-uns de leurs sujets en les achetant, il faut
+bien, par la même raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en
+les appauvrissant.
+
+Quand je pense à la situation des princes, toujours entourés
+d'hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre: et je
+les plains encore davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de
+résister à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne demandent
+rien.
+
+Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, des grâces et des
+pensions qu'ils accordent, que je ne me livre à mille réflexions:
+une foule d'idées se présente à mon esprit; il me semble que
+j'entends publier cette ordonnance:
+
+«Le courage infatigable de quelques-uns de nos sujets à nous
+demander des pensions ayant exercé sans relâche notre magnificence
+royale, nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes qu'ils
+nous ont présentées, lesquelles ont fait jusqu'ici la plus grande
+sollicitude du trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point
+manqué, depuis notre avènement à la couronne, de se trouver à notre
+lever; que nous les avons toujours vus sur notre passage immobiles
+comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement élevés pour
+regarder, sur les épaules les plus hautes, notre sérénité. Nous
+avons même reçu plusieurs requêtes de la part de quelques personnes
+du beau sexe, qui nous ont supplié de faire attention qu'il étoit
+notoire qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes
+même très-surannées nous ont prié, branlant la tête, de faire
+attention qu'elles ont fait l'ornement de la cour des rois nos
+prédécesseurs; et que, si les généraux de leurs armées ont rendu
+l'État redoutable par leurs faits militaires, elles n'ont point
+rendu la cour moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant
+traiter les suppliants avec bonté, et leur accorder toutes leurs
+prières, nous avons ordonné ce qui suit:
+
+«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera journellement la
+cinquième partie du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères de
+famille de faire la diminution, sur chacun d'eux, aussi juste que
+faire se pourra.
+
+«Défendons expressément à tous ceux qui s'appliquent à la culture de
+leurs héritages, ou qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire
+aucune réparation, de quelque espèce qu'elle soit.
+
+«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent à des travaux vils et
+mécaniques, lesquelles n'ont jamais été au lever de notre majesté,
+n'achètent désormais d'habits, à eux, à leurs femmes et à leurs
+enfants, que de quatre ans en quatre ans; leur interdisons en outre
+très-étroitement ces petites réjouissances qu'ils avoient coutume de
+faire, dans leurs familles, les principales fêtes de l'année.
+
+«Et, d'autant que nous demeurons averti que la plupart des bourgeois
+de nos bonnes villes sont entièrement occupés à pourvoir à
+l'établissement de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues
+recommandables, dans notre État, que par une triste et ennuyeuse
+modestie, nous ordonnons qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce
+qu'ayant atteint l'âge limité par les ordonnances, elles viennent à
+les y contraindre. Défendons à nos magistrats de pourvoir à
+l'éducation de leurs enfants.»
+
+ De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXVI.
+
+RICA A ***.
+
+
+On est bien embarrassé dans toutes les religions, quand il s'agit de
+donner une idée des plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien
+vécu. On épouvante facilement les méchants par une longue suite de
+peines, dont on les menace: mais, pour les gens vertueux, on ne sait
+que leur promettre. Il semble que la nature des plaisirs soit d'être
+d'une courte durée; l'imagination a peine à en représenter d'autres.
+
+J'ai vu des descriptions du paradis, capables d'y faire renoncer
+tous les gens de bon sens: les uns font jouer sans cesse de la flûte
+ces ombres heureuses; d'autres les condamnent au supplice de se
+promener éternellement; d'autres enfin, qui les font rêver là-haut
+aux maîtresses d'ici-bas, n'ont pas cru que cent millions d'années
+fussent un terme assez long pour leur ôter le goût de ces
+inquiétudes amoureuses.
+
+Je me souviens à ce propos d'une histoire que j'ai ouï raconter à un
+homme qui avoit été dans le pays du Mogol; elle fait voir que les
+prêtres indiens ne sont pas moins stériles que les autres dans les
+idées qu'ils ont des plaisirs du paradis.
+
+Une femme qui venoit de perdre son mari vint en cérémonie chez le
+gouverneur de la ville lui demander permission de se brûler: mais,
+comme, dans les pays soumis aux mahométans, on abolit tant qu'on
+peut cette cruelle coutume, il la refusa absolument.
+
+Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se jeta dans un
+furieux emportement. Voyez, disoit-elle, comme on est gêné! Il ne
+sera seulement pas permis à une pauvre femme de se brûler quand elle
+en a envie! A-t-on jamais vu rien de pareil? Ma mère, ma tante, mes
+soeurs, se sont bien brûlées? Et, quand je vais demander
+permission à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se met à crier
+comme un enragé.
+
+Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze: Homme infidèle, lui dit
+le gouverneur, est-ce toi qui a mis dans l'esprit de cette femme
+cette fureur? Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais, si elle
+m'en croit, elle consommera son sacrifice; elle fera une action
+agréable au dieu Brama: aussi en sera-t-elle bien récompensée; car
+elle retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle recommencera
+avec lui un second mariage. Que dites-vous? dit la femme surprise.
+Je retrouverai mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux,
+chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu Brama n'a point
+fait sur lui quelque réforme, sûrement il n'a pas besoin de moi. Me
+brûler pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour le retirer
+du fond des enfers. Deux vieux bonzes, qui me séduisoient, et qui
+savoient de quelle manière je vivois avec lui, n'avoient garde de me
+tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent à me faire, je
+renonce à cette béatitude. Monsieur le gouverneur, je me fais
+mahométane. Et pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous
+pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que je me porte fort
+bien.
+
+ De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXVII.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie tes lettres
+d'Ispahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du Grand Mogol a
+reçu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter le
+prince, oncle du roi, qui est chargé de son éducation; qu'on l'a
+fait conduire dans un château, où il est très-étroitement gardé, et
+qu'on l'a privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort de ce
+prince, et je le plains.
+
+Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler les larmes de
+personne sans en être attendri: je sens de l'humanité pour les
+malheureux, comme s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les
+grands même, pour lesquels je trouve dans mon coeur de la dureté
+quand ils sont élevés, je les aime sitôt qu'ils tombent.
+
+En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, d'une inutile
+tendresse? elle approche trop de l'égalité: ils aiment bien mieux du
+respect, qui ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils sont
+déchus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur
+en rappeler l'idée.
+
+Je trouve quelque chose de bien naïf, et même de bien grand, dans
+les paroles d'un prince qui, près de tomber entre les mains de ses
+ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuroient: Je
+sens, leur dit-il, à vos larmes que je suis encore votre roi.
+
+ De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXXVIII.
+
+RICA A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de Suède: il assiégeoit
+une place dans un royaume qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit
+la tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un coup dans la tête,
+dont il est mort. On a fait sur-le-champ arrêter son premier
+ministre: les états se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la
+tête.
+
+Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir calomnié la
+nation, et de lui avoir fait perdre la confiance de son roi: forfait
+qui, selon moi, mérite mille morts.
+
+Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir dans l'esprit du
+prince le dernier de ses sujets, qu'est-ce, lorsque l'on noircit la
+nation entière, et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la
+providence a établi pour faire son bonheur?
+
+
+Je voudrois que les hommes parlassent aux rois comme les anges
+parlent à notre saint prophète.
+
+Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur des seigneurs
+descend du plus sublime trône du monde pour se communiquer à ses
+esclaves, je me suis fait une loi sévère de captiver une langue
+indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une seule parole qui pût
+être amère au dernier de ses sujets. Quand il m'a fallu cesser
+d'être sobre, je n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans
+cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie, et jamais ma
+vertu.
+
+Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque jamais de prince si
+méchant, que son ministre ne le soit encore davantage; s'il fait
+quelque action mauvaise, elle a presque toujours été suggérée; de
+manière que l'ambition des princes n'est jamais si dangereuse que la
+bassesse d'âme de ses conseillers. Mais comprends-tu qu'un homme,
+qui n'est que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y sera pas
+demain, puisse devenir dans un moment l'ennemi de lui-même, de sa
+famille, de sa patrie, et du peuple qui naîtra à jamais de celui
+qu'il va faire opprimer?
+
+Un prince a des passions; le ministre les remue: c'est de ce côté-là
+qu'il dirige son ministère; il n'a point d'autre but, ni n'en veut
+connoître. Les courtisans le séduisent par leurs louanges; et lui le
+flatte plus dangereusement par ses conseils, par les desseins qu'il
+lui inspire, et par les maximes qu'il lui propose.
+
+ De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXIX.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis: il
+rencontra un homme de sa connoissance, qu'il me dit être un
+géomètre; et il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une
+rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât longtemps par la
+manche, et le secouât pour le faire descendre jusqu'à lui; tant il
+étoit occupé d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis plus
+de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup d'honnêtetés, et
+s'apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. Ces
+discours les menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai
+avec eux.
+
+Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de tout le monde avec
+empressement, et que les garçons du caffé en faisoient beaucoup plus
+de cas que de deux mousquetaires qui étoient dans un coin. Pour lui,
+il parut qu'il se trouvoit dans un lieu agréable: car il dérida un
+peu son visage, et se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la
+moindre teinture de géométrie.
+
+Cependant son esprit régulier toisoit tout ce qui se disoit dans la
+conversation. Il ressembloit à celui qui, dans un jardin, coupoit
+avec son épée la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des
+autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé d'une saillie, comme
+une vue délicate est offensée par une lumière trop vive. Rien pour
+lui n'étoit indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa
+conversation étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce jour-là de la
+campagne avec un homme qui avoit vu un château superbe et des
+jardins magnifiques; et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de
+soixante pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet
+barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité que les règles de la
+perspective eussent été tellement observées, que les allées des
+avenues eussent paru partout de même largeur; et il auroit donné
+pour cela une méthode infaillible. Il parut fort satisfait d'un
+cadran qu'il y avoit démêlé, d'une structure fort singulière; et il
+s'échauffa fort contre un savant qui étoit auprès de moi, qui lui
+demanda si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. Un
+nouvelliste parla du bombardement du château de Fontarabie; et il
+nous donna soudain les propriétés de la ligne que les bombes avoient
+décrite en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut en ignorer
+entièrement le succès. Un homme se plaignoit d'avoir été ruiné
+l'hiver d'auparavant par une inondation. Ce que vous me dites là
+m'est fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que je ne me
+suis pas trompé dans l'observation que j'ai faite, et qu'il est au
+moins tombé sur la terre deux pouces d'eau plus que l'année passée.
+
+Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. Comme il alloit
+assez vite, et qu'il négligeoit de regarder devant lui, il fut
+rencontré directement par un autre homme: ils se choquèrent
+rudement; et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son côté, en
+raison réciproque de leur vitesse et de leurs masses. Quand ils
+furent un peu revenus de leur étourdissement, cet homme, portant la
+main sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise que vous
+m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle à vous apprendre: je
+viens de donner mon Horace au public. Comment! dit le géomètre, il y
+a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez pas, reprit
+l'autre: c'est une traduction de cet ancien auteur, que je viens de
+mettre au jour; il y a vingt ans que je m'occupe à faire des
+traductions.
+
+Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous ne pensez
+pas! Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous!
+Monsieur, dit le savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un grand
+service au public, de lui rendre la lecture des bons auteurs
+familière? Je ne dis pas tout à fait cela: j'estime autant qu'un
+autre les sublimes génies que vous travestissez; mais vous ne leur
+ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, on ne vous
+traduira jamais.
+
+Les traductions sont comme ces monnoies de cuivre qui ont bien la
+même valeur qu'une pièce d'or, et même sont d'un plus grand usage
+pour le peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un mauvais
+aloi.
+
+Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi nous ces illustres
+morts; et j'avoue que vous leur donnez bien un corps: mais vous ne
+leur rendez pas la vie; il y manque toujours un esprit pour les
+animer.
+
+Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche de tant de belles
+vérités qu'un calcul facile nous fait découvrir tous les jours?
+Après ce petit conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents
+l'un de l'autre,
+
+ De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXX.
+
+RICA A ***.
+
+
+Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine nation qu'on appelle
+les nouvellistes, qui s'assemblent dans un jardin magnifique, où
+leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l'État,
+et leurs discours de cinquante ans n'ont pas un effet différent de
+celui qu'auroit pu produire un silence aussi long: cependant ils se
+croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent de projets
+magnifiques, et traitent de grands intérêts.
+
+La base de leurs conversations est une curiosité frivole et
+ridicule: il n'y a point de cabinet si mystérieux qu'ils ne
+prétendent pénétrer; ils ne sauroient consentir à ignorer quelque
+chose; ils savent combien notre auguste sultan a de femmes, combien
+il fait d'enfants toutes les années; et quoiqu'ils ne fassent aucune
+dépense en espions, ils sont instruits des mesures qu'il prend pour
+humilier l'empereur des Turcs et celui des Mogols.
+
+A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans
+l'avenir; et, marchant au-devant de la providence, la préviennent
+sur toutes les démarches des hommes. Ils conduisent un général par
+la main; et, après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas
+faites, ils lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas.
+
+Ils font voler les armées comme les grues, et tomber les murailles
+comme des cartons; ils ont des ponts sur toutes les rivières, des
+routes secrètes dans toutes les montagnes, des magasins immenses
+dans les sables brûlants: il ne leur manque que le bon sens.
+
+Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette lettre d'un
+nouvelliste; comme elle m'a paru singulière, je la gardai; la voici:
+
+
+ «Monsieur,
+
+«Je me trompe rarement dans mes conjectures sur les affaires du
+temps. Le 1er janvier 1711, je prédis que l'empereur Joseph mourroit
+dans le cours de l'année: il est vrai que, comme il se portoit fort
+bien, je crus que je me ferois moquer de moi si je m'expliquois
+d'une manière bien claire; ce qui fit que je me servis de termes un
+peu énigmatiques; mais les gens qui savent raisonner m'entendirent
+bien. Le 17 avril de la même année, il mourut de la petite vérole.
+
+«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur et les Turcs,
+j'allai chercher nos messieurs dans tous les coins des Tuileries; je
+les assemblai près du bassin, et leur prédis qu'on feroit le siége
+de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été assez heureux pour que
+ma prédiction ait été accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du
+siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le 18 août[F]; il
+ne fut pris que le lendemain: peut-on perdre à si beau jeu?
+
+[Note F: 1717.]
+
+«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit en Sardaigne, je
+jugeai qu'elle en ferait la conquête: je le dis, et cela se trouva
+vrai. Enflé de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse
+iroit débarquer à Final pour faire la conquête du Milanès. Comme je
+trouvai de la résistance à faire recevoir cette idée, je voulus la
+soutenir glorieusement: je pariai cinquante pistoles, et je les
+perdis encore; car ce diable d'Alberoni, malgré la foi des traités,
+envoya sa flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux grands
+politiques, le duc de Savoie et moi.
+
+«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que j'ai résolu de prédire
+toujours et de ne parier jamais. Autrefois nous ne connoissions
+point aux Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte de L. ne
+les souffrait guère; mais, depuis qu'une troupe de petits-maîtres
+s'est mêlée parmi nous, nous ne savons plus où nous en sommes. A
+peine ouvrons-nous la bouche pour dire une nouvelle, qu'un de ces
+jeunes gens propose de parier contre.
+
+«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, et accommodois mes
+lunettes sur mon nez, un de ces fanfarons, saisissant justement
+l'intervalle du premier mot au second, me dit: Je parie cent
+pistoles que non. Je fis semblant de n'avoir pas fait d'attention à
+cette extravagance; et, reprenant la parole d'une voix plus forte,
+je dis: M. le maréchal de *** ayant appris... Cela est faux, me
+dit-il, vous avez toujours des nouvelles extravagantes; il n'y a pas
+le sens commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de me faire le
+plaisir de me prêter trente pistoles; car je vous avoue que ces
+paris m'ont fort dérangé. Je vous envoie la copie de deux lettres
+que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.»
+
+
+LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.
+
+ «Monseigneur,
+
+«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais eu: c'est moi
+qui obligeai un de mes amis d'exécuter le projet que j'avois formé
+d'un livre pour démontrer que Louis le Grand étoit le plus grand de
+tous les princes qui ont mérité le nom de Grand. Je travaille depuis
+longtemps à un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur à notre
+nation, si Votre Grandeur veut m'accorder un privilége: mon dessein
+est de prouver que, depuis le commencement de la monarchie, les
+François n'ont jamais été battus, et que ce que les historiens ont
+dit jusqu'ici de nos désavantages sont de véritables impostures. Je
+suis obligé de les redresser en bien des occasions; et j'ose me
+flatter que je brille surtout dans la critique. Je suis,
+monseigneur, etc.»
+
+ «Monseigneur,
+
+«Depuis la perte que nous avons faite de M. le comte de L., nous
+vous supplions d'avoir la bonté de nous permettre d'élire un
+président. Le désordre se met dans nos conférences, et les affaires
+d'État n'y sont pas traitées avec la même discussion que par le
+passé; nos jeunes gens vivent absolument sans égard pour les
+anciens, et entre eux sans discipline: c'est le véritable conseil de
+Roboam, où les jeunes imposent aux vieillards. Nous avons beau leur
+représenter que nous étions paisibles possesseurs des Tuileries
+vingt ans avant qu'ils fussent au monde; je crois qu'ils nous en
+chasseront à la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où nous
+avons tant de fois évoqué les ombres de nos héros françois, il
+faudra que nous allions tenir nos conférences au Jardin du Roi ou
+dans quelque lieu plus écarté. Je suis...»
+
+ De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXI.
+
+RHÉDI A RICA.
+
+A Paris.
+
+
+Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité en arrivant en
+Europe, c'est l'histoire et l'origine des républiques. Tu sais que
+la plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée de cette sorte
+de gouvernement, et que l'imagination ne les a pas servis jusqu'à
+leur faire comprendre qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre
+que le despotique.
+
+Les premiers gouvernements du monde furent monarchiques: ce ne fut
+que par hasard et par la succession des siècles que les républiques
+se formèrent.
+
+La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de nouveaux habitants
+vinrent la peupler: elle tira presque toutes ses colonies d'Égypte
+et des contrées de l'Asie les plus voisines; et, comme ces pays
+étoient gouvernés par des rois, les peuples qui en sortirent furent
+gouvernés de même. Mais la tyrannie de ces princes devenant trop
+pesante, on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes
+s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir la Grèce,
+seule polie au milieu des barbares.
+
+L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva longtemps la
+Grèce dans l'indépendance, et étendit au loin le gouvernement
+républicain. Les villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie
+mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi libres qu'elles, qui
+leur servirent de remparts contre les entreprises des rois de Perse.
+Ce n'est pas tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, et
+peut-être les Gaules. On sait que cette grande Hespérie, si fameuse
+chez les anciens, étoit au commencement la Grèce, que ses voisins
+regardoient comme un séjour de félicité: les Grecs qui ne trouvoient
+point chez eux ce pays heureux, l'allèrent chercher en Italie; ceux
+de l'Italie, en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique ou le
+Portugal: de manière que toutes ces régions portèrent ce nom chez
+les anciens. Ces colonies grecques apportèrent avec elles un esprit
+de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux pays. Ainsi, on ne
+voit guère, dans ces temps reculés, de monarchies dans l'Italie,
+l'Espagne, les Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord et
+d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si l'on trouve des
+vestiges de quelque royauté parmi eux, c'est qu'on a pris pour des
+rois les chefs des armées ou des républiques.
+
+Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie et l'Afrique, elles
+ont toujours été accablées sous le despotisme, si vous en exceptez
+quelques villes de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la
+république de Carthage en Afrique.
+
+Le monde fut partagé entre deux puissantes républiques: celle de
+Rome et celle de Carthage. Il n'y a rien de si connu que les
+commencements de la république romaine, et rien qui le soit si peu
+que l'origine de celle de Carthage. On ignore absolument la suite
+des princes africains depuis Didon, et comment ils perdirent leurs
+puissance. C'eût été un grand bonheur pour le monde que
+l'agrandissement prodigieux de la république romaine, s'il n'y avoit
+pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les
+peuples vaincus; si l'on avoit donné au gouverneur des provinces une
+autorité moins grande; si les lois si saintes pour empêcher leur
+tyrannie avoient été observées, et s'ils ne s'étoient pas servis,
+pour les faire taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit
+amassés.
+
+Il semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples
+d'Europe, et la servitude pour celui des peuples d'Asie. C'est en
+vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor:
+cette nation lâche le refusa, et elle courut à la servitude avec le
+même empressement que les autres peuples couroient à la liberté.
+
+César opprima la république romaine, et la soumit à un pouvoir
+arbitraire.
+
+L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement militaire et violent,
+et la douceur romaine fut changée en une cruelle oppression.
+
+Cependant une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se
+répandirent comme des torrents dans les provinces romaines; et,
+trouvant autant de facilité à faire des conquêtes qu'à exercer leurs
+pirateries, les démembrèrent et en firent des royaumes. Ces peuples
+étoient libres et ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois,
+qu'ils n'étoient proprement que des chefs ou des généraux. Ainsi ces
+royaumes, quoique fondés par la force, ne sentirent point le joug du
+vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et les
+Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté d'un seul, ils
+ne songèrent qu'à lui donner de nouveaux sujets, et à établir par
+les armes son autorité violente: mais les peuples du Nord, libres
+dans leur pays, s'emparant des provinces romaines, ne donnèrent
+point à leurs chefs une grande autorité. Quelques-uns même de ces
+peuples, comme les Vandales en Afrique, les Goths en Espagne,
+déposoient leurs rois dès qu'ils n'en étoient pas satisfaits; et,
+chez les autres, l'autorité du prince étoit bornée de mille manières
+différentes: un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui;
+les guerres n'étoient entreprises que de leur consentement; les
+dépouilles étoient partagées entre le chef et les soldats; aucun
+impôt en faveur du prince; les lois étoient faites dans les
+assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental de tous ces
+États, qui se formèrent des débris de l'empire romain.
+
+ De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXII.
+
+RICA A ***.
+
+
+Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé; j'y remarquai un
+gentilhomme assez bien mis qui se faisoit écouter: il parloit du
+plaisir qu'il y avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation
+d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il, quinze mille
+livres de rente en fonds de terre, et je me croirois plus heureux si
+j'avois le quart de ce bien-là en argent et en effets portables
+partout. J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de frais de
+justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: je n'ai jamais
+pu voir cent pistoles à la fois. Si je devois dix mille francs, on
+me feroit saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital.
+
+Je sortis sans avoir fait grande attention à tout ce discours; mais,
+me trouvant hier dans ce quartier, j'entrai dans la même maison, et
+j'y vis un homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au milieu
+de cinq ou six discoureurs, paroissoit morne et pensif, jusques à ce
+que, prenant brusquement la parole: Oui, messieurs, dit-il en
+haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de quoi vivre; car
+j'ai actuellement chez moi deux cent mille livres en billets de
+banque, et cent mille écus d'argent: je me trouve dans une situation
+affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à l'hôpital: au moins si
+j'avois seulement une petite terre où je pusse me retirer, je serois
+sûr d'avoir de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce chapeau
+en fonds de terre.
+
+Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et je vis un autre
+homme qui faisoit des grimaces de possédé. A qui se fier désormais?
+s'écrioit-il. Il y a un traître que je croyois si fort de mes amis
+que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a rendu! quelle
+perfidie horrible! Il a beau faire; dans mon esprit il sera toujours
+déshonoré.
+
+Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu, qui, élevant les yeux
+au ciel, disoit: Dieu bénisse les projets de nos ministres!
+puissé-je voir les actions à deux mille, et tous les laquais de
+Paris plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité de demander
+son nom. C'est un homme extrêmement pauvre, me dit-on; aussi a-t-il
+un pauvre métier: il est généalogiste, et il espère que son art
+rendra, si les fortunes continuent; et que tous ces nouveaux riches
+auront besoin de lui pour réformer leur nom, décrasser leurs
+ancêtres, et orner leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire
+autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille de joie de
+voir multiplier ses pratiques.
+
+Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que je reconnus pour
+nouvelliste avant qu'il se fût assis; il n'étoit pas du nombre de
+ceux qui ont une assurance victorieuse contre tous les revers, et
+présagent toujours les victoires et les trophées: c'étoit au
+contraire un de ces trembleurs qui n'ont que des nouvelles tristes.
+Les affaires vont bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons
+point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre que le
+prince Pio, qui en a un gros corps, ne fasse contribuer tout le
+Languedoc. Il y avoit vis-à-vis de moi un philosophe assez mal en
+ordre qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les épaules à
+mesure que l'autre haussoit la voix; je m'approchai de lui, et il me
+dit à l'oreille: Vous voyez que ce fat nous entretient, il y a une
+heure, de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus hier au
+soir une tache dans le soleil, qui, si elle augmentoit, pourroit
+faire tomber toute la nature en engourdissement; et je n'ai pas dit
+un seul mot.
+
+ De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXIII.
+
+RICA A ***.
+
+
+J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque dans un couvent de
+dervis, qui en sont comme les dépositaires, mais qui sont obligés
+d'y laisser entrer tout le monde à certaines heures.
+
+En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit au milieu d'un
+nombre innombrable de volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et
+le priai de me dire quels étoient quelques-uns de ces livres que je
+voyois mieux reliés que les autres. Monsieur, me dit-il, j'habite
+ici une terre étrangère: je n'y connois personne: bien des gens me
+font de pareilles questions; mais vous voyez bien que je n'irai pas
+lire tous ces livres pour les satisfaire; mais j'ai mon
+bibliothécaire qui vous donnera satisfaction, car il s'occupe nuit
+et jour à déchiffrer tout ce que vous voyez là; c'est un homme qui
+n'est bon à rien, et qui nous est très à charge, parce qu'il ne
+travaille point pour le couvent. Mais j'entends l'heure du
+réfectoire qui sonne. Ceux qui comme moi sont à la tête d'une
+communauté doivent être les premiers à tous les exercices. En disant
+cela, le moine me poussa dehors, ferma la porte, et, comme s'il eût
+volé, disparut à mes yeux.
+
+ De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXIV.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout
+un autre homme que celui que j'avois vu la première fois: son air
+étoit simple, sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable.
+Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité, il se mit en devoir
+de la satisfaire, et même en qualité d'étranger, de m'instruire.
+
+Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout
+ce côté de bibliothèque? Ce sont, me dit-il, les interprètes de
+l'Écriture. Il y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut que
+l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien claire à présent;
+reste-t-il encore quelques doutes? peut-il y avoir des points
+contestés? S'il y en a, bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y
+en a presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et qu'ont donc
+fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me repartit-il, n'ont point
+cherché dans l'Écriture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient
+eux-mêmes; ils ne l'ont point regardée comme un livre où étoient
+contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, mais comme un ouvrage
+qui pourroit donner de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour
+cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont donné la torture à
+tous les passages. C'est un pays où les hommes de toutes les sectes
+font des descentes, et vont comme au pillage; c'est un champ de
+bataille où les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des
+combats, où l'on s'attaque, où l'on s'escarmouche de bien des
+manières.
+
+Tout près de là vous voyez les livres ascétiques ou de dévotion;
+ensuite les livres de morale, bien plus utiles; ceux de théologie,
+doublement inintelligibles, et par la matière qui y est traitée, et
+par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques,
+c'est-à-dire des dévots qui ont le coeur tendre. Ah! mon père, lui
+dis-je, un moment; n'allez pas si vite; parlez-moi de ces mystiques.
+Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un coeur disposé à la
+tendresse, et lui fait envoyer des esprits au cerveau qui
+l'échauffent de même, d'où naissent les extases et les ravissements.
+Cet état est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne,
+ou plutôt dégénère en quiétisme: vous savez qu'un quiétiste n'est
+autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin.
+
+Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de la nuit; qui
+forment dans leur imagination tous les monstres que le démon d'amour
+peut produire, les rassemblent, les comparent, et en font l'objet
+éternel de leurs pensées: heureux si leur coeur ne se met pas de
+la partie, et ne devient pas lui-même complice de tant d'égarements
+si naïvement décrits et si nuement peints!
+
+Vous voyez, monsieur, que je pense librement, et que je vous dis
+tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf, et plus encore
+avec vous, qui êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et
+les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne vous parlerois
+de tout ceci qu'avec admiration; je vous dirois sans cesse: Cela est
+divin, cela est respectable; il y a du merveilleux. Et il en
+arriveroit de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, ou que
+je me déshonorerois dans votre esprit.
+
+Nous en restâmes là; une affaire qui survint au dervis rompit notre
+conversation jusqu'au lendemain.
+
+ De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXV.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Je revins à l'heure marquée, et mon homme me mena précisément dans
+l'endroit où nous nous étions quittés. Voici, me dit-il, les
+grammairiens, les glossateurs, et les commentateurs. Mon père, lui
+dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se dispenser d'avoir du
+bon sens? Oui, dit-il, ils le peuvent; et même il n'y paroît pas,
+leurs ouvrages n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode
+pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois bien des
+philosophes qui feroient bien de s'appliquer à ces sortes de
+sciences-là.
+
+Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent de persuader
+indépendamment des raisons; et les géomètres, qui obligent un homme
+malgré lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.
+
+Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grands
+intérêts, et dans lesquels l'infini se rencontre partout; les livres
+de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie
+du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans;
+les livres de médecine, ces monuments de la fragilité de la nature
+et de la puissance de l'art; qui font trembler quand ils traitent
+des maladies même les plus légères, tant ils nous rendent la mort
+présente; mais qui nous mettent dans une sécurité entière quand ils
+parlent de la vertu des remèdes, comme si nous étions devenus
+immortels.
+
+Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui contiennent bien
+moins la description des parties du corps humain que les noms
+barbares qu'on leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade de
+son mal, ni le médecin de son ignorance.
+
+Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et tantôt les
+petites-maisons, comme des demeures qui lui sont également propres.
+
+Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance occulte: tels
+sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie; exécrables
+selon la plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont encore
+les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, mon père? Les
+livres d'astrologie judiciaire, repartis-je avec feu! Et ce sont
+ceux dont nous faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes les
+actions de notre vie, et nous déterminent dans toutes nos
+entreprises; les astrologues sont proprement nos directeurs; ils
+font plus, ils entrent dans le gouvernement de l'État. Si cela est,
+me dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que celui de la
+raison: voilà ce qui s'appelle le plus étrange de tous les empires;
+je plains bien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse
+si fort dominer par les planètes. Nous nous servons, lui
+repartis-je, de l'astrologie, comme vous vous servez de l'algèbre.
+Chaque nation a sa science, selon laquelle elle règle sa politique:
+tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait tant de sottises en
+notre Perse qu'un seul de vos algébristes en a fait ici. Croyez-vous
+que le concours fortuit des astres ne soit pas une règle aussi sûre
+que les beaux raisonnements de votre faiseur de système? Si l'on
+comptoit les voix là-dessus en France et en Perse, ce seroit un beau
+sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez les mathématiciens
+bien humiliés: quel accablant corollaire en pourroit-on tirer contre
+eux!
+
+Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter.
+
+ De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXVI.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Dans l'entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet
+particulier. Voici les livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez
+premièrement les historiens de l'Église et des papes; livres que je
+lis pour m'édifier, et qui font souvent en moi un effet tout
+contraire.
+
+Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence du formidable empire
+romain, qui s'étoit formé du débris de tant de monarchies, et sur la
+chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. Un nombre infini de
+peuples barbares, aussi inconnus que les pays qu'ils habitoient,
+parurent tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, et
+fondèrent tous les royaumes que vous voyez à présent en Europe. Ces
+peuples n'étoient point proprement barbares, puisqu'ils étoient
+libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart
+à une puissance absolue, ils ont perdu cette douce liberté si
+conforme à la raison, à l'humanité, et à la nature.
+
+Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, laquelle n'est qu'une
+ombre du premier empire, mais qui est, je crois, la seule puissance
+qui soit sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la
+seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de ses pertes; et
+qui, lente à profiter des succès, devient indomptable par ses
+défaites.
