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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 ***
+
+
+
+
+
+ APHRODISIAQUE
+ EXTERNE,
+
+ OU
+ TRAITÉ DU FOUET,
+ ET DE SES EFFETS SUR LE
+ PHYSIQUE DE L’AMOUR.
+
+ Ouvrage médico-philosophique, suivi
+ d’une dissertation sur tous les moyens
+ capables d’exciter aux plaisirs de
+ l’amour.
+
+ PAR D***** MÉDECIN.
+
+ Delicias pariunt veneri crudelia flagra;
+ Dum nocet, illa juvat, dum juvat, ecce nocet.
+ Meibomius, _de flagrorum usu in re veneria_.
+
+ 1788.
+
+
+
+
+DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
+
+
+J’ai longtems balancé avant que de me déterminer à publier cet ouvrage;
+mais quelque singulier[1] qu’il paroisse à beaucoup de personnes, j’ai
+jugé qu’il feroit toujours plus de bien que de mal, & qu’on me
+pardonneroit de m’y être quelquefois servi d’expressions un peu libres
+en faveur des vérités importantes que j’ose annoncer.
+
+ [1] _Singulier_... Mes censeurs ne se serviront pas de ce terme pour
+ désigner mon livre; les prudes diront, quelle horreur! les dévots
+ crieront à l’impiété... la populace de règ.. de pr. de mo. fera
+ grand bacanal... enfin, que sais-je, chacun déraisonnera de son
+ côté; il n’y aura que quelques gens raisonnables qui diront que j’ai
+ raison, encore n’oseront-ils pas le dire tout haut.
+
+Quoique persuadé de l’utilité de mes réflexions, j’ai cependant cru
+devoir garder l’anonime. Je n’ignore pas qu’il y a des erreurs qu’il est
+très-dangereux de combattre, & qu’il ne seroit pas toujours prudent
+d’attaquer tous ceux qui s’y livrent. Si mon ouvrage est condamné, je
+m’en consolerai d’autant plus facilement que je n’ai eu, en l’écrivant,
+que l’intention d’être utile: mais si je voyois une cabale injuste &
+puissante, ne pas se contenter d’en faire griller les exemplaires, &
+poursuivre quelque innocent écrivain; j’atteste que je ne balancerois
+pas de me nommer. Je le répete, ce n’est pas à dessein qu’on persécute
+quelqu’un à ma place que je tais mon nom.
+
+La matiere que je traite n’est pas entierement neuve; _J. Henri
+Meibomius_[2] nous a laissé un traité intitulé _de flagrorum usu in re
+veneria_: mais ce traité est peu connu, & l’auteur n’y est pas entré
+dans tous les détails qui ont rapport à cet objet; il a seulement voulu
+rendre raison de l’effet que le fouet peut produire sur le physique de
+l’amour. J’ai consulté cet écrivain sans le suivre, & j’ai joint de
+nouvelles réflexions à celles de ce savant médecin.
+
+ [2] Il y a eu trois auteurs qui ont porté le nom de _Meibomius_.
+ L’auteur de la dissertation que je viens de citer, fut professeur en
+ médecine à _Helmstadt_, ensuite premier médecin de _Lubek_; il a
+ publié plusieurs autres ouvrages, & vivoit dans le commencement du
+ siecle dernier.
+
+Pour mettre de l’ordre dans la variété des objets que je vais présenter,
+il est indispensable de diviser mon ouvrage en différens chapitres; mais
+je préviens le lecteur qu’il ne devra me juger qu’après avoir parcouru
+tout le livre; en ne lisant qu’un chapitre isolé, l’auteur ne seroit à
+ses yeux qu’un écrivain scandaleux. Que l’on parcoure le tout, on verra
+si j’ai eu tort d’avancer que je n’ai d’autre but que celui d’être
+utile.
+
+Je parlerai dans le premier chapitre, de l’effet des flagellations sur
+le physique de l’amour.
+
+On expliquera, dans le second, pourquoi & comment le fouet produit cet
+effet.
+
+Le troisieme démontrera de singulieres erreurs.
+
+On trouvera dans le quatrieme chapitre, des raisons bien puissantes pour
+changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la jeunesse.
+
+La conclusion sera enfin, le résumé de tout ce qu’on aura dit, pour en
+faire ensuite une juste application; & j’y prouverai comment des abus
+qui ne paroissent rien en eux-mêmes, influent sur la santé & les
+bonnes-mœurs.
+
+Mais, dira-t-on, comment un médecin a-t-il pu s’occuper d’un ouvrage de
+cette nature?... Eh! qui voudroit-on qui s’élevât contre des erreurs
+préjudiciables à la santé! De qui le Public est-il en droit d’attendre
+des notions sur ce qui peut lui nuire, si ce n’est d’un médecin?
+
+On me reprochera sans doute, d’avoir écrit mes réflexions en langue
+vulgaire... Y auroit-il, par hazard, des mots qui deviennent obscènes
+dès qu’on les prononce en françois? Si cela étoit, il faudroit renoncer
+à ce langage, qui sera bientôt celui du monde entier, & même le
+défendre, puisqu’il ne peut dire le nom de certaines choses sans
+allarmer la pudeur. Pauvres esprits que nous sommes! où plaçons-nous la
+délicatesse? & pourquoi faut-il qu’un médecin soit forcé de faire tant
+de questions, pour demander à une prude si elle est bien ou mal
+_réglée_? Quelques ecclésiastiques ne sont pas si scrupuleux, lorsqu’ils
+ont une jeune fille à leur confessionnal, ils parlent de tout... ils
+interrogent sur tout... on répond à tout... c’est presque le seul
+endroit où la langue ne soit jamais obscene.
+
+Je pense que chaque chose doit porter son nom, que l’on peut & que l’on
+doit le proférer sans faire rougir personne. J’ai vu dans une de nos
+grandes villes, des imbécilles qui avoient sait une société de
+savantes[3]; elles commencerent entre elles un cours d’anatomie; lorsque
+le démonstrateur en vint aux parties de la génération, elles planterent
+là la leçon, & s’enfuirent en se couvrant le visage; ces dames
+trouverent très-indécent qu’il fût question de ces _bêtises_ dans des
+démonstrations anatomiques. Je dispense les êtres de cette nature de
+porter leurs chastes regards sur mon ouvrage.
+
+ [3] Il en est, par fois, des sciences comme des habits, elles sont
+ aussi sujettes à _la mode_. Tantôt nos élégantes Parisiennes sont
+ chimistes, tantôt botanistes; l’invention des globes les avoit même
+ rendues physiciennes, astrologues, mathématiciennes; elles sont
+ toujours tout, hormis ce qu’elles devroient être.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+Du fouet & de ses effets sur le physique de l’amour.
+
+
+L’amour étant nécessaire pour la propagation de l’espece, il falloit que
+cette passion fût profondément enracinée dans le cœur de l’homme, que la
+nature nous en fît un besoin, & qu’elle y attachât la plus grande
+jouissance. Les plaisirs que procure l’amour sont les plus vif que l’on
+puisse goûter, aussi leur donne-t-on le nom de volupté; il est
+impossible de les avoir connus sans les rechercher de nouveau, & l’on en
+jouit aujourd’hui sans préjudice pour les désirs du lendemain.
+Cependant, quelque nécessaire que soit le sentiment de l’amour, il ne
+peut & ne doit faire notre bonheur qu’en s’y livrant avec modération;
+car tout ce qu’on donne au corps au-delà de ses besoins l’affoiblit, &
+l’on trouve toutes sortes de maux dans le sein même de la volupté.
+
+On est plus ou moins emporté par la violence de cette passion, suivant
+sa bonne ou mauvaise constitution; ceux qui sont d’un tempérament
+sanguin ont les passions plus vives que les pituiteux. Le docteur
+_Venette_ parle de la femme d’un Catalan, qui un jour fut obligée de
+s’aller jetter aux pieds du roi, pour implorer son secours sur
+l’excessive vigueur de son mari, qui, à ce qu’elle dit, _lui ôteroit
+bientôt la vie, si l’on n’y mettoit ordre_. Le roi fit venir ce mari
+pour savoir la vérité; il avoua avec franchise, que chaque nuit étoit
+marquée par dix triomphes; sur quoi le roi lui défendit par arrêt, _sur
+peine de la vie_, de s’abandonner plus de six fois à la violence de ses
+transports, de peur que par l’excès de ses embrassemens, il n’accablât
+son épouse. Cet arrêt est fort singulier, mais il faut avouer qu’il est
+bien rare que les souverains soient dans le cas d’en porter de
+semblables.
+
+Quel que soit le tempérament qu’on ait reçu de la nature, on ne sauroit
+être _homme_ longtems, si l’on céde de bonne heure à l’empire de ses
+passions; c’est par cette raison que nos débauchés de Paris sont vieux à
+trente ans & décrépits à quarante. Lorsqu’on a abusé de son existence,
+si les désirs s’étoient anéantis comme les forces, ce ne seroit alors
+qu’un demi-mal; mais les êtres exténués ne sont que plus avides de ces
+plaisirs qu’une femme peut leur permettre, sans qu’il soit pourtant en
+son pouvoir de les leur faire goûter; l’impuissance irrite alors les
+désirs, & l’on ne se lasse pas d’importuner la nature.
+
+L’acte vénérien, quoiqu’en lui-même salutaire[4], devient le principe de
+mille maux, par l’abus que quelques femmes en font; ensorte que la
+source des plaisirs & de la vie se change souvent en une source de
+douleurs. Loin d’attendre que le physique parle, on se hâte de
+l’exciter; & quels sont les moyens dont le libertinage ne se sert pas
+dans ce cas! On a d’abord cherché dans les aliments ceux qui seroient
+les plus échauffants de leur nature; on a ouvert les pharmacopées pour
+faire usage des cordiaux, des irritants & des aphrodisiaques; quelques
+médecins ont eu même assez peu de délicatesse, pour donner des conseils
+dans de semblables occasions[5].
+
+ [4] Il n’y a que l’abus des plaisirs de l’amour qui puisse nuire; car
+ le célibat comporte souvent avec lui des inconvéniens qui ne le
+ cédent en rien à ceux qui résultent d’avoir trop sacrifié à Vénus.
+
+ [5] Un médecin ne doit pas toujours garder le silence sur cette
+ matiere; lorsqu’il arrive, par exemple, que la froideur conjugale
+ cause des désordres dans le ménage, je pense qu’il peut employer
+ quelques secours pour y maintenir l’union & la paix.
+
+Les femmes n’ont rien oublié de leur côté pour s’attirer des hommages;
+elles ont embelli tout ce qui peut décemment se montrer, & se sont
+vêtues de telle maniere, que ce qui se voit suffit pour donner une idée
+des charmes cachés. Cela suffiroit sans doute; mais l’art de la volupté
+devoit pousser ses recherches plus loin.
+
+Vénus eut bientôt des prêtresses qui se dévouerent entierement à
+l’amour; la délicatesse fut bannie des temples que vint élever le
+plaisir; & tout le culte s’y réduisoit à chercher des ressources pour
+faire renaître le moment de la jouissance. Nos _couvents de
+courtisannes_ sont les restes de ces monumens antiques, mais ils n’en
+sont pas moins courus, ni moins élégants. Ce n’est que là que le vieux
+financier peut, à force d’or, se rappeller, par intervalle, de son
+antique existence: l’époux, que glace la décence & la monotonie de sa
+femme, vient y chercher des plaisirs qu’il n’ose exiger que là: le
+célibataire, qui a des raisons pour qu’on le croie tel, se glisse en
+secret dans les temples de ce genre, il y trouve les moyens de se
+débarrasser de son superflu[6], & de se parer en Public de tous les
+dehors de la chasteté & de l’abstinence.
+
+ [6] Les plaisirs de l’amour sont un besoin pour les deux sexes. Cela
+ étant, comment ose-t-on faire vœu de célibat, ou plutôt, comment
+ permet-on à quelqu’un de le faire? L’exemple journalier ne
+ prouve-t-il pas que ces malheureux manqueront de parole? quand ils
+ sont pris sur le fait, ils croient s’excuser en disant qu’ils sont
+ _hommes & faits de chair & d’os comme nous_; cela ne prouve rien,
+ sinon qu’ils ont tort de ne violer le vœu qu’en secret. Que ces
+ célibataires élevent une voix commune contre un état qui n’est pas
+ dans la nature! Qu’ils rompent d’accord entre eux & la raison, ce
+ lien qui les rend à charge à la société! alors il leur sera permis
+ de connoître tous les charmes attachés à l’existence de l’homme; &
+ les ménages de leurs voisins seront en même tems plus tranquilles.
