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diff --git a/75296-0.txt b/75296-0.txt new file mode 100644 index 0000000..6bfdbd7 --- /dev/null +++ b/75296-0.txt @@ -0,0 +1,42841 @@ + +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75296 *** + + RECONNAISSANCE + AU + =MAROC= + + + * * * * * + TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT. — MESNIL (EURE). + * * * * * + + +[Illustration: Heliog. P. Albert Dujardin + +Challamel aine Editeur + +TIKIRT. — DEMEURE DU CHIKH.] + + + =VICOMTE CH. DE FOUCAULD.= + * * * * * + + RECONNAISSANCE + AU + =MAROC= + 1883-1884 + + OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 4 PHOTOGRAVURES ET DE 101 DESSINS + D’APRÈS LES CROQUIS DE L’AUTEUR + + * * * * * + TEXTE + * * * * * + + =PARIS= + CHALLAMEL ET CIE, ÉDITEURS + LIBRAIRIE COLONIALE + 5, RUE JACOB, ET RUE FURSTENBERG, 2 + * * * * * + 1888 + + + + +Au moment de livrer au lecteur le récit de mon voyage, lorsque les +événements qui l’ont rempli, les travaux qui l’ont accompagné, +passent ensemble devant mes yeux, que de noms, que de choses, que +de sensations montent en foule à mon esprit ! Parmi les souvenirs, +ceux-ci agréables, ceux-là pénibles, que cet instant évoque, +il en est un d’une douceur infinie, un devant lequel tous les +autres s’effacent. C’est le souvenir des hommes en qui j’ai +trouvé bienveillance, amitié, sympathie, de ceux qui m’ont +encouragé, protégé, aidé, dans la préparation de mon voyage, +dans son accomplissement, dans les occupations qui l’ont suivi. Les +uns sont Français, les autres Marocains ; il en est de chrétiens, +il en est de musulmans. Qu’ils me permettent de les unir en un +seul groupe pour les remercier tous ensemble et les assurer d’une +gratitude trop vive pour que je puisse l’exprimer comme je la sens. + +Que celui dont les savantes leçons ont préparé mon voyage, +dont les conseils l’ont dirigé, dont la prudence en a organisé +l’exécution, que M. O. Mac Carthy, président de la Société de +Géographie d’Alger, protecteur-né de quiconque travaille pour +la science ou pour la grandeur de notre colonie, reçoive le premier +l’hommage de ma profonde reconnaissance. + +MM. Maunoir et Duveyrier m’ont encouragé avant mon départ, +accueilli à mon retour. Je leur dois la brillante distinction qu’à +peine revenu, me décernait la Société de Géographie de Paris. Je +ne saurais assez les remercier de leur bienveillance. + +Ḥadj Bou Rḥim, Bel Qasem el Hamouzi, qui m’avez, au risque de +vos jours, protégé dans le danger, vous à qui je dois la vie, vous +dont le souvenir lointain me remplit d’émotion et de tristesse, +où êtes-vous à cette heure ? Vivez-vous encore ? Vous reverrai-je +jamais ? Comment vous exprimer ma reconnaissance et mon regret de ne +pouvoir vous la prouver ? + +Enfin que tous ceux que je ne mentionne pas, non par oubli, mais +parce que leur liste serait trop longue, reçoivent l’hommage de +toute ma gratitude. + + Vte CH. DE FOUCAULD. + + Paris, octobre 1887. + + * * * * * + + + + + RAPPORT + FAIT A LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS, + DANS LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 24 AVRIL 1885, + PAR + =M. HENRI DUVEYRIER,= + SUR LE VOYAGE + DE M. LE VICOMTE CHARLES DE FOUCAULD AU MAROC. + + * * * * * + + +Il est un État, limitrophe d’un département français, où +le voyageur européen en général, et le voyageur français en +particulier, n’a jamais été très bien vu. Cet État est le +Maroc. Nos cartes et nos manuels de géographie nous montrent bien +un vaste territoire qu’ils attribuent comme domaine au sultan du +Maroc. Les géographes européens ont cherché ainsi l’expression +la plus simple pour rendre un état de choses incertain, variable, +embrouillé ; sans s’en douter, ils ont été depuis cent et tant +d’années les complices d’une fiction. Car le sultan du Maghreb, +cet empereur d’Occident des musulmans, n’est pas, à beaucoup +près, le souverain temporel de tout le pays marqué à sa couleur +sur nos atlas. Prenons-nous, au contraire, sa souveraineté sous le +jour du spirituel, alors non seulement les cartes ont raison, mais il +faudrait tellement élargir les limites de son diocèse que personne, +ni à Paris ni à Constantinople, ne consentira à reconnaître que le +sultan du Maroc peut juger comme d’abus sur un mandement pastoral +ou sur une décision juridique rendus à Alger, à Tunis, à Tripoli +ou à Ben-Ghâzi, villes dont il est pourtant juge suprême et le +pape, et où la logique voudrait que l’imâm de chaque mosquée, +lors du service public du vendredi, appelât les bénédictions du +ciel non pas sur le président de la République française ou sur +le padichâh de Constantinople, mais bien sur le sultan du Maroc, +qui est en même temps le grand imâm de tous les musulmans mâlekites. + +Mais le Maroc d’aujourd’hui n’est plus, à beaucoup près, +celui d’il y a deux cent cinquante ans, alors que (de 1590 à 1660 +environ) le souverain de Fâs envoyait ses armées et dictait sa loi +jusque sur les rives du Niger et dans le Bâguena et le Tagânt, au +nord et assez près du Sénégal. Cette ère-là s’est évanouie, et +quiconque connaît bien la situation actuelle du Maroc ne comprendra +pas le rêve de son gouvernement qui songerait maintenant à faire +valoir ses droits périmés sur Timbouktou et sur Djinni. Sans être +resté indifférent au progrès ni insensible aux événements, +l’héritier des souverains de Fâs, à la fin du XIXe siècle, est +dominé par une situation, la résultante d’un long passé ; et, +tandis que chez nous le chef de l’État sait bien qu’il commande +non seulement aux préfets de nos quatre-vingt-dix départements, +mais aux gouverneurs de notre Inde, de la Cochinchine, du Sénégal, +de nos Antilles, etc., Sa Majesté chérifienne est parfois forcée +de faire parler la poudre quand elle veut prélever l’impôt, +et cela jusque dans des cantons qui sont visibles, sans télescope, +de l’une quelconque de ses capitales. + +A côté de provinces ou de banlieues réellement soumises à +l’administration du sultan, quelquefois même enclavées dans +ces provinces, qui forment le _beled el makhzen_, ou « pays des +bureaux », on trouve des territoires aussi sevrés des bienfaits +de la bureaucratie marocaine que sont le Transvaal ou la république +d’Andorre. + +Dans un État comme celui-là, inutile de parler d’ordre et de +sécurité. + +C’est là pourtant qu’un jeune Français, M. le vicomte de +Foucauld, soucieux de nous révéler ce qui touche à nos portes, +avait résolu de faire un voyage d’exploration. Il l’a accompli, +sans l’aide du gouvernement, à ses frais, et en faisant avec le +sacrifice de son avenir dans la carrière militaire un autre sacrifice +plus grand encore, si possible. Il s’est résigné à voyager sous le +travestissement du juif, au milieu de populations qui considèrent le +juif comme un être utile, mais inférieur. Prenant bravement ce rôle, +il a fait abnégation absolue de son bien-être, et c’est sans tente, +sans lit, presque sans bagages, qu’il a travaillé pendant onze mois +chez des peuples qui, ayant plus d’une fois démasqué l’acteur, +l’ont, à deux ou trois reprises, placé en face du châtiment +qu’il méritait, c’est-à-dire de la mort. + +Nous avions déjà vu un étudiant musulman, René Caillié, et deux +derviches musulmans, Richard Burton et Arminius Vambéry, faire de +très beaux voyages d’exploration ; leurs cartes pourtant prêtaient +à la discussion, parce qu’un faux étudiant ou un faux derviche +musulman doit rester fidèle à son rôle sous peine d’expier de +sa vie un écart, un simple oubli... Le voile qui abrite le juif +pendant sa prière a servi à cacher le baromètre et le sextant +de M. de Foucauld ! C’est un véritable miracle qu’il ait pu +rencontrer partout et toujours des caravaniers aussi complaisants ou +aussi indifférents ! Mais le fait est qu’il vient placer sous nos +yeux des itinéraires et des observations astronomiques exécutés +d’après les principes enseignés à l’École de guerre. + +Ajoutons tout de suite que le rabbin Mardokhaï Abî Souroûr, +celui-là même dont vous connaissez déjà l’histoire et les +travaux, a été le compagnon constant du vicomte de Foucauld. Cette +association, qui dans l’espèce était un passe-partout nécessaire, +a coûté à l’explorateur bien autre chose que les 270 francs de +gages mensuels convenus ; les défauts de caractère prennent des +proportions inouïes quand on se trouve dans l’isolement, et vous +permettrez à votre rapporteur de déclarer, à la louange de M. de +Foucauld, expérience faite en Seine-et-Oise, que le rabbin Mardochée +n’est pas toujours un auxiliaire agréable et commode. + +Voilà donc le voyageur dans son bien humble équipage. Voyons +maintenant où en était la connaissance géographique du Maroc au +moment où il commençait son exploration. En 1845, un géographe +aussi savant que consciencieux, M. Émilien Renou, avait donné une +première carte générale du Maroc, au 1/2,000,000e, qui a encore +sa valeur aujourd’hui ; trois ans plus tard, le capitaine Beaudoin, +disposant de renseignements nouveaux, refaisait, pour le Dépôt de la +guerre, le même travail à l’échelle du 1/1,500,000e. Utilisant +tous les documents et tous les renseignements qu’ils avaient pu se +procurer, ces deux géographes français avaient livré les modèles +de toutes les cartes générales qui ont été publiées pendant les +trente-cinq années suivantes. Mais le nombre des itinéraires et des +déterminations de positions s’est accru entre temps, et le 20 juin +1883, quand M. le vicomte de Foucauld commençait à Tanger son voyage +d’exploration, les cartographes avaient à leur disposition 12208 +kilomètres d’itinéraires jalonnés de bien rares déterminations +de latitude et de déterminations de longitude plus rares encore ; +on n’avait fait de géographie astronomique que sur une vingtaine de +points dans l’intérieur de l’empire. Ajoutons qu’ici la France +ne s’était laissé distancer par personne et que, des vingt et un +auteurs d’itinéraires au Maroc, seize étaient des Français ; +que, sur le nombre des kilomètres levés, 9232 l’avaient été +tant par nos propres compatriotes que par deux étrangers patronnés +et subventionnés par le gouvernement français (Badia y Leblich) +ou par la Société de géographie de Paris (Mardochée). + +En onze mois, du 20 juin au 23 mai 1884, un seul homme, M. le vicomte +de Foucauld, a doublé pour le moins la longueur des itinéraires +soigneusement levés au Maroc. Il a repris, en les perfectionnant, +689 kilomètres des travaux de ses devanciers, et il y a ajouté 2250 +kilomètres nouveaux. Pour ce qui est de la géographie astronomique, +il a déterminé quarante-cinq longitudes et quarante latitudes ; +et, là où nous ne possédions que des altitudes se chiffrant par +quelques dizaines, il nous en apporte trois mille. C’est vraiment, +vous le comprenez, une ère nouvelle qui s’ouvre, grâce à M. de +Foucauld, dans la connaissance géographique du Maroc, et on ne sait +ce qu’il faut le plus admirer, ou de ces résultats si beaux et si +utiles, ou du dévouement, du courage et de l’abnégation ascétique +grâce auxquels ce jeune officier français les a obtenus. + +Jetons un coup d’œil rapide sur ces résultats, en envisageant +séparément les travaux de M. de Foucauld au nord de la chaîne +de l’Atlas, puis ceux qu’il a faits dans l’Atlas même, et +enfin ce qu’il ajoute à notre connaissance des contrées au sud +de cette chaîne. + +Partant de Tanger le 20 juin 1883, il fait d’abord une pointe, +par Tétouân, au sud-ouest, jusqu’à Chichawân, où commence +le territoire des Berbères indépendants du Rîf, populations +guerrières dont les tendances fanatiques sont excitées, ici dans +l’ouest du pays, par les chorfâ (pl. de cherîf) marocains. Il est +là, déjà à 60 kilomètres de Tétouân, sur un terrain nouveau +pour la géographie. Le projet de M. de Foucauld d’atteindre Fâs +directement en partant de Chichawân, et en levant un itinéraire +des plus précieux, échoue devant l’impossibilité même pour les +indigènes musulmans de traverser les territoires de tribus pillardes +indépendantes, les Ghezâwa, les Benî-Hamed et les Rehôma. Il +revient à Tétouân et relie directement cette ville à El Qaçar +El-Kebîr par un chemin nouveau, traversant un pays dont la population +nomade, de race arabe, est assez dense. + +De là à Fâs et à Sefero, il ne fait que compléter les observations +topographiques de ses devanciers. + +Il y a de cela quatre ans, un officier anglais, le capitaine Colville, +accompagné de sa jeune et courageuse épouse, faisait le voyage +de Fâs à Oudjeda et rapportait le premier itinéraire détaillé +fait dans cette partie du Maroc qui touche à l’Algérie, car son +prédécesseur, le célèbre Espagnol Badia y Leblich, s’était +appliqué principalement aux déterminations astronomiques. A son tour, +M. de Foucauld s’enfonce dans le dangereux pays à l’est de Fâs, +et il trace jusqu’à Tâza deux itinéraires qui fixent pour la +première fois la configuration du cours et du bassin de l’Ouâd +Jennawen. Sans doute le voyageur voudra bien vous communiquer +lui-même les observations qu’il a faites dans cette contrée, +où les tribus arabes des Ghiâta et même des Hiyaïna ne laissent +guère d’autre liberté au représentant du sultan, le gouverneur +de Tâza, que celle de végéter prisonnier dans sa citadelle. + +Mentionnons pour mémoire le trajet de Fâs à Meknâs (Méquinez), +route tant de fois parcourue qu’à peine un explorateur aussi +sérieux pouvait-il y compléter les notions acquises. + +Mais à Meknâs précisément commence une des parties les plus +nouvelles et les plus intéressantes du voyage de M. de Foucauld ; +de là jusqu’à près de cinq degrés plus au sud, son itinéraire +est à proprement parler celui d’un voyage de découverte dans +la province de Tâdela (ici déjà l’expression administrative +est illusoire), et plus au sud, dans le territoire parfaitement +indépendant des Berbères. Pour rester fidèle à notre programme, +nous considérerons maintenant le pays jusqu’à Qaçba Beni-Mellâl +(aussi nommée Qaçba-Bel-Kouch), où commencent les premiers plis +du soulèvement de l’Atlas. Il se présente d’abord avec une +surface accidentée, puis il devient montagneux et ici les montagnes +sont boisées. A 20 kilomètres de Boû-El-Dja’d, le voyageur +entre dans la plaine pierreuse et aride de Tâdela, qui s’étend +au sud, montrant des signes de fertilité quand on se rapproche +de l’Ouâd Oumm Er-Rebîa’, sur lequel est bâtie la Qaçba de +Tâdela, à l’intérieur des murs de laquelle le sultan est obéi +par un qâïd si désœuvré, par suite de l’insoumission de ses +prétendus administrés, qu’il passe ses journées à réciter +son chapelet. Entre la Qaçba de Tâdela et la Qaçba Bel Koûch, +ou Qaçba Benî Mellâl, bâtie au pied d’une première chaîne +dépendant de l’Atlas, on passe dans un pays bien arrosé, couvert +de cultures, de jardins et de villages. — Toute cette partie du +voyage est entièrement nouvelle. + +Beaucoup plus à l’est, au retour, en rentrant en Algérie, M. de +Foucauld a relevé, entre Debdou et Oudjeda, une autre partie de la +même zone naturelle. + +Nous arrivons à l’Adrâr-n-Deren, à la chaîne du seul véritable +grand Atlas, et à ses contreforts. Quiconque a jeté une fois +seulement les yeux sur la carte d’Afrique a vu son attention +éveillée par les forts coups d’estompe qui y accusent avec +fermeté la chaîne de l’Atlas. Pour qui n’est pas bien au +courant de l’histoire moderne de la géographie, la sûreté du +dessin rassure l’esprit, et on se croit là en terrain à peu près +sinon complètement connu. Il n’en est pourtant rien. De l’Iguîr +Oufrâni, du cap Guîr de nos cartes, à la frontière de l’Algérie, +le soulèvement du grand Atlas mesure, vous le savez, une longueur de +700 kilomètres. Eh bien, sur ce long développement de la chaîne, +les itinéraires de tous les voyageurs européens n’avaient encore +traversé et fixé que quatre cols, en comprenant le col qui touche +au rivage de l’Océan : Tizînt El-Rioût, Tagherot, Onq El-Djemel +et le col sur l’Iguîr Oufrâni (cap Guîr). Après René Caillié +et Gérard Rohlfs, M. le vicomte de Foucauld, lui aussi, a passé par +le Tizînt El-Rioût ; il est le premier explorateur qui ait franchi +et mesuré le Tîzi-n-Guelâwi, à l’est-sud-est de Merâkech. Ses +observations du baromètre nous apportent donc les altitudes de deux +cols dans l’arête maîtresse de l’Atlas ; ces chiffres sont +les premiers que nous possédions, ni Rohlfs ni Lenz, qui avaient +pourtant des baromètres, n’ayant fait d’observations sur les +points culminants de leurs deux itinéraires dans le Maroc. De plus, +sur une longueur de 300 kilomètres au moins, les itinéraires de +M. le vicomte de Foucauld passent à une distance de l’Atlas qui +permettait de déterminer sur la carte la direction de la chaîne. + +Mais à 50 kilomètres dans le nord, à 150 et à 200 kilomètres +dans le sud, cette arête maîtresse est flanquée de chaînes +parallèles dont le tracé sur la carte de M. de Foucauld est toute +une révélation. Malgré le soin apporté par les géographes les +plus habiles, aucun d’eux jusqu’ici n’avait trouvé dans les +observations et les renseignements des voyageurs assez de données pour +débrouiller ce qui était resté souvent un chaos, un enchevêtrement +presque fantastique de sierras anastomosées. M. de Foucauld rectifie +et simplifie tout cela d’après ce qu’il a vu et observé, et +les géographes ne seront peut-être pas seuls à s’en réjouir, +les géologues, eux aussi, en éprouveront de la satisfaction. Au +nord de l’Atlas, court, nous le savons maintenant, une chaîne +de 300 kilomètres, qui prend les noms de Djebel Aït Seri et de +Djebel Benî Ouaghaïn ; au sud, c’est d’abord le petit Atlas, +l’Anti-Atlas de la carte de Lenz, avec son prolongement oriental, +le Djebel Sagherou, et enfin, encore plus au sud, le Djebel Bani, +dont le rabbin Mardochée nous avait appris le nom, et que Lenz a +coupé sans s’inquiéter de ce nom. + +Votre rapporteur devine que vous voudriez bien entendre aujourd’hui +autre chose que le résumé aride des découvertes purement +géographiques de M. de Foucauld, que l’état des populations au +sein desquelles il a voyagé vous intéresse aussi, car l’homme +se préoccupe toujours d’abord de son semblable. Sur ce point, la +moisson de M. de Foucauld est extrêmement riche ; mais mieux vaut +lui laisser, à lui qui a vu, qui a senti, qui a souffert, l’honneur +de satisfaire votre légitime curiosité. A lui donc, dans une autre +séance, de vous peindre les mœurs et la politique des Imazîghen, +de ces montagnards berbères de l’Atlas, avec lesquels jusqu’à +ce jour personne n’a fait une connaissance aussi intime. Il vous +montrera les Aït Atta d’Amelou, et tous les Imazîghen à l’est +de Tîzi-n-Guelâwi, vivant dans des villages dont chacun est dominé +par un château fort où les villageois emmagasinent leurs récoltes +(cette coutume existe aussi dans le Djebel Nefousa, en Tripolitaine, +où j’ai pu l’observer) ; il vous montrera au contraire les +Imazîghen de la région entre Tizî-n-Guelâwi et l’Océan +groupant leurs villages autour d’un centre fortifié qui reçoit +les récoltes de tout un canton. Au point de vue de l’administration +que se sont donnée ces tribus berbères indépendantes, il vous fera +distinguer deux groupes de population : celles du nord, organisées +en démocraties et ennemies de la centralisation, où chaque fraction +de tribu obéit, et obéit exclusivement, à l’assemblée de ses +notables ; celles du sud, qui ont adopté un régime mixte entre +celui des communes et celui de la féodalité, et qui se sont donné +des cheïkhs héréditaires, dont quelques-uns bravent le sultan +et pourraient fort bien s’approprier la fière devise d’un haut +baron français du temps passé : + + + _Roi ne suis, ne duc, ne comte aussy ;_ + + _Je suis le sire de Coucy._ + + +Ces sires de Tikirt, de Tazenakht, et cætera, ont des résidences +fortifiées, aux murs flanqués de quinze à vingt tours. Leurs +vassaux aussi sont loin d’inspirer la pitié, car ils vivent dans +des maisons à un ou deux étages, construites en pisé épais et +solide, et dont les murailles extérieures sont ornées de moulures. + +Un peu au sud et au nord du 30e degré de latitude, l’arête +du petit Atlas marque une division tranchée. Au nord de cette +chaîne, nous apprend M. de Foucauld, on est encore dans la zone +tempérée ; la flore dans ses traits généraux rappelle celle du +midi de l’Europe. Le versant sud du petit Atlas est déjà dans la +zone saharienne caractérisée par un climat à extrêmes. Ici, le +dattier et les acacias à gomme remplacent le figuier, l’amandier, le +grenadier, l’olivier et même le noyer du versant septentrional et de +la région plus au nord. Le dattier, il est vrai, cet arbre cultivé, +n’existe que dans les vallées que la fonte des neiges et les pluies +de l’Atlas viennent mouiller de temps en temps ; l’acacia à gomme +se trouve de loin en loin sur les plaines d’un sable blanc. Quant +à l’eau, on est réduit à celle de sources cachées sous le sable. + +Au milieu de cette plaine M. de Foucauld trace, d’après ses +observations, une bien singulière montagne, longue de 500 kilomètres, +le Djebel Banî, dont je mentionnais tout à l’heure l’alignement +parallèle avec l’Atlas. C’est, dit le voyageur, une simple arête +rocheuse, tranchante au sommet, épaisse d’un kilomètre à la base, +et haute de 200 à 300 mètres, au sud de laquelle court la partie +inférieure de l’Ouâdi Dhera’a, le fleuve le plus important de +ce que nous appelons le Maroc, si l’on ne mesure que la longueur +du cours, mais malheureusement fleuve sans eau. Une arête rocheuse, +un long tesson, comme le Djebel Banî, ne peut naturellement pas +fournir une quantité appréciable d’eau à un fleuve ; aussi les +trois affluents nord de l’Ouâdi Dhera’a, que M. de Foucauld a +relevés, descendent-ils du petit Atlas et traversent-ils le Djebel +Banî par autant de brèches de cette étrange digue naturelle. Au +sud de chacune de ces brèches (le mot cassure serait peut-être plus +exact) on trouve, sous la montagne, de belles oasis : c’est Tissint, +c’est Tatta, c’est Aqqa, patrie du rabbin Mardochée. Et M. de +Foucauld ne nous fait pas attendre l’explication du phénomène : +les affluents nord de ce fleuve mort, l’Ouâdi Dhera’a, sont +de belles rivières d’eau courant à pleins bords. Telle est +la puissance du climat du Sahara ! Le lit de l’Ouâdi Dhera’a, +large de 4 kilomètres, a tellement soif que l’apport permanent de +ces rivières ne sert qu’à lui conserver de la fertilité. Pour +que cette vallée redevienne le fleuve que les Romains ont connu +sous le nom de Darat, lorsque venaient s’y désaltérer et s’y +baigner les éléphants dont les figures sont gravées sur le Djebel +Tabayoudt, excroissance dans la chaîne du Bani, il faut ou bien une +fonte subite des neiges du Djebel Dâdès et du Djebel Guelâwi, ou +bien des pluies torrentielles continues dans les parties de l’Atlas +que nous venons de nommer. Alors, pendant deux ou trois jours, la +vallée est entièrement inondée, et le voyageur assez heureux pour +que son passage coïncide avec une de ces crues aurait sous les yeux +un cours d’eau de 3 ou 4 kilomètres de large. + +Au mois de décembre 1883, le vicomte de Foucauld touchait le +Dhera’a, au sud de Tatta. Quelque temps après, il le revoyait, loin +dans le nord-est de ce point, dans le district de Mezguîta, et là, +sous le Djebel Sagherou, c’est un beau et large fleuve permanent, +coulant avec une rapidité moyenne au milieu de plantations de +dattiers ; je ne résiste pas au plaisir de vous faire part d’une +découverte que M. de Foucauld m’a fait faire. Son itinéraire +reporte d’un degré plein, vers l’ouest, le tracé de cette +partie du cours du fleuve telle qu’elle est indiquée sur la carte +du docteur Rohlfs, et, bien que les deux voyageurs n’aient pas +touché le même point de l’Ouâdi Dhera’a, la correction si +importante que je signale pourra sans doute être utilisée pour +redresser l’itinéraire même du docteur allemand. + +Toute la partie haute de l’Ouâdi Dhera’a est constellée de +villages, peuplés d’Imazîghen et de subéthiopiens, de ces noirs, +indigènes du Sahara et parlant aujourd’hui la langue berbère. + +Plus haut encore en remontant vers le nord, le voyageur français +arrive dans le canton populeux de Dâdès, arrosé par un affluent +du Dhera’a. Ici déjà on entre dans le domaine des Aït Attâ, +l’un des deux grands groupes formant la fameuse confédération +des Berâber, dont le nom dispense d’ajouter qu’ils sont de race +berbère. De toutes les tribus de cette expression géographique, +le Maroc, les Berâber sont la plus nombreuse, la plus belliqueuse et +à la fois la plus riche, ce qui indiquerait qu’ils ne méprisent +ni les travaux des champs et de l’industrie, ni le commerce, car +chacun sait que la guerre et le pillage ne sont jamais les sources +d’une fortune durable pour un peuple. + +Toujours en terrain neuf, M. de Foucauld continue sa route sur +Todegha, Ferkela et Gherîs, trois oasis qui, dans son langage +imagé, « s’allongent comme trois tronçons de serpent » dans +les lits de cours d’eau affluents du Zîz. Il entre donc là dans +le bassin hydrographique à l’extrémité sud duquel s’épanouit +le Tafîlelt, le berceau de la dynastie marocaine régnante, le lieu +d’exil pour ceux de la famille impériale qui pourraient devenir +des prétendants, le groupe d’oasis célèbre, dans une vaste +partie de l’Afrique, pour les cuirs qu’on y prépare avec une +grande perfection. + +Plus loin encore, notre hardi et méritant explorateur atteint, à +Qeçar Es-Soûq, le cours supérieur de l’Ouâd Ziz, séparé de +ses premiers affluents par un désert des plus arides. Qeçar Es-Soûq +touche l’oasis de Medghâra ou Medâghra, où M. de Foucauld tombe +sur les traces de René Caillé et du deuxième voyage du docteur +Rohlfs, qu’il ne quittera qu’au col de Telghemt, ou Tissint +Er-Rioût, comme l’appelle Rohlfs, au moment où il traversera une +dernière fois le grand Atlas. C’est ici seulement que finit dans la +direction du nord-est le territoire des Berâber, et que commence celui +des Aït Ou Afella, tribu d’Imazîghen que nous aurons la surprise de +compter parmi les loyaux sujets du sultan du Maroc. Du col de Telghemt, +où l’Atlas n’accuse que 2182 mètres d’altitude, M. de Foucauld +peut laisser planer sa vue sur la vaste plaine de la Moloûya, de ce +fleuve qui aurait formé une frontière si commode et si naturelle +de l’Algérie, si l’État voisin, du côté de l’ouest, avait +la puissance voulue pour la faire respecter de ses nationaux. + +M. de Foucauld touche la Moloûya à Aqçâbi Ech-Chorfâ +(c’est-à-dire _les citadelles des cherifs_), où un qâïd marocain +est gardé par une centaine de soldats avec deux canons. Grâce à +cette force, le représentant du sultan se fait obéir dans un rayon +d’une vingtaine de kilomètres, au delà desquels on retrouve, +comme presque partout, des tribus bel et bien libres de toute attache +gouvernementale. + +Avec le bassin de la Moloûya, notre vaillant explorateur trouve, +sur le versant nord de l’Atlas, d’abord une région dont la flore +rappelle la nature des hauts plateaux d’Algérie. Bientôt des +groupes de villages, des forêts d’oliviers et de pommiers et de +splendides cultures accusent une transition rapide à la région de +Tell, autrement dit aux conditions naturelles qui font, de l’autre +côté de la Méditerranée, la richesse de notre Provence. + +J’abrège, car il y a beaucoup à garder dans les résultats de +la dernière partie du voyage, chez les Oulâd El Hâdj et de là +à la ville algérienne de Lâlla Maghnîa en passant par Debdou et +Oudjeda, c’est-à-dire sur un terrain qui touche aux dernières +reconnaissances faites lors de l’expédition du général de +Martimprey contre les Benî Senâsen (1859). Le 21 mai 1884, M. le +vicomte de Foucauld mettait le pied en Algérie après avoir traversé +le Maroc du nord au sud et du sud-ouest au nord-est. Sacrifiant bien +autre chose que ses aises, ayant fait et tenu jusqu’au bout bien +plus qu’un vœu de pauvreté et de misère, ayant renoncé, pendant +près d’un an, aux égards qui sont les apanages de son grade dans +l’armée, et s’étant consolé en recueillant les seuls et rares +témoignages de bienveillance auxquels un caractère heureux pouvait +lui donner quelque droit, même chez des peuples sauvages, il nous +avait conquis des renseignements très nombreux, très précis, qui +renouvellent littéralement la connaissance géographique et politique +presque tout entière du Maroc. C’est là, disons-le hautement, un +mérite peu ordinaire, que ne récompenserait pas trop, à l’avis +de votre rapporteur, la plus haute distinction que nous ayons à +décerner. Mais notre Société ne doit jamais oublier son caractère +universel et international ; elle a dû tenir compte des mérites +d’autres lutteurs qui venaient concourir à ses récompenses, et, +forcée cette année-ci de ne pas choisir entre trois concurrents +qu’elle estime être égaux en mérites, elle a transformé cette +récompense en plusieurs médailles d’or, dont elle attribue la +première à M. le vicomte de Foucauld. + + * * * * * + + + + + AVANT-PROPOS. + + * * * * * + + +A la veille d’entreprendre mon voyage au Maroc se dressaient deux +questions : quel itinéraire adopter ? quels moyens prendre pour +pouvoir le suivre ? + +La première question se résolvait naturellement : il fallait, autant +que possible, ne passer que par des contrées encore inexplorées et, +parmi celles-ci, choisir les régions qui, soit par leurs accidents +physiques, soit par leurs habitants, paraissaient devoir présenter +le plus d’intérêt. Partant de ce principe, je me décidai pour +l’itinéraire suivant : + +Tanger, Tétouan ; de là gagner Fâs par une route plus orientale que +celles suivies jusqu’alors ; de Fâs aller au Tâdla en traversant le +massif montagneux occupé par les Zemmour Chellaḥa et les Zaïan ; +parcourir le Tâdla, gagner l’Ouad el Ạbid, passer à Demnât ; +franchir le Grand Atlas à l’est des cols déjà explorés, gagner le +Sahara Marocain et en reconnaître autant que possible la vaste portion +encore inconnue, c’est-à-dire le versant méridional du Petit Atlas +et la région comprise entre cette chaîne, l’Ouad Dra et le Sahel ; +puis voir le haut bassin du Dra et les affluents de droite du Ziz ; +de là revenir vers la frontière algérienne en franchissant une +seconde fois le Grand Atlas et en explorant le cours de l’Ouad +Mlouïa : comme dernières étapes, Debdou, Oudjda, Lalla Maṛnia. + +Tel fut le but que je me proposai. Restait la seconde question : +quel moyen employer pour l’atteindre ? Pourrait-on voyager comme +Européen ? Faudrait-il se servir d’un déguisement ? Il y avait +lieu d’hésiter ; d’une part, me donner pour ce que je n’étais +pas me répugnait ; de l’autre, les principaux explorateurs du +Maroc, René Caillé, MM. Rohlfs et Lenz, avaient voyagé déguisés +et déclaraient cette précaution indispensable : c’était aussi +l’opinion de nombreux Musulmans marocains que je consultai avant mon +départ. Je m’arrêtai au parti suivant : je partirais déguisé ; +une fois en route, si je sentais mon travestissement nécessaire, +je le conserverais ; sinon, je n’aurais qu’à le jeter aux orties. + +Ce premier point arrêté, restait à faire un choix parmi les +déguisements qu’on pouvait prendre. Il n’y a que deux religions au +Maroc. Il fallait à tout prix être de l’une d’elles. Serait-on +Musulman ou Juif ? Coifferait-on le turban ou le bonnet noir ? — +René Caillé, MM. Rohlfs et Lenz avaient tous opté pour le turban. Je +me décidai au contraire pour le bonnet. Ce qui m’y porta surtout fut +le souvenir des difficultés qu’avaient rencontrées ces voyageurs +sous leur costume : l’obligation de mener la même vie que leurs +coreligionnaires, la présence continuelle de vrais Musulmans autour +d’eux, les soupçons même et la surveillance dont ils se trouvèrent +souvent l’objet furent un grave obstacle à leurs travaux. Je fus +effrayé d’un travestissement qui, loin de favoriser les études, +pouvait y apporter beaucoup d’entraves ; je jetai les yeux sur le +costume israélite. Il me sembla que ce dernier, en m’abaissant, +me ferait passer plus inaperçu, me donnerait plus de liberté. Je ne +me trompai pas. Durant tout mon voyage, je gardai ce déguisement et +je n’eus lieu que de m’en féliciter. S’il m’attira parfois +de petites avanies, j’en fus dédommagé, ayant toujours mes aises +pour travailler : pendant les séjours, il m’était facile, dans +l’ombre des mellaḥs[1], et de faire mes observations astronomiques +et d’écrire des nuits entières pour compléter mes notes ; dans +les marches, nul ne faisait attention, nul ne daignait parler au pauvre +Juif qui, pendant ce temps, consultait tour à tour boussole, montre, +baromètre, et relevait le chemin qu’on suivait ; de plus, en tous +lieux, j’obtenais par mes « cousins », comme s’appellent entre +eux les Juifs du Maroc, des renseignements sincères et détaillés sur +la région où je me trouvais. Enfin j’excitais peu de soupçons : +mon mauvais accent aurait pu en faire naître ; mais ne sait-on pas +qu’il y a des Israélites de tous pays ? mon travestissement était +d’ailleurs complété par la présence à mes côtés d’un Juif +authentique : le rabbin Mardochée Abi Serour, connu par son séjour +au Soudan. Je l’avais pris à mon service et le gardai durant tout +mon voyage ; parti d’Alger avec moi, il y revint de même. Son office +consistait, d’abord, à jurer partout que j’étais un rabbin, puis +à se mettre en avant dans toutes les relations avec les indigènes, +de manière à me laisser le plus possible dans l’ombre ; enfin à me +trouver toujours un logis solitaire où je pusse faire mes observations +commodément, et, en cas d’impossibilité, à forger les histoires +les plus fantastiques pour expliquer l’exhibition de mes instruments. + +Malgré tant de précautions, je ne prétends pas que mon déguisement +ait été impénétrable. Dans les quatre ou cinq points où je +séjournai longtemps, ni mon bonnet noir, ni mes nouâḍers[2], +ni les serments de Mardochée ne servirent de rien : la population +juive s’aperçut tôt ou tard que j’étais un faux frère ; mais +une seule fois, et pour des raisons toutes particulières, cela pensa +me mettre en un sérieux péril ; en général, les Juifs marocains, +tous commerçants, appelés fréquemment par leurs affaires soit dans +des ports où ils trouvent nos consuls, soit en Algérie, ont avantage +à être en bonnes relations avec les Chrétiens, surtout avec les +Français. Aussi gardaient-ils religieusement le secret qu’ils +avaient découvert ; rien ne transpirait hors du mellaḥ ; même +avec moi, ils étaient fort discrets ; rien ne changeait dans leurs +manières, sinon qu’ils devenaient plus prévenants encore et plus +disposés à fournir tous les renseignements que je demandais. Quant +aux Musulmans, il ne m’arriva que bien rarement de leur inspirer +des soupçons. + +Il y a une portion du Maroc où l’on peut voyager sans déguisement, +mais elle est petite. Le pays se divise en deux parties : l’une +soumise au sultan d’une manière effective (_blad el makhzen_), +où les Européens circulent ouvertement et en toute sécurité ; +l’autre, quatre ou cinq fois plus vaste, peuplée de tribus +insoumises ou indépendantes (_blad es sîba_)[3], où personne ne +voyage en sécurité et où les Européens ne sauraient pénétrer que +travestis. Les cinq sixièmes du Maroc sont donc entièrement fermés +aux Chrétiens ; ils ne peuvent y entrer que par la ruse et au péril +de leur vie. Cette intolérance extrême n’est pas causée par le +fanatisme religieux ; elle a sa source dans un autre sentiment commun +à tous les indigènes : pour eux, un Européen voyageant dans leur +pays ne peut être qu’un émissaire envoyé pour le reconnaître ; +il vient étudier le terrain en vue d’une invasion ; c’est un +espion. On le tue comme tel, non comme infidèle. Sans doute la vieille +antipathie de race, la superstition, y trouvent aussi leur compte ; +mais ces sentiments ne viennent qu’en seconde ligne. On craint le +conquérant bien plus qu’on ne hait le Chrétien. + + * * * * * + + +[Note 1 : Dans les localités marocaines où se trouvent des +Israélites, ils sont confinés dans des quartiers spéciaux ; +ces quartiers uniquement habités par des Juifs portent le nom de +_mellaḥ_.] + +[Note 2 : Les _nouâder_ sont deux longues mèches de cheveux que +les Israélites marocains laissent pousser au près des tempes.] + +[Note 3 : بلاد السّيبة.] + + + + + RECONNAISSANCE + AU MAROC. + + * * * * * + + PREMIÈRE PARTIE. + + =VOYAGE.= + + + I. + + DE TANGER A MEKNAS[4]. + + + 1o. — DE TANGER A TÉTOUAN. + + +Je débarquai à Tanger le 20 juin 1883, accompagné du rabbin +Mardochée. N’ayant aucune chose nouvelle à voir en cette ville, +qui est connue par maintes descriptions, j’avais hâte de la +quitter. Ma première étape devait être Tétouan. Je m’informai, +aussitôt arrivé, des moyens de m’y rendre. Il y avait une journée +de marche ; de petites caravanes partaient quotidiennement de Tanger ; +la route était sûre : inutile de prendre d’escorte. Je décidai +le départ pour le lendemain. + +Malgré le peu de temps que je passai à Tanger, c’en fut assez pour +que le ministre de France, M. Ordéga, à qui M. Tirman, gouverneur +général de l’Algérie, avait bien voulu me recommander, me fît, +avec une bienveillance et une bonne grâce sans égales, préparer +des lettres pour ses agents, m’en fît donner une de Moulei Ạbd +es Selam, le célèbre cherif d’Ouazzân, ordonnant à quiconque +était son ami de me prêter aide et protection, enfin me munit de +toutes les recommandations qui pouvaient m’être utiles au cours de +mon voyage. Il n’en fut pas une qui ne me servît par la suite ; +aussi eus-je plus d’une fois à me souvenir, avec reconnaissance, +de la sollicitude dont j’avais été l’objet. + + 21 juin 1883. + +Je quitte Tanger à 3 heures de l’après-midi : ma caravane se +compose de six ou sept hommes, Israélites la plupart, et d’une +dizaine de bêtes de somme. Nous traversons d’abord une série +de vallons bien cultivés, séparés entre eux par des côtes +couvertes de palmiers nains. Vers le soir, on s’engage dans la +vallée de l’Ouad Meraḥ : nous y cheminons durant le reste de +la journée, au milieu de superbes champs de blé qui la couvrent +tout entière. Nous nous arrêtons à 9 heures un quart auprès de +quelques huttes : nous passons la nuit en ce lieu. La route, sûre +le jour, cesse de l’être au crépuscule. C’est le moment où +les maraudeurs se mettent en campagne. Aussi ai-je vu, au coucher +du soleil, des vedettes, armées jusqu’aux dents, se poster à +l’entrée des villages, auprès des troupeaux, sur des tertres +d’où elles surveillaient les récoltes. Les rôdeurs, surtout +en _blad el makhzen_, font une terrible guerre au pauvre paysan ; +leurs rapines d’une part, les exigences du fisc de l’autre, lui +laissent à peine, au milieu de ces belles moissons que je viens de +traverser, de quoi vivre misérablement. + + 22 juin 1883. + +A 4 heures du matin on se remet en marche. Nous ne tardons pas à +entrer dans la montagne. Nous nous élevons d’abord par des pentes +douces couvertes de bois ou de broussailles ; ce sont surtout des +oliviers et des lentisques ; beaucoup de gibier : lièvres, perdreaux, +tourterelles. A partir d’un fondoq[5] devant lequel nous passons, le +terrain change : le sol devient rocheux, les côtes raides, le chemin +difficile ; les arbres s’éclaircissent et sont remplacés par le +myrte et la bruyère. A 6 heures et demie, nous atteignons le col. + +[Illustration] + +Voici le profil du versant que nous venons de gravir. + +La descente, rocheuse d’abord, nous ramène ensuite dans une région +boisée où la culture réapparaît dans les fonds. Peu à peu les +ravins s’élargissent ; leurs flancs s’abaissent. Enfin nous voici +en plaine. Jusqu’à Tétouan, ce ne sont que larges vallées toutes +couvertes de grands champs de blé s’étendant à perte de vue ; +au milieu, des rivières roulent paisiblement leurs eaux limpides. A +9 heures et demie nous voyons la ville. Elle se dessine en ligne +blanche sur un rideau de hautes montagnes bleuâtres ; à 11 heures, +nous y entrons. + +Aujourd’hui comme hier, j’ai rencontré beaucoup de passants sur le +chemin, surtout en plaine : c’étaient presque tous des piétons, +paysans qui se rendaient aux champs ; peu étaient armés : il y +avait un assez grand nombre de femmes ; la plupart ne se voilaient +pas. Hier, j’ai vu une grande quantité de troupeaux, beaucoup de +bœufs ; ces derniers m’ont frappé par leur haute taille. Dans +toute la route, un seul passage difficile, les environs du col. Sol +en général terreux. Un seul cours d’eau important, l’Ouad Bou +Çfiḥa (berges escarpées de 5 à 6 mètres de haut ; eau claire et +courante de 6 à 8 mètres de large et de 0,30 à 0,40 centimètres +de profondeur ; lit de gravier). On le franchit sur un pont de deux +arches en assez bon état. Il ne faudrait pas conclure de là que les +ponts soient au Maroc le moyen de passage ordinaire des rivières : +ils sont, au contraire, fort rares : je ne pense pas en avoir vu +plus de cinq ou six dans mon voyage. Je citerai en leur lieu ceux que +j’ai rencontrés. Habituellement c’est à gué qu’on traverse +les cours d’eau. + +Il est inutile, je pense, de dire qu’il n’y a point de routes +au Maroc : on n’y trouve qu’un très grand nombre de pistes qui +s’enchevêtrent les unes dans les autres, en formant des labyrinthes +où l’on se perd vite, à moins d’avoir une profonde connaissance +du pays. Ces pistes sont des chemins commodes en plaine, mais très +difficiles et souvent dangereux en montagne. + +Deux choses surtout m’ont frappé dans cette première journée +de voyage : d’abord l’eau fraîche et courante qui, malgré la +saison, coule dans la multitude de sources, de ruisseaux, de petites +rivières que j’ai rencontrés ; puis la vigueur extraordinaire de +la végétation : de riches cultures occupent la majeure partie du +sol et les endroits incultes eux-mêmes sont couverts d’une verdure +éclatante : pas de plantes chétives, pas de places sablonneuses +ni stériles : les lieux les plus rocheux sont verts : les plantes +percent entre les pierres et les tapissent. + + + 2o. — SÉJOUR A TÉTOUAN. + + +Tétouan s’élève sur un plateau rocheux qui se détache du +flanc gauche de la vallée du même nom et qui la barre en grande +partie. Dominée au nord et au sud par de hautes montagnes, ayant +à ses pieds les plus beaux jardins du monde, arrosée par mille +sources, elle a l’aspect le plus riant qu’on puisse voir. La +ville est assez bien construite et moins sale que la plupart des +cités du Maroc : ses fortifications consistent en une qaçba[6], +s’élevant au nord-ouest de la ville, et en une enceinte en briques +de 5 mètres de haut et de 30 ou 40 centimètres d’épaisseur ; +quelques canons hors d’usage grimacent en manière d’épouvantails +aux abords de chaque porte. Tétouan est grande, mais les quartiers +excentriques en sont peu habités et en partie ruinés : beaucoup de +mosquées : pas de bâtiment remarquable, si ce n’est le massif +donjon du mechouar. Le quartier commerçant est animé, surtout le +mercredi, jour de marché. Il y a un grand mellaḥ, le plus propre +et le mieux construit que j’aie vu au Maroc. Tétouan peut avoir +20000 à 25000 habitants, dont environ 6000 Israélites. Elle a pour +gouverneur un qaïd nommé directement par le sultan. L’autorité +de ce magistrat s’étend sur le territoire situé entre la mer et +les tribus indépendantes du Rif d’une part, et les provinces de +Tanger et d’El Ạraïch de l’autre. Les environs de la ville +sont d’une grande fertilité ; les fruits de ses immenses jardins +sont renommés dans tout le nord du Maroc : on les exporte à El +Qçar et à Fâs. La vallée de l’Ouad Tétouan, après s’être +resserrée en face de la ville au point d’y former un véritable +kheneg, reprend aussitôt au-dessous d’elle une grande largeur : +en même temps, les montagnes qui la bordent, et qui étaient très +hautes jusque-là, s’abaissent et deviennent des collines. Dès lors +la vallée n’est plus, jusqu’à la mer, qu’un immense champ de +blé semé de fermes et de jardins. + +[Illustration : Revers nord des monts Beni Hasan. (Vue prise à 2 +kilomètres de Tétouan, du chemin de Tanger.) + +Croquis de l’auteur.] + +Je demeurai dix jours à Tétouan ; ce n’est pas que ce long +séjour entrât dans mes projets ; bien au contraire. Mon désir +était de partir le plus tôt possible pour Fâs : mais je tenais +à y aller par un chemin déterminé, passant par les territoires +des Akhmâs, des Beni Zerouâl, des Beni Ḥamed[7]. Je me mis donc, +dès mon arrivée, en quête d’un guide qui me conduisît par cette +voie. Je rencontrai de graves obstacles. Les tribus dont je voulais +traverser les terres étaient insoumises, et de plus célèbres +par leurs brigandages ; les caravanes évitaient avec soin leurs +territoires ; les courriers n’osaient y passer : on leur prenait +leurs lettres et leurs vêtements ; les ṭalebs mêmes ne s’y +aventuraient qu’à condition d’être à peu près nus. — Bref, +malgré mes recherches, malgré mes offres, je n’avais encore, après +huit jours, pu trouver personne qui se chargeât de me conduire. Je +fis une dernière tentative : je m’adressai à des cherifs, à +des marabouts de Tétouan : peut-être avaient-ils de l’influence, +des amis, dans ces régions, et pourrait-on les traverser avec leur +protection : partout la réponse fut négative ; mais, me disait-on en +même temps, ce qui était impossible d’ici devenait aisé de Fâs ; +là se trouvaient des personnages pour qui me faire voyager en ces +tribus serait chose facile. Ces dernières paroles, que je reconnus +plus tard être la vérité, me décidèrent à ne pas m’obstiner +davantage. Je résolus de partir pour Fâs par le chemin ordinaire, +celui d’El Qçar. + +Auparavant je consacrai deux journées à une excursion à Chechaouen, +petite ville du Rif située à une cinquantaine de kilomètres au +sud de Tétouan. + + + 3o. — EXCURSION A CHECHAOUEN. + + + 2 juillet. + +Je sors de Tétouan à 8 heures du matin ; un guide musulman est mon +unique compagnon. D’ici à Chechaouen, nous avons à traverser les +territoires de trois tribus, les Beni Ạouzmer, les Beni Ḥasan, +les Akhmâs : les deux premières sont soumises : on y voyage seul en +sécurité ; la dernière ne l’est pas : quand nous en approcherons, +nous aviserons à prendre nos précautions. + +Durant toute la route le chemin est aisé. On est continuellement en +montagne : par conséquent beaucoup de montées, beaucoup de descentes, +un terrain généralement pierreux ; mais de passage difficile, +point. Au début, dans la basse vallée de l’Ouad Meḥadjra, le +pays a un aspect sauvage : la rivière est encaissée entre deux hauts +talus tout