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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78345 ***
+ Le Major
+ A. GORDON LAING
+ (Tombouctou 1826)
+
+[Illustration : PLANCHE I
+
+Fig. 1. — Le major A. Gordon Laing.
+
+(d’après une gravure de S. FREEMAN phot. DONALD MACBETH, Londres).]
+
+
+
+
+ GOUVERNEMENT DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER
+
+[Décoration]
+
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES
+
+[Décoration]
+
+ Le Major
+ A. GORDON LAING
+ (Tombouctou 1826)
+
+[Décoration]
+
+ _Textes et documents nouveaux découverts à Tombouctou et Araouan_
+
+[Décoration]
+
+ Textes arabes traduits par M. O. HOUDAS
+ PROFESSEUR A L’ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES
+
+[Décoration]
+
+ _Lettre-préface de M. le Gouverneur CLOZEL_
+
+[Décoration]
+
+ PARIS
+ ÉMILE LAROSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ 11, rue Victor-Cousin, 11
+ * * * * *
+ 1912
+
+
+
+
+ _Dakar, le 20 juillet 1912._
+
+ _Le gouverneur Clozel à M. Bonnel de Mézières._
+
+ _MON CHER AMI,_
+
+_Vous avez bien voulu me demander quelques lignes de préface pour
+l’étude que vous consacrez au major Laing. Il fallait votre venue à
+Tombouctou pour liquider cette question. Comme vous l’avez très
+justement remarqué, les descendants des meurtriers du malheureux
+explorateur, les mieux placés pour nous renseigner sur ce qu’avaient pu
+devenir ses restes et ses papiers, redoutaient tout au moins le paiement
+d’une_ dia, _malgré le temps écoulé ; et c’est ce qui explique l’échec
+des tentatives antérieures faites par nos officiers et par M. Croomie,
+le précédent Consul général d’Angleterre. Vous aviez aussi cette chance
+de ne pas appartenir à l’Administration, tout en jouissant de son appui
+et de ses sympathies. C’était un grand point pour mettre les indigènes
+en confiance dans un cas pareil. Votre habileté et votre patience ont
+fait le reste._
+
+_Le major A. Gordon Laing est le premier Européen qui ait visité
+Tombouctou sans qu’on puisse contester l’authenticité de son voyage.
+Nous lui devons un modeste monument et un souvenir. Les restes du
+vaillant Ecossais reposent maintenant auprès de ceux des glorieuses
+victimes de notre conquête, dans le cimetière de Tombouctou. Ces héros
+morts à plus demi-siècle d’intervalle pour la cause de l’humanité et de
+la civilisation se trouvent ainsi réunis, grâce à vous, et leurs tombes
+devront être entourées des mêmes soins pieux par nous et par nos
+successeurs._
+
+ _CLOZEL._
+
+[Illustration : PLANCHE II
+
+Fig. 2. — Vue générale de Tombouctou : au premier plan, la Grande
+Mosquée.]
+
+
+
+
+ =Avant-Propos=
+
+ * * * * *
+
+
+Si j’ai eu la bonne fortune de réussir, alors que tant d’autres y
+avaient échoué, à reconstituer définitivement le dernier chapitre de
+l’histoire tragique du major Laing, je le dois surtout aux très nombreux
+concours que j’ai trouvés de toutes parts.
+
+Je dois nommer tout d’abord, en le remerciant respectueusement, M. le
+gouverneur général WILLIAM PONTY. Grâce aux heureuses initiatives et à
+la sage organisation financière qu’elle lui doit, l’Afrique Occidentale
+Française est maintenant en mesure d’organiser des recherches
+scientifiques désintéressées. C’est ainsi que j’ai pu être chargé de
+mission et contribuer à des travaux concernant l’histoire de la colonie.
+
+M. le gouverneur Clozel, dont on connaît la passion pour les travaux
+d’ordre historique, a bien voulu diriger personnellement mes recherches
+et me faire bénéficier de son inappréciable expérience.
+
+A Tombouctou, j’ai trouvé chez MM. les officiers et fonctionnaires
+l’accueil le plus favorable et le concours le plus empressé. Je tiens à
+adresser mes remerciements à MM. les colonels ROULET, GADEL et HUTIN et
+à M. le médecin principal LEFÈVRE.
+
+Comme commandant du Cercle de Tombouctou, M. le capitaine MARC a été
+pour moi un collaborateur précieux, grâce à son ascendant sur les
+indigènes et à sa compétence en matière de questions africaines.
+
+Je dois aussi exprimer toute ma reconnaissance à M. DUPUIS YACOUBA, dont
+la connaissance de la ville de Tombouctou et de la région du Haut-Niger
+est si souvent mise à contribution par les voyageurs ; une fois de plus,
+il s’est employé fort aimablement à me documenter ; les renseignements
+que je lui dois sur les recherches précédemment faites ont été pour moi
+des éléments de succès.
+
+M. le lieutenant MARTY, vétéran des régions nigériennes ; M.
+l’instituteur CRISTOFINI, créateur de l’école professionnelle de
+Tombouctou ; M. HUCHERY, le dévoué correspondant du Muséum, se sont mis
+fort aimablement à ma disposition, et je tiens à leur en exprimer ma
+gratitude.
+
+Pour la mise en ordre de ces notes, j’ai fait appel à l’aide de M. le
+professeur HOUDAS, qui a bien voulu traduire les textes arabes rapportés
+par moi d’Araouan, et de M. Maurice DELAFOSSE dont l’autorité est
+indiscutée en matière de langues soudanaises.
+
+Enfin je dois remercier l’_Illustration_, le _Monde Illustré_ et la
+_Dépêche Coloniale Illustrée_, qui ont consenti à me prêter quelques-uns
+de leurs beaux clichés.
+
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES.
+
+ Paris, septembre 1912.
+
+
+
+
+ CHAPITRE PREMIER
+
+ Alexander Gordon Laing
+
+
+Le futur héros de Tombouctou est né à Edimbourg, le 27 décembre 1794.
+Par sa mère, il appartenait à la vieille famille écossaise des Gordon,
+et il était le neveu de celui qui devait être plus tard l’illustre
+général Gordon, des Gordon Highlanders. Son père dirigeait un pensionnat
+et souhaitait de voir son fils lui succéder un jour. Mais le jeune Laing
+avait au plus haut point l’esprit aventureux et entreprenant des jeunes
+gens de sa génération, et, à 17 ans, il partait pour La Barbade où son
+oncle était alors en garnison. Peu de temps après, il put obtenir une
+commission d’enseigne dans le York Light Infantry.
+
+Capitaine après Waterloo, Laing partit, en 1820, pour Sierra-Leone, où
+le gouverneur Sir Charles Mac Carthy le prit comme aide de camp. Ce fut
+sous la direction de ce chef éminent que Laing apprit à connaître les
+indigènes et qu’il se mit à les aimer. C’était l’époque où l’Angleterre,
+à la suite des admirables campagnes de Wilberforce, se mettait
+résolument à la tête du mouvement anti-esclavagiste. Le gouverneur Mac
+Carthy, passionné pour cette noble cause, s’efforçait d’intervenir
+auprès des chefs indigènes, pour les persuader de chercher uniquement
+leurs ressources dans l’agriculture et le commerce, et de cesser toutes
+relations avec les négriers. Laing fut, en 1822, chargé par le
+gouverneur d’aller exposer cette politique aux chefs de l’intérieur. Il
+devait en même temps s’efforcer de résoudre le problème géographique
+alors si mystérieux des sources du Niger.
+
+Pendant une année entière, Laing visita le Timmani, le Kouranko et le
+Soulimané, et, malgré les épreuves que le dur climat de ce pays réserve
+aux voyageurs, malgré la fièvre qui le terrassa pendant de longues
+journées, malgré l’hostilité de certains chefs cupides et de mauvaise
+foi, le jeune capitaine réussit brillamment dans ses négociations. En
+même temps, il recueillait une riche moisson de renseignements
+géographiques qui lui permirent de donner une des premières bonnes
+cartes de la région de la Rokelle. Le livre dans lequel Laing a raconté
+son voyage est écrit d’une plume alerte et la lecture en est encore
+aujourd’hui très attrayante. Elle montre sous un jour des plus
+sympathiques la physionomie du jeune officier, plein d’une conviction
+chaleureuse pour la cause antiesclavagiste ; au milieu des dangers et
+des fatigues de son dur voyage, il ne perd pas un seul jour sa belle
+vaillance, sa patience inlassable et son intelligente énergie.
+
+La guerre des Achantis interrompit malheureusement Laing en pleine
+besogne. Le gouverneur lui enjoignit de rallier d’urgence son régiment.
+Sir Mac Carthy lui-même partit pour la Gold Coast d’où il ne devait pas
+revenir.
+
+[Illustration : PLANCHE III
+
+Fig. 3. — Maison habitée par Laing à Tombouctou.]
+
+Laing, très fatigué par le climat, dut bientôt rentrer en Angleterre, où
+le grade de major vint le récompenser de ses intéressants travaux.
+
+A peine rétabli, Laing ne songe qu’à repartir. Il s’est rendu compte de
+la difficulté qu’il y a pour un voyageur à pénétrer en Afrique en
+partant de la côte de Guinée, et il songe à prendre en quelque sorte le
+Soudan à revers. C’est par le Sahara qu’il veut passer, et c’est
+Tombouctou, la mystérieuse cité qu’aucun Européen n’a pu visiter encore,
+qu’il s’assigne comme objectif.
+
+Par la manière judicieuse dont il expose ses projets, par la chaleur
+communicative avec laquelle il montre l’intérêt des découvertes qu’il ne
+peut manquer de faire, il convainc Lord Bathurst et obtient, grâce à
+lui, l’autorisation de partir.
+
+Le 25 mai 1825, il débarque à Tripoli. Son but est d’aller de cette
+ville à Tombouctou et, de là, de descendre le Niger jusqu’à son
+embouchure. En même temps qu’il veut faire de l’exploration, Laing
+désire connaître un des principaux centres de la traite des noirs afin
+d’étudier sur place les mesures à prendre pour combattre le fléau qui
+ravage l’Afrique.
+
+C’est à Tripoli que se noua et que se termina la courte et tragique
+idylle de la vie du malheureux officier. Quelques semaines avant son
+départ, Laing épousait la fille du consul britannique de Tripoli, Miss
+Emma Warrington. Les deux jeunes gens éprouvaient l’un pour l’autre la
+passion la plus vive. C’est en pleine lune de miel qu’ils se séparèrent
+pour ne plus se revoir.
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ La conquête de Tombouctou
+
+
+Le 17 juillet 1825, le major Laing quitte Tripoli. Il emmène avec lui un
+matelot anglais, Harry, un serviteur arabe, Hamed et un boy noir nommé
+Jack, ancien esclave qu’il a affranchi et qui le sert avec un touchant
+dévouement. La caravane est admirablement organisée. De nombreux
+chameaux emportent les provisions, les armes, les munitions et les
+instruments. Aucun détail n’a été négligé. Laing, en véritable Africain,
+sait quelle importance a l’examen des détails les plus minutieux.
+
+Toute la colonie européenne de Tripoli est venue souhaiter bonne chance
+au hardi voyageur. C’est l’heure tragique des adieux. Laing, plein
+d’espoir, escompte que son absence ne sera que de quatre ou cinq mois et
+parle d’être de retour pour Christmas. Et, sous les yeux de Warrington
+et de sa fille, le convoi s’enfonce et disparaît sur la route de Beni-
+Ouled.
+
+Celui qui est chargé de conduire la caravane est un personnage assez
+mystérieux qui disparaîtra au cours du drame après avoir joué un rôle
+étrange. Il dit s’appeler Sheikh Babani. Le consul Warrington l’a
+souvent vu à Tripoli, et le dépeint comme « un des hommes les plus
+agréables qu’il ait jamais rencontrés, ayant un caractère égal et des
+manières prévenantes »[1]. Babani s’est donné comme un gros traitant
+faisant le commerce des caravanes. Il dit avoir habité Tombouctou
+pendant 22 ans et y avoir encore sa femme et ses enfants. Il s’est
+engagé à conduire le major jusqu’au Niger et prétend que le voyage se
+fera en deux mois et demi. A Ghadamès, Laing s’apercevra avec étonnement
+que cet homme, qui prétend, à Tripoli, n’être qu’un traitant, est
+ailleurs un très important personnage. On lui rend à Ghadamès les plus
+grands honneurs. Babani y commande en maître.
+
+[Illustration : PLANCHE IV
+
+Fig. 4. — Retour à Tombouctou des restes du major Laing.]
+
+Les routes n’étant pas sûres, Babani fait faire à la caravane un très
+long détour qui double la durée du voyage. On arrive le 21 août à Shate
+et seulement le 13 septembre à Ghadamès. La route directe n’a guère plus
+de 500 milles et Laing estime qu’on lui en a fait faire près d’un
+millier. La chaleur est terrible et le voyage à chameau au milieu du
+désert de sable est extrêmement pénible à cette saison.
+
+Bien reçu à Ghadamès, grâce à Babani, Laing se repose de ses fatigues.
+Malheureusement son matériel d’explorateur est déjà dans un piteux état.
+Par suite de la chaleur et du cahotement des bagages sur les chameaux,
+ce ne sont que tubes brisés, plaques d’ivoire éclatées, chronomètres
+arrêtés : c’est un désastre. Pour comble de malechance, un chameau,
+posant le pied sur la carabine du major en a brisé la crosse.
+
+Pendant un mois, Laing travaille à remettre en état son matériel. En
+même temps, il visite Ghadamès et en détermine la position astronomique.
+
+Laing se remet en route le 27 octobre, et arrive à In Salah le 3
+décembre. Il y reçoit le meilleur accueil, mais il doit y faire un
+nouvel arrêt de plus d’un mois. Ces retards extraordinaires ne
+paraissent pas avoir ralenti son entrain ni sa confiance en Babani. De
+celui-ci, il continue dans ses lettres à faire le plus grand éloge :
+« Babani, dit-il, veille sur moi comme un père. »
+
+Les Touareg, qu’il rencontre pour la première fois, intéressent beaucoup
+Laing, qui se voit demander sans cesse des conseils et des soins
+médicaux. Il distribue sa pharmacie de voyage « au mieux de ses
+connaissances ». Et quand il se remet en route, le 10 janvier, il est
+enchanté de l’hospitalité qu’il vient de recevoir. Quelques jours après
+son entrée dans le désert, il écrit une lettre à son beau-père le consul
+et se déclare : « en excellente santé physique et morale et toujours
+enthousiaste pour la cause de l’exploration »[2].
+
+La lettre partit pour le nord ; peu après commença la série des
+catastrophes qui devaient mettre fin à ce beau voyage, si bien préparé,
+et dont les débuts étaient si pleins d’heureuses promesses. La caravane
+avançait rapidement dans la région du Tanezrouft, afin d’atteindre les
+premiers puits de l’Azaouad. Le 21 janvier, elle fut rejointe par une
+bande de Touareg qui manifestèrent l’intention de faire route avec elle.
+C’étaient des Hoggar, aux allures de coupeurs de route. Laing dut, bon
+gré mal gré, accepter leur escorte. Le 26 janvier, la caravane campait
+au puits de Ouadi Ahnet. Vers minuit, Laing dormait dans sa tente.
+Coupant les cordes, et déchirant la toile, les Touareg se jetèrent tous
+ensemble sur le malheureux officier, qui fut couvert de blessures avant
+d’avoir pu saisir ses armes.
+
+[Illustration : PLANCHE V
+
+Fig. 5. — Ould Daman, petit-fils de l’assassin du major Laing.
+
+(debout au centre de la photographie)]
+
+C’est à Laing lui-même, guéri, on ne sait par quel miracle, que nous
+devons les détails qui montrent ce que fut l’acharnement de ces brutes.
+Laing dit avoir reçu 24 blessures, dont 18 graves. Il a eu 5 coups de
+sabre sur la tête et 3 sur la tempe gauche : « Partout des fractures,
+dont il est sorti beaucoup d’esquilles. Un coup de sabre sur la joue
+gauche m’a brisé la mâchoire et fendu l’oreille et fait une très laide
+blessure ; un autre m’a atteint la tempe droite et une terrible balafre
+sur le cou a frôlé la trachée artère »[3].
+
+C’est probablement à l’armement médiocre de ses ennemis que Laing dut
+d’éviter une blessure mortelle. Les Touareg ne se servent de la lance
+que comme arme de jet. Pour le corps à corps, ils emploient un sabre à
+lame large et mal trempée qui fait des entailles plus larges que
+profondes.
+
+Les Touareg pillèrent à leur aise les bagages et disparurent. Quelle fut
+l’attitude de Babani dans cette circonstance ? Laing, dans une lettre
+ultérieure, la juge avec certaines réserves, et le domestique Hamed qui
+fut interrogé plus tard à Tripoli, accuse formellement Babani. Il est
+cependant invraisemblable que celui-ci ait conduit si longtemps et si
+loin le Major, pour le faire assassiner lâchement. Il eut pu le faire
+sans danger pour lui dès Ghadamès, s’il l’eut voulu. En pays touareg,
+son influence devait être bien peu de chose, et il est probable que,
+devant les menaces des bandits, il dut assister impuissant à un
+spectacle qui lui faisait horreur. Loin d’abandonner son compagnon, il
+le releva après le départ des assassins, l’attacha sur son chameau, et
+parvint à l’amener vivant jusqu’au campement des Kountas de la tribu de
+Sidi Moktar. Le chef de cette tribu était alors le sheikh Sidi Mohammed.
+Celui-ci, dont on ne saurait trop louer en ces circonstances l’admirable
+conduite, recueillit la caravane, et fit donner à Laing des soins
+éclairés qui le ramenèrent à la vie. La générosité à l’égard d’un hôte
+était une tradition dans cette noble famille. Trente ans plus tard,
+c’est à la protection du fils de Sheikh Sidi Mohammed, le sheikh Ahmed
+el Bakay, que Barth devra la réussite de sa mission à Tombouctou.
+
+Trois mois après son arrivée au campement de Sidi Moktar, grâce aux
+soins dévoués dont il a été l’objet, Laing est complètement rétabli. Il
+se hâte d’envoyer aux siens de ses nouvelles, et c’est sur un ton
+presque plaisant qu’il conte ce qu’il appelle sa mésaventure, et qu’il
+annonce son complet rétablissement. Sa seule préoccupation est
+d’atteindre au plus vite Tombouctou, le premier but qu’il s’est assigné.
+Le sheikh, devenu son ami, s’engage à mettre tout en œuvre pour assurer
+la réussite de ses projets, et lui promet de le faire conduire vers la
+côte par le pays de « Mooschi » (Mossi ?).
+
+Mais la mauvaise chance s’acharne sur le malheureux Laing. Une épidémie
+de fièvre infectieuse s’abat sur le campement de Sidi Moktar. Babani
+meurt un des premiers. Puis c’est le sheikh lui-même qui disparaît.
+Laing tombe malade, et, en pleine fièvre, il a la douleur de perdre tour
+à tour le 21 juin son boy, le fidèle Jack, et, le 25, son matelot Harry.
+Son dernier serviteur Hamed, épouvanté des catastrophes qui s’abattent
+sur la mission, refuse de rester plus longtemps. Laing est obligé de le
+laisser, le 10 juillet, reprendre la route de Tripoli. Il faut citer les
+termes dans lesquels Laing lui-même commente cet incident. C’est
+l’avant-dernière lettre qui soit parvenue de lui : « Au moment où
+j’étais encore très faible, ayant à peine réussi à maîtriser le très
+grave accès de fièvre dont je venais d’être atteint, alors que les
+cadavres de mon pauvre Jack et du matelot étaient à peine froids, Hamed,
+insoucieux de toutes les lois de l’humanité, vint me dire qu’il voulait
+rentrer au Touat avec la caravane. Je lui ai dit qu’il pouvait s’en
+aller. Je ne blâme pas l’homme qui prend soin de sa carcasse. Aussi, au
+nom de Dieu, qu’il s’en aille. Je lui ai donné un méhari, des vivres,
+etc., et il part comme un sultan... »[4].
+
+Celui qui écrit ces lignes hautaines, absolument seul dans un pays
+inconnu et hostile, est presque sans ressources ; ses bagages ont été
+pillés ; lui-même, atrocement mutilé, est convalescent d’une terrible
+crise de fièvre ; ses serviteurs sont morts, et son unique ami et son
+seul protecteur vient de disparaître. Des maux de tête atroces, suite
+des coups de sabre qu’il a reçus sur le crâne, le tourmentent, et son
+bras mutilé lui occasionne les pires souffrances chaque fois qu’il veut
+écrire. Malgré tout, il n’a rien perdu de son ardeur à la découverte, et
+les obstacles dont la route de Tombouctou a pour lui été jalonnée, sont
+oubliés dès qu’ils sont franchis.
+
+Tant d’héroïsme devait frapper jusqu’aux indigènes eux-mêmes. Dans la
+tribu dont il était l’hôte, Laing avait conquis l’estime et l’admiration
+de tous. Et le souvenir est resté vivant chez les Kountas du « Raïs » à
+la haute stature, au caractère chevaleresque et à l’indomptable
+énergie[5].
+
+Enfin Laing allait être payé d’une partie de ses peines par un premier
+succès. Le 18 avril 1826, treize mois après son départ de Tripoli, il
+voyait enfin, sur leurs dunes de sable, se dresser les hautes maisons et
+les minarets de la ville mystérieuse qu’il était le premier Européen à
+contempler.
+
+[Illustration : PLANCHE VI
+
+Fig. 6. — Touareg de Tombouctou.]
+
+La tour carrée de Djingereiber, le minaret de Sidi Yaya et surtout le
+clocheton qui surmonte la mosquée au nom illustre de Sankoré produisent
+à qui vient du Sahara une impression inoubliable.
+
+Ce devait être alors un spectacle bien curieux que de trouver, aux
+confins du désert, cette cité grouillante de vie. Dans le port saharien
+qu’était la Tombouctou d’alors, le Maghreb et le Soudan prenaient
+contact et la ville reflétait, dans un curieux mélange, l’influence des
+deux civilisations.
+
+La raison d’être essentielle de Tombouctou était le marché aux esclaves,
+et là, sur la grande place, où s’entassait le bétail humain, les
+représentants de toutes les races africaines se coudoyaient. Les
+Sahariens : Touareg, Bérabich ou Kountas, y croisaient les gens du
+Maghreb : Tripolitains ou Marocains, et les Soudanais : Haoussas, Mandés
+ou Toucouleurs ; cependant que s’empressaient autour d’eux leurs hôtes
+Songhays, courtiers obséquieux et hôteliers avides.
+
+Ville de commerce et ville d’affaires, Tombouctou était aussi une
+bruyante ville de plaisirs. Le Saharien y trouvait les jouissances
+ardemment désirées pendant les longs mois de privations au désert et le
+Nigérien y entrevoyait une civilisation à lui inconnue, un luxe ignoré,
+digne, lui semblait-il, des mille et une nuits.
+
+Vivant à part, et s’efforçant d’ignorer ce monde avide ou frivole, une
+petite élite intellectuelle s’attachait à conserver l’ancienne tradition
+de la Tombouctou savante. Quelques très anciennes familles s’honoraient
+d’avoir pour chefs des hommes lettrés, chez qui les discussions les plus
+savantes avaient cours et qui connaissaient des sciences ignorées du
+vulgaire[6].
+
+C’est dans ce milieu que Laing eut l’heureuse fortune d’être introduit.
+Là, il put retrouver un peu la Tombouctou qu’avaient révélée à l’Europe
+les voyages d’Ibn Kaldoun et d’Ibn Batoutah ; là il put trouver les
+satisfactions intellectuelles capables de lui faire oublier les
+impressions pénibles que son cœur généreux ne dût manquer de ressentir
+devant l’odieux trafic des traitants. Peut-être eut-il la tristesse
+d’assister impuissant à l’envoi vers la misère et la déchéance
+définitive de malheureux provenant de ces régions de la Rokelle et du
+Kouranko, où il avait trois ans auparavant plaidé auprès des chefs
+indigènes la cause anti-esclavagiste.
+
+Bien accueilli, grâce à la recommandation du chef des Kountas, Laing se
+rendit d’abord chez le fils de Babani, qui lui procura un logement chez
+un Tripolitain du quartier de Baguindé.
