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HOUDAS + PROFESSEUR A L’ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES + +[Décoration] + + _Lettre-préface de M. le Gouverneur CLOZEL_ + +[Décoration] + + PARIS + ÉMILE LAROSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR + 11, rue Victor-Cousin, 11 + * * * * * + 1912 + + + + + _Dakar, le 20 juillet 1912._ + + _Le gouverneur Clozel à M. Bonnel de Mézières._ + + _MON CHER AMI,_ + +_Vous avez bien voulu me demander quelques lignes de préface pour +l’étude que vous consacrez au major Laing. Il fallait votre venue à +Tombouctou pour liquider cette question. Comme vous l’avez très +justement remarqué, les descendants des meurtriers du malheureux +explorateur, les mieux placés pour nous renseigner sur ce qu’avaient pu +devenir ses restes et ses papiers, redoutaient tout au moins le paiement +d’une_ dia, _malgré le temps écoulé ; et c’est ce qui explique l’échec +des tentatives antérieures faites par nos officiers et par M. Croomie, +le précédent Consul général d’Angleterre. Vous aviez aussi cette chance +de ne pas appartenir à l’Administration, tout en jouissant de son appui +et de ses sympathies. C’était un grand point pour mettre les indigènes +en confiance dans un cas pareil. Votre habileté et votre patience ont +fait le reste._ + +_Le major A. Gordon Laing est le premier Européen qui ait visité +Tombouctou sans qu’on puisse contester l’authenticité de son voyage. +Nous lui devons un modeste monument et un souvenir. Les restes du +vaillant Ecossais reposent maintenant auprès de ceux des glorieuses +victimes de notre conquête, dans le cimetière de Tombouctou. Ces héros +morts à plus demi-siècle d’intervalle pour la cause de l’humanité et de +la civilisation se trouvent ainsi réunis, grâce à vous, et leurs tombes +devront être entourées des mêmes soins pieux par nous et par nos +successeurs._ + + _CLOZEL._ + +[Illustration : PLANCHE II + +Fig. 2. — Vue générale de Tombouctou : au premier plan, la Grande +Mosquée.] + + + + + =Avant-Propos= + + * * * * * + + +Si j’ai eu la bonne fortune de réussir, alors que tant d’autres y +avaient échoué, à reconstituer définitivement le dernier chapitre de +l’histoire tragique du major Laing, je le dois surtout aux très nombreux +concours que j’ai trouvés de toutes parts. + +Je dois nommer tout d’abord, en le remerciant respectueusement, M. le +gouverneur général WILLIAM PONTY. Grâce aux heureuses initiatives et à +la sage organisation financière qu’elle lui doit, l’Afrique Occidentale +Française est maintenant en mesure d’organiser des recherches +scientifiques désintéressées. C’est ainsi que j’ai pu être chargé de +mission et contribuer à des travaux concernant l’histoire de la colonie. + +M. le gouverneur Clozel, dont on connaît la passion pour les travaux +d’ordre historique, a bien voulu diriger personnellement mes recherches +et me faire bénéficier de son inappréciable expérience. + +A Tombouctou, j’ai trouvé chez MM. les officiers et fonctionnaires +l’accueil le plus favorable et le concours le plus empressé. Je tiens à +adresser mes remerciements à MM. les colonels ROULET, GADEL et HUTIN et +à M. le médecin principal LEFÈVRE. + +Comme commandant du Cercle de Tombouctou, M. le capitaine MARC a été +pour moi un collaborateur précieux, grâce à son ascendant sur les +indigènes et à sa compétence en matière de questions africaines. + +Je dois aussi exprimer toute ma reconnaissance à M. DUPUIS YACOUBA, dont +la connaissance de la ville de Tombouctou et de la région du Haut-Niger +est si souvent mise à contribution par les voyageurs ; une fois de plus, +il s’est employé fort aimablement à me documenter ; les renseignements +que je lui dois sur les recherches précédemment faites ont été pour moi +des éléments de succès. + +M. le lieutenant MARTY, vétéran des régions nigériennes ; M. +l’instituteur CRISTOFINI, créateur de l’école professionnelle de +Tombouctou ; M. HUCHERY, le dévoué correspondant du Muséum, se sont mis +fort aimablement à ma disposition, et je tiens à leur en exprimer ma +gratitude. + +Pour la mise en ordre de ces notes, j’ai fait appel à l’aide de M. le +professeur HOUDAS, qui a bien voulu traduire les textes arabes rapportés +par moi d’Araouan, et de M. Maurice DELAFOSSE dont l’autorité est +indiscutée en matière de langues soudanaises. + +Enfin je dois remercier l’_Illustration_, le _Monde Illustré_ et la +_Dépêche Coloniale Illustrée_, qui ont consenti à me prêter quelques-uns +de leurs beaux clichés. + + A. BONNEL DE MÉZIÈRES. + + Paris, septembre 1912. + + + + + CHAPITRE PREMIER + + Alexander Gordon Laing + + +Le futur héros de Tombouctou est né à Edimbourg, le 27 décembre 1794. +Par sa mère, il appartenait à la vieille famille écossaise des Gordon, +et il était le neveu de celui qui devait être plus tard l’illustre +général Gordon, des Gordon Highlanders. Son père dirigeait un pensionnat +et souhaitait de voir son fils lui succéder un jour. Mais le jeune Laing +avait au plus haut point l’esprit aventureux et entreprenant des jeunes +gens de sa génération, et, à 17 ans, il partait pour La Barbade où son +oncle était alors en garnison. Peu de temps après, il put obtenir une +commission d’enseigne dans le York Light Infantry. + +Capitaine après Waterloo, Laing partit, en 1820, pour Sierra-Leone, où +le gouverneur Sir Charles Mac Carthy le prit comme aide de camp. Ce fut +sous la direction de ce chef éminent que Laing apprit à connaître les +indigènes et qu’il se mit à les aimer. C’était l’époque où l’Angleterre, +à la suite des admirables campagnes de Wilberforce, se mettait +résolument à la tête du mouvement anti-esclavagiste. Le gouverneur Mac +Carthy, passionné pour cette noble cause, s’efforçait d’intervenir +auprès des chefs indigènes, pour les persuader de chercher uniquement +leurs ressources dans l’agriculture et le commerce, et de cesser toutes +relations avec les négriers. Laing fut, en 1822, chargé par le +gouverneur d’aller exposer cette politique aux chefs de l’intérieur. Il +devait en même temps s’efforcer de résoudre le problème géographique +alors si mystérieux des sources du Niger. + +Pendant une année entière, Laing visita le Timmani, le Kouranko et le +Soulimané, et, malgré les épreuves que le dur climat de ce pays réserve +aux voyageurs, malgré la fièvre qui le terrassa pendant de longues +journées, malgré l’hostilité de certains chefs cupides et de mauvaise +foi, le jeune capitaine réussit brillamment dans ses négociations. En +même temps, il recueillait une riche moisson de renseignements +géographiques qui lui permirent de donner une des premières bonnes +cartes de la région de la Rokelle. Le livre dans lequel Laing a raconté +son voyage est écrit d’une plume alerte et la lecture en est encore +aujourd’hui très attrayante. Elle montre sous un jour des plus +sympathiques la physionomie du jeune officier, plein d’une conviction +chaleureuse pour la cause antiesclavagiste ; au milieu des dangers et +des fatigues de son dur voyage, il ne perd pas un seul jour sa belle +vaillance, sa patience inlassable et son intelligente énergie. + +La guerre des Achantis interrompit malheureusement Laing en pleine +besogne. Le gouverneur lui enjoignit de rallier d’urgence son régiment. +Sir Mac Carthy lui-même partit pour la Gold Coast d’où il ne devait pas +revenir. + +[Illustration : PLANCHE III + +Fig. 3. — Maison habitée par Laing à Tombouctou.] + +Laing, très fatigué par le climat, dut bientôt rentrer en Angleterre, où +le grade de major vint le récompenser de ses intéressants travaux. + +A peine rétabli, Laing ne songe qu’à repartir. Il s’est rendu compte de +la difficulté qu’il y a pour un voyageur à pénétrer en Afrique en +partant de la côte de Guinée, et il songe à prendre en quelque sorte le +Soudan à revers. C’est par le Sahara qu’il veut passer, et c’est +Tombouctou, la mystérieuse cité qu’aucun Européen n’a pu visiter encore, +qu’il s’assigne comme objectif. + +Par la manière judicieuse dont il expose ses projets, par la chaleur +communicative avec laquelle il montre l’intérêt des découvertes qu’il ne +peut manquer de faire, il convainc Lord Bathurst et obtient, grâce à +lui, l’autorisation de partir. + +Le 25 mai 1825, il débarque à Tripoli. Son but est d’aller de cette +ville à Tombouctou et, de là, de descendre le Niger jusqu’à son +embouchure. En même temps qu’il veut faire de l’exploration, Laing +désire connaître un des principaux centres de la traite des noirs afin +d’étudier sur place les mesures à prendre pour combattre le fléau qui +ravage l’Afrique. + +C’est à Tripoli que se noua et que se termina la courte et tragique +idylle de la vie du malheureux officier. Quelques semaines avant son +départ, Laing épousait la fille du consul britannique de Tripoli, Miss +Emma Warrington. Les deux jeunes gens éprouvaient l’un pour l’autre la +passion la plus vive. C’est en pleine lune de miel qu’ils se séparèrent +pour ne plus se revoir. + + + + + CHAPITRE II + + La conquête de Tombouctou + + +Le 17 juillet 1825, le major Laing quitte Tripoli. Il emmène avec lui un +matelot anglais, Harry, un serviteur arabe, Hamed et un boy noir nommé +Jack, ancien esclave qu’il a affranchi et qui le sert avec un touchant +dévouement. La caravane est admirablement organisée. De nombreux +chameaux emportent les provisions, les armes, les munitions et les +instruments. Aucun détail n’a été négligé. Laing, en véritable Africain, +sait quelle importance a l’examen des détails les plus minutieux. + +Toute la colonie européenne de Tripoli est venue souhaiter bonne chance +au hardi voyageur. C’est l’heure tragique des adieux. Laing, plein +d’espoir, escompte que son absence ne sera que de quatre ou cinq mois et +parle d’être de retour pour Christmas. Et, sous les yeux de Warrington +et de sa fille, le convoi s’enfonce et disparaît sur la route de Beni- +Ouled. + +Celui qui est chargé de conduire la caravane est un personnage assez +mystérieux qui disparaîtra au cours du drame après avoir joué un rôle +étrange. Il dit s’appeler Sheikh Babani. Le consul Warrington l’a +souvent vu à Tripoli, et le dépeint comme « un des hommes les plus +agréables qu’il ait jamais rencontrés, ayant un caractère égal et des +manières prévenantes »[1]. Babani s’est donné comme un gros traitant +faisant le commerce des caravanes. Il dit avoir habité Tombouctou +pendant 22 ans et y avoir encore sa femme et ses enfants. Il s’est +engagé à conduire le major jusqu’au Niger et prétend que le voyage se +fera en deux mois et demi. A Ghadamès, Laing s’apercevra avec étonnement +que cet homme, qui prétend, à Tripoli, n’être qu’un traitant, est +ailleurs un très important personnage. On lui rend à Ghadamès les plus +grands honneurs. Babani y commande en maître. + +[Illustration : PLANCHE IV + +Fig. 4. — Retour à Tombouctou des restes du major Laing.] + +Les routes n’étant pas sûres, Babani fait faire à la caravane un très +long détour qui double la durée du voyage. On arrive le 21 août à Shate +et seulement le 13 septembre à Ghadamès. La route directe n’a guère plus +de 500 milles et Laing estime qu’on lui en a fait faire près d’un +millier. La chaleur est terrible et le voyage à chameau au milieu du +désert de sable est extrêmement pénible à cette saison. + +Bien reçu à Ghadamès, grâce à Babani, Laing se repose de ses fatigues. +Malheureusement son matériel d’explorateur est déjà dans un piteux état. +Par suite de la chaleur et du cahotement des bagages sur les chameaux, +ce ne sont que tubes brisés, plaques d’ivoire éclatées, chronomètres +arrêtés : c’est un désastre. Pour comble de malechance, un chameau, +posant le pied sur la carabine du major en a brisé la crosse. + +Pendant un mois, Laing travaille à remettre en état son matériel. En +même temps, il visite Ghadamès et en détermine la position astronomique. + +Laing se remet en route le 27 octobre, et arrive à In Salah le 3 +décembre. Il y reçoit le meilleur accueil, mais il doit y faire un +nouvel arrêt de plus d’un mois. Ces retards extraordinaires ne +paraissent pas avoir ralenti son entrain ni sa confiance en Babani. De +celui-ci, il continue dans ses lettres à faire le plus grand éloge : +« Babani, dit-il, veille sur moi comme un père. » + +Les Touareg, qu’il rencontre pour la première fois, intéressent beaucoup +Laing, qui se voit demander sans cesse des conseils et des soins +médicaux. Il distribue sa pharmacie de voyage « au mieux de ses +connaissances ». Et quand il se remet en route, le 10 janvier, il est +enchanté de l’hospitalité qu’il vient de recevoir. Quelques jours après +son entrée dans le désert, il écrit une lettre à son beau-père le consul +et se déclare : « en excellente santé physique et morale et toujours +enthousiaste pour la cause de l’exploration »[2]. + +La lettre partit pour le nord ; peu après commença la série des +catastrophes qui devaient mettre fin à ce beau voyage, si bien préparé, +et dont les débuts étaient si pleins d’heureuses promesses. La caravane +avançait rapidement dans la région du Tanezrouft, afin d’atteindre les +premiers puits de l’Azaouad. Le 21 janvier, elle fut rejointe par une +bande de Touareg qui manifestèrent l’intention de faire route avec elle. +C’étaient des Hoggar, aux allures de coupeurs de route. Laing dut, bon +gré mal gré, accepter leur escorte. Le 26 janvier, la caravane campait +au puits de Ouadi Ahnet. Vers minuit, Laing dormait dans sa tente. +Coupant les cordes, et déchirant la toile, les Touareg se jetèrent tous +ensemble sur le malheureux officier, qui fut couvert de blessures avant +d’avoir pu saisir ses armes. + +[Illustration : PLANCHE V + +Fig. 5. — Ould Daman, petit-fils de l’assassin du major Laing. + +(debout au centre de la photographie)] + +C’est à Laing lui-même, guéri, on ne sait par quel miracle, que nous +devons les détails qui montrent ce que fut l’acharnement de ces brutes. +Laing dit avoir reçu 24 blessures, dont 18 graves. Il a eu 5 coups de +sabre sur la tête et 3 sur la tempe gauche : « Partout des fractures, +dont il est sorti beaucoup d’esquilles. Un coup de sabre sur la joue +gauche m’a brisé la mâchoire et fendu l’oreille et fait une très laide +blessure ; un autre m’a atteint la tempe droite et une terrible balafre +sur le cou a frôlé la trachée artère »[3]. + +C’est probablement à l’armement médiocre de ses ennemis que Laing dut +d’éviter une blessure mortelle. Les Touareg ne se servent de la lance +que comme arme de jet. Pour le corps à corps, ils emploient un sabre à +lame large et mal trempée qui fait des entailles plus larges que +profondes. + +Les Touareg pillèrent à leur aise les bagages et disparurent. Quelle fut +l’attitude de Babani dans cette circonstance ? Laing, dans une lettre +ultérieure, la juge avec certaines réserves, et le domestique Hamed qui +fut interrogé plus tard à Tripoli, accuse formellement Babani. Il est +cependant invraisemblable que celui-ci ait conduit si longtemps et si +loin le Major, pour le faire assassiner lâchement. Il eut pu le faire +sans danger pour lui dès Ghadamès, s’il l’eut voulu. En pays touareg, +son influence devait être bien peu de chose, et il est probable que, +devant les menaces des bandits, il dut assister impuissant à un +spectacle qui lui faisait horreur. Loin d’abandonner son compagnon, il +le releva après le départ des assassins, l’attacha sur son chameau, et +parvint à l’amener vivant jusqu’au campement des Kountas de la tribu de +Sidi Moktar. Le chef de cette tribu était alors le sheikh Sidi Mohammed. +Celui-ci, dont on ne saurait trop louer en ces circonstances l’admirable +conduite, recueillit la caravane, et fit donner à Laing des soins +éclairés qui le ramenèrent à la vie. La générosité à l’égard d’un hôte +était une tradition dans cette noble famille. Trente ans plus tard, +c’est à la protection du fils de Sheikh Sidi Mohammed, le sheikh Ahmed +el Bakay, que Barth devra la réussite de sa mission à Tombouctou. + +Trois mois après son arrivée au campement de Sidi Moktar, grâce aux +soins dévoués dont il a été l’objet, Laing est complètement rétabli. Il +se hâte d’envoyer aux siens de ses nouvelles, et c’est sur un ton +presque plaisant qu’il conte ce qu’il appelle sa mésaventure, et qu’il +annonce son complet rétablissement. Sa seule préoccupation est +d’atteindre au plus vite Tombouctou, le premier but qu’il s’est assigné. +Le sheikh, devenu son ami, s’engage à mettre tout en œuvre pour assurer +la réussite de ses projets, et lui promet de le faire conduire vers la +côte par le pays de « Mooschi » (Mossi ?). + +Mais la mauvaise chance s’acharne sur le malheureux Laing. Une épidémie +de fièvre infectieuse s’abat sur le campement de Sidi Moktar. Babani +meurt un des premiers. Puis c’est le sheikh lui-même qui disparaît. +Laing tombe malade, et, en pleine fièvre, il a la douleur de perdre tour +à tour le 21 juin son boy, le fidèle Jack, et, le 25, son matelot Harry. +Son dernier serviteur Hamed, épouvanté des catastrophes qui s’abattent +sur la mission, refuse de rester plus longtemps. Laing est obligé de le +laisser, le 10 juillet, reprendre la route de Tripoli. Il faut citer les +termes dans lesquels Laing lui-même commente cet incident. C’est +l’avant-dernière lettre qui soit parvenue de lui : « Au moment où +j’étais encore très faible, ayant à peine réussi à maîtriser le très +grave accès de fièvre dont je venais d’être atteint, alors que les +cadavres de mon pauvre Jack et du matelot étaient à peine froids, Hamed, +insoucieux de toutes les lois de l’humanité, vint me dire qu’il voulait +rentrer au Touat avec la caravane. Je lui ai dit qu’il pouvait s’en +aller. Je ne blâme pas l’homme qui prend soin de sa carcasse. Aussi, au +nom de Dieu, qu’il s’en aille. Je lui ai donné un méhari, des vivres, +etc., et il part comme un sultan... »[4]. + +Celui qui écrit ces lignes hautaines, absolument seul dans un pays +inconnu et hostile, est presque sans ressources ; ses bagages ont été +pillés ; lui-même, atrocement mutilé, est convalescent d’une terrible +crise de fièvre ; ses serviteurs sont morts, et son unique ami et son +seul protecteur vient de disparaître. Des maux de tête atroces, suite +des coups de sabre qu’il a reçus sur le crâne, le tourmentent, et son +bras mutilé lui occasionne les pires souffrances chaque fois qu’il veut +écrire. Malgré tout, il n’a rien perdu de son ardeur à la découverte, et +les obstacles dont la route de Tombouctou a pour lui été jalonnée, sont +oubliés dès qu’ils sont franchis. + +Tant d’héroïsme devait frapper jusqu’aux indigènes eux-mêmes. Dans la +tribu dont il était l’hôte, Laing avait conquis l’estime et l’admiration +de tous. Et le souvenir est resté vivant chez les Kountas du « Raïs » à +la haute stature, au caractère chevaleresque et à l’indomptable +énergie[5]. + +Enfin Laing allait être payé d’une partie de ses peines par un premier +succès. Le 18 avril 1826, treize mois après son départ de Tripoli, il +voyait enfin, sur leurs dunes de sable, se dresser les hautes maisons et +les minarets de la ville mystérieuse qu’il était le premier Européen à +contempler. + +[Illustration : PLANCHE VI + +Fig. 6. — Touareg de Tombouctou.] + +La tour carrée de Djingereiber, le minaret de Sidi Yaya et surtout le +clocheton qui surmonte la mosquée au nom illustre de Sankoré produisent +à qui vient du Sahara une impression inoubliable. + +Ce devait être alors un spectacle bien curieux que de trouver, aux +confins du désert, cette cité grouillante de vie. Dans le port saharien +qu’était la Tombouctou d’alors, le Maghreb et le Soudan prenaient +contact et la ville reflétait, dans un curieux mélange, l’influence des +deux civilisations. + +La raison d’être essentielle de Tombouctou était le marché aux esclaves, +et là, sur la grande place, où s’entassait le bétail humain, les +représentants de toutes les races africaines se coudoyaient. Les +Sahariens : Touareg, Bérabich ou Kountas, y croisaient les gens du +Maghreb : Tripolitains ou Marocains, et les Soudanais : Haoussas, Mandés +ou Toucouleurs ; cependant que s’empressaient autour d’eux leurs hôtes +Songhays, courtiers obséquieux et hôteliers avides. + +Ville de commerce et ville d’affaires, Tombouctou était aussi une +bruyante ville de plaisirs. Le Saharien y trouvait les jouissances +ardemment désirées pendant les longs mois de privations au désert et le +Nigérien y entrevoyait une civilisation à lui inconnue, un luxe ignoré, +digne, lui semblait-il, des mille et une nuits. + +Vivant à part, et s’efforçant d’ignorer ce monde avide ou frivole, une +petite élite intellectuelle s’attachait à conserver l’ancienne tradition +de la Tombouctou savante. Quelques très anciennes familles s’honoraient +d’avoir pour chefs des hommes lettrés, chez qui les discussions les plus +savantes avaient cours et qui connaissaient des sciences ignorées du +vulgaire[6]. + +C’est dans ce milieu que Laing eut l’heureuse fortune d’être introduit. +Là, il put retrouver un peu la Tombouctou qu’avaient révélée à l’Europe +les voyages d’Ibn Kaldoun et d’Ibn Batoutah ; là il put trouver les +satisfactions intellectuelles capables de lui faire oublier les +impressions pénibles que son cœur généreux ne dût manquer de ressentir +devant l’odieux trafic des traitants. Peut-être eut-il la tristesse +d’assister impuissant à l’envoi vers la misère et la déchéance +définitive de malheureux provenant de ces régions de la Rokelle et du +Kouranko, où il avait trois ans auparavant plaidé auprès des chefs +indigènes la cause anti-esclavagiste. + +Bien accueilli, grâce à la recommandation du chef des Kountas, Laing se +rendit d’abord chez le fils de Babani, qui lui procura un logement chez +un Tripolitain du quartier de Baguindé. + +La maison où Laing a vécu, du 18 août au 22 septembre 1826, existe +encore, et n’a pas été modifiée. Comme toutes les maisons de Tombouctou, +elle comprend un rez-de-chaussée où sont les communs : cuisines, +magasins, écuries, et aussi logement des serviteurs. Au premier étage +trois chambres sont réservées pour l’habitation. Elles donnent sur une +large terrasse d’où l’on embrasse le panorama de la ville. C’est là que +se tenait Laing. C’est là sans doute qu’il s’est assis devant son +papier, songeant à sa chère Emma, et essayant en vain de lui écrire des +lettres rassurantes, alors qu’il sentait que les dangers s’accumulaient +devant lui. C’est là qu’il a écrit sa dernière lettre qui se termine par +ces mots : « Il faut que ma chère Emma m’excuse de la façon dont je lui +écris. J’ai commencé cent lettres pour elle ; mais je n’ai pu en finir +aucune. Elle est toujours au plus haut dans mes pensées et c’est avec +délices que je pense à plus tard, à l’heure de notre réunion qui, si +Dieu le veut, n’est plus maintenant très éloignée[7] ». Cette réunion +qu’il souhaitait, Laing devait en effet l’obtenir, mais de toute autre +manière. Au moment où il écrivait sa lettre, il n’avait plus que +quelques jours à vivre. Quand la fatale nouvelle, longtemps discutée, de +la mort du héros parvint à Tripoli, quand il fut certain qu’aucun espoir +n’était plus possible, Emma Warrington Laing alla rejoindre son mari : +elle mourut de chagrin dans les derniers jours de 1829. + +[Illustration : PLANCHE