couverts de broussailles ; myrte, bruyère, palmiers nains, +et surtout lentisques : au delà de ces talus on ne voit, à l’ouest, +que de longues croupes boisées se succédant les unes aux autres ; +à l’est, que la haute muraille rocheuse qui couronne le Djebel +Beni Ḥasan. Cette dernière se dresse toute droite au-dessus de +nos têtes : à peine se trouve-t-il entre elle et les lentisques une +étroite bande de cultures : quant à l’ouad, c’est un torrent aux +eaux vertes et impétueuses. Mais après quelque temps le paysage se +modifie : la bande de cultures s’élargit ; des troupeaux paissent +dans les broussailles ; on rencontre des villages. On marche encore : +la rivière prend un autre nom : un palmier solitaire croissant sur +sa rive la fait appeler Ouad en Nekhla. A ce moment s’opère un +changement complet : lentisques et palmiers nains disparaissent : +les talus s’arrondissant deviennent des côtes assez douces, que +garnissent des cultures. Le Djebel Beni Ḥasan présente maintenant un +aspect enchanteur : des champs de blé s’étagent en amphithéâtre +sur son flanc et, depuis les roches qui le couronnent jusqu’au fond +de la vallée, le couvrent d’un tapis d’or : au milieu des blés, +brillent une multitude de villages entourés de jardins : ce n’est +que vie, richesse, fraîcheur. + +Des sources jaillissent de toutes parts : à chaque pas on traverse +des ruisseaux : ils coulent en cascades parmi les fougères, les +lauriers, les figuiers et la vigne, qui poussent d’eux-mêmes +sur leurs bords. Nulle part je n’ai vu de paysage plus riant, +nulle part un tel air de prospérité, nulle part une terre aussi +généreuse ni des habitants plus laborieux. + +D’ici à Chechaouen, le pays reste semblable : le nom des vallées +change, mais pareille richesse règne partout ; elle augmente même +encore à mesure que l’on s’avance. J’arrive dans la vallée +de l’Ouad Arezaz : les villages maintenant se succèdent sans +interruption : le sentier, bordé d’églantiers en fleurs, ne +sort plus des vergers ; nous cheminons à l’ombre des grenadiers, +des figuiers, des pêchers et de la vigne, dont les rameaux couvrent +les arbres : les ruisseaux sont si nombreux que l’on marche presque +constamment dans l’eau. C’est ainsi que je parviens non loin du +confluent où finit, avec le territoire des Beni Ḥasan, le _blad +el makhzen_. Au delà commencent les Akhmâs : c’est le _blad es +sîba_. Nous ne pouvons aller seuls plus loin. D’ailleurs il est 7 +heures du soir. Nous nous arrêtons dans un beau village où l’on +nous donne l’hospitalité. + +Ici les habitations sont bien différentes des huttes que l’on +voit près de Tétouan : ce sont des maisons, les unes de pisé, +les autres de briques, toutes bien construites ; la plupart sont +blanchies ; elles sont couvertes de toits, soit de chaume, soit de +tuiles ; point de terrasses. Auprès de toute demeure est un clos de +gazon ; des murs bas l’entourent, de vieux figuiers l’ombragent : +là rentrent chaque soir les troupeaux qui, le jour, paissent dans la +montagne. Des ruisseaux courent en tous les sentiers du village ; ils +apportent l’eau devant chaque porte. Tout est propre, frais, riant. + +[Illustration] + +Toute la journée, il y avait des passants sur le chemin, dans les +champs une foule de travailleurs. Ainsi que nous l’avons dit, la +plupart des cultures consistent en blé ; cependant on rencontre aussi +de l’orge et, de loin en loin, quelques champs de maïs. Deux cours +d’eau importants : l’Ouad Tétouan (berges de terre presque à pic +de 4 ou 5 mètres de haut ; lit de 12 mètres de large, rempli d’eau +courante et assez claire, de 50 à 60 centimètres de profondeur ; +fond de sable) ; et l’Ouad Meḥadjra (voici ce qu’il est dans sa +partie inférieure : berges à peine marquées ; eaux vertes, de 6 à 8 +mètres de large et de 30 ou 40 centimètres de profondeur, serpentant +dans un lit de galets beaucoup plus large ; courant très rapide). Le +Djebel Beni Ḥasan est un massif extrêmement remarquable : le versant +occidental en affecte, dans sa partie nord, la forme suivante : α ; +dans sa région sud, celle-ci : β ; les plus hauts sommets, dont +les cartes marines nous donnent les altitudes, 1410 mètres, 2210 +mètres, 1818 mètres, en sont invisibles du fond de la vallée ; une +haute muraille de pierre grise, à crête dentelée, le couronne de ce +côté et lui donne l’aspect le plus étrange : on dirait une série +de rochers de Gibraltar juxtaposés sur un piédestal de montagnes : +quelque chose comme ceci : γ. La crête supérieure de cette muraille +me paraît être à une altitude à peu près uniforme pouvant varier +entre 1200 et 1500 mètres. Au-dessus, quelques cultures entrevues en +deux ou trois points semblent révéler l’existence d’un plateau. + + 3 juillet. + +A 3 heures et demie du matin, nous nous mettons en route ; un jeune +homme du village où nous avons passé la nuit nous accompagne : +son père, qui, moyennant une faible rétribution, nous a accordé +son ạnaïa, nous le donne pour nous servir de zeṭaṭ[8]. Il +est sans armes, comme toutes les gens qu’on rencontre de Tétouan +à Chechaouen. Nous descendons d’abord les dernières pentes +du Djebel Beni Ḥasan ; puis, suivant le fond de la vallée qui +se déroule à son pied, nous ne tardons pas à entrer sur les +terres des Akhmâs. C’est toujours la même prospérité, la +même richesse : l’Ouad el Ḥechaïch roule ses eaux paisibles à +l’ombre d’oliviers séculaires ; sa vallée est couverte de beaux +champs de blé où travaillent gaiement une foule de moissonneurs. Ce +n’est que sur les premières pentes du Djebel Mezedjel, prolongement +du Djebel Beni Ḥasan, trop raides ici pour recevoir de culture, +qu’on retrouve pendant quelque temps les palmiers nains. Encore +cela dure peu : le premier talus franchi, les côtes deviennent plus +douces, et au milieu de champs dorés, en traversant des ruisseaux +innombrables, je monte à Chechaouen. + +La ville, enfoncée dans un repli de la montagne, ne se découvre +qu’au dernier moment : on a gravi tous les premiers échelons de +la chaîne ; on est parvenu à la muraille rocheuse qui la couronne ; +on en longe péniblement le pied au milieu d’un dédale d’énormes +blocs de granit où se creusent de profondes cavernes. Tout à coup +ce labyrinthe cesse, la roche fait un angle : à cent mètres de là, +d’une part adossée à des montagnes à pic, de l’autre bordée +de jardins toujours verts, apparaît la ville. Il était 6 heures +du matin quand j’y arrivai : à cette heure, les premiers rayons +du soleil, laissant encore dans l’ombre les masses brunes des +hautes cimes qui la surplombent, doraient à peine le faîte de ses +minarets : l’aspect en était féerique. Avec son vieux donjon à +tournure féodale, ses maisons couvertes de tuiles, ses ruisseaux qui +serpentent de toutes parts, on se serait cru bien plutôt en face de +quelque bourg paisible des bords du Rhin que d’une des villes les +plus fanatiques du Rif. Chechaouen, dont la population compte un grand +nombre de cherifs[9], est en effet renommée pour son intolérance : +on se raconte encore le supplice d’un malheureux Espagnol qui, +il y a une vingtaine d’années, voulut y pénétrer : même les +Juifs, qu’on tolère, sont soumis aux plus mauvais traitements ; +parqués dans leur mellaḥ, ils ne peuvent en sortir sans être +assaillis de coups de pierres : sur tout le territoire des Akhmâs, +auquel appartient la ville, personne ne passa près de moi sans +me saluer d’un _Allah iḥarraq bouk, ia el Ihoudi_[10], ou de +quelque autre injure analogue. Chechaouen a 3 ou 4000 habitants, parmi +lesquels une dizaine de familles israélites. Le marché s’y tient +le dimanche. C’est une ville ouverte. Derrière elle s’élève +à pic la haute muraille de roche qui couronne le Djebel Mezedjel ; +en avant commencent de superbes jardins qui, s’étendant sur le +flanc de la montagne, couvrent un espace immense ; les fruits qu’ils +produisent, leurs raisins surtout, sont célèbres dans tout le nord du +Maroc. Chechaouen est renommée aussi pour l’excellence de son eau. + +[Illustration : Heliog. P. Albert Dujardin + +Challamel aine Edit. + +CHECHAOUEN] + +Pendant cette dernière partie de ma route, j’ai encore rencontré +beaucoup de personnes sur le chemin. Celui-ci ne cesse pas d’être +bon : une seule côte un peu raide, aucun passage difficile. Sol +terreux, peu de pierres. J’ai traversé deux cours d’eau assez +importants : l’Ouad Arezaz (berges de terre d’un mètre ; eau +claire et courante de 60 centimètres de profondeur ; 8 mètres de +large ; lit de galets), et l’Ouad el Ḥechaïch (il coule à pleins +bords dans un lit de gravier de 10 mètres de large ; eau claire +et courante de 60 centimètres de profondeur). Le Djebel Mezedjel, +identique au Djebel Beni Ḥasan, n’est que la continuation de +celui-ci sous un autre nom : on le voit se prolonger bien loin encore +dans le sud, appelé alors Djebel el Akhmâs. + +Vers 7 heures du matin, je quitte Chechaouen pour reprendre la +direction de Tétouan. Le chemin qui m’a conduit me ramène. Pas +de nouvelles remarques à faire. Je ne me lasse pas d’admirer cette +merveilleuse quantité d’eau courante qu’on rencontre le long de +la route : si ce n’est dans les hautes vallées de la Suisse, je +n’ai vu nulle part un aussi grand nombre de sources, de ruisseaux +grands et petits, tous pleins d’eau douce et limpide. La population +sait tirer parti de tant de bienfaits ; aucune place cultivable qui +ne soit ensemencée : on voit des champs suspendus en des points qui +paraissent presque inaccessibles. — Chemin faisant, je rencontre un +_ḥadj_[11], qui suit la même direction que nous ; apprenant que je +suis étranger, il me salue en français et nous causons. J’avais +remarqué déjà, et c’est un fait que je ne cesserai de constater +dans la suite, que les ḥadjs étaient généralement plus polis +et affables que les autres Musulmans. C’est à tort qu’on se +figure parfois qu’ils reviennent de la Mecque plus fanatiques et +intolérants qu’ils n’étaient ; le contraire se produit : leur +long voyage, les mettant en contact avec les Européens, leur fait +voir d’abord que ceux-ci ne sont pas les monstres qu’on leur +avait dépeints ; ils sont surpris et reconnaissants de ne point +trouver chez nous d’hostilité ; puis nos bateaux à vapeur, nos +chemins de fer, les frappent d’admiration : au retour, ce n’est +pas le souvenir de la kạba qui hante leur esprit, c’est celui +des merveilles des pays chrétiens, celui d’Alexandrie, de Tunis, +d’Alger. La plupart du temps, le Pèlerinage, loin d’augmenter +leur fanatisme, les civilise et leur ouvre l’esprit. + +Quelle que pût être notre célérité, il n’était pas possible +d’arriver à Tétouan le jour même : nous passâmes la nuit dans +un village des Beni Ḥasan. Le lendemain, nous repartîmes de très +bonne heure ; à 6 heures du matin, nous étions dans la ville. + +Les Beni Ḥasan, sur le territoire desquels j’avais marché pendant +la plus grande partie de cette excursion, sont de race et de langue +tamaziṛt. Ils sont dits Qebaïl[12]. Tout le massif montagneux auquel +ils ont donné leur nom leur appartient. Cette tribu me paraît riche +et nombreuse, à voir la quantité et l’importance des villages, +la fertilité du pays, les belles cultures qu’il renferme, le +monde qu’on y rencontre sur les routes. Elle est fort dévote, +à en juger par la grande proportion de ḥadjs qui s’y trouve, +par le nombre de ses qoubbas et de ses zaouïas, à en juger aussi +par les immenses détours qu’on me faisait faire à travers champs, +chaque fois qu’on approchait d’un de ces lieux vénérés, de +peur de le souiller par la présence d’un Juif. + +Dans cette tribu, aussi bien que chez les Akhmâs, les costumes +sont les suivants : pour les hommes de condition aisée : caleçons +étroits s’arrêtant au-dessus du genou, courte chemise sans manches, +en laine blanche, descendant jusqu’à mi-cuisse, enfin djelabia +brune ; comme chaussure, la belṛa[13] jaune ; comme coiffure, une +calotte rouge. Cette dernière se supprime souvent : dans tout le +Maroc, les populations des campagnes ont d’habitude la tête nue, +quelque soleil qu’il fasse, et bien que la plupart se rasent les +cheveux. Les pauvres n’ont qu’une chemise de laine blanche et une +djelabia ou un court bernous de même étoffe ; rien sur la tête, +ou bien quelque chiffon blanc ou rouge noué autour, laissant le +crâne à découvert ; les pieds nus ou chaussés de sandales. Ici, +par exception, peu de cheveux sont rasés : on se contente de +les porter très courts. Rien de particulier dans le costume des +femmes : elles ont celui quelles portent dans les campagnes du Tell +algérien ; il est uniformément en laine ou en cotonnade blanches ; +toutes laissent leur visage découvert ; pour travailler aux champs, +elles s’enroulent autour des jambes un épais morceau de cuir fauve +fixé sur le devant par une agrafe : c’est quelque chose comme les +cnémides que mettait Laërte pour jardiner. + +En général, les hommes sont assez beaux et surtout vigoureux, +les femmes laides et communes. Bien que le tamaziṛt soit leur +langue habituelle, les Beni Ḥasan savent la plupart l’arabe ; +mais ils y mêlent diverses expressions étrangères : telle est la +particule _d_, dont ils font précéder les noms au génitif : ainsi +ils disent Ouad d en Nekhla, Djebel d el Akhmâs, etc. Cet emploi du +_d_ se retrouve d’ailleurs dans le Maroc entier, avec le même sens, +celui de notre préposition « de » ; mais nulle part avec autant +d’excès qu’aux environs de Tétouan. + + + 4o. — DE TÉTOUAN A FAS. + + + 4 juillet. + +Pendant cette première journée de marche, je me borne à gagner +le fondoq devant lequel j’étais déjà passé, entre Tanger et +Tétouan. La route a été décrite ; je n’en reparlerai pas. J’ai +fait prix, pour me conduire à Fâs, avec un muletier musulman : +c’est en sa compagnie que je suis parti ce matin ; notre caravane +est peu nombreuse : dix bêtes de somme ; le muletier, son fils +et un domestique ; voilà, avec Mardochée et moi, tout ce qui la +compose. D’ici à Fâs, par la route que nous allons prendre, +il n’y a rien à craindre ; nous serons constamment en blad el +makhzen et en pays peuplé : inutile de prendre d’escorte. + +Le fondoq où nous passons la nuit est une vaste enceinte carrée +dont le pourtour est garni, à l’intérieur, d’un hangar : +les voyageurs s’installent sous cet abri ; les animaux restent au +centre : le maître du lieu perçoit une légère rétribution sur +bêtes et gens ; de plus, il vend de l’orge et de la paille. Les +établissements de ce genre, rares au Maroc dans la campagne, y +sont très nombreux dans les villes : le hangar se surmonte alors +d’un étage où sont disposées de petites cellules fermant à +clef qu’on loue aux étrangers : ce sont les seules hôtelleries +qui existent. Le fondoq où nous sommes paraît très fréquenté : +vers le soir, près de cinquante voyageurs s’y trouvent réunis ; +la cour est pleine : chevaux, ânes, mulets, chameaux, s’y pressent +pêle-mêle avec des troupeaux de bœufs et de moutons. + + 5 juillet. + +A 4 heures du matin, nous quittons le fondoq. La caravane s’augmente +de trois personnes : un homme se rendant à Fâs ; il porte à +la main une cage contenant six canaris ; c’est pour les vendre +qu’il entreprend ce voyage ; il compte sur un bénéfice d’environ +trente francs. Puis une femme et sa petite fille, allant je ne sais +où. Aujourd’hui, la route traverse deux régions fort différentes : +durant la première partie de la journée, je suis dans un pays +montueux, très arrosé, souvent boisé : ce sont les dernières pentes +du revers occidental des montagnes du Rif. Puis, vers midi, après +avoir passé un col aux abords rocheux et difficiles, je débouche +dans une immense plaine légèrement ondulée où je marche jusqu’au +gîte. Cette plaine, couverte tantôt de champs de blé et de maïs, +tantôt de pâturages, tantôt de nouara hebila[14], s’étend à +perte de vue dans les directions de l’ouest et du sud ; au nord et à +l’est, elle est bornée par une longue ligne de hauteurs bleuâtres, +au flanc desquelles on distingue de blancs villages et les taches +sombres de vergers. La nouvelle région où je viens d’entrer et +où je demeurerai jusqu’à l’Ouad Sebou présente le contraste +le plus complet avec celle que je quitte : là on ne voyait que des +villages, ici presque que des tentes ; là une foule de jardins, ici +pas un arbre ; là tous les ruisseaux, toutes les rivières avaient +de l’eau courante, tous étaient bordés de lauriers-roses ; ici +bien des lits sont à sec, d’autres ne contiennent qu’une eau +croupissante et le laurier-rose a disparu. Cependant, sans être +riante comme la première, c’est encore une riche contrée : le +sol, terreux partout, est entièrement cultivable ; de beaux champs +de blé, d’orge et parfois de maïs, en couvrent une grande partie +et en prouvent la fécondité. D’ailleurs, si elle n’a pas ces +ondes fraîches et limpides que j’admirais près de Tétouan, +les rivières pourtant y sont nombreuses et l’eau est loin d’y +manquer, malgré la saison. + +Nous nous arrêtons à 4 heures du soir, dans un douar des Bdaoua[15], +en un lieu où se tient un marché hebdomadaire, Souq el Arbạa +el Bdaoua. Pendant cette journée, je n’ai rencontré sur la +route qu’un passage difficile : les environs du col signalé +plus haut. Parmi les cours d’eau traversés, trois avaient +quelque importance : l’Ouad el Ḥericha (berges escarpées de +2 ou 3 mètres de haut ; 6 mètres de large ; eau claire de 50 +centimètres de profondeur, qui coule sur un lit de gros galets ; +courant rapide) ; l’Ouad el Kharroub (berges de terre escarpées de +2 ou 3 mètres de haut ; 5 mètres de large ; eau claire et courante +de 50 centimètres de profondeur ; lit de gravier) ; l’Ouad Ạïcha +(6 mètres de large ; eau de 50 à 60 centimètres de profondeur ; +courant insensible). En général, peu de monde sur le chemin, +mais sur quelques points beaucoup de travailleurs dans les champs : +partout, de Tétouan à Fâs, on moissonne. Souvent les douars qu’on +rencontre sont grands, mais ils ont l’aspect misérable : les tentes, +petites et mauvaises, ne descendent qu’à 0,80 centimètres de terre, +laissant un vide mal fermé par une cloison de nouara hebila. Encore +tout n’est-il pas tentes ; celles-ci sont mêlées la plupart du +temps de huttes en nouara hebila. Huttes et tentes sont groupées +sans ordre, formant un ensemble qui rappelle peu le sens primitif du +mot douar. Ainsi sont tous les campements de Tétouan à Fâs. + + 6 juillet. + +Départ à 5 heures du matin. Toute la journée, je continue à marcher +dans la plaine ondulée décrite hier ; rien n’y change : même +terrain, mêmes habitants, même horizon ; seulement, à partir de 11 +heures, j’ai en vue le Djebel Sarsar. Sa croupe massive apparaît +à l’est, dominant les hauteurs qu’on aperçoit de ce côté. El +Qçar est située au milieu de la plaine. Nous entrons dans la ville +à 4 heures du soir. + +[Illustration : El Qçar el Kebir, ses jardins, le Djebel Sarsar. + +(Vue prise à 2 kilomètres de la ville, du chemin de +Tétouan.) Croquis de l’auteur.] + +Plus de voyageurs aujourd’hui qu’hier sur la route. Le principal +cours d’eau traversé est l’Ouad el Mkhâzen (berges de terre +à 1/2 de 4 à 5 mètres de haut ; 10 à 12 mètres de large ; belle +eau courante de 50 centimètres de profondeur). + +Un événement se produit ce soir dans notre caravane : en entrant +à El Qçar, l’homme aux canaris nous fait part de son mariage : +en marche, il a fait connaissance avec notre compagne de route ; +elle lui a plu ; il lui a offert sa main ; elle a accepté ; ils +vont se marier à El Qçar : on vendra les canaris comme on pourra ; +le prix en servira au don nuptial et aux frais de la noce. + + 7 juillet. + +C’est aujourd’hui samedi : force m’est de rester ici pendant +24 heures. De tous les ennuis auxquels m’a soumis ma condition de +Juif, je n’en connais aucun qui approche de celui-là : perdre +cinquante-deux jours par an. Certains Israélites du Maroc sont +d’avis que c’est le point le plus admirable de leur religion. Je +n’y ai rien trouvé de plus dur : on voudrait se mettre en route, on +ne peut pas : on est en voyage, il faut s’arrêter. Encore si l’on +pouvait profiter de ce retard pour rédiger ses notes, mais c’est +presque toujours impossible. Se trouve-t-on seul ? On barricade sa +porte, on bouche les fentes, et on se met au travail. Mais il est si +difficile d’être seul ce jour-là ! Et il ne faudrait pas qu’on +vous surprît à écrire : votre secret serait trahi ; on saurait que +vous n’êtes pas Israélite. A-t-on jamais vu au Maroc Juif écrire +durant le sabbat ? C’est défendu au même titre que voyager, +faire du feu, vendre, compter de l’argent, causer d’affaires, +que sais-je encore ? Et tous ces préceptes sont observés, avec quel +soin ! Pour les Israélites du Maroc, toute la religion est là : les +préceptes de morale, ils les nient ; les dix commandements sont de +vieilles histoires bonnes tout au plus pour les enfants ; mais quant +aux trois prières quotidiennes quant aux oraisons à dire avant et +après les repas, quant à l’observation du sabbat et des fêtes, +rien au monde, je crois, ne les y ferait manquer. Doués d’une foi +très vive, ils remplissent scrupuleusement leurs devoirs envers Dieu +et se dédommagent sur les créatures. + +Encore ici ne suis-je pas très à plaindre : je profiterai de cette +journée pour visiter la ville. Celle-ci a pu mériter autrefois son +nom de El Qçar el Kebir[16], mais aujourd’hui elle n’est plus +ni grande ni fortifiée. Très mal construite, avec ses maisons non +blanchies qui lui donnent un air de saleté et de tristesse, c’est la +plus laide des villes que j’aie vues au Maroc : elle manque d’eau ; +on est obligé d’en aller chercher dans des outres à l’Ouad el +Qous, à près d’une demi-heure de distance. La population peut +être de 5 ou 6000 habitants, dont un millier d’Israélites : +ceux-ci étaient autrefois enfermés dans un mellaḥ ; comme il +est devenu trop étroit, on leur permet aujourd’hui d’habiter +dans toute la ville. Malgré cela, il est difficile de se loger : +j’ai eu toutes les peines du monde à trouver une chambre, et +quelle chambre ! Je n’aurais jamais cru qu’une telle quantité +d’araignées et de souris pût tenir en un si petit espace. Quant +aux anciennes fortifications, on en retrouve peu de traces : quelques +pans de murs ruinés, de pisé extrêmement épais, se dressant çà +et là aux abords de la ville, voilà tout ce qu’il en reste. Une +des choses remarquables de ce lieu est la quantité innombrable des +cigognes : point de maison sans un nid de ces oiseaux ; il y en a, +je pense, presque autant que d’habitants. El Qçar est la résidence +d’un gouverneur, lieutenant du qaïd d’El Ạraïch[17]. + +Auprès de la ville, sont de grands vergers : j’y ai remarqué de +belles plantations d’orangers, entretenues avec soin et arrosées par +des norias. Mais ce sont des exceptions : en général, ces jardins +sont plus vastes que florissants ; ils produisent peu de fruits ; la +plupart de ceux qu’on consomme ici viennent de Tanger ou de Tétouan. + + 8 juillet. + +Départ à 5 heures du matin. Je marche dans la même plaine : telle +elle était avant-hier au nord d’El Qçar, telle elle sera encore +toute cette journée. Il n’y a qu’une différence : la ligne de +hauteurs qui la bordait vers l’est disparaît et fait place aux +lourds massifs du Djebel Sarsar et du Djebel Kourt. A 3 heures de +l’après-midi, nous arrivons à Chemmaḥa, petit douar où nous +devons passer la nuit. + +[Illustration : Djebel Sarsar. (Les parties ombrées sont boisées.) + +(Vue prise du chemin d’El Qçar à Fâs, à 22 kilomètres d’El +Qçar.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Djebel Kourt. (Vue prise du chemin d’El Qçar +à Fâs, à l’ouest-sud-ouest et à environ 12 kilomètres de la +montagne.) Croquis de l’auteur.] + +Je n’ai traversé aujourd’hui qu’une seule rivière, mais elle +est importante : c’est l’Ouad el Qous (berges de terre à 1/1 +de 7 à 8 mètres de haut ; eau courante de 60 à 70 centimètres de +profondeur et de 20 à 25 mètres de large ; lit de gravier). + +Une caravane qui chemine en ces pays arrive toujours plus nombreuse +qu’elle n’était partie. En marche, elle se grossit de tous +les isolés qu’elle rencontre et qui suivent la même route. A +chaque gîte, elle s’accroît de quelques personnes qui profitent +de l’occasion. _El ạmara mliḥa_, « la société est bonne », +dit-on : la société est une sûreté et souvent une économie. Cinq +au départ, nous sommes déjà une douzaine : nous arriverons quinze +ou vingt à Fâs. + + 9 juillet. + +[Illustration] + +Départ à 4 heures et demie du matin. Nous reprenons notre marche au +travers du même pays. A 2 heures, nous parvenons au bord de l’Ouad +Ouerṛa. Le fond de la vallée, très large ici, est limité des +deux côtés par un talus de terre presque à pic d’une dizaine de +mètres de hauteur. L’aspect de la vallée est riant : c’est une +grande prairie où paissent de nombreux troupeaux ; quelques bouquets +d’arbres l’ombragent ; des jardins, des douars s’y voient en +grand nombre. Au milieu, la rivière, large de 80 mètres, aux eaux +vertes, coule claire et rapide sur un lit de galets. Ce lit est bordé +de berges de terre à pic, de 4 à 5 mètres de haut ; la largeur de la +rivière atteint près de 100 mètres au gué où nous la traversons ; +en ce point, elle a environ 60 centimètres de profondeur ; au-dessous, +son cours se rétrécit, mais elle devient profonde de 1m,50. Nous +nous arrêtons sur la rive gauche de l’ouad, dans un petit douar +ombragé de figuiers : c’est là que nous passerons la nuit. + +Avant d’arriver à l’Ouad Ouerṛa, j’avais franchi un cours +d’eau assez important, l’Ouad Rḍât (berges de terre de 4 à +5 mètres de haut ; eau claire et courante de 50 centimètres de +profondeur ; 15 mètres de large ; lit de gravier). Aujourd’hui, +un peu moins de monde sur le chemin que les jours derniers. Les +cultures semblent aussi un peu moins nombreuses et moins soignées. Les +pâturages augmentent. + +[Illustration : Djebel Tselfat. (Vue prise du chemin d’El Qçar +à Fâs, à environ 16 kilomètres de la montagne.) Croquis de +l’auteur.] + +D’ici on voit, tout à fait dans le lointain, bornant l’horizon +vers l’est, une longue série de crêtes grisâtres très +découpées ; elles paraissent appartenir à des massifs élevés ; +un sommet se distingue par ses formes escarpées : c’est le +Djebel Oulad Ạïssa. Plus près de moi, dans la direction du sud, +j’aperçois le Djebel Tselfat. — L’Ouad Ouerṛa renferme +beaucoup de poissons ; des hommes de la caravane pêchent, et en +prennent une quantité étonnante. Il contient aussi des tortues, +comme la plupart des cours d’eau entre Tanger et Fâs. + + 10 juillet. + +[Illustration] + +Départ à 5 heures du matin. Je marche jusqu’au gîte dans la même +plaine que les jours précédents ; mais le terrain se modifie un +peu. Il commence à changer vers 9 heures et demie, à la frontière +des Oulad Ạïssa. Jusque-là c’était toujours la même plaine +à ondulations légères, succession de plateaux peu élevés, +coupés de vallées sans profondeur. A partir de là, les rides +se creusent, les reliefs se prononcent. Cependant les mouvements +sont encore peu accentués, et la région d’ici à l’Ouad Sebou +peut se considérer comme appartenant à celle où je suis entré +le 5 juillet. Mais, par divers côtés, elle annonce la contrée +qu’on trouvera sur la rive gauche du fleuve : déjà les flancs des +vallées se couvrent de jardins ; déjà apparaissent sur les côtes +des plantations d’oliviers, de vignes et de figuiers ; déjà les +collines se couronnent de villages. De plus, la nouara hebila, plante +curieuse qui couvre une partie de la plaine que je finis de traverser, +et que je n’ai jamais rencontrée ailleurs, devient rare : par +contre, le jujubier sauvage commence à se montrer ; depuis que je +suis chez les Oulad Ạïssa, j’en vois çà et là des buissons +poussant dans la campagne. On rencontre plus de passants qu’hier ; +le pays paraît plus habité et plus riche. Vers 3 heures et demie, +nous atteignons la vallée du Sebou : moins large que celle de l’Ouad +Ouerṛa, elle est aussi nettement dessinée. Un double talus à pente +très raide en limite le fond de chaque côté. Ce fond est en partie +sablonneux : on y voit peu de cultures, mais il y a des pâturages avec +plusieurs grands douars ; au milieu coule, en serpentant beaucoup, +l’Ouad Sebou. La largeur moyenne paraît en être de 60 mètres, +la profondeur d’un mètre ; il coule entre deux berges de terre de +3 à 4 mètres de haut ; les eaux en sont moins claires que celles +de l’Ouad Ouerṛa, mais le courant en est extrêmement rapide : +nous profitons, pour le passer, d’un gué où il prend une grande +largeur et se divise en trois bras : dans les deux premiers je trouve +une profondeur de 50 centimètres environ ; dans le troisième, large +de 50 mètres, une profondeur de 70 centimètres : le lit est formé +de gros galets. Nous faisons halte dans un douar, sur la rive gauche +du fleuve, tout près d’un rocher isolé, _Ḥadjra ech Cherifa_, +qui donne son nom à ce lieu. Ici encore mes compagnons font une +pêche abondante. De l’Ouad Ouerṛa à l’Ouad Sebou, je n’ai +traversé que des ruisseaux. + + 11 juillet. + +[Illustration : Djebel Gebgeb et Djebel Terrats. (Vue prise au +nord-ouest de ces montagnes, du chemin d’El Qçar à Fâs.) Croquis +de l’auteur.] + +Départ à 5 heures du matin. Après nous être élevés par degrés +en franchissant une succession de côtes coupées de ravins assez +profonds, nous arrivons à 10 heures au cœur même du massif du +Gebgeb. Nous nous mettons à gravir cette montagne : le sol reste +terreux, mais le chemin, en pente très raide, devient difficile. La +fatigue de la route est compensée par la beauté du paysage : autour +de soi on ne voit que vastes plantations de vignes et d’oliviers, +s’étendant sur tout le flanc de la montagne et en couronnant le +faîte ; puis, de temps en temps, on aperçoit vers la droite la haute +cime du Terrats, ou bien, dans le lointain, la silhouette grise du +Zerhoun. A midi, j’atteins le col, situé presque au niveau des +sommets du massif. De là on jouit d’un spectacle merveilleux : +à droite, le Terrats et le Zerhoun ; à gauche, l’arête rocheuse +du Zalaṛ ; en avant, bornant toute l’étendue de l’horizon, une +ligne confuse de montagnes lointaines que dominent la haute cime du +Djebel Ṛiata et les crêtes neigeuses du Djebel Beni Ouaṛaïn : +au milieu de cette ceinture grandiose, au pied même du Gebgeb, +apparaît Fâs, émergeant comme une île blanche de la mer sombre +de ses immenses jardins. + +Du col, la descente est aisée : à 2 heures, j’arrive à Bab Segma +et j’entre dans l’antique cité de Moulei Edris. + +Pendant cette journée, une foule de voyageurs n’a cessé de +sillonner le chemin : de Ḥadjra ech Cherifa à Fâs, le pays +est d’une richesse extrême ; ce ne sont que cultures, villages, +jardins, plantations de vignes et d’oliviers ; quelques ravins sont +boisés ; peu de places incultes, celles qu’on voit sont couvertes +de jujubiers sauvages et de palmiers nains : la nouara hebila a +entièrement disparu. Peu d’eau courante, mais des sources et des +puits. Vers 7 heures et demie, j’ai passé au milieu de l’Arbạa +des Oulad Djemạ ; malgré l’heure matinale, il était animé : +il s’y trouvait 300 ou 400 personnes, et on venait de toutes parts. + +[Illustration : Partie orientale de Fâs el Bâli. (Le reste de la +ville est caché par des collines couvertes de vergers.) (Vue prise +à un kilomètre du mellah de Fâs, du chemin de Sfrou.) Croquis +de l’auteur.] + + 5o. — SÉJOUR A FAS. + +A mon passage à Tanger, M. Benchimol, dont le nom est connu en France +par les importants services que, depuis plus d’un siècle, sa famille +ne cesse de rendre à notre pays, m’avait donné une lettre pour +un des principaux négociants de Fâs, M. Samuel Ben Simhoun. Je me +fis immédiatement conduire à la maison de ce dernier. Je reçus de +lui le meilleur accueil. Je lui demandai aussitôt de m’aider à +trouver les moyens de gagner le Tâdla ; il me promit de le faire, +et il m’offrit si cordialement l’hospitalité que je n’hésitai +pas à l’accepter. D’ailleurs je comptais ne passer que peu de +temps à Fâs : cette ville étant décrite dans plusieurs ouvrages +en grand détail et mieux que je n’eusse pu le faire, je n’avais +pas à l’étudier ; il me tardait, au contraire, de la quitter pour +entrer enfin en pays inconnu. Je priai donc M. Ben Simhoun de hâter +mon départ pour le Tâdla : je tenais à y aller en coupant au court, +à travers le massif inexploré qu’occupent les Zemmour Chellaḥa +et les Zaïan. + +Ce que je désirais n’était pas chose aussi facile que je l’avais +cru. Nous n’obtînmes d’abord que les renseignements les plus +décourageants : le chemin que je voulais prendre était impraticable, +jamais on ne le suivait ; les Zaïan et les Zemmour Chellaḥa +étaient des tribus sauvages chez lesquelles il était impossible de +voyager ; il ne fallait pas songer à une route pareille ; d’ailleurs +n’en avait-on pas une autre, aussi sûre que celle-ci l’était +peu ? celle qui se prenait toujours, et qui passait par Rebaṭ et +Dar Beïḍa. On eut beau chercher, questionner, s’informer, ce +fut tout ce qu’on put obtenir. Au bout de huit jours, force fut de +s’avouer qu’il n’y avait rien à espérer à Fâs. Mon hôte fit +alors une dernière tentative : il écrivit à Meknâs, priant un de +ses amis d’y continuer les recherches qui jusque-là avaient si peu +réussi. La réponse ne se fit pas attendre : il existait à Meknâs un +cherif, homme honorable, qui connaissait le chemin que je demandais ; +il l’avait suivi lui-même plusieurs fois : comble de bonheur, il +avait l’intention d’aller à Bou el Djạd dans quelque temps ; +je pourrais partir avec lui, il se faisait fort de me faire passer +partout. Mais il ne voyagerait qu’à la fin du Ramḍân. Or le +Ramḍân commençait à peine. Il était dur d’être arrêté un +mois à Fâs ; d’autre part, l’occasion qui s’offrait était +unique : il fallait ou l’attendre, ou se résigner à suivre la +route ordinaire. Je ne balançai pas, j’acceptai la proposition +du cherif. — Quant à mon séjour à Fâs, je m’efforcerais de +l’employer le plus utilement possible, j’en profiterais pour +aller visiter Tâza et Sfrou. + +Je ne puis dire combien de zèle montra M. Ben Simhoun en ces +négociations. C’est lui qui fit toutes les démarches, toutes les +recherches. Jusqu’au moment où la dernière disposition fut prise +pour mon départ, il quitta ses occupations, négligea ses affaires, +pour se consacrer en entier à ce que je lui avais demandé. Il +montra en tout une intelligence, une activité, une discrétion +dont je ne devais pas trouver d’autre exemple au Maroc parmi ses +coreligionnaires. + +[Illustration : Monts Terrats, Gebgeb et Zalar et plaine du Saïs. (Vue +prise du chemin de Sfrou à Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Djebel Terrats. (Vue prise du mellah de Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Djebel El Behalil, portion orientale du revers nord +du Djebel Beni Mtir et plaine du Saïs. (Vue prise du mellah de Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +La population de Fâs est d’ordinaire estimée à 70000 habitants, +dont 3000 Israélites : ces chiffres ne sont, je crois, pas loin de la +vérité. Fâs fait un commerce considérable ; elle est le centre où +affluent d’une part les marchandises européennes venant par Tanger, +de l’autre les cuirs du Tafilelt, les laines, la cire et les peaux +de chèvre des Aït Ioussi et des Beni Ouaṛaïn, parfois même les +plumes du Soudan. Les laines, les peaux, la cire, sont expédiées +par grandes quantités en Europe ; les plus beaux cuirs restent à +Fâs où, travaillés par d’habiles ouvriers, ils servent à faire +ces belṛas, ces coussins, ces ceintures, objets de luxe qu’on +vient y acheter de tous les points du Maroc du nord[18]. Les objets +d’origine européenne arrivant dans la ville sont nombreux : velours, +soieries, passementeries d’or et d’argent venant de Lyon ; sucres, +allumettes, bougies de Marseille ; pierres fines de Paris ; corail de +Gênes ; cotonnades (_meriqan_, _sḥen_, indiennes), draps, papier, +coutellerie, aiguilles, sucres, thés d’Angleterre ; verrerie et +faïences d’Angleterre et de France. Une portion de ces marchandises, +tout ce qui est passementeries, pierres fines, coutellerie, reste à +Fâs. Le reste, c’est-à-dire la plus grande part de beaucoup, va +alimenter des marchés de Fâs au Tafilelt. Les grands négociants de +la capitale envoient des agents, munis de cotonnades et de belṛas, +sur les marchés des Hiaïna et des Beni Mgild ; de plus, ils ont des +correspondants échelonnés depuis Sfrou jusqu’au Reteb : ils leur +expédient du sucre, du thé, des cotonnades, qui s’écoulent de là +chez les Beni Ouaṛaïn, les Aït Ioussi, les Aït Tsegrouchen, et +chez toutes les tribus de la haute Mlouïa et de l’Ouad Ziz. D’un +autre côté, les caravanes qui viennent du Tafilelt, apportant des +cuirs et des dattes, s’en retournent chargées de cotonnades, de +sucre, de thé, de riches vêtements de drap et de belṛas fines, +pour lesquels Fâs est renommée, et d’une pacotille de parfums, de +papier, d’aiguilles, d’allumettes, de verres et de faïences. Fâs +fournit ainsi non seulement une partie du Maroc central, mais encore +la plus grande portion du Sahara oriental, toute celle qui dépend +commercialement de l’Ouad Ziz. Un commerce aussi étendu serait la +source de richesses immenses dans un autre pays ; mais ici plusieurs +causes diminuent les bénéfices : d’abord le prix élevé des +transports, tous faits à dos de chameau ou de mulet, prix que doublent +au moins les nombreux péages établis sur les chemins du nord de +l’Atlas et les escortes qu’il est indispensable de prendre au +sud de la chaîne ; ensuite, dans une région dont la plus grande +partie est peuplée de tribus indépendantes et souvent en guerre +entre elles, dont l’autre n’est qu’à moitié soumise et se +révolte fréquemment, il arrive sans cesse qu’une caravane est +attaquée, qu’un convoi est pillé, qu’un agent est enlevé. Le +commerce a donc ses risques, et plus d’un motif vient en amoindrir +les gains. Enfin il est entravé encore par le manque de crédit +et par l’usure. Le taux de l’intérêt atteint au Maroc des +limites fantastiques, ou plutôt il n’en a pas. Voici le taux +auquel prêtent à Fâs des Israélites qui se respectent : 12 % +pour un coreligionnaire d’une solvabilité certaine ; 30 % pour +un Musulman d’une solvabilité également assurée ; 30 % pour une +personne de solvabilité moins sûre, mais qui fournit un gage ; 60 % +dans les mêmes conditions sans gage[19]. + +[Illustration : Djebel Zerhoun. (Vue prise du chemin de Fâs à Sfrou, +à un kilomètre du mellah de Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +Dans les diverses villes du Maroc que j’ai vues, le costume des +Musulmans de condition aisée est le même ; je le décrirai ici +une fois pour toutes : linge de coton ; comme principal vêtement, +soit un costume de drap brodé à la mode algérienne, soit un long +cafetan de drap de couleur très tendre, soit plus souvent encore la +_farazia_, sorte de cafetan de coutil blanc cousu au-dessous de la +ceinture, comme la gandoura, et se fermant du haut par une rangée +de petits boutons de soie ; sur la tête, un large turban en étoffe +très légère de coton blanc ; par-dessus le tout, un léger ḥaïk +de laine blanche unie ; aux pieds, jamais de bas : de simples belṛas +jaunes. Au Maroc, la couleur des belṛas a la plus grande importance : +le jaune est réservé aux Musulmans, le rouge aux femmes, le noir +aux Juifs : c’est une règle rigoureuse, observée même dans +les campagnes les plus reculées. Les citadins portent rarement le +bernous : il ne fait pas partie de leurs habits ordinaires ; on ne +le met que lorsqu’il fait froid. Les marchands, les individus de +condition secondaire, remplacent volontiers le costume algérien, +le cafetan, la farazia, par la djelabia en laine blanche ou en drap +bleu foncé : avec la djelabia on ne porte pas le ḥaïk. Quant aux +pauvres, ils n’ont qu’une chemise et une djelabia grossière. Les +Musulmans de Fâs ont la peau d’une blancheur extrême ; ils sont en +général d’une grande beauté ; leurs traits sont très délicats, +efféminés même, leurs mouvements pleins de grâce ; passant leur +vie dans les bains, ils sont la plupart, même les pauvres, de cette +propreté merveilleuse qui distingue les Musulmans des villes. + +Si dans les cités la mode est invariable, c’est tout le contraire +dans les campagnes. A chaque pas, je la verrai changer. Je signalerai, +chemin faisant, ces différences : elles sont telles qu’on peut dire, +à la vue du costume et des armes d’un Marocain, à quelle région +il appartient. De Tétouan à Fâs, l’habillement est uniforme : +c’est, pour les gens dans l’aisance, une chemise de coton ou de +laine, une djelabia blanche, un ḥaïk ; les pauvres portent des +djelabias de couleur ou des lambeaux d’étoffe blanche dont ils +se couvrent comme ils peuvent. Les uns et les autres sont pour la +plupart tête nue : quelques-uns s’enroulent autour de la tête un +turban étroit et mince qui en laisse le sommet découvert. En fait +d’armes, on a le fusil à un coup, à pierre ; canon long, large +crosse triangulaire de bois noirci : la crosse est très simple, sans +autres ornements que de légères incrustations de fil d’argent. Ces +fusils se fabriquent surtout à Tétouan. La poudre se porte dans +des boîtes de bois en forme de poire : elles sont toutes couvertes +de gros clous de cuivre et de sculptures coloriées. Les sabres sont +rares dans cette région ; les cavaliers seuls en ont. Les lames en +sont courtes (70 à 80 centimètres), droites ou peu recourbées, +très flexibles ; les poignées, de corne ou de bois, avec gardes +et branches de fer ; les fourreaux, de bois couvert de cuir, avec +garnitures en cuivre : ce type de sabre est le seul en usage au +Maroc. Enfin, ici comme ailleurs, tout le monde, hors des villes, +porte habituellement le poignard, même étant désarmé ; il sert +au besoin de couteau. Il y a deux modèles de poignards au Maroc : +l’un court et à lame courbe, seul usité dans le massif du Grand +Atlas et au sud de cette chaîne ; l’autre plus long et à lame +droite, en usage dans le nord, où l’on rencontre aussi quelquefois, +mais rarement, le poignard recourbé. Les harnachements des chevaux +sont au Maroc les mêmes qu’en Algérie ; mais les housses de selles +sont de drap rouge, au lieu d’être de cuir, et les poitrails et les +brides sont brodés de soie d’une seule couleur, rouge d’ordinaire. + +[Illustration : Page 24. + +1. — Fusil en usage au nord du Grand Atlas. + +2. — Sabre. + +3. — Corne à poudre en usage dans les bassins de l’Oumm er Rebia, +du Sous et du Dra, et sacs à balles. + +4. — sac à poudre en usage dans le bassin du Ziz et chez les +Aït Seddrât. + +5. — Poignard à lame courbe. + +6. — Fusil en usage au sud du Grand Atlas. + +7. — Boîte à poudre en usage dans le Sahel marocain.] + +La ville et la province de Fâs sont administrées par trois bachas, +commandant chacun à une portion de la ville et à un certain nombre +de tribus de la campagne[20]. Il n’y a point de grand commandement +dans le blad el makhzen. Jamais plusieurs tribus considérables, +plusieurs villes, ne sont réunies sous l’autorité d’un seul : +chaque tribu de quelque importance, chaque cité, chaque province +a son qaïd, nommé directement par le sultan et ne relevant que +de lui. Bien plus, dans les capitales, à Fâs et à Merrâkech, et +dans les grandes tribus telles que les Ḥaḥa, les Chaouïa, etc., +l’autorité est répartie entre plusieurs gouverneurs. Ils portent +le titre de bacha dans les résidences impériales, Merrâkech, Fâs, +Meknâs, celui de qaïd partout ailleurs. Cette extrême division du +pouvoir a pour but d’empêcher les révoltes. Le soin constant du +sultan est de veiller à ce que personne dans ses États ne devienne +trop riche, ne prenne trop d’influence. Il suffirait de si peu pour +renverser son trône chancelant ! + + + 6o. — VOYAGE A TAZA. + + +Il y a deux chemins principaux pour aller à Tâza : l’un, plus +court, mais que l’on ne prend jamais, remonte l’Ouad Innaouen par +les tribus des Hiaïna et des Ṛiata ; l’autre, généralement +suivi, traverse les Hiaïna, les Tsoul, les Miknâsa, évitant le +plus longtemps possible le territoire des Ṛiata et n’y entrant +qu’à la porte de Tâza. Les Hiaïna, les Tsoul, les Miknâsa font +partie du blad el makhzen ; mais ils n’obéissent qu’à demi ; +leur pays est peu sûr ; les caravanes y circulent sans escorte, mais +les étrangers n’y voyagent guère isolés. Quant aux Ṛiata, sur +le territoire desquels est Tâza, ils sont indépendants, et de plus +célèbres par leurs violences et leurs brigandages. On ne saurait +faire un pas sur leurs terres sans l’ạnaïa d’un membre de la +tribu ; encore faut-il choisir un homme puissant et sûr, ce qui, +pour un étranger surtout, n’est pas facile. Pour moi, je vais +partir dans les conditions les plus favorables. En ces lieux où le +sultan n’a aucun pouvoir, il est un homme tout-puissant : c’est +le moqaddem de la grande zaouïa de Moulei Edris de Fâs, Sidi Er +Râmi[21]. Son influence, immense sur les Hiaïna, sur les Ṛiata, +s’étend plus loin encore ; tout le Rif, des Ṛomera aux Beni +Iznâten, toutes les tribus entre Fâs, Tâza et la Méditerranée, +obéissent à ses moindres volontés : ont-elles des affaires à Fâs, +c’est lui qui s’en charge ; le sultan désire-t-il quelque chose +de l’une d’elles, il s’adresse à lui. C’est à l’abri +de cette puissante protection que je vais partir : à la prière de +M. Ben Simhoun, Sidi Er Râmi me donne un de ses esclaves de confiance +pour me conduire à Tâza ; nous prendrons le chemin le plus court, +ce chemin que jamais on n’ose prendre : où ne passerait-on pas +sous une pareille sauvegarde ? — Avec la même facilité, avec la +même sécurité que je vais aller à Tâza, on pourrait, par Sidi +Er Râmi, aller de Fâs à Chechaouen et à Tétouan par le chemin +que j’avais voulu prendre et qui, dans le sens inverse, était si +difficile. Ce qu’on m’avait dit à Tétouan était donc exact. + + 29 juillet. + +[Illustration : Fâs. (Vue générale de la ville et de ses jardins, +prise du haut d’Aqba el Djemel.) + +Croquis de l’auteur.] + +A 8 heures du matin, je suis à la porte de Fâs ; un superbe cavalier +noir y attend : c’est mon guide ; nous partons. Après avoir, sur +un pont de huit arches, traversé l’Ouad Sebou, nous nous mettons +aussitôt à gravir le flanc droit de sa vallée, haute croupe aux +pentes assez raides, au sol jaune et nu : point de végétation, si +ce n’est çà et là de rares et maigres cultures. D’ailleurs +le terrain est doux, sans une pierre ; le chemin bon et facile : +cette côte, Ạqba el Djemel, la seule qu’il y ait entre Fâs et +Tâza, est donc un faible obstacle. Nous la franchissons à quelque +distance du sommet, et nous descendons ensuite par son versant est : +il est semblable à l’autre, mais en pente plus douce. A son pied +s’étend un plateau : sol dur, terre semée de beaucoup de pierres, +nue dans quelques parties, le plus souvent couverte de palmiers nains +et de jujubiers sauvages ; une série de ravins parallèles, parfois +assez profonds, le coupe. C’est là que nous cheminons jusqu’au +moment où nous atteignons l’Ouad Innaouen. Cette rivière a ici 25 +mètres de large et 60 centimètres de profondeur moyenne : ses eaux, +vertes et limpides, coulent sur un fond de gravier, au milieu d’un +lit de 50 mètres dont elles n’occupent que la moitié ; le reste +est couvert d’un fourré de lauriers-roses et de tamarix. Des berges +de terre de 2 à 3 mètres bordent ce lit. L’Ouad Innaouen n’a +pas un courant régulier, comme celui de l’Ouad Sebou. Tantôt ses +eaux sont assez profondes, alors il a peu de courant ; tantôt elles +le sont très peu, et son courant est rapide : je ne crois pas que +leur profondeur atteigne plus d’un mètre dans les parties que je +verrai. La rivière serpente beaucoup ; aussi, sans en quitter les +bords, la traverserai-je un grand nombre de fois d’ici à Tâza. + +Nous nous engageons dans cette vallée et nous y marchons jusqu’au +soir. Le fond, de bonne terre, inculte d’abord, se remplit ensuite, +en partie, de champs, de jardins et de bouquets d’arbres. Les flancs, +talus de terre brune au sud, blanche ou grise au nord, sont longtemps +sans cultures, tantôt nus, tantôt couverts de palmiers nains ; +ce n’est que vers la fin de la journée que quelques plantations +nous apparaissent sur leurs pentes. A 5 heures, nous faisons halte : +nous sommes sur la rive gauche de l’Ouad Innaouen, dans un petit +douar où nous passerons la nuit. La rivière a ici 15 mètres de +large et environ 50 centimètres de profondeur. Les champs qu’on +voit dans la vallée produisent du blé, de l’orge, du maïs ; +les jardins, des melons, des pastèques, des courges, des oignons ; +les arbres sont des oliviers et des figuiers. + +L’Ouad Sebou, sous le pont où nous l’avons traversé, a 35 +mètres de large et 80 centimètres de profondeur ; il coule au milieu +d’un lit moitié vase, moitié gravier, d’une largeur de 60 à 80 +mètres : courant extrêmement rapide ; eau jaune, chargée de beaucoup +de terre. Le pont est jeté au-dessus d’un gué ; en amont et en +aval, le fleuve se rétrécit et prend une profondeur plus grande. Le +fond de la vallée est occupé partie par des cultures, partie par des +roseaux. — Du haut d’Ạqba el Djemel, on aperçoit le pays au +nord de l’Ouad Innaouen, jusqu’à une grande distance : c’est +d’abord une large étendue de collines grises très ravinées ; +puis, en arrière, dans le lointain, s’échelonne une série de +chaînes de montagnes qui paraissent rocheuses. + + 30 juillet. + +[Illustration : Djebel Riata. + +(Les parties ombrées sont boisées.) + +(Vue prise au confluent de l’Ouad Innaouen avec l’Ouad Amelloul.