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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78321 ***
+ UN
+ VOYAGE BOTANIQUE
+ AU
+ SAHARA
+
+ PAR
+ JEAN MASSART
+ Professeur à l’Université de Bruxelles
+ Assistant à l’Institut botanique
+
+[Décoration]
+
+ GAND
+ IMPRIMERIE C. ANNOOT-BRAECKMAN, AD. HOSTE, SUCCr
+ * * * * *
+ 1898
+
+
+
+
+ Extrait du _Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique_,
+ tome XXXVII (1898), première partie.
+
+ * * * * *
+
+ UN
+ VOYAGE BOTANIQUE
+ AU
+ SAHARA.
+
+ * * * * *
+
+ AVANT-PROPOS.
+
+
+Un subside du Gouvernement belge m’a permis de séjourner dans le Sahara
+algérien, pendant le printemps de l’année 1898, avec mon excellent ami
+M. A. Lameere, professeur de zoologie à l’Université de Bruxelles.
+
+Nous nous proposions d’étudier la faune et la flore. Le mois d’avril fut
+consacré en entier à l’exploration de Biskra et de ses environs. Un
+séjour préparatoire à Biskra devrait être recommandé à tous ceux qui
+désirent entreprendre un voyage scientifique dans le Sahara. Le désert y
+est très varié : rivières taries, sables amoncelés en hautes dunes,
+rochers fendus par la chaleur, grandes plaines couvertes d’une croûte de
+sel, alluvions caillouteuses ou limoneuses.... aucun terrain n’y fait
+défaut. L’oasis elle-même, exploitée par les indigènes, est moins
+monotone qu’ailleurs : les dattiers plantés au hasard en un désordre
+pittoresque, abritent une nombreuse flore adventice. Enfin, avantage
+inappréciable, Biskra est en communication facile avec le monde
+civilisé. Combien de fois ne nous sommes-nous pas trouvés devant des
+plantes que nous ne parvenions pas à déterminer ! Heureusement, M.
+Battandier, le savant botaniste d’Alger, avait bien voulu nous engager à
+lui soumettre toutes les espèces douteuses, et grâce à son inépuisable
+obligeance, les déterminations nous parvenaient en quatre ou cinq jours.
+
+Un mois suffit à peine pour nous familiariser avec le désert qui entoure
+Biskra. Une petite caravane est équipée, et nous voilà en route à
+travers le désert. D’abord, par le chott Melrhir et le lit desséché de
+l’oued Rirh, jusqu’à Tougourt. D’ici nous faisons un grand détour vers
+l’Est à travers les sables du Souf. Rentrés à Tougourt, nous reprenons
+notre marche vers le Sud pour atteindre Ouargla. A partir de cette
+dernière ville, nous passons sur le désert pierreux dont nous ne sortons
+qu’à Laghouat, après avoir traversé une curieuse région rocheuse,
+presque plane, parsemée de larges fonds argileux, les daya.
+
+C’est à Laghouat que devait se terminer, dans notre projet primitif, le
+voyage dans le désert. Mais la vie un peu aventureuse que nous menons
+depuis quelques semaines présente à nos yeux tant de charmes, qu’au lieu
+de revenir directement vers Alger nous préférons gravir un chaînon
+latéral du Grand-Atlas, pour descendre de nouveau dans le désert à Bou-
+Saada. Enfin, après 46 jours de voyage, nous retrouvons à Bordj-bou-
+Arreridj le chemin de fer qui nous ramène à Alger.
+
+De nombreux naturalistes ont fait connaître dans tous ses détails la
+flore de Biskra. Aussi me contenterai-je, dans les pages qui suivent, de
+décrire en botaniste l’itinéraire que nous avons suivi dans le désert.
+
+Coxyde, le 21 août 1898.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =1. — Les déserts salés et les oasis de l’oued Rirh.=
+
+
+Tout au commencement d’avril, quand nous faisions nos premières
+promenades aux environs de Biskra, il nous semblait que jamais nous n’y
+resterions un mois, que ces grandes plaines sèches, ces montagnes pelées
+et ces oasis trop bien entretenues ne nous intéresseraient pas au delà
+de quelques jours. Mais à mesure que nous allions, pénétrant davantage
+le secret de cette aridité, l’intérêt s’éveillait, la monotonie de la
+nature s’animait de plantes et d’insectes restés inaperçus ; et c’est à
+regret que nous avons vu approcher le jour fixé pour le départ.
+
+Aujourd’hui donc, 1er mai, la petite caravane a quitté l’Hôtel de
+l’Oasis. Nous sommes montés sur des mulets. Un troisième mulet porte
+notre guide, Abdallah ben Ahmed, un Biskri qui nous rendra de grands
+services pendant tout notre voyage, tant comme guide qu’en qualité
+d’intendant et de cuisinier. Les deux chameliers et le muletier vont à
+pied. Les bagages sont sur trois chameaux. Ont-ils l’air dépaysé, ces
+animaux, avec leur chargement hétéroclite où les objets les plus
+disparates sont ficelés côte à côte. Le plus vigoureux porte nos effets
+personnels enfermés dans des malles et des valises ; en outre, des
+livres, des instruments de toute espèce, depuis les microscopes et les
+thermomètres jusqu’aux pinces à insectes, et surtout d’innombrables
+bocaux de verre remplis d’alcool, que l’amble du chameau secoue avec un
+cliquetis peu rassurant. Un autre a toute une charge de conserves : nous
+devons emporter notre nourriture pour tout un mois, car d’ici à Laghouat
+nous pourrons à peine nous procurer quelques œufs et un peu de lait, de
+temps en temps. Par dessus l’énorme couffe en sparterie toute bondée de
+boîtes en fer-blanc, on a empilé la presse pour la préparation des
+plantes d’herbier, et les paniers dans lesquels nous rapporterons une
+collection de plantes typiques du Sahara, séchées dans leur attitude
+normale ; ces échantillons sont destinés au Jardin botanique de
+Bruxelles. Ajoutons-y encore le fusil et les multiples filets qui
+serviront à la capture des animaux. Le troisième dromadaire — les
+chameaux d’ici n’ont qu’une seule bosse — porte, outre l’orge des mulets
+et la nourriture pour nos gens, deux grandes caisses avec des bouteilles
+d’eau de « table » : nous avons été prévenus que très souvent l’eau du
+désert sera tellement mauvaise que nous ne pourrons pas la boire, même
+après l’avoir fait cuire. Deux outres se balancent contre les flancs de
+la bête. Ces outres ne sont autre chose que des peaux de bouc,
+soigneusement tannées et goudronnées, encore couvertes de leurs poils.
+On y versera chaque matin la provision quotidienne.
+
+
+Pendant près d’une heure, nous cheminons dans l’oasis de Biskra. Elle
+est arrosée par une rivière, l’oued Biskra, qui descend des montagnes
+situées au Nord. Un barrage établi en amont de la ville détourne vers
+les jardins toute l’eau de l’oued. Jusqu’à ce soir nous longerons
+l’oued, avec ses berges coupées à pic, mais dont le lit caillouteux,
+large de plus d’un kilomètre, ne renferme pas une goutte d’eau. A mesure
+que nous en descendrons le cours, nous verrons le lit se rétrécir entre
+les berges de moins en moins hautes, et finalement les derniers vestiges
+de la rivière s’évanouir parmi les sables. Tel est, à part une seule
+exception, le sort de toutes les rivières qui s’engagent dans le Sahara.
+Même si elles n’étaient pas employées à irriguer les cultures,
+pourraient-elles traverser ce pays brûlant, sans pluies régulières, sans
+sources, où rien ne vient réparer les pertes incessantes qu’elles
+subissent de la part de l’infiltration et de l’évaporation ! Affaiblies
+par les saignées successives, absorbées par le désert, les rivières,
+quelque puissantes qu’elles fussent au début, ne tardent pas à
+disparaître sans retour. Et l’on a ici le spectacle paradoxal de cours
+d’eau qui deviennent de plus en plus maigres lorsqu’on s’éloigne de leur
+source, de fleuves qui n’ont pas d’embouchure. Le Nil seul traverse
+toute la largeur du Sahara ; mais que reste-t-il en Égypte des énormes
+masses d’eau que le Haut-Nil enlève à la grande forêt africaine !
+
+De même que « l’Égypte est un présent du Nil », l’oasis de Biskra est un
+présent de l’oued, qui se sacrifie pour elle jusqu’à la dernière goutte.
+Combien les procédés de culture dans les oasis sont différents de ceux
+qu’on utilise chez nous ! Dans ces pays-ci, où les pluies sont rares et
+inconstantes, l’agriculture n’est possible que grâce aux arrosements.
+Imaginez tous les champs, quels qu’ils soient, — orge, légumes,
+fourrages, — coupés de rigoles communicant avec le canal qui côtoie la
+pièce de terre. Chaque jour le propriétaire vient lever les petits
+barrages afin de laisser l’eau se répandre sur le terrain. Rien de plus
+étrange qu’un champ d’orge ou un carré d’ognons complètement inondé et
+transformé pour quelques heures en un étang. La limite du champ est
+d’une netteté absolue : partout où le sol a été abreuvé, les graines ont
+germé et la récolte sera abondante ; — à quelques centimètres de là, la
+terre ne montre pas le fendillement caractéristique de l’irrigation, et
+les semences n’ont pas levé : c’est le désert.
+
+Pour les Dattiers, le procédé de culture est le même. Au pied de chaque
+arbre on creuse une large fosse dans laquelle est amenée l’eau d’un
+canal. Pour arriver à arroser ainsi les 150,000 Palmiers qui composent
+l’oasis de Biskra, il a fallu créer un système de rigoles d’une
+complication inouïe ; aussi une promenade dans les jardins n’est-elle
+qu’une suite de sauts.
+
+Que font là-haut ces hommes perchés au milieu des palmes ? Ils
+s’occupent de polliner leurs Dattiers. Afin d’assurer la fécondation des
+régimes femelles, les Arabes sont obligés de grimper sur les arbres pour
+insérer dans chaque inflorescence femelle quelques rameaux d’un régime
+mâle. Le pollen s’échappe des anthères et glisse parmi les fleurs
+femelles.
+
+Chaque Dattier est exclusivement mâle ou femelle. Si on semait les
+noyaux, on obtiendrait environ par moitié des mâles et des femelles, et
+comme il faut au moins dix ans pour qu’un Dattier de semis porte des
+fleurs, le sol aurait été occupé pendant tout ce temps par des individus
+mâles inutiles. Aussi, pour établir de nouvelles plantations ou pour
+remplacer les individus trop vieux, a-t-on soin d’utiliser les jeunes
+pousses qui naissent au bas des arbres à fruits. De cette façon on est
+sûr de n’avoir que des femelles. Pour en féconder plusieurs centaines il
+suffit d’un seul mâle ; du reste, on peut, pour quelques sous, acheter
+au marché un régime de fleurs à pollen.
+
+Le bouturage permet également de conserver la pureté des races. Depuis
+ces dernières années, les Arabes attachent une grande importance à ne
+planter que les variétés les plus productives. Le Dattier (_Phoenix
+dactylifera_) compte plusieurs centaines de variétés qui se distinguent
+autant par la vigueur, le port et le feuillage que par les caractères du
+fruit : il y a des dattes sèches et des dattes « grasses », c’est-à-dire
+ne séchant jamais complètement ; il y en a qui doivent être consommées
+sur place et d’autres qui se prêtent à l’exportation... La patrie de cet
+arbre est inconnue : c’est certainement une plante introduite dans le
+Sahara, où elle ne vit nulle part à l’état sauvage. Mais de même que le
+chameau, lui aussi d’origine étrangère, le Dattier semble s’être
+merveilleusement adapté au climat du Grand Désert. Tout terrain lui est
+bon. Toute eau, quelque salée qu’elle puisse être, lui convient pourvu
+qu’elle soit abondante. Il supporte impunément les gelées de − 5° ou −
+7° qui surviennent fréquemment ici en hiver. Il ne craint pas les
+ardeurs de l’été, lorsque l’air, à l’ombre, atteint une température de
+50°, et que les feuilles directement exposées au soleil s’échauffent
+encore davantage. Bien plus, il lui faut ces fortes chaleurs pour mûrir
+ses fruits : on ne le cultive avec succès que dans les régions où,
+plusieurs mois de suite, le thermomètre monte chaque jour au delà de
+40°. Le Dattier, dit un proverbe arabe, doit avoir les pieds dans l’eau
+et la tête dans le feu.
+
+L’adaptation du Dattier au climat saharien est plus apparente que
+réelle : nulle part il n’existe à l’état subspontané. Or, remarquons que
+les dattes constituent le fond de la nourriture des Indigènes et que
+chaque caravane laisse derrière elle une traînée de noyaux. Seulement
+ceux-ci ne germent jamais, ou si à la faveur d’une saison
+exceptionnellement humide, il donnent une plantule, elle est guettée par
+la prochaine sécheresse. Il est bien vrai que sa racine s’enfonce
+rapidement dans le sol à la recherche d’eau, mais la plante sera
+néanmoins brûlée par le soleil avant qu’elle ait pu atteindre la nappe
+souterraine. En réalité, le Dattier ne peut habiter le Sahara que grâce
+à la protection de l’homme, et comme tant d’autres plantes cultivées que
+la domestication a rendues douillettes, ce Palmier s’éteindrait aussitôt
+si l’homme cessait de s’occuper de lui.
+
+Sous le couvert des Palmiers, on cultive beaucoup d’arbres qui dans
+d’autres pays réclament le plein soleil : Oliviers, Figuiers, Orangers,
+Grenadiers, etc. (Voir phot. 4.) Un coup d’œil par dessus les murs en
+terre garnis d’épines de Jujubier, qui entourent les jardins, nous
+montre suspendus aux branches des Figuiers, des chapelets de petites
+figues desséchées.
+
+Les Arabes ont appris que certaines variétés de figues ne mûrissent que
+si elles sont visitées par un Hyménoptère, le _Blastophaga grossorum_.
+Cet Insecte se développe de préférence dans les fruits, petits et peu
+savoureux, d’une race particulière de Figuiers, le « Dokkar ». Les
+Arabes cueillent ces figues avant la complète maturité, au moment où des
+légions d’insectes ailés vont en sortir. Les Dokkar sont ensuite enfilés
+en chapelets et attachés aux Figuiers, dans le voisinage des jeunes
+fruits qui ont besoin des _Blastophaga_. Trompés par l’analogie
+apparente de cette opération et de celle qui amène la fécondation du
+Dattier, les Arabes donnent aux Dokkar le nom de « figues mâles. »
+
+
+On a vu plus haut que l’absence de pluies régulières a forcé les
+habitants à établir leurs cultures dans les seuls endroits où elles
+peuvent être irriguées chaque jour. Les villages disséminés au milieu
+des Palmiers portent, eux aussi, l’empreinte d’un climat aride au ciel
+toujours serein. Les maisons, blanchies à la chaux, sont bâties en
+« tob », briques de boue simplement séchées au soleil ; nulle part on ne
+voit de gouttière ; au lieu de toits inclinés, des terrasses. (Voir
+phot. 3). Il suffirait de quelques fortes averses pour détremper et
+délayer tout un village. En revanche, si les habitations n’ont pas
+besoin d’être protégées contre la pluie, on s’applique avec des soins
+minutieux à les garantir du soleil : pas de fenêtres qui laisseraient
+entrer les flots de lumière et de chaleur ; — d’étroites meurtrières par
+lesquelles les rayons ont peine à se glisser.
+
+
+Nous voici hors de l’oasis, dans le désert salé où nous voyagerons
+pendant quatre jours, d’ici à Tougourt. Autour de nous, dans le
+lointain, des sites qui nous sont devenus familiers. C’est d’abord le
+djebel Harmel, ou montagne de Sable, chaîne de collines pierreuses, aux
+strates redressées. Le vent du désert les a noyées en partie sous de
+larges dunes de sable que percent des pointes de rocher. Du côté du
+Nord, l’horizon est borné par la chaîne de l’Aurès dont les pentes
+chauves laissent apercevoir de maigres bouquets d’arbres. A gauche, la
+large entaille représente le lit de l’oued Biskra. Derrière elle,
+quelques lignes sombres légèrement surélevées au-dessus de l’horizon
+plat du désert ; ce sont des groupes de Palmiers, des oasis, et parmi
+elles nous reconnaissons avec plaisir l’oasis de Sidi-Okba, visitée, il
+y a quelques semaines, avec l’aimable M. Maupas, le naturaliste bien
+connu d’Alger.
+
+Le terrain que nous foulons, mélange confus de limon jaune et de
+cailloux, montre çà et là dans les petites dépressions des plaques
+blanches brillant au soleil. La terre est partout ici imprégnée de
+substances salines. Pendant l’hiver les eaux souterraines remontent à la
+surface du sol, et leur évaporation abandonne les sels qui se concrètent
+en une épaisse croûte blanche. (Voir phot. 5). Aux endroits où les
+matières salines ne sont pas assez abondantes pour que le terrain se
+garnisse d’une efflorescence cristalline compacte, elles forment
+néanmoins avec le limon une écorce dure qui craque sous le pied.
+
+Ces plaines salées ont une végétation toute particulière, composée en
+grande partie de Salsolacées à entrenœuds ou à feuilles charnus, et de
+plantes dont les organes aériens sécrètent des matières salines. La
+composition de la maîgre flore change du tout au tout suivant les
+légères modifications dans la nature du sol : qu’une différence presque
+inappréciable survienne, soit dans la salure ou dans l’humidité du
+terrain, soit dans les proportions relatives du sable et de l’argile qui
+forment le limon, aussitôt les espèces qui étaient fort bien adaptées au
+milieu et qui luttaient avec avantage contre les concurrentes, se
+verront disputer la place par d’autres, et en général elles finiront par
+être repoussées. Dans ces régions deshéritées où la vie est entourée de
+tant d’obstacles, un rien suffit à assurer la prééminence d’une espèce
+sur toutes les autres.
+
+La pauvreté de la flore attriste l’œil. Ainsi, nous traversons en ce
+moment une bande sablonneuse et peu salée. Examinons cette petite touffe
+hérissée de feuilles grises sur lesquelles se balancent de fines
+panicules soyeuses ; c’est une Graminacée, l’_Aristida obtusa_ ; — et la
+touffe voisine ; c’est la même ; — et celle-ci ; c’est encore la même ;
+— ah ! en voici une autre ; non, c’est la même ; — celle-là au moins est
+différente ; non, c’est la même, seulement elle a été broutée de plus
+près ; — enfin, en voici une ; c’est encore la même, un peu plus
+avancée ; — et ainsi, jusqu’au pied du djebel Harmel, l’unique espèce se
+répète à l’infini.
+
+La physionomie du paysage se modifie brusquement. Nous venons de
+pénétrer dans une région plus salée, et aussitôt les touffes clairsemées
+de l’_Aristida_ font place à d’étranges bouquets dont les fleurs roses
+ont l’air d’avoir été piquées une à une sur des monticules de sable.
+(Voir phot. 6). C’est le _Limoniastrum Guyonianum_, le Zeita des Arabes,
+une Plombaginacée frutescente. Le vent chargé de poussières dépose ses
+sédiments entre les branches, et l’arbrisseau butté sans répit par les
+rafales de sable en arrive à être enfoui sous une dune. Menacés à chaque
+minute d’être enterrés vivants, les malheureux végétaux ont toutes les
+peines du monde à maintenir à la lumière leurs feuilles et leurs fleurs.
+La même particularité se retrouve, quoique à un moindre degré, chez le
+_Nitraria tridentata_, un arbuste épineux de la famille des
+Zygophyllacées. Il n’existe ici qu’à l’état d’individus isolés, mais
+nous le reverrons tantôt, couvrant de vastes espaces de ses tertres gris
+dont se détachent des rameaux traînants.
+
+Sans relâche les plantes doivent lutter contre le sable qui tend à les
+submerger. Mais, d’autre part, l’amoncellement des grains quartzeux
+autour des branches défend celles-ci contre la transpiration excessive.
+L’avantage que la plante retire de cette protection n’est certes pas
+négligeable : nous remarquons tout de suite que les rameaux qui ont été
+mis à nu par la dernière tempête, privés maintenant de leur manteau
+sableux, se sont complètement desséchés et ne portent plus que des
+feuilles recroquevillées.
+
+Le principal intérêt du _Limoniastrum_ réside, non dans la façon dont il
+se comporte vis-à-vis du sable, mais dans ce fait que la plante sécrète
+des substances salines qui se déposent à la surface des feuilles. Dans
+les premiers temps de notre séjour à Biskra, nous trouvions
+régulièrement, chaque matin, les Zeita couverts d’une rosée abondante,
+alors que les végétaux voisins étaient tout à fait secs. Chaque
+gouttelette repose sur une des squames salines qui garnissent les
+feuilles. Il est donc hors de doute que les sels déliquescents, éliminés
+par des glandes spéciales, attirent et précipitent la vapeur d’eau, et
+cela dans une atmosphère non saturée qui ne laisse pas tomber de rosée
+proprement dite. Il semble démontré que la plante est capable d’absorber
+ce liquide, malgré sa forte concentration. Quoiqu’il en soit, voici une
+plante dont les feuilles, pendant l’hiver et le printemps, changent de
+teinte avec les heures du jour : le matin, elles sont vertes, puisque
+les sels, étant dissous, ne se voient pas ; quelques heures plus tard,
+le liquide a disparu, — absorbé ou évaporé, — les sels recristallisent
+et l’arbuste reprend sa teinte blafarde. Mais au mois de mai, l’air est
+déjà trop sec, même la nuit, pour que la plante puisse en extraire la
+moindre humidité.
+
+Lentement notre caravane passe entre les petits tertres pulvérulents
+dont les rameaux de _Limoniastrum_ constituent la charpente, et sur la
+convexité desquels s’étalent leur triste feuillage et leurs cymes de
+fleurs roses. Nous dépassons les _Nitraria_, et à présent nous sommes
+dans le bois de _Tamarix_ de Saada. C’est un bois, en effet ; un bois
+saharien. Pas plus d’ombre que n’en donneraient des Asperges. Des
+« arbres » très espacés, aux branches flexueuses naissant au ras de la
+terre, et dont les plus fortes dressent à hauteur d’homme de maigres
+pinceaux de ramuscules effilés ; les insignifiantes écailles vert-pâle,
+— tout ce qui reste des feuilles, — sont apprimées contre les entrenœuds
+et piquées de points gris. Les _Tamarix_ sécrètent aussi des sels
+déliquescents, seulement au lieu que ceux-ci forment un revêtement
+cristallin presque continu, comme chez les _Limoniastrum_, ce ne sont
+que de minuscules agrégats d’une poussière grise.
+
+Les larges ondulations s’applanissent, la proportion de sable diminue et
+nous arrivons dans une zone basse où domine l’argile. La couche
+superficielle du terrain, lavée par les pluies d’hiver, a perdu la
+majeure partie de ses sels ; son écorce dure s’est crevassée en réseau
+par suite du retrait de l’argile. Partout dans la dépression peu
+profonde où nous cheminons, le sol montre des traces manifestes de
+ruissellement, et à plusieurs reprises nous devons même contourner des
+ravins. Sur ce terrain, déjà très varié, les cailloux se sont entassés
+çà et là en gros monceaux ; ailleurs des traînées de sable cachent le
+limon sous-jacent. Hormis les tas de pierres où rien ne pousse, toute
+cette région argileuse est garnie d’une végétation beaucoup moins
+uniforme que celle des sables salés. Au fond des ravins, poussent de
+vigoureux buissons d’une Salsolacée, l’_Arthrocnemon macrostachyum_ ;
+ses entrenœuds renflés, privés de feuilles, ressemblent à ceux d’un
+_Salicornia_. Des _Nitraria_ et des _Limoniastrum_ ont élu domicile sur
+les sables. L’espèce prédominante du limon argileux est ici le
+_Halocnemon strobilaceum_, Salsolacée à petites feuilles charnues,
+serrées les unes contre les autres sur des rameaux grêles ; à l’aisselle
+des feuilles déjà sèches qui garnissent les branches de l’année
+dernière, se développent des bourgeons denses et courts, qui sont comme
+des verrues régulièrement disposées. Une dernière Salsolacée, très
+répandue aussi, _Suaeda vermiculata_, aux ramuscules enchevêtrés, garnis
+de petites feuilles cylindracées, charnues.
+
+
+Par terre entre les cailloux, deux plantes étranges — desséchées,
+recoquillées. — _Odontospermum pygmaeum_ et _Anastatica hierochuntica_.
+Toutes deux présentent ceci de particulier que le végétal, après la
+maturité des fruits, retient énergiquement ses graines pour les empêcher
+de se perdre pendant les longues sécheresses, et qu’il ne les met en
+liberté que si une pluie vient les mouiller. On a longtemps supposé que
+le squelette ligneux, chargé de fruits mûrs, se détache du sol, et,
+devenu le jouet du vent, roule à travers le désert. Des observations
+précises, faites en premier lieu par M. Volkens (=1887=, p. 84) et dont
+il est aisé de vérifier l’exactitude, montrent que le végétal reste
+indéfiniment fixé par sa longue racine pivotante, réduite à son axe
+ligneux. Le vent n’a donc aucune part dans la dissémination de ces
+espèces ; elle est effectuée par le choc des gouttes de pluie ; celles-
+ci amènent l’étalement du végétal et rejaillissent ensuite de tous côtés
+en emportant les graines.
+
+La vraie Rose de Jéricho (_Asteriscus pygmaeus_ ou _Odontospermum
+pygmaeum_) est une mignonne Compositacée Tubuloïdée dont les capitules
+peu nombreux, — il n’y en a souvent qu’un seul, — sont portés par des
+rameaux longs à peine de un ou deux centimètres. Les bractées de
+l’involucre sont infléchies vers le haut et se rejoignent au-dessus du
+capitule. Si nous mouillons un capitule, nous voyons les bractées se
+redresser, puis s’étaler jusqu’à ce que les akènes soient complètement
+mis à nu. L’aigrette des fruits est très réduite et partant ils sont peu
+aptes à être entraînés par le vent. Détachons-en quelques-uns : alors
+qu’on ne parvenait pas à les arracher sans les rompre quand le
+réceptacle était sec, rien n’est plus facile que de les décoller à
+présent. Dans cet état, la pluie les enlève aisément ; toutefois, elle
+ne peut les disperser que dans un petit rayon ; aussi constatons-nous
+que les individus sont tous groupés les uns auprès des autres. Autour
+des _Odontospermum_ racornis, des années précédentes, nous ne manquerons
+pas de trouver des exemplaires vivants, avec leurs feuilles lancéolées
+un peu velues, et les fleurons ligulés jaunes qui bordent le capitule.
+
+Nous serons moins heureux en ce qui concerne la Main de Fatma
+(_Anastatica hierochuntica_) : les individus desséchés abondent, mais
+les vivants sont introuvables en cette saison. Les squelettes
+fructifères de cette Cruciféracée sont souvent offerts en vente dans les
+bazars arabes sous le nom de Roses de Jéricho. En général l’acheteur
+reçoit en même temps un papier avec des indications sur la manière de
+faire refleurir la plante qui a été invariablement « cueillie en
+Palestine.... Trempez la Rose dans l’eau ; le lendemain vous la verrez
+verdir et donner une belle fleur. » Inutile d’ajouter que ceci n’est
+qu’une des innombrables ruses qu’emploient les Arabes pour allécher les
+clients. Voici ce qui se produit en réalité. Les rameaux, qui à l’état
+sec sont repliés vers l’intérieur comme les doigts d’une main fermée,
+s’étalent dès qu’ils sont mouillés. De même que pour les bractées de
+l’_Odontospermum_, ces mouvements sont provoqués par l’hygroscopicité.
+Les valves de la silicule qui était hermétiquement fermée, s’écartent
+maintenant à la moindre pression ; les graines s’imbibent d’eau et
+germent. Les branches mortes se garnissent ainsi d’un duvet vert ; mais
+il est évident que jamais ces plantules ne deviennent assez grandes pour
+fleurir. Dans la nature, les choses se passent d’une façon analogue. La
+pluie détermine en premier lieu l’étalement des branches ; les fruits
+sont donc atteints directement par les gouttes. Or chacune des valves de
+la silicule porte vers le haut une oreillette horizontale sur laquelle
+les gouttes agissent comme sur un levier pour faire basculer les valves.
+Le fruit étant ouvert, le rejaillissement du liquide projette les
+graines tout autour de la plante-mère.
+
+Il y a dans le Sahara plus de plantes annuelles que ne le ferait
+supposer la rigueur du climat. La plupart d’entre elles sont extrêmement
+éphémères : dès qu’une pluie survient, on les voit germer, donner des
+fleurs et, en toute hâte, mûrir leurs graines.... Tout doit être terminé
+avant que les dernières particules d’eau de pluie aient eu le temps de
+s’évaporer. Les graines mûres peuvent impunément attendre pendant des
+années qu’une nouvelle pluie leur permette de sortir de leur torpeur.
+
+Le décor change encore une fois : plus de cailloux ni de monticules de
+sables ; une puissante couche d’argile presque pure coupée de ravins.
+L’_Atriplex Halimus_ (_Halimus pedunculatus_) a supplanté toutes les
+autres espèces ; ses buissons blancs, aux feuilles satinées, couvrent la
+plaine jusqu’à l’horizon d’un épais fourré gris pâle. Cette Salsolacée
+est appelée Guetaf par les Arabes ; on en mange les jeunes pousses en
+guise d’épinards. Elle a aussi une grande importance comme fourrage :
+malgré son goût âcre et salé, les chameaux en sont très friands ; ici
+même, un troupeau de plusieurs centaines d’individus de tout âge
+broutent avec voracité, sans seulement lever la tête pour nous regarder
+passer. En hiver le bétail trouve suffisamment de nourriture dans le
+Sahara ; les pluies, quelque précaires qu’elles soient, font alors
+pousser un peu d’herbe sur les terrains les plus rebelles. Mais dès que
+l’été ramène ses chaleurs desséchantes, la maigre verdure s’évanouit et
+les troupeaux sont chassés vers les montagnes et les hauts-plateaux.
+Ceux que nous croisons dans le Guetaf s’en vont par petites journées
+vers les montagnes de l’Aurès ; ils ne reviendront qu’en automne, avec
+les premières pluies.
+
+
+Il est midi. Nous sommes en selle depuis plus de six heures et nous
+acceptons volontiers la proposition des chameliers de nous arrêter pour
+le déjeuner. « Nous serons très bien ici, disent-ils ; non seulement nos
+bêtes trouveront à manger, mais les messieurs auront un peu d’ombre. »
+De l’ombre ! on voit bien que les Arabes ne savent pas ce que c’est. Il
+nous font entrer dans un ravin ; à condition de nous coller étroitement
+contre la paroi verticale, nous pourrons profiter de la chétive tache
+d’ombre que projette un _Limoniastrum_ solitaire, posé en surplomb sur
+le bord de l’escarpement. Le repas est vite expédié, le premier de nos
+immuables déjeuners : sardines ou thon, pain, dattes, thé. Les dernières
+bouchées ne sont pas avalées qu’il faut se remettre en route, marcher
+sous le soleil flamboyant du plein midi.... Nous sommes à moitié
+assoupis, congestionnés par le repas, éblouis par l’aveuglante lumière
+que nous renvoient les feuilles blanchâtres du Guetaf. Ah ! si nous
+pouvions garder les yeux fermés, laisser aller les mulets à leur guise !
+Mais l’étape est fort longue aujourd’hui, 52 kilomètres, et nous n’en
+avons pas encore parcouru la moitié ; aussi, chaque fois que nos
+montures quittent le chemin pour vagabonder dans le désert, la matraque
+du muletier les ramène-t-elle dans la bonne voie.
+
+
+Nous voici de nouveau dans la plaine sablonneuse où le roc est presque à
+fleur de terre, avec de larges plis séparés par des dépressions à peine
+perceptibles. De loin le pays semblait tout à fait plat, et on doit être
+descendu dans un creux pour remarquer les légers mouvements du terrain.
+Quoique les différences de niveau ne soient que de quelques mètres, la
+flore se modifie de tout point quand on passe de l’éminence à la
+dépression. Sur la hauteur il y a souvent des buissons de _Tamarix_
+déchiquetés par les coups de vent. Les versants sont garnis des
+Salsolacées que nous avons vues l’avant-midi ; il s’y ajoute par place
+une autre espèce, l’_Echinopsilon muricatus_, plante grise avec de
+petites feuilles velues un peu grasses. Dans les portions déclives où la
+surface est voisine de la roche imperméable, l’humidité se conserve plus
+longtemps et les Salsolacées ont fait place à une végétation toute
+différente. Le centre est en général occupé par un massif de Jujubiers
+(_Zizyphus Lotus_). Le regard se pose avec complaisance sur ces
+arbrisseaux d’un beau vert au milieu de l’immensité fauve semée de
+plantes grises. Nos chameaux, eux aussi, se réjouissent à la vue de
+cette verdure inespérée. Mais leur joie est de courte durée : à peine
+ont-ils reconnu les Jujubiers qu’ils retournent tristement vers le
+chemin ; pas moyen de donner un coup de dents parmi les épines crochues,
+acérées, qui défendent le feuillage. Leur désappointement est si grand
+qu’ils ne font même pas attention aux innombrables petites plantes
+éphémères qui croissent autour des arbustes. Ce sont principalement des
+Graminacées : _Stipa tortilis_, _Hordeum maritimum_, _Phalaris minor_,
+etc. Elles finissent de mûrir leurs fruits et les milliers d’aigrettes
+jaunes des _Stipa_ reflètent le soleil.