+
+Les filles de joie sont-elles un mal nécessaire? doit-on le tolérer, ou
+l’empêcher? Ce n’est pas ici le lieu d’agiter cette question, qu’il me
+soit seulement permis de dire qu’il y a beaucoup d’hommes qui en ont
+besoin.
+
+Comme les temples de _Vénus_ ne peuvent se soutenir que par les plaisirs
+qu’on y trouve, il a fallu que les prêtresses de cette divinité
+portassent toute leur attention de ce côté; il est enfin nécessaire que
+la volupté soit leur unique étude... parures riches & légeres...
+vêtemens dégagés & ambrés... sourire engageant... démarche
+voluptueuse... appartemens élégans... tableaux lascifs... bibliotheque
+choisie... &c. &c. rien de ce qui peut tenter n’est oublié; les
+courtisannes ont mille manieres d’exciter l’_acte_ toujours désiré.
+Cependant, à force d’user de ces moyens sans cesse répétés sur un même
+individu, la nature refuse enfin de se prêter aux efforts ordinaires; on
+est forcé d’en employer de nouveaux. L’aspect d’une belle gorge, d’une
+jolie jambe, de quelque chose de plus encore, étant inutile; une main
+gentille, adroite, & légere n’ayant plus aucun pouvoir sur...
+
+ Ce surplus, ce reste de machine,
+ Bout de lacet aux hommes excédant;
+ _la Fontaine, contes_.
+
+on a tenté des épreuves extraordinaires; &, comme j’ai dit que la
+délicatesse a été bannie de ces endroits, on n’a pas eu de violence à se
+faire pour se déterminer à les proposer & à s’y soumettre.
+
+C’est dans les tourmens qu’on a cherché des ressorts pour procurer les
+plaisirs de l’amour. On se sert des flagellations, afin d’opérer ce que
+peut seul l’aspect d’une belle femme sur un homme bien constitué. Ce
+moyen n’est point une invention moderne, & ne prouve pas (comme le
+pensent quelques admirateurs de l’antiquité) que les mœurs sont plus
+dépravées que dans les siecles passés.
+
+L’amour, qui fut de tout tems l’excitatif de tous les êtres, eut
+toujours ses vertus & ses vices. Si cette passion[7] n’est pas aussi
+ancienne que le monde, elle a au moins, quelques jours de plus que la
+découverte du _péché originel_. Les brosses à frictions, les verges, les
+martinets, dont se servoient jadis les prostituées de Babylone, de Tyr,
+d’Athenes, & de l’ancienne Rome, n’étoient peut-être pas aussi élégantes
+que le sont maintenant ceux de nos filles de Paris, de Londres, de
+Naples, & de Venise. Mais on s’en servoit pour le même usage, & le
+libertinage étoit alors au même point.
+
+ [7] Il n’est pas possible qu’on ait, de tout tems, regardé l’amour
+ comme une passion criminelle en elle-même. Je suis même sûr que les
+ sauvages ne croient faire aucun mal en s’y livrant: hélas! ces
+ ignorans n’ont encore aucune notion d’une certaine théologie qui
+ existe.
+
+Nous lisons, dans des auteurs très-anciens, les histoires de plusieurs
+hommes qui ne pouvoient se rendre propres au coït qu’après avoir été
+battus de verges, & même jusqu’à effusion de sang. Voici ce qu’écrivit,
+il y a plus de deux siecles, _Jean Pic_, prince de la Mirandole[8], au
+sujet d’une personne qu’il connoissoit très-particulierement. «Il
+existe, dit-il, un homme d’une paillardise tellement désordonnée, qu’il
+ne peut se livrer à l’acte vénérien qu’après avoir été bien flagellé; ce
+qu’il y a de singulier, c’est que le cruel préliminaire dont il ne
+pourroit se passer, ne le rend pas moins avide des plaisirs de l’amour.
+Lorsqu’il se rend chez une fille de joie, il lui remet un fouet qu’il a
+tenu pendant vingt-quatre heures dans le vinaigre pour l’endurcir par le
+moyen de cette infusion. La premiere faveur qu’il lui demande, est
+qu’elle veuille bien ne pas le ménager. La femme frappe, le sang coule,
+& la victime s’enflamme: ce misérable passe au même instant de la
+douleur à la volupté. Se peut-il, ajoute le même écrivain, qu’un homme
+recherche & trouve les plaisirs de l’amour dans les flagellations les
+plus cruelles?»
+
+ [8] _Jean Pic_ vivoit dans le quatorzieme siecle; ce prince renonça à
+ sa principauté pour se livrer entierement à l’étude. On prétend
+ qu’il savoit vingt-deux langues à l’âge de dix-huit ans; il proposa
+ à vingt-trois de soutenir des thèses sur tous les objets des
+ sciences, sans en excepter une seule. On a de lui plusieurs ouvrages
+ écrits avec élégance & facilité. Il mourut à Florence en 1494, âgé
+ de trente-deux ans.
+
+_Thomas Campanella_[9] nous a laissé dans un de ses écrits, des
+observations de ce genre. _Cælius Rhodiginus_ fait aussi mention d’un
+fait semblable: «il est mort, dit-il, depuis quelques années, un homme
+qui avoit une singuliere passion: son physique étoit tellement détruit,
+qu’il ne pouvoit y rappeller les feux de l’amour, qu’après avoir été
+bien fustigé. Lorsqu’il étoit auprès d’une femme, on ne savoit s’il
+désiroit le fouet ou le coït; car la premiere faveur qu’il demandoit, ou
+plutôt la seule grace qu’il imploroit, étoit qu’elle voulût bien le
+battre de verges; & ce n’est que dans le supplice que ses sens émus
+pouvoient se livrer, & connoître les plaisirs de Vénus.»
+
+ [9] Les infortunes de _Thomas Campanella_ prouvent que les gens
+ d’église sont ordinairement de cruels ennemis: lorsque ces _Basiles_
+ en veulent à un homme de lettres, ils le persécutent, calomnient sur
+ son compte, l’accusent, le perdent ou le font assassiner.
+ _Campanella_ étoit dominicain; encore jeune, il osa dans une dispute
+ publique convaincre d’ignorance un vieux professeur de son ordre; ce
+ dernier ne tarda pas de l’en punir; il l’accusa d’avoir voulu livrer
+ la ville de Naples aux ennemis de l’Etat, &, ce qui n’est pas moins
+ grave, d’être un hérétique. La calomnie réussit à merveille, car
+ _Campanella_ fut traîné dans une prison où il resta vingt-sept ans:
+ on dit qu’il y essuya, jusqu’à sept fois, la question pendant
+ quarante heures de suite. Il fut enfin libre, & vint à Paris, où il
+ fut protégé par le cardinal de Richelieu.
+
+On lit de semblables histoires dans les plus anciens ouvrages de
+médecine, de même que dans les livres de droit. _André Tiraqueau_[10] en
+cite dans son _traité des loix du mariage_[11].
+
+ [10] _André Tiraqueau_ étoit conseiller au parlement de Paris;
+ _François_ premier & _Henri_ deux se servirent de lui dans plusieurs
+ affaires très-intéressantes. Ses occupations ne l’empêcherent point
+ de donner au Public un grand nombre de savans ouvrages. Il eut près
+ de trente enfans; l’on disoit de lui qu’il donnoit tous les ans à
+ l’état, un enfant & un livre.
+
+ [11] Si je m’étends un peu dans mes citations, c’est pour prouver que
+ je ne suis pas le premier qui ait osé parler de l’effet que le fouet
+ produit sur le physique de l’amour: on voit par là qu’un écrivain
+ peut traiter cette matiere sans être ni grossier, ni scandaleux.
+
+Sans chercher de tels exemples chez les anciens, nous en trouvons
+suffisamment parmi nous. Il y a quelques années qu’une femme fut accusée
+d’adultere par son mari; les témoins déposerent; le fait fut prouvé[12];
+& la coupable alloit être condamnée, lorsqu’elle trouva les moyens de se
+justifier, en disant qu’on devoit légalement lui pardonner ses
+foiblesses, puisqu’elle avoit pour époux un malheureux qui ne pouvoit
+payer les tributs de l’hymen, que lorsqu’elle avoit consenti à lui
+_donner le fouet_ jusqu’au sang. Elle ajouta que, si cette manœuvre
+odieuse échauffoit son mari, elle ne servoit de son côté qu’à lui faire
+détester les embrassements qui en étoient la suite, & qu’il n’étoit pas
+surprenant qu’elle eût succombé à la tentation.
+
+ [12] L’adultere fut jadis un crime qu’on punissoit de la mort la plus
+ cruelle. Les loix sont toujours fortes dans ce cas: mais ces procès
+ ne vont pas si vite aujourd’hui; le mari accuse sa femme, qui se
+ défend en badinant sur la chose; les Scribes, les Clercs, les
+ Procureurs, les Greffiers, les Avocats, les Rapporteurs, les petits
+ Juges, les grands Juges, &c. tout le monde en rit. La fin de tout
+ cela est, qu’après l’arrêt la femme est souvent innocente, tandis
+ que le mari est toujours cocu.
+
+Promenons-nous un instant dans ces maisons où _se vend le plaisir_;
+c’est là que nous serons convaincus qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont
+recours aux flagellations pour se disposer à livrer bataille à l’amour.
+Entrons dans les temples de Vénus, nous verrons des lambeaux de verges
+encore épars à l’entour de l’autel des sacrifices. Interrogez la déesse
+à ce sujet, elle aura bientôt satisfait votre curiosité; elle vous
+montrera d’abord une petite poignée de verges qui est toujours attachée
+par un ruban des plus à la mode; elle passera ensuite au _martinet_ dont
+le bout de chaque cordon est garni d’une pointe d’or ou d’argent, & dont
+le manche qui est de bois de rose[13], est entouré d’une garniture
+élégante & recherchée. Si vous lui demandez, comme le feroit un pauvre
+Provincial, à quoi servent ces petites armes; elle prendra, pour vous
+répondre, le ton le plus enfantin, & vous dira en minaudant avec la
+verge, que c’est, si vous le voulez, pour vous _donner du plaisir_. Il
+n’y a aucune prostituée qui ne propose au chasseur qui la poursuit, de
+passer promptement à cette ressource, comme étant le préliminaire le
+plus infaillible, même pour un petit colet de soixante & dix ans. J’ai
+été Je témoin d’une scene bien singuliere, & qui ne prouve que trop que
+l’amour l’emporte le plus souvent sur la plus forte raison. Etant à
+Paris, je fus appellé dans un des serrails de la rue S. Honoré, pour
+donner des soins[14] à une courtisanne à laquelle venoit d’échoir un
+petit lot en courant les hazards de l’amour. J’étois dans la cellule de
+la malade, lorsque j’entendis, dans la chambre voisine, la voix d’une
+femme qui sembloit être fort en colere, & qui avoit le ton le plus
+menaçant. La personne avec laquelle j’étois, ne me donna pas le tems de
+l’interroger sur ce qui se passoit près de nous; me priant à voix basse
+de garder le silence, elle souleva fort doucement un des coins de la
+tapisserie, & me plaça vis-à-vis d’une petite ouverture, par le moyen de
+laquelle j’assistai au spectacle le plus plaisant, & en même tems le
+plus ridicule. Voici comme se passoit cette scene qui, me dit-on, se
+jouoit deux fois par semaine. La principale actrice étoit une brune
+assez jolie qui n’étoit vêtue qu’en partie, c’est-à-dire qu’elle
+montroit la gorge, les cuisses & les fesses. Les autres rôles étoient
+remplis par quatre vieillards à grande perruque, dont le costume,
+l’attitude & les grimaces m’obligeoient à chaque instant à me mordre les
+lèvres pour ne pas partir d’un éclat de rire. Ces libertins surannés
+jouoient, comme font quelquefois les enfans entr’eux, au jeu du _maître
+d’école_. La fille, sa poignée de verges à la main, leur administroit
+tour-à-tour la petite correction; le plus châtié étoit celui qui avoit
+l’organisation la plus tardive. Les patients baisoient les fesses de la
+maîtresse, pendant que son beau bras se fatiguoit sur leur cuir
+impudique; & la comédie ne finissoit que lorsqu’on étoit las de fatiguer
+la nature la plus apauvrie. Après que chacun se fut retiré, je quittai
+mon poste sans pouvoir me convaincre de la réalité des choses dont je
+venois d’être le témoin. Ma malade me plaisanta beaucoup sur ma
+surprise, & me raconta plusieurs faits encore plus ridicules qui se
+passoient tous les jours dans leur couvent. Nous avons, me dit-elle, la
+pratique des êtres les plus importants de Paris; elle ajouta qu’elles
+avoient entre elles l’honneur de donner le fouët à tout ce qu’il y avoit
+de mieux dans le clergé, la robe & la finance.