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ à 5 heures du matin. Nous continuons à remonter l’Ouad +Innaouen. Le fond de la vallée reste ce qu’il était hier. Le flanc +droit s’élève un peu sans cesser d’être calcaire ou glaiseux. Le +flanc gauche change complètement de nature : au bout de peu de temps, +les cultures en disparaissent, le sol s’y hérisse de pierres ; +les pentes se raidissent, les crêtes s’élèvent et se couvrent +d’arbres ; enfin le flanc se confond avec une haute chaîne de +montagnes, rocheuse et boisée ; au milieu d’elles se dresse la +cime majestueuse du Djebel Ṛiata[22]. + +[Illustration : Coupure où passe l’Ouad Innaouen, à 17 kilomètres +en aval de Tâza. + +(Vue prise au point où la rivière entre dans la coupure.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Coupure où passe l’Ouad Innaouen, à 17 kilomètres +en aval de Tâza. + +(Vue prise au point où la rivière sort de la coupure.) + +Croquis de l’auteur.] + +A 11 heures et demie, j’arrive à un accident de terrain des plus +curieux : devant moi, la vallée est barrée par une ligne de collines, +trait d’union entre les hauteurs de la rive droite et les monts +Ṛiata : ces collines sont peu élevées ; un col est au milieu. La +rivière, au lieu de s’ouvrir un passage au travers de ce faible +obstacle, passe plus au sud, par une étroite et profonde coupure +à hautes murailles de roc, creusée à pic dans le flanc du Djebel +Ṛiata. Cette brèche, qui n’a au fond que la largeur du cours +d’eau, et dont les parois sont presque aussi rapprochées dans +le haut que dans le bas, a ses bords supérieurs bien au-dessus du +sommet de la chaîne qui barre la vallée. Le chemin franchit cette +chaîne en suivant une ligne elle-même remarquable : sur l’un et +l’autre versant, on marche dans le fond d’une petite ravine dont la +ligne de thalweg marque la place exacte où se sont rejoints les deux +massifs pour former la digue ; à gauche de cette ligne, le terrain est +entièrement calcaire, ce ne sont que côtes blanches s’étendant à +perte de vue ; à droite, il est tout roche, ce ne sont qu’énormes +blocs de grès allant se confondre avec ceux du Djebel Ṛiata. + +[Illustration : Tâza. + +(Vue de la ville prise du chemin de Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +Je me retrouve dans la vallée de l’Ouad Innaouen au moment où +celui-ci, sortant de sa coupure, y réapparaît aussi. Telle était +la vallée ce matin, telle elle se retrouve ici et telle elle restera +jusqu’au bout : seulement, à partir de maintenant on n’y verra +plus ni arbres ni jardins ; par contre, les cultures la couvriront +presque entièrement. Nous ne la quittons qu’à l’approche de +Tâza. Nous coupons alors au court à travers les premières pentes +des montagnes des Ṛiata : sol rocheux, sources nombreuses, bois +d’oliviers et de figuiers, foule de jardins et de hameaux. A 3 heures +et demie, nous atteignons un col : Tâza apparaît. Une haute falaise +de roche noire se détachant de la montagne et s’avançant dans la +plaine comme un cap ; sur son sommet, la ville, dominée par un vieux +minaret ; à ses pieds, d’immenses jardins : tel est l’aspect sous +lequel se présente ce lieu. Bientôt nous entrons dans les jardins, +jardins superbes qu’égalent à peine les plus beaux du Maroc. Ils +couvrent le flanc gauche et le fond du ravin de l’Ouad Tâza ; +à l’ombre d’arbres séculaires auxquels se suspendent de longs +rameaux de vigne, nous franchissons ce torrent et nous gravissons, +au milieu des rochers, le chemin raide et difficile qui conduit à +la ville. A 3 heures et demie, j’atteins la porte de la première +enceinte : j’ôte mes chaussures et j’entre. + +L’Ouad Innaouen, au moment où je l’ai quitté, à une heure +et demie de Tâza, n’avait plus que 5 à 6 mètres de large +et environ 30 centimètres de profondeur. En aval de la coupure +qu’il traverse, au point où il en sort, sa largeur était encore +de 8 mètres. L’Ouad Tâza n’est qu’un torrent ; ses eaux, +se précipitant par cascades sur un lit de roche, sont d’une +limpidité extrême ; il a 2 mètres de large. On le franchit sur +un pont d’une arche en fort mauvais état. De Fâs à Tâza, +nous avons rencontré très peu de monde sur la route : point de +caravanes ; comme voyageurs, quelques cavaliers portant tous fusil +et sabre ; personne dans les champs ; à quatre ou cinq reprises, +j’ai remarqué des vedettes en armes postées auprès du chemin : +elles étaient là pour veiller sur les moissons, et à l’occasion +pour détrousser les étrangers. Pas une personne, le long de la route, +qui n’ait témoigné du plus profond respect pour mon guide : tous +le saluaient, lui adressaient la parole ; la plupart lui baisaient +la main. Le pays que nous avons traversé est peu habité et mal +cultivé ; les tentes qu’on y rencontre sont assez belles ; mais +les villages ont un aspect misérable, ils sont composés de huttes +plutôt que de maisons. Dans les douars, un grand nombre de chevaux +bien soignés, signe d’une population belliqueuse. + + VILLE DE TAZA. + +[Illustration : Tâza. La ville et ses environs. + +Croquis au 1/62000.] + +Elle est située sur un rocher, à 83 mètres au-dessus du lit +de l’Ouad Tâza, à 130 mètres au-dessus de celui de l’Ouad +Innaouen. Adossée au sud à une haute chaîne de montagnes, bordée +de précipices au nord et à l’ouest et d’un talus très raide +au nord-est, elle n’est facilement accessible que d’un côté, +le sud-est. Le plateau où se trouve la ville est en pente douce, vers +l’est d’une part, vers l’ouest de l’autre. Tâza est entourée +de murs, doubles en plusieurs endroits ; autrefois ces fortifications +étaient plus considérables encore, témoin les ruines éparses aux +abords de la ville. Les murailles actuelles n’ont aucune valeur +militaire : elles sont en pisé, fort minces et très vieilles ; +chose rare, elles sont basses. Toute la surface close par la partie +sud de l’enceinte est occupée par des jardins ; au delà vient +un deuxième mur, puis commence la ville proprement dite : là même +tout n’est pas constructions ; certaines parties du plateau, vers +l’est et vers l’ouest, sont couvertes de cultures. Tâza paraît +avoir 3 à 4000 habitants, dont 200 Juifs fort à l’étroit dans +un très petit mellaḥ. Il y a quatre mosquées, deux grandes et +deux petites ; deux ou trois fondoqs spacieux et bien installés, +mais vides et tombant en ruine. La ville est construite moitié en +pierres, moitié en briques ; les maisons sont peintes de couleur +brun-rouge, ce qui leur donne un aspect triste ; elles sont, comme dans +toutes les villes que j’ai vues au Maroc, excepté Chechaouen et El +Qçar, couvertes en terrasse. La plupart des habitations possèdent +des citernes dont l’eau est délicieuse et glacée ; mais c’est +insuffisant aux besoins des habitants et surtout à ceux des bestiaux : +on va puiser ce qui manque au torrent. Des jardins superbes entourent +Tâza de tous côtés ; l’Ouad Tâza d’une part, de l’autre +une foule de ruisseaux descendant de la montagne les arrosent : +c’est une épaisse forêt d’arbres fruitiers, d’une élévation +extraordinaire, sans exemple peut-être au Maroc ; couvrant la plaine +tout autour de la ville, ils se pressent jusque sur le raide talus +qui la borde à l’ouest et, atteignant là le pied de ses murailles, +ils élèvent leur haute ramure au-dessus du faîte des maisons. + +[Illustration : Enceinte extérieure de Tâza et campagne +environnante. (Vue prise du mellah.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Cours de l’Ouad Innaouen et campagne au nord-est +de Tâza. (Vue prise du mellah de la ville.) + +Croquis de l’auteur.] + + HABITANTS. + +Tâza est sous la domination nominale du sultan. De fait elle est au +pouvoir de la puissante tribu des Ṛiata, qui en font la ville la +plus misérable de la terre. Le sultan y entretient un qaïd et une +centaine de mkhaznis[23] ; ils vivent enfermés dans le mechouar, +d’où ils n’osent sortir par peur des Ṛiata. L’autorité du +qaïd est nulle, non seulement au dehors, mais dans la ville même : +ses fonctions se bornent à rendre la justice aux citadins et aux Juifs +dans les différends qu’ils ont entre eux. Quant aux Ṛiata, sur le +territoire desquels se trouve Tâza, ils traitent cette cité en pays +conquis, y prenant de force ce qui leur plaît, tuant sur l’heure +qui ne le leur cède pas de bonne grâce. Au dehors, ils tiennent la +ville dans un blocus continuel ; nul n’ose sortir des murs sans être +accompagné d’un Ṛiati : quiconque s’aventurerait sans zeṭaṭ, +ne fût-ce qu’à 100 mètres, serait dévalisé, maltraité, +peut-être tué : c’est au point que les habitants ne peuvent pas +aller seuls remplir leurs cruches à l’Ouad Tâza ; les Ṛiata ont +ainsi le monopole de l’eau, qu’ils apportent chaque jour moyennant +salaire. Au dedans, la ville est encombrée de Ṛiata ; on en voit +sans cesse un grand nombre flânant dans les rues, un grand nombre +assis soit devant les portes, soit à l’intérieur des maisons, soit +sur les terrasses : on les reconnaît à leur sabre et à leur fusil, +qui ne les quittent pas ; ils s’installent où bon leur semble, se +font donner à manger ; s’ils aperçoivent une chose qui leur plaise, +ils la prennent et s’en vont. Le jour du marché, où ils sont plus +nombreux encore que d’ordinaire, nul n’ose passer dans les rues +avec une bête de somme, de peur de se la voir enlever. En outre, +de temps en temps ils mettent la ville en pillage réglé ; aussi, +dès qu’un habitant a quelque argent, il se hâte de l’envoyer en +lieu sûr, soit à Fâs, soit à Qaçba Miknâsa. C’est un spectacle +étrange que celui de ces hommes se promenant en armes dans la ville, +et y agissant toute l’année comme ils pourraient faire dans une +ville ennemie le jour de l’assaut. Il est difficile d’exprimer +la terreur dans laquelle vit la population. Aussi ne rêve-t-elle +qu’une chose, la venue des Français. Que de fois ai-je entendu les +Musulmans s’écrier : « Quand les Français entreront-ils ? Quand +nous débarrasseront-ils enfin des Ṛiata ? Quand vivrons-nous en +paix comme les gens de Tlemsen ? » Et de faire des vœux pour que ce +jour soit proche : l’arrivée n’en fait point de doute pour eux ; +ils partagent à cet égard l’opinion commune à une grande partie +de la population du Maroc oriental et à presque toute la haute classe +de l’empire, savoir : que dans un avenir peu éloigné le Maṛreb +el Aqça suivra le sort d’Alger et de Tunis et tombera entre les +mains de la France. — Le commerce de Tâza est nul ; les denrées +européennes sont à un prix double de celui de Fâs, résultat naturel +de la difficulté des communications. — Hélas ! ces beaux jardins +eux-mêmes, où Ali Bey se plaisait à entendre roucouler pigeons +et tourterelles, ne sont plus aujourd’hui aux habitants qu’une +source d’amers regrets : on les voit toujours aussi verts qu’au +temps de Badia, les mêmes ruisseaux y murmurent, les rossignols y +chantent encore dans les arbres, mais les Ṛiata les ont tous pris. + + RIATA. + +Les Ṛiata sont une grande tribu tamaziṛt indépendante, occupant +le revers nord du haut massif montagneux dont l’un des points +culminants porte son nom, et s’étendant jusqu’à la vallée +de l’Ouad Innaouen. Elle est bornée à l’est par les Houara, +au nord par les Miknâsa et les Tsoul, à l’ouest par les Hiaïna, +au sud par les Beni Ouaṛaïn. Elle se subdivise en six fractions : + +Ahel ed Doula (dans la montagne, du côté de la Mlouïa). + +Beni Bou Iaḥmed (dans la montagne, à l’ouest d’Ahel ed Doula). + +Beni Bou Qitoun (dans la montagne, à l’ouest des Beni Bou Iaḥmed +et à l’est de Tâza). + +Beni Oujjan (dans la montagne, à l’ouest de Tâza et des Beni +Bou Qitoun). + +Ahel el Ouad (dans la montagne, sur les bords de l’Ouad el +Kḥel[24], à l’ouest des Beni Oujjan et au sud-est de la zaouïa +de S. Ạbd er Raḥman). + +Ahel Ṭahar (dans la montagne, à l’ouest des Ahel el Ouad et au +sud-ouest de la zaouïa de S. Ạbd er Raḥman). + +Ainsi qu’on le voit, les Ṛiata sont essentiellement montagnards. La +partie de leur territoire située en plaine est peu habitée, +peu cultivée même, quoique fertile : elle a d’ailleurs peu +d’étendue, comparée à l’épais massif montagneux qui forme leur +quartier principal : là sont leurs villages et leurs cultures, sur +de hauts plateaux, dans de profondes vallées presque inaccessibles ; +ces vallées sont, dit-on, d’une fécondité extrême, ombragées +d’oliviers, et produisant de l’orge en abondance. Les flancs de +la montagne contiennent, paraît-il, divers minerais, d’argent, +de fer, d’antimoine et de plomb. Ce dernier métal est le seul +qu’on sache extraire et travailler. La fabrication des balles et +celle de la poudre sont la principale industrie de la tribu : il y +a 80 maisons où l’on s’y livre. Les Ṛiata peuvent, je crois, +mettre en ligne environ 3000 fantassins et 200 chevaux. C’est une +tribu belliqueuse et jalouse de son indépendance. Ses six fractions +sont journellement en guerre entre elles, mais elles s’unissent +toujours contre les ennemis communs. Il y a environ sept ans, +Moulei El Ḥasen voulut la soumettre ; il marcha contre elle à +la tête d’une armée : ses troupes furent mises en déroute ; +lui-même eut son cheval tué dans la mêlée ; il s’enfuit à pied +et non sans peine du champ de bataille[25]. Depuis, il n’essaya +pas de venger cet échec. Les Ṛiata sont fort peu dévots : « ils +n’ont ni Dieu ni sultan ; ils ne connaissent que la poudre » ; le +fait est devenu proverbial. Cependant nous avons vu quelle immense +influence possède sur eux Sidi Edris ; ils ont encore, mais à un +degré moindre, du respect pour trois ou quatre autres cherifs, +tels que Moulei Ạbd er Raḥman et Moulei Ạbd es Selam, dont +nous verrons au retour les zaouïas. Ils n’élisent parmi eux ni +chikhs ni chefs d’aucune sorte ; c’est l’état démocratique +dans toute sa force : chacun pour soi avec son fusil. Cependant, +là comme partout, quelques hommes possèdent, par leur fortune, par +leur courage, une influence particulière : de nos jours, l’homme +le plus considérable des Ṛiata est un personnage du nom de Bel +Khaḍîr, habitant le village de Negert. Les Ṛiata sont Imaziṛen +(Chellaḥa) de race, et le tamaziṛt est leur langue habituelle ; +mais, par suite de leur voisinage avec plusieurs tribus arabes, +telles que les Hiaïna, les Oulad el Ḥadj, etc., un grand nombre +d’entre eux parlent l’arabe. Ils sont de très haute taille ; +leur costume ne diffère pas de celui que nous avons vu de Tétouan +à Fâs, si ce n’est par la coiffure : tous ont la tête nue, +avec un mince cordon de poil de chameau ou de coton blanc lié +autour. Ils ne marchent jamais qu’armés, et ont sabre et fusil : +ce dernier est de forme analogue à ceux qu’on a décrits plus +haut, mais plus grossier ; quelques-uns ont des fusils européens à +capsule. Les femmes ne se voilent point. On en voit un grand nombre +en ville le jour du marché : de taille élevée, portant leur jupe +retroussée au-dessus du genou, elles ont l’air si martial que, +ne fût l’absence d’armes et de barbe, on pourrait les prendre +pour des hommes. Les Ṛiata sont grands fumeurs de kif ; de plus, +il existe chez eux une coutume que j’ai rarement vue ailleurs : +tous, hommes et femmes, prisent. Si l’usage de fumer le kif[26] +est, à des degrés divers, répandu dans tout le Maroc, celui de +fumer le tabac l’est très peu et ne se trouve que dans quelques +tribus du Sahara ; quant à celui de priser, il est encore plus rare : +assez commun dans les villes, je ne l’ai vu aux gens de la campagne +que chez les Ṛiata, chez les Oulad el Ḥadj et à Misour. + + 6 août. + +C’est aujourd’hui que je quitte Tâza, cette ville si florissante +et si heureuse, il y a quatre-vingts ans, qu’Ali Bey la trouvait +alors la plus agréable du Maroc, et que l’anarchie a réduite +maintenant à en être de beaucoup la plus misérable. Je n’ai plus +pour m’en retourner ma puissante protection de l’aller, aussi +prendrai-je un autre chemin ; voici la combinaison qui est adoptée : +deux cavaliers Ṛiata, me servant de zeṭaṭs, me conduiront à la +zaouïa de Moulei Ạbd er Raḥman. Là je demanderai au cherif de +me faire mener au Tlâta Hiaïna : c’est demain mardi, je trouverai +au marché maintes caravanes allant à Fâs ; il n’y aura qu’à +se joindre à l’une d’elles. + +Départ à 7 heures du matin. Outre mes deux zeṭaṭs, un Juif +de Tâza m’accompagne, précaution indispensable pour assurer la +fidélité de l’escorte. A 11 heures et demie, nous parvenons à la +zaouïa. Ici, comme dans la plus grande partie du Maroc, on étend ce +nom à toute demeure de cherif ou de marabout un peu marquant ; telle +est la zaouïa où nous venons d’arriver : point d’enseignement, +point de khouan ni de corps de ṭalebs, mais une famille de cherifs, +vénérée par les tribus environnantes, et vivant des dons à peu +près réguliers qu’elles lui apportent et qu’au besoin elle va +chercher. C’est ici que je passerai la nuit : demain matin, un neveu +de Moulei Ạbd er Raḥman me conduira au Tlâta. Le hameau où je +suis a, malgré son titre pompeux, un aspect des plus misérables : +maisons très basses, murs de pisé ou de pierres sèches, terrasses +grossières chargées de terre. Dans les villages des Ṛiata, +les habitations sont couvertes en terrasse ; au contraire, chez les +Hiaïna, ainsi qu’entre Fâs et Tanger, on voit partout des toits +de chaume. + + 7 août. + +[Illustration : Djebel Beni Ouaraïn. + +(Les parties ombrées sont couvertes de neige.) + +(Vue prise du col du Djebel Oulad Bou Ziân, sur le chemin de Tâza +à Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +Je pars à 4 heures du matin, escorté par le jeune cherif mon +zeṭaṭ et deux de ses domestiques. Le chemin traverse une région +accidentée, mais sans relief important : collines calcaires : +peu de pierres ; les vallées et les pentes douces cultivées ; le +reste couvert de chardons. A 5 heures, nous arrivons à la limite des +Ṛiata. Ici notre cherif déclare à Mardochée qu’il n’ira pas +plus loin avant d’être payé : le prix, convenu d’avance, était +de deux reals. Mardochée les lui remet : « Donne-m’en encore +deux autres. — Mais... — Tais-toi et donne ! — Voilà... — +Maintenant donne un demi-real à chacun de mes domestiques. — +Mais... — Tais-toi et donne ! — A présent, un de mes hommes va +te mener jusqu’au marché. — Comment, après tout ce qu’on +t’a donné, tu ne nous conduis pas toi-même ? — Accompagner +de vilains Juifs comme vous ! A ta mère ! » A ces mots il fait +demi-tour, et nous nous estimons heureux qu’en nous abandonnant +il nous ait laissé un de ses serviteurs : celui-ci du moins est +fidèle et nous amène au Tlâta. Pour y parvenir, on franchit un +massif assez haut, le Djebel Oulad Bou Ziân. Au pied de son versant +ouest, sur un plateau, se trouve le marché. Nous y arrivons à 9 +heures du matin. Le terrain jusque-là était calcaire ; les cultures +consistaient en blé, orge et maïs ; les portions incultes étaient +parfois nues, parfois couvertes de palmiers nains, le plus souvent +de chardons. Pendant une partie du chemin, j’aperçois dans le +lointain, à ma droite, le Djebel Beni Ouaṛaïn ; il est encore tel que +je le vis du Gebgeb ; les mêmes sillons de neige brillent sur ses +flancs. + +Le marché est animé au moment où nous arrivons ; il s’y trouve 500 +ou 600 personnes : tout le monde est armé, sabre au côté et fusil +sur l’épaule. On vend des grains, des bêtes de somme, du bétail, +des cotonnades, des belṛas, de l’huile, du sucre, du thé ; +de plus, on abat sur place des bœufs, des moutons et des chèvres +qu’on dépèce et débite à mesure au détail. Vers midi et demi, +la dispersion commence : chacun reprend le chemin de son douar ou +de son village. J’ai trouvé une petite caravane allant à Fâs ; +à 1 heure, je pars avec elle. Nous marchons toute l’après-midi en +terrain accidenté : succession de collines calcaires, de vallons, +de ravines ; de même que ce matin, il y a de longues côtes, mais +il est rare qu’elles soient très raides, et elles ne sont jamais +difficiles. Pendant une grande partie de la route, on distingue le +cours de l’Ouad Innaouen et le Djebel Ṛiata ; le Djebel Beni +Ouaṛaïn se voit au commencement ; vers le soir, le Zalaṛ et +le Terrats apparaissent. Peu de champs ; nous cheminons au milieu +d’étendues incultes couvertes de palmiers nains, de jujubiers +sauvages et de chardons ; ces plantes, si vivantes d’habitude, sont +ici flétries et jaunies par le soleil : c’est la première fois que +je les vois en cet état, et ce sera la dernière. A 6 heures et demie, +nous faisons halte dans un petit village où nous passerons la nuit. + +Pendant la matinée, ainsi que le soir jusqu’à 2 heures et demie, +il y avait une foule de monde sur le chemin, gens allant au marché ou +en venant ; à partir de 2 heures et demie, nous n’avons rencontré +presque personne. Nous n’avons traversé aujourd’hui aucun cours +d’eau de quelque importance : l’Ouad Amelloul n’est qu’un gros +ruisseau dont les eaux avaient à peine, au point où nous l’avons +passé, 3 mètres de large et 20 à 30 centimètres de profondeur. + + 8 août. + +Départ à 4 heures du matin. Nous descendons vers l’Ouad Innaouen ; +après en avoir traversé la vallée, nous nous engageons sur le +plateau qui forme le flanc gauche : là nous retrouvons le chemin que +nous avons pris en venant. Nous le suivons jusqu’à Fâs, où nous +arrivons à midi. + + + 7o. — EXCURSION A SFROU. + + +La route de Fâs à Sfrou est sûre dans ce moment : il n’en est +pas toujours ainsi. Les tribus des environs de Fâs sont tantôt +obéissantes, tantôt en révolte : suivant ces deux états, les +chemins de Sfrou et de Meknâs sont tantôt sans danger, tantôt +périlleux. A l’heure qu’il est, on circule sans le moindre risque +sur l’un et l’autre. + + 20 août. + +[Illustration : Jardins de Sfrou et Djebel Aït Ioussi. (Vue prise +du chemin de Fâs à Sfrou.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ de Fâs à 5 heures du matin. Pendant la première portion du +trajet, je traverse la partie orientale du Saïs : plaine unie, sans +ondulations ; sol dur, assez pierreux, couvert de palmiers nains. Vers +8 heures, le pays change : fin du Saïs ; j’entre dans une région +légèrement accidentée : collines très basses, à pentes douces +séparées par des vallées peu profondes ; sol souvent pierreux, +parfois rocheux ; terre rougeâtre ; à partir d’ici, on voit une +foule de sources, de ruisseaux, dont les eaux, courantes et limpides, +sont bordées de lauriers-roses. A 9 heures, je passe à hauteur +d’un très grand village, El Behalil[27] : il porte, dit-on, ce nom +parce que ses habitants prétendent descendre des Chrétiens. Quelle +que soit son origine, son état actuel est prospère ; les maisons +y sont bien construites et blanchies : autour s’étendent au loin +de beaux et vastes vergers qui, avec ceux de Sfrou et du Zerhoun, +forment cette riche ceinture qui entoure et nourrit Fâs. D’ici on +voit les jardins de Sfrou, qui s’allongent à nos pieds en masse +sombre ; une pente douce y conduit : la ville est au milieu ; mais, +cachée dans la profondeur des grands arbres, nous ne l’apercevrons +qu’arrivés à ses portes. A 9 heures et demie, j’entre dans +les jardins, jardins immenses et merveilleux, comme je n’en ai vu +qu’au Maroc : grands bois touffus dont le feuillage épais répand +sur la terre une ombre impénétrable et une fraîcheur délicieuse, +où toutes les branches sont chargées de fruits, où le sol toujours +vert ruisselle et murmure de sources innombrables. Chechaouen, +Tâza, Sfrou, Fichtâla, Beni Mellal, Demnât, autant de noms qui me +rappellent ces lieux charmants : tous sont également beaux, mais +le plus célèbre est Sfrou. A 10 heures, j’arrive à la ville : +de grands murs blancs l’entourent, elle a l’aspect propre et gai. + +C’est surtout en la parcourant qu’on est frappé de l’air de +prospérité qui y règne : on ne le retrouve en aucune autre ville +du Maroc. Partout ailleurs on ne voit que traces de décadence : +ici tout est florissant, et annonce le progrès. Point de ruines, +point de terrains vagues, point de constructions abandonnées : +tout est habité, tout est couvert de belles maisons de plusieurs +étages, à extérieur neuf et propre ; la plupart sont bâties +en briques et blanchies. Sur les terrasses qui les surmontent, +des vignes, plantées dans les cours, grimpent et viennent former +des tonnelles. Une petite rivière de 2 à 3 mètres de large et de +20 à 30 centimètres de profondeur, aux eaux claires, au courant +très rapide, traverse la ville par le milieu : trois ou quatre ponts +permettent de la franchir. Sfrou a environ 3000 habitants, dont 1000 +Israélites. Il y a deux mosquées et une zaouïa ; celle-ci renferme +de nombreux religieux appartenant aux descendants de Sidi El Ḥasen +el Ioussi[28]. On remarque aussi beaucoup de turbans verts, insigne +des Derkaoua. + +Sfrou tire sa richesse de plusieurs sources : ce sont : 1o le +commerce qu’elle fait avec les tribus des environs, Aït Ioussi, +Beni Ouaṛaïn, etc. ; elle leur vend les produits européens et prend +en échange des peaux, et surtout de grandes quantités de laines : +ces dernières, parmi lesquelles celles des Beni Ouaṛaïn sont les +plus estimées, sont lavées et nettoyées à Sfrou, où ce travail +occupe une grande partie de la population ; puis on les vend à Fâs, +parfois même directement à Marseille ; 2o le passage des caravanes +du Tafilelt et le commerce qu’elle fait avec Qçâbi ech Cheurfa +et le sud ; 3o ses jardins : elle exporte à Fâs une multitude +énorme de fruits : olives, citrons, raisins, cerises, etc. ; le +raisin est si abondant qu’on en fait d’excellent vin à 10 francs +l’hectolitre ; 4o les poutres et les planches qu’elle reçoit du +Djebel Aït Ioussi et qu’elle expédie dans les villes du nord : +elles sont toutes de bois de cèdre ; chaque tronc donne, en poutres, +4 ou 5 charges de mulet : ces cèdres poussent sur le territoire des +Aït Ioussi. D’autres tribus voisines, telles que les Beni Mgild[29], +en possèdent aussi de grandes forêts, mais les exploitent peu. + +La ville n’est sur le territoire d’aucune tribu ; elle a un +qaïd spécial et dépend de la province de Fâs : c’est ici que +finit cette dernière ; au point où s’arrêtent, vers le sud, +les jardins de Sfrou, commence le territoire des Aït Ioussi. + + 21 août. + +Je reviens à Fâs en passant, au retour, par le même chemin qu’à +l’aller. Aujourd’hui comme hier, je rencontre beaucoup de passants +sur la route : âniers et chameliers conduisant des convois de fruits +et de planches, voyageurs isolés allant à Sfrou, caravanes partant +pour le Sahara. Personne n’est armé : les femmes ne se voilent pas. + + + 8o. — DE FAS A MEKNAS. + + +Parti de Fâs le 23 août, à 5 heures du matin, j’arrive le même +jour vers 4 heures et demie du soir à Meknâs. Entre ces deux villes +s’étend une vaste plaine, le Saïs. Bornée au nord par les monts +Ouṭiṭa, Zerhoun, Terrats et Zalaṛ, à l’est par le flanc droit +de la vallée du Sebou, au sud par les monts El Behalil et Beni Mṭir, +elle s’étend à perte de vue vers l’ouest. Cette plaine se divise +en deux parties de niveaux différents : l’une plus basse, où est +Fâs, l’autre plus haute, où est Meknâs ; elles sont unies par +un talus en pente douce situé à environ moitié chemin entre les +deux villes. Le Saïs reste le même sur toute son étendue : terrain +très plat couvert de palmiers nains ; pas la moindre trace de culture, +bien que le sol soit très arrosé. On traverse, outre une quantité +de gros ruisseaux d’eau courante, quatre rivières : l’Ouad +Nza (gué au-dessous d’un pont de 5 arches ; 10 à 12 mètres de +large ; 40 à 50 centimètres de profondeur ; eau très claire ; +courant rapide) ; l’Ouad Mehdouma (10 mètres de large ; 40 à 50 +centimètres de profondeur ; eau claire ; courant rapide) ; l’Ouad +Djedida (8 mètres de large ; 30 à 40 centimètres de profondeur ; +eau limpide et courante) ; l’Ouad Ousillin (8 mètres de large ; +30 à 40 centimètres de profondeur ; eau claire et courante). Durant +toute la route, nous avons soit devant nous, soit à notre droite, +le Djebel Zerhoun : ce massif, sans autres arbres que ceux de ses +jardins, est d’une fertilité extraordinaire ; ses pentes, ainsi que +le plateau qui le couronne, sont couverts de vergers et de cultures ; +il est renommé pour ses olives, ses raisins, ses oranges, ses fruits +de toute espèce. La population y est très dense ; du chemin, on +distingue à son flanc les masses blanches d’un grand nombre de +villages : ceux-ci renferment, dit-on, des maisons aussi belles que +les plus belles de Fâs. Les habitants du Zerhoun, comme les nomades +du Saïs, ne parlent que l’arabe. + +[Illustration : Djebel Zerhoun, Djebel Outita et plaine du Saïs. (Vue +prise à 13 kilomètres de Meknâs, du chemin de Fâs.) + +Croquis de l’auteur.] + +Je passe quelques jours ici, attendant que Sidi Ọmar, le cherif qui +doit me mener à Bou el Djạd, achève ses préparatifs. Il faut de +plus, chose aussi nécessaire pour le cherif que pour moi, chercher des +zeṭaṭs qui nous protègent sur les territoires des Gerouân et des +Zemmour Chellaḥa, où nous aurons à marcher dès le premier jour : +ces tribus sont toutes deux insoumises. Le blad es sîba, pays libre, +commence aux portes de Meknâs, et le chemin y demeurera jusqu’au +Tâdla ; le Tâdla en fait lui-même partie. Nous quittons donc pour +longtemps les États du sultan, le blad el makhzen, triste région où +le gouvernement fait payer cher au peuple une sécurité qu’il ne +lui donne pas ; où, entre les voleurs et le qaïd, riches et pauvres +n’ont point de répit ; où l’autorité ne protège personne, +menace les biens de tous ; où l’État encaisse toujours sans +jamais faire une dépense pour le bien du pays ; où la justice se +vend, où l’injustice s’achète, où le travail ne profite pas ; +ajoutez à cela l’usure et la prison pour dettes : tel est le blad +el makhzen. On travaille le jour, il faut veiller la nuit : ferme-t-on +l’œil un instant, les maraudeurs enlèvent bestiaux et récoltes ; +tant que l’obscurité dure, ils tiennent la campagne : il faut +placer des gardiens ; on n’ose sortir du village ou du cercle des +tentes ; toujours sur le qui-vive. A force de fatigues et de soins, +a-t-on sauvé les moissons, les a-t-on rentrées, il reste encore à +les dérober au qaïd : on se hâte de les enfouir, on crie misère, +on se plaint de sa récolte. Mais des émissaires veillent : ils ont +vu que vous alliez au marché sans y acheter de grains : donc vous en +avez ; vous voilà signalé : un beau jour une vingtaine de mkhaznis +arrivent ; on fouille la maison, on enlève et le blé et le reste ; +avez-vous des bestiaux, des esclaves, on les emmène en même temps : +vous étiez riche le matin, vous êtes pauvre le soir. Cependant il +faut vivre, il faudra ensemencer l’année prochaine : il n’y a +qu’une ressource, le Juif. — Si c’est un honnête homme, il +vous prête à 60 %, sinon à bien davantage : alors c’est fini ; +à la première année de sécheresse, viennent la saisie des terres +et la prison ; la ruine est consommée. Telle est l’histoire qu’on +écoute à chaque pas ; en quelque maison que l’on entre, on vous +la répète. Tout se ligue, tout se soutient pour qu’on ne puisse +échapper. Le qaïd protège le Juif, qui le soudoie ; le sultan +maintient le qaïd, qui apporte chaque année un tribut monstrueux, +qui envoie sans cesse de riches présents, et qui enfin n’amasse +que pour son seigneur, car tôt ou tard tout ce qu’il possède sera +confisqué, ou de son vivant, ou à sa mort. Aussi règne-t-il dans la +population entière une tristesse et un découragement profonds : on +hait et on craint les qaïds ; parle-t-on du sultan, _ṭemạ bezzef_, +« Il est très cupide, » vous répond-on : c’est tout ce qu’on +en dit, et c’est tout ce qu’on en sait. Aussi combien ai-je vu de +Marocains, revenant d’Algérie, envier le sort de leurs voisins : +il est si doux de vivre en paix ! qu’on ait peu ou qu’on ait +beaucoup, il est si doux d’en jouir sans inquiétude ! Les routes +sûres, les chemins de fer, le commerce facile, le respect de la +propriété, paix et justice pour tous, voilà ce qu’ils ont vu par +delà la frontière. Que leur pays, si misérable quoique si riche, +serait heureux dans ces conditions ! + + +[Note 4 : Les trois villes que les Français appellent inexactement +Fez, Mequinez et Maroc s’appellent _Fâs_, _Meknâs_ et +_Merrâkech_. Nous écrirons tous les noms propres marocains avec +leur orthographe véritable, à l’exception de trois auxquels nous +conserverons celle qui depuis longtemps est adoptée en France : +Tanger, Tétouan, Mogador. + +Pour la transcription des mots arabes, nous suivrons en général +la méthode suivante : ا, a, e — ب, b — ت, t — ث, t et +rarement ts — ج, dj — ح, ḥ — خ, kh — د, d — ذ, +d — ر, r — ز, z — س, s — ش, ch — ص, ç — ض, ḍ, +— ط, ṭ — ظ, ḍ — ع, ạ et quelquefois ọ — غ, ṛ — +ف, f — ڧ, q, g — ك, k — ل, l — م, m — ن, n — ه, +h — و, ou, o — ي, i — ة, a. + +Quant aux mots appartenant à la langue tamaziṛt, qui ne s’écrit +plus au Maroc, nous nous attacherons à les reproduire comme nous les +aurons entendus, nous servant pour cela des lettres de notre alphabet +et de cinq lettres arabes, le ḥ, le _kh_, le ḍ, le ṭ et le ṛ. + +Dans les noms imaziṛen comme dans les noms arabes, toutes +les lettres devront se prononcer : ainsi, _Selîman_, _Zaïan_, +_Taourirt_, _Demnât_, _Ibzâzen_, etc., se liront comme s’il y +avait, _Selimane_, _Zaïane_, _Taourirte_, _Demnâte_, _Ibzâzene_. La +lettre _g_ sera toujours dure : ainsi on prononcera _Agerd_, _Aginan_, +comme s’il y avait _Aguerd_, _Aguinan_. + +Nous nous servirons dans le courant de cette relation de plusieurs +mots étrangers tels que _qaïd_, _ṭaleb_, _tiṛremt_, _agadir_, +_cherif_, _qçar_, etc. : le singulier seul en sera employé, afin +de faciliter la lecture. Pour le pluriel on se bornera à y ajouter +une _s_. Nous dirons des _qaïds_, des _ṭalebs_, des _tiṛremts_, +des _qçars_, et non des _qïad_, des _ṭolba_, des _tiṛrematin_, +des _qçour_. Nous ne ferons exception à cette règle que pour trois +mots appelés à revenir très souvent ; l’un, nom de race ; les +deux autres, appellations par lesquelles les étrangers désignent +des fractions de cette race : ce sont, d’abord, _Amaziṛ_ ; puis +_Chleuḥ_, qui veut dire Amaziṛ blanc, et _Ḥarṭâni_, qui +veut dire Amaziṛ noir. Nous dirons un _Amaziṛ_, une _Tamaziṛt_, +des _Imaziṛen_, un _Chleuḥ_, une _Chleuḥa_, des _Chellaḥa_, +un _Ḥarṭâni_, une _Ḥarṭania_, des _Ḥaraṭîn_. + +L’arabe qui se parle au Maroc est à peu de chose près celui de +l’Algérie : il n’en diffère que par une corruption un peu plus +grande : les mots étrangers y sont plus nombreux. L’accent présente +quelques différences dont la plus importante et la plus générale +est que le ج se prononce simplement J : ainsi l’on dit, _Jzaïr_, +Alger, _Oujda_, Oudjda. Quelquefois la même lettre se prononce G ; +exemple : _gaïz_, passant.] + +[Note 5 : Les _fondoq_ sont des sortes d’hôtelleries.] + +[Note 6 : Citadelle.] + +[Note 7 : Cet itinéraire est le suivant : Tétouan, Beni Ạouzmer, +Beni Ḥasan, Akhmâs, Beni Zerouâl, Beni Ḥamed, Raḥôna, +Cherâga, Fâs.] + +[Note 8 : زطاط, pluriel زطاطة. Dans toutes les tribus +indépendantes du Maroc, ainsi que dans celles qui sont imparfaitement +soumises, la manière de voyager est la même. On demande à un +membre de la tribu de vous accorder son _ạnaïa_, « protection », +et de vous faire parvenir en sûreté à tel endroit que l’on +désigne : il s’y engage moyennant un prix qu’on débat avec +lui, _zeṭaṭa_ : la somme fixée, il vous conduit ou vous fait +conduire par un ou plusieurs hommes jusqu’au lieu convenu ; là on +ne vous laisse qu’en mains sûres, chez des amis auxquels on vous +recommande. Ceux-ci vous mèneront ou vous feront mener plus loin +dans les mêmes conditions : nouvelle ạnaïa, nouvelle zeṭaṭa, +et ainsi de suite. On passe de la sorte de main en main jusqu’à +l’arrivée au terme du voyage. Ceux qui composent l’escorte +sont appelés _zeṭaṭ_ ; leur nombre est extrêmement variable, +je l’indiquerai toujours : on verra qu’un seul homme suffit +parfois, lorsque ailleurs, souvent très près, quinze ne suffisent +pas. L’usage de l’ạnaïa, appelé aussi _mezrag_, forme une +des principales sources de revenu des familles puissantes. C’est +à elles, en effet, que les voyageurs s’adressent de préférence, +la première condition chez un zeṭaṭ étant la force de faire +respecter son protégé. Il y a une seconde qualité non moins +essentielle qu’il faut chercher en lui : c’est la fidélité. En +des lieux où il n’y a ni lois ni justice d’aucune sorte, où +chacun ne relève que de soi-même, des zeṭaṭs peuvent piller, +égorger, chemin faisant, les voyageurs qu’ils avaient promis de +défendre ; nul n’a un mot à leur dire, nul n’a un reproche +à leur faire ; c’est un accident contre lequel rien au monde +ne peut garantir : une fois en route avec des zeṭaṭs, on est +entièrement à leur merci. Aussi faut-il les choisir avec la plus +grande prudence et, avant de demander à un homme son ạnaïa, +s’informer minutieusement de sa réputation. D’ailleurs, +quoiqu’on en voie un très grand nombre qui trahissent, soit +ouvertement en vous pillant eux-mêmes, soit par stratagème en vous +faisant dépouiller par un parti plus nombreux auquel ils donnent +le mot ; quoiqu’il y en ait d’autres qui vous abandonnent, +chemin faisant, après s’être fait payer d’avance, ou bien qui +ne consentent à vous accompagner jusqu’au bout qu’à condition +d’augmenter leur salaire, malgré ces genres divers de trahison, +genres que j’ai expérimentés tous sans exception, on trouve +aussi des hommes honnêtes qui, les uns par sentiment d’honneur, +les autres pour garder intacte une réputation source de nombreux +bénéfices, non seulement vous conduisent fidèlement jusqu’à +la fin, mais montrent même un dévouement qui va jusqu’à risquer +leur vie pour vous défendre.] + +[Note 9 : Parmi ces cherifs, se distingue au premier rang la famille +des Oulad El Maddjich ; ils font partie de la descendance de Sidi +Ạbd es Selam ben Mechich, célèbre saint marocain mort en 1227 de +J.