+
+Abdallah, notre guide, nous signale à l’horizon des points en saillies
+sur une crête de sable. « Derrière cela, dit-il, est le caravansérail où
+nous passerons la nuit. Courage ! » Nous forçons le pas, les yeux fixés
+sur les taches foncées. Sont-ce des arbustes, des têtes de palmiers, des
+constructions, des chameaux accroupis ? Impossible de rien distinguer.
+C’est vraiment trop loin ; et malgré la pureté et la sécheresse de
+l’atmosphère on ne distingue que le contour sans aucun détail. Nous
+voici dans un creux, et les marques noires ne sont plus visibles ;
+espérons qu’elles seront tout proches quand nous arriverons sur la
+hauteur. Vain espoir ; les énigmatiques points sombres sont aussi
+indécis qu’auparavant. De nouvelles dépressions, de nouvelles rides à
+franchir. Les taches ont l’air de reculer à mesure que nous allons vers
+elles, et autour de nous les éternelles Salsolacées garnissent les
+versants sablonneux, les petites Graminacées font les mêmes tapis dorés
+auprès des Jujubiers verdoyants. Les heures se succèdent sans amener le
+moindre changement dans le paysage. Aurions-nous atteint le but,
+seraient-ce ces buissons-ci qu’Abdallah nous montrait il y a quelques
+heures ? « Pas du tout, dit-il, ceux que je vous ai indiqués sont plus
+loin, nous les verrons dès que nous serons sur la hauteur, là devant
+nous. » En effet, ils réapparaissent au loin, bien loin, hélas !
+
+Enfin ! nous les avons laissés derrière nous. Le bordj (caravansérail)
+se voit à quelques kilomètres d’ici. Il est grand temps que nous
+descendions de nos mulets : voilà plus de onze heures que nous marchons,
+et c’est long, onze heures, pour des gens qui n’ont jamais fait
+d’équitation.
+
+
+Ces caravansérails sont établis par les autorités militaires. Pour
+pouvoir y passer la nuit, on doit être muni d’une lettre de diffa,
+c’est-à-dire d’une autorisation délivrée par le commandant militaire ;
+elle donne droit, moyennant une équitable rémunération, à la chambre
+pour les voyageurs, à l’écurie pour les montures, enfin à la diffa,
+c’est-à-dire au repas arabe.
+
+Pas trop confortable, le bordj de Chegga. La chambre à laquelle on nous
+mène ne possède pas un meuble. Sur le sol battu nous étalons nos
+couvertures : voilà notre lit ; il ne sera certes pas fort moelleux,
+mais nous sommes assez éreintés pour que la dureté de la couche ne nous
+empêche pas de dormir. Le fait est que nous sommes littéralement
+exténués, à tel point que nous n’avons pas même le courage de manger.
+Pourtant nous ne pouvons pas aller nous coucher tout de suite. L’eau de
+Chegga est trop suspecte pour que nous osions la boire telle quelle ; il
+faut la bouillir et en faire du thé : nous aurons ainsi, enfermée dans
+deux grands bidons en fer-blanc, notre ration de liquide pour le
+lendemain. Pendant que nous préparons le thé, nous jetons un coup d’œil
+sur le spectacle qui se déroule devant nous. Au milieu du grand cercle
+que forment les bagages et les chameaux entravés pour la nuit, nos
+hommes ont allumé des feux pour cuire leur couscouss. Immédiatement au-
+delà, le désert, le grand désert vide où les touffes de Salsolacées se
+poursuivent à perte de vue ; un ciel sans nuages, où brille la lune,
+plus blanche, semble-t-il, que chez nous.
+
+Le lendemain nous sommes levés avant le soleil. La toilette n’est pas
+longue : on couche tout habillé et il n’y a qu’à se mettre debout pour
+être prêt. Pendant qu’on charge les mulets et les chameaux, nous avalons
+à la hâte quelques dattes. On charge les mulets, disons-nous. En effet,
+ils n’ont pas de selle ; par dessus le bât, on étale un tellis, immense
+sac en poil de chameau, dont les coins servent d’étrier, et dans lequel
+on fourre les appareils photographiques, le déjeuner de midi, ainsi que
+nos sacoches avec les bocaux et les ustensiles dont nous pourrions avoir
+besoin pendant la marche. Sur le tellis, notre literie, c’est-à-dire les
+couvertures et les cabans.
+
+
+Nous reprenons notre pèlerinage. Pendant toute la matinée le paysage
+reste identiquement ce qu’il était la veille : un plateau à grands plis
+arrondis, larges mais peu élevés, où le rocher perce au travers du sable
+ou du limon. La même flore aussi : _Suaeda vermiculata_, _Echinopsilon
+muricatus_, _Limoniastrum Guyonianum_, _Nitraria tridentata_.
+
+Dans les endroits rocailleux, une nouvelle Salsolacée s’y ajoute,
+_Anabasis articulata_. Ses entrenœuds sont charnus comme ceux de
+_Salicornia_. Dans le tout jeune âge, ils laissent voir une faible
+coloration verte sous l’épiderme gris ; mais dès qu’ils vieillissent ils
+prennent une teinte crayeuse. Ces portions anciennes se détachent et
+forment autour du chétif buisson un amas qui ressemble à des lombrics
+pétrifiés. (Voir phot. 2). Il est probable que la désarticulation des
+rameaux âgés est un moyen qu’emploie la plante pour se débarrasser d’un
+excès de sels minéraux. Les végétaux adaptés à vivre dans les terrains
+salés supportent, nous le savons, de grandes doses de sels. Néanmoins il
+arrive un moment où les matières minérales se concentrent au point de
+gêner le fonctionnement de l’organisme, et en particulier l’assimilation
+chlorophyllienne. Pour éviter que ces substances n’encombrent les
+tissus, l’_Anabasis_ les fait émigrer vers les portions anciennes dont
+la chute est imminente.
+
+Dans les sables nous remarquons également, sur le fond uniforme de la
+flore, quelques espèces que nous n’avions pas encore rencontrées :
+_Centaurea furfuracea_, une herbe annuelle presque sans tige, avec un
+unique capitule posé sur le sable ; _Atractylis flava glabrescens_ (_A.
+citrina_), minuscule chardon à capitules jaunes, chez lequel les
+fleurons périphériques sont si développés que l’ensemble donne
+l’impression d’un capitule de Corymbifère ; enfin une Rosacée à feuilles
+grises, _Neurada procumbens_. C’est « une petite plante herbacée
+appliquée sur le sol, dont les fruits restent enfermés dans le calice
+accrescent. Ces fruits, pareils à des boutons, germent à la moindre
+pluie. La sécheresse revient parfois avant qu’ils aient pu produire
+autre chose que des radicules. Si l’on essaye de ramasser ces fruits qui
+semblent secs, on est tout étonné d’éprouver une vive résistance. Ce
+sont les radicules qui les ont fixés au sol. On dirait qu’on y a cousu
+des boutons » (Battandier et Trabut. =1898=, p. 165.)
+
+
+Nous allons voir enfin du neuf. Encore quelques pas et nous sommes
+devant le chott Melrhir. Les chott, on le sait, sont des lacs : sur les
+cartes géographiques ils sont marqués en bleu, de même que les cours
+d’eau.
+
+Il est immense, le Melrhir. Jusqu’à l’horizon, on voit se soulever les
+vagues ourlées d’écume. La falaise par laquelle nous allons descendre,
+cesse brusquement pour reparaître au loin, plus haute, plus escarpée. Çà
+et là un îlot surgit, tout vert au milieu des flots jaunâtres. Devant
+nous, de l’autre côté du chott, une oasis de Dattiers. A nos pieds, une
+plage unie, en pente douce ; de la vase argileuse sur laquelle se
+détachent des plantes cendrées, par petites touffes rondes. Nous
+relevons les yeux. La ligne de falaises se profile maintenant au-dessus
+de l’horizon. Elle n’est plus continue comme tantôt : de profondes
+entailles la découpent, et de plus, elle s’est avancée vers la gauche.
+Voilà qu’un nouvel îlot se montre ! Où donc sont ceux que nous admirions
+il y a un instant ? Et cette rangée de vagues qui déferlaient ? Elle se
+maintient immobile ! Qu’est-ce donc que ce lac où les flots sont figés,
+mais dont les bords et les îles se déplacent ? Illusions, mirage, tout
+cela. Le chott Melrhir est complètement à sec. L’eau blonde est de la
+boue durcie ; l’écume n’est autre chose qu’un dépôt cristallin de sel et
+de gypse ; les îlots et les falaises, c’est le soleil qui se joue dans
+les couches d’air inégalement surchauffées. Une seule chose est réelle,
+c’est l’oasis d’Ourhir, là-bas en face de nous.
+
+Le chott Melrhir est le dernier de toute une suite de lacs qui du golfe
+de Gabès s’étendent vers l’intérieur du Sahara. C’est par là que
+s’écoulaient autrefois à la Méditerranée les eaux du fleuve qui
+descendait des hauteurs du Grand-Désert, et dont nous remonterons
+jusqu’à Ouargla le cours maintenant tari. Le lac lui-même n’est plus
+qu’un vaste bourbier ; sa lisière seule est assez résistante pour
+supporter une caravane, tandis que tout le milieu est occupé par
+d’insondables couches de vase sur lesquelles les efflorescences salines
+font une croûte illusoire : tout animal qui s’y risque est aussitôt
+enlisé. Pas un brin d’herbe ne pousse sur la boue saturée de sel ; au-
+dessus de cette solitude réfractaire à toute vie, aucun oiseau ne plane.
+Jadis il y avait ici un grand lac, alimenté par un fleuve abondant ; ses
+rives étaient sans doute garnies de bosquets et de prairies.
+L’insatiable soleil a tout dévoré, et le vide qu’il a créé, il le peuple
+de fantômes, de mirages décevants.
+
+Ce lac pâteux se desséchera encore davantage. L’apport d’eau par les
+pluies ne compense pas l’évaporation. Il ne tombe pas ici 20 centimètres
+d’eau par an, quantité insignifiante dans un pays où, déjà le 2 mai,
+notre thermomètre marque 34°. Du reste, le Sahara tout entier subit un
+sort analogue ; partout l’équilibre est rompu entre les précipitations
+atmosphériques et l’évaporation, et fatalement le désert est condamné à
+devenir de plus en plus aride.
+
+
+Nous sommes descendus sur la vase solidifiée qui forme la plage du
+Melrhir. La surface raboteuse a la consistance de la pierre. La route
+passe à égale distance des berges éboulées qui bordent le lac et des
+nappes salines brillant au soleil. Pendant trois heures nous passons
+entre les touffes isolées de plantes halophiles. (Voir phot. 7.) Ce sont
+des _Halocnemon strobilaceum_ en buissons assez denses, souvent bruns ou
+même carminés, et des _Limoniastrum Guyonianum_ dont les rameaux noirs
+tordus, non cachés ici par le sable, supportent des feuilles d’une
+teinte indécise, verdâtre ou grisâtre. Parmi ces deux plantes qui
+forment le fond de la flore, quelques _Tamarix_, gris également, et de
+rares _Anabasis articulata_ avec leur aspect de fossiles.
+
+Chose peu commune, le pays que nous foulons est à une trentaine de
+mètres au-dessous du niveau de la Méditérranée. C’est l’un des arguments
+qui ont été invoqués en faveur de la théorie de la mer saharienne : on
+avait imaginé que le Sahara est le fond d’une mer récemment asséchée.
+D’après cette hypothèse, maintenant reléguée parmi les fables, les
+rangées de dunes marquent les étapes successives du retrait de la mer,
+les amas de cailloux et les sables dénués d’humus sont les restes des
+anciennes grèves, les chott, enfin, représentent les cuvettes dans
+lesquelles les eaux viennent se concentrer. Il avait même été question
+de creuser un canal pour permettre à la Méditerranée de reprendre
+possession du Grand Désert. Mais on sait à présent que les régions
+déprimées sont tout à fait exceptionnelles et que le percement du seuil
+de Gabès amènerait seulement l’immersion du Melrhir et de quelques chott
+voisins. La mer intérieure que l’on créerait ainsi ne couvrirait qu’une
+infime portion du Sahara[1] et ne pourrait donc pas exercer sur le
+climat européen l’influence bienfaisante qu’en attendait le commandant
+Roudaire, l’auteur du projet.
+
+Le Sahara n’est pas non plus aussi plat qu’on se le figurait. Il ne
+ressemble en aucune façon à la description classique : « du sable, rien
+que du sable sans cesse remanié par le simoun ; une vaste plaine, toute
+unie, où les seuls objets sur lesquels la vue puisse se reposer sont des
+ossements blanchis, restes des caravanes qui ont succombé à la soif ou
+qui ont été ensevelies sous la poussière ; un pays tellement sec
+qu’aucune herbe n’y pousse ; à travers lequel, suivant une expression
+pittoresque, on peut voyager pendant des semaines sans rencontrer
+seulement de quoi se faire un cure-dent ». En réalité, ce n’est pas
+ainsi du tout. La structure géologique du Sahara est fort variée. Sa
+surface est aussi accidentée que celle de maint pays d’Europe ; d’après
+les dernières données, son élévation moyenne est de 460 mètres, soit de
+170 mètres plus forte que celle de l’Europe. Enfin, nulle part le sol ne
+reste nu sur une grande étendue. La végétation n’est certes pas
+luxuriante, ni comme nombre d’individus, ni comme espèces : le Sahara
+tout entier, presque aussi grand que l’Europe, ne renferme qu’un millier
+de plantes différentes, dont la moitié environ existent dans le Sahara
+algérien. Mais chacune de ces espèces couvre, soit seule, soit associée
+à un petit nombre d’autres, d’immenses espaces.
+
+C’est son uniformité qui donne à la flore saharienne son caractère
+propre. Le désert n’est pas vide, il est seulement monotone. Ah ! s’il
+n’y avait rien, on en prendrait son parti, on saurait qu’il est inutile
+de regarder. Mais non. Sans relâche de nouvelles plantes semblent
+s’offrir au botaniste ; on s’approche, on examine, et on revient déçu.
+Depuis que nous sommes descendus sur le chott Melrhir, combien de fois
+ne nous sommes-nous écartés de notre caravane, attirés par une touffe
+plus étalée ou plus haute, plus verte ou plus rouge, et toujours en
+vain. Les quatre éternelles espèces nous poursuivront jusqu’à l’autre
+bout du chott.
+
+
+Heureusement nous sommes près d’Ourhir. Nous connaissons assez les oasis
+pour ne pas nous attendre à rencontrer un nid de verdure, où les
+ruisseaux murmurent gaîment parmi les fleurs, à l’ombre des grandes
+palmes balancées par le vent. Des oasis aussi poétiques n’existent que
+dans les écrits des littérateurs qui n’ont jamais été au Sahara et qui,
+pour imager leur style, opposent l’oasis riante au désert mort. Pourtant
+après les deux journées que nous venons de passer en pleine sauvagerie,
+— ce sont les premières du voyage et nous ne sommes pas encore habitués
+à cette existence, — nous saluons avec joie la maison européenne qui
+s’élève au milieu des Palmiers. Nous avons une lettre d’introduction
+pour M. Bonhoure, le directeur des plantations d’Ourhir. Cette oasis
+dépend de la « Société du Sud Algérien » qui possède encore d’autres
+cultures dans la vallée de l’oued Rirh, en particulier à Sidi-Yahia, où
+nous serons reçus demain soir.
+
+Les oasis exploitées par des Français sont beaucoup moins pittoresques
+que celles des Indigènes : les Dattiers sont plantés en quinconce entre
+des rigoles qui se coupent à angle droit. Il n’y a plus ici de rivières
+pour arroser les arbres, et toute l’eau est fournie par des puits
+artésiens. Sous l’ancien fleuve dont le lit, maintenant à sec, se
+poursuit depuis les hauteurs du Sahara central jusqu’au chott Melrhir,
+il existe une nappe artésienne, véritable fleuve souterrain dont l’eau
+est ramenée à la surface par des puits. Ceux-ci sont forés par l’atelier
+militaire sous la direction de M. l’ingénieur Jus, « Bou el Ma », « le
+Père de l’Eau », comme l’appellent les Arabes.
+
+Ourhir possède sept puits donnant huit à neuf mille litres d’eau à la
+minute. Cette masse d’eau, qui paraît énorme au premier abord, suffit à
+peine en été pour abreuver les vingt-cinq mille Palmiers qui composent
+l’oasis, grande de cent vingt-cinq hectares. Pendant la saison où la
+transpiration est active, il faut donc à un Dattier environ un quart de
+litre d’eau par minute. Mais, ainsi que nous le faisait remarquer notre
+hôte, beaucoup de liquide se perd avant d’arriver aux racines. En vue de
+réduire cette déperdition, on vient d’établir une fabrique de tuyaux en
+terre cuite, destinés à remplacer la canalisation à ciel ouvert.
+
+Les plantations françaises ne payent pas d’impôt, tandis que les Arabes
+doivent acquitter une taxe annuelle de dix à vingt-cinq centimes par
+Palmier. Malgré cette imposition, la culture du _Phœnix_ progresse
+d’année en année et les Indigènes de l’oued Rirh, gagnés par l’exemple
+des Français, commencent à faire exécuter des sondages. A l’heure qu’il
+est, beaucoup d’oasis arabes sont déjà irriguées par des puits
+jaillissants. Ces puits qui sont profonds d’environ 70 mètres et donnent
+de l’eau à 24°, coûtent chacun de quatre à cinq mille francs.
+
+Quelle bonne soirée nous avons passée là, avec la charmante famille
+Bonhoure, sur la terrasse d’où le regard plane par dessus les Dattiers.
+D’abord c’est le soleil qui se couche sur le désert, mettant des
+zébrures pourpres aux palmes luisantes ; c’est le chott qui étale
+jusqu’à l’infini sa tristesse de mort. Puis, quand tout fut envahi par
+les mystères du soir, un orage éclate sur les sommets de l’Aurès. Les
+montagnes sont distantes de plus de cent kilomètres ; mais telle est la
+transparence de l’atmosphère que chaque éclair fait voir dans tous leurs
+détails les forêts, les ravins et les larges pans de rochers escarpés.
+
+Le lendemain nous sommes éveillés par la voix de notre hôte : « Vite,
+venez voir le soleil se lever sur la mer. » C’est admirable, en effet :
+sur l’horizon du chott Melrhir, un horizon rectiligne, sans un accident,
+sans une aspérité, le soleil monte flamboyant, tout seul dans le ciel.
+
+Un coup d’œil rapide sur l’intéressant jardin que Madame Bonhoure a su
+créer sous les Dattiers. « En cette saison, me dit-elle, il faut
+l’inonder tous les deux ou trois jours. C’est incroyable ce qu’il a
+fallu essayer d’espèces avant d’en trouver quelques-unes qui soient
+capables de supporter le climat excessif du désert. » Les Rosiers, les
+Œillets, les _Gaillardia_ annuels, les Amarantes et les Chrysanthèmes du
+Japon sont magnifiques. Ces derniers fleurissent de septembre à
+novembre. La Capucine grimpante (_Tropaeolum majus_) reste toujours
+naine : la sève s’évapore pendant son trajet dans la tige grêle, et
+celle-ci n’atteint jamais plus de trente centimètres de longueur. Chez
+les plantes ligneuses la sève est mieux protégée contre la
+transpiration, et la croissance en longueur peut s’effectuer. Aussi ne
+nous étonnerons-nous pas de voir des Vignes former des berceaux de
+feuillage à l’ombre des Palmiers.
+
+
+Bientôt nous sommes à l’oasis de Mrhaïer, que les Arabes ont fertilisée
+à l’aide de puits artésiens. Le village, purement indigène, est fort
+pittoresque et présente bien les caractères typiques des bourgades de
+l’oued Rirh. On choisit un fond argileux, assez humide pour fournir de
+la boue. Celle-ci est gâchée et façonnée en « tob », grandes briques
+qu’on sèche au soleil. Voilà les seuls matériaux de construction, avec
+quelques troncs de Palmier pour soutenir la terrasse. Les maisons
+basses, cubiques, sont jetées sans ordre le long de ruelles tortueuses.
+Autour du village, la tranchée dans laquelle on a pris la boue pour le
+tob a été élargie en un fossé où viennent se déverser toutes les
+immondices. Il faut avoir passé à côté de ces égoûts, un jour de forte
+chaleur, pour se rendre compte de l’odeur que peuvent dégager les
+résidus d’une agglomération humaine.
+
+
+Jusqu’à la halte du soir, le pays reste invariablement le même ; c’est
+toujours le désert salé et gypseux. Ici nous contournons des dunes,
+ailleurs nous passons dans des fonds limoneux. Parfois aussi la roche
+sous-jacente est presque à nu sur un grand espace ; le sable est alors
+émaillé de lamelles de gypse qui brillent au soleil comme des éclats de
+verre. A plusieurs reprises, nous longeons de très près la falaise,
+éboulée par places, qui borde l’oued Rirh. Le fleuve desséché est
+tellement large qu’il nous est impossible d’apercevoir l’autre rive.
+
+Fait route dans la matinée avec un groupe de pèlerins montés sur des
+bourriquets. Ils sont allés au marabout de Sidi-Makfi, dans l’oasis
+d’Ourhir, et rapportent des roses dans le capuchon de leur burnous. De
+temps en temps ils en détachent quelques pétales et les froissent pour
+en faire une boulette qu’ils s’enfoncent dans la narine gauche. Cette
+façon de jouir d’une fleur est fort en vogue auprès des « élégants » du
+Sahara. Nos compagnons de route n’ont plus la peau mate des Arabes
+d’Algérie. Les lèvres sont grosses, le nez est épaté et le teint brun
+foncé : ils appartiennent à la race fortement métissée de nègre qui
+habite à l’état sédentaire les oasis de toute la vallée. Les Nomades
+seuls ont conservé le type pur.
+
+Nous nous séparons près d’une source que deux Palmiers solitaires
+signalaient de loin. C’est un trou, large de deux pieds, creusé dans une
+butte de sable ; le mince filet d’eau qui s’écoule de la fontaine est bu
+aussitôt par le désert. Le cheikh nous invite à venir passer une journée
+dans son village dont nous voyons les Dattiers à quelques kilomètres de
+nous. Il serait sans doute fort intéressant de visiter une plantation
+faite par des Arabes, loin de tout contact européen. Mais le temps fait
+défaut. Nous remercions le cheikh de son aimable offre. _Salam
+alekoum !_ Salut !
+
+En toute une journée, nous ne rencontrons qu’une seule plante curieuse,
+le _Frankenia thymifolia_, un sous-arbrisseau dont les minuscules
+feuilles disparaissent sous les cristaux grisâtres qu’elles ont
+sécrétés. Les rameaux font l’effet de branchettes qui ont séjourné dans
+une fontaine pétrifiante.
+
+L’oasis de Sidi Yahia, où le directeur, M. Cornu, nous souhaite la
+bienvenue, est toute récente ; les Palmiers commencent à peine à
+fructifier.
+
+
+Le lendemain matin, nous visitons avec notre aimable hôte l’oasis
+d’Ayata dont il gère également l’exploitation. C’est l’une des premières
+qui aient été établies par la « Société du Sud-Algérien. » Elle est très
+prospère et plantée principalement en Deglet-Nour, un Dattier dont le
+fruit atteint une haute valeur. On a tenté ici la domestication de
+l’Autruche ; les expériences n’ont pas donné de résultats fort
+encourageants, et actuellement le parc ne renferme plus qu’un seul
+couple. Sous les Palmiers, il y a beaucoup de cultures accessoires ;
+ainsi, on est occupé à moissonner quinze hectares de magnifique orge. M.
+Cornu essaie aussi de cultiver en grand les asperges. Les produits sont
+très beaux et très hâtifs ; seulement, les marchés sont trop éloignés :
+les asperges, expédiées jeunes et tendres, lignifient en route leurs
+vaisseaux et leurs fibres, et quand elles arrivent en France elles sont
+devenues dures et impropres à la consommation.
+
+Avant de faire nos adieux à M. Cornu, nous remplissons nos outres et nos
+bidons à l’un des puits d’Ayata. C’est la meilleure eau de toute la
+contrée : elle ne laisse qu’un résidu de 2 à 3 grammes par litre, alors
+que les autres contiennent de 5 à 10 % de matières salines. Les sels
+sont surtout des chlorures et des sulfates de sodium, de calcium et de
+magnésium. Dire qu’en Europe une eau n’est réputée potable que si elle
+contient au plus un millième de matières dissoutes ! « Chaque fois que
+je vais en France, nous dit M. Cornu, j’ai de la peine à m’habituer de
+nouveau à l’eau. Elle est insipide ; c’est comme de l’eau de pluie. »
+Les eaux du Sahara, par contre, n’ont que trop de goût. Et l’amertume
+que leur communique la magnésie ne serait rien encore si cette substance
+n’avait pas des propriétés purgatives si accentuées.
+
+
+Les chameaux sont partis bien avant nous. Il faudra marcher vite pour
+les rejoindre. Peu importe, du reste, qu’on flâne ou qu’on presse le
+pas, puisque tout de même, il n’y a rien à recueillir. Dès que l’on a
+dépassé quelques larges bosses de sable avec leur flore immuable, on
+arrive dans les sebkha qui annoncent le grand fond boueux de Tougourt.
+Le sebkha est un diminutif du chott. C’est une dépression, d’ordinaire
+sans issue, dans laquelle le liquide se rassemble quand par hasard il
+tombe une averse, et où affleure l’eau souterraine. Sur l’argile
+glissante, pas un caillou, pas un brin d’herbe (Voir phot. 8). Une
+fosse, parfois, dont les bords sont durcis par des concrétions salines.
+Dans l’eau nagent des paquets poisseux de Cyanophycées, entremêlés de
+trémies de sel.
+
+Nous sommes devant le premier sebkha, au milieu de la végétation
+halophyte que nous avons déjà tant vue. « Dis donc, Abdallah, est-ce que
+tu vas nous conduire à travers cette lagune. » — « Pourquoi pas ! » —
+« Eh bien ! et l’eau ? » — « Venez toujours ; nous verrons bien. » Nous
+descendons. A mesure que nous avançons, l’eau s’écarte, comme devant les
+Hébreux dans la mer Rouge. Arrivés sur la rive opposée, nous regardons
+derrière nous : l’eau est toujours là, calme, limpide, reflétant le bleu
+du ciel et les _Tamarix_ qui dominent l’autre bord.
+
+C’est encore une fois du mirage. La nappe liquide n’est pas réelle. Rien
+d’étonnant à ce que nous ayons été trompés : l’illusion est en effet si
+complète que l’eau apparaît même en photographie. (Voir phot. 8.) Tout
+contre le sol, une couche d’air, surchauffée par la réverbération de la
+chaleur, est devenue beaucoup moins réfringente que les strates
+voisines. Elle ne se laisse plus traverser par les rayons obliques, et
+ceux-ci y subissent la réflexion totale. Le ciel et les objets situés
+près de l’horizon se réfléchissent donc sur cet air embrasé, comme si
+c’était une nappe liquide. Marchez vers cette eau fallacieuse, elle se
+dérobe : les rayons lumineux ne la frappent plus avec une obliquité
+suffisante. Qu’une bouffée de vent survienne, la couche d’air doucement
+agitée vous donnera l’impression d’une flaque qui se ride sous la brise.
+
+Les sebkha se succèdent et se ressemblent, tristes et nus ; au fond de
+tous dort une onde illusoire. Nous voyons enfin pointer à l’horizon les
+minarets de Tougourt. En même temps que nous, entre dans la ville une
+caravane chargée de madriers et de poutrelles de fer, qui a quitté
+Biskra une semaine avant nous. Nos chameliers sont fiers de raconter
+qu’ils ont franchi en quatre jours les deux cent et quelques kilomètres
+qui séparent les deux villes.
+
+Du côté de l’Ouest, Tougourt confine au désert. On marche péniblement
+dans le sable mou des dunes, où les mulets enfoncent jusqu’au jarret, et
+l’instant d’après on se trouve dans l’animation du marché, au milieu des
+échoppes. La belle oasis de 170,000 Palmiers arrosée par des puits
+artésiens, est établie dans le grand sebkha qui occupe le confluent de
+deux fleuves taris : l’oued Mya, à gauche, et l’oued Igharghar, à
+droite. Tous deux descendent du Sud. L’oued Rirh que nous avons remonté
+jusqu’ici résulte de la jonction de ces deux grandes rivières mortes.
+
+
+
+
+ =2. — Les sables d’El Erg oriental.=
+
+
+ _A_) DANS LES DUNES DU SOUF.
+
+
+Les sables sont loin de couvrir la totalité du désert, contrairement à
+ce qu’on a supposé si longtemps. Il est admis à présent qu’ils n’en
+occupent que la neuvième partie. Les Arabes ont comparé les vallées
+irrégulièrement anastomosées qui circulent entre les rangées de dunes à
+un réseau de veines (_erg_. pl. _areg_, veine). Il y a deux grands
+districts à dunes dans le Sahara algérien. El Erg oriental s’avance
+jusqu’à l’oued Rirh et à l’oued Mya ; il s’étend aussi en Tunisie et en
+Tripolitaine. El Erg occidental occupe le sud de la province d’Oran et
+une partie du Maroc.
+
+Nous allons voyager à travers El Erg oriental pendant une quinzaine de
+jours ; d’abord en nous rendant à El Oued, la ville principale du Souf,
+d’où nous reviendrons sur nos pas à Tougourt ; ensuite en remontant le
+cours de l’oued Mya, jusqu’à Ouargla.
+
+Rien de plus difficile que de se retrouver dans le dédale de vallées
+toutes semblables que laissent entre elles les dunes du Souf, très
+hautes, très enchevêtrées. Aucune route n’a pu y être établie ; tout au
+plus reconnaît-on la piste qui marque l’itinéraire des caravanes. Pour
+faciliter la traversée, l’autorité militaire a fait établir des gmira,
+pyramides de pierre qui occupent le sommet des plus hauts monticules.
+Entre Tougourt et El Oued, distants de 90 kilomètres, dix gmira
+jalonnent le chemin. Quand aucun de ces signaux n’est en vue, on n’a
+plus d’autres points de repère que les poteaux télégraphiques. Dès que
+le vent souffle, tous les moyens d’orientation disparaissent à la fois :
+la foulée des chameaux s’efface sous une nappe de sable vierge, les
+nuages de poussière cachent les gmira et les poteaux, le soleil lui-même
+est voilé. Si l’on n’a pas alors avec soi un guide habile, connaissant
+les moindres replis de la contrée, on risque fort de s’égarer et de ne
+pas trouver les puits. Malgré les protestations d’Abdallah qui prétend
+être allé cinquante fois à El Oued, le colonel Pujat, commandant de
+Tougourt, nous adjoint un Nomade de la tribu des Ouled Sahia.
+
+Elle a piteuse apparence, notre caravane, quand elle s’ébranle le 6 mai,
+vers trois heures du matin, à la clarté de la pleine lune. Un seul
+chameau, et quel chameau ! Une bête bizarre, capricieuse, qui n’avance
+que par boutades, tantôt galopant à travers tout, avec des soubresauts
+qui ne présagent rien de bon pour nos verreries et nos microscopes,
+tantôt s’obstinant à rester agenouillée pour repartir tout à coup comme
+le vent. Avec ça, galeuse des pieds à la tête et enduite d’une copieuse
+couche de goudron, le remède favori des Arabes contre la gale du
+chameau.
+
+Bien avant le lever du soleil, nous escaladons la berge orientale de
+l’Oued Rirh, d’où nous jetons un coup d’œil sur la ville déjà lointaine
+et sur l’oasis qui surgit du fond du vaste sebkha.
+
+
+Tout de suite nous sommes en plein pays de dunes. Le manteau de sable
+posé sur un sous-sol dur, gypseux, imperméable, est encore peu épais.
+Nous n’y observons d’autres plantes que celles que nous avons déjà vues
+dans les endroits salés de l’oued Rirh : leurs racines plongent jusqu’au
+voisinage de la roche et puisent une eau chargée de matières salines.
+Mais petit à petit, à mesure que nous avançons vers l’Est, la puissance
+de la couche de sable augmente, et la végétation halophile est remplacée
+par des espèces sabulicoles.
+
+A part un groupe de dunes échancrées en croissant, et la profonde
+dépression qui abrite le puits et le caravansérail de Bir Roumi, la
+région que nous parcourons aujourd’hui est peu accidentée. Dans son
+ensemble c’est une plaine légèrement bosselée, garnie de végétaux
+clairsemés entre lesquels le sable brille au soleil. Nulle part on ne
+voit ici d’étendues gazonnées revêtues d’un dense tapis d’herbes et de
+mousses, comme il y en a dans les dunes littorales de l’Europe moyenne.