VII + +Fig. 7. — Femmes arabes de Tombouctou.] + + + + + CHAPITRE III + + Le Drame + + +Le séjour à Tombouctou d’un homme tel que Laing n’a pas dû être +infructueux, et ce sera toujours, pour la science, une perte irréparable +que la disparition du journal et des notes de l’illustre voyageur. +Pendant le mois que dura son séjour, nous savons qu’il leva le plan de +la ville et qu’il étudia les manuscrits qu’y possèdent les lettrés. Sans +aucun doute il connut le fameux Tarikh es Soudan que Barth a eu la +gloire de révéler à l’Europe savante, et les nouveaux manuscrits qui +viennent d’être découverts. Laing étudia aussi la question, alors si +mystérieuse, du cours du Niger, et acquit la certitude qu’aucune +communication n’existait entre le grand fleuve de l’ouest africain et le +Nil. Il avait imaginé que la Volta pouvait être le cours inférieur du +Niger, erreur sans doute, mais qui provenait d’une conception exacte de +l’orientation réelle des deux branches du fleuve. + +Les explorateurs d’aujourd’hui, qui font le voyage de Tombouctou sur un +confortable vapeur, et pour qui la route du port de Kabara à la grande +ville est une agréable chevauchée de quatre milles à travers les +mimosas, ne doivent pas oublier que Laing, pour aller voir le fleuve, +dut mystérieusement sortir de la ville en pleine nuit[8], risquant à +chaque pas de croiser une bande de Touareg qui sans doute ne l’auraient +pas épargné. + +[Illustration : PLANCHE VIII + +Fig. 8 — Vue générale d’Araouan.] + +A Tombouctou comme ailleurs, Laing avait fait la conquête de tous ceux +qui le connaissaient. Il est curieux de noter, d’après la tradition +encore très vivante aujourd’hui, les qualités que les indigènes lui ont +reconnues. Les Tombouctiens ont admiré chez Laing la belle prestance, la +force physique et la haute élégance à cheval ; ils ont su également +discerner combien était grande la noblesse des sentiments et la valeur +morale de leur hôte. + +Dans le monde des lettrés et des savants, Laing ne compta bientôt que +des amis. C’est sans doute au plaisir qu’il éprouva à pénétrer dans ce +centre de haute culture intellectuelle et à y recevoir bon accueil, +qu’il faut attribuer le passage de sa dernière lettre où il dit : « A +tous égards, Tombouctou a complètement tenu ce que j’en attendais »[9]. + +Ses amis Tombouctiens avaient déconseillé à Laing de descendre le Niger, +et lui avaient offert de le faire conduire à Dienné. De là, il aurait pu +tenter de regagner, par le Sénégal, les établissements français de +Saint-Louis. A aucun moment Laing ne paraît avoir songé à visiter +Oualata et c’est par erreur que certaines cartes font passer par ce +point son itinéraire. + +Mais les Tombouctiens n’étaient que d’excellents commerçants ou de pieux +lettrés. Ils n’avaient aucune force armée, et leur ville ouverte devait +subir la protection des puissants du jour. Les fanatiques Toucouleurs +commençaient alors d’étendre partout leurs conquêtes, qui devaient +couvrir de ruines presque tout le bassin du Niger. De Bandiagara, sa +capitale, le sultan Ahmed ben Mohamed Labo avait envoyé des +reconnaissances vers Tombouctou, et déjà, dans toute la région, il +parlait en maître. Ses espions lui eurent bien vite signalé le chrétien +recueilli et protégé par les Kountas, à qui les gens de Tombouctou +faisaient bon accueil. Le tyran cruel et fanatique, à l’esprit étroit, +en conçut aussitôt de la jalousie et écrivit une lettre comminatoire au +chef de la ville de Tombouctou, Ousman Alcayar, qui s’empressa d’obéir. +Laing fut mis en demeure de retourner par où il était venu et de +reprendre au plus vite la route d’Araouan. + +Cette nouvelle infortune ne pouvait décourager un homme tel que Laing. +Après tant de projets élaborés en vain, il put trouver encore une autre +combinaison, par laquelle il espéra échapper aux menaces des Toucouleurs +et continuer quand même son voyage en le rendant fructueux pour la +science. Feignant de renoncer à remonter le Niger, il fit ses +préparatifs de départ pour Araouan ; mais son dessein était de se +joindre à la première caravane qu’il rencontrerait, allant non plus vers +Tombouctou, mais vers Sansanding. De là, il espérait atteindre Ségou et +relier ses itinéraires à ceux de Mungo Park. + +Il fallut se mettre en route à la hâte ; la populace de Tombouctou, +affolée par les menaces des Toucouleurs, exigeait maintenant le prompt +départ du chrétien. Des bruits absurdes circulaient dans le peuple : on +disait que l’étranger avait des fétiches avec lesquels il allait +empoisonner tout le pays, et on le rendait responsable des décès les +plus récents. Et surtout on répétait que la ville sainte était souillée +par la présence d’un infidèle. + +Ces sortes de crises de fanatisme, dans lesquelles la haine et le mépris +se donnent libre cours, ont toujours été, et sont encore à redouter chez +les musulmans illettrés ; il faut de longs et patients efforts de la +part des dirigeants les plus cultivés et les plus intelligents pour en +éviter le retour. + +Laing n’était plus sans ressources. Une lettre de change, qu’il avait +emportée de Tripoli, lui avait été payée à Tombouctou. Il put racheter +des chameaux et se reconstituer un matériel de route. Mais les convois +sur la route de Tombouctou à Araouan étaient alors, comme ils le sont +encore aujourd’hui, une sorte de monopole de la tribu arabe des Bérabich +(Barbooshi dans différents textes). Le chef de cette tribu était alors +Ahmadou Labeida, musulman fanatique, à l’esprit borné. Sa mauvaise +étoile mettait Laing à la merci d’un impitoyable ennemi des chrétiens. + +Le chef de Tombouctou, Ousman, confia Laing à Labeida, et celui-ci +promit de conduire l’étranger jusqu’à Araouan. Il lui fournit un guide +et le départ fut fixé au 22 septembre. + +Le 21 au soir, Laing écrivit à son beau-père le consul Warrington une +lettre, qui devait être la dernière, et dans laquelle on sent, malgré le +ton calme et qui veut être rassurant, les appréhensions du voyageur. +« Ma destination est Ségou, où j’espère arriver dans quinze jours ; mais +j’ai le regret de vous dire que la route n’est pas bonne et que mes +périls ne sont pas encore terminés »[10]. + +Le 22, à 3 heures du soir, la caravane se mit en route. Le major avait +avec lui deux serviteurs : l’un nommé Bungola, était un ancien esclave +que Laing avait libéré. L’autre, dont le nom nous est inconnu, était un +jeune garçon arabe qui partagea le malheureux sort de son maître et dont +les restes ont été retrouvés mélangés à ceux du major. + +Tout en cherchant une caravane allant à Sansanding, Laing s’éloignait +rapidement, en suivant celle des routes d’Araouan qui passe le plus à +l’ouest. Le 23, il était déjà à 30 milles de Tombouctou, au lieu dit +Sahab, à mi-distance entre les puits de Laouessi et d’Agonégifal. La +température à cette époque de l’année est extrêmement élevée, et Laing +s’arrêta pour passer les heures les plus chaudes sous un athilé[11], qui +seul donnait un faible ombrage au milieu de la plaine nue. + +Autour de Laing, c’est l’horreur grandiose du désert. Jusqu’à l’horizon +s’étendent les sables, où les pluies d’hivernage viennent de faire +pousser quelques maigres touffes d’herbes. C’est le commencement du +Sahara, l’inconnu mystérieux des cartes d’alors. Et précisément, à côté +du voyageur qui se repose au milieu de ces effrayantes solitudes, voici +les précieux documents qu’attend toute l’Europe savante. Les notes de +Laing vont permettre de compléter les cartes, de mettre à jour les +géographies, de faire faire à la science un pas de plus en avant. Et +Laing, en songeant à l’œuvre utile déjà accomplie, oublie toutes ses +misères pour ne songer qu’aux joies glorieuses du retour. Qu’importent +les blessures dont les cicatrices couturent son visage ; qu’importent +les souffrances passées et les dangers de l’avenir : l’officier anglais +peut songer avec une consolante fierté à la façon dont il a rempli la +tâche qui lui était confiée. + +[Illustration : PLANCHE IX + +Fig. 9. — Une caravane au Sahara.] + +Soudain, le bruit d’une galopade le réveille. La petite caravane est +vite debout. Quatre cavaliers s’approchent. Laing reconnaît le chef des +Bérabich qu’il a quitté à Tombouctou l’avant-veille. Celui-ci est +accompagné de Mohammed Faradji ould Abdallah et de deux inconnus. Laing +est sans défiance ; il a été recommandé aux Bérabich par le chef de +Tombouctou lui-même, et chacun sait que le pacha de Tripoli l’a +accrédité auprès de tous les sheikhs du désert. Surtout Laing a la +parole de Labeida, et sa grande âme ne peut même pas concevoir l’idée de +la trahison. Cependant, on s’adresse au major sur un ton menaçant qui +l’étonne. Ahmadou Labeida s’est renseigné à Tombouctou sur les +dispositions des Toucouleurs et sur celles des gens de la ville et il a +compris que nul désormais n’était favorable au chrétien. Le dévot cruel +a deviné qu’on lui saurait même gré d’un crime que personne n’a osé +commettre. La foule ignorante et fanatisée se reproche son engouement +des jours précédents pour le héros qui l’avait désarmée et séduite. Et +c’est avec soulagement qu’elle a vu Labeida partir en hâte pour +rejoindre et pour assassiner celui qui s’est placé sous sa sauvegarde. + +L’élite intellectuelle de la ville, les anciens amis de Laing, ceux avec +qui il avait passé de longues heures à discuter les saints principes du +Coran et la question de la tolérance à l’égard des chrétiens, eurent +peur devant la poussée populaire, et, au mépris de toute dignité, ils +laissèrent faire. + +On sent très bien aujourd’hui, quand on cause de ces heures tragiques +avec les petits-fils de ceux qui manquèrent alors aux plus nobles +traditions de l’Islam, un sentiment de gêne et comme de remords. + +L’insulte à la bouche, Ahmadou Labeida s’avance vers Laing. Il ose le +sommer de se faire musulman. Laing répond avec la hauteur qui convient. +Tout aussitôt le Bérabich ordonne à un de ses gens de mettre à mort le +chrétien. Les hommes hésitent et d’abord refusent ; la belle attitude du +major leur en impose encore. Le sheikh insiste ; deux serviteurs +s’emparent de Laing et lui immobilisent les bras. Ahmadou Labeida plonge +de toute sa force une lance dans la poitrine du malheureux sans défense. +C’est le signal du massacre : Faradji achève le major et lui tranche la +tête ; un des serviteurs est tué sur le corps de son maître, l’autre est +blessé. Le sheikh donne aussitôt l’ordre de détruire tous les bagages. +Dans l’esprit de cette homme borné, tout ce qui a appartenu à un +chrétien peut renfermer des fétiches redoutables. Et devant lui on +rassemble en un tas tout ce que ces ignorants jugent si dangereux : +vêtements, instruments et surtout livres et papiers, et l’on y met le +feu. A côté du cadavre du martyr, s’envolent en fumée les pages +précieuses de ses cahiers de notes. Le premier plan de Tombouctou, les +observations scientifiques, les itinéraires, les copies de manuscrits +arabes flambent, pendant que les meurtriers, joignant le bouffon au +tragique, se bouchent le nez avec des gestes d’effroi pour éviter d’être +empoisonnés par les fétiches du major. C’est un second assassinat qui +s’achève, c’est l’œuvre de sa vie que l’on détruit après avoir pris au +malheureux sa vie elle-même. + +[Illustration : PLANCHE X + +Fig. 10. — Mohammed el Moktar.] + +Quand tout fut consumé, on enfouit sous le sable les cendres du foyer. +Les serviteurs de Labeida s’arrangèrent cependant pour avoir une part de +butin. Ils ne craignirent pas d’être empoisonnés par l’or de leur +victime, et gardèrent pour eux les quelques pièces de monnaie qu’ils +trouvèrent dans l’une des caisses. On dit même qu’Ahmadou Labeida +accepta pour sa part une breloque en or ayant appartenu à Laing et qui +figure un petit coq. Ce bijou serait encore entre les mains de Mehemed +ould Mehemed, le petit-fils de l’assassin, dont nous parlons plus loin. + +Pour que l’insulte fût complète, les cadavres de Laing et de son +serviteur furent abandonnés sans sépulture au pied de l’athilé, et les +oiseaux en firent leur proie. Quelques jours plus tard, un Bérabich +nommé Brahim ould Oumar ould Salah, de la tribu des Ouled Sliman, +passant auprès de l’athilé, vit des débris humains dont les oiseaux de +proie becquetaient les lambeaux ; sans savoir ce qui s’était passé, il +les enterra au pied de l’arbre. Cet homme apprit plus tard à qui il +avait ainsi rendu les derniers devoirs et il s’écria : « J’ai cru +enterrer les restes d’un musulman. Si j’avais su que c’étaient ceux d’un +chrétien, je les aurais laissés tels quels ». + +Ainsi périt, à l’âge de 32 ans, un des hommes les plus merveilleusement +doués pour l’exploration africaine qu’ait connu le XIXe siècle. +Convaincu de la noblesse de son rôle, se regardant comme le représentant +de la civilisation européenne, Laing, par son respect de lui même, +commandait le respect et l’admiration des indigènes. Parmi tant de +vaillants qui ont donné leur vie pour la cause africaine, une place +d’honneur doit être réservée au conquérant de Tombouctou, qui fut un +héros et un martyr. + +[Illustration : PLANCHE XI + +Fig. 11. — Marchand de sel de Tombouctou et sa famille.] + + + + + CHAPITRE IV + + A la recherche des restes de Laing + + +En Europe, le monde savant avait suivi avec intérêt la marche de Laing. +On sait avec quelle passion l’étude de la géographie africaine fut +entreprise au début du XIXe siècle. Anglais, Français, Allemands et +Italiens rivalisèrent d’héroïsme pour couvrir de leurs itinéraires +nouveaux les grands espaces blancs qui occupaient alors le centre des +meilleures cartes. Tombouctou la mystérieuse était un des objectifs les +plus visés, et la nouvelle de l’heureuse marche de Laing dans cette +direction avait été saluée avec enthousiasme. Mais des rumeurs +pessimistes ne tardèrent pas à circuler. A la suite de l’attaque de +janvier 1826, on crut à la mort du voyageur. Puis des lettres de lui +parvinrent et rassurèrent un peu. Mais le domestique Hamed, qui revint à +Tripoli en octobre 1826, apporta des nouvelles si effrayantes, bien +qu’il eût laissé son maître en vie, que l’inquiétude fut générale au +sujet du succès de la mission. + +Le consul Warrington pria le pacha de Tripoli de lui procurer des +renseignements tout à fait précis par l’intermédiaire des autorités de +Ghadamès. Les réponses parvinrent au mois de mars 1827. Les premières +portaient que Laing, attaqué et blessé par les Touareg, avait pu se +rétablir, et qu’il était entré à Tombouctou. Les secondes, reçues par le +pacha à Tripoli le 31 mars, donnaient, avec tous ses détails, la +nouvelle de la catastrophe finale. + +Peu après, le domestique Bungola, de retour à la côte, vint apporter sa +déposition de témoin oculaire de l’assassinat. + +Le consul Warrington déploya, dans ces tristes circonstances, l’activité +la plus intelligente et la plus ingénieuse. Ayant perdu tout espoir de +revoir son malheureux gendre, il s’attacha à chercher si quelque chose +pouvait être sauvé de son œuvre, et, de tous les côtés il envoya à la +découverte pour savoir ce qu’étaient devenus les papiers du major Laing. + +Comment ne sut-on pas alors que ces papiers avaient été brûlés à Sahab ? +Il est probable que les musulmans les plus intelligents, qui furent +précisément ceux à qui s’adressa le consul Warrington, déploraient en +leur for intérieur le crime de Labeida et les circonstances odieuses et +ridicules dont il fut entouré. Ils n’osèrent avouer qu’un de leurs +coreligionnaires avait brûlé comme un fétiche dangereux l’œuvre d’un +savant chrétien, et leurs réponses dilatoires empêchèrent la vérité +d’être connue. + +Caillé rapporta quelques renseignements nouveaux qui précisèrent +l’attitude d’abord favorable des gens de Tombouctou et la tyrannie +exercée dans cette ville par les Toucouleurs[12]. Tout en donnant à +Caillé la récompense que méritait son extraordinaire voyage, la Société +de Géographie de Paris s’honora en décernant à Mme Laing, en souvenir de +son mari, la Grande Médaille d’or de la Société. + +Puis le silence se fit. L’oubli vint. Barth, puis Lenz, essayèrent tour +à tour de savoir si réellement il existait encore des manuscrits laissés +par Laing : ils ne reçurent que des renseignements erronés. + +Une enquête approfondie menée par Duveyrier ne révéla aucun fait +nouveau. + +On pouvait espérer que l’occupation de Tombouctou par les Français, en +1894, permettrait de percer à jour ce mystère. Et cependant, pendant +quinze ans les recherches, menées avec le plus grand soin, n’aboutirent +à aucun résultat. + +La raison du mutisme des indigènes s’explique par une disposition de la +loi coranique qui spécifie que le prix du sang, la Dia, peut être +réclamé après plusieurs générations. Le chef actuel des Bérabich, +Mehemed ould Mehemed est le petit-fils d’Ahmed Labeida. C’est un +vieillard rusé et sournois, très énergique, dont le prestige est +considérable dans toute la région de Tombouctou et à qui on n’aurait pas +volontiers osé créer des ennuis. Au début de 1910, il se mit en +rébellion ouverte contre le Gouvernement français et s’enfuit au Maroc. +La situation était alors plus favorable pour faire une enquête. M. le +gouverneur Clozel, lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, qui +s’attache avec tant de zèle et de compétence à l’étude scientifique des +pays du Niger, cherchait depuis longtemps a pénétrer le mystère de la +mort de Laing. Il choisit cette circonstance pour me charger d’une +mission d’études à ce sujet, pendant le voyage que je devais faire à +Tombouctou, Araouan et Taoudénit. + +Muni de lettres de recommandation des confréries religieuses Senoussia +et Tidjania, je visitai à Tombouctou et à Araouan les chefs et les +principaux personnages. Comme il m’était possible de m’exprimer en arabe +avec eux, j’eus vite fait de les mettre en confiance. Après leur avoir +donné l’assurance, au nom du gouverneur, qu’aucune représaille ne serait +exercée, je leur demandai de me procurer tous les renseignements +possibles au sujet du major Laing ; je m’attachai à leur faire +comprendre que ces recherches n’avaient qu’un but historique, auquel +s’intéressait de façon toute spéciale M. le lieutenant-gouverneur +Clozel, dont le nom est si populaire à Tombouctou. + +Arouata, chef des Kel Araouan, son fils aîné Sheikh Arouata, Sidi Ali, +cadi d’Araouan, et Ahmed Baba, cadi de Tombouctou, consentirent à me +seconder dans mes recherches et à me communiquer les Annales que l’on +tient à Araouan. Dans ces documents, qui portent le nom de Tarikhs, on +note au jour le jour les principaux événements, et chacun tient pour +dignes de foi ces récits dont l’étude est du plus haut intérêt. Je +trouvai dans deux Tarikhs d’Araouan le récit de la mort de Laing. J’en +pus prendre copie et j’en donne ci-dessous la traduction. + +Ces indications étaient précieuses. Mais, pour qu’elles fussent +complètes, il fallait connaître l’emplacement de l’arbre au pied duquel +avait été tué le major. Sheikh Arouata me mit alors en rapports avec un +vieillard bérabich nommé Mohammed ould Moktar. Cet homme, âgé de 82 ans, +est le propre neveu d’Ahmadou Labeida. Il a été élevé par celui-ci et +connaît l’histoire de la mort de Laing, que son oncle lui a contée. Mis +en confiance, Mohamed ould Moktar consentit à parler. Je crois bien que +le désir d’être désagréable à Ould Mehemed, contre qui il nourrit une +ancienne et féroce haine, fut un des principaux mobiles qui lui firent +me dicter le récit figurant ci-dessous aux pièces justificatives. +Mohammed déclara qu’il connaissait très bien l’arbre en question, et que +Faradji le lui avait souvent montré quand ils faisaient ensemble la +route entre Araouan et Tombouctou. + +[Illustration : PLANCHE XII + +Fig. 12. — A Sahab. L’arbre au pied duquel a été assassiné Laing.] + +Malgré son grand âge, Mohammed, qui jouit d’une excellente santé, +accepta de me servir de guide et promit de me conduire à Sahab et à +l’arbre athilé. + +Rentré à Araouan le 12 décembre, je trouvai Mohammed prêt à partir et +Sheikh Arouata décidé à nous accompagner. Nous nous mîmes en route, et, +le 21 décembre, nous étions à Sahab. + +Le lieu dit Sahab se trouve sur la route d’Araouan à Tombouctou, à 30 +milles au nord de cette ville. C’est une vaste dépression, où le sable, +mélangé d’argile, conserve quelque humidité après l’hivernage. Dans le +lointain, le massif de Tadrant élève ses pics rocheux au-dessus des +plaines environnantes. + +Des fouilles furent immédiatement entreprises au pied de l’athilé. Le +22, dans la matinée, un des travailleurs mit à découvert à 1 m. 25 de +profondeur et à 0 m. 50 du pied de l’arbre, différents ossements : +morceaux de crâne, sections de vertèbres, etc... Puis, peu après, dans +un rayon de quelques mètres, l’emplacement d’un foyer, des débris de +caisses, un morceau d’alun et un morceau de chaussette cachou. + +Nous regagnâmes Tombouctou et, accompagné des différentes personnes +ayant assisté aux fouilles, je me présentai devant le lieutenant Marc, +commandant le cercle de Tombouctou, à qui je fis une déclaration +officielle du résultat de mes recherches. + +Les ossements recueillis furent soumis à l’examen de M. le médecin-major +de première classe Lefèvre, des troupes coloniales ; mais par suite des +moyens rudimentaires dont on disposait, cet examen ne fut que +superficiel. Le docteur constata qu’on se trouvait en présence des +restes de deux individus : un adulte présentant les caractères d’un +Européen, et un adolescent. Un des crânes portait une large trace de +sang prouvant qu’il s’agissait d’un homme décédé de mort violente. + +Mohammed ould Moktar me confirma que, des deux serviteurs qui +accompagnaient Laing au moment de sa mort, l’un avait été blessé et +ramené à Tombouctou. L’autre avait eu le sort de son maître. + +Les ossements furent séparés et mis en bière. + +Aussitôt que fut connue à Tombouctou la nouvelle de l’exhumation des +restes du major Laing, toute retenue cessa de la part des indigènes. Il +me devint possible de terminer mon enquête et de reconstituer toutes les +circonstances du drame. C’est ainsi que j’ai pu connaître la part exacte +prise par Ahmadou Labeida dans un crime dont il fut l’exécuteur, mais +dont Tombouctou toute entière fut complice. Comme je l’ai dit plus haut, +aux yeux des musulmans, le prix du sang peut toujours être réclamé aux +descendants d’un meurtrier, et chacun croyait les Européens décidés à +venger sur Ould Mehemed le meurtre commis par son grand-père. Les +Tombouctiens n’osaient attirer un châtiment sur un coupable puissant, +dont tous d’ailleurs se sentaient complices. Lui étant mis hors de +cause, tout devint facile et les langues se délièrent. + +Le récit que je donne ci-dessus est le résumé de longues conversations, +toutes concordantes, que j’ai eues à Araouan et à Tombouctou. Aucun +doute ne peut plus subsister aujourd’hui sur les circonstances qui ont +entouré la mort de Laing et la destruction de ses papiers. + +[Illustration : PLANCHE XIII + +Fig. 13. — L’auteur à Tombouctou en 1910.] + +Le résultat négatif de mes recherches fixe quand même un point +d’histoire. A ce titre il ne serait donc pas à dédaigner. Mais ma +satisfaction la plus grande a été de pouvoir rendre un suprême et public +hommage à Laing dans la ville même qui fut témoin de sa vaillance et de +son amour de la science. + +Le Gouvernement britannique a été mis au courant officiellement de la +découverte faite à Sahab, et les autorités françaises conservent +actuellement à Tombouctou le précieux dépôt des restes du major Laing. +Ces débris humains sont bien peu de chose, et plus que jamais l’on peut +répéter en les regardant : + + + « Quot libras in duce tanto invenies ». + + +Mais l’œuvre pour laquelle Laing a donné sa vie est aujourd’hui +accomplie. La traite des noirs a cessé, et le honteux marché aux +esclaves, qui déshonorait Tombouctou, a disparu. Il y a quelque chose de +touchant à constater que les indigènes, après tant d’années, ont +conservé la mémoire du héros au noble cœur qui a donné sa vie pour leur +faire avoir plus de bonheur et plus de liberté. + + A. BONNEL DE MÉZIÈRES. + +[Illustration : PLANCHE XIV + +Fig. 14. — Les fouilles qui ont amené la découverte des restes de Laing +à Sahab (décembre 1911-janvier 1912).] + + + + + =PIÈCES JUSTIFICATIVES= + + + + + =1er manuscrit.