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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78321 ***
+ UN
+ VOYAGE BOTANIQUE
+ AU
+ SAHARA
+
+ PAR
+ JEAN MASSART
+ Professeur à l’Université de Bruxelles
+ Assistant à l’Institut botanique
+
+[Décoration]
+
+ GAND
+ IMPRIMERIE C. ANNOOT-BRAECKMAN, AD. HOSTE, SUCCr
+ * * * * *
+ 1898
+
+
+
+
+ Extrait du _Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique_,
+ tome XXXVII (1898), première partie.
+
+ * * * * *
+
+ UN
+ VOYAGE BOTANIQUE
+ AU
+ SAHARA.
+
+ * * * * *
+
+ AVANT-PROPOS.
+
+
+Un subside du Gouvernement belge m’a permis de séjourner dans le Sahara
+algérien, pendant le printemps de l’année 1898, avec mon excellent ami
+M. A. Lameere, professeur de zoologie à l’Université de Bruxelles.
+
+Nous nous proposions d’étudier la faune et la flore. Le mois d’avril fut
+consacré en entier à l’exploration de Biskra et de ses environs. Un
+séjour préparatoire à Biskra devrait être recommandé à tous ceux qui
+désirent entreprendre un voyage scientifique dans le Sahara. Le désert y
+est très varié : rivières taries, sables amoncelés en hautes dunes,
+rochers fendus par la chaleur, grandes plaines couvertes d’une croûte de
+sel, alluvions caillouteuses ou limoneuses.... aucun terrain n’y fait
+défaut. L’oasis elle-même, exploitée par les indigènes, est moins
+monotone qu’ailleurs : les dattiers plantés au hasard en un désordre
+pittoresque, abritent une nombreuse flore adventice. Enfin, avantage
+inappréciable, Biskra est en communication facile avec le monde
+civilisé. Combien de fois ne nous sommes-nous pas trouvés devant des
+plantes que nous ne parvenions pas à déterminer ! Heureusement, M.
+Battandier, le savant botaniste d’Alger, avait bien voulu nous engager à
+lui soumettre toutes les espèces douteuses, et grâce à son inépuisable
+obligeance, les déterminations nous parvenaient en quatre ou cinq jours.
+
+Un mois suffit à peine pour nous familiariser avec le désert qui entoure
+Biskra. Une petite caravane est équipée, et nous voilà en route à
+travers le désert. D’abord, par le chott Melrhir et le lit desséché de
+l’oued Rirh, jusqu’à Tougourt. D’ici nous faisons un grand détour vers
+l’Est à travers les sables du Souf. Rentrés à Tougourt, nous reprenons
+notre marche vers le Sud pour atteindre Ouargla. A partir de cette
+dernière ville, nous passons sur le désert pierreux dont nous ne sortons
+qu’à Laghouat, après avoir traversé une curieuse région rocheuse,
+presque plane, parsemée de larges fonds argileux, les daya.
+
+C’est à Laghouat que devait se terminer, dans notre projet primitif, le
+voyage dans le désert. Mais la vie un peu aventureuse que nous menons
+depuis quelques semaines présente à nos yeux tant de charmes, qu’au lieu
+de revenir directement vers Alger nous préférons gravir un chaînon
+latéral du Grand-Atlas, pour descendre de nouveau dans le désert à Bou-
+Saada. Enfin, après 46 jours de voyage, nous retrouvons à Bordj-bou-
+Arreridj le chemin de fer qui nous ramène à Alger.
+
+De nombreux naturalistes ont fait connaître dans tous ses détails la
+flore de Biskra. Aussi me contenterai-je, dans les pages qui suivent, de
+décrire en botaniste l’itinéraire que nous avons suivi dans le désert.
+
+Coxyde, le 21 août 1898.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =1. — Les déserts salés et les oasis de l’oued Rirh.=
+
+
+Tout au commencement d’avril, quand nous faisions nos premières
+promenades aux environs de Biskra, il nous semblait que jamais nous n’y
+resterions un mois, que ces grandes plaines sèches, ces montagnes pelées
+et ces oasis trop bien entretenues ne nous intéresseraient pas au delà
+de quelques jours. Mais à mesure que nous allions, pénétrant davantage
+le secret de cette aridité, l’intérêt s’éveillait, la monotonie de la
+nature s’animait de plantes et d’insectes restés inaperçus ; et c’est à
+regret que nous avons vu approcher le jour fixé pour le départ.
+
+Aujourd’hui donc, 1er mai, la petite caravane a quitté l’Hôtel de
+l’Oasis. Nous sommes montés sur des mulets. Un troisième mulet porte
+notre guide, Abdallah ben Ahmed, un Biskri qui nous rendra de grands
+services pendant tout notre voyage, tant comme guide qu’en qualité
+d’intendant et de cuisinier. Les deux chameliers et le muletier vont à
+pied. Les bagages sont sur trois chameaux. Ont-ils l’air dépaysé, ces
+animaux, avec leur chargement hétéroclite où les objets les plus
+disparates sont ficelés côte à côte. Le plus vigoureux porte nos effets
+personnels enfermés dans des malles et des valises ; en outre, des
+livres, des instruments de toute espèce, depuis les microscopes et les
+thermomètres jusqu’aux pinces à insectes, et surtout d’innombrables
+bocaux de verre remplis d’alcool, que l’amble du chameau secoue avec un
+cliquetis peu rassurant. Un autre a toute une charge de conserves : nous
+devons emporter notre nourriture pour tout un mois, car d’ici à Laghouat
+nous pourrons à peine nous procurer quelques œufs et un peu de lait, de
+temps en temps. Par dessus l’énorme couffe en sparterie toute bondée de
+boîtes en fer-blanc, on a empilé la presse pour la préparation des
+plantes d’herbier, et les paniers dans lesquels nous rapporterons une
+collection de plantes typiques du Sahara, séchées dans leur attitude
+normale ; ces échantillons sont destinés au Jardin botanique de
+Bruxelles. Ajoutons-y encore le fusil et les multiples filets qui
+serviront à la capture des animaux. Le troisième dromadaire — les
+chameaux d’ici n’ont qu’une seule bosse — porte, outre l’orge des mulets
+et la nourriture pour nos gens, deux grandes caisses avec des bouteilles
+d’eau de « table » : nous avons été prévenus que très souvent l’eau du
+désert sera tellement mauvaise que nous ne pourrons pas la boire, même
+après l’avoir fait cuire. Deux outres se balancent contre les flancs de
+la bête. Ces outres ne sont autre chose que des peaux de bouc,
+soigneusement tannées et goudronnées, encore couvertes de leurs poils.
+On y versera chaque matin la provision quotidienne.
+
+
+Pendant près d’une heure, nous cheminons dans l’oasis de Biskra. Elle
+est arrosée par une rivière, l’oued Biskra, qui descend des montagnes
+situées au Nord. Un barrage établi en amont de la ville détourne vers
+les jardins toute l’eau de l’oued. Jusqu’à ce soir nous longerons
+l’oued, avec ses berges coupées à pic, mais dont le lit caillouteux,
+large de plus d’un kilomètre, ne renferme pas une goutte d’eau. A mesure
+que nous en descendrons le cours, nous verrons le lit se rétrécir entre
+les berges de moins en moins hautes, et finalement les derniers vestiges
+de la rivière s’évanouir parmi les sables. Tel est, à part une seule
+exception, le sort de toutes les rivières qui s’engagent dans le Sahara.
+Même si elles n’étaient pas employées à irriguer les cultures,
+pourraient-elles traverser ce pays brûlant, sans pluies régulières, sans
+sources, où rien ne vient réparer les pertes incessantes qu’elles
+subissent de la part de l’infiltration et de l’évaporation ! Affaiblies
+par les saignées successives, absorbées par le désert, les rivières,
+quelque puissantes qu’elles fussent au début, ne tardent pas à
+disparaître sans retour. Et l’on a ici le spectacle paradoxal de cours
+d’eau qui deviennent de plus en plus maigres lorsqu’on s’éloigne de leur
+source, de fleuves qui n’ont pas d’embouchure. Le Nil seul traverse
+toute la largeur du Sahara ; mais que reste-t-il en Égypte des énormes
+masses d’eau que le Haut-Nil enlève à la grande forêt africaine !
+
+De même que « l’Égypte est un présent du Nil », l’oasis de Biskra est un
+présent de l’oued, qui se sacrifie pour elle jusqu’à la dernière goutte.
+Combien les procédés de culture dans les oasis sont différents de ceux
+qu’on utilise chez nous ! Dans ces pays-ci, où les pluies sont rares et
+inconstantes, l’agriculture n’est possible que grâce aux arrosements.
+Imaginez tous les champs, quels qu’ils soient, — orge, légumes,
+fourrages, — coupés de rigoles communicant avec le canal qui côtoie la
+pièce de terre. Chaque jour le propriétaire vient lever les petits
+barrages afin de laisser l’eau se répandre sur le terrain. Rien de plus
+étrange qu’un champ d’orge ou un carré d’ognons complètement inondé et
+transformé pour quelques heures en un étang. La limite du champ est
+d’une netteté absolue : partout où le sol a été abreuvé, les graines ont
+germé et la récolte sera abondante ; — à quelques centimètres de là, la
+terre ne montre pas le fendillement caractéristique de l’irrigation, et
+les semences n’ont pas levé : c’est le désert.
+
+Pour les Dattiers, le procédé de culture est le même. Au pied de chaque
+arbre on creuse une large fosse dans laquelle est amenée l’eau d’un
+canal. Pour arriver à arroser ainsi les 150,000 Palmiers qui composent
+l’oasis de Biskra, il a fallu créer un système de rigoles d’une
+complication inouïe ; aussi une promenade dans les jardins n’est-elle
+qu’une suite de sauts.
+
+Que font là-haut ces hommes perchés au milieu des palmes ? Ils
+s’occupent de polliner leurs Dattiers. Afin d’assurer la fécondation des
+régimes femelles, les Arabes sont obligés de grimper sur les arbres pour
+insérer dans chaque inflorescence femelle quelques rameaux d’un régime
+mâle. Le pollen s’échappe des anthères et glisse parmi les fleurs
+femelles.
+
+Chaque Dattier est exclusivement mâle ou femelle. Si on semait les
+noyaux, on obtiendrait environ par moitié des mâles et des femelles, et
+comme il faut au moins dix ans pour qu’un Dattier de semis porte des
+fleurs, le sol aurait été occupé pendant tout ce temps par des individus
+mâles inutiles. Aussi, pour établir de nouvelles plantations ou pour
+remplacer les individus trop vieux, a-t-on soin d’utiliser les jeunes
+pousses qui naissent au bas des arbres à fruits. De cette façon on est
+sûr de n’avoir que des femelles. Pour en féconder plusieurs centaines il
+suffit d’un seul mâle ; du reste, on peut, pour quelques sous, acheter
+au marché un régime de fleurs à pollen.
+
+Le bouturage permet également de conserver la pureté des races. Depuis
+ces dernières années, les Arabes attachent une grande importance à ne
+planter que les variétés les plus productives. Le Dattier (_Phoenix
+dactylifera_) compte plusieurs centaines de variétés qui se distinguent
+autant par la vigueur, le port et le feuillage que par les caractères du
+fruit : il y a des dattes sèches et des dattes « grasses », c’est-à-dire
+ne séchant jamais complètement ; il y en a qui doivent être consommées
+sur place et d’autres qui se prêtent à l’exportation... La patrie de cet
+arbre est inconnue : c’est certainement une plante introduite dans le
+Sahara, où elle ne vit nulle part à l’état sauvage. Mais de même que le
+chameau, lui aussi d’origine étrangère, le Dattier semble s’être
+merveilleusement adapté au climat du Grand Désert. Tout terrain lui est
+bon. Toute eau, quelque salée qu’elle puisse être, lui convient pourvu
+qu’elle soit abondante. Il supporte impunément les gelées de − 5° ou −
+7° qui surviennent fréquemment ici en hiver. Il ne craint pas les
+ardeurs de l’été, lorsque l’air, à l’ombre, atteint une température de
+50°, et que les feuilles directement exposées au soleil s’échauffent
+encore davantage. Bien plus, il lui faut ces fortes chaleurs pour mûrir
+ses fruits : on ne le cultive avec succès que dans les régions où,
+plusieurs mois de suite, le thermomètre monte chaque jour au delà de
+40°. Le Dattier, dit un proverbe arabe, doit avoir les pieds dans l’eau
+et la tête dans le feu.
+
+L’adaptation du Dattier au climat saharien est plus apparente que
+réelle : nulle part il n’existe à l’état subspontané. Or, remarquons que
+les dattes constituent le fond de la nourriture des Indigènes et que
+chaque caravane laisse derrière elle une traînée de noyaux. Seulement
+ceux-ci ne germent jamais, ou si à la faveur d’une saison
+exceptionnellement humide, il donnent une plantule, elle est guettée par
+la prochaine sécheresse. Il est bien vrai que sa racine s’enfonce
+rapidement dans le sol à la recherche d’eau, mais la plante sera
+néanmoins brûlée par le soleil avant qu’elle ait pu atteindre la nappe
+souterraine. En réalité, le Dattier ne peut habiter le Sahara que grâce
+à la protection de l’homme, et comme tant d’autres plantes cultivées que
+la domestication a rendues douillettes, ce Palmier s’éteindrait aussitôt
+si l’homme cessait de s’occuper de lui.
+
+Sous le couvert des Palmiers, on cultive beaucoup d’arbres qui dans
+d’autres pays réclament le plein soleil : Oliviers, Figuiers, Orangers,
+Grenadiers, etc. (Voir phot. 4.) Un coup d’œil par dessus les murs en
+terre garnis d’épines de Jujubier, qui entourent les jardins, nous
+montre suspendus aux branches des Figuiers, des chapelets de petites
+figues desséchées.
+
+Les Arabes ont appris que certaines variétés de figues ne mûrissent que
+si elles sont visitées par un Hyménoptère, le _Blastophaga grossorum_.
+Cet Insecte se développe de préférence dans les fruits, petits et peu
+savoureux, d’une race particulière de Figuiers, le « Dokkar ». Les
+Arabes cueillent ces figues avant la complète maturité, au moment où des
+légions d’insectes ailés vont en sortir. Les Dokkar sont ensuite enfilés
+en chapelets et attachés aux Figuiers, dans le voisinage des jeunes
+fruits qui ont besoin des _Blastophaga_. Trompés par l’analogie
+apparente de cette opération et de celle qui amène la fécondation du
+Dattier, les Arabes donnent aux Dokkar le nom de « figues mâles. »
+
+
+On a vu plus haut que l’absence de pluies régulières a forcé les
+habitants à établir leurs cultures dans les seuls endroits où elles
+peuvent être irriguées chaque jour. Les villages disséminés au milieu
+des Palmiers portent, eux aussi, l’empreinte d’un climat aride au ciel
+toujours serein. Les maisons, blanchies à la chaux, sont bâties en
+« tob », briques de boue simplement séchées au soleil ; nulle part on ne
+voit de gouttière ; au lieu de toits inclinés, des terrasses. (Voir
+phot. 3). Il suffirait de quelques fortes averses pour détremper et
+délayer tout un village. En revanche, si les habitations n’ont pas
+besoin d’être protégées contre la pluie, on s’applique avec des soins
+minutieux à les garantir du soleil : pas de fenêtres qui laisseraient
+entrer les flots de lumière et de chaleur ; — d’étroites meurtrières par
+lesquelles les rayons ont peine à se glisser.
+
+
+Nous voici hors de l’oasis, dans le désert salé où nous voyagerons
+pendant quatre jours, d’ici à Tougourt. Autour de nous, dans le
+lointain, des sites qui nous sont devenus familiers. C’est d’abord le
+djebel Harmel, ou montagne de Sable, chaîne de collines pierreuses, aux
+strates redressées. Le vent du désert les a noyées en partie sous de
+larges dunes de sable que percent des pointes de rocher. Du côté du
+Nord, l’horizon est borné par la chaîne de l’Aurès dont les pentes
+chauves laissent apercevoir de maigres bouquets d’arbres. A gauche, la
+large entaille représente le lit de l’oued Biskra. Derrière elle,
+quelques lignes sombres légèrement surélevées au-dessus de l’horizon
+plat du désert ; ce sont des groupes de Palmiers, des oasis, et parmi
+elles nous reconnaissons avec plaisir l’oasis de Sidi-Okba, visitée, il
+y a quelques semaines, avec l’aimable M. Maupas, le naturaliste bien
+connu d’Alger.
+
+Le terrain que nous foulons, mélange confus de limon jaune et de
+cailloux, montre çà et là dans les petites dépressions des plaques
+blanches brillant au soleil. La terre est partout ici imprégnée de
+substances salines. Pendant l’hiver les eaux souterraines remontent à la
+surface du sol, et leur évaporation abandonne les sels qui se concrètent
+en une épaisse croûte blanche. (Voir phot. 5). Aux endroits où les
+matières salines ne sont pas assez abondantes pour que le terrain se
+garnisse d’une efflorescence cristalline compacte, elles forment
+néanmoins avec le limon une écorce dure qui craque sous le pied.
+
+Ces plaines salées ont une végétation toute particulière, composée en
+grande partie de Salsolacées à entrenœuds ou à feuilles charnus, et de
+plantes dont les organes aériens sécrètent des matières salines. La
+composition de la maîgre flore change du tout au tout suivant les
+légères modifications dans la nature du sol : qu’une différence presque
+inappréciable survienne, soit dans la salure ou dans l’humidité du
+terrain, soit dans les proportions relatives du sable et de l’argile qui
+forment le limon, aussitôt les espèces qui étaient fort bien adaptées au
+milieu et qui luttaient avec avantage contre les concurrentes, se
+verront disputer la place par d’autres, et en général elles finiront par
+être repoussées. Dans ces régions deshéritées où la vie est entourée de
+tant d’obstacles, un rien suffit à assurer la prééminence d’une espèce
+sur toutes les autres.
+
+La pauvreté de la flore attriste l’œil. Ainsi, nous traversons en ce
+moment une bande sablonneuse et peu salée. Examinons cette petite touffe
+hérissée de feuilles grises sur lesquelles se balancent de fines
+panicules soyeuses ; c’est une Graminacée, l’_Aristida obtusa_ ; — et la
+touffe voisine ; c’est la même ; — et celle-ci ; c’est encore la même ;
+— ah ! en voici une autre ; non, c’est la même ; — celle-là au moins est
+différente ; non, c’est la même, seulement elle a été broutée de plus
+près ; — enfin, en voici une ; c’est encore la même, un peu plus
+avancée ; — et ainsi, jusqu’au pied du djebel Harmel, l’unique espèce se
+répète à l’infini.
+
+La physionomie du paysage se modifie brusquement. Nous venons de
+pénétrer dans une région plus salée, et aussitôt les touffes clairsemées
+de l’_Aristida_ font place à d’étranges bouquets dont les fleurs roses
+ont l’air d’avoir été piquées une à une sur des monticules de sable.
+(Voir phot. 6). C’est le _Limoniastrum Guyonianum_, le Zeita des Arabes,
+une Plombaginacée frutescente. Le vent chargé de poussières dépose ses
+sédiments entre les branches, et l’arbrisseau butté sans répit par les
+rafales de sable en arrive à être enfoui sous une dune. Menacés à chaque
+minute d’être enterrés vivants, les malheureux végétaux ont toutes les
+peines du monde à maintenir à la lumière leurs feuilles et leurs fleurs.
+La même particularité se retrouve, quoique à un moindre degré, chez le
+_Nitraria tridentata_, un arbuste épineux de la famille des
+Zygophyllacées. Il n’existe ici qu’à l’état d’individus isolés, mais
+nous le reverrons tantôt, couvrant de vastes espaces de ses tertres gris
+dont se détachent des rameaux traînants.
+
+Sans relâche les plantes doivent lutter contre le sable qui tend à les
+submerger. Mais, d’autre part, l’amoncellement des grains quartzeux
+autour des branches défend celles-ci contre la transpiration excessive.
+L’avantage que la plante retire de cette protection n’est certes pas
+négligeable : nous remarquons tout de suite que les rameaux qui ont été
+mis à nu par la dernière tempête, privés maintenant de leur manteau
+sableux, se sont complètement desséchés et ne portent plus que des
+feuilles recroquevillées.
+
+Le principal intérêt du _Limoniastrum_ réside, non dans la façon dont il
+se comporte vis-à-vis du sable, mais dans ce fait que la plante sécrète
+des substances salines qui se déposent à la surface des feuilles. Dans
+les premiers temps de notre séjour à Biskra, nous trouvions
+régulièrement, chaque matin, les Zeita couverts d’une rosée abondante,
+alors que les végétaux voisins étaient tout à fait secs. Chaque
+gouttelette repose sur une des squames salines qui garnissent les
+feuilles. Il est donc hors de doute que les sels déliquescents, éliminés
+par des glandes spéciales, attirent et précipitent la vapeur d’eau, et
+cela dans une atmosphère non saturée qui ne laisse pas tomber de rosée
+proprement dite. Il semble démontré que la plante est capable d’absorber
+ce liquide, malgré sa forte concentration. Quoiqu’il en soit, voici une
+plante dont les feuilles, pendant l’hiver et le printemps, changent de
+teinte avec les heures du jour : le matin, elles sont vertes, puisque
+les sels, étant dissous, ne se voient pas ; quelques heures plus tard,
+le liquide a disparu, — absorbé ou évaporé, — les sels recristallisent
+et l’arbuste reprend sa teinte blafarde. Mais au mois de mai, l’air est
+déjà trop sec, même la nuit, pour que la plante puisse en extraire la
+moindre humidité.
+
+Lentement notre caravane passe entre les petits tertres pulvérulents
+dont les rameaux de _Limoniastrum_ constituent la charpente, et sur la
+convexité desquels s’étalent leur triste feuillage et leurs cymes de
+fleurs roses. Nous dépassons les _Nitraria_, et à présent nous sommes
+dans le bois de _Tamarix_ de Saada. C’est un bois, en effet ; un bois
+saharien. Pas plus d’ombre que n’en donneraient des Asperges. Des
+« arbres » très espacés, aux branches flexueuses naissant au ras de la
+terre, et dont les plus fortes dressent à hauteur d’homme de maigres
+pinceaux de ramuscules effilés ; les insignifiantes écailles vert-pâle,
+— tout ce qui reste des feuilles, — sont apprimées contre les entrenœuds
+et piquées de points gris. Les _Tamarix_ sécrètent aussi des sels
+déliquescents, seulement au lieu que ceux-ci forment un revêtement
+cristallin presque continu, comme chez les _Limoniastrum_, ce ne sont
+que de minuscules agrégats d’une poussière grise.
+
+Les larges ondulations s’applanissent, la proportion de sable diminue et
+nous arrivons dans une zone basse où domine l’argile. La couche
+superficielle du terrain, lavée par les pluies d’hiver, a perdu la
+majeure partie de ses sels ; son écorce dure s’est crevassée en réseau
+par suite du retrait de l’argile. Partout dans la dépression peu
+profonde où nous cheminons, le sol montre des traces manifestes de
+ruissellement, et à plusieurs reprises nous devons même contourner des
+ravins. Sur ce terrain, déjà très varié, les cailloux se sont entassés
+çà et là en gros monceaux ; ailleurs des traînées de sable cachent le
+limon sous-jacent. Hormis les tas de pierres où rien ne pousse, toute
+cette région argileuse est garnie d’une végétation beaucoup moins
+uniforme que celle des sables salés. Au fond des ravins, poussent de
+vigoureux buissons d’une Salsolacée, l’_Arthrocnemon macrostachyum_ ;
+ses entrenœuds renflés, privés de feuilles, ressemblent à ceux d’un
+_Salicornia_. Des _Nitraria_ et des _Limoniastrum_ ont élu domicile sur
+les sables. L’espèce prédominante du limon argileux est ici le
+_Halocnemon strobilaceum_, Salsolacée à petites feuilles charnues,
+serrées les unes contre les autres sur des rameaux grêles ; à l’aisselle
+des feuilles déjà sèches qui garnissent les branches de l’année
+dernière, se développent des bourgeons denses et courts, qui sont comme
+des verrues régulièrement disposées. Une dernière Salsolacée, très
+répandue aussi, _Suaeda vermiculata_, aux ramuscules enchevêtrés, garnis
+de petites feuilles cylindracées, charnues.
+
+
+Par terre entre les cailloux, deux plantes étranges — desséchées,
+recoquillées. — _Odontospermum pygmaeum_ et _Anastatica hierochuntica_.
+Toutes deux présentent ceci de particulier que le végétal, après la
+maturité des fruits, retient énergiquement ses graines pour les empêcher
+de se perdre pendant les longues sécheresses, et qu’il ne les met en
+liberté que si une pluie vient les mouiller. On a longtemps supposé que
+le squelette ligneux, chargé de fruits mûrs, se détache du sol, et,
+devenu le jouet du vent, roule à travers le désert. Des observations
+précises, faites en premier lieu par M. Volkens (=1887=, p. 84) et dont
+il est aisé de vérifier l’exactitude, montrent que le végétal reste
+indéfiniment fixé par sa longue racine pivotante, réduite à son axe
+ligneux. Le vent n’a donc aucune part dans la dissémination de ces
+espèces ; elle est effectuée par le choc des gouttes de pluie ; celles-
+ci amènent l’étalement du végétal et rejaillissent ensuite de tous côtés
+en emportant les graines.
+
+La vraie Rose de Jéricho (_Asteriscus pygmaeus_ ou _Odontospermum
+pygmaeum_) est une mignonne Compositacée Tubuloïdée dont les capitules
+peu nombreux, — il n’y en a souvent qu’un seul, — sont portés par des
+rameaux longs à peine de un ou deux centimètres. Les bractées de
+l’involucre sont infléchies vers le haut et se rejoignent au-dessus du
+capitule. Si nous mouillons un capitule, nous voyons les bractées se
+redresser, puis s’étaler jusqu’à ce que les akènes soient complètement
+mis à nu. L’aigrette des fruits est très réduite et partant ils sont peu
+aptes à être entraînés par le vent. Détachons-en quelques-uns : alors
+qu’on ne parvenait pas à les arracher sans les rompre quand le
+réceptacle était sec, rien n’est plus facile que de les décoller à
+présent. Dans cet état, la pluie les enlève aisément ; toutefois, elle
+ne peut les disperser que dans un petit rayon ; aussi constatons-nous
+que les individus sont tous groupés les uns auprès des autres. Autour
+des _Odontospermum_ racornis, des années précédentes, nous ne manquerons
+pas de trouver des exemplaires vivants, avec leurs feuilles lancéolées
+un peu velues, et les fleurons ligulés jaunes qui bordent le capitule.
+
+Nous serons moins heureux en ce qui concerne la Main de Fatma
+(_Anastatica hierochuntica_) : les individus desséchés abondent, mais
+les vivants sont introuvables en cette saison. Les squelettes
+fructifères de cette Cruciféracée sont souvent offerts en vente dans les
+bazars arabes sous le nom de Roses de Jéricho. En général l’acheteur
+reçoit en même temps un papier avec des indications sur la manière de
+faire refleurir la plante qui a été invariablement « cueillie en
+Palestine.... Trempez la Rose dans l’eau ; le lendemain vous la verrez
+verdir et donner une belle fleur. » Inutile d’ajouter que ceci n’est
+qu’une des innombrables ruses qu’emploient les Arabes pour allécher les
+clients. Voici ce qui se produit en réalité. Les rameaux, qui à l’état
+sec sont repliés vers l’intérieur comme les doigts d’une main fermée,
+s’étalent dès qu’ils sont mouillés. De même que pour les bractées de
+l’_Odontospermum_, ces mouvements sont provoqués par l’hygroscopicité.
+Les valves de la silicule qui était hermétiquement fermée, s’écartent
+maintenant à la moindre pression ; les graines s’imbibent d’eau et
+germent. Les branches mortes se garnissent ainsi d’un duvet vert ; mais
+il est évident que jamais ces plantules ne deviennent assez grandes pour
+fleurir. Dans la nature, les choses se passent d’une façon analogue. La
+pluie détermine en premier lieu l’étalement des branches ; les fruits
+sont donc atteints directement par les gouttes. Or chacune des valves de
+la silicule porte vers le haut une oreillette horizontale sur laquelle
+les gouttes agissent comme sur un levier pour faire basculer les valves.
+Le fruit étant ouvert, le rejaillissement du liquide projette les
+graines tout autour de la plante-mère.
+
+Il y a dans le Sahara plus de plantes annuelles que ne le ferait
+supposer la rigueur du climat. La plupart d’entre elles sont extrêmement
+éphémères : dès qu’une pluie survient, on les voit germer, donner des
+fleurs et, en toute hâte, mûrir leurs graines.... Tout doit être terminé
+avant que les dernières particules d’eau de pluie aient eu le temps de
+s’évaporer. Les graines mûres peuvent impunément attendre pendant des
+années qu’une nouvelle pluie leur permette de sortir de leur torpeur.
+
+Le décor change encore une fois : plus de cailloux ni de monticules de
+sables ; une puissante couche d’argile presque pure coupée de ravins.
+L’_Atriplex Halimus_ (_Halimus pedunculatus_) a supplanté toutes les
+autres espèces ; ses buissons blancs, aux feuilles satinées, couvrent la
+plaine jusqu’à l’horizon d’un épais fourré gris pâle. Cette Salsolacée
+est appelée Guetaf par les Arabes ; on en mange les jeunes pousses en
+guise d’épinards. Elle a aussi une grande importance comme fourrage :
+malgré son goût âcre et salé, les chameaux en sont très friands ; ici
+même, un troupeau de plusieurs centaines d’individus de tout âge
+broutent avec voracité, sans seulement lever la tête pour nous regarder
+passer. En hiver le bétail trouve suffisamment de nourriture dans le
+Sahara ; les pluies, quelque précaires qu’elles soient, font alors
+pousser un peu d’herbe sur les terrains les plus rebelles. Mais dès que
+l’été ramène ses chaleurs desséchantes, la maigre verdure s’évanouit et
+les troupeaux sont chassés vers les montagnes et les hauts-plateaux.
+Ceux que nous croisons dans le Guetaf s’en vont par petites journées
+vers les montagnes de l’Aurès ; ils ne reviendront qu’en automne, avec
+les premières pluies.
+
+
+Il est midi. Nous sommes en selle depuis plus de six heures et nous
+acceptons volontiers la proposition des chameliers de nous arrêter pour
+le déjeuner. « Nous serons très bien ici, disent-ils ; non seulement nos
+bêtes trouveront à manger, mais les messieurs auront un peu d’ombre. »
+De l’ombre ! on voit bien que les Arabes ne savent pas ce que c’est. Il
+nous font entrer dans un ravin ; à condition de nous coller étroitement
+contre la paroi verticale, nous pourrons profiter de la chétive tache
+d’ombre que projette un _Limoniastrum_ solitaire, posé en surplomb sur
+le bord de l’escarpement. Le repas est vite expédié, le premier de nos
+immuables déjeuners : sardines ou thon, pain, dattes, thé. Les dernières
+bouchées ne sont pas avalées qu’il faut se remettre en route, marcher
+sous le soleil flamboyant du plein midi.... Nous sommes à moitié
+assoupis, congestionnés par le repas, éblouis par l’aveuglante lumière
+que nous renvoient les feuilles blanchâtres du Guetaf. Ah ! si nous
+pouvions garder les yeux fermés, laisser aller les mulets à leur guise !
+Mais l’étape est fort longue aujourd’hui, 52 kilomètres, et nous n’en
+avons pas encore parcouru la moitié ; aussi, chaque fois que nos
+montures quittent le chemin pour vagabonder dans le désert, la matraque
+du muletier les ramène-t-elle dans la bonne voie.
+
+
+Nous voici de nouveau dans la plaine sablonneuse où le roc est presque à
+fleur de terre, avec de larges plis séparés par des dépressions à peine
+perceptibles. De loin le pays semblait tout à fait plat, et on doit être
+descendu dans un creux pour remarquer les légers mouvements du terrain.
+Quoique les différences de niveau ne soient que de quelques mètres, la
+flore se modifie de tout point quand on passe de l’éminence à la
+dépression. Sur la hauteur il y a souvent des buissons de _Tamarix_
+déchiquetés par les coups de vent. Les versants sont garnis des
+Salsolacées que nous avons vues l’avant-midi ; il s’y ajoute par place
+une autre espèce, l’_Echinopsilon muricatus_, plante grise avec de
+petites feuilles velues un peu grasses. Dans les portions déclives où la
+surface est voisine de la roche imperméable, l’humidité se conserve plus
+longtemps et les Salsolacées ont fait place à une végétation toute
+différente. Le centre est en général occupé par un massif de Jujubiers
+(_Zizyphus Lotus_). Le regard se pose avec complaisance sur ces
+arbrisseaux d’un beau vert au milieu de l’immensité fauve semée de
+plantes grises. Nos chameaux, eux aussi, se réjouissent à la vue de
+cette verdure inespérée. Mais leur joie est de courte durée : à peine
+ont-ils reconnu les Jujubiers qu’ils retournent tristement vers le
+chemin ; pas moyen de donner un coup de dents parmi les épines crochues,
+acérées, qui défendent le feuillage. Leur désappointement est si grand
+qu’ils ne font même pas attention aux innombrables petites plantes
+éphémères qui croissent autour des arbustes. Ce sont principalement des
+Graminacées : _Stipa tortilis_, _Hordeum maritimum_, _Phalaris minor_,
+etc. Elles finissent de mûrir leurs fruits et les milliers d’aigrettes
+jaunes des _Stipa_ reflètent le soleil.
+
+Abdallah, notre guide, nous signale à l’horizon des points en saillies
+sur une crête de sable. « Derrière cela, dit-il, est le caravansérail où
+nous passerons la nuit. Courage ! » Nous forçons le pas, les yeux fixés
+sur les taches foncées. Sont-ce des arbustes, des têtes de palmiers, des
+constructions, des chameaux accroupis ? Impossible de rien distinguer.
+C’est vraiment trop loin ; et malgré la pureté et la sécheresse de
+l’atmosphère on ne distingue que le contour sans aucun détail. Nous
+voici dans un creux, et les marques noires ne sont plus visibles ;
+espérons qu’elles seront tout proches quand nous arriverons sur la
+hauteur. Vain espoir ; les énigmatiques points sombres sont aussi
+indécis qu’auparavant. De nouvelles dépressions, de nouvelles rides à
+franchir. Les taches ont l’air de reculer à mesure que nous allons vers
+elles, et autour de nous les éternelles Salsolacées garnissent les
+versants sablonneux, les petites Graminacées font les mêmes tapis dorés
+auprès des Jujubiers verdoyants. Les heures se succèdent sans amener le
+moindre changement dans le paysage. Aurions-nous atteint le but,
+seraient-ce ces buissons-ci qu’Abdallah nous montrait il y a quelques
+heures ? « Pas du tout, dit-il, ceux que je vous ai indiqués sont plus
+loin, nous les verrons dès que nous serons sur la hauteur, là devant
+nous. » En effet, ils réapparaissent au loin, bien loin, hélas !
+
+Enfin ! nous les avons laissés derrière nous. Le bordj (caravansérail)
+se voit à quelques kilomètres d’ici. Il est grand temps que nous
+descendions de nos mulets : voilà plus de onze heures que nous marchons,
+et c’est long, onze heures, pour des gens qui n’ont jamais fait
+d’équitation.
+
+
+Ces caravansérails sont établis par les autorités militaires. Pour
+pouvoir y passer la nuit, on doit être muni d’une lettre de diffa,
+c’est-à-dire d’une autorisation délivrée par le commandant militaire ;
+elle donne droit, moyennant une équitable rémunération, à la chambre
+pour les voyageurs, à l’écurie pour les montures, enfin à la diffa,
+c’est-à-dire au repas arabe.
+
+Pas trop confortable, le bordj de Chegga. La chambre à laquelle on nous
+mène ne possède pas un meuble. Sur le sol battu nous étalons nos
+couvertures : voilà notre lit ; il ne sera certes pas fort moelleux,
+mais nous sommes assez éreintés pour que la dureté de la couche ne nous
+empêche pas de dormir. Le fait est que nous sommes littéralement
+exténués, à tel point que nous n’avons pas même le courage de manger.
+Pourtant nous ne pouvons pas aller nous coucher tout de suite. L’eau de
+Chegga est trop suspecte pour que nous osions la boire telle quelle ; il
+faut la bouillir et en faire du thé : nous aurons ainsi, enfermée dans
+deux grands bidons en fer-blanc, notre ration de liquide pour le
+lendemain. Pendant que nous préparons le thé, nous jetons un coup d’œil
+sur le spectacle qui se déroule devant nous. Au milieu du grand cercle
+que forment les bagages et les chameaux entravés pour la nuit, nos
+hommes ont allumé des feux pour cuire leur couscouss. Immédiatement au-
+delà, le désert, le grand désert vide où les touffes de Salsolacées se
+poursuivent à perte de vue ; un ciel sans nuages, où brille la lune,
+plus blanche, semble-t-il, que chez nous.
+
+Le lendemain nous sommes levés avant le soleil. La toilette n’est pas
+longue : on couche tout habillé et il n’y a qu’à se mettre debout pour
+être prêt. Pendant qu’on charge les mulets et les chameaux, nous avalons
+à la hâte quelques dattes. On charge les mulets, disons-nous. En effet,
+ils n’ont pas de selle ; par dessus le bât, on étale un tellis, immense
+sac en poil de chameau, dont les coins servent d’étrier, et dans lequel
+on fourre les appareils photographiques, le déjeuner de midi, ainsi que
+nos sacoches avec les bocaux et les ustensiles dont nous pourrions avoir
+besoin pendant la marche. Sur le tellis, notre literie, c’est-à-dire les
+couvertures et les cabans.
+
+
+Nous reprenons notre pèlerinage. Pendant toute la matinée le paysage
+reste identiquement ce qu’il était la veille : un plateau à grands plis
+arrondis, larges mais peu élevés, où le rocher perce au travers du sable
+ou du limon. La même flore aussi : _Suaeda vermiculata_, _Echinopsilon
+muricatus_, _Limoniastrum Guyonianum_, _Nitraria tridentata_.
+
+Dans les endroits rocailleux, une nouvelle Salsolacée s’y ajoute,
+_Anabasis articulata_. Ses entrenœuds sont charnus comme ceux de
+_Salicornia_. Dans le tout jeune âge, ils laissent voir une faible
+coloration verte sous l’épiderme gris ; mais dès qu’ils vieillissent ils
+prennent une teinte crayeuse. Ces portions anciennes se détachent et
+forment autour du chétif buisson un amas qui ressemble à des lombrics
+pétrifiés. (Voir phot. 2). Il est probable que la désarticulation des
+rameaux âgés est un moyen qu’emploie la plante pour se débarrasser d’un
+excès de sels minéraux. Les végétaux adaptés à vivre dans les terrains
+salés supportent, nous le savons, de grandes doses de sels. Néanmoins il
+arrive un moment où les matières minérales se concentrent au point de
+gêner le fonctionnement de l’organisme, et en particulier l’assimilation
+chlorophyllienne. Pour éviter que ces substances n’encombrent les
+tissus, l’_Anabasis_ les fait émigrer vers les portions anciennes dont
+la chute est imminente.
+
+Dans les sables nous remarquons également, sur le fond uniforme de la
+flore, quelques espèces que nous n’avions pas encore rencontrées :
+_Centaurea furfuracea_, une herbe annuelle presque sans tige, avec un
+unique capitule posé sur le sable ; _Atractylis flava glabrescens_ (_A.
+citrina_), minuscule chardon à capitules jaunes, chez lequel les
+fleurons périphériques sont si développés que l’ensemble donne
+l’impression d’un capitule de Corymbifère ; enfin une Rosacée à feuilles
+grises, _Neurada procumbens_. C’est « une petite plante herbacée
+appliquée sur le sol, dont les fruits restent enfermés dans le calice
+accrescent. Ces fruits, pareils à des boutons, germent à la moindre
+pluie. La sécheresse revient parfois avant qu’ils aient pu produire
+autre chose que des radicules. Si l’on essaye de ramasser ces fruits qui
+semblent secs, on est tout étonné d’éprouver une vive résistance. Ce
+sont les radicules qui les ont fixés au sol. On dirait qu’on y a cousu
+des boutons » (Battandier et Trabut. =1898=, p. 165.)
+
+
+Nous allons voir enfin du neuf. Encore quelques pas et nous sommes
+devant le chott Melrhir. Les chott, on le sait, sont des lacs : sur les
+cartes géographiques ils sont marqués en bleu, de même que les cours
+d’eau.
+
+Il est immense, le Melrhir. Jusqu’à l’horizon, on voit se soulever les
+vagues ourlées d’écume. La falaise par laquelle nous allons descendre,
+cesse brusquement pour reparaître au loin, plus haute, plus escarpée. Çà
+et là un îlot surgit, tout vert au milieu des flots jaunâtres. Devant
+nous, de l’autre côté du chott, une oasis de Dattiers. A nos pieds, une
+plage unie, en pente douce ; de la vase argileuse sur laquelle se
+détachent des plantes cendrées, par petites touffes rondes. Nous
+relevons les yeux. La ligne de falaises se profile maintenant au-dessus
+de l’horizon. Elle n’est plus continue comme tantôt : de profondes
+entailles la découpent, et de plus, elle s’est avancée vers la gauche.
+Voilà qu’un nouvel îlot se montre ! Où donc sont ceux que nous admirions
+il y a un instant ? Et cette rangée de vagues qui déferlaient ? Elle se
+maintient immobile ! Qu’est-ce donc que ce lac où les flots sont figés,
+mais dont les bords et les îles se déplacent ? Illusions, mirage, tout
+cela. Le chott Melrhir est complètement à sec. L’eau blonde est de la
+boue durcie ; l’écume n’est autre chose qu’un dépôt cristallin de sel et
+de gypse ; les îlots et les falaises, c’est le soleil qui se joue dans
+les couches d’air inégalement surchauffées. Une seule chose est réelle,
+c’est l’oasis d’Ourhir, là-bas en face de nous.
+
+Le chott Melrhir est le dernier de toute une suite de lacs qui du golfe
+de Gabès s’étendent vers l’intérieur du Sahara. C’est par là que
+s’écoulaient autrefois à la Méditerranée les eaux du fleuve qui
+descendait des hauteurs du Grand-Désert, et dont nous remonterons
+jusqu’à Ouargla le cours maintenant tari. Le lac lui-même n’est plus
+qu’un vaste bourbier ; sa lisière seule est assez résistante pour
+supporter une caravane, tandis que tout le milieu est occupé par
+d’insondables couches de vase sur lesquelles les efflorescences salines
+font une croûte illusoire : tout animal qui s’y risque est aussitôt
+enlisé. Pas un brin d’herbe ne pousse sur la boue saturée de sel ; au-
+dessus de cette solitude réfractaire à toute vie, aucun oiseau ne plane.
+Jadis il y avait ici un grand lac, alimenté par un fleuve abondant ; ses
+rives étaient sans doute garnies de bosquets et de prairies.
+L’insatiable soleil a tout dévoré, et le vide qu’il a créé, il le peuple
+de fantômes, de mirages décevants.
+
+Ce lac pâteux se desséchera encore davantage. L’apport d’eau par les
+pluies ne compense pas l’évaporation. Il ne tombe pas ici 20 centimètres
+d’eau par an, quantité insignifiante dans un pays où, déjà le 2 mai,
+notre thermomètre marque 34°. Du reste, le Sahara tout entier subit un
+sort analogue ; partout l’équilibre est rompu entre les précipitations
+atmosphériques et l’évaporation, et fatalement le désert est condamné à
+devenir de plus en plus aride.
+
+
+Nous sommes descendus sur la vase solidifiée qui forme la plage du
+Melrhir. La surface raboteuse a la consistance de la pierre. La route
+passe à égale distance des berges éboulées qui bordent le lac et des
+nappes salines brillant au soleil. Pendant trois heures nous passons
+entre les touffes isolées de plantes halophiles. (Voir phot. 7.) Ce sont
+des _Halocnemon strobilaceum_ en buissons assez denses, souvent bruns ou
+même carminés, et des _Limoniastrum Guyonianum_ dont les rameaux noirs
+tordus, non cachés ici par le sable, supportent des feuilles d’une
+teinte indécise, verdâtre ou grisâtre. Parmi ces deux plantes qui
+forment le fond de la flore, quelques _Tamarix_, gris également, et de
+rares _Anabasis articulata_ avec leur aspect de fossiles.
+
+Chose peu commune, le pays que nous foulons est à une trentaine de
+mètres au-dessous du niveau de la Méditérranée. C’est l’un des arguments
+qui ont été invoqués en faveur de la théorie de la mer saharienne : on
+avait imaginé que le Sahara est le fond d’une mer récemment asséchée.
+D’après cette hypothèse, maintenant reléguée parmi les fables, les
+rangées de dunes marquent les étapes successives du retrait de la mer,
+les amas de cailloux et les sables dénués d’humus sont les restes des
+anciennes grèves, les chott, enfin, représentent les cuvettes dans
+lesquelles les eaux viennent se concentrer. Il avait même été question
+de creuser un canal pour permettre à la Méditerranée de reprendre
+possession du Grand Désert. Mais on sait à présent que les régions
+déprimées sont tout à fait exceptionnelles et que le percement du seuil
+de Gabès amènerait seulement l’immersion du Melrhir et de quelques chott
+voisins. La mer intérieure que l’on créerait ainsi ne couvrirait qu’une
+infime portion du Sahara[1] et ne pourrait donc pas exercer sur le
+climat européen l’influence bienfaisante qu’en attendait le commandant
+Roudaire, l’auteur du projet.
+
+Le Sahara n’est pas non plus aussi plat qu’on se le figurait. Il ne
+ressemble en aucune façon à la description classique : « du sable, rien
+que du sable sans cesse remanié par le simoun ; une vaste plaine, toute
+unie, où les seuls objets sur lesquels la vue puisse se reposer sont des
+ossements blanchis, restes des caravanes qui ont succombé à la soif ou
+qui ont été ensevelies sous la poussière ; un pays tellement sec
+qu’aucune herbe n’y pousse ; à travers lequel, suivant une expression
+pittoresque, on peut voyager pendant des semaines sans rencontrer
+seulement de quoi se faire un cure-dent ». En réalité, ce n’est pas
+ainsi du tout. La structure géologique du Sahara est fort variée. Sa
+surface est aussi accidentée que celle de maint pays d’Europe ; d’après
+les dernières données, son élévation moyenne est de 460 mètres, soit de
+170 mètres plus forte que celle de l’Europe. Enfin, nulle part le sol ne
+reste nu sur une grande étendue. La végétation n’est certes pas
+luxuriante, ni comme nombre d’individus, ni comme espèces : le Sahara
+tout entier, presque aussi grand que l’Europe, ne renferme qu’un millier
+de plantes différentes, dont la moitié environ existent dans le Sahara
+algérien. Mais chacune de ces espèces couvre, soit seule, soit associée
+à un petit nombre d’autres, d’immenses espaces.
+
+C’est son uniformité qui donne à la flore saharienne son caractère
+propre. Le désert n’est pas vide, il est seulement monotone. Ah ! s’il
+n’y avait rien, on en prendrait son parti, on saurait qu’il est inutile
+de regarder. Mais non. Sans relâche de nouvelles plantes semblent
+s’offrir au botaniste ; on s’approche, on examine, et on revient déçu.
+Depuis que nous sommes descendus sur le chott Melrhir, combien de fois
+ne nous sommes-nous écartés de notre caravane, attirés par une touffe
+plus étalée ou plus haute, plus verte ou plus rouge, et toujours en
+vain. Les quatre éternelles espèces nous poursuivront jusqu’à l’autre
+bout du chott.
+
+
+Heureusement nous sommes près d’Ourhir. Nous connaissons assez les oasis
+pour ne pas nous attendre à rencontrer un nid de verdure, où les
+ruisseaux murmurent gaîment parmi les fleurs, à l’ombre des grandes
+palmes balancées par le vent. Des oasis aussi poétiques n’existent que
+dans les écrits des littérateurs qui n’ont jamais été au Sahara et qui,
+pour imager leur style, opposent l’oasis riante au désert mort. Pourtant
+après les deux journées que nous venons de passer en pleine sauvagerie,
+— ce sont les premières du voyage et nous ne sommes pas encore habitués
+à cette existence, — nous saluons avec joie la maison européenne qui
+s’élève au milieu des Palmiers. Nous avons une lettre d’introduction
+pour M. Bonhoure, le directeur des plantations d’Ourhir. Cette oasis
+dépend de la « Société du Sud Algérien » qui possède encore d’autres
+cultures dans la vallée de l’oued Rirh, en particulier à Sidi-Yahia, où
+nous serons reçus demain soir.
+
+Les oasis exploitées par des Français sont beaucoup moins pittoresques
+que celles des Indigènes : les Dattiers sont plantés en quinconce entre
+des rigoles qui se coupent à angle droit. Il n’y a plus ici de rivières
+pour arroser les arbres, et toute l’eau est fournie par des puits
+artésiens. Sous l’ancien fleuve dont le lit, maintenant à sec, se
+poursuit depuis les hauteurs du Sahara central jusqu’au chott Melrhir,
+il existe une nappe artésienne, véritable fleuve souterrain dont l’eau
+est ramenée à la surface par des puits. Ceux-ci sont forés par l’atelier
+militaire sous la direction de M. l’ingénieur Jus, « Bou el Ma », « le
+Père de l’Eau », comme l’appellent les Arabes.
+
+Ourhir possède sept puits donnant huit à neuf mille litres d’eau à la
+minute. Cette masse d’eau, qui paraît énorme au premier abord, suffit à
+peine en été pour abreuver les vingt-cinq mille Palmiers qui composent
+l’oasis, grande de cent vingt-cinq hectares. Pendant la saison où la
+transpiration est active, il faut donc à un Dattier environ un quart de
+litre d’eau par minute. Mais, ainsi que nous le faisait remarquer notre
+hôte, beaucoup de liquide se perd avant d’arriver aux racines. En vue de
+réduire cette déperdition, on vient d’établir une fabrique de tuyaux en
+terre cuite, destinés à remplacer la canalisation à ciel ouvert.
+
+Les plantations françaises ne payent pas d’impôt, tandis que les Arabes
+doivent acquitter une taxe annuelle de dix à vingt-cinq centimes par
+Palmier. Malgré cette imposition, la culture du _Phœnix_ progresse
+d’année en année et les Indigènes de l’oued Rirh, gagnés par l’exemple
+des Français, commencent à faire exécuter des sondages. A l’heure qu’il
+est, beaucoup d’oasis arabes sont déjà irriguées par des puits
+jaillissants. Ces puits qui sont profonds d’environ 70 mètres et donnent
+de l’eau à 24°, coûtent chacun de quatre à cinq mille francs.
+
+Quelle bonne soirée nous avons passée là, avec la charmante famille
+Bonhoure, sur la terrasse d’où le regard plane par dessus les Dattiers.
+D’abord c’est le soleil qui se couche sur le désert, mettant des
+zébrures pourpres aux palmes luisantes ; c’est le chott qui étale
+jusqu’à l’infini sa tristesse de mort. Puis, quand tout fut envahi par
+les mystères du soir, un orage éclate sur les sommets de l’Aurès. Les
+montagnes sont distantes de plus de cent kilomètres ; mais telle est la
+transparence de l’atmosphère que chaque éclair fait voir dans tous leurs
+détails les forêts, les ravins et les larges pans de rochers escarpés.
+
+Le lendemain nous sommes éveillés par la voix de notre hôte : « Vite,
+venez voir le soleil se lever sur la mer. » C’est admirable, en effet :
+sur l’horizon du chott Melrhir, un horizon rectiligne, sans un accident,
+sans une aspérité, le soleil monte flamboyant, tout seul dans le ciel.
+
+Un coup d’œil rapide sur l’intéressant jardin que Madame Bonhoure a su
+créer sous les Dattiers. « En cette saison, me dit-elle, il faut
+l’inonder tous les deux ou trois jours. C’est incroyable ce qu’il a
+fallu essayer d’espèces avant d’en trouver quelques-unes qui soient
+capables de supporter le climat excessif du désert. » Les Rosiers, les
+Œillets, les _Gaillardia_ annuels, les Amarantes et les Chrysanthèmes du
+Japon sont magnifiques. Ces derniers fleurissent de septembre à
+novembre. La Capucine grimpante (_Tropaeolum majus_) reste toujours
+naine : la sève s’évapore pendant son trajet dans la tige grêle, et
+celle-ci n’atteint jamais plus de trente centimètres de longueur. Chez
+les plantes ligneuses la sève est mieux protégée contre la
+transpiration, et la croissance en longueur peut s’effectuer. Aussi ne
+nous étonnerons-nous pas de voir des Vignes former des berceaux de
+feuillage à l’ombre des Palmiers.
+
+
+Bientôt nous sommes à l’oasis de Mrhaïer, que les Arabes ont fertilisée
+à l’aide de puits artésiens. Le village, purement indigène, est fort
+pittoresque et présente bien les caractères typiques des bourgades de
+l’oued Rirh. On choisit un fond argileux, assez humide pour fournir de
+la boue. Celle-ci est gâchée et façonnée en « tob », grandes briques
+qu’on sèche au soleil. Voilà les seuls matériaux de construction, avec
+quelques troncs de Palmier pour soutenir la terrasse. Les maisons
+basses, cubiques, sont jetées sans ordre le long de ruelles tortueuses.
+Autour du village, la tranchée dans laquelle on a pris la boue pour le
+tob a été élargie en un fossé où viennent se déverser toutes les
+immondices. Il faut avoir passé à côté de ces égoûts, un jour de forte
+chaleur, pour se rendre compte de l’odeur que peuvent dégager les
+résidus d’une agglomération humaine.
+
+
+Jusqu’à la halte du soir, le pays reste invariablement le même ; c’est
+toujours le désert salé et gypseux. Ici nous contournons des dunes,
+ailleurs nous passons dans des fonds limoneux. Parfois aussi la roche
+sous-jacente est presque à nu sur un grand espace ; le sable est alors
+émaillé de lamelles de gypse qui brillent au soleil comme des éclats de
+verre. A plusieurs reprises, nous longeons de très près la falaise,
+éboulée par places, qui borde l’oued Rirh. Le fleuve desséché est
+tellement large qu’il nous est impossible d’apercevoir l’autre rive.
+
+Fait route dans la matinée avec un groupe de pèlerins montés sur des
+bourriquets. Ils sont allés au marabout de Sidi-Makfi, dans l’oasis
+d’Ourhir, et rapportent des roses dans le capuchon de leur burnous. De
+temps en temps ils en détachent quelques pétales et les froissent pour
+en faire une boulette qu’ils s’enfoncent dans la narine gauche. Cette
+façon de jouir d’une fleur est fort en vogue auprès des « élégants » du
+Sahara. Nos compagnons de route n’ont plus la peau mate des Arabes
+d’Algérie. Les lèvres sont grosses, le nez est épaté et le teint brun
+foncé : ils appartiennent à la race fortement métissée de nègre qui
+habite à l’état sédentaire les oasis de toute la vallée. Les Nomades
+seuls ont conservé le type pur.
+
+Nous nous séparons près d’une source que deux Palmiers solitaires
+signalaient de loin. C’est un trou, large de deux pieds, creusé dans une
+butte de sable ; le mince filet d’eau qui s’écoule de la fontaine est bu
+aussitôt par le désert. Le cheikh nous invite à venir passer une journée
+dans son village dont nous voyons les Dattiers à quelques kilomètres de
+nous. Il serait sans doute fort intéressant de visiter une plantation
+faite par des Arabes, loin de tout contact européen. Mais le temps fait
+défaut. Nous remercions le cheikh de son aimable offre. _Salam
+alekoum !_ Salut !
+
+En toute une journée, nous ne rencontrons qu’une seule plante curieuse,
+le _Frankenia thymifolia_, un sous-arbrisseau dont les minuscules
+feuilles disparaissent sous les cristaux grisâtres qu’elles ont
+sécrétés. Les rameaux font l’effet de branchettes qui ont séjourné dans
+une fontaine pétrifiante.
+
+L’oasis de Sidi Yahia, où le directeur, M. Cornu, nous souhaite la
+bienvenue, est toute récente ; les Palmiers commencent à peine à
+fructifier.
+
+
+Le lendemain matin, nous visitons avec notre aimable hôte l’oasis
+d’Ayata dont il gère également l’exploitation. C’est l’une des premières
+qui aient été établies par la « Société du Sud-Algérien. » Elle est très
+prospère et plantée principalement en Deglet-Nour, un Dattier dont le
+fruit atteint une haute valeur. On a tenté ici la domestication de
+l’Autruche ; les expériences n’ont pas donné de résultats fort
+encourageants, et actuellement le parc ne renferme plus qu’un seul
+couple. Sous les Palmiers, il y a beaucoup de cultures accessoires ;
+ainsi, on est occupé à moissonner quinze hectares de magnifique orge. M.
+Cornu essaie aussi de cultiver en grand les asperges. Les produits sont
+très beaux et très hâtifs ; seulement, les marchés sont trop éloignés :
+les asperges, expédiées jeunes et tendres, lignifient en route leurs
+vaisseaux et leurs fibres, et quand elles arrivent en France elles sont
+devenues dures et impropres à la consommation.
+
+Avant de faire nos adieux à M. Cornu, nous remplissons nos outres et nos
+bidons à l’un des puits d’Ayata. C’est la meilleure eau de toute la
+contrée : elle ne laisse qu’un résidu de 2 à 3 grammes par litre, alors
+que les autres contiennent de 5 à 10 % de matières salines. Les sels
+sont surtout des chlorures et des sulfates de sodium, de calcium et de
+magnésium. Dire qu’en Europe une eau n’est réputée potable que si elle
+contient au plus un millième de matières dissoutes ! « Chaque fois que
+je vais en France, nous dit M. Cornu, j’ai de la peine à m’habituer de
+nouveau à l’eau. Elle est insipide ; c’est comme de l’eau de pluie. »
+Les eaux du Sahara, par contre, n’ont que trop de goût. Et l’amertume
+que leur communique la magnésie ne serait rien encore si cette substance
+n’avait pas des propriétés purgatives si accentuées.
+
+
+Les chameaux sont partis bien avant nous. Il faudra marcher vite pour
+les rejoindre. Peu importe, du reste, qu’on flâne ou qu’on presse le
+pas, puisque tout de même, il n’y a rien à recueillir. Dès que l’on a
+dépassé quelques larges bosses de sable avec leur flore immuable, on
+arrive dans les sebkha qui annoncent le grand fond boueux de Tougourt.
+Le sebkha est un diminutif du chott. C’est une dépression, d’ordinaire
+sans issue, dans laquelle le liquide se rassemble quand par hasard il
+tombe une averse, et où affleure l’eau souterraine. Sur l’argile
+glissante, pas un caillou, pas un brin d’herbe (Voir phot. 8). Une
+fosse, parfois, dont les bords sont durcis par des concrétions salines.
+Dans l’eau nagent des paquets poisseux de Cyanophycées, entremêlés de
+trémies de sel.
+
+Nous sommes devant le premier sebkha, au milieu de la végétation
+halophyte que nous avons déjà tant vue. « Dis donc, Abdallah, est-ce que
+tu vas nous conduire à travers cette lagune. » — « Pourquoi pas ! » —
+« Eh bien ! et l’eau ? » — « Venez toujours ; nous verrons bien. » Nous
+descendons. A mesure que nous avançons, l’eau s’écarte, comme devant les
+Hébreux dans la mer Rouge. Arrivés sur la rive opposée, nous regardons
+derrière nous : l’eau est toujours là, calme, limpide, reflétant le bleu
+du ciel et les _Tamarix_ qui dominent l’autre bord.
+
+C’est encore une fois du mirage. La nappe liquide n’est pas réelle. Rien
+d’étonnant à ce que nous ayons été trompés : l’illusion est en effet si
+complète que l’eau apparaît même en photographie. (Voir phot. 8.) Tout
+contre le sol, une couche d’air, surchauffée par la réverbération de la
+chaleur, est devenue beaucoup moins réfringente que les strates
+voisines. Elle ne se laisse plus traverser par les rayons obliques, et
+ceux-ci y subissent la réflexion totale. Le ciel et les objets situés
+près de l’horizon se réfléchissent donc sur cet air embrasé, comme si
+c’était une nappe liquide. Marchez vers cette eau fallacieuse, elle se
+dérobe : les rayons lumineux ne la frappent plus avec une obliquité
+suffisante. Qu’une bouffée de vent survienne, la couche d’air doucement
+agitée vous donnera l’impression d’une flaque qui se ride sous la brise.
+
+Les sebkha se succèdent et se ressemblent, tristes et nus ; au fond de
+tous dort une onde illusoire. Nous voyons enfin pointer à l’horizon les
+minarets de Tougourt. En même temps que nous, entre dans la ville une
+caravane chargée de madriers et de poutrelles de fer, qui a quitté
+Biskra une semaine avant nous. Nos chameliers sont fiers de raconter
+qu’ils ont franchi en quatre jours les deux cent et quelques kilomètres
+qui séparent les deux villes.
+
+Du côté de l’Ouest, Tougourt confine au désert. On marche péniblement
+dans le sable mou des dunes, où les mulets enfoncent jusqu’au jarret, et
+l’instant d’après on se trouve dans l’animation du marché, au milieu des
+échoppes. La belle oasis de 170,000 Palmiers arrosée par des puits
+artésiens, est établie dans le grand sebkha qui occupe le confluent de
+deux fleuves taris : l’oued Mya, à gauche, et l’oued Igharghar, à
+droite. Tous deux descendent du Sud. L’oued Rirh que nous avons remonté
+jusqu’ici résulte de la jonction de ces deux grandes rivières mortes.
+
+
+
+
+ =2. — Les sables d’El Erg oriental.=
+
+
+ _A_) DANS LES DUNES DU SOUF.
+
+
+Les sables sont loin de couvrir la totalité du désert, contrairement à
+ce qu’on a supposé si longtemps. Il est admis à présent qu’ils n’en
+occupent que la neuvième partie. Les Arabes ont comparé les vallées
+irrégulièrement anastomosées qui circulent entre les rangées de dunes à
+un réseau de veines (_erg_. pl. _areg_, veine). Il y a deux grands
+districts à dunes dans le Sahara algérien. El Erg oriental s’avance
+jusqu’à l’oued Rirh et à l’oued Mya ; il s’étend aussi en Tunisie et en
+Tripolitaine. El Erg occidental occupe le sud de la province d’Oran et
+une partie du Maroc.
+
+Nous allons voyager à travers El Erg oriental pendant une quinzaine de
+jours ; d’abord en nous rendant à El Oued, la ville principale du Souf,
+d’où nous reviendrons sur nos pas à Tougourt ; ensuite en remontant le
+cours de l’oued Mya, jusqu’à Ouargla.
+
+Rien de plus difficile que de se retrouver dans le dédale de vallées
+toutes semblables que laissent entre elles les dunes du Souf, très
+hautes, très enchevêtrées. Aucune route n’a pu y être établie ; tout au
+plus reconnaît-on la piste qui marque l’itinéraire des caravanes. Pour
+faciliter la traversée, l’autorité militaire a fait établir des gmira,
+pyramides de pierre qui occupent le sommet des plus hauts monticules.
+Entre Tougourt et El Oued, distants de 90 kilomètres, dix gmira
+jalonnent le chemin. Quand aucun de ces signaux n’est en vue, on n’a
+plus d’autres points de repère que les poteaux télégraphiques. Dès que
+le vent souffle, tous les moyens d’orientation disparaissent à la fois :
+la foulée des chameaux s’efface sous une nappe de sable vierge, les
+nuages de poussière cachent les gmira et les poteaux, le soleil lui-même
+est voilé. Si l’on n’a pas alors avec soi un guide habile, connaissant
+les moindres replis de la contrée, on risque fort de s’égarer et de ne
+pas trouver les puits. Malgré les protestations d’Abdallah qui prétend
+être allé cinquante fois à El Oued, le colonel Pujat, commandant de
+Tougourt, nous adjoint un Nomade de la tribu des Ouled Sahia.
+
+Elle a piteuse apparence, notre caravane, quand elle s’ébranle le 6 mai,
+vers trois heures du matin, à la clarté de la pleine lune. Un seul
+chameau, et quel chameau ! Une bête bizarre, capricieuse, qui n’avance
+que par boutades, tantôt galopant à travers tout, avec des soubresauts
+qui ne présagent rien de bon pour nos verreries et nos microscopes,
+tantôt s’obstinant à rester agenouillée pour repartir tout à coup comme
+le vent. Avec ça, galeuse des pieds à la tête et enduite d’une copieuse
+couche de goudron, le remède favori des Arabes contre la gale du
+chameau.
+
+Bien avant le lever du soleil, nous escaladons la berge orientale de
+l’Oued Rirh, d’où nous jetons un coup d’œil sur la ville déjà lointaine
+et sur l’oasis qui surgit du fond du vaste sebkha.
+
+
+Tout de suite nous sommes en plein pays de dunes. Le manteau de sable
+posé sur un sous-sol dur, gypseux, imperméable, est encore peu épais.
+Nous n’y observons d’autres plantes que celles que nous avons déjà vues
+dans les endroits salés de l’oued Rirh : leurs racines plongent jusqu’au
+voisinage de la roche et puisent une eau chargée de matières salines.
+Mais petit à petit, à mesure que nous avançons vers l’Est, la puissance
+de la couche de sable augmente, et la végétation halophile est remplacée
+par des espèces sabulicoles.
+
+A part un groupe de dunes échancrées en croissant, et la profonde
+dépression qui abrite le puits et le caravansérail de Bir Roumi, la
+région que nous parcourons aujourd’hui est peu accidentée. Dans son
+ensemble c’est une plaine légèrement bosselée, garnie de végétaux
+clairsemés entre lesquels le sable brille au soleil. Nulle part on ne
+voit ici d’étendues gazonnées revêtues d’un dense tapis d’herbes et de
+mousses, comme il y en a dans les dunes littorales de l’Europe moyenne.
+
+La plante la plus répandue, et en même temps la plus importante pour
+l’alimentation des troupeaux est le Drîn (_Aristida pungens_), une
+Graminacée qui de loin ressemble à l’Oyat (_Ammophila arenaria_) des
+sables maritimes de l’Europe : mêmes feuilles un peu glauques, raides et
+piquantes, mêmes touffes serrées, isolées les unes des autres, que
+dépassent les inflorescences pâles. (Voir phot. 14.) Mais chez le Drîn,
+les panicules sont largement étalées et non contractées ; de plus sa
+souche est moins longuement traçante. Quand on l’arrache, on constate
+que les racines, au lieu de s’enfoncer verticalement dans le sol,
+s’allongent près de la surface jusqu’à une distance d’une vingtaine de
+mètres. La plante ne cherche donc pas à atteindre les réserves liquides
+cachées dans le sol ; étalant ses racines sur un large espace, elle
+s’efforce, au contraire, de profiter des pluies éventuelles, quelques
+faibles qu’elles soient. Il y a naturellement un grand avantage pour le
+Drîn à pouvoir absorber l’eau par toute la longueur de ses racines, et
+pas uniquement par leur portion jeune, la seule qui d’ordinaire soit
+garnie de poils radicaux. Aussi remarquons-nous que l’appareil
+souterrain n’a pas du tout l’aspect habituel : d’un bout à l’autre, une
+racine longue de vingt mètres est entourée d’une gaine résistante, dure,
+de particules de sable collés aux poils. Loin de subir l’exfoliation
+périphérique, ces racines gardent vivants leurs poils absorbants, les
+plus éphémères peut-être de tous les organes végétaux. Cette
+particularité, sur laquelle M. Volkens (=1887= p. 25) a le premier
+attiré l’attention, se retrouve chez la plupart des Graminacées vivaces
+qui habitent les sables du désert : _Aristida pungens_, _A. floccosa_,
+_Panicum turgidum_, _Pennisetum dichotomum_, _Danthonia Forskahlei_,
+etc., ainsi que chez le _Cyperus conglomeratus_. Toutes ces plantes ont
+des racines fibreuses, non ramifiées, qui s’étalent autour de la souche,
+à une faible profondeur sous le sable. Chez l’Oyat, on observe quelque
+chose d’analogue, mais le phénomène est moins accentué. Une Graminacée
+(_Cutandia memphitica_), et une Liliacée (_Asphodelus pendulinus_), deux
+mignonnes plantes annuelles très répandues dans le Sahara, possèdent
+aussi des poils radicaux persistants. Seulement ils sont beaucoup plus
+longs que chez les espèces vivaces et ne se collent pas au sable d’une
+façon aussi intime, de sorte qu’on ne trouve pas ici une gaine continue,
+mais uniquement des grains épars.
+
+Remarquons en passant que les poils absorbants ne persistent sur les
+portions adultes que chez les Monocotylédones, à racines fibreuses, non
+ramifiées. Au contraire, l’_Ephedra_ et les Dicotylédones, dont les
+racines se ramifient et peuvent par conséquent posséder à la fois un
+grand nombre de portions jeunes, laissent mourir leurs poils radicaux
+dès que ceux-ci sont éloignés de la pointe.
+
+Un mot encore sur l’_Aristida pungens_. On sait que les racines de la
+plupart des plantes s’enfoncent dans la terre en vertu de leur
+géotropisme positif. Vis-à-vis de quels excitants réagissent les racines
+horizontales du Drîn ? L’expérimentation seule pourrait donner une
+réponse définitive. On peut pourtant assurer que la position horizontale
+de l’organe ne dépend pas du diagétropisme, c’est-à-dire que la racine
+ne tâche pas de se maintenir à angle droit avec la direction de la
+pesanteur. En effet, quand la surface du sable est inégale, les racines
+montent et descendent avec elle, de manière à rester toujours à la même
+distance de la lumière. C’est peut-être ce dernier facteur qui joue le
+rôle principal, aidé ou non de l’humidité.
+
+
+Parmi les Drîn et les _Aristida floccosa_, moins hauts et plus touffus
+que les premiers, de gros buissons verts appellent l’attention. Les uns
+ont de longs rameaux grêles, flexibles, que le vent penche et rabat tous
+d’un même côté. Ce sont des Papilionacées sans feuilles, _Retama Raetam_
+(voir phot. 13) et _Genista saharae_. Les autres ont un air rabougri,
+misérable, malgré leur taille qui atteint jusque deux mètres : _Ephedra
+alata_ et _Calligonum comosum_. Tous deux sont dépourvus de feuilles ;
+les ramuscules verts, articulés aux nœuds, naissent souvent en houppes
+sur des branches tortueuses qui ont l’air d’avoir été cassées plusieurs
+fois de suite. Les racines de _Calligonum_ s’enfoncent verticalement
+dans le sable. Les longues et grosses racines noires de l’_Ephedra_
+rayonnent tout autour de l’arbuste, à une faible profondeur.
+Contrairement aux racines des Graminacées, celles de l’_Ephedra_ se
+ramifient et subissent la croissance en épaisseur. Les portions adultes
+ont perdu les poils radicaux.
+
+Citons encore parmi les végétaux les plus répandus : _Helianthemum
+sessiliflorum_ avec des feuilles cendrées, enroulées en dessous ; —
+_Lithospermum callosum_, plante canescente toute couverte de poils
+blessants ; — _Rhanterium adpressum_, une Compositacée frutescente à
+capitules jaunes, à feuilles petites et rares, dont les rameaux velus-
+floconneux se disposent en boule ; — _Monsonia nivea_, Géraniacée à
+feuilles argentées, étalées sur le sable ; — _Danthonia Forskahlei_,
+dont les feuilles, courtes et larges, sont presque blanches tant elles
+sont velues.
+
+Toutes ces plantes, on le voit, sont bien protégées par leur revêtement
+pileux contre la transpiration excessive. De plus, le _Rhanterium_ a
+perdu la majeure partie de ses feuilles. La réduction de la surface
+transpiratoire est plus accentuée encore chez les espèces tout à fait
+privées de feuilles, et qui assimilent à l’aide des rameaux : _Retama
+Raetam_, _Genista saharae_, _Calligonum comosum_, _Ephedra alata_.
+Durant l’été, cette dernière plante ferme complètement ses stomates par
+un bouchon résineux, ce qui réduit naturellement le courant
+transpiratoire au minimum (Volkens, =1887=, p. 48).
+
+Les plantes annuelles, éphémères, n’ont pas besoin de tant se garantir
+de la sécheresse : elles lèvent aussitôt après une averse, et
+s’efforcent de vivre le plus vite possible, de façon à posséder déjà des
+graines mûres au moment où les dernières traces de la pluie seront
+évaporées. Aussi la plupart de ces espèces sont-elles maintenant
+desséchées ; et il a fallu toute la compétence de M. Battandier pour
+mettre un nom sur les débris informes que nous lui avons rapportés du
+Souf.
+
+
+Jusqu’au soir le paysage garde les mêmes caractères. Le lendemain
+seulement, après le bordj Maouiet Ferzan les bosselures deviennent plus
+hautes, tout en restant verdoyantes. C’est un spectacle fort imprévu que
+celui de ces dunes si désolées partout ailleurs, devenues dans le Sahara
+le rendez-vous d’une végétation, sinon variée, du moins abondante.