+
+La plante la plus répandue, et en même temps la plus importante pour
+l’alimentation des troupeaux est le Drîn (_Aristida pungens_), une
+Graminacée qui de loin ressemble à l’Oyat (_Ammophila arenaria_) des
+sables maritimes de l’Europe : mêmes feuilles un peu glauques, raides et
+piquantes, mêmes touffes serrées, isolées les unes des autres, que
+dépassent les inflorescences pâles. (Voir phot. 14.) Mais chez le Drîn,
+les panicules sont largement étalées et non contractées ; de plus sa
+souche est moins longuement traçante. Quand on l’arrache, on constate
+que les racines, au lieu de s’enfoncer verticalement dans le sol,
+s’allongent près de la surface jusqu’à une distance d’une vingtaine de
+mètres. La plante ne cherche donc pas à atteindre les réserves liquides
+cachées dans le sol ; étalant ses racines sur un large espace, elle
+s’efforce, au contraire, de profiter des pluies éventuelles, quelques
+faibles qu’elles soient. Il y a naturellement un grand avantage pour le
+Drîn à pouvoir absorber l’eau par toute la longueur de ses racines, et
+pas uniquement par leur portion jeune, la seule qui d’ordinaire soit
+garnie de poils radicaux. Aussi remarquons-nous que l’appareil
+souterrain n’a pas du tout l’aspect habituel : d’un bout à l’autre, une
+racine longue de vingt mètres est entourée d’une gaine résistante, dure,
+de particules de sable collés aux poils. Loin de subir l’exfoliation
+périphérique, ces racines gardent vivants leurs poils absorbants, les
+plus éphémères peut-être de tous les organes végétaux. Cette
+particularité, sur laquelle M. Volkens (=1887= p. 25) a le premier
+attiré l’attention, se retrouve chez la plupart des Graminacées vivaces
+qui habitent les sables du désert : _Aristida pungens_, _A. floccosa_,
+_Panicum turgidum_, _Pennisetum dichotomum_, _Danthonia Forskahlei_,
+etc., ainsi que chez le _Cyperus conglomeratus_. Toutes ces plantes ont
+des racines fibreuses, non ramifiées, qui s’étalent autour de la souche,
+à une faible profondeur sous le sable. Chez l’Oyat, on observe quelque
+chose d’analogue, mais le phénomène est moins accentué. Une Graminacée
+(_Cutandia memphitica_), et une Liliacée (_Asphodelus pendulinus_), deux
+mignonnes plantes annuelles très répandues dans le Sahara, possèdent
+aussi des poils radicaux persistants. Seulement ils sont beaucoup plus
+longs que chez les espèces vivaces et ne se collent pas au sable d’une
+façon aussi intime, de sorte qu’on ne trouve pas ici une gaine continue,
+mais uniquement des grains épars.
+
+Remarquons en passant que les poils absorbants ne persistent sur les
+portions adultes que chez les Monocotylédones, à racines fibreuses, non
+ramifiées. Au contraire, l’_Ephedra_ et les Dicotylédones, dont les
+racines se ramifient et peuvent par conséquent posséder à la fois un
+grand nombre de portions jeunes, laissent mourir leurs poils radicaux
+dès que ceux-ci sont éloignés de la pointe.
+
+Un mot encore sur l’_Aristida pungens_. On sait que les racines de la
+plupart des plantes s’enfoncent dans la terre en vertu de leur
+géotropisme positif. Vis-à-vis de quels excitants réagissent les racines
+horizontales du Drîn ? L’expérimentation seule pourrait donner une
+réponse définitive. On peut pourtant assurer que la position horizontale
+de l’organe ne dépend pas du diagétropisme, c’est-à-dire que la racine
+ne tâche pas de se maintenir à angle droit avec la direction de la
+pesanteur. En effet, quand la surface du sable est inégale, les racines
+montent et descendent avec elle, de manière à rester toujours à la même
+distance de la lumière. C’est peut-être ce dernier facteur qui joue le
+rôle principal, aidé ou non de l’humidité.
+
+
+Parmi les Drîn et les _Aristida floccosa_, moins hauts et plus touffus
+que les premiers, de gros buissons verts appellent l’attention. Les uns
+ont de longs rameaux grêles, flexibles, que le vent penche et rabat tous
+d’un même côté. Ce sont des Papilionacées sans feuilles, _Retama Raetam_
+(voir phot. 13) et _Genista saharae_. Les autres ont un air rabougri,
+misérable, malgré leur taille qui atteint jusque deux mètres : _Ephedra
+alata_ et _Calligonum comosum_. Tous deux sont dépourvus de feuilles ;
+les ramuscules verts, articulés aux nœuds, naissent souvent en houppes
+sur des branches tortueuses qui ont l’air d’avoir été cassées plusieurs
+fois de suite. Les racines de _Calligonum_ s’enfoncent verticalement
+dans le sable. Les longues et grosses racines noires de l’_Ephedra_
+rayonnent tout autour de l’arbuste, à une faible profondeur.
+Contrairement aux racines des Graminacées, celles de l’_Ephedra_ se
+ramifient et subissent la croissance en épaisseur. Les portions adultes
+ont perdu les poils radicaux.
+
+Citons encore parmi les végétaux les plus répandus : _Helianthemum
+sessiliflorum_ avec des feuilles cendrées, enroulées en dessous ; —
+_Lithospermum callosum_, plante canescente toute couverte de poils
+blessants ; — _Rhanterium adpressum_, une Compositacée frutescente à
+capitules jaunes, à feuilles petites et rares, dont les rameaux velus-
+floconneux se disposent en boule ; — _Monsonia nivea_, Géraniacée à
+feuilles argentées, étalées sur le sable ; — _Danthonia Forskahlei_,
+dont les feuilles, courtes et larges, sont presque blanches tant elles
+sont velues.
+
+Toutes ces plantes, on le voit, sont bien protégées par leur revêtement
+pileux contre la transpiration excessive. De plus, le _Rhanterium_ a
+perdu la majeure partie de ses feuilles. La réduction de la surface
+transpiratoire est plus accentuée encore chez les espèces tout à fait
+privées de feuilles, et qui assimilent à l’aide des rameaux : _Retama
+Raetam_, _Genista saharae_, _Calligonum comosum_, _Ephedra alata_.
+Durant l’été, cette dernière plante ferme complètement ses stomates par
+un bouchon résineux, ce qui réduit naturellement le courant
+transpiratoire au minimum (Volkens, =1887=, p. 48).
+
+Les plantes annuelles, éphémères, n’ont pas besoin de tant se garantir
+de la sécheresse : elles lèvent aussitôt après une averse, et
+s’efforcent de vivre le plus vite possible, de façon à posséder déjà des
+graines mûres au moment où les dernières traces de la pluie seront
+évaporées. Aussi la plupart de ces espèces sont-elles maintenant
+desséchées ; et il a fallu toute la compétence de M. Battandier pour
+mettre un nom sur les débris informes que nous lui avons rapportés du
+Souf.
+
+
+Jusqu’au soir le paysage garde les mêmes caractères. Le lendemain
+seulement, après le bordj Maouiet Ferzan les bosselures deviennent plus
+hautes, tout en restant verdoyantes. C’est un spectacle fort imprévu que
+celui de ces dunes si désolées partout ailleurs, devenues dans le Sahara
+le rendez-vous d’une végétation, sinon variée, du moins abondante.
+« Loin de les fuir, dit M. Schirmer dans son intéressant ouvrage sur le
+Sahara (=1893= p. 179), le Saharien les recherche, comme une des régions
+qui offrent le plus de ressources à ses troupeaux. Ce résultat n’est
+paradoxal qu’en apparence. Sous un climat humide, c’est le degré de
+fertilité du sol qui importe ; sous un climat sec, c’est la quantité
+d’eau qu’il contient. » Et ce qui importe à la végétation, ce n’est pas
+tant la quantité absolue d’eau que renferme le sol, mais celle que la
+plante peut lui emprunter. Dans les sebkha et les chott, dont le limon
+semble devoir être très riche, le terrain est stérilisé par les sels. La
+terre en est à peu près saturée, et les plantes ont beaucoup de peine à
+arracher aux matières salines le liquide que celles-ci tendent à
+conserver. Même quand l’argile est débarrassée de ses sels, elle reste
+pourtant moins favorable que le terrain arénacé : les particules très
+fines qui les constituent retiennent avec plus d’énergie les molécules
+d’eau que les grains plus gros du sable. En outre, celui-ci étant
+beaucoup plus meuble, permet aux racines de plonger à la recherche de la
+nappe souterraine. Chaque fois qu’on essaie de déterrer un _Calligonum
+comosum_ ou un _Euphorbia Guyoniana_, on reste confondu devant le nombre
+et la longueur de leurs racines ; et l’on comprend alors que ces plantes
+soient capables d’exploiter l’eau qui lentement a filtré vers les
+profondeurs. La facilité avec laquelle les végétaux utilisent l’eau des
+sables nous explique pourquoi les dunes offrent en toute saison de
+l’herbe pour les chameaux. (Voir phot. 14). L’abondance du fourrage
+permet aux Nomades du Souf d’habiter leur pays même pendant l’été.
+
+
+Nous sommes donc ici au milieu d’une végétation des plus luxuriantes.
+Entendons-nous ; elle est très belle pour le Sahara, mais considérée
+d’une façon absolue, elle est d’une pauvreté désespérante. Rien ne
+donnera mieux l’idée de cette pénurie d’espèces que la liste, tout à
+fait complète, des plantes que nous avons observées dans les dunes du
+Souf, depuis que nous sommes partis ce matin du bordj Maouiet Ferzan,
+jusqu’au moment où nous y reviendrons dans quatre jours. Nous ne
+négligeons dans cette énumération que les espèces propres aux oasis.
+
+ Montagnites Candollei.
+
+ Ephedra alata ♄.
+
+ Aristida pungens ♃.
+
+ — floccosa ♃.
+
+ Cutandia memphitica ☉.
+
+ Danthonia Forskahlei ♃.
+
+ Cyperus conglomeratus ♃.
+
+ Asphodelus pendulinus ☉.
+
+ Calligonum comosum ♄.
+
+ Echinopsilon muricatus ☉ (♃)
+
+ Polycarpaea fragilis ♃.
+
+ Herniaria hemistemon ♃.
+
+ Malcolmia aegyptiaca ☉ (♃).
+
+ Helianthemum sessiliflorum ♄.
+
+ Monsonia nivea ♃.
+
+ Euphorbia Guyoniana ♃.
+
+ Genista saharae ♄.
+
+ Ononis serrata ☉.
+
+ Astragalus saharae ☉.
+
+ — Gombo ♃.
+
+ Lithospermum callosum ♃.
+
+ Phelipaea ? (sur Ephedra).
+
+ Anthemis monilicostata ☉.
+
+ Ifloga spicata ☉.
+
+ Nolletia chrysocomoides ♃.
+
+ Rhanterium adpressum ♄.
+
+ Zollikofferia resedifolia var. viminea ♃.
+
+Ainsi, 27 espèces, voilà ce qui compose la florule intégrale d’un pays
+saharien réputé pour sa richesse. Jugez des autres !
+
+Le _Montagnites Candollei_[2] est une Agaricée curieuse, dont les
+lamelles ne sont attachées que le long du bord du chapeau. Celui-ci est
+lacinié. Ce Champignon est la seule Cryptogame terrestre que nous ayons
+rencontrée. (Le puits de Maouiet Ferzan contient quelques Algues.) Ni
+Champignons parasites, ni lichens, ni Muscinées, ni Ptéridophytes. La
+petitesse des spores de ces végétaux les rend-elles incapables de
+résister à la lumière intense du désert ? L’air du Sahara est-il
+aseptique au point de vue des moisissures et des Cryptogames en général
+comme il l’est au point de vue bactérien ? Il est permis de le supposer.
+
+On remarquera que la florule renferme une proportion notable de végétaux
+annuels. Des huit espèces monocarpiques, six sont des plantes éphémères,
+dont la vie ne se prolonge pas au-delà de quelques semaines.
+L’_Echinopsilon muricatus_ et le _Malcolmia aegyptiaca_ (_Eremobium
+lineare_) sont en général vivaces ; mais ici ils fructifient sans retard
+et meurent aussitôt après.
+
+
+Chaque fois que pendant les deux premières journées, nous nous arrêtions
+pour admirer une belle dune, Abdallah s’empressait de dire : « Tout ceci
+n’est rien ; c’est le troisième jour que vous allez en voir, du sable ».
+Il avait bien raison. Quel pays ! Des dunes toutes nues (voir phot. 11
+et 12) ; rien que du sable pur, portant de loin en loin, dans les fonds,
+une maigre touffe de Drîn ou d’_Euphorbia Guyoniana_. Des vagues de
+sables ; oui, vraiment des vagues. Leur surface est finement ridée, leur
+arête vive fume au moindre souffle ; les deux versants sont inégalement
+penchés, et il semble presque, au moment où la crête fume, — on pourrait
+dire déferle, — que le versant sous le vent est concave comme aux vagues
+de la mer. C’est le matin qu’elles sont le plus belles, ou bien vers le
+soir, — quand les ombres sont longues. Au milieu du jour le détail
+s’efface et le sable éblouissant donne l’impression de montagnes d’or
+mat et pâle. Mais à quelque moment de la journée qu’on les regarde, on
+reste confondu devant leur nudité et leur éclat. Il faut s’être trouvé
+face à face avec ces dunes-ci, sévères et tristes, brûlées par le ciel
+éternellement bleu, pour apprécier nos dunes du littoral belge,
+verdoyantes et gaies sous le ciel nuageux, avec les fonds garnis
+d’herbe, et les pannes où brillent joyeusement les maisonnettes
+blanches, à toit rouge et à volets verts.
+
+Pendant toute la matinée nous traversons ce pays fantastique, tantôt
+marchant avec précaution sur une crête aiguë qui s’éboule sous le sabot
+de nos mulets (voir phot. 11), tantôt glissant sur des pentes rapides
+jusqu’au fond d’immenses fosses arrondies. (Voir phot. 12). Comment
+notre pilote s’oriente-t-il dans cet enchevêtrement de montagnes et de
+vallées ! Autour de nous la vue est bornée par des dunes, toutes
+proches, qui ont jusque cent mètres d’élévation. Ce n’est qu’à de rares
+intervalles que nous apercevons le gmira chancelant, déchaussé par les
+rafales, qui est comme une balise secouée par des vagues en furie.
+Devant nous, une piste indécise ; et nous n’en laissons guère
+davantage : la foulée de nos bêtes se comble et disparaît comme un
+sillage. Ce sable est fluide. On dirait que les dunes sont en équilibre
+instable, et qu’il suffirait d’un choc, d’un frémissement, pour que les
+montagnes, subitement effondrées, s’écoulent dans les creux. Quelle dût
+être l’audace de ceux qui les premiers s’engagèrent dans cet
+inextricable lacis de dunes et de vallées !
+
+
+Tout à coup nous voyons poindre quelques palmes ; ce sont les jardins de
+Bou-Harmès, le premier des villages du Souf. Les oasis des dunes (voir
+phot. 9) ne ressemblent en aucune façon à celles que nous avons
+rencontrées jusqu’à présent. Il n’y a pas ici de rivière ni de puits
+artésiens. La légende dit que les Chrétiens, forcés de fuir devant les
+envahisseurs musulmans, cachèrent sous terre un grand fleuve, l’oued
+Souf (ou mieux oued Isouf : rivière qui murmure). Les eaux s’infiltrent
+maintenant à travers le sable, mais elles n’ont nulle part une pression
+suffisante pour jaillir ; on se contente de creuser des puits
+superficiels qu’alimente, — mais avec quelle parcimonie ! — la couche de
+sable mouillé.
+
+Pour établir une oasis, le Souafi (habitant du Souf) se choisit entre
+les dunes une profonde dépression. Il déblaie le sable sur un espace de
+plusieurs centaines de mètres carrés, puis il creuse, creuse toujours
+jusqu’à ce qu’il touche le banc imperméable de gypse qui cache le sable
+humide. Dès qu’il a défoncé cette agglomération de cristaux, épaisse
+parfois de plus d’un mètre, il se trouve sur le terrain aquifère où il
+pourra planter ses Palmiers. Le sable provenant de l’excavation est
+rejeté dehors, autour du futur jardin. On fait ainsi un talus
+circulaire, consolidé avec des feuilles desséchées de Palmier et avec
+les blocs de gypse ramenés du fond. L’ensemble du jardin a la forme d’un
+immense entonnoir ayant de dix à quinze mètres de profondeur ; son
+rebord est garni d’une haie de feuilles mortes ; son large fond plat
+porte la jeune plantation.
+
+Dans les premiers temps, les boutures détachées à la base d’un Palmier
+adulte n’ont pas encore de racines suffisantes, et doivent être arrosées
+chaque jour. Aussi est-on obligé de creuser un puits. Pour élever l’eau
+qui suinte goutte à goutte à travers le sable, on se sert d’un balancier
+soutenu par des poteaux en tronc de Palmier ou par des piliers en
+plâtre. (Voir phot. 10). A l’un des bouts de la perche est attachée une
+longue corde avec l’outre en cuir ; à l’autre bout, une grosse pierre
+fait contrepoids.
+
+Une fois que les plantes ont bien repris, elles enfoncent leurs racines
+jusque dans la couche aquifère et ne réclament plus d’arrosements. Toute
+l’eau du puits pourra dorénavant être consacrée aux carrés de légumes
+qui croissent sous les Palmiers. Mais si le cultivateur n’a plus à
+puiser de l’eau pour ses arbres, il doit, par contre, veiller sans
+relâche à défendre son jardin contre les envahissements du désert.
+Chaque coup de vent apporte la poussière par dessus les bords de
+l’entonnoir ; de plus, des pans du talus s’écroulent et glissent entre
+les Palmiers ; — et le pauvre Souafi, nouveau Sisyphe, travaille tous
+les jours de l’année à rapporter sur le revers extérieur du talus le
+sable qui menace d’engloutir sa culture. Rien d’étonnant donc à ce qu’un
+Dattier atteigne ici un prix fort élevé : un arbre en plein rapport vaut
+de quatre cents à six cent cinquante francs. Il produit chaque année
+jusque cent cinquante kilos de dattes, les plus réputées de tout le
+Sahara, qui se vendent une quarantaine de francs.
+
+Les Sédentaires du Souf s’efforcent naturellement d’étendre leurs
+plantations. Seulement toutes les excavations de quelque importance
+étant déjà occupées, ils en sont réduits à creuser leurs nouvelles oasis
+dans des fonds moins larges, et partant moins favorables. Les anciennes
+plantations comptent jusque cent Palmiers, tandis que parmi les
+récentes, il en est beaucoup qui ne peuvent pas nourrir plus d’une demi
+douzaine d’arbres.
+
+
+Le misérable petit village de Bou-Harmès est vite dépassé et nous nous
+enfonçons de nouveau parmi les hautes dunes, nues et désolées. Qui donc
+se figurerait que nous circulons en ce moment entre les villes du Souf,
+qui comptent ensemble plus de 25,000 habitants ?
+
+Nous sommes bientôt à Kouinin. Puis nous longeons quelques villages
+perdus au milieu des dunes. Voici des cimetières. Autour d’un marabout
+blanc, de gros cristaux de gypse gisent épars ; pas un brin de verdure
+dans cette aridité ; les petites levées de sable ont été nivelées par le
+vent, et les cristaux marquent seuls l’emplacement des tombes.
+
+Enfin, nous arrivons à El Oued, le chef-lieu du district, une ville d’un
+millier de maisons. C’est ici qu’aboutissent les caravanes qui viennent
+de la Tunisie et de la Tripolitaine, en particulier de Gabès et de
+Rhadamès ; cette dernière ville est à une vingtaine de jours de
+caravane.
+
+Qu’elles soient grandes ou petites, toutes les agglomérations du Souf se
+ressemblent. De loin, les maisons se remarquent à peine, tant leur
+coloration gris-pâle se confond avec celle du désert. De prés, on dirait
+des jouets mal dégrossis que des enfants auraient abandonnés au hasard
+entre des mottes de sable... et les Dattiers font un peu l’effet des
+arbres en copeaux verts qu’on trouve dans les boîtes de Nuremberg (Voir
+phot. 10). Pas un jardinet, pas une tache de verdure. Entrez dans la
+ville. Nul coin où l’on puisse s’abriter de l’odieux soleil ; le désert
+se continue dans les rues, sur les places publiques : du sable partout,
+le sable fin et moelleux des dunes, que le vent fait tourbillonner sans
+répit.
+
+N’est-il pas extraordinaire que l’homme ait eu l’idée de venir établir
+des villes dans un pays où il ne trouve ni eau, ni pierre, ni boue, ni
+bois, où les seuls matériaux de construction sont le sable et le gypse ?
+Encore, pour utiliser ce dernier, faut-il d’abord le transformer en
+plâtre..... et il n’y a pas de combustible. Les crottins de chameau,
+qu’on brûle dans tout le Sahara, doivent être ici soigneusement
+conservés pour fumer les Palmiers ; et l’on va, à une ou deux journées
+de marche, couper les maigres broussailles du désert.
+
+Comment bâtir une maison quand on n’a que du sable et du plâtre ? Pour
+les murs, rien de plus simple. Mais la terrasse ou le toit ? il faut les
+soutenir par une charpente. Or le bois manque : on ne sacrifie pas un
+Palmier pour son tronc. Voici : la toiture est remplacée par des
+coupoles en plâtre reposant sur des cintres, également en plâtre. Quel
+spectacle inattendu, que celui d’une ville du Souf avec ses milliers de
+petits dômes gris, qui ressemblent à des cloches à fromages ! (Voir
+phot. 10.)
+
+
+Il s’expose à une forte déception, le botaniste qui espère herboriser
+dans les villages et dans les oasis du Souf. Sur les petites dunes qui
+encombrent les rues et les places, rien. Sur les murs et les coupoles,
+pas un lichen, pas une Mousse. Les troncs des Palmiers n’ont pas même
+une moisissure. Parmi les légumes, on ne laisse pas pousser une mauvaise
+herbe. Il ne reste que les talus des oasis ; ici, enfin, croissent
+quelques plantes. En voici la liste complète :
+
+ Aristida pungens.
+
+ Danthonia Forskahlei.
+
+ Herniaria fruticosa.
+
+ Malcolmia aegyptiaca.
+
+ Zygophyllum Geslini.
+
+ Euphorbia Guyoniana.
+
+Ajoutons-y deux plantes des jardins de Bou-Harmès :
+
+ Monsonia nivea.
+
+ Plantago ciliata.
+
+Et voilà de quoi se compose la flore des oasis que nous avons visitées
+dans le Souf.
+
+
+Quand, du haut de l’une des dunes artificielles qui limitent les
+jardins, on jette un coup-d’œil sur l’ensemble du pays, on ne se lasse
+pas d’admirer l’activité incessante que doivent déployer les habitants.
+Voici ce qu’on a sous les yeux. Du sable, d’abord, qui miroite au
+soleil. Du sable à l’horizon où les dunes font l’effet de montagnes
+dorées, du sable entre les oasis, du sable plein les rues d’El Oued.
+Puis, quand les yeux se sont habitués à l’aveuglante lumière, on
+aperçoit des détails. Les crêtes des talus hérissées de feuilles
+noircies, desséchées. Sur les buttes circulaires, édifiées péniblement,
+hottée par hottée, apparaissent à intervalles réguliers les bourriquets
+qui apportent le sable enlevé du fond. Çà et là un groupe de panaches
+verts représente un jardin ; par dessus les bords des entonnoirs on ne
+voit que les feuilles et on dirait que les Palmiers d’ici sont privés de
+tronc. De toutes parts se dressent obliquement de hautes perches, les
+balanciers des puits, qui sont comme les vergues de fantastiques bateaux
+flottant sur des vagues d’or.
+
+
+Deux jours après avoir quitté le Souf, nous étions rentrés à Tougourt.
+
+
+ _B_) EN REMONTANT L’OUED MYA.
+
+
+Il s’agit de reconstituer notre caravane. Le colonel Pujat veut bien
+encore faire agir son autorité : il nous procure trois chameaux de bât
+et deux chameliers. Nous avons aussi un nouveau guide : Lakhdar, de la
+tribu nomade des Ouled Sahia, qui est monté sur un mehari ou chameau
+coureur. Cet animal est au chameau de bât ou djemel ce que le cheval de
+course est au cheval de labour.
+
+En suivant les poteaux télégraphiques il n’y a que 160 kilomètres de
+Tougourt à Ouargla. Seulement cet itinéraire est impraticable : depuis
+plusieurs années une grande sécheresse règne dans cette partie du
+Sahara, de sorte que la plupart des puits sont morts, comme disent les
+Arabes, c’est-à-dire, ensablés. Nous devons donc aller en zig-zag à
+travers le désert sableux à la recherche de puits restés vivants. Aussi
+nous faudra-t-il sept ou huit jours pour atteindre Ouargla. « C’est long
+et fatigant, nous dit-on, mais avec Lakhdar vous ne devez avoir aucune
+inquiétude : chaque soir vous arriverez à un puits. Il est vrai que deux
+de ces puits ont une eau trop salée pour qu’on puisse la boire, mais à
+Dra-Alkesdir, le puits suivant, vous aurez une eau excellente. Ah !
+quelle bonne eau : elle est à peine saumâtre ! » Ainsi, nous voilà
+prévenus : la meilleure eau que nous aurons ne sera pas même douce. Nous
+savons donc aussi que les sables auront une flore bien différente de
+celle que nous avons vue dans le Souf ; celle-ci sera franchement
+halophile.
+
+Quand nous sortons de Tougourt à travers l’oasis, notre caravane est
+presque imposante : trois mulets, trois chameaux de somme, deux
+chameliers, un muletier, Abdallah, nous deux, et surtout Lakhdar
+caracolant sur son beau mehari blanc.
+
+
+Pendant toute la première journée nous passons à travers des sebkha. De
+place en place, on y voit un monticule de sable qui surgit comme un îlot
+vert sur le fond argileux de la lagune, stérile et saturé de sel.
+Quelques-unes de ces buttes sont hautes d’une dizaine de mètres. La
+végétation est identique pour toutes : dans le bas, tout contre l’argile
+salée, des buissons de _Halocnemon strobilaceum_ avec leurs rameaux
+garnis de verrues jaunâtres ; — au milieu, des _Limoniastrum Guyonianum_
+couverts de fleurs roses ; — tout en haut, des _Tamarix_ gris. Si le
+monticule est moins haut, les _Tamarix_ manquent ; sur les simples
+traînées de sable, il n’y a que des _Halocnemon_.
+
+La localisation de ces végétaux est déterminée par les différences de
+salure et d’humidité du terrain ; leur distribution verticale est aussi
+précise que celle des Algues marines, due aux variations de l’intensité
+et de la qualité de la lumière, et que celle des plantes alpestres, qui
+est sous la dépendance de la température.
+
+Chacune des trois espèces qui colonisent les monticules reste
+strictement confinée dans sa zone ; voilà pourtant des plantes qui ont
+une très grande aire de dispersion et qui habitent indistinctement tous
+les terrains sablonneux et salés. Sur ces petites buttes, les graines
+des trois espèces, — et de beaucoup d’autres, — parviennent au hasard.
+Si elle était isolée, chaque plante vivrait sans difficulté sur toute la
+hauteur des monticules ; mais la lutte pour la possession du sol est
+acharnée et incessante, et le végétal ne peut se maintenir que dans la
+zone qui lui est plus favorable qu’à ses concurrents. On dirait qu’un
+_modus vivendi_ a été conclu entre les belligérants : le _Halocnemon_,
+le _Limoniastrum_ et le _Tamarix_, après avoir chassé tous les autres
+compétiteurs, se sont partagé le champ de bataille. Malheur à la graine
+qui essaie de germer en dehors des limites assignées à son espèce.
+
+
+Depuis longtemps Abdallah nous avait annoncé qu’à Temacin nous verrions
+l’une des merveilles du Sahara : « Une mer ! oui, messieurs, une grande
+mer, sur laquelle on peut même aller en barquette. » C’est un étang,
+grand comme le bassin d’un parc français ; son eau est tellement salée
+que les mulets la refusent et que la végétation des bords est purement
+halophile : _Tamarix_, _Frankenia pulverulenta_, _Limoniastrum_ et
+autres plantes à feuilles chargées de cristaux pulvérulents ou
+crustacés, ainsi que des plantes grasses (_Halocnemon strobilaceum_,
+_Arthrocnemon macrostachyum_, etc.). Guère d’Algues dans l’eau. La seule
+espèce abondante est un _Enteromorpha_ qui ressemble fort à l’_E.
+intestinalis_ des eaux saumâtres. En outre, de gros paquets gélatineux
+de Cyanophycées.
+
+L’après-diner nous traversons la zaouia de Tamel’hat, sorte de couvent
+où réside l’un des marabouts de l’ordre de Tidjani. Cette confrérie
+compte un grand nombre d’adhérents dans tout le Sahara et jusqu’au
+Sénégal. A ceux qui désireraient avoir des détails sur l’organisation du
+monastère de Temacin, nous conseillons l’ouvrage de M. Goblet (=1876=,
+p. 100).
+
+Un vent violent et chaud s’était levé, et nous sommes bien aises d’être
+reçus dans la maison du caïd de Belidet-Amer. C’est plutôt une cour
+bordée d’une galerie, et par l’ouverture du haut, des flots de sable
+tombent sur nos livres et saupoudrent nos aliments. Ne nous plaignons
+pas trop : à partir d’ici nous quittons la route habituelle, et pendant
+plusieurs jours de suite nous n’aurons plus le moindre abri ; comme nous
+voyageons sans tente, nous coucherons à la belle étoile.
+
+
+De nouveau dans les sables ; non pas de hautes dunes, nues et arides,
+mais un simple manteau à peine plissé, étalé sur un sous-sol
+imperméable. L’eau souterraine chargée de sels remonte par capillarité
+jusqu’à la surface du sol ; les matières salines, abandonnées par
+l’évaporation, cimentent légèrement entre eux les grains de sable. Ceux-
+ci ne sont donc pas assez mobiles pour que le vent puisse en faire des
+dunes.
+
+La flore ne varie guère. (Voir phot. 14). Toujours les mêmes plantes,
+auxquelles s’adjoint de temps en temps une espèce non encore vue. Ce
+sont en premier lieu des Salsolacées frutescentes, le _Cornulaca
+monacantha_, avec des entrenœuds charnus et des feuilles terminées en
+pointe piquante ; — le _Traganum nudatum_ aux rameaux enchevêtrés ; — le
+_Salsola vermiculata_ dont les feuilles sont comme de minuscules
+chenilles velues grimpant le long des rameaux, — et le _Salsola
+tetragona_, un arbuste vigoureux à branches aplaties et fendues comme
+celles de certaines lianes ; sur les jeunes rameaux, les feuilles
+laineuses, charnues, sont étroitement imbriquées sur quatre rangs.
+
+Voici qu’on nous apporte un curieux arbrisseau sans feuilles, à tiges
+vertes : c’est une Résédacée, le _Randonia africana_. Encore un
+arbrisseau à rameaux assimilateurs ne portant qu’un tout petit nombre de
+feuilles grasses : le _Henophyton deserti_, une Cruciféracée.
+
+Décidément, c’est ici le pays des plantes aphylles ou presque aphylles,
+à rameaux verts. Nous venons d’en citer deux. Il y a de plus : _Ephedra
+alata_ (Gnétacée), _Calligonum comosum_ (Polygonacée), _Anabasis
+articulata_ (Salsolacée), _Euphorbia Guyoniana_, _Retama Raetam_
+(Papilionacée), _Rhanterium adpressum_ (Compositacée). Voici qu’il faut
+encore ajouter à cette liste le _Scrophularia saharae_, un sous-
+arbrisseau qui ne possède que quelques petites feuilles à la base des
+rameaux.
+
+Signalons aussi le _Podaxon aegyptiacus_ et le _Tylostoma volvulatum_,
+deux Gastromycètes qui ne sont pas rares dans cette région. Le premier
+s’élève à une dizaine de centimètres au-dessus du sable. Le gros
+carpophore en forme de massue est entièrement desséché à présent, mais
+son hyménium est encore recouvert d’une enveloppe grisâtre. Le
+_Tylostoma_ porte, au sommet d’une tige grêle, haute d’une huitaine de
+centimètres, un carpophore ombiliqué, percé d’une ouverture centrale.
+
+
+Nos journées sont d’une monotonie désespérante. Nous marchons depuis
+quatre ou cinq heures du matin jusque vers dix heures. Abdallah nous
+dresse alors une sorte de tente sous laquelle nous pouvons nous coucher
+et presque nous asseoir. Elle est simplement formée par nos couvertures
+soutenues par les cannes, les fusils et les filets à papillons. Nous
+attendons ainsi que la grande chaleur soit passée, tantôt sous l’abri,
+tantôt nous promenant à la recherche de plantes et d’insectes. Pendant
+ce temps, les chameaux et les mulets s’en vont brouter dans le désert.
+L’après-dîner nous faisons une seconde étape, qui nous conduit au puits.
+Avant le repas, nous avons à nous occuper de nos collections. Mon
+compagnon pique les Insectes ou les arrange dans des papillotes ; il met
+en peau les Oiseaux, et plonge dans l’alcool les Lézards et les
+Serpents. De mon côté, j’enferme dans des sachets les graines destinées
+au Jardin botanique de Bruxelles, je sèche les plantes d’herbier, je
+conserve dans l’alcool les matériaux destinés à des études anatomiques.
+Ce serait le moment le plus agréable, celui où l’on a devant soi la
+récolte de tout un jour, quelque maigre qu’elle soit, si l’on avait
+seulement un peu de confort. Mais, être assis par terre quand on est
+éreinté par une longue marche à dos de mulet, tenir son cahier de notes
+sur les genoux, se trouver en plein soleil avec les livres traînant sur
+le sable, voir les papiers qui s’envolent au vent, constater que
+l’alcool des bocaux s’évapore de plus en plus et savoir qu’on ne pourra
+pas le remplacer.... voilà de petits désagréments qu’on ne connaît pas,
+quand on travaille dans un laboratoire commodément installé.
