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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:35:52 -0700
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+<html>
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+ <title>La Vie d'Ernest Psichari</title>
+ <meta name="author" content="Henri Massis">
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+</head>
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+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of La vie d'Ernest Psichari, by Henri Massis
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: La vie d'Ernest Psichari
+
+Author: Henri Massis
+
+Release Date: February 12, 2004 [EBook #11046]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO Latin-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE D'ERNEST PSICHARI ***
+
+
+
+
+Credits: Joris Van Dael, Renald Levesque and PG Distributed Proofreaders
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+
+<h1>LA VIE D'ERNEST PSICHARI</h1><br>
+
+<h3>Par Henri Massis</h3>
+
+<center>
+<img src="003a.png" alt="" style="width: 450px; height: 700px;">
+</center>
+
+<p style="color: rgb(102, 51, 255);"><b>NOTE DU TRANSCRIPTEUR:
+Les renvois numériques [1] à [41] réfèrent aux notes à la fin du livre.
+Les renvois alphabétiques [a] à [f], dans l'édition originale, étaient des renvois au bas de page. Dans ce texte, ces notes ont été placées à la fin du paragraphe ou le renvoi apparait.</b></p>
+
+
+
+
+<p>JE VOIS LE PETIT-FILS DE RENAN.&mdash;QUE FAIT-IL?
+&mdash;IL EST PAR TERRE LES BRAS EN CROIX, AVEC LE
+COEUR ARRACHÉ ET SA FIGURE EST COMME CELLE
+D'UN ANGE. IL A LE SIGNE SUR LUI DU TROUPEAU
+DE SAINT DOMINIQUE.&mdash;TU VOIS SON CORPS,
+MAIS SON AME, DIS-NOUS, OU EST-ELLE?&mdash;SAINT
+DOMINIQUE L'ENVELOPPE DANS SON GRAND MANTEAU
+AVEC LES AUTRES TONDUS.&mdash;PAUL CLAUDEL.</p>
+
+
+<p>Voici nos destinées et voici notre chef.
+Cette vie, soudain rompue dans sa
+course rapide et dont la plénitude
+incomparable semble vouloir restreindre la
+brièveté tragique, ce n'est point seulement la
+biographie d'un jeune homme qui chercha ses
+modèles parmi les héros et les saints, c'est
+l'histoire exemplaire de notre âge, c'est,
+fraternellement soufferte, partagée, vécue, la
+Passion de toute une jeunesse, avec elle accomplie
+dans le sang de la plus belle mort.</p>
+
+<p>De sa génération, Ernest Psichari connut toutes les
+fièvres, tous les troubles, puis les espérances, le fier
+redressement, la mission. Il prit sa part de ce sombre
+tourment et de cette volonté grandiose: il voulut
+tout éprouver en son coeur. Mais ce coeur était si
+sérieux et si brûlé de flamme qu'il jetait sa lumière
+sur nos destins: il nous éclairait en se consumant.
+C'est notre jeunesse qui s'exaltait en lui. Toujours
+en avance sur ses compagnons, Psichari
+courait pour montrer la voie: et certains ne
+comprirent qu'en mourant avec lui vers quel
+terme glorieux il les voulait mener.</p>
+
+<p>Sa vie ne fut qu'une lutte spirituelle, un combat
+d'âme, mais ce combat était celui-là même qui se
+livrait dans l'âme de toute une race. Retracer son
+histoire qui est la préfiguration de la nôtre, c'est
+prendre un exemplaire sublime parmi les innombrables
+vies qui se sont sacrifiées pour la France
+et pour Dieu.</p>
+
+<p>Il fut notre modèle: il continuera de nous
+enseigner et de nous secourir. Ce jeune homme
+ivre de sacrifice, la France chrétienne peut l'invoquer
+dans ses prières: il n'a vécu que pour elle,
+il lui avait voué son esprit et son coeur; il lui a
+donné sa chair juvénile. Ce héros grave et tendre,
+qui vit dans la Lumière qu'il avait douloureusement
+désirée, ne cessera point de nous être fraternel.</p>
+
+<p>On se souvient quelle stupeur ce fut parmi nos
+aînés, quand on vit le petit-fils de Renan, le fils
+de Jean Psichari<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>, abandonner ses cours de Sorbonne
+pour élire la carrière des armes, mener une
+action française dans la brousse africaine, exalter
+par ses livres et par ses gestes les vertus de la
+guerre. Dès l'abord, certains lettrés ne trouvèrent
+dans cet enthousiasme qu'une manière de dilettantisme,
+le dégoût d'une intelligence gorgée de paradoxes
+audacieux et qui jouissait de l'extrême
+barbarie comme d'autres de l'extrême civilisation.
+Sous la prose fluide, chantante et harmonieuse de
+<i>Terres de Soleil et de Sommeil</i> (1908) où ce
+«revenant nouveau venu» célébrait la vie fruste
+et primitive du désert, ils ne voulurent entendre
+qu'un écho de l'enchanteur: ils s'y plurent comme
+à un «mystérieux recommencement».</p>
+
+<p>Elle était pourtant bien opposante, la volonté
+de ce jeune soldat, et l'<i>Appel des Armes</i> (1912)
+le signifia avec violence. Ce qu'il voulait de toute
+son énergie tendue, c'était <i>prendre contre son père
+le parti de ses pères</i>,&mdash;formule saisissante où se
+résume l'accablante obligation de notre jeunesse.
+Et déjà il pensait: «Une, deux générations peuvent
+oublier la Loi, se rendre coupables de tous
+les abandons, de toutes les ingratitudes. Mais il
+faut bien, à l'heure marquée, que la chaîne soit
+reprise et que la petite lampe vacillante brille de
+nouveau dans la maison<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.»</p>
+
+<p>Cette heure lui semblait être venue. Comme
+tous ceux de son âge, Psichari en avait la certitude:
+«Notre génération, nous écrivait-il, notre
+génération&mdash;celle de ceux qui ont commencé
+leur vie d'homme avec le siècle&mdash;est importante.
+C'est en elle que sont venus tous les espoirs, et
+nous le savons. C'est d'elle que dépend le salut
+de la France, donc celui du monde et de la civilisation.
+Tout se joue sur nos têtes. Il me semble
+que les jeunes sentent obscurément qu'ils verront
+de grandes choses, que de grandes choses se feront
+par eux. Ils ne seront pas des amateurs ni des
+sceptiques. Ils ne seront pas des touristes à travers
+la vie. Ils savent ce qu'on attend d'eux<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>.» Et parce
+qu'il prenait une conscience nette de l'événement
+qui dominerait nos vies, nous trouvions à méditer
+sur l'aventure de cet officier, fils d'intellectuels.
+Ne nous avait-il pas déjà donné sujet de l'envier,
+ce soldat au grand coeur qui réalisait tout ce
+que nous souhaitions de posséder: goût de l'action,
+désir du rêve... Et dans cette lente reprise
+de nous-mêmes que nous accomplissions, nous
+exaltions cette vie déjà si pleine, si riche de témoignages,
+qui nous faisait oublier la laideur et les
+misères où nous nous agitions, pour nous découvrir
+les vertus qui seules donnent du prix à l'existence.
+Lorsque Psichari nous revenait des continents
+perdus, les yeux lavés par les horizons libres de
+l'Afrique, c'est à ce solitaire que nous demandions
+le mot de nos destinées, c'est lui que nous interrogions
+sur nous-mêmes, c'est de cet exilé que nous
+attendions les paroles qui élèvent et qui fortifient.
+C'est ainsi qu'il nous avait restitué le sens des
+vertus et de la gloire des armes<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>. Nous devions à
+son exemple une certaine tension de l'âme qui
+nous avait aidés à rejeter les piperies d'un enseignement
+meurtrier. Mais, sous cette fièvre de
+l'action, nous sentions que se débattait une plus
+grande misère, ce mal inconnu qui nous laissait
+désemparés devant la vie, ce désir éperdu que la
+vérité et la pureté ne fussent point que de vains
+mots.</p>
+
+<p>N'était-il pas notre frère, celui-là qui se montre,
+à vingt ans,«sans défense contre le mal, sans protection
+contre les sophismes, errant sans conviction
+dans les jardins empoisonnés du vice, mais en
+malade et poursuivi par d'obscurs remords, chargé
+de l'affreuse dérision d'une vie engagée dans le
+désordre des sentiments et des pensées». Quelle
+mystérieuse préférence nous faisait lever les yeux
+sur ce jeune homme qui suivait pourtant une route
+oblique? Celui qui avait une fois rencontré son
+regard, «ce regard pur, allant droit devant soi,
+ce regard de toute clarté», celui-là découvrait
+qu'Ernest Psichari avait une âme et qu'il «était
+né pour croire et pour espérer, qu'il avait une âme
+qui n'était pas faite pour le doute, ni pour le blasphème,
+ni pour la colère». Nous sentions qu'il ne
+se plaisait point comme tant d'autres à son mal.
+Il ne disait point: «Je suis perverti, mais qu'y
+faire?» Tout était en lui d'une telle ardeur, d'une
+telle violence droite, qu'un jour viendrait où cette
+passion se porterait vers l'unique objet de toute
+recherche et qu'elle voudrait la force, la noblesse
+et la candeur avec une pareille exigence, avec un
+semblable emportement. Nous devinions dans
+quelles erreurs sa jeunesse avait séjourné,
+mais tout nous avertissait qu'il n'était
+pas fait pour le sacrilège:
+chaque étape était
+utile à son
+coeur.</p>
+
+
+<p>LA VOIX QUI NOUS INVITE A LA PÉNITENCE
+SE PLAIT A SE FAIRE ENTENDRE DANS LE
+DÉSERT.&mdash;BOSSUET. JE L'ATTIRERAI A LA SOLITUDE
+ET JE PARLERAI A SON COEUR&mdash;OSÉE, II, 14.</p>
+
+
+<p>Parce qu'il savait déjà que «de grandes
+choses se font par l'Afrique, qu'il pouvait
+tout exiger d'elle et tout par elle exiger
+de lui», Ernest Psichari partit pour la Mauritanie
+au début de 1910. C'est sur les routes
+du désert où, jadis, fuyant les tristesses du monde,
+il avait versé son sang le meilleur d'adolescent
+qu'il retournait pour monter, cette fois, vers de
+plus pures grandeurs<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>.</p>
+
+<p>Notre imagination, séduite par tant d'héroïsme
+juvénile et par cette grâce belliqueuse, le suivait à
+travers les larges horizons de l'Adrar. Il nous
+écrivait: «C'est un des derniers pays où l'on
+fasse encore oeuvre de soldat, où l'on vive militairement....
+C'est une terre toute chaude encore
+du sang français.» Et nous apprenions qu'au sud
+de Tichitt, dans les dunes d'Aouker, il avait, avec
+ses méharistes, glorieusement capturé une bande
+de dissidents maures<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>. Mais bien peu eussent
+deviné que c'était poussé par un obscur désir de
+pardon, pour remonter à sa source, pour se racheter
+de bien des misères, pour retrouver la vérité
+non possédée, mais désirée, qu'il s'était enfoncé
+dans les solitudes sahariennes et que la vie d'action
+intense de ce héros n'était qu'une manière de
+«vie purgative» que Dieu imposait à une âme
+qu'il s'était réservée.</p>
+
+<p>A l'exemple des Saints, voici un homme qui
+fuit le tumulte des hommes pour devenir attentif
+à son âme. La nature saharienne extrêmement
+épurée, débarrassée de toute surcharge, vêtue de
+recueillement et de silence, va agir en quelque
+sorte sur lui à la façon d'un cloître. Ici les facilités,
+les expédients, toutes les complaisances du
+monde ne jouent plus, mais répugnent et déçoivent.
+Seul dans le grand vent des plaines, au
+bout de la terre, au bout de la vie, «là où les
+soucis sont hauts, là où l'on marche tout auprès
+de l'éternité», il va apprendre un autre langage.
+C'est que là, suivant les paroles du Docteur, «on
+apprend à dire non, à dire je ne puis plus, à payer
+le monde de négatives sèches et vigoureuses. On
+ne veut plus plaire, on se déplaît à soi-même...»
+L'homme n'a plus que Dieu pour s'affliger en sa
+présence, pour lui dire du fond de son coeur:
+«Seul et invisible témoin de mes sanglots et de
+mes regrets, ah! écoutez la voix de mes larmes.»
+De ce combat spirituel, «aussi brutal que la
+bataille d'hommes», et qui se joua parmi ses
+risques sur un coin perdu de l'Afrique, Psichari
+nous a laissé le récit dans ce <i>Voyage du Centurion</i>
+qu'on vient pieusement de nous découvrir<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.
+Ce livre, marqué de l'inspiration divine et dont la
+rédaction «n'aura été qu'une longue prière» indéfiniment
+reprise, c'est lui qu'il nous faut interroger
+<a id="footnotetaga" name="footnotetaga"></a>
+<a href="#footnotea"><sup>a</sup></a>
+pour connaître les longues préparations de l'oeuvre
+de Dieu dans un coeur qu'il devait bientôt habiter.