+
+Voici les historiens de France, où l'on voit d'abord la puissance
+des rois se former, mourir deux fois, renaître de même, languir
+ensuite pendant plusieurs siècles; mais, prenant insensiblement des
+forces, accrue de toutes parts, monter à son dernier période:
+semblable à ces fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, ou
+se cachent sous terre; puis reparoissant de nouveau, grossis par les
+rivières qui s'y jettent, entraînent avec rapidité tout ce qui
+s'oppose à leur passage.
+
+Là, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques montagnes: les
+princes mahométans subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient
+rapidement conquis; tant de royaumes réunis dans une vaste
+monarchie, qui devint presque la seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa
+fausse opulence, elle perdit sa force et sa réputation même, et ne
+conserva que l'orgueil de sa première puissance.
+
+Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on voit la liberté
+sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition; le
+prince toujours chancelant sur un trône inébranlable; une nation
+impatiente, sage dans sa fureur même; et qui, maîtresse de la mer
+(chose inouïe jusqu'alors), mêle le commerce avec l'empire.
+
+Tout près de là sont les historiens de cette autre reine de la mer,
+la république de Hollande, si respectée en Europe, et si formidable
+en Asie, où ses négociants voient tant de rois prosternés devant
+eux.
+
+Les historiens d'Italie vous représentent une nation autrefois
+maîtresse du monde, aujourd'hui esclave de toutes les autres; ses
+princes divisés et foibles, et sans autre attribut de souveraineté
+qu'une vaine politique.
+
+Voilà les historiens des républiques: de la Suisse, qui est l'image
+de sa liberté; de Venise, qui n'a de ressources qu'en son économie;
+et de Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.
+
+Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, qui use si mal de
+sa liberté et du droit qu'elle a d'élire ses rois, qu'il semble
+qu'elle veuille consoler par là les peuples ses voisins, qui ont
+perdu l'un et l'autre.
+
+Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.
+
+ De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXVII.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les
+poëtes, me dit-il; c'est-à-dire ces auteurs dont le métier est de
+mettre des entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous les
+agréments comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs
+parures et leurs ornements. Vous les connoissez; ils ne sont pas
+rares chez les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble
+échauffer les imaginations mêmes.
+
+Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que les poëmes épiques? En
+vérité, me dit-il, je n'en sais rien; les connoisseurs disent qu'on
+n'en a jamais fait que deux, et que les autres qu'on donne sous ce
+nom ne le sont point: c'est aussi ce que je ne sais pas. Ils disent
+de plus qu'il est impossible d'en faire de nouveaux; et cela est
+encore plus surprenant.
+
+Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi, sont les poëtes par
+excellence, et les maîtres des passions. Il y en a de deux sortes:
+les comiques, qui nous remuent si doucement; et les tragiques, qui
+nous troublent et nous agitent avec tant de violence.
+
+Voici les lyriques, que je méprise autant que je fais cas des
+autres, et qui font de leur art une harmonieuse extravagance.
+
+On voit ensuite les auteurs des idylles et des églogues, qui
+plaisent même aux gens de cour, par l'idée qu'ils leur donnent d'une
+certaine tranquillité qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent dans
+la condition des bergers.
+
+De tous les auteurs que nous avons vus, voici les plus dangereux: ce
+sont ceux qui aiguisent les épigrammes, qui sont de petites flèches
+déliées qui font une plaie profonde et inaccessible aux remèdes.
+
+Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces de poëtes, et qui
+outrent également le langage de l'esprit et celui du coeur; qui
+passent leur vie à chercher la nature, et la manquent toujours; et
+qui font des héros, qui y sont aussi étrangers que les dragons ailés
+et les hippocentaures.
+
+J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: et, si vous voyiez
+les nôtres, vous en seriez encore plus choqué. Il sont aussi peu
+naturels, et d'ailleurs extrêmement gênés par nos moeurs: il faut
+dix années de passion avant qu'un amant ait pu voir seulement le
+visage de sa maîtresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire
+passer les lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il est
+impossible que les incidents soient variés: on a recours à un
+artifice pire que le mal même qu'on veut guérir; c'est aux prodiges.
+Je suis sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne fasse
+sortir une armée de dessous terre; qu'un héros lui seul en détruise
+une de cent mille hommes. Cependant voilà nos romans: ces aventures
+froides et souvent répétées nous font languir, et ces prodiges
+extravagants nous révoltent.
+
+ De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXVIII.
+
+RICA A IBBEN.
+
+A Smyrne.
+
+
+Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme les saisons:
+depuis trois ans j'ai vu changer quatre fois de système sur les
+finances. On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les subsides
+de la même manière que les fondateurs de ces monarchies les
+levoient: il s'en faut bien qu'il en soit ici de même. Il est vrai
+que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: nous
+croyons qu'il n'y a pas plus de différence entre l'administration
+des revenus du prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a entre
+compter cent mille tomans ou en compter cent. Mais il y a ici bien
+plus de finesse et de mystère. Il faut que de grands génies
+travaillent nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec
+douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les avis d'une
+infinité de gens qui travaillent pour eux sans en être priés; qu'ils
+se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impénétrable aux
+grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours la tête remplie de
+secrets importants, de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux; et
+qu'absorbés dans les méditations, ils soient privés non-seulement de
+l'usage de la parole, mais même quelquefois de la politesse.
+
+Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa à établir une
+nouvelle administration. On sentoit qu'on étoit mal, mais ne savoit
+comment faire pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité
+sans bornes des ministres précédents: on la voulut partager. On créa
+pour cet effet six ou sept conseils; et ce ministère est peut-être
+celui de tous qui a gouverné la France avec plus de sens: la durée
+en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il produisit.
+
+La France, à la mort du feu roi, étoit un corps accablé de mille
+maux: N*** prit le fer à la main, retrancha les chairs inutiles, et
+appliqua quelques remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice
+intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a entrepris cette
+cure. Après bien des remèdes violents, il a cru lui avoir rendu son
+embonpoint; et il l'a seulement rendue bouffie.
+
+Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont à présent dans la
+pauvreté, et ceux qui n'avoient pas de pain regorgent de richesses.
+Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de si près.
+L'étranger a tourné l'État comme un fripier tourne un habit: il fait
+paroître dessus ce qui étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le
+met à l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux
+qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du
+néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain
+par leurs maîtres!
+
+Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui
+avoient fait fortune sous le règne passé vantent aujourd'hui leur
+naissance: ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée
+dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit pour eux il y a six
+mois; ils crient de toute leur force: La noblesse est ruinée, quel
+désordre dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On ne voit
+que des inconnus faire fortune! Je te promets que ceux-ci prendront
+bien leur revanche sur ceux qui viendront après eux; et que, dans
+trente ans, ces gens de qualité feront bien du bruit.
+
+ De Paris, le 1er de la lune de Zilcadé, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXXXIX.
+
+RICA AU MÊME.
+
+
+Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans
+une femme, mais dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute
+force associer le prince son époux à la couronne, pour aplanir
+toutes les difficultés, a envoyé aux états une déclaration par
+laquelle elle se désiste de la régence, en cas qu'il soit élu.
+
+Il y a soixante et quelques années qu'une autre reine, nommée
+Christine, abdiqua la couronne pour se donner tout entière à la
+philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exemples nous devons
+admirer davantage.
+
+Quoique j'approuve assez que chacun se tienne ferme dans le poste où
+la nature l'a mis; et que je ne puisse louer la foiblesse de ceux
+qui, se trouvant au-dessous de leur état, le quittent comme par une
+espèce de désertion; je suis cependant frappé de la grandeur d'âme
+de ces deux princesses, et de voir l'esprit de l'une et le coeur
+de l'autre supérieurs à leur fortune. Christine a songé à connoître
+dans le temps que les autres ne songent qu'à jouir; et l'autre ne
+veut jouir que pour mettre tout son bonheur entre les mains de son
+auguste époux.
+
+ De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXL.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Le parlement de Paris vient d'être relégué dans une petite ville
+qu'on appelle Pontoise. Le conseil lui a envoyé enregistrer ou
+approuver une déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée
+d'une manière qui déshonore le conseil.
+
+On menace d'un pareil traitement quelques parlements du royaume.
+
+Ces compagnies sont toujours odieuses: elles n'approchent des rois
+que pour leur dire de tristes vérités; et pendant qu'une foule de
+courtisans leur représentent sans cesse un peuple heureux sous leur
+gouvernement, elles viennent démentir la flatterie, et apporter au
+pied du trône les gémissements et les larmes dont elles sont
+dépositaires.
+
+C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de la vérité,
+lorsqu'il faut la porter jusqu'aux princes: ils doivent bien penser
+que ceux qui le font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient
+jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes pour ceux
+qui les font, s'ils n'y étoient forcés par leur devoir, leur
+respect, et même leur amour.
+
+ De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLI.
+
+RICA AU MÊME.
+
+A ***.
+
+
+J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les jours couleront
+agréablement avec toi!
+
+Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de la cour, qui
+avoit quelque envie de voir ma figure étrangère. Je la trouvai
+belle, digne des regards de notre monarque, et d'un rang auguste
+dans le lieu sacré où son coeur repose.
+
+Elle me fit mille questions sur les moeurs des Persans, et sur la
+manière de vivre des Persanes: il me parut que la vie du sérail
+n'étoit pas de son goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir
+un homme partagé entre dix ou douze femmes. Elle ne put voir sans
+envie le bonheur de l'un, et sans pitié la condition des autres.
+Comme elle aime la lecture, surtout celle des poëtes et des romans,
+elle souhaita que je lui parlasse des nôtres: ce que je lui en dis
+redoubla sa curiosité; elle me pria de lui faire traduire un
+fragment de quelques-uns de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je
+lui envoyai, quelques jours après, un conte persan: peut-être
+seras-tu, bien aise de le voir travesti.
+
+ * * * * *
+
+Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse une femme nommée
+Zuléma: elle savoit par coeur tout le saint Alcoran; il n'y avoit
+point de dervis qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints
+prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit de si mystérieux
+qu'elle n'en comprît tous les sens; et elle joignoit à tant de
+connoissances un certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à
+peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui elle parloit, ou les
+instruire.
+
+Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans une des salles du
+sérail, une d'elles lui demanda ce qu'elle pensoit de l'autre vie,
+et si elle ajoutoit foi à cette ancienne tradition de nos docteurs,
+que le paradis n'est fait que pour les hommes.
+
+C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y a rien que l'on
+n'ait fait pour dégrader notre sexe. Il y a même une nation répandue
+par toute la Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, par
+l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons point d'âme.
+
+Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine que l'orgueil des
+hommes, qui veulent porter leur supériorité au delà même de leur
+vie; et ne pensent pas que, dans le grand jour, toutes les créatures
+paroîtront devant Dieu comme le néant, sans qu'il y ait entre elles
+de prérogatives que celles que la vertu y aura mises.
+
+Dieu ne se bornera point dans ses récompenses: et comme les hommes
+qui auront bien vécu, et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur
+nous, seront dans un paradis plein de beautés célestes et
+ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit vues, il se
+donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience d'en jouir; aussi les
+femmes vertueuses iront dans un lieu de délices, où elles seront
+enivrées d'un torrent de voluptés, avec des hommes divins qui leur
+seront soumis: chacune d'elles aura un sérail, dans lequel ils
+seront enfermés; et des eunuques, encore plus fidèles que les
+nôtres, pour les garder.
+
+J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un homme, nommé
+Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable. Il avoit douze femmes
+extrêmement belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne se
+fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail; il les tenoit
+presque toujours sous la clef, enfermées dans leur chambre, sans
+qu'elles pussent se voir ni se parler; car il étoit même jaloux
+d'une amitié innocente: toutes ses actions prenoient la teinture de
+sa brutalité naturelle; jamais une douce parole ne sortit de sa
+bouche; et jamais il ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque
+chose à la rigueur de leur esclavage.
+
+Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans une salle de son
+sérail, une d'entre elles, plus hardie que les autres, lui reprocha
+son mauvais naturel. Quand on cherche si fort les moyens de se faire
+craindre, lui dit-elle, on trouve toujours auparavant ceux de se
+faire haïr. Nous sommes si malheureuses, que nous ne pouvons nous
+empêcher de désirer un changement: d'autres, à ma place,
+souhaiteroient votre mort; je ne souhaite que la mienne: et, ne
+pouvant espérer d'être séparée de vous que par là, il me sera encore
+bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit dû le toucher,
+le fit entrer dans une furieuse colère; il tira son poignard, et le
+lui plongea dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une voix
+mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous serez vengées. A ces
+mots, elle quitta cette vie infortunée, pour aller dans le séjour
+des délices, où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un bonheur
+qui se renouvelle toujours.
+
+D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure étoit relevée
+par les peintures des fleurs les plus vives: un ruisseau, dont les
+eaux étoient plus pures que le cristal, y faisoit un nombre infini
+de détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, dont le
+silence n'étoit interrompu que par le doux chant des oiseaux; de
+magnifiques jardins se présentèrent ensuite; la nature les avoit
+ornés avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle trouva
+enfin un palais superbe préparé pour elle, et rempli d'hommes
+célestes destinés à ses plaisirs.
+
+Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour la déshabiller;
+d'autres la mirent dans le bain, et la parfumèrent des plus
+délicieuses essences; on lui donna ensuite des habits infiniment
+plus riches que les siens; après quoi on la mena dans une grande
+salle, où elle trouva un feu fait avec des bois odoriférants, et une
+table couverte des mets les plus exquis. Tout sembloit concourir au
+ravissement de ses sens: elle entendoit d'un côté une musique
+d'autant plus divine qu'elle étoit plus tendre; de l'autre, elle ne
+voyoit que des danses de ces hommes divins, uniquement occupés à lui
+plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient servir qu'à la
+conduire insensiblement à des plaisirs plus grands. On la mena dans
+sa chambre; et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la
+porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une beauté charmante la
+reçurent dans leurs bras. C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et
+que ses ravissements passèrent même ses désirs. Je suis toute hors
+de moi, leur disoit-elle; je croirois mourir, si je n'étois sûre de
+mon immortalité. C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la
+violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le calme à mes sens;
+je commence à respirer et à revenir à moi-même. D'où vient que l'on
+a ôté les flambeaux? Que ne puis-je à présent considérer votre
+beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi voir? Vous me
+faites rentrer dans mes premiers transports. O dieux! que ces
+ténèbres sont aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle
+avec vous! je serai... Non, je vous demande grâce, car je vois bien
+que vous êtes gens à n'en demander jamais.
+
+Après plusieurs commandements réitérés, elle fut obéie: mais elle ne
+le fut que lorsqu'elle voulut l'être bien sérieusement. Elle se
+reposa languissamment, et s'endormit dans leurs bras. Deux moments
+de sommeil réparèrent sa lassitude: elle reçut deux baisers qui
+l'enflammèrent soudain, et lui firent ouvrir les yeux. Je suis
+inquiète, dit-elle; je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit un
+doute dans lequel elle ne vouloit pas rester longtemps: aussi
+eut-elle avec eux tous les éclaircissements qu'elle pouvoit désirer.
+Je suis désabusée, s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre de
+vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez mieux que tout ce que
+vous me pourriez dire: oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais
+tant aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux l'honneur de me
+persuader! Ah! si vous vous disputez, si vous joignez l'ambition au
+plaisir de ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux
+vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; mais je vous vendrai
+bien cher la victoire.
+
+Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidèles et aimables
+domestiques entrèrent dans sa chambre, et firent lever ces deux
+jeunes hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les lieux où ils
+étoient gardés pour ses plaisirs. Elle se leva ensuite, et parut
+d'abord à cette cour idolâtre dans les charmes d'un déshabillé
+simple, et ensuite couverte des plus somptueux ornements. Cette nuit
+l'avoit embellie; elle avoit donné de la vie à son teint, et de
+l'expression à ses grâces. Ce ne fut pendant tout le jour que
+danses, que concerts, que festins, que jeux, que promenades; et l'on
+remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en temps, et voloit vers
+ses deux jeunes héros; après quelques précieux instants d'entrevue,
+elle revenoit vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours avec un
+visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout à fait:
+elle alla s'enfermer dans le sérail, où elle vouloit, disoit-elle,
+faire connoissance avec ces captifs immortels qui devoient à jamais
+vivre avec elle. Elle visita donc les appartements de ces lieux les
+plus reculés et les plus charmants où elle compta cinquante esclaves
+d'une beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de chambre en
+chambre, recevant partout des hommages toujours différents, et
+toujours les mêmes.
+
+Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa vie, tantôt dans des
+plaisirs éclatants, tantôt dans des plaisirs solitaires; admirée
+d'une troupe brillante, ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent
+elle quittoit un palais enchanté pour aller dans une grotte
+champêtre; les fleurs sembloient naître sous ses pas, et les jeux se
+présentoient en foule au-devant d'elle.
+
+Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans cette demeure
+heureuse, que, toujours hors d'elle-même, elle n'avoit pas fait une
+seule réflexion: elle avoit joui de son bonheur sans le connoître,
+et sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, où l'âme se
+rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, et s'écoute dans le
+silence des passions.
+
+Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils peuvent rarement
+jouir de cette liberté d'esprit: c'est pour cela qu'attachés
+invinciblement aux objets présents, ils perdent entièrement la
+mémoire des choses passées, et n'ont plus aucun souci de ce qu'ils
+ont connu ou aimé dans l'autre vie.
+
+Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe, avoit passé
+presque toute sa vie à méditer: elle avoit poussé ses réflexions
+beaucoup plus loin qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée
+à elle-même. La retraite austère que son mari lui avoit fait garder
+ne lui avoit laissé que cet avantage. C'est cette force d'esprit qui
+lui avoit fait mépriser la crainte dont ses compagnes étoient
+frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses peines et le
+commencement de sa félicité.
+
+Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs, et s'enferma
+seule dans un appartement de son palais. Elle se laissa aller à des
+réflexions bien douces sur sa condition passée, et sur sa félicité
+présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur le malheur de
+ses compagnes: on est sensible à des tourments que l'on a partagés.
+Anaïs ne se tint pas dans les simples bornes de la compassion: plus
+tendre envers ces infortunées, elle se sentit portée à les secourir.
+
+Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes qui étoient auprès d'elle
+de prendre la figure de son mari; d'aller dans son sérail de s'en
+rendre maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place jusqu'à ce
+qu'elle le rappelât.
+
+L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva à la porte du
+sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit pas. Il frappe, tout lui est ouvert;
+les eunuques tombent à ses pieds: il vole vers les appartements où
+les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il avoit, en passant, pris
+les clefs dans la poche de ce jaloux, à qui il s'étoit rendu
+invisible. Il entre, et les surprend d'abord par son air doux et
+affable; et, bientôt après, il les surprend davantage par ses
+empressements et par la rapidité de ses entreprises. Toutes eurent
+leur part de l'étonnement; et elles l'auroient pris pour un songe,
+s'il y eût eu moins de réalité.
+
+Pendant que ces nouvelles scènes se jouent dans le sérail, Ibrahim
+heurte, se nomme, tempête, et crie. Après avoir essuyé bien des
+difficultés, il entre, et jette les eunuques dans un désordre
+extrême. Il marche à grands pas; mais il recule en arrière, et tombe
+comme des nues, quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image,
+dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours; il veut
+que les eunuques lui aident à tuer cet imposteur; mais il n'est pas
+obéi. Il n'a plus qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter
+au jugement de ses femmes. Dans une heure le faux Ibrahim avoit
+séduit tous ses juges. Il est chassé et traîné indignement hors du
+sérail, et il auroit reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit
+ordonné qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel Ibrahim, resté
+maître du champ de bataille, se montra de plus en plus digne d'un
+tel choix, et se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. Vous
+ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces femmes. Dites, dites
+plutôt que cet imposteur ne me ressemble pas, disoit le triomphant
+Ibrahim: comment faut-il faire pour être votre époux, si ce que je
+fais ne suffit pas?
+
+Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les femmes. Si vous n'êtes
+pas Ibrahim, il nous suffit que vous ayez si bien mérité de l'être:
+vous êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans le cours de
+dix années. Vous me promettez donc, reprit-il, que vous vous
+déclarerez en ma faveur contre cet imposteur? N'en doutez pas,
+dirent-elles d'une commune voix; nous vous jurons une fidélité
+éternelle: nous n'avons été que trop longtemps abusées: le traître
+ne soupçonnoit point notre vertu, il ne soupçonnoit que sa
+foiblesse; nous voyons bien que les hommes ne sont point faits comme
+lui; c'est à vous sans doute qu'ils ressemblent: si vous saviez
+combien vous nous le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de
+nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: vous ne connoissez
+point encore tout le tort qu'il vous a fait. Nous jugeons de son
+injustice par la grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. Oui,
+vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré l'expiation au
+crime: je suis bien aise que vous soyez contentes de ma manière de
+punir. Mais, dirent ces femmes, si cet imposteur revient, que
+ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous tromper,
+répondit-il: dans la place que j'occupe auprès de vous, on ne se
+soutient guère par la ruse; et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que
+vous n'entendrez plus parler de lui, pour lors je prendrai sur moi
+le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; je saurai
+m'assurer de vous, sans vous gêner; j'ai assez bonne opinion de mon
+mérite pour croire que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas
+vertueuses avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette conversation
+dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plus frappées de la
+différence des deux Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient
+pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles. Enfin le mari
+désespéré revint encore les troubler; il trouva toute sa maison dans
+la joie, et les femmes plus incrédules que jamais. La place n'étoit
+pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; et un instant après
+le faux Ibrahim le suivit, le prit, le transporta dans les airs, et
+le laissa à quatre cents lieues de là.
+
+O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent ces femmes dans
+l'absence de leur cher Ibrahim! Déjà leurs eunuques avoient repris
+leur sévérité naturelle; toute la maison étoit en larmes; elles
+s'imaginoient quelquefois que tout ce qu'il leur étoit, arrivé
+n'étoit qu'un songe; elles se regardoient toutes les unes les
+autres, et se rappeloient les moindres circonstances de ces étranges
+aventures. Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; il leur
+parut que son voyage n'avoit pas été pénible. Le nouveau maître prit
+une conduite si opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les
+voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa maison accessible
+à tout le monde: il ne voulut pas même souffrir que ses femmes se
+voilassent. C'étoit une chose singulière de les voir dans les
+festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. Ibrahim crut avec
+raison que les coutumes du pays n'étoient pas faites pour des
+citoyens comme lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense: il
+dissipa avec une immense profusion les biens du jaloux, qui, de
+retour trois ans après des pays lointains où il avoit été
+transporté, ne trouva plus que ses femmes et trente-six enfants.
+
+ De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLII.
+
+RICA A USBEK.
+
+A ***.
+
+
+Voici une lettre que je reçus hier d'un savant: elle te paroîtra
+singulière.
+
+ «Monsieur,
+
+«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession d'un oncle
+très-riche, qui m'a laissé cinq ou six cent mille livres, et une
+maison superbement meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on
+en sait faire un bon usage. Je n'ai point d'ambition ni de goût pour
+les plaisirs: je suis presque toujours enfermé dans un cabinet, où
+je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu que l'on trouve un
+curieux amateur de la vénérable antiquité.
+
+«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois fort souhaité de le
+faire enterrer avec les cérémonies observées par les anciens Grecs
+et Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, ni urnes, ni
+lampes antiques.
+
+«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces précieuses raretés. Il y
+a quelques jours que je vendis ma vaisselle d'argent pour acheter
+une lampe de terre qui avoit servi à un philosophe stoïcien. Je me
+suis défait de toutes les glaces dont mon oncle avoit couvert
+presque tous les murs de ses appartements, pour avoir un petit
+miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage de Virgile: je suis
+charmé d'y voir ma figure représentée, au lieu de celle du cygne de
+Mantoue. Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis d'or cinq ou six
+pièces de monnoie de cuivre qui avoit cours il y a deux mille ans.
+Je ne sache pas avoir à présent dans ma maison un seul meuble qui
+n'ait été fait avant la décadence de l'empire. J'ai un petit cabinet
+de manuscrits fort précieux et fort chers: quoique je me tue la vue
+à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en servir que des exemplaires
+imprimés, qui ne sont pas si corrects, et que tout le monde a entre
+les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, je ne laisse pas
+d'avoir une passion démesurée de connoître tous les anciens chemins
+qui étoient du temps des Romains. Il y en a un qui est près de chez
+moi, qu'un proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cents
+ans: lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne manque jamais
+d'y passer, quoiqu'il soit très incommode, et qu'il m'allonge de
+plus d'une lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on y a mis
+des poteaux de bois de distance en distance, pour marquer
+l'éloignement des villes voisines; je suis désespéré de voir ces
+misérables indices, au lieu des colonnes milliaires qui y étoient
+autrefois: je ne doute pas que je ne les fasse rétablir par mes
+héritiers, et que je ne les engage à cette dépense par mon
+testament. Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit persan, vous me
+ferez plaisir de m'en accommoder: je vous le payerai tout ce que
+vous voudrez; et je vous donnerai par-dessus le marché quelques
+ouvrages de ma façon, par lesquels vous verrez que je ne suis point
+un membre inutile de la république des lettres. Vous y remarquerez
+entre autres une dissertation, où je prouve que la couronne dont on
+se servoit autrefois dans les triomphes étoit de chêne, et non pas
+de laurier: vous en admirerez une autre, où je prouve, par de doctes
+conjectures tirées des plus graves auteurs grecs, que Cambyses fut
+blessé à la jambe gauche, et non pas à la droite; une autre, où je
+prouve qu'un petit front étoit une beauté recherchée par les
+Romains. Je vous enverrai encore un volume in-quarto, en forme
+d'explication d'un vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile.
+Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours; et quant à
+présent, je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien
+mythologiste grec, qui n'avoit point paru jusques ici, et que j'ai
+découvert dans la poussière d'une bibliothèque. Je vous quitte pour
+une affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit de restituer
+un beau passage de Pline le naturaliste, que les copistes du
+cinquième siècle ont étrangement défiguré. Je suis, etc.»
+
+
+FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.
+
+
+«Dans une île près des Orcades, il naquit un enfant qui avoit pour
+père Éole, dieu des vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. On
+dit de lui qu'il apprit tout seul à compter avec ses doigts; et que,
+dès l'âge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les métaux,
+que sa mère ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une
+d'or, il reconnut la tromperie, et la jeta par terre.
+
+«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le secret d'enfermer les
+vents dans une outre, qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs;
+mais comme la marchandise n'étoit pas fort prisée dans son pays, il
+le quitta, et se mit à courir le monde en compagnie de l'aveugle
+dieu du hasard.
+
+«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique l'or reluisoit de
+toutes parts: cela fit qu'il y précipita ses pas. Il y fut fort mal
+reçu de Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu ayant quitté la
+terre, il s'avisa d'aller dans tous les carrefours, où il crioit
+sans cesse d'une voix rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être
+riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; votre erreur me
+fait pitié: croyez-moi, quittez le pays des vils métaux; venez dans
+l'empire de l'imagination; et je vous promets des richesses qui vous
+étonneront vous-mêmes. Aussitôt il ouvrit une grande partie des
+outres qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise à
+qui en voulut.
+
+«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours, et il s'écria:
+Peuples de Bétique, voulez-vous être riches? Imaginez-vous que je le
+suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup aussi; mettez-vous tous
+les matins dans l'esprit que votre fortune a doublé pendant la nuit;
+levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers, allez les payer
+de ce que vous aurez imaginé; et dites-leur d'imaginer à leur tour.
+
+«Il reparut quelques jours après, et il parla ainsi: Peuples de
+Bétique, je vois bien que votre imagination n'est pas si vive que
+les premiers jours; laissez-vous conduire à la mienne; je mettrai
+tous les matins devant vos yeux un écriteau qui sera pour vous la
+source des richesses: vous n'y verrez que quatre paroles; mais elles
+seront bien significatives, car elles régleront la dot de vos
+femmes, la légitime de vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et
+quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui étoient le plus près de
+lui; quant à vous, mes chers enfants (je puis vous appeler de ce
+nom, car vous avez reçu de moi une seconde naissance), mon écriteau
+décidera de la magnificence de vos équipages, de la somptuosité de
+vos festins, du nombre et de la pension de vos maîtresses.
+
+«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, tout essoufflé;
+et, transporté de colère, il s'écria: Peuples de Bétique, je vous
+avois conseillé d'imaginer, et je vois que vous ne le faites pas: eh
+bien! à présent je vous l'ordonne. Là-dessus, il les quitta
+brusquement; mais la réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends
+que quelques-uns de vous sont assez détestables pour conserver leur
+or et leur argent. Encore passe pour l'argent; mais pour de l'or....
+pour de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... Je jure par
+mes outres sacrées que, s'ils ne viennent me l'apporter, je les
+punirai sévèrement. Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif:
+Croyez-vous que ce soit pour garder ces misérables métaux que je
+vous les demande? Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque vous
+me les apportâtes il y a quelques jours, je vous en rendis
+sur-le-champ la moitié.
+
+«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le vit s'insinuer avec une
+voix douce et flatteuse: Peuples de Bétique, j'apprends que vous
+avez une partie de vos trésors dans les pays étrangers; je vous
+prie, faites-les-moi venir; vous me ferez plaisir, et je vous en
+aurai une reconnoissance éternelle.
+
+«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient pas grande envie de
+rire; ils ne purent pourtant s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en
+retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une
+petite prière: je sais que vous avez des pierres précieuses; au nom
+de Jupiter, défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit comme ces
+sortes de choses; défaites-vous-en, vous dis-je: si vous ne le
+pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des hommes d'affaires
+excellents. Que de richesses vont couler chez vous, si vous faites
+ce que je vous conseille! Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura
+de plus pur dans mes outres.
+
+«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant une voix plus assurée,
+il dit: Peuples de Bétique, j'ai comparé l'heureux état dans lequel
+vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque j'arrivai ici; je
+vous vois le plus riche peuple de la terre: mais, pour achever votre
+fortune, souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. A ces
+mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut, et laissa ses
+auditeurs dans une consternation inexprimable; ce qui fit qu'il
+revint le lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier que mon
+discours vous déplut extrêmement. Eh bien! prenez que je ne vous aie
+rien dit. Il n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver au
+but que je me suis proposé. Assemblons nos richesses dans un même
+endroit; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent pas un
+gros volume. Aussitôt il en disparut les trois quarts.»
+
+ De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLIII.
+
+RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF.
+
+A Livourne.
+
+
+Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes, et de la
+puissance des talismans. Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif,
+et je suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes tous deux bien
+crédules.
+
+Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages du saint
+Alcoran; j'attache à mes bras un petit paquet, où sont écrits les
+noms de plus de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de tous
+les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits de mes habits.
+
+Cependant je ne désapprouve point ceux qui rejettent cette vertu que
+l'on attribue à de certaines paroles: il nous est bien plus
+difficile de répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre à
+nos expériences.
+
+Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue habitude, pour me
+conformera une pratique universelle: je crois que, s'ils n'ont pas
+plus de vertu que les bagues et les autres ornements dont on se
+pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets toute ta confiance
+sur quelques lettres mystérieuses, et, sans cette sauvegarde, tu
+serois dans un effroi continuel.
+
+Les hommes sont bien malheureux! ils flottent sans cesse entre de
+fausses espérances et des craintes ridicules: et, au lieu de
+s'appuyer sur la raison, ils se font des monstres qui les
+intimident, ou des fantômes qui les séduisent.
+
+Quel effet veux-tu que produise l'arrangement de certaines lettres?
+Quel effet veux-tu que leur dérangement puisse troubler? quelle
+relation ont-elles avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec
+la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec ce que les
+médecins appellent l'humeur peccante et la cause morbifique des
+maladies, pour les guérir?
+
+Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux qui fatiguent leur
+raison pour lui faire rapporter de certains événements à des vertus
+occultes, n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher d'en
+voir la véritable cause.
+
+Tu me diras que de certains prestiges ont fait gagner une bataille:
+et moi je te dirai qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trouver
+dans la situation du terrain, dans le nombre ou dans le courage des
+soldats, dans l'expérience des capitaines, des causes suffisantes
+pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause.
