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diff --git a/33856-8.txt b/33856-8.txt new file mode 100644 index 0000000..615af94 --- /dev/null +++ b/33856-8.txt @@ -0,0 +1,9909 @@ +The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Lettres persanes, tome II + +Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + +LETTRES PERSANES + +PAR + +MONTESQUIEU + +AVEC + +PRÉFACE, NOTES ET VARIANTES, + +INDEX + +PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTÉRAIRE, + +PAR + +ANDRÉ LEFÈVRE + +TOME II + +PARIS + +ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR + +27, PASSAGE CHOISEUL, 29 + +M DCCC LXXIII + +_Tous droits réservés_. + +E. Picard. + + +IMP. EUGÈNE HEUTTE ET Ce, A SAINT-GERMAIN. + + + + +LETTRE LXXXIX. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +A Paris règne la liberté et l'égalité. La naissance, la vertu, le +mérite même de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas +un homme de la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie des +rangs y est inconnue. On dit que le premier de Paris est celui qui a +les meilleurs chevaux à son carrosse. + +Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux +ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. S'il peut +avec cela cacher son oisiveté par un air empressé, ou par un feint +attachement pour les plaisirs, il croit être le plus heureux de tous +les hommes. + +En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque donne +quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands +par leur naissance; mais ils sont sans crédit. Les rois font comme +ces ouvriers habiles qui, pour exécuter leurs ouvrages, se servent +toujours des machines les plus simples. + +La faveur est la grande divinité des François. Le ministre est le +grand prêtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui l'entourent +ne sont point habillés de blanc: tantôt sacrificateurs, et tantôt +sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole avec tout le +peuple. + + A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XC. + +USBEK A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Le désir de la gloire n'est point différent de cet instinct que +toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous +augmentons notre être, lorsque nous pouvons le porter dans la +mémoire des autres: c'est une nouvelle vie que nous acquérons, et +qui nous devient aussi précieuse que celle que nous avons reçue du +ciel. + +Mais comme tous les hommes ne sont pas également attachés à la vie, +ils ne sont pas aussi également sensibles à la gloire. Cette noble +passion est bien toujours gravée dans leur coeur; mais l'imagination +et l'éducation la modifient de mille manières. + +Cette différence, qui se trouve d'homme à homme, se fait encore plus +sentir de peuple à peuple. + +On peut poser pour maxime que, dans chaque État, le désir de la +gloire croît avec la liberté des sujets, et diminue avec elle: la +gloire n'est jamais compagne de la servitude. + +Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: On est en France, à +bien des égards, plus libre qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la +gloire. Cette heureuse fantaisie fait faire à un François, avec +plaisir et avec goût, ce que votre sultan n'obtient de ses sujets +qu'en leur mettant sans cesse devant les yeux les supplices et les +récompenses. + +Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de l'honneur du dernier +de ses sujets. Il y a pour le maintenir des tribunaux respectables: +c'est le trésor sacré de la nation, et le seul dont le souverain +n'est pas le maître, parce qu'il ne peut l'être sans choquer ses +intérêts. Ainsi, si un sujet se trouve blessé dans son honneur par +son prince, soit par quelque préférence, soit par la moindre marque +de mépris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, son service, +et se retire chez lui. + +La différence qu'il y a des troupes françoises aux vôtres, c'est que +les unes, composées d'esclaves naturellement lâches, ne surmontent +la crainte de la mort que par celle du châtiment; ce qui produit +dans l'âme un nouveau genre de terreur qui la rend comme stupide: au +lieu que les autres se présentent aux coups avec délice, et +bannissent la crainte par une satisfaction qui lui est supérieure. + +Mais le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la vertu, +semble être établi dans les républiques, et dans les pays où l'on +peut prononcer le mot de patrie. A Rome, à Athènes, à Lacédémone, +l'honneur payoit seul les services les plus signalés. Une couronne +de chêne ou de laurier, une statue, un éloge, étoit une récompense +immense pour une bataille gagnée ou une ville prise. + +Là, un homme qui avoit fait une belle action se trouvoit +suffisamment récompensé par cette action même. Il ne pouvoit voir un +de ses compatriotes qu'il ne ressentit le plaisir d'être son +bienfaiteur; il comptoit le nombre de ses services par celui de ses +concitoyens. Tout homme est capable de faire du bien à un homme: +mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une +société entière. + +Mais cette noble émulation ne doit-elle point être entièrement +éteinte dans le coeur de vos Persans, chez qui les emplois et les +dignités ne sont que des attributs de la fantaisie du souverain? La +réputation et la vertu y sont regardées comme imaginaires, si elles +ne sont accompagnées de la faveur du prince, avec laquelle elles +naissent et meurent de même. Un homme qui a pour lui l'estime +publique n'est jamais sûr de ne pas être déshonoré demain: le voilà +aujourd'hui général d'armée; peut-être que le prince le va faire son +cuisinier, et qu'il n'aura plus à espérer d'autre éloge que celui +d'avoir fait un bon ragoût. + + A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XCI. + +USBEK AU MÊME. + +A Smyrne. + + +De cette passion générale que la nation françoise a pour la gloire, +il s'est formé dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais +quoi qu'on appelle point d'honneur: c'est proprement le caractère de +chaque profession; mais il est plus marqué chez les gens de guerre, +et c'est le point d'honneur par excellence. Il me seroit bien +difficile de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en avons point +précisément d'idée. + +Autrefois les François, surtout les nobles, ne suivoient guère +d'autres lois que celles de ce point d'honneur: elles régloient +toute la conduite de leur vie; et elles étoient si sévères qu'on ne +pouvoit, sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les +enfreindre, mais en éluder la plus petite disposition. + +Quand il s'agissoit de régler les différends, elles ne prescrivoient +guère qu'une manière de décision, qui étoit le duel, qui tranchoit +toutes les difficultés; mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que +souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties que celles qui +y étoient intéressées. + +Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, il falloit qu'il entrât +dans la dispute, et qu'il payât de sa personne, comme s'il avoit été +lui-même en colère. Il se sentoit toujours honoré d'un tel choix et +d'une préférence si flatteuse; et tel qui n'auroit pas voulu donner +quatre pistoles à un homme pour le sauver de la potence, lui et +toute sa famille, ne faisoit aucune difficulté d'aller risquer pour +lui mille fois sa vie. + +Cette manière de décider étoit assez mal imaginée, car de ce qu'un +homme étoit plus adroit ou plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit +pas qu'il eût de meilleures raisons. + +Aussi les rois l'ont-ils défendue sous des peines très-sévères; mais +c'est en vain: l'honneur, qui veut toujours régner, se révolte, et +il ne reconnoît point de lois. + +Ainsi les François sont dans un état bien violent: car les mêmes +lois de l'honneur obligent un honnête homme de se venger quand il a +été offensé; mais, d'un autre côté, la justice le punit des plus +cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les lois de +l'honneur, on périt sur un échafaud; si l'on suit celles de la +justice, on est banni pour jamais de la société des hommes: il n'y a +donc que cette cruelle alternative, ou de mourir, ou d'être indigne +de vivre. + + A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XCII. + +USBEK A RUSTAN. + +A Ispahan. + + +Il paroît ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se +joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte au +monarque des François des présents que le nôtre ne sauroit donner à +un roi d'Irimette ou de Géorgie; et, par sa lâche avarice, il a +flétri la majesté des deux empires. + +Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui prétend être le plus +poli de l'Europe, et il a fait dire en Occident que le roi des rois +ne domine que sur des barbares. + +Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu se faire refuser +lui-même; et, comme si la cour de France avoit eu plus à coeur la +grandeur persane que lui, elle l'a fait paroître avec dignité devant +un peuple dont il est le mépris. + +Ne dis point ceci à Ispahan: épargne la tête d'un malheureux. Je ne +veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence, +et de l'indigne choix qu'ils ont fait. + + De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715. + + + + +LETTRE XCIII. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Le monarque qui a si longtemps régné n'est plus[A]. Il a bien fait +parler des gens pendant sa vie; tout le monde s'est tû à sa mort. +Ferme et courageux dans ce dernier moment, il a paru ne céder qu'au +destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, après avoir rempli toute la +terre de son nom. + +[Note A: Il mourut le 1er septembre 1715.] + +Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des +réflexions morales. Chacun a pensé à ses affaires, et à prendre ses +avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque +défunt, n'ayant que cinq ans, un prince son oncle a été déclaré +régent du royaume. + +Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit l'autorité du régent. +Ce prince habile a été au parlement; et, y exposant tous les droits +de sa naissance, il a fait casser la disposition du monarque, qui, +voulant se survivre à lui-même, sembloit avoir prétendu régner +encore après sa mort. + +Les parlements ressemblent à ces ruines que l'on foule aux pieds, +mais qui rappellent toujours l'idée de quelque temple fameux par +l'ancienne religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus que de +rendre la justice; et leur autorité est toujours languissante, à +moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne lui rendre la force +et la vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines: +ils ont cédé au temps, qui détruit tout; à la corruption des +moeurs, qui a tout affoibli; à l'autorité suprême, qui a tout +abattu. + +Mais le régent, qui a voulu se rendre agréable au peuple, a paru +d'abord respecter cette image de la liberté publique; et, comme s'il +avoit pensé à relever de terre le temple et l'idole, il a voulu +qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie et le fondement de +toute autorité légitime. + + A Paris, le 4 de la lune de Rhégeb, 1715. + + + + +LETTRE XCIV. + +USBEK A SON FRÈRE, SANTON AU MONASTÈRE DE CASBIN. + + +Je m'humilie devant toi, sacré santon, et je me prosterne: je +regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta +sainteté est si grande, qu'il semble que tu aies le coeur de notre +saint prophète; tes austérités étonnent le ciel même; les anges +t'ont regardé du sommet de la gloire, et ont dit: Comment est-il +encore sur la terre, puisque son esprit est avec nous, et vole +autour du trône qui est soutenu par les nuées? + +Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai appris de nos docteurs +que les dervis, même infidèles, ont toujours un caractère de +sainteté qui les rend respectables aux vrais croyants; et que Dieu +s'est choisi dans tous les coins de la terre des âmes plus pures que +les autres, qu'il a séparées du monde impie, afin que leurs +mortifications et leurs prières ferventes suspendissent sa colère +prête à tomber sur tant de peuples rebelles? + +Les chrétiens disent des merveilles de leurs premiers santons, qui +se réfugièrent à milliers dans les déserts affreux de la Thébaïde, +et eurent pour chefs Paul, Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils en disent +est vrai, leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de +nos plus sacrés immaums. Ils passoient quelquefois dix ans entiers +sans voir un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le jour avec +des démons; ils étoient sans cesse tourmentés par ces esprits +malins; ils les trouvoient au lit, ils les trouvoient à table; +jamais d'asile contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vénérable, +il faudroit avouer que personne n'auroit jamais vécu en plus +mauvaise compagnie. + +Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires comme une +allégorie bien naturelle, qui nous peut servir à nous faire sentir +le malheur de la condition humaine. En vain cherchons-nous dans le +désert un état tranquille; les tentations nous suivent toujours: nos +passions, figurées par les démons, ne nous quittent point encore; +ces monstres du coeur, ces illusions de l'esprit, ces vains +fantômes de l'erreur et du mensonge, se montrent toujours à nous +pour nous séduire, et nous attaquent jusque dans les jeûnes et les +cilices, c'est-à-dire jusque dans notre force même. + +Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé de Dieu a enchaîné +Satan, et l'a précipité dans les abîmes: il a purifié la terre, +autrefois pleine de son empire, et l'a rendue digne du séjour des +anges et des prophètes. + + A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715. + + + + +LETTRE XCV + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Je n'ai jamais ouï parler du droit public, qu'on n'ait commencé par +rechercher soigneusement quelle est l'origine des sociétés; ce qui +me paroît ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils se +quittoient et se fuyoient les uns les autres, il faudroit en +demander la raison, et chercher pourquoi ils se tiennent séparés: +mais ils naissent tous liés les uns aux autres; un fils est né +auprès de son père, et il s'y tient: voilà la société, et la cause +de la société. + +Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on +peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la +flatterie des écrivains, en ont corrompu tous les principes. + +Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux +princes jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice sans +choquer leurs intérêts. Quel dessein, Rhédi, de vouloir, pour +endurcir leur conscience, mettre l'iniquité en système, d'en donner +des règles, d'en former des principes, et d'en tirer des +conséquences! + +La puissance illimitée de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre +règle qu'elle-même, ne produit pas plus de monstres que cet art +indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle +est. + +On diroit, Rhédi, qu'il y a deux justices toutes différentes: l'une +qui règle les affaires des particuliers, qui règne dans le droit +civil; l'autre qui règle les différends qui surviennent de peuple à +peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public +n'étoit pas lui-même un droit civil, non pas à la vérité d'un pays +particulier, mais du monde. + +Je t'expliquerai dans une autre lettre mes pensées là-dessus. + + A Paris, le 1er de la lune de Zilhagé, 1716. + + + + +LETTRE XCVI. + +USBEK AU MÊME. + + +Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen à citoyen: +chaque peuple la doit rendre lui-même de lui à un autre peuple. Dans +cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d'autres +maximes que dans la première. + +De peuple à peuple, il est rarement besoin de tiers pour juger, +parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs et +faciles à terminer. Les intérêts de deux nations sont ordinairement +si séparés, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour la trouver: on ne +peut guère se prévenir dans sa propre cause. + +Il n'en est pas de même des différends qui arrivent entre +particuliers. Comme ils vivent en société, leurs intérêts sont si +mêlés et si confondus, il y en a tant de sortes différentes, qu'il +est nécessaire qu'un tiers débrouille ce que la cupidité des parties +cherche à obscurcir. + +Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les unes qui se font +pour repousser un ennemi qui attaque; les autres pour secourir un +allié qui est attaqué. + +Il n'y auroit point de justice de faire la guerre pour des querelles +particulières du prince, à moins que le cas ne fût si grave qu'il +méritât la mort du prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un +prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura refusé un +honneur qui lui est dû, ou parce qu'on aura eu quelque procédé peu +convenable à l'égard de ses ambassadeurs, et autres choses +pareilles; non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui lui +refuse le pas. La raison en est que, comme la déclaration de guerre +doit être un acte de justice, dans lequel il faut toujours que la +peine soit proportionnée à la faute, il faut voir si celui à qui on +déclare la guerre mérite la mort. Car faire la guerre à quelqu'un, +c'est vouloir le punir de mort. + +Dans le droit public, l'acte de justice le plus sévère c'est la +guerre: puisque son but est la destruction de la société. + +Les représailles sont du second degré. C'est une loi que les +tribunaux n'ont pu s'empêcher d'observer, de mesurer la peine par le +crime. + +Un troisième acte de justice est de priver un prince des avantages +qu'il peut tirer de nous, proportionnant toujours la peine à +l'offense. + +Le quatrième acte de justice, qui doit être le plus fréquent, est la +renonciation à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre. Cette +peine répond à celle du bannissement établie dans les tribunaux, qui +retranche les coupables de la société. Ainsi un prince à l'alliance +duquel nous renonçons est retranché par là de notre société, et +n'est plus un de nos membres. + +On ne peut pas faire de plus grand affront à un prince que de +renoncer à son alliance, ni lui faire de plus grand honneur que de +la contracter. Il n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus +glorieux, et même plus utile, que d'en voir d'autres toujours +attentifs à leur conservation. + +Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle soit juste: ainsi +une alliance faite entre deux nations pour en opprimer une troisième +n'est pas légitime, et on peut la violer sans crime. + +Il n'est pas même de l'honneur et de la dignité du prince de +s'allier avec un tyran. On dit qu'un monarque d'Égypte fit avertir +le roi de Samos de sa cruauté et de sa tyrannie, et le somma de s'en +corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire qu'il renonçoit +à son amitié et à son alliance. + +La conquête ne donne point un droit par elle-même. Lorsque le peuple +subsiste, elle est un gage de la paix et de la réparation du tort; +et, si le peuple est détruit ou dispersé, elle est le monument d'une +tyrannie. + +Les traités de paix sont si sacrés parmi les hommes, qu'il semble +qu'ils soient la voix de la nature, qui réclame ses droits. Ils sont +tous légitimes, lorsque les conditions en sont telles que les deux +peuples peuvent se conserver: sans quoi, celle des deux sociétés qui +doit périr, privée de sa défense naturelle par la paix, la peut +chercher dans la guerre. + +Car la nature, qui a établi les différents degrés de force et de +foiblesse parmi les hommes, a encore souvent égalé la foiblesse à la +force par le désespoir. + + A Paris, le 4 de la lune de Zilhagé, 1716. + + + + +LETTRE XCVII. + +LE PREMIER EUNUQUE A USBEK. + +A Paris. + + +Il est arrivé ici beaucoup de femmes jaunes du royaume de Visapour: +j'en ai acheté une pour ton frère le gouverneur de Mazenderan, qui +m'envoya il y a un mois son commandement sublime et cent tomans. + +Je me connois en femmes, d'autant mieux qu'elles ne me surprennent +pas, et qu'en moi les yeux ne sont point troublés par les mouvements +du coeur. + +Je n'ai jamais vu de beauté si régulière et si parfaite: ses yeux +brillants portent la vie sur son visage, et relèvent l'éclat d'une +couleur qui pourroit effacer tous les charmes de la Circassie. + +Le premier eunuque d'un négociant d'Ispahan la marchandoit avec moi; +mais elle se déroboit dédaigneusement à ses regards, et sembloit +chercher les miens, comme si elle avoit voulu me dire qu'un vil +marchand n'étoit pas digne d'elle, et qu'elle étoit destinée à un +plus illustre époux. + +Je te l'avoue, je sens dans moi-même une joie secrète quand je pense +aux charmes de cette belle personne: il me semble que je la vois +entrer dans le sérail de ton frère; je me plais à prévoir +l'étonnement de toutes ses femmes; la douleur impérieuse des unes; +l'affliction muette, mais plus douloureuse, des autres; la +consolation maligne de celles qui n'espèrent plus rien, et +l'ambition irritée de celles qui espèrent encore. + +Je vais d'un bout du royaume à l'autre faire changer tout un sérail +de face. Que de passions je vais émouvoir! Que de craintes et de +peines je prépare! + +Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors ne sera pas moins +tranquille: les grandes révolutions seront cachées dans le fond du +coeur; les chagrins seront dévorés, et les joies contenues; +l'obéissance ne sera pas moins exacte, et les règles moins +inflexibles; la douceur, toujours contrainte de paroître, sortira du +fond même du désespoir. + +Nous remarquons que, plus nous avons de femmes sous nos yeux, moins +elles nous donnent d'embarras. Une plus grande nécessité de plaire, +moins de facilité de s'unir, plus d'exemples de soumission, tout +cela leur forme des chaînes. Les unes sont sans cesse attentives sur +les démarches des autres: il semble que, de concert avec nous, elles +travaillent à se rendre plus dépendantes; elles font presque la +moitié de notre office, et nous ouvrent les yeux quand nous les +fermons. Que dis-je? elles irritent sans cesse le maître contre +leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles se trouvent près +de celles qu'on punit. + +Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela n'est rien sans la +présence du maître. Que pouvons-nous faire avec ce vain fantôme +d'une autorité qui ne se communique jamais tout entière? Nous ne +représentons que foiblement la moitié de toi-même: nous ne pouvons +que leur montrer une odieuse sévérité. Toi, tu tempères la crainte +par les espérances: plus absolu quand tu caresses, que tu ne l'es +quand tu menaces. + +Reviens donc, magnifique seigneur, reviens dans ces lieux porter +partout les marques de ton empire. Viens adoucir des passions +désespérées: viens ôter tout prétexte de faillir; viens apaiser +l'amour qui murmure, et rendre le devoir même aimable; viens enfin +soulager tes fidèles eunuques d'un fardeau qui s'appesantit chaque +jour. + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhagé, 1716. + + + + +LETTRE XCVIII. + +USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE DE JARON. + + +O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de tant de +connoissances, écoute ce que je vais te dire. + +Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n'ont point atteint +jusqu'au faîte de la sagesse orientale: ils n'ont point été ravis +jusqu'au trône lumineux; ils n'ont, ni entendu les paroles +ineffables dont les concerts des anges retentissent, ni senti les +formidables accès d'une fureur divine: mais, laissés à eux-mêmes, +privés des saintes merveilles, ils suivent dans le silence les +traces de la raison humaine. + +Tu ne saurois croire jusqu'où ce guide les a conduits. Ils ont +débrouillé le chaos; et ont expliqué, par une mécanique simple, +l'ordre de l'architecture divine. L'auteur de la nature a donné du +mouvement à la matière: il n'en a pas fallu davantage pour produire +cette prodigieuse variété d'effets, que nous voyons dans l'univers. + +Que les législateurs ordinaires nous proposent des lois pour régler +les sociétés des hommes; des lois aussi sujettes au changement que +l'esprit de ceux qui les proposent et des peuples qui les observent: +ceux-ci ne nous parlent que des lois générales, immuables, +éternelles, qui s'observent sans aucune exception, avec un ordre, +une régularité, et une promptitude infinie, dans l'immensité des +espaces. + +Et que crois-tu, homme divin, que soient ces lois? Tu t'imagines +peut-être qu'entrant dans le conseil de l'Éternel, tu vas être +étonné par la sublimité des mystères: tu renonces par avance à +comprendre; tu ne te proposes que d'admirer. + +Mais tu changeras bientôt de pensée: elles n'éblouissent point par +un faux respect; leur simplicité les a fait longtemps méconnoître, +et ce n'est qu'après bien des réflexions qu'on en a connu toute la +fécondité et toute l'étendue. + +La première est que tout corps tend à décrire une ligne droite, à +moins qu'il ne rencontre quelque obstacle qui l'en détourne; et la +seconde, qui n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui tourne +autour d'un centre tend à s'en éloigner, parce que, plus il en est +loin, plus la ligne qu'il décrit approche de la ligne droite. + +Voilà, sublime dervis, la clef de la nature: voilà des principes +féconds, dont on tire des conséquences à perte de vue, comme je te +le ferai voir dans une lettre particulière. + +La connoissance de cinq ou six vérités a rendu leur philosophie +pleine de miracles, et leur a fait faire plus de prodiges et de +merveilles que tout ce qu'on nous raconte de nos saints prophètes. + +Car enfin je suis persuadé qu'il n'y a aucun de nos docteurs qui +n'eût été embarrassé, si on lui eût dit de peser dans une balance +tout l'air qui est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau qui +tombe chaque année sur sa surface; et qui n'eût pensé plus de quatre +fois, avant de dire combien de lieues le son fait dans une heure; +quel temps un rayon de lumière emploie à venir du soleil à nous; +combien de toises il y a d'ici à Saturne; quelle est la courbe selon +laquelle un vaisseau doit être taillé, pour être le meilleur voilier +qu'il soit possible. + +Peut-être que si quelque homme divin avoit orné les ouvrages de ces +philosophes de paroles hautes et sublimes; s'il y avoit mêlé des +figures hardies et des allégories mystérieuses, il auroit fait un +bel ouvrage qui n'auroit cédé qu'au saint Alcoran. + +Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je ne m'accommode +guères du style figuré. Il y a dans notre Alcoran un grand nombre de +choses puériles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles +soient relevées par la force et la vie de l'expression. Il semble +d'abord que les livres inspirés ne sont que les idées divines +rendues en langage humain: au contraire, dans nos livres saints, on +trouve le langage de Dieu, et les idées des hommes; comme si, par un +admirable caprice, Dieu y avoit dicté les paroles, et que l'homme +eût fourni les pensées. + +Tu diras peut-être que je parle trop librement de ce qu'il y a de +plus saint parmi nous; tu croiras que c'est le fruit de +l'indépendance où l'on vit dans ce pays. Non, grâces au ciel, +l'esprit n'a pas corrompu le coeur; et, tandis que je vivrai, Ali +sera mon prophète. + + A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716. + + + + +LETTRE XCIX. + +USBEK A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Il n'y a point de pays au monde où la fortune soit si inconstante +que dans celui-ci. Il arrive tous les dix ans des révolutions qui +précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des +ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci est étonné de sa +pauvreté; celui-là l'est de son abondance. Le nouveau riche admire +la sagesse de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalité du +destin. + +Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors: parmi eux +il y a peu de Tantales. Ils commencent pourtant ce métier par la +dernière misère: ils sont méprisés comme de la boue pendant qu'ils +sont pauvres; quand ils sont riches, on les estime assez: aussi ne +négligent-ils rien pour acquérir de l'estime. + +Ils sont à présent dans une situation bien terrible. On vient +d'établir une chambre qu'on appelle de justice, parce qu'elle va +leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher +leurs effets; car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine +de la vie: ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit, je +veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d'infortune, il y +a un ministre connu par son esprit, qui les honore de ses +plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations du conseil. On +ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le +peuple; et l'on doit savoir bon gré à celui-ci de l'avoir entrepris. + +Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs: +c'est un séminaire de grands seigneurs; il remplit le vide des +autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands +malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les +fureurs de la guerre; et quand ils ne peuvent pas suppléer par +eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de +leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les +terres montagneuses et arides. + +Je trouve, Ibben, la providence admirable dans la manière dont elle +a distribué les richesses: si elle ne les avoit accordées qu'aux +gens de bien, on ne les auroit pas assez distinguées de la vertu, et +on n'en auroit plus senti tout le néant. Mais quand on examine qui +sont les gens qui en sont les plus chargés, à force de mépriser les +riches, on vient enfin à mépriser les richesses. + + A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717. + + + + +LETTRE C. + +RICA A RHÉDI. + +A Venise. + + +Je trouve les caprices de la mode, chez les François, étonnants. Ils +ont oublié comment ils étoient habillés cet été; ils ignorent encore +plus comment ils le seront cet hiver: mais surtout on ne sauroit +croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la +mode. + +Que me serviroit de te faire une description exacte de leur +habillement et de leurs parures? une mode nouvelle viendroit +détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant +que tu eusses reçu ma lettre, tout seroit changé. + +Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne +en revient aussi antique que si elle s'y étoit oubliée trente ans. +Le fils méconnoît le portrait de sa mère, tant l'habit avec lequel +elle est peinte lui paroît étranger; il s'imagine que c'est quelque +Américaine qui y est représentée; ou que le peintre a voulu exprimer +quelqu'une de ses fantaisies. + +Quelquefois les coiffures montent insensiblement; et une révolution +les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur +immense mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-même: dans un +autre, c'étoit les pieds qui occupoient cette place; les talons +faisoient un piédestal, qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le +croire? les architectes ont été souvent obligés de hausser, de +baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes +exigeoient d'eux ce changement; et les règles de leur art ont été +asservies à ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage une +quantité prodigieuse de mouches, et elles disparoissent toutes le +lendemain. Autrefois les femmes avoient de la taille, et des dents; +aujourd'hui il n'en est pas question. Dans cette changeante nation, +quoi qu'en dise le critique, les filles se trouvent autrement faites +que leurs mères. + +Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes: les +François changent de moeurs selon l'âge de leur roi. Le monarque +pourroit même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avoit +entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour, +la cour à la ville, la ville aux provinces. L'âme du souverain est +un moule qui donne la forme à toutes les autres. + + De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717. + + + + +LETTRE CI. + +RICA AU MÊME. + + +Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse des François +sur leurs modes. Cependant il est inconcevable à quel point ils en +sont entêtés: c'est la règle avec laquelle ils jugent de tout ce qui +se fait chez les autres nations; ils y rappellent tout; ce qui est +étranger leur paroît toujours ridicule. Je t'avoue que je ne saurois +guères ajuster cette fureur pour leurs costumes avec l'inconstance +avec laquelle ils en changent tous les jours. + +Quand je te dis qu'ils méprisent tout ce qui est étranger, je ne te +parle que des bagatelles; car, sur les choses importantes, ils +semblent s'être méfiés d'eux-mêmes jusqu'à se dégrader. Ils avouent +de bon coeur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu'on +convienne qu'ils sont mieux vêtus: ils veulent bien s'assujettir aux +lois d'une nation rivale, pourvu que les perruquiers françois +décident en législateurs sur la forme des perruques étrangères. Rien +ne leur paroît si beau que de voir le goût de leurs cuisiniers +régner du septentrion au midi; et les ordonnances de leurs +coiffeuses portées dans toutes les toilettes de l'Europe. + +Avec ces nobles avantages, que leur importe que le bon sens leur +vienne d'ailleurs, et qu'ils aient pris de leurs voisins tout ce qui +concerne le gouvernement politique et civil? + +Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien et le plus puissant de +l'Europe, soit gouverné, depuis plus de dix siècles, par des lois +qui ne sont pas faites pour lui? Si les François avoient été +conquis, ceci ne seroit pas difficile à comprendre: mais ils sont +les conquérants. + +Ils ont abandonné les lois anciennes, faites par leurs premiers rois +dans les assemblées générales de la nation; et ce qu'il y a de +singulier, c'est que les lois romaines, qu'ils ont prises à la +place, étoient en partie faites et en partie rédigées par des +empereurs contemporains de leurs législateurs. + +Et afin que l'acquisition fût entière, et que tout le bon sens leur +vînt d'ailleurs, ils ont adopté toutes les constitutions des papes, +et en ont fait une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre de +servitude. + +Il est vrai que, dans les derniers temps, on a rédigé par écrit +quelques statuts des villes et des provinces: mais ils sont presque +tous pris du droit romain. + +Cette abondance de lois adoptées, et pour ainsi dire naturalisées, +est si grande qu'elle accable également la justice et les juges. +Mais ces volumes de lois ne sont rien en comparaison de cette armée +effroyable de glossateurs, de commentateurs, de compilateurs; gens +aussi foibles par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont +forts par leur nombre prodigieux. + +Ce n'est pas tout: ces lois étrangères ont introduit des formalités +qui sont la honte de la raison humaine. Il seroit assez difficile de +décider si la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle est +entrée dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle s'est logée dans la +médecine; si elle a fait plus de ravages sous la robe d'un +jurisconsulte que sous le large chapeau d'un médecin; et si dans +l'une elle a plus ruiné de gens qu'elle n'en a tué dans l'autre. + + De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717. + + + + +LETTRE CII. + +USBEK A ***. + + +On parle toujours ici de la constitution. J'entrai l'autre jour dans +une maison où je vis d'abord un gros homme avec un teint vermeil, +qui disoit d'une voix forte: J'ai donné mon mandement; je n'irai +point répondre à tout ce que vous dites; mais lisez-le, ce +mandement; et vous verrez que j'y ai résolu tous vos doutes. Il m'a +fallu bien suer pour le faire, dit-il en portant la main sur le +front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il m'a fallu lire +bien des auteurs latins. Je le crois, dit un homme qui se trouva là, +car c'est un bel ouvrage; et je défie ce jésuite qui vient si +souvent vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, lisez-le donc, +reprit-il, et vous serez plus instruit sur ces matières dans un +quart d'heure, que si je vous en avois parlé deux heures. Voilà +comme il évitoit d'entrer en conversation, et de commettre sa +suffisance. Mais, comme il se vit pressé, il fut obligé de sortir de +ses retranchements; et il commença à dire théologiquement force +sottises, soutenu d'un dervis qui les lui rendoit très-respectueusement. +Quand deux hommes qui étoient là lui nioient quelque principe, il disoit +d'abord: Cela est certain, nous l'avons jugé ainsi; et nous sommes des +juges infaillibles. Et comment, lui dis-je pour lors, êtes-vous des +juges infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le Saint-Esprit +nous éclaire? Cela est heureux, lui répondis-je; car, de la manière dont +vous avez parlé tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez grand +besoin d'être éclairé. + + De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717. + + + + +LETTRE CIII. + +USBEK A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Les plus puissants États de l'Europe sont ceux de l'empereur, des +rois de France, d'Espagne et d'Angleterre. L'Italie et une grande +partie de l'Allemagne sont partagées en un nombre infini de petits +États, dont les princes sont, à proprement parler, les martyrs de la +souveraineté. Nos glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart +de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui ne sont pas si +unis, sont plus à plaindre: leurs États sont ouverts comme des +caravansérails, où ils sont obligés de loger les premiers qui +viennent: il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, et +leur fassent part de leur frayeur, plutôt que de leur amitié. + +La plupart des gouvernements d'Europe sont monarchiques, ou plutôt +sont ainsi appelés: car je ne sais pas s'il y en a jamais eu +véritablement de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient +subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état violent, qui +dégénère toujours en despotisme, ou en république: la puissance ne +peut jamais être également partagée entre le peuple et le prince; +l'équilibre est trop difficile à garder: il faut que le pouvoir +diminue d'un côté pendant qu'il augmente de l'autre; mais l'avantage +est ordinairement du côté du prince, qui est à la tête des armées. + +Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien grand, et on peut +dire qu'ils l'ont tel qu'ils le veulent: mais ils ne l'exercent +point avec tant d'étendue que nos sultans; premièrement, parce +qu'ils ne veulent point choquer les moeurs et la religion des +peuples; secondement, parce qu'il n'est pas de leur intérêt de le +porter si loin. + +Rien ne rapproche plus les princes de la condition de leurs sujets, +que cet immense pouvoir qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet +plus aux revers, et aux caprices de la fortune. + +L'usage où ils sont de faire mourir tous ceux qui leur déplaisent, +au moindre signe qu'ils font, renverse la proportion qui doit être +entre les fautes et les peines, qui est comme l'âme des États et +l'harmonie des empires; et cette proportion, scrupuleusement gardée +par les princes chrétiens, leur donne un avantage infini sur nos +sultans. + +Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, s'est attiré la +disgrâce du prince, est sûr de mourir: la moindre faute ou le +moindre caprice le met dans cette nécessité. Mais s'il avoit attenté +à la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses places aux +ennemis, il en seroit aussi quitte pour perdre la vie: il ne court +donc pas plus de risque dans ce dernier cas que dans le premier. + +Aussi, dans la moindre disgrâce, voyant la mort certaine, et ne +voyant rien de pis, il se porte naturellement à troubler l'État, et +à conspirer contre le souverain; seule ressource qui lui reste. + +Il n'en est pas de même des grands d'Europe, à qui la disgrâce n'ôte +rien que la bienveillance et la faveur. Ils se retirent de la cour, +et ne songent qu'à jouir d'une vie tranquille et des avantages de +leur naissance. Comme on ne les fait guères périr que pour le crime +de lèse-majesté, ils craignent d'y tomber, par la considération de +ce qu'ils ont à perdre, et du peu qu'ils ont à gagner: ce qui fait +qu'on voit peu de révoltes, et peu de princes morts d'une mort +violente. + +Si, dans cette autorité illimitée qu'ont nos princes, ils +n'apportoient pas tant de précautions pour mettre leur vie en +sûreté, ils ne vivroient pas un jour; et s'ils n'avoient à leur +solde un nombre innombrable de troupes, pour tyranniser le reste de +leurs sujets, leur empire ne subsisteroit pas un mois. + +Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des +gardes, contre l'usage de ces temps-là, pour se garantir des +assassins qu'un petit prince d'Asie avoit envoyés pour le faire +périr: jusque-là les rois avoient vécu tranquilles au milieu de +leurs sujets, comme des pères au milieu de leurs enfants. + +Bien loin que les rois de France puissent de leur propre mouvement +ôter la vie à un de leurs sujets, comme nos sultans, ils portent au +contraire toujours avec eux la grâce de tous les criminels; il +suffit qu'un homme ait été assez heureux pour voir l'auguste visage +de son prince, pour qu'il cesse d'être indigne de vivre. Ces +monarques sont comme le soleil, qui porte partout la chaleur et la +vie. + + De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717. + + + + +LETTRE CIV. + +USBEK AU MÊME. + + +Pour suivre l'idée de ma dernière lettre, voici à peu près ce que me +disoit l'autre jour un Européen assez sensé: + +Le plus mauvais parti que les princes d'Asie aient pu prendre, c'est +de se cacher comme ils font. Ils veulent se rendre plus +respectables: mais ils font respecter la royauté, et non pas le roi; +et attachent l'esprit des sujets à un certain trône, et non pas à +une certaine personne. + +Cette puissance invisible qui gouverne est toujours la même pour le +peuple. Quoique dix rois, qu'il ne connoît que de nom, se soient +égorgés l'un après l'autre, il ne sent aucune différence: c'est +comme s'il avoit été gouverné successivement par des esprits. + +Si le détestable parricide de notre grand roi Henri IV avoit porté +ce coup sur un roi des Indes, maître du sceau royal et d'un trésor +immense, qui auroit semblé amassé pour lui, il auroit pris +tranquillement les rênes de l'empire, sans qu'un seul homme eût +pensé à réclamer son roi, sa famille et ses enfants. + +On s'étonne de ce qu'il n'y a presque jamais de changement dans le +gouvernement des princes d'Orient; et d'où vient cela, si ce n'est +de ce qu'il est tyrannique et affreux? + +Les changements ne peuvent être faits que par le prince, ou par le +peuple; mais là, les princes n'ont garde d'en faire, parce que, dans +un si haut degré de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent avoir; +s'ils changeoient quelque chose, ce ne pourroit être qu'à leur +préjudice. + +Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme quelque résolution, il ne +sauroit l'exécuter sur l'État; il faudroit qu'il contre-balançât +tout à coup une puissance redoutable et toujours unique; le temps +lui manque comme les moyens: mais il n'a qu'à aller à la source de +ce pouvoir; et il ne lui faut qu'un bras et qu'un instant. + +Le meurtrier monte sur le trône pendant que le monarque en descend, +tombe, et va expirer à ses pieds. + +Un mécontent en Europe songe à entretenir quelque intelligence +secrète, à se jeter chez les ennemis, à se saisir de quelque place, +à exciter quelques vains murmures parmi les sujets. Un mécontent en +Asie va droit au prince, étonne, frappe, renverse: il en efface +jusqu'à l'idée; dans un instant l'esclave et le maître; dans un +instant usurpateur et légitime. + +Malheureux le roi qui n'a qu'une tête! il semble ne réunir sur elle +toute sa puissance, que pour indiquer au premier ambitieux l'endroit +où il la trouvera tout entière. + + De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717. + + + + +LETTRE CV. + +USBEK AU MÊME. + + +Tous les peuples d'Europe ne sont pas également soumis à leurs +princes: par exemple, l'humeur impatiente des Anglois ne laisse +guère à leur roi le temps d'appesantir son autorité; la soumission +et l'obéissance sont les vertus dont ils se piquent le moins. Ils +disent là-dessus des choses bien extraordinaires. Selon eux, il n'y +a qu'un lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui de la +gratitude: un mari, une femme, un père et un fils, ne sont liés +entre eux que par l'amour qu'ils se portent, ou par les bienfaits +qu'ils se procurent; et ces motifs divers de reconnoissance sont +l'origine de tous les royaumes, et de toutes les sociétés. + +Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses sujets heureux, veut +les accabler et les détruire, le fondement de l'obéissance cesse; +rien ne les lie, rien ne les attache à lui; et ils rentrent dans +leur liberté naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir sans bornes +ne sauroit être légitime, parce qu'il n'a jamais pu avoir d'origine +légitime. Car nous ne pouvons pas, disent-ils, donner à un autre +plus de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mêmes: or nous +n'avons pas sur nous-mêmes un pouvoir sans bornes; par exemple, nous +ne pouvons pas nous ôter la vie: personne n'a donc, concluent-ils, +sur la terre un tel pouvoir. + +Le crime de lèse-majesté n'est autre chose, selon eux, que le crime +que le plus foible commet contre le plus fort, en lui désobéissant, +de quelque manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple +d'Angleterre, qui se trouva le plus fort contre un de leurs rois, +déclara-t-il que c'était un crime de lèse-majesté à un prince de +faire la guerre à ses sujets. Ils ont donc grande raison, quand ils +disent que le précepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre +aux puissances, n'est pas bien difficile à suivre, puisqu'il leur +est impossible de ne le pas observer: d'autant que ce n'est pas au +plus vertueux qu'on les oblige de se soumettre, mais à celui qui est +le plus fort. + +Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit vaincu et pris +prisonnier un prince qui s'étoit révolté et lui disputoit la +couronne, ayant voulu lui reprocher son infidélité et sa perfidie: +Il n'y a qu'un moment, dit le prince infortuné, qu'il vient d'être +décidé lequel de nous deux est le traître. + +Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point opprimé la +patrie comme lui: et, croyant qu'il n'y a pas de loi là où il ne +voit point de juges, il fait révérer, comme des arrêts du ciel, les +caprices du hasard et de la fortune. + + De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717. + + + + +LETTRE CVI. + +RHÉDI A USBEK. + +A Paris. + + +Tu m'as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, des sciences et des +arts cultivés en Occident. Tu me vas regarder comme un barbare; mais +je ne sais si l'utilité que l'on en retire dédommage les hommes du +mauvais usage que l'on en fait tous les jours. + +J'ai ouï dire que la seule invention des bombes avoit ôté la liberté +à tous les peuples d'Europe. Les princes ne pouvant plus confier la +garde des places aux bourgeois, qui, à la première bombe, se +seroient rendus, ont eu un prétexte pour entretenir de gros corps de +troupes réglées, avec lesquelles ils ont dans la suite opprimé leurs +sujets. + +Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il n'y a plus de +places imprenables; c'est-à-dire, Usbek, qu'il n'y a plus d'asile +sur la terre contre l'injustice et la violence. + +Je tremble toujours qu'on ne parvienne à la fin à découvrir quelque +secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les +hommes, détruire les peuples et les nations entières. + +Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: presque toutes les +monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance des arts, et n'ont +été détruites que parce qu'on les a trop cultivés. L'ancien empire +de Perse peut nous en fournir un exemple domestique. + +Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; mais j'ai ouï parler à +des gens sensés des ravages de la chimie: il semble que ce soit un +quatrième fléau qui ruine les hommes et les détruit en détail, mais +continuellement; tandis que la guerre, la peste, la famine, les +détruisent en gros, mais par intervalles. + +Que nous a servi l'invention de la boussole, et la découverte de +tant de peuples, qu'à nous communiquer leurs maladies plutôt que +leurs richesses? L'or et l'argent avoient été établis, par une +convention générale, pour être le prix de toutes les marchandises et +un gage de leur valeur, par la raison que ces métaux étoient rares, +et inutiles à tout autre usage: que nous importoit-il donc qu'ils +devinssent plus communs, et que, pour marquer la valeur d'une +denrée, nous eussions deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en +étoit que plus incommode. + +Mais, d'un autre côté, cette invention a été bien pernicieuse aux +pays qui ont été découverts. Les nations entières ont été détruites; +et les hommes qui ont échappé à la mort ont été réduits à une +servitude si rude, que le récit en a fait frémir les musulmans. + +Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! Aimable simplicité, si +chérie de notre saint prophète, vous me rappelez toujours la naïveté +des anciens temps, et la tranquillité qui régnoit dans le coeur de +nos premiers pères. + + De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717. + + + + +LETTRE CVII. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieux que tu ne +penses. Tu as quitté ta patrie pour t'instruire, et tu méprises +toute instruction: tu viens pour te former dans un pays où l'on +cultive les beaux-arts, et tu les regardes comme pernicieux. Te le +dirai-je, Rhédi? je suis plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec +toi-même. + +As-tu bien réfléchi à l'état barbare et malheureux où nous +entraîneroit la perte des arts? Il n'est pas nécessaire de se +l'imaginer, on peut le voir. Il y a encore des peuples sur la terre +chez lesquels un singe passablement instruit pourroit vivre avec +honneur; il s'y trouveroit à peu près à la portée des autres +habitants: on ne lui trouveroit point l'esprit singulier, ni le +caractère bizarre; il passeroit tout comme un autre, et seroit +distingué même par sa gentillesse. + +Tu dis que les fondateurs des empires ont presque tous ignoré les +arts. Je ne te nie pas que des peuples barbares n'aient pu, comme +des torrents impétueux, se répandre sur la terre, et couvrir de +leurs armées féroces les royaumes les mieux policés. Mais, prends-y +garde, ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux peuples +vaincus; sans cela leur puissance auroit passé comme le bruit du +tonnerre et des tempêtes. + +Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque manière de destruction +plus cruelle que celle qui est en usage. Non: si une fatale +invention venoit à se découvrir, elle seroit bientôt prohibée par le +droit des gens; et le consentement unanime des nations enseveliroit +cette découverte. Il n'est point de l'intérêt des princes de faire +des conquêtes par de pareilles voies: ils doivent chercher des +sujets, et non pas des terres. + +Tu te plains de l'invention de la poudre et des bombes; tu trouves +étrange qu'il n'y ait plus de place imprenable: c'est-à-dire que tu +trouves étrange que les guerres soient aujourd'hui terminées plus +tôt qu'elles ne l'étoient autrefois. + +Tu dois avoir remarqué, en lisant les histoires, que, depuis +l'invention de la poudre, les batailles sont beaucoup moins +sanglantes qu'elles ne l'étoient, parce qu'il n'y a presque plus de +mêlée. + +Et quand il se seroit trouvé quelque cas particulier où un art +auroit été préjudiciable, doit-on pour cela le rejeter? Penses-tu, +Rhédi, que la religion que notre saint prophète a apportée du ciel +soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque jour à confondre les +perfides chrétiens? + +Tu crois que les arts amollissent les peuples, et par là sont cause +de la chute des empires. Tu parles de la ruine de celui des anciens +Perses, qui fut l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que +cet exemple décide, puisque les Grecs, qui les subjuguèrent, +cultivoient les arts avec infiniment plus de soin qu'eux. + +Quand on dit que les arts rendent les hommes efféminés, on ne parle +pas du moins des gens qui s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais +dans l'oisiveté, qui, de tous les vices, est celui qui amollit le +plus le courage. + +Il n'est donc question que de ceux qui en jouissent. Mais comme dans +un pays policé ceux qui jouissent des commodités d'un art sont +obligés d'en cultiver un autre, à moins que de se voir réduits à une +pauvreté honteuse, il s'ensuit que l'oisiveté et la mollesse sont +incompatibles avec les arts. + +Paris est peut-être la ville du monde la plus sensuelle, et où l'on +raffine le plus sur les plaisirs; mais c'est peut-être celle où l'on +mène une vie plus dure. Pour qu'un homme vive délicieusement, il +faut que cent autres travaillent sans relâche. Une femme s'est mis +dans la tête qu'elle devoit paroître à une assemblée avec une +certaine parure; il faut que dès ce moment cinquante artisans ne +dorment plus, et n'aient plus le loisir de boire et de manger: elle +commande, et elle est obéie plus promptement que ne seroit notre +monarque; parce que l'intérêt est le plus grand monarque de la +terre. + +Cette ardeur pour le travail, cette passion de s'enrichir, passe de +condition en condition, depuis les artisans jusqu'aux grands. +Personne n'aime à être plus pauvre que celui qu'il vient de voir +immédiatement au-dessous de lui. Vous voyez à Paris un homme qui a +de quoi vivre jusqu'au jour du jugement, qui travaille sans cesse, +et court risque d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi +vivre. + +Le même esprit gagne la nation; on n'y voit que travail et +qu'industrie: où est donc ce peuple efféminé dont tu parles tant? + +Je suppose, Rhédi, qu'on ne souffrît dans un royaume que les arts +absolument nécessaires à la culture des terres, qui sont pourtant en +grand nombre, et qu'on en bannît tous ceux qui ne servent qu'à la +volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, cet État seroit le plus +misérable qu'il y eût au monde. + +Quand les habitants auroient assez de courage pour se passer de tant +de choses qu'ils doivent à leurs besoins, le peuple dépériroit tous +les jours; et l'État deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si +petite puissance qui ne fût en état de le conquérir. + +Je pourrois entrer ici dans un long détail, et te faire voir que les +revenus des particuliers cesseroient presque absolument, et par +conséquent ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation de +facultés entre les citoyens; cette circulation de richesses et cette +progression de revenus, qui vient de la dépendance où sont les arts +les uns des autres, cesseroient absolument; chacun ne tireroit de +revenu que de sa terre, et n'en tireroit précisément que ce qu'il +lui faut pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est pas la +centième partie du revenu d'un royaume, il faudroit que le nombre +des habitants diminuât à proportion, et qu'il n'en restât que la +centième partie. + +Fais bien attention jusqu'où vont les revenus de l'industrie. Un +fonds ne produit annuellement à son maître que la vingtième partie +de sa valeur; mais, avec une pistole de couleur, un peintre fera un +tableau qui lui en vaudra cinquante. On en peut dire de même des +orfèvres, des ouvriers en laine, en soie, et de toutes sortes +d'artisans. + +De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour qu'un prince soit +puissant, il faut que ses sujets vivent dans les délices; il faut +qu'il travaille à leur procurer toutes sortes de superfluités avec +autant d'attention que les nécessités de la vie. + + De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717. + + + + +LETTRE CVIII. + +RICA A IBBEN. + +A Smyrne. + + +J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien précieuse à ses sujets; +elle ne l'est pas moins à toute l'Europe, par les grands troubles +que sa mort pourroit produire. Mais les rois sont comme les dieux; +et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire immortels. Sa +physionomie est majestueuse, mais charmante: une belle éducation +semble concourir avec un heureux naturel, et promet déjà un grand +prince. + +On dit que l'on ne peut jamais connoître le caractère des rois +d'Occident jusqu'à ce qu'ils aient passé par les deux grandes +épreuves, de leur maîtresse, et de leur confesseur. On verra bientôt +l'un et l'autre travailler à se saisir de l'esprit de celui-ci; et +il se livrera pour cela de grands combats. Car, sous un jeune +prince, ces deux puissances sont toujours rivales; mais elles se +concilient et se réunissent sous un vieux. Sous un jeune prince, le +dervis a un rôle bien difficile à soutenir: la force du roi fait sa +foiblesse; mais l'autre triomphe également de sa foiblesse et de sa +force. + +Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu roi absolument +gouverné par les femmes; et cependant, dans l'âge où il étoit, je +crois que c'étoit le monarque de la terre qui en avoit le moins de +besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: Il faut que l'on +fasse quelque chose pour ce jeune colonel, sa valeur m'est connue; +j'en parlerai au ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que +ce jeune abbé ait été oublié; il faut qu'il soit évêque: il est +homme de naissance, et je pourrois répondre de ses moeurs. Il ne +faut pas pourtant que tu t'imagines que celles qui tenoient ces +discours fussent des favorites du prince; elles ne lui avoient +peut-être pas parlé deux fois en leur vie: chose pourtant +très-facile à faire chez les princes européens. Mais c'est qu'il n'y +a personne qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les +provinces, qui n'ait une femme par les mains de laquelle passent +toutes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire. +Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et +forment une espèce de république, dont les membres toujours actifs +se secourent et se servent mutuellement: c'est comme un nouvel État +dans l'État; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les +provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prélats, +s'il ne connoît les femmes qui les gouvernent, est comme un homme +qui voit bien une machine qui joue, mais qui n'en connoît point les +ressorts. + +Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'être la maîtresse d'un +ministre pour coucher avec lui? Quelle idée! c'est pour lui +présenter cinq ou six placets tous les matins; et la bonté de leur +naturel paroît dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien à +une infinité de gens malheureux, qui leur procurent cent mille +livres de rente. + +On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouverné par deux ou +trois femmes: c'est bien pis en France, où les femmes en général +gouvernent, et prennent non-seulement en gros, mais même se +partagent en détail, toute l'autorité. + + De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717. + + + + +LETTRE CIX. + +USBEK A ***. + + +Il y a une espèce de livres que nous ne connoissons point en Perse, +et qui me paroissent ici fort à la mode: ce sont les journaux. La +paresse se sent flattée en les lisant: on est ravi de pouvoir +parcourir trente volumes en un quart d'heure. + +Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait les compliments +ordinaires, que les lecteurs sont aux abois: il les fait entrer à +demi morts dans une matière noyée au milieu d'une mer de paroles. +Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-là, par un +in-quarto; un autre, qui a de plus belles inclinations, vise à +l'in-folio; il faut donc qu'il étende son sujet à proportion; ce +qu'il fait sans pitié, comptant pour rien la peine du pauvre +lecteur, qui se tue à réduire ce que l'auteur a pris tant de peine à +amplifier. + +Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils ouvrages: +j'en ferois bien autant si je voulois ruiner ma santé et un +libraire. + +Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils ne parlent que +des livres nouveaux: comme si la vérité étoit jamais nouvelle. Il me +semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, +il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux. + +Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages +encore tout chauds de la forge, ils s'en imposent un autre, qui est +d'être très-ennuyeux. Ils n'ont garde de critiquer les livres dont +ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; et, en effet, +quel est l'homme assez hardi pour vouloir se faire dix ou douze +ennemis tous les mois? + +La plupart des auteurs ressemblent aux poëtes, qui souffriront une +volée de coups de bâton sans se plaindre; mais qui, peu jaloux de +leurs épaules, le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne +sauroient soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se donner +de garde de les attaquer par un endroit si sensible; et les +journalistes le savent bien. Ils font donc tout le contraire; ils +commencent par louer la matière qui est traitée: première fadeur; de +là ils passent aux louanges de l'auteur; louanges forcées: car ils +ont affaire à des gens qui sont encore en haleine, tout prêts à se +faire faire raison, et à foudroyer à coups de plume un téméraire +journaliste. + + De Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718. + + + + +LETTRE CX. + +RICA A ***. + + +L'université de Paris est la fille aînée des rois de France, et +très-aînée; car elle a plus de neuf cents ans: aussi rêve-t-elle +quelquefois. + +On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand démêlé avec +quelques docteurs à l'occasion de la lettre Q[B], qu'elle vouloit +que l'on prononçât comme un K. La dispute s'échauffa si fort, que +quelques-uns furent dépouillés de leurs biens: il fallut que le +parlement terminât le différend; et il accorda permission, par un +arrêt solennel, à tous les sujets du roi de France de prononcer +cette lettre à leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux corps +de l'Europe les plus respectables occupés à décider du sort d'une +lettre de l'alphabet. + +[Note B: Il veut parler de la querelle de Ramus.] + +Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus grands hommes +s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; et que, là où il y a +plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Les grands corps +s'attachent toujours si fort aux minuties, aux formalités, aux vains +usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après. J'ai ouï dire qu'un +roi d'Arragon[C] ayant assemblé les états d'Arragon et de Catalogne, +les premières séances s'employèrent à décider en quelle langue les +délibérations seroient conçues: la dispute étoit vive, et les états +se seroient rompus mille fois, si l'on n'avoit imaginé un expédient, +qui étoit que la demande seroit faite en langage catalan, et la +réponse en arragonois. + +[Note C: C'était en 1610.] + + De Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, 1718. + + + + +LETTRE CXI. + +RICA A ***. + + +Le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus grave que l'on ne pense. +Il n'y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa +toilette, au milieu de ses domestiques; un général d'armée n'emploie +pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve, +qu'elle en met à poster une mouche qui peut manquer, mais dont elle +espère ou prévoit le succès. + +Quelle gêne d'esprit, quelle attention, pour concilier sans cesse +les intérêts de deux rivaux, pour paroître neutre à tous les deux, +pendant qu'elle est livrée à l'un et à l'autre, et se rendre +médiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle leur donne! + +Quelle occupation pour faire venir parties de plaisir sur parties, +les faire succéder et renaître sans cesse, et prévenir tous les +accidents qui pourroient les rompre! + +Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas de se divertir; c'est +de le paroître: ennuyez-les tant que vous voudrez, elles vous le +pardonneront, pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien +réjouies. + +Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que des femmes firent à +la campagne. Dans le chemin elles disoient sans cesse: Au moins, il +faudra bien rire et bien nous divertir. + +Nous nous trouvâmes assez mal assortis, et par conséquent assez +sérieux. Il faut avouer, dit une de ces femmes, que nous nous +divertissons bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une partie +aussi gaie que la nôtre. Comme l'ennui me gagnoit, une femme me +secoua, et me dit: Eh bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? Oui, +lui répondis-je en bâillant; je crois que je crèverai à force de +rire. Cependant la tristesse triomphoit toujours des réflexions; et, +quant à moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement dans +un sommeil léthargique, qui finit tous mes plaisirs. + + De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718. + + + + +LETTRE CXII. + +USBEK A ***. + + +Le règne du feu roi a été si long, que la fin en avoit fait oublier +le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'occuper que des +événements arrivés dans sa minorité; et on ne lit plus que les +mémoires de ces temps-là. + +Voici le discours qu'un des généraux de la ville de Paris prononça +dans un conseil de guerre: et j'avoue que je n'y comprends pas +grand'chose. + +«Messieurs, quoique nos troupes aient été repoussées avec perte, je +crois qu'il nous sera facile de réparer cet échec. J'ai six couplets +de chanson tout prêts à mettre au jour, qui, je m'assure, remettront +toutes choses dans l'équilibre. J'ai fait choix de quelques voix +très-nettes, qui, sortant de la cavité de certaines poitrines +très-fortes, émouvront merveilleusement le peuple. Ils sont sur un +air qui a fait, jusqu'à présent, un effet tout particulier. + +«Si cela ne suffit pas, nous ferons paroître une estampe qui fera +voir Mazarin pendu. + +«Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien françois; et il +l'écorche tellement, qu'il n'est pas possible que ses affaires ne +déclinent. Nous ne manquons pas de faire bien remarquer au peuple le +ton ridicule dont il prononce[D]. Nous relevâmes, il y a quelques +jours, une faute de grammaire si grossière, qu'on en fit des farces +par tous les carrefours. + +[Note D: (Note de l'auteur, extraite de l'_édition_ 1721 2e, +Cologne, Pierre Marteau.) + +Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'_arrêt d'Union_, dit devant +les députés du parlement: l'_Arrêt_ d'_Ognon_, de quoi le peuple fit +force plaisanteries.] + +«J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera du nom de +Mazarin un mot générique pour exprimer toutes les bêtes de somme, et +celles qui servent à tirer. + +«Depuis notre défaite, notre musique l'a si furieusement vexé sur le +péché originel, que, pour ne pas voir ses partisans réduits à la +moitié, il a été obligé de renvoyer tous ses pages. + +«Ranimez-vous donc; reprenez courage, et soyez sûrs que nous lui +ferons repasser les monts à coups de sifflets.» + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXIII. + +RHÉDI A USBEK. + +A Paris. + + +Pendant le séjour que je fais en Europe, je lis les historiens +anciens et modernes: je compare tous les temps; j'ai du plaisir à +les voir passer, pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout +mon esprit à ces grands changements qui ont rendu les âges si +différents des âges, et la terre si peu semblable à elle-même. + +Tu n'as peut-être pas fait attention à une chose qui cause tous les +jours ma surprise. Comment le monde est-il si peu peuplé, en +comparaison de ce qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle +pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers temps? +seroit-elle déjà dans sa vieillesse, et tomberoit-elle de langueur? + +J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu que le débris de +cette ancienne Italie si fameuse autrefois. Quoique tout le monde +habite les villes, elles sont entièrement désertes et dépeuplées: il +semble qu'elles ne subsistent encore, que pour marquer le lieu où +étoient ces cités puissantes dont l'histoire a tant parlé. + +Il y a des gens qui prétendent que la seule ville de Rome contenoit +autrefois plus de peuple que le plus grand royaume de l'Europe n'en +a aujourd'hui. Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, et même +vingt mille esclaves, sans compter ceux qui travailloient dans les +maisons de campagne; et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent +mille citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants sans que +l'imagination ne se révolte. + +Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants royaumes, et des +peuples nombreux, qui en ont disparu depuis: cette île n'a plus rien +de considérable que ses volcans. + +La Grèce est si déserte, qu'elle ne contient pas la centième partie +de ses anciens habitants. + +L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui que des +campagnes inhabitées; et la France n'est rien, en comparaison de +cette ancienne Gaule dont parle César. + +Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s'en faut bien que les +peuples y soient, comme autrefois, obligés de se partager, et +d'envoyer dehors, comme des essaims, des colonies et des nations +entières chercher de nouvelles demeures. + +La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque plus de peuples. + +On ne sauroit trouver dans l'Amérique la deux-centième partie des +hommes qui y formoient de si grands empires. + +L'Asie n'est guères en meilleur état. Cette Asie mineure, qui +contenoit tant de puissantes monarchies, et un nombre si prodigieux +de grandes villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant à la grande +Asie, celle qui est soumise au Turc n'est pas plus pleine; et pour +celle qui est sous la domination de nos rois, si on la compare à +l'état florissant où elle étoit autrefois, on verra qu'elle n'a +qu'une très-petite partie des habitants qui y étoient sans nombre du +temps des Xerxès et des Darius. + +Quant aux petits États qui sont autour de ces grands empires, ils +sont réellement déserts: tels sont les royaumes d'Irimette, de +Circassie et de Guriel. Tous ces princes, avec de vastes États, +comptent à peine cinquante mille sujets. + +L'Égypte n'a pas moins manqué que les autres pays. + +Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que délabrement: je +crois la voir sortir des ravages de la peste et de la famine. + +L'Afrique a toujours été si inconnue, qu'on ne peut en parler si +précisément que des autres parties du monde: mais, à ne faire +attention qu'aux côtes de la Méditerranée connues de tout temps, on +voit qu'elle a extrêmement déchu de ce qu'elle étoit, lorsqu'elle +étoit province romaine. Aujourd'hui ses princes sont si foibles, que +ce sont les plus petites puissances du monde. + +Après un calcul aussi exact qu'il peut l'être dans ces sortes de +choses, j'ai trouvé qu'il y a à peine sur la terre la cinquantième +partie des hommes qui y étoient du temps de César. Ce qu'il y a +d'étonnant, c'est qu'elle se dépeuple tous les jours; et si cela +continue, dans dix siècles, elle ne sera qu'un désert. + +Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soit jamais +arrivée dans le monde; mais à peine s'en est-on aperçu, parce +qu'elle est arrivée insensiblement, et dans le cours d'un grand +nombre de siècles; ce qui marque un vice intérieur, un venin secret +et caché, une maladie de langueur, qui afflige la nature humaine. + + De Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718. + + + + +LETTRE CXIV. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Le monde, mon cher Rhédi, n'est point incorruptible; les cieux mêmes +ne le sont pas: les astronomes sont des témoins oculaires de tous +leurs changements, qui sont les effets bien naturels du mouvement +universel de la matière. + +La terre est soumise, comme les autres planètes, aux mêmes lois des +mouvements; elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses +principes: la mer et le continent semblent être dans une guerre +éternelle; chaque instant produit de nouvelles combinaisons. + +Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements, sont dans +un état aussi incertain: cent mille causes peuvent agir, dont la +plus petite peut les détruire, et à plus forte raison augmenter ou +diminuer leur nombre. + +Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, si communes +chez les historiens, qui ont détruit des villes et des royaumes +entiers: il y en a de générales, qui ont mis bien des fois le genre +humain à deux doigts de sa perte. + +Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, qui ont tour +à tour désolé l'univers. Elles parlent d'une, entr'autres, qui fut +si violente qu'elle brûla jusqu'à la racine des plantes, et se fit +sentir dans tout le monde connu, jusqu'à l'empire du Catay: un degré +de plus de corruption auroit peut-être, dans un seul jour, détruit +toute la nature humaine. + +Il n'y a pas deux siècles que la plus honteuse de toutes les +maladies se fit sentir en Europe, en Asie et en Afrique; elle fit +dans très-peu de temps des effets prodigieux: c'étoit fait des +hommes, si elle avoit continué ses progrès avec la même furie. +Accablés de maux dès leur naissance, incapables de soutenir le poids +des charges de la société, ils auroient péri misérablement. + +Qu'auroit-ce été si le venin eût été un peu plus exalté? et il le +seroit devenu sans doute, si l'on n'avoit été assez heureux pour +trouver un remède aussi puissant que celui qu'on a découvert. +Peut-être que cette maladie, attaquant les parties de la génération, +auroit attaqué la génération même. + +Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit pu arriver au +genre humain? n'est-elle pas arrivée en effet, et le déluge ne le +réduisit-il pas à une seule famille? + +Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de Dieu une idée +raisonnable, peuvent-ils comprendre que la matière et les choses +créées n'aient que six mille ans? que Dieu ait différé pendant toute +l'éternité ses ouvrages, et n'ait usé que d'hier de sa puissance +créatrice? Seroit-ce parce qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il +ne l'auroit pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne +l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a pas voulu. +Mais, comme il n'y a pas de succession dans Dieu, si l'on admet +qu'il ait voulu quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et +dès le commencement. + +Il ne faut donc pas compter les années du monde; le nombre des +grains de sable de la mer ne leur est pas plus comparable qu'un +instant. + +Cependant tous les historiens nous parlent d'un premier père: ils +nous font voir la nature humaine naissante. N'est-il pas naturel de +penser qu'Adam fut sauvé d'un malheur commun, comme Noé le fut du +déluge; et que ces grands événements ont été fréquents sur la terre, +depuis la création du monde? + +Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. Nous voyons +plusieurs parties de la terre se lasser de fournir à la subsistance +des hommes: que savons-nous si la terre entière n'a pas des causes +générales, lentes, et imperceptibles, de lassitude? + +J'ai été bien aise de te donner ces idées générales, avant de +répondre plus particulièrement à ta lettre sur la diminution des +peuples, arrivée depuis dix-sept à dix-huit siècles. Je te ferai +voir dans une lettre suivante, qu'indépendamment des causes +physiques, il y en a de morales qui ont produit cet effet. + + De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXV. + +USBEK AU MÊME. + + +Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuplée qu'elle ne +l'étoit autrefois: et si tu y fais bien attention, tu verras que la +grande différence vient de celle qui est arrivée dans les moeurs. + +Depuis que la religion chrétienne et la mahométane ont partagé le +monde romain, les choses sont bien changées: il s'en faut bien que +ces deux religions soient aussi favorables à la propagation de +l'espèce que celle de ces maîtres de l'univers. + +Dans cette dernière, la polygamie étoit défendue: et en cela elle +avoit un très-grand avantage sur la religion mahométane; le divorce +y étoit permis: ce qui lui en donnoit un autre, non moins +considérable, sur la chrétienne. + +Je ne trouve rien de si contradictoire que cette pluralité des +femmes permise par le saint Alcoran, et l'ordre de les satisfaire +ordonné par le même livre. Voyez vos femmes, dit le prophète, parce +que vous leur êtes nécessaire comme leurs vêtements, et qu'elles +vous sont nécessaires comme vos vêtements. Voilà un précepte qui +rend la vie d'un véritable musulman bien laborieuse. Celui qui a les +quatre femmes établies par la loi, et seulement autant de concubines +et d'esclaves, ne doit-il pas être accablé de tant de vêtements? + +Vos femmes sont vos labourages, dit encore le prophète; +approchez-vous donc de vos labourages: faites du bien pour vos âmes; +et vous le trouverez un jour. + +Je regarde un bon musulman comme un athlète, destiné à combattre +sans relâche; mais qui bientôt, foible et accablé de ses premières +fatigues, languit dans le champ même de la victoire; et se trouve, +pour ainsi dire, enseveli sous ses propres triomphes. + +La nature agit toujours avec lenteur, et pour ainsi dire avec +épargne: ses opérations ne sont jamais violentes; jusque dans ses +productions elle veut de la tempérance; elle ne va jamais qu'avec +règle et mesure; si on la précipite, elle tombe bientôt dans la +langueur: elle emploie toute la force qui lui reste à se conserver, +perdant absolument sa vertu productrice et sa puissance générative. + +C'est dans cet état de défaillance que nous met toujours ce grand +nombre de femmes, plus propres à nous épuiser qu'à nous satisfaire. +Il est très-ordinaire parmi nous de voir un homme dans un sérail +prodigieux avec un très-petit nombre d'enfants: ces enfants mêmes +sont la plupart du temps foibles et malsains, et se sentent de la +langueur de leur père. + +Ce n'est pas tout: ces femmes, obligées à une continence forcée, ont +besoin d'avoir des gens pour les garder, qui ne peuvent être que des +eunuques: la religion, la jalousie, et la raison même, ne permettent +pas d'en laisser approcher d'autres; ces gardiens doivent être en +grand nombre, soit afin de maintenir la tranquillité au dedans parmi +les guerres que ces femmes se font sans cesse, soit enfin pour +empêcher les entreprises du dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes +ou concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour les garder. Mais +quelle perte pour la société que ce grand nombre d'hommes morts dès +leur naissance! quelle dépopulation ne doit-il pas s'ensuivre! + +Les filles esclaves qui sont dans le sérail pour servir avec les +eunuques ce grand nombre de femmes, y vieillissent presque toujours +dans une affligeante virginité: elles ne peuvent pas se marier +pendant qu'elles y restent; et leurs maîtresses, une fois +accoutumées à elles, ne s'en défont presque jamais. + +Voilà comme un seul homme occupe lui seul tant de sujets de l'un et +l'autre sexe à ses plaisirs, les fait mourir pour l'État, et les +rend inutiles à la propagation de l'espèce. + +Constantinople et Ispahan sont les capitales des deux plus grands +empires du monde: c'est là que tout doit aboutir, et que les +peuples, attirés de mille manières, se rendent de toutes parts. +Cependant elles périssent d'elles-mêmes, et elles seroient bientôt +détruites, si les souverains n'y faisoient venir, presque à chaque +siècle, des nations entières pour les repeupler. J'épuiserai ce +sujet dans une autre lettre. + + De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXVI. + +USBEK AU MÊME. + + +Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que nous; ils en avoient +même plus: mais ils en faisoient un meilleur usage. + +Bien loin d'empêcher, par des voies forcées, la multiplication de +ces esclaves, ils la favorisoient au contraire de tout leur pouvoir; +ils les associoient le plus qu'ils pouvoient par des espèces de +mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs maisons de +domestiques de tous les sexes, de tous les âges, et l'État d'un +peuple innombrable. + +Ces enfants, qui faisoient à la longue la richesse d'un maître, +naissoient sans nombre autour de lui: il étoit seul chargé de leur +nourriture et de leur éducation; les pères, libres de ce fardeau, +suivoient uniquement le penchant de la nature, et multiplioient sans +craindre une trop nombreuse famille. + +Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves sont occupés à garder +nos femmes, et à rien de plus; qu'ils sont, à l'égard de l'État, +dans une perpétuelle léthargie: de manière qu'il faut restreindre à +quelques hommes libres, à quelques chefs de familles, la culture des +arts et des terres, lesquels même s'y donnent le moins qu'ils +peuvent. + +Il n'en étoit pas de même chez les Romains: la république se servoit +avec un avantage infini de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit +son pécule, qu'il possédoit aux conditions que son maître lui +imposoit; avec ce pécule il travailloit et se tournoit du côté où le +portoit son industrie. Celui-ci faisoit la banque; celui-là se +donnoit au commerce de la mer; l'un vendoit des marchandises en +détail; l'autre s'appliquoit à quelque art mécanique, ou bien +affermoit et faisoit valoir des terres: mais il n'y en avoit aucun +qui ne s'attachât de tout son pouvoir à faire profiter ce pécule, +qui lui procuroit en même temps l'aisance dans la servitude +présente, et l'espérance d'une liberté future: cela faisoit un +peuple laborieux, animoit les arts et l'industrie. + +Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et leur travail, se +faisoient affranchir, et devenoient citoyens. La république se +réparoit sans cesse, et recevoit dans son sein de nouvelles +familles, à mesure que les anciennes se détruisoient. + +J'aurai peut-être, dans mes lettres suivantes, occasion de te +prouver que plus il y a d'hommes dans un État, plus le commerce y +fleurit; je prouverai aussi facilement que plus le commerce y +fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: ces deux choses +s'entr'aident, et se favorisent nécessairement. + +Si cela est, combien ce nombre prodigieux d'esclaves, toujours +laborieux, devoit-il s'accroître et s'augmenter! L'industrie et +l'abondance les faisoient naître; et eux, de leur côté, faisoient +naître l'abondance et l'industrie. + + De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXVII. + +USBEK AU MÊME. + + +Nous avons jusqu'ici parlé des pays mahométans, et cherché la raison +pourquoi ils étoient moins peuplés que ceux qui étoient soumis à la +domination des Romains: examinons à présent ce qui a produit cet +effet chez les chrétiens. + +Le divorce étoit permis dans la religion païenne, et il fut défendu +aux chrétiens. Ce changement, qui parut d'abord de si petite +conséquence, eut insensiblement des suites terribles, et telles +qu'on peut à peine les croire. + +On ôta non-seulement toute la douceur du mariage, mais aussi l'on +donna atteinte à sa fin: en voulant resserrer ses noeuds, on les +relâcha; et au lieu d'unir les coeurs, comme on le prétendoit, on +les sépara pour jamais. + +Dans une action si libre, et où le coeur doit avoir tant de part, +on mit la gêne, la nécessité, et la fatalité du destin même. On +compta pour rien les dégoûts, les caprices, et l'insociabilité des +humeurs; on voulut fixer le coeur, c'est-à-dire ce qu'il y a de +plus variable et de plus inconstant dans la nature: on attacha sans +retour et sans espérance des gens accablés l'un de l'autre, et +presque toujours mal assortis; et l'on fit comme ces tyrans qui +faisoient lier des hommes vivants à des corps morts. + +Rien ne contribuoit plus à l'attachement mutuel que la faculté du +divorce: un mari et une femme étoient portés à soutenir patiemment +les peines domestiques, sachant qu'ils étoient maîtres de les faire +finir: et ils gardoient souvent ce pouvoir en main toute leur vie +sans en user, par cette seule considération qu'ils étoient libres de +le faire. + +Il n'en est pas de même des chrétiens, que leurs peines présentes +désespèrent pour l'avenir: ils ne voient, dans les désagréments du +mariage, que leur durée et, pour ainsi dire, leur éternité: de là +viennent les dégoûts, les discordes, les mépris; et c'est autant de +perdu pour la postérité. A peine a-t-on trois ans de mariage, qu'on +en néglige l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: il +se forme des séparations intestines aussi fortes, et peut-être plus +pernicieuses, que si elles étoient publiques: chacun vit et reste de +son côté, et tout cela au préjudice des races futures. Bientôt un +homme dégoûté d'une femme éternelle, se livrera aux filles de joie: +commerce honteux et si contraire à la société; lequel, sans remplir +l'objet du mariage, n'en représente tout au plus que les plaisirs. + +Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une qui n'est pas +propre au dessein de la nature et à la propagation de l'espèce, soit +par son tempérament, soit par son âge, elle ensevelit l'autre avec +elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-même. + +Il ne faut donc pas s'étonner si l'on voit chez les chrétiens tant +de mariages fournir un si petit nombre de citoyens. Le divorce est +aboli: les mariages mal assortis ne se raccommodent plus; les femmes +ne passent plus, comme chez les Romains, successivement dans les +mains de plusieurs maris, qui en tiroient, dans le chemin, le +meilleur parti qu'il étoit possible. + +J'ose le dire: si, dans une république comme Lacédémone, où les +citoyens étoient sans cesse gênés par des lois singulières et +subtiles, et dans laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui étoit la +république, il avoit été établi que les maris changeassent de femme +tous les ans, il en seroit né un peuple innombrable. + +Il est assez difficile de faire bien comprendre la raison qui a +porté les chrétiens à abolir le divorce. Le mariage, chez toutes les +nations du monde, est un contrat susceptible de toutes les +conventions, et on n'en a dû bannir que celles qui auroient pu en +affoiblir l'objet; mais les chrétiens ne le regardent pas dans ce +point de vue: aussi ont-ils bien de la peine à dire ce que c'est. +Ils ne le font pas consister dans le plaisir des sens; au contraire, +comme je te l'ai déjà dit, il semble qu'ils veulent l'en bannir +autant qu'ils le peuvent: mais c'est une image, une figure, et +quelque chose de mystérieux, que je ne comprends point. + + De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXVIII. + +USBEK AU MÊME. + + +La prohibition du divorce n'est pas la seule cause de la +dépopulation des pays chrétiens: le grand nombre d'eunuques qu'ils +ont parmi eux n'en est pas une moins considérable. + +Je parle des prêtres et des dervis de l'un et de l'autre sexe, qui +se vouent à une continence éternelle: c'est chez les chrétiens la +vertu par excellence; en quoi je ne les comprends pas, ne sachant ce +que c'est qu'une vertu dont il ne résulte rien. + +Je trouve que leurs docteurs se contredisent manifestement quand ils +disent que le mariage est saint, et que le célibat, qui lui est +opposé, l'est encore davantage, sans compter qu'en fait de préceptes +et de dogmes fondamentaux, le bien est toujours le mieux. + +Le nombre de ces gens faisant profession de célibat est prodigieux. +Les pères y condamnoient autrefois les enfants dès le berceau; +aujourd'hui ils s'y vouent eux-mêmes dès l'âge de quatorze ans: ce +qui revient à peu près à la même chose. + +Ce métier de continence a anéanti plus d'hommes que les pestes et +les guerres les plus sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans +chaque maison religieuse une famille éternelle, où il ne naît +personne, et qui s'entretient aux dépens de toutes les autres. Ces +maisons sont toujours ouvertes, comme autant de gouffres où +s'ensevelissent les races futures. + +Cette politique est bien différente de celle des Romains, qui +établissoient des lois pénales contre ceux qui se refusoient aux +lois du mariage, et vouloient jouir d'une liberté si contraire à +l'utilité publique. + +Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans la religion +protestante, tout le monde est en droit de faire des enfants: elle +ne souffre ni prêtres ni dervis; et si, dans l'établissement de +cette religion qui ramenoit tout aux premiers temps, ses fondateurs +n'avoient été accusés sans cesse d'intempérance, il ne faut pas +douter qu'après avoir rendu la pratique du mariage universelle, ils +n'en eussent encore adouci le joug, et achevé d'ôter toute la +barrière qui sépare, en ce point, le Nazaréen et Mahomet. + +Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la religion donne aux +protestants un avantage infini sur les catholiques. + +J'ose le dire: dans l'état présent où est l'Europe, il n'est pas +possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans. + +Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, les catholiques +étoient beaucoup plus forts que les protestants. Ces derniers sont +peu à peu parvenus à un équilibre, et aujourd'hui la balance +commence à l'emporter de leur côté. Cette supériorité augmentera +tous les jours: les protestants deviendront plus riches et plus +puissants, et les catholiques plus foibles. + +Les pays protestants doivent être, et sont réellement, plus peuplés +que les catholiques: d'où il suit, premièrement, que les tributs y +sont plus considérables, parce qu'ils augmentent à proportion de +ceux qui les payent; secondement, que les terres y sont mieux +cultivées; enfin que le commerce y fleurit davantage, parce qu'il y +a plus de gens qui ont une fortune à faire, et qu'avec plus de +besoins on y a plus de ressources pour les remplir. Quand il n'y a +que le nombre de gens suffisants pour la culture des terres, il faut +que le commerce périsse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est +nécessaire pour entretenir le commerce, il faut que la culture des +terres manque, c'est-à-dire il faut que tous les deux tombent en +même temps, parce que l'on ne s'attache jamais à l'un, que ce ne +soit aux dépens de l'autre. + +Quant aux pays catholiques, non seulement la culture des terres y +est abandonnée, mais même l'industrie y est pernicieuse; elle ne +consiste qu'à apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. Dès +qu'un homme a cette provision par devers lui, il ne doit plus +s'embarrasser de sa fortune: il trouve dans le cloître une vie +tranquille, qui dans le monde lui auroit coûté des sueurs et des +peines. + +Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains presque toutes les +richesses de l'État; c'est une société de gens avares, qui prennent +toujours, et ne rendent jamais: ils accumulent sans cesse des +revenus pour acquérir des capitaux. Tant de richesses tombent, pour +ainsi dire, en paralysie; plus de circulation, plus de commerce, +plus d'arts, plus de manufactures. + +Il n'y a point de prince protestant qui ne lève sur ses peuples dix +fois plus d'impôts que le pape n'en lève sur ses sujets; cependant +ces derniers sont misérables, pendant que les autres vivent dans +l'opulence. Le commerce ranime tout chez les uns, et le monachisme +porte la mort partout chez les autres. + + De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXIX. + +USBEK AU MÊME. + + +Nous n'avons plus rien à dire de l'Asie et de l'Europe; passons à +l'Afrique. On ne peut guère parler que de ses côtes, parce qu'on +n'en connoît pas l'intérieur. + +Celles de Barbarie, où la religion mahométane est établie, ne sont +plus si peuplées qu'elles étoient du temps des Romains, par les +raisons que nous avons déjà dites. Quant aux côtes de la Guinée, +elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux cents ans que +les petits rois, ou chefs de villages, vendent leurs sujets aux +princes d'Europe, pour les porter dans leurs colonies en Amérique. + +Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amérique, qui reçoit tous +les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même déserte, et ne +profite point des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves, +qu'on transporte dans un autre climat, y périssent par milliers; et +les travaux des mines, où l'on occupe sans cesse et les naturels du +pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, le +vif-argent dont il faut faire un