+
+ [13] Telle est la manie du luxe... comment, dira-t-on, sont décorés
+ les _fouets_ dont se servent les filles de la derniere classe? Je
+ crois que ces instruments sont inconnus dans leurs atteliers. Le
+ charbonnier & le porteur de la hâle ne vont chez les belles du
+ port-au-bled, de la rue Jean S. Denis, &c., que lorsqu’ils meurent
+ de plénitude; ces rustres ne sont pas comme nos petits maîtres; ils
+ attendent bonnement le besoin, sans chercher à provoquer l’appétit.
+
+ [14] Les _filles_ de Paris sont tolérées par le gouvernement; elles ne
+ sont donc pas indignes de l’attention publique; il arrive pourtant
+ que, lorsqu’elles sont malades, elles ne savent gueres à qui
+ s’adresser. Les docteurs de la faculté du fauxbourg S. Jacques ne
+ vont jamais chez ces malheureuses en qualité de médecins, parce que
+ ces messieurs à triple & triple perruque ne prennent pas moins d’un
+ louis par visite. Les savants de la société de médecine voudroient
+ bien y pénétrer en qualité de guérisseurs; mais chacun s’en méfie,
+ parce qu’on sait qu’ils ne vont chez le pauvre que pour essayer des
+ pilules qui leur sont proposées par des charlatans curieux d’acheter
+ un _brevet_. Quels secours reste-t-il donc à ces infortunées?
+ Lorsqu’elles ne trouvent pas quelques étrangers honnêtes, quelques
+ médecins qui ne sont à Paris que pour y manger de l’argent, (un
+ docteur médecin de Paris ne donne que le titre d’écoliers aux
+ docteurs d’Edimbourg, de Vienne, de Turin, &c.): elles sont forcées
+ de se livrer à la pratique ignorante & meurtriere d’un _carabin_, ou
+ d’aller finir leurs misérables jours dans les tortures de _Bicêtre_.
+
+Il seroit inutile de rapporter d’autres faits pour prouver que plusieurs
+personnes ont recours aux flagellations pour se rendre propres au coït.
+On n’a, comme je l’ai dit, qu’à interroger toutes les filles de joie,
+pour se convaincre de cette malheureuse vérité. Il me reste maintenant à
+démontrer comment & pourquoi le fouët produit un tel effet sur le
+physique; cet examen nous conduira à découvrir des abus qu’il est
+important de détruire.
+
+Lecteurs honnêtes, & délicats! vous, dont les oreilles ne se permirent
+jamais d’entendre aucun mot libre, ni aucune phrase licentieuse, ayez le
+courage de m’écouter! je parle pour vous instruire, & non pour vous
+corrompre. Je dévoile des erreurs qui subsisteront pendant qu’on aura la
+foiblesse de les tenir secrettes. Les mœurs[15] exigent qu’un citoyen
+zélé ne cache aucun crime à la loi, afin qu’elle puisse le punir: si le
+délateur peut quelquefois paroître scandaleux dans l’accusation qu’il en
+détaille, cette faute légere est bientôt effacée par la destruction du
+crime & du coupable.
+
+ [15] _Les mœurs_... Voilà, diront les gens comme il faut, un mot bien
+ vague; qu’entend-on par les bonnes mœurs?... Il y a bien des hommes
+ du bon ton à qui l’on pourroit répondre qu’on entend par bonnes
+ mœurs, les vertus dont ils n’ont jamais fait grand cas, & qu’ils
+ exigent toujours dans leurs valets.
+
+
+
+
+CHAPITRE II
+
+Des causes par lesquelles les flagellations excitent à l’amour.
+
+
+Puisqu’on ne peut révoquer en doute ce que j’ai avancé dans le chapitre
+précédent, il me reste à chercher la cause de tels désordres. _J. Pic de
+la Mirandole_ dit que les astrologues ne sont pas embarrassés pour
+expliquer de pareils phénomenes; ils ne les attribuent qu’aux astres & à
+leur influence secrette, «ils assurent que _Vénus_ donne telle ou telle
+espece de passion au nouveau né, suivant la position où se trouve cette
+planette au moment de la naissance». _Junctin_, qui a beaucoup écrit &
+déraisonné sur l’astrologie[16] est de ce sentiment que _Jean Pic_ a
+combattu avec raison.
+
+ [16] _Junctin_ assuroit qu’il lisoit clairement l’avenir dans le
+ firmament: cet extravagant étoit moine, & conséquemment fort ignare.
+ Il fut accablé sous les ruines de sa bibliotheque, quoiqu’il eût vu
+ dans les astres qu’il mourroit d’un autre genre de mort. Ce n’est
+ pas le seul astrologue qui se soit trompé sur le même sujet.
+
+Le prince _de la Mirandole_ croit que la triste nécessité où sont
+quelques personnes de recevoir le fouët pour les rendre propres au coït,
+leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire que c’est un effet de
+l’habitude; & voici sur quel fondement il appuye son opinion;
+«connoissant, dit-il, un malheureux qui ne pouvoit se livrer aux
+plaisirs de l’amour, sans avoir été préalablement bien fustigé, je
+cherchai à en pénétrer la cause. Après différentes conversations que
+j’eus avec lui, il m’apprit qu’il avoit été élevé dans une pension où
+ses petits compagnons ne s’amusoient qu’à se fouetter alternativement;
+que ce jeu étoit une jouissance pour eux, & que cette jouissance s’étoit
+depuis lors changée en habitude».
+
+_Cælius Rhodiginus_, dont je vais rapporter les propres paroles, étoit
+du même sentiment que _Pic_; «ayant entendu dire qu’une personne de ma
+connoissance ne se livroit à l’acte vénérien qu’après avoir reçu le
+fouët, je voulus étudier la cause de cette passion contre nature.
+J’interrogeai cet homme singulier, qui m’assura qu’il avoit pris cette
+habitude dans son enfance, qu’il connoissoit toute l’horreur de ses
+procédés, mais qu’il ne pouvoit se montrer homme qu’en recourant à cette
+vile ressource».
+
+Je suis loin de nier que l’habitude ne devienne souvent une seconde
+nature[17]: _Aristote_ l’a prouvé trop éloquemment dans ses écrits.
+_Galien_ & plusieurs autres grands médecins n’ont pas douté du pouvoir &
+de la force de l’habitude. _Ennius_ l’a bien peint dans ces deux vers:
+
+ Usus longus mos est, ac meditatio crebra;
+ Hunc tandem affero naturam mortalibus esse.
+
+ [17] Cela n’arrive que trop: mais ceux qui veillent à l’éducation de
+ la jeunesse s’en occupent-ils sérieusement? C’est ce que
+ j’examinerai plus au long dans le IV. chapitre.
+
+Quelle que soit la force d’une habitude contractée depuis l’enfance, on
+ne sauroit toujours trouver en elle la cause qui force certains
+individus à se soumettre au fouët pour se livrer au coït. La cause
+éloignée de ces désordres est quelquefois l’effet d’une éducation
+vicieuse; mais il s’agit maintenant d’en rechercher la cause prochaine,
+& c’est ce qu’on ne peut faire qu’à l’aide du flambeau de la physiologie
+& de l’anatomie.
+
+Il faut d’abord observer que les flagellations réchauffent la partie
+qu’on soumet à l’opération, & qu’elles y attirent le sang en quantité.
+Quelques médecins faisoient battre de verges une partie, lorsque le
+sentiment venoit de s’y éteindre. Cette pratique subsiste encore en
+partie, car on fouette avec une poignée d’orties piquantes, la partie où
+il est nécessaire de rappeller la chaleur. Les frictions avec les
+brosses ou la flanelle, font à la longue ce que feroient les
+flagellations qu’on n’ordonne plus, vu la délicatesse des malades[18].
+
+ [18] Il y a certainement quelques cas où les flagellations seroient
+ utiles; mais on y a substitué d’autres moyens non moins capables de
+ rappeller la chaleur, ou de _dériver_ les humeurs; on a les
+ frictions, les fomentations, les ventouses, les sinapismes, le moxa
+ & les vessicatoires. Les flagellations étoient jadis une opération
+ très-commune; c’est de cette pratique que venoit le sot usage où
+ l’on étoit de fustiger les foux. Comme on se figuroit que la démence
+ n’étoit causée que par une trop grande quantité de sang qui se
+ portoit au cerveau, on ne croyoit pouvoir guérir cette maladie qu’en
+ rappellant les humeurs vers les parties inférieures; aussi
+ frappoit-on tous les jours les foux, & les nourrissoit-on au pain &
+ à l’eau: cette pratique barbare étoit dictée par une théorie aveugle
+ plutôt que par la cruauté. C’est peut-être par la même raison qu’on
+ donnoit, il n’y a pas longtems, le fouët aux prisonniers, dans de
+ certaines maisons de correction, chez les Lazaristes, & aux
+ Repenties; (je ne sais si cet usage est entierement aboli de us
+ jours... Il y a encore tant de sottes gens.) On croyoit la tête
+ malade, & on s’imaginoit la guérir par cette humiliante & barbare
+ manœuvre. Mais, dira-t-on, qui osoit présider à des opérations de ce
+ genre? Des bouchers!... Non. C’étoit des prêtres! (Voyez le chap.
+ IV.)
+
+Puisque l’effet des flagellations est de rappeller la chaleur dans une
+partie, il ne sera pas difficile de concevoir par quel mécanisme le
+fouët irrite & éleve le membre viril: examinons la structure de cette
+partie & de celles qui l’environnent.
+
+Ceux qui se font fustiger pour se rendre propres au coït, exigent qu’on
+frappe toujours sur le dos; voyons maintenant comment la chaleur,
+excitée dans cet endroit, passe aux parties de la génération.
+
+On remarquera que les lombes, qui composent la majeure partie du dos,
+sont formés par les vertebres lombaires, sous lesquelles sont placés les
+reins & différens vaisseaux qui communiquent avec les parties de la
+génération. Il est donc constant qu’en échauffant les lombes, cette
+chaleur doit se rendre à la verge dans l’homme, & au vagin dans l’autre
+sexe.
+
+Quoique cela dût suffire pour rendre raison de l’effet du fouët sur le
+physique de l’amour, quelques auteurs ont cherché d’autres preuves pour
+l’expliquer. _Meibomius_, qui pensoit que c’est dans les reins que se
+prépare la semence, n’attribuoit l’effet du fouët qu’à la chaleur qu’il
+produit sur les reins. Ceux qui croyoient avec _Platon_ que la semence
+s’écoule de la moëlle de l’épine, disoient, que les flagellations faites
+sur les lombes devoient provoquer l’écoulement de la semence, &
+conséquemment distendre la verge & l’amplifier.
+
+Les anciennes écritures, soit sacrées, soit profanes, plaçoient la
+faculté de l’acte vénérien dans les lombes. On lit dans la Genèse:
+_reges de lumbis suis egredientur_. On chante dans un pseaume, _lumbi
+mei impleti sunt illusionibus_, ce qui signifie, j’ai été enclin à la
+paillardise[19].
+
+ [19] Les bigots, dont la fausse pudeur s’allarme au moindre mot, me
+ pardonneront peut-être de me servir de tems à autre de phrases un
+ peu libres, puisque je prouve par mes citations que notre église
+ s’en sert aussi. Pour ce qui est des gens instruits, je suis sûr de
+ ne pas les effaroucher par mon stile, n’ont-ils pas lu le _Cantique
+ des Cantiques_? C’est dans ce petit poëme du grand _Sultan Salomon_
+ qu’on trouve des expressions bien délicates: pour attirer nos
+ débauchés & nos élégantes dans les églises, il ne faudroit que le
+ chanter à vêpres, & l’y chanter en langue vulgaire.