-C. et enterré non loin de Tétouan, au Djebel el Ạlam. + +C’est à l’obligeance de M. Pilard, ancien interprète militaire, +qui d’ailleurs m’a, ainsi qu’on le verra, fourni la matière +de plusieurs autres notes, que je dois ce renseignement. Le Djebel +el Ạlam, où se trouve le mausolée de Sidi Ạbd es Selam ben +Mechich, est situé à une journée de marche de Tétouan, dans le +Djebel Beni Ḥasan. Il fait partie de cette chaîne. Il s’élève +sur son versant oriental.] + +[Note 10 : Que Dieu fasse brûler éternellement le père qui t’a +engendré, Juif !] + +[Note 11 : Musulman qui a fait le pèlerinage de la Mecque.] + +[Note 12 : Les expressions de _Qebaïl_, _Chellaḥa_, _Ḥaraṭîn_, +_Berâber_, sont autant de mots employés par les Arabes pour désigner +une race unique dont le nom national, le seul que se donnent ses +membres, est celui d’_Amaziṛ_ (féminin _Tamaziṛt_, pluriel +_Imaziṛen_). Au Maroc, les Arabes appellent _Qebaïl_ les Imaziṛen +de la partie septentrionale, ceux qui habitent au nord du parallèle +de Fâs ; ils donnent le nom de _Chellaḥa_ à tous les Imaziṛen +blancs résidant au sud de cette ligne[a] ; celui de _Ḥaraṭîn_ +aux Imaziṛen noirs, Leucaethiopes des anciens ; enfin celui de +_Berâber_ est réservé à la puissante tribu tamaziṛt dont il est +proprement le nom. M. le colonel Carette ne s’était pas trompé +en disant que le mot de Berâber, appliqué par les généalogistes +arabes à toute la race tamaziṛt, devait être celui de quelque tribu +importante de ce peuple, tribu dont on avait par erreur étendu le +nom à toutes les autres. Cette tribu des Berâber existe toujours : +c’est encore aujourd’hui la plus puissante du Maroc ; elle occupe +toute la portion du Sahara comprise entre l’Ouad Dra et l’Ouad +Ziz, possède presque en entier le cours de ces deux fleuves, +et déborde en bien des points sur le flanc nord du Grand Atlas ; +elle est jusqu’à ce jour restée compacte, et elle réunit chaque +année en assemblée générale les chefs de ses nombreuses fractions : +nous donnerons ailleurs sa décomposition. Dans le Sahara, dans le +bassin de la Mlouïa, on est près de la tribu des Berâber : on la +connaît ; on n’a garde d’appliquer son nom à d’autres qu’à +elle. Mais qu’on s’éloigne vers le nord, qu’on aille à Fâs +ou à Sfrou, on trouve déjà la confusion. On entend généraliser +le nom de la célèbre tribu du sud et l’appliquer indifféremment +à toutes celles des environs qui parlent la même langue, comme les +Aït Ioussi, les Beni Ouaṛaïn, les Beni Mgild, les Zaïan, etc., +tribus que, mieux informés, les Arabes de Qçâbi ech Cheurfa ou des +Oulad el Ḥadj auront soin de n’appeler jamais que du nom général +de Chellaḥa. Pour nous, suivant l’exemple des tribus limitrophes +des Berâber, nous donnerons le nom de Qebaïl aux Imaziṛen que +l’usage fait désigner ainsi, aux autres celui de Chellaḥa ou +de Ḥaraṭîn, réservant celui de Berâber pour la seule tribu à +laquelle il appartient.] + +[Note a : En d’autres termes, et plus exactement, les Imaziṛen +du massif Rifain sont appelés Qebaïl et ceux du massif Atlantique +Chellaḥa. La ligne de démarcation entre les deux noms est la large +trouée qui sépare les deux massifs, celle qui conduit de Lalla +Maṛnia à Fâs et de là à l’Océan par la vallée du Sebou.] + +[Note 13 : La _belṛa_ est une sorte de pantoufle très large, en +cuir souple, à semelle mince, sans talon. C’est la seule chaussure +qu’on voie au Maroc.] + +[Note 14 : Les _nouara hebila_ sont de larges fleurs blanches +portées par des tiges raides qui atteignent jusqu’à 1m,20 à +1m,40 de hauteur ; elles poussent sans culture, très serrées, +formant comme de vastes champs blancs ; les tiges ont en moyenne 1 +mètre à 1m,20 d’élévation ; elles servent, une fois sèches, +à allumer le feu et à faire des huttes grossières. Cette plante +n’est propre à aucun autre usage : les animaux ne la mangent point.] + +[Note 15 : La tribu des Bdaoua fait partie de la province d’El +Ạraïch, province gouvernée par un qaïd résidant à El +Ạraïch. Les Bdaoua, ainsi que toutes les populations que je +rencontrerai d’ici à Fâs, ne parlent que l’arabe.] + +[Note 16 : Le grand château.] + +[Note 17 : Le qaïd d’El Ạraïch est le chef de la province du +même nom. De Tanger à Fâs, je traverse cinq provinces : celles de +Tanger, de Tétouan, d’El Ạraïch, du Ṛarb, et de Fâs. Les +quatre premières sont gouvernées chacune par un qaïd ; dans la +dernière l’autorité est partagée entre trois bachas. Ces sept +fonctionnaires relèvent tous directement du sultan. La province +du Ṛarb est très étendue : je vais y entrer, et j’y resterai +jusqu’auprès de Fâs. Les tribus des Ṭegaga, des Hejaoua, des +Oulad Ạïssa, des Cheraga, en font partie.] + +[Note 18 : + +[Illustration] + +Le Maroc se divise politiquement et commercialement en deux régions +distinctes et presque sans rapports l’une avec l’autre : la +première a Fâs pour centre ; on peut l’appeler Maroc du nord +ou royaume de Fâs. La seconde a pour centre Merrâkech : elle +peut se désigner sous le nom de Maroc méridional ou royaume de +Merrâkech. Ces deux régions ont chacune leur capitale, chacune leurs +ports, chacune leur commerce. Elles sont séparées par une longue +ligne de tribus indépendantes, les Zạïr, les Zemmour Chellaḥa, +les Zaïan, les Ichqern, les Aït Seri, les Berâber, et par les +régions montagneuses qui s’étendent entre les bassins de l’Oumm +er Rebiạ et du Dra d’une part, et ceux du Sebou, de la Mlouïa et +du Ziz de l’autre. Il n’y a que deux points par où communiquent +ces deux contrées ; ils se trouvent aux extrémités opposées de la +ligne qui les sépare ; ce sont : au nord-ouest, le bord de la mer ; +au sud-est, la plaine qui, par le Todṛa, le Ferkla et le Ṛeris, +s’étend entre l’Ouad Dâdes et l’Ouad Ziz. Les deux chemins qui +suivent, l’un cette plaine, l’autre le rivage de l’Océan, sont +les seuls qui mettent en relation le Maroc du nord et le Maroc du sud.] + +[Note 19 : Il faut aussi compter parmi les obstacles au commerce +l’absence d’un système monétaire uniforme. Il y a bien une +unité monétaire, le _mitqal_, se divisant en dix _ouqia_. Mais +c’est une valeur toute théorique ; il n’existe point de monnaie +la représentant : on se sert de pièces étrangères et de quelques +rares pièces du pays, les unes et les autres changeant de valeur +dans chaque ville, dans chaque tribu. Les pièces en usage sont : + +Le _real_ (pièce de 5 francs, française ou espagnole) : il a cours +partout ; c’est la monnaie principale, l’unité dont on se sert +pour tous les comptes, toutes les évaluations. + +La _peceta_ (pièce de 1 franc ; 5 valent un real) : toutes les +pièces d’un franc françaises ou espagnoles passent dans les grandes +villes ; hors de là n’ont cours que les vieilles pecetas espagnoles +du siècle dernier ou des dix premières années de celui-ci. + +Diverses monnaies marocaines en argent. Il y en a d’une foule de +modèles, les unes anciennes, les autres neuves ; les plus fortes +sont un peu plus grosses qu’une pièce de 0 fr. 50 : on ne leur +donne pas d’autre nom que celui de leur valeur en ouqias, valeur +qui change en chaque lieu. Elles passent dans tout le Maroc, mais +avec une valeur relative moindre que celle des pièces européennes. + +Les pièces de 2 francs, de 0 fr. 50 et de 0 fr. 20, n’ont cours +que dans les grandes villes ; il en est de même de toute la monnaie +d’or. Les populations des campagnes et des petites localités, +n’ayant pas le moyen de la contrôler, refusent de l’accepter, +craignant d’en prendre de fausse. + +Comme monnaie de cuivre, on se sert d’une monnaie nationale dont +l’unité est la _mouzouna_. On compte quatre mouzounas dans l’ouqia +et 40 dans le mitqal. Cette monnaie est en usage dans tout le Maroc ; +sa valeur y est uniforme : c’est la seule pour laquelle il en soit +ainsi. Il n’y a pas de pièces d’une mouzouna ; il y en a de 2/3 +de mouzouna, de 1/6 de mouzouna, etc. + +[Illustration] + +La pièce de 5 francs, seule unité pratique, a une valeur qui diffère +en chaque lieu ; de plus, en un même point, cette valeur n’est +pas fixe, elle oscille sans cesse entre certaines limites. Voici +ce qu’elle valait en divers endroits, aux époques où je les ai +traversés : Tanger, Tétouan, El Qçar, Fâs, Meknâs, 10 mitqals ; +— de Meknâs à Demnât, 8 à 9 mitqals ; — Demnât, Zaouïa Sidi +Reḥal, 10 mitqals ; — Tazenakht, 10 à 11 mitqals ; — Zenâga, +8 à 9 mitqals ; — Tisint, 4 mitqals 1/2 à 5 mitqals ; — Tatta, +Aqqa, Isaffen, Ilalen, Chtouka, Agadir Iṛir, partie méridionale +de la tribu des Ḥaḥa, tout le Sahel marocain, de 3 mitqals +1/2 à 4 mitqals 1/2 ; — Iliṛ (sur l’Ouad S. Moḥammed ou +Iạqob), 12 mitqals ; — Taroudant, Houara, Menâba, 12 mitqals +1/2 ; — partie septentrionale de la tribu des Ḥaḥa, Mogador, +12 à 13 mitqals ; — Mezgîṭa, Aït Seddrât, 11 mitqals 1/2 ; +— Tinzoulin, 8 mitqals ; — toute la partie du pays de Dra +située au sud du Tinzoulin, Tazarin, Todṛa, Ferkla, Tafilelt, +4 mitqals ; — Dâdes, 4 mitqals 1/2 ; — Qçâbi ech Cheurfa, +Misour, Ouṭat Oulad el Ḥadj, 9 mitqals ; — Debdou, 2 mitqals 1/2 +(c’est-à-dire 100 mouzounas : on a adopté cette valeur pour pouvoir +compter d’après la règle française ; dans ces conditions chaque +mouzouna vaut 5 centimes ; on compte à Debdou par douros, francs, +sous). — Qaçba el Ạïoun, 3 mitqals. + +Ainsi qu’on le voit, la pièce de 5 francs ou real vaut de 8 à 12 +mitqals dans le nord et dans le centre du Maroc. Cette valeur baisse +brusquement et tombe à 4 mitqals, parfois même à moins, dans le +Sahel (nom de la région qui borde l’Océan au sud de l’Ouad Sous) +et dans le Sahara. De même, à Debdou et aux environs de la frontière +française, la nécessité de se rapprocher de notre système a fait, +dans une zone restreinte, tomber le real à 2 mitqals 1/2 et 3 mitqals. + +Dans ces monnaies de valeur si variable, il circule beaucoup de +pièces fausses : il en existe parmi les reals ; il en existe +surtout parmi les pecetas espagnoles, qui sont la monnaie la plus +commune. Ces anciennes pièces, à empreinte souvent effacée, sont +d’une imitation facile ; aussi dans celles qui servent actuellement +s’en trouve-t-il plus de fausses que d’authentiques. Ce sont les +Juifs, les ṭalebs, les cherifs, qui les confectionnent, tous ceux, +en un mot, qui ont quelque instruction : la plupart d’entre eux +s’occupent d’alchimie et, en attendant qu’ils découvrent la +pierre philosophale, font de la fausse monnaie. Dans ces conditions, +on ne reçoit d’argent qu’avec les plus grandes précautions ; le +moindre payement exige, dans les campagnes surtout, un temps infini ; +on n’accepte une pièce qu’après l’avoir tournée, examinée, +montrée à deux ou trois personnes, fait voir à un Juif, s’il +s’en trouve. Quant aux monnaies d’or, on n’en veut point, tant +on craint d’en prendre de fausses. Enfin il n’y a pas jusqu’à +celles de cuivre qui ne soient souvent falsifiées.] + +[Note 20 : Voici comment ils se partagent l’autorité : + +1o Le bacha Sidi Ạbd Allah. Il a deux lieutenants, _khalifa_, +nommés directement par le sultan. Relèvent de lui : Fâs Qedîm ; +les gens du Rif habitant le Gebgeb et le Lemta ; le Djebel Zerhoun, +avec Zaouïa Moulei Edris, dont il nomme le qaïd (il y a un qaïd +à Zaouïa Moulei Edris, et des chikhs dans les autres villages du +Zerhoun) ; les Oulad el Ḥadj habitant autour du pont du Sebou. + +2o Le bacha Ould Ba Moḥammed. Il est assisté d’un lieutenant +nommé par le sultan. Sont sous son autorité : le mellaḥ de Fâs ; +les Oulad Djemạ (deux marchés dans la tribu) ; les Behalil ; les +Oulad el Ḥadj habitant sur la route de Fâs à Sfrou ; les Chedjạ +(à quelques heures de Fâs) ; les Ḥamian, les Mhaïa, les Oulad Sidi +Chikh, les Doui Mnia (campant tous dans le Saïs) ; les Ṛomera (près +des Chedjạ). Toutes ces tribus sont dites de « plaine ». Voici +maintenant les tribus de « montagne » : les Fichtâla (sur le chemin +du Rif, à une demi-journée de Fâs ; les Beni Ouriaṛel (sur le +chemin du Rif, au delà des Fichtâla). Dans ces diverses fractions, +c’est le bacha qui nomme les chefs. Ceux de la plaine sont appelés +_khalifa es souq_, « lieutenants du marché », parce que c’est +sur les marchés qu’ils rendent la justice ; les petites tribus en +ont un, les grandes en ont plusieurs. Dans la montagne, ils portent le +nom de _chikh_ : les Fichtâla et les Beni Ouriaṛel en ont un chacun. + +3o Le bacha Ḥadj Sạïd. Son commandement se compose de Qaçba +Cherarda, redoute faisant partie de l’enceinte de Fâs Djedid, au +nord de Bab Segma ; Sfrou (où il nomme le qaïd ainsi que le chikh +des Juifs) ; les gens du Sous et les nègres résidant aux environs +de Fâs ; les Cherarda (habitant entre Fâs et Sfrou dans la partie +appelée Bou Rejouan). Ḥadj Sạïd est secondé par un khalifa.] + +[Note 21 : Le chef de la zaouïa de Sidi Edris, qui porte le titre de +moqaddem de cette zaouïa, n’est ni un descendant de Sidi Edris ni +un cherif. C’est le chef d’une maison où la dignité de moqaddem +de la zaouïa se perpétue de père en fils depuis un temps très +reculé. Il y a deux principales zaouïas de Sidi Edris : l’une +au Djebel Zerhoun, où est enseveli Sidi Edris le père, celui qui +vint d’Orient s’établir au Maroc ; l’autre à Fâs, où est +enterré le fils du précédent, Sidi Edris, fondateur de Fâs. Cette +dernière est la plus importante de beaucoup. C’est là que réside +le grand moqaddem. Un de ses parents dirige la zaouïa du Zerhoun. Le +moqaddem est, nous venons de le voir, plus puissant en bien des lieux +que le sultan : c’est un homme de grand poids au Maroc. Sa famille +est depuis longtemps plus vénérée que celle des descendants mêmes +de Moulei Edris. Cependant il donne à ces derniers une partie des +offrandes qu’apportent les pèlerins à la zaouïa. Les cadeaux +en nature, grains, tissus, etc., ainsi que ce qu’on lui remet +personnellement, demeurent sa propriété particulière. Mais outre +ces dons il existe deux troncs où les dévots glissent des offrandes : +le contenu de ces troncs est distribué intégralement par lui entre un +certain nombre de familles descendant de Moulei Edris. La postérité +de ce dernier est fort nombreuse ; mais ne sont admises à participer +à ce revenu de la zaouïa que deux classes : 1o les familles résidant +à Fâs et à Meknâs, au nombre d’une soixantaine ; 2o celles qui +font partie de la descendance de Moulei Ạbd es Selam ben Mechich, +et qui demeurent soit dans les environs de Fâs, soit dans le Rif, +soit dans la région de Tétouan. C’est le moqaddem qui remet à +chaque maison la part à laquelle elle a droit. Le moqaddem actuel +est un homme d’âge moyen. Il se nomme Sidi Er Râmi. Mais dans le +peuple on ne l’appelle que Sidi Edris. Depuis longtemps on désigne +de ce nom tous les moqaddems successifs de la zaouïa. + +Sur la zaouïa de Moulei Edris, voir _Ali Bey_, t. I, chap. XI.] + +[Note 22 : C’est ici que j’atteins pour la première fois le +pied du massif de l’Atlas. Les chaînes que j’ai rencontrées +jusqu’ici appartenaient toutes à un autre massif qui en est +entièrement distinct, le massif Rifain. + +[Illustration] + +On donne le nom général d’Atlas au long dos d’inégale hauteur +qui, tantôt montagnes, tantôt plateaux, traverse tout le Maṛreb +de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est, sortant de l’Océan +à Agadir Iṛir, plongeant dans la Méditerranée à Tunis. Il +se divise naturellement en trois parties : Atlas Marocain, Atlas +Algérien, Atlas tunisien. Aux deux dernières on ne donne que +l’appellation générale d’Atlas. Dans l’Atlas Marocain, au +contraire, on distingue le Grand Atlas, le Moyen Atlas et le Petit +Atlas. Ce sont trois chaînes parallèles qui forment, dans ce pays, +la partie essentielle du massif. + +Le _Grand Atlas_ commence à l’Océan, dans la tribu des Ḥaḥa, +et expire dans le Ḍahra. C’est de beaucoup la plus haute des trois +chaînes ; c’est aussi la plus longue et c’est l’arête centrale. + +Le _Moyen Atlas_ est parallèle au Grand et situé au nord de +celui-ci. Commençant non loin de Demnât, il expire dans le Ḍahra, +à l’est de Debdou. C’est la seconde chaîne en hauteur. + +Le _Petit Atlas_, parallèle aux deux premiers, mais moins haut +qu’eux, est situé au sud du Grand Atlas : il commence à l’Océan, +entre les embouchures du Sous et du Dra, et paraît expirer entre le +Dra et le Ziz, dans les plateaux qui avoisinent ce dernier fleuve. + +Telles sont les trois chaînes fondamentales de l’Atlas Marocain. Il +y en a d’autres secondaires, toutes parallèles aux premières. Parmi +elles, la plus importante est celle devant laquelle nous sommes : +commençant à l’ouest d’Oulmess, elle passe au sud de Sfrou, +a un de ses points culminants au Djebel Ṛiata et se continue par +les monts Beni Bou Zeggou, Zekkara, etc., jusqu’en Algérie, où +elle passe au sud de Tlemsen. + +Je franchirai cette dernière chaîne à Oulmess, le Moyen Atlas entre +Qaçba Beni Mellal et Ouaouizert, le Grand Atlas à Tizi n Glaoui et +à Tizi n Telṛemt, le Petit Atlas un grand nombre de fois. + +Chaque fois que je dirai : « au nord de l’Atlas », « au sud de +l’Atlas », ce sera toujours de l’arête principale du massif +que j’entendrai parler : il faudra donc comprendre : « au nord, +au sud du Grand Atlas ». + +Le nom de Djebel Ṛiata, qu’on vient de lire plusieurs fois, +s’emploie également pour désigner l’ensemble de la région +montagneuse occupée par les Ṛiata et pour indiquer le pic +remarquable qui en est le point dominant. Ce pic est célèbre à plus +d’un titre : très élevé, il se voit d’une grande distance ; +ses flancs passent pour renfermer des minerais de plusieurs métaux ; +enfin son sommet est le lieu où se produit une particularité unique +au Maroc : chaque année, après la fonte des neiges, ses plus hautes +pentes se couvrent d’une foule de chenilles à longs poils ; elles +sont aussi froides que la glace, et c’est, disent les indigènes, la +neige qui les enfante. On les appelle des _iakh_ (يَخ). Les chèvres +mangent avidement ces chenilles, qui disparaissent bientôt. Il n’y +a d’iakhs au Maroc que sur le Djebel Ṛiata. C’est à ces insectes +qu’il est fait allusion dans ce dicton de Fâs : + + شيان عجيبان ابرد من اليَخ الشّيخ +يتصابّا وصبي يتمشيَخ + +« Deux ridicules sont plus froids que l’iach : le vieillard qui +fait le jeune, et le jeune homme qui fait le vieux. »] + +[Note 23 : Les mkhaznis sont des miliciens irréguliers, plutôt +gendarmes que soldats. Ils ne forment point de corps constitués. Les +principaux qaïds, ceux des villes surtout, en ont un certain nombre +auprès d’eux ; ils s’en servent pour faire la police, et surtout +pour pressurer le pays. Quand ils en ont 100, comme celui de Tâza, +c’est beaucoup. Il y a des mkhaznis à pied et à cheval : ils se +montent et s’arment à leurs frais et à leur fantaisie : leur solde +est fort irrégulière ; suivant l’exemple de leurs maîtres, ils +vivent sur le peuple en extorquant de l’argent çà et là. Je pense +qu’en estimant à 2000 le chiffre des mkhaznis ainsi disséminés +dans les provinces on aura un chiffre au-dessus de la vérité. Il y en +a un plus grand nombre auprès du sultan, ne quittant pas sa personne.] + +[Note 24 : L’Ouad el Kḥel se jette sur la rive gauche de l’Ouad +Innaouen : son cours, m’a-t-on assuré, est souterrain sur une +certaine longueur ; sa vallée, très profonde, très étroite, +d’abord très difficile, est d’une richesse extrême. Ce n’est +qu’un long jardin où s’échelonnent des villages nombreux.] + +[Note 25 : Le combat eut lieu dans la montagne, sur les bords de +l’Ouad Bou Gerba. Les Ṛiata avaient, dit-on, construit des +barrages qu’ils rompirent tout à coup : les eaux du torrent se +précipitèrent avec fureur et emportèrent une partie de l’armée +du sultan.] + +[Note 26 : On appelle ainsi le chanvre indien, connu ailleurs sous +le nom de ḥachich. On ne le désigne au Maroc que sous celui de +_kif_. Il s’en fait en ce pays une grande consommation. Dans les +villes, l’usage en est extrêmement répandu : la plus grande +partie des classes moyenne et pauvre, les petits marchands, tout ce +qui est mkhazni, soldat, la plupart des esclaves l’y fument. Le +tabac est moins à la mode ; s’en sert-on, c’est presque toujours +mélangé au kif. Les Juifs seuls ont l’habitude de la cigarette. La +consommation du kif et du tabac est assez importante pour que le +sultan se soit réservé le monopole de leur introduction dans les +villes, monopole qu’il afferme soit à des compagnies, soit à des +particuliers. A Fâs, c’est une société de vingt Israélites qui +le possède en ce moment. Sfrou et Tâza dépendent de cette même +société. La plus grande partie du kif et du tabac qui pénètrent +dans ces villes vient du Rif ; plusieurs tribus y vivent presque +exclusivement du revenu de cette culture : parmi elles on cite les +Ketâma, petite tribu voisine des Beni Zerouâl ; ses produits sont +les plus renommés du nord du Maroc. + +La difficulté de se procurer du kif dans les campagnes fait que +l’usage de le fumer y est bien moins répandu que dans les villes : +le prix en étant plus élevé, il y devient un luxe ; au lieu +d’être, comme dans les cités, la consolation de la classe pauvre, +il y devient la distraction des riches, et surtout des cherifs et des +marabouts. Ces derniers sont à peu près les seuls qui l’y fument : +on peut presque partout les reconnaître au double usage du kif et +de l’eau-de-vie (_maḥia_), qui forme un de leurs caractères +distinctifs. Quant au tabac, une fois sorti des villes, je le verrai +disparaître complètement jusqu’au Sahara ; mais là je trouverai +vers Tisint, Tatta, Aqqa, une vaste région où tout le monde le +fume du matin au soir : les tabacs à la mode y sont ceux du Touat, +du Dra, et surtout d’Ouad Noun.] + +[Note 27 : Les sots.] + +[Note 28 : Sidi El Ḥasen el Ioussi est un célèbre marabout marocain +qui naquit dans la première moitié du XIe siècle de l’hégire +(entre 1592 et 1640, environ). Voici quelques notes concernant sa +personne : elles sont extraites d’un ouvrage écrit par lui-même, +_Moḥaḍarat Chikh El Ḥasen el Ioussi_ ; elles m’ont été +communiquées par M. Pilard, ancien interprète militaire : « Je +suis El Ḥasen ben Mesạoud ben Moḥammed ben Ạli ben Iousef +ben Aḥmed ben Ibrahim ben Moḥammed ben Aḥmed ben Ạli ben +Ạmar ben Iaḥia ben Iousef (et celui-ci est l’ancêtre de la +tribu) ben Daoud ben Idracen ben Ietatten. Voilà quelle était la +généalogie (de Iousef) lorsqu’il vint se fixer à Ḥara Aqlal, +bourgade du Ferkla encore bien connue aujourd’hui... Quant au +qualificatif de Ioussi, on disait originairement el Iousfi, et ce +nom rappelait l’ancêtre de notre tribu. Mais, dans leur idiome, +les gens de notre pays suppriment l’F... Mon maître fut le Chikh +el Islam Abou Ạbd Allah Sidi Moḥammed En Nacer ed Draï. »] + +[Note 29 : Sur le territoire des Beni Mgild se trouve, au milieu des +forêts, une source célèbre, Ạïn el Louḥ : elle est, dit-on, +à deux journées de marche de Sfrou, dans la direction du sud-ouest.] + + + + + II. + + DE MEKNAS A QAÇBA BENI MELLAL. + + + 1o. — DE MEKNAS A BOU EL DJAD. + + + 27 août 1883. + +Enfin je quitte Meknâs. Nous partons plus nombreux que je ne pensais : +plusieurs personnes veulent profiter de la société de mon cherif, et +se joignent à nous : ce sont d’abord six ou huit Musulmans pauvres +qui se rendent dans le Tâdla, puis deux Juifs de Bou el Djạd qui +regagnent leur pays. De plus, nous faisons route jusqu’à Tlâta +ez Zemmour avec une caravane d’une cinquantaine de marchands qui +vont à ce marché. Nous sommes ainsi près de soixante-cinq : un +seul zeṭaṭ nous protège tous ; c’est un homme des Zemmour, +Moulei Ez Zạïr. + +Partis à 11 heures du matin, nous arrivons vers 5 heures et demie +du soir à un petit douar où nous passerons la nuit. Le terrain ne +présente aucune difficulté durant le chemin : on est d’abord +en plaine ; beaucoup de cultures ; de là on passe à un terrain +accidenté, sans reliefs importants, région très arrosée, peu +cultivée, couverte de lentisques assez hauts, de jujubiers sauvages +et de palmiers nains. C’est le pays des Zemmour Chellaḥa ; +la plaine appartenait aux Gerouân. Les deux tribus sont de race +tamaziṛt (chleuḥa) et insoumises ; nous ne tardons pas à nous +en apercevoir. Les Gerouân ont, avec les voyageurs, le système de +quelques tribus limitrophes du blad el makhzen : elles ne pillent ni +ne donnent d’ạnaïa, mais, à chaque douar devant lequel on passe, +on vous arrête et il faut payer un droit arbitraire, la zeṭaṭa : +une troupe de cavaliers et de fantassins vient se mettre en travers du +chemin et se la fait donner les armes à la main. En deux heures, nous +avons eu cinq fois affaire à des députations de ce genre. Ce sont +les seuls êtres humains que nous ayons rencontrés sur notre route. + +Du douar où nous campons, on ne voit de tous côtés que montagnes ; +au sud, le haut talus formant le flanc gauche de la vallée de l’Ouad +Beht ; partout ailleurs, des successions de croupes couvertes de +palmiers nains ou de broussailles ; en somme, pays fort montueux : +c’est le massif des Zemmour Chellaḥa. + + 28 août. + +Départ à 3 heures et demie du matin. Nous traversons presque +aussitôt l’Ouad Beht (berges basses et en pente douce ; eau +claire de 20 mètres de large et de 50 centimètres de profondeur ; +courant très rapide ; lit de gravier) ; puis une longue côte, +facile mais assez raide, nous conduit au plateau où est situé le +marché. Durant la montée, on est soit sous des bois de lentisques, +soit dans des palmiers nains : beaucoup de gibier, perdreaux, pigeons, +lièvres. Sur le plateau, on entre dans une région toute différente, +aussi habitée et aussi florissante que la précédente était déserte +et sauvage : sol couvert de cultures ; foule de ruisseaux au milieu +des champs ; quantité de beaux douars, à l’aspect prospère, +entourés de frais jardins. C’est au milieu de cette riche campagne, +dont la fertilité proverbiale a fait donner au pays des Zemmour le +surnom de Doukkala du Ṛarb[30], qu’est situé le Tlâta. Nous y +arrivons à 7 heures du matin. + +Nous passons la plus grande partie de la journée au marché : il +est très animé ; on y voit plus de 30 tentes de marchands. Les +denrées qui se vendent sont les mêmes qu’au Tlâta Hiaïna ; +mais il faut y ajouter des monceaux de fruits superbes, des raisins +surtout, qu’on apporte des douars du voisinage. + +Vers 4 heures, nous quittons Moulei Ez Zạïr et la caravane des +marchands, et nous nous remettons en route avec l’ạnaïa d’un +homme des environs. A 6 heures, on fait halte ; nous sommes arrivés au +douar de notre conducteur. En quittant le marché, nous avons d’abord +cheminé sur le riche plateau où il se tient ; puis, arrivés au bord +de son talus sud, nous nous sommes mis à descendre : à partir de +là, plus de cultures ; une côte boisée de lentisques, semblable à +celle de ce matin. Depuis Meknâs, le sol a été constamment terreux. + + 29 août. + +Nous avons, au sortir d’ici, à traverser une région très +dangereuse. Il nous faudra, pour la parcourir, une escorte de 6 ou +8 cavaliers : on ne peut la trouver aujourd’hui ; les tentes sont +vides ; toute la population est à un marché, l’Arbạa des Zemmour, +qui se tient aux environs. Force est donc d’attendre à demain pour +continuer la route. + +Le douar où nous sommes est fort riche : belles et grandes tentes ; +auprès de la plupart, un ou deux chevaux de selle ; dans chacune +on voit des femmes occupées à tisser flidjs, tellis, bernous et +_tarḥalt_ (couvertes multicolores à dessins variés), ou bien +à tresser des nattes qu’on brode ensuite de laines aux couleurs +éclatantes. Ces nattes brodées sont, avec les tarḥalts, la +spécialité des Zemmour, des Zaïan et des Beni Mgild. Les Zemmour, +ainsi que les Zaïan, chez qui nous entrerons ensuite, se distinguent +des autres tribus que j’ai vues au Maroc par le primitif de leur +costume : hommes et femmes y sont fort peu vêtus ; leur habillement +est le suivant : pour les hommes riches, point de chemise ni de +caleçon, une simple farazia, et par-dessus un bernous ; les pauvres +n’ont que le bernous : en marche, ils le plient, le jettent sur +l’épaule, et vont nus. Les premiers ont sur la tête soit un turban +de cotonnade blanche, soit un mouchoir blanc et rouge ; les pauvres +sont tête nue. Les uns et les autres se rasent les cheveux ; mais, +chose que je n’ai également vue que là, ils conservent au-dessus +de chaque oreille une longue mèche semblable aux nouaḍer des +Juifs[31]. Les Zemmour les portent toutes deux, les Zaïan n’en +ont qu’une : c’est la seule différence de mode entre les deux +tribus. Cette mèche est, pour les jeunes élégants, l’objet de +soins minutieux : ils la peignent, la graissent, puis, la tressant, +en forment une petite natte. Le même usage existe, m’a-t-on dit, +chez les Chaouïa. Le costume des femmes est aussi des plus légers : +c’est une simple pièce d’étoffe rectangulaire, de cotonnade +ou plus souvent de laine, dont les deux extrémités sont réunies +par une couture verticale ; il y a trois manières de le porter : +1o en le retenant par des broches (grosses boucles d’argent, +_khelal_) ou de simples nœuds au-dessus de chaque épaule ; 2o en +retroussant et attachant le bord supérieur au-dessus des seins, les +épaules et le haut de la gorge demeurant découverts ; 3o en laissant +retomber la partie supérieure, le corps restant nu jusqu’à la +ceinture. Dans les trois cas, le vêtement est retenu à la taille +par une bande de laine ; il est assez court : il ne descend guère +au-dessous du genou. On le porte de la première façon pour sortir, +de la seconde pour travailler hors de la tente, de la troisième à +l’intérieur. Les femmes s’entourent plus ou moins la tête de +chiffons ; jamais elles ne se voilent. + + 30 août. + +Départ à 5 heures du matin. Une escorte de 6 cavaliers et de +4 fantassins Zemmour nous accompagne. Aussitôt après avoir +franchi l’Ouad Ourjelim, qui passe au pied de notre douar, nous +nous engageons dans une vaste région, déserte en ce moment, mais +parcourue au printemps par les troupeaux des Zemmour ; on la nomme +la Tafoudeït : c’est une succession de côtes et de plateaux +s’élevant par échelons et sillonnée de nombreux ravins. Au +début, tout est boisé : lentisques, caroubiers, pins de diverses +espèces, forment un fourré épais ; après quelque temps les arbres +diminuent ; laissant à nu les crêtes et les parties supérieures, +ils se réfugient au fond des ravins et sur les premières pentes +de leurs flancs. Plus on s’avance, plus on s’élève, plus les +troncs deviennent rares. Le sol est terreux et jaunâtre ; nu en ce +moment, il se couvre au printemps de riches pâturages. A 10 heures, +nous atteignons un col : ici finit la Tafoudeït. Nous descendons +par un chemin rocheux et difficile dans une région nouvelle : pays +accidenté, terrain semé de gros blocs d’ardoise, sol boisé de +grands arbres, ruisseaux qui coulent de toutes parts. C’est ainsi, +à l’ombre de lentisques et d’oliviers séculaires, que nous +marchons jusqu’à 1 heure ; à ce moment nous apercevons un douar, +premier vestige d’êtres humains qui apparaisse depuis le départ : +nous nous y arrêtons ; c’est là qu’on passera la nuit. Ces +tentes appartiennent à un très haut personnage, Moulei El Feḍil, +cherif profondément vénéré par les Zaïan et tout-puissant sur la +plus grande partie de cette tribu. Je suis ici en pleine montagne : +le douar est au fond d’un ravin étroit ; de tous côtés se dressent +au-dessus de ma tête de hautes cimes escarpées aux flancs rocheux et +boisés. Les panthères abondent, dit-on, dans cette région sauvage. + +Je n’ai traversé aujourd’hui qu’une rivière de quelque +importance, l’Ouad Ourjelim, encore était-elle à sec (lit de galets +de 25 mètres de large, sans eau). Pendant la route, nous n’avons +rencontré personne, si ce n’est une troupe d’une vingtaine de +Zaïan qui se sont joints à nous dans la Tafoudeït et nous ont suivis +jusqu’à la frontière de leur tribu : c’étaient des pauvres ; +la plupart n’avaient qu’un bernous pour tout vêtement, rien sur +la tête, à la main un grand sabre de bois : ils m’ont paru gens +fort irascibles ; à chaque instant ils se prenaient de querelle +entre eux, et c’étaient aussitôt de grands coups de sabre ; +ils y mirent tant d’ardeur qu’il fallut en emporter deux tout +sanglants dans leurs bernous. + + 31 août. + +Nous sommes ici en territoire zaïan : nous abandonnons nos +zeṭaṭs Zemmour ; nous n’avons pas eu à nous louer d’eux : +hier, au milieu du trajet, quand ils nous virent bien engagés dans le +désert, ils nous déclarèrent qu’ils n’iraient pas plus loin si +l’on n’augmentait le salaire convenu ; force fut d’en passer +par là. Aujourd’hui un seul homme suffit pour nous escorter : +il n’est même pas armé. + +On part à 5 heures du matin. Nous marchons dans un pays très +montagneux : succession de ravins profonds et de talus escarpés ; +chemins la plupart du temps difficiles ; une fois même, le sentier est +si rapide qu’il faut mettre pied à terre. Sol rocheux, hérissé de +blocs d’ardoise et entièrement boisé ; arbres élevés, serrés, +formant une forêt épaisse ; beaucoup d’eaux courantes, bordées de +lauriers-roses, de mûriers et parfois de vigne sauvage. Ainsi est la +région où, tantôt montant, tantôt descendant, nous cheminons avec +peine et lenteur jusqu’à 8 heures et demie. A cet instant, après +avoir gravi une dernière côte, nous nous trouvons enfin au sommet du +haut massif montagneux qui a commencé à l’Ouad Beht : un plateau +le couronne, nous nous y engageons ; le sol y est un sable dur et nu +semé de loin en loin de petits fragments d’ardoise ; dépouillé +maintenant, il se tapisse, aux pluies printanières, d’une herbe +verdoyante ; un grand nombre de sources et de ruisseaux limpides +l’arrosent. C’est au milieu de ce plateau, appelé Oulmess, que +nous faisons halte. Nous nous y installons, à 9 heures et demie, +dans le douar des Aït Ọmar. Il y a plusieurs autres groupes de +tentes dans le voisinage ; de grands troupeaux sont dispersés aux +alentours : j’y remarque des chameaux, les premiers que je rencontre +depuis Meknâs. + +Aujourd’hui, en passant sur l’ạdjib[32] de Moulei El Feḍil, +nous avons rencontré une fraction de tribu en voyage. Les bœufs, +chargés des tentes et des bagages, marchaient au centre, en longue +colonne ; les femmes les poussaient : derrière leurs mères étaient +les enfants, les plus petits juchés par trois ou quatre sur le dos des +mulets. Sur un des côtés cheminaient moutons et chèvres, conduits +par quelques bergers. Les hommes, à cheval, formaient l’avant-garde +et l’arrière-garde et veillaient sur les flancs. Les troupeaux +étaient très nombreux ; il y avait surtout une grande quantité +de bœufs. + + 1er septembre. + +C’est aujourd’hui sabbat ; force est de passer la journée à +Aït Ọmar. Ce douar est de tous points semblable à celui où je +me suis arrêté chez les Zemmour : même air de richesse, même +luxe de tentes, même quantité de chevaux. Les Zaïan, quoiqu’ils +ne cultivent presque pas, sont loin d’être une tribu pauvre ; +si leur pays produit peu de moissons, il nourrit des troupeaux +immenses, chèvres, moutons, chameaux, chevaux, et surtout bœufs +d’une taille remarquable : l’abondance des bêtes à cornes ne se +trouve au Maroc que dans leur tribu : de là un commerce important et +des gains considérables. Il y a toujours ici des agents de maisons +de Meknâs occupés à acheter des peaux et des animaux sur pied ; +ces derniers sont ensuite expédiés sur Tanger. + +Les Zaïan sont nomades et de race tamaziṛt (chleuḥa). Ils forment +une tribu très nombreuse, la plus puissante qu’il y ait au nord +de l’Atlas. Leur territoire est borné par ceux des Zạïr, des +Zemmour Chellaḥa, des Beni Mgild, des Ichqern et par le Tâdla. + +Ils se composent de quatre fractions : + +Beni Hessousen (campant du côté de Moulei Bou Iạzza ; ils peuvent +mettre en ligne 3000 chevaux). + +Aït Ḥarkat (campant du côté des Khanifra ; 6000 chevaux). + +Ḥebbaren (campant du côté des Beni Zemmour ; 1000 chevaux). + +Aït Sidi Ạli ou Brahim (campant du côté des Beni Mgild ; +8000 chevaux). + +En se réunissant, ils pourraient donc armer environ 18000 +cavaliers[33]. Les Zaïan, comme tous leurs voisins, sont libres. A la +vérité, le sultan a un qaïd chez eux ; mais c’est un magistrat +_in partibus_. Il est le seul de la tribu à se douter qu’il est +qaïd et à savoir qu’il y a un sultan. Jamais ne lui viendrait +l’idée de demander un sou d’impôt ni un soldat ; il est trop +heureux qu’on le laisse vivre en paix. Nous trouverons souvent, +dans les fractions les moins soumises, des qaïds de ce genre ; +la population tolère leur présence avec la plus grande bonhomie, +l’indifférence du mépris : on sait que ni eux ni leur maître +ne peuvent devenir une gêne. Le personnage influent chez les Zaïan +est le cherif dont il a déjà été parlé, Moulei El Feḍil ; son +ạdjib, que j’ai traversé, est situé sur leur territoire, non loin +des frontières des Zemmour Chellaḥa et des Beni Mgild : il a une +grande puissance sur les portions de ces trois tribus voisines de sa +résidence, mais aucune d’elles n’est tout entière dans sa main ; +les Zaïan s’étendent très loin vers le sud-est, dans ces régions +ils le connaissent moins. Une autre famille de cherifs possède aussi, +mais à un degré moindre, du crédit dans cette contrée : c’est +celle des Ạmrâni. Originaire de Fâs, elle est aujourd’hui +dispersée en divers lieux et compte de nombreux alliés chez les +Zaïan[34]. Le sultan a grand soin de rechercher l’amitié de ces +redoutables maisons, qui, du haut de leurs montagnes inaccessibles, +pourraient à tout moment précipiter des torrents d’envahisseurs +sur le blad el makhzen, dont plusieurs sont si fortes que leur haine +pourrait renverser son trône, leur bon vouloir le soutenir. Aussi +n’est-il pas d’avances qu’il ne leur fasse, pas de moyens +qu’il n’emploie pour s’assurer leur amitié : cadeaux, honneurs, +tout est pour elles ; il leur offre jusqu’à des alliances dans sa +famille : c’est ainsi qu’il a donné une de ses sœurs en mariage +à S. Moḥammed el Ạmrâni, chef de la maison de ce nom. Il est +aussi dans les meilleurs rapports avec Moulei El Feḍil. Grâce +à cette politique, il peut, tout insoumis que soient les Zaïan, +avoir parfois l’aide de leurs armes : ainsi, dans sa campagne +de cette année contre le Tâdla et les Zạïr, M. El Feḍil est +venu à son secours avec un corps assez fort. Les Zaïan, ainsi que +les Zemmour Chellaḥa, parlent le tamaziṛt ; mais l’arabe est +très répandu parmi eux : tout ce qui est de condition élevée a +l’habitude de s’en servir, même les femmes et les enfants ; les +pâtres, les gens de la dernière classe, ignorent seuls cette langue. + + 2 septembre. + +Départ à 6 heures du matin. Un cavalier d’Aït Ọmar nous sert +de zeṭaṭ. Nous gagnons d’abord le bord méridional du plateau +d’Oulmess, puis commence la descente : elle est longue et difficile, +il faut mettre pied à terre. Ce ne sont que roches entassées, +escarpements, précipices. Les crêtes sont nues et toutes de +pierre ; au fond des ravins et sur leurs premières pentes poussent +quelques arbres. Il nous faut deux heures et demie pour parvenir au +pied du talus que nous descendons. Arrivés là, nous trouvons un +petit ruisseau ombragé de lentisques, de caroubiers et de pins ; +après en avoir suivi quelque temps le cours, nous le laissons au +nord et nous nous engageons sur un plateau montueux sillonné de +ravins ; vers 11 heures, les reliefs deviennent moins accentués, +les coupures moins profondes ; bientôt nous nous voyons dans une +vaste plaine où nous resterons jusqu’au soir : elle est pierreuse +et fortement ondulée ; le sol y est nu, sans autre végétation que +de rares jujubiers sauvages ; mais, dit-on, il se couvre d’herbe au +printemps : l’eau y est abondante ; sources et ruisseaux. A 3 heures, +nous faisons halte : nous sommes arrivés au douar Aït Mouloud, où +nous passerons la nuit. Mon cherif, Sidi Ọmar, m’abandonne ici ; +en partant, il me recommande avec chaleur au principal personnage du +douar ; celui-ci me donne l’hospitalité et se charge de me procurer +un zeṭaṭ. + +Peu de temps avant d’arriver ici, j’ai traversé l’Ouad Ksiksou +(lit de galets de 15 mètres de large, à moitié rempli d’une eau +peu courante de 60 centimètres de profondeur) : il coule dans un petit +ravin à flancs de roche escarpés, coupure au milieu de la plaine ; +l’Ouad Ksiksou se jette plus bas dans l’Ouad Grou ; la réunion +de ces deux rivières forme le Bou Regreg. Nous n’avons rencontré +aujourd’hui personne sur la route. Comme les jours précédents, +tout ce qui était roche se composait d’ardoises mêlées d’un peu +de pierre blanche. Depuis le col par lequel nous sommes descendus de +la Tafoudeït jusqu’à la crête du Djebel Ḥeçaïa, où commence +la plaine du Tâdla, on ne rencontre que ces deux espèces de pierres. + + 3 septembre. + +Je suis ici près de la limite des Zaïan ; à très peu de distance +commence le Tâdla : je ne saurais aller plus loin sans un zeṭaṭ +de ce pays ; la journée se passe à le chercher, je ne pourrai partir +que demain. + + 4 septembre. + +Je me mets en route à 5 heures du matin, accompagné d’un cavalier +des Beni Zemmour, la tribu du Tâdla la plus rapprochée. Aujourd’hui +je n’irai que jusqu’à la tente de mon zeṭaṭ, située au +douar des Aït El Maṭi. Nous y sommes à 8 heures du matin. Le +terrain jusque-là est toujours la plaine d’avant-hier ; cependant +elle se modifie : ses ondulations s’accentuent et elle se couvre, +vers les hauteurs, d’un assez grand nombre de lentisques ; le sol +reste pierreux. + +Le Tâdla, où je suis entré aujourd’hui, n’est point une tribu : +c’est une contrée, peuplée de plusieurs tribus distinctes. Elle +est bornée : au nord, par les Zaïan et les Zạïr ; à l’est, +par les Zaïan et les Ichqern ; au sud, par les Aït Seri, les Aït +Atta d Amalou, les Aït Bou Zîd, les Aït Ạïad, les Aït Ạtab ; +à l’ouest, par les Entifa, les Sraṛna, les Chaouïa. Elle se +compose, au sud, d’une immense plaine, arrosée par l’Oumm er +Rebiạ et s’étendant jusqu’au pied du Moyen Atlas ; au nord, +d’une région montueuse moins vaste. Les tribus qui l’occupent sont +au nombre de neuf : cinq se trouvent dans la partie septentrionale, +quatre dans la portion méridionale : ce sont, en allant de l’est à +l’ouest : au nord, les Beni Zemmour, les Smâla, les Beni Khîran, +les Ourdiṛra, les Beni Miskin ; au sud, les Qeṭạïa, les Beni +Mạdan, les Beni Ạmir, les Beni Mousa. Ces diverses tribus sont +à peu près de même force, pouvant mettre, me dit-on, environ +3000 hommes à cheval chacune. Elles parlent, les unes l’arabe, +la plupart le tamaziṛt. Toutes sont nomades et ne vivent que sous +la tente. Elles sont riches, possèdent d’immenses troupeaux de +chameaux et de moutons, un grand nombre de chevaux, et cultivent +les rives fertiles de l’Oumm er Rebiạ. Elles sont insoumises, +à l’exception d’une seule, les Beni Miskin. Celle-ci fait partie +du blad el makhzen ; elle est commandée par un qaïd résidant dans +une qaçba. Les autres sont blad es sîba. Elles ne reconnaissent +qu’une autorité, celle de Sidi Ben Daoud, le marabout de Bou el +Djạd. L’influence de ce saint personnage s’étend même sur une +part des Zaïan : depuis le douar des Aït Mouloud, je n’entends +plus parler que du _Sid_. + +A partir d’ici, il y a une modification à noter dans les costumes : +sans changer complètement, ils présentent quelques différences avec +les précédents. Les hommes ne laissent plus pousser les longues +mèches qui distinguent les Zemmour Chellaḥa, les Zaïan et les +Chaouïa. Les femmes conservent le même vêtement, mais elles ne le +portent que d’une manière, attaché par des broches ou des nœuds +au-dessus des épaules ; de plus, il leur couvre les jambes jusqu’à +la cheville. Ce costume, tel qu’on le voit ici, est celui de toutes +les femmes du Maroc ; excepté dans les grandes villes et chez les +Zemmour Chellaḥa et les Zaïan, nulle part je ne leur en ai vu ni +ne leur en verrai d’autre : il peut être fait de divers tissus : +soit de laine, comme ici, soit de cotonnade blanche, soit de guinée, +mais partout la forme reste la même ; partout aussi les femmes ne +portent que cette unique pièce d’étoffe pour tout vêtement : +rien dessous, rien dessus : quelquefois un petit voile couvre la +tête et le buste ; rien de plus. + + 5 septembre. + +[Illustration : Djebel Heçaïa. (Vue prise d’Aït el Maṭi.) + +Croquis de l’auteur.] + +Je pars à 4 heures du matin, en compagnie de mon zeṭaṭ +d’hier. Le terrain est légèrement accidenté ; le sol pierreux et +nu ; on n’y voit que de petits lentisques clairsemés et quelques +jujubiers sauvages. Au bout de deux heures de marche, nous traversons +l’Ouad Grou : c’est, ai-je dit, le second cours d’eau dont est +formé le Bou Regreg[35] : il n’est encore qu’une faible rivière : +lit de galets ; 12 mètres de large ; point d’eau courante ; quelques +flaques de distance en distance. A partir de là, nous montons, par +une côte qui ne devient un peu raide qu’en approchant du sommet, +vers la crête du Djebel Ḥeçaïa ; en chemin, nous franchissons +plusieurs chaînes de collines basses, ses contreforts. Jusqu’au +bout le sol reste le même qu’au départ, seulement les arbres sont +plus serrés à mesure que l’on s’élève. + +A 10 heures et demie, j’arrive à un col ; devant moi se développe +une immense plaine, blanche et nue, dont la côte que je viens de +gravir n’était que le talus : cette plaine est celle du Tâdla ; +vers l’est et vers l’ouest, elle s’étend à perte de vue ; +au sud, dans le lointain, des montagnes majestueuses dressent haut, +malgré la distance, leurs crêtes sombres au-dessus de l’horizon, +et la bornent sur toute sa longueur : ces montagnes sont la première +des trois grandes chaînes dont se compose l’Atlas. A quelques +pas du col est une petite enceinte, Qçar Beni Zemmour. Nous nous +arrêtons là aujourd’hui. Nous entrons en même temps qu’une +caravane assez nombreuse, armée jusqu’aux dents, qui a fait route +avec nous depuis l’Ouad Grou. + +Je ne suis ici qu’à trois heures de marche de Bou el Djạd, +pourtant je suis loin d’être arrivé. Il y a autant de danger +dans le peu de chemin qu’il me reste à faire qu’il y en avait +dans toute la route que j’ai franchie jusqu’à ce jour. Ici plus +d’ạnaïa, plus de zeṭaṭs : tout ce qui passe est pillé. Le +pays, en cette saison surtout, est désert. Des troupes de pillards +de toutes les tribus du Tâdla, parfois d’Ichqern, viennent s’y +embusquer par 40 et 60 chevaux, prêtes à fondre sur quiconque s’y +aventurerait. Les caravanes, même de 50 fusils, n’osent s’y +hasarder. Cependant, au milieu de tant de périls, il est une voie +de salut : ceux qui ne respectent rien respectent Sidi Ben Daoud ; +là où les armes ne préservent point de l’attaque, le pacifique +parasol d’un membre de la famille sainte suffit à écarter tout +danger. Ainsi, qu’un voyageur isolé, qu’un nombreux convoi +veuillent aller à Bou el Djạd, ils n’ont qu’un moyen : +prier Sidi Ben Daoud de les faire chercher par un de ses fils ou +petits-fils : cela coûte plus ou moins cher suivant le nombre de +voyageurs et la composition de la caravane. Hâtons-nous de dire que +les _çaliḥ_ (saints) de la zaouïa sont loin d’être exigeants : +ils profitent avec une extrême modération de ce monopole, et +déplorent l’état de choses qui le leur assure. Leur influence, +quelque grande qu’elle soit, a été impuissante à le faire cesser ; +ils ne peuvent rien contre cet antique usage de la _ṛazia_, partout +en honneur chez les nomades. + +Je dépêche donc à Sidi Ben Daoud la lettre de recommandation que +j’ai pour lui, avec prière de m’envoyer chercher. Un messager +fait cette commission : il ne part qu’après s’être dépouillé +de presque tous ses habits, seul moyen de passer en sûreté. + +Qçar Beni Zemmour est une enceinte carrée, en mauvais murs de pisé +de 3 mètres de haut ; à l’intérieur se dressent pêle-mêle +une trentaine de tentes, petites et misérables. Les habitants sont +très pauvres ; ils ne vivent que du commerce de bois : le coupant +dans le Djebel Ḥeçaïa, ils le vendent aux gens de Bou el Djạd +qui viennent le prendre. Point d’eau au Qçar : chaque jour, à +heure fixe, tous les hommes prennent leurs fusils et vont en troupe +en chercher à des puits éloignés. Il est difficile d’imaginer +une existence plus misérable. Encore la muraille qui protège ce +lieu ne date-t-elle que de deux ans : elle est un bienfait du _Sid_, +comme on appelle communément Sidi Ben Daoud. + + 6 septembre. + +Mon messager revient à 10 heures et demie du matin ; un des +petits-fils de Sidi Ben Daoud l’accompagne : c’est un beau jeune +homme d’environ dix-neuf ans ; il arrive monté sur sa mule, le +parasol à la main ; un seul esclave le suit. Nous partons aussitôt. + +D’ici à Bou el Djạd, nous marchons dans l’immense plaine +du Tâdla, plaine à ondulations légères, tantôt nue, tantôt +couverte de champs, en ce moment moissonnés et déserts ; çà et +là poussent, maigres broussailles, quelques jujubiers sauvages ; le +sol est blanchâtre, dur, pierreux. A 1 heure et demie, nous entrons +dans la ville. + + + 2o. — SÉJOUR A BOU EL DJAD. + + +[Illustration : Bou el Djad. + +(Vue de la ville prise du chemin de Qçar Beni Zemmour.) + +Croquis de l’auteur.] + +« Ici, ni sultan ni makhzen ; rien qu’Allah et Sidi Ben Daoud. » +Ces paroles, que m’adressait un Musulman à mon entrée à Bou el +Djạd, résument l’état de la ville : Sidi Ben Daoud y est seul +maître et seigneur absolu. Son pouvoir est une autorité spirituelle +qui devient, quand il lui plaît, une puissance temporelle, par le +prix qu’attachent les tribus voisines à ses bénédictions. Cette +souveraineté s’étend à la ronde à environ deux journées de +marche. De tous les points situés dans ce rayon, on accourt sans +cesse à Bou el Djạd apporter une foule de présents : la ville est +toujours remplie de pèlerins : ils viennent chercher la bénédiction +du saint et gagnent, en échange de cadeaux, les grâces attachées +à ses prières. C’est surtout le jeudi, jour de marché, que +les fidèles sont nombreux ; la semaine dernière, les offrandes, +en blé seulement, se montaient à deux cents charges de chameau ; +la précédente, à quatre cents : de plus, il y avait eu de grands +dons d’argent, de bétail, de chevaux. Ce ne sont pas seulement +les particuliers qui remplissent ces pieux devoirs. Chaque année, +les tribus environnantes arrivent, les unes après les autres, +fraction par fraction, recevoir en masse la bénédiction du Sid +et lui présenter leur tribut. Cette redevance régulière lui est +servie par toutes les tribus du Tâdla, presque tous les Chaouïa, +quelques fractions des Aït Seri, une petite portion des Ichqern. + +Quelle est la source de ce prestige ? Sidi Ben Daoud n’est point +un chef d’ordre religieux ; il n’est point non plus un cherif, +petit-fils de Mahomet ; mais son origine n’en est pas moins auguste : +il descend du kalife Ọmar ben El Khaṭṭab. Ses ancêtres, +établis depuis trois siècles et demi au Maroc, y acquirent vite, +autant par leurs vertus que par leur sainte et illustre naissance, +la vénération et la puissance dont nous voyons Sidi Ben Daoud jouir +aujourd’hui. D’ailleurs, point d’ordre, point de khouân, +point de prières particulières : il n’y a ici que le chef +d’une grande et sainte famille, le rejeton d’une longue lignée +de bienheureux, objet des grâces spéciales du ciel accordées aux +prières de ses ancêtres. On honore en lui un sang sacré ; on a +foi en sa bénédiction, qui en ce monde fertilise la terre et fait +prospérer les troupeaux, et dans l’autre vie ouvre aux hommes +les portes du paradis et leur assure, au jour du jugement dernier, +l’intercession d’Ọmar et de tous les saints ses descendants. + +Voici la généalogie de Sidi Ben Daoud, depuis l’époque à laquelle +sa maison s’est établie au Maroc : + +Sidi Ḥammou (c’est lui qui vint d’Orient dans ces pays), + +Sidi Zari ben S. Ḥammou, + +Sidi Bel Qasem ben S. Zari (il habitait Qaçba Tâdla, où se trouve +son mausolée), + +Sidi Moḥammed Ech Chergi ben S. Bel Qasem (c’est lui qui +fonda la ville de Bou el Djạd, à l’emplacement de laquelle ne +s’élevaient alors que des bois), + +Sidi Ạbd el Qader ben S. Moḥammed Ech Chergi, + +Sidi Ạbd el Qader ben S. Ạbd el Qader, + +Sidi El Maṭi ben S. Ạbd el Qader, + +Sidi Çaleḥ ben S. El Maṭi, + +Sidi El Maṭi ben S. Çaleḥ, + +Sidi El Ạrbi ben S. El Maṭi, + +Sidi Ben Daoud ben S. El Ạrbi. + +Depuis la fondation de Bou el Djạd par S. Moḥammed Ech +Chergi, cette ville n’a pas cessé d’être la résidence de ses +descendants[36]. Sidi ben Daoud ben Sidi El Ạrbi, leur chef actuel, +a près de quatre-vingt-dix ans ; malgré son grand âge, il jouit +de la plénitude de ses facultés : c’est un beau vieillard, au +visage pâle, à la longue barbe blanche ; ses traits ont une rare +expression de douceur et de bonté. Il marche avec difficulté, +mais circule chaque jour sur sa mule. Quelle que soit la maison +où il se trouve, les abords en sont toujours entourés de plus de +cent individus accroupis au pied des murs, attendant le moment de +sa sortie pour baiser son étrier ou le pan de son ḥaïk. Il est +non seulement vénéré, mais profondément aimé. Chacun vante sa +justice, sa bonté, sa charité. + +La famille de Sidi ben Daoud est nombreuse : il a, me dit-on, au moins +trente enfants, tant de ses femmes que de ses esclaves. L’aîné +de ses fils s’appelle S. el Ḥadj El Ạrbi : il est en ce moment +auprès du sultan ; le second est S. Ọmar, homme de 55 à 60 ans : +ce dernier passe pour très intelligent et fort instruit. Outre ses +descendants directs, il a un grand nombre de frères, de neveux : +la ville entière n’est peuplée, à part les Juifs et quelques +artisans, que des parents proches ou éloignés du Sid, de leurs +esclaves et de leurs serviteurs. Tous les membres de la famille de +Sidi ben Daoud participent à son caractère de sainteté, et cela +à un degré d’autant plus élevé qu’ils lui tiennent de plus +près par le sang. + +Qui sera l’héritier de S. Ben Daoud ? Nul ne le sait : il n’y a +point d’ordre de succession ; chaque Sid, lorsqu’il sent la mort +approcher, choisit un de ses enfants et, lui donnant sa bénédiction, +fait passer par là sur sa tête les faveurs divines dont est sans +cesse comblé le chef de la maison d’Ọmar ; l’élu recueille +l’héritage de tous les biens spirituels et temporels de son +père. Rien ne peut faire prévoir d’avance qui doit l’être ; +l’ordre de naissance n’est point suivi : S. Ben Daoud était un +des plus jeunes fils de S. El Ạrbi. + +Le Sid est en bonnes relations avec le sultan ; jamais, malgré leur +puissance, ni lui ni ses ancêtres n’ont montré d’hostilité +au gouvernement des cherifs. Moulei El Ḥasen envoie chaque année +de riches présents à Bou el Djạd ; en échange, toutes les +fois qu’il va de Fâs à Merrâkech, le Sid ou un de ses fils +l’accompagne depuis Dar Beïḍa jusqu’à l’Oumm er Rebiạ +ou l’Ouad el Ạbid. C’est ainsi que Ḥadj El Ạrbi est en ce +moment auprès du sultan. + +Inutile de dire que la zaouïa est riche : chaque année y voit +entrer des offrandes immenses, tant en argent qu’en nature, tributs +réguliers des régions environnantes, dons apportés de loin par +des pèlerins isolés, cadeaux envoyés de Fâs et de Merrâkech +par les grands de l’empire. Sidi ben Daoud possède une fortune +énorme. Les autres membres de sa famille participent aux aumônes +des fidèles comme ils participent à leur dévotion, suivant leur +degré de sainteté. Quelques-uns sont fort riches, d’autres le +sont moins ; mais tous ne vivent que des offrandes qu’ils reçoivent. + +Les çaliḥs de Bou el Djạd sont loin d’être des hommes +fanatiques, intolérants, d’esprit étroit. La plupart ont été +à la Mecque : c’est dire qu’ils ont abandonné et les folles +idées des ignorants sur la puissance et l’étendue de la religion +musulmane et leurs préjugés ridicules contre les Européens. Tous +sont lettrés, peu sont savants. Le Sid possède cependant une belle +bibliothèque, mais on la consulte peu. Les saints profitent des +biens que Dieu leur a donnés pour passer leur existence dans les +douceurs des plaisirs licites : au reste, le Seigneur les bénit en +toutes choses. Nulle part je n’ai vu les mulâtres aussi nombreux +qu’à Bou el Djạd. + +[Illustration : Bou el Djâd. + +(La ville et ses environs.) + +1. Mosquée de M. Selîman. + +2. Mosquée de S. Mohammed Ech Chergi. + +3. Qoubbas, au nombre de 3. + +4. Qoubba de S. Mohammed Ech Chergi. + +5. Maison de Sidi Ben Daoud. + +6. Maison de S. Omar. + +7. Maison de S. Mohammed Ben Dris. + +8. Maison de S. el Hadj Edris. + +9. Maison de Mousi Alloun. + +10. 