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diff --git a/77770-0.txt b/77770-0.txt new file mode 100644 index 0000000..7b53113 --- /dev/null +++ b/77770-0.txt @@ -0,0 +1,2217 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77770 *** + + + + + RABINDRANATH TAGORE + + LA FUGITIVE + + TRADUCTION DE + RENÉE DE BRIMONT + + ÉDITION ORIGINALE + + + PARIS + ÉDITIONS DE LA + NOUVELLE REVUE FRANÇAISE + 3, RUE DE GRENELLE. 1922 + + + + +IL A ÉTÉ TIRÉ APRÈS IMPOSITIONS SPÉCIALES CENT HUIT EXEMPLAIRES +IN-QUARTO TELLIÈRE SUR PAPIER VERGÉ LAFUMA NAVARRE AU FILIGRANE DE LA +NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, DONT HUIT EXEMPLAIRES HORS-COMMERCE MARQUÉS DE +A A H, CENT EXEMPLAIRES RÉSERVÉS AUX BIBLIOPHILES DE LA NOUVELLE REVUE +FRANÇAISE NUMÉROTÉS DE I A C ET SEPT CENT QUATRE-VINGT-DIX EXEMPLAIRES +SUR PAPIER VELIN PUR FIL LAFUMA-NAVARRE DONT DIX HORS-COMMERCE, MARQUÉS +DE A A J, SEPT CENT CINQUANTE EXEMPLAIRES RÉSERVÉS AUX AMIS DE L’ÉDITION +ORIGINALE NUMÉROTÉS DE 1 A 750, TRENTE EXEMPLAIRES D’AUTEUR HORS +COMMERCE NUMÉROTÉS DE 751 A 780. + +EXEMPLAIRE Nº + + +TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION RÉSERVÉS POUR TOUS LES PAYS +Y COMPRIS LA RUSSIE, COPYRIGHT BY LIBRAIRIE GALLIMARD 1922. + + + + +AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR + + +Les poèmes qu’on va lire furent primitivement écrits en _bengali_. +L’auteur les a lui-même traduits en anglais, la seule langue européenne +qu’il connût, et c’est lors de son récent séjour à Paris qu’il voulut +bien me confier la traduction française. + +Quelles images, quelles expressions rendraient la noblesse de cette +figure de prophète, l’atmosphère à la fois mystérieuse et sereine dont +elle est baignée? D’une voix juste, musicale, Tagore psalmodiait plutôt +qu’il ne chantait, sur des rythmes composés par lui, ses poèmes hindous +métrés et rimés comme la prosodie occidentale... + +Il eut la grâce de m’en envoyer un certain nombre qui ne figurent pas +dans le recueil paru en Angleterre. De mon côté, pour des raisons de +dilection, je ne pris pas dans son entier l’ouvrage anglais: en sorte +que les lecteurs de celui-ci relisant en français _La Fugitive_, y +verront des dissemblances même quant au fond. + +Pour la forme, je me suis moins attachée à rendre le mot à mot précis +qu’à retrouver la fraîcheur de sentiment, la balsamique senteur d’Asie +un moment respirée, quand j’écoutais Tagore au fil des strophes dont je +ne saisissais que l’expressive mélodie. + +Si le traducteur ne se sert point des mots qui cheminent pas à pas c’est +que l’idée, à ce moment, est ailée. Des deux fidélités, celle qui suit +la pensée comme une esclave entravée et celle qui l’accompagne avec +d’autant plus d’amour et de piété qu’elle est libre, j’ai cru pouvoir +préférer la dernière. + + + + +L’ÉCHO DES HARMONIES + + + + +I + + +Vous glissez dans l’ombre, ô Fugitive dont l’immatérielle présence +laisse derrière elle un sillage lumineux! + +Votre cœur est-il perdu pour l’Amant qui vous appelle à travers +d’infinies solitudes? Est-ce la rapidité de votre fuite qui répand ainsi +sur vos épaules le désordre orageux de vos tresses? + +Vos pieds, en baisant la poussière de ce monde, y laissent une empreinte +de douceur; vous arrachez du fond des abîmes de la mort toute vie et +tout épanouissement, et si quelque lassitude vous arrêtait soudain, +l’univers cesserait d’exister. + +Le rythme de ces pas invisibles m’émeut!... Le psaume des flots écoulés +vibre en moi! Vous m’entraînez de monde en monde, d’apparence en +apparence, et j’apprends des joies, des douleurs et des chants. + +La marée est haute; le vent souffle; la barque danse comme le désir même +de mon âme... + +J’abandonnerai sur la rive mon trésor et je voyagerai par des nuits +insondables jusqu’aux immortelles clartés! + + + + +II + + +La finissante journée s’embuait. Une première étoile parut, indécise, +aux confins des mornes solitudes du ciel. + +Je me retournai pour contempler derrière moi la route tracée, songeant +comme le long des jours elle n’avait servi que pour un voyage unique et +pour n’être plus jamais parcourue de nouveau. + +L’histoire de ma venue ici-bas gît-elle donc ainsi, muette, dans cette +traînée de sable? Va-t-elle de la colline matinale jusqu’à l’insondable +nuit? + +Assis à l’écart je songe encore. La route parcourue est peut-être +semblable à une harpe; peut-être attend-elle pour chanter ce qui fut, +les doigts divins du Maître et l’ombre plus dense du crépuscule. + + + + +III + + +D’où vient ton inquiétude, Bien-Aimée? Laisse mon cœur toucher le tien +et que sous mes baisers s’efface ta douleur muette. + +Des mystères de la nuit nous est venue cette heure, afin que l’amour s’y +crée un monde nouveau entre les portes closes, à la lueur de cette lampe +unique. + +Nous n’avons pour toute mélodie qu’un roseau sur lequel nos lèvres se +poseront tour à tour; pour couronne nous n’avons qu’une guirlande dont +je parerai mon front après en avoir paré le tien. + +Arrachant de ma poitrine ce voile, je préparerai sur le sol notre +couche; l’unisson des caresses et un sommeil de délices empliront notre +univers étroit et sans bornes. + + + + +IV + + +J’ai mis une robe nouvelle aujourd’hui, parce que mon corps voudrait +chanter. + +Ce n’est pas assez de m’être à jamais donnée; du fond de mon amour il me +faut créer de nouveaux dons chaque matin. Et ne lui paraîtrai-je pas une +offrande nouvelle, vêtue de cette nouvelle robe? + +Pareille au ciel vespéral mon âme se colore d’une allégresse infinie, +voilà pourquoi je changerai mes voiles afin qu’ils soient tantôt du vert +de la jeune herbe fraîche, tantôt nuancés comme un champ de riz en +hiver. + +Aujourd’hui ma robe ressemble à l’azur pluvieux. Elle prête à mes +membres la teinte de l’illimité, le reflet des collines d’outre-mer. +Elle porte dans ses plis la joie des nuages d’été qui voyagent à travers +le ciel. + + + + +V + + +A toi je me suis entièrement donnée. Je n’ai conservé qu’un simple voile +de réserve. + +Il est si mince que tu souris en secret et que j’en ressens un peu de +honte. + +Les souffles printaniers le déplacent; le trouble même de mon cœur en +remue les plis comme une vague remue son écume. + +Ne me blâme pas, mon amour, de m’être cachée sous les brumes de ce +voile. + +Ma réserve n’est pas une feinte, c’est la tige frêle qui porte la fleur +de ma dévotion pour devant toi s’incliner avec des grâces réticentes. + + + + +VI + + +Ne te soucie pas de son cœur, mon cœur; abandonne-le dans l’obscurité. +Qu’est-ce donc, si ses perfections ne viennent que de son corps, ses +charmes de son seul visage? Laisse-moi m’enivrer du simple éclat de ses +yeux! + +Je ne veux pas savoir si c’est une maille illusoire dont ses bras m’ont +enlacé, car la maille elle-même est exquise et rare. Et du +désenchantement ne peut-on sourire pour l’oublier? + +Ne te soucie pas de son cœur, mon cœur. Demeure satisfait si la musique +est sincère malgré que les mots soient mensongers. + +Jouis de ses grâces lorsqu’elles ondoient comme un nymphéa sur une +moiroitante et décevante surface, et quelle que soit la chose qui dort +au fond de l’eau! + + + + +VII + + +Dans une heure d’inconscience je suis venu. Mais toi, lève les yeux et +laisse-moi deviner si des fantômes s’y attardent encore, semblables à +ces nuées qui musent au zénith. Et puisque je suis là, tolère ma +présence. + +Les roses du jardin boutonnent déjà; elles ignorent que nous négligerons +de les cueillir lorsqu’elles seront fleuries... L’étoile du matin +palpite; une lueur se mêle aux rameaux dont s’ombrage ta fenêtre, comme +en des jours passés. + +Mais que ces jours soient passés je l’oublie durant une heure. + +J’oublie si jamais tu m’as humilié en te détournant lorsque je t’ouvrais +mon âme. Il ne me souvient que des mots arrêtés sur tes lèvres +tremblantes, et d’avoir vu dans ton regard glisser les ombres de la +passion. + +J’oublie que tu as oublié! me voici. + + + + +VIII + + +O que je sois pourvu d’un secret--tel dans un nuage d’été la pluie non +répandue--un secret enveloppé de silence avec lequel je pourrais flâner! + +O que j’aie quelqu’un à qui murmurer des paroles d’amour, là-bas où les +ondes paresseuses s’étirent sous les arbres ensommeillés! + +Cette heure semble attendre un avènement, et vous me demandez la cause +de mes larmes. Je ne puis vous la dire--c’est le secret qui ne m’est pas +encore révélé. + + + + +IX + + +Il me souvient du jour. + +La lourde pluie fait trêve un instant, puis tombe à nouveau, serrée et +capricieuse et comme violentée par de brusques haleines. + +J’ai pris ma harpe. Sans hâte, j’en frôle les cordes jusqu’à ce que la +musique inconsciente ait épousé de cette tempête les cadences folles. + +Elle a quitté son ouvrage; elle s’est arrêtée à ma porte; elle repart +d’un pas mal assuré. Elle est revenue, et contre le mur appuyée elle +attend; enfin, lentement elle est entrée et s’est assise. + +Tête basse elle coud sans parler; mais bientôt elle