+De l'aveu d'Ernest Psichari lui-même, le
+<i>Voyage du Centurion</i> prétend montrer comment
+la Grâce, dans la vie frugale et saine des brousses
+sahariennes, prépare ses propres voies. «Le désert,
+écrivait-il à M. Trogan, le désert est une terre
+bénie. Notre-Seigneur y est allé; des centaines de
+religieux y ont conquis la sainteté. Je voudrais
+dire que les Thébaïdes existent encore et qu'il ne
+manque que d'âmes attentives pour y recueillir la
+voix de Dieu.&mdash;Ces études, écrites pour la
+plupart en Mauritanie, ont, à défaut d'autorité
+doctrinale, la sincérité d'une confession. Ce sont
+simplement les pensées d'un homme qui, pendant de
+longues années, a passionnément cherché la Vérité
+et qu'il a eu le bonheur, pour quelques pauvres
+instants de bonne volonté, de la retrouver<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>».</p>
+
+<p class="ANOTE"><a id="footnotea" name="footnotea"></a><b>Note a:</b><a href="#footnotetaga"> (retour) </a> Nous le suivrons continûment et, pour
+retracer cette préparation intérieure de la vie
+chrétienne d'Ernest Psichari, nous ne ferons
+guère que le citer et le paraphraser.</p>
+
+<p class="ANOTE">E. Psichari n'avait pas voulu employer la forme autobiographique
+par un scrupule de véracité. Il pensait qu'il est impossible de percevoir
+et de noter, avec leur exacte valeur, tous les détails de
+l'action divine qui prépare et accomplit une conversion; et, par un
+scrupule d'humilité, il lui répugnait de parler de lui-même.</p>
+
+<p class="ANOTE">Mais s'il convenait à E. Psichari de se tenir dans l'ombre, c'est,
+au contraire, un devoir pour nous d'essayer de faire connaître son
+âme et ce que Dieu a fait en elle, en sorte que, par l'exemple de sa
+vie, il continue après sa mort l'oeuvre d'apostolat à quoi il s'était
+voué.</p>
+
+<p>Mais une chose, dès l'abord, nous frappe dans
+la confession de ce soldat qui, «sous le double
+airain de la solitude et du silence», marche avec
+confiance vers son but, c'est qu'avant de songer à
+son propre salut, avant de s'apitoyer sur sa misère,
+avant de prier pour lui-même, c'est pour la
+France qu'il prie, pour la France abandonnée et
+douloureuse. C'est pour elle que son âme débordante
+de charité demande grâce, c'est pour la
+servir plus fidèlement qu'il appelle cette foi dont
+elle est d'élection le royaume, c'est pour remplir
+plus exactement son mandat qu'il veut l'ordre de
+l'Église, cette Église qu'on voit penchée sur la
+France tout au long de son histoire.</p>
+
+<p>Un jour qu'il était de passage à Port-Étienne,
+Psichari avait montré à un de ses compagnons&mdash;un
+jeune guerrier de l'Adrar&mdash;la magnifique
+installation de télégraphie sans fil, si inattendue
+dans ce pauvre bled saharien.</p>
+
+<p>&mdash;Tu vois, lui dit-il, en lui montrant l'immense
+moteur qui ronflait, les Maures sont fous de vouloir
+résister à des gens aussi riches et aussi puissants
+que les Français.</p>
+
+<p>Le Maure resta un moment silencieux, puis
+répondit gravement:</p>
+
+<p>&mdash;Oui, vous autres Français, vous avez le
+Royaume de la Terre, mais nous, Maures, nous
+avons le Royaume du Ciel<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.»</p>
+
+<p>«Voilà une idée que les Maures ne devraient
+pas avoir, écrivait alors Psichari à Mgr Jalabert,
+et c'est un peu nous qui la leur avons donnée.»
+Et il ajoutait, en envoyant son offrande pour la
+construction de la cathédrale de Dakar<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>:</p>
+
+<p><i>«Depuis six ans que j'ai fait connaissance avec
+les Musulmans d'Afrique, je me suis rendu
+compte de la folie de certains modernes qui
+veulent séparer la race française et la religion
+qui l'a faite ce qu'elle est et d'où vient toute sa
+grandeur. Auprès de gens aussi portés à la
+méditation métaphysique que les Musulmans du
+Sahara, cette erreur peut avoir de funestes
+conséquences. J'en ai acquis la conviction. Nous
+ne paraîtrons grands auprès d'eux qu'autant
+qu'ils connaîtront la grandeur de notre religion.
+Nous ne nous imposerons à eux qu'autant que
+la puissance de notre foi s'imposera à leur regard.
+Certes, nous n'avons plus des âmes de croisés et
+ce n'est pas à la pensée d'aller combattre
+l'Infidèle qu'un officier désigné pour le Tchad
+ou l'Adrar va se réjouir. Pourtant j'ai vu des
+camarades qui, dans leurs conversations avec les
+Maures, souriaient des choses divines et faisaient
+profession d'athéisme. Ils ne se rendaient pas
+compte de combien ils faisaient reculer notre
+cause et combien, en abaissant leur religion, ils
+abaissaient leur race même. Car, pour le Maure,
+France et Chrétienté ne font qu'un. Ne nous
+appellent-ils pas «Nazaréens» plus volontiers
+que «Français»? Et c'est une chose étrange
+que ce soit eux qui viennent sur ce point nous
+éclairer nous-mêmes et nous donner une leçon.»</i></p>
+
+<p>C'est qu'à ce vrai soldat, rien ne paraît beau
+que la fidélité. Et une pensée de très loin vient à
+lui: «Pourquoi donc, s'il est un soldat de fidélité,
+pourquoi tant d'abandons qu'il a consentis, tant
+de reniements dont il est coupable? Pourquoi, s'il
+déteste le progrès infidèle, rejette-t-il Rome qui
+est la pierre de toute fidélité? Et s'il regarde
+l'épée immuable avec amour, pourquoi donc
+détourne-t-il les yeux de l'immuable Croix? Si
+absurde est cette infidélité, s'avouait-il à lui-même,
+que «je n'ose même la confesser devant les Maures
+et je leur dis: «Nous croyons!...» Ah! oui, ma
+lâcheté devant eux me fait comprendre combien,
+malgré moi et à mon insu, Jésus me lie!»</p>
+
+<p>Ainsi ce missionnaire n'entendait point n'apporter
+avec ses armes que les bienfaits d'une race
+matériellement puissante. La France n'avait point
+que des routes à frayer, des camps à bâtir, des
+villes à construire dans ces terres mauritaniennes
+où elle essayait de s'installer par la force. Elle
+portait avec elle une âme, un principe spirituel et
+cela même qui fait son éternité. Pour lui, il n'en
+doutait point. Aussi bien «il avait la certitude de
+n'être pas le véritable héritier de cette dignité
+française qu'il savait désormais être surtout une
+dignité chrétienne». Il se rendait maintenant
+compte qu'«il ne pouvait en aucune façon parler
+pour la France dont il portait le nom jusqu'aux
+extrémités de la terre». «Heureux, s'écrie-t-il,
+ceux qui n'ont pas la charge d'être les envoyés de
+toute une nation! Heureux ceux qui ne portent
+pas le poids d'une patrie sur leurs épaules! Lui,
+il ne connaîtra pas de repos qu'il n'ait retrouvé le
+visage de la terre natale et la signification de son
+nom béni.»</p>
+
+<p>Ainsi peut-on dire que la France déposa dans
+cette âme le premier désir de Dieu. La première
+prière qui monta sur la bouche de son serviteur,
+c'est elle qui l'a suscitée. Ce n'est que plus tard
+que le problème du salut individuel se posa pour
+cet homme d'action. La première fois que Psichari
+pense à Dieu, c'est en pensant à l'armée. Pour
+l'instant il se dit: «Si je sers loyalement l'Eglise
+et sa fille aînée la France, n'aurai-je pas fait tout
+mon devoir? Vis-à-vis de l'Église, l'indifférence
+n'est pas possible. Celui qui n'est pas pour moi
+est contre moi. Et je prends parti de toute mon
+âme<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a>
+<a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>.»</p>
+
+<p>Voilà où en était Ernest Psichari au début de
+1911. Tout en désirant la lumière surnaturelle de
+la Grâce, tout en la demandant de toutes ses
+forces, il était loin encore de la vie et de la vérité
+chrétiennes <a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a>
+<a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>. C'est à peu près l'état d'âme que
+traduisent quelques pages de l'<i>Appel des armes</i>
+qu'il terminait alors, et qu'une critique trop
+pressée de conclure devait prendre pour un
+témoignage décisif <a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a>
+<a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>. Son oeil n'était pas
+encore assez fort pour se tourner au dedans de
+lui-même: il n'allait que plus tard parvenir à son
+coeur et il lui fallait attendre et souffrir pour
+connaître la gloire de Celui qui de Sa Main
+sanglante devait venir le chercher pour le conduire
+vers elle.</p>
+
+<p>En France, Ernest Psichari avait laissé un
+ami qui, lui aussi, avait dès l'abord cherché son
+âme dans la vanité de la pensée humaine, mais à
+qui la vérité, un jour, s'était donnée par la Grâce.
+Et cette voix fraternelle venait le presser dans sa
+solitude: «Nous avons prié pour toi du haut de
+la sainte montagne (la Salette). Il me semble
+qu'elle pleure sur toi, cette Vierge si belle, et
+qu'elle te veut. Ne l'écouteras-tu point?»</p>
+
+<p>Pourtant son esprit ne restait pas inactif. La
+vérité, il la voulait avec violence. Saisi par la noble
+ivresse de l'intelligence, il demandait, d'abord,
+«que Jésus-Christ fût vraiment le Verbe incarné,
+que l'Église fût de toute certitude la gardienne
+infaillible de la Vérité, que Marie fût en toute
+réalité la Reine du Ciel». L'impatience de
+connaître grandissait en lui. Il apercevait bien le
+bel équilibre de la raison chrétienne, mais le secret
+des choses essentielles demeurait toujours étranger
+à son coeur. Et il confiait à l'ami qui le secourait
+de ses prières l'incertitude où il se désolait. Dès
+l'abord, il s'empressait de reconnaître:</p>
+
+<p><i>Tout essai de libération du catholicisme est
+une absurdité, puisque, bon gré, mal gré, nous
+sommes chrétiens, et une méchanceté, puisque
+tout ce que nous avons de beau et de grand en
+nos coeurs nous vient du catholicisme. Nous
+n'effacerons pas vingt siècles d'histoire, précédés
+de toute une éternité; et comme la science a été
+fondée par des croyants, notre morale, en ce
+qu'elle a de noble et d'élevé, vient aussi de cette
+grande et unique source du christianisme, de
+l'abandon duquel découle la fausse morale,
+comme aussi la fausse science.</i></p>
+
+<p>Mais aussitôt il ajoutait:</p>
+
+<p><i>Avec tout cela, je n'ai pas la foi. Je suis, si
+je puis dire cette chose absurde, un catholique
+sans la foi. Je pensais à moi et assez tristement
+en lisant cette belle page<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a>
+<a href="#footnote14"><sup>14:</sup></a> «Il semble qu'en
+ce temps la vérité soit trop forte pour les âmes...»
+et je me demandais si tu pouvais bien me tenir
+rigueur de mon impiété. Il me semble pourtant
+que je déteste les gens que tu détestes et que
+j'aime ceux que tu aimes et que je ne diffère guère
+de toi qu'en ce que la grâce ne m'a pas touché.
+La grâce! Voilà le mystère des mystères. Tu
+vas me dire de ne pas tomber dans l'erreur
+janséniste et que l'homme est libre et qu'il peut
+par ses oeuvres sinon forcer, du moins provoquer
+la grâce (je ne sais pas si je dis bien). Mais non,
+je sens qu'arrivé au tournant où je suis, il n'y a
+plus rien à faire qu'à, attendre. «Abêtissez-Vous»,
+me dit Pascal, mais c'est impossible: on ne
+peut pas plus s'abêtir que se donner de l'intelligence.
+Vais-je lire, apprendre? Mais les
+disciples d'Emmaüs n'ont pas cru après l'enseignement
+du Christ.</i> «Deum quem in Scripturae Sanctae
+expositione non cognoverant, in panis fractione
+cognoscunt», <i>dit saint Grégoire, dans une phrase
+qui me fait rêver infiniment. Et nullement semblable
+à l'aveugle qui ne demande pas la guérison,
+j'appelle à grands cris le Dieu qui ne veut pas
+venir<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a>
+<a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>...</i></p>
+
+<p>Ainsi son intelligence ne se rebelle point, elle
+méprise la négation et le doute: elle se fait humble
+devant la vérité; elle participe déjà de sa tranquille
+harmonie et de sa juste mesure. Elle se
+connaît et elle connaît Dieu, et cela devant que
+la grâce ait purifié son coeur. Mais il fallait qu'il
+se brisât par le dedans, ce coeur, pour que le
+saint amour y fût attiré. Quoi de plus touchant
+que l'humble soumission de cet esprit? Et Dieu
+pouvait-il tarder à marquer du signe de son élection
+celui que ses seules forces naturelles poussaient
+à l'aimer d'un tel désir?</p>
+
+<p>Son âme déjà avait gagné de la confiance, de
+l'abandon. Plus tard, évoquant ce passé, il
+dira <a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a>
+<a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>: «Alors je ne croyais à rien, je vivais
+comme un païen et pourtant je sentais l'irrésistible
+invasion de la Grâce. Je n'avais pas la foi,
+mais je savais que je l'aurais.» Car Ernest Psichari
+avait, dès lors, entrevu la loi de son progrès intérieur
+et les exigences de Dieu lui étaient claires.