continuel usage, les détruisent +sans ressource. + +Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre +innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et +l'argent, ces métaux d'eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont +des richesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes. + + De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718. + + + + +LETTRE CXX. + +USBEK AU MÊME. + + +La fécondité d'un peuple dépend quelquefois des plus petites +circonstances du monde: de manière qu'il ne faut souvent qu'un +nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus +nombreux qu'il n'étoit. + +Les Juifs, toujours exterminés et toujours renaissants, ont réparé +leurs pertes et leurs destructions continuelles, par cette seule +espérance qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir naître un +roi puissant qui sera le maître de la terre. + +Les anciens rois de Perse n'avoient tant de milliers de sujets qu'à +cause de ce dogme de la religion des mages, que les actes les plus +agréables à Dieu que les hommes puissent faire, c'étoit de faire un +enfant, labourer un champ, et planter un arbre. + +Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, cela ne vient +que d'une certaine manière de penser: car, comme les enfants +regardent leurs pères comme des dieux, qu'ils les respectent comme +tels dès cette vie, qu'ils les honorent après leur mort par des +sacrifices dans lesquels ils croient que leurs âmes, anéanties dans +le Tyen, reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à augmenter +une famille si soumise dans cette vie, et si nécessaire dans +l'autre. + +D'un autre côté, les pays des mahométans deviennent tous les jours +déserts, à cause d'une opinion qui, toute sainte qu'elle est, ne +laisse pas d'avoir des effets très-pernicieux lorsqu'elle est +enracinée dans les esprits. Nous nous regardons comme des voyageurs +qui ne doivent penser qu'à une autre patrie; les travaux utiles et +durables, les soins pour assurer la fortune de nos enfants, les +projets qui tendent au delà d'une vie courte et passagère, nous +paroissent quelque chose d'extravagant. Tranquilles pour le présent, +sans inquiétude pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de +réparer les édifices publics, ni de défricher les terres incultes, +ni de cultiver celles qui sont en état de recevoir nos soins: nous +vivons dans une insensibilité générale, et nous laissons tout faire +à la providence. + +C'est un esprit de vanité qui a établi chez les Européens l'injuste +droit d'aînesse, si défavorable à la propagation, en ce qu'il porte +l'attention d'un père sur un seul de ses enfants, et détourne ses +yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la +fortune d'un seul, de s'opposer à l'établissement de plusieurs; +enfin en ce qu'il détruit l'égalité des citoyens, qui en fait toute +l'opulence. + + De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXI. + +USBEK AU MÊME. + + +Les pays habités par les sauvages sont ordinairement peu peuplés, +par l'éloignement qu'ils ont presque tous pour le travail et la +culture de la terre. Cette malheureuse aversion est si forte que, +lorsqu'ils font quelque imprécation contre quelqu'un de leurs +ennemis, ils ne lui souhaitent autre chose que d'être réduit à +labourer un champ, croyant qu'il n'y a que la chasse et la pêche qui +soit un exercice noble et digne d'eux. + +Mais, comme il y a souvent des années où la chasse et la pêche +rendent très-peu, ils sont désolés par des famines fréquentes; sans +compter qu'il n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson +qui puisse donner la subsistance à un grand peuple, parce que les +animaux fuient toujours les endroits trop habités. + +D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre de deux ou trois +cents habitants, isolées les unes des autres, ayant des intérêts +aussi séparés que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir, +parce qu'elles n'ont pas la ressource des grands États, dont toutes +les parties se répondent et se secourent mutuellement. + +Il y a chez les sauvages une autre coutume qui n'est pas moins +pernicieuse que la première: c'est la cruelle habitude où sont les +femmes de se faire avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas +désagréables à leurs maris. + +Il y a ici des lois terribles contre ce désordre; elles vont jusqu'à +la fureur. Toute fille qui n'a point été déclarer sa grossesse au +magistrat est punie de mort si son fruit périt: la pudeur et la +honte, les accidents même, ne l'excusent jamais. + + De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXII. + +USBEK AU MÊME. + + +L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les pays d'où on les +tire, sans peupler ceux où on les envoie. + +Il faut que les hommes restent où ils sont: il y a des maladies qui +viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais; d'autres +qui viennent précisément de ce qu'on en change. + +L'air se charge, comme les plantes, des particules de la terre de +chaque pays. Il agit tellement sur nous, que notre tempérament en +est fixé. Lorsque nous sommes transportés dans un autre pays, nous +devenons malades. Les liquides étant accoutumés à une certaine +consistance, les solides à une certaine disposition, tous les deux, +à un certain degré de mouvement, n'en peuvent plus souffrir +d'autres, et ils résistent à un nouveau pli. + +Quand un pays est désert, c'est un préjugé de quelque vice +particulier de la nature du climat: ainsi, quand on ôte les hommes +d'un ciel heureux pour les envoyer dans un tel pays, on fait +précisément le contraire de ce qu'on se propose. + +Les Romains savoient cela par expérience; ils reléguoient tous les +criminels en Sardaigne, et ils y faisoient passer des Juifs. Il +fallut se consoler de leur perte; chose que le mépris qu'ils avoient +pour ces misérables rendoit très-facile. + +Le grand Cha-Abas, voulant ôter aux Turcs, le moyen d'entretenir de +grosses armées sur les frontières, transporta presque tous les +Arméniens hors de leur pays, et en envoya plus de vingt mille +familles dans la province de Guilan, qui périrent presque toutes en +très-peu de temps. + +Tous les transports de peuples faits à Constantinople n'ont jamais +réussi. + +Ce nombre prodigieux de nègres dont nous avons parlé n'a point +rempli l'Amérique. + +Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la Palestine est sans +habitants. + +Il faut donc avouer que les grandes destructions sont presque +irréparables, parce qu'un peuple qui manque à un certain point reste +dans le même état; et si, par hasard il se rétablit, il faut des +siècles pour cela. + +Que si, dans un état de défaillance, la moindre des circonstances +dont nous avons parlé vient à concourir, non-seulement il ne se +répare pas, mais il dépérit tous les jours, et tend à son +anéantissement. + +L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore sentir comme le +premier jour: bien loin que ce vide se remplisse, il devient tous +les jours plus grand. + +Depuis la dévastation de l'Amérique, les Espagnols, qui ont pris la +place de ses anciens habitants, n'ont pu la repeupler; au contraire, +par une fatalité que je ferois mieux de nommer une justice divine, +les destructeurs se détruisent eux-mêmes, et se consument tous les +jours. + +Les princes ne doivent donc point songer à peupler de grands pays +par des colonies. Je ne dis pas qu'elles ne réussissent quelquefois; +il y a des climats si heureux, que l'espèce s'y multiplie toujours: +témoin ces îles[E] qui ont été peuplées par des malades que quelques +vaisseaux y avoient abandonnés, et qui y recouvroient aussitôt la +santé. + +[Note E: L'auteur parle peut-être de l'île de Bourbon.] + +Mais quand ces colonies réussiroient, au lieu d'augmenter la +puissance, elles ne feroient que la partager, à moins qu'elles +n'eussent très-peu d'étendue, comme sont celles que l'on envoie pour +occuper quelque place pour le commerce. + +Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, découvert l'Amérique, +ou au moins de grandes îles dans lesquelles ils faisoient un +commerce prodigieux: mais quand ils virent le nombre de leurs +habitants diminuer, cette sage république défendit à ses sujets ce +commerce et cette navigation. + +J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols dans les Indes, +il faudroit faire repasser les Indiens et les métifs en Espagne; il +faudroit rendre à cette monarchie tous ses peuples dispersés; et, si +la moitié seulement de ces grandes colonies se conservoit, l'Espagne +deviendroit la puissance de l'Europe la plus redoutable. + +On peut comparer les empires à un arbre dont les branches trop +étendues ôtent tout le suc du tronc, et ne servent qu'à faire de +l'ombrage. + +Rien ne devrait corriger les princes de la fureur des conquêtes +lointaines que l'exemple des Portugais et des Espagnols. + +Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidité inconcevable, des +royaumes immenses, plus étonnées de leurs victoires que les peuples +vaincus de leur défaite, songèrent aux moyens de les conserver, et +prirent chacune pour cela une voie différente. + +Les Espagnols, désespérant de retenir les nations vaincues dans la +fidélité, prirent le parti de les exterminer, et d'y envoyer +d'Espagne des peuples fidèles: jamais dessein horrible ne fut plus +ponctuellement exécuté. On vit un peuple, aussi nombreux que tous +ceux de l'Europe ensemble, disparoître de la terre à l'arrivée de +ces barbares, qui semblèrent, en découvrant les Indes, avoir voulu +en même temps découvrir aux hommes quel étoit le dernier période de +la cruauté. + +Par cette barbarie, ils conservèrent ce pays sous leur domination. +Juge par là combien les conquêtes sont funestes, puisque les effets +en sont tels: car enfin ce remède affreux étoit unique. Comment +auroient-ils pu retenir tant de millions d'hommes dans l'obéissance? +Comment soutenir une guerre civile de si loin? Que seroient-ils +devenus, s'ils avoient donné le temps à ces peuples de revenir de +l'admiration où ils étoient de l'arrivée de ces nouveaux dieux et de +la crainte de leurs foudres? + +Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout opposée; ils +n'employèrent pas les cruautés: aussi furent-ils bientôt chassés de +tous les pays qu'ils avoient découverts. Les Hollandois favorisèrent +la rébellion de ces peuples, et en profitèrent. + +Quel prince envieroit le sort de ces conquérants? Qui voudroit de +ces conquêtes à ces conditions? Les uns en furent aussitôt chassés; +les autres en firent des déserts, et rendirent de même leur propre +pays. + +C'est le destin des héros de se ruiner à conquérir des pays qu'ils +perdent soudain, ou à soumettre des nations qu'ils sont obligés +eux-mêmes de détruire; comme cet insensé qui se consumoit à acheter +des statues qu'il jetoit dans la mer, et des glaces qu'il brisoit +aussitôt. + + De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXIII. + +USBEK AU MÊME. + + +La douceur du gouvernement contribue merveilleusement à la +propagation de l'espèce. Toutes les républiques en sont une preuve +constante; et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, qui sont +les deux plus mauvais pays de l'Europe, si l'on considère la nature +du terrain, et qui cependant sont les plus peuplés. + +Rien n'attire plus les étrangers que la liberté, et l'opulence qui +la suit toujours: l'une se fait rechercher par elle-même, et les +besoins attirent dans les pays où l'on trouve l'autre. + +L'espèce se multiplie dans un pays où l'abondance fournit aux +enfants, sans rien diminuer de la subsistance des pères. + +L'égalité même des citoyens, qui produit ordinairement de l'égalité +dans les fortunes, porte l'abondance et la vie dans toutes les +parties du corps politique, et la répand partout. + +Il n'en est pas de même des pays soumis au pouvoir arbitraire: le +prince, les courtisans, et quelques particuliers, possèdent toutes +les richesses, pendant que tous les autres gémissent dans une +pauvreté extrême. + +Si un homme est mal à son aise, et qu'il sente qu'il fera des +enfants plus pauvres que lui, il ne se mariera pas; ou s'il se +marie, il craindra d'avoir un trop grand nombre d'enfants, qui +pourroient achever de déranger sa fortune, et qui descendroient de +la condition de leur père. + +J'avoue que le rustique ou paysan, étant une fois marié, peuplera +indifféremment, soit qu'il soit riche, soit qu'il soit pauvre; cette +considération ne le touche pas: il a toujours un héritage sûr à +laisser à ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne l'empêche +jamais de suivre aveuglément l'instinct de la nature. + +Mais à quoi sert dans un État ce nombre d'enfants qui languissent +dans la misère? Ils périssent presque tous à mesure qu'ils naissent; +ils ne prospèrent jamais: foibles et débiles, ils meurent en détail +de mille manières, tandis qu'ils sont emportés en gros par les +fréquentes maladies populaires, que la misère et la mauvaise +nourriture produisent toujours; ceux qui en échappent atteignent +l'âge viril sans en avoir la force, et languissent tout le reste de +leur vie. + +Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais +heureusement si elles ne sont bien cultivées: chez les peuples +misérables, l'espèce perd, et même quelquefois dégénère. + +La France peut fournir un grand exemple de tout ceci. Dans les +guerres passées, la crainte où étoient tous les enfants de famille +qu'on ne les enrôlât dans la milice les obligeoit de se marier, et +cela dans un âge trop tendre, et dans le sein de la pauvreté. De +tant de mariages il naissoit bien des enfants, que l'on cherche +encore en France, et que la misère, la famine et les maladies en ont +fait disparoître. + +Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un royaume aussi policé que +la France, on fait de pareilles remarques, que sera-ce dans les +autres États? + + De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718. + + + + +LETTRE CXXIV. + +USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI, + +Gardien des trois tombeaux + +A Com. + + +Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks? +La main de Dieu s'est deux fois appesantie sur les enfants de la +loi, le soleil s'obscurcit, et semble n'éclairer plus que leurs +défaites; leurs armées s'assemblent, et elles sont dissipées comme +la poussière. + +L'empire des Osmanlins est ébranlé par les deux plus grands échecs +qu'il ait jamais reçus: un moufti chrétien ne le soutient qu'avec +peine; le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour +châtier les sectateurs d'Omar; il porte partout la colère du ciel, +irrité contre leur rébellion et leur perfidie. + +Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du +prophète que le détestable Omar a dévoyés; tes entrailles s'émeuvent +à la vue de leurs malheurs; tu désires leur conversion, et non pas +leur perte; tu voudrois les voir réunis sous l'étendard d'Ali, par +les larmes des saints; et non pas dispersés dans les montagnes et +dans les déserts par la terreur des infidèles. + + De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXV. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes +versent sur leurs courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur +sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et d'ailleurs, s'ils +acquièrent quelques-uns de leurs sujets en les achetant, il faut +bien, par la même raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en +les appauvrissant. + +Quand je pense à la situation des princes, toujours entourés +d'hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre: et je +les plains encore davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de +résister à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne demandent +rien. + +Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, des grâces et des +pensions qu'ils accordent, que je ne me livre à mille réflexions: +une foule d'idées se présente à mon esprit; il me semble que +j'entends publier cette ordonnance: + +«Le courage infatigable de quelques-uns de nos sujets à nous +demander des pensions ayant exercé sans relâche notre magnificence +royale, nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes qu'ils +nous ont présentées, lesquelles ont fait jusqu'ici la plus grande +sollicitude du trône. Ils nous ont représenté qu'ils n'ont point +manqué, depuis notre avènement à la couronne, de se trouver à notre +lever; que nous les avons toujours vus sur notre passage immobiles +comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement élevés pour +regarder, sur les épaules les plus hautes, notre sérénité. Nous +avons même reçu plusieurs requêtes de la part de quelques personnes +du beau sexe, qui nous ont supplié de faire attention qu'il étoit +notoire qu'elles sont d'un entretien très-difficile; quelques-unes +même très-surannées nous ont prié, branlant la tête, de faire +attention qu'elles ont fait l'ornement de la cour des rois nos +prédécesseurs; et que, si les généraux de leurs armées ont rendu +l'État redoutable par leurs faits militaires, elles n'ont point +rendu la cour moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi, désirant +traiter les suppliants avec bonté, et leur accorder toutes leurs +prières, nous avons ordonné ce qui suit: + +«Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera journellement la +cinquième partie du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères de +famille de faire la diminution, sur chacun d'eux, aussi juste que +faire se pourra. + +«Défendons expressément à tous ceux qui s'appliquent à la culture de +leurs héritages, ou qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire +aucune réparation, de quelque espèce qu'elle soit. + +«Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent à des travaux vils et +mécaniques, lesquelles n'ont jamais été au lever de notre majesté, +n'achètent désormais d'habits, à eux, à leurs femmes et à leurs +enfants, que de quatre ans en quatre ans; leur interdisons en outre +très-étroitement ces petites réjouissances qu'ils avoient coutume de +faire, dans leurs familles, les principales fêtes de l'année. + +«Et, d'autant que nous demeurons averti que la plupart des bourgeois +de nos bonnes villes sont entièrement occupés à pourvoir à +l'établissement de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues +recommandables, dans notre État, que par une triste et ennuyeuse +modestie, nous ordonnons qu'ils attendront à les marier, jusqu'à ce +qu'ayant atteint l'âge limité par les ordonnances, elles viennent à +les y contraindre. Défendons à nos magistrats de pourvoir à +l'éducation de leurs enfants.» + + De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXVI. + +RICA A ***. + + +On est bien embarrassé dans toutes les religions, quand il s'agit de +donner une idée des plaisirs qui sont destinés à ceux qui ont bien +vécu. On épouvante facilement les méchants par une longue suite de +peines, dont on les menace: mais, pour les gens vertueux, on ne sait +que leur promettre. Il semble que la nature des plaisirs soit d'être +d'une courte durée; l'imagination a peine à en représenter d'autres. + +J'ai vu des descriptions du paradis, capables d'y faire renoncer +tous les gens de bon sens: les uns font jouer sans cesse de la flûte +ces ombres heureuses; d'autres les condamnent au supplice de se +promener éternellement; d'autres enfin, qui les font rêver là-haut +aux maîtresses d'ici-bas, n'ont pas cru que cent millions d'années +fussent un terme assez long pour leur ôter le goût de ces +inquiétudes amoureuses. + +Je me souviens à ce propos d'une histoire que j'ai ouï raconter à un +homme qui avoit été dans le pays du Mogol; elle fait voir que les +prêtres indiens ne sont pas moins stériles que les autres dans les +idées qu'ils ont des plaisirs du paradis. + +Une femme qui venoit de perdre son mari vint en cérémonie chez le +gouverneur de la ville lui demander permission de se brûler: mais, +comme, dans les pays soumis aux mahométans, on abolit tant qu'on +peut cette cruelle coutume, il la refusa absolument. + +Lorsqu'elle vit ses prières impuissantes, elle se jeta dans un +furieux emportement. Voyez, disoit-elle, comme on est gêné! Il ne +sera seulement pas permis à une pauvre femme de se brûler quand elle +en a envie! A-t-on jamais vu rien de pareil? Ma mère, ma tante, mes +soeurs, se sont bien brûlées? Et, quand je vais demander +permission à ce maudit gouverneur, il se fâche, et se met à crier +comme un enragé. + +Il se trouva là, par hasard, un jeune bonze: Homme infidèle, lui dit +le gouverneur, est-ce toi qui a mis dans l'esprit de cette femme +cette fureur? Non, dit-il, je ne lui ai jamais parlé: mais, si elle +m'en croit, elle consommera son sacrifice; elle fera une action +agréable au dieu Brama: aussi en sera-t-elle bien récompensée; car +elle retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle recommencera +avec lui un second mariage. Que dites-vous? dit la femme surprise. +Je retrouverai mon mari? Ah! je ne me brûle pas. Il étoit jaloux, +chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu Brama n'a point +fait sur lui quelque réforme, sûrement il n'a pas besoin de moi. Me +brûler pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour le retirer +du fond des enfers. Deux vieux bonzes, qui me séduisoient, et qui +savoient de quelle manière je vivois avec lui, n'avoient garde de me +tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce présent à me faire, je +renonce à cette béatitude. Monsieur le gouverneur, je me fais +mahométane. Et pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous +pouvez, si vous voulez, aller dire à mon mari que je me porte fort +bien. + + De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXVII. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie tes lettres +d'Ispahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du Grand Mogol a +reçu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrêter le +prince, oncle du roi, qui est chargé de son éducation; qu'on l'a +fait conduire dans un château, où il est très-étroitement gardé, et +qu'on l'a privé de tous ses honneurs. Je suis touché du sort de ce +prince, et je le plains. + +Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler les larmes de +personne sans en être attendri: je sens de l'humanité pour les +malheureux, comme s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les +grands même, pour lesquels je trouve dans mon coeur de la dureté +quand ils sont élevés, je les aime sitôt qu'ils tombent. + +En effet, qu'ont-ils à faire, dans la prospérité, d'une inutile +tendresse? elle approche trop de l'égalité: ils aiment bien mieux du +respect, qui ne demande point de retour. Mais, sitôt qu'ils sont +déchus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur +en rappeler l'idée. + +Je trouve quelque chose de bien naïf, et même de bien grand, dans +les paroles d'un prince qui, près de tomber entre les mains de ses +ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuroient: Je +sens, leur dit-il, à vos larmes que je suis encore votre roi. + + De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CXXVIII. + +RICA A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Tu as ouï parler mille fois du fameux roi de Suède: il assiégeoit +une place dans un royaume qu'on nomme la Norwége; comme il visitoit +la tranchée, seul avec un ingénieur, il a reçu un coup dans la tête, +dont il est mort. On a fait sur-le-champ arrêter son premier +ministre: les états se sont assemblés, et l'ont condamné à perdre la +tête. + +Il étoit accusé d'un grand crime: c'étoit d'avoir calomnié la +nation, et de lui avoir fait perdre la confiance de son roi: forfait +qui, selon moi, mérite mille morts. + +Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir dans l'esprit du +prince le dernier de ses sujets, qu'est-ce, lorsque l'on noircit la +nation entière, et qu'on lui ôte la bienveillance de celui que la +providence a établi pour faire son bonheur? + + +Je voudrois que les hommes parlassent aux rois comme les anges +parlent à notre saint prophète. + +Tu sais que, dans les banquets sacrés où le seigneur des seigneurs +descend du plus sublime trône du monde pour se communiquer à ses +esclaves, je me suis fait une loi sévère de captiver une langue +indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une seule parole qui pût +être amère au dernier de ses sujets. Quand il m'a fallu cesser +d'être sobre, je n'ai point cessé d'être honnête homme; et, dans +cette épreuve de notre fidélité, j'ai risqué ma vie, et jamais ma +vertu. + +Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque jamais de prince si +méchant, que son ministre ne le soit encore davantage; s'il fait +quelque action mauvaise, elle a presque toujours été suggérée; de +manière que l'ambition des princes n'est jamais si dangereuse que la +bassesse d'âme de ses conseillers. Mais comprends-tu qu'un homme, +qui n'est que d'hier dans le ministère, qui peut-être n'y sera pas +demain, puisse devenir dans un moment l'ennemi de lui-même, de sa +famille, de sa patrie, et du peuple qui naîtra à jamais de celui +qu'il va faire opprimer? + +Un prince a des passions; le ministre les remue: c'est de ce côté-là +qu'il dirige son ministère; il n'a point d'autre but, ni n'en veut +connoître. Les courtisans le séduisent par leurs louanges; et lui le +flatte plus dangereusement par ses conseils, par les desseins qu'il +lui inspire, et par les maximes qu'il lui propose. + + De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719. + + + + +LETTRE CXXIX. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis: il +rencontra un homme de sa connoissance, qu'il me dit être un +géomètre; et il n'y avoit rien qui n'y parût, car il étoit d'une +rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât longtemps par la +manche, et le secouât pour le faire descendre jusqu'à lui; tant il +étoit occupé d'une courbe qui le tourmentoit peut-être depuis plus +de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup d'honnêtetés, et +s'apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. Ces +discours les menèrent jusque sur la porte d'un caffé où j'entrai +avec eux. + +Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de tout le monde avec +empressement, et que les garçons du caffé en faisoient beaucoup plus +de cas que de deux mousquetaires qui étoient dans un coin. Pour lui, +il parut qu'il se trouvoit dans un lieu agréable: car il dérida un +peu son visage, et se mit à rire comme s'il n'avoit pas eu la +moindre teinture de géométrie. + +Cependant son esprit régulier toisoit tout ce qui se disoit dans la +conversation. Il ressembloit à celui qui, dans un jardin, coupoit +avec son épée la tête des fleurs qui s'élevoient au-dessus des +autres: martyr de sa justesse, il étoit offensé d'une saillie, comme +une vue délicate est offensée par une lumière trop vive. Rien pour +lui n'étoit indifférent, pourvu qu'il fût vrai: aussi sa +conversation étoit-elle singulière. Il étoit arrivé ce jour-là de la +campagne avec un homme qui avoit vu un château superbe et des +jardins magnifiques; et il n'avoit vu, lui, qu'un bâtiment de +soixante pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet +barlong de dix arpents: il auroit fort souhaité que les règles de la +perspective eussent été tellement observées, que les allées des +avenues eussent paru partout de même largeur; et il auroit donné +pour cela une méthode infaillible. Il parut fort satisfait d'un +cadran qu'il y avoit démêlé, d'une structure fort singulière; et il +s'échauffa fort contre un savant qui étoit auprès de moi, qui lui +demanda si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. Un +nouvelliste parla du bombardement du château de Fontarabie; et il +nous donna soudain les propriétés de la ligne que les bombes avoient +décrite en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut en ignorer +entièrement le succès. Un homme se plaignoit d'avoir été ruiné +l'hiver d'auparavant par une inondation. Ce que vous me dites là +m'est fort agréable, dit alors le géomètre: je vois que je ne me +suis pas trompé dans l'observation que j'ai faite, et qu'il est au +moins tombé sur la terre deux pouces d'eau plus que l'année passée. + +Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. Comme il alloit +assez vite, et qu'il négligeoit de regarder devant lui, il fut +rencontré directement par un autre homme: ils se choquèrent +rudement; et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son côté, en +raison réciproque de leur vitesse et de leurs masses. Quand ils +furent un peu revenus de leur étourdissement, cet homme, portant la +main sur le front, dit au géomètre: Je suis bien aise que vous +m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle à vous apprendre: je +viens de donner mon Horace au public. Comment! dit le géomètre, il y +a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez pas, reprit +l'autre: c'est une traduction de cet ancien auteur, que je viens de +mettre au jour; il y a vingt ans que je m'occupe à faire des +traductions. + +Quoi! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous ne pensez +pas! Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous! +Monsieur, dit le savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un grand +service au public, de lui rendre la lecture des bons auteurs +familière? Je ne dis pas tout à fait cela: j'estime autant qu'un +autre les sublimes génies que vous travestissez; mais vous ne leur +ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, on ne vous +traduira jamais. + +Les traductions sont comme ces monnoies de cuivre qui ont bien la +même valeur qu'une pièce d'or, et même sont d'un plus grand usage +pour le peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un mauvais +aloi. + +Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi nous ces illustres +morts; et j'avoue que vous leur donnez bien un corps: mais vous ne +leur rendez pas la vie; il y manque toujours un esprit pour les +animer. + +Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche de tant de belles +vérités qu'un calcul facile nous fait découvrir tous les jours? +Après ce petit conseil, ils se séparèrent, je crois, très-mécontents +l'un de l'autre, + + De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719. + + + + +LETTRE CXXX. + +RICA A ***. + + +Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine nation qu'on appelle +les nouvellistes, qui s'assemblent dans un jardin magnifique, où +leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l'État, +et leurs discours de cinquante ans n'ont pas un effet différent de +celui qu'auroit pu produire un silence aussi long: cependant ils se +croient considérables, parce qu'ils s'entretiennent de projets +magnifiques, et traitent de grands intérêts. + +La base de leurs conversations est une curiosité frivole et +ridicule: il n'y a point de cabinet si mystérieux qu'ils ne +prétendent pénétrer; ils ne sauroient consentir à ignorer quelque +chose; ils savent combien notre auguste sultan a de femmes, combien +il fait d'enfants toutes les années; et quoiqu'ils ne fassent aucune +dépense en espions, ils sont instruits des mesures qu'il prend pour +humilier l'empereur des Turcs et celui des Mogols. + +A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans +l'avenir; et, marchant au-devant de la providence, la préviennent +sur toutes les démarches des hommes. Ils conduisent un général par +la main; et, après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas +faites, ils lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas. + +Ils font voler les armées comme les grues, et tomber les murailles +comme des cartons; ils ont des ponts sur toutes les rivières, des +routes secrètes dans toutes les montagnes, des magasins immenses +dans les sables brûlants: il ne leur manque que le bon sens. + +Il y a un homme avec qui je loge, qui reçut cette lettre d'un +nouvelliste; comme elle m'a paru singulière, je la gardai; la voici: + + + «Monsieur, + +«Je me trompe rarement dans mes conjectures sur les affaires du +temps. Le 1er janvier 1711, je prédis que l'empereur Joseph mourroit +dans le cours de l'année: il est vrai que, comme il se portoit fort +bien, je crus que je me ferois moquer de moi si je m'expliquois +d'une manière bien claire; ce qui fit que je me servis de termes un +peu énigmatiques; mais les gens qui savent raisonner m'entendirent +bien. Le 17 avril de la même année, il mourut de la petite vérole. + +«Dès que la guerre fut déclarée entre l'empereur et les Turcs, +j'allai chercher nos messieurs dans tous les coins des Tuileries; je +les assemblai près du bassin, et leur prédis qu'on feroit le siége +de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai été assez heureux pour que +ma prédiction ait été accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du +siége, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le 18 août[F]; il +ne fut pris que le lendemain: peut-on perdre à si beau jeu? + +[Note F: 1717.] + +«Lorsque je vis que la flotte d'Espagne débarquoit en Sardaigne, je +jugeai qu'elle en ferait la conquête: je le dis, et cela se trouva +vrai. Enflé de ce succès, j'ajoutai que cette flotte victorieuse +iroit débarquer à Final pour faire la conquête du Milanès. Comme je +trouvai de la résistance à faire recevoir cette idée, je voulus la +soutenir glorieusement: je pariai cinquante pistoles, et je les +perdis encore; car ce diable d'Alberoni, malgré la foi des traités, +envoya sa flotte en Sicile, et trompa tout à la fois deux grands +politiques, le duc de Savoie et moi. + +«Tout cela, monsieur, me déroute si fort, que j'ai résolu de prédire +toujours et de ne parier jamais. Autrefois nous ne connoissions +point aux Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte de L. ne +les souffrait guère; mais, depuis qu'une troupe de petits-maîtres +s'est mêlée parmi nous, nous ne savons plus où nous en sommes. A +peine ouvrons-nous la bouche pour dire une nouvelle, qu'un de ces +jeunes gens propose de parier contre. + +«L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, et accommodois mes +lunettes sur mon nez, un de ces fanfarons, saisissant justement +l'intervalle du premier mot au second, me dit: Je parie cent +pistoles que non. Je fis semblant de n'avoir pas fait d'attention à +cette extravagance; et, reprenant la parole d'une voix plus forte, +je dis: M. le maréchal de *** ayant appris... Cela est faux, me +dit-il, vous avez toujours des nouvelles extravagantes; il n'y a pas +le sens commun à tout cela. Je vous prie, monsieur, de me faire le +plaisir de me prêter trente pistoles; car je vous avoue que ces +paris m'ont fort dérangé. Je vous envoie la copie de deux lettres +que j'ai écrites au ministre. Je suis, etc.» + + +LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE. + + «Monseigneur, + +«Je suis le sujet le plus zélé que le roi ait jamais eu: c'est moi +qui obligeai un de mes amis d'exécuter le projet que j'avois formé +d'un livre pour démontrer que Louis le Grand étoit le plus grand de +tous les princes qui ont mérité le nom de Grand. Je travaille depuis +longtemps à un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur à notre +nation, si Votre Grandeur veut m'accorder un privilége: mon dessein +est de prouver que, depuis le commencement de la monarchie, les +François n'ont jamais été battus, et que ce que les historiens ont +dit jusqu'ici de nos désavantages sont de véritables impostures. Je +suis obligé de les redresser en bien des occasions; et j'ose me +flatter que je brille surtout dans la critique. Je suis, +monseigneur, etc.» + + «Monseigneur, + +«Depuis la perte que nous avons faite de M. le comte de L., nous +vous supplions d'avoir la bonté de nous permettre d'élire un +président. Le désordre se met dans nos conférences, et les affaires +d'État n'y sont pas traitées avec la même discussion que par le +passé; nos jeunes gens vivent absolument sans égard pour les +anciens, et entre eux sans discipline: c'est le véritable conseil de +Roboam, où les jeunes imposent aux vieillards. Nous avons beau leur +représenter que nous étions paisibles possesseurs des Tuileries +vingt ans avant qu'ils fussent au monde; je crois qu'ils nous en +chasseront à la fin, et qu'obligés de quitter ces lieux où nous +avons tant de fois évoqué les ombres de nos héros françois, il +faudra que nous allions tenir nos conférences au Jardin du Roi ou +dans quelque lieu plus écarté. Je suis...» + + De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719. + + + + +LETTRE CXXXI. + +RHÉDI A RICA. + +A Paris. + + +Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité en arrivant en +Europe, c'est l'histoire et l'origine des républiques. Tu sais que +la plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée de cette sorte +de gouvernement, et que l'imagination ne les a pas servis jusqu'à +leur faire comprendre qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre +que le despotique. + +Les premiers gouvernements du monde furent monarchiques: ce ne fut +que par hasard et par la succession des siècles que les républiques +se formèrent. + +La Grèce ayant été abîmée par un déluge, de nouveaux habitants +vinrent la peupler: elle tira presque toutes ses colonies d'Égypte +et des contrées de l'Asie les plus voisines; et, comme ces pays +étoient gouvernés par des rois, les peuples qui en sortirent furent +gouvernés de même. Mais la tyrannie de ces princes devenant trop +pesante, on secoua le joug; et du débris de tant de royaumes +s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir la Grèce, +seule polie au milieu des barbares. + +L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva longtemps la +Grèce dans l'indépendance, et étendit au loin le gouvernement +républicain. Les villes grecques trouvèrent des alliées dans l'Asie +mineure: elles y envoyèrent des colonies aussi libres qu'elles, qui +leur servirent de remparts contre les entreprises des rois de Perse. +Ce n'est pas tout: la Grèce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, et +peut-être les Gaules. On sait que cette grande Hespérie, si fameuse +chez les anciens, étoit au commencement la Grèce, que ses voisins +regardoient comme un séjour de félicité: les Grecs qui ne trouvoient +point chez eux ce pays heureux, l'allèrent chercher en Italie; ceux +de l'Italie, en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Bétique ou le +Portugal: de manière que toutes ces régions portèrent ce nom chez +les anciens. Ces colonies grecques apportèrent avec elles un esprit +de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux pays. Ainsi, on ne +voit guère, dans ces temps reculés, de monarchies dans l'Italie, +l'Espagne, les Gaules. On verra bientôt que les peuples du Nord et +d'Allemagne n'étoient pas moins libres: et, si l'on trouve des +vestiges de quelque royauté parmi eux, c'est qu'on a pris pour des +rois les chefs des armées ou des républiques. + +Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie et l'Afrique, elles +ont toujours été accablées sous le despotisme, si vous en exceptez +quelques villes de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la +république de Carthage en Afrique. + +Le monde fut partagé entre deux puissantes républiques: celle de +Rome et celle de Carthage. Il n'y a rien de si connu que les +commencements de la république romaine, et rien qui le soit si peu +que l'origine de celle de Carthage. On ignore absolument la suite +des princes africains depuis Didon, et comment ils perdirent leurs +puissance. C'eût été un grand bonheur pour le monde que +l'agrandissement prodigieux de la république romaine, s'il n'y avoit +pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les +peuples vaincus; si l'on avoit donné au gouverneur des provinces une +autorité moins grande; si les lois si saintes pour empêcher leur +tyrannie avoient été observées, et s'ils ne s'étoient pas servis, +pour les faire taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit +amassés. + +Il semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples +d'Europe, et la servitude pour celui des peuples d'Asie. C'est en +vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor: +cette nation lâche le refusa, et elle courut à la servitude avec le +même empressement que les autres peuples couroient à la liberté. + +César opprima la république romaine, et la soumit à un pouvoir +arbitraire. + +L'Europe gémit longtemps sous un gouvernement militaire et violent, +et la douceur romaine fut changée en une cruelle oppression. + +Cependant une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se +répandirent comme des torrents dans les provinces romaines; et, +trouvant autant de facilité à faire des conquêtes qu'à exercer leurs +pirateries, les démembrèrent et en firent des royaumes. Ces peuples +étoient libres et ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois, +qu'ils n'étoient proprement que des chefs ou des généraux. Ainsi ces +royaumes, quoique fondés par la force, ne sentirent point le joug du +vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et les +Tartares, firent des conquêtes, soumis à la volonté d'un seul, ils +ne songèrent qu'à lui donner de nouveaux sujets, et à établir par +les armes son autorité violente: mais les peuples du Nord, libres +dans leur pays, s'emparant des provinces romaines, ne donnèrent +point à leurs chefs une grande autorité. Quelques-uns même de ces +peuples, comme les Vandales en Afrique, les Goths en Espagne, +déposoient leurs rois dès qu'ils n'en étoient pas satisfaits; et, +chez les autres, l'autorité du prince étoit bornée de mille manières +différentes: un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui; +les guerres n'étoient entreprises que de leur consentement; les +dépouilles étoient partagées entre le chef et les soldats; aucun +impôt en faveur du prince; les lois étoient faites dans les +assemblées de la nation. Voilà le principe fondamental de tous ces +États, qui se formèrent des débris de l'empire romain. + + De Venise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719. + + + + +LETTRE CXXXII. + +RICA A ***. + + +Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caffé; j'y remarquai un +gentilhomme assez bien mis qui se faisoit écouter: il parloit du +plaisir qu'il y avoit de vivre à Paris; il déploroit sa situation +d'être obligé de vivre dans la province. J'ai, dit-il, quinze mille +livres de rente en fonds de terre, et je me croirois plus heureux si +j'avois le quart de ce bien-là en argent et en effets portables +partout. J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de frais de +justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: je n'ai jamais +pu voir cent pistoles à la fois. Si je devois dix mille francs, on +me feroit saisir toutes mes terres, et je serois à l'hôpital. + +Je sortis sans avoir fait grande attention à tout ce discours; mais, +me trouvant hier dans ce quartier, j'entrai dans la même maison, et +j'y vis un homme grave, d'un visage pâle et allongé, qui, au milieu +de cinq ou six discoureurs, paroissoit morne et pensif, jusques à ce +que, prenant brusquement la parole: Oui, messieurs, dit-il en +haussant la voix, je suis ruiné; je n'ai plus de quoi vivre; car +j'ai actuellement chez moi deux cent mille livres en billets de +banque, et cent mille écus d'argent: je me trouve dans une situation +affreuse; je me suis cru riche, et me voilà à l'hôpital: au moins si +j'avois seulement une petite terre où je pusse me retirer, je serois +sûr d'avoir de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce chapeau +en fonds de terre. + +Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et je vis un autre +homme qui faisoit des grimaces de possédé. A qui se fier désormais? +s'écrioit-il. Il y a un traître que je croyois si fort de mes amis +que je lui avois prêté mon argent: et il me l'a rendu! quelle +perfidie horrible! Il a beau faire; dans mon esprit il sera toujours +déshonoré. + +Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu, qui, élevant les yeux +au ciel, disoit: Dieu bénisse les projets de nos ministres! +puissé-je voir les actions à deux mille, et tous les laquais de +Paris plus riches que leurs maîtres! J'eus la curiosité de demander +son nom. C'est un homme extrêmement pauvre, me dit-on; aussi a-t-il +un pauvre métier: il est généalogiste, et il espère que son art +rendra, si les fortunes continuent; et que tous ces nouveaux riches +auront besoin de lui pour réformer leur nom, décrasser leurs +ancêtres, et orner leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire +autant de gens de qualité qu'il voudra; il tressaille de joie de +voir multiplier ses pratiques. + +Enfin, je vis entrer un vieillard pâle et sec, que je reconnus pour +nouvelliste avant qu'il se fût assis; il n'étoit pas du nombre de +ceux qui ont une assurance victorieuse contre tous les revers, et +présagent toujours les victoires et les trophées: c'étoit au +contraire un de ces trembleurs qui n'ont que des nouvelles tristes. +Les affaires vont bien mal du côté d'Espagne, dit-il: nous n'avons +point de cavalerie sur la frontière, et il est à craindre que le +prince Pio, qui en a un gros corps, ne fasse contribuer tout le +Languedoc. Il y avoit vis-à-vis de moi un philosophe assez mal en +ordre qui prenoit le nouvelliste en pitié, et haussoit les épaules à +mesure que l'autre haussoit la voix; je m'approchai de lui, et il me +dit à l'oreille: Vous voyez que ce fat nous entretient, il y a une +heure, de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperçus hier au +soir une tache dans le soleil, qui, si elle augmentoit, pourroit +faire tomber toute la nature en engourdissement; et je n'ai pas dit +un seul mot. + + De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXIII. + +RICA A ***. + + +J'allai l'autre jour voir une grande bibliothèque dans un couvent de +dervis, qui en sont comme les dépositaires, mais qui sont obligés +d'y laisser entrer tout le monde à certaines heures. + +En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit au milieu d'un +nombre innombrable de volumes qui l'entouroient. J'allai à lui, et +le priai de me dire quels étoient quelques-uns de ces livres que je +voyois mieux reliés que les autres. Monsieur, me dit-il, j'habite +ici une terre étrangère: je n'y connois personne: bien des gens me +font de pareilles questions; mais vous voyez bien que je n'irai pas +lire tous ces livres pour les satisfaire; mais j'ai mon +bibliothécaire qui vous donnera