+
+La maison où Laing a vécu, du 18 août au 22 septembre 1826, existe
+encore, et n’a pas été modifiée. Comme toutes les maisons de Tombouctou,
+elle comprend un rez-de-chaussée où sont les communs : cuisines,
+magasins, écuries, et aussi logement des serviteurs. Au premier étage
+trois chambres sont réservées pour l’habitation. Elles donnent sur une
+large terrasse d’où l’on embrasse le panorama de la ville. C’est là que
+se tenait Laing. C’est là sans doute qu’il s’est assis devant son
+papier, songeant à sa chère Emma, et essayant en vain de lui écrire des
+lettres rassurantes, alors qu’il sentait que les dangers s’accumulaient
+devant lui. C’est là qu’il a écrit sa dernière lettre qui se termine par
+ces mots : « Il faut que ma chère Emma m’excuse de la façon dont je lui
+écris. J’ai commencé cent lettres pour elle ; mais je n’ai pu en finir
+aucune. Elle est toujours au plus haut dans mes pensées et c’est avec
+délices que je pense à plus tard, à l’heure de notre réunion qui, si
+Dieu le veut, n’est plus maintenant très éloignée[7] ». Cette réunion
+qu’il souhaitait, Laing devait en effet l’obtenir, mais de toute autre
+manière. Au moment où il écrivait sa lettre, il n’avait plus que
+quelques jours à vivre. Quand la fatale nouvelle, longtemps discutée, de
+la mort du héros parvint à Tripoli, quand il fut certain qu’aucun espoir
+n’était plus possible, Emma Warrington Laing alla rejoindre son mari :
+elle mourut de chagrin dans les derniers jours de 1829.
+
+[Illustration : PLANCHE VII
+
+Fig. 7. — Femmes arabes de Tombouctou.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ Le Drame
+
+
+Le séjour à Tombouctou d’un homme tel que Laing n’a pas dû être
+infructueux, et ce sera toujours, pour la science, une perte irréparable
+que la disparition du journal et des notes de l’illustre voyageur.
+Pendant le mois que dura son séjour, nous savons qu’il leva le plan de
+la ville et qu’il étudia les manuscrits qu’y possèdent les lettrés. Sans
+aucun doute il connut le fameux Tarikh es Soudan que Barth a eu la
+gloire de révéler à l’Europe savante, et les nouveaux manuscrits qui
+viennent d’être découverts. Laing étudia aussi la question, alors si
+mystérieuse, du cours du Niger, et acquit la certitude qu’aucune
+communication n’existait entre le grand fleuve de l’ouest africain et le
+Nil. Il avait imaginé que la Volta pouvait être le cours inférieur du
+Niger, erreur sans doute, mais qui provenait d’une conception exacte de
+l’orientation réelle des deux branches du fleuve.
+
+Les explorateurs d’aujourd’hui, qui font le voyage de Tombouctou sur un
+confortable vapeur, et pour qui la route du port de Kabara à la grande
+ville est une agréable chevauchée de quatre milles à travers les
+mimosas, ne doivent pas oublier que Laing, pour aller voir le fleuve,
+dut mystérieusement sortir de la ville en pleine nuit[8], risquant à
+chaque pas de croiser une bande de Touareg qui sans doute ne l’auraient
+pas épargné.
+
+[Illustration : PLANCHE VIII
+
+Fig. 8 — Vue générale d’Araouan.]
+
+A Tombouctou comme ailleurs, Laing avait fait la conquête de tous ceux
+qui le connaissaient. Il est curieux de noter, d’après la tradition
+encore très vivante aujourd’hui, les qualités que les indigènes lui ont
+reconnues. Les Tombouctiens ont admiré chez Laing la belle prestance, la
+force physique et la haute élégance à cheval ; ils ont su également
+discerner combien était grande la noblesse des sentiments et la valeur
+morale de leur hôte.
+
+Dans le monde des lettrés et des savants, Laing ne compta bientôt que
+des amis. C’est sans doute au plaisir qu’il éprouva à pénétrer dans ce
+centre de haute culture intellectuelle et à y recevoir bon accueil,
+qu’il faut attribuer le passage de sa dernière lettre où il dit : « A
+tous égards, Tombouctou a complètement tenu ce que j’en attendais »[9].
+
+Ses amis Tombouctiens avaient déconseillé à Laing de descendre le Niger,
+et lui avaient offert de le faire conduire à Dienné. De là, il aurait pu
+tenter de regagner, par le Sénégal, les établissements français de
+Saint-Louis. A aucun moment Laing ne paraît avoir songé à visiter
+Oualata et c’est par erreur que certaines cartes font passer par ce
+point son itinéraire.
+
+Mais les Tombouctiens n’étaient que d’excellents commerçants ou de pieux
+lettrés. Ils n’avaient aucune force armée, et leur ville ouverte devait
+subir la protection des puissants du jour. Les fanatiques Toucouleurs
+commençaient alors d’étendre partout leurs conquêtes, qui devaient
+couvrir de ruines presque tout le bassin du Niger. De Bandiagara, sa
+capitale, le sultan Ahmed ben Mohamed Labo avait envoyé des
+reconnaissances vers Tombouctou, et déjà, dans toute la région, il
+parlait en maître. Ses espions lui eurent bien vite signalé le chrétien
+recueilli et protégé par les Kountas, à qui les gens de Tombouctou
+faisaient bon accueil. Le tyran cruel et fanatique, à l’esprit étroit,
+en conçut aussitôt de la jalousie et écrivit une lettre comminatoire au
+chef de la ville de Tombouctou, Ousman Alcayar, qui s’empressa d’obéir.
+Laing fut mis en demeure de retourner par où il était venu et de
+reprendre au plus vite la route d’Araouan.
+
+Cette nouvelle infortune ne pouvait décourager un homme tel que Laing.
+Après tant de projets élaborés en vain, il put trouver encore une autre
+combinaison, par laquelle il espéra échapper aux menaces des Toucouleurs
+et continuer quand même son voyage en le rendant fructueux pour la
+science. Feignant de renoncer à remonter le Niger, il fit ses
+préparatifs de départ pour Araouan ; mais son dessein était de se
+joindre à la première caravane qu’il rencontrerait, allant non plus vers
+Tombouctou, mais vers Sansanding. De là, il espérait atteindre Ségou et
+relier ses itinéraires à ceux de Mungo Park.
+
+Il fallut se mettre en route à la hâte ; la populace de Tombouctou,
+affolée par les menaces des Toucouleurs, exigeait maintenant le prompt
+départ du chrétien. Des bruits absurdes circulaient dans le peuple : on
+disait que l’étranger avait des fétiches avec lesquels il allait
+empoisonner tout le pays, et on le rendait responsable des décès les
+plus récents. Et surtout on répétait que la ville sainte était souillée
+par la présence d’un infidèle.
+
+Ces sortes de crises de fanatisme, dans lesquelles la haine et le mépris
+se donnent libre cours, ont toujours été, et sont encore à redouter chez
+les musulmans illettrés ; il faut de longs et patients efforts de la
+part des dirigeants les plus cultivés et les plus intelligents pour en
+éviter le retour.
+
+Laing n’était plus sans ressources. Une lettre de change, qu’il avait
+emportée de Tripoli, lui avait été payée à Tombouctou. Il put racheter
+des chameaux et se reconstituer un matériel de route. Mais les convois
+sur la route de Tombouctou à Araouan étaient alors, comme ils le sont
+encore aujourd’hui, une sorte de monopole de la tribu arabe des Bérabich
+(Barbooshi dans différents textes). Le chef de cette tribu était alors
+Ahmadou Labeida, musulman fanatique, à l’esprit borné. Sa mauvaise
+étoile mettait Laing à la merci d’un impitoyable ennemi des chrétiens.
+
+Le chef de Tombouctou, Ousman, confia Laing à Labeida, et celui-ci
+promit de conduire l’étranger jusqu’à Araouan. Il lui fournit un guide
+et le départ fut fixé au 22 septembre.
+
+Le 21 au soir, Laing écrivit à son beau-père le consul Warrington une
+lettre, qui devait être la dernière, et dans laquelle on sent, malgré le
+ton calme et qui veut être rassurant, les appréhensions du voyageur.
+« Ma destination est Ségou, où j’espère arriver dans quinze jours ; mais
+j’ai le regret de vous dire que la route n’est pas bonne et que mes
+périls ne sont pas encore terminés »[10].
+
+Le 22, à 3 heures du soir, la caravane se mit en route. Le major avait
+avec lui deux serviteurs : l’un nommé Bungola, était un ancien esclave
+que Laing avait libéré. L’autre, dont le nom nous est inconnu, était un
+jeune garçon arabe qui partagea le malheureux sort de son maître et dont
+les restes ont été retrouvés mélangés à ceux du major.
+
+Tout en cherchant une caravane allant à Sansanding, Laing s’éloignait
+rapidement, en suivant celle des routes d’Araouan qui passe le plus à
+l’ouest. Le 23, il était déjà à 30 milles de Tombouctou, au lieu dit
+Sahab, à mi-distance entre les puits de Laouessi et d’Agonégifal. La
+température à cette époque de l’année est extrêmement élevée, et Laing
+s’arrêta pour passer les heures les plus chaudes sous un athilé[11], qui
+seul donnait un faible ombrage au milieu de la plaine nue.
+
+Autour de Laing, c’est l’horreur grandiose du désert. Jusqu’à l’horizon
+s’étendent les sables, où les pluies d’hivernage viennent de faire
+pousser quelques maigres touffes d’herbes. C’est le commencement du
+Sahara, l’inconnu mystérieux des cartes d’alors. Et précisément, à côté
+du voyageur qui se repose au milieu de ces effrayantes solitudes, voici
+les précieux documents qu’attend toute l’Europe savante. Les notes de
+Laing vont permettre de compléter les cartes, de mettre à jour les
+géographies, de faire faire à la science un pas de plus en avant. Et
+Laing, en songeant à l’œuvre utile déjà accomplie, oublie toutes ses
+misères pour ne songer qu’aux joies glorieuses du retour. Qu’importent
+les blessures dont les cicatrices couturent son visage ; qu’importent
+les souffrances passées et les dangers de l’avenir : l’officier anglais
+peut songer avec une consolante fierté à la façon dont il a rempli la
+tâche qui lui était confiée.
+
+[Illustration : PLANCHE IX
+
+Fig. 9. — Une caravane au Sahara.]
+
+Soudain, le bruit d’une galopade le réveille. La petite caravane est
+vite debout. Quatre cavaliers s’approchent. Laing reconnaît le chef des
+Bérabich qu’il a quitté à Tombouctou l’avant-veille. Celui-ci est
+accompagné de Mohammed Faradji ould Abdallah et de deux inconnus. Laing
+est sans défiance ; il a été recommandé aux Bérabich par le chef de
+Tombouctou lui-même, et chacun sait que le pacha de Tripoli l’a
+accrédité auprès de tous les sheikhs du désert. Surtout Laing a la
+parole de Labeida, et sa grande âme ne peut même pas concevoir l’idée de
+la trahison. Cependant, on s’adresse au major sur un ton menaçant qui
+l’étonne. Ahmadou Labeida s’est renseigné à Tombouctou sur les
+dispositions des Toucouleurs et sur celles des gens de la ville et il a
+compris que nul désormais n’était favorable au chrétien. Le dévot cruel
+a deviné qu’on lui saurait même gré d’un crime que personne n’a osé
+commettre. La foule ignorante et fanatisée se reproche son engouement
+des jours précédents pour le héros qui l’avait désarmée et séduite. Et
+c’est avec soulagement qu’elle a vu Labeida partir en hâte pour
+rejoindre et pour assassiner celui qui s’est placé sous sa sauvegarde.
+
+L’élite intellectuelle de la ville, les anciens amis de Laing, ceux avec
+qui il avait passé de longues heures à discuter les saints principes du
+Coran et la question de la tolérance à l’égard des chrétiens, eurent
+peur devant la poussée populaire, et, au mépris de toute dignité, ils
+laissèrent faire.
+
+On sent très bien aujourd’hui, quand on cause de ces heures tragiques
+avec les petits-fils de ceux qui manquèrent alors aux plus nobles
+traditions de l’Islam, un sentiment de gêne et comme de remords.
+
+L’insulte à la bouche, Ahmadou Labeida s’avance vers Laing. Il ose le
+sommer de se faire musulman. Laing répond avec la hauteur qui convient.
+Tout aussitôt le Bérabich ordonne à un de ses gens de mettre à mort le
+chrétien. Les hommes hésitent et d’abord refusent ; la belle attitude du
+major leur en impose encore. Le sheikh insiste ; deux serviteurs
+s’emparent de Laing et lui immobilisent les bras. Ahmadou Labeida plonge
+de toute sa force une lance dans la poitrine du malheureux sans défense.
+C’est le signal du massacre : Faradji achève le major et lui tranche la
+tête ; un des serviteurs est tué sur le corps de son maître, l’autre est
+blessé. Le sheikh donne aussitôt l’ordre de détruire tous les bagages.
+Dans l’esprit de cette homme borné, tout ce qui a appartenu à un
+chrétien peut renfermer des fétiches redoutables. Et devant lui on
+rassemble en un tas tout ce que ces ignorants jugent si dangereux :
+vêtements, instruments et surtout livres et papiers, et l’on y met le
+feu. A côté du cadavre du martyr, s’envolent en fumée les pages
+précieuses de ses cahiers de notes. Le premier plan de Tombouctou, les
+observations scientifiques, les itinéraires, les copies de manuscrits
+arabes flambent, pendant que les meurtriers, joignant le bouffon au
+tragique, se bouchent le nez avec des gestes d’effroi pour éviter d’être
+empoisonnés par les fétiches du major. C’est un second assassinat qui
+s’achève, c’est l’œuvre de sa vie que l’on détruit après avoir pris au
+malheureux sa vie elle-même.
+
+[Illustration : PLANCHE X
+
+Fig. 10. — Mohammed el Moktar.]
+
+Quand tout fut consumé, on enfouit sous le sable les cendres du foyer.
+Les serviteurs de Labeida s’arrangèrent cependant pour avoir une part de
+butin. Ils ne craignirent pas d’être empoisonnés par l’or de leur
+victime, et gardèrent pour eux les quelques pièces de monnaie qu’ils
+trouvèrent dans l’une des caisses. On dit même qu’Ahmadou Labeida
+accepta pour sa part une breloque en or ayant appartenu à Laing et qui
+figure un petit coq. Ce bijou serait encore entre les mains de Mehemed
+ould Mehemed, le petit-fils de l’assassin, dont nous parlons plus loin.
+
+Pour que l’insulte fût complète, les cadavres de Laing et de son
+serviteur furent abandonnés sans sépulture au pied de l’athilé, et les
+oiseaux en firent leur proie. Quelques jours plus tard, un Bérabich
+nommé Brahim ould Oumar ould Salah, de la tribu des Ouled Sliman,
+passant auprès de l’athilé, vit des débris humains dont les oiseaux de
+proie becquetaient les lambeaux ; sans savoir ce qui s’était passé, il
+les enterra au pied de l’arbre. Cet homme apprit plus tard à qui il
+avait ainsi rendu les derniers devoirs et il s’écria : « J’ai cru
+enterrer les restes d’un musulman. Si j’avais su que c’étaient ceux d’un
+chrétien, je les aurais laissés tels quels ».
+
+Ainsi périt, à l’âge de 32 ans, un des hommes les plus merveilleusement
+doués pour l’exploration africaine qu’ait connu le XIXe siècle.
+Convaincu de la noblesse de son rôle, se regardant comme le représentant
+de la civilisation européenne, Laing, par son respect de lui même,
+commandait le respect et l’admiration des indigènes. Parmi tant de
+vaillants qui ont donné leur vie pour la cause africaine, une place
+d’honneur doit être réservée au conquérant de Tombouctou, qui fut un
+héros et un martyr.
+
+[Illustration : PLANCHE XI
+
+Fig. 11. — Marchand de sel de Tombouctou et sa famille.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ A la recherche des restes de Laing
+
+
+En Europe, le monde savant avait suivi avec intérêt la marche de Laing.
+On sait avec quelle passion l’étude de la géographie africaine fut
+entreprise au début du XIXe siècle. Anglais, Français, Allemands et
+Italiens rivalisèrent d’héroïsme pour couvrir de leurs itinéraires
+nouveaux les grands espaces blancs qui occupaient alors le centre des
+meilleures cartes. Tombouctou la mystérieuse était un des objectifs les
+plus visés, et la nouvelle de l’heureuse marche de Laing dans cette
+direction avait été saluée avec enthousiasme. Mais des rumeurs
+pessimistes ne tardèrent pas à circuler. A la suite de l’attaque de
+janvier 1826, on crut à la mort du voyageur. Puis des lettres de lui
+parvinrent et rassurèrent un peu. Mais le domestique Hamed, qui revint à
+Tripoli en octobre 1826, apporta des nouvelles si effrayantes, bien
+qu’il eût laissé son maître en vie, que l’inquiétude fut générale au
+sujet du succès de la mission.
+
+Le consul Warrington pria le pacha de Tripoli de lui procurer des
+renseignements tout à fait précis par l’intermédiaire des autorités de
+Ghadamès. Les réponses parvinrent au mois de mars 1827. Les premières
+portaient que Laing, attaqué et blessé par les Touareg, avait pu se
+rétablir, et qu’il était entré à Tombouctou. Les secondes, reçues par le
+pacha à Tripoli le 31 mars, donnaient, avec tous ses détails, la
+nouvelle de la catastrophe finale.
+
+Peu après, le domestique Bungola, de retour à la côte, vint apporter sa
+déposition de témoin oculaire de l’assassinat.
+
+Le consul Warrington déploya, dans ces tristes circonstances, l’activité
+la plus intelligente et la plus ingénieuse. Ayant perdu tout espoir de
+revoir son malheureux gendre, il s’attacha à chercher si quelque chose
+pouvait être sauvé de son œuvre, et, de tous les côtés il envoya à la
+découverte pour savoir ce qu’étaient devenus les papiers du major Laing.
+
+Comment ne sut-on pas alors que ces papiers avaient été brûlés à Sahab ?
+Il est probable que les musulmans les plus intelligents, qui furent
+précisément ceux à qui s’adressa le consul Warrington, déploraient en
+leur for intérieur le crime de Labeida et les circonstances odieuses et
+ridicules dont il fut entouré. Ils n’osèrent avouer qu’un de leurs
+coreligionnaires avait brûlé comme un fétiche dangereux l’œuvre d’un
+savant chrétien, et leurs réponses dilatoires empêchèrent la vérité
+d’être connue.
+
+Caillé rapporta quelques renseignements nouveaux qui précisèrent
+l’attitude d’abord favorable des gens de Tombouctou et la tyrannie
+exercée dans cette ville par les Toucouleurs[12]. Tout en donnant à
+Caillé la récompense que méritait son extraordinaire voyage, la Société
+de Géographie de Paris s’honora en décernant à Mme Laing, en souvenir de
+son mari, la Grande Médaille d’or de la Société.
+
+Puis le silence se fit. L’oubli vint. Barth, puis Lenz, essayèrent tour
+à tour de savoir si réellement il existait encore des manuscrits laissés
+par Laing : ils ne reçurent que des renseignements erronés.
+
+Une enquête approfondie menée par Duveyrier ne révéla aucun fait
+nouveau.
+
+On pouvait espérer que l’occupation de Tombouctou par les Français, en
+1894, permettrait de percer à jour ce mystère. Et cependant, pendant
+quinze ans les recherches, menées avec le plus grand soin, n’aboutirent
+à aucun résultat.
+
+La raison du mutisme des indigènes s’explique par une disposition de la
+loi coranique qui spécifie que le prix du sang, la Dia, peut être
+réclamé après plusieurs générations. Le chef actuel des Bérabich,
+Mehemed ould Mehemed est le petit-fils d’Ahmed Labeida. C’est un
+vieillard rusé et sournois, très énergique, dont le prestige est
+considérable dans toute la région de Tombouctou et à qui on n’aurait pas
+volontiers osé créer des ennuis. Au début de 1910, il se mit en
+rébellion ouverte contre le Gouvernement français et s’enfuit au Maroc.
+La situation était alors plus favorable pour faire une enquête. M. le
+gouverneur Clozel, lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, qui
+s’attache avec tant de zèle et de compétence à l’étude scientifique des
+pays du Niger, cherchait depuis longtemps a pénétrer le mystère de la
+mort de Laing. Il choisit cette circonstance pour me charger d’une
+mission d’études à ce sujet, pendant le voyage que je devais faire à
+Tombouctou, Araouan et Taoudénit.
+
+Muni de lettres de recommandation des confréries religieuses Senoussia
+et Tidjania, je visitai à Tombouctou et à Araouan les chefs et les
+principaux personnages. Comme il m’était possible de m’exprimer en arabe
+avec eux, j’eus vite fait de les mettre en confiance. Après leur avoir
+donné l’assurance, au nom du gouverneur, qu’aucune représaille ne serait
+exercée, je leur demandai de me procurer tous les renseignements
+possibles au sujet du major Laing ; je m’attachai à leur faire
+comprendre que ces recherches n’avaient qu’un but historique, auquel
+s’intéressait de façon toute spéciale M. le lieutenant-gouverneur
+Clozel, dont le nom est si populaire à Tombouctou.
+
+Arouata, chef des Kel Araouan, son fils aîné Sheikh Arouata, Sidi Ali,
+cadi d’Araouan, et Ahmed Baba, cadi de Tombouctou, consentirent à me
+seconder dans mes recherches et à me communiquer les Annales que l’on
+tient à Araouan. Dans ces documents, qui portent le nom de Tarikhs, on
+note au jour le jour les principaux événements, et chacun tient pour
+dignes de foi ces récits dont l’étude est du plus haut intérêt. Je
+trouvai dans deux Tarikhs d’Araouan le récit de la mort de Laing. J’en
+pus prendre copie et j’en donne ci-dessous la traduction.
+
+Ces indications étaient précieuses. Mais, pour qu’elles fussent
+complètes, il fallait connaître l’emplacement de l’arbre au pied duquel
+avait été tué le major. Sheikh Arouata me mit alors en rapports avec un
+vieillard bérabich nommé Mohammed ould Moktar. Cet homme, âgé de 82 ans,
+est le propre neveu d’Ahmadou Labeida. Il a été élevé par celui-ci et
+connaît l’histoire de la mort de Laing, que son oncle lui a contée. Mis
+en confiance, Mohamed ould Moktar consentit à parler. Je crois bien que
+le désir d’être désagréable à Ould Mehemed, contre qui il nourrit une
+ancienne et féroce haine, fut un des principaux mobiles qui lui firent
+me dicter le récit figurant ci-dessous aux pièces justificatives.
+Mohammed déclara qu’il connaissait très bien l’arbre en question, et que
+Faradji le lui avait souvent montré quand ils faisaient ensemble la
+route entre Araouan et Tombouctou.
+
+[Illustration : PLANCHE XII
+
+Fig. 12. — A Sahab. L’arbre au pied duquel a été assassiné Laing.]
+
+Malgré son grand âge, Mohammed, qui jouit d’une excellente santé,
+accepta de me servir de guide et promit de me conduire à Sahab et à
+l’arbre athilé.
+
+Rentré à Araouan le 12 décembre, je trouvai Mohammed prêt à partir et
+Sheikh Arouata décidé à nous accompagner. Nous nous mîmes en route, et,
+le 21 décembre, nous étions à Sahab.
+
+Le lieu dit Sahab se trouve sur la route d’Araouan à Tombouctou, à 30
+milles au nord de cette ville. C’est une vaste dépression, où le sable,
+mélangé d’argile, conserve quelque humidité après l’hivernage. Dans le
+lointain, le massif de Tadrant élève ses pics rocheux au-dessus des
+plaines environnantes.
+
+Des fouilles furent immédiatement entreprises au pied de l’athilé. Le
+22, dans la matinée, un des travailleurs mit à découvert à 1 m. 25 de
+profondeur et à 0 m. 50 du pied de l’arbre, différents ossements :
+morceaux de crâne, sections de vertèbres, etc... Puis, peu après, dans
+un rayon de quelques mètres, l’emplacement d’un foyer, des débris de
+caisses, un morceau d’alun et un morceau de chaussette cachou.
+
+Nous regagnâmes Tombouctou et, accompagné des différentes personnes
+ayant assisté aux fouilles, je me présentai devant le lieutenant Marc,
+commandant le cercle de Tombouctou, à qui je fis une déclaration
+officielle du résultat de mes recherches.
+
+Les ossements recueillis furent soumis à l’examen de M. le médecin-major
+de première classe Lefèvre, des troupes coloniales ; mais par suite des
+moyens rudimentaires dont on disposait, cet examen ne fut que
+superficiel. Le docteur constata qu’on se trouvait en présence des
+restes de deux individus : un adulte présentant les caractères d’un
+Européen, et un adolescent. Un des crânes portait une large trace de
+sang prouvant qu’il s’agissait d’un homme décédé de mort violente.
+
+Mohammed ould Moktar me confirma que, des deux serviteurs qui
+accompagnaient Laing au moment de sa mort, l’un avait été blessé et
+ramené à Tombouctou. L’autre avait eu le sort de son maître.
+
+Les ossements furent séparés et mis en bière.
+
+Aussitôt que fut connue à Tombouctou la nouvelle de l’exhumation des
+restes du major Laing, toute retenue cessa de la part des indigènes. Il
+me devint possible de terminer mon enquête et de reconstituer toutes les
+circonstances du drame. C’est ainsi que j’ai pu connaître la part exacte
+prise par Ahmadou Labeida dans un crime dont il fut l’exécuteur, mais
+dont Tombouctou toute entière fut complice. Comme je l’ai dit plus haut,
+aux yeux des musulmans, le prix du sang peut toujours être réclamé aux
+descendants d’un meurtrier, et chacun croyait les Européens décidés à
+venger sur Ould Mehemed le meurtre commis par son grand-père. Les
+Tombouctiens n’osaient attirer un châtiment sur un coupable puissant,
+dont tous d’ailleurs se sentaient complices. Lui étant mis hors de
+cause, tout devint facile et les langues se délièrent.