+De toutes ses forces, il aspirait à la perfection.
+A cette heure, il le savait: il y a une hiérarchie
+entre les âmes. «Et d'abord il y a des pensées
+viles pour les coeurs mauvais. Et puis il y a des
+pensées belles mais faciles, il y a de pauvres, de
+misérables satisfactions spirituelles pour ces coeurs
+qui ignorent profondément le mal, mais ne se
+nourrissent que de vertus ordinaires.» Et ce
+soldat, consumé dans le tourment de Dieu, levant
+les yeux vers le ciel, s'écriait du fond de ses
+ténèbres: «Quels sont ceux-ci qui s'avancent
+portant leurs coeurs au-devant d'eux comme des
+flambeaux? Ce sont les héroïques, les affamés de
+la vertu, les assoiffés de la justice! Certes ils se
+sont gardés des chutes grossières. Mais ils jugent
+que c'est peu. Ils veulent cette pureté essentielle
+qui est l'entrée dans l'intelligence supérieure.
+Car tout est lié dans le système intérieur de
+l'homme et la lumière profonde de ce qui est vrai
+manquera toujours à qui ne se sera point fait un
+coeur de cristal.»</p>
+
+<p>Ne semble-t-il pas avoir pressenti la mission
+que Dieu lui réservait, celui qui souffrant encore
+du «mal horrible de la terre», désirait de monter à
+Lui par les voies les plus difficiles et qui ne voulait
+pour modèles de vie que les plus purs, que les
+plus héroïques, comme élu, pressé, désigné
+mystérieusement pour les suivre? Écoutez l'appel
+de ce coeur pressé par ses sanglots:</p>
+
+<p>«Je sens, dit-il, je sens qu'il y a, par delà les
+dernières lumières de l'horizon, toutes les âmes
+des apôtres, des vierges et des martyrs, avec
+l'innombrable armée des Témoins et des Confesseurs.
+Tous me font violence, m'enlèvent par la
+force vers le Ciel supérieur, et je veux de tout
+mon coeur leur pureté, je veux leur humilité, je
+veux la chasteté qui les ceint et la piété qui les
+couronne, je veux leur grâce et leur force. Je ne
+m'arrêterai pas...»</p>
+
+<p>Et devant cette effusion si brûlante, devant ce
+désir avide de la possession divine, nous nous
+demandons comme il se le demandait à lui-même:
+«N'est-il pas chrétien en quelque manière, cet
+homme qui désire un certain rejaillissement de
+l'âme en lui, qui a soif de la vertu surnaturelle,
+qui désire de vivre avec les anges et non plus avec
+les bêtes, qui a la volonté de s'élever, de se spiritualiser
+sans cesse et dont le coeur est si vaste
+qu'il déborde les limites de la terre... Et n'appartient-il
+pas déjà au Ciel celui qui en a la mystérieuse
+préférence?»</p>
+
+<p>Pourtant les mots de la libération n'avaient
+pas encore retenti. A ce cri pathétique dont le
+silence du désert avait été brisé: «O mon Dieu,
+daignez voir cette misère et cette confidence.
+Ayez pitié de l'homme qui est malade depuis
+trente ans», nulle voix n'avait répondu. Et le
+séjour en Mauritanie s'achevait: Psichari allait
+rentrer en France sans connaître le riche plaisir de
+la vérité et de sa possession. C'est seulement
+sur la terre de ses ancêtres que
+les paroles de rémission
+devaient être
+prononcées.</p>
+
+
+<p>SI QUELQU'UN NE PREND PAS SOIN DES SIENS
+ET PRINCIPALEMENT DE CEUX DE SA MAISON,
+IL EST PIRE QU'UN INFIDÈLE&mdash;SAINT PAUL</p>
+
+
+<p>Si l'Afrique avait été le lieu de sa purification
+et de son attente, Paris réservait
+à ce soldat d'autres tribulations, par
+lesquelles Dieu l'éprouverait de définitive façon et
+lui ferait payer les grâces dont il voulait le combler<a id="footnotetagb" name="footnotetagb"></a>
+<a href="#footnoteb"><sup>b</sup></a>.
+Quand nous revîmes Psichari, à la fin de
+décembre 1912, il nous confia son angoisse,
+celle-là même dont notre âme était justement
+tourmentée. Après trois années de séparation,
+nos coeurs fraternels se retrouvaient, travaillés
+d'une pareille souffrance. Nous faisions à la vie
+la même interrogation pressante, décisive, et nous
+nous refusions à ce que notre destinée n'eût
+aucun sens. Nous ne pouvions nous passer d'un
+absolu moral. Nous avions éprouvé la vanité des
+doctrines et des belles idées que nos professeurs
+nous avaient servies à profusion. «Nous cherchions
+un maître, un maître de vérité», et pour
+cela, nous étions prêts à changer nos existences,
+mais non pas pour un système quel qu'il fût ...
+Par quelle correspondance vraiment divine, ce
+jeune officier qui revenait de l'Adrar, tout frémissant
+d'action et revêtu de gloire guerrière, nous
+confiait-il ce même besoin que nous renoncions à
+satisfaire dans la raison dépravée des modernes?
+Tous les deux, sans confesser la foi catholique,
+nous apercevions déjà, dans la beauté de l'Église,
+l'éclat de la beauté éternelle. Nous savions qu'il
+n'y avait qu'elle qui pourrait nous donner la certitude,
+que rien, dans la vaste et charnelle futilité
+du temps présent, ne nous la procurerait. Nous
+savions que l'Église seule était capable de nous
+refaire. Notre intelligence n'avait rien à opposer à
+ses dogmes, bien plus, nous étions persuadés que
+là seulement était la vérité. Nous savions tout cela
+et pourtant nous ne croyions point, nous demeurions
+indécis devant le seuil de la maison de Dieu,
+nous hésitions devant l'affirmation qui est la gloire
+de l'Église. Et tous deux, nous nous déclarions,
+cette chose dérisoire, des catholiques sans la grâce.
+Tel est l'aveu qu'au début de 1913, Ernest
+Psichari faisait anxieusement à l'ami qui, plus
+avancé que nous-mêmes dans la foi et dans la
+vraie science, l'avait assisté par la prière et qui
+allait le presser, dans cet instant décisif, de se
+laisser informer «par l'esprit ecclésiastique, qui est
+le Saint-Esprit».</p>
+
+<p class="ANOTE"><a id="footnoteb" name="footnoteb"></a><b>Note b:</b><a href="#footnotetagb"> (retour) </a> Ici, nous cessons de suivre le <i>Voyage du Centurion</i>,
+qui, riche
+d'éclaircissements sur la préparation de la conversion d'Ernest Psichari,
+s'arrête au seuil de cette étape décisive, et nous reprenons nos souvenirs
+personnels, aidé de sa correspondance inédite.</p>
+
+<p>Nous avons vu, par ses méditations africaines,
+à quelle haute ferveur Ernest Psichari avait déjà
+pu s'élever, et de quelle charité sa contemplation
+était empreinte. Maintenant, il lui fallait s'établir
+dans les régions de la prière, accomplir les actes
+qui engagent et qui libèrent.</p>
+
+<p>Nous voici au point culminant de ce débat où
+l'enjeu est une âme. Moment unique dont tout le
+passé ne fut que la préparation secrète et où va
+naître un homme nouveau qui portera témoignage
+pour ses ancêtres et pour lui-même de la fidélité
+reconquise. Dans la dureté du temps présent,
+parmi les oublis, les reniements et les blasphèmes,
+dans la plus grande détresse des foyers, la voix du
+Seigneur à nouveau se fait entendre: «Race
+incrédule et dépravée, amenez ici votre fils!»
+Paroles d'indignation légitime dont cet enfant
+meurtri ne sait comprendre que la tendresse incomparable ...
+Prodige de la charité qui doucement le
+ramène vers la maison de son âme ...</p>
+
+<p>Dès l'abord, ce fut pour Ernest Psichari une
+grande consolation d'apprendre qu'il n'était pas
+exclu de l'Eglise depuis sa naissance et que le
+baptême de rite grec qu'il avait reçu était valable.</p>
+
+<p>Mais il se préoccupait de l'impression que sa
+conversion éventuelle pourrait causer à sa mère.
+Que de troubles, que d'incertitudes, que d'hésitations
+encore à l'aube d'une journée qui allait être
+si belle! Comme il s'afflige, l'inquiet jeune homme:</p>
+
+<p><i>Il me semble</i>, écrit-il au confident de son âme,
+<i>il me semble impossible que je continue bien
+longtemps encore à regarder cette adorable
+pensée chrétienne en étranger, et je me dis
+qu'après avoir été aussi délaissé et avoir été
+privé de tant de sacrements, il ne faut pas
+s'étonner que la pente soit si dure à monter...
+Ce qui me désespère, c'est cette vie de Paris
+où le recueillement est impossible. J'étais infiniment
+plus près du but en Mauritanie. Mais quel
+malheur si je repartais là-bas, sans savoir les
+prières qui m'ont tant manqué pendant ces dernières
+années. Je crois que si j'étais dans le désert
+en ce moment mon ignorance me serait positivement
+insupportable. Et c'est ce qui fait que j'ai
+tant de hâte de voir enfin la vraie Lumière.
+Mes lectures <a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a>
+<a href="#footnote17"><sup>17</sup></a> sont fiévreuses, désordonnées
+et je n'en tire pas tout le prix que je devrais.
+Tous les jours, je me jette sur un livre nouveau,
+voulant rattraper tout le temps perdu et m'enlisant
+davantage. Je sais bien maintenant que la prière
+est ce qu'il y a de mieux, puisque je la commence
+toujours sans goût et que je ne manque jamais
+de l'achever dans la joie et la sérénité. Quelle
+lointaine puissance ont donc ces mots pour agir
+ainsi sur le coeur le plus dur et le plus
+fermé<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a>
+<a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>?</i></p>
+
+<p>Dieu, qui est «la nourriture des grands», n'allait
+plus longtemps se refuser à ce coeur affamé. La
+grâce allait achever sur la terre de France
+l'oeuvre qu'elle avait commencée et menée si loin
+dans le désert, ne faisant intervenir qu'au dernier
+moment,&mdash;une fois la préparation du coeur
+terminée par Dieu seul,&mdash;des instruments
+humains. Psichari n'avait plus qu'à demander à
+être reçu dans l'Eglise. Sur ces heures décisives,
+nous possédons un document unique, le journal où
+une amie fraternelle prit soin de noter les principaux
+moments de la conversion d'Ernest Psichari. C'est
+ici le témoignage le plus direct: penchons-nous
+sur ces feuillets débordants de piété et d'amour.</p>
+
+<p>18 janvier 1913.&mdash;<i>J... voit Ernest: il a le
+langage d'un chrétien.</i></p>
+
+<p>21.&mdash;<i>J... a vu Ernest qui lui a dit qu'il
+demanderait peut-être bientôt à voir un prêtre.</i></p>
+
+<p>23.&mdash;<i>Visite d'Ernest: il nous paraît
+troublé. Dimanche, il doit aller à la messe avec
+J... à la cathédrale<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a>
+<a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>; il se fait expliquer la
+lecture de la messe.</i></p>
+
+<p>Dimanche 26.&mdash;<i>Ernest et J... vont ensemble
+à la grand'messe; ils reviennent grandement
+émus tous deux. Ernest dit à J... qu'à l'Église
+il se sent comme chez lui. J..., en effet, a admiré
+son aisance et sa piété. Il dit aussi: «La confession,
+c'est un peu difficile, et surtout... le ferme
+propos.» Déjà, il prie beaucoup et surtout la
+sainte Vierge. Il est visible que c'est la foi de
+son baptême qui se réveille et agit. Spontanément,
+il se décide à aller tous les dimanches à la
+grand'messe. Le Père Clérissac<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a>
+<a href="#footnote20"><sup>20</sup></a> doit arriver
+dans huit jours.</i></p>
+
+<p>Dimanche 2 février.&mdash;<i>Ernest et J... assistent
+à la messe rue d'Ulm. Ernest est absorbé, peu
+communicatif. J... revient inquiet.</i></p>
+
+<p>3 février.&mdash;<i>J... arrive avec Ernest vers
+11 heures. Le Père Clérissac vers midi. Nous
+sentons qu'ils se plaisent et se conviennent.
+Ernest est si simple, si franc, devant le Père...