+« Loin de les fuir, dit M. Schirmer dans son intéressant ouvrage sur le
+Sahara (=1893= p. 179), le Saharien les recherche, comme une des régions
+qui offrent le plus de ressources à ses troupeaux. Ce résultat n’est
+paradoxal qu’en apparence. Sous un climat humide, c’est le degré de
+fertilité du sol qui importe ; sous un climat sec, c’est la quantité
+d’eau qu’il contient. » Et ce qui importe à la végétation, ce n’est pas
+tant la quantité absolue d’eau que renferme le sol, mais celle que la
+plante peut lui emprunter. Dans les sebkha et les chott, dont le limon
+semble devoir être très riche, le terrain est stérilisé par les sels. La
+terre en est à peu près saturée, et les plantes ont beaucoup de peine à
+arracher aux matières salines le liquide que celles-ci tendent à
+conserver. Même quand l’argile est débarrassée de ses sels, elle reste
+pourtant moins favorable que le terrain arénacé : les particules très
+fines qui les constituent retiennent avec plus d’énergie les molécules
+d’eau que les grains plus gros du sable. En outre, celui-ci étant
+beaucoup plus meuble, permet aux racines de plonger à la recherche de la
+nappe souterraine. Chaque fois qu’on essaie de déterrer un _Calligonum
+comosum_ ou un _Euphorbia Guyoniana_, on reste confondu devant le nombre
+et la longueur de leurs racines ; et l’on comprend alors que ces plantes
+soient capables d’exploiter l’eau qui lentement a filtré vers les
+profondeurs. La facilité avec laquelle les végétaux utilisent l’eau des
+sables nous explique pourquoi les dunes offrent en toute saison de
+l’herbe pour les chameaux. (Voir phot. 14). L’abondance du fourrage
+permet aux Nomades du Souf d’habiter leur pays même pendant l’été.
+
+
+Nous sommes donc ici au milieu d’une végétation des plus luxuriantes.
+Entendons-nous ; elle est très belle pour le Sahara, mais considérée
+d’une façon absolue, elle est d’une pauvreté désespérante. Rien ne
+donnera mieux l’idée de cette pénurie d’espèces que la liste, tout à
+fait complète, des plantes que nous avons observées dans les dunes du
+Souf, depuis que nous sommes partis ce matin du bordj Maouiet Ferzan,
+jusqu’au moment où nous y reviendrons dans quatre jours. Nous ne
+négligeons dans cette énumération que les espèces propres aux oasis.
+
+ Montagnites Candollei.
+
+ Ephedra alata ♄.
+
+ Aristida pungens ♃.
+
+ — floccosa ♃.
+
+ Cutandia memphitica ☉.
+
+ Danthonia Forskahlei ♃.
+
+ Cyperus conglomeratus ♃.
+
+ Asphodelus pendulinus ☉.
+
+ Calligonum comosum ♄.
+
+ Echinopsilon muricatus ☉ (♃)
+
+ Polycarpaea fragilis ♃.
+
+ Herniaria hemistemon ♃.
+
+ Malcolmia aegyptiaca ☉ (♃).
+
+ Helianthemum sessiliflorum ♄.
+
+ Monsonia nivea ♃.
+
+ Euphorbia Guyoniana ♃.
+
+ Genista saharae ♄.
+
+ Ononis serrata ☉.
+
+ Astragalus saharae ☉.
+
+ — Gombo ♃.
+
+ Lithospermum callosum ♃.
+
+ Phelipaea ? (sur Ephedra).
+
+ Anthemis monilicostata ☉.
+
+ Ifloga spicata ☉.
+
+ Nolletia chrysocomoides ♃.
+
+ Rhanterium adpressum ♄.
+
+ Zollikofferia resedifolia var. viminea ♃.
+
+Ainsi, 27 espèces, voilà ce qui compose la florule intégrale d’un pays
+saharien réputé pour sa richesse. Jugez des autres !
+
+Le _Montagnites Candollei_[2] est une Agaricée curieuse, dont les
+lamelles ne sont attachées que le long du bord du chapeau. Celui-ci est
+lacinié. Ce Champignon est la seule Cryptogame terrestre que nous ayons
+rencontrée. (Le puits de Maouiet Ferzan contient quelques Algues.) Ni
+Champignons parasites, ni lichens, ni Muscinées, ni Ptéridophytes. La
+petitesse des spores de ces végétaux les rend-elles incapables de
+résister à la lumière intense du désert ? L’air du Sahara est-il
+aseptique au point de vue des moisissures et des Cryptogames en général
+comme il l’est au point de vue bactérien ? Il est permis de le supposer.
+
+On remarquera que la florule renferme une proportion notable de végétaux
+annuels. Des huit espèces monocarpiques, six sont des plantes éphémères,
+dont la vie ne se prolonge pas au-delà de quelques semaines.
+L’_Echinopsilon muricatus_ et le _Malcolmia aegyptiaca_ (_Eremobium
+lineare_) sont en général vivaces ; mais ici ils fructifient sans retard
+et meurent aussitôt après.
+
+
+Chaque fois que pendant les deux premières journées, nous nous arrêtions
+pour admirer une belle dune, Abdallah s’empressait de dire : « Tout ceci
+n’est rien ; c’est le troisième jour que vous allez en voir, du sable ».
+Il avait bien raison. Quel pays ! Des dunes toutes nues (voir phot. 11
+et 12) ; rien que du sable pur, portant de loin en loin, dans les fonds,
+une maigre touffe de Drîn ou d’_Euphorbia Guyoniana_. Des vagues de
+sables ; oui, vraiment des vagues. Leur surface est finement ridée, leur
+arête vive fume au moindre souffle ; les deux versants sont inégalement
+penchés, et il semble presque, au moment où la crête fume, — on pourrait
+dire déferle, — que le versant sous le vent est concave comme aux vagues
+de la mer. C’est le matin qu’elles sont le plus belles, ou bien vers le
+soir, — quand les ombres sont longues. Au milieu du jour le détail
+s’efface et le sable éblouissant donne l’impression de montagnes d’or
+mat et pâle. Mais à quelque moment de la journée qu’on les regarde, on
+reste confondu devant leur nudité et leur éclat. Il faut s’être trouvé
+face à face avec ces dunes-ci, sévères et tristes, brûlées par le ciel
+éternellement bleu, pour apprécier nos dunes du littoral belge,
+verdoyantes et gaies sous le ciel nuageux, avec les fonds garnis
+d’herbe, et les pannes où brillent joyeusement les maisonnettes
+blanches, à toit rouge et à volets verts.
+
+Pendant toute la matinée nous traversons ce pays fantastique, tantôt
+marchant avec précaution sur une crête aiguë qui s’éboule sous le sabot
+de nos mulets (voir phot. 11), tantôt glissant sur des pentes rapides
+jusqu’au fond d’immenses fosses arrondies. (Voir phot. 12). Comment
+notre pilote s’oriente-t-il dans cet enchevêtrement de montagnes et de
+vallées ! Autour de nous la vue est bornée par des dunes, toutes
+proches, qui ont jusque cent mètres d’élévation. Ce n’est qu’à de rares
+intervalles que nous apercevons le gmira chancelant, déchaussé par les
+rafales, qui est comme une balise secouée par des vagues en furie.
+Devant nous, une piste indécise ; et nous n’en laissons guère
+davantage : la foulée de nos bêtes se comble et disparaît comme un
+sillage. Ce sable est fluide. On dirait que les dunes sont en équilibre
+instable, et qu’il suffirait d’un choc, d’un frémissement, pour que les
+montagnes, subitement effondrées, s’écoulent dans les creux. Quelle dût
+être l’audace de ceux qui les premiers s’engagèrent dans cet
+inextricable lacis de dunes et de vallées !
+
+
+Tout à coup nous voyons poindre quelques palmes ; ce sont les jardins de
+Bou-Harmès, le premier des villages du Souf. Les oasis des dunes (voir
+phot. 9) ne ressemblent en aucune façon à celles que nous avons
+rencontrées jusqu’à présent. Il n’y a pas ici de rivière ni de puits
+artésiens. La légende dit que les Chrétiens, forcés de fuir devant les
+envahisseurs musulmans, cachèrent sous terre un grand fleuve, l’oued
+Souf (ou mieux oued Isouf : rivière qui murmure). Les eaux s’infiltrent
+maintenant à travers le sable, mais elles n’ont nulle part une pression
+suffisante pour jaillir ; on se contente de creuser des puits
+superficiels qu’alimente, — mais avec quelle parcimonie ! — la couche de
+sable mouillé.
+
+Pour établir une oasis, le Souafi (habitant du Souf) se choisit entre
+les dunes une profonde dépression. Il déblaie le sable sur un espace de
+plusieurs centaines de mètres carrés, puis il creuse, creuse toujours
+jusqu’à ce qu’il touche le banc imperméable de gypse qui cache le sable
+humide. Dès qu’il a défoncé cette agglomération de cristaux, épaisse
+parfois de plus d’un mètre, il se trouve sur le terrain aquifère où il
+pourra planter ses Palmiers. Le sable provenant de l’excavation est
+rejeté dehors, autour du futur jardin. On fait ainsi un talus
+circulaire, consolidé avec des feuilles desséchées de Palmier et avec
+les blocs de gypse ramenés du fond. L’ensemble du jardin a la forme d’un
+immense entonnoir ayant de dix à quinze mètres de profondeur ; son
+rebord est garni d’une haie de feuilles mortes ; son large fond plat
+porte la jeune plantation.
+
+Dans les premiers temps, les boutures détachées à la base d’un Palmier
+adulte n’ont pas encore de racines suffisantes, et doivent être arrosées
+chaque jour. Aussi est-on obligé de creuser un puits. Pour élever l’eau
+qui suinte goutte à goutte à travers le sable, on se sert d’un balancier
+soutenu par des poteaux en tronc de Palmier ou par des piliers en
+plâtre. (Voir phot. 10). A l’un des bouts de la perche est attachée une
+longue corde avec l’outre en cuir ; à l’autre bout, une grosse pierre
+fait contrepoids.
+
+Une fois que les plantes ont bien repris, elles enfoncent leurs racines
+jusque dans la couche aquifère et ne réclament plus d’arrosements. Toute
+l’eau du puits pourra dorénavant être consacrée aux carrés de légumes
+qui croissent sous les Palmiers. Mais si le cultivateur n’a plus à
+puiser de l’eau pour ses arbres, il doit, par contre, veiller sans
+relâche à défendre son jardin contre les envahissements du désert.
+Chaque coup de vent apporte la poussière par dessus les bords de
+l’entonnoir ; de plus, des pans du talus s’écroulent et glissent entre
+les Palmiers ; — et le pauvre Souafi, nouveau Sisyphe, travaille tous
+les jours de l’année à rapporter sur le revers extérieur du talus le
+sable qui menace d’engloutir sa culture. Rien d’étonnant donc à ce qu’un
+Dattier atteigne ici un prix fort élevé : un arbre en plein rapport vaut
+de quatre cents à six cent cinquante francs. Il produit chaque année
+jusque cent cinquante kilos de dattes, les plus réputées de tout le
+Sahara, qui se vendent une quarantaine de francs.
+
+Les Sédentaires du Souf s’efforcent naturellement d’étendre leurs
+plantations. Seulement toutes les excavations de quelque importance
+étant déjà occupées, ils en sont réduits à creuser leurs nouvelles oasis
+dans des fonds moins larges, et partant moins favorables. Les anciennes
+plantations comptent jusque cent Palmiers, tandis que parmi les
+récentes, il en est beaucoup qui ne peuvent pas nourrir plus d’une demi
+douzaine d’arbres.
+
+
+Le misérable petit village de Bou-Harmès est vite dépassé et nous nous
+enfonçons de nouveau parmi les hautes dunes, nues et désolées. Qui donc
+se figurerait que nous circulons en ce moment entre les villes du Souf,
+qui comptent ensemble plus de 25,000 habitants ?
+
+Nous sommes bientôt à Kouinin. Puis nous longeons quelques villages
+perdus au milieu des dunes. Voici des cimetières. Autour d’un marabout
+blanc, de gros cristaux de gypse gisent épars ; pas un brin de verdure
+dans cette aridité ; les petites levées de sable ont été nivelées par le
+vent, et les cristaux marquent seuls l’emplacement des tombes.
+
+Enfin, nous arrivons à El Oued, le chef-lieu du district, une ville d’un
+millier de maisons. C’est ici qu’aboutissent les caravanes qui viennent
+de la Tunisie et de la Tripolitaine, en particulier de Gabès et de
+Rhadamès ; cette dernière ville est à une vingtaine de jours de
+caravane.
+
+Qu’elles soient grandes ou petites, toutes les agglomérations du Souf se
+ressemblent. De loin, les maisons se remarquent à peine, tant leur
+coloration gris-pâle se confond avec celle du désert. De prés, on dirait
+des jouets mal dégrossis que des enfants auraient abandonnés au hasard
+entre des mottes de sable... et les Dattiers font un peu l’effet des
+arbres en copeaux verts qu’on trouve dans les boîtes de Nuremberg (Voir
+phot. 10). Pas un jardinet, pas une tache de verdure. Entrez dans la
+ville. Nul coin où l’on puisse s’abriter de l’odieux soleil ; le désert
+se continue dans les rues, sur les places publiques : du sable partout,
+le sable fin et moelleux des dunes, que le vent fait tourbillonner sans
+répit.
+
+N’est-il pas extraordinaire que l’homme ait eu l’idée de venir établir
+des villes dans un pays où il ne trouve ni eau, ni pierre, ni boue, ni
+bois, où les seuls matériaux de construction sont le sable et le gypse ?
+Encore, pour utiliser ce dernier, faut-il d’abord le transformer en
+plâtre..... et il n’y a pas de combustible. Les crottins de chameau,
+qu’on brûle dans tout le Sahara, doivent être ici soigneusement
+conservés pour fumer les Palmiers ; et l’on va, à une ou deux journées
+de marche, couper les maigres broussailles du désert.
+
+Comment bâtir une maison quand on n’a que du sable et du plâtre ? Pour
+les murs, rien de plus simple. Mais la terrasse ou le toit ? il faut les
+soutenir par une charpente. Or le bois manque : on ne sacrifie pas un
+Palmier pour son tronc. Voici : la toiture est remplacée par des
+coupoles en plâtre reposant sur des cintres, également en plâtre. Quel
+spectacle inattendu, que celui d’une ville du Souf avec ses milliers de
+petits dômes gris, qui ressemblent à des cloches à fromages ! (Voir
+phot. 10.)
+
+
+Il s’expose à une forte déception, le botaniste qui espère herboriser
+dans les villages et dans les oasis du Souf. Sur les petites dunes qui
+encombrent les rues et les places, rien. Sur les murs et les coupoles,
+pas un lichen, pas une Mousse. Les troncs des Palmiers n’ont pas même
+une moisissure. Parmi les légumes, on ne laisse pas pousser une mauvaise
+herbe. Il ne reste que les talus des oasis ; ici, enfin, croissent
+quelques plantes. En voici la liste complète :
+
+ Aristida pungens.
+
+ Danthonia Forskahlei.
+
+ Herniaria fruticosa.
+
+ Malcolmia aegyptiaca.
+
+ Zygophyllum Geslini.
+
+ Euphorbia Guyoniana.
+
+Ajoutons-y deux plantes des jardins de Bou-Harmès :
+
+ Monsonia nivea.
+
+ Plantago ciliata.
+
+Et voilà de quoi se compose la flore des oasis que nous avons visitées
+dans le Souf.
+
+
+Quand, du haut de l’une des dunes artificielles qui limitent les
+jardins, on jette un coup-d’œil sur l’ensemble du pays, on ne se lasse
+pas d’admirer l’activité incessante que doivent déployer les habitants.
+Voici ce qu’on a sous les yeux. Du sable, d’abord, qui miroite au
+soleil. Du sable à l’horizon où les dunes font l’effet de montagnes
+dorées, du sable entre les oasis, du sable plein les rues d’El Oued.
+Puis, quand les yeux se sont habitués à l’aveuglante lumière, on
+aperçoit des détails. Les crêtes des talus hérissées de feuilles
+noircies, desséchées. Sur les buttes circulaires, édifiées péniblement,
+hottée par hottée, apparaissent à intervalles réguliers les bourriquets
+qui apportent le sable enlevé du fond. Çà et là un groupe de panaches
+verts représente un jardin ; par dessus les bords des entonnoirs on ne
+voit que les feuilles et on dirait que les Palmiers d’ici sont privés de
+tronc. De toutes parts se dressent obliquement de hautes perches, les
+balanciers des puits, qui sont comme les vergues de fantastiques bateaux
+flottant sur des vagues d’or.
+
+
+Deux jours après avoir quitté le Souf, nous étions rentrés à Tougourt.
+
+
+ _B_) EN REMONTANT L’OUED MYA.
+
+
+Il s’agit de reconstituer notre caravane. Le colonel Pujat veut bien
+encore faire agir son autorité : il nous procure trois chameaux de bât
+et deux chameliers. Nous avons aussi un nouveau guide : Lakhdar, de la
+tribu nomade des Ouled Sahia, qui est monté sur un mehari ou chameau
+coureur. Cet animal est au chameau de bât ou djemel ce que le cheval de
+course est au cheval de labour.
+
+En suivant les poteaux télégraphiques il n’y a que 160 kilomètres de
+Tougourt à Ouargla. Seulement cet itinéraire est impraticable : depuis
+plusieurs années une grande sécheresse règne dans cette partie du
+Sahara, de sorte que la plupart des puits sont morts, comme disent les
+Arabes, c’est-à-dire, ensablés. Nous devons donc aller en zig-zag à
+travers le désert sableux à la recherche de puits restés vivants. Aussi
+nous faudra-t-il sept ou huit jours pour atteindre Ouargla. « C’est long
+et fatigant, nous dit-on, mais avec Lakhdar vous ne devez avoir aucune
+inquiétude : chaque soir vous arriverez à un puits. Il est vrai que deux
+de ces puits ont une eau trop salée pour qu’on puisse la boire, mais à
+Dra-Alkesdir, le puits suivant, vous aurez une eau excellente. Ah !
+quelle bonne eau : elle est à peine saumâtre ! » Ainsi, nous voilà
+prévenus : la meilleure eau que nous aurons ne sera pas même douce. Nous
+savons donc aussi que les sables auront une flore bien différente de
+celle que nous avons vue dans le Souf ; celle-ci sera franchement
+halophile.
+
+Quand nous sortons de Tougourt à travers l’oasis, notre caravane est
+presque imposante : trois mulets, trois chameaux de somme, deux
+chameliers, un muletier, Abdallah, nous deux, et surtout Lakhdar
+caracolant sur son beau mehari blanc.
+
+
+Pendant toute la première journée nous passons à travers des sebkha. De
+place en place, on y voit un monticule de sable qui surgit comme un îlot
+vert sur le fond argileux de la lagune, stérile et saturé de sel.
+Quelques-unes de ces buttes sont hautes d’une dizaine de mètres. La
+végétation est identique pour toutes : dans le bas, tout contre l’argile
+salée, des buissons de _Halocnemon strobilaceum_ avec leurs rameaux
+garnis de verrues jaunâtres ; — au milieu, des _Limoniastrum Guyonianum_
+couverts de fleurs roses ; — tout en haut, des _Tamarix_ gris. Si le
+monticule est moins haut, les _Tamarix_ manquent ; sur les simples
+traînées de sable, il n’y a que des _Halocnemon_.
+
+La localisation de ces végétaux est déterminée par les différences de
+salure et d’humidité du terrain ; leur distribution verticale est aussi
+précise que celle des Algues marines, due aux variations de l’intensité
+et de la qualité de la lumière, et que celle des plantes alpestres, qui
+est sous la dépendance de la température.
+
+Chacune des trois espèces qui colonisent les monticules reste
+strictement confinée dans sa zone ; voilà pourtant des plantes qui ont
+une très grande aire de dispersion et qui habitent indistinctement tous
+les terrains sablonneux et salés. Sur ces petites buttes, les graines
+des trois espèces, — et de beaucoup d’autres, — parviennent au hasard.
+Si elle était isolée, chaque plante vivrait sans difficulté sur toute la
+hauteur des monticules ; mais la lutte pour la possession du sol est
+acharnée et incessante, et le végétal ne peut se maintenir que dans la
+zone qui lui est plus favorable qu’à ses concurrents. On dirait qu’un
+_modus vivendi_ a été conclu entre les belligérants : le _Halocnemon_,
+le _Limoniastrum_ et le _Tamarix_, après avoir chassé tous les autres
+compétiteurs, se sont partagé le champ de bataille. Malheur à la graine
+qui essaie de germer en dehors des limites assignées à son espèce.
+
+
+Depuis longtemps Abdallah nous avait annoncé qu’à Temacin nous verrions
+l’une des merveilles du Sahara : « Une mer ! oui, messieurs, une grande
+mer, sur laquelle on peut même aller en barquette. » C’est un étang,
+grand comme le bassin d’un parc français ; son eau est tellement salée
+que les mulets la refusent et que la végétation des bords est purement
+halophile : _Tamarix_, _Frankenia pulverulenta_, _Limoniastrum_ et
+autres plantes à feuilles chargées de cristaux pulvérulents ou
+crustacés, ainsi que des plantes grasses (_Halocnemon strobilaceum_,
+_Arthrocnemon macrostachyum_, etc.). Guère d’Algues dans l’eau. La seule
+espèce abondante est un _Enteromorpha_ qui ressemble fort à l’_E.
+intestinalis_ des eaux saumâtres. En outre, de gros paquets gélatineux
+de Cyanophycées.
+
+L’après-diner nous traversons la zaouia de Tamel’hat, sorte de couvent
+où réside l’un des marabouts de l’ordre de Tidjani. Cette confrérie
+compte un grand nombre d’adhérents dans tout le Sahara et jusqu’au
+Sénégal. A ceux qui désireraient avoir des détails sur l’organisation du
+monastère de Temacin, nous conseillons l’ouvrage de M. Goblet (=1876=,
+p. 100).
+
+Un vent violent et chaud s’était levé, et nous sommes bien aises d’être
+reçus dans la maison du caïd de Belidet-Amer. C’est plutôt une cour
+bordée d’une galerie, et par l’ouverture du haut, des flots de sable
+tombent sur nos livres et saupoudrent nos aliments. Ne nous plaignons
+pas trop : à partir d’ici nous quittons la route habituelle, et pendant
+plusieurs jours de suite nous n’aurons plus le moindre abri ; comme nous
+voyageons sans tente, nous coucherons à la belle étoile.
+
+
+De nouveau dans les sables ; non pas de hautes dunes, nues et arides,
+mais un simple manteau à peine plissé, étalé sur un sous-sol
+imperméable. L’eau souterraine chargée de sels remonte par capillarité
+jusqu’à la surface du sol ; les matières salines, abandonnées par
+l’évaporation, cimentent légèrement entre eux les grains de sable. Ceux-
+ci ne sont donc pas assez mobiles pour que le vent puisse en faire des
+dunes.
+
+La flore ne varie guère. (Voir phot. 14). Toujours les mêmes plantes,
+auxquelles s’adjoint de temps en temps une espèce non encore vue. Ce
+sont en premier lieu des Salsolacées frutescentes, le _Cornulaca
+monacantha_, avec des entrenœuds charnus et des feuilles terminées en
+pointe piquante ; — le _Traganum nudatum_ aux rameaux enchevêtrés ; — le
+_Salsola vermiculata_ dont les feuilles sont comme de minuscules
+chenilles velues grimpant le long des rameaux, — et le _Salsola
+tetragona_, un arbuste vigoureux à branches aplaties et fendues comme
+celles de certaines lianes ; sur les jeunes rameaux, les feuilles
+laineuses, charnues, sont étroitement imbriquées sur quatre rangs.
+
+Voici qu’on nous apporte un curieux arbrisseau sans feuilles, à tiges
+vertes : c’est une Résédacée, le _Randonia africana_. Encore un
+arbrisseau à rameaux assimilateurs ne portant qu’un tout petit nombre de
+feuilles grasses : le _Henophyton deserti_, une Cruciféracée.
+
+Décidément, c’est ici le pays des plantes aphylles ou presque aphylles,
+à rameaux verts. Nous venons d’en citer deux. Il y a de plus : _Ephedra
+alata_ (Gnétacée), _Calligonum comosum_ (Polygonacée), _Anabasis
+articulata_ (Salsolacée), _Euphorbia Guyoniana_, _Retama Raetam_
+(Papilionacée), _Rhanterium adpressum_ (Compositacée). Voici qu’il faut
+encore ajouter à cette liste le _Scrophularia saharae_, un sous-
+arbrisseau qui ne possède que quelques petites feuilles à la base des
+rameaux.
+
+Signalons aussi le _Podaxon aegyptiacus_ et le _Tylostoma volvulatum_,
+deux Gastromycètes qui ne sont pas rares dans cette région. Le premier
+s’élève à une dizaine de centimètres au-dessus du sable. Le gros
+carpophore en forme de massue est entièrement desséché à présent, mais
+son hyménium est encore recouvert d’une enveloppe grisâtre. Le
+_Tylostoma_ porte, au sommet d’une tige grêle, haute d’une huitaine de
+centimètres, un carpophore ombiliqué, percé d’une ouverture centrale.
+
+
+Nos journées sont d’une monotonie désespérante. Nous marchons depuis
+quatre ou cinq heures du matin jusque vers dix heures. Abdallah nous
+dresse alors une sorte de tente sous laquelle nous pouvons nous coucher
+et presque nous asseoir. Elle est simplement formée par nos couvertures
+soutenues par les cannes, les fusils et les filets à papillons. Nous
+attendons ainsi que la grande chaleur soit passée, tantôt sous l’abri,
+tantôt nous promenant à la recherche de plantes et d’insectes. Pendant
+ce temps, les chameaux et les mulets s’en vont brouter dans le désert.
+L’après-dîner nous faisons une seconde étape, qui nous conduit au puits.
+Avant le repas, nous avons à nous occuper de nos collections. Mon
+compagnon pique les Insectes ou les arrange dans des papillotes ; il met
+en peau les Oiseaux, et plonge dans l’alcool les Lézards et les
+Serpents. De mon côté, j’enferme dans des sachets les graines destinées
+au Jardin botanique de Bruxelles, je sèche les plantes d’herbier, je
+conserve dans l’alcool les matériaux destinés à des études anatomiques.
+Ce serait le moment le plus agréable, celui où l’on a devant soi la
+récolte de tout un jour, quelque maigre qu’elle soit, si l’on avait
+seulement un peu de confort. Mais, être assis par terre quand on est
+éreinté par une longue marche à dos de mulet, tenir son cahier de notes
+sur les genoux, se trouver en plein soleil avec les livres traînant sur
+le sable, voir les papiers qui s’envolent au vent, constater que
+l’alcool des bocaux s’évapore de plus en plus et savoir qu’on ne pourra
+pas le remplacer.... voilà de petits désagréments qu’on ne connaît pas,
+quand on travaille dans un laboratoire commodément installé.
+
+Le soir, M. Lameere va chasser à la lumière ; il s’établit avec sa
+lanterne quelque part dans un endroit herbeux et attend avec patience la
+venue des Insectes nocturnes. Le plus souvent je l’accompagne ; d’autres
+fois j’ai à m’occuper d’une besogne fort ennuyeuse : changer les plaques
+de l’appareil photographique. Puis nous nous couchons. Il faut tout
+d’abord choisir un endroit où le sable est bien propre. On se roule dans
+une large couverture arabe ; sous la tête, un caban replié ; et c’est
+tout. Avant de fermer les yeux, regardons le ciel. Oh ! les belles nuits
+sahariennes, sans une vapeur, sans un flocon de nuage, où les astres,
+jusque tout contre l’horizon, brillent d’une lumière plus vive que chez
+nous, au fond d’un ciel plus noir. Combien les nuits d’ici sont
+différentes de celles de la Malaisie. L’air de là-bas, saturé de vapeur
+d’eau, est pâle, clair, et les étoiles semblent assombries. Certes, je
+ne désire revivre ni les journées ardentes du désert, ni les longues
+marches monotones à travers un paysage immuable qui a l’air de se
+déplacer à mesure qu’on avance, ni les herborisations stériles qui
+fournissent toujours les mêmes espèces.... mais je regrette du Sahara
+les belles nuits limpides où l’on se sent tout seul au milieu du désert
+infini.
+
+Elles n’ont que le défaut d’être un peu froides. La sécheresse de l’air
+fait que le rayonnement s’effectue avec une très grande intensité.
+Ainsi, après notre première nuit à la belle étoile, le thermomètre ne
+marquait à cinq heures que 9°1. On est tout transi et une tasse de thé
+chaud est la bienvenue ; parfois nous avons la chance d’être auprès d’un
+troupeau de chèvres et nous obtenons alors un peu de lait. Ah ! si l’on
+pouvait aussi se laver ; mais ceci est un luxe inconnu au désert. L’eau
+est trop chargée de matières étrangères : elle encrasse plutôt qu’elle
+ne nettoie. D’ailleurs un proverbe du Sahara dit que « celui qui possède
+de l’eau, ne la gaspille pas, — il la boit ». C’est quand on est resté
+plusieurs jours de suite sans se faire la moindre ablution qu’on
+apprécie à sa juste valeur le plaisir de se laver chaque matin.
+
+
+Un jour, nous étions déjà au puits vers dix heures. Impossible d’aller
+plus loin : les deux puits suivants, situés près du chott Barhdad, sont
+trop salés, et il faut une forte journée pour atteindre, à Dra-Alkesdir,
+un liquide à peu près potable. Par malheur, l’eau d’ici s’est tellement
+concentrée qu’elle aussi est devenue impropre à la consommation. Nous
+devrons nous rationner, afin que le contenu des outres nous suffise
+jusque demain soir.
+
+Nous employons la journée à herboriser et à chasser. Près du campement,
+sur une petite éminence, se dresse un gmira, d’où l’on a une vue
+splendide sur le paysage triste et grandiose du désert. (Voir phot. 14.)
+Des dunes à perte de vue, ni élevées, ni pittoresques, dont l’ensemble
+constitue plutôt une surface bosselée qu’une réunion de monticules. Là-
+dessus, des touffes d’_Aristida floccosa_, aux panicules jaunes
+brillantes ; au loin la teinte dorée se perd petit à petit, pour être
+remplacée par la coloration sombre des arbustes (_Ephedra_,
+_Calligonum_, _Salsola tetragona_), et jusqu’à l’horizon... que dis-je !
+il n’y a pas d’horizon ; — le paysage est borné par de l’air qui vibre,
+zone tremblotante, indécise, où se confondent par gradations insensibles
+le gris du désert et le bleu du ciel.
+
+Nous retournons là-haut, un peu avant le coucher du soleil. Le pays a
+une toute autre physionomie que sous l’éblouissante lumière du midi.
+« On se demande, dit Fromentin (=1896=, p. 190), en le voyant commencer
+à ses pieds, puis s’étendre, s’enfoncer vers le sud, vers l’est, vers
+l’ouest, sans route tracée, sans inflexion, quel peut être ce pays
+silencieux, revêtu d’un ton douteux qui semble la couleur du vide ; d’où
+personne ne vient, où personne ne s’en va, et qui se termine par une
+raie si droite et si nette sur le ciel. » Les lointains sont à présent
+d’une netteté merveilleuse. Là-bas se profile, sous forme d’un
+escarpement déchiqueté, la rive gauche de l’oued Mya. Devant nous, sur
+une crête rocheuse, à peine visible tant il paraît petit, le poste
+optique de Khaldiet auprès duquel nous passerons demain. Ces postes,
+abandonnés depuis l’installation du télégraphe électrique, servaient à
+la transmission optique des dépêches. La transparence de l’air permet de
+les établir à d’énormes distances. Celui que nous voyons à une trentaine
+de kilomètres en avant de nous, communique avec un autre que nous avons
+dépassé hier, et qui est situé à environ vingt kilomètres en arrière.
+L’éloignement est parfois plus grand encore. Lors de l’expédition de
+Tunisie, un poste du Souf était en communication optique avec celui de
+Negrin, distant de cent-trente kilomètres. Faut-il que l’atmosphère soit
+pure et sèche pour qu’un infime signal lumineux puisse être aperçu à une
+pareille distance !
+
+Il sera peut-être intéressant de dresser la liste des plantes qui
+habitent le désert dans un rayon d’un kilomètre autour du gmira de
+Tellis.
+
+ Montagnites Candollei.
+
+ Podaxon aegyptiacus.
+
+ Ephedra alata ♄.
+
+ Aristida pungens ♃.
+
+ — floccosa ♃.
+
+ Cutandia memphitica ☉.
+
+ Cyperus conglomeratus ♃.
+
+ Calligonum comosum ♄.
+
+ Suaeda vermiculata ♄.
+
+ Traganum nudatum ♄.
+
+ Salsola tetragona ♄.
+
+ — vermiculata ♄.
+
+ Anabasis articulata ♄.
+
+ Cornulaca monacantha ♄.
+
+ Silene villosa ♃.
+
+ Erucaria Ægiceras ☉.
+
+ Henophyton deserti ♄.
+
+ Malcolmia aegyptiaca ♃.
+
+ Matthiola livida ☉.
+
+ Randonia africana ♄.
+
+ Euphorbia Guyoniana ♃.
+
+ Retama Raetam ♄.
+
+ Limoniastrum Guyonianum ♄.
+
+ Lithospermum callosum ♃.
+
+ Heliotropium luteum ♃.
+
+ Anthemis monilicostata ☉.
+
+ Spitzelia saharae ☉.
+
+ Zollikofferia resedifolia var. viminea ♃.
+
+La flore est plus variée que dans le Souf. En quatre jours, nous n’y
+avions récolté que vingt-sept espèces, tandis qu’ici, en une demi-
+journée, nous en rencontrons vingt-huit. Cette profusion relative tient
+à l’immixtion des plantes halophiles : Salsolacées et _Limoniastrum_.
+
+Dès que le manteau de sable devient plus mince, la proportion des
+halophytes augmente encore et on voit apparaître les _Tamarix_, le
+_Nitraria_, etc. Parfois la couche d’argile imprégnée de sel, qui forme
+le lit de l’oued Mya, est mise à nu, comme dans le fond où le chott
+Barhdad étale ses eaux illusoires. Aussitôt tout vestige de flore
+sabulicole s’évanouit ; il ne reste plus que les plantes charnues et
+celles qui possèdent un revêtement salin. Parmi ces dernières citons
+deux espèces, nouvelles pour nous, _Statice pruinosa_ et _Limoniastrum
+(Bubania) Feei_. La première attire les regards par ses élégantes
+inflorescences lilas. Les feuilles n’existent que dans le jeune âge ; la
+plante fleurie assimile par les rameaux de l’inflorescence, qui sont
+garnis de petites plaques salines, dures et brillantes. Le _Limoniastrum
+Feei_ est plutôt herbacé que frutescent. La souche porte quelques
+feuilles coriaces, épaisses, avec une croûte saline d’aspect crayeux.
+
+
+Est-elle assez souffreteuse et exsangue, la pauvre végétation
+saharienne ! On ne sent pas courir dans les plantes du désert, le
+souffle de vie qui anime une forêt ou une prairie. Elles vivent
+pourtant, malgré leur apparence de momies ; elles vivent à la façon d’un
+arbuste qui dort de son sommeil hivernal. L’engourdissement qui envahit
+en hiver les végétaux de nos contrées, et en été les plantes d’ici,
+tient d’ailleurs à une cause unique : la sécheresse. Chez nous le sol
+est gelé pendant la saison froide et ne peut fournir aucune humidité aux
+plantes ; celles-ci sont donc obligées de laisser tomber leurs feuilles
+pour réduire leur surface transpiratoire à un minimum ; le froid ne fait
+que rendre la torpeur plus profonde. Ici, c’est en été que le liquide
+fait défaut : la vie des organes végétatifs se ralentit énormément et
+peut même s’arrêter tout à fait. Quelle pourrait être l’activité de
+plantes qui ferment leurs stomates, de l’_Ephedra alata_, par exemple,
+qui les obture par un bouchon résineux ? (Voir p. 240.)
+
+Les rares précipitations atmosphériques se font en hiver. Aussi est-ce
+en cette saison que les plantes accroissent leur appareil végétatif. Dès
+que les pluies viennent mouiller la terre, les végétaux s’empressent de
+donner de jeunes rameaux. Produire aussi des feuilles serait pour la
+majorité des arbustes un luxe exagéré : même en hiver, l’air est trop
+aride pour que des feuilles puissent résister à la dessiccation.
+D’ailleurs la lumière est intense et les rameaux suffisent à
+l’assimilation.
+
+Mais la saison humide est courte. Voici que l’été revient. Sous l’atroce
+climat, fait de soleil et de sécheresse, la végétation s’assoupit peu à
+peu, et la lueur de vie que les pluies avaient amenée au désert est
+bientôt éteinte. Combien de temps durera la léthargie ? Au moins jusqu’à
+l’automne suivant. Mais, hélas ! souvent plusieurs hivers successifs se
+passent sans pluie. C’est le cas pour la région que nous parcourons.
+Depuis trois ans il n’est plus tombé une averse sérieuse. Trois années
+de soleil ! Nous sommes vraiment dans le Pays de l’Éternelle Canicule,
+ou pour employer l’expression arabe, _Bled el Ateuch_, le Pays de la
+Soif.
+
+Dans les sables, la végétation n’a pourtant pas trop souffert du « beau
+fixe ». Les réserves souterraines de liquide sont presque épuisées, — la
+salure des puits le montre assez, — mais les racines réussissent
+néanmoins à atteindre le sable humide de la profondeur. Il en va
+autrement sur l’argile salée. Les racines n’arrivent plus à percer le
+sol, devenu dur comme la pierre, et les plantes ont beau lutter par tous
+les moyens possibles, rien ne peut les défendre contre la mort par excès
+de soif. Chassées d’ailleurs par la concurrence vitale, les plantes
+languissent ici depuis des années, sans que le ciel leur accorde une
+goutte d’eau. Quel poète a jamais osé imaginer les horreurs de la lente
+agonie qui étreint ces misérables végétaux ?
+
+
+Le moment est bien choisi pour jeter un coup-d’œil sur l’ensemble des
+dispositifs qu’emploient les plantes pour combattre la sécheresse de sol
+et de l’atmosphère. Nous avons déjà attiré l’attention sur les plantes
+éphémères chez lesquelles tous les phénomènes vitaux s’accomplissent en
+l’espace de quelques jours (voir p. 217 et 240), ainsi que sur les
+divers moyens dont disposent les arbustes et les plantes vivaces pour
+absorber rapidement l’eau du sol par les longues racines horizontales
+(voir p. 237) ou par les racines plongeantes (voir p. 247), et pour
+extraire l’eau de l’atmosphère, grâce aux sels déliquescents. (Voir p.
+212 et 213.)
+
+Inutile d’insister sur l’importance qu’il y a pour elles à mettre en
+réserve dans les tissus l’eau qu’elles ont eu tant de peine à se
+procurer.
+
+Voyons maintenant comment les plantes du désert réduisent leur
+transpiration. Il est essentiel tout d’abord de restreindre la surface
+transpiratoire. Aussi beaucoup de plantes sont-elles complètement
+privées de feuilles. (Voir p. 239 et 254 ; et phot. 1, 2 et 13.)
+D’autres n’en ont que fort peu. Encore ces feuilles sont-elles en
+général petites : depuis que nous avons quitté Biskra, nous n’avons pas
+vu dans le désert une seule plante dont les feuilles eussent les
+dimensions d’une pièce de cinq francs.
+
+La diminution de la surface ne suffit pas à elle seule à assurer le
+victoire de la plante sur le climat. Nous connaissons déjà la protection
+supplémentaire que procure à certains arbustes l’ensevelissement des
+rameaux sous le sable. (Voir p. 212 et phot. 6.) D’autre part, les sucs
+de la plupart des plantes, surtout chez les Salsolacées, sont fortement
+salés. Or la tension de vapeur d’eau d’une solution est inférieure à
+celle du liquide pur. La présence de sels dans le suc cellulaire entrave
+donc la transpiration. Seulement, l’accumulation de matières minérales
+constitue par elle-même un danger, et nous avons vu que l’_Anabasis
+articulata_ est obligé de se débarrasser des sels par une voie
+détournée. (Voir p. 222 et phot. 2.)
+
+Fort nombreux aussi sont les dispositifs qui empêchent directement la
+déperdition de l’eau sous forme de vapeur. La transpiration cuticulaire
+est presque réduite à zéro par l’accroissement que subit la cuticule.
+Cette carapace devient tellement épaisse que la coloration verte de la
+chlorophylle finit par être masquée : toutes les plantes sont grises,
+pâles, d’une teinte indéfinissable, ce qui imprime au paysage saharien
+un caractère tout particulier de tristesse et de désolation. Ajoutons
+tout de suite que les substances salines (_Limoniastrum_....), le
+revêtement cireux des feuilles (_Euphorbia_, _Nitraria_....), et les
+poils blancs ou gris qui garnissent tant d’organes aériens, contribuent
+aussi pour une forte part à donner à la végétation désertique sa teinte
+languissante.
+
+Nous avons déjà noté la villosité des plantes du Sahara. (Voir p. 240.)
+Peut-être certains de ces poils sont-ils capables d’absorber la rosée
+(Volkens =1887=, p. 31). Toutefois leur fonction est en général autre :
+ils servent à créer autour des stomates une atmosphère tranquille. A
+l’abri de ce feutrage, la plante reste baignée par un air plus ou moins
+saturé. Le fait est très frappant chez le _Retama Raetam_ et chez
+quelques autres Papilionacées : les rameaux adultes, complètement
+aphylles, n’ont de stomates que dans les rainures longitudinales qui les
+parcourent ; c’est précisément là que sont groupés les poils. — Même
+remarque en ce qui concerne la feuille des _Aristida_. La face
+supérieure, sillonnée de profondes rainures et garnie de poils, porte
+beaucoup de stomates, tandis que ceux-ci sont rares à la face
+inférieure, glabre et lisse. La protection offerte aux stomates est
+rendue encore plus efficace par ce fait que les feuilles d’_Aristida_
+s’enroulent sur leur face supérieure : les stomates, abrités dans
+l’intérieur du tube, ne sont jamais en contact avec l’air sec.
+
+Il existe, comme on le voit, toute une série de dispositifs qui ont pour
+objet d’affaiblir la transpiration. Mais, dira-t-on, pourquoi la plante
+ne supprime-t-elle pas radicalement l’émission de vapeur ? N’oublions
+pas que c’est le courant transpiratoire qui amène dans l’économie les
+sels minéraux : nitrates, phosphates, potasse, etc. ; en le supprimant,
+le végétal se priverait du même coup d’éléments indispensable à la vie.
+Déjà le manque d’azote, de phosphore, de potassium.... se fait vivement
+sentir : les végétaux sont à la fois affamés et assoiffés ; et leur
+rabougrissement est l’effet de la lente inanition qu’ils subissent
+depuis des années, depuis des siècles.
+
+La vue de cette flore moribonde est pénible pour le botaniste. Certes,
+sur les rocailles d’un pâturage alpestre, parmi les flaques de neige
+persistante, les touffes d’herbe sont encore plus chétives qu’ici. Là-
+haut également, c’est la nature inanimée qui donne au pays sa
+physionomie propre. Placez-vous devant un site de notre pays, ou mieux,
+d’une contrée équatoriale : toute votre admiration se concentre sur les
+grandes masses de verdure, sur les forêts, les prairies.... et c’est
+plus tard seulement que vous songez au sol qui se cache sous la
+splendeur du feuillage. Contemplez à présent un paysage désertique, —
+que ce soit le désert glacé de la haute alpe, ou le Sahara aride et
+ensoleillé, — vous ne voyez que le relief du sol, les pics aigus, les
+champs de neige, ou bien les larges ondulations du terrain, les vagues
+de sable, les fonds argileux où brillent les croûtes de sel.... Quant à
+la verdure, elle passe inaperçue. Maintenant, regardez à vos pieds.
+Toute analogie entre l’alpage et le Sahara s’évanouit. Sur la montagne,
+mille fleurs variées brillent parmi les pierres ; des papillons et des
+mouches volent gaîment d’une corolle à l’autre. Au Sahara, rien de
+semblable. Il y a des fleurs pourtant ; car si l’été est une saison de
+torpeur pour les organes végétatifs, c’est aussi celle où s’ouvrent les
+fleurs. Mais elles sont petites, sans parfum ni couleurs voyantes.
+
+Chez un grand nombre d’espèces, elles sont adaptées à être pollinées par
+le vent, et privées de corolle (_Ephedra_, Graminacées, _Cyperus_,
+_Calligonum_, Salsolacées, etc.[3]). L’_Euphorbia Guyoniana_, quoique
+entomophile, est également privé de corolle. Les fleurs de _Silene_, des
+Cruciféracées, de _Randonia_, des Boraginacées et de la plupart des
+Papilionacées, sont minuscules et ont des teintes effacées. Les seules
+fleurs voyantes sont celles de _Monsonia_, d’_Helianthemum_ et des
+Plombaginacées (_Limoniastrum_ et _Statice_), ainsi que les capitules de
+quelques Compositacées.
+
+En fait d’Insectes fécondateurs, il n’y a guère que des Diptères et des
+Hyménoptères. Encore sont-ils peu abondants. Il serait logique de
+supposer que pour appeler vers elles les rares visiteurs, les fleurs
+doivent étaler de larges appareils vexillaires. C’est en effet ce qui a
+lieu sur l’alpe. Au Sahara, la sécheresse de l’air s’y oppose : les
+tissus délicats des pétales seraient tout de suite fanés. On comprend
+moins bien pourquoi les plantes sahariennes négligent les parfums, un
+excellent moyen pourtant d’attirer les Insectes. Faisons remarquer
+toutefois que si nous ne percevons aucun parfum, cela ne prouve pas que
+les plantes dédaignent de sécréter des vapeurs odorantes : nous savons
+en effet que la muqueuse olfactive de l’homme fonctionne mal dans l’air
+très sec ; il n’est pas certain du tout qu’il en soit de même pour les
+antennes des Insectes.
+
+
+Le cinquième jour après le départ de Tougourt, il fait étouffant dès le
+matin. Pas le plus léger souffle ; les épillets du Drîn pendent
+immobiles dans l’air brûlant. Aussi est-ce avec jubilation que nous
+recevons vers neuf heures du matin les premières bouffées de vent du
+Sud. Mais ce vent ne tarde pas à nous paraître étrange : au lieu de nous
+rafraîchir, il augmente encore la sensation de chaleur. Il faut se
+rendre à l’évidence : c’est le simoun.
+
+Nous allons connaître la soif. Le simoun ne souffle pas depuis une
+heure, que déjà nos bidons de thé sont à sec. Quant à Abdallah et aux
+chameliers, ils se suspendent à tour de rôle aux outres. Hélas ! celles-
+ci perdent bientôt leur profil de chiens noyés, gonflés par les gaz. Par
+bonheur, des Nomades campés près du poste optique de Khaldiet consentent
+à nous vendre une belle peau de bouc aux flancs rebondis. Nos Arabes ont
+à boire jusqu’au prochain puits. Pour nous, cette acquisition n’a aucun
+avantage immédiat. Nous avons de l’eau, il est vrai, mais elle a trop
+mauvaise mine, et nous ne voulons pas la boire crue. Or, le pays
+d’alentour ne porte pas le moindre arbrisseau, et les quelques
+brindilles que les Nomades nous ont cédées ont servi à nous faire cuire
+des œufs. Que faire ? Boire de l’eau de St-Galmier, mais avec
+ménagements, car nous ne pouvons pas, d’ici à longtemps, remplacer notre
+provision.
+
+La chaleur augmente d’une façon continue, pendant que nous sommes
+couchés inertes, à l’ombre du poste optique. A deux heures, le
+thermomètre marque 39°. Nous devons pourtant nous remettre en marche ;
+du reste, le soleil est maintenant voilé par l’épais nuage de poussière
+que soulève le simoun.
+
+Voici un puits, au milieu des _Salsola tetragona_. Les chameaux eux-
+mêmes se précipitent avidement vers l’abreuvoir. Je me prépare à
+photographier la scène. Mon appareil photographique ne fonctionne plus.
+Les parois en bois ont craqué sous l’influence de l’extrême sécheresse.
+Il est tout disloqué ; on peut dorénavant le laisser au fond d’un
+coffre. Il nous reste un second appareil, mais ses boiseries ont été
+également gauchies. Demain, lui aussi sera hors d’usage. Je ne pourrai
+le réparer un peu qu’à Ouargla. Mais je ne puis naturellement pas
+développer les clichés sur place, et, rentré à Bruxelles, je m’aperçois
+que tous les clichés faits à partir d’aujourd’hui ont reçu des coups de
+lumière.
+
+En route de nouveau, à travers les _Salsola tetragona_. Il n’y a qu’eux
+pendant des heures, d’informes buissons aux branches tordues, plates,
+souvent fendues, n’ayant gardé vivants que les bouts des ramuscules.
+Beaucoup d’entre eux sont morts, et leurs squelettes noircis, comme
+calcinés, ont l’aspect le plus lamentable. (Voir phot. 17.) Abdallah qui
+a passé ici il y a quelques années, avec la mission Flatters, nous
+raconte que toute cette plaine était verdoyante, que des milliers de
+chameaux venaient y paître. Mais les trois années de sécheresse
+persistante ont eu raison de cette verdure.
+
+Nous sommes exténués de soif. Afin de ne pas devoir à chaque instant
+arrêter les chameaux pour prendre l’eau dans les outres, l’un des hommes
+a rempli une grande gamelle. Elle fait le tour, de bouche à bouche. Mon
+compagnon et moi détournons les yeux pour ne pas être induits en
+tentation. Rarement, je pense, les prescriptions de l’hygiène ont dû
+résister à un aussi rude assaut. C’est un raffinement du supplice de
+Tantale : sentir qu’on se momifie rapidement, voir circuler la gamelle
+pleine d’eau, et ne pas y toucher parce que le liquide est trop suspect.
+Félicitons-nous de notre prudence ; c’est à elle que nous devons d’être
+restés l’un et l’autre indemnes de tout accès de fièvre.
+
+Il est vrai que rien n’eût été plus facile que d’obtenir maintenant du
+feu ; mais la caravane aurait dû s’arrêter, et nous étions tous pressés
+de sortir de cette lugubre steppe à _Salsola tetragona_.... Pourtant,
+quelle affreuse sensation que celle de la soif. Les lèvres et la langue
+se gercent, la gorge est contractée, plus la moindre salive ne s’écoule
+dans la bouche, il semble qu’on ait autour de la tête un bandeau serré.
+Cette dernière torture est la plus intolérable. On marche inerte, sans
+penser.
+
+Il faut faire halte dans la broussaille. Le vent est tombé, mais le
+thermomètre marque encore 36°7. « Abdallah ! du feu ! » Enfin, nous
+allons boire, avaler du thé chaud, brûlant même. Le liquide n’a pas eu
+le temps de descendre dans l’estomac, qu’on sent la sueur perler sur la
+peau. En un instant, elle est évaporée, et une délicieuse fraîcheur
+envahit tout l’être. C’est incontestablement la boisson chaude, vers
+60°, qui désaltère le plus vite dans un pays aride et ardent comme
+celui-ci. A vrai dire, un liquide froid a également ses charmes : on
+éprouve une si agréable sensation dans la bouche et la gorge ; mais le
+soulagement est moins durable. D’ailleurs nous n’avons pas le moyen de
+refroidir beaucoup nos boissons. On se contente d’entourer les bidons et
+les bouteilles d’un linge mouillé, afin de leur soustraire la chaleur
+latente de vaporisation. On arrive ainsi, en une heure, à faire tomber
+la température des liquides, de 40° qu’elle était en début, à 24° ou
+25°. En Europe, une pareille eau donnerait des nausées ; ici, elle est
+d’une exquise fraîcheur.
+
+Mon compagnon est moins accablé que moi. Tandis que je suis étalé sur ma
+couverture, il s’en va avec sa lanterne, faire la chasse aux Insectes.
+Un incident désagréable me tire de ma torpeur : Lakhdar tue au milieu du
+campement une petite Vipère très dangereuse (_Cerastes vipera_) dont la
+morsure est même plus mauvaise que celle de la Vipère à cornes. Au
+moment où M. Lameere revient, une seconde Vipère rampe au milieu de
+nous. C’est peu rassurant. Nous sommes, à la vérité, munis de sérum
+antivenimeux, mais, tout de même, ce qui peut arriver de plus heureux
+quand on possède un bon médicament, c’est de n’avoir pas à s’en servir.
+Après un moment de trouble, il est décidé que le campement sera
+transporté sur une haute dune, loin de ces maudites broussailles qui, au
+dire d’Abdallah, sont toujours « pleines de serpents. » Chacun porte sa
+literie, et après nous être pas mal embarrassés dans les _Salsola_, nous
+installons l’hôtel sur le sable.
+
+
+Le lendemain matin, un temps délicieux. Mais notre jouissance est
+contrariée par la vue de la steppe qui étale toujours son unique espèce
+végétale. Que nous ayons du sable nu, ou un fond de sebkha sans une
+herbe, plutôt que cette interminable plaine, avec les squelettes
+d’arbustes dont les brindilles restées vivantes parmi les branches
+consumées semblent demander grâce au soleil implacable.
+
+Le répit n’est pas de longue durée. Le vent du Sud se remet à souffler
+avec furie, et à une heure, pendant que nous sommes affaissés sous un
+_Tamarix_, le thermomètre indique près de 41°. Nous avons enfin quitté
+la steppe salée, pour passer entre les dunes. Mais tout n’est pas rose
+non plus sur le sable. Le vent chasse devant lui des tourbillons de
+grains coupants qui vous mitraillent le visage. Les chameaux, avec leur
+volumineuse charge, tanguent d’un air désespéré sous les rafales.
+
+Courage ! Le guide signale des Palmiers à l’horizon. C’est le village
+d’El Bôr, avec des jardins enfoncés comme les oasis du Souf. Ils nous
+font l’effet de Paradis terrestres, et les masures de boue dispersées
+dans les dunes, sont belles comme des palais. Nous y voilà. Le chef du
+village nous introduit dans une habitation dont le propriétaire est
+actuellement « aux champs », comme il dit, ce qui signifie qu’il est
+allé camper dans le désert avec ses troupeaux et sa famille. Singuliers
+champs ! Ne discutons pas la valeur des mots ; l’essentiel est que nous
+pouvons disposer de la maison.
+
+On a l’obligeance de nous offrir du café chaud. Accepté avec
+reconnaissance, car de toute la journée nous n’avons eu que du thé dont
+la température était comprise entre 35° et 40°. Et l’on a beau
+ingurgiter des quantités invraisemblables d’une telle boisson, déjà
+plate et indigeste par elle-même, on ne réussit pas à se désaltérer.
+
+Le bruit se répand dans le village qu’un médecin est arrivé. Tous ceux
+que leurs infirmités empêchent d’émigrer vers des régions moins ravagées
+par le soleil, viennent me consulter dans la petite chambre où nous
+avons cherché refuge. Mais que prescrire dans un pays où la pharmacie la
+plus proche est à Biskra, à une huitaine de jours d’ici ? A un homme
+atteint d’une maladie de foie, je recommande le régime lacté. On me
+regarde avec stupeur. « Puisque les troupeaux sont aux champs ! Il ne
+reste dans le village ni une chèvre, ni une chamelle ! » D’ici à
+plusieurs mois, pas moyen d’avoir une tasse de lait ; la nourriture
+consiste exclusivement en orge et en dattes sèches.
+
+Le simoun a enfoui nos cheveux et notre barbe sous une carapace de
+sable. D’innombrables grains se sont introduits sous nos vêtements et
+nous grattent la peau. « Abdallah, y a-t-il beaucoup d’eau à El Bôr ? »
+— « Tant qu’on en veut. » — « Parfait, tu vas nous en apporter un grand
+seau pour que nous puissions nous débarbouiller. » Ahurissement
+d’Abdallah. « Tout un seau, dit-il, c’est peut-être beaucoup. Enfin,
+j’irai voir. » Et il nous revient avec une gamelle d’eau, tout ce qu’il
+avait pu se procurer dans les puits presque taris du village.
+
+Le soleil est étrange, les jours de simoun. Il se couche tout blanc et
+flou, dans un ciel jaune. Contrairement à ce qui s’est passé hier, le
+vent continue à souffler jusqu’après minuit. Le lendemain matin à quatre
+heures, il y avait encore 22°7.
+
+
+Qu’il nous soit permis de publier les observations de température et
+d’humidité que nous avons faites pendant les deux journées de simoun,
+ainsi que le lendemain matin.
+
+ +---------------+-----+-----+-----+-----+-------+
+ | HEURES | _t_ |_t′_ |_e″_ | _F_ | _T_ |
+ +---------------+-----+-----+-----+-----+-------+
+ |Mai 17 — 11 |37.5 |19.2 |5.14 | 11 | 1.6|
+ | | | | | | |
+ | 14 |39 |19.6 |5.21 | 10 | 1.8|
+ | | | | | | |
+ | 15.45 |40.4 |18.7 |2.95 | 5 | − 5.9|
+ | | | | | | |
+ | 18.30 |36.7 |16.3 |1.53 | 3 | − 14.2|
+ | | | | | | |
+ |Mai 18 — 5 |20.2 |10 |3.09 | 18 | − 5.3|
+ | | | | | | |
+ | 10.30 |35.6 |17 |3.22 | 7 | − 4.7|
+ | | | | | | |
+ | 13.30 |40.6 |18.4 |2.34 | 4 | − 8.9|
+ | | | | | | |
+ | 14.45 |39.5 |17.5 |1.73 | 3 | − 12.7|
+ | | | | | | |
+ | 16.10 |39.2 |17.3 |1.48 | 3 | − 14.6|
+ | | | | | | |
+ | 18 |36.5 |17 |2.65 | 6 | − 7.3|
+ | | | | | | |
+ |Mai 19 — 4 |22.7 |14.6 |7.47 | 36 | 7 |
+ | | | | | | |
+ | 5 |20.5 |13.2 |6.89 | 38 | 5.8|
+
+Signification des colonnes de ce tableau :
+
+_t_ = la température de l’air, en degrés centigrades.
+
+_t′_ = la température du thermomètre mouillé, en degrés centigrades.
+
+_e″_ = la pression en millimètres de la vapeur d’eau, c’est-à-dire,
+l’humidité absolue.
+
+_F_ = la pression relative (100 = saturation), en d’autres termes,
+l’humidité relative.
+
+_T_ = la température à laquelle il faudrait abaisser l’air pour obtenir
+de la rosée.
+
+
+Les températures _t_ et _t′_ étaient prises au moyen d’un thermomètre-
+fronde qui avait été mis à notre disposition, avec beaucoup d’autres
+instruments, par l’Observatoire royal d’Uccle. Aussitôt après avoir
+déterminé la température de l’air (_t_), j’entourais la boule d’une
+mousseline imbibée d’eau et je faisais de nouveau tournoyer
+l’instrument[4].
+
+Les chiffres des trois colonnes _e″_, _F_ et _T_ ont été calculés par M.
+Jean Vincent, météorologiste à l’Observatoire d’Uccle, d’après les
+données thermométriques.
+
+
+Quelques mots d’éclaircissements au sujet de nos observations.
+
+Pendant que, tout au début du simoun, nous étions couchés près du poste
+optique de Khaldiet, le 17 mai, de onze à deux heures, la température
+était déjà élevée, mais la quantité de vapeur d’eau était restée
+notable. C’est plus tard seulement, quand toute l’humidité eut été
+balayée par le simoun brûlant, que le degré hygrométrique se mit à
+décroître, pour tomber à 3 %, le soir, quand nous campions dans les
+_Salsola_. Si, à ce moment, on avait voulu précipiter sous forme de
+rosée la vapeur d’eau contenue dans l’air, il eût fallu la refroidir à −
+14°, c’est-à-dire qu’on aurait obtenu, non de la rosée, mais du givre.
+
+Pendant la nuit, calme plat. Le sol et les plantes émettent de la vapeur
+d’eau : le matin, la quantité absolue d’humidité (_e″_) a doublé. Puis,
+le simoun reprend, et graduellement l’humidité baisse jusque vers cinq
+ou six heures de l’après-dîner. Quand nous étions à El Bôr, le vent,
+encore violent, était devenu moins sec, ce qui faisait présager la fin
+de la tourmente.
+
+Le lendemain, 19 mai, l’air de nouveau chargé de vapeurs, était revenu à
+un degré hygrométrique qui est normal pour le désert.
+
+Certes, la série d’observations que nous venons de relater est
+exceptionnelle, même au Sahara ; si une semblable sécheresse se
+continuait quelques semaines, tout serait inévitablement grillé.
+Pourtant on constate parfois un degré hygrométrique encore plus bas.
+Ainsi, le 23 mai, à midi, pendant que nous serons dans le désert rocheux
+au N. W. de Ouargla, nous observerons une température de 33° (_t_),
+alors que le thermomètre mouillé ne marque que 14°2 (_t′_), ce qui
+correspond à une pression absolue de 0,75 mm. (_e″_) et à une humidité
+relative de 2 % (_F_) ; à ce moment, le point de rosée (_T_) est à −
+22°7. Ajoutons qu’à diverses reprises on a signalé, dans le Sahara, une
+humidité nulle. Ceci ne signifie pas qu’aucune vapeur n’existât en ces
+moments dans l’atmosphère, mais simplement que les instruments, quelques
+sensibles qu’ils fussent, étaient incapables de déceler les faibles
+traces de vapeur. « Alors les lèvres se gercent, les ongles cassent
+comme du verre, l’encre sèche dans la plume, tous les objets en bois ou
+en corne se contractent, et l’on a vu des miroirs éclater sous la
+pression de leur cadre. » (Schirmer, =1893=, p. 64.)
+
+
+Nous nous remettons en route. On se rend bien compte maintenant des
+effets du simoun sur la végétation. Des touffes de Drîn ont été enfouies
+jusqu’aux inflorescences. Les _Euphorbia Guyoniana_ laissent pendre
+leurs rameaux fanés : l’apport d’eau par les racines n’a pas pu se faire
+assez vite pour compenser les pertes. Les dernières plantes annuelles
+sont rôties. L’effet le plus désastreux est celui qu’ont subi les
+_Limoniastrum Guyonianum_. Le simoun a enlevé le sable sur le versant
+méridional des mottes, et dénudé les rameaux. Ceux-ci, brusquement mis
+en présence de l’air, ont été desséchés par le vent torride et ne
+portent plus que des feuilles ratatinées.
+
+Il n’y a plus qu’une demie journée de marche avant Ouargla. Tantôt nous
+traversons les sebkha, échelonnés dans le lit de l’oued Mya ; tantôt il
+faut grimper sur de hautes dunes, aussi tristes que celles du Souf. Ces
+dunes, très mobiles, sont une menace perpétuelle pour les oasis établies
+entre elles, et même pour la ville de Ouargla. Les autorités militaires
+y ont fait semer du Drîn, espérant que les longues racines de la
+Graminacée maintiendront le sable. Les résultats ne sont pas très
+encourageants : le Drîn a des rhizomes beaucoup moins traçants que
+l’Oyat, tant employé en Europe pour fixer les dunes littorales.
+
+Tout à coup, au delà de l’océan de dunes et du vaste sebka parsemé de
+plaques salines, les deux minarets blancs de la ville se dressent par
+dessus les palmes.
+
+Deux journées employées à parcourir l’oasis et à faire visite aux
+officiers et aux Pères Blancs. Nous recueillons de nombreux
+renseignements sur les mœurs des habitants. Ouargla avec ses rues
+étroites, en partie voûtées, a une population fort mêlée où dominent les
+Nègres et les Aratins, noirs également, dont les femmes, tout comme les
+Négresses, aiment à se parer de cauris.
+
+En automne, des milliers de Nomades, surtout des Châmba, affluent vers
+Ouargla, et établissent sur les hauteurs voisines une ville de tentes,
+bien plus populeuse que la ville fixe. Depuis plus d’un mois, ils ont
+levé leurs campements pour s’éparpiller sur le désert. Chaque tribu
+possède dans le Sahara un immense « territoire de parcours », sur lequel
+elle fait paître ses troupeaux. Les montagnes sont trop éloignées, et
+les Châmba sont bien obligés de chercher dans le désert même des
+contrées renfermant quelques points d’eau et où l’herbe est moins brûlée
+qu’ailleurs. A l’époque de la maturité des dattes, ils reviennent vers
+les oasis. Ils se prétendent les légitimes propriétaires du sol et
+exigent que les malheureux Oasiens, rendus pacifiques par les
+occupations agricoles, leur remettent, pour prix de la location, les
+quatre cinquièmes de la récolte ; d’où le nom de _khammès_ (hommes au
+cinquième), qu’on donne aux cultivateurs. Exactions au détriment des
+Sédentaires, razzias organisées contre les caravanes et contre les
+tribus voisines, voilà ce qui compose toute l’existence des Châmba. De
+quoi vivraient, somme toute, ces Nomades faméliques s’ils devaient
+renoncer à leurs brigandages. Les produits de leurs troupeaux sont par
+trop insuffisants : le désert ne nourrit pas les peuples pasteurs,
+pourtant bien clairsemés, qui errent à sa surface.
+
+Du haut d’un minaret, nous contemplons la ville. (Voir phot. 15.)
+Ouargla occupe le centre d’un grand sebkha entouré d’une falaise
+rocheuse verticale. A nos pieds s’étend la ville, entièrement construite
+en briques crues. Les minarets eux-mêmes, hauts de vingt-cinq mètres,
+sont faits en boue durcie au soleil. Il faut que la réputation d’aridité
+du climat saharien soit solidement établie, pour qu’on ose construire
+les maisons et les mosquées en une matière aussi peu résistante à la
+pluie. — Autour de la ville s’étend l’oasis avec plus d’un demi million
+de Dattiers. C’est encore à l’heure actuelle, l’une des plus importantes
+du Sahara occidental. Mais sa déchéance est prochaine. Malgré les
+nombreux puits artésiens qui ont été forés, les arbres dépérissent faute
+d’eau. Déjà, ceux qui occupent le bord de l’oasis ne sont plus que des
+mâts que surmontent deux ou trois palmes flétries. Ils vivotent encore,
+mais n’ont plus la force de fleurir. Et pourtant cette contrée a été
+jadis occupée par un fleuve qui s’est creusé un lit large et profond, et
+qui a déposé d’épaisses couches de vase. Que sont en somme les falaises,
+hautes de plus de cent mètres, qui limitent de toutes parts l’horizon,
+sinon les rives escarpées de cet ancien fleuve ? Et l’étendue plate qui
+étale son vide au delà des Palmiers agonisants ? C’est un fond de lac,
+en partie comblé par les alluvions argileuses que l’oued Mya amena des
+montagnes de l’Ahaggar. L’oued Mya, cherchant un refuge contre le
+soleil, n’a gardé qu’un cours souterrain. Mais les pluies deviennent de
+plus en plus rares, et cette nappe artésienne elle-même s’épuise chaque
+jour davantage.....
+
+
+
+
+ =3. — Le désert pierreux.=
+
+
+Ce matin, nous sommes remontés sur nos mulets. Devant nous se dresse la
+falaise qu’il s’agit de gravir. Elle limite le _hamâda_, plateau
+pierreux sur lequel nous allons voyager pendant dix jours. Vu de
+Ouargla, l’escarpement semblait uni et régulier ; de près, on constate
+qu’il est tout raviné. Une foule de torrents dévalant du hamâda, au
+temps jadis, l’ont découpé en massifs isolés qui, lentement, se sont
+éboulés dans le cours des siècles. Les uns ont pris l’aspect de cônes à
+sommet arrondi ; les plus larges se terminent encore par une table
+horizontale aussi élevée que le grand plateau voisin. Quand ces collines
+d’érosion sont tout à fait séparées les unes des autres, elles reçoivent
+le nom de _gour_ (sing. _gara_.)
+
+Avec mille précautions, chameaux et mulets se sont hissés sur le hamâda.
+Tout de suite on se sent dans un pays neuf, bien différent du désert
+« alluvial » et du désert « éolien », que nous avons parcourus jusqu’à
+présent. Dans le premier la couche superficielle est constituée par des
+sédiments fluviaux. Cette formation porte le nom de _reg_. Les anciens
+fleuves ont apporté dans les fonds les galets, les graviers et l’argile,
+résultant de la trituration des roches dans lesquelles ils ont creusé
+leur lit. Mais depuis des siècles, les rivières sont taries et n’ont
+plus qu’un faible écoulement souterrain. En l’absence d’érosion et de
+sédimentation actuelles, le reg ne subit d’autres changements que ceux
+qui proviennent des fluctuations de l’eau souterraine (voir p. 210 et
+phot. 5) : il se sale ou se dessale suivant les saisons, mais son modelé
+reste immuable. Tout autres sont les conditions dans le désert éolien.
+Sauf dans les régions où les matières salines du sous-sol viennent
+agglutiner les grains de sable (voir p. 253 et phot. 14), l’erg a un
+modelé essentiellement instable : jamais une dune n’a de configuration
+permanente et définitive. Le vent, seul maître de la région, s’empare du
+sable mobile ; il édifie les collines, puis il les échancre, les rase,
+et les porte plus loin.
+
+Mais d’où vient le sable ? Quelle est la force qui émiette les pierres
+et qui en fait le jouet des vents ? C’est le soleil. « Après l’air et
+les nuages, il dévore la terre ; il chauffe ses pierres à blanc ; il les
+dissout en poussière impalpable. Sa splendeur hostile ne veut éclairer
+que la mort. » (Hughes Le Roux, =1895=, p. 163.) Sous l’action des
+effroyables variations de température, les rochers eux-mêmes sont tirés
+de leur inertie. En été, leur température superficielle dépasse souvent
+70° ; en hiver, elle s’abaisse à − 7°. Tour à tour dilatées et
+contractées, les pierres finissent par se fendre (voir phot. 1) ; des
+blocs se détachent, qui soumis aux mêmes conditions, se morcellent et se
+pulvérisent de plus en plus.
+
+Le vent se charge de trier les produits de la désagrégation. Les fines
+poussières sont emportées jusqu’au-delà des limites du désert : on a
+observé des pluies de « poussière rouge », saharienne, jusque dans les
+îles Canaries. Le sable, trop lourd pour que les courants atmosphériques
+le soulèvent très haut, peut néanmoins être entraîné au loin ; mais sa
+migration se fait lentement, de proche en proche. Auprès de chaque
+obstacle, le vent dépose une partie de ses sédiments arénacés, première
+ébauche d’une dune. Le sort des monticules dépend des conditions
+extérieures : parfois leur croissance est très limitée (voir p. 212 et
+phot. 6) ; ailleurs ils atteignent une élévation de plus de cent mètres.
+(Voir p. 243 et phot. 11 et 12.) Quelles que soient les dimensions des
+dunes, à chaque coup de vent, une partie de leurs matériaux s’envole
+plus loin.
+
+Les gros éclats de pierre restent en place. Quand ils viennent de se
+détacher, leurs angles sont tellement coupants qu’on est souvent obligé
+de mettre des chaussures aux chameaux. Mais le sable chassé par les
+rafales a bientôt fait d’émousser les tranchants. La mitraillade par les
+grains quartzeux sculpte littéralement la pierre. Les fragments prennent
+un aspect et un toucher particuliers. Si la pierre a une structure
+homogène, si c’est par exemple du calcaire, elle garde sensiblement sa
+forme primitive, mais toutes les petites aspérités s’effacent, et elle
+se polit complètement. Les roches à texture hétérogène gagnent une
+surface polie, inégale, rappelant celle d’un noyau de pêche, sur
+laquelle les parties les plus dures forment un dessin en relief, limité
+par des creux correspondant aux éléments moins résistants qui ont été
+sculptés davantage.
+
+On remarquera qu’ici, dans le désert « déflatoire »[5] aussi bien
+qu’ailleurs, la sécheresse de l’air est un facteur essentiel. Elle fige
+dans son immobilité la surface du désert alluvial, elle permet au vent
+de bouleverser sans répit les dunes ; c’est encore elle qui provoque
+l’éclatement de la pierre. On sait, en effet, que la vapeur d’eau
+fonctionne comme un écran qui arrête les rayons calorifiques : elle
+empêche le sol de s’échauffer outre mesure pendant le jour, et retient
+durant la nuit la chaleur qui tend à rayonner dans l’espace. Dans le
+Sahara, cet écran de vapeur fait défaut et la roche passe successivement
+par les extrêmes de froid et de chaud.
+
+Selon que le morcellement des pierres est plus ou moins avancé, on
+rencontre sur le hamâda des régions qui sont simplement craquelées,
+d’autres qui sont couvertes de débris à angles vifs, ou d’éclats déjà
+usés et polis par le frottement du sable.
+
+Mais si, sur le hamâda, le soleil et le vent sont à présent seuls en
+cause, l’érosion par les cours d’eau a également eu son heure. Le désert
+que nous traverserons d’ici à Settafa, sur un parcours d’environ trois
+cents kilomètres, a été entaillé par de nombreuses rivières. De même que
+dans le pays de dunes, c’est la disposition des vallées qui, pour les
+Arabes, caractérise la région. Elle a reçu le nom de « Chebka »
+(filet) : les rivières tortueuses qui la sillonnent ont été assimilées à
+un filet qui aurait été déposé sur le plateau et qui s’y serait
+incrusté.
+
+
+Sur ces vastes espaces privés de terre, l’eau de pluie ne peut que
+ruisseler à la surface du sol ou bien se perdre dans les crevasses, sans
+se collecter nulle part. La végétation y atteint son maximum de
+maigreur. Tout lui manque à la fois : ni eau, ni terre.