+
+Je te passe pour un moment qu'il y ait des prestiges: passe-moi à
+mon tour, pour un moment, qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas
+impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche pas que deux
+armées ne puissent se battre: veux-tu que, dans ce cas-là, aucune
+des deux ne puisse remporter la victoire?
+
+Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à ce que quelque
+puissance invisible vienne le déterminer? que tous les coups seront
+perdus, toute la prudence vaine, et tout le courage inutile?
+
+Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue présente de mille
+manières, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs
+paniques que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, dans une
+armée de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme
+timide? Crois-tu que le découragement de celui-ci ne puisse pas
+produire le découragement d'un autre? que le second, qui quitte un
+troisième, ne lui fasse pas bientôt abandonner un quatrième? Il n'en
+faut pas davantage pour que le désespoir de vaincre saisisse soudain
+toute une armée, et la saisisse d'autant plus facilement qu'elle se
+trouve plus nombreuse.
+
+Tout le monde sait, et tout le monde sent, que les hommes, comme
+toutes les créatures qui tendent à conserver leur être, aiment
+passionnément la vie; on sait cela en général: et on cherche
+pourquoi, dans une certaine occasion particulière, ils ont craint de
+la perdre?
+
+Quoique les livres sacrés de toutes les nations soient remplis de
+ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n'imagine rien de si
+frivole, parce que, pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit
+par cent mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir
+auparavant examiné si aucune de ces causes n'a agi; ce qui est
+impossible.
+
+Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me semble que la
+matière ne mérite pas d'être si sérieusement traitée.
+
+ De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.
+
+_P. S._ Comme je finissois, j'ai entendu crier dans la rue une
+lettre d'un médecin de province à un médecin de Paris (car ici
+toutes les bagatelles s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai
+cru que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a du rapport à
+notre sujet. Il y a bien des choses que je n'entends pas: mais toi,
+qui es médecin, tu dois entendre le langage de tes confrères.
+
+
+LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE A UN MÉDECIN DE PARIS.
+
+Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis
+trente-cinq jours: son médecin lui ordonna l'opium; mais il ne
+pouvoit se résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la main;
+qu'il étoit plus indéterminé que jamais. Enfin il dit à son médecin:
+Monsieur, je vous demande quartier seulement jusqu'à demain: je
+connois un homme qui n'exerce pas la médecine, mais qui a chez lui
+un nombre innombrable de remèdes contre l'insomnie; souffrez que je
+l'envoie quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous promets
+que je reviendrai à vous. Le médecin congédié, le malade fit fermer
+les rideaux, et dit à un petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis,
+et dis-lui qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon cher monsieur
+Anis, je me meurs, je ne puis dormir: n'auriez-vous point, dans
+votre boutique, la C. du G., ou bien quelque livre de dévotion
+composé par un révérend père jésuite, que vous n'ayez pas pu vendre?
+car souvent les remèdes les plus gardés sont les meilleurs.
+Monsieur, dit le libraire, j'ai chez moi la Cour sainte du P.
+Caussin, en six volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je
+souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous voulez les
+oeuvres du révérend père Rodriguez, jésuite espagnol, ne vous en
+faites faute. Mais, croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin;
+j'espère, avec l'aide de Dieu, qu'une période du père Caussin vous
+fera autant d'effet qu'un feuillet tout entier de la C. du G.
+Là-dessus M. Anis sortit, et courut chercher le remède à sa
+boutique. La Cour sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du
+malade, jeune écolier, commence à la lire: il en sentit le premier
+l'effet, à la seconde page il ne prononçoit plus que d'une voix mal
+articulée, et déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un
+instant après tout ronfla, excepté le malade, qui après avoir été
+longtemps éprouvé, s'assoupit à la fin.
+
+Le médecin arrive de grand matin. Hé bien! a-t-on pris mon opium? On
+ne lui répond rien: la femme, la fille, le petit garçon, tous
+transportés de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande ce que
+c'est; on lui dit: Vive le père Caussin! il faut l'envoyer relier.
+Qui l'eût dit? qui l'eût cru? c'est un miracle! Tenez, monsieur,
+voyez donc le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir mon
+père. Et là-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit
+passée.
+
+Le médecin étoit un homme subtil, rempli des mystères de la cabale,
+et de la puissance des paroles et des esprits: cela le frappa; et,
+après plusieurs réflexions, il résolut de changer absolument sa
+pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une
+expérience; il faut la pousser plus loin. Hé pourquoi un esprit ne
+pourroit-il pas transmettre à son ouvrage les mêmes qualités qu'il a
+lui-même? ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins cela
+vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires;
+leurs sirops, leurs juleps, et toutes les drogues galéniques ruinent
+les malades et leur santé: changeons de méthode; éprouvons la vertu
+des esprits. Sur cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, comme
+vous allez voir par la description que je vous vais faire des
+principaux remèdes qu'il mit en pratique.
+
+
+_Tisane purgative._
+
+Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en grec; deux
+feuilles d'un traité de théologie scholastique le plus aigu, comme,
+par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne;
+six d'Averroès; trois de Porphyre; autant de Plotin; autant de
+Jamblique: faites infuser le tout pendant vingt-quatre heures, et
+prenez-en quatre prises par jour.
+
+
+_Purgatif plus violent._
+
+Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des I***;
+faites-les distiller au bain-marie; mortifiez une goutte de l'humeur
+âcre et piquante qui en viendra, dans un verre d'eau commune: avalez
+le tout avec confiance.
+
+
+_Vomitif._
+
+Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons funèbres
+indifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de
+celles de M. de N.; un recueil de nouveaux opéras; cinquante romans;
+trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans un matras; laissez-le
+en digestion pendant deux jours; puis faites-le distiller au feu de
+sable. Et si tout cela ne suffit pas,
+
+
+_Autre plus puissant._
+
+Prenez une feuille de papier marbré, qui ait servi à couvrir un
+recueil des pièces des J. F.; faites-la infuser l'espace de trois
+minutes; faites chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez.
+
+
+_Remède très-simple pour guérir de l'asthme._
+
+Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, ci-devant
+jésuite, prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque
+période: et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à
+peu, sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.
+
+
+_Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin des chevaux._
+
+Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés métaphysiques, une
+distinction, six vers de Chapelain, une phrase tirée des lettres de
+M. l'abbé de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau de papier,
+que vous plierez, attacherez à un ruban, et porterez au col.
+
+
+_Miraculum chymicum, de violenta fermentatione cum fumo, igne et
+flammâ._
+
+Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione Lallemaniana; fiat
+fermentatio cum magna vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et
+invicem penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio ardentium
+spirituum. Pone liquorem fermentatum in alembico: nihil inde
+extrahes, et nihil invenies, nisi caput mortuum.
+
+
+_Lenitivum._
+
+Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris relaxativi paginas
+sex; Vasquii emollientis folium unum: infunde in aquæ communis
+libras iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur et
+exprimantur; et in expressione dissolve Bauni detersivi et Tamburini
+abluentis folia iij.
+
+Fiat clyster.
+
+
+_In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut febrim-amatoriam,
+appellat._
+
+Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ Sanchii de matrimonio folia
+ij. Infundantur in aquæ communis libras quinque.
+
+Fiat ptisana aperiens.
+
+ * * * * *
+
+Voilà les drogues que notre médecin mit en pratique, avec un succès
+imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses
+malades, employer des remèdes rares, et qui ne se trouvent presque
+point: comme, par exemple, une épître dédicatoire qui n'ait fait
+bâiller personne; une préface trop courte; un mandement fait par un
+évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par un janséniste, ou
+bien admiré par un jésuite. Il disoit que ces sortes de remèdes ne
+sont propres qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle il
+avoit une antipathie insurmontable.
+
+
+
+
+LETTRE CXLIV.
+
+USBEK A RICA.
+
+
+Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où
+j'étois allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur
+caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien
+appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit est vrai, parce que
+je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose: Ce
+que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.
+
+J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne
+me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait
+beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien; le second
+attaque les opinions des autres; et c'est le bien de tout le monde.
+
+Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal ceux qui en ont une dose
+plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la
+nature! Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. Ils
+cherchent à être supérieurs; et ils ne sont pas seulement égaux.
+
+Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. Vous faites la douceur
+et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je
+vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n'humiliez
+personne; et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare
+dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois partout, je les
+précipite de leur tribunal, et je les mets à vos pieds.
+
+ De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLV.
+
+USBEK A ***.
+
+
+Un homme d'esprit est ordinairement difficile dans les sociétés. Il
+choisit peu de personnes; il s'ennuie avec tout ce grand nombre de
+gens qu'il lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible
+qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût: autant d'ennemis.
+
+Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent de le faire.
+
+Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de choses qu'un
+autre, et les sent mieux.
+
+Il ruine presque toujours sa fortune, parce que son esprit lui
+fournit pour cela un plus grand nombre de moyens.
+
+Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde beaucoup. Sa
+vue, qui se porte toujours loin, lui fait voir des objets qui sont à
+de trop grandes distances. Sans compter que, dans la naissance d'un
+projet, il est moins frappé des difficultés qui viennent de la
+chose, que des remèdes qui sont de lui, et qu'il tire de son propre
+fonds.
+
+Il néglige les menus détails, dont dépend cependant la réussite de
+presque toutes les grandes affaires.
+
+L'homme médiocre, au contraire, cherche à tirer parti de tout: il
+sent bien qu'il n'a rien à perdre en négligences.
+
+L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme
+médiocre. On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter
+à celui-là. Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne lui
+pardonne rien, on supplée tout en faveur de l'autre: la vanité se
+déclare pour lui.
+
+Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, que dirons-nous
+de la dure condition des savants?
+
+Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une lettre d'un d'eux à un
+de ses amis. La voici.
+
+ «Monsieur,
+
+«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les nuits, à regarder, avec
+des lunettes de trente pieds, ces grands corps qui roulent sur nos
+têtes; et quand je veux me délasser, je prends mes petits
+microscopes, et j'observe un ciron ou une mite.
+
+«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule chambre: je n'ose
+même y faire du feu, parce que j'y tiens mon thermomètre, et que la
+chaleur étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier, je pensai
+mourir de froid; et quoique mon thermomètre, qui étoit au plus bas
+degré, m'avertît que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai
+point; et j'ai la consolation d'être instruit exactement des
+changements de temps les plus insensibles de toute l'année passée.
+
+«Je me communique fort peu: et, de tous les gens que je vois, je
+n'en connois aucun. Mais il y a un homme à Stockholm, un autre à
+Leipsick, un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, et que je ne
+verrai sans doute jamais, avec lesquels j'entretiens une
+correspondance si exacte, que je ne laisse pas passer un courrier
+sans leur écrire.
+
+«Mais, quoique je ne connoisse personne dans mon quartier, je suis
+dans une si mauvaise réputation, que je serai, à la fin, obligé de
+le quitter. Il y a cinq ans que je fus rudement insulté par une de
+mes voisines, pour avoir fait la dissection d'un chien qu'elle
+prétendoit lui appartenir. La femme d'un boucher, qui se trouva là,
+se mit de la partie; et, pendant que celle-là m'accabloit d'injures,
+celle-ci m'assommoit à coups de pierres, conjointement avec le
+docteur ***, qui étoit avec moi, et qui reçut un coup terrible sur
+l'os frontal et occipital, dont le siége de sa raison fut
+très-ébranlé.
+
+«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque chien au bout de la
+rue, il est aussitôt décidé qu'il a passé par mes mains. Une bonne
+bourgeoise qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, disoit-elle,
+plus que ses enfants, vint l'autre jour s'évanouir dans ma chambre;
+et, ne le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. Je crois
+que je ne serai jamais délivré de la malice importune de ces femmes
+qui, avec leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans cesse de
+l'oraison funèbre de tous les automates qui sont morts depuis dix
+ans.
+
+«Je suis, etc.»
+
+Tous les savants étoient autrefois accusés de magie. Je n'en suis
+point étonné. Chacun disoit en lui-même: j'ai porté les talents
+naturels aussi loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain
+savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il y ait là quelque
+diablerie.
+
+A présent que ces sortes d'accusations sont tombées dans le décri,
+on a pris un autre tour; et un savant ne sauroit guère éviter le
+reproche d'irréligion ou d'hérésie. Il a beau être absous par le
+peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais bien. C'est
+toujours pour lui un endroit malade. Un adversaire viendra, trente
+ans après, lui dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise que ce
+dont on vous accuse soit vrai! mais vous avez été obligé de vous
+défendre. C'est ainsi qu'on tourne contre lui sa justification même.
+
+S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse dans
+l'esprit, et quelque droiture dans le coeur, on lui suscite mille
+persécutions. On ira contre lui soulever le magistrat sur un fait
+qui s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa plume soit
+captive, si elle n'est pas vénale.
+
+Plus heureux cependant que ces hommes lâches, qui abandonnent leur
+foi pour une médiocre pension; qui, à prendre toutes leurs
+impostures en détail, ne les vendent pas seulement une obole; qui
+renversent la constitution de l'empire, diminuent les droits d'une
+puissance, augmentent ceux d'une autre, donnent aux princes, ôtent
+aux peuples, font revivre des droits surannés, flattent les passions
+qui sont en crédit de leur temps, et les vices qui sont sur le
+trône, imposant à la postérité, d'autant plus indignement qu'elle a
+moins de moyens de détruire leur témoignage.
+
+Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir essuyé toutes ces
+insultes; ce n'est point assez pour lui d'avoir été dans une
+inquiétude continuelle sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour
+enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire des querelles
+de toutes parts. Et comment les éviter? Il avoit un sentiment; il
+l'a soutenu par ses écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux
+cents lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant la
+guerre qui se déclare.
+
+Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque considération! Non. Il
+n'est tout au plus estimé que de ceux qui se sont appliqués au même
+genre de science que lui. Un philosophe a un mépris souverain pour
+un homme qui a la tête chargée de faits; et il est, à son tour,
+regardé comme un visionnaire par celui qui a une bonne mémoire.
+
+Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse ignorance, ils
+voudroient que tout le genre humain fût enseveli dans l'oubli où ils
+seront eux-mêmes.
+
+Un homme à qui il manque un talent se dédommage en le méprisant: il
+ôte cet obstacle qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par
+là, se trouve au niveau de celui dont il redoute les travaux.
+
+Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque, la privation des
+plaisirs et la perte de la santé.
+
+ De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLVI.
+
+USBEK A RHÉDI.
+
+A Venise.
+
+
+Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne foi étoit l'âme d'un
+grand ministre.
+
+Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se trouve; il ne se
+décrédite que devant quelques gens; il se tient couvert devant les
+autres: mais un ministre qui manque à la probité a autant de
+témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il gouverne.
+
+Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministre sans
+probité n'est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple:
+il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est le
+mauvais exemple qu'il donne.
+
+Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les Indes. J'y ai vu une
+nation, naturellement généreuse, pervertie en un instant, depuis le
+dernier des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais exemple
+d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, chez qui la générosité, la
+probité, la candeur et la bonne foi ont passé de tout temps pour les
+qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier des peuples; le
+mal se communiquer, et n'épargner pas même les membres les plus
+sains; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et
+violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers
+principes de la justice, sur ce vain prétexte qu'on la leur avoit
+violée.
+
+Ils appeloient des lois odieuses en garantie des actions les plus
+lâches; et nommoient nécessité l'injustice et la perfidie.
+
+J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions
+anéanties, toutes les lois des familles renversées. J'ai vu des
+débiteurs avares, fiers d'une insolente pauvreté, instruments
+indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre
+un payement au lieu de le faire, et porter le couteau dans le sein
+de leurs bienfaiteurs.
+
+J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour
+rien, ou plutôt ramasser de terre des feuilles de chêne, pour les
+mettre à la place de la substance des veuves et des orphelins.
+
+J'ai vu naître soudain, dans tous les coeurs, une soif insatiable
+des richesses. J'ai vu se former en un moment une détestable
+conjuration de s'enrichir, non par un honnête travail et une
+généreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'État et des
+concitoyens.
+
+J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher
+qu'en disant: J'ai ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une
+autre demain.
+
+Je vais, disoit un autre, avec un homme noir qui porte une écritoire
+à la main et un fer pointu à l'oreille, assassiner tous ceux à qui
+j'ai de l'obligation.
+
+Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes affaires: il est vrai
+que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement,
+je laissai toute une famille en larmes, que je dissipai la dot de
+deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un petit garçon; le
+père en mourra de douleur, la mère périt de tristesse: mais je n'ai
+fait que ce qui est permis par la loi.
+
+Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il
+corrompt les moeurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus
+généreuses, ternit l'éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et
+confond la plus haute naissance dans le mépris universel?
+
+Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir de la honte de
+ses pères? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer
+de ses aïeux avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le jour?
+Je ne doute pas que les nobles ne retranchent de leurs quartiers un
+indigne degré de noblesse qui les déshonore, et ne laissent la
+génération présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.
+
+ De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CXLVII.
+
+LE GRAND EUNUQUE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Les choses sont venues à un état qui ne se peut plus soutenir: tes
+femmes se sont imaginé que ton départ leur laissoit une impunité
+entière; il se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même
+au cruel récit que je vais te faire.
+
+Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée, laissa tomber son
+voile, et parut presque à visage découvert devant tout le peuple.
+
+J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses esclaves; chose si
+défendue par les lois du sérail.
+
+J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, une lettre que je
+t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir à qui elle étoit adressée.
+
+Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans le jardin du sérail,
+et il se sauva par-dessus les murailles.
+
+Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma connoissance; car
+sûrement tu es trahi. J'attends tes ordres: et, jusqu'à l'heureux
+moment que je les recevrai, je vais être dans une situation
+mortelle. Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma discrétion, je
+ne te réponds d'aucune d'elles, et j'aurai tous les jours des
+nouvelles aussi tristes à te mander.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 1er de la lune de Rhégeb, 1717.
+
+
+
+
+LETTRE CXLVIII.
+
+USBEK AU PREMIER EUNUQUE.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes sur tout le sérail:
+commandez avec autant d'autorité que moi-même; que la crainte et la
+terreur marchent avec vous; courez d'appartements en appartements
+porter les punitions et les châtiments; que tout vive dans la
+consternation, que tout fonde en larmes devant vous; interrogez tout
+le sérail; commencez par les esclaves; n'épargnez pas mon amour; que
+tout subisse votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets
+les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et faites-y rentrer la
+vertu bannie. Car, dès ce moment, je mets sur votre tête les
+moindres fautes qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être celle
+à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: examinez cela
+avec des yeux de lynx.
+
+ De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CXLIX.
+
+NARSIT A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Le grand eunuque vient de mourir, magnifique seigneur: comme je suis
+le plus vieux de tes esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que
+tu aies fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux.
+
+Deux jours après sa mort, on m'apporta une de tes lettres qui lui
+étoit adressée: je me suis bien gardé de l'ouvrir; je l'ai
+enveloppée avec respect, et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies
+fait connoître tes sacrées volontés.
+
+Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me dire qu'il avoit
+trouvé un jeune homme dans le sérail: je me levai, j'examinai la
+chose, et je trouvai que c'étoit une vision.
+
+Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te prie de compter
+sur mon zèle, mon expérience et ma vieillesse.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CL.
+
+USBEK A NARSIT.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Malheureux que vous êtes, vous avez dans vos mains des lettres qui
+contiennent des ordres prompts et violents; le moindre retardement
+peut me désespérer: et vous demeurez tranquille sous un vain
+prétexte!
+
+Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être la moitié de mes
+esclaves qui méritent la mort. Je vous envoie la lettre que le
+premier eunuque m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez
+ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez trouvé des
+ordres sanglants. Lisez-les donc ces ordres: et vous périrez, si
+vous ne les exécutez pas.
+
+ De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.
+
+
+
+
+LETTRE CLI.
+
+SOLIM A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Si je gardois plus longtemps le silence, je serois aussi coupable
+que tous ces criminels que tu as dans le sérail.
+
+J'étois le confident du grand eunuque, le plus fidèle de tes
+esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa fin, il me fit appeler, et me
+dit ces paroles: Je me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en
+quittant la vie, c'est que mes derniers regards aient trouvé les
+femmes de mon maître criminelles. Le ciel puisse le garantir de tous
+les malheurs que je prévois! puisse, après ma mort, mon ombre
+menaçante venir avertir ces perfides de leur devoir, et les
+intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables lieux; va les
+porter au plus vieux des noirs. Mais si, après ma mort, il manque de
+vigilance, songe à en avertir ton maître. En achevant ces mots, il
+expira dans mes bras.
+
+Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant sa mort, sur la
+conduite de tes femmes: il y a dans le sérail une lettre qui auroit
+porté la terreur avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que tu
+as écrite depuis a été surprise à trois lieues d'ici: je ne sais ce
+que c'est, tout se tourne malheureusement.
+
+Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenue: depuis la mort
+du grand eunuque, il semble que tout leur soit permis; la seule
+Roxane est restée dans le devoir, et conserve de la modestie. On
+voit les moeurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur
+le visage de tes femmes cette vertu mâle et sévère qui y régnoit
+autrefois: une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, est un
+témoignage infaillible, selon moi, de quelque satisfaction nouvelle;
+dans les plus petites choses, je remarque des libertés jusqu'alors
+inconnues. Il règne, même parmi tes esclaves, une certaine indolence
+pour leur devoir et pour l'observation des règles, qui me surprend;
+ils n'ont plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit animer
+tout le sérail.
+
+Tes femmes ont été huit jours à la campagne, à une de tes maisons
+les plus abandonnées. On dit que l'esclave qui en a soin a été
+gagné; et qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait
+cacher deux hommes dans un réduit de pierre qui est dans la muraille
+de la principale chambre, d'où ils sortoient le soir lorsque nous
+étions retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à notre tête,
+est un imbécile, à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut.
+
+Je suis agité d'une colère vengeresse contre tant de perfidies: et
+si le ciel vouloit, pour le bien de ton service, que tu me jugeasses
+capable de gouverner, je te promets que, si tes femmes n'étoient pas
+vertueuses, au moins elles seroient fidèles.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLII.
+
+NARSIT A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne; je n'ai pas cru
+devoir le leur refuser. Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et
+des esclaves vigilants: je commande en des lieux où la vertu semble
+s'être choisi un asile. Compte qu'il ne s'y passera rien que tes
+yeux ne puissent soutenir.
+
+Il est arrivé un malheur qui me met en grande peine. Quelques
+marchands arméniens, nouvellement arrivés à Ispahan, avoient apporté
+une de tes lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la
+chercher; il a été volé à son retour, de manière que la lettre est
+perdue. Écris-moi donc promptement; car je m'imagine que, dans ce
+changement, tu dois avoir des choses de conséquence à me mander.
+
+ Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLIII.
+
+USBEK A SOLIM.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que j'ai à présent dans
+le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel
+emploi: mais n'y porte ni coeur ni pitié. J'écris à mes femmes de
+t'obéir aveuglément: dans la confusion de tant de crimes, elles
+tomberont devant tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur et
+mon repos: rends-moi mon sérail comme je l'ai laissé. Mais commence
+par l'expier; extermine les coupables, et fais trembler ceux qui se
+proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer de ton maître
+pour des services si signalés? Il ne tiendra qu'à toi de te mettre
+au-dessus de ta condition même, et de toutes les récompenses que tu
+as jamais désirées.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLIV.
+
+USBEK A SES FEMMES.
+
+Au sérail d'Ispahan.
+
+
+Puisse cette lettre être comme la foudre qui tombe au milieu des
+éclairs et des tempêtes! Solim est votre premier eunuque, non pas
+pour vous garder, mais pour vous punir. Que tout le sérail s'abaisse
+devant lui. Il doit juger vos actions passées: et, pour l'avenir, il
+vous fera vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez
+votre liberté, si vous ne regrettez pas votre vertu.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLV.
+
+USBEK A NESSIR.
+
+A Ispahan.
+
+
+Heureux celui qui, connoissant tout le prix d'une vie douce et
+tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille, et ne
+connoît d'autre terre que celle qui lui a donné le jour.
+
+Je vis dans un climat barbare, présent à tout ce qui m'importune,
+absent de tout ce qui m'intéresse. Une tristesse sombre me saisit;
+je tombe dans un accablement affreux: il me semble que je
+m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même que lorsqu'une sombre
+jalousie vient s'allumer, et enfanter dans mon âme la crainte, les
+soupçons, la haine et les regrets.
+
+Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans mon coeur comme dans
+le tien: je te ferois pitié, si tu savois mon état déplorable.
+J'attends quelquefois six mois entiers des nouvelles du sérail; je
+compte tous les instants qui s'écoulent; mon impatience me les
+allonge toujours; et lorsque celui qui a été tant attendu est près
+d'arriver, il se fait dans mon coeur une révolution soudaine; ma
+main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette inquiétude qui me
+désespéroit, je la trouve l'état le plus heureux où je puisse être,
+et je crains d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que mille
+morts.
+
+Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de ma patrie, quoique
+je doive ma vie à ma retraite, je ne puis plus, Nessir, rester dans
+cet affreux exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en proie à mes
+chagrins? J'ai pressé mille fois Rica de quitter cette terre
+étrangère; mais il s'oppose à toutes mes résolutions; il m'attache
+ici par mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie; ou
+plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même, tant il est insensible
+à mes déplaisirs.
+
+Malheureux que je suis! je souhaite de revoir ma patrie, peut-être
+pour devenir plus malheureux encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais
+rapporter ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout: j'entrerai dans
+le sérail; il faut que j'y demande compte du temps funeste de mon
+absence: et si j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et si la
+seule idée m'accable de si loin, que sera-ce, lorsque ma présence la
+rendra plus vive? que sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que
+j'entende ce que je n'ose imaginer sans frémir? que sera-ce enfin,
+s'il faut que des châtiments que je prononcerai moi-même soient des
+marques éternelles de ma confusion et de mon désespoir?
+
+J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles pour moi que pour les
+femmes qui y sont gardées; j'y porterai tous mes soupçons; leurs
+empressements ne m'en déroberont rien; dans mon lit, dans leurs
+bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes; dans un temps si peu
+propre aux réflexions, ma jalousie trouvera à en faire. Rebut
+indigne de la nature humaine, esclaves vils dont le coeur a été
+fermé pour jamais à tous les sentiments de l'amour, vous ne gémiriez
+plus sur votre condition, si vous connoissiez le malheur de la
+mienne.
+
+ De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.
+
+
+
+
+LETTRE CLVI.
+
+ROXANE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans le sérail; un deuil
+affreux l'environne: un tigre y exerce à chaque instant toute sa
+rage; il a mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui n'ont
+avoué que leur innocence; il a vendu une partie de nos esclaves, et
+nous a obligées de changer entre nous celles qui nous restoient.
+Zachi et Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité de la
+nuit un traitement indigne; le sacrilége n'a pas craint de porter
+sur elles ses viles mains. Il nous tient enfermées chacune dans
+notre appartement; et, quoique nous y soyons seules, il nous y fait
+vivre sous le voile: il ne nous est plus permis de nous parler; ce
+seroit un crime de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre que
+les pleurs.
+
+Une troupe de nouveaux eunuques est entrée dans le sérail, où ils
+nous assiégent nuit et jour: notre sommeil est sans cesse interrompu
+par leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me console, c'est
+que tout ceci ne durera pas longtemps, et que ces peines finiront
+avec ma vie: elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te donnerai
+pas le temps de faire cesser tous ces outrages.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLVII.
+
+ZACHI A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans la manière de me punir!
+Il m'a infligé ce châtiment qui commence par alarmer la pudeur; ce
+châtiment qui met dans l'humiliation extrême; ce châtiment qui
+ramène, pour ainsi dire, à l'enfance.
+
+Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit le sentiment
+d'elle-même, et commençoit à s'indigner, lorsque mes cris firent
+retentir les voûtes de mes appartements. On m'entendit demander
+grâce au plus vil de tous les humains, et tenter sa pitié, à mesure
+qu'il étoit plus inexorable.
+
+Depuis ce temps, son âme insolente et servile s'est élevée sur la
+mienne. Sa présence, ses regards, ses paroles, tous les malheurs
+viennent m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la
+consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il s'offre à ma vue,
+la fureur me saisit; je la trouve impuissante; et je tombe dans le
+désespoir.
+
+Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes ces barbaries. Il
+voudrait m'ôter mon amour, et profaner jusques aux sentiments de mon
+coeur. Quand il me prononce le nom de celui que j'aime, je ne sais
+plus me plaindre: je ne puis plus que mourir.
+
+J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon amour, par la force
+de mon amour. Les nuits, les jours, les moments, tout a été pour
+toi. J'étois superbe de mon amour même; et le tien me faisoit
+respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis plus soutenir
+l'humiliation où je suis descendue. Si je suis innocente, reviens
+pour m'aimer; reviens, si je suis coupable, pour que j'expire à tes
+pieds.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLVIII.
+
+ZÉLIS A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+A mille lieues de moi, vous me jugez coupable: à mille lieues de
+moi, vous me punissez.
+
+Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par
+votre ordre: c'est le tyran qui m'outrage, et non pas celui qui
+exerce la tyrannie.
+
+Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos mauvais traitements.
+Mon coeur est tranquille, depuis qu'il ne peut plus vous aimer.
+Votre âme se dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que vous
+n'êtes point heureux. Adieu.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLIX.
+
+SOLIM A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains: jamais serviteur
+fidèle n'est descendu dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes
+malheurs et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant.
+
+Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis que tu m'as
+confié tes femmes, j'ai veillé nuit et jour sur elles; que je n'ai
+jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé
+mon ministère par les châtiments; et je les ai suspendus, sans
+sortir de mon austérité naturelle.
+
+Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une fidélité qui t'a été
+inutile? Oublie tous mes services passés; regarde-moi comme un
+traître; et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher.
+
+Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier désormais? Tu
+soupçonnois Zachi, et tu avois pour Roxane une sécurité entière;
+mais sa vertu farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le voile
+de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme,
+qui, dès qu'il s'est vu découvert, est venu sur moi; il m'a donné
+deux coups de poignard; les eunuques, accourus au bruit, l'ont
+entouré: il s'est défendu longtemps, en a blessé plusieurs; il
+vouloit même rentrer dans la chambre, pour mourir, disoit-il, aux
+yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est tombé à
+nos pieds.
+
+Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres sévères: tu
+as mis ta vengeance en mes mains; je ne dois pas la faire languir.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,
+
+
+
+
+LETTRE CLX.
+
+SOLIM A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître; je vais punir.
+
+Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la tienne vont s'apaiser:
+nous allons exterminer le crime, et l'innocence va pâlir.
+
+O vous, qui semblez n'être faites que pour ignorer tous vos sens et
+être indignées de vos désirs mêmes; éternelles victimes de la honte
+et de la pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands flots
+dans ce sérail malheureux, pour vous voir étonnées de tout le sang
+que j'y vais répandre!
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.
+
+
+
+
+LETTRE CLXI.
+
+ROXANE A USBEK.
+
+A Paris.
+
+
+Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques; je me suis jouée de
+ta jalousie; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de
+délices et de plaisirs.
+
+Je vais mourir; le poison va couler dans mes veines: car que
+ferois-je ici, puisque le seul homme qui me retenoit à la vie n'est
+plus? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: je viens
+d'envoyer devant moi ces gardiens sacriléges, qui ont répandu le
+plus beau sang du monde.
+
+Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que
+je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices? que, pendant
+que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes
+désirs? Non: j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été
+libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit
+s'est toujours tenu dans l'indépendance.
+
+Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait; de
+ce que je me suis abaissée jusqu'à te paroître fidèle; de ce que
+j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurois dû faire
+paroître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en
+souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.
+
+Tu étois étonné de ne point trouver en moi les transports de
+l'amour: si tu m'avois bien connue, tu y aurois trouvé toute la
+violence de la haine.
+
+Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le
+mien t'étoit soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyois
+trompée, et je te trompois.
+
+Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il possible
+qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore
+d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma
+force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affoiblir
+jusqu'à ma haine; je me meurs.
+
+ Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.
+
+FIN DU TOME SECOND.