1er mellah. + +11. 2e mellah. + +12. 3e mellah. + +13. Fondoq. + +14. Place. + +15. Marché. + +P. Principale entrée de la ville. + +α. Buttes formées de décombres amoncelés. + +β. Jardins. + +δ. Petites qoubbas. + +ε. Puits.] + + +La position de Bou el Djạd, au milieu des ondulations d’une +immense plaine pierreuse et blanche, est triste. Il y a peu d’eau, +peu de jardins. Sans son importance comme centre religieux, sans +le caractère que lui donnent ses mosquées, ses grandes qoubbas +et les riches demeures de ses çaliḥs, ce lieu ne mériterait pas +le nom de ville : il n’a guère plus de 1700 habitants, dont 200 +Israélites. La cité est étendue, eu égard à sa population ; +mais les maisons y sont clairsemées et entremêlées, à l’ouest, +de jardins, à l’est, de terrains vagues et d’énormes monceaux +d’ordures. Les demeures riches, celles des fils et des proches +parents du Sid, sont bâties en pierres grossièrement cimentées, +avec portails, arcades, pourtours de fenêtres en briques ; peu +sont blanchies extérieurement ; à l’intérieur, elles sont +ornées comme les maisons de Fâs : carrelage sur le sol ; vitres +aux fenêtres ; plafonds de poutrelles peintes ; miḥrabs[37] à +arabesques sculptées. Les maisons pauvres, c’est-à-dire le plus +grand nombre, sont construites en pisé. Toutes sont couvertes en +terrasse. La ville ne possède point d’enceinte ; mais il existe +des portes, ou au moins des portails, à l’entrée des principales +rues. La partie occidentale de Bou el Djạd est habitée par la +famille immédiate du Sid, aussi porte-t-elle le nom de Ez Zaouïa ; +les parents moins proches résident dans les autres quartiers ; les +Juifs sont relégués au nord-est. Il y a deux grandes mosquées, et +auprès d’elles quatre mausolées abritant les restes d’ancêtres +de S. Ben Daoud : ce sont des tours carrées, hautes et massives, +couronnées de toits de tuiles vertes. Point de quartier commerçant +proprement dit. L’emplacement du marché hebdomadaire sert en même +temps au trafic de chaque jour ; on y voit un certain nombre de niches +alignées, faites de pisé ou de pierre sans ciment, profondes de 2 +mètres, hautes de 1m,50 : c’est là qu’artisans et commerçants +viennent s’installer chaque matin avec leurs marchandises +qu’ils remportent le soir : tous n’ont même pas ces abris, +il en est qui préfèrent de simples huttes de feuillage. Le jeudi, +grand marché, fréquenté par toutes les tribus des environs. On +trouve dans les boutiques la plupart des produits européens en +vente à Fâs et à Meknâs, sauf le pétrole, la coutellerie, les +crayons. Mais ces objets abondent chez les çaliḥs qui les font +venir directement de Dar Beïḍa. C’est par ce port que se fait +tout le commerce de Bou el Djạd. De là viennent cotonnades, thé, +riz, sucre, épicerie, parfumerie, vêtements de luxe ; en échange +on y apporte des peaux, de la laine, de la cire. Il y a quatre jours +de marche d’ici à Dar Beïḍa, deux en blad es sîba, où l’on +ne voyage qu’avec l’escorte d’un parent du Sid, deux en blad el +makhzen. Aucunes relations avec Merrâkech, à cause de la difficulté +des communications : la route est très périlleuse ; on compte huit +jours pour la parcourir, tant il faut faire de détours et changer +souvent de zeṭaṭs. Bou el Djạd, quoique traversée par un +ruisseau, est mal pourvue d’eau ; celle que donne le ruisseau est +mauvaise, et ne sert qu’à abreuver les animaux et à arroser les +vergers : quelques maisons ont des citernes, mais la plus grande +partie de la ville n’est alimentée que par un groupe de six ou +sept puits situés à près d’un kilomètre vers l’ouest. Avec si +peu d’eau, il ne saurait y avoir beaucoup de jardins : ils sont en +effet peu étendus ; on les cultive avec d’autant plus de soin. On +y voit les arbres qui croissent à Meknâs : grenadiers, figuiers, +oliviers, vigne ; et, poussant à leur ombre, les légumes du pays : +citrouilles, melons, pastèques, courges et piments. + +[Illustration : Mosquée et mausolée de Sidi Mohammed Ech Chergi, +à Bou el Djạd. + +(Vue prise de la maison de Mousi Alloun.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Deux des 3 mausolées, à Bou el Djạd. + +(Vue prise de la maison de Mousi Alloun. + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Campagne autour de Bou el Djạd. + +Qoubbas δ. + +(Vue prise de la maison de Mousi Alloun.) + +Croquis de l’auteur.] + +Le costume des citadins est le même ici qu’à Fâs. Celui +des tribus voisines a été décrit au sujet des Beni Zemmour ; +cependant, à partir de Bou el Djạd, je remarque dans l’armement +une particularité, spéciale au Tâdla, et qui ne m’avait pas +frappé à Aït El Maṭi : c’est l’usage de la baïonnette ; +tous les hommes du Tâdla portent habituellement, suspendue à un +baudrier, une longue baïonnette qui remplace sabre et poignard. + + + 3o. — DE BOU EL DJAD A QAÇBA TADLA. + + +Avant de quitter Bou el Djạd je m’assure de l’escorte d’un +des petits-fils de Sidi Ben Daoud pour tout le temps que je passerai +encore dans le Tâdla. Sous cette protection je vais aller d’abord +à Qaçba Tâdla, puis à Qaçba Beni Mellal. + + 17 septembre. + +[Illustration : Qaçba Tâdla. (Vue prise du chemin de Bou el Djâd.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ de Bou el Djạd à 3 heures et demie du matin. Le terrain est +toujours cette grande plaine du Tâdla, à ondulations légères, où +j’ai déjà marché ; quant à la nature du sol, elle varie un peu : +rocheuse pendant le premier tiers de la route, elle n’est plus que +pierreuse au second ; à la fin c’est de la terre mêlée de petits +cailloux. Les cultures, rares au début, augmentent à mesure que +j’avance : ce qu’elles n’occupent pas est nu en cette saison, +ou semé de rares jujubiers sauvages, mais se couvre, dit-on, au +printemps, de pâturages superbes. Beaucoup de gibier : on lève un +grand nombre de lièvres et de perdreaux ; il y a aussi, paraît-il, +des gazelles. A 7 heures du matin, j’arrive à Qaçba Tâdla. + +Avant Moulei Ismạïl, le lieu où elle se dresse était, +m’assure-t-on, désert : aucun village n’y existait. Le bourg que +l’on voit aujourd’hui daterait du règne de ce sultan. C’est lui +qui fonda et la qaçba et la mosquée ; à lui aussi est dû le pont de +l’Oumm er Rebiạ, pont de 10 arches, le plus grand du monde au dire +des habitants. Qaçba Tâdla s’élève sur la rive droite du fleuve, +qui coule au pied même de ses murs. Les eaux ont ici 30 à 40 mètres +de large ; le courant en est rapide, la profondeur considérable : +on ne peut les traverser qu’en des gués peu nombreux ; hors de ces +points, il faudrait, même dans cette saison, se mettre à la nage : +elles sont encaissées entre des berges tantôt à 1/1, tantôt à 1/2, +s’élevant de 12 à 15 mètres au-dessus de leur niveau. La berge +gauche est la plupart du temps un peu plus haute que la droite : +les berges sont parfois rocheuses ; alors le lit du fleuve l’est +aussi : mais le plus souvent leur composition est un mélange de +terre et de gravier. + +La Qaçba proprement dite, bien conservée, est de beaucoup ce que +j’ai vu de mieux au Maroc, comme forteresse. Voici de quoi elle se +compose : 1o d’une enceinte extérieure, en murs de pisé de 1m,20 +d’épaisseur et de 10 à 12 mètres de haut ; elle est crénelée +sur tout son pourtour, avec une banquette le long des créneaux ; +de grosses tours la flanquent ; 2o d’une enceinte intérieure, +séparée de la première par une rue de 6 à 8 mètres de large. La +muraille qui la forme est en pisé, de 1m,50 d’épaisseur ; elle est +presque aussi haute que l’autre, mais n’a point de créneaux. Ces +deux enceintes sont en bon état : point de brèche à la première ; +la seconde n’en a qu’une, large, il est vrai : elle s’ouvre +sur une place qui divise la qaçba en deux parties : à l’est, +sont la mosquée et dar el makhzen[38] ; à l’ouest, les demeures +des habitants : les unes et les autres tombent en ruine et paraissent +désertes. Je ne vis, lorsque je la visitai, qu’un seul être vivant +dans cette vaste forteresse : c’était un pauvre homme ; il était +assis tristement devant la porte de dar el makhzen ; son chapelet +pendait entre ses doigts ; il le disait d’un air si mélancolique +qu’il me fit peine. Quel était cet ascète vivant dans la solitude +et la prière ? D’où lui venait ce visage désolé ? Faisait-il, +pécheur converti, pénitence de crimes inconnus ? Était-ce un saint +marabout pleurant sur la corruption des hommes ? — Non, c’est +le qaïd ; le pauvre diable n’ose sortir : dès qu’il se montre, +on le poursuit de huées. + +[Illustration : + +1. Mosquée. + +2. Dar el makhzen. + +3. Principale porte de la 1er enceinte. + +4. Pont sur l’Oumm er Rebia. + +5. Gué de l’Oumm er Rebia. + +α. Faubourg. + +β. Marché. + +γ. Cimetière. + +δ. Maisons en ruine et désertes. + +Qaçba Tâdla.] + +Si la qaçba n’est pas habitée, elle a deux faubourgs qui le +sont : l’un sur la rive droite, formé de maisons de pisé : les +familles riches, les Juifs, y demeurent ; l’autre sur la rive +gauche, composé de tentes et de huttes en branchages : c’est +le quartier des pauvres. Qaçba Tâdla est moins peuplée que Bou +el Djạd : elle a environ 1200 à 1400 habitants, dont 100 à 150 +Israélites. Point d’autre eau que celle de l’Oumm er Rebiạ : +elle est claire et bonne, quoique d’un goût un peu salé. Toute +cette région contient du sel en abondance ; j’en vois ici de belles +dalles, d’un mètre de long, sur 60 centimètres de large et 15 à +20 centimètres d’épaisseur : on les extrait non loin d’ici, sur +le territoire des Beni Mousa[39]. Qaçba Tâdla ne possède point de +jardins : pas un arbre, pas un fruit, pas un brin de verdure. C’est +un exemple unique au Maroc. Ville, bourg ou village, je n’y ai pas +vu d’autre lieu habité qui n’ait eu des jardins petits ou grands. + + + 4o. — DE QAÇBA TADLA A QAÇBA BENI MELLAL. + + + 19 septembre. + +Départ à 6 heures du matin. Je traverse l’Oumm er Rebiạ à un +gué situé auprès du cimetière, et je marche droit vers le pied +de la haute chaîne qui se dresse dans le sud. C’est la première +des trois grandes arêtes dont se compose l’Atlas Marocain, celle +que nous appelons Moyen Atlas. Elle n’a point de nom général +parmi les indigènes : la portion que je vois d’ici est dite, +à l’ouest, Djebel Beni Mellal, à l’est, Djebel Amhauch ; +les flancs sont tantôt rocheux, tantôt terreux, en grande partie +boisés : pentes fort raides dès le pied ; escarpements fréquents ; +dans les vastes forêts le gibier abonde : à côté des perdrix, +des lièvres, des sangliers, des singes, on y trouve le lion et la +panthère. Tels sont ces premiers hauts massifs de l’Atlas, monts +élevés et sauvages, au pied desquels s’arrêtent à la fois et la +plaine et le pays du Tâdla. Là commence le territoire des Aït Seri, +puissante tribu tamaziṛt qui couvre de ses villages et de ses tentes +toute la chaîne qui est devant mes yeux. + +Du lit de l’Ouad Oumm er Rebiạ au pied de la montagne, ce n’est +qu’une large plaine, unie comme une glace ; pas une ondulation ; +pas une pierre ; le sol est une terre brune : des champs le couvrent +en entier et s’étendent à perte de vue ; des ruisseaux, à eau +claire et courante, une foule de canaux, les arrosent : ce sont les +cultures des Qeṭạïa, l’une des tribus du Tâdla. Au bout +de deux heures de marche, nous nous engageons au milieu de leurs +douars ; douars immenses et superbes, composés chacun de plus de +50 tentes, distants à peine d’un kilomètre les uns des autres : +ils forment deux longues rangées qui s’étendent parallèlement +au pied de la chaîne et se développent en lignes noires jusqu’à +l’horizon. A l’entour paissent chameaux, bœufs et moutons, +en troupeaux innombrables. + +[Illustration : + +A. Restes de l’ancienne qaçba. + +B. Village actuel. + +C. Jardins. + +D. Côtes couvertes d’amandiers. + +E. Qoubba.] + +A 9 heures, nous arrivons au pied des montagnes : nous le suivons +jusqu’au gîte. La contrée est enchanteresse : point d’heure +où l’on ne traverse un cours d’eau, point d’heure où l’on +ne rencontre un village, des vergers. C’est d’abord l’Ouad +Derna, que nous franchissons au milieu des jardins de Tagzirt, +bourgade que nous laissons à notre droite ; puis c’est Fichtâla, +avec la célèbre qaçba de ce nom, si importante naguère. déchue +aujourd’hui ; enfin c’est l’Ouad Foum el Ạncer avec Aït +Sạïd. Nous nous arrêtons quelques instants à Fichtâla : de la +qaçba, construite par Moulei Ismạïl sur le modèle de celle de +Tâdla, il ne reste que des ruines imposantes ; le village actuel y +est adossé : il n’a pas plus de 250 à 300 habitants. Ceux-ci ne +comptent avec aucune tribu. Cet endroit est un petit centre à part, +siège d’une zaouïa dont les chefs, qui sont en ce moment deux +frères, Sidi Moḥammed Ech Cherif et Sidi Ḥasan, sont souverains +absolus du lieu. Fichtâla est située sur les premières pentes de +la montagne, parmi des côtes ombragées d’amandiers, au pied de +grands rochers où une foule de ruisseaux bondissant en cascades +tracent des sillons d’argent, au milieu de jardins merveilleux +comparables à ceux de Tâza et de Sfrou. + +[Illustration : Foum el Ancer et village d’Aït Sạïd. + +(Vue prise du chemin de Foum el Ancer à Qaçba Beni Mellal.) + +Croquis de l’auteur.] + +Un peu plus loin est Aït Sạïd ; nous y arrivons à midi : c’est +le terme de notre marche d’aujourd’hui. Les cours d’eau que +j’ai traversés chemin faisant sont les suivants : Ouad Oumm er +Rebiạ, (40 mètres de large ; 90 centimètres de profondeur) ; Ouad +Derna (torrent impétueux ; eaux limpides et vertes roulant au milieu +de quartiers de roc dont est semé le lit : au gué où je l’ai +passé, il avait 25 mètres de large et 70 centimètres de profondeur ; +mais sa largeur habituelle n’est que de 15 à 20 mètres) ; Ouad +Fichtâla (gros ruisseau ; 2 mètres de large ; 40 centimètres de +profondeur ; descend par cascades de la montagne) ; Ouad Foum el +Ancer (3 mètres de large ; 40 centimètres de profondeur ; prend +sa source à une centaine de mètres en amont du village d’Aït +Sạïd). J’ai rencontré aujourd’hui un assez grand nombre de +personnes sur le chemin. + +Aït Sạïd est un gros village de 300 à 400 maisons, le principal +de la fraction de ce nom : il est situé au bas de la montagne, à la +bouche d’un ravin profond, Foum el Ạncer, où six sources, qui +donnent naissance à un beau torrent, jaillissent du pied de roches +immenses. Ces roches, murailles à pic d’une hauteur prodigieuse, +dominent le village : vers leur partie supérieure, apparaissent les +ouvertures béantes de cavernes creusées presque symétriquement dans +leur flanc. Quels ouvriers ont façonné ces étranges demeures ? A +quelles races appartenaient-ils, ceux qui escaladaient ainsi les parois +lisses du roc par des chemins inconnus ? C’étaient sans doute des +Chrétiens, puisque rien ne leur est impossible. Aujourd’hui nul +n’y peut atteindre ; malheur à qui tenterait de monter vers ces +retraites mystérieuses : des génies en défendent l’accès et +précipiteraient le téméraire au fond de la vallée. + +[Illustration] + +A partir d’ici, je rencontrerai souvent des cavernes de ce genre ; +je les signalerai chaque fois qu’il s’en présentera ; elles +abondent dans la partie de l’Atlas que je vais traverser : il est +rare d’y trouver un village auprès duquel il n’y en ait pas. La +plupart d’entre elles sont placées en des points inaccessibles. Il +y en a de deux sortes : les unes s’ouvrent sans ordre à la surface +du rocher ; l’œil ne distingue que plusieurs trous sombres percés +au hasard et isolés de leurs voisins. Les autres, au contraire, sont +creusées sur un même alignement : en avant des ouvertures, on voit, +le long de la muraille, une galerie taillée dans le roc qui met en +communication les cavernes ; cette galerie est fréquemment garnie, +à l’extérieur, d’un parapet en maçonnerie ; quand des crevasses +se présentent et coupent la voie, les bords en sont reliés par de +petits ponts de pierre. Souvent des rangs semblables sont étagés par + +deux ou trois sur une même paroi rocheuse. Ces cavernes bordent +certaines vallées sur une grande longueur. Le petit nombre d’entre +elles qui sont accessibles servent à emmagasiner les grains ou à +abriter les troupeaux ; j’en ai visité quelques-unes : elles m’ont +frappé par leur profondeur et par leur hauteur. Mais presque toutes +sont inabordables. Aussi les légendes les plus fantastiques ont-elles +cours à leur sujet : ces demeures extraordinaires paraissant choses +aussi merveilleuses que les bateaux à vapeur et les chemins de fer, +on les attribue aux mêmes auteurs : à des Chrétiens des anciens +temps, que les Musulmans chassèrent quand ils conquirent le pays ; +on va jusqu’à citer les noms des rois, surtout des reines à +qui appartenaient ces forteresses aériennes. Dans leur fuite, ils +abandonnèrent leurs trésors. Aussi pas un indigène ne doute-t-il +que les cavernes n’en soient pleines. D’ailleurs ne les a-t-on pas +vus ? Ici c’est un marabout, là c’est un Juif qui, se glissant +entre les rochers, pénétrant dans les grottes profondes, a aperçu +des monceaux d’or ; mais nul n’a pu y toucher : tantôt des génies +les gardaient, tantôt un chameau de pierre, animé et roulant des yeux +terribles, veillait sur eux ; ailleurs on les entrevoyait entre deux +roches qui se refermaient d’elles-mêmes sur qui voulait franchir +le passage. On m’a cité un lieu, Amzrou, sur l’Ouad Dra, où, +d’après des rapports de ce genre, les habitants sont si convaincus +de l’existence de richesses immenses dans des cavernes du voisinage, +qu’ils y ont placé des gardiens pour qu’on ne les enlevât pas. + +[Illustration] + +Pendant ma route d’aujourd’hui, j’ai remarqué, sur les pentes +de l’Atlas, soit isolées, soit dominant des villages, un grand +nombre de constructions semblables à de petites qaçbas, à des +châteaux. C’est ce qu’on appelle des _tiṛremt_[40]. La forme +ordinaire en est carrée, avec une tour à chaque angle ; les murs sont +en pisé, d’une hauteur de 10 à 12 mètres. Ces châteaux servent de +magasins pour les grains et les autres provisions. Ici, tout village, +toute fraction a une ou plusieurs tiṛremts, où chaque habitant, dans +un local particulier dont il a la clef, met en sûreté ses richesses +et ses réserves. Des gardiens sont attachés à chacune d’elles. + +Cette coutume des châteaux-magasins, que je vois ici pour la +première fois, est universellement en usage dans une région +étendue : d’abord dans les massifs du Grand et du Moyen Atlas, +sur les deux versants, depuis Qçâbi ech Cheurfa et depuis les Aït +Ioussi jusqu’à Tizi n Glaoui ; puis sur les cours tout entiers +de l’Ouad Dra et de l’Ouad Ziz, ainsi que dans la région +comprise entre ces fleuves. A l’ouest de Tizi n Glaoui et du Dra, +règne une autre méthode, en vigueur dans la portion occidentale +de l’Atlas et du Sahara, de l’Ouad Dra à l’Océan : celle des +_agadir_[41]. Là ce n’est plus le village qui réunit ses grains +en un ou plusieurs châteaux, c’est la tribu qui emmagasine ses +récoltes dans un ou plusieurs villages. Ces villages portent le nom +d’agadirs. Vers Tazenakht, je les verrai, sur ma route, remplacer +les tiṛremts. Dans la première région, chaque hameau, en temps +d’invasion, peut opposer séparément sa résistance ; dans la +seconde, la vie de la tribu entière dépend d’un ou deux points : +dans l’une, j’aurai chaque jour le spectacle d’hostilités de +village à village ; dans l’autre, ce n’est qu’entre grandes +fractions qu’on se fait la guerre. + + 20 septembre. + +Départ à 10 heures du matin. Le chemin continue à longer le +pied de la montagne : sol terreux, semé de quelques pierres ; à +gauche, l’Atlas rocheux et boisé ; à droite, la plaine du Tâdla +s’étendant à perte de vue comme une mer ; aussi loin que l’œil +peut distinguer, elle est couverte de cultures. A midi, j’arrive +à Qaçba Beni Mellal, où je m’arrête. + +[Illustration : Village d’Ahel Sabeq. + +(Vue prise du chemin de Foum el Ancer à Qaçba Beni Mellal.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Zaouïa Sidi Mohammed Bel Qasem et partie +septentrionale des jardins de Qaçba Beni Mellal. + +(Vue prise du chemin de Foum el Ancer à Qaçba Beni Mellal.) + +Croquis de l’auteur.] + +Qaçba Beni Mellal, qui porte aussi le nom de Qaçba Bel Kouch, est une +petite ville d’environ 3000 habitants, dont 300 Israélites. Elle est +construite au pied même de la montagne, sur une côte douce qui joint +celle-ci à la plaine ; de superbes jardins tapissent cette côte ; +vers le nord, ils s’étendent fort loin ; au sud, ils s’arrêtent +brusquement devant une falaise de pierre qui se dresse à 1 kilomètre +de la ville. Au pied de cette muraille jaillissent, du sein du rocher, +les sources qui arrosent Qaçba Beni Mellal : les eaux en sont d’une +pureté admirable et d’une abondance extrême ; on les a réparties +en six canaux : chacun d’eux forme un ruisseau de 2 mètres de large +et de 30 centimètres de profondeur ; ensuite elles sont distribuées +à chaque maison, à chaque clos, par une foule de petits conduits +courant en toutes directions. Bien que ces eaux forment un volume +total considérable, elles se perdent dans les jardins de la ville +et dans la plaine du Tâdla, sans atteindre l’Oumm er Rebiạ à +leur confluent naturel. Il en est de même des divers cours d’eau +que j’ai traversés hier, après l’Ouad Derna. Leurs eaux sont +captées au sortir de la montagne pour les irrigations : il ne leur en +reste plus en arrivant en plaine ; ce n’est que l’hiver que leurs +lits se remplissent, et qu’ils gagnent : l’Ouad Foum el Ạncer, +l’Ouad Derna ; l’Ouad Beni Mellal, l’Oumm er Rebiạ. + +[Illustration : Zaouïa Sidi Mohammed Bel Qasem et plaine du Tâdla. + +(Vue prise des premières pentes du Moyen Atlas, au sud de la zaouïa.) + +Croquis de l’auteur.] + +Les constructions de Qaçba Beni Mellal, comme toutes celles que +j’ai vues depuis le 17 septembre, sont en pisé. Les maisons +ont un premier étage, de même qu’à Bou el Djạd et à Qaçba +Tâdla. Point de minaret dans la ville même ; il y en a un au milieu +des jardins, à la zaouïa de S. Moḥammed Bel Qasem. Une vieille +qaçba, aux murailles hautes et épaisses, mais tombant en ruine, +quoiqu’elle ait été, dit-on, restaurée par Moulei Selîman, est +le seul monument remarquable. Au centre du bourg, se trouve le marché, +semblable à celui de Bou el Djạd ; les produits européens en vente +sur ce dernier se rencontrent également ici ; ils viennent soit de +Dar Beïḍa, soit plutôt de Merrâkech. Tous les quinze jours, une +caravane d’une douzaine de chameaux arrive de cette capitale : elle +ne met que quatre journées à faire le trajet. Au contraire, la route +de Dar Beïḍa est longue : elle passe par Bou el Djạd. La ville +a l’aspect propre et riche ; rues larges, maisons neuves et bien +construites : elle doit sa prospérité à ses immenses vergers, dont +les fruits s’exportent au loin. Les jardins de Qaçba Beni Mellal, +comme ceux qui sont échelonnés dans la même situation au pied de +l’Atlas, sont d’une richesse merveilleuse : ce qu’étaient au +nord Chechaouen, Tâza, Sfrou, nous le retrouvons ici à Tagzirt, +à Fichtâla, à Qaçba Beni Mellal, à Demnât. Les trois premiers +de ces lieux, et d’autres placés plus à l’est, fournissent +tout le Tâdla de leurs fruits. Bou el Djạd même ne mange guère +que de ceux-là. Ces fruits consistent en raisins, figues, grenades, +pêches, citrons et olives, aussi remarquables par la qualité que +par l’abondance. + +[Illustration : Qaçba Beni Mellal et plaine du Tâdla. (Vue prise +des premières pentes du Moyen Atlas, au sud de la Qaçba.) + +Croquis de l’auteur.] + +Deux qaïds résident ici. Ce sont des qaïds _in partibus_, comme +ceux des Zaïan et de Qaçba Tâdla. Cependant le sultan avait en +ce lieu, il n’y a pas longtemps, un parti assez nombreux : il +s’était produit un fait que j’ai remarqué dans d’autres +contrées insoumises, surtout dans celles qui étaient riches +et commerçantes. Une partie de la population, considérant les +obstacles que l’anarchie mettait à la prospérité du pays, +songeant aux dévastations continuelles de leurs terres, résultat des +guerres avec les tribus voisines, regardant combien le trafic était +difficile à cause du peu de sûreté des routes, s’était prise +à désirer un autre régime, à souhaiter l’annexion au blad el +makhzen. Ces idées étaient depuis quelque temps celles d’un tiers +des habitants de Qaçba Beni Mellal. Les autres restaient attachés +à leur indépendance et rejetaient toute pensée de soumission. Sur +ces entrefaites, il y a cinq mois environ, Moulei El Ḥasen, à la +tête d’une armée, envahit le Tâdla. Il arrive devant Qaçba Beni +Mellal : à son approche, tout ce qui lui était hostile abandonne +la ville et se retire dans la montagne ; le parti du sultan reste, +et lui envoie une députation l’assurer de son dévouement. Comme +réponse, il impose les Beni Mellal de 50000 francs : les présents +paieront pour les absents. Inutile d’ajouter qu’aujourd’hui il +n’y a plus de parti du makhzen dans la Qaçba. J’ai dit plus haut +que, dans d’autres portions du Maroc, j’avais trouvé des tribus +disposées à échanger leur indépendance contre les bienfaits d’une +administration régulière. Ainsi, en 1882, plusieurs tribus du haut +Sous se sont, de leur propre gré, soumises au sultan. Mais partout +le dénouement est le même : on ne tarde pas à s’apercevoir que +le makhzen n’est rien moins que le gouvernement rêvé. Pas plus de +sécurité qu’auparavant : les voleurs plus nombreux que jamais ; +enfin les rapines des qaïds ruinant le pays en un an plus que ne +l’eussent fait dix années de guerre. Aucun bien ne compense de +grands maux. Aussi cet état ne dure-t-il pas. Après deux ou trois ans +de patience, souvent moins, voyant qu’il n’y a rien à espérer, +on secoue le joug et on reprend l’indépendance. + + + 5o. — CAMPAGNE DU SULTAN DANS LE TADLA, EN 1883. + + +Avant de quitter le Tâdla, je vais résumer quelques renseignements +recueillis sur la récente expédition de Moulei El Ḥasen dans +cette contrée. + +Tous les ans ou tous les deux ans, le sultan se met à la tête +d’une armée et part pour guerroyer dans quelque portion du Maroc : +ces campagnes ont pour but tantôt d’amener à l’obéissance des +fractions insoumises, tantôt de lever des contributions de guerre sur +des tribus trop puissantes pour être réduites, mais trop faibles ou +trop désunies pour pouvoir empêcher une incursion momentanée sur +leur territoire. C’est une expédition de cette catégorie, simple +opération financière, que Moulei El Ḥasen vient de faire dans le +Tâdla. La méthode qu’il suit dans ces occasions est invariable : +il marche pas à pas, de tribu en tribu, offrant à chacune, en +arrivant à elle, le choix entre deux choses : pillage du territoire, +ou rachat par une somme d’argent. Dans cette alternative, prenant de +deux maux le moindre, on se décide souvent à acheter la paix au prix +demandé ; c’est ce qu’espère le sultan. Mais parfois il éprouve +des mécomptes. A certains endroits, on lui résiste, avec succès +même, témoin les Ṛiata. Dans le Tâdla, on prit un troisième +parti, qui fut pour lui la source de la plus amère déception : +à son approche, les tribus, toutes nomades, se contentèrent de +plier bagage et de se retirer, qui dans les montagnes de Aït Seri, +qui dans celles des Zaïan. Là elles étaient à l’abri. Le sultan +resta seul avec son armée, errant au milieu de la plaine déserte. Sa +campagne fut désastreuse ; il ne put que tirer quelque argent des +petites qaçbas éparses de loin en loin dans le pays, maigre rentrée +pour un grand déploiement de forces. « Fatigue sans profit », +c’est ainsi que les habitants qualifient cette expédition. + +Voici quel fut l’itinéraire de Moulei El Ḥasen : + +Parti de Merrâkech au printemps dernier, il gagna d’abord Zaouïa +Sidi Ben Sasi ; puis, successivement, El Qanṭra (sur l’Ouad +Sidi Ben Sasi, affluent de la Tensift), Moulei Bou Ạzza Ạmer +Trab ; l’Ouad Teççaout, qu’il franchit ; l’Ouad el Ạbid, +qu’il traversa au gué de Bou Ạqba : cette dernière opération +fut pénible ; le passage dura trois jours ; trois canons tombèrent +au fond de la rivière, et on ne les retira qu’à grand’peine. En +arrivant à l’ouad, le sultan avait demandé au qaïd _in partibus_ +des Beni Mousa, Ould Chlaïdi, si le gué était praticable et sans +danger ; celui-ci avait répondu que oui ; il se trouva au contraire +difficile, avec des eaux très hautes ; Moulei El Ḥasen fit donner +sur l’heure la bastonnade au qaïd mal informé. De là on alla +à Dar Ould Sidoïn (résidence d’un autre qaïd _in partibus_ +des Beni Mousa ; ils en ont trois), puis à Sidi Selîman (qoubba +avec source dans la plaine du Tâdla, sans habitants), à Qçar Beni +Mellal (bourg à deux heures à l’ouest de Qaçba Beni Mellal, +dans une situation semblable, au pied de l’Atlas ; belles sources ; +environ 2000 habitants), à Qaçba Beni Mellal, à Seṛmeṛ (qaçba +fort ancienne, aujourd’hui déserte et ruinée, située dans la +plaine, entre Fichtâla et Aït Sạïd, à peu de distance au nord +du chemin que j’ai pris ; elle appartient aux Aït Sạïd), à +Ṛarm el Ạlam (vieille qaçba inhabitée, s’élevant dans la +plaine en face de la partie du Djebel Amhaouch occupée par les Aït +Ouirra). Dans cette marche, le sultan avait suivi la route que j’ai +prise moi-même, longeant le pied de l’Atlas entre les Aït Seri et +le Tâdla. De là il se rendit à Qaçba Tâdla ; puis à Zaouïa Aït +El Ṛouadi (chez les Semget, fraction des Qeṭạïa), à Zizouan +(entre les Beni Zemmour et les Zaïan, à sept heures de Bou el Djạd, +dans la direction de Moulei Bou Iạzza), à Sidi Bou Ạbbed (zaouïa +chez les Beni Zemmour), à Sidi Moḥammed Oumbarek (Beni Zemmour), à +Mezgîḍa (Beni Zemmour), à Bir el Ksa (Beni Zemmour), à El Ḥachia +(frontière des Beni Zemmour et des Smâla). Sur le territoire des +Smâla, le sultan éprouva de la résistance : une fraction de cette +tribu, les Beraksa, dédaignant de se retirer à son approche, et +se refusant à payer aucune contribution, l’attendit les armes à +la main ; il les attaqua : les Beraksa lui tuèrent 500 hommes, mais +furent vaincus ; leur qaçba fut prise, ses murs rasés ; on y coupa +50 têtes et on en emmena 200 prisonniers. De là on passa aux Oulad +Fennan (fraction des Smâla), puis aux Beni Khîran. Sur le territoire +de cette tribu, Moulei El Ḥasen commença par piller Zaouïa Oulad +Sidi Bou Ạmran : elle appartient aux cherifs de ce nom, cherifs qui +ont une influence considérable dans la fraction des Beni Khîran où +ils résident, celle des Oulad Bou Ṛadi, et possesseurs de grandes +richesses ; il les dépouilla. Il dévasta ensuite le territoire des +Oulad Fteta (rameau des Oulad Bou Ṛadi) et celui des Beni Mançour +(fraction des Beni Khîran). Il se trouvait chez les Beni Mançour +vers le 10 août. Il en partit pour se porter à Meris el Bioḍ, sur +la frontière des Beni Khîran et des Zạïr. Auparavant, à Masa, +il avait trouvé les contingents du royaume de Fâs, dont son armée +s’était grossie. De Meris el Bioḍ, il entra dans le pays des +Zạïr à Talemaṛt. Là s’arrêtent les renseignements qu’on +a pu me fournir. + +Le sultan, dans cette campagne, avait avec lui 10000 chevaux et 10000 +hommes de pied. Sur ce nombre, les troupes régulières (ạskris) +et les mkhaznis comptaient pour peu de chose, pour cinq ou six mille +hommes peut-être : le reste était le contingent des tribus soumises +du royaume de Merrâkech. S’agit-il de faire une expédition de ce +genre ? Si l’on est à Merrâkech, on mande les qaïds du voisinage, +chacun avec ce qu’il peut ramasser d’hommes ; leur réunion forme +un corps qui accompagne le sultan jusqu’à son arrivée dans une +autre capitale, Fâs ou Meknâs. Là le service de ces contingents +est terminé : chacun rentre dans ses foyers. Si au contraire on +était à Fâs, ce seraient les fractions fidèles du Maroc du nord +qui composeraient l’armée. Les corps ainsi rassemblés ne peuvent +être très forts ; les tribus les plus puissantes, étant insoumises +ou indépendantes, ne fournissent pas un homme : telles sont, pour +le centre seulement, celles des Ichqern, des Zaïan, des Zạïr, des +Zemmour Chellaḥa, des Beni Mgild, des Beni Mṭir, et toutes celles +du Tâdla, excepté les Beni Miskin. Ces noms sont ceux des tribus +non seulement les plus nombreuses, mais aussi les plus guerrières +de la région. Il ne reste donc au gouvernement que les populations +des bords de la mer, populations donnant des soldats médiocres. + +Comment dans ces conditions Moulei El Ḥasen peut-il impunément +ravager les territoires de tribus aussi puissantes que celles du +Tâdla, que les Zạïr ? C’est par suite de la désunion qui règne +partout, non seulement entre les diverses tribus, mais encore parmi +les fractions de chacune d’elles : les discordes, les rivalités, +les rancunes sont telles, que rien, même l’intérêt commun, ne +peut unir les différents groupes ; seule la voix d’un cherif ou +d’un marabout respecté de tous pourrait produire momentanément +ce miracle ; cette voix, grâce à la politique habile du sultan, +se tait depuis un grand nombre d’années. + + +[Note 30 : Les Doukkala sont une grande tribu dont le territoire est +célèbre par sa fertilité ; il fait partie du Maroc du sud. Celui +des Zemmour, au contraire, est compris géographiquement dans le +Maroc du nord, que les gens du pays appellent plus particulièrement +Ṛarb. Le surnom qu’on lui donne signifie donc : « la province +la plus fertile, le Doukkala, du royaume de Fâs ».] + +[Note 31 : Les _nouaḍer_ sont d’épaisses mèches de cheveux que +les Israélites marocains laissent pousser au-dessus de chaque oreille, +et qui leur pendent le long des joues jusqu’au niveau du menton ou +de l’épaule.] + +[Note 32 : Le mot _ạdjib_ s’emploie au Maroc avec le sens de +« domaine agricole ».] + +[Note 33 : Ce chiffre nous paraît fort : il nous a cependant été +donné de plusieurs côtés différents.] + +[Note 34 : Les Ạmrâni, ainsi que M. El Feḍil, sont des cherifs +edrissides, ou plus correctement _Drisiin_. Tous les cherifs du Maroc +se divisent en 2 familles. 1o Les _Drisiin_, ou descendants de Moulei +Edris, enseveli au Zerhoun. Sont Drisiin : Moulei Ạbd es Selam el +Ouazzâni et toute la postérité de Moulei Ṭîb ; Moulei El Feḍil, +dont nous venons de parler ; Moulei El Madani, personnage tout-puissant +chez les Beni Mṭir, etc. 2o Les _Ạlaouïa_, ou descendants de +Moulei Ạli, venu de Ianbô et mort au Tafilelt. Sont Ạlaouïa : +la dynastie du sultan actuel, Chikh Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui, +les cherifs de Qçâbi ech Cheurfa, etc.] + +[Note 35 : L’Ouad Grou, qui porte ce nom dans sa portion supérieure, +et ceux de El Amgaz et de Bou Regreg dans son cours inférieur, +prend sa source dans la tribu des Zaïan ; de là il traverse les +territoires des Beni Zemmour, des Smâla et enfin des Zạïr.] + +[Note 36 : Voici ce qu’écrivait Ali Bey, en 1804, au sujet de +la puissance de la zaouïa de Bou el Djạd et de Sidi El Ạrbi, +qui en était alors le chef : + +« Je parlerai ici des deux plus grands saints qui existent maintenant +dans l’empire du Maroc : l’un est _Sidi Ali Benhamèt_, qui +réside à _Wazen_ ; et l’autre, qui se nomme _Sidi Alarbi Benmàte_, +demeure à _Tedla_. + +« Ces deux saints décident presque du sort de l’empire, parce +que l’on croit que ce sont eux qui attirent les bénédictions du +ciel sur le pays. Dans les districts où ils habitent, il n’y a +ni pacha, ni kaïd, ni gouverneur du sultan, et on n’y paie aucune +espèce de tribut ; le peuple est entièrement gouverné par ces deux +saints personnages, sous une espèce de théocratie et dans une sorte +d’indépendance. La vénération dont jouissent ces personnages est +si grande que, lorsqu’ils visitent les provinces, les gouverneurs +prennent leurs ordres et leurs conseils... + +« Je n’ai pas vu Sidi Alarbi, qui était à Tedla ; mais je connais +un de ses neveux, qui est venu me voir en son nom. Il est fort rouge, +et tellement gros que sa respiration est fatigante. On assure que Sidi +Alarbi est encore plus grand et plus gras. On voit que les jeûnes et +les macérations sont loin de porter atteinte à la vigueur et à la +santé de nos saints. Malgré sa grosseur, on ajoute que Sidi Alarbi +monte légèrement à cheval et qu’il tire très bien un coup de +fusil, ce qui est une nouvelle faveur de la divinité. Malheureusement +quelques discussions se sont élevées entre lui et le sultan Muley +Seliman. Ce dernier ayant fait construire une mosquée dans le +territoire de Tedla et ayant sans doute manqué à certains égards, +Sidi Alarbi crut devoir la convertir en écurie. Muley Seliman fit +alors présent de mille ducats à Sidi Alarbi pour l’apaiser. Le +vénérable saint envoya en échange mille moutons au sultan. Il +faut espérer que cet acte de repentir gagnera la miséricorde de +Dieu par la recommandation du saint. » (_Voyages d’Ali Bey el +Abbasi en Afrique et en Asie pendant les années_ 1803, 1804, 1805, +1806 et 1807 ; t. 1, chap. XV.)] + +[Note 37 : Le _miḥrab_ est une niche orientée dans la direction +de la Mecque.] + +[Note 38 : « Maison du gouvernement ».] + +[Note 39 : Le sel abonde au Maroc. D’autres salines très riches, +d’où l’on tire des dalles semblables à celles des Beni Mousa, +se trouvent sur le territoire des Imeṛrân. Les rivières salées +sont aussi en grand nombre : j’en ai rencontré plusieurs : ce sont +l’Ouad Oumm er Rebiạ, l’Ouad Rḍât, l’Ouad Iounil, l’Asif +Marṛen, l’Ouad Tisint, l’Ouad Tatta, l’Ạïn Imaṛiren +(Ḥaḥa), etc. L’Ouad Messoun, affluent de la Mlouïa, est salé +aussi, m’a-t-on dit.] + +[Note 40 : Au singulier _tiṛremt_, au pluriel _tiṛrematin_.] + +[Note 41 : Au singulier _agadir_, au pluriel _igoudar_.] + + + + + III. + + DE QAÇBA BENI MELLAL A TIKIRT. + + + 1o. — DE QAÇBA BENI MELLAL A OUAOUIZERT. + + + 25 septembre 1883. + +Départ à 6 heures et demie du matin. Trois zeṭaṭs +m’accompagnent, un de la tribu des Beni Mellal, deux de celle des +Aït Atta d Amalou. Ouaouizert, où je vais, est située au pied +méridional du Moyen Atlas, qui sépare la plaine du Tâdla du cours +de l’Ouad el Ạbid, et dont, depuis Tagzirt, j’ai longé au bas +le versant nord. J’ai donc à franchir cette chaîne. Les pentes +en sont généralement escarpées ; dès qu’elles deviennent +assez douces pour être cultivées, elles se couvrent de champs +et des habitations apparaissent ; mais ces endroits sont rares : +presque toutes les côtes sont raides et boisées ; sauf les places +défrichées, clairières éparses de loin en loin, les flancs du +massif sont revêtus d’une épaisse forêt : les lentisques, les +caroubiers et les pins y dominent ; ils atteignent une hauteur de +5 à 6 mètres. Le sol est moitié terre, moitié roche ; celle-ci +n’apparaît point ici sous forme de longues assises, mais en blocs +isolés qui émergent de terre entre les arbres. Une foule de ruisseaux +d’eau courante arrosent l’un et l’autre versant. Le chemin, +constamment en montagne, pénible partout, est très difficile +en deux endroits : d’abord, au sortir de Qaçba Beni Mellal, au +passage nommé Ạqba el Kharroub ; puis à l’approche du col, +Tizi Ouaouizert, que précède une montée fort raide. A 1 heure, +je parviens à Ouaouizert. + +Point de cours d’eau important pendant la route +d’aujourd’hui. Peu de monde sur le chemin. Les habitations +rencontrées étaient d’aspect misérable : c’étaient tantôt de +petites maisons de 2 mètres de haut, construites en pisé, couvertes +en terrasse, la plupart situées à mi-côte et à demi enfoncées +sous terre, tantôt de simples huttes de branchages ; les quelques +douars que j’ai vus ne se composaient que de cabanes rangées en +rond : pas une tente véritable. + + SÉJOUR A OUAOUIZERT. + +[Illustration : Djebel Beni Mellal. + +(Les parties ombrées sont boisées.) (Vue prise du mellah +d’Ouaouizert.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Premiers échelons du Grand Atlas, formant le flanc +gauche de la vallée de l’Ouad el Abid. + +(Les parties ombrées sont boisées.) (Vue prise du mellah +d’Ouaouizert.) + +Croquis de l’auteur.] + +Dès la sortie de Qaçba Beni Mellal, je suis entré chez les Aït Atta +d Amalou, sur le territoire desquels se trouve Ouaouizert. Ils n’ont +rien de commun avec les Aït Atta du Dra, ni avec les Berâber. C’est +une petite tribu tamaziṛt (chleuḥa), indépendante, dont les +frontières sont : au nord, le Tâdla ; au sud, l’Ouad el Ạbid ; +à l’est, les Aït Seri ; à l’ouest, les Aït Bou Zîd. Sur +l’autre rive de l’Ouad el Ạbid, habitent les Aït Messaṭ. Les +Aït Atta d Amalou peuvent mettre en ligne environ 800 fantassins +et 150 cavaliers. Les chevaux sont rares dans cette contrée ; en +revanche, on y élève un grand nombre de mulets. Les Aït Atta sont +peu riches, quoique rien ne manque à leur pays pour être prospère : +la montagne n’est que bois et pâturages ; sur les pentes douces, +dans les vallées, dans la plaine d’Ouaouizert, le sol est fertile : +on y voit des jardins et des cultures florissantes ; l’eau abonde +partout ; des minerais de fer, de cuivre, d’argent, se trouvent, +dit-on, sur le territoire. Mais les habitants ne savent point +extraire ces derniers, et ils négligent les travaux des champs ; +leurs troupeaux mêmes sont peu nombreux : ils ont des moutons, des +chèvres et quelques vaches, le tout de race médiocre. Aussi est-ce +une tribu de pillards, dont une bonne partie ne vit que de zeṭaṭas, +de vols, de rapines de tout genre. + +[Illustration : Massif situé entre l’Ouad el Abid et l’Ouad +Ouaouizert. + +(Les parties ombrées sont boisées.) (Vue prise du mellah +d’Ouaouizert.