+
+Le récit que je donne ci-dessus est le résumé de longues conversations,
+toutes concordantes, que j’ai eues à Araouan et à Tombouctou. Aucun
+doute ne peut plus subsister aujourd’hui sur les circonstances qui ont
+entouré la mort de Laing et la destruction de ses papiers.
+
+[Illustration : PLANCHE XIII
+
+Fig. 13. — L’auteur à Tombouctou en 1910.]
+
+Le résultat négatif de mes recherches fixe quand même un point
+d’histoire. A ce titre il ne serait donc pas à dédaigner. Mais ma
+satisfaction la plus grande a été de pouvoir rendre un suprême et public
+hommage à Laing dans la ville même qui fut témoin de sa vaillance et de
+son amour de la science.
+
+Le Gouvernement britannique a été mis au courant officiellement de la
+découverte faite à Sahab, et les autorités françaises conservent
+actuellement à Tombouctou le précieux dépôt des restes du major Laing.
+Ces débris humains sont bien peu de chose, et plus que jamais l’on peut
+répéter en les regardant :
+
+
+ « Quot libras in duce tanto invenies ».
+
+
+Mais l’œuvre pour laquelle Laing a donné sa vie est aujourd’hui
+accomplie. La traite des noirs a cessé, et le honteux marché aux
+esclaves, qui déshonorait Tombouctou, a disparu. Il y a quelque chose de
+touchant à constater que les indigènes, après tant d’années, ont
+conservé la mémoire du héros au noble cœur qui a donné sa vie pour leur
+faire avoir plus de bonheur et plus de liberté.
+
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES.
+
+[Illustration : PLANCHE XIV
+
+Fig. 14. — Les fouilles qui ont amené la découverte des restes de Laing
+à Sahab (décembre 1911-janvier 1912).]
+
+
+
+
+ =PIÈCES JUSTIFICATIVES=
+
+
+
+
+ =1er manuscrit.=
+
+ _Texte remis à Araouan à M. Bonnel de Mézières._
+
+
+الحمد لله رب العالمين وصلاته وسلامه على سيد المرسلين وعلى ءاله وصحبه
+اجمعين * وبعد فقد وجدت فى رسوم اوائلنا المتقدمين بخط مشابه لخط جدنا
+القاضى سيدي احمد القاضى بن سيدى محمد بن سيدى امحمد بير ما نصه بعد تعداد
+اعوام قبل اعنى بعد تعداد وقائع اعوام قبل ذالك قال وفى عام احدو اربعين
+بعد المايتين والالف وهو العام الذى تامر فيه وتقيد عثمان بن القائد ببكر
+بعد موت اخيه امحمد بن القائد ببكر وذالك لان امحمد تولى بعد موت ابيه
+القائد ببكر المذكور المتوفى فى اواخر الثلاثين قبل نصر الشيخ احمد لب
+للدين بثلاثة اعوام فمكث اعنى امحمد فى الامارة عشرة اعوام وهو امير مبارك
+سيد فاضل سخى باذل حتى لقب بسيد فتوفى رحمه الله تعالى فتولى بعده اخوه
+عثمان المذكور فى عام واحد واربعين وفى ذالك العام جاء نصرانى من ڭنس
+الانكليز من جهة المشرق حتى دخل تينبكت فلم يقدر ان يتعدى للسودان خوفا من
+افلان لان ذالك زسن اوائل انتصار الشيخ احمد لب للدين الا انه لم يبلغ حكمه
+تينبكت لان حكمه لم يبلغ تينبكت الا فى زمن عثمان فى نيف واربعين فلما دخل
+تينبكت مكث فيها ما مكث مستخفيا فخرج منها متوجها لجهة اروان فركب الشيخ
+احمد بن اعبيد رئيس البرابيش يومئذ وسيدها فى طائفة من قومه فلحقه به اعنى
+تلاحق به عند السهب موضع فى طريق اروان وقد كان نازلا عند طلحاية رحال
+نزلها يرصده فمكث زمنا حتى خرج فتبعه حتى ادركه عند السهب المذكور فقتله
+هنالك ضحوة يوم الثلاثاء فى اليوم الثالث من شهر الله شوال العام المذكور
+وقتل عند اتيلة غربى المجبد اعنى وسط النهج اعنى ڭبلة الامرائر بلغة العامة
+فاما الشيخ احمد وعلية اصحابه فما حازوا على متاعه ولا قربوا منه واما
+السفلة فانهم اتوا دبشه وقماشه فلم يجدوا عنده سوى صندوقين ففتشوهما فما
+وجدوا سوى بضع عشرة ريالة من الريال فاخذه بعضهم خفية واسره فى بضاعته فلم
+يطلع عليه الا بعد ذالك وغير ذالك من متاعه دفتره بعد ما احرقوه بجميع ما
+فيه من كواغد ورسوم وكنانيش وصندوق وغير ذالك فلم يقبل احمد ان يصحب احدا
+منهم شىء من متاعه سوى ما اسره احد فى بضاعته لم يعلم به وقد قيل والله
+اعلم انه انما قتله باذن من امراء الارض من رمات وتوارق وهذا هو الحق الذى
+لامرية فيه كما بلغنا بالتواتر لان احمد ليس له قدرة على ان يقتل من امنه
+التوارق والرمات كما هو معلوم وقد جاء قبل هذا الانكليز نصرانى اخر قيل انه
+فرنصاوى حتى وصل تينبكت فكر راجعا ولم يـ كيدا ولا تعرض له احد وذالك فى
+زمن امحمد بن القائد ببكر اخى عثمان المذكور انتهى باختصار وبه كتب من نفله
+من الخط المذكور بتاريخ تقدم وتاحر هذه النسخة لشهر الله ذى الحجة الحرام
+حاتم عام ١٣٢٨ عبيد ربه عال بن عمر بن احمد بن محمد بن محمد بير لطف الله
+بالجميع والمسلمين ءامين ءامين ءامين
+
+
+_Le passage qui va suivre est bien de la même écriture que le reste du
+contexte, mais rien n’indique s’il en faisait partie ou s’il a été
+ajouté par le scribe._
+
+
+وانما لم يقبل احمد ان يصحبهم شىء من متاعه لانه معتقد انهم سحرة وانه متى
+صحبه ذالك اصابه السحر والله اعلم صح
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =2e manuscrit.=
+
+_Extrait d’une chronique d’Araouan donnant la liste des principaux
+événements de cette localité de l’année 1044 de l’hégire à l’année
+1268._
+
+
+وفى عام احدى واربعين بعد المائتين و الف جاء رجل من الانڭليز للسودان واخذ
+الامان من فلان وغيرهم فى تنبكت وخرج قاصدا اروان حتى بلغ السهب خرج فى
+اثره احمد الاعبيد فى قومه حتى لحقوا به فى السهب عند اتيل ڭبلة المجبد
+فقتلوه هناك يوم الثلثاء ضحوة فى ثلاثة خلت من شهر الله شوال عام احدى
+واربعين بعد المائتين و الف و حرقوا متاعه والله اعلم
+
+
+_(L’orthographe de l’original a été exactement reproduite.)_
+
+
+
+
+ =1er Manuscrit=
+
+ _Traduction Houdas_
+
+
+Louange à Dieu, maître des Mondes. Son salut et sa bénédictions soient
+sur le seigneur des Envoyés, sur sa famille et sur tous ses Compagnons.
+
+Dans les archives de mes ancêtres, j’ai trouvé, tracé avec une écriture
+ressemblant à celle de mon grand-père le cadi Sidi Ahmadou, fils de Sidi
+Mohammadou, fils de Sidi Mahmadou Bîr, un texte dont voici la teneur et
+qui faisait suite à l’énumération des années précédentes, c’est-à-dire à
+l’énumération des événements des années précédentes.
+
+En l’année mil deux cent quarante et un, Otsman, fils du caïd Bou Bakar,
+fut nommé émir et caïd après la mort de son frère Mahmadou, fils du caïd
+Bou Bakar. Mahmadou avait été investi du pouvoir après la mort de son
+père, le caïd Bou Bakar susdit, qui mourut dans les derniers jours de
+l’année trente, trois ans avant que le cheikh Ahmadou Lebbo eût fait
+triompher la foi. Mahmadou demeura dix ans au pouvoir. Ce fut un prince
+béni, un seigneur éminent, libéral, généreux, aussi mérita-t-il d’être
+surnommé Seyyid (seigneur). Il mourut (Dieu lui fasse miséricorde !) et
+eut pour successeur son frère Otsman qui fut investi du pouvoir en
+l’année quarante et un.
+
+Ce fut cette même année qu’un chrétien de nationalité anglaise arriva de
+l’est et entra à Tombouctou ; mais il ne put dépasser cette ville pour
+entrer dans le Soudan par suite du danger qui pouvait résulter pour lui
+des Peuls, car ceci se passait à l’époque des premiers succès du cheikh
+Ahmadou Lebbo en faveur de la foi, mais avant que son autorité eût
+atteint la ville de Tombouctou. En effet son autorité ne s’étendit sur
+Tombouctou que du temps d’Otsman en quarante et quelque. Entré dans
+Tombouctou, l’Anglais y séjourna un certain temps en se tenant caché. Il
+quitta ensuite cette ville se dirigeant vers Araouan. Le cheikh Ahmadou
+ben Abeïda, chef et seigneur des Berâbich à cette époque, monta aussitôt
+à cheval à la tête d’un groupe de ses contribules et l’atteignit, ou
+pour mieux dire arriva près de lui près de Es-Sohb, localité sise sur la
+route d’Araouan. Comme l’Anglais était campé à Telhaïat-arahhal, le
+cheikh y campa également pour le guetter. Après être resté un certain
+temps en cet endroit, l’Anglais se remit en marche. Le cheikh se mit
+alors à sa poursuite, l’atteignit à Es-Sohb ci-dessus indiqué et le mit
+à mort en cet endroit dans la matinée du mardi, le 3 du mois de Chaoual
+de l’année précitée. Le meurtre eut lieu près d’un petit éthel à l’ouest
+du sentier, c’est-à-dire au milieu de la route, à Gueblat-el-meraïr
+comme on dit vulgairement.
+
+Ni le cheikh Ahmadou, ni les notables qui l’accompagnaient ne mirent la
+main sur les bagages de l’Anglais et ne s’en approchèrent ; mais les
+gens du peuple se portèrent vers les bagages et les effets et trouvèrent
+seulement deux caisses qu’ils fouillèrent et dans lesquelles ils ne
+découvrirent qu’une dizaine de pièces d’argent. L’un d’eux s’en empara
+en secret et les dissimula dans ses bagages, mais personne ne s’en
+aperçut sur le moment et on ne l’apprit que plus tard. Tout le reste des
+bagages fut enfoui dans le sol après qu’on eût mis le feu aux papiers,
+documents et albums qui en faisaient partie, ainsi que la caisse et le
+reste des objets. Ahmadou n’avait pas voulu qu’aucun de ses compagnons
+emportât quoi que ce fut des bagages et on n’emporta en effet que ce que
+l’un d’eux avait dissimulé dans ses bagages à l’insu du cheikh.
+
+On assure, — et Dieu sait mieux que personne si cela est vrai, — que le
+meurtre n’eut lieu qu’avec l’assentiment des princes du pays Roumat ou
+Touaregs. Et cela ne saurait être mis en doute, comme on nous l’a répété
+à maintes reprises, car Ahmadou n’avait pas un pouvoir tel qu’il put
+mettre à mort quelqu’un qui aurait eu l’aman des Touaregs ou des Roumat,
+ainsi que chacun sait.
+
+Avant l’arrivée de cet Anglais un autre chrétien, un Français, dit-on,
+vint au Soudan et entra à Tombouctou. Il s’en retourna sans être molesté
+et sans que personne lui fit obstacle. C’était sous le règne de Mahmadou
+ben El-caïd Bon Bakar, le frère d’Otsman ci-dessus indiqué.
+
+Ici se termine cet extrait sommaire, qui a été copié sur le manuscrit
+indiqué ci-dessus et rédigé à une époque antérieure à la date de la
+présente copie, faite au mois de Dzou’l-hiddja le sacré, le dernier mois
+de l’année 1328, par l’humble adorateur de Dieu, Al ben Omar ben
+Ahmadou, ben Mohammadou, ben Mohammadou Bîr. Que Dieu leur soit
+bienveillant ainsi qu’à tous les Musulmans. Amen ! Amen ! Amen !
+
+ * * * * *
+
+
+Ahmadou n’avait pas voulu que ses gens emportassent quoi que ce fut des
+bagages, convaincu qu’il était que ces bagages étaient ensorcelés et
+qu’il arriverait malheur à ses gens s’ils les emportaient. Dieu sait
+mieux que personne si cela est vrai.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =2e Manuscrit=
+
+ _Traduction Houdas_
+
+
+En l’année mil deux cent quarante et un, un Anglais vint au Soudan.
+Après avoir pris l’aman des Peuls et autre gens de Tombouctou, il quitta
+cette ville pour se rendre à Araouan et arriva à Es-Sohb. Ahmadou
+Elabeïda partit à sa poursuite à la tête de ses gens et l’atteignit à
+Es-Sohb auprès de l’ethel de Gueblet-el-medjbed. Ahmadou et ses
+compagnons le mirent à mort en cet endroit, le mardi dans la matinée, le
+3 du mois de Chaoual de l’année mil deux cent quarante et un. On brûla
+ses bagages. Dieu mieux que personne sait l’exacte vérité.
+
+
+
+
+ NOTE CONCERNANT LES DEUX MANUSCRITS
+
+
+Le premier manuscrit a sûrement été rédigé un certain nombre d’années
+après la mort de Laing. Un fait le prouve de façon indéniable : il y est
+fait allusion au voyage de Caillé à Tombouctou, et ce voyage est même
+indiqué comme ayant précédé celui de Laing.
+
+Le passage de Caillé à Tombouctou est de 1828 ; il a suivi de deux ans
+le meurtre de Sahab. D’autre part, Caillé est passé incognito au Soudan
+et au Sahara ; c’est seulement après l’arrivée au Maroc du voyageur
+français que fut connue la véritable personnalité de celui qu’on avait
+pris pour un humble mendiant. La nouvelle n’en put parvenir à Tombouctou
+et à Araouan que de longs mois après. Dans ces conditions je crois qu’on
+peut interpréter le manuscrit sans se considérer comme lié par son texte
+et ne pas accepter la date qu’il donne pour la mort de Laing.
+
+Le 3 du mois de Chaoual de l’an 1341 de l’hégire correspond au 10 avril
+1826. Or, nous avons une lettre de Laing datée du 21 septembre de cette
+même année.
+
+D’autre part, la tradition orale de Tombouctou et d’Araouan place le
+meurtre à la fin de la saison des pluies.
+
+On peut supposer avec vraisemblance que la date du premier manuscrit a
+été reconstituée de mémoire et que le deuxième manuscrit a copié et
+résumé le premier. On sait que l’année musulmane est une année lunaire
+et qu’elle retarde de dix ou onze jours par an sur l’année solaire. Les
+pieux personnages d’Araouan et de Tombouctou, qui sont bons exégètes,
+puristes subtils et théologiens raffinés, sont de médiocres
+chronologistes. Leurs Tarikhs, qui sont pleins d’intérêt pour les faits,
+contiennent souvent des dates contradictoires. On peut supposer que le
+récit de la mort de Laing du Tarikh d’Araouan a été écrit au moins
+quinze ou vingt ans après les événements. L’auteur avait un ou deux
+souvenirs précis pour reconstituer la date. Il connaissait l’année ; il
+savait que l’acte avait eu lieu le troisième jour de la lune, un mardi à
+la fin de la saison des pluies. Il a cherché quel était le mois qui
+avait correspondu pour cette année-là à l’époque en question et il a mis
+celui de l’année où il se trouvait, commettant ainsi une erreur de cinq
+mois. Une semblable méprise n’a rien d’invraisemblable chez des gens qui
+ne possèdent aucun ouvrage pouvant leur tenir lieu de l’_Art de vérifier
+les dates_.
+
+ L. M.-S.
+
+
+
+
+ =DÉCLARATION=
+
+
+Le 26 décembre 1910, les soussignés : Sheikh Araouta, fils aîné
+d’Araouta, chef des Kel Araouan, habitant Araouan ; Mohammed Ould
+Mocktar, notable Bérabich ; Béré, Kel Araouan, chamelier ; Boubakar
+Diallo, habitant Tombouctou, interprète, se sont présentés, accompagnés
+de M. A. Bonnel de Mézières, explorateur, chevalier de la Légion
+d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique
+Occidentale française et le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger,
+devant M. le lieutenant d’infanterie coloniale L. Marc, commandant le
+cercle de Tombouctou, remplissant les fonctions d’officier d’état civil,
+pour lui faire les déclarations suivantes :
+
+
+« Chargé par M. F. J. Clozel, gouverneur du Haut-Sénégal et Niger, dit
+M. Bonnel de Mézières, de rechercher les restes du major Laing, de
+l’armée britannique, assassiné entre Tombouctou et Araouan en 1826 dans
+des circonstances imparfaitement connues, j’ai procédé à mon enquête de
+la façon suivante :
+
+« Je recherchai d’abord dans le tarikh d’Araouan, qui fut mis à ma
+disposition par Sheikh Araouta, le récit de cet événement. Le tarikh en
+faisait mention et indiquait le lieu nommé Sahab et l’arbre athilé comme
+ayant été l’endroit où avait été commis le crime. C’était également à
+cet endroit, disait on, que les caisses et objets divers de la victime
+avaient été brûlés et enterrés.
+
+« Cette indication précieuse était néanmoins incomplète, car il fallait
+connaître exactement l’emplacement de cet arbre.
+
+« Dans ce but, je me suis mis en rapport avec Mohammed Ould Mocktar,
+notable Bérabich habitant habituellement Araouan, et qui, neveu
+d’Ahmadou Labeida, à l’époque chef des Bérabich, et auteur du meurtre,
+avait été élevé par lui et devait être au courant de cette affaire.
+
+« Mohammed Ould Mocktar me confirma les récits du tarikh, me dit en
+effet que les deux ou trois caisses qu’avait le major Laing furent
+brûlées ou jetées dans un trou contenant du feu auprès de l’arbre, et
+qu’il était peut-être possible d’en trouver encore des restes, mais que
+le corps avait été laissé sans sépulture.
+
+« Toutefois, il ajouta qu’on devait probablement pouvoir recueillir
+quelques ossements, car, peu de temps après le crime, un Bérabich nommé
+Brahim Ould Oumar Ould Salah, des Oulad Sliman, passant par l’athilé,
+vit des débris humains qui étaient mangés par les oiseaux. Ignorant ce
+qui s’était passé, il enterra ces débris auprès de l’arbre. Mohammed
+Ould Mocktar me déclara en outre qu’il connaissait fort bien cet arbre,
+car un jour, quittant Tombouctou en compagnie de Ahmed Labeida et Himmid
+son fils, de Feradji Ould Eli Ould Abdallah, Himmid demanda à son père
+de lui montrer l’arbre athilé. Ils s’y rendirent. Mohammed Ould Mocktar
+me déclara qu’il était certain de pouvoir le retrouver.
+
+« Muni de ces renseignements et guidé par Mohammed Ould Mocktar, nous
+sommes arrivés, le 21 décembre, à l’endroit nommé Sahab, situé entre
+Laouessi et Agonégifal, à environ 50 kilomètres au nord de Tombouctou.
+Le jour même, nous commencions nos recherches et une fosse fut creusée
+sur le côté ouest de l’arbre. Le lendemain matin 22, vers neuf heures et
+demie, le travailleur Béré mit à jour, à environ 0 m. 50 du pied de
+l’arbre et à une profondeur de 1 m. 25, dans une couche d’argile voisine
+du sable, des morceaux de crâne, une section de vertèbre et différents
+ossements.
+
+« Malgré nos recherches dans un rayon d’environ un mètre autour de cette
+place, nous ne pûmes rien découvrir d’autre et il est permis de penser
+que, conformément aux indications données, nous ne pouvions espérer
+trouver davantage. Nous étions donc probablement en présence des restes
+du major Laing.
+
+« J’ai donc l’honneur de venir, accompagné des différentes personnes qui
+m’ont aidé dans ces recherches ou qui ont été témoins de la découverte,
+vous remettre officiellement ces différents ossements, et vous certifier
+que ce sont bien ceux découverts le 22 décembre dernier au lieu nommé
+Sahab et au pied de l’athilé. »
+
+En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration en double
+expédition, dont lecture et traduction ont été données à chacun de nous.
+L’extrait du tarikh d’Araouan ayant trait à l’assassinat du major Laing
+accompagne cette déclaration. »
+
+ Tombouctou, le 26 décembre 1910.
+
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES.
+
+ Signatures de SHEIK ARAOUTA,
+ MOHAMMED OULD MOCKTAR,
+ BÉRÉ,
+ BOUBAKAR DIALLO.
+
+
+
+
+ RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
+
+ LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ
+
+
+« L’an 1911 et le 7 janvier, par-devant nous Marc, Lucien François,
+lieutenant d’infanterie coloniale hors cadre, commandant le cercle de
+Tombouctou, juge de paix à compétence étendue, assisté de M. de Zeltner,
+François, Arthur, Florian, greffier assermenté,
+
+« Et en présence de MM. le docteur Lefèvre, Eugène, médecin-major de 1re
+classe des troupes coloniales ; Huchery, Maurice, Paul, commis de 2e
+classe des affaires indigènes de l’Afrique Occidentale française ; et
+Cristofini, Pascal, Paul, instituteur, témoins, ont comparu les sieurs :
+
+« 1o Bonnel de Mézières, Albert, explorateur, chevalier de la Légion
+d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique
+Occidentale française et par le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger ;
+
+« 2o Sheikh Arouata, fils aîné d’Arouata, chef des Kel Araouan,
+demeurant à Araouan ;
+
+« 3o Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich ;
+
+« 4o Béré, Kel Araouan, chamelier ;
+
+« 5o Boubakar Diallo habitant de Tombouctou, interprète.
+
+« Qui nous ont présenté les débris humains recueillis par eux à
+l’endroit et dans les circonstances indiquées par le procès-verbal ci-
+joint.
+
+« Le docteur Lefèvre après examen de ces débris a rédigé la déclaration
+ci-jointe qu’il a signée devant nous.
+
+« Après avoir reçu cette déclaration, nous avons réuni en trois paquets,
+enveloppés dans de la toile blanche, les ossements et débris classés par
+catégories par le docteur Lefèvre.
+
+« Ces paquets ont été déposés dans une caisse en bois blanc qui a été
+clouée en notre présence, et scellée de treize cachets à la cire rouge,
+présentant l’empreinte ci-dessous.
+
+« Le présent procès-verbal, rédigé séance tenante, a été signé par nous
+et le greffier et les deux témoins.
+
+« Ont signé également : M. le docteur Lefèvre, M. Bonnel de Mézières, et
+les sieurs Sheikh Arouata, Mohammed Ould Mocktar, Béré, et Boubakar
+Diallo.
+
+« Fait et clos à Tombouctou les jour, mois et an que dessus. »
+
+ _Le juge de paix_,
+ Signé : MARC.
+ Les témoins :
+ Signé : BONNEL DE MÉZIÈRES, _Le greffier_,
+ LEFÈVRE, Signé : DE ZELTNER.
+ HUCHERY,
+ CRISTOFINI.
+
+
+
+
+ COLONIE
+ DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
+ * * * * *
+ INFIRMERIE AMBULANCE LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ
+ DE TOMBOUCTOU
+ * * * * *
+
+ =CERTIFICAT D’EXAMEN=
+
+
+« Nous soussigné Lefèvre, Eugène, médecin-major de 1re classe des
+troupes coloniales, médecin chef de l’infirmerie ambulance de
+Tombouctou, certifions avoir examiné un lot d’ossements provenant de
+fouilles faites par M. Bonnel de Mézières, au lieu nommé Sahab, à 50
+kilomètres environ au Nord de Tombouctou.
+
+
+« Ces ossements peuvent être classés en trois catégories :
+
+ { { un pariétal droit presque
+ { { complet, un fragment
+ { Ossements paraissant { de pariétal paraissant
+ 1re catégorie { avoir appartenu à un être { imprégné de sang, une
+ { humain adulte : { moitié antérieure de
+ { { vertèbre, un fragment
+ { { d’ischion.
+
+ { Ossements paraissant { deux pariétaux s’engrenant
+ 2e catégorie { avoir appartenu à un être { parfaitement, un fémur
+ { humain adolescent : { gauche brisé à la partie
+ { { moyenne.