laisse là son +aiguille et regarde par la fenêtre, à travers la ligne brouillée des +arbres. + +Cela seulement: une heure de crépuscule pluvieux; de l’ombre; un +chant... Du silence. + + + + +X + + +Mes chants sont des abeilles qui suivent ton sillage embaumé; autour de +tes grâces craintives elles bourdonnent et sont avides d’un butin +secret. + +Quand la fleur du matin s’incline accablée, quand les torpeurs de midi +descendent sur la forêt muette, mes chants reviennent avec des ailes +plus languides--des ailes poudrées d’or! + + + + +XI + + +Que faisiez-vous de vos chansons, mon oiseau, lorsque vous vous +blotissiez dans ce nid tiède? N’y trouviez-vous pas une joie complète? +Quelle nostalgie vous fait donc exhaler votre âme dans l’infini du ciel? + +--Mon bonheur restait sans voix dans les tiédeurs du nid; dans l’infini +du ciel j’ai découvert que je savais chanter. + + + + +XII + + +Parce que l’air s’attendrit du parfum des _Bakulas_, et que les rayons +de la lune s’épandent sur les branches comme s’ils tombaient d’une coupe +renversée par des dieux ivres, vous cherchez en vain quelque prétexte +pour rappeler celui qui partit les yeux noyés de larmes. + +Cette nuit-là aussi prodiguait ses fleurs; les ombres restaient +immobiles sur le gazon, les rayons de la lune semblaient attendre qu’un +mot de douceur sortît de vos lèvres. Mais vous n’avez pas parlé, et avec +l’aube il est parti. A présent c’est en vain que vous cherchez un +prétexte pour le rappeler... + +La lune d’Avril promène encore ses rayons de corolle en corolle, mais +parce que cette nuit-là vous vous êtes injustement tue, l’instant plein +de trésors qu’elle vous offrait demeure à jamais perdu. Et maintenant +vous cherchez en vain un prétexte pour rappeler celui qui vous a +quittée, les yeux noyés de larmes! + + + + +XIII + + +Des amants s’approchent de vous, ma Reine; ils déposent orgueilleusement +leurs trésors à vos pieds, et mon tribut, à moi, n’est composé que de +chimères. + +La tristesse s’est glissée au cœur de mon univers; ma meilleure part +s’est assombrie. + +Alors que les heureux se rient de ma misère je vous demande de pleurer +sur elle et de la rendre ainsi précieuse. + +Je vous apporte un instrument sans voix; j’en ai forcé les cordes pour +atteindre une note suprême, et les cordes se sont brisées. + +Alors que des maîtres narguent ces cordes brisées je vous demande de +prendre dans vos mains ma lyre et d’emplir le silence avec votre chant. + + + + +XIV + + +Vous m’avez magnifié selon votre amour, moi qui suis un homme au milieu +des autres, plongé dans le courant vulgaire, balloté par la changeante +faveur du monde. + +Vous m’avez fait place là où les poètes vont déposer leurs offrandes, là +où des amants aux noms illustres se saluent à travers les âges. + +Des indifférents me croisent au marché; ils ignorent que mon corps est +devenu précieux sous vos caresses; ils ne savent pas qu’en moi je porte +votre baiser comme le soleil porte en lui ce sceau divin qui l’embrasa +d’une flamme inextinguible! + + + + +XV + + +Cette nuit j’ai composé une chanson, mais vous n’étiez pas là. + +J’ai trouvé les mots que j’avais en vain cherchés tout le jour. Oui, du +sein de la paix nocturne ils se sont rythmés en musique, tandis que les +étoiles, une à une s’allumaient. Mais vous n’étiez pas là. + +Je voulais, ce matin, vous chanter ma chanson; mais si je n’en ai pas +oublié la musique les mots rebelles m’échappent, à présent que vous êtes +là! + + + + +XVI + + +J’ai désiré tracer les mots de l’amour dans leur propre couleur; mais +comme ils se cachent au fond de mon être et comme nos larmes sont pâles! + +Les reconnaîtras-tu, mon amie, ces mots sans couleur? + +J’ai désiré dire les mots de l’amour dans leur propre musique, mais +cette musique ne résonne que dans mon cœur et mes yeux sont chargés de +silence. + +Les reconnaîtras-tu, mon amie, ces mots sans musique? + + + + +XVII + + +Posez là votre lyre, mon amour; laissez à vos bras la liberté de +m’enlacer. + +Que mon cœur au toucher de vos doigts atteigne les extrêmes bords du +sentiment. + +Ne penchez pas la tête, ne la détournez pas; mais offrez-moi votre +baiser comme l’arôme longtemps contenu dans un calice. + +N’étouffez pas cette minute avec de vaines paroles, mais qu’une grande +vague silencieuse nous entraîne vers des délices sans limites. + + + + +XVIII + + +Cette nostalgie des jeux de l’Amour, mon amour, n’est pas seulement +mienne mais vôtre. + +Vos lèvres sourient, vos pipeaux chantent parce que mon amour les +inspire. + +Votre désir s’impatiente aussi vivement que mon désir! + + + + +XIX + + +Moi, l’oiseau prisonnier, devant l’obscurité du ciel je t’interroge, bel +oiseau libre! Dis-moi, est-ce là le dernier jour du monde? Le soleil ne +viendra-t-il plus dorer les barreaux de ma cage? + +Va donc, toi! Monte au-dessus de cette conspiration des nuées; cherche +l’illusion qui me manque... Chante! Chante pour moi la lumière +éternelle! + + + + +XX + + +Je crois t’avoir aperçue en songe avant de te connaître; telles sont les +presciences d’Avril avant les plénitudes du printemps. + +La vision que j’eus de toi n’est-elle pas venue alors que toutes choses +s’imprégnaient du parfum des _Sals_ en fleurs, quand le scintillement +vespéral de la rivière ajoutait comme une frange à la blondeur des +sables, quand les rumeurs des jours d’été s’entremêlaient vaguement? + +Oui, moqueuse et fuyante la vision que j’eus de ton visage en des heures +évadées! + + + + +XXI + + +Je suis pour toi comme la nuit. Je ne puis te donner que la paix et le +silence cachés dans l’ombre. + +Lorsque dès l’aurore tu ouvriras les yeux, je te laisserai au +bourdonnement des abeilles et au chant des oiseaux. + +Mon offrande ne sera qu’une larme versée sur ta jeunesse; tes sourires +en en sortiront plus frais; elle saura voiler la cruelle jubilation du +jour. + + + + +XXII + + +Nous sommes venus ici tous les deux, amie, et voilà qu’à ce carrefour je +m’arrête pour te dire adieu. + +La route s’ouvre large et droite devant toi; mon but, à moi, ne peut +être atteint que par d’inconnus chemins de traverse. + +Je suivrai le vent et les nuées; je suivrai les étoiles jusqu’au faîte +de la colline où l’on voit poindre l’aube; je suivrai les amants qui +tressent avec leurs paroles nombreuses une même guirlande. + + + + +XXIII + + +Entre tant de jours vous avez choisi celui-ci pour visiter mon jardin, +alors que la pluie a passé sur mes roses et que sur les gazons +s’éparpillent des feuilles arrachées. + +Je ne sais ce qui vous amena malgré le dépouillement des haies et les +rigoles qui sillonnent mes allées... Dissipée, la prodigue richesse du +printemps! Évanouis, les chants et les parfums d’hier! + +Et pourtant demeurez un peu. Laissez-moi découvrir encore pour vous, et +bien que votre jupe n’en puisse être remplie, des fleurs oubliées. Le +temps presse, car les nuages s’amoncellent, et voilà de nouveau l’orage. + + + + +XXIV + + +Jadis, chaque matin, quand la rosée luisait dans l’herbe, vous veniez +balancer mon hamac. Mais, glissant des sourires aux larmes, je ne vous +reconnaissais pas. + +Durant les somptueux midis d’Avril vous me parliez, je crois, de vous +suivre. Mais je cherchais votre visage, et voici qu’entre nous passaient +des processions fleuries, et des hommes et des femmes jetant leurs +chansons aux souffles du sud. + +Sur la route je vous ai croisé sans vous reconnaître. Et puis, certains +jours plein du vague parfum des lauriers roses, plein du vent qui +s’obstinait parmi les gémissantes palmes, je vous ai longuement +considéré. Et je ne savais pas si vous m’aviez jamais été inconnu. + + + + +XXV + + +Des paroles vagues m’obsèdent, mais je laisserai le silence et la nuit +s’exprimer lentement en musique. + +Ma vie est aujourd’hui comme un cloître où l’on fait pénitence et où le +printemps hésite à remuer et à murmurer. + +Il n’est pas l’heure pour vous, mon amour, de franchir le pas de ma +porte. A la seule crainte d’entendre le cliquetis de vos bracelets +s’émeuvent les échos du jardin... + +Les roses, pour embaumer, doivent patienter encore; ne donnez pas aux +corolles fermées l’inquiétude de s’épanouir avant le temps! + + + + +XXVI + + +Je suis heureux que votre regard de pitié ne s’attarde pas sur moi. + +L’enchantement de la nuit et mes paroles d’adieu qui résonnaient avec +l’accent du désespoir ont seuls amené des pleurs au bord de mes +paupières. Mais le jour va poindre, mon cœur s’affermira et il n’y aura +plus de loisir pour les larmes. + +Qui donc prétend que l’oubli est impossible? + +La mort pitoyable ronge les moëlles de la vie pour mettre un terme à ses +folles entreprises; l’orageuse mer calmée retourne à son berceau; les +feux de la forêt s’assoupissent sur leur couche de cendres. Vous et moi +nous nous quittons, et la distance qui nous sépare disparaîtra bientôt +sous les herbes sauvages et sous les fleurs épanouies. + + + + +XXVII + + +Notre destin voyage sur une mer non traversée dont les vagues