+
+A part l’_Aristida floccosa_ et une ou deux autres plantes sabulicoles,
+la flore du hamâda est très spécialisée : elle se compose presque
+uniquement de petits arbrisseaux à feuilles et à tiges velues. Pendant
+toute la première journée de marche, nous ne voyons guère que l’_Erodium
+glaucophyllum_, herbe malingre dont les fruits ont presque huit
+centimètres de longueur, et l’_Anthyllis sericea_, minuscule arbuste
+globuleux, de trente ou quarante centimètres de hauteur.
+
+
+Le vent s’est mis à souffler. L’horizon et le ciel sont déjà obscurcis
+par les fines poussières. Des traînées de sable serpentent sur le sol.
+Auprès de chaque pierre, dans les touffes d’herbe, au fond de légers
+creux, des dunes microscopiques s’édifient. Les feuilles raides
+d’_Aristida floccosa_ crépitent sous le choc répété des grains.
+
+Tout à coup nous arrivons au bord supérieur d’un escarpement. C’est la
+rive d’un oued. Tant bien que mal nous descendons la falaise. On se rend
+compte ici de l’action érosive des rafales chargées de grains quartzeux.
+Sans répit, d’énormes vagues de sable battent en brèche le pied de la
+muraille rocheuse. Celle-ci est littéralement affouillée : on dirait une
+falaise littorale minée par les flots. Plus haut l’érosion éolienne a
+opéré la dissection de l’escarpement : les bancs de roches dures, — le
+squelette de la falaise, — sont restés intacts ou n’ont subi que le
+polissage, tandis que les couches moins résistantes ont été profondément
+excavées. Il se produit ainsi des crénelures du plus singulier aspect.
+
+Nous sommes à présent sur le sable qui a envahi l’oued. Aussitôt la
+flore change de caractère : l’_Ephedra alata_, le Drîn, le _Calligonum
+comosum_, l’_Euphorbia Guyoniana_ et les autres espèces arénicoles
+occupent le terrain.
+
+Le vent fait rage, et nous sommes heureux de nous réfugier dans le
+caravansérail de Mellalah. Quelques heures plus tard, le calme est
+revenu, et nous sortons pour faire un bout de promenade. L’admiration
+nous cloue surplace. Avec le chott Melrhir et les dunes du Souf, le site
+de Mellalah est ce que nous avons vu de plus grandiose depuis que nous
+sommes dans le Sahara. D’un côté surgit la falaise par où nous sommes
+descendus ; les anciens torrents l’ont déchiquetée ; les rafales de
+sable découpent des bandes horizontales sur les flancs de chaque gara. —
+Derrière nous, tout l’horizon est bouché par une dune, une seule,
+beaucoup plus haute et plus large que les plus grandes que nous ayons
+vues dans le Souf. Il est fort difficile d’évaluer la hauteur d’une
+montagne, mais je pense rester en dessous de la vérité en estimant
+celle-ci à deux cent cinquante mètres. Et quelle forme étrange ! De son
+sommet partent de nombreuses arêtes qui rayonnent dans toutes les
+directions et qui, plus bas, se bifurquent plusieurs fois de suite.
+
+Ailleurs, les sables qui encombrent l’oued s’écartent, et nous voyons
+briller sur le lit de la rivière une couche éblouissante de blancheur.
+C’est du gypse, dont les cristaux usés par le sable forment une immense
+table d’une horizontalité parfaite. Sur le gypse, quelques traînées de
+sable ont été fixées par la végétation : _Retama Raetam_, _Aristida
+pungens_, _Limoniastrum Guyonianum_, _Traganum nudatum_, _Anabasis
+articulata_, _Ephedra alata_. La flore, comme on le voit, est celle du
+sable légèrement salé. Mais une sélection très stricte y a été opérée :
+il n’y a ici que les espèces à racines traçantes ; celles qui ont des
+racines plongeantes (par exemple, _Calligonum comosum_ et _Euphorbia
+Guyoniana_) ne pourraient pas vivre dans ces minces nappes de sable,
+posées sur du gypse imperméable aux racines.
+
+
+Toute la journée du lendemain se passe sur le hamâda. Au début il y a
+encore des _Anthyllis sericea_. Mais peu à peu les buissons deviennent
+plus rares, ne laissant plus que de tristes plantes, chétives et
+malingres. Leur teinte verte est masquée sous un dense revêtement
+pileux. Le voyageur qui passe à la hâte et jette sur le désert un coup
+d’œil superficiel, ne se douterait pas que le plateau pierreux porte une
+végétation quelconque, tant elle est misérable, clairsemée et incolore.
+Citons le _Halogeton alopecuroides_, Salsolacée charnue à feuilles
+cylindriques, pâles, terminées par une soie blessante ; — le _Herniaria
+fruticosa_, dont les organes aériens sont presque entièrement scarieux ;
+— un _Helianthemum_ à feuilles très velues, dont les bords s’enroulent
+en dessous ; — le _Fagonia microphylla_, Zygophyllacée fauve, toute
+garnie de poils glanduleux ; ses feuilles ne se composent guère que des
+stipules épineuses et du pétiole : les folioles sont très petites et
+charnues ; — le _F. glutinosa_, avec des limbes foliaires bien
+conservés, mais disparaissant également sous les glandes ; —
+l’_Argyrolobium uniflorum_, Papilionacée presque aphylle, à poils
+soyeux-argentés ; — l’_Asteriscus graveolens_, Compositacée frutescente
+à rameaux bifurqués et à feuilles velues-soyeuses ; — enfin, le _Deverra
+chlorantha_ (voir phot. 1), l’une des rares plantes glabres du hamâda,
+une Ombellacée dont les feuilles ne sont plus représentées que par deux
+ou trois courts segments capillaires. M. le lieutenant Pein, chef du
+poste de Ouargla, nous l’avait déjà signalé : « C’est un jonc à odeur de
+persil, auquel les Arabes donnent le nom de Gheza. Ils assurent que les
+chameaux qui en mangent deviennent aveugles. » Notre curiosité était
+piquée. Les chameliers ont soin de chasser leurs bêtes loin de la
+redoutable herbe, mais chaque fois que nous en avons l’occasion, nous
+laissons les chameaux brouter tout à leur aise. Quelques jours plus
+tard, nous faisons remarquer que le Gheza ne les a pas rendus aveugles.
+Le fait est patent, mais il n’ébranle pas la foi des chameliers : ils
+continueront à soutenir que le Gheza est une plante diabolique. Tapez
+sur une superstition, vous l’enfoncez davantage.
+
+La flore reste la même pendant la plus grande partie de la journée
+suivante. Nous avons dû partir en pleine nuit, vers trois heures du
+matin, car l’étape est aujourd’hui de 57 kilomètres, la plus longue de
+tout le voyage. Nous cheminons frileusement enveloppés dans les cabans.
+De temps en temps une détonation nous arrache à nos rêveries : c’est un
+bloc de pierre qui éclate par l’effet de la contraction. Quand le soleil
+se lève, le désert nous apparaît aussi nu que la veille. Toujours les
+mêmes plantes pâlottes, hâves, qu’on n’aperçoit que lorsqu’on se donne
+la peine de les chercher. Nos chameaux poussés par la faim, se débandent
+à chaque instant, pour courir vers quelque maigre _Aristida floccosa_.
+Il faut voir comme ils vous déplument la touffe en deux coups de lèvres.
+
+Voici que la flore s’embellit. Sur le sable qui s’est déposé çà et là
+entre les pierrailles, poussent de petits buissons globuleux de
+_Rhanterium adpressum_, une Compositacée que nous avons déjà rencontrée
+dans le Souf. Nous sommes enchantés : on _voit_ de nouveau des végétaux.
+Ils ne sont certes pas attrayants, avec leurs rameaux cotonneux et leurs
+feuilles minuscules, mais enfin, en y regardant de près, on distingue
+parmi les rameaux desséchés quelques capitules jaunes, — et cela paraît
+merveilleux que des arbustes puissent vivre et même fleurir au milieu de
+cette désolation. Faut-il que la plante s’accroche à l’existence, pour
+s’obstiner à croître et à se reproduire sous le climat délétère de la
+Chebka !
+
+Nous ne pouvons pas songer aujourd’hui à faire dresser la tente. Le
+guide nous accorde à peine le temps de descendre de mulet pour déjeuner,
+pendant que les chameaux, pas même déchargés, vaguent dans le désert à
+la recherche d’une herbe problématique. Autour de nous, les
+_Rhanterium_, posés sur le sol comme des verrues grises, paraissent de
+plus en plus petits à mesure qu’ils s’enfoncent dans le lointain ; puis
+l’œil ne les distingue plus, et leur présence ne se révèle que par la
+teinte blanchâtre qu’ils donnent au désert ; et au delà des dernières
+ondulations du plateau, on se les représente encore, toujours pâles et
+tristes. Sur ce paysage lugubre, une lumière ardente tombe d’un ciel
+trop bleu. C’est vraiment « le ciel sans nuages, au-dessus du désert
+sans ombre. » (Fromentin, =1896=, p. 11.) On dirait que la vie s’est
+retirée de cette solitude. Aucun son ne vient rompre le silence
+accablant. Rien ne bouge. Serpents et lézards sont assoupis derrière les
+touffes d’herbes. Pas un oiseau ne chante ; pas une mouche ne
+bourdonne ; les fourmis elles-mêmes sont rentrées sous terre, et peu
+soucieuses de rôtir au soleil, s’occupent de travaux domestiques. Un
+thermomètre placé dans la traînée de sable qui recouvre une pierre,
+s’élève à 67°. Et pourtant de nombreuses plantes (_Herniaria fruticosa_,
+_Erodium glaucophyllum_, _Fagonia glutinosa_, etc.) laissent reposer
+leurs rameaux sur le sol brûlant. Si encore elles pouvaient transpirer :
+dans un air qui ne contient que 2 % d’humidité (voir p. 273), la
+déperdition de la chaleur serait rapide. Seulement elles meurent de
+soif, et font tout au monde pour empêcher l’évaporation. Comment donc le
+protoplasme fait-il pour n’être pas coagulé par la chaleur !
+
+Les tempes nous battent avec violence quand nous remontons en selle.
+Nous nous laissons aller inertes, au pas caboté de nos mulets. Mais
+voici une chose qui nous fait lever la tête : un cadavre de chameau qui
+s’est desséché en entier. Bien souvent, tant dans El Erg qu’ici, nous
+passons à côté de dépouilles d’animaux qui se momifient sur place, sans
+avoir été rongées. Nous en faisons l’observation à Abdallah. « A Biskra
+les cadavres sont tout de suite déchirés par les fauves ; pourquoi ceux-
+ci restent-ils intacts ? » Et Abdallah de répondre : « Où donc les
+chacals et les hyènes iraient-ils boire ? » De fait, il n’y a pas à
+cinquante ou cent kilomètres à la ronde, une seule mare ou rivière à
+laquelle des animaux puissent se désaltérer. C’est assez dire que le
+fameux lion du Sahara est un mythe. Non, les seuls animaux du désert
+sont ceux qui ne connaissent pas la soif : des Arthropodes extrêmement
+variés, des Reptiles, quelques Oiseaux, et parmi les Mammifères, des
+Rongeurs (Lièvre, Gerboise, Gerbille, etc.), la Gazelle, un Renard et le
+Fenec. Les espèces domestiques ont dû également s’adapter à la
+sécheresse. Les Chèvres qui paissent dans le désert ne se désaltèrent
+que tous les trois ou quatre jours. En cette saison, les Dromadaires
+restent facilement huit jours sans boire, à condition, bien entendu,
+qu’ils aient du fourrage vert. L’adaptation du Dromadaire au désert
+présente ceci de particulier qu’en plein été l’animal peut se passer de
+liquide pendant une vingtaine de jours de suite ; tandis qu’en hiver, la
+saison où l’eau est plus abondante, il boit tous les quatre ou cinq
+jours. On sait que dans son estomac, il peut mettre en réserve une
+centaine de litres d’eau.
+
+Mais s’il est vrai que les animaux sauvages ne boivent jamais et que les
+animaux domestiques ne boivent guère, leurs tissus contiennent néanmoins
+une certaine quantité d’eau. Où la prennent-ils ? Chez les plantes
+évidemment. Ne sont-elles pas les seuls organismes capables d’extraire
+du sol les particules d’eau qui s’y trouvent cachées ?
+
+Un exemple emprunté à la biologie générale précisera davantage notre
+pensée. A l’exclusion de tous les autres organismes, les plantes
+pourvues d’une chromophylle ont le pouvoir d’extraire de l’atmosphère le
+carbone qui s’y trouve sous la forme d’anhydride carbonique et de
+combiner ce carbone à d’autres éléments pour élaborer l’infinie variété
+des substances protoplasmiques. Le règne animal, ne jouissant pas de
+cette faculté d’assimilation du carbone, vit tout entier aux dépens du
+règne végétal. Ainsi que me le faisait remarquer mon compagnon, M.
+Lameere, quelque chose d’analogue se passe ici pour l’eau. Les végétaux
+vont la puiser dans le sol, soit qu’elles exploitent les couches
+profondes, comme c’est le cas pour les plantes à longues racines
+pivotantes (voir p. 242), soit qu’elles utilisent plutôt les pluies
+fortuites, comme le font les espèces éphémères et celles dont les
+racines s’étalent tout près de la surface du sol (voir p. 237). Les
+animaux herbivores mangent la plante et, avec elle, les liquides ; puis
+ils deviennent la proie des carnivores.
+
+Ce que nous venons de dire de l’eau s’applique aussi aux matières
+minérales dont les animaux ont besoin. D’ordinaire l’eau des boissons
+introduit dans l’économie une certaine portion des substances
+inorganiques ; dans le Sahara elles ne peuvent parvenir à l’animal que
+par l’intermédiaire des végétaux. Mais laissons de côté les matières
+minérales pour ne nous occuper que de l’eau.
+
+On a vu de quelle façon elle arrive dans les organismes. Mais ceux-ci
+transpirent : pendant toute la durée de la vie, ils dégagent dans
+l’atmosphère le liquide péniblement acquis. De sorte qu’à la perte d’eau
+que le sol du désert subit par son évaporation propre, il faut encore
+ajouter la transpiration de tout ce qui vit à sa surface. Ce n’est pas
+tout : les cadavres contiennent également de l’eau ; de même, les
+excréments des animaux. Voilà une nouvelle portion du précieux liquide
+soustraite à la circulation vitale.
+
+Ne nous hâtons pourtant pas de conclure que l’eau des détritus est
+irrémédiablement perdue. Les déjections fraîches, ainsi que les
+cadavres, sont activement recherchés par de nombreux Insectes
+coprophages et nécrophages. Les quelques rares Champignons saprophytes
+du désert en prennent aussi une part. Enfin, les détritus qui se sont
+désséchés par une longue exposition à l’air, ne sont pas pour cela
+inaptes à nourrir certains organismes. A la vérité, ils ne contiennent
+plus d’eau libre, mais les molécules complexes qui les constituent
+renferment de l’hydrogène combiné au carbone, à l’azote, à l’oxygène, au
+soufre, etc. Chaque fois qu’un être oxyde un hydrate de carbone, une
+matière albuminoïde ou quelque autre corps organique, l’hydrogène se
+combine généralement à l’oxygène pour former de l’eau. Si cette source
+d’eau n’a aucune importance pour les animaux qui peuvent boire de l’eau
+liquide, il n’en est pas de même pour les Insectes qui ne se nourrissent
+que de crottins secs, et qui en sont réduits à extraire l’hydrogène des
+combinaisons où il est engagé. L’absorption intramoléculaire d’eau,
+n’est pas sans analogie avec le processus par lequel la Levure de bière
+arrache l’oxygène au glycose.
+
+Somme toute, cette oxydation de l’hydrogène intramoléculaire ne
+constitue pas un gain d’eau pour l’ensemble des organismes
+déserticoles : l’hydrogène provient en dernière analyse de l’eau que les
+plantes ont puisé dans le sol. Après une longue série de
+transformations, les molécules hydrogénées échouent dans des excréments.
+D’ici elles passent dans l’économie d’un Insecte. Finalement
+l’hydrogène, complètement oxydé, revient à son état initial et, sous
+forme de vapeur d’eau, retourne à l’atmosphère.
+
+Comment le cycle biologique de l’eau dans le désert va-t-il se fermer ?
+De quelle manière, la plante, et après elle les animaux, récupèrent-ils
+l’eau qu’ils perdent sans relâche par suite de la transpiration ?
+
+La majeure partie de l’eau dérive de l’atmosphère. En hiver la pression
+atmosphérique est forte. Le ciel reste serein durant de longues
+semaines : les vents se dirigent du centre du Sahara vers la périphérie.
+Ce n’est pas de cet air très sec, descendu des hautes régions de
+l’atmosphère, qu’on peut attendre de la pluie. Pendant l’été les
+conditions barométriques sont tout autres. Il y a maintenant sur le
+Sahara une aire de basses pressions ; l’anticyclone a fait place à un
+cyclone, qui naturellement aspire l’air des régions voisines. Les vents
+qui soufflent sur le Grand Désert sont chargés de vapeur d’eau,
+puisqu’ils viennent de l’océan Atlantique, de la Méditerranée, de
+l’océan Indien et des grandes forêts équatoriales de l’Afrique. Ces
+courants humides de l’été amènent-ils la pluie ? Nullement. Le Sahara
+est devenu une fournaise ; son contact surchauffe l’atmosphère et
+augmente, par cela même, sa capacité de contenir de la vapeur d’eau.
+L’air qui arrive humide devient donc très sec : loin d’apporter de la
+fraîcheur, le vent enlève encore de l’eau à la terre déjà si aride.
+
+Mais alors, quand donc pleut-il ? Lors du renversement des saisons, au
+moment où par hasard un courant froid heurte une couche d’air humide et
+détermine la condensation de sa vapeur. Les pluies sont donc
+nécessairement inconstantes : parfois copieuses, le plus souvent presque
+négligeables. On serait certes au-dessus de la vérité en admettant que
+le Grand Désert reçoit 15 centim. de pluie par an. La rosée est encore
+moins abondante. Pour notre part, du 1r avril au 15 juin, nous l’avons
+observée une ou deux fois. Peut-être faut-il tenir compte de la vapeur
+que certaines plantes peuvent condenser à la faveur de leurs sels
+déliquescents (voir p. 212) et de celle qu’absorberaient certains poils.
+(Voir p. 263). Est-elle assez précaire, assez insignifiante, l’eau que
+l’atmosphère cède au désert ! Et pourtant c’est elle qui entretient la
+vie, surtout en alimentant les nappes souterraines ; car les quelques
+rivières qui descendent des montagnes voisines du Sahara sont aussitôt
+bues par le sol avide d’humidité et leur influence ne se fait sentir que
+le long de la lisière.
+
+On peut représenter par le schéma de la page suivante la circulation
+vitale de l’eau dans le désert.
+
+
+Si nous pouvions faire la somme de l’eau qui est évaporée dans
+l’atmosphère par le sol et par les êtres vivants, pour la comparer à
+celle que les précipitations atmosphériques et les rivières apportent à
+la terre, nous constaterions certainement que le premier chiffre est de
+loin le plus considérable. En d’autres termes, l’apport d’eau ne balance
+pas les pertes. Un jour viendra, jour lointain à la vérité, où toute vie
+sera devenue impossible dans le Sahara désormais tari.
+
+Dans un pays où les animaux dépendent complètement du règne végétal, non
+seulement pour la nourriture solide, mais encore pour leur eau, où toute
+molécule liquide qui existe dans le sang d’un carnassier a passé au
+moins pas l’économie d’une plante et par celle d’un herbivore, la lutte
+entre les animaux et les végétaux doit être plus acharnée que partout
+ailleurs.
+
+[Illustration]
+
+Les herbivores sont exclusivement des Insectes et quelques Vertébrés.
+Aucune partie du végétal n’est à l’abri des Insectes. Les racines sont
+rongées par des larves de Coléoptères. De nombreuses galles se
+développent sur les rameaux. Citons parmi les plus caractéristiques :
+une galle de Diptère sur _Ephedra alata_ ; une galle de Pucerons sur
+_Anabasis articulata_ ; une galle de Microlépidoptère sur _Limoniastrum
+Guyonianum_. Quant aux graines, elles logent si souvent des Insectes,
+que nous avons eu énormément de peine à nous procurer, pour le Jardin
+botanique de Bruxelles, des graines intactes et mûres de _Calligonum
+comosum_, de _Henophyton deserti_, de _Farsetia aegyptiaca_ et de _F.
+linearis_.
+
+
+La Gazelle est le Vertébré sauvage contre lequel les plantes du Sahara
+ont à soutenir la lutte la plus vive. Les Oiseaux peuvent être négligés,
+tant ils sont rares. Seule, l’Autruche avait de l’importance comme
+herbivore. Cet Oiseau n’existe plus à l’état spontané dans le Sahara
+algérien. Sa disparition est toutefois fort récente, et en maints
+endroits les débris de coquille de ses œufs émaillent le sable.
+
+En l’absence d’observations sur les moyens de protection contre les
+Vertébrés sauvages, nous devons nous contenter d’annoter quelles plantes
+sont mangées et quelles autres sont refusées par les chameaux et les
+mulets de notre caravane. Du reste, à l’heure présente, les plantes du
+Sahara algérien ont à craindre beaucoup plus les animaux domestiques que
+les herbivores sauvages.
+
+Dans un instant nous allons avoir l’occasion d’étudier comment les
+végétaux se défendent contre leurs ennemis.
+
+
+Brusquement le plateau se creuse. Devant nous s’ouvre le lit ensablé de
+l’oued Mzab, gai et verdoyant, large de plus d’un kilomètre. A dire
+vrai, il faut être resté quelques jours sans voir de plantes vertes,
+pour tomber en admiration devant la flore sabulicole du désert. Il
+n’importe ; elle nous paraît merveilleuse. Séduits par la vue de
+« l’herbe tendre », nos animaux dégringolent jusqu’au bas de la côte, et
+sans perdre une minute, broutent goulûment. Ils ne font plus les
+difficiles, maintenant que l’abstinence a aiguisé leur appétit, et ils
+se jettent avec voracité sur des plantes qui étaient régulièrement
+dédaignées dans El Erg, où le Drîn abonde. Les premiers arbrisseaux de
+l’oued sont des _Ephedra alata_. Pas trop appétissants avec leurs
+rameaux articulés, ligneux, sans une feuille, protégés par une épaisse
+cuticule et par de la résine durcie ; quand le vent les secoue, ils font
+un cliquetis comparable à celui d’osselets qu’on entrechoque. Mais ils
+ont beau sonner comme s’ils étaient morts, « ventre affamé n’a pas
+d’oreilles », et en un clin d’œil les chameaux les tondent jusque tout
+contre le vieux bois. Or, comme les nombreuses caravanes qui vont de
+Ouargla à Ghardaïa arrivent toutes ici après une longue diète, les
+_Ephedra_ ont pris un aspect insolite : ce ne sont plus les arbrisseaux
+tortus, aux branches embrouillées, que nous avons rencontrés dans El Erg
+(voir p. 239) ; ils ressemblent plutôt aux buis en forme de boule,
+soigneusement taillés au sécateur, tels qu’on les voit dans les jardins
+de campagne.
+
+Et l’_Aristida pungens_ lui-même, en faveur duquel les herbivores
+marquent une si grande préférence, n’est pas non plus un fourrage bien
+savoureux. Ses feuilles sont raides, piquantes, fibreuses, imprégnées de
+silice. Dans les steppes asiatiques, où il est fort répandu, il n’est
+jamais mangé : les bestiaux y trouvent suffisamment d’autres herbes,
+plus nourrissantes. Mais dans le Sahara, la disette fait qu’il est
+avidement recherché : c’est à l’abondance de Drîn que le Nomade juge de
+la valeur d’un pâturage. Bien plus ; on s’occupe de le propager par le
+semis ; et nous avons vu dans les sables, aux portes de Tougourt, des
+prairies artificielles qui ne se composaient que de cette Graminacée[6].
+
+Ces faits montrent que les structures défensives des végétaux vis-à-vis
+des herbivores n’ont qu’une valeur relative. Un moyen de protection qui
+est excellent dans un pays où les animaux peuvent choisir leur
+nourriture, est mis en défaut quand l’herbe est rare. D’ailleurs nous
+avons déjà fait la connaissance d’une autre plante chez laquelle la
+protection est devenue inefficace. Sur le reg, au Sud de Biskra (voir p.
+217), les chameaux se gavaient de Guetaf (_Atriplex Halimus_). Cette
+Salsolacée, dont les troupeaux font leurs délices dans le Sahara, est
+très voisine du _Halimus pedunculatus_, qui habite les alluvions
+fluviomarines de l’Europe occidentale ; en Belgique, il se trouve dans
+le Zwijn et au chenal de Nieuport. Mais jamais il n’y est brouté : sa
+saveur acerbe le défend suffisamment contre les herbivores, quand ceux-
+ci ont à leur disposition une verdure mieux appropriée à leurs goûts.
+
+Certaines plantes restent pourtant indemnes de toute attaque, même dans
+l’oued Mzab où la végétation est éternellement en conflit avec des
+animaux sortant d’un long jeûne. Ce sont d’abord les végétaux pourvus
+d’une puissante armure défensive, par exemple les touffes glauques de
+_Cyperus conglomeratus_, aux feuilles scabres et coupantes, et le
+_Pennisetum dichotomum_, une Graminacée aphylle (en ce sens que les
+feuilles sont réduites aux gaines) ; ses chaumes raides, rameux, serrés
+en grosses bottes, sont silicifiés autant que des bambous. Citons enfin
+une broussaille bizarre, à rameaux divariqués, verts, terminés par une
+forte épine ; pas la moindre trace de feuille ; en cette saison, pas non
+plus de fleurs ; rien que des fruits globuleux, ailés, qui sont ligneux
+et piquants comme le reste du végétal. Je n’ai pu le déterminer qu’à
+Ghardaïa, où le hasard m’a mis en face d’un individu tardif, encore
+garni de fleurs, et mon étonnement fut grand lorsque je m’aperçus que
+c’est une Cruciféracée, le _Zilla macroptera_. Les chameaux font un
+détour pour ne pas frôler ce disgracieux arbuste-hérisson. Dois-je
+ajouter qu’ils n’essaient pas de le brouter ?
+
+Ils évitent aussi avec soin de manger le _Retama Raetam_ (voir p. 239 et
+phot. 13) dont la saveur styptique rappelle celle du _Sarothamnus
+scoparius_. Mais ils distinguent immédiatement du _Retama_, le _Genista
+saharae_ qui lui ressemble pourtant beaucoup et qui, sans être
+succulent, est néanmoins mangeable. Aussi, au milieu des _Retama_ dont
+les longs rameaux flexibles continuent à se balancer au vent, les
+_Genista_ n’ont-ils plus que des moignons effilochés.
+
+La majorité des plantes respectées par les herbivores doivent leur
+immunité à la présence de substances toxiques, ou tout au moins
+désagréables. Il en est ainsi de la Coloquinte (_Citrullus Colocynthis_)
+et du _Phelipaea lutea_. Quand on voit sur le sable les fruits de la
+Coloquinte, gros comme des oranges, ou les inflorescences gorgées d’eau
+du _Phelipaea_, on est tenté de s’écrier : quelle aubaine pour nos
+bêtes ! Erreur ; elles s’en écartent avec dégoût. L’amertume du chicotin
+(le suc de la Coloquinte) est proverbiale ; quant au _Phelipaea_, qui
+vit en parasite sur les racines de diverses plantes et dont les tiges
+charnues, épaisses de trois doigts, atteignent une hauteur totale d’un
+mètre, — il est très vénéneux. Abdallah nous raconte qu’en temps de
+famine, — cela signifie : quand la disette est plus complète que de
+coutume, — les Nomades vont les cueillir dans le désert ; quand nous
+étions à El Oued, quatre hommes venaient de succomber à l’ingestion de
+_Phelipaea_ qui n’avaient pas été suffisamment bouillis.
+
+Le dégoût salutaire qu’inspirent le _Cleome arabica_ et le _Haplophyllum
+tuberculatum_ est dû à leur odeur fétide. Chez le _Haplophyllum_ les
+glandes qui sécrètent l’essence odorante sont logées dans le parenchyme
+assimilateur ; elles sont assez grosses pour faire saillie, comme des
+pustules, à la surface de la feuille. Le _Cleome_ est bien la plante la
+plus nauséabonde que j’aie jamais rencontrée ; il suffit d’un seul
+individu pour empester l’air à dix mètres à la ronde. Les glandes
+stipitées, répandues à profusion sur les tiges, les feuilles, les fleurs
+et les fruits, sécrètent une substance visqueuse à laquelle se collent
+des plumes d’oiseau, des fruits à aigrette, des pétales flétris, etc.
+
+D’autres espèces possèdent un latex âcre. Tels sont le _Daemia cordata_,
+le _Convolvulus supinus_ et l’_Euphorbia Guyoniana_. La première est une
+Asclépiadacée voluble, mais comme elle ne trouve pas dans le désert de
+supports verticaux autour desquels elle puisse s’enrouler, elle y croît
+toujours solitaire. Néanmoins ses tiges présentent encore la
+circumnutation ancestrale, devenue inutile, et elles s’obstinent à se
+contourner en hélice. Le _Convolvulus_ dérive également d’une plante
+voluble. Dans le Sahara, ses rameaux rampent sur le sable avec ceux de
+la Coloquinte, dont les vrilles héréditaires sont presque entièrement
+atrophiées. Ces deux dernières plantes, — quoique ayant conservé
+quelques-uns des caractères accessoires des lianes : ténuité de la tige,
+longueur des entrenœuds, forme et disposition des feuilles, — se sont
+débarrassées des structures spécialement destinées à assurer le
+grimpement.
+
+Que ces considérations phylogéniques ne nous fassent pas oublier l’objet
+de nos observations actuelles ; revenons aux adaptations défensives des
+végétaux. Nous sommes bien placés ici pour juger l’efficacité des divers
+moyens de protection : nous allons comparer aux chameaux de notre
+caravane, ceux d’une tribu nomade qui sont mis au vert dans l’oued Mzab
+depuis un mois. Alors que les nôtres ne font aucun choix et se bourrent
+indistinctement de tout ce qui est mangeable, ceux qui paissent ici
+depuis longtemps et qui ont déjà pu se refaire, dans leur bosse, une
+provision de graisse, ne mangent que du bout des lèvres ; ils ne
+consentent à brouter que l’_Aristida floccosa_, le _Helianthemum
+sessiliflorum_ et le _Lithospermum callosum_. Il est pourtant une herbe,
+qu’ils aiment plus que toutes les autres, qui est très commune, et que
+malgré cela ils ne réussissent jamais à atteindre. C’est le
+_Zollikofferia resedifolia_, une Compositacée Liguloïdée à capitules
+jaunes, qui ne se rencontre jamais que dans les touffes d’_Euphorbia
+Guyoniana_. Pour cueillir le _Zollikofferia_, les herbivores devraient
+enfoncer le museau parmi les branches de la plante vénéneuse, et risquer
+peut-être d’en arracher quelques fragments ; ils ne parviennent pas à
+surmonter l’effroi que leur cause le latex irritant de l’Euphorbe.
+
+Dans El Erg, nos chameliers allaient eux-mêmes arracher la Compositacée
+pour l’offrir comme friandise à leurs bêtes. L’Euphorbe remplit vis-à-
+vis de la Compositacée le même office que les épouvantails qu’on plante
+dans les champs de blé pour chasser les oiseaux. Le _Zollikofferia_
+appartient à la catégorie que M. Errera (=1886=, p. 88) appelle les
+« plantes vassales », c’est-à-dire celles qui se mettent sous la
+protection d’autres organismes. Je ne veux pas dire qu’il recherche les
+touffes d’Euphorbe, mais uniquement que parmi les innombrables graines
+de _Zollikofferia_ qui germent au hasard dans le désert, les seules qui
+aient quelque chance de produire une plante adulte sont celles qui ont
+été arrêtées par leur aigrette dans les branches serrées de
+l’_Euphorbia_.
+
+Pendant que j’étudie sur le vif les effets de la sélection naturelle, la
+caravane m’a depuis longtemps dépassé. Mais je n’aurai pas de peine à la
+retrouver : quoique aucun chemin ne soit tracé sur le sable, rien n’est
+plus aisé que de reconnaître la route que suivent d’habitude les
+caravanes. Toutes les plantes quelques peu comestibles y ont été tondues
+de près. Au milieu des _Aristida pungens_, des _Genista_, des _Ephedra_
+entièrement dépouillés, réduits à l’état de moignons informes, les
+_Retama_, les _Euphorbia_, les _Daemia_, les _Haplophyllum_, les _Zilla_
+forment des touffes vigoureuses. En beaucoup de points les plantes
+fourragères sont même broutées jusqu’à ce que mort s’ensuive, et les
+espèces réfractaires subsistent seules.
+
+Nous n’allons pas suivre tous les méandres de l’oued Mzab. Notre guide
+nous fait couper au plus court. Avant d’arriver au caravansérail de
+Zelfana où nous passerons la nuit, nous grimpons plusieurs fois sur le
+hamâda, pour redescendre aussitôt après dans le lit de la rivière. Nous
+remarquons, à notre étonnement, que la flore du plateau rocheux est ici
+plus riche qu’ailleurs. Pourtant la structure du terrain est la même, et
+l’eau est tout aussi rare. Outre les plantes déjà connues, nous
+récoltons : _Aristida ciliata_, _Zollikofferia mucronata_, _Gymnocarpon
+fruticosum_, _Henophyton deserti_, _Salsola vermiculata_, _Helianthemum
+eremophilum_, _Farsetia aegyptiaca_, _F. linearis_, _Marrubium deserti_,
+_Teucrium Polium_, _Thymelaea microphylla_, _Artemisia Herba-alba_. A
+l’exception de l’_Aristida_ et du _Zollikofferia_, toutes les autres
+sont ligneuses. Le _Gymnocarpon_ (Caryophyllacée), le _Henophyton_
+(Cruciféracée) et le _Salsola_ ont des feuilles charnues. Le _Salsola_,
+le _Helianthemum_ et toutes les espèces qui suivent ont une épaisse
+garniture de poils tomenteux ; l’_Artemisia Herba-alba_, le Chih des
+Arabes, en est chargé d’une façon toute particulière. Le _Thymelaea_ a
+des feuilles très petites et l’assimilation s’effectue surtout par les
+rameaux. Chez les _Farsetia_ (Cruciféracées) les feuilles manquent
+totalement ; ces arbustes sont étranges, avec leurs rameaux grêles et
+raides, désséchés en apparence, et revêtus d’une pubescence un peu
+rosée ; on dirait un faisceau de minces fils métalliques recouverts de
+soie, comme ceux qu’emploient les électriciens.
+
+Il est évident que ces plantes sont bien adaptées à vivre sur le hamâda.
+Et la question se pose derechef : pourquoi donc manquent-elles dans les
+régions que nous avons parcourues les jours précédents ? Observons
+comment les animaux se comportent envers elles : presque toutes sont
+mangeables. Dès lors on comprend pourquoi elles se localisent au
+voisinage de la rivière : la végétation abondante de l’oued Mzab
+détourne d’elles les herbivores ; quand ces derniers arrivent sur le
+plateau, ils se sont déjà rassasiés de l’herbe relativement succulente
+des sables, et n’ont que du mépris pour la maigre chère que leur
+fournirait la flore des pierrailles. Mais que serait-ce si les plantes
+étaient exposées à la pleine voracité d’animaux à jeun ! Sur la portion
+du hamâda qui est comprise entre les boucles de l’oued Mzab, la
+végétation est donc immunisée contre les herbivores par les « gras
+pâturages » de l’oued. Ce moyen préventif rappelle un procédé
+qu’utilisent les jardiniers pour garantir les carrés de légumes contre
+les limaces : ils y plantent quelques laitues, confiants que les
+Mollusques renonceront à toutes les autres plantes pour se porter vers
+la laitue.
+
+Malgré la proximité de l’oued, les conditions ne sont plus les mêmes
+autour du caravansérail de Zelfana, où de nombreuses bêtes de somme
+viennent boire et se reposer. Ici, toutes les plantes comestibles ont
+été éliminées pour ne laisser que celles qui sont réfractaires :
+_Thymelaea microphylla_ et _Artemisia Herba-alba_. Jamais un animal,
+quelque famélique qu’il soit, ne touche au _Thymelaea_. Quant au Chih,
+les chameaux en broutent les brindilles desséchées, dans les cas
+d’extrême détresse.
+
+On voit que la lutte est vive entre les animaux et les végétaux : l’eau
+manque dans le Sahara, et les animaux ne peuvent se la procurer qu’en
+dévorant les plantes. La sélection naturelle intervenant, ces dernières
+s’arment pour résister aux attaques de leurs ennemis. Toutefois le
+résultat final du conflit dépend de causes multiples : les plantes,
+organismes essentiellement passifs, ne peuvent opposer aux assaillants
+que des moyens dont l’efficacité varie avec l’état de jeûne ou de
+satiété des herbivores. Dans El Erg où la profusion du fourrage permet
+aux chameaux de faire bombance, toutes les plantes sabulicoles vivent
+côte à côte. Mais quand l’herbe est rare et que la lutte atteint par
+conséquent sa plus grande acuité, les espèces mal défendues finissent
+par être complètement exterminées. Il ne subsiste alors que les végétaux
+qui réussissent à se faire refuser : ceux qui sont trop durs ou trop
+épineux ; — ceux qui sont toxiques ; — enfin ceux qui se mettent sous la
+tutelle d’espèces bien armées. Rappelons aussi qu’un pâturage de bonne
+qualité immunise à distance les plantes médiocrement comestibles.
+
+En résumé, ces observations nous indiquent que le conflit des plantes et
+des herbivores joue un rôle important, et trop souvent négligé, dans la
+géographie botanique des pays peu fertiles.
+
+
+Pendant toute une journée nous remontons encore le cours de l’oued Mzab.
+Pour éviter ses nombreux lacets, nous marchons alternativement sur le
+hamâda avec ses malingres arbustes cendrés, et dans l’herbe presque
+verte qui garnit le lit de la rivière. Vers le soir nous voyons enfin
+apparaître, au fond de l’oued, les Palmiers d’El Ateuf, la première des
+villes du Mzab.
+
+Les Mzabites, ou Beni Mzab, descendent des Berbères, peuple qui habitait
+d’Algérie au moment de l’arrivée des Arabes. Refoulés par les
+envahisseurs musulmans, ils se réfugièrent dans le Sahara et fondèrent,
+au dixième siècle, une ville au S.-W. de Ouargla. Actifs et
+intelligents, leur ville fut bientôt prospère. Mais ils s’étaient
+convertis à une secte dissidente, celle des Kharedjites, partisans des
+assassins d’Ali, le gendre du Prophète ; les Arabes orthodoxes prirent
+prétexte de leur hérésie pour les déposséder et les chasser une seconde
+fois. La ville fut détruite, et au treizième siècle ils vinrent
+s’établir dans la Chebka. Ici, à l’abri de la formidable ceinture de
+stérilité que leur fait le désert pierreux, ils ont bâti sept villes
+florissantes, dont cinq se trouvent sur les rives de l’oued Mzab.
+
+Les vexations qu’ils ont si longtemps subies, et le mépris avec lequel
+les Arabes les traitent encore à l’heure actuelle, les ont rendus
+méfiants à l’égard des étrangers, quels qu’ils soient. Des cinq villes
+de l’oued Mzab, il n’y en a qu’une, Ghardaïa, où les étrangers puissent
+librement s’établir ; encore sont-ils cantonnés dans des quartiers
+distincts de ceux qu’habitent les Beni-Mzab. Dans les autres villes,
+aucun étranger — Arabe, Juif ou Européen — ne peut demeurer, ni
+seulement passer la nuit.... et quand nous arrivons à El Ateuf, à la
+nuit noire, nos guides nous font coucher à la belle étoile, dans le lit
+de l’oued.
+
+Le lendemain matin, nous examinons à loisir le curieux spectacle
+qu’offrent la ville et l’oasis. De même que les autres villes mzabites,
+El Ateuf est étagé en amphithéâtre sur la rive rocheuse. Les maisons
+blanches, cubiques, sont dominées par deux minarets carrés, qui penchent
+d’un façon menaçante. L’agglomération est entourée d’un mur de défense.
+
+Quant à l’oasis, elle est à peu prés continue sur une longueur d’environ
+vingt kilomètres. Elle commence à une lieue en aval d’El Ateuf et va
+jusqu’en amont de Ghardaïa. Mais elle n’a pourtant pas une grande
+superficie, et ne renferme en tout que cent-dix mille Palmiers. Les
+jardins forment deux étroites bandes qui bordent le lit de l’oued contre
+la base de l’escarpement. Leur produit ne suffit naturellement pas à
+faire vivre les cinquante mille habitants de l’oued. Ceux-ci sont
+d’ailleurs de piètres cultivateurs. L’état d’insécurité dans lequel ils
+ont vécu pendant des siècles a plutôt développé leurs aptitudes
+commerciales et financières ; ils s’expatrient en grand nombre pour
+aller faire le négoce et l’usure dans les villes de l’Algérie et de la
+Tunisie. Lorsqu’ils reviennent au pays avec un petit pécule, ils
+achètent des Palmiers et des Nègres. Officiellement la traite des
+esclaves est abolie, mais elle continue à être pratiquée en cachette, et
+ce sont presque uniquement des Noirs qui travaillent dans l’oasis.
+
+Les jardins du Mzab diffèrent beaucoup de ceux que nous avons vus
+jusqu’ici. A Biskra, les cultures sont arrosées par l’eau courante que
+fournit la rivière. (Voir p. 206). Dans l’oued Rirh, on a foré des puits
+dans la nappe artésienne qui représente le cours souterrain de l’ancien
+fleuve (voir p. 228) ; l’eau est abondante, elle coule sans effort et il
+suffit de la distribuer aux Palmiers. Enfin, dans El Erg, et en
+particulier dans le Souf (voir p. 245), les Dattiers sont plantés au
+fond de larges entonnoirs où leurs racines s’étalent dans le sable
+humide. Mais dans le lit, maintenant ensablé, que l’oued Mzab s’est
+taillé à travers le hamâda, il n’y a pas une goutte d’eau vive ; la
+nappe souterraine est trop peu puissante pour jaillir ; et trop profonde
+pour qu’on puisse creuser le terrain jusqu’à elle afin de mettre les
+racines des Dattiers en relation directe avec l’humidité.
+
+Les Mzabites font dans le sable des puits profonds de cinquante à
+quatre-vingts mètres. L’outre en cuir est attachée à une corde qui roule
+sur une poulie fixée à deux forts piliers en maçonnerie. Devant chaque
+puits, s’étend une piste rectiligne, dont la longueur est égale à la
+profondeur du puits. Un chameau, des mulets, des bourriquets ou des
+hommes sont attelés à la corde ; quand ils sont auprès de puits, le seau
+de cuir est descendu au fond ; ils marchent jusqu’au bout de la piste :
+l’outre est maintenant en haut, et un système ingénieux amène son
+renversement automatique. Et l’on recommence. L’eau s’écoule dans un
+bassin en plâtre, d’où des rigoles, également en plâtre, la conduisent
+aux Palmiers. Deux mille de ces puits sont nécessaires pour arroser les
+cultures. Tous les jours de l’année, du matin au soir, bêtes et gens
+font la même besogne uniforme. Quelle vie ! « Nul ne choisit sa
+destinée, » disent les Arabes ; « _mektoub_ », « c’est écrit ».
+
+De l’eau qu’on amène au pied des Palmiers, une partie seulement est
+absorbée par les racines ; le reste retourne à la nappe profonde d’où
+elle sera de nouveau ramenée à la surface. Par où s’alimente la nappe
+aquifère ? En hiver il y a généralement quelques pluies ; tous les
+quatre ou cinq ans, en moyenne, une averse survient et la rivière coule.
+Pendant quelques heures, l’oued Mzab contient de l’eau ! Phénomène
+exceptionnel, mais en prévision duquel les habitants ont pourtant établi
+des barrages entre les deux rives. De cette façon aucune goutte du
+précieux liquide ne quittera leur territoire : toute l’eau sera obligée
+de s’infiltrer dans le sable, où les outres iront la reprendre en temps
+opportun.
+
+Mais ici, comme à Ouargla, la provision souterraine de liquide s’épuise
+peu à peu. Beaucoup de puits sont taris, et le plus souvent on a beau
+les approfondir, on ne réussit pas à les revivifier. Entre El Ateuf et
+Bou-Noura, notamment, des centaines de Palmiers ont déjà succombé.
+
+Nous voici donc, marchant sur le sable de l’oued, d’El Ateuf à Ghardaïa.
+La vallée est bordée partout de deux hautes murailles rocheuses que le
+frottement séculaire des grains de sable a lissées comme si un glacier y
+avait passé. On a de la peine à se figurer qu’on est en plein Sahara ;
+celle gorge profondément encaissée rappellerait plutôt certains sites du
+Tyrol, s’il n’y avait pas les éternels Dattiers, énormes plumeaux à long
+manche, dont le vent secoue pitoyablement les palmes échevelées. Au
+Tyrol, aussi, de l’eau murmurerait dans la rivière ; ici, on n’entend
+que le grincement strident des poulies.
+
+
+Nous séjournons à Ghardaïa pendant deux jours, consacrés à des
+promenades dans l’oasis et sur le hamâda. Nous licencions les chameliers
+qui nous ont accompagnés depuis Tougourt, et nous les remplaçons par des
+Châmba qui iront avec nous à Laghouat.
+
+Mon compagnon, M. Lameere, va principalement dans le désert avec un
+entomologiste, M. Bayonne, le percepteur des postes de Ghardaïa. De mon
+côté, je rode dans l’oasis et dans l’oued Mzab.
+
+Ghardaïa est une ville de trente-cinq mille habitants, où aboutissent
+les caravanes que les Mzabites envoient à Ouargla, en Tripolitaine, dans
+le Gourara et vers les régions du Sahara central. Il y a donc toujours
+d’innombrables chameaux autour de la ville, et, en toute saison, des
+centaines de tentes sont dressées dans l’oued. Voyons comment la flore a
+été modifiée par cette affluence de chameaux.
+
+D’ici à Beni-Isguen, une autre ville très commerçante, située à une
+lieue en aval de Ghardaïa, le lit de l’oued est occupé par des sédiments
+argileux, légèrement salés, le terrain de prédilection du Guetaf
+(_Atriplex Halimus_) et des autres Salsolacées. Il est logique de
+supposer qu’anciennement ces végétaux abondaient ici. Pourtant on n’en
+voit pas un à l’heure actuelle : trop d’herbivores parcourent l’oued
+pour que des plantes aussi mal défendues aient été capables de se
+maintenir. Le sol porte exclusivement le Harmel (_Peganum Harmala_), une
+Zygophyllacée sur laquelle nous n’avons pas encore appelé l’attention,
+bien que nous l’ayons rencontrée dans le désert alluvial, au Sud de
+Biskra. Elle y vit par pieds isolés au milieu des autres plantes du
+reg ; mais ces individus étouffés par la végétation concurrente, restent
+toujours assez malingres. Ce sont les chameaux qui se chargent de les
+débarrasser de leurs compétiteurs : le _Peganum Harmala_ est à peu près
+la seule plante des alluvions argileuses qui ne soit pas mangeable ; il
+bénéficie de l’aversion insurmontable que son odeur inspire aux animaux.
+Aucun Mammifère, pas même l’Ane ni le Mouton, ne broute une herbe aussi
+puante. Il en résulte que dans les pays argileux très fréquentés, les
+troupeaux détruisent les autres plantes, mais respectent de commun
+accord le Harmel. La sélection très active qu’opèrent les herbivores,
+tourne, comme on le voit, à leur propre désavantage autant qu’à celui
+des plantes fourragères. A partir du moment où le Harmel reste seul
+maître du terrain, il s’étale, il se prélasse, et forme de magnifiques
+touffes auxquelles pas une feuille ne manque, toutes couvertes de fleurs
+blanches.
+
+On dirait vraiment que le lit de l’oued Mzab est un vaste champ de
+Harmel, soigneusement entretenu, où l’on ne tolère aucune « mauvaise
+herbe ». Les chameaux s’y promènent d’un air mélancolique, sans pouvoir
+donner un coup de dents. Si d’aventure quelque plante étrangère essaie
+de s’y installer, les chameaux s’empressent de l’extirper, comme si un
+esprit malfaisant condamnait les pauvres bêtes à sarcler sans relâche, à
+enlever tout ce qui risquerait de faire du tort au Harmel détesté.
+
+Dans les crevasses des murailles rocheuses qui bordent l’oued, des
+_Capparis spinosa_ ont pris racine. Le Caprier est, de tous les arbustes
+du désert, celui qui a les plus grands organes foliaires : ses feuilles
+arrondies ont un diamètre de 4 à 5 centimètres. Afin d’éviter la
+transpiration excessive, le _Capparis_ met ses feuilles verticalement :
+dans cette position l’échauffement est moindre, et, surtout, la
+chlorovaporisation est diminuée. Les feuilles sont alternes, avec une
+divergence de 2/5. Pour amener les limbes dans la situation verticale,
+les pétioles sont obligés de se courber et de se tordre. Comme les
+rameaux décombants ont les directions les plus variées, les feuilles ne
+peuvent pas toutes effectuer leur redressement de la même façon. La
+feuille est laissée à son initiative personnelle, et l’observation
+montre que dans chaque cas particulier le mouvement s’exécute par la
+voie la plus courte, — en d’autres termes, avec un minimum d’efforts.
+Dans les portions dressées des rameaux, c’est uniquement par les
+mouvements du pétiole que la feuille s’oriente vis-à-vis de la lumière ;
+dans les parties horizontales et obliques, l’axe lui-même se tord, et le
+rameau devient dorsiventral avec des feuilles qui ont presque l’air
+d’être distiques[7].
+
+
+Avec M. le capitaine Cauvet, commandant du poste de Ghardaïa, nous
+faisons une intéressante promenade dans la Pépinière de la garnison. Le
+commandant, grand amateur de plantes, essaie de cultiver des espèces
+très variées, mais rares sont celles qui réussissent à croître malgré le
+climat. Il nous raconte ses déboires : « Les ardeurs de l’été, les
+gelées de l’hiver, la sécheresse de l’air en toute saison, la salure de
+l’eau, enfin, malgré les multiples puits, le manque perpétuel de
+liquide : à un pareil ensemble de conditions désastreuses, bien peu de
+plantes sont capables de résister. — Tenez, nous dit notre guide,
+regardez ces Figuiers de Barbarie ; ce sont pourtant des plantes
+habituées à vivre dans le désert. Ils ne venaient pas mal et avaient
+atteint une hauteur de plus d’un mètre. Par malheur, le puits qui arrose
+cette partie du jardin est à sec depuis quelques semaines ; voyez
+maintenant l’effet de la sécheresse : les raquettes de l’_Opuntia_ sont
+vides, flasques, ratatinées. — Nous avions un arbre, un seul, un
+_Eucalyptus_ : l’hiver dernier, une tempête l’a brisé. — En somme, les
+plantes de la Pépinière coûtent beaucoup plus cher que si dès l’origine
+on les avait fabriquées en métal ».
+
+
+De nouveau en route à travers la Chebka. Depuis que nous avons quitté
+Ghardaïa, le pays a une autre allure que sur l’immense plateau, à
+ondulations peu sensibles, qui règne entre Ouargla et le Mzab. D’ici à
+Settafa, le plateau a été fortement raviné par les eaux courantes, — à
+l’époque où il y avait de l’eau dans le Sahara. Les anciens oued, très
+rapprochés les uns des autres, sont dépourvus de berges distinctes ;
+leurs rives sont doucement inclinées depuis le fond jusqu’au sommet des
+gour, dont les moins démantelés sont encore couronnés par une large
+table plate, indiquant le niveau initial de la contrée. (Voir phot. 18).
+Nous passons obliquement d’une rivière tarie à l’autre, par les cols qui
+séparent les gour.
+
+Les roches ne contiennent guère de quartz ; c’est à peine si l’on
+rencontre un peu de sable dans le lit des oued les plus profonds, par
+exemple à Ourhirlou, où nous passons la première nuit. Les éclats de
+pierre gardent donc leurs angles coupants, sans aucune trace de l’usure
+caractéristique que détermine le choc des grains quartzeux. La
+désagrégation de la pierre laisse sur le sol une matière argileuse, non
+mélangée de sable. Rien d’étonnant à ce que l’aspect de la flore soit
+également changé. Les Graminacées, sabulicoles, ont disparu ; et si nous
+trouvons encore quelques-unes des plantes que nous avons notées
+précédemment (_Deverra chlorantha_, _Anabasis articulata_, _Gymnocarpon
+fruticosum_, _Marrubium deserti_, _Artemisia Herba-alba_), plusieurs
+espèces nouvelles, toutes frutescentes, viennent s’y ajouter : l’_Ononis
+angustissima_, un arbrisseau glutineux, presque aphylle, à fleurs
+jaunes ; — le _Linaria fruticosa_, spinescent, avec de toutes petites
+feuilles rhomboïdales ; — l’_Antirhinum ramosissimum_, dont les feuilles
+sont réduites à presque rien ; — le _Haloxylon articulatum_, une
+Salsolacée aphylle, à rameaux très grêles et cassants, gris, bruns,
+cendrés ou rougeâtres, mais jamais verts. C’est cette dernière plante,
+le Remts des Arabes, qui domine.
+
+Pendant les premières heures de marche, quand nous sommes encore près de
+Ghardaïa, ces diverses espèces sont reléguées loin du chemin, au fond
+des oued, où elles forment un léger duvet d’une teinte indéfinissable.
+Le long de la route, il n’y a absolument pas autre chose que le _Peganum
+Harmala_. Grâce à la structure argileuse du sol, et avec la complicité
+des chameaux, le Harmel a supplanté toutes les autres espèces. Mais plus
+loin de la ville, la lutte est moins âpre et on voit apparaître
+timidement le _Haloxylon_, le _Linaria_, etc.
+
+
+Deux jours après avoir quitté Ghardaïa, nous sommes à Berrîan, une ville
+mzabite, sur l’oued Soudan. Le fils du caïd nous promène à travers
+l’oasis, qui est la plus riche et la plus variée de toutes celles que
+nous avons vues dans le Sahara. Outre des Abricotiers, des Vignes, des
+Figuiers, des Grenadiers, elle contient environ trente mille Palmiers,
+et est arrosée par quatre cents puits, qui ont une quarantaine de mètres
+de profondeur. Elle a, de plus, l’avantage d’être irriguée par l’oued,
+d’une façon intermittente, il est vrai. « L’oued Soudan, nous dit notre
+guide, — et il semblait caresser les mots avant de les prononcer, —
+l’oued Soudan n’est pas un de ces misérables oued qui ne contiennent de
+l’eau que de loin en loin : le nôtre coule chaque hiver ». Était-il fier
+de vanter la prodigalité de son oued ! Pour ne pas lui faire de la
+peine, nous nous sommes gardés de lui dire qu’il existe au monde, des
+pays, encore plus favorisés que Berrîan, où les rivières coulent même en
+été.
+
+Des barrages empêchent que l’eau n’aille se perdre au-delà de l’oasis ;
+elle s’amasse dans de vastes réservoirs d’où elle est conduite à travers
+les plantations. Quand nous passons à Berrîan (le 28 mai) les bassins
+sont déjà vides, et les poulies des puits grincent toutes.
+
+Le fils du caïd ne nous fait pas grâce du moindre coin de l’oasis ; il
+faut tout voir, tout admirer. « N’est-il pas vrai, dit-il, que c’est
+tout à fait une forêt ? » Çà, une forêt ! ces colonnes écailleuses,
+toutes semblables, surmontées de longues palmes régulières ; ces carrés
+d’ognons ou de carottes auxquels on mesure rigoureusement chaque jour la
+ration de liquide ; ces champs hérissés de chaumes d’orge, qui, n’étant
+plus irrigués, ne nourrissent même plus une mauvaise herbe. Notre
+cicerone n’a jamais vu de forêt ; sinon comment oserait-il désigner du
+même terme, les plantations de Dattiers où l’on cherche en vain de
+l’ombre, et la forêt équatoriale, si touffue que le sentier est un
+tunnel creusé en pleine verdure, où jamais un rayon de soleil ne filtre
+jusqu’aux herbes du sous-bois pour sécher les perles liquides qui
+brillent sur toutes les feuilles, où l’on se sent cuire à l’étouffée,
+tandis qu’ici nous regardons de temps en temps nos mains pour nous
+assurer que la peau n’est pas encore grillée.
+
+
+Un spectacle inattendu, une de ces rencontres qui font époque dans un
+voyage. Pour la première fois depuis deux mois, nous voyons aujourd’hui
+un arbre dans le désert, — non pas un plumeau en zinc, comme l’est un
+Dattier, — mais un arbre avec un tronc, des branches et des feuilles, —
+en un mot, un arbre.
+
+Nous étions partis ce matin de Berrîan, par un vent du Nord terriblement
+froid, quoique le thermomètre marquât 15°. Brusquement, après avoir
+contourné un gara, nous apercevons un large fond, tout couvert de Chih
+(_Artemisia Herba-alba_) au milieu duquel se dresse l’arbre. Nous le
+reconnaissons sans peine à la description qu’en font les voyageurs.
+C’est le Betoum (_Pistacia atlantica_) ; son tronc n’a que trois mètres
+de hauteur et est couronné par une cime arrondie. Les yeux fixés sur
+l’arbre, d’instinct, nous poussons de ce côté nos montures ; puis nous
+descendons de mulet pour le voir de tout près. Nous tournons autour du
+tronc, nous le caressons. C’est pour nous une grande joie de nous mettre
+sous l’arbre, et d’avoir de nouveau à lever la tête pour examiner des
+feuilles, nous qui étions restés si longtemps sans voir autre chose que
+des herbes et des broussailles basses. La face inférieure de la cime est
+tout à fait plate : on voit exactement jusqu’où les chameaux peuvent
+tendre le cou pour brouter les feuilles. Celles-ci sont pennées,
+luisantes, d’un vert foncé.
+
+
+Sur les rochers de Settafa, nous récoltons les premiers lichens que nous
+ayons vus depuis Biskra. L’absence de végétaux lithophytes[8] s’explique
+sans peine dans un pays où la pluie est un phénomène exceptionnel, et où
+l’insolation fait monter la température superficielle des rochers à 70°
+ou 80°. On s’étonne un peu, au premier abord, de l’absence de lichens
+terrestres et épiphytes. Mais nous avons fait déjà remarquer la rareté
+des Champignons ; quant aux Algues aériennes, elles manquent
+totalement : même sur les confins du Sahara, dans les oasis de Biskra,
+de Laghouat, de Messaad et de Bou-Saada, il n’y a pas sur les Palmiers
+la moindre Protococcacée. Les lichens ne peuvent donc se multiplier que
+par des sorédies : les spores ne sont pas aptes à refaire un lichen,
+puisqu’elles ne trouveront pas la compagne verte indispensable.
+
+
+Les vallées creusées dans le plateau rocheux deviennent moins profondes
+et plus larges. Nous sommes à la limite de la Chebka et de la région des
+daya. Deci delà, dans les fonds les plus étendus, de l’argile a été
+amenée par les eaux ; la flore y présente un caractère spécial, dû
+surtout à la présence de Betoum, de Jujubiers (_Zizyphus Lotus_), de
+_Zilla macroptera_, et de Papilionacées aphylles, à fleurs jaunes :
+_Coronilla juncea_ var. _Pomeli_ et _Retama sphaerocarpa_.
+
+A partir du chott Melrhir où nous étions au-dessous du niveau de la mer,
+nous avons monté sans discontinuer, et nous nous trouvons à présent à
+l’altitude de 700 mètres. La pluie qui tombe sur le plateau rocheux,
+complètement imperméable, ruisselle à la surface et va se collecter dans
+des dépressions à peine indiquées, où elle dépose ses sédiments fins. On
+donne à ces cuvettes argileuses le nom de _daya_. Dans le paysage, en
+apparence plat, les daya ne se marquent que par les bouquets de Betoum.
+
+
+Nous traversons la région des daya pendant trois jours, de Settafa à
+Laghouat. D’ordinaire les daya sont verdoyants en cette saison : les
+pluies d’hiver ont fortement mouillé l’argile, et les chameaux y
+trouvent une herbe abondante. Mais les deux derniers hivers n’ont donné
+que des précipitations atmosphériques insuffisantes. Au caravansérail de
+Tilremt, on se plaint amèrement de la sécheresse : « Voilà deux hivers
+de suite que nous labourons le daya et que nous semons de l’orge. Puis,
+il ne pleut jamais, et rien ne lève ».
+
+Le daya de Tilremt est l’un des plus étendus de toute la région. D’après
+le Guide Joanne (_Algérie et Tunisie_, éd. de 1896, p. 86) il a « une
+superficie de 103 hectares et contient environ 2,400 betoums et une
+grande quantité de jujubiers sauvages qui protègent la crue des betoums
+quand ils sont jeunes... » Cela a pu être vrai jadis, mais nous avons
+cherché en vain de jeunes Betoum. Ici, comme dans tous les autres daya,
+il n’y a, à l’heure actuelle, que des arbres adultes, pouvant absorber
+par leurs longues racines l’eau qui reste encore dans la profondeur de
+la nappe d’argile. Quant aux jeunes plantes, dont les organes
+souterrains ne parviennent pas jusqu’à l’argile humide, elles sont
+impitoyablement sacrifiées par la sécheresse. Si, comme tout le fait
+supposer, l’aridité du Sahara va toujours en augmentant, nous assistons
+ici à la destruction locale d’un arbre sous la seule influence du milieu
+naturel. Certes, nous connaissons pas mal de flores qui ont été décimées
+(p. ex. à Ste-Hélène et à la Nouvelle-Zélande), mais c’est l’homme qui
+est le coupable. Au contraire, l’extinction du _Pistacia atlantica_
+présente le caractère, tout à fait exceptionnel, d’être uniquement
+l’effet du climat.
+
+Nous avions le fol espoir d’herboriser dans le daya. Au lieu de la
+prairie que tous les voyageurs décrivent, nous trouvons sous les Betoum
+et les Jujubiers, la terre dure et sèche comme une aire de grange. Les
+_Asteriscus pygmaeus_ (voir p. 215), tous également vieux et racornis,
+témoignent des pluies passées ; mais aucun de ces exemplaires n’a vécu
+l’hiver dernier. La seule plante herbacée est le _Francoeria crispa_,
+une petite Compositacée à capitules jaunes, couverte d’un feutrage de
+poils cendrés. Sur le tronc des Betoum, une gomme-résine, le mastic,
+forme de longues coulées blanchâtres. On dirait que l’arbre pleure la
+fin prochaine de sa race..., mais ses larmes se figent aussitôt dans
+l’aridité de l’air.
+
+
+Le cinquième jour de marche depuis Ghardaïa : toujours le pays plat,
+avec un duvet grisâtre, à peine perceptible. Voici la liste complète des
+espèces que nous cueillons en une heure.
+
+ Aristida obtusa ♃.
+
+ Stipa gigantea ♃.
+
+ *Haloxylon articulatum ♄.
+
+ Noaea spinosissima ♄.
+
+ *Anabasis articulata ♄.
+
+ Peganum Harmala ♃.
+
+ Asteriscus pygmaeus ☉.
+
+ *Artemisia Herba-alba ♄.
+
+Les trois plantes marquées d’une astérisque sont les plus répandues.
+
+Toutes sont presque mortes de soif. De la Rose de Jéricho, il n’y a que
+des échantillons des années précédentes.
+
+Nos chameaux n’ont plus rien mangé depuis cinq jours. La bosse leur a
+fondu sur le dos. Quand nous passons dans un daya, ils se jettent sur
+les Jujubiers, et sans plus se soucier de l’armure d’épines qui défend
+les rameaux, ils broutent, broutent avec frénésie. Les malheureuses
+bêtes ont les lèvres en sang, mais elles continuent à manger.
+
+Devant nous s’étale un fond limoneux tout garni de fleurs jaunes-
+orangées. C’est l’_Anvillaea radiata_, une Compositacée frutescente à
+poils blanchâtres, dont les capitules sont insérés dans les bifurcations
+des branches. Enfin ! les chameaux vont pouvoir manger ! Abdallah secoue
+la tête. « Cette plante-ci et le Harmel, dit-il, c’est _kif kif_ pour
+les chameaux ». Effectivement, les animaux flairent la plante, font la
+grimace, et, dégoûtés, relèvent leur long cou. Nous goûtons les feuilles
+de l’_Anvillaea_ : elles sont âcres et amères. Cette large dépression,
+qui ressemblait à une prairie, fournit à nos bêtes, en fin de compte,
+des Jujubiers et quelques rares _Lygeum Spartum_, une Graminacée dont
+les feuilles jonciformes, piquantes, fibreuses, tenaces, sont employées
+à faire des sparteries, mais ne constituent qu’un fort maigre régal pour
+des animaux harcelés par la faim.
+
+
+Nous sommes témoins, aujourd’hui, de curieux phénomènes météorologiques.
+Pendant la matinée, l’air est d’un calme absolu. Le mirage fait
+apparaître partout des flaques dans lesquels se mirent les têtes rondes
+des Betoum. Puis des trombes de poussière jaune se mettent à parcourir
+le désert. Elles reposent sur le sol par une base assez large ; plus
+haut elles se rétrécissent, pour s’élargir finalement en forme
+d’entonnoir très évasé. Nous nous étonnons, au début, de la lenteur avec
+laquelle elles se déplacent. Simple effet de l’éloignement du phénomène
+et de la platitude infinie du désert : nous ne nous rendons compte, ni
+de la distance des trombes, ni du trajet qu’elles effectuent. Une de ces
+colonnes de poussière passe à travers la caravane : la vitesse est si
+grande, et le tourbillonnement si intense, que nous pouvons à
+grand’peine garder notre équilibre sur les mulets.
+
+Dans l’après-midi, le ciel se couvre de nuages. Ce n’est d’abord qu’une
+multitude de points blancs, tout juste perceptibles, immobiles dans
+l’azur. Chaque point grandit d’une façon régulière. A présent, ce sont
+autant de flocons, uniformément distribués dans le ciel. Leur base est
+plane, comme s’ils flottaient sur de l’air horizontal et calme ; les
+condensations successives de vapeurs se font uniquement sur les bords et
+sur la face supérieure mamelonnée. Les taches blanches s’étalent ; elles
+joignent leurs bords ; elles forment un voile continu qui devient de
+plus en plus opaque. Tout à coup le _nimbus_ se résout en pluie : le
+ciel est strié de longues zébrures verticales qui descendent du nuage.
+Oh bonheur ! Les _Haloxylon_, les _Anabasis_, les _Artemisia_, réduits à
+de lamentables brindilles grises, pourront enfin reverdir ; les plantes
+vont être récompensées de l’obstination qu’elles ont mise à ne pas
+mourir de soif ; une seule forte pluie suffira pour rendre la vie aux
+daya agonisants. Hélas ! l’averse tant désirée ne tombe pas. Cette pluie
+que nous voyons rayer le ciel n’atteint pas le sol : les gouttes
+s’évaporent dans l’air trop chaud qu’elles ont à traverser.
+
+Quel pays de déceptions ! Quand de l’herbe s’offre aux chameaux, elle
+n’est pas mangeable. Le lac où se reflète l’horizon n’est qu’un fantôme,
+un caprice du soleil ; dernier désappointement, la pluie, pourtant
+réelle, n’arrose que l’air.
+
+
+Une dernière journée de pèlerinage avant Laghouat. Ce matin nous avons
+quitté le caravansérail de Nili, où il n’y a d’autre liquide que l’eau
+de ruissellement, captée au moyen de barrages et accumulée dans de
+grands réservoirs.
+
+Quand le jour se lève, nous apercevons à l’horizon les cimes du djebel
+Amour et des montagnes des Ouled Naïl, ramifications du Grand Atlas. La
+vue des montagnes nous rend courage. D’ailleurs le pays n’a plus un
+aspect aussi déshérité que les jours précédents. L’Alfa (_Stipa
+tenacissima_) et le _Lygeum Spartum_ commencent à s’ajouter au Chih
+(_Artemisia Herba-alba_), au Remts (_Haloxylon articulatum_) et à
+l’_Anabasis articulata_. Les deux Graminacées se ressemblent beaucoup
+avec leurs feuilles glauques et raides. Plus tard se montrent encore
+l’_Artemisia campestris_, le _Linaria fruticosa_, le _Teucrium Polium_
+et le _Marrubium deserti_.
+
+Près de Laghouat, la flore change une dernière fois : le pays est
+sablonneux ; de plus, la végétation est en conflit avec les nombreuses
+caravanes qui viennent à Laghouat. Il n’y a ici que des plantes
+protégées d’une façon quelconque contre les herbivores. L’_Echinops
+spinosus_ et l’_Acanthyllis tragacanthoides_ possèdent des épines.
+L’_Echinops_ a des piquants à tous les segments foliaires, et la tête de
+capitules est elle-même garnie de très fortes épines blessantes.
+L’_Acanthyllis_ est un arbrisseau de la famille des Papilionacées ; les
+rachis s’indurent après la chute des folioles, et constituent sur les
+anciens rameaux une effrayante armure d’épines blanches, à l’abri
+desquelles les bourgeons axillaires se développent en toute sécurité.
+Mais ni l’une ni l’autre de ces deux plantes ne peut repousser l’assaut
+de bêtes exaspérées par le jeûne. Aussi ne subsiste-t-il finalement que
+les plantes protégées par des matières chimiques : _Thymelaea
+microphylla_, _Peganum Harmala_, _Euphorbia Guyoniana_, _Citrullus
+Colocynthis_, _Artemisia campestris_, _A. Herba-alba_.
+
+
+
+
+ =4. — Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna.=
+
+
+En cette saison, il fait déjà trop chaud pour se mettre en voyage. Tous
+les chameaux de Laghouat sont aux champs, et ce n’est qu’au bout de
+trois jours que nous parvenons à nous procurer les bêtes de somme qui
+nous sont nécessaires. Les mulets sont encore plus introuvables. Nous
+remplacerions volontiers ceux qui nous ont accompagnés depuis Biskra ;
+voici un mois que les malheureux nous portent à travers le Sahara, sans
+jamais manger à leur faim. Malgré toutes ses démarches, Abdallah ne
+trouve qu’un seul mulet frais ; les deux autres traîneront la patte avec
+nous pendant encore une douzaine de jours.
+
+Nous employons le repos forcé à battre le pays aux environs de la ville.
+Ainsi qu’il a été dit, les sables et les alluvions ont une flore
+extrêmement pauvre. Il n’en est pas de même de la colline rocheuse où se
+trouve le poste optique, au Sud de la ville. Elle est trop escarpée pour
+que les chameaux puissent la gravir. Les plantes sabulicoles et les
+chasmophytes (voir la note, p. 312) y vivent en mélange.
+
+Citons parmi ces dernières, le _Rhus Oxyacantha_, arbrisseau épineux qui
+a tout à fait le port et le feuillage d’une Aubépine, l’_Olea europaea_
+sauvage, et le _Zollikofferia spinosa_. Celui-ci est très curieux ; il
+n’a qu’un petit nombre de feuilles basilaires qui sont déjà flétries au
+moment de la floraison ; de même que chez le _Statice pruinosa_ (voir p.
+259), ce sont les pédoncules verts qui sont chargés de l’assimilation.
+L’inflorescence est ramifiée en fausses dichotomies. Les rameaux sont
+très nombreux ; la plupart sont stériles : au lieu de porter un
+capitule, ils se terminent en épine. La plante toute entière a l’aspect
+d’une grosse pelote, ayant jusque quarante centimètres de diamètre ;
+elle est constituée en majeure partie par les branches desséchées des
+années précédentes, entre lesquelles se faufilent les rameaux récents ;
+quelques capitules sont piqués sur la pelote.
+
+Sur les éboulis à la base de l’escarpement, croît une plante qui est
+particulière à ces stations : l’_Echiochilon fruticosum_, une
+Boraginacée ligneuse à fleurs bleues.
+
+
+Laghouat est trop élevé (alt. 746 m.) et trop septentrional, pour que
+les bonnes dattes puissent y mûrir. L’oasis, arrosée par l’oued Mzi, ne
+contient que 15,000 Dattiers, appartenant à des variétés peu estimées.
+La végétation arborescente est formée, pour une grande part, de
+Figuiers, de Grenadiers, et surtout d’Abricotiers. On plante aussi
+beaucoup de légumes. L’abondance de l’eau a permis de cultiver de l’orge
+sur un millier d’hectares, dans une grande plaine limoneuse. Sans doute
+pour protéger l’oasis contre le vent, on a mis à la bordure un rideau de
+_Populus pyramidalis_, qui font un piteux effet par-dessus les Palmiers.
+
+Nous visitons l’oasis avec un agent de police arabe, qui nous fait
+ouvrir toutes les portes. La flore adventive est peu importante. En
+somme, ce qui nous intéresse le plus, c’est la variété des vieux pots et
+des crânes de chevaux qui sont fichés sur des pieux à l’entrée de chaque
+jardin, « pour écarter le mauvais œil », prétend notre guide.
+
+
+Nous avons de nouveau enfourché nos mulets. Les deux premières journées
+sont employées à franchir l’espace qui nous sépare de Messaad, près de
+l’extrémité occidentale du djebel Bou Kaïl, un rameau du Grand Atlas.