= + + _Texte remis à Araouan à M. Bonnel de Mézières._ + + +الحمد لله رب العالمين وصلاته وسلامه على سيد المرسلين وعلى ءاله وصحبه +اجمعين * وبعد فقد وجدت فى رسوم اوائلنا المتقدمين بخط مشابه لخط جدنا +القاضى سيدي احمد القاضى بن سيدى محمد بن سيدى امحمد بير ما نصه بعد تعداد +اعوام قبل اعنى بعد تعداد وقائع اعوام قبل ذالك قال وفى عام احدو اربعين +بعد المايتين والالف وهو العام الذى تامر فيه وتقيد عثمان بن القائد ببكر +بعد موت اخيه امحمد بن القائد ببكر وذالك لان امحمد تولى بعد موت ابيه +القائد ببكر المذكور المتوفى فى اواخر الثلاثين قبل نصر الشيخ احمد لب +للدين بثلاثة اعوام فمكث اعنى امحمد فى الامارة عشرة اعوام وهو امير مبارك +سيد فاضل سخى باذل حتى لقب بسيد فتوفى رحمه الله تعالى فتولى بعده اخوه +عثمان المذكور فى عام واحد واربعين وفى ذالك العام جاء نصرانى من ڭنس +الانكليز من جهة المشرق حتى دخل تينبكت فلم يقدر ان يتعدى للسودان خوفا من +افلان لان ذالك زسن اوائل انتصار الشيخ احمد لب للدين الا انه لم يبلغ حكمه +تينبكت لان حكمه لم يبلغ تينبكت الا فى زمن عثمان فى نيف واربعين فلما دخل +تينبكت مكث فيها ما مكث مستخفيا فخرج منها متوجها لجهة اروان فركب الشيخ +احمد بن اعبيد رئيس البرابيش يومئذ وسيدها فى طائفة من قومه فلحقه به اعنى +تلاحق به عند السهب موضع فى طريق اروان وقد كان نازلا عند طلحاية رحال +نزلها يرصده فمكث زمنا حتى خرج فتبعه حتى ادركه عند السهب المذكور فقتله +هنالك ضحوة يوم الثلاثاء فى اليوم الثالث من شهر الله شوال العام المذكور +وقتل عند اتيلة غربى المجبد اعنى وسط النهج اعنى ڭبلة الامرائر بلغة العامة +فاما الشيخ احمد وعلية اصحابه فما حازوا على متاعه ولا قربوا منه واما +السفلة فانهم اتوا دبشه وقماشه فلم يجدوا عنده سوى صندوقين ففتشوهما فما +وجدوا سوى بضع عشرة ريالة من الريال فاخذه بعضهم خفية واسره فى بضاعته فلم +يطلع عليه الا بعد ذالك وغير ذالك من متاعه دفتره بعد ما احرقوه بجميع ما +فيه من كواغد ورسوم وكنانيش وصندوق وغير ذالك فلم يقبل احمد ان يصحب احدا +منهم شىء من متاعه سوى ما اسره احد فى بضاعته لم يعلم به وقد قيل والله +اعلم انه انما قتله باذن من امراء الارض من رمات وتوارق وهذا هو الحق الذى +لامرية فيه كما بلغنا بالتواتر لان احمد ليس له قدرة على ان يقتل من امنه +التوارق والرمات كما هو معلوم وقد جاء قبل هذا الانكليز نصرانى اخر قيل انه +فرنصاوى حتى وصل تينبكت فكر راجعا ولم يـ كيدا ولا تعرض له احد وذالك فى +زمن امحمد بن القائد ببكر اخى عثمان المذكور انتهى باختصار وبه كتب من نفله +من الخط المذكور بتاريخ تقدم وتاحر هذه النسخة لشهر الله ذى الحجة الحرام +حاتم عام ١٣٢٨ عبيد ربه عال بن عمر بن احمد بن محمد بن محمد بير لطف الله +بالجميع والمسلمين ءامين ءامين ءامين + + +_Le passage qui va suivre est bien de la même écriture que le reste du +contexte, mais rien n’indique s’il en faisait partie ou s’il a été +ajouté par le scribe._ + + +وانما لم يقبل احمد ان يصحبهم شىء من متاعه لانه معتقد انهم سحرة وانه متى +صحبه ذالك اصابه السحر والله اعلم صح + + * * * * * + + + + + =2e manuscrit.= + +_Extrait d’une chronique d’Araouan donnant la liste des principaux +événements de cette localité de l’année 1044 de l’hégire à l’année +1268._ + + +وفى عام احدى واربعين بعد المائتين و الف جاء رجل من الانڭليز للسودان واخذ +الامان من فلان وغيرهم فى تنبكت وخرج قاصدا اروان حتى بلغ السهب خرج فى +اثره احمد الاعبيد فى قومه حتى لحقوا به فى السهب عند اتيل ڭبلة المجبد +فقتلوه هناك يوم الثلثاء ضحوة فى ثلاثة خلت من شهر الله شوال عام احدى +واربعين بعد المائتين و الف و حرقوا متاعه والله اعلم + + +_(L’orthographe de l’original a été exactement reproduite.)_ + + + + + =1er Manuscrit= + + _Traduction Houdas_ + + +Louange à Dieu, maître des Mondes. Son salut et sa bénédictions soient +sur le seigneur des Envoyés, sur sa famille et sur tous ses Compagnons. + +Dans les archives de mes ancêtres, j’ai trouvé, tracé avec une écriture +ressemblant à celle de mon grand-père le cadi Sidi Ahmadou, fils de Sidi +Mohammadou, fils de Sidi Mahmadou Bîr, un texte dont voici la teneur et +qui faisait suite à l’énumération des années précédentes, c’est-à-dire à +l’énumération des événements des années précédentes. + +En l’année mil deux cent quarante et un, Otsman, fils du caïd Bou Bakar, +fut nommé émir et caïd après la mort de son frère Mahmadou, fils du caïd +Bou Bakar. Mahmadou avait été investi du pouvoir après la mort de son +père, le caïd Bou Bakar susdit, qui mourut dans les derniers jours de +l’année trente, trois ans avant que le cheikh Ahmadou Lebbo eût fait +triompher la foi. Mahmadou demeura dix ans au pouvoir. Ce fut un prince +béni, un seigneur éminent, libéral, généreux, aussi mérita-t-il d’être +surnommé Seyyid (seigneur). Il mourut (Dieu lui fasse miséricorde !) et +eut pour successeur son frère Otsman qui fut investi du pouvoir en +l’année quarante et un. + +Ce fut cette même année qu’un chrétien de nationalité anglaise arriva de +l’est et entra à Tombouctou ; mais il ne put dépasser cette ville pour +entrer dans le Soudan par suite du danger qui pouvait résulter pour lui +des Peuls, car ceci se passait à l’époque des premiers succès du cheikh +Ahmadou Lebbo en faveur de la foi, mais avant que son autorité eût +atteint la ville de Tombouctou. En effet son autorité ne s’étendit sur +Tombouctou que du temps d’Otsman en quarante et quelque. Entré dans +Tombouctou, l’Anglais y séjourna un certain temps en se tenant caché. Il +quitta ensuite cette ville se dirigeant vers Araouan. Le cheikh Ahmadou +ben Abeïda, chef et seigneur des Berâbich à cette époque, monta aussitôt +à cheval à la tête d’un groupe de ses contribules et l’atteignit, ou +pour mieux dire arriva près de lui près de Es-Sohb, localité sise sur la +route d’Araouan. Comme l’Anglais était campé à Telhaïat-arahhal, le +cheikh y campa également pour le guetter. Après être resté un certain +temps en cet endroit, l’Anglais se remit en marche. Le cheikh se mit +alors à sa poursuite, l’atteignit à Es-Sohb ci-dessus indiqué et le mit +à mort en cet endroit dans la matinée du mardi, le 3 du mois de Chaoual +de l’année précitée. Le meurtre eut lieu près d’un petit éthel à l’ouest +du sentier, c’est-à-dire au milieu de la route, à Gueblat-el-meraïr +comme on dit vulgairement. + +Ni le cheikh Ahmadou, ni les notables qui l’accompagnaient ne mirent la +main sur les bagages de l’Anglais et ne s’en approchèrent ; mais les +gens du peuple se portèrent vers les bagages et les effets et trouvèrent +seulement deux caisses qu’ils fouillèrent et dans lesquelles ils ne +découvrirent qu’une dizaine de pièces d’argent. L’un d’eux s’en empara +en secret et les dissimula dans ses bagages, mais personne ne s’en +aperçut sur le moment et on ne l’apprit que plus tard. Tout le reste des +bagages fut enfoui dans le sol après qu’on eût mis le feu aux papiers, +documents et albums qui en faisaient partie, ainsi que la caisse et le +reste des objets. Ahmadou n’avait pas voulu qu’aucun de ses compagnons +emportât quoi que ce fut des bagages et on n’emporta en effet que ce que +l’un d’eux avait dissimulé dans ses bagages à l’insu du cheikh. + +On assure, — et Dieu sait mieux que personne si cela est vrai, — que le +meurtre n’eut lieu qu’avec l’assentiment des princes du pays Roumat ou +Touaregs. Et cela ne saurait être mis en doute, comme on nous l’a répété +à maintes reprises, car Ahmadou n’avait pas un pouvoir tel qu’il put +mettre à mort quelqu’un qui aurait eu l’aman des Touaregs ou des Roumat, +ainsi que chacun sait. + +Avant l’arrivée de cet Anglais un autre chrétien, un Français, dit-on, +vint au Soudan et entra à Tombouctou. Il s’en retourna sans être molesté +et sans que personne lui fit obstacle. C’était sous le règne de Mahmadou +ben El-caïd Bon Bakar, le frère d’Otsman ci-dessus indiqué. + +Ici se termine cet extrait sommaire, qui a été copié sur le manuscrit +indiqué ci-dessus et rédigé à une époque antérieure à la date de la +présente copie, faite au mois de Dzou’l-hiddja le sacré, le dernier mois +de l’année 1328, par l’humble adorateur de Dieu, Al ben Omar ben +Ahmadou, ben Mohammadou, ben Mohammadou Bîr. Que Dieu leur soit +bienveillant ainsi qu’à tous les Musulmans. Amen ! Amen ! Amen ! + + * * * * * + + +Ahmadou n’avait pas voulu que ses gens emportassent quoi que ce fut des +bagages, convaincu qu’il était que ces bagages étaient ensorcelés et +qu’il arriverait malheur à ses gens s’ils les emportaient. Dieu sait +mieux que personne si cela est vrai. + + * * * * * + + + + + =2e Manuscrit= + + _Traduction Houdas_ + + +En l’année mil deux cent quarante et un, un Anglais vint au Soudan. +Après avoir pris l’aman des Peuls et autre gens de Tombouctou, il quitta +cette ville pour se rendre à Araouan et arriva à Es-Sohb. Ahmadou +Elabeïda partit à sa poursuite à la tête de ses gens et l’atteignit à +Es-Sohb auprès de l’ethel de Gueblet-el-medjbed. Ahmadou et ses +compagnons le mirent à mort en cet endroit, le mardi dans la matinée, le +3 du mois de Chaoual de l’année mil deux cent quarante et un. On brûla +ses bagages. Dieu mieux que personne sait l’exacte vérité. + + + + + NOTE CONCERNANT LES DEUX MANUSCRITS + + +Le premier manuscrit a sûrement été rédigé un certain nombre d’années +après la mort de Laing. Un fait le prouve de façon indéniable : il y est +fait allusion au voyage de Caillé à Tombouctou, et ce voyage est même +indiqué comme ayant précédé celui de Laing. + +Le passage de Caillé à Tombouctou est de 1828 ; il a suivi de deux ans +le meurtre de Sahab. D’autre part, Caillé est passé incognito au Soudan +et au Sahara ; c’est seulement après l’arrivée au Maroc du voyageur +français que fut connue la véritable personnalité de celui qu’on avait +pris pour un humble mendiant. La nouvelle n’en put parvenir à Tombouctou +et à Araouan que de longs mois après. Dans ces conditions je crois qu’on +peut interpréter le manuscrit sans se considérer comme lié par son texte +et ne pas accepter la date qu’il donne pour la mort de Laing. + +Le 3 du mois de Chaoual de l’an 1341 de l’hégire correspond au 10 avril +1826. Or, nous avons une lettre de Laing datée du 21 septembre de cette +même année. + +D’autre part, la tradition orale de Tombouctou et d’Araouan place le +meurtre à la fin de la saison des pluies. + +On peut supposer avec vraisemblance que la date du premier manuscrit a +été reconstituée de mémoire et que le deuxième manuscrit a copié et +résumé le premier. On sait que l’année musulmane est une année lunaire +et qu’elle retarde de dix ou onze jours par an sur l’année solaire. Les +pieux personnages d’Araouan et de Tombouctou, qui sont bons exégètes, +puristes subtils et théologiens raffinés, sont de médiocres +chronologistes. Leurs Tarikhs, qui sont pleins d’intérêt pour les faits, +contiennent souvent des dates contradictoires. On peut supposer que le +récit de la mort de Laing du Tarikh d’Araouan a été écrit au moins +quinze ou vingt ans après les événements. L’auteur avait un ou deux +souvenirs précis pour reconstituer la date. Il connaissait l’année ; il +savait que l’acte avait eu lieu le troisième jour de la lune, un mardi à +la fin de la saison des pluies. Il a cherché quel était le mois qui +avait correspondu pour cette année-là à l’époque en question et il a mis +celui de l’année où il se trouvait, commettant ainsi une erreur de cinq +mois. Une semblable méprise n’a rien d’invraisemblable chez des gens qui +ne possèdent aucun ouvrage pouvant leur tenir lieu de l’_Art de vérifier +les dates_. + + L. M.-S. + + + + + =DÉCLARATION= + + +Le 26 décembre 1910, les soussignés : Sheikh Araouta, fils aîné +d’Araouta, chef des Kel Araouan, habitant Araouan ; Mohammed Ould +Mocktar, notable Bérabich ; Béré, Kel Araouan, chamelier ; Boubakar +Diallo, habitant Tombouctou, interprète, se sont présentés, accompagnés +de M. A. Bonnel de Mézières, explorateur, chevalier de la Légion +d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique +Occidentale française et le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger, +devant M. le lieutenant d’infanterie coloniale L. Marc, commandant le +cercle de Tombouctou, remplissant les fonctions d’officier d’état civil, +pour lui faire les déclarations suivantes : + + +« Chargé par M. F. J. Clozel, gouverneur du Haut-Sénégal et Niger, dit +M. Bonnel de Mézières, de rechercher les restes du major Laing, de +l’armée britannique, assassiné entre Tombouctou et Araouan en 1826 dans +des circonstances imparfaitement connues, j’ai procédé à mon enquête de +la façon suivante : + +« Je recherchai d’abord dans le tarikh d’Araouan, qui fut mis à ma +disposition par Sheikh Araouta, le récit de cet événement. Le tarikh en +faisait mention et indiquait le lieu nommé Sahab et l’arbre athilé comme +ayant été l’endroit où avait été commis le crime. C’était également à +cet endroit, disait on, que les caisses et objets divers de la victime +avaient été brûlés et enterrés. + +« Cette indication précieuse était néanmoins incomplète, car il fallait +connaître exactement l’emplacement de cet arbre. + +« Dans ce but, je me suis mis en rapport avec Mohammed Ould Mocktar, +notable Bérabich habitant habituellement Araouan, et qui, neveu +d’Ahmadou Labeida, à l’époque chef des Bérabich, et auteur du meurtre, +avait été élevé par lui et devait être au courant de cette affaire. + +« Mohammed Ould Mocktar me confirma les récits du tarikh, me dit en +effet que les deux ou trois caisses qu’avait le major Laing furent +brûlées ou jetées dans un trou contenant du feu auprès de l’arbre, et +qu’il était peut-être possible d’en trouver encore des restes, mais que +le corps avait été laissé sans sépulture. + +« Toutefois, il ajouta qu’on devait probablement pouvoir recueillir +quelques ossements, car, peu de temps après le crime, un Bérabich nommé +Brahim Ould Oumar Ould Salah, des Oulad Sliman, passant par l’athilé, +vit des débris humains qui étaient mangés par les oiseaux. Ignorant ce +qui s’était passé, il enterra ces débris auprès de l’arbre. Mohammed +Ould Mocktar me déclara en outre qu’il connaissait fort bien cet arbre, +car un jour, quittant Tombouctou en compagnie de Ahmed Labeida et Himmid +son fils, de Feradji Ould Eli Ould Abdallah, Himmid demanda à son père +de lui montrer l’arbre athilé. Ils s’y rendirent. Mohammed Ould Mocktar +me déclara qu’il était certain de pouvoir le retrouver. + +« Muni de ces renseignements et guidé par Mohammed Ould Mocktar, nous +sommes arrivés, le 21 décembre, à l’endroit nommé Sahab, situé entre +Laouessi et Agonégifal, à environ 50 kilomètres au nord de Tombouctou. +Le jour même, nous commencions nos recherches et une fosse fut creusée +sur le côté ouest de l’arbre. Le lendemain matin 22, vers neuf heures et +demie, le travailleur Béré mit à jour, à environ 0 m. 50 du pied de +l’arbre et à une profondeur de 1 m. 25, dans une couche d’argile voisine +du sable, des morceaux de crâne, une section de vertèbre et différents +ossements. + +« Malgré nos recherches dans un rayon d’environ un mètre autour de cette +place, nous ne pûmes rien découvrir d’autre et il est permis de penser +que, conformément aux indications données, nous ne pouvions espérer +trouver davantage. Nous étions donc probablement en présence des restes +du major Laing. + +« J’ai donc l’honneur de venir, accompagné des différentes personnes qui +m’ont aidé dans ces recherches ou qui ont été témoins de la découverte, +vous remettre officiellement ces différents ossements, et vous certifier +que ce sont bien ceux découverts le 22 décembre dernier au lieu nommé +Sahab et au pied de l’athilé. » + +En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration en double +expédition, dont lecture et traduction ont été données à chacun de nous. +L’extrait du tarikh d’Araouan ayant trait à l’assassinat du major Laing +accompagne cette déclaration. » + + Tombouctou, le 26 décembre 1910. + + A. BONNEL DE MÉZIÈRES. + + Signatures de SHEIK ARAOUTA, + MOHAMMED OULD MOCKTAR, + BÉRÉ, + BOUBAKAR DIALLO. + + + + + RÉPUBLIQUE FRANÇAISE + + LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ + + +« L’an 1911 et le 7 janvier, par-devant nous Marc, Lucien François, +lieutenant d’infanterie coloniale hors cadre, commandant le cercle de +Tombouctou, juge de paix à compétence étendue, assisté de M. de Zeltner, +François, Arthur, Florian, greffier assermenté, + +« Et en présence de MM. le docteur Lefèvre, Eugène, médecin-major de 1re +classe des troupes coloniales ; Huchery, Maurice, Paul, commis de 2e +classe des affaires indigènes de l’Afrique Occidentale française ; et +Cristofini, Pascal, Paul, instituteur, témoins, ont comparu les sieurs : + +« 1o Bonnel de Mézières, Albert, explorateur, chevalier de la Légion +d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique +Occidentale française et par le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger ; + +« 2o Sheikh Arouata, fils aîné d’Arouata, chef des Kel Araouan, +demeurant à Araouan ; + +« 3o Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich ; + +« 4o Béré, Kel Araouan, chamelier ; + +« 5o Boubakar Diallo habitant de Tombouctou, interprète. + +« Qui nous ont présenté les débris humains recueillis par eux à +l’endroit et dans les circonstances indiquées par le procès-verbal ci- +joint. + +« Le docteur Lefèvre après examen de ces débris a rédigé la déclaration +ci-jointe qu’il a signée devant nous. + +« Après avoir reçu cette déclaration, nous avons réuni en trois paquets, +enveloppés dans de la toile blanche, les ossements et débris classés par +catégories par le docteur Lefèvre. + +« Ces paquets ont été déposés dans une caisse en bois blanc qui a été +clouée en notre présence, et scellée de treize cachets à la cire rouge, +présentant l’empreinte ci-dessous. + +« Le présent procès-verbal, rédigé séance tenante, a été signé par nous +et le greffier et les deux témoins. + +« Ont signé également : M. le docteur Lefèvre, M. Bonnel de Mézières, et +les sieurs Sheikh Arouata, Mohammed Ould Mocktar, Béré, et Boubakar +Diallo. + +« Fait et clos à Tombouctou les jour, mois et an que dessus. » + + _Le juge de paix_, + Signé : MARC. + Les témoins : + Signé : BONNEL DE MÉZIÈRES, _Le greffier_, + LEFÈVRE, Signé : DE ZELTNER. + HUCHERY, + CRISTOFINI. + + + + + COLONIE + DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER RÉPUBLIQUE FRANÇAISE + * * * * * + INFIRMERIE AMBULANCE LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ + DE TOMBOUCTOU + * * * * * + + =CERTIFICAT D’EXAMEN= + + +« Nous soussigné Lefèvre, Eugène, médecin-major de 1re classe des +troupes coloniales, médecin chef de l’infirmerie ambulance de +Tombouctou, certifions avoir examiné un lot d’ossements provenant de +fouilles faites par M. Bonnel de Mézières, au lieu nommé Sahab, à 50 +kilomètres environ au Nord de Tombouctou. + + +« Ces ossements peuvent être classés en trois catégories : + + { { un pariétal droit presque + { { complet, un fragment + { Ossements paraissant { de pariétal paraissant + 1re catégorie { avoir appartenu à un être { imprégné de sang, une + { humain adulte : { moitié antérieure de + { { vertèbre, un fragment + { { d’ischion. + + { Ossements paraissant { deux pariétaux s’engrenant + 2e catégorie { avoir appartenu à un être { parfaitement, un fémur + { humain adolescent : { gauche brisé à la partie + { { moyenne. + + { { un lot de fragments osseux + { { très détériorés, auxquels + 3e catégorie { Ossements à identifier { est joint un échantillon + { { du sol dans lequel ils ont + { { été découverts. + +« En raison des moyens rudimentaires que nous possédons, l’examen n’a pu +être que superficiel et il serait indispensable, à notre avis, de +soumettre ces ossements à une étude plus approfondie en Europe. + +« En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour servir et +valoir ce que de droit. » + + Tombouctou, le 7 janvier 1911. + Signé : LEFÈVRE. + + Vu : + Pour la légalisation de la signature + de M. le docteur Lefèvre apposée ci-dessus, + MARC, + Commandant le cercle. + +[Illustration : PLANCHE XV + +Dr LEFÈVRE. — Mr HUCHERY. — Capitaine MARC. + +Fig. 15. — Examen des restes de Laing.] + +[Illustration : PLANCHE XVI + +Fig. 16. — Le coffre renfermant les restes de Laing.] + + + + + =DÉCLARATION= + + +Déclaration de Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich, âgé de 82 ans, +neveu de Sheikh Ahmadou Labeida, au sujet de la mort du major Laing, +recueillie à Araouan le 13 novembre 1910 en présence de Arouata, chef +des Kel Araouan, Sheikh Arouata son fils, et de Boubakar Diallo, +habitant de Tombouctou. + + +« J’ai été élevé par Ahmadou Labeida qui était dans mon enfance le plus +grand des chefs des Bérabich ; plusieurs fois je lui ai entendu raconter +ce qui suit : « En l’année 1241, l’Anglais (Laing), étant à Tombouctou +et désirant aller à Araouan, demanda au chef des Peuhl et des Songhai +l’autorisation de s’y rendre. On n’y mit pas d’obstacle, car sa présence +mécontentait la population. Il se mit donc en rapport avec les Bérabich +pour lui servir de guides. Ahmadou Labeida accepta, et Laing se mit en +route pour Araouan. Il s’arrêta au bout de la première étape à un +endroit désigné sous le nom de Sahab et sous un grand arbre nommé +athilé. Il y fut rejoint le lendemain de son départ de Tombouctou, vers +onze heures du matin, au moment de la sieste, par Ahmadou Labeida, +Mohammed Feradji Ould Eli Ould Abdallah et deux autres Bérabich. Ceux-ci +étaient à cheval comme c’était l’habitude alors. L’Anglais, croyant que +c’étaient des guides qui venaient le retrouver, les laissa approcher ; +alors Feradji et les deux autres Bérabich se précipitèrent sur lui et +Ahmadou Labeida le frappa de sa lance. On laissa le cadavre sur place. +On ramassa les affaires de l’Anglais, et, comme on l’accusait de venir +dans ce pays pour l’empoisonner et qu’on se méfiait de tout ce qu’il +avait, on fit un trou, on y fit du feu et on y jeta tout ce qu’il +possédait en se bouchant le nez. On ne prit que l’or et les bijoux et +parmi ceux-ci une petite poule en or les ailes ouvertes, qui devint plus +tard la propriété de Ould Mehemet, petit-fils de Ahmadou Labeida. Quand +tout fut brûlé on combla le trou. + +« Peu de temps après, un Bérabich, Brahim Ould Omar Ould Salah, des +Ouled Sliman, passant par là, vit auprès de l’arbre athilé des membres +humains, que des oiseaux becquetaient. Il les enterra. Un jour, bien +long-temps après, cet