satisfaction, car il s'occupe nuit +et jour à déchiffrer tout ce que vous voyez là; c'est un homme qui +n'est bon à rien, et qui nous est très à charge, parce qu'il ne +travaille point pour le couvent. Mais j'entends l'heure du +réfectoire qui sonne. Ceux qui comme moi sont à la tête d'une +communauté doivent être les premiers à tous les exercices. En disant +cela, le moine me poussa dehors, ferma la porte, et, comme s'il eût +volé, disparut à mes yeux. + + De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXIV. + +RICA AU MÊME. + + +Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout +un autre homme que celui que j'avois vu la première fois: son air +étoit simple, sa physionomie spirituelle, et son abord très-affable. +Dès que je lui eus fait connoître ma curiosité, il se mit en devoir +de la satisfaire, et même en qualité d'étranger, de m'instruire. + +Mon père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout +ce côté de bibliothèque? Ce sont, me dit-il, les interprètes de +l'Écriture. Il y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut que +l'Écriture fût bien obscure autrefois, et bien claire à présent; +reste-t-il encore quelques doutes? peut-il y avoir des points +contestés? S'il y en a, bon Dieu! s'il y en a! me répondit-il; il y +en a presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et qu'ont donc +fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me repartit-il, n'ont point +cherché dans l'Écriture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient +eux-mêmes; ils ne l'ont point regardée comme un livre où étoient +contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, mais comme un ouvrage +qui pourroit donner de l'autorité à leurs propres idées: c'est pour +cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont donné la torture à +tous les passages. C'est un pays où les hommes de toutes les sectes +font des descentes, et vont comme au pillage; c'est un champ de +bataille où les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des +combats, où l'on s'attaque, où l'on s'escarmouche de bien des +manières. + +Tout près de là vous voyez les livres ascétiques ou de dévotion; +ensuite les livres de morale, bien plus utiles; ceux de théologie, +doublement inintelligibles, et par la matière qui y est traitée, et +par la manière de la traiter; les ouvrages des mystiques, +c'est-à-dire des dévots qui ont le coeur tendre. Ah! mon père, lui +dis-je, un moment; n'allez pas si vite; parlez-moi de ces mystiques. +Monsieur, dit-il, la dévotion échauffe un coeur disposé à la +tendresse, et lui fait envoyer des esprits au cerveau qui +l'échauffent de même, d'où naissent les extases et les ravissements. +Cet état est le délire de la dévotion; souvent il se perfectionne, +ou plutôt dégénère en quiétisme: vous savez qu'un quiétiste n'est +autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin. + +Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de la nuit; qui +forment dans leur imagination tous les monstres que le démon d'amour +peut produire, les rassemblent, les comparent, et en font l'objet +éternel de leurs pensées: heureux si leur coeur ne se met pas de +la partie, et ne devient pas lui-même complice de tant d'égarements +si naïvement décrits et si nuement peints! + +Vous voyez, monsieur, que je pense librement, et que je vous dis +tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf, et plus encore +avec vous, qui êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et +les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne vous parlerois +de tout ceci qu'avec admiration; je vous dirois sans cesse: Cela est +divin, cela est respectable; il y a du merveilleux. Et il en +arriveroit de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, ou que +je me déshonorerois dans votre esprit. + +Nous en restâmes là; une affaire qui survint au dervis rompit notre +conversation jusqu'au lendemain. + + De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXV. + +RICA AU MÊME. + + +Je revins à l'heure marquée, et mon homme me mena précisément dans +l'endroit où nous nous étions quittés. Voici, me dit-il, les +grammairiens, les glossateurs, et les commentateurs. Mon père, lui +dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se dispenser d'avoir du +bon sens? Oui, dit-il, ils le peuvent; et même il n'y paroît pas, +leurs ouvrages n'en sont pas plus mauvais; ce qui est très-commode +pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois bien des +philosophes qui feroient bien de s'appliquer à ces sortes de +sciences-là. + +Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent de persuader +indépendamment des raisons; et les géomètres, qui obligent un homme +malgré lui d'être persuadé, et le convainquent avec tyrannie. + +Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grands +intérêts, et dans lesquels l'infini se rencontre partout; les livres +de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l'économie +du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans; +les livres de médecine, ces monuments de la fragilité de la nature +et de la puissance de l'art; qui font trembler quand ils traitent +des maladies même les plus légères, tant ils nous rendent la mort +présente; mais qui nous mettent dans une sécurité entière quand ils +parlent de la vertu des remèdes, comme si nous étions devenus +immortels. + +Tout près de là sont les livres d'anatomie, qui contiennent bien +moins la description des parties du corps humain que les noms +barbares qu'on leur a donnés: chose qui ne guérit ni le malade de +son mal, ni le médecin de son ignorance. + +Voici la chimie, qui habite tantôt l'hôpital et tantôt les +petites-maisons, comme des demeures qui lui sont également propres. + +Voici les livres de science, ou plutôt d'ignorance occulte: tels +sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie; exécrables +selon la plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont encore +les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, mon père? Les +livres d'astrologie judiciaire, repartis-je avec feu! Et ce sont +ceux dont nous faisons plus de cas en Perse: ils règlent toutes les +actions de notre vie, et nous déterminent dans toutes nos +entreprises; les astrologues sont proprement nos directeurs; ils +font plus, ils entrent dans le gouvernement de l'État. Si cela est, +me dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que celui de la +raison: voilà ce qui s'appelle le plus étrange de tous les empires; +je plains bien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse +si fort dominer par les planètes. Nous nous servons, lui +repartis-je, de l'astrologie, comme vous vous servez de l'algèbre. +Chaque nation a sa science, selon laquelle elle règle sa politique: +tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait tant de sottises en +notre Perse qu'un seul de vos algébristes en a fait ici. Croyez-vous +que le concours fortuit des astres ne soit pas une règle aussi sûre +que les beaux raisonnements de votre faiseur de système? Si l'on +comptoit les voix là-dessus en France et en Perse, ce seroit un beau +sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez les mathématiciens +bien humiliés: quel accablant corollaire en pourroit-on tirer contre +eux! + +Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter. + + De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719. + + + + +LETTRE CXXXVI. + +RICA AU MÊME. + + +Dans l'entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet +particulier. Voici les livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez +premièrement les historiens de l'Église et des papes; livres que je +lis pour m'édifier, et qui font souvent en moi un effet tout +contraire. + +Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence du formidable empire +romain, qui s'étoit formé du débris de tant de monarchies, et sur la +chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. Un nombre infini de +peuples barbares, aussi inconnus que les pays qu'ils habitoient, +parurent tout à coup, l'inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, et +fondèrent tous les royaumes que vous voyez à présent en Europe. Ces +peuples n'étoient point proprement barbares, puisqu'ils étoient +libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart +à une puissance absolue, ils ont perdu cette douce liberté si +conforme à la raison, à l'humanité, et à la nature. + +Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, laquelle n'est qu'une +ombre du premier empire, mais qui est, je crois, la seule puissance +qui soit sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la +seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de ses pertes; et +qui, lente à profiter des succès, devient indomptable par ses +défaites. + +Voici les historiens de France, où l'on voit d'abord la puissance +des rois se former, mourir deux fois, renaître de même, languir +ensuite pendant plusieurs siècles; mais, prenant insensiblement des +forces, accrue de toutes parts, monter à son dernier période: +semblable à ces fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, ou +se cachent sous terre; puis reparoissant de nouveau, grossis par les +rivières qui s'y jettent, entraînent avec rapidité tout ce qui +s'oppose à leur passage. + +Là, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques montagnes: les +princes mahométans subjugués aussi insensiblement qu'ils avoient +rapidement conquis; tant de royaumes réunis dans une vaste +monarchie, qui devint presque la seule; jusqu'à ce qu'accablée de sa +fausse opulence, elle perdit sa force et sa réputation même, et ne +conserva que l'orgueil de sa première puissance. + +Ce sont ici les historiens d'Angleterre, où l'on voit la liberté +sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition; le +prince toujours chancelant sur un trône inébranlable; une nation +impatiente, sage dans sa fureur même; et qui, maîtresse de la mer +(chose inouïe jusqu'alors), mêle le commerce avec l'empire. + +Tout près de là sont les historiens de cette autre reine de la mer, +la république de Hollande, si respectée en Europe, et si formidable +en Asie, où ses négociants voient tant de rois prosternés devant +eux. + +Les historiens d'Italie vous représentent une nation autrefois +maîtresse du monde, aujourd'hui esclave de toutes les autres; ses +princes divisés et foibles, et sans autre attribut de souveraineté +qu'une vaine politique. + +Voilà les historiens des républiques: de la Suisse, qui est l'image +de sa liberté; de Venise, qui n'a de ressources qu'en son économie; +et de Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments. + +Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, qui use si mal de +sa liberté et du droit qu'elle a d'élire ses rois, qu'il semble +qu'elle veuille consoler par là les peuples ses voisins, qui ont +perdu l'un et l'autre. + +Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain. + + De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719. + + + + +LETTRE CXXXVII. + +RICA AU MÊME. + + +Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les +poëtes, me dit-il; c'est-à-dire ces auteurs dont le métier est de +mettre des entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous les +agréments comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs +parures et leurs ornements. Vous les connoissez; ils ne sont pas +rares chez les Orientaux, où le soleil, plus ardent, semble +échauffer les imaginations mêmes. + +Voilà les poëmes épiques. Hé! qu'est-ce que les poëmes épiques? En +vérité, me dit-il, je n'en sais rien; les connoisseurs disent qu'on +n'en a jamais fait que deux, et que les autres qu'on donne sous ce +nom ne le sont point: c'est aussi ce que je ne sais pas. Ils disent +de plus qu'il est impossible d'en faire de nouveaux; et cela est +encore plus surprenant. + +Voici les poëtes dramatiques, qui, selon moi, sont les poëtes par +excellence, et les maîtres des passions. Il y en a de deux sortes: +les comiques, qui nous remuent si doucement; et les tragiques, qui +nous troublent et nous agitent avec tant de violence. + +Voici les lyriques, que je méprise autant que je fais cas des +autres, et qui font de leur art une harmonieuse extravagance. + +On voit ensuite les auteurs des idylles et des églogues, qui +plaisent même aux gens de cour, par l'idée qu'ils leur donnent d'une +certaine tranquillité qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent dans +la condition des bergers. + +De tous les auteurs que nous avons vus, voici les plus dangereux: ce +sont ceux qui aiguisent les épigrammes, qui sont de petites flèches +déliées qui font une plaie profonde et inaccessible aux remèdes. + +Vous voyez ici les romans, qui sont des espèces de poëtes, et qui +outrent également le langage de l'esprit et celui du coeur; qui +passent leur vie à chercher la nature, et la manquent toujours; et +qui font des héros, qui y sont aussi étrangers que les dragons ailés +et les hippocentaures. + +J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: et, si vous voyiez +les nôtres, vous en seriez encore plus choqué. Il sont aussi peu +naturels, et d'ailleurs extrêmement gênés par nos moeurs: il faut +dix années de passion avant qu'un amant ait pu voir seulement le +visage de sa maîtresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire +passer les lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il est +impossible que les incidents soient variés: on a recours à un +artifice pire que le mal même qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. +Je suis sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne fasse +sortir une armée de dessous terre; qu'un héros lui seul en détruise +une de cent mille hommes. Cependant voilà nos romans: ces aventures +froides et souvent répétées nous font languir, et ces prodiges +extravagants nous révoltent. + + De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719. + + + + +LETTRE CXXXVIII. + +RICA A IBBEN. + +A Smyrne. + + +Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme les saisons: +depuis trois ans j'ai vu changer quatre fois de système sur les +finances. On lève aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les subsides +de la même manière que les fondateurs de ces monarchies les +levoient: il s'en faut bien qu'il en soit ici de même. Il est vrai +que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: nous +croyons qu'il n'y a pas plus de différence entre l'administration +des revenus du prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a entre +compter cent mille tomans ou en compter cent. Mais il y a ici bien +plus de finesse et de mystère. Il faut que de grands génies +travaillent nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec +douleur, de nouveaux projets; qu'ils écoutent les avis d'une +infinité de gens qui travaillent pour eux sans en être priés; qu'ils +se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impénétrable aux +grands et sacré aux petits; qu'ils aient toujours la tête remplie de +secrets importants, de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux; et +qu'absorbés dans les méditations, ils soient privés non-seulement de +l'usage de la parole, mais même quelquefois de la politesse. + +Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa à établir une +nouvelle administration. On sentoit qu'on étoit mal, mais ne savoit +comment faire pour être mieux. On s'étoit mal trouvé de l'autorité +sans bornes des ministres précédents: on la voulut partager. On créa +pour cet effet six ou sept conseils; et ce ministère est peut-être +celui de tous qui a gouverné la France avec plus de sens: la durée +en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il produisit. + +La France, à la mort du feu roi, étoit un corps accablé de mille +maux: N*** prit le fer à la main, retrancha les chairs inutiles, et +appliqua quelques remèdes topiques; mais il restoit toujours un vice +intérieur à guérir. Un étranger est venu, qui a entrepris cette +cure. Après bien des remèdes violents, il a cru lui avoir rendu son +embonpoint; et il l'a seulement rendue bouffie. + +Tous ceux qui étoient riches il y a six mois sont à présent dans la +pauvreté, et ceux qui n'avoient pas de pain regorgent de richesses. +Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de si près. +L'étranger a tourné l'État comme un fripier tourne un habit: il fait +paroître dessus ce qui étoit dessous; et ce qui étoit dessus, il le +met à l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux +qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du +néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain +par leurs maîtres! + +Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui +avoient fait fortune sous le règne passé vantent aujourd'hui leur +naissance: ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée +dans une certaine rue tout le mépris qu'on avoit pour eux il y a six +mois; ils crient de toute leur force: La noblesse est ruinée, quel +désordre dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On ne voit +que des inconnus faire fortune! Je te promets que ceux-ci prendront +bien leur revanche sur ceux qui viendront après eux; et que, dans +trente ans, ces gens de qualité feront bien du bruit. + + De Paris, le 1er de la lune de Zilcadé, 1720. + + + + +LETTRE CXXXIX. + +RICA AU MÊME. + + +Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans +une femme, mais dans une reine. La reine de Suède, voulant à toute +force associer le prince son époux à la couronne, pour aplanir +toutes les difficultés, a envoyé aux états une déclaration par +laquelle elle se désiste de la régence, en cas qu'il soit élu. + +Il y a soixante et quelques années qu'une autre reine, nommée +Christine, abdiqua la couronne pour se donner tout entière à la +philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exemples nous devons +admirer davantage. + +Quoique j'approuve assez que chacun se tienne ferme dans le poste où +la nature l'a mis; et que je ne puisse louer la foiblesse de ceux +qui, se trouvant au-dessous de leur état, le quittent comme par une +espèce de désertion; je suis cependant frappé de la grandeur d'âme +de ces deux princesses, et de voir l'esprit de l'une et le coeur +de l'autre supérieurs à leur fortune. Christine a songé à connoître +dans le temps que les autres ne songent qu'à jouir; et l'autre ne +veut jouir que pour mettre tout son bonheur entre les mains de son +auguste époux. + + De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CXL. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Le parlement de Paris vient d'être relégué dans une petite ville +qu'on appelle Pontoise. Le conseil lui a envoyé enregistrer ou +approuver une déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée +d'une manière qui déshonore le conseil. + +On menace d'un pareil traitement quelques parlements du royaume. + +Ces compagnies sont toujours odieuses: elles n'approchent des rois +que pour leur dire de tristes vérités; et pendant qu'une foule de +courtisans leur représentent sans cesse un peuple heureux sous leur +gouvernement, elles viennent démentir la flatterie, et apporter au +pied du trône les gémissements et les larmes dont elles sont +dépositaires. + +C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de la vérité, +lorsqu'il faut la porter jusqu'aux princes: ils doivent bien penser +que ceux qui le font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient +jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes pour ceux +qui les font, s'ils n'y étoient forcés par leur devoir, leur +respect, et même leur amour. + + De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720. + + + + +LETTRE CXLI. + +RICA AU MÊME. + +A ***. + + +J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les jours couleront +agréablement avec toi! + +Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de la cour, qui +avoit quelque envie de voir ma figure étrangère. Je la trouvai +belle, digne des regards de notre monarque, et d'un rang auguste +dans le lieu sacré où son coeur repose. + +Elle me fit mille questions sur les moeurs des Persans, et sur la +manière de vivre des Persanes: il me parut que la vie du sérail +n'étoit pas de son goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir +un homme partagé entre dix ou douze femmes. Elle ne put voir sans +envie le bonheur de l'un, et sans pitié la condition des autres. +Comme elle aime la lecture, surtout celle des poëtes et des romans, +elle souhaita que je lui parlasse des nôtres: ce que je lui en dis +redoubla sa curiosité; elle me pria de lui faire traduire un +fragment de quelques-uns de ceux que j'ai apportés. Je le fis, et je +lui envoyai, quelques jours après, un conte persan: peut-être +seras-tu, bien aise de le voir travesti. + + * * * * * + +Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse une femme nommée +Zuléma: elle savoit par coeur tout le saint Alcoran; il n'y avoit +point de dervis qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints +prophètes; les docteurs arabes n'avoient rien dit de si mystérieux +qu'elle n'en comprît tous les sens; et elle joignoit à tant de +connoissances un certain caractère d'esprit enjoué, qui laissoit à +peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui elle parloit, ou les +instruire. + +Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans une des salles du +sérail, une d'elles lui demanda ce qu'elle pensoit de l'autre vie, +et si elle ajoutoit foi à cette ancienne tradition de nos docteurs, +que le paradis n'est fait que pour les hommes. + +C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y a rien que l'on +n'ait fait pour dégrader notre sexe. Il y a même une nation répandue +par toute la Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, par +l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons point d'âme. + +Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine que l'orgueil des +hommes, qui veulent porter leur supériorité au delà même de leur +vie; et ne pensent pas que, dans le grand jour, toutes les créatures +paroîtront devant Dieu comme le néant, sans qu'il y ait entre elles +de prérogatives que celles que la vertu y aura mises. + +Dieu ne se bornera point dans ses récompenses: et comme les hommes +qui auront bien vécu, et bien usé de l'empire qu'ils ont ici-bas sur +nous, seront dans un paradis plein de beautés célestes et +ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit vues, il se +donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience d'en jouir; aussi les +femmes vertueuses iront dans un lieu de délices, où elles seront +enivrées d'un torrent de voluptés, avec des hommes divins qui leur +seront soumis: chacune d'elles aura un sérail, dans lequel ils +seront enfermés; et des eunuques, encore plus fidèles que les +nôtres, pour les garder. + +J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un homme, nommé +Ibrahim, étoit d'une jalousie insupportable. Il avoit douze femmes +extrêmement belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure: il ne se +fioit plus à ses eunuques, ni aux murs de son sérail; il les tenoit +presque toujours sous la clef, enfermées dans leur chambre, sans +qu'elles pussent se voir ni se parler; car il étoit même jaloux +d'une amitié innocente: toutes ses actions prenoient la teinture de +sa brutalité naturelle; jamais une douce parole ne sortit de sa +bouche; et jamais il ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque +chose à la rigueur de leur esclavage. + +Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans une salle de son +sérail, une d'entre elles, plus hardie que les autres, lui reprocha +son mauvais naturel. Quand on cherche si fort les moyens de se faire +craindre, lui dit-elle, on trouve toujours auparavant ceux de se +faire haïr. Nous sommes si malheureuses, que nous ne pouvons nous +empêcher de désirer un changement: d'autres, à ma place, +souhaiteroient votre mort; je ne souhaite que la mienne: et, ne +pouvant espérer d'être séparée de vous que par là, il me sera encore +bien doux d'en être séparée. Ce discours, qui auroit dû le toucher, +le fit entrer dans une furieuse colère; il tira son poignard, et le +lui plongea dans le sein. Mes chères compagnes, dit-elle d'une voix +mourante, si le ciel a pitié de ma vertu, vous serez vengées. A ces +mots, elle quitta cette vie infortunée, pour aller dans le séjour +des délices, où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un bonheur +qui se renouvelle toujours. + +D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure étoit relevée +par les peintures des fleurs les plus vives: un ruisseau, dont les +eaux étoient plus pures que le cristal, y faisoit un nombre infini +de détours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, dont le +silence n'étoit interrompu que par le doux chant des oiseaux; de +magnifiques jardins se présentèrent ensuite; la nature les avoit +ornés avec sa simplicité, et toute sa magnificence. Elle trouva +enfin un palais superbe préparé pour elle, et rempli d'hommes +célestes destinés à ses plaisirs. + +Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour la déshabiller; +d'autres la mirent dans le bain, et la parfumèrent des plus +délicieuses essences; on lui donna ensuite des habits infiniment +plus riches que les siens; après quoi on la mena dans une grande +salle, où elle trouva un feu fait avec des bois odoriférants, et une +table couverte des mets les plus exquis. Tout sembloit concourir au +ravissement de ses sens: elle entendoit d'un côté une musique +d'autant plus divine qu'elle étoit plus tendre; de l'autre, elle ne +voyoit que des danses de ces hommes divins, uniquement occupés à lui +plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient servir qu'à la +conduire insensiblement à des plaisirs plus grands. On la mena dans +sa chambre; et, après l'avoir encore une fois déshabillée, on la +porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une beauté charmante la +reçurent dans leurs bras. C'est pour lors qu'elle fut enivrée, et +que ses ravissements passèrent même ses désirs. Je suis toute hors +de moi, leur disoit-elle; je croirois mourir, si je n'étois sûre de +mon immortalité. C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la +violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le calme à mes sens; +je commence à respirer et à revenir à moi-même. D'où vient que l'on +a ôté les flambeaux? Que ne puis-je à présent considérer votre +beauté divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi voir? Vous me +faites rentrer dans mes premiers transports. O dieux! que ces +ténèbres sont aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle +avec vous! je serai... Non, je vous demande grâce, car je vois bien +que vous êtes gens à n'en demander jamais. + +Après plusieurs commandements réitérés, elle fut obéie: mais elle ne +le fut que lorsqu'elle voulut l'être bien sérieusement. Elle se +reposa languissamment, et s'endormit dans leurs bras. Deux moments +de sommeil réparèrent sa lassitude: elle reçut deux baisers qui +l'enflammèrent soudain, et lui firent ouvrir les yeux. Je suis +inquiète, dit-elle; je crains que vous ne m'aimiez plus. C'étoit un +doute dans lequel elle ne vouloit pas rester longtemps: aussi +eut-elle avec eux tous les éclaircissements qu'elle pouvoit désirer. +Je suis désabusée, s'écria-t-elle; pardon, pardon; je suis sûre de +vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez mieux que tout ce que +vous me pourriez dire: oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais +tant aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux l'honneur de me +persuader! Ah! si vous vous disputez, si vous joignez l'ambition au +plaisir de ma défaite, je suis perdue; vous serez tous deux +vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; mais je vous vendrai +bien cher la victoire. + +Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidèles et aimables +domestiques entrèrent dans sa chambre, et firent lever ces deux +jeunes hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les lieux où ils +étoient gardés pour ses plaisirs. Elle se leva ensuite, et parut +d'abord à cette cour idolâtre dans les charmes d'un déshabillé +simple, et ensuite couverte des plus somptueux ornements. Cette nuit +l'avoit embellie; elle avoit donné de la vie à son teint, et de +l'expression à ses grâces. Ce ne fut pendant tout le jour que +danses, que concerts, que festins, que jeux, que promenades; et l'on +remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en temps, et voloit vers +ses deux jeunes héros; après quelques précieux instants d'entrevue, +elle revenoit vers la troupe qu'elle avoit quittée, toujours avec un +visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout à fait: +elle alla s'enfermer dans le sérail, où elle vouloit, disoit-elle, +faire connoissance avec ces captifs immortels qui devoient à jamais +vivre avec elle. Elle visita donc les appartements de ces lieux les +plus reculés et les plus charmants où elle compta cinquante esclaves +d'une beauté miraculeuse: elle erra toute la nuit de chambre en +chambre, recevant partout des hommages toujours différents, et +toujours les mêmes. + +Voilà comment l'immortelle Anaïs passoit sa vie, tantôt dans des +plaisirs éclatants, tantôt dans des plaisirs solitaires; admirée +d'une troupe brillante, ou bien aimée d'un amant éperdu: souvent +elle quittoit un palais enchanté pour aller dans une grotte +champêtre; les fleurs sembloient naître sous ses pas, et les jeux se +présentoient en foule au-devant d'elle. + +Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans cette demeure +heureuse, que, toujours hors d'elle-même, elle n'avoit pas fait une +seule réflexion: elle avoit joui de son bonheur sans le connoître, +et sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, où l'âme se +rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, et s'écoute dans le +silence des passions. + +Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils peuvent rarement +jouir de cette liberté d'esprit: c'est pour cela qu'attachés +invinciblement aux objets présents, ils perdent entièrement la +mémoire des choses passées, et n'ont plus aucun souci de ce qu'ils +ont connu ou aimé dans l'autre vie. + +Mais Anaïs, dont l'esprit étoit vraiment philosophe, avoit passé +presque toute sa vie à méditer: elle avoit poussé ses réflexions +beaucoup plus loin qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée +à elle-même. La retraite austère que son mari lui avoit fait garder +ne lui avoit laissé que cet avantage. C'est cette force d'esprit qui +lui avoit fait mépriser la crainte dont ses compagnes étoient +frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses peines et le +commencement de sa félicité. + +Ainsi elle sortit peu à peu de l'ivresse des plaisirs, et s'enferma +seule dans un appartement de son palais. Elle se laissa aller à des +réflexions bien douces sur sa condition passée, et sur sa félicité +présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur le malheur de +ses compagnes: on est sensible à des tourments que l'on a partagés. +Anaïs ne se tint pas dans les simples bornes de la compassion: plus +tendre envers ces infortunées, elle se sentit portée à les secourir. + +Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes qui étoient auprès d'elle +de prendre la figure de son mari; d'aller dans son sérail de s'en +rendre maître: de l'en chasser, et d'y rester à sa place jusqu'à ce +qu'elle le rappelât. + +L'exécution fut prompte: il fendit les airs, arriva à la porte du +sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit pas. Il frappe, tout lui est ouvert; +les eunuques tombent à ses pieds: il vole vers les appartements où +les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il avoit, en passant, pris +les clefs dans la poche de ce jaloux, à qui il s'étoit rendu +invisible. Il entre, et les surprend d'abord par son air doux et +affable; et, bientôt après, il les surprend davantage par ses +empressements et par la rapidité de ses entreprises. Toutes eurent +leur part de l'étonnement; et elles l'auroient pris pour un songe, +s'il y eût eu moins de réalité. + +Pendant que ces nouvelles scènes se jouent dans le sérail, Ibrahim +heurte, se nomme, tempête, et crie. Après avoir essuyé bien des +difficultés, il entre, et jette les eunuques dans un désordre +extrême. Il marche à grands pas; mais il recule en arrière, et tombe +comme des nues, quand il voit le faux Ibrahim, sa véritable image, +dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours; il veut +que les eunuques lui aident à tuer cet imposteur; mais il n'est pas +obéi. Il n'a plus qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter +au jugement de ses femmes. Dans une heure le faux Ibrahim avoit +séduit tous ses juges. Il est chassé et traîné indignement hors du +sérail, et il auroit reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit +ordonné qu'on lui sauvât la vie. Enfin, le nouvel Ibrahim, resté +maître du champ de bataille, se montra de plus en plus digne d'un +tel choix, et se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. Vous +ne ressemblez pas à Ibrahim, disoient ces femmes. Dites, dites +plutôt que cet imposteur ne me ressemble pas, disoit le triomphant +Ibrahim: comment faut-il faire pour être votre époux, si ce que je +fais ne suffit pas? + +Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les femmes. Si vous n'êtes +pas Ibrahim, il nous suffit que vous ayez si bien mérité de l'être: +vous êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été dans le cours de +dix années. Vous me promettez donc, reprit-il, que vous vous +déclarerez en ma faveur contre cet imposteur? N'en doutez pas, +dirent-elles d'une commune voix; nous vous jurons une fidélité +éternelle: nous n'avons été que trop longtemps abusées: le traître +ne soupçonnoit point notre vertu, il ne soupçonnoit que sa +foiblesse; nous voyons bien que les hommes ne sont point faits comme +lui; c'est à vous sans doute qu'ils ressemblent: si vous saviez +combien vous nous le faites haïr! Ah! je vous donnerai souvent de +nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: vous ne connoissez +point encore tout le tort qu'il vous a fait. Nous jugeons de son +injustice par la grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. Oui, +vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré l'expiation au +crime: je suis bien aise que vous soyez contentes de ma manière de +punir. Mais, dirent ces femmes, si cet imposteur revient, que +ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous tromper, +répondit-il: dans la place que j'occupe auprès de vous, on ne se +soutient guère par la ruse; et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que +vous n'entendrez plus parler de lui, pour lors je prendrai sur moi +le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; je saurai +m'assurer de vous, sans vous gêner; j'ai assez bonne opinion de mon +mérite pour croire que vous me serez fidèles: si vous n'étiez pas +vertueuses avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette conversation +dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plus frappées de la +différence des deux Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient +pas même à se faire éclaircir de tant de merveilles. Enfin le mari +désespéré revint encore les troubler; il trouva toute sa maison dans +la joie, et les femmes plus incrédules que jamais. La place n'étoit +pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; et un instant après +le faux Ibrahim le suivit, le prit, le transporta dans les airs, et +le laissa à quatre cents lieues de là. + +O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent ces femmes dans +l'absence de leur cher Ibrahim! Déjà leurs eunuques avoient repris +leur sévérité naturelle; toute la maison étoit en larmes; elles +s'imaginoient quelquefois que tout ce qu'il leur étoit, arrivé +n'étoit qu'un songe; elles se regardoient toutes les unes les +autres, et se rappeloient les moindres circonstances de ces étranges +aventures. Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; il leur +parut que son voyage n'avoit pas été pénible. Le nouveau maître prit +une conduite si opposée à celle de l'autre qu'elle surprit tous les +voisins. Il congédia tous les eunuques, rendit sa maison accessible +à tout le monde: il ne voulut pas même souffrir que ses femmes se +voilassent. C'étoit une chose singulière de les voir dans les +festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. Ibrahim crut avec +raison que les coutumes du pays n'étoient pas faites pour des +citoyens comme lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense: il +dissipa avec une immense profusion les biens du jaloux, qui, de +retour trois ans après des pays lointains où il avoit été +transporté, ne trouva plus que ses femmes et trente-six enfants. + + De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720. + + + + +LETTRE CXLII. + +RICA A USBEK. + +A ***. + + +Voici une lettre que je reçus hier d'un savant: elle te paroîtra +singulière. + + «Monsieur, + +«Il y a six mois que j'ai recueilli la succession d'un oncle +très-riche, qui m'a laissé cinq ou six cent mille livres, et une +maison superbement meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on +en sait faire un bon usage. Je n'ai point d'ambition ni de goût pour +les plaisirs: je suis presque toujours enfermé dans un cabinet, où +je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu que l'on trouve un +curieux amateur de la vénérable antiquité. + +«Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois fort souhaité de le +faire enterrer avec les cérémonies observées par les anciens Grecs +et Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, ni urnes, ni +lampes antiques. + +«Mais depuis je me suis bien pourvu de ces précieuses raretés. Il y +a quelques jours que je vendis ma vaisselle d'argent pour acheter +une lampe de terre qui avoit servi à un philosophe stoïcien. Je me +suis défait de toutes les glaces dont mon oncle avoit couvert +presque tous les murs de ses appartements, pour avoir un petit +miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage de Virgile: je suis +charmé d'y voir ma figure représentée, au lieu de celle du cygne de +Mantoue. Ce n'est pas tout: j'ai acheté cent louis d'or cinq ou six +pièces de monnoie de cuivre qui avoit cours il y a deux mille ans. +Je ne sache pas avoir à présent dans ma maison un seul meuble qui +n'ait été fait avant la décadence de l'empire. J'ai un petit cabinet +de manuscrits fort précieux et fort chers: quoique je me tue la vue +à les lire, j'aime beaucoup mieux m'en servir que des exemplaires +imprimés, qui ne sont pas si corrects, et que tout le monde a entre +les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, je ne laisse pas +d'avoir une passion démesurée de connoître tous les anciens chemins +qui étoient du temps des Romains. Il y en a un qui est près de chez +moi, qu'un proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cents +ans: lorsque je vais à ma maison de campagne, je ne manque jamais +d'y passer, quoiqu'il soit très incommode, et qu'il m'allonge de +plus d'une lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on y a mis +des poteaux de bois de distance en distance, pour marquer +l'éloignement des villes voisines; je suis désespéré de voir ces +misérables indices, au lieu des colonnes milliaires qui y étoient +autrefois: je ne doute pas que je ne les fasse rétablir par mes +héritiers, et que je ne les engage à cette dépense par mon +testament. Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit persan, vous me +ferez plaisir de m'en accommoder: je vous le payerai tout ce que +vous voudrez; et je vous donnerai par-dessus le marché quelques +ouvrages de ma façon, par lesquels vous verrez que je ne suis point +un membre inutile de la république des lettres. Vous y remarquerez +entre autres une dissertation, où je prouve que la couronne dont on +se servoit autrefois dans les triomphes étoit de chêne, et non pas +de laurier: vous en admirerez une autre, où je prouve, par de doctes +conjectures tirées des plus graves auteurs grecs, que Cambyses fut +blessé à la jambe gauche, et non pas à la droite; une autre, où je +prouve qu'un petit front étoit une beauté recherchée par les +Romains. Je vous enverrai encore un volume in-quarto, en forme +d'explication d'un vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile. +Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours; et quant à +présent, je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien +mythologiste grec, qui n'avoit point paru jusques ici, et que j'ai +découvert dans la poussière d'une bibliothèque. Je vous quitte pour +une affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit de restituer +un beau passage de Pline le naturaliste, que les copistes du +cinquième siècle ont étrangement défiguré. Je suis, etc.» + + +FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE. + + +«Dans une île près des Orcades, il naquit un enfant qui avoit pour +père Éole, dieu des vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. On +dit de lui qu'il apprit tout seul à compter avec ses doigts; et que, +dès l'âge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les métaux, +que sa mère ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une +d'or, il reconnut la tromperie, et la jeta par terre. + +«Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le secret d'enfermer les +vents dans une outre, qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs; +mais comme la marchandise n'étoit pas fort prisée dans son pays, il +le quitta, et se mit à courir le monde en compagnie de l'aveugle +dieu du hasard. + +«Il apprit dans ses voyages que dans la Bétique l'or reluisoit de +toutes parts: cela fit qu'il y précipita ses pas. Il y fut fort mal +reçu de Saturne, qui régnoit pour lors; mais ce dieu ayant quitté la +terre, il s'avisa d'aller dans tous les carrefours, où il crioit +sans cesse d'une voix rauque: Peuples de Bétique, vous croyez être +riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; votre erreur me +fait pitié: croyez-moi, quittez le pays des vils métaux; venez dans +l'empire de l'imagination; et je vous promets des richesses qui vous +étonneront vous-mêmes. Aussitôt il ouvrit une grande partie des +outres qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise à +qui en voulut. + +«Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours, et il s'écria: +Peuples de Bétique, voulez-vous être riches? Imaginez-vous que je le +suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup aussi; mettez-vous tous +les matins dans l'esprit que votre fortune a doublé pendant la nuit; +levez-vous ensuite; et, si vous avez des créanciers, allez les payer +de ce que vous aurez imaginé; et dites-leur d'imaginer à leur tour. + +«Il reparut quelques jours après, et il parla ainsi: Peuples de +Bétique, je vois bien que votre imagination n'est pas si vive que +les premiers jours; laissez-vous conduire à la mienne; je mettrai +tous les matins devant vos yeux un écriteau qui sera pour vous la +source des richesses: vous n'y verrez que quatre paroles; mais elles +seront bien significatives, car elles régleront la dot de vos +femmes, la légitime de vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et +quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui étoient le plus près de +lui; quant à vous, mes chers enfants (je puis vous appeler de ce +nom, car vous avez reçu de moi une seconde naissance), mon écriteau +décidera de la magnificence de vos équipages, de la somptuosité de +vos festins, du nombre et de la pension de vos maîtresses. + +«A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, tout essoufflé; +et, transporté de colère, il s'écria: Peuples de Bétique, je vous +avois conseillé d'imaginer, et je vois que vous ne le faites pas: eh +bien! à présent je vous l'ordonne. Là-dessus, il les quitta +brusquement; mais la réflexion le rappela sur ses pas. J'apprends +que quelques-uns de vous sont assez détestables pour conserver leur +or et leur argent. Encore passe pour l'argent; mais pour de l'or.... +pour de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... Je jure par +mes outres sacrées que, s'ils ne viennent me l'apporter, je les +punirai sévèrement. Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif: +Croyez-vous que ce soit pour garder ces misérables métaux que je +vous les demande? Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque vous +me les apportâtes il y a quelques jours, je vous en rendis +sur-le-champ la moitié. + +«Le lendemain on l'aperçut de loin, et on le vit s'insinuer avec une +voix douce et flatteuse: Peuples de Bétique, j'apprends que vous +avez une partie de vos trésors dans les pays étrangers; je vous +prie, faites-les-moi venir; vous me ferez plaisir, et je vous en +aurai une reconnoissance éternelle. + +«Le fils d'Éole parloit à des gens qui n'avoient pas grande envie de +rire; ils ne purent pourtant s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en +retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une +petite prière: je sais que vous avez des pierres précieuses; au nom +de Jupiter, défaites-vous-en: rien ne vous appauvrit comme ces +sortes de choses; défaites-vous-en, vous dis-je: si vous ne le +pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des hommes d'affaires +excellents. Que de richesses vont couler chez vous, si vous faites +ce que je vous conseille! Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura +de plus pur dans mes outres. + +«Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant une voix plus assurée, +il dit: Peuples de Bétique, j'ai comparé l'heureux état dans lequel +vous êtes, avec celui où je vous trouvai lorsque j'arrivai ici; je +vous vois le plus riche peuple de la terre: mais, pour achever votre +fortune, souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens. A ces +mots, d'une aile légère le fils d'Eole disparut, et laissa ses +auditeurs dans une consternation inexprimable; ce qui fit qu'il +revint le lendemain, et parla ainsi: Je m'aperçus hier que mon +discours vous déplut extrêmement. Eh bien! prenez que je ne vous aie +rien dit. Il n'y a qu'à prendre d'autres expédients pour arriver au +but que je me suis proposé. Assemblons nos richesses dans un même +endroit; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent pas un +gros volume. Aussitôt il en disparut les trois quarts.» + + De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720. + + + + +LETTRE CXLIII. + +RICA A NATHANAEL LÉVI, MÉDECIN JUIF. + +A Livourne. + + +Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes, et de la +puissance des talismans. Pourquoi t'adresses-tu à moi? tu es Juif, +et je suis mahométan: c'est-à-dire que nous sommes tous deux bien +crédules. + +Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages du saint +Alcoran; j'attache à mes bras un petit paquet, où sont écrits les +noms de plus de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatmé, et de tous +les Purs, sont cachés en plus de vingt endroits de mes habits. + +Cependant je ne désapprouve point ceux qui rejettent cette vertu que +l'on attribue à de certaines paroles: il nous est bien plus +difficile de répondre à leurs raisonnements, qu'à eux de répondre à +nos expériences. + +Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue habitude, pour me +conformera une pratique universelle: je crois que, s'ils n'ont pas +plus de vertu que les bagues et les autres ornements dont on se +pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets toute ta confiance +sur quelques lettres mystérieuses, et, sans cette sauvegarde, tu +serois dans un effroi continuel. + +Les hommes sont bien malheureux! ils flottent sans cesse entre de +fausses espérances et des craintes ridicules: et, au lieu de +s'appuyer sur la raison, ils se font des monstres qui les +intimident, ou des fantômes qui les séduisent. + +Quel effet veux-tu que produise l'arrangement de certaines lettres? +Quel effet veux-tu que leur dérangement puisse troubler? quelle +relation ont-elles avec les vents, pour apaiser les tempêtes; avec +la poudre à canon, pour en vaincre l'effort; avec ce que les +médecins appellent l'humeur peccante et la cause morbifique des +maladies, pour les guérir? + +Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux qui fatiguent leur +raison pour lui faire rapporter de certains événements à des vertus +occultes, n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher d'en +voir la véritable cause. + +Tu me diras que de certains prestiges ont fait gagner une bataille: +et moi je te dirai qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trouver +dans la situation du terrain, dans le nombre ou dans le courage des +soldats, dans l'expérience des capitaines, des causes suffisantes +pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause. + +Je te passe pour un moment qu'il y ait des prestiges: passe-moi à +mon tour, pour un moment, qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas +impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche pas que deux +armées ne puissent se battre: veux-tu que, dans ce cas-là, aucune +des deux ne puisse remporter la victoire? + +Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu'à ce que quelque +puissance invisible vienne le déterminer? que tous les coups seront +perdus, toute la prudence vaine, et tout le courage inutile? + +Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue présente de mille +manières, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs +paniques que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, dans une +armée de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme +timide? Crois-tu que le découragement de celui-ci ne puisse pas +produire le découragement d'un autre? que le second, qui quitte un +troisième, ne lui fasse pas bientôt abandonner un quatrième? Il n'en +faut pas davantage pour que le désespoir de vaincre saisisse soudain +toute une armée, et la saisisse d'autant plus facilement qu'elle se +trouve plus nombreuse. + +Tout le monde sait, et tout le monde sent, que les hommes, comme +toutes les créatures qui tendent à conserver leur être, aiment +passionnément la vie; on sait cela en général: et on cherche +pourquoi, dans une certaine occasion particulière, ils ont craint de +la perdre? + +Quoique les livres sacrés de toutes les nations soient remplis de +ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n'imagine rien de si +frivole, parce que, pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit +par cent mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir +auparavant examiné si aucune de ces causes n'a agi; ce qui est +impossible. + +Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaël: il me semble que la +matière ne mérite pas d'être si sérieusement traitée. + + De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720. + +_P. S._ Comme je finissois, j'ai entendu crier dans la rue une +lettre d'un médecin de province à un médecin de Paris (car ici +toutes les bagatelles s'impriment, se publient, et s'achètent): j'ai +cru que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a du rapport à +notre sujet. Il y a bien des choses que je n'entends pas: mais toi, +qui es médecin, tu dois entendre le langage de tes confrères. + + +LETTRE D'UN MÉDECIN DE PROVINCE A UN MÉDECIN DE PARIS. + +Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis +trente-cinq jours: son médecin lui ordonna l'opium; mais il ne +pouvoit se résoudre à le prendre; et il avoit la coupe à la main; +qu'il étoit plus indéterminé que jamais. Enfin il dit à son médecin: +Monsieur, je vous demande quartier seulement jusqu'à demain: je +connois un homme qui n'exerce pas la médecine, mais qui a chez lui +un nombre innombrable de remèdes contre l'insomnie; souffrez que je +l'envoie quérir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous promets +que je reviendrai à vous. Le médecin congédié, le malade fit fermer +les rideaux, et dit à un petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis, +et dis-lui qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon cher monsieur +Anis, je me meurs, je ne puis dormir: n'auriez-vous point, dans +votre boutique, la C. du G., ou bien quelque livre de dévotion +composé par un révérend père jésuite, que vous n'ayez pas pu vendre? +car souvent les remèdes les plus gardés sont les meilleurs. +Monsieur, dit le libraire, j'ai chez moi la Cour sainte du P. +Caussin, en six volumes, à votre service: je vais vous l'envoyer; je +souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous voulez les +oeuvres du révérend père Rodriguez, jésuite espagnol, ne vous en +faites faute. Mais, croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin; +j'espère, avec l'aide de Dieu, qu'une période du père Caussin vous +fera autant d'effet qu'un feuillet tout entier de la C. du G. +Là-dessus M. Anis sortit, et courut chercher le remède à sa +boutique. La Cour sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du +malade, jeune écolier, commence à la lire: il en sentit le premier +l'effet, à la seconde page il ne prononçoit plus que d'une voix mal +articulée, et déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie: un +instant après tout ronfla, excepté le malade, qui après avoir été +longtemps éprouvé, s'assoupit à la fin. + +Le médecin arrive de grand matin. Hé bien! a-t-on pris mon opium? On +ne lui répond rien: la femme, la fille, le petit garçon, tous +transportés de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande ce que +c'est; on lui dit: Vive le père Caussin! il faut l'envoyer relier. +Qui l'eût dit? qui l'eût cru? c'est un miracle! Tenez, monsieur, +voyez donc le père Caussin: c'est ce volume-là qui a fait dormir mon +père. Et là-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit +passée. + +Le médecin étoit un homme subtil, rempli des mystères de la cabale, +et de la puissance des paroles et des esprits: cela le frappa; et, +après plusieurs réflexions, il résolut de changer absolument sa +pratique. Voilà un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une +expérience; il faut la pousser plus loin. Hé pourquoi un esprit ne +pourroit-il pas transmettre à son ouvrage les mêmes qualités qu'il a +lui-même? ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins cela +vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires; +leurs sirops, leurs juleps, et toutes les drogues galéniques ruinent +les malades et leur santé: changeons de méthode; éprouvons la vertu +des esprits. Sur cette idée il dressa une nouvelle pharmacie, comme +vous allez voir par la description que je vous vais faire des +principaux remèdes qu'il mit en pratique. + + +_Tisane purgative._ + +Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en grec; deux +feuilles d'un traité de théologie scholastique le plus aigu, comme, +par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne; +six d'Averroès; trois de Porphyre; autant de Plotin; autant de +Jamblique: faites infuser le tout pendant vingt-quatre heures, et +prenez-en quatre prises par jour. + + +_Purgatif plus violent._ + +Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des I***; +faites-les distiller au bain-marie; mortifiez une goutte de l'humeur +âcre et piquante qui en viendra, dans un verre d'eau commune: avalez +le tout avec confiance. + + +_Vomitif._ + +Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons funèbres +indifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de +celles de M. de N.; un recueil de nouveaux opéras; cinquante romans; +trente mémoires nouveaux: mettez le tout dans un matras; laissez-le +en digestion pendant deux jours; puis faites-le distiller au feu de +sable. Et si tout cela ne suffit pas, + + +_Autre plus puissant._ + +Prenez une feuille de papier marbré, qui ait servi à couvrir un +recueil des pièces des J. F.; faites-la infuser l'espace de trois +minutes; faites chauffer une cuillerée de cette infusion; et avalez. + + +_Remède très-simple pour guérir de l'asthme._ + +Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, ci-devant +jésuite, prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque +période: et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à +peu, sans qu'il soit besoin de réitérer le remède. + + +_Pour préserver de la gale, gratelle, teigne, farcin des chevaux._ + +Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés métaphysiques, une +distinction, six vers de Chapelain, une phrase tirée des lettres de +M. l'abbé de Saint-Cyran: écrivez le tout sur un morceau de papier, +que vous plierez, attacherez à un ruban, et porterez au col. + + +_Miraculum chymicum, de violenta fermentatione cum fumo, igne et +flammâ._ + +Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione Lallemaniana; fiat +fermentatio cum magna vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et +invicem penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio ardentium +spirituum. Pone liquorem fermentatum in alembico: nihil inde +extrahes, et nihil invenies, nisi caput mortuum. + + +_Lenitivum._ + +Recipe Molinæ anodyni chartas duas; Escobaris relaxativi paginas +sex; Vasquii emollientis folium unum: infunde in aquæ communis +libras iiij. Ad consumptionem dimidiæ partis colentur et +exprimantur; et in expressione dissolve Bauni detersivi et Tamburini +abluentis folia iij. + +Fiat clyster. + + +_In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut febrim-amatoriam, +appellat._ + +Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thomæ Sanchii de matrimonio folia +ij. Infundantur in aquæ communis libras quinque. + +Fiat ptisana aperiens. + + * * * * * + +Voilà les drogues que notre médecin mit en pratique, avec un succès +imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses +malades, employer des remèdes rares, et qui ne se trouvent presque +point: comme, par exemple, une épître dédicatoire qui n'ait fait +bâiller personne; une préface trop courte; un mandement fait par un +évêque; et l'ouvrage d'un janséniste méprisé par un janséniste, ou +bien admiré par un jésuite. Il disoit que ces sortes de remèdes ne +sont propres qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle il +avoit une antipathie insurmontable. + + + + +LETTRE CXLIV. + +USBEK A RICA. + + +Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où +j'étois allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur +caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien +appréciée, se réduisoit à ceci: Ce que j'ai dit est vrai, parce que +je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose: Ce +que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit. + +J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne +me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait +beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien; le second +attaque les opinions des autres; et c'est le bien de tout le monde. + +Oh, mon cher Usbek, que la vanité sert mal ceux qui en ont une dose +plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la +nature! Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. Ils +cherchent à être supérieurs; et ils ne sont pas seulement égaux. + +Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. Vous faites la douceur +et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je +vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n'humiliez +personne; et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare +dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois partout, je les +précipite de leur tribunal, et je les mets à vos pieds. + + De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720. + + + + +LETTRE CXLV. + +USBEK A ***. + + +Un homme d'esprit est ordinairement difficile dans les sociétés. Il +choisit peu de personnes; il s'ennuie avec tout ce grand nombre de +gens qu'il lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible +qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût: autant d'ennemis. + +Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent de le faire. + +Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de choses qu'un +autre, et les sent mieux. + +Il ruine presque toujours sa fortune, parce que son esprit lui +fournit pour cela un plus grand nombre de moyens. + +Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde beaucoup. Sa +vue, qui se porte toujours loin, lui fait voir des objets qui sont à +de trop grandes distances. Sans compter que, dans la naissance d'un +projet, il est moins frappé des difficultés qui viennent de la +chose, que des remèdes qui sont de lui, et qu'il tire de son propre +fonds. + +Il néglige les menus détails, dont dépend cependant la réussite de +presque toutes les grandes affaires. + +L'homme médiocre, au contraire, cherche à tirer parti de tout: il +sent bien qu'il n'a rien à perdre en négligences. + +L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme +médiocre. On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter +à celui-là. Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne lui +pardonne rien, on supplée tout en faveur de l'autre: la vanité se +déclare pour lui. + +Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, que dirons-nous +de la dure condition des savants? + +Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une lettre d'un d'eux à un +de ses amis. La voici. + + «Monsieur, + +«Je suis un homme qui m'occupe, toutes les nuits, à regarder, avec +des lunettes de trente pieds, ces grands corps qui roulent sur nos +têtes; et quand je veux me délasser, je prends mes petits +microscopes, et j'observe un ciron ou une mite. + +«Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule chambre: je n'ose +même y faire du feu, parce que j'y tiens mon thermomètre, et que la +chaleur étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier, je pensai +mourir de froid; et quoique mon thermomètre, qui étoit au plus bas +degré, m'avertît que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai +point; et j'ai la consolation d'être instruit exactement des +changements de temps les plus insensibles de toute l'année passée. + +«Je me communique fort peu: et, de tous les gens que je vois, je +n'en connois aucun. Mais il y a un homme à Stockholm, un autre à +Leipsick, un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, et que je ne +verrai sans doute jamais, avec lesquels j'entretiens une +correspondance si exacte, que je ne laisse pas passer un courrier +sans leur écrire. + +«Mais, quoique je ne connoisse personne dans mon quartier, je suis +dans une si mauvaise réputation, que je serai, à la fin, obligé de +le quitter. Il y a cinq ans que je fus rudement insulté par une de +mes voisines, pour avoir fait la dissection d'un chien qu'elle +prétendoit lui appartenir. La femme d'un boucher, qui se trouva là, +se mit de la partie; et, pendant que celle-là m'accabloit d'injures, +celle-ci m'assommoit à coups de pierres, conjointement avec le +docteur ***, qui étoit avec moi, et qui reçut un coup terrible sur +l'os frontal et occipital, dont le siége de sa raison fut +très-ébranlé. + +«Depuis ce temps-là, dès qu'il s'écarte quelque chien au bout de la +rue, il est aussitôt décidé qu'il a passé par mes mains. Une bonne +bourgeoise qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, disoit-elle, +plus que ses enfants, vint l'autre jour s'évanouir dans ma chambre; +et, ne le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. Je crois +que je ne serai jamais délivré de la malice importune de ces femmes +qui, avec leurs voix glapissantes, m'étourdissent sans cesse de +l'oraison funèbre de tous les automates qui sont morts depuis dix +ans. + +«Je suis, etc.» + +Tous les savants étoient autrefois accusés de magie. Je n'en suis +point étonné. Chacun disoit en lui-même: j'ai porté les talents +naturels aussi loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain +savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il y ait là quelque +diablerie. + +A présent que ces sortes d'accusations sont tombées dans le décri, +on a pris un autre tour; et un savant ne sauroit guère éviter le +reproche d'irréligion ou d'hérésie. Il a beau être absous par le +peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais bien. C'est +toujours pour lui un endroit malade. Un adversaire viendra, trente +ans après, lui dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise que ce +dont on vous accuse soit vrai! mais vous avez été obligé de vous +défendre. C'est ainsi qu'on tourne contre lui sa justification même. + +S'il écrit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse dans +l'esprit, et quelque droiture dans le coeur, on lui suscite mille +persécutions. On ira contre lui soulever le magistrat sur un fait +qui s'est passé il y a mille ans. Et on voudra que sa plume soit +captive, si elle n'est pas vénale. + +Plus heureux cependant que ces hommes lâches, qui abandonnent leur +foi pour une médiocre pension; qui, à prendre toutes leurs +impostures en détail, ne les vendent pas seulement une obole; qui +renversent la constitution de l'empire, diminuent les droits d'une +puissance, augmentent ceux d'une autre, donnent aux princes, ôtent +aux peuples, font revivre des droits surannés, flattent les passions +qui sont en crédit de leur temps, et les vices qui sont sur le +trône, imposant à la postérité, d'autant plus indignement qu'elle a +moins de moyens de détruire leur témoignage. + +Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir essuyé toutes ces +insultes; ce n'est point assez pour lui d'avoir été dans une +inquiétude continuelle sur le succès de son ouvrage. Il voit le jour +enfin, cet ouvrage qui lui a tant coûté. Il lui attire des querelles +de toutes parts. Et comment les éviter? Il avoit un sentiment; il +l'a soutenu par ses écrits: il ne savoit pas qu'un homme, à deux +cents lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilà cependant la +guerre qui se déclare. + +Encore s'il pouvoit espérer d'obtenir quelque considération! Non. Il +n'est tout au plus estimé que de ceux qui se sont appliqués au même +genre de science que lui. Un philosophe a un mépris souverain pour +un homme qui a la tête chargée de faits; et il est, à son tour, +regardé comme un visionnaire par celui qui a une bonne mémoire. + +Quant à ceux qui font profession d'une orgueilleuse ignorance, ils +voudroient que tout le genre humain fût enseveli dans l'oubli où ils +seront eux-mêmes. + +Un homme à qui il manque un talent se dédommage en le méprisant: il +ôte cet obstacle qu'il rencontroit entre le mérite et lui; et, par +là, se trouve au niveau de celui dont il redoute les travaux. + +Enfin, il faut joindre, à une réputation équivoque, la privation des +plaisirs et la perte de la santé. + + De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720. + + + + +LETTRE CXLVI. + +USBEK A RHÉDI. + +A Venise. + + +Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne foi étoit l'âme d'un +grand ministre. + +Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se trouve; il ne se +décrédite que devant quelques gens; il se tient couvert devant les +autres: mais un ministre qui manque à la probité a autant de +témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il gouverne. + +Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministre sans +probité n'est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple: +il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est le +mauvais exemple qu'il donne. + +Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les Indes. J'y ai vu une +nation, naturellement généreuse, pervertie en un instant, depuis le +dernier des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais exemple +d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, chez qui la générosité, la +probité, la candeur et la bonne foi ont passé de tout temps pour les +qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier des peuples; le +mal se communiquer, et n'épargner pas même les membres les plus +sains; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et +violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers +principes de la justice, sur ce vain prétexte qu'on la leur avoit +violée. + +Ils appeloient des lois odieuses en garantie des actions les plus +lâches; et nommoient nécessité l'injustice et la perfidie. + +J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions +anéanties, toutes les lois des familles renversées. J'ai vu des +débiteurs avares, fiers d'une insolente pauvreté, instruments +indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre +un payement au lieu de le faire, et porter le couteau dans le sein +de leurs bienfaiteurs. + +J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour +rien, ou plutôt ramasser de terre des feuilles de chêne, pour les +mettre à la place de la substance des veuves et des orphelins. + +J'ai vu naître soudain, dans tous les coeurs, une soif insatiable +des richesses. J'ai vu se former en un moment une détestable +conjuration de s'enrichir, non par un honnête travail et une +généreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'État et des +concitoyens. + +J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher +qu'en disant: J'ai ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une +autre demain. + +Je vais, disoit un autre, avec un homme noir qui porte une écritoire +à la main et un fer pointu à l'oreille, assassiner tous ceux à qui +j'ai de l'obligation. + +Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes affaires: il est vrai +que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement, +je laissai toute une famille en larmes, que je dissipai la dot de +deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un petit garçon; le +père en mourra de douleur, la mère périt de tristesse: mais je n'ai +fait que ce qui est permis par la loi. + +Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il +corrompt les moeurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus +généreuses, ternit l'éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et +confond la plus haute naissance dans le mépris universel? + +Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir de la honte de +ses pères? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer +de ses aïeux avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le jour? +Je ne doute pas que les nobles ne retranchent de leurs quartiers un +indigne degré de noblesse qui les déshonore, et ne laissent la +génération présente dans l'affreux néant où elle s'est mise. + + De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720. + + + + +LETTRE CXLVII. + +LE GRAND EUNUQUE A USBEK. + +A Paris. + + +Les choses sont venues à un état qui ne se peut plus soutenir: tes +femmes se sont imaginé que ton départ leur laissoit une impunité +entière; il se passe ici des choses horribles: je tremble moi-même +au cruel récit que je vais te faire. + +Zélis, allant il y a quelques jours à la mosquée, laissa tomber son +voile, et parut presque à visage découvert devant tout le peuple. + +J'ai trouvé Zachi couchée avec une de ses esclaves; chose si +défendue par les lois du sérail. + +J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, une lettre que je +t'envoie: je n'ai jamais pu découvrir à qui elle étoit adressée. + +Hier au soir, un jeune garçon fut trouvé dans le jardin du sérail, +et il se sauva par-dessus les murailles. + +Ajoute à cela ce qui n'est pas parvenu à ma connoissance; car +sûrement tu es trahi. J'attends tes ordres: et, jusqu'à l'heureux +moment que je les recevrai, je vais être dans une situation +mortelle. Mais, si tu ne mets toutes ces femmes à ma discrétion, je +ne te réponds d'aucune d'elles, et j'aurai tous les jours des +nouvelles aussi tristes à te mander. + + Du sérail d'Ispahan, le 1er de la lune de Rhégeb, 1717. + + + + +LETTRE CXLVIII. + +USBEK AU PREMIER EUNUQUE. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes sur tout le sérail: +commandez avec autant d'autorité que moi-même; que la crainte et la +terreur marchent avec vous; courez d'appartements en appartements +porter les punitions et les châtiments; que tout vive dans la +consternation, que tout fonde en larmes devant vous; interrogez tout +le sérail; commencez par les esclaves; n'épargnez pas mon amour; que +tout subisse votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets +les plus cachés; purifiez ce lieu infâme; et faites-y rentrer la +vertu bannie. Car, dès ce moment, je mets sur votre tête les +moindres fautes qui se commettront. Je soupçonne Zélis d'être celle +à qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: examinez cela +avec des yeux de lynx. + + De ***, le 11 de la lune de Zilhagé, 1718. + + + + +LETTRE CXLIX. + +NARSIT A USBEK. + +A Paris. + + +Le grand eunuque vient de mourir, magnifique seigneur: comme je suis +le plus vieux de tes esclaves, j'ai pris sa place, jusques à ce que +tu aies fait connoître sur qui tu veux jeter les yeux. + +Deux jours après sa mort, on m'apporta une de tes lettres qui lui +étoit adressée: je me suis bien gardé de l'ouvrir; je l'ai +enveloppée avec respect, et l'ai serrée, jusques à ce que tu m'aies +fait connoître tes sacrées volontés. + +Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me dire qu'il avoit +trouvé un jeune homme dans le sérail: je me levai, j'examinai la +chose, et je trouvai que c'étoit une vision. + +Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te prie de compter +sur mon zèle, mon expérience et ma vieillesse. + + Du sérail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718. + + + + +LETTRE CL. + +USBEK A NARSIT. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Malheureux que vous êtes, vous avez dans vos mains des lettres qui +contiennent des ordres prompts et violents; le moindre retardement +peut me désespérer: et vous demeurez tranquille sous un vain +prétexte! + +Il se passe des choses horribles: j'ai peut-être la moitié de mes +esclaves qui méritent la mort. Je vous envoie la lettre que le +premier eunuque m'écrivit là-dessus avant de mourir. Si vous aviez +ouvert le paquet qui lui est adressé, vous y auriez trouvé des +ordres sanglants. Lisez-les donc ces ordres: et vous périrez, si +vous ne les exécutez pas. + + De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718. + + + + +LETTRE CLI. + +SOLIM A USBEK. + +A Paris. + + +Si je gardois plus longtemps le silence, je serois aussi coupable +que tous ces criminels que tu as dans le sérail. + +J'étois le confident du grand eunuque, le plus fidèle de tes +esclaves. Lorsqu'il se vit près de sa fin, il me fit appeler, et me +dit ces paroles: Je me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en +quittant la vie, c'est que mes derniers regards aient trouvé les +femmes de mon maître criminelles. Le ciel puisse le garantir de tous +les malheurs que je prévois! puisse, après ma mort, mon ombre +menaçante venir avertir ces perfides de leur devoir, et les +intimider encore! Voilà les clefs de ces redoutables lieux; va les +porter au plus vieux des noirs. Mais si, après ma mort, il manque de +vigilance, songe à en avertir ton maître. En achevant ces mots, il +expira dans mes bras. + +Je sais ce qu'il t'écrivit, quelque temps avant sa mort, sur la +conduite de tes femmes: il y a dans le sérail une lettre qui auroit +porté la terreur avec elle, si elle avoit été ouverte; celle que tu +as écrite depuis a été surprise à trois lieues d'ici: je ne sais ce +que c'est, tout se tourne malheureusement. + +Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenue: depuis la mort +du grand eunuque, il semble que tout leur soit permis; la seule +Roxane est restée dans le devoir, et conserve de la modestie. On +voit les moeurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur +le visage de tes femmes cette vertu mâle et sévère qui y régnoit +autrefois: une joie nouvelle, répandue dans ces lieux, est un +témoignage infaillible, selon moi, de quelque satisfaction nouvelle; +dans les plus petites choses, je remarque des libertés jusqu'alors +inconnues. Il règne, même parmi tes esclaves, une certaine indolence +pour leur devoir et pour l'observation des règles, qui me surprend; +ils n'ont plus ce zèle ardent pour ton service, qui sembloit animer +tout le sérail. + +Tes femmes ont été huit jours à la campagne, à une de tes maisons +les plus abandonnées. On dit que l'esclave qui en a soin a été +gagné; et qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait +cacher deux hommes dans un réduit de pierre qui est dans la muraille +de la principale chambre, d'où ils sortoient le soir lorsque nous +étions retirés. Le vieux eunuque, qui est à présent à notre tête, +est un imbécile, à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut. + +Je suis agité d'une colère vengeresse contre tant de perfidies: et +si le ciel vouloit, pour le bien de ton service, que tu me jugeasses +capable de gouverner, je te promets que, si tes femmes n'étoient pas +vertueuses, au moins elles seroient fidèles. + + Du sérail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719. + + + + +LETTRE CLII. + +NARSIT A USBEK. + +A Paris. + + +Roxane et Zélis ont souhaité d'aller à la campagne; je n'ai pas cru +devoir le leur refuser. Heureux Usbek! tu as des femmes fidèles et +des esclaves vigilants: je commande en des lieux où la vertu semble +s'être choisi un asile. Compte qu'il ne s'y passera rien que tes +yeux ne puissent soutenir. + +Il est arrivé un malheur qui me met en grande peine. Quelques +marchands arméniens, nouvellement arrivés à Ispahan, avoient apporté +une de tes lettres pour moi; j'ai envoyé un esclave pour la +chercher; il a été volé à son retour, de manière que la lettre est +perdue. Écris-moi donc promptement; car je m'imagine que, dans ce +changement, tu dois avoir des choses de conséquence à me mander. + + Du sérail de Fatmé, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719. + + + + +LETTRE CLIII. + +USBEK A SOLIM. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que j'ai à présent dans +le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel +emploi: mais n'y porte ni coeur ni pitié. J'écris à mes femmes de +t'obéir aveuglément: dans la confusion de tant de crimes, elles +tomberont devant tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur et +mon repos: rends-moi mon sérail comme je l'ai laissé. Mais commence +par l'expier; extermine les coupables, et fais trembler ceux qui se +proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer de ton maître +pour des services si signalés? Il ne tiendra qu'à toi de te mettre +au-dessus de ta condition même, et de toutes les récompenses que tu +as jamais désirées. + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719. + + + + +LETTRE CLIV. + +USBEK A SES FEMMES. + +Au sérail d'Ispahan. + + +Puisse cette lettre être comme la foudre qui tombe au milieu des +éclairs et des tempêtes! Solim est votre premier eunuque, non pas +pour vous garder, mais pour vous punir. Que tout le sérail s'abaisse +devant lui. Il doit juger vos actions passées: et, pour l'avenir, il +vous fera vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez +votre liberté, si vous ne regrettez pas votre vertu. + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719. + + + + +LETTRE CLV. + +USBEK A NESSIR. + +A Ispahan. + + +Heureux celui qui, connoissant tout le prix d'une vie douce et +tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille, et ne +connoît d'autre terre que celle qui lui a donné le jour. + +Je vis dans un climat barbare, présent à tout ce qui m'importune, +absent de tout ce qui m'intéresse. Une tristesse sombre me saisit; +je tombe dans un accablement affreux: il me semble que je +m'anéantis; et je ne me retrouve moi-même que lorsqu'une sombre +jalousie vient s'allumer, et enfanter dans mon âme la crainte, les +soupçons, la haine et les regrets. + +Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans mon coeur comme dans +le tien: je te ferois pitié, si tu savois mon état déplorable. +J'attends quelquefois six mois entiers des nouvelles du sérail; je +compte tous les instants qui s'écoulent; mon impatience me les +allonge toujours; et lorsque celui qui a été tant attendu est près +d'arriver, il se fait dans mon coeur une révolution soudaine; ma +main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette inquiétude qui me +désespéroit, je la trouve l'état le plus heureux où je puisse être, +et je crains d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que mille +morts. + +Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de ma patrie, quoique +je doive ma vie à ma retraite, je ne puis plus, Nessir, rester dans +cet affreux exil. Et ne mourrois-je pas tout de même en proie à mes +chagrins? J'ai pressé mille fois Rica de quitter cette terre +étrangère; mais il s'oppose à toutes mes résolutions; il m'attache +ici par mille prétextes: il semble qu'il ait oublié sa patrie; ou +plutôt il semble qu'il m'ait oublié moi-même, tant il est insensible +à mes déplaisirs. + +Malheureux que je suis! je souhaite de revoir ma patrie, peut-être +pour devenir plus malheureux encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais +rapporter ma tête à mes ennemis. Ce n'est pas tout: j'entrerai dans +le sérail; il faut que j'y demande compte du temps funeste de mon +absence: et si j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et si la +seule idée m'accable de si loin, que sera-ce, lorsque ma présence la +rendra plus vive? que sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que +j'entende ce que je n'ose imaginer sans frémir? que sera-ce enfin, +s'il faut que des châtiments que je prononcerai moi-même soient des +marques éternelles de ma confusion et de mon désespoir? + +J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles pour moi que pour les +femmes qui y sont gardées; j'y porterai tous mes soupçons; leurs +empressements ne m'en déroberont rien; dans mon lit, dans leurs +bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes; dans un temps si peu +propre aux réflexions, ma jalousie trouvera à en faire. Rebut +indigne de la nature humaine, esclaves vils dont le coeur a été +fermé pour jamais à tous les sentiments de l'amour, vous ne gémiriez +plus sur votre condition, si vous connoissiez le malheur de la +mienne. + + De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719. + + + + +LETTRE CLVI. + +ROXANE A USBEK. + +A Paris. + + +L'horreur, la nuit et l'épouvante règnent dans le sérail; un deuil +affreux l'environne: un tigre y exerce à chaque instant toute sa +rage; il a mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui n'ont +avoué que leur innocence; il a vendu une partie de nos esclaves, et +nous a obligées de changer entre nous celles qui nous restoient. +Zachi et Zélis ont reçu dans leur chambre, dans l'obscurité de la +nuit un traitement indigne; le sacrilége n'a pas craint de porter +sur elles ses viles mains. Il nous tient enfermées chacune dans +notre appartement; et, quoique nous y soyons seules, il nous y fait +vivre sous le voile: il ne nous est plus permis de nous parler; ce +seroit un crime de nous écrire: nous n'avons plus rien de libre que +les pleurs. + +Une troupe de nouveaux eunuques est entrée dans le sérail, où ils +nous assiégent nuit et jour: notre sommeil est sans cesse interrompu +par leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me console, c'est +que tout ceci ne durera pas longtemps, et que ces peines finiront +avec ma vie: elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te donnerai +pas le temps de faire cesser tous ces outrages. + + Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CLVII. + +ZACHI A USBEK. + +A Paris. + + +O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans la manière de me punir! +Il m'a infligé ce châtiment qui commence par alarmer la pudeur; ce +châtiment qui met dans l'humiliation extrême; ce châtiment qui +ramène, pour ainsi dire, à l'enfance. + +Mon âme, d'abord anéantie sous la honte, reprenoit le sentiment +d'elle-même, et commençoit à s'indigner, lorsque mes cris firent +retentir les voûtes de mes appartements. On m'entendit demander +grâce au plus vil de tous les humains, et tenter sa pitié, à mesure +qu'il étoit plus inexorable. + +Depuis ce temps, son âme insolente et servile s'est élevée sur la +mienne. Sa présence, ses regards, ses paroles, tous les malheurs +viennent m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la +consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il s'offre à ma vue, +la fureur me saisit; je la trouve impuissante; et je tombe dans le +désespoir. + +Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes ces barbaries. Il +voudrait m'ôter mon amour, et profaner jusques aux sentiments de mon +coeur. Quand il me prononce le nom de celui que j'aime, je ne sais +plus me plaindre: je ne puis plus que mourir. + +J'ai soutenu ton absence, et j'ai conservé mon amour, par la force +de mon amour. Les nuits, les jours, les moments, tout a été pour +toi. J'étois superbe de mon amour même; et le tien me faisoit +respecter ici. Mais à présent... Non, je ne puis plus soutenir +l'humiliation où je suis descendue. Si je suis innocente, reviens +pour m'aimer; reviens, si je suis coupable, pour que j'expire à tes +pieds. + + Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CLVIII. + +ZÉLIS A USBEK. + +A Paris. + + +A mille lieues de moi, vous me jugez coupable: à mille lieues de +moi, vous me punissez. + +Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par +votre ordre: c'est le tyran qui m'outrage, et non pas celui qui +exerce la tyrannie. + +Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos mauvais traitements. +Mon coeur est tranquille, depuis qu'il ne peut plus vous aimer. +Votre âme se dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que vous +n'êtes point heureux. Adieu. + + Du sérail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720. + + + + +LETTRE CLIX. + +SOLIM A USBEK. + +A Paris. + + +Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains: jamais serviteur +fidèle n'est descendu dans l'affreux désespoir où je suis. Voici tes +malheurs et les miens; je ne t'en écris qu'en tremblant. + +Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis que tu m'as +confié tes femmes, j'ai veillé nuit et jour sur elles; que je n'ai +jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J'ai commencé +mon ministère par les châtiments; et je les ai suspendus, sans +sortir de mon austérité naturelle. + +Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une fidélité qui t'a été +inutile? Oublie tous mes services passés; regarde-moi comme un +traître; et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher. + +Roxane, la superbe Roxane, ô ciel! à qui se fier désormais? Tu +soupçonnois Zachi, et tu avois pour Roxane une sécurité entière; +mais sa vertu farouche étoit une cruelle imposture; c'étoit le voile +de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme, +qui, dès qu'il s'est vu découvert, est venu sur moi; il m'a donné +deux coups de poignard; les eunuques, accourus au bruit, l'ont +entouré: il s'est défendu longtemps, en a blessé plusieurs; il +vouloit même rentrer dans la chambre, pour mourir, disoit-il, aux +yeux de Roxane. Mais enfin il a cédé au nombre, et il est tombé à +nos pieds. + +Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres sévères: tu +as mis ta vengeance en mes mains; je ne dois pas la faire languir. + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730, + + + + +LETTRE CLX. + +SOLIM A USBEK. + +A Paris. + + +J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparoître; je vais punir. + +Je sens déjà une joie secrète; mon âme et la tienne vont s'apaiser: +nous allons exterminer le crime, et l'innocence va pâlir. + +O vous, qui semblez n'être faites que pour ignorer tous vos sens et +être indignées de vos désirs mêmes; éternelles victimes de la honte +et de la pudeur, que ne puis-je vous faire entrer à grands flots +dans ce sérail malheureux, pour vous voir étonnées de tout le sang +que j'y vais répandre! + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720. + + + + +LETTRE CLXI. + +ROXANE A USBEK. + +A Paris. + + +Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit tes eunuques; je me suis jouée de +ta jalousie; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de +délices et de plaisirs. + +Je vais mourir; le poison va couler dans mes veines: car que +ferois-je ici, puisque le seul homme qui me retenoit à la vie n'est +plus? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: je viens +d'envoyer devant moi ces gardiens sacriléges, qui ont répandu le +plus beau sang du monde. + +Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que +je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices? que, pendant +que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes +désirs? Non: j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été +libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit +s'est toujours tenu dans l'indépendance. + +Tu devrois me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait; de +ce que je me suis abaissée jusqu'à te paroître fidèle; de ce que +j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurois dû faire +paroître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en +souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies. + +Tu étois étonné de ne point trouver en moi les transports de +l'amour: si tu m'avois bien connue, tu y aurois trouvé toute la +violence de la haine. + +Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le +mien t'étoit soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyois +trompée, et je te trompois. + +Ce langage, sans doute, te paroît nouveau. Seroit-il possible +qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore +d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma +force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affoiblir +jusqu'à ma haine; je me meurs. + + Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720. + +FIN DU TOME SECOND. + + + + +NOTES ET VARIANTES. + + +(Voir l'_Index_, pour l'histoire, la religion, la philosophie, le +droit public et privé, les moeurs orientales et européennes.) + + +Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754). + + +Lettre XCII (quatrième du Supplément de 1754). + + +Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754). + + +Lettre XCVI (XCII de 1721-1754). + +«L'acte de justice la plus sévère, c'est la guerre; _puisque son but +est la destruction de la société_.» C'est la leçon de 1721 et de +1754. + +Le passage est atténué ainsi dans quelques éditions subséquentes: +«_puisqu'elle peut avoir l'effet de détruire la société_». + +Un éditeur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant les deux +leçons bout à bout: «puisqu'elle peut avoir l'effet etc..., puisque +son but est la destruction de la société. + +«Cette peine répond à celle du bannissement _établie dans les +tribunaux, qui retranche_ les coupables de la société. Ainsi un +prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché _par là_ +de notre société et n'est plus un de nos membres.» + +Ceci est la leçon originale de 1721 et 1754. + +Dans les éditions postérieures, notamment 1785 (édition complète), +et Lefèvre 1820, d'après l'édition de Londres 1757, et peut-être sur +des indications manuscrites de Montesquieu conservées par son fils +et son secrétaire, ce passage est corrigé ainsi: + +«Cette peine répond à celle du bannissement, _que les tribunaux ont +établi pour retrancher_ les coupables de la société. Ainsi un +prince, à l'alliance duquel nous renonçons, est retranché de notre +société, et n'est plus _un des membres qui la composent_.» + +Les trois derniers alinéas, pour lesquels nous suivons la correction +du Supplément de 1754, sont ainsi rédigés dans le texte primitif: + +«Le droit de conquête n'est point un droit. Une société ne peut être +fondée que sur la volonté des associés: si elle est détruite par la +conquête, le peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle +société: et si le vainqueur en veut former, c'est une tyrannie. + +«A l'égard des traités de paix, ils ne sont jamais légitimes, +lorsqu'ils ordonnent une cession ou dédommagement plus considérable +que le dommage causé: autrement, c'est une pure violence, contre +laquelle on peut toujours revenir; à moins que, pour ravoir ce qu'on +a perdu, on ne soit obligé de se servir de moyens si violents, qu'il +en arrive un mal plus grand que le bien que l'on en doit retirer. + +«Voilà, cher Rhédi, ce que j'appelle le droit public; voilà le droit +des gens, ou plutôt celui de la raison.» + +En tête de la correction indiquée par le Supplément, et qui, sous +beaucoup de rapports, est inférieure au texte primitif, se lit cet +avertissement: «A la place des trois derniers alinéas, mettez +ceux-ci.» + +Cependant quelques éditions ont maintenu, et avec raison, à la suite +du nouveau texte, la conclusion si ferme: «Voilà cher Rhédi...» + + +Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.) + +«Écoute ce que _je vais te_ dire...». + +1721 1re: «Ce que je _te_ vais dire...» + +Leçon préférable eu égard à l'habitude constante de Montesquieu. + +«Ce n'est qu'après bien des réflexions, qu'on en a _connu_ toute la +fécondité.» + +Éditions postérieures à 1754: «qu'on en a _vu_...» + +Cette lettre (LXXXIV de la 2e Marteau) est vivement incriminée dans +la brochure de l'abbé Gaultier: _Lettres persannes convaincues +d'impiété_. + + +Lettre CIII (XCIX de 1721-1754). + +«Au moins il est impossible qu'ils aient subsisté longtemps _dans +leur pureté_.» + +Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et appartiennent aux +éditions postérieures qui procèdent de 1757 (voir la _Bibliographie_.) + +«Caravansérails». 