+Nous sommes sur un plateau légèrement ondulé, portant quelques bouquets
+de Betoum et de Jujubiers. La végétation est la même que dans la région
+des daya : Alfa, Chih, Remts, _Anabasis_. Le voisinage des montagnes,
+amenant des pluies plus fréquentes, se manifeste par les nombreux
+ruisseaux. Les rochers sont moins nus. Leur surface porte quelques
+lichens, mais pas encore de Bryophytes ni de Phanérogames. Dans les
+crevasses, la flore est également plus abondante qu’en plein désert ; il
+y a, par exemple, de volumineuses touffes de _Zollikofferia spinosa_.
+
+Ce pays n’est plus à proprement parler le Sahara. Nous sommes à la
+limite entre le Grand Désert et les steppes des hauts-plateaux de
+l’Atlas. Au bord des oued, il y a des buissons d’_Arundo Donax_ et de
+Laurier-rose (_Nerium Oleander_). Le Dattier y trouve des conditions
+favorables à son existence. Mais on remarque tout de suite que ces
+_Phoenix dactylifera_, croissant le long des ruisselets, ne sont pas des
+exemplaires spontanés, ni même naturalisés, mais simplement des
+individus issus de graines accidentelles : ils restent petits, sans
+tronc, avec une foule de pousses qui naissent du pied. Ils vivent, mais
+ne fleurissent jamais.
+
+
+Un autre fait montre d’une façon encore plus évidente que nous sommes à
+la lisière du Sahara : quand on se lève le matin, on constate qu’une
+infinité de fruits de plantes annuelles se sont accrochés à la
+couverture : ce sont des _Ægilops_ ; de nombreux _Medicago_ ; l’_Emex
+spinosa_[9] ; le _Daucus pubescens_ et d’autres Ombellacées ; des
+Compositacées indéterminables ; enfin, le _Sclerocephalus arabicus_,
+Caryophyllacée dont les capsules indéhiscentes sont entourées de fortes
+bractées qui portent les crochets.
+
+Dans le Sahara, les fruits accrochants ne seraient d’aucune utilité :
+les Mammifères, dans les poils desquels les fruits sont destinés à
+s’attacher, sont beaucoup trop rares, et les plantes ne peuvent pas
+compter sur leur aide pour effectuer la dissémination. Nous n’avons vu
+dans le désert que deux plantes dont les fruits fussent pourvus de
+crochets : _Limoniastrum Feei_ et _Neurada procumbens_. Ajoutons-y le
+_Forskahlea tenacissima_, une Urticacée ligneuse ; ses rameaux se
+désarticulent facilement, et comme ils sont garnis de poils raides,
+crochus, ils se fixent dans les poils des animaux ; les fragments
+s’enracinent quand ils tombent par terre.
+
+D’autre part, il n’y a pas dans le désert d’oiseaux frugivores en
+quantité appréciable, et l’on n’y rencontre pas non plus de plantes à
+fruits charnus. Il ne reste donc, pour opérer la dissémination, que le
+vent et — quelque invraisemblable que cela paraisse — la pluie. Outre la
+Rose de Jéricho (_Asteriscus pygmaeus_) et la Main de Fatma (_Anastatica
+hierochuntica_) (voir p. 215), il y a encore d’autres plantes chez
+lesquelles les graines ne sont mises en liberté que par la pluie :
+telles sont les capsules des _Fagonia_ et des _Zygophyllum_, qui ne
+s’ouvrent que par l’humidité.
+
+Le vent est incontestablement le principal agent de dissémination.
+Signalons quelques types chez lesquels les organes de transport sont
+particulièrement développés : l’_Ephedra alata_, dont les graines sont
+entourées de bractées scarieuses ; — les _Aristida_ dont le fruit est
+surmonté d’une longue arête trifide et plumeuse, dépendant de la
+glumelle inférieure ; — les _Salsola_, le _Haloxylon articulatum_, le
+_Noaea spinosissima_, dont le calice ailé fait un parachute au fruit ; —
+le _Calligonum comosum_, avec un fruit pourvu de longues émergences
+rousses, rameuses ; — les _Farsetia_ et le _Henophyton deserti_ dont les
+graines plates sont entourées d’une large aile blanche ; — le _Zilla
+macroptera_ qui a des silicules indéhiscentes pourvues de quatre ailes
+longitudinales ; — le _Cleome arabica_ à graines globuleuses, longuement
+velues ; — les _Erodium_ et le _Monsonia nivea_ avec leur longue arête
+soyeuse ; — les _Tamarix_ et le _Daemia cordata_ aux graines plumeuses ;
+— l’_Anthyllis sericea_ dont la gousse est contenue dans le calice
+ballonné ; — citons, enfin, pour terminer cette énumération, le
+_Marrubium deserti_ : son calice, au lieu d’avoir les crochets ou les
+pointes qui existent chez la plupart des espèces, a le limbe largement
+étalé en forme de parachute.
+
+
+Depuis Messaad jusqu’au-delà d’Aïn-Soltan, nous longeons pendant deux
+jours le versant méridional du djebel Bou Kaïl, à l’altitude d’environ
+1200 m. Dans les oasis, les Abricotiers et les Figuiers ont complètement
+supplanté les Dattiers. Au lieu d’Orge, on cultive ici un Froment à
+longues barbes. La brièveté de sa période de végétation fait de l’Orge
+la céréale qui convient, par excellence, aux pays tels que la Sahara, où
+la sécheresse vient bientôt mettre un terme à la végétation, et le nord
+de la Norvège, où l’été est fort court. Mais ici, près des montagnes, on
+a de l’eau, même en été, et le Froment est cultivé avec succès.
+
+Le pays est tout aussi monotone qu’El Erg ou la Chebka. A gauche et à
+droite, des montagnes ; devant nous, derrière nous, la steppe d’Alfa à
+perte de vue, glauque et triste (Voir phot. 16). Dans les fonds, du
+Chih, du Zeita, de gros buissons de _Retama sphaerocarpa_, portant une
+multitude de fleurs jaunes sur leurs rameaux minces. C’est seulement
+dans les crevasses des rochers qu’on aperçoit une plante réellement
+verte : le _Periploca angustifolia_, une Asclépiadacée ligneuse, formant
+des buissons irréguliers, d’un vert foncé. Vu aussi un Olivier qui a été
+planté sur la tombe d’un saint marabout. L’arbre est sacré ; tous les
+passants accrochent à ses branches soit un lambeau de leur vêtement,
+soit une tresse d’alfa.
+
+
+A la source d’El Bordj, non loin de Messaad, nous récoltons deux plantes
+qui en elles-mêmes n’offrent aucun intérêt, mais dont la présence
+indique d’une façon formelle que nous allons sortir du Grand Désert :
+_Adiantum Capillus-Veneris_ et une Orchidacée fructifiée, probablement
+un _Ophrys_. Il n’y a pas, dans tout le Sahara, une seule Fougère, ni
+une seule Orchidacée. L’absence des Fougères, ainsi que des
+Ptéridophytes en général, et des Bryophytes, s’explique par le fait que
+ces plantes ont trop peu de chances de se reproduire. En effet, la
+fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de la pluie : quel
+autre agent serait capable d’amener les spermatozoïdes dans le voisinage
+de l’archégone et de leur fournir la gouttelette liquide nécessaire à la
+natation ?
+
+Il est probable pourtant qu’à une époque géologique toute récente, ces
+végétaux habitaient le territoire occupé maintenant par le désert. Les
+vestiges si frappants de l’érosion par les cours d’eau (oued Rirh, oued
+Mya, oued Mzab) témoignent de l’humidité de l’ancien climat. Mais à la
+suite de nous ne savons quelle perturbation, le climat s’est transformé,
+et une aridité croissante s’est substituée aux pluies de jadis. A mesure
+que la sécheresse faisait des progrès, la flore perdit les éléments qui
+avaient le plus grand besoin d’humidité, c’est-à-dire les plantes
+aquatiques, ainsi que les arbres forestiers et les plantes qui vivaient
+à leur ombre : Bryophytes, Ptéridophytes, Aracées, Scitaminées,
+Orchidacées, Amentinées, Mélastomacées, Gesnéracées, Acanthacées. Les
+lianes, les épiphytes et les épiphylles furent également détruites.
+
+On voit qu’aucun des groupes qui comptent le plus de représentants dans
+la flore équatoriale n’a subsisté dans le désert. Or celui-ci touche,
+d’une part à la région forestière équatoriale, d’autre part à la région
+méditerranéenne. Ce ne sont certes pas les espèces forestières, adaptées
+à l’humidité et à l’ombre, qui n’ont pu se contenter du climat ardent et
+aride du Sahara. Les seules plantes qui furent en état de se maintenir
+sont celles de la région méditerranéenne, habituées à subir la
+sécheresse pendant une partie de l’année.
+
+A ce résidu, peu important, de la flore primitive, s’ajoutèrent plus
+tard des espèces qui immigrèrent des pays limitrophes. Sont-elles venues
+de la forêt ? Evidemment non. Faisons seulement remarquer que tous les
+grands arbustes du Sahara ont une origine méditerranéenne : _Ephedra
+alata_, _Salsola tetragona_, _Calligonum comosum_, _Rhus Oxyacantha_,
+_Capparis spinosa_, _Zizyphus Lotus_, _Tamarix_. Parmi les petits
+arbrisseaux et les plantes herbacées, l’immense majorité des genres sont
+septentrionaux. Les formes endémiques sont presque toutes voisines de
+celles qui habitent les bords de la Méditerranée. Le Betoum, le seul
+arbre du Sahara algérien, est proche parent des _Pistacia_
+méditerranéens, et il faut aller bien loin vers le Sud ou vers l’Est,
+pour rencontrer des _Acacia_ qui viennent du Sud.
+
+En somme, au point de vue de la composition de sa flore, le Sahara est
+actuellement une dépendance de la région méditerranéenne.
+
+
+Vers le soir du quatrième jour après Laghouat, nous nous engageons dans
+un défilé ouvert dans le djebel Bou Kaïl. Aussitôt la flore change. En
+fait de plantes désertiques il n’y a plus guère que l’Alfa et le Chih.
+La physionomie du paysage est donnée par les hauts buissons tortus de
+_Juniperus Oxycedrus_ et par le _Genista capitellata_, formant à terre
+des touffes arrondies qui ont l’air de porcs-épics.
+
+A mesure que nous nous élevons, nous constatons que le djebel Bou Kaïl
+n’est pas du tout une chaîne de montagnes, mais simplement un seuil
+gigantesque, haut de quatre cents mètres, qui fait communiquer le
+plateau inférieur, sur lequel nous venons de cheminer, avec un plateau
+supérieur, situé à l’altitude d’environ 1600 m. Ce haut-plateau a une
+largeur de soixante-dix kilomètres. Vers le Nord, du côté de Bou-Saada,
+il est limité par une marche, plus haute encore que celle que nous
+gravissons, et on tombe brusquement dans la grande plaine du Hodna, qui
+est à l’altitude de 450 m. et possède une flore saharienne typique.
+
+Quant au haut-plateau lui-même, quoiqu’il touche presque de toutes parts
+au désert, sa flore est nettement différente de celle du Sahara. Les
+deux espèces qui dominent sont l’Alfa (_Stipa tenacissima_) et le Chih
+(_Artemisia Herba-alba_). La première, mêlée de quelques _Lygeum
+Spartum_, occupe toutes les parties sèches de la steppe. « ..... l’alfa
+est pour le voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse ; et,
+malheureusement, quand il s’empare de la plaine, c’est alors pour des
+lieues et des lieues. Imagine-toi toujours la même touffe poussant au
+hasard sur un terrain tout bosselé, avec l’aspect et la couleur d’un
+petit jonc, s’agitant, ondoyant comme une chevelure au moindre souffle,
+si bien qu’il y a presque toujours du vent dans l’Alfa. De loin, on
+dirait une immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se flétrit sans
+se dorer. De près, c’est un dédale, ce sont des méandres sans fin où
+l’on va en zig-zag, et où l’on bute à chaque pas. Ajoute à cette fatigue
+de marcher en trébuchant, la fatigue aussi grande d’avoir un jour entier
+devant les yeux ce steppe décourageant, vert comme un marais, et qu’on
+est obligé de jalonner de gros tas de pierres pour indiquer les routes »
+(Fromentin, =1896=, p. 52). Dans les petites dépressions, la végétation
+est composée de Chih, auquel se joignent des touffes sombres
+d’_Artemisia campestris_. D’innombrables troupeaux de chèvres et de
+moutons paissent dans l’Alfa. Les Nomades qui les gardent ont établi
+leurs douar (agglomérations de tentes) dans le voisinage des points
+d’eau. Près des campements, l’Alfa et même le Chih ont été éliminés, et
+l’on ne voit que le Harmel et le _Thapsia garganica_, une haute
+Ombellacée refusée par les herbivores.
+
+
+Après deux longs jours de marche sur le plateau, monotone et ennuyeux,
+nous sommes à Aïn-Smara. Malgré son nom de « fontaine », c’est à
+proprement parler une fosse à purin : dans une dépression du sol on a
+creusé un trou où se collectent les eaux de ruissellement, après
+qu’elles ont lavé les déjections des troupeaux de la steppe. De tous les
+points de l’horizon, des femmes accompagnées de bourriquets, viennent
+s’approvisionner à la fosse ; religieusement elles remplissent leurs
+outres de cette eau bourbeuse. En attendant le moment de repartir vers
+le douar, chacun avec ses deux peaux de bouc, les ânes prennent un bain
+dans la fontaine et jettent le trouble parmi les légions de têtards qui
+s’y ébattent. Nous carressons du regard nos propres outres, qui sont
+encore suffisamment rebondies pour nous mener à Bou-Saada.
+
+L’odeur de cette fontaine est insupportable. Faisons une petite
+promenade dans la steppe. Un jeune Arabe nous assure d’ailleurs qu’il
+connaît des Terfez ici. Effectivement, il les découvre. Il tapote du
+doigt aux endroits où la terre est un peu soulevée et craquelée en
+étoile ; si la percussion donne un bruit sonore, il creuse un peu, et
+presque chaque fois, à quelques centimètres sous la surface, on aperçoit
+une petite masse bosselée, grisâtre, qui est l’Ascomycète cherché. Les
+Terfez (_Terfezia_ et _Tirmania_) ont une légère odeur de Truffe, et ils
+sont employés dans le Sahara aux mêmes usages que cette dernière.
+
+
+A présent nous descendons sur le versant qui limite le haut-plateau vers
+le Nord. La pente est très rapide : en quelques heures nous passons de
+l’altitude de 1600 m. à celle de 600 m. Les vents humides qui soufflent
+de la Méditerranée viennent se heurter à la muraille presque verticale.
+Ils se refroidissent à mesure qu’ils s’élèvent, et il arrive un moment
+où leurs vapeurs se condensent sous forme de pluie et de rosée.
+
+Spectacle depuis longtemps espéré, il y a des Mousses sur le sol, et les
+feuilles sont couvertes de rosée ! La végétation est essentiellement
+méditerranéenne. Voici les espèces les plus répandues et les plus
+caractéristiques : _Pinus halepensis_, _Quercus Ballota_, des _Cistus_
+et des Labiacées ligneuses (_Rosmarinus_, _Lavandula_), _Olea europaea_
+qui a été brouté à tel point qu’il devient dur comme un rocher,
+_Pistacia Lentiscus_, _Juniperus Oxycedrus_ et _J. communis_,
+_Catananche caespitosa_, _Centaurea Parlatorei_, _Rhamnus lycioides_,
+_Ephedra graeca_, _Retama sphaerocarpa_, _Genista capitellata_,
+_Anthyllis sericea_, _Stipa tenacissima_.
+
+Plus bas, nous rencontrons une zone intermédiaire d’où les Mousses, les
+arbres (Pins et Chênes), les broussailles (Cistes, Labiacées, Olivier,
+Lentisque, Genévrier et _Rhamnus lycioides_) et les Compositacées ont
+disparu pour ne laisser que l’Oxycèdre, les Papilionacées et l’Alfa.
+
+Descendons encore de quelques centaines de mètres : ces dernières
+plantes s’effacent à leur tour devant la flore saharienne typique.
+
+Près de Bou-Saada, la lutte contre les herbivores est de nouveau en jeu,
+et la flore ne se compose plus guère que de _Thymelaea microphylla_.
+
+Nous venons de traverser un îlot méditerranéen, serré entre le haut-
+plateau et le désert. On s’explique sans peine pourquoi cette flore
+méditerranéenne fait défaut, à la même altitude, sur le versant
+méridional du plateau, que nous avons gravi il y a trois jours. Les deux
+versants ont en somme des climats très différents. Le long de celui qui
+est tourné vers le Nord, les courants atmosphériques doivent grimper et
+laisser condenser leur humidité. De l’autre côté, au contraire, le vent
+déjà appauvri en vapeur descend la pente ; il se réchauffe, par
+conséquent, et il enlève de l’humidité plutôt qu’il n’en dépose. Aussi
+n’y avons-nous rencontré que les végétaux de la zone intermédiaire
+d’ici, c’est-à-dire celle où la condensation ne s’opère pas encore.
+
+
+A partir de Bou-Saada, nous sommes dans la plaine du Hodna, une
+dépendance septentrionale du Sahara. Elle est entourée de toutes parts
+par des montagnes, excepté en un point où elle communique avec le Grand
+Désert. Le centre de la plaine est occupé par le chott El Hodna, dans
+lequel passe la route de Bou-Saada à Msila.
+
+La flore est celle des alluvions et des sables salés, entre Biskra et
+Tougourt : Salsolacées gorgées d’eau, Plombaginacées, _Frankenia
+thymifolia_ et autres plantes garnies d’un revêtement salin. Dans le
+chott, que nous traversons sur une largeur d’une trentaine de
+kilomètres, la végétation se compose d’abord d’_Echinopsilon muricatus_
+et de _Tamarix_, puis uniquement de _Salsola tetragona_, auquel
+s’ajoutent plus tard l’_Arthrocnemon macrostachyum_ et l’_Atriplex
+Halimus_.
+
+
+Nous sommes à Msila. Deux journées de voyage à travers un pays cultivé
+nous mèneront à Bordj-bou-Arreridj, où nous prendrons le train pour
+Alger.
+
+
+Supposons qu’un botaniste me demande quelques renseignements sur
+l’utilité d’un voyage dans le Sahara. Je lui dirais à peu près ceci : Si
+vous désirez voir un pays exotique avec une flore variée, n’allez pas au
+désert ; dirigez-vous plutôt vers une région équatoriale. — Voulez-vous
+étudier la flore désertique ? Vous pouvez vous contenter de Biskra : la
+plupart des espèces du Sahara algérien croissent dans les environs de la
+ville. — Dans le cas où vous voudriez voir les divers aspects
+caractéristiques du paysage saharien, mettez-vous à la tête d’une
+caravane ; vous marcherez pendant des journées entières sans vous
+baisser une seule fois pour cueillir une plante, et vous reviendrez
+finalement avec un butin presque nul : en tout un mois, vous aurez vu
+moins d’espèces végétales que si vous vous aviez herborisé un quart
+d’heure aux environs de Bruxelles. Et dites-vous bien qu’une telle
+expédition n’est possible que si vous ne craignez pas les longues
+marches exténuantes, les journées atrocement chaudes, les midis
+éblouissants, si vous n’avez pas peur de subir la soif, si vous aimez à
+coucher à la belle étoile, enfin, si vous ne vous laissez pas décourager
+par la nudité du pays.
+
+Pour finir, regrettons qu’il n’y ait pas de jardin botanique dans le
+Sahara. Pendant les premiers temps, le botaniste est complètement
+dépaysé au milieu de ces plantes grasses ou de ces plantes sans
+feuilles, toutes semblables lorsqu’elles sont défleuries. Quant à des
+expériences physiologiques, il n’y faut pas songer. Pourtant il y aurait
+pas mal de sujets intéressants à étudier : l’absorption de la vapeur
+atmosphérique et de la rosée par les sels déliquescents et par les
+poils ; l’absorption de l’eau du sol par les poils radicaux
+persistants ; l’occlusion des stomates ; l’élimination des matières
+minérales qui encombrent l’économie de la plante ; la faculté de
+supporter la dessiccation, etc. Un tel établissement rendrait aussi de
+grands services au point de vue pratique, pour l’étude des maladies du
+Dattier, pour la sélection des races d’Orge, pour l’introduction de
+plantes fourragères, etc.
+
+Rien ne serait plus facile que de faire cette station botanique à
+Biskra. La dépense serait faible ; les avantages pour la science et pour
+l’agriculture saharienne seraient inappréciables. Ce jardin aurait
+autant d’utilité que ’s Lands Plantentuin de Buitenzorg (Java). Et l’on
+aurait ainsi un centre d’études botaniques, permettant de comparer la
+riche végétation équatoriale à la végétation, si intéressante dans sa
+maigreur, qui croît au Sahara.
+
+ * * * * *
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. I.
+
+[Illustration : 1. _Deverra chlorantha_ (voir p. 283), sur des rochers
+qui ont éclaté par l’action de la chaleur et qui ont été ultérieurement
+sculptés par le sable. (Voir p. 279.)]
+
+[Illustration : 2. _Anabasis articulata_. Sous la plante, rameaux morts
+tombés par terre. (Voir p. 222.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. II.
+
+[Illustration : 3. Une rue dans l’oasis de Biskra. Maisons en boue.
+(Voir p. 209.)]
+
+[Illustration : 4. Plantations dans l’oasis de Biskra : Oliviers et
+Dattiers. (Voir p. 209.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. III.
+
+[Illustration : 5. Efflorescences salines sur le reg, à Biskra.
+Au milieu, un petit oued avec Salsolacées. (Voir p. 216.)]
+
+[Illustration : 6. _Limoniastrum Guyonianum_ (Zeita), presque
+entièrement ensevelis sous le sable. Devant, _Nitraria tridentata_.
+(Voir p. 212.)]
+
+[Illustration : 7. _Halocnemon strobilaceum_, dans le chott Melrhir.
+(Voir p. 224.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.
+
+[Illustration : 8. Mirage dans un sebkha, entre Ayata et Tougourt.
+(Voir p. 234.)]
+
+[Illustration : 9. Oasis enfoncées, près d’El Oued. (Voir p. 245.)]
+
+[Illustration : 10. Maisons d’El Oued. Au milieu, un puits à balancier.
+(Voir p. 246 et 247.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. V.
+
+[Illustration : 11. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]
+
+[Illustration : 12. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]
+
+[Illustration : 13. _Retama Raetam_, dans le désert sableux au Sud de
+Tougourt. (Voir p. 239 et 263.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.
+
+[Illustration : 14. _Aristida pungens_ (Drîn), dans le désert sableux
+au Sud de Tougourt. (Voir p. 237 et 257.)]
+
+[Illustration : 15. La ville et l’oasis de Ouargla. (Voir p. 276.)]
+
+[Illustration : 16. _Stipa tenacissima_ (Alfa), sur le plateau à la
+base du djebel Bou Kaïl. (Voir p. 323.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+ Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VII.
+
+[Illustration : 17. _Salsola tetragona_, dans le désert salé au Sud de
+Tougourt. (Voir p. 267.)]
+
+[Illustration : 18. Désert pierreux (hamâda) près de Settafa.
+Au milieu, un gara. (Voir p. 308.)]
+
+[Illustration : 19._Pistacia atlantica_ (Betoum) dans le daya de
+Tilremt. Devant, _Zizyphus Lotus_ (Jujubier). (Voir p. 311 et 313.)]
+
+ J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.
+
+
+
+
+ =Bibliographie.=
+
+
+=1876.= GOBLET D’ALVIELLA. — _Sahara et Laponie_, 2e édition. Paris,
+1876.
+
+=1886.= L. ERRERA. — _L’Efficacité des Structures défensives des
+Plantes_. Bull. Soc. roy. bot. Belg. T. XXV, p. 80.
+
+=1887.= G. VOLKENS. — _Die Flora der Ægyptisch-Arabische Wüste_. Berlin,
+1887.
+
+=1893.= H. SCHIRMER. — _Le Sahara_. Paris, 1893.
+
+=1895.= HUGHES LE ROUX. — _Au Sahara_. Paris, Flammarion.
+
+=1896.= E. FROMENTIN. — _Un Été dans le Sahara_. 11e édition. Paris,
+1896.
+
+=1898.= J. A. BATTANDIER et L. TRABUT. — _L’Algérie_. Paris, 1898.
+
+ — A. F. W. SCHIMPER. — _Pflanzen-Geographie auf physiologischer
+Grundlage_. Iena, 1898.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =Sommaire.=
+
+
+ Avant-propos, 202.
+
+=1. Les déserts salés et les oasis de l’oued Rirh=, 204.
+
+ Organisation de la caravane, 204. — L’oasis de Biskra arrosée par
+ l’oued, 205. — Culture du Dattier, 207. — Fécondation du Figuier, 209.
+ — Construction des maisons, 209. — La plaine salée, 210. — Monotonie
+ de la flore, 211. — Accumulation de sable entre les rameaux, 212. —
+ Sécrétion de sels déliquescents, 212. — Salsolacées charnues, 214. —
+ Plantes hygroscopiques : Rose de Jéricho et Main de Fatma, 214. —
+ Plantes éphémères, 217. — Le Guetaf comme fourrage, 217. — Flore du
+ désert sableux, 218. — Le caravansérail de Chegga, 220. — Élimination
+ des sels encombrants, 222. — Mirages sur le chott Melrhir, 223. — La
+ structure du Sahara, 225. — L’oasis d’Ourhir, avec puits artésiens,
+ 227. — Un jardin à fleurs, 229. — Un village de l’oued Rirh, 230. — Le
+ désert gypseux, 230. — L’oasis d’Ayata, 232. — Mirages dans les
+ sebkha, 233.
+
+=2. Les sables d’El Erg oriental=, 235.
+
+ A. _Dans les dunes du Souf_, 235.
+
+ Topographie et aspect du désert sableux, 235. — Graminacées à racines
+ horizontales et à poils radicaux persistants, 237. — Arbustes sans
+ feuilles, 239. — Fertilité relative des sables, 247. — Liste de
+ plantes récoltées en quatre jours, 242. — Les grandes dunes nues, 243.
+ — Les oasis enfoncées du Souf, 245. — Aspect des villes, 247. — Flore
+ adventice des oasis, 249.
+
+ B. _En remontant l’oued Mya_, 250.
+
+ Difficulté du voyage, 250. — Lutte pour l’existence entre végétaux,
+ 251. — La « mer » de Temacin, 252. — Salsolacées et plantes sans
+ feuilles, 253. — Emploi des journées, 254. — Aspect général du pays,
+ 256. — Liste de plantes récoltées en une demi journée, 258. — Misère
+ de la végétation, 259. — Moyens de protection des plantes contre la
+ sécheresse, 261. — Nécessité de la transpiration, 263. — Pollination
+ des fleurs, 264. — Deux journées de simoun, 265. — Observations
+ météorologiques, 271. — Action du simoun sur la végétation, 274. —
+ L’oasis et la ville de Ouargla, 275.
+
+=3. Le désert pierreux=, 277.
+
+ Comparaison du désert alluvial et du désert éolien, avec le désert
+ déflatoire, 277. — Flore du hamâda, 280. — Aspect général du hamâda,
+ 285. — L’eau de l’économie animale, 286. — Le régime des pluies dans
+ le Sahara, 289. — La circulation vitale de l’eau, 290. — Insectes
+ phytophages, 291. — Défense des plantes contre les Vertébrés, 292.
+ Moyens anatomiques, 294. Moyens chimiques, 295. Moyens biologiques,
+ 297. Protection indirecte, 299. — Les Beni-Mzab, 301. — Les oasis de
+ l’oued Mzab, arrosées par des puits non jaillissants, 302. — Sélection
+ opérée par les herbivores dans la flore de l’oued, 305. — Orientation
+ des feuilles du Caprier, 307. — La Pépinière de la garnison, à
+ Ghardaïa, 307. — La végétation de la Chebka, 308. — L’oasis de
+ Berrîan, 310. — Le premier arbre ; un Betoum, 311. — Les premiers
+ lichens, 312. — Les daya, 312. — Sécheresse des daya et extinction des
+ Betoum, 313. — Liste de plantes récoltées dans le désert, 315. —
+ Végétaux non mangeables, 315. — Une pluie qui n’atteint pas le sol,
+ 316. — La végétation près de Laghouat, 317.
+
+=4. Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna=, 318.
+
+ Plantes de rochers, 319. — L’oasis de Laghouat, 319. — Le plateau
+ entre Laghouat et Messaad, 320. — Moyens de dissémination des plantes
+ sahariennes, 321. — La steppe d’Alfa, 323. — Origine méditerranéene de
+ la flore du Sahara, 324. — Les hauts-plateaux de l’Atlas ; Alfa et
+ Chih, 326. — Les Terfes à Aïn-Smara, 327. — Flore méditerranéenne sur
+ le versant N. du haut-plateau, 328. — La plaine du Hodna, 329.
+
+ Conclusions, 330.
+
+
+
+
+ =Liste alphabétique des plantes citées.=
+
+
+ Abricotier, 310, 320, 323.
+
+ _Acacia_, 325.
+
+ _Acanthyllis tragacanthoides_, 318.
+
+ _Adiantum Capillus-Veneris_, 324.
+
+ _Ægilops_, 321.
+
+ Alfa, voir _Stipa tenacissima_.
+
+ Amarante, 229.
+
+ _Anabasis articulata_, 258, 309, 315, 316, 317, 320. — Désarticulation
+ des rameaux, 222, 225, 262. — Absence de feuilles, 254. — Racines
+ horizontales, 282. — Galles, 292.
+
+ _Anastatica hierochuntica_ (Main de Fatma), 216, 322.
+
+ _Anthemis monilicostata_, 242, 258.
+
+ _Anthyllis sericea_, 280, 282, 329. — Dissémination, 323.
+
+ _Antirrhinum ramosissimum_, 309.
+
+ _Anvillaea radiata_, 315.
+
+ _Aristida_. Dissémination, 322.
+
+ _Aristida ciliata_, 299.
+
+ _Aristida floccosa_, 239, 242, 257, 258, 280, 281, 284. — Poils
+ radicaux persistants, 238. — Insuffisance de la protection contre les
+ herbivores, 297.
+
+ _A. obtusa_, 211, 315.
+
+ _A. pungens_ (Drîn), 242, 243, 249, 258, 274, 281. — Racines
+ horizontales, 237, 282. — Protection contre la sécheresse, 263. —
+ Insuffisance de la protection contre les herbivores, 293, 298. —
+ Graines (loul), 294.
+
+ _Artemisia campestris_, 317, 318, 326, 327.
+
+ _A. Herba-alba_ (Chih), 299, 309, 311, 315, 317, 320, 323, 326, 327. —
+ Protection contre les herbivores, 300, 318.
+
+ _Arthrocnemon macrostachyum_, 214, 252, 330.
+
+ Asperge, 232.
+
+ _Asphodelus pendulinus_, 242. — Poils radicaux persistants, 238.
+
+ _Asteriscus pygmaeus_ (_Odontospermum pygmaeum_, Rose de Jéricho),
+ 215, 314, 315, 322.
+
+ _A. graveolens_, 283.
+
+ _Astragalus Gombo_, 242.
+
+ _A. saharae_, 242.
+
+ _Atractylis flava_ var. _glabrescens_, 223.
+
+ _Atriplex Halimus_[10] (Guetaf), 330. Insuffisance de la protection
+ contre les herbivores, 217, 294, 305.
+
+ Betoum, voir _Pistacia atlantica_.
+
+ _Bubania Feei_, voir _Limoniastrum Feei_.
+
+ _Calligonum comosum_, 242, 257, 258, 281, 325. — Absence de feuilles,
+ 239, 240, 254. — Longueur des racines, 239, 241, 282. — Pollination,
+ 264. — Graines rongées, 292. — Dissémination, 322.
+
+ _Capparis spinosa_, 307, 325.
+
+ _Catananche caespitosa_, 328.
+
+ _Centaurea furfuracea_, 223.
+
+ _C. Parlatorei_, 328.
+
+ Chrysanthème, 230.
+
+ _Cistus_, 328.
+
+ _Citrullus Colocynthis_. Protection contre les herbivores, 295, 318. —
+ Atrophie des vrilles, 295.
+
+ _Cleome arabica_. Protection contre les herbivores, 296. —
+ Dissémination, 322.
+
+ _Convolvulus supinus_, 296.
+
+ _Cornulaca monacantha_, 253, 258.
+
+ _Coronilla juncea_ var. _Pomeli_, 313.
+
+ _Cutandia memphitica_, 242, 258. — Poils radicaux persistants, 238.
+
+ _Cyperus conglomeratus_, 242, 258. — Poils radicaux persistants, 238.
+ — Pollination, 264. — Protection contre les herbivores, 294.
+
+ _Daemia cordata_. Protection contre les herbivores, 296, 298. —
+ Dissémination, 323.
+
+ _Danthonia Forskahlei_, 240, 242, 249. — Poils radicaux persistants,
+ 238.
+
+ Dattier, voir _Phoenix dactylifera_.
+
+ _Daucus pubescens_, 321.
+
+ _Deverra chlorantha_, 283, 309.
+
+ Drîn, voir _Aristida pungens_.
+
+ _Echinops spinosus_, 318.
+
+ _Echinopsilon muricatus_, 219, 222, 242, 330. — Plante annuelle, 242,
+ 243.
+
+ _Echiochilon fruticosum_, 319.
+
+ _Emex spinosa_, 321.
+
+ _Enteromorpha_, 252.
+
+ _Ephedra alata_, 242, 257, 258, 325. — Absence de feuilles, 239, 240,
+ 254, 281. — Racines horizontales, 238, 239, 282. — Fermeture des
+ stomates, 240, 260. — Pollination, 264. — Galle, 291. — Insuffisance
+ de la protection contre les herbivores, 293, 298. — Dissémination,
+ 322.
+
+ _E. graeca_, 328.
+
+ _Eremobium lineare_, voir _Malcolmia aegyptiaca_.
+
+ _Erodium_. Dissémination, 323.
+
+ _E. glaucophyllum_, 280, 285.
+
+ _Erucaria Ægiceras_, 258.
+
+ _Eucalyptus_, 308.
+
+ _Euphorbia Guyoniana_, 242, 243, 249, 258, 274, 281. — Longueur des
+ racines verticales, 241, 282. — Rareté des feuilles, 254. — Revêtement
+ cireux, 262. — Pollination, 264. — Protection contre les herbivores,
+ 296, 297, 298, 318.
+
+ _Fagonia_. Dissémination, 322.
+
+ _Fagonia glutinosa_, 283, 285.
+
+ _F. microphylla_, 283.
+
+ _Farsetia aegyptiaca_ et _F. linearis_, 299. — Graines rongées, 292. —
+ Dissémination, 322.
+
+ Figuier, 209, 310, 320, 323.
+
+ _Forskahlea tenacissima_, 322.
+
+ _Francoeria crispa_, 314.
+
+ _Frankenia pulverulenta_, 252.
+
+ _F. thymifolia_, 231, 330.
+
+ Froment, 323.
+
+ _Gaillardia_, 229.
+
+ _Genista capitellata_, 326, 329.
+
+ _G. saharae_, 242. — Absence de feuilles, 239, 240. — Insuffisance de
+ la protection contre les herbivores, 295, 298.
+
+ Grenadier, 209, 210, 320.
+
+ Guetaf, voir _Atriplex Halimus_.
+
+ _Gymnocarpon fruticosum_, 299, 309.
+
+ _Halocnemon strobilaceum_, 214, 225, 251, 252.
+
+ _Halogeton alopecuroides_, 283.
+
+ _Haloxylon articulatum_ (Remts), 309, 310, 315, 316, 317, 320. —
+ Dissémination, 322.
+
+ _Haplophyllum tuberculatum_. Protection contre les herbivores, 296,
+ 298.
+
+ Harmel, voir _Peganum Harmala_.
+
+ _Helianthemum_, 283. — Pollination, 265.
+
+ _H. eremophilum_, 299.
+
+ _H. sessiliflorum_, 240, 242. — Absence de protection contre les
+ herbivores, 297.
+
+ _Heliotropium luteum_, 258.
+
+ _Henophytum deserti_, 254, 258, 299. — Graines rongées, 292. —
+ Dissémination, 322.
+
+ _Herniaria fruticosa_, 249, 283, 285.
+
+ _H. hemistemon_, 242.
+
+ _Hordeum maritimum_, 219.
+
+ _Ifloga spicata_, 242.
+
+ Jujubier, voir _Zizyphus Lotus_.
+
+ _Juniperus communis_, 328.
+
+ _J. Oxycedrus_, 326, 328.
+
+ Laurier-Rose, voir _Nerium Oleander_.
+
+ _Lavandula_, 328.
+
+ _Limoniastrum (Bubania) Feei_. Sécrétion de sels déliquescents, 259. —
+ Pollination, 265. — Dissémination, 322.
+
+ _Limoniastrum Guyonianum_ (Zeita), 214, 218, 222, 225, 251, 252, 258,
+ 274, 323. — Accumulation de sable entre les rameaux, 212. — Sécrétion
+ de sels déliquescents, 213, 262. — Pollination, 265. — Racines
+ horizontales, 282. — Galle, 292.
+
+ _Linaria fruticosa_, 309, 310, 317.
+
+ _Lithospermum callosum_, 240, 242, 258. — Absence de protection contre
+ les herbivores, 297.
+
+ _Lygeum Spartum_, 315, 317, 326.
+
+ _Malcolmia aegyptiaca_ (_Eremobium lineare_), 242, 243, 249, 258.
+
+ Main de Fatma, voir _Anastatica hierochuntica_.
+
+ _Marrubium deserti_, 239, 309, 317. Dissémination, 323.
+
+ _Matthiola livida_, 258.
+
+ _Medicago_, 321.
+
+ _Monsonia nivea_, 240, 242, 249. — Pollination, 265. — Dissémination,
+ 323.
+
+ _Montagnites Candollei_, 242, 243, 258.
+
+ _Nerium Oleander_ (Laurier-Rose), 321.
+
+ _Neurada procumbens_, 223. — Dissémination, 322.
+
+ _Nitraria tridentata_, 214, 222, 259. Accumulation de sable entre les
+ rameaux, 212. — Revêtement cireux, 262.
+
+ _Noaea spinosissima_, 315. — Dissémination, 322.
+
+ _Nolletia chrysocomoides_, 242.
+
+ _Odontospermum pygmaeum_, voir _Asteriscus pygmaeus_.
+
+ Œillet, 229.
+
+ _Olea europaea_ (Olivier), 209, 319, 323, 328.
+
+ _Ononis angustissima_, 309.
+
+ _O. serrata_, 242.
+
+ _Ophrys_, 324.
+
+ _Opuntia_, 308.
+
+ Oranger, 209.
+
+ Orge, 232, 323.
+
+ _Panicum turgidum_, 238.
+
+ _Peganum Harmala_ (Harmel), 315. — Protection contre les herbivores,
+ 306, 309, 318, 327.
+
+ _Pennisetum dichotomum_. Poils radicaux persistants, 238. — Protection
+ contre les herbivores, 294.
+
+ _Periploca angustifolia_, 323.
+
+ _Phalaris minor_, 219.
+
+ _Phelipaea_, 242.
+
+ _Ph. lutea_. Protection contre les herbivores, 294.
+
+ _Phoenix dactylifera_ (Dattier), 207, 228, 246, 276, 303, 310, 320,
+ 321.
+
+ _Pistacia atlantica_ (Betoum), 311, 313, 314, 320, 325.
+
+ _P. Lentiscus_, 328.
+
+ _Pinus halepensis_, 328.
+
+ _Plantago ciliata_, 249.
+
+ _Podaxon aegyptiacus_, 254, 258.
+
+ _Polycarpaea fragilis_, 242.
+
+ _Populus pyramidalis_, 320.
+
+ _Quercus Ballota_, 328.
+
+ _Randonia africana_, 253, 258. — Pollination, 265.
+
+ Remts, voir _Haloxylon articulatum_.
+
+ _Retama Raetam_, 258. — Absence de feuilles, 239, 240, 254. —
+ Protection contre la sécheresse, 263. — Racines horizontales, 282. —
+ Protection contre les herbivores, 295.
+
+ _R. sphaerocarpa_, 313, 323, 328.
+
+ _Rhamnus lycioides_, 328.
+
+ _Rhanterium adpressum_, 242, 282, 285. — Rareté des feuilles, 240,
+ 254.
+
+ _Rhus Oxyacantha_, 319, 325.
+
+ Rose de Jéricho, voir _Asteriscus pygmaeus_.
+
+ Rosier, 229.
+
+ _Rosmarinus_, 328.
+
+ _Salsola_. Dissémination, 322.
+
+ _Salsola tetragona_, 253, 257, 258, 266, 325, 330.
+
+ _S. vermiculata_, 253, 258, 299.
+
+ _Sclerocephalus arabicus_, 321.
+
+ _Scrophularia saharae_, 254.
+
+ _Silene villosa_, 258. — Pollination, 265.
+
+ _Spitzelia saharae_, 258.
+
+ _Statice pruinosa_, 259, 319. Pollination, 265.
+
+ _Stipa gigantea_, 315.
+
+ _S. tenacissima_ (Alfa), 317, 320, 326, 327, 329.
+
+ _S. tortilis_, 219.
+
+ _Suaeda vermiculata_, 214, 222, 258.
+
+ _Tamarix_, 213, 219, 225, 233, 251, 252, 259, 269, 325, 330. — Sels
+ déliquescents, 213.
+
+ _Terfezia_, 328.
+
+ _Teucrium Polium_, 299, 317.
+
+ _Thapsia garganica_, 327.
+
+ _Tirmania_, 328.
+
+ _Thymelaea microphylla_, 299, 318. — Protection contre les herbivores,
+ 300, 329.
+
+ _Traganum nudatum_, 253, 258, 282.
+
+ _Tropaeolum_, 230.
+
+ _Tylostoma volvulatum_ 254.
+
+ Vigne, 230, 310.
+
+ Zeita, voir _Limoniastrum Guyonianum_.
+
+ _Zilla macroptera_, 295, 298, 313. — Dissémination, 322.
+
+ _Zizyphus Lotus_ (Jujubier), 219, 313, 315, 319, 325.
+
+ _Zollikofferia mucronata_, 299.
+
+ _Z. resedifolia_, 242, 258. — Protection contre les herbivores, 297.
+
+ _Z. spinosa_, 319, 320.
+
+ _Zygophyllum_. Dissémination, 322.
+
+ _Z. Geslini_, 249.
+
+ * * * * *
+
+
+ * * * * *
+ Gand, impr. C. Annoot-Braeckman, Ad. Hoste, succr.
+
+
+
+
+NOTES :
+
+
+[Note 1 : Le Sahara a une surface égale à 6,200,000 kilomètres carrés.
+La partie que l’on pourrait immerger n’a que 8,000 kilomètres carrés.]
+
+[Note 2 : Nous devons la détermination de nos Champignons sahariens à
+l’obligeance de M. N. Patouillard.]
+
+[Note 3 : Voir les listes, p. 242 et p. 258.]
+
+[Note 4 : Cette façon de procéder n’est pas à l’abri de certaines
+critiques. Disons toutefois qu’à Biskra, avant de nous mettre en voyage,
+nous avions trouvé une concordance très suffisante entre les lectures
+des thermomètres fixes (sec et mouillé) et celles du thermomètre-fronde
+(sec et mouillé.)]
+
+[Note 5 : M. J. WALTHER désigne sous le nom de « déflation » l’ensemble
+des phénomènes d’érosion que produit le vent chargé de sable. (Voir, en
+particulier, _Vergleichende Wüstenstudien in Transkaspien und Buchara_,
+dans Verh. Ges. f. Erdk. zu Berlin. Bd. XXV, no 1, 1898.)]
+
+[Note 6 : Pendant les années de sécheresse, quand l’orge ne mûrit pas,
+les Arabes vont récolter dans le désert les graines de Drîn (auxquelles
+ils donnent le nom de _loul_). En toute saison on en trouve des
+provisions importantes dans les nids d’une Fourmi, le _Messor
+arenarius_.]
+
+[Note 7 : M. VOLKENS décrit le _C. spinosa_ var. _aegyptia_ comme ayant
+des feuilles distiques (=1887=, p. 87) ; mais il ne cite pas cette
+plante parmi celles dont les feuilles sont verticales (p. 42). Par
+contre, la plante d’Égypte semble avoir une couche cireuse plus épaisse
+que celle du Sahara algérien (p. 43). M. VOLKENS a aussi observé qu’en
+été la couche cireuse recouvre les stomates (p. 42).]
+
+[Note 8 : M. SCHIMPER (=1898=, p. 193) distingue, dans la flore des
+rochers, les _lithophytes_ qui sont à la surface des pierres, des
+_chasmophytes_ qui poussent dans les crevasses.]
+
+[Note 9 : L’_Emex spinosa_ est une curieuse Polygonacée portant des
+fleurs de trois sortes : des mâles et des femelles, qui sont aériennes
+et chasmogames, et disposées en grappes axillaires, les mâles en haut,
+les femelles en bas ; des fleurs hermaphrodites, souterraines,
+cleistogames.]
+
+[Note 10 : C’est par erreur que _Halimus pedunculatus_ a été cité (p.
+217) comme synonyme d’_Atriplex Halimus_.]
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Les paragraphes de la section EXPLICATION DES PLANCHES (pages 331-332)
+ ont été placés sous chaque photographie en guise de légende, et la
+ section a été supprimée.
+
+ Page 222, " _Limoniastrum Guyoniamun_ " a été remplacé par
+ " _Guyonianum_ "
+
+ Page 229, " la charmante famille Bonboure " a été remplacé par
+ " Bonhoure "
+
+ Page 272, " au sujet de nos obser-tions " a été remplacé par
+ " observations "
+
+ Page 274, " échelonnés dans le lit de l’oud Mya " a été remplacé par
+ " l’oued "
+
+ Page 279, note 5, " _Vergleichende Wüstentudien_ " a été remplacé par
+ " _Wüstenstudien_ "
+
+ Page 280, " on rencontre sur le hâmada " a été remplacé par " hamâda "
+
+ Page 292, " aux graines, elle logent " a été remplacé par " elles "
+
+ Page 297, " Pour cueilllir le _Zollikofferia_ " a été remplacé par
+ " cueillir "
+
+ Page 335, note 10, " synomyne d’_Atriplex Halimus_ " a été remplacé
+ par " synonyme "
+
+ Page 339, " _Thapsia gargarnica_, 327. " a été remplacé par
+ " _garganica_ "
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78321 ***
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+</head>
+<body>
+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78321 ***</div>
+<div class="margins">
+<div class="transnote x-ebookmaker-drop">
+<p class="center less">On peut cliquer sur les illustrations pour
+les agrandir.</p>
+
+<p class="center less"><a href="#pl1">Planches</a> — <a href=
+"#bib">Bibliographie</a> — <a href="#toc">Sommaire</a> — <a href=
+"#ind">Indice</a></p>
+</div>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="titlepage">
+<h1><span class="large">UN</span><br>
+<span class="xlarge letter-spaced02">VOYAGE BOTANIQUE</span><br>
+<span class="small">AU</span><br>
+<span class="xxlarge letter-spaced02">SAHARA</span>
+</h1>
+
+<p class="center small space-below1">PAR</p>
+
+<p class="center">JEAN MASSART</p>
+
+<p class="center med space-below2">Professeur à l’Université de
+Bruxelles<br>
+Assistant à l’Institut botanique</p>
+
+<div class="figdecor">
+<figure class="iwdecor1"><img src='images/decor1.jpg' alt=
+'[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="publisher less">GAND<br>
+IMPRIMERIE C. ANNOOT-BRAECKMAN, AD. HOSTE, SUCC<sup>r</sup></p>
+
+<hr class="decor width1">
+
+<p class="center less">1898</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<p class="center less pb space-above"><span class="pagenum" id=
+"Page_202">[202]<br>
+(3)</span>Extrait du <em>Bulletin de la Société royale de botanique
+de Belgique</em>,<br>
+tome XXXVII (1898), première partie.</p>
+
+<hr class="decor width20">
+
+<p class="center spaced2 space-above1">UN<br>
+<span class="xlarge letter-spaced02">VOYAGE BOTANIQUE</span><br>
+<span class="small">AU</span><br>
+<span class="xxlarge letter-spaced02">SAHARA.</span></p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h2 class="less space-above1 letter-spaced01 nopb"><a id=
+"avan"></a>AVANT-PROPOS.</h2>
+
+<p>Un subside du Gouvernement belge m’a permis de séjourner dans le
+Sahara algérien, pendant le printemps de l’année 1898, avec mon
+excellent ami M. A. Lameere, professeur de zoologie à l’Université
+de Bruxelles.</p>
+
+<p>Nous nous proposions d’étudier la faune et la flore. Le mois
+d’avril fut consacré en entier à l’exploration de Biskra et de ses
+environs. Un séjour préparatoire à Biskra devrait être recommandé à
+tous ceux qui désirent entreprendre un voyage scientifique dans le
+Sahara. Le désert y est très varié&nbsp;: rivières taries, sables
+amoncelés en hautes dunes, rochers fendus par la chaleur, grandes
+plaines couvertes d’une croûte de sel, alluvions caillouteuses ou
+limoneuses.... aucun terrain n’y fait défaut. L’oasis elle-même,
+exploitée par les indigènes, est moins monotone qu’ailleurs&nbsp;:
+les dattiers plantés au hasard en un désordre pittoresque, abritent
+une nombreuse flore adventice. Enfin, avantage inappréciable,
+Biskra est en communication facile avec le monde civilisé. Combien
+de<span class="pagenum" id="Page_203">[203]<br>
+(4)</span> fois ne nous sommes-nous pas trouvés devant des plantes
+que nous ne parvenions pas à déterminer&nbsp;! Heureusement, M.
+Battandier, le savant botaniste d’Alger, avait bien voulu nous
+engager à lui soumettre toutes les espèces douteuses, et grâce à
+son inépuisable obligeance, les déterminations nous parvenaient en
+quatre ou cinq jours.</p>
+
+<p>Un mois suffit à peine pour nous familiariser avec le désert qui
+entoure Biskra. Une petite caravane est équipée, et nous voilà en
+route à travers le désert. D’abord, par le chott Melrhir et le lit
+desséché de l’oued Rirh, jusqu’à Tougourt. D’ici nous faisons un
+grand détour vers l’Est à travers les sables du Souf. Rentrés à
+Tougourt, nous reprenons notre marche vers le Sud pour atteindre
+Ouargla. A partir de cette dernière ville, nous passons sur le
+désert pierreux dont nous ne sortons qu’à Laghouat, après avoir
+traversé une curieuse région rocheuse, presque plane, parsemée de
+larges fonds argileux, les daya.</p>
+
+<p>C’est à Laghouat que devait se terminer, dans notre projet
+primitif, le voyage dans le désert. Mais la vie un peu aventureuse
+que nous menons depuis quelques semaines présente à nos yeux tant
+de charmes, qu’au lieu de revenir directement vers Alger nous
+préférons gravir un chaînon latéral du Grand-Atlas, pour descendre
+de nouveau dans le désert à Bou-Saada. Enfin, après 46 jours de
+voyage, nous retrouvons à Bordj-bou-Arreridj le chemin de fer qui
+nous ramène à Alger.</p>
+
+<p>De nombreux naturalistes ont fait connaître dans tous ses
+détails la flore de Biskra. Aussi me contenterai-je, dans les pages
+qui suivent, de décrire en botaniste l’itinéraire que nous avons
+suivi dans le désert.</p>
+
+<p class="less">Coxyde, le 21 août 1898.</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_204">[204]<br>
+(5)</span><a id="c1"></a><span class="bold">1. — Les déserts salés
+et les oasis de l’oued Rirh.</span>
+</h2>
+
+<p>Tout au commencement d’avril, quand nous faisions nos premières
+promenades aux environs de Biskra, il nous semblait que jamais nous
+n’y resterions un mois, que ces grandes plaines sèches, ces
+montagnes pelées et ces oasis trop bien entretenues ne nous
+intéresseraient pas au delà de quelques jours. Mais à mesure que
+nous allions, pénétrant davantage le secret de cette aridité,
+l’intérêt s’éveillait, la monotonie de la nature s’animait de
+plantes et d’insectes restés inaperçus&nbsp;; et c’est à regret que
+nous avons vu approcher le jour fixé pour le départ.</p>
+
+<p>Aujourd’hui donc, 1<sup>er</sup> mai, la petite caravane a
+quitté l’Hôtel de l’Oasis. Nous sommes montés sur des mulets. Un
+troisième mulet porte notre guide, Abdallah ben Ahmed, un Biskri
+qui nous rendra de grands services pendant tout notre voyage, tant
+comme guide qu’en qualité d’intendant et de cuisinier. Les deux
+chameliers et le muletier vont à pied. Les bagages sont sur trois
+chameaux. Ont-ils l’air dépaysé, ces animaux, avec leur chargement
+hétéroclite où les objets les plus disparates sont ficelés côte à
+côte. Le plus vigoureux porte nos effets personnels enfermés dans
+des malles et des valises&nbsp;; en outre, des livres, des
+instruments de toute espèce, depuis les microscopes et les
+thermomètres jusqu’aux pinces à insectes, et surtout d’innombrables
+bocaux de verre remplis d’alcool, que l’amble du chameau secoue
+avec un cliquetis peu rassurant. Un autre a toute une charge de
+conserves&nbsp;: nous devons emporter notre nourriture pour tout un
+mois, car d’ici à Laghouat nous pourrons à peine nous<span class=
+"pagenum" id="Page_205">[205]<br>
+(6)</span> procurer quelques œufs et un peu de lait, de temps en
+temps. Par dessus l’énorme couffe en sparterie toute bondée de
+boîtes en fer-blanc, on a empilé la presse pour la préparation des
+plantes d’herbier, et les paniers dans lesquels nous rapporterons
+une collection de plantes typiques du Sahara, séchées dans leur
+attitude normale&nbsp;; ces échantillons sont destinés au Jardin
+botanique de Bruxelles. Ajoutons-y encore le fusil et les multiples
+filets qui serviront à la capture des animaux. Le troisième
+dromadaire — les chameaux d’ici n’ont qu’une seule bosse — porte,
+outre l’orge des mulets et la nourriture pour nos gens, deux
+grandes caisses avec des bouteilles d’eau de
+«&nbsp;table&nbsp;»&nbsp;: nous avons été prévenus que très souvent
+l’eau du désert sera tellement mauvaise que nous ne pourrons pas la
+boire, même après l’avoir fait cuire. Deux outres se balancent
+contre les flancs de la bête. Ces outres ne sont autre chose que
+des peaux de bouc, soigneusement tannées et goudronnées, encore
+couvertes de leurs poils. On y versera chaque matin la provision
+quotidienne.</p>
+
+<p class="space-above15">Pendant près d’une heure, nous cheminons
+dans l’oasis de Biskra. Elle est arrosée par une rivière, l’oued
+Biskra, qui descend des montagnes situées au Nord. Un barrage
+établi en amont de la ville détourne vers les jardins toute l’eau
+de l’oued. Jusqu’à ce soir nous longerons l’oued, avec ses berges
+coupées à pic, mais dont le lit caillouteux, large de plus d’un
+kilomètre, ne renferme pas une goutte d’eau. A mesure que nous en
+descendrons le cours, nous verrons le lit se rétrécir entre les
+berges de moins en moins hautes, et finalement les derniers
+vestiges de la rivière s’évanouir parmi les sables. Tel est, à part
+une seule exception, le sort de toutes les rivières qui s’engagent
+dans le Sahara.<span class="pagenum" id="Page_206">[206]<br>
+(7)</span> Même si elles n’étaient pas employées à irriguer les
+cultures, pourraient-elles traverser ce pays brûlant, sans pluies
+régulières, sans sources, où rien ne vient réparer les pertes
+incessantes qu’elles subissent de la part de l’infiltration et de
+l’évaporation&nbsp;! Affaiblies par les saignées successives,
+absorbées par le désert, les rivières, quelque puissantes qu’elles
+fussent au début, ne tardent pas à disparaître sans retour. Et l’on
+a ici le spectacle paradoxal de cours d’eau qui deviennent de plus
+en plus maigres lorsqu’on s’éloigne de leur source, de fleuves qui
+n’ont pas d’embouchure. Le Nil seul traverse toute la largeur du
+Sahara&nbsp;; mais que reste-t-il en Égypte des énormes masses
+d’eau que le Haut-Nil enlève à la grande forêt africaine&nbsp;!</p>
+
+<p>De même que «&nbsp;l’Égypte est un présent du Nil&nbsp;»,
+l’oasis de Biskra est un présent de l’oued, qui se sacrifie pour
+elle jusqu’à la dernière goutte. Combien les procédés de culture
+dans les oasis sont différents de ceux qu’on utilise chez
+nous&nbsp;! Dans ces pays-ci, où les pluies sont rares et
+inconstantes, l’agriculture n’est possible que grâce aux
+arrosements. Imaginez tous les champs, quels qu’ils soient, — orge,
+légumes, fourrages, — coupés de rigoles communicant avec le canal
+qui côtoie la pièce de terre. Chaque jour le propriétaire vient
+lever les petits barrages afin de laisser l’eau se répandre sur le
+terrain. Rien de plus étrange qu’un champ d’orge ou un carré
+d’ognons complètement inondé et transformé pour quelques heures en
+un étang. La limite du champ est d’une netteté absolue&nbsp;:
+partout où le sol a été abreuvé, les graines ont germé et la
+récolte sera abondante&nbsp;; — à quelques centimètres de là, la
+terre ne montre pas le fendillement caractéristique de
+l’irrigation, et les semences n’ont pas levé&nbsp;: c’est le
+désert.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_207">[207]<br>
+(8)</span>Pour les Dattiers, le procédé de culture est le même. Au
+pied de chaque arbre on creuse une large fosse dans laquelle est
+amenée l’eau d’un canal. Pour arriver à arroser ainsi les 150,000
+Palmiers qui composent l’oasis de Biskra, il a fallu créer un
+système de rigoles d’une complication inouïe&nbsp;; aussi une
+promenade dans les jardins n’est-elle qu’une suite de sauts.</p>
+
+<p>Que font là-haut ces hommes perchés au milieu des palmes&nbsp;?
+Ils s’occupent de polliner leurs Dattiers. Afin d’assurer la
+fécondation des régimes femelles, les Arabes sont obligés de
+grimper sur les arbres pour insérer dans chaque inflorescence
+femelle quelques rameaux d’un régime mâle. Le pollen s’échappe des
+anthères et glisse parmi les fleurs femelles.</p>
+
+<p>Chaque Dattier est exclusivement mâle ou femelle. Si on semait
+les noyaux, on obtiendrait environ par moitié des mâles et des
+femelles, et comme il faut au moins dix ans pour qu’un Dattier de
+semis porte des fleurs, le sol aurait été occupé pendant tout ce
+temps par des individus mâles inutiles. Aussi, pour établir de
+nouvelles plantations ou pour remplacer les individus trop vieux,
+a-t-on soin d’utiliser les jeunes pousses qui naissent au bas des
+arbres à fruits. De cette façon on est sûr de n’avoir que des
+femelles. Pour en féconder plusieurs centaines il suffit d’un seul
+mâle&nbsp;; du reste, on peut, pour quelques sous, acheter au
+marché un régime de fleurs à pollen.</p>
+
+<p>Le bouturage permet également de conserver la pureté des races.
+Depuis ces dernières années, les Arabes attachent une grande
+importance à ne planter que les variétés les plus productives. Le
+Dattier (<i>Phoenix dactylifera</i>) compte plusieurs centaines de
+variétés qui se distinguent autant par la vigueur, le port et le
+feuillage que par les<span class="pagenum" id="Page_208">[208]<br>
+(9)</span> caractères du fruit&nbsp;: il y a des dattes sèches et
+des dattes «&nbsp;grasses&nbsp;», c’est-à-dire ne séchant jamais
+complètement&nbsp;; il y en a qui doivent être consommées sur place
+et d’autres qui se prêtent à l’exportation... La patrie de cet
+arbre est inconnue&nbsp;: c’est certainement une plante introduite
+dans le Sahara, où elle ne vit nulle part à l’état sauvage. Mais de
+même que le chameau, lui aussi d’origine étrangère, le Dattier
+semble s’être merveilleusement adapté au climat du Grand Désert.
+Tout terrain lui est bon. Toute eau, quelque salée qu’elle puisse
+être, lui convient pourvu qu’elle soit abondante. Il supporte
+impunément les gelées de − 5° ou − 7° qui surviennent fréquemment
+ici en hiver. Il ne craint pas les ardeurs de l’été, lorsque l’air,
+à l’ombre, atteint une température de 50°, et que les feuilles
+directement exposées au soleil s’échauffent encore davantage. Bien
+plus, il lui faut ces fortes chaleurs pour mûrir ses fruits&nbsp;:
+on ne le cultive avec succès que dans les régions où, plusieurs
+mois de suite, le thermomètre monte chaque jour au delà de 40°. Le
+Dattier, dit un proverbe arabe, doit avoir les pieds dans l’eau et
+la tête dans le feu.</p>
+
+<p>L’adaptation du Dattier au climat saharien est plus apparente
+que réelle&nbsp;: nulle part il n’existe à l’état subspontané. Or,
+remarquons que les dattes constituent le fond de la nourriture des
+Indigènes et que chaque caravane laisse derrière elle une traînée
+de noyaux. Seulement ceux-ci ne germent jamais, ou si à la faveur
+d’une saison exceptionnellement humide, il donnent une plantule,
+elle est guettée par la prochaine sécheresse. Il est bien vrai que
+sa racine s’enfonce rapidement dans le sol à la recherche d’eau,
+mais la plante sera néanmoins brûlée par le soleil avant qu’elle
+ait pu atteindre la nappe souterraine. En réalité, le Dattier ne
+peut habiter le Sahara que grâce à la protection de
+l’homme,<span class="pagenum" id="Page_209">[209]<br>
+(10)</span> et comme tant d’autres plantes cultivées que la
+domestication a rendues douillettes, ce Palmier s’éteindrait
+aussitôt si l’homme cessait de s’occuper de lui.</p>
+
+<p>Sous le couvert des Palmiers, on cultive beaucoup d’arbres qui
+dans d’autres pays réclament le plein soleil&nbsp;: Oliviers,
+Figuiers, Orangers, Grenadiers, etc. (Voir <a href="#i04">phot.
+4.</a>) Un coup d’œil par dessus les murs en terre garnis d’épines
+de Jujubier, qui entourent les jardins, nous montre suspendus aux
+branches des Figuiers, des chapelets de petites figues
+desséchées.</p>
+
+<p>Les Arabes ont appris que certaines variétés de figues ne
+mûrissent que si elles sont visitées par un Hyménoptère, le
+<i>Blastophaga grossorum</i>. Cet Insecte se développe de
+préférence dans les fruits, petits et peu savoureux, d’une race
+particulière de Figuiers, le «&nbsp;Dokkar&nbsp;». Les Arabes
+cueillent ces figues avant la complète maturité, au moment où des
+légions d’insectes ailés vont en sortir. Les Dokkar sont ensuite
+enfilés en chapelets et attachés aux Figuiers, dans le voisinage
+des jeunes fruits qui ont besoin des <i>Blastophaga</i>. Trompés
+par l’analogie apparente de cette opération et de celle qui amène
+la fécondation du Dattier, les Arabes donnent aux Dokkar le nom de
+«&nbsp;figues mâles.&nbsp;»</p>
+
+<p class="space-above15">On a vu plus haut que l’absence de pluies
+régulières a forcé les habitants à établir leurs cultures dans les
+seuls endroits où elles peuvent être irriguées chaque jour. Les
+villages disséminés au milieu des Palmiers portent, eux aussi,
+l’empreinte d’un climat aride au ciel toujours serein. Les maisons,
+blanchies à la chaux, sont bâties en «&nbsp;tob&nbsp;», briques de
+boue simplement séchées au soleil&nbsp;; nulle part on ne voit de
+gouttière&nbsp;; au lieu de toits inclinés, des terrasses. (Voir
+<a href="#i03">phot. 3</a>). Il suffirait de quelques fortes
+averses<span class="pagenum" id="Page_210">[210]<br>
+(11)</span> pour détremper et délayer tout un village. En revanche,
+si les habitations n’ont pas besoin d’être protégées contre la
+pluie, on s’applique avec des soins minutieux à les garantir du
+soleil&nbsp;: pas de fenêtres qui laisseraient entrer les flots de
+lumière et de chaleur&nbsp;; — d’étroites meurtrières par
+lesquelles les rayons ont peine à se glisser.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous voici hors de l’oasis, dans le désert
+salé où nous voyagerons pendant quatre jours, d’ici à Tougourt.
+Autour de nous, dans le lointain, des sites qui nous sont devenus
+familiers. C’est d’abord le djebel Harmel, ou montagne de Sable,
+chaîne de collines pierreuses, aux strates redressées. Le vent du
+désert les a noyées en partie sous de larges dunes de sable que
+percent des pointes de rocher. Du côté du Nord, l’horizon est borné
+par la chaîne de l’Aurès dont les pentes chauves laissent
+apercevoir de maigres bouquets d’arbres. A gauche, la large
+entaille représente le lit de l’oued Biskra. Derrière elle,
+quelques lignes sombres légèrement surélevées au-dessus de
+l’horizon plat du désert&nbsp;; ce sont des groupes de Palmiers,
+des oasis, et parmi elles nous reconnaissons avec plaisir l’oasis
+de Sidi-Okba, visitée, il y a quelques semaines, avec l’aimable M.
+Maupas, le naturaliste bien connu d’Alger.</p>
+
+<p>Le terrain que nous foulons, mélange confus de limon jaune et de
+cailloux, montre çà et là dans les petites dépressions des plaques
+blanches brillant au soleil. La terre est partout ici imprégnée de
+substances salines. Pendant l’hiver les eaux souterraines remontent
+à la surface du sol, et leur évaporation abandonne les sels qui se
+concrètent en une épaisse croûte blanche. (Voir <a href=
+"#i05">phot. 5</a>). Aux endroits où les matières salines ne sont
+pas assez abondantes pour que le terrain se garnisse d’une
+efflorescence<span class="pagenum" id="Page_211">[211]<br>
+(12)</span> cristalline compacte, elles forment néanmoins avec le
+limon une écorce dure qui craque sous le pied.</p>
+
+<p>Ces plaines salées ont une végétation toute particulière,
+composée en grande partie de Salsolacées à entrenœuds ou à feuilles
+charnus, et de plantes dont les organes aériens sécrètent des
+matières salines. La composition de la maîgre flore change du tout
+au tout suivant les légères modifications dans la nature du
+sol&nbsp;: qu’une différence presque inappréciable survienne, soit
+dans la salure ou dans l’humidité du terrain, soit dans les
+proportions relatives du sable et de l’argile qui forment le limon,
+aussitôt les espèces qui étaient fort bien adaptées au milieu et
+qui luttaient avec avantage contre les concurrentes, se verront
+disputer la place par d’autres, et en général elles finiront par
+être repoussées. Dans ces régions deshéritées où la vie est
+entourée de tant d’obstacles, un rien suffit à assurer la
+prééminence d’une espèce sur toutes les autres.</p>
+
+<p>La pauvreté de la flore attriste l’œil. Ainsi, nous traversons
+en ce moment une bande sablonneuse et peu salée. Examinons cette
+petite touffe hérissée de feuilles grises sur lesquelles se
+balancent de fines panicules soyeuses&nbsp;; c’est une Graminacée,
+l’<i>Aristida obtusa</i>&nbsp;; — et la touffe voisine&nbsp;; c’est
+la même&nbsp;; — et celle-ci&nbsp;; c’est encore la même&nbsp;; —
+ah&nbsp;! en voici une autre&nbsp;; non, c’est la même&nbsp;; —
+celle-là au moins est différente&nbsp;; non, c’est la même,
+seulement elle a été broutée de plus près&nbsp;; — enfin, en voici
+une&nbsp;; c’est encore la même, un peu plus avancée&nbsp;; — et
+ainsi, jusqu’au pied du djebel Harmel, l’unique espèce se répète à
+l’infini.</p>
+
+<p>La physionomie du paysage se modifie brusquement. Nous venons de
+pénétrer dans une région plus salée, et aussitôt les touffes
+clairsemées de l’<i>Aristida</i> font place à<span class="pagenum"
+id="Page_212">[212]<br>
+(13)</span> d’étranges bouquets dont les fleurs roses ont l’air
+d’avoir été piquées une à une sur des monticules de sable. (Voir
+<a href="#i06">phot. 6</a>). C’est le <i>Limoniastrum
+Guyonianum</i>, le Zeita des Arabes, une Plombaginacée frutescente.
+Le vent chargé de poussières dépose ses sédiments entre les
+branches, et l’arbrisseau butté sans répit par les rafales de sable
+en arrive à être enfoui sous une dune. Menacés à chaque minute
+d’être enterrés vivants, les malheureux végétaux ont toutes les
+peines du monde à maintenir à la lumière leurs feuilles et leurs
+fleurs. La même particularité se retrouve, quoique à un moindre
+degré, chez le <i>Nitraria tridentata</i>, un arbuste épineux de la
+famille des Zygophyllacées. Il n’existe ici qu’à l’état d’individus
+isolés, mais nous le reverrons tantôt, couvrant de vastes espaces
+de ses tertres gris dont se détachent des rameaux traînants.</p>
+
+<p>Sans relâche les plantes doivent lutter contre le sable qui tend
+à les submerger. Mais, d’autre part, l’amoncellement des grains
+quartzeux autour des branches défend celles-ci contre la
+transpiration excessive. L’avantage que la plante retire de cette
+protection n’est certes pas négligeable&nbsp;: nous remarquons tout
+de suite que les rameaux qui ont été mis à nu par la dernière
+tempête, privés maintenant de leur manteau sableux, se sont
+complètement desséchés et ne portent plus que des feuilles
+recroquevillées.</p>
+
+<p>Le principal intérêt du <i>Limoniastrum</i> réside, non dans la
+façon dont il se comporte vis-à-vis du sable, mais dans ce fait que
+la plante sécrète des substances salines qui se déposent à la
+surface des feuilles. Dans les premiers temps de notre séjour à
+Biskra, nous trouvions régulièrement, chaque matin, les Zeita
+couverts d’une rosée abondante, alors que les végétaux voisins
+étaient tout à fait<span class="pagenum" id="Page_213">[213]<br>
+(14)</span> secs. Chaque gouttelette repose sur une des squames
+salines qui garnissent les feuilles. Il est donc hors de doute que
+les sels déliquescents, éliminés par des glandes spéciales,
+attirent et précipitent la vapeur d’eau, et cela dans une
+atmosphère non saturée qui ne laisse pas tomber de rosée proprement
+dite. Il semble démontré que la plante est capable d’absorber ce
+liquide, malgré sa forte concentration. Quoiqu’il en soit, voici
+une plante dont les feuilles, pendant l’hiver et le printemps,
+changent de teinte avec les heures du jour&nbsp;: le matin, elles
+sont vertes, puisque les sels, étant dissous, ne se voient
+pas&nbsp;; quelques heures plus tard, le liquide a disparu, —
+absorbé ou évaporé, — les sels recristallisent et l’arbuste reprend
+sa teinte blafarde. Mais au mois de mai, l’air est déjà trop sec,
+même la nuit, pour que la plante puisse en extraire la moindre
+humidité.</p>
+
+<p>Lentement notre caravane passe entre les petits tertres
+pulvérulents dont les rameaux de <i>Limoniastrum</i> constituent la
+charpente, et sur la convexité desquels s’étalent leur triste
+feuillage et leurs cymes de fleurs roses. Nous dépassons les
+<i>Nitraria</i>, et à présent nous sommes dans le bois de
+<i>Tamarix</i> de Saada. C’est un bois, en effet&nbsp;; un bois
+saharien. Pas plus d’ombre que n’en donneraient des Asperges. Des
+«&nbsp;arbres&nbsp;» très espacés, aux branches flexueuses naissant
+au ras de la terre, et dont les plus fortes dressent à hauteur
+d’homme de maigres pinceaux de ramuscules effilés&nbsp;; les
+insignifiantes écailles vert-pâle, — tout ce qui reste des
+feuilles, — sont apprimées contre les entrenœuds et piquées de
+points gris. Les <i>Tamarix</i> sécrètent aussi des sels
+déliquescents, seulement au lieu que ceux-ci forment un revêtement
+cristallin presque continu, comme chez les <i>Limoniastrum</i>, ce
+ne sont que de minuscules agrégats d’une poussière grise.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_214">[214]<br>
+(15)</span>Les larges ondulations s’applanissent, la proportion de
+sable diminue et nous arrivons dans une zone basse où domine
+l’argile. La couche superficielle du terrain, lavée par les pluies
+d’hiver, a perdu la majeure partie de ses sels&nbsp;; son écorce
+dure s’est crevassée en réseau par suite du retrait de l’argile.