homme entendit raconter l’histoire de l’Anglais ; +il se souvint d’avoir enterré des ossements et dit alors : « C’est moi +qui les ait enterrés, pensant que c’étaient les restes d’un Musulman ; +si j’avais su, je les aurais bien laissés là ». Ces souvenirs étaient +toujours restés dans ma mémoire, et il y a quelques années, en revenant +de Tombouctou en compagnie de Feradji et d’Himmid, fils de Labeida, je +demandai à Feradji de passer par l’arbre athilé. Nous étions à ce moment +dans une vallée entre Tombouctou et Laouessi. C’est ici-même, me dit +Feradji, que l’Anglais a été tué, et il me montra un arbre assez voisin. +Himmid demanda à voir l’endroit même, et on s’y rendit. Je demandai +alors à Feradji : « Avait-il beaucoup de caisses ? Deux ou trois, me +fut-il répondu, et environ dix à quinze pièces d’or ; mais nous avons +mis les caisses dans un trou avec du feu, car il venait pour empoisonner +le pays et nous nous sommes bouché le nez en les brûlant ». + + Araouan, le 13 novembre 1910. + + Signature de MOHAMMED OULD MOCKTAR, + + Signature de SHEIKH AROUATA. + + + + + NOTE RELATIVE A L’EXAMEN MÉDICAL DES OSSEMENTS RECUEILLIS A SAHAB + + +Il ressortait de l’examen médical fait par M. Lefèvre, médecin-major de +1re classe des troupes coloniales, chef de l’infirmerie ambulance de +Tombouctou, que les ossements recueillis à Sahab auprès de l’arbre +athilé semblaient appartenir à deux individus, un adulte et un +adolescent. + +Il est probable que les ossements de l’adolescent trouvés au pied de +l’arbre athilé sont ceux d’un serviteur qui a partagé le sort de son +maître (voir ci-dessus p. 20). Les auteurs des tarikhs ont passé sous +silence cette mort qui leur semblait sans importance. + +Je me rendis de nouveau au lieu de la découverte des ossements, et les +fouilles furent reprises. Elles mirent à jour un foyer important, des +restes de caisses en fer, des débris de vêtements, de chaussette ou de +bas, de l’alun et différents débris qui furent placés dans une deuxième +caisse et confiée, ainsi que la première, au dépôt mortuaire de +Tombouctou. + + B. DE M. + + + + + PROCÈS-VERBAL DES DEUXIÈMES FOUILLES EXÉCUTÉES LES 29, 30, 31 DÉCEMBRE + 1910 ET LES 1er ET 2 JANVIER 1911 + + +« Les 29, 30, 31 décembre 1910, les 1er et 2 janvier 1911, des fouilles +furent exécutées à Sahab, au pied de l’arbre athilé et dans un rayon de +10 mètres autour de l’arbre. Elles mirent à découvert le premier jour +quelques ossements nouveaux, difficiles à identifier à Tombouctou. Ceux- +ci furent trouvés près de la place où eut lieu la première découverte, +mais un peu plus profondément. + +« Le 30 décembre, à environ 4 mètres de l’arbre, et du côté Ouest, des +débris de fer, provenant d’une caisse, furent mis à jour. + +« Le 1er janvier, on découvre de nouveau, dans le Sud-Ouest, à 3 m. 50 +de l’arbre et à une profondeur de 0 m. 80, un foyer très important, se +trouvant sur la couche de terre, au-dessous du sable apporté par les +vents. Ce foyer se délimite parfaitement. Des photographies sont faites +et on prélève des échantillons. Les fouilles sont interrompues jusqu’au +5. » + + Sahab, le 3 janvier 1911. + A. BONNEL DE MÉZIÈRES. + + + Les témoins : + MOHAMMED OULD-MOCKTAR, + BOUBAKAR DIALLA, + Pour le témoin illettré : + BEIDARI DIALLO. + _Le maréchal des logis_, + NADAL. + + + + + PROCÈS-VERBAL DES TROISIÈMES FOUILLES EXÉCUTÉES LES 5, 7, ET 8 JANVIER + 1911 + + +« Le 5, le travail a repris dans le Nord de l’arbre, à environ 8 mètres +de son pied. On découvre, à une profondeur de 1 m. 25 de nouveaux +ossements, qu’il est également impossible d’identifier sur place. Ces +différentes découvertes concordent avec les déclarations du Bérabich +Brahim Ould Omar Ould Sahab, qui dit avoir enterré des ossements humains +mangés par les oiseaux. + +« Le 7, le travail se poursuit sans résultat. Le 8, dans l’Ouest, +environ à 11 mètres du pied de l’arbre et toujours à une profondeur de 1 +m. 20, on met à découvert des débris de caisse en fer, et, tout à côté, +des débris de lainage, qui sont recueillis et portés à Tombouctou pour +examen. Ces débris sont trouvés dans une couche de sable placée sous +l’argile, et des échantillons de ce sable renfermant des débris, sont +prélevés et placés dans un sac. » + + Sahab, le 8 janvier 1911. + A. BONNEL DE MÉZIÈRES. + + Le témoin : + MOHAMMED OULD MOKTAR. + Pour le témoin illettré : + BEIDARI DIALLO, garde-cercle + ayant dirigé les travaux. + _Le maréchal des logis_, + NADAL. + + + + + PROCÈS-VERBAL DES QUATRIÈMES ET DERNIÈRES FOUILLES + + +« Il résulte de l’examen des débris de lainage rapportés le 8 janvier +que ceux-ci, comme l’écrit M. le docteur Lefèvre, médecin-major de 1re +classe des troupes coloniales, proviennent d’une chaussette ou d’un bas +cachou, tramé laine et coton. + +« Les fouilles sont continuées à l’emplacement même où ces débris furent +trouvés. Elles amènent la découverte d’un morceau qui paraît être de +l’alun recouvert d’une épaisse couche de terre. L’examen chimique +confirme cette opinion. » + + Tombouctou, le 11 janvier 1911. + A. BONNEL DE MÉZIÈRES. + + Le témoin : + MOHAMMED OULD MOKTAR. + Pour le témoin illettré : + BEIDARI DIALLO, garde cercle. + _Le maréchal des logis_, + NADAL. + + + + + RÉPUBLIQUE FRANÇAISE + + LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ + + +Par devant nous, Marc, Lucien, François, lieutenant d’infanterie +coloniale hors cadres, commandant le cercle de Tombouctou, juge de paix +à compétence étendue, assisté du sieur Munier, Jean, Louis, greffier +assermenté, et en présence des sieurs Huchery, Maurice, Paul, commis de +1re classe des affaires indigènes et Cristofini, Pascal, Louis, +instituteur, témoins, + +A comparu le sieur Albert Bonnel de Mézières, explorateur, chevalier de +la Légion d’honneur, chargé de mission par le Gouvernement général de +l’Afrique Occidentale française et par le Gouvernement du Haut-Sénégal- +Niger, + +Qui nous a présenté les débris recueillis par lui dans les circonstances +indiquées par les procès-verbaux ci-joints. + +Il a été fait de ces débris quatre paquets, savoir : + +_Paquet no 1_ : Un fragment de chaussette ou de bas couleur cachou tramé +laine et coton. Une boule d’alun recouverte d’une couche de terre. + +_Paquet no 2_ : Cendres provenant d’un foyer mis à jour à 0 m. 30 sous +le sable. Cendres d’un foyer contenant des débris de vêtements. + +_Paquet no 3_ : Divers débris de fer provenant de caisses ; divers +débris de fer plus caractérisés et provenant certainement d’une caisse. + +_Paquet no 4_ : Sable contenant des débris impossibles à déterminer sur +place. + +Ces quatre paquets, enveloppés dans de la toile blanche et numérotés +suivant l’ordre ci-dessus, ont été placés dans une caisse en bois blanc +qui a été en notre présence clouée et scellée de huit cachets à la cire +rouge portant l’empreinte ci-dessous. + + +En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour valoir ce +que de droit. + + Tombouctou, le 18 janvier 1911. + + _Le commandant du cercle_, + Signé : MARC. + + _Le greffier_, + Signé : MUNIER. + + + + + =PROCÈS-VERBAL= + + +« Remis à M. le médecin chef de l’ambulance de Tombouctou deux caisses +en bois blanc, l’une scellée de treize cachets à la cire rouge et +contenant des ossements qui paraissent pouvoir être attribués au major +Laing, et recueillis au lieu dit Sahab ; et l’autre scellée de huit +cachets à la cire rouge et contenant divers débris recueillis au même +endroit par M. Bonnel de Mézières. » + + Tombouctou, 20 janvier 1911. + + _Le commandant du cercle_, + MARC. + + Pris en charge les deux caisses + désignées ci-dessus. + + _Le médecin chef de l’ambulance_, + LEFÈVRE. + + +[Illustration : Itinéraire suivi par le major Laing.] + + + + + TABLE DES MATIÈRES + + * * * * * + + + Pages + + I. Alexander Gordon Laing 1 + + II. La conquête de Tombouctou 4 + + III. Le drame 14 + + IV. A la recherche des restes de Laing 23 + + =Pièces justificatives= + + Textes arabes découverts à Araouan 33 + + Traductions de M. Houdas 36 + + Note concernant les manuscrits 39 + + Pièces diverses 41 + + Itinéraire de Laing au Sahara 59 + + + * * * * * + LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cie. + + + + +NOTES : + + +[Note 1 : « One of the finest fellows, with the best tempered and most +prepossessing countenance that he ever beheld ». _Quaterly Review_, +1828, vol. XXXVIII, pp. 100 et suiv.] + +[Note 2 : « In excellent health and spirits, and enthusiastic in the +cause of research ». _Quart. Rev._, art. cit.] + +[Note 3 : « All fractures, from which much bone has come away. One cut +on my left cheek, which fractured the jawbone and has divided the ear, +forming a very unsightly wound ; one over the right temple, and a +dreadfull gash on the neck, which slightly scratched the wind-pipe ».] + +[Note 4 : « When I was in a very weak state, having hardly succeeded in +overcoming the severe fever by which I had been assailed, while as yet +the corpses of my poor Jack and the sailor were hardly cold, Hamed, +unmindful of all laws of humanity came to me and said he wished to go to +Tuat with the Koffila. I told him he might go. I blame nobody for taking +care of his carcass, so, in God’s name, let him go. I have given him a +meherrie, provision, etc. So that he departs like a sultan ». _Quart. +Rev._, art. cit.] + +[Note 5 : Barth, _Travels and discoveries in Central Africa_. London, 5 +vol. in-8o, 1858, t. IV, p. 455.] + +[Note 6 : Voir : Lucien Marc-Schrader, Tombouctou et le trafic +Transsaharien, _in_ : la _Revue de Paris_, 15 mars 1912.] + +[Note 7 : « My dear Emma must excuse my writing. I have begun a hundred +letters to her, but have been unable to get through. She is ever +uppermost in my thoughts, and I look forward, with delight, to the hour +of our meeting, which, please God, is now at no great distance ». +_Quart. Rev._, art. cit.] + +[Note 8 : René Caillé, _Journal d’un voyage à Tombouctou et à Jenné_, +Paris, 3 vol. in-8o, 1830, t. II, p. 348.] + +[Note 9 : « In every respect... Timbuctu has completely met my +expectation ». _Quart. Rev._, art. cit.] + +[Note 10 : « My destination is Segu, whither I hope to arrive in fifteen +days ; but I regret to say the road is a vile one, and my perils are not +yet at an end ». _Quart. Rev._, art. cit.] + +[Note 11 : L’athilé, éthel des Algériens, est le _Balanites egyptiaca_ +Delib, le taborak des Touareg, le séguéné des Soudanais (Renseignements +de M. Aug. Chevalier).] + +[Note 12 : Caillé, t. II, pp. 346-348.] + + + + +Note du transcripteur : + + + Page IV, " aimablement à ma dispo-tion " a été remplacé par + " disposition " + + Page 7, note 3, " slighly scratched the wind-pipe " a été remplacé + par " slightly " + + Page 27, " ould Molktar consentit à parler " a été remplacé par + " Moktar " + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78345 *** diff --git a/78345-h/78345-h.htm b/78345-h/78345-h.htm new file mode 100644 index 0000000..4c946ad --- /dev/null +++ b/78345-h/78345-h.htm @@ -0,0 +1,2855 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> +<title>Le Major A. Gordon Laing (Tombouctou 1826) | Project +Gutenberg</title> +<meta charset="utf-8"> +<link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> +<style> +body { + margin-left: 10%; + margin-right: 10%; +} +h1 +{ + text-align: center; + font-size: 100%; + font-weight: normal; + text-indent: 0; + line-height: 1.6; + margin-top: 1em; + margin-bottom: 0.5em; + clear: both; +} +h2 { + font-size: 100%; + text-align: center; + font-weight: normal; + line-height: 1.1; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 1em; + page-break-before: always; + clear: both; +} +h3 { + font-size: 100%; + text-align: center; + font-weight: normal; + line-height: 1.1; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 1em; + page-break-before: always; + clear: both; +} +h3.space-above15 { + margin-top: 1.5em; +} +h3.nopb { + page-break-before: avoid; +} +hr.chap { + color: Gray; + background-color: Gray; + width: 65%; + margin-top: 1em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; +} +hr.decor { + margin-left: auto; 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GORDON LAING</span><br> +<span class="less">(Tombouctou 1826)</span></p> +</div> + +<div class="figcenterplate iw4"> +<figure id="i01"> +<p class="platelab">Planche I</p> +<img src='images/i01.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 1. — Le major A. Gordon Laing.</p> + +<p class="cp2">(d’après une gravure de S. <span class= +"sc">Freeman</span> phot. <span class="sc">Donald Macbeth</span>, +Londres).</p> +</figure> +</div> + +<div class="titlepage"> +<p class="center med sserif">GOUVERNEMENT DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER</p> + +<div class="figdecor"> +<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor1.jpg' alt= +'[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="center">A. BONNEL <span class="small">DE</span> +MÉZIÈRES</p> + +<div class="figdecor"> +<figure class="iwdecor2"><img src='images/decor2.jpg' alt= +'[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<h1><span class="xxlarge bold">Le Major<br> +A. GORDON LAING</span><br> +<span class="xlarge">(Tombouctou 1826)</span> +</h1> + +<div class="figdecor"> +<figure class="iwdecor2"><img src='images/decor2.jpg' alt= +'[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="center less"><em>Textes et documents nouveaux découverts +à Tombouctou et Araouan</em> +</p> + +<div class="figdecor"> +<figure class="iwdecor2"><img src='images/decor2.jpg' alt= +'[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="center spaced13"><span class="less">Textes arabes +traduits par M. O. HOUDAS</span><br> +<span class="vsmall">PROFESSEUR A L’ÉCOLE DES LANGUES +ORIENTALES</span> +</p> + +<div class="figdecor"> +<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor1.jpg' alt= +'[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="center"><em>Lettre-préface de M. le Gouverneur +CLOZEL</em> +</p> + +<div class="figdecor"> +<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor3.jpg' alt= +'[Décoration]'> +</figure> +</div> + +<p class="publisher">PARIS<br> +<span class="med">ÉMILE LAROSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR</span><br> +<span class="small">11, rue Victor-Cousin, 11</span></p> + +<hr class="decor width1"> + +<p class="center less">1912</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<p class="right pad-right2 pb"><span class="pagenum" id= +"Page_I">[I]</span><em>Dakar, le 20 juillet 1912.</em> +</p> + +<p class="center space-above15"><em>Le gouverneur Clozel à M. +Bonnel de Mézières.</em> +</p> + +<p class="nind pad4 space-above1"><em>MON CHER AMI,</em> +</p> + +<p><em>Vous avez bien voulu me demander quelques lignes de préface +pour l’étude que vous consacrez au major Laing. Il fallait votre +venue à Tombouctou pour liquider cette question. Comme vous l’avez +très justement remarqué, les descendants des meurtriers du +malheureux explorateur, les mieux placés pour nous renseigner sur +ce qu’avaient pu devenir ses restes et ses papiers, redoutaient +tout au moins le paiement d’une</em> dia, <em>malgré le temps +écoulé ; et c’est ce qui explique l’échec des tentatives +antérieures faites par nos officiers et par M. Croomie, le +précédent Consul général d’Angleterre. Vous aviez aussi cette +chance de ne pas appartenir à l’Administration, tout en jouissant +de son appui et de ses sympathies. C’était un grand point pour +mettre les indigènes en confiance dans un cas pareil. Votre +habileté et votre patience ont fait le reste.</em></p> + +<p><em>Le major A. Gordon Laing est le premier Européen +qui<span class="pagenum" id="Page_II">[II]</span> ait visité +Tombouctou sans qu’on puisse contester l’authenticité de son +voyage. Nous lui devons un modeste monument et un souvenir. Les +restes du vaillant Ecossais reposent maintenant auprès de ceux des +glorieuses victimes de notre conquête, dans le cimetière de +Tombouctou. Ces héros morts à plus demi-siècle d’intervalle pour la +cause de l’humanité et de la civilisation se trouvent ainsi réunis, +grâce à vous, et leurs tombes devront être entourées des mêmes +soins pieux par nous et par nos successeurs.</em> +</p> + +<p class="right pad-right2"><em>CLOZEL.</em> +</p> + +<hr class="chap"> + +<div class="figcenterplate iw1"> +<figure id="i02"> +<p class="platelab">Planche II</p> +<img src='images/i02.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 2. — Vue générale de Tombouctou : au +premier plan, la Grande Mosquée.</p> +</figure> +</div> + +<h2 class="xlarge bold"><span class="pagenum" id= +"Page_III">[III]</span><a id="avan"></a>Avant-Propos</h2> + +<hr class="decor width3"> + +<p class="space-above15">Si j’ai eu la bonne fortune de réussir, +alors que tant d’autres y avaient échoué, à reconstituer +définitivement le dernier chapitre de l’histoire tragique du major +Laing, je le dois surtout aux très nombreux concours que j’ai +trouvés de toutes parts.</p> + +<p>Je dois nommer tout d’abord, en le remerciant respectueusement, +M. le gouverneur général <span class="sc">William Ponty</span>. +Grâce aux heureuses initiatives et à la sage organisation +financière qu’elle lui doit, l’Afrique Occidentale Française est +maintenant en mesure d’organiser des recherches scientifiques +désintéressées. C’est ainsi que j’ai pu être chargé de mission et +contribuer à des travaux concernant l’histoire de la colonie.</p> + +<p>M. le gouverneur Clozel, dont on connaît la passion pour les +travaux d’ordre historique, a bien voulu diriger personnellement +mes recherches et me faire bénéficier de son inappréciable +expérience.</p> + +<p>A Tombouctou, j’ai trouvé chez MM. les officiers et +fonctionnaires l’accueil le plus favorable et le concours le +plus<span class="pagenum" id="Page_IV">[IV]</span> empressé. Je +tiens à adresser mes remerciements à MM. les colonels <span class= +"sc">Roulet</span>, <span class="sc">Gadel</span> et <span class= +"sc">Hutin</span> et à M. le médecin principal <span class= +"sc">Lefèvre</span>.</p> + +<p>Comme commandant du Cercle de Tombouctou, M. le capitaine +<span class="sc">Marc</span> a été pour moi un collaborateur +précieux, grâce à son ascendant sur les indigènes et à sa +compétence en matière de questions africaines.</p> + +<p>Je dois aussi exprimer toute ma reconnaissance à M. <span class= +"sc">Dupuis Yacouba</span>, dont la connaissance de la ville de +Tombouctou et de la région du Haut-Niger est si souvent mise à +contribution par les voyageurs ; une fois de plus, il s’est +employé fort aimablement à me documenter ; les renseignements +que je lui dois sur les recherches précédemment faites ont été pour +moi des éléments de succès.</p> + +<p>M. le lieutenant <span class="sc">Marty</span>, vétéran des +régions nigériennes ; M. l’instituteur <span class= +"sc">Cristofini</span>, créateur de l’école professionnelle de +Tombouctou ; M. <span class="sc">Huchery</span>, le dévoué +correspondant du Muséum, se sont mis fort aimablement à ma +disposition, et je tiens à leur en exprimer ma gratitude.</p> + +<p>Pour la mise en ordre de ces notes, j’ai fait appel à l’aide de +M. le professeur <span class="sc">Houdas</span>, qui a bien voulu +traduire les textes arabes rapportés par moi d’Araouan, et de M. +Maurice <span class="sc">Delafosse</span> dont l’autorité est +indiscutée en matière de langues soudanaises.</p> + +<p>Enfin je dois remercier l’<em>Illustration</em>, le <em>Monde +Illustré</em> et la <em>Dépêche Coloniale Illustrée</em>, qui ont +consenti à me prêter quelques-uns de leurs beaux clichés.</p> + +<p class="right pad-right2 space-above1">A. BONNEL DE MÉZIÈRES.</p> + +<p class="nind pad4 less">Paris, septembre 1912.</p> + +<hr class="chap"> + +<h2><span class="pagenum" id="Page_1">[1]</span><a id= +"c1"></a>CHAPITRE PREMIER</h2> + +<p class="sch1">Alexander Gordon Laing</p> + +<p>Le futur héros de Tombouctou est né à Edimbourg, le 27 décembre +1794. Par sa mère, il appartenait à la vieille famille écossaise +des Gordon, et il était le neveu de celui qui devait être plus tard +l’illustre général Gordon, des Gordon Highlanders. Son père +dirigeait un pensionnat et souhaitait de voir son fils lui succéder +un jour. Mais le jeune Laing avait au plus haut point l’esprit +aventureux et entreprenant des jeunes gens de sa génération, et, à +17 ans, il partait pour La Barbade où son oncle était alors en +garnison. Peu de temps après, il put obtenir une commission +d’enseigne dans le York Light Infantry.</p> + +<p>Capitaine après Waterloo, Laing partit, en 1820, pour +Sierra-Leone, où le gouverneur Sir Charles Mac Carthy le prit comme +aide de camp. Ce fut sous la direction de ce chef éminent que Laing +apprit à connaître les indigènes et qu’il se mit à les aimer. +C’était l’époque où l’Angleterre, à la suite des admirables +campagnes de Wilberforce, se mettait<span class="pagenum" id= +"Page_2">[2]</span> résolument à la tête du mouvement +anti-esclavagiste. Le gouverneur Mac Carthy, passionné pour cette +noble cause, s’efforçait d’intervenir auprès des chefs indigènes, +pour les persuader de chercher uniquement leurs ressources dans +l’agriculture et le commerce, et de cesser toutes relations avec +les négriers. Laing fut, en 1822, chargé par le gouverneur d’aller +exposer cette politique aux chefs de l’intérieur. Il devait en même +temps s’efforcer de résoudre le problème géographique alors si +mystérieux des sources du Niger.</p> + +<p>Pendant une année entière, Laing visita le Timmani, le Kouranko +et le Soulimané, et, malgré les épreuves que le dur climat de ce +pays réserve aux voyageurs, malgré la fièvre qui le terrassa +pendant de longues journées, malgré l’hostilité de certains chefs +cupides et de mauvaise foi, le jeune capitaine réussit brillamment +dans ses négociations. En même temps, il recueillait une riche +moisson de renseignements géographiques qui lui permirent de donner +une des premières bonnes cartes de la région de la Rokelle. Le +livre dans lequel Laing a raconté son voyage est écrit d’une plume +alerte et la lecture en est encore aujourd’hui très attrayante. +Elle montre sous un jour des plus sympathiques la physionomie du +jeune officier, plein d’une conviction chaleureuse pour la cause +antiesclavagiste ; au milieu des dangers et des fatigues de +son dur voyage, il ne perd pas un seul jour sa belle vaillance, sa +patience inlassable et son intelligente énergie.</p> + +<p>La guerre des Achantis interrompit malheureusement Laing en +pleine besogne. Le gouverneur lui enjoignit de rallier d’urgence +son régiment. Sir Mac Carthy lui-même<span class="pagenum" id= +"Page_3">[3]</span> partit pour la Gold Coast d’où il ne devait pas +revenir.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i03"> +<p class="platelab">Planche III</p> +<img src='images/i03.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 3. — Maison habitée par Laing à Tombouctou.</p> +</figure> +</div> + +<p>Laing, très fatigué par le climat, dut bientôt rentrer en +Angleterre, où le grade de major vint le récompenser de ses +intéressants travaux.