+
+Le soir, M. Lameere va chasser à la lumière ; il s’établit avec sa
+lanterne quelque part dans un endroit herbeux et attend avec patience la
+venue des Insectes nocturnes. Le plus souvent je l’accompagne ; d’autres
+fois j’ai à m’occuper d’une besogne fort ennuyeuse : changer les plaques
+de l’appareil photographique. Puis nous nous couchons. Il faut tout
+d’abord choisir un endroit où le sable est bien propre. On se roule dans
+une large couverture arabe ; sous la tête, un caban replié ; et c’est
+tout. Avant de fermer les yeux, regardons le ciel. Oh ! les belles nuits
+sahariennes, sans une vapeur, sans un flocon de nuage, où les astres,
+jusque tout contre l’horizon, brillent d’une lumière plus vive que chez
+nous, au fond d’un ciel plus noir. Combien les nuits d’ici sont
+différentes de celles de la Malaisie. L’air de là-bas, saturé de vapeur
+d’eau, est pâle, clair, et les étoiles semblent assombries. Certes, je
+ne désire revivre ni les journées ardentes du désert, ni les longues
+marches monotones à travers un paysage immuable qui a l’air de se
+déplacer à mesure qu’on avance, ni les herborisations stériles qui
+fournissent toujours les mêmes espèces.... mais je regrette du Sahara
+les belles nuits limpides où l’on se sent tout seul au milieu du désert
+infini.
+
+Elles n’ont que le défaut d’être un peu froides. La sécheresse de l’air
+fait que le rayonnement s’effectue avec une très grande intensité.
+Ainsi, après notre première nuit à la belle étoile, le thermomètre ne
+marquait à cinq heures que 9°1. On est tout transi et une tasse de thé
+chaud est la bienvenue ; parfois nous avons la chance d’être auprès d’un
+troupeau de chèvres et nous obtenons alors un peu de lait. Ah ! si l’on
+pouvait aussi se laver ; mais ceci est un luxe inconnu au désert. L’eau
+est trop chargée de matières étrangères : elle encrasse plutôt qu’elle
+ne nettoie. D’ailleurs un proverbe du Sahara dit que « celui qui possède
+de l’eau, ne la gaspille pas, — il la boit ». C’est quand on est resté
+plusieurs jours de suite sans se faire la moindre ablution qu’on
+apprécie à sa juste valeur le plaisir de se laver chaque matin.
+
+
+Un jour, nous étions déjà au puits vers dix heures. Impossible d’aller
+plus loin : les deux puits suivants, situés près du chott Barhdad, sont
+trop salés, et il faut une forte journée pour atteindre, à Dra-Alkesdir,
+un liquide à peu près potable. Par malheur, l’eau d’ici s’est tellement
+concentrée qu’elle aussi est devenue impropre à la consommation. Nous
+devrons nous rationner, afin que le contenu des outres nous suffise
+jusque demain soir.
+
+Nous employons la journée à herboriser et à chasser. Près du campement,
+sur une petite éminence, se dresse un gmira, d’où l’on a une vue
+splendide sur le paysage triste et grandiose du désert. (Voir phot. 14.)
+Des dunes à perte de vue, ni élevées, ni pittoresques, dont l’ensemble
+constitue plutôt une surface bosselée qu’une réunion de monticules. Là-
+dessus, des touffes d’_Aristida floccosa_, aux panicules jaunes
+brillantes ; au loin la teinte dorée se perd petit à petit, pour être
+remplacée par la coloration sombre des arbustes (_Ephedra_,
+_Calligonum_, _Salsola tetragona_), et jusqu’à l’horizon... que dis-je !
+il n’y a pas d’horizon ; — le paysage est borné par de l’air qui vibre,
+zone tremblotante, indécise, où se confondent par gradations insensibles
+le gris du désert et le bleu du ciel.
+
+Nous retournons là-haut, un peu avant le coucher du soleil. Le pays a
+une toute autre physionomie que sous l’éblouissante lumière du midi.
+« On se demande, dit Fromentin (=1896=, p. 190), en le voyant commencer
+à ses pieds, puis s’étendre, s’enfoncer vers le sud, vers l’est, vers
+l’ouest, sans route tracée, sans inflexion, quel peut être ce pays
+silencieux, revêtu d’un ton douteux qui semble la couleur du vide ; d’où
+personne ne vient, où personne ne s’en va, et qui se termine par une
+raie si droite et si nette sur le ciel. » Les lointains sont à présent
+d’une netteté merveilleuse. Là-bas se profile, sous forme d’un
+escarpement déchiqueté, la rive gauche de l’oued Mya. Devant nous, sur
+une crête rocheuse, à peine visible tant il paraît petit, le poste
+optique de Khaldiet auprès duquel nous passerons demain. Ces postes,
+abandonnés depuis l’installation du télégraphe électrique, servaient à
+la transmission optique des dépêches. La transparence de l’air permet de
+les établir à d’énormes distances. Celui que nous voyons à une trentaine
+de kilomètres en avant de nous, communique avec un autre que nous avons
+dépassé hier, et qui est situé à environ vingt kilomètres en arrière.
+L’éloignement est parfois plus grand encore. Lors de l’expédition de
+Tunisie, un poste du Souf était en communication optique avec celui de
+Negrin, distant de cent-trente kilomètres. Faut-il que l’atmosphère soit
+pure et sèche pour qu’un infime signal lumineux puisse être aperçu à une
+pareille distance !
+
+Il sera peut-être intéressant de dresser la liste des plantes qui
+habitent le désert dans un rayon d’un kilomètre autour du gmira de
+Tellis.
+
+ Montagnites Candollei.
+
+ Podaxon aegyptiacus.
+
+ Ephedra alata ♄.
+
+ Aristida pungens ♃.
+
+ — floccosa ♃.
+
+ Cutandia memphitica ☉.
+
+ Cyperus conglomeratus ♃.
+
+ Calligonum comosum ♄.
+
+ Suaeda vermiculata ♄.
+
+ Traganum nudatum ♄.
+
+ Salsola tetragona ♄.
+
+ — vermiculata ♄.
+
+ Anabasis articulata ♄.
+
+ Cornulaca monacantha ♄.
+
+ Silene villosa ♃.
+
+ Erucaria Ægiceras ☉.
+
+ Henophyton deserti ♄.
+
+ Malcolmia aegyptiaca ♃.
+
+ Matthiola livida ☉.
+
+ Randonia africana ♄.
+
+ Euphorbia Guyoniana ♃.
+
+ Retama Raetam ♄.
+
+ Limoniastrum Guyonianum ♄.
+
+ Lithospermum callosum ♃.
+
+ Heliotropium luteum ♃.
+
+ Anthemis monilicostata ☉.
+
+ Spitzelia saharae ☉.
+
+ Zollikofferia resedifolia var. viminea ♃.
+
+La flore est plus variée que dans le Souf. En quatre jours, nous n’y
+avions récolté que vingt-sept espèces, tandis qu’ici, en une demi-
+journée, nous en rencontrons vingt-huit. Cette profusion relative tient
+à l’immixtion des plantes halophiles : Salsolacées et _Limoniastrum_.
+
+Dès que le manteau de sable devient plus mince, la proportion des
+halophytes augmente encore et on voit apparaître les _Tamarix_, le
+_Nitraria_, etc. Parfois la couche d’argile imprégnée de sel, qui forme
+le lit de l’oued Mya, est mise à nu, comme dans le fond où le chott
+Barhdad étale ses eaux illusoires. Aussitôt tout vestige de flore
+sabulicole s’évanouit ; il ne reste plus que les plantes charnues et
+celles qui possèdent un revêtement salin. Parmi ces dernières citons
+deux espèces, nouvelles pour nous, _Statice pruinosa_ et _Limoniastrum
+(Bubania) Feei_. La première attire les regards par ses élégantes
+inflorescences lilas. Les feuilles n’existent que dans le jeune âge ; la
+plante fleurie assimile par les rameaux de l’inflorescence, qui sont
+garnis de petites plaques salines, dures et brillantes. Le _Limoniastrum
+Feei_ est plutôt herbacé que frutescent. La souche porte quelques
+feuilles coriaces, épaisses, avec une croûte saline d’aspect crayeux.
+
+
+Est-elle assez souffreteuse et exsangue, la pauvre végétation
+saharienne ! On ne sent pas courir dans les plantes du désert, le
+souffle de vie qui anime une forêt ou une prairie. Elles vivent
+pourtant, malgré leur apparence de momies ; elles vivent à la façon d’un
+arbuste qui dort de son sommeil hivernal. L’engourdissement qui envahit
+en hiver les végétaux de nos contrées, et en été les plantes d’ici,
+tient d’ailleurs à une cause unique : la sécheresse. Chez nous le sol
+est gelé pendant la saison froide et ne peut fournir aucune humidité aux
+plantes ; celles-ci sont donc obligées de laisser tomber leurs feuilles
+pour réduire leur surface transpiratoire à un minimum ; le froid ne fait
+que rendre la torpeur plus profonde. Ici, c’est en été que le liquide
+fait défaut : la vie des organes végétatifs se ralentit énormément et
+peut même s’arrêter tout à fait. Quelle pourrait être l’activité de
+plantes qui ferment leurs stomates, de l’_Ephedra alata_, par exemple,
+qui les obture par un bouchon résineux ? (Voir p. 240.)
+
+Les rares précipitations atmosphériques se font en hiver. Aussi est-ce
+en cette saison que les plantes accroissent leur appareil végétatif. Dès
+que les pluies viennent mouiller la terre, les végétaux s’empressent de
+donner de jeunes rameaux. Produire aussi des feuilles serait pour la
+majorité des arbustes un luxe exagéré : même en hiver, l’air est trop
+aride pour que des feuilles puissent résister à la dessiccation.
+D’ailleurs la lumière est intense et les rameaux suffisent à
+l’assimilation.
+
+Mais la saison humide est courte. Voici que l’été revient. Sous l’atroce
+climat, fait de soleil et de sécheresse, la végétation s’assoupit peu à
+peu, et la lueur de vie que les pluies avaient amenée au désert est
+bientôt éteinte. Combien de temps durera la léthargie ? Au moins jusqu’à
+l’automne suivant. Mais, hélas ! souvent plusieurs hivers successifs se
+passent sans pluie. C’est le cas pour la région que nous parcourons.
+Depuis trois ans il n’est plus tombé une averse sérieuse. Trois années
+de soleil ! Nous sommes vraiment dans le Pays de l’Éternelle Canicule,
+ou pour employer l’expression arabe, _Bled el Ateuch_, le Pays de la
+Soif.
+
+Dans les sables, la végétation n’a pourtant pas trop souffert du « beau
+fixe ». Les réserves souterraines de liquide sont presque épuisées, — la
+salure des puits le montre assez, — mais les racines réussissent
+néanmoins à atteindre le sable humide de la profondeur. Il en va
+autrement sur l’argile salée. Les racines n’arrivent plus à percer le
+sol, devenu dur comme la pierre, et les plantes ont beau lutter par tous
+les moyens possibles, rien ne peut les défendre contre la mort par excès
+de soif. Chassées d’ailleurs par la concurrence vitale, les plantes
+languissent ici depuis des années, sans que le ciel leur accorde une
+goutte d’eau. Quel poète a jamais osé imaginer les horreurs de la lente
+agonie qui étreint ces misérables végétaux ?
+
+
+Le moment est bien choisi pour jeter un coup-d’œil sur l’ensemble des
+dispositifs qu’emploient les plantes pour combattre la sécheresse de sol
+et de l’atmosphère. Nous avons déjà attiré l’attention sur les plantes
+éphémères chez lesquelles tous les phénomènes vitaux s’accomplissent en
+l’espace de quelques jours (voir p. 217 et 240), ainsi que sur les
+divers moyens dont disposent les arbustes et les plantes vivaces pour
+absorber rapidement l’eau du sol par les longues racines horizontales
+(voir p. 237) ou par les racines plongeantes (voir p. 247), et pour
+extraire l’eau de l’atmosphère, grâce aux sels déliquescents. (Voir p.
+212 et 213.)
+
+Inutile d’insister sur l’importance qu’il y a pour elles à mettre en
+réserve dans les tissus l’eau qu’elles ont eu tant de peine à se
+procurer.
+
+Voyons maintenant comment les plantes du désert réduisent leur
+transpiration. Il est essentiel tout d’abord de restreindre la surface
+transpiratoire. Aussi beaucoup de plantes sont-elles complètement
+privées de feuilles. (Voir p. 239 et 254 ; et phot. 1, 2 et 13.)
+D’autres n’en ont que fort peu. Encore ces feuilles sont-elles en
+général petites : depuis que nous avons quitté Biskra, nous n’avons pas
+vu dans le désert une seule plante dont les feuilles eussent les
+dimensions d’une pièce de cinq francs.
+
+La diminution de la surface ne suffit pas à elle seule à assurer le
+victoire de la plante sur le climat. Nous connaissons déjà la protection
+supplémentaire que procure à certains arbustes l’ensevelissement des
+rameaux sous le sable. (Voir p. 212 et phot. 6.) D’autre part, les sucs
+de la plupart des plantes, surtout chez les Salsolacées, sont fortement
+salés. Or la tension de vapeur d’eau d’une solution est inférieure à
+celle du liquide pur. La présence de sels dans le suc cellulaire entrave
+donc la transpiration. Seulement, l’accumulation de matières minérales
+constitue par elle-même un danger, et nous avons vu que l’_Anabasis
+articulata_ est obligé de se débarrasser des sels par une voie
+détournée. (Voir p. 222 et phot. 2.)
+
+Fort nombreux aussi sont les dispositifs qui empêchent directement la
+déperdition de l’eau sous forme de vapeur. La transpiration cuticulaire
+est presque réduite à zéro par l’accroissement que subit la cuticule.
+Cette carapace devient tellement épaisse que la coloration verte de la
+chlorophylle finit par être masquée : toutes les plantes sont grises,
+pâles, d’une teinte indéfinissable, ce qui imprime au paysage saharien
+un caractère tout particulier de tristesse et de désolation. Ajoutons
+tout de suite que les substances salines (_Limoniastrum_....), le
+revêtement cireux des feuilles (_Euphorbia_, _Nitraria_....), et les
+poils blancs ou gris qui garnissent tant d’organes aériens, contribuent
+aussi pour une forte part à donner à la végétation désertique sa teinte
+languissante.
+
+Nous avons déjà noté la villosité des plantes du Sahara. (Voir p. 240.)
+Peut-être certains de ces poils sont-ils capables d’absorber la rosée
+(Volkens =1887=, p. 31). Toutefois leur fonction est en général autre :
+ils servent à créer autour des stomates une atmosphère tranquille. A
+l’abri de ce feutrage, la plante reste baignée par un air plus ou moins
+saturé. Le fait est très frappant chez le _Retama Raetam_ et chez
+quelques autres Papilionacées : les rameaux adultes, complètement
+aphylles, n’ont de stomates que dans les rainures longitudinales qui les
+parcourent ; c’est précisément là que sont groupés les poils. — Même
+remarque en ce qui concerne la feuille des _Aristida_. La face
+supérieure, sillonnée de profondes rainures et garnie de poils, porte
+beaucoup de stomates, tandis que ceux-ci sont rares à la face
+inférieure, glabre et lisse. La protection offerte aux stomates est
+rendue encore plus efficace par ce fait que les feuilles d’_Aristida_
+s’enroulent sur leur face supérieure : les stomates, abrités dans
+l’intérieur du tube, ne sont jamais en contact avec l’air sec.
+
+Il existe, comme on le voit, toute une série de dispositifs qui ont pour
+objet d’affaiblir la transpiration. Mais, dira-t-on, pourquoi la plante
+ne supprime-t-elle pas radicalement l’émission de vapeur ? N’oublions
+pas que c’est le courant transpiratoire qui amène dans l’économie les
+sels minéraux : nitrates, phosphates, potasse, etc. ; en le supprimant,
+le végétal se priverait du même coup d’éléments indispensable à la vie.
+Déjà le manque d’azote, de phosphore, de potassium.... se fait vivement
+sentir : les végétaux sont à la fois affamés et assoiffés ; et leur
+rabougrissement est l’effet de la lente inanition qu’ils subissent
+depuis des années, depuis des siècles.
+
+La vue de cette flore moribonde est pénible pour le botaniste. Certes,
+sur les rocailles d’un pâturage alpestre, parmi les flaques de neige
+persistante, les touffes d’herbe sont encore plus chétives qu’ici. Là-
+haut également, c’est la nature inanimée qui donne au pays sa
+physionomie propre. Placez-vous devant un site de notre pays, ou mieux,
+d’une contrée équatoriale : toute votre admiration se concentre sur les
+grandes masses de verdure, sur les forêts, les prairies.... et c’est
+plus tard seulement que vous songez au sol qui se cache sous la
+splendeur du feuillage. Contemplez à présent un paysage désertique, —
+que ce soit le désert glacé de la haute alpe, ou le Sahara aride et
+ensoleillé, — vous ne voyez que le relief du sol, les pics aigus, les
+champs de neige, ou bien les larges ondulations du terrain, les vagues
+de sable, les fonds argileux où brillent les croûtes de sel.... Quant à
+la verdure, elle passe inaperçue. Maintenant, regardez à vos pieds.
+Toute analogie entre l’alpage et le Sahara s’évanouit. Sur la montagne,
+mille fleurs variées brillent parmi les pierres ; des papillons et des
+mouches volent gaîment d’une corolle à l’autre. Au Sahara, rien de
+semblable. Il y a des fleurs pourtant ; car si l’été est une saison de
+torpeur pour les organes végétatifs, c’est aussi celle où s’ouvrent les
+fleurs. Mais elles sont petites, sans parfum ni couleurs voyantes.
+
+Chez un grand nombre d’espèces, elles sont adaptées à être pollinées par
+le vent, et privées de corolle (_Ephedra_, Graminacées, _Cyperus_,
+_Calligonum_, Salsolacées, etc.[3]). L’_Euphorbia Guyoniana_, quoique
+entomophile, est également privé de corolle. Les fleurs de _Silene_, des
+Cruciféracées, de _Randonia_, des Boraginacées et de la plupart des
+Papilionacées, sont minuscules et ont des teintes effacées. Les seules
+fleurs voyantes sont celles de _Monsonia_, d’_Helianthemum_ et des
+Plombaginacées (_Limoniastrum_ et _Statice_), ainsi que les capitules de
+quelques Compositacées.
+
+En fait d’Insectes fécondateurs, il n’y a guère que des Diptères et des
+Hyménoptères. Encore sont-ils peu abondants. Il serait logique de
+supposer que pour appeler vers elles les rares visiteurs, les fleurs
+doivent étaler de larges appareils vexillaires. C’est en effet ce qui a
+lieu sur l’alpe. Au Sahara, la sécheresse de l’air s’y oppose : les
+tissus délicats des pétales seraient tout de suite fanés. On comprend
+moins bien pourquoi les plantes sahariennes négligent les parfums, un
+excellent moyen pourtant d’attirer les Insectes. Faisons remarquer
+toutefois que si nous ne percevons aucun parfum, cela ne prouve pas que
+les plantes dédaignent de sécréter des vapeurs odorantes : nous savons
+en effet que la muqueuse olfactive de l’homme fonctionne mal dans l’air
+très sec ; il n’est pas certain du tout qu’il en soit de même pour les
+antennes des Insectes.
+
+
+Le cinquième jour après le départ de Tougourt, il fait étouffant dès le
+matin. Pas le plus léger souffle ; les épillets du Drîn pendent
+immobiles dans l’air brûlant. Aussi est-ce avec jubilation que nous
+recevons vers neuf heures du matin les premières bouffées de vent du
+Sud. Mais ce vent ne tarde pas à nous paraître étrange : au lieu de nous
+rafraîchir, il augmente encore la sensation de chaleur. Il faut se
+rendre à l’évidence : c’est le simoun.
+
+Nous allons connaître la soif. Le simoun ne souffle pas depuis une
+heure, que déjà nos bidons de thé sont à sec. Quant à Abdallah et aux
+chameliers, ils se suspendent à tour de rôle aux outres. Hélas ! celles-
+ci perdent bientôt leur profil de chiens noyés, gonflés par les gaz. Par
+bonheur, des Nomades campés près du poste optique de Khaldiet consentent
+à nous vendre une belle peau de bouc aux flancs rebondis. Nos Arabes ont
+à boire jusqu’au prochain puits. Pour nous, cette acquisition n’a aucun
+avantage immédiat. Nous avons de l’eau, il est vrai, mais elle a trop
+mauvaise mine, et nous ne voulons pas la boire crue. Or, le pays
+d’alentour ne porte pas le moindre arbrisseau, et les quelques
+brindilles que les Nomades nous ont cédées ont servi à nous faire cuire
+des œufs. Que faire ? Boire de l’eau de St-Galmier, mais avec
+ménagements, car nous ne pouvons pas, d’ici à longtemps, remplacer notre
+provision.
+
+La chaleur augmente d’une façon continue, pendant que nous sommes
+couchés inertes, à l’ombre du poste optique. A deux heures, le
+thermomètre marque 39°. Nous devons pourtant nous remettre en marche ;
+du reste, le soleil est maintenant voilé par l’épais nuage de poussière
+que soulève le simoun.
+
+Voici un puits, au milieu des _Salsola tetragona_. Les chameaux eux-
+mêmes se précipitent avidement vers l’abreuvoir. Je me prépare à
+photographier la scène. Mon appareil photographique ne fonctionne plus.
+Les parois en bois ont craqué sous l’influence de l’extrême sécheresse.
+Il est tout disloqué ; on peut dorénavant le laisser au fond d’un
+coffre. Il nous reste un second appareil, mais ses boiseries ont été
+également gauchies. Demain, lui aussi sera hors d’usage. Je ne pourrai
+le réparer un peu qu’à Ouargla. Mais je ne puis naturellement pas
+développer les clichés sur place, et, rentré à Bruxelles, je m’aperçois
+que tous les clichés faits à partir d’aujourd’hui ont reçu des coups de
+lumière.
+
+En route de nouveau, à travers les _Salsola tetragona_. Il n’y a qu’eux
+pendant des heures, d’informes buissons aux branches tordues, plates,
+souvent fendues, n’ayant gardé vivants que les bouts des ramuscules.
+Beaucoup d’entre eux sont morts, et leurs squelettes noircis, comme
+calcinés, ont l’aspect le plus lamentable. (Voir phot. 17.) Abdallah qui
+a passé ici il y a quelques années, avec la mission Flatters, nous
+raconte que toute cette plaine était verdoyante, que des milliers de
+chameaux venaient y paître. Mais les trois années de sécheresse
+persistante ont eu raison de cette verdure.
+
+Nous sommes exténués de soif. Afin de ne pas devoir à chaque instant
+arrêter les chameaux pour prendre l’eau dans les outres, l’un des hommes
+a rempli une grande gamelle. Elle fait le tour, de bouche à bouche. Mon
+compagnon et moi détournons les yeux pour ne pas être induits en
+tentation. Rarement, je pense, les prescriptions de l’hygiène ont dû
+résister à un aussi rude assaut. C’est un raffinement du supplice de
+Tantale : sentir qu’on se momifie rapidement, voir circuler la gamelle
+pleine d’eau, et ne pas y toucher parce que le liquide est trop suspect.
+Félicitons-nous de notre prudence ; c’est à elle que nous devons d’être
+restés l’un et l’autre indemnes de tout accès de fièvre.
+
+Il est vrai que rien n’eût été plus facile que d’obtenir maintenant du
+feu ; mais la caravane aurait dû s’arrêter, et nous étions tous pressés
+de sortir de cette lugubre steppe à _Salsola tetragona_.... Pourtant,
+quelle affreuse sensation que celle de la soif. Les lèvres et la langue
+se gercent, la gorge est contractée, plus la moindre salive ne s’écoule
+dans la bouche, il semble qu’on ait autour de la tête un bandeau serré.
+Cette dernière torture est la plus intolérable. On marche inerte, sans
+penser.
+
+Il faut faire halte dans la broussaille. Le vent est tombé, mais le
+thermomètre marque encore 36°7. « Abdallah ! du feu ! » Enfin, nous
+allons boire, avaler du thé chaud, brûlant même. Le liquide n’a pas eu
+le temps de descendre dans l’estomac, qu’on sent la sueur perler sur la
+peau. En un instant, elle est évaporée, et une délicieuse fraîcheur
+envahit tout l’être. C’est incontestablement la boisson chaude, vers
+60°, qui désaltère le plus vite dans un pays aride et ardent comme
+celui-ci. A vrai dire, un liquide froid a également ses charmes : on
+éprouve une si agréable sensation dans la bouche et la gorge ; mais le
+soulagement est moins durable. D’ailleurs nous n’avons pas le moyen de
+refroidir beaucoup nos boissons. On se contente d’entourer les bidons et
+les bouteilles d’un linge mouillé, afin de leur soustraire la chaleur
+latente de vaporisation. On arrive ainsi, en une heure, à faire tomber
+la température des liquides, de 40° qu’elle était en début, à 24° ou
+25°. En Europe, une pareille eau donnerait des nausées ; ici, elle est
+d’une exquise fraîcheur.
+
+Mon compagnon est moins accablé que moi. Tandis que je suis étalé sur ma
+couverture, il s’en va avec sa lanterne, faire la chasse aux Insectes.
+Un incident désagréable me tire de ma torpeur : Lakhdar tue au milieu du
+campement une petite Vipère très dangereuse (_Cerastes vipera_) dont la
+morsure est même plus mauvaise que celle de la Vipère à cornes. Au
+moment où M. Lameere revient, une seconde Vipère rampe au milieu de
+nous. C’est peu rassurant. Nous sommes, à la vérité, munis de sérum
+antivenimeux, mais, tout de même, ce qui peut arriver de plus heureux
+quand on possède un bon médicament, c’est de n’avoir pas à s’en servir.
+Après un moment de trouble, il est décidé que le campement sera
+transporté sur une haute dune, loin de ces maudites broussailles qui, au
+dire d’Abdallah, sont toujours « pleines de serpents. » Chacun porte sa
+literie, et après nous être pas mal embarrassés dans les _Salsola_, nous
+installons l’hôtel sur le sable.
+
+
+Le lendemain matin, un temps délicieux. Mais notre jouissance est
+contrariée par la vue de la steppe qui étale toujours son unique espèce
+végétale. Que nous ayons du sable nu, ou un fond de sebkha sans une
+herbe, plutôt que cette interminable plaine, avec les squelettes
+d’arbustes dont les brindilles restées vivantes parmi les branches
+consumées semblent demander grâce au soleil implacable.
+
+Le répit n’est pas de longue durée. Le vent du Sud se remet à souffler
+avec furie, et à une heure, pendant que nous sommes affaissés sous un
+_Tamarix_, le thermomètre indique près de 41°. Nous avons enfin quitté
+la steppe salée, pour passer entre les dunes. Mais tout n’est pas rose
+non plus sur le sable. Le vent chasse devant lui des tourbillons de
+grains coupants qui vous mitraillent le visage. Les chameaux, avec leur
+volumineuse charge, tanguent d’un air désespéré sous les rafales.
+
+Courage ! Le guide signale des Palmiers à l’horizon. C’est le village
+d’El Bôr, avec des jardins enfoncés comme les oasis du Souf. Ils nous
+font l’effet de Paradis terrestres, et les masures de boue dispersées
+dans les dunes, sont belles comme des palais. Nous y voilà. Le chef du
+village nous introduit dans une habitation dont le propriétaire est
+actuellement « aux champs », comme il dit, ce qui signifie qu’il est
+allé camper dans le désert avec ses troupeaux et sa famille. Singuliers
+champs ! Ne discutons pas la valeur des mots ; l’essentiel est que nous
+pouvons disposer de la maison.
+
+On a l’obligeance de nous offrir du café chaud. Accepté avec
+reconnaissance, car de toute la journée nous n’avons eu que du thé dont
+la température était comprise entre 35° et 40°. Et l’on a beau
+ingurgiter des quantités invraisemblables d’une telle boisson, déjà
+plate et indigeste par elle-même, on ne réussit pas à se désaltérer.
+
+Le bruit se répand dans le village qu’un médecin est arrivé. Tous ceux
+que leurs infirmités empêchent d’émigrer vers des régions moins ravagées
+par le soleil, viennent me consulter dans la petite chambre où nous
+avons cherché refuge. Mais que prescrire dans un pays où la pharmacie la
+plus proche est à Biskra, à une huitaine de jours d’ici ? A un homme
+atteint d’une maladie de foie, je recommande le régime lacté. On me
+regarde avec stupeur. « Puisque les troupeaux sont aux champs ! Il ne
+reste dans le village ni une chèvre, ni une chamelle ! » D’ici à
+plusieurs mois, pas moyen d’avoir une tasse de lait ; la nourriture
+consiste exclusivement en orge et en dattes sèches.
+
+Le simoun a enfoui nos cheveux et notre barbe sous une carapace de
+sable. D’innombrables grains se sont introduits sous nos vêtements et
+nous grattent la peau. « Abdallah, y a-t-il beaucoup d’eau à El Bôr ? »
+— « Tant qu’on en veut. » — « Parfait, tu vas nous en apporter un grand
+seau pour que nous puissions nous débarbouiller. » Ahurissement
+d’Abdallah. « Tout un seau, dit-il, c’est peut-être beaucoup. Enfin,
+j’irai voir. » Et il nous revient avec une gamelle d’eau, tout ce qu’il
+avait pu se procurer dans les puits presque taris du village.
+
+Le soleil est étrange, les jours de simoun. Il se couche tout blanc et
+flou, dans un ciel jaune. Contrairement à ce qui s’est passé hier, le
+vent continue à souffler jusqu’après minuit. Le lendemain matin à quatre
+heures, il y avait encore 22°7.
+
+
+Qu’il nous soit permis de publier les observations de température et
+d’humidité que nous avons faites pendant les deux journées de simoun,
+ainsi que le lendemain matin.
+
+ +---------------+-----+-----+-----+-----+-------+
+ | HEURES | _t_ |_t′_ |_e″_ | _F_ | _T_ |
+ +---------------+-----+-----+-----+-----+-------+
+ |Mai 17 — 11 |37.5 |19.2 |5.14 | 11 | 1.6|
+ | | | | | | |
+ | 14 |39 |19.6 |5.21 | 10 | 1.8|
+ | | | | | | |
+ | 15.45 |40.4 |18.7 |2.95 | 5 | − 5.9|
+ | | | | | | |
+ | 18.30 |36.7 |16.3 |1.53 | 3 | − 14.2|
+ | | | | | | |
+ |Mai 18 — 5 |20.2 |10 |3.09 | 18 | − 5.3|
+ | | | | | | |
+ | 10.30 |35.6 |17 |3.22 | 7 | − 4.7|
+ | | | | | | |
+ | 13.30 |40.6 |18.4 |2.34 | 4 | − 8.9|
+ | | | | | | |
+ | 14.45 |39.5 |17.5 |1.73 | 3 | − 12.7|
+ | | | | | | |
+ | 16.10 |39.2 |17.3 |1.48 | 3 | − 14.6|
+ | | | | | | |
+ | 18 |36.5 |17 |2.65 | 6 | − 7.3|
+ | | | | | | |
+ |Mai 19 — 4 |22.7 |14.6 |7.47 | 36 | 7 |
+ | | | | | | |
+ | 5 |20.5 |13.2 |6.89 | 38 | 5.8|
+
+Signification des colonnes de ce tableau :
+
+_t_ = la température de l’air, en degrés centigrades.
+
+_t′_ = la température du thermomètre mouillé, en degrés centigrades.
+
+_e″_ = la pression en millimètres de la vapeur d’eau, c’est-à-dire,
+l’humidité absolue.
+
+_F_ = la pression relative (100 = saturation), en d’autres termes,
+l’humidité relative.
+
+_T_ = la température à laquelle il faudrait abaisser l’air pour obtenir
+de la rosée.
+
+
+Les températures _t_ et _t′_ étaient prises au moyen d’un thermomètre-
+fronde qui avait été mis à notre disposition, avec beaucoup d’autres
+instruments, par l’Observatoire royal d’Uccle. Aussitôt après avoir
+déterminé la température de l’air (_t_), j’entourais la boule d’une
+mousseline imbibée d’eau et je faisais de nouveau tournoyer
+l’instrument[4].
+
+Les chiffres des trois colonnes _e″_, _F_ et _T_ ont été calculés par M.
+Jean Vincent, météorologiste à l’Observatoire d’Uccle, d’après les
+données thermométriques.
+
+
+Quelques mots d’éclaircissements au sujet de nos observations.
+
+Pendant que, tout au début du simoun, nous étions couchés près du poste
+optique de Khaldiet, le 17 mai, de onze à deux heures, la température
+était déjà élevée, mais la quantité de vapeur d’eau était restée
+notable. C’est plus tard seulement, quand toute l’humidité eut été
+balayée par le simoun brûlant, que le degré hygrométrique se mit à
+décroître, pour tomber à 3 %, le soir, quand nous campions dans les
+_Salsola_. Si, à ce moment, on avait voulu précipiter sous forme de
+rosée la vapeur d’eau contenue dans l’air, il eût fallu la refroidir à −
+14°, c’est-à-dire qu’on aurait obtenu, non de la rosée, mais du givre.
+
+Pendant la nuit, calme plat. Le sol et les plantes émettent de la vapeur
+d’eau : le matin, la quantité absolue d’humidité (_e″_) a doublé. Puis,
+le simoun reprend, et graduellement l’humidité baisse jusque vers cinq
+ou six heures de l’après-dîner. Quand nous étions à El Bôr, le vent,
+encore violent, était devenu moins sec, ce qui faisait présager la fin
+de la tourmente.