+Déjeuner plein d'émotion. Après le déjeuner, le
+Père emmène Ernest au parc. Leur absence
+dure deux heures pendant lesquelles nous ne
+cessons de prier. Tout va se décider. Enfin ils
+reviennent; et le Père nous expose le programme
+arrêté qui nous remplit de joie: demain confession,
+puis confirmation, le plus tôt possible, et dimanche
+première communion; puis pèlerinage d'action
+de grâces à Chartres.</i></p>
+
+<p><i>Ernest a absolument conquis le Père qui n'a
+trouvé en lui aucune résistance, «une âme sans
+un pli, toute pleine de foi.»</i></p>
+
+<p>Mardi 4 février.&mdash;<i>Le Père et Ernest arrivent
+vers 4 heures. Notre petite chapelle est toute
+parée; les cierges sont allumés, deux beaux
+cierges intacts, bénis dimanche.
+Agenouillé devant la statue de Notre-Dame
+de la Salette, d'une voix forte&mdash;quoique très
+ému&mdash;Ernest Psichari lit la profession de foi
+de Pie IV et celle de Pie X. Le Père est
+debout, comme un témoin devant Dieu. J ... et
+moi écoutons à genoux, tremblants d'émotion.
+Après cette lecture, nous sortons et la confession
+commence. Pendant qu'elle dure, nous ne cessons
+de prier.</i></p>
+
+<p><i>Enfin, on nous appelle. Nous trouvons Ernest
+tout transformé, rayonnant de joie. C'est une
+heure de béatitude pour tous.&mdash;«Vous voyez,
+nous dit le Père, un homme tout à Dieu»... Et
+qui est heureux, disons-nous. «Oh! oui, je suis
+heureux,» s'écrie Ernest, et il n'est pas difficile
+de le croire.&mdash;On sent déjà entre le Père et
+Ernest une amitié tendre et profonde, sur laquelle
+Ernest s'appuie avec joie.</i></p>
+
+<p><i>Après le départ d'Ernest, le Père nous dit
+son admiration pour la bonté de Dieu, sa joie de
+la réparation qui lui est faite, son amour pour
+cette âme qui n'a pas résisté à Dieu qui est toute
+loyale et simple.</i></p>
+
+<p>Mercredi des Cendres, 5 février.&mdash;<i>Le Père
+avec Ernest assistent à la bénédiction des Cendres
+à la grand'messe pontificale. Ils voient Mgr Gibier
+et fixent au samedi 8 février la date de la
+confirmation. Ernest a un air touchant, heureux,
+tout pénétré de la pensée de Dieu.</i></p>
+
+<p>Jeudi 6 février.&mdash;<i>Nous voyons Ernest avec
+le Père. Ernest sent déjà qu'on le dira subjugué,
+suggestionné par quelqu'un. Cela lui paraît bien
+vil. «Je sentais toujours, dit-il, que si je venais
+à la foi, ce serait par une action surnaturelle;
+et comment une influence quelconque pourrait-elle
+vous faire croire les dogmes catholiques et
+procurer cette illumination?»</i></p>
+
+<p><i>Ernest doit prendre le nom de Paul à la
+confirmation, en réparation des outrages de
+Renan à saint Paul</i>.</p>
+
+<p>Mardi 7 février.&mdash;<i>Le Père a vu Ernest à
+Paris. Ernest le ravit par sa droiture et l'ouverture
+entière de son âme a la foi. Il ne cesse et
+nous ne cessons de dire avec lui: «Que Dieu est
+bon et que tout cela est beau!»</i></p>
+
+<p>Le samedi 8 février, Ernest Psichari fut confirmé
+par Mgr Gibier, dans la chapelle du petit
+séminaire de Grandchamp. D'une voix tremblante
+d'ardeur contenue, il récita le <i>Credo</i>, dont il
+scanda une à une les syllabes latines. Après la
+confirmation, l'évêque de Versailles lui demanda
+son âge. «Vingt-neuf ans! Beaucoup de temps
+perdu», répondit notre ami. Et s'inclinant filialement
+sous la bénédiction du prélat, il lui dit pour
+exprimer le drame qui venait de se jouer entre
+Dieu et lui: «Monseigneur, il me semble que
+j'ai une autre âme<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a>
+<a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>». Le lendemain, Ernest
+Psichari fit sa première communion à la Chapelle
+des Soeurs de la Sainte Enfance: puis il partit
+pour Chartres en pèlerinage. A son retour, il
+confiait au P. Clérissac: «Je sens que je donnerai
+à Dieu tout ce qu'il me demandera.»</p>
+
+<p>Tous ceux qui furent alors les témoins de ces
+événements admirables, tous ont été frappés de
+la joie qui soudain l'habita. Désormais, E. Psichari
+vécut en joie: joie libre, fruit de l'amour, de
+l'amour qui connaît et épouse son objet, et qui
+trahit tout ce qu'il y a de véritable charité dans
+une âme. Tout de suite, il posséda cette gaieté
+du coeur qu'apporte le salut. Dans les yeux,
+notre frère avait quelque chose de lumineux, de
+confiant, de tendre, qui décelait l'état de grande
+liberté intérieure et, comme on l'a noté déjà,
+d'«innocence enfantine» où il vivait et qui faisait
+pressentir les grands desseins à quoi Dieu le
+prédestinait.</p>
+
+<p>Une chose aussi nous causait de l'étonnement:
+il semblait qu'Ernest Psichari fût entré dans la
+vie chrétienne de plain-pied, sans préparation,
+sans apprentissage, sans transition, comme s'il eût
+été catholique depuis toujours. Cette âme, hier
+encore ignorante des communications de la
+sagesse divine, semblait en être soudain remplie et
+sans intermédiaires. Il savait tout sans avoir rien
+appris: il inventait ses prières et elles se trouvaient
+être celles-là même que l'Eglise avait répandues
+sur les âges. Et dans l'ivresse des retrouvailles,
+il s'écriait: «Mais quoi, Seigneur, est-ce donc si
+simple de vous aimer!»</p>
+
+<p>Ce qui frappe, en effet, c'est la plénitude de
+vie surnaturelle qui surgit en lui. Tout de suite,
+il s'était tourné vers le Christ et c'est de lui qu'il
+attendait la vérité et le bonheur. Chaque jour, il
+communiait et tendait vers la Croix toutes ses
+puissances<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a>
+<a href="#footnote22"><sup>22</sup></a>.</p>
+
+<p><i>C'est une découverte adorable, écrivait-il au
+P. Clérissac<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a>
+<a href="#footnote23"><sup>23</sup></a>, que celle que je fais en ce
+moment, c'est une douce et cruelle reconnaissance
+et il n'est point d'office où je ne verse
+d'abondantes larmes devant le Maître que j'ai
+si longtemps crucifié, que la France elle-même
+crucifie à toute heure.</i> Et encore: <i>J'ai pu
+m'approcher tous les matins de la Sainte Table
+et je l'ai fait avec courage, comptant sur la miséricorde
+de Notre-Seigneur, pour me pardonner
+les faiblesses qui me rendent si indigne de recevoir
+son corps et m'en remettant entièrement à
+elle en toute chose... Je crois bien que c'est lorsqu'on
+est le plus abattu que l'on doit désirer avec
+le plus d'amour l'Eucharistie et, quant à moi,
+c'est à ces heures-là que je me tourne avec le
+plus de confiance vers le Maître à qui je suis
+désormais<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a>
+<a href="#footnote24"><sup>24</sup></a>.</i></p>
+
+<p>Nul ne fut plus que Psichari un homme de
+prière; nul n'en eut davantage le don. Ses travaux
+d'écrivain, son métier de soldat, tout lui était prétexte
+d'élévation vers Dieu. Il faut l'avoir vu prier,
+avoir suivi avec lui le mouvement de la liturgie
+pour savoir quels étaient l'amour et la force de ses
+oraisons. Chaque jour, il disait l'office de la Vierge
+jusqu'au dernier capitule; pas une rubrique qu'il
+n'ait longuement méditée: il avait même composé
+pour le Rosaire une suite de proses. Ces élévations,
+il les commençait dans les larmes, tant la
+douleur le poignait de ses fautes passées, tant il
+sentait en lui-même de ruines et de ténèbres, de
+révoltes et de luttes. Et de chacune d'elles montait
+cette pensée: «Que puis-je faire pour l'Église
+qui m'a accueilli au plus fort de ma détresse?
+Jésus, Marie, je vous supplie de m'éclairer, de
+me donner la force d'être sans partage au pied de
+la Croix, uniquement attentif à vos ordres<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a>
+<a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.»
+Et l'oraison s'achevait dans la joie, sous le désir
+enflammé qu'y répandait l'espérance éternelle.
+Ainsi, la prière semblait à Psichari le devoir premier,
+bien plus, «la position normale de la créature
+qui veut se tenir à sa place sous son Créateur».
+Être à sa place, se tenir à sa place, voilà le grand
+souci de ce soldat chrétien.</p>
+
+<p>Mais il savait aussi que la place où la Providence
+l'avait mis sur la terre était un poste où il
+devait être un exemple, où les privilèges reçus
+imposent de lourdes obligations, et il sentait jusqu'au
+fond de lui-même combien l'engageaient
+les dons magnifiques qu'elle lui avait réservés.
+D'où l'impatience que nous lui vîmes de rendre
+grâces pour tout ce que Dieu lui avait offert. Au
+reste, nul être n'aimait autant à se donner: car,
+plus encore que la foi de Pierre, c'était l'amour
+de Jean qui habitait son coeur.</p>
+
+<p>Et ici, nous pénétrons le secret essentiel de
+cette âme choisie, la volonté profonde qui dirigea
+sa destinée, ce qui donne soudain tout son sens
+et son sublime au drame intérieur que nous résumons.
+Voilà le point où cette vie se transfigure et
+prend quelque chose de saint: vingt-neuf années
+douloureuses n'avaient été souffertes que pour
+aboutir à cette vocation.</p>
+
+<p>Dès qu'il connut par lui-même les joies de la
+Lumière, Ernest Psichari n'eut qu'une pensée:
+donner sa vie pour réparer l'offense que son
+grand-père avait faite à Dieu. Pour cette oeuvre
+de réparation, il s'était promis de se consacrer au
+Seigneur. Il voulait dire la messe, cette messe jadis
+abandonnée, il voulait se courber devant ce tabernacle
+délaissé pour les parvis humains, avoir part
+à ce Calice, être prêtre à tout jamais, reprendre
+la place, le précepte et le mandat qu'un des siens
+avait déserté... Et peut-être, et surtout soulager
+les peines sous lesquelles ce père de sa chair s'affligeait,
+hâter sa délivrance, lui sacrifier son coeur
+filial, pour qu'il vît enfin ce Dieu qui avait été le
+Dieu de leurs pères.</p>
+
+<p>Parmi les hommes, Ernest Psichari rejeta
+ouvertement les doctrines, les erreurs de Renan;
+il détesta son oeuvre et sa vie enseignante. Cela
+n'est un scandale que pour des esprits sans piété
+véritable. Qu'un fils se désole à l'idée que l'âme
+de son père soit perdue pour une autre vie, qu'il
+connaîtra des délices qui lui sont refusées; et, que
+ce fils mette toute son ardeur à réparer ses torts
+jusqu'au don absolu de soi, jusqu'à l'holocauste
+de son âme, et qu'il place son espoir dans la
+miséricorde de la Bonté Infinie, quoi de plus
+touchant? Nous atteignons ici le point le plus
+haut de l'amour. C'est le sang de son coeur que
+ce jeune homme offre pour réconcilier à Dieu
+celui qui l'engendra. Quel aïeul fut jamais pleuré
+de telles larmes! Jamais l'affection filiale ne porta
+un plus parfait témoignage, jamais la charité ne
+fut plus magnanime qu'en cette âme de fils; jamais
+l'espérance ne s'y maintint d'une plus fervente
+tendresse.</p>
+
+<p>Il faut avoir vu la joie d'E. Psichari lorsqu'un religieux
+lui assura, un jour, que l'âme de Renan, au
+moment de paraître devant Dieu, avait peut-être
+été allégée de ses fautes par la prière de quelque
+carmélite, par les larmes de quelque contemplatif
+très humble...</p>
+
+<p>Et l'on avait ajouté: «Qui vous dit que votre
+grand-père n'est pas sauvé? Dieu seul est capable
+de juger les consciences. Nul d'entre nous n'a le
+droit de mettre des limites à la miséricorde du
+Père céleste. Qui sait si, mystérieusement, en
+vertu d'une grâce cachée, Renan ne s'est pas
+réconcilié avec le Maître de ses premières
+années? Qui sait même, si ce n'est pas lui qui
+vous suscite aujourd'hui pour réparer les dommages
+qu'il a pu faire aux âmes<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a>
+<a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>?»</p>
+
+<p>Ah! de quelle reconnaissance il embrassait la
+foi qui permettait un tel espoir... Pour lui, fils de
+la fidélité, il n'aurait de cesse qu'il n'ait donné
+son être pour que le père prodigue ne fût point
+banni de la maison de tous ses désirs<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a>
+<a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>!</p>
+
+<p>Aussi peut-on assurer qu'Ernest Psichari songeait
+à se détourner de la voie large du monde
+pour s'engager dans l'étroit sentier de la perfection.