</p> + +<p>A peine rétabli, Laing ne songe qu’à repartir. Il s’est rendu +compte de la difficulté qu’il y a pour un voyageur à pénétrer en +Afrique en partant de la côte de Guinée, et il songe à prendre en +quelque sorte le Soudan à revers. C’est par le Sahara qu’il veut +passer, et c’est Tombouctou, la mystérieuse cité qu’aucun Européen +n’a pu visiter encore, qu’il s’assigne comme objectif.</p> + +<p>Par la manière judicieuse dont il expose ses projets, par la +chaleur communicative avec laquelle il montre l’intérêt des +découvertes qu’il ne peut manquer de faire, il convainc Lord +Bathurst et obtient, grâce à lui, l’autorisation de partir.</p> + +<p>Le 25 mai 1825, il débarque à Tripoli. Son but est d’aller de +cette ville à Tombouctou et, de là, de descendre le Niger jusqu’à +son embouchure. En même temps qu’il veut faire de l’exploration, +Laing désire connaître un des principaux centres de la traite des +noirs afin d’étudier sur place les mesures à prendre pour combattre +le fléau qui ravage l’Afrique.</p> + +<p>C’est à Tripoli que se noua et que se termina la courte et +tragique idylle de la vie du malheureux officier. Quelques semaines +avant son départ, Laing épousait la fille du consul britannique de +Tripoli, Miss Emma Warrington. Les deux jeunes gens éprouvaient +l’un pour l’autre la passion la plus vive. C’est en pleine lune de +miel qu’ils se séparèrent pour ne plus se revoir.</p> + +<hr class="chap"> + +<h2><span class="pagenum" id="Page_4">[4]</span><a id= +"c2"></a>CHAPITRE II</h2> + +<p class="sch1">La conquête de Tombouctou</p> + +<p>Le 17 juillet 1825, le major Laing quitte Tripoli. Il emmène +avec lui un matelot anglais, Harry, un serviteur arabe, Hamed et un +boy noir nommé Jack, ancien esclave qu’il a affranchi et qui le +sert avec un touchant dévouement. La caravane est admirablement +organisée. De nombreux chameaux emportent les provisions, les +armes, les munitions et les instruments. Aucun détail n’a été +négligé. Laing, en véritable Africain, sait quelle importance a +l’examen des détails les plus minutieux.</p> + +<p>Toute la colonie européenne de Tripoli est venue souhaiter bonne +chance au hardi voyageur. C’est l’heure tragique des adieux. Laing, +plein d’espoir, escompte que son absence ne sera que de quatre ou +cinq mois et parle d’être de retour pour Christmas. Et, sous les +yeux de Warrington et de sa fille, le convoi s’enfonce et disparaît +sur la route de Beni-Ouled.</p> + +<p>Celui qui est chargé de conduire la caravane est un +personnage<span class="pagenum" id="Page_5">[5]</span> assez +mystérieux qui disparaîtra au cours du drame après avoir joué un +rôle étrange. Il dit s’appeler Sheikh Babani. Le consul Warrington +l’a souvent vu à Tripoli, et le dépeint comme « un des hommes +les plus agréables qu’il ait jamais rencontrés, ayant un caractère +égal et des manières prévenantes »<a id= +"FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. +Babani s’est donné comme un gros traitant faisant le commerce des +caravanes. Il dit avoir habité Tombouctou pendant 22 ans et y avoir +encore sa femme et ses enfants. Il s’est engagé à conduire le major +jusqu’au Niger et prétend que le voyage se fera en deux mois et +demi. A Ghadamès, Laing s’apercevra avec étonnement que cet homme, +qui prétend, à Tripoli, n’être qu’un traitant, est ailleurs un très +important personnage. On lui rend à Ghadamès les plus grands +honneurs. Babani y commande en maître.</p> + +<div class="figcenterplate iw1"> +<figure id="i04"> +<p class="platelab">Planche IV</p> +<img src='images/i04.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 4. — Retour à Tombouctou des restes du major +Laing.</p> +</figure> +</div> + +<p>Les routes n’étant pas sûres, Babani fait faire à la caravane un +très long détour qui double la durée du voyage. On arrive le 21 +août à Shate et seulement le 13 septembre à Ghadamès. La route +directe n’a guère plus de 500 milles et Laing estime qu’on lui en a +fait faire près d’un millier. La chaleur est terrible et le voyage +à chameau au milieu du désert de sable est extrêmement pénible à +cette saison.</p> + +<p>Bien reçu à Ghadamès, grâce à Babani, Laing se repose de ses +fatigues. Malheureusement son matériel d’explorateur est déjà dans +un piteux état. Par suite de la chaleur et du cahotement des +bagages sur les chameaux, ce ne sont que tubes brisés, plaques +d’ivoire éclatées, chronomètres<span class="pagenum" id= +"Page_6">[6]</span> arrêtés : c’est un désastre. Pour comble +de malechance, un chameau, posant le pied sur la carabine du major +en a brisé la crosse.</p> + +<p>Pendant un mois, Laing travaille à remettre en état son +matériel. En même temps, il visite Ghadamès et en détermine la +position astronomique.</p> + +<p>Laing se remet en route le 27 octobre, et arrive à In Salah le 3 +décembre. Il y reçoit le meilleur accueil, mais il doit y faire un +nouvel arrêt de plus d’un mois. Ces retards extraordinaires ne +paraissent pas avoir ralenti son entrain ni sa confiance en Babani. +De celui-ci, il continue dans ses lettres à faire le plus grand +éloge : « Babani, dit-il, veille sur moi comme un +père. »</p> + +<p>Les Touareg, qu’il rencontre pour la première fois, intéressent +beaucoup Laing, qui se voit demander sans cesse des conseils et des +soins médicaux. Il distribue sa pharmacie de voyage « au mieux +de ses connaissances ». Et quand il se remet en route, le 10 +janvier, il est enchanté de l’hospitalité qu’il vient de recevoir. +Quelques jours après son entrée dans le désert, il écrit une lettre +à son beau-père le consul et se déclare : « en excellente +santé physique et morale et toujours enthousiaste pour la cause de +l’exploration »<a id="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" +class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<p>La lettre partit pour le nord ; peu après commença la série +des catastrophes qui devaient mettre fin à ce beau voyage, si bien +préparé, et dont les débuts étaient si pleins d’heureuses +promesses. La caravane avançait rapidement<span class="pagenum" id= +"Page_7">[7]</span> dans la région du Tanezrouft, afin d’atteindre +les premiers puits de l’Azaouad. Le 21 janvier, elle fut rejointe +par une bande de Touareg qui manifestèrent l’intention de faire +route avec elle. C’étaient des Hoggar, aux allures de coupeurs de +route. Laing dut, bon gré mal gré, accepter leur escorte. Le 26 +janvier, la caravane campait au puits de Ouadi Ahnet. Vers minuit, +Laing dormait dans sa tente. Coupant les cordes, et déchirant la +toile, les Touareg se jetèrent tous ensemble sur le malheureux +officier, qui fut couvert de blessures avant d’avoir pu saisir ses +armes.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i05"> +<p class="platelab">Planche V</p> +<img src='images/i05.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 5. — Ould Daman, petit-fils de l’assassin du +major Laing.</p> + +<p class="cp3">(debout au centre de la photographie)</p> +</figure> +</div> + +<p>C’est à Laing lui-même, guéri, on ne sait par quel miracle, que +nous devons les détails qui montrent ce que fut l’acharnement de +ces brutes. Laing dit avoir reçu 24 blessures, dont 18 graves. Il a +eu 5 coups de sabre sur la tête et 3 sur la tempe gauche : +« Partout des fractures, dont il est sorti beaucoup +d’esquilles. Un coup de sabre sur la joue gauche m’a brisé la +mâchoire et fendu l’oreille et fait une très laide blessure ; +un autre m’a atteint la tempe droite et une terrible balafre sur le +cou a frôlé la trachée artère »<a id="FNanchor_3"></a><a href= +"#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<p>C’est probablement à l’armement médiocre de ses ennemis que +Laing dut d’éviter une blessure mortelle. Les Touareg ne se servent +de la lance que comme arme de jet. Pour le corps à corps, ils +emploient un sabre à lame large et mal trempée qui fait des +entailles plus larges que profondes.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_8">[8]</span>Les Touareg +pillèrent à leur aise les bagages et disparurent. Quelle fut +l’attitude de Babani dans cette circonstance ? Laing, dans une +lettre ultérieure, la juge avec certaines réserves, et le +domestique Hamed qui fut interrogé plus tard à Tripoli, accuse +formellement Babani. Il est cependant invraisemblable que celui-ci +ait conduit si longtemps et si loin le Major, pour le faire +assassiner lâchement. Il eut pu le faire sans danger pour lui dès +Ghadamès, s’il l’eut voulu. En pays touareg, son influence devait +être bien peu de chose, et il est probable que, devant les menaces +des bandits, il dut assister impuissant à un spectacle qui lui +faisait horreur. Loin d’abandonner son compagnon, il le releva +après le départ des assassins, l’attacha sur son chameau, et +parvint à l’amener vivant jusqu’au campement des Kountas de la +tribu de Sidi Moktar. Le chef de cette tribu était alors le sheikh +Sidi Mohammed. Celui-ci, dont on ne saurait trop louer en ces +circonstances l’admirable conduite, recueillit la caravane, et fit +donner à Laing des soins éclairés qui le ramenèrent à la vie. La +générosité à l’égard d’un hôte était une tradition dans cette noble +famille. Trente ans plus tard, c’est à la protection du fils de +Sheikh Sidi Mohammed, le sheikh Ahmed el Bakay, que Barth devra la +réussite de sa mission à Tombouctou.</p> + +<p>Trois mois après son arrivée au campement de Sidi Moktar, grâce +aux soins dévoués dont il a été l’objet, Laing est complètement +rétabli. Il se hâte d’envoyer aux siens de ses nouvelles, et c’est +sur un ton presque plaisant qu’il conte ce qu’il appelle sa +mésaventure, et qu’il annonce son complet rétablissement. Sa seule +préoccupation est d’atteindre<span class="pagenum" id= +"Page_9">[9]</span> au plus vite Tombouctou, le premier but qu’il +s’est assigné. Le sheikh, devenu son ami, s’engage à mettre tout en +œuvre pour assurer la réussite de ses projets, et lui promet de le +faire conduire vers la côte par le pays de « Mooschi » +(Mossi ?).</p> + +<p>Mais la mauvaise chance s’acharne sur le malheureux Laing. Une +épidémie de fièvre infectieuse s’abat sur le campement de Sidi +Moktar. Babani meurt un des premiers. Puis c’est le sheikh lui-même +qui disparaît. Laing tombe malade, et, en pleine fièvre, il a la +douleur de perdre tour à tour le 21 juin son boy, le fidèle Jack, +et, le 25, son matelot Harry. Son dernier serviteur Hamed, +épouvanté des catastrophes qui s’abattent sur la mission, refuse de +rester plus longtemps. Laing est obligé de le laisser, le 10 +juillet, reprendre la route de Tripoli. Il faut citer les termes +dans lesquels Laing lui-même commente cet incident. C’est +l’avant-dernière lettre qui soit parvenue de lui : « Au +moment où j’étais encore très faible, ayant à peine réussi à +maîtriser le très grave accès de fièvre dont je venais d’être +atteint, alors que les cadavres de mon pauvre Jack et du matelot +étaient à peine froids, Hamed, insoucieux de toutes les lois de +l’humanité, vint me dire qu’il voulait rentrer au Touat avec la +caravane. Je lui ai dit qu’il pouvait s’en aller. Je ne blâme pas +l’homme qui prend soin de sa carcasse. Aussi, au nom de Dieu, qu’il +s’en aille. Je lui ai donné un méhari, des vivres, etc., et il part +comme un sultan... »<a id="FNanchor_4"></a><a href= +"#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_10">[10]</span>Celui qui écrit +ces lignes hautaines, absolument seul dans un pays inconnu et +hostile, est presque sans ressources ; ses bagages ont été +pillés ; lui-même, atrocement mutilé, est convalescent d’une +terrible crise de fièvre ; ses serviteurs sont morts, et son +unique ami et son seul protecteur vient de disparaître. Des maux de +tête atroces, suite des coups de sabre qu’il a reçus sur le crâne, +le tourmentent, et son bras mutilé lui occasionne les pires +souffrances chaque fois qu’il veut écrire. Malgré tout, il n’a rien +perdu de son ardeur à la découverte, et les obstacles dont la route +de Tombouctou a pour lui été jalonnée, sont oubliés dès qu’ils sont +franchis.</p> + +<p>Tant d’héroïsme devait frapper jusqu’aux indigènes eux-mêmes. +Dans la tribu dont il était l’hôte, Laing avait conquis l’estime et +l’admiration de tous. Et le souvenir est resté vivant chez les +Kountas du « Raïs » à la haute stature, au caractère +chevaleresque et à l’indomptable énergie<a id= +"FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class= +"fnanchor">[5]</a>.</p> + +<p>Enfin Laing allait être payé d’une partie de ses peines par un +premier succès. Le 18 avril 1826, treize mois après son départ de +Tripoli, il voyait enfin, sur leurs dunes de sable, se dresser les +hautes maisons et les minarets de la ville mystérieuse qu’il était +le premier Européen à contempler.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i06"> +<p class="platelab">Planche VI</p> +<img src='images/i06.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 6. — Touareg de Tombouctou.</p> +</figure> +</div> + +<p><span class="pagenum" id="Page_11">[11]</span>La tour carrée de +Djingereiber, le minaret de Sidi Yaya et surtout le clocheton qui +surmonte la mosquée au nom illustre de Sankoré produisent à qui +vient du Sahara une impression inoubliable.</p> + +<p>Ce devait être alors un spectacle bien curieux que de trouver, +aux confins du désert, cette cité grouillante de vie. Dans le port +saharien qu’était la Tombouctou d’alors, le Maghreb et le Soudan +prenaient contact et la ville reflétait, dans un curieux mélange, +l’influence des deux civilisations.</p> + +<p>La raison d’être essentielle de Tombouctou était le marché aux +esclaves, et là, sur la grande place, où s’entassait le bétail +humain, les représentants de toutes les races africaines se +coudoyaient. Les Sahariens : Touareg, Bérabich ou Kountas, y +croisaient les gens du Maghreb : Tripolitains ou Marocains, et +les Soudanais : Haoussas, Mandés ou Toucouleurs ; +cependant que s’empressaient autour d’eux leurs hôtes Songhays, +courtiers obséquieux et hôteliers avides.</p> + +<p>Ville de commerce et ville d’affaires, Tombouctou était aussi +une bruyante ville de plaisirs. Le Saharien y trouvait les +jouissances ardemment désirées pendant les longs mois de privations +au désert et le Nigérien y entrevoyait une civilisation à lui +inconnue, un luxe ignoré, digne, lui semblait-il, des mille et une +nuits.</p> + +<p>Vivant à part, et s’efforçant d’ignorer ce monde avide ou +frivole, une petite élite intellectuelle s’attachait à conserver +l’ancienne tradition de la Tombouctou savante. Quelques très +anciennes familles s’honoraient d’avoir pour chefs des hommes +lettrés, chez qui les discussions les plus savantes<span class= +"pagenum" id="Page_12">[12]</span> avaient cours et qui +connaissaient des sciences ignorées du vulgaire<a id= +"FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class= +"fnanchor">[6]</a>.</p> + +<p>C’est dans ce milieu que Laing eut l’heureuse fortune d’être +introduit. Là, il put retrouver un peu la Tombouctou qu’avaient +révélée à l’Europe les voyages d’Ibn Kaldoun et d’Ibn +Batoutah ; là il put trouver les satisfactions intellectuelles +capables de lui faire oublier les impressions pénibles que son cœur +généreux ne dût manquer de ressentir devant l’odieux trafic des +traitants. Peut-être eut-il la tristesse d’assister impuissant à +l’envoi vers la misère et la déchéance définitive de malheureux +provenant de ces régions de la Rokelle et du Kouranko, où il avait +trois ans auparavant plaidé auprès des chefs indigènes la cause +anti-esclavagiste.</p> + +<p>Bien accueilli, grâce à la recommandation du chef des Kountas, +Laing se rendit d’abord chez le fils de Babani, qui lui procura un +logement chez un Tripolitain du quartier de Baguindé.</p> + +<p>La maison où Laing a vécu, du 18 août au 22 septembre 1826, +existe encore, et n’a pas été modifiée. Comme toutes les maisons de +Tombouctou, elle comprend un rez-de-chaussée où sont les +communs : cuisines, magasins, écuries, et aussi logement des +serviteurs. Au premier étage trois chambres sont réservées pour +l’habitation. Elles donnent sur une large terrasse d’où l’on +embrasse le panorama de la ville. C’est là que se tenait Laing. +C’est là sans doute qu’il s’est assis devant son papier, songeant à +sa chère<span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span> Emma, et +essayant en vain de lui écrire des lettres rassurantes, alors qu’il +sentait que les dangers s’accumulaient devant lui. C’est là qu’il a +écrit sa dernière lettre qui se termine par ces mots : +« Il faut que ma chère Emma m’excuse de la façon dont je lui +écris. J’ai commencé cent lettres pour elle ; mais je n’ai pu +en finir aucune. Elle est toujours au plus haut dans mes pensées et +c’est avec délices que je pense à plus tard, à l’heure de notre +réunion qui, si Dieu le veut, n’est plus maintenant très +éloignée<a id="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class= +"fnanchor">[7]</a> ». Cette réunion qu’il souhaitait, Laing +devait en effet l’obtenir, mais de toute autre manière. Au moment +où il écrivait sa lettre, il n’avait plus que quelques jours à +vivre. Quand la fatale nouvelle, longtemps discutée, de la mort du +héros parvint à Tripoli, quand il fut certain qu’aucun espoir +n’était plus possible, Emma Warrington Laing alla rejoindre son +mari : elle mourut de chagrin dans les derniers jours de +1829.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i07"> +<p class="platelab">Planche VII</p> +<img src='images/i07.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 7. — Femmes arabes de Tombouctou.</p> +</figure> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h2><span class="pagenum" id="Page_14">[14]</span><a id= +"c3"></a>CHAPITRE III</h2> + +<p class="sch1">Le Drame</p> + +<p>Le séjour à Tombouctou d’un homme tel que Laing n’a pas dû être +infructueux, et ce sera toujours, pour la science, une perte +irréparable que la disparition du journal et des notes de +l’illustre voyageur. Pendant le mois que dura son séjour, nous +savons qu’il leva le plan de la ville et qu’il étudia les +manuscrits qu’y possèdent les lettrés. Sans aucun doute il connut +le fameux Tarikh es Soudan que Barth a eu la gloire de révéler à +l’Europe savante, et les nouveaux manuscrits qui viennent d’être +découverts. Laing étudia aussi la question, alors si mystérieuse, +du cours du Niger, et acquit la certitude qu’aucune communication +n’existait entre le grand fleuve de l’ouest africain et le Nil. Il +avait imaginé que la Volta pouvait être le cours inférieur du +Niger, erreur sans doute, mais qui provenait d’une conception +exacte de l’orientation réelle des deux branches du fleuve.</p> + +<p>Les explorateurs d’aujourd’hui, qui font le voyage +de<span class="pagenum" id="Page_15">[15]</span> Tombouctou sur un +confortable vapeur, et pour qui la route du port de Kabara à la +grande ville est une agréable chevauchée de quatre milles à travers +les mimosas, ne doivent pas oublier que Laing, pour aller voir le +fleuve, dut mystérieusement sortir de la ville en pleine nuit<a id= +"FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, +risquant à chaque pas de croiser une bande de Touareg qui sans +doute ne l’auraient pas épargné.</p> + +<div class="figcenterplate iw2"> +<figure id="i08"> +<p class="platelab">Planche VIII</p> +<img src='images/i08.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 8 — Vue générale d’Araouan.</p> +</figure> +</div> + +<p>A Tombouctou comme ailleurs, Laing avait fait la conquête de +tous ceux qui le connaissaient. Il est curieux de noter, d’après la +tradition encore très vivante aujourd’hui, les qualités que les +indigènes lui ont reconnues. Les Tombouctiens ont admiré chez Laing +la belle prestance, la force physique et la haute élégance à +cheval ; ils ont su également discerner combien était grande +la noblesse des sentiments et la valeur morale de leur hôte.</p> + +<p>Dans le monde des lettrés et des savants, Laing ne compta +bientôt que des amis. C’est sans doute au plaisir qu’il éprouva à +pénétrer dans ce centre de haute culture intellectuelle et à y +recevoir bon accueil, qu’il faut attribuer le passage de sa +dernière lettre où il dit : « A tous égards, Tombouctou a +complètement tenu ce que j’en attendais »<a id= +"FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class= +"fnanchor">[9]</a>.</p> + +<p>Ses amis Tombouctiens avaient déconseillé à Laing de descendre +le Niger, et lui avaient offert de le faire conduire à Dienné. De +là, il aurait pu tenter de regagner, par le Sénégal, les +établissements français de Saint-Louis. A aucun<span class= +"pagenum" id="Page_16">[16]</span> moment Laing ne paraît avoir +songé à visiter Oualata et c’est par erreur que certaines cartes +font passer par ce point son itinéraire.</p> + +<p>Mais les Tombouctiens n’étaient que d’excellents commerçants ou +de pieux lettrés. Ils n’avaient aucune force armée, et leur ville +ouverte devait subir la protection des puissants du jour. Les +fanatiques Toucouleurs commençaient alors d’étendre partout leurs +conquêtes, qui devaient couvrir de ruines presque tout le bassin du +Niger. De Bandiagara, sa capitale, le sultan Ahmed ben Mohamed Labo +avait envoyé des reconnaissances vers Tombouctou, et déjà, dans +toute la région, il parlait en maître. Ses espions lui eurent bien +vite signalé le chrétien recueilli et protégé par les Kountas, à +qui les gens de Tombouctou faisaient bon accueil. Le tyran cruel et +fanatique, à l’esprit étroit, en conçut aussitôt de la jalousie et +écrivit une lettre comminatoire au chef de la ville de Tombouctou, +Ousman Alcayar, qui s’empressa d’obéir. Laing fut mis en demeure de +retourner par où il était venu et de reprendre au plus vite la +route d’Araouan.</p> + +<p>Cette nouvelle infortune ne pouvait décourager un homme tel que +Laing. Après tant de projets élaborés en vain, il put trouver +encore une autre combinaison, par laquelle il espéra échapper aux +menaces des Toucouleurs et continuer quand même son voyage en le +rendant fructueux pour la science. Feignant de renoncer à remonter +le Niger, il fit ses préparatifs de départ pour Araouan ; mais +son dessein était de se joindre à la première caravane qu’il +rencontrerait, allant non plus vers Tombouctou, mais +vers<span class="pagenum" id="Page_17">[17]</span> Sansanding. De +là, il espérait atteindre Ségou et relier ses itinéraires à ceux de +Mungo Park.</p> + +<p>Il fallut se mettre en route à la hâte ; la populace de +Tombouctou, affolée par les menaces des Toucouleurs, exigeait +maintenant le prompt départ du chrétien. Des bruits absurdes +circulaient dans le peuple : on disait que l’étranger avait +des fétiches avec lesquels il allait empoisonner tout le pays, et +on le rendait responsable des décès les plus récents. Et surtout on +répétait que la ville sainte était souillée par la présence d’un +infidèle.</p> + +<p>Ces sortes de crises de fanatisme, dans lesquelles la haine et +le mépris se donnent libre cours, ont toujours été, et sont encore +à redouter chez les musulmans illettrés ; il faut de longs et +patients efforts de la part des dirigeants les plus cultivés et les +plus intelligents pour en éviter le retour.