+
+
+
+
+NOTES ET VARIANTES.
+
+
+(Voir l'_Index_, pour l'histoire, la religion, la philosophie, le
+droit public et privé, les moeurs orientales et européennes.)
+
+
+Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).
+
+
+Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).
+
+
+Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).
+
+«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre; _puisque son but
+est la destruction de la société_.» C'est la leçon de 1721 et de
+1754.
+
+Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions subséquentes:
+«_puisqu'elle peut avoir l'effet de détruire la société_».
+
+Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant les deux
+leçons bout à bout: «puisqu'elle peut avoir l'effet etc..., puisque
+son but est la destruction de la société.
+
+«Cette peine répond à celle du bannissement _établie dans les
+tribunaux, qui retranche_ les coupables de la société. Ainsi un
+prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché _par là_
+de notre société et n'est plus un de nos membres.»
+
+Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754.
+
+Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition complète),
+et Lefèvre 1820, d'après l'édition de Londres 1757, et peut-être sur
+des indications manuscrites de Montesquieu conservées par son fils
+et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi:
+
+«Cette peine répond à celle du bannissement, _que les tribunaux ont
+établi pour retrancher_ les coupables de la société. Ainsi un
+prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché de notre
+société, et n'est plus _un des membres qui la composent_.»
+
+Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons la correction
+du Supplément de 1754, sont ainsi rédigés dans le texte primitif:
+
+«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société ne peut être
+fondée que sur la volonté des associés: si elle est détruite par la
+conquête, le peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle
+société: et si le vainqueur en veut former, c'est une tyrannie.
+
+«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais légitimes,
+lorsqu'ils ordonnent une cession ou dédommagement plus considérable
+que le dommage causé: autrement, c'est une pure violence, contre
+laquelle on peut toujours revenir; à moins que, pour ravoir ce qu'on
+a perdu, on ne soit obligé de se servir de moyens si violents, qu'il
+en arrive un mal plus grand que le bien que l'on en doit retirer.
+
+«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public; voilà le droit
+des gens, ou plutôt celui de la raison.»
+
+En tête de la correction indiquée par le Supplément, et qui, sous
+beaucoup de rapports, est inférieure au texte primitif, se lit cet
+avertissement: «A la place des trois derniers alinéas, mettez
+ceux-ci.»
+
+Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec raison, à la suite
+du nouveau texte, la conclusion si ferme: «Voilà cher Rhédi...»
+
+
+Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)
+
+«Écoute ce que _je vais te_ dire...».
+
+1721 1re: «Ce que je _te_ vais dire...»
+
+Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de Montesquieu.
+
+«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a _connu_ toute la
+fécondité.»
+
+Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a _vu_...»
+
+Cette lettre (LXXXIV de la 2e Marteau) est vivement incriminée dans
+la brochure de l'abbé Gaultier: _Lettres persannes convaincues
+d'impiété_.
+
+
+Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).
+
+«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté longtemps _dans
+leur pureté_.»
+
+Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et appartiennent aux
+éditions postérieures qui procèdent de 1757 (voir la _Bibliographie_.)
+
+«Caravansérails». 1721, 1re donne: _Caravansérais_, qui avec un ï
+serait peut-être la meilleure transcription de ce terme oriental; et
+1754: _Caravanseras_.
+
+«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des
+gardes.»
+
+Ce roi est Philippe Auguste menacé par les _Assassins_ du Vieux de
+la Montagne.
+
+
+Lettre CXI (CVII 1721-1754).
+
+«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention _à placer_ sa
+droite... qu'elle en met _à poster_ une mouche qui peut manquer...»
+
+C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure.
+
+1721 1re donne: «_porter_ une mouche. (C'est une coquille.)
+
+1721 2e donne: _poster_ sa droite,... _placer_ une mouche.
+
+Les éditions subséquentes «_poser_ une mouche» (qui ne vaut pas
+_poster_).
+
+
+Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754).
+
+Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2e Marteau (LVIII),
+avec une adresse et une date différentes.
+
+En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note, qui ne figure
+plus au Supplément:
+
+ Rica à ***
+
+«Le peuple est un animal qui voit et qui entend; mais qui ne pense
+jamais. Il est dans une léthargie ou dans une fougue surprenante; et
+il va et vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans savoir
+jamais d'où il est parti.
+
+«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur de Normandie,
+qui, voulant se rendre plus considérable à la cour, excitoit lui
+même de temps en temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt.
+
+«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui coûta, tout
+compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit assembler quelques
+canailles dans un cabaret qui donnoit le ton à toute la ville, et
+ensuite à toute la province.
+
+«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit dans les derniers
+troubles de Paris un des généraux de cette ville à un de ses amis.
+
+«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la ville; mais
+elles furent repoussées avec perte. Je compte pourtant que je
+réparerai facilement cet échec; j'ai six couplets...
+
+«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de faire paroître
+une estampe, qui fera voir Mazarin pendu; et pour peu que la
+conjoncture des affaires le demande, nous aurons la ressource
+d'ordonner au graveur de le rouer...
+
+«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et de faire du
+nom de Mazarin un mot...
+
+«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché originel que,
+pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, il a été obligé
+de renvoyer tous ses pages. Je suis, etc...
+
+ De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715.
+
+En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.»
+
+«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer _l'arrêt d'Union_, dit
+devant les députés du parlement _l'arrêt d'Ognon_; sur quoi le
+peuple fit force plaisanteries.»
+
+Le _péché originel_ dont il est question plus haut est ce vice
+contre nature qu'on nomme parfois _italien_, et qui serait mieux
+nommé _clérical_.
+
+
+Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).
+
+
+Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2e Marteau).
+
+Elle est incriminée dans la brochure: _Lettres persannes convaincues
+d'impiété._
+
+«Il ne faut donc pas compter les années du monde...»
+
+Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1re, ni dans 1721 2e Marteau, ni
+dans 1754. C'est à tort qu'il a été supprimé dans 1758 et dans
+beaucoup d'éditions postérieures.
+
+«Cependant tous les historiens _nous parlent d'un premier père;
+ils_...»
+
+Les mots en _italiques_ manquent dans la première édition. Ils sont
+déjà rétablis dans 1721 2e Marteau.
+
+L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions ne sont
+pas violentes...» appartient au Supplément de 1754.
+
+
+Lettre CXVII (CXII de 1721 1re, CII de la 2e Marteau).
+
+Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_.
+
+
+Lettre CXVIII (CXII 1re, CIII 2e Marteau).
+
+Également incriminée.
+
+
+Lettre CXX.
+
+_Tyen_, ciel des chinois.
+
+1721 1re: _Tyien_.
+
+
+Lettre CXXII
+
+«L'air se charge, comme les plantes...» Alinéa ajouté par le
+Supplément de 1754.
+
+
+Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754).
+
+Elle se trouve déjà dans 1721 2e Marteau (LX, Usbek à ***, Paris, 11
+Zilcadé 1715), avec les variantes suivantes:
+
+_Troisième alinéa._
+
+«A mon esprit; il me semble...»
+
+1721 2e: _et_ il me semble...
+
+_Quatrième alinéa._
+
+«De quelques uns de nos sujets...»
+
+1721 2e: de nos _plus riches_ sujets...
+
+«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...»
+
+1721 2e: à la multitude _innombrable_...
+
+«Faire attention qu'il _étoit_ notoire...
+
+1721 2e: qu'il _est_ notoire...
+
+«Nous ont prié, branlant la tête...»
+
+1721 2e: _en_ branlant la tête...
+
+«_Ainsi_, désirant traiter les suppliants...»
+
+1721 2e: _A ces causes_, désirant...
+
+_Septième alinéa._
+
+«A leurs femmes _et_ à leurs enfants...»
+
+1721 2e: A leurs femmes, à leurs enfants...
+
+«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...»
+
+1721 2e: dans leurs familles, _avec leurs amis_, etc...
+
+_Huitième alinéa._
+
+«_Elles_ viennent à les y contraindre...»
+
+1721 2e: _Ils_ viennent...
+
+«Défendons à nos magistrats...»
+
+1721 2e: à _tous_ nos magistrats...
+
+
+Lettre CXXVI (CXX de 1721 1re, CX de 1721 2e Marteau).
+
+Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_.
+
+
+Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1re).
+
+«semble échauffer les imaginations _mêmes_.» _Mêmes_ manque, et avec
+raison, dans 1721 1re. «Romans» pris dans le sens de _romanciers_.
+
+
+Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1re).
+
+«_N._ prit le fer à la main...» _N._ est le duc de Noailles.
+
+«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'_Index_).
+
+
+Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1re).
+
+«_Romans_» dans le sens de _romanciers_.
+
+«Zuléma». 1721 1re: Zumela.
+
+«Gemmadi 1, 1720»
+
+1 manque dans 1754.
+
+
+Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).
+
+La piquante _Lettre d'un médecin de province_ figure tout entière
+dans les deux éditions qui servent de base à notre travail. 1721 1re
+donne même _Révérend père jésuite_, là où 1754 n'a que les initiales
+R. P. J.
+
+Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des éditeurs timorés
+ont supprimé ou mis en note l'énumération des médicaments: la lettre
+s'arrête à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit passée.»
+
+Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu «Il y a bien
+des choses que je n'entends pas, etc...»
+
+Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu lui-même ces
+mutilations qu'on ne s'explique guère:
+
+«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit confié _de son
+vivant_» (ce qui est faux) «aux libraires, a jugé à propos de faire
+des retranchements. On n'a pas cru devoir en priver le lecteur qui
+les trouvera ici en notes.»
+
+«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des J***.»
+
+Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la Constitution des
+Jésuites. (Selon d'autres: concernant la Banque, ou la Bourse, et la
+Compagnie des Indes.)
+
+«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu est ici bien
+aimable d'excepter les Oraisons funèbres de Fléchier.
+
+«Teigne», 1721: _tigne_.
+
+«_Miraculum chymicum, de violenta_, etc...»
+
+Miracle chimique, par violente fermentation, avec fumée, feu et
+flamme.
+
+Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion de Lallemand; que
+la fermentation ait lieu, avec grande violence, bouillonnement et
+tonnerre, les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les sels
+alcalins: il se fera une évaporation d'esprits brûlants. Mettez la
+liqueur fermentée dans l'alambic; vous n'en tirerez rien, et n'y
+trouverez rien sinon un _caput mortuum_ (une drogue inutile et
+impuissante.)
+
+«_Lenitivum_.»
+
+Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages du laxatif
+Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez: faites infuser dans
+quatre livres d'eau ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à
+moitié; pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois feuilles
+du détersif Bauni et du diluant Tamburini.
+
+Faites du tout un lavement.
+
+«_Clyster_.» 1721-1754: _clister_.
+
+«_In chlorosim_, etc...»
+
+Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs ou
+fièvre-amoureuse.
+
+Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du révérend Thomas
+Sanchez _De matrimonio_ (Du mariage). Faites infuser dans cinq
+livres d'eau ordinaire.
+
+Faites du tout une tisane apéritive.
+
+
+Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754).
+
+Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2e Marteau (LIX).
+
+«Sa vue qui _se_ porte toujours loin...»
+
+1721 2e: qui porte...
+
+«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à
+celui-là.»
+
+1721 2e: On aime à donner..., on est charmé d'ôter...
+
+«Une mite.»
+
+1721 2e: _Mitte_...
+
+«L'hiver _dernier_, je pensai mourir...»
+
+1721 2e: L'hiver _passé_,...
+
+«On lui suscite...»
+
+1721 2e: On lui suscite_ra_...
+
+«La constitution _de_ l'empire...
+
+1721 2e: _des empires_...
+
+«Mais ce n'est _point_ assez...
+
+1721 2e: _pas_
+
+«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.»
+
+1721 2e: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715.
+
+
+Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).
+
+«Tes femmes se sont imaginé...»
+
+1721, 1754: se sont imagi_nées_...
+
+La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait devoir les
+placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur aura voulu, en les
+rassemblant, donner plus de corps à la conclusion de son _roman_ et
+finir comme il avait commencé.
+
+
+Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).
+
+«Je sais ce qu'il t'écrivit...»
+
+1721 1re, 2e et 1754 portent: je _ne_ sais (qui répond moins bien au
+sens général).
+
+«Avant qu'elles arrivassent...
+
+1721 1re, 2e: qu'elles _n_'arrivassent...
+
+
+Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754).
+
+
+Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de 1721 2e Marteau, et
+1730, 3e édition, Amsterdam, Jacques Desbordes).
+
+
+
+
+INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE.
+
+
+A
+
+=Abbé=. Jeune abbé séduisant une actrice. XXVIII.
+
+=Abdias Ibesalon=, juif, interroge Mahomet sur les animaux impurs.
+XVIII.
+
+=Académie Française=. «établissement singulier et bizarre» inconnu en
+Perse. Babil éternel, manie du panégyrique. Quarante têtes pleines
+de figures, de métaphores et d'antithèses. LXXIII.
+
+=Actrices=. Elles ne sont point cruelles. Lettre d'une actrice à
+laquelle un abbé a ravi son innocence. XXVIII.
+
+=Adam=. «Dieu met Adam dans le paradis terrestre, à condition qu'il ne
+mangera pas d'un certain fruit: précepte absurde dans un être qui
+connoîtrait les déterminations futures des âmes; car enfin un tel
+être peut-il mettre des conditions à ses grâces, sans les rendre
+dérisoires?» LXIX.
+
+(Voir Dieu. Prescience.)
+
+Adam a peut-être été sauvé d'une catastrophe générale, comme Noé le
+fut du déluge. CXIV.
+
+=Affranchissement=, comblait sans cesse les vides de la population
+romaine. CXVI.
+
+=Afrique=, toujours très-inconnue; ses côtes ne sont plus ce qu'elles
+étaient sous les Carthaginois et les Romains. CXIII, CXIX.
+
+=Agriculture=, ses progrès intimement liés à ceux du commerce et de
+l'industrie, et réciproquement. CXVIII.
+
+Ses revenus inférieurs à ceux de l'industrie et de l'art. Un fonds
+ne produit annuellement que le vingtième de sa valeur. CVII.
+
+=Agiotage=, ses effets désastreux. CXXXII, CXLVI.
+
+(Par arrêt du conseil du 25 juillet 1719, le papier-monnaie, déclaré
+immuable, fait tomber l'or; un créancier, rue Quincampoix, tire
+l'épée contre un débiteur qui l'avait remboursé. Allusion à ce fait,
+CXLVI.)
+
+=Ainesse=. Le droit d'aînesse, invention de la vanité, détruit
+l'égalité des citoyens; il fait obstacle à la propagation. CXX.
+
+=Alchimistes=. Ils vous offrent «pour un peu d'argent le secret de
+faire de l'or.» LVIII.
+
+=Alcoran=, ses défauts: langage de Dieu, idées des hommes. XCVIII.
+
+Il ordonne de se soumettre aux puissances (allusion à l'Evangile).
+CV.
+
+Il autorise la pluralité des femmes. CXV.
+
+Plaidoyer d'une femme contre l'Alcoran. CXLI.
+
+Passages de l'Alcoran cousus dans les vêtements, comme amulette.
+CXLIII.
+
+=Alexandre= comparé à Gengiskhan. LXXXII.
+
+=Algébristes= comparés aux astrologues. CXXXV.
+
+_Ibid._ Algébriste faiseur de _système_; allusion à Law.
+
+=Ali=, gendre du prophète.
+
+(Dans un certain nombre d'éditions du temps _Hali_; déjà en 1721, on
+imprime _Aly_.
+
+Prophète des Chiites (Persans).
+
+Son nom est un talisman. CXLIII.
+
+Il est «le plus beau de tous les hommes;» expressions d'un Psaume
+appliquées au messie. XXXV.
+
+=Allemagne=, partagée en un nombre infini de petits États. CIII.
+
+Les peuples de l'Allemagne antique, avant la chute de l'empire
+romain, étaient libres; leurs rois n'étaient que des chefs à pouvoir
+limité. CXXXI.
+
+L'empire d'Allemagne «se fortifie à mesure de ses pertes.» CXXXVI.
+
+Grand vizir d'Allemagne; le prince Eugène vainqueur à Peterwaradin.
+CXXIX.
+
+=Alliances=. Alliances honorables, alliances injustes; alliances
+déshonorantes (celle d'un tyran).
+
+Il est juste et légitime de secourir un allié. XCVI.
+
+=Ambassadeur=. Faux ambassadeur de Perse à la cour de France XCII.
+
+Nargum, ambassadeur de Perse en Russie. LI, LXXXII.
+
+Ambassadeur du grand Mogol (d'Espagne) expulsé du royaume. CXXVII.
+
+=Ambroise=, sa conduite à l'égard de Théodose. LXI.
+
+(Comparez Spinoza, _Tractatus theologico-politicus_, cap. 19.)
+
+=Ame=, entièrement liée au corps et soumise aux influences physiques,
+XXXIII.
+
+«Ouvrière de sa détermination» l'âme, devant la prescience divine,
+ne serait pas plus libre qu'une boule de billard. LXIX.
+
+Gens qui croient à l'immortalité de l'âme par semestre. LXXV.
+
+Les livres juifs enseignent que la femme n'a pas d'âme. CXLI.
+
+=Amérique=, avait été découverte par les Carthaginois; très-dépeuplée,
+CXIII, par la barbarie des conquérants espagnols. CXXII.
+
+Vainement y introduit-on des esclaves; elle ne profite point des
+pertes de l'Afrique. CXIX.
+
+Indigènes et nègres y périssent par milliers dans les mines. _Ibid._
+
+=Amitié=. presque inconnue aux Asiatiques. XXXIV.
+
+=Amour=. «Dans le nombreux sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu l'amour
+et l'ai détruit par lui-même.» La polygamie éteint l'amour. VI. LVI.
+
+L'amour, chez les musulmans, est amorti par la pluralité des femmes.
+LVI.
+
+L'amour chez les Espagnols. LXXVIII.
+
+L'amour dans le paradis des femmes. CXLI.
+
+=Amulettes=, passages de l'Alcoran, noms sacrés cousus dans les
+vêtements des fidèles musulmans. CXLIII.
+
+=Anais=, ses aventures dans le paradis des femmes, et la vengeance
+qu'elle exerce sur son mari, qui l'a tuée. CXLI.
+
+=Anatomie=. Noms barbares qu'elle donne aux parties du corps. CXXXV.
+
+=Anatomiste=. soupçonné, dans son quartier, du meurtre de tous les
+chiens qui disparaissaient. CXLV.
+
+=Anciens et Modernes=. Querelles sur le mérite d'Homère. XXXVI.
+
+=Anges=. Ils demandent à élever Mahomet enfant. XXXIX.
+
+Chrétiens et musulmans rendent un culte aux bons anges et se méfient
+des mauvais. XXXV.
+
+=Anglais=. Ils limitent l'autorité de leurs rois. Leur humeur et leurs
+raisonnements sur le pouvoir. CV.
+
+=Angleterre=. Son histoire pleine de discordes d'où sort la liberté.
+
+Ses rois toujours chancelants sur un trône inébranlable.
+
+Nation qui, maîtresse de la mer, mêle le commerce avec l'empire.
+CXXXVI.
+
+=Antiquaire=. Lettre et manies innocentes d'un antiquaire malin.
+CXLII.
+
+=Aphéridon=, Guèbre qui épouse sa soeur: ses aventures. LXVII.
+
+(Féridun, Zend _Thaethraona_, sanscrit _Tritâna_, de _Trita_, l'une
+des plus anciennes divinités solaires des peuples aryens).
+
+=Aragon=. Les états d'Aragon et de Catalogne, en 1610, discutent
+quelle sera la langue employée dans les délibérations. CX.
+
+=Arche=. Légendes sur l'arche de Noé. XVIII.
+
+=Argent= (vif), employé contre les exhalaisons malignes. CXIX.
+
+=Arétin=, ses figures recommandées contre les pâles couleurs. CXLIII.
+
+=Aristote=. Le médecin de province fait entrer sa logique dans un
+purgatif, ses catégories dans un remède contre la gale. CXLIII.
+
+=Armées=. Différence des armées d'Orient et des troupes européennes.
+XC.
+
+L'avantage est du côté du prince qui est à la tête des armées. CIII.
+
+Les armées, instrument nécessaire de la tyrannie, surtout en Orient.
+_Ibid._
+
+=Arméniens=. Leurs caravanes qui partent «tous les jours» de Smyrne
+pour Ispahan, transportent en Perse les lettres venues de Marseille.
+XXVII.
+
+Marchands d'esclaves. LXXX.
+
+Quelques ministres de Cha-Soliman voulaient les expulser de Perse,
+s'ils ne se faisaient mahométans. (Allusion à l'édit de Nantes.)
+LXXXVI.
+
+Transportés par Cha-Abbas dans la province de Guilan, ils y périrent
+par milliers. CXXII.
+
+=Arrêt= qui permet de prononcer la lettre Q au gré de chacun. CX.
+
+A. du C. (Arrêts du conseil.) concernant la B. et la C. des I. ou J.
+(Ordinairement traduit: concernant la Bulle et la Constitution des
+Jésuites: Barbier préfère: concernant la Bourse et la Compagnie des
+Indes.) Purgatif violent. CXLIII.
+
+=Arts=. Mauvais usage des arts. CVI.
+
+Où nous entraînerait la perte des arts? Les barbares ont appris les
+arts des vaincus. CVII.
+
+Nécessité des arts. L'oisiveté et la mollesse incompatibles avec les
+arts. Les arts à Paris. _Ibid._
+
+=Ascétiques=. Inutilité des livres de cette espèce. CXXXIV.
+
+=Asie=, dépeuplée, CXIII; toujours livrée au despotisme. CXXXI.
+
+=Asie-Mineure=, singulièrement déchue de son antique prospérité.
+CXIII.
+
+=Astarté=, Guèbre qui épousa son frère: ses aventures. LXVII.
+
+=Asthmè=. Pour le guérir, lisez les périodes du père Maimbourg.
+CXLIII.
+
+=Astrologie judiciaire=, est tenue en honneur chez les Persans et les
+Orientaux. Rica croit fermement au concours des astres. CXXXV.
+
+=Auteurs=. Vanité des auteurs, leur impatience de la critique.
+
+Plus jaloux de leurs ouvrages que de leurs épaules. CIX.
+
+=Automates=, les animaux; allusion au système de Descartes. CXLV.
+
+=Autorité=. «Quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en
+reste plus assez à personne pour la faire revenir.» LXXXI.
+
+=Averroes=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Aveugles=. La vie aux Quinze-Vingts.
+
+Habileté des aveugles à se conduire dans Paris. XXXII.
+
+=Avicenne=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Avocats=. «Livres vivants,» ils travaillent pour les juges et se
+chargent de les instruire, parfois aussi de les tromper. LXVIII.
+
+=Avortement=. Crime sévèrement puni par les lois européennes.
+
+Abus qu'en font les femmes sauvages. CXXI.
+
+
+B
+
+=Babyloniens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en
+l'honneur de Sémiramis. XXXVIII.
+
+=Bachas=. Ils achètent leurs emplois et, ruinés, ruinent les
+provinces. XIX.
+
+=Badinage= «naturellement fait pour les toilettes... semble être venu
+à former le caractère général de la nation.» LXIII.
+
+=Balk= (Bactres), ville sainte où les Guèbres honoraient le soleil.
+LXVII.
+
+=Banque=. Ses actions. Projets financiers du ministère en 1719. CXXXI.
+
+=Baptême=, comparé aux ablutions musulmanes. XXXV.
+
+=Barbares=. Ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux
+vaincus. CVII.
+
+=Barbarie=. Ses côtes, florissantes sous les Carthaginois et les
+Romains, ont été dépeuplées et stérilisées par le mahométisme.
+CXIII, CXIX.
+
+=Barbe=. Pierre Ier et la barbe de ses sujets. LI.
+
+=Bataille=. La terreur panique d'un seul soldat en décide quelquefois.
+CXLIII.
+
+=Bâtiments=. Magnificence de Louis XIV dans ses constructions. XXXVII.
+
+=Batuecas=. Tribu des montagnes d'Espagne, mal connue des Espagnols
+eux-mêmes. LXXVIII.
+
+=Béatitude Éternelle=. Croyance défavorable à la propagation de
+l'espèce. CXX.
+
+=Beauté=. Beauté des Persanes. XXXIV.
+
+Beauté d'une esclave de Circassie, achetée à des Arméniens. LXXX.
+
+Beauté d'une femme jaune de Visapour. XCVII.
+
+Empire naturel et universel de la beauté. XXXVIII.
+
+=Beaux esprits=. Ils s'amusent aux choses puériles. XXXVI.
+
+=Beiram=. Appartement des femmes. Sérail du roi (de Perse). Toute
+esclave qui y entre devient mahométane. LXVII.
+
+=Bénéfices=. «Qui voudroit nombrer tous les gens de loi qui
+poursuivent le revenu de quelque mosquée...» LVIII.
+
+=Ben Josué=, juif, prosélyte musulman. XXXIX.
+
+=Bibliothécaire=. Portrait d'un moine bibliothécaire. Ses
+conversations avec Rica. CXXXIV-CXXXVII.
+
+=Bibliothèques=. Comment elles sont administrées par les dervis.
+CXXXIII.
+
+Voyage dans une grande bibliothèque à Paris. CXXXIII-CXXXVII.
+
+=Bienfait=. Tout homme est capable de faire du bien à un homme: mais
+c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une
+société tout entière. XC.
+
+=Boissons=. Celles qui abrutissent.
+
+Celles qui égayent et consolent, permises aux musulmans. XXXIII.
+
+=Boîtes= où l'on enferme les femmes de la Perse au passage des
+rivières. III.
+
+=Bombés=. Leur invention a ôté la liberté à tous les peuples de
+l'Europe. CVI.
+
+Défense des bombes. CVII.
+
+=Bonheur=. Réside-t-il dans les satisfactions des sens ou dans la
+pratique de la vertu? X.
+
+=Bonne foi=. Doit être l'âme d'un grand ministre. CXLVI.
+
+=Bons mots= préparés d'avance et lancés à l'aide d'un compère. LIV.
+
+=Bonzes=, confondus avec les brahmanes. CXXVI.
+
+=Bourgeois=. Ont perdu la garde de leurs villes. CVI.
+
+Sous quel prétexte les princes la leur ont retirée. _Ibid._
+
+=Boussole=. Que nous a servi l'invention de la boussole? CVI.
+
+=Brahma= récompense le suicide des veuves. CXXVI.
+
+=Brahmane=. Croit à la métempsychose, mais admet qu'on mange un animal
+quand on ne l'a pas tué soi-même. XLVI.
+
+=Bulles=, purgatif violent. CXLIII.
+
+
+C
+
+=Cabale=. Panthéisme mystique des Juifs.
+
+Pratiquée par un médecin de province. CXLIII.
+
+=Café= (=et cafés=.) Très en usage à Paris, donne de l'esprit à ceux
+qui le prennent dans certains établissements. On y joue aux échecs.
+XXXVI.
+
+Conversations que l'on y entend. CXXIX, CXXX, CXXXII.
+
+=Cambyse= a établi en Perse le mariage de la soeur et du frère.
+LXVII.
+
+A quelle jambe a-t-il été blessé? CXLII.
+
+=Cappadociens=. Ils refusèrent la liberté que leur offraient les
+Romains. CXXXI.
+
+=Capucins=. Conversation de Rica et d'un provincial de capucins. XLIX.
+
+=Carthage=. République dont on ignore les origines; rivale de Rome.
+CXXXI.
+
+=Carthaginois=, avaient découvert l'Amérique. CXXII.
+
+=Casbin=. Ville et monastère en Perse. XCIV.
+
+=Casuistes=. Leur habileté à faire passer les péchés du mortel au
+véniel. «Il y a un tour à donner à tout.» LVII.
+
+Ils mettent au jour les secrets de la nuit. Ingéniosité voluptueuse,
+crudité et danger de leurs ouvrages. CXXXIV.
+
+=Castro= (Jean de), «fameux général portugais.» XXXVIII.
+
+=Catalogne=. États d'Aragon et de Catalogne, 1610. Discussion
+préalable sur la langue à employer dans les délibérations. CX.
+
+=Catholicisme=. Son infériorité sociale devant le protestantisme.
+
+Dans l'État de l'Europe, il n'est pas possible qu'il y subsiste cinq
+cents ans. CXVIII.
+
+=Catholiques=. Les pays catholiques moins riches, moins actifs, moins
+peuplés que les pays protestants. CXVIII.
+
+=Caussin= (le P.), jésuite, né à Troyes en 1543, confesseur de Louis
+XIII, exilé par Richelieu.
+
+Sa _Cour sainte_, livre de piété en 4 volumes in-4, est recommandée
+comme somnifère à un homme qui ne dormait pas depuis trente-cinq
+jours. CXLIII.
+
+=Célibat=. Les filles esclaves condamnées à la virginité dans le
+sérail. CXV.
+
+Les Romains établissaient des peines sévères contre le célibat.
+
+Les chrétiens le proclament supérieur au mariage. CXVII.
+
+Nombre prodigieux de catholiques faisant profession de célibat.
+
+Le célibat ecclésiastique est plus nuisible à la propagation que la
+castration même.
+
+Habitude des familles de vouer un de leur membre au célibat
+religieux. _Ibid._
+
+=Cellamare= (conspiration de), allusions, CXXVII.
+
+=Cérémonies=. Leur importance secondaire en religion. XLVI.
+
+=César=, opprima la république romaine et la soumit à un pouvoir
+arbitraire. Suites de son crime. CXXXI.
+
+=Cha-Abbas=, se serait fait couper les deux bras plutôt que de signer
+l'édit de Nantes et «d'envoyer au Mogol et aux autres rois des Indes
+ses sujets les plus industrieux.» LXXXVI.
+
+Voulant priver les Turcs de soldats sur leurs frontières, il
+transporta vingt milles familles arméniennes dans la province de
+Guilan. CXXII.
+
+=Chahban=, mois ardent. XVIII.
+
+=Chansons=. Influence des chansons sur les frondeurs. CXI.
+
+=Chapelain=, bon contre la gale, la teigne, etc. CXLIII.
+
+=Chapelet=. «Heureux celui qui a toujours prié Dieu avec de petits
+grains de bois à la main!» XXIX.
+
+=Chardin=, célèbre voyageur en Perse. LXXII.
+
+=Charles XII=, tué devant une place assiégée en Norwége
+(Frédéricshall). CXXXVII. (_Esprit des lois_.) X, 13.
+
+=Chartreux=. Espèce de dervis taciturnes. LXXXIII.
+
+=Cha-Soliman=. Quelques ministres de ce prince avaient voulu expulser
+de Perse tous les Arméniens (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI.
+
+=Chat=, sorti du nez du lion. XVIII.
+
+=Châtiments=. Les châtiments dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI. (Voir
+Peines.)
+
+=Chaussures=. Les hauts talons. C.
+
+=Chauvinisme=. «Depuis le commencement de la monarchie, les Français
+n'ont jamais été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.) CXXX.
+
+=Chimie= (alchimie?), quatrième fléau qui ruine les hommes et les
+détruit en détail (?). CVI.
+
+Elle habite tantôt l'hôpital, tantôt les Petites-Maisons. CXXXV.
+
+=Chine=. Deux fois conquise par les Tartares. LXXXII.
+
+Les Chinois pensent que leurs pères, anéantis dans le Tyen, revivent
+en eux sur la terre. De là, propagation de l'espèce. CXX.
+
+Ils honorent leurs parents comme des dieux. _Ibid._
+
+Un conquérant de la Chine obligea ses sujets à se rogner les cheveux
+ou les ongles. LXI.
+
+=Chlorose=, doit céder à un tonique où entreront des figures d'Arétin
+et des passages de Sanchez. CXLIII.
+
+=Chrétiens= (vieux). Ce que c'est que les «vieux chrétiens» en Espagne
+et Portugal. Leur orgueil. LXXVIII.
+
+Les chrétiens cultivent les terres en Turquie et sont persécutés par
+les Pachas. XIX.
+
+=Christ=. Pas de royaume où il y ait eu tant de guerres civiles que
+dans celui du Christ. XXIX.