+Partout dans la dépression peu profonde où nous cheminons, le sol
+montre des traces manifestes de ruissellement, et à plusieurs
+reprises nous devons même contourner des ravins. Sur ce terrain,
+déjà très varié, les cailloux se sont entassés çà et là en gros
+monceaux&nbsp;; ailleurs des traînées de sable cachent le limon
+sous-jacent. Hormis les tas de pierres où rien ne pousse, toute
+cette région argileuse est garnie d’une végétation beaucoup moins
+uniforme que celle des sables salés. Au fond des ravins, poussent
+de vigoureux buissons d’une Salsolacée, l’<i>Arthrocnemon
+macrostachyum</i>&nbsp;; ses entrenœuds renflés, privés de
+feuilles, ressemblent à ceux d’un <i>Salicornia</i>. Des
+<i>Nitraria</i> et des <i>Limoniastrum</i> ont élu domicile sur les
+sables. L’espèce prédominante du limon argileux est ici le
+<i>Halocnemon strobilaceum</i>, Salsolacée à petites feuilles
+charnues, serrées les unes contre les autres sur des rameaux
+grêles&nbsp;; à l’aisselle des feuilles déjà sèches qui garnissent
+les branches de l’année dernière, se développent des bourgeons
+denses et courts, qui sont comme des verrues régulièrement
+disposées. Une dernière Salsolacée, très répandue aussi, <i>Suaeda
+vermiculata</i>, aux ramuscules enchevêtrés, garnis de petites
+feuilles cylindracées, charnues.</p>
+
+<p class="space-above15">Par terre entre les cailloux, deux plantes
+étranges — desséchées, recoquillées. — <i>Odontospermum
+pygmaeum</i> et <i>Anastatica hierochuntica</i>. Toutes deux
+présentent<span class="pagenum" id="Page_215">[215]<br>
+(16)</span> ceci de particulier que le végétal, après la maturité
+des fruits, retient énergiquement ses graines pour les empêcher de
+se perdre pendant les longues sécheresses, et qu’il ne les met en
+liberté que si une pluie vient les mouiller. On a longtemps supposé
+que le squelette ligneux, chargé de fruits mûrs, se détache du sol,
+et, devenu le jouet du vent, roule à travers le désert. Des
+observations précises, faites en premier lieu par M. Volkens
+(<span class="bold">1887</span>, p. 84) et dont il est aisé de
+vérifier l’exactitude, montrent que le végétal reste indéfiniment
+fixé par sa longue racine pivotante, réduite à son axe ligneux. Le
+vent n’a donc aucune part dans la dissémination de ces
+espèces&nbsp;; elle est effectuée par le choc des gouttes de
+pluie&nbsp;; celles-ci amènent l’étalement du végétal et
+rejaillissent ensuite de tous côtés en emportant les graines.</p>
+
+<p>La vraie Rose de Jéricho (<i>Asteriscus pygmaeus</i> ou
+<i>Odontospermum pygmaeum</i>) est une mignonne Compositacée
+Tubuloïdée dont les capitules peu nombreux, — il n’y en a souvent
+qu’un seul, — sont portés par des rameaux longs à peine de un ou
+deux centimètres. Les bractées de l’involucre sont infléchies vers
+le haut et se rejoignent au-dessus du capitule. Si nous mouillons
+un capitule, nous voyons les bractées se redresser, puis s’étaler
+jusqu’à ce que les akènes soient complètement mis à nu. L’aigrette
+des fruits est très réduite et partant ils sont peu aptes à être
+entraînés par le vent. Détachons-en quelques-uns&nbsp;: alors qu’on
+ne parvenait pas à les arracher sans les rompre quand le réceptacle
+était sec, rien n’est plus facile que de les décoller à présent.
+Dans cet état, la pluie les enlève aisément&nbsp;; toutefois, elle
+ne peut les disperser que dans un petit rayon&nbsp;; aussi
+constatons-nous que les individus<span class="pagenum" id=
+"Page_216">[216]<br>
+(17)</span> sont tous groupés les uns auprès des autres. Autour des
+<i>Odontospermum</i> racornis, des années précédentes, nous ne
+manquerons pas de trouver des exemplaires vivants, avec leurs
+feuilles lancéolées un peu velues, et les fleurons ligulés jaunes
+qui bordent le capitule.</p>
+
+<p>Nous serons moins heureux en ce qui concerne la Main de Fatma
+(<i>Anastatica hierochuntica</i>)&nbsp;: les individus desséchés
+abondent, mais les vivants sont introuvables en cette saison. Les
+squelettes fructifères de cette Cruciféracée sont souvent offerts
+en vente dans les bazars arabes sous le nom de Roses de Jéricho. En
+général l’acheteur reçoit en même temps un papier avec des
+indications sur la manière de faire refleurir la plante qui a été
+invariablement «&nbsp;cueillie en Palestine.... Trempez la Rose
+dans l’eau&nbsp;; le lendemain vous la verrez verdir et donner une
+belle fleur.&nbsp;» Inutile d’ajouter que ceci n’est qu’une des
+innombrables ruses qu’emploient les Arabes pour allécher les
+clients. Voici ce qui se produit en réalité. Les rameaux, qui à
+l’état sec sont repliés vers l’intérieur comme les doigts d’une
+main fermée, s’étalent dès qu’ils sont mouillés. De même que pour
+les bractées de l’<i>Odontospermum</i>, ces mouvements sont
+provoqués par l’hygroscopicité. Les valves de la silicule qui était
+hermétiquement fermée, s’écartent maintenant à la moindre
+pression&nbsp;; les graines s’imbibent d’eau et germent. Les
+branches mortes se garnissent ainsi d’un duvet vert&nbsp;; mais il
+est évident que jamais ces plantules ne deviennent assez grandes
+pour fleurir. Dans la nature, les choses se passent d’une façon
+analogue. La pluie détermine en premier lieu l’étalement des
+branches&nbsp;; les fruits sont donc atteints directement par les
+gouttes. Or chacune des valves de la silicule porte vers le haut
+une oreillette horizontale sur laquelle les<span class="pagenum"
+id="Page_217">[217]<br>
+(18)</span> gouttes agissent comme sur un levier pour faire
+basculer les valves. Le fruit étant ouvert, le rejaillissement du
+liquide projette les graines tout autour de la plante-mère.</p>
+
+<p>Il y a dans le Sahara plus de plantes annuelles que ne le ferait
+supposer la rigueur du climat. La plupart d’entre elles sont
+extrêmement éphémères&nbsp;: dès qu’une pluie survient, on les voit
+germer, donner des fleurs et, en toute hâte, mûrir leurs
+graines.... Tout doit être terminé avant que les dernières
+particules d’eau de pluie aient eu le temps de s’évaporer. Les
+graines mûres peuvent impunément attendre pendant des années qu’une
+nouvelle pluie leur permette de sortir de leur torpeur.</p>
+
+<p>Le décor change encore une fois&nbsp;: plus de cailloux ni de
+monticules de sables&nbsp;; une puissante couche d’argile presque
+pure coupée de ravins. L’<i>Atriplex Halimus</i> (<i>Halimus
+pedunculatus</i>) a supplanté toutes les autres espèces&nbsp;; ses
+buissons blancs, aux feuilles satinées, couvrent la plaine jusqu’à
+l’horizon d’un épais fourré gris pâle. Cette Salsolacée est appelée
+Guetaf par les Arabes&nbsp;; on en mange les jeunes pousses en
+guise d’épinards. Elle a aussi une grande importance comme
+fourrage&nbsp;: malgré son goût âcre et salé, les chameaux en sont
+très friands&nbsp;; ici même, un troupeau de plusieurs centaines
+d’individus de tout âge broutent avec voracité, sans seulement
+lever la tête pour nous regarder passer. En hiver le bétail trouve
+suffisamment de nourriture dans le Sahara&nbsp;; les pluies,
+quelque précaires qu’elles soient, font alors pousser un peu
+d’herbe sur les terrains les plus rebelles. Mais dès que l’été
+ramène ses chaleurs desséchantes, la maigre verdure s’évanouit et
+les troupeaux sont chassés vers les montagnes et les
+hauts-plateaux. Ceux que nous croisons dans le Guetaf s’en vont par
+petites journées vers les<span class="pagenum" id=
+"Page_218">[218]<br>
+(19)</span> montagnes de l’Aurès&nbsp;; ils ne reviendront qu’en
+automne, avec les premières pluies.</p>
+
+<p class="space-above15">Il est midi. Nous sommes en selle depuis
+plus de six heures et nous acceptons volontiers la proposition des
+chameliers de nous arrêter pour le déjeuner. «&nbsp;Nous serons
+très bien ici, disent-ils&nbsp;; non seulement nos bêtes trouveront
+à manger, mais les messieurs auront un peu d’ombre.&nbsp;» De
+l’ombre&nbsp;! on voit bien que les Arabes ne savent pas ce que
+c’est. Il nous font entrer dans un ravin&nbsp;; à condition de nous
+coller étroitement contre la paroi verticale, nous pourrons
+profiter de la chétive tache d’ombre que projette un
+<i>Limoniastrum</i> solitaire, posé en surplomb sur le bord de
+l’escarpement. Le repas est vite expédié, le premier de nos
+immuables déjeuners&nbsp;: sardines ou thon, pain, dattes, thé. Les
+dernières bouchées ne sont pas avalées qu’il faut se remettre en
+route, marcher sous le soleil flamboyant du plein midi.... Nous
+sommes à moitié assoupis, congestionnés par le repas, éblouis par
+l’aveuglante lumière que nous renvoient les feuilles blanchâtres du
+Guetaf. Ah&nbsp;! si nous pouvions garder les yeux fermés, laisser
+aller les mulets à leur guise&nbsp;! Mais l’étape est fort longue
+aujourd’hui, 52 kilomètres, et nous n’en avons pas encore parcouru
+la moitié&nbsp;; aussi, chaque fois que nos montures quittent le
+chemin pour vagabonder dans le désert, la matraque du muletier les
+ramène-t-elle dans la bonne voie.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous voici de nouveau dans la plaine
+sablonneuse où le roc est presque à fleur de terre, avec de larges
+plis séparés par des dépressions à peine perceptibles. De loin le
+pays semblait tout à fait plat, et on doit être
+descendu<span class="pagenum" id="Page_219">[219]<br>
+(20)</span> dans un creux pour remarquer les légers mouvements du
+terrain. Quoique les différences de niveau ne soient que de
+quelques mètres, la flore se modifie de tout point quand on passe
+de l’éminence à la dépression. Sur la hauteur il y a souvent des
+buissons de <i>Tamarix</i> déchiquetés par les coups de vent. Les
+versants sont garnis des Salsolacées que nous avons vues
+l’avant-midi&nbsp;; il s’y ajoute par place une autre espèce,
+l’<i>Echinopsilon muricatus</i>, plante grise avec de petites
+feuilles velues un peu grasses. Dans les portions déclives où la
+surface est voisine de la roche imperméable, l’humidité se conserve
+plus longtemps et les Salsolacées ont fait place à une végétation
+toute différente. Le centre est en général occupé par un massif de
+Jujubiers (<i>Zizyphus Lotus</i>). Le regard se pose avec
+complaisance sur ces arbrisseaux d’un beau vert au milieu de
+l’immensité fauve semée de plantes grises. Nos chameaux, eux aussi,
+se réjouissent à la vue de cette verdure inespérée. Mais leur joie
+est de courte durée&nbsp;: à peine ont-ils reconnu les Jujubiers
+qu’ils retournent tristement vers le chemin&nbsp;; pas moyen de
+donner un coup de dents parmi les épines crochues, acérées, qui
+défendent le feuillage. Leur désappointement est si grand qu’ils ne
+font même pas attention aux innombrables petites plantes éphémères
+qui croissent autour des arbustes. Ce sont principalement des
+Graminacées&nbsp;: <i>Stipa tortilis</i>, <i>Hordeum maritimum</i>,
+<i>Phalaris minor</i>, etc. Elles finissent de mûrir leurs fruits
+et les milliers d’aigrettes jaunes des <i>Stipa</i> reflètent le
+soleil.</p>
+
+<p>Abdallah, notre guide, nous signale à l’horizon des points en
+saillies sur une crête de sable. «&nbsp;Derrière cela, dit-il, est
+le caravansérail où nous passerons la nuit. Courage&nbsp;!&nbsp;»
+Nous forçons le pas, les yeux fixés sur les taches<span class=
+"pagenum" id="Page_220">[220]<br>
+(21)</span> foncées. Sont-ce des arbustes, des têtes de palmiers,
+des constructions, des chameaux accroupis&nbsp;? Impossible de rien
+distinguer. C’est vraiment trop loin&nbsp;; et malgré la pureté et
+la sécheresse de l’atmosphère on ne distingue que le contour sans
+aucun détail. Nous voici dans un creux, et les marques noires ne
+sont plus visibles&nbsp;; espérons qu’elles seront tout proches
+quand nous arriverons sur la hauteur. Vain espoir&nbsp;; les
+énigmatiques points sombres sont aussi indécis qu’auparavant. De
+nouvelles dépressions, de nouvelles rides à franchir. Les taches
+ont l’air de reculer à mesure que nous allons vers elles, et autour
+de nous les éternelles Salsolacées garnissent les versants
+sablonneux, les petites Graminacées font les mêmes tapis dorés
+auprès des Jujubiers verdoyants. Les heures se succèdent sans
+amener le moindre changement dans le paysage. Aurions-nous atteint
+le but, seraient-ce ces buissons-ci qu’Abdallah nous montrait il y
+a quelques heures&nbsp;? «&nbsp;Pas du tout, dit-il, ceux que je
+vous ai indiqués sont plus loin, nous les verrons dès que nous
+serons sur la hauteur, là devant nous.&nbsp;» En effet, ils
+réapparaissent au loin, bien loin, hélas&nbsp;!</p>
+
+<p>Enfin&nbsp;! nous les avons laissés derrière nous. Le bordj
+(caravansérail) se voit à quelques kilomètres d’ici. Il est grand
+temps que nous descendions de nos mulets&nbsp;: voilà plus de onze
+heures que nous marchons, et c’est long, onze heures, pour des gens
+qui n’ont jamais fait d’équitation.</p>
+
+<p class="space-above15">Ces caravansérails sont établis par les
+autorités militaires. Pour pouvoir y passer la nuit, on doit être
+muni d’une lettre de diffa, c’est-à-dire d’une autorisation
+délivrée par le commandant militaire&nbsp;; elle donne droit,
+moyennant<span class="pagenum" id="Page_221">[221]<br>
+(22)</span> une équitable rémunération, à la chambre pour les
+voyageurs, à l’écurie pour les montures, enfin à la diffa,
+c’est-à-dire au repas arabe.</p>
+
+<p>Pas trop confortable, le bordj de Chegga. La chambre à laquelle
+on nous mène ne possède pas un meuble. Sur le sol battu nous
+étalons nos couvertures&nbsp;: voilà notre lit&nbsp;; il ne sera
+certes pas fort moelleux, mais nous sommes assez éreintés pour que
+la dureté de la couche ne nous empêche pas de dormir. Le fait est
+que nous sommes littéralement exténués, à tel point que nous
+n’avons pas même le courage de manger. Pourtant nous ne pouvons pas
+aller nous coucher tout de suite. L’eau de Chegga est trop suspecte
+pour que nous osions la boire telle quelle&nbsp;; il faut la
+bouillir et en faire du thé&nbsp;: nous aurons ainsi, enfermée dans
+deux grands bidons en fer-blanc, notre ration de liquide pour le
+lendemain. Pendant que nous préparons le thé, nous jetons un coup
+d’œil sur le spectacle qui se déroule devant nous. Au milieu du
+grand cercle que forment les bagages et les chameaux entravés pour
+la nuit, nos hommes ont allumé des feux pour cuire leur couscouss.
+Immédiatement au-delà, le désert, le grand désert vide où les
+touffes de Salsolacées se poursuivent à perte de vue&nbsp;; un ciel
+sans nuages, où brille la lune, plus blanche, semble-t-il, que chez
+nous.</p>
+
+<p>Le lendemain nous sommes levés avant le soleil. La toilette
+n’est pas longue&nbsp;: on couche tout habillé et il n’y a qu’à se
+mettre debout pour être prêt. Pendant qu’on charge les mulets et
+les chameaux, nous avalons à la hâte quelques dattes. On charge les
+mulets, disons-nous. En effet, ils n’ont pas de selle&nbsp;; par
+dessus le bât, on étale un tellis, immense sac en poil de chameau,
+dont les coins servent d’étrier, et dans lequel on fourre les
+appareils<span class="pagenum" id="Page_222">[222]<br>
+(23)</span> photographiques, le déjeuner de midi, ainsi que nos
+sacoches avec les bocaux et les ustensiles dont nous pourrions
+avoir besoin pendant la marche. Sur le tellis, notre literie,
+c’est-à-dire les couvertures et les cabans.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous reprenons notre pèlerinage. Pendant
+toute la matinée le paysage reste identiquement ce qu’il était la
+veille&nbsp;: un plateau à grands plis arrondis, larges mais peu
+élevés, où le rocher perce au travers du sable ou du limon. La même
+flore aussi&nbsp;: <i>Suaeda vermiculata</i>, <i>Echinopsilon
+muricatus</i>, <i>Limoniastrum Guyonianum</i>, <i>Nitraria
+tridentata</i>.</p>
+
+<p>Dans les endroits rocailleux, une nouvelle Salsolacée s’y
+ajoute, <i>Anabasis articulata</i>. Ses entrenœuds sont charnus
+comme ceux de <i>Salicornia</i>. Dans le tout jeune âge, ils
+laissent voir une faible coloration verte sous l’épiderme
+gris&nbsp;; mais dès qu’ils vieillissent ils prennent une teinte
+crayeuse. Ces portions anciennes se détachent et forment autour du
+chétif buisson un amas qui ressemble à des lombrics pétrifiés.
+(Voir <a href="#i02">phot. 2</a>). Il est probable que la
+désarticulation des rameaux âgés est un moyen qu’emploie la plante
+pour se débarrasser d’un excès de sels minéraux. Les végétaux
+adaptés à vivre dans les terrains salés supportent, nous le savons,
+de grandes doses de sels. Néanmoins il arrive un moment où les
+matières minérales se concentrent au point de gêner le
+fonctionnement de l’organisme, et en particulier l’assimilation
+chlorophyllienne. Pour éviter que ces substances n’encombrent les
+tissus, l’<i>Anabasis</i> les fait émigrer vers les portions
+anciennes dont la chute est imminente.</p>
+
+<p>Dans les sables nous remarquons également, sur le fond uniforme
+de la flore, quelques espèces que nous n’avions<span class=
+"pagenum" id="Page_223">[223]<br>
+(24)</span> pas encore rencontrées&nbsp;: <i>Centaurea
+furfuracea</i>, une herbe annuelle presque sans tige, avec un
+unique capitule posé sur le sable&nbsp;; <i>Atractylis flava
+glabrescens</i> (<i>A. citrina</i>), minuscule chardon à capitules
+jaunes, chez lequel les fleurons périphériques sont si développés
+que l’ensemble donne l’impression d’un capitule de
+Corymbifère&nbsp;; enfin une Rosacée à feuilles grises, <i>Neurada
+procumbens</i>. C’est «&nbsp;une petite plante herbacée appliquée
+sur le sol, dont les fruits restent enfermés dans le calice
+accrescent. Ces fruits, pareils à des boutons, germent à la moindre
+pluie. La sécheresse revient parfois avant qu’ils aient pu produire
+autre chose que des radicules. Si l’on essaye de ramasser ces
+fruits qui semblent secs, on est tout étonné d’éprouver une vive
+résistance. Ce sont les radicules qui les ont fixés au sol. On
+dirait qu’on y a cousu des boutons&nbsp;» (Battandier et Trabut.
+<span class="bold">1898</span>, p. 165.)</p>
+
+<p class="space-above15">Nous allons voir enfin du neuf. Encore
+quelques pas et nous sommes devant le chott Melrhir. Les chott, on
+le sait, sont des lacs&nbsp;: sur les cartes géographiques ils sont
+marqués en bleu, de même que les cours d’eau.</p>
+
+<p>Il est immense, le Melrhir. Jusqu’à l’horizon, on voit se
+soulever les vagues ourlées d’écume. La falaise par laquelle nous
+allons descendre, cesse brusquement pour reparaître au loin, plus
+haute, plus escarpée. Çà et là un îlot surgit, tout vert au milieu
+des flots jaunâtres. Devant nous, de l’autre côté du chott, une
+oasis de Dattiers. A nos pieds, une plage unie, en pente
+douce&nbsp;; de la vase argileuse sur laquelle se détachent des
+plantes cendrées, par petites touffes rondes. Nous relevons les
+yeux. La ligne de falaises se profile maintenant au-dessus de
+l’horizon. Elle n’est plus continue comme tantôt&nbsp;: de
+profondes<span class="pagenum" id="Page_224">[224]<br>
+(25)</span> entailles la découpent, et de plus, elle s’est avancée
+vers la gauche. Voilà qu’un nouvel îlot se montre&nbsp;! Où donc
+sont ceux que nous admirions il y a un instant&nbsp;? Et cette
+rangée de vagues qui déferlaient&nbsp;? Elle se maintient
+immobile&nbsp;! Qu’est-ce donc que ce lac où les flots sont figés,
+mais dont les bords et les îles se déplacent&nbsp;? Illusions,
+mirage, tout cela. Le chott Melrhir est complètement à sec. L’eau
+blonde est de la boue durcie&nbsp;; l’écume n’est autre chose qu’un
+dépôt cristallin de sel et de gypse&nbsp;; les îlots et les
+falaises, c’est le soleil qui se joue dans les couches d’air
+inégalement surchauffées. Une seule chose est réelle, c’est l’oasis
+d’Ourhir, là-bas en face de nous.</p>
+
+<p>Le chott Melrhir est le dernier de toute une suite de lacs qui
+du golfe de Gabès s’étendent vers l’intérieur du Sahara. C’est par
+là que s’écoulaient autrefois à la Méditerranée les eaux du fleuve
+qui descendait des hauteurs du Grand-Désert, et dont nous
+remonterons jusqu’à Ouargla le cours maintenant tari. Le lac
+lui-même n’est plus qu’un vaste bourbier&nbsp;; sa lisière seule
+est assez résistante pour supporter une caravane, tandis que tout
+le milieu est occupé par d’insondables couches de vase sur
+lesquelles les efflorescences salines font une croûte
+illusoire&nbsp;: tout animal qui s’y risque est aussitôt enlisé.
+Pas un brin d’herbe ne pousse sur la boue saturée de sel&nbsp;;
+au-dessus de cette solitude réfractaire à toute vie, aucun oiseau
+ne plane. Jadis il y avait ici un grand lac, alimenté par un fleuve
+abondant&nbsp;; ses rives étaient sans doute garnies de bosquets et
+de prairies. L’insatiable soleil a tout dévoré, et le vide qu’il a
+créé, il le peuple de fantômes, de mirages décevants.</p>
+
+<p>Ce lac pâteux se desséchera encore davantage. L’apport d’eau par
+les pluies ne compense pas l’évaporation. Il ne<span class=
+"pagenum" id="Page_225">[225]<br>
+(26)</span> tombe pas ici 20 centimètres d’eau par an, quantité
+insignifiante dans un pays où, déjà le 2 mai, notre thermomètre
+marque 34°. Du reste, le Sahara tout entier subit un sort
+analogue&nbsp;; partout l’équilibre est rompu entre les
+précipitations atmosphériques et l’évaporation, et fatalement le
+désert est condamné à devenir de plus en plus aride.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous sommes descendus sur la vase
+solidifiée qui forme la plage du Melrhir. La surface raboteuse a la
+consistance de la pierre. La route passe à égale distance des
+berges éboulées qui bordent le lac et des nappes salines brillant
+au soleil. Pendant trois heures nous passons entre les touffes
+isolées de plantes halophiles. (Voir <a href="#i07">phot. 7.</a>)
+Ce sont des <i>Halocnemon strobilaceum</i> en buissons assez
+denses, souvent bruns ou même carminés, et des <i>Limoniastrum
+Guyonianum</i> dont les rameaux noirs tordus, non cachés ici par le
+sable, supportent des feuilles d’une teinte indécise, verdâtre ou
+grisâtre. Parmi ces deux plantes qui forment le fond de la flore,
+quelques <i>Tamarix</i>, gris également, et de rares <i>Anabasis
+articulata</i> avec leur aspect de fossiles.</p>
+
+<p>Chose peu commune, le pays que nous foulons est à une trentaine
+de mètres au-dessous du niveau de la Méditérranée. C’est l’un des
+arguments qui ont été invoqués en faveur de la théorie de la mer
+saharienne&nbsp;: on avait imaginé que le Sahara est le fond d’une
+mer récemment asséchée. D’après cette hypothèse, maintenant
+reléguée parmi les fables, les rangées de dunes marquent les étapes
+successives du retrait de la mer, les amas de cailloux et les
+sables dénués d’humus sont les restes des anciennes grèves, les
+chott, enfin, représentent les cuvettes dans<span class="pagenum"
+id="Page_226">[226]<br>
+(27)</span> lesquelles les eaux viennent se concentrer. Il avait
+même été question de creuser un canal pour permettre à la
+Méditerranée de reprendre possession du Grand Désert. Mais on sait
+à présent que les régions déprimées sont tout à fait
+exceptionnelles et que le percement du seuil de Gabès amènerait
+seulement l’immersion du Melrhir et de quelques chott voisins. La
+mer intérieure que l’on créerait ainsi ne couvrirait qu’une infime
+portion du Sahara<a id="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1"
+class="fnanchor">[1]</a> et ne pourrait donc pas exercer sur le
+climat européen l’influence bienfaisante qu’en attendait le
+commandant Roudaire, l’auteur du projet.</p>
+
+<p>Le Sahara n’est pas non plus aussi plat qu’on se le figurait. Il
+ne ressemble en aucune façon à la description classique&nbsp;:
+«&nbsp;du sable, rien que du sable sans cesse remanié par le
+simoun&nbsp;; une vaste plaine, toute unie, où les seuls objets sur
+lesquels la vue puisse se reposer sont des ossements blanchis,
+restes des caravanes qui ont succombé à la soif ou qui ont été
+ensevelies sous la poussière&nbsp;; un pays tellement sec qu’aucune
+herbe n’y pousse&nbsp;; à travers lequel, suivant une expression
+pittoresque, on peut voyager pendant des semaines sans rencontrer
+seulement de quoi se faire un cure-dent&nbsp;». En réalité, ce
+n’est pas ainsi du tout. La structure géologique du Sahara est fort
+variée. Sa surface est aussi accidentée que celle de maint pays
+d’Europe&nbsp;; d’après les dernières données, son élévation
+moyenne est de 460 mètres, soit de 170 mètres plus forte que celle
+de l’Europe. Enfin, nulle part le sol ne reste nu sur une grande
+étendue. La végétation n’est certes pas<span class="pagenum" id=
+"Page_227">[227]<br>
+(28)</span> luxuriante, ni comme nombre d’individus, ni comme
+espèces&nbsp;: le Sahara tout entier, presque aussi grand que
+l’Europe, ne renferme qu’un millier de plantes différentes, dont la
+moitié environ existent dans le Sahara algérien. Mais chacune de
+ces espèces couvre, soit seule, soit associée à un petit nombre
+d’autres, d’immenses espaces.</p>
+
+<p>C’est son uniformité qui donne à la flore saharienne son
+caractère propre. Le désert n’est pas vide, il est seulement
+monotone. Ah&nbsp;! s’il n’y avait rien, on en prendrait son parti,
+on saurait qu’il est inutile de regarder. Mais non. Sans relâche de
+nouvelles plantes semblent s’offrir au botaniste&nbsp;; on
+s’approche, on examine, et on revient déçu. Depuis que nous sommes
+descendus sur le chott Melrhir, combien de fois ne nous sommes-nous
+écartés de notre caravane, attirés par une touffe plus étalée ou
+plus haute, plus verte ou plus rouge, et toujours en vain. Les
+quatre éternelles espèces nous poursuivront jusqu’à l’autre bout du
+chott.</p>
+
+<p class="space-above15">Heureusement nous sommes près d’Ourhir.
+Nous connaissons assez les oasis pour ne pas nous attendre à
+rencontrer un nid de verdure, où les ruisseaux murmurent gaîment
+parmi les fleurs, à l’ombre des grandes palmes balancées par le
+vent. Des oasis aussi poétiques n’existent que dans les écrits des
+littérateurs qui n’ont jamais été au Sahara et qui, pour imager
+leur style, opposent l’oasis riante au désert mort. Pourtant après
+les deux journées que nous venons de passer en pleine sauvagerie, —
+ce sont les premières du voyage et nous ne sommes pas encore
+habitués à cette existence, — nous saluons avec joie la maison
+européenne qui s’élève au milieu des Palmiers.<span class="pagenum"
+id="Page_228">[228]<br>
+(29)</span> Nous avons une lettre d’introduction pour M. Bonhoure,
+le directeur des plantations d’Ourhir. Cette oasis dépend de la
+«&nbsp;Société du Sud Algérien&nbsp;» qui possède encore d’autres
+cultures dans la vallée de l’oued Rirh, en particulier à
+Sidi-Yahia, où nous serons reçus demain soir.</p>
+
+<p>Les oasis exploitées par des Français sont beaucoup moins
+pittoresques que celles des Indigènes&nbsp;: les Dattiers sont
+plantés en quinconce entre des rigoles qui se coupent à angle
+droit. Il n’y a plus ici de rivières pour arroser les arbres, et
+toute l’eau est fournie par des puits artésiens. Sous l’ancien
+fleuve dont le lit, maintenant à sec, se poursuit depuis les
+hauteurs du Sahara central jusqu’au chott Melrhir, il existe une
+nappe artésienne, véritable fleuve souterrain dont l’eau est
+ramenée à la surface par des puits. Ceux-ci sont forés par
+l’atelier militaire sous la direction de M. l’ingénieur Jus,
+«&nbsp;Bou el Ma&nbsp;», «&nbsp;le Père de l’Eau&nbsp;», comme
+l’appellent les Arabes.</p>
+
+<p>Ourhir possède sept puits donnant huit à neuf mille litres d’eau
+à la minute. Cette masse d’eau, qui paraît énorme au premier abord,
+suffit à peine en été pour abreuver les vingt-cinq mille Palmiers
+qui composent l’oasis, grande de cent vingt-cinq hectares. Pendant
+la saison où la transpiration est active, il faut donc à un Dattier
+environ un quart de litre d’eau par minute. Mais, ainsi que nous le
+faisait remarquer notre hôte, beaucoup de liquide se perd avant
+d’arriver aux racines. En vue de réduire cette déperdition, on
+vient d’établir une fabrique de tuyaux en terre cuite, destinés à
+remplacer la canalisation à ciel ouvert.</p>
+
+<p>Les plantations françaises ne payent pas d’impôt, tandis que les
+Arabes doivent acquitter une taxe annuelle de dix à vingt-cinq
+centimes par Palmier. Malgré cette imposition,<span class="pagenum"
+id="Page_229">[229]<br>
+(30)</span> la culture du <i>Phœnix</i> progresse d’année en année
+et les Indigènes de l’oued Rirh, gagnés par l’exemple des Français,
+commencent à faire exécuter des sondages. A l’heure qu’il est,
+beaucoup d’oasis arabes sont déjà irriguées par des puits
+jaillissants. Ces puits qui sont profonds d’environ 70 mètres et
+donnent de l’eau à 24°, coûtent chacun de quatre à cinq mille
+francs.</p>
+
+<p>Quelle bonne soirée nous avons passée là, avec la charmante
+famille Bonhoure, sur la terrasse d’où le regard plane par dessus
+les Dattiers. D’abord c’est le soleil qui se couche sur le désert,
+mettant des zébrures pourpres aux palmes luisantes&nbsp;; c’est le
+chott qui étale jusqu’à l’infini sa tristesse de mort. Puis, quand
+tout fut envahi par les mystères du soir, un orage éclate sur les
+sommets de l’Aurès. Les montagnes sont distantes de plus de cent
+kilomètres&nbsp;; mais telle est la transparence de l’atmosphère
+que chaque éclair fait voir dans tous leurs détails les forêts, les
+ravins et les larges pans de rochers escarpés.</p>
+
+<p>Le lendemain nous sommes éveillés par la voix de notre
+hôte&nbsp;: «&nbsp;Vite, venez voir le soleil se lever sur la
+mer.&nbsp;» C’est admirable, en effet&nbsp;: sur l’horizon du chott
+Melrhir, un horizon rectiligne, sans un accident, sans une
+aspérité, le soleil monte flamboyant, tout seul dans le ciel.</p>
+
+<p>Un coup d’œil rapide sur l’intéressant jardin que Madame
+Bonhoure a su créer sous les Dattiers. «&nbsp;En cette saison, me
+dit-elle, il faut l’inonder tous les deux ou trois jours. C’est
+incroyable ce qu’il a fallu essayer d’espèces avant d’en trouver
+quelques-unes qui soient capables de supporter le climat excessif
+du désert.&nbsp;» Les Rosiers, les Œillets, les <i>Gaillardia</i>
+annuels, les Amarantes et les<span class="pagenum" id=
+"Page_230">[230]<br>
+(31)</span> Chrysanthèmes du Japon sont magnifiques. Ces derniers
+fleurissent de septembre à novembre. La Capucine grimpante
+(<i>Tropaeolum majus</i>) reste toujours naine&nbsp;: la sève
+s’évapore pendant son trajet dans la tige grêle, et celle-ci
+n’atteint jamais plus de trente centimètres de longueur. Chez les
+plantes ligneuses la sève est mieux protégée contre la
+transpiration, et la croissance en longueur peut s’effectuer. Aussi
+ne nous étonnerons-nous pas de voir des Vignes former des berceaux
+de feuillage à l’ombre des Palmiers.</p>
+
+<p class="space-above15">Bientôt nous sommes à l’oasis de Mrhaïer,
+que les Arabes ont fertilisée à l’aide de puits artésiens. Le
+village, purement indigène, est fort pittoresque et présente bien
+les caractères typiques des bourgades de l’oued Rirh. On choisit un
+fond argileux, assez humide pour fournir de la boue. Celle-ci est
+gâchée et façonnée en «&nbsp;tob&nbsp;», grandes briques qu’on
+sèche au soleil. Voilà les seuls matériaux de construction, avec
+quelques troncs de Palmier pour soutenir la terrasse. Les maisons
+basses, cubiques, sont jetées sans ordre le long de ruelles
+tortueuses. Autour du village, la tranchée dans laquelle on a pris
+la boue pour le tob a été élargie en un fossé où viennent se
+déverser toutes les immondices. Il faut avoir passé à côté de ces
+égoûts, un jour de forte chaleur, pour se rendre compte de l’odeur
+que peuvent dégager les résidus d’une agglomération humaine.</p>
+
+<p class="space-above15">Jusqu’à la halte du soir, le pays reste
+invariablement le même&nbsp;; c’est toujours le désert salé et
+gypseux. Ici nous contournons des dunes, ailleurs nous passons dans
+des fonds limoneux. Parfois aussi la roche sous-jacente
+est<span class="pagenum" id="Page_231">[231]<br>
+(32)</span> presque à nu sur un grand espace&nbsp;; le sable est
+alors émaillé de lamelles de gypse qui brillent au soleil comme des
+éclats de verre. A plusieurs reprises, nous longeons de très près
+la falaise, éboulée par places, qui borde l’oued Rirh. Le fleuve
+desséché est tellement large qu’il nous est impossible d’apercevoir
+l’autre rive.</p>
+
+<p>Fait route dans la matinée avec un groupe de pèlerins montés sur
+des bourriquets. Ils sont allés au marabout de Sidi-Makfi, dans
+l’oasis d’Ourhir, et rapportent des roses dans le capuchon de leur
+burnous. De temps en temps ils en détachent quelques pétales et les
+froissent pour en faire une boulette qu’ils s’enfoncent dans la
+narine gauche. Cette façon de jouir d’une fleur est fort en vogue
+auprès des «&nbsp;élégants&nbsp;» du Sahara. Nos compagnons de
+route n’ont plus la peau mate des Arabes d’Algérie. Les lèvres sont
+grosses, le nez est épaté et le teint brun foncé&nbsp;: ils
+appartiennent à la race fortement métissée de nègre qui habite à
+l’état sédentaire les oasis de toute la vallée. Les Nomades seuls
+ont conservé le type pur.</p>
+
+<p>Nous nous séparons près d’une source que deux Palmiers
+solitaires signalaient de loin. C’est un trou, large de deux pieds,
+creusé dans une butte de sable&nbsp;; le mince filet d’eau qui
+s’écoule de la fontaine est bu aussitôt par le désert. Le cheikh
+nous invite à venir passer une journée dans son village dont nous
+voyons les Dattiers à quelques kilomètres de nous. Il serait sans
+doute fort intéressant de visiter une plantation faite par des
+Arabes, loin de tout contact européen. Mais le temps fait défaut.
+Nous remercions le cheikh de son aimable offre. <em>Salam
+alekoum&nbsp;!</em> Salut&nbsp;!</p>
+
+<p>En toute une journée, nous ne rencontrons qu’une seule plante
+curieuse, le <i>Frankenia thymifolia</i>, un
+sous-arbrisseau<span class="pagenum" id="Page_232">[232]<br>
+(33)</span> dont les minuscules feuilles disparaissent sous les
+cristaux grisâtres qu’elles ont sécrétés. Les rameaux font l’effet
+de branchettes qui ont séjourné dans une fontaine pétrifiante.</p>
+
+<p>L’oasis de Sidi Yahia, où le directeur, M. Cornu, nous souhaite
+la bienvenue, est toute récente&nbsp;; les Palmiers commencent à
+peine à fructifier.</p>
+
+<p class="space-above15">Le lendemain matin, nous visitons avec
+notre aimable hôte l’oasis d’Ayata dont il gère également
+l’exploitation. C’est l’une des premières qui aient été établies
+par la «&nbsp;Société du Sud-Algérien.&nbsp;» Elle est très
+prospère et plantée principalement en Deglet-Nour, un Dattier dont
+le fruit atteint une haute valeur. On a tenté ici la domestication
+de l’Autruche&nbsp;; les expériences n’ont pas donné de résultats
+fort encourageants, et actuellement le parc ne renferme plus qu’un
+seul couple. Sous les Palmiers, il y a beaucoup de cultures
+accessoires&nbsp;; ainsi, on est occupé à moissonner quinze
+hectares de magnifique orge. M. Cornu essaie aussi de cultiver en
+grand les asperges. Les produits sont très beaux et très
+hâtifs&nbsp;; seulement, les marchés sont trop éloignés&nbsp;: les
+asperges, expédiées jeunes et tendres, lignifient en route leurs
+vaisseaux et leurs fibres, et quand elles arrivent en France elles
+sont devenues dures et impropres à la consommation.</p>
+
+<p>Avant de faire nos adieux à M. Cornu, nous remplissons nos
+outres et nos bidons à l’un des puits d’Ayata. C’est la meilleure
+eau de toute la contrée&nbsp;: elle ne laisse qu’un résidu de 2 à 3
+grammes par litre, alors que les autres contiennent de 5 à 10 % de
+matières salines. Les sels sont surtout des chlorures et des
+sulfates de sodium, de calcium et de magnésium. Dire qu’en Europe
+une eau<span class="pagenum" id="Page_233">[233]<br>
+(34)</span> n’est réputée potable que si elle contient au plus un
+millième de matières dissoutes&nbsp;! «&nbsp;Chaque fois que je
+vais en France, nous dit M. Cornu, j’ai de la peine à m’habituer de
+nouveau à l’eau. Elle est insipide&nbsp;; c’est comme de l’eau de
+pluie.&nbsp;» Les eaux du Sahara, par contre, n’ont que trop de
+goût. Et l’amertume que leur communique la magnésie ne serait rien
+encore si cette substance n’avait pas des propriétés purgatives si
+accentuées.</p>
+
+<p class="space-above15">Les chameaux sont partis bien avant nous.
+Il faudra marcher vite pour les rejoindre. Peu importe, du reste,
+qu’on flâne ou qu’on presse le pas, puisque tout de même, il n’y a
+rien à recueillir. Dès que l’on a dépassé quelques larges bosses de
+sable avec leur flore immuable, on arrive dans les sebkha qui
+annoncent le grand fond boueux de Tougourt. Le sebkha est un
+diminutif du chott. C’est une dépression, d’ordinaire sans issue,
+dans laquelle le liquide se rassemble quand par hasard il tombe une
+averse, et où affleure l’eau souterraine. Sur l’argile glissante,
+pas un caillou, pas un brin d’herbe (Voir <a href="#i08">phot.
+8</a>). Une fosse, parfois, dont les bords sont durcis par des
+concrétions salines. Dans l’eau nagent des paquets poisseux de
+Cyanophycées, entremêlés de trémies de sel.</p>
+
+<p>Nous sommes devant le premier sebkha, au milieu de la végétation
+halophyte que nous avons déjà tant vue. «&nbsp;Dis donc, Abdallah,
+est-ce que tu vas nous conduire à travers cette lagune.&nbsp;» —
+«&nbsp;Pourquoi pas&nbsp;!&nbsp;» — «&nbsp;Eh bien&nbsp;! et
+l’eau&nbsp;?&nbsp;» — «&nbsp;Venez toujours&nbsp;; nous verrons
+bien.&nbsp;» Nous descendons. A mesure que nous avançons, l’eau
+s’écarte, comme devant les Hébreux dans la mer Rouge. Arrivés sur
+la rive opposée, nous regardons derrière nous&nbsp;:<span class=
+"pagenum" id="Page_234">[234]<br>
+(35)</span> l’eau est toujours là, calme, limpide, reflétant le
+bleu du ciel et les <i>Tamarix</i> qui dominent l’autre bord.</p>
+
+<p>C’est encore une fois du mirage. La nappe liquide n’est pas
+réelle. Rien d’étonnant à ce que nous ayons été trompés&nbsp;:
+l’illusion est en effet si complète que l’eau apparaît même en
+photographie. (Voir <a href="#i08">phot. 8.</a>) Tout contre le
+sol, une couche d’air, surchauffée par la réverbération de la
+chaleur, est devenue beaucoup moins réfringente que les strates
+voisines. Elle ne se laisse plus traverser par les rayons obliques,
+et ceux-ci y subissent la réflexion totale. Le ciel et les objets
+situés près de l’horizon se réfléchissent donc sur cet air embrasé,
+comme si c’était une nappe liquide. Marchez vers cette eau
+fallacieuse, elle se dérobe&nbsp;: les rayons lumineux ne la
+frappent plus avec une obliquité suffisante. Qu’une bouffée de vent
+survienne, la couche d’air doucement agitée vous donnera
+l’impression d’une flaque qui se ride sous la brise.</p>
+
+<p>Les sebkha se succèdent et se ressemblent, tristes et nus&nbsp;;
+au fond de tous dort une onde illusoire. Nous voyons enfin pointer
+à l’horizon les minarets de Tougourt. En même temps que nous, entre
+dans la ville une caravane chargée de madriers et de poutrelles de
+fer, qui a quitté Biskra une semaine avant nous. Nos chameliers
+sont fiers de raconter qu’ils ont franchi en quatre jours les deux
+cent et quelques kilomètres qui séparent les deux villes.</p>
+
+<p>Du côté de l’Ouest, Tougourt confine au désert. On marche
+péniblement dans le sable mou des dunes, où les mulets enfoncent
+jusqu’au jarret, et l’instant d’après on se trouve dans l’animation
+du marché, au milieu des échoppes. La belle oasis de 170,000
+Palmiers arrosée par des puits artésiens, est établie dans le grand
+sebkha qui occupe le confluent de deux fleuves taris&nbsp;: l’oued
+Mya, à<span class="pagenum" id="Page_235">[235]<br>
+(36)</span> gauche, et l’oued Igharghar, à droite. Tous deux
+descendent du Sud. L’oued Rirh que nous avons remonté jusqu’ici
+résulte de la jonction de ces deux grandes rivières mortes.</p>
+
+<h2><a id="c2"></a><span class="bold">2. — Les sables d’El Erg
+oriental.</span>
+</h2>
+
+<h3><em>A</em>) <span class="sc">Dans les dunes du
+Souf</span>.</h3>
+
+<p>Les sables sont loin de couvrir la totalité du désert,
+contrairement à ce qu’on a supposé si longtemps. Il est admis à
+présent qu’ils n’en occupent que la neuvième partie. Les Arabes ont
+comparé les vallées irrégulièrement anastomosées qui circulent
+entre les rangées de dunes à un réseau de veines (<em>erg</em>. pl.
+<em>areg</em>, veine). Il y a deux grands districts à dunes dans le
+Sahara algérien. El Erg oriental s’avance jusqu’à l’oued Rirh et à
+l’oued Mya&nbsp;; il s’étend aussi en Tunisie et en Tripolitaine.
+El Erg occidental occupe le sud de la province d’Oran et une partie
+du Maroc.</p>
+
+<p>Nous allons voyager à travers El Erg oriental pendant une
+quinzaine de jours&nbsp;; d’abord en nous rendant à El Oued, la
+ville principale du Souf, d’où nous reviendrons sur nos pas à
+Tougourt&nbsp;; ensuite en remontant le cours de l’oued Mya,
+jusqu’à Ouargla.</p>
+
+<p>Rien de plus difficile que de se retrouver dans le dédale de
+vallées toutes semblables que laissent entre elles les dunes du
+Souf, très hautes, très enchevêtrées. Aucune route n’a pu y être
+établie&nbsp;; tout au plus reconnaît-on la piste qui marque
+l’itinéraire des caravanes. Pour faciliter la traversée, l’autorité
+militaire a fait établir des gmira, pyramides de pierre qui
+occupent le sommet des plus<span class="pagenum" id=
+"Page_236">[236]<br>
+(37)</span> hauts monticules. Entre Tougourt et El Oued, distants
+de 90 kilomètres, dix gmira jalonnent le chemin. Quand aucun de ces
+signaux n’est en vue, on n’a plus d’autres points de repère que les
+poteaux télégraphiques. Dès que le vent souffle, tous les moyens
+d’orientation disparaissent à la fois&nbsp;: la foulée des chameaux
+s’efface sous une nappe de sable vierge, les nuages de poussière
+cachent les gmira et les poteaux, le soleil lui-même est voilé. Si
+l’on n’a pas alors avec soi un guide habile, connaissant les
+moindres replis de la contrée, on risque fort de s’égarer et de ne
+pas trouver les puits. Malgré les protestations d’Abdallah qui
+prétend être allé cinquante fois à El Oued, le colonel Pujat,
+commandant de Tougourt, nous adjoint un Nomade de la tribu des
+Ouled Sahia.</p>
+
+<p>Elle a piteuse apparence, notre caravane, quand elle s’ébranle
+le 6 mai, vers trois heures du matin, à la clarté de la pleine
+lune. Un seul chameau, et quel chameau&nbsp;! Une bête bizarre,
+capricieuse, qui n’avance que par boutades, tantôt galopant à
+travers tout, avec des soubresauts qui ne présagent rien de bon
+pour nos verreries et nos microscopes, tantôt s’obstinant à rester
+agenouillée pour repartir tout à coup comme le vent. Avec ça,
+galeuse des pieds à la tête et enduite d’une copieuse couche de
+goudron, le remède favori des Arabes contre la gale du chameau.</p>
+
+<p>Bien avant le lever du soleil, nous escaladons la berge
+orientale de l’Oued Rirh, d’où nous jetons un coup d’œil sur la
+ville déjà lointaine et sur l’oasis qui surgit du fond du vaste
+sebkha.</p>
+
+<p class="space-above15">Tout de suite nous sommes en plein pays de
+dunes. Le manteau de sable posé sur un sous-sol dur, gypseux,
+imperméable,<span class="pagenum" id="Page_237">[237]<br>
+(38)</span> est encore peu épais. Nous n’y observons d’autres
+plantes que celles que nous avons déjà vues dans les endroits salés
+de l’oued Rirh&nbsp;: leurs racines plongent jusqu’au voisinage de
+la roche et puisent une eau chargée de matières salines. Mais petit
+à petit, à mesure que nous avançons vers l’Est, la puissance de la
+couche de sable augmente, et la végétation halophile est remplacée
+par des espèces sabulicoles.</p>
+
+<p>A part un groupe de dunes échancrées en croissant, et la
+profonde dépression qui abrite le puits et le caravansérail de Bir
+Roumi, la région que nous parcourons aujourd’hui est peu
+accidentée. Dans son ensemble c’est une plaine légèrement bosselée,
+garnie de végétaux clairsemés entre lesquels le sable brille au
+soleil. Nulle part on ne voit ici d’étendues gazonnées revêtues
+d’un dense tapis d’herbes et de mousses, comme il y en a dans les
+dunes littorales de l’Europe moyenne.</p>
+
+<p>La plante la plus répandue, et en même temps la plus importante
+pour l’alimentation des troupeaux est le Drîn (<i>Aristida
+pungens</i>), une Graminacée qui de loin ressemble à l’Oyat
+(<i>Ammophila arenaria</i>) des sables maritimes de l’Europe&nbsp;:
+mêmes feuilles un peu glauques, raides et piquantes, mêmes touffes
+serrées, isolées les unes des autres, que dépassent les
+inflorescences pâles. (Voir <a href="#i14">phot. 14.</a>) Mais chez
+le Drîn, les panicules sont largement étalées et non
+contractées&nbsp;; de plus sa souche est moins longuement traçante.
+Quand on l’arrache, on constate que les racines, au lieu de
+s’enfoncer verticalement dans le sol, s’allongent près de la
+surface jusqu’à une distance d’une vingtaine de mètres. La plante
+ne cherche donc pas à atteindre les réserves liquides cachées dans
+le sol&nbsp;; étalant ses racines sur un large espace, elle
+s’efforce, au contraire, de<span class="pagenum" id=
+"Page_238">[238]<br>
+(39)</span> profiter des pluies éventuelles, quelques faibles
+qu’elles soient. Il y a naturellement un grand avantage pour le
+Drîn à pouvoir absorber l’eau par toute la longueur de ses racines,
+et pas uniquement par leur portion jeune, la seule qui d’ordinaire
+soit garnie de poils radicaux. Aussi remarquons-nous que l’appareil
+souterrain n’a pas du tout l’aspect habituel&nbsp;: d’un bout à
+l’autre, une racine longue de vingt mètres est entourée d’une gaine
+résistante, dure, de particules de sable collés aux poils. Loin de
+subir l’exfoliation périphérique, ces racines gardent vivants leurs
+poils absorbants, les plus éphémères peut-être de tous les organes
+végétaux. Cette particularité, sur laquelle M. Volkens
+(<span class="bold">1887</span> p. 25) a le premier attiré
+l’attention, se retrouve chez la plupart des Graminacées vivaces
+qui habitent les sables du désert&nbsp;: <i>Aristida pungens</i>,
+<i>A. floccosa</i>, <i>Panicum turgidum</i>, <i>Pennisetum
+dichotomum</i>, <i>Danthonia Forskahlei</i>, etc., ainsi que chez
+le <i>Cyperus conglomeratus</i>. Toutes ces plantes ont des racines
+fibreuses, non ramifiées, qui s’étalent autour de la souche, à une
+faible profondeur sous le sable. Chez l’Oyat, on observe quelque
+chose d’analogue, mais le phénomène est moins accentué. Une
+Graminacée (<i>Cutandia memphitica</i>), et une Liliacée
+(<i>Asphodelus pendulinus</i>), deux mignonnes plantes annuelles
+très répandues dans le Sahara, possèdent aussi des poils radicaux
+persistants. Seulement ils sont beaucoup plus longs que chez les
+espèces vivaces et ne se collent pas au sable d’une façon aussi
+intime, de sorte qu’on ne trouve pas ici une gaine continue, mais
+uniquement des grains épars.</p>
+
+<p>Remarquons en passant que les poils absorbants ne persistent sur
+les portions adultes que chez les Monocotylédones, à racines
+fibreuses, non ramifiées. Au contraire,<span class="pagenum" id=
+"Page_239">[239]<br>
+(40)</span> l’<i>Ephedra</i> et les Dicotylédones, dont les racines
+se ramifient et peuvent par conséquent posséder à la fois un grand
+nombre de portions jeunes, laissent mourir leurs poils radicaux dès
+que ceux-ci sont éloignés de la pointe.</p>
+
+<p>Un mot encore sur l’<i>Aristida pungens</i>. On sait que les
+racines de la plupart des plantes s’enfoncent dans la terre en
+vertu de leur géotropisme positif. Vis-à-vis de quels excitants
+réagissent les racines horizontales du Drîn&nbsp;?
+L’expérimentation seule pourrait donner une réponse définitive. On
+peut pourtant assurer que la position horizontale de l’organe ne
+dépend pas du diagétropisme, c’est-à-dire que la racine ne tâche
+pas de se maintenir à angle droit avec la direction de la
+pesanteur. En effet, quand la surface du sable est inégale, les
+racines montent et descendent avec elle, de manière à rester
+toujours à la même distance de la lumière. C’est peut-être ce
+dernier facteur qui joue le rôle principal, aidé ou non de
+l’humidité.</p>
+
+<p class="space-above15">Parmi les Drîn et les <i>Aristida
+floccosa</i>, moins hauts et plus touffus que les premiers, de gros
+buissons verts appellent l’attention. Les uns ont de longs rameaux
+grêles, flexibles, que le vent penche et rabat tous d’un même côté.
+Ce sont des Papilionacées sans feuilles, <i>Retama Raetam</i> (voir
+<a href="#i13">phot. 13</a>) et <i>Genista saharae</i>. Les autres
+ont un air rabougri, misérable, malgré leur taille qui atteint
+jusque deux mètres&nbsp;: <i>Ephedra alata</i> et <i>Calligonum
+comosum</i>. Tous deux sont dépourvus de feuilles&nbsp;; les
+ramuscules verts, articulés aux nœuds, naissent souvent en houppes
+sur des branches tortueuses qui ont l’air d’avoir été cassées
+plusieurs fois de suite. Les racines de <i>Calligonum</i>
+s’enfoncent verticalement dans le sable. Les longues et
+grosses<span class="pagenum" id="Page_240">[240]<br>
+(41)</span> racines noires de l’<i>Ephedra</i> rayonnent tout
+autour de l’arbuste, à une faible profondeur. Contrairement aux
+racines des Graminacées, celles de l’<i>Ephedra</i> se ramifient et
+subissent la croissance en épaisseur. Les portions adultes ont
+perdu les poils radicaux.</p>
+
+<p>Citons encore parmi les végétaux les plus répandus&nbsp;:
+<i>Helianthemum sessiliflorum</i> avec des feuilles cendrées,
+enroulées en dessous&nbsp;; — <i>Lithospermum callosum</i>, plante
+canescente toute couverte de poils blessants&nbsp;; — <i>Rhanterium
+adpressum</i>, une Compositacée frutescente à capitules jaunes, à
+feuilles petites et rares, dont les rameaux velus-floconneux se
+disposent en boule&nbsp;; — <i>Monsonia nivea</i>, Géraniacée à
+feuilles argentées, étalées sur le sable&nbsp;; — <i>Danthonia
+Forskahlei</i>, dont les feuilles, courtes et larges, sont presque
+blanches tant elles sont velues.</p>
+
+<p>Toutes ces plantes, on le voit, sont bien protégées par leur
+revêtement pileux contre la transpiration excessive. De plus, le
+<i>Rhanterium</i> a perdu la majeure partie de ses feuilles. La
+réduction de la surface transpiratoire est plus accentuée encore
+chez les espèces tout à fait privées de feuilles, et qui assimilent
+à l’aide des rameaux&nbsp;: <i>Retama Raetam</i>, <i>Genista
+saharae</i>, <i>Calligonum comosum</i>, <i>Ephedra alata</i>.
+Durant l’été, cette dernière plante ferme complètement ses stomates
+par un bouchon résineux, ce qui réduit naturellement le courant
+transpiratoire au minimum (Volkens, <span class="bold">1887</span>,
+p. 48).</p>
+
+<p>Les plantes annuelles, éphémères, n’ont pas besoin de tant se
+garantir de la sécheresse&nbsp;: elles lèvent aussitôt après une
+averse, et s’efforcent de vivre le plus vite possible, de façon à
+posséder déjà des graines mûres au moment où les dernières traces
+de la pluie seront évaporées. Aussi la plupart de ces espèces
+sont-elles maintenant desséchées&nbsp;;<span class="pagenum" id=
+"Page_241">[241]<br>
+(42)</span> et il a fallu toute la compétence de M. Battandier pour
+mettre un nom sur les débris informes que nous lui avons rapportés
+du Souf.</p>
+
+<p class="space-above15">Jusqu’au soir le paysage garde les mêmes
+caractères. Le lendemain seulement, après le bordj Maouiet Ferzan
+les bosselures deviennent plus hautes, tout en restant verdoyantes.
+C’est un spectacle fort imprévu que celui de ces dunes si désolées
+partout ailleurs, devenues dans le Sahara le rendez-vous d’une
+végétation, sinon variée, du moins abondante. «&nbsp;Loin de les
+fuir, dit M. Schirmer dans son intéressant ouvrage sur le Sahara
+(<span class="bold">1893</span> p. 179), le Saharien les recherche,
+comme une des régions qui offrent le plus de ressources à ses
+troupeaux. Ce résultat n’est paradoxal qu’en apparence. Sous un
+climat humide, c’est le degré de fertilité du sol qui
+importe&nbsp;; sous un climat sec, c’est la quantité d’eau qu’il
+contient.&nbsp;» Et ce qui importe à la végétation, ce n’est pas
+tant la quantité absolue d’eau que renferme le sol, mais celle que
+la plante peut lui emprunter. Dans les sebkha et les chott, dont le
+limon semble devoir être très riche, le terrain est stérilisé par
+les sels. La terre en est à peu près saturée, et les plantes ont
+beaucoup de peine à arracher aux matières salines le liquide que
+celles-ci tendent à conserver. Même quand l’argile est débarrassée
+de ses sels, elle reste pourtant moins favorable que le terrain
+arénacé&nbsp;: les particules très fines qui les constituent
+retiennent avec plus d’énergie les molécules d’eau que les grains
+plus gros du sable. En outre, celui-ci étant beaucoup plus meuble,
+permet aux racines de plonger à la recherche de la nappe
+souterraine. Chaque fois qu’on essaie de déterrer un <i>Calligonum
+comosum</i> ou un <i>Euphorbia Guyoniana</i>, on<span class=
+"pagenum" id="Page_242">[242]<br>
+(43)</span> reste confondu devant le nombre et la longueur de leurs
+racines&nbsp;; et l’on comprend alors que ces plantes soient
+capables d’exploiter l’eau qui lentement a filtré vers les
+profondeurs. La facilité avec laquelle les végétaux utilisent l’eau
+des sables nous explique pourquoi les dunes offrent en toute saison
+de l’herbe pour les chameaux. (Voir <a href="#i14">phot. 14</a>).
+L’abondance du fourrage permet aux Nomades du Souf d’habiter leur
+pays même pendant l’été.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous sommes donc ici au milieu d’une
+végétation des plus luxuriantes. Entendons-nous&nbsp;; elle est
+très belle pour le Sahara, mais considérée d’une façon absolue,
+elle est d’une pauvreté désespérante. Rien ne donnera mieux l’idée
+de cette pénurie d’espèces que la liste, tout à fait complète, des
+plantes que nous avons observées dans les dunes du Souf, depuis que
+nous sommes partis ce matin du bordj Maouiet Ferzan, jusqu’au
+moment où nous y reviendrons dans quatre jours. Nous ne négligeons
+dans cette énumération que les espèces propres aux oasis.</p>
+
+<ul class="simple1">
+<li>Montagnites Candollei.</li>
+
+<li>Ephedra alata ♄.</li>
+
+<li>Aristida pungens ♃.</li>
+
+<li><span class="word-spaced8">&nbsp;—&nbsp;</span> floccosa
+♃.</li>
+
+<li>Cutandia memphitica ☉.</li>
+
+<li>Danthonia Forskahlei ♃.</li>
+
+<li>Cyperus conglomeratus ♃.</li>
+
+<li>Asphodelus pendulinus ☉.</li>
+
+<li>Calligonum comosum ♄.</li>
+
+<li>Echinopsilon muricatus ☉ (♃)</li>
+
+<li>Polycarpaea fragilis ♃.</li>
+
+<li>Herniaria hemistemon ♃.</li>
+
+<li>Malcolmia aegyptiaca ☉ (♃).</li>
+
+<li>Helianthemum sessiliflorum ♄.</li>
+
+<li>Monsonia nivea ♃.</li>
+
+<li>Euphorbia Guyoniana ♃.</li>
+
+<li>Genista saharae ♄.</li>
+
+<li>Ononis serrata ☉.</li>
+
+<li>Astragalus saharae ☉.</li>
+
+<li><span class="word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;</span> Gombo ♃.</li>
+
+<li>Lithospermum callosum ♃.</li>
+
+<li>Phelipaea&nbsp;? (sur Ephedra).</li>
+
+<li>Anthemis monilicostata ☉.</li>
+
+<li>Ifloga spicata ☉.</li>
+
+<li>Nolletia chrysocomoides ♃.</li>
+
+<li>Rhanterium adpressum ♄.</li>
+
+<li>Zollikofferia resedifolia var. viminea ♃.</li>
+</ul>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_243">[243]<br>
+(44)</span>Ainsi, 27 espèces, voilà ce qui compose la florule
+intégrale d’un pays saharien réputé pour sa richesse. Jugez des
+autres&nbsp;!</p>
+
+<p>Le <i>Montagnites Candollei</i><a id="FNanchor_2"></a><a href=
+"#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> est une Agaricée curieuse,
+dont les lamelles ne sont attachées que le long du bord du chapeau.
+Celui-ci est lacinié. Ce Champignon est la seule Cryptogame
+terrestre que nous ayons rencontrée. (Le puits de Maouiet Ferzan
+contient quelques Algues.) Ni Champignons parasites, ni lichens, ni
+Muscinées, ni Ptéridophytes. La petitesse des spores de ces
+végétaux les rend-elles incapables de résister à la lumière intense
+du désert&nbsp;? L’air du Sahara est-il aseptique au point de vue
+des moisissures et des Cryptogames en général comme il l’est au
+point de vue bactérien&nbsp;? Il est permis de le supposer.</p>
+
+<p>On remarquera que la florule renferme une proportion notable de
+végétaux annuels. Des huit espèces monocarpiques, six sont des
+plantes éphémères, dont la vie ne se prolonge pas au-delà de
+quelques semaines. L’<i>Echinopsilon muricatus</i> et le
+<i>Malcolmia aegyptiaca</i> (<i>Eremobium lineare</i>) sont en
+général vivaces&nbsp;; mais ici ils fructifient sans retard et
+meurent aussitôt après.</p>
+
+<p class="space-above15">Chaque fois que pendant les deux premières
+journées, nous nous arrêtions pour admirer une belle dune, Abdallah
+s’empressait de dire&nbsp;: «&nbsp;Tout ceci n’est rien&nbsp;;
+c’est le troisième jour que vous allez en voir, du sable&nbsp;». Il
+avait bien raison. Quel pays&nbsp;! Des dunes toutes nues (voir
+<a href="#i11">phot. 11</a> et <a href="#i12">12</a>)&nbsp;; rien
+que du sable pur, portant de loin en loin, dans les fonds, une
+maigre touffe de Drîn<span class="pagenum" id="Page_244">[244]<br>
+(45)</span> ou d’<i>Euphorbia Guyoniana</i>. Des vagues de
+sables&nbsp;; oui, vraiment des vagues. Leur surface est finement
+ridée, leur arête vive fume au moindre souffle&nbsp;; les deux
+versants sont inégalement penchés, et il semble presque, au moment
+où la crête fume, — on pourrait dire déferle, — que le versant sous
+le vent est concave comme aux vagues de la mer. C’est le matin
+qu’elles sont le plus belles, ou bien vers le soir, — quand les
+ombres sont longues. Au milieu du jour le détail s’efface et le
+sable éblouissant donne l’impression de montagnes d’or mat et pâle.
+Mais à quelque moment de la journée qu’on les regarde, on reste
+confondu devant leur nudité et leur éclat. Il faut s’être trouvé
+face à face avec ces dunes-ci, sévères et tristes, brûlées par le
+ciel éternellement bleu, pour apprécier nos dunes du littoral
+belge, verdoyantes et gaies sous le ciel nuageux, avec les fonds
+garnis d’herbe, et les pannes où brillent joyeusement les
+maisonnettes blanches, à toit rouge et à volets verts.</p>
+
+<p>Pendant toute la matinée nous traversons ce pays fantastique,
+tantôt marchant avec précaution sur une crête aiguë qui s’éboule
+sous le sabot de nos mulets (voir <a href="#i11">phot. 11</a>),
+tantôt glissant sur des pentes rapides jusqu’au fond d’immenses
+fosses arrondies. (Voir <a href="#i12">phot. 12</a>). Comment notre
+pilote s’oriente-t-il dans cet enchevêtrement de montagnes et de
+vallées&nbsp;! Autour de nous la vue est bornée par des dunes,
+toutes proches, qui ont jusque cent mètres d’élévation. Ce n’est
+qu’à de rares intervalles que nous apercevons le gmira chancelant,
+déchaussé par les rafales, qui est comme une balise secouée par des
+vagues en furie. Devant nous, une piste indécise&nbsp;; et nous
+n’en laissons guère davantage&nbsp;: la foulée de nos bêtes se
+comble et disparaît comme un sillage. Ce sable est
+fluide.<span class="pagenum" id="Page_245">[245]<br>
+(46)</span> On dirait que les dunes sont en équilibre instable, et
+qu’il suffirait d’un choc, d’un frémissement, pour que les
+montagnes, subitement effondrées, s’écoulent dans les creux. Quelle
+dût être l’audace de ceux qui les premiers s’engagèrent dans cet
+inextricable lacis de dunes et de vallées&nbsp;!</p>
+
+<p class="space-above15">Tout à coup nous voyons poindre quelques
+palmes&nbsp;; ce sont les jardins de Bou-Harmès, le premier des
+villages du Souf. Les oasis des dunes (voir <a href="#i09">phot.
+9</a>) ne ressemblent en aucune façon à celles que nous avons
+rencontrées jusqu’à présent. Il n’y a pas ici de rivière ni de
+puits artésiens. La légende dit que les Chrétiens, forcés de fuir
+devant les envahisseurs musulmans, cachèrent sous terre un grand
+fleuve, l’oued Souf (ou mieux oued Isouf&nbsp;: rivière qui
+murmure). Les eaux s’infiltrent maintenant à travers le sable, mais
+elles n’ont nulle part une pression suffisante pour jaillir&nbsp;;
+on se contente de creuser des puits superficiels qu’alimente, —
+mais avec quelle parcimonie&nbsp;! — la couche de sable
+mouillé.</p>
+
+<p>Pour établir une oasis, le Souafi (habitant du Souf) se choisit
+entre les dunes une profonde dépression. Il déblaie le sable sur un
+espace de plusieurs centaines de mètres carrés, puis il creuse,
+creuse toujours jusqu’à ce qu’il touche le banc imperméable de
+gypse qui cache le sable humide. Dès qu’il a défoncé cette
+agglomération de cristaux, épaisse parfois de plus d’un mètre, il
+se trouve sur le terrain aquifère où il pourra planter ses
+Palmiers. Le sable provenant de l’excavation est rejeté dehors,
+autour du futur jardin. On fait ainsi un talus circulaire,
+consolidé avec des feuilles desséchées de Palmier et avec les blocs
+de gypse ramenés du fond. L’ensemble du jardin a la<span class=
+"pagenum" id="Page_246">[246]<br>
+(47)</span> forme d’un immense entonnoir ayant de dix à quinze
+mètres de profondeur&nbsp;; son rebord est garni d’une haie de
+feuilles mortes&nbsp;; son large fond plat porte la jeune
+plantation.</p>
+
+<p>Dans les premiers temps, les boutures détachées à la base d’un
+Palmier adulte n’ont pas encore de racines suffisantes, et doivent
+être arrosées chaque jour. Aussi est-on obligé de creuser un puits.
+Pour élever l’eau qui suinte goutte à goutte à travers le sable, on
+se sert d’un balancier soutenu par des poteaux en tronc de Palmier
+ou par des piliers en plâtre. (Voir <a href="#i10">phot. 10</a>). A
+l’un des bouts de la perche est attachée une longue corde avec
+l’outre en cuir&nbsp;; à l’autre bout, une grosse pierre fait
+contrepoids.</p>
+
+<p>Une fois que les plantes ont bien repris, elles enfoncent leurs
+racines jusque dans la couche aquifère et ne réclament plus
+d’arrosements. Toute l’eau du puits pourra dorénavant être
+consacrée aux carrés de légumes qui croissent sous les Palmiers.
+Mais si le cultivateur n’a plus à puiser de l’eau pour ses arbres,
+il doit, par contre, veiller sans relâche à défendre son jardin
+contre les envahissements du désert. Chaque coup de vent apporte la
+poussière par dessus les bords de l’entonnoir&nbsp;; de plus, des
+pans du talus s’écroulent et glissent entre les Palmiers&nbsp;; —
+et le pauvre Souafi, nouveau Sisyphe, travaille tous les jours de
+l’année à rapporter sur le revers extérieur du talus le sable qui
+menace d’engloutir sa culture. Rien d’étonnant donc à ce qu’un
+Dattier atteigne ici un prix fort élevé&nbsp;: un arbre en plein
+rapport vaut de quatre cents à six cent cinquante francs. Il
+produit chaque année jusque cent cinquante kilos de dattes, les
+plus réputées de tout le Sahara, qui se vendent une quarantaine de
+francs.</p>
+
+<p>Les Sédentaires du Souf s’efforcent naturellement<span class=
+"pagenum" id="Page_247">[247]<br>
+(48)</span> d’étendre leurs plantations. Seulement toutes les
+excavations de quelque importance étant déjà occupées, ils en sont
+réduits à creuser leurs nouvelles oasis dans des fonds moins
+larges, et partant moins favorables. Les anciennes plantations
+comptent jusque cent Palmiers, tandis que parmi les récentes, il en
+est beaucoup qui ne peuvent pas nourrir plus d’une demi douzaine
+d’arbres.</p>
+
+<p class="space-above15">Le misérable petit village de Bou-Harmès
+est vite dépassé et nous nous enfonçons de nouveau parmi les hautes
+dunes, nues et désolées. Qui donc se figurerait que nous circulons
+en ce moment entre les villes du Souf, qui comptent ensemble plus
+de 25,000 habitants&nbsp;?</p>
+
+<p>Nous sommes bientôt à Kouinin. Puis nous longeons quelques
+villages perdus au milieu des dunes. Voici des cimetières. Autour
+d’un marabout blanc, de gros cristaux de gypse gisent épars&nbsp;;
+pas un brin de verdure dans cette aridité&nbsp;; les petites levées
+de sable ont été nivelées par le vent, et les cristaux marquent
+seuls l’emplacement des tombes.</p>
+
+<p>Enfin, nous arrivons à El Oued, le chef-lieu du district, une
+ville d’un millier de maisons. C’est ici qu’aboutissent les
+caravanes qui viennent de la Tunisie et de la Tripolitaine, en
+particulier de Gabès et de Rhadamès&nbsp;; cette dernière ville est
+à une vingtaine de jours de caravane.</p>
+
+<p>Qu’elles soient grandes ou petites, toutes les agglomérations du
+Souf se ressemblent. De loin, les maisons se remarquent à peine,
+tant leur coloration gris-pâle se confond avec celle du désert. De
+prés, on dirait des jouets mal dégrossis que des enfants auraient
+abandonnés au hasard entre des mottes de sable... et les Dattiers
+font un peu<span class="pagenum" id="Page_248">[248]<br>
+(49)</span> l’effet des arbres en copeaux verts qu’on trouve dans
+les boîtes de Nuremberg (Voir <a href="#i10">phot. 10</a>). Pas un
+jardinet, pas une tache de verdure. Entrez dans la ville. Nul coin
+où l’on puisse s’abriter de l’odieux soleil&nbsp;; le désert se
+continue dans les rues, sur les places publiques&nbsp;: du sable
+partout, le sable fin et moelleux des dunes, que le vent fait
+tourbillonner sans répit.</p>
+
+<p>N’est-il pas extraordinaire que l’homme ait eu l’idée de venir
+établir des villes dans un pays où il ne trouve ni eau, ni pierre,
+ni boue, ni bois, où les seuls matériaux de construction sont le
+sable et le gypse&nbsp;? Encore, pour utiliser ce dernier, faut-il
+d’abord le transformer en plâtre..... et il n’y a pas de
+combustible. Les crottins de chameau, qu’on brûle dans tout le
+Sahara, doivent être ici soigneusement conservés pour fumer les
+Palmiers&nbsp;; et l’on va, à une ou deux journées de marche,
+couper les maigres broussailles du désert.</p>
+
+<p>Comment bâtir une maison quand on n’a que du sable et du
+plâtre&nbsp;? Pour les murs, rien de plus simple. Mais la terrasse
+ou le toit&nbsp;? il faut les soutenir par une charpente. Or le
+bois manque&nbsp;: on ne sacrifie pas un Palmier pour son tronc.
+Voici&nbsp;: la toiture est remplacée par des coupoles en plâtre
+reposant sur des cintres, également en plâtre. Quel spectacle
+inattendu, que celui d’une ville du Souf avec ses milliers de
+petits dômes gris, qui ressemblent à des cloches à fromages&nbsp;!