se +poursuivent dans un jeu de cache-cache incessant. + +C’est l’inquiète mer du changement; elle perd et perd encore ses +troupeaux, et bat des mains contre le ciel immuable. + +Au centre de cette mer éperdue, entre l’aube et la nuit, Amour, vous +êtes l’île verdoyante où le soleil baise l’ombre vaporeuse, où les +oiseaux sont les amants chanteurs du silence. + + + + +XXVIII + + +Le murmure magique du printemps, entrebaillant une porte secrète, +découvre la Princesse de beauté qui fit en moi sa demeure. Toujours elle +fut là, blottie au fond d’un berceau d’illusions, et le rythme de mon +cœur l’endormait. Aujourd’hui ses voiles se sont soulevés, les parfums +errants des jardins enchantés l’ont frôlée et l’ont réveillée. Elle +contemple avec surprise, reflétée dans un miroir poli, la marque +nuptiale peinte sur son front en des temps oubliés. + +J’entends les échos d’une ballade dont je ne sais si elle dit faux ou +vrai, mais dont je sais qu’elle est étrange; mes pensées se sont enfuies +vers le pays des choses qui n’arrivent pas mais qui sont; dans l’île +aromatique qui repose au-delà des océans, des femmes tordent au soleil +leurs cheveux humides, ou s’étendent sous les branches remuées des bois +de santal... Et je courtise celles que je n’ai jamais vues et que jamais +je ne connaîtrai. + + + + +XXIX + + +Je suis la barque; vous êtes la mer et aussi le nautonier. + +Vous m’entraînez dans les profondeurs, mais pourquoi m’inquièterais-je? + +Vaut-il mieux atteindre le port que de se perdre avec vous? + + + + +XXX + + +J’ai rencontré de nombreuses vierges en de lointains pays. Les unes +m’abordaient pour me demander mon nom, d’autres baissaient les yeux et +demeuraient muettes. J’ai vu des sourires aigus comme des épées et des +sourires évoquant un abîme de larmes. Et j’allais toujours, attiré par +la distance qui renouvelle ses promesses incertaines comme ses +différents paysages. + +C’est aux jours printaniers, avec les feuilles naissantes, que +j’atteignis le royaume enchanté du Sommeil. A travers une haie de +serviteurs endormis je franchis la porte d’un palais. Le long des longs +corridors vides je passai devant la chambre du Roi et la chambre de la +Reine, et puis j’arrivai à la chambre où, couchée sous les lueurs +adoucies du crépuscule, dormait la fille du Roi. + +Son lit moëlleux était blanc comme un pétale de lotus. Ses tresses +répandues au bord de l’oreiller ressemblaient à une sombre cascade +immobile; son bras gauche était jeté sur le désordre de ses voiles et +son bras droit reposait sur sa poitrine remuée par un souffle égal. Dans +cet étrange domaine du Sommeil elle semblait en vérité l’image même du +Rêve! + +Agenouillé devant elle, j’ai penché mon visage au-dessus du sien jusqu’à +ce que son haleine fît bondir mon sang; j’ai fixé longuement ses +paupières closes et je les ai baisées pour que mon baiser pénétrât +jusqu’à ses songes... Sur une feuille de bouleau je traçai mon nom et +j’ajoutai ces mots: «Dormeuse, je t’abandonne mon cœur.» Enfin, ayant +noué la feuille de bouleau à ma chaîne de perles et l’ayant jetée sur +ses cheveux épars, je m’enfuis. + +... Mais l’enchantement se dissipe; le royaume dormant sort peu à peu de +sa torpeur. Au fond du silence vibrent des voix humaines; le Roi et la +Reine se sont réveillés, et les jeunes Princes s’émerveillent de voir la +terrasse nue envahie par des herbes déjà hautes. Dans la chambre où les +lampes se sont éteintes, où l’encens des cassolettes n’est plus qu’une +pincée de cendres, la fille du Roi assise sur sa couche contemple tour à +tour une feuille de bouleau et une chaîne de perles. + +Pudiquement, d’une tunique elle revêt sa gorge nue; frissonnante elle +épie, elle cherche, et ne découvre nul mystérieux visiteur. Elle lit et +relit le message tracé sur la feuille de bouleau: elle prend son front +entre ses mains, et s’interroge, et s’interroge encore. Et longtemps +elle demeure incertaine. + +Près d’elle les secrets de la nature sont murmurés par les feuillages du +jardin, mais elle sent que de pareils secrets accompagnent les +battements précipités de son cœur; les souffles du vent viennent de +temps à autre lui poser une impatiente question, et c’est la même +question qui hante son esprit troublé. La fille du Roi s’interroge: Qui +donc déposa sur sa chevelure un message amoureux et une chaîne de +perles? + +Ainsi passent les jours. Le printemps disparaît, faisant place à l’été +pluvieux; ensuite vient l’automne dans la chaude lumière qui dore les +moissons mûres; l’hiver, avec ses brumes matinales, avec ses nuits +hostiles, succède à l’automne. Et voici que le nouveau printemps renaît +des saisons mortes. La fille du Roi est à sa fenêtre; parmi ses cheveux +défaits brille toujours une chaîne de perles... + + + + +MADÂNA + + +Aux premiers matins du monde, Madâna, dieu de l’Amour, vous rôdiez +ici-bas parmi les mortels. Votre frémissant oriflamme ralliait de jeunes +hommes qui s’élançaient à votre rencontre pour vous saluer. Et tandis +que l’air s’embaumait du parfum des vendanges, leurs pensées, comme de +chaudes roses, se couvraient d’une pourpre soudaine! + +Des poètes, sur les marches de votre temple, vous présentaient leurs +chants; des gazelles en couples léchaient vos doigts divins; le tigre et +la tigresse se couchaient docilement à vos pieds. Chaque soir des +vierges allumaient la torche de votre sanctuaire et déposaient devant +vous les bourgeons acérés du _Champâ_ pour en façonner des javelots. + +Celles-ci, les timides, vous suppliaient de les épargner lorsque, +soulevant votre arc, vous en étirez la corde; celles-là, les curieuses, +dérobant en secret une flèche de votre carquois en essayaient la pointe +sur leur sein. Quand vous dormiez las et languide, à l’ombre des forêts, +des fiancées passaient, repassaient devant vous et remuaient les +clochettes de leurs ceintures tout en vous épiant d’un regard sournois +et voilé. + +L’une d’elles ne vint-elle pas au bord de la rivière? Ignorant encore +qu’elle serait votre victime et paresseusement étendue sur la berge +herbeuse, elle laissait sa cruche flotter dans le courant. Vous +approchiez... Votre rire éclatant surprit sa rêverie... Confuse elle se +leva et tenta vainement de vous punir en vous lançant de l’eau. + +Retournez vers la terre, dieu de l’Amour! Les fleurs sauvages voudraient +se mêler au désordre de vos boucles; la lampe nuptiale, au fond du +silence nocturne, attend votre venue; la terre desséchée songe au baiser +de vos pas. Le cœur de l’homme, comme une coupe offerte, demande à +recevoir le vin de votre Paradis! + + * * * * * + +Le feu de ta colère, ô Shiva, divin Ascète, a réduit en cendres le corps +de Madâna pour délivrer son âme--ainsi s’est-elle répandue à travers les +éléments! Depuis lors, jour et nuit, son haleine trouble celle du vent; +le brouillard de ses larmes descend comme un voile sur le visage des +crépuscules; sa plainte semble émaner du sein même des choses, et son +chant assourdi, dans le silence des soirs d’Avril met en extase la +terre! + +L’adolescent s’émerveille des sauvages ardeurs qui soudain vibrent en +lui avec le rythme de son sang; la vierge interroge les signes +mystérieux qui lui sont faits par la nature; les épaves d’un monde de +félicités semblent glisser sur les nuages d’Automne... Un message nous +est confié par ce tournesol épanoui sous le soleil du jour. + +Le halo de la lune entre les branches ressemble à la robe lumineuse +d’une apparition déjà dissipée; la rougeur naissante de l’aube évoque un +sourire évasif derrière un masque à demi levé; là où des amants, jadis, +échangeaient leurs baisers, naissent aujourd’hui les fleurs de la +prairie. Ta colère, ô divin Ascète, n’a consumé le corps de Madâna que +pour immortaliser son fantôme dans l’âme de l’univers! + + + + +OURVASHI + + +Vous n’êtes ni mère ni fille, ni fiancée, Ourvashi! Vous êtes femme pour +avoir de telle sorte volé l’âme du Paradis! + +Quand le soir fatigué s’en revient avec les troupeaux, vous ne préparez +point les lampes de la demeure; vous n’entrez pas avec un cœur ému, avec +un sourire tremblant, heureuse du secret nocturne, dans la couche +nuptiale. Comme l’aurore vous êtes sans voiles, Ourvashi, et sans honte. + +Nul n’imaginerait le débordement de splendeur qui vous créa! + +Sortie des flots dès le premier matin du premier printemps vous portiez +la coupe de la vie dans votre main droite et du poison dans votre main +gauche. L’orageux océan, apaisé comme un serpent qu’on charme, roulait +ses têtes innombrables à vos pieds. Votre grâce radieuse émergea des +écumes, nue et sans tache et pareille à la fleur du jasmin. + +Fûtes-vous jamais enfantine ou timide, Ourvashi, jeunesse inaltérable? + +Dormiez-vous, Fille des îles de corail, bercée au fond des nuits bleues +et fluides, parmi ces étranges reflets de gemmes que prennent les +coquillages, au milieu des monstres multiformes qui grouillaient ici-bas +avant la naissance du jour? + +Vous êtes adorée des hommes