</p> + +<p>Laing n’était plus sans ressources. Une lettre de change, qu’il +avait emportée de Tripoli, lui avait été payée à Tombouctou. Il put +racheter des chameaux et se reconstituer un matériel de route. Mais +les convois sur la route de Tombouctou à Araouan étaient alors, +comme ils le sont encore aujourd’hui, une sorte de monopole de la +tribu arabe des Bérabich (Barbooshi dans différents textes). Le +chef de cette tribu était alors Ahmadou Labeida, musulman +fanatique, à l’esprit borné. Sa mauvaise étoile mettait Laing à la +merci d’un impitoyable ennemi des chrétiens.</p> + +<p>Le chef de Tombouctou, Ousman, confia Laing à Labeida, et +celui-ci promit de conduire l’étranger jusqu’à Araouan. Il lui +fournit un guide et le départ fut fixé au 22 septembre.</p> + +<p>Le 21 au soir, Laing écrivit à son beau-père le +consul<span class="pagenum" id="Page_18">[18]</span> Warrington une +lettre, qui devait être la dernière, et dans laquelle on sent, +malgré le ton calme et qui veut être rassurant, les appréhensions +du voyageur. « Ma destination est Ségou, où j’espère arriver +dans quinze jours ; mais j’ai le regret de vous dire que la +route n’est pas bonne et que mes périls ne sont pas encore +terminés »<a id="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" +class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<p>Le 22, à 3 heures du soir, la caravane se mit en route. Le major +avait avec lui deux serviteurs : l’un nommé Bungola, était un +ancien esclave que Laing avait libéré. L’autre, dont le nom nous +est inconnu, était un jeune garçon arabe qui partagea le malheureux +sort de son maître et dont les restes ont été retrouvés mélangés à +ceux du major.</p> + +<p>Tout en cherchant une caravane allant à Sansanding, Laing +s’éloignait rapidement, en suivant celle des routes d’Araouan qui +passe le plus à l’ouest. Le 23, il était déjà à 30 milles de +Tombouctou, au lieu dit Sahab, à mi-distance entre les puits de +Laouessi et d’Agonégifal. La température à cette époque de l’année +est extrêmement élevée, et Laing s’arrêta pour passer les heures +les plus chaudes sous un athilé<a id="FNanchor_11"></a><a href= +"#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, qui seul donnait un +faible ombrage au milieu de la plaine nue.</p> + +<p>Autour de Laing, c’est l’horreur grandiose du désert. Jusqu’à +l’horizon s’étendent les sables, où les pluies +d’hivernage<span class="pagenum" id="Page_19">[19]</span> viennent +de faire pousser quelques maigres touffes d’herbes. C’est le +commencement du Sahara, l’inconnu mystérieux des cartes d’alors. Et +précisément, à côté du voyageur qui se repose au milieu de ces +effrayantes solitudes, voici les précieux documents qu’attend toute +l’Europe savante. Les notes de Laing vont permettre de compléter +les cartes, de mettre à jour les géographies, de faire faire à la +science un pas de plus en avant. Et Laing, en songeant à l’œuvre +utile déjà accomplie, oublie toutes ses misères pour ne songer +qu’aux joies glorieuses du retour. Qu’importent les blessures dont +les cicatrices couturent son visage ; qu’importent les +souffrances passées et les dangers de l’avenir : l’officier +anglais peut songer avec une consolante fierté à la façon dont il a +rempli la tâche qui lui était confiée.</p> + +<div class="figcenterplate iw1"> +<figure id="i09"> +<p class="platelab">Planche IX</p> +<img src='images/i09.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 9. — Une caravane au Sahara.</p> +</figure> +</div> + +<p>Soudain, le bruit d’une galopade le réveille. La petite caravane +est vite debout. Quatre cavaliers s’approchent. Laing reconnaît le +chef des Bérabich qu’il a quitté à Tombouctou l’avant-veille. +Celui-ci est accompagné de Mohammed Faradji ould Abdallah et de +deux inconnus. Laing est sans défiance ; il a été recommandé +aux Bérabich par le chef de Tombouctou lui-même, et chacun sait que +le pacha de Tripoli l’a accrédité auprès de tous les sheikhs du +désert. Surtout Laing a la parole de Labeida, et sa grande âme ne +peut même pas concevoir l’idée de la trahison. Cependant, on +s’adresse au major sur un ton menaçant qui l’étonne. Ahmadou +Labeida s’est renseigné à Tombouctou sur les dispositions des +Toucouleurs et sur celles des gens de la ville et il a compris que +nul désormais n’était favorable au chrétien. Le dévot cruel a +deviné qu’on lui saurait même<span class="pagenum" id= +"Page_20">[20]</span> gré d’un crime que personne n’a osé +commettre. La foule ignorante et fanatisée se reproche son +engouement des jours précédents pour le héros qui l’avait désarmée +et séduite. Et c’est avec soulagement qu’elle a vu Labeida partir +en hâte pour rejoindre et pour assassiner celui qui s’est placé +sous sa sauvegarde.</p> + +<p>L’élite intellectuelle de la ville, les anciens amis de Laing, +ceux avec qui il avait passé de longues heures à discuter les +saints principes du Coran et la question de la tolérance à l’égard +des chrétiens, eurent peur devant la poussée populaire, et, au +mépris de toute dignité, ils laissèrent faire.</p> + +<p>On sent très bien aujourd’hui, quand on cause de ces heures +tragiques avec les petits-fils de ceux qui manquèrent alors aux +plus nobles traditions de l’Islam, un sentiment de gêne et comme de +remords.</p> + +<p>L’insulte à la bouche, Ahmadou Labeida s’avance vers Laing. Il +ose le sommer de se faire musulman. Laing répond avec la hauteur +qui convient. Tout aussitôt le Bérabich ordonne à un de ses gens de +mettre à mort le chrétien. Les hommes hésitent et d’abord +refusent ; la belle attitude du major leur en impose encore. +Le sheikh insiste ; deux serviteurs s’emparent de Laing et lui +immobilisent les bras. Ahmadou Labeida plonge de toute sa force une +lance dans la poitrine du malheureux sans défense. C’est le signal +du massacre : Faradji achève le major et lui tranche la +tête ; un des serviteurs est tué sur le corps de son maître, +l’autre est blessé. Le sheikh donne aussitôt l’ordre de détruire +tous les bagages. Dans l’esprit de cette homme borné, tout ce qui a +appartenu à un chrétien peut renfermer des fétiches<span class= +"pagenum" id="Page_21">[21]</span> redoutables. Et devant lui on +rassemble en un tas tout ce que ces ignorants jugent si +dangereux : vêtements, instruments et surtout livres et +papiers, et l’on y met le feu. A côté du cadavre du martyr, +s’envolent en fumée les pages précieuses de ses cahiers de notes. +Le premier plan de Tombouctou, les observations scientifiques, les +itinéraires, les copies de manuscrits arabes flambent, pendant que +les meurtriers, joignant le bouffon au tragique, se bouchent le nez +avec des gestes d’effroi pour éviter d’être empoisonnés par les +fétiches du major. C’est un second assassinat qui s’achève, c’est +l’œuvre de sa vie que l’on détruit après avoir pris au malheureux +sa vie elle-même.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i10"> +<p class="platelab">Planche X</p> +<img src='images/i10.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 10. — Mohammed el Moktar.</p> +</figure> +</div> + +<p>Quand tout fut consumé, on enfouit sous le sable les cendres du +foyer. Les serviteurs de Labeida s’arrangèrent cependant pour avoir +une part de butin. Ils ne craignirent pas d’être empoisonnés par +l’or de leur victime, et gardèrent pour eux les quelques pièces de +monnaie qu’ils trouvèrent dans l’une des caisses. On dit même +qu’Ahmadou Labeida accepta pour sa part une breloque en or ayant +appartenu à Laing et qui figure un petit coq. Ce bijou serait +encore entre les mains de Mehemed ould Mehemed, le petit-fils de +l’assassin, dont nous parlons plus loin.</p> + +<p>Pour que l’insulte fût complète, les cadavres de Laing et de son +serviteur furent abandonnés sans sépulture au pied de l’athilé, et +les oiseaux en firent leur proie. Quelques jours plus tard, un +Bérabich nommé Brahim ould Oumar ould Salah, de la tribu des Ouled +Sliman, passant auprès de l’athilé, vit des débris humains dont les +oiseaux de proie becquetaient les lambeaux ; sans savoir ce +qui s’était passé, il les enterra au pied de l’arbre. Cet homme +apprit plus tard<span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span> à +qui il avait ainsi rendu les derniers devoirs et il s’écria : +« J’ai cru enterrer les restes d’un musulman. Si j’avais su +que c’étaient ceux d’un chrétien, je les aurais laissés tels +quels ».</p> + +<p>Ainsi périt, à l’âge de 32 ans, un des hommes les plus +merveilleusement doués pour l’exploration africaine qu’ait connu le +<span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle. Convaincu de la +noblesse de son rôle, se regardant comme le représentant de la +civilisation européenne, Laing, par son respect de lui même, +commandait le respect et l’admiration des indigènes. Parmi tant de +vaillants qui ont donné leur vie pour la cause africaine, une place +d’honneur doit être réservée au conquérant de Tombouctou, qui fut +un héros et un martyr.</p> + +<div class="figcenterplate iw3"> +<figure id="i11"> +<p class="platelab">Planche XI</p> +<img src='images/i11.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 11. — Marchand de sel de Tombouctou et sa +famille.</p> +</figure> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h2><span class="pagenum" id="Page_23">[23]</span><a id= +"c4"></a>CHAPITRE IV</h2> + +<p class="sch1">A la recherche des restes de Laing</p> + +<p>En Europe, le monde savant avait suivi avec intérêt la marche de +Laing. On sait avec quelle passion l’étude de la géographie +africaine fut entreprise au début du <span class= +"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle. Anglais, Français, Allemands +et Italiens rivalisèrent d’héroïsme pour couvrir de leurs +itinéraires nouveaux les grands espaces blancs qui occupaient alors +le centre des meilleures cartes. Tombouctou la mystérieuse était un +des objectifs les plus visés, et la nouvelle de l’heureuse marche +de Laing dans cette direction avait été saluée avec enthousiasme. +Mais des rumeurs pessimistes ne tardèrent pas à circuler. A la +suite de l’attaque de janvier 1826, on crut à la mort du voyageur. +Puis des lettres de lui parvinrent et rassurèrent un peu. Mais le +domestique Hamed, qui revint à Tripoli en octobre 1826, apporta des +nouvelles si effrayantes, bien qu’il eût laissé son maître en vie, +que l’inquiétude fut générale au sujet du succès de la mission.</p> + +<p>Le consul Warrington pria le pacha de Tripoli de lui<span class= +"pagenum" id="Page_24">[24]</span> procurer des renseignements tout +à fait précis par l’intermédiaire des autorités de Ghadamès. Les +réponses parvinrent au mois de mars 1827. Les premières portaient +que Laing, attaqué et blessé par les Touareg, avait pu se rétablir, +et qu’il était entré à Tombouctou. Les secondes, reçues par le +pacha à Tripoli le 31 mars, donnaient, avec tous ses détails, la +nouvelle de la catastrophe finale.</p> + +<p>Peu après, le domestique Bungola, de retour à la côte, vint +apporter sa déposition de témoin oculaire de l’assassinat.</p> + +<p>Le consul Warrington déploya, dans ces tristes circonstances, +l’activité la plus intelligente et la plus ingénieuse. Ayant perdu +tout espoir de revoir son malheureux gendre, il s’attacha à +chercher si quelque chose pouvait être sauvé de son œuvre, et, de +tous les côtés il envoya à la découverte pour savoir ce qu’étaient +devenus les papiers du major Laing.</p> + +<p>Comment ne sut-on pas alors que ces papiers avaient été brûlés à +Sahab ? Il est probable que les musulmans les plus +intelligents, qui furent précisément ceux à qui s’adressa le consul +Warrington, déploraient en leur for intérieur le crime de Labeida +et les circonstances odieuses et ridicules dont il fut entouré. Ils +n’osèrent avouer qu’un de leurs coreligionnaires avait brûlé comme +un fétiche dangereux l’œuvre d’un savant chrétien, et leurs +réponses dilatoires empêchèrent la vérité d’être connue.</p> + +<p>Caillé rapporta quelques renseignements nouveaux qui précisèrent +l’attitude d’abord favorable des gens de Tombouctou et la tyrannie +exercée dans cette ville par les Toucouleurs<a id= +"FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class= +"fnanchor">[12]</a>.<span class="pagenum" id="Page_25">[25]</span> +Tout en donnant à Caillé la récompense que méritait son +extraordinaire voyage, la Société de Géographie de Paris s’honora +en décernant à M<sup>me</sup> Laing, en souvenir de son mari, la +Grande Médaille d’or de la Société.</p> + +<p>Puis le silence se fit. L’oubli vint. Barth, puis Lenz, +essayèrent tour à tour de savoir si réellement il existait encore +des manuscrits laissés par Laing : ils ne reçurent que des +renseignements erronés.</p> + +<p>Une enquête approfondie menée par Duveyrier ne révéla aucun fait +nouveau.</p> + +<p>On pouvait espérer que l’occupation de Tombouctou par les +Français, en 1894, permettrait de percer à jour ce mystère. Et +cependant, pendant quinze ans les recherches, menées avec le plus +grand soin, n’aboutirent à aucun résultat.</p> + +<p>La raison du mutisme des indigènes s’explique par une +disposition de la loi coranique qui spécifie que le prix du sang, +la Dia, peut être réclamé après plusieurs générations. Le chef +actuel des Bérabich, Mehemed ould Mehemed est le petit-fils d’Ahmed +Labeida. C’est un vieillard rusé et sournois, très énergique, dont +le prestige est considérable dans toute la région de Tombouctou et +à qui on n’aurait pas volontiers osé créer des ennuis. Au début de +1910, il se mit en rébellion ouverte contre le Gouvernement +français et s’enfuit au Maroc. La situation était alors plus +favorable pour faire une enquête. M. le gouverneur Clozel, +lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, qui s’attache avec +tant de zèle et de compétence à l’étude scientifique<span class= +"pagenum" id="Page_26">[26]</span> des pays du Niger, cherchait +depuis longtemps a pénétrer le mystère de la mort de Laing. Il +choisit cette circonstance pour me charger d’une mission d’études à +ce sujet, pendant le voyage que je devais faire à Tombouctou, +Araouan et Taoudénit.</p> + +<p>Muni de lettres de recommandation des confréries religieuses +Senoussia et Tidjania, je visitai à Tombouctou et à Araouan les +chefs et les principaux personnages. Comme il m’était possible de +m’exprimer en arabe avec eux, j’eus vite fait de les mettre en +confiance. Après leur avoir donné l’assurance, au nom du +gouverneur, qu’aucune représaille ne serait exercée, je leur +demandai de me procurer tous les renseignements possibles au sujet +du major Laing ; je m’attachai à leur faire comprendre que ces +recherches n’avaient qu’un but historique, auquel s’intéressait de +façon toute spéciale M. le lieutenant-gouverneur Clozel, dont le +nom est si populaire à Tombouctou.</p> + +<p>Arouata, chef des Kel Araouan, son fils aîné Sheikh Arouata, +Sidi Ali, cadi d’Araouan, et Ahmed Baba, cadi de Tombouctou, +consentirent à me seconder dans mes recherches et à me communiquer +les Annales que l’on tient à Araouan. Dans ces documents, qui +portent le nom de Tarikhs, on note au jour le jour les principaux +événements, et chacun tient pour dignes de foi ces récits dont +l’étude est du plus haut intérêt. Je trouvai dans deux Tarikhs +d’Araouan le récit de la mort de Laing. J’en pus prendre copie et +j’en donne ci-dessous la traduction.</p> + +<p>Ces indications étaient précieuses. Mais, pour qu’elles fussent +complètes, il fallait connaître l’emplacement de l’arbre au pied +duquel avait été tué le major. Sheikh<span class="pagenum" id= +"Page_27">[27]</span> Arouata me mit alors en rapports avec un +vieillard bérabich nommé Mohammed ould Moktar. Cet homme, âgé de 82 +ans, est le propre neveu d’Ahmadou Labeida. Il a été élevé par +celui-ci et connaît l’histoire de la mort de Laing, que son oncle +lui a contée. Mis en confiance, Mohamed ould Moktar consentit à +parler. Je crois bien que le désir d’être désagréable à Ould +Mehemed, contre qui il nourrit une ancienne et féroce haine, fut un +des principaux mobiles qui lui firent me dicter le récit figurant +ci-dessous aux pièces justificatives. Mohammed déclara qu’il +connaissait très bien l’arbre en question, et que Faradji le lui +avait souvent montré quand ils faisaient ensemble la route entre +Araouan et Tombouctou.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i12"> +<p class="platelab">Planche XII</p> +<img src='images/i12.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 12. — A Sahab. L’arbre au pied duquel a été +assassiné Laing.</p> +</figure> +</div> + +<p>Malgré son grand âge, Mohammed, qui jouit d’une excellente +santé, accepta de me servir de guide et promit de me conduire à +Sahab et à l’arbre athilé.</p> + +<p>Rentré à Araouan le 12 décembre, je trouvai Mohammed prêt à +partir et Sheikh Arouata décidé à nous accompagner. Nous nous mîmes +en route, et, le 21 décembre, nous étions à Sahab.</p> + +<p>Le lieu dit Sahab se trouve sur la route d’Araouan à Tombouctou, +à 30 milles au nord de cette ville. C’est une vaste dépression, où +le sable, mélangé d’argile, conserve quelque humidité après +l’hivernage. Dans le lointain, le massif de Tadrant élève ses pics +rocheux au-dessus des plaines environnantes.</p> + +<p>Des fouilles furent immédiatement entreprises au pied de +l’athilé. Le 22, dans la matinée, un des travailleurs mit à +découvert à 1 m. 25 de profondeur et à 0 m. 50 du pied de l’arbre, +différents ossements : morceaux de crâne, sections<span class= +"pagenum" id="Page_28">[28]</span> de vertèbres, etc... Puis, peu +après, dans un rayon de quelques mètres, l’emplacement d’un foyer, +des débris de caisses, un morceau d’alun et un morceau de +chaussette cachou.</p> + +<p>Nous regagnâmes Tombouctou et, accompagné des différentes +personnes ayant assisté aux fouilles, je me présentai devant le +lieutenant Marc, commandant le cercle de Tombouctou, à qui je fis +une déclaration officielle du résultat de mes recherches.</p> + +<p>Les ossements recueillis furent soumis à l’examen de M. le +médecin-major de première classe Lefèvre, des troupes +coloniales ; mais par suite des moyens rudimentaires dont on +disposait, cet examen ne fut que superficiel. Le docteur constata +qu’on se trouvait en présence des restes de deux individus : +un adulte présentant les caractères d’un Européen, et un +adolescent. Un des crânes portait une large trace de sang prouvant +qu’il s’agissait d’un homme décédé de mort violente.</p> + +<p>Mohammed ould Moktar me confirma que, des deux serviteurs qui +accompagnaient Laing au moment de sa mort, l’un avait été blessé et +ramené à Tombouctou. L’autre avait eu le sort de son maître.</p> + +<p>Les ossements furent séparés et mis en bière.</p> + +<p>Aussitôt que fut connue à Tombouctou la nouvelle de l’exhumation +des restes du major Laing, toute retenue cessa de la part des +indigènes. Il me devint possible de terminer mon enquête et de +reconstituer toutes les circonstances du drame. C’est ainsi que +j’ai pu connaître la part exacte prise par Ahmadou Labeida dans un +crime dont il fut l’exécuteur, mais dont Tombouctou toute entière +fut<span class="pagenum" id="Page_29">[29]</span> complice. Comme +je l’ai dit plus haut, aux yeux des musulmans, le prix du sang peut +toujours être réclamé aux descendants d’un meurtrier, et chacun +croyait les Européens décidés à venger sur Ould Mehemed le meurtre +commis par son grand-père. Les Tombouctiens n’osaient attirer un +châtiment sur un coupable puissant, dont tous d’ailleurs se +sentaient complices. Lui étant mis hors de cause, tout devint +facile et les langues se délièrent.</p> + +<p>Le récit que je donne ci-dessus est le résumé de longues +conversations, toutes concordantes, que j’ai eues à Araouan et à +Tombouctou. Aucun doute ne peut plus subsister aujourd’hui sur les +circonstances qui ont entouré la mort de Laing et la destruction de +ses papiers.</p> + +<div class="figcenterplate iw5"> +<figure id="i13"> +<p class="platelab">Planche XIII</p> +<img src='images/i13.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 13. — L’auteur à Tombouctou en 1910.</p> +</figure> +</div> + +<p>Le résultat négatif de mes recherches fixe quand même un point +d’histoire. A ce titre il ne serait donc pas à dédaigner. Mais ma +satisfaction la plus grande a été de pouvoir rendre un suprême et +public hommage à Laing dans la ville même qui fut témoin de sa +vaillance et de son amour de la science.</p> + +<p>Le Gouvernement britannique a été mis au courant officiellement +de la découverte faite à Sahab, et les autorités françaises +conservent actuellement à Tombouctou le précieux dépôt des restes +du major Laing. Ces débris humains sont bien peu de chose, et plus +que jamais l’on peut répéter en les regardant :</p> + +<div class="linegrp-container"> +<div class="linegrp"> +<div class="group"> +<div class="line indent0">« Quot libras in duce tanto +invenies ».</div> +</div> +</div> +</div> + +<p>Mais l’œuvre pour laquelle Laing a donné sa vie est aujourd’hui +accomplie. La traite des noirs a cessé, et le honteux marché aux +esclaves, qui déshonorait Tombouctou,<span class="pagenum" id= +"Page_30">[30]</span> a disparu. Il y a quelque chose de touchant à +constater que les indigènes, après tant d’années, ont conservé la +mémoire du héros au noble cœur qui a donné sa vie pour leur faire +avoir plus de bonheur et plus de liberté.</p> + +<p class="right pad-right4 space-above1">A. BONNEL DE MÉZIÈRES.</p> + +<div class="figcenterplate iw1"> +<figure id="i14"> +<p class="platelab">Planche XIV</p> +<img src='images/i14.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 14. — Les fouilles qui ont amené la découverte +des restes de Laing à Sahab (décembre 1911-janvier 1912).</p> +</figure> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h2 class="large bold"><span class="pagenum" id= +"Page_31">[31]</span><a id="app"></a>PIÈCES JUSTIFICATIVES</h2> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_33">[33]</span><a id= +"app1"></a><span class="bold">1<sup>er</sup> manuscrit.</span> +</h3> + +<p class="sch2"><em>Texte remis à Araouan à M. Bonnel de +Mézières.