+
+_Lumbos præcingere_, _se serrer les reins_, étoit un proverbe, parmi les
+Hébreux, qui signifioit conserver la pudeur & renoncer à l’impureté.
+C’est pourquoi _St. Jérôme_ dit, _conforta lumbos_, _fortifie tes
+reins_. Quand _St. Matthieu_ dit de _St. Jean_, _habuit zonam pelliceam
+circa lumbos_, il veut sans doute vanter sa chasteté. L’église, en
+chantant ce verset, _ure igne flancti spiritus renes nostros, ut tibi
+casto corpore serviamus_, entend bien que les reins sont le premier
+instrument de la concupiscence.
+
+L’opinion où l’on fut toujours, que le bon ou le mauvais état des lombes
+contribue à l’acte vénérien, donna lieu à l’usage de s’entourer les
+reins avec une ceinture, pour marquer qu’on vivoit dans un état de
+chasteté. Les vestales juroient, en plaçant la sainte ceinture, de ne
+jamais la desserrer, c’est-à-dire, de tenir leurs lombes en captivité.
+Nos abbés, nos religieux, nos moines, nos chanoinesses ont conservé la
+mode de se ceindre les reins; mais on est loin de penser aujourd’hui,
+que la ceinture oblige à l’abstinence; il faut qu’on en ait une idée
+bien contraire, puisque toutes les dames ont une ceinture pour se parer.
+
+Les Romains crurent aussi qu’il falloit se serrer les lombes pour
+conserver sa modestie & sa pudeur. N’étoit-on pas en usage de donner une
+ceinture à des candidats, lorsqu’ils recevoient un grade?
+
+_Diane_ fut toujours représentée avec une ceinture. _Vénus_ détacha la
+sienne pour fixer Pâris, & ses deux rivales perdirent le procès.
+
+Il est inutile d’appuyer, par des citations, des faits qui se prouvent
+d’eux-mêmes. On observe qu’en se tenant les reins très-chaudement, on a
+de fréquentes érections; aussi défend-on à ceux qui sont sujets à des
+pollutions nocturnes, de se tenir couchés sur le dos, parce que cette
+position échauffe la moëlle de l’épine, les lombes, les vaisseaux & les
+nerfs qui se rendent aux parties naturelles. Persuadés de cette vérité,
+les médecins faisoient appliquer des topiques très-froids, sur les
+lombes, à ceux qui avoient besoin de rallentir en eux la fureur de
+Vénus. _Pline_ ordonnoit de porter pendant quelque tems des lames de
+plomb sur les reins, pour tempérer l’ardeur des amans. _Galien_
+conseilla aux athlétes d’y appliquer des onguens réfrigérans pour se
+préserver des pollutions nocturnes; ce même docteur remédioit au
+priapisme en faisant continuellement tenir de l’eau froide sur les
+lombes du malade. Cette théorie engagea, dans, la suite, les
+célibataires cloîtrés à jetter dans leur lit des branches d’_agnus
+castus_, & de se coucher dessus pour se préserver des tentations de la
+chair.
+
+La médecine moderne, qui ne voit de bons remedes que dans ce qu’on avale
+en potions ou en pillules, n’est pas tout-à-fait de l’avis des anciens;
+elle ne fait appliquer aucun topique sur les lombes pour rafraîchir ou
+échauffer _Vénus_. Je pense cependant qu’il peut y en avoir d’utiles
+dans l’un & l’autre cas, comme on le verra à la suite de ce petit
+ouvrage, dans une dissertation sur tous les moyens qu’on peut employer
+pour appaiser l’amour ou lui prêter des forces.
+
+En voilà, je pense, suffisamment pour expliquer comment les
+flagellations, faites sur le dos, produisent l’érection du membre viril,
+& rendent un libertin épuisé capable de soutenir les combats de l’amour.
+
+
+
+
+CHAPITRE III
+
+De quelques erreurs qu’il seroit utile de détruire, principalement dans
+les couvens.
+
+
+L’amour est un besoin qui nous est commun, mais qui ne se fait sentir
+qu’à un certain âge. C’est en vain qu’on voudroit éteindre ses feux,
+lorsqu’on touche à la puberté, les plus grands efforts n’aboutissent
+alors qu’à leur prêter de la force, & l’incendie s’accroît de plus en
+plus. Ces réflexions nous font voir que ceux qui font vœu de celibat,
+seront souvent parjures, ou toujours malheureux. Supposons, cependant
+qu’il y ait quelques êtres privilégiés qui vivent exempts de ce qu’une
+fausse dévotion appelle les foiblesses humaines; il faudroit au moins,
+pour le bien de tous les _religieux_ & _religieuses_, que l’on eût soin
+d’éloigner d’eux tout ce qui peut les ramener à la nature. Examinons si
+l’on tient cette conduite dans les monasteres.
+
+Nous avons vû, dans les chapitres précédens, que les flagellations
+peuvent & doivent produire une irritation sur toutes nos fibres, & que
+cette irritation se fait principalement sentir aux parties de la
+génération. Pourquoi donc la discipline est-elle ordonnée dans tous les
+couvens, & dans de certains jours de pénitence? Doit-on rappeller la vie
+dans une partie qu’on a voulu destiner à la mort? On ne devroit rien
+permettre dans le cloître qui puisse blesser la décence, ou qui puisse,
+comme disent les casuistes, réveiller la chair. L’usage, ou plutôt
+l’abus de se discipliner, devroit conséquemment y être aboli, puisque
+l’effet en est toujours pernicieux. Heureusement que ces cérémonies de
+flagellations se pratiquent dans l’obscurité; car si l’on se présentoit
+dans la dévote assemblée avec une lumiere à la main, on verroit que la
+pénitence finit toujours par la masturbation, ou par des pollutions
+involontaires.
+
+Quelle contradiction dans la conduite des célibataires de ce genre! Ils
+avalent le matin deux ou trois verres d’une décoction faite avec les
+plantes les plus froides, & le soir, ils se frappent avec des cordes ou
+de petites chaînes pour rappeller une chaleur qui commençoit à
+s’éteindre!
+
+C’est sur-tout parmi les religieuses qu’il ne faudroit jamais parler de
+fouët ni de disciplines: les femmes étant plus faciles à émouvoir que
+les hommes, elles sont aussi plus sujettes aux pollutions.
+
+Il semble que la manie de se fustiger ou de fustiger les autres, soit
+particulierement celle des moines. S’ils s’en tenoient au moins à se
+discipliner entr’eux, ce ne seroit qu’un petit mal; mais c’est qu’il y
+en a quelques-uns qui ne rougissent pas d’ordonner le fouët à leurs
+pénitentes, & qui se chargent sur-tout d’aller le leur donner eux-mêmes
+au sortir du confessionnal. Combien y a-t-il de confesseurs qui ont
+débauché de jeunes filles de cette maniere? Combien de scélérats ont
+abusé d’un ministere respectable pour commettre les horreurs les plus
+infâmes? On a souvent entendu les tribunaux[20] retentir des justes
+plaintes de quelques infortunées qui avoient été victimes de leur
+crédulité: on a vu, plus d’une fois, de justes loix faire traîner les
+coupables au supplice.
+
+ [20] On trouve dans les _causes célebres_, des procès fameux contre
+ les séducteurs de ce genre. De tels exemples sont bien faits pour
+ détourner les âmes honnêtes & timides d’un confessionnal quelconque;
+ elles ont à craindre d’être obligées de payer une absolution
+ beaucoup trop cher. Si les Italiens sont aussi jaloux qu’on le dit,
+ je suis étonné qu’ils ne se chargent pas eux-mêmes d’être les
+ directeurs de la conscience de leurs femmes.
+
+Tout le monde connoît les différentes aventures, qu’on raconte au sujet
+de quelques cordeliers qui, seuls dans la chambre de leurs pénitentes,
+les faisoient mettre à genoux, troussoient leurs juppons, leur
+claquoient les fesses, ou les fustigeoient rudement, suivant la grandeur
+des péchés qu’elles avoient commis; la correction finissoit par pousser
+en avant la gentille pécheresse, & lui passer par derriere un _bout du
+cordon de St. François_, qui avoit la vertu de faire pâmer la dévote, &
+de lui donner une idée du paradis de Mahomet.
+
+Il est bien singulier, que de tout tems & chez toutes les nations, on
+ait souvent mêlé l’impudicité & la plus vile corruption aux cérémonies
+les plus sacrées. Des fêtes _netturales_ se célébroient dans les
+temples[21]; la dévotion y attiroit toutes les dames Romaines; pendant
+plusieurs années l’empereur Néron, ses prêtres, ses courtisans,
+abuserent de la crédulité des unes, & partagerent le libertinage des
+autres: comme cette fête se célébroit pendant la nuit, aucune n’avoit à
+rougir; les soupirs qu’on y entendoit, le bruit singulier qui devoit s’y
+faire, sembloient n’avoir pour cause que de saintes extases. Les
+pélérinages de la Mecque, qui sont ce qu’il y a de plus saint & de plus
+révéré chez les Turcs & les Persans, ne sont-ils pas le comble de la
+dépravation des mœurs? J’ai vu, en Espagne & en Italie, des extravagans
+courir les rues à la suite d’une sainte _banniere_, & se fustiger sous
+les fenêtres de leurs maîtresses, en mémoire de la passion du
+_Christ_[22].
+
+ [21] Néron institua ces fêtes pour se consoler de la mort de
+ _Netturius_, l’un de ses favoris, & qui s’étoit attiré la
+ bienveillance de ce prince, par son talent pour les intrigues
+ amoureuses.
+
+ [22] Il y a, dans ces pays-là, différentes assemblées de dévôts, qu’on
+ nomme _pénitens_; l’uniforme de ces confréries est des plus
+ plaisant. Il y a des pénitens blancs, des noirs, des bleus, des
+ rouges, des verds, &c. Ils courent les rues, dans de certains jours
+ de pénitence, ils sont presque tous à pied nud, & se _disciplinent_
+ pour divertir le peuple & sur-tout leurs maîtresses.
+
+Pour expliquer la cause de ces erreurs, il ne faut que connoître les
+hommes; lorsqu’on est parvenu à se faire une juste idée de la valeur de
+ceux qui en ont imposé & qui en imposent encore, on n’est plus étonné de
+voir subsister les abus les plus ridicules. _La crainte a fait les
+dieux_, dit un grand philosophe, mais il faut ajouter à cette sentence,
+que c’est l’imposture qui soutient leur trône. Les différens cultes,
+qu’on rend à ces divinités incompréhensibles, étant l’ouvrage de
+quelques mortels ou foibles ou trompeurs, il n’est pas surprenant que
+ces cultes se soient souvent ressentis de la sottise de l’inventeur, &
+qu’on y ait associé des folies même dangereuses.
+
+Mais je m’écarte de mon plan; comme toutes ces discussions
+m’entraîneroient trop loin, je reviens à mon sujet... Il seroit
+nécessaire de supprimer l’usage des flagellations dans tous les couvens,
+puisqu’elles peuvent contribuer à ranimer le physique de l’amour; on
+ôteroit par là le ressort le plus excitatif. Je voudrois même défendre à
+tous les moines & sous des peines très-rigoureuses, de se regarder le
+corps à nud; car il faut peu de chose pour échauffer un jeune
+célibataire. Une religieuse de dix-huit à vingt ans, qui s’amuse le soir
+à chercher ses puces, finit rarement sa petite chasse sans faire un
+sacrifice à l’amour; elle voudroit ne pas succomber, mais la liqueur
+fermente, & le moindre attouchement suffit pour la faire répandre.
+
+Il est bien humiliant que nous trouvions encore parmi nous des restes
+aussi ridicules du fanatisme de nos ancêtres. Devroit-on se rappeller du
+nom de _moines_ dans un siecle aussi éclairé que le nôtre? Ces illustres
+& riches fainéans font-ils quelque chose d’utile? Contribuent-ils à nous
+rendre l’Eternel plus cher? Ministres inutiles, on leur entend bien
+réciter par fois des couplets qu’ils ne conçoivent peut-être pas; mais
+ces prieres vagues & stériles peuvent-elles effacer aux yeux du vrai
+Dieu toutes les sottises qu’ils commettent au sortir du chœur?