+
+Le lendemain, 19 mai, l’air de nouveau chargé de vapeurs, était revenu à
+un degré hygrométrique qui est normal pour le désert.
+
+Certes, la série d’observations que nous venons de relater est
+exceptionnelle, même au Sahara ; si une semblable sécheresse se
+continuait quelques semaines, tout serait inévitablement grillé.
+Pourtant on constate parfois un degré hygrométrique encore plus bas.
+Ainsi, le 23 mai, à midi, pendant que nous serons dans le désert rocheux
+au N. W. de Ouargla, nous observerons une température de 33° (_t_),
+alors que le thermomètre mouillé ne marque que 14°2 (_t′_), ce qui
+correspond à une pression absolue de 0,75 mm. (_e″_) et à une humidité
+relative de 2 % (_F_) ; à ce moment, le point de rosée (_T_) est à −
+22°7. Ajoutons qu’à diverses reprises on a signalé, dans le Sahara, une
+humidité nulle. Ceci ne signifie pas qu’aucune vapeur n’existât en ces
+moments dans l’atmosphère, mais simplement que les instruments, quelques
+sensibles qu’ils fussent, étaient incapables de déceler les faibles
+traces de vapeur. « Alors les lèvres se gercent, les ongles cassent
+comme du verre, l’encre sèche dans la plume, tous les objets en bois ou
+en corne se contractent, et l’on a vu des miroirs éclater sous la
+pression de leur cadre. » (Schirmer, =1893=, p. 64.)
+
+
+Nous nous remettons en route. On se rend bien compte maintenant des
+effets du simoun sur la végétation. Des touffes de Drîn ont été enfouies
+jusqu’aux inflorescences. Les _Euphorbia Guyoniana_ laissent pendre
+leurs rameaux fanés : l’apport d’eau par les racines n’a pas pu se faire
+assez vite pour compenser les pertes. Les dernières plantes annuelles
+sont rôties. L’effet le plus désastreux est celui qu’ont subi les
+_Limoniastrum Guyonianum_. Le simoun a enlevé le sable sur le versant
+méridional des mottes, et dénudé les rameaux. Ceux-ci, brusquement mis
+en présence de l’air, ont été desséchés par le vent torride et ne
+portent plus que des feuilles ratatinées.
+
+Il n’y a plus qu’une demie journée de marche avant Ouargla. Tantôt nous
+traversons les sebkha, échelonnés dans le lit de l’oued Mya ; tantôt il
+faut grimper sur de hautes dunes, aussi tristes que celles du Souf. Ces
+dunes, très mobiles, sont une menace perpétuelle pour les oasis établies
+entre elles, et même pour la ville de Ouargla. Les autorités militaires
+y ont fait semer du Drîn, espérant que les longues racines de la
+Graminacée maintiendront le sable. Les résultats ne sont pas très
+encourageants : le Drîn a des rhizomes beaucoup moins traçants que
+l’Oyat, tant employé en Europe pour fixer les dunes littorales.
+
+Tout à coup, au delà de l’océan de dunes et du vaste sebka parsemé de
+plaques salines, les deux minarets blancs de la ville se dressent par
+dessus les palmes.
+
+Deux journées employées à parcourir l’oasis et à faire visite aux
+officiers et aux Pères Blancs. Nous recueillons de nombreux
+renseignements sur les mœurs des habitants. Ouargla avec ses rues
+étroites, en partie voûtées, a une population fort mêlée où dominent les
+Nègres et les Aratins, noirs également, dont les femmes, tout comme les
+Négresses, aiment à se parer de cauris.
+
+En automne, des milliers de Nomades, surtout des Châmba, affluent vers
+Ouargla, et établissent sur les hauteurs voisines une ville de tentes,
+bien plus populeuse que la ville fixe. Depuis plus d’un mois, ils ont
+levé leurs campements pour s’éparpiller sur le désert. Chaque tribu
+possède dans le Sahara un immense « territoire de parcours », sur lequel
+elle fait paître ses troupeaux. Les montagnes sont trop éloignées, et
+les Châmba sont bien obligés de chercher dans le désert même des
+contrées renfermant quelques points d’eau et où l’herbe est moins brûlée
+qu’ailleurs. A l’époque de la maturité des dattes, ils reviennent vers
+les oasis. Ils se prétendent les légitimes propriétaires du sol et
+exigent que les malheureux Oasiens, rendus pacifiques par les
+occupations agricoles, leur remettent, pour prix de la location, les
+quatre cinquièmes de la récolte ; d’où le nom de _khammès_ (hommes au
+cinquième), qu’on donne aux cultivateurs. Exactions au détriment des
+Sédentaires, razzias organisées contre les caravanes et contre les
+tribus voisines, voilà ce qui compose toute l’existence des Châmba. De
+quoi vivraient, somme toute, ces Nomades faméliques s’ils devaient
+renoncer à leurs brigandages. Les produits de leurs troupeaux sont par
+trop insuffisants : le désert ne nourrit pas les peuples pasteurs,
+pourtant bien clairsemés, qui errent à sa surface.
+
+Du haut d’un minaret, nous contemplons la ville. (Voir phot. 15.)
+Ouargla occupe le centre d’un grand sebkha entouré d’une falaise
+rocheuse verticale. A nos pieds s’étend la ville, entièrement construite
+en briques crues. Les minarets eux-mêmes, hauts de vingt-cinq mètres,
+sont faits en boue durcie au soleil. Il faut que la réputation d’aridité
+du climat saharien soit solidement établie, pour qu’on ose construire
+les maisons et les mosquées en une matière aussi peu résistante à la
+pluie. — Autour de la ville s’étend l’oasis avec plus d’un demi million
+de Dattiers. C’est encore à l’heure actuelle, l’une des plus importantes
+du Sahara occidental. Mais sa déchéance est prochaine. Malgré les
+nombreux puits artésiens qui ont été forés, les arbres dépérissent faute
+d’eau. Déjà, ceux qui occupent le bord de l’oasis ne sont plus que des
+mâts que surmontent deux ou trois palmes flétries. Ils vivotent encore,
+mais n’ont plus la force de fleurir. Et pourtant cette contrée a été
+jadis occupée par un fleuve qui s’est creusé un lit large et profond, et
+qui a déposé d’épaisses couches de vase. Que sont en somme les falaises,
+hautes de plus de cent mètres, qui limitent de toutes parts l’horizon,
+sinon les rives escarpées de cet ancien fleuve ? Et l’étendue plate qui
+étale son vide au delà des Palmiers agonisants ? C’est un fond de lac,
+en partie comblé par les alluvions argileuses que l’oued Mya amena des
+montagnes de l’Ahaggar. L’oued Mya, cherchant un refuge contre le
+soleil, n’a gardé qu’un cours souterrain. Mais les pluies deviennent de
+plus en plus rares, et cette nappe artésienne elle-même s’épuise chaque
+jour davantage.....
+
+
+
+
+ =3. — Le désert pierreux.=
+
+
+Ce matin, nous sommes remontés sur nos mulets. Devant nous se dresse la
+falaise qu’il s’agit de gravir. Elle limite le _hamâda_, plateau
+pierreux sur lequel nous allons voyager pendant dix jours. Vu de
+Ouargla, l’escarpement semblait uni et régulier ; de près, on constate
+qu’il est tout raviné. Une foule de torrents dévalant du hamâda, au
+temps jadis, l’ont découpé en massifs isolés qui, lentement, se sont
+éboulés dans le cours des siècles. Les uns ont pris l’aspect de cônes à
+sommet arrondi ; les plus larges se terminent encore par une table
+horizontale aussi élevée que le grand plateau voisin. Quand ces collines
+d’érosion sont tout à fait séparées les unes des autres, elles reçoivent
+le nom de _gour_ (sing. _gara_.)
+
+Avec mille précautions, chameaux et mulets se sont hissés sur le hamâda.
+Tout de suite on se sent dans un pays neuf, bien différent du désert
+« alluvial » et du désert « éolien », que nous avons parcourus jusqu’à
+présent. Dans le premier la couche superficielle est constituée par des
+sédiments fluviaux. Cette formation porte le nom de _reg_. Les anciens
+fleuves ont apporté dans les fonds les galets, les graviers et l’argile,
+résultant de la trituration des roches dans lesquelles ils ont creusé
+leur lit. Mais depuis des siècles, les rivières sont taries et n’ont
+plus qu’un faible écoulement souterrain. En l’absence d’érosion et de
+sédimentation actuelles, le reg ne subit d’autres changements que ceux
+qui proviennent des fluctuations de l’eau souterraine (voir p. 210 et
+phot. 5) : il se sale ou se dessale suivant les saisons, mais son modelé
+reste immuable. Tout autres sont les conditions dans le désert éolien.
+Sauf dans les régions où les matières salines du sous-sol viennent
+agglutiner les grains de sable (voir p. 253 et phot. 14), l’erg a un
+modelé essentiellement instable : jamais une dune n’a de configuration
+permanente et définitive. Le vent, seul maître de la région, s’empare du
+sable mobile ; il édifie les collines, puis il les échancre, les rase,
+et les porte plus loin.
+
+Mais d’où vient le sable ? Quelle est la force qui émiette les pierres
+et qui en fait le jouet des vents ? C’est le soleil. « Après l’air et
+les nuages, il dévore la terre ; il chauffe ses pierres à blanc ; il les
+dissout en poussière impalpable. Sa splendeur hostile ne veut éclairer
+que la mort. » (Hughes Le Roux, =1895=, p. 163.) Sous l’action des
+effroyables variations de température, les rochers eux-mêmes sont tirés
+de leur inertie. En été, leur température superficielle dépasse souvent
+70° ; en hiver, elle s’abaisse à − 7°. Tour à tour dilatées et
+contractées, les pierres finissent par se fendre (voir phot. 1) ; des
+blocs se détachent, qui soumis aux mêmes conditions, se morcellent et se
+pulvérisent de plus en plus.
+
+Le vent se charge de trier les produits de la désagrégation. Les fines
+poussières sont emportées jusqu’au-delà des limites du désert : on a
+observé des pluies de « poussière rouge », saharienne, jusque dans les
+îles Canaries. Le sable, trop lourd pour que les courants atmosphériques
+le soulèvent très haut, peut néanmoins être entraîné au loin ; mais sa
+migration se fait lentement, de proche en proche. Auprès de chaque
+obstacle, le vent dépose une partie de ses sédiments arénacés, première
+ébauche d’une dune. Le sort des monticules dépend des conditions
+extérieures : parfois leur croissance est très limitée (voir p. 212 et
+phot. 6) ; ailleurs ils atteignent une élévation de plus de cent mètres.
+(Voir p. 243 et phot. 11 et 12.) Quelles que soient les dimensions des
+dunes, à chaque coup de vent, une partie de leurs matériaux s’envole
+plus loin.
+
+Les gros éclats de pierre restent en place. Quand ils viennent de se
+détacher, leurs angles sont tellement coupants qu’on est souvent obligé
+de mettre des chaussures aux chameaux. Mais le sable chassé par les
+rafales a bientôt fait d’émousser les tranchants. La mitraillade par les
+grains quartzeux sculpte littéralement la pierre. Les fragments prennent
+un aspect et un toucher particuliers. Si la pierre a une structure
+homogène, si c’est par exemple du calcaire, elle garde sensiblement sa
+forme primitive, mais toutes les petites aspérités s’effacent, et elle
+se polit complètement. Les roches à texture hétérogène gagnent une
+surface polie, inégale, rappelant celle d’un noyau de pêche, sur
+laquelle les parties les plus dures forment un dessin en relief, limité
+par des creux correspondant aux éléments moins résistants qui ont été
+sculptés davantage.
+
+On remarquera qu’ici, dans le désert « déflatoire »[5] aussi bien
+qu’ailleurs, la sécheresse de l’air est un facteur essentiel. Elle fige
+dans son immobilité la surface du désert alluvial, elle permet au vent
+de bouleverser sans répit les dunes ; c’est encore elle qui provoque
+l’éclatement de la pierre. On sait, en effet, que la vapeur d’eau
+fonctionne comme un écran qui arrête les rayons calorifiques : elle
+empêche le sol de s’échauffer outre mesure pendant le jour, et retient
+durant la nuit la chaleur qui tend à rayonner dans l’espace. Dans le
+Sahara, cet écran de vapeur fait défaut et la roche passe successivement
+par les extrêmes de froid et de chaud.
+
+Selon que le morcellement des pierres est plus ou moins avancé, on
+rencontre sur le hamâda des régions qui sont simplement craquelées,
+d’autres qui sont couvertes de débris à angles vifs, ou d’éclats déjà
+usés et polis par le frottement du sable.
+
+Mais si, sur le hamâda, le soleil et le vent sont à présent seuls en
+cause, l’érosion par les cours d’eau a également eu son heure. Le désert
+que nous traverserons d’ici à Settafa, sur un parcours d’environ trois
+cents kilomètres, a été entaillé par de nombreuses rivières. De même que
+dans le pays de dunes, c’est la disposition des vallées qui, pour les
+Arabes, caractérise la région. Elle a reçu le nom de « Chebka »
+(filet) : les rivières tortueuses qui la sillonnent ont été assimilées à
+un filet qui aurait été déposé sur le plateau et qui s’y serait
+incrusté.
+
+
+Sur ces vastes espaces privés de terre, l’eau de pluie ne peut que
+ruisseler à la surface du sol ou bien se perdre dans les crevasses, sans
+se collecter nulle part. La végétation y atteint son maximum de
+maigreur. Tout lui manque à la fois : ni eau, ni terre.
+
+A part l’_Aristida floccosa_ et une ou deux autres plantes sabulicoles,
+la flore du hamâda est très spécialisée : elle se compose presque
+uniquement de petits arbrisseaux à feuilles et à tiges velues. Pendant
+toute la première journée de marche, nous ne voyons guère que l’_Erodium
+glaucophyllum_, herbe malingre dont les fruits ont presque huit
+centimètres de longueur, et l’_Anthyllis sericea_, minuscule arbuste
+globuleux, de trente ou quarante centimètres de hauteur.
+
+
+Le vent s’est mis à souffler. L’horizon et le ciel sont déjà obscurcis
+par les fines poussières. Des traînées de sable serpentent sur le sol.
+Auprès de chaque pierre, dans les touffes d’herbe, au fond de légers
+creux, des dunes microscopiques s’édifient. Les feuilles raides
+d’_Aristida floccosa_ crépitent sous le choc répété des grains.
+
+Tout à coup nous arrivons au bord supérieur d’un escarpement. C’est la
+rive d’un oued. Tant bien que mal nous descendons la falaise. On se rend
+compte ici de l’action érosive des rafales chargées de grains quartzeux.
+Sans répit, d’énormes vagues de sable battent en brèche le pied de la
+muraille rocheuse. Celle-ci est littéralement affouillée : on dirait une
+falaise littorale minée par les flots. Plus haut l’érosion éolienne a
+opéré la dissection de l’escarpement : les bancs de roches dures, — le
+squelette de la falaise, — sont restés intacts ou n’ont subi que le
+polissage, tandis que les couches moins résistantes ont été profondément
+excavées. Il se produit ainsi des crénelures du plus singulier aspect.
+
+Nous sommes à présent sur le sable qui a envahi l’oued. Aussitôt la
+flore change de caractère : l’_Ephedra alata_, le Drîn, le _Calligonum
+comosum_, l’_Euphorbia Guyoniana_ et les autres espèces arénicoles
+occupent le terrain.
+
+Le vent fait rage, et nous sommes heureux de nous réfugier dans le
+caravansérail de Mellalah. Quelques heures plus tard, le calme est
+revenu, et nous sortons pour faire un bout de promenade. L’admiration
+nous cloue surplace. Avec le chott Melrhir et les dunes du Souf, le site
+de Mellalah est ce que nous avons vu de plus grandiose depuis que nous
+sommes dans le Sahara. D’un côté surgit la falaise par où nous sommes
+descendus ; les anciens torrents l’ont déchiquetée ; les rafales de
+sable découpent des bandes horizontales sur les flancs de chaque gara. —
+Derrière nous, tout l’horizon est bouché par une dune, une seule,
+beaucoup plus haute et plus large que les plus grandes que nous ayons
+vues dans le Souf. Il est fort difficile d’évaluer la hauteur d’une
+montagne, mais je pense rester en dessous de la vérité en estimant
+celle-ci à deux cent cinquante mètres. Et quelle forme étrange ! De son
+sommet partent de nombreuses arêtes qui rayonnent dans toutes les
+directions et qui, plus bas, se bifurquent plusieurs fois de suite.
+
+Ailleurs, les sables qui encombrent l’oued s’écartent, et nous voyons
+briller sur le lit de la rivière une couche éblouissante de blancheur.
+C’est du gypse, dont les cristaux usés par le sable forment une immense
+table d’une horizontalité parfaite. Sur le gypse, quelques traînées de
+sable ont été fixées par la végétation : _Retama Raetam_, _Aristida
+pungens_, _Limoniastrum Guyonianum_, _Traganum nudatum_, _Anabasis
+articulata_, _Ephedra alata_. La flore, comme on le voit, est celle du
+sable légèrement salé. Mais une sélection très stricte y a été opérée :
+il n’y a ici que les espèces à racines traçantes ; celles qui ont des
+racines plongeantes (par exemple, _Calligonum comosum_ et _Euphorbia
+Guyoniana_) ne pourraient pas vivre dans ces minces nappes de sable,
+posées sur du gypse imperméable aux racines.
+
+
+Toute la journée du lendemain se passe sur le hamâda. Au début il y a
+encore des _Anthyllis sericea_. Mais peu à peu les buissons deviennent
+plus rares, ne laissant plus que de tristes plantes, chétives et
+malingres. Leur teinte verte est masquée sous un dense revêtement
+pileux. Le voyageur qui passe à la hâte et jette sur le désert un coup
+d’œil superficiel, ne se douterait pas que le plateau pierreux porte une
+végétation quelconque, tant elle est misérable, clairsemée et incolore.
+Citons le _Halogeton alopecuroides_, Salsolacée charnue à feuilles
+cylindriques, pâles, terminées par une soie blessante ; — le _Herniaria
+fruticosa_, dont les organes aériens sont presque entièrement scarieux ;
+— un _Helianthemum_ à feuilles très velues, dont les bords s’enroulent
+en dessous ; — le _Fagonia microphylla_, Zygophyllacée fauve, toute
+garnie de poils glanduleux ; ses feuilles ne se composent guère que des
+stipules épineuses et du pétiole : les folioles sont très petites et
+charnues ; — le _F. glutinosa_, avec des limbes foliaires bien
+conservés, mais disparaissant également sous les glandes ; —
+l’_Argyrolobium uniflorum_, Papilionacée presque aphylle, à poils
+soyeux-argentés ; — l’_Asteriscus graveolens_, Compositacée frutescente
+à rameaux bifurqués et à feuilles velues-soyeuses ; — enfin, le _Deverra
+chlorantha_ (voir phot. 1), l’une des rares plantes glabres du hamâda,
+une Ombellacée dont les feuilles ne sont plus représentées que par deux
+ou trois courts segments capillaires. M. le lieutenant Pein, chef du
+poste de Ouargla, nous l’avait déjà signalé : « C’est un jonc à odeur de
+persil, auquel les Arabes donnent le nom de Gheza. Ils assurent que les
+chameaux qui en mangent deviennent aveugles. » Notre curiosité était
+piquée. Les chameliers ont soin de chasser leurs bêtes loin de la
+redoutable herbe, mais chaque fois que nous en avons l’occasion, nous
+laissons les chameaux brouter tout à leur aise. Quelques jours plus
+tard, nous faisons remarquer que le Gheza ne les a pas rendus aveugles.
+Le fait est patent, mais il n’ébranle pas la foi des chameliers : ils
+continueront à soutenir que le Gheza est une plante diabolique. Tapez
+sur une superstition, vous l’enfoncez davantage.
+
+La flore reste la même pendant la plus grande partie de la journée
+suivante. Nous avons dû partir en pleine nuit, vers trois heures du
+matin, car l’étape est aujourd’hui de 57 kilomètres, la plus longue de
+tout le voyage. Nous cheminons frileusement enveloppés dans les cabans.
+De temps en temps une détonation nous arrache à nos rêveries : c’est un
+bloc de pierre qui éclate par l’effet de la contraction. Quand le soleil
+se lève, le désert nous apparaît aussi nu que la veille. Toujours les
+mêmes plantes pâlottes, hâves, qu’on n’aperçoit que lorsqu’on se donne
+la peine de les chercher. Nos chameaux poussés par la faim, se débandent
+à chaque instant, pour courir vers quelque maigre _Aristida floccosa_.
+Il faut voir comme ils vous déplument la touffe en deux coups de lèvres.
+
+Voici que la flore s’embellit. Sur le sable qui s’est déposé çà et là
+entre les pierrailles, poussent de petits buissons globuleux de
+_Rhanterium adpressum_, une Compositacée que nous avons déjà rencontrée
+dans le Souf. Nous sommes enchantés : on _voit_ de nouveau des végétaux.
+Ils ne sont certes pas attrayants, avec leurs rameaux cotonneux et leurs
+feuilles minuscules, mais enfin, en y regardant de près, on distingue
+parmi les rameaux desséchés quelques capitules jaunes, — et cela paraît
+merveilleux que des arbustes puissent vivre et même fleurir au milieu de
+cette désolation. Faut-il que la plante s’accroche à l’existence, pour
+s’obstiner à croître et à se reproduire sous le climat délétère de la
+Chebka !
+
+Nous ne pouvons pas songer aujourd’hui à faire dresser la tente. Le
+guide nous accorde à peine le temps de descendre de mulet pour déjeuner,
+pendant que les chameaux, pas même déchargés, vaguent dans le désert à
+la recherche d’une herbe problématique. Autour de nous, les
+_Rhanterium_, posés sur le sol comme des verrues grises, paraissent de
+plus en plus petits à mesure qu’ils s’enfoncent dans le lointain ; puis
+l’œil ne les distingue plus, et leur présence ne se révèle que par la
+teinte blanchâtre qu’ils donnent au désert ; et au delà des dernières
+ondulations du plateau, on se les représente encore, toujours pâles et
+tristes. Sur ce paysage lugubre, une lumière ardente tombe d’un ciel
+trop bleu. C’est vraiment « le ciel sans nuages, au-dessus du désert
+sans ombre. » (Fromentin, =1896=, p. 11.) On dirait que la vie s’est
+retirée de cette solitude. Aucun son ne vient rompre le silence
+accablant. Rien ne bouge. Serpents et lézards sont assoupis derrière les
+touffes d’herbes. Pas un oiseau ne chante ; pas une mouche ne
+bourdonne ; les fourmis elles-mêmes sont rentrées sous terre, et peu
+soucieuses de rôtir au soleil, s’occupent de travaux domestiques. Un
+thermomètre placé dans la traînée de sable qui recouvre une pierre,
+s’élève à 67°. Et pourtant de nombreuses plantes (_Herniaria fruticosa_,
+_Erodium glaucophyllum_, _Fagonia glutinosa_, etc.) laissent reposer
+leurs rameaux sur le sol brûlant. Si encore elles pouvaient transpirer :
+dans un air qui ne contient que 2 % d’humidité (voir p. 273), la
+déperdition de la chaleur serait rapide. Seulement elles meurent de
+soif, et font tout au monde pour empêcher l’évaporation. Comment donc le
+protoplasme fait-il pour n’être pas coagulé par la chaleur !
+
+Les tempes nous battent avec violence quand nous remontons en selle.
+Nous nous laissons aller inertes, au pas caboté de nos mulets. Mais
+voici une chose qui nous fait lever la tête : un cadavre de chameau qui
+s’est desséché en entier. Bien souvent, tant dans El Erg qu’ici, nous
+passons à côté de dépouilles d’animaux qui se momifient sur place, sans
+avoir été rongées. Nous en faisons l’observation à Abdallah. « A Biskra
+les cadavres sont tout de suite déchirés par les fauves ; pourquoi ceux-
+ci restent-ils intacts ? » Et Abdallah de répondre : « Où donc les
+chacals et les hyènes iraient-ils boire ? » De fait, il n’y a pas à
+cinquante ou cent kilomètres à la ronde, une seule mare ou rivière à
+laquelle des animaux puissent se désaltérer. C’est assez dire que le
+fameux lion du Sahara est un mythe. Non, les seuls animaux du désert
+sont ceux qui ne connaissent pas la soif : des Arthropodes extrêmement
+variés, des Reptiles, quelques Oiseaux, et parmi les Mammifères, des
+Rongeurs (Lièvre, Gerboise, Gerbille, etc.), la Gazelle, un Renard et le
+Fenec. Les espèces domestiques ont dû également s’adapter à la
+sécheresse. Les Chèvres qui paissent dans le désert ne se désaltèrent
+que tous les trois ou quatre jours. En cette saison, les Dromadaires
+restent facilement huit jours sans boire, à condition, bien entendu,
+qu’ils aient du fourrage vert. L’adaptation du Dromadaire au désert
+présente ceci de particulier qu’en plein été l’animal peut se passer de
+liquide pendant une vingtaine de jours de suite ; tandis qu’en hiver, la
+saison où l’eau est plus abondante, il boit tous les quatre ou cinq
+jours. On sait que dans son estomac, il peut mettre en réserve une
+centaine de litres d’eau.
+
+Mais s’il est vrai que les animaux sauvages ne boivent jamais et que les
+animaux domestiques ne boivent guère, leurs tissus contiennent néanmoins
+une certaine quantité d’eau. Où la prennent-ils ? Chez les plantes
+évidemment. Ne sont-elles pas les seuls organismes capables d’extraire
+du sol les particules d’eau qui s’y trouvent cachées ?
+
+Un exemple emprunté à la biologie générale précisera davantage notre
+pensée. A l’exclusion de tous les autres organismes, les plantes
+pourvues d’une chromophylle ont le pouvoir d’extraire de l’atmosphère le
+carbone qui s’y trouve sous la forme d’anhydride carbonique et de
+combiner ce carbone à d’autres éléments pour élaborer l’infinie variété
+des substances protoplasmiques. Le règne animal, ne jouissant pas de
+cette faculté d’assimilation du carbone, vit tout entier aux dépens du
+règne végétal. Ainsi que me le faisait remarquer mon compagnon, M.
+Lameere, quelque chose d’analogue se passe ici pour l’eau. Les végétaux
+vont la puiser dans le sol, soit qu’elles exploitent les couches
+profondes, comme c’est le cas pour les plantes à longues racines
+pivotantes (voir p. 242), soit qu’elles utilisent plutôt les pluies
+fortuites, comme le font les espèces éphémères et celles dont les
+racines s’étalent tout près de la surface du sol (voir p. 237). Les
+animaux herbivores mangent la plante et, avec elle, les liquides ; puis
+ils deviennent la proie des carnivores.
+
+Ce que nous venons de dire de l’eau s’applique aussi aux matières
+minérales dont les animaux ont besoin. D’ordinaire l’eau des boissons
+introduit dans l’économie une certaine portion des substances
+inorganiques ; dans le Sahara elles ne peuvent parvenir à l’animal que
+par l’intermédiaire des végétaux. Mais laissons de côté les matières
+minérales pour ne nous occuper que de l’eau.
+
+On a vu de quelle façon elle arrive dans les organismes. Mais ceux-ci
+transpirent : pendant toute la durée de la vie, ils dégagent dans
+l’atmosphère le liquide péniblement acquis. De sorte qu’à la perte d’eau
+que le sol du désert subit par son évaporation propre, il faut encore
+ajouter la transpiration de tout ce qui vit à sa surface. Ce n’est pas
+tout : les cadavres contiennent également de l’eau ; de même, les
+excréments des animaux. Voilà une nouvelle portion du précieux liquide
+soustraite à la circulation vitale.
+
+Ne nous hâtons pourtant pas de conclure que l’eau des détritus est
+irrémédiablement perdue. Les déjections fraîches, ainsi que les
+cadavres, sont activement recherchés par de nombreux Insectes
+coprophages et nécrophages. Les quelques rares Champignons saprophytes
+du désert en prennent aussi une part. Enfin, les détritus qui se sont
+désséchés par une longue exposition à l’air, ne sont pas pour cela
+inaptes à nourrir certains organismes. A la vérité, ils ne contiennent
+plus d’eau libre, mais les molécules complexes qui les constituent
+renferment de l’hydrogène combiné au carbone, à l’azote, à l’oxygène, au
+soufre, etc. Chaque fois qu’un être oxyde un hydrate de carbone, une
+matière albuminoïde ou quelque autre corps organique, l’hydrogène se
+combine généralement à l’oxygène pour former de l’eau. Si cette source
+d’eau n’a aucune importance pour les animaux qui peuvent boire de l’eau
+liquide, il n’en est pas de même pour les Insectes qui ne se nourrissent
+que de crottins secs, et qui en sont réduits à extraire l’hydrogène des
+combinaisons où il est engagé. L’absorption intramoléculaire d’eau,
+n’est pas sans analogie avec le processus par lequel la Levure de bière
+arrache l’oxygène au glycose.
+
+Somme toute, cette oxydation de l’hydrogène intramoléculaire ne
+constitue pas un gain d’eau pour l’ensemble des organismes
+déserticoles : l’hydrogène provient en dernière analyse de l’eau que les
+plantes ont puisé dans le sol. Après une longue série de
+transformations, les molécules hydrogénées échouent dans des excréments.
+D’ici elles passent dans l’économie d’un Insecte. Finalement
+l’hydrogène, complètement oxydé, revient à son état initial et, sous
+forme de vapeur d’eau, retourne à l’atmosphère.
+
+Comment le cycle biologique de l’eau dans le désert va-t-il se fermer ?
+De quelle manière, la plante, et après elle les animaux, récupèrent-ils
+l’eau qu’ils perdent sans relâche par suite de la transpiration ?
+
+La majeure partie de l’eau dérive de l’atmosphère. En hiver la pression
+atmosphérique est forte. Le ciel reste serein durant de longues
+semaines : les vents se dirigent du centre du Sahara vers la périphérie.
+Ce n’est pas de cet air très sec, descendu des hautes régions de
+l’atmosphère, qu’on peut attendre de la pluie. Pendant l’été les
+conditions barométriques sont tout autres. Il y a maintenant sur le
+Sahara une aire de basses pressions ; l’anticyclone a fait place à un
+cyclone, qui naturellement aspire l’air des régions voisines. Les vents
+qui soufflent sur le Grand Désert sont chargés de vapeur d’eau,
+puisqu’ils viennent de l’océan Atlantique, de la Méditerranée, de
+l’océan Indien et des grandes forêts équatoriales de l’Afrique. Ces
+courants humides de l’été amènent-ils la pluie ? Nullement. Le Sahara
+est devenu une fournaise ; son contact surchauffe l’atmosphère et
+augmente, par cela même, sa capacité de contenir de la vapeur d’eau.
+L’air qui arrive humide devient donc très sec : loin d’apporter de la
+fraîcheur, le vent enlève encore de l’eau à la terre déjà si aride.
+
+Mais alors, quand donc pleut-il ? Lors du renversement des saisons, au
+moment où par hasard un courant froid heurte une couche d’air humide et
+détermine la condensation de sa vapeur. Les pluies sont donc
+nécessairement inconstantes : parfois copieuses, le plus souvent presque
+négligeables. On serait certes au-dessus de la vérité en admettant que
+le Grand Désert reçoit 15 centim. de pluie par an. La rosée est encore
+moins abondante. Pour notre part, du 1r avril au 15 juin, nous l’avons
+observée une ou deux fois. Peut-être faut-il tenir compte de la vapeur
+que certaines plantes peuvent condenser à la faveur de leurs sels
+déliquescents (voir p. 212) et de celle qu’absorberaient certains poils.
+(Voir p. 263). Est-elle assez précaire, assez insignifiante, l’eau que
+l’atmosphère cède au désert ! Et pourtant c’est elle qui entretient la
+vie, surtout en alimentant les nappes souterraines ; car les quelques
+rivières qui descendent des montagnes voisines du Sahara sont aussitôt
+bues par le sol avide d’humidité et leur influence ne se fait sentir que
+le long de la lisière.
+
+On peut représenter par le schéma de la page suivante la circulation
+vitale de l’eau dans le désert.
+
+
+Si nous pouvions faire la somme de l’eau qui est évaporée dans
+l’atmosphère par le sol et par les êtres vivants, pour la comparer à
+celle que les précipitations atmosphériques et les rivières apportent à
+la terre, nous constaterions certainement que le premier chiffre est de
+loin le plus considérable. En d’autres termes, l’apport d’eau ne balance
+pas les pertes. Un jour viendra, jour lointain à la vérité, où toute vie
+sera devenue impossible dans le Sahara désormais tari.
+
+Dans un pays où les animaux dépendent complètement du règne végétal, non
+seulement pour la nourriture solide, mais encore pour leur eau, où toute
+molécule liquide qui existe dans le sang d’un carnassier a passé au
+moins pas l’économie d’une plante et par celle d’un herbivore, la lutte
+entre les animaux et les végétaux doit être plus acharnée que partout
+ailleurs.
+
+[Illustration]
+
+Les herbivores sont exclusivement des Insectes et quelques Vertébrés.