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Ouaouizert. + +A. Groupes d’habitations. + +B. Cimetière. + +C. Qaçba Moulei Ismaïl (ruines). + +D. Marché. + +E. Mellah.] + +Ouaouizert est située au pied du Djebel Beni Mellal, au seuil +d’une petite plaine traversée par l’Ouad el Ạbid. De quelque +côté qu’on tourne les yeux, on ne voit que hautes montagnes, +resserrant la vallée dans une ceinture étroite. La bourgade +s’élève sur les deux rives d’un ruisseau qui porte son nom ; +elle se compose de trois groupes d’habitations assez éloignés +les uns des autres, unis par des vergers. L’un d’eux est une +zaouïa, résidence d’une famille de marabouts, dont le chef +actuel est Sidi Moḥammed ould Moḥammed. Dans les vergers, on +voit quelques pans d’épaisses murailles, ruines d’une qaçba +construite jadis par Moulei Ismạïl. Les maisons sont de pisé, +à simple rez-de-chaussée couvert d’une terrasse ; au milieu +d’elles, ainsi que dans la campagne voisine, se dressent un grand +nombre de tiṛremts. Les arbres des jardins sont des oliviers, des +pêchers et des figuiers ; les légumes, des piments, des oignons +et des citrouilles. Ouaouizert renferme 800 ou 1000 habitants, dont +100 à 150 Israélites. Malgré son peu de population, elle a une +réelle importance, par son marché d’abord, marché qui se tient +le vendredi et qui est très fréquenté, ensuite et surtout par +sa position, qui en fait une des portes du Grand Atlas et le nœud +de plusieurs routes. Trois passages principaux s’ouvrent dans le +Grand Atlas entre les bassins de l’Oumm er Rebiạ et du Dra : +l’un à l’ouest, menant de Zaouïa Sidi Reḥal au Telouet ; un +autre au centre, conduisant de Demnât aux Haskoura ; le dernier en +face d’Ouaouizert, débouchant dans l’Oussikis. Celui-ci est le +chemin que prennent les caravanes venant de Merrâkech allant soit +dans le haut Ouad Dâdes, soit au Todṛa, soit au Ferkla. A l’est +de ce col, il n’y en a plus de fréquenté dans la chaîne jusque +auprès de Qçâbi ech Cheurfa. + +[Illustration : Cavernes creusées dans le flanc droit de la vallée +de l’Ouad Ouaouizert, à 3 kilomètres en amont d’Ouaouizert. + +Croquis de l’auteur.] + +Les costumes sont les mêmes ici que dans le Tâdla ; mais les femmes, +comme déjà celles des Beni Mellal, font un usage immodéré de +henné. C’est une exception. Les Marocaines n’en mettent pas +d’ordinaire avec excès. + +Dans la vallée de l’Ouad Ouaouizert, à trois kilomètres au-dessus +du village, se trouvent beaucoup de cavernes de Troglodytes comme +celles décrites plus haut. + +J’entends causer ici du voyage d’un Chrétien. Habillé en +Musulman, il traversa, il y a trois ans et demi, le Sous, le Tazeroualt +et Ouad Noun. Puis il se rendit à Tindouf, d’où il partit pour le +Soudan. A Tétouan et à Fâs, on m’avait parlé du docteur Lenz ; +cela n’avait rien de surprenant ; mais comment s’attendre à ce +qu’ici, en ce coin perdu de l’Atlas, si éloigné du théâtre +de ses explorations, sa renommée fût parvenue ? + +[Illustration : Ouaouizert et vallée de l’Ouad Ouaouizert. + +(Vue prise des cavernes situées à 3 kilomètres en amont du village.) + +Croquis de l’auteur.] + + + 2o. — D’OUAOUIZERT AUX ENTIFA. + + + 20 septembre. + +Départ d’Ouaouizert à 6 heures du matin. Je vais d’abord au +Ḥad des Aït Bou Zîd, qui se tient aujourd’hui. J’y arrive +à 7 heures un quart. Le chemin qui y mène longe la lisière nord +de la plaine, au milieu de terrains tantôt rocheux et incultes, +tantôt terreux et couverts de champs de blé. + +Le marché est très animé ; tant qu’il dure, il ne s’y +trouve jamais moins de 600 personnes, et c’est un va-et-vient +continuel. Cependant les objets qu’on y vend ne présentent pas +grande variété. On y voit surtout des fruits et des légumes, +apportés par les Aït Bou Zîd, achetés par les Aït Atta ; puis du +bétail : moutons, chèvres, vaches du prix de 30 à 40 francs ; des +grains, des peaux, de la laine. Les Juifs d’Ouaouizert étalent des +belṛas, des bijoux, des poules, des cotonnades ; quelques marchands +musulmans, coureurs de marchés de profession, vendent du thé, +du sucre, des allumettes. Mais ici l’affaire importante n’est +point le trafic, c’est le « jeu des chevaux ». Tout cavalier des +Aït Bou Zîd est tenu de venir chaque dimanche y prendre part ; une +amende de 10 francs punit les manquants. Voici comme on procède à +cet exercice : on se forme par pelotons de 10 à 20 ; successivement +chacun de ces groupes prend le galop, charge, fait feu, s’arrête et +démasque, laissant la place au suivant ; puis il recharge les armes, +pour recommencer quand son tour reviendra. + +[Illustration : Entrée du long défilé où s’enfonce l’Ouad el +Abid, au sortir de la plaine d’Ouaouizert. + +(Vue prise de cette plaine.) + +Croquis de l’auteur.] + +A 4 heures, je quitte le marché sous l’escorte d’un zeṭaṭ +des Aït Bou Zîd, sur le territoire desquels je suis à présent. Je +continue à longer, sur un sol semblable à celui de ce matin, la +lisière nord de la plaine ; les montagnes qui l’entourent paraissent +fort habitées : on y entrevoit des cultures partout où les pentes ne +sont pas trop raides, un grand nombre de tiṛremts se dressent sur +leurs flancs. A 5 heures, j’atteins l’extrémité de la plaine, +et en même temps les bords de l’Ouad el Ạbid. Celui-ci est +une belle rivière, au courant impétueux, aux nombreux rapides ; +ses eaux, vertes et claires, occupent le tiers d’un lit de 60 +mètres de large, sans berges, moitié vase, moitié gravier, semé +de gros blocs de rochers ; il se remplit en entier durant l’hiver ; +quatre ou cinq fois plus forte qu’elle n’est en ce moment, la +rivière coule alors avec une violence extrême. En toute saison, +on ne peut la passer qu’à des gués assez rares. A partir d’ici, +j’en suis le cours, marchant tantôt le long de ses rives, tantôt +à mi-côte de ses flancs, suivant les difficultés du terrain ; elles +deviennent bientôt très grandes. L’Ouad el Ạbid, en sortant de +la plaine, s’enfonce dans une gorge profonde ; le bas en a juste +la largeur de la rivière ; les côtés sont deux murailles de grès, +qui atteignent par endroits plus de 100 mètres de hauteur ; au-dessus, +se dressent les massifs mi-terreux, mi-rocheux de la chaîne au travers +de laquelle l’ouad se fraie si violemment passage. Leurs pentes, +souvent escarpées, sont raides partout, parfois inclinées à 2/1, +d’ordinaire à 1/1 presque jamais à 1/2. C’est avec la plus grande +peine que l’on suit la vallée ; rarement on peut marcher au fond : +il est occupé par les eaux ; le chemin tantôt serpente dans la +montagne, au-dessus des parois de la gorge, tantôt est taillé dans +le roc, au flanc même de ces parois, et surplombe la rivière. Ce +sont des passages extrêmement difficiles, les plus difficiles que +j’aie jamais trouvés. Ils se franchissent pourtant trop vite au +gré du voyageur. L’œil ne se lasse pas de contempler ce large cours +d’eau roulant ses flots torrentueux entre d’immenses murailles de +pierre, au pied de ces montagnes sombres, dans cette région sauvage +où le seul vestige humain est quelque tiṛremt suspendue à la +cime d’un rocher. A l’entrée de ce long défilé, est la maison +de mon zeṭaṭ, Dar Ibrahim. Nous y faisons halte à 5 heures et +demie du soir. Peu de temps avant d’arriver, j’ai vu un affluent +se jeter sur la rive gauche de l’Ouad el Ạbid : c’est l’Ouad +Aït Messaṭ, belle rivière aux eaux vertes, au courant impétueux, +de 12 à 15 mètres de large, venant du sud par une gorge profonde. + +Les Aït Bou Zîd, chez lesquels je suis, sont de race tamaziṛt +(chleuḥa) et indépendants. Leur territoire, tout en montagne, +occupe la portion du Moyen Atlas bornée au nord par le Tâdla, au +sud par l’Ouad el Ạbid, à l’est par les Aït Atta d Amalou, +à l’ouest par les Aït Ạtab et les Aït Ạïad. Ils peuvent +armer environ 1000 fantassins et 300 cavaliers. Cette tribu est +renommée pour sa richesse : en effet, tant que je serai sur ses +terres, je ne cesserai d’admirer des preuves de l’intelligence +et de l’activité des habitants ; nulle part au Maroc les cultures +ne m’ont paru mieux soignées, les chemins aussi bien aménagés, +dans un pays plus difficile. Toutes les portions du sol dont on a pu +tirer parti sont plantées : ici sont des blés, là des légumes, +ailleurs des oliviers ; ils s’étagent par gradins, une succession +de murs en maçonnerie retenant les terres ; sur ces pentes raides, +on ne peut labourer à la charrue : tout se travaille à la pioche. Les +chemins sont la plupart bordés de bourrelets de pierre ; en certains +points ; ils sont taillés dans le roc : des consoles les soutiennent, +des ponts sont jetés au-dessus des crevasses. Les maisons n’ont +qu’un rez-de-chaussée, mais sont bien construites ; elles sont en +pierre cimentée, mais non taillée. Les tiṛremts sont nombreuses +et grandes ; quelques-unes, se dressant au sommet de rocs escarpés, +semblent presque inaccessibles. Ces ouvrages témoignent d’une +population active et industrieuse. Les Aït Bou Zîd ont un usage qui +leur est spécial, et que nous ne retrouverons ailleurs que loin vers +l’ouest et dans une seule tribu, les Ḥaḥa. C’est celui de se +disséminer, maison par maison, chacun au milieu de ses cultures, +au lieu de se grouper par villages. Sur leur territoire, on n’en +rencontre pas : on ne voit que demeures isolées, semées sans ordre +au flanc de la montagne. + +Une légère modification se fait ici dans l’armement : plus +de baïonnettes ; tout le monde porte le sabre. De plus, le fusil +change : la crosse, de courte et large, devient longue et étroite ; +elle était simple : elle se couvre d’ornements, incrustations d’os +et de métal. Ces deux modèles sont les seuls qui existent au Maroc ; +le premier est d’un usage universel au nord de l’Atlas ; dans +cette chaîne et au Sahara, on le trouve quelquefois, mais rarement, +c’est le second qui domine. + +Le tamaziṛt est l’idiome général des tribus que j’ai +traversées depuis Meknâs ; mais jusqu’à Qaçba Beni Mellal tout +le monde, dans les familles aisées, savait l’arabe. Depuis que +je suis dans l’Atlas, il n’en est plus de même. Ici, bon nombre +d’hommes parlent encore cette langue, mais les femmes l’ignorent +complètement. + + 1er octobre. + +[Illustration : Vallée de l’Ouad el Abid. + +Village situé sur une roche de sa rive gauche, entre Dar Ibrahim et +Aït ou Akeddir. + +Croquis de l’auteur.] + +Départ à 5 heures du matin. Telle était hier soir la vallée de +l’Ouad el Ạbid, telle elle reste aujourd’hui ; les hautes +montagnes qu’elle traverse sont, à l’exception des places +cultivées, entièrement boisées : oliviers sauvages, pins, mêlés +parfois de lentisques et de caroubiers. Par instants, le fond de la +gorge se resserre au point de n’avoir que 30 mètres de large ; +par moments, il s’étend un peu et a jusqu’à 100 mètres : en +ces endroits, d’autant plus fréquents qu’on avance davantage, +les bords de l’ouad se garnissent de lauriers-roses, les parois de +la vallée s’abaissent et s’inclinent, quelques arbres poussent +aux fentes des rochers. La gorge, jusqu’au point où la rivière +sort de l’Atlas, présente donc l’aspect suivant : une série +d’étranglements très étroits unis par des défilés, lesquels, +resserrés au début, s’élargissent peu à peu à mesure qu’on +descend, en même temps que leurs flancs deviennent moins escarpés. Au +bout d’une heure et demie, la muraille rocheuse s’est déjà +beaucoup abaissée dans ces endroits ; un peu plus tard, elle fait +par moments place à la terre, et la forêt arrive jusqu’au bord +des eaux. A dater de 8 heures et demie, la largeur habituelle est +100 mètres ; des trembles, des oliviers, couvrent le fond ; les +parois de roche sont très basses ou remplacées par des talus de +terre à 1/1 ; quelques maisons entourées de vergers apparaissent +sur les pentes. Des étranglements resserrent encore par moments la +vallée, mais de chacun elle sort plus large. A 9 heures et demie, +elle a 150 mètres et se remplit de jardins ; les flancs en sont à +1/1 ou à 1/2 ; des habitations s’y élèvent de toutes parts. Elle +reste ainsi jusqu’à Aït ou Akeddir, où j’arrive à 10 heures +et demie du matin. + +[Illustration] + +En chemin, j’ai traversé l’Ouad el Ạbid plusieurs fois, +la première vers 6 heures (25 mètres de large, 70 centimètres de +profondeur), la dernière vers 10 heures un quart (40 mètres de large, +50 centimètres de profondeur). Partout les eaux étaient les mêmes, +limpides, vertes, impétueuses ; partout elles coulaient sur un lit +de gros galets, sans berges ; les blocs de roche dont était semé +le lit au commencement avaient disparu dans la dernière partie du +trajet. Depuis 8 heures et demie, les rives étaient garnies d’un +grand nombre d’appareils qui servent aux habitants à traverser en +hiver, lorsque, les eaux étant hautes, on ne peut plus franchir à +gué ; ces machines se composent de deux fortes piles de maçonnerie +établies l’une de chaque côté de la rivière ; en leur milieu +sont fixés de gros troncs d’arbres, auxquels s’amarrent les cordes +servant au passage. Le sol du fond de la vallée est partout de terre. + + 2 et 3 octobre. + +Séjour à Aït ou Akeddir. Les Aït Ạtab, chez lesquels je suis, +sont une tribu tamaziṛt (chleuḥa), indépendante. Leur territoire +est limité : au nord, par les Aït Ạïad et le Tâdla ; à l’est, +par les Aït Bou Zîd ; au sud et à l’ouest, par l’Ouad el +Ạbid. Ils peuvent mettre en ligne environ 1200 fantassins et 300 +chevaux. Deux marchés sur leur territoire : Ḥad d’Aït Ạtab +et Arbạa d’Ikadousen ; Ikadousen est le nom d’une de leurs +fractions, qui habite vers le nord-ouest du point où je suis. + +Aït ou Akeddir est un gros village, situé sur les premières +pentes du flanc droit de l’Ouad el Ạbid, à un coude que fait la +rivière ; les environs de ce centre sont la portion la plus habitée +du territoire des Aït Ạtab. Auprès de lui s’élèvent à peu +de distance plusieurs autres groupes, parmi lesquels on distingue +El Ḥad, où se tient le marché. En face, le flanc gauche est +hérissé d’une foule de maisons, de tiṛremts, s’étageant en +amphithéâtre au milieu des oliviers. Ces constructions, ainsi que +toutes celles de la tribu, sont en pisé. La population totale de +ces diverses agglomérations peut être de 2000 âmes, dont 200 Juifs +répartis en deux mellaḥs. Chaque village est entouré d’arbres +fruitiers. De grands jardins occupent le fond de la vallée, où +l’on ne bâtit point, de peur des inondations. + + 4 octobre. + +[Illustration : Point où l’Ouad el Abid sort de la montagne et +entre en plaine. (Vue prise de Tabia.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ à 5 heures du matin. Un homme des Aït Ạtab me sert de +zeṭaṭ. A quelque distance d’ici, l’Ouad el Ạbid s’enfonce +de nouveau dans une gorge profonde ; il y reste enfermé jusqu’à +Tabia, où il sort de l’Atlas et entre en plaine. Je prends un +chemin qui passe à quelque distance de la rivière, sur un petit +plateau couvert de cultures et semé d’amandiers ; des tiṛremts +se dressent de toutes parts ; de grands troupeaux paissent sur les +côtes. A 10 heures, je reviens sur les bords de l’Ouad el Ạbid au +lieu même où, débouchant de la montagne par une brèche sauvage, +il s’élance dans la plaine. Je le traverse et je gagne le petit +village de Tabia, situé sur sa rive gauche. Me voici en blad el +makhzen, pour la première fois depuis Meknâs. En passant la rivière, +je suis entré sur le territoire des Entifa, tribu soumise. Ici, +plus de zeṭaṭ, plus d’escorte ; on voyage seul en sûreté[42]. + +Je repars donc aussitôt avec un simple guide pris à Tabia. Laissant +l’Ouad el Ạbid prendre sa course vers le nord-ouest, je me +maintiens près de la montagne. C’est toujours le Moyen Atlas ; +j’en longe le pied par une succession de plateaux bas et de côtes +douces : les plateaux ont un sol sablonneux, avec des pâturages +et quelques cultures ; les coteaux, rocheux[43] et nus à la partie +supérieure, sont terreux et garnis de villages et de jardins à leur +pied. Vers 3 heures, j’atteins une bourgade qui sera mon gîte, +Djemaạa Entifa. + +Assez nombreux voyageurs sur la route pendant cette journée. Point +d’autre cours d’eau que l’Ouad el Ạbid ; au gué de Tabia où +je l’ai traversé, il avait 40 mètres de large et 70 centimètres de +profondeur. Toujours même lit de galets, même eau limpide et verte, +même courant impétueux. Les roches au pied desquelles il coule en +sortant de l’Atlas sont de grès, comme toutes celles de sa vallée +depuis le point où j’y suis entré. + +Djemaạa Entifa ne porte point ce nom à cause d’un marché ; elle +en possède un, mais qui se tient le lundi. Le village se compose de +trois groupes d’habitations, distribués sur les deux rives d’un +ruisseau. Des jardins, vraie forêt d’oliviers, les unissent et +les entourent. La population est d’environ 1500 habitants, dont 200 +Israélites. Cette localité fait un commerce actif, d’une part avec +Bezzou et Demnât, de l’autre avec les tribus du sud. Non loin de là +est la demeure du qaïd des Entifa. La juridiction de ce gouverneur +est limitée : au nord, par les Sraṛna et l’Ouad el Ạbid ; +à l’est, par l’Ouad el Ạbid et les Aït Messaṭ ; au sud, +par les Aït b Ougemmez et les Aït b Ououlli ; à l’ouest, par la +province de Demnât et les Sraṛna. Elle comprend, outre les Entifa, +Bezzou au nord, les Aït Abbes et les Aït Bou Ḥarazen au sud-est. + + + 3o. — DES ENTIFA A ZAOUIA SIDI REHAL. + + + 5 octobre. + +Départ à 5 heures du matin, en compagnie d’une caravane de cinq +à six personnes ; le pays est sûr ; on est en blad el makhzen : +point d’escorte. D’ici à Demnât, je continuerai à cheminer +sur les premières pentes de l’Atlas, en me rapprochant de plus +en plus de son pied. Pendant ce trajet, je passerai insensiblement +du Moyen Atlas au grand : les deux chaînes paraissent se rejoindre +à la trouée de la Teççaout, où serait l’extrémité de la +première. Ma route d’aujourd’hui se divise en deux portions +distinctes : de Djemaạa Entifa à l’Ouad Teççaout, et de +la Teççaout à Demnât. Dans la première partie, le pays est +accidenté, le sol pierreux, quelquefois rocheux ; il est souvent nu, +par moments garni de palmiers nains et de taçououts, ou boisé ; +peu d’eau ; cependant, au flanc des coteaux, au fond des ravins, +sur les sommets, s’élèvent une foule de villages, entourés de +grandes plantations d’oliviers, avec des haies de cactus : en somme, +région d’aspect triste, mais fort habitée. A 9 heures et demie, +j’arrive au bord de la Teççaout : c’est la Teççaout Fouqia, +appelée aussi Ouad Akhḍeur « Rivière Verte ». Elle est bien +nommée ; elle coule au milieu d’une végétation merveilleuse, +à l’ombre de grands oliviers, dans une vallée couverte de champs +et de vergers. A partir de la Teççaout, j’entre dans une région +nouvelle : accidents de terrain moins sensibles ; sol terreux ; foule +de ruisseaux ; nombreux villages ; à chaque instant jardins immenses, +à végétation superbe, à arbres séculaires : c’est au travers +de ce beau pays que je parviens à Demnât. J’entre dans la ville +à midi et demi. + +Durant toute la journée, beaucoup de monde sur le chemin. Je n’ai +point traversé d’autre cours d’eau important que l’Ouad +Teççaout : il avait 15 mètres de large et 50 centimètres de +profondeur ; eaux claires ; courant rapide ; lit de galets ; berges +de terre, en pente douce, de 1 mètre à 1m,50 de hauteur. + + 6 et 7 octobre. + +Séjour à Demnât. Cette ville est le siège d’un qaïd qui +gouverne la province de Demnât ; celle-ci a pour limites : au nord, +les Sraṛna ; à l’est, les Entifa et les Aït b Ououlli ; au sud, +les pentes supérieures du Grand Atlas ; à l’ouest, les Glaoua et +les Zemrân. + +[Illustration : Demnât. + +1. Enceinte de la ville. + +2. Enceinte de la qaçba. + +3. Demeure du qaïd. + +4. Mosquée. + +5. Mosquée. + +6. Synagogue principale. + +7. Place du marché. + +8. Vergers.] + +Demnât est entourée d’une enceinte rectangulaire de murailles +crénelées, garnies d’une banquette et flanquées de tours ; le +tout est en bon état, sans brèches ni portions délabrées. Trois +portes donnent entrée dans la ville. La qaçba a son enceinte à part +et est bordée de fossés ; ceux-ci, les seuls que j’aie vus au +Maroc, ont 7 à 8 mètres de large sur 4 ou 5 de profondeur et sont +en partie remplis d’eau. Au milieu de ce réduit, s’élèvent +la mosquée principale et la maison du qaïd. Murailles, qaçba, +mosquées, maisons, toutes les constructions de la ville sont en +pisé ; rien n’est blanchi, sauf la demeure du qaïd et le minaret +qui l’avoisine. Le reste est de la couleur brun sombre qui distingue +les habitations depuis Bou el Djạd. L’intérieur de l’enceinte +est aux deux tiers couvert de maisons, en bon état, quoique mal +bâties. Le dernier tiers est occupé partie par des cultures, +partie par la place du marché : point de terrains vagues, point de +ruines ; en somme, air prospère. La population est d’environ 3000 +âmes, dont 1000 Israélites ; ceux-ci n’ont pas de mellaḥ ; +ils habitent pêle-mêle avec les Musulmans, qui les traitent avec +une exceptionnelle bonté. Demnât et Sfrou sont les deux endroits +du Maroc où les Juifs sont le plus heureux. Il y a d’autres +rapprochements à faire entre ces deux villes, dont les points +de ressemblance frappent l’esprit : même situation au pied de +l’Atlas, à la porte du Sahara ; population égale, et composée +d’une manière semblable ; prospérité presque pareille ; même +genre de trafic ; même caractère doux et poli des habitants ; +même ceinture d’immenses et superbes jardins. En un mot, ce que +Sfrou est à Fâs, Demnât l’est à Merrâkech. + +[Illustration : Partie occidentale de la ville et des jardins de +Demnât. (Vue prise de la synagogue principale.) + +Croquis de l’auteur.] + +Le commerce de Demnât est le suivant : les tribus de l’Atlas et +du Sahara (Dâdes, Todṛa) viennent s’y approvisionner de produits +européens et d’objets fabriqués dans les villes marocaines, tels +que cotonnades, sucre, thé, parfumerie, bijouterie, belṛas ; elles +y cherchent aussi des grains, mais en petite quantité : en échange, +elles apportent des peaux, des laines et des dattes, que les habitants +de Demnât expédient à Merrâkech. Ce commerce, florissant autrefois, +a fait la richesse de la ville : il est en décadence depuis quatre ou +cinq ans. A cette époque, le sultan envoya un amin d’une rapacité +telle que le trafic ne fut plus possible : tout ce qui passait les +portes de la cité était, quelle qu’en fût la provenance, frappé +d’un droit arbitraire si élevé que bientôt les tribus voisines +et les caravanes du sud désertèrent ce marché, et se portèrent +en masse sur Merrâkech, où elles se fournissent à présent. + +Demnât est entourée de toutes parts d’admirables vergers, les +plus vastes du Maroc. Au milieu d’eux sont disséminés une foule +de villages se touchant presque, qui forment comme des faubourgs de +la ville. Ces jardins sont renommés au loin ; leur fertilité, leur +étendue, la saveur et l’abondance de leurs fruits, les excellents +raisins qui s’y récoltent sont légendaires. + +Presque contigus aux vergers de Demnât, s’en trouvent d’autres +très célèbres, que nous avons traversés en venant : ceux d’Aït +ou Aoudanous. Ils rappellent un triste exemple de la rapacité du +sultan et de la malheureuse condition de ses sujets. Ces jardins, +domaine immense et merveilleux, forêt d’oliviers séculaires et +d’arbres fruitiers de toute espèce, arrosés par des ruisseaux +innombrables, appartenaient, il y a quelques années, à un homme +fameux par ses richesses et son luxe, Ben Ạli ou El Maḥsoub, +dont la vaste demeure s’élève encore au sommet d’un mamelon qui +les domine. Cette fortune énorme, cette ostentation, ce pouvoir, +portèrent ombrage au sultan. Soit pure cupidité, soit crainte de +l’influence croissante d’un homme aussi puissant, il le fit une +nuit surprendre, saisir, emmener : on le jeta en prison dans l’île +de Mogador. En même temps, ses biens furent confisqués et réunis à +ceux de la couronne. J’appris plus tard à Mogador que le malheureux +Ben Ạli, qu’on y connaissait sous le nom d’El Demnâti, avait, +après plusieurs années de captivité, obtenu sa liberté au prix +de tous ses biens. Mais il n’en jouit pas. Au sortir de prison, +à la porte de Mogador, il mourut. + + 8 octobre. + +Départ à 8 heures et demie du matin. D’ici à Zaouïa Sidi +Reḥal, je serai encore en blad el makhzen ; région sûre ; un guide +suffit. La route longe constamment la lisière d’une vaste plaine qui +s’étend au pied du Grand Atlas. Sol terreux et uni. A gauche, sont +les premières pentes de la montagne, pentes assez douces, partie nues +ou couvertes de palmiers nains, partie boisées ; d’aucun point on +ne distingue les crêtes. A droite, on ne voit qu’une immense plaine +s’allongeant à perte de vue vers l’ouest ; elle est bornée à +l’est par les masses lointaines et grises du Moyen Atlas, au nord +par les collines éloignées des Rḥamna, qui séparent les bassins +de l’Oumm er Rebiạ et de la Tensift. Jusqu’à la Teççaout +Taḥtia, la plaine est couverte de pâturages, et une foule de +villages entourés de bois d’oliviers la sèment de points sombres ; +ces vastes étendues pleines de troupeaux, ces innombrables oasis de +verdure, forment un beau tableau de paix et d’abondance. A partir +de la Teççaout, les oliviers diminuent ; bientôt ils cessent : +en même temps, les pâturages font place à des cultures. A 6 heures +du soir, j’arrive à Zaouïa Sidi Reḥal. Au loin, dans le disque +enflammé du soleil couchant, on aperçoit la haute tour de Djamạ +el Koutoubia, mosquée de Merrâkech. + +Durant toute la journée, beaucoup de monde sur la route. Un seul +cours d’eau important : l’Ouad Teççaout Taḥtia (eaux claires +et courantes de 20 mètres de large et de 30 à 40 centimètres +de profondeur, coulant sur un lit de galets trois fois plus grand, +entre deux berges rocheuses, tantôt à 1/1, tantôt à 1/2). + +Zaouïa Sidi Reḥal est une bourgade du territoire des Zemrân ; +entourée de murs bas sans prétentions militaires, bâtie en +pisé, elle a environ 1000 habitants ; au milieu s’élèvent +une belle qoubba, où reposent les restes de Sidi Reḥal, et une +zaouïa, où vivent les marabouts ses descendants ; ces derniers +sont fort vénérés dans le pays : de toutes les tribus voisines, +des Zemrân, des Rḥamna, des Sraṛna, de Demnât, de Merrâkech +même, on les visite, on leur apporte des offrandes. En dehors de +l’enceinte musulmane, formant un faubourg isolé, se trouve un +petit mellaḥ. Jardins peu étendus. + + + 4o. — DE ZAOUIA SIDI REHAL A TIKIRT. + + + 9 octobre. + +Quoique blad el makhzen, le pays n’est pas assez sûr pour +marcher sans zeṭaṭ ; mais un seul homme suffit. Je trouve +sans peine quelqu’un pour m’escorter. Départ à midi et +demi. Un cours d’eau sort ici même du Grand Atlas. C’est +l’Ouad Rḍât. Il prend sa source au sommet de la chaîne, à la +dépression considérable appelée _Tizi n Glaoui_, et en descend +dans une direction perpendiculaire aux crêtes ; cette rivière trace +ainsi une route courte et facile pour franchir la chaîne. Je m’y +engage. Jusqu’au Tizi, je resterai dans le bassin de l’ouad, et +pendant la plus grande partie du trajet j’en suivrai le cours. De +Sidi Reḥal aux environs de Zarakten, où je quitterai la vallée +de l’Ouad Rḍât, celle-ci présente le même aspect : le fond +n’en a jamais plus de 100 mètres de large, le plus souvent il a +beaucoup moins ; les flancs sont habituellement des talus boisés +à 1/1, quelquefois des murailles rocheuses presque à pic. C’est +lorsque les pentes de ces flancs sont les plus raides que le fond +est le plus large, lorsqu’elles sont les plus douces qu’il est le +plus étroit. Tantôt ce dernier est couvert des galets, des blocs de +roche qui forment le lit de la rivière : dans ces points croissent, +entre les pierres, des lauriers-roses et des pins ; ailleurs il y a +un peu de terre : on trouve alors des jardins, avec des figuiers et +des oliviers. De même pour les flancs. Moitié terre, moitié grès, +ils sont la plupart du temps escarpés et couverts de forêts où +se mêlent les lentisques, les tiqqi, les teïda et les teceft. Mais +aux rares endroits où les côtes sont moins abruptes, on rencontre +des villages, et à leur pied, des cultures et des vergers. Les +villages sont disposés en long : chacun forme plusieurs groupes, +échelonnés dans le sens de la vallée. Les plantations s’étagent +au-dessous, disposées par gradins ; de petits murs retiennent la +terre. Les champs sont des champs d’orge et de maïs ; des figuiers, +des grenadiers, des oliviers, de la vigne, et surtout une foule de +noyers les ombragent : le noyer apparaît ici pour la première fois ; +cet arbre abonde sur les deux versants du Grand Atlas ; je ne l’ai +pas vu ailleurs. Telle sera la vallée de l’Ouad Rḍât jusque +auprès de Tagmout, où je la quitterai. Le chemin tantôt en suit +le fond, tantôt serpente sur ses flancs ; il est presque partout +raide et pénible, difficile en peu d’endroits. Aujourd’hui, +je fais une étape très courte : je m’arrête à Enzel, village +de 600 habitants, où je passerai la nuit ; il n’est que 3 heures +lorsque j’y arrive. + +Durant le trajet, beaucoup de monde sur la route. L’Ouad Rḍât +avait, à Zaouïa Sidi Reḥal, 6 mètres de large et 20 centimètres +de profondeur ; les eaux en étaient claires et courantes, légèrement +salées ; elles coulaient au milieu d’un lit de galets de 60 +mètres, bordé de berges de terre d’un mètre. Cette rivière est, +m’affirme-t-on, un affluent de la Tensift : elle s’y jetterait +après avoir arrosé le territoire des Zemrân et celui des Glaoua. + +Cette dernière tribu est celle où je suis entré en sortant de +Zaouïa Sidi Reḥal ; un qaïd nommé par le sultan la gouverne ; il +réside à Imaounin, dans le Telouet : son autorité réelle s’étend +sur les Glaoua et sur le Ouarzazât, son pays natal ; son pouvoir +nominal va jusqu’aux Aït Zaïneb, son influence jusqu’à Tazenakht +et jusqu’au Mezgîṭa. La première seule de ces trois régions est +considérée comme blad el makhzen ; seule elle fournit des soldats +et paie l’impôt : les deux autres sont blad es sîba. Cependant, +dans la seconde, la parole du qaïd est prise en considération ; mais +à condition qu’il ne réclame que des choses faciles, ne coûtant +rien aux habitants ; il ne se hasarderait pas à leur en demander +d’autres, sachant que ce serait provoquer des refus ; il ne se +mêle en aucune façon de leur administration, de leurs différends, +des guerres qu’ils peuvent se faire entre eux ; mais son ạnaïa +est respectée : des gens de sa maison, esclaves ou mkhaznis, peuvent +servir de zeṭaṭs ; on voyage en sûreté sous sa protection. Il +n’en est plus de même dans la troisième région : la suprématie, +même nominale, du sultan n’y est pas reconnue ; tout ce que peut +faire le qaïd est d’entretenir des rapports d’amitié avec les +chefs des deux grandes maisons voisines, les chikhs de Tazenakht et du +Mezgîṭa. Il ne saurait servir de zeṭaṭ sur leurs territoires, +mais ses lettres assureraient un bon accueil auprès d’eux. Au delà, +ni son nom ni celui du makhzen ne sont connus. + +Le commerce des Glaoua est actif : il consiste presque uniquement en +l’échange des grains du nord contre les dattes du Dra. Deux marchés +dans la tribu : le Tenîn de Telouet et le Khemîs d’Enzel. Les +Glaoua sont Imaziṛen de langue comme de race, ainsi que toutes +les tribus que je verrai dans les massifs du Grand et du Petit +Atlas : de Zaouïa Sidi Reḥal à Tisint, la première oasis que +j’atteindrai, il n’y a pas un seul Arabe. Ici apparaît pour la +première fois un vêtement original, d’un usage universel chez +les Glaoua, dans le Dra, dans le bassin du Sous, dans la chaîne du +Petit Atlas ; c’est le _khenîf_ : qu’on se figure une sorte de +bernous court, de laine teinte en noir, avec une large tache orange, +de forme ovale, occupant tout le bas du dos ; cette sorte de lune +si étrangement placée est tissée dans le bernous même, et les +bords en sont ornés de broderies de couleurs variées ; le bas du +bernous est garni d’une longue frange, le capuchon d’un gros +gland de laine noire. La plupart des hommes, enfants et vieillards, +Musulmans et Juifs, portent ce vêtement ; les autres se drapent dans +des ḥaïks de laine blanche. On garde le sommet de la tête nu, +comme dans le reste du Maroc ; mais la bande, large ou étroite, qui +se roule d’habitude à l’entour, au lieu d’être de cotonnade +blanche, est de laine noire. Les belṛas se remplacent fréquemment +par des sandales. On ne voit plus de sabres qu’aux cavaliers : +ces armes sont donc peu nombreuses, les chevaux étant rares dans le +Grand comme dans le Petit Atlas. On cesse de porter la poudre dans +des poires : on la met dans des cornes. Ce sont, soit des cornes +naturelles à armatures de cuivre, soit, plus souvent, des cornes +en cuivre ciselé ; elles ne manquent pas de grâce ; des sachets +de cuir pour les balles s’y attachent. Ce modèle, en usage dès +les premières pentes septentrionales du Grand Atlas, est le seul +employé dans cette chaîne et dans tout le sud : il n’y a que deux +exceptions ; nous les signalerons plus tard ; l’une est vers l’est, +dans le bassin du Ziz, l’autre vers l’ouest, dans le Sahel. + + 10 octobre. + +[Illustration : Adrar n Iri et Tizi n Telouet. (Vue prise d’Ifsfes.) + +Croquis de l’auteur.] + +D’Enzel à Tagmout, je suis la vallée de l’Ouad Rḍât, +telle que je l’ai décrite hier. Parti à 5 heures du matin, +j’arrive à 11. Chemin faisant, je passe auprès des ruines +d’un pont attribué par les uns aux Chrétiens, par les autres +à es Soulṭân el Akḥeul : on cite toujours ces deux noms au +Maroc dès qu’il s’agit d’ouvrages dont on ne connaît pas les +auteurs ; ce pont, dont il reste quatre arches en pierre, s’élève +sur la rivière au point de jonction des chemins de Merrâkech et de +Zaouïa Sidi Reḥal. Il me paraît d’origine musulmane. Plusieurs +gros villages jalonnent la route : les deux principaux sont Ifsfes +(600 habitants) et Zarakten (800 habitants). L’Ouad Ifraden, le +seul que je traverse, est un ruisseau de 2 mètres de large ; les +eaux en sont salées, comme toutes celles des environs : les flancs +mêmes de la montagne sont par endroits blancs de sel. Durant cette +matinée, de hauts massifs ne cessent de se dresser de tous côtés +au-dessus de ma tête : vers le sud, au milieu d’une longue crête, +j’aperçois l’échancrure du Tizi n Telouet et, à sa gauche, la +cime rose de l’Adrar n Iri dominant toutes les autres. Du monde passe +sur le chemin. Beaucoup de gibier ; quantité énorme de perdreaux : +tout le long de la route, j’en vois courir à mes pieds ; ils se +lèvent rarement ; on ne les chasse pas : quand les habitants veulent +en manger, ils en tuent à coups de pierres. + + 11, 12, 13 octobre. + +[Illustration : Portion supérieure de Tagmout et vallée de l’Ouad +Adrar n Iri. + +(Les parties ombrées sont boisées.) (Vue prise d’un groupe de +maisons de Tagmout situé en aval.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Adrar n Iri. (Vue prise de Tagmout.) + +Croquis de l’auteur.] + +Séjour à Tagmout. Le village a 800 ou 900 habitants. Situé sur +le bord de l’Ouad Adrar n Iri, il est fractionné en plusieurs +groupes qui s’espacent sur les premières pentes du flanc gauche de +la vallée, au milieu de cultures et de jardins : ceux-ci occupent +aussi une partie du fond, qui a ici 60 mètres de large. Tagmout +compte parmi les Aït Robạ : cette fraction se compose de tout ce +qui habite sur le cours de l’Ouad Adrar n Iri. Zarakten forme une +autre fraction, Enzel une autre encore. Les villages de ce versant +sont d’aspect misérable : les maisons, de pierre et couvertes en +terrasse, sont mal bâties ; elles n’ont qu’un rez-de-chaussée, +parfois à demi enfoncé dans le sol. + + 14 octobre. + +[Illustration : Adrar n Iri et Tizi n Telouet. + +(Vue prise du chemin de Tagmout à ce col.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Adrar n Iri. + +(Les parties ombrées sont boisées.) + +(Vue prise du chemin de Tagmout au col de Telouet.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Village d’Ider. + +(Les parties ombrées sont boisées.) + +(Vue prise du chemin de Tagmout au col de Telouet, en amont d’Ider.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ à 6 heures du matin. Un zeṭaṭ m’escorte. La route +d’aujourd’hui peut se diviser en quatre portions. 1o De Tagmout +à Titoula Taḥtia : chemin extrêmement difficile ; montées +très raides à travers les pierres ; région déserte ; sol rocheux, +tantôt nu, tantôt boisé. 2o De Titoula Taḥtia à Titoula Fouqia : +on retrouve le cours de l’Ouad Adrar n Iri, appelé aussi dans cette +partie Ouad Titoula ; on le suit : les premières pentes et le fond de +la vallée sont couverts de villages et de cultures ; orges et maïs, +ombragés de noisetiers, de trembles, surtout de noyers ; ce fond de +vallée a peu de largeur : les cultures ne s’étendent en tout que +sur quarante mètres ; au milieu d’elles coule le ruisseau, qui ne +cesse pas d’avoir de l’eau : les flancs sont en pente douce au +pied, escarpés vers le sommet, rocheux partout ; plus on avance, +plus la pierre nue apparaît, plus les arbres sont clairsemés : +chemin facile. 3o De Titoula Fouqia au col Tizi n Telouet, où +je franchis la crête supérieure du Grand Atlas : l’eau tarit +dans l’ouad, les cultures cessent, les habitations ont disparu : +désert de pierre : de tous côtés s’élèvent de hautes montagnes +de grès ; plus un arbre, plus une plante, plus un brin de verdure ; +tout est roche : le chemin, sans être difficile, est très raide et +très pénible ; on monte lentement vers le col. Il est atteint à 4 +heures du soir. Je me trouve à 2634 mètres au-dessus du niveau de la +mer. Un panorama immense s’étend devant mes yeux. Je suis frappé +d’abord de l’aspect montagneux de la contrée que je vais aborder : +ce ne sont que chaînes s’étageant les unes derrière les autres +jusqu’au bout de l’horizon ; puis de son air triste et désolé : +tout est nu ; tout est roc ; pas un grain de sable ni une motte de +terre ; de longues côtes jaunes, des croupes d’un rouge sombre +se succédant à l’infini, immenses solitudes pierreuses, c’est +tout ce que distingue l’œil lorsqu’il se tourne vers le sud du +haut du Grand Atlas. 4o J’entre ici dans la quatrième portion de +mon trajet d’aujourd’hui : du Tizi n Telouet à Aït Baddou. On +commence par une descente raide : c’est un passage dangereux, +comme l’indique son nom, _Taourirt n Imakkeren_, « colline des +brigands » ; puis on débouche dans la plaine du Telouet ; sol plat ; +bonne terre couverte de cultures. Je m’arrête à 6 heures et demie, +près de son extrémité sud, au petit village d’Aït Baddou. + +[Illustration : Vue dans la direction du sud, prise du col de Telouet. + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Col de Telouet, plaine du Telouet et village d’Aït +Baddou. (Vue prise de la plaine du Telouet.) + +Croquis de l’auteur.] + +Peu de voyageurs sur la route pendant cette journée. Le Telouet est +une fraction des Glaoua : il comprend un certain nombre de villages, +semés les uns près des autres dans une petite plaine fertile ; +l’un d’eux, Imaounin[44], est la résidence du qaïd, _el +Glaoui_. L’extérieur des constructions annonce la prospérité : +ce ne sont plus les huttes de l’Ouad Rḍât ; maisons hautes +et bien bâties. Les arbres ne sont pas encore nombreux ; on en +voit quelques-uns auprès des habitations : ce sont des trembles, +des figuiers, des noyers ; il pousse aussi des pieds de vigne. Une +multitude de ruisseaux descendant de la crête de l’Atlas arrosent +le sol. Quelque riante que soit en elle-même cette verte plaine, elle +est entourée de toutes parts de montagnes si nues et si désolées +que son aspect en est attristé. + + 15 octobre. + +Départ à 7 heures du matin. Je rentre en blad es sîba : m’y +voici pour longtemps. Ici le pays ne présente pas grands dangers : +un homme suffit aujourd’hui comme escorte. En quittant Aït Baddou, +on achève de traverser la plaine du Telouet. Puis on entre dans la +région la plus désolée qu’on puisse voir : tout est roche : +au-dessus de la tête, on ne voit que murs de pierre ; aux pieds, +ravins aux parois de grès sans eau ni verdure ; les lits à sec +sont couverts d’une couche de sel ; nulle part la moindre trace +de terre ni de végétation. Après trois heures de marche dans +cette triste contrée, je débouche tout à coup dans une vallée +qui forme avec elle le plus frappant contraste : creusée à pic au +milieu de l’immense plateau de pierre qui règne à l’entour, +elle présente un aspect aussi riant, aussi gai que les solitudes +qui la bordent sont mornes et tristes. Au fond, coule un torrent +dont les deux rives sont, sans interruption, garnies de jardins et +de cultures ; au milieu des figuiers, des oliviers, des noyers, +s’élèvent en foule des villages, des groupes de maisons, des +tiṛremts : tout respire la richesse ; c’est l’Ouad Dra qui +commence : sur ses rives seules, et sur celles des deux rivières qui +le forment, je trouverai ces constructions élégantes et pittoresques +qui me frapperont désormais : tiṛremts aux gracieuses tourelles, +aux terrasses crénelées, aux balustrades à jour ; maisons aux +murailles couvertes de dessins et de moulures ; qçars dont les +enceintes, du pied jusqu’au faîte, ne sont qu’arabesques et +qu’ornements. Dans ces belles contrées, même la demeure la plus +pauvre présente l’aspect du bien-être. Le bas des bâtiments est +en pierres cimentées, le haut en pisé ; tout est construit avec soin, +tout semble neuf ; point d’habitation qui n’ait un premier étage ; +un second est souvent formé par une terrasse couverte, installée +au-dessus ; partout bonnes portes, volets façonnés et ornés comme +aux maisons des villes ; toutefois peu de demeures sont blanchies : +de loin en loin, quelque zaouïa ou les créneaux d’une tiṛremt ; +le reste a la teinte brun-rouge du grès et du pisé. Les jardins et +les cultures sont entretenus avec un soin extrême, mais ils forment +une bande étroite : aux endroits les plus larges, ils ont 60 mètres ; +encore ne sont-ils presque jamais en sol plat ; ils s’étagent, +les terres soutenues par des revêtements de pierre, des deux côtés +de la rivière : celle-ci, l’Ouad Iounil, a 4 mètres de large, +un courant très rapide, des eaux claires, salées ; elles coulent +sur un lit de gravier de 10 mètres, blanc de sel dans les portions à +sec. Les flancs de la vallée sont des murailles de grès verticales, +creusées sur toute leur longueur de séries continues de cavernes. A +ces murailles s’adossent maisons et jardins ; dans leur flanc est +taillé le sentier que je suis ; passage difficile : le chemin n’a +nulle part plus de 1m,50 de large : la paroi de roc d’un côté, +le précipice de l’autre. Telle est cette vallée, telles sont, me +dit-on, toutes celles du voisinage, Ouad el Melḥ, Ouad Imini, Ouad +Iriri, étroits sillons où se concentrent la végétation et la vie, +au milieu des immenses déserts de pierre qui forment le versant sud +du Grand Atlas. Je ne quitte plus l’Ouad Iounil jusqu’au gîte : +un moment, je monte sur le sommet du flanc gauche ; un vaste plateau +rocheux s’y offre à mes yeux : il s’étend à perte de vue ; le +thym est la seule plante qui y pousse ; les gazelles sont les seuls +êtres animés qui y vivent. A 3 heures, je m’arrête à Tizgi, +principal village du district de ce nom. + +[Illustration : Village de Tizgi et vallée de l’Ouad Iounil. + +(Vue prise en amont de Tizgi, à mi-côte du flanc gauche de la +vallée.) + +Croquis de l’auteur.] + +Peu de voyageurs aujourd’hui sur la route. J’ai traversé deux +cours d’eau : l’Asif Marṛen, appelé aussi Ouad el Melḥ (lit +de 15 mètres de large, à sec) ; l’Ouad Iounil (eaux de 4 mètres +de large et de 30 centimètres de profondeur ; courant très rapide). + +[Illustration : Heliog. P. Albert Dujardin + +Challamel aine Editeur + +TIGERT. — (OUAD IOUNIL)] + + 16 et 17 octobre. + +Séjour à Tizgi. J’ai été frappé, à mon entrée dans la vallée +de l’Ouad Iounil, d’un des caractères qui distinguent le bassin +du Dra : l’élégance des constructions ; j’en remarque ici +un autre, plus important : il se rapporte à la race qui occupe +le pays. Jusqu’à présent, je n’avais vu que des Imaziṛen +blancs, ceux qu’on appelle _Chellaḥa_ ; désormais, une bonne +partie de la population se composera d’Imaziṛen noirs ou bruns, +_Ḥaraṭîn_. Dans tout le bassin du Dra, je les trouverai mêlés +aux Chellaḥa, dans une proportion d’autant plus grande que +j’avancerai davantage vers le sud : dans la vallée même de ce +fleuve, ils sont si nombreux que le nom de _Draoui_ y est synonyme +de celui de Ḥarṭâni ; sur ses affluents, ils existent aussi en +grande quantité : c’est dans ce bassin qu’ils semblent s’être +concentrés ; il n’y en a point dans celui du Sous, très peu +dans celui du Ziz. Ils présentent les types les plus variés : on +en voit qu’on confondrait avec des nègres du Soudan ; d’autres +ont la couleur des noirs, et les traits des Européens ; ou bien les +grosses lèvres et le nez épaté des premiers, avec la peau blanche : +certains sont dits Ḥaraṭîn, qui, pour un étranger, ne présentent +aucune différence avec les Chellaḥa. Les physionomies des individus +étant aussi diverses, il est difficile d’assigner des caractères +distinctifs à la race : on peut dire seulement qu’une couleur café +au lait foncé avec des traits presque européens sont ce qu’on +rencontre le plus souvent. Les Ḥaraṭîn se considèrent comme +Imaziṛen au même titre que les Chellaḥa : ils sont mélangés +avec eux dans le fractionnement par tribus ; ils appartiennent +comme eux aux Seketâna ou aux Gezoula, grandes familles qui, à +elles deux, comprennent toutes les tribus entre Sous et Dra et une +partie de celles du Sous. Malgré cette égalité politique, malgré +cette communauté d’origine reconnue, les Chellaḥa se regardent +comme supérieurs aux Ḥaraṭîn, et ceux-ci ont le sentiment +de l’infériorité. Ils cherchent à se relever en épousant des +femmes de couleur claire. « Parle-t-on mariage ? dit un proverbe, +l’Arabe demande : Est-elle de bonne maison ? le Chleuḥ, est-elle +riche ? le Ḥarṭâni, est-elle blanche ? » + + 18 octobre. + +Départ à 10 heures et demie. De Tizgi à Tikirt, on ne cesse de +suivre le cours de l’Ouad Iounil ; une bonne partie du chemin, +c’est dans son lit même que l’on marche : ce dernier a ici 15 à +20 mètres de large ; la rivière y coule, tantôt en une seule masse +de 5 mètres de large et de 30 centimètres de profondeur, tantôt +y formant plusieurs bras, tantôt l’inondant presque en entier +et étant alors très peu profonde. Depuis sa source jusqu’à son +confluent avec l’Ouad Imini, elle a, quelle que soit sa force, cette +même manière irrégulière de couler. D’ici à Tikirt, sa vallée +peut se diviser en deux portions : l’une jusqu’à son confluent +avec l’Asif Marṛen, l’autre au delà. Dans la première, le +fond reste ce qu’il était au-dessus de Tizgi, large de 50 à 60 +mètres, couvert de cultures, ombragé de beaucoup d’arbres. Les +deux flancs sont toujours de grès rouge et très hauts : cependant +ce ne sont plus des murailles perpendiculaires, si ce n’est à +leur partie supérieure, où se voient des cavernes ; le pied est à +2/1 d’abord, puis à 1/1. Les flancs n’avaient, de Tiourassin à +Tizgi, livré passage à aucun