+
+ { { un lot de fragments osseux
+ { { très détériorés, auxquels
+ 3e catégorie { Ossements à identifier { est joint un échantillon
+ { { du sol dans lequel ils ont
+ { { été découverts.
+
+« En raison des moyens rudimentaires que nous possédons, l’examen n’a pu
+être que superficiel et il serait indispensable, à notre avis, de
+soumettre ces ossements à une étude plus approfondie en Europe.
+
+« En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour servir et
+valoir ce que de droit. »
+
+ Tombouctou, le 7 janvier 1911.
+ Signé : LEFÈVRE.
+
+ Vu :
+ Pour la légalisation de la signature
+ de M. le docteur Lefèvre apposée ci-dessus,
+ MARC,
+ Commandant le cercle.
+
+[Illustration : PLANCHE XV
+
+Dr LEFÈVRE. — Mr HUCHERY. — Capitaine MARC.
+
+Fig. 15. — Examen des restes de Laing.]
+
+[Illustration : PLANCHE XVI
+
+Fig. 16. — Le coffre renfermant les restes de Laing.]
+
+
+
+
+ =DÉCLARATION=
+
+
+Déclaration de Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich, âgé de 82 ans,
+neveu de Sheikh Ahmadou Labeida, au sujet de la mort du major Laing,
+recueillie à Araouan le 13 novembre 1910 en présence de Arouata, chef
+des Kel Araouan, Sheikh Arouata son fils, et de Boubakar Diallo,
+habitant de Tombouctou.
+
+
+« J’ai été élevé par Ahmadou Labeida qui était dans mon enfance le plus
+grand des chefs des Bérabich ; plusieurs fois je lui ai entendu raconter
+ce qui suit : « En l’année 1241, l’Anglais (Laing), étant à Tombouctou
+et désirant aller à Araouan, demanda au chef des Peuhl et des Songhai
+l’autorisation de s’y rendre. On n’y mit pas d’obstacle, car sa présence
+mécontentait la population. Il se mit donc en rapport avec les Bérabich
+pour lui servir de guides. Ahmadou Labeida accepta, et Laing se mit en
+route pour Araouan. Il s’arrêta au bout de la première étape à un
+endroit désigné sous le nom de Sahab et sous un grand arbre nommé
+athilé. Il y fut rejoint le lendemain de son départ de Tombouctou, vers
+onze heures du matin, au moment de la sieste, par Ahmadou Labeida,
+Mohammed Feradji Ould Eli Ould Abdallah et deux autres Bérabich. Ceux-ci
+étaient à cheval comme c’était l’habitude alors. L’Anglais, croyant que
+c’étaient des guides qui venaient le retrouver, les laissa approcher ;
+alors Feradji et les deux autres Bérabich se précipitèrent sur lui et
+Ahmadou Labeida le frappa de sa lance. On laissa le cadavre sur place.
+On ramassa les affaires de l’Anglais, et, comme on l’accusait de venir
+dans ce pays pour l’empoisonner et qu’on se méfiait de tout ce qu’il
+avait, on fit un trou, on y fit du feu et on y jeta tout ce qu’il
+possédait en se bouchant le nez. On ne prit que l’or et les bijoux et
+parmi ceux-ci une petite poule en or les ailes ouvertes, qui devint plus
+tard la propriété de Ould Mehemet, petit-fils de Ahmadou Labeida. Quand
+tout fut brûlé on combla le trou.
+
+« Peu de temps après, un Bérabich, Brahim Ould Omar Ould Salah, des
+Ouled Sliman, passant par là, vit auprès de l’arbre athilé des membres
+humains, que des oiseaux becquetaient. Il les enterra. Un jour, bien
+long-temps après, cet homme entendit raconter l’histoire de l’Anglais ;
+il se souvint d’avoir enterré des ossements et dit alors : « C’est moi
+qui les ait enterrés, pensant que c’étaient les restes d’un Musulman ;
+si j’avais su, je les aurais bien laissés là ». Ces souvenirs étaient
+toujours restés dans ma mémoire, et il y a quelques années, en revenant
+de Tombouctou en compagnie de Feradji et d’Himmid, fils de Labeida, je
+demandai à Feradji de passer par l’arbre athilé. Nous étions à ce moment
+dans une vallée entre Tombouctou et Laouessi. C’est ici-même, me dit
+Feradji, que l’Anglais a été tué, et il me montra un arbre assez voisin.
+Himmid demanda à voir l’endroit même, et on s’y rendit. Je demandai
+alors à Feradji : « Avait-il beaucoup de caisses ? Deux ou trois, me
+fut-il répondu, et environ dix à quinze pièces d’or ; mais nous avons
+mis les caisses dans un trou avec du feu, car il venait pour empoisonner
+le pays et nous nous sommes bouché le nez en les brûlant ».
+
+ Araouan, le 13 novembre 1910.
+
+ Signature de MOHAMMED OULD MOCKTAR,
+
+ Signature de SHEIKH AROUATA.
+
+
+
+
+ NOTE RELATIVE A L’EXAMEN MÉDICAL DES OSSEMENTS RECUEILLIS A SAHAB
+
+
+Il ressortait de l’examen médical fait par M. Lefèvre, médecin-major de
+1re classe des troupes coloniales, chef de l’infirmerie ambulance de
+Tombouctou, que les ossements recueillis à Sahab auprès de l’arbre
+athilé semblaient appartenir à deux individus, un adulte et un
+adolescent.
+
+Il est probable que les ossements de l’adolescent trouvés au pied de
+l’arbre athilé sont ceux d’un serviteur qui a partagé le sort de son
+maître (voir ci-dessus p. 20). Les auteurs des tarikhs ont passé sous
+silence cette mort qui leur semblait sans importance.
+
+Je me rendis de nouveau au lieu de la découverte des ossements, et les
+fouilles furent reprises. Elles mirent à jour un foyer important, des
+restes de caisses en fer, des débris de vêtements, de chaussette ou de
+bas, de l’alun et différents débris qui furent placés dans une deuxième
+caisse et confiée, ainsi que la première, au dépôt mortuaire de
+Tombouctou.
+
+ B. DE M.
+
+
+
+
+ PROCÈS-VERBAL DES DEUXIÈMES FOUILLES EXÉCUTÉES LES 29, 30, 31 DÉCEMBRE
+ 1910 ET LES 1er ET 2 JANVIER 1911
+
+
+« Les 29, 30, 31 décembre 1910, les 1er et 2 janvier 1911, des fouilles
+furent exécutées à Sahab, au pied de l’arbre athilé et dans un rayon de
+10 mètres autour de l’arbre. Elles mirent à découvert le premier jour
+quelques ossements nouveaux, difficiles à identifier à Tombouctou. Ceux-
+ci furent trouvés près de la place où eut lieu la première découverte,
+mais un peu plus profondément.
+
+« Le 30 décembre, à environ 4 mètres de l’arbre, et du côté Ouest, des
+débris de fer, provenant d’une caisse, furent mis à jour.
+
+« Le 1er janvier, on découvre de nouveau, dans le Sud-Ouest, à 3 m. 50
+de l’arbre et à une profondeur de 0 m. 80, un foyer très important, se
+trouvant sur la couche de terre, au-dessous du sable apporté par les
+vents. Ce foyer se délimite parfaitement. Des photographies sont faites
+et on prélève des échantillons. Les fouilles sont interrompues jusqu’au
+5. »
+
+ Sahab, le 3 janvier 1911.
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES.
+
+
+ Les témoins :
+ MOHAMMED OULD-MOCKTAR,
+ BOUBAKAR DIALLA,
+ Pour le témoin illettré :
+ BEIDARI DIALLO.
+ _Le maréchal des logis_,
+ NADAL.
+
+
+
+
+ PROCÈS-VERBAL DES TROISIÈMES FOUILLES EXÉCUTÉES LES 5, 7, ET 8 JANVIER
+ 1911
+
+
+« Le 5, le travail a repris dans le Nord de l’arbre, à environ 8 mètres
+de son pied. On découvre, à une profondeur de 1 m. 25 de nouveaux
+ossements, qu’il est également impossible d’identifier sur place. Ces
+différentes découvertes concordent avec les déclarations du Bérabich
+Brahim Ould Omar Ould Sahab, qui dit avoir enterré des ossements humains
+mangés par les oiseaux.
+
+« Le 7, le travail se poursuit sans résultat. Le 8, dans l’Ouest,
+environ à 11 mètres du pied de l’arbre et toujours à une profondeur de 1
+m. 20, on met à découvert des débris de caisse en fer, et, tout à côté,
+des débris de lainage, qui sont recueillis et portés à Tombouctou pour
+examen. Ces débris sont trouvés dans une couche de sable placée sous
+l’argile, et des échantillons de ce sable renfermant des débris, sont
+prélevés et placés dans un sac. »
+
+ Sahab, le 8 janvier 1911.
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES.
+
+ Le témoin :
+ MOHAMMED OULD MOKTAR.
+ Pour le témoin illettré :
+ BEIDARI DIALLO, garde-cercle
+ ayant dirigé les travaux.
+ _Le maréchal des logis_,
+ NADAL.
+
+
+
+
+ PROCÈS-VERBAL DES QUATRIÈMES ET DERNIÈRES FOUILLES
+
+
+« Il résulte de l’examen des débris de lainage rapportés le 8 janvier
+que ceux-ci, comme l’écrit M. le docteur Lefèvre, médecin-major de 1re
+classe des troupes coloniales, proviennent d’une chaussette ou d’un bas
+cachou, tramé laine et coton.
+
+« Les fouilles sont continuées à l’emplacement même où ces débris furent
+trouvés. Elles amènent la découverte d’un morceau qui paraît être de
+l’alun recouvert d’une épaisse couche de terre. L’examen chimique
+confirme cette opinion. »
+
+ Tombouctou, le 11 janvier 1911.
+ A. BONNEL DE MÉZIÈRES.
+
+ Le témoin :
+ MOHAMMED OULD MOKTAR.
+ Pour le témoin illettré :
+ BEIDARI DIALLO, garde cercle.
+ _Le maréchal des logis_,
+ NADAL.
+
+
+
+
+ RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
+
+ LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ
+
+
+Par devant nous, Marc, Lucien, François, lieutenant d’infanterie
+coloniale hors cadres, commandant le cercle de Tombouctou, juge de paix
+à compétence étendue, assisté du sieur Munier, Jean, Louis, greffier
+assermenté, et en présence des sieurs Huchery, Maurice, Paul, commis de
+1re classe des affaires indigènes et Cristofini, Pascal, Louis,
+instituteur, témoins,
+
+A comparu le sieur Albert Bonnel de Mézières, explorateur, chevalier de
+la Légion d’honneur, chargé de mission par le Gouvernement général de
+l’Afrique Occidentale française et par le Gouvernement du Haut-Sénégal-
+Niger,
+
+Qui nous a présenté les débris recueillis par lui dans les circonstances
+indiquées par les procès-verbaux ci-joints.
+
+Il a été fait de ces débris quatre paquets, savoir :
+
+_Paquet no 1_ : Un fragment de chaussette ou de bas couleur cachou tramé
+laine et coton. Une boule d’alun recouverte d’une couche de terre.
+
+_Paquet no 2_ : Cendres provenant d’un foyer mis à jour à 0 m. 30 sous
+le sable. Cendres d’un foyer contenant des débris de vêtements.
+
+_Paquet no 3_ : Divers débris de fer provenant de caisses ; divers
+débris de fer plus caractérisés et provenant certainement d’une caisse.
+
+_Paquet no 4_ : Sable contenant des débris impossibles à déterminer sur
+place.
+
+Ces quatre paquets, enveloppés dans de la toile blanche et numérotés
+suivant l’ordre ci-dessus, ont été placés dans une caisse en bois blanc
+qui a été en notre présence clouée et scellée de huit cachets à la cire
+rouge portant l’empreinte ci-dessous.
+
+
+En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour valoir ce
+que de droit.
+
+ Tombouctou, le 18 janvier 1911.
+
+ _Le commandant du cercle_,
+ Signé : MARC.
+
+ _Le greffier_,
+ Signé : MUNIER.
+
+
+
+
+ =PROCÈS-VERBAL=
+
+
+« Remis à M. le médecin chef de l’ambulance de Tombouctou deux caisses
+en bois blanc, l’une scellée de treize cachets à la cire rouge et
+contenant des ossements qui paraissent pouvoir être attribués au major
+Laing, et recueillis au lieu dit Sahab ; et l’autre scellée de huit
+cachets à la cire rouge et contenant divers débris recueillis au même
+endroit par M. Bonnel de Mézières. »
+
+ Tombouctou, 20 janvier 1911.
+
+ _Le commandant du cercle_,
+ MARC.
+
+ Pris en charge les deux caisses
+ désignées ci-dessus.
+
+ _Le médecin chef de l’ambulance_,
+ LEFÈVRE.
+
+
+[Illustration : Itinéraire suivi par le major Laing.]
+
+
+
+
+ TABLE DES MATIÈRES
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages
+
+ I. Alexander Gordon Laing 1
+
+ II. La conquête de Tombouctou 4
+
+ III. Le drame 14
+
+ IV. A la recherche des restes de Laing 23
+
+ =Pièces justificatives=
+
+ Textes arabes découverts à Araouan 33
+
+ Traductions de M. Houdas 36
+
+ Note concernant les manuscrits 39
+
+ Pièces diverses 41
+
+ Itinéraire de Laing au Sahara 59
+
+
+ * * * * *
+ LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cie.
+
+
+
+
+NOTES :
+
+
+[Note 1 : « One of the finest fellows, with the best tempered and most
+prepossessing countenance that he ever beheld ». _Quaterly Review_,
+1828, vol. XXXVIII, pp. 100 et suiv.]
+
+[Note 2 : « In excellent health and spirits, and enthusiastic in the
+cause of research ». _Quart. Rev._, art. cit.]
+
+[Note 3 : « All fractures, from which much bone has come away. One cut
+on my left cheek, which fractured the jawbone and has divided the ear,
+forming a very unsightly wound ; one over the right temple, and a
+dreadfull gash on the neck, which slightly scratched the wind-pipe ».]
+
+[Note 4 : « When I was in a very weak state, having hardly succeeded in
+overcoming the severe fever by which I had been assailed, while as yet
+the corpses of my poor Jack and the sailor were hardly cold, Hamed,
+unmindful of all laws of humanity came to me and said he wished to go to
+Tuat with the Koffila. I told him he might go. I blame nobody for taking
+care of his carcass, so, in God’s name, let him go. I have given him a
+meherrie, provision, etc. So that he departs like a sultan ». _Quart.
+Rev._, art. cit.]
+
+[Note 5 : Barth, _Travels and discoveries in Central Africa_. London, 5
+vol. in-8o, 1858, t. IV, p. 455.]
+
+[Note 6 : Voir : Lucien Marc-Schrader, Tombouctou et le trafic
+Transsaharien, _in_ : la _Revue de Paris_, 15 mars 1912.]
+
+[Note 7 : « My dear Emma must excuse my writing. I have begun a hundred
+letters to her, but have been unable to get through. She is ever
+uppermost in my thoughts, and I look forward, with delight, to the hour
+of our meeting, which, please God, is now at no great distance ».
+_Quart. Rev._, art. cit.]
+
+[Note 8 : René Caillé, _Journal d’un voyage à Tombouctou et à Jenné_,
+Paris, 3 vol. in-8o, 1830, t. II, p. 348.]
+
+[Note 9 : « In every respect... Timbuctu has completely met my
+expectation ». _Quart. Rev._, art. cit.]
+
+[Note 10 : « My destination is Segu, whither I hope to arrive in fifteen
+days ; but I regret to say the road is a vile one, and my perils are not
+yet at an end ». _Quart. Rev._, art. cit.]
+
+[Note 11 : L’athilé, éthel des Algériens, est le _Balanites egyptiaca_
+Delib, le taborak des Touareg, le séguéné des Soudanais (Renseignements
+de M. Aug. Chevalier).]
+
+[Note 12 : Caillé, t. II, pp. 346-348.]
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Page IV, " aimablement à ma dispo-tion " a été remplacé par
+ " disposition "
+
+ Page 7, note 3, " slighly scratched the wind-pipe " a été remplacé
+ par " slightly "
+
+ Page 27, " ould Molktar consentit à parler " a été remplacé par
+ " Moktar "
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78345 ***
diff --git a/78345-h/78345-h.htm b/78345-h/78345-h.htm
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+<title>Le Major A. Gordon Laing (Tombouctou 1826) | Project
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+<div class="transnote x-ebookmaker-drop">
+<p class="center less"><a href="#toc">Table des matières</a>
+</p>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="cover"><img src='images/cover.jpg' alt='[Couverture]'>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="page">
+<p class="center spaced2">Le Major<br>
+<span class="xlarge">A. GORDON LAING</span><br>
+<span class="less">(Tombouctou 1826)</span></p>
+</div>
+
+<div class="figcenterplate iw4">
+<figure id="i01">
+<p class="platelab">Planche I</p>
+<img src='images/i01.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 1. — Le major A. Gordon Laing.</p>
+
+<p class="cp2">(d’après une gravure de S. <span class=
+"sc">Freeman</span> phot. <span class="sc">Donald Macbeth</span>,
+Londres).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="titlepage">
+<p class="center med sserif">GOUVERNEMENT DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER</p>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor1.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center">A. BONNEL <span class="small">DE</span>
+MÉZIÈRES</p>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor2"><img src='images/decor2.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<h1><span class="xxlarge bold">Le Major<br>
+A. GORDON LAING</span><br>
+<span class="xlarge">(Tombouctou 1826)</span>
+</h1>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor2"><img src='images/decor2.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center less"><em>Textes et documents nouveaux découverts
+à Tombouctou et Araouan</em>
+</p>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor2"><img src='images/decor2.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center spaced13"><span class="less">Textes arabes
+traduits par M. O. HOUDAS</span><br>
+<span class="vsmall">PROFESSEUR A L’ÉCOLE DES LANGUES
+ORIENTALES</span>
+</p>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor1.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center"><em>Lettre-préface de M. le Gouverneur
+CLOZEL</em>
+</p>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor3.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="publisher">PARIS<br>
+<span class="med">ÉMILE LAROSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR</span><br>
+<span class="small">11, rue Victor-Cousin, 11</span></p>
+
+<hr class="decor width1">
+
+<p class="center less">1912</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<p class="right pad-right2 pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_I">[I]</span><em>Dakar, le 20 juillet 1912.</em>
+</p>
+
+<p class="center space-above15"><em>Le gouverneur Clozel à M.
+Bonnel de Mézières.</em>
+</p>
+
+<p class="nind pad4 space-above1"><em>MON CHER AMI,</em>
+</p>
+
+<p><em>Vous avez bien voulu me demander quelques lignes de préface
+pour l’étude que vous consacrez au major Laing. Il fallait votre
+venue à Tombouctou pour liquider cette question. Comme vous l’avez
+très justement remarqué, les descendants des meurtriers du
+malheureux explorateur, les mieux placés pour nous renseigner sur
+ce qu’avaient pu devenir ses restes et ses papiers, redoutaient
+tout au moins le paiement d’une</em> dia, <em>malgré le temps
+écoulé&nbsp;; et c’est ce qui explique l’échec des tentatives
+antérieures faites par nos officiers et par M. Croomie, le
+précédent Consul général d’Angleterre. Vous aviez aussi cette
+chance de ne pas appartenir à l’Administration, tout en jouissant
+de son appui et de ses sympathies. C’était un grand point pour
+mettre les indigènes en confiance dans un cas pareil. Votre
+habileté et votre patience ont fait le reste.</em></p>
+
+<p><em>Le major A. Gordon Laing est le premier Européen
+qui<span class="pagenum" id="Page_II">[II]</span> ait visité
+Tombouctou sans qu’on puisse contester l’authenticité de son
+voyage. Nous lui devons un modeste monument et un souvenir. Les
+restes du vaillant Ecossais reposent maintenant auprès de ceux des
+glorieuses victimes de notre conquête, dans le cimetière de
+Tombouctou. Ces héros morts à plus demi-siècle d’intervalle pour la
+cause de l’humanité et de la civilisation se trouvent ainsi réunis,
+grâce à vous, et leurs tombes devront être entourées des mêmes
+soins pieux par nous et par nos successeurs.</em>
+</p>
+
+<p class="right pad-right2"><em>CLOZEL.</em>
+</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="figcenterplate iw1">
+<figure id="i02">
+<p class="platelab">Planche II</p>
+<img src='images/i02.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 2. — Vue générale de Tombouctou&nbsp;: au
+premier plan, la Grande Mosquée.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<h2 class="xlarge bold"><span class="pagenum" id=
+"Page_III">[III]</span><a id="avan"></a>Avant-Propos</h2>
+
+<hr class="decor width3">
+
+<p class="space-above15">Si j’ai eu la bonne fortune de réussir,
+alors que tant d’autres y avaient échoué, à reconstituer
+définitivement le dernier chapitre de l’histoire tragique du major
+Laing, je le dois surtout aux très nombreux concours que j’ai
+trouvés de toutes parts.</p>
+
+<p>Je dois nommer tout d’abord, en le remerciant respectueusement,
+M. le gouverneur général <span class="sc">William Ponty</span>.
+Grâce aux heureuses initiatives et à la sage organisation
+financière qu’elle lui doit, l’Afrique Occidentale Française est
+maintenant en mesure d’organiser des recherches scientifiques
+désintéressées. C’est ainsi que j’ai pu être chargé de mission et
+contribuer à des travaux concernant l’histoire de la colonie.</p>
+
+<p>M. le gouverneur Clozel, dont on connaît la passion pour les
+travaux d’ordre historique, a bien voulu diriger personnellement
+mes recherches et me faire bénéficier de son inappréciable
+expérience.</p>
+
+<p>A Tombouctou, j’ai trouvé chez MM. les officiers et
+fonctionnaires l’accueil le plus favorable et le concours le
+plus<span class="pagenum" id="Page_IV">[IV]</span> empressé. Je
+tiens à adresser mes remerciements à MM. les colonels <span class=
+"sc">Roulet</span>, <span class="sc">Gadel</span> et <span class=
+"sc">Hutin</span> et à M. le médecin principal <span class=
+"sc">Lefèvre</span>.</p>
+
+<p>Comme commandant du Cercle de Tombouctou, M. le capitaine
+<span class="sc">Marc</span> a été pour moi un collaborateur
+précieux, grâce à son ascendant sur les indigènes et à sa
+compétence en matière de questions africaines.</p>
+
+<p>Je dois aussi exprimer toute ma reconnaissance à M. <span class=
+"sc">Dupuis Yacouba</span>, dont la connaissance de la ville de
+Tombouctou et de la région du Haut-Niger est si souvent mise à
+contribution par les voyageurs&nbsp;; une fois de plus, il s’est
+employé fort aimablement à me documenter&nbsp;; les renseignements
+que je lui dois sur les recherches précédemment faites ont été pour
+moi des éléments de succès.</p>
+
+<p>M. le lieutenant <span class="sc">Marty</span>, vétéran des
+régions nigériennes&nbsp;; M. l’instituteur <span class=
+"sc">Cristofini</span>, créateur de l’école professionnelle de
+Tombouctou&nbsp;; M. <span class="sc">Huchery</span>, le dévoué
+correspondant du Muséum, se sont mis fort aimablement à ma
+disposition, et je tiens à leur en exprimer ma gratitude.</p>
+
+<p>Pour la mise en ordre de ces notes, j’ai fait appel à l’aide de
+M. le professeur <span class="sc">Houdas</span>, qui a bien voulu
+traduire les textes arabes rapportés par moi d’Araouan, et de M.
+Maurice <span class="sc">Delafosse</span> dont l’autorité est
+indiscutée en matière de langues soudanaises.</p>
+
+<p>Enfin je dois remercier l’<em>Illustration</em>, le <em>Monde
+Illustré</em> et la <em>Dépêche Coloniale Illustrée</em>, qui ont
+consenti à me prêter quelques-uns de leurs beaux clichés.</p>
+
+<p class="right pad-right2 space-above1">A. BONNEL DE MÉZIÈRES.</p>
+
+<p class="nind pad4 less">Paris, septembre 1912.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_1">[1]</span><a id=
+"c1"></a>CHAPITRE PREMIER</h2>
+
+<p class="sch1">Alexander Gordon Laing</p>
+
+<p>Le futur héros de Tombouctou est né à Edimbourg, le 27 décembre
+1794. Par sa mère, il appartenait à la vieille famille écossaise
+des Gordon, et il était le neveu de celui qui devait être plus tard
+l’illustre général Gordon, des Gordon Highlanders. Son père
+dirigeait un pensionnat et souhaitait de voir son fils lui succéder
+un jour. Mais le jeune Laing avait au plus haut point l’esprit
+aventureux et entreprenant des jeunes gens de sa génération, et, à
+17 ans, il partait pour La Barbade où son oncle était alors en
+garnison. Peu de temps après, il put obtenir une commission
+d’enseigne dans le York Light Infantry.</p>
+
+<p>Capitaine après Waterloo, Laing partit, en 1820, pour
+Sierra-Leone, où le gouverneur Sir Charles Mac Carthy le prit comme
+aide de camp. Ce fut sous la direction de ce chef éminent que Laing
+apprit à connaître les indigènes et qu’il se mit à les aimer.