+Aucune partie du végétal n’est à l’abri des Insectes. Les racines sont
+rongées par des larves de Coléoptères. De nombreuses galles se
+développent sur les rameaux. Citons parmi les plus caractéristiques :
+une galle de Diptère sur _Ephedra alata_ ; une galle de Pucerons sur
+_Anabasis articulata_ ; une galle de Microlépidoptère sur _Limoniastrum
+Guyonianum_. Quant aux graines, elles logent si souvent des Insectes,
+que nous avons eu énormément de peine à nous procurer, pour le Jardin
+botanique de Bruxelles, des graines intactes et mûres de _Calligonum
+comosum_, de _Henophyton deserti_, de _Farsetia aegyptiaca_ et de _F.
+linearis_.
+
+
+La Gazelle est le Vertébré sauvage contre lequel les plantes du Sahara
+ont à soutenir la lutte la plus vive. Les Oiseaux peuvent être négligés,
+tant ils sont rares. Seule, l’Autruche avait de l’importance comme
+herbivore. Cet Oiseau n’existe plus à l’état spontané dans le Sahara
+algérien. Sa disparition est toutefois fort récente, et en maints
+endroits les débris de coquille de ses œufs émaillent le sable.
+
+En l’absence d’observations sur les moyens de protection contre les
+Vertébrés sauvages, nous devons nous contenter d’annoter quelles plantes
+sont mangées et quelles autres sont refusées par les chameaux et les
+mulets de notre caravane. Du reste, à l’heure présente, les plantes du
+Sahara algérien ont à craindre beaucoup plus les animaux domestiques que
+les herbivores sauvages.
+
+Dans un instant nous allons avoir l’occasion d’étudier comment les
+végétaux se défendent contre leurs ennemis.
+
+
+Brusquement le plateau se creuse. Devant nous s’ouvre le lit ensablé de
+l’oued Mzab, gai et verdoyant, large de plus d’un kilomètre. A dire
+vrai, il faut être resté quelques jours sans voir de plantes vertes,
+pour tomber en admiration devant la flore sabulicole du désert. Il
+n’importe ; elle nous paraît merveilleuse. Séduits par la vue de
+« l’herbe tendre », nos animaux dégringolent jusqu’au bas de la côte, et
+sans perdre une minute, broutent goulûment. Ils ne font plus les
+difficiles, maintenant que l’abstinence a aiguisé leur appétit, et ils
+se jettent avec voracité sur des plantes qui étaient régulièrement
+dédaignées dans El Erg, où le Drîn abonde. Les premiers arbrisseaux de
+l’oued sont des _Ephedra alata_. Pas trop appétissants avec leurs
+rameaux articulés, ligneux, sans une feuille, protégés par une épaisse
+cuticule et par de la résine durcie ; quand le vent les secoue, ils font
+un cliquetis comparable à celui d’osselets qu’on entrechoque. Mais ils
+ont beau sonner comme s’ils étaient morts, « ventre affamé n’a pas
+d’oreilles », et en un clin d’œil les chameaux les tondent jusque tout
+contre le vieux bois. Or, comme les nombreuses caravanes qui vont de
+Ouargla à Ghardaïa arrivent toutes ici après une longue diète, les
+_Ephedra_ ont pris un aspect insolite : ce ne sont plus les arbrisseaux
+tortus, aux branches embrouillées, que nous avons rencontrés dans El Erg
+(voir p. 239) ; ils ressemblent plutôt aux buis en forme de boule,
+soigneusement taillés au sécateur, tels qu’on les voit dans les jardins
+de campagne.
+
+Et l’_Aristida pungens_ lui-même, en faveur duquel les herbivores
+marquent une si grande préférence, n’est pas non plus un fourrage bien
+savoureux. Ses feuilles sont raides, piquantes, fibreuses, imprégnées de
+silice. Dans les steppes asiatiques, où il est fort répandu, il n’est
+jamais mangé : les bestiaux y trouvent suffisamment d’autres herbes,
+plus nourrissantes. Mais dans le Sahara, la disette fait qu’il est
+avidement recherché : c’est à l’abondance de Drîn que le Nomade juge de
+la valeur d’un pâturage. Bien plus ; on s’occupe de le propager par le
+semis ; et nous avons vu dans les sables, aux portes de Tougourt, des
+prairies artificielles qui ne se composaient que de cette Graminacée[6].
+
+Ces faits montrent que les structures défensives des végétaux vis-à-vis
+des herbivores n’ont qu’une valeur relative. Un moyen de protection qui
+est excellent dans un pays où les animaux peuvent choisir leur
+nourriture, est mis en défaut quand l’herbe est rare. D’ailleurs nous
+avons déjà fait la connaissance d’une autre plante chez laquelle la
+protection est devenue inefficace. Sur le reg, au Sud de Biskra (voir p.
+217), les chameaux se gavaient de Guetaf (_Atriplex Halimus_). Cette
+Salsolacée, dont les troupeaux font leurs délices dans le Sahara, est
+très voisine du _Halimus pedunculatus_, qui habite les alluvions
+fluviomarines de l’Europe occidentale ; en Belgique, il se trouve dans
+le Zwijn et au chenal de Nieuport. Mais jamais il n’y est brouté : sa
+saveur acerbe le défend suffisamment contre les herbivores, quand ceux-
+ci ont à leur disposition une verdure mieux appropriée à leurs goûts.
+
+Certaines plantes restent pourtant indemnes de toute attaque, même dans
+l’oued Mzab où la végétation est éternellement en conflit avec des
+animaux sortant d’un long jeûne. Ce sont d’abord les végétaux pourvus
+d’une puissante armure défensive, par exemple les touffes glauques de
+_Cyperus conglomeratus_, aux feuilles scabres et coupantes, et le
+_Pennisetum dichotomum_, une Graminacée aphylle (en ce sens que les
+feuilles sont réduites aux gaines) ; ses chaumes raides, rameux, serrés
+en grosses bottes, sont silicifiés autant que des bambous. Citons enfin
+une broussaille bizarre, à rameaux divariqués, verts, terminés par une
+forte épine ; pas la moindre trace de feuille ; en cette saison, pas non
+plus de fleurs ; rien que des fruits globuleux, ailés, qui sont ligneux
+et piquants comme le reste du végétal. Je n’ai pu le déterminer qu’à
+Ghardaïa, où le hasard m’a mis en face d’un individu tardif, encore
+garni de fleurs, et mon étonnement fut grand lorsque je m’aperçus que
+c’est une Cruciféracée, le _Zilla macroptera_. Les chameaux font un
+détour pour ne pas frôler ce disgracieux arbuste-hérisson. Dois-je
+ajouter qu’ils n’essaient pas de le brouter ?
+
+Ils évitent aussi avec soin de manger le _Retama Raetam_ (voir p. 239 et
+phot. 13) dont la saveur styptique rappelle celle du _Sarothamnus
+scoparius_. Mais ils distinguent immédiatement du _Retama_, le _Genista
+saharae_ qui lui ressemble pourtant beaucoup et qui, sans être
+succulent, est néanmoins mangeable. Aussi, au milieu des _Retama_ dont
+les longs rameaux flexibles continuent à se balancer au vent, les
+_Genista_ n’ont-ils plus que des moignons effilochés.
+
+La majorité des plantes respectées par les herbivores doivent leur
+immunité à la présence de substances toxiques, ou tout au moins
+désagréables. Il en est ainsi de la Coloquinte (_Citrullus Colocynthis_)
+et du _Phelipaea lutea_. Quand on voit sur le sable les fruits de la
+Coloquinte, gros comme des oranges, ou les inflorescences gorgées d’eau
+du _Phelipaea_, on est tenté de s’écrier : quelle aubaine pour nos
+bêtes ! Erreur ; elles s’en écartent avec dégoût. L’amertume du chicotin
+(le suc de la Coloquinte) est proverbiale ; quant au _Phelipaea_, qui
+vit en parasite sur les racines de diverses plantes et dont les tiges
+charnues, épaisses de trois doigts, atteignent une hauteur totale d’un
+mètre, — il est très vénéneux. Abdallah nous raconte qu’en temps de
+famine, — cela signifie : quand la disette est plus complète que de
+coutume, — les Nomades vont les cueillir dans le désert ; quand nous
+étions à El Oued, quatre hommes venaient de succomber à l’ingestion de
+_Phelipaea_ qui n’avaient pas été suffisamment bouillis.
+
+Le dégoût salutaire qu’inspirent le _Cleome arabica_ et le _Haplophyllum
+tuberculatum_ est dû à leur odeur fétide. Chez le _Haplophyllum_ les
+glandes qui sécrètent l’essence odorante sont logées dans le parenchyme
+assimilateur ; elles sont assez grosses pour faire saillie, comme des
+pustules, à la surface de la feuille. Le _Cleome_ est bien la plante la
+plus nauséabonde que j’aie jamais rencontrée ; il suffit d’un seul
+individu pour empester l’air à dix mètres à la ronde. Les glandes
+stipitées, répandues à profusion sur les tiges, les feuilles, les fleurs
+et les fruits, sécrètent une substance visqueuse à laquelle se collent
+des plumes d’oiseau, des fruits à aigrette, des pétales flétris, etc.
+
+D’autres espèces possèdent un latex âcre. Tels sont le _Daemia cordata_,
+le _Convolvulus supinus_ et l’_Euphorbia Guyoniana_. La première est une
+Asclépiadacée voluble, mais comme elle ne trouve pas dans le désert de
+supports verticaux autour desquels elle puisse s’enrouler, elle y croît
+toujours solitaire. Néanmoins ses tiges présentent encore la
+circumnutation ancestrale, devenue inutile, et elles s’obstinent à se
+contourner en hélice. Le _Convolvulus_ dérive également d’une plante
+voluble. Dans le Sahara, ses rameaux rampent sur le sable avec ceux de
+la Coloquinte, dont les vrilles héréditaires sont presque entièrement
+atrophiées. Ces deux dernières plantes, — quoique ayant conservé
+quelques-uns des caractères accessoires des lianes : ténuité de la tige,
+longueur des entrenœuds, forme et disposition des feuilles, — se sont
+débarrassées des structures spécialement destinées à assurer le
+grimpement.
+
+Que ces considérations phylogéniques ne nous fassent pas oublier l’objet
+de nos observations actuelles ; revenons aux adaptations défensives des
+végétaux. Nous sommes bien placés ici pour juger l’efficacité des divers
+moyens de protection : nous allons comparer aux chameaux de notre
+caravane, ceux d’une tribu nomade qui sont mis au vert dans l’oued Mzab
+depuis un mois. Alors que les nôtres ne font aucun choix et se bourrent
+indistinctement de tout ce qui est mangeable, ceux qui paissent ici
+depuis longtemps et qui ont déjà pu se refaire, dans leur bosse, une
+provision de graisse, ne mangent que du bout des lèvres ; ils ne
+consentent à brouter que l’_Aristida floccosa_, le _Helianthemum
+sessiliflorum_ et le _Lithospermum callosum_. Il est pourtant une herbe,
+qu’ils aiment plus que toutes les autres, qui est très commune, et que
+malgré cela ils ne réussissent jamais à atteindre. C’est le
+_Zollikofferia resedifolia_, une Compositacée Liguloïdée à capitules
+jaunes, qui ne se rencontre jamais que dans les touffes d’_Euphorbia
+Guyoniana_. Pour cueillir le _Zollikofferia_, les herbivores devraient
+enfoncer le museau parmi les branches de la plante vénéneuse, et risquer
+peut-être d’en arracher quelques fragments ; ils ne parviennent pas à
+surmonter l’effroi que leur cause le latex irritant de l’Euphorbe.
+
+Dans El Erg, nos chameliers allaient eux-mêmes arracher la Compositacée
+pour l’offrir comme friandise à leurs bêtes. L’Euphorbe remplit vis-à-
+vis de la Compositacée le même office que les épouvantails qu’on plante
+dans les champs de blé pour chasser les oiseaux. Le _Zollikofferia_
+appartient à la catégorie que M. Errera (=1886=, p. 88) appelle les
+« plantes vassales », c’est-à-dire celles qui se mettent sous la
+protection d’autres organismes. Je ne veux pas dire qu’il recherche les
+touffes d’Euphorbe, mais uniquement que parmi les innombrables graines
+de _Zollikofferia_ qui germent au hasard dans le désert, les seules qui
+aient quelque chance de produire une plante adulte sont celles qui ont
+été arrêtées par leur aigrette dans les branches serrées de
+l’_Euphorbia_.
+
+Pendant que j’étudie sur le vif les effets de la sélection naturelle, la
+caravane m’a depuis longtemps dépassé. Mais je n’aurai pas de peine à la
+retrouver : quoique aucun chemin ne soit tracé sur le sable, rien n’est
+plus aisé que de reconnaître la route que suivent d’habitude les
+caravanes. Toutes les plantes quelques peu comestibles y ont été tondues
+de près. Au milieu des _Aristida pungens_, des _Genista_, des _Ephedra_
+entièrement dépouillés, réduits à l’état de moignons informes, les
+_Retama_, les _Euphorbia_, les _Daemia_, les _Haplophyllum_, les _Zilla_
+forment des touffes vigoureuses. En beaucoup de points les plantes
+fourragères sont même broutées jusqu’à ce que mort s’ensuive, et les
+espèces réfractaires subsistent seules.
+
+Nous n’allons pas suivre tous les méandres de l’oued Mzab. Notre guide
+nous fait couper au plus court. Avant d’arriver au caravansérail de
+Zelfana où nous passerons la nuit, nous grimpons plusieurs fois sur le
+hamâda, pour redescendre aussitôt après dans le lit de la rivière. Nous
+remarquons, à notre étonnement, que la flore du plateau rocheux est ici
+plus riche qu’ailleurs. Pourtant la structure du terrain est la même, et
+l’eau est tout aussi rare. Outre les plantes déjà connues, nous
+récoltons : _Aristida ciliata_, _Zollikofferia mucronata_, _Gymnocarpon
+fruticosum_, _Henophyton deserti_, _Salsola vermiculata_, _Helianthemum
+eremophilum_, _Farsetia aegyptiaca_, _F. linearis_, _Marrubium deserti_,
+_Teucrium Polium_, _Thymelaea microphylla_, _Artemisia Herba-alba_. A
+l’exception de l’_Aristida_ et du _Zollikofferia_, toutes les autres
+sont ligneuses. Le _Gymnocarpon_ (Caryophyllacée), le _Henophyton_
+(Cruciféracée) et le _Salsola_ ont des feuilles charnues. Le _Salsola_,
+le _Helianthemum_ et toutes les espèces qui suivent ont une épaisse
+garniture de poils tomenteux ; l’_Artemisia Herba-alba_, le Chih des
+Arabes, en est chargé d’une façon toute particulière. Le _Thymelaea_ a
+des feuilles très petites et l’assimilation s’effectue surtout par les
+rameaux. Chez les _Farsetia_ (Cruciféracées) les feuilles manquent
+totalement ; ces arbustes sont étranges, avec leurs rameaux grêles et
+raides, désséchés en apparence, et revêtus d’une pubescence un peu
+rosée ; on dirait un faisceau de minces fils métalliques recouverts de
+soie, comme ceux qu’emploient les électriciens.
+
+Il est évident que ces plantes sont bien adaptées à vivre sur le hamâda.
+Et la question se pose derechef : pourquoi donc manquent-elles dans les
+régions que nous avons parcourues les jours précédents ? Observons
+comment les animaux se comportent envers elles : presque toutes sont
+mangeables. Dès lors on comprend pourquoi elles se localisent au
+voisinage de la rivière : la végétation abondante de l’oued Mzab
+détourne d’elles les herbivores ; quand ces derniers arrivent sur le
+plateau, ils se sont déjà rassasiés de l’herbe relativement succulente
+des sables, et n’ont que du mépris pour la maigre chère que leur
+fournirait la flore des pierrailles. Mais que serait-ce si les plantes
+étaient exposées à la pleine voracité d’animaux à jeun ! Sur la portion
+du hamâda qui est comprise entre les boucles de l’oued Mzab, la
+végétation est donc immunisée contre les herbivores par les « gras
+pâturages » de l’oued. Ce moyen préventif rappelle un procédé
+qu’utilisent les jardiniers pour garantir les carrés de légumes contre
+les limaces : ils y plantent quelques laitues, confiants que les
+Mollusques renonceront à toutes les autres plantes pour se porter vers
+la laitue.
+
+Malgré la proximité de l’oued, les conditions ne sont plus les mêmes
+autour du caravansérail de Zelfana, où de nombreuses bêtes de somme
+viennent boire et se reposer. Ici, toutes les plantes comestibles ont
+été éliminées pour ne laisser que celles qui sont réfractaires :
+_Thymelaea microphylla_ et _Artemisia Herba-alba_. Jamais un animal,
+quelque famélique qu’il soit, ne touche au _Thymelaea_. Quant au Chih,
+les chameaux en broutent les brindilles desséchées, dans les cas
+d’extrême détresse.
+
+On voit que la lutte est vive entre les animaux et les végétaux : l’eau
+manque dans le Sahara, et les animaux ne peuvent se la procurer qu’en
+dévorant les plantes. La sélection naturelle intervenant, ces dernières
+s’arment pour résister aux attaques de leurs ennemis. Toutefois le
+résultat final du conflit dépend de causes multiples : les plantes,
+organismes essentiellement passifs, ne peuvent opposer aux assaillants
+que des moyens dont l’efficacité varie avec l’état de jeûne ou de
+satiété des herbivores. Dans El Erg où la profusion du fourrage permet
+aux chameaux de faire bombance, toutes les plantes sabulicoles vivent
+côte à côte. Mais quand l’herbe est rare et que la lutte atteint par
+conséquent sa plus grande acuité, les espèces mal défendues finissent
+par être complètement exterminées. Il ne subsiste alors que les végétaux
+qui réussissent à se faire refuser : ceux qui sont trop durs ou trop
+épineux ; — ceux qui sont toxiques ; — enfin ceux qui se mettent sous la
+tutelle d’espèces bien armées. Rappelons aussi qu’un pâturage de bonne
+qualité immunise à distance les plantes médiocrement comestibles.
+
+En résumé, ces observations nous indiquent que le conflit des plantes et
+des herbivores joue un rôle important, et trop souvent négligé, dans la
+géographie botanique des pays peu fertiles.
+
+
+Pendant toute une journée nous remontons encore le cours de l’oued Mzab.
+Pour éviter ses nombreux lacets, nous marchons alternativement sur le
+hamâda avec ses malingres arbustes cendrés, et dans l’herbe presque
+verte qui garnit le lit de la rivière. Vers le soir nous voyons enfin
+apparaître, au fond de l’oued, les Palmiers d’El Ateuf, la première des
+villes du Mzab.
+
+Les Mzabites, ou Beni Mzab, descendent des Berbères, peuple qui habitait
+d’Algérie au moment de l’arrivée des Arabes. Refoulés par les
+envahisseurs musulmans, ils se réfugièrent dans le Sahara et fondèrent,
+au dixième siècle, une ville au S.-W. de Ouargla. Actifs et
+intelligents, leur ville fut bientôt prospère. Mais ils s’étaient
+convertis à une secte dissidente, celle des Kharedjites, partisans des
+assassins d’Ali, le gendre du Prophète ; les Arabes orthodoxes prirent
+prétexte de leur hérésie pour les déposséder et les chasser une seconde
+fois. La ville fut détruite, et au treizième siècle ils vinrent
+s’établir dans la Chebka. Ici, à l’abri de la formidable ceinture de
+stérilité que leur fait le désert pierreux, ils ont bâti sept villes
+florissantes, dont cinq se trouvent sur les rives de l’oued Mzab.
+
+Les vexations qu’ils ont si longtemps subies, et le mépris avec lequel
+les Arabes les traitent encore à l’heure actuelle, les ont rendus
+méfiants à l’égard des étrangers, quels qu’ils soient. Des cinq villes
+de l’oued Mzab, il n’y en a qu’une, Ghardaïa, où les étrangers puissent
+librement s’établir ; encore sont-ils cantonnés dans des quartiers
+distincts de ceux qu’habitent les Beni-Mzab. Dans les autres villes,
+aucun étranger — Arabe, Juif ou Européen — ne peut demeurer, ni
+seulement passer la nuit.... et quand nous arrivons à El Ateuf, à la
+nuit noire, nos guides nous font coucher à la belle étoile, dans le lit
+de l’oued.
+
+Le lendemain matin, nous examinons à loisir le curieux spectacle
+qu’offrent la ville et l’oasis. De même que les autres villes mzabites,
+El Ateuf est étagé en amphithéâtre sur la rive rocheuse. Les maisons
+blanches, cubiques, sont dominées par deux minarets carrés, qui penchent
+d’un façon menaçante. L’agglomération est entourée d’un mur de défense.
+
+Quant à l’oasis, elle est à peu prés continue sur une longueur d’environ
+vingt kilomètres. Elle commence à une lieue en aval d’El Ateuf et va
+jusqu’en amont de Ghardaïa. Mais elle n’a pourtant pas une grande
+superficie, et ne renferme en tout que cent-dix mille Palmiers. Les
+jardins forment deux étroites bandes qui bordent le lit de l’oued contre
+la base de l’escarpement. Leur produit ne suffit naturellement pas à
+faire vivre les cinquante mille habitants de l’oued. Ceux-ci sont
+d’ailleurs de piètres cultivateurs. L’état d’insécurité dans lequel ils
+ont vécu pendant des siècles a plutôt développé leurs aptitudes
+commerciales et financières ; ils s’expatrient en grand nombre pour
+aller faire le négoce et l’usure dans les villes de l’Algérie et de la
+Tunisie. Lorsqu’ils reviennent au pays avec un petit pécule, ils
+achètent des Palmiers et des Nègres. Officiellement la traite des
+esclaves est abolie, mais elle continue à être pratiquée en cachette, et
+ce sont presque uniquement des Noirs qui travaillent dans l’oasis.
+
+Les jardins du Mzab diffèrent beaucoup de ceux que nous avons vus
+jusqu’ici. A Biskra, les cultures sont arrosées par l’eau courante que
+fournit la rivière. (Voir p. 206). Dans l’oued Rirh, on a foré des puits
+dans la nappe artésienne qui représente le cours souterrain de l’ancien
+fleuve (voir p. 228) ; l’eau est abondante, elle coule sans effort et il
+suffit de la distribuer aux Palmiers. Enfin, dans El Erg, et en
+particulier dans le Souf (voir p. 245), les Dattiers sont plantés au
+fond de larges entonnoirs où leurs racines s’étalent dans le sable
+humide. Mais dans le lit, maintenant ensablé, que l’oued Mzab s’est
+taillé à travers le hamâda, il n’y a pas une goutte d’eau vive ; la
+nappe souterraine est trop peu puissante pour jaillir ; et trop profonde
+pour qu’on puisse creuser le terrain jusqu’à elle afin de mettre les
+racines des Dattiers en relation directe avec l’humidité.
+
+Les Mzabites font dans le sable des puits profonds de cinquante à
+quatre-vingts mètres. L’outre en cuir est attachée à une corde qui roule
+sur une poulie fixée à deux forts piliers en maçonnerie. Devant chaque
+puits, s’étend une piste rectiligne, dont la longueur est égale à la
+profondeur du puits. Un chameau, des mulets, des bourriquets ou des
+hommes sont attelés à la corde ; quand ils sont auprès de puits, le seau
+de cuir est descendu au fond ; ils marchent jusqu’au bout de la piste :
+l’outre est maintenant en haut, et un système ingénieux amène son
+renversement automatique. Et l’on recommence. L’eau s’écoule dans un
+bassin en plâtre, d’où des rigoles, également en plâtre, la conduisent
+aux Palmiers. Deux mille de ces puits sont nécessaires pour arroser les
+cultures. Tous les jours de l’année, du matin au soir, bêtes et gens
+font la même besogne uniforme. Quelle vie ! « Nul ne choisit sa
+destinée, » disent les Arabes ; « _mektoub_ », « c’est écrit ».
+
+De l’eau qu’on amène au pied des Palmiers, une partie seulement est
+absorbée par les racines ; le reste retourne à la nappe profonde d’où
+elle sera de nouveau ramenée à la surface. Par où s’alimente la nappe
+aquifère ? En hiver il y a généralement quelques pluies ; tous les
+quatre ou cinq ans, en moyenne, une averse survient et la rivière coule.
+Pendant quelques heures, l’oued Mzab contient de l’eau ! Phénomène
+exceptionnel, mais en prévision duquel les habitants ont pourtant établi
+des barrages entre les deux rives. De cette façon aucune goutte du
+précieux liquide ne quittera leur territoire : toute l’eau sera obligée
+de s’infiltrer dans le sable, où les outres iront la reprendre en temps
+opportun.
+
+Mais ici, comme à Ouargla, la provision souterraine de liquide s’épuise
+peu à peu. Beaucoup de puits sont taris, et le plus souvent on a beau
+les approfondir, on ne réussit pas à les revivifier. Entre El Ateuf et
+Bou-Noura, notamment, des centaines de Palmiers ont déjà succombé.
+
+Nous voici donc, marchant sur le sable de l’oued, d’El Ateuf à Ghardaïa.
+La vallée est bordée partout de deux hautes murailles rocheuses que le
+frottement séculaire des grains de sable a lissées comme si un glacier y
+avait passé. On a de la peine à se figurer qu’on est en plein Sahara ;
+celle gorge profondément encaissée rappellerait plutôt certains sites du
+Tyrol, s’il n’y avait pas les éternels Dattiers, énormes plumeaux à long
+manche, dont le vent secoue pitoyablement les palmes échevelées. Au
+Tyrol, aussi, de l’eau murmurerait dans la rivière ; ici, on n’entend
+que le grincement strident des poulies.
+
+
+Nous séjournons à Ghardaïa pendant deux jours, consacrés à des
+promenades dans l’oasis et sur le hamâda. Nous licencions les chameliers
+qui nous ont accompagnés depuis Tougourt, et nous les remplaçons par des
+Châmba qui iront avec nous à Laghouat.
+
+Mon compagnon, M. Lameere, va principalement dans le désert avec un
+entomologiste, M. Bayonne, le percepteur des postes de Ghardaïa. De mon
+côté, je rode dans l’oasis et dans l’oued Mzab.
+
+Ghardaïa est une ville de trente-cinq mille habitants, où aboutissent
+les caravanes que les Mzabites envoient à Ouargla, en Tripolitaine, dans
+le Gourara et vers les régions du Sahara central. Il y a donc toujours
+d’innombrables chameaux autour de la ville, et, en toute saison, des
+centaines de tentes sont dressées dans l’oued. Voyons comment la flore a
+été modifiée par cette affluence de chameaux.
+
+D’ici à Beni-Isguen, une autre ville très commerçante, située à une
+lieue en aval de Ghardaïa, le lit de l’oued est occupé par des sédiments
+argileux, légèrement salés, le terrain de prédilection du Guetaf
+(_Atriplex Halimus_) et des autres Salsolacées. Il est logique de
+supposer qu’anciennement ces végétaux abondaient ici. Pourtant on n’en
+voit pas un à l’heure actuelle : trop d’herbivores parcourent l’oued
+pour que des plantes aussi mal défendues aient été capables de se
+maintenir. Le sol porte exclusivement le Harmel (_Peganum Harmala_), une
+Zygophyllacée sur laquelle nous n’avons pas encore appelé l’attention,
+bien que nous l’ayons rencontrée dans le désert alluvial, au Sud de
+Biskra. Elle y vit par pieds isolés au milieu des autres plantes du
+reg ; mais ces individus étouffés par la végétation concurrente, restent
+toujours assez malingres. Ce sont les chameaux qui se chargent de les
+débarrasser de leurs compétiteurs : le _Peganum Harmala_ est à peu près
+la seule plante des alluvions argileuses qui ne soit pas mangeable ; il
+bénéficie de l’aversion insurmontable que son odeur inspire aux animaux.
+Aucun Mammifère, pas même l’Ane ni le Mouton, ne broute une herbe aussi
+puante. Il en résulte que dans les pays argileux très fréquentés, les
+troupeaux détruisent les autres plantes, mais respectent de commun
+accord le Harmel. La sélection très active qu’opèrent les herbivores,
+tourne, comme on le voit, à leur propre désavantage autant qu’à celui
+des plantes fourragères. A partir du moment où le Harmel reste seul
+maître du terrain, il s’étale, il se prélasse, et forme de magnifiques
+touffes auxquelles pas une feuille ne manque, toutes couvertes de fleurs
+blanches.
+
+On dirait vraiment que le lit de l’oued Mzab est un vaste champ de
+Harmel, soigneusement entretenu, où l’on ne tolère aucune « mauvaise
+herbe ». Les chameaux s’y promènent d’un air mélancolique, sans pouvoir
+donner un coup de dents. Si d’aventure quelque plante étrangère essaie
+de s’y installer, les chameaux s’empressent de l’extirper, comme si un
+esprit malfaisant condamnait les pauvres bêtes à sarcler sans relâche, à
+enlever tout ce qui risquerait de faire du tort au Harmel détesté.
+
+Dans les crevasses des murailles rocheuses qui bordent l’oued, des
+_Capparis spinosa_ ont pris racine. Le Caprier est, de tous les arbustes
+du désert, celui qui a les plus grands organes foliaires : ses feuilles
+arrondies ont un diamètre de 4 à 5 centimètres. Afin d’éviter la
+transpiration excessive, le _Capparis_ met ses feuilles verticalement :
+dans cette position l’échauffement est moindre, et, surtout, la
+chlorovaporisation est diminuée. Les feuilles sont alternes, avec une
+divergence de 2/5. Pour amener les limbes dans la situation verticale,
+les pétioles sont obligés de se courber et de se tordre. Comme les
+rameaux décombants ont les directions les plus variées, les feuilles ne
+peuvent pas toutes effectuer leur redressement de la même façon. La
+feuille est laissée à son initiative personnelle, et l’observation
+montre que dans chaque cas particulier le mouvement s’exécute par la
+voie la plus courte, — en d’autres termes, avec un minimum d’efforts.
+Dans les portions dressées des rameaux, c’est uniquement par les
+mouvements du pétiole que la feuille s’oriente vis-à-vis de la lumière ;
+dans les parties horizontales et obliques, l’axe lui-même se tord, et le
+rameau devient dorsiventral avec des feuilles qui ont presque l’air
+d’être distiques[7].
+
+
+Avec M. le capitaine Cauvet, commandant du poste de Ghardaïa, nous
+faisons une intéressante promenade dans la Pépinière de la garnison. Le
+commandant, grand amateur de plantes, essaie de cultiver des espèces
+très variées, mais rares sont celles qui réussissent à croître malgré le
+climat. Il nous raconte ses déboires : « Les ardeurs de l’été, les
+gelées de l’hiver, la sécheresse de l’air en toute saison, la salure de
+l’eau, enfin, malgré les multiples puits, le manque perpétuel de
+liquide : à un pareil ensemble de conditions désastreuses, bien peu de
+plantes sont capables de résister. — Tenez, nous dit notre guide,
+regardez ces Figuiers de Barbarie ; ce sont pourtant des plantes
+habituées à vivre dans le désert. Ils ne venaient pas mal et avaient
+atteint une hauteur de plus d’un mètre. Par malheur, le puits qui arrose
+cette partie du jardin est à sec depuis quelques semaines ; voyez
+maintenant l’effet de la sécheresse : les raquettes de l’_Opuntia_ sont
+vides, flasques, ratatinées. — Nous avions un arbre, un seul, un
+_Eucalyptus_ : l’hiver dernier, une tempête l’a brisé. — En somme, les
+plantes de la Pépinière coûtent beaucoup plus cher que si dès l’origine
+on les avait fabriquées en métal ».
+
+
+De nouveau en route à travers la Chebka. Depuis que nous avons quitté
+Ghardaïa, le pays a une autre allure que sur l’immense plateau, à
+ondulations peu sensibles, qui règne entre Ouargla et le Mzab. D’ici à
+Settafa, le plateau a été fortement raviné par les eaux courantes, — à
+l’époque où il y avait de l’eau dans le Sahara. Les anciens oued, très
+rapprochés les uns des autres, sont dépourvus de berges distinctes ;
+leurs rives sont doucement inclinées depuis le fond jusqu’au sommet des
+gour, dont les moins démantelés sont encore couronnés par une large
+table plate, indiquant le niveau initial de la contrée. (Voir phot. 18).
+Nous passons obliquement d’une rivière tarie à l’autre, par les cols qui
+séparent les gour.
+
+Les roches ne contiennent guère de quartz ; c’est à peine si l’on
+rencontre un peu de sable dans le lit des oued les plus profonds, par
+exemple à Ourhirlou, où nous passons la première nuit. Les éclats de
+pierre gardent donc leurs angles coupants, sans aucune trace de l’usure
+caractéristique que détermine le choc des grains quartzeux. La
+désagrégation de la pierre laisse sur le sol une matière argileuse, non
+mélangée de sable. Rien d’étonnant à ce que l’aspect de la flore soit
+également changé. Les Graminacées, sabulicoles, ont disparu ; et si nous
+trouvons encore quelques-unes des plantes que nous avons notées
+précédemment (_Deverra chlorantha_, _Anabasis articulata_, _Gymnocarpon
+fruticosum_, _Marrubium deserti_, _Artemisia Herba-alba_), plusieurs
+espèces nouvelles, toutes frutescentes, viennent s’y ajouter : l’_Ononis
+angustissima_, un arbrisseau glutineux, presque aphylle, à fleurs
+jaunes ; — le _Linaria fruticosa_, spinescent, avec de toutes petites
+feuilles rhomboïdales ; — l’_Antirhinum ramosissimum_, dont les feuilles
+sont réduites à presque rien ; — le _Haloxylon articulatum_, une
+Salsolacée aphylle, à rameaux très grêles et cassants, gris, bruns,
+cendrés ou rougeâtres, mais jamais verts. C’est cette dernière plante,
+le Remts des Arabes, qui domine.