+
+=Christianisme=. Il rend tous les hommes égaux, mais n'empêche pas les
+rois chrétiens d'autoriser la traite des nègres. LXXV.
+
+Il est peu favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV.
+
+Ses rapports avec le mahométisme au point de vue des croyances.
+XXXV.
+
+Ses vices sociaux: interdiction du divorce; création d'eunuques des
+deux sexes; exaltation du célibat. CXV, CXVII, CXVIII.
+
+=Christine= (de Suède), abdique la couronne pour se donner à la
+philosophie. CXXXIX.
+
+=Circassie=, pays des belles esclaves. LXXX, XCVII.
+
+Royaume grand et dépeuplé. CXIII.
+
+=Circoncision=. Ablation d'un «petit morceau de chair.» XLVI.
+
+Mesure sanitaire qui délivre l'homme de l'impureté. XXXIX.
+
+Mahomet est né circoncis. XXXIX.
+
+=Climats=. Ils fixent les tempéraments.
+
+On n'en sort pas impunément. CXXII.
+
+=Cloître=. Cinq ou six mots d'une langue morte y assurent une vie
+tranquille. CXVIII.
+
+=Clyster= (composition d'un). CXLIII.
+
+=Coiffeuses=. Supériorité des coiffeuses françaises. CI.
+
+=Coiffures=. Variations des coiffures françaises. C.
+
+=Colonies=. Elles affaiblissent la mère-patrie sans peupler le pays où
+on les établit. CXXII.
+
+Les colonies grecques apportèrent avec elles un esprit de liberté.
+CXXXI.
+
+=Colonisation=. L'auteur y est peu favorable et n'y voit, sauf
+exception, qu'une cause de dépopulation intérieure et extérieure.
+CXXII.
+
+Il voudrait la borner à l'occupation de places pour le commerce.
+_Ibid._
+
+=Com=. (Ville de).
+
+C'est là qu'est le «tombeau de la Vierge qui a mis au monde douze
+prophètes.» Lettres I, XVII.
+
+=Commentateurs=. Armée effroyable des glossateurs, de commentateurs,
+jurisconsultes. CI.
+
+Ils peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.
+
+=Commerce=. Plus il y a d'hommes, plus il fleurit; plus il fleurit,
+plus il y a d'hommes. CXVI.
+
+=Communisme=. Montesquieu semble avoir attribué quelques avantages à
+l'indivision: «Le peuple Troglodyte se regardoit comme une seule
+famille: les troupeaux étoient presque toujours confondus; la seule
+peine qu'on s'épargnoit ordinairement, c'étoit de les partager.»
+Lettre XII.
+
+=Compères=. Le rôle des compères dans les conversations du monde. LIV.
+
+=Compilateurs=. Contre leurs plagiats stériles. LXVI.
+
+Les compilateurs de lois et d'ordonnances. CI.
+
+=Conception=. Mahomet ne veut pas que la femme conçoive dans l'état
+d'impureté. XXXIX.
+
+=Confesseur=, son rôle près d'un vieux et d'un jeune roi. CVIII.
+
+=Congrès=. «Épreuve aussi flétrissante pour la femme qui la soutient
+que pour le mari qui y succombe.» LXXXVII.
+
+=Conquête=. «La conquête ne donne point un droit par elle-même.» XCVI.
+
+Funestes nécessités de la conquête lorsqu'elle est lointaine:
+extermination des vaincus et épuisement des vainqueurs. CXXII.
+
+Les conquêtes des Espagnols marquées par la ruine des campagnes.
+LXXVIII.
+
+=Conscience=. Inhumanité de ceux qui affligent la conscience des
+autres. LXXXVI.
+
+=Conseils=. Six ou sept conseils remplaçant les ministres ont pu
+sagement administrer la France. CXXXVIII.
+
+=Consolations=. Vanité de celles qu'on tire «de la nécessité du mal,
+de l'inutilité des remèdes, de la fatalité du destin, de l'ordre de
+la providence.» XXXIII.
+
+=Conspirations= fréquentes en Orient. Pourquoi? CIII.
+
+=Constantinople= menacée de dépopulation par la polygamie. CXV.
+
+Les transports de peuples qu'on y a faits n'ont jamais réussi.
+CXXII.
+
+=Constitution= (Bulle de 1710) mal accueillie par les Français,
+surtout par les femmes. Louis XIV l'accepte. XXIV.
+
+Les constitutions des papes, adoptées par la jurisprudence
+française. CI.
+
+Influence de la constitution du corps sur les croyances religieuses.
+LXXV.
+
+=Conte persan=. Anaïs dans le paradis. CXLI.
+
+=Continence=. Chez les chrétiens, c'est la vertu par excellence (bien
+que le mariage soit saint: contradiction); elle a anéanti plus
+d'hommes que les pestes et les guerres les plus sanglantes. CXVIII.
+
+=Conversation=. Influence qu'ont dans les conversations les choses
+inanimées, bruit du carrosse et du marteau, habit brodé, perruque
+blonde, tabatière, canne, gants. LXXXIII.
+
+=Coquetterie=. «Un peu de coquetterie est un sel qui pique et prévient
+la corruption.» XXXVIII.
+
+=Corps=. Les grands corps s'attachent aux minuties, aux vains usages.
+CX.
+
+=Corruption= remarquée dans les Indes (en France), oeuvre du système
+de Law. Peinture énergique des hontes de l'agiotage. CXLVI.
+
+=Cosrou=, eunuque blanc amoureux de Zélide. LIII.
+
+=Cour=. La vertu et la sincérité y sont périlleuses. Lettre VIII.
+
+=Courbe= selon laquelle un vaisseau doit être taillé. XCVIII.
+
+=Courouc=. Ordre qui, en Perse, écarte les hommes du passage des
+femmes de qualité. XLVII.
+
+=Courtisans=. Par quels services ils gagnent des libéralités des
+princes, CXXV, et leurs faveurs, notamment celles de Louis XIV.
+XXXVIII.
+
+=Coutumes=. Multiplicité des coutumes des provinces en France. La
+plupart rédigées d'après le droit romain. CI.
+
+=Couvent=. Famille éternelle où il ne naît personne; gouffre où
+s'ensevelissent les races futures. CXVIII.
+
+=Création=. Peut-on croire qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a 6,000 ans?
+Plus tôt, Dieu n'a-t-il pas voulu? n'a-t-il pas pu? CXIV.
+
+=Cuisiniers=. Le goût des cuisiniers français règne du septentrion au
+midi. CI.
+
+=Czar=, son autorité despotique. LI.
+
+
+D
+
+=Débiteurs= avares qui ruinent leurs créanciers par des payements
+fictifs. CXLVI.
+
+=Décadence romaine=. Passage qui contient en germe un des
+chefs-d'oeuvre de Montesquieu. CXXXVI.
+
+=Décisionnaire=. Homme content de lui qui tranche sur tout, morale,
+science, histoire, nouvelles. LXXII.
+
+=Défense=. Elle rend la guerre légitime. Quand un traité a privé une
+société de «sa défense naturelle,» elle peut la reconquérir par la
+guerre. XCVI.
+
+=Déluge=. Hypothèses de plusieurs déluges. CXIV.
+
+=Dépopulation=. Catastrophe insensible.
+
+Elle croît depuis les temps les plus reculés, dans tous les pays du
+monde connu. CXIII.
+
+Ses causes physiques, CXIV, et morales, CXV, dans les pays
+musulmans, CXVI, et chrétiens, CXVII, CXVIII; en Afrique et en
+Amérique, CXIX; chez les sauvages, CXXI; dans les colonies, CXXIII.
+
+=Dervis= (Lisez prêtres ou moines.) LVII;
+
+Dervis taciturnes: Chartreux LXXXIII.
+
+On souhaiterait que les dervis «_se retranchassent_ tout ce que leur
+profession leur rend inutiles.» _Ibid._
+
+Société de gens avares qui prennent tout et ne rendent rien. Les
+dervis catholiques accaparent les richesses de l'État, paralysent la
+circulation, le commerce et les arts. CXVIII.
+
+Comment ils administrent leurs bibliothèques. CXXXIII.
+
+=Déserts=. Pays déserts par vice de nature ou destruction de peuples.
+CXXII.
+
+=Désespoir=. Il égale la faiblesse à la force. XCVI.
+
+=Désirs=. Malheur d'une femme qui a des désirs violents lorsqu'elle
+est privée de celui qui peut seul les satisfaire. VII.
+
+=Despote=, =despotisme=. Le despote menacé par l'excès même de son
+autorité. LXXXII, CIII.
+
+Le despotisme tue l'émulation, XC; conduit au régicide impuni. CIV.
+
+=Devins=. Ils vous diront toute votre vie, «pourvu qu'ils aient eu un
+quart d'heure de conversation avec vos domestiques.» LVIII.
+
+=Dévot=. Dévot ou incrédule par accès, caractère du chrétien. LXXV.
+
+«Si dévots qu'ils sont à peine chrétiens» (les Espagnols). LXXVIII.
+
+Le dévot adore tout ce qu'il vénère, attribue à de petites pratiques
+monacales la même efficacité qu'aux sacrements. _Ibid._
+
+=Dictionnaire=. Le dictionnaire de Furetière et celui de l'Académie.
+LXXIII.
+
+=Didon=. On ignore la suite des princes africains depuis Didon. CXXXI.
+
+=Dieu=. Les hommes le font à leur image. Dieux nègres, Vénus
+hottentote; «si les triangles faisoient un dieu, ils lui donneroient
+trois côtés.» LIX.
+
+«Ils ont fait une énumération de toutes les perfections différentes
+que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer, et en ont chargé
+l'idée de la divinité.»
+
+Quoique tout-puissant, Dieu «ne peut pas violer ses promesses, ni
+tromper les hommes.»
+
+Comment pourrait-il prévoir ce qui n'est pas encore?
+
+La prescience divine est discutée et discutable. Peut-être
+n'est-elle qu'intermittente, quand Dieu veut qu'une chose arrive. En
+tout cas elle est contradictoire et supprime la liberté, le mérite
+et le démérite, tels que les métaphysiciens les définissent. LXIX.
+
+«Dieu est si haut que nous n'apercevons pas même ses nuages.» LXIX.
+
+Dieu défend-il le suicide? LXXVI.
+
+S'il y a un Dieu, il faut qu'il soit juste... Il serait le plus
+méchant de tous les êtres puisqu'il le serait sans intérêt.
+
+Docteurs qui représentent Dieu tantôt comme un être mauvais, tantôt
+comme un être qui hait le mal. LXXXIV.
+
+Comment comprendre que Dieu ait différé, durant toute l'éternité, la
+création du monde?--Il n'y a point en lui de succession. CXIV.
+
+=Directeur=. Portrait du directeur de consciences. XLVIII.
+
+=Discours= prononcé par un général de la Fronde. CXII.
+
+=Disgrâce=. Pour un Persan, la disgrâce du prince, c'est la mort.
+Aussi les révoltes coûtent-elles peu aux Orientaux.
+
+Pour les grands d'Europe, la disgrâce n'est que défaveur, exil.
+CIII.
+
+=Dissimulation=. Art nécessaire et pratiqué chez les Asiatiques.
+LXIII.
+
+=Distinction=. Procédé jésuitique, raillé. XXIX.
+
+Les distinctions des avocats ou des scolastiques. XXXVI.
+
+Une «distinction» sur un morceau de papier, remède contre la gale,
+la gratelle, etc. CXLIII.
+
+=Divorce=. Autorisé par le paganisme. CXV.
+
+Il contribuait à l'attachement mutuel CXVII.
+
+Son interdiction peu judicieuse relâche les liens que le
+christianisme prétend resserrer, et porte atteinte à la fin du
+mariage. _Ibid._
+
+Elle engendre la froideur dans le ménage, livre aux filles de joie
+l'homme dégoûté d'une épouse éternelle et nuit à la propagation de
+l'espèce. _Ibid._
+
+=Docteurs= qui représentent Dieu comme un être qui fait un exercice
+tyrannique de sa puissance, etc. LXXXIV.
+
+=Don Quichotte=. Le seul des livres espagnols «qui soit bon est celui
+qui a fait voir le ridicule de tous les autres.» LXXVIII.
+
+=Droit barbare=. Lois franques, etc., abandonnées pour le droit
+romain. CI.
+
+=Droit canon=. Constitutions des papes (Décrétales), adoptées par les
+Français. _Ibid._
+
+=Droit civil=. Il règle les affaires des particuliers.
+
+Identité rationnelle du droit civil et du droit public. XCV.
+
+=Droit coutumier= presque toujours modifié selon le droit romain. CI.
+
+=Droit des gens= (voyez Droit public), doit prohiber les inventions
+meurtrières. CVI.
+
+=Droit public= faussé par les passions des princes, la patience des
+peuples, la flatterie des écrivains; science qui apprend aux princes
+jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice. XCV.
+
+Le droit public devrait être considéré comme un droit civil étendu
+au monde entier. _Ibid._
+
+Il est plus connu en Europe qu'en Asie. _Ibid._
+
+Sanctions du droit public: la guerre; les représailles; la
+suppression des avantages mutuels; la renonciation aux alliances.
+XCVI.
+
+Les principes du droit public sont ceux du droit privé. _Ibid._
+
+=Droit romain=. Fond du droit français, rédigé en partie par les
+Byzantins. CI.
+
+=Droits= surannés rétablis au détriment du peuple par les fauteurs
+d'intrigues princières. CXLV.
+
+=Duel=. Edit de Louis XIV contre les duels, loué par un homme qui
+«reçut cent coups de bâton pour ne le pas violer.» LIX.
+
+Contradiction entre les lois de la nation et les lois de l'honneur.
+
+Inutilité et injustice des lois sur le duel. XCI.
+
+Sottise du duel, qui met le droit à la merci de la force ou de
+l'adresse corporelle.
+
+Injustice du duel par champions.
+
+Rôle des seconds.
+
+Le duel survit à toutes les interdictions et à toutes les peines.
+_Ibid._ XCI.
+
+
+E
+
+=Eau= froide pour les ablutions du matin. XLVI.
+
+Manque à Venise pour les purifications musulmanes.
+
+(Voir Venise.)
+
+=Ecclésiastiques=. On leur demande de prouver ce qu'on est résolu de
+ne pas croire. LXI, LXXV.
+
+=Ecriture sainte=. Tortures que lui infligent les glossateurs
+ecclésiastiques. CXXXIV.
+
+Diversité des interprétations. _Ibid._
+
+=Edit de Nantes=. «En proscrivant les Arméniens (les protestants), on
+pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous
+les artisans du royaume.»
+
+Coup porté à l'industrie par la dévotion. LXXXVI.
+
+=Education=. Tristes résultats de celle que les enfants, en Orient,
+reçoivent des esclaves. XXXIV.
+
+=Education des femmes=. Entre les hommes et les femmes, «les forces
+seroient égales si l'éducation l'étoit aussi.» XXXVIII.
+
+=Egalité=. L'égalité civique, amenant l'égalité des fortunes porte
+l'abondance et la vie dans toutes les parties du corps politique.
+CXXIII.
+
+Chez les Guèbres la femme était l'égale de son mari. LXVII.
+
+=Eglise=. L'histoire de l'Église et des Papes, faite pour édifier,
+produit l'effet contraire. CXXXVI.
+
+=Egypte= dépeuplée. CXIII.
+
+=Egyptiens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en
+l'honneur d'Isis. XXXVIII.
+
+=Eléphant=. Ses ordures font pencher l'arche et engendrent le
+pourceau. XVIII.
+
+=Emollients=. Molina, Escobar, Vasquez, etc., en clystère. CXLIII.
+
+=Empire romain=. Gouvernement militaire et violent sous lequel gémit
+l'Europe. CXXXI.
+
+Démembré par les barbares. _Ibid._
+
+=Empire d'Allemagne= (voyez Allemagne).
+
+=Empires= comparés à un arbre dont les branches trop étendues ôtent le
+suc du tronc. CXXII.
+
+=Enfants=. Les enfants nés dans la misère, ou issus de mariages
+précoces, meurent en bas-âge ou forment des générations étiolées.
+CXXIII.
+
+Tout enfant né dans le mariage est censé être au mari. LXXXVII.
+
+=Enrhumé=. «Tout Espagnol qui n'est pas enrhumé ne saurait passer pour
+galant.» LXXVIII.
+
+=Eole=. Fils qu'il eut d'une nymphe de la Calédonie (Law), et auquel
+il apprit l'art d'enfermer du vent dans des outres.
+
+Voyages de ce fils en compagnie du dieu du hasard; son séjour en
+Bétique (France); ses discours; il escamote la fortune des crédules
+auditeurs. CXLII.
+
+=Epée= (gens d'), méprisent les gens de robe, qui le leur rendent.
+XLIV.
+
+=Epigrammes=. Petites flèches déliées qui font une plaie profonde.
+CXXXVII.
+
+=Episodes intercalés=. Les Troglodytes. XI-XIV.
+
+Aphéridon et Astarté. LXVII.
+
+L'immortelle Anaïs. CXLI.
+
+Fragments d'un mythologiste. CXLII.
+
+=Epitaphe= d'un Français mort de lassitude en la soixantième année de
+son âge. LXXXVIII.
+
+=Epopées=. Les connaisseurs disent qu'il n'y en a que deux et qu'on
+n'en peut plus faire. CXXXVII.
+
+=Equité=. «Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne
+devrions pas l'être de celui de l'équité.» LXXXIV.
+
+=Erivan=, ville où s'achètent les esclaves géorgiennes et
+circassiennes. LXXX.
+
+=Erzeron= (Erzeroum), ville de Turquie d'Asie. Lettres IV, V, VI, XVI.
+
+=Esclavage= aboli par les rois dans leurs États, rétabli dans leurs
+conquêtes. Pour quelles raisons? LXXVI.
+
+=Esclaves=. Leur dégradation morale; danger de leur fréquentation.
+XXXIV.
+
+=Esclaves romains=. Leur multiplication favorisée; leur pécule, leurs
+industries; aisance dans la servitude, espoir de liberté;
+affranchissement et libération. CXVI.
+
+=Escobar=. Casuiste espagnol (XVIe-XVIIe siècles). Emollient. CXLIII.
+
+=Espagne=, =espagnols=. Espagnols et Portugais, deux peuples qui
+«méprisant tous les autres, font aux seuls François l'honneur de les
+haïr.» Orgueilleux, ennemis de tout travail, amoureux, dévots
+jusqu'à enfermer leurs femmes avec un novice ou un franciscain;
+jaloux; leurs politesses bizarres; leur ignorance. Extravagance de
+leurs livres. LXXVIII.
+
+L'abaissement de l'Espagne correspond aux progrès du protestantisme.
+CXVIII.
+
+L'inquisition en Espagne. XXIX, LXXVIII.
+
+Dépopulation. CXIII.
+
+L'expulsion des maures. CXXII.
+
+Les Espagnols ont été logiquement conduits à massacrer les indigènes
+de leurs colonies.
+
+Ils n'ont pu repeupler l'Amérique dévastée par eux. Au lieu de
+passer aux Indes, ils feraient mieux de rappeler en Espagne tous les
+métis et tous les indiens. CXXII.
+
+Dans l'Espagne, ou Hespérie, au temps des colonies grecques, on ne
+voit guère de monarchies. CXXXI.
+
+Résumé de l'histoire d'Espagne. Expulsion des princes mahométans.
+Eclat momentané, fausse opulence. La nation vit sur l'orgueil de son
+passé. CXXXVI.
+
+=Esprit= (homme d'). Portrait de l'homme d'esprit, ses défauts, ses
+ennuis. CXLV.
+
+=Estomac=, son influence sur l'intensité des croyances religieuses.
+LXXV.
+
+=États=. Il y a en France trois états: église, épée, robe, qui se
+méprisent mutuellement. XLIV.
+
+=États=. Les plus puissants États de l'Europe sont l'Empire, la
+France, l'Espagne et l'Angleterre. CIII.
+
+=Eunuques=. Leurs fonctions, devoirs; situation dans le sérail. II,
+XV.
+
+Plaintes contre leur autorité. IV, VII, IX, CLVI-CLIX.
+
+Leur état détruit l'effet des passions sans en éteindre la cause,
+IX; leur jalouse impuissance, leurs souffrances. _Ibid._
+
+Confiance et mépris de leurs maîtres. XXI.
+
+Leur position entre les deux sexes. XXII.
+
+Leurs mariages. LII, LXVII.
+
+Ils n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que les autres
+maris. LXVII.
+
+Leur multitude en Asie est une cause de dépopulation. CXV.
+
+Voir encore CXLVII-CLXI.
+
+=Eunuques= (blancs). L'eunuque blanc n'a pas d'accès près des femmes;
+Nadir, eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi, est menacé de mort par
+Usbek. XXI.
+
+Le chef des eunuques blancs sévèrement blâmé. XXII.
+
+Passion de Cosrou, eunuque blanc, pour Zélide. Sorte de volupté que
+les eunuques goûtent, dit-on, dans le mariage. LIII.
+
+=Eunuques= (noirs), chargés spécialement de la direction des femmes
+dans le sérail, de l'examen et de l'achat des esclaves, des
+corrections, même manuelles. _Passim._
+
+Histoire du grand eunuque noir, racontée par lui-même. IX, LXIV.
+
+Ce qui lui arrive en mettant une femme au bain. IX.
+
+Tours que lui jouent les femmes.
+
+Châtiment obtenu contre lui par une femme, dans un de ces moments où
+le mari ne refuse rien.
+
+Il veut mutiler un esclave noir qui résiste, XLI, XLII.
+
+Achète une Circassienne. LXXX.
+
+Une femme jaune de Visapour. XCVII.
+
+Sa mort; désordres qui la suivent. CXLIX.
+
+=Eunuques chrétiens=. Prêtres et dervis de l'un et l'autre sexe.
+CXVIII.
+
+Agents de dépopulation. _Ibid._
+
+=Europe=. Sa capitale, Paris. XXIII.
+
+Ses plus puissants États, la plupart monarchiques. CIII.
+
+=Européens=. Ils font tout le commerce des Turcs, XIX; aussi punis par
+une peine légère que les Asiatiques par la perte d'un membre. LXXXI.
+
+=Evêques=, gens de loi subordonnés au pape; unis au pape ils font des
+articles de foi; en particulier, ils dispensent d'accomplir la loi.
+XXIX.
+
+Evêque vantant son mandement. CII.
+
+=Extravagance humaine=. A propos des pompes funèbres. XL.
+
+
+F
+
+=Famille=. Puissance paternelle chez les Romains. LXXIX.
+
+Chez les Français, les familles se gouvernent toutes seules.
+LXXXVII.
+
+Leurs différends portés devant les tribunaux. _Ibid._.
+
+Les membres de la famille ne sont liés que par l'amour et la
+gratitude. CV.
+
+Infériorité de la famille polygamique. VII, CXV, XXXIV.
+
+=Fat=. Son portrait. L.
+
+=Fatalisme musulman=. Cause de dépopulation. CXX.
+
+=Fatmé= rappelle à Usbek sa beauté, lui raconte ses désirs amoureux et
+les soins qu'elle prend de sa personne. VII.
+
+=Faveur=. C'est la grande divinité des Français. LXXXIX.
+
+=Félicitations=. Tout pour les Français est matière à félicitations et
+compliments. LXXXVIII.
+
+=Femme jaune= de Visapour, achetée cent tomans. Sa beauté supérieure à
+«tous les charmes de la Circassie.» XCVII.
+
+=Femmes=. Liberté des femmes européennes. XXIII, XXVI.
+
+Indignation des Françaises contre la _Constitution_ (bulle de 1710)
+qui leur interdit la lecture de la Bible. XXIV.
+
+Coquetterie des Françaises de tout âge. LII.
+
+Leur légèreté, leurs infidélités qui ne choquent personne. LV.
+
+«Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses... mais si laides
+qu'il faut être un saint pour ne pas haïr la vertu.» _Ibid._
+
+Les femmes, surtout lorsqu'elles vieillissent, s'adonnent au jeu
+avec passion. LVI.
+
+Comment elles ruinent leurs maris. _Ibid._
+
+Vieilles femmes qui ont travaillé tout le matin à se rajeunir et
+passent le soir à louer le temps de leur jeunesse. LIX.
+
+Leur situation en Espagne; elles laissent souvent aux hommes «un
+long et fâcheux souvenir d'une passion éteinte.» LXXVIII.
+
+Les femmes adorent ceux qui savent parler sans rien dire. LXXXIII.
+
+La loi naturelle soumet-elle les femmes aux hommes?
+
+Chez les peuples les plus polis, les femmes ont de l'autorité sur
+leurs maris.
+
+Les hommes, dit Mahomet, ont un degré sur elles. XXXVIII.
+
+En France, les femmes gouvernent, distribuent les faveurs et les
+places. CVIII.
+
+Elles forment une sorte de république (nous dirions
+franc-maçonnerie). _Ibid._
+
+Gravité du rôle d'une jolie femme. CXI.
+
+=Femmes= (musulmanes). (Voir _sérail_). La femme, selon Mahomet, est
+d'une «création inférieure;» elle n'entrera pas dans le paradis.
+XXIV.
+
+«Les femmes sont vos labourages, elles vous sont nécessaires comme
+vos vêtements, et vous à elles,» dit le prophète. CXV.
+
+Quatre femmes, permises par la loi, et autant de concubines qu'un
+homme en peut entretenir et satisfaire. _Ibid._
+
+=Fermier général=. Portrait du fermier général suffisant. XLVIII.
+
+Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors. XCIX.
+
+Leur situation terrible devant la chambre de justice. _Ibid._
+
+=Fermiers=. En vain les accable-t-on de frais; ils payent leurs loyers
+toujours en retard. CXXXII.
+
+=Fidélité=. La fidélité n'empêche point le dégoût qui suit les
+passions satisfaites. XXXVIII.
+
+=Filles=. Fille modeste avouant devant les juges les tourments d'une
+trop longue virginité. LXXXVII.
+
+Filles ravies ou séduites; elles font les hommes beaucoup plus
+mauvais qu'il ne sont. _Ibid._
+
+Les filles des laquais enrichissent les seigneurs ruinés. XCIX.
+
+En Europe, on sait à la minute le moment où elles cessent de l'être.
+En Orient, quoique mariées, elles se défendent longtemps. LV.
+
+=Filles de joie=. Il y en a à Paris autant que de dervis. LVII.
+
+L'interdiction du divorce leur livre les maris désespérés. CXVII.
+
+=Filles musulmanes= confiées aux eunuques noirs dès leur septième
+année; quelquefois on attend leur dixième. LXII.
+
+=Finances=. En trois ans quatre systèmes. Bouleversées par Law.
+CXXXVIII.
+
+=Financiers=. Leurs bureaux, leurs inventions, leur impertinence
+CXXXVIII.
+
+=Flamel= (Nicolas), a découvert la pierre philosophale. XLV. (La
+légende paraît avoir fait sans raison un alchimiste de Flamel, riche
+écrivain--juré de l'Université de Paris, mort en 1418.)
+
+=Fléchier= (M. de N.). Ses oraisons funèbres ne peuvent entrer dans le
+_vomitif_ indiqué par le médecin de province. CXLIII.
+
+=Flegme= des grands seigneurs. LXXIV.
+
+Des Espagnols et Portugais. LXXVIII.
+
+=Formalités=. pernicieuses dans la jurisprudence et dans la médecine.
+CI.
+
+=Fortune=. Instabilité des fortunes en France. (Allusion à Law.) XCIX.
+
+=Fouet=. Châtiment qu'on inflige aux femmes persanes. CLVII.
+
+=Fous=. Les Français «enferment quelques fous dans une maison, pour
+prouver que les autres ne le sont pas.» LXXVIII.
+
+=Fragment= d'un ancien mythologiste, sur le fils d'Eole, Law. CXLII.
+
+=Français=. Leur activité: «ils courent, ils volent.» XXIV.
+
+Leur vanité, exploitée par Louis XIV, _Ibid._
+
+Le roi les fait penser comme il veut. _Ibid._
+
+Leurs perpétuelles accolades. XXVIII.
+
+Leur gaieté, leur liberté d'esprit inconnues aux Persans et aux
+Turcs. XXXIV.
+
+Ils parlent beaucoup. LXXXIII.
+
+Leur badinage. LXIII.
+
+Leurs modes. C.
+
+Leur prééminence en toilette, cuisine, coiffures. CI.
+
+Leur amour de la gloire. XC.
+
+Ils ont pris de leurs voisins tout ce qui concerne le gouvernement
+politique et civil. CI.
+
+Leur droit écrit, coutumier et canonique. _Ibid._
+
+=France=. Sa population n'est rien en comparaison de celle de
+l'ancienne Gaule. CXIII.
+
+Un des plus puissants États d'Europe. CIII.
+
+Allusion à la guerre avec l'Espagne, sous la Régence. CXXXII.
+
+
+G
+
+=Gaité=. Gaieté des Français, inconnue des Persans, surtout des Turcs.
+XXXIV.
+
+=Gale=. Remède recommandé contre la gale, gratelle, teigne, etc.
+CXLIII.
+
+=Galice=, province d'Espagne, lieu de pèlerinage. XXIX.
+
+=Gardes=. En quelle occasion les rois de France se donnèrent des
+gardes. CIII.
+
+=Gaules=. Colonies grecques dans les Gaules.
+
+Dans les temps les plus reculés, on ne voit guère de monarchies chez
+les Gaulois. CXXXI.
+
+=Gemchid= (nom du fondateur légendaire de la royauté Perse), dervis du
+brillant monastère de Tauris. Usbek lui énumère les conformités du
+christianisme et de l'islamisme, et lui demande si les chrétiens
+iront en enfer. XXXV.
+
+=Généalogiste=. Pauvre métier. Espérances que fonde un généalogiste
+sur les enrichissements subits dûs au système de Law. CXXXII.
+
+=Gênes=, république, qui n'est remarquable que par ses bâtiments.
+CXXXVI.
+
+=Gengiskan=, ses conquêtes mises au-dessus de celles d'Alexandre.
+LXXXII.
+
+=Géomètre=. Esprit exclusif d'un géomètre, sa rencontre avec un
+traducteur d'Horace. CXXIX.
+
+Les géomètres obligent un homme malgré lui d'être persuadé. CXXXV.
+
+=Géorgie=, royaume jadis vassal de la Perse. XCII.
+
+=Gloire=. C'est une nouvelle vie qu'on acquiert.
+
+Le désir de la gloire croît avec la liberté; la gloire n'est jamais
+compagne de la servitude.
+
+Amour des Français pour la gloire. XC.
+
+=Glossateurs=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.
+
+=Goa=. Les habitants de Goa prêtent vingt mille pistoles sur une des
+moustaches de Jean de Castro. LXXVIII.
+
+=Gortz= (baron de), ministre suédois condamné à mort. CXXVIII.
+
+=Goths=, déposaient leurs rois dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits.
+CXXXI.
+
+=Gouvernements=, monarchiques en Europe, avec tempéraments; absolus en
+Orient. CIII.
+
+Diversité des gouvernements en Europe. Le plus parfait est celui qui
+va à son but à moins de frais et qui conduit les hommes selon leur
+inclination.
+
+Supériorité rationnelle d'un gouvernement doux. LXXXI.
+
+La douceur du gouvernement, les républiques, Suisse et Hollande, en
+sont une preuve constante, contribue à la propagation de l'espèce.
+CXXIII.
+
+=Grâce=. Le droit de grâce, attribut des rois en Europe. CIII.
+
+=Grammairiens=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.
+
+=Grands=. En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque
+donne quelque part au gouvernement. LXXXIX.
+
+=Gravitation=, la clef de la nature. XCVIII.
+
+=Gravité=. Causes de la gravité des Asiatiques. XXXIV.
+
+La gravité est le caractère saillant des Espagnols et des Portugais.
+LXXVIII.
+
+=Grèce=, aujourd'hui réduite à la centième partie de ses habitants.
+CXIII.
+
+Tira ses colonies d'Egypte et d'Asie, renversa ses tyrans, se divisa
+en républiques qui tinrent en échec la Perse, répandirent les arts,
+peuplèrent l'Italie, colonisèrent la Gaule, et l'Espagne. CXXXI.