+C’était l’époque où l’Angleterre, à la suite des admirables
+campagnes de Wilberforce, se mettait<span class="pagenum" id=
+"Page_2">[2]</span> résolument à la tête du mouvement
+anti-esclavagiste. Le gouverneur Mac Carthy, passionné pour cette
+noble cause, s’efforçait d’intervenir auprès des chefs indigènes,
+pour les persuader de chercher uniquement leurs ressources dans
+l’agriculture et le commerce, et de cesser toutes relations avec
+les négriers. Laing fut, en 1822, chargé par le gouverneur d’aller
+exposer cette politique aux chefs de l’intérieur. Il devait en même
+temps s’efforcer de résoudre le problème géographique alors si
+mystérieux des sources du Niger.</p>
+
+<p>Pendant une année entière, Laing visita le Timmani, le Kouranko
+et le Soulimané, et, malgré les épreuves que le dur climat de ce
+pays réserve aux voyageurs, malgré la fièvre qui le terrassa
+pendant de longues journées, malgré l’hostilité de certains chefs
+cupides et de mauvaise foi, le jeune capitaine réussit brillamment
+dans ses négociations. En même temps, il recueillait une riche
+moisson de renseignements géographiques qui lui permirent de donner
+une des premières bonnes cartes de la région de la Rokelle. Le
+livre dans lequel Laing a raconté son voyage est écrit d’une plume
+alerte et la lecture en est encore aujourd’hui très attrayante.
+Elle montre sous un jour des plus sympathiques la physionomie du
+jeune officier, plein d’une conviction chaleureuse pour la cause
+antiesclavagiste&nbsp;; au milieu des dangers et des fatigues de
+son dur voyage, il ne perd pas un seul jour sa belle vaillance, sa
+patience inlassable et son intelligente énergie.</p>
+
+<p>La guerre des Achantis interrompit malheureusement Laing en
+pleine besogne. Le gouverneur lui enjoignit de rallier d’urgence
+son régiment. Sir Mac Carthy lui-même<span class="pagenum" id=
+"Page_3">[3]</span> partit pour la Gold Coast d’où il ne devait pas
+revenir.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i03">
+<p class="platelab">Planche III</p>
+<img src='images/i03.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 3. — Maison habitée par Laing à Tombouctou.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Laing, très fatigué par le climat, dut bientôt rentrer en
+Angleterre, où le grade de major vint le récompenser de ses
+intéressants travaux.</p>
+
+<p>A peine rétabli, Laing ne songe qu’à repartir. Il s’est rendu
+compte de la difficulté qu’il y a pour un voyageur à pénétrer en
+Afrique en partant de la côte de Guinée, et il songe à prendre en
+quelque sorte le Soudan à revers. C’est par le Sahara qu’il veut
+passer, et c’est Tombouctou, la mystérieuse cité qu’aucun Européen
+n’a pu visiter encore, qu’il s’assigne comme objectif.</p>
+
+<p>Par la manière judicieuse dont il expose ses projets, par la
+chaleur communicative avec laquelle il montre l’intérêt des
+découvertes qu’il ne peut manquer de faire, il convainc Lord
+Bathurst et obtient, grâce à lui, l’autorisation de partir.</p>
+
+<p>Le 25 mai 1825, il débarque à Tripoli. Son but est d’aller de
+cette ville à Tombouctou et, de là, de descendre le Niger jusqu’à
+son embouchure. En même temps qu’il veut faire de l’exploration,
+Laing désire connaître un des principaux centres de la traite des
+noirs afin d’étudier sur place les mesures à prendre pour combattre
+le fléau qui ravage l’Afrique.</p>
+
+<p>C’est à Tripoli que se noua et que se termina la courte et
+tragique idylle de la vie du malheureux officier. Quelques semaines
+avant son départ, Laing épousait la fille du consul britannique de
+Tripoli, Miss Emma Warrington. Les deux jeunes gens éprouvaient
+l’un pour l’autre la passion la plus vive. C’est en pleine lune de
+miel qu’ils se séparèrent pour ne plus se revoir.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_4">[4]</span><a id=
+"c2"></a>CHAPITRE II</h2>
+
+<p class="sch1">La conquête de Tombouctou</p>
+
+<p>Le 17 juillet 1825, le major Laing quitte Tripoli. Il emmène
+avec lui un matelot anglais, Harry, un serviteur arabe, Hamed et un
+boy noir nommé Jack, ancien esclave qu’il a affranchi et qui le
+sert avec un touchant dévouement. La caravane est admirablement
+organisée. De nombreux chameaux emportent les provisions, les
+armes, les munitions et les instruments. Aucun détail n’a été
+négligé. Laing, en véritable Africain, sait quelle importance a
+l’examen des détails les plus minutieux.</p>
+
+<p>Toute la colonie européenne de Tripoli est venue souhaiter bonne
+chance au hardi voyageur. C’est l’heure tragique des adieux. Laing,
+plein d’espoir, escompte que son absence ne sera que de quatre ou
+cinq mois et parle d’être de retour pour Christmas. Et, sous les
+yeux de Warrington et de sa fille, le convoi s’enfonce et disparaît
+sur la route de Beni-Ouled.</p>
+
+<p>Celui qui est chargé de conduire la caravane est un
+personnage<span class="pagenum" id="Page_5">[5]</span> assez
+mystérieux qui disparaîtra au cours du drame après avoir joué un
+rôle étrange. Il dit s’appeler Sheikh Babani. Le consul Warrington
+l’a souvent vu à Tripoli, et le dépeint comme «&nbsp;un des hommes
+les plus agréables qu’il ait jamais rencontrés, ayant un caractère
+égal et des manières prévenantes&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>.
+Babani s’est donné comme un gros traitant faisant le commerce des
+caravanes. Il dit avoir habité Tombouctou pendant 22 ans et y avoir
+encore sa femme et ses enfants. Il s’est engagé à conduire le major
+jusqu’au Niger et prétend que le voyage se fera en deux mois et
+demi. A Ghadamès, Laing s’apercevra avec étonnement que cet homme,
+qui prétend, à Tripoli, n’être qu’un traitant, est ailleurs un très
+important personnage. On lui rend à Ghadamès les plus grands
+honneurs. Babani y commande en maître.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw1">
+<figure id="i04">
+<p class="platelab">Planche IV</p>
+<img src='images/i04.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 4. — Retour à Tombouctou des restes du major
+Laing.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Les routes n’étant pas sûres, Babani fait faire à la caravane un
+très long détour qui double la durée du voyage. On arrive le 21
+août à Shate et seulement le 13 septembre à Ghadamès. La route
+directe n’a guère plus de 500 milles et Laing estime qu’on lui en a
+fait faire près d’un millier. La chaleur est terrible et le voyage
+à chameau au milieu du désert de sable est extrêmement pénible à
+cette saison.</p>
+
+<p>Bien reçu à Ghadamès, grâce à Babani, Laing se repose de ses
+fatigues. Malheureusement son matériel d’explorateur est déjà dans
+un piteux état. Par suite de la chaleur et du cahotement des
+bagages sur les chameaux, ce ne sont que tubes brisés, plaques
+d’ivoire éclatées, chronomètres<span class="pagenum" id=
+"Page_6">[6]</span> arrêtés&nbsp;: c’est un désastre. Pour comble
+de malechance, un chameau, posant le pied sur la carabine du major
+en a brisé la crosse.</p>
+
+<p>Pendant un mois, Laing travaille à remettre en état son
+matériel. En même temps, il visite Ghadamès et en détermine la
+position astronomique.</p>
+
+<p>Laing se remet en route le 27 octobre, et arrive à In Salah le 3
+décembre. Il y reçoit le meilleur accueil, mais il doit y faire un
+nouvel arrêt de plus d’un mois. Ces retards extraordinaires ne
+paraissent pas avoir ralenti son entrain ni sa confiance en Babani.
+De celui-ci, il continue dans ses lettres à faire le plus grand
+éloge&nbsp;: «&nbsp;Babani, dit-il, veille sur moi comme un
+père.&nbsp;»</p>
+
+<p>Les Touareg, qu’il rencontre pour la première fois, intéressent
+beaucoup Laing, qui se voit demander sans cesse des conseils et des
+soins médicaux. Il distribue sa pharmacie de voyage «&nbsp;au mieux
+de ses connaissances&nbsp;». Et quand il se remet en route, le 10
+janvier, il est enchanté de l’hospitalité qu’il vient de recevoir.
+Quelques jours après son entrée dans le désert, il écrit une lettre
+à son beau-père le consul et se déclare&nbsp;: «&nbsp;en excellente
+santé physique et morale et toujours enthousiaste pour la cause de
+l’exploration&nbsp;»<a id="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2"
+class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<p>La lettre partit pour le nord&nbsp;; peu après commença la série
+des catastrophes qui devaient mettre fin à ce beau voyage, si bien
+préparé, et dont les débuts étaient si pleins d’heureuses
+promesses. La caravane avançait rapidement<span class="pagenum" id=
+"Page_7">[7]</span> dans la région du Tanezrouft, afin d’atteindre
+les premiers puits de l’Azaouad. Le 21 janvier, elle fut rejointe
+par une bande de Touareg qui manifestèrent l’intention de faire
+route avec elle. C’étaient des Hoggar, aux allures de coupeurs de
+route. Laing dut, bon gré mal gré, accepter leur escorte. Le 26
+janvier, la caravane campait au puits de Ouadi Ahnet. Vers minuit,
+Laing dormait dans sa tente. Coupant les cordes, et déchirant la
+toile, les Touareg se jetèrent tous ensemble sur le malheureux
+officier, qui fut couvert de blessures avant d’avoir pu saisir ses
+armes.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i05">
+<p class="platelab">Planche V</p>
+<img src='images/i05.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 5. — Ould Daman, petit-fils de l’assassin du
+major Laing.</p>
+
+<p class="cp3">(debout au centre de la photographie)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>C’est à Laing lui-même, guéri, on ne sait par quel miracle, que
+nous devons les détails qui montrent ce que fut l’acharnement de
+ces brutes. Laing dit avoir reçu 24 blessures, dont 18 graves. Il a
+eu 5 coups de sabre sur la tête et 3 sur la tempe gauche&nbsp;:
+«&nbsp;Partout des fractures, dont il est sorti beaucoup
+d’esquilles. Un coup de sabre sur la joue gauche m’a brisé la
+mâchoire et fendu l’oreille et fait une très laide blessure&nbsp;;
+un autre m’a atteint la tempe droite et une terrible balafre sur le
+cou a frôlé la trachée artère&nbsp;»<a id="FNanchor_3"></a><a href=
+"#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<p>C’est probablement à l’armement médiocre de ses ennemis que
+Laing dut d’éviter une blessure mortelle. Les Touareg ne se servent
+de la lance que comme arme de jet. Pour le corps à corps, ils
+emploient un sabre à lame large et mal trempée qui fait des
+entailles plus larges que profondes.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_8">[8]</span>Les Touareg
+pillèrent à leur aise les bagages et disparurent. Quelle fut
+l’attitude de Babani dans cette circonstance&nbsp;? Laing, dans une
+lettre ultérieure, la juge avec certaines réserves, et le
+domestique Hamed qui fut interrogé plus tard à Tripoli, accuse
+formellement Babani. Il est cependant invraisemblable que celui-ci
+ait conduit si longtemps et si loin le Major, pour le faire
+assassiner lâchement. Il eut pu le faire sans danger pour lui dès
+Ghadamès, s’il l’eut voulu. En pays touareg, son influence devait
+être bien peu de chose, et il est probable que, devant les menaces
+des bandits, il dut assister impuissant à un spectacle qui lui
+faisait horreur. Loin d’abandonner son compagnon, il le releva
+après le départ des assassins, l’attacha sur son chameau, et
+parvint à l’amener vivant jusqu’au campement des Kountas de la
+tribu de Sidi Moktar. Le chef de cette tribu était alors le sheikh
+Sidi Mohammed. Celui-ci, dont on ne saurait trop louer en ces
+circonstances l’admirable conduite, recueillit la caravane, et fit
+donner à Laing des soins éclairés qui le ramenèrent à la vie. La
+générosité à l’égard d’un hôte était une tradition dans cette noble
+famille. Trente ans plus tard, c’est à la protection du fils de
+Sheikh Sidi Mohammed, le sheikh Ahmed el Bakay, que Barth devra la
+réussite de sa mission à Tombouctou.</p>
+
+<p>Trois mois après son arrivée au campement de Sidi Moktar, grâce
+aux soins dévoués dont il a été l’objet, Laing est complètement
+rétabli. Il se hâte d’envoyer aux siens de ses nouvelles, et c’est
+sur un ton presque plaisant qu’il conte ce qu’il appelle sa
+mésaventure, et qu’il annonce son complet rétablissement. Sa seule
+préoccupation est d’atteindre<span class="pagenum" id=
+"Page_9">[9]</span> au plus vite Tombouctou, le premier but qu’il
+s’est assigné. Le sheikh, devenu son ami, s’engage à mettre tout en
+œuvre pour assurer la réussite de ses projets, et lui promet de le
+faire conduire vers la côte par le pays de «&nbsp;Mooschi&nbsp;»
+(Mossi&nbsp;?).</p>
+
+<p>Mais la mauvaise chance s’acharne sur le malheureux Laing. Une
+épidémie de fièvre infectieuse s’abat sur le campement de Sidi
+Moktar. Babani meurt un des premiers. Puis c’est le sheikh lui-même
+qui disparaît. Laing tombe malade, et, en pleine fièvre, il a la
+douleur de perdre tour à tour le 21 juin son boy, le fidèle Jack,
+et, le 25, son matelot Harry. Son dernier serviteur Hamed,
+épouvanté des catastrophes qui s’abattent sur la mission, refuse de
+rester plus longtemps. Laing est obligé de le laisser, le 10
+juillet, reprendre la route de Tripoli. Il faut citer les termes
+dans lesquels Laing lui-même commente cet incident. C’est
+l’avant-dernière lettre qui soit parvenue de lui&nbsp;: «&nbsp;Au
+moment où j’étais encore très faible, ayant à peine réussi à
+maîtriser le très grave accès de fièvre dont je venais d’être
+atteint, alors que les cadavres de mon pauvre Jack et du matelot
+étaient à peine froids, Hamed, insoucieux de toutes les lois de
+l’humanité, vint me dire qu’il voulait rentrer au Touat avec la
+caravane. Je lui ai dit qu’il pouvait s’en aller. Je ne blâme pas
+l’homme qui prend soin de sa carcasse. Aussi, au nom de Dieu, qu’il
+s’en aille. Je lui ai donné un méhari, des vivres, etc., et il part
+comme un sultan...&nbsp;»<a id="FNanchor_4"></a><a href=
+"#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_10">[10]</span>Celui qui écrit
+ces lignes hautaines, absolument seul dans un pays inconnu et
+hostile, est presque sans ressources&nbsp;; ses bagages ont été
+pillés&nbsp;; lui-même, atrocement mutilé, est convalescent d’une
+terrible crise de fièvre&nbsp;; ses serviteurs sont morts, et son
+unique ami et son seul protecteur vient de disparaître. Des maux de
+tête atroces, suite des coups de sabre qu’il a reçus sur le crâne,
+le tourmentent, et son bras mutilé lui occasionne les pires
+souffrances chaque fois qu’il veut écrire. Malgré tout, il n’a rien
+perdu de son ardeur à la découverte, et les obstacles dont la route
+de Tombouctou a pour lui été jalonnée, sont oubliés dès qu’ils sont
+franchis.</p>
+
+<p>Tant d’héroïsme devait frapper jusqu’aux indigènes eux-mêmes.
+Dans la tribu dont il était l’hôte, Laing avait conquis l’estime et
+l’admiration de tous. Et le souvenir est resté vivant chez les
+Kountas du «&nbsp;Raïs&nbsp;» à la haute stature, au caractère
+chevaleresque et à l’indomptable énergie<a id=
+"FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class=
+"fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<p>Enfin Laing allait être payé d’une partie de ses peines par un
+premier succès. Le 18 avril 1826, treize mois après son départ de
+Tripoli, il voyait enfin, sur leurs dunes de sable, se dresser les
+hautes maisons et les minarets de la ville mystérieuse qu’il était
+le premier Européen à contempler.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i06">
+<p class="platelab">Planche VI</p>
+<img src='images/i06.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 6. — Touareg de Tombouctou.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_11">[11]</span>La tour carrée de
+Djingereiber, le minaret de Sidi Yaya et surtout le clocheton qui
+surmonte la mosquée au nom illustre de Sankoré produisent à qui
+vient du Sahara une impression inoubliable.</p>
+
+<p>Ce devait être alors un spectacle bien curieux que de trouver,
+aux confins du désert, cette cité grouillante de vie. Dans le port
+saharien qu’était la Tombouctou d’alors, le Maghreb et le Soudan
+prenaient contact et la ville reflétait, dans un curieux mélange,
+l’influence des deux civilisations.</p>
+
+<p>La raison d’être essentielle de Tombouctou était le marché aux
+esclaves, et là, sur la grande place, où s’entassait le bétail
+humain, les représentants de toutes les races africaines se
+coudoyaient. Les Sahariens&nbsp;: Touareg, Bérabich ou Kountas, y
+croisaient les gens du Maghreb&nbsp;: Tripolitains ou Marocains, et
+les Soudanais&nbsp;: Haoussas, Mandés ou Toucouleurs&nbsp;;
+cependant que s’empressaient autour d’eux leurs hôtes Songhays,
+courtiers obséquieux et hôteliers avides.</p>
+
+<p>Ville de commerce et ville d’affaires, Tombouctou était aussi
+une bruyante ville de plaisirs. Le Saharien y trouvait les
+jouissances ardemment désirées pendant les longs mois de privations
+au désert et le Nigérien y entrevoyait une civilisation à lui
+inconnue, un luxe ignoré, digne, lui semblait-il, des mille et une
+nuits.</p>
+
+<p>Vivant à part, et s’efforçant d’ignorer ce monde avide ou
+frivole, une petite élite intellectuelle s’attachait à conserver
+l’ancienne tradition de la Tombouctou savante. Quelques très
+anciennes familles s’honoraient d’avoir pour chefs des hommes
+lettrés, chez qui les discussions les plus savantes<span class=
+"pagenum" id="Page_12">[12]</span> avaient cours et qui
+connaissaient des sciences ignorées du vulgaire<a id=
+"FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class=
+"fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<p>C’est dans ce milieu que Laing eut l’heureuse fortune d’être
+introduit. Là, il put retrouver un peu la Tombouctou qu’avaient
+révélée à l’Europe les voyages d’Ibn Kaldoun et d’Ibn
+Batoutah&nbsp;; là il put trouver les satisfactions intellectuelles
+capables de lui faire oublier les impressions pénibles que son cœur
+généreux ne dût manquer de ressentir devant l’odieux trafic des
+traitants. Peut-être eut-il la tristesse d’assister impuissant à
+l’envoi vers la misère et la déchéance définitive de malheureux
+provenant de ces régions de la Rokelle et du Kouranko, où il avait
+trois ans auparavant plaidé auprès des chefs indigènes la cause
+anti-esclavagiste.</p>
+
+<p>Bien accueilli, grâce à la recommandation du chef des Kountas,
+Laing se rendit d’abord chez le fils de Babani, qui lui procura un
+logement chez un Tripolitain du quartier de Baguindé.</p>
+
+<p>La maison où Laing a vécu, du 18 août au 22 septembre 1826,
+existe encore, et n’a pas été modifiée. Comme toutes les maisons de
+Tombouctou, elle comprend un rez-de-chaussée où sont les
+communs&nbsp;: cuisines, magasins, écuries, et aussi logement des
+serviteurs. Au premier étage trois chambres sont réservées pour
+l’habitation. Elles donnent sur une large terrasse d’où l’on
+embrasse le panorama de la ville. C’est là que se tenait Laing.