de tous les temps, ô perpétuelle Merveille! + +Le monde s’émeut d’une souffrance enchantée au seul regard de vos yeux. +Les ascètes vous abandonnent le fruit de leurs austérités, les chants +des poètes tournoient dans le parfum de votre présence. Vos pieds, +portés par une insouciante joie, sonnent sur les ailes du vent comme des +cloches d’or. + +Vous dansez devant les dieux, lançant des rythmes nouveaux à travers +l’espace, Ourvashi! + +La terre alors sent frissonner ses herbes et ses feuillages, les +moissons d’automne se balancent, les mers se soulèvent de toutes leurs +furieuses vagues cadencées; les astres, perles passées à la chaîne qui +saute sur votre gorge et qui se brise, les astres tombent du firmament, +et les cœurs humains palpitent d’une ardeur renouvelée. + +La première, Ourvashi, vous avez rompu le sommeil des âges et fait +vibrer les airs d’un frémissement d’inquiétude. + +L’univers vous baigne de ses larmes; vos pieds sont rougis du sang de +son cœur; légère, vous cherchez votre équilibre sur l’instable corolle +de lotus du désir, et vous jouez sans fin dans cette intelligence sans +limites où Dieu compose ses rêves tumultueux! + + + + +L’ÂME DES PAYSAGES + + +Quelques-uns des poèmes qui vont suivre furent inspirés à Tagore par les +chants des Bauls, secte errante et mendiante de l’Inde. + + + + +I + + +Si j’avais vécu dans Ujjain, la ville royale, à l’époque où Kalidâsa fut +poète du roi, j’aurais connu quelque fille de Malva et ma pensée se +serait émue des musiques de son nom. + +Elle m’eût, à travers l’ombre oblique de ses cils, effrontément regardé; +elle eût prétexté d’accrocher son voile aux rameaux d’un jasmin pour +s’attarder auprès de moi. + +De telles choses advinrent en des jours passés dont l’empreinte +disparaît sous les feuilles mortes, et les étudiants d’aujourd’hui se +querellent sur des dates qui jouent à cache-cache. + +Ces âges enfuis, je ne les pleurerai point; mais hélas! et encore hélas! +que les filles de Malva s’en soient allées à leur suite... En quelles +sphères divines ont-elles donc porté leurs corbeilles débordantes de +roses? + +Je m’attriste, ce matin, d’être né trop tard pour rencontrer celles que +j’aurais dû connaître; et pourtant Avril porte les mêmes fleurs dont +elles tressaient leurs cheveux. + +La même brise du sud qui remuait leurs voiles balance les roses d’à +présent, et nulle joie ne manque à ce printemps que Kalidâsa n’est plus +là pour chanter. + +Mais je sais bien que s’il me voit du Paradis des poètes il a des +raisons d’être jaloux! + + + + +II + + +Mon cœur est une flûte dont a joué mon amant. Si quelque jour elle doit +tomber en des mains étrangères, qu’il la jette au loin! + +La flûte de mon amant lui est chère. Si jamais une autre haleine en veut +tirer des sons d’un autre mode, qu’il jonche le sol de ses débris! + + + + +III + + +Vous êtes à l’infini variée dans l’exubérance de l’univers, Dame aux +multiples magnificences! + +Votre route est semée de lumières, votre attouchement fait naître des +fleurs, la traîne de votre robe balaye une danse d’étoiles, et vos +musiques aux notes diverses trouvent leur écho parmi des mondes +innombrables! + +Mais unique dans l’inconnaissable mystère de l’âme, ô Dame du silence et +de la solitude, vous voici corolle de lotus sur la tige de l’Amour... + + + + +IV + + +Quand le destin nous devient avare et que les mondes de l’amour +s’évanouissent; quand les caresses, quand les sourires nous sont comptés +ou refusés; quand les amis d’hier nous négligent et que nos débiteurs +nous fuient, alors il est temps pour vous, Poète, fermant au cadenas +votre porte, d’unir les mots aux mots et les rythmes aux rythmes. + +Quand le destin d’humeur changeante nous accorde des faveurs nouvelles; +quand le fleuve des plaisirs, naguère desséché, inonde soudain notre +vie; quand les amis frappent à notre porte et que les ennemis font +trêve; quand des yeux tendres nous contemplent et que des sourires nous +envoient leurs messages, alors il est temps pour vous, Poète, de livrer +vos rythmes au vent, d’unir votre cœur à un cœur et vos lèvres à +d’autres lèvres. + + + + +V + + +Tu te donnes à moi comme une fleur qui ne s’épanouit qu’aux approches du +soir et dont la présence se trahit par les senteurs qu’elle dégage dans +l’ombre. Ainsi vient à pas sourds le printemps, quand ses bourgeons +gonflent les écorces. + +Tu t’imposes à mon esprit comme les hautes vagues de la marée montante, +et mon cœur se noie sous des chants houleux. + +Je pressentais ta venue comme la nuit pressent l’aube. A travers des +nuages qui s’empourprent un ciel nouveau m’est révélé. + + + + +VI + + +O Sakhi[1], ma peine est sans bornes. Août s’en vient chargé de lourds +nuages et ma demeure reste solitaire. + + [1] Amie. + +L’orage menace, le sol détrempé se ravine; mon amour s’attarde au +loin... Mon âme est défaillante d’angoisse. + +J’entends le cri des paons et le coassement des grenouilles. L’ombre, à +présent, m’envahit toute! + +Vidyapati[2] demande: «Jeune femme, comment passeras-tu tes jours et tes +nuits sans ton Seigneur?» + + [2] Le nom du poète. + + + + +VII + + +Je vous tiendrai caché dans mes yeux, mon amour; j’enchâsserai votre +image comme un joyau pour la porter sur ma poitrine. + +Vous fûtes en moi dès l’enfance, à travers ma jeunesse, à travers ma vie +entière, à travers mes rêves! + +Je vous retrouve ainsi lorsque je m’éveille comme lorsque je m’endors. + +J’ai songé et songé encore, et je sais que votre amour est mon trésor +unique. + +Chandidadas[3] dit: «Soyez tendre à celle qui vous aime dans la vie et +dans la mort.» + + [3] Le nom du poète. + + + + +VIII + + +Je me sens mêlée à la poussière sur laquelle marche mon Bien-Aimé, à +l’eau des lacs dans lesquels il se baigne. + +O Sakhi! mon amour passe les bornes de la mort pour s’élancer à sa +rencontre! + +Je suis une avec le miroir qui double son image, une avec l’air qui le +frôle lorsqu’il remue son éventail. + +Govindadas[4] dit: «Vous êtes la bague d’or, jeune femme; il est +l’émeraude.» + + [4] Le nom du poète. + + + + +IX + + +Heureux fut mon réveil, ce matin, car j’ai vu mon Bien-Aimé. L’infini +n’est qu’une joie et ma jeunesse connaît sa plénitude. + +Mes doutes et mes angoisses se dissipent; c’est aujourd’hui que ma +demeure est vraiment ma demeure, que mon corps devient vraiment mon +corps. + +Oiseaux, chantez vos chants les plus purs! Soleil, brillez de votre plus +douce lumière! Laissez voler vos flèches, ô dieu de l’Amour! + +J’attends l’heure où je frémirai toute sous ses caresses... Vidyapati +dit: «Votre bonheur est grand, femme, béni soit votre amour.» + + + + +X + + +Lorsque je t’ai rencontré par une nuit sans étoiles, perdu dans un +labyrinthe obscur, mon désir fut de te guider avec ma lanterne. Mais tu +ne désirais pas mon désir. + +Quand je t’ai vu passer sur le chemin de l’insulte, lançant tes chansons +à la poussière, mon désir fut de te couronner avec des fleurs fraîches. +Mais tu ne désirais pas mon désir. + +Quand tes serviteurs pleuraient ou menaçaient, réclamant un salaire +indû, mon désir fut de m’offrir à toi pour rien. Mais tu ne désirais pas +mon désir... + + + + +XI + + +Je me suis arrêtée au bord de la route; si ma présence ne t’est pas +douce je n’irai pas plus avant. + +Si tu n’as pas besoin de mon amour laisse-moi te quitter ici. Je ne +mendierai plus un seul de tes regards, si les miens t’importunent. + +La poussière et la lumière crue de midi m’aveuglent, mais au bord de la +route j’attendrai que ton cœur, peut-être, revienne chercher le mien. + + + + +XII + + +Par votre haleine je m’exhale en vivantes notes de joie ou de douleur. + +Je suis une avec votre chant, qu’il soit matinal ou nocturne, qu’il se +glisse parmi les rayons du soleil ou parmi les ombres du soir. + +Si je devais me perdre toute dans l’envol de ce chant je n’en +ressentirais nulle peine tant cette mélodie m’est chère! + + + + +XIII + + +Cède, ô bourgeon, cède! Laisse ton cœur éclater enfin! + +L’esprit de l’épanouissement sur toi s’est rué. Peux-tu rester bourgeon +encore? + + + + +XIV + + +Amant téméraire de la nature, ô Printemps, fais haleter le cœur des +forêts dans son effort pour s’exprimer! + +Viens en souffles d’inquiétude là où des fleurs s’épanouissent parmi des +feuilles nouvelles! Romps comme une révolte lumineuse la vigile +nocturne, et sous la terre même annonce leur liberté prochaine aux +semences emprisonnées! + +Comme l’éclair, comme l’orage, va, pénètre soudain dans la ville +nombreuse. Délivre le verbe figé; dirige la lutte inconsciente; ranime +l’ardeur qui faiblit... Vaincs la mort! + + + + +XV + + +Le bac glisse entre les deux villages qui se regardent à travers +l’étroit courant. + +L’eau n’est pas profonde. C’est une simple interruption dans les petites +aventures quotidiennes, comme celle qui se ferait dans les paroles d’un +chant alors que sa mélodie continue... + +Ils se considèrent, les deux villages, à travers l’eau babillarde, et le +bac glisse