+
+=Guèbres=. Antiquité de leur religion; mariage de la soeur avec le
+frère, «usage introduit par Cambyse» (?) LXVII (_Aphéridon et
+Astarté_).
+
+La persécution a privé la Perse de «cette nation si appliquée au
+labourage» (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI.
+
+=Guerre=. Deux sortes de guerres justes: pour défendre le sol, pour
+secourir un allié.
+
+La guerre, c'est la peine de mort transportée dans le droit public.
+
+La déclaration de guerre est régie par les mêmes principes que
+l'accusation en droit privé. XCVI.
+
+Il n'y a jamais eu autant de guerres civiles que dans l'empire du
+Christ. XXIX.
+
+Les guerres de religion ne sont pas dues à la multiplicité des
+religions, mais à l'intolérance. LXXXVI.
+
+=Guerrier=. Vanité et babil du vieux guerrier. Les officiers médiocres
+languissent dans les emplois obscurs. XLVIII.
+
+=Guilan=, province où Cha-Abbas déporta les Arméniens. CXXII.
+
+=Guinée=. Vanité d'un roi de Guinée dont tous les ornements
+consistaient en sa peau noire et luisante et quelques bagues. XLIV.
+
+Ses côtes dépeuplées par la traite des nègres;
+
+Ses rois vendent leurs sujets. CXIX.
+
+=Guitare=. Abus qu'en font les Espagnols. LXXVIII.
+
+=Guriel=, petit État d'Asie, peu peuplé. CXIII.
+
+=Gustape= (Hystaspe), nom d'un héros perse, quatrième roi de l'antique
+dynastie Kaïanienne, sous lequel vivait Zoroastre. LXVII.
+
+Les Tartares se sont assis sur le trône de Cyrus et Gustape. LXXXII.
+
+
+H
+
+=Habillement=, son influence sur la curiosité publique en France. XXX.
+
+=Hagi=, qui a fait le pèlerinage de la Mecque. XXXIX.
+
+=Hassein=, dervis de la montagne de Jaron. Usbek lui adresse la lettre
+sur les philosophes rationalistes. XCVIII.
+
+=Hérésie=. Les savants en sont naturellement accusés. CXLV.
+
+=Hérétiques=. Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle
+sans avoir présenté au moins une distinction. XXIX.
+
+Brûlés par les dervis en Espagne et Portugal. LIX, LXXVIII.
+
+Allusion à l'édit de Nantes. LIX.
+
+=Héros=, se ruinent à conquérir des pays qu'ils perdent soudain.
+CXXII.
+
+Les héros de roman français et orientaux. CXXXVII.
+
+=Hibernois= (?), chassés de leur pays, viennent utiliser en France
+leur talent pour la dispute. XXXVI.
+
+(Note de l'édition Lefèvre. 1820.)
+
+=Historiens= de l'Église, de la décadence romaine, de l'empire
+d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande,
+d'Italie, de Suisse, de Venise, de Gênes, du Nord, de la Pologne.
+
+Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI.
+
+=Hohoraspe= (le cheval de l'asoura ou le cheval-être), divinité
+persique (?), nom donné à un fabuleux Cambyse, père de Gustape et
+troisième roi de la dynastie Kaïanienne. LXVII.
+
+=Hollande=, république citée avec éloge. LXXII.
+
+Seconde reine de la mer, respectée en Europe, formidable en Asie.
+CXXXVI.
+
+Les Hollandais poussèrent les colonies portugaises à la révolte pour
+s'en emparer. CXXII.
+
+=Homère=. Dispute sur les poëmes et le mérite d'Homère. XXXVI.
+
+=Hommes= (en général) nés pour être vertueux; la justice leur est
+aussi propre que l'existence. X.
+
+Ils rapportent tout à leurs idées, XLIV; à leurs souvenirs, LIX;
+s'exagèrent leur place dans l'univers, LXXVI; cèdent trop volontiers
+aux passions et à l'intérêt immédiat qui leur voilent les avantages
+de la justice, si nécessaire à leur sécurité et à leur bonheur.
+LXXXIV.
+
+La fausseté de leurs espérances et de leurs craintes les rend
+malheureux. CXLIII.
+
+Il semble que le fait d'être assemblés en grand nombre rétrécisse
+leur esprit. CX.
+
+Ils n'ont sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique. Ils sont les plus
+forts. XXXVIII.
+
+Les soupçons et la jalousie les mettent dans la dépendance des
+femmes. LXII.
+
+Hommes lâches qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension.
+CXLV.
+
+=Hommes a bonnes fortunes=, leur fatuité, leur indignité sociale.
+XLVIII.
+
+=Honneur=. Le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la
+vertu, semble être établi dans les républiques.
+
+Un sujet blessé dans son honneur par son prince quitte sur-le-champ
+sa cour, son emploi, son service. XC.
+
+=Huguenots=. La persécution qui les a jetés en exil n'a point profité
+à la France. LX.
+
+=Humanité=. Les devoirs de l'humanité priment les règles de la
+religion. A ce point que toutes les religions les ont inscrits en
+tête de leurs préceptes. XLVI.
+
+
+I
+
+=Ibben=, un des correspondants ordinaires d'Usbek et de Rica,
+négociant à Smyrne, oncle de Rhédi. XXIII, XXIV, XXV, XXIX, XXX,
+XXXIV, XXXVII, XXXVIII, XL, LV, LVI, LX, LXVIII, LXXVI, LXXVII,
+LXXXIII, XC, CXIX, CIII-CV, CVIII, CXXVIII, CXXXVIII.
+
+=Ibbi=, esclave qui a suivi Usbek, correspondant du grand eunuque
+noir. IX.
+
+=Ibbi= (hagi), écrit à Ben Josué sur la naissance merveilleuse de
+Mahomet. XXXIX.
+
+=Ignorance=. Les monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance et
+ne subsistent que par elle, témoins les royautés d'Orient. CVI.
+
+Heureuse ignorance des musulmans. _Ibid._
+
+=Ignorants=. Un ignorant se dédommage en méprisant le mérite. CXLV.
+
+=Iles= peuplées par des malades que quelques vaisseaux y avaient
+abandonnés. (L'île de France et la Réunion.) CXXII.
+
+=Immaums= (Imans), saints et prophètes musulmans. Il y en a douze (les
+douze premiers successeurs de Mahomet). Treizième iman est un
+compliment comme dixième muse. Les imans sont des prêtres chargés de
+faire la prière publique, de prêcher le vendredi; ils assistent à la
+circoncision, aux mariages, aux enterrement XVI, XCIV.
+
+=Immeubles=. Deux appréciations de ce genre de biens. CXXXII.
+
+=Immortalité= (de l'âme). On y croit par semestre. LXXV,
+
+Pour «mourir du côté de l'espérance.» _Ibid._
+
+=Impie=. Impie ou dévot, selon le tempérament, la digestion, la santé.
+LXXV.
+
+=Impôts=. Ils pèsent sur l'agriculture, l'industrie, CXXV,
+
+Et la nourriture du peuple. _Ibid._
+
+Le vin, très-imposé, est cher à Paris. XXXIII.
+
+=Impureté=, viandes immondes, impureté des cadavres.
+
+«Les choses ne sont en elles-mêmes ni pures, ni impures... La boue
+ne nous paroît sale que parce qu'elle blesse notre vue ou quelque
+autre de nos sens.» XVII.
+
+Légende musulmane sur l'impureté du cochon et du rat. XIX.
+
+=Inde=. Les «hommes de chair blanche» dans l'Inde. Leur orgueil.
+LXXVIII.
+
+=Industrie=. Les revenus industriels supérieurs à ceux de
+l'agriculture.
+
+Avec une pistole de couleurs le peintre en gagne cinquante, etc.,
+etc. CVII.
+
+=Infaillibilité= de ceux que l'Esprit-Saint éclaire--et qui ont grand
+besoin d'être éclairés. CII.
+
+=Injustice=. Les hommes peuvent faire des injustices, parce qu'ils ont
+intérêt de les commettre; nul n'est mauvais gratuitement. LXXXIII.
+
+=Inquisition=. Elle sévit en Espagne et en Portugal. Sa cruauté et son
+hypocrisie. XXIX.
+
+Elle ne fait jamais brûler un juif «sans lui faire des excuses.»
+LXXVIII.
+
+Elle présume l'accusé coupable. XXIX.
+
+=Instabilité= des honneurs et des fortunes en Orient. Aujourd'hui
+général, cuisinier demain. XC.
+
+=Intercesseur=. Chrétiens et mahométans croient à la nécessité d'un
+intercesseur auprès de Dieu. XXXV.
+
+=Intérêt=. «L'intérêt particulier se trouve dans l'intérêt commun.»
+XII.
+
+La raison de l'injustice est toujours «une raison d'intérêt.»
+LXXXIV.
+
+Leur intérêt est toujours ce qu'ils (les hommes) voient le mieux.
+_Ibid._
+
+«L'intérêt est le plus grand monarque de la terre.» CVII.
+
+=Interprètes=, ont cherché dans l'Ecriture la confirmation de leurs
+idées particulières. CXXXIV.
+
+=Intolérance=, ses résultats funestes, son iniquité. LXXXVI.
+
+=Intrigants=, souffleurs, magiciens, devins, femmes fardées, gens de
+loi, maîtres de langues et d'arts, boutiquiers, etc. LVIII.
+
+=Invalides=. Éloge des Invalides. LXXXV.
+
+=Irimette=, petit royaume voisin de la Perse. CXIII.
+
+Fort dépeuplé. _Ibid._
+
+=Irréligion=. Les savants en sont nécessairement accusés. CXLV.
+
+=Isben-Aben=, historien arabe. XXXIX.
+
+=Isis=, divinité égyptienne, symbolisant l'autorité de la femme.
+XXXVIII.
+
+=Ispahan= (ville des chevaux, ou du soleil considéré comme le coursier
+céleste), capitale de la Perse, dépérit et serait changée en désert
+par la polygamie, si les rois n'y transportaient sans cesse des
+nations entières. CXV.
+
+=Italie=, partagée en un nombre infini de petits États ouverts comme
+des caravansérails. CIII.
+
+Au temps des premières colonies grecques, il n'y avait guère de
+monarchies en Italie. CXXXI.
+
+Jadis maîtresse du monde, aujourd'hui esclave des autres nations.
+CXXXVI.
+
+
+J
+
+=Jalousie=. Jalousie musulmane. VI.
+
+Jalousie française. LV.
+
+Jalousie espagnole. LXXVIII.
+
+La jalousie des hommes prouve leur dépendance. LXII.
+
+Jalousie mutuelle des sectes religieuses; elle descend jusqu'aux
+particuliers. LXXXVI.
+
+=Jaloux=. Ridicules en France. LV.
+
+=Jamblique=, purgatif. CXLIII.
+
+=Jansénistes=, désignés. XXIV.
+
+=Japhet= raconte, par ordre de Mahomet, les légendes de l'arche de
+Noé. XVIII.
+
+=Jaron=, eunuque noir en correspondance avec le grand eunuque. XV,
+XXII.
+
+=Jésuites=. Constitution des Jésuites, purgatif violent;
+
+Pièces des Jésuites français, vomitif puissant. CXLIII.
+
+=Jeu=. «Très en usage en Europe: c'est un état que d'être joueur.»
+LVI.
+
+Les jeux de hasard interdits par Mahomet. _Ibid._
+
+=Jeunes=. Les chrétiens en ont comme les musulmans. XXXV.
+
+=Joueuses=, leur portrait. LVI.
+
+=Journalistes=. Ils ne parlent que des livres nouveaux et flattent les
+auteurs. CIX.
+
+=Journaux=. Livres par fragments. Leurs avantages et leurs défauts.
+
+Ils flattent la paresse. CIX.
+
+=Judaïsme=, «vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert
+toute la terre.» LX.
+
+=Juges=. Ils ne s'enflent point d'une vaine science. Les avocats
+travaillent pour eux. LXVIII.
+
+Ils présument qu'un accusé est innocent. XXIX.
+
+=Juifs=. Ils font en France ce qu'ils font en Perse. Leur obstination
+invincible pour leur religion. LX.
+
+«Ils n'ont jamais eu dans l'Europe un calme pareil à celui dont ils
+jouissent... On s'est mal trouvé en Espagne de les avoir chassés.»
+_Ibid._
+
+Les Juifs lèvent les impôts en Turquie; persécutés par les pachas.
+XIX.
+
+Ils achètent les enfants. LXVII.
+
+Les Juifs se maintiennent et multiplient, par l'espoir d'engendrer
+un Messie. CXX.
+
+Transportés en Sardaigne par les Romains. CXXII.
+
+=Justesse=, «Martyr de sa justesse» un esprit trop régulier, trop
+géométrique, ressemble à Tarquin, à Thrasybule ou à Périandre
+coupant avec leur épée «la tête des fleurs qui s'élevaient au-dessus
+des autres.» CXXIX.
+
+=Justice=. Les hommes sont «nés pour être vertueux; la justice est une
+qualité qui leur est aussi propre que l'existence.» X.
+
+La justice est inséparable de la solidarité, de la garantie mutuelle
+du droit.
+
+«L'intérêt des particuliers se trouve dans l'intérêt commun.» XII.
+
+La justice est un rapport de convenance qui se trouve réellement
+entre deux choses.
+
+Dès qu'on suppose que Dieu voit la justice, il faut nécessairement
+qu'il la suive.
+
+Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la
+justice.
+
+La justice est éternelle. Si elle ne l'était pas, ce serait une
+vérité terrible qu'il faudrait se dérober à soi-même.
+
+Plaisir d'être juste. LXXXIV.
+
+La justice est violée par le droit public faussé. XCV.
+
+En France elle se mêle de tous les différends de famille; elle est
+toujours contre le mari jaloux, le père chagrin, le maître
+incommode. LXXXVII.
+
+=Justice divine=, incompatible avec la prescience. LXIX.
+
+
+L
+
+=Lacédémone=. Les récompenses à Lacédémone. XC.
+
+Si Lycurgue avait établi que les maris changeassent de femmes tous
+les ans, il en serait né un peuple innombrable. CXVII.
+
+=Lapin=, immonde pour le juif. Discussion du Juif, du Turc, de
+l'Arménien, du brachmane à propos d'un lapin. XLVI.
+
+=Laquais=. En France, le corps des laquais est un séminaire de grands
+seigneurs. XCVIII.
+
+Leurs enrichissements subits par la spéculation.
+
+Leur vanité. CXXXVIII.
+
+=Law=. Un étranger est venu... qui a tourné l'État comme un fripier
+tourne un habit, etc. CXXXVIII.
+
+Son portrait allégorique en tant que fils d'Eole. CXLII.
+
+Corruption qui résulte du système et de l'agiotage effréné. CXLVI.
+
+=Légendes mahométanes= sur les viandes et les animaux immondes, XVIII.
+
+Sur la naissance de Mahomet. XXXIX.
+
+=Législateurs=, leurs défauts ordinaires et leurs ridicules:
+étroitesse, puérilité, subtilité, emploi d'une langue morte, etc.
+LXXIX.
+
+=Lèse-majesté=, seul crime politique qui entraîne la mort pour les
+grands d'Europe. CIII.
+
+Selon les Anglais, c'est le crime que le plus faible commet contre
+le plus fort, aussi bien s'il est roi que s'il est peuple. CV.
+
+=Lettres=, avantages du roman par lettres: «l'on rend compte soi-même
+de sa situation actuelle; ce qui fait plus sentir les passions, que
+tous les récits qu'on en pourrait faire.»
+
+(_Quelques réflexions sur les_ Lettres Persanes.)
+
+Lettres intercalées dans d'autres:
+
+D'une comédienne perdue par un jeune abbé. XXVIII.
+
+D'une jeune russe qui veut être battue. LI.
+
+D'un Français voyageant en Espagne. LXXVIII.
+
+D'un savant. CXLV.
+
+Trois de nouvellistes. CXXX.
+
+D'un antiquaire. CXLII.
+
+D'un médecin de province. CXLIII.
+
+=Lever=. La présence assidue au lever du roi est un titre aux
+libéralités et aux faveurs. XXXVII, CXXV.
+
+=Libéralités=. Grâces et pensions accordées par les princes aux
+courtisans, aux dépens de l'agriculture et de l'industrie. CXXIV.
+
+=Liberté= supprimée par la prescience divine. Liberté d'indifférence.
+LXIX.
+
+La liberté existe surtout dans les républiques; favorable à la
+propagation de l'espèce et aux progrès de l'opulence. Elle attire
+les étrangers. CXXIII.
+
+La liberté semble faite pour le génie des peuples d'Europe. CXXXI.
+
+La liberté chez les ancêtres des peuples du Nord. _Ibid._
+
+=Libre arbitre=, incompatible avec la prescience. LXIX.
+
+=Lionne= (M. de L.) président des nouvellistes. CXXX.
+
+=Livourne=, ville nouvelle, témoignage du génie des ducs de Toscane.
+XXIII.
+
+=Livres=. Contre les faiseurs de livres inutiles.
+
+Respect qu'on doit aux ouvrages originaux. LXVI.
+
+Absence de bon sens dans les livres espagnols, romans ou
+scolastiques. Exception en faveur de Don Quichotte. LXXVIII.
+
+Le sujet est délayé selon le format des livres. CIX.
+
+Jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune
+raison de leur préférer les nouveaux. _Ibid._
+
+Les diverses espèces de livres. CXXXIII-CXXXVII.
+
+=Lois=. Lois variables des législateurs.
+
+Lois éternelles, immuables, de la nature. XCVIII.
+
+Lois anciennes établies par les rois Francs, oubliées pour des lois
+romaines en partie rédigées par les Byzantins.
+
+Ajoutez les constitutions des papes et quelques coutumes de villes
+et provinces, récemment rédigées; plus les commentaires, les
+formalités et la jurisprudence.
+
+«Cette abondance de lois, en France, accable également la justice et
+les juges.» CI, LXXIX.
+
+Il ne faut toucher aux lois que d'une main tremblante. LXXIX.
+
+Les lois contre les suicidés sont injustes parce qu'elles sont sans
+objet. Elles ne lient pas les morts. LXXVI.
+
+Chez les barbares germaniques, les lois étaient faites dans les
+assemblées de la nation. CXXXI.
+
+=Louis= XIV, son portrait, sa dévotion, sa puissance, sa maîtresse,
+ses ministres, sa vieillesse. XXIV, XXXVII.
+
+Trop peu modéré envers les ennemis. XXIV.
+
+Son goût pour les femmes. CVIII.
+
+Sa mort et son testament. XCIII.
+
+Son amour pour la politique orientale, c'est-à-dire le despotisme.
+XXXVII.
+
+=Louis= XV, son enfance. XCIII.
+
+Son portrait. Les espérances qu'il donne. CVIII.
+
+=Lucifer= jeté au fond de la mer, lors de la naissance de Mahomet,
+nage quarante jours. XXXIX.
+
+=Lumière=, son trajet du soleil à la terre. XCVIII.
+
+=Lunettes=, insignes de la gravité espagnole et portugaise, symbole de
+science. LXXVIII.
+
+=Luxe=, nécessaire à la prospérité des nations. CVII.
+
+
+M
+
+=Mages=, prêtres du magisme ou mazdéisme. LXVII.
+
+Adorateurs du soleil, des étoiles, du feu et des éléments;
+
+Mais leur religion, calomniée par les musulmans, est, selon
+Montesquieu, un pur monothéisme. _Ibid._
+
+(Le mazdéisme est une polythéisme dualiste où la lumière et les
+ténèbres (le bien et le mal) luttent dans le temps et l'espace sans
+bornes.)
+
+Les mages enseignaient que les actes les plus méritoires sont: faire
+un enfant, labourer un champ, planter un arbre. CXX.
+
+=Magiciens=. Ils promettent «de vous faire coucher avec les esprits
+aériens, pourvu que vous soyez seulement trente ans sans voir de
+femmes.» LVIII.
+
+=Magie=. Les savants en sont accusés. CXLV.
+
+=Magistrats=. Ils doivent rendre la justice de citoyen à citoyen.
+XCVI.
+
+=Mahomet=, sa naissance merveilleuse. XXXIX.
+
+Il naît circoncis. _Ibid._
+
+Ses prescriptions relatives aux viandes immondes. XVIII.
+
+Il a enchaîné Satan et l'a précipité dans les abîmes;
+
+Il a purifié la terre. XCIV.
+
+=Mahométans=. Plus persuadés de leur religion que les chrétiens. LXXV.
+
+Croient à la vertu des amulettes et talismans. CXLIII.
+
+=Mahométisme=. Peu favorable à la propagation de l'espèce humaine.
+CXV.
+
+Issu du judaïsme, LX.
+
+Comparé au christianisme, XXXV.
+
+Ferme la vie future aux femmes. LXVII.
+
+Etabli par conquête et non par persuasion. _Ibid._
+
+=Maimbourg=, bon contre l'asthme. CXLIII.
+
+(Louis Maimbourg, né à Nangis en 1610, exclu de la compagnie de
+Jésus par Innocent XI, pour avoir écrit contre Rome, en faveur du
+clergé de France (1682); mort en 1686.)
+
+=Maine= (duc du). Arrestation du duc du Maine, oncle naturel du roi
+mineur. CXXVII.
+
+=Maîtres de sciences=, =arts=, etc., enseignent souvent ce qu'ils
+ignorent. LVIII.
+
+=Maîtresse=. Maîtresse et confesseur, les deux grandes épreuves d'un
+roi. CVIII.
+
+Une femme est la maîtresse d'un ministre, non pour coucher avec lui,
+mais pour lui présenter cinq ou six placets tous les matins. _Ibid._
+
+Louis XIV a une maîtresse de quatre-vingts ans. XXXVII.
+
+=Malheurs=. Pour un vrai musulman, les malheurs sont moins des
+châtiments que des menaces. LXXVII.
+
+=Malte= (chevaliers de), bravent l'empire ottoman. XIX.
+
+=Mandement=. Evêque qui a «bien sué» pour le faire. CII.
+
+=Marchandes=. A Paris «une jeune marchande cajole un homme une heure
+entière, pour lui faire acheter un paquet de curedents.» LVIII.
+
+Nombre infini de jeunes marchandes aux abords du palais. LXXXVII.
+
+=Mariages=. Il y a «des mariages heureux et des femmes dont la vertu
+est un gardien sévère.» XLVII.
+
+Mariages d'eunuques: Cosrou et Zélide. LIII; Astarté, soeur
+d'Aphéridon. LXVII.
+
+Mariages entre frère et soeur. _Ibid._
+
+Avanie faite par Suphis à sa jeune femme. LXX.
+
+Charges du mariage chez les musulmans. CXV.
+
+Chez les chrétiens, l'interdiction du divorce porte atteinte à la
+fin même du mariage. CXVII.
+
+Le mariage chrétien est une image, une figure, un mystère
+incompréhensible. _Ibid._
+
+En fait, il est stérilisé par l'impuissance de le rompre. _Ibid._
+
+Mariages précoces causés par la crainte d'un enrôlement forcé. De
+là, dépopulation. CXXIII.
+
+=Maris=. Facilité des maris français.
+
+Les jaloux sont haïs et ridicules. LV.
+
+Les maris eunuques «n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que
+les autres.» LXVII.
+
+Une veuve indienne renonce au bûcher dès qu'elle sait que son mari
+l'attend au ciel. CXXVI.
+
+=Matière=, son mouvement universel. CXIV.
+
+Quelques-uns ne peuvent comprendre qu'elle n'ait que six mille ans.
+_Ibid._
+
+=Maures=. Vide irréparable causé en Espagne par l'expulsion des
+Maures. CXXII.
+
+=Mazarin=. Pataquès qu'on lui prête, chanson qu'on fait sur lui.
+Allusion à ses pages. CXII.
+
+=Mécontents=. Vieux guerrier. XLVIII.
+
+Vieilles femmes, goutteux, vieux seigneurs, ecclésiastiques, etc.
+LIX.
+
+=Mecque= (la). Les musulmans croient s'y purifier des souillures
+contractées parmi les chrétiens. XV.
+
+=Médecine=. Ravages de la _forme_ en médecine. CI.
+
+Les livres de médecine font trembler, même quand ils traitent des
+maladies les plus légères. CXXXV.
+
+=Médecins=. Toujours trop estimés ou trop méprisés. Les héritiers s'en
+accommodent mieux que des confesseurs. LVII.
+
+Lettre d'un médecin de province. CXLIII.
+
+«Il y a dans tous les coins de Paris des gens qui ont des remèdes
+infaillibles contre toutes les maladies imaginables.» LVIII.
+
+=Médiocrité= (d'esprit). L'homme médiocre est en général préféré à
+l'homme d'esprit. CXLV.
+
+=Méditerranée=. Décadence de ses côtes. CXIII.
+
+=Méhémet-Ali=, mollak, gardien des trois tombeaux, à Com,
+correspondant d'Usbek. XVI, XVII, XVIII, CXXIV.
+
+=Mercure= (vif-argent), son usage continuel et forcé fait périr par
+milliers les indigènes de l'Amérique espagnole. CXIX.
+
+=Messianiques=, croyances juives. Point de famille juive qui n'espère
+engendrer le messie. CXX.
+
+=Mesure= des fluides et des liquides, des esprits interplanétaires.
+XCVIII.
+
+=Métaphysique=. L'infini s'y rencontre partout. CXXXV.
+
+=Métempsycose= alléguée par un brachmane contre un mangeur de lapin.
+XLVI.
+
+=Meurtre=. Les curieux qui regardent les Persane de trop près sont
+tués impunément par les eunuques, même dans une rivière et hors du
+sérail. XLVII.
+
+=Mexique=. Orgueil et paresse des conquérants espagnols au Mexique.
+LXXVIII.
+
+=Mines=. Sont, en Amérique, le tombeau des indigènes et des nègres.
+CXIX.
+
+Le roi d'Espagne possède des mines d'or. XXIV.
+
+=Ministres=. Enclins à calomnier la nation; toujours plus méchants que
+le prince dont ils attisent les haines. Le premier ministre de
+Charles XII, condamné à mort. CXXVIII.
+
+Louis XIV a un ministre de dix-huit ans. XXXVII.
+
+Les ministères se succèdent comme les saisons. CXXXVIII.
+
+Danger de l'autorité sans bornes des ministres de Louis XIV. _Ibid._
+
+Le mauvais exemple donné par un ministre est un crime. CXLVI.
+
+=Minorité=. On ne lit plus que des mémoires sur la minorité de Louis
+XIV. CXII.
+
+=Miracle chimique= manifesté dans une mixture d'infusion Quesnel et
+d'infusion Lallemand. CXLIII.
+
+=Miracles=. «Pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit par cent
+mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir examiné si
+aucune de ces causes n'a agi; ce qui est impossible.» CXLIII.
+
+=Mirza=, ami et correspondant d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, LXXXVI.
+
+Mirza (de _Mard_=_mort_-alis. = [Grec: mbrot-os], homme) est un
+titre honorifique persan que les gens de lettres mettent avant leur
+nom et les princes après.
+
+=Misère=. Chez les peuples misérables, l'espèce perd et même dégénère.
+CXXIII.
+
+Le pauvre évitera de faire des enfants plus pauvres que lui. _Ibid._
+
+=Mode=. Ses caprices étonnants chez les Français. C.
+
+C'est d'après elle qu'ils jugent «tout ce qui se fait chez les
+autres nations.» CI.
+
+=Modestie=. Vertu nécessaire au talent. L.
+
+Eloge des hommes modestes. CXLIV.
+
+=Moeurs.= Les Français changent de moeurs selon l'âge de leur roi.
+C.
+
+=Mogol=. Le grand Mogol se fait peser tous les ans. XL.
+
+Les Tartares dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du
+Mogol. LXXXII.
+
+Expulsion d'un ambassadeur mogol. CXXVII. (Allusion à la
+conspiration de Cellamare.)
+
+=Moines=. Voy. Dervis.
+
+=Moise= n'enseigne pas le dogme de la prescience absolue. LXX.
+
+=Molina=. Emollient. CXLIII. (Casuiste espagnol, XVIe siècle.)
+
+=Mollaks= (ou mollahs), prêtres musulmans, qui «me désespèrent avec
+leurs passages de l'alcoran.» Lettre X.
+
+(En Perse, les mollahs sont des prêtres; en Turquie des juges.)
+
+=Monachisme=, porte partout la mort. CXVIII.
+
+=Monarchie=. État où la vertu n'est plus qu'obéissance au caprice d'un
+seul. XIV.
+
+Très-inférieure moralement au régime républicain, elle abaisse le
+niveau des moeurs en substituant à la loi et à la vertu l'autorité
+et l'arbitraire. _Ibid._
+
+La monarchie pure, état violent qui dégénère toujours en despotisme
+ou en république. CIII.
+
+=Monde=. N'a-t-il que six mille ans? Il ne faut pas compter ses
+années. CXIV.
+
+Dépopulation croissante du monde. Ses causes. CXIII et suivantes.
+
+=Monde= (nouveau). Découvertes immenses et dévastatrices des Portugais
+et des Espagnols. LXXVIII.
+
+=Monde romain=, mieux organisé pour la propagation de l'espèce que les
+mondes chrétien et musulman. CXV.
+
+=Monnaies=. Le décri des monnaies est un artifice financier proche du
+faux-monnayage et pratiqué par Louis XIV. XXIV.
+
+=Montesquieu= paraît se peindre dans Usbek. XLVIII, Ibben, LXXVII,
+Rica, CXXVII.
+
+Semble annoncer la _Décadence des Romains_. CXXXVI.
+
+=Morale=. Les livres de morale, plus utiles que les ouvrages de
+dévotion. CXXXIV.
+
+=Mortifications=. Chrétiens et musulmans en usent pour fléchir la
+miséricorde divine. XXXV, XCIV.
+
+=Moscovie=. Les Tartares «ont soumis la Moscovie.» LXXXII.
+
+=Mouches=. Leur abus. C.
+
+=Moustache=, importance de la moustache en Espagne et en Portugal.
+
+La moustache de Jean de Castro. LXXVIII.
+
+=Mouvement=. Ses lois constituent le système du monde. XCVIII.
+
+La nature y est soumise, sans exception, _Ibid._
+
+Et la terre n'y peut échapper. CXIV.
+
+=Mustapha= proclamé, à la place d'Osman, empereur des Turcs. LXXXI.
+
+=Musulman=. Sa vie est laborieuse. La polygamie l'épuise. CXV.
+
+=Mystiques=, dévots qui ont le coeur tendre. Leurs extases, délire
+de la dévotion. Leurs livres. CXXXIV.
+
+=Mythologiste=. Fragment d'un ancien mythologiste (portrait
+allégorique de Law). CXLII.
+
+
+N
+
+=Nadir=. Eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi. XX, XXI.
+
+=Naissance=. Il y a en Europe des sens qui sont grands par leur
+naissance. LXXXIX.
+
+=Nargum=, ambassadeur Persan à Moscou. LI, LXXXII.
+
+=Narsit=, eunuque peu clairvoyant. CXLIX, CL, CLII.
+
+=Nathanael Lévi=, médecin juif à Livourne, croit aux talismans CXLIII.
+
+=Nations=. Leurs rapports, d'où résulte la notion du droit public.
+Deux peuples ne peuvent s'allier pour l'oppression d'un troisième.
+XCVI.
+
+=Nature=. Elle a perdu sa fécondité des premiers temps CXIII.
+
+Elle agit avec lenteur et épargne. Si on la surmène, elle tombe dans
+la langueur et perd sa force génératrice. CXV.
+
+=Nègres=. Leurs dieux sont noirs et leur diable blanc. LIX.
+
+Leurs rois les vendent comme esclaves. CXIX.
+
+Et les princes chrétiens autorisent la traite. LXXV.
+
+Les noirs d'Afrique meurent par milliers dans les mines américaines.
+CXIX, CXXII.
+
+=Nessir=, ami et correspondant d'Usbek. VI, XXVII, CLV.
+
+=Noailles= (N***), ministre hardi qui prit le fer à la main, etc.
+CXXXVIII.