+
+Pendant les premières heures de marche, quand nous sommes encore près de
+Ghardaïa, ces diverses espèces sont reléguées loin du chemin, au fond
+des oued, où elles forment un léger duvet d’une teinte indéfinissable.
+Le long de la route, il n’y a absolument pas autre chose que le _Peganum
+Harmala_. Grâce à la structure argileuse du sol, et avec la complicité
+des chameaux, le Harmel a supplanté toutes les autres espèces. Mais plus
+loin de la ville, la lutte est moins âpre et on voit apparaître
+timidement le _Haloxylon_, le _Linaria_, etc.
+
+
+Deux jours après avoir quitté Ghardaïa, nous sommes à Berrîan, une ville
+mzabite, sur l’oued Soudan. Le fils du caïd nous promène à travers
+l’oasis, qui est la plus riche et la plus variée de toutes celles que
+nous avons vues dans le Sahara. Outre des Abricotiers, des Vignes, des
+Figuiers, des Grenadiers, elle contient environ trente mille Palmiers,
+et est arrosée par quatre cents puits, qui ont une quarantaine de mètres
+de profondeur. Elle a, de plus, l’avantage d’être irriguée par l’oued,
+d’une façon intermittente, il est vrai. « L’oued Soudan, nous dit notre
+guide, — et il semblait caresser les mots avant de les prononcer, —
+l’oued Soudan n’est pas un de ces misérables oued qui ne contiennent de
+l’eau que de loin en loin : le nôtre coule chaque hiver ». Était-il fier
+de vanter la prodigalité de son oued ! Pour ne pas lui faire de la
+peine, nous nous sommes gardés de lui dire qu’il existe au monde, des
+pays, encore plus favorisés que Berrîan, où les rivières coulent même en
+été.
+
+Des barrages empêchent que l’eau n’aille se perdre au-delà de l’oasis ;
+elle s’amasse dans de vastes réservoirs d’où elle est conduite à travers
+les plantations. Quand nous passons à Berrîan (le 28 mai) les bassins
+sont déjà vides, et les poulies des puits grincent toutes.
+
+Le fils du caïd ne nous fait pas grâce du moindre coin de l’oasis ; il
+faut tout voir, tout admirer. « N’est-il pas vrai, dit-il, que c’est
+tout à fait une forêt ? » Çà, une forêt ! ces colonnes écailleuses,
+toutes semblables, surmontées de longues palmes régulières ; ces carrés
+d’ognons ou de carottes auxquels on mesure rigoureusement chaque jour la
+ration de liquide ; ces champs hérissés de chaumes d’orge, qui, n’étant
+plus irrigués, ne nourrissent même plus une mauvaise herbe. Notre
+cicerone n’a jamais vu de forêt ; sinon comment oserait-il désigner du
+même terme, les plantations de Dattiers où l’on cherche en vain de
+l’ombre, et la forêt équatoriale, si touffue que le sentier est un
+tunnel creusé en pleine verdure, où jamais un rayon de soleil ne filtre
+jusqu’aux herbes du sous-bois pour sécher les perles liquides qui
+brillent sur toutes les feuilles, où l’on se sent cuire à l’étouffée,
+tandis qu’ici nous regardons de temps en temps nos mains pour nous
+assurer que la peau n’est pas encore grillée.
+
+
+Un spectacle inattendu, une de ces rencontres qui font époque dans un
+voyage. Pour la première fois depuis deux mois, nous voyons aujourd’hui
+un arbre dans le désert, — non pas un plumeau en zinc, comme l’est un
+Dattier, — mais un arbre avec un tronc, des branches et des feuilles, —
+en un mot, un arbre.
+
+Nous étions partis ce matin de Berrîan, par un vent du Nord terriblement
+froid, quoique le thermomètre marquât 15°. Brusquement, après avoir
+contourné un gara, nous apercevons un large fond, tout couvert de Chih
+(_Artemisia Herba-alba_) au milieu duquel se dresse l’arbre. Nous le
+reconnaissons sans peine à la description qu’en font les voyageurs.
+C’est le Betoum (_Pistacia atlantica_) ; son tronc n’a que trois mètres
+de hauteur et est couronné par une cime arrondie. Les yeux fixés sur
+l’arbre, d’instinct, nous poussons de ce côté nos montures ; puis nous
+descendons de mulet pour le voir de tout près. Nous tournons autour du
+tronc, nous le caressons. C’est pour nous une grande joie de nous mettre
+sous l’arbre, et d’avoir de nouveau à lever la tête pour examiner des
+feuilles, nous qui étions restés si longtemps sans voir autre chose que
+des herbes et des broussailles basses. La face inférieure de la cime est
+tout à fait plate : on voit exactement jusqu’où les chameaux peuvent
+tendre le cou pour brouter les feuilles. Celles-ci sont pennées,
+luisantes, d’un vert foncé.
+
+
+Sur les rochers de Settafa, nous récoltons les premiers lichens que nous
+ayons vus depuis Biskra. L’absence de végétaux lithophytes[8] s’explique
+sans peine dans un pays où la pluie est un phénomène exceptionnel, et où
+l’insolation fait monter la température superficielle des rochers à 70°
+ou 80°. On s’étonne un peu, au premier abord, de l’absence de lichens
+terrestres et épiphytes. Mais nous avons fait déjà remarquer la rareté
+des Champignons ; quant aux Algues aériennes, elles manquent
+totalement : même sur les confins du Sahara, dans les oasis de Biskra,
+de Laghouat, de Messaad et de Bou-Saada, il n’y a pas sur les Palmiers
+la moindre Protococcacée. Les lichens ne peuvent donc se multiplier que
+par des sorédies : les spores ne sont pas aptes à refaire un lichen,
+puisqu’elles ne trouveront pas la compagne verte indispensable.
+
+
+Les vallées creusées dans le plateau rocheux deviennent moins profondes
+et plus larges. Nous sommes à la limite de la Chebka et de la région des
+daya. Deci delà, dans les fonds les plus étendus, de l’argile a été
+amenée par les eaux ; la flore y présente un caractère spécial, dû
+surtout à la présence de Betoum, de Jujubiers (_Zizyphus Lotus_), de
+_Zilla macroptera_, et de Papilionacées aphylles, à fleurs jaunes :
+_Coronilla juncea_ var. _Pomeli_ et _Retama sphaerocarpa_.
+
+A partir du chott Melrhir où nous étions au-dessous du niveau de la mer,
+nous avons monté sans discontinuer, et nous nous trouvons à présent à
+l’altitude de 700 mètres. La pluie qui tombe sur le plateau rocheux,
+complètement imperméable, ruisselle à la surface et va se collecter dans
+des dépressions à peine indiquées, où elle dépose ses sédiments fins. On
+donne à ces cuvettes argileuses le nom de _daya_. Dans le paysage, en
+apparence plat, les daya ne se marquent que par les bouquets de Betoum.
+
+
+Nous traversons la région des daya pendant trois jours, de Settafa à
+Laghouat. D’ordinaire les daya sont verdoyants en cette saison : les
+pluies d’hiver ont fortement mouillé l’argile, et les chameaux y
+trouvent une herbe abondante. Mais les deux derniers hivers n’ont donné
+que des précipitations atmosphériques insuffisantes. Au caravansérail de
+Tilremt, on se plaint amèrement de la sécheresse : « Voilà deux hivers
+de suite que nous labourons le daya et que nous semons de l’orge. Puis,
+il ne pleut jamais, et rien ne lève ».
+
+Le daya de Tilremt est l’un des plus étendus de toute la région. D’après
+le Guide Joanne (_Algérie et Tunisie_, éd. de 1896, p. 86) il a « une
+superficie de 103 hectares et contient environ 2,400 betoums et une
+grande quantité de jujubiers sauvages qui protègent la crue des betoums
+quand ils sont jeunes... » Cela a pu être vrai jadis, mais nous avons
+cherché en vain de jeunes Betoum. Ici, comme dans tous les autres daya,
+il n’y a, à l’heure actuelle, que des arbres adultes, pouvant absorber
+par leurs longues racines l’eau qui reste encore dans la profondeur de
+la nappe d’argile. Quant aux jeunes plantes, dont les organes
+souterrains ne parviennent pas jusqu’à l’argile humide, elles sont
+impitoyablement sacrifiées par la sécheresse. Si, comme tout le fait
+supposer, l’aridité du Sahara va toujours en augmentant, nous assistons
+ici à la destruction locale d’un arbre sous la seule influence du milieu
+naturel. Certes, nous connaissons pas mal de flores qui ont été décimées
+(p. ex. à Ste-Hélène et à la Nouvelle-Zélande), mais c’est l’homme qui
+est le coupable. Au contraire, l’extinction du _Pistacia atlantica_
+présente le caractère, tout à fait exceptionnel, d’être uniquement
+l’effet du climat.
+
+Nous avions le fol espoir d’herboriser dans le daya. Au lieu de la
+prairie que tous les voyageurs décrivent, nous trouvons sous les Betoum
+et les Jujubiers, la terre dure et sèche comme une aire de grange. Les
+_Asteriscus pygmaeus_ (voir p. 215), tous également vieux et racornis,
+témoignent des pluies passées ; mais aucun de ces exemplaires n’a vécu
+l’hiver dernier. La seule plante herbacée est le _Francoeria crispa_,
+une petite Compositacée à capitules jaunes, couverte d’un feutrage de
+poils cendrés. Sur le tronc des Betoum, une gomme-résine, le mastic,
+forme de longues coulées blanchâtres. On dirait que l’arbre pleure la
+fin prochaine de sa race..., mais ses larmes se figent aussitôt dans
+l’aridité de l’air.
+
+
+Le cinquième jour de marche depuis Ghardaïa : toujours le pays plat,
+avec un duvet grisâtre, à peine perceptible. Voici la liste complète des
+espèces que nous cueillons en une heure.
+
+ Aristida obtusa ♃.
+
+ Stipa gigantea ♃.
+
+ *Haloxylon articulatum ♄.
+
+ Noaea spinosissima ♄.
+
+ *Anabasis articulata ♄.
+
+ Peganum Harmala ♃.
+
+ Asteriscus pygmaeus ☉.
+
+ *Artemisia Herba-alba ♄.
+
+Les trois plantes marquées d’une astérisque sont les plus répandues.
+
+Toutes sont presque mortes de soif. De la Rose de Jéricho, il n’y a que
+des échantillons des années précédentes.
+
+Nos chameaux n’ont plus rien mangé depuis cinq jours. La bosse leur a
+fondu sur le dos. Quand nous passons dans un daya, ils se jettent sur
+les Jujubiers, et sans plus se soucier de l’armure d’épines qui défend
+les rameaux, ils broutent, broutent avec frénésie. Les malheureuses
+bêtes ont les lèvres en sang, mais elles continuent à manger.
+
+Devant nous s’étale un fond limoneux tout garni de fleurs jaunes-
+orangées. C’est l’_Anvillaea radiata_, une Compositacée frutescente à
+poils blanchâtres, dont les capitules sont insérés dans les bifurcations
+des branches. Enfin ! les chameaux vont pouvoir manger ! Abdallah secoue
+la tête. « Cette plante-ci et le Harmel, dit-il, c’est _kif kif_ pour
+les chameaux ». Effectivement, les animaux flairent la plante, font la
+grimace, et, dégoûtés, relèvent leur long cou. Nous goûtons les feuilles
+de l’_Anvillaea_ : elles sont âcres et amères. Cette large dépression,
+qui ressemblait à une prairie, fournit à nos bêtes, en fin de compte,
+des Jujubiers et quelques rares _Lygeum Spartum_, une Graminacée dont
+les feuilles jonciformes, piquantes, fibreuses, tenaces, sont employées
+à faire des sparteries, mais ne constituent qu’un fort maigre régal pour
+des animaux harcelés par la faim.
+
+
+Nous sommes témoins, aujourd’hui, de curieux phénomènes météorologiques.
+Pendant la matinée, l’air est d’un calme absolu. Le mirage fait
+apparaître partout des flaques dans lesquels se mirent les têtes rondes
+des Betoum. Puis des trombes de poussière jaune se mettent à parcourir
+le désert. Elles reposent sur le sol par une base assez large ; plus
+haut elles se rétrécissent, pour s’élargir finalement en forme
+d’entonnoir très évasé. Nous nous étonnons, au début, de la lenteur avec
+laquelle elles se déplacent. Simple effet de l’éloignement du phénomène
+et de la platitude infinie du désert : nous ne nous rendons compte, ni
+de la distance des trombes, ni du trajet qu’elles effectuent. Une de ces
+colonnes de poussière passe à travers la caravane : la vitesse est si
+grande, et le tourbillonnement si intense, que nous pouvons à
+grand’peine garder notre équilibre sur les mulets.
+
+Dans l’après-midi, le ciel se couvre de nuages. Ce n’est d’abord qu’une
+multitude de points blancs, tout juste perceptibles, immobiles dans
+l’azur. Chaque point grandit d’une façon régulière. A présent, ce sont
+autant de flocons, uniformément distribués dans le ciel. Leur base est
+plane, comme s’ils flottaient sur de l’air horizontal et calme ; les
+condensations successives de vapeurs se font uniquement sur les bords et
+sur la face supérieure mamelonnée. Les taches blanches s’étalent ; elles
+joignent leurs bords ; elles forment un voile continu qui devient de
+plus en plus opaque. Tout à coup le _nimbus_ se résout en pluie : le
+ciel est strié de longues zébrures verticales qui descendent du nuage.
+Oh bonheur ! Les _Haloxylon_, les _Anabasis_, les _Artemisia_, réduits à
+de lamentables brindilles grises, pourront enfin reverdir ; les plantes
+vont être récompensées de l’obstination qu’elles ont mise à ne pas
+mourir de soif ; une seule forte pluie suffira pour rendre la vie aux
+daya agonisants. Hélas ! l’averse tant désirée ne tombe pas. Cette pluie
+que nous voyons rayer le ciel n’atteint pas le sol : les gouttes
+s’évaporent dans l’air trop chaud qu’elles ont à traverser.
+
+Quel pays de déceptions ! Quand de l’herbe s’offre aux chameaux, elle
+n’est pas mangeable. Le lac où se reflète l’horizon n’est qu’un fantôme,
+un caprice du soleil ; dernier désappointement, la pluie, pourtant
+réelle, n’arrose que l’air.
+
+
+Une dernière journée de pèlerinage avant Laghouat. Ce matin nous avons
+quitté le caravansérail de Nili, où il n’y a d’autre liquide que l’eau
+de ruissellement, captée au moyen de barrages et accumulée dans de
+grands réservoirs.
+
+Quand le jour se lève, nous apercevons à l’horizon les cimes du djebel
+Amour et des montagnes des Ouled Naïl, ramifications du Grand Atlas. La
+vue des montagnes nous rend courage. D’ailleurs le pays n’a plus un
+aspect aussi déshérité que les jours précédents. L’Alfa (_Stipa
+tenacissima_) et le _Lygeum Spartum_ commencent à s’ajouter au Chih
+(_Artemisia Herba-alba_), au Remts (_Haloxylon articulatum_) et à
+l’_Anabasis articulata_. Les deux Graminacées se ressemblent beaucoup
+avec leurs feuilles glauques et raides. Plus tard se montrent encore
+l’_Artemisia campestris_, le _Linaria fruticosa_, le _Teucrium Polium_
+et le _Marrubium deserti_.
+
+Près de Laghouat, la flore change une dernière fois : le pays est
+sablonneux ; de plus, la végétation est en conflit avec les nombreuses
+caravanes qui viennent à Laghouat. Il n’y a ici que des plantes
+protégées d’une façon quelconque contre les herbivores. L’_Echinops
+spinosus_ et l’_Acanthyllis tragacanthoides_ possèdent des épines.
+L’_Echinops_ a des piquants à tous les segments foliaires, et la tête de
+capitules est elle-même garnie de très fortes épines blessantes.
+L’_Acanthyllis_ est un arbrisseau de la famille des Papilionacées ; les
+rachis s’indurent après la chute des folioles, et constituent sur les
+anciens rameaux une effrayante armure d’épines blanches, à l’abri
+desquelles les bourgeons axillaires se développent en toute sécurité.
+Mais ni l’une ni l’autre de ces deux plantes ne peut repousser l’assaut
+de bêtes exaspérées par le jeûne. Aussi ne subsiste-t-il finalement que
+les plantes protégées par des matières chimiques : _Thymelaea
+microphylla_, _Peganum Harmala_, _Euphorbia Guyoniana_, _Citrullus
+Colocynthis_, _Artemisia campestris_, _A. Herba-alba_.
+
+
+
+
+ =4. — Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna.=
+
+
+En cette saison, il fait déjà trop chaud pour se mettre en voyage. Tous
+les chameaux de Laghouat sont aux champs, et ce n’est qu’au bout de
+trois jours que nous parvenons à nous procurer les bêtes de somme qui
+nous sont nécessaires. Les mulets sont encore plus introuvables. Nous
+remplacerions volontiers ceux qui nous ont accompagnés depuis Biskra ;
+voici un mois que les malheureux nous portent à travers le Sahara, sans
+jamais manger à leur faim. Malgré toutes ses démarches, Abdallah ne
+trouve qu’un seul mulet frais ; les deux autres traîneront la patte avec
+nous pendant encore une douzaine de jours.
+
+Nous employons le repos forcé à battre le pays aux environs de la ville.
+Ainsi qu’il a été dit, les sables et les alluvions ont une flore
+extrêmement pauvre. Il n’en est pas de même de la colline rocheuse où se
+trouve le poste optique, au Sud de la ville. Elle est trop escarpée pour
+que les chameaux puissent la gravir. Les plantes sabulicoles et les
+chasmophytes (voir la note, p. 312) y vivent en mélange.
+
+Citons parmi ces dernières, le _Rhus Oxyacantha_, arbrisseau épineux qui
+a tout à fait le port et le feuillage d’une Aubépine, l’_Olea europaea_
+sauvage, et le _Zollikofferia spinosa_. Celui-ci est très curieux ; il
+n’a qu’un petit nombre de feuilles basilaires qui sont déjà flétries au
+moment de la floraison ; de même que chez le _Statice pruinosa_ (voir p.
+259), ce sont les pédoncules verts qui sont chargés de l’assimilation.
+L’inflorescence est ramifiée en fausses dichotomies. Les rameaux sont
+très nombreux ; la plupart sont stériles : au lieu de porter un
+capitule, ils se terminent en épine. La plante toute entière a l’aspect
+d’une grosse pelote, ayant jusque quarante centimètres de diamètre ;
+elle est constituée en majeure partie par les branches desséchées des
+années précédentes, entre lesquelles se faufilent les rameaux récents ;
+quelques capitules sont piqués sur la pelote.
+
+Sur les éboulis à la base de l’escarpement, croît une plante qui est
+particulière à ces stations : l’_Echiochilon fruticosum_, une
+Boraginacée ligneuse à fleurs bleues.
+
+
+Laghouat est trop élevé (alt. 746 m.) et trop septentrional, pour que
+les bonnes dattes puissent y mûrir. L’oasis, arrosée par l’oued Mzi, ne
+contient que 15,000 Dattiers, appartenant à des variétés peu estimées.
+La végétation arborescente est formée, pour une grande part, de
+Figuiers, de Grenadiers, et surtout d’Abricotiers. On plante aussi
+beaucoup de légumes. L’abondance de l’eau a permis de cultiver de l’orge
+sur un millier d’hectares, dans une grande plaine limoneuse. Sans doute
+pour protéger l’oasis contre le vent, on a mis à la bordure un rideau de
+_Populus pyramidalis_, qui font un piteux effet par-dessus les Palmiers.
+
+Nous visitons l’oasis avec un agent de police arabe, qui nous fait
+ouvrir toutes les portes. La flore adventive est peu importante. En
+somme, ce qui nous intéresse le plus, c’est la variété des vieux pots et
+des crânes de chevaux qui sont fichés sur des pieux à l’entrée de chaque
+jardin, « pour écarter le mauvais œil », prétend notre guide.
+
+
+Nous avons de nouveau enfourché nos mulets. Les deux premières journées
+sont employées à franchir l’espace qui nous sépare de Messaad, près de
+l’extrémité occidentale du djebel Bou Kaïl, un rameau du Grand Atlas.
+Nous sommes sur un plateau légèrement ondulé, portant quelques bouquets
+de Betoum et de Jujubiers. La végétation est la même que dans la région
+des daya : Alfa, Chih, Remts, _Anabasis_. Le voisinage des montagnes,
+amenant des pluies plus fréquentes, se manifeste par les nombreux
+ruisseaux. Les rochers sont moins nus. Leur surface porte quelques
+lichens, mais pas encore de Bryophytes ni de Phanérogames. Dans les
+crevasses, la flore est également plus abondante qu’en plein désert ; il
+y a, par exemple, de volumineuses touffes de _Zollikofferia spinosa_.
+
+Ce pays n’est plus à proprement parler le Sahara. Nous sommes à la
+limite entre le Grand Désert et les steppes des hauts-plateaux de
+l’Atlas. Au bord des oued, il y a des buissons d’_Arundo Donax_ et de
+Laurier-rose (_Nerium Oleander_). Le Dattier y trouve des conditions
+favorables à son existence. Mais on remarque tout de suite que ces
+_Phoenix dactylifera_, croissant le long des ruisselets, ne sont pas des
+exemplaires spontanés, ni même naturalisés, mais simplement des
+individus issus de graines accidentelles : ils restent petits, sans
+tronc, avec une foule de pousses qui naissent du pied. Ils vivent, mais
+ne fleurissent jamais.
+
+
+Un autre fait montre d’une façon encore plus évidente que nous sommes à
+la lisière du Sahara : quand on se lève le matin, on constate qu’une
+infinité de fruits de plantes annuelles se sont accrochés à la
+couverture : ce sont des _Ægilops_ ; de nombreux _Medicago_ ; l’_Emex
+spinosa_[9] ; le _Daucus pubescens_ et d’autres Ombellacées ; des
+Compositacées indéterminables ; enfin, le _Sclerocephalus arabicus_,
+Caryophyllacée dont les capsules indéhiscentes sont entourées de fortes
+bractées qui portent les crochets.
+
+Dans le Sahara, les fruits accrochants ne seraient d’aucune utilité :
+les Mammifères, dans les poils desquels les fruits sont destinés à
+s’attacher, sont beaucoup trop rares, et les plantes ne peuvent pas
+compter sur leur aide pour effectuer la dissémination. Nous n’avons vu
+dans le désert que deux plantes dont les fruits fussent pourvus de
+crochets : _Limoniastrum Feei_ et _Neurada procumbens_. Ajoutons-y le
+_Forskahlea tenacissima_, une Urticacée ligneuse ; ses rameaux se
+désarticulent facilement, et comme ils sont garnis de poils raides,
+crochus, ils se fixent dans les poils des animaux ; les fragments
+s’enracinent quand ils tombent par terre.
+
+D’autre part, il n’y a pas dans le désert d’oiseaux frugivores en
+quantité appréciable, et l’on n’y rencontre pas non plus de plantes à
+fruits charnus. Il ne reste donc, pour opérer la dissémination, que le
+vent et — quelque invraisemblable que cela paraisse — la pluie. Outre la
+Rose de Jéricho (_Asteriscus pygmaeus_) et la Main de Fatma (_Anastatica
+hierochuntica_) (voir p. 215), il y a encore d’autres plantes chez
+lesquelles les graines ne sont mises en liberté que par la pluie :
+telles sont les capsules des _Fagonia_ et des _Zygophyllum_, qui ne
+s’ouvrent que par l’humidité.
+
+Le vent est incontestablement le principal agent de dissémination.
+Signalons quelques types chez lesquels les organes de transport sont
+particulièrement développés : l’_Ephedra alata_, dont les graines sont
+entourées de bractées scarieuses ; — les _Aristida_ dont le fruit est
+surmonté d’une longue arête trifide et plumeuse, dépendant de la
+glumelle inférieure ; — les _Salsola_, le _Haloxylon articulatum_, le
+_Noaea spinosissima_, dont le calice ailé fait un parachute au fruit ; —
+le _Calligonum comosum_, avec un fruit pourvu de longues émergences
+rousses, rameuses ; — les _Farsetia_ et le _Henophyton deserti_ dont les
+graines plates sont entourées d’une large aile blanche ; — le _Zilla
+macroptera_ qui a des silicules indéhiscentes pourvues de quatre ailes
+longitudinales ; — le _Cleome arabica_ à graines globuleuses, longuement
+velues ; — les _Erodium_ et le _Monsonia nivea_ avec leur longue arête
+soyeuse ; — les _Tamarix_ et le _Daemia cordata_ aux graines plumeuses ;
+— l’_Anthyllis sericea_ dont la gousse est contenue dans le calice
+ballonné ; — citons, enfin, pour terminer cette énumération, le
+_Marrubium deserti_ : son calice, au lieu d’avoir les crochets ou les
+pointes qui existent chez la plupart des espèces, a le limbe largement
+étalé en forme de parachute.
+
+
+Depuis Messaad jusqu’au-delà d’Aïn-Soltan, nous longeons pendant deux
+jours le versant méridional du djebel Bou Kaïl, à l’altitude d’environ
+1200 m. Dans les oasis, les Abricotiers et les Figuiers ont complètement
+supplanté les Dattiers. Au lieu d’Orge, on cultive ici un Froment à
+longues barbes. La brièveté de sa période de végétation fait de l’Orge
+la céréale qui convient, par excellence, aux pays tels que la Sahara, où
+la sécheresse vient bientôt mettre un terme à la végétation, et le nord
+de la Norvège, où l’été est fort court. Mais ici, près des montagnes, on
+a de l’eau, même en été, et le Froment est cultivé avec succès.
+
+Le pays est tout aussi monotone qu’El Erg ou la Chebka. A gauche et à
+droite, des montagnes ; devant nous, derrière nous, la steppe d’Alfa à
+perte de vue, glauque et triste (Voir phot. 16). Dans les fonds, du
+Chih, du Zeita, de gros buissons de _Retama sphaerocarpa_, portant une
+multitude de fleurs jaunes sur leurs rameaux minces. C’est seulement
+dans les crevasses des rochers qu’on aperçoit une plante réellement
+verte : le _Periploca angustifolia_, une Asclépiadacée ligneuse, formant
+des buissons irréguliers, d’un vert foncé. Vu aussi un Olivier qui a été
+planté sur la tombe d’un saint marabout. L’arbre est sacré ; tous les
+passants accrochent à ses branches soit un lambeau de leur vêtement,
+soit une tresse d’alfa.
+
+
+A la source d’El Bordj, non loin de Messaad, nous récoltons deux plantes
+qui en elles-mêmes n’offrent aucun intérêt, mais dont la présence
+indique d’une façon formelle que nous allons sortir du Grand Désert :
+_Adiantum Capillus-Veneris_ et une Orchidacée fructifiée, probablement
+un _Ophrys_. Il n’y a pas, dans tout le Sahara, une seule Fougère, ni
+une seule Orchidacée. L’absence des Fougères, ainsi que des
+Ptéridophytes en général, et des Bryophytes, s’explique par le fait que
+ces plantes ont trop peu de chances de se reproduire. En effet, la
+fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de la pluie : quel
+autre agent serait capable d’amener les spermatozoïdes dans le voisinage
+de l’archégone et de leur fournir la gouttelette liquide nécessaire à la
+natation ?
+
+Il est probable pourtant qu’à une époque géologique toute récente, ces
+végétaux habitaient le territoire occupé maintenant par le désert. Les
+vestiges si frappants de l’érosion par les cours d’eau (oued Rirh, oued
+Mya, oued Mzab) témoignent de l’humidité de l’ancien climat. Mais à la
+suite de nous ne savons quelle perturbation, le climat s’est transformé,
+et une aridité croissante s’est substituée aux pluies de jadis. A mesure
+que la sécheresse faisait des progrès, la flore perdit les éléments qui
+avaient le plus grand besoin d’humidité, c’est-à-dire les plantes
+aquatiques, ainsi que les arbres forestiers et les plantes qui vivaient
+à leur ombre : Bryophytes, Ptéridophytes, Aracées, Scitaminées,
+Orchidacées, Amentinées, Mélastomacées, Gesnéracées, Acanthacées. Les
+lianes, les épiphytes et les épiphylles furent également détruites.
+
+On voit qu’aucun des groupes qui comptent le plus de représentants dans
+la flore équatoriale n’a subsisté dans le désert. Or celui-ci touche,
+d’une part à la région forestière équatoriale, d’autre part à la région
+méditerranéenne. Ce ne sont certes pas les espèces forestières, adaptées
+à l’humidité et à l’ombre, qui n’ont pu se contenter du climat ardent et
+aride du Sahara. Les seules plantes qui furent en état de se maintenir
+sont celles de la région méditerranéenne, habituées à subir la
+sécheresse pendant une partie de l’année.
+
+A ce résidu, peu important, de la flore primitive, s’ajoutèrent plus
+tard des espèces qui immigrèrent des pays limitrophes. Sont-elles venues
+de la forêt ? Evidemment non. Faisons seulement remarquer que tous les
+grands arbustes du Sahara ont une origine méditerranéenne : _Ephedra
+alata_, _Salsola tetragona_, _Calligonum comosum_, _Rhus Oxyacantha_,
+_Capparis spinosa_, _Zizyphus Lotus_, _Tamarix_. Parmi les petits
+arbrisseaux et les plantes herbacées, l’immense majorité des genres sont
+septentrionaux. Les formes endémiques sont presque toutes voisines de
+celles qui habitent les bords de la Méditerranée. Le Betoum, le seul
+arbre du Sahara algérien, est proche parent des _Pistacia_
+méditerranéens, et il faut aller bien loin vers le Sud ou vers l’Est,
+pour rencontrer des _Acacia_ qui viennent du Sud.
+
+En somme, au point de vue de la composition de sa flore, le Sahara est
+actuellement une dépendance de la région méditerranéenne.
+
+
+Vers le soir du quatrième jour après Laghouat, nous nous engageons dans
+un défilé ouvert dans le djebel Bou Kaïl. Aussitôt la flore change. En
+fait de plantes désertiques il n’y a plus guère que l’Alfa et le Chih.
+La physionomie du paysage est donnée par les hauts buissons tortus de
+_Juniperus Oxycedrus_ et par le _Genista capitellata_, formant à terre
+des touffes arrondies qui ont l’air de porcs-épics.
+
+A mesure que nous nous élevons, nous constatons que le djebel Bou Kaïl
+n’est pas du tout une chaîne de montagnes, mais simplement un seuil
+gigantesque, haut de quatre cents mètres, qui fait communiquer le
+plateau inférieur, sur lequel nous venons de cheminer, avec un plateau
+supérieur, situé à l’altitude d’environ 1600 m. Ce haut-plateau a une
+largeur de soixante-dix kilomètres. Vers le Nord, du côté de Bou-Saada,
+il est limité par une marche, plus haute encore que celle que nous
+gravissons, et on tombe brusquement dans la grande plaine du Hodna, qui
+est à l’altitude de 450 m. et possède une flore saharienne typique.
+
+Quant au haut-plateau lui-même, quoiqu’il touche presque de toutes parts
+au désert, sa flore est nettement différente de celle du Sahara. Les
+deux espèces qui dominent sont l’Alfa (_Stipa tenacissima_) et le Chih
+(_Artemisia Herba-alba_). La première, mêlée de quelques _Lygeum
+Spartum_, occupe toutes les parties sèches de la steppe. « ..... l’alfa
+est pour le voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse ; et,
+malheureusement, quand il s’empare de la plaine, c’est alors pour des
+lieues et des lieues. Imagine-toi toujours la même touffe poussant au
+hasard sur un terrain tout bosselé, avec l’aspect et la couleur d’un
+petit jonc, s’agitant, ondoyant comme une chevelure au moindre souffle,
+si bien qu’il y a presque toujours du vent dans l’Alfa. De loin, on
+dirait une immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se flétrit sans
+se dorer. De près, c’est un dédale, ce sont des méandres sans fin où
+l’on va en zig-zag, et où l’on bute à chaque pas. Ajoute à cette fatigue
+de marcher en trébuchant, la fatigue aussi grande d’avoir un jour entier
+devant les yeux ce steppe décourageant, vert comme un marais, et qu’on
+est obligé de jalonner de gros tas de pierres pour indiquer les routes »
+(Fromentin, =1896=, p. 52). Dans les petites dépressions, la végétation
+est composée de Chih, auquel se joignent des touffes sombres
+d’_Artemisia campestris_. D’innombrables troupeaux de chèvres et de
+moutons paissent dans l’Alfa. Les Nomades qui les gardent ont établi
+leurs douar (agglomérations de tentes) dans le voisinage des points
+d’eau. Près des campements, l’Alfa et même le Chih ont été éliminés, et
+l’on ne voit que le Harmel et le _Thapsia garganica_, une haute
+Ombellacée refusée par les herbivores.
+
+
+Après deux longs jours de marche sur le plateau, monotone et ennuyeux,
+nous sommes à Aïn-Smara. Malgré son nom de « fontaine », c’est à
+proprement parler une fosse à purin : dans une dépression du sol on a
+creusé un trou où se collectent les eaux de ruissellement, après
+qu’elles ont lavé les déjections des troupeaux de la steppe. De tous les
+points de l’horizon, des femmes accompagnées de bourriquets, viennent
+s’approvisionner à la fosse ; religieusement elles remplissent leurs
+outres de cette eau bourbeuse. En attendant le moment de repartir vers
+le douar, chacun avec ses deux peaux de bouc, les ânes prennent un bain
+dans la fontaine et jettent le trouble parmi les légions de têtards qui
+s’y ébattent. Nous carressons du regard nos propres outres, qui sont
+encore suffisamment rebondies pour nous mener à Bou-Saada.