1721, 1re donne: _Caravansérais_, qui avec un ï +serait peut-être la meilleure transcription de ce terme oriental; et +1754: _Caravanseras_. + +«Il n'y a que quatre ou cinq siècles qu'un roi de France prit des +gardes.» + +Ce roi est Philippe Auguste menacé par les _Assassins_ du Vieux de +la Montagne. + + +Lettre CXI (CVII 1721-1754). + +«Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention _à placer_ sa +droite... qu'elle en met _à poster_ une mouche qui peut manquer...» + +C'est la leçon de 1754, et certainement la meilleure. + +1721 1re donne: «_porter_ une mouche. (C'est une coquille.) + +1721 2e donne: _poster_ sa droite,... _placer_ une mouche. + +Les éditions subséquentes «_poser_ une mouche» (qui ne vaut pas +_poster_). + + +Lettre CXII (Cinquième du Supplément de 1754). + +Elle se trouve déjà en grande partie dans la 2e Marteau (LVIII), +avec une adresse et une date différentes. + +En voici le début et les variantes, ainsi qu'une note, qui ne figure +plus au Supplément: + + Rica à *** + +«Le peuple est un animal qui voit et qui entend; mais qui ne pense +jamais. Il est dans une léthargie ou dans une fougue surprenante; et +il va et vient sans cesse d'un de ces états à l'autre, sans savoir +jamais d'où il est parti. + +«J'ai ouï parler en France d'un certain gouverneur de Normandie, +qui, voulant se rendre plus considérable à la cour, excitoit lui +même de temps en temps quelques séditions, qu'il apaisoit aussitôt. + +«Il avoua depuis que la plus forte sédition ne lui coûta, tout +compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit assembler quelques +canailles dans un cabaret qui donnoit le ton à toute la ville, et +ensuite à toute la province. + +«Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'écrivit dans les derniers +troubles de Paris un des généraux de cette ville à un de ses amis. + +«Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la ville; mais +elles furent repoussées avec perte. Je compte pourtant que je +réparerai facilement cet échec; j'ai six couplets... + +«Si cela ne suffit pas, il a été résolu au conseil de faire paroître +une estampe, qui fera voir Mazarin pendu; et pour peu que la +conjoncture des affaires le demande, nous aurons la ressource +d'ordonner au graveur de le rouer... + +«Jugez après cela si le peuple à tort de s'animer, et de faire du +nom de Mazarin un mot... + +«Notre musique l'a si furieusement vexé sur le péché originel que, +pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, il a été obligé +de renvoyer tous ses pages. Je suis, etc... + + De Paris, le 9 de la lune de Zilcadé 1715. + +En note aux mots: «le ton ridicule dont il prononce.» + +«Le cardinal Mazarin, voulant prononcer _l'arrêt d'Union_, dit +devant les députés du parlement _l'arrêt d'Ognon_; sur quoi le +peuple fit force plaisanteries.» + +Le _péché originel_ dont il est question plus haut est ce vice +contre nature qu'on nomme parfois _italien_, et qui serait mieux +nommé _clérical_. + + +Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754). + + +Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2e Marteau). + +Elle est incriminée dans la brochure: _Lettres persannes convaincues +d'impiété._ + +«Il ne faut donc pas compter les années du monde...» + +Cet alinéa ne manque ni dans 1721 1re, ni dans 1721 2e Marteau, ni +dans 1754. C'est à tort qu'il a été supprimé dans 1758 et dans +beaucoup d'éditions postérieures. + +«Cependant tous les historiens _nous parlent d'un premier père; +ils_...» + +Les mots en _italiques_ manquent dans la première édition. Ils sont +déjà rétablis dans 1721 2e Marteau. + +L'avant dernier paragraphe: «mais toutes les destructions ne sont +pas violentes...» appartient au Supplément de 1754. + + +Lettre CXVII (CXII de 1721 1re, CII de la 2e Marteau). + +Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_. + + +Lettre CXVIII (CXII 1re, CIII 2e Marteau). + +Également incriminée. + + +Lettre CXX. + +_Tyen_, ciel des chinois. + +1721 1re: _Tyien_. + + +Lettre CXXII + +«L'air se charge, comme les plantes...» Alinéa ajouté par le +Supplément de 1754. + + +Lettre CXXV (Sixième du Supplément de 1754). + +Elle se trouve déjà dans 1721 2e Marteau (LX, Usbek à ***, Paris, 11 +Zilcadé 1715), avec les variantes suivantes: + +_Troisième alinéa._ + +«A mon esprit; il me semble...» + +1721 2e: _et_ il me semble... + +_Quatrième alinéa._ + +«De quelques uns de nos sujets...» + +1721 2e: de nos _plus riches_ sujets... + +«Nous avons enfin cédé à la multitude des requêtes...» + +1721 2e: à la multitude _innombrable_... + +«Faire attention qu'il _étoit_ notoire... + +1721 2e: qu'il _est_ notoire... + +«Nous ont prié, branlant la tête...» + +1721 2e: _en_ branlant la tête... + +«_Ainsi_, désirant traiter les suppliants...» + +1721 2e: _A ces causes_, désirant... + +_Septième alinéa._ + +«A leurs femmes _et_ à leurs enfants...» + +1721 2e: A leurs femmes, à leurs enfants... + +«Dans leurs familles, les principales fêtes de l'année...» + +1721 2e: dans leurs familles, _avec leurs amis_, etc... + +_Huitième alinéa._ + +«_Elles_ viennent à les y contraindre...» + +1721 2e: _Ils_ viennent... + +«Défendons à nos magistrats...» + +1721 2e: à _tous_ nos magistrats... + + +Lettre CXXVI (CXX de 1721 1re, CX de 1721 2e Marteau). + +Incriminée dans les _Lettres persannes convaincues d'impiété_. + + +Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1re). + +«semble échauffer les imaginations _mêmes_.» _Mêmes_ manque, et avec +raison, dans 1721 1re. «Romans» pris dans le sens de _romanciers_. + + +Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1re). + +«_N._ prit le fer à la main...» _N._ est le duc de Noailles. + +«Un étranger»; Law, Écossais. (Voir l'_Index_). + + +Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1re). + +«_Romans_» dans le sens de _romanciers_. + +«Zuléma». 1721 1re: Zumela. + +«Gemmadi 1, 1720» + +1 manque dans 1754. + + +Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754). + +La piquante _Lettre d'un médecin de province_ figure tout entière +dans les deux éditions qui servent de base à notre travail. 1721 1re +donne même _Révérend père jésuite_, là où 1754 n'a que les initiales +R. P. J. + +Ce n'est qu'après la mort de Montesquieu que des éditeurs timorés +ont supprimé ou mis en note l'énumération des médicaments: la lettre +s'arrête à «on lui expliqua la chose, comme elle s'étoit passée.» + +Déjà la fin du paragraphe intitulé P. S. avait disparu «Il y a bien +des choses que je n'entends pas, etc...» + +Les éditeurs ont fictivement attribué à Montesquieu lui-même ces +mutilations qu'on ne s'explique guère: + +«L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit confié _de son +vivant_» (ce qui est faux) «aux libraires, a jugé à propos de faire +des retranchements. On n'a pas cru devoir en priver le lecteur qui +les trouvera ici en notes.» + +«Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des J***.» + +Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la Constitution des +Jésuites. (Selon d'autres: concernant la Banque, ou la Bourse, et la +Compagnie des Indes.) + +«M. de N.» Fléchier évêque de Nîmes. Montesquieu est ici bien +aimable d'excepter les Oraisons funèbres de Fléchier. + +«Teigne», 1721: _tigne_. + +«_Miraculum chymicum, de violenta_, etc...» + +Miracle chimique, par violente fermentation, avec fumée, feu et +flamme. + +Mélangez une infusion de Quesnel avec une infusion de Lallemand; que +la fermentation ait lieu, avec grande violence, bouillonnement et +tonnerre, les acides se combattant, et pénétrant à l'envi les sels +alcalins: il se fera une évaporation d'esprits brûlants. Mettez la +liqueur fermentée dans l'alambic; vous n'en tirerez rien, et n'y +trouverez rien sinon un _caput mortuum_ (une drogue inutile et +impuissante.) + +«_Lenitivum_.» + +Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages du laxatif +Escobar; une feuille de l'émollient Vasquez: faites infuser dans +quatre livres d'eau ordinaire, faites réduire, par la cuisson, à +moitié; pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois feuilles +du détersif Bauni et du diluant Tamburini. + +Faites du tout un lavement. + +«_Clyster_.» 1721-1754: _clister_. + +«_In chlorosim_, etc...» + +Contre la chlorose, que le vulgaire appelle pâles-couleurs ou +fièvre-amoureuse. + +Prenez quatre figures de l'Arétin; deux feuilles du révérend Thomas +Sanchez _De matrimonio_ (Du mariage). Faites infuser dans cinq +livres d'eau ordinaire. + +Faites du tout une tisane apéritive. + + +Lettre CXLIV (Septième du Supplément de 1754). + + +Lettre CXLV (Huitième du supplément de 1754). + +Cette lettre se retrouve tout entière dans 1721 2e Marteau (LIX). + +«Sa vue qui _se_ porte toujours loin...» + +1721 2e: qui porte... + +«On est charmé de donner à celui-ci, on est enchanté d'ôter à +celui-là.» + +1721 2e: On aime à donner..., on est charmé d'ôter... + +«Une mite.» + +1721 2e: _Mitte_... + +«L'hiver _dernier_, je pensai mourir...» + +1721 2e: L'hiver _passé_,... + +«On lui suscite...» + +1721 2e: On lui suscite_ra_... + +«La constitution _de_ l'empire... + +1721 2e: _des empires_... + +«Mais ce n'est _point_ assez... + +1721 2e: _pas_ + +«De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.» + +1721 2e: De Paris, le 10 de la lune Zilcadé, 1715. + + +Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754). + +«Tes femmes se sont imaginé...» + +1721, 1754: se sont imagi_nées_... + +La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait devoir les +placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur aura voulu, en les +rassemblant, donner plus de corps à la conclusion de son _roman_ et +finir comme il avait commencé. + + +Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754). + +«Je sais ce qu'il t'écrivit...» + +1721 1re, 2e et 1754 portent: je _ne_ sais (qui répond moins bien au +sens général). + +«Avant qu'elles arrivassent... + +1721 1re, 2e: qu'elles _n_'arrivassent... + + +Lettre CLVII (Neuvième du Supplément de 1754). + + +Lettre CLVIII (Dixième du Supplément de 1754). + + +Lettre CLX (Onzième du Supplément de 1754). + + +Lettre CLXI et dernière (CL de 1721-1752, CXL de 1721 2e Marteau, et +1730, 3e édition, Amsterdam, Jacques Desbordes). + + + + +INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE. + + +A + +=Abbé=. Jeune abbé séduisant une actrice. XXVIII. + +=Abdias Ibesalon=, juif, interroge Mahomet sur les animaux impurs. +XVIII. + +=Académie Française=. «établissement singulier et bizarre» inconnu en +Perse. Babil éternel, manie du panégyrique. Quarante têtes pleines +de figures, de métaphores et d'antithèses. LXXIII. + +=Actrices=. Elles ne sont point cruelles. Lettre d'une actrice à +laquelle un abbé a ravi son innocence. XXVIII. + +=Adam=. «Dieu met Adam dans le paradis terrestre, à condition qu'il ne +mangera pas d'un certain fruit: précepte absurde dans un être qui +connoîtrait les déterminations futures des âmes; car enfin un tel +être peut-il mettre des conditions à ses grâces, sans les rendre +dérisoires?» LXIX. + +(Voir Dieu. Prescience.) + +Adam a peut-être été sauvé d'une catastrophe générale, comme Noé le +fut du déluge. CXIV. + +=Affranchissement=, comblait sans cesse les vides de la population +romaine. CXVI. + +=Afrique=, toujours très-inconnue; ses côtes ne sont plus ce qu'elles +étaient sous les Carthaginois et les Romains. CXIII, CXIX. + +=Agriculture=, ses progrès intimement liés à ceux du commerce et de +l'industrie, et réciproquement. CXVIII. + +Ses revenus inférieurs à ceux de l'industrie et de l'art. Un fonds +ne produit annuellement que le vingtième de sa valeur. CVII. + +=Agiotage=, ses effets désastreux. CXXXII, CXLVI. + +(Par arrêt du conseil du 25 juillet 1719, le papier-monnaie, déclaré +immuable, fait tomber l'or; un créancier, rue Quincampoix, tire +l'épée contre un débiteur qui l'avait remboursé. Allusion à ce fait, +CXLVI.) + +=Ainesse=. Le droit d'aînesse, invention de la vanité, détruit +l'égalité des citoyens; il fait obstacle à la propagation. CXX. + +=Alchimistes=. Ils vous offrent «pour un peu d'argent le secret de +faire de l'or.» LVIII. + +=Alcoran=, ses défauts: langage de Dieu, idées des hommes. XCVIII. + +Il ordonne de se soumettre aux puissances (allusion à l'Evangile). +CV. + +Il autorise la pluralité des femmes. CXV. + +Plaidoyer d'une femme contre l'Alcoran. CXLI. + +Passages de l'Alcoran cousus dans les vêtements, comme amulette. +CXLIII. + +=Alexandre= comparé à Gengiskhan. LXXXII. + +=Algébristes= comparés aux astrologues. CXXXV. + +_Ibid._ Algébriste faiseur de _système_; allusion à Law. + +=Ali=, gendre du prophète. + +(Dans un certain nombre d'éditions du temps _Hali_; déjà en 1721, on +imprime _Aly_. + +Prophète des Chiites (Persans). + +Son nom est un talisman. CXLIII. + +Il est «le plus beau de tous les hommes;» expressions d'un Psaume +appliquées au messie. XXXV. + +=Allemagne=, partagée en un nombre infini de petits États. CIII. + +Les peuples de l'Allemagne antique, avant la chute de l'empire +romain, étaient libres; leurs rois n'étaient que des chefs à pouvoir +limité. CXXXI. + +L'empire d'Allemagne «se fortifie à mesure de ses pertes.» CXXXVI. + +Grand vizir d'Allemagne; le prince Eugène vainqueur à Peterwaradin. +CXXIX. + +=Alliances=. Alliances honorables, alliances injustes; alliances +déshonorantes (celle d'un tyran). + +Il est juste et légitime de secourir un allié. XCVI. + +=Ambassadeur=. Faux ambassadeur de Perse à la cour de France XCII. + +Nargum, ambassadeur de Perse en Russie. LI, LXXXII. + +Ambassadeur du grand Mogol (d'Espagne) expulsé du royaume. CXXVII. + +=Ambroise=, sa conduite à l'égard de Théodose. LXI. + +(Comparez Spinoza, _Tractatus theologico-politicus_, cap. 19.) + +=Ame=, entièrement liée au corps et soumise aux influences physiques, +XXXIII. + +«Ouvrière de sa détermination» l'âme, devant la prescience divine, +ne serait pas plus libre qu'une boule de billard. LXIX. + +Gens qui croient à l'immortalité de l'âme par semestre. LXXV. + +Les livres juifs enseignent que la femme n'a pas d'âme. CXLI. + +=Amérique=, avait été découverte par les Carthaginois; très-dépeuplée, +CXIII, par la barbarie des conquérants espagnols. CXXII. + +Vainement y introduit-on des esclaves; elle ne profite point des +pertes de l'Afrique. CXIX. + +Indigènes et nègres y périssent par milliers dans les mines. _Ibid._ + +=Amitié=. presque inconnue aux Asiatiques. XXXIV. + +=Amour=. «Dans le nombreux sérail où j'ai vécu, j'ai prévenu l'amour +et l'ai détruit par lui-même.» La polygamie éteint l'amour. VI. LVI. + +L'amour, chez les musulmans, est amorti par la pluralité des femmes. +LVI. + +L'amour chez les Espagnols. LXXVIII. + +L'amour dans le paradis des femmes. CXLI. + +=Amulettes=, passages de l'Alcoran, noms sacrés cousus dans les +vêtements des fidèles musulmans. CXLIII. + +=Anais=, ses aventures dans le paradis des femmes, et la vengeance +qu'elle exerce sur son mari, qui l'a tuée. CXLI. + +=Anatomie=. Noms barbares qu'elle donne aux parties du corps. CXXXV. + +=Anatomiste=. soupçonné, dans son quartier, du meurtre de tous les +chiens qui disparaissaient. CXLV. + +=Anciens et Modernes=. Querelles sur le mérite d'Homère. XXXVI. + +=Anges=. Ils demandent à élever Mahomet enfant. XXXIX. + +Chrétiens et musulmans rendent un culte aux bons anges et se méfient +des mauvais. XXXV. + +=Anglais=. Ils limitent l'autorité de leurs rois. Leur humeur et leurs +raisonnements sur le pouvoir. CV. + +=Angleterre=. Son histoire pleine de discordes d'où sort la liberté. + +Ses rois toujours chancelants sur un trône inébranlable. + +Nation qui, maîtresse de la mer, mêle le commerce avec l'empire. +CXXXVI. + +=Antiquaire=. Lettre et manies innocentes d'un antiquaire malin. +CXLII. + +=Aphéridon=, Guèbre qui épouse sa soeur: ses aventures. LXVII. + +(Féridun, Zend _Thaethraona_, sanscrit _Tritâna_, de _Trita_, l'une +des plus anciennes divinités solaires des peuples aryens). + +=Aragon=. Les états d'Aragon et de Catalogne, en 1610, discutent +quelle sera la langue employée dans les délibérations. CX. + +=Arche=. Légendes sur l'arche de Noé. XVIII. + +=Argent= (vif), employé contre les exhalaisons malignes. CXIX. + +=Arétin=, ses figures recommandées contre les pâles couleurs. CXLIII. + +=Aristote=. Le médecin de province fait entrer sa logique dans un +purgatif, ses catégories dans un remède contre la gale. CXLIII. + +=Armées=. Différence des armées d'Orient et des troupes européennes. +XC. + +L'avantage est du côté du prince qui est à la tête des armées. CIII. + +Les armées, instrument nécessaire de la tyrannie, surtout en Orient. +_Ibid._ + +=Arméniens=. Leurs caravanes qui partent «tous les jours» de Smyrne +pour Ispahan, transportent en Perse les lettres venues de Marseille. +XXVII. + +Marchands d'esclaves. LXXX. + +Quelques ministres de Cha-Soliman voulaient les expulser de Perse, +s'ils ne se faisaient mahométans. (Allusion à l'édit de Nantes.) +LXXXVI. + +Transportés par Cha-Abbas dans la province de Guilan, ils y périrent +par milliers. CXXII. + +=Arrêt= qui permet de prononcer la lettre Q au gré de chacun. CX. + +A. du C. (Arrêts du conseil.) concernant la B. et la C. des I. ou J. +(Ordinairement traduit: concernant la Bulle et la Constitution des +Jésuites: Barbier préfère: concernant la Bourse et la Compagnie des +Indes.) Purgatif violent. CXLIII. + +=Arts=. Mauvais usage des arts. CVI. + +Où nous entraînerait la perte des arts? Les barbares ont appris les +arts des vaincus. CVII. + +Nécessité des arts. L'oisiveté et la mollesse incompatibles avec les +arts. Les arts à Paris. _Ibid._ + +=Ascétiques=. Inutilité des livres de cette espèce. CXXXIV. + +=Asie=, dépeuplée, CXIII; toujours livrée au despotisme. CXXXI. + +=Asie-Mineure=, singulièrement déchue de son antique prospérité. +CXIII. + +=Astarté=, Guèbre qui épousa son frère: ses aventures. LXVII. + +=Asthmè=. Pour le guérir, lisez les périodes du père Maimbourg. +CXLIII. + +=Astrologie judiciaire=, est tenue en honneur chez les Persans et les +Orientaux. Rica croit fermement au concours des astres. CXXXV. + +=Auteurs=. Vanité des auteurs, leur impatience de la critique. + +Plus jaloux de leurs ouvrages que de leurs épaules. CIX. + +=Automates=, les animaux; allusion au système de Descartes. CXLV. + +=Autorité=. «Quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en +reste plus assez à personne pour la faire revenir.» LXXXI. + +=Averroes=. Purgatif. CXLIII. + +=Aveugles=. La vie aux Quinze-Vingts. + +Habileté des aveugles à se conduire dans Paris. XXXII. + +=Avicenne=. Purgatif. CXLIII. + +=Avocats=. «Livres vivants,» ils travaillent pour les juges et se +chargent de les instruire, parfois aussi de les tromper. LXVIII. + +=Avortement=. Crime sévèrement puni par les lois européennes. + +Abus qu'en font les femmes sauvages. CXXI. + + +B + +=Babyloniens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en +l'honneur de Sémiramis. XXXVIII. + +=Bachas=. Ils achètent leurs emplois et, ruinés, ruinent les +provinces. XIX. + +=Badinage= «naturellement fait pour les toilettes... semble être venu +à former le caractère général de la nation.» LXIII. + +=Balk= (Bactres), ville sainte où les Guèbres honoraient le soleil. +LXVII. + +=Banque=. Ses actions. Projets financiers du ministère en 1719. CXXXI. + +=Baptême=, comparé aux ablutions musulmanes. XXXV. + +=Barbares=. Ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux +vaincus. CVII. + +=Barbarie=. Ses côtes, florissantes sous les Carthaginois et les +Romains, ont été dépeuplées et stérilisées par le mahométisme. +CXIII, CXIX. + +=Barbe=. Pierre Ier et la barbe de ses sujets. LI. + +=Bataille=. La terreur panique d'un seul soldat en décide quelquefois. +CXLIII. + +=Bâtiments=. Magnificence de Louis XIV dans ses constructions. XXXVII. + +=Batuecas=. Tribu des montagnes d'Espagne, mal connue des Espagnols +eux-mêmes. LXXVIII. + +=Béatitude Éternelle=. Croyance défavorable à la propagation de +l'espèce. CXX. + +=Beauté=. Beauté des Persanes. XXXIV. + +Beauté d'une esclave de Circassie, achetée à des Arméniens. LXXX. + +Beauté d'une femme jaune de Visapour. XCVII. + +Empire naturel et universel de la beauté. XXXVIII. + +=Beaux esprits=. Ils s'amusent aux choses puériles. XXXVI. + +=Beiram=. Appartement des femmes. Sérail du roi (de Perse). Toute +esclave qui y entre devient mahométane. LXVII. + +=Bénéfices=. «Qui voudroit nombrer tous les gens de loi qui +poursuivent le revenu de quelque mosquée...» LVIII. + +=Ben Josué=, juif, prosélyte musulman. XXXIX. + +=Bibliothécaire=. Portrait d'un moine bibliothécaire. Ses +conversations avec Rica. CXXXIV-CXXXVII. + +=Bibliothèques=. Comment elles sont administrées par les dervis. +CXXXIII. + +Voyage dans une grande bibliothèque à Paris. CXXXIII-CXXXVII. + +=Bienfait=. Tout homme est capable de faire du bien à un homme: mais +c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une +société tout entière. XC. + +=Boissons=. Celles qui abrutissent. + +Celles qui égayent et consolent, permises aux musulmans. XXXIII. + +=Boîtes= où l'on enferme les femmes de la Perse au passage des +rivières. III. + +=Bombés=. Leur invention a ôté la liberté à tous les peuples de +l'Europe. CVI. + +Défense des bombes. CVII. + +=Bonheur=. Réside-t-il dans les satisfactions des sens ou dans la +pratique de la vertu? X. + +=Bonne foi=. Doit être l'âme d'un grand ministre. CXLVI. + +=Bons mots= préparés d'avance et lancés à l'aide d'un compère. LIV. + +=Bonzes=, confondus avec les brahmanes. CXXVI. + +=Bourgeois=. Ont perdu la garde de leurs villes. CVI. + +Sous quel prétexte les princes la leur ont retirée. _Ibid._ + +=Boussole=. Que nous a servi l'invention de la boussole? CVI. + +=Brahma= récompense le suicide des veuves. CXXVI. + +=Brahmane=. Croit à la métempsychose, mais admet qu'on mange un animal +quand on ne l'a pas tué soi-même. XLVI. + +=Bulles=, purgatif violent. CXLIII. + + +C + +=Cabale=. Panthéisme mystique des Juifs. + +Pratiquée par un médecin de province. CXLIII. + +=Café= (=et cafés=.) Très en usage à Paris, donne de l'esprit à ceux +qui le prennent dans certains établissements. On y joue aux échecs. +XXXVI. + +Conversations que l'on y entend. CXXIX, CXXX, CXXXII. + +=Cambyse= a établi en Perse le mariage de la soeur et du frère. +LXVII. + +A quelle jambe a-t-il été blessé? CXLII. + +=Cappadociens=. Ils refusèrent la liberté que leur offraient les +Romains. CXXXI. + +=Capucins=. Conversation de Rica et d'un provincial de capucins. XLIX. + +=Carthage=. République dont on ignore les origines; rivale de Rome. +CXXXI. + +=Carthaginois=, avaient découvert l'Amérique. CXXII. + +=Casbin=. Ville et monastère en Perse. XCIV. + +=Casuistes=. Leur habileté à faire passer les péchés du mortel au +véniel. «Il y a un tour à donner à tout.» LVII. + +Ils mettent au jour les secrets de la nuit. Ingéniosité voluptueuse, +crudité et danger de leurs ouvrages. CXXXIV. + +=Castro= (Jean de), «fameux général portugais.» XXXVIII. + +=Catalogne=. États d'Aragon et de Catalogne, 1610. Discussion +préalable sur la langue à employer dans les délibérations. CX. + +=Catholicisme=. Son infériorité sociale devant le protestantisme. + +Dans l'État de l'Europe, il n'est pas possible qu'il y subsiste cinq +cents ans. CXVIII. + +=Catholiques=. Les pays catholiques moins riches, moins actifs, moins +peuplés que les pays protestants. CXVIII. + +=Caussin= (le P.), jésuite, né à Troyes en 1543, confesseur de Louis +XIII, exilé par Richelieu. + +Sa _Cour sainte_, livre de piété en 4 volumes in-4, est recommandée +comme somnifère à un homme qui ne dormait pas depuis trente-cinq +jours. CXLIII. + +=Célibat=. Les filles esclaves condamnées à la virginité dans le +sérail. CXV. + +Les Romains établissaient des peines sévères contre le célibat. + +Les chrétiens le proclament supérieur au mariage. CXVII. + +Nombre prodigieux de catholiques faisant profession de célibat. + +Le célibat ecclésiastique est plus nuisible à la propagation que la +castration même. + +Habitude des familles de vouer un de leur membre au célibat +religieux. _Ibid._ + +=Cellamare= (conspiration de), allusions, CXXVII. + +=Cérémonies=. Leur importance secondaire en religion. XLVI. + +=César=, opprima la république romaine et la soumit à un pouvoir +arbitraire. Suites de son crime. CXXXI. + +=Cha-Abbas=, se serait fait couper les deux bras plutôt que de signer +l'édit de Nantes et «d'envoyer au Mogol et aux autres rois des Indes +ses sujets les plus industrieux.» LXXXVI. + +Voulant priver les Turcs de soldats sur leurs frontières, il +transporta vingt milles familles arméniennes dans la province de +Guilan. CXXII. + +=Chahban=, mois ardent. XVIII. + +=Chansons=. Influence des chansons sur les frondeurs. CXI. + +=Chapelain=, bon contre la gale, la teigne, etc. CXLIII. + +=Chapelet=. «Heureux celui qui a toujours prié Dieu avec de petits +grains de bois à la main!» XXIX. + +=Chardin=, célèbre voyageur en Perse. LXXII. + +=Charles XII=, tué devant une place assiégée en Norwége +(Frédéricshall). CXXXVII. (_Esprit des lois_.) X, 13. + +=Chartreux=. Espèce de dervis taciturnes. LXXXIII. + +=Cha-Soliman=. Quelques ministres de ce prince avaient voulu expulser +de Perse tous les Arméniens (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI. + +=Chat=, sorti du nez du lion. XVIII. + +=Châtiments=. Les châtiments dans le sérail. LXIV, CXLVIII-CLXI. (Voir +Peines.) + +=Chaussures=. Les hauts talons. C. + +=Chauvinisme=. «Depuis le commencement de la monarchie, les Français +n'ont jamais été battus.» (Lettre d'un nouvelliste.) CXXX. + +=Chimie= (alchimie?), quatrième fléau qui ruine les hommes et les +détruit en détail (?). CVI. + +Elle habite tantôt l'hôpital, tantôt les Petites-Maisons. CXXXV. + +=Chine=. Deux fois conquise par les Tartares. LXXXII. + +Les Chinois pensent que leurs pères, anéantis dans le Tyen, revivent +en eux sur la terre. De là, propagation de l'espèce. CXX. + +Ils honorent leurs parents comme des dieux. _Ibid._ + +Un conquérant de la Chine obligea ses sujets à se rogner les cheveux +ou les ongles. LXI. + +=Chlorose=, doit céder à un tonique où entreront des figures d'Arétin +et des passages de Sanchez. CXLIII. + +=Chrétiens= (vieux). Ce que c'est que les «vieux chrétiens» en Espagne +et Portugal. Leur orgueil. LXXVIII. + +Les chrétiens cultivent les terres en Turquie et sont persécutés par +les Pachas. XIX. + +=Christ=. Pas de royaume où il y ait eu tant de guerres civiles que +dans celui du Christ. XXIX. + +=Christianisme=. Il rend tous les hommes égaux, mais n'empêche pas les +rois chrétiens d'autoriser la traite des nègres. LXXV. + +Il est peu favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV. + +Ses rapports avec le mahométisme au point de vue des croyances. +XXXV. + +Ses vices sociaux: interdiction du divorce; création d'eunuques des +deux sexes; exaltation du célibat. CXV, CXVII, CXVIII. + +=Christine= (de Suède), abdique la couronne pour se donner à la +philosophie. CXXXIX. + +=Circassie=, pays des belles esclaves. LXXX, XCVII. + +Royaume grand et dépeuplé. CXIII. + +=Circoncision=. Ablation d'un «petit morceau de chair.» XLVI. + +Mesure sanitaire qui délivre l'homme de l'impureté. XXXIX. + +Mahomet est né circoncis. XXXIX. + +=Climats=. Ils fixent les tempéraments. + +On n'en sort pas impunément. CXXII. + +=Cloître=. Cinq ou six mots d'une langue morte y assurent une vie +tranquille. CXVIII. + +=Clyster= (composition d'un). CXLIII. + +=Coiffeuses=. Supériorité des coiffeuses françaises. CI. + +=Coiffures=. Variations des coiffures françaises. C. + +=Colonies=. Elles affaiblissent la mère-patrie sans peupler le pays où +on les établit. CXXII. + +Les colonies grecques apportèrent avec elles un esprit de liberté. +CXXXI. + +=Colonisation=. L'auteur y est peu favorable et n'y voit, sauf +exception, qu'une cause de dépopulation intérieure et extérieure. +CXXII. + +Il voudrait la borner à l'occupation de places pour le commerce. +_Ibid._ + +=Com=. (Ville de). + +C'est là qu'est le «tombeau de la Vierge qui a mis au monde douze +prophètes.» Lettres I, XVII. + +=Commentateurs=. Armée effroyable des glossateurs, de commentateurs, +jurisconsultes. CI. + +Ils peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV. + +=Commerce=. Plus il y a d'hommes, plus il fleurit; plus il fleurit, +plus il y a d'hommes. CXVI. + +=Communisme=. Montesquieu semble avoir attribué quelques avantages à +l'indivision: «Le peuple Troglodyte se regardoit comme une seule +famille: les troupeaux étoient presque toujours confondus; la seule +peine qu'on s'épargnoit ordinairement, c'étoit de les partager.» +Lettre XII. + +=Compères=. Le rôle des compères dans les conversations du monde. LIV. + +=Compilateurs=. Contre leurs plagiats stériles. LXVI. + +Les compilateurs de lois et d'ordonnances. CI. + +=Conception=. Mahomet ne veut pas que la femme conçoive dans l'état +d'impureté. XXXIX. + +=Confesseur=, son rôle près d'un vieux et d'un jeune roi. CVIII. + +=Congrès=. «Épreuve aussi flétrissante pour la femme qui la soutient +que pour le mari qui y succombe.» LXXXVII. + +=Conquête=. «La conquête ne donne point un droit par elle-même.» XCVI. + +Funestes nécessités de la conquête lorsqu'elle est lointaine: +extermination des vaincus et épuisement des vainqueurs. CXXII. + +Les conquêtes des Espagnols marquées par la ruine des campagnes. +LXXVIII. + +=Conscience=. Inhumanité de ceux qui affligent la conscience des +autres. LXXXVI. + +=Conseils=. Six ou sept conseils remplaçant les ministres ont pu +sagement administrer la France. CXXXVIII. + +=Consolations=. Vanité de celles qu'on tire «de la nécessité du mal, +de l'inutilité des remèdes, de la fatalité du destin, de l'ordre de +la providence.» XXXIII. + +=Conspirations= fréquentes en Orient. Pourquoi? CIII. + +=Constantinople= menacée de dépopulation par la polygamie. CXV. + +Les transports de peuples qu'on y a faits n'ont jamais réussi. +CXXII. + +=Constitution= (Bulle de 1710) mal accueillie par les Français, +surtout par les femmes. Louis XIV l'accepte. XXIV. + +Les constitutions des papes, adoptées par la jurisprudence +française. CI. + +Influence de la constitution du corps sur les croyances religieuses. +LXXV. + +=Conte persan=. Anaïs dans le paradis. CXLI. + +=Continence=. Chez les chrétiens, c'est la vertu par excellence (bien +que le mariage soit saint: contradiction); elle a anéanti plus +d'hommes que les pestes et les guerres les plus sanglantes. CXVIII. + +=Conversation=. Influence qu'ont dans les conversations les choses +inanimées, bruit du carrosse et du marteau, habit brodé, perruque +blonde, tabatière, canne, gants. LXXXIII. + +=Coquetterie=. «Un peu de coquetterie est un sel qui pique et prévient +la corruption.» XXXVIII. + +=Corps=. Les grands corps s'attachent aux minuties, aux vains usages. +CX. + +=Corruption= remarquée dans les Indes (en France), oeuvre du système +de Law. Peinture énergique des hontes de l'agiotage. CXLVI. + +=Cosrou=, eunuque blanc amoureux de Zélide. LIII. + +=Cour=. La vertu et la sincérité y sont périlleuses. Lettre VIII. + +=Courbe= selon laquelle un vaisseau doit être taillé. XCVIII. + +=Courouc=. Ordre qui, en Perse, écarte les hommes du passage des +femmes de qualité. XLVII. + +=Courtisans=. Par quels services ils gagnent des libéralités des +princes, CXXV, et leurs faveurs, notamment celles de Louis XIV. +XXXVIII. + +=Coutumes=. Multiplicité des coutumes des provinces en France. La +plupart rédigées d'après le droit romain. CI. + +=Couvent=. Famille éternelle où il ne naît personne; gouffre où +s'ensevelissent les races futures. CXVIII. + +=Création=. Peut-on croire qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a 6,000 ans? +Plus tôt, Dieu n'a-t-il pas voulu? n'a-t-il pas pu? CXIV. + +=Cuisiniers=. Le goût des cuisiniers français règne du septentrion au +midi. CI. + +=Czar=, son autorité despotique. LI. + + +D + +=Débiteurs= avares qui ruinent leurs créanciers par des payements +fictifs. CXLVI. + +=Décadence romaine=. Passage qui contient en germe un des +chefs-d'oeuvre de Montesquieu. CXXXVI. + +=Décisionnaire=. Homme content de lui qui tranche sur tout, morale, +science, histoire, nouvelles. LXXII. + +=Défense=. Elle rend la guerre légitime. Quand un traité a privé une +société de «sa défense naturelle,» elle peut la reconquérir par la +guerre. XCVI. + +=Déluge=. Hypothèses de plusieurs déluges. CXIV. + +=Dépopulation=. Catastrophe insensible. + +Elle croît depuis les temps les plus reculés, dans tous les pays du +monde connu. CXIII. + +Ses causes physiques, CXIV, et morales, CXV, dans les pays +musulmans, CXVI, et chrétiens, CXVII, CXVIII; en Afrique et en +Amérique, CXIX; chez les sauvages, CXXI; dans les colonies, CXXIII. + +=Dervis= (Lisez prêtres ou moines.) LVII; + +Dervis taciturnes: Chartreux LXXXIII. + +On souhaiterait que les dervis «_se retranchassent_ tout ce que leur +profession leur rend inutiles.» _Ibid._ + +Société de gens avares qui prennent tout et ne rendent rien. Les +dervis catholiques accaparent les richesses de l'État, paralysent la +circulation, le commerce et les arts. CXVIII. + +Comment ils administrent leurs bibliothèques. CXXXIII. + +=Déserts=. Pays déserts par vice de nature ou destruction de peuples. +CXXII. + +=Désespoir=. Il égale la faiblesse à la force. XCVI. + +=Désirs=. Malheur d'une femme qui a des désirs violents lorsqu'elle +est privée de celui qui peut seul les satisfaire. VII. + +=Despote=, =despotisme=. Le despote menacé par l'excès même de son +autorité. LXXXII, CIII. + +Le despotisme tue l'émulation, XC; conduit au régicide impuni. CIV. + +=Devins=. Ils vous diront toute votre vie, «pourvu qu'ils aient eu un +quart d'heure de conversation avec vos domestiques.» LVIII. + +=Dévot=. Dévot ou incrédule par accès, caractère du chrétien. LXXV. + +«Si dévots qu'ils sont à peine chrétiens» (les Espagnols). LXXVIII. + +Le dévot adore tout ce qu'il vénère, attribue à de petites pratiques +monacales la même efficacité qu'aux sacrements. _Ibid._ + +=Dictionnaire=. Le dictionnaire de Furetière et celui de l'Académie. +LXXIII. + +=Didon=. On ignore la suite des princes africains depuis Didon. CXXXI. + +=Dieu=. Les hommes le font à leur image. Dieux nègres, Vénus +hottentote; «si les triangles faisoient un dieu, ils lui donneroient +trois côtés.» LIX. + +«Ils ont fait une énumération de toutes les perfections différentes +que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer, et en ont chargé +l'idée de la divinité.» + +Quoique tout-puissant, Dieu «ne peut pas violer ses promesses, ni +tromper les hommes.» + +Comment pourrait-il prévoir ce qui n'est pas encore? + +La prescience divine est discutée et discutable. Peut-être +n'est-elle qu'intermittente, quand Dieu veut qu'une chose arrive. En +tout cas elle est contradictoire et supprime la liberté, le mérite +et le démérite, tels que les métaphysiciens les définissent. LXIX. + +«Dieu est si haut que nous n'apercevons pas même ses nuages.» LXIX. + +Dieu défend-il le suicide? LXXVI. + +S'il y a un Dieu, il faut qu'il soit juste... Il serait le plus +méchant de tous les êtres puisqu'il le serait sans intérêt. + +Docteurs qui représentent Dieu tantôt comme un être mauvais, tantôt +comme un être qui hait le mal. LXXXIV. + +Comment comprendre que Dieu ait différé, durant toute l'éternité, la +création du monde?--Il n'y a point en lui de succession. CXIV. + +=Directeur=. Portrait du directeur de consciences. XLVIII. + +=Discours= prononcé par un général de la Fronde. CXII. + +=Disgrâce=. Pour un Persan, la disgrâce du prince, c'est la mort. +Aussi les révoltes coûtent-elles peu aux Orientaux. + +Pour les grands d'Europe, la disgrâce n'est que défaveur, exil. +CIII. + +=Dissimulation=. Art nécessaire et pratiqué chez les Asiatiques. +LXIII. + +=Distinction=. Procédé jésuitique, raillé. XXIX. + +Les distinctions des avocats ou des scolastiques. XXXVI. + +Une «distinction» sur un morceau de papier, remède contre la gale, +la gratelle, etc. CXLIII. + +=Divorce=. Autorisé par le paganisme. CXV. + +Il contribuait à l'attachement mutuel CXVII. + +Son interdiction peu judicieuse relâche les liens que le +christianisme prétend resserrer, et porte atteinte à la fin du +mariage. _Ibid._ + +Elle engendre la froideur dans le ménage, livre aux filles de joie +l'homme dégoûté d'une épouse éternelle et nuit à la propagation de +l'espèce. _Ibid._ + +=Docteurs= qui représentent Dieu comme un être qui fait un exercice +tyrannique de sa puissance, etc. LXXXIV. + +=Don Quichotte=. Le seul des livres espagnols «qui soit bon est celui +qui a fait voir le ridicule de tous les autres.» LXXVIII. + +=Droit barbare=. Lois franques, etc., abandonnées pour le droit +romain. CI. + +=Droit canon=. Constitutions des papes (Décrétales), adoptées par les +Français. _Ibid._ + +=Droit civil=. Il règle les affaires des particuliers. + +Identité rationnelle du droit civil et du droit public. XCV. + +=Droit coutumier= presque toujours modifié selon le droit romain. CI. + +=Droit des gens= (voyez Droit public), doit prohiber les inventions +meurtrières. CVI. + +=Droit public= faussé par les passions des princes, la patience des +peuples, la flatterie des écrivains; science qui apprend aux princes +jusqu'à quel point ils peuvent violer la justice. XCV. + +Le droit public devrait être considéré comme un droit civil étendu +au monde entier. _Ibid._ + +Il est plus connu en Europe qu'en Asie. _Ibid._ + +Sanctions du droit public: la guerre; les représailles; la +suppression des avantages mutuels; la renonciation aux alliances. +XCVI. + +Les principes du droit public sont ceux du droit privé. _Ibid._ + +=Droit romain=. Fond du droit français, rédigé en partie par les +Byzantins. CI. + +=Droits= surannés rétablis au détriment du peuple par les fauteurs +d'intrigues princières. CXLV. + +=Duel=. Edit de Louis XIV contre les duels, loué par un homme qui +«reçut cent coups de bâton pour ne le pas violer.» LIX. + +Contradiction entre les lois de la nation et les lois de l'honneur. + +Inutilité et injustice des lois sur le duel. XCI. + +Sottise du duel, qui met le droit à la merci de la force ou de +l'adresse corporelle. + +Injustice du duel par champions. + +Rôle des seconds. + +Le duel survit à toutes les interdictions et à toutes les peines. +_Ibid._ XCI. + + +E + +=Eau= froide pour les ablutions du matin. XLVI. + +Manque à Venise pour les purifications musulmanes. + +(Voir Venise.) + +=Ecclésiastiques=. On leur demande de prouver ce qu'on est résolu de +ne pas croire. LXI, LXXV. + +=Ecriture sainte=. Tortures que lui infligent les glossateurs +ecclésiastiques. CXXXIV. + +Diversité des interprétations. _Ibid._ + +=Edit de Nantes=. «En proscrivant les Arméniens (les protestants), on +pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous +les artisans du royaume.» + +Coup porté à l'industrie par la dévotion. LXXXVI. + +=Education=. Tristes résultats de celle que les enfants, en Orient, +reçoivent des esclaves. XXXIV. + +=Education des femmes=. Entre les hommes et les femmes, «les forces +seroient égales si l'éducation l'étoit aussi.» XXXVIII. + +=Egalité=. L'égalité civique, amenant l'égalité des fortunes porte +l'abondance et la vie dans toutes les parties du corps politique. +CXXIII. + +Chez les Guèbres la femme était l'égale de son mari. LXVII. + +=Eglise=. L'histoire de l'Église et des Papes, faite pour édifier, +produit l'effet contraire. CXXXVI. + +=Egypte= dépeuplée. CXIII. + +=Egyptiens=. Autorité de la femme établie chez eux par une loi en +l'honneur d'Isis. XXXVIII. + +=Eléphant=. Ses ordures font pencher l'arche et engendrent le +pourceau. XVIII. + +=Emollients=. Molina, Escobar, Vasquez, etc., en clystère. CXLIII. + +=Empire romain=. Gouvernement militaire et violent sous lequel gémit +l'Europe. CXXXI. + +Démembré par les barbares. _Ibid._ + +=Empire d'Allemagne= (voyez Allemagne). + +=Empires= comparés à un arbre dont les branches trop étendues ôtent le +suc du tronc. CXXII. + +=Enfants=. Les enfants nés dans la misère, ou issus de mariages +précoces, meurent en bas-âge ou forment des générations étiolées. +CXXIII. + +Tout enfant né dans le mariage est censé être au mari. LXXXVII. + +=Enrhumé=. «Tout Espagnol qui n'est pas enrhumé ne saurait passer pour +galant.» LXXVIII. + +=Eole=. Fils qu'il eut d'une nymphe de la Calédonie (Law), et auquel +il apprit l'art d'enfermer du vent dans des outres. + +Voyages de ce fils en compagnie du dieu du hasard; son séjour en +Bétique (France); ses discours; il escamote la fortune des crédules +auditeurs. CXLII. + +=Epée= (gens d'), méprisent les gens de robe, qui le leur rendent. +XLIV. + +=Epigrammes=. Petites flèches déliées qui font une plaie profonde. +CXXXVII. + +=Episodes intercalés=. Les Troglodytes. XI-XIV. + +Aphéridon et Astarté. LXVII. + +L'immortelle Anaïs. CXLI. + +Fragments d'un mythologiste. CXLII. + +=Epitaphe= d'un Français mort de lassitude en la soixantième année de +son âge. LXXXVIII. + +=Epopées=. Les connaisseurs disent qu'il n'y en a que deux et qu'on +n'en peut plus faire. CXXXVII. + +=Equité=. «Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne +devrions pas l'être de celui de l'équité.» LXXXIV. + +=Erivan=, ville où s'achètent les esclaves géorgiennes et +circassiennes. LXXX. + +=Erzeron= (Erzeroum), ville de Turquie d'Asie. Lettres IV, V, VI, XVI. + +=Esclavage= aboli par les rois dans leurs États, rétabli dans leurs +conquêtes. Pour quelles raisons? LXXVI. + +=Esclaves=. Leur dégradation morale; danger de leur fréquentation. +XXXIV. + +=Esclaves romains=. Leur multiplication favorisée; leur pécule, leurs +industries; aisance dans la servitude, espoir de liberté; +affranchissement et libération. CXVI. + +=Escobar=. Casuiste espagnol (XVIe-XVIIe siècles). Emollient. CXLIII. + +=Espagne=, =espagnols=. Espagnols et Portugais, deux peuples qui +«méprisant tous les autres, font aux seuls François l'honneur de les +haïr.» Orgueilleux, ennemis de tout travail, amoureux, dévots +jusqu'à enfermer leurs femmes avec un novice ou un franciscain; +jaloux; leurs politesses bizarres; leur ignorance. Extravagance de +leurs livres. LXXVIII. + +L'abaissement de l'Espagne correspond aux progrès du protestantisme. +CXVIII. + +L'inquisition en Espagne. XXIX, LXXVIII. + +Dépopulation. CXIII. + +L'expulsion des maures. CXXII. + +Les Espagnols ont été logiquement conduits à massacrer les indigènes +de leurs colonies. + +Ils n'ont pu repeupler l'Amérique dévastée par eux. Au lieu de +passer aux Indes, ils feraient mieux de rappeler en Espagne tous les +métis et tous les indiens. CXXII. + +Dans l'Espagne, ou Hespérie, au temps des colonies grecques, on ne +voit guère de monarchies. CXXXI. + +Résumé de l'histoire d'Espagne. Expulsion des princes mahométans. +Eclat momentané, fausse opulence. La nation vit sur l'orgueil de son +passé. CXXXVI. + +=Esprit= (homme d'). Portrait de l'homme d'esprit, ses défauts, ses +ennuis. CXLV. + +=Estomac=, son influence sur l'intensité des croyances religieuses. +LXXV. + +=États=. Il y a en France trois états: église, épée, robe, qui se +méprisent mutuellement. XLIV. + +=États=. Les plus puissants États de l'Europe sont l'Empire, la +France, l'Espagne et l'Angleterre. CIII. + +=Eunuques=. Leurs fonctions, devoirs; situation dans le sérail. II, +XV. + +Plaintes contre leur autorité. IV, VII, IX, CLVI-CLIX. + +Leur état détruit l'effet des passions sans en éteindre la cause, +IX; leur jalouse impuissance, leurs souffrances. _Ibid._ + +Confiance et mépris de leurs maîtres. XXI. + +Leur position entre les deux sexes. XXII. + +Leurs mariages. LII, LXVII. + +Ils n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que les autres +maris. LXVII. + +Leur multitude en Asie est une cause de dépopulation. CXV. + +Voir encore CXLVII-CLXI. + +=Eunuques= (blancs). L'eunuque blanc n'a pas d'accès près des femmes; +Nadir, eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi, est menacé de mort par +Usbek. XXI. + +Le chef des eunuques blancs sévèrement blâmé. XXII. + +Passion de Cosrou, eunuque blanc, pour Zélide. Sorte de volupté que +les eunuques goûtent, dit-on, dans le mariage. LIII. + +=Eunuques= (noirs), chargés spécialement de la direction des femmes +dans le sérail, de l'examen et de l'achat des esclaves, des +corrections, même manuelles. _Passim._ + +Histoire du grand eunuque noir, racontée par lui-même. IX, LXIV. + +Ce qui lui arrive en mettant une femme au bain. IX. + +Tours que lui jouent les femmes. + +Châtiment obtenu contre lui par une femme, dans un de ces moments où +le mari ne refuse rien. + +Il veut mutiler un esclave noir qui résiste, XLI, XLII. + +Achète une Circassienne. LXXX. + +Une femme jaune de Visapour. XCVII. + +Sa mort; désordres qui la suivent. CXLIX. + +=Eunuques chrétiens=. Prêtres et dervis de l'un et l'autre sexe. +CXVIII. + +Agents de dépopulation. _Ibid._ + +=Europe=. Sa capitale, Paris. XXIII. + +Ses plus puissants États, la plupart monarchiques. CIII. + +=Européens=. Ils font tout le commerce des Turcs, XIX; aussi punis par +une peine légère que les Asiatiques par la perte d'un membre. LXXXI. + +=Evêques=, gens de loi subordonnés au pape; unis au pape ils font des +articles de foi; en particulier, ils dispensent d'accomplir la loi. +XXIX. + +Evêque vantant son mandement. CII. + +=Extravagance humaine=. A propos des pompes funèbres. XL. + + +F + +=Famille=. Puissance paternelle chez les Romains. LXXIX. + +Chez les Français, les familles se gouvernent toutes seules. +LXXXVII. + +Leurs différends portés devant les tribunaux. _Ibid._. + +Les membres de la famille ne sont liés que par l'amour et la +gratitude. CV. + +Infériorité de la famille polygamique. VII, CXV, XXXIV. + +=Fat=. Son portrait. L. + +=Fatalisme musulman=. Cause de dépopulation. CXX. + +=Fatmé= rappelle à Usbek sa beauté, lui raconte ses désirs