+(Voir <a href="#i10">phot. 10.</a>)</p>
+
+<p class="space-above15">Il s’expose à une forte déception, le
+botaniste qui espère herboriser dans les villages et dans les oasis
+du Souf. Sur les petites dunes qui encombrent les rues et les
+places, rien. Sur les murs et les coupoles, pas un lichen,
+pas<span class="pagenum" id="Page_249">[249]<br>
+(50)</span> une Mousse. Les troncs des Palmiers n’ont pas même une
+moisissure. Parmi les légumes, on ne laisse pas pousser une
+mauvaise herbe. Il ne reste que les talus des oasis&nbsp;; ici,
+enfin, croissent quelques plantes. En voici la liste
+complète&nbsp;:</p>
+
+<ul class="simple1">
+<li>Aristida pungens.</li>
+
+<li>Danthonia Forskahlei.</li>
+
+<li>Herniaria fruticosa.</li>
+
+<li>Malcolmia aegyptiaca.</li>
+
+<li>Zygophyllum Geslini.</li>
+
+<li>Euphorbia Guyoniana.</li>
+</ul>
+
+<p class="nind">Ajoutons-y deux plantes des jardins de
+Bou-Harmès&nbsp;:</p>
+
+<ul class="simple1">
+<li>Monsonia nivea.</li>
+
+<li>Plantago ciliata.</li>
+</ul>
+
+<p>Et voilà de quoi se compose la flore des oasis que nous avons
+visitées dans le Souf.</p>
+
+<p class="space-above15">Quand, du haut de l’une des dunes
+artificielles qui limitent les jardins, on jette un coup-d’œil sur
+l’ensemble du pays, on ne se lasse pas d’admirer l’activité
+incessante que doivent déployer les habitants. Voici ce qu’on a
+sous les yeux. Du sable, d’abord, qui miroite au soleil. Du sable à
+l’horizon où les dunes font l’effet de montagnes dorées, du sable
+entre les oasis, du sable plein les rues d’El Oued. Puis, quand les
+yeux se sont habitués à l’aveuglante lumière, on aperçoit des
+détails. Les crêtes des talus hérissées de feuilles noircies,
+desséchées. Sur les buttes circulaires, édifiées péniblement,
+hottée par hottée, apparaissent à intervalles réguliers les
+bourriquets qui apportent le sable enlevé du fond. Çà et là un
+groupe de panaches verts représente un jardin&nbsp;; par dessus les
+bords des entonnoirs on ne voit que les feuilles et on dirait que
+les Palmiers d’ici sont privés de tronc. De toutes parts se
+dressent obliquement de hautes perches, les balanciers<span class=
+"pagenum" id="Page_250">[250]<br>
+(51)</span> des puits, qui sont comme les vergues de fantastiques
+bateaux flottant sur des vagues d’or.</p>
+
+<p class="space-above15">Deux jours après avoir quitté le Souf,
+nous étions rentrés à Tougourt.</p>
+
+<h3><em>B</em>) <span class="sc">En remontant l’oued
+Mya</span>.</h3>
+
+<p>Il s’agit de reconstituer notre caravane. Le colonel Pujat veut
+bien encore faire agir son autorité&nbsp;: il nous procure trois
+chameaux de bât et deux chameliers. Nous avons aussi un nouveau
+guide&nbsp;: Lakhdar, de la tribu nomade des Ouled Sahia, qui est
+monté sur un mehari ou chameau coureur. Cet animal est au chameau
+de bât ou djemel ce que le cheval de course est au cheval de
+labour.</p>
+
+<p>En suivant les poteaux télégraphiques il n’y a que 160
+kilomètres de Tougourt à Ouargla. Seulement cet itinéraire est
+impraticable&nbsp;: depuis plusieurs années une grande sécheresse
+règne dans cette partie du Sahara, de sorte que la plupart des
+puits sont morts, comme disent les Arabes, c’est-à-dire, ensablés.
+Nous devons donc aller en zig-zag à travers le désert sableux à la
+recherche de puits restés vivants. Aussi nous faudra-t-il sept ou
+huit jours pour atteindre Ouargla. «&nbsp;C’est long et fatigant,
+nous dit-on, mais avec Lakhdar vous ne devez avoir aucune
+inquiétude&nbsp;: chaque soir vous arriverez à un puits. Il est
+vrai que deux de ces puits ont une eau trop salée pour qu’on puisse
+la boire, mais à Dra-Alkesdir, le puits suivant, vous aurez une eau
+excellente. Ah&nbsp;! quelle bonne eau&nbsp;: elle est à peine
+saumâtre&nbsp;!&nbsp;» Ainsi, nous voilà prévenus&nbsp;: la
+meilleure eau que nous aurons ne sera pas même douce. Nous savons
+donc aussi que les sables auront une flore bien différente de celle
+que nous avons vue dans le Souf&nbsp;; celle-ci sera franchement
+halophile.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_251">[251]<br>
+(52)</span>Quand nous sortons de Tougourt à travers l’oasis, notre
+caravane est presque imposante&nbsp;: trois mulets, trois chameaux
+de somme, deux chameliers, un muletier, Abdallah, nous deux, et
+surtout Lakhdar caracolant sur son beau mehari blanc.</p>
+
+<p class="space-above15">Pendant toute la première journée nous
+passons à travers des sebkha. De place en place, on y voit un
+monticule de sable qui surgit comme un îlot vert sur le fond
+argileux de la lagune, stérile et saturé de sel. Quelques-unes de
+ces buttes sont hautes d’une dizaine de mètres. La végétation est
+identique pour toutes&nbsp;: dans le bas, tout contre l’argile
+salée, des buissons de <i>Halocnemon strobilaceum</i> avec leurs
+rameaux garnis de verrues jaunâtres&nbsp;; — au milieu, des
+<i>Limoniastrum Guyonianum</i> couverts de fleurs roses&nbsp;; —
+tout en haut, des <i>Tamarix</i> gris. Si le monticule est moins
+haut, les <i>Tamarix</i> manquent&nbsp;; sur les simples traînées
+de sable, il n’y a que des <i>Halocnemon</i>.</p>
+
+<p>La localisation de ces végétaux est déterminée par les
+différences de salure et d’humidité du terrain&nbsp;; leur
+distribution verticale est aussi précise que celle des Algues
+marines, due aux variations de l’intensité et de la qualité de la
+lumière, et que celle des plantes alpestres, qui est sous la
+dépendance de la température.</p>
+
+<p>Chacune des trois espèces qui colonisent les monticules reste
+strictement confinée dans sa zone&nbsp;; voilà pourtant des plantes
+qui ont une très grande aire de dispersion et qui habitent
+indistinctement tous les terrains sablonneux et salés. Sur ces
+petites buttes, les graines des trois espèces, — et de beaucoup
+d’autres, — parviennent au hasard. Si elle était isolée, chaque
+plante vivrait sans difficulté sur toute la hauteur des
+monticules&nbsp;; mais la<span class="pagenum" id=
+"Page_252">[252]<br>
+(53)</span> lutte pour la possession du sol est acharnée et
+incessante, et le végétal ne peut se maintenir que dans la zone qui
+lui est plus favorable qu’à ses concurrents. On dirait qu’un
+<em>modus vivendi</em> a été conclu entre les belligérants&nbsp;:
+le <i>Halocnemon</i>, le <i>Limoniastrum</i> et le <i>Tamarix</i>,
+après avoir chassé tous les autres compétiteurs, se sont partagé le
+champ de bataille. Malheur à la graine qui essaie de germer en
+dehors des limites assignées à son espèce.</p>
+
+<p class="space-above15">Depuis longtemps Abdallah nous avait
+annoncé qu’à Temacin nous verrions l’une des merveilles du
+Sahara&nbsp;: «&nbsp;Une mer&nbsp;! oui, messieurs, une grande mer,
+sur laquelle on peut même aller en barquette.&nbsp;» C’est un
+étang, grand comme le bassin d’un parc français&nbsp;; son eau est
+tellement salée que les mulets la refusent et que la végétation des
+bords est purement halophile&nbsp;: <i>Tamarix</i>, <i>Frankenia
+pulverulenta</i>, <i>Limoniastrum</i> et autres plantes à feuilles
+chargées de cristaux pulvérulents ou crustacés, ainsi que des
+plantes grasses (<i>Halocnemon strobilaceum</i>, <i>Arthrocnemon
+macrostachyum</i>, etc.). Guère d’Algues dans l’eau. La seule
+espèce abondante est un <i>Enteromorpha</i> qui ressemble fort à
+l’<i>E. intestinalis</i> des eaux saumâtres. En outre, de gros
+paquets gélatineux de Cyanophycées.</p>
+
+<p>L’après-diner nous traversons la zaouia de Tamel’hat, sorte de
+couvent où réside l’un des marabouts de l’ordre de Tidjani. Cette
+confrérie compte un grand nombre d’adhérents dans tout le Sahara et
+jusqu’au Sénégal. A ceux qui désireraient avoir des détails sur
+l’organisation du monastère de Temacin, nous conseillons l’ouvrage
+de M. Goblet (<span class="bold">1876</span>, p. 100).</p>
+
+<p>Un vent violent et chaud s’était levé, et nous
+sommes<span class="pagenum" id="Page_253">[253]<br>
+(54)</span> bien aises d’être reçus dans la maison du caïd de
+Belidet-Amer. C’est plutôt une cour bordée d’une galerie, et par
+l’ouverture du haut, des flots de sable tombent sur nos livres et
+saupoudrent nos aliments. Ne nous plaignons pas trop&nbsp;: à
+partir d’ici nous quittons la route habituelle, et pendant
+plusieurs jours de suite nous n’aurons plus le moindre abri&nbsp;;
+comme nous voyageons sans tente, nous coucherons à la belle
+étoile.</p>
+
+<p class="space-above15">De nouveau dans les sables&nbsp;; non pas
+de hautes dunes, nues et arides, mais un simple manteau à peine
+plissé, étalé sur un sous-sol imperméable. L’eau souterraine
+chargée de sels remonte par capillarité jusqu’à la surface du
+sol&nbsp;; les matières salines, abandonnées par l’évaporation,
+cimentent légèrement entre eux les grains de sable. Ceux-ci ne sont
+donc pas assez mobiles pour que le vent puisse en faire des
+dunes.</p>
+
+<p>La flore ne varie guère. (Voir <a href="#i14">phot. 14</a>).
+Toujours les mêmes plantes, auxquelles s’adjoint de temps en temps
+une espèce non encore vue. Ce sont en premier lieu des Salsolacées
+frutescentes, le <i>Cornulaca monacantha</i>, avec des entrenœuds
+charnus et des feuilles terminées en pointe piquante&nbsp;; — le
+<i>Traganum nudatum</i> aux rameaux enchevêtrés&nbsp;; — le
+<i>Salsola vermiculata</i> dont les feuilles sont comme de
+minuscules chenilles velues grimpant le long des rameaux, — et le
+<i>Salsola tetragona</i>, un arbuste vigoureux à branches aplaties
+et fendues comme celles de certaines lianes&nbsp;; sur les jeunes
+rameaux, les feuilles laineuses, charnues, sont étroitement
+imbriquées sur quatre rangs.</p>
+
+<p>Voici qu’on nous apporte un curieux arbrisseau sans feuilles, à
+tiges vertes&nbsp;: c’est une Résédacée, le <i>Randonia<span class=
+"pagenum" id="Page_254">[254]<br>
+(55)</span> africana</i>. Encore un arbrisseau à rameaux
+assimilateurs ne portant qu’un tout petit nombre de feuilles
+grasses&nbsp;: le <i>Henophyton deserti</i>, une Cruciféracée.</p>
+
+<p>Décidément, c’est ici le pays des plantes aphylles ou presque
+aphylles, à rameaux verts. Nous venons d’en citer deux. Il y a de
+plus&nbsp;: <i>Ephedra alata</i> (Gnétacée), <i>Calligonum
+comosum</i> (Polygonacée), <i>Anabasis articulata</i> (Salsolacée),
+<i>Euphorbia Guyoniana</i>, <i>Retama Raetam</i> (Papilionacée),
+<i>Rhanterium adpressum</i> (Compositacée). Voici qu’il faut encore
+ajouter à cette liste le <i>Scrophularia saharae</i>, un
+sous-arbrisseau qui ne possède que quelques petites feuilles à la
+base des rameaux.</p>
+
+<p>Signalons aussi le <i>Podaxon aegyptiacus</i> et le <i>Tylostoma
+volvulatum</i>, deux Gastromycètes qui ne sont pas rares dans cette
+région. Le premier s’élève à une dizaine de centimètres au-dessus
+du sable. Le gros carpophore en forme de massue est entièrement
+desséché à présent, mais son hyménium est encore recouvert d’une
+enveloppe grisâtre. Le <i>Tylostoma</i> porte, au sommet d’une tige
+grêle, haute d’une huitaine de centimètres, un carpophore
+ombiliqué, percé d’une ouverture centrale.</p>
+
+<p class="space-above15">Nos journées sont d’une monotonie
+désespérante. Nous marchons depuis quatre ou cinq heures du matin
+jusque vers dix heures. Abdallah nous dresse alors une sorte de
+tente sous laquelle nous pouvons nous coucher et presque nous
+asseoir. Elle est simplement formée par nos couvertures soutenues
+par les cannes, les fusils et les filets à papillons. Nous
+attendons ainsi que la grande chaleur soit passée, tantôt sous
+l’abri, tantôt nous promenant à la recherche de plantes et
+d’insectes. Pendant ce temps, les chameaux et les mulets s’en vont
+brouter dans<span class="pagenum" id="Page_255">[255]<br>
+(56)</span> le désert. L’après-dîner nous faisons une seconde
+étape, qui nous conduit au puits. Avant le repas, nous avons à nous
+occuper de nos collections. Mon compagnon pique les Insectes ou les
+arrange dans des papillotes&nbsp;; il met en peau les Oiseaux, et
+plonge dans l’alcool les Lézards et les Serpents. De mon côté,
+j’enferme dans des sachets les graines destinées au Jardin
+botanique de Bruxelles, je sèche les plantes d’herbier, je conserve
+dans l’alcool les matériaux destinés à des études anatomiques. Ce
+serait le moment le plus agréable, celui où l’on a devant soi la
+récolte de tout un jour, quelque maigre qu’elle soit, si l’on avait
+seulement un peu de confort. Mais, être assis par terre quand on
+est éreinté par une longue marche à dos de mulet, tenir son cahier
+de notes sur les genoux, se trouver en plein soleil avec les livres
+traînant sur le sable, voir les papiers qui s’envolent au vent,
+constater que l’alcool des bocaux s’évapore de plus en plus et
+savoir qu’on ne pourra pas le remplacer.... voilà de petits
+désagréments qu’on ne connaît pas, quand on travaille dans un
+laboratoire commodément installé.</p>
+
+<p>Le soir, M. Lameere va chasser à la lumière&nbsp;; il s’établit
+avec sa lanterne quelque part dans un endroit herbeux et attend
+avec patience la venue des Insectes nocturnes. Le plus souvent je
+l’accompagne&nbsp;; d’autres fois j’ai à m’occuper d’une besogne
+fort ennuyeuse&nbsp;: changer les plaques de l’appareil
+photographique. Puis nous nous couchons. Il faut tout d’abord
+choisir un endroit où le sable est bien propre. On se roule dans
+une large couverture arabe&nbsp;; sous la tête, un caban
+replié&nbsp;; et c’est tout. Avant de fermer les yeux, regardons le
+ciel. Oh&nbsp;! les belles nuits sahariennes, sans une vapeur, sans
+un flocon de nuage, où les astres, jusque tout contre l’horizon,
+brillent<span class="pagenum" id="Page_256">[256]<br>
+(57)</span> d’une lumière plus vive que chez nous, au fond d’un
+ciel plus noir. Combien les nuits d’ici sont différentes de celles
+de la Malaisie. L’air de là-bas, saturé de vapeur d’eau, est pâle,
+clair, et les étoiles semblent assombries. Certes, je ne désire
+revivre ni les journées ardentes du désert, ni les longues marches
+monotones à travers un paysage immuable qui a l’air de se déplacer
+à mesure qu’on avance, ni les herborisations stériles qui
+fournissent toujours les mêmes espèces.... mais je regrette du
+Sahara les belles nuits limpides où l’on se sent tout seul au
+milieu du désert infini.</p>
+
+<p>Elles n’ont que le défaut d’être un peu froides. La sécheresse
+de l’air fait que le rayonnement s’effectue avec une très grande
+intensité. Ainsi, après notre première nuit à la belle étoile, le
+thermomètre ne marquait à cinq heures que 9°1. On est tout transi
+et une tasse de thé chaud est la bienvenue&nbsp;; parfois nous
+avons la chance d’être auprès d’un troupeau de chèvres et nous
+obtenons alors un peu de lait. Ah&nbsp;! si l’on pouvait aussi se
+laver&nbsp;; mais ceci est un luxe inconnu au désert. L’eau est
+trop chargée de matières étrangères&nbsp;: elle encrasse plutôt
+qu’elle ne nettoie. D’ailleurs un proverbe du Sahara dit que
+«&nbsp;celui qui possède de l’eau, ne la gaspille pas, — il la
+boit&nbsp;». C’est quand on est resté plusieurs jours de suite sans
+se faire la moindre ablution qu’on apprécie à sa juste valeur le
+plaisir de se laver chaque matin.</p>
+
+<p class="space-above15">Un jour, nous étions déjà au puits vers
+dix heures. Impossible d’aller plus loin&nbsp;: les deux puits
+suivants, situés près du chott Barhdad, sont trop salés, et il faut
+une forte journée pour atteindre, à Dra-Alkesdir, un liquide à peu
+près potable. Par malheur, l’eau d’ici s’est tellement
+concentrée<span class="pagenum" id="Page_257">[257]<br>
+(58)</span> qu’elle aussi est devenue impropre à la consommation.
+Nous devrons nous rationner, afin que le contenu des outres nous
+suffise jusque demain soir.</p>
+
+<p>Nous employons la journée à herboriser et à chasser. Près du
+campement, sur une petite éminence, se dresse un gmira, d’où l’on a
+une vue splendide sur le paysage triste et grandiose du désert.
+(Voir <a href="#i14">phot. 14.</a>) Des dunes à perte de vue, ni
+élevées, ni pittoresques, dont l’ensemble constitue plutôt une
+surface bosselée qu’une réunion de monticules. Là-dessus, des
+touffes d’<i>Aristida floccosa</i>, aux panicules jaunes
+brillantes&nbsp;; au loin la teinte dorée se perd petit à petit,
+pour être remplacée par la coloration sombre des arbustes
+(<i>Ephedra</i>, <i>Calligonum</i>, <i>Salsola tetragona</i>), et
+jusqu’à l’horizon... que dis-je&nbsp;! il n’y a pas
+d’horizon&nbsp;; — le paysage est borné par de l’air qui vibre,
+zone tremblotante, indécise, où se confondent par gradations
+insensibles le gris du désert et le bleu du ciel.</p>
+
+<p>Nous retournons là-haut, un peu avant le coucher du soleil. Le
+pays a une toute autre physionomie que sous l’éblouissante lumière
+du midi. «&nbsp;On se demande, dit Fromentin (<span class=
+"bold">1896</span>, p. 190), en le voyant commencer à ses pieds,
+puis s’étendre, s’enfoncer vers le sud, vers l’est, vers l’ouest,
+sans route tracée, sans inflexion, quel peut être ce pays
+silencieux, revêtu d’un ton douteux qui semble la couleur du
+vide&nbsp;; d’où personne ne vient, où personne ne s’en va, et qui
+se termine par une raie si droite et si nette sur le ciel.&nbsp;»
+Les lointains sont à présent d’une netteté merveilleuse. Là-bas se
+profile, sous forme d’un escarpement déchiqueté, la rive gauche de
+l’oued Mya. Devant nous, sur une crête rocheuse, à peine visible
+tant il paraît petit, le poste optique de Khaldiet<span class=
+"pagenum" id="Page_258">[258]<br>
+(59)</span> auprès duquel nous passerons demain. Ces postes,
+abandonnés depuis l’installation du télégraphe électrique,
+servaient à la transmission optique des dépêches. La transparence
+de l’air permet de les établir à d’énormes distances. Celui que
+nous voyons à une trentaine de kilomètres en avant de nous,
+communique avec un autre que nous avons dépassé hier, et qui est
+situé à environ vingt kilomètres en arrière. L’éloignement est
+parfois plus grand encore. Lors de l’expédition de Tunisie, un
+poste du Souf était en communication optique avec celui de Negrin,
+distant de cent-trente kilomètres. Faut-il que l’atmosphère soit
+pure et sèche pour qu’un infime signal lumineux puisse être aperçu
+à une pareille distance&nbsp;!</p>
+
+<p>Il sera peut-être intéressant de dresser la liste des plantes
+qui habitent le désert dans un rayon d’un kilomètre autour du gmira
+de Tellis.</p>
+
+<ul class="simple1">
+<li>Montagnites Candollei.</li>
+
+<li>Podaxon aegyptiacus.</li>
+
+<li>Ephedra alata ♄.</li>
+
+<li>Aristida pungens ♃.</li>
+
+<li><span class="word-spaced8">&nbsp;—&nbsp;</span> floccosa
+♃.</li>
+
+<li>Cutandia memphitica ☉.</li>
+
+<li>Cyperus conglomeratus ♃.</li>
+
+<li>Calligonum comosum ♄.</li>
+
+<li>Suaeda vermiculata ♄.</li>
+
+<li>Traganum nudatum ♄.</li>
+
+<li>Salsola tetragona ♄.</li>
+
+<li><span class="word-spaced7">&nbsp;—&nbsp;</span> vermiculata
+♄.</li>
+
+<li>Anabasis articulata ♄.</li>
+
+<li>Cornulaca monacantha ♄.</li>
+
+<li>Silene villosa ♃.</li>
+
+<li>Erucaria Ægiceras ☉.</li>
+
+<li>Henophyton deserti ♄.</li>
+
+<li>Malcolmia aegyptiaca ♃.</li>
+
+<li>Matthiola livida ☉.</li>
+
+<li>Randonia africana ♄.</li>
+
+<li>Euphorbia Guyoniana ♃.</li>
+
+<li>Retama Raetam ♄.</li>
+
+<li>Limoniastrum Guyonianum ♄.</li>
+
+<li>Lithospermum callosum ♃.</li>
+
+<li>Heliotropium luteum ♃.</li>
+
+<li>Anthemis monilicostata ☉.</li>
+
+<li>Spitzelia saharae ☉.</li>
+
+<li>Zollikofferia resedifolia var. viminea ♃.</li>
+</ul>
+
+<p>La flore est plus variée que dans le Souf. En quatre jours, nous
+n’y avions récolté que vingt-sept espèces, tandis qu’ici, en une
+demi-journée, nous en rencontrons<span class="pagenum" id=
+"Page_259">[259]<br>
+(60)</span> vingt-huit. Cette profusion relative tient à
+l’immixtion des plantes halophiles&nbsp;: Salsolacées et
+<i>Limoniastrum</i>.</p>
+
+<p>Dès que le manteau de sable devient plus mince, la proportion
+des halophytes augmente encore et on voit apparaître les
+<i>Tamarix</i>, le <i>Nitraria</i>, etc. Parfois la couche d’argile
+imprégnée de sel, qui forme le lit de l’oued Mya, est mise à nu,
+comme dans le fond où le chott Barhdad étale ses eaux illusoires.
+Aussitôt tout vestige de flore sabulicole s’évanouit&nbsp;; il ne
+reste plus que les plantes charnues et celles qui possèdent un
+revêtement salin. Parmi ces dernières citons deux espèces,
+nouvelles pour nous, <i>Statice pruinosa</i> et <i>Limoniastrum
+(Bubania) Feei</i>. La première attire les regards par ses
+élégantes inflorescences lilas. Les feuilles n’existent que dans le
+jeune âge&nbsp;; la plante fleurie assimile par les rameaux de
+l’inflorescence, qui sont garnis de petites plaques salines, dures
+et brillantes. Le <i>Limoniastrum Feei</i> est plutôt herbacé que
+frutescent. La souche porte quelques feuilles coriaces, épaisses,
+avec une croûte saline d’aspect crayeux.</p>
+
+<p class="space-above15">Est-elle assez souffreteuse et exsangue,
+la pauvre végétation saharienne&nbsp;! On ne sent pas courir dans
+les plantes du désert, le souffle de vie qui anime une forêt ou une
+prairie. Elles vivent pourtant, malgré leur apparence de
+momies&nbsp;; elles vivent à la façon d’un arbuste qui dort de son
+sommeil hivernal. L’engourdissement qui envahit en hiver les
+végétaux de nos contrées, et en été les plantes d’ici, tient
+d’ailleurs à une cause unique&nbsp;: la sécheresse. Chez nous le
+sol est gelé pendant la saison froide et ne peut fournir aucune
+humidité aux plantes&nbsp;; celles-ci sont donc
+obligées<span class="pagenum" id="Page_260">[260]<br>
+(61)</span> de laisser tomber leurs feuilles pour réduire leur
+surface transpiratoire à un minimum&nbsp;; le froid ne fait que
+rendre la torpeur plus profonde. Ici, c’est en été que le liquide
+fait défaut&nbsp;: la vie des organes végétatifs se ralentit
+énormément et peut même s’arrêter tout à fait. Quelle pourrait être
+l’activité de plantes qui ferment leurs stomates, de l’<i>Ephedra
+alata</i>, par exemple, qui les obture par un bouchon
+résineux&nbsp;? (Voir <a href="#Page_240">p. 240.</a>)</p>
+
+<p>Les rares précipitations atmosphériques se font en hiver. Aussi
+est-ce en cette saison que les plantes accroissent leur appareil
+végétatif. Dès que les pluies viennent mouiller la terre, les
+végétaux s’empressent de donner de jeunes rameaux. Produire aussi
+des feuilles serait pour la majorité des arbustes un luxe
+exagéré&nbsp;: même en hiver, l’air est trop aride pour que des
+feuilles puissent résister à la dessiccation. D’ailleurs la lumière
+est intense et les rameaux suffisent à l’assimilation.</p>
+
+<p>Mais la saison humide est courte. Voici que l’été revient. Sous
+l’atroce climat, fait de soleil et de sécheresse, la végétation
+s’assoupit peu à peu, et la lueur de vie que les pluies avaient
+amenée au désert est bientôt éteinte. Combien de temps durera la
+léthargie&nbsp;? Au moins jusqu’à l’automne suivant. Mais,
+hélas&nbsp;! souvent plusieurs hivers successifs se passent sans
+pluie. C’est le cas pour la région que nous parcourons. Depuis
+trois ans il n’est plus tombé une averse sérieuse. Trois années de
+soleil&nbsp;! Nous sommes vraiment dans le Pays de l’Éternelle
+Canicule, ou pour employer l’expression arabe, <em>Bled el
+Ateuch</em>, le Pays de la Soif.</p>
+
+<p>Dans les sables, la végétation n’a pourtant pas trop souffert du
+«&nbsp;beau fixe&nbsp;». Les réserves souterraines de liquide sont
+presque épuisées, — la salure des puits le<span class="pagenum" id=
+"Page_261">[261]<br>
+(62)</span> montre assez, — mais les racines réussissent néanmoins
+à atteindre le sable humide de la profondeur. Il en va autrement
+sur l’argile salée. Les racines n’arrivent plus à percer le sol,
+devenu dur comme la pierre, et les plantes ont beau lutter par tous
+les moyens possibles, rien ne peut les défendre contre la mort par
+excès de soif. Chassées d’ailleurs par la concurrence vitale, les
+plantes languissent ici depuis des années, sans que le ciel leur
+accorde une goutte d’eau. Quel poète a jamais osé imaginer les
+horreurs de la lente agonie qui étreint ces misérables
+végétaux&nbsp;?</p>
+
+<p class="space-above15">Le moment est bien choisi pour jeter un
+coup-d’œil sur l’ensemble des dispositifs qu’emploient les plantes
+pour combattre la sécheresse de sol et de l’atmosphère. Nous avons
+déjà attiré l’attention sur les plantes éphémères chez lesquelles
+tous les phénomènes vitaux s’accomplissent en l’espace de quelques
+jours (voir <a href="#Page_217">p. 217</a> et <a href=
+"#Page_240">240</a>), ainsi que sur les divers moyens dont
+disposent les arbustes et les plantes vivaces pour absorber
+rapidement l’eau du sol par les longues racines horizontales (voir
+<a href="#Page_237">p. 237</a>) ou par les racines plongeantes
+(voir <a href="#Page_247">p. 247</a>), et pour extraire l’eau de
+l’atmosphère, grâce aux sels déliquescents. (Voir <a href=
+"#Page_212">p. 212</a> et <a href="#Page_213">213.</a>)</p>
+
+<p>Inutile d’insister sur l’importance qu’il y a pour elles à
+mettre en réserve dans les tissus l’eau qu’elles ont eu tant de
+peine à se procurer.</p>
+
+<p>Voyons maintenant comment les plantes du désert réduisent leur
+transpiration. Il est essentiel tout d’abord de restreindre la
+surface transpiratoire. Aussi beaucoup de plantes sont-elles
+complètement privées de feuilles. (Voir <a href="#Page_239">p.
+239</a> et <a href="#Page_254">254&nbsp;;</a> et phot. <a href=
+"#i01">1,</a> <a href="#i02">2</a> et <a href="#i13">13.</a>)
+D’autres n’en<span class="pagenum" id="Page_262">[262]<br>
+(63)</span> ont que fort peu. Encore ces feuilles sont-elles en
+général petites&nbsp;: depuis que nous avons quitté Biskra, nous
+n’avons pas vu dans le désert une seule plante dont les feuilles
+eussent les dimensions d’une pièce de cinq francs.</p>
+
+<p>La diminution de la surface ne suffit pas à elle seule à assurer
+le victoire de la plante sur le climat. Nous connaissons déjà la
+protection supplémentaire que procure à certains arbustes
+l’ensevelissement des rameaux sous le sable. (Voir <a href=
+"#Page_212">p. 212</a> et <a href="#i06">phot. 6.</a>) D’autre
+part, les sucs de la plupart des plantes, surtout chez les
+Salsolacées, sont fortement salés. Or la tension de vapeur d’eau
+d’une solution est inférieure à celle du liquide pur. La présence
+de sels dans le suc cellulaire entrave donc la transpiration.
+Seulement, l’accumulation de matières minérales constitue par
+elle-même un danger, et nous avons vu que l’<i>Anabasis
+articulata</i> est obligé de se débarrasser des sels par une voie
+détournée. (Voir <a href="#Page_222">p. 222</a> et <a href=
+"#i02">phot. 2.</a>)</p>
+
+<p>Fort nombreux aussi sont les dispositifs qui empêchent
+directement la déperdition de l’eau sous forme de vapeur. La
+transpiration cuticulaire est presque réduite à zéro par
+l’accroissement que subit la cuticule. Cette carapace devient
+tellement épaisse que la coloration verte de la chlorophylle finit
+par être masquée&nbsp;: toutes les plantes sont grises, pâles,
+d’une teinte indéfinissable, ce qui imprime au paysage saharien un
+caractère tout particulier de tristesse et de désolation. Ajoutons
+tout de suite que les substances salines (<i>Limoniastrum</i>....),
+le revêtement cireux des feuilles (<i>Euphorbia</i>,
+<i>Nitraria</i>....), et les poils blancs ou gris qui garnissent
+tant d’organes aériens, contribuent aussi pour une forte part à
+donner à la végétation désertique sa teinte languissante.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_263">[263]<br>
+(64)</span>Nous avons déjà noté la villosité des plantes du Sahara.
+(Voir <a href="#Page_240">p. 240.</a>) Peut-être certains de ces
+poils sont-ils capables d’absorber la rosée (Volkens <span class=
+"bold">1887</span>, p. 31). Toutefois leur fonction est en général
+autre&nbsp;: ils servent à créer autour des stomates une atmosphère
+tranquille. A l’abri de ce feutrage, la plante reste baignée par un
+air plus ou moins saturé. Le fait est très frappant chez le
+<i>Retama Raetam</i> et chez quelques autres Papilionacées&nbsp;:
+les rameaux adultes, complètement aphylles, n’ont de stomates que
+dans les rainures longitudinales qui les parcourent&nbsp;; c’est
+précisément là que sont groupés les poils. — Même remarque en ce
+qui concerne la feuille des <i>Aristida</i>. La face supérieure,
+sillonnée de profondes rainures et garnie de poils, porte beaucoup
+de stomates, tandis que ceux-ci sont rares à la face inférieure,
+glabre et lisse. La protection offerte aux stomates est rendue
+encore plus efficace par ce fait que les feuilles d’<i>Aristida</i>
+s’enroulent sur leur face supérieure&nbsp;: les stomates, abrités
+dans l’intérieur du tube, ne sont jamais en contact avec l’air
+sec.</p>
+
+<p>Il existe, comme on le voit, toute une série de dispositifs qui
+ont pour objet d’affaiblir la transpiration. Mais, dira-t-on,
+pourquoi la plante ne supprime-t-elle pas radicalement l’émission
+de vapeur&nbsp;? N’oublions pas que c’est le courant transpiratoire
+qui amène dans l’économie les sels minéraux&nbsp;: nitrates,
+phosphates, potasse, etc.&nbsp;; en le supprimant, le végétal se
+priverait du même coup d’éléments indispensable à la vie. Déjà le
+manque d’azote, de phosphore, de potassium.... se fait vivement
+sentir&nbsp;: les végétaux sont à la fois affamés et
+assoiffés&nbsp;; et leur rabougrissement est l’effet de la lente
+inanition qu’ils subissent depuis des années, depuis des
+siècles.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_264">[264]<br>
+(65)</span>La vue de cette flore moribonde est pénible pour le
+botaniste. Certes, sur les rocailles d’un pâturage alpestre, parmi
+les flaques de neige persistante, les touffes d’herbe sont encore
+plus chétives qu’ici. Là-haut également, c’est la nature inanimée
+qui donne au pays sa physionomie propre. Placez-vous devant un site
+de notre pays, ou mieux, d’une contrée équatoriale&nbsp;: toute
+votre admiration se concentre sur les grandes masses de verdure,
+sur les forêts, les prairies.... et c’est plus tard seulement que
+vous songez au sol qui se cache sous la splendeur du feuillage.
+Contemplez à présent un paysage désertique, — que ce soit le désert
+glacé de la haute alpe, ou le Sahara aride et ensoleillé, — vous ne
+voyez que le relief du sol, les pics aigus, les champs de neige, ou
+bien les larges ondulations du terrain, les vagues de sable, les
+fonds argileux où brillent les croûtes de sel.... Quant à la
+verdure, elle passe inaperçue. Maintenant, regardez à vos pieds.
+Toute analogie entre l’alpage et le Sahara s’évanouit. Sur la
+montagne, mille fleurs variées brillent parmi les pierres&nbsp;;
+des papillons et des mouches volent gaîment d’une corolle à
+l’autre. Au Sahara, rien de semblable. Il y a des fleurs
+pourtant&nbsp;; car si l’été est une saison de torpeur pour les
+organes végétatifs, c’est aussi celle où s’ouvrent les fleurs. Mais
+elles sont petites, sans parfum ni couleurs voyantes.</p>
+
+<p>Chez un grand nombre d’espèces, elles sont adaptées à être
+pollinées par le vent, et privées de corolle (<i>Ephedra</i>,
+Graminacées, <i>Cyperus</i>, <i>Calligonum</i>, Salsolacées,
+etc.<a id="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class=
+"fnanchor">[3]</a>). L’<i>Euphorbia Guyoniana</i>, quoique
+entomophile, est également<span class="pagenum" id=
+"Page_265">[265]<br>
+(66)</span> privé de corolle. Les fleurs de <i>Silene</i>, des
+Cruciféracées, de <i>Randonia</i>, des Boraginacées et de la
+plupart des Papilionacées, sont minuscules et ont des teintes
+effacées. Les seules fleurs voyantes sont celles de
+<i>Monsonia</i>, d’<i>Helianthemum</i> et des Plombaginacées
+(<i>Limoniastrum</i> et <i>Statice</i>), ainsi que les capitules de
+quelques Compositacées.</p>
+
+<p>En fait d’Insectes fécondateurs, il n’y a guère que des Diptères
+et des Hyménoptères. Encore sont-ils peu abondants. Il serait
+logique de supposer que pour appeler vers elles les rares
+visiteurs, les fleurs doivent étaler de larges appareils
+vexillaires. C’est en effet ce qui a lieu sur l’alpe. Au Sahara, la
+sécheresse de l’air s’y oppose&nbsp;: les tissus délicats des
+pétales seraient tout de suite fanés. On comprend moins bien
+pourquoi les plantes sahariennes négligent les parfums, un
+excellent moyen pourtant d’attirer les Insectes. Faisons remarquer
+toutefois que si nous ne percevons aucun parfum, cela ne prouve pas
+que les plantes dédaignent de sécréter des vapeurs odorantes&nbsp;:
+nous savons en effet que la muqueuse olfactive de l’homme
+fonctionne mal dans l’air très sec&nbsp;; il n’est pas certain du
+tout qu’il en soit de même pour les antennes des Insectes.</p>
+
+<p class="space-above15">Le cinquième jour après le départ de
+Tougourt, il fait étouffant dès le matin. Pas le plus léger
+souffle&nbsp;; les épillets du Drîn pendent immobiles dans l’air
+brûlant. Aussi est-ce avec jubilation que nous recevons vers neuf
+heures du matin les premières bouffées de vent du Sud. Mais ce vent
+ne tarde pas à nous paraître étrange&nbsp;: au lieu de nous
+rafraîchir, il augmente encore la sensation de chaleur. Il faut se
+rendre à l’évidence&nbsp;: c’est le simoun.</p>
+
+<p>Nous allons connaître la soif. Le simoun ne souffle
+pas<span class="pagenum" id="Page_266">[266]<br>
+(67)</span> depuis une heure, que déjà nos bidons de thé sont à
+sec. Quant à Abdallah et aux chameliers, ils se suspendent à tour
+de rôle aux outres. Hélas&nbsp;! celles-ci perdent bientôt leur
+profil de chiens noyés, gonflés par les gaz. Par bonheur, des
+Nomades campés près du poste optique de Khaldiet consentent à nous
+vendre une belle peau de bouc aux flancs rebondis. Nos Arabes ont à
+boire jusqu’au prochain puits. Pour nous, cette acquisition n’a
+aucun avantage immédiat. Nous avons de l’eau, il est vrai, mais
+elle a trop mauvaise mine, et nous ne voulons pas la boire crue.
+Or, le pays d’alentour ne porte pas le moindre arbrisseau, et les
+quelques brindilles que les Nomades nous ont cédées ont servi à
+nous faire cuire des œufs. Que faire&nbsp;? Boire de l’eau de
+S<sup>t</sup>-Galmier, mais avec ménagements, car nous ne pouvons
+pas, d’ici à longtemps, remplacer notre provision.</p>
+
+<p>La chaleur augmente d’une façon continue, pendant que nous
+sommes couchés inertes, à l’ombre du poste optique. A deux heures,
+le thermomètre marque 39°. Nous devons pourtant nous remettre en
+marche&nbsp;; du reste, le soleil est maintenant voilé par l’épais
+nuage de poussière que soulève le simoun.</p>
+
+<p>Voici un puits, au milieu des <i>Salsola tetragona</i>. Les
+chameaux eux-mêmes se précipitent avidement vers l’abreuvoir. Je me
+prépare à photographier la scène. Mon appareil photographique ne
+fonctionne plus. Les parois en bois ont craqué sous l’influence de
+l’extrême sécheresse. Il est tout disloqué&nbsp;; on peut
+dorénavant le laisser au fond d’un coffre. Il nous reste un second
+appareil, mais ses boiseries ont été également gauchies. Demain,
+lui aussi sera hors d’usage. Je ne pourrai le réparer un peu qu’à
+Ouargla. Mais je ne puis naturellement pas<span class="pagenum" id=
+"Page_267">[267]<br>
+(68)</span> développer les clichés sur place, et, rentré à
+Bruxelles, je m’aperçois que tous les clichés faits à partir
+d’aujourd’hui ont reçu des coups de lumière.</p>
+
+<p>En route de nouveau, à travers les <i>Salsola tetragona</i>. Il
+n’y a qu’eux pendant des heures, d’informes buissons aux branches
+tordues, plates, souvent fendues, n’ayant gardé vivants que les
+bouts des ramuscules. Beaucoup d’entre eux sont morts, et leurs
+squelettes noircis, comme calcinés, ont l’aspect le plus
+lamentable. (Voir <a href="#i17">phot. 17.</a>) Abdallah qui a
+passé ici il y a quelques années, avec la mission Flatters, nous
+raconte que toute cette plaine était verdoyante, que des milliers
+de chameaux venaient y paître. Mais les trois années de sécheresse
+persistante ont eu raison de cette verdure.</p>
+
+<p>Nous sommes exténués de soif. Afin de ne pas devoir à chaque
+instant arrêter les chameaux pour prendre l’eau dans les outres,
+l’un des hommes a rempli une grande gamelle. Elle fait le tour, de
+bouche à bouche. Mon compagnon et moi détournons les yeux pour ne
+pas être induits en tentation. Rarement, je pense, les
+prescriptions de l’hygiène ont dû résister à un aussi rude assaut.
+C’est un raffinement du supplice de Tantale&nbsp;: sentir qu’on se
+momifie rapidement, voir circuler la gamelle pleine d’eau, et ne
+pas y toucher parce que le liquide est trop suspect.
+Félicitons-nous de notre prudence&nbsp;; c’est à elle que nous
+devons d’être restés l’un et l’autre indemnes de tout accès de
+fièvre.</p>
+
+<p>Il est vrai que rien n’eût été plus facile que d’obtenir
+maintenant du feu&nbsp;; mais la caravane aurait dû s’arrêter, et
+nous étions tous pressés de sortir de cette lugubre steppe à
+<i>Salsola tetragona</i>.... Pourtant, quelle affreuse sensation
+que celle de la soif. Les lèvres et la langue se<span class=
+"pagenum" id="Page_268">[268]<br>
+(69)</span> gercent, la gorge est contractée, plus la moindre
+salive ne s’écoule dans la bouche, il semble qu’on ait autour de la
+tête un bandeau serré. Cette dernière torture est la plus
+intolérable. On marche inerte, sans penser.</p>
+
+<p>Il faut faire halte dans la broussaille. Le vent est tombé, mais
+le thermomètre marque encore 36°7. «&nbsp;Abdallah&nbsp;! du
+feu&nbsp;!&nbsp;» Enfin, nous allons boire, avaler du thé chaud,
+brûlant même. Le liquide n’a pas eu le temps de descendre dans
+l’estomac, qu’on sent la sueur perler sur la peau. En un instant,
+elle est évaporée, et une délicieuse fraîcheur envahit tout l’être.
+C’est incontestablement la boisson chaude, vers 60°, qui désaltère
+le plus vite dans un pays aride et ardent comme celui-ci. A vrai
+dire, un liquide froid a également ses charmes&nbsp;: on éprouve
+une si agréable sensation dans la bouche et la gorge&nbsp;; mais le
+soulagement est moins durable. D’ailleurs nous n’avons pas le moyen
+de refroidir beaucoup nos boissons. On se contente d’entourer les
+bidons et les bouteilles d’un linge mouillé, afin de leur
+soustraire la chaleur latente de vaporisation. On arrive ainsi, en
+une heure, à faire tomber la température des liquides, de 40°
+qu’elle était en début, à 24° ou 25°. En Europe, une pareille eau
+donnerait des nausées&nbsp;; ici, elle est d’une exquise
+fraîcheur.</p>
+
+<p>Mon compagnon est moins accablé que moi. Tandis que je suis
+étalé sur ma couverture, il s’en va avec sa lanterne, faire la
+chasse aux Insectes. Un incident désagréable me tire de ma
+torpeur&nbsp;: Lakhdar tue au milieu du campement une petite Vipère
+très dangereuse (<i>Cerastes vipera</i>) dont la morsure est même
+plus mauvaise que celle de la Vipère à cornes. Au moment où M.
+Lameere revient, une seconde Vipère rampe au milieu de
+nous.<span class="pagenum" id="Page_269">[269]<br>
+(70)</span> C’est peu rassurant. Nous sommes, à la vérité, munis de
+sérum antivenimeux, mais, tout de même, ce qui peut arriver de plus
+heureux quand on possède un bon médicament, c’est de n’avoir pas à
+s’en servir. Après un moment de trouble, il est décidé que le
+campement sera transporté sur une haute dune, loin de ces maudites
+broussailles qui, au dire d’Abdallah, sont toujours «&nbsp;pleines
+de serpents.&nbsp;» Chacun porte sa literie, et après nous être pas
+mal embarrassés dans les <i>Salsola</i>, nous installons l’hôtel
+sur le sable.</p>
+
+<p class="space-above15">Le lendemain matin, un temps délicieux.
+Mais notre jouissance est contrariée par la vue de la steppe qui
+étale toujours son unique espèce végétale. Que nous ayons du sable
+nu, ou un fond de sebkha sans une herbe, plutôt que cette
+interminable plaine, avec les squelettes d’arbustes dont les
+brindilles restées vivantes parmi les branches consumées semblent
+demander grâce au soleil implacable.</p>
+
+<p>Le répit n’est pas de longue durée. Le vent du Sud se remet à
+souffler avec furie, et à une heure, pendant que nous sommes
+affaissés sous un <i>Tamarix</i>, le thermomètre indique près de
+41°. Nous avons enfin quitté la steppe salée, pour passer entre les
+dunes. Mais tout n’est pas rose non plus sur le sable. Le vent
+chasse devant lui des tourbillons de grains coupants qui vous
+mitraillent le visage. Les chameaux, avec leur volumineuse charge,
+tanguent d’un air désespéré sous les rafales.</p>
+
+<p>Courage&nbsp;! Le guide signale des Palmiers à l’horizon. C’est
+le village d’El Bôr, avec des jardins enfoncés comme les oasis du
+Souf. Ils nous font l’effet de Paradis terrestres, et les masures
+de boue dispersées dans les dunes, sont<span class="pagenum" id=
+"Page_270">[270]<br>
+(71)</span> belles comme des palais. Nous y voilà. Le chef du
+village nous introduit dans une habitation dont le propriétaire est
+actuellement «&nbsp;aux champs&nbsp;», comme il dit, ce qui
+signifie qu’il est allé camper dans le désert avec ses troupeaux et
+sa famille. Singuliers champs&nbsp;! Ne discutons pas la valeur des
+mots&nbsp;; l’essentiel est que nous pouvons disposer de la
+maison.</p>
+
+<p>On a l’obligeance de nous offrir du café chaud. Accepté avec
+reconnaissance, car de toute la journée nous n’avons eu que du thé
+dont la température était comprise entre 35° et 40°. Et l’on a beau
+ingurgiter des quantités invraisemblables d’une telle boisson, déjà
+plate et indigeste par elle-même, on ne réussit pas à se
+désaltérer.</p>
+
+<p>Le bruit se répand dans le village qu’un médecin est arrivé.
+Tous ceux que leurs infirmités empêchent d’émigrer vers des régions
+moins ravagées par le soleil, viennent me consulter dans la petite
+chambre où nous avons cherché refuge. Mais que prescrire dans un
+pays où la pharmacie la plus proche est à Biskra, à une huitaine de
+jours d’ici&nbsp;? A un homme atteint d’une maladie de foie, je
+recommande le régime lacté. On me regarde avec stupeur.
+«&nbsp;Puisque les troupeaux sont aux champs&nbsp;! Il ne reste
+dans le village ni une chèvre, ni une chamelle&nbsp;!&nbsp;» D’ici
+à plusieurs mois, pas moyen d’avoir une tasse de lait&nbsp;; la
+nourriture consiste exclusivement en orge et en dattes sèches.</p>
+
+<p>Le simoun a enfoui nos cheveux et notre barbe sous une carapace
+de sable. D’innombrables grains se sont introduits sous nos
+vêtements et nous grattent la peau. «&nbsp;Abdallah, y a-t-il
+beaucoup d’eau à El Bôr&nbsp;?&nbsp;» — «&nbsp;Tant qu’on en
+veut.&nbsp;» — «&nbsp;Parfait, tu vas nous en apporter un grand
+seau pour que nous puissions nous débarbouiller.&nbsp;»<span class=
+"pagenum" id="Page_271">[271]<br>
+(72)</span> Ahurissement d’Abdallah. «&nbsp;Tout un seau, dit-il,
+c’est peut-être beaucoup. Enfin, j’irai voir.&nbsp;» Et il nous
+revient avec une gamelle d’eau, tout ce qu’il avait pu se procurer
+dans les puits presque taris du village.</p>
+
+<p>Le soleil est étrange, les jours de simoun. Il se couche tout
+blanc et flou, dans un ciel jaune. Contrairement à ce qui s’est
+passé hier, le vent continue à souffler jusqu’après minuit. Le
+lendemain matin à quatre heures, il y avait encore 22°7.</p>
+
+<p class="space-above15">Qu’il nous soit permis de publier les
+observations de température et d’humidité que nous avons faites
+pendant les deux journées de simoun, ainsi que le lendemain
+matin.</p>
+
+<table class="borders">
+<tr>
+<th colspan="2" class="sc tdr pad-right1">Heures</th>
+<th><em>t</em>
+</th>
+<th><em>t′</em>
+</th>
+<th><em>e″</em>
+</th>
+<th><em>F</em>
+</th>
+<th><em>T</em>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">Mai 17 —</td>
+<td>11</td>
+<td>37.5</td>
+<td>19.2</td>
+<td>5.14</td>
+<td class="tdr">11</td>
+<td class="tdr">1.6</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>14</td>
+<td>39</td>
+<td>19.6</td>
+<td>5.21</td>
+<td class="tdr">10</td>
+<td class="tdr">1.8</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>15.45</td>
+<td>40.4</td>
+<td>18.7</td>
+<td>2.95</td>
+<td class="tdr">5</td>
+<td class="tdr">− <span class="word-spaced03">&nbsp;</span>5.9</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>18.30</td>
+<td>36.7</td>
+<td>16.3</td>
+<td>1.53</td>
+<td class="tdr">3</td>
+<td class="tdr">− 14.2</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">Mai 18 —</td>
+<td><span class="word-spaced03">&nbsp;</span>5</td>
+<td>20.2</td>
+<td>10</td>
+<td>3.09</td>
+<td class="tdr">18</td>
+<td class="tdr">− <span class="word-spaced03">&nbsp;</span>5.3</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>10.30</td>
+<td>35.6</td>
+<td>17</td>
+<td>3.22</td>
+<td class="tdr">7</td>
+<td class="tdr">− <span class="word-spaced03">&nbsp;</span>4.7</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>13.30</td>
+<td>40.6</td>
+<td>18.4</td>
+<td>2.34</td>
+<td class="tdr">4</td>
+<td class="tdr">− <span class="word-spaced03">&nbsp;</span>8.9</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>14.45</td>
+<td>39.5</td>
+<td>17.5</td>
+<td>1.73</td>
+<td class="tdr">3</td>
+<td class="tdr">− 12.7</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>16.10</td>
+<td>39.2</td>
+<td>17.3</td>
+<td>1.48</td>
+<td class="tdr">3</td>
+<td class="tdr">− 14.6</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td>18</td>
+<td>36.5</td>
+<td>17</td>
+<td>2.65</td>
+<td class="tdr">6</td>
+<td class="tdr">− <span class="word-spaced03">&nbsp;</span>7.3</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">Mai 19 —</td>
+<td><span class="word-spaced03">&nbsp;</span>4</td>
+<td>22.7</td>
+<td>14.6</td>
+<td>7.47</td>
+<td class="tdr">36</td>
+<td class="tdr">7<span class="word-spaced03">&nbsp;</span></td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="bdless-right">
+</td>
+<td><span class="word-spaced03">&nbsp;</span>5</td>
+<td>20.5</td>
+<td>13.2</td>
+<td>6.89</td>
+<td class="tdr">38</td>
+<td class="tdr">5.8</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="nind less"><span class="pagenum" id="Page_272">[272]<br>
+(73)</span>Signification des colonnes de ce tableau&nbsp;:</p>
+
+<p class="less"><em>t</em> = la température de l’air, en degrés
+centigrades.</p>
+
+<p class="less"><em>t′</em> = la température du thermomètre
+mouillé, en degrés centigrades.</p>
+
+<p class="less"><em>e″</em> = la pression en millimètres de la
+vapeur d’eau, c’est-à-dire, l’humidité absolue.</p>
+
+<p class="less"><em>F</em> = la pression relative (100 =
+saturation), en d’autres termes, l’humidité relative.</p>
+
+<p class="less"><em>T</em> = la température à laquelle il faudrait
+abaisser l’air pour obtenir de la rosée.</p>
+
+<p class="space-above15">Les températures <em>t</em> et <em>t′</em>
+étaient prises au moyen d’un thermomètre-fronde qui avait été mis à
+notre disposition, avec beaucoup d’autres instruments, par
+l’Observatoire royal d’Uccle. Aussitôt après avoir déterminé la
+température de l’air (<em>t</em>), j’entourais la boule d’une
+mousseline imbibée d’eau et je faisais de nouveau tournoyer
+l’instrument<a id="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class=
+"fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<p>Les chiffres des trois colonnes <em>e″</em>, <em>F</em> et
+<em>T</em> ont été calculés par M. Jean Vincent, météorologiste à
+l’Observatoire d’Uccle, d’après les données thermométriques.</p>
+
+<p class="space-above15">Quelques mots d’éclaircissements au sujet
+de nos observations.</p>
+
+<p>Pendant que, tout au début du simoun, nous étions couchés près
+du poste optique de Khaldiet, le 17 mai, de onze à deux heures, la
+température était déjà élevée, mais la quantité de vapeur d’eau
+était restée notable. C’est plus tard seulement, quand toute
+l’humidité eut été balayée par le simoun brûlant, que le degré
+hygrométrique se<span class="pagenum" id="Page_273">[273]<br>
+(74)</span> mit à décroître, pour tomber à 3 %, le soir, quand nous
+campions dans les <i>Salsola</i>. Si, à ce moment, on avait voulu
+précipiter sous forme de rosée la vapeur d’eau contenue dans l’air,
+il eût fallu la refroidir à − 14°, c’est-à-dire qu’on aurait
+obtenu, non de la rosée, mais du givre.</p>
+
+<p>Pendant la nuit, calme plat. Le sol et les plantes émettent de
+la vapeur d’eau&nbsp;: le matin, la quantité absolue d’humidité
+(<em>e″</em>) a doublé. Puis, le simoun reprend, et graduellement
+l’humidité baisse jusque vers cinq ou six heures de l’après-dîner.
+Quand nous étions à El Bôr, le vent, encore violent, était devenu
+moins sec, ce qui faisait présager la fin de la tourmente.</p>
+
+<p>Le lendemain, 19 mai, l’air de nouveau chargé de vapeurs, était
+revenu à un degré hygrométrique qui est normal pour le désert.</p>
+
+<p>Certes, la série d’observations que nous venons de relater est
+exceptionnelle, même au Sahara&nbsp;; si une semblable sécheresse
+se continuait quelques semaines, tout serait inévitablement grillé.
+Pourtant on constate parfois un degré hygrométrique encore plus
+bas. Ainsi, le 23 mai, à midi, pendant que nous serons dans le
+désert rocheux au N. W. de Ouargla, nous observerons une
+température de 33° (<em>t</em>), alors que le thermomètre mouillé
+ne marque que 14°2 (<em>t′</em>), ce qui correspond à une pression
+absolue de 0,75 mm. (<em>e″</em>) et à une humidité relative de 2 %
+(<em>F</em>)&nbsp;; à ce moment, le point de rosée (<em>T</em>) est
+à − 22°7. Ajoutons qu’à diverses reprises on a signalé, dans le
+Sahara, une humidité nulle. Ceci ne signifie pas qu’aucune vapeur
+n’existât en ces moments dans l’atmosphère, mais simplement que les
+instruments, quelques sensibles qu’ils fussent, étaient incapables
+de déceler les faibles traces de vapeur. «&nbsp;Alors les lèvres se
+gercent, les ongles cassent<span class="pagenum" id=
+"Page_274">[274]<br>
+(75)</span> comme du verre, l’encre sèche dans la plume, tous les
+objets en bois ou en corne se contractent, et l’on a vu des miroirs
+éclater sous la pression de leur cadre.&nbsp;» (Schirmer,
+<span class="bold">1893</span>, p. 64.)</p>
+
+<p class="space-above15">Nous nous remettons en route. On se rend
+bien compte maintenant des effets du simoun sur la végétation. Des
+touffes de Drîn ont été enfouies jusqu’aux inflorescences. Les
+<i>Euphorbia Guyoniana</i> laissent pendre leurs rameaux
+fanés&nbsp;: l’apport d’eau par les racines n’a pas pu se faire
+assez vite pour compenser les pertes. Les dernières plantes
+annuelles sont rôties. L’effet le plus désastreux est celui qu’ont
+subi les <i>Limoniastrum Guyonianum</i>. Le simoun a enlevé le
+sable sur le versant méridional des mottes, et dénudé les rameaux.
+Ceux-ci, brusquement mis en présence de l’air, ont été desséchés
+par le vent torride et ne portent plus que des feuilles
+ratatinées.</p>
+
+<p>Il n’y a plus qu’une demie journée de marche avant Ouargla.
+Tantôt nous traversons les sebkha, échelonnés dans le lit de l’oued
+Mya&nbsp;; tantôt il faut grimper sur de hautes dunes, aussi
+tristes que celles du Souf. Ces dunes, très mobiles, sont une
+menace perpétuelle pour les oasis établies entre elles, et même
+pour la ville de Ouargla. Les autorités militaires y ont fait semer
+du Drîn, espérant que les longues racines de la Graminacée
+maintiendront le sable. Les résultats ne sont pas très
+encourageants&nbsp;: le Drîn a des rhizomes beaucoup moins traçants
+que l’Oyat, tant employé en Europe pour fixer les dunes
+littorales.</p>
+
+<p>Tout à coup, au delà de l’océan de dunes et du vaste sebka
+parsemé de plaques salines, les deux minarets blancs de la ville se
+dressent par dessus les palmes.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_275">[275]<br>
+(76)</span>Deux journées employées à parcourir l’oasis et à faire
+visite aux officiers et aux Pères Blancs. Nous recueillons de
+nombreux renseignements sur les mœurs des habitants. Ouargla avec
+ses rues étroites, en partie voûtées, a une population fort mêlée
+où dominent les Nègres et les Aratins, noirs également, dont les
+femmes, tout comme les Négresses, aiment à se parer de cauris.</p>
+
+<p>En automne, des milliers de Nomades, surtout des Châmba,
+affluent vers Ouargla, et établissent sur les hauteurs voisines une
+ville de tentes, bien plus populeuse que la ville fixe. Depuis plus
+d’un mois, ils ont levé leurs campements pour s’éparpiller sur le
+désert. Chaque tribu possède dans le Sahara un immense
+«&nbsp;territoire de parcours&nbsp;», sur lequel elle fait paître
+ses troupeaux. Les montagnes sont trop éloignées, et les Châmba
+sont bien obligés de chercher dans le désert même des contrées
+renfermant quelques points d’eau et où l’herbe est moins brûlée
+qu’ailleurs. A l’époque de la maturité des dattes, ils reviennent
+vers les oasis. Ils se prétendent les légitimes propriétaires du
+sol et exigent que les malheureux Oasiens, rendus pacifiques par
+les occupations agricoles, leur remettent, pour prix de la
+location, les quatre cinquièmes de la récolte&nbsp;; d’où le nom de
+<em>khammès</em> (hommes au cinquième), qu’on donne aux
+cultivateurs. Exactions au détriment des Sédentaires, razzias
+organisées contre les caravanes et contre les tribus voisines,
+voilà ce qui compose toute l’existence des Châmba. De quoi
+vivraient, somme toute, ces Nomades faméliques s’ils devaient
+renoncer à leurs brigandages. Les produits de leurs troupeaux sont
+par trop insuffisants&nbsp;: le désert ne nourrit pas les peuples
+pasteurs, pourtant bien clairsemés, qui errent à sa surface.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_276">[276]<br>
+(77)</span>Du haut d’un minaret, nous contemplons la ville. (Voir
+<a href="#i15">phot. 15.</a>) Ouargla occupe le centre d’un grand
+sebkha entouré d’une falaise rocheuse verticale. A nos pieds
+s’étend la ville, entièrement construite en briques crues. Les
+minarets eux-mêmes, hauts de vingt-cinq mètres, sont faits en boue
+durcie au soleil. Il faut que la réputation d’aridité du climat
+saharien soit solidement établie, pour qu’on ose construire les
+maisons et les mosquées en une matière aussi peu résistante à la
+pluie. — Autour de la ville s’étend l’oasis avec plus d’un demi
+million de Dattiers. C’est encore à l’heure actuelle, l’une des
+plus importantes du Sahara occidental. Mais sa déchéance est
+prochaine. Malgré les nombreux puits artésiens qui ont été forés,
+les arbres dépérissent faute d’eau. Déjà, ceux qui occupent le bord
+de l’oasis ne sont plus que des mâts que surmontent deux ou trois
+palmes flétries. Ils vivotent encore, mais n’ont plus la force de
+fleurir. Et pourtant cette contrée a été jadis occupée par un
+fleuve qui s’est creusé un lit large et profond, et qui a déposé
+d’épaisses couches de vase. Que sont en somme les falaises, hautes
+de plus de cent mètres, qui limitent de toutes parts l’horizon,
+sinon les rives escarpées de cet ancien fleuve&nbsp;? Et l’étendue
+plate qui étale son vide au delà des Palmiers agonisants&nbsp;?
+C’est un fond de lac, en partie comblé par les alluvions argileuses
+que l’oued Mya amena des montagnes de l’Ahaggar. L’oued Mya,
+cherchant un refuge contre le soleil, n’a gardé qu’un cours
+souterrain. Mais les pluies deviennent de plus en plus rares, et
+cette nappe artésienne elle-même s’épuise chaque jour
+davantage.....</p>
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_277">[277]<br>
+(78)</span><a id="c3"></a><span class="bold">3. — Le désert
+pierreux.</span>
+</h2>
+
+<p>Ce matin, nous sommes remontés sur nos mulets. Devant nous se
+dresse la falaise qu’il s’agit de gravir. Elle limite le
+<em>hamâda</em>, plateau pierreux sur lequel nous allons voyager
+pendant dix jours. Vu de Ouargla, l’escarpement semblait uni et
+régulier&nbsp;; de près, on constate qu’il est tout raviné. Une
+foule de torrents dévalant du hamâda, au temps jadis, l’ont découpé
+en massifs isolés qui, lentement, se sont éboulés dans le cours des
+siècles. Les uns ont pris l’aspect de cônes à sommet arrondi&nbsp;;
+les plus larges se terminent encore par une table horizontale aussi
+élevée que le grand plateau voisin. Quand ces collines d’érosion
+sont tout à fait séparées les unes des autres, elles reçoivent le
+nom de <em>gour</em> (sing. <em>gara</em>.)</p>
+
+<p>Avec mille précautions, chameaux et mulets se sont hissés sur le
+hamâda. Tout de suite on se sent dans un pays neuf, bien différent
+du désert «&nbsp;alluvial&nbsp;» et du désert «&nbsp;éolien&nbsp;»,
+que nous avons parcourus jusqu’à présent. Dans le premier la couche
+superficielle est constituée par des sédiments fluviaux. Cette
+formation porte le nom de <em>reg</em>. Les anciens fleuves ont
+apporté dans les fonds les galets, les graviers et l’argile,
+résultant de la trituration des roches dans lesquelles ils ont
+creusé leur lit. Mais depuis des siècles, les rivières sont taries
+et n’ont plus qu’un faible écoulement souterrain. En l’absence
+d’érosion et de sédimentation actuelles, le reg ne subit d’autres
+changements que ceux qui proviennent des fluctuations de l’eau
+souterraine (voir <a href="#Page_210">p. 210</a> et <a href=
+"#i05">phot. 5</a>)&nbsp;: il se sale ou se dessale suivant les
+saisons, mais son modelé reste immuable. Tout autres sont les
+conditions dans le<span class="pagenum" id="Page_278">[278]<br>
+(79)</span> désert éolien. Sauf dans les régions où les matières
+salines du sous-sol viennent agglutiner les grains de sable (voir
+<a href="#Page_253">p. 253</a> et <a href="#i14">phot. 14</a>),
+l’erg a un modelé essentiellement instable&nbsp;: jamais une dune
+n’a de configuration permanente et définitive. Le vent, seul maître
+de la région, s’empare du sable mobile&nbsp;; il édifie les
+collines, puis il les échancre, les rase, et les porte plus
+loin.</p>
+
+<p>Mais d’où vient le sable&nbsp;? Quelle est la force qui émiette
+les pierres et qui en fait le jouet des vents&nbsp;? C’est le
+soleil. «&nbsp;Après l’air et les nuages, il dévore la terre&nbsp;;
+il chauffe ses pierres à blanc&nbsp;; il les dissout en poussière
+impalpable. Sa splendeur hostile ne veut éclairer que la
+mort.&nbsp;» (Hughes Le Roux, <span class="bold">1895</span>, p.
+163.) Sous l’action des effroyables variations de température, les
+rochers eux-mêmes sont tirés de leur inertie. En été, leur
+température superficielle dépasse souvent 70°&nbsp;; en hiver, elle
+s’abaisse à − 7°. Tour à tour dilatées et contractées, les pierres
+finissent par se fendre (voir <a href="#i01">phot. 1</a>)&nbsp;;
+des blocs se détachent, qui soumis aux mêmes conditions, se
+morcellent et se pulvérisent de plus en plus.</p>
+
+<p>Le vent se charge de trier les produits de la désagrégation. Les
+fines poussières sont emportées jusqu’au-delà des limites du
+désert&nbsp;: on a observé des pluies de «&nbsp;poussière
+rouge&nbsp;», saharienne, jusque dans les îles Canaries. Le sable,
+trop lourd pour que les courants atmosphériques le soulèvent très
+haut, peut néanmoins être entraîné au loin&nbsp;; mais sa migration
+se fait lentement, de proche en proche. Auprès de chaque obstacle,
+le vent dépose une partie de ses sédiments arénacés, première
+ébauche d’une dune. Le sort des monticules dépend des conditions
+extérieures&nbsp;: parfois leur croissance est très limitée (voir
+<a href="#Page_212">p. 212</a> et <a href="#i06">phot.
+6</a>)&nbsp;; ailleurs ils atteignent une élévation de<span class=
+"pagenum" id="Page_279">[279]<br>
+(80)</span> plus de cent mètres. (Voir <a href="#Page_243">p.
+243</a> et <a href="#i11">phot. 11</a> et <a href="#i12">12.</a>)
+Quelles que soient les dimensions des dunes, à chaque coup de vent,
+une partie de leurs matériaux s’envole plus loin.</p>
+
+<p>Les gros éclats de pierre restent en place. Quand ils viennent
+de se détacher, leurs angles sont tellement coupants qu’on est
+souvent obligé de mettre des chaussures aux chameaux. Mais le sable
+chassé par les rafales a bientôt fait d’émousser les tranchants. La
+mitraillade par les grains quartzeux sculpte littéralement la
+pierre. Les fragments prennent un aspect et un toucher
+particuliers. Si la pierre a une structure homogène, si c’est par
+exemple du calcaire, elle garde sensiblement sa forme primitive,
+mais toutes les petites aspérités s’effacent, et elle se polit
+complètement. Les roches à texture hétérogène gagnent une surface
+polie, inégale, rappelant celle d’un noyau de pêche, sur laquelle
+les parties les plus dures forment un dessin en relief, limité par
+des creux correspondant aux éléments moins résistants qui ont été
+sculptés davantage.</p>
+
+<p>On remarquera qu’ici, dans le désert
+«&nbsp;déflatoire&nbsp;»<a id="FNanchor_5"></a><a href=
+"#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> aussi bien qu’ailleurs, la
+sécheresse de l’air est un facteur essentiel. Elle fige dans son
+immobilité la surface du désert alluvial, elle permet au vent de
+bouleverser sans répit les dunes&nbsp;; c’est encore elle qui
+provoque l’éclatement de la pierre. On sait, en effet, que la
+vapeur d’eau fonctionne comme un écran qui arrête les
+rayons<span class="pagenum" id="Page_280">[280]<br>
+(81)</span> calorifiques&nbsp;: elle empêche le sol de s’échauffer
+outre mesure pendant le jour, et retient durant la nuit la chaleur
+qui tend à rayonner dans l’espace. Dans le Sahara, cet écran de
+vapeur fait défaut et la roche passe successivement par les
+extrêmes de froid et de chaud.</p>
+
+<p>Selon que le morcellement des pierres est plus ou moins avancé,
+on rencontre sur le hamâda des régions qui sont simplement
+craquelées, d’autres qui sont couvertes de débris à angles vifs, ou
+d’éclats déjà usés et polis par le frottement du sable.</p>
+
+<p>Mais si, sur le hamâda, le soleil et le vent sont à présent
+seuls en cause, l’érosion par les cours d’eau a également eu son
+heure. Le désert que nous traverserons d’ici à Settafa, sur un
+parcours d’environ trois cents kilomètres, a été entaillé par de
+nombreuses rivières. De même que dans le pays de dunes, c’est la
+disposition des vallées qui, pour les Arabes, caractérise la
+région. Elle a reçu le nom de «&nbsp;Chebka&nbsp;» (filet)&nbsp;:
+les rivières tortueuses qui la sillonnent ont été assimilées à un
+filet qui aurait été déposé sur le plateau et qui s’y serait
+incrusté.</p>
+
+<p class="space-above15">Sur ces vastes espaces privés de terre,
+l’eau de pluie ne peut que ruisseler à la surface du sol ou bien se
+perdre dans les crevasses, sans se collecter nulle part. La
+végétation y atteint son maximum de maigreur. Tout lui manque à la
+fois&nbsp;: ni eau, ni terre.</p>
+
+<p>A part l’<i>Aristida floccosa</i> et une ou deux autres plantes
+sabulicoles, la flore du hamâda est très spécialisée&nbsp;: elle se
+compose presque uniquement de petits arbrisseaux à feuilles et à
+tiges velues. Pendant toute la première journée de marche, nous ne
+voyons guère que l’<i>Erodium glaucophyllum</i>, herbe malingre
+dont les fruits ont presque huit<span class="pagenum" id=
+"Page_281">[281]<br>
+(82)</span> centimètres de longueur, et l’<i>Anthyllis sericea</i>,
+minuscule arbuste globuleux, de trente ou quarante centimètres de
+hauteur.</p>
+
+<p class="space-above15">Le vent s’est mis à souffler. L’horizon et
+le ciel sont déjà obscurcis par les fines poussières. Des traînées
+de sable serpentent sur le sol. Auprès de chaque pierre, dans les
+touffes d’herbe, au fond de légers creux, des dunes microscopiques
+s’édifient. Les feuilles raides d’<i>Aristida floccosa</i>
+crépitent sous le choc répété des grains.</p>
+
+<p>Tout à coup nous arrivons au bord supérieur d’un escarpement.
+C’est la rive d’un oued. Tant bien que mal nous descendons la
+falaise. On se rend compte ici de l’action érosive des rafales
+chargées de grains quartzeux. Sans répit, d’énormes vagues de sable
+battent en brèche le pied de la muraille rocheuse. Celle-ci est
+littéralement affouillée&nbsp;: on dirait une falaise littorale
+minée par les flots. Plus haut l’érosion éolienne a opéré la
+dissection de l’escarpement&nbsp;: les bancs de roches dures, — le
+squelette de la falaise, — sont restés intacts ou n’ont subi que le
+polissage, tandis que les couches moins résistantes ont été
+profondément excavées. Il se produit ainsi des crénelures du plus
+singulier aspect.</p>
+
+<p>Nous sommes à présent sur le sable qui a envahi l’oued. Aussitôt
+la flore change de caractère&nbsp;: l’<i>Ephedra alata</i>, le
+Drîn, le <i>Calligonum comosum</i>, l’<i>Euphorbia Guyoniana</i> et
+les autres espèces arénicoles occupent le terrain.</p>
+
+<p>Le vent fait rage, et nous sommes heureux de nous réfugier dans
+le caravansérail de Mellalah. Quelques heures plus tard, le calme
+est revenu, et nous sortons pour faire un bout de promenade.
+L’admiration nous cloue surplace. Avec le chott Melrhir et les
+dunes du<span class="pagenum" id="Page_282">[282]<br>
+(83)</span> Souf, le site de Mellalah est ce que nous avons vu de
+plus grandiose depuis que nous sommes dans le Sahara. D’un côté
+surgit la falaise par où nous sommes descendus&nbsp;; les anciens
+torrents l’ont déchiquetée&nbsp;; les rafales de sable découpent
+des bandes horizontales sur les flancs de chaque gara. — Derrière
+nous, tout l’horizon est bouché par une dune, une seule, beaucoup
+plus haute et plus large que les plus grandes que nous ayons vues
+dans le Souf. Il est fort difficile d’évaluer la hauteur d’une
+montagne, mais je pense rester en dessous de la vérité en estimant
+celle-ci à deux cent cinquante mètres. Et quelle forme
+étrange&nbsp;! De son sommet partent de nombreuses arêtes qui
+rayonnent dans toutes les directions et qui, plus bas, se
+bifurquent plusieurs fois de suite.</p>
+
+<p>Ailleurs, les sables qui encombrent l’oued s’écartent, et nous
+voyons briller sur le lit de la rivière une couche éblouissante de
+blancheur. C’est du gypse, dont les cristaux usés par le sable
+forment une immense table d’une horizontalité parfaite. Sur le
+gypse, quelques traînées de sable ont été fixées par la
+végétation&nbsp;: <i>Retama Raetam</i>, <i>Aristida pungens</i>,
+<i>Limoniastrum Guyonianum</i>, <i>Traganum nudatum</i>,
+<i>Anabasis articulata</i>, <i>Ephedra alata</i>. La flore, comme
+on le voit, est celle du sable légèrement salé. Mais une sélection
+très stricte y a été opérée&nbsp;: il n’y a ici que les espèces à
+racines traçantes&nbsp;; celles qui ont des racines plongeantes
+(par exemple, <i>Calligonum comosum</i> et <i>Euphorbia
+Guyoniana</i>) ne pourraient pas vivre dans ces minces nappes de
+sable, posées sur du gypse imperméable aux racines.</p>
+
+<p class="space-above15">Toute la journée du lendemain se passe sur
+le hamâda. Au début il y a encore des <i>Anthyllis sericea</i>.