entre eux d’âge en âge, et du temps des semences au temps des +moissons. + + + + +XVI + + +Quand, pareil à une épée luisante, le torrent de la colline a été +replacé par le soir dans son fourreau d’ombre, une bande d’oiseaux passe +avec de frissonnantes rumeurs d’ailes. + +Cette fuite parmi les choses immobiles y ranime le désir soudain du +mouvement; elle déchire les réseaux du silence; elle se révèle comme un +grand émoi! + +J’imagine les monts et les forêts volant à travers les âges; j’imagine +que de la nuit renaît la lumière à chaque rencontre d’étoile... + +Je sens en moi-même l’essor d’un oiseau migrateur; il se fraye une route +par-delà la vie et la mort, tandis que notre monde inquiet voyage sans +repos dans l’infini sans bornes. + + + + +XVII + + +Mes yeux ne voient que la terre, mais mon cœur aime et devine, et il +connaît la joie. + +Des plaisirs fleurissent autour de moi, prenant mille formes. Mais où +donc est le fil secret de votre cœur qui les reliera en guirlandes? + +La flûte du Maître chante à travers toutes choses; j’écoute, et je suis +dans sa demeure. + +Il est la mer, et la rivière qui mène à la mer, et il est aussi la rive. + + + + +XVIII + + +En amour le but n’est pas douleur ou joie, mais amour! + +Le libre amour unit; il s’allume par l’amour comme la flamme par la +flamme. Mais d’où vint la première flamme? + +Quand la flamme secrète apparaît, elle fait du dedans et du dehors un +seul foyer, et toutes les barrières tombent en cendres. + +Le poète dit: «Qui donc possède l’amour sans le payer son prix? Quand +vous refusez le don de vous-même l’univers tout entier vous devient +avare.» + + + + +XIX + + +Mon hôte a d’étranges façons. Il arrive aux heures où je ne l’attendais +pas; et pourtant, comment refuser de l’accueillir? + +Je l’espère parfois toute une nuit durant, auprès de ma lampe allumée; +or il demeure absent, et c’est lorsque ma lampe s’éteint qu’il arrive, +réclamant sa place. Puis-je le laisser à la porte? + +Je ris et je danse avec mes compagnes lorsqu’il passe soudain vêtu de +deuil; alors il m’apparaît que ma joie était vaine. + +J’ai vu souvent un sourire sur ses lèvres quand mon cœur souffrait, et +j’ai découvert que ma peine n’était point réelle. + +Et j’accepte de ne pas toujours le comprendre. + + + + +XX + + +Dès l’enfance du monde, Himalaya, sortant du sein déchiré de la terre, +vous érigiez de cîme en cîme votre défi au soleil. Puis vint le temps où +vous dîtes en vous-même: «Pas plus haut!» Et votre ardeur éprise des +fuyants nuages trouva sa limite et s’arrêta pour saluer l’infini. + +C’est alors que la beauté, libre en ses jeux, vous décora de fleurs et +d’oiseaux. + +Vous demeurez dans votre solitude comme un savant sur les genoux duquel +est ouvert quelque livre très ancien aux innombrables pages de pierre. +Je ne sais quelle histoire y fut tracée. Est-ce l’histoire de +l’éternelle union de Shiva, le divin ascète, avec Bhavâni, le divin +amour? Est-ce le drame de la Puissance unie à la Fragilité? + + + + +XXI + + +Un martin-pêcheur s’est posé sur la barque vide, tandis qu’au bord du +fleuve un buffle couché, les yeux mi-clos, savoure le luxe de la boue +fraîche. + +Le chien du village aboie; une vache broute dans la prairie, suivie par +une bande de _Saliks_ en quête d’insectes. + +A l’ombre des tamariniers, au fond du bocage paisible, se rassemblent +les bruits de la nature: le pépiement des oiselets, l’appel aigu d’un +milan, le cri des cigales, le plongeon d’un poisson dans l’eau. + +Je découvre ainsi les limbes de la nature, et que la Terre maternelle +tressaille à la première vivante étreinte contre sa poitrine! + + + + +XXII + + +Le soir me fait signe, et volontiers j’eusse suivi les voyageurs du +dernier bac pour traverser l’ombre. + +Certains regagnaient leur demeure; d’autres partaient pour de lointaines +contrées; tous risquaient l’aventure. + +Mais je demeure sur la rive; l’été s’éloigne et l’hiver ne me donnera +point de moissons. + +J’attends un amour dont les déceptions et les larmes, semées dans la +terre obscure, s’épanouiront en fleurs et en fruits quand renaîtra +l’aurore. + + + + +XXIII + + +Mes yeux reçoivent la quiétude du firmament, et voici que je sens passer +en moi ce que sent un arbre dont les feuilles entr’ouvertes comme des +coupes, débordent de lumière. + +Une pensée hante mon esprit comme ces buées qui rasent les prairies; +elle se mêle aux murmures de l’eau, aux soupirs lassés des brises. + +J’imagine avoir déjà vécu dans l’infini des choses de ce monde, et qu’à +cet infini j’ai donné mes amours et mes douleurs! + + + + +XXIV + + +Que de fois, vaste Terre, j’ai désiré m’unir à vous et partager +l’allégresse de chacune de vos tiges érigées vers le ciel! + +Je crois vous avoir appartenu en des âges lointains, longtemps avant ma +naissance. Est-ce pourquoi, quand les lueurs automnales glissent sur les +champs de riz, il me souvient de notre intime communion? Est-ce pourquoi +j’entends encore l’écho des voix amicales qui me répondent du seuil d’un +passé mystérieux? + +Aux heures vespérales, quand les troupeaux s’en retournent vers l’étable +le long des sentiers herbeux, sous la lune plus haute que les fumées du +village, je songe à cette grande séparation qui se fit lors du premier +matin de mon être! + + + + +XXV + + +Avec des adolescents venus de toutes parts j’allais vers la cour de la +Reine en criant: «Reine, je viderai ta cassette; je recevrai de tes +mains la couronne de la victoire!» + +Seul parmi nous il conservait un visage serein comme la lumière du +temple. Ses yeux ressemblaient aux étoiles qui s’évanouissent dans les +abîmes de l’aube. + +Il se tenait immobile au bord du chemin. Quand nous lui demandions s’il +espérait triompher il souriait et répondait: «Mon but n’est pas la +victoire.» Et nous nous moquions de ses paroles. + +La Reine était assise sur son trône. Alors des sons montèrent de ma +harpe, tantôt pareils à une averse d’astres, tantôt pareils à un orage +d’été. + +Les saisons se succédèrent et la dernière fleur de _Shiuli_ fut lancée +sur la dépouille de l’automne. J’avais pendant les mois écoulés +diversifié mes chants, et c’est mon front qui reçut la couronne de la +victoire. + +Puis la lumière du jour s’éteignit, la foule envieuse se dispersa. A +celui qui restait aux pieds de la Reine je dis: «Il est l’heure +d’allumer les lampes, pourquoi ne t’éloignes-tu pas?» + +«Mon service auprès de la Reine n’aura jamais de fin, répondit-il, car +c’est pour sacrifier à la Reine toute victoire et toute couronne que je +suis venu.» + + + + +XXVI + + +Je ne réclame nul salaire pour les airs que je vous ai chantés. + +Je serai satisfaite s’ils ne vivent qu’une nuit durant et disparaissent +dès l’aube comme les étoiles, l’obéissant troupeau qu’une bergère +effrayée préserve du soleil. + +Mais vous, ô mon Poète, qui parfois aussi m’avez chanté vos chants, +souvenez-vous qu’à les entendre, j’ai pour toujours perdu mon âme! + + + + +XXVII + + +Il me semble ce soir, mon amie, qu’à travers les mondes innombrables où +déjà nous vécûmes, nous avons, vous et moi, laissé le souvenir de notre +union. Quand je lis des légendes anciennes inspirées par des passions +éteintes aujourd’hui, il me semble que jadis nous ne fîmes qu’un, vous +et moi, et que la mémoire nous en revient avec la mémoire des temps... + +J’imagine que le matin qui transfigurait la terre en des siècles abolis +a glissé quelques rayons encore dans votre cœur comme dans le mien. Car +nos cœurs restent éternellement jeunes dans la vieillesse des âges, et +l’univers entier devient ainsi témoin de notre amour! + + + + +XXVIII + + +C’est au déclin du jour que je l’interrogeai: «En quel étrange pays +suis-je venu?» Elle baissa seulement les yeux, et comme elle s’éloignait +j’entendis son bracelet tinter contre sa jarre. + +Les bambous s’inclinaient mollement au bord de la rivière et les choses +semblaient appartenir au passé. Non loin j’entendais encore un bracelet +tinter contre une jarre... + +Cesse de ramer. Fixe notre barque!... L’étoile du soir s’est cachée +derrière le dôme du temple et la pâleur des degrés de marbre hante les +sombres eaux. + +Des voyageurs attardés soupirent; les lueurs des fenêtres lointaines +s’insinuent à travers le feuillage. Et toujours un bracelet tinte contre +une jarre, et j’entends des pas dans la ruelle jonchée de feuilles. + +La nuit tombe; les tours du palais ont l’air de fantômes; la cité lasse +bourdonne. Ne rame plus; fixe notre barque. + +Laisse-moi prendre mon repos au seuil de cette terre alanguie sous les +astres, car c’est là que dans l’ombre tinte un bracelet contre l’anse +d’une jarre. + + + + +XXIX + + +Je songe en voyant vos deux pieds nus et frêles que les fleurs sont +l’empreinte des pas de l’été. + +Les vôtres marquent légèrement sur le sable l’histoire de leurs +aventures--une histoire qu’en passant la brise efface. + +Venez! Glissez dans mon cœur ces tendres pieds! Laissez une empreinte +durable sur la route du pays de mes