+
+La réforme monacale seroit utile & nécessaire, les enfans de _St. Bruno_
+ne s’en trouveroient peut-être pas bien, mais les capucins seroient, en
+général, très-contens. Quelques religieuses accourroient se jetter dans
+les bras d’un amant que des parens injustes leur enleverent; elles
+deviendroient épouses fideles, meres tendres; & leur amour enfin exaucé
+donneroit des sujets à l’Etat.
+
+Ces tems de réforme sont encore bien éloignés, je le sais. En attendant
+cette heureuse époque, invitons les religieux des deux sexes à ne plus
+se fustiger pour nos péchés: qu’ils bannissent de leur regle un usage
+qui ne peut que contrarier leur projet de célibat, & les avilir aux yeux
+même de l’amour[23].
+
+ [23] _Les avilir aux yeux de l’amour_... Oui, & cela parce qu’à force
+ de se fustiger, la nature s’échauffe, les nerfs sont irrités, & cela
+ finit par la masturbation. Je demande s’il y a quelque chose de plus
+ avilissant pour l’amour?
+
+Il faut que ceux qui croient servir Dieu & lui plaire en se fustigeant,
+se soient fait une idée bien étrange de la Divinité. Ils ne voient sans
+doute dans le Pere de la nature, qu’un être terrible & vengeur, toujours
+armé de la foudre pour punir indistinctement l’innocent & le coupable:
+ils se figurent qu’on ne peut l’appaiser que par des cilices, des
+jeûnes, & autres mortifications non moins ridicules. Ces erreurs sont
+aussi extravagantes que dangereuses à la société; elles ôtent à l’homme
+le désir de se rendre utile à ses semblables, & font qu’il préfere son
+caprice bigot à la douceur de faire de bonnes œuvres. Un philosophe a
+dit avec raison, qu’un sauvage errant dans les bois, contemplant le ciel
+& la nature, sentant pour ainsi dire le seul maître qu’il reconnoît, est
+plus près de la véritable religion, qu’un chartreux enfoncé dans sa loge
+& vivant avec les fantômes d’une imagination échauffée.
+
+On doit un culte à l’Eternel; il faut une religion. Mais le culte que
+demande l’Etre suprême doit s’allier aux devoirs de tout citoyen. Le
+vrai Dieu ne crie pas aux mortels du haut de son trône: «Jeûnez,
+fustigez-vous, n’écoutez pas les sens que je vous donnai pour votre
+bonheur, & renoncez à la nature.»
+
+L’auteur de l’_an deux mille quatre cent quarante_[24] peint bien
+éloquemment le ridicule de précipiter par dévotion la jeunesse dans nos
+cloîtres que nous regardons comme sacrés[25]. Puissent les paroles de ce
+philosophe arrêter de jeunes victimes prêtes à se plonger dans ces
+tombeaux vivans! «Quelle cruelle superstition enchaîne dans une prison
+sacrée tant de jeunes beautés qui recelent tous les feux permis à leur
+sexe, que redouble encore une cloture éternelle, & jusqu’aux combats
+qu’elles se livrent. Pour bien sentir tous les maux d’un cœur qui se
+dévore lui-même, il faudroit être à sa place; timide, confiante, abusée,
+étourdie par un enthousiasme pompeux; cette jeune fille a cru longtems
+que la religion & son Dieu absorberoient toutes ses pensées: au milieu
+des transports de son zele, la nature éveille dans son cœur ce pouvoir
+invincible qu’elle ne connoît pas & qui la soumet à son joug impérieux.
+Ces traits ignés portent le ravage dans ses sens, elle brûle dans le
+calme de la retraite; elle combat, mais sa constance est vaincue, elle
+rougit & désire. Elle regarde autour d’elle, & se voit seule sous des
+barreaux insurmontables, tandis que tout son être se porte avec violence
+vers un objet fantastique que son imagination allumée pare de nouveaux
+attraits. Dès ce moment plus de repos. Elle étoit née pour une heureuse
+fécondité; un lien éternel la captive & la condamne à être malheureuse &
+stérile. Elle découvre alors que la loi l’a trompée, que le joug qui
+détruit la liberté n’est pas le joug d’un Dieu, que cette religion, qui
+l’a engagée sans retour, est l’ennemie de la nature & de la raison. Mais
+que servent ses regrets & ses plaintes! Ses pleurs, ses sanglots se
+perdent dans la nuit du silence. Le poison brûlant, qui fermente dans
+ses veines, détruit sa beauté, corrompt son sang, précipite ses pas vers
+le tombeau. Heureuse d’y descendre, elle ouvre elle-même le cercueil où
+elle doit goûter le sommeil de ses couleurs.»
+
+ [24] Cet ouvrage contient de grandes vérités, aussi l’a-t-on défendu.
+ Celui qui l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aura jamais de
+ pensions, & cela parce qu’il a eu le courage de dévoiler la honte de
+ ceux qui distribuent l’argent & les honneurs. Ecrivains,...
+ écrivains... faites de plates sottises, soumettez-vous à la censure
+ sans murmure, flattez les grands, sans instruire les petits, alors
+ vous serez prônés, payés, & _bien ou mal_ peints dans le sallon des
+ _illustres_!
+
+ [25] Que les grandes choses s’operent lentement! Pourquoi n’imite-t-on
+ pas dans tous les Etats la sage administration de l’immortel _Joseph
+ second_, qui, dès qu’il eut dans les mains le sceptre de l’empire,
+ en frappa les puissances monacales, & renversa l’autel le plus
+ pernicieux qu’eût jamais élevé la superstition? Il a su, par cette
+ juste reforme, rendre des meres à la société & des hommes à l’Etat.
+ Il a ôté à tous ses sujets l’aspect de l’oisiveté & de la débauche
+ que présentent le plus souvent ces hommes cloîtrés, qui n’ont de
+ patrimoine que celui qu’ils déroberent à nos peres, & qui chaque
+ jour s’engraissent encore du travail & de la crédulité du peuple.
+
+En divisant les sexes, en élevant des barrieres éternelles entre l’homme
+& la femme, les fondateurs des couvens, ne songerent pas aux coupables
+abus qui devoient en résulter. Comme on ne peut jamais étouffer
+l’effervescence des sens, il a fallu que les victimes qu’on avoit
+enterrées dans le cloître, cherchassent des moyens pour appaiser ou
+tromper l’amour. Poussés par un instinct très-innocent, ces robustes
+captifs s’occuperent à trouver le plaisir dans leur sexe même. L’on
+connut la masturbation, & des crimes plus atroces encore.
+
+Ce vice qu’on reprocha tant aux _Jésuites_, & qui faisoit, peut-être,
+réellement leur honte, vient sans doute du barbare abus de cloîtrer de
+jeunes gens. Les filles renfermées ne chercherent pas moins à se
+procurer, entre elles, une idée des plaisirs de l’amour.
+
+Les horreurs de cette espece ne resteront point renfermées dans les
+endroits où elles avoient pris naissance: les mondains s’occuperent de
+ces viles & criminelles ressources. Les loix furent forcées de sévir
+contre ces attentats de _lèse-amour_, & malgré leur juste rigueur, il
+existe encore des crimes de ce genre. On voit plus d’un vieux financier
+cajoler son valet ou son garçon perruquier; il y a plus d’une duchesse
+qui ne soupire que pour sa femme de chambre[26]. O monstres! que
+faites-vous? voulez-vous passer pour sages & tempérés? Craignez-vous
+d’être victimes de l’autre sexe? En suivant les loix de la vraie
+tendresse, vous ne pourriez commettre que des foiblesses; au lieu que
+vous êtes des vicieux qui méritez l’indignation publique & qu’on doit
+livrer à l’opprobre!
+
+ [26] Il arrive souvent qu’on dit, dans de très bonnes sociétés, en
+ parlant d’un seigneur, ou d’une dame, _un tel est pour homme, la
+ Comtesse est pour femme_. Quelle horreur! on badine sur cela, & l’on
+ fréquente de pareilles gens!... Ce manque de délicatesse est bien
+ digne de ces plats & brillans étourdis qui, par gentillesse,
+ s’honorent entre eux du beau nom de _roués_.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+De la necessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la
+jeunesse.
+
+
+Nous avons vu dans les chapitres précédens, que les flagellations faites
+sur le dos produisent des effets non équivoques sur le physique de
+l’amour. La découverte de cette vérité nous a conduits à faire observer
+que les célibataires _cloîtrés_ devroient bannir de leur regle le fouët
+& la discipline; elle nous conduira à déduire, du même principe, des
+conséquences qui ne seront pas moins justes.
+
+Pourquoi le fouët est-il toujours le châtiment qu’on inflige aux
+enfans?... Cette peine peut-elle influer en mal sur leur éducation
+physique & morale?... Voilà les points que je me propose d’éclaircir
+dans cette partie de mon ouvrage. Cet examen est plus intéressant qu’on
+ne pense.
+
+L’éducation physique & morale des enfans intéresse sans doute le
+gouvernement: cependant voit-on qu’il s’en occupe! On en laisse tout le
+soin à des parens qui, en général, s’en déchargent sur des nourrices,
+des valets, des pédans, des sots, des crapuleux, &c. &c.
+
+Quand on ne devroit prêcher le bien aux enfans que par le bon exemple;
+on ne le fait que par de grossieres paroles, des menaces, & la
+correction. Qu’est-ce que cette correction? C’est le fouët. Les meres ne
+connoissent que ce remede à un verre ou une bouteille cassés; les
+précepteurs n’en employent point d’autre pour donner du goût pour le
+latin, cette langue qui, grâces au ciel, sera bientôt oubliée, & qui
+fait depuis tant de tems le désespoir des écoles.
+
+Que résulte-t-il de l’emploi du fouet? On y habitue de petits mauvais
+sujets qui s’en font même un jeu entre eux dans leurs momens de
+recréation; ainsi qu’on l’a vu dans les citations de _Jean Pic de la
+Mirandole, & de Calius Rhodiginus_. (Chap. II de cet ouvrage.)
+
+Il ne manqueroit certainement pas d’autres manieres de punir des enfans
+oisifs ou vicieux: car J. J. a écrit cinq ou six volumes sur
+l’éducation, sans fouëtter son éleve une seule fois: aussi son ouvrage
+n’a-t-il pas remporté le prix, & les éducations se font toujours aussi
+mal que jadis.
+
+Je suppose qu’il fut nécessaire, dans certains cas, d’infliger aux
+enfans des peines corporelles; devroit-on frapper le coupable sur le
+dos? On nous apprend pendant les cinq ou six premieres années que nous
+vivons à cacher notre derriere & les parties _honteuses_; au bout de ce
+tems vient un régent qui nous force à déboutonner nos culottes, à les
+abattre, à trousser la chemise, à tout montrer, pour recevoir les
+étrivieres en pleine classe. Ces parties ne seroient-elles plus
+_honteuses_, quand c’est un cuistre qui les regarde & qui les touche?
+
+S’il arrivoit au moins que ce châtiment fût distribué avec justice; mais
+le célibataire qui punit, n’est-il pas souvent de la compagnie de la
+_manchette_? Et ne choisit-il pas pour l’opération le derriere qui le
+flattera le plus? J’ai observé pendant tout mon cours de collége, que
+les écoliers maigres & laids n’étoient jamais fustigés. Au plaisir
+qu’ont quelques pédans à entendre le bruit que font les coups de fouet
+qu’on applique sur le dos du patient, on doit juger qu’il y a, dans
+cette cérémonie, si souvent répétée, plus que la satisfaction de
+corriger. Etres barbares & corrompus!... De qui tenez-vous le droit de
+mutiler l’enfance & de faire servir l’innocence à vos plaisirs, ou
+plutôt à vos saletés!... Je le répete, ces abus, quoique fort anciens,
+méritent l’attention du gouvernement; ils exigent une réforme; car les
+maîtres d’école, les précepteurs, les régens, sont en général si
+méprisables, qu’il n’y a jamais un écolier qui ne méprise les siens,
+lorsqu’il est homme.
+
+La mauvaise habitude que l’on a de frapper sur le derriere des enfans,
+leur donne celle de porter souvent les mains à cette partie; elle leur
+apprend, comme je viens de le dire, à se fustiger entre eux; de là
+différens attouchemens qui les éclairent peu-à-peu, & qui font que la
+débauche devance, en eux, le mouvement des sens.