+Mais peu à<span class="pagenum" id="Page_283">[283]<br>
+(84)</span> peu les buissons deviennent plus rares, ne laissant
+plus que de tristes plantes, chétives et malingres. Leur teinte
+verte est masquée sous un dense revêtement pileux. Le voyageur qui
+passe à la hâte et jette sur le désert un coup d’œil superficiel,
+ne se douterait pas que le plateau pierreux porte une végétation
+quelconque, tant elle est misérable, clairsemée et incolore. Citons
+le <i>Halogeton alopecuroides</i>, Salsolacée charnue à feuilles
+cylindriques, pâles, terminées par une soie blessante&nbsp;; — le
+<i>Herniaria fruticosa</i>, dont les organes aériens sont presque
+entièrement scarieux&nbsp;; — un <i>Helianthemum</i> à feuilles
+très velues, dont les bords s’enroulent en dessous&nbsp;; — le
+<i>Fagonia microphylla</i>, Zygophyllacée fauve, toute garnie de
+poils glanduleux&nbsp;; ses feuilles ne se composent guère que des
+stipules épineuses et du pétiole&nbsp;: les folioles sont très
+petites et charnues&nbsp;; — le <i>F. glutinosa</i>, avec des
+limbes foliaires bien conservés, mais disparaissant également sous
+les glandes&nbsp;; — l’<i>Argyrolobium uniflorum</i>, Papilionacée
+presque aphylle, à poils soyeux-argentés&nbsp;; — l’<i>Asteriscus
+graveolens</i>, Compositacée frutescente à rameaux bifurqués et à
+feuilles velues-soyeuses&nbsp;; — enfin, le <i>Deverra
+chlorantha</i> (voir <a href="#i01">phot. 1</a>), l’une des rares
+plantes glabres du hamâda, une Ombellacée dont les feuilles ne sont
+plus représentées que par deux ou trois courts segments
+capillaires. M. le lieutenant Pein, chef du poste de Ouargla, nous
+l’avait déjà signalé&nbsp;: «&nbsp;C’est un jonc à odeur de persil,
+auquel les Arabes donnent le nom de Gheza. Ils assurent que les
+chameaux qui en mangent deviennent aveugles.&nbsp;» Notre curiosité
+était piquée. Les chameliers ont soin de chasser leurs bêtes loin
+de la redoutable herbe, mais chaque fois que nous en avons
+l’occasion, nous laissons les chameaux brouter tout à leur aise.
+Quelques jours plus tard, nous<span class="pagenum" id=
+"Page_284">[284]<br>
+(85)</span> faisons remarquer que le Gheza ne les a pas rendus
+aveugles. Le fait est patent, mais il n’ébranle pas la foi des
+chameliers&nbsp;: ils continueront à soutenir que le Gheza est une
+plante diabolique. Tapez sur une superstition, vous l’enfoncez
+davantage.</p>
+
+<p>La flore reste la même pendant la plus grande partie de la
+journée suivante. Nous avons dû partir en pleine nuit, vers trois
+heures du matin, car l’étape est aujourd’hui de 57 kilomètres, la
+plus longue de tout le voyage. Nous cheminons frileusement
+enveloppés dans les cabans. De temps en temps une détonation nous
+arrache à nos rêveries&nbsp;: c’est un bloc de pierre qui éclate
+par l’effet de la contraction. Quand le soleil se lève, le désert
+nous apparaît aussi nu que la veille. Toujours les mêmes plantes
+pâlottes, hâves, qu’on n’aperçoit que lorsqu’on se donne la peine
+de les chercher. Nos chameaux poussés par la faim, se débandent à
+chaque instant, pour courir vers quelque maigre <i>Aristida
+floccosa</i>. Il faut voir comme ils vous déplument la touffe en
+deux coups de lèvres.</p>
+
+<p>Voici que la flore s’embellit. Sur le sable qui s’est déposé çà
+et là entre les pierrailles, poussent de petits buissons globuleux
+de <i>Rhanterium adpressum</i>, une Compositacée que nous avons
+déjà rencontrée dans le Souf. Nous sommes enchantés&nbsp;: on
+<em>voit</em> de nouveau des végétaux. Ils ne sont certes pas
+attrayants, avec leurs rameaux cotonneux et leurs feuilles
+minuscules, mais enfin, en y regardant de près, on distingue parmi
+les rameaux desséchés quelques capitules jaunes, — et cela paraît
+merveilleux que des arbustes puissent vivre et même fleurir au
+milieu de cette désolation. Faut-il que la plante s’accroche à
+l’existence, pour s’obstiner à croître et à se reproduire sous le
+climat délétère de la Chebka&nbsp;!</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_285">[285]<br>
+(86)</span>Nous ne pouvons pas songer aujourd’hui à faire dresser
+la tente. Le guide nous accorde à peine le temps de descendre de
+mulet pour déjeuner, pendant que les chameaux, pas même déchargés,
+vaguent dans le désert à la recherche d’une herbe problématique.
+Autour de nous, les <i>Rhanterium</i>, posés sur le sol comme des
+verrues grises, paraissent de plus en plus petits à mesure qu’ils
+s’enfoncent dans le lointain&nbsp;; puis l’œil ne les distingue
+plus, et leur présence ne se révèle que par la teinte blanchâtre
+qu’ils donnent au désert&nbsp;; et au delà des dernières
+ondulations du plateau, on se les représente encore, toujours pâles
+et tristes. Sur ce paysage lugubre, une lumière ardente tombe d’un
+ciel trop bleu. C’est vraiment «&nbsp;le ciel sans nuages,
+au-dessus du désert sans ombre.&nbsp;» (Fromentin, <span class=
+"bold">1896</span>, p. 11.) On dirait que la vie s’est retirée de
+cette solitude. Aucun son ne vient rompre le silence accablant.
+Rien ne bouge. Serpents et lézards sont assoupis derrière les
+touffes d’herbes. Pas un oiseau ne chante&nbsp;; pas une mouche ne
+bourdonne&nbsp;; les fourmis elles-mêmes sont rentrées sous terre,
+et peu soucieuses de rôtir au soleil, s’occupent de travaux
+domestiques. Un thermomètre placé dans la traînée de sable qui
+recouvre une pierre, s’élève à 67°. Et pourtant de nombreuses
+plantes (<i>Herniaria fruticosa</i>, <i>Erodium glaucophyllum</i>,
+<i>Fagonia glutinosa</i>, etc.) laissent reposer leurs rameaux sur
+le sol brûlant. Si encore elles pouvaient transpirer&nbsp;: dans un
+air qui ne contient que 2 % d’humidité (voir <a href="#Page_273">p.
+273</a>), la déperdition de la chaleur serait rapide. Seulement
+elles meurent de soif, et font tout au monde pour empêcher
+l’évaporation. Comment donc le protoplasme fait-il pour n’être pas
+coagulé par la chaleur&nbsp;!</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_286">[286]<br>
+(87)</span>Les tempes nous battent avec violence quand nous
+remontons en selle. Nous nous laissons aller inertes, au pas caboté
+de nos mulets. Mais voici une chose qui nous fait lever la
+tête&nbsp;: un cadavre de chameau qui s’est desséché en entier.
+Bien souvent, tant dans El Erg qu’ici, nous passons à côté de
+dépouilles d’animaux qui se momifient sur place, sans avoir été
+rongées. Nous en faisons l’observation à Abdallah. «&nbsp;A Biskra
+les cadavres sont tout de suite déchirés par les fauves&nbsp;;
+pourquoi ceux-ci restent-ils intacts&nbsp;?&nbsp;» Et Abdallah de
+répondre&nbsp;: «&nbsp;Où donc les chacals et les hyènes
+iraient-ils boire&nbsp;?&nbsp;» De fait, il n’y a pas à cinquante
+ou cent kilomètres à la ronde, une seule mare ou rivière à laquelle
+des animaux puissent se désaltérer. C’est assez dire que le fameux
+lion du Sahara est un mythe. Non, les seuls animaux du désert sont
+ceux qui ne connaissent pas la soif&nbsp;: des Arthropodes
+extrêmement variés, des Reptiles, quelques Oiseaux, et parmi les
+Mammifères, des Rongeurs (Lièvre, Gerboise, Gerbille, etc.), la
+Gazelle, un Renard et le Fenec. Les espèces domestiques ont dû
+également s’adapter à la sécheresse. Les Chèvres qui paissent dans
+le désert ne se désaltèrent que tous les trois ou quatre jours. En
+cette saison, les Dromadaires restent facilement huit jours sans
+boire, à condition, bien entendu, qu’ils aient du fourrage vert.
+L’adaptation du Dromadaire au désert présente ceci de particulier
+qu’en plein été l’animal peut se passer de liquide pendant une
+vingtaine de jours de suite&nbsp;; tandis qu’en hiver, la saison où
+l’eau est plus abondante, il boit tous les quatre ou cinq jours. On
+sait que dans son estomac, il peut mettre en réserve une centaine
+de litres d’eau.</p>
+
+<p>Mais s’il est vrai que les animaux sauvages ne
+boivent<span class="pagenum" id="Page_287">[287]<br>
+(88)</span> jamais et que les animaux domestiques ne boivent guère,
+leurs tissus contiennent néanmoins une certaine quantité d’eau. Où
+la prennent-ils&nbsp;? Chez les plantes évidemment. Ne sont-elles
+pas les seuls organismes capables d’extraire du sol les particules
+d’eau qui s’y trouvent cachées&nbsp;?</p>
+
+<p>Un exemple emprunté à la biologie générale précisera davantage
+notre pensée. A l’exclusion de tous les autres organismes, les
+plantes pourvues d’une chromophylle ont le pouvoir d’extraire de
+l’atmosphère le carbone qui s’y trouve sous la forme d’anhydride
+carbonique et de combiner ce carbone à d’autres éléments pour
+élaborer l’infinie variété des substances protoplasmiques. Le règne
+animal, ne jouissant pas de cette faculté d’assimilation du
+carbone, vit tout entier aux dépens du règne végétal. Ainsi que me
+le faisait remarquer mon compagnon, M. Lameere, quelque chose
+d’analogue se passe ici pour l’eau. Les végétaux vont la puiser
+dans le sol, soit qu’elles exploitent les couches profondes, comme
+c’est le cas pour les plantes à longues racines pivotantes (voir
+<a href="#Page_242">p. 242</a>), soit qu’elles utilisent plutôt les
+pluies fortuites, comme le font les espèces éphémères et celles
+dont les racines s’étalent tout près de la surface du sol (voir
+<a href="#Page_237">p. 237</a>). Les animaux herbivores mangent la
+plante et, avec elle, les liquides&nbsp;; puis ils deviennent la
+proie des carnivores.</p>
+
+<p>Ce que nous venons de dire de l’eau s’applique aussi aux
+matières minérales dont les animaux ont besoin. D’ordinaire l’eau
+des boissons introduit dans l’économie une certaine portion des
+substances inorganiques&nbsp;; dans le Sahara elles ne peuvent
+parvenir à l’animal que par l’intermédiaire des végétaux. Mais
+laissons de côté les matières minérales pour ne nous occuper que de
+l’eau.</p>
+
+<p>On a vu de quelle façon elle arrive dans les
+organismes.<span class="pagenum" id="Page_288">[288]<br>
+(89)</span> Mais ceux-ci transpirent&nbsp;: pendant toute la durée
+de la vie, ils dégagent dans l’atmosphère le liquide péniblement
+acquis. De sorte qu’à la perte d’eau que le sol du désert subit par
+son évaporation propre, il faut encore ajouter la transpiration de
+tout ce qui vit à sa surface. Ce n’est pas tout&nbsp;: les cadavres
+contiennent également de l’eau&nbsp;; de même, les excréments des
+animaux. Voilà une nouvelle portion du précieux liquide soustraite
+à la circulation vitale.</p>
+
+<p>Ne nous hâtons pourtant pas de conclure que l’eau des détritus
+est irrémédiablement perdue. Les déjections fraîches, ainsi que les
+cadavres, sont activement recherchés par de nombreux Insectes
+coprophages et nécrophages. Les quelques rares Champignons
+saprophytes du désert en prennent aussi une part. Enfin, les
+détritus qui se sont désséchés par une longue exposition à l’air,
+ne sont pas pour cela inaptes à nourrir certains organismes. A la
+vérité, ils ne contiennent plus d’eau libre, mais les molécules
+complexes qui les constituent renferment de l’hydrogène combiné au
+carbone, à l’azote, à l’oxygène, au soufre, etc. Chaque fois qu’un
+être oxyde un hydrate de carbone, une matière albuminoïde ou
+quelque autre corps organique, l’hydrogène se combine généralement
+à l’oxygène pour former de l’eau. Si cette source d’eau n’a aucune
+importance pour les animaux qui peuvent boire de l’eau liquide, il
+n’en est pas de même pour les Insectes qui ne se nourrissent que de
+crottins secs, et qui en sont réduits à extraire l’hydrogène des
+combinaisons où il est engagé. L’absorption intramoléculaire d’eau,
+n’est pas sans analogie avec le processus par lequel la Levure de
+bière arrache l’oxygène au glycose.</p>
+
+<p>Somme toute, cette oxydation de l’hydrogène
+intramoléculaire<span class="pagenum" id="Page_289">[289]<br>
+(90)</span> ne constitue pas un gain d’eau pour l’ensemble des
+organismes déserticoles&nbsp;: l’hydrogène provient en dernière
+analyse de l’eau que les plantes ont puisé dans le sol. Après une
+longue série de transformations, les molécules hydrogénées échouent
+dans des excréments. D’ici elles passent dans l’économie d’un
+Insecte. Finalement l’hydrogène, complètement oxydé, revient à son
+état initial et, sous forme de vapeur d’eau, retourne à
+l’atmosphère.</p>
+
+<p>Comment le cycle biologique de l’eau dans le désert va-t-il se
+fermer&nbsp;? De quelle manière, la plante, et après elle les
+animaux, récupèrent-ils l’eau qu’ils perdent sans relâche par suite
+de la transpiration&nbsp;?</p>
+
+<p>La majeure partie de l’eau dérive de l’atmosphère. En hiver la
+pression atmosphérique est forte. Le ciel reste serein durant de
+longues semaines&nbsp;: les vents se dirigent du centre du Sahara
+vers la périphérie. Ce n’est pas de cet air très sec, descendu des
+hautes régions de l’atmosphère, qu’on peut attendre de la pluie.
+Pendant l’été les conditions barométriques sont tout autres. Il y a
+maintenant sur le Sahara une aire de basses pressions&nbsp;;
+l’anticyclone a fait place à un cyclone, qui naturellement aspire
+l’air des régions voisines. Les vents qui soufflent sur le Grand
+Désert sont chargés de vapeur d’eau, puisqu’ils viennent de l’océan
+Atlantique, de la Méditerranée, de l’océan Indien et des grandes
+forêts équatoriales de l’Afrique. Ces courants humides de l’été
+amènent-ils la pluie&nbsp;? Nullement. Le Sahara est devenu une
+fournaise&nbsp;; son contact surchauffe l’atmosphère et augmente,
+par cela même, sa capacité de contenir de la vapeur d’eau. L’air
+qui arrive humide devient donc très sec&nbsp;: loin d’apporter de
+la fraîcheur, le vent enlève encore de l’eau à la terre déjà si
+aride.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_290">[290]<br>
+(91)</span>Mais alors, quand donc pleut-il&nbsp;? Lors du
+renversement des saisons, au moment où par hasard un courant froid
+heurte une couche d’air humide et détermine la condensation de sa
+vapeur. Les pluies sont donc nécessairement inconstantes&nbsp;:
+parfois copieuses, le plus souvent presque négligeables. On serait
+certes au-dessus de la vérité en admettant que le Grand Désert
+reçoit 15 centim. de pluie par an. La rosée est encore moins
+abondante. Pour notre part, du 1<sup>r</sup> avril au 15 juin, nous
+l’avons observée une ou deux fois. Peut-être faut-il tenir compte
+de la vapeur que certaines plantes peuvent condenser à la faveur de
+leurs sels déliquescents (voir <a href="#Page_212">p. 212</a>) et
+de celle qu’absorberaient certains poils. (Voir <a href=
+"#Page_263">p. 263</a>). Est-elle assez précaire, assez
+insignifiante, l’eau que l’atmosphère cède au désert&nbsp;! Et
+pourtant c’est elle qui entretient la vie, surtout en alimentant
+les nappes souterraines&nbsp;; car les quelques rivières qui
+descendent des montagnes voisines du Sahara sont aussitôt bues par
+le sol avide d’humidité et leur influence ne se fait sentir que le
+long de la lisière.</p>
+
+<p>On peut représenter par le schéma de la page suivante la
+circulation vitale de l’eau dans le désert.</p>
+
+<p class="space-above15">Si nous pouvions faire la somme de l’eau
+qui est évaporée dans l’atmosphère par le sol et par les êtres
+vivants, pour la comparer à celle que les précipitations
+atmosphériques et les rivières apportent à la terre, nous
+constaterions certainement que le premier chiffre est de loin le
+plus considérable. En d’autres termes, l’apport d’eau ne balance
+pas les pertes. Un jour viendra, jour lointain à la vérité, où
+toute vie sera devenue impossible dans le Sahara désormais
+tari.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_291">[291]<br>
+(92)</span>Dans un pays où les animaux dépendent complètement du
+règne végétal, non seulement pour la nourriture solide, mais encore
+pour leur eau, où toute molécule liquide qui existe dans le sang
+d’un carnassier a passé au moins pas l’économie d’une plante et par
+celle d’un herbivore, la lutte entre les animaux et les végétaux
+doit être plus acharnée que partout ailleurs.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i00"><a href="images/i00.jpg"><img src='images/i00.jpg'
+alt=''></a>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Les herbivores sont exclusivement des Insectes et quelques
+Vertébrés. Aucune partie du végétal n’est à l’abri des Insectes.
+Les racines sont rongées par des larves de Coléoptères. De
+nombreuses galles se développent sur les rameaux. Citons parmi les
+plus caractéristiques&nbsp;: une galle de Diptère sur <i>Ephedra
+alata</i>&nbsp;; une galle de Pucerons sur<span class="pagenum" id=
+"Page_292">[292]<br>
+(93)</span> <i>Anabasis articulata</i>&nbsp;; une galle de
+Microlépidoptère sur <i>Limoniastrum Guyonianum</i>. Quant aux
+graines, elles logent si souvent des Insectes, que nous avons eu
+énormément de peine à nous procurer, pour le Jardin botanique de
+Bruxelles, des graines intactes et mûres de <i>Calligonum
+comosum</i>, de <i>Henophyton deserti</i>, de <i>Farsetia
+aegyptiaca</i> et de <i>F. linearis</i>.</p>
+
+<p class="space-above15">La Gazelle est le Vertébré sauvage contre
+lequel les plantes du Sahara ont à soutenir la lutte la plus vive.
+Les Oiseaux peuvent être négligés, tant ils sont rares. Seule,
+l’Autruche avait de l’importance comme herbivore. Cet Oiseau
+n’existe plus à l’état spontané dans le Sahara algérien. Sa
+disparition est toutefois fort récente, et en maints endroits les
+débris de coquille de ses œufs émaillent le sable.</p>
+
+<p>En l’absence d’observations sur les moyens de protection contre
+les Vertébrés sauvages, nous devons nous contenter d’annoter
+quelles plantes sont mangées et quelles autres sont refusées par
+les chameaux et les mulets de notre caravane. Du reste, à l’heure
+présente, les plantes du Sahara algérien ont à craindre beaucoup
+plus les animaux domestiques que les herbivores sauvages.</p>
+
+<p>Dans un instant nous allons avoir l’occasion d’étudier comment
+les végétaux se défendent contre leurs ennemis.</p>
+
+<p class="space-above15">Brusquement le plateau se creuse. Devant
+nous s’ouvre le lit ensablé de l’oued Mzab, gai et verdoyant, large
+de plus d’un kilomètre. A dire vrai, il faut être resté quelques
+jours sans voir de plantes vertes, pour tomber en admiration devant
+la flore sabulicole du désert. Il n’importe&nbsp;; elle nous paraît
+merveilleuse. Séduits par la<span class="pagenum" id=
+"Page_293">[293]<br>
+(94)</span> vue de «&nbsp;l’herbe tendre&nbsp;», nos animaux
+dégringolent jusqu’au bas de la côte, et sans perdre une minute,
+broutent goulûment. Ils ne font plus les difficiles, maintenant que
+l’abstinence a aiguisé leur appétit, et ils se jettent avec
+voracité sur des plantes qui étaient régulièrement dédaignées dans
+El Erg, où le Drîn abonde. Les premiers arbrisseaux de l’oued sont
+des <i>Ephedra alata</i>. Pas trop appétissants avec leurs rameaux
+articulés, ligneux, sans une feuille, protégés par une épaisse
+cuticule et par de la résine durcie&nbsp;; quand le vent les
+secoue, ils font un cliquetis comparable à celui d’osselets qu’on
+entrechoque. Mais ils ont beau sonner comme s’ils étaient morts,
+«&nbsp;ventre affamé n’a pas d’oreilles&nbsp;», et en un clin d’œil
+les chameaux les tondent jusque tout contre le vieux bois. Or,
+comme les nombreuses caravanes qui vont de Ouargla à Ghardaïa
+arrivent toutes ici après une longue diète, les <i>Ephedra</i> ont
+pris un aspect insolite&nbsp;: ce ne sont plus les arbrisseaux
+tortus, aux branches embrouillées, que nous avons rencontrés dans
+El Erg (voir <a href="#Page_239">p. 239</a>)&nbsp;; ils ressemblent
+plutôt aux buis en forme de boule, soigneusement taillés au
+sécateur, tels qu’on les voit dans les jardins de campagne.</p>
+
+<p>Et l’<i>Aristida pungens</i> lui-même, en faveur duquel les
+herbivores marquent une si grande préférence, n’est pas non plus un
+fourrage bien savoureux. Ses feuilles sont raides, piquantes,
+fibreuses, imprégnées de silice. Dans les steppes asiatiques, où il
+est fort répandu, il n’est jamais mangé&nbsp;: les bestiaux y
+trouvent suffisamment d’autres herbes, plus nourrissantes. Mais
+dans le Sahara, la disette fait qu’il est avidement
+recherché&nbsp;: c’est à l’abondance de Drîn que le Nomade juge de
+la valeur d’un pâturage. Bien plus&nbsp;; on s’occupe de le
+propager par<span class="pagenum" id="Page_294">[294]<br>
+(95)</span> le semis&nbsp;; et nous avons vu dans les sables, aux
+portes de Tougourt, des prairies artificielles qui ne se
+composaient que de cette Graminacée<a id="FNanchor_6"></a><a href=
+"#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<p>Ces faits montrent que les structures défensives des végétaux
+vis-à-vis des herbivores n’ont qu’une valeur relative. Un moyen de
+protection qui est excellent dans un pays où les animaux peuvent
+choisir leur nourriture, est mis en défaut quand l’herbe est rare.
+D’ailleurs nous avons déjà fait la connaissance d’une autre plante
+chez laquelle la protection est devenue inefficace. Sur le reg, au
+Sud de Biskra (voir <a href="#Page_217">p. 217</a>), les chameaux
+se gavaient de Guetaf (<i>Atriplex Halimus</i>). Cette Salsolacée,
+dont les troupeaux font leurs délices dans le Sahara, est très
+voisine du <i>Halimus pedunculatus</i>, qui habite les alluvions
+fluviomarines de l’Europe occidentale&nbsp;; en Belgique, il se
+trouve dans le Zwijn et au chenal de Nieuport. Mais jamais il n’y
+est brouté&nbsp;: sa saveur acerbe le défend suffisamment contre
+les herbivores, quand ceux-ci ont à leur disposition une verdure
+mieux appropriée à leurs goûts.</p>
+
+<p>Certaines plantes restent pourtant indemnes de toute attaque,
+même dans l’oued Mzab où la végétation est éternellement en conflit
+avec des animaux sortant d’un long jeûne. Ce sont d’abord les
+végétaux pourvus d’une puissante armure défensive, par exemple les
+touffes glauques de <i>Cyperus conglomeratus</i>, aux feuilles
+scabres et coupantes, et le <i>Pennisetum dichotomum</i>, une
+Graminacée aphylle (en ce sens que les feuilles sont
+réduites<span class="pagenum" id="Page_295">[295]<br>
+(96)</span> aux gaines)&nbsp;; ses chaumes raides, rameux, serrés
+en grosses bottes, sont silicifiés autant que des bambous. Citons
+enfin une broussaille bizarre, à rameaux divariqués, verts,
+terminés par une forte épine&nbsp;; pas la moindre trace de
+feuille&nbsp;; en cette saison, pas non plus de fleurs&nbsp;; rien
+que des fruits globuleux, ailés, qui sont ligneux et piquants comme
+le reste du végétal. Je n’ai pu le déterminer qu’à Ghardaïa, où le
+hasard m’a mis en face d’un individu tardif, encore garni de
+fleurs, et mon étonnement fut grand lorsque je m’aperçus que c’est
+une Cruciféracée, le <i>Zilla macroptera</i>. Les chameaux font un
+détour pour ne pas frôler ce disgracieux arbuste-hérisson. Dois-je
+ajouter qu’ils n’essaient pas de le brouter&nbsp;?</p>
+
+<p>Ils évitent aussi avec soin de manger le <i>Retama Raetam</i>
+(voir <a href="#Page_239">p. 239</a> et <a href="#i13">phot.
+13</a>) dont la saveur styptique rappelle celle du <i>Sarothamnus
+scoparius</i>. Mais ils distinguent immédiatement du <i>Retama</i>,
+le <i>Genista saharae</i> qui lui ressemble pourtant beaucoup et
+qui, sans être succulent, est néanmoins mangeable. Aussi, au milieu
+des <i>Retama</i> dont les longs rameaux flexibles continuent à se
+balancer au vent, les <i>Genista</i> n’ont-ils plus que des
+moignons effilochés.</p>
+
+<p>La majorité des plantes respectées par les herbivores doivent
+leur immunité à la présence de substances toxiques, ou tout au
+moins désagréables. Il en est ainsi de la Coloquinte (<i>Citrullus
+Colocynthis</i>) et du <i>Phelipaea lutea</i>. Quand on voit sur le
+sable les fruits de la Coloquinte, gros comme des oranges, ou les
+inflorescences gorgées d’eau du <i>Phelipaea</i>, on est tenté de
+s’écrier&nbsp;: quelle aubaine pour nos bêtes&nbsp;! Erreur&nbsp;;
+elles s’en écartent avec dégoût. L’amertume du chicotin (le suc de
+la Coloquinte) est proverbiale&nbsp;; quant au <i>Phelipaea</i>,
+qui vit en parasite sur les<span class="pagenum" id=
+"Page_296">[296]<br>
+(97)</span> racines de diverses plantes et dont les tiges charnues,
+épaisses de trois doigts, atteignent une hauteur totale d’un mètre,
+— il est très vénéneux. Abdallah nous raconte qu’en temps de
+famine, — cela signifie&nbsp;: quand la disette est plus complète
+que de coutume, — les Nomades vont les cueillir dans le
+désert&nbsp;; quand nous étions à El Oued, quatre hommes venaient
+de succomber à l’ingestion de <i>Phelipaea</i> qui n’avaient pas
+été suffisamment bouillis.</p>
+
+<p>Le dégoût salutaire qu’inspirent le <i>Cleome arabica</i> et le
+<i>Haplophyllum tuberculatum</i> est dû à leur odeur fétide. Chez
+le <i>Haplophyllum</i> les glandes qui sécrètent l’essence odorante
+sont logées dans le parenchyme assimilateur&nbsp;; elles sont assez
+grosses pour faire saillie, comme des pustules, à la surface de la
+feuille. Le <i>Cleome</i> est bien la plante la plus nauséabonde
+que j’aie jamais rencontrée&nbsp;; il suffit d’un seul individu
+pour empester l’air à dix mètres à la ronde. Les glandes stipitées,
+répandues à profusion sur les tiges, les feuilles, les fleurs et
+les fruits, sécrètent une substance visqueuse à laquelle se collent
+des plumes d’oiseau, des fruits à aigrette, des pétales flétris,
+etc.</p>
+
+<p>D’autres espèces possèdent un latex âcre. Tels sont le <i>Daemia
+cordata</i>, le <i>Convolvulus supinus</i> et l’<i>Euphorbia
+Guyoniana</i>. La première est une Asclépiadacée voluble, mais
+comme elle ne trouve pas dans le désert de supports verticaux
+autour desquels elle puisse s’enrouler, elle y croît toujours
+solitaire. Néanmoins ses tiges présentent encore la circumnutation
+ancestrale, devenue inutile, et elles s’obstinent à se contourner
+en hélice. Le <i>Convolvulus</i> dérive également d’une plante
+voluble. Dans le Sahara, ses rameaux rampent sur le sable avec ceux
+de la Coloquinte, dont les vrilles héréditaires sont presque
+entièrement atrophiées. Ces deux dernières plantes, —
+quoique<span class="pagenum" id="Page_297">[297]<br>
+(98)</span> ayant conservé quelques-uns des caractères accessoires
+des lianes&nbsp;: ténuité de la tige, longueur des entrenœuds,
+forme et disposition des feuilles, — se sont débarrassées des
+structures spécialement destinées à assurer le grimpement.</p>
+
+<p>Que ces considérations phylogéniques ne nous fassent pas oublier
+l’objet de nos observations actuelles&nbsp;; revenons aux
+adaptations défensives des végétaux. Nous sommes bien placés ici
+pour juger l’efficacité des divers moyens de protection&nbsp;: nous
+allons comparer aux chameaux de notre caravane, ceux d’une tribu
+nomade qui sont mis au vert dans l’oued Mzab depuis un mois. Alors
+que les nôtres ne font aucun choix et se bourrent indistinctement
+de tout ce qui est mangeable, ceux qui paissent ici depuis
+longtemps et qui ont déjà pu se refaire, dans leur bosse, une
+provision de graisse, ne mangent que du bout des lèvres&nbsp;; ils
+ne consentent à brouter que l’<i>Aristida floccosa</i>, le
+<i>Helianthemum sessiliflorum</i> et le <i>Lithospermum
+callosum</i>. Il est pourtant une herbe, qu’ils aiment plus que
+toutes les autres, qui est très commune, et que malgré cela ils ne
+réussissent jamais à atteindre. C’est le <i>Zollikofferia
+resedifolia</i>, une Compositacée Liguloïdée à capitules jaunes,
+qui ne se rencontre jamais que dans les touffes d’<i>Euphorbia
+Guyoniana</i>. Pour cueillir le <i>Zollikofferia</i>, les
+herbivores devraient enfoncer le museau parmi les branches de la
+plante vénéneuse, et risquer peut-être d’en arracher quelques
+fragments&nbsp;; ils ne parviennent pas à surmonter l’effroi que
+leur cause le latex irritant de l’Euphorbe.</p>
+
+<p>Dans El Erg, nos chameliers allaient eux-mêmes arracher la
+Compositacée pour l’offrir comme friandise à leurs bêtes.
+L’Euphorbe remplit vis-à-vis de la Compositacée le même office que
+les épouvantails qu’on plante dans<span class="pagenum" id=
+"Page_298">[298]<br>
+(99)</span> les champs de blé pour chasser les oiseaux. Le
+<i>Zollikofferia</i> appartient à la catégorie que M. Errera
+(<span class="bold">1886</span>, p. 88) appelle les «&nbsp;plantes
+vassales&nbsp;», c’est-à-dire celles qui se mettent sous la
+protection d’autres organismes. Je ne veux pas dire qu’il recherche
+les touffes d’Euphorbe, mais uniquement que parmi les innombrables
+graines de <i>Zollikofferia</i> qui germent au hasard dans le
+désert, les seules qui aient quelque chance de produire une plante
+adulte sont celles qui ont été arrêtées par leur aigrette dans les
+branches serrées de l’<i>Euphorbia</i>.</p>
+
+<p>Pendant que j’étudie sur le vif les effets de la sélection
+naturelle, la caravane m’a depuis longtemps dépassé. Mais je
+n’aurai pas de peine à la retrouver&nbsp;: quoique aucun chemin ne
+soit tracé sur le sable, rien n’est plus aisé que de reconnaître la
+route que suivent d’habitude les caravanes. Toutes les plantes
+quelques peu comestibles y ont été tondues de près. Au milieu des
+<i>Aristida pungens</i>, des <i>Genista</i>, des <i>Ephedra</i>
+entièrement dépouillés, réduits à l’état de moignons informes, les
+<i>Retama</i>, les <i>Euphorbia</i>, les <i>Daemia</i>, les
+<i>Haplophyllum</i>, les <i>Zilla</i> forment des touffes
+vigoureuses. En beaucoup de points les plantes fourragères sont
+même broutées jusqu’à ce que mort s’ensuive, et les espèces
+réfractaires subsistent seules.</p>
+
+<p>Nous n’allons pas suivre tous les méandres de l’oued Mzab. Notre
+guide nous fait couper au plus court. Avant d’arriver au
+caravansérail de Zelfana où nous passerons la nuit, nous grimpons
+plusieurs fois sur le hamâda, pour redescendre aussitôt après dans
+le lit de la rivière. Nous remarquons, à notre étonnement, que la
+flore du plateau rocheux est ici plus riche qu’ailleurs. Pourtant
+la structure du terrain est la même, et l’eau est tout aussi rare.
+Outre les plantes déjà connues, nous<span class="pagenum" id=
+"Page_299">[299]<br>
+(100)</span> récoltons&nbsp;: <i>Aristida ciliata</i>,
+<i>Zollikofferia mucronata</i>, <i>Gymnocarpon fruticosum</i>,
+<i>Henophyton deserti</i>, <i>Salsola vermiculata</i>,
+<i>Helianthemum eremophilum</i>, <i>Farsetia aegyptiaca</i>, <i>F.
+linearis</i>, <i>Marrubium deserti</i>, <i>Teucrium Polium</i>,
+<i>Thymelaea microphylla</i>, <i>Artemisia Herba-alba</i>. A
+l’exception de l’<i>Aristida</i> et du <i>Zollikofferia</i>, toutes
+les autres sont ligneuses. Le <i>Gymnocarpon</i> (Caryophyllacée),
+le <i>Henophyton</i> (Cruciféracée) et le <i>Salsola</i> ont des
+feuilles charnues. Le <i>Salsola</i>, le <i>Helianthemum</i> et
+toutes les espèces qui suivent ont une épaisse garniture de poils
+tomenteux&nbsp;; l’<i>Artemisia Herba-alba</i>, le Chih des Arabes,
+en est chargé d’une façon toute particulière. Le <i>Thymelaea</i> a
+des feuilles très petites et l’assimilation s’effectue surtout par
+les rameaux. Chez les <i>Farsetia</i> (Cruciféracées) les feuilles
+manquent totalement&nbsp;; ces arbustes sont étranges, avec leurs
+rameaux grêles et raides, désséchés en apparence, et revêtus d’une
+pubescence un peu rosée&nbsp;; on dirait un faisceau de minces fils
+métalliques recouverts de soie, comme ceux qu’emploient les
+électriciens.</p>
+
+<p>Il est évident que ces plantes sont bien adaptées à vivre sur le
+hamâda. Et la question se pose derechef&nbsp;: pourquoi donc
+manquent-elles dans les régions que nous avons parcourues les jours
+précédents&nbsp;? Observons comment les animaux se comportent
+envers elles&nbsp;: presque toutes sont mangeables. Dès lors on
+comprend pourquoi elles se localisent au voisinage de la
+rivière&nbsp;: la végétation abondante de l’oued Mzab détourne
+d’elles les herbivores&nbsp;; quand ces derniers arrivent sur le
+plateau, ils se sont déjà rassasiés de l’herbe relativement
+succulente des sables, et n’ont que du mépris pour la maigre chère
+que leur fournirait la flore des pierrailles. Mais que<span class=
+"pagenum" id="Page_300">[300]<br>
+(101)</span> serait-ce si les plantes étaient exposées à la pleine
+voracité d’animaux à jeun&nbsp;! Sur la portion du hamâda qui est
+comprise entre les boucles de l’oued Mzab, la végétation est donc
+immunisée contre les herbivores par les «&nbsp;gras
+pâturages&nbsp;» de l’oued. Ce moyen préventif rappelle un procédé
+qu’utilisent les jardiniers pour garantir les carrés de légumes
+contre les limaces&nbsp;: ils y plantent quelques laitues,
+confiants que les Mollusques renonceront à toutes les autres
+plantes pour se porter vers la laitue.</p>
+
+<p>Malgré la proximité de l’oued, les conditions ne sont plus les
+mêmes autour du caravansérail de Zelfana, où de nombreuses bêtes de
+somme viennent boire et se reposer. Ici, toutes les plantes
+comestibles ont été éliminées pour ne laisser que celles qui sont
+réfractaires&nbsp;: <i>Thymelaea microphylla</i> et <i>Artemisia
+Herba-alba</i>. Jamais un animal, quelque famélique qu’il soit, ne
+touche au <i>Thymelaea</i>. Quant au Chih, les chameaux en broutent
+les brindilles desséchées, dans les cas d’extrême détresse.</p>
+
+<p>On voit que la lutte est vive entre les animaux et les
+végétaux&nbsp;: l’eau manque dans le Sahara, et les animaux ne
+peuvent se la procurer qu’en dévorant les plantes. La sélection
+naturelle intervenant, ces dernières s’arment pour résister aux
+attaques de leurs ennemis. Toutefois le résultat final du conflit
+dépend de causes multiples&nbsp;: les plantes, organismes
+essentiellement passifs, ne peuvent opposer aux assaillants que des
+moyens dont l’efficacité varie avec l’état de jeûne ou de satiété
+des herbivores. Dans El Erg où la profusion du fourrage permet aux
+chameaux de faire bombance, toutes les plantes sabulicoles vivent
+côte à côte. Mais quand l’herbe est rare et que la lutte atteint
+par conséquent sa plus grande acuité, les espèces mal défendues
+finissent par être complètement<span class="pagenum" id=
+"Page_301">[301]<br>
+(102)</span> exterminées. Il ne subsiste alors que les végétaux qui
+réussissent à se faire refuser&nbsp;: ceux qui sont trop durs ou
+trop épineux&nbsp;; — ceux qui sont toxiques&nbsp;; — enfin ceux
+qui se mettent sous la tutelle d’espèces bien armées. Rappelons
+aussi qu’un pâturage de bonne qualité immunise à distance les
+plantes médiocrement comestibles.</p>
+
+<p>En résumé, ces observations nous indiquent que le conflit des
+plantes et des herbivores joue un rôle important, et trop souvent
+négligé, dans la géographie botanique des pays peu fertiles.</p>
+
+<p class="space-above15">Pendant toute une journée nous remontons
+encore le cours de l’oued Mzab. Pour éviter ses nombreux lacets,
+nous marchons alternativement sur le hamâda avec ses malingres
+arbustes cendrés, et dans l’herbe presque verte qui garnit le lit
+de la rivière. Vers le soir nous voyons enfin apparaître, au fond
+de l’oued, les Palmiers d’El Ateuf, la première des villes du
+Mzab.</p>
+
+<p>Les Mzabites, ou Beni Mzab, descendent des Berbères, peuple qui
+habitait d’Algérie au moment de l’arrivée des Arabes. Refoulés par
+les envahisseurs musulmans, ils se réfugièrent dans le Sahara et
+fondèrent, au dixième siècle, une ville au S.-W. de Ouargla. Actifs
+et intelligents, leur ville fut bientôt prospère. Mais ils
+s’étaient convertis à une secte dissidente, celle des Kharedjites,
+partisans des assassins d’Ali, le gendre du Prophète&nbsp;; les
+Arabes orthodoxes prirent prétexte de leur hérésie pour les
+déposséder et les chasser une seconde fois. La ville fut détruite,
+et au treizième siècle ils vinrent s’établir dans la Chebka. Ici, à
+l’abri de la formidable ceinture de stérilité que leur fait le
+désert pierreux, ils ont bâti sept<span class="pagenum" id=
+"Page_302">[302]<br>
+(103)</span> villes florissantes, dont cinq se trouvent sur les
+rives de l’oued Mzab.</p>
+
+<p>Les vexations qu’ils ont si longtemps subies, et le mépris avec
+lequel les Arabes les traitent encore à l’heure actuelle, les ont
+rendus méfiants à l’égard des étrangers, quels qu’ils soient. Des
+cinq villes de l’oued Mzab, il n’y en a qu’une, Ghardaïa, où les
+étrangers puissent librement s’établir&nbsp;; encore sont-ils
+cantonnés dans des quartiers distincts de ceux qu’habitent les
+Beni-Mzab. Dans les autres villes, aucun étranger — Arabe, Juif ou
+Européen — ne peut demeurer, ni seulement passer la nuit.... et
+quand nous arrivons à El Ateuf, à la nuit noire, nos guides nous
+font coucher à la belle étoile, dans le lit de l’oued.</p>
+
+<p>Le lendemain matin, nous examinons à loisir le curieux spectacle
+qu’offrent la ville et l’oasis. De même que les autres villes
+mzabites, El Ateuf est étagé en amphithéâtre sur la rive rocheuse.
+Les maisons blanches, cubiques, sont dominées par deux minarets
+carrés, qui penchent d’un façon menaçante. L’agglomération est
+entourée d’un mur de défense.</p>
+
+<p>Quant à l’oasis, elle est à peu prés continue sur une longueur
+d’environ vingt kilomètres. Elle commence à une lieue en aval d’El
+Ateuf et va jusqu’en amont de Ghardaïa. Mais elle n’a pourtant pas
+une grande superficie, et ne renferme en tout que cent-dix mille
+Palmiers. Les jardins forment deux étroites bandes qui bordent le
+lit de l’oued contre la base de l’escarpement. Leur produit ne
+suffit naturellement pas à faire vivre les cinquante mille
+habitants de l’oued. Ceux-ci sont d’ailleurs de piètres
+cultivateurs. L’état d’insécurité dans lequel ils ont vécu pendant
+des siècles a plutôt développé<span class="pagenum" id=
+"Page_303">[303]<br>
+(104)</span> leurs aptitudes commerciales et financières&nbsp;; ils
+s’expatrient en grand nombre pour aller faire le négoce et l’usure
+dans les villes de l’Algérie et de la Tunisie. Lorsqu’ils
+reviennent au pays avec un petit pécule, ils achètent des Palmiers
+et des Nègres. Officiellement la traite des esclaves est abolie,
+mais elle continue à être pratiquée en cachette, et ce sont presque
+uniquement des Noirs qui travaillent dans l’oasis.</p>
+
+<p>Les jardins du Mzab diffèrent beaucoup de ceux que nous avons
+vus jusqu’ici. A Biskra, les cultures sont arrosées par l’eau
+courante que fournit la rivière. (Voir <a href="#Page_206">p.
+206</a>). Dans l’oued Rirh, on a foré des puits dans la nappe
+artésienne qui représente le cours souterrain de l’ancien fleuve
+(voir <a href="#Page_228">p. 228</a>)&nbsp;; l’eau est abondante,
+elle coule sans effort et il suffit de la distribuer aux Palmiers.
+Enfin, dans El Erg, et en particulier dans le Souf (voir <a href=
+"#Page_245">p. 245</a>), les Dattiers sont plantés au fond de
+larges entonnoirs où leurs racines s’étalent dans le sable humide.
+Mais dans le lit, maintenant ensablé, que l’oued Mzab s’est taillé
+à travers le hamâda, il n’y a pas une goutte d’eau vive&nbsp;; la
+nappe souterraine est trop peu puissante pour jaillir&nbsp;; et
+trop profonde pour qu’on puisse creuser le terrain jusqu’à elle
+afin de mettre les racines des Dattiers en relation directe avec
+l’humidité.</p>
+
+<p>Les Mzabites font dans le sable des puits profonds de cinquante
+à quatre-vingts mètres. L’outre en cuir est attachée à une corde
+qui roule sur une poulie fixée à deux forts piliers en maçonnerie.
+Devant chaque puits, s’étend une piste rectiligne, dont la longueur
+est égale à la profondeur du puits. Un chameau, des mulets, des
+bourriquets ou des hommes sont attelés à la corde&nbsp;; quand ils
+sont auprès de puits, le seau de cuir est descendu au fond&nbsp;;
+ils marchent<span class="pagenum" id="Page_304">[304]<br>
+(105)</span> jusqu’au bout de la piste&nbsp;: l’outre est
+maintenant en haut, et un système ingénieux amène son renversement
+automatique. Et l’on recommence. L’eau s’écoule dans un bassin en
+plâtre, d’où des rigoles, également en plâtre, la conduisent aux
+Palmiers. Deux mille de ces puits sont nécessaires pour arroser les
+cultures. Tous les jours de l’année, du matin au soir, bêtes et
+gens font la même besogne uniforme. Quelle vie&nbsp;! «&nbsp;Nul ne
+choisit sa destinée,&nbsp;» disent les Arabes&nbsp;;
+«&nbsp;<em>mektoub</em>&nbsp;», «&nbsp;c’est écrit&nbsp;».</p>
+
+<p>De l’eau qu’on amène au pied des Palmiers, une partie seulement
+est absorbée par les racines&nbsp;; le reste retourne à la nappe
+profonde d’où elle sera de nouveau ramenée à la surface. Par où
+s’alimente la nappe aquifère&nbsp;? En hiver il y a généralement
+quelques pluies&nbsp;; tous les quatre ou cinq ans, en moyenne, une
+averse survient et la rivière coule. Pendant quelques heures,
+l’oued Mzab contient de l’eau&nbsp;! Phénomène exceptionnel, mais
+en prévision duquel les habitants ont pourtant établi des barrages
+entre les deux rives. De cette façon aucune goutte du précieux
+liquide ne quittera leur territoire&nbsp;: toute l’eau sera obligée
+de s’infiltrer dans le sable, où les outres iront la reprendre en
+temps opportun.</p>
+
+<p>Mais ici, comme à Ouargla, la provision souterraine de liquide
+s’épuise peu à peu. Beaucoup de puits sont taris, et le plus
+souvent on a beau les approfondir, on ne réussit pas à les
+revivifier. Entre El Ateuf et Bou-Noura, notamment, des centaines
+de Palmiers ont déjà succombé.</p>
+
+<p>Nous voici donc, marchant sur le sable de l’oued, d’El Ateuf à
+Ghardaïa. La vallée est bordée partout de deux hautes murailles
+rocheuses que le frottement séculaire des grains de sable a lissées
+comme si un glacier y avait passé. On a de la peine à se figurer
+qu’on est en plein<span class="pagenum" id="Page_305">[305]<br>
+(106)</span> Sahara&nbsp;; celle gorge profondément encaissée
+rappellerait plutôt certains sites du Tyrol, s’il n’y avait pas les
+éternels Dattiers, énormes plumeaux à long manche, dont le vent
+secoue pitoyablement les palmes échevelées. Au Tyrol, aussi, de
+l’eau murmurerait dans la rivière&nbsp;; ici, on n’entend que le
+grincement strident des poulies.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous séjournons à Ghardaïa pendant deux
+jours, consacrés à des promenades dans l’oasis et sur le hamâda.
+Nous licencions les chameliers qui nous ont accompagnés depuis
+Tougourt, et nous les remplaçons par des Châmba qui iront avec nous
+à Laghouat.</p>
+
+<p>Mon compagnon, M. Lameere, va principalement dans le désert avec
+un entomologiste, M. Bayonne, le percepteur des postes de Ghardaïa.
+De mon côté, je rode dans l’oasis et dans l’oued Mzab.</p>
+
+<p>Ghardaïa est une ville de trente-cinq mille habitants, où
+aboutissent les caravanes que les Mzabites envoient à Ouargla, en
+Tripolitaine, dans le Gourara et vers les régions du Sahara
+central. Il y a donc toujours d’innombrables chameaux autour de la
+ville, et, en toute saison, des centaines de tentes sont dressées
+dans l’oued. Voyons comment la flore a été modifiée par cette
+affluence de chameaux.</p>
+
+<p>D’ici à Beni-Isguen, une autre ville très commerçante, située à
+une lieue en aval de Ghardaïa, le lit de l’oued est occupé par des
+sédiments argileux, légèrement salés, le terrain de prédilection du
+Guetaf (<i>Atriplex Halimus</i>) et des autres Salsolacées. Il est
+logique de supposer qu’anciennement ces végétaux abondaient ici.
+Pourtant on n’en voit pas un à l’heure actuelle&nbsp;: trop
+d’herbivores parcourent l’oued pour que des plantes aussi mal
+défendues<span class="pagenum" id="Page_306">[306]<br>
+(107)</span> aient été capables de se maintenir. Le sol porte
+exclusivement le Harmel (<i>Peganum Harmala</i>), une Zygophyllacée
+sur laquelle nous n’avons pas encore appelé l’attention, bien que
+nous l’ayons rencontrée dans le désert alluvial, au Sud de Biskra.
+Elle y vit par pieds isolés au milieu des autres plantes du
+reg&nbsp;; mais ces individus étouffés par la végétation
+concurrente, restent toujours assez malingres. Ce sont les chameaux
+qui se chargent de les débarrasser de leurs compétiteurs&nbsp;: le
+<i>Peganum Harmala</i> est à peu près la seule plante des alluvions
+argileuses qui ne soit pas mangeable&nbsp;; il bénéficie de
+l’aversion insurmontable que son odeur inspire aux animaux. Aucun
+Mammifère, pas même l’Ane ni le Mouton, ne broute une herbe aussi
+puante. Il en résulte que dans les pays argileux très fréquentés,
+les troupeaux détruisent les autres plantes, mais respectent de
+commun accord le Harmel. La sélection très active qu’opèrent les
+herbivores, tourne, comme on le voit, à leur propre désavantage
+autant qu’à celui des plantes fourragères. A partir du moment où le
+Harmel reste seul maître du terrain, il s’étale, il se prélasse, et
+forme de magnifiques touffes auxquelles pas une feuille ne manque,
+toutes couvertes de fleurs blanches.</p>
+
+<p>On dirait vraiment que le lit de l’oued Mzab est un vaste champ
+de Harmel, soigneusement entretenu, où l’on ne tolère aucune
+«&nbsp;mauvaise herbe&nbsp;». Les chameaux s’y promènent d’un air
+mélancolique, sans pouvoir donner un coup de dents. Si d’aventure
+quelque plante étrangère essaie de s’y installer, les chameaux
+s’empressent de l’extirper, comme si un esprit malfaisant
+condamnait les pauvres bêtes à sarcler sans relâche, à enlever tout
+ce qui risquerait de faire du tort au Harmel détesté.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_307">[307]<br>
+(108)</span>Dans les crevasses des murailles rocheuses qui bordent
+l’oued, des <i>Capparis spinosa</i> ont pris racine. Le Caprier
+est, de tous les arbustes du désert, celui qui a les plus grands
+organes foliaires&nbsp;: ses feuilles arrondies ont un diamètre de
+4 à 5 centimètres. Afin d’éviter la transpiration excessive, le
+<i>Capparis</i> met ses feuilles verticalement&nbsp;: dans cette
+position l’échauffement est moindre, et, surtout, la
+chlorovaporisation est diminuée. Les feuilles sont alternes, avec
+une divergence de 2/5. Pour amener les limbes dans la situation
+verticale, les pétioles sont obligés de se courber et de se tordre.
+Comme les rameaux décombants ont les directions les plus variées,
+les feuilles ne peuvent pas toutes effectuer leur redressement de
+la même façon. La feuille est laissée à son initiative personnelle,
+et l’observation montre que dans chaque cas particulier le
+mouvement s’exécute par la voie la plus courte, — en d’autres
+termes, avec un minimum d’efforts. Dans les portions dressées des
+rameaux, c’est uniquement par les mouvements du pétiole que la
+feuille s’oriente vis-à-vis de la lumière&nbsp;; dans les parties
+horizontales et obliques, l’axe lui-même se tord, et le rameau
+devient dorsiventral avec des feuilles qui ont presque l’air d’être
+distiques<a id="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class=
+"fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15">Avec M. le capitaine Cauvet, commandant du
+poste de Ghardaïa, nous faisons une intéressante promenade
+dans<span class="pagenum" id="Page_308">[308]<br>
+(109)</span> la Pépinière de la garnison. Le commandant, grand
+amateur de plantes, essaie de cultiver des espèces très variées,
+mais rares sont celles qui réussissent à croître malgré le climat.
+Il nous raconte ses déboires&nbsp;: «&nbsp;Les ardeurs de l’été,
+les gelées de l’hiver, la sécheresse de l’air en toute saison, la
+salure de l’eau, enfin, malgré les multiples puits, le manque
+perpétuel de liquide&nbsp;: à un pareil ensemble de conditions
+désastreuses, bien peu de plantes sont capables de résister. —
+Tenez, nous dit notre guide, regardez ces Figuiers de
+Barbarie&nbsp;; ce sont pourtant des plantes habituées à vivre dans
+le désert. Ils ne venaient pas mal et avaient atteint une hauteur
+de plus d’un mètre. Par malheur, le puits qui arrose cette partie
+du jardin est à sec depuis quelques semaines&nbsp;; voyez
+maintenant l’effet de la sécheresse&nbsp;: les raquettes de
+l’<i>Opuntia</i> sont vides, flasques, ratatinées. — Nous avions un
+arbre, un seul, un <i>Eucalyptus</i>&nbsp;: l’hiver dernier, une
+tempête l’a brisé. — En somme, les plantes de la Pépinière coûtent
+beaucoup plus cher que si dès l’origine on les avait fabriquées en
+métal&nbsp;».</p>
+
+<p class="space-above15">De nouveau en route à travers la Chebka.
+Depuis que nous avons quitté Ghardaïa, le pays a une autre allure
+que sur l’immense plateau, à ondulations peu sensibles, qui règne
+entre Ouargla et le Mzab. D’ici à Settafa, le plateau a été
+fortement raviné par les eaux courantes, — à l’époque où il y avait
+de l’eau dans le Sahara. Les anciens oued, très rapprochés les uns
+des autres, sont dépourvus de berges distinctes&nbsp;; leurs rives
+sont doucement inclinées depuis le fond jusqu’au sommet des gour,
+dont les moins démantelés sont encore couronnés par une large table
+plate, indiquant le niveau initial de la contrée.<span class=
+"pagenum" id="Page_309">[309]<br>
+(110)</span> (Voir <a href="#i18">phot. 18</a>). Nous passons
+obliquement d’une rivière tarie à l’autre, par les cols qui
+séparent les gour.</p>
+
+<p>Les roches ne contiennent guère de quartz&nbsp;; c’est à peine
+si l’on rencontre un peu de sable dans le lit des oued les plus
+profonds, par exemple à Ourhirlou, où nous passons la première
+nuit. Les éclats de pierre gardent donc leurs angles coupants, sans
+aucune trace de l’usure caractéristique que détermine le choc des
+grains quartzeux. La désagrégation de la pierre laisse sur le sol
+une matière argileuse, non mélangée de sable. Rien d’étonnant à ce
+que l’aspect de la flore soit également changé. Les Graminacées,
+sabulicoles, ont disparu&nbsp;; et si nous trouvons encore
+quelques-unes des plantes que nous avons notées précédemment
+(<i>Deverra chlorantha</i>, <i>Anabasis articulata</i>,
+<i>Gymnocarpon fruticosum</i>, <i>Marrubium deserti</i>,
+<i>Artemisia Herba-alba</i>), plusieurs espèces nouvelles, toutes
+frutescentes, viennent s’y ajouter&nbsp;: l’<i>Ononis
+angustissima</i>, un arbrisseau glutineux, presque aphylle, à
+fleurs jaunes&nbsp;; — le <i>Linaria fruticosa</i>, spinescent,
+avec de toutes petites feuilles rhomboïdales&nbsp;; —
+l’<i>Antirhinum ramosissimum</i>, dont les feuilles sont réduites à
+presque rien&nbsp;; — le <i>Haloxylon articulatum</i>, une
+Salsolacée aphylle, à rameaux très grêles et cassants, gris, bruns,
+cendrés ou rougeâtres, mais jamais verts. C’est cette dernière
+plante, le Remts des Arabes, qui domine.</p>
+
+<p>Pendant les premières heures de marche, quand nous sommes encore
+près de Ghardaïa, ces diverses espèces sont reléguées loin du
+chemin, au fond des oued, où elles forment un léger duvet d’une
+teinte indéfinissable. Le long de la route, il n’y a absolument pas
+autre chose que le <i>Peganum Harmala</i>. Grâce à la structure
+argileuse du sol, et avec la complicité des chameaux, le Harmel
+a<span class="pagenum" id="Page_310">[310]<br>
+(111)</span> supplanté toutes les autres espèces. Mais plus loin de
+la ville, la lutte est moins âpre et on voit apparaître timidement
+le <i>Haloxylon</i>, le <i>Linaria</i>, etc.</p>
+
+<p class="space-above15">Deux jours après avoir quitté Ghardaïa,
+nous sommes à Berrîan, une ville mzabite, sur l’oued Soudan. Le
+fils du caïd nous promène à travers l’oasis, qui est la plus riche
+et la plus variée de toutes celles que nous avons vues dans le
+Sahara. Outre des Abricotiers, des Vignes, des Figuiers, des
+Grenadiers, elle contient environ trente mille Palmiers, et est
+arrosée par quatre cents puits, qui ont une quarantaine de mètres
+de profondeur. Elle a, de plus, l’avantage d’être irriguée par
+l’oued, d’une façon intermittente, il est vrai. «&nbsp;L’oued
+Soudan, nous dit notre guide, — et il semblait caresser les mots
+avant de les prononcer, — l’oued Soudan n’est pas un de ces
+misérables oued qui ne contiennent de l’eau que de loin en
+loin&nbsp;: le nôtre coule chaque hiver&nbsp;». Était-il fier de
+vanter la prodigalité de son oued&nbsp;! Pour ne pas lui faire de
+la peine, nous nous sommes gardés de lui dire qu’il existe au
+monde, des pays, encore plus favorisés que Berrîan, où les rivières
+coulent même en été.</p>
+
+<p>Des barrages empêchent que l’eau n’aille se perdre au-delà de
+l’oasis&nbsp;; elle s’amasse dans de vastes réservoirs d’où elle
+est conduite à travers les plantations. Quand nous passons à
+Berrîan (le 28 mai) les bassins sont déjà vides, et les poulies des
+puits grincent toutes.</p>
+
+<p>Le fils du caïd ne nous fait pas grâce du moindre coin de
+l’oasis&nbsp;; il faut tout voir, tout admirer. «&nbsp;N’est-il pas
+vrai, dit-il, que c’est tout à fait une forêt&nbsp;?&nbsp;» Çà, une
+forêt&nbsp;! ces colonnes écailleuses, toutes semblables,
+surmontées de longues palmes régulières&nbsp;; ces carrés d’ognons
+ou de<span class="pagenum" id="Page_311">[311]<br>
+(112)</span> carottes auxquels on mesure rigoureusement chaque jour
+la ration de liquide&nbsp;; ces champs hérissés de chaumes d’orge,
+qui, n’étant plus irrigués, ne nourrissent même plus une mauvaise
+herbe. Notre cicerone n’a jamais vu de forêt&nbsp;; sinon comment
+oserait-il désigner du même terme, les plantations de Dattiers où
+l’on cherche en vain de l’ombre, et la forêt équatoriale, si
+touffue que le sentier est un tunnel creusé en pleine verdure, où
+jamais un rayon de soleil ne filtre jusqu’aux herbes du sous-bois
+pour sécher les perles liquides qui brillent sur toutes les
+feuilles, où l’on se sent cuire à l’étouffée, tandis qu’ici nous
+regardons de temps en temps nos mains pour nous assurer que la peau
+n’est pas encore grillée.</p>
+
+<p class="space-above15">Un spectacle inattendu, une de ces
+rencontres qui font époque dans un voyage. Pour la première fois
+depuis deux mois, nous voyons aujourd’hui un arbre dans le désert,
+— non pas un plumeau en zinc, comme l’est un Dattier, — mais un
+arbre avec un tronc, des branches et des feuilles, — en un mot, un
+arbre.</p>
+
+<p>Nous étions partis ce matin de Berrîan, par un vent du Nord
+terriblement froid, quoique le thermomètre marquât 15°.
+Brusquement, après avoir contourné un gara, nous apercevons un
+large fond, tout couvert de Chih (<i>Artemisia Herba-alba</i>) au
+milieu duquel se dresse l’arbre. Nous le reconnaissons sans peine à
+la description qu’en font les voyageurs. C’est le Betoum
+(<i>Pistacia atlantica</i>)&nbsp;; son tronc n’a que trois mètres
+de hauteur et est couronné par une cime arrondie. Les yeux fixés
+sur l’arbre, d’instinct, nous poussons de ce côté nos
+montures&nbsp;; puis nous descendons de mulet pour le voir de tout
+près. Nous tournons autour du tronc, nous le caressons. C’est pour
+nous une<span class="pagenum" id="Page_312">[312]<br>
+(113)</span> grande joie de nous mettre sous l’arbre, et d’avoir de
+nouveau à lever la tête pour examiner des feuilles, nous qui étions
+restés si longtemps sans voir autre chose que des herbes et des
+broussailles basses. La face inférieure de la cime est tout à fait
+plate&nbsp;: on voit exactement jusqu’où les chameaux peuvent
+tendre le cou pour brouter les feuilles. Celles-ci sont pennées,
+luisantes, d’un vert foncé.</p>
+
+<p class="space-above15">Sur les rochers de Settafa, nous récoltons
+les premiers lichens que nous ayons vus depuis Biskra. L’absence de
+végétaux lithophytes<a id="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8"
+class="fnanchor">[8]</a> s’explique sans peine dans un pays où la
+pluie est un phénomène exceptionnel, et où l’insolation fait monter
+la température superficielle des rochers à 70° ou 80°. On s’étonne
+un peu, au premier abord, de l’absence de lichens terrestres et
+épiphytes. Mais nous avons fait déjà remarquer la rareté des
+Champignons&nbsp;; quant aux Algues aériennes, elles manquent
+totalement&nbsp;: même sur les confins du Sahara, dans les oasis de
+Biskra, de Laghouat, de Messaad et de Bou-Saada, il n’y a pas sur
+les Palmiers la moindre Protococcacée. Les lichens ne peuvent donc
+se multiplier que par des sorédies&nbsp;: les spores ne sont pas
+aptes à refaire un lichen, puisqu’elles ne trouveront pas la
+compagne verte indispensable.</p>
+
+<p class="space-above15">Les vallées creusées dans le plateau
+rocheux deviennent moins profondes et plus larges. Nous sommes à la
+limite de la Chebka et de la région des daya. Deci delà,
+dans<span class="pagenum" id="Page_313">[313]<br>
+(114)</span> les fonds les plus étendus, de l’argile a été amenée
+par les eaux&nbsp;; la flore y présente un caractère spécial, dû
+surtout à la présence de Betoum, de Jujubiers (<i>Zizyphus
+Lotus</i>), de <i>Zilla macroptera</i>, et de Papilionacées
+aphylles, à fleurs jaunes&nbsp;: <i>Coronilla juncea</i> var.
+<i>Pomeli</i> et <i>Retama sphaerocarpa</i>.</p>
+
+<p>A partir du chott Melrhir où nous étions au-dessous du niveau de
+la mer, nous avons monté sans discontinuer, et nous nous trouvons à
+présent à l’altitude de 700 mètres. La pluie qui tombe sur le
+plateau rocheux, complètement imperméable, ruisselle à la surface
+et va se collecter dans des dépressions à peine indiquées, où elle
+dépose ses sédiments fins. On donne à ces cuvettes argileuses le
+nom de <em>daya</em>. Dans le paysage, en apparence plat, les daya
+ne se marquent que par les bouquets de Betoum.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous traversons la région des daya pendant
+trois jours, de Settafa à Laghouat. D’ordinaire les daya sont
+verdoyants en cette saison&nbsp;: les pluies d’hiver ont fortement
+mouillé l’argile, et les chameaux y trouvent une herbe abondante.
+Mais les deux derniers hivers n’ont donné que des précipitations
+atmosphériques insuffisantes. Au caravansérail de Tilremt, on se
+plaint amèrement de la sécheresse&nbsp;: «&nbsp;Voilà deux hivers
+de suite que nous labourons le daya et que nous semons de l’orge.
+Puis, il ne pleut jamais, et rien ne lève&nbsp;».</p>
+
+<p>Le daya de Tilremt est l’un des plus étendus de toute la région.
+D’après le Guide Joanne (<em>Algérie et Tunisie</em>, éd. de 1896,
+p. 86) il a «&nbsp;une superficie de 103 hectares et contient
+environ 2,400 betoums et une grande quantité de jujubiers sauvages
+qui protègent la crue des betoums quand ils sont jeunes...&nbsp;»
+Cela a pu être vrai<span class="pagenum" id="Page_314">[314]<br>
+(115)</span> jadis, mais nous avons cherché en vain de jeunes
+Betoum. Ici, comme dans tous les autres daya, il n’y a, à l’heure
+actuelle, que des arbres adultes, pouvant absorber par leurs
+longues racines l’eau qui reste encore dans la profondeur de la
+nappe d’argile. Quant aux jeunes plantes, dont les organes
+souterrains ne parviennent pas jusqu’à l’argile humide, elles sont
+impitoyablement sacrifiées par la sécheresse. Si, comme tout le
+fait supposer, l’aridité du Sahara va toujours en augmentant, nous
+assistons ici à la destruction locale d’un arbre sous la seule
+influence du milieu naturel. Certes, nous connaissons pas mal de
+flores qui ont été décimées (p. ex. à S<sup>te</sup>-Hélène et à la
+Nouvelle-Zélande), mais c’est l’homme qui est le coupable. Au
+contraire, l’extinction du <i>Pistacia atlantica</i> présente le
+caractère, tout à fait exceptionnel, d’être uniquement l’effet du
+climat.</p>
+
+<p>Nous avions le fol espoir d’herboriser dans le daya. Au lieu de
+la prairie que tous les voyageurs décrivent, nous trouvons sous les
+Betoum et les Jujubiers, la terre dure et sèche comme une aire de
+grange. Les <i>Asteriscus pygmaeus</i> (voir <a href="#Page_215">p.
+215</a>), tous également vieux et racornis, témoignent des pluies
+passées&nbsp;; mais aucun de ces exemplaires n’a vécu l’hiver
+dernier. La seule plante herbacée est le <i>Francoeria crispa</i>,
+une petite Compositacée à capitules jaunes, couverte d’un feutrage
+de poils cendrés. Sur le tronc des Betoum, une gomme-résine, le
+mastic, forme de longues coulées blanchâtres. On dirait que l’arbre
+pleure la fin prochaine de sa race..., mais ses larmes se figent
+aussitôt dans l’aridité de l’air.</p>
+
+<p class="space-above15">Le cinquième jour de marche depuis
+Ghardaïa&nbsp;: toujours le pays plat, avec un duvet grisâtre, à
+peine perceptible.<span class="pagenum" id="Page_315">[315]<br>
+(116)</span> Voici la liste complète des espèces que nous cueillons
+en une heure.</p>
+
+<ul class="simple1">
+<li>Aristida obtusa ♃.</li>
+
+<li>Stipa gigantea ♃.</li>
+
+<li>*Haloxylon articulatum ♄.</li>
+
+<li>Noaea spinosissima ♄.</li>
+
+<li>*Anabasis articulata ♄.</li>
+
+<li>Peganum Harmala ♃.</li>
+
+<li>Asteriscus pygmaeus ☉.</li>
+
+<li>*Artemisia Herba-alba ♄.</li>
+</ul>
+
+<p>Les trois plantes marquées d’une astérisque sont les plus
+répandues.</p>
+
+<p>Toutes sont presque mortes de soif. De la Rose de Jéricho, il
+n’y a que des échantillons des années précédentes.</p>
+
+<p>Nos chameaux n’ont plus rien mangé depuis cinq jours. La bosse
+leur a fondu sur le dos. Quand nous passons dans un daya, ils se
+jettent sur les Jujubiers, et sans plus se soucier de l’armure
+d’épines qui défend les rameaux, ils broutent, broutent avec
+frénésie. Les malheureuses bêtes ont les lèvres en sang, mais elles
+continuent à manger.</p>
+
+<p>Devant nous s’étale un fond limoneux tout garni de fleurs
+jaunes-orangées. C’est l’<i>Anvillaea radiata</i>, une Compositacée
+frutescente à poils blanchâtres, dont les capitules sont insérés
+dans les bifurcations des branches. Enfin&nbsp;! les chameaux vont
+pouvoir manger&nbsp;! Abdallah secoue la tête. «&nbsp;Cette
+plante-ci et le Harmel, dit-il, c’est <em>kif kif</em> pour les
+chameaux&nbsp;». Effectivement, les animaux flairent la plante,
+font la grimace, et, dégoûtés, relèvent leur long cou. Nous goûtons
+les feuilles de l’<i>Anvillaea</i>&nbsp;: elles sont âcres et
+amères. Cette large dépression, qui ressemblait à une prairie,
+fournit à nos bêtes, en fin de compte, des Jujubiers et quelques
+rares <i>Lygeum Spartum</i>, une Graminacée dont les feuilles
+jonciformes, piquantes, fibreuses, tenaces, sont employées à faire
+des sparteries,<span class="pagenum" id="Page_316">[316]<br>
+(117)</span> mais ne constituent qu’un fort maigre régal pour des
+animaux harcelés par la faim.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous sommes témoins, aujourd’hui, de
+curieux phénomènes météorologiques. Pendant la matinée, l’air est
+d’un calme absolu. Le mirage fait apparaître partout des flaques
+dans lesquels se mirent les têtes rondes des Betoum. Puis des
+trombes de poussière jaune se mettent à parcourir le désert. Elles
+reposent sur le sol par une base assez large&nbsp;; plus haut elles
+se rétrécissent, pour s’élargir finalement en forme d’entonnoir
+très évasé. Nous nous étonnons, au début, de la lenteur avec
+laquelle elles se déplacent. Simple effet de l’éloignement du
+phénomène et de la platitude infinie du désert&nbsp;: nous ne nous
+rendons compte, ni de la distance des trombes, ni du trajet
+qu’elles effectuent. Une de ces colonnes de poussière passe à
+travers la caravane&nbsp;: la vitesse est si grande, et le
+tourbillonnement si intense, que nous pouvons à grand’peine garder
+notre équilibre sur les mulets.</p>
+
+<p>Dans l’après-midi, le ciel se couvre de nuages. Ce n’est d’abord
+qu’une multitude de points blancs, tout juste perceptibles,
+immobiles dans l’azur. Chaque point grandit d’une façon régulière.
+A présent, ce sont autant de flocons, uniformément distribués dans
+le ciel. Leur base est plane, comme s’ils flottaient sur de l’air
+horizontal et calme&nbsp;; les condensations successives de vapeurs
+se font uniquement sur les bords et sur la face supérieure
+mamelonnée. Les taches blanches s’étalent&nbsp;; elles joignent
+leurs bords&nbsp;; elles forment un voile continu qui devient de
+plus en plus opaque. Tout à coup le <em>nimbus</em> se résout en
+pluie&nbsp;: le ciel est strié de longues zébrures verticales qui
+descendent du nuage. Oh bonheur&nbsp;! Les
+<i>Haloxylon</i>,<span class="pagenum" id="Page_317">[317]<br>
+(118)</span> les <i>Anabasis</i>, les <i>Artemisia</i>, réduits à
+de lamentables brindilles grises, pourront enfin reverdir&nbsp;;
+les plantes vont être récompensées de l’obstination qu’elles ont
+mise à ne pas mourir de soif&nbsp;; une seule forte pluie suffira
+pour rendre la vie aux daya agonisants. Hélas&nbsp;! l’averse tant
+désirée ne tombe pas. Cette pluie que nous voyons rayer le ciel
+n’atteint pas le sol&nbsp;: les gouttes s’évaporent dans l’air trop
+chaud qu’elles ont à traverser.</p>
+
+<p>Quel pays de déceptions&nbsp;! Quand de l’herbe s’offre aux
+chameaux, elle n’est pas mangeable. Le lac où se reflète l’horizon
+n’est qu’un fantôme, un caprice du soleil&nbsp;; dernier
+désappointement, la pluie, pourtant réelle, n’arrose que l’air.</p>
+
+<p class="space-above15">Une dernière journée de pèlerinage avant
+Laghouat. Ce matin nous avons quitté le caravansérail de Nili, où
+il n’y a d’autre liquide que l’eau de ruissellement, captée au
+moyen de barrages et accumulée dans de grands réservoirs.</p>
+
+<p>Quand le jour se lève, nous apercevons à l’horizon les cimes du
+djebel Amour et des montagnes des Ouled Naïl, ramifications du
+Grand Atlas. La vue des montagnes nous rend courage. D’ailleurs le
+pays n’a plus un aspect aussi déshérité que les jours précédents.