rêves. + + + + +XXX + + +Ce paysage, je l’ai contemplé durant plus d’un mois de Mars, au moment +où s’épanouissent les fleurs de la moutarde. + +Je connais la paresseuse ligne de l’eau, la tache grisâtre que plaque +au-delà le sable, et le sentier qui mène à travers champs jusqu’au +village. + +J’ai tenté d’emprisonner en vers l’oisive mélodie du vent et le +battement des rames de telle barque passagère. + +Je me suis émerveillé de la simplicité de ce grand monde gisant devant +moi--de l’aisance tendre et familière avec laquelle mon cœur découvre +l’Éternelle Étrangère! + + + + +BANDI MATARAM + +(Appel à la Patrie) + + +Berger des peuples, chef des destinées de l’Inde, en ton saint nom +s’éveillent le Pandjab, le Guzarat, le Sindh, le Bengale, Ceylan, les +états Mahrathes et les provinces Dravidiennes, les Vinahyas et les +Hymalayas, la Jamouna, le Gange et les vagues dressées de l’Océan! + +Les terres et les eaux, implorant ta bénédiction, chantent l’hymne de +ton triomphe. + +Victoire, ô Dispensateur de tous les biens! Victoire, ô Chef des +destinées de l’Inde! + +Ton appel s’étend de proche en proche. Les Brahmes, les Bouddhistes et +les Sikhs, les Jaïns et les Parsis, les Chrétiens et les Musulmans, tous +s’unissent pour recevoir l’universel message! + +Ils viennent de l’Orient comme de l’Occident tresser une guirlande +d’amour au bord de ton trône. + +Victoire, ô Pacificateur des peuples! Victoire, ô Chef des destinées de +l’Inde! + +Les chemins de l’Histoire sont montueux où des pélerins suivent la trace +des roues de ton char, divin Guide! + +D’âge en âge, les nations s’élèvent et s’effondrent, et ta couche sacrée +vibre des échos tragiques de nos tourmentes. + +Victoire, ô Libérateur du monde! Victoire, ô Chef des destinées de +l’Inde! + +Du plus profond de l’ombre et de la nuit ta sollicitude toujours +inquiète s’est penchée sur les peuplades persécutées! + +Telle une mère aimante, de tes yeux qui ne clignent point tu veillais; +tu nous protégeais des terreurs et des cauchemars. + +Victoire, ô Guérisseur de toute souffrance! Victoire, ô Chef des +destinées de l’Inde! + +Mais l’obscurité se dissipe avec la première lueur du jour sur les +collines orientales. Des oiseaux chantent, des brises apportent les +effluves d’une vie nouvelle! + +La Patrie dormante ouvre ses yeux au pourpre reflet de ton amour; elle +s’incline, et son front touche la poussière de tes pieds. + +Victoire, ô Roi des rois! Victoire, ô Chef des destinées de l’Inde! + + + + +RETOUR + + +Les célestes fleurs de la guirlande que vous m’aviez donnée, Indra, dieu +des dieux, se sont flétries dans ma chevelure. Le temps est épuisé de la +suprême récompense. Et voici qu’il me faut vous quitter, vous tous, +dieux et déesses, pour retrouver un monde brisé par des naissances et +par des morts. + +J’espérais voir une larme furtive mouiller vos paupières au moment de +notre séparation... Mais la douleur est bannie de vos fêtes. Et lorsque +nous qui venions de la terre pour les partager nous retournons à la +trouble poussière, vous sentez à peine ce que pourrait sentir un +_banyan_ séculaire perdant sa feuille la plus jaune. + +Si jamais la virginale clarté qui vous baigne s’obscurcissait d’une +ombre, vos journées connaîtraient les haltes du soir; les pas dansants +de Menakâ, oubliant la perfection de leur cadence, s’égareraient en de +rougissantes erreurs; les pures notes de la _vîna_ qui repose sur les +seins d’Ourvashi se changeraient en accents passionnés... + +Mais non! Vivez heureux dans l’éternelle paix souriante de votre +royaume, ô dieux, et laissez-nous la terre qui n’est point un paradis. +Sur son cœur, sanctuaire des larmes sacrées, elle serre de pauvres corps +las et souillés. Elle ouvre grands ses bras aux faibles, aux obscurs, +aux indignes. + +Adieu donc, Apsaras! Vos âmes ne connaissent ni le désir des rencontres, +ni la tristesse des départs... Je sais, moi, que ma bien-aimée m’attend +sur la terre et me prépare un trésor de douceurs. Je sais aussi que le +souvenir du ciel me hantera vaguement lorsque, m’éveillant aux heures +lunaires, sous les brises parfumées de jasmins, je la regarderai dormir +à mes côtés avec un de ses bras reposant contre ma poitrine. + +Aujourd’hui je réprime mes sanglots... Le Paradis que j’abandonne +s’efface comme une ombre... Toi seule tu demeures vraie, Terre patiente. +J’aperçois déjà des rives sablonneuses bordant une eau bleue, des neiges +au sommet d’une colline violacée, l’aube silencieuse qui se dévoile +au-dessus des arbres du village. + +Les pleurs que tu répandis lors de notre dernier arrachement sont depuis +longtemps séchés, Terre maternelle, mais tu ne m’accueilleras pas moins +comme celui-là même qu’il te plaisait d’attendre. Tu veilleras sur moi, +tu prendras soin de moi, tu lèveras tes regards mélancoliques vers les +dieux lointains, et ton cœur palpitera de crainte de me perdre encore, +moi qui t’appartiens... et qui cependant ne t’appartiens pas! + + + + +PÉTALES SUR LA CENDRE + + + + +I + + +Je me suis réveillé ce matin-là, Dame de mon voyage, aux rumeurs de ta +barque quittant la rive; nous avons répondu au signal que nous faisaient +les vagues, et je t’ai demandé: «La moisson de notre espoir +mûrira-t-elle dans l’île qui repose plus loin que les horizons bleus?» + +Le silence de ton sourire est tombé sur mon interrogation comme le +silence du soleil sur la mer. + +Les jours passèrent à travers des orages tour à tour et des espaces +calmes. Les vents perplexes s’apaisaient pour un temps et les flots +gémissaient. Je t’ai demandé: «La tour du sommeil se trouve-t-elle +quelque part après le bûcher de cendres mourantes du jour consumé?» + +Tu ne m’as pas répondu; seuls tes yeux ont brillé comme la frange des +nuées pourpres du couchant. + +Ce soir ta silhouette s’embue dans les ténèbres, tes cheveux battus par +le vent frôlent ma joue et parfument ma tristesse. Je cherche à saisir +un pli de ta tunique et je demande: «Existe-t-il par delà l’infini, ô +Dame de mon voyage, un jardin des morts où mes chants s’épanouiront dans +ton silence?» + +Tu souris, et ton sourire rayonne comme le halo d’or des étoiles à +minuit. + + + + +II + + +Amour, tu as coloré mes pensées et mes rêves avec les derniers reflets +de ta gloire, tu as transfiguré ma vie par la beauté prochaine de ma +mort. Comme le soleil couchant nous laisse entrevoir un peu du paradis, +tu as changé ma douleur en une extase suprême. + +Par ta magie, Amour, la vie et la mort sont devenues pour moi un même +vaste émerveillement! + + + + +III + + +L’heure s’obscurcit et la flamme mourante de ma lampe vacille. + +Je n’ai pas remarqué l’instant où le soir est entré dans la nuit, comme +la fille du village qui, après avoir rempli une dernière cruche à la +rivière, referme la porte de sa case. + +Je te parlais, Bien-Aimée, avec un esprit conscient seulement de ma +propre voix. Dis-moi, mes paroles avaient-elles un sens? Ont-elles +apporté quelque message venu de plus loin que des rives de ce monde? + +A présent que je me suis tu, je sens mieux la paix nocturne débordante +de pensées. Mais je contemple avec terreur l’abîme muet qui de ces +pensées me sépare! + + + + +IV + + +Tu désirais mon amour et cependant tu ne m’aimais pas. Désormais ma vie +se noua à la tienne comme une chaîne dont les anneaux t’enserrent plus +étroitement lorsque tu luttes pour t’évader. + +Mon désespoir est un compagnon mortel qui s’exalte à la moindre de tes +faveurs et qui cherche à t’entraîner dans l’ombre et dans les larmes. + +Tu brisas ma liberté, mais avec ses épaves s’est édifiée ta propre +geôle. + + + + +V + + +Pour une fois, voyageur, sois imprudent et détourne-toi de ton chemin. +Bien qu’éveillé, sois comme le jour captif d’un filet de brouillard. + +N’évite pas le jardin des cœurs égarés, là-bas, au terme de la mauvaise +route; là-bas où l’herbe est jonchée de fleurs rouges poussant à +l’abandon, où des eaux mélancoliques sombrent dans la mer houleuse. + +Longtemps, sans repos, tu as veillé sur le butin des années inutiles; +qu’il soit enfin dissipé! Il te restera le triomphe désespéré d’avoir +tout perdu. + + + + +VI + + +Nous étions ensemble lorsque le Printemps a frappé à notre porte en +criant: Laissez-moi entrer! Il nous offrait les secrets murmurés de sa +joie, le frisson des pousses nouvelles! + +J’étais occupé de mes pensées, vous étiez assise à votre rouet... Il +s’éloigna, et soudain nous le vîmes disparaître avec les dernières +roses. + +A présent que vous n’êtes plus là, Bien-Aimée, le Printemps frappe et +dit encore: Laisse-moi entrer! Il m’offre le frisson des feuilles +sèches, l’écho d’un roucoulement de colombe. + +Je suis assis à la fenêtre et un fantôme, près de moi, file des songes +tristes... Et pour le Printemps qui n’a plus que de secrètes douleurs à +m’offrir toutes les portes se sont ouvertes! + + + + +VII + + +Ne reste pas devant ma demeure avec des yeux avides qui me demandent mon +secret. Ce n’est qu’une pierre menue striée de