+C’est là sans doute qu’il s’est assis devant son papier, songeant à
+sa chère<span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span> Emma, et
+essayant en vain de lui écrire des lettres rassurantes, alors qu’il
+sentait que les dangers s’accumulaient devant lui. C’est là qu’il a
+écrit sa dernière lettre qui se termine par ces mots&nbsp;:
+«&nbsp;Il faut que ma chère Emma m’excuse de la façon dont je lui
+écris. J’ai commencé cent lettres pour elle&nbsp;; mais je n’ai pu
+en finir aucune. Elle est toujours au plus haut dans mes pensées et
+c’est avec délices que je pense à plus tard, à l’heure de notre
+réunion qui, si Dieu le veut, n’est plus maintenant très
+éloignée<a id="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class=
+"fnanchor">[7]</a>&nbsp;». Cette réunion qu’il souhaitait, Laing
+devait en effet l’obtenir, mais de toute autre manière. Au moment
+où il écrivait sa lettre, il n’avait plus que quelques jours à
+vivre. Quand la fatale nouvelle, longtemps discutée, de la mort du
+héros parvint à Tripoli, quand il fut certain qu’aucun espoir
+n’était plus possible, Emma Warrington Laing alla rejoindre son
+mari&nbsp;: elle mourut de chagrin dans les derniers jours de
+1829.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i07">
+<p class="platelab">Planche VII</p>
+<img src='images/i07.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 7. — Femmes arabes de Tombouctou.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_14">[14]</span><a id=
+"c3"></a>CHAPITRE III</h2>
+
+<p class="sch1">Le Drame</p>
+
+<p>Le séjour à Tombouctou d’un homme tel que Laing n’a pas dû être
+infructueux, et ce sera toujours, pour la science, une perte
+irréparable que la disparition du journal et des notes de
+l’illustre voyageur. Pendant le mois que dura son séjour, nous
+savons qu’il leva le plan de la ville et qu’il étudia les
+manuscrits qu’y possèdent les lettrés. Sans aucun doute il connut
+le fameux Tarikh es Soudan que Barth a eu la gloire de révéler à
+l’Europe savante, et les nouveaux manuscrits qui viennent d’être
+découverts. Laing étudia aussi la question, alors si mystérieuse,
+du cours du Niger, et acquit la certitude qu’aucune communication
+n’existait entre le grand fleuve de l’ouest africain et le Nil. Il
+avait imaginé que la Volta pouvait être le cours inférieur du
+Niger, erreur sans doute, mais qui provenait d’une conception
+exacte de l’orientation réelle des deux branches du fleuve.</p>
+
+<p>Les explorateurs d’aujourd’hui, qui font le voyage
+de<span class="pagenum" id="Page_15">[15]</span> Tombouctou sur un
+confortable vapeur, et pour qui la route du port de Kabara à la
+grande ville est une agréable chevauchée de quatre milles à travers
+les mimosas, ne doivent pas oublier que Laing, pour aller voir le
+fleuve, dut mystérieusement sortir de la ville en pleine nuit<a id=
+"FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>,
+risquant à chaque pas de croiser une bande de Touareg qui sans
+doute ne l’auraient pas épargné.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw2">
+<figure id="i08">
+<p class="platelab">Planche VIII</p>
+<img src='images/i08.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 8 — Vue générale d’Araouan.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>A Tombouctou comme ailleurs, Laing avait fait la conquête de
+tous ceux qui le connaissaient. Il est curieux de noter, d’après la
+tradition encore très vivante aujourd’hui, les qualités que les
+indigènes lui ont reconnues. Les Tombouctiens ont admiré chez Laing
+la belle prestance, la force physique et la haute élégance à
+cheval&nbsp;; ils ont su également discerner combien était grande
+la noblesse des sentiments et la valeur morale de leur hôte.</p>
+
+<p>Dans le monde des lettrés et des savants, Laing ne compta
+bientôt que des amis. C’est sans doute au plaisir qu’il éprouva à
+pénétrer dans ce centre de haute culture intellectuelle et à y
+recevoir bon accueil, qu’il faut attribuer le passage de sa
+dernière lettre où il dit&nbsp;: «&nbsp;A tous égards, Tombouctou a
+complètement tenu ce que j’en attendais&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class=
+"fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<p>Ses amis Tombouctiens avaient déconseillé à Laing de descendre
+le Niger, et lui avaient offert de le faire conduire à Dienné. De
+là, il aurait pu tenter de regagner, par le Sénégal, les
+établissements français de Saint-Louis. A aucun<span class=
+"pagenum" id="Page_16">[16]</span> moment Laing ne paraît avoir
+songé à visiter Oualata et c’est par erreur que certaines cartes
+font passer par ce point son itinéraire.</p>
+
+<p>Mais les Tombouctiens n’étaient que d’excellents commerçants ou
+de pieux lettrés. Ils n’avaient aucune force armée, et leur ville
+ouverte devait subir la protection des puissants du jour. Les
+fanatiques Toucouleurs commençaient alors d’étendre partout leurs
+conquêtes, qui devaient couvrir de ruines presque tout le bassin du
+Niger. De Bandiagara, sa capitale, le sultan Ahmed ben Mohamed Labo
+avait envoyé des reconnaissances vers Tombouctou, et déjà, dans
+toute la région, il parlait en maître. Ses espions lui eurent bien
+vite signalé le chrétien recueilli et protégé par les Kountas, à
+qui les gens de Tombouctou faisaient bon accueil. Le tyran cruel et
+fanatique, à l’esprit étroit, en conçut aussitôt de la jalousie et
+écrivit une lettre comminatoire au chef de la ville de Tombouctou,
+Ousman Alcayar, qui s’empressa d’obéir. Laing fut mis en demeure de
+retourner par où il était venu et de reprendre au plus vite la
+route d’Araouan.</p>
+
+<p>Cette nouvelle infortune ne pouvait décourager un homme tel que
+Laing. Après tant de projets élaborés en vain, il put trouver
+encore une autre combinaison, par laquelle il espéra échapper aux
+menaces des Toucouleurs et continuer quand même son voyage en le
+rendant fructueux pour la science. Feignant de renoncer à remonter
+le Niger, il fit ses préparatifs de départ pour Araouan&nbsp;; mais
+son dessein était de se joindre à la première caravane qu’il
+rencontrerait, allant non plus vers Tombouctou, mais
+vers<span class="pagenum" id="Page_17">[17]</span> Sansanding. De
+là, il espérait atteindre Ségou et relier ses itinéraires à ceux de
+Mungo Park.</p>
+
+<p>Il fallut se mettre en route à la hâte&nbsp;; la populace de
+Tombouctou, affolée par les menaces des Toucouleurs, exigeait
+maintenant le prompt départ du chrétien. Des bruits absurdes
+circulaient dans le peuple&nbsp;: on disait que l’étranger avait
+des fétiches avec lesquels il allait empoisonner tout le pays, et
+on le rendait responsable des décès les plus récents. Et surtout on
+répétait que la ville sainte était souillée par la présence d’un
+infidèle.</p>
+
+<p>Ces sortes de crises de fanatisme, dans lesquelles la haine et
+le mépris se donnent libre cours, ont toujours été, et sont encore
+à redouter chez les musulmans illettrés&nbsp;; il faut de longs et
+patients efforts de la part des dirigeants les plus cultivés et les
+plus intelligents pour en éviter le retour.</p>
+
+<p>Laing n’était plus sans ressources. Une lettre de change, qu’il
+avait emportée de Tripoli, lui avait été payée à Tombouctou. Il put
+racheter des chameaux et se reconstituer un matériel de route. Mais
+les convois sur la route de Tombouctou à Araouan étaient alors,
+comme ils le sont encore aujourd’hui, une sorte de monopole de la
+tribu arabe des Bérabich (Barbooshi dans différents textes). Le
+chef de cette tribu était alors Ahmadou Labeida, musulman
+fanatique, à l’esprit borné. Sa mauvaise étoile mettait Laing à la
+merci d’un impitoyable ennemi des chrétiens.</p>
+
+<p>Le chef de Tombouctou, Ousman, confia Laing à Labeida, et
+celui-ci promit de conduire l’étranger jusqu’à Araouan. Il lui
+fournit un guide et le départ fut fixé au 22 septembre.</p>
+
+<p>Le 21 au soir, Laing écrivit à son beau-père le
+consul<span class="pagenum" id="Page_18">[18]</span> Warrington une
+lettre, qui devait être la dernière, et dans laquelle on sent,
+malgré le ton calme et qui veut être rassurant, les appréhensions
+du voyageur. «&nbsp;Ma destination est Ségou, où j’espère arriver
+dans quinze jours&nbsp;; mais j’ai le regret de vous dire que la
+route n’est pas bonne et que mes périls ne sont pas encore
+terminés&nbsp;»<a id="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10"
+class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<p>Le 22, à 3 heures du soir, la caravane se mit en route. Le major
+avait avec lui deux serviteurs&nbsp;: l’un nommé Bungola, était un
+ancien esclave que Laing avait libéré. L’autre, dont le nom nous
+est inconnu, était un jeune garçon arabe qui partagea le malheureux
+sort de son maître et dont les restes ont été retrouvés mélangés à
+ceux du major.</p>
+
+<p>Tout en cherchant une caravane allant à Sansanding, Laing
+s’éloignait rapidement, en suivant celle des routes d’Araouan qui
+passe le plus à l’ouest. Le 23, il était déjà à 30 milles de
+Tombouctou, au lieu dit Sahab, à mi-distance entre les puits de
+Laouessi et d’Agonégifal. La température à cette époque de l’année
+est extrêmement élevée, et Laing s’arrêta pour passer les heures
+les plus chaudes sous un athilé<a id="FNanchor_11"></a><a href=
+"#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, qui seul donnait un
+faible ombrage au milieu de la plaine nue.</p>
+
+<p>Autour de Laing, c’est l’horreur grandiose du désert. Jusqu’à
+l’horizon s’étendent les sables, où les pluies
+d’hivernage<span class="pagenum" id="Page_19">[19]</span> viennent
+de faire pousser quelques maigres touffes d’herbes. C’est le
+commencement du Sahara, l’inconnu mystérieux des cartes d’alors. Et
+précisément, à côté du voyageur qui se repose au milieu de ces
+effrayantes solitudes, voici les précieux documents qu’attend toute
+l’Europe savante. Les notes de Laing vont permettre de compléter
+les cartes, de mettre à jour les géographies, de faire faire à la
+science un pas de plus en avant. Et Laing, en songeant à l’œuvre
+utile déjà accomplie, oublie toutes ses misères pour ne songer
+qu’aux joies glorieuses du retour. Qu’importent les blessures dont
+les cicatrices couturent son visage&nbsp;; qu’importent les
+souffrances passées et les dangers de l’avenir&nbsp;: l’officier
+anglais peut songer avec une consolante fierté à la façon dont il a
+rempli la tâche qui lui était confiée.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw1">
+<figure id="i09">
+<p class="platelab">Planche IX</p>
+<img src='images/i09.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 9. — Une caravane au Sahara.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Soudain, le bruit d’une galopade le réveille. La petite caravane
+est vite debout. Quatre cavaliers s’approchent. Laing reconnaît le
+chef des Bérabich qu’il a quitté à Tombouctou l’avant-veille.
+Celui-ci est accompagné de Mohammed Faradji ould Abdallah et de
+deux inconnus. Laing est sans défiance&nbsp;; il a été recommandé
+aux Bérabich par le chef de Tombouctou lui-même, et chacun sait que
+le pacha de Tripoli l’a accrédité auprès de tous les sheikhs du
+désert. Surtout Laing a la parole de Labeida, et sa grande âme ne
+peut même pas concevoir l’idée de la trahison. Cependant, on
+s’adresse au major sur un ton menaçant qui l’étonne. Ahmadou
+Labeida s’est renseigné à Tombouctou sur les dispositions des
+Toucouleurs et sur celles des gens de la ville et il a compris que
+nul désormais n’était favorable au chrétien. Le dévot cruel a
+deviné qu’on lui saurait même<span class="pagenum" id=
+"Page_20">[20]</span> gré d’un crime que personne n’a osé
+commettre. La foule ignorante et fanatisée se reproche son
+engouement des jours précédents pour le héros qui l’avait désarmée
+et séduite. Et c’est avec soulagement qu’elle a vu Labeida partir
+en hâte pour rejoindre et pour assassiner celui qui s’est placé
+sous sa sauvegarde.</p>
+
+<p>L’élite intellectuelle de la ville, les anciens amis de Laing,
+ceux avec qui il avait passé de longues heures à discuter les
+saints principes du Coran et la question de la tolérance à l’égard
+des chrétiens, eurent peur devant la poussée populaire, et, au
+mépris de toute dignité, ils laissèrent faire.</p>
+
+<p>On sent très bien aujourd’hui, quand on cause de ces heures
+tragiques avec les petits-fils de ceux qui manquèrent alors aux
+plus nobles traditions de l’Islam, un sentiment de gêne et comme de
+remords.</p>
+
+<p>L’insulte à la bouche, Ahmadou Labeida s’avance vers Laing. Il
+ose le sommer de se faire musulman. Laing répond avec la hauteur
+qui convient. Tout aussitôt le Bérabich ordonne à un de ses gens de
+mettre à mort le chrétien. Les hommes hésitent et d’abord
+refusent&nbsp;; la belle attitude du major leur en impose encore.
+Le sheikh insiste&nbsp;; deux serviteurs s’emparent de Laing et lui
+immobilisent les bras. Ahmadou Labeida plonge de toute sa force une
+lance dans la poitrine du malheureux sans défense. C’est le signal
+du massacre&nbsp;: Faradji achève le major et lui tranche la
+tête&nbsp;; un des serviteurs est tué sur le corps de son maître,
+l’autre est blessé. Le sheikh donne aussitôt l’ordre de détruire
+tous les bagages. Dans l’esprit de cette homme borné, tout ce qui a
+appartenu à un chrétien peut renfermer des fétiches<span class=
+"pagenum" id="Page_21">[21]</span> redoutables. Et devant lui on
+rassemble en un tas tout ce que ces ignorants jugent si
+dangereux&nbsp;: vêtements, instruments et surtout livres et
+papiers, et l’on y met le feu. A côté du cadavre du martyr,
+s’envolent en fumée les pages précieuses de ses cahiers de notes.
+Le premier plan de Tombouctou, les observations scientifiques, les
+itinéraires, les copies de manuscrits arabes flambent, pendant que
+les meurtriers, joignant le bouffon au tragique, se bouchent le nez
+avec des gestes d’effroi pour éviter d’être empoisonnés par les
+fétiches du major. C’est un second assassinat qui s’achève, c’est
+l’œuvre de sa vie que l’on détruit après avoir pris au malheureux
+sa vie elle-même.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i10">
+<p class="platelab">Planche X</p>
+<img src='images/i10.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 10. — Mohammed el Moktar.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Quand tout fut consumé, on enfouit sous le sable les cendres du
+foyer. Les serviteurs de Labeida s’arrangèrent cependant pour avoir
+une part de butin. Ils ne craignirent pas d’être empoisonnés par
+l’or de leur victime, et gardèrent pour eux les quelques pièces de
+monnaie qu’ils trouvèrent dans l’une des caisses. On dit même
+qu’Ahmadou Labeida accepta pour sa part une breloque en or ayant
+appartenu à Laing et qui figure un petit coq. Ce bijou serait
+encore entre les mains de Mehemed ould Mehemed, le petit-fils de
+l’assassin, dont nous parlons plus loin.</p>
+
+<p>Pour que l’insulte fût complète, les cadavres de Laing et de son
+serviteur furent abandonnés sans sépulture au pied de l’athilé, et
+les oiseaux en firent leur proie. Quelques jours plus tard, un
+Bérabich nommé Brahim ould Oumar ould Salah, de la tribu des Ouled
+Sliman, passant auprès de l’athilé, vit des débris humains dont les
+oiseaux de proie becquetaient les lambeaux&nbsp;; sans savoir ce
+qui s’était passé, il les enterra au pied de l’arbre. Cet homme
+apprit plus tard<span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span> à
+qui il avait ainsi rendu les derniers devoirs et il s’écria&nbsp;:
+«&nbsp;J’ai cru enterrer les restes d’un musulman. Si j’avais su
+que c’étaient ceux d’un chrétien, je les aurais laissés tels
+quels&nbsp;».</p>
+
+<p>Ainsi périt, à l’âge de 32 ans, un des hommes les plus
+merveilleusement doués pour l’exploration africaine qu’ait connu le
+<span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle. Convaincu de la
+noblesse de son rôle, se regardant comme le représentant de la
+civilisation européenne, Laing, par son respect de lui même,
+commandait le respect et l’admiration des indigènes. Parmi tant de
+vaillants qui ont donné leur vie pour la cause africaine, une place
+d’honneur doit être réservée au conquérant de Tombouctou, qui fut
+un héros et un martyr.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw3">
+<figure id="i11">
+<p class="platelab">Planche XI</p>
+<img src='images/i11.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 11. — Marchand de sel de Tombouctou et sa
+famille.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_23">[23]</span><a id=
+"c4"></a>CHAPITRE IV</h2>
+
+<p class="sch1">A la recherche des restes de Laing</p>
+
+<p>En Europe, le monde savant avait suivi avec intérêt la marche de
+Laing. On sait avec quelle passion l’étude de la géographie
+africaine fut entreprise au début du <span class=
+"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle. Anglais, Français, Allemands
+et Italiens rivalisèrent d’héroïsme pour couvrir de leurs
+itinéraires nouveaux les grands espaces blancs qui occupaient alors
+le centre des meilleures cartes. Tombouctou la mystérieuse était un
+des objectifs les plus visés, et la nouvelle de l’heureuse marche
+de Laing dans cette direction avait été saluée avec enthousiasme.
+Mais des rumeurs pessimistes ne tardèrent pas à circuler. A la
+suite de l’attaque de janvier 1826, on crut à la mort du voyageur.
+Puis des lettres de lui parvinrent et rassurèrent un peu. Mais le
+domestique Hamed, qui revint à Tripoli en octobre 1826, apporta des
+nouvelles si effrayantes, bien qu’il eût laissé son maître en vie,
+que l’inquiétude fut générale au sujet du succès de la mission.</p>
+
+<p>Le consul Warrington pria le pacha de Tripoli de lui<span class=
+"pagenum" id="Page_24">[24]</span> procurer des renseignements tout
+à fait précis par l’intermédiaire des autorités de Ghadamès. Les
+réponses parvinrent au mois de mars 1827. Les premières portaient
+que Laing, attaqué et blessé par les Touareg, avait pu se rétablir,
+et qu’il était entré à Tombouctou. Les secondes, reçues par le
+pacha à Tripoli le 31 mars, donnaient, avec tous ses détails, la
+nouvelle de la catastrophe finale.</p>
+
+<p>Peu après, le domestique Bungola, de retour à la côte, vint
+apporter sa déposition de témoin oculaire de l’assassinat.</p>
+
+<p>Le consul Warrington déploya, dans ces tristes circonstances,
+l’activité la plus intelligente et la plus ingénieuse. Ayant perdu
+tout espoir de revoir son malheureux gendre, il s’attacha à
+chercher si quelque chose pouvait être sauvé de son œuvre, et, de
+tous les côtés il envoya à la découverte pour savoir ce qu’étaient
+devenus les papiers du major Laing.</p>
+
+<p>Comment ne sut-on pas alors que ces papiers avaient été brûlés à
+Sahab&nbsp;? Il est probable que les musulmans les plus
+intelligents, qui furent précisément ceux à qui s’adressa le consul
+Warrington, déploraient en leur for intérieur le crime de Labeida
+et les circonstances odieuses et ridicules dont il fut entouré. Ils
+n’osèrent avouer qu’un de leurs coreligionnaires avait brûlé comme
+un fétiche dangereux l’œuvre d’un savant chrétien, et leurs
+réponses dilatoires empêchèrent la vérité d’être connue.</p>
+
+<p>Caillé rapporta quelques renseignements nouveaux qui précisèrent
+l’attitude d’abord favorable des gens de Tombouctou et la tyrannie
+exercée dans cette ville par les Toucouleurs<a id=
+"FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class=
+"fnanchor">[12]</a>.<span class="pagenum" id="Page_25">[25]</span>
+Tout en donnant à Caillé la récompense que méritait son
+extraordinaire voyage, la Société de Géographie de Paris s’honora
+en décernant à M<sup>me</sup> Laing, en souvenir de son mari, la
+Grande Médaille d’or de la Société.</p>
+
+<p>Puis le silence se fit. L’oubli vint. Barth, puis Lenz,
+essayèrent tour à tour de savoir si réellement il existait encore
+des manuscrits laissés par Laing&nbsp;: ils ne reçurent que des
+renseignements erronés.</p>
+
+<p>Une enquête approfondie menée par Duveyrier ne révéla aucun fait
+nouveau.</p>
+
+<p>On pouvait espérer que l’occupation de Tombouctou par les
+Français, en 1894, permettrait de percer à jour ce mystère. Et
+cependant, pendant quinze ans les recherches, menées avec le plus
+grand soin, n’aboutirent à aucun résultat.</p>
+
+<p>La raison du mutisme des indigènes s’explique par une
+disposition de la loi coranique qui spécifie que le prix du sang,
+la Dia, peut être réclamé après plusieurs générations. Le chef
+actuel des Bérabich, Mehemed ould Mehemed est le petit-fils d’Ahmed
+Labeida. C’est un vieillard rusé et sournois, très énergique, dont
+le prestige est considérable dans toute la région de Tombouctou et
+à qui on n’aurait pas volontiers osé créer des ennuis. Au début de
+1910, il se mit en rébellion ouverte contre le Gouvernement
+français et s’enfuit au Maroc. La situation était alors plus
+favorable pour faire une enquête. M. le gouverneur Clozel,
+lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, qui s’attache avec
+tant de zèle et de compétence à l’étude scientifique<span class=
+"pagenum" id="Page_26">[26]</span> des pays du Niger, cherchait
+depuis longtemps a pénétrer le mystère de la mort de Laing. Il
+choisit cette circonstance pour me charger d’une mission d’études à
+ce sujet, pendant le voyage que je devais faire à Tombouctou,
+Araouan et Taoudénit.</p>
+
+<p>Muni de lettres de recommandation des confréries religieuses
+Senoussia et Tidjania, je visitai à Tombouctou et à Araouan les
+chefs et les principaux personnages. Comme il m’était possible de
+m’exprimer en arabe avec eux, j’eus vite fait de les mettre en
+confiance. Après leur avoir donné l’assurance, au nom du
+gouverneur, qu’aucune représaille ne serait exercée, je leur
+demandai de me procurer tous les renseignements possibles au sujet
+du major Laing&nbsp;; je m’attachai à leur faire comprendre que ces
+recherches n’avaient qu’un but historique, auquel s’intéressait de
+façon toute spéciale M. le lieutenant-gouverneur Clozel, dont le
+nom est si populaire à Tombouctou.</p>
+
+<p>Arouata, chef des Kel Araouan, son fils aîné Sheikh Arouata,
+Sidi Ali, cadi d’Araouan, et Ahmed Baba, cadi de Tombouctou,
+consentirent à me seconder dans mes recherches et à me communiquer
+les Annales que l’on tient à Araouan. Dans ces documents, qui
+portent le nom de Tarikhs, on note au jour le jour les principaux
+événements, et chacun tient pour dignes de foi ces récits dont
+l’étude est du plus haut intérêt. Je trouvai dans deux Tarikhs
+d’Araouan le récit de la mort de Laing. J’en pus prendre copie et
+j’en donne ci-dessous la traduction.</p>
+
+<p>Ces indications étaient précieuses. Mais, pour qu’elles fussent
+complètes, il fallait connaître l’emplacement de l’arbre au pied
+duquel avait été tué le major. Sheikh<span class="pagenum" id=
+"Page_27">[27]</span> Arouata me mit alors en rapports avec un
+vieillard bérabich nommé Mohammed ould Moktar. Cet homme, âgé de 82
+ans, est le propre neveu d’Ahmadou Labeida. Il a été élevé par
+celui-ci et connaît l’histoire de la mort de Laing, que son oncle
+lui a contée. Mis en confiance, Mohamed ould Moktar consentit à
+parler. Je crois bien que le désir d’être désagréable à Ould
+Mehemed, contre qui il nourrit une ancienne et féroce haine, fut un
+des principaux mobiles qui lui firent me dicter le récit figurant
+ci-dessous aux pièces justificatives. Mohammed déclara qu’il
+connaissait très bien l’arbre en question, et que Faradji le lui
+avait souvent montré quand ils faisaient ensemble la route entre
+Araouan et Tombouctou.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i12">
+<p class="platelab">Planche XII</p>
+<img src='images/i12.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 12. — A Sahab. L’arbre au pied duquel a été
+assassiné Laing.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Malgré son grand âge, Mohammed, qui jouit d’une excellente
+santé, accepta de me servir de guide et promit de me conduire à
+Sahab et à l’arbre athilé.</p>
+
+<p>Rentré à Araouan le 12 décembre, je trouvai Mohammed prêt à
+partir et Sheikh Arouata décidé à nous accompagner. Nous nous mîmes
+en route, et, le 21 décembre, nous étions à Sahab.</p>
+
+<p>Le lieu dit Sahab se trouve sur la route d’Araouan à Tombouctou,
+à 30 milles au nord de cette ville. C’est une vaste dépression, où
+le sable, mélangé d’argile, conserve quelque humidité après
+l’hivernage. Dans le lointain, le massif de Tadrant élève ses pics
+rocheux au-dessus des plaines environnantes.</p>
+
+<p>Des fouilles furent immédiatement entreprises au pied de
+l’athilé. Le 22, dans la matinée, un des travailleurs mit à
+découvert à 1 m. 25 de profondeur et à 0 m. 50 du pied de l’arbre,