+L’Alfa (<i>Stipa tenacissima</i>) et le <i>Lygeum Spartum</i>
+commencent à s’ajouter au Chih (<i>Artemisia Herba-alba</i>), au
+Remts (<i>Haloxylon articulatum</i>) et à l’<i>Anabasis
+articulata</i>. Les deux Graminacées se ressemblent beaucoup avec
+leurs feuilles glauques et raides. Plus tard se montrent encore
+l’<i>Artemisia campestris</i>, le <i>Linaria fruticosa</i>, le
+<i>Teucrium Polium</i> et le <i>Marrubium deserti</i>.</p>
+
+<p>Près de Laghouat, la flore change une dernière fois&nbsp;:
+le<span class="pagenum" id="Page_318">[318]<br>
+(119)</span> pays est sablonneux&nbsp;; de plus, la végétation est
+en conflit avec les nombreuses caravanes qui viennent à Laghouat.
+Il n’y a ici que des plantes protégées d’une façon quelconque
+contre les herbivores. L’<i>Echinops spinosus</i> et
+l’<i>Acanthyllis tragacanthoides</i> possèdent des épines.
+L’<i>Echinops</i> a des piquants à tous les segments foliaires, et
+la tête de capitules est elle-même garnie de très fortes épines
+blessantes. L’<i>Acanthyllis</i> est un arbrisseau de la famille
+des Papilionacées&nbsp;; les rachis s’indurent après la chute des
+folioles, et constituent sur les anciens rameaux une effrayante
+armure d’épines blanches, à l’abri desquelles les bourgeons
+axillaires se développent en toute sécurité. Mais ni l’une ni
+l’autre de ces deux plantes ne peut repousser l’assaut de bêtes
+exaspérées par le jeûne. Aussi ne subsiste-t-il finalement que les
+plantes protégées par des matières chimiques&nbsp;: <i>Thymelaea
+microphylla</i>, <i>Peganum Harmala</i>, <i>Euphorbia
+Guyoniana</i>, <i>Citrullus Colocynthis</i>, <i>Artemisia
+campestris</i>, <i>A. Herba-alba</i>.</p>
+
+<h2><a id="c4"></a><span class="bold">4. — Les steppes de l’Atlas
+et la plaine du Hodna.</span>
+</h2>
+
+<p>En cette saison, il fait déjà trop chaud pour se mettre en
+voyage. Tous les chameaux de Laghouat sont aux champs, et ce n’est
+qu’au bout de trois jours que nous parvenons à nous procurer les
+bêtes de somme qui nous sont nécessaires. Les mulets sont encore
+plus introuvables. Nous remplacerions volontiers ceux qui nous ont
+accompagnés depuis Biskra&nbsp;; voici un mois que les malheureux
+nous portent à travers le Sahara, sans jamais manger à leur faim.
+Malgré toutes ses démarches, Abdallah ne trouve qu’un seul mulet
+frais&nbsp;; les deux autres traîneront la<span class="pagenum" id=
+"Page_319">[319]<br>
+(120)</span> patte avec nous pendant encore une douzaine de
+jours.</p>
+
+<p>Nous employons le repos forcé à battre le pays aux environs de
+la ville. Ainsi qu’il a été dit, les sables et les alluvions ont
+une flore extrêmement pauvre. Il n’en est pas de même de la colline
+rocheuse où se trouve le poste optique, au Sud de la ville. Elle
+est trop escarpée pour que les chameaux puissent la gravir. Les
+plantes sabulicoles et les chasmophytes (voir la note, <a href=
+"#Footnote_8">p. 312</a>) y vivent en mélange.</p>
+
+<p>Citons parmi ces dernières, le <i>Rhus Oxyacantha</i>,
+arbrisseau épineux qui a tout à fait le port et le feuillage d’une
+Aubépine, l’<i>Olea europaea</i> sauvage, et le <i>Zollikofferia
+spinosa</i>. Celui-ci est très curieux&nbsp;; il n’a qu’un petit
+nombre de feuilles basilaires qui sont déjà flétries au moment de
+la floraison&nbsp;; de même que chez le <i>Statice pruinosa</i>
+(voir <a href="#Page_259">p. 259</a>), ce sont les pédoncules verts
+qui sont chargés de l’assimilation. L’inflorescence est ramifiée en
+fausses dichotomies. Les rameaux sont très nombreux&nbsp;; la
+plupart sont stériles&nbsp;: au lieu de porter un capitule, ils se
+terminent en épine. La plante toute entière a l’aspect d’une grosse
+pelote, ayant jusque quarante centimètres de diamètre&nbsp;; elle
+est constituée en majeure partie par les branches desséchées des
+années précédentes, entre lesquelles se faufilent les rameaux
+récents&nbsp;; quelques capitules sont piqués sur la pelote.</p>
+
+<p>Sur les éboulis à la base de l’escarpement, croît une plante qui
+est particulière à ces stations&nbsp;: l’<i>Echiochilon
+fruticosum</i>, une Boraginacée ligneuse à fleurs bleues.</p>
+
+<p class="space-above15">Laghouat est trop élevé (alt. 746 m.) et
+trop septentrional, pour que les bonnes dattes puissent y mûrir.
+L’oasis, arrosée par l’oued Mzi, ne contient que 15,000<span class=
+"pagenum" id="Page_320">[320]<br>
+(121)</span> Dattiers, appartenant à des variétés peu estimées. La
+végétation arborescente est formée, pour une grande part, de
+Figuiers, de Grenadiers, et surtout d’Abricotiers. On plante aussi
+beaucoup de légumes. L’abondance de l’eau a permis de cultiver de
+l’orge sur un millier d’hectares, dans une grande plaine limoneuse.
+Sans doute pour protéger l’oasis contre le vent, on a mis à la
+bordure un rideau de <i>Populus pyramidalis</i>, qui font un piteux
+effet par-dessus les Palmiers.</p>
+
+<p>Nous visitons l’oasis avec un agent de police arabe, qui nous
+fait ouvrir toutes les portes. La flore adventive est peu
+importante. En somme, ce qui nous intéresse le plus, c’est la
+variété des vieux pots et des crânes de chevaux qui sont fichés sur
+des pieux à l’entrée de chaque jardin, «&nbsp;pour écarter le
+mauvais œil&nbsp;», prétend notre guide.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous avons de nouveau enfourché nos
+mulets. Les deux premières journées sont employées à franchir
+l’espace qui nous sépare de Messaad, près de l’extrémité
+occidentale du djebel Bou Kaïl, un rameau du Grand Atlas. Nous
+sommes sur un plateau légèrement ondulé, portant quelques bouquets
+de Betoum et de Jujubiers. La végétation est la même que dans la
+région des daya&nbsp;: Alfa, Chih, Remts, <i>Anabasis</i>. Le
+voisinage des montagnes, amenant des pluies plus fréquentes, se
+manifeste par les nombreux ruisseaux. Les rochers sont moins nus.
+Leur surface porte quelques lichens, mais pas encore de Bryophytes
+ni de Phanérogames. Dans les crevasses, la flore est également plus
+abondante qu’en plein désert&nbsp;; il y a, par exemple, de
+volumineuses touffes de <i>Zollikofferia spinosa</i>.</p>
+
+<p>Ce pays n’est plus à proprement parler le Sahara.
+Nous<span class="pagenum" id="Page_321">[321]<br>
+(122)</span> sommes à la limite entre le Grand Désert et les
+steppes des hauts-plateaux de l’Atlas. Au bord des oued, il y a des
+buissons d’<i>Arundo Donax</i> et de Laurier-rose (<i>Nerium
+Oleander</i>). Le Dattier y trouve des conditions favorables à son
+existence. Mais on remarque tout de suite que ces <i>Phoenix
+dactylifera</i>, croissant le long des ruisselets, ne sont pas des
+exemplaires spontanés, ni même naturalisés, mais simplement des
+individus issus de graines accidentelles&nbsp;: ils restent petits,
+sans tronc, avec une foule de pousses qui naissent du pied. Ils
+vivent, mais ne fleurissent jamais.</p>
+
+<p class="space-above15">Un autre fait montre d’une façon encore
+plus évidente que nous sommes à la lisière du Sahara&nbsp;: quand
+on se lève le matin, on constate qu’une infinité de fruits de
+plantes annuelles se sont accrochés à la couverture&nbsp;: ce sont
+des <i>Ægilops</i>&nbsp;; de nombreux <i>Medicago</i>&nbsp;;
+l’<i>Emex spinosa</i><a id="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9"
+class="fnanchor">[9]</a>&nbsp;; le <i>Daucus pubescens</i> et
+d’autres Ombellacées&nbsp;; des Compositacées
+indéterminables&nbsp;; enfin, le <i>Sclerocephalus arabicus</i>,
+Caryophyllacée dont les capsules indéhiscentes sont entourées de
+fortes bractées qui portent les crochets.</p>
+
+<p>Dans le Sahara, les fruits accrochants ne seraient d’aucune
+utilité&nbsp;: les Mammifères, dans les poils desquels les fruits
+sont destinés à s’attacher, sont beaucoup trop rares, et les
+plantes ne peuvent pas compter sur leur aide pour effectuer la
+dissémination. Nous n’avons vu dans le<span class="pagenum" id=
+"Page_322">[322]<br>
+(123)</span> désert que deux plantes dont les fruits fussent
+pourvus de crochets&nbsp;: <i>Limoniastrum Feei</i> et <i>Neurada
+procumbens</i>. Ajoutons-y le <i>Forskahlea tenacissima</i>, une
+Urticacée ligneuse&nbsp;; ses rameaux se désarticulent facilement,
+et comme ils sont garnis de poils raides, crochus, ils se fixent
+dans les poils des animaux&nbsp;; les fragments s’enracinent quand
+ils tombent par terre.</p>
+
+<p>D’autre part, il n’y a pas dans le désert d’oiseaux frugivores
+en quantité appréciable, et l’on n’y rencontre pas non plus de
+plantes à fruits charnus. Il ne reste donc, pour opérer la
+dissémination, que le vent et — quelque invraisemblable que cela
+paraisse — la pluie. Outre la Rose de Jéricho (<i>Asteriscus
+pygmaeus</i>) et la Main de Fatma (<i>Anastatica hierochuntica</i>)
+(voir <a href="#Page_215">p. 215</a>), il y a encore d’autres
+plantes chez lesquelles les graines ne sont mises en liberté que
+par la pluie&nbsp;: telles sont les capsules des <i>Fagonia</i> et
+des <i>Zygophyllum</i>, qui ne s’ouvrent que par l’humidité.</p>
+
+<p>Le vent est incontestablement le principal agent de
+dissémination. Signalons quelques types chez lesquels les organes
+de transport sont particulièrement développés&nbsp;: l’<i>Ephedra
+alata</i>, dont les graines sont entourées de bractées
+scarieuses&nbsp;; — les <i>Aristida</i> dont le fruit est surmonté
+d’une longue arête trifide et plumeuse, dépendant de la glumelle
+inférieure&nbsp;; — les <i>Salsola</i>, le <i>Haloxylon
+articulatum</i>, le <i>Noaea spinosissima</i>, dont le calice ailé
+fait un parachute au fruit&nbsp;; — le <i>Calligonum comosum</i>,
+avec un fruit pourvu de longues émergences rousses, rameuses&nbsp;;
+— les <i>Farsetia</i> et le <i>Henophyton deserti</i> dont les
+graines plates sont entourées d’une large aile blanche&nbsp;; — le
+<i>Zilla macroptera</i> qui a des silicules indéhiscentes pourvues
+de quatre ailes longitudinales&nbsp;; — le <i>Cleome<span class=
+"pagenum" id="Page_323">[323]<br>
+(124)</span> arabica</i> à graines globuleuses, longuement
+velues&nbsp;; — les <i>Erodium</i> et le <i>Monsonia nivea</i> avec
+leur longue arête soyeuse&nbsp;; — les <i>Tamarix</i> et le
+<i>Daemia cordata</i> aux graines plumeuses&nbsp;; — l’<i>Anthyllis
+sericea</i> dont la gousse est contenue dans le calice
+ballonné&nbsp;; — citons, enfin, pour terminer cette énumération,
+le <i>Marrubium deserti</i>&nbsp;: son calice, au lieu d’avoir les
+crochets ou les pointes qui existent chez la plupart des espèces, a
+le limbe largement étalé en forme de parachute.</p>
+
+<p class="space-above15">Depuis Messaad jusqu’au-delà d’Aïn-Soltan,
+nous longeons pendant deux jours le versant méridional du djebel
+Bou Kaïl, à l’altitude d’environ 1200 m. Dans les oasis, les
+Abricotiers et les Figuiers ont complètement supplanté les
+Dattiers. Au lieu d’Orge, on cultive ici un Froment à longues
+barbes. La brièveté de sa période de végétation fait de l’Orge la
+céréale qui convient, par excellence, aux pays tels que la Sahara,
+où la sécheresse vient bientôt mettre un terme à la végétation, et
+le nord de la Norvège, où l’été est fort court. Mais ici, près des
+montagnes, on a de l’eau, même en été, et le Froment est cultivé
+avec succès.</p>
+
+<p>Le pays est tout aussi monotone qu’El Erg ou la Chebka. A gauche
+et à droite, des montagnes&nbsp;; devant nous, derrière nous, la
+steppe d’Alfa à perte de vue, glauque et triste (Voir <a href=
+"#i16">phot. 16</a>). Dans les fonds, du Chih, du Zeita, de gros
+buissons de <i>Retama sphaerocarpa</i>, portant une multitude de
+fleurs jaunes sur leurs rameaux minces. C’est seulement dans les
+crevasses des rochers qu’on aperçoit une plante réellement
+verte&nbsp;: le <i>Periploca angustifolia</i>, une Asclépiadacée
+ligneuse, formant des buissons irréguliers, d’un vert foncé. Vu
+aussi un Olivier qui a été<span class="pagenum" id=
+"Page_324">[324]<br>
+(125)</span> planté sur la tombe d’un saint marabout. L’arbre est
+sacré&nbsp;; tous les passants accrochent à ses branches soit un
+lambeau de leur vêtement, soit une tresse d’alfa.</p>
+
+<p class="space-above15">A la source d’El Bordj, non loin de
+Messaad, nous récoltons deux plantes qui en elles-mêmes n’offrent
+aucun intérêt, mais dont la présence indique d’une façon formelle
+que nous allons sortir du Grand Désert&nbsp;: <i>Adiantum
+Capillus-Veneris</i> et une Orchidacée fructifiée, probablement un
+<i>Ophrys</i>. Il n’y a pas, dans tout le Sahara, une seule
+Fougère, ni une seule Orchidacée. L’absence des Fougères, ainsi que
+des Ptéridophytes en général, et des Bryophytes, s’explique par le
+fait que ces plantes ont trop peu de chances de se reproduire. En
+effet, la fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de
+la pluie&nbsp;: quel autre agent serait capable d’amener les
+spermatozoïdes dans le voisinage de l’archégone et de leur fournir
+la gouttelette liquide nécessaire à la natation&nbsp;?</p>
+
+<p>Il est probable pourtant qu’à une époque géologique toute
+récente, ces végétaux habitaient le territoire occupé maintenant
+par le désert. Les vestiges si frappants de l’érosion par les cours
+d’eau (oued Rirh, oued Mya, oued Mzab) témoignent de l’humidité de
+l’ancien climat. Mais à la suite de nous ne savons quelle
+perturbation, le climat s’est transformé, et une aridité croissante
+s’est substituée aux pluies de jadis. A mesure que la sécheresse
+faisait des progrès, la flore perdit les éléments qui avaient le
+plus grand besoin d’humidité, c’est-à-dire les plantes aquatiques,
+ainsi que les arbres forestiers et les plantes qui vivaient à leur
+ombre&nbsp;: Bryophytes, Ptéridophytes, Aracées, Scitaminées,
+Orchidacées, Amentinées, Mélastomacées, Gesnéracées, Acanthacées.
+Les lianes, les épiphytes<span class="pagenum" id=
+"Page_325">[325]<br>
+(126)</span> et les épiphylles furent également détruites.</p>
+
+<p>On voit qu’aucun des groupes qui comptent le plus de
+représentants dans la flore équatoriale n’a subsisté dans le
+désert. Or celui-ci touche, d’une part à la région forestière
+équatoriale, d’autre part à la région méditerranéenne. Ce ne sont
+certes pas les espèces forestières, adaptées à l’humidité et à
+l’ombre, qui n’ont pu se contenter du climat ardent et aride du
+Sahara. Les seules plantes qui furent en état de se maintenir sont
+celles de la région méditerranéenne, habituées à subir la
+sécheresse pendant une partie de l’année.</p>
+
+<p>A ce résidu, peu important, de la flore primitive, s’ajoutèrent
+plus tard des espèces qui immigrèrent des pays limitrophes.
+Sont-elles venues de la forêt&nbsp;? Evidemment non. Faisons
+seulement remarquer que tous les grands arbustes du Sahara ont une
+origine méditerranéenne&nbsp;: <i>Ephedra alata</i>, <i>Salsola
+tetragona</i>, <i>Calligonum comosum</i>, <i>Rhus Oxyacantha</i>,
+<i>Capparis spinosa</i>, <i>Zizyphus Lotus</i>, <i>Tamarix</i>.
+Parmi les petits arbrisseaux et les plantes herbacées, l’immense
+majorité des genres sont septentrionaux. Les formes endémiques sont
+presque toutes voisines de celles qui habitent les bords de la
+Méditerranée. Le Betoum, le seul arbre du Sahara algérien, est
+proche parent des <i>Pistacia</i> méditerranéens, et il faut aller
+bien loin vers le Sud ou vers l’Est, pour rencontrer des
+<i>Acacia</i> qui viennent du Sud.</p>
+
+<p>En somme, au point de vue de la composition de sa flore, le
+Sahara est actuellement une dépendance de la région
+méditerranéenne.</p>
+
+<p class="space-above15">Vers le soir du quatrième jour après
+Laghouat, nous nous engageons dans un défilé ouvert dans le
+djebel<span class="pagenum" id="Page_326">[326]<br>
+(127)</span> Bou Kaïl. Aussitôt la flore change. En fait de plantes
+désertiques il n’y a plus guère que l’Alfa et le Chih. La
+physionomie du paysage est donnée par les hauts buissons tortus de
+<i>Juniperus Oxycedrus</i> et par le <i>Genista capitellata</i>,
+formant à terre des touffes arrondies qui ont l’air de
+porcs-épics.</p>
+
+<p>A mesure que nous nous élevons, nous constatons que le djebel
+Bou Kaïl n’est pas du tout une chaîne de montagnes, mais simplement
+un seuil gigantesque, haut de quatre cents mètres, qui fait
+communiquer le plateau inférieur, sur lequel nous venons de
+cheminer, avec un plateau supérieur, situé à l’altitude d’environ
+1600 m. Ce haut-plateau a une largeur de soixante-dix kilomètres.
+Vers le Nord, du côté de Bou-Saada, il est limité par une marche,
+plus haute encore que celle que nous gravissons, et on tombe
+brusquement dans la grande plaine du Hodna, qui est à l’altitude de
+450 m. et possède une flore saharienne typique.</p>
+
+<p>Quant au haut-plateau lui-même, quoiqu’il touche presque de
+toutes parts au désert, sa flore est nettement différente de celle
+du Sahara. Les deux espèces qui dominent sont l’Alfa (<i>Stipa
+tenacissima</i>) et le Chih (<i>Artemisia Herba-alba</i>). La
+première, mêlée de quelques <i>Lygeum Spartum</i>, occupe toutes
+les parties sèches de la steppe. «&nbsp;..... l’alfa est pour le
+voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse&nbsp;; et,
+malheureusement, quand il s’empare de la plaine, c’est alors pour
+des lieues et des lieues. Imagine-toi toujours la même touffe
+poussant au hasard sur un terrain tout bosselé, avec l’aspect et la
+couleur d’un petit jonc, s’agitant, ondoyant comme une chevelure au
+moindre souffle, si bien qu’il y a presque toujours du vent dans
+l’Alfa. De loin, on dirait une<span class="pagenum" id=
+"Page_327">[327]<br>
+(128)</span> immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se
+flétrit sans se dorer. De près, c’est un dédale, ce sont des
+méandres sans fin où l’on va en zig-zag, et où l’on bute à chaque
+pas. Ajoute à cette fatigue de marcher en trébuchant, la fatigue
+aussi grande d’avoir un jour entier devant les yeux ce steppe
+décourageant, vert comme un marais, et qu’on est obligé de jalonner
+de gros tas de pierres pour indiquer les routes&nbsp;» (Fromentin,
+<span class="bold">1896</span>, p. 52). Dans les petites
+dépressions, la végétation est composée de Chih, auquel se joignent
+des touffes sombres d’<i>Artemisia campestris</i>. D’innombrables
+troupeaux de chèvres et de moutons paissent dans l’Alfa. Les
+Nomades qui les gardent ont établi leurs douar (agglomérations de
+tentes) dans le voisinage des points d’eau. Près des campements,
+l’Alfa et même le Chih ont été éliminés, et l’on ne voit que le
+Harmel et le <i>Thapsia garganica</i>, une haute Ombellacée refusée
+par les herbivores.</p>
+
+<p class="space-above15">Après deux longs jours de marche sur le
+plateau, monotone et ennuyeux, nous sommes à Aïn-Smara. Malgré son
+nom de «&nbsp;fontaine&nbsp;», c’est à proprement parler une fosse
+à purin&nbsp;: dans une dépression du sol on a creusé un trou où se
+collectent les eaux de ruissellement, après qu’elles ont lavé les
+déjections des troupeaux de la steppe. De tous les points de
+l’horizon, des femmes accompagnées de bourriquets, viennent
+s’approvisionner à la fosse&nbsp;; religieusement elles remplissent
+leurs outres de cette eau bourbeuse. En attendant le moment de
+repartir vers le douar, chacun avec ses deux peaux de bouc, les
+ânes prennent un bain dans la fontaine et jettent le trouble parmi
+les légions de têtards qui s’y ébattent. Nous carressons du regard
+nos propres outres, qui sont<span class="pagenum" id=
+"Page_328">[328]<br>
+(129)</span> encore suffisamment rebondies pour nous mener à
+Bou-Saada.</p>
+
+<p>L’odeur de cette fontaine est insupportable. Faisons une petite
+promenade dans la steppe. Un jeune Arabe nous assure d’ailleurs
+qu’il connaît des Terfez ici. Effectivement, il les découvre. Il
+tapote du doigt aux endroits où la terre est un peu soulevée et
+craquelée en étoile&nbsp;; si la percussion donne un bruit sonore,
+il creuse un peu, et presque chaque fois, à quelques centimètres
+sous la surface, on aperçoit une petite masse bosselée, grisâtre,
+qui est l’Ascomycète cherché. Les Terfez (<i>Terfezia</i> et
+<i>Tirmania</i>) ont une légère odeur de Truffe, et ils sont
+employés dans le Sahara aux mêmes usages que cette dernière.</p>
+
+<p class="space-above15">A présent nous descendons sur le versant
+qui limite le haut-plateau vers le Nord. La pente est très
+rapide&nbsp;: en quelques heures nous passons de l’altitude de 1600
+m. à celle de 600 m. Les vents humides qui soufflent de la
+Méditerranée viennent se heurter à la muraille presque verticale.
+Ils se refroidissent à mesure qu’ils s’élèvent, et il arrive un
+moment où leurs vapeurs se condensent sous forme de pluie et de
+rosée.</p>
+
+<p>Spectacle depuis longtemps espéré, il y a des Mousses sur le
+sol, et les feuilles sont couvertes de rosée&nbsp;! La végétation
+est essentiellement méditerranéenne. Voici les espèces les plus
+répandues et les plus caractéristiques&nbsp;: <i>Pinus
+halepensis</i>, <i>Quercus Ballota</i>, des <i>Cistus</i> et des
+Labiacées ligneuses (<i>Rosmarinus</i>, <i>Lavandula</i>), <i>Olea
+europaea</i> qui a été brouté à tel point qu’il devient dur comme
+un rocher, <i>Pistacia Lentiscus</i>, <i>Juniperus Oxycedrus</i> et
+<i>J. communis</i>, <i>Catananche caespitosa</i>, <i>Centaurea
+Parlatorei</i>, <i>Rhamnus lycioides</i>, <i>Ephedra graeca</i>,
+<i>Retama sphaerocarpa</i>,<span class="pagenum" id=
+"Page_329">[329]<br>
+(130)</span> <i>Genista capitellata</i>, <i>Anthyllis sericea</i>,
+<i>Stipa tenacissima</i>.</p>
+
+<p>Plus bas, nous rencontrons une zone intermédiaire d’où les
+Mousses, les arbres (Pins et Chênes), les broussailles (Cistes,
+Labiacées, Olivier, Lentisque, Genévrier et <i>Rhamnus
+lycioides</i>) et les Compositacées ont disparu pour ne laisser que
+l’Oxycèdre, les Papilionacées et l’Alfa.</p>
+
+<p>Descendons encore de quelques centaines de mètres&nbsp;: ces
+dernières plantes s’effacent à leur tour devant la flore saharienne
+typique.</p>
+
+<p>Près de Bou-Saada, la lutte contre les herbivores est de nouveau
+en jeu, et la flore ne se compose plus guère que de <i>Thymelaea
+microphylla</i>.</p>
+
+<p>Nous venons de traverser un îlot méditerranéen, serré entre le
+haut-plateau et le désert. On s’explique sans peine pourquoi cette
+flore méditerranéenne fait défaut, à la même altitude, sur le
+versant méridional du plateau, que nous avons gravi il y a trois
+jours. Les deux versants ont en somme des climats très différents.
+Le long de celui qui est tourné vers le Nord, les courants
+atmosphériques doivent grimper et laisser condenser leur humidité.
+De l’autre côté, au contraire, le vent déjà appauvri en vapeur
+descend la pente&nbsp;; il se réchauffe, par conséquent, et il
+enlève de l’humidité plutôt qu’il n’en dépose. Aussi n’y avons-nous
+rencontré que les végétaux de la zone intermédiaire d’ici,
+c’est-à-dire celle où la condensation ne s’opère pas encore.</p>
+
+<p class="space-above15">A partir de Bou-Saada, nous sommes dans la
+plaine du Hodna, une dépendance septentrionale du Sahara. Elle est
+entourée de toutes parts par des montagnes,<span class="pagenum"
+id="Page_330">[330]<br>
+(131)</span> excepté en un point où elle communique avec le Grand
+Désert. Le centre de la plaine est occupé par le chott El Hodna,
+dans lequel passe la route de Bou-Saada à Msila.</p>
+
+<p>La flore est celle des alluvions et des sables salés, entre
+Biskra et Tougourt&nbsp;: Salsolacées gorgées d’eau,
+Plombaginacées, <i>Frankenia thymifolia</i> et autres plantes
+garnies d’un revêtement salin. Dans le chott, que nous traversons
+sur une largeur d’une trentaine de kilomètres, la végétation se
+compose d’abord d’<i>Echinopsilon muricatus</i> et de
+<i>Tamarix</i>, puis uniquement de <i>Salsola tetragona</i>, auquel
+s’ajoutent plus tard l’<i>Arthrocnemon macrostachyum</i> et
+l’<i>Atriplex Halimus</i>.</p>
+
+<p class="space-above15">Nous sommes à Msila. Deux journées de
+voyage à travers un pays cultivé nous mèneront à
+Bordj-bou-Arreridj, où nous prendrons le train pour Alger.</p>
+
+<p class="space-above15">Supposons qu’un botaniste me demande
+quelques renseignements sur l’utilité d’un voyage dans le Sahara.
+Je lui dirais à peu près ceci&nbsp;: Si vous désirez voir un pays
+exotique avec une flore variée, n’allez pas au désert&nbsp;;
+dirigez-vous plutôt vers une région équatoriale. — Voulez-vous
+étudier la flore désertique&nbsp;? Vous pouvez vous contenter de
+Biskra&nbsp;: la plupart des espèces du Sahara algérien croissent
+dans les environs de la ville. — Dans le cas où vous voudriez voir
+les divers aspects caractéristiques du paysage saharien,
+mettez-vous à la tête d’une caravane&nbsp;; vous marcherez pendant
+des journées entières sans vous baisser une seule fois pour
+cueillir une plante, et vous reviendrez finalement avec un butin
+presque nul&nbsp;: en tout un mois, vous aurez vu moins d’espèces
+végétales que<span class="pagenum" id="Page_331">[331]<br>
+(132)</span> si vous vous aviez herborisé un quart d’heure aux
+environs de Bruxelles. Et dites-vous bien qu’une telle expédition
+n’est possible que si vous ne craignez pas les longues marches
+exténuantes, les journées atrocement chaudes, les midis
+éblouissants, si vous n’avez pas peur de subir la soif, si vous
+aimez à coucher à la belle étoile, enfin, si vous ne vous laissez
+pas décourager par la nudité du pays.</p>
+
+<p>Pour finir, regrettons qu’il n’y ait pas de jardin botanique
+dans le Sahara. Pendant les premiers temps, le botaniste est
+complètement dépaysé au milieu de ces plantes grasses ou de ces
+plantes sans feuilles, toutes semblables lorsqu’elles sont
+défleuries. Quant à des expériences physiologiques, il n’y faut pas
+songer. Pourtant il y aurait pas mal de sujets intéressants à
+étudier&nbsp;: l’absorption de la vapeur atmosphérique et de la
+rosée par les sels déliquescents et par les poils&nbsp;;
+l’absorption de l’eau du sol par les poils radicaux
+persistants&nbsp;; l’occlusion des stomates&nbsp;; l’élimination
+des matières minérales qui encombrent l’économie de la
+plante&nbsp;; la faculté de supporter la dessiccation, etc. Un tel
+établissement rendrait aussi de grands services au point de vue
+pratique, pour l’étude des maladies du Dattier, pour la sélection
+des races d’Orge, pour l’introduction de plantes fourragères,
+etc.</p>
+
+<p>Rien ne serait plus facile que de faire cette station botanique
+à Biskra. La dépense serait faible&nbsp;; les avantages pour la
+science et pour l’agriculture saharienne seraient inappréciables.
+Ce jardin aurait autant d’utilité que ’s Lands Plantentuin de
+Buitenzorg (Java). Et l’on aurait ainsi un centre d’études
+botaniques, permettant de comparer la riche végétation équatoriale
+à la végétation, si intéressante dans sa maigreur, qui croît au
+Sahara.</p>
+
+<hr class="decor width3">
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="plate" id="pl1">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. I.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i01"><a href="images/i01.jpg"><img src='images/i01.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">1. <i>Deverra chlorantha</i> (voir <a href=
+"#Page_283">p. 283</a>), sur des rochers qui ont éclaté par
+l’action de la chaleur et qui ont été ultérieurement sculptés par
+le sable. (Voir <a href="#Page_279">p. 279.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i02"><a href="images/i02.jpg"><img src='images/i02.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">2. <i>Anabasis articulata</i>. Sous la plante,
+rameaux morts tombés par terre. (Voir <a href="#Page_222">p.
+222.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<div class="plate" id="pl2">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. II.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i03"><a href="images/i03.jpg"><img src='images/i03.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">3. Une rue dans l’oasis de Biskra. Maisons en boue.
+(Voir <a href="#Page_209">p. 209.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i04"><a href="images/i04.jpg"><img src='images/i04.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">4. Plantations dans l’oasis de Biskra&nbsp;: Oliviers
+et Dattiers. (Voir <a href="#Page_209">p. 209.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<div class="plate" id="pl3">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. III.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i05"><a href="images/i05.jpg"><img src='images/i05.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">5. Efflorescences salines sur le reg, à Biskra. Au
+milieu, un petit oued avec Salsolacées. (Voir <a href=
+"#Page_216">p. 216.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i06"><a href="images/i06.jpg"><img src='images/i06.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">6. <i>Limoniastrum Guyonianum</i> (Zeita), presque
+entièrement ensevelis sous le sable. Devant, <i>Nitraria
+tridentata</i>. (Voir <a href="#Page_212">p. 212.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i07"><a href="images/i07.jpg"><img src='images/i07.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">7. <i>Halocnemon strobilaceum</i>, dans le chott
+Melrhir. (Voir <a href="#Page_224">p. 224.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<div class="plate" id="pl4">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. VI.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i08"><a href="images/i08.jpg"><img src='images/i08.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">8. Mirage dans un sebkha, entre Ayata et Tougourt.
+(Voir <a href="#Page_234">p. 234.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i09"><a href="images/i09.jpg"><img src='images/i09.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">9. Oasis enfoncées, près d’El Oued. (Voir <a href=
+"#Page_245">p. 245.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i10"><a href="images/i10.jpg"><img src='images/i10.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">10. Maisons d’El Oued. Au milieu, un puits à
+balancier. (Voir <a href="#Page_246">p. 246</a> et <a href=
+"#Page_247">247.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<div class="plate" id="pl5">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. V.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i11"><a href="images/i11.jpg"><img src='images/i11.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">11. Dunes nues dans le Souf. (Voir <a href=
+"#Page_243">p. 243.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i12"><a href="images/i12.jpg"><img src='images/i12.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">12. Dunes nues dans le Souf. (Voir <a href=
+"#Page_243">p. 243.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i13"><a href="images/i13.jpg"><img src='images/i13.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">13. <i>Retama Raetam</i>, dans le désert sableux au
+Sud de Tougourt. (Voir <a href="#Page_239">p. 239</a> et <a href=
+"#Page_263">263.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<div class="plate" id="pl6">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. VI.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i14"><a href="images/i14.jpg"><img src='images/i14.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">14. <i>Aristida pungens</i> (Drîn), dans le désert
+sableux au Sud de Tougourt. (Voir <a href="#Page_237">p. 237</a> et
+<a href="#Page_257">257.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i15"><a href="images/i15.jpg"><img src='images/i15.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">15. La ville et l’oasis de Ouargla. (Voir <a href=
+"#Page_276">p. 276.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i16"><a href="images/i16.jpg"><img src='images/i16.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">16. <i>Stipa tenacissima</i> (Alfa), sur le plateau à
+la base du djebel Bou Kaïl. (Voir <a href="#Page_323">p.
+323.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<div class="plate" id="pl7">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubtop">Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII.</td>
+<td class="tdr ipubtop">Pl. VII.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i17"><a href="images/i17.jpg"><img src='images/i17.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">17. <i>Salsola tetragona</i>, dans le désert salé au
+Sud de Tougourt. (Voir <a href="#Page_267">p. 267.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i18"><a href="images/i18.jpg"><img src='images/i18.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">18. Désert pierreux (hamâda) près de Settafa. Au
+milieu, un gara. (Voir <a href="#Page_308">p. 308.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i19"><a href="images/i19.jpg"><img src='images/i19.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp">19. <i>Pistacia atlantica</i> (Betoum) dans le daya
+de Tilremt. Devant, <i>Zizyphus Lotus</i> (Jujubier). (Voir
+<a href="#Page_311">p. 311</a> et <a href="#Page_313">313.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipubbot">J. M., phot.</td>
+<td class="tdr ipubbot">Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_332">[332]<br>
+(133)</span><a id="bib"></a><span class=
+"bold">Bibliographie.</span>
+</h2>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1876.</span> <span class=
+"sc">Goblet d’Alviella</span>. — <em>Sahara et Laponie</em>,
+2<sup>e</sup> édition. Paris, 1876.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1886.</span> L. <span class=
+"sc">Errera</span>. — <em>L’Efficacité des Structures défensives
+des Plantes</em>. Bull. Soc. roy. bot. Belg. T. XXV, p. 80.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1887.</span> G. <span class=
+"sc">Volkens</span>. — <em>Die Flora der Ægyptisch-Arabische
+Wüste</em>. Berlin, 1887.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1893.</span> H. <span class=
+"sc">Schirmer</span>. — <em>Le Sahara</em>. Paris, 1893.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1895.</span> <span class=
+"sc">Hughes Le Roux</span>. — <em>Au Sahara</em>. Paris,
+Flammarion.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1896.</span> E. <span class=
+"sc">Fromentin</span>. — <em>Un Été dans le Sahara</em>.
+11<sup>e</sup> édition. Paris, 1896.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="bold">1898.</span> J. A. <span class=
+"sc">Battandier</span> et L. <span class="sc">Trabut</span>. —
+<em>L’Algérie</em>. Paris, 1898.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="word-spaced5">&nbsp;—&nbsp;</span> A.
+F. W. <span class="sc">Schimper</span>. — <em>Pflanzen-Geographie
+auf physiologischer Grundlage</em>. Iena, 1898.</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_333">[333]<br>
+(134)</span><a id="toc"></a><span class="bold">Sommaire.</span>
+</h2>
+
+<p class="nind pad2">Avant-propos, <a href="#avan">202.</a></p>
+
+<p class="nind"><span class="bold">1. Les déserts salés et les
+oasis de l’oued Rirh</span>, <a href="#c1">204.</a></p>
+
+<p class="pad2">Organisation de la caravane, <a href=
+"#Page_204">204.</a> — L’oasis de Biskra arrosée par l’oued,
+<a href="#Page_205">205.</a> — Culture du Dattier, <a href=
+"#Page_207">207.</a> — Fécondation du Figuier, <a href=
+"#Page_209">209.</a> — Construction des maisons, <a href=
+"#Page_209">209.</a> — La plaine salée, <a href=
+"#Page_210">210.</a> — Monotonie de la flore, <a href=
+"#Page_211">211.</a> — Accumulation de sable entre les rameaux,
+<a href="#Page_212">212.</a> — Sécrétion de sels déliquescents,
+<a href="#Page_212">212.</a> — Salsolacées charnues, <a href=
+"#Page_214">214.</a> — Plantes hygroscopiques&nbsp;: Rose de
+Jéricho et Main de Fatma, <a href="#Page_214">214.</a> — Plantes
+éphémères, <a href="#Page_217">217.</a> — Le Guetaf comme fourrage,
+<a href="#Page_217">217.</a> — Flore du désert sableux, <a href=
+"#Page_218">218.</a> — Le caravansérail de Chegga, <a href=
+"#Page_220">220.</a> — Élimination des sels encombrants, <a href=
+"#Page_222">222.</a> — Mirages sur le chott Melrhir, <a href=
+"#Page_223">223.</a> — La structure du Sahara, <a href=
+"#Page_225">225.</a> — L’oasis d’Ourhir, avec puits artésiens,
+<a href="#Page_227">227.</a> — Un jardin à fleurs, <a href=
+"#Page_229">229.</a> — Un village de l’oued Rirh, <a href=
+"#Page_230">230.</a> — Le désert gypseux, <a href=
+"#Page_230">230.</a> — L’oasis d’Ayata, <a href=
+"#Page_232">232.</a> — Mirages dans les sebkha, <a href=
+"#Page_233">233.</a></p>
+
+<p class="nind"><span class="bold">2. Les sables d’El Erg
+oriental</span>, <a href="#c2">235.</a></p>
+
+<p class="pad1">A. <em>Dans les dunes du Souf</em>, <a href=
+"#Page_235">235.</a></p>
+
+<p class="pad2">Topographie et aspect du désert sableux, <a href=
+"#Page_235">235.</a> — Graminacées à racines horizontales et à
+poils radicaux persistants, <a href="#Page_237">237.</a> — Arbustes
+sans feuilles, <a href="#Page_239">239.</a> — Fertilité relative
+des sables, <a href="#Page_247">247.</a> — Liste de plantes
+récoltées en quatre jours, <a href="#Page_242">242.</a> — Les
+grandes dunes nues, <a href="#Page_243">243.</a> — Les oasis
+enfoncées du Souf, <a href="#Page_245">245.</a> — Aspect des
+villes, <a href="#Page_247">247.</a> — Flore adventice des oasis,
+<a href="#Page_249">249.</a></p>
+
+<p class="pad1"><span class="pagenum" id="Page_334">[334]<br>
+(135)</span>B. <em>En remontant l’oued Mya</em>, <a href=
+"#Page_250">250.</a></p>
+
+<p class="pad2">Difficulté du voyage, <a href="#Page_250">250.</a>
+— Lutte pour l’existence entre végétaux, <a href=
+"#Page_251">251.</a> — La «&nbsp;mer&nbsp;» de Temacin, <a href=
+"#Page_252">252.</a> — Salsolacées et plantes sans feuilles,
+<a href="#Page_253">253.</a> — Emploi des journées, <a href=
+"#Page_254">254.</a> — Aspect général du pays, <a href=
+"#Page_256">256.</a> — Liste de plantes récoltées en une demi
+journée, <a href="#Page_258">258.</a> — Misère de la végétation,
+<a href="#Page_259">259.</a> — Moyens de protection des plantes
+contre la sécheresse, <a href="#Page_261">261.</a> — Nécessité de
+la transpiration, <a href="#Page_263">263.</a> — Pollination des
+fleurs, <a href="#Page_264">264.</a> — Deux journées de simoun,
+<a href="#Page_265">265.</a> — Observations météorologiques,
+<a href="#Page_271">271.</a> — Action du simoun sur la végétation,
+<a href="#Page_274">274.</a> — L’oasis et la ville de Ouargla,
+<a href="#Page_275">275.</a></p>
+
+<p class="nind"><span class="bold">3. Le désert pierreux</span>,
+<a href="#c3">277.</a></p>
+
+<p class="pad2">Comparaison du désert alluvial et du désert éolien,
+avec le désert déflatoire, <a href="#Page_277">277.</a> — Flore du
+hamâda, <a href="#Page_280">280.</a> — Aspect général du hamâda,
+<a href="#Page_285">285.</a> — L’eau de l’économie animale,
+<a href="#Page_286">286.</a> — Le régime des pluies dans le Sahara,
+<a href="#Page_289">289.</a> — La circulation vitale de l’eau,
+<a href="#Page_290">290.</a> — Insectes phytophages, <a href=
+"#Page_291">291.</a> — Défense des plantes contre les Vertébrés,
+<a href="#Page_292">292.</a> Moyens anatomiques, <a href=
+"#Page_294">294.</a> Moyens chimiques, <a href="#Page_295">295.</a>
+Moyens biologiques, <a href="#Page_297">297.</a> Protection
+indirecte, <a href="#Page_299">299.</a> — Les Beni-Mzab, <a href=
+"#Page_301">301.</a> — Les oasis de l’oued Mzab, arrosées par des
+puits non jaillissants, <a href="#Page_302">302.</a> — Sélection
+opérée par les herbivores dans la flore de l’oued, <a href=
+"#Page_305">305.</a> — Orientation des feuilles du Caprier,
+<a href="#Page_307">307.</a> — La Pépinière de la garnison, à
+Ghardaïa, <a href="#Page_307">307.</a> — La végétation de la
+Chebka, <a href="#Page_308">308.</a> — L’oasis de Berrîan, <a href=
+"#Page_310">310.</a> — Le premier arbre&nbsp;; un Betoum, <a href=
+"#Page_311">311.</a> — Les premiers lichens, <a href=
+"#Page_312">312.</a> — Les daya, <a href="#Page_312">312.</a> —
+Sécheresse des daya et extinction des Betoum, <a href=
+"#Page_313">313.</a> — Liste de plantes récoltées dans le désert,
+<a href="#Page_315">315.</a> — Végétaux non mangeables, <a href=
+"#Page_315">315.</a> — Une pluie qui n’atteint pas le sol, <a href=
+"#Page_316">316.</a> — La végétation près de Laghouat, <a href=
+"#Page_317">317.</a></p>
+
+<p class="nind"><span class="bold">4. Les steppes de l’Atlas et la
+plaine du Hodna</span>, <a href="#c4">318.</a></p>
+
+<p class="pad2">Plantes de rochers, <a href="#Page_319">319.</a> —
+L’oasis de Laghouat, <a href="#Page_319">319.</a> — Le plateau
+entre Laghouat et Messaad, <a href="#Page_320">320.</a> — Moyens de
+dissémination des plantes sahariennes, <a href="#Page_321">321.</a>
+— La steppe d’Alfa, <a href="#Page_323">323.</a> — Origine
+méditerranéene de la flore du Sahara, <a href="#Page_324">324.</a>
+— Les hauts-plateaux de l’Atlas&nbsp;; Alfa et Chih, <a href=
+"#Page_326">326.</a> — Les Terfes à Aïn-Smara, <a href=
+"#Page_327">327.</a> — Flore méditerranéenne sur le versant N. du
+haut-plateau, <a href="#Page_328">328.</a> — La plaine du Hodna,
+<a href="#Page_329">329.</a></p>
+
+<p class="pad2">Conclusions, <a href="#Page_330">330.</a></p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_335">[335]<br>
+(136)</span><a id="ind"></a><span class="bold">Liste alphabétique
+des plantes citées.</span>
+</h2>
+
+<ul class="index">
+<li class="indx"><span class="bold">A</span>bricotier, <a href=
+"#Page_310">310,</a> <a href="#Page_320">320,</a> <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Acacia</i>, <a href="#Page_325">325.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Acanthyllis tragacanthoides</i>, <a href=
+"#Page_318">318.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Adiantum Capillus-Veneris</i>, <a href=
+"#Page_324">324.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Ægilops</i>, <a href="#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx">Alfa, voir <i>Stipa tenacissima</i>.</li>
+
+<li class="indx">Amarante, <a href="#Page_229">229.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Anabasis articulata</i>, <a href=
+"#Page_258">258,</a> <a href="#Page_309">309,</a> <a href=
+"#Page_315">315,</a> <a href="#Page_316">316,</a> <a href=
+"#Page_317">317,</a> <a href="#Page_320">320.</a> — Désarticulation
+des rameaux, <a href="#Page_222">222,</a> <a href=
+"#Page_225">225,</a> <a href="#Page_262">262.</a> — Absence de
+feuilles, <a href="#Page_254">254.</a> — Racines horizontales,
+<a href="#Page_282">282.</a> — Galles, <a href=
+"#Page_292">292.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Anastatica hierochuntica</i> (Main de Fatma),
+<a href="#Page_216">216,</a> <a href="#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Anthemis monilicostata</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Anthyllis sericea</i>, <a href=
+"#Page_280">280,</a> <a href="#Page_282">282,</a> <a href=
+"#Page_329">329.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Antirrhinum ramosissimum</i>, <a href=
+"#Page_309">309.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Anvillaea radiata</i>, <a href=
+"#Page_315">315.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Aristida</i>. Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Aristida ciliata</i>, <a href=
+"#Page_299">299.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Aristida floccosa</i>, <a href=
+"#Page_239">239,</a> <a href="#Page_242">242,</a> <a href=
+"#Page_257">257,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_280">280,</a> <a href="#Page_281">281,</a> <a href=
+"#Page_284">284.</a> — Poils radicaux persistants, <a href=
+"#Page_238">238.</a> — Insuffisance de la protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_297">297.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>A. obtusa</i>, <a href="#Page_211">211,</a>
+<a href="#Page_315">315.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>A. pungens</i> (Drîn), <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_243">243,</a> <a href=
+"#Page_249">249,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_274">274,</a> <a href="#Page_281">281.</a> — Racines
+horizontales, <a href="#Page_237">237,</a> <a href=
+"#Page_282">282.</a> — Protection contre la sécheresse, <a href=
+"#Page_263">263.</a> — Insuffisance de la protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_293">293,</a> <a href=
+"#Page_298">298.</a> — Graines (loul), <a href=
+"#Page_294">294.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Artemisia campestris</i>, <a href=
+"#Page_317">317,</a> <a href="#Page_318">318,</a> <a href=
+"#Page_326">326,</a> <a href="#Page_327">327.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>A. Herba-alba</i> (Chih), <a href=
+"#Page_299">299,</a> <a href="#Page_309">309,</a> <a href=
+"#Page_311">311,</a> <a href="#Page_315">315,</a> <a href=
+"#Page_317">317,</a> <a href="#Page_320">320,</a> <a href=
+"#Page_323">323,</a> <a href="#Page_326">326,</a> <a href=
+"#Page_327">327.</a> — Protection contre les herbivores, <a href=
+"#Page_300">300,</a> <a href="#Page_318">318.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Arthrocnemon macrostachyum</i>, <a href=
+"#Page_214">214,</a> <a href="#Page_252">252,</a> <a href=
+"#Page_330">330.</a></li>
+
+<li class="indx">Asperge, <a href="#Page_232">232.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Asphodelus pendulinus</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a> — Poils radicaux persistants, <a href=
+"#Page_238">238.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Asteriscus pygmaeus</i> (<i>Odontospermum
+pygmaeum</i>, Rose de Jéricho), <a href="#Page_215">215,</a>
+<a href="#Page_314">314,</a> <a href="#Page_315">315,</a> <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>A. graveolens</i>, <a href=
+"#Page_283">283.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Astragalus Gombo</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>A. saharae</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Atractylis flava</i> var. <i>glabrescens</i>,
+<a href="#Page_223">223.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Atriplex Halimus</i><a id=
+"FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>
+(Guetaf), <a href="#Page_330">330.</a> Insuffisance de la
+protection contre les herbivores, <a href="#Page_217">217,</a>
+<a href="#Page_294">294,</a> <a href="#Page_305">305.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><span class="bold">B</span>etoum, voir
+<i>Pistacia atlantica</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Bubania Feei</i>, voir <i>Limoniastrum
+Feei</i>.</li>
+
+<li class="ifrst"><i>Calligonum comosum</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_257">257,</a><span class=
+"pagenum" id="Page_336">[336]<br>
+(137)</span> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_281">281,</a> <a href="#Page_325">325.</a> — Absence de
+feuilles, <a href="#Page_239">239,</a> <a href="#Page_240">240,</a>
+<a href="#Page_254">254.</a> — Longueur des racines, <a href=
+"#Page_239">239,</a> <a href="#Page_241">241,</a> <a href=
+"#Page_282">282.</a> — Pollination, <a href="#Page_264">264.</a> —
+Graines rongées, <a href="#Page_292">292.</a> — Dissémination,
+<a href="#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Capparis spinosa</i>, <a href=
+"#Page_307">307,</a> <a href="#Page_325">325.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Catananche caespitosa</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Centaurea furfuracea</i>, <a href=
+"#Page_223">223.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>C. Parlatorei</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx">Chrysanthème, <a href="#Page_230">230.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Cistus</i>, <a href="#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Citrullus Colocynthis</i>. Protection contre
+les herbivores, <a href="#Page_295">295,</a> <a href=
+"#Page_318">318.</a> — Atrophie des vrilles, <a href=
+"#Page_295">295.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Cleome arabica</i>. Protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_296">296.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Convolvulus supinus</i>, <a href=
+"#Page_296">296.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Cornulaca monacantha</i>, <a href=
+"#Page_253">253,</a> <a href="#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Coronilla juncea</i> var. <i>Pomeli</i>,
+<a href="#Page_313">313.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Cutandia memphitica</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_258">258.</a> — Poils radicaux
+persistants, <a href="#Page_238">238.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Cyperus conglomeratus</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_258">258.</a> — Poils radicaux
+persistants, <a href="#Page_238">238.</a> — Pollination, <a href=
+"#Page_264">264.</a> — Protection contre les herbivores, <a href=
+"#Page_294">294.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">D</span>aemia cordata</i>.
+Protection contre les herbivores, <a href="#Page_296">296,</a>
+<a href="#Page_298">298.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Danthonia Forskahlei</i>, <a href=
+"#Page_240">240,</a> <a href="#Page_242">242,</a> <a href=
+"#Page_249">249.</a> — Poils radicaux persistants, <a href=
+"#Page_238">238.</a></li>
+
+<li class="indx">Dattier, voir <i>Phoenix dactylifera</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Daucus pubescens</i>, <a href=
+"#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Deverra chlorantha</i>, <a href=
+"#Page_283">283,</a> <a href="#Page_309">309.</a></li>
+
+<li class="indx">Drîn, voir <i>Aristida pungens</i>.</li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">E</span>chinops
+spinosus</i>, <a href="#Page_318">318.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Echinopsilon muricatus</i>, <a href=
+"#Page_219">219,</a> <a href="#Page_222">222,</a> <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_330">330.</a> — Plante
+annuelle, <a href="#Page_242">242,</a> <a href=
+"#Page_243">243.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Echiochilon fruticosum</i>, <a href=
+"#Page_319">319.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Emex spinosa</i>, <a href=
+"#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Enteromorpha</i>, <a href=
+"#Page_252">252.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Ephedra alata</i>, <a href="#Page_242">242,</a>
+<a href="#Page_257">257,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_325">325.</a> — Absence de feuilles, <a href=
+"#Page_239">239,</a> <a href="#Page_240">240,</a> <a href=
+"#Page_254">254,</a> <a href="#Page_281">281.</a> — Racines
+horizontales, <a href="#Page_238">238,</a> <a href=
+"#Page_239">239,</a> <a href="#Page_282">282.</a> — Fermeture des
+stomates, <a href="#Page_240">240,</a> <a href="#Page_260">260.</a>
+— Pollination, <a href="#Page_264">264.</a> — Galle, <a href=
+"#Page_291">291.</a> — Insuffisance de la protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_293">293,</a> <a href=
+"#Page_298">298.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>E. graeca</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Eremobium lineare</i>, voir <i>Malcolmia
+aegyptiaca</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Erodium</i>. Dissémination, <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>E. glaucophyllum</i>, <a href=
+"#Page_280">280,</a> <a href="#Page_285">285.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Erucaria Ægiceras</i>, <a href=
+"#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Eucalyptus</i>, <a href=
+"#Page_308">308.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Euphorbia Guyoniana</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_243">243,</a> <a href=
+"#Page_249">249,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_274">274,</a> <a href="#Page_281">281.</a> — Longueur des
+racines verticales, <a href="#Page_241">241,</a> <a href=
+"#Page_282">282.</a> — Rareté des feuilles, <a href=
+"#Page_254">254.</a> — Revêtement cireux, <a href=
+"#Page_262">262.</a> — Pollination, <a href="#Page_264">264.</a> —
+Protection contre les herbivores, <a href="#Page_296">296,</a>
+<a href="#Page_297">297,</a> <a href="#Page_298">298,</a> <a href=
+"#Page_318">318.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">F</span>agonia</i>.
+Dissémination, <a href="#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Fagonia glutinosa</i>, <a href=
+"#Page_283">283,</a> <a href="#Page_285">285.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>F. microphylla</i>, <a href=
+"#Page_283">283.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Farsetia aegyptiaca</i> et <i>F.
+linearis</i>,<span class="pagenum" id="Page_337">[337]<br>
+(138)</span> <a href="#Page_299">299.</a> — Graines rongées,
+<a href="#Page_292">292.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx">Figuier, <a href="#Page_209">209,</a> <a href=
+"#Page_310">310,</a> <a href="#Page_320">320,</a> <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Forskahlea tenacissima</i>, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Francoeria crispa</i>, <a href=
+"#Page_314">314.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Frankenia pulverulenta</i>, <a href=
+"#Page_252">252.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>F. thymifolia</i>, <a href="#Page_231">231,</a>
+<a href="#Page_330">330.</a></li>
+
+<li class="indx">Froment, <a href="#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">G</span>aillardia</i>,
+<a href="#Page_229">229.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Genista capitellata</i>, <a href=
+"#Page_326">326,</a> <a href="#Page_329">329.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>G. saharae</i>, <a href="#Page_242">242.</a> —
+Absence de feuilles, <a href="#Page_239">239,</a> <a href=
+"#Page_240">240.</a> — Insuffisance de la protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_295">295,</a> <a href=
+"#Page_298">298.</a></li>
+
+<li class="indx">Grenadier, <a href="#Page_209">209,</a> <a href=
+"#Page_210">210,</a> <a href="#Page_320">320.</a></li>
+
+<li class="indx">Guetaf, voir <i>Atriplex Halimus</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Gymnocarpon fruticosum</i>, <a href=
+"#Page_299">299,</a> <a href="#Page_309">309.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">H</span>alocnemon
+strobilaceum</i>, <a href="#Page_214">214,</a> <a href=
+"#Page_225">225,</a> <a href="#Page_251">251,</a> <a href=
+"#Page_252">252.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Halogeton alopecuroides</i>, <a href=
+"#Page_283">283.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Haloxylon articulatum</i> (Remts), <a href=
+"#Page_309">309,</a> <a href="#Page_310">310,</a> <a href=
+"#Page_315">315,</a> <a href="#Page_316">316,</a> <a href=
+"#Page_317">317,</a> <a href="#Page_320">320.</a> — Dissémination,
+<a href="#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Haplophyllum tuberculatum</i>. Protection
+contre les herbivores, <a href="#Page_296">296,</a> <a href=
+"#Page_298">298.</a></li>
+
+<li class="indx">Harmel, voir <i>Peganum Harmala</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Helianthemum</i>, <a href="#Page_283">283.</a>
+— Pollination, <a href="#Page_265">265.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>H. eremophilum</i>, <a href=
+"#Page_299">299.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>H. sessiliflorum</i>, <a href=
+"#Page_240">240,</a> <a href="#Page_242">242.</a> — Absence de
+protection contre les herbivores, <a href="#Page_297">297.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Heliotropium luteum</i>, <a href=
+"#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Henophytum deserti</i>, <a href=
+"#Page_254">254,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_299">299.</a> — Graines rongées, <a href=
+"#Page_292">292.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Herniaria fruticosa</i>, <a href=
+"#Page_249">249,</a> <a href="#Page_283">283,</a> <a href=
+"#Page_285">285.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>H. hemistemon</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Hordeum maritimum</i>, <a href=
+"#Page_219">219.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">I</span>floga spicata</i>,
+<a href="#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><span class="bold">J</span>ujubier, voir
+<i>Zizyphus Lotus</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Juniperus communis</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>J. Oxycedrus</i>, <a href="#Page_326">326,</a>
+<a href="#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><span class="bold">L</span>aurier-Rose, voir
+<i>Nerium Oleander</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Lavandula</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Limoniastrum (Bubania) Feei</i>. Sécrétion de
+sels déliquescents, <a href="#Page_259">259.</a> — Pollination,
+<a href="#Page_265">265.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Limoniastrum Guyonianum</i> (Zeita), <a href=
+"#Page_214">214,</a> <a href="#Page_218">218,</a> <a href=
+"#Page_222">222,</a> <a href="#Page_225">225,</a> <a href=
+"#Page_251">251,</a> <a href="#Page_252">252,</a> <a href=
+"#Page_258">258,</a> <a href="#Page_274">274,</a> <a href=
+"#Page_323">323.</a> — Accumulation de sable entre les rameaux,
+<a href="#Page_212">212.</a> — Sécrétion de sels déliquescents,
+<a href="#Page_213">213,</a> <a href="#Page_262">262.</a> —
+Pollination, <a href="#Page_265">265.</a> — Racines horizontales,
+<a href="#Page_282">282.</a> — Galle, <a href=
+"#Page_292">292.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Linaria fruticosa</i>, <a href=
+"#Page_309">309,</a> <a href="#Page_310">310,</a> <a href=
+"#Page_317">317.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Lithospermum callosum</i>, <a href=
+"#Page_240">240,</a> <a href="#Page_242">242,</a> <a href=
+"#Page_258">258.</a> — Absence de protection contre les herbivores,
+<a href="#Page_297">297.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Lygeum Spartum</i>, <a href=
+"#Page_315">315,</a> <a href="#Page_317">317,</a> <a href=
+"#Page_326">326.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">M</span>alcolmia
+aegyptiaca</i> (<i>Eremobium lineare</i>), <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_243">243,</a> <a href=
+"#Page_249">249,</a> <a href="#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx">Main de Fatma, voir <i>Anastatica
+hierochuntica</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Marrubium deserti</i>, <a href=
+"#Page_239">239,</a> <a href="#Page_309">309,</a> <a href=
+"#Page_317">317.</a> Dissémination, <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Matthiola livida</i>, <a href=
+"#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Medicago</i>, <a href="#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx"><span class="pagenum" id="Page_338">[338]<br>
+(139)</span><i>Monsonia nivea</i>, <a href="#Page_240">240,</a>
+<a href="#Page_242">242,</a> <a href="#Page_249">249.</a> —
+Pollination, <a href="#Page_265">265.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Montagnites Candollei</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_243">243,</a> <a href=
+"#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">N</span>erium Oleander</i>
+(Laurier-Rose), <a href="#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Neurada procumbens</i>, <a href=
+"#Page_223">223.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Nitraria tridentata</i>, <a href=
+"#Page_214">214,</a> <a href="#Page_222">222,</a> <a href=
+"#Page_259">259.</a> Accumulation de sable entre les rameaux,
+<a href="#Page_212">212.</a> — Revêtement cireux, <a href=
+"#Page_262">262.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Noaea spinosissima</i>, <a href=
+"#Page_315">315.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Nolletia chrysocomoides</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">O</span>dontospermum
+pygmaeum</i>, voir <i>Asteriscus pygmaeus</i>.</li>
+
+<li class="indx">Œillet, <a href="#Page_229">229.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Olea europaea</i> (Olivier), <a href=
+"#Page_209">209,</a> <a href="#Page_319">319,</a> <a href=
+"#Page_323">323,</a> <a href="#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Ononis angustissima</i>, <a href=
+"#Page_309">309.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>O. serrata</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Ophrys</i>, <a href="#Page_324">324.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Opuntia</i>, <a href="#Page_308">308.</a></li>
+
+<li class="indx">Oranger, <a href="#Page_209">209.</a></li>
+
+<li class="indx">Orge, <a href="#Page_232">232,</a> <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">P</span>anicum
+turgidum</i>, <a href="#Page_238">238.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Peganum Harmala</i> (Harmel), <a href=
+"#Page_315">315.</a> — Protection contre les herbivores, <a href=
+"#Page_306">306,</a> <a href="#Page_309">309,</a> <a href=
+"#Page_318">318,</a> <a href="#Page_327">327.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Pennisetum dichotomum</i>. Poils radicaux
+persistants, <a href="#Page_238">238.</a> — Protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_294">294.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Periploca angustifolia</i>, <a href=
+"#Page_323">323.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Phalaris minor</i>, <a href=
+"#Page_219">219.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Phelipaea</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Ph. lutea</i>. Protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_294">294.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Phoenix dactylifera</i> (Dattier), <a href=
+"#Page_207">207,</a> <a href="#Page_228">228,</a> <a href=
+"#Page_246">246,</a> <a href="#Page_276">276,</a> <a href=
+"#Page_303">303,</a> <a href="#Page_310">310,</a> <a href=
+"#Page_320">320,</a> <a href="#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Pistacia atlantica</i> (Betoum), <a href=
+"#Page_311">311,</a> <a href="#Page_313">313,</a> <a href=
+"#Page_314">314,</a> <a href="#Page_320">320,</a> <a href=
+"#Page_325">325.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>P. Lentiscus</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Pinus halepensis</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Plantago ciliata</i>, <a href=
+"#Page_249">249.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Podaxon aegyptiacus</i>, <a href=
+"#Page_254">254,</a> <a href="#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Polycarpaea fragilis</i>, <a href=
+"#Page_242">242.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Populus pyramidalis</i>, <a href=
+"#Page_320">320.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">Q</span>uercus Ballota</i>,
+<a href="#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">R</span>andonia
+africana</i>, <a href="#Page_253">253,</a> <a href=
+"#Page_258">258.</a> — Pollination, <a href=
+"#Page_265">265.</a></li>
+
+<li class="indx">Remts, voir <i>Haloxylon articulatum</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Retama Raetam</i>, <a href="#Page_258">258.</a>
+— Absence de feuilles, <a href="#Page_239">239,</a> <a href=
+"#Page_240">240,</a> <a href="#Page_254">254.</a> — Protection
+contre la sécheresse, <a href="#Page_263">263.</a> — Racines
+horizontales, <a href="#Page_282">282.</a> — Protection contre les
+herbivores, <a href="#Page_295">295.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>R. sphaerocarpa</i>, <a href=
+"#Page_313">313,</a> <a href="#Page_323">323,</a> <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Rhamnus lycioides</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Rhanterium adpressum</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_282">282,</a> <a href=
+"#Page_285">285.</a> — Rareté des feuilles, <a href=
+"#Page_240">240,</a> <a href="#Page_254">254.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Rhus Oxyacantha</i>, <a href=
+"#Page_319">319,</a> <a href="#Page_325">325.</a></li>
+
+<li class="indx">Rose de Jéricho, voir <i>Asteriscus
+pygmaeus</i>.</li>
+
+<li class="indx">Rosier, <a href="#Page_229">229.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Rosmarinus</i>, <a href=
+"#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><span class="pagenum" id="Page_339">[339]<br>
+(140)</span><i><span class="bold">S</span>alsola</i>.
+Dissémination, <a href="#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Salsola tetragona</i>, <a href=
+"#Page_253">253,</a> <a href="#Page_257">257,</a> <a href=
+"#Page_258">258,</a> <a href="#Page_266">266,</a> <a href=
+"#Page_325">325,</a> <a href="#Page_330">330.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>S. vermiculata</i>, <a href=
+"#Page_253">253,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_299">299.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Sclerocephalus arabicus</i>, <a href=
+"#Page_321">321.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Scrophularia saharae</i>, <a href=
+"#Page_254">254.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Silene villosa</i>, <a href=
+"#Page_258">258.</a> — Pollination, <a href=
+"#Page_265">265.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Spitzelia saharae</i>, <a href=
+"#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Statice pruinosa</i>, <a href=
+"#Page_259">259,</a> <a href="#Page_319">319.</a> Pollination,
+<a href="#Page_265">265.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Stipa gigantea</i>, <a href=
+"#Page_315">315.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>S. tenacissima</i> (Alfa), <a href=
+"#Page_317">317,</a> <a href="#Page_320">320,</a> <a href=
+"#Page_326">326,</a> <a href="#Page_327">327,</a> <a href=
+"#Page_329">329.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>S. tortilis</i>, <a href=
+"#Page_219">219.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Suaeda vermiculata</i>, <a href=
+"#Page_214">214,</a> <a href="#Page_222">222,</a> <a href=
+"#Page_258">258.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><i><span class="bold">T</span>amarix</i>,
+<a href="#Page_213">213,</a> <a href="#Page_219">219,</a> <a href=
+"#Page_225">225,</a> <a href="#Page_233">233,</a> <a href=
+"#Page_251">251,</a> <a href="#Page_252">252,</a> <a href=
+"#Page_259">259,</a> <a href="#Page_269">269,</a> <a href=
+"#Page_325">325,</a> <a href="#Page_330">330.</a> — Sels
+déliquescents, <a href="#Page_213">213.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Terfezia</i>, <a href="#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Teucrium Polium</i>, <a href=
+"#Page_299">299,</a> <a href="#Page_317">317.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Thapsia garganica</i>, <a href=
+"#Page_327">327.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Tirmania</i>, <a href="#Page_328">328.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Thymelaea microphylla</i>, <a href=
+"#Page_299">299,</a> <a href="#Page_318">318.</a> — Protection
+contre les herbivores, <a href="#Page_300">300,</a> <a href=
+"#Page_329">329.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Traganum nudatum</i>, <a href=
+"#Page_253">253,</a> <a href="#Page_258">258,</a> <a href=
+"#Page_282">282.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Tropaeolum</i>, <a href=
+"#Page_230">230.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Tylostoma volvulatum</i> <a href=
+"#Page_254">254.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><span class="bold">V</span>igne, <a href=
+"#Page_230">230,</a> <a href="#Page_310">310.</a></li>
+
+<li class="ifrst"><span class="bold">Z</span>eita, voir
+<i>Limoniastrum Guyonianum</i>.</li>
+
+<li class="indx"><i>Zilla macroptera</i>, <a href=
+"#Page_295">295,</a> <a href="#Page_298">298,</a> <a href=
+"#Page_313">313.</a> — Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Zizyphus Lotus</i> (Jujubier), <a href=
+"#Page_219">219,</a> <a href="#Page_313">313,</a> <a href=
+"#Page_315">315,</a> <a href="#Page_319">319,</a> <a href=
+"#Page_325">325.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Zollikofferia mucronata</i>, <a href=
+"#Page_299">299.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Z. resedifolia</i>, <a href=
+"#Page_242">242,</a> <a href="#Page_258">258.</a> — Protection
+contre les herbivores, <a href="#Page_297">297.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Z. spinosa</i>, <a href="#Page_319">319,</a>
+<a href="#Page_320">320.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Zygophyllum</i>. Dissémination, <a href=
+"#Page_322">322.</a></li>
+
+<li class="indx"><i>Z. Geslini</i>, <a href=
+"#Page_249">249.</a></li>
+</ul>
+
+<hr class="decor width3">
+
+<p class="space-above2">
+</p>
+
+<hr class="decor width15">
+
+<p class="center">Gand, impr. C. Annoot-Braeckman, Ad. Hoste,
+succ<sup>r</sup>.</p>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="footnotes">
+<h2>NOTES&nbsp;:</h2>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class=
+"label">[1]</span></a>Le Sahara a une surface égale à 6,200,000
+kilomètres carrés. La partie que l’on pourrait immerger n’a que
+8,000 kilomètres carrés.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class=
+"label">[2]</span></a>Nous devons la détermination de nos
+Champignons sahariens à l’obligeance de M. N. Patouillard.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class=
+"label">[3]</span></a>Voir les listes, <a href="#Page_242">p.
+242</a> et <a href="#Page_258">p. 258.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class=
+"label">[4]</span></a>Cette façon de procéder n’est pas à l’abri de
+certaines critiques. Disons toutefois qu’à Biskra, avant de nous
+mettre en voyage, nous avions trouvé une concordance très
+suffisante entre les lectures des thermomètres fixes (sec et
+mouillé) et celles du thermomètre-fronde (sec et mouillé.)</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class=
+"label">[5]</span></a>M. J. <span class="sc">Walther</span> désigne
+sous le nom de «&nbsp;déflation&nbsp;» l’ensemble des phénomènes
+d’érosion que produit le vent chargé de sable. (Voir, en
+particulier, <em>Vergleichende Wüstenstudien in Transkaspien und
+Buchara</em>, dans Verh. Ges. f. Erdk. zu Berlin. Bd. XXV,
+n<sup>o</sup> 1, 1898.)</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class=
+"label">[6]</span></a>Pendant les années de sécheresse, quand
+l’orge ne mûrit pas, les Arabes vont récolter dans le désert les
+graines de Drîn (auxquelles ils donnent le nom de <em>loul</em>).
+En toute saison on en trouve des provisions importantes dans les
+nids d’une Fourmi, le <i>Messor arenarius</i>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class=
+"label">[7]</span></a>M. <span class="sc">Volkens</span> décrit le
+<i>C. spinosa</i> var. <i>aegyptia</i> comme ayant des feuilles
+distiques (<span class="bold">1887</span>, p. 87)&nbsp;; mais il ne
+cite pas cette plante parmi celles dont les feuilles sont
+verticales (p. 42). Par contre, la plante d’Égypte semble avoir une
+couche cireuse plus épaisse que celle du Sahara algérien (p. 43).
+M. <span class="sc">Volkens</span> a aussi observé qu’en été la
+couche cireuse recouvre les stomates (p. 42).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class=
+"label">[8]</span></a>M. <span class="sc">Schimper</span>
+(<span class="bold">1898</span>, p. 193) distingue, dans la flore
+des rochers, les <em>lithophytes</em> qui sont à la surface des
+pierres, des <em>chasmophytes</em> qui poussent dans les
+crevasses.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class=
+"label">[9]</span></a>L’<i>Emex spinosa</i> est une curieuse
+Polygonacée portant des fleurs de trois sortes&nbsp;: des mâles et
+des femelles, qui sont aériennes et chasmogames, et disposées en
+grappes axillaires, les mâles en haut, les femelles en bas&nbsp;;
+des fleurs hermaphrodites, souterraines, cleistogames.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class=
+"label">[10]</span></a>C’est par erreur que <i>Halimus
+pedunculatus</i> a été cité (<a href="#Page_217">p. 217</a>) comme
+synonyme d’<i>Atriplex Halimus</i>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="transnote">
+<h2>Note du transcripteur&nbsp;:</h2>
+
+<ul>
+<li>Les paragraphes de la section EXPLICATION DES PLANCHES (pages
+331-332) ont été placés sous chaque photographie en guise de
+légende, et la section a été supprimée.</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_222">222</a>, "&nbsp;<i>Limoniastrum
+Guyoniamun</i>&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;<i>Guyonianum</i>&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_229">229</a>, "&nbsp;la charmante famille
+Bonboure&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;Bonhoure&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_272">272</a>, "&nbsp;au sujet de nos
+obser-tions&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;observations&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_274">274</a>, "&nbsp;échelonnés dans le lit
+de l’oud Mya&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;l’oued&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_279">279</a>, note <a href=
+"#Footnote_5">5</a>, "&nbsp;<em>Vergleichende
+Wüstentudien</em>&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;<em>Wüstenstudien</em>&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_280">280</a>, "&nbsp;on rencontre sur le
+hâmada&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;hamâda&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_292">292</a>, "&nbsp;aux graines, elle
+logent&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;elles&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_297">297</a>, "&nbsp;Pour cueilllir le
+<i>Zollikofferia</i>&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;cueillir&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_335">335</a>, note <a href=
+"#Footnote_10">10</a>, "&nbsp;synomyne d’<i>Atriplex
+Halimus</i>&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;synonyme&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_339">339</a>, "&nbsp;<i>Thapsia
+gargarnica</i>, 327.&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;<i>garganica</i>&nbsp;"</li>
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+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78321 ***</div>
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