sang par la passion. + +Quels dons m’apportent tes deux mains qui les veulent jeter devant moi +dans la poussière? Si j’accepte, je crains d’être chargé d’une dette +insolvable... + +Ne reste pas devant ma fenêtre avec ta jeunesse et tes fleurs, elles +insultent à ma misère! + + + + +VIII + + +Je sais qu’elle fut l’étoile de mon matin et qu’elle est revenue pour +moi dans le ciel du soir, car je reconnais son sourire. + +Je l’avais perdue pendant les lourdes heures de la journée; mais elle +s’est embarquée pour un voyage solitaire qui devait nous réunir au seuil +de la nuit. + +Sa voix, jadis, troublait mon sang avec des tentations aventureuses; +parmi les ombres elle murmure à présent des choses que je ne comprends +pas. + +Mais je sais qu’elle est toujours la même qui, sous des voiles +changeants, me demande encore une parole d’amour! + + + + +IX + + +J’allais la quitter. Elle ne parlait pas, mais je connaissais à sa +langueur qu’elle eût aimé me retenir. + +Maintes fois j’avais cru deviner la supplication de ses mains, bien +qu’elle en fût inconsciente; ses bras hésitants eussent pu devenir une +guirlande de jeunesse autour de mon cou... + +Tant de gestes craintifs reviennent à ma mémoire et me révèlent des +choses tenues secrètes jusque-là. + + + + +X + + +Derrière le grillage rouillé de la fenêtre une fille brune et laide est +assise, pareille à une barque échouée sur les sables. + +Après le travail du jour je retourne dans ma demeure, et mes regards +sont attirés par elle. + +Elle me fait songer à des lacs dont les eaux nocturnes seraient ourlées +par le clair de lune. + +Elle n’a que sa fenêtre pour toute liberté; c’est par là que la lumière +du matin salue ses nostalgies; c’est par là que ses yeux sombres, comme +des astres perdus retournent à leur ciel. + + + + +XI + + +Nul n’accoste à cette rive. Les filles n’y viennent pas puiser de l’eau; +la côte est broussailleuse; des _Saliks_, par troupes bruyantes, +creusent leurs nids dans l’abrupte falaise hostile aux barques des +pêcheurs. + +Tu choisis pour t’asseoir un banc d’algues sèches et l’heure avance. A +qui penses-tu? Elle me regarde et répond: «A personne.» + +Nul bétail ne vient s’abreuver à cette rive. Seules quelques chèvres +égarées broutent l’herbe rare près de l’oblique _Peepal_ déraciné. + +Tu es assise dans l’ombre avare et l’heure avance. Dis-moi, qui donc +attends-tu?--Elle me regarde et répond: «Personne.» + + + + +XII + + +Naguère, durant les languides heures de Mars, je t’attendais vainement. +Tu viens à présent avec la saison des pluies et tu fais dans mon cœur +vibrer la symphonie des orages et des vents fous! + +En ces jours passés de Mars je croyais t’avoir aperçue glissant sur les +fleurs de la prairie et les entraînant dans les plis de ta jupe +flottante; je croyais avoir entendu le cliquetis de tes bracelets, +respiré ton haleine douce le long des allées du jardin... + +Aujourd’hui je découvre ta présence dans toute la forêt; je vois tes +cheveux comme une ondée obscure se répandre à travers le ciel; tu +penches sur moi ton ombre magique, et j’entends les échos d’un grave +cérémonial. + +Les parures légères que j’avais pour toi réunies sont une bien minime +offrande; je n’ai pas encore su faire chanter mon luth comme il convient +pour ta louange. Mais pouvais-je deviner, moi qui te préparais de +claires épousailles, qu’en t’approchant je deviendrais le serviteur d’un +culte? + + + + +XIII + + +Votre pensée m’accompagne sans cesse, Bien Aimée; puissiez-vous en +retour ne pas penser à moi seulement quand vous en avez le loisir. Ma +vie se passe à vous attendre; puissiez-vous ne pas venir à moi seulement +quand vous vous souvenez! + +Sur ma couche solitaire je demeure des nuits entières à vous espérer. La +lueur de ma lampe pâlit enfin dans l’aube naissante, et mes yeux sont +las d’avoir longtemps veillé. + +Couronnée de grâces vous marchez en chantant au milieu des heures +heureuses. Se peut-il qu’à ces heures heureuses j’aille mêler mes pas si +le hasard me les fait rencontrer? + + + + +XIV + + +Elle a vers moi tourné légèrement la tête et m’a lancé un furtif regard +d’adieu. + +Ce fut son ultime don. Où pourrai-je dorénavant le préserver des heures +écrasantes? + +Le soir doit-il vraiment effacer cette tendre lueur d’angoisse comme il +efface la dernière flamme du soleil couchant? Faut-il que l’orage +l’entraîne dans ses urnes, comme il entraîne le pollen dispersé des +fleurs? + +Laissez à la mort la gloire des princes et la puissance des riches. A +moi les larmes et le souvenir d’un regard passionné! + +Mon chant dit: «Je n’envie ni la gloire des princes ni la puissance des +riches, mais telles choses précieuses et secrètes m’appartiennent.» + + + + +XV + + +Elle m’a quitté à l’heure où la nuit déjà se dissipe. + +Mon esprit cherchait sa consolation dans la pensée que tout est vanité. +«Et pourtant, disais-je, ce nom tracé qui fut le sien, cet éventail en +feuilles de palmier, par ses doigts brodé de soie pourpre, ne sont-ce +pas là des choses réelles?» + +Comme un enfant inquiet qui blesse sa propre mère je renversais tout en +moi et hors de moi, et je murmurais avec rancune: «Notre monde est un +monde de trahison!» + +Mais du firmament semé d’étoiles descendait un reproche; une voix +parlait à mon oreille: «Ingrat! apprends à combler le vide que j’ai +laissé par le souvenir vivant de mon passage!» + + + + +XVI + + +Le nom qu’elle avait coutume de me donner, pareil au jasmin fleurissant +embauma les années de notre amour. Les reflets qui tremblent avec les +feuillages, les senteurs de l’herbe dans la nuit pluvieuse, la paix des +heures qui terminent un soir paresseux, se mêlaient à son écho. + +Celui qui répondait à ce nom n’était pas seulement une œuvre de Dieu; +_elle_ aussi le recréa pour elle au cours des années fugitives. + +Depuis, les jours vagabonds ne se groupent plus dans le nom murmuré par +sa voix. Ils disent: «qui nous rassemblera désormais? nous cherchons +notre bergère...» + +Comme les nuages du soir ils vont à la dérive; ils flottent dans +l’obscurité; ils se perdent dans l’éternel oubli. + + + + +XVII + + +Quand nous nous sommes rencontrés mon cœur s’exprimait en musique: +«Celle qui est à jamais loin de toi s’est à jamais rapprochée.» + +Mon chant s’arrête, et j’en viens à croire ma Bien-Aimée toute proche, +oubliant en vérité qu’elle est loin, très loin de moi. + +La musique comble l’infini qui sépare nos deux âmes. Or ceci nous était +caché jadis par le brumeux écran des choses quotidiennes. + +Au sein des fugaces nuits d’été, lorsqu’une rumeur s’élève du silence, +je pleure l’absence de celle qui est près de moi. Je m’interroge: «Quand +donc pourrai-je murmurer à son oreille des mots qui portent en eux le +rythme de l’éternité?» + +Sortez de vos langueurs, ô mes chants! A travers l’écran déchiré des +choses quotidiennes montez jusqu’à ma Bien-Aimée dans la surprise +éternelle des premières rencontres! + + + + +XVIII + + +Vous vous êtes baignée dans la sombre mer. Vous êtes vêtue de la robe +des fiancées; vous traversez l’arche de la Mort et vous attendez les +épousailles de l’âme. + +Nul ne touche aux luths endormis; nul n’agace les tambourins; les foules +sont absentes, et sur la porte personne n’a suspendu de guirlandes. + +Loin des lampes allumées, dans un rituel nouveau, les paroles que vous +ne prononcez pas vont au devant des miennes. + + + + +XIX + + +Sans doute m’arrêterai-je interdit si jamais nous nous retrouvons dans +une vie future, marchant à la lumière d’un autre monde lointain. + +Je comprendrai que tes yeux pareils à des étoiles d’aube ont appartenu à +ce nocturne ciel oublié d’une existence abolie. + +Oui, je comprendrai que la magie de ton visage se pare encore du +rayonnement passionné de mon regard lors d’une rencontre immémoriale, et +qu’à mon amour tu dois un mystère dont on ne sait plus d’où il vient. + + + + +XX + + +La rivière est glauque et les souffles du vent sont enrobés dans un +nuage de sable. + +Matinée inquiète et sombre! Les oiseaux se taisent au fond de leurs nids +secoués; mon abandon murmure: «où peut-elle être?» + +Jadis, assis côte à côte, nous laissions fuir le temps. Parmi nos jeux +et nos rires la majesté de l’amour ne trouvait pas à s’exprimer. + +J’étais satisfait de choses minimes, elle gaspillait les heures en de +babillardes futilités. + +Aujourd’hui c’est en vain que je la voudrais ici dans la mélancolie de +cette proche tempête, dans l’âme de cette solitude! + + + + +XXI + + +Mon cœur laissera un peu de ses nuances à tous vos aspects, ô Terre, +quand je vous aurai quittée. + +Quelques échos de mon âme seront ajoutés à l’harmonie de vos saisons, ma +pensée viendra, méconnaissable, rôder dans le cycle de vos lumières et +de vos ombres. + +En des jours futurs, quand l’été frappera au jardin des amants, ils ne +sauront pas que les fleurs de leurs bosquets empruntent une beauté plus +vive à mes chants, ni que leur amour pour ce monde s’accroît encore du +mien. + + + + +XXII + + +Avec vous sont parties nos fugitives heures d’amour, et je cherche à +savoir en quel lieu vous les préservez de la poussière amoncelée +lentement. + +Dans ma solitude je ne retrouve que votre chant; il mourut sur vos +lèvres mais laissa d’impérissables échos. + +Les soupirs de vos heures insatisfaites je les découvre dans la paix des +crépuscules d’automne; vos désirs mêmes reviennent hanter mon âme du +fond de votre passé. Immobile, j’écoute bruire leurs ailes... + + + + +XXIII + + +Révèle-toi, Passé sans commencement! Les siècles roulent vers ton sein +des vagues murmurantes, mais elles perdent tout sens et toute vibration +en sombrant dans ta noire immensité sans rides. + +Tu n’es pas mort, Passé, mais tu restes secret. Et pourtant j’ai senti +dans mon être glisser tes pieds magiques, et je t’ai parfois deviné dans +l’âme de certaines heures. + +Car tu ne perds rien de ce qui fut! Tu retraces l’histoire de nos +ancêtres sur les feuillets impondérables de nos vies; il te souvient des +noms oubliés; le Présent inquiet parle avec ta voix du seuil de ton +silence! + + + + +XXIV + + +Comme le pitoyable crépuscule abolit les stigmates du jour, laisse ma +douleur de t’avoir perdue, ô Bien-Aimée, jeter sur moi le voile parfait +du silence. + +Laisse les ruines et les naufrages se mêler à l’immensité d’un soir +apaisé par ton souvenir, et plein d’une harmonie sereine de tristesse et +de paix! + + + + +XXV + + +C’est dans un sentier plein d’herbes hautes que j’entendis sa voix: «Me +connais-tu?» + +Je me retournai, et l’ayant vue: «Il ne me souvient plus de ton nom», +dis-je. + +Elle répondit: «Je suis la première grande douleur de ta jeunesse», et +ses yeux ressemblaient au matin ruisselant de rosée. + +«Est-il épuisé, le profond trésor de tes larmes?» repris-je. + +Elle souriait et ne répondait pas. Je compris que ses larmes avaient eu +le temps d’apprendre un nouveau langage. + +«Tu disais alors», murmura-t-elle, «que tu chérirais à jamais ta peine.» + +Je rougis. «Oui, mais le temps a passé et l’homme oublie», dis-je. + +Je pris dans la mienne sa main et j’ajoutai: «C’est toi qui as changé.» + +«Ce qui fut jadis la douleur est devenu la paix», dit-elle. + + + + +XXVI + + +--Messager, le matin t’amena, d’or vêtu. + +Après que le soleil se fut couché ton chant s’enveloppa d’une mélodie +grise comme la robe des ascètes. Puis vint la nuit. + +Ton message alors s’inscrivit en lettres flamboyantes sur un fond de +ténèbres. Fallait-il donc cette magnificence pour ravir le cœur de celui +qui n’est rien? + +--Splendide est la salle des fêtes où vous serez reçu, convive unique! + +Voilà pourquoi mon message s’inscrit en lettres de feu d’un ciel à +l’autre. + +Et moi, votre serviteur, je vous apporte ce message en grande cérémonie. + + + + +XXVII + + +J’ai passé des heures bruyantes sur des routes encombrées, mais le jour +s’est assombri et voici qu’arrive le soir. Une angoisse soudaine +surprend mon âme, car il me souvient de n’avoir pas encore franchi le +seuil de Ton temple, Maître! Je t’en conjure, sois indulgent à mon +oubli. + +Quand les derniers oiseaux auront regagné leurs asiles nocturnes et que +régnera le silence, appelle-moi. J’irai jusqu’au sanctuaire où, pour +distinguer Ton visage, il me faudra soulever la flamme tremblante de ma +lampe, où pour accorder au Tien mon souffle il me faudra ce docile +roseau. + + + + +XXVIII + + +Viens, mon Amant, dans Ta splendeur prodigue! Bouscule tout sur Ton +passage, et que des torches ardentes se mêlent tumultueusement à travers +les ombres de minuit. Plus de rencontres secrètes parmi des lueurs +incertaines! + +Prends ma main droite. Sauve-moi, Seigneur, des liens médiocres et des +rêves indolents. Et que tous les dormeurs s’éveillent pour me voir dans +mon impuissance triomphante devant Ta majesté muette! + + + + +XXIX + + +Donne-moi le suprême viatique de l’amour--c’est là ma prière--le +viatique qui me permettra de parler, d’agir, de souffrir selon Ta +volonté et d’abandonner toutes choses pour n’en être pas abandonné +moi-même. Fortifie-moi dans les dangers, honore-moi de souffrance, +aide-moi à gravir les chemins difficiles du sacrifice quotidien. + +Donne-moi la suprême confiance de l’amour--c’est là ma prière--cette +confiance dans la vie qui défie la mort, qui change la faiblesse en +puissance, la défaite en victoire. + +Élève-moi, afin que ma dignité, acceptant l’offense, dédaigne de la +rendre. + + + + +XXX + + +Je me sentais las d’avoir marché tout le long le jour. C’est alors que +j’ai tourné la tête vers Ta cour royale encore lointaine. + +La nuit tombait. J’étais hanté de nostalgie. Quelles que fussent les +paroles de mon chant la douleur les traversait--car mes chants eux-mêmes +avaient soif, ô mon Amant, mon Bien-Aimé, mon Préféré! + +Quand l’heure sombra dans l’obscurité Ta main laissa choir le sceptre +pour prendre un luth et en pincer les cordes; et mon cœur palpitait, ô +mon Amant, mon Bien-Aimé, mon Préféré! + +Mais quels sont les bras qui m’enlacent? J’abandonnerai ce que je dois +abandonner; ce que je dois porter je le porterai. Qu’on me laisse +seulement marcher près de Toi, ô mon Amant, mon Bien-Aimé, mon Préféré! + +Descends parfois de Ton trône et viens te mêler à nos plaisirs comme à +nos douleurs; cache-Toi dans toutes les formes, dans toutes les +jouissances, dans l’amour et dans mon âme--et là, chante! O mon Amant, +mon Bien-Aimé, mon Préféré! + + + + +TABLE + + + L’ÉCHO DES HARMONIES + + Vous glissez dans l’ombre 11 + La finissante journée s’embuait 13 + D’où vient ton inquiétude 15 + J’ai mis une robe nouvelle aujourd’hui 17 + A toi je me suis entièrement donnée 19 + Ne te soucie pas de son cœur 21 + Dans une heure d’inconscience 23 + O que je sois pourvu d’un secret 25 + Il me souvient du jour 27 + Mes chants sont des abeilles 29 + Que faisiez-vous de vos chants 30 + Parce que l’air s’attendrit du parfum 31 + Des amants s’approchent de vous 33 + Vous m’avez magnifié selon votre amour 35 + Cette nuit j’ai composé une chanson 37 + J’ai désiré tracer les mots de l’amour 39 + Posez là votre lyre 41 + Cette nostalgie des jeux de l’Amour 43 + Moi, l’oiseau prisonnier 44 + Je crois t’avoir aperçue en songe 45 + Je suis pour toi comme la nuit 47 + Nous sommes venus ici tous les deux 49 + Entre tant de jours vous avez choisi celui-ci 51 + Jadis, chaque matin 53 + Des paroles vagues m’obsèdent 55 + Je suis heureux que votre regard 57 + Notre destin voyage 59 + Le murmure magique du printemps 61 + Je suis la barque 63 + J’ai rencontré de nombreuses vierges 64 + + MADÂNA 69 + OURVASHI 77 + + + L’ÂME DES PAYSAGES + + Si j’avais vécu dans Ujjain 85 + Mon cœur est une flûte dont a joué mon amant 88 + Vous êtes à l’infini variée dans l’exubérance de l’univers 89 + Quand le destin nous devient avare 91 + Tu te donnes à moi comme une fleur 93 + O Sakhi, ma peine est sans bornes 95 + Je vous tiendrai caché dans mes yeux 97 + Je me sens mêlée à la poussière 99 + Heureux fut mon réveil 101 + Lorsque je t’ai rencontré 103 + Je me suis arrêtée au bord de la route 105 + Par votre haleine je m’exhale 107 + Cède, ô bourgeon, cède! 108 + Amant téméraire de la nature 109 + Le bac glisse entre les deux villages 111 + Quand, pareil à une épée luisante 113 + Mes yeux ne voient que la terre 115 + En amour le but n’est pas douleur 117 + Mon hôte a d’étranges façons 119 + Dès l’enfance du monde 121 + Un martin-pêcheur s’est posé 123 + Le soir me fait signe 125 + Mes yeux reçoivent la quiétude 127 + Que de fois, vaste Terre 129 + Avec des adolescents 131 + Je ne réclame nul salaire 133 + Il me semble ce soir, mon amie 135 + C’est au déclin du jour que je l’interrogeai 137 + Je songe en voyant vos deux pieds 139 + Ce paysage 141 + + BANDI MATARAM 143 + RETOUR 149 + + + PÉTALES SUR LA CENDRE + + Je me suis réveillé ce matin-là 157 + Amour, tu as coloré mes pensées 160 + L’heure s’obscurcit 161 + Tu désirais mon amour 163 + Pour une fois, voyageur 165 + Nous étions ensemble 167 + Ne reste pas devant ma demeure 169 + Je sais qu’elle fut l’étoile 171 + J’allais la quitter 173 + Derrière le grillage rouillé 175 + Nul n’accoste à cette rive 177 + Naguère, durant les languides heures de Mars 179 + Votre pensée m’accompagne sans cesse 181 + Elle a vers moi tourné 183 + Elle m’a quitté à l’heure 185 + Le nom qu’elle avait coutume de me donner 187 + Quand nous nous sommes 189 + Vous vous êtes baignée dans la sombre mer 191 + Sans doute m’arrêterai-je interdit 193 + La rivière est glauque 195 + Mon cœur laissera 197 + Avec vous sont parties 199 + Révèle toi 201 + Comme le pitoyable crépuscule 203 + C’est dans un sentier 204 + --Messager, le matin t’amena 207 + J’ai passé des heures bruyantes 209 + Viens, mon Amant 211 + Donne-moi le suprême viatique 213 + Je me sentais las d’avoir marché 215 + + +ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 30 MAI 1922 PAR L’IMPRIMERIE SAINTE-CATHERINE A +BRUGES-BELGIQUE. + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77770 *** |