</em> +</p> + +<p class="right arabic" lang="ar">الحمد لله رب العالمين وصلاته +وسلامه على سيد المرسلين وعلى ءاله وصحبه اجمعين * وبعد فقد وجدت فى +رسوم اوائلنا المتقدمين بخط مشابه لخط جدنا القاضى سيدي احمد القاضى +بن سيدى محمد بن سيدى امحمد بير ما نصه بعد تعداد اعوام قبل اعنى بعد +تعداد وقائع اعوام قبل ذالك قال وفى عام احدو اربعين بعد المايتين +والالف وهو العام الذى تامر فيه وتقيد عثمان بن القائد ببكر بعد موت +اخيه امحمد بن القائد ببكر وذالك لان امحمد تولى بعد موت ابيه القائد +ببكر المذكور المتوفى فى اواخر الثلاثين قبل نصر الشيخ احمد لب للدين +بثلاثة اعوام فمكث اعنى امحمد فى الامارة عشرة اعوام وهو امير مبارك +سيد فاضل سخى باذل حتى لقب بسيد فتوفى رحمه الله تعالى فتولى بعده +اخوه عثمان المذكور فى عام واحد واربعين وفى ذالك العام جاء نصرانى من +ڭنس الانكليز من جهة المشرق حتى دخل تينبكت فلم يقدر ان يتعدى للسودان +خوفا من افلان لان ذالك زسن اوائل انتصار الشيخ احمد لب للدين الا انه +لم يبلغ حكمه تينبكت لان حكمه لم يبلغ تينبكت الا فى زمن عثمان فى نيف +واربعين فلما دخل تينبكت مكث فيها ما مكث مستخفيا فخرج منها متوجها +لجهة اروان فركب الشيخ احمد بن اعبيد رئيس البرابيش يومئذ وسيدها فى +طائفة من قومه فلحقه به اعنى تلاحق <span class="pagenum" id= +"Page_34">[34]</span>به عند السهب موضع فى طريق اروان وقد كان نازلا +عند طلحاية رحال نزلها يرصده فمكث زمنا حتى خرج فتبعه حتى ادركه عند +السهب المذكور فقتله هنالك ضحوة يوم الثلاثاء فى اليوم الثالث من شهر +الله شوال العام المذكور وقتل عند اتيلة غربى المجبد اعنى وسط النهج +اعنى ڭبلة الامرائر بلغة العامة فاما الشيخ احمد وعلية اصحابه فما +حازوا على متاعه ولا قربوا منه واما السفلة فانهم اتوا دبشه وقماشه +فلم يجدوا عنده سوى صندوقين ففتشوهما فما وجدوا سوى بضع عشرة ريالة من +الريال فاخذه بعضهم خفية واسره فى بضاعته فلم يطلع عليه الا بعد ذالك +وغير ذالك من متاعه دفتره بعد ما احرقوه بجميع ما فيه من كواغد ورسوم +وكنانيش وصندوق وغير ذالك فلم يقبل احمد ان يصحب احدا منهم شىء من +متاعه سوى ما اسره احد فى بضاعته لم يعلم به وقد قيل والله اعلم انه +انما قتله باذن من امراء الارض من رمات وتوارق وهذا هو الحق الذى +لامرية فيه كما بلغنا بالتواتر لان احمد ليس له قدرة على ان يقتل من +امنه التوارق والرمات كما هو معلوم وقد جاء قبل هذا الانكليز نصرانى +اخر قيل انه فرنصاوى حتى وصل تينبكت فكر راجعا ولم يـ كيدا ولا تعرض +له احد وذالك فى زمن امحمد بن القائد ببكر اخى عثمان المذكور انتهى +باختصار وبه كتب من نفله من الخط المذكور بتاريخ تقدم وتاحر هذه +النسخة لشهر الله ذى الحجة الحرام حاتم عام ١٣٢٨ عبيد ربه عال بن عمر +بن احمد بن محمد بن محمد بير لطف الله بالجميع والمسلمين ءامين ءامين +ءامين</p> + +<p class="space-above15"><span class="pagenum" id= +"Page_35">[35]</span><em>Le passage qui va suivre est bien de la +même écriture que le reste du contexte, mais rien n’indique s’il en +faisait partie ou s’il a été ajouté par le scribe.</em> +</p> + +<p class="arabic right" lang="ar">وانما لم يقبل احمد ان يصحبهم شىء +من متاعه لانه معتقد انهم سحرة وانه متى صحبه ذالك اصابه السحر والله +اعلم صح</p> + +<hr class="decor width4"> + +<h3><a id="app1b"></a><span class="bold">2<sup>e</sup> +manuscrit.</span> +</h3> + +<p class="sch3"><em>Extrait d’une chronique d’Araouan donnant la +liste des principaux événements de cette localité de l’année 1044 +de l’hégire à l’année 1268.</em> +</p> + +<p class="arabic right" lang="ar">وفى عام احدى واربعين بعد المائتين +و الف جاء رجل من الانڭليز للسودان واخذ الامان من فلان وغيرهم فى +تنبكت وخرج قاصدا اروان حتى بلغ السهب خرج فى اثره احمد الاعبيد فى +قومه حتى لحقوا به فى السهب عند اتيل ڭبلة المجبد فقتلوه هناك يوم +الثلثاء ضحوة فى ثلاثة خلت من شهر الله شوال عام احدى واربعين بعد +المائتين و الف و حرقوا متاعه والله اعلم</p> + +<p class="space-above15"><em>(L’orthographe de l’original a été +exactement reproduite.)</em> +</p> + +<h3 class="space-above"><span class="pagenum" id= +"Page_36">[36]</span><a id="app2"></a><span class= +"bold">1<sup>er</sup> Manuscrit</span> +</h3> + +<p class="sch2"><em>Traduction Houdas</em> +</p> + +<p>Louange à Dieu, maître des Mondes. Son salut et sa bénédictions +soient sur le seigneur des Envoyés, sur sa famille et sur tous ses +Compagnons.</p> + +<p>Dans les archives de mes ancêtres, j’ai trouvé, tracé avec une +écriture ressemblant à celle de mon grand-père le cadi Sidi +Ahmadou, fils de Sidi Mohammadou, fils de Sidi Mahmadou Bîr, un +texte dont voici la teneur et qui faisait suite à l’énumération des +années précédentes, c’est-à-dire à l’énumération des événements des +années précédentes.</p> + +<p>En l’année mil deux cent quarante et un, Otsman, fils du caïd +Bou Bakar, fut nommé émir et caïd après la mort de son frère +Mahmadou, fils du caïd Bou Bakar. Mahmadou avait été investi du +pouvoir après la mort de son père, le caïd Bou Bakar susdit, qui +mourut dans les derniers jours de l’année trente, trois ans avant +que le cheikh Ahmadou Lebbo eût fait triompher la foi. Mahmadou +demeura dix ans au pouvoir. Ce fut un prince béni, un seigneur +éminent, libéral, généreux, aussi mérita-t-il d’être surnommé +Seyyid (seigneur). Il mourut (Dieu lui fasse miséricorde !) et +eut pour successeur son frère Otsman qui fut investi du pouvoir en +l’année quarante et un.</p> + +<p>Ce fut cette même année qu’un chrétien de nationalité anglaise +arriva de l’est et entra à Tombouctou ; mais il ne put +dépasser cette ville pour entrer dans le Soudan par suite du danger +qui pouvait résulter pour lui des Peuls, car ceci se passait à +l’époque des premiers succès du cheikh Ahmadou Lebbo en faveur de +la foi, mais avant que son autorité eût atteint la ville de +Tombouctou. En effet son autorité ne s’étendit sur Tombouctou que +du temps d’Otsman en quarante et quelque. Entré dans Tombouctou, +l’Anglais y séjourna un certain temps en se tenant caché. Il quitta +ensuite cette ville se dirigeant vers Araouan. Le cheikh +Ahmadou<span class="pagenum" id="Page_37">[37]</span> ben Abeïda, +chef et seigneur des Berâbich à cette époque, monta aussitôt à +cheval à la tête d’un groupe de ses contribules et l’atteignit, ou +pour mieux dire arriva près de lui près de Es-Sohb, localité sise +sur la route d’Araouan. Comme l’Anglais était campé à +Telhaïat-arahhal, le cheikh y campa également pour le guetter. +Après être resté un certain temps en cet endroit, l’Anglais se +remit en marche. Le cheikh se mit alors à sa poursuite, l’atteignit +à Es-Sohb ci-dessus indiqué et le mit à mort en cet endroit dans la +matinée du mardi, le 3 du mois de Chaoual de l’année précitée. Le +meurtre eut lieu près d’un petit éthel à l’ouest du sentier, +c’est-à-dire au milieu de la route, à Gueblat-el-meraïr comme on +dit vulgairement.</p> + +<p>Ni le cheikh Ahmadou, ni les notables qui l’accompagnaient ne +mirent la main sur les bagages de l’Anglais et ne s’en +approchèrent ; mais les gens du peuple se portèrent vers les +bagages et les effets et trouvèrent seulement deux caisses qu’ils +fouillèrent et dans lesquelles ils ne découvrirent qu’une dizaine +de pièces d’argent. L’un d’eux s’en empara en secret et les +dissimula dans ses bagages, mais personne ne s’en aperçut sur le +moment et on ne l’apprit que plus tard. Tout le reste des bagages +fut enfoui dans le sol après qu’on eût mis le feu aux papiers, +documents et albums qui en faisaient partie, ainsi que la caisse et +le reste des objets. Ahmadou n’avait pas voulu qu’aucun de ses +compagnons emportât quoi que ce fut des bagages et on n’emporta en +effet que ce que l’un d’eux avait dissimulé dans ses bagages à +l’insu du cheikh.</p> + +<p>On assure, — et Dieu sait mieux que personne si cela est vrai, — +que le meurtre n’eut lieu qu’avec l’assentiment des princes du pays +Roumat ou Touaregs. Et cela ne saurait être mis en doute, comme on +nous l’a répété à maintes reprises, car Ahmadou n’avait pas un +pouvoir tel qu’il put mettre à mort quelqu’un qui aurait eu l’aman +des Touaregs ou des Roumat, ainsi que chacun sait.</p> + +<p>Avant l’arrivée de cet Anglais un autre chrétien, un Français, +dit-on, vint au Soudan et entra à Tombouctou. Il s’en retourna sans +être molesté et sans que personne lui fit obstacle. C’était +sous<span class="pagenum" id="Page_38">[38]</span> le règne de +Mahmadou ben El-caïd Bon Bakar, le frère d’Otsman ci-dessus +indiqué.</p> + +<p>Ici se termine cet extrait sommaire, qui a été copié sur le +manuscrit indiqué ci-dessus et rédigé à une époque antérieure à la +date de la présente copie, faite au mois de Dzou’l-hiddja le sacré, +le dernier mois de l’année 1328, par l’humble adorateur de Dieu, Al +ben Omar ben Ahmadou, ben Mohammadou, ben Mohammadou Bîr. Que Dieu +leur soit bienveillant ainsi qu’à tous les Musulmans. Amen ! +Amen ! Amen !</p> + +<hr class="decor width4"> + +<p class="space-above15">Ahmadou n’avait pas voulu que ses gens +emportassent quoi que ce fut des bagages, convaincu qu’il était que +ces bagages étaient ensorcelés et qu’il arriverait malheur à ses +gens s’ils les emportaient. Dieu sait mieux que personne si cela +est vrai.</p> + +<hr class="decor width4"> + +<h3><a id="app2b"></a><span class="bold">2<sup>e</sup> +Manuscrit</span> +</h3> + +<p class="sch2"><em>Traduction Houdas</em> +</p> + +<p>En l’année mil deux cent quarante et un, un Anglais vint au +Soudan. Après avoir pris l’aman des Peuls et autre gens de +Tombouctou, il quitta cette ville pour se rendre à Araouan et +arriva à Es-Sohb. Ahmadou Elabeïda partit à sa poursuite à la tête +de ses gens et l’atteignit à Es-Sohb auprès de l’ethel de +Gueblet-el-medjbed. Ahmadou et ses compagnons le mirent à mort en +cet endroit, le mardi dans la matinée, le 3 du mois de Chaoual de +l’année mil deux cent quarante et un. On brûla ses bagages. Dieu +mieux que personne sait l’exacte vérité.</p> + +<h3 class="space-above"><span class="pagenum" id= +"Page_39">[39]</span><a id="app3"></a>NOTE CONCERNANT LES DEUX +MANUSCRITS</h3> + +<p class="space-above15">Le premier manuscrit a sûrement été rédigé +un certain nombre d’années après la mort de Laing. Un fait le +prouve de façon indéniable : il y est fait allusion au voyage +de Caillé à Tombouctou, et ce voyage est même indiqué comme ayant +précédé celui de Laing.</p> + +<p>Le passage de Caillé à Tombouctou est de 1828 ; il a suivi +de deux ans le meurtre de Sahab. D’autre part, Caillé est passé +incognito au Soudan et au Sahara ; c’est seulement après +l’arrivée au Maroc du voyageur français que fut connue la véritable +personnalité de celui qu’on avait pris pour un humble mendiant. La +nouvelle n’en put parvenir à Tombouctou et à Araouan que de longs +mois après. Dans ces conditions je crois qu’on peut interpréter le +manuscrit sans se considérer comme lié par son texte et ne pas +accepter la date qu’il donne pour la mort de Laing.</p> + +<p>Le 3 du mois de Chaoual de l’an 1341 de l’hégire correspond au +10 avril 1826. Or, nous avons une lettre de Laing datée du 21 +septembre de cette même année.</p> + +<p>D’autre part, la tradition orale de Tombouctou et d’Araouan +place le meurtre à la fin de la saison des pluies.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_40">[40]</span>On peut supposer +avec vraisemblance que la date du premier manuscrit a été +reconstituée de mémoire et que le deuxième manuscrit a copié et +résumé le premier. On sait que l’année musulmane est une année +lunaire et qu’elle retarde de dix ou onze jours par an sur l’année +solaire. Les pieux personnages d’Araouan et de Tombouctou, qui sont +bons exégètes, puristes subtils et théologiens raffinés, sont de +médiocres chronologistes. Leurs Tarikhs, qui sont pleins d’intérêt +pour les faits, contiennent souvent des dates contradictoires. On +peut supposer que le récit de la mort de Laing du Tarikh d’Araouan +a été écrit au moins quinze ou vingt ans après les événements. +L’auteur avait un ou deux souvenirs précis pour reconstituer la +date. Il connaissait l’année ; il savait que l’acte avait eu +lieu le troisième jour de la lune, un mardi à la fin de la saison +des pluies. Il a cherché quel était le mois qui avait correspondu +pour cette année-là à l’époque en question et il a mis celui de +l’année où il se trouvait, commettant ainsi une erreur de cinq +mois. Une semblable méprise n’a rien d’invraisemblable chez des +gens qui ne possèdent aucun ouvrage pouvant leur tenir lieu de +l’<em>Art de vérifier les dates</em>.</p> + +<p class="right pad-right2 space-above1">L. M.-S.</p> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less"><span class="pagenum" id= +"Page_41">[41]</span><a id="app4"></a><span class= +"bold">DÉCLARATION</span> +</h3> + +<p class="space-above15">Le 26 décembre 1910, les soussignés : +Sheikh Araouta, fils aîné d’Araouta, chef des Kel Araouan, habitant +Araouan ; Mohammed Ould Mocktar, notable Bérabich ; Béré, +Kel Araouan, chamelier ; Boubakar Diallo, habitant Tombouctou, +interprète, se sont présentés, accompagnés de M. A. Bonnel de +Mézières, explorateur, chevalier de la Légion d’honneur, chargé de +mission par le gouvernement général de l’Afrique Occidentale +française et le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger, devant M. le +lieutenant d’infanterie coloniale L. Marc, commandant le cercle de +Tombouctou, remplissant les fonctions d’officier d’état civil, pour +lui faire les déclarations suivantes :</p> + +<p class="space-above15">« Chargé par M. F. J. Clozel, +gouverneur du Haut-Sénégal et Niger, dit M. Bonnel de Mézières, de +rechercher les restes du major Laing, de l’armée britannique, +assassiné entre Tombouctou et Araouan en 1826 dans des +circonstances imparfaitement connues, j’ai procédé à mon enquête de +la façon suivante :</p> + +<p>« Je recherchai d’abord dans le tarikh d’Araouan, qui fut +mis à ma disposition par Sheikh Araouta, le récit<span class= +"pagenum" id="Page_42">[42]</span> de cet événement. Le tarikh en +faisait mention et indiquait le lieu nommé Sahab et l’arbre athilé +comme ayant été l’endroit où avait été commis le crime. C’était +également à cet endroit, disait on, que les caisses et objets +divers de la victime avaient été brûlés et enterrés.</p> + +<p>« Cette indication précieuse était néanmoins incomplète, +car il fallait connaître exactement l’emplacement de cet arbre.</p> + +<p>« Dans ce but, je me suis mis en rapport avec Mohammed Ould +Mocktar, notable Bérabich habitant habituellement Araouan, et qui, +neveu d’Ahmadou Labeida, à l’époque chef des Bérabich, et auteur du +meurtre, avait été élevé par lui et devait être au courant de cette +affaire.</p> + +<p>« Mohammed Ould Mocktar me confirma les récits du tarikh, +me dit en effet que les deux ou trois caisses qu’avait le major +Laing furent brûlées ou jetées dans un trou contenant du feu auprès +de l’arbre, et qu’il était peut-être possible d’en trouver encore +des restes, mais que le corps avait été laissé sans sépulture.</p> + +<p>« Toutefois, il ajouta qu’on devait probablement pouvoir +recueillir quelques ossements, car, peu de temps après le crime, un +Bérabich nommé Brahim Ould Oumar Ould Salah, des Oulad Sliman, +passant par l’athilé, vit des débris humains qui étaient mangés par +les oiseaux. Ignorant ce qui s’était passé, il enterra ces débris +auprès de l’arbre. Mohammed Ould Mocktar me déclara en outre qu’il +connaissait fort bien cet arbre, car un jour, quittant Tombouctou +en compagnie de Ahmed Labeida et Himmid son fils, de Feradji Ould +Eli Ould Abdallah,<span class="pagenum" id="Page_43">[43]</span> +Himmid demanda à son père de lui montrer l’arbre athilé. Ils s’y +rendirent. Mohammed Ould Mocktar me déclara qu’il était certain de +pouvoir le retrouver.</p> + +<p>« Muni de ces renseignements et guidé par Mohammed Ould +Mocktar, nous sommes arrivés, le 21 décembre, à l’endroit nommé +Sahab, situé entre Laouessi et Agonégifal, à environ 50 kilomètres +au nord de Tombouctou. Le jour même, nous commencions nos +recherches et une fosse fut creusée sur le côté ouest de l’arbre. +Le lendemain matin 22, vers neuf heures et demie, le travailleur +Béré mit à jour, à environ 0 m. 50 du pied de l’arbre et à une +profondeur de 1 m. 25, dans une couche d’argile voisine du sable, +des morceaux de crâne, une section de vertèbre et différents +ossements.</p> + +<p>« Malgré nos recherches dans un rayon d’environ un mètre +autour de cette place, nous ne pûmes rien découvrir d’autre et il +est permis de penser que, conformément aux indications données, +nous ne pouvions espérer trouver davantage. Nous étions donc +probablement en présence des restes du major Laing.</p> + +<p>« J’ai donc l’honneur de venir, accompagné des différentes +personnes qui m’ont aidé dans ces recherches ou qui ont été témoins +de la découverte, vous remettre officiellement ces différents +ossements, et vous certifier que ce sont bien ceux découverts le 22 +décembre dernier au lieu nommé Sahab et au pied de +l’athilé. »</p> + +<p>En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration en +double expédition, dont lecture et traduction ont été données à +chacun de nous. L’extrait du tarikh d’Araouan<span class="pagenum" +id="Page_44">[44]</span> ayant trait à l’assassinat du major Laing +accompagne cette déclaration. »</p> + +<p class="right pad-right2 less">Tombouctou, le 26 décembre +1910.</p> + +<p class="right pad-right4">A. <span class="sc">Bonnel de +Mézières</span>.</p> + +<p class="pad2 hang1">Signatures de <span class="sc">Sheik +Araouta</span>,<br> +<span class="sc">Mohammed Ould Mocktar</span>,<br> +<span class="sc">Béré</span>,<br> +<span class="sc">Boubakar Diallo</span>.</p> + +<hr class="chap"> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_45">[45]</span><a id= +"app4b"></a>RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</h3> + +<p class="sch4">LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ</p> + +<p>« L’an 1911 et le 7 janvier, par-devant nous Marc, Lucien +François, lieutenant d’infanterie coloniale hors cadre, commandant +le cercle de Tombouctou, juge de paix à compétence étendue, assisté +de M. de Zeltner, François, Arthur, Florian, greffier +assermenté,</p> + +<p>« Et en présence de MM. le docteur Lefèvre, Eugène, +médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes +coloniales ; Huchery, Maurice, Paul, commis de 2<sup>e</sup> +classe des affaires indigènes de l’Afrique Occidentale +française ; et Cristofini, Pascal, Paul, instituteur, témoins, +ont comparu les sieurs :</p> + +<p>« 1<sup>o</sup> Bonnel de Mézières, Albert, explorateur, +chevalier de la Légion d’honneur, chargé de mission par le +gouvernement général de l’Afrique Occidentale française et par le +gouvernement du Haut-Sénégal et Niger ;</p> + +<p>« 2<sup>o</sup> Sheikh Arouata, fils aîné d’Arouata, chef +des Kel Araouan, demeurant à Araouan ;</p> + +<p>« 3<sup>o</sup> Mohammed Ould Mocktar, notable +bérabich ;</p> + +<p><span class="pagenum" id= +"Page_46">[46]</span>« 4<sup>o</sup> Béré, Kel Araouan, +chamelier ;</p> + +<p>« 5<sup>o</sup> Boubakar Diallo habitant de Tombouctou, +interprète.</p> + +<p>« Qui nous ont présenté les débris humains recueillis par +eux à l’endroit et dans les circonstances indiquées par le +procès-verbal ci-joint.</p> + +<p>« Le docteur Lefèvre après examen de ces débris a rédigé la +déclaration ci-jointe qu’il a signée devant nous.</p> + +<p>« Après avoir reçu cette déclaration, nous avons réuni en +trois paquets, enveloppés dans de la toile blanche, les ossements +et débris classés par catégories par le docteur Lefèvre.</p> + +<p>« Ces paquets ont été déposés dans une caisse en bois blanc +qui a été clouée en notre présence, et scellée de treize cachets à +la cire rouge, présentant l’empreinte ci-dessous.</p> + +<p>« Le présent procès-verbal, rédigé séance tenante, a été +signé par nous et le greffier et les deux témoins.</p> + +<p>« Ont signé également : M. le docteur Lefèvre, M. +Bonnel de Mézières, et les sieurs Sheikh Arouata, Mohammed Ould +Mocktar, Béré, et Boubakar Diallo.</p> + +<p>« Fait et clos à Tombouctou les jour, mois et an que +dessus. »</p> + +<div class="sign1"> +<p><em>Le juge de paix</em>,<br> +Signé : <span class="sc">Marc</span>.</p> +</div> + +<table class="signtab"> +<tr> +<td colspan="2" class="tdc">Les témoins :</td> +</tr> + +<tr> +<td>Signé :</td> +<td><span class="sc">Bonnel de Mézières</span>,</td> +</tr> + +<tr> +<td> +</td> +<td><span class="sc">Lefèvre</span>,</td> +</tr> + +<tr> +<td> +</td> +<td><span class="sc">Huchery</span>,</td> +</tr> + +<tr> +<td> +</td> +<td><span class="sc">Cristofini</span>.</td> +</tr> +</table> + +<div class="sign1 space-above15"> +<p><em>Le greffier</em>,<br> +Signé : <span class="sc">de Zeltner</span>.</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<p class="space-above clear pb"> +</p> + +<div class="row"> +<div class="col1"> +<p><span class="pagenum" id="Page_47">[47]</span>COLONIE<br> +DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER</p> + +<hr class="decor width1"> + +<p>INFIRMERIE AMBULANCE<br> +DE TOMBOUCTOU</p> + +<hr class="decor width1"> +</div> + +<div class="col2"> +<p>RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</p> + +<p class="med space-above15">LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ</p> +</div> +</div> + +<h3 class="less nopb space-above15"><a id="app4c"></a><span class= +"bold">CERTIFICAT D’EXAMEN</span> +</h3> + +<p class="space-above15">« Nous soussigné Lefèvre, Eugène, +médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes coloniales, +médecin chef de l’infirmerie ambulance de Tombouctou, certifions +avoir examiné un lot d’ossements provenant de fouilles faites par +M. Bonnel de Mézières, au lieu nommé Sahab, à 50 kilomètres environ +au Nord de Tombouctou.</p> + +<p class="space-above15">« Ces ossements peuvent être classés +en trois catégories :</p> + +<table class="tabw30 bd-collapse" id="t47"> +<colgroup> +<col style="width:23%;"> +<col style="width:2%;"> +<col style="width:28%;"> +<col style="width:2%;"> +<col style="width:35%;"> +</colgroup> + +<tr> +<td rowspan="2">1<sup>re</sup> catégorie</td> +<td class="blt"> +</td> +<td rowspan="2" class="ind">Ossements paraissant avoir appartenu à +un être humain adulte :</td> +<td class="blt"> +</td> +<td rowspan="2">un pariétal droit presque complet, un fragment de +pariétal paraissant imprégné de sang, une moitié antérieure de +vertèbre, un fragment d’ischion.</td> +</tr> + +<tr> +<td class="blb"> +</td> +<td class="blb"> +</td> +</tr> + +<tr> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +</tr> + +<tr> +<td rowspan="2">2<sup>e</sup> catégorie</td> +<td class="blt"> +</td> +<td rowspan="2" class="ind"><span class="pagenum" id= +"Page_48">[48]</span>Ossements paraissant avoir appartenu à un être +humain adolescent :</td> +<td class="blt"> +</td> +<td rowspan="2">deux pariétaux s’engrenant parfaitement, un fémur +gauche brisé à la partie moyenne.</td> +</tr> + +<tr> +<td class="blb"> +</td> +<td class="blb"> +</td> +</tr> + +<tr> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +<td class="gap05"> +</td> +</tr> + +<tr> +<td rowspan="2">3<sup>e</sup> catégorie</td> +<td class="blt"> +</td> +<td rowspan="2" class="ind">Ossements à identifier</td> +<td class="blt"> +</td> +<td rowspan="2">un lot de fragments osseux très détériorés, +auxquels est joint un échantillon du sol dans lequel ils ont été +découverts.</td> +</tr> + +<tr> +<td class="blb"> +</td> +<td class="blb"> +</td> +</tr> +</table> + +<p>« En raison des moyens rudimentaires que nous possédons, +l’examen n’a pu être que superficiel et il serait indispensable, à +notre avis, de soumettre ces ossements à une étude plus approfondie +en Europe.</p> + +<p>« En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat +pour servir et valoir ce que de droit. »</p> + +<div class="sign2"> +<p>Tombouctou, le 7 janvier 1911.<br> +Signé : <span class="sc">Lefèvre</span>.</p> +</div> + +<div class="sign3"> +<p>Vu :<br> +Pour la légalisation de la signature<br> +de M. le docteur Lefèvre apposée ci-dessus,<br> +<span class="sc">Marc</span>,<br> +Commandant le cercle.</p> +</div> + +<div class="figcenterplate iw1"> +<figure id="i15"> +<p class="platelab">Planche XV</p> +<img src='images/i15.jpg' alt=''> +<table class="width-full"> +<tr> +<td class="cp tdl">D<sup>r</sup> <span class= +"sc">Lefèvre</span>.</td> +<td class="cp tdc">M<sup>r</sup> <span class= +"sc">Huchery</span>.</td> +<td class="cp tdr">Capitaine <span class="sc">Marc</span>.</td> +</tr> +</table> + +<p class="cp1">Fig. 15. — Examen des restes de Laing.