+
+Connu par son esprit, il honore de ses plaisanteries les traitants
+livrés à la chambre de justice. XCIX.
+
+=Noblesse=. «En Espagne, c'est sur des chaises que la noblesse
+s'acquiert.» LXXVIII.
+
+Les laquais enrichis voudront se faire nobles. Espoir d'un
+généalogiste. CXXXII.
+
+=Nord=. Autrefois plein d'hommes; est fort dégarni. CXXIII.
+
+C'est du Nord qu'une foule de nations inconnues fondirent sur
+l'empire romain;
+
+Ces peuples étaient libres, et leurs rois n'étaient que des
+généraux. CXXXI.
+
+Ils n'étaient point barbares puisqu'ils étaient libres; ils le sont
+devenus. CXXXV.
+
+=Notre-Dame=. Superbe édifice. LXI.
+
+=Nouvellistes=. Inventeurs de nouvelles. Leurs ridicules, leurs
+prédictions, leurs paris. Lettres plaisantes de nouvellistes à des
+particuliers et à des ministres. Leurs lieux de réunions. Leur
+président, le comte de Lionne. CXXX.
+
+Nouvelliste trembleur. CXXXII.
+
+
+O
+
+=Obéissance=; n'est pas une vertu anglaise. Les Anglais la fondent sur
+la gratitude. CV.
+
+=Occultes=. Livres de science, ou mieux d'ignorance occulte, plus
+pitoyables qu'exécrables. CXXXV.
+
+=Opéra=. Lettre de la plus vertueuse actrice de l'Opéra. XXVIII.
+
+=Opéras nouveaux=. Vomitif. CXLIII.
+
+=Opulence= toujours compagne de la liberté des peuples. CXXIII.
+
+=Omar=, troisième successeur de Mahomet, au mépris des droits d'Ali.
+Les persans, Chiites, c'est-à-dire sectateurs d'Ali, disent qu'Omar,
+Apôtre des Sonnites «a dévoyé» les enfants du prophète. CXXIV.
+
+=Or=. Le roi de France n'a pas de mines d'or comme le roi d'Espagne.
+XXIV.
+
+L'or et l'argent, prix de toutes marchandises, gage de leur valeur.
+Pernicieux effets de leur diffusion. CVI.
+
+Nombre innombrable d'hommes sacrifiés pour extraire l'or et l'argent
+du fond de la terre. CXIX.
+
+=Oraisons funèbres=. Leur fausseté. XI.
+
+Entrent dans le vomitif du docteur de province, sauf celles de
+Fléchier. CXXXV.
+
+=Orateurs=. Leur talent de persuader indépendamment des raisons.
+CXXXV.
+
+=Ordonnance=, concernant les services des courtisans et
+l'établissement des impôts nécessaires aux libéralités des princes.
+CXXV.
+
+=Orgueil=. Orgueil de l'homme, qui veut «être compté dans l'univers.»
+LXXXVII.
+
+Orgueil de religion et de race chez les Portugais et les Espagnols.
+LXXVIII.
+
+Les _vieux chrétiens_ en Espagne;
+
+Les _blancs_ en Amérique. _Ibid._
+
+=Orientales=. moins gaies que les Européennes. XLVIII. (Voir
+_Femmes_.)
+
+=Orientaux=. Le sérail tue leurs désirs sans éteindre leur jalousie.
+VI.
+
+Leur gravité, la froideur de leurs relations. XXXIV.
+
+Leurs poésies, leurs romans. CXXXVII.
+
+Le despotisme de leurs princes et la rigueur des châtiments les
+portent à la révolte et aux derniers excès. LXXXI, CIII.
+
+=Osman=, sultan déposé par des suppliants. LXXXI.
+
+=Osmanlins=. Voir Turcs.
+
+
+P
+
+=Paganisme=, favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV.
+
+Supérieur au mahométisme par l'interdiction de la polygamie, au
+christianisme par la permission du divorce. _Ibid._ et CXVII.
+
+=Palais=. Lieu où se rend la justice, ses abords. Aspect lugubre des
+salles et des magistrats. LXXXVII.
+
+=Palestine=. Déserte depuis la destruction des Juifs par Adrien.
+CXXII.
+
+=Pape=. «Magicien» plus fort que le roi, dont il dirige l'esprit, lui
+faisant croire «que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange
+n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin.» XXIV.
+
+Chef des chrétiens, «vieille idole qu'on encense par habitude»; il
+déposait les rois; il se dit successeur d'un des premiers chrétiens,
+qu'on appelle saint Pierre; il donne des dispenses. XXIX.
+
+Effet de l'histoire des papes sur l'esprit du lecteur. CXXXVI.
+
+=Papier d'état=. Louis XIV en abuse. XXIV.
+
+(Décri des monnaies). _Ibid._
+
+=Paracelse=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Paradis=. Lieu de délices pour les chrétiens comme pour les
+musulmans. XXXV.
+
+Les femmes en sont exclues par Mahomet. XXIV.
+
+Embarras des religions pour donner une idée des plaisirs assurés aux
+élus: musique, circulation éternelle de par le monde, souvenir des
+amours terrestres. Toutes inventions ridicules. CXXVI.
+
+Le paradis des femmes, conte persan. Les plaisirs et les vengeances
+de l'immortelle Anaïs. CXLI.
+
+=Parfumeuses= qui réparent «par la force de leur art toutes les
+injures du temps.» LVIII.
+
+=Paris=. «Siége de l'empire d'Europe.» XXIII.
+
+«Aussi grand qu'Ispahan;»
+
+Ville «bâtie en l'air;» extrêmement peuplée; embarras des rues;
+XXIV.
+
+Extravagante curiosité des Parisiens pour tout ce qui sort de
+l'usage reçu. XXX.
+
+Cherté du vin à Paris. XXXIII.
+
+Usage du café à Paris; les cafés. XXXVI.
+
+Paris, rendez-vous de tous les exploiteurs: alchimistes, magiciens,
+devins, entremetteuses, chercheurs de bénéfices, maîtres de langues,
+d'arts et de sciences, enseignant «ce qu'ils ne savent pas,»
+médecins, empiriques, marchands et marchandes accortes, tous ces
+gens-là cherchent à vivre dans une ville «qui est la mère de
+l'invention.» L'étranger sort de Paris «plus précautionné qu'il n'y
+est entré.» LVIII.
+
+=Paris= jugé par un Espagnol. LXXVIII.
+
+A Paris, règnent la liberté et l'égalité. Rien ne sauve un homme de
+la foule. LXXXIX.
+
+=Paris= foyer de plaisir, donc d'art, de travail et d'industrie. CVII.
+
+=Parlements=. Grands corps, affaiblis par les moeurs, abattus par la
+royauté; ruines qui rappellent un temple vénéré, image de la liberté
+publique. Ils sont réduits aux fonctions judiciaires, et ne
+retrouvent d'importance politique que dans quelques conjonctures
+imprévues.
+
+Le régent a recours au parlement. XCIII.
+
+Le parlement de Paris relégué à Pontoise, pour s'être opposé aux
+mesures exigées par Law. CXL.
+
+Ces compagnies facilement odieuses aux rois. _Ibid._
+
+=Parties=. Parties de campagne où l'on veut s'amuser et où l'on
+bâille. CXI.
+
+=Parure=. La parure d'une femme occupe cinquante artisans. CVII.
+
+=Paternité=. L'enfant né dans le mariage est censé être au mari.
+LXXXVII.
+
+=Patrie=. «Je voudrais voir les noms de ceux qui meurent pour la
+patrie écrits dans des registres qui fussent comme la source de la
+gloire et de la noblesse.» LXXXV.
+
+=Paysan=. Riche ou pauvre, le rustique ou paysan peuple
+indifféremment. CXIII.
+
+Les impôts pèsent principalement sur la nourriture et la famille du
+paysan. CXXV.
+
+=Pécule=, propriété, mise de fonds et rançon de l'esclave antique.
+CXVI.
+
+=Peines=. «Les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on
+obéisse plus aux lois.» Témoin l'état moral de l'Asie.
+
+Ce qui importe, c'est la gradation dans le châtiment. LXXXI.
+
+=Pèlerinages= de la Mecque. XV.
+
+De saint Jacques en Galice. XXIX.
+
+=Perruquiers=. Les perruquiers français décident en législateurs sur
+la forme des perruques étrangères. CI.
+
+=Persans=. Les plus tolérants de tous les mahométans. XXIX.
+
+Leur haine contre les Turcs. VII.
+
+Intempérance des monarques persans. XXXIII.
+
+=Persanes=. (Voir _Femmes_ et _Sérail_.)
+
+=Perse=. Les Tartares, «maîtres de la Perse.» LXXXII.
+
+Fort déchue de ce qu'elle était du temps des Xerxès et des Darius.
+CXIII.
+
+La Perse antique était peuplée parce que les mages enseignaient un
+dogme favorable à la propagation. CXX.
+
+=Peste=. Multitude de pestes mentionnées par l'histoire. Une, entre
+autres, brûla jusqu'à la racine des plantes. CXIV.
+
+=Petits-maitres= au spectacle. XXVIII.
+
+Dans les conversations, parlent sans rien dire ou font parler leur
+tabatière. Goûtés des femmes. LXXXIII.
+
+=Peuple=. L'abolition de l'esclavage retirait le bas peuple de la
+puissance des seigneurs. LXXV.
+
+Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI.
+
+La puissance ne peut jamais être également partagée entre le peuple
+et le prince.
+
+Le peuple en Europe et en Orient;
+
+Le peuple anglais devant la royauté. CIII-CV.
+
+=Pharan= ne veut pas être fait eunuque. XLI, XLII, XLIII.
+
+=Pharmacie nouvelle= extraite des ouvrages des philosophes, orateurs,
+romanciers, poëtes, théologiens et casuistes. CXLIII.
+
+=Philosophes=; «laissés à eux-mêmes, privés des saintes merveilles,
+ils suivent dans le silence les traces de la raison humaine.»
+XCVIII.
+
+Leur supériorité sur les docteurs des religions diverses. _Ibid._
+
+Plaisanteries contre Aristote, et surtout les scolastiques, dans la
+lettre du médecin de province. CXLIII.
+
+Les philosophes (métaphysiciens) ont un mépris souverain pour
+l'homme qui a la tête chargée de faits. CXLV.
+
+=Philosophie=, ne s'accorde pas avec la théologie. LXVI, CXL.
+
+=Physique=, bannit le merveilleux de l'univers. CXXXV.
+
+=Pierre le Grand=. Ses réformes, son humeur sévère. LI.
+
+=Plaisir=. La nature des plaisirs est d'être de courte durée. De là
+l'embarras des religions et le ridicule des plaisirs éternels
+qu'elles imaginent pour leurs paradis. CXXVI.
+
+=Plotin=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Poëtes=. Singulière opinion sur les poëtes. XLVIII.
+
+Ils accablent la raison sous les agréments.
+
+Ils ne sont pas rares chez les orientaux. CXXXVII.
+
+Bucoliques, plaisent aux gens de cour;
+
+Dramatiques, poëtes par excellence, maîtres des passions;
+
+Epiques, sévèrement jugés; de là la froideur de Voltaire pour
+Montesquieu.
+
+Lyriques, qui font de leur art une harmonieuse extravagance.
+CXXXVII.
+
+=Point d'honneur=, tient à la passion de la gloire; caractère de
+chaque profession; plus marqué chez les gens de guerre, a réglé
+jadis la conduite des Français surtout des nobles; n'admet qu'une
+solution, le duel. (V. _Duel_.) XCI.
+
+=Politesse=. En Espagne «un capitaine ne bat jamais son soldat sans
+lui en demander permission, et l'inquisition ne fait jamais brûler
+un juif sans lui faire ses excuses.» LXXVIII.
+
+=Politique=. En Asie, les règles de la politique sont partout les
+mêmes. LXXXI.
+
+=Pologne=. N'a presque plus de peuples. CXIII.
+
+A mal usé de sa liberté et du droit d'élire ses rois. CXXXVI.
+
+=Polygamie=. _La polygamie triomphante_, livre où il est prouvé que la
+polygamie est ordonnée aux chrétiens. XXXV.
+
+La polygamie, défendue par le paganisme romain. CXV.
+
+Elle engendre la langueur des hommes, l'étiolement des enfants, les
+querelles des femmes condamnées à une continence forcée, la
+fabrication des eunuques, le célibat des filles esclaves. C'est un
+agent de dépopulation. _Ibid._
+
+=Pompes funèbres=. Leur inutilité. XL.
+
+=Porphyre=. Purgatif. CXLIII.
+
+=Portes=, haussées, baissées ou élargies selon les parures des femmes.
+C.
+
+=Portugais=. Voyez Espagne. LXXVIII.
+
+Leur douceur relative dans le gouvernement de leurs colonies. Ils
+furent bientôt chassés de tous les pays qu'ils avaient découverts.
+CXXII.
+
+=Poudre=. Depuis la poudre, plus d'asile contre l'injustice et la
+violence. CVI.
+
+Mais depuis la poudre, batailles moins sanglantes. CVII.
+
+=Pourceau=. Pourquoi immonde? XVIII.
+
+=Pouvoir=. Il ne peut jamais être également partagé entre le peuple et
+le prince.
+
+Le pouvoir des rois d'Europe est très-grand, modéré par leur
+intérêt. CIII.
+
+Le pouvoir arbitraire, négation de la liberté et de l'égalité,
+assurant aux princes toutes les richesses, enraye la propagation de
+l'espèce. CXXIII.
+
+=Prescience divine=, ni absolue, ni infinie, sous peine de
+contradiction et d'injustice.
+
+Si elle est intermittente, elle n'est plus que caprice et fantaisie.
+
+«L'alcoran et le livre des Juifs s'élèvent sans cesse contre le
+dogme de la prescience absolue.» LXIX.
+
+Voir Dieu, Adam, liberté, âme.
+
+=Prestiges= qui font gagner des batailles: le terrain, le nombre, le
+courage. CXLIII.
+
+=Prêtres=. Rôle difficile du prêtre dans le monde; sa neutralité
+forcée. LVI.
+
+«L'envie d'attirer les autres dans son opinion est, pour ainsi dire,
+attachée à sa profession.» _Ibid._
+
+=Prière=. Postures exigées par les diverses religions. XLVI.
+
+Prêtres chrétiens et musulmans prient sept fois par jour. XXXV.
+
+=Prince=. Les querelles particulières du prince, le mécontentement des
+ambassadeurs du prince, ne peuvent légitimer une guerre. XCVI.
+
+Il n'est pas de son honneur de s'allier avec un tyran. _Ibid._
+
+Autorité illimitée des princes en Orient. CIII.
+
+En Europe, peu d'attentats contre la vie des princes.
+
+En Orient, sans précautions infinies, les princes ne vivraient pas
+un jour. _Ibid._
+
+En se cachant, les princes d'Orient font respecter la royauté et non
+le roi. CIV.
+
+C'est un crime de lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses
+sujets. CV.
+
+=Procédure=. «Formalités dont l'excès est la honte de la raison
+humaine.» CI.
+
+=Propagation=. Conditions favorables à la propagation de l'espèce.
+
+=Divorce=; suppression du célibat religieux. CXV, CXVII.
+
+Accord du tempérament et du climat. CXXI.
+
+Liberté, égalité des droits et des fortunes.
+
+Gouvernement doux et républicain. CXXIII.
+
+=Proportion=. La proportion entre les fautes et les peines est comme
+l'âme des États; gardée par les princes d'Europe, elle est sans
+cesse renversée, à leurs dépens, par les rois d'Orient. CIII.
+
+=Propreté=. «La propreté, qui est l'image de la netteté de l'âme.» II.
+
+=Propriété=. L'incertitude de la propriété des terres ralentit
+«l'ardeur de les faire valoir.» XX.
+
+=Prosélytisme=. Transmis des Egyptiens aux Juifs, des Juifs aux
+mahométans et aux chrétiens; maladie épidémique; esprit de vertige;
+éclipse entière de la raison humaine. LXXXVI.
+
+=Protestantisme=. Avantage du protestantisme sur le catholicisme,
+suppression du célibat et des couvents. CXVIII.
+
+=Protestants=. Ils multiplient nécessairement plus que les
+catholiques. De là accroissement de population, d'impôts, d'activité
+agricole, industrielle, de travail et de richesses. CXVIII.
+
+=Providence=. Ce qui est pour le riche sagesse de la providence est
+pour le pauvre aveugle fatalité du destin. XCVIII.
+
+Les musulmans laissent tout faire à la providence. CXX.
+
+L'homme ne trouble pas l'ordre de la providence lorsqu'il change les
+modifications de la matière. LXXVI.
+
+=Puissance paternelle=. La plus sacrée de toutes les magistratures,
+fortement établie par le droit romain;
+
+Montesquieu semble blâmer les Français de l'avoir restreinte. LXXIX.
+
+=Puissance royale=, ses progrès en France. CXXXVI.
+
+=Purgatifs=. 1º Mélange de philosophie scolastique;
+
+2º Extraits d'arrêts du Conseil et de Bulles et Constitutions de
+jésuites. CXLIII.
+
+
+Q
+
+Q. Quelques docteurs voulaient qu'on prononçât cette lettre comme un
+K. (Querelle de Ramus.) CX.
+
+=Quiétisme=, sorte de mysticisme exalté.
+
+Un quiétiste n'est autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin.
+CXXXIV.
+
+
+R
+
+=Rat=. Pourquoi immonde? XVIII.
+
+=Raymond Lulle= a cherché vainement le secret de la transmutation des
+métaux. XLV.
+
+=Récompenses=. A Rome, Athènes, Lacédémone, l'honneur payait seul les
+services les plus signalés. L'auteur d'une belle action y trouvait
+sa récompense. XC.
+
+=Régence=, ses commencements. Désarroi où la mort de Louis XIV laisse
+la France. CXXXVIII.
+
+=Régent= (le), son habileté. XCIII.
+
+Il fait casser par le Parlement le testament de Louis XIV.
+
+Il relègue le Parlement à Pontoise. CXL.
+
+=Régicide=. En Orient, le régicide monte sur le trône sans opposition.
+Pourquoi? CIV.
+
+=Reine=. Exemple de tendresse conjugale donné par une reine de Suède.
+CXXXIX.
+
+=Religion=. Distinction entre la foi et la vie laïque, fortement
+établie. X.
+
+«Je ne leur parle pas (aux Mollaks) comme vrai croyant, mais comme
+homme, comme citoyen, comme père de famille.»
+
+Chez les chrétiens elle est plus un sujet à disputes qu'un moyen de
+sanctification. LXXV.
+
+La religion gagne les malades par ses promesses. LXXV.
+
+=Religions=. «Les plus proches sont les plus grandes ennemies.» LX.
+
+Avantages de la multiplicité des religions dans un État;
+
+Les guerres de religion suscitées par l'esprit d'intolérance.
+LXXXVI.
+
+Il n'y a pas de religion qui ne prescrive l'obéissance et la
+soumission. _Ibid._
+
+Leur grand nombre embarrasse ceux qui cherchent la vraie. XLVI.
+
+Béatitudes qu'elles promettent aux élus. CXXVI.
+
+Dieu condamne-t-il ceux qui ne pratiquent pas celle qu'ils ne
+peuvent connaître? XXXV.
+
+=Religions= (tolérées). Ceux qui vivent dans ces religions, plus
+utiles que ceux qui suivent la religion dominante. Eloignés des
+honneurs, ils n'en sont que plus portés à s'enrichir par le travail.
+LXXXVI.
+
+=Remèdes= composés par un médecin rempli des mystères de la cabale.
+CXLIII.
+
+Remèdes rares, tels que préface trop courte, mandement fait par un
+évêque, etc. _Ibid._
+
+=Représailles=. Leur office dans le droit public international. XCVI.
+
+=Représenter=, c'est-à-dire «faire sentir à tous les instants la
+supériorité qu'on a.» LXXIV.
+
+=République=. Conclusion de l'histoire des Troglodytes. XIV.
+
+Semble être le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la
+vertu. X.
+
+La douceur du gouvernement républicain, la liberté, l'égalité,
+source d'opulence, favorisent la propagation de l'espèce. CXXIII.
+
+=République romaine=, son extension eût été un bonheur pour le monde,
+sans le pouvoir abusif des proconsuls et la différence que le droit
+de cité maintenait entre les vainqueurs et les vaincus. CXXXI.
+
+Républiques=, contraires au génie oriental.
+
+Leurs origines. Elles sont postérieures aux monarchies.
+
+La Grèce, l'Asie-Mineure, Carthage, Rome.
+
+Le Nord et l'Allemagne (on a pris pour des rois les chefs des
+armées). CXXXI.
+
+=Résurrection de la chair=. Croyance commune au christianisme et au
+mahométisme. XXXV.
+
+=Revenus=. A Paris, les revenus des citoyens «ne consistent qu'en
+esprit et en industrie; chacun a la sienne qu'il fait valoir de son
+mieux.» LVIII.
+
+Revenus fonciers difficiles à percevoir.
+
+Revenus mobiliers. Embarras d'un homme à qui son débiteur rend une
+somme prêtée. CXXXII.
+
+=Révolution=. En Orient «le moindre accident produit une grande
+révolution.» LXXXI.
+
+=Rhédi= neveu d'Ibben. XXV, écrit de Venise à Usbek, XXXI. (Voir la
+table des _Lettres_.)
+
+=Rica=, compagnon de voyage d'Usbek, son caractère enjoué, XXV. (Voir
+la table des _Lettres_.)
+
+=Richesse=. Si la Providence n'avait accordé les richesses qu'aux gens
+de bien, on ne les aurait pas assez distinguées de la vertu. XCIX.
+
+=Robe=. Un des trois états qui se méprisent mutuellement. XLIV.
+
+=Rodriguez= (le P. Alphonse), jésuite espagnol, né à Valladolid, mort
+à Séville en 1616, auteur d'un _Traité de la perfection chrétienne_,
+traduit par Régnier des Marets. Ses oeuvres sont rangées parmi les
+purgatifs. CXLIII.
+
+=Rois=. Les rois sont comme les dieux: pendant qu'ils vivent, on doit
+les croire immortels. CVIII.
+
+Les rois des tribus germaniques n'étaient que des chefs ou généraux
+à pouvoir limité par celui des seigneurs et l'égalité des
+dépouilles. CXXXI.
+
+Rois déposés par les Vandales et les Goths. _Ibid._
+
+=Roman=. Le roman qui sert de canevas aux Lettres persanes est tout
+entier dans la jalousie d'Usbek absent et les désordres de son
+sérail. Si l'on y joint l'histoire d'Aphéridon et d'Astarté et celle
+d'Anaïs (LXVII, CXLI), il remplit environ soixante lettres, et un
+peu moins du tiers de l'ouvrage qu'il varie, et auquel il est
+souvent rattaché avec un art discret.
+
+(Voir _Eunuques_, _Fatmé_, _Roxane_, _Zachi_, _Zélis_, _Zélide_,
+_Zéphis_ et _Sérail_, _Usbek_ et _Solim_, etc.).
+
+=Romanciers=. Espèces de poëtes qui outrent le langage de l'esprit et
+du coeur. CXXXVII.
+
+=Romans=. Leurs héros sont à côté de la nature; un seul détruit une
+armée.
+
+Extravagance des romans orientaux. CXXXVII.
+
+Romans, vomitif. CXLIII.
+
+=Rome=. Combien déchue depuis les temps anciens. CXIII.
+
+=Royauté=. Progrès de la royauté française. CXXXVI.
+
+=Roxane=, femme préférée d'Usbek, qui vante sa vertu. XX.
+
+Son opiniâtreté à repousser les assiduités de son mari dans les
+premiers mois de son mariage. XXVI.
+
+Sa feinte sagesse trompe les eunuques. CLI;
+
+Elle s'indigne des châtiments subis par les autres femmes du sérail.
+CLVI.
+
+Surprise avec un jeune homme. CLIX.
+
+S'empoisonne: sa lettre. CLXI.
+
+=Russe=. Lettre d'une jeune mariée russe qui se plaint de n'être pas
+battue par son mari. LI.
+
+=Russie=. Le czar, allié naturel de la Perse contre les Turcs.
+
+Réformes de Pierre le Grand. LI.
+
+=Rustan=, ami et correspondant d'Usbek. V.
+
+(Voir la table des _Lettres_.)
+
+
+S
+
+=Saint-Cyran= (abbé de), ses lettres bonnes contre la gale, la
+gratelle, etc. CXLIII.
+
+=Samos=. Roi de Samos sommé par un roi d'Egypte de renoncer à la
+cruauté et à la tyrannie. XCVI.
+
+=Sanchez=. Son _de matrimonio_, fort tonique contre la chlorose.
+CXLIII.
+
+=Santon=, saint musulman. XCIV.
+
+Santons chrétiens (moines de la Thébaïde). _Ibid._
+
+=Sardaigne=, terre insalubre, destinée par les Romains aux criminels
+et aux Juifs. CXXII.
+
+=Sauromates=, véritablement dans la servitude du sexe. XXXVIII.
+
+=Sauvages=. Leur aversion pour le travail et l'agriculture. Leur vie
+précaire; famine. Avortements. Isolement des tribus.
+
+Dépopulation. CXXI.
+
+=Savants=. Deux savants pleins de vanité. CXLIV.
+
+Tribulations d'un savant, astronome, physicien et anatomiste. CXLV.
+
+Jadis accusé de magie, le savant aujourd'hui l'est d'irréligion ou
+d'hérésie.
+
+Dédain des savants pour ceux qui s'occupent d'une autre science que
+la leur. CXLV.
+
+=Scapulaire=, morceau de drap attaché à deux rubans. XXIX.
+
+=Sciences=. Mauvais usage des sciences. CVI.
+
+=Scolastique=. Allusion aux disputes et aux subtilités scolastiques.
+XXXVI.
+
+=Scot=, subtil scolastique; purgatif. CXLIII.
+
+=Secte=. Une secte nouvelle introduite dans un État est le moyen le
+plus sûr pour corriger les abus de l'ancienne. LXXXVI.
+
+=Seigneur=. Les grands seigneurs qui représentent.
+
+Leur morgue. LXXIV.
+
+L'abolition de l'esclavage par les rois abaissait les seigneurs.
+LXXV.
+
+Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, parle aux ministres,
+a des ancêtres, des dettes et des pensions. LXXXIX.
+
+=Sémiramis=, reine et divinité des Babyloniens. XXXVIII.
+
+=Sénèque=. Dans le malheur, un Européen n'a «d'autre ressource que la
+lecture d'un philosophe qu'on appelle Sénèque: mais les Asiatiques,
+plus sensés et meilleurs physiciens en cela, prennent des breuvages
+capables de rendre l'homme gai, etc.» XXXIII.
+
+=Séparation=. Une femme effrontée expose les outrages qu'elle a faits
+à son époux comme une raison d'en être séparée. LXXXVII.
+
+=Sérail=. Gouverné par les eunuques noirs. II, VII, LXIV, IX.
+
+Gardé par les eunuques blancs qui ne peuvent pénétrer dans
+l'appartement des femmes. XX, XXI.
+
+Les hommes qui en approchent sont massacrés. LXVII, CLIX.
+
+Condition et malheur des femmes qui y sont enfermées. VII, XX, XXI,
+XXVI, XXVII.
+
+A quel âge elles y entrent. LXII.
+
+On leur fait croire que leur réclusion est une garantie de chasteté,
+de santé et de beauté. XX, XXXIV, XLVII, LXII, LXIII.
+
+Plus il y a de femmes dans un sérail, moins elles y donnent
+d'embarras. XCVII.
+
+Leurs dissensions, leurs réconciliations, leurs voyages ou
+promenades dans des boîtes. LXIV, III, XLVII.
+
+Leurs privautés avec les filles esclaves, IV, CXLVII, qui ne se
+marient presque jamais sinon avec des eunuques, LXVII, CXV, LIII;
+leur goût pour les eunuques blancs. XX.
+
+Le sérail tue l'amour chez le mari sans supprimer la jalousie. VI.
+
+Désordres dans le sérail d'Usbek. XX, LXIV, LXV, CXLVII-CLXI.
+
+Châtiments terribles, le fouet, la torture. CLVI-CLVIII.
+
+=Servitude=. La servitude est dans le tempérament asiatique. CXXXI.
+
+=Sibérie=. Lieu d'exil pour les seigneurs russes disgraciés. LI.
+
+=Sicile=. Contenait jadis de puissants royaumes. CXIII.
+
+=Sincérité=. Celle d'Usbek lui a fait des ennemis à la cour de Perse.
+C'est la cause de son voyage. VIII.
+
+=Singe=. Il y a encore des peuples chez lesquels un singe passablement
+instruit pourrait vivre avec honneur. CVII.
+
+=Smyrne=. Seule ville «riche et puissante» de l'Asie turque: «Ce sont
+les Européens qui la rendent telle.» XX.
+
+=Sociabilité=. L'homme, animal sociable; un Français est donc l'homme
+par excellence. LXXXVIII.
+
+=Société=. Elle est fondée sur un avantage mutuel. LXXVI.
+
+Origine des sociétés: «un fils est né auprès de son père et il s'y
+tient: voilà la société et la cause de la société.» XCV.
+
+=Soleil=. Les Espagnols disent «que le soleil se lève et se couche
+dans leur pays.» LXXVIII.
+
+«Ouvrage et manifestation de la divinité,» dieu des Guèbres,
+longtemps «honoré» d'un «culte religieux mais inférieur... dans la
+ville sainte de Balk.» LXVII.
+
+=Solidarité=. Sa nécessité sociale, prouvée dans l'épisode des
+Troglodytes. Lettres XI. XII, XIII.
+
+=Solim=, eunuque, dénonce les désordres du sérail, CLI.
+
+Est chargé des vengeances d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.
+
+=Soliman=, affront qu'il reçoit. LXX.
+
+=Solliciteuses=. Leur agitation perpétuelle; elles ne reculent devant
+rien pour distribuer les places et les honneurs. CVIII.
+
+=Somnifères=. La _Cour sainte_ du P. Caussin procure un doux sommeil à
+un malade affligé d'insomnie, et à toute sa famille. CXLIII.
+
+=Somptuaires= (lois) finement raillées. CXXV.
+
+=Son=. Combien de lieues il fait dans une heure. XCVIII.
+
+=Sottises=. Dire théologiquement force sottises. CII.
+
+=Soumission=. Elle se mesure à la gratitude. CV.
+
+=Souverains=. Doivent chercher des sujets et non des terres. CVII.
+
+=Statues=. Il y en a autant dans les jardins de Louis XIV que de
+citoyens dans une grande ville. XXXVII.
+
+=Statuts= de villes et de provinces. Presque toujours rédigés par
+écrit sous Louis XIV. CI.
+
+=Style figuré=. L'auteur le condamne. XCVIII.
+
+=Suède=. Mort de Charles XII. CXXVIII.
+
+Mention de deux reines de Suède. CXXXIX.
+
+=Suicide=. Injustice des lois portées contre ceux qui se tuent
+eux-mêmes.
+
+Le suicide ne trouble pas l'ordre de la nature.
+
+Il n'est que l'usage d'un droit; la renonciation à un contrat devenu
+onéreux. LXXVI.
+
+Faibles arguments en faveur de la loi religieuse et de la loi civile
+contre le suicide. LXXVII.
+
+=Suisse=. République. CXXIII.
+
+Elle est l'image de la liberté. CXXXVI.
+
+=Sultans=. Ils ont plus de femmes que certains princes italiens ou
+allemands n'ont de sujets. CIII.
+
+=Superfluités=. Elles sont socialement aussi nécessaires que les
+nécessités de la vie. CVII.
+
+=Sûreté=. Précautions des princes orientaux pour mettre leur vie en
+sûreté. CIII.
+
+=Suphis=. Jeune étourdi. Le traitement qu'il fait subir à sa jeune
+femme. LXX.
+
+=Syphilis=, son introduction dans l'ancien monde; ses effets
+prodigieux; remède puissant qui lui est opposé. CXIV.
+
+=Système= (de Law). Allusion aux troubles qu'il apporte dans les
+fortunes. CXXXII.
+
+Ses affirmations ne sont pas plus sûres que les présages de
+l'astrologie judiciaire. CXXXV.