+différents ossements&nbsp;: morceaux de crâne, sections<span class=
+"pagenum" id="Page_28">[28]</span> de vertèbres, etc... Puis, peu
+après, dans un rayon de quelques mètres, l’emplacement d’un foyer,
+des débris de caisses, un morceau d’alun et un morceau de
+chaussette cachou.</p>
+
+<p>Nous regagnâmes Tombouctou et, accompagné des différentes
+personnes ayant assisté aux fouilles, je me présentai devant le
+lieutenant Marc, commandant le cercle de Tombouctou, à qui je fis
+une déclaration officielle du résultat de mes recherches.</p>
+
+<p>Les ossements recueillis furent soumis à l’examen de M. le
+médecin-major de première classe Lefèvre, des troupes
+coloniales&nbsp;; mais par suite des moyens rudimentaires dont on
+disposait, cet examen ne fut que superficiel. Le docteur constata
+qu’on se trouvait en présence des restes de deux individus&nbsp;:
+un adulte présentant les caractères d’un Européen, et un
+adolescent. Un des crânes portait une large trace de sang prouvant
+qu’il s’agissait d’un homme décédé de mort violente.</p>
+
+<p>Mohammed ould Moktar me confirma que, des deux serviteurs qui
+accompagnaient Laing au moment de sa mort, l’un avait été blessé et
+ramené à Tombouctou. L’autre avait eu le sort de son maître.</p>
+
+<p>Les ossements furent séparés et mis en bière.</p>
+
+<p>Aussitôt que fut connue à Tombouctou la nouvelle de l’exhumation
+des restes du major Laing, toute retenue cessa de la part des
+indigènes. Il me devint possible de terminer mon enquête et de
+reconstituer toutes les circonstances du drame. C’est ainsi que
+j’ai pu connaître la part exacte prise par Ahmadou Labeida dans un
+crime dont il fut l’exécuteur, mais dont Tombouctou toute entière
+fut<span class="pagenum" id="Page_29">[29]</span> complice. Comme
+je l’ai dit plus haut, aux yeux des musulmans, le prix du sang peut
+toujours être réclamé aux descendants d’un meurtrier, et chacun
+croyait les Européens décidés à venger sur Ould Mehemed le meurtre
+commis par son grand-père. Les Tombouctiens n’osaient attirer un
+châtiment sur un coupable puissant, dont tous d’ailleurs se
+sentaient complices. Lui étant mis hors de cause, tout devint
+facile et les langues se délièrent.</p>
+
+<p>Le récit que je donne ci-dessus est le résumé de longues
+conversations, toutes concordantes, que j’ai eues à Araouan et à
+Tombouctou. Aucun doute ne peut plus subsister aujourd’hui sur les
+circonstances qui ont entouré la mort de Laing et la destruction de
+ses papiers.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw5">
+<figure id="i13">
+<p class="platelab">Planche XIII</p>
+<img src='images/i13.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 13. — L’auteur à Tombouctou en 1910.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Le résultat négatif de mes recherches fixe quand même un point
+d’histoire. A ce titre il ne serait donc pas à dédaigner. Mais ma
+satisfaction la plus grande a été de pouvoir rendre un suprême et
+public hommage à Laing dans la ville même qui fut témoin de sa
+vaillance et de son amour de la science.</p>
+
+<p>Le Gouvernement britannique a été mis au courant officiellement
+de la découverte faite à Sahab, et les autorités françaises
+conservent actuellement à Tombouctou le précieux dépôt des restes
+du major Laing. Ces débris humains sont bien peu de chose, et plus
+que jamais l’on peut répéter en les regardant&nbsp;:</p>
+
+<div class="linegrp-container">
+<div class="linegrp">
+<div class="group">
+<div class="line indent0">«&nbsp;Quot libras in duce tanto
+invenies&nbsp;».</div>
+</div>
+</div>
+</div>
+
+<p>Mais l’œuvre pour laquelle Laing a donné sa vie est aujourd’hui
+accomplie. La traite des noirs a cessé, et le honteux marché aux
+esclaves, qui déshonorait Tombouctou,<span class="pagenum" id=
+"Page_30">[30]</span> a disparu. Il y a quelque chose de touchant à
+constater que les indigènes, après tant d’années, ont conservé la
+mémoire du héros au noble cœur qui a donné sa vie pour leur faire
+avoir plus de bonheur et plus de liberté.</p>
+
+<p class="right pad-right4 space-above1">A. BONNEL DE MÉZIÈRES.</p>
+
+<div class="figcenterplate iw1">
+<figure id="i14">
+<p class="platelab">Planche XIV</p>
+<img src='images/i14.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 14. — Les fouilles qui ont amené la découverte
+des restes de Laing à Sahab (décembre 1911-janvier 1912).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="large bold"><span class="pagenum" id=
+"Page_31">[31]</span><a id="app"></a>PIÈCES JUSTIFICATIVES</h2>
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_33">[33]</span><a id=
+"app1"></a><span class="bold">1<sup>er</sup> manuscrit.</span>
+</h3>
+
+<p class="sch2"><em>Texte remis à Araouan à M. Bonnel de
+Mézières.</em>
+</p>
+
+<p class="right arabic" lang="ar">الحمد لله رب العالمين وصلاته
+وسلامه على سيد المرسلين وعلى ءاله وصحبه اجمعين * وبعد فقد وجدت فى
+رسوم اوائلنا المتقدمين بخط مشابه لخط جدنا القاضى سيدي احمد القاضى
+بن سيدى محمد بن سيدى امحمد بير ما نصه بعد تعداد اعوام قبل اعنى بعد
+تعداد وقائع اعوام قبل ذالك قال وفى عام احدو اربعين بعد المايتين
+والالف وهو العام الذى تامر فيه وتقيد عثمان بن القائد ببكر بعد موت
+اخيه امحمد بن القائد ببكر وذالك لان امحمد تولى بعد موت ابيه القائد
+ببكر المذكور المتوفى فى اواخر الثلاثين قبل نصر الشيخ احمد لب للدين
+بثلاثة اعوام فمكث اعنى امحمد فى الامارة عشرة اعوام وهو امير مبارك
+سيد فاضل سخى باذل حتى لقب بسيد فتوفى رحمه الله تعالى فتولى بعده
+اخوه عثمان المذكور فى عام واحد واربعين وفى ذالك العام جاء نصرانى من
+ڭنس الانكليز من جهة المشرق حتى دخل تينبكت فلم يقدر ان يتعدى للسودان
+خوفا من افلان لان ذالك زسن اوائل انتصار الشيخ احمد لب للدين الا انه
+لم يبلغ حكمه تينبكت لان حكمه لم يبلغ تينبكت الا فى زمن عثمان فى نيف
+واربعين فلما دخل تينبكت مكث فيها ما مكث مستخفيا فخرج منها متوجها
+لجهة اروان فركب الشيخ احمد بن اعبيد رئيس البرابيش يومئذ وسيدها فى
+طائفة من قومه فلحقه به اعنى تلاحق <span class="pagenum" id=
+"Page_34">[34]</span>به عند السهب موضع فى طريق اروان وقد كان نازلا
+عند طلحاية رحال نزلها يرصده فمكث زمنا حتى خرج فتبعه حتى ادركه عند
+السهب المذكور فقتله هنالك ضحوة يوم الثلاثاء فى اليوم الثالث من شهر
+الله شوال العام المذكور وقتل عند اتيلة غربى المجبد اعنى وسط النهج
+اعنى ڭبلة الامرائر بلغة العامة فاما الشيخ احمد وعلية اصحابه فما
+حازوا على متاعه ولا قربوا منه واما السفلة فانهم اتوا دبشه وقماشه
+فلم يجدوا عنده سوى صندوقين ففتشوهما فما وجدوا سوى بضع عشرة ريالة من
+الريال فاخذه بعضهم خفية واسره فى بضاعته فلم يطلع عليه الا بعد ذالك
+وغير ذالك من متاعه دفتره بعد ما احرقوه بجميع ما فيه من كواغد ورسوم
+وكنانيش وصندوق وغير ذالك فلم يقبل احمد ان يصحب احدا منهم شىء من
+متاعه سوى ما اسره احد فى بضاعته لم يعلم به وقد قيل والله اعلم انه
+انما قتله باذن من امراء الارض من رمات وتوارق وهذا هو الحق الذى
+لامرية فيه كما بلغنا بالتواتر لان احمد ليس له قدرة على ان يقتل من
+امنه التوارق والرمات كما هو معلوم وقد جاء قبل هذا الانكليز نصرانى
+اخر قيل انه فرنصاوى حتى وصل تينبكت فكر راجعا ولم يـ كيدا ولا تعرض
+له احد وذالك فى زمن امحمد بن القائد ببكر اخى عثمان المذكور انتهى
+باختصار وبه كتب من نفله من الخط المذكور بتاريخ تقدم وتاحر هذه
+النسخة لشهر الله ذى الحجة الحرام حاتم عام ١٣٢٨ عبيد ربه عال بن عمر
+بن احمد بن محمد بن محمد بير لطف الله بالجميع والمسلمين ءامين ءامين
+ءامين</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_35">[35]</span><em>Le passage qui va suivre est bien de la
+même écriture que le reste du contexte, mais rien n’indique s’il en
+faisait partie ou s’il a été ajouté par le scribe.</em>
+</p>
+
+<p class="arabic right" lang="ar">وانما لم يقبل احمد ان يصحبهم شىء
+من متاعه لانه معتقد انهم سحرة وانه متى صحبه ذالك اصابه السحر والله
+اعلم صح</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h3><a id="app1b"></a><span class="bold">2<sup>e</sup>
+manuscrit.</span>
+</h3>
+
+<p class="sch3"><em>Extrait d’une chronique d’Araouan donnant la
+liste des principaux événements de cette localité de l’année 1044
+de l’hégire à l’année 1268.</em>
+</p>
+
+<p class="arabic right" lang="ar">وفى عام احدى واربعين بعد المائتين
+و الف جاء رجل من الانڭليز للسودان واخذ الامان من فلان وغيرهم فى
+تنبكت وخرج قاصدا اروان حتى بلغ السهب خرج فى اثره احمد الاعبيد فى
+قومه حتى لحقوا به فى السهب عند اتيل ڭبلة المجبد فقتلوه هناك يوم
+الثلثاء ضحوة فى ثلاثة خلت من شهر الله شوال عام احدى واربعين بعد
+المائتين و الف و حرقوا متاعه والله اعلم</p>
+
+<p class="space-above15"><em>(L’orthographe de l’original a été
+exactement reproduite.)</em>
+</p>
+
+<h3 class="space-above"><span class="pagenum" id=
+"Page_36">[36]</span><a id="app2"></a><span class=
+"bold">1<sup>er</sup> Manuscrit</span>
+</h3>
+
+<p class="sch2"><em>Traduction Houdas</em>
+</p>
+
+<p>Louange à Dieu, maître des Mondes. Son salut et sa bénédictions
+soient sur le seigneur des Envoyés, sur sa famille et sur tous ses
+Compagnons.</p>
+
+<p>Dans les archives de mes ancêtres, j’ai trouvé, tracé avec une
+écriture ressemblant à celle de mon grand-père le cadi Sidi
+Ahmadou, fils de Sidi Mohammadou, fils de Sidi Mahmadou Bîr, un
+texte dont voici la teneur et qui faisait suite à l’énumération des
+années précédentes, c’est-à-dire à l’énumération des événements des
+années précédentes.</p>
+
+<p>En l’année mil deux cent quarante et un, Otsman, fils du caïd
+Bou Bakar, fut nommé émir et caïd après la mort de son frère
+Mahmadou, fils du caïd Bou Bakar. Mahmadou avait été investi du
+pouvoir après la mort de son père, le caïd Bou Bakar susdit, qui
+mourut dans les derniers jours de l’année trente, trois ans avant
+que le cheikh Ahmadou Lebbo eût fait triompher la foi. Mahmadou
+demeura dix ans au pouvoir. Ce fut un prince béni, un seigneur
+éminent, libéral, généreux, aussi mérita-t-il d’être surnommé
+Seyyid (seigneur). Il mourut (Dieu lui fasse miséricorde&nbsp;!) et
+eut pour successeur son frère Otsman qui fut investi du pouvoir en
+l’année quarante et un.</p>
+
+<p>Ce fut cette même année qu’un chrétien de nationalité anglaise
+arriva de l’est et entra à Tombouctou&nbsp;; mais il ne put
+dépasser cette ville pour entrer dans le Soudan par suite du danger
+qui pouvait résulter pour lui des Peuls, car ceci se passait à
+l’époque des premiers succès du cheikh Ahmadou Lebbo en faveur de
+la foi, mais avant que son autorité eût atteint la ville de
+Tombouctou. En effet son autorité ne s’étendit sur Tombouctou que
+du temps d’Otsman en quarante et quelque. Entré dans Tombouctou,
+l’Anglais y séjourna un certain temps en se tenant caché. Il quitta
+ensuite cette ville se dirigeant vers Araouan. Le cheikh
+Ahmadou<span class="pagenum" id="Page_37">[37]</span> ben Abeïda,
+chef et seigneur des Berâbich à cette époque, monta aussitôt à
+cheval à la tête d’un groupe de ses contribules et l’atteignit, ou
+pour mieux dire arriva près de lui près de Es-Sohb, localité sise
+sur la route d’Araouan. Comme l’Anglais était campé à
+Telhaïat-arahhal, le cheikh y campa également pour le guetter.
+Après être resté un certain temps en cet endroit, l’Anglais se
+remit en marche. Le cheikh se mit alors à sa poursuite, l’atteignit
+à Es-Sohb ci-dessus indiqué et le mit à mort en cet endroit dans la
+matinée du mardi, le 3 du mois de Chaoual de l’année précitée. Le
+meurtre eut lieu près d’un petit éthel à l’ouest du sentier,
+c’est-à-dire au milieu de la route, à Gueblat-el-meraïr comme on
+dit vulgairement.</p>
+
+<p>Ni le cheikh Ahmadou, ni les notables qui l’accompagnaient ne
+mirent la main sur les bagages de l’Anglais et ne s’en
+approchèrent&nbsp;; mais les gens du peuple se portèrent vers les
+bagages et les effets et trouvèrent seulement deux caisses qu’ils
+fouillèrent et dans lesquelles ils ne découvrirent qu’une dizaine
+de pièces d’argent. L’un d’eux s’en empara en secret et les
+dissimula dans ses bagages, mais personne ne s’en aperçut sur le
+moment et on ne l’apprit que plus tard. Tout le reste des bagages
+fut enfoui dans le sol après qu’on eût mis le feu aux papiers,
+documents et albums qui en faisaient partie, ainsi que la caisse et
+le reste des objets. Ahmadou n’avait pas voulu qu’aucun de ses
+compagnons emportât quoi que ce fut des bagages et on n’emporta en
+effet que ce que l’un d’eux avait dissimulé dans ses bagages à
+l’insu du cheikh.</p>
+
+<p>On assure, — et Dieu sait mieux que personne si cela est vrai, —
+que le meurtre n’eut lieu qu’avec l’assentiment des princes du pays
+Roumat ou Touaregs. Et cela ne saurait être mis en doute, comme on
+nous l’a répété à maintes reprises, car Ahmadou n’avait pas un
+pouvoir tel qu’il put mettre à mort quelqu’un qui aurait eu l’aman
+des Touaregs ou des Roumat, ainsi que chacun sait.</p>
+
+<p>Avant l’arrivée de cet Anglais un autre chrétien, un Français,
+dit-on, vint au Soudan et entra à Tombouctou. Il s’en retourna sans
+être molesté et sans que personne lui fit obstacle. C’était
+sous<span class="pagenum" id="Page_38">[38]</span> le règne de
+Mahmadou ben El-caïd Bon Bakar, le frère d’Otsman ci-dessus
+indiqué.</p>
+
+<p>Ici se termine cet extrait sommaire, qui a été copié sur le
+manuscrit indiqué ci-dessus et rédigé à une époque antérieure à la
+date de la présente copie, faite au mois de Dzou’l-hiddja le sacré,
+le dernier mois de l’année 1328, par l’humble adorateur de Dieu, Al
+ben Omar ben Ahmadou, ben Mohammadou, ben Mohammadou Bîr. Que Dieu
+leur soit bienveillant ainsi qu’à tous les Musulmans. Amen&nbsp;!
+Amen&nbsp;! Amen&nbsp;!</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="space-above15">Ahmadou n’avait pas voulu que ses gens
+emportassent quoi que ce fut des bagages, convaincu qu’il était que
+ces bagages étaient ensorcelés et qu’il arriverait malheur à ses
+gens s’ils les emportaient. Dieu sait mieux que personne si cela
+est vrai.</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h3><a id="app2b"></a><span class="bold">2<sup>e</sup>
+Manuscrit</span>
+</h3>
+
+<p class="sch2"><em>Traduction Houdas</em>
+</p>
+
+<p>En l’année mil deux cent quarante et un, un Anglais vint au
+Soudan. Après avoir pris l’aman des Peuls et autre gens de
+Tombouctou, il quitta cette ville pour se rendre à Araouan et
+arriva à Es-Sohb. Ahmadou Elabeïda partit à sa poursuite à la tête
+de ses gens et l’atteignit à Es-Sohb auprès de l’ethel de
+Gueblet-el-medjbed. Ahmadou et ses compagnons le mirent à mort en
+cet endroit, le mardi dans la matinée, le 3 du mois de Chaoual de
+l’année mil deux cent quarante et un. On brûla ses bagages. Dieu
+mieux que personne sait l’exacte vérité.</p>
+
+<h3 class="space-above"><span class="pagenum" id=
+"Page_39">[39]</span><a id="app3"></a>NOTE CONCERNANT LES DEUX
+MANUSCRITS</h3>
+
+<p class="space-above15">Le premier manuscrit a sûrement été rédigé
+un certain nombre d’années après la mort de Laing. Un fait le
+prouve de façon indéniable&nbsp;: il y est fait allusion au voyage
+de Caillé à Tombouctou, et ce voyage est même indiqué comme ayant
+précédé celui de Laing.</p>
+
+<p>Le passage de Caillé à Tombouctou est de 1828&nbsp;; il a suivi
+de deux ans le meurtre de Sahab. D’autre part, Caillé est passé
+incognito au Soudan et au Sahara&nbsp;; c’est seulement après
+l’arrivée au Maroc du voyageur français que fut connue la véritable
+personnalité de celui qu’on avait pris pour un humble mendiant. La
+nouvelle n’en put parvenir à Tombouctou et à Araouan que de longs
+mois après. Dans ces conditions je crois qu’on peut interpréter le
+manuscrit sans se considérer comme lié par son texte et ne pas
+accepter la date qu’il donne pour la mort de Laing.</p>
+
+<p>Le 3 du mois de Chaoual de l’an 1341 de l’hégire correspond au
+10 avril 1826. Or, nous avons une lettre de Laing datée du 21
+septembre de cette même année.</p>
+
+<p>D’autre part, la tradition orale de Tombouctou et d’Araouan
+place le meurtre à la fin de la saison des pluies.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_40">[40]</span>On peut supposer
+avec vraisemblance que la date du premier manuscrit a été
+reconstituée de mémoire et que le deuxième manuscrit a copié et
+résumé le premier. On sait que l’année musulmane est une année
+lunaire et qu’elle retarde de dix ou onze jours par an sur l’année
+solaire. Les pieux personnages d’Araouan et de Tombouctou, qui sont
+bons exégètes, puristes subtils et théologiens raffinés, sont de
+médiocres chronologistes. Leurs Tarikhs, qui sont pleins d’intérêt
+pour les faits, contiennent souvent des dates contradictoires. On
+peut supposer que le récit de la mort de Laing du Tarikh d’Araouan
+a été écrit au moins quinze ou vingt ans après les événements.
+L’auteur avait un ou deux souvenirs précis pour reconstituer la
+date. Il connaissait l’année&nbsp;; il savait que l’acte avait eu
+lieu le troisième jour de la lune, un mardi à la fin de la saison
+des pluies. Il a cherché quel était le mois qui avait correspondu
+pour cette année-là à l’époque en question et il a mis celui de
+l’année où il se trouvait, commettant ainsi une erreur de cinq
+mois. Une semblable méprise n’a rien d’invraisemblable chez des
+gens qui ne possèdent aucun ouvrage pouvant leur tenir lieu de
+l’<em>Art de vérifier les dates</em>.</p>
+
+<p class="right pad-right2 space-above1">L. M.-S.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less"><span class="pagenum" id=
+"Page_41">[41]</span><a id="app4"></a><span class=
+"bold">DÉCLARATION</span>
+</h3>
+
+<p class="space-above15">Le 26 décembre 1910, les soussignés&nbsp;:
+Sheikh Araouta, fils aîné d’Araouta, chef des Kel Araouan, habitant
+Araouan&nbsp;; Mohammed Ould Mocktar, notable Bérabich&nbsp;; Béré,
+Kel Araouan, chamelier&nbsp;; Boubakar Diallo, habitant Tombouctou,
+interprète, se sont présentés, accompagnés de M. A. Bonnel de
+Mézières, explorateur, chevalier de la Légion d’honneur, chargé de
+mission par le gouvernement général de l’Afrique Occidentale
+française et le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger, devant M. le
+lieutenant d’infanterie coloniale L. Marc, commandant le cercle de
+Tombouctou, remplissant les fonctions d’officier d’état civil, pour
+lui faire les déclarations suivantes&nbsp;:</p>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Chargé par M. F. J. Clozel,
+gouverneur du Haut-Sénégal et Niger, dit M. Bonnel de Mézières, de
+rechercher les restes du major Laing, de l’armée britannique,
+assassiné entre Tombouctou et Araouan en 1826 dans des
+circonstances imparfaitement connues, j’ai procédé à mon enquête de
+la façon suivante&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;Je recherchai d’abord dans le tarikh d’Araouan, qui fut
+mis à ma disposition par Sheikh Araouta, le récit<span class=
+"pagenum" id="Page_42">[42]</span> de cet événement. Le tarikh en
+faisait mention et indiquait le lieu nommé Sahab et l’arbre athilé
+comme ayant été l’endroit où avait été commis le crime. C’était
+également à cet endroit, disait on, que les caisses et objets
+divers de la victime avaient été brûlés et enterrés.</p>
+
+<p>«&nbsp;Cette indication précieuse était néanmoins incomplète,
+car il fallait connaître exactement l’emplacement de cet arbre.</p>
+
+<p>«&nbsp;Dans ce but, je me suis mis en rapport avec Mohammed Ould
+Mocktar, notable Bérabich habitant habituellement Araouan, et qui,
+neveu d’Ahmadou Labeida, à l’époque chef des Bérabich, et auteur du
+meurtre, avait été élevé par lui et devait être au courant de cette
+affaire.</p>
+
+<p>«&nbsp;Mohammed Ould Mocktar me confirma les récits du tarikh,
+me dit en effet que les deux ou trois caisses qu’avait le major
+Laing furent brûlées ou jetées dans un trou contenant du feu auprès
+de l’arbre, et qu’il était peut-être possible d’en trouver encore
+des restes, mais que le corps avait été laissé sans sépulture.</p>
+
+<p>«&nbsp;Toutefois, il ajouta qu’on devait probablement pouvoir
+recueillir quelques ossements, car, peu de temps après le crime, un
+Bérabich nommé Brahim Ould Oumar Ould Salah, des Oulad Sliman,
+passant par l’athilé, vit des débris humains qui étaient mangés par
+les oiseaux. Ignorant ce qui s’était passé, il enterra ces débris
+auprès de l’arbre. Mohammed Ould Mocktar me déclara en outre qu’il
+connaissait fort bien cet arbre, car un jour, quittant Tombouctou
+en compagnie de Ahmed Labeida et Himmid son fils, de Feradji Ould
+Eli Ould Abdallah,<span class="pagenum" id="Page_43">[43]</span>
+Himmid demanda à son père de lui montrer l’arbre athilé. Ils s’y
+rendirent. Mohammed Ould Mocktar me déclara qu’il était certain de
+pouvoir le retrouver.</p>
+
+<p>«&nbsp;Muni de ces renseignements et guidé par Mohammed Ould
+Mocktar, nous sommes arrivés, le 21 décembre, à l’endroit nommé
+Sahab, situé entre Laouessi et Agonégifal, à environ 50 kilomètres
+au nord de Tombouctou. Le jour même, nous commencions nos
+recherches et une fosse fut creusée sur le côté ouest de l’arbre.
+Le lendemain matin 22, vers neuf heures et demie, le travailleur
+Béré mit à jour, à environ 0 m. 50 du pied de l’arbre et à une
+profondeur de 1 m. 25, dans une couche d’argile voisine du sable,
+des morceaux de crâne, une section de vertèbre et différents
+ossements.</p>
+
+<p>«&nbsp;Malgré nos recherches dans un rayon d’environ un mètre
+autour de cette place, nous ne pûmes rien découvrir d’autre et il
+est permis de penser que, conformément aux indications données,
+nous ne pouvions espérer trouver davantage. Nous étions donc
+probablement en présence des restes du major Laing.</p>
+
+<p>«&nbsp;J’ai donc l’honneur de venir, accompagné des différentes
+personnes qui m’ont aidé dans ces recherches ou qui ont été témoins
+de la découverte, vous remettre officiellement ces différents
+ossements, et vous certifier que ce sont bien ceux découverts le 22
+décembre dernier au lieu nommé Sahab et au pied de
+l’athilé.&nbsp;»</p>
+
+<p>En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration en
+double expédition, dont lecture et traduction ont été données à
+chacun de nous. L’extrait du tarikh d’Araouan<span class="pagenum"
+id="Page_44">[44]</span> ayant trait à l’assassinat du major Laing
+accompagne cette déclaration.&nbsp;»</p>
+
+<p class="right pad-right2 less">Tombouctou, le 26 décembre
+1910.</p>
+
+<p class="right pad-right4">A. <span class="sc">Bonnel de
+Mézières</span>.</p>
+
+<p class="pad2 hang1">Signatures de <span class="sc">Sheik
+Araouta</span>,<br>
+<span class="sc">Mohammed Ould Mocktar</span>,<br>
+<span class="sc">Béré</span>,<br>
+<span class="sc">Boubakar Diallo</span>.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_45">[45]</span><a id=
+"app4b"></a>RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</h3>
+
+<p class="sch4">LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ</p>
+
+<p>«&nbsp;L’an 1911 et le 7 janvier, par-devant nous Marc, Lucien
+François, lieutenant d’infanterie coloniale hors cadre, commandant
+le cercle de Tombouctou, juge de paix à compétence étendue, assisté
+de M. de Zeltner, François, Arthur, Florian, greffier
+assermenté,</p>
+
+<p>«&nbsp;Et en présence de MM. le docteur Lefèvre, Eugène,
+médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes
+coloniales&nbsp;; Huchery, Maurice, Paul, commis de 2<sup>e</sup>
+classe des affaires indigènes de l’Afrique Occidentale
+française&nbsp;; et Cristofini, Pascal, Paul, instituteur, témoins,
+ont comparu les sieurs&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;1<sup>o</sup> Bonnel de Mézières, Albert, explorateur,
+chevalier de la Légion d’honneur, chargé de mission par le
+gouvernement général de l’Afrique Occidentale française et par le
+gouvernement du Haut-Sénégal et Niger&nbsp;;</p>
+
+<p>«&nbsp;2<sup>o</sup> Sheikh Arouata, fils aîné d’Arouata, chef
+des Kel Araouan, demeurant à Araouan&nbsp;;</p>
+
+<p>«&nbsp;3<sup>o</sup> Mohammed Ould Mocktar, notable
+bérabich&nbsp;;</p>
+
+<p><span class="pagenum" id=
+"Page_46">[46]</span>«&nbsp;4<sup>o</sup> Béré, Kel Araouan,
+chamelier&nbsp;;</p>
+
+<p>«&nbsp;5<sup>o</sup> Boubakar Diallo habitant de Tombouctou,
+interprète.</p>
+
+<p>«&nbsp;Qui nous ont présenté les débris humains recueillis par
+eux à l’endroit et dans les circonstances indiquées par le
+procès-verbal ci-joint.</p>
+
+<p>«&nbsp;Le docteur Lefèvre après examen de ces débris a rédigé la
+déclaration ci-jointe qu’il a signée devant nous.</p>
+
+<p>«&nbsp;Après avoir reçu cette déclaration, nous avons réuni en
+trois paquets, enveloppés dans de la toile blanche, les ossements
+et débris classés par catégories par le docteur Lefèvre.</p>
+
+<p>«&nbsp;Ces paquets ont été déposés dans une caisse en bois blanc
+qui a été clouée en notre présence, et scellée de treize cachets à
+la cire rouge, présentant l’empreinte ci-dessous.</p>
+
+<p>«&nbsp;Le présent procès-verbal, rédigé séance tenante, a été
+signé par nous et le greffier et les deux témoins.</p>
+
+<p>«&nbsp;Ont signé également&nbsp;: M. le docteur Lefèvre, M.