+La componction de son coeur, son amour
+de l'obéissance qu'il tenait d'un esprit tout
+ensemble militaire et très humble, tout l'y prédestinait.
+Devant le glaive de l'esprit, devant le glaive
+de la parole de Dieu, ce soldat tombait à genoux.
+Le Christ était son chef: il attendait ses ordres.
+Mais là encore la Providence réservait à
+Ernest Psichari une suite de grandes épreuves et
+de poignantes incertitudes, qu'il allait subir d'une
+âme pleine de paix et d'abandon.</p>
+
+<p><i>J'attends, écrivait-il, le 16 mars 1914, au
+P. Clérissac, j'attends simplement que le Seigneur
+me dise, s'il m'en juge digne: «Lève-toi
+et viens...» Souvent la certitude de ce qui me sera
+demandé me pèse; j'ai peur, je ne me sens pas
+prêt, mais je sais bien aussi qu'il me faudra me
+rendre et j'entends clairement cette voix intérieure
+qui me dit l'adorable parole toujours présente:</i>
+«Alius te cinget et ducet quo tu non vis.»
+<i>Que la volonté du Seigneur Jésus soit faite et
+non la mienne</i>.</p>
+
+<p>Dès l'abord, Ernest Psichari ne douta point
+qu'il ne dût être quelque jour le serviteur de cet
+ordre de Saint-Dominique, auquel il appartenait
+déjà de toute son âme et dont la «règle joyeuse»
+lui convenait si bien<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a>
+<a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>. Il y avait, en effet, chez ce
+militaire, une volonté d'apostolat qui l'empêchait
+d'être purement contemplatif. Dans le premier
+moment de sa conversion, il avait commencé par
+réciter l'office bénédictin. «Non, je ne puis
+continuer, nous avouait-il, je sens que je suis
+dominicain.» Enfin, c'était un fils de saint Dominique
+qui l'avait confessé, puis qui l'avait reçu
+dans le Tiers-Ordre, en septembre 1913, au
+couvent de Rijckholt, en Hollande. De toute
+certitude, il pensait qu'il devait à l'intercession de
+saint Dominique «ce renouvellement de son
+âme<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a>
+<a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>».</p>
+
+<p>Aussi bien, quand il voulut entreprendre le
+récit des choses admirables que le Saint-Esprit
+avait accomplies dans son coeur, c'est saint Dominique
+qu'il invoque pour obtenir le véritable
+esprit de l'Ordre:</p>
+
+<p><i>Oui, mon ambition est haute, écrivait-il le 30 janvier
+1914 à propos du</i> Voyage du Centurion,
+<i>bien haute pour un ouvrier de la onzième heure
+qui sans doute devrait se borner à l'humble étude
+des maîtres. Mais je ne sais quelle force me
+pousse: il me semble qu'il reste à faire, dans le
+domaine de la pure littérature, un livre vraiment</i>
+dominicain, <i>autant que ce livre peut être écrit par
+un laïc et un écrivain. Pourquoi n'écrirais-je pas
+ce livre? Le dernier, le plus infime des serviteurs
+de saint Dominique ne peut-il pas, par une prière</i>
+continue, <i>obtenir cet esprit de foi et de vérité, et
+surtout ce véritable esprit d'apostolat qui fait
+considérer, à chaque phrase que l'on écrit, l'utilité
+spirituelle plutôt que la vaine beauté de l'art?</i><a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a>
+<a href="#footnote30"><sup>30</sup></a></p>
+
+<p>Mais d'autres soucis allaient traverser cette vie
+et la détourner pour un instant des hautes préoccupations
+qui l'agitaient. Son congé achevé, Ernest
+Psichari avait dû rejoindre son régiment à Cherbourg.
+Nul ne mettait à son métier plus de ferveur.
+Entre tous les devoirs du chrétien, c'est le devoir
+d'état que ce soldat était porté d'instinct à placer
+le plus haut. Il sentait avec exactitude les lourdes
+responsabilités qui pèsent sur le plus humble des
+chefs: il s'y consacrait avec amour. C'est plein
+d'allégresse qu'il reprit, en juin 1913, le chemin
+du quartier et qu'il revit ses hommes, ses chevaux,
+ses canons. Mais, pouvait-il l'oublier, c'était un
+être nouveau qui revenait parmi les siens. Il ne
+devait pas s'y sentir étranger. Les régiments, à
+leur manière, ne sont-ils pas «des couvents
+d'hommes»? «Même habitude de se donner
+corps et âme, remarque Vigny qui le premier nota
+la ressemblance, même besoin de se dévouer;
+pareils usages de gravité, de retenue et de
+silence.» Ernest Psichari allait pouvoir y vivre sa
+double vie de militaire et de chrétien.</p>
+
+<p><i>J'ai retrouvé à Cherbourg, écrivait-il au P. Clérissac,
+le milieu sain et réconfortant que j'avais
+quitté, il y a plus de trois ans, et revu avec joie
+mes camarades. Ils suivent une belle route bien
+droite, bien tracée. Ils sont loin de bien des compromissions
+de l'époque. C'est un grand malheur
+qu'ils soient aussi loin de la vie de la Grâce.
+Beaucoup d'entre eux, la plupart, seraient près
+peut-être de la mériter, s'ils avaient seulement
+quelques mouvements de bonne volonté. Que
+notre Divin Maître daigne les éclairer: qu'il me
+donne aussi la force de montrer le bon exemple,
+de faire un peu de bien à ces braves gens</i><a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a>
+<a href="#footnote31"><sup>31</sup></a>.</p>
+
+<p>Chargé de service et d'occupations de toutes
+sortes, Psichari se sentit privé de bien des secours.
+Il se rappelait avec une triste émotion le temps
+où il pouvait, chaque matin, s'approcher de la
+Sainte Table et dire tout entier le <i>Diurnal</i>: «Il
+me faut faire une bien petite place au Bon Dieu,
+s'écriait-il. Je lui offre du moins tout mon coeur,
+mes actions et mes pensées, faisant confiance pour
+le reste à sa divine miséricorde<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a>
+<a href="#footnote32"><sup>32</sup></a>.»</p>
+
+<p>Pourtant son zèle ne restait pas inactif. Dès son
+arrivée à Cherbourg, Ernest Psichari avait rendu
+visite au curé de cette paroisse qui porte le nom
+très doux de Notre-Dame-du-Voeu et lui avait
+demandé de faire partie de la Conférence de
+Saint-Vincent-de-Paul. Pour lui, levé dès l'aube,
+il montait à cheval, se rendait au quartier, faisait
+l'instruction des brigadiers sur le tir du 75; puis
+le soir, dans sa chambre, devant <i>l'Annonciation</i>
+de Memling, près de la bibliothèque où il avait
+réuni les <i>Méditations</i> et les <i>Élévations</i> de Bossuet,
+les <i>Confessions</i>, les oeuvres de saint Jean de
+la Croix, de sainte Catherine de Sienne et de sainte
+Mechtilde, il travaillait et il priait. L'écrivain
+notait, pour nous autres, les mouvements de son
+coeur sous le doux envahissement de la Lumière;
+et, à travers les antiennes et les répons de son
+office, le tertiaire de saint Dominique appelait sur
+la France et sur son armée quelques-unes des
+faveurs dont il se sentait indigne.</p>
+
+<p>Psichari goûtait alors une quiétude sans mélange:
+le bonheur rayonnait dans son être. Parfois, il se
+demandait: «Que dois-je faire et qu'est-ce que
+le Bon Dieu veut au juste de moi<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a>
+<a href="#footnote33"><sup>33</sup></a>?» Et tranquille,
+il se répondait à lui-même: «Je l'ignore,
+mais c'est dans une grande paix et un vrai calme
+que j'attends la manifestation de sa volonté.
+L'exact discernement et la vraie force ne seront
+pas refusés, j'en ai une ferme confiance, pour
+mon humble prière.»</p>
+
+<p>A l'automne de 1913, Psichari partit pour
+les manoeuvres du Sud-Ouest. Un jour où son
+régiment se trouvait au repos, il fit pour un
+patronage une conférence sur l'Eucharistie et
+la fréquente communion. Quel ne fut pas
+son étonnement de reconnaître parmi ses auditeurs
+quelques-uns des canonniers de sa batterie!</p>
+
+<p>Au reste, beaucoup de consolation et beaucoup
+de joie lui devaient venir de ce voyage à travers
+la France. A son retour à Cherbourg, il écrivait
+à un prêtre<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a>
+<a href="#footnote34"><sup>34</sup></a> qu'il avait rencontré au hasard d'un
+cantonnement:</p>
+
+<p><i>Comment ne pas voir que cette terre est bénie
+entre toutes, qu'elle est et restera toujours la terre
+de l'humble fidélité et que c'est elle qui portera
+toujours la plus riche moisson?... J'admire toute
+cette grâce qui rayonne à travers la terre de
+France, j'admire qu'après tant d'efforts, après
+tant de persécutions, la petite lampe vacille encore
+au fond du temple et qu'elle suffise encore à
+éclairer le monde.</i></p>
+
+<p>Une chose surtout l'avait fortifié parmi celles qu'il
+avait vues: la piété de nos prêtres:</p>
+
+<p><i>Il faudra, écrit-il, il faudra que je dise, si Dieu
+m'en donne la force, que notre clergé est admirable,
+qu'il est pénétré des plus mâles vertus
+chrétiennes, qu'il est plus grand peut-être qu'il n'a
+jamais été. Au village comme à la ville, le presbytère
+est le seul endroit où se réfugie l'intelligence,&mdash;car
+je n'appelle pas de ce nom la
+pauvre intelligence dépravée des intellectuels,&mdash;le
+seul où il y ait vraiment de la vie, le seul où
+l'on soit assuré de trouver toujours non seulement
+des hommes de coeur, mais des hommes ayant la
+plus fine compréhension de toutes choses, le sens
+le plus droit, la raison la plus déliée. On dit qu'il
+n'y a plus de saints aujourd'hui. Ah! si l'Eglise
+le permettait, je dirais bien qu'il y en a et où
+ils sont.</i></p>
+
+<p>Et ces réflexions, par une pente naturelle, le
+ramenaient à lui-même, à l'atroce destinée de
+celui qui appartenait à ce clergé admirable, et
+qui eût dû être le bon prêtre d'une paroisse française.
+Il se sentait à nouveau travaillé du désir de
+réparation qui grandissait en son coeur, et j'imagine
+que c'était là le sujet de ses entretiens à
+Cherbourg, avec un fidèle ami, cet abbé Bailleul<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a>
+<a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>
+qu'il interrogeait sur son propre avenir.
+Aussi était-il disposé à écouter avec bienveillance
+celui qui voyant en lui des marques de vocation
+certaine, lui parla un jour du sacerdoce. Est-ce à
+dire que son âme cessait d'entendre l'appel de
+saint Dominique? Non point; mais la longueur
+des études théologiques l'effrayait, et surtout la
+peine que sa décision causerait à sa mère et l'obligation
+où il serait de vivre loin d'elle, car il
+l'aimait et l'admirait entre toutes. Enfin, <i>il
+était pressé de dire la messe</i>&mdash;toujours le même
+désir sublime de reprendre la place abandonnée.
+Et voici qu'on lui disait: «Votre devoir est
+avant tout le sacerdoce. Dieu vous veut, provisoirement
+du moins, parmi les prêtres séculiers.»
+Dans sa ferveur filiale, Ernest Psichari reçut ce
+conseil avec un débordement de joie: Oui, être
+un simple curé de campagne, comme son grand-père
+l'eût été, vivre dans quelque presbytère très
+simple de basse Bretagne, retourner fidèlement,
+minutieusement, sur les voies abandonnées et,
+d'abord, mettre les pas dans les pas, retrouver la
+vocation exacte, aller au séminaire...</p>
+
+<p>C'est ainsi qu'au printemps de 1914, Ernest
+Psichari fit visite au supérieur du grand séminaire
+d'Issy. Le parc et la chapelle étaient intacts et
+tels que Renan les décrit en ses <i>Souvenirs d'enfance
+et de jeunesse</i>. Il retrouva la froide charmille
+janséniste du dix-septième, les longues
+allées solitaires, et c'est avec une grande émotion
+qu'il vit ces endroits mêmes où son «malheureux
+grand-père» avait prié.</p>
+
+<p>Quelques semaines plus tard, M. l'abbé Tanquerey,
+directeur au grand Séminaire, rencontra
+le R.P. Janvier et lui dit: «Nous avons reçu
+la visite du petit-fils de Renan... <i>Il entrera chez
+vous.</i>» Il semble bien, en effet, que ce pèlerinage
+à Issy n'ait fait que confirmer Ernest Psichari
+dans son dessein de se donner à saint Dominique.