</p> +</figure> +</div> + +<div class="figcenterplate iw4"> +<figure id="i16"> +<p class="platelab">Planche XVI</p> +<img src='images/i16.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Fig. 16. — Le coffre renfermant les restes de +Laing.</p> +</figure> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less"><span class="pagenum" id= +"Page_49">[49]</span><a id="app4d"></a><span class= +"bold">DÉCLARATION</span> +</h3> + +<p class="space-above15">Déclaration de Mohammed Ould Mocktar, +notable bérabich, âgé de 82 ans, neveu de Sheikh Ahmadou Labeida, +au sujet de la mort du major Laing, recueillie à Araouan le 13 +novembre 1910 en présence de Arouata, chef des Kel Araouan, Sheikh +Arouata son fils, et de Boubakar Diallo, habitant de +Tombouctou.</p> + +<p class="space-above15">« J’ai été élevé par Ahmadou Labeida +qui était dans mon enfance le plus grand des chefs des +Bérabich ; plusieurs fois je lui ai entendu raconter ce qui +suit : « En l’année 1241, l’Anglais (Laing), étant à +Tombouctou et désirant aller à Araouan, demanda au chef des Peuhl +et des Songhai l’autorisation de s’y rendre. On n’y mit pas +d’obstacle, car sa présence mécontentait la population. Il se mit +donc en rapport avec les Bérabich pour lui servir de guides. +Ahmadou Labeida accepta, et Laing se mit en route pour Araouan. Il +s’arrêta au bout de la première étape à un endroit désigné sous le +nom de Sahab et sous un grand arbre nommé athilé. Il y fut rejoint +le lendemain de son départ de Tombouctou, vers onze<span class= +"pagenum" id="Page_50">[50]</span> heures du matin, au moment de la +sieste, par Ahmadou Labeida, Mohammed Feradji Ould Eli Ould +Abdallah et deux autres Bérabich. Ceux-ci étaient à cheval comme +c’était l’habitude alors. L’Anglais, croyant que c’étaient des +guides qui venaient le retrouver, les laissa approcher ; alors +Feradji et les deux autres Bérabich se précipitèrent sur lui et +Ahmadou Labeida le frappa de sa lance. On laissa le cadavre sur +place. On ramassa les affaires de l’Anglais, et, comme on +l’accusait de venir dans ce pays pour l’empoisonner et qu’on se +méfiait de tout ce qu’il avait, on fit un trou, on y fit du feu et +on y jeta tout ce qu’il possédait en se bouchant le nez. On ne prit +que l’or et les bijoux et parmi ceux-ci une petite poule en or les +ailes ouvertes, qui devint plus tard la propriété de Ould Mehemet, +petit-fils de Ahmadou Labeida. Quand tout fut brûlé on combla le +trou.</p> + +<p>« Peu de temps après, un Bérabich, Brahim Ould Omar Ould +Salah, des Ouled Sliman, passant par là, vit auprès de l’arbre +athilé des membres humains, que des oiseaux becquetaient. Il les +enterra. Un jour, bien long-temps après, cet homme entendit +raconter l’histoire de l’Anglais ; il se souvint d’avoir +enterré des ossements et dit alors : « C’est moi qui les +ait enterrés, pensant que c’étaient les restes d’un Musulman ; +si j’avais su, je les aurais bien laissés là ». Ces souvenirs +étaient toujours restés dans ma mémoire, et il y a quelques années, +en revenant de Tombouctou en compagnie de Feradji et d’Himmid, fils +de Labeida, je demandai à Feradji de passer par l’arbre athilé. +Nous étions à ce moment dans une vallée entre Tombouctou et +Laouessi. C’est ici-même,<span class="pagenum" id= +"Page_51">[51]</span> me dit Feradji, que l’Anglais a été tué, et +il me montra un arbre assez voisin. Himmid demanda à voir l’endroit +même, et on s’y rendit. Je demandai alors à Feradji : +« Avait-il beaucoup de caisses ? Deux ou trois, me fut-il +répondu, et environ dix à quinze pièces d’or ; mais nous avons +mis les caisses dans un trou avec du feu, car il venait pour +empoisonner le pays et nous nous sommes bouché le nez en les +brûlant ».</p> + +<p class="right pad-right4">Araouan, le 13 novembre 1910.</p> + +<p class="right pad-right4">Signature de <span class="sc">Mohammed +Ould Mocktar</span>,</p> + +<p>Signature de <span class="sc">Sheikh Arouata</span>.</p> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id= +"Page_52">[52]</span><a id="app4e"></a>NOTE RELATIVE A L’EXAMEN +MÉDICAL DES OSSEMENTS RECUEILLIS A SAHAB</h3> + +<p class="space-above15">Il ressortait de l’examen médical fait par +M. Lefèvre, médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes +coloniales, chef de l’infirmerie ambulance de Tombouctou, que les +ossements recueillis à Sahab auprès de l’arbre athilé semblaient +appartenir à deux individus, un adulte et un adolescent.</p> + +<p>Il est probable que les ossements de l’adolescent trouvés au +pied de l’arbre athilé sont ceux d’un serviteur qui a partagé le +sort de son maître (voir ci-dessus <a href="#Page_20">p. 20</a>). +Les auteurs des tarikhs ont passé sous silence cette mort qui leur +semblait sans importance.</p> + +<p>Je me rendis de nouveau au lieu de la découverte des ossements, +et les fouilles furent reprises. Elles mirent à jour un foyer +important, des restes de caisses en fer, des débris de vêtements, +de chaussette ou de bas, de l’alun et différents débris qui furent +placés dans une deuxième caisse et confiée, ainsi que la première, +au dépôt mortuaire de Tombouctou.</p> + +<p class="right pad-right4">B. <span class="sc">de</span> M.</p> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id= +"Page_53">[53]</span><a id="app4f"></a>PROCÈS-VERBAL DES DEUXIÈMES +FOUILLES EXÉCUTÉES LES 29, 30, 31 DÉCEMBRE 1910 ET LES +1<sup>er</sup> ET 2 JANVIER 1911</h3> + +<p class="space-above15">« Les 29, 30, 31 décembre 1910, les +1<sup>er</sup> et 2 janvier 1911, des fouilles furent exécutées à +Sahab, au pied de l’arbre athilé et dans un rayon de 10 mètres +autour de l’arbre. Elles mirent à découvert le premier jour +quelques ossements nouveaux, difficiles à identifier à Tombouctou. +Ceux-ci furent trouvés près de la place où eut lieu la première +découverte, mais un peu plus profondément.</p> + +<p>« Le 30 décembre, à environ 4 mètres de l’arbre, et du côté +Ouest, des débris de fer, provenant d’une caisse, furent mis à +jour.</p> + +<p>« Le 1<sup>er</sup> janvier, on découvre de nouveau, dans +le Sud-Ouest, à 3 m. 50 de l’arbre et à une profondeur de 0 m. 80, +un foyer très important, se trouvant sur la couche de terre, +au-dessous du sable apporté par les vents. Ce foyer se délimite +parfaitement. Des photographies sont faites et on prélève des +échantillons. Les fouilles sont interrompues jusqu’au 5. »</p> + +<div class="sign4"> +<p>Sahab, le 3 janvier 1911.<br> +A. <span class="sc">Bonnel de Mézières</span>.</p> +</div> + +<div class="sign3"> +<p>Les témoins :<br> +<span class="sc">Mohammed Ould-Mocktar</span>,<br> +<span class="sc">Boubakar Dialla</span>,<br> +Pour le témoin illettré :<br> +<span class="sc">Beidari Diallo</span>.<br> +<em>Le maréchal des logis</em>,<br> +<span class="sc">Nadal</span>.</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id= +"Page_54">[54]</span><a id="app4g"></a>PROCÈS-VERBAL DES TROISIÈMES +FOUILLES EXÉCUTÉES LES 5, 7, ET 8 JANVIER 1911</h3> + +<p class="space-above15">« Le 5, le travail a repris dans le +Nord de l’arbre, à environ 8 mètres de son pied. On découvre, à une +profondeur de 1 m. 25 de nouveaux ossements, qu’il est également +impossible d’identifier sur place. Ces différentes découvertes +concordent avec les déclarations du Bérabich Brahim Ould Omar Ould +Sahab, qui dit avoir enterré des ossements humains mangés par les +oiseaux.</p> + +<p>« Le 7, le travail se poursuit sans résultat. Le 8, dans +l’Ouest, environ à 11 mètres du pied de l’arbre et toujours à une +profondeur de 1 m. 20, on met à découvert des débris de caisse en +fer, et, tout à côté, des débris de lainage, qui sont recueillis et +portés à Tombouctou pour examen. Ces débris sont trouvés dans une +couche de sable placée sous l’argile, et des échantillons de ce +sable renfermant des débris, sont prélevés et placés dans un +sac. »</p> + +<div class="sign4"> +<p>Sahab, le 8 janvier 1911.<br> +A. <span class="sc">Bonnel de Mézières</span>.</p> +</div> + +<div class="sign3"> +<p>Le témoin :<br> +<span class="sc">Mohammed Ould Moktar</span>.<br> +Pour le témoin illettré :<br> +<span class="sc">Beidari Diallo</span>, garde-cercle<br> +ayant dirigé les travaux.<br> +<em>Le maréchal des logis</em>,<br> +<span class="sc">Nadal</span>.</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id= +"Page_55">[55]</span><a id="app4h"></a>PROCÈS-VERBAL DES QUATRIÈMES +ET DERNIÈRES FOUILLES</h3> + +<p class="space-above15">« Il résulte de l’examen des débris +de lainage rapportés le 8 janvier que ceux-ci, comme l’écrit M. le +docteur Lefèvre, médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes +coloniales, proviennent d’une chaussette ou d’un bas cachou, tramé +laine et coton.</p> + +<p>« Les fouilles sont continuées à l’emplacement même où ces +débris furent trouvés. Elles amènent la découverte d’un morceau qui +paraît être de l’alun recouvert d’une épaisse couche de terre. +L’examen chimique confirme cette opinion. »</p> + +<div class="sign4"> +<p>Tombouctou, le 11 janvier 1911.<br> +A. <span class="sc">Bonnel de Mézières</span>.</p> +</div> + +<div class="sign3"> +<p>Le témoin :<br> +<span class="sc">Mohammed Ould Moktar</span>.<br> +Pour le témoin illettré :<br> +<span class="sc">Beidari Diallo</span>, garde cercle.<br> +<em>Le maréchal des logis</em>,<br> +<span class="sc">Nadal</span>.</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h3><span class="pagenum" id="Page_56">[56]</span><a id= +"app4i"></a>RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</h3> + +<p class="sch4">LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ</p> + +<p>Par devant nous, Marc, Lucien, François, lieutenant d’infanterie +coloniale hors cadres, commandant le cercle de Tombouctou, juge de +paix à compétence étendue, assisté du sieur Munier, Jean, Louis, +greffier assermenté, et en présence des sieurs Huchery, Maurice, +Paul, commis de 1<sup>re</sup> classe des affaires indigènes et +Cristofini, Pascal, Louis, instituteur, témoins,</p> + +<p>A comparu le sieur Albert Bonnel de Mézières, explorateur, +chevalier de la Légion d’honneur, chargé de mission par le +Gouvernement général de l’Afrique Occidentale française et par le +Gouvernement du Haut-Sénégal-Niger,</p> + +<p>Qui nous a présenté les débris recueillis par lui dans les +circonstances indiquées par les procès-verbaux ci-joints.</p> + +<p>Il a été fait de ces débris quatre paquets, savoir :</p> + +<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 1</em> : Un fragment de chaussette +ou de bas couleur cachou tramé laine et coton. Une boule d’alun +recouverte d’une couche de terre.</p> + +<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 2</em> : Cendres provenant d’un +foyer mis à jour<span class="pagenum" id="Page_57">[57]</span> à 0 +m. 30 sous le sable. Cendres d’un foyer contenant des débris de +vêtements.</p> + +<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 3</em> : Divers débris de fer +provenant de caisses ; divers débris de fer plus caractérisés +et provenant certainement d’une caisse.</p> + +<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 4</em> : Sable contenant des +débris impossibles à déterminer sur place.</p> + +<p>Ces quatre paquets, enveloppés dans de la toile blanche et +numérotés suivant l’ordre ci-dessus, ont été placés dans une caisse +en bois blanc qui a été en notre présence clouée et scellée de huit +cachets à la cire rouge portant l’empreinte ci-dessous.</p> + +<p class="space-above15">En foi de quoi nous avons délivré le +présent certificat pour valoir ce que de droit.</p> + +<div class="sign4"> +<p>Tombouctou, le 18 janvier 1911.</p> +</div> + +<div class="sign4"> +<p><em>Le commandant du cercle</em>,<br> +Signé : <span class="sc">Marc</span>.</p> +</div> + +<div class="sign4"> +<p><em>Le greffier</em>,<br> +Signé : <span class="sc">Munier</span>.</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h3 class="less"><span class="pagenum" id= +"Page_58">[58]</span><a id="app4j"></a><span class= +"bold">PROCÈS-VERBAL</span> +</h3> + +<p class="space-above15">« Remis à M. le médecin chef de +l’ambulance de Tombouctou deux caisses en bois blanc, l’une scellée +de treize cachets à la cire rouge et contenant des ossements qui +paraissent pouvoir être attribués au major Laing, et recueillis au +lieu dit Sahab ; et l’autre scellée de huit cachets à la cire +rouge et contenant divers débris recueillis au même endroit par M. +Bonnel de Mézières. »</p> + +<div class="sign4"> +<p>Tombouctou, 20 janvier 1911.</p> +</div> + +<div class="sign4"> +<p><em>Le commandant du cercle</em>,<br> +<span class="sc">Marc</span>.</p> +</div> + +<div class="sign3"> +<p>Pris en charge les deux caisses<br> +désignées ci-dessus.</p> +</div> + +<div class="sign3"> +<p><em>Le médecin chef de l’ambulance</em>,<br> +<span class="sc">Lefèvre</span>.</p> +</div> + +<hr class="chap"> + +<div class="figcenterplate iw5" id="app5"><span class="pagenum" id= +"Page_59">[59]</span> +<figure id="i17"><img src='images/i17.jpg' alt=''> +<p class="cp1">Itinéraire suivi par le major Laing.</p> + +<p class="small"><a href="images/i17.jpg"><em>(T. grande)</em></a> +</p> +</figure> +</div> + +<hr class="chap"> + +<h2 class="large"><span class="pagenum" id= +"Page_60">[60]</span><a id="toc"></a>TABLE DES MATIÈRES</h2> + +<hr class="decor width6"> + +<table class="toc"> +<tr> +<td> +</td> +<td> +</td> +<td class="tdr med">Pages</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top">I.</td> +<td class="tdl-top hang1">Alexander Gordon Laing</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#c1">1</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top">II.</td> +<td class="tdl-top hang1">La conquête de Tombouctou</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#c2">4</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top">III.</td> +<td class="tdl-top hang1">Le drame</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#c3">14</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td class="tdl-top">IV.</td> +<td class="tdl-top hang1">A la recherche des restes de Laing</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#c4">23</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td colspan="3" class="tdc sect bold">Pièces justificatives</td> +</tr> + +<tr> +<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Textes arabes découverts à +Araouan</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#app1">33</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Traductions de M. Houdas</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#app2">36</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Note concernant les +manuscrits</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#app3">39</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Pièces diverses</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#app4">41</a> +</td> +</tr> + +<tr> +<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Itinéraire de Laing au +Sahara</td> +<td class="tdr-bot"><a href="#app5">59</a> +</td> +</tr> +</table> + +<p class="space-above2"> +</p> + +<hr class="decor width20"> + +<p class="center small">LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET +C<sup>ie</sup>.</p> + +<p class="space-above2 x-ebookmaker-drop"> +</p> + +<div class="footnotes"> +<h2>NOTES :</h2> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class= +"label">[1]</span></a>« One of the finest fellows, with the +best tempered and most prepossessing countenance that he ever +beheld ». <em>Quaterly Review</em>, 1828, vol. XXXVIII, pp. +100 et suiv.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class= +"label">[2]</span></a>« In excellent health and spirits, and +enthusiastic in the cause of research ». <em>Quart. Rev.</em>, +art. cit.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class= +"label">[3]</span></a>« All fractures, from which much bone +has come away. One cut on my left cheek, which fractured the +jawbone and has divided the ear, forming a very unsightly +wound ; one over the right temple, and a dreadfull gash on the +neck, which slightly scratched the wind-pipe ».</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class= +"label">[4]</span></a>« When I was in a very weak state, +having hardly succeeded in overcoming the severe fever by which I +had been assailed, while as yet the corpses of my poor Jack and the +sailor were hardly cold, Hamed, unmindful of all laws of humanity +came to me and said he wished to go to Tuat with the Koffila. I +told him he might go. I blame nobody for taking care of his +carcass, so, in God’s name, let him go. I have given him a +meherrie, provision, etc. So that he departs like a sultan ». +<em>Quart. Rev.</em>, art. cit.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class= +"label">[5]</span></a>Barth, <em>Travels and discoveries in Central +Africa</em>. London, 5 vol. in-8<sup>o</sup>, 1858, t. IV, p. +455.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class= +"label">[6]</span></a>Voir : Lucien Marc-Schrader, Tombouctou +et le trafic Transsaharien, <em>in</em> : la <em>Revue de +Paris</em>, 15 mars 1912.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class= +"label">[7]</span></a>« My dear Emma must excuse my writing. I +have begun a hundred letters to her, but have been unable to get +through. She is ever uppermost in my thoughts, and I look forward, +with delight, to the hour of our meeting, which, please God, is now +at no great distance ». <em>Quart. Rev.</em>, art. cit.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class= +"label">[8]</span></a>René Caillé, <em>Journal d’un voyage à +Tombouctou et à Jenné</em>, Paris, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, 1830, +t. II, p. 348.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class= +"label">[9]</span></a>« In every respect... Timbuctu has +completely met my expectation ». <em>Quart. Rev.</em>, art. +cit.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class= +"label">[10]</span></a>« My destination is Segu, whither I +hope to arrive in fifteen days ; but I regret to say the road +is a vile one, and my perils are not yet at an end ». +<em>Quart. Rev.</em>, art. cit.</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class= +"label">[11]</span></a>L’athilé, éthel des Algériens, est le +<i>Balanites egyptiaca</i> Delib, le taborak des Touareg, le +séguéné des Soudanais (Renseignements de M. Aug. Chevalier).</p> +</div> + +<div class="footnote"> +<p><a id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class= +"label">[12]</span></a>Caillé, t. II, pp. 346-348.</p> +</div> +</div> + +<p class="x-ebookmaker-drop space-above2"> +</p> + +<div class="transnote"> +<h2>Note du transcripteur :</h2> + +<ul> +<li>Page <a href="#Page_IV">IV</a>, " aimablement à ma +dispo-tion " a été remplacé par " disposition "</li> + +<li>Page <a href="#Page_7">7</a>, note <a href="#Footnote_3">3</a>, +" slighly scratched the wind-pipe " a été remplacé par +" slightly "</li> + +<li>Page <a href="#Page_27">27</a>, " ould Molktar consentit à +parler " a été remplacé par " Moktar "</li> +</ul> +</div> +</div> +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78345 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/78345-h/images/cover.jpg b/78345-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..389eabc --- /dev/null +++ b/78345-h/images/cover.jpg diff --git a/78345-h/images/decor1.jpg b/78345-h/images/decor1.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d63990b --- /dev/null +++ b/78345-h/images/decor1.jpg diff --git a/78345-h/images/decor2.jpg b/78345-h/images/decor2.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4fd3d23 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/decor2.jpg diff --git a/78345-h/images/decor3.jpg b/78345-h/images/decor3.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fa2b396 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/decor3.jpg diff --git a/78345-h/images/i01.jpg b/78345-h/images/i01.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..190540a --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i01.jpg diff --git a/78345-h/images/i02.jpg b/78345-h/images/i02.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b38da47 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i02.jpg diff --git a/78345-h/images/i03.jpg b/78345-h/images/i03.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c2c9e61 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i03.jpg diff --git a/78345-h/images/i04.jpg b/78345-h/images/i04.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9240fec --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i04.jpg diff --git a/78345-h/images/i05.jpg b/78345-h/images/i05.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9e0112c --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i05.jpg diff --git a/78345-h/images/i06.jpg b/78345-h/images/i06.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..61e232b --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i06.jpg diff --git a/78345-h/images/i07.jpg b/78345-h/images/i07.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..085b84f --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i07.jpg diff --git a/78345-h/images/i08.jpg b/78345-h/images/i08.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0c3224b --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i08.jpg diff --git a/78345-h/images/i09.jpg b/78345-h/images/i09.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e40b26e --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i09.jpg diff --git a/78345-h/images/i10.jpg b/78345-h/images/i10.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..593a7dc --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i10.jpg diff --git a/78345-h/images/i11.jpg b/78345-h/images/i11.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0b70901 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i11.jpg diff --git a/78345-h/images/i12.jpg b/78345-h/images/i12.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6a8050c --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i12.jpg diff --git a/78345-h/images/i13.jpg b/78345-h/images/i13.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cc5c42e --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i13.jpg diff --git a/78345-h/images/i14.jpg b/78345-h/images/i14.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9bfc64b --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i14.jpg diff --git a/78345-h/images/i15.jpg b/78345-h/images/i15.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ec3b501 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i15.jpg diff --git a/78345-h/images/i16.jpg b/78345-h/images/i16.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f610817 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i16.jpg diff --git a/78345-h/images/i17.jpg b/78345-h/images/i17.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1b2adc9 --- /dev/null +++ b/78345-h/images/i17.jpg diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6c72794 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This book, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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