+
+Plusieurs enfans élevés ensemble, & de la maniere accoutumée, deviennent
+toujours polissons[27]. Ils se touchent les uns & les autres, ils en
+viennent petit à petit à la masturbation, & ne finissent que trop
+souvent par le péché des Jésuites. C’est dans ces assemblées de jeunes
+écoliers que s’apprennent toutes ces sottises qu’on ne peut ensuite
+cacher dans la société: on y apporte des plaisirs infâmes, des goûts
+dépravés & peu délicats.
+
+ [27] Ce qui prouve qu’il y a peu de bons parens, c’est qu’on voit
+ subsister une quantité de ces auberges, qu’on appelle _pensionnats_,
+ où l’on entasse les enfans dans de grandes salles, toujours
+ malsaines, & dans lesquelles il est défendu à ces jeunes êtres de
+ s’égayer, de jouer, & de suivre le penchant de leur âge. Les maîtres
+ de ces petites maisons de force se font bien payer pour mal coucher,
+ mal nourrir les enfans, & pour les rendre stupides, ou vicieux.
+
+Je suis surpris que les ecclésiastiques osent se charger d’élever les
+enfans, puisqu’il est reçu parmi nous qu’on ne peut en venir à bout sans
+donner le fouët. J’aurois cru que la décence de leur état ne leur
+permettoit pas de regarder ni de toucher des fesses. Mais, je l’ai déja
+fait remarquer dans le troisieme chap. les moines & les abbés ont la
+fureur de fouetter; les cris, les pleurs d’un innocent ne les
+attendrissent point; la jouissance de voir un beau _postérieur_
+l’emporte sur la pitié. On a toujours vu que c’étoit des moines qui
+dirigeoient les maisons de correction, qui les avoient même fondées; ces
+bourreaux débauchés voulurent contempler & claquer des derrieres; ils
+surent même si bien s’arranger, que des peres imbécilles eurent la
+bonhomie de leur fournir de bonnes pensions pour cela.
+
+Je pense que ces réflexions sont plus que suffisantes pour engager le
+gouvernement[28] à forcer les pédans de changer les peines usitées pour
+l’enfance. Si cet objet lui paroît de peu de conséquence, j’espere que
+les parens y feront attention, & qu’ils tâcheront de détourner des
+regards d’un enfant tout ce qui peut le conduire au mal.
+
+ [28] On peut dire que l’administration publique néglige un peu trop
+ dans tous les pays l’éducation des enfans; cependant il y en a où je
+ voudrois être né de préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans les
+ endroits où les régens sont célibataires, & cela pour cause. Il
+ viendra, sans doute un tems, où l’on connoîtra mieux le prix d’une
+ bonne éducation; alors on ne choisira plus pour instituteur un
+ malheureux vaurien qui ne sait que cracher deux ou trois mots de
+ latin; des honnêtes gens s’honoreront du nom de précepteurs; & la
+ vertu seule aura le droit d’occuper les places de régens que le
+ gouvernement & le public estimeront & payeront généreusement.
+
+
+
+
+CONCLUSION.
+
+
+L’expérience nous apprend que quelques personnes ont recours aux
+flagellations pour se disposer aux combats amoureux. La physiologie &
+l’anatomie démontrent comment ces flagellations operent sur les parties
+de la génération, quoiqu’elles ayent été faites sur le dos. Les
+infortunés qui se livrent à ces désordres sont sans doute à
+plaindre[29], puisque ce n’est que par de cruelles douleurs qu’ils
+esperent connoître les plaisirs de l’amour; puisqu’enfin l’arc du petit
+Cupidon ne peut être tendu qu’à l’aide de ce préliminaire affligeant &
+peu délicat.
+
+ [29] Il est encore un être bien plus à plaindre, c’est une jeune
+ beauté que la force, ou des conventions d’intérêts font passer dans
+ les bras d’un époux qui ne pourra remplir les fonctions du mariage
+ sans la petite poignée de verges; la nouvelle mariée passera de
+ cruelles nuits, avant qu’on ose lui proposer de recourir à cette
+ honteuse ressource; ensuite il faudra qu’elle fasse de grands
+ efforts pour s’y résoudre; & je doute que son bonheur soit jamais
+ parfait. Puisqu’on ne consulte pas la force des tempéramens avant
+ que de les unir, faut-il être surpris qu’il y ait tant de femmes
+ infidelles, & tant de maris ridiculisés?
+
+Quelques auteurs prétendent que l’habitude de se faire fouëtter, se
+contracte depuis l’enfance; cela peut être vrai par rapport à quelques
+individus; mais je pense qu’on ne peut en général la faire naître d’une
+cause si éloignée. Les amateurs du sexe ont quelquefois des goûts bien
+dépravés, ils cherchent des jouissances extraordinaires: je crois que
+cela ne se voit que chez ceux qui sont d’une foible constitution, ou qui
+se sont épuisés dans leur jeunesse. Il y a beaucoup de gens qui ne
+peuvent donner du ressort au membre viril, qu’en jouissant du spectacle
+de deux êtres vigoureux, qui luttent & se pâment sur le lit de Vénus.
+Toutes ces ressources annoncent un grand épuisement dans le physique de
+celui qui les exige.
+
+De tous les moyens capables d’exciter à l’amour, le fouët est celui
+qu’on doit le moins rechercher; outre qu’il est le plus nuisible, il ne
+peut gueres se pratiquer que chez des femmes prostituées[30]. Il y a
+pourtant des hommes qui ont besoin d’excitatifs; il est du devoir de la
+médecine de les éclairer sur ceux qui ne peuvent pas déranger leur santé
+ni les avilir. C’est ce qui m’engage à joindre à ce petit ouvrage une
+dissertation sur la nature & l’effet des _aphrodisiaques_[31]. Qu’on ne
+s’y trompe pas, mon but n’est point de favoriser le libertinage. Je ne
+vais dévoiler les secrets de mon art que pour l’utilité de quelques
+maris glacés, & de tant d’épouses qui gémissent sur le lit nuptial.
+
+ [30] Les catins sont presque toujours plus fieres que les honnêtes
+ femmes, & ne se croyent pas du tout méprisables. Cela paroît un peu
+ choquant. Cependant je pense qu’elles ont raison. Placées comme des
+ barrieres entre l’hymen & le célibat, les filles de joie servent de
+ victimes pour sauver la vertu des autres femmes; elles consolent le
+ premier venu des rigueurs d’une personne délicate; elles se prêtent
+ docilement aux désirs de l’amateur le plus dépravé; le même lit sert
+ au militaire le plus étourdi, & au capucin le plus sérieux. Elles
+ n’ont point tort de se montrer en public avec cette ostentation qui
+ leur est si commune, car c’est une gloire pour elles de vouloir bien
+ se soumettre à exercer un état qui est si avilissant en lui-même.
+
+ [31] C’est le nom qu’on donne à de certains remedes qui ont la
+ propriété d’exciter aux plaisirs de l’amour.
+
+
+
+
+DISSERTATION
+
+SUR
+
+Les remedes capables d’exciter aux plaisirs de l’amour.
+
+
+Les plaisirs que procure l’union des deux sexes, sont les plus vifs que
+l’on puisse goûter; ce n’est qu’en amour que le riche & le pauvre
+trouvent la volupté; & le simple berger n’est pas moins heureux sur le
+sein de Colette qu’un souverain dans les bras de son amante.
+
+Mais l’amour est comme le dieu _Mars_, il lui faut des sujets vigoureux;
+les grâces, l’esprit, les talens peuvent lui plaire, cependant la
+vigueur seule à le droit de le fixer. Comme on ne peut pas douter de ces
+vérités, il est intéressant pour le bien de la population & la
+satisfaction de chaque individu, que la médecine s’applique à trouver
+les moyens les plus propres à nous faire longtems jouir des charmes que
+procure l’amour. C’est pour remplir les devoirs d’un médecin zélé que je
+mets la main à la plume; c’est pour servir l’Etat & l’amour; mais, je le
+répete, mon but n’est point de favoriser la débauche.
+
+Je ne sais pourquoi MM. mes confreres ont été si scrupuleux sur cet
+article; ils se sont tous accordés à garder le silence à ce sujet, ou du
+moins ce qu’ils en ont dit, est enseveli dans de pesans volumes de
+matiere médicale. L’acte vénérien étant un besoin de nature comme ceux
+de manger, de boire, d’uriner, d’aller à la selle, &c. il est surprenant
+que la théorie & la pratique médicinale ne s’occupent que de ces
+derniers. L’espoir d’être utile fait que je renonce à l’usage, ou plutôt
+aux préjugés reçus dans nos _facultés_: j’entre en matiere.
+
+Les causes de la froideur conjugale, c’est-à-dire celles qui empêchent
+un individu de se livrer au coït, sont, un tempérament trop foible, reçu
+de la nature, un épuisement qui est la suite de quelques excès, & la
+vieillesse. Ces trois différentes maladies exigeant des traitemens qui
+doivent différer entre eux, il est important de ne pas se tromper dans
+l’administration des aphrodisiaques qu’on employe dans l’un ou l’autre
+cas. Afin de me rendre intelligible à tous les lecteurs, je vais diviser
+ces maladies & la maniere d’y remédier, en trois paragraphes.
+
+
+§. I. Chaque individu reçoit de la nature, de ses parens, de
+l’éducation, une organisation & un tempérament bien différens. Quelques
+êtres sont privilégiés, ils naissent, & se forment pour la gloire de
+l’amour: tel fut cet empereur qui écrivoit à un de ses amis, qu’ayant
+fait cent prisonnieres, la premiere nuit dix d’entr’elles goûterent dans
+ses bras ce que l’amour offre de plus charmant, & qu’en quinze jours,
+toutes avoient senti les mêmes douceurs: tel fut encore ce tambour de
+royal Wallon qui parcouroit à pas lents un cercle de cent hommes, avec
+un seau plein d’eau portant sur son... _&c_. Les hommes de cette espece
+sont fort rares; on en trouve plus de ceux qui sont trop foibles que de
+ceux qui sont extraordinairement vigoureux.
+
+Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté, & qu’on s’apperçoit qu’on le
+parcourt sans avoir les forces nécessaires pour profiter d’un bon à
+propos; c’est un signe certain qu’on ne jouit pas d’une bonne santé. Il
+faut observer si cette fonction est la seule qui se fasse avec peine,
+c’est-à-dire, si cette maladie est, comme disent les médecins,
+essentielle ou symptômatique: dans ce dernier cas on peut être assuré
+que le froid de l’amour se dissipera aussi tôt que le vice principal
+sera détruit. Mais si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre incommodité, on
+usera d’un régime & de médicamens capables de faire convenablement
+opérer la sécrétion de la semence, & propres à donner aux fibres le ton
+& l’élasticité dont elles ont besoin.
+
+Un jeune homme, quoique naturellement foible, viendra à bout de se
+donner un bon tempérament, en ne faisant aucun excès de quelque espece
+qu’il puisse être, en faisant usage de bons alimens, en se livrant à un
+exercice modéré, en fuyant les boissons spiritueuses, les veilles &
+sur-tout la masturbation: voilà ce qui concerne le régime. Passons aux
+remedes. Il boira, le matin à jeun & le soir deux heures après le
+souper, un verre d’une décoction de _sauge_, édulcorée avec un peu de
+sirop d’_œillet_. Avant le dîner, il prendra gros comme une noix de
+l’électuaire suivant; ce qu’il continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis un
+certain degré de vigueur.
+
+
+Electuaire.
+
+ Prenez, conserve de romarin, deux onces,
+ Racine d’éryngium confite, six gros,
+ Amandes douces, une once & demi,
+ Macis, un scrupule.
+ Confection alkermès, quantité suffisante pour donner à l’électuaire la
+ consistance requise[32].
+
+ [32] Comme cet électuaire pourroit ne pas être du goût de tous les
+ malades, on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques: on
+ trouvera, dans le troisieme paragraphe, une liste de toutes les
+ substances qui sont de cette nature.
+
+
+§. II. Quand la foiblesse des parties de la génération est une suite du
+libertinage & l’effet d’un épuisement général, il faut d’abord que le
+malade s’éloigne des plaisirs de la ville & de ses sociétés dangereuses,
+pour aller respirer l’air de la campagne. Il se mettra à l’usage du
+laitage, si son estomac peut le supporter; ses alimens seront les œufs
+frais, des viandes légeres, du bon bouillon, &c. Il prendra chaque jour
+le soir & le matin, une petite cuillerée de l’essence suivante.