+
+Il pervertit la moralité publique. CXLVI.
+
+=Système du monde=, expliqué par quelques lois générales découvertes
+par des philosophes qui n'ont point été ravis jusqu'au trône
+lumineux (comme saint Paul), etc. XCVIII.
+
+
+T
+
+=Talents= (petits), tels que: parler pour ne rien dire, écouter,
+sourire à propos, entendre finesse à tout, etc.
+
+«Un homme de bon sens ne brille guère devant eux.» LXXXIII.
+
+=Talismans=. Effet que peut produire l'arrangement de certaines
+lettres. CXLIII.
+
+=Tartares=. Leurs conquêtes et leur puissance. Il ne leur a manqué que
+des historiens. LXXXII.
+
+Pourquoi leurs conquêtes seraient dévastatrices. CXXXI.
+
+=Tartarie=. «Quand le kan de Tartarie a dîné, un héraut crie que tous
+les princes de la terre peuvent aller dîner.» XLIV.
+
+=Tauris=. Lettres I, II, III.
+
+=Tavernier=, célèbre voyageur en Perse. LXXII.
+
+=Tempéraments= fixés par le climat, ils souffrent du changement
+brusque du pays d'origine. CXXII.
+
+=Tentations= des santons de la Thébaïde. Elles nous suivent jusque
+dans la vie la plus austère. XCIV.
+
+=Terre=. Soumise comme les autres planètes, aux lois du mouvement;
+elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses principes.
+CXIV.
+
+Elle se dépeuple et dans dix siècles ne sera plus qu'un désert.
+CXIII.
+
+=Testament=. Le testament de Louis XIV cassé par le parlement. XCIII.
+
+=Théâtre=. Description de la salle et de la scène. XXVIII.
+
+=Thébaïde=. Saints ou santons chrétiens de la Thébaïde. Leur vie,
+leurs tentations.
+
+Les chrétiens sensés regardent leur histoire comme une allégorie
+bien naturelle des passions qui nous suivent jusque dans le désert.
+XCIV.
+
+=Théologie=. Les livres de théologie, doublement inintelligibles par
+la matière et la manière. CXXXIV.
+
+=Tisane= purgative et autres, d'après la nouvelle pharmacie
+spirituelle. CXLIII.
+
+=Titres=. La vente des titres d'honneur est une des principales
+ressources de Louis XIV. XXIV.
+
+=Tolérance=. Elle commence à s'établir en France; mais non en Asie.
+LX. (Voir =Intolérance=.)
+
+=Traducteurs=. Dialogue d'un traducteur d'Horace et d'un géomètre.
+
+Services que rendent les traducteurs et danger de leur métier.
+CXXIX.
+
+=Traductions=; rendent le corps, mais non la vie. _Ibid._
+
+=Traitants=. Chambre, qu'on appelle de justice, parce qu'elle va leur
+ravir tout leur bien. XCIX.
+
+=Traite= autorisée par les rois chrétiens. LXXV.
+
+=Traités de paix=, légitimes lorsque les conditions en sont telles que
+les deux peuples peuvent se conserver. XCVI.
+
+=Travail=. Les Espagnols «invincibles ennemis du travail.» LXXVIII.
+
+Le travail et l'industrie à Paris: sans eux, plus de revenus, plus
+de circulation des richesses. Chacun, retiré dans sa terre, ne
+travaillerait qu'à sa faim. Dépopulation. CVII.
+
+=Tribunal= où l'on prend les voix à la majeure; on a reconnu qu'il
+vaudrait mieux les recueillir à la mineure. LXXXVII.
+
+=Troglodytes=, perdus par l'égoïsme et l'anarchie, relevés par la
+solidarité des droits et des devoirs, par la pratique de la vertu et
+de la liberté civile. Vont de nouveau périr par la monarchie et
+l'égalité dans la servitude. XI-XIV.
+
+=Turcs=. Sous le nom de Turcs, les Tartares ont fait des conquêtes
+immenses dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique; et ils dominent sur
+trois parties de l'univers. LXXXII.
+
+Les Turcs défaits par les Impériaux. CXXIV.
+
+Caractère de leurs conquêtes. CXXXI.
+
+=Turquie=. Faiblesse de l'empire des Osmanlis: «Ce corps malade ne se
+soutient pas par un régime doux et tempéré, mais par des remèdes
+violents qui l'épuisent et le minent sans cesse.»
+
+Ni commerce, ni art, ni «expérience sur la mer,» villes désertes,
+campagnes désolées;
+
+«Juste idée de cet empire qui, avant deux siècles, sera le théâtre
+des triomphes de quelque conquérant.» XX.
+
+La Turquie est également dépeuplée en Europe et en Asie. CXIII.
+
+=Tyen=. Ciel des chinois. Les âmes des ancêtres y sont anéanties, mais
+revivent sur terre dans les enfants. CXX.
+
+
+U
+
+=Ubiquité=. Question pour les philosophes, réalité pour les Français.
+LXXXVIII.
+
+=Ulrique-Eléonore=, reine de Suède. Sa tendresse conjugale. CXXXIX.
+
+=Université= (de Paris), fille très-aînée des rois de France. Elle
+rêve quelquefois. CX.
+
+=Usbek=. (_Ouzbeyg_, nom d'une des principales tribus tartares ou
+turcomanes qui ont envahi l'Asie Mineure vers le temps des
+croisades.) Seigneur persan disgracié. VIII.
+
+Vient en Europe se perfectionner dans les sciences, qu'il a toujours
+aimées.
+
+Il passe par Com, Tauris, Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne et
+s'arrête à Paris «siége de l'empire d'Europe.»
+
+C'est là qu'il étudie les moeurs des Français, qu'il ne cesse de
+sonder les matières religieuses, philosophiques, politiques, qu'il
+acquiert des notions de droit public et d'histoire générale, plus
+tard développées dans l'_Esprit des lois_.
+
+Le regret de son sérail, la jalousie, troublent seules la sérénité
+de son esprit. Il renvoie à Ispahan les eunuques qu'il avait
+emmenés, ne cesse d'écrire à Zachi, Zélis, Zéphis, Fatmé, et surtout
+à Roxane, sa favorite, qui le trompe avec toutes les apparences de
+la vertu. Son désespoir, les ordres cruels qu'il donne contre les
+infidèles remplissent la fin des _Lettres persanes_.
+
+Voir à la table les numéros des lettres nombreuses qu'il envoie et
+qu'il reçoit.
+
+=Usurpateur=. Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point
+opprimé la patrie comme lui. CV.
+
+
+V
+
+=Vanité= de deux savants qui veulent être admirés à force de déplaire.
+CXLIV.
+
+Portrait du vaniteux. L.
+
+=Vandales=, déposaient volontiers leurs rois. CXXXI.
+
+=Venise=. Epargnée par les mahométans parce que l'eau y manque pour
+les purifications. XXXI.
+
+République qui n'a de ressources qu'en son économie. CXXXVI.
+
+=Vérité=. «Vérité dans un temps, erreur dans un autre.» LXXV.
+
+=Vérités=. La connaissance de cinq ou six vérités a rendu la
+philosophie pleine de miracles. XCVIII.
+
+=Vertu=. C'est la pratique de la justice, de la réciprocité sociale.
+XII, XIII, _passim._
+
+Quand elle est naturelle, la vertu est modeste et ne se fait pas
+sentir. L.
+
+=Veuve indienne=. Pourquoi elle veut se brûler et pourquoi elle y
+renonce. CXXVI.
+
+=Viandes=. Le Turc ne veut point qu'elles soient étouffées. XLVI.
+
+=Vieillesse=. Elle juge tout d'après le souvenir et le regret de la
+jeunesse perdue. LIX.
+
+=Vierge= qui a mis au monde douze prophètes. Son tombeau est à Com. I.
+
+=Villes= d'Italie, désertes et dépeuplées. CXIII.
+
+Les voyageurs recherchent les grandes villes, espèce de patrie
+commune à tous les étrangers. XXIII.
+
+Depuis quand les bourgeois ont perdu la garde de leurs villes. CVI.
+
+=Vin=, causes de sa cherté à Paris. Ses funestes effets chez les
+musulmans, malgré les prohibitions du Coran. XXIII, LVI.
+
+=Virginité=. Des femmes adroites font de la virginité une fleur qui
+périt et renaît tous les jours, «et se cueille la centième fois plus
+douloureusement que la première.» LVIII.
+
+Incertitude des preuves de la virginité. LXXI.
+
+=Visapour=. Les femmes jaunes de ce pays peuplent les sérails de
+Perse. XCVII.
+
+=Visites=. Pour nombre de Français, il est de la bienséance de visiter
+chaque jour le public en gros et en détail. LXXXVIII.
+
+=Vizir=. Le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour
+châtier les sectateurs d'Omar. CXXIV.
+
+=Voeux=. «Les dervis font trois voeux, d'obéissance, de pauvreté
+et de chasteté. On dit que le premier est le mieux observé de tous;
+quant au second, je te réponds qu'il ne l'est point: je te laisse à
+juger du troisième.» LVII.
+
+=Volonté=. «Dieu ne peut lire dans une volonté qui n'est point
+encore.» LXIX.
+
+=Vomitifs=. 1º Harangues, oraisons funèbres, opéras nouveaux, romans,
+mémoires, le tout distillé;
+
+2º Infusion de papier ayant couvert un recueil des pièces des
+Jésuites français» (J. F.); ou mieux, selon Barbier, des jeux
+floraux. CXLIII.
+
+=Voyages=. Combien plus embarrassants pour les femmes que pour les
+hommes. XLIII.
+
+
+Z
+
+=Zachi= rappelle à Usbek qu'il l'a préférée à ses autres femmes. III.
+
+Trouvée seule avec Nadir, eunuque blanc. XX.
+
+Ses privautés avec la jeune Zélide. _Ibid._
+
+Sa réconciliation avec Zéphis. XLVII.
+
+Couchée avec une de ses esclaves. CXLVII.
+
+Elle reçoit le fouet et se plaint passionnément à Usbek. CLVII.
+
+=Zélide=, esclave de Zéphis, de Zachi et de Zélis, soupçonnée de
+certaines complaisances intimes pour ses maîtresses. IV, XX, CXLVII.
+
+Elle consent à épouser Cosrou, eunuque blanc. (V. ce mot.) XLVII.
+
+=Zélis= marie son esclave Zélide à Cosrou, eunuque blanc. Ses idées
+sur les plaisirs conjugaux des hommes de cette espèce. LIII.
+
+Confie sa fille, âgée de sept ans, aux soins des eunuques noirs.
+LXII.
+
+A laissé tomber son voile en allant à la mosquée. CXLVII.
+
+Soupçonnée d'avoir reçu une lettre. CXLVIII.
+
+Reçoit le fouet et se plaint vertement au «tyran» Usbek. CLVIII.
+
+=Zéphis=. Accusée de certaines relations illicites avec son esclave
+Zélide, IV, se plaint du grand eunuque noir.
+
+Sa réconciliation avec Zachi. XLVII.
+
+=Zend=, ancien bactrien, langue sacrée des Guèbres. LXVII.
+
+=Zeuxis= assemble les plus beaux modèles pour figurer la déesse de la
+beauté.
+
+Ainsi les métaphysiciens construisent l'idée de Dieu avec les
+perfections imaginées par les hommes. LXIX.
+
+=Zoroastre=. Législateur des Guèbres et auteur de leurs livres sacrés.
+LXVII.
+
+=Zufagar=, nom de l'épée d'Ali, «qui avoit deux pointes.» XVI.
+
+(_Zoulfékar_, sabre à deux lames donné par Mahomet, conservé dans la
+maison des Kalifes, brisé à la chasse par un descendant d'Abdoullah
+IV, il figure sur les pavillons ottomans.)
+
+=Zuléma= raconte à ses compagnes du sérail l'histoire du farouche
+Ibrahim et de l'immortelle Anaïs. CXLI.
+
+
+
+
+BIBLIOGRAPHIE.
+
+
+I.--ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT DE L'AUTEUR.
+
+1721. =Lettres persanes=, à Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le Dam.
+2 vol. grand in-12 (150 lettres).
+
+-- =Lettres persanes=, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. in-12. (Édition
+semblable à la précédente.)
+
+-- =Lettres persanes=. =Seconde édition=, _revuë, corrigée, diminuée
+et augmentée par l'auteur_. 2 vol. pet. in-12, (140 lettres).
+Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B.
+
+Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition), XXIII (XXV),
+XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL (XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII
+(LXV), LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI sont fondues
+en une seule.
+
+Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans cette _2e Marteau_
+les nos LVIII, LIX, LX. Reproduites avec quelques variantes dans le
+_Supplément_ de 1754.
+
+Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.
+
+La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en tête du
+tome second de la première édition, termine le tome premier de la
+seconde, avec le nº LXI.
+
+Les suppressions et changements ne portent que sur le tome Ier.
+
+(Pour la nature des suppressions, voir la _préface_ de notre
+édition. Pour les variantes et la collation des nos, voir nos _notes
+et variantes_, tomes I et II.)
+
+_N. B._ Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble bien
+qu'il en ait paru deux à _Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le
+Dam_. L'une porte sous le titre une sphère armillaire, l'autre un
+polygone régulier à neuf pans, dans lequel sont inscrits trois
+triangles équilatéraux.
+
+Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale
+appartiennent à deux éditions différentes: le tome I a la sphère, le
+tome II a le polygone; or nous avons sous les yeux:
+
+Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette. Sur le tome I
+de la Bibliothèque nationale, en regard du feuillet de garde, se
+trouve la note manuscrite suivante: _édition différente_. Au reste,
+les deux éditions Brunel et l'une des éditions Marteau sont des
+réimpressions d'un même texte.
+
+
+1730. =Lettres persanes, troisième édition= à Amsterdam, chez Jacques
+Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, 19030 _bis_ B.
+
+Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser au
+moment où fut rédigée notre préface, est une _réimpression_ de la 2e
+Marteau. Elle commence également par la lettre d'_Usbek à son ami
+Nessir_, la Ve du texte complet. Le premier tome finit par la lettre
+sur l'Académie.
+
+-- Autre édition, mais conforme à la 1re: à Cologne, chez Pierre
+Marteau. 2 vol. in-12.
+
+
+1731. =Lettres persanes=: à Amsterdam, chez P. Mortier, 2 vol in-12
+(150 lettres). Quérard dit: Amsterdam (Paris).
+
+
+1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, Pierre
+Marteau.
+
+
+1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.
+
+
+1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, près le
+collége des Jésuites. In-8o, 2 tomes en un volume, 150 lettres.
+(Arsenal, 19031 B.)
+
+-- La même édition, augmentée des _Lettres turques_ (par
+Saint-Foix), 2 tomes en un volume.
+
+Réimpression de la 1re 1721, avec quelques variantes insignifiantes.
+
+
+1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir la
+préface) _les Lettres persannes convaincues d'impiété_, qui vise la
+1re Marteau 1721, et la 2e Desbordes 1730.
+
+
+1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.
+
+
+1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de
+Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le texte.
+
+=Lettres persanes=, à Cologne, chez Pierre Marteau (2 tomes in-12, 150
+lettres, avec un _Supplément_).
+
+Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier volume
+sont intercalées les _Lettres turques_.
+
+Le _Supplément_, à la fin du second volume, contient _quelques
+réflexions sur les Lettres persanes_, onze lettres, dont trois
+empruntées, avec variantes, à la 2e Marteau, 3e Desbordes, et un
+certain nombre de passages nouveaux à ajouter ou à substituer dans
+le texte. La plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement
+observé les indications du _Supplément_ pour le placement des
+lettres et passages nouveaux.
+
+Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition reliée en un
+volume; les _Lettres turques_ y sont insérées après le Supplément.
+
+
+II.--ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT DE L'AUTEUR.
+
+(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées des
+_Lettres persanes_: mais diverses considérations nous ont amené à
+signaler plusieurs éditions des OEuvres complètes, en n'y tenant
+compte que de ce qui concerne les _Lettres_.)
+
+
+1755. Réimpression pure et simple, sans _Supplément_, du texte de
+1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. grand in-12).
+L'exemplaire de la bibliothèque nationale est relié en un volume.
+
+
+1757. =OEuvres de M. de Montesquieu=, Londres (4 vol. in-12). La
+première édition des oeuvres complètes, publiée par Richer sous
+les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, avec le concours de
+Moreau, ancien secrétaire de l'auteur, et imprimeur célèbre qui,
+suivant Quérard et Brunet, la rendit le modèle des éditions
+suivantes.
+
+
+1758. =OEuvres complètes de M. de Montesquieu=, nouvelle édition,
+revue, corrigée et considérablement augmentée _par l'auteur_,
+Amsterdam et Leipsick, Arkstée et Merkus (3 vol. in-4o). Toutes les
+additions du _Supplément_ sont intercalées à leur place.
+
+Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), note
+manuscrite indiquant deux collaborateurs pour les _Lettres_. Les
+_Lettres_ sont au tome III. Dans l'avertissement, Richer réfute les
+remarques d'un anonyme (Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition,
+très-belle en effet, est plus correcte et moins chère que la
+précédente. Toutes deux sont d'ailleurs l'oeuvre de Richer et de
+Moreau. Elles renferment un assez grand nombre de _corrections_
+d'après les changements trouvés dans les papiers de l'auteur, et que
+beaucoup d'éditions subséquentes ont admises. Nous les signalons
+dans nos _Notes_, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à
+même de les voir et de les certifier, et nous nous défions fort de
+cette manie d'arrangement et d'atténuations, à laquelle se
+laissaient aller volontiers les éditeurs des derniers siècles. Au
+reste, ces variantes sont véritablement insignifiantes.
+
+Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam.
+
+
+1759, 1762. =OEuvres=. Nouvelle édition, très-augmentée, avec des
+_remarques philosophiques et politiques d'un anonyme_ (Élias Luzac),
+Amsterdam et Lausanne, Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.)
+(6 volumes in-12.
+
+Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque Richer
+réfute en 1758 les _Remarques_ d'Élias Luzac.
+
+
+1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la note
+manuscrite mentionnée à l'article 1758.
+
+
+1761. =Lettres persanes=, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle édition,
+augmentée de douze lettres qui ne se trouvent pas dans les
+précédentes, et d'une table analytique des sujets traités; un vol.
+in-8o de 527 pages. Réimprimée en 1786.
+
+Le chiffre de _douze lettres_ contient sans doute _Quelques
+Réflexions sur les Lettres persanes_. En fait, le _Supplément_ de
+1754 n'ajoute que _onze_ lettres.
+
+Cette édition est la première complète des _Lettres persanes_.
+
+
+1767. =Lettres persanes=, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.
+
+
+1772. =OEuvres=. Londres, Nourse, 3 vol. in-8o, l'une des plus
+mauvaises.
+
+
+1776. =Lettres persanes=, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1 vol. in-12,
+161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de Provins.)
+
+
+1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18.
+
+
+1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.
+
+
+1788. =OEuvres=. Paris, Bastien, 5 vol in-8o. D'après Quérard,
+médiocre et chère.
+
+=OEuvres=, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs pièces
+qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam (sans nom d'éditeur ni
+d'imprimeur). Généralement conforme à l'in-4o de 1758. 6 vol. in-8o.
+
+
+1790. =OEuvres=, Bâle 8 vol. in-8o (réimprimées en 1799), avec des
+notes d'Helvétius, longtemps la plus complète, mais entièrement
+effacée par celle d'Auger 1816.
+
+
+1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8o; avec notes
+d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte médiocre.
+(Publiée par de Laroche.)
+
+
+1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV.
+
+Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les manuscrits
+(?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie Plassan. 5 vol. grand
+in-4o.
+
+Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758, laisse à
+désirer comme livre de luxe.
+
+
+1803. =Lettres=. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol. in-18.
+Avec les clichés de cette édition peu correcte a été faite celle de
+Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection des classiques français).
+Autre tirage, 1811.
+
+
+1814 et 1820. =OEuvres=, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8o.
+
+
+1815. =Lettres=, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).
+
+
+1816, 1818, 1820. =OEuvres=, précédées de la vie de l'auteur par
+Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8o, imprimerie Crapelet. (Table
+analytique bien faite.)
+
+La seconde est plus complète.
+
+Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le texte des
+lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.
+
+
+1817. =OEuvres=, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes
+in-8o.
+
+
+1818. =Lettres=, Nîmes, in-8o (id. 1820), traduction espagnole de
+Marchena.
+
+
+1819. =OEuvres=. Nouvelle édition contenant les _Éloges de
+Montesquieu_ par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable),
+les notes d'Helvétius, de Condorcet, et le commentaire de Voltaire
+sur l'_Esprit des lois_. Paris, de l'imprimerie de Pierre Didot
+aîné. Lequien 1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de
+1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont passées en revue.
+Estimée.
+
+
+1820. =Lettres=, suivies des oeuvres diverses, Paris, Didot aîné, 3
+vol. in-8o, formant les volumes 52-54 de la _Collection des
+meilleurs ouvrages français_.
+
+
+1820. =Lettres=. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant
+partie de la _Bibliothèque française_.
+
+
+1821. =Lettres=. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection
+des _Classiques français_.)
+
+=Lettres= (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, in-12.
+
+=Lettres=, Paris, Touquet, in-12.
+
+
+1822. =OEuvres=, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8o.
+Portrait. Avec les =Éloges= par d'Alembert et Villemain, suivie du
+_Commentaire sur l'Esprit des lois_ par Destutt de Tracy. Édition
+faite sur 1819-Lequien. Estimée.
+
+
+1823. =Lettres=. Nouvelle édition accompagnée de notes et d'une table
+alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18.
+
+Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur les noms
+orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée par les frères Garnier.
+
+=Lettres=, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, 3 vol. in-32.
+
+
+Il y a peu à dire sur les éditions, tant des =OEuvres= que des
+=Lettres=, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de nos
+jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt de 1758.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.
+
+Lettre LXXXIX. Usbek à Rhédi.
+
+Notes sur Paris ou règnent la _liberté et l'égalité_;
+portrait du grand seigneur en France; la faveur,
+grande divinité des Français. 1
+
+Lettre XC. Usbek à Ibben.
+
+Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation.
+Amour des Français pour la gloire. Éloge
+du régime républicain. 2
+
+Lettre XCI. Usbek au même.
+
+Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du
+duel, plus forte que la raison et que la loi. 4
+
+Lettre XCII. Usbek à Rustan.
+
+Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. 6
+
+Lettre XCIII. Usbek à Rhédi.
+
+Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement.
+Rôle des parlements. Habileté du régent. 7
+
+
+Lettre XCIV. Usbek à son frère santon au monastère de
+Casbin.
+
+A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires.
+Tentations des ascètes de la Thébaïde. 8
+
+Lettre XCV. Usbek à Rhédi.
+
+Le droit public altéré par les princes et les puissants.
+Le droit public ramené aux principes de justice
+qui régissent le droit privé. 10
+
+Lettre XCVI. Usbek au même.
+
+Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions
+du droit public. De la guerre et du prétendu
+droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir
+les _Notes et variantes_.) 11
+
+Lettre XCVII. Le premier eunuque à Usbek. (_Roman_.)
+
+Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de
+la polygamie. Nécessite de la présence du maître
+dans le sérail. 14
+
+Lettre XCVIII. Usbek à Hassein, dervis de la montagne
+de Jaron.
+
+Supériorité des lois physiques découvertes par les
+philosophes sur les élucubrations mystiques des
+livres saints et des prophéties. 16
+
+Lettre XCIX. Usbek à Ibben.
+
+Inconstance des fortunes et désordre des finances en
+France. Chambre ardente contre les traitants.
+Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. 19
+
+Lettre C. Rica à Rhédi.
+
+Les caprices et l'empire de la mode en France. 21
+
+Lettre CI. Rica au même.
+
+Frivolité du caractère français. Incohérence de leur
+législation empruntée au droit romain et aux constitutions
+des Papes. 23
+
+Lettre CII. Usbek à ***.
+
+Sur un évêque qui vantait son mandement. 25
+
+Lettre CIII. Usbek à Ibben.
+
+Considérations sur le gouvernement monarchique en
+Europe et sur le despotisme oriental. 26
+
+Lettre CIV. Usbek au même.
+
+Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs
+assassins pour successeurs. 29
+
+Lettre CV. Usbek au même.
+
+Limitation de l'autorité royale par les Anglais. 31
+
+Lettre CVI. Rhédi à Usbek.
+
+Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts,
+incompatibles avec la solidité des monarchies. 33
+
+Lettre CVII. Usbek à Rhédi.
+
+Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de
+l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du
+luxe. 35
+
+Lettre CVIII. Rica à Ibben.
+
+Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère
+des rois. Louis XIV entièrement gouverné
+par les femmes. 39
+
+Lettre CIX. Usbek à ***.
+
+Les journaux et la critique au commencement du
+XVIIIe siècle. 41
+
+Lettre CX. Rica à ***.
+
+Querelles scolastiques sur la lettre Q. 43
+
+Lettre CXI. Rica à ***.
+
+Rôle et occupation d'une jolie femme. 44
+
+Lettre CXII. Usbek à ***.
+
+Discours d'un général de la Fronde. 45
+
+Lettre CXIII. Rhédi à Usbek.
+
+Dépopulation croissante de la terre. 47
+
+Lettre CXIV. Usbek à Rhédi.
+
+Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes
+générales. Le monde terrestre a bien plus de six
+mille ans. 50
+
+Lettre CXV. Usbek au même.
+
+Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. 53
+
+Lettre CXVI. Usbek au même.
+
+Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde
+romain. 56
+
+Lettre CXVII. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce.
+(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.). 58
+
+Lettre CXVIII. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et
+le monachisme. Supériorité des pays protestants
+sur les pays catholiques. 60
+
+Lettre CXIX. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique:
+la traite et le travail esclave. 64
+
+Lettre CXX. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et
+de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme,
+«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la
+fécondité de la Perse ancienne et des races juive
+et chinoise. 65
+
+Lettre CXXI. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur
+ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. 67
+
+Lettre CXXII. Usbek au même.
+
+Causes de la dépopulation des colonies: les influences
+climatériques, les cruautés des conquérants. 68
+
+Lettre CXXIII. Usbek au même.
+
+Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir
+arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages
+précoces. 72
+
+Lettre CXXIV. Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien
+des trois tombeaux.
+
+En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la
+victoire abandonne les Osmanlis. 74
+
+Lettre CXXV. Usbek à Rhédi.
+
+Qui paye les libéralités des princes envers leurs
+courtisans?. 75
+
+Lettre CXXVI. Rica à ***.
+
+Difficulté de concevoir des récompenses éternelles.
+Les paradis sont rendus inhabitables par leurs
+inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. 78
+
+Lettre CXXVII. Rica à Usbek.
+
+Allusion à la conspiration de Cellamare. 80
+
+Lettre CXXVIII. Rica à Ibben.
+
+A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité
+des ministres. 81
+
+Lettre CXXIX. Rica à Usbek.
+
+Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. 83
+
+Lettre CXXX. Rica à ***.
+
+Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres
+d'un nouvelliste. 86
+
+Lettre CXXXI. Rhédi à Rica.
+
+Origines des républiques. Éloge du gouvernement
+républicain. La liberté faite pour le génie des peuples
+de l'Europe; la servitude pour celui des
+orientaux. 90
+
+Lettre CXXXII. Rica à ***.
+
+Un café à la mode à l'époque de Law. 94
+
+Lettre CXXXIII. Rica à ***.
+
+Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de
+dervis. 96
+
+Lettre CXXXIV. Rica au même.
+
+Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique
+de divers genres littéraires. La théologie,
+l'ascétisme, la casuistique. 97
+
+Lettre CXXXV. Rica au même.
+
+Troisième visite: les grammairiens, glossateurs
+et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens,
+les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes
+des sciences occultes. 99
+
+Lettre CXXXVI. Rica au même.
+
+Vues historiques sur l'église, la décadence romaine,
+les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne,
+l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et
+les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. 101
+
+Lettre CXXXVII. Rica au même.
+
+Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques,
+épigrammatiques; les romanciers. 104
+
+Lettre CXXXVIII. Rica à Ibben.
+
+Désastreuses conséquences du système de Law. 106
+
+Lettre CXXXIX. Rica au même.
+
+Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore
+et Christine. 108
+
+Lettre CXL. Rica à Usbek.
+
+Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves
+et difficiles attributions politiques des parlements. 109
+
+Lettre CXLI. Rica au même.
+
+Traduction supposée d'un conte persan. Aventures
+de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes.
+Vengeance qu'elle tire de son mari. 110
+
+Lettre CXLII. Rica à Usbek.
+
+«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien
+mythologiste.» (Portrait allégorique de Law,
+fils d'Éole). 120
+
+Lettre CXLIII. Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif.
+
+Sur les amulettes, talismans et prestiges. 126
+
+Lettre d'un médecin de province à un médecin de
+Paris.
+
+Vertu dormitive de la _Cour sainte_ du père Caussin.
+Pharmacie nouvelle extraite des oeuvres des philosophes
+et des théologiens. 129
+
+Lettre CXLIV. Usbek à Rica.
+
+Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge
+de la modestie. 134
+
+Lettre CXLV. Usbek à ***.
+
+Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre
+d'un anatomiste. 135
+
+Lettre CXLVI. Usbek à Rhédi.
+
+Perversion des moeurs publiques sous l'influence de
+Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution
+publique. 140
+
+Lettre CXLVII. Le grand eunuque à Usbek. (_Roman._)
+
+Désordres dans le sérail d'Usbek. 143
+
+Lettre CXLVIII. Usbek au grand eunuque. (_Roman._)
+
+Ordres de répression. 144
+
+Lettre CXLIX. Narsit à Usbek. (_Roman._)
+
+Mort du grand eunuque. 144
+
+Lettre CL. Usbek à Narsit. (_Roman._)
+
+Ordres réitérés de répression. 145
+
+Lettre CLI. Solim à Usbek. (_Roman._)
+
+Dénonciations contre les femmes d'Usbek. 146
+
+Lettre CLII. Narsit à Usbek. (_Roman._)
+
+Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est
+égarée. 148
+
+Lettre CLIII. Usbek à Solim. (_Roman._)
+
+Fureurs de l'époux outragé. 149
+
+Lettre CLIV. Usbek à ses femmes. (_Roman._)
+
+Reproches et menaces. 149
+
+Lettre CLV. Usbek à Nessir. (_Roman._)
+
+Douloureuses confidences. 150
+
+Lettre CLVI. Roxane à Usbek. (_Roman._)
+
+Protestation contre les violences de Solim. 152
+
+Lettre CLVII. Zachi à Usbek. (_Roman._)
+
+Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. 153
+
+Lettre CLVIII. Zélis à Usbek. (_Roman._)
+
+Même châtiment, même colère. 154
+
+Lettre CLIX. Solim à Usbek. (_Roman._)
+
+Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. 155
+
+Lettre CLX. Solim à Usbek. (_Roman._)
+
+Solim va punir. 156
+
+Lettre CLXI. Roxane à Usbek. (_Roman._)
+
+Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme
+qui l'a épousée malgré elle. 157
+
+Notes et variantes. 159
+
+Index philosophique, historique et littéraire. 169
+
+Bibliographie. 211
+
+FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.
+
+
+
+
+OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE.
+
+
+Les Finances de Champagne aux XIIIe et XIVe siècles.
+
+La Flute de Pan, 2e édition. Hetzel.
+
+La Lyre intime. _Ibid._
+
+Virgile et Kalidasa. _Ibid._
+
+L'Épopée terrestre. Marpon.
+
+La Vallée du Nil (avec M. H. Cammas). Hachette.
+
+Les Merveilles de l'Architecture, 3e édit. _Ibid._
+
+Les Parcs et les Jardins, 2e édition. _Ibid._
+
+La Pensée nouvelle, en collaboration avec MM. Louis
+Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,
+etc. 2 vol. gr. in-8o.
+
+Napoléon Ier (in-32). Bureaux de l_'Éclipse_.
+
+Les Finances particulières de Napoléon III. J. Rouquette.
+
+Imprimerie Eugène Heutte et Ce, à Saint-Germain.
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+Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+works.
+
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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