+Toujours est-il que son frémissement intérieur ne
+s'était pas apaisé:</p>
+
+<p><i>Ce qui me paraît vraiment insupportable, c'est
+de continuer cette existence d'oubli et de reniement
+qui est la mienne, écrivait-il alors<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a>
+<a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>. Il
+faudra pourtant un jour que cela change, car
+Dieu ne se lassera-t-il pas à la fin de tout donner
+sans rien recevoir?</i></p>
+
+<p>Le P. Clérissac, à qui Psichari faisait cet aveu,
+finit, après avoir longuement hésité, par acquérir
+la certitude que la vocation de ce jeune homme
+était bien dominicaine. Pour ne rien hâter cependant,
+il fut convenu qu'Ernest Psichari ne s'engagerait
+pas immédiatement et qu'il irait d'abord
+prendre ses grades en théologie à
+Rome, au Collège Angélique,
+et comme
+auditeur
+libre.</p><br>
+
+<p><b>NON TOLLIT GOTHUS QUOD CUSTODIT CHRISTUS,
+SAINT AUGUSTIN</b></p><br>
+
+
+
+<p>Mais Dieu, lui, savait déjà la mission qu'il
+destinait à son enfant et le sacrifice pour
+lequel, dans sa pitié pour la France,
+il réserverait ce soldat, fils de Dominique.
+Bientôt tous les voeux d'Ernest Psichari allaient
+être exaucés: Dieu lui donnerait sujet de prétendre,
+de réaliser la double vocation qui partageait
+son coeur, de s'immoler à la terre de ses
+pères, de réparer en sauvant. Car le don qu'Ernest
+Psichari allait offrir pour le service de la Patrie
+est en même temps un témoignage rendu à Dieu,
+un holocauste véritable, «librement consenti et
+consommé en union avec le sacrifice de l'autel<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a>
+<a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>».
+Ernest Psichari partit le second jour de la guerre
+avec le 2^e régiment d'artillerie coloniale. En
+quittant Cherbourg, il dit à l'abbé Bailleul:
+«Je vais à cette guerre comme à une croisade,
+parce que je sens qu'il s'agit de défendre les deux
+grandes causes à quoi j'ai voué ma vie.»</p>
+
+<p>Le 20 août, il écrit à sa mère<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a>
+<a href="#footnote38"><sup>38</sup></a>: «Nous allons
+certainement à de grandes victoires et je me repens
+moins que jamais d'avoir toujours désiré la guerre,
+qui était nécessaire à l'honneur et à la grandeur
+de la France. Elle est venue à l'heure et de la
+manière qu'il fallait. Puisse la Providence ne pas
+nous abandonner dans cette grande et magnifique
+aventure<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a>
+<a href="#footnote39"><sup>39</sup></a>!»</p>
+
+<p>Le soir du 22 août, à Saint-Vincent-Rossignol<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a>
+<a href="#footnote40"><sup>40</sup></a>,
+après être resté douze heures sous un feu
+épouvantable, Ernest Psichari fut tué net d'une
+balle à la tempe. Un témoin de sa mort écrit:
+«Vers six heures, j'aperçus le lieutenant Psichari
+sous un arbre, près de ses pièces, soutenant le
+capitaine Cherrier, blessé. Il se dirigea avec lui
+vers l'ambulance et le laissa à la porte, <i>pour
+retourner à sa pièce</i>. À ce moment les Allemands
+arrivaient à 30 mètres. Le feu cessait et le lieutenant
+était assez isolé. Je le vis regarder le demi-cercle
+que les Allemands formaient autour de lui,
+se pencher soit sur son canon, soit sur un blessé et
+tomber mortellement frappé. Il tomba sur le canon
+et glissa à terre.» Ceux qui l'ont vu plus tard ont
+été frappés du calme de son visage: autour de
+ses mains était enroulé son chapelet<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a>
+<a href="#footnote41"><sup>41</sup></a> qu'il avait
+pu saisir.</p>
+
+<p>À trente ans, ayant tout accompli, Dieu l'appelait
+à la vie et à la gloire. Ernest Psichari y est
+entré, suivi d'une héroïque milice de jeunes
+martyrs qui lui ont fait au Ciel
+la plus belle cohorte
+qu'il ait jamais
+conduite.</p>
+
+
+<p>NOTES
+ET
+DOCUMENTS</p>
+
+<p class="FTNOTE"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> Grec par son père et tout ensemble «français, latin,
+breton», par sa mère en qui sont unis le sang catholique
+des Renan et le sang protestant des Scheffer, Ernest
+Psichari fut, par ses origines et la gloire de sa famille
+dans le siècle, profondément mêlé aux événements spirituels
+de notre propre histoire. Restituer l'atmosphère
+morale où grandit l'héritier de toutes ces cultures, ce
+serait du même coup évoquer tout un âge qui se reconnut
+en Renan comme en celui qui l'avait engendré. Il ne
+nous appartient point de le faire et nous nous bornerons
+ici, pour fixer l'imagination, à noter les moments essentiels
+de la jeunesse d'Ernest Psichari.</p>
+
+<p>Ernest Psichari naquit le 27 septembre 1883. Il fit
+ses études aux lycées Henri IV et Condorcet. À dix-huit
+ans, il publiait des vers subtils, à la manière de
+Verlaine et de Mallarmé qui fut aussi celle d'Ary Renan,
+son oncle. Par ailleurs, épris de métaphysique, il annotait
+Spinoza et Bergson.</p>
+
+<p>Après sa licence de philosophie (1902), il partit, en qualité
+de dispensé, accomplir une année de service militaire.</p>
+
+<p>L'armée lui apparut comme la seule activité où demeure
+cet idéalisme qu'une culture toute sceptique avait failli
+corrompre. Dès son arrivée à la caserne, il sentit avec
+une vivacité extraordinaire qu'il était fait pour vivre là,
+que c'était là sa vocation. Désormais il eut quelque chose
+où se prendre, un motif d'agir. Il signe, en 1904, son
+réengagement au 51e de ligne, à Beauvais. Mais, impatient
+d'action, le sergent Psichari change d'arme et passe
+dans l'artillerie coloniale comme simple canonnier. Bien
+vite, il reçoit les galons de maréchal des logis.</p>
+
+<p>Choisi par le commandant Lenfant, il part en mission
+pour le Congo. Alors commence la vie héroïque et libre
+qui réalise tous les rêves de sa jeunesse et donne à son
+être sa première raison et son premier but.</p>
+
+<p>Auprès d'un chef qu'il aime à la façon d'un père,
+Psichari va, pendant de longs mois, marcher sous des
+cieux nouveaux. Ensemble, ils pénètrent la Sangha,
+parmi les monts sauvages du Yadé, vers cette claire Penndé
+que nul autre, avant eux, n'avait franchie. Il convoie des
+troupeaux de boeufs, le long des fleuves; il combat,
+marche des journées, des nuits entières, s'enivre de solitude
+et d'action.<a id="footnotetagc" name="footnotetagc"></a>
+<a href="#footnotec"><sup>c</sup></a></p>
+
+<p class="ANOTE"><a id="footnotec" name="footnotec"></a><b>Note c:</b><a href="#footnotetagc"> (retour) </a> C'est au court de cette mission au Congo qu'Ernest Psichari
+reçut la médaille militaire (1908).</p>
+
+<p class="FTNOTE">En 1908, il nous revint plein d'enthousiasme. Et il
+semblait nous dire, ce maréchal des logis, que nous avions
+connu étudiant en Sorbonne: «Je ne suis plus un jeune
+bourgeois, occupé des travaux de mon état; je suis un
+homme en qui ne demeurent plus que des sentiments
+frustes et primitifs.» Et nous qui le regardions faire,
+comme nous enviions déjà sa destinée!</p>
+
+<p>Psichari entra alors à l'école de Versailles, d'où il
+sortit sous-lieutenant en septembre 1909. C'est comme
+officier qu'il partit, cette fois, pour la Mauritanie: il y
+devait rester jusqu'en décembre 1912. Voilà le moment
+où nous avons entrepris de raconter sa vie.</p>
+
+<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Lettre à M. Henry Bordeaux, à propos de la
+<i>Maison</i>.</p>
+
+
+<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Lettre à Agathon; Cf. <i>Les Jeunes Gens d'Aujourd'hui</i></p>
+
+<p>À propos de ce livre, Psichari nous écrivait: «Il me
+semble que tous les traits que vous notez doivent nous
+mener, un jour, à de la gloire guerrière et, pour tout
+dire, à une revanche dont nous ne devons jamais
+détourner nos regards.»</p>
+
+<p>Et, dans la réponse que nous citons, relevons encore
+ces propos: «Ce serait singulièrement rabaisser la foi
+patriotique que de la croire fonction de la barbarie et de
+l'inculture; ce serait aussi vouloir nous ramener au point
+de l'Allemagne actuelle où tout est sacrifié aux entreprises
+de la vie pratique.&mdash;Quoi que nous fassions, nous mettrons
+toujours l'intelligence au-dessus de tout... Cela est
+nécessaire, quand on songe à la haute mission de la race
+française, à la grande élection qui domine toute son
+histoire...»</p>
+
+<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> En voici le témoignage. Dès 1912, nous avions
+noté ce <i>réveil de l'héroïsme</i> et, invoquant déjà l'exemple
+d'un Psichari, nous écrivions:</p>
+
+<p>«... L'intellectualisme orgueilleux où se réfugièrent
+nos aînés devait les conduire soit au pessimisme, soit au
+scepticisme. Ils devaient pratiquement aboutir à l'anarchie
+idéologique, à toutes les confusions morales. L'affaire
+Dreyfus, voilà le bilan de cette génération, et c'est en
+réfléchissant sur le passé qui trouve là son symbole qu'ils
+ont fait l'aveu de leur désarroi. Parmi la décomposition
+dreyfusienne, ils ont vu avec effroi que le pacifisme, l'internationalisme
+étaient la conséquence de leurs doctrines
+et avec une simplicité douloureuse, malgré l'apparente
+victoire ils nous disent: «Instruisez-vous par notre défaite.
+Tout notre rôle aura été de vous montrer le danger et
+de vous avertir.»<a id="footnotetagd" name="footnotetagd"></a>
+<a href="#footnoted"><sup>d</sup></a></p>
+
+<p CLASS="ANOTE"><a id="footnoted" name="footnoted"></a><b>Note d:</b><a href="#footnotetagd"> (retour) </a>Charles Péguy.</p>
+
+<p>«Et, ô miracle, c'est de ce milieu de l'Affaire que nous
+vient aujourd'hui la parole la plus hardie qu'ait prononcée
+jeune homme de notre âge. C'est d'une famille où
+l'intelligence semblait devoir s'épuiser après avoir donné
+ses fleurs les plus rares que part le conseil de vertu et de
+renouvellement. La lampe d'héroïsme qu'on croyait vacillante,
+c'est le petit-fils de Renan, Ernest Psichari, sous-lieutenant
+d'artillerie coloniale à Moudjeria (Mauritanie),
+qui la passe à notre génération.</p>
+
+<p>«Je voudrais que l'on méditât sur l'aventure de ce garçon
+de vingt-cinq ans qui, abandonnant ses études de
+Sorbonne, partit à deux reprises pour mener une action
+française dans la brousse africaine, pour donner à la
+France un empire dont M. de Mun a dit «que nulle
+abdication n'empêchera jamais qu'il n'ait été par elle, et
+par elle seule, arraché à la barbarie». Mais je me contenterai
+de citer quelques pages que le brigadier Psichari
+rédigeait en 1908, au retour de la mission qu'il fit au
+sud du Tchad, sous les ordres du commandant Lenfant.
+Ce sont là des paroles qu'il faut que l'on connaisse.
+Puissent-elles déterminer des vocations héroïques!
+Ecoutez, dès l'abord, ce qu'il dit de l'Afrique:</p>
+
+<p>«Nous y venons pour faire un peu de bien à ces terres
+maudites. Mais nous y venons aussi pour nous faire du
+bien à nous-mêmes. L'Afrique est un des derniers refuges
+de l'énergie nationale, un des derniers endroits où nos
+meilleurs sentiments peuvent encore s'affirmer, où les
+dernières consciences fortes ont l'espoir de trouver un
+champ à leur activité tendue.» Ce noble pays révéla à
+ce soldat français les vertus de la guerre: «Nous reviendrons,
+dit-il, à l'opinion du peuple qui est la guerre. De
+l'extrême barbarie, nous sommes passés à l'extrême civilisation...
+Mais qui sait si, par un retour fréquent dans
+l'histoire humaine, nous ne reviendrons pas au point
+d'où nous sommes partis? ... Il vient une heure où la
+violence n'est plus de l'injustice, mais le jeu naturel
+d'une âme forte et trempée comme un acier. Il vient
+une heure où la bonté même cesse d'être féconde
+et devient amollissante et lâche. Alors la guerre
+n'est plus qu'un indicible poème de sang et de beauté.»<a id="footnotetage" name="footnotetage"></a>
+<a href="#footnotee"><sup>e</sup></a></p>
+
+
+<p class="ANOTE"><a id="footnotee" name="footnotee"></a><b>Note e:</b><a href="#footnotetage"> (retour) </a> Psichari avait rectifié l'excès d'un tel «bellicisme».