+
+
+Essence animale.
+
+Prenez une pinte de bonne eau de vie, versez-en la quatrieme partie dans
+un grand vase de fayance, faites-y dégoûter le sang de sept jeunes coqs,
+& ayez soin de battre l’eau-de-vie à mesure que le sang y dégoûte,
+versez-y ensuite le reste de l’eau-de-vie, en remuant toujours. Ajoutez
+à ce mélange deux dragmes de canelle concassée, & demi-livre de sucre
+candi en poudre; mettez le tout dans une bouteille de grès bouchée avec
+liége, mastic fondu, & de la vessie de cochon. Enterrez la bouteille
+dans le fumier de cheval pendant quarante jours, ayant soin d’ôter celui
+qui est dessus & froid, tous les trois jours, pour en mettre du chaud.
+
+Cette essence est un puissant remede pour la génération; elle est utile
+dans toutes sortes d’occasions où la nature manque, & sur-tout dans les
+épuisemens par débauches.
+
+
+§. III. L’amour seme notre carriere de fleurs, mais la nature ne nous
+donne qu’un tems pour les cueillir. L’homme trouve toujours une belle
+femme de son goût, il ne peut cependant pas le lui prouver à tout âge.
+Voyez _Mondor_, regardez son hôtel, ses valets, sa cuisine, son office,
+sa table, tout annonce l’aisance; il n’est pourtant pas heureux: son or
+lui donne bien de belles esclaves, mais en amour, posséder n’est pas
+toujours jouir.
+
+Quoique l’âge de la vieillesse soit froid & presque impuissant, il est
+prouvé que l’on peut encore le rendre agréable par les secours de l’art.
+Tout Paris a vu un doyen des maréchaux de France, courtiser les femmes
+pendant soixante ans & plus, & se marier dans l’âge que l’on regarde
+communément comme celui de décrépitude. Ce seigneur a de grandes
+obligations à la médecine, qui ne lui est pas moins redevable de son
+côté, puisqu’il sert à prouver que les ordonnances hypocratiques ne sont
+pas toujours des rêveries.
+
+Un homme d’un certain âge, qui veut connoître les plaisirs de l’amour,
+doit faire usage de bons alimens, manger peu & souvent. Il faut qu’il
+prenne tous les mois un bain de lait. Il se fera faire tous les soirs,
+en se couchant, des embrocations sur les lombes avec de l’huile de
+_castor_, ou de l’esprit de vin dans lequel on aura fait infuser du
+saffran. Il se baignera chaque jour les parties génitales dans une
+décottion de _surriette_, faite dans du vin rouge. Avec toutes ces
+précautions, le remede qui perfectionnera la cure, est le suivant.
+
+
+Liniment de virilité.
+
+Prenez du miel clarifié & de l’huile de noix muscade par expression, une
+demi once de chaque sorte; de la pirethre, du poivre noir, & des
+cubébes, une demi-once de chacun; du musc, un demi scrupule; de la
+civette, un scrupule; du baume du Pérou, un gros; faites-en un liniment
+suivant les regles de l’art.
+
+Ce liniment est destiné pour oindre la verge & le périnée, ce qu’on ne
+fera que de trois jours en trois jours au plus, car il excite
+singulierement aux plaisirs de l’amour[33].
+
+ [33] Il ne seroit pas moins utile aux jeunes gens qui sont impuissans,
+ qu’aux vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus prompt, & le plus
+ assuré.
+
+Comme il ne suffit pas que la chaleur animale soit momentanée, les
+vieillards feront un usage constant de l’électuaire suivant; ils en
+prendront, une heure avant le dîner, gros comme une noix muscade.
+
+
+Electuaire aphrodisiaque.
+
+ Rx. Conserve de racine d’éringium, de satyrion... _aa_ deux onces;
+ de gingembre confit, six gros;
+ d’amandes douces, une once;
+ de confection alkermès, un gros;
+ de poudre de semence de roquette & de moutarde, trois gros de chaque;
+ especes diatrion piperon, deux gros;
+ syrop de racine d’énula, une quantité suffisante.
+ Mêlez le tout pour former un électuaire.
+
+On sera peut-être surpris que je n’aye fait aucune mention de l’usage
+des cantharides; mais les vrais médecins ne les ont jamais regardées
+comme de vrais aphrodisiaques. Elles n’agissent qu’en irritant les voies
+urinaires, & l’irritation qu’elles y produisent, est souvent mortelle.
+Je conseille donc de n’y avoir jamais recours, il ne manque pas de
+moyens plus sûrs & moins dangereux, ainsi qu’on le verra dans la liste
+suivante.
+
+Je le répete, mon intention n’est pas de favoriser la débauche; il faut
+toujours réfléchir qu’on ne doit pas sacrifier sa santé à des plaisirs
+d’un moment. L’amour est la plus belle des passions; mais elle est aussi
+celle qu’il importe le plus de diriger. _Qui diligit sapientiam; diligit
+vitam._
+
+
+
+
+CATALOGUE
+
+DES SUBSTANCES
+
+aphrodisiaques.
+
+
+La _camphrée_; cette plante ne se cultive que dans les jardins
+botaniques. Elle fortifie les nerfs, & répare la perte des esprits. On
+ne s’en sert pas dans la pharmacie.
+
+Le _cheiri_, ou la giroflée jaune; il vient sur les murailles, il
+fleurit en Mai & Juin. Quelques apothicaires en préparent une huile.
+
+La _marjolaine_; cette plante est très-connue.
+
+La _roquette_; on la cultive dans les jardins; il y en a aussi une
+sauvage qui n’est pas moins bonne.
+
+Les _feuilles d’inde_; c’est une feuille oblongue, pointue, compacte &
+luisante, distinguée par trois nervures qui vont de la queue à la
+pointe, son odeur approche un peu de celle du clou de girofle. C’est la
+feuille d’un grand arbre commun dans les jardins des Indes orientales.
+Elles entrent dans la composition de la thériaque de Venise.
+
+Le _marum vulgaire_; c’est une plante ou un arbrisseau chargé de
+branches rondes, larges, avec deux feuilles à chaque articulation un peu
+plus grandes que celles du thym, mais semblables du reste. Elle est
+d’une odeur agréable, & a à-peu-près les propriétés de la marjolaine.
+
+Le _marum_ de Syrie; c’est une plante plus basse & plus tendre que la
+précédente. Elle vient dans l’île de Candie & dans la Syrie. Son odeur
+est fort piquante & fort agréable. On tire de cette plante un excellent
+sel volatil.
+
+L’_origan_ vulgaire; c’est la marjolaine sauvage. Cet origan n’est pas
+si fort que le suivant.
+
+L’_origan_ de Crète; cette plante naît dans l’île de Candie, & dans
+d’autres parties de la Grece; elle a des feuilles plus longues & plus
+blanches que la marjolaine. C’est une plante aromatique fort chaude,
+mais elle n’est pas d’une odeur bien agréable.
+
+Le _ros solis_; il y en a deux especes; une à feuilles rondes, & l’autre
+à feuilles oblongues. La premiere espece est la plus en usage. C’est une
+petite plante basse, qui a une racine fibreuse; il sort de petites
+feuilles un peu creuses autour des tiges longues d’un doigt; les
+feuilles sont couvertes & frangées d’un velouté rouge qui donne une
+teinte rouge à toute la feuille. Elle vient dans les terreins humides
+dans une mousse d’un rouge pâle, & fleurit dans le mois de Mai. C’est un
+grand restaurant, & un échauffant. On dit que l’application extérieure
+de cette plante facilite l’accouchement.
+
+La _sauge_; il y en a de plusieurs especes, mais la grande sauge des
+jardins est la meilleure. Cette plante a été en si grande estime, que
+les anciens poëtes en ont dit: _cur moriatur homo cui salvia crescit in
+horto?_
+
+Le _jonc odorant_; il est commun dans l’Inde, & dans quelque partie de
+l’Arabie. C’est un aromatique fort agréable. Il entre dans la thériaque
+& autres compositions.
+
+Le _serpolet_; cette plante est très-commune.
+
+Le _thim_; celle-ci n’est pas moins commune, ainsi on n’en fera aucune
+description.
+
+La _fauve-vie_; elle vient dans les rochers; c’est une plante petite &
+basse; ses feuilles sont en petit nombre, ressemblantes à celles de la
+rue. Elle n’a que deux ou trois pouces de hauteur. On la fait entrer
+dans les compositions pectorales.
+
+Le _romarin_; les fleurs de cette plante sont le principal aromatique
+qui vienne dans nos pays. C’est avec ces fleurs qu’on fait l’eau de la
+reine d’Hongrie.
+
+Les _fleurs d’orange_; ces fleurs sont fort connues.
+
+Les _clous de girofle_; c’est le fruit cueilli avant sa maturité, d’un
+grand arbre qui a les feuilles semblables au laurier, qui croît dans les
+Indes orientales.
+
+Les _œillets de jardin_; c’est un bon aromatique. On en fait un syrop, &
+une conserve qu’on trouve chez tous les apothicaires.
+
+Le _jasmin_; ses fleurs sont de la même nature que celles d’oranges.
+
+La _lavande_; ses fleurs ont les propriétés de celles du romarin.
+
+Le _muguet_; les fleurs sont d’une odeur fort agréable, mais elles la
+perdent en les faisant sécher.
+
+Le _stæchas d’Arabie_; c’est un grand cordial & qui fortifie les nerfs.
+Les apothicaires en font un syrop.
+
+Le _tilleul_; ses fleurs sont bonnes pour fortifier les nerfs.
+
+La _moutarde_; sa graine est tres-échauffante.
+
+L’_anacarde_, ou la _féve de Malaga_; c’est une graine qui vient au
+sommet d’un fruit de figure conique, des Indes orientales. Il a la
+couleur & la figure du cœur d’un petit oiseau. Il est couvert d’une
+pellicule forte, qui renferme une substance spongieuse; au bas est
+enfermé dans une autre pellicule le noyau qui a le goût d’une amande. Ce
+fruit est fort chaud, & excite singulierement au plaisir de l’amour.
+
+L’_acajou_, ou l’_anacarde occidental_; il est commun à la Jamaïque; il
+ressemble à un rein de lievre pour la grosseur & pour la figure. Ce
+fruit a les mêmes vertus que le précédent.
+
+La _graine d’écarlate_, ou _alkermès_; c’est une baie d’une espece de
+chêne. Il fait le principal ingrédient d’une confection qu’on trouve
+dans les pharmacies sous le nom de confection _alkermès_; ce médicament
+est propre pour fortifier le cœur; l’estomac, le cerveau, & pour exciter
+la semence. La dose est depuis un scrupule jusqu’à un gros.
+
+La _vanille_; elle vient de la nouvelle Espagne. On la mêle au chocolat
+pour l’aromatiser & le rendre plus échauffant.
+
+Les _cubebes_; ce sont de petits grains ressemblans au poivre. Ils sont
+fort aromatiques & fort chauds. On en trouve chez les droguistes & les
+apothicaires.
+
+La _noix muscade_; c’est le fruit d’un arbre qui vient principalement
+dans l’île de Banda aux Indes orientales. Sa dose en substance est
+depuis un scrupule jusqu’à un gros. C’est un aromate délicat, & un grand
+confortatif.
+
+Le _poivre_; il a beaucoup des propriétés des cubebes, mais il est
+encore plus chaud.
+
+Le _cacao_; il est très-connu comme un bon aliment; c’est le principal
+ingrédient du chocolat. C’est une amande de la grosseur d’une olive,
+qu’on cultive principalement dans les îles de Cuba & de la Jamaïque.
+
+Les _pistaches_; ce sont des fruits oblongs de la grosseur d’une
+aveline, anguleux, plus élevés d’un côté, aplatis de l’autre; sous une
+écorce mince est contenu un noyau d’un blanc verdâtre, d’un goût
+huileux, un peu doux. Elles sont chaudes & restaurantes.
+
+L’_écorce de Winter_; c’est une écorce aromatique, chaude, qui prend son
+nom de celui qui la fit le premier connoître en Europe. Elle passe pour
+une espece de canelle. Elle a une odeur qui ne differe pas beaucoup de
+celle de l’écorce du citron; elle est subtile & pénétrante. La dose est
+un demi gros en substance.
+
+La _canelle_; cette écorce est très-connue.