amoureux et +les soins qu'elle prend de sa personne. VII. + +=Faveur=. C'est la grande divinité des Français. LXXXIX. + +=Félicitations=. Tout pour les Français est matière à félicitations et +compliments. LXXXVIII. + +=Femme jaune= de Visapour, achetée cent tomans. Sa beauté supérieure à +«tous les charmes de la Circassie.» XCVII. + +=Femmes=. Liberté des femmes européennes. XXIII, XXVI. + +Indignation des Françaises contre la _Constitution_ (bulle de 1710) +qui leur interdit la lecture de la Bible. XXIV. + +Coquetterie des Françaises de tout âge. LII. + +Leur légèreté, leurs infidélités qui ne choquent personne. LV. + +«Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses... mais si laides +qu'il faut être un saint pour ne pas haïr la vertu.» _Ibid._ + +Les femmes, surtout lorsqu'elles vieillissent, s'adonnent au jeu +avec passion. LVI. + +Comment elles ruinent leurs maris. _Ibid._ + +Vieilles femmes qui ont travaillé tout le matin à se rajeunir et +passent le soir à louer le temps de leur jeunesse. LIX. + +Leur situation en Espagne; elles laissent souvent aux hommes «un +long et fâcheux souvenir d'une passion éteinte.» LXXVIII. + +Les femmes adorent ceux qui savent parler sans rien dire. LXXXIII. + +La loi naturelle soumet-elle les femmes aux hommes? + +Chez les peuples les plus polis, les femmes ont de l'autorité sur +leurs maris. + +Les hommes, dit Mahomet, ont un degré sur elles. XXXVIII. + +En France, les femmes gouvernent, distribuent les faveurs et les +places. CVIII. + +Elles forment une sorte de république (nous dirions +franc-maçonnerie). _Ibid._ + +Gravité du rôle d'une jolie femme. CXI. + +=Femmes= (musulmanes). (Voir _sérail_). La femme, selon Mahomet, est +d'une «création inférieure;» elle n'entrera pas dans le paradis. +XXIV. + +«Les femmes sont vos labourages, elles vous sont nécessaires comme +vos vêtements, et vous à elles,» dit le prophète. CXV. + +Quatre femmes, permises par la loi, et autant de concubines qu'un +homme en peut entretenir et satisfaire. _Ibid._ + +=Fermier général=. Portrait du fermier général suffisant. XLVIII. + +Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors. XCIX. + +Leur situation terrible devant la chambre de justice. _Ibid._ + +=Fermiers=. En vain les accable-t-on de frais; ils payent leurs loyers +toujours en retard. CXXXII. + +=Fidélité=. La fidélité n'empêche point le dégoût qui suit les +passions satisfaites. XXXVIII. + +=Filles=. Fille modeste avouant devant les juges les tourments d'une +trop longue virginité. LXXXVII. + +Filles ravies ou séduites; elles font les hommes beaucoup plus +mauvais qu'il ne sont. _Ibid._ + +Les filles des laquais enrichissent les seigneurs ruinés. XCIX. + +En Europe, on sait à la minute le moment où elles cessent de l'être. +En Orient, quoique mariées, elles se défendent longtemps. LV. + +=Filles de joie=. Il y en a à Paris autant que de dervis. LVII. + +L'interdiction du divorce leur livre les maris désespérés. CXVII. + +=Filles musulmanes= confiées aux eunuques noirs dès leur septième +année; quelquefois on attend leur dixième. LXII. + +=Finances=. En trois ans quatre systèmes. Bouleversées par Law. +CXXXVIII. + +=Financiers=. Leurs bureaux, leurs inventions, leur impertinence +CXXXVIII. + +=Flamel= (Nicolas), a découvert la pierre philosophale. XLV. (La +légende paraît avoir fait sans raison un alchimiste de Flamel, riche +écrivain--juré de l'Université de Paris, mort en 1418.) + +=Fléchier= (M. de N.). Ses oraisons funèbres ne peuvent entrer dans le +_vomitif_ indiqué par le médecin de province. CXLIII. + +=Flegme= des grands seigneurs. LXXIV. + +Des Espagnols et Portugais. LXXVIII. + +=Formalités=. pernicieuses dans la jurisprudence et dans la médecine. +CI. + +=Fortune=. Instabilité des fortunes en France. (Allusion à Law.) XCIX. + +=Fouet=. Châtiment qu'on inflige aux femmes persanes. CLVII. + +=Fous=. Les Français «enferment quelques fous dans une maison, pour +prouver que les autres ne le sont pas.» LXXVIII. + +=Fragment= d'un ancien mythologiste, sur le fils d'Eole, Law. CXLII. + +=Français=. Leur activité: «ils courent, ils volent.» XXIV. + +Leur vanité, exploitée par Louis XIV, _Ibid._ + +Le roi les fait penser comme il veut. _Ibid._ + +Leurs perpétuelles accolades. XXVIII. + +Leur gaieté, leur liberté d'esprit inconnues aux Persans et aux +Turcs. XXXIV. + +Ils parlent beaucoup. LXXXIII. + +Leur badinage. LXIII. + +Leurs modes. C. + +Leur prééminence en toilette, cuisine, coiffures. CI. + +Leur amour de la gloire. XC. + +Ils ont pris de leurs voisins tout ce qui concerne le gouvernement +politique et civil. CI. + +Leur droit écrit, coutumier et canonique. _Ibid._ + +=France=. Sa population n'est rien en comparaison de celle de +l'ancienne Gaule. CXIII. + +Un des plus puissants États d'Europe. CIII. + +Allusion à la guerre avec l'Espagne, sous la Régence. CXXXII. + + +G + +=Gaité=. Gaieté des Français, inconnue des Persans, surtout des Turcs. +XXXIV. + +=Gale=. Remède recommandé contre la gale, gratelle, teigne, etc. +CXLIII. + +=Galice=, province d'Espagne, lieu de pèlerinage. XXIX. + +=Gardes=. En quelle occasion les rois de France se donnèrent des +gardes. CIII. + +=Gaules=. Colonies grecques dans les Gaules. + +Dans les temps les plus reculés, on ne voit guère de monarchies chez +les Gaulois. CXXXI. + +=Gemchid= (nom du fondateur légendaire de la royauté Perse), dervis du +brillant monastère de Tauris. Usbek lui énumère les conformités du +christianisme et de l'islamisme, et lui demande si les chrétiens +iront en enfer. XXXV. + +=Généalogiste=. Pauvre métier. Espérances que fonde un généalogiste +sur les enrichissements subits dûs au système de Law. CXXXII. + +=Gênes=, république, qui n'est remarquable que par ses bâtiments. +CXXXVI. + +=Gengiskan=, ses conquêtes mises au-dessus de celles d'Alexandre. +LXXXII. + +=Géomètre=. Esprit exclusif d'un géomètre, sa rencontre avec un +traducteur d'Horace. CXXIX. + +Les géomètres obligent un homme malgré lui d'être persuadé. CXXXV. + +=Géorgie=, royaume jadis vassal de la Perse. XCII. + +=Gloire=. C'est une nouvelle vie qu'on acquiert. + +Le désir de la gloire croît avec la liberté; la gloire n'est jamais +compagne de la servitude. + +Amour des Français pour la gloire. XC. + +=Glossateurs=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV. + +=Goa=. Les habitants de Goa prêtent vingt mille pistoles sur une des +moustaches de Jean de Castro. LXXVIII. + +=Gortz= (baron de), ministre suédois condamné à mort. CXXVIII. + +=Goths=, déposaient leurs rois dès qu'ils n'en étaient pas satisfaits. +CXXXI. + +=Gouvernements=, monarchiques en Europe, avec tempéraments; absolus en +Orient. CIII. + +Diversité des gouvernements en Europe. Le plus parfait est celui qui +va à son but à moins de frais et qui conduit les hommes selon leur +inclination. + +Supériorité rationnelle d'un gouvernement doux. LXXXI. + +La douceur du gouvernement, les républiques, Suisse et Hollande, en +sont une preuve constante, contribue à la propagation de l'espèce. +CXXIII. + +=Grâce=. Le droit de grâce, attribut des rois en Europe. CIII. + +=Grammairiens=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV. + +=Grands=. En Perse, il n'y a de grands que ceux à qui le monarque +donne quelque part au gouvernement. LXXXIX. + +=Gravitation=, la clef de la nature. XCVIII. + +=Gravité=. Causes de la gravité des Asiatiques. XXXIV. + +La gravité est le caractère saillant des Espagnols et des Portugais. +LXXVIII. + +=Grèce=, aujourd'hui réduite à la centième partie de ses habitants. +CXIII. + +Tira ses colonies d'Egypte et d'Asie, renversa ses tyrans, se divisa +en républiques qui tinrent en échec la Perse, répandirent les arts, +peuplèrent l'Italie, colonisèrent la Gaule, et l'Espagne. CXXXI. + +=Guèbres=. Antiquité de leur religion; mariage de la soeur avec le +frère, «usage introduit par Cambyse» (?) LXVII (_Aphéridon et +Astarté_). + +La persécution a privé la Perse de «cette nation si appliquée au +labourage» (allusion à l'édit de Nantes). LXXXVI. + +=Guerre=. Deux sortes de guerres justes: pour défendre le sol, pour +secourir un allié. + +La guerre, c'est la peine de mort transportée dans le droit public. + +La déclaration de guerre est régie par les mêmes principes que +l'accusation en droit privé. XCVI. + +Il n'y a jamais eu autant de guerres civiles que dans l'empire du +Christ. XXIX. + +Les guerres de religion ne sont pas dues à la multiplicité des +religions, mais à l'intolérance. LXXXVI. + +=Guerrier=. Vanité et babil du vieux guerrier. Les officiers médiocres +languissent dans les emplois obscurs. XLVIII. + +=Guilan=, province où Cha-Abbas déporta les Arméniens. CXXII. + +=Guinée=. Vanité d'un roi de Guinée dont tous les ornements +consistaient en sa peau noire et luisante et quelques bagues. XLIV. + +Ses côtes dépeuplées par la traite des nègres; + +Ses rois vendent leurs sujets. CXIX. + +=Guitare=. Abus qu'en font les Espagnols. LXXVIII. + +=Guriel=, petit État d'Asie, peu peuplé. CXIII. + +=Gustape= (Hystaspe), nom d'un héros perse, quatrième roi de l'antique +dynastie Kaïanienne, sous lequel vivait Zoroastre. LXVII. + +Les Tartares se sont assis sur le trône de Cyrus et Gustape. LXXXII. + + +H + +=Habillement=, son influence sur la curiosité publique en France. XXX. + +=Hagi=, qui a fait le pèlerinage de la Mecque. XXXIX. + +=Hassein=, dervis de la montagne de Jaron. Usbek lui adresse la lettre +sur les philosophes rationalistes. XCVIII. + +=Hérésie=. Les savants en sont naturellement accusés. CXLV. + +=Hérétiques=. Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle +sans avoir présenté au moins une distinction. XXIX. + +Brûlés par les dervis en Espagne et Portugal. LIX, LXXVIII. + +Allusion à l'édit de Nantes. LIX. + +=Héros=, se ruinent à conquérir des pays qu'ils perdent soudain. +CXXII. + +Les héros de roman français et orientaux. CXXXVII. + +=Hibernois= (?), chassés de leur pays, viennent utiliser en France +leur talent pour la dispute. XXXVI. + +(Note de l'édition Lefèvre. 1820.) + +=Historiens= de l'Église, de la décadence romaine, de l'empire +d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande, +d'Italie, de Suisse, de Venise, de Gênes, du Nord, de la Pologne. + +Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI. + +=Hohoraspe= (le cheval de l'asoura ou le cheval-être), divinité +persique (?), nom donné à un fabuleux Cambyse, père de Gustape et +troisième roi de la dynastie Kaïanienne. LXVII. + +=Hollande=, république citée avec éloge. LXXII. + +Seconde reine de la mer, respectée en Europe, formidable en Asie. +CXXXVI. + +Les Hollandais poussèrent les colonies portugaises à la révolte pour +s'en emparer. CXXII. + +=Homère=. Dispute sur les poëmes et le mérite d'Homère. XXXVI. + +=Hommes= (en général) nés pour être vertueux; la justice leur est +aussi propre que l'existence. X. + +Ils rapportent tout à leurs idées, XLIV; à leurs souvenirs, LIX; +s'exagèrent leur place dans l'univers, LXXVI; cèdent trop volontiers +aux passions et à l'intérêt immédiat qui leur voilent les avantages +de la justice, si nécessaire à leur sécurité et à leur bonheur. +LXXXIV. + +La fausseté de leurs espérances et de leurs craintes les rend +malheureux. CXLIII. + +Il semble que le fait d'être assemblés en grand nombre rétrécisse +leur esprit. CX. + +Ils n'ont sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique. Ils sont les plus +forts. XXXVIII. + +Les soupçons et la jalousie les mettent dans la dépendance des +femmes. LXII. + +Hommes lâches qui abandonnent leur foi pour une médiocre pension. +CXLV. + +=Hommes a bonnes fortunes=, leur fatuité, leur indignité sociale. +XLVIII. + +=Honneur=. Le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la +vertu, semble être établi dans les républiques. + +Un sujet blessé dans son honneur par son prince quitte sur-le-champ +sa cour, son emploi, son service. XC. + +=Huguenots=. La persécution qui les a jetés en exil n'a point profité +à la France. LX. + +=Humanité=. Les devoirs de l'humanité priment les règles de la +religion. A ce point que toutes les religions les ont inscrits en +tête de leurs préceptes. XLVI. + + +I + +=Ibben=, un des correspondants ordinaires d'Usbek et de Rica, +négociant à Smyrne, oncle de Rhédi. XXIII, XXIV, XXV, XXIX, XXX, +XXXIV, XXXVII, XXXVIII, XL, LV, LVI, LX, LXVIII, LXXVI, LXXVII, +LXXXIII, XC, CXIX, CIII-CV, CVIII, CXXVIII, CXXXVIII. + +=Ibbi=, esclave qui a suivi Usbek, correspondant du grand eunuque +noir. IX. + +=Ibbi= (hagi), écrit à Ben Josué sur la naissance merveilleuse de +Mahomet. XXXIX. + +=Ignorance=. Les monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance et +ne subsistent que par elle, témoins les royautés d'Orient. CVI. + +Heureuse ignorance des musulmans. _Ibid._ + +=Ignorants=. Un ignorant se dédommage en méprisant le mérite. CXLV. + +=Iles= peuplées par des malades que quelques vaisseaux y avaient +abandonnés. (L'île de France et la Réunion.) CXXII. + +=Immaums= (Imans), saints et prophètes musulmans. Il y en a douze (les +douze premiers successeurs de Mahomet). Treizième iman est un +compliment comme dixième muse. Les imans sont des prêtres chargés de +faire la prière publique, de prêcher le vendredi; ils assistent à la +circoncision, aux mariages, aux enterrement XVI, XCIV. + +=Immeubles=. Deux appréciations de ce genre de biens. CXXXII. + +=Immortalité= (de l'âme). On y croit par semestre. LXXV, + +Pour «mourir du côté de l'espérance.» _Ibid._ + +=Impie=. Impie ou dévot, selon le tempérament, la digestion, la santé. +LXXV. + +=Impôts=. Ils pèsent sur l'agriculture, l'industrie, CXXV, + +Et la nourriture du peuple. _Ibid._ + +Le vin, très-imposé, est cher à Paris. XXXIII. + +=Impureté=, viandes immondes, impureté des cadavres. + +«Les choses ne sont en elles-mêmes ni pures, ni impures... La boue +ne nous paroît sale que parce qu'elle blesse notre vue ou quelque +autre de nos sens.» XVII. + +Légende musulmane sur l'impureté du cochon et du rat. XIX. + +=Inde=. Les «hommes de chair blanche» dans l'Inde. Leur orgueil. +LXXVIII. + +=Industrie=. Les revenus industriels supérieurs à ceux de +l'agriculture. + +Avec une pistole de couleurs le peintre en gagne cinquante, etc., +etc. CVII. + +=Infaillibilité= de ceux que l'Esprit-Saint éclaire--et qui ont grand +besoin d'être éclairés. CII. + +=Injustice=. Les hommes peuvent faire des injustices, parce qu'ils ont +intérêt de les commettre; nul n'est mauvais gratuitement. LXXXIII. + +=Inquisition=. Elle sévit en Espagne et en Portugal. Sa cruauté et son +hypocrisie. XXIX. + +Elle ne fait jamais brûler un juif «sans lui faire des excuses.» +LXXVIII. + +Elle présume l'accusé coupable. XXIX. + +=Instabilité= des honneurs et des fortunes en Orient. Aujourd'hui +général, cuisinier demain. XC. + +=Intercesseur=. Chrétiens et mahométans croient à la nécessité d'un +intercesseur auprès de Dieu. XXXV. + +=Intérêt=. «L'intérêt particulier se trouve dans l'intérêt commun.» +XII. + +La raison de l'injustice est toujours «une raison d'intérêt.» +LXXXIV. + +Leur intérêt est toujours ce qu'ils (les hommes) voient le mieux. +_Ibid._ + +«L'intérêt est le plus grand monarque de la terre.» CVII. + +=Interprètes=, ont cherché dans l'Ecriture la confirmation de leurs +idées particulières. CXXXIV. + +=Intolérance=, ses résultats funestes, son iniquité. LXXXVI. + +=Intrigants=, souffleurs, magiciens, devins, femmes fardées, gens de +loi, maîtres de langues et d'arts, boutiquiers, etc. LVIII. + +=Invalides=. Éloge des Invalides. LXXXV. + +=Irimette=, petit royaume voisin de la Perse. CXIII. + +Fort dépeuplé. _Ibid._ + +=Irréligion=. Les savants en sont nécessairement accusés. CXLV. + +=Isben-Aben=, historien arabe. XXXIX. + +=Isis=, divinité égyptienne, symbolisant l'autorité de la femme. +XXXVIII. + +=Ispahan= (ville des chevaux, ou du soleil considéré comme le coursier +céleste), capitale de la Perse, dépérit et serait changée en désert +par la polygamie, si les rois n'y transportaient sans cesse des +nations entières. CXV. + +=Italie=, partagée en un nombre infini de petits États ouverts comme +des caravansérails. CIII. + +Au temps des premières colonies grecques, il n'y avait guère de +monarchies en Italie. CXXXI. + +Jadis maîtresse du monde, aujourd'hui esclave des autres nations. +CXXXVI. + + +J + +=Jalousie=. Jalousie musulmane. VI. + +Jalousie française. LV. + +Jalousie espagnole. LXXVIII. + +La jalousie des hommes prouve leur dépendance. LXII. + +Jalousie mutuelle des sectes religieuses; elle descend jusqu'aux +particuliers. LXXXVI. + +=Jaloux=. Ridicules en France. LV. + +=Jamblique=, purgatif. CXLIII. + +=Jansénistes=, désignés. XXIV. + +=Japhet= raconte, par ordre de Mahomet, les légendes de l'arche de +Noé. XVIII. + +=Jaron=, eunuque noir en correspondance avec le grand eunuque. XV, +XXII. + +=Jésuites=. Constitution des Jésuites, purgatif violent; + +Pièces des Jésuites français, vomitif puissant. CXLIII. + +=Jeu=. «Très en usage en Europe: c'est un état que d'être joueur.» +LVI. + +Les jeux de hasard interdits par Mahomet. _Ibid._ + +=Jeunes=. Les chrétiens en ont comme les musulmans. XXXV. + +=Joueuses=, leur portrait. LVI. + +=Journalistes=. Ils ne parlent que des livres nouveaux et flattent les +auteurs. CIX. + +=Journaux=. Livres par fragments. Leurs avantages et leurs défauts. + +Ils flattent la paresse. CIX. + +=Judaïsme=, «vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert +toute la terre.» LX. + +=Juges=. Ils ne s'enflent point d'une vaine science. Les avocats +travaillent pour eux. LXVIII. + +Ils présument qu'un accusé est innocent. XXIX. + +=Juifs=. Ils font en France ce qu'ils font en Perse. Leur obstination +invincible pour leur religion. LX. + +«Ils n'ont jamais eu dans l'Europe un calme pareil à celui dont ils +jouissent... On s'est mal trouvé en Espagne de les avoir chassés.» +_Ibid._ + +Les Juifs lèvent les impôts en Turquie; persécutés par les pachas. +XIX. + +Ils achètent les enfants. LXVII. + +Les Juifs se maintiennent et multiplient, par l'espoir d'engendrer +un Messie. CXX. + +Transportés en Sardaigne par les Romains. CXXII. + +=Justesse=, «Martyr de sa justesse» un esprit trop régulier, trop +géométrique, ressemble à Tarquin, à Thrasybule ou à Périandre +coupant avec leur épée «la tête des fleurs qui s'élevaient au-dessus +des autres.» CXXIX. + +=Justice=. Les hommes sont «nés pour être vertueux; la justice est une +qualité qui leur est aussi propre que l'existence.» X. + +La justice est inséparable de la solidarité, de la garantie mutuelle +du droit. + +«L'intérêt des particuliers se trouve dans l'intérêt commun.» XII. + +La justice est un rapport de convenance qui se trouve réellement +entre deux choses. + +Dès qu'on suppose que Dieu voit la justice, il faut nécessairement +qu'il la suive. + +Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la +justice. + +La justice est éternelle. Si elle ne l'était pas, ce serait une +vérité terrible qu'il faudrait se dérober à soi-même. + +Plaisir d'être juste. LXXXIV. + +La justice est violée par le droit public faussé. XCV. + +En France elle se mêle de tous les différends de famille; elle est +toujours contre le mari jaloux, le père chagrin, le maître +incommode. LXXXVII. + +=Justice divine=, incompatible avec la prescience. LXIX. + + +L + +=Lacédémone=. Les récompenses à Lacédémone. XC. + +Si Lycurgue avait établi que les maris changeassent de femmes tous +les ans, il en serait né un peuple innombrable. CXVII. + +=Lapin=, immonde pour le juif. Discussion du Juif, du Turc, de +l'Arménien, du brachmane à propos d'un lapin. XLVI. + +=Laquais=. En France, le corps des laquais est un séminaire de grands +seigneurs. XCVIII. + +Leurs enrichissements subits par la spéculation. + +Leur vanité. CXXXVIII. + +=Law=. Un étranger est venu... qui a tourné l'État comme un fripier +tourne un habit, etc. CXXXVIII. + +Son portrait allégorique en tant que fils d'Eole. CXLII. + +Corruption qui résulte du système et de l'agiotage effréné. CXLVI. + +=Légendes mahométanes= sur les viandes et les animaux immondes, XVIII. + +Sur la naissance de Mahomet. XXXIX. + +=Législateurs=, leurs défauts ordinaires et leurs ridicules: +étroitesse, puérilité, subtilité, emploi d'une langue morte, etc. +LXXIX. + +=Lèse-majesté=, seul crime politique qui entraîne la mort pour les +grands d'Europe. CIII. + +Selon les Anglais, c'est le crime que le plus faible commet contre +le plus fort, aussi bien s'il est roi que s'il est peuple. CV. + +=Lettres=, avantages du roman par lettres: «l'on rend compte soi-même +de sa situation actuelle; ce qui fait plus sentir les passions, que +tous les récits qu'on en pourrait faire.» + +(_Quelques réflexions sur les_ Lettres Persanes.) + +Lettres intercalées dans d'autres: + +D'une comédienne perdue par un jeune abbé. XXVIII. + +D'une jeune russe qui veut être battue. LI. + +D'un Français voyageant en Espagne. LXXVIII. + +D'un savant. CXLV. + +Trois de nouvellistes. CXXX. + +D'un antiquaire. CXLII. + +D'un médecin de province. CXLIII. + +=Lever=. La présence assidue au lever du roi est un titre aux +libéralités et aux faveurs. XXXVII, CXXV. + +=Libéralités=. Grâces et pensions accordées par les princes aux +courtisans, aux dépens de l'agriculture et de l'industrie. CXXIV. + +=Liberté= supprimée par la prescience divine. Liberté d'indifférence. +LXIX. + +La liberté existe surtout dans les républiques; favorable à la +propagation de l'espèce et aux progrès de l'opulence. Elle attire +les étrangers. CXXIII. + +La liberté semble faite pour le génie des peuples d'Europe. CXXXI. + +La liberté chez les ancêtres des peuples du Nord. _Ibid._ + +=Libre arbitre=, incompatible avec la prescience. LXIX. + +=Lionne= (M. de L.) président des nouvellistes. CXXX. + +=Livourne=, ville nouvelle, témoignage du génie des ducs de Toscane. +XXIII. + +=Livres=. Contre les faiseurs de livres inutiles. + +Respect qu'on doit aux ouvrages originaux. LXVI. + +Absence de bon sens dans les livres espagnols, romans ou +scolastiques. Exception en faveur de Don Quichotte. LXXVIII. + +Le sujet est délayé selon le format des livres. CIX. + +Jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune +raison de leur préférer les nouveaux. _Ibid._ + +Les diverses espèces de livres. CXXXIII-CXXXVII. + +=Lois=. Lois variables des législateurs. + +Lois éternelles, immuables, de la nature. XCVIII. + +Lois anciennes établies par les rois Francs, oubliées pour des lois +romaines en partie rédigées par les Byzantins. + +Ajoutez les constitutions des papes et quelques coutumes de villes +et provinces, récemment rédigées; plus les commentaires, les +formalités et la jurisprudence. + +«Cette abondance de lois, en France, accable également la justice et +les juges.» CI, LXXIX. + +Il ne faut toucher aux lois que d'une main tremblante. LXXIX. + +Les lois contre les suicidés sont injustes parce qu'elles sont sans +objet. Elles ne lient pas les morts. LXXVI. + +Chez les barbares germaniques, les lois étaient faites dans les +assemblées de la nation. CXXXI. + +=Louis= XIV, son portrait, sa dévotion, sa puissance, sa maîtresse, +ses ministres, sa vieillesse. XXIV, XXXVII. + +Trop peu modéré envers les ennemis. XXIV. + +Son goût pour les femmes. CVIII. + +Sa mort et son testament. XCIII. + +Son amour pour la politique orientale, c'est-à-dire le despotisme. +XXXVII. + +=Louis= XV, son enfance. XCIII. + +Son portrait. Les espérances qu'il donne. CVIII. + +=Lucifer= jeté au fond de la mer, lors de la naissance de Mahomet, +nage quarante jours. XXXIX. + +=Lumière=, son trajet du soleil à la terre. XCVIII. + +=Lunettes=, insignes de la gravité espagnole et portugaise, symbole de +science. LXXVIII. + +=Luxe=, nécessaire à la prospérité des nations. CVII. + + +M + +=Mages=, prêtres du magisme ou mazdéisme. LXVII. + +Adorateurs du soleil, des étoiles, du feu et des éléments; + +Mais leur religion, calomniée par les musulmans, est, selon +Montesquieu, un pur monothéisme. _Ibid._ + +(Le mazdéisme est une polythéisme dualiste où la lumière et les +ténèbres (le bien et le mal) luttent dans le temps et l'espace sans +bornes.) + +Les mages enseignaient que les actes les plus méritoires sont: faire +un enfant, labourer un champ, planter un arbre. CXX. + +=Magiciens=. Ils promettent «de vous faire coucher avec les esprits +aériens, pourvu que vous soyez seulement trente ans sans voir de +femmes.» LVIII. + +=Magie=. Les savants en sont accusés. CXLV. + +=Magistrats=. Ils doivent rendre la justice de citoyen à citoyen. +XCVI. + +=Mahomet=, sa naissance merveilleuse. XXXIX. + +Il naît circoncis. _Ibid._ + +Ses prescriptions relatives aux viandes immondes. XVIII. + +Il a enchaîné Satan et l'a précipité dans les abîmes; + +Il a purifié la terre. XCIV. + +=Mahométans=. Plus persuadés de leur religion que les chrétiens. LXXV. + +Croient à la vertu des amulettes et talismans. CXLIII. + +=Mahométisme=. Peu favorable à la propagation de l'espèce humaine. +CXV. + +Issu du judaïsme, LX. + +Comparé au christianisme, XXXV. + +Ferme la vie future aux femmes. LXVII. + +Etabli par conquête et non par persuasion. _Ibid._ + +=Maimbourg=, bon contre l'asthme. CXLIII. + +(Louis Maimbourg, né à Nangis en 1610, exclu de la compagnie de +Jésus par Innocent XI, pour avoir écrit contre Rome, en faveur du +clergé de France (1682); mort en 1686.) + +=Maine= (duc du). Arrestation du duc du Maine, oncle naturel du roi +mineur. CXXVII. + +=Maîtres de sciences=, =arts=, etc., enseignent souvent ce qu'ils +ignorent. LVIII. + +=Maîtresse=. Maîtresse et confesseur, les deux grandes épreuves d'un +roi. CVIII. + +Une femme est la maîtresse d'un ministre, non pour coucher avec lui, +mais pour lui présenter cinq ou six placets tous les matins. _Ibid._ + +Louis XIV a une maîtresse de quatre-vingts ans. XXXVII. + +=Malheurs=. Pour un vrai musulman, les malheurs sont moins des +châtiments que des menaces. LXXVII. + +=Malte= (chevaliers de), bravent l'empire ottoman. XIX. + +=Mandement=. Evêque qui a «bien sué» pour le faire. CII. + +=Marchandes=. A Paris «une jeune marchande cajole un homme une heure +entière, pour lui faire acheter un paquet de curedents.» LVIII. + +Nombre infini de jeunes marchandes aux abords du palais. LXXXVII. + +=Mariages=. Il y a «des mariages heureux et des femmes dont la vertu +est un gardien sévère.» XLVII. + +Mariages d'eunuques: Cosrou et Zélide. LIII; Astarté, soeur +d'Aphéridon. LXVII. + +Mariages entre frère et soeur. _Ibid._ + +Avanie faite par Suphis à sa jeune femme. LXX. + +Charges du mariage chez les musulmans. CXV. + +Chez les chrétiens, l'interdiction du divorce porte atteinte à la +fin même du mariage. CXVII. + +Le mariage chrétien est une image, une figure, un mystère +incompréhensible. _Ibid._ + +En fait, il est stérilisé par l'impuissance de le rompre. _Ibid._ + +Mariages précoces causés par la crainte d'un enrôlement forcé. De +là, dépopulation. CXXIII. + +=Maris=. Facilité des maris français. + +Les jaloux sont haïs et ridicules. LV. + +Les maris eunuques «n'ont pas sur leurs femmes la même autorité que +les autres.» LXVII. + +Une veuve indienne renonce au bûcher dès qu'elle sait que son mari +l'attend au ciel. CXXVI. + +=Matière=, son mouvement universel. CXIV. + +Quelques-uns ne peuvent comprendre qu'elle n'ait que six mille ans. +_Ibid._ + +=Maures=. Vide irréparable causé en Espagne par l'expulsion des +Maures. CXXII. + +=Mazarin=. Pataquès qu'on lui prête, chanson qu'on fait sur lui. +Allusion à ses pages. CXII. + +=Mécontents=. Vieux guerrier. XLVIII. + +Vieilles femmes, goutteux, vieux seigneurs, ecclésiastiques, etc. +LIX. + +=Mecque= (la). Les musulmans croient s'y purifier des souillures +contractées parmi les chrétiens. XV. + +=Médecine=. Ravages de la _forme_ en médecine. CI. + +Les livres de médecine font trembler, même quand ils traitent des +maladies les plus légères. CXXXV. + +=Médecins=. Toujours trop estimés ou trop méprisés. Les héritiers s'en +accommodent mieux que des confesseurs. LVII. + +Lettre d'un médecin de province. CXLIII. + +«Il y a dans tous les coins de Paris des gens qui ont des remèdes +infaillibles contre toutes les maladies imaginables.» LVIII. + +=Médiocrité= (d'esprit). L'homme médiocre est en général préféré à +l'homme d'esprit. CXLV. + +=Méditerranée=. Décadence de ses côtes. CXIII. + +=Méhémet-Ali=, mollak, gardien des trois tombeaux, à Com, +correspondant d'Usbek. XVI, XVII, XVIII, CXXIV. + +=Mercure= (vif-argent), son usage continuel et forcé fait périr par +milliers les indigènes de l'Amérique espagnole. CXIX. + +=Messianiques=, croyances juives. Point de famille juive qui n'espère +engendrer le messie. CXX. + +=Mesure= des fluides et des liquides, des esprits interplanétaires. +XCVIII. + +=Métaphysique=. L'infini s'y rencontre partout. CXXXV. + +=Métempsycose= alléguée par un brachmane contre un mangeur de lapin. +XLVI. + +=Meurtre=. Les curieux qui regardent les Persane de trop près sont +tués impunément par les eunuques, même dans une rivière et hors du +sérail. XLVII. + +=Mexique=. Orgueil et paresse des conquérants espagnols au Mexique. +LXXVIII. + +=Mines=. Sont, en Amérique, le tombeau des indigènes et des nègres. +CXIX. + +Le roi d'Espagne possède des mines d'or. XXIV. + +=Ministres=. Enclins à calomnier la nation; toujours plus méchants que +le prince dont ils attisent les haines. Le premier ministre de +Charles XII, condamné à mort. CXXVIII. + +Louis XIV a un ministre de dix-huit ans. XXXVII. + +Les ministères se succèdent comme les saisons. CXXXVIII. + +Danger de l'autorité sans bornes des ministres de Louis XIV. _Ibid._ + +Le mauvais exemple donné par un ministre est un crime. CXLVI. + +=Minorité=. On ne lit plus que des mémoires sur la minorité de Louis +XIV. CXII. + +=Miracle chimique= manifesté dans une mixture d'infusion Quesnel et +d'infusion Lallemand. CXLIII. + +=Miracles=. «Pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit par cent +mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir examiné si +aucune de ces causes n'a agi; ce qui est impossible.» CXLIII. + +=Mirza=, ami et correspondant d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, LXXXVI. + +Mirza (de _Mard_=_mort_-alis. = [Grec: mbrot-os], homme) est un +titre honorifique persan que les gens de lettres mettent avant leur +nom et les princes après. + +=Misère=. Chez les peuples misérables, l'espèce perd et même dégénère. +CXXIII. + +Le pauvre évitera de faire des enfants plus pauvres que lui. _Ibid._ + +=Mode=. Ses caprices étonnants chez les Français. C. + +C'est d'après elle qu'ils jugent «tout ce qui se fait chez les +autres nations.» CI. + +=Modestie=. Vertu nécessaire au talent. L. + +Eloge des hommes modestes. CXLIV. + +=Moeurs.= Les Français changent de moeurs selon l'âge de leur roi. +C. + +=Mogol=. Le grand Mogol se fait peser tous les ans. XL. + +Les Tartares dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du +Mogol. LXXXII. + +Expulsion d'un ambassadeur mogol. CXXVII. (Allusion à la +conspiration de Cellamare.) + +=Moines=. Voy. Dervis. + +=Moise= n'enseigne pas le dogme de la prescience absolue. LXX. + +=Molina=. Emollient. CXLIII. (Casuiste espagnol, XVIe siècle.) + +=Mollaks= (ou mollahs), prêtres musulmans, qui «me désespèrent avec +leurs passages de l'alcoran.» Lettre X. + +(En Perse, les mollahs sont des prêtres; en Turquie des juges.) + +=Monachisme=, porte partout la mort. CXVIII. + +=Monarchie=. État où la vertu n'est plus qu'obéissance au caprice d'un +seul. XIV. + +Très-inférieure moralement au régime républicain, elle abaisse le +niveau des moeurs en substituant à la loi et à la vertu l'autorité +et l'arbitraire. _Ibid._ + +La monarchie pure, état violent qui dégénère toujours en despotisme +ou en république. CIII. + +=Monde=. N'a-t-il que six mille ans? Il ne faut pas compter ses +années. CXIV. + +Dépopulation croissante du monde. Ses causes. CXIII et suivantes. + +=Monde= (nouveau). Découvertes immenses et dévastatrices des Portugais +et des Espagnols. LXXVIII. + +=Monde romain=, mieux organisé pour la propagation de l'espèce que les +mondes chrétien et musulman. CXV. + +=Monnaies=. Le décri des monnaies est un artifice financier proche du +faux-monnayage et pratiqué par Louis XIV. XXIV. + +=Montesquieu= paraît se peindre dans Usbek. XLVIII, Ibben, LXXVII, +Rica, CXXVII. + +Semble annoncer la _Décadence des Romains_. CXXXVI. + +=Morale=. Les livres de morale, plus utiles que les ouvrages de +dévotion. CXXXIV. + +=Mortifications=. Chrétiens et musulmans en usent pour fléchir la +miséricorde divine. XXXV, XCIV. + +=Moscovie=. Les Tartares «ont soumis la Moscovie.» LXXXII. + +=Mouches=. Leur abus. C. + +=Moustache=, importance de la moustache en Espagne et en Portugal. + +La moustache de Jean de Castro. LXXVIII. + +=Mouvement=. Ses lois constituent le système du monde. XCVIII. + +La nature y est soumise, sans exception, _Ibid._ + +Et la terre n'y peut échapper. CXIV. + +=Mustapha= proclamé, à la place d'Osman, empereur des Turcs. LXXXI. + +=Musulman=. Sa vie est laborieuse. La polygamie l'épuise. CXV. + +=Mystiques=, dévots qui ont le coeur tendre. Leurs extases, délire +de la dévotion. Leurs livres. CXXXIV. + +=Mythologiste=. Fragment d'un ancien mythologiste (portrait +allégorique de Law). CXLII. + + +N + +=Nadir=. Eunuque blanc, trouvé seul avec Zachi. XX, XXI. + +=Naissance=. Il y a en Europe des sens qui sont grands par leur +naissance. LXXXIX. + +=Nargum=, ambassadeur Persan à Moscou. LI, LXXXII. + +=Narsit=, eunuque peu clairvoyant. CXLIX, CL, CLII. + +=Nathanael Lévi=, médecin juif à Livourne, croit aux talismans CXLIII. + +=Nations=. Leurs rapports, d'où résulte la notion du droit public. +Deux peuples ne peuvent s'allier pour l'oppression d'un troisième. +XCVI. + +=Nature=. Elle a perdu sa fécondité des premiers temps CXIII. + +Elle agit avec lenteur et épargne. Si on la surmène, elle tombe dans +la langueur et perd sa force génératrice. CXV. + +=Nègres=. Leurs dieux sont noirs et leur diable blanc. LIX. + +Leurs rois les vendent comme esclaves. CXIX. + +Et les princes chrétiens autorisent la traite. LXXV. + +Les noirs d'Afrique meurent par milliers dans les mines américaines. +CXIX, CXXII. + +=Nessir=, ami et correspondant d'Usbek. VI, XXVII, CLV. + +=Noailles= (N***), ministre hardi qui prit le fer à la main, etc. +CXXXVIII. + +Connu par son esprit, il honore de ses plaisanteries les traitants +livrés à la chambre de justice. XCIX. + +=Noblesse=. «En Espagne, c'est sur des chaises que la noblesse +s'acquiert.» LXXVIII. + +Les laquais enrichis voudront se faire nobles. Espoir d'un +généalogiste. CXXXII. + +=Nord=. Autrefois plein d'hommes; est fort dégarni. CXXIII. + +C'est du Nord qu'une foule de nations inconnues fondirent sur +l'empire romain; + +Ces peuples étaient libres, et leurs rois n'étaient que des +généraux. CXXXI. + +Ils n'étaient point barbares puisqu'ils étaient libres; ils le sont +devenus. CXXXV. + +=Notre-Dame=. Superbe édifice. LXI. + +=Nouvellistes=. Inventeurs de nouvelles. Leurs ridicules, leurs +prédictions, leurs paris. Lettres plaisantes de nouvellistes à des +particuliers et à des ministres. Leurs lieux de réunions. Leur +président, le comte de Lionne. CXXX. + +Nouvelliste trembleur. CXXXII. + + +O + +=Obéissance=; n'est pas une vertu anglaise. Les Anglais la fondent sur +la gratitude. CV. + +=Occultes=. Livres de science, ou mieux d'ignorance occulte, plus +pitoyables qu'exécrables. CXXXV. + +=Opéra=. Lettre de la plus vertueuse actrice de l'Opéra. XXVIII. + +=Opéras nouveaux=. Vomitif. CXLIII. + +=Opulence= toujours compagne de la liberté des peuples. CXXIII. + +=Omar=, troisième successeur de Mahomet, au mépris des droits d'Ali. +Les persans, Chiites, c'est-à-dire sectateurs d'Ali, disent qu'Omar, +Apôtre des Sonnites «a dévoyé» les enfants du prophète. CXXIV. + +=Or=. Le roi de France n'a pas de mines d'or comme le roi d'Espagne. +XXIV. + +L'or et l'argent, prix de toutes marchandises, gage de leur valeur. +Pernicieux effets de leur diffusion. CVI. + +Nombre innombrable d'hommes sacrifiés pour extraire l'or et l'argent +du fond de la terre. CXIX. + +=Oraisons funèbres=. Leur fausseté. XI. + +Entrent dans le vomitif du docteur de province, sauf celles de +Fléchier. CXXXV. + +=Orateurs=. Leur talent de persuader indépendamment des raisons. +CXXXV. + +=Ordonnance=, concernant les services des courtisans et +l'établissement des impôts nécessaires aux libéralités des princes. +CXXV. + +=Orgueil=. Orgueil de l'homme, qui veut «être compté dans l'univers.» +LXXXVII. + +Orgueil de religion et de race chez les Portugais et les Espagnols. +LXXVIII. + +Les _vieux chrétiens_ en Espagne; + +Les _blancs_ en Amérique. _Ibid._ + +=Orientales=. moins gaies que les Européennes. XLVIII. (Voir +_Femmes_.) + +=Orientaux=. Le sérail tue leurs désirs sans éteindre leur jalousie. +VI. + +Leur gravité, la froideur de leurs relations. XXXIV. + +Leurs poésies, leurs romans. CXXXVII. + +Le despotisme de leurs princes et la rigueur des châtiments les +portent à la révolte et aux derniers excès. LXXXI, CIII. + +=Osman=, sultan déposé par des suppliants. LXXXI. + +=Osmanlins=. Voir Turcs. + + +P + +=Paganisme=, favorable à la propagation de l'espèce humaine. CXV. + +Supérieur au mahométisme par l'interdiction de la polygamie, au +christianisme par la permission du divorce. _Ibid._ et CXVII. + +=Palais=. Lieu où se rend la justice, ses abords. Aspect lugubre des +salles et des magistrats. LXXXVII. + +=Palestine=. Déserte depuis la destruction des Juifs par Adrien. +CXXII. + +=Pape=. «Magicien» plus fort que le roi, dont il dirige l'esprit, lui +faisant croire «que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange +n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin.» XXIV. + +Chef des chrétiens, «vieille idole qu'on encense par habitude»; il +déposait les rois; il se dit successeur d'un des premiers chrétiens, +qu'on appelle saint Pierre; il donne des dispenses. XXIX. + +Effet de l'histoire des papes sur l'esprit du lecteur. CXXXVI. + +=Papier d'état=. Louis XIV en abuse. XXIV. + +(Décri des monnaies). _Ibid._ + +=Paracelse=. Purgatif. CXLIII. + +=Paradis=. Lieu de délices pour les chrétiens comme pour les +musulmans. XXXV. + +Les femmes en sont exclues par Mahomet. XXIV. + +Embarras des religions pour donner une idée des plaisirs assurés aux +élus: musique, circulation éternelle de par le monde, souvenir des +amours terrestres. Toutes inventions ridicules. CXXVI. + +Le paradis des femmes, conte persan. Les plaisirs et les vengeances +de l'immortelle Anaïs. CXLI. + +=Parfumeuses= qui réparent «par la force de leur art toutes les +injures du temps.» LVIII. + +=Paris=. «Siége de l'empire d'Europe.» XXIII. + +«Aussi grand qu'Ispahan;» + +Ville «bâtie en l'air;» extrêmement peuplée; embarras des rues; +XXIV. + +Extravagante curiosité des Parisiens pour tout ce qui sort de +l'usage reçu. XXX. + +Cherté du vin à Paris. XXXIII. + +Usage du café à Paris; les cafés. XXXVI. + +Paris, rendez-vous de tous les exploiteurs: alchimistes, magiciens, +devins, entremetteuses, chercheurs de bénéfices, maîtres de langues, +d'arts et de sciences, enseignant «ce qu'ils ne savent pas,» +médecins, empiriques, marchands et marchandes accortes, tous ces +gens-là cherchent à vivre dans une ville «qui est la mère de +l'invention.» L'étranger sort de Paris «plus précautionné qu'il n'y +est entré.» LVIII. + +=Paris= jugé par un Espagnol. LXXVIII. + +A Paris, règnent la liberté et l'égalité. Rien ne sauve un homme de +la foule. LXXXIX. + +=Paris= foyer de plaisir, donc d'art, de travail et d'industrie. CVII. + +=Parlements=. Grands corps, affaiblis par les moeurs, abattus par la +royauté; ruines qui rappellent un temple vénéré, image de la liberté +publique. Ils sont réduits aux fonctions judiciaires, et ne +retrouvent d'importance politique que dans quelques conjonctures +imprévues. + +Le régent a recours au parlement. XCIII. + +Le parlement de Paris relégué à Pontoise, pour s'être opposé aux +mesures exigées par Law. CXL. + +Ces compagnies facilement odieuses aux rois. _Ibid._ + +=Parties=. Parties de campagne où l'on veut s'amuser et où l'on +bâille. CXI. + +=Parure=. La parure d'une femme occupe cinquante artisans. CVII. + +=Paternité=. L'enfant né dans le mariage est censé être au mari. +LXXXVII. + +=Patrie=. «Je voudrais voir les noms de ceux qui meurent pour la +patrie écrits dans des registres qui fussent comme la source de la +gloire et de la noblesse.» LXXXV. + +=Paysan=. Riche ou pauvre, le rustique ou paysan peuple +indifféremment. CXIII. + +Les impôts pèsent principalement sur la nourriture et la famille du +paysan. CXXV. + +=Pécule=, propriété, mise de fonds et rançon de l'esclave antique. +CXVI. + +=Peines=. «Les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on +obéisse plus aux lois.» Témoin l'état moral de l'Asie. + +Ce qui importe, c'est la gradation dans le châtiment. LXXXI. + +=Pèlerinages= de la Mecque. XV. + +De saint Jacques en Galice. XXIX. + +=Perruquiers=. Les perruquiers français décident en législateurs sur +la forme des perruques étrangères. CI. + +=Persans=. Les plus tolérants de tous les mahométans. XXIX. + +Leur haine contre les Turcs. VII. + +Intempérance des monarques persans. XXXIII. + +=Persanes=. (Voir _Femmes_ et _Sérail_.) + +=Perse=. Les Tartares, «maîtres de la Perse.» LXXXII. + +Fort déchue de ce qu'elle était du temps des Xerxès et des Darius. +CXIII. + +La Perse antique était peuplée parce que les mages enseignaient un +dogme favorable à la propagation. CXX. + +=Peste=. Multitude de pestes mentionnées par l'histoire. Une, entre +autres, brûla jusqu'à la racine des plantes. CXIV. + +=Petits-maitres= au spectacle. XXVIII. + +Dans les conversations, parlent sans rien dire ou font parler leur +tabatière. Goûtés des femmes. LXXXIII. + +=Peuple=. L'abolition de l'esclavage retirait le bas peuple de la +puissance des seigneurs. LXXV. + +Caractère et destinée des différents peuples. CXXXVI. + +La puissance ne peut jamais être également partagée entre le peuple +et le prince. + +Le peuple en Europe et en Orient; + +Le peuple anglais devant la royauté. CIII-CV. + +=Pharan= ne veut pas être fait eunuque. XLI, XLII, XLIII. + +=Pharmacie nouvelle= extraite des ouvrages des philosophes, orateurs, +romanciers, poëtes, théologiens et casuistes. CXLIII. + +=Philosophes=; «laissés à eux-mêmes, privés des saintes merveilles, +ils suivent dans le silence les traces de la raison humaine.» +XCVIII. + +Leur supériorité sur les docteurs des religions diverses. _Ibid._ + +Plaisanteries contre Aristote, et surtout les scolastiques, dans la +lettre du médecin de province. CXLIII. + +Les philosophes (métaphysiciens) ont un mépris souverain pour +l'homme qui a la tête chargée de faits. CXLV. + +=Philosophie=, ne s'accorde pas avec la théologie. LXVI, CXL. + +=Physique=, bannit le merveilleux de l'univers. CXXXV. + +=Pierre le Grand=. Ses réformes, son humeur sévère. LI. + +=Plaisir=. La nature des plaisirs est d'être de courte durée. De là +l'embarras des religions et le ridicule des plaisirs éternels +qu'elles imaginent pour leurs paradis. CXXVI. + +=Plotin=. Purgatif. CXLIII. + +=Poëtes=. Singulière opinion sur les poëtes. XLVIII. + +Ils accablent la raison sous les agréments. + +Ils ne sont pas rares chez les orientaux. CXXXVII. + +Bucoliques, plaisent aux gens de cour; + +Dramatiques, poëtes par excellence, maîtres des passions; + +Epiques, sévèrement jugés; de là la froideur de Voltaire pour +Montesquieu. + +Lyriques, qui font de leur art une harmonieuse extravagance. +CXXXVII. + +=Point d'honneur=, tient à la passion de la gloire; caractère de +chaque profession; plus marqué chez les gens de guerre, a réglé +jadis la conduite des Français surtout des nobles; n'admet qu'une +solution, le duel. (V. _Duel_.) XCI. + +=Politesse=. En Espagne «un capitaine ne bat jamais son soldat sans +lui en demander permission, et l'inquisition ne fait jamais brûler +un juif sans lui faire ses excuses.» LXXVIII. + +=Politique=. En Asie, les règles de la politique sont partout les +mêmes. LXXXI. + +=Pologne=. N'a presque plus de peuples. CXIII. + +A mal usé de sa liberté et du droit d'élire ses rois. CXXXVI. + +=Polygamie=. _La polygamie triomphante_, livre où il est prouvé que la +polygamie est ordonnée aux chrétiens. XXXV. + +La polygamie, défendue par le paganisme romain. CXV. + +Elle engendre la langueur des hommes, l'étiolement des enfants, les +querelles des femmes condamnées à une continence forcée, la +fabrication des eunuques, le célibat des filles esclaves. C'est un +agent de dépopulation. _Ibid._ + +=Pompes funèbres=. Leur inutilité. XL. + +=Porphyre=. Purgatif. CXLIII. + +=Portes=, haussées, baissées ou élargies selon les parures des femmes. +C. + +=Portugais=. Voyez Espagne. LXXVIII. + +Leur douceur relative dans le gouvernement de leurs colonies. Ils +furent bientôt chassés de tous les pays qu'ils avaient découverts. +CXXII. + +=Poudre=. Depuis la poudre, plus d'asile contre l'injustice et la +violence. CVI. + +Mais depuis la poudre, batailles moins sanglantes. CVII. + +=Pourceau=. Pourquoi immonde? XVIII. + +=Pouvoir=. Il ne peut jamais être également partagé entre le peuple et +le prince. + +Le pouvoir des rois d'Europe est très-grand, modéré par leur +intérêt. CIII. + +Le pouvoir arbitraire, négation de la liberté et de l'égalité, +assurant aux princes toutes les richesses, enraye la propagation de +l'espèce. CXXIII. + +=Prescience divine=, ni absolue, ni infinie, sous peine de +contradiction et d'injustice. + +Si elle est intermittente, elle n'est plus que caprice et fantaisie. + +«L'alcoran et le livre des Juifs s'élèvent sans cesse contre le +dogme de la prescience absolue.» LXIX. + +Voir Dieu, Adam, liberté, âme. + +=Prestiges= qui font gagner des batailles: le terrain, le nombre, le +courage. CXLIII. + +=Prêtres=. Rôle difficile du prêtre dans le monde; sa neutralité +forcée. LVI. + +«L'envie d'attirer les autres dans son opinion est, pour ainsi dire, +attachée à sa profession.» _Ibid._ + +=Prière=. Postures exigées par les diverses religions. XLVI. + +Prêtres chrétiens et musulmans prient sept fois par jour. XXXV. + +=Prince=. Les querelles particulières du prince, le mécontentement des +ambassadeurs du prince, ne peuvent légitimer une guerre. XCVI. + +Il n'est pas de son honneur de s'allier avec un tyran. _Ibid._ + +Autorité illimitée des princes en Orient. CIII. + +En Europe, peu d'attentats contre la vie des princes. + +En Orient, sans précautions infinies, les princes ne vivraient pas +un jour. _Ibid._ + +En se cachant, les princes d'Orient font respecter la royauté et non +le roi. CIV. + +C'est un crime de lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses +sujets. CV. + +=Procédure=. «Formalités dont l'excès est la honte de la raison +humaine.» CI. + +=Propagation=. Conditions favorables à la propagation de l'espèce. + +=Divorce=; suppression du célibat religieux. CXV, CXVII. + +Accord du tempérament et du climat. CXXI. + +Liberté, égalité des droits et des fortunes. + +Gouvernement doux et républicain. CXXIII. + +=Proportion=. La proportion entre les fautes et les peines est comme +l'âme des États; gardée par les princes d'Europe, elle est sans +cesse renversée, à leurs dépens, par les rois d'Orient. CIII. + +=Propreté=. «La propreté, qui est l'image de la netteté de l'âme.» II. + +=Propriété=. L'incertitude de la propriété des terres ralentit +«l'ardeur de les faire valoir.» XX. + +=Prosélytisme=. Transmis des Egyptiens aux Juifs, des Juifs aux +mahométans et aux chrétiens; maladie épidémique; esprit de vertige; +éclipse entière de la raison humaine. LXXXVI. + +=Protestantisme=. Avantage du protestantisme sur le catholicisme, +suppression du célibat et des couvents. CXVIII. + +=Protestants=. Ils multiplient nécessairement plus que les +catholiques. De là accroissement de population, d'impôts, d'activité +agricole, industrielle, de travail et de richesses. CXVIII. + +=Providence=. Ce qui est pour le riche sagesse de la providence est +pour le pauvre aveugle fatalité du destin. XCVIII. + +Les musulmans laissent tout faire à la providence. CXX. + +L'homme ne trouble pas l'ordre de la providence lorsqu'il change les +modifications de la matière. LXXVI. + +=Puissance paternelle=. La plus sacrée de toutes les magistratures, +fortement établie par le droit romain; + +Montesquieu semble blâmer les Français de l'avoir restreinte. LXXIX. + +=Puissance royale=, ses progrès en France. CXXXVI. + +=Purgatifs=. 