+
+L’odeur de cette fontaine est insupportable. Faisons une petite
+promenade dans la steppe. Un jeune Arabe nous assure d’ailleurs qu’il
+connaît des Terfez ici. Effectivement, il les découvre. Il tapote du
+doigt aux endroits où la terre est un peu soulevée et craquelée en
+étoile ; si la percussion donne un bruit sonore, il creuse un peu, et
+presque chaque fois, à quelques centimètres sous la surface, on aperçoit
+une petite masse bosselée, grisâtre, qui est l’Ascomycète cherché. Les
+Terfez (_Terfezia_ et _Tirmania_) ont une légère odeur de Truffe, et ils
+sont employés dans le Sahara aux mêmes usages que cette dernière.
+
+
+A présent nous descendons sur le versant qui limite le haut-plateau vers
+le Nord. La pente est très rapide : en quelques heures nous passons de
+l’altitude de 1600 m. à celle de 600 m. Les vents humides qui soufflent
+de la Méditerranée viennent se heurter à la muraille presque verticale.
+Ils se refroidissent à mesure qu’ils s’élèvent, et il arrive un moment
+où leurs vapeurs se condensent sous forme de pluie et de rosée.
+
+Spectacle depuis longtemps espéré, il y a des Mousses sur le sol, et les
+feuilles sont couvertes de rosée ! La végétation est essentiellement
+méditerranéenne. Voici les espèces les plus répandues et les plus
+caractéristiques : _Pinus halepensis_, _Quercus Ballota_, des _Cistus_
+et des Labiacées ligneuses (_Rosmarinus_, _Lavandula_), _Olea europaea_
+qui a été brouté à tel point qu’il devient dur comme un rocher,
+_Pistacia Lentiscus_, _Juniperus Oxycedrus_ et _J. communis_,
+_Catananche caespitosa_, _Centaurea Parlatorei_, _Rhamnus lycioides_,
+_Ephedra graeca_, _Retama sphaerocarpa_, _Genista capitellata_,
+_Anthyllis sericea_, _Stipa tenacissima_.
+
+Plus bas, nous rencontrons une zone intermédiaire d’où les Mousses, les
+arbres (Pins et Chênes), les broussailles (Cistes, Labiacées, Olivier,
+Lentisque, Genévrier et _Rhamnus lycioides_) et les Compositacées ont
+disparu pour ne laisser que l’Oxycèdre, les Papilionacées et l’Alfa.
+
+Descendons encore de quelques centaines de mètres : ces dernières
+plantes s’effacent à leur tour devant la flore saharienne typique.
+
+Près de Bou-Saada, la lutte contre les herbivores est de nouveau en jeu,
+et la flore ne se compose plus guère que de _Thymelaea microphylla_.
+
+Nous venons de traverser un îlot méditerranéen, serré entre le haut-
+plateau et le désert. On s’explique sans peine pourquoi cette flore
+méditerranéenne fait défaut, à la même altitude, sur le versant
+méridional du plateau, que nous avons gravi il y a trois jours. Les deux
+versants ont en somme des climats très différents. Le long de celui qui
+est tourné vers le Nord, les courants atmosphériques doivent grimper et
+laisser condenser leur humidité. De l’autre côté, au contraire, le vent
+déjà appauvri en vapeur descend la pente ; il se réchauffe, par
+conséquent, et il enlève de l’humidité plutôt qu’il n’en dépose. Aussi
+n’y avons-nous rencontré que les végétaux de la zone intermédiaire
+d’ici, c’est-à-dire celle où la condensation ne s’opère pas encore.
+
+
+A partir de Bou-Saada, nous sommes dans la plaine du Hodna, une
+dépendance septentrionale du Sahara. Elle est entourée de toutes parts
+par des montagnes, excepté en un point où elle communique avec le Grand
+Désert. Le centre de la plaine est occupé par le chott El Hodna, dans
+lequel passe la route de Bou-Saada à Msila.
+
+La flore est celle des alluvions et des sables salés, entre Biskra et
+Tougourt : Salsolacées gorgées d’eau, Plombaginacées, _Frankenia
+thymifolia_ et autres plantes garnies d’un revêtement salin. Dans le
+chott, que nous traversons sur une largeur d’une trentaine de
+kilomètres, la végétation se compose d’abord d’_Echinopsilon muricatus_
+et de _Tamarix_, puis uniquement de _Salsola tetragona_, auquel
+s’ajoutent plus tard l’_Arthrocnemon macrostachyum_ et l’_Atriplex
+Halimus_.
+
+
+Nous sommes à Msila. Deux journées de voyage à travers un pays cultivé
+nous mèneront à Bordj-bou-Arreridj, où nous prendrons le train pour
+Alger.
+
+
+Supposons qu’un botaniste me demande quelques renseignements sur
+l’utilité d’un voyage dans le Sahara. Je lui dirais à peu près ceci : Si
+vous désirez voir un pays exotique avec une flore variée, n’allez pas au
+désert ; dirigez-vous plutôt vers une région équatoriale. — Voulez-vous
+étudier la flore désertique ? Vous pouvez vous contenter de Biskra : la
+plupart des espèces du Sahara algérien croissent dans les environs de la
+ville. — Dans le cas où vous voudriez voir les divers aspects
+caractéristiques du paysage saharien, mettez-vous à la tête d’une
+caravane ; vous marcherez pendant des journées entières sans vous
+baisser une seule fois pour cueillir une plante, et vous reviendrez
+finalement avec un butin presque nul : en tout un mois, vous aurez vu
+moins d’espèces végétales que si vous vous aviez herborisé un quart
+d’heure aux environs de Bruxelles. Et dites-vous bien qu’une telle
+expédition n’est possible que si vous ne craignez pas les longues
+marches exténuantes, les journées atrocement chaudes, les midis
+éblouissants, si vous n’avez pas peur de subir la soif, si vous aimez à
+coucher à la belle étoile, enfin, si vous ne vous laissez pas décourager
+par la nudité du pays.
+
+Pour finir, regrettons qu’il n’y ait pas de jardin botanique dans le
+Sahara. Pendant les premiers temps, le botaniste est complètement
+dépaysé au milieu de ces plantes grasses ou de ces plantes sans
+feuilles, toutes semblables lorsqu’elles sont défleuries. Quant à des
+expériences physiologiques, il n’y faut pas songer. Pourtant il y aurait
+pas mal de sujets intéressants à étudier : l’absorption de la vapeur
+atmosphérique et de la rosée par les sels déliquescents et par les
+poils ; l’absorption de l’eau du sol par les poils radicaux
+persistants ; l’occlusion des stomates ; l’élimination des matières
+minérales qui encombrent l’économie de la plante ; la faculté de
+supporter la dessiccation, etc. Un tel établissement rendrait aussi de
+grands services au point de vue pratique, pour l’étude des maladies du
+Dattier, pour la sélection des races d’Orge, pour l’introduction de
+plantes fourragères, etc.
+
+Rien ne serait plus facile que de faire cette station botanique à
+Biskra. La dépense serait faible ; les avantages pour la science et pour
+l’agriculture saharienne seraient inappréciables. Ce jardin aurait
+autant d’utilité que ’s Lands Plantentuin de Buitenzorg (Java). Et l’on
+aurait ainsi un centre d’études botaniques, permettant de comparer la
+riche végétation équatoriale à la végétation, si intéressante dans sa
+maigreur, qui croît au Sahara.
+
+ * * * * *
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. I.
+
+[Illustration : 1. _Deverra chlorantha_ (voir p. 283), sur des rochers
+qui ont éclaté par l’action de la chaleur et qui ont été ultérieurement
+sculptés par le sable. (Voir p. 279.)]
+
+[Illustration : 2. _Anabasis articulata_. Sous la plante, rameaux morts
+tombés par terre. (Voir p. 222.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. II.
+
+[Illustration : 3. Une rue dans l’oasis de Biskra. Maisons en boue.
+(Voir p. 209.)]
+
+[Illustration : 4. Plantations dans l’oasis de Biskra : Oliviers et
+Dattiers. (Voir p. 209.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. III.
+
+[Illustration : 5. Efflorescences salines sur le reg, à Biskra.
+Au milieu, un petit oued avec Salsolacées. (Voir p. 216.)]
+
+[Illustration : 6. _Limoniastrum Guyonianum_ (Zeita), presque
+entièrement ensevelis sous le sable. Devant, _Nitraria tridentata_.
+(Voir p. 212.)]
+
+[Illustration : 7. _Halocnemon strobilaceum_, dans le chott Melrhir.
+(Voir p. 224.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.
+
+[Illustration : 8. Mirage dans un sebkha, entre Ayata et Tougourt.
+(Voir p. 234.)]
+
+[Illustration : 9. Oasis enfoncées, près d’El Oued. (Voir p. 245.)]
+
+[Illustration : 10. Maisons d’El Oued. Au milieu, un puits à balancier.
+(Voir p. 246 et 247.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. V.
+
+[Illustration : 11. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]
+
+[Illustration : 12. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]
+
+[Illustration : 13. _Retama Raetam_, dans le désert sableux au Sud de
+Tougourt. (Voir p. 239 et 263.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.
+
+[Illustration : 14. _Aristida pungens_ (Drîn), dans le désert sableux
+au Sud de Tougourt. (Voir p. 237 et 257.)]
+
+[Illustration : 15. La ville et l’oasis de Ouargla. (Voir p. 276.)]
+
+[Illustration : 16. _Stipa tenacissima_ (Alfa), sur le plateau à la
+base du djebel Bou Kaïl. (Voir p. 323.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VII.
+
+[Illustration : 17. _Salsola tetragona_, dans le désert salé au Sud de
+Tougourt. (Voir p. 267.)]
+
+[Illustration : 18. Désert pierreux (hamâda) près de Settafa.
+Au milieu, un gara. (Voir p. 308.)]
+
+[Illustration : 19._Pistacia atlantica_ (Betoum) dans le daya de
+Tilremt. Devant, _Zizyphus Lotus_ (Jujubier). (Voir p. 311 et 313.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+
+
+ =Bibliographie.=
+
+
+=1876.= GOBLET D’ALVIELLA. — _Sahara et Laponie_, 2e édition. Paris,
+1876.
+
+=1886.= L. ERRERA. — _L’Efficacité des Structures défensives des
+Plantes_. Bull. Soc. roy. bot. Belg. T. XXV, p. 80.
+
+=1887.= G. VOLKENS. — _Die Flora der Ægyptisch-Arabische Wüste_. Berlin,
+1887.
+
+=1893.= H. SCHIRMER. — _Le Sahara_. Paris, 1893.
+
+=1895.= HUGHES LE ROUX. — _Au Sahara_. Paris, Flammarion.
+
+=1896.= E. FROMENTIN. — _Un Été dans le Sahara_. 11e édition. Paris,
+1896.
+
+=1898.= J. A. BATTANDIER et L. TRABUT. — _L’Algérie_. Paris, 1898.
+
+ — A. F. W. SCHIMPER. — _Pflanzen-Geographie auf physiologischer
+Grundlage_. Iena, 1898.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =Sommaire.=
+
+
+ Avant-propos, 202.
+
+=1. Les déserts salés et les oasis de l’oued Rirh=, 204.
+
+ Organisation de la caravane, 204. — L’oasis de Biskra arrosée par
+ l’oued, 205. — Culture du Dattier, 207. — Fécondation du Figuier, 209.
+ — Construction des maisons, 209. — La plaine salée, 210. — Monotonie
+ de la flore, 211. — Accumulation de sable entre les rameaux, 212. —
+ Sécrétion de sels déliquescents, 212. — Salsolacées charnues, 214. —
+ Plantes hygroscopiques : Rose de Jéricho et Main de Fatma, 214. —
+ Plantes éphémères, 217. — Le Guetaf comme fourrage, 217. — Flore du
+ désert sableux, 218. — Le caravansérail de Chegga, 220. — Élimination
+ des sels encombrants, 222. — Mirages sur le chott Melrhir, 223. — La
+ structure du Sahara, 225. — L’oasis d’Ourhir, avec puits artésiens,
+ 227. — Un jardin à fleurs, 229. — Un village de l’oued Rirh, 230. — Le
+ désert gypseux, 230. — L’oasis d’Ayata, 232. — Mirages dans les
+ sebkha, 233.
+
+=2. Les sables d’El Erg oriental=, 235.
+
+ A. _Dans les dunes du Souf_, 235.
+
+ Topographie et aspect du désert sableux, 235. — Graminacées à racines
+ horizontales et à poils radicaux persistants, 237. — Arbustes sans
+ feuilles, 239. — Fertilité relative des sables, 247. — Liste de
+ plantes récoltées en quatre jours, 242. — Les grandes dunes nues, 243.
+ — Les oasis enfoncées du Souf, 245. — Aspect des villes, 247. — Flore
+ adventice des oasis, 249.
+
+ B. _En remontant l’oued Mya_, 250.
+
+ Difficulté du voyage, 250. — Lutte pour l’existence entre végétaux,
+ 251. — La « mer » de Temacin, 252. — Salsolacées et plantes sans
+ feuilles, 253. — Emploi des journées, 254. — Aspect général du pays,
+ 256. — Liste de plantes récoltées en une demi journée, 258. — Misère
+ de la végétation, 259. — Moyens de protection des plantes contre la
+ sécheresse, 261. — Nécessité de la transpiration, 263. — Pollination
+ des fleurs, 264. — Deux journées de simoun, 265. — Observations
+ météorologiques, 271. — Action du simoun sur la végétation, 274. —
+ L’oasis et la ville de Ouargla, 275.
+
+=3. Le désert pierreux=, 277.
+
+ Comparaison du désert alluvial et du désert éolien, avec le désert
+ déflatoire, 277. — Flore du hamâda, 280. — Aspect général du hamâda,
+ 285. — L’eau de l’économie animale, 286. — Le régime des pluies dans
+ le Sahara, 289. — La circulation vitale de l’eau, 290. — Insectes
+ phytophages, 291. — Défense des plantes contre les Vertébrés, 292.
+ Moyens anatomiques, 294. Moyens chimiques, 295. Moyens biologiques,
+ 297. Protection indirecte, 299. — Les Beni-Mzab, 301. — Les oasis de
+ l’oued Mzab, arrosées par des puits non jaillissants, 302. — Sélection
+ opérée par les herbivores dans la flore de l’oued, 305. — Orientation
+ des feuilles du Caprier, 307. — La Pépinière de la garnison, à
+ Ghardaïa, 307. — La végétation de la Chebka, 308. — L’oasis de
+ Berrîan, 310. — Le premier arbre ; un Betoum, 311. — Les premiers
+ lichens, 312. — Les daya, 312. — Sécheresse des daya et extinction des
+ Betoum, 313. — Liste de plantes récoltées dans le désert, 315. —
+ Végétaux non mangeables, 315. — Une pluie qui n’atteint pas le sol,
+ 316. — La végétation près de Laghouat, 317.
+
+=4. Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna=, 318.
+
+ Plantes de rochers, 319. — L’oasis de Laghouat, 319. — Le plateau
+ entre Laghouat et Messaad, 320. — Moyens de dissémination des plantes
+ sahariennes, 321. — La steppe d’Alfa, 323. — Origine méditerranéene de
+ la flore du Sahara, 324. — Les hauts-plateaux de l’Atlas ; Alfa et
+ Chih, 326. — Les Terfes à Aïn-Smara, 327. — Flore méditerranéenne sur
+ le versant N. du haut-plateau, 328. — La plaine du Hodna, 329.
+
+ Conclusions, 330.
+
+
+
+
+ =Liste alphabétique des plantes citées.=
+
+
+ Abricotier, 310, 320, 323.
+
+ _Acacia_, 325.
+
+ _Acanthyllis tragacanthoides_, 318.
+
+ _Adiantum Capillus-Veneris_, 324.
+
+ _Ægilops_, 321.
+
+ Alfa, voir _Stipa tenacissima_.
+
+ Amarante, 229.
+
+ _Anabasis articulata_, 258, 309, 315, 316, 317, 320. — Désarticulation
+ des rameaux, 222, 225, 262. — Absence de feuilles, 254. — Racines
+ horizontales, 282. — Galles, 292.
+
+ _Anastatica hierochuntica_ (Main de Fatma), 216, 322.
+
+ _Anthemis monilicostata_, 242, 258.
+
+ _Anthyllis sericea_, 280, 282, 329. — Dissémination, 323.
+
+ _Antirrhinum ramosissimum_, 309.
+
+ _Anvillaea radiata_, 315.
+
+ _Aristida_. Dissémination, 322.
+
+ _Aristida ciliata_, 299.
+
+ _Aristida floccosa_, 239, 242, 257, 258, 280, 281, 284. — Poils
+ radicaux persistants, 238. — Insuffisance de la protection contre les
+ herbivores, 297.
+
+ _A. obtusa_, 211, 315.
+
+ _A. pungens_ (Drîn), 242, 243, 249, 258, 274, 281. — Racines
+ horizontales, 237, 282. — Protection contre la sécheresse, 263. —
+ Insuffisance de la protection contre les herbivores, 293, 298. —
+ Graines (loul), 294.
+
+ _Artemisia campestris_, 317, 318, 326, 327.
+
+ _A. Herba-alba_ (Chih), 299, 309, 311, 315, 317, 320, 323, 326, 327. —
+ Protection contre les herbivores, 300, 318.
+
+ _Arthrocnemon macrostachyum_, 214, 252, 330.
+
+ Asperge, 232.
+
+ _Asphodelus pendulinus_, 242. — Poils radicaux persistants, 238.
+
+ _Asteriscus pygmaeus_ (_Odontospermum pygmaeum_, Rose de Jéricho),
+ 215, 314, 315, 322.
+
+ _A. graveolens_, 283.
+
+ _Astragalus Gombo_, 242.
+
+ _A. saharae_, 242.
+
+ _Atractylis flava_ var. _glabrescens_, 223.
+
+ _Atriplex Halimus_[10] (Guetaf), 330. Insuffisance de la protection
+ contre les herbivores, 217, 294, 305.
+
+ Betoum, voir _Pistacia atlantica_.
+
+ _Bubania Feei_, voir _Limoniastrum Feei_.
+
+ _Calligonum comosum_, 242, 257, 258, 281, 325. — Absence de feuilles,
+ 239, 240, 254. — Longueur des racines, 239, 241, 282. — Pollination,
+ 264. — Graines rongées, 292. — Dissémination, 322.
+
+ _Capparis spinosa_, 307, 325.
+
+ _Catananche caespitosa_, 328.
+
+ _Centaurea furfuracea_, 223.
+
+ _C. Parlatorei_, 328.
+
+ Chrysanthème, 230.
+
+ _Cistus_, 328.
+
+ _Citrullus Colocynthis_. Protection contre les herbivores, 295, 318. —
+ Atrophie des vrilles, 295.
+
+ _Cleome arabica_. Protection contre les herbivores, 296. —
+ Dissémination, 322.
+
+ _Convolvulus supinus_, 296.
+
+ _Cornulaca monacantha_, 253, 258.
+
+ _Coronilla juncea_ var. _Pomeli_, 313.
+
+ _Cutandia memphitica_, 242, 258. — Poils radicaux persistants, 238.
+
+ _Cyperus conglomeratus_, 242, 258. — Poils radicaux persistants, 238.
+ — Pollination, 264. — Protection contre les herbivores, 294.
+
+ _Daemia cordata_. Protection contre les herbivores, 296, 298. —
+ Dissémination, 323.
+
+ _Danthonia Forskahlei_, 240, 242, 249. — Poils radicaux persistants,
+ 238.
+
+ Dattier, voir _Phoenix dactylifera_.
+
+ _Daucus pubescens_, 321.
+
+ _Deverra chlorantha_, 283, 309.
+
+ Drîn, voir _Aristida pungens_.
+
+ _Echinops spinosus_, 318.
+
+ _Echinopsilon muricatus_, 219, 222, 242, 330. — Plante annuelle, 242,
+ 243.
+
+ _Echiochilon fruticosum_, 319.
+
+ _Emex spinosa_, 321.
+
+ _Enteromorpha_, 252.
+
+ _Ephedra alata_, 242, 257, 258, 325. — Absence de feuilles, 239, 240,
+ 254, 281. — Racines horizontales, 238, 239, 282. — Fermeture des
+ stomates, 240, 260. — Pollination, 264. — Galle, 291. — Insuffisance
+ de la protection contre les herbivores, 293, 298. — Dissémination,
+ 322.
+
+ _E. graeca_, 328.
+
+ _Eremobium lineare_, voir _Malcolmia aegyptiaca_.
+
+ _Erodium_. Dissémination, 323.
+
+ _E. glaucophyllum_, 280, 285.
+
+ _Erucaria Ægiceras_, 258.
+
+ _Eucalyptus_, 308.
+
+ _Euphorbia Guyoniana_, 242, 243, 249, 258, 274, 281. — Longueur des
+ racines verticales, 241, 282. — Rareté des feuilles, 254. — Revêtement
+ cireux, 262. — Pollination, 264. — Protection contre les herbivores,
+ 296, 297, 298, 318.
+
+ _Fagonia_. Dissémination, 322.
+
+ _Fagonia glutinosa_, 283, 285.
+
+ _F. microphylla_, 283.
+
+ _Farsetia aegyptiaca_ et _F. linearis_, 299. — Graines rongées, 292. —
+ Dissémination, 322.
+
+ Figuier, 209, 310, 320, 323.
+
+ _Forskahlea tenacissima_, 322.
+
+ _Francoeria crispa_, 314.
+
+ _Frankenia pulverulenta_, 252.
+
+ _F. thymifolia_, 231, 330.
+
+ Froment, 323.
+
+ _Gaillardia_, 229.
+
+ _Genista capitellata_, 326, 329.
+
+ _G. saharae_, 242. — Absence de feuilles, 239, 240. — Insuffisance de
+ la protection contre les herbivores, 295, 298.
+
+ Grenadier, 209, 210, 320.
+
+ Guetaf, voir _Atriplex Halimus_.
+
+ _Gymnocarpon fruticosum_, 299, 309.
+
+ _Halocnemon strobilaceum_, 214, 225, 251, 252.
+
+ _Halogeton alopecuroides_, 283.
+
+ _Haloxylon articulatum_ (Remts), 309, 310, 315, 316, 317, 320. —
+ Dissémination, 322.
+
+ _Haplophyllum tuberculatum_. Protection contre les herbivores, 296,
+ 298.
+
+ Harmel, voir _Peganum Harmala_.
+
+ _Helianthemum_, 283. — Pollination, 265.
+
+ _H. eremophilum_, 299.
+
+ _H. sessiliflorum_, 240, 242. — Absence de protection contre les
+ herbivores, 297.
+
+ _Heliotropium luteum_, 258.
+
+ _Henophytum deserti_, 254, 258, 299. — Graines rongées, 292. —
+ Dissémination, 322.
+
+ _Herniaria fruticosa_, 249, 283, 285.
+
+ _H. hemistemon_, 242.
+
+ _Hordeum maritimum_, 219.
+
+ _Ifloga spicata_, 242.
+
+ Jujubier, voir _Zizyphus Lotus_.
+
+ _Juniperus communis_, 328.
+
+ _J. Oxycedrus_, 326, 328.
+
+ Laurier-Rose, voir _Nerium Oleander_.
+
+ _Lavandula_, 328.
+
+ _Limoniastrum (Bubania) Feei_. Sécrétion de sels déliquescents, 259. —
+ Pollination, 265. — Dissémination, 322.
+
+ _Limoniastrum Guyonianum_ (Zeita), 214, 218, 222, 225, 251, 252, 258,
+ 274, 323. — Accumulation de sable entre les rameaux, 212. — Sécrétion
+ de sels déliquescents, 213, 262. — Pollination, 265. — Racines
+ horizontales, 282. — Galle, 292.
+
+ _Linaria fruticosa_, 309, 310, 317.
+
+ _Lithospermum callosum_, 240, 242, 258. — Absence de protection contre
+ les herbivores, 297.
+
+ _Lygeum Spartum_, 315, 317, 326.
+
+ _Malcolmia aegyptiaca_ (_Eremobium lineare_), 242, 243, 249, 258.
+
+ Main de Fatma, voir _Anastatica hierochuntica_.
+
+ _Marrubium deserti_, 239, 309, 317. Dissémination, 323.
+
+ _Matthiola livida_, 258.
+
+ _Medicago_, 321.
+
+ _Monsonia nivea_, 240, 242, 249. — Pollination, 265. — Dissémination,
+ 323.
+
+ _Montagnites Candollei_, 242, 243, 258.
+
+ _Nerium Oleander_ (Laurier-Rose), 321.
+
+ _Neurada procumbens_, 223. — Dissémination, 322.
+
+ _Nitraria tridentata_, 214, 222, 259. Accumulation de sable entre les
+ rameaux, 212. — Revêtement cireux, 262.
+
+ _Noaea spinosissima_, 315. — Dissémination, 322.
+
+ _Nolletia chrysocomoides_, 242.
+
+ _Odontospermum pygmaeum_, voir _Asteriscus pygmaeus_.
+
+ Œillet, 229.
+
+ _Olea europaea_ (Olivier), 209, 319, 323, 328.
+
+ _Ononis angustissima_, 309.
+
+ _O. serrata_, 242.
+
+ _Ophrys_, 324.
+
+ _Opuntia_, 308.
+
+ Oranger, 209.
+
+ Orge, 232, 323.
+
+ _Panicum turgidum_, 238.
+
+ _Peganum Harmala_ (Harmel), 315. — Protection contre les herbivores,
+ 306, 309, 318, 327.
+
+ _Pennisetum dichotomum_. Poils radicaux persistants, 238. — Protection
+ contre les herbivores, 294.
+
+ _Periploca angustifolia_, 323.
+
+ _Phalaris minor_, 219.
+
+ _Phelipaea_, 242.
+
+ _Ph. lutea_. Protection contre les herbivores, 294.
+
+ _Phoenix dactylifera_ (Dattier), 207, 228, 246, 276, 303, 310, 320,
+ 321.
+
+ _Pistacia atlantica_ (Betoum), 311, 313, 314, 320, 325.
+
+ _P. Lentiscus_, 328.
+
+ _Pinus halepensis_, 328.
+
+ _Plantago ciliata_, 249.
+
+ _Podaxon aegyptiacus_, 254, 258.
+
+ _Polycarpaea fragilis_, 242.
+
+ _Populus pyramidalis_, 320.
+
+ _Quercus Ballota_, 328.
+
+ _Randonia africana_, 253, 258. — Pollination, 265.
+
+ Remts, voir _Haloxylon articulatum_.
+
+ _Retama Raetam_, 258. — Absence de feuilles, 239, 240, 254. —
+ Protection contre la sécheresse, 263. — Racines horizontales, 282. —
+ Protection contre les herbivores, 295.
+
+ _R. sphaerocarpa_, 313, 323, 328.
+
+ _Rhamnus lycioides_, 328.
+
+ _Rhanterium adpressum_, 242, 282, 285. — Rareté des feuilles, 240,
+ 254.
+
+ _Rhus Oxyacantha_, 319, 325.
+
+ Rose de Jéricho, voir _Asteriscus pygmaeus_.
+
+ Rosier, 229.
+
+ _Rosmarinus_, 328.
+
+ _Salsola_. Dissémination, 322.
+
+ _Salsola tetragona_, 253, 257, 258, 266, 325, 330.
+
+ _S. vermiculata_, 253, 258, 299.
+
+ _Sclerocephalus arabicus_, 321.
+
+ _Scrophularia saharae_, 254.
+
+ _Silene villosa_, 258. — Pollination, 265.
+
+ _Spitzelia saharae_, 258.
+
+ _Statice pruinosa_, 259, 319. Pollination, 265.
+
+ _Stipa gigantea_, 315.
+
+ _S. tenacissima_ (Alfa), 317, 320, 326, 327, 329.
+
+ _S. tortilis_, 219.
+
+ _Suaeda vermiculata_, 214, 222, 258.
+
+ _Tamarix_, 213, 219, 225, 233, 251, 252, 259, 269, 325, 330. — Sels
+ déliquescents, 213.
+
+ _Terfezia_, 328.
+
+ _Teucrium Polium_, 299, 317.
+
+ _Thapsia garganica_, 327.
+
+ _Tirmania_, 328.
+
+ _Thymelaea microphylla_, 299, 318. — Protection contre les herbivores,
+ 300, 329.
+
+ _Traganum nudatum_, 253, 258, 282.
+
+ _Tropaeolum_, 230.
+
+ _Tylostoma volvulatum_ 254.
+
+ Vigne, 230, 310.
+
+ Zeita, voir _Limoniastrum Guyonianum_.
+
+ _Zilla macroptera_, 295, 298, 313. — Dissémination, 322.
+
+ _Zizyphus Lotus_ (Jujubier), 219, 313, 315, 319, 325.
+
+ _Zollikofferia mucronata_, 299.
+
+ _Z. resedifolia_, 242, 258. — Protection contre les herbivores, 297.
+
+ _Z. spinosa_, 319, 320.
+
+ _Zygophyllum_. Dissémination, 322.
+
+ _Z. Geslini_, 249.
+
+ * * * * *
+
+
+ * * * * *
+ Gand, impr. C. Annoot-Braeckman, Ad. Hoste, succr.
+
+
+
+
+NOTES :
+
+
+[Note 1 : Le Sahara a une surface égale à 6,200,000 kilomètres carrés.
+La partie que l’on pourrait immerger n’a que 8,000 kilomètres carrés.]
+
+[Note 2 : Nous devons la détermination de nos Champignons sahariens à
+l’obligeance de M. N. Patouillard.]
+
+[Note 3 : Voir les listes, p. 242 et p. 258.]
+
+[Note 4 : Cette façon de procéder n’est pas à l’abri de certaines
+critiques. Disons toutefois qu’à Biskra, avant de nous mettre en voyage,
+nous avions trouvé une concordance très suffisante entre les lectures
+des thermomètres fixes (sec et mouillé) et celles du thermomètre-fronde
+(sec et mouillé.)]
+
+[Note 5 : M. J. WALTHER désigne sous le nom de « déflation » l’ensemble
+des phénomènes d’érosion que produit le vent chargé de sable. (Voir, en
+particulier, _Vergleichende Wüstenstudien in Transkaspien und Buchara_,
+dans Verh. Ges. f. Erdk. zu Berlin. Bd. XXV, no 1, 1898.)]
+
+[Note 6 : Pendant les années de sécheresse, quand l’orge ne mûrit pas,
+les Arabes vont récolter dans le désert les graines de Drîn (auxquelles
+ils donnent le nom de _loul_). En toute saison on en trouve des
+provisions importantes dans les nids d’une Fourmi, le _Messor
+arenarius_.]
+
+[Note 7 : M. VOLKENS décrit le _C. spinosa_ var. _aegyptia_ comme ayant
+des feuilles distiques (=1887=, p. 87) ; mais il ne cite pas cette
+plante parmi celles dont les feuilles sont verticales (p. 42). Par
+contre, la plante d’Égypte semble avoir une couche cireuse plus épaisse
+que celle du Sahara algérien (p. 43). M. VOLKENS a aussi observé qu’en
+été la couche cireuse recouvre les stomates (p. 42).]
+
+[Note 8 : M. SCHIMPER (=1898=, p. 193) distingue, dans la flore des
+rochers, les _lithophytes_ qui sont à la surface des pierres, des
+_chasmophytes_ qui poussent dans les crevasses.]
+
+[Note 9 : L’_Emex spinosa_ est une curieuse Polygonacée portant des
+fleurs de trois sortes : des mâles et des femelles, qui sont aériennes
+et chasmogames, et disposées en grappes axillaires, les mâles en haut,
+les femelles en bas ; des fleurs hermaphrodites, souterraines,
+cleistogames.]
+
+[Note 10 : C’est par erreur que _Halimus pedunculatus_ a été cité (p.
+217) comme synonyme d’_Atriplex Halimus_.]
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Les paragraphes de la section EXPLICATION DES PLANCHES (pages 331-332)
+ ont été placés sous chaque photographie en guise de légende, et la
+ section a été supprimée.
+
+ Page 222, " _Limoniastrum Guyoniamun_ " a été remplacé par
+ " _Guyonianum_ "
+
+ Page 229, " la charmante famille Bonboure " a été remplacé par
+ " Bonhoure "
+
+ Page 272, " au sujet de nos obser-tions " a été remplacé par
+ " observations "
+
+ Page 274, " échelonnés dans le lit de l’oud Mya " a été remplacé par
+ " l’oued "
+
+ Page 279, note 5, " _Vergleichende Wüstentudien_ " a été remplacé par
+ " _Wüstenstudien_ "
+
+ Page 280, " on rencontre sur le hâmada " a été remplacé par " hamâda "
+
+ Page 292, " aux graines, elle logent " a été remplacé par " elles "
+
+ Page 297, " Pour cueilllir le _Zollikofferia_ " a été remplacé par
+ " cueillir "
+
+ Page 335, note 10, " synomyne d’_Atriplex Halimus_ " a été remplacé
+ par " synonyme "
+
+ Page 339, " _Thapsia gargarnica_, 327. " a été remplacé par
+ " _garganica_ "
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78321 ***