affluent. Dans cette nouvelle région, +ils laissent accès à plusieurs ; ce sont autant de points où la +vallée s’élargit et où les jardins s’étendent. A 1 heure et +demie, j’atteins Tamdakht, village en face duquel l’Asif Marṛen +se jette dans l’Ouad Iounil. La vallée change d’aspect : le fond +s’agrandit et prend une largeur de 300 mètres : il est couvert +de cultures ; les cultures qu’on voit d’ici à Tikirt n’ont +aucune ressemblance avec celles d’auparavant : jusqu’à présent, +une foule d’arbres ombrageaient les champs ; désormais on n’en +verra plus, excepté aux abords des villages ; encore y sont-ils +peu nombreux et parfois manquent-ils. La rivière coule dans un lit +de 40 mètres de large, moitié vase, moitié galets, dont l’eau +n’occupe qu’une faible partie. Les flancs, tout en restant rocheux, +s’abaissent peu à peu, le droit surtout ; il diminue graduellement, +et disparaît à quelque distance de Tikirt. Le flanc gauche conserve +une hauteur minima de 150 mètres au-dessus du niveau de la vallée, +mais ses pentes deviennent de plus en plus douces ; sa couleur change : +il n’a plus le rose ou le rouge du grès, mais une teinte blanche +qu’il gardera jusque auprès de Tikirt ; là, variant de nouveau, +il deviendra noir et luisant : à partir d’ici, plus de cavernes. En +face de Tikirt, s’étend une plaine triangulaire où confluent les +ouads Iounil et Imini ; très plate, à sol de vase desséchée, elle +se cultive en automne et est inondée en hiver. A l’extrémité de +la plaine, un étroit kheneg, se creusant entre les roches noires +des montagnes, donne passage à la rivière. Un peu plus haut, un +spectacle nouveau réjouit mes yeux : un bois de palmiers entoure le +village de Tazentout ; c’est le premier que je voie : on approche +du Sahara. A 5 heures, je parviens à Tikirt, où je m’arrête. + +[Illustration : Djebel Anremer et village de Tazentout. (Vue prise +du mellah de Tikirt.) + +Croquis de l’auteur.] + +Peu de voyageurs sur le chemin, quoique le pays soit très +habité. L’Ouad Imini, que j’ai traversé avant d’arriver, a 9 +mètres de large et 30 centimètres de profondeur ; peu de courant ; +il coule au milieu d’un lit de gros galets, large d’environ 700 +mètres. Cette rivière est moins considérable comme volume d’eau +que l’Ouad Iounil, qui, deux heures plus haut, avait, avec un courant +très rapide, la même profondeur que lui et une largeur de 10 mètres. + + + 5o. — SÉJOUR A TIKIRT. + + +Parmi les pays indépendants, ceux du sud du Grand Atlas présentent, +en leur organisation sociale, des différences avec ceux du nord. Dans +ceux-ci, une seule unité, la tribu ; un seul état social, l’état +démocratique ; aucun lien n’unit les tribus entre elles. La tribu +est une grande famille avec ses subdivisions naturelles, tente ou +maison, douar ou village, groupe de plusieurs centres habités, et +ainsi de suite ; le fractionnement est d’autant plus grand que la +tribu est plus nombreuse. Chaque groupe se gouverne à part comme +bon lui semble, au moyen d’une assemblée où chaque famille est +représentée, _djemaạa_ en arabe, _anfaliz_ en tamaziṛt. Quelques +hommes y ont souvent la prépondérance, mais sans titre ni droit +reconnu. Les affaires concernant la tribu entière se règlent +d’après le même principe ; les petites tribus réunissent tous +leurs membres pour délibérer ; dans les grandes, telles que les +Zaïan, les Beni Zemmour, les Smâla, où les premières fractions +sont elles-mêmes nombreuses et souvent peu unies entre elles, ces +fractions se concertent et se décident séparément, s’inquiétant +ou ne s’inquiétant pas du parti pris par les autres. Dans certaines +tribus, telles que les Aït Ạtab, les Aït Bou Zîd, il y a des +_qanoun_, codes de lois, auxquels les habitants sont tenus de se +soumettre, et que l’assemblée générale fait respecter. Chez +la plupart, cela n’existe pas ; les assemblées ne s’occupent +point des particuliers ; tout leur est permis : s’il s’élève +des différends, soit entre familles, soit entre fractions, elles +les tranchent entre elles à coups de fusil. Ici, avec la liberté +entière, la division à l’infini, la désunion complète ; là, avec +un peu plus d’ordre et d’unité, c’est toujours la démocratie +absolue. Les différentes tribus n’ont d’autres relations que les +guerres et les alliances qu’elles font momentanément entre elles. + +Au sud du Grand Atlas, nous trouvons trois unités : la tribu, le +village, le district ; deux liens entre elles, la confédération +et le vasselage ; deux états sociaux, le gouvernement par des chefs +héréditaires et le régime démocratique. La tribu se rencontre et +parmi les Imaziṛen et parmi les Arabes, avec son fractionnement +naturel, le même en tous lieux : tels sont les Zenâga, les Aït +Jellal, les Aït Seddrât, les Berâber. A côté d’elle se trouvent +des villages isolés, sans aucun lien entre eux ; ils sont habités, +les uns par un mélange de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, d’autres +par des membres de tribus diverses, d’autres par des cherifs ou des +marabouts. Parmi ces villages, quelques-uns restent isolés, comme +Qaçba el Djouạ, Iliṛ ; la plupart, pour résister aux invasions +des tribus voisines, s’unissent entre eux par groupes d’un certain +nombre ; ils forment ainsi ce que nous appellerons des districts : tels +sont Arbạ Mia, Tizgi, Ouad Noun, Tisint. Tribus, villages isolés +et districts s’unissent entre eux par deux sortes de liens. Le +premier est la confédération ; elle est formée de la collection +de plusieurs de ces unités, quelles qu’elles soient, groupées +pour former une masse plus compacte : telle est la confédération du +Dâdes, tels sont les nombreuses tribus et les qçars confédérés +avec les Aït Ạmer. Inutile de dire que ces confédérations sont +soumises à des changements : tantôt un groupe s’en détache, +tantôt un autre s’y joint. Le second lien dont nous avons parlé +est une sorte de vasselage : des tribus, des districts, se déclarent +vassaux soit d’un chef, soit d’une tribu plus puissante[45] : +les vassaux sont tenus à une redevance annuelle, le suzerain +s’engage en retour à respecter leurs personnes et leurs biens ; +là se bornent les obligations mutuelles : c’est ainsi que Tisint, +Tatta, sont vassaux des Ida ou Blal, que ceux-ci le sont des Berâber. + +Tribus, districts, villages, vivent les uns sous le régime despotique, +les autres sous le régime démocratique ; les premiers sont gouvernés +par des familles où le pouvoir suprême, avec le titre de chikh[46], +est héréditaire : tels sont les Aït Ạmer, les Zenâga, le +Mezgîṭa. L’autorité de ces chikhs n’est pas lourde pour leurs +sujets ; parents plus ou moins proches d’un grand nombre d’entre +eux, force leur est de ménager ces alliés naturels ; d’ailleurs +il est de leur intérêt de n’indisposer personne ; ils laissent +à leurs administrés grande liberté et ne leur demandent que trois +choses : payer une légère redevance, les suivre quand ils font +la guerre, ne pas trop se battre, se piller ni se voler entre eux : +ce n’est permis qu’avec les étrangers. Pour le reste, licence +complète. Tel est, dans le sud du Maroc, ce que, faute d’autre nom, +j’appelle le régime despotique. + +Quant au régime démocratique, les tribus ou districts qui l’ont +adopté le possèdent avec les nuances les plus diverses. Chez les uns, +tels que les Ilalen, les Iberqaqen, règne le système établi dans le +nord : tribus, fractions, villages, se gouvernent par l’assemblée +de tous leurs membres. Ailleurs, comme dans les qçars de Tisint, de +Tatta, l’assemblée garde entre ses mains la puissance souveraine et +confie le pouvoir exécutif à un chikh qu’elle élit ; quelquefois +elle laisse ce titre longtemps dans la même maison, quelquefois +elle le porte sans cesse de l’une à l’autre. Certaines tribus, +telles que les Ida ou Blal, les Aït ou Mrîbeṭ, les Isaffen, se +divisent en fractions ayant chacune à leur tête une famille où la +dignité de chikh est héréditaire ; tantôt le pouvoir de ces chefs +est assez grand, comme chez les Aït ou Mrîbeṭ et les Isaffen ; +tantôt, comme chez les Ida ou Blal, leur seule prérogative est +de conduire leurs frères dans les combats. Enfin il y a un dernier +système, spécial aux Berâber, aux Aït Seddrât et aux Imeṛrân : +c’est celui des _chikh el ạam_, « chikhs nommés pour un an » ; +les tribus se gouvernent au moyen d’assemblées, mais dans chaque +fraction, chaque district, le pouvoir exécutif est entre les mains +d’un chikh qu’on élit chaque année. + +S’il existe dans ces régions une organisation politique plus +complète que dans le nord, il ne faudrait pas en conclure qu’il +y règne beaucoup plus d’ordre ; l’administration intérieure +de chaque village se fait assez régulièrement, mais c’est tout ; +de tribu à tribu, de fraction à fraction, de district à district, +de village à village, les guerres sont continuelles ; trois motifs en +produisent la plupart : entre sédentaires, les contestations au sujet +des eaux et des canaux ; entre nomades, le pillage injuste de vassaux +que l’honneur commande de venger ; entre sédentaires et nomades, +la cupidité de ceux-ci, qui les porte à attaquer les premiers pour +les dépouiller. Je n’ai pas été dans une seule région au sud de +l’Atlas, sans y trouver, pour une de ces trois causes, la guerre, +soit intestine, soit avec des voisins. + +Les divers territoires que j’ai traversés depuis les Glaoua, +Assaka, Tizgi, Aït Zaïneb, appartiennent, les premiers à des +districts isolés, le dernier à une petite tribu. Les uns et les +autres sont indépendants de fait, mais reconnaissent la suzeraineté +du sultan. Les marques de soumission qu’ils lui donnent se bornent +à l’envoi annuel au Glaoui d’un présent dont la valeur varie +entre 50 et 200 francs ; de plus, si l’on prend des voleurs, on les +expédie à Imaounin. L’Assaka, le Tizgi, se gouvernent par leurs +assemblées, _anfaliz_. Les Aït Zaïneb ont un chikh héréditaire, +Chikh Moḥammed, qui réside à Tikirt ; il ne domine que sur +une partie de sa tribu, celle qui est à l’est d’Imzouṛen ; +le reste, Imzouṛen, Tizgzaouin, Tadoula, s’est depuis peu rangé +volontairement sous la domination du chikh de Tazenakht, ez Zanifi : +cela s’est fait sans guerre ; la bonne intelligence des deux chefs +n’a pas été troublée. + +Ici le tamaziṛt est non seulement la langue générale, c’est +presque la langue unique : à peine si un homme sur cinq, une femme +sur vingt, savent l’arabe. + +Le costume est le même qu’à l’entrée des Glaoua ; mais les +femmes, qui dans le nord portaient peu de bijoux, en ont une foule et, +en outre, se peignent la figure. Jusqu’ici un fil de verroteries +mêlées de grains de corail et de pièces d’argent suspendu +au cou, un second placé dans les cheveux, étaient leurs seuls +ornements. Désormais elles se couvriront d’énormes colliers +d’ambre et de corail, de bracelets, de broches, de diadèmes, +de pendants d’oreilles et d’autres volumineuses parures d’argent. + +Dans le Grand Atlas, nous avons trouvé le lait et le miel en +abondance. Ici il en a été de même ; plus loin, ces deux choses +seront rares. On cesse de pouvoir se procurer du savon au sud de +Tikirt ; jusqu’ici on en fabriquait dans toutes les bourgades +de quelque importance : c’était une spécialité lucrative des +Juifs ; au delà des Aït Zaïneb, il ne s’en fait plus, il ne +s’en vend plus sur les marchés. Pour laver les vêtements, on se +sert de certaines herbes ; le blanchissage ainsi obtenu est médiocre. + +[Illustration] + +Je profite de mon séjour à Tikirt pour aller visiter les ruines de +Tasgedlt, célèbres dans le pays et objet de mille légendes. Elles +se composent d’une enceinte presque carrée, jadis garnie de tours +sur tout son développement. Les murailles, épaisses, ont dû être +en maçonnerie à la base, en pisé dans le haut. Il en reste peu +de chose : une partie des murs s’est écroulée ; le reste, très +écrêté, tombe chaque jour davantage. La partie sud est la mieux +conservée ; on y voit 7 ou 8 tours ayant encore 3 à 4 mètres. A +l’intérieur de l’enceinte, s’élèvent des monceaux de pierres +ne présentant que des débris informes. La forteresse est construite +en amphithéâtre sur une côte rocheuse, d’une pente de 1/2, dont +elle couvre toute la hauteur ; dans sa portion nord, cette côte se +transforme brusquement en une muraille verticale où s’ouvrent les +bouches de plusieurs cavernes. Une ancienne citadelle, des cavernes, +voilà plus qu’il n’en faut aux habitants pour voir ici une trace +du passage des Chrétiens. D’ailleurs l’histoire n’est-elle pas +là pour prouver la vérité de cette opinion, histoire écrite en +des livres qu’on n’a pas pu me montrer, mais dont le contenu est +dans la mémoire de chacun. Naguère, il y a bien des siècles, trois +princesses, filles d’un roi chrétien, régnaient sur ces contrées : +l’une, Doula bent Ouâd, résidait en cette forteresse de Tasgedlt ; +une autre, Zelfa bent Ouâd, en habitait une semblable, sur les bords +de l’Asif Marṛen, près de Teççaïout ; la troisième, Stouka +bent Ouâd, une semblable encore à Taskoukt, sur l’Ouad Imini : en +ces trois lieux se voient des ruines pareilles. Les Musulmans firent +longtemps la guerre aux trois princesses chrétiennes et finirent +par les chasser. Il est plus probable que les trois qaçbas sont +l’œuvre d’un même sultan, celui sans doute qui construisit le +pont de l’Ouad Rḍât. + +[Illustration : Ruines de Tasgedlt. (Vue d’ensemble, prise du lit +de l’Ouad Tidili.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Ancienne porte à l’angle nord de l’enceinte de +Tasgedlt. (Vue prise du nord-ouest.) + +Croquis de l’auteur.] + +Dans cette excursion, je passe auprès du confluent des ouads +Iriri et Imini ; ils se réunissent dans une plaine triangulaire +semblable à celle de Tikirt : même sol vaseux, bas et plat, +couvert de cultures, et en hiver inondé ; pas d’arbres, si ce +n’est quelques-uns auprès des villages ; champs d’orge, de +blé, surtout de maïs. On laboure avec des charrues à soc de fer, +traînées par des bœufs ; ces derniers sont assez nombreux dans +le pays, ainsi que les moutons et les chèvres ; depuis le Telouet, +on voit quelques chameaux. L’Ouad Imini, au-dessous du confluent, +a peu d’eau, 1m,50, avec 40 centimètres de profondeur : ce mince +filet court au milieu d’un lit de gros galets mesurant plus de 500 +mètres d’une rive à l’autre. Plus haut, en face de Tasgedlt, +la même rivière a 200 mètres de large et est à sec, non par +manque d’eau, mais parce que les habitants la font dériver pour +arroser leurs plantations ; si je n’en rencontre pas dans l’ouad, +je traverse plusieurs larges conduites où elle coule à pleins +bords. Chaque tribu, chaque village, a droit à une quantité d’eau +déterminée ; des traités, des qanouns la règlent. Les canaux sont +une source de contestations et de querelles fréquentes entre villages +et entre fractions. Ces démêlés se vident comme ils se vident tous, +par la poudre : en ce moment, les gens de l’Imini et les Aït Touaïa +sont en hostilités avec les Aït Zaïneb pour ce motif. Rarement ces +guerres sont meurtrières ; elles se bornent la plupart du temps à +quelques coups de fusil échangés à la frontière. + +[Illustration : Plaine où s’unissent les ouads Iounil, Iriri et +Tidili. (Vue prise du chemin de Tizgzaouin à Imzouren.) + +Croquis de l’auteur.] + + + 6o. — ADRAR N DEREN ET SIROUA. + + +« Les montagnes tournent tout autour de notre pays, » disent les +habitants de Tikirt. En effet, de quelque côté qu’on jette +les yeux, on ne voit que massifs sombres. Au sud et à l’est, +ce sont les flancs des ouads Iounil d’une part, Imini et Idermi de +l’autre, talus rocheux de 150 à 200 mètres de haut, que nous avons +décrits. Au nord et à l’ouest, ce sont de très hautes crêtes, la +plupart couvertes de neige, se perdant dans les nuages. On distingue +de Tikirt plusieurs sommets remarquables et plusieurs cols : Djebel +Anṛemer, Tizi n Telouet, Tizi n Tichka, Tizi n Tamanat, Djebel +Tidili, Djebel Siroua. Les premiers appartiennent à la chaîne du +Grand Atlas, qu’on appelle ici _Adrar n Deren_[47] ; quant au Siroua, +c’est le pic culminant d’un massif qui s’élève entre le Grand +et le Petit Atlas et sépare le bassin du Sous de celui du Dra. + +Voici quelques détails sur ces différents points. + +_Djebel Anṛemer_. C’est de cette montagne que sort l’Ouad +Iounil ; aussi lui donne-t-on quelquefois le nom de Djebel Ounila. A +son sommet est un étang, toujours rempli d’eau, même par les étés +les plus brûlants ; nul n’en connaît la profondeur ; au-dessous, +la source de l’Ouad Iounil jaillit au milieu des rochers. Cet +étang est un objet de vénération profonde pour les Musulmans +des environs. Le premier jour de chaque année, ils y montent en +pèlerinage et y immolent des brebis et des chèvres. Souffre-t-on +de la sécheresse ? les Iounilen, les gens de l’Assaka, les Aït +Zaïneb, se cotisent à raison d’une mouzouna par tête, achètent +des moutons, et vont les sacrifier sur ses bords. + +_Tizi n Telouet_. C’est le col où j’ai franchi le Grand Atlas. Il +fait partie du Tizi n Glaoui. On appelle ainsi la forte dépression +qui se trouve en face d’ici dans l’Adrar n Deren, et que limitent +à l’est le Djebel Anṛemer, à l’ouest le Djebel Tidili. Ce +tronçon de la chaîne porte le nom général de Tizi n Glaoui ; +il renferme trois cols, ceux de Telouet, de Tichka et de Tamanat. + +_Tizi n Tichka_. Col conduisant de la vallée de l’Asif Marṛen dans +celle de l’Ouad Rḍât, à Zarakten par exemple. L’Ouad Tichka, +qui en descend, se jette dans l’Ouad el Melḥ, à Imirṛen. Quand +le col de Telouet est encombré par les neiges et que celui de Tichka +est, par extraordinaire, praticable, on passe par ce dernier. + +_Tizi n Tamanat_. Col donnant accès de la vallée de l’Ouad Imini +dans la tribu des Mesfioua. C’est un troisième chemin pour gagner +Merrâkech. De ces trois routes, la plus courte est la dernière, +mais la plus facile et de beaucoup la plus fréquentée est celle du +Tizi n Telouet. L’Ouad Tamanat, qui descend du col, se jette dans +l’Ouad Imini. + +_Djebel Tidili_. Ce mont, ainsi que ceux qui l’entourent, a le sommet +couvert de neige ; c’est dans son flanc que l’Ouad Imini prend +sa source. A l’ouest du Djebel Tidili, la chaîne se continue par +une longue suite de crêtes neigeuses qui se perdent dans les nuages. + +_Djebel Siroua_. C’est la plus haute des montagnes voisines, +au dire des habitants. Seul parmi elles, il a son sommet couvert de +neiges éternelles. Sur les autres cimes visibles d’ici, tantôt la +neige persiste l’été, tantôt elle fond, suivant que l’année +est plus ou moins chaude. Sur les pentes du Siroua se trouve un col +conduisant de la tribu des Aït Tedrart dans le Sous. Les flancs du +massif renferment, dit-on, des minerais ; les habitants n’en savent +pas tirer parti. + +Ces montagnes sont toutes également nues, également rocheuses ; +point d’arbres, point de végétation, rien que des pierres. Point +de bêtes fauves, pas d’autre gibier que des gazelles et des +mouflons[48]. + +Les trois cols du Tizi n Glaoui sont praticables toute l’année ; +cependant, en hiver, il y tombe parfois une grande quantité de +neige : lorsque la couche est trop épaisse pour qu’on puisse +franchir la montagne, les voyageurs attendent dans les villages les +plus rapprochés du sommet et passent à la première éclaircie. Il +en est de même des cols qui, plus à l’est, mettent en relations +Demnât et les Haskoura, Ouaouizert et l’Oussikis. + + + 7o. — QUELQUES MOTS SUR L’ATLAS MAROCAIN. + + +[Illustration] + +Nous sommes ici en plein cœur de l’Atlas. Il est temps de donner +quelques détails sur la façon dont nous comprenons le système +montagneux du Maroc. + +Les montagnes du Maroc se composent pour nous de deux massifs +distincts, séparés par une large trouée. Ce sont : d’abord +le massif de l’Atlas, qui le traverse tout entier dans sa plus +grande longueur, du sud-ouest au nord-est ; puis le massif Rifain +qui, commençant vers Nemours, longeant la côte jusqu’à Ceuta, +percé par le détroit de Gibraltar, décrit une large courbe et se +retrouve en Espagne, dans la Sierra Nevada. Ces deux longs massifs +aux lignes courbes, partant presque d’un point commun et allant +en divergeant, ressemblent aux ondes d’un courant marin qui se +diviserait vers Tlemsen en deux bras, dont le principal continuerait +à suivre la direction générale du courant primitif en fléchissant +un peu vers le sud, tandis que l’autre, secondaire, s’élancerait +vers l’ouest, puis tournerait brusquement vers le nord et de +là vers l’est. La démarcation entre les deux massifs est très +nettement dessinée : de Lalla Maṛnia à Fâs, une large trouée +les sépare : plaine d’Angad jusqu’à la Mlouïa, même plaine +se prolongeant sous d’autres noms jusqu’à l’Ouad Innaouen, +vallée de cette rivière jusque auprès de Fâs. A partir de cette +ville, la trouée s’élargit encore ; c’est la vallée du Sebou, +qui va en s’épanouissant jusqu’à la mer. + +Nous ne nous occuperons point du massif Rifain, dont nous n’avons vu +qu’une petite portion. Il semble d’ailleurs bien représenté sur +la carte de M. le capitaine Beaudoin, qui avait recueilli, sur cette +contrée en particulier, un nombre considérable de renseignements. De +plus, les levés de nos officiers d’état-major en comprennent une +partie, s’étendant de Nemours à la Mlouïa, région qui est connue +par conséquent avec exactitude. + +Quant au massif de l’Atlas, nous l’avons traversé deux fois +dans tout son ensemble, et nous avons parcouru en quelques détails +certaines de ses parties. Nous allons essayer de le décrire tel +qu’il nous paraît être. + +Expliquons d’abord les termes dont nous nous servons. Le nom +d’Atlas, appliqué primitivement par les anciens aux seules cimes +neigeuses qui s’élèvent au centre du Maroc, a été étendu ensuite +par quelques écrivains latins à l’ensemble du massif qui traverse +le Maṛreb. On lui a conservé cette signification ; le large dos +qui commence à l’Océan entre Mogador et l’embouchure du Dra et +finit à la Méditerranée au cap Bon, après avoir traversé le Maroc, +l’Algérie et la Tunisie, porte encore aujourd’hui le nom général +d’Atlas. On peut le distinguer en Atlas Marocain, Atlas Algérien, +Atlas Tunisien. Cette division est la seule qu’il comporte[49]. Quant +aux termes de Grand et de Petit Atlas, ils s’appliquent uniquement +à certaines parties de l’Atlas Marocain : ainsi l’entendait +Ptolémée, qui s’est servi le premier de ces expressions : il les +emploie pour désigner deux chaînes déterminées de ce massif. Nous +nous conformerons en partie à sa nomenclature, réservant ces noms +pour les deux chaînes du Maroc auxquelles ils paraissent le mieux +s’appliquer. + +L’Atlas Marocain se compose essentiellement de trois chaînes +parallèles : l’une très haute, presque toujours couronnée de +neige ; elle est connue depuis longtemps sous le nom de Grand Atlas : +nous le lui conserverons ; une autre, au sud de celle-ci, suivant une +direction parallèle, mais moins élevée : nous l’appellerons Petit +Atlas ; ces deux chaînes, les deux seuls hauts massifs visibles de +la côte[50], étaient sans doute celles qu’on avait signalées à +Ptolémée, quoique dans ses écrits il en ait interverti l’ordre ; +la troisième, ne commençant que loin dans l’intérieur, a dû +lui être inconnue : elle est située au nord du Grand Atlas ; +moins élevée que ce dernier, elle l’est plus que le petit : +nous l’appellerons Moyen Atlas, nom correspondant à sa hauteur. + +Il y a nécessité à donner à ces chaînes des appellations +tirées de notre langue, aucune d’elles n’en possède dans le +pays. Chaque sommet, chaque col, chaque vallée, a un nom spécial ; +nulle part il n’est de nom qui désigne l’ensemble d’une +chaîne. C’est facile à expliquer : le Marocain ne voyage pas ; +il connaît les montagnes de son pays, mais ne connaît qu’elles ; +il ne sait pas si elles se lient à d’autres, il ne le demande pas : +dans ces conditions, les noms particuliers suffisent et peuvent +seuls exister. Une seule chaîne en a un général, encore ne le +possède-t-elle que sur une partie de sa longueur : le Grand Atlas, +du Ḥaḥa à l’extrémité orientale du Tizi n Glaoui, porte le +nom d’Adrar n Deren. Cette appellation s’appliquant à peine à +la moitié de la chaîne, nous ne pouvons nous en servir. Force nous +est d’adopter pour tout le massif des noms de convention. + +L’Atlas Marocain, avons-nous dit, paraît formé essentiellement +de trois chaînes parallèles, dont l’orientation approximative +serait de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est : nous les avons +appelées Grand Atlas, Moyen Atlas et Petit Atlas. + +1o _Grand Atlas_. — Des trois chaînes, c’est de beaucoup la plus +connue : visible de Merrâkech, visitée par plusieurs voyageurs, +explorée dans sa partie occidentale par MM. Hooker et Ball, franchie +au nord de Taroudant par M. le docteur Lenz, auprès des sources du +Ziz par Caillé et par M. Rohlfs, nous l’avons nous-même passée en +trois points, vers le centre, au col des Glaoua, à son extrémité +ouest, entre Agadir Iṛir et Mogador, et non loin du point où elle +expire vers l’est, à hauteur de Qçâbi ech Cheurfa. De plus, +nous en avons longé le pied sur presque toute sa longueur, le pied +nord de Misour (Mlouïa) à Qçâbi ech Cheurfa et de Ouaouizert à +Zaouïa Sidi Reḥal, le pied sud d’Agadir Iṛir aux Menâba et du +Dâdes au Qçar es Souq. C’est une longue chaîne non interrompue, +mais percée d’un grand nombre de cols (col de Bibaouan, Tizi +n Ouichdan, Tizi n Tamejjout, etc., débouchant dans la vallée du +Sous ; Tizi n Tamanat, Tizi n Tichka, Tizi n Telouet, Tizi n Amzoug, +Tizi n Tarkeddit, Tizi Aït Imi, Tizi Ou Rijimt, etc., débouchant +dans la vallée du Dra ; Tizi n Telṛemt, débouchant dans la +vallée du Ziz ; Tizi n Tanslemt, débouchant dans la vallée du +Gir). Les principales altitudes observées sont : 1250m (col de +Bibaouan, M. Lenz) ; 3350m (mont Teza, M. Hooker) ; 3475m (mont +Miltsin, Washington) ; 3500m,4 (col de Tagherot, M. Hooker) ; 2634m +(col de Telouet, au point où nous avons franchi la chaîne chez les +Glaoua) ; 2182m (col de Telṛemt, où nous l’avons passée près +d’El Qçâbi). Partout, j’ai vu le faîte du Grand Atlas couvert +de neige, excepté à la grande dépression du Tizi n Glaoui : à +juger d’après la hauteur de la portion blanche, la partie la plus +élevée de la chaîne serait celle qui est située au nord du Dâdes, +du Todṛa, du Ṛeris, du pays de Ziz. Dans ce groupe, le massif du +Djebel El Ạïachi domine de beaucoup les autres sommets. Est-il le +point culminant du Grand Atlas ? Il le semble ; rien ne le prouve. La +neige commence sur la chaîne, vers l’ouest, à l’orient du col +de Bibaouan ; elle y finit, vers l’est, aux dernières pentes du +Djebel El Ạïachi : après ce massif, il n’y en a plus trace. De +Bibaouan à l’Océan, le Grand Atlas s’abaisse rapidement. Au +delà du Djebel El Ạïachi, il décroît d’une façon continue +et finit par expirer dans le Ḍahra. Où exactement ? A quelle +distance du Djebel El Ạïachi ? Nous ne le savons pas. La crête +du Grand Atlas paraît être une arête et non un plateau. Elle ne +présente l’aspect d’une ligne uniforme que vers ses extrémités +orientale et occidentale, où elle est dépourvue de neige ; partout +ailleurs, elle se découpe en nombreuses dentelures. Le versant nord +est en général boisé ; le versant sud est nu, pure roche, dans +les bassins du Dra, du Ziz et du Gir, en partie boisé dans celui de +l’Ouad Sous. Les forêts renferment, dit-on, d’abondant gibier, +sans aucune bête féroce. + +2o _Moyen Atlas_. — Cette chaîne est de beaucoup la moins connue. Du +col de Telṛemt, nous en avons entrevu une portion : c’était une +longue crête uniforme couverte de neige, se relevant en un point +pour former un pic, le Djebel Tsouqt, et finissant brusquement par une +haute falaise, le Djebel Oulad Ạli. Où commence cette chaîne ? où +finit-elle ? On ne saurait le dire d’une façon certaine. Pour nous, +elle commence au nord de Demnât, à la trouée de la Teççaout, +où ses dernières pentes viennent se confondre avec celles du Grand +Atlas. C’est elle que traverse l’Ouad el Ạbid dans le long +kheneg qu’il se creuse, c’est elle qui borne au sud la plaine +du Tâdla et qui sépare sur toute leur longueur les bassins de +l’Oumm er Rebiạ et de l’Ouad el Ạbid, c’est elle que nous +avons franchie en allant de Qaçba Beni Mellal à Ouaouizert : elle +n’avait là, au col, que 1529m d’altitude ; les sommets pouvaient +être à 1900m. La chaîne commençait ; depuis Demnât, elle ne cesse +de s’élever jusqu’au Djebel Tsouqt, qui paraît en être le point +le plus haut. Où finit-elle ? S’arrête-t-elle brusquement, comme +elle le semble, au Djebel Oulad Ạli et au Djebel Reggou ? Nous ne le +pensons pas. Pour nous, la trouée subite qui se trouve à l’est de +ces monts est un large kheneg que s’est percé la Mlouïa dans la +chaîne ; les monts Debdou (1648m) seraient le prolongement naturel +de celle-ci, et elle irait expirer avec eux sur les hauts plateaux +du Ḍahra. Le Moyen Atlas commencerait donc au nord de Demnât, +atteindrait son point culminant au Djebel Tsouqt, et se continuerait +jusqu’au Ḍahra, où il viendrait mourir, comme l’a fait le Grand +Atlas. Les deux versants sont boisés : de Demnât à Debdou, ils ne +sont qu’immenses forêts, pleines de gibier et de bêtes sauvages, +les seules du Maroc où il y ait des lions[51]. + +3o _Petit Atlas_. — C’est le plus connu après le grand. M. Lenz +l’a franchi au sud d’Iliṛ (1100m). M. Rohlfs en a suivi +longtemps le pied nord. Enfin il a été un des principaux objets +de mes recherches : j’en ai longé le pied méridional de Tisint +à Aqqa, le pied septentrional d’Agadir Iṛir aux Menâba et du +Dâdes au Ṛeris ; je l’ai traversé en six points différents, +aux cols d’Iberqaqen, d’Azrar, de Haroun, d’Agni, de Tifernin, +d’Iṛil n Oïṭṭôb. Il avait à ces passages : 1912m, 1934m, +2059m, 1674m, 1872m, 2280m d’altitude ; ce sont, à peu de chose +près, les hauteurs de la ligne culminante, car le Petit Atlas +est couronné presque partout d’un large plateau à ondulations +légères : ce plateau, pierreux dans la partie orientale de la chaîne +(celle qui est à l’est du Dra et qui porte le nom de Saṛro), +l’est moins dans la partie centrale, où le tapissent de longues +étendues d’ḥalfa, et, vers l’ouest, se garnit d’une couche +de bonne terre, se couvre de champs, d’amandiers et de villages, +et forme une des plus riches contrées du Maroc. Le versant sud du +Petit Atlas est nu et rocheux. Le versant nord l’est aussi dans les +bassins du Dra et du Ziz ; mais il est boisé dans celui du Sous, au +pied seulement vers l’est, en entier vers l’ouest. Peu de gibier ; +point de bêtes féroces. La hauteur de la chaîne ne présente nulle +part de brusques variations : la crête a partout l’aspect d’une +ligne horizontale ; en trois endroits, à hauteur de Taroudant, aux +environs du col d’Azrar et dans le Saṛro, j’y ai distingué +quelques filets de neige : c’étaient d’étroits sillons à +peine visibles. Le Petit Atlas commence auprès de l’Océan[52] : +où finit-il ? Nous ne le savons pas. Nous supposons qu’il expire +dans les hauts plateaux qui se trouvent à l’ouest de l’Ouad Ziz : +la chaîne paraît s’abaisser sans cesse du Dâdes au Ṛeris ; de +ce dernier point, on l’aperçoit se prolongeant dans le lointain et +décroissant toujours. De Qçar es Souq, on ne la distingue plus : +on ne voit vers le sud, le sud-ouest, le sud-est, qu’une plaine +immense s’étendant jusqu’à l’horizon. Je conjecture donc que le +Petit Atlas meurt avant d’atteindre les bords du Ziz. Les plateaux +où il finit se continuent au delà de ce fleuve et se prolongent +jusqu’en Algérie. + +Telles sont les trois chaînes qui forment la portion fondamentale +de l’Atlas Marocain. Après elles, on peut en citer deux autres, +secondaires. Les directions en sont parallèles à celle des +premières. Elles sont situées, l’une, le Bani, au sud du Petit +Atlas ; l’autre, dont semblent faire partie le plateau d’Oulmess +et les monts des Ṛiata, au nord du Moyen Atlas. + +Le Bani est une étroite digue de roche nue, peu élevée, ayant dans +sa partie centrale 924m d’altitude. Il commence à l’Océan, +au sud d’Ouad Noun, et se prolonge au delà de l’Ouad Dra, qui +le traverse au kheneg de Foum Taqqat, au-dessous de Tamegrout. Où +finit-il ? Nous l’ignorons. Il expire sans doute, comme le Petit +Atlas, entre le Dra et le Ziz. Nous avons franchi plusieurs fois le +Bani, nous en avons longé le pied durant quelque temps, et sur les +parties que nous n’avons pas vues nous possédons des renseignements +précis. Les traits généraux de cette chaîne peuvent donc être +considérés comme connus avec quelque certitude. + +Il n’en est pas de même pour l’autre, pour celle dont je +crois voir des portions dans le plateau d’Oulmess et le Djebel +Ṛiata. Elle semble avoir son origine entre Oulmess et l’Océan, +passerait à quelque distance au sud de Sfrou, serait traversée par +le Sebou à un kheneg, atteindrait la Mlouïa sous le nom de Djebel +Ṛiata ; ce fleuve s’y fraierait un large passage au nord de la +plaine de Tafrâta, et elle se prolongerait ensuite sans interruption +jusqu’à Tlemsen par les monts Mergeshoum, Beni Bou Zeggou, Zekkara, +Beni Snous. La chaîne commencerait à l’ouest d’Oulmess, aurait +un de ses points culminants au pic des Ṛiata, et se continuerait +jusqu’en Algérie. La partie occidentale, jusqu’à la Mlouïa, est +couverte de grandes forêts et peuplée de fauves ; les panthères y +abondent. La région orientale possède aussi des bois et les mêmes +animaux sauvages, mais à un degré moindre. La chaîne a été +franchie par Caillé sur le territoire des Aït Ioussi, par M. Rohlfs +sur celui des Beni Mgild, par nous sur celui des Zaïan. L’altitude +en est de 1290m à Oulmess, de 1517m à Douar S. Ạbd Allah (Rohlfs). + +Dans ce large massif de l’Atlas Marocain, formé de cinq chaînes +parallèles, dont trois essentielles et deux secondaires, on voit +qu’il y a une arête principale, le Grand Atlas, dominant de beaucoup +tout le reste ; la plupart des fleuves du Maroc, Mlouïa, Ouad el +Ạbid, Tensift, Sous, Dra, Ziz, Gir, y prennent leur source. Après +lui, vient le Moyen Atlas, le second en hauteur ; deux fleuves sortent +de son flanc : l’Oumm er Rebiạ et le Sebou. La moins élevée des +trois chaînes principales est le Petit Atlas ; il ne donne naissance +qu’à des rivières. Quant aux deux chaînes secondaires, seuls de +petits cours d’eau en sortent. + +Ces chaînes parallèles forment entre elles trois rigoles où coulent +bout à bout tous les fleuves marocains : Oumm er Rebiạ et Sebou +entre le Moyen Atlas et la chaîne Oulmess-Ṛiata ; Ouad el Ạbid +et Mlouïa, entre le Grand Atlas et le Moyen Atlas ; Sous et Dra +supérieur, entre le Grand Atlas et le Petit Atlas. Le Dra, ayant +percé l’un après l’autre le Petit Atlas et le Bani, coule ensuite +au pied de ce dernier, parallèlement à la direction des crêtes. Dans +ces rigoles, les fleuves sont séparés à leur source, tantôt par des +plaines, si unies qu’il faut le baromètre pour trouver la ligne de +partage des eaux, tantôt par des massifs montagneux. Au nord du Moyen +Atlas, un plateau montueux, le Fezaz, fait la limite entre les bassins +du Sebou et de l’Oumm er Rebiạ. Entre le Grand et le Moyen Atlas, +les bassins de la Mlouïa et de l’Ouad el Ạbid sont divisés +par les hautes cimes du Djebel el Ạïachi et des plateaux très +élevés qui s’en détachent. Entre le Grand Atlas et le petit, +le Dra est séparé du Sous par un massif montagneux que domine le +Siroua, du Ziz par une large plaine. Du Ziz au Gir s’étendent +également des plaines. + +Tel est le massif Atlantique au Maroc : tel du moins il me paraît +être. Il faudra encore bien des voyages, bien des travaux, pour +déterminer avec exactitude ce qu’il est. Les chaînes du Grand +Atlas, du Petit Atlas et du Bani sont relativement connues ; mais +celles du Moyen Atlas et d’Oulmess-Ṛiata le sont de la manière +la plus incertaine. + + +[Note 42 : Il n’en est plus ainsi maintenant. Les Entifa se sont +révoltés. Voici ce qu’on lit à leur sujet dans le _Réveil du +Maroc_ du 25 février 1885 : « A Entifa, le gouverneur s’est vu +dans la nécessité de prendre la fuite à la suite de l’attaque +dont il a été l’objet de la part de ses administrés, qui ont +détruit et pillé son château. »] + +[Note 43 : Dans ces rochers, on aperçoit de loin une plante curieuse +que, dans le cours de mon voyage, j’ai vue en quatre endroits : +là ; dans les escarpements qui dominent le village d’Aït Sạïd +(Tâdla) ; sur les pentes septentrionales du Petit Atlas ; dans les +territoires des Ilalen et des Chtouka ; enfin dans les falaises +des Ḥaḥa, au bord de l’océan Atlantique. Cette plante, la +_taçouout_, paraît ne pousser que dans les lieux rocheux.] + +[Note 44 : Imaounin porte aussi le nom de Dar el Qaïd et celui de +Dar el Glaoui. Le qaïd des Glaoua n’est point héréditaire ; il +est nommé par le sultan et change fréquemment ; quel qu’il soit, +on l’appelle _el Glaoui_. C’est un usage général au Maroc de +désigner les gouverneurs du nom de leurs provinces ; on dit ainsi : +_el Demnâti_, _el Entifi_, etc.] + +[Note 45 : Cet acte de vasselage est la _debiḥa_, dont nous parlerons +en détail plus loin.] + +[Note 46 : _Chikh_ en arabe, _amṛar_ en tamaziṛt.] + +[Note 47 : _Adrar n Deren_, mot à mot « mont de Deren ». Deren est +un nom propre, sans signification. Cette expression est universellement +employée ici pour désigner le Grand Atlas ; dans le bassin du Sous, +elle l’est de même ; dans le Dâdes et au delà, on ne la connaît +plus. Elle s’applique donc à toute la portion occidentale de la +chaîne, jusqu’au Tizi n Glaoui inclusivement.] + +[Note 48 : Mouflons à manchettes. C’est l’animal que les Arabes +appellent _aroui_, et les Imaziṛen _aoudad_. Ce gibier est le seul +qui se rencontre dans les déserts pierreux du Petit Atlas et dans le +Bani. J’ai vu des mouflons apprivoisés à Tazenakht et à Tisint.] + +[Note 49 : Voir, sur ce sujet, _Géographie de l’Algérie_, par +M. O. Mac Carthy, Préliminaires.] + +[Note 50 : C’est prouvé par le travail de M. le lieutenant +W. Arlett : _Description de la côte d’Afrique depuis le cap Spartel +jusqu’au cap Bojador_. (_Bulletin de la Société de Géographie +de Paris_ : 1837, janvier.)] + +[Note 51 : Cette chaîne a été franchie par René Caillé entre +Qçâbi ech Cheurfa et Gigo, par M. Rohlfs entre Tesfrout (Ouad Sebou) +et Ouṭat Aït Izdeg (2085m d’altitude au col), par nous entre +Qaçba Beni Mellal et Ouaouizert (1529m au col).] + +[Note 52 : Entre 29° 30′ et 29° 03′ de latitude nord. A quelque +distance du rivage, il y a des sommets de 1190m d’altitude. Voir +la description de la côte par le lieutenant W. Arlett, déjà citée.] + + + + + IV. + + DE TIKIRT A TISINT. + + + 1o. — DE TIKIRT A TAZENAKHT. + + + 25 octobre 1883. + +Départ de Tikirt à 9 heures du matin. Je m’engage aussitôt dans +un vaste désert qui s’étend, moucheté de loin en loin de petites +oasis, entre les trois ouads Idermi, Aït Tigdi Ouchchen et Tazenakht ; +l’aspect en est partout le même : terrain montueux, chemins assez +pénibles, aucune végétation ; pas d’autres êtres vivants que les +gazelles ; le sol est formé de roches et de pierres, grès dont la +surface, semblant calcinée, est noire et luisante comme si elle avait +été passée au goudron. Cette roche, la seule que je sois appelé à +voir d’ici à Tazenakht, domine dans tout le sud. Dans les plaines, +je la trouverai sous la forme d’une croûte de petites pierres noires +et brillantes, sorte d’écaille qui couvre la terre ; en pays de +montagnes, comme ici, elle se présente sous deux aspects : tantôt +avec l’apparence d’escaliers aux degrés noircis et craquelés, +monceau de pierres luisantes entassées, tantôt en longues tables +unies et lisses. Telles sont les solitudes désolées que je parcours ; +elles font songer aux déserts de pierres noires que, dans une autre +région, S. Paulinus trouva aux abords du Grand Atlas. A 4 heures et +demie, j’arrive à l’oasis d’Iṛels ; j’y passerai la nuit. + +La route d’aujourd’hui n’était pas des plus sûres : le +frère de Chikh Moḥammed de Tikirt m’a escorté avec deux de +ses gens jusqu’à Tagenzalt ; il me quitta là, en me confiant à +deux hommes de ce qçar : ceux-ci me conduisirent à Iṛels. Nous +n’avons rencontré personne pendant tout le trajet. Point de cours +d’eau. Tagenzalt, où je me suis arrêté une demi-heure, est une +localité indépendante, se gouvernant elle-même, mais reconnaissant +la suzeraineté du chikh de Tikirt ; elle comprend environ cinquante +maisons, bâties en pisé et entourées d’une enceinte ; auprès +sont de grands et beaux jardins ; les dattiers y dominent ; on +y voit aussi des grenadiers, des figuiers, des trembles ; à leur +ombre sont des cultures. L’oasis est située au fond d’un vallon +dont le flanc occidental est à cet endroit une muraille à pic ; les +bouches d’une dizaine de cavernes s’y ouvrent. Pas de ruisseau ; +il n’y a d’autre eau que celle d’une source. Tagenzalt est, +avons-nous dit, entourée d’une enceinte de murailles : c’est une +particularité que je vois pour la première fois et qu’il importe +de signaler. Elle marque un changement dans l’état des villages : +jusqu’ici tous étaient ouverts ; désormais, en allant vers le sud, +je trouverai la plupart d’entre eux fortifiés. A dater de ce jour, +il y aura donc une distinction à faire : nous appellerons _qçar_ +tout centre fortifié, réservant le nom de _village_ pour ceux qui +ne le seront pas. Tantôt les qçars sont défendus par des murailles +qui enveloppent les habitations, murailles d’ordinaire garnies de +tours ; tantôt les murs des maisons, juxtaposés et ne laissant +passage que par une ou deux portes étroites, forment eux-mêmes +l’enceinte. Quel que soit le système adopté, les qçars sont +très ramassés, resserrés dans le plus petit espace possible : +l’opposé des villages. + +Iṛels est un beau qçar, riche et prospère, d’environ 500 +habitants. Il est très bien bâti ; point de ruines, point de maisons +en mauvais état ; tout est neuf, tout est propre et bien entretenu ; +le bas des constructions est en pierres, souvent taillées, toujours +disposées régulièrement, le haut est en pisé ; des terrasses +reposant sur de longues poutres de palmier couronnent les habitations, +des gouttières pratiquées le long des murs amènent l’eau dans des +citernes. Une enceinte garnie de tours protège le qçar ; elle est, +ainsi que tous les bâtiments de ce dernier, couverte de moulures et +de dessins à la chaux. Les jardins sont superbes : comme à Tagenzalt, +il y a des arbres variés, mais les palmiers dominent ; à leur ombre, +la terre, divisée en carrés, disparaît sous le maïs, le millet et +les légumes. Une foule de canaux arrosent ces riches plantations ; +çà et là de grands bassins maçonnés sont remplis jusqu’au +bord d’une eau limpide. Cette végétation luxuriante, ces arbres +superbes qui répandent une ombre épaisse sur une terre toute verte, +ces mille canaux, ce ciel admirable, cette nature riche et riante qui, +au milieu de la contrée la plus désolée, fait de ce séjour un +lieu de délices, se trouveront pareillement dans les autres oasis : +telle est Iṛels, tels seront tous les points où nous verrons +croître le dattier : en tous même fraîcheur, en tous même calme, +même abondance ; endroits charmants où il semble ne pouvoir exister +que des heureux. + +A peu de distance d’Iṛels, est un qçar plus petit, Tamaïoust, +également entouré de palmiers ; il forme avec Iṛels un groupe +isolé, indépendant, compris sous le nom d’Iṛels. Population +tamaziṛt, mélange de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn. Iṛels, +Tamaïoust et Tagenzalt produisent des dattes d’excellente qualité. + + 26 octobre. + +[Illustration] + +Départ à 8 heures et demie. Mon escorte, de deux fusils au début, +s’augmente de deux autres à El Bordj : ces nouveaux zeṭaṭs +sont nécessaires pour me protéger sur le territoire des Aït Tigdi +Ouchchen. Jusqu’à 10 heures, je chemine dans une région montueuse +et déserte, identique à celle où j’étais hier. A 10 heures, +j’entre dans la vallée de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen : le lit +de la rivière, d’environ 60 mètres de large, en occupe tout le +fond ; il est de sable ; au milieu, serpente un filet d’eau claire, +au courant assez rapide, de 4 mètres de large et 15 centimètres de +profondeur ; des deux côtés, poussent tantôt nombreux, tantôt +clairsemés, des tamarix et des lauriers-roses. Les flancs sont de +pure roche, grès à surface noire et luisante ; ils ont 80 à 100 +mètres de haut ; les pentes en sont raides dès le pied, et à pic +auprès du sommet ; aucune trace de végétation n’y apparaît. Je +m’engage dans le fond de cette vallée, et je ne la quitte pas +jusqu’à Tafounent. D’ici là, elle reste la même, si ce n’est +que l’eau diminue dans la rivière à mesure qu’on avance : à +Tafounent, il n’y en a plus. Les flancs demeurent jusqu’au bout +ce qu’ils étaient au début ; le gauche expire près de Tafounent, +le droit continue à perte de vue. Le fond garde partout même largeur +et même aspect ; à hauteur d’El Bordj et de Tislit seulement, +il s’étend, et se couvre un instant de cultures. De Tafounent à +Tazenakht, je traverse un plateau rocheux et désert, extrémité du +massif qui s’étend entre les ouads Idermi, Aït Tigdi Ouchchen et +Tazenakht. A 3 heures et demie du soir, j’arrive au gros village +de Tazenakht. + +[Illustration : Flanc droit de la vallée de l’Ouad Aït Tigdi +Ouchchen. (Vue prise de Tafounent.) + +Croquis de l’auteur.] + +Peu de voyageurs sur mon chemin. Je n’ai rencontré de la journée +que trois petites caravanes. Le chef de l’une d’elles entra +en longs pourparlers avec les gens de mon escorte : il désirait +me piller, leur proposait de faire la chose de concert et leur +offrait la moitié du butin. Ne leur était-ce pas plus avantageux +que de continuer, sot métier, à faire cortège à un Juif ? Mes +hommes, qui avaient des préjugés, repoussèrent sa demande. Aucun +terme ne lui parut trop fort pour exprimer combien il les trouvait +ridicules. Outre l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, j’ai traversé deux +rivières : l’Ouad Iṛels (lit de galets de 15 mètres de large, +à sec), l’Ouad Tazenakht (lit moitié galets, moitié sable, +de 50 mètres de large, à sec). Plusieurs centres habités se +sont trouvés sur ma route : Tagentout, composé de deux ou trois +maisons groupées autour d’une qoubba ; El Bordj, beau et grand +qçar, bâti sur une colline dans une situation pittoresque, +ceint de vastes jardins ; Tislit, groupe de deux petits qçars +s’élevant à 500 mètres l’un de l’autre, entourés de +vergers ; Tafounent, beau village d’environ 40 feux. Aujourd’hui, +plus de palmiers ; ils ont disparu avec Iṛels : je n’en verrai +désormais qu’après avoir atteint le versant méridional du Petit +Atlas. El Bordj, Tislit, Tafounent, appartiennent à la petite tribu +tamaziṛt des Aït Tigdi Ouchchen, tribu indépendante et isolée, +ne reconnaissant la suzeraineté de personne, ne faisant partie +d’aucune confédération. L’organisation des Aït Tigdi Ouchchen +est démocratique. + + + 2o. — SÉJOUR A TAZENAKHT. + + +Le gros village de Tazenakht, qui porte aussi les noms de Tazenag, +Aït Ouzanif, Dar ez Zanifi et Khemîs Aït Ạmer, est la capitale +d’un État ; cet État est formé de plusieurs tribus, réunies dans +la main d’un seul chef, sans être connues sous aucune dénomination +générale. Elles en ont une cependant : la plupart des tribus et +des districts des environs, Aït Tigdi Ouchchen, Aït Oubial, Aït +Selîman, Tazenakht, Tasla, Iṛels, Tammasin, d’autres encore, +sont des fractions de la grande et ancienne tribu des Aït Ạmer ; +mais ce nom est oublié : chaque branche a un nom particulier et +ne connaît que lui ; une seule a conservé le nom d’origine, en +en faisant son appellation spéciale : c’est le rameau qui habite +les bords de l’Ouad Timjijt. La souche de la race des Aït Ạmer +fut, dit-on, une seule famille : celle dont les chefs ont pris le +nom d’Aït Ouzanif. Ceux-ci ont gardé la prépondérance qu’ils +avaient à l’origine ; depuis un temps immémorial, ils possèdent le +souverain pouvoir. Le berceau de cette antique maison est la vallée +même de l’Ouad Tazenakht, qu’on appelle aussi Ouad Ouzanif. Les +représentants actuels en sont deux frères, Chikh Ḥamed ben Chikh +Moḥammed et Chikh Ạbd el Ouaḥad ; ils règnent ensemble en bon +accord ; leur résidence est le village de Tazenakht, leurs États +propres se composent du pays de Tazenakht, de celui d’Amara et de la +tribu des Aït Ạmer ; on désigne cet ensemble du nom d’une de ses +parties ou de celui de ses chefs, l’appelant soit blad Aït Ạmer, +soit blad Tazenakht, soit blad ez Zanifi ; le tout forme environ 1200 +fusils. De plus, Tammasin, les Aït Semgan, les Aït Touaïa, une +partie des Aït Zaïneb (Imzouṛen, Tadoula, Tizgzaouin, Taselmant), +le district d’Alougoum, les Aït ou Ḥamidi, quatre bourgades +du Tlit, Tasla, et quelques autres qçars isolés, se sont rangés +volontairement sous leur autorité. Celle-ci n’a rien de lourd : +le service militaire en temps de guerre, une redevance annuelle de 2 +francs par fusil, c’est tout ce qu’ils demandent à la population ; +encore beaucoup sont-ils dispensés de l’impôt, les uns vu leur +parenté avec les chikhs, d’autres par leur qualité de marabout. + +Les Zanifi sont indépendants ; comme nous l’avons dit, ils sont +d’ordinaire en bonnes relations avec le qaïd de Telouet : presque +toutes les années, jusqu’à celle-ci, l’un des deux frères +allait lui faire visite et lui apportait un cadeau de 500 à 700 +francs. Ces rapports amicaux sont sur le point de cesser : il y a +quelques jours, Chikh Ạbd el Ouaḥad, qui, par suite du grand +âge de son frère, s’occupe presque seul des affaires, a reçu +des lettres de Merrâkech, écrites par des Juifs de Tazenakht en ce +moment dans la capitale : elles lui recommandaient de ne pas aller +comme d’habitude chez le Glaoui, celui-ci ayant reçu l’ordre +de le jeter en prison à son premier voyage à Imaounin. Cet avis +semble désintéressé et part de bonne source ; d’ailleurs il ne +contient rien qui puisse surprendre : combien n’a-t-on pas vu de +chefs indépendants, venus dans les villes du makhzen confiants dans +l’amitié du sultan, parfois sur son invitation, y être incarcérés +tout à coup et maintenus au cachot jusqu’à ce qu’ils aient payé +de grosses rançons ? Simple opération financière. De même ici ; +Moulei El Ḥasen veut faire emprisonner Chikh Ạbd el Ouaḥad : +est-ce pour annexer ses États au blad el makhzen ? Point ; c’est +pour lui arracher une partie de ses richesses, qu’on dit énormes. Le +Zanifi est célèbre au Maroc pour les trésors qu’il possède, +enfouis, dit-on, sous sa demeure ; ce ne seraient là que monceaux +d’or, joyaux, armes merveilleuses. Le Zanifi passe pour le plus riche +de l’empire en bijoux anciens et objets précieux de toute sorte ; +après lui, viendrait S. El Ḥoseïn ould Ḥachera, le marabout du +Tazeroualt ; en troisième lieu, le fameux qaïd el Genṭafi. Outre +ces trésors, les chikhs de Tazenakht ont de grandes terres, et dans +leur pays, et au Mezgîṭa, et chez les Aït Zaïneb. Il y a là de +quoi tenter la cupidité proverbiale de Moulei El Ḥasen. Mais cette +fois la trahison qu’il a projetée n’aura d’autre résultat +que de briser le dernier lien entre lui et les Aït Ouzanif : les +attaquer ouvertement, il n’y saurait songer ; même au temps où +les relations étaient les plus amicales avec Tazenakht, le qaïd +de Telouet n’osa jamais y aller. Que serait-ce aujourd’hui ? Il +faudrait le sultan avec toute son armée. Encore rencontrerait-il une +résistance sérieuse : les Aït Ouzanif sont unis par de nombreuses +alliances à la maison souveraine du Mezgîṭa : ils trouveraient là +un appui solide ; ils en ont un autre dans la personne de l’Azdifi, +chikh héréditaire de la puissante tribu des Zenâga : en guerre +contre lui depuis de nombreuses années, ils viennent de lui offrir +la paix ; elle s’est conclue ces jours derniers ; une visite de +l’Azdifi, pendant mon séjour même, a cimenté le traité : on +lui a fait une réception splendide, et d’ennemis on est devenu +alliés. Les nouvelles reçues de Merrâkech n’ont, dit-on, pas +été étrangères à ce brusque accommodement. + +[Illustration : Massif rocheux situé entre Tazenakht et l’Ouad +Azgemerzi, et, en arrière, flanc droit de la vallée de cette +rivière. (Vue prise du mellah de Tazenakht.