1º Mélange de philosophie scolastique; + +2º Extraits d'arrêts du Conseil et de Bulles et Constitutions de +jésuites. CXLIII. + + +Q + +Q. Quelques docteurs voulaient qu'on prononçât cette lettre comme un +K. (Querelle de Ramus.) CX. + +=Quiétisme=, sorte de mysticisme exalté. + +Un quiétiste n'est autre chose qu'un homme fou, dévot et libertin. +CXXXIV. + + +R + +=Rat=. Pourquoi immonde? XVIII. + +=Raymond Lulle= a cherché vainement le secret de la transmutation des +métaux. XLV. + +=Récompenses=. A Rome, Athènes, Lacédémone, l'honneur payait seul les +services les plus signalés. L'auteur d'une belle action y trouvait +sa récompense. XC. + +=Régence=, ses commencements. Désarroi où la mort de Louis XIV laisse +la France. CXXXVIII. + +=Régent= (le), son habileté. XCIII. + +Il fait casser par le Parlement le testament de Louis XIV. + +Il relègue le Parlement à Pontoise. CXL. + +=Régicide=. En Orient, le régicide monte sur le trône sans opposition. +Pourquoi? CIV. + +=Reine=. Exemple de tendresse conjugale donné par une reine de Suède. +CXXXIX. + +=Religion=. Distinction entre la foi et la vie laïque, fortement +établie. X. + +«Je ne leur parle pas (aux Mollaks) comme vrai croyant, mais comme +homme, comme citoyen, comme père de famille.» + +Chez les chrétiens elle est plus un sujet à disputes qu'un moyen de +sanctification. LXXV. + +La religion gagne les malades par ses promesses. LXXV. + +=Religions=. «Les plus proches sont les plus grandes ennemies.» LX. + +Avantages de la multiplicité des religions dans un État; + +Les guerres de religion suscitées par l'esprit d'intolérance. +LXXXVI. + +Il n'y a pas de religion qui ne prescrive l'obéissance et la +soumission. _Ibid._ + +Leur grand nombre embarrasse ceux qui cherchent la vraie. XLVI. + +Béatitudes qu'elles promettent aux élus. CXXVI. + +Dieu condamne-t-il ceux qui ne pratiquent pas celle qu'ils ne +peuvent connaître? XXXV. + +=Religions= (tolérées). Ceux qui vivent dans ces religions, plus +utiles que ceux qui suivent la religion dominante. Eloignés des +honneurs, ils n'en sont que plus portés à s'enrichir par le travail. +LXXXVI. + +=Remèdes= composés par un médecin rempli des mystères de la cabale. +CXLIII. + +Remèdes rares, tels que préface trop courte, mandement fait par un +évêque, etc. _Ibid._ + +=Représailles=. Leur office dans le droit public international. XCVI. + +=Représenter=, c'est-à-dire «faire sentir à tous les instants la +supériorité qu'on a.» LXXIV. + +=République=. Conclusion de l'histoire des Troglodytes. XIV. + +Semble être le sanctuaire de l'honneur, de la réputation et de la +vertu. X. + +La douceur du gouvernement républicain, la liberté, l'égalité, +source d'opulence, favorisent la propagation de l'espèce. CXXIII. + +=République romaine=, son extension eût été un bonheur pour le monde, +sans le pouvoir abusif des proconsuls et la différence que le droit +de cité maintenait entre les vainqueurs et les vaincus. CXXXI. + +Républiques=, contraires au génie oriental. + +Leurs origines. Elles sont postérieures aux monarchies. + +La Grèce, l'Asie-Mineure, Carthage, Rome. + +Le Nord et l'Allemagne (on a pris pour des rois les chefs des +armées). CXXXI. + +=Résurrection de la chair=. Croyance commune au christianisme et au +mahométisme. XXXV. + +=Revenus=. A Paris, les revenus des citoyens «ne consistent qu'en +esprit et en industrie; chacun a la sienne qu'il fait valoir de son +mieux.» LVIII. + +Revenus fonciers difficiles à percevoir. + +Revenus mobiliers. Embarras d'un homme à qui son débiteur rend une +somme prêtée. CXXXII. + +=Révolution=. En Orient «le moindre accident produit une grande +révolution.» LXXXI. + +=Rhédi= neveu d'Ibben. XXV, écrit de Venise à Usbek, XXXI. (Voir la +table des _Lettres_.) + +=Rica=, compagnon de voyage d'Usbek, son caractère enjoué, XXV. (Voir +la table des _Lettres_.) + +=Richesse=. Si la Providence n'avait accordé les richesses qu'aux gens +de bien, on ne les aurait pas assez distinguées de la vertu. XCIX. + +=Robe=. Un des trois états qui se méprisent mutuellement. XLIV. + +=Rodriguez= (le P. Alphonse), jésuite espagnol, né à Valladolid, mort +à Séville en 1616, auteur d'un _Traité de la perfection chrétienne_, +traduit par Régnier des Marets. Ses oeuvres sont rangées parmi les +purgatifs. CXLIII. + +=Rois=. Les rois sont comme les dieux: pendant qu'ils vivent, on doit +les croire immortels. CVIII. + +Les rois des tribus germaniques n'étaient que des chefs ou généraux +à pouvoir limité par celui des seigneurs et l'égalité des +dépouilles. CXXXI. + +Rois déposés par les Vandales et les Goths. _Ibid._ + +=Roman=. Le roman qui sert de canevas aux Lettres persanes est tout +entier dans la jalousie d'Usbek absent et les désordres de son +sérail. Si l'on y joint l'histoire d'Aphéridon et d'Astarté et celle +d'Anaïs (LXVII, CXLI), il remplit environ soixante lettres, et un +peu moins du tiers de l'ouvrage qu'il varie, et auquel il est +souvent rattaché avec un art discret. + +(Voir _Eunuques_, _Fatmé_, _Roxane_, _Zachi_, _Zélis_, _Zélide_, +_Zéphis_ et _Sérail_, _Usbek_ et _Solim_, etc.). + +=Romanciers=. Espèces de poëtes qui outrent le langage de l'esprit et +du coeur. CXXXVII. + +=Romans=. Leurs héros sont à côté de la nature; un seul détruit une +armée. + +Extravagance des romans orientaux. CXXXVII. + +Romans, vomitif. CXLIII. + +=Rome=. Combien déchue depuis les temps anciens. CXIII. + +=Royauté=. Progrès de la royauté française. CXXXVI. + +=Roxane=, femme préférée d'Usbek, qui vante sa vertu. XX. + +Son opiniâtreté à repousser les assiduités de son mari dans les +premiers mois de son mariage. XXVI. + +Sa feinte sagesse trompe les eunuques. CLI; + +Elle s'indigne des châtiments subis par les autres femmes du sérail. +CLVI. + +Surprise avec un jeune homme. CLIX. + +S'empoisonne: sa lettre. CLXI. + +=Russe=. Lettre d'une jeune mariée russe qui se plaint de n'être pas +battue par son mari. LI. + +=Russie=. Le czar, allié naturel de la Perse contre les Turcs. + +Réformes de Pierre le Grand. LI. + +=Rustan=, ami et correspondant d'Usbek. V. + +(Voir la table des _Lettres_.) + + +S + +=Saint-Cyran= (abbé de), ses lettres bonnes contre la gale, la +gratelle, etc. CXLIII. + +=Samos=. Roi de Samos sommé par un roi d'Egypte de renoncer à la +cruauté et à la tyrannie. XCVI. + +=Sanchez=. Son _de matrimonio_, fort tonique contre la chlorose. +CXLIII. + +=Santon=, saint musulman. XCIV. + +Santons chrétiens (moines de la Thébaïde). _Ibid._ + +=Sardaigne=, terre insalubre, destinée par les Romains aux criminels +et aux Juifs. CXXII. + +=Sauromates=, véritablement dans la servitude du sexe. XXXVIII. + +=Sauvages=. Leur aversion pour le travail et l'agriculture. Leur vie +précaire; famine. Avortements. Isolement des tribus. + +Dépopulation. CXXI. + +=Savants=. Deux savants pleins de vanité. CXLIV. + +Tribulations d'un savant, astronome, physicien et anatomiste. CXLV. + +Jadis accusé de magie, le savant aujourd'hui l'est d'irréligion ou +d'hérésie. + +Dédain des savants pour ceux qui s'occupent d'une autre science que +la leur. CXLV. + +=Scapulaire=, morceau de drap attaché à deux rubans. XXIX. + +=Sciences=. Mauvais usage des sciences. CVI. + +=Scolastique=. Allusion aux disputes et aux subtilités scolastiques. +XXXVI. + +=Scot=, subtil scolastique; purgatif. CXLIII. + +=Secte=. Une secte nouvelle introduite dans un État est le moyen le +plus sûr pour corriger les abus de l'ancienne. LXXXVI. + +=Seigneur=. Les grands seigneurs qui représentent. + +Leur morgue. LXXIV. + +L'abolition de l'esclavage par les rois abaissait les seigneurs. +LXXV. + +Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, parle aux ministres, +a des ancêtres, des dettes et des pensions. LXXXIX. + +=Sémiramis=, reine et divinité des Babyloniens. XXXVIII. + +=Sénèque=. Dans le malheur, un Européen n'a «d'autre ressource que la +lecture d'un philosophe qu'on appelle Sénèque: mais les Asiatiques, +plus sensés et meilleurs physiciens en cela, prennent des breuvages +capables de rendre l'homme gai, etc.» XXXIII. + +=Séparation=. Une femme effrontée expose les outrages qu'elle a faits +à son époux comme une raison d'en être séparée. LXXXVII. + +=Sérail=. Gouverné par les eunuques noirs. II, VII, LXIV, IX. + +Gardé par les eunuques blancs qui ne peuvent pénétrer dans +l'appartement des femmes. XX, XXI. + +Les hommes qui en approchent sont massacrés. LXVII, CLIX. + +Condition et malheur des femmes qui y sont enfermées. VII, XX, XXI, +XXVI, XXVII. + +A quel âge elles y entrent. LXII. + +On leur fait croire que leur réclusion est une garantie de chasteté, +de santé et de beauté. XX, XXXIV, XLVII, LXII, LXIII. + +Plus il y a de femmes dans un sérail, moins elles y donnent +d'embarras. XCVII. + +Leurs dissensions, leurs réconciliations, leurs voyages ou +promenades dans des boîtes. LXIV, III, XLVII. + +Leurs privautés avec les filles esclaves, IV, CXLVII, qui ne se +marient presque jamais sinon avec des eunuques, LXVII, CXV, LIII; +leur goût pour les eunuques blancs. XX. + +Le sérail tue l'amour chez le mari sans supprimer la jalousie. VI. + +Désordres dans le sérail d'Usbek. XX, LXIV, LXV, CXLVII-CLXI. + +Châtiments terribles, le fouet, la torture. CLVI-CLVIII. + +=Servitude=. La servitude est dans le tempérament asiatique. CXXXI. + +=Sibérie=. Lieu d'exil pour les seigneurs russes disgraciés. LI. + +=Sicile=. Contenait jadis de puissants royaumes. CXIII. + +=Sincérité=. Celle d'Usbek lui a fait des ennemis à la cour de Perse. +C'est la cause de son voyage. VIII. + +=Singe=. Il y a encore des peuples chez lesquels un singe passablement +instruit pourrait vivre avec honneur. CVII. + +=Smyrne=. Seule ville «riche et puissante» de l'Asie turque: «Ce sont +les Européens qui la rendent telle.» XX. + +=Sociabilité=. L'homme, animal sociable; un Français est donc l'homme +par excellence. LXXXVIII. + +=Société=. Elle est fondée sur un avantage mutuel. LXXVI. + +Origine des sociétés: «un fils est né auprès de son père et il s'y +tient: voilà la société et la cause de la société.» XCV. + +=Soleil=. Les Espagnols disent «que le soleil se lève et se couche +dans leur pays.» LXXVIII. + +«Ouvrage et manifestation de la divinité,» dieu des Guèbres, +longtemps «honoré» d'un «culte religieux mais inférieur... dans la +ville sainte de Balk.» LXVII. + +=Solidarité=. Sa nécessité sociale, prouvée dans l'épisode des +Troglodytes. Lettres XI. XII, XIII. + +=Solim=, eunuque, dénonce les désordres du sérail, CLI. + +Est chargé des vengeances d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX. + +=Soliman=, affront qu'il reçoit. LXX. + +=Solliciteuses=. Leur agitation perpétuelle; elles ne reculent devant +rien pour distribuer les places et les honneurs. CVIII. + +=Somnifères=. La _Cour sainte_ du P. Caussin procure un doux sommeil à +un malade affligé d'insomnie, et à toute sa famille. CXLIII. + +=Somptuaires= (lois) finement raillées. CXXV. + +=Son=. Combien de lieues il fait dans une heure. XCVIII. + +=Sottises=. Dire théologiquement force sottises. CII. + +=Soumission=. Elle se mesure à la gratitude. CV. + +=Souverains=. Doivent chercher des sujets et non des terres. CVII. + +=Statues=. Il y en a autant dans les jardins de Louis XIV que de +citoyens dans une grande ville. XXXVII. + +=Statuts= de villes et de provinces. Presque toujours rédigés par +écrit sous Louis XIV. CI. + +=Style figuré=. L'auteur le condamne. XCVIII. + +=Suède=. Mort de Charles XII. CXXVIII. + +Mention de deux reines de Suède. CXXXIX. + +=Suicide=. Injustice des lois portées contre ceux qui se tuent +eux-mêmes. + +Le suicide ne trouble pas l'ordre de la nature. + +Il n'est que l'usage d'un droit; la renonciation à un contrat devenu +onéreux. LXXVI. + +Faibles arguments en faveur de la loi religieuse et de la loi civile +contre le suicide. LXXVII. + +=Suisse=. République. CXXIII. + +Elle est l'image de la liberté. CXXXVI. + +=Sultans=. Ils ont plus de femmes que certains princes italiens ou +allemands n'ont de sujets. CIII. + +=Superfluités=. Elles sont socialement aussi nécessaires que les +nécessités de la vie. CVII. + +=Sûreté=. Précautions des princes orientaux pour mettre leur vie en +sûreté. CIII. + +=Suphis=. Jeune étourdi. Le traitement qu'il fait subir à sa jeune +femme. LXX. + +=Syphilis=, son introduction dans l'ancien monde; ses effets +prodigieux; remède puissant qui lui est opposé. CXIV. + +=Système= (de Law). Allusion aux troubles qu'il apporte dans les +fortunes. CXXXII. + +Ses affirmations ne sont pas plus sûres que les présages de +l'astrologie judiciaire. CXXXV. + +Il pervertit la moralité publique. CXLVI. + +=Système du monde=, expliqué par quelques lois générales découvertes +par des philosophes qui n'ont point été ravis jusqu'au trône +lumineux (comme saint Paul), etc. XCVIII. + + +T + +=Talents= (petits), tels que: parler pour ne rien dire, écouter, +sourire à propos, entendre finesse à tout, etc. + +«Un homme de bon sens ne brille guère devant eux.» LXXXIII. + +=Talismans=. Effet que peut produire l'arrangement de certaines +lettres. CXLIII. + +=Tartares=. Leurs conquêtes et leur puissance. Il ne leur a manqué que +des historiens. LXXXII. + +Pourquoi leurs conquêtes seraient dévastatrices. CXXXI. + +=Tartarie=. «Quand le kan de Tartarie a dîné, un héraut crie que tous +les princes de la terre peuvent aller dîner.» XLIV. + +=Tauris=. Lettres I, II, III. + +=Tavernier=, célèbre voyageur en Perse. LXXII. + +=Tempéraments= fixés par le climat, ils souffrent du changement +brusque du pays d'origine. CXXII. + +=Tentations= des santons de la Thébaïde. Elles nous suivent jusque +dans la vie la plus austère. XCIV. + +=Terre=. Soumise comme les autres planètes, aux lois du mouvement; +elle souffre au dedans d'elle un combat perpétuel de ses principes. +CXIV. + +Elle se dépeuple et dans dix siècles ne sera plus qu'un désert. +CXIII. + +=Testament=. Le testament de Louis XIV cassé par le parlement. XCIII. + +=Théâtre=. Description de la salle et de la scène. XXVIII. + +=Thébaïde=. Saints ou santons chrétiens de la Thébaïde. Leur vie, +leurs tentations. + +Les chrétiens sensés regardent leur histoire comme une allégorie +bien naturelle des passions qui nous suivent jusque dans le désert. +XCIV. + +=Théologie=. Les livres de théologie, doublement inintelligibles par +la matière et la manière. CXXXIV. + +=Tisane= purgative et autres, d'après la nouvelle pharmacie +spirituelle. CXLIII. + +=Titres=. La vente des titres d'honneur est une des principales +ressources de Louis XIV. XXIV. + +=Tolérance=. Elle commence à s'établir en France; mais non en Asie. +LX. (Voir =Intolérance=.) + +=Traducteurs=. Dialogue d'un traducteur d'Horace et d'un géomètre. + +Services que rendent les traducteurs et danger de leur métier. +CXXIX. + +=Traductions=; rendent le corps, mais non la vie. _Ibid._ + +=Traitants=. Chambre, qu'on appelle de justice, parce qu'elle va leur +ravir tout leur bien. XCIX. + +=Traite= autorisée par les rois chrétiens. LXXV. + +=Traités de paix=, légitimes lorsque les conditions en sont telles que +les deux peuples peuvent se conserver. XCVI. + +=Travail=. Les Espagnols «invincibles ennemis du travail.» LXXVIII. + +Le travail et l'industrie à Paris: sans eux, plus de revenus, plus +de circulation des richesses. Chacun, retiré dans sa terre, ne +travaillerait qu'à sa faim. Dépopulation. CVII. + +=Tribunal= où l'on prend les voix à la majeure; on a reconnu qu'il +vaudrait mieux les recueillir à la mineure. LXXXVII. + +=Troglodytes=, perdus par l'égoïsme et l'anarchie, relevés par la +solidarité des droits et des devoirs, par la pratique de la vertu et +de la liberté civile. Vont de nouveau périr par la monarchie et +l'égalité dans la servitude. XI-XIV. + +=Turcs=. Sous le nom de Turcs, les Tartares ont fait des conquêtes +immenses dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique; et ils dominent sur +trois parties de l'univers. LXXXII. + +Les Turcs défaits par les Impériaux. CXXIV. + +Caractère de leurs conquêtes. CXXXI. + +=Turquie=. Faiblesse de l'empire des Osmanlis: «Ce corps malade ne se +soutient pas par un régime doux et tempéré, mais par des remèdes +violents qui l'épuisent et le minent sans cesse.» + +Ni commerce, ni art, ni «expérience sur la mer,» villes désertes, +campagnes désolées; + +«Juste idée de cet empire qui, avant deux siècles, sera le théâtre +des triomphes de quelque conquérant.» XX. + +La Turquie est également dépeuplée en Europe et en Asie. CXIII. + +=Tyen=. Ciel des chinois. Les âmes des ancêtres y sont anéanties, mais +revivent sur terre dans les enfants. CXX. + + +U + +=Ubiquité=. Question pour les philosophes, réalité pour les Français. +LXXXVIII. + +=Ulrique-Eléonore=, reine de Suède. Sa tendresse conjugale. CXXXIX. + +=Université= (de Paris), fille très-aînée des rois de France. Elle +rêve quelquefois. CX. + +=Usbek=. (_Ouzbeyg_, nom d'une des principales tribus tartares ou +turcomanes qui ont envahi l'Asie Mineure vers le temps des +croisades.) Seigneur persan disgracié. VIII. + +Vient en Europe se perfectionner dans les sciences, qu'il a toujours +aimées. + +Il passe par Com, Tauris, Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne et +s'arrête à Paris «siége de l'empire d'Europe.» + +C'est là qu'il étudie les moeurs des Français, qu'il ne cesse de +sonder les matières religieuses, philosophiques, politiques, qu'il +acquiert des notions de droit public et d'histoire générale, plus +tard développées dans l'_Esprit des lois_. + +Le regret de son sérail, la jalousie, troublent seules la sérénité +de son esprit. Il renvoie à Ispahan les eunuques qu'il avait +emmenés, ne cesse d'écrire à Zachi, Zélis, Zéphis, Fatmé, et surtout +à Roxane, sa favorite, qui le trompe avec toutes les apparences de +la vertu. Son désespoir, les ordres cruels qu'il donne contre les +infidèles remplissent la fin des _Lettres persanes_. + +Voir à la table les numéros des lettres nombreuses qu'il envoie et +qu'il reçoit. + +=Usurpateur=. Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n'ont point +opprimé la patrie comme lui. CV. + + +V + +=Vanité= de deux savants qui veulent être admirés à force de déplaire. +CXLIV. + +Portrait du vaniteux. L. + +=Vandales=, déposaient volontiers leurs rois. CXXXI. + +=Venise=. Epargnée par les mahométans parce que l'eau y manque pour +les purifications. XXXI. + +République qui n'a de ressources qu'en son économie. CXXXVI. + +=Vérité=. «Vérité dans un temps, erreur dans un autre.» LXXV. + +=Vérités=. La connaissance de cinq ou six vérités a rendu la +philosophie pleine de miracles. XCVIII. + +=Vertu=. C'est la pratique de la justice, de la réciprocité sociale. +XII, XIII, _passim._ + +Quand elle est naturelle, la vertu est modeste et ne se fait pas +sentir. L. + +=Veuve indienne=. Pourquoi elle veut se brûler et pourquoi elle y +renonce. CXXVI. + +=Viandes=. Le Turc ne veut point qu'elles soient étouffées. XLVI. + +=Vieillesse=. Elle juge tout d'après le souvenir et le regret de la +jeunesse perdue. LIX. + +=Vierge= qui a mis au monde douze prophètes. Son tombeau est à Com. I. + +=Villes= d'Italie, désertes et dépeuplées. CXIII. + +Les voyageurs recherchent les grandes villes, espèce de patrie +commune à tous les étrangers. XXIII. + +Depuis quand les bourgeois ont perdu la garde de leurs villes. CVI. + +=Vin=, causes de sa cherté à Paris. Ses funestes effets chez les +musulmans, malgré les prohibitions du Coran. XXIII, LVI. + +=Virginité=. Des femmes adroites font de la virginité une fleur qui +périt et renaît tous les jours, «et se cueille la centième fois plus +douloureusement que la première.» LVIII. + +Incertitude des preuves de la virginité. LXXI. + +=Visapour=. Les femmes jaunes de ce pays peuplent les sérails de +Perse. XCVII. + +=Visites=. Pour nombre de Français, il est de la bienséance de visiter +chaque jour le public en gros et en détail. LXXXVIII. + +=Vizir=. Le grand vizir d'Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour +châtier les sectateurs d'Omar. CXXIV. + +=Voeux=. «Les dervis font trois voeux, d'obéissance, de pauvreté +et de chasteté. On dit que le premier est le mieux observé de tous; +quant au second, je te réponds qu'il ne l'est point: je te laisse à +juger du troisième.» LVII. + +=Volonté=. «Dieu ne peut lire dans une volonté qui n'est point +encore.» LXIX. + +=Vomitifs=. 1º Harangues, oraisons funèbres, opéras nouveaux, romans, +mémoires, le tout distillé; + +2º Infusion de papier ayant couvert un recueil des pièces des +Jésuites français» (J. F.); ou mieux, selon Barbier, des jeux +floraux. CXLIII. + +=Voyages=. Combien plus embarrassants pour les femmes que pour les +hommes. XLIII. + + +Z + +=Zachi= rappelle à Usbek qu'il l'a préférée à ses autres femmes. III. + +Trouvée seule avec Nadir, eunuque blanc. XX. + +Ses privautés avec la jeune Zélide. _Ibid._ + +Sa réconciliation avec Zéphis. XLVII. + +Couchée avec une de ses esclaves. CXLVII. + +Elle reçoit le fouet et se plaint passionnément à Usbek. CLVII. + +=Zélide=, esclave de Zéphis, de Zachi et de Zélis, soupçonnée de +certaines complaisances intimes pour ses maîtresses. IV, XX, CXLVII. + +Elle consent à épouser Cosrou, eunuque blanc. (V. ce mot.) XLVII. + +=Zélis= marie son esclave Zélide à Cosrou, eunuque blanc. Ses idées +sur les plaisirs conjugaux des hommes de cette espèce. LIII. + +Confie sa fille, âgée de sept ans, aux soins des eunuques noirs. +LXII. + +A laissé tomber son voile en allant à la mosquée. CXLVII. + +Soupçonnée d'avoir reçu une lettre. CXLVIII. + +Reçoit le fouet et se plaint vertement au «tyran» Usbek. CLVIII. + +=Zéphis=. Accusée de certaines relations illicites avec son esclave +Zélide, IV, se plaint du grand eunuque noir. + +Sa réconciliation avec Zachi. XLVII. + +=Zend=, ancien bactrien, langue sacrée des Guèbres. LXVII. + +=Zeuxis= assemble les plus beaux modèles pour figurer la déesse de la +beauté. + +Ainsi les métaphysiciens construisent l'idée de Dieu avec les +perfections imaginées par les hommes. LXIX. + +=Zoroastre=. Législateur des Guèbres et auteur de leurs livres sacrés. +LXVII. + +=Zufagar=, nom de l'épée d'Ali, «qui avoit deux pointes.» XVI. + +(_Zoulfékar_, sabre à deux lames donné par Mahomet, conservé dans la +maison des Kalifes, brisé à la chasse par un descendant d'Abdoullah +IV, il figure sur les pavillons ottomans.) + +=Zuléma= raconte à ses compagnes du sérail l'histoire du farouche +Ibrahim et de l'immortelle Anaïs. CXLI. + + + + +BIBLIOGRAPHIE. + + +I.--ÉDITIONS PUBLIÉES DU VIVANT DE L'AUTEUR. + +1721. =Lettres persanes=, à Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le Dam. +2 vol. grand in-12 (150 lettres). + +-- =Lettres persanes=, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. in-12. (Édition +semblable à la précédente.) + +-- =Lettres persanes=. =Seconde édition=, _revuë, corrigée, diminuée +et augmentée par l'auteur_. 2 vol. pet. in-12, (140 lettres). +Bibliothèque de l'Arsenal, 19030 B. + +Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre édition), XXIII (XXV), +XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL (XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII +(LXV), LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI sont fondues +en une seule. + +Sont ajoutées: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans cette _2e Marteau_ +les nos LVIII, LIX, LX. Reproduites avec quelques variantes dans le +_Supplément_ de 1754. + +Sont modifiées: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX. + +La lettre LXXIII (sur l'Académie française); qui figure en tête du +tome second de la première édition, termine le tome premier de la +seconde, avec le nº LXI. + +Les suppressions et changements ne portent que sur le tome Ier. + +(Pour la nature des suppressions, voir la _préface_ de notre +édition. Pour les variantes et la collation des nos, voir nos _notes +et variantes_, tomes I et II.) + +_N. B._ Quérard compte quatre éditions de 1721; et il semble bien +qu'il en ait paru deux à _Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le +Dam_. L'une porte sous le titre une sphère armillaire, l'autre un +polygone régulier à neuf pans, dans lequel sont inscrits trois +triangles équilatéraux. + +Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothèque nationale +appartiennent à deux éditions différentes: le tome I a la sphère, le +tome II a le polygone; or nous avons sous les yeux: + +Un tome II (1721 Brunel) avec la sphère en vignette. Sur le tome I +de la Bibliothèque nationale, en regard du feuillet de garde, se +trouve la note manuscrite suivante: _édition différente_. Au reste, +les deux éditions Brunel et l'une des éditions Marteau sont des +réimpressions d'un même texte. + + +1730. =Lettres persanes, troisième édition= à Amsterdam, chez Jacques +Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, 19030 _bis_ B. + +Cette édition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser au +moment où fut rédigée notre préface, est une _réimpression_ de la 2e +Marteau. Elle commence également par la lettre d'_Usbek à son ami +Nessir_, la Ve du texte complet. Le premier tome finit par la lettre +sur l'Académie. + +-- Autre édition, mais conforme à la 1re: à Cologne, chez Pierre +Marteau. 2 vol. in-12. + + +1731. =Lettres persanes=: à Amsterdam, chez P. Mortier, 2 vol in-12 +(150 lettres). Quérard dit: Amsterdam (Paris). + + +1737, 1739. Deux éditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, Pierre +Marteau. + + +1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18. + + +1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, près le +collége des Jésuites. In-8o, 2 tomes en un volume, 150 lettres. +(Arsenal, 19031 B.) + +-- La même édition, augmentée des _Lettres turques_ (par +Saint-Foix), 2 tomes en un volume. + +Réimpression de la 1re 1721, avec quelques variantes insignifiantes. + + +1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abbé Gauthier (voir la +préface) _les Lettres persannes convaincues d'impiété_, qui vise la +1re Marteau 1721, et la 2e Desbordes 1730. + + +1753. Réimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau. + + +1754. Dernière édition publiée du vivant et sous les yeux de +Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le texte. + +=Lettres persanes=, à Cologne, chez Pierre Marteau (2 tomes in-12, 150 +lettres, avec un _Supplément_). + +Bibliothèque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier volume +sont intercalées les _Lettres turques_. + +Le _Supplément_, à la fin du second volume, contient _quelques +réflexions sur les Lettres persanes_, onze lettres, dont trois +empruntées, avec variantes, à la 2e Marteau, 3e Desbordes, et un +certain nombre de passages nouveaux à ajouter ou à substituer dans +le texte. La plupart des éditions postérieures ont scrupuleusement +observé les indications du _Supplément_ pour le placement des +lettres et passages nouveaux. + +Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette édition reliée en un +volume; les _Lettres turques_ y sont insérées après le Supplément. + + +II.--ÉDITIONS PUBLIÉES APRÈS LA MORT DE L'AUTEUR. + +(Nous ne voulions indiquer ici que les éditions séparées des +_Lettres persanes_: mais diverses considérations nous ont amené à +signaler plusieurs éditions des OEuvres complètes, en n'y tenant +compte que de ce qui concerne les _Lettres_.) + + +1755. Réimpression pure et simple, sans _Supplément_, du texte de +1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. grand in-12). +L'exemplaire de la bibliothèque nationale est relié en un volume. + + +1757. =OEuvres de M. de Montesquieu=, Londres (4 vol. in-12). La +première édition des oeuvres complètes, publiée par Richer sous +les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, avec le concours de +Moreau, ancien secrétaire de l'auteur, et imprimeur célèbre qui, +suivant Quérard et Brunet, la rendit le modèle des éditions +suivantes. + + +1758. =OEuvres complètes de M. de Montesquieu=, nouvelle édition, +revue, corrigée et considérablement augmentée _par l'auteur_, +Amsterdam et Leipsick, Arkstée et Merkus (3 vol. in-4o). Toutes les +additions du _Supplément_ sont intercalées à leur place. + +Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), note +manuscrite indiquant deux collaborateurs pour les _Lettres_. Les +_Lettres_ sont au tome III. Dans l'avertissement, Richer réfute les +remarques d'un anonyme (Élias Luzac). Selon Brunet, cette édition, +très-belle en effet, est plus correcte et moins chère que la +précédente. Toutes deux sont d'ailleurs l'oeuvre de Richer et de +Moreau. Elles renferment un assez grand nombre de _corrections_ +d'après les changements trouvés dans les papiers de l'auteur, et que +beaucoup d'éditions subséquentes ont admises. Nous les signalons +dans nos _Notes_, sans les accepter; M. de Secondat a seul été à +même de les voir et de les certifier, et nous nous défions fort de +cette manie d'arrangement et d'atténuations, à laquelle se +laissaient aller volontiers les éditeurs des derniers siècles. Au +reste, ces variantes sont véritablement insignifiantes. + +Réimprimée plusieurs fois à Londres (Paris) et Amsterdam. + + +1759, 1762. =OEuvres=. Nouvelle édition, très-augmentée, avec des +_remarques philosophiques et politiques d'un anonyme_ (Élias Luzac), +Amsterdam et Lausanne, Grasset. (Réimprimées en 1761, 62, 64, 73.) +(6 volumes in-12. + +Elle était sans doute commencée antérieurement, puisque Richer +réfute en 1758 les _Remarques_ d'Élias Luzac. + + +1760. Traduction anglaise de la précédente, signalée dans la note +manuscrite mentionnée à l'article 1758. + + +1761. =Lettres persanes=, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle édition, +augmentée de douze lettres qui ne se trouvent pas dans les +précédentes, et d'une table analytique des sujets traités; un vol. +in-8o de 527 pages. Réimprimée en 1786. + +Le chiffre de _douze lettres_ contient sans doute _Quelques +Réflexions sur les Lettres persanes_. En fait, le _Supplément_ de +1754 n'ajoute que _onze_ lettres. + +Cette édition est la première complète des _Lettres persanes_. + + +1767. =Lettres persanes=, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12. + + +1772. =OEuvres=. Londres, Nourse, 3 vol. in-8o, l'une des plus +mauvaises. + + +1776. =Lettres persanes=, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1 vol. in-12, +161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de Provins.) + + +1784. Autre (Bibliothèque nationale). 2 Vol. in-18. + + +1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12. + + +1788. =OEuvres=. Paris, Bastien, 5 vol in-8o. D'après Quérard, +médiocre et chère. + +=OEuvres=, édition revue, corrigée et augmentée de plusieurs pièces +qui n'avaient pas paru jusque-là, Amsterdam (sans nom d'éditeur ni +d'imprimeur). Généralement conforme à l'in-4o de 1758. 6 vol. in-8o. + + +1790. =OEuvres=, Bâle 8 vol. in-8o (réimprimées en 1799), avec des +notes d'Helvétius, longtemps la plus complète, mais entièrement +effacée par celle d'Auger 1816. + + +1795. Les mêmes, Paris, Didot l'aîné, 12 vol. in-8o; avec notes +d'Helvétius, etc. Jolie édition stéréotype, mais texte médiocre. +(Publiée par de Laroche.) + + +1796. Les mêmes, Paris, Langlois, an IV. + +Les mêmes, avec des pièces inédites publiées d'après les manuscrits +(?), par Bernard, libraire à Paris. Imprimerie Plassan. 5 vol. grand +in-4o. + +Cette édition, qui s'écarte quelquefois du texte de 1758, laisse à +désirer comme livre de luxe. + + +1803. =Lettres=. Stéréotypie Didot. Paris, Didot aîné, 2 vol. in-18. +Avec les clichés de cette édition peu correcte a été faite celle de +Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection des classiques français). +Autre tirage, 1811. + + +1814 et 1820. =OEuvres=, Paris, Didot aîné, 8 vol. in-8o. + + +1815. =Lettres=, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format). + + +1816, 1818, 1820. =OEuvres=, précédées de la vie de l'auteur par +Auger, Paris, Lefèvre, 6 volumes in-8o, imprimerie Crapelet. (Table +analytique bien faite.) + +La seconde est plus complète. + +Toutes deux sont fort estimées. Nous avons noté dans le texte des +lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables. + + +1817. =OEuvres=, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes +in-8o. + + +1818. =Lettres=, Nîmes, in-8o (id. 1820), traduction espagnole de +Marchena. + + +1819. =OEuvres=. Nouvelle édition contenant les _Éloges de +Montesquieu_ par d'Alembert et par M. Villemain (très-remarquable), +les notes d'Helvétius, de Condorcet, et le commentaire de Voltaire +sur l'_Esprit des lois_. Paris, de l'imprimerie de Pierre Didot +aîné. Lequien 1819. Portrait. (Bonne réimpression d'une édition de +1798.) En tête du premier volume, 15 éditions sont passées en revue. +Estimée. + + +1820. =Lettres=, suivies des oeuvres diverses, Paris, Didot aîné, 3 +vol. in-8o, formant les volumes 52-54 de la _Collection des +meilleurs ouvrages français_. + + +1820. =Lettres=. Paris, Ménard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant +partie de la _Bibliothèque française_. + + +1821. =Lettres=. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection +des _Classiques français_.) + +=Lettres= (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, in-12. + +=Lettres=, Paris, Touquet, in-12. + + +1822. =OEuvres=, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8o. +Portrait. Avec les =Éloges= par d'Alembert et Villemain, suivie du +_Commentaire sur l'Esprit des lois_ par Destutt de Tracy. Édition +faite sur 1819-Lequien. Estimée. + + +1823. =Lettres=. Nouvelle édition accompagnée de notes et d'une table +alphabétique. Paris, Dondey-Dupré, in-18. + +Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur les noms +orientaux par Isidore Gautier. Réimprimée par les frères Garnier. + +=Lettres=, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, 3 vol. in-32. + + +Il y a peu à dire sur les éditions, tant des =OEuvres= que des +=Lettres=, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de nos +jours. Ce sont des réimpressions tantôt de 1754, tantôt de 1758. + + + + +TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND. + +Lettre LXXXIX. Usbek à Rhédi. + +Notes sur Paris ou règnent la _liberté et l'égalité_; +portrait du grand seigneur en France; la faveur, +grande divinité des Français. 1 + +Lettre XC. Usbek à Ibben. + +Le désir de la gloire assimilé à l'instinct de la conservation. +Amour des Français pour la gloire. Éloge +du régime républicain. 2 + +Lettre XCI. Usbek au même. + +Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du +duel, plus forte que la raison et que la loi. 4 + +Lettre XCII. Usbek à Rustan. + +Équipée d'un faux ambassadeur de Perse. 6 + +Lettre XCIII. Usbek à Rhédi. + +Mort de Louis XIV. Son testament cassé par le parlement. +Rôle des parlements. Habileté du régent. 7 + + +Lettre XCIV. Usbek à son frère santon au monastère de +Casbin. + +A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires. +Tentations des ascètes de la Thébaïde. 8 + +Lettre XCV. Usbek à Rhédi. + +Le droit public altéré par les princes et les puissants. +Le droit public ramené aux principes de justice +qui régissent le droit privé. 10 + +Lettre XCVI. Usbek au même. + +Développements à l'appui de la thèse ci-dessus. Sanctions +du droit public. De la guerre et du prétendu +droit de conquête qui «n'est pas un droit.» (Voir +les _Notes et variantes_.) 11 + +Lettre XCVII. Le premier eunuque à Usbek. (_Roman_.) + +Achat d'une femme jaune de Visapour. Agréments de +la polygamie. Nécessite de la présence du maître +dans le sérail. 14 + +Lettre XCVIII. Usbek à Hassein, dervis de la montagne +de Jaron. + +Supériorité des lois physiques découvertes par les +philosophes sur les élucubrations mystiques des +livres saints et des prophéties. 16 + +Lettre XCIX. Usbek à Ibben. + +Inconstance des fortunes et désordre des finances en +France. Chambre ardente contre les traitants. +Étrange distribution des richesses. Éloge des laquais. 19 + +Lettre C. Rica à Rhédi. + +Les caprices et l'empire de la mode en France. 21 + +Lettre CI. Rica au même. + +Frivolité du caractère français. Incohérence de leur +législation empruntée au droit romain et aux constitutions +des Papes. 23 + +Lettre CII. Usbek à ***. + +Sur un évêque qui vantait son mandement. 25 + +Lettre CIII. Usbek à Ibben. + +Considérations sur le gouvernement monarchique en +Europe et sur le despotisme oriental. 26 + +Lettre CIV. Usbek au même. + +Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs +assassins pour successeurs. 29 + +Lettre CV. Usbek au même. + +Limitation de l'autorité royale par les Anglais. 31 + +Lettre CVI. Rhédi à Usbek. + +Paradoxe contre les progrès de l'industrie et des arts, +incompatibles avec la solidité des monarchies. 33 + +Lettre CVII. Usbek à Rhédi. + +Réfutation aisée de la thèse précédente. Tableau de +l'activité et de l'industrie parisiennes. Éloge du +luxe. 35 + +Lettre CVIII. Rica à Ibben. + +Influence de la maîtresse et du confesseur sur le caractère +des rois. Louis XIV entièrement gouverné +par les femmes. 39 + +Lettre CIX. Usbek à ***. + +Les journaux et la critique au commencement du +XVIIIe siècle. 41 + +Lettre CX. Rica à ***. + +Querelles scolastiques sur la lettre Q. 43 + +Lettre CXI. Rica à ***. + +Rôle et occupation d'une jolie femme. 44 + +Lettre CXII. Usbek à ***. + +Discours d'un général de la Fronde. 45 + +Lettre CXIII. Rhédi à Usbek. + +Dépopulation croissante de la terre. 47 + +Lettre CXIV. Usbek à Rhédi. + +Causes de dépopulation. Fréquence des catastrophes +générales. Le monde terrestre a bien plus de six +mille ans. 50 + +Lettre CXV. Usbek au même. + +Causes de dépopulation: la polygamie, la castration. 53 + +Lettre CXVI. Usbek au même. + +Rôle des esclaves et des affranchis dans le monde +romain. 56 + +Lettre CXVII. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation: l'interdiction du divorce. +(Vues incohérentes de l'Église sur le mariage.). 58 + +Lettre CXVIII. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation: le célibat des prêtres et +le monachisme. Supériorité des pays protestants +sur les pays catholiques. 60 + +Lettre CXIX. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation en Afrique, en Amérique: +la traite et le travail esclave. 64 + +Lettre CXX. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation: le mépris de la terre et +de la vie, prêché par le christianisme et le mahométisme, +«l'injuste droit d'aînesse». Causes de la +fécondité de la Perse ancienne et des races juive +et chinoise. 65 + +Lettre CXXI. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation chez les sauvages: leur +ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement. 67 + +Lettre CXXII. Usbek au même. + +Causes de la dépopulation des colonies: les influences +climatériques, les cruautés des conquérants. 68 + +Lettre CXXIII. Usbek au même. + +Causes de dépopulation: le despotisme et le pouvoir +arbitraire, l'inégalité des citoyens, les mariages +précoces. 72 + +Lettre CXXIV. Usbek au mollak Méhémet Ali, gardien +des trois tombeaux. + +En dépit des jeûnes et des cilices des mollaks, la +victoire abandonne les Osmanlis. 74 + +Lettre CXXV. Usbek à Rhédi. + +Qui paye les libéralités des princes envers leurs +courtisans?. 75 + +Lettre CXXVI. Rica à ***. + +Difficulté de concevoir des récompenses éternelles. +Les paradis sont rendus inhabitables par leurs +inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne. 78 + +Lettre CXXVII. Rica à Usbek. + +Allusion à la conspiration de Cellamare. 80 + +Lettre CXXVIII. Rica à Ibben. + +A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilité +des ministres. 81 + +Lettre CXXIX. Rica à Usbek. + +Entretien d'un géomètre et d'un traducteur d'Horace. 83 + +Lettre CXXX. Rica à ***. + +Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres +d'un nouvelliste. 86 + +Lettre CXXXI. Rhédi à Rica. + +Origines des républiques. Éloge du gouvernement +républicain. La liberté faite pour le génie des peuples +de l'Europe; la servitude pour celui des +orientaux. 90 + +Lettre CXXXII. Rica à ***. + +Un café à la mode à l'époque de Law. 94 + +Lettre CXXXIII. Rica à ***. + +Visite à une grande bibliothèque dans un couvent de +dervis. 96 + +Lettre CXXXIV. Rica au même. + +Seconde visite à la bibliothèque. Appréciation satirique +de divers genres littéraires. La théologie, +l'ascétisme, la casuistique. 97 + +Lettre CXXXV. Rica au même. + +Troisième visite: les grammairiens, glossateurs +et commentateurs; les orateurs; les métaphysiciens, +les médecins, anatomistes, chimistes, adeptes +des sciences occultes. 99 + +Lettre CXXXVI. Rica au même. + +Vues historiques sur l'église, la décadence romaine, +les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne, +l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et +les républiques de Suisse, de Venise et de Gênes. 101 + +Lettre CXXXVII. Rica au même. + +Les poëtes épiques, dramatiques, lyriques, bucoliques, +épigrammatiques; les romanciers. 104 + +Lettre CXXXVIII. Rica à Ibben. + +Désastreuses conséquences du système de Law. 106 + +Lettre CXXXIX. Rica au même. + +Abdication de deux reines de Suède, Ulrique-Éléonore +et Christine. 108 + +Lettre CXL. Rica à Usbek. + +Le Parlement de Paris relégué à Pontoise. Graves +et difficiles attributions politiques des parlements. 109 + +Lettre CXLI. Rica au même. + +Traduction supposée d'un conte persan. Aventures +de l'immortelle Anaïs dans le paradis des femmes. +Vengeance qu'elle tire de son mari. 110 + +Lettre CXLII. Rica à Usbek. + +«Lettre d'un archéologue» et «Fragment d'un ancien +mythologiste.» (Portrait allégorique de Law, +fils d'Éole). 120 + +Lettre CXLIII. Rica à Nathanaël Lévi, médecin juif. + +Sur les amulettes, talismans et prestiges. 126 + +Lettre d'un médecin de province à un médecin de +Paris. + +Vertu dormitive de la _Cour sainte_ du père Caussin. +Pharmacie nouvelle extraite des oeuvres des philosophes +et des théologiens. 129 + +Lettre CXLIV. Usbek à Rica. + +Le savant opiniâtre et le savant outrecuidant. Éloge +de la modestie. 134 + +Lettre CXLV. Usbek à ***. + +Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre +d'un anatomiste. 135 + +Lettre CXLVI. Usbek à Rhédi. + +Perversion des moeurs publiques sous l'influence de +Law. Odieux résultats de l'agiotage érigé en institution +publique. 140 + +Lettre CXLVII. Le grand eunuque à Usbek. (_Roman._) + +Désordres dans le sérail d'Usbek. 143 + +Lettre CXLVIII. Usbek au grand eunuque. (_Roman._) + +Ordres de répression. 144 + +Lettre CXLIX. Narsit à Usbek. (_Roman._) + +Mort du grand eunuque. 144 + +Lettre CL. Usbek à Narsit. (_Roman._) + +Ordres réitérés de répression. 145 + +Lettre CLI. Solim à Usbek. (_Roman._) + +Dénonciations contre les femmes d'Usbek. 146 + +Lettre CLII. Narsit à Usbek. (_Roman._) + +Inexécution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est +égarée. 148 + +Lettre CLIII. Usbek à Solim. (_Roman._) + +Fureurs de l'époux outragé. 149 + +Lettre CLIV. Usbek à ses femmes. (_Roman._) + +Reproches et menaces. 149 + +Lettre CLV. Usbek à Nessir. (_Roman._) + +Douloureuses confidences. 150 + +Lettre CLVI. Roxane à Usbek. (_Roman._) + +Protestation contre les violences de Solim. 152 + +Lettre CLVII. Zachi à Usbek. (_Roman._) + +Zachi s'indigne d'avoir été fouettée. 153 + +Lettre CLVIII. Zélis à Usbek. (_Roman._) + +Même châtiment, même colère. 154 + +Lettre CLIX. Solim à Usbek. (_Roman._) + +Trahison imprévue de Roxane, meurtre de son amant. 155 + +Lettre CLX. Solim à Usbek. (_Roman._) + +Solim va punir. 156 + +Lettre CLXI. Roxane à Usbek. (_Roman._) + +Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme +qui l'a épousée malgré elle. 157 + +Notes et variantes. 159 + +Index philosophique, historique et littéraire. 169 + +Bibliographie. 211 + +FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER. + + + + +OUVRAGES DE M. ANDRÉ LEFÈVRE. + + +Les Finances de Champagne aux XIIIe et XIVe siècles. + +La Flute de Pan, 2e édition. Hetzel. + +La Lyre intime. _Ibid._ + +Virgile et Kalidasa. _Ibid._ + +L'Épopée terrestre. Marpon. + +La Vallée du Nil (avec M. H. Cammas). Hachette. + +Les Merveilles de l'Architecture, 3e édit. _Ibid._ + +Les Parcs et les Jardins, 2e édition. _Ibid._ + +La Pensée nouvelle, en collaboration avec MM. Louis +Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe, +etc. 2 vol. gr. in-8o. + +Napoléon Ier (in-32). Bureaux de l_'Éclipse_. + +Les Finances particulières de Napoléon III. J. Rouquette. + +Imprimerie Eugène Heutte et Ce, à Saint-Germain. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by +Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PERSANES, TOME II *** + +***** This file should be named 33856-8.txt or 33856-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/8/5/33856/ + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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