+Mais que
+ces paroles furent exaltantes pour ceux qui avaient, comme nous,
+grandi dans l'enseignement pacifiste et humanitaire!.</p>
+
+<p>Et voici ce que lut au fond de lui-même ce fils d'intellectuels:
+«Dans ma patrie, on aime la guerre et secrètement
+on la désire. Nous avons toujours fait la guerre. Non
+pour conquérir une province. Non pour exterminer une
+nation. Non pour régler un conflit d'intérêts. Ces causes
+existaient assurément, mais elles étaient peu de chose. En
+vérité, nous faisions la guerre pour la guerre, sans nulle
+autre idée, pour l'amour de l'art... Nous la faisions par
+un naturel besoin de nous dépenser et de nous imposer,
+parce que c'était notre loi, notre raison secrète, notre
+foi.»</p>
+
+<p>«Cette foi, ce goût français de l'héroïsme, cet élan qui
+traverse les pages africaines de Psichari, je l'ai retrouvé,
+cet été, dans l'âme de maints jeunes hommes; j'ai vu dans
+leurs yeux briller un secret désir...»</p>
+
+<p>Nous devions, deux années encore, attendre l'événement
+qui emploierait cette passion ...</p>
+
+<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Charles Péguy, dans l'épître votive qui termine son
+<i>Victor Marie, comte Hugo</i>, nous montre Psichari dans
+une teriba de cent mètres carrés, au milieu du désert,
+avec ses livres. Sa bibliothèque de campagne, à ce qu'il
+nous assure, ne comprenait que: les <i>Pensées</i> de Pascal,
+les Sermons de Bossuet, le <i>Règlement d'artillerie de
+montagne</i>, la <i>Table de logarithmes</i> de Dupuy, et un
+exemplaire de <i>Servitude et grandeur militaires</i> auquel
+Psichari tenait, «parce qu'il composait l'unique bagage
+littéraire du sous-lieutenant de cavalerie Violet qui sut si
+bien mourir à Ksar-Teuchane, en Adrar»; plus, cinq
+petits livres qui n'étaient autres que des <i>cahiers</i> de Péguy
+lui-même.</p>
+
+<p>Et, dans ce même morceau, Péguy cite cette belle
+lettre de Psichari, datée de Moudjeria:</p>
+
+<p>«Voici une terre qui est parfaitement romantique et
+triplement romantique: par sa nature, son aspect physique,
+par le caractère de ses habitants et par l'action
+que nous y exerçons encore. Histoire de brigands, assassinats,
+combats épiques, pillages, sombres intrigues, tout
+cela fleurit ici comme dans son terrain naturel. Et tout
+conspire à cette impression. Les aspects du pays, qui ne
+sont guère <i>jolis</i>, ont cependant une beauté qui leur
+vient d'un tragique puissant, une beauté sans grâce, mais
+bizarre et monstrueuse comme un décor du second Faust.
+«Des plaines sans eau de l'Agan, écrasées de soleil,
+du montueux Tagant et de ses cirques de rochers
+noirs, des dunes sans fin de l'Aouker, du noir Assaba,
+toute vie s'est retirée aujourd'hui et il reste un rude
+squelette minéral où errent de pauvres tentes en poil de
+chameau et des troupeaux nomades. Les Maures de ces
+contrées désolées sont parmi les plus rudes guerriers qui
+soient au monde. Ils nous l'ont fait sentir plus d'une fois,
+et nous le feront encore sentir, vraisemblablement. Cette
+noble et antique race qui se rattache à l'Orient mystique
+(il y a ici des «Chiites» que les guerres du premier siècle
+de l'Islam avaient pourtant rejetés et confinés en Perse
+sur les bords de l'Euphrate) et qui se ramifie vers l'est
+jusqu'au delà de Tombouctou (les Kounta du Tagant
+s'échelonnent ainsi jusqu'au nord de la boucle du Niger),
+présente un échantillon d'humanité extrêmement évolué
+et où pourtant la simplicité des moeurs est restée grande,
+où l'ardeur du sang primitif est restée vierge. Ces gens
+d'esprit très cultivé généralement, retors en politique,
+habiles dans la discussion, et qui, en religion, vont jusqu'au
+mysticisme le plus ardent (Cheickh el Ghaswâni
+dévore en ce moment un traité de mystique arabe sur la
+«prédestination» que lui a prêté le capitaine commandant
+le Cercle), ces gens, tout en même temps sont des gueux,
+vivent de guerres et de rapines, sont fiers comme des
+mendiants, ardents à l'action, braves et rusés. Jeunesse de
+coeur et vieillesse d'esprit, voilà la caractéristique générale.
+«C'est dans ce rude pays que nous avons essayé de
+nous installer par la force de nos armes, et c'est un des
+derniers où l'on fasse encore oeuvre de soldat, où l'on
+vive militairement. Enfin c'est une terre héroïque, pleine
+pour nous de nobles souvenirs, encore d'hier, toute
+chaude encore du sang français.»</p>
+
+
+<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> C'est à propos de ces affaires de Tichitt, qu'Ernest
+Psichari nous écrivait d'Amijenjer, le 21 février 1912:</p>
+
+<p>«Notre mois de janvier a été occupé par des opérations
+intéressantes qui se sont déroulées avec une grande
+rapidité. Il s'agissait d'aller nous montrer à Tichitt, ksar
+important situé à 200 kilomètres Est de Fort-Coppolani,
+et dans lequel nous n'avions pas encore mis les pieds.
+L'intérêt de cette manifestation était d'occuper un des
+derniers repaires des dissidents de Mauritanie, et leur
+hôtellerie ordinaire.</p>
+
+<p>«Le 10 décembre, je procédais&mdash;dans un coin étonnant
+de l'Adrar&mdash;à l'arrestation d'un chef, quand je
+reçus par un courrier rapide l'ordre de me rendre au
+peloton méhariste du Tagant, mon ancien pays. J'y
+arrivai à la fin de décembre, presque en même temps que
+le colonel Patey qui venait prendre le commandement de
+la reconnaissance sur Tichitt.</p>
+
+<p>«Le 2 janvier, nous étions sur la route de Tichitt, marchant
+d'ailleurs à toute allure, comme le permettait la
+légèreté de la troupe: rien que des troupes méharistes et
+cent hommes à pied.</p>
+
+<p>«Le 10, une partie de la reconnaissance (méharistes de
+l'Adrar, sous les ordres du capitaine Beugnot), part en
+avant-garde, fait une marche forcée jusqu'à Tichitt, et y
+tombe le 13 au matin, sur un paquet de dissidents. Sept,
+parmi lesquels des chefs importants, sont tués. L'ancien
+sultan de l'Adrar, Sid Ahmed ould Ahmed Aïda,
+blessé, est fait prisonnier. Gros succès, grand effet moral
+sur les Maures.</p>
+
+<p>«J'arrivais personnellement à Tichitt le 14, avec le
+peloton méhariste du Tagant. Le 15, le colonel me donnait
+le commandement d'un razzi de vingt hommes, avec
+mission d'aller ramasser des campements dans les dunes
+du sud de Tichitt. À partir de ce moment, je suis mon
+maître, et j'en profite pour faire des opérations sinon
+fructueuses au point de vue général, du moins intéressantes
+pour moi, parce que je suis en contact avec des
+marabouts fanatiques que je fais causer.</p>
+
+<p>«Ces mouvements dans les dunes d'Aouker allaient
+prendre fin quand j'eus le bonheur de tomber sur une
+bande de dissidents. Je les atteignais, le 21, dans un
+chaos de rocs très pittoresques, mais rendant le contact
+très dur. Deux tués et un blessé chez l'ennemi, un tué
+chez moi, après une journée éreintante, mais honorable.»</p>
+
+<p>C'est, en effet, après cette journée que le lieutenant
+Ernest Psichari fut cité à l'ordre du jour de l'armée.
+On trouve un beau récit de ce combat dans <i>l'Appel des
+Armes</i>, pages 309 et suivantes.</p>
+
+<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Voir <i>l'Illustration</i>, numéro de Noël 1915. Le
+<i>Voyage du Centurion</i> vient de paraître en volume à la
+librairie Conard, avec une préface de Paul Bourget.</p>
+
+<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> Lettre à Ed. Trogan, <i>Le Correspondant</i>, 25 novembre
+1914.</p>
+
+<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> Lettre inédite à Mgr Jalabert (1911).&mdash;-Cet épisode
+est rapporté dans le <i>Voyage du Centurion</i>.</p>
+
+<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> (retour) </a> C'est à propos de cette démarche, qu'Ernest
+Psichari écrivait, en 1914, à M. Charles Maurras qui lui
+avait envoyé son livre l'<i>Action française et la religion
+catholique:</i></p>
+
+<p>«En 1911, n'ayant pas la foi que donnent seuls les
+sacrements, j'écrivais à Mgr Jalabert, évêque de Sénégambie,
+en véritable enfant de l'Église. Feinte, artifice
+ou hypocrisie? Nul de ceux qui ont aimé l'Église avant
+d'y croire ne le dira.»</p>
+
+<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> (retour) </a>Lettre inédite à M. Maritain (15 juin 1912).</p>
+
+
+<p><a id="footnote12" name="footnote1"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> (retour) </a> Lettre à Ed. Trogan <i>(loc. cit.)</i>.</p>
+
+<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> (retour) </a> Lettres à Mgr Gibier, publiées par l'évêque de
+Versailles dans l'article qu'il a consacré à la mémoire
+d'Ernest Psichari (<i>Le Correspondant</i>, 25 novembre
+1914).</p>
+
+<p>Ernest Psichari, à propos de son <i>Appel des Armes</i>, dit
+de ce «pauvre livre» qu'il date «du temps où il
+attendait sans rien faire pour s'en rendre digne la
+lumière qui guérit et qui sauve».</p>
+
+<p>La conversion de Psichari ayant eu lieu pendant que
+son roman paraissait dans l'<i>Opinion,</i> notre ami eut le
+dessein d'arrêter la publication en volume. Après beaucoup
+d'hésitation et sur le conseil du P. Clérissac, il
+consentit à le publier, par un humble souci de vérité et
+pour «montrer les préparations éloignées de l'oeuvre
+divine dans une âme encore fermée».</p>
+
+<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> (retour) </a> Cf. Maritain, <i>La Science moderne et la raison</i>
+(Revue de philosophie, 1910).</p>
+
+<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> (retour) </a> Lettre inédite à M. Maritain, datée de Zoug (Mauritanie),
+15 juin 1912.</p>
+
+<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac, 8 février 1914.</p>
+
+<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> (retour) </a> Psichari lisait particulièrement alors l'<i>Action</i>, de
+Blondel; et déjà la <i>Vie spirituelle et l'Oraison,</i> la <i>Vie
+de saint Dominique</i>, le Catéchisme des enfants et surtout
+le Missel dont il fit une véritable étude.</p>
+
+<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> (retour) </a> Lettre inédite à M. Maritain.</p>
+
+<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19"> (retour) </a> À la cathédrale de Versailles.</p>
+
+<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20"> (retour) </a> Le P. Clérissac, des Frères prêcheurs, mort en
+novembre 1914, quelques jours après avoir appris la fin
+d'Ernest Psichari.</p>
+
+<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21"> (retour) </a> Cf. Mgr Gibier, art. cité.</p>
+
+<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22"> (retour) </a> Cf. <i>Le Voyage du Centurion</i>: «Maxence n'a
+d'autre raison pour aller à Dieu que Jésus, ni d'autre
+raison, ni d'autre moyen. Il ne peut avoir aucune certitude
+en dehors de Jésus. Et il ne peut avoir d'autre
+accès à Dieu que Jésus, Dieu lui-même et Homme en
+même temps.»</p>
+
+<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac, mercredi des Cendres,
+1913.</p>
+
+<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24"> (retour) </a> Ernest Psichari ne cessait, dans ses lettres au
+P. Clérissac, de s'émerveiller des joies de la vie chrétienne:
+«Que sont, écrit-il le jour de la Sainte-Trinité
+(1913), que sont les petites misères du corps à côté de
+ce rayonnement d'espérance qui nous force de tomber à
+genoux, dès qu'un peu de solitude nous est laissée? Si
+tout le monde savait ce qu'est la vie d'un chrétien, nous
+ne verrions plus de ces malheureux qui refusent obstinément
+le Paradis qui leur est offert. Que ne puis-je leur
+faire entrevoir et leur montrer mes larmes de joie à
+chaque fois que je m'approche de mon Dieu!» Et il
+ajoutait: «Vous m'avez appris, mon bien-aimé Père,
+qu'il n'y a, comme disait sainte Angèle, qu'un livre
+à lire: la Croix. Puissé-je maintenant l'écrire, ce même
+livre, mais au dedans de moi-même, pour réparer tant
+d'années d'ignorance et mériter les grâces qu'il a plu à
+Notre Seigneur de m'envoyer.»</p>
+
+<p>Dans l'hiver de 1914, pendant qu'il achevait le <i>Centurion</i>,
+E. Psichari disait à M. Paul Bourget: «C'est un
+tremblement que d'écrire en présence de la Très Sainte
+Trinité.»</p>
+
+<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25"> (retour) </a> Ses lettres de ce temps-là sont pleines de pareils
+scrupules: «Dites-moi, écrit-il au P. Clérissac, dites-moi
+ce qu'il faut que je fasse pour remercier le Bon Dieu;
+dites-moi comment je peux lui rendre une partie de ce
+qu'il me donne, car je reçois beaucoup et ne rends rien,
+de sorte que je ne suis pas loin d'être accablé par le
+poids de sa miséricorde.»</p>
+
+<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26"> (retour) </a> Le R.P. Janvier.</p>
+
+<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a><b>Note 27:</b><a href="#footnotetag27"> (retour) </a> S'il fallait juger non plus l'oeuvre, mais la personne
+de Renan, Ernest Psichari n'admettait point qu'on
+parlât devant lui de son grand-père sans le respect
+convenable. Et il pensait aussi que sa culpabilité a été
+sans doute atténuée, dans une mesure que seul Dieu peut
+connaître, par le fait que, pendant sa jeunesse, aucune
+forte nourriture cléricale, aucune formation philosophique
+et théologique vraiment sérieuse ne lui fut donnée.</p>
+
+<p>La théologie dogmatique et la philosophie rationnelle
+étaient, au début du XIXe siècle, complètement abandonnées
+par l'enseignement des séminaires. Songeons que
+Renan n'eut d'autre théodicée que la pauvre «philosophie
+de Lyon», oeuvre janséniste du XVIIIe siècle; puis
+on lui fit lire sans discernement Thomas Reid, les Écossais,
+qu'on mélangeait avec le cartésianisme mitigé du cours.