+Bonnel de Mézières, et les sieurs Sheikh Arouata, Mohammed Ould
+Mocktar, Béré, et Boubakar Diallo.</p>
+
+<p>«&nbsp;Fait et clos à Tombouctou les jour, mois et an que
+dessus.&nbsp;»</p>
+
+<div class="sign1">
+<p><em>Le juge de paix</em>,<br>
+Signé&nbsp;: <span class="sc">Marc</span>.</p>
+</div>
+
+<table class="signtab">
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc">Les témoins&nbsp;:</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Signé&nbsp;:</td>
+<td><span class="sc">Bonnel de Mézières</span>,</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td><span class="sc">Lefèvre</span>,</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td><span class="sc">Huchery</span>,</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td><span class="sc">Cristofini</span>.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="sign1 space-above15">
+<p><em>Le greffier</em>,<br>
+Signé&nbsp;: <span class="sc">de Zeltner</span>.</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<p class="space-above clear pb">
+</p>
+
+<div class="row">
+<div class="col1">
+<p><span class="pagenum" id="Page_47">[47]</span>COLONIE<br>
+DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER</p>
+
+<hr class="decor width1">
+
+<p>INFIRMERIE AMBULANCE<br>
+DE TOMBOUCTOU</p>
+
+<hr class="decor width1">
+</div>
+
+<div class="col2">
+<p>RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</p>
+
+<p class="med space-above15">LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ</p>
+</div>
+</div>
+
+<h3 class="less nopb space-above15"><a id="app4c"></a><span class=
+"bold">CERTIFICAT D’EXAMEN</span>
+</h3>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Nous soussigné Lefèvre, Eugène,
+médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes coloniales,
+médecin chef de l’infirmerie ambulance de Tombouctou, certifions
+avoir examiné un lot d’ossements provenant de fouilles faites par
+M. Bonnel de Mézières, au lieu nommé Sahab, à 50 kilomètres environ
+au Nord de Tombouctou.</p>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Ces ossements peuvent être classés
+en trois catégories&nbsp;:</p>
+
+<table class="tabw30 bd-collapse" id="t47">
+<colgroup>
+<col style="width:23%;">
+<col style="width:2%;">
+<col style="width:28%;">
+<col style="width:2%;">
+<col style="width:35%;">
+</colgroup>
+
+<tr>
+<td rowspan="2">1<sup>re</sup> catégorie</td>
+<td class="blt">
+</td>
+<td rowspan="2" class="ind">Ossements paraissant avoir appartenu à
+un être humain adulte&nbsp;:</td>
+<td class="blt">
+</td>
+<td rowspan="2">un pariétal droit presque complet, un fragment de
+pariétal paraissant imprégné de sang, une moitié antérieure de
+vertèbre, un fragment d’ischion.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="blb">
+</td>
+<td class="blb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td rowspan="2">2<sup>e</sup> catégorie</td>
+<td class="blt">
+</td>
+<td rowspan="2" class="ind"><span class="pagenum" id=
+"Page_48">[48]</span>Ossements paraissant avoir appartenu à un être
+humain adolescent&nbsp;:</td>
+<td class="blt">
+</td>
+<td rowspan="2">deux pariétaux s’engrenant parfaitement, un fémur
+gauche brisé à la partie moyenne.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="blb">
+</td>
+<td class="blb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+<td class="gap05">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td rowspan="2">3<sup>e</sup> catégorie</td>
+<td class="blt">
+</td>
+<td rowspan="2" class="ind">Ossements à identifier</td>
+<td class="blt">
+</td>
+<td rowspan="2">un lot de fragments osseux très détériorés,
+auxquels est joint un échantillon du sol dans lequel ils ont été
+découverts.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="blb">
+</td>
+<td class="blb">
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>«&nbsp;En raison des moyens rudimentaires que nous possédons,
+l’examen n’a pu être que superficiel et il serait indispensable, à
+notre avis, de soumettre ces ossements à une étude plus approfondie
+en Europe.</p>
+
+<p>«&nbsp;En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat
+pour servir et valoir ce que de droit.&nbsp;»</p>
+
+<div class="sign2">
+<p>Tombouctou, le 7 janvier 1911.<br>
+Signé&nbsp;: <span class="sc">Lefèvre</span>.</p>
+</div>
+
+<div class="sign3">
+<p>Vu&nbsp;:<br>
+Pour la légalisation de la signature<br>
+de M. le docteur Lefèvre apposée ci-dessus,<br>
+<span class="sc">Marc</span>,<br>
+Commandant le cercle.</p>
+</div>
+
+<div class="figcenterplate iw1">
+<figure id="i15">
+<p class="platelab">Planche XV</p>
+<img src='images/i15.jpg' alt=''>
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="cp tdl">D<sup>r</sup> <span class=
+"sc">Lefèvre</span>.</td>
+<td class="cp tdc">M<sup>r</sup> <span class=
+"sc">Huchery</span>.</td>
+<td class="cp tdr">Capitaine <span class="sc">Marc</span>.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="cp1">Fig. 15. — Examen des restes de Laing.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenterplate iw4">
+<figure id="i16">
+<p class="platelab">Planche XVI</p>
+<img src='images/i16.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Fig. 16. — Le coffre renfermant les restes de
+Laing.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less"><span class="pagenum" id=
+"Page_49">[49]</span><a id="app4d"></a><span class=
+"bold">DÉCLARATION</span>
+</h3>
+
+<p class="space-above15">Déclaration de Mohammed Ould Mocktar,
+notable bérabich, âgé de 82 ans, neveu de Sheikh Ahmadou Labeida,
+au sujet de la mort du major Laing, recueillie à Araouan le 13
+novembre 1910 en présence de Arouata, chef des Kel Araouan, Sheikh
+Arouata son fils, et de Boubakar Diallo, habitant de
+Tombouctou.</p>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;J’ai été élevé par Ahmadou Labeida
+qui était dans mon enfance le plus grand des chefs des
+Bérabich&nbsp;; plusieurs fois je lui ai entendu raconter ce qui
+suit&nbsp;: «&nbsp;En l’année 1241, l’Anglais (Laing), étant à
+Tombouctou et désirant aller à Araouan, demanda au chef des Peuhl
+et des Songhai l’autorisation de s’y rendre. On n’y mit pas
+d’obstacle, car sa présence mécontentait la population. Il se mit
+donc en rapport avec les Bérabich pour lui servir de guides.
+Ahmadou Labeida accepta, et Laing se mit en route pour Araouan. Il
+s’arrêta au bout de la première étape à un endroit désigné sous le
+nom de Sahab et sous un grand arbre nommé athilé. Il y fut rejoint
+le lendemain de son départ de Tombouctou, vers onze<span class=
+"pagenum" id="Page_50">[50]</span> heures du matin, au moment de la
+sieste, par Ahmadou Labeida, Mohammed Feradji Ould Eli Ould
+Abdallah et deux autres Bérabich. Ceux-ci étaient à cheval comme
+c’était l’habitude alors. L’Anglais, croyant que c’étaient des
+guides qui venaient le retrouver, les laissa approcher&nbsp;; alors
+Feradji et les deux autres Bérabich se précipitèrent sur lui et
+Ahmadou Labeida le frappa de sa lance. On laissa le cadavre sur
+place. On ramassa les affaires de l’Anglais, et, comme on
+l’accusait de venir dans ce pays pour l’empoisonner et qu’on se
+méfiait de tout ce qu’il avait, on fit un trou, on y fit du feu et
+on y jeta tout ce qu’il possédait en se bouchant le nez. On ne prit
+que l’or et les bijoux et parmi ceux-ci une petite poule en or les
+ailes ouvertes, qui devint plus tard la propriété de Ould Mehemet,
+petit-fils de Ahmadou Labeida. Quand tout fut brûlé on combla le
+trou.</p>
+
+<p>«&nbsp;Peu de temps après, un Bérabich, Brahim Ould Omar Ould
+Salah, des Ouled Sliman, passant par là, vit auprès de l’arbre
+athilé des membres humains, que des oiseaux becquetaient. Il les
+enterra. Un jour, bien long-temps après, cet homme entendit
+raconter l’histoire de l’Anglais&nbsp;; il se souvint d’avoir
+enterré des ossements et dit alors&nbsp;: «&nbsp;C’est moi qui les
+ait enterrés, pensant que c’étaient les restes d’un Musulman&nbsp;;
+si j’avais su, je les aurais bien laissés là&nbsp;». Ces souvenirs
+étaient toujours restés dans ma mémoire, et il y a quelques années,
+en revenant de Tombouctou en compagnie de Feradji et d’Himmid, fils
+de Labeida, je demandai à Feradji de passer par l’arbre athilé.
+Nous étions à ce moment dans une vallée entre Tombouctou et
+Laouessi. C’est ici-même,<span class="pagenum" id=
+"Page_51">[51]</span> me dit Feradji, que l’Anglais a été tué, et
+il me montra un arbre assez voisin. Himmid demanda à voir l’endroit
+même, et on s’y rendit. Je demandai alors à Feradji&nbsp;:
+«&nbsp;Avait-il beaucoup de caisses&nbsp;? Deux ou trois, me fut-il
+répondu, et environ dix à quinze pièces d’or&nbsp;; mais nous avons
+mis les caisses dans un trou avec du feu, car il venait pour
+empoisonner le pays et nous nous sommes bouché le nez en les
+brûlant&nbsp;».</p>
+
+<p class="right pad-right4">Araouan, le 13 novembre 1910.</p>
+
+<p class="right pad-right4">Signature de <span class="sc">Mohammed
+Ould Mocktar</span>,</p>
+
+<p>Signature de <span class="sc">Sheikh Arouata</span>.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id=
+"Page_52">[52]</span><a id="app4e"></a>NOTE RELATIVE A L’EXAMEN
+MÉDICAL DES OSSEMENTS RECUEILLIS A SAHAB</h3>
+
+<p class="space-above15">Il ressortait de l’examen médical fait par
+M. Lefèvre, médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes
+coloniales, chef de l’infirmerie ambulance de Tombouctou, que les
+ossements recueillis à Sahab auprès de l’arbre athilé semblaient
+appartenir à deux individus, un adulte et un adolescent.</p>
+
+<p>Il est probable que les ossements de l’adolescent trouvés au
+pied de l’arbre athilé sont ceux d’un serviteur qui a partagé le
+sort de son maître (voir ci-dessus <a href="#Page_20">p. 20</a>).
+Les auteurs des tarikhs ont passé sous silence cette mort qui leur
+semblait sans importance.</p>
+
+<p>Je me rendis de nouveau au lieu de la découverte des ossements,
+et les fouilles furent reprises. Elles mirent à jour un foyer
+important, des restes de caisses en fer, des débris de vêtements,
+de chaussette ou de bas, de l’alun et différents débris qui furent
+placés dans une deuxième caisse et confiée, ainsi que la première,
+au dépôt mortuaire de Tombouctou.</p>
+
+<p class="right pad-right4">B. <span class="sc">de</span> M.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id=
+"Page_53">[53]</span><a id="app4f"></a>PROCÈS-VERBAL DES DEUXIÈMES
+FOUILLES EXÉCUTÉES LES 29, 30, 31 DÉCEMBRE 1910 ET LES
+1<sup>er</sup> ET 2 JANVIER 1911</h3>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Les 29, 30, 31 décembre 1910, les
+1<sup>er</sup> et 2 janvier 1911, des fouilles furent exécutées à
+Sahab, au pied de l’arbre athilé et dans un rayon de 10 mètres
+autour de l’arbre. Elles mirent à découvert le premier jour
+quelques ossements nouveaux, difficiles à identifier à Tombouctou.
+Ceux-ci furent trouvés près de la place où eut lieu la première
+découverte, mais un peu plus profondément.</p>
+
+<p>«&nbsp;Le 30 décembre, à environ 4 mètres de l’arbre, et du côté
+Ouest, des débris de fer, provenant d’une caisse, furent mis à
+jour.</p>
+
+<p>«&nbsp;Le 1<sup>er</sup> janvier, on découvre de nouveau, dans
+le Sud-Ouest, à 3 m. 50 de l’arbre et à une profondeur de 0 m. 80,
+un foyer très important, se trouvant sur la couche de terre,
+au-dessous du sable apporté par les vents. Ce foyer se délimite
+parfaitement. Des photographies sont faites et on prélève des
+échantillons. Les fouilles sont interrompues jusqu’au 5.&nbsp;»</p>
+
+<div class="sign4">
+<p>Sahab, le 3 janvier 1911.<br>
+A. <span class="sc">Bonnel de Mézières</span>.</p>
+</div>
+
+<div class="sign3">
+<p>Les témoins&nbsp;:<br>
+<span class="sc">Mohammed Ould-Mocktar</span>,<br>
+<span class="sc">Boubakar Dialla</span>,<br>
+Pour le témoin illettré&nbsp;:<br>
+<span class="sc">Beidari Diallo</span>.<br>
+<em>Le maréchal des logis</em>,<br>
+<span class="sc">Nadal</span>.</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id=
+"Page_54">[54]</span><a id="app4g"></a>PROCÈS-VERBAL DES TROISIÈMES
+FOUILLES EXÉCUTÉES LES 5, 7, ET 8 JANVIER 1911</h3>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Le 5, le travail a repris dans le
+Nord de l’arbre, à environ 8 mètres de son pied. On découvre, à une
+profondeur de 1 m. 25 de nouveaux ossements, qu’il est également
+impossible d’identifier sur place. Ces différentes découvertes
+concordent avec les déclarations du Bérabich Brahim Ould Omar Ould
+Sahab, qui dit avoir enterré des ossements humains mangés par les
+oiseaux.</p>
+
+<p>«&nbsp;Le 7, le travail se poursuit sans résultat. Le 8, dans
+l’Ouest, environ à 11 mètres du pied de l’arbre et toujours à une
+profondeur de 1 m. 20, on met à découvert des débris de caisse en
+fer, et, tout à côté, des débris de lainage, qui sont recueillis et
+portés à Tombouctou pour examen. Ces débris sont trouvés dans une
+couche de sable placée sous l’argile, et des échantillons de ce
+sable renfermant des débris, sont prélevés et placés dans un
+sac.&nbsp;»</p>
+
+<div class="sign4">
+<p>Sahab, le 8 janvier 1911.<br>
+A. <span class="sc">Bonnel de Mézières</span>.</p>
+</div>
+
+<div class="sign3">
+<p>Le témoin&nbsp;:<br>
+<span class="sc">Mohammed Ould Moktar</span>.<br>
+Pour le témoin illettré&nbsp;:<br>
+<span class="sc">Beidari Diallo</span>, garde-cercle<br>
+ayant dirigé les travaux.<br>
+<em>Le maréchal des logis</em>,<br>
+<span class="sc">Nadal</span>.</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less sserif"><span class="pagenum" id=
+"Page_55">[55]</span><a id="app4h"></a>PROCÈS-VERBAL DES QUATRIÈMES
+ET DERNIÈRES FOUILLES</h3>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Il résulte de l’examen des débris
+de lainage rapportés le 8 janvier que ceux-ci, comme l’écrit M. le
+docteur Lefèvre, médecin-major de 1<sup>re</sup> classe des troupes
+coloniales, proviennent d’une chaussette ou d’un bas cachou, tramé
+laine et coton.</p>
+
+<p>«&nbsp;Les fouilles sont continuées à l’emplacement même où ces
+débris furent trouvés. Elles amènent la découverte d’un morceau qui
+paraît être de l’alun recouvert d’une épaisse couche de terre.
+L’examen chimique confirme cette opinion.&nbsp;»</p>
+
+<div class="sign4">
+<p>Tombouctou, le 11 janvier 1911.<br>
+A. <span class="sc">Bonnel de Mézières</span>.</p>
+</div>
+
+<div class="sign3">
+<p>Le témoin&nbsp;:<br>
+<span class="sc">Mohammed Ould Moktar</span>.<br>
+Pour le témoin illettré&nbsp;:<br>
+<span class="sc">Beidari Diallo</span>, garde cercle.<br>
+<em>Le maréchal des logis</em>,<br>
+<span class="sc">Nadal</span>.</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_56">[56]</span><a id=
+"app4i"></a>RÉPUBLIQUE FRANÇAISE</h3>
+
+<p class="sch4">LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ</p>
+
+<p>Par devant nous, Marc, Lucien, François, lieutenant d’infanterie
+coloniale hors cadres, commandant le cercle de Tombouctou, juge de
+paix à compétence étendue, assisté du sieur Munier, Jean, Louis,
+greffier assermenté, et en présence des sieurs Huchery, Maurice,
+Paul, commis de 1<sup>re</sup> classe des affaires indigènes et
+Cristofini, Pascal, Louis, instituteur, témoins,</p>
+
+<p>A comparu le sieur Albert Bonnel de Mézières, explorateur,
+chevalier de la Légion d’honneur, chargé de mission par le
+Gouvernement général de l’Afrique Occidentale française et par le
+Gouvernement du Haut-Sénégal-Niger,</p>
+
+<p>Qui nous a présenté les débris recueillis par lui dans les
+circonstances indiquées par les procès-verbaux ci-joints.</p>
+
+<p>Il a été fait de ces débris quatre paquets, savoir&nbsp;:</p>
+
+<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 1</em>&nbsp;: Un fragment de chaussette
+ou de bas couleur cachou tramé laine et coton. Une boule d’alun
+recouverte d’une couche de terre.</p>
+
+<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 2</em>&nbsp;: Cendres provenant d’un
+foyer mis à jour<span class="pagenum" id="Page_57">[57]</span> à 0
+m. 30 sous le sable. Cendres d’un foyer contenant des débris de
+vêtements.</p>
+
+<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 3</em>&nbsp;: Divers débris de fer
+provenant de caisses&nbsp;; divers débris de fer plus caractérisés
+et provenant certainement d’une caisse.</p>
+
+<p><em>Paquet n<sup>o</sup> 4</em>&nbsp;: Sable contenant des
+débris impossibles à déterminer sur place.</p>
+
+<p>Ces quatre paquets, enveloppés dans de la toile blanche et
+numérotés suivant l’ordre ci-dessus, ont été placés dans une caisse
+en bois blanc qui a été en notre présence clouée et scellée de huit
+cachets à la cire rouge portant l’empreinte ci-dessous.</p>
+
+<p class="space-above15">En foi de quoi nous avons délivré le
+présent certificat pour valoir ce que de droit.</p>
+
+<div class="sign4">
+<p>Tombouctou, le 18 janvier 1911.</p>
+</div>
+
+<div class="sign4">
+<p><em>Le commandant du cercle</em>,<br>
+Signé&nbsp;: <span class="sc">Marc</span>.</p>
+</div>
+
+<div class="sign4">
+<p><em>Le greffier</em>,<br>
+Signé&nbsp;: <span class="sc">Munier</span>.</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="less"><span class="pagenum" id=
+"Page_58">[58]</span><a id="app4j"></a><span class=
+"bold">PROCÈS-VERBAL</span>
+</h3>
+
+<p class="space-above15">«&nbsp;Remis à M. le médecin chef de
+l’ambulance de Tombouctou deux caisses en bois blanc, l’une scellée
+de treize cachets à la cire rouge et contenant des ossements qui
+paraissent pouvoir être attribués au major Laing, et recueillis au
+lieu dit Sahab&nbsp;; et l’autre scellée de huit cachets à la cire
+rouge et contenant divers débris recueillis au même endroit par M.
+Bonnel de Mézières.&nbsp;»</p>
+
+<div class="sign4">
+<p>Tombouctou, 20 janvier 1911.</p>
+</div>
+
+<div class="sign4">
+<p><em>Le commandant du cercle</em>,<br>
+<span class="sc">Marc</span>.</p>
+</div>
+
+<div class="sign3">
+<p>Pris en charge les deux caisses<br>
+désignées ci-dessus.</p>
+</div>
+
+<div class="sign3">
+<p><em>Le médecin chef de l’ambulance</em>,<br>
+<span class="sc">Lefèvre</span>.</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="figcenterplate iw5" id="app5"><span class="pagenum" id=
+"Page_59">[59]</span>
+<figure id="i17"><img src='images/i17.jpg' alt=''>
+<p class="cp1">Itinéraire suivi par le major Laing.</p>
+
+<p class="small"><a href="images/i17.jpg"><em>(T. grande)</em></a>
+</p>
+</figure>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="large"><span class="pagenum" id=
+"Page_60">[60]</span><a id="toc"></a>TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+<hr class="decor width6">
+
+<table class="toc">
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr med">Pages</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top">I.</td>
+<td class="tdl-top hang1">Alexander Gordon Laing</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#c1">1</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top">II.</td>
+<td class="tdl-top hang1">La conquête de Tombouctou</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#c2">4</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top">III.</td>
+<td class="tdl-top hang1">Le drame</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#c3">14</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top">IV.</td>
+<td class="tdl-top hang1">A la recherche des restes de Laing</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#c4">23</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdc sect bold">Pièces justificatives</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Textes arabes découverts à
+Araouan</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#app1">33</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Traductions de M. Houdas</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#app2">36</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Note concernant les
+manuscrits</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#app3">39</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Pièces diverses</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#app4">41</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl-top hang1">Itinéraire de Laing au
+Sahara</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#app5">59</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="space-above2">
+</p>
+
+<hr class="decor width20">
+
+<p class="center small">LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET
+C<sup>ie</sup>.</p>
+
+<p class="space-above2 x-ebookmaker-drop">
+</p>
+
+<div class="footnotes">
+<h2>NOTES&nbsp;:</h2>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class=
+"label">[1]</span></a>«&nbsp;One of the finest fellows, with the
+best tempered and most prepossessing countenance that he ever
+beheld&nbsp;». <em>Quaterly Review</em>, 1828, vol. XXXVIII, pp.
+100 et suiv.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class=
+"label">[2]</span></a>«&nbsp;In excellent health and spirits, and
+enthusiastic in the cause of research&nbsp;». <em>Quart. Rev.</em>,
+art. cit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class=
+"label">[3]</span></a>«&nbsp;All fractures, from which much bone
+has come away. One cut on my left cheek, which fractured the
+jawbone and has divided the ear, forming a very unsightly
+wound&nbsp;; one over the right temple, and a dreadfull gash on the
+neck, which slightly scratched the wind-pipe&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class=
+"label">[4]</span></a>«&nbsp;When I was in a very weak state,
+having hardly succeeded in overcoming the severe fever by which I
+had been assailed, while as yet the corpses of my poor Jack and the
+sailor were hardly cold, Hamed, unmindful of all laws of humanity
+came to me and said he wished to go to Tuat with the Koffila. I
+told him he might go. I blame nobody for taking care of his
+carcass, so, in God’s name, let him go. I have given him a
+meherrie, provision, etc. So that he departs like a sultan&nbsp;».
+<em>Quart. Rev.</em>, art. cit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class=
+"label">[5]</span></a>Barth, <em>Travels and discoveries in Central
+Africa</em>. London, 5 vol. in-8<sup>o</sup>, 1858, t. IV, p.
+455.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class=
+"label">[6]</span></a>Voir&nbsp;: Lucien Marc-Schrader, Tombouctou
+et le trafic Transsaharien, <em>in</em>&nbsp;: la <em>Revue de
+Paris</em>, 15 mars 1912.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class=
+"label">[7]</span></a>«&nbsp;My dear Emma must excuse my writing. I
+have begun a hundred letters to her, but have been unable to get
+through. She is ever uppermost in my thoughts, and I look forward,
+with delight, to the hour of our meeting, which, please God, is now
+at no great distance&nbsp;». <em>Quart. Rev.</em>, art. cit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class=
+"label">[8]</span></a>René Caillé, <em>Journal d’un voyage à
+Tombouctou et à Jenné</em>, Paris, 3 vol. in-8<sup>o</sup>, 1830,
+t. II, p. 348.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class=
+"label">[9]</span></a>«&nbsp;In every respect... Timbuctu has
+completely met my expectation&nbsp;». <em>Quart. Rev.</em>, art.
+cit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class=
+"label">[10]</span></a>«&nbsp;My destination is Segu, whither I
+hope to arrive in fifteen days&nbsp;; but I regret to say the road
+is a vile one, and my perils are not yet at an end&nbsp;».
+<em>Quart. Rev.</em>, art. cit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class=
+"label">[11]</span></a>L’athilé, éthel des Algériens, est le
+<i>Balanites egyptiaca</i> Delib, le taborak des Touareg, le
+séguéné des Soudanais (Renseignements de M. Aug. Chevalier).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class=
+"label">[12]</span></a>Caillé, t. II, pp. 346-348.</p>
+</div>
+</div>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="transnote">
+<h2>Note du transcripteur&nbsp;:</h2>
+
+<ul>
+<li>Page <a href="#Page_IV">IV</a>, "&nbsp;aimablement à ma
+dispo-tion&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;disposition&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_7">7</a>, note <a href="#Footnote_3">3</a>,
+"&nbsp;slighly scratched the wind-pipe&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;slightly&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_27">27</a>, "&nbsp;ould Molktar consentit à
+parler&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;Moktar&nbsp;"</li>
+</ul>
+</div>
+</div>
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78345 ***</div>
+</body>
+</html>
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