+
+Le _roseau aromatique_, ou _acorus verus_; c’est une racine aromatique
+qui a un peu d’amertume, qui a une odeur qui approche du porreau & de
+l’ail.
+
+Le _galanga_; c’est une petite racine pleine de nœuds; on croit que
+c’est une espece d’iris. Son goût âcre, aromatique & un peu amer, pique
+& brûle le gosier comme le poivre.
+
+Le _ginseng_; c’est une racine apportée du Japon; la feuille du ginseng
+est d’un pouce ou deux de long, de la grosseur du petit doigt, un peu
+raboteuse, brillante & comme transparente, ayant le plus souvent deux
+branches, quelquefois plus, garnies de fibres menues vers le bas; sa
+couleur est roussâtre en dehors, & jaunâtre en dedans; son goût est
+légerement âcre, un peu amer & aromatique; son odeur n’est pas
+désagréable. C’est un puissant aphrodisiaque.
+
+Le _salep_; c’est une racine oblongue & quelquefois transparente, d’une
+couleur blanche-jaunâtre, de peu d’odeur & d’un goût visqueux. On la met
+en poudre, & on en fait une décoction qui restaure & fortifie.
+
+Le _satyrion_; il y en a de deux sortes, le satyrion mâle, & le satyrion
+femelle. Le mâle, qui est celui qu’on tient dans les boutiques, à deux
+racines de figure ovale, aussi grosses qu’une petite olive, d’une
+couleur blanchâtre & pleines d’un suc visqueux. On ne se sert que de ses
+racines. Le satyrion femelle, est une plante un peu plus petite que
+l’autre; elle a à-peu-près les mêmes vertus, mais il faut la prendre en
+plus grande quantité. C’est un grand cordial & un grand restaurant. Elle
+à un grand pouvoir pour exciter aux plaisirs de Vénus. C’est
+certainement pour cela qu’on regarde comme un grand corroboratif
+l’électuaire _diasatyrion_, qui prend son nom de cette racine. Cet
+électuaire réchauffe & produit des sensations agréables dans tout le
+genre nerveux. Quelques médecins ne croient pas aux vertus de cette
+plante, mais qu’on essaie d’en faire usage, & l’on verra que l’opinion
+de ces docteurs & l’expérience ne sont pas d’accord à ce sujet.
+_Dioscorides_, _Pline_, & autres ont parlé du satyrion comme d’un
+puissant aphrodisiaque; ces autorités valent bien celles de quelques
+modernes, qui déprisent les anciens, & qui cependant n’ont d’autre
+mérite que celui de débiter des aphorismes à côté du lit des malades,
+leur ordonner vingt sortes de remedes dans un jour, & les expédier pour
+les antipodes.
+
+Le _gingembre_; c’est une racine des Indes, qu’on transporte
+ordinairement séchée, & quelquefois en conserve. C’est une racine
+tubéreuse, noueuse, branchue, un peu applatie. Sa substance est un peu
+fibreuse, pâle ou jaunâtre; son odeur est très-agréable, son goût est
+âcre, brûlant, aromatique; sa chaleur ne se fait pas sentir si
+promptement que celle du poivre, mais elle dure plus longtems.
+
+La racine du _chardon raland_; c’est l’_eringium_ des boutiques. C’est
+un grand restaurant.
+
+Le _panais_; on s’en sert dans les alimens, & il est bien connu de tout
+le monde. On reconnoîtra qu’il excite aux plaisirs de l’amour, si l’on
+en fait un grand usage.
+
+Le _baume du Pérou_; c’est le produit d’un arbre des Indes occidentales.
+Le meilleur est d’une couleur rouge, noirâtre, & d’une odeur suave. La
+dose est de douze où quinze gouttes.
+
+Le _musc_; le bon est d’une couleur de fer, noirâtre, onctueux, d’un
+goût agréable, amer, & d’une bonne odeur. On le trouve dans le corps
+d’un animal des Indes qui ressemble au bouc.
+
+Le _castoreum_; il est d’un goût âcre, amer, dégoûtant, & d’une odeur
+forte. On le tire du castor, qui est un animal amphibie. On nous
+l’apporte de la baie de Hudson, de la nouvelle Angleterre & de Russie.
+On le prend en substance jusqu’à un demi-gros. Il est d’un usage fort
+étendu en médecine.
+
+L’_ambre gris_; c’est une sorte de bitume qui se forme dans les rochers,
+& qui est lavé par les eaux de la mer, & jetté sur le rivage par les
+vagues. C’est une substance grasse, solide, légere, de couleur de
+cendres, semée de petites taches blanches.
+
+Le _succin_; il est dur, aride, fragile, transparent, tantôt jaune ou
+citrin, tantôt blanchâtre, tantôt roux; d’un goût de bitume un peu âcre
+& un peu astringent. Il a une odeur agréable de bitume, lorsqu’on
+l’échauffe. S’il est échauffé par le frottement, il attire la paille.
+
+Outre les substances que je viens de nommer, il y en a beaucoup d’autres
+qui sont échauffantes de leur nature, & dont on se sert comme aliment:
+mais elles sont fort connues & je les passe sous silence. Pour ne rien
+laisser à désirer sur cette matiere, je vais donner la recette de
+différentes compositions qui sont très-utiles à tous ceux qui sont d’une
+constitution froide.
+
+
+TEINTURE
+
+Aphrodisiaque.
+
+Prenez du _ros solis_, quatre poignées; de la canelle, de la noix
+muscade, du macis, des clous de girofle, du gingembre, une once de
+chacun; du musc, quatre grains; de l’esprit de vin, huit livres. Mettez
+le tout ensemble en digestion pendant vingt jours; après quoi coulez la
+teinture, dissolvez-y une livre de sucre, & mettez-la dans un vaisseau
+fermé pour l’usage. La dose est d’une petite cuillerée à café.
+
+
+Conserve Aphrodisiaque.
+
+Prenez des racines de satyrion; faites-les cuire dans de l’eau jusqu’à
+ce qu’elles soient en bouillie, & passez-les. Prenez une livre de cette
+pulpe, & une livre de sucre cuit dans la décoction de la racine jusqu’à
+la consistance du miel. Mêlez-les, & faites une conserve suivant les
+regles de l’art. La dose est d’un gros.
+
+
+Poudre aphrodisiaque.
+
+Prenez de la canelle, de la racine d’angélique, des clous de girofle, du
+macis, de la noix muscade, des feuilles d’inde & du galanga, trois gros
+de chacun; du nard des Indes, des grands & des petits cardamomes, un
+gros de chaque; du gingembre, un gros & demi; du bois d’aloës, du santal
+jaune, du poivre long, deux gros de chaque; réduisez-les en poudre. La
+dose est d’un demi gros, dans du bouillon ou du bon vin.
+
+
+Electuaire aphrodisiaque.
+
+Prenez du chocolat en poudre & des amandes douces blanchies, une once de
+chaque; du sucre fin & de la conserve de roses rouges, une once & demie
+de chaque. Battez le tout dans un mortier avec une suffisante quantité
+de suc de kermès; ajoutez-y deux scrupules de baume de la Mecque, une
+once de syrop de baume, & faites-en un électuaire. On peut en user trois
+ou quatre fois par jour de la grosseur d’une noix muscade.
+
+Il seroit inutile de multiplier davantage les recettes de cette espece;
+en voilà, je pense, assez pour satisfaire différens goûts. Je n’ai pas
+voulu m’en tenir à une seule composition, parce qu’il y a de certaines
+substances qui déplaisent ou qui répugnent à de certaines personnes.
+
+Après avoir traité des moyens capables d’exciter aux plaisirs de Vénus,
+je dois encore, pour satisfaire tous les lecteurs, parler des secours
+propres à rallentir la passion de l’amour. Il y a plus d’un célibataire
+qui ne peut éteindre les feux qui le dévorent, sans s’exposer à être la
+victime de quelques prostituées; cela étant, n’est-il pas nécessaire de
+les instruire de la nature des remedes qui leur sont propres pour
+tempérer en eux l’ardeur de la déesse de Paphos? Ce n’est pas, il est
+vrai, bien nécessaire qu’il y ait des célibataires; cet état afflige &
+répugne à la nature; mais ne pouvant changer nos mœurs, nos préjugés,
+nos sottises, cherchons au moins à adoucir le sort de nos semblables.
+
+Les remedes froids & tempérans sont non-seulement utiles aux
+célibataires, mais encore à de certains mariés. Lorsque, par exemple,
+l’homme est si vigoureux, que ses caresses alterent la santé de sa
+femme, il doit avoir recours aux médicamens rafraîchissans plutôt qu’aux
+_catins_: si la femme est de même la plus emportée sur l’article, il
+faut qu’elle tempere ses humeurs plutôt que de prêter l’oreille aux
+fleurettes de ses voisins.
+
+Pour ralentir la passion amoureuse, on doit se mettre à un régime
+rafraîchissant, se priver des liqueurs spiritueuses, des alimens trop
+nourrissans & aromatisés, prendre des bains de riviere si la saison le
+permet. Avant que de se mettre au lit, on prendra de deux jours en deux
+jours, une émulsion faite de la maniere suivante.
+
+
+Emulsion tempérante.
+
+Prenez de semence de melon, de courge, un gros & demi de chaque. Vous
+les pilez dans un mortier, & en triturant vous versez par-dessus un
+demi-septier d’eau commune. Passez & clarifiez le tout. Ajoutez à la
+colature une once de syrop de nénuphar. On prendra toute cette dose à la
+fois, deux heures après le souper.
+
+Le sel de nitre posséde au suprême degré toutes les vertus qu’on
+attribue à quelques plantes dont on fait un grand usage dans les
+couvents. Celui qui prendroit pendant quatre ou cinq jours deux gros de
+sel de nitre par jour, ne seroit certainement pas importuné par des
+érections ni des pollutions.
+
+La laitue, la scariole, le pourpié, le melon, sont des substances
+très-rafraîchissantes, & dont l’usage continu éteint à coup sûr le
+flambeau de l’amour. Aussi remarque-t-on que les femmes voluptueuses
+préparent rarement les alimens de cette espece, & ne les servent presque
+jamais sur la table de leurs époux: elles trouvent mieux leur compte en
+leur présentant l’artichaud, le céleri, &c.
+
+Ceux qu’un trop fort tempérament importune, useront de l’aposême
+suivant, dont je conseille cependant de ne pas faire un long usage, car
+il rendroit absolument impuissant. Une forte dose de ce remede noueroit
+certainement l’aiguillette au nouveau marié le plus intrépide.
+
+
+Aposême tempérant.
+
+Prenez de la graine de chanvre broyée, trois onces; de la laitue, du
+pourpié, du plantin, une poignée & demi de chacune; des quatre semences
+froides deux onces; faites bouillir le tout dans six livres d’eau,
+jusqu’à ce qu’elles soient réduites à quatre; coulez la décoction;
+adoucissez-la avec du sucre fin; ajoutez-y encore trois gros de sel de
+nitre.
+
+Tous les acides conviennent aux personnes qui ne veulent pas connoître
+les plaisirs de l’amour, ainsi les célibataires, qui sont jaloux de
+conserver leur chasteté, ajouteront à leur boisson (qui sera toujours de
+l’eau) du syrop de limon, ou de celui de vinaigre jusqu’à agréable
+acidité.
+
+Il m’en coûte, sans doute, de me voir forcé de fournir des armes contre
+l’amour; mais, comme je l’ai dit, il est de certains préjugés qu’il faut
+respecter; & ces pauvres êtres, qui ont fait vœu de n’être plus hommes,
+seroient bien à plaindre si l’art médical ne pénétroit dans leur
+solitude pour les mettre à même de triompher des piéges de satan, & de
+résister aux tentations de la chair.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIERES.
+
+
+ Discours préliminaire. Pag. 5
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+ Du fouet & de ses effets sur le physique de l’amour. 15
+
+ CHAPITRE II.
+ Des causes par lesquelles les flagellations excitent à l’amour. 47
+
+ CHAPITRE III.
+ De quelques erreurs qu’il seroit utile de détruire,
+ principalement dans les couvens. 65
+
+ CHAPITRE IV.
+ De la nécessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance
+ & à la jeunesse. 90
+
+ Conclusion. 101
+
+ Dissertation sur les remedes capables d’exciter aux plaisirs de
+ Vénus. 107
+
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 ***