+Il n'étudia jamais saint Thomas, dont la scolastique lui
+apparaît barbare et «enfantine», au regard de la «scolastique
+cartésienne» qu'enseignaient ses professeurs.
+Bref, nulle direction philosophique.</p>
+
+<p>Ainsi ses maîtres cartésiens, loin de lui montrer combien
+la raison est nécessaire à la foi, s'efforcèrent, au contraire,
+de le convaincre de ce qu'a «<i>d'antichrétien la confiance
+en la raison</i>». Le jeune clerc était passionné de recherche
+intellectuelle, et ils lui répondaient: «Tout ce qu'il y a
+d'essentiel est trouvé», l'empêchant de mettre dans sa foi
+les légitimes besoins de son intelligence. Cette dangereuse
+opposition entre la science et la religion, où devait se
+désespérer tout le siècle, c'est chez eux que Renan, dès
+l'abord, la rencontre. «Ce n'est pas la science qui sauve
+les âmes.» Propos juste sans doute, mais mal entendu et
+qu'il allait retourner contre ceux-là mêmes qui le
+formulaient.</p>
+
+<p>Privée de l'intelligence qui discerne l'essence et qui
+maintient l'intégrité, la foi de Renan abandonnée à
+elle-même et soumise aux caprices instables du sens
+individuel, était exposée à toutes les aventures. Déjà
+chancelante, ne trouvant plus rien où se prendre, elle
+allait dégénérer en un idéalisme de plus en plus
+imprécis, pour aboutir à cette négation: «Le
+christianisme n'est peut-être qu'une rêverie.»</p>
+
+<p>Ernest Psichari voyait donc justement dans cette ignorance
+des grandes disciplines intellectuelles de la science
+divine, de la vraie philosophie chrétienne, une des
+causes des erreurs de Renan, atténuant peut-être, dans
+une certaine mesure, sa responsabilité.</p>
+
+<p><a id="footnote28" name="footnote28"></a><b>Note 28:</b><a href="#footnotetag28"> (retour) </a> À Paris, le R.P. Janvier avait inscrit Ernest
+Psichari parmi les membres de la fraternité du Saint-Sacrement.</p>
+
+<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a><b>Note 29:</b><a href="#footnotetag29"> (retour) </a> Lettre au P. Clérissac. Là-dessus la correspondance
+d'Ernest Psichari abonde en témoignages. Le jour de la
+Sainte-Trinité, fête particulièrement dominicaine, il
+écrivait: «J'ai prié avec plus d'ardeur que jamais pour
+l'Ordre auquel, vous le savez, appartient déjà tout
+mon coeur.»</p>
+
+<p>Et ailleurs: «Il est de toute certitude que je dois à
+l'intercession de saint Dominique ce renouvellement de
+mon âme que j'ai si bien senti, il y a quelques jours. Car
+il a coïncidé avec le moment où vous m'avez permis,
+pour mon éternel bonheur, de dire l'office de l'Ordre et
+de m'unir ainsi à vos prières.»</p>
+
+<p>Et enfin: «Je prie pour l'Ordre dont je désirerais tant
+être un jour le bien humble et bien indigne serviteur.»</p>
+
+<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a><b>Note 30:</b><a href="#footnotetag30"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac.&mdash;-Chaque page du
+manuscrit du <i>Voyage du Centurion</i> est surmontée de la
+croix dominicaine.</p>
+
+<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a><b>Note 31:</b><a href="#footnotetag31"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac.</p>
+
+<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a><b>Note 32:</b><a href="#footnotetag32"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac.</p>
+
+<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a><b>Note 33:</b><a href="#footnotetag33"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac (8 février 1914).</p>
+
+<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a><b>Note 34:</b><a href="#footnotetag34"> (retour) </a> M. l'abbé Tournebise.</p>
+
+<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag35"> (retour) </a> M. l'abbé Bailleul, vicaire à l'église de la Sainte-Trinité
+à Cherbourg.</p>
+
+<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a><b>Note 36:</b><a href="#footnotetag36"> (retour) </a> Lettre inédite au P. Clérissac.</p>
+
+<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a><b>Note 37:</b><a href="#footnotetag37"> (retour) </a> Maritain, <i>La Croix</i>, 19 novembre 1914.</p>
+
+<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a><b>Note 38:</b><a href="#footnotetag38"> (retour) </a> Dans cette même lettre à sa mère, Ernest
+Psichari écrivait: «Mon commandement, si modeste qu'il
+soit, me donne les plus grandes satisfactions; j'ai autour
+de moi une bande de gaillards très fiers de marcher à
+l'ennemi et très décidés à se conduire en braves gens.»</p>
+
+<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a><b>Note 39:</b><a href="#footnotetag39"> (retour) </a> Quelques mois auparavant, Psichari écrivait, en
+effet: «Il faut que la France fasse la guerre, si elle veut
+reprendre complètement sa place dans le monde.»</p>
+
+<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a><b>Note 40:</b><a href="#footnotetag40"> (retour) </a> Près de Neufchâteau (Belgique).</p>
+
+<p>De ce combat du 22 août 1914, l'un des rares survivants,
+prisonnier en Allemagne, a fait le beau récit que
+l'on va lire: «Engagés, ce jour-là, avec les 1er et 2e
+marsouins, dans un pays boisé et insuffisamment exploré
+par la cavalerie, lancés beaucoup trop en avant pour
+compter sur aucun secours, cernés dès les premières
+heures de la journée par un ennemi très supérieur en
+nombre, nous n'avons pu que vendre chèrement notre
+vie, et c'est ce que nous avons fait. Des marsouins,
+quelques-uns ont pu s'échapper, de l'artillerie personne.
+À sept heures du soir, après être restés douze heures
+sous un feu épouvantable, il ne restait plus qu'un
+charnier de notre belle artillerie divisionnaire: les canons
+étaient hors de service, après avoir consommé toutes les
+munitions, les chevaux étaient éventrés, la moitié du
+personnel était hors de combat. Les survivants, à la nuit,
+étaient faits prisonniers par les Allemands... Les hommes
+ont été d'une bravoure sans égale; pas un n'a bronché.
+Alors qu'ils étaient sûrs d'y passer tous, pas un n'a
+flanché: ils ont servi leurs pièces comme à la manoeuvre.»</p>
+
+<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a><b>Note 41:</b><a href="#footnotetag41"> (retour) </a> Nous possédons sur la mort d'Ernest Psichari
+plusieurs versions différentes, entre lesquelles il ne nous
+appartient pas de choisir. Le médecin-major B... la rapporte
+de manière assez différente:</p>
+
+<p>«Le soir du 22 août, écrit-il, vers six heures, j'étais
+en train de panser des blessés au poste de secours établi
+dans la première maison du village de Rossignol. Cette
+maison, isolée des autres, était au centre même des
+batteries.</p>
+
+<p>«Je m'entendis appeler par le capitaine Cherrier, commandant
+le 3e groupe. L'appel était si pressant, que je
+courus dans le couloir au-devant du capitaine; à ce
+moment un fantassin allemand que je vis agenouillé de
+l'autre côté de la route tira, blessant mortellement dans
+l'ambulance même le capitaine déjà blessé à la jambe.
+Or, mon infirmier (le canonnier Millot, de la 1re batterie)
+m'affirme qu'une ou deux minutes avant il venait
+de voir, sur la route, devant l'ambulance, votre fils soutenant
+le capitaine: ils étaient entourés, à quelques mètres,
+par les Allemands qui, à ce moment, sur ce point, arrivaient
+presque jusqu'à nos pièces. Les munitions épuisées,
+les servants tués à leur poste, beaucoup de pièces
+s'étaient tues, c'était l'agonie dernière de notre beau
+régiment.</p>
+
+<p>«Psichari est tombé à la place même où mon infirmier
+venait de le voir.</p>
+
+<p>«À cet instant précis le poste de secours prenait feu;
+je dus mettre mes blessés à l'abri dans la cave: mais si
+je n'ai pu assister Psichari à ses derniers moments, je puis
+cependant vous donner la certitude qu'il n'a pas souffert
+et est mort dans la sérénité absolue de sa foi chrétienne.»</p>
+
+<p>Dans une autre lettre, M. le médecin-major B... revient
+sur la sérénité du jeune héros à cette minute suprême:</p>
+
+<p>«Mort le soir d'une défaite, Ernest Psichari n'a pas
+une minute désespéré de la victoire finale, la seule qui
+compte. Je n'ai pu recueillir de ses propres lèvres l'aveu
+de cet espoir certain: mais cette foi dans le succès final
+avec laquelle nous étions tous partis, je l'ai retrouvée le
+lendemain, intacte, chez tous nos blessés et, certes, ce
+n'est pas Psichari, chez qui la confiance avait des assises
+beaucoup plus fermes que chez beaucoup d'autres, qui
+eût douté, alors que personne ne doutait. Rien n'est
+donc venu assombrir sa fin de soldat. Ceux qui l'ont vu
+plus tard ont été frappés du calme de ses traits; autour
+de ses mains était enroulé un chapelet»<a id="footnotetagf" name="footnotetagf"></a>
+<a href="#footnote1"><sup>f</sup></a></p>
+
+<p class="ANOTE"><a id="footnotef" name="footnotef"></a><b>Note f:</b><a href="#footnotetagf"> (retour) </a> Citée par M. Maurice Barrés <i>(Écho de Paris</i>, 24 décembre).</p>
+
+<p>Un témoin, aujourd'hui prisonnier en Allemagne, écrit:</p>
+
+<p>«Le lieutenant Psichari est mort à mes côtés, ainsi que
+son capitaine. Nous avons passé un après-midi côte à
+côte. C'est lui qui commandait la pièce où je me trouvais.
+Le soir, à cinq heures, en voulant sauver la pièce,
+il a été fauché par les mitrailleuses.»</p>
+
+<p>Un autre de ses compagnons écrit:</p>
+
+<p>«Au moment de sa chute, Psichari était au pas de gymnastique
+et souriait. Le lieutenant de Saint-Germain se
+précipita immédiatement pour le relever, mais déjà il
+avait cessé de vivre. Il avait été frappé d'une balle à la
+tempe.»</p>
+
+<p>Ernest Psichari repose maintenant sur le champ de
+bataille, près de la route de Brévannes à Rossignol, aux
+côtés du capitaine Cherrier, de l'aspirant Thiébaut, de
+deux autres officiers et de vingt-cinq de ses canonniers.
+Tous ont reçu les honneurs militaires.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3>
+
+<br><br><br>
+
+
+<p><i>Voici nos destinées...</i></p>
+
+<p><i>Parce qu'il savait déjà...</i></p>
+
+<p><i>Si l'Afrique avait été le lieu...</i></p>
+
+<p><i>Mais Dieu...</i></p>
+
+<i>Notes et Documents</i>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's La vie d'Ernest Psichari, by Henri Massis
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE D'ERNEST PSICHARI ***
+
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+Credits: Joris Van Dael, Renald Levesque and PG Distributed Proofreaders
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
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+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS," WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
+eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
+compressed (zipped), HTML and others.
+
+Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
+the old filename and etext number. The replaced older file is renamed.
+VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
+new filenames and etext numbers.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
+are filed in directories based on their release date. If you want to
+download any of these eBooks directly, rather than using the regular
+search system you may utilize the following addresses and just
+download by the etext year.
+
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+ 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)
+
+EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
+filed in a different way. The year of a release date is no longer part
+of the directory path. The path is based on the etext number (which is
+identical to the filename). The path to the file is made up of single
+digits corresponding to all but the last digit in the filename. For
+example an eBook of filename 10234 would be found at:
+
+ https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234
+
+or filename 24689 would be found at:
+ https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689
+
+An alternative method of locating eBooks:
+ https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL
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+
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>