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Village d’Adreg et Djebel Siroua. + +(Les parties ombrées des montagnes sont couvertes de neige.) + +(Vue prise du marché de Tazenakht.) + +Croquis de l’auteur.] + +Tazenakht est un gros village construit dans un site triste : au nord, +s’étendent à perte de vue les solitudes pierreuses que traverse le +chemin de Tikirt ; à l’est et au sud, un massif escarpé de roche +noire et luisante, auquel la bourgade est adossée, ferme l’horizon ; +c’est vers l’ouest que le paysage est le moins désolé : de +ce côté, on aperçoit une portion de la plaine des Zenâga et au +delà, se dressant sur un piédestal de montagnes grises, la haute +cime blanche du Djebel Siroua. Au pied de Tazenakht est le lit de +la rivière du même nom, presque toujours à sec. Cette année, au +milieu de mon séjour, une nappe d’eau de 10 mètres y a coulé +durant 24 heures : ç’a été une joie universelle, le présage +d’une bonne récolte ; depuis quatre ans, on n’avait pas vu +d’eau dans l’ouad ; depuis quatre ans, il y avait disette. Le +village est bâti en long sur la rive droite de la rivière ; les +habitations, en pisé, sont la plupart délabrées ; vers le centre, +s’élève la demeure des chikhs, demeure vaste, mais simple, ne +rappelant en rien les constructions élégantes de l’Ouad Iounil et +d’Iṛels : celles-ci ont disparu par degrés à mesure que nous +nous sommes éloignés du Dra. L’aspect de Tazenakht est triste ; +on ne voit que maisons à demi démolies, pans de murs croulants ; +les ruines occupent au moins les deux tiers de la surface. C’est +l’œuvre de la famine ; quatre années de sécheresse ont produit +ce résultat ; il y a quatre ans, vivaient ici 300 familles, moitié +de Musulmans, moitié d’Israélites ; un grand commerce y apportait +la richesse ; le khemîs, marché célèbre dans le Sahara entier, +était le rendez-vous de toutes les tribus voisines : on y venait en +foule du Sous, du Dra, du Telouet même et des Ida ou Blal ; depuis +quatre ans, point d’eau, point de récoltes : les ressources se sont +épuisées, les provisions ont manqué, il a fallu émigrer ; plus de +la moitié des habitants a déserté. Aujourd’hui la population est +réduite à 80 familles musulmanes et 55 juives. La décadence s’est +mise en tout : le commerce est devenu à peu près nul ; le marché, +si animé jadis, est désert. C’est la disette de grains dans les +tribus voisines, surtout chez les Zenâga, qui a amené ce désastre ; +car en aucun temps Tazenakht ne peut se suffire à soi-même : nous +avons vu que le terrain qui l’environne est rocheux ; en outre, il +est peu arrosé : le village est alimenté par des sources ; l’eau en +est bonne et ne tarit pas ; mais si elle suffit à l’alimentation des +habitants, elle est trop peu abondante pour irriguer la campagne. Aussi +y a-t-il peu de cultures : de maigres plantations de maïs, d’oignons +et de citrouilles, s’étendant le long de la rivière ; au milieu +d’elles, des bouquets de trembles très clairsemés ; çà et là +quelques figuiers, quelques cognassiers ; c’est tout ce qu’on +voit de verdure à Tazenakht. Le climat est, me dit-on, très chaud +en été, tempéré en hiver ; il tombe quelquefois de la neige, +mais elle fond en touchant terre. + +[Illustration : Ouad Tazenakht, au pied de Tazenakht. (Vue prise +du mellah.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Maison de Chikh ez Zanifi, à Tazenakht. + +(Les montagnes ombrées sont couvertes de neige.) (Vue prise du +mellah.) + +Croquis de l’auteur.] + +Tazenakht possède un marché célèbre. La situation centrale de ce +marché entre le Sous, le Dra et le Telouet lui a donné une grande +importance ; chaque jeudi, le Sous y apporte ses huiles, le Dra ses +dattes, les Glaoua des grains ; là se fait l’échange des divers +produits : les dattes sont portées vers l’ouest et le nord, +huiles et grains prennent la direction du sud et de l’est. Les +habitants de Tazenakht ont des relations suivies avec Maroc : leurs +caravanes s’y rendent avec des peaux, des noix et des dattes, et +reviennent chargées de cotonnades, de sucre, de thé, d’allumettes, +etc. ; on emmagasine ces marchandises, et on les expose le jour du +marché. Une industrie, la fabrication des khenîfs[53], fleurit dans +la bourgade. Celle-ci est la patrie du khenîf, dont le tissage et le +brodage occupent presque toute la population. Malgré ces objets de +trafic, Tazenakht voit décliner son commerce : les tribus voisines +y viennent encore s’approvisionner des produits d’Europe ; les +Zenâga y apportent toujours leurs laines et leurs grains ; mais les +caravanes du Sous, du Mezgîṭa, des Glaoua, nombreuses autrefois, +sont aujourd’hui rares et peu importantes ; des oasis du sud on +ne vient plus. Parfois il n’y a pas 60 étrangers sur le marché ; +l’huile même manque souvent à Tazenakht ; on en est réduit, pour +s’éclairer, à faire brûler péniblement un peu de graisse, ou à +allumer une poignée d’herbes sèches. Le pays est très pauvre en +ce moment ; les chevaux et les mulets sont rares et regardés comme +un luxe ; peu de vaches ; point de chameaux ; il n’y a en certaine +quantité que des ânes, des moutons et des chèvres. + +J’entre ici, pour l’alimentation, dans une région nouvelle : +jusqu’à présent, les pauvres se nourrissaient de farine d’orge, +mais tout ce qui était aisé mangeait du blé ; à partir d’ici, +on ne voit plus de blé ; excepté les chikhs, personne ne connaît +que l’orge ; c’est l’orge qui compose et le pain, et le +couscoussou de chaque jour, et la _zemmita_[54] qu’on emporte en +voyage. Les costumes sont les mêmes que chez les Aït Zaïneb ; +mais on voit, entre les khenîfs et les ḥaïks blancs, des bernous +gris à fines raies foncées ; je n’en trouverai de semblables +qu’au Mezgîṭa. Population de Chellaḥa, mêlés de quelques +Ḥaraṭîn ; ceux-ci sont moins nombreux ici qu’à Tikirt. On +ne parle que le tamaziṛt : sur sept ou huit hommes, à peine +en trouve-t-on un qui sache l’arabe ; aucune femme ne comprend +cette langue ; les Juifs même ne s’en servent pas habituellement +entre eux. + + + 3o. — DE TAZENAKHT A TISINT. + + +Aller de Tazenakht à Tisint eût été chose facile autrefois, +lorsque, chaque jeudi, des Ida ou Blal venaient ici attirés par +le marché : on eût loué une escorte parmi eux ; le chemin, +infesté de bandes pillardes de leur tribu, ne peut se parcourir +que sous leur protection, ou en compagnie d’étrangers qu’ils +respectent. Aujourd’hui Tazenakht n’a plus de relations avec +le Sahara, on ne peut espérer l’arrivée d’Ida ou Blal. Il me +faut chercher, comme zeṭaṭ, un homme du pays qui soit connu +et considéré des nomades du sud. Le Zanifi et l’Azdifi sont +dans ces conditions et pourraient me faire parvenir en sûreté ; +mais on me détourne de m’adresser à ces seigneurs : si, me +dit-on, ils vous jugent pauvre, ils ne vous conduiront point, n’y +trouvant pas leur profit ; si, au contraire, ils vous croient riche, +ils vous _mangeront_ en route, vous et ce que vous avez, y trouvant +plus de profit ; il est imprudent de se mettre entre les mains des +souverains : leur haute position les met trop au-dessus de tout ; +que leur importe de passer pour loyaux ou sans foi ? il faut prendre +pour zeṭaṭ un homme assez fort pour faire respecter son ạnaïa, +mais non tant qu’il n’ait intérêt à garder une réputation +intacte. Après quinze jours de recherches, je trouvai quelqu’un qui +réunissait à ces deux conditions celle d’avoir dans le sud des +relations lui permettant d’y aller sans trop de danger. Lui aussi +portait le titre de chikh. Ce nom n’est point ici une expression +désignant le chef temporaire d’un douar ou d’un qçar ; c’est +un titre rare et respecté, qui est héréditaire et appartient aux +seuls chefs de quelques grandes familles ; tels sont le Zanifi, +le Mezgîṭi, Ben Ọtman, l’Azdifi, et enfin mon zeṭaṭ, +Chikh Moḥammed ou Ạziz ould Chikh El Ḥasen. Mais celui-ci +est un prince détrôné ; c’est pourquoi l’on peut se fier en +lui. Chef d’une maison souveraine des Zenâga, il partageait jadis +l’autorité dans cette tribu avec l’Azdifi ; une longue guerre +eut lieu entre les deux familles rivales ; elle se termina, il y a +quinze ans, par la ruine de Chikh Moḥammed ou Ạziz. Son château +fut détruit. Il dut chercher refuge à l’étranger. C’est alors +qu’il vint s’établir à Tazenakht. Il en est aujourd’hui un des +hommes les plus considérés et s’y est fait une grande renommée de +courage. Y a-t-il une expédition guerrière ? On le trouve toujours au +premier rang, avec Chikh Ạbd el Ouaḥad. Sa maison avait de vieilles +relations avec les tribus du sud ; les liens du sang l’unissent à +plusieurs d’entre elles ; il n’a cessé d’entretenir ces bons +rapports ; mieux que personne, il pourra me défendre. Tel est celui +qui va me conduire : je n’aurai qu’à me louer de lui. + + 12 novembre. + +Départ à 10 heures et demie. Chikh Moḥammed, monté sur une belle +jument, et deux de ses esclaves à pied m’escortent. Après avoir, +par un chemin pierreux, contourné le massif auquel Tazenakht est +adossée, j’entre dans une immense plaine, dont le nord forme +le territoire des Aït Ạmer, et dont les portions centrales et +méridionales appartiennent aux Zenâga. Cette plaine est limitée : +au nord, par les premières pentes du désert montueux qui s’étend +entre les ouads Idermi et Tazenakht ; à l’est, à l’ouest +et au sud, par un talus de grès identique à celui qui forme le +flanc droit de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen : même composition, +même pente, même élévation de 80 à 100 mètres. Vers le sud, +le sommet de ce talus est le faîte même du Petit Atlas ; vers +l’ouest, il est le premier échelon du Siroua, dont la haute cime +domine toute la contrée. Dans le nord, on distingue au loin une +longue ligne blanche : le Grand Atlas. Le sol de la plaine n’a pas +une ondulation, il est uni comme une glace ; c’est, au début, de +la roche couverte d’une mince couche de sable : à mesure qu’on +avance vers le sud, on voit cette couche s’épaissir rapidement ; +au delà de l’Ouad Timjijt, le terrain n’est plus que sable semé +d’un peu de gravier, les plantations commencent ; à partir de +l’Ouad Tiouiin, on rencontre à peine une pierre de loin en loin, +le sol se couvre de cultures et se sème de villages ; enfin, au sud +de Tamarouft, plus de pierres du tout, sable pur, on n’aperçoit +que champs de toutes parts. En résumé, c’est une plaine très +riche ; le sol y est d’une fertilité admirable : une partie +seulement en est ensemencée, et les grains en alimentent toutes +les tribus voisines ; elle pourrait se cultiver en entier. L’eau +seule manque quelquefois ; cette terre excellente est peu arrosée : +on y voit les lits d’un grand nombre de ruisseaux, de rivières, +mais presque tous à sec : il faut la pluie pour féconder. Sur les +parties laissées incultes, le thym seul pousse en cette saison ; +en repassant au printemps, je trouverai les mêmes places couvertes +de _seboula el far_ et d’autres herbes qui servent à la nourriture +des troupeaux. Telle est la plaine où je marche aujourd’hui. Plus +j’avance, plus l’aspect en devient riant. A partir de Temdaouzgez, +on ne voit de tous côtés que travailleurs dans les champs : il vient +de pleuvoir durant plusieurs jours ; c’est la récolte assurée : +aussi chacun de labourer le plus qu’il peut et d’ensemencer à la +hâte, pour profiter de cette année de prospérité qui succède à +quatre de disette. A 4 heures, j’arrive à Tamarouft, gros village +où je passerai la nuit. + +Point d’autres voyageurs que nous sur la route. J’ai traversé +deux rivières : l’Ouad Timjijt (au point où je l’ai passé, il +coule dans une dépression d’un kilomètre de large, de quelques +mètres au-dessous du niveau de la plaine ; lit de vase de 30 +mètres, au milieu duquel serpentent 2 mètres d’eau claire et +courante) ; l’Ouad Azgemerzi (il coule, au-dessous de Temdaouzgez, +dans une dépression de 300 mètres de large et de quelques mètres de +profondeur ; au-dessus de ce lieu, le lit est au niveau de la plaine ; +il a 30 mètres de large ; fond de sable, avec 2 mètres d’eau +courante ; rives bordées de tamarix). Les divers centres habités +que nous avons rencontrés d’Asersa à Tamarouft sont des villages +en pisé blanc, médiocrement construits, entourés de jardins bien +cultivés, mais pauvres de végétation ; les arbres, en petit nombre, +y sont les mêmes qu’à Tazenakht : le tremble domine. L’eau, +peu abondante dans les rivières, se trouve à une courte profondeur, +en creusant le sol ; on voit au milieu des plantations une grande +quantité de puits. + +Les Zenâga, chez qui je me trouve ici, se font appeler, lorsqu’on +écrit leur nom en arabe, _Cenhadja Oulḥourri_. C’est une +tribu riche et puissante ; son territoire s’étend et sur la +plaine où nous sommes et sur les montagnes qui la bordent : dans +la plaine, elle a ses cultures et ses villages, ceux-ci au nombre +d’une quarantaine ; dans la montagne paissent ses troupeaux. Les +Zenâga sont sédentaires et Imaziṛen ; ils sont Chellaḥa ; +pas un Ḥarṭâni parmi eux. Ils sont de beaucoup, des tribus +que j’ai vues, celle où le tamaziṛt est employé de la façon +la plus exclusive ; personne ici ne sait l’arabe, pas même les +gens riches, pas même les chikhs ; jusqu’aux Juifs, dont bon +nombre n’entendent que le tamaziṛt. Si j’avais dû trouver +quelque part des écrits dans cette langue, c’eût été ici ; mes +questions à ce sujet y ont été aussi infructueuses qu’ailleurs : +non seulement on n’en possède point, mais on semble ignorer qu’il +en ait existé. A ce caractère distinctif des Zenâga, leur langage, +un second se joint, leur physionomie ; ils en ont une spéciale qui +ne se retrouve pas chez d’autres : sans avoir rien des Ḥaraṭîn, +ils ont le teint très bronzé ; leurs traits sont accentués et durs ; +presque tous sont laids, mais grands, secs et forts[55]. C’est une +tribu farouche, guerrière et pillarde, la crainte de ses voisins, +l’effroi des voyageurs ; il faut l’ạnaïa d’un homme puissant +pour qu’un étranger puisse la traverser sans péril. Elle était +gouvernée autrefois par les deux maisons souveraines dont nous avons +parlé plus haut ; aujourd’hui elle obéit tout entière à un seul +chef, Chikh Ḥammou ben Chikh Moḥammed d Ida el Qaïd. Celui-ci +a pour résidence le village d’Azdif, d’où le nom d’Azdifi, +sous lequel il est connu. Il a un frère, Ạbd el Ouaḥad d Ida el +Qaïd, qui porte aussi le titre de chikh et habite avec lui. Le nom +de leur famille, _Ida el Qaïd_, vient de ce que jadis un de leurs +ancêtres reçut le titre de qaïd d’un sultan. Duquel ? Nul ne +peut le dire. Quand ? On l’ignore. Tout ce qu’on sait, c’est +que, depuis un temps immémorial, cette maison règne sur les +Zenâga. Son pouvoir s’étend plus loin ; elle a forcé plusieurs +tribus et districts du voisinage à le reconnaître. Le Tlit lui est +soumis. Tisint l’était autrefois, mais depuis vingt ans elle a +secoué le joug. Inutile de dire que les Zenâga sont indépendants ; +tout ce qui est au sud de Tazenakht l’est de la manière la plus +complète. Voici une anecdote qui donnera l’idée du genre de +relations qu’on a ici avec le makhzen. Au mois d’avril 1884, +comme je repassai dans ces parages, je rencontrai, entre El Ạïn +et Tazenakht, Chikh Ḥammou el Azdifi qui revenait du dernier point, +où il avait passé quelques jours en visite chez le Zanifi. J’avais +comme zeṭaṭ un esclave de Sidi Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, +marabout des Aït Ạmer, chef de la zaouïa de S. Ạbd Allah +ou Mḥind. Aussitôt que les cavaliers de la suite du chikh nous +aperçurent, ils nous prirent au col, Mardochée et moi, en réclamant +un droit de passage, une zeṭaṭa. Leur maître s’était arrêté +et regardait impassible la bousculade. Un des hommes nous demanda +d’où nous étions. « De Merrâkech. — Des gens de Merrâkech, +des sujets du sultan ! s’écria le chikh. La bonne aubaine ! Trois +Zenâga sont en prison dans le blad el makhzen. Voici des otages +qui arrivent à propos. Qu’on les emmène et qu’on les mette aux +fers. Ils y resteront jusqu’à ce que Moulei El Ḥasen nous ait +rendu nos sujets. » Lorsqu’il entendit ce langage, l’esclave du +marabout prit la bride du chikh et lui déclara que, sujets ou non du +sultan, nous étions sous l’ạnaïa de son maître Sidi Ḥamed, +et que par conséquent nul n’avait droit de nous toucher. A ces +paroles, tout change. Toucher aux protégés de Sidi Ḥamed ! Qui y +a pensé ! Non seulement on ne nous emmène pas, mais on nous laisse +passer sans exiger de zeṭaṭa. Tel est le prestige du sultan. On +le regarde comme un chef de tribu éloigné, avec qui on serait en +assez mauvais rapports. + +Les Zenâga comptent environ 1700 fusils ; ils ont à peine 20 +chevaux. Un seul marché sur leur territoire, l’Arbạa Taleouin. + + 13 novembre. + +Départ à 7 heures du matin. Nous marchons d’abord dans la même +plaine qu’hier, toujours unie, fertile, peuplée. A 9 heures et +demie, nous sommes à son extrémité sud, au pied du talus qui la +borne. Le sommet de ce talus forme ici la crête supérieure du Petit +Atlas. Nous allons la franchir. Une brèche profonde se dessine en +face de nous ; nous montons vers elle par un couloir en rampe douce. A +10 heures un quart, nous atteignons le col, _Tizi Agni_, et la ligne +de faîte du Petit Atlas. Devant nous, au milieu d’entassements de +roches noires, s’ouvre un ravin : aucune largeur au fond, où un +filet d’eau bondit par hautes cascades ; flancs très escarpés, +souvent à pic ; pas de trace de terre ni de végétation ; tout +est pierre, grès noir et luisant. Vers le sud, on n’aperçoit +d’abord qu’une longue succession de croupes brunes, flancs de la +vallée dont la source est ici, versant méridional du Petit Atlas ; +puis, au delà, à une grande distance, une plaine blanche ; enfin, +bornant l’horizon, une dernière chaîne de montagnes, dominée +par un pic bleuâtre : c’est le Bani, avec le mont Taïmzouṛ, +au pied duquel est Tisint. Nous nous mettons à descendre le ravin +où plongent nos regards ; chemin difficile à travers les roches du +flanc droit : du col au village d’Agni, où nous parvenons à midi, +on ne peut marcher qu’à pied. A Agni, le sentier atteint le fond +de la vallée ; celle-ci, en aval de ce point, change d’aspect : +jusque-là, la rivière coulait par cascades ; la pente de son lit +était très rapide ; les flancs étaient si escarpés, et en même +temps si resserrés, qu’en arrivant ici j’ai vu l’ouad pour la +première fois depuis le col. Au delà, au contraire, plus de chutes ; +les flancs resteront hauts et raides, mais le fond de la vallée sera +en pente douce et prendra quelque largeur. + +[Illustration : Vue dans la direction du sud, prise du col d’Agni. + +Croquis de l’auteur.] + +Ce changement n’est pas le seul qui m’attende : en approchant +d’Agni, j’aperçois, se détachant sur le fond noir du roc, +les panaches verts des palmiers ; ils recommencent ici : à +l’ouest du Dra, la crête du Petit Atlas est leur limite nord ; +je les retrouve donc pour ne pas les quitter de longtemps. Nous +faisons halte au village d’Agni[56]. C’est un groupe de huttes +en pierres sèches, où vivent misérablement dix ou douze familles +de Ḥaraṭîn. Le fond de la vallée a momentanément 80 mètres de +large ; il est couvert de cultures et ombragé de dattiers ; au milieu +coule l’Ouad Agni, avec 3 mètres d’eau verte et courante. Les +habitants reconnaissent l’autorité des Zenâga ; elle finit ici. + +A 3 heures et demie, nous nous remettons en route. Nous rentrons +dans le désert pour y rester jusque auprès de Tisint. A présent, +c’est dans le lit de la rivière que l’on marche ; dès la sortie +d’Agni, il se dessèche et embrasse tout le fond de la vallée, +large de 40 mètres ; cet espace est couvert d’une couche de +galets, qui rendent la marche pénible ; pas d’autre végétation +que des jujubiers sauvages, de 2 à 3 mètres d’élévation, et des +ḥeuboubs, de 1 à 2 mètres, croissant au pied des flancs. Ceux-ci +restent les mêmes, toujours rocheux et noirs, hauts, escarpés. Nous +cheminons lentement dans ce couloir sauvage, en en suivant les +mille détours. Pendant trois longues heures, la vallée demeure +ainsi. Après ce temps, le fond s’élargit un peu. A 7 heures, +les flancs s’abaissent et meurent : c’est la fin du Petit Atlas ; +j’en suis arrivé au pied. Devant moi s’étend une immense plaine, +qui apparaissait du haut du col : on l’appelle la Feïja. C’est +un vaste désert s’étendant entre le Petit Atlas et le Bani : +sol de sable, parfaitement plat ; un grand nombre de rivières et de +ruisseaux, tous à sec, le sillonnent ; pas d’autre végétation +que des gommiers de 2 à 3 mètres, nombreux au pied du Petit Atlas +et le long des cours d’eau, d’autant plus clairsemés qu’on +s’éloigne de ceux-ci et qu’on va vers le sud : je vois ces +arbres pour la première fois. Il fait nuit quand nous entrons dans +la Feïja ; Chikh Moḥammed l’avait calculé ainsi ; ce désert, +sans cesse parcouru par les _ṛezous_[57] des Ida ou Blal, des +Oulad Iaḥia, des Berâber, est un passage des plus dangereux : +a-t-on à le traverser ? on s’arrange pour le faire de nuit, +afin d’échapper, à la faveur des ténèbres, aux embuscades qui +s’y dressent. Nous nous y engageons donc, nous dirigeant droit +sur la cime du Taïmzouṛ, qui se détache en noir devant nous. A +10 heures du soir, après trois heures d’une course rapide, nous +parvenons au pied du Bani, à l’oasis de Tanziḍa. Ici, plus de +péril ; nous circulons lentement au travers de mille canaux, entre de +grands palmiers aux aspects fantastiques, dont les rameaux, argentés +par la lune, jettent sur nous une ombre épaisse. J’arrive ainsi +jusqu’au qçar : il m’apparaît tout entier, avec ses maisons de +pisé blanc étagées au pied de la paroi luisante de la montagne, +dont les roches polies miroitent par cette belle nuit. La lune, qui +brille au milieu d’un ciel sans nuages, jette une clarté douce ; +l’air est tiède, pas un souffle ne l’agite. En ce calme profond, +au milieu de cette nature féerique, j’atteins mon premier gîte +du Sahara. On comprend, dans le recueillement de nuits semblables, +cette croyance des Arabes à une nuit mystérieuse, _leïla el qedr_, +dans laquelle le ciel s’entr’ouvre, les anges descendent sur la +terre, les eaux de la mer deviennent douces, et tout ce qu’il y a +d’inanimé dans la nature s’incline pour adorer son Créateur. + +Depuis le Tizi Agni, je n’ai pas rencontré une seule personne +sur la route. Auprès de Tanziḍa, j’ai traversé l’Ouad Agni +(lit de sable de 30 mètres de large ; 8 mètres d’eau ; la rivière +coule à 20 mètres environ au-dessous du niveau de la Feïja ; rives +bordées de palmiers), et l’Ouad Tanziḍa (40 mètres de large ; +fond de sable ; eau salée ; il n’y a que 4 mètres d’eau dans +le lit, la plus grande partie étant détournée pour l’arrosage +des plantations). + + 14 novembre. + +Tanziḍa est un grand qçar peuplé surtout de Ḥaraṭîn. Il +se gouverne à part et ne compte avec aucun district ; mais il +reconnaît, comme tous les centres des environs, la suzeraineté des +Ida ou Blal. La vallée, ou plutôt l’encaissement au bord duquel +il s’élève, a environ 1000 mètres de large ; il est borné au +sud par le Bani, et au nord par la Feïja, en contre-bas de laquelle +il est de 20 à 25 mètres ; un talus presque à pic l’en sépare ; +le fond, de sable blanc, est planté de palmiers. + +[Illustration : Chaîne du Bani, Djebel Taïmzour et Foum Tisint. (Vue +prise de Ez Zaouïa, qçar de Tisint.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration] + +Départ de Tanziḍa à 8 heures et demie. Je suis le fond de la +vallée. Il se rétrécit peu à peu et finit, près d’Aqqa Aït +Sidi, par n’avoir plus que 200 mètres de large ; hors cela, il +demeure le même : toujours sablonneux, toujours ombragé de dattiers, +toujours séparé de la Feïja par une muraille verticale. A Aqqa Aït +Sidi, changement brusque : les dattiers disparaissent ; la vallée +se rétrécit tout à coup, de façon à ne garder qu’une largeur +de 40 mètres, la place de la rivière ; en même temps celle-ci +s’enfonce dans un profond kheneg. Ce défilé s’appelle Foum +Tisint ; s’ouvrant dans le flanc du Bani, il donne issue aux eaux +du Petit Atlas et de la Feïja. Le passage, de 150 mètres de largeur +totale, se divise en deux parties : l’une est un plateau sur lequel +passe le chemin ; l’autre, en contre-bas de la première, et large +de 40 mètres, est occupée par le lit du cours d’eau ; ces deux +portions sont séparées par un talus à 1/1 de 20 à 30 mètres +de haut. Plateau, talus, chemin, tout n’est que pierre, comme les +flancs de la montagne ; ceux-ci sont escarpés, et composés de cette +roche noire et luisante que je trouve si souvent dans le sud. Le Bani +est fort étroit ; c’est une arête aiguë, une lame qui émerge du +sol ; quoique je le traverse obliquement, il est bientôt franchi : +en un quart d’heure, j’atteins l’extrémité sud du kheneg. Là +toute l’oasis de Tisint se découvre à mes yeux : immense forêt +de palmiers, vaste étendue sombre, au milieu de laquelle brillent +les taches blanches des qçars ; des collines basses, des talus de +sable jaune, bordent au loin l’océan de verdure ; à mes pieds, +la rivière, qui sort du kheneg, s’avance avec majesté, pleine +d’une eau bleue et limpide, vers les bois de dattiers où je la +vois bientôt s’enfoncer et disparaître. Sur sa rive droite, au +seuil des plantations, est le grand qçar d’Agadir. J’y entre à +10 heures du matin. + +Dans cette courte marche, j’ai traversé ou vu plusieurs cours +d’eau : l’Ouad Tanziḍa (lit mi-sable, mi-gravier ; 100 mètres +de large, avec 8 mètres d’eau, jusqu’au confluent de l’Ouad +Aginan ; 200 mètres de large, avec 20 mètres d’eau, au-dessous de +ce point) ; l’Ouad Aginan (je ne le vois que de loin ; sa vallée, +ombragée de palmiers, se creuse à pic dans les sables de la Feïja ; +elle semble identique à celle de l’Ouad Tanziḍa) ; l’Ouad Qaçba +el Djouạ (lit moitié roche, moitié sable, de 25 mètres de large, +avec 8 mètres d’eau claire et courante ; cette eau est douce) ; +l’Ouad Tisint (le lit, au point où je le traverse, a 40 mètres +de large ; il est de sable ; une eau limpide et courante, profonde +de 70 centimètres, en occupe la moitié ; cette eau est salée, +comme celle de l’Ouad Tanziḍa qui la compose en partie). + + +[Note 53 : Au singulier, _khenîf_ ; au pluriel, _khenfân_.] + +[Note 54 : La _zemmita_ se compose de blé ou d’orge grillé, puis +moulu ; elle se mange avec un peu d’eau ; suivant la quantité de +celle-ci, on fait soit une pâte, soit une bouillie.] + +[Note 55 : On peut leur appliquer de tous points ces mots de +M. Duveyrier sur les Touâreg : « En général les Touâreg +sont de haute taille... Tous sont maigres, secs, nerveux ; leurs +muscles semblent des ressorts d’acier. Blanche est leur peau dans +l’enfance ; mais le soleil ne tarde pas à lui donner la teinte +bronzée spéciale aux habitants des tropiques. » (H. DUVEYRIER, +_Touâreg du Nord_, liv. IV, chap. IV, _Caractères physiques des +Touâreg_.)] + +[Note 56 : _Agni_, pluriel _ignan_. Mot amaziṛ ayant le sens de +brèche, tranchée, défilé très étroit.] + +[Note 57 : On appelle _ṛezou_ des troupes de partisans qui +se réunissent pour exécuter des coups de main, _ṛazia_. Les +ṛezous n’ont pour but que le pillage ; ils opèrent soit contre +les caravanes et les voyageurs, soit contre des tribus ennemies.] + + + + + V. + + SÉJOUR DANS LE SAHARA. + + + 1o. — TISINT. + + +En arrivant à Tisint, une région nouvelle a commencé pour +moi ; ciel, productions, habitants, costumes, tout y diffère de +ce que j’ai vu avant ce jour. Jusqu’ici j’étais dans un +pays montagneux ; il avait le climat et les produits du sud de +l’Europe ; les habitants étaient des Chellaḥa, presque tous +vêtus de laine blanche. Ce pays, le Bani en est la limite. Lorsque, +après l’avoir traversé, on entre à Tisint, on met le pied dans +un monde nouveau. Ici, pour la première fois, l’œil se porte +vers le midi sans rencontrer une seule montagne : la région au +sud du Bani est une immense plaine, tantôt blanche, tantôt brune, +étendant à perte de vue ses solitudes pierreuses ; une raie d’azur +la borne à l’horizon et la sépare du ciel : c’est le talus de +la rive gauche du Dra ; au delà commence le Ḥamada. Cette plaine +brûlée n’a d’autre végétation que quelques gommiers rabougris, +d’autres reliefs que d’étroites chaînes de collines, rocheuses, +entrecoupées, s’y tordant comme des tronçons de serpents. A côté +du désert morne, sont les oasis, avec leur végétation admirable, +leurs forêts de palmiers toujours verts, leurs qçars pleins de +bien-être et de richesse. Travaillant dans les jardins, étendue +nonchalamment à l’ombre des murs, accroupie aux portes des maisons +causant et fumant, on voit une population nombreuse d’hommes au +visage noir, Ḥaraṭîn de couleur très foncée ; leurs vêtements +me frappent d’abord : tous sont vêtus de cotonnade indigo, étoffe +du Soudan. Je suis dans un nouveau climat : point d’hiver ; on sème +en décembre, on récolte en mars ; l’air n’est jamais froid ; +au-dessus de ma tête, un ciel toujours bleu, + + + Où jamais ne flotte une nue, + + S’étale implacablement pur. + + +Tisint est une des plus grandes oasis du Sahara Marocain. Elle est +située au fond d’une cuvette dont les bords sont, d’une part +le Bani, de l’autre une ceinture de collines, rocheuses au sud, +sablonneuses à l’est et à l’ouest. Au milieu de ce cercle, +s’étend une plaine de sable blanc : là se trouve l’oasis, +forêt de palmiers traversée par une belle rivière, avec qçars +s’élevant à la lisière des plantations. + +L’Ouad Tisint a en toute saison beaucoup d’eau ; cette eau est +salée ; les habitants boivent de préférence celle qui provient de +pluie, et qui se conserve en quelques creux de rochers des environs ; +ils n’ont pas de citernes. La rivière renferme beaucoup de +poissons ; on en pêche qui ont 40 centimètres de longueur. Ces +poissons, cette onde abondante et amère donnent lieu à mille +légendes : les gens du pays ne doutent pas que l’Ouad Tisint +ne tire ses eaux de la mer. Leur opinion tient à une croyance +répandue dans les campagnes du Maroc. Les fleuves, les ruisseaux, +les sources qui coulent à la surface du globe, ont deux origines +principales : les uns, d’eau douce, viennent des nuages du ciel, +dont la substance s’emmagasine dans la terre ; les autres, salés, +sont produits par l’onde marine, qui s’infiltre sous le sol. Il y +a aussi des lits qui ne s’emplissent que durant les pluies : pour +ceux-ci, point d’hésitation sur la cause qui les forme. Enfin on +voit des cours d’eau d’une quatrième sorte, les plus mystérieux ; +ils coulent l’année entière, qu’il pleuve ou non, sans qu’on +leur connaisse de source : ils ne viennent ni de la terre, ni de la +mer, ni du ciel, mais de Dieu seul. L’Ouad Tisint passe au milieu +des dattiers ; ils croissent sur ses bords mêmes et ombragent ses +flots ; le lit de la rivière, presque partout rocheux, est au niveau +des plantations et sans berges ; il a 100 à 120 mètres de large, +dont le quart est couvert par la nappe liquide, d’ordinaire divisée +en plusieurs bras. Au-dessus de l’oasis, le volume des eaux est +plus considérable. A l’entrée de la forêt, en face d’Agadir, +un barrage les arrête : il se forme à ce point un réservoir long +et profond, d’où partent une foule innombrable de conduits qui vont +arroser chaque clos. Des diverses oasis que je verrai au Maroc, aucune +n’est comparable à Tisint pour la quantité des eaux courantes : +à chaque pas, on traverse des canaux, dont plusieurs ont jusqu’à +2 mètres de large et 40 ou 50 centimètres de profondeur. + +Le sol de l’oasis est tout sable. Les palmiers qui le couvrent +sont plantés très serrés ; des murs de pisé les divisent en une +infinité d’enclos ; peu d’autres arbres s’y mêlent, de loin en +loin on aperçoit quelques figuiers. Point de cultures à l’ombre +des dattiers : on réserve toute l’eau pour l’irrigation de cet +arbre précieux. Il n’y a de champs qu’en dehors de la forêt, +à la lisière de l’oasis ; là on cultive dans le sable des +légumes et de l’orge ; on ne le fait que les années de pluie, +quand l’eau du ciel féconde la terre, et que la rivière, plus +grosse que d’habitude, fournissant plus qu’il ne faut aux palmiers, +permet d’arroser une plus grande surface de terrain. La datte est la +fortune de Tisint ; grâce à elle, cette dernière est un des centres +les plus prospères du Sahara Marocain : suivant un dicton du pays, +des trois oasis célèbres de la contrée, Tatta, Aqqa et Tisint, +la première l’emporte en population, et la dernière en nombre de +palmiers. Tisint produit des dattes de plusieurs espèces : _djihel_, +_bou iṭṭôb_, _bou feggouç_, _bou sekri_, _bou souaïr_[58] ; +les djihels y dominent de beaucoup : elles y sont très bonnes, +tandis qu’ailleurs elles sont d’ordinaire médiocres. + +[Illustration : Oasis de Tisint. (Vue générale prise d’Agadir.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Oasis d’Aqqa. (Vue générale prise des coteaux +situés au nord-est du qçar d’El Kebbaba.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Plateau des Ilalen, plaines du bas Sous, Océan +Atlantique, Grand Atlas. (Les parties ombrées du Grand Atlas sont +couvertes de neige.) (Vue prise d’Afikourahen.) + +Croquis de l’auteur.] + +Les qçars de Tisint sont au nombre de cinq : Agadir (500 familles), +Aït ou Iran, Taznout, Ez Zaouïa, Bou Mousi. Agadir et Bou Mousi +sont les deux principaux ; en temps de guerre, tout Tisint enferme ses +biens entre leurs murs. Bou Mousi et Ez Zaouïa sont habités presque +exclusivement par des marabouts ; à Bou Mousi, se trouve la zaouïa de +Sidi Ạli ou Ạbd er Raḥman, dont l’influence est grande sur les +Oulad Iaḥia ; à Ez Zaouïa, celle de Sidi Ạbd Allah ou Mḥind, +avec le tombeau de ce saint et celui de son fils Sidi Moḥammed ou +Bou Bekr ; cette dernière est très vénérée d’une partie des +Berâber ; de tout le voisinage on vient visiter les mausolées des +trois bienheureux et apporter des offrandes à leurs descendants. Il y +a d’autres qoubbas à Tisint : telle est celle de Moulei Ismạïl, +en face d’Agadir. Tant de saints, morts et vivants, prouvent une +population pieuse ; en effet les Ḥaraṭîn de Tisint sont dévots, +formant contraste en cela avec les autres Musulmans de la contrée, +et surtout avec ces « païens » d’Arabes, comme ils appellent +les nomades voisins. A Tatta, à Aqqa d’une part, chez les Zenâga +de l’autre, personne ne fait le pèlerinage de la Mecque, personne +ne sait lire, si ce n’est un petit nombre de marabouts ; personne +ne dit régulièrement les prières, beaucoup ne les savent pas. Le +seul acte religieux qu’on fasse est de donner quelque argent à +des zaouïas ; encore ne le leur apporte-t-on point : il faut que +les religieux aillent eux-mêmes quêter en chaque village. Chez +les nomades, chez les Ida ou Blal surtout, c’est pis : on a beau +venir chez eux, ils ne donnent rien ; si les marabouts insistent, ils +les traitent de fainéants et les renvoient en se moquant d’eux ; +leur parle-t-on du ḥadj ? ils répondent qu’ils ne vont qu’où +il y a de l’argent à gagner ; quant à lire et à écrire, pas +un homme ne le sait dans la tribu ; prier, ils n’y ont jamais +pensé. A Tisint, au contraire, peu de gens jouissant d’un peu +d’aisance qui ne portent le titre de ḥadj. Faire le pèlerinage +est l’ambition de tous les habitants. Il faut 1000 ou 1500 francs +pour cela, grosse somme dans le pays : ils travaillent sans relâche +jusqu’à ce qu’ils l’aient acquise ; l’ont-ils ? les voilà +partis pour Tanger, et de là pour la Mecque. Prodige plus rare, +quelques-uns savent lire. C’est la première fois qu’en dehors +des villes et des zaouïas je vois des Marocains lettrés. Tisint +est une merveille au milieu de l’ignorance générale. Avec cette +piété, il ne peut régner pour les marabouts qu’une libéralité +et un respect extrêmes : couvents et religieux ont fleuri de toutes +parts sur un sol si propice. + +A Tisint, comme partout au sud du Bani, la plupart des constructions +sont en pisé ou en briques séchées au soleil ; quelquefois, dans +les maisons pauvres, les parties basses sont en pierre ; les demeures +riches sont tout en pisé. Cette dernière matière est la seule +estimée dans le pays. Pour les charpentes, on se sert de poutres de +palmier. Les maisons ont un rez-de-chaussée, un premier étage et +une terrasse ; chacune possède une cour intérieure. Quelques rares +bâtiments sont blanchis ; la chaux est en général réservée aux +qoubbas. Les rues sont étroites, à tel point que, dans la plupart, +les mulets ne peuvent passer chargés ; elles sont en grande partie +couvertes. + +La population de Tisint, comme celle de toutes les oasis du sud +du Bani, est un mélange de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn ; ici +ces derniers, en proportion bien plus forte que partout ailleurs, +forment plus des neuf dixièmes des habitants : ainsi Tisint est +presque entièrement peuplée de Ḥaraṭîn. En même temps, +sans doute à cause de cela, leur couleur y est plus foncée que +nulle part. Nous remarquerons, en tous lieux, que le teint des +Ḥaraṭîn est d’autant plus noir qu’ils sont plus compacts, +d’autant plus clair que les Chellaḥa auxquels ils sont mélangés +sont plus nombreux. + +[Illustration : Hartania de Tisint. + +Croquis de l’auteur.] + +Les costumes sont les suivants. Au lieu de chemise, on porte une +kechchaba de cotonnade indigo (_khent_)[59] : c’est un morceau +d’étoffe, de 2 mètres à 2m,50 de long sur 1 mètre à 1m,20 +de large, au milieu duquel est pratiquée une fente longitudinale +où l’on passe la tête ; les deux pans de la pièce tombent +naturellement, l’un par devant, l’autre par derrière ; point de +coutures ; on se contente de nouer ensemble les coins des pans dans +le bas, à droite et à gauche ; le côté reste nu. La plupart du +temps on n’a qu’une kechchaba ; quelques riches en mettent deux, +la seconde étant en coton blanc (_sḥen_). Par-dessus ce vêtement, +les uns portent le ḥaïk de laine blanche, d’autres le bernous, +parfois blanc, plus souvent brun (_kheïdous_), quelques-uns le +khenîf. On s’entoure la tête d’un étroit turban de khent ou, +plus souvent, on reste tête nue. Aux pieds on a des belṛas jaunes, +au bras quelque amulette, au cou un cordon de cuir où sont pendus +quatre objets : une pipe[60] à fourneau en bois noir du Soudan, +un poinçon pour la nettoyer, une pince pour saisir la braise et +allumer, enfin un sachet de cuir pour le tabac ; ces sachets, appelés +_bit_, tous du même modèle, sont apportés de Timbouktou. Le costume +comporte une dernière pièce, qui couvre tour à tour diverses parties +du corps : c’est le caleçon. Il est de khent et descend au-dessous +du genou. Les riches seuls le possèdent. A l’intérieur des qçars, +ils le portent comme se porte d’ordinaire ce vêtement. Sortent-ils, +ont-ils une marche à faire ? ils l’ôtent, sous prétexte qu’il +gêne les mouvements, et se l’enroulent autour de la tête comme +renfort de turban. Tels sont les costumes et la façon de s’habiller +des Musulmans sédentaires dans les oasis du sud du Bani, entre Dra +et Sahel. Les vêtements des nomades de la même région diffèrent +peu ; ils sont moins variés encore : une seule kechchaba, toujours +de khent ; le caleçon facultatif ; un ḥaïk de laine blanche ; +un bernous de même couleur ; rien sur la tête, chez quelques +vieillards seuls un turban de khent ; une amulette enfermée dans un +étui de métal et pendue soit au cou, soit au bras ; la pipe et ses +accessoires : c’est là leur costume uniforme. Parmi eux, les Ida ou +Blal se distinguent par leur façon de porter les cheveux : alors que +les autres Marocains que j’ai vus les rasent ou les tiennent très +courts, beaucoup d’Ida ou Blal les laissent pousser et gardent une +chevelure longue de 10, 15 et 20 centimètres. Les femmes s’habillent +d’une manière identique chez les Ḥaraṭîn, les Chellaḥa et +les nomades. Leur vêtement est le même que dans le reste du Maroc, +une pièce d’étoffe unique attachée sur les épaules et retenue +à la ceinture ; le tissu, au lieu d’en être comme auparavant de +cotonnade blanche ou de laine, est de khent. Un voile court, en khent, +complète le costume ; elles s’en couvrent le visage devant les +hommes, lorsque leurs pères ou leurs maris sont présents ; hors de +la vue de ces derniers, elles ne le mettent pas. Elles se peignent +peu la figure et ne se tatouent point ; la coutume du tatouage est +à peu près inconnue au Maroc. Comme bijoux, elles ont de grosses +boucles d’oreilles d’argent, des agrafes de même métal, un +grand nombre de colliers où l’ambre domine, mêlé de mial, de +pièces d’un et de deux francs, de grains de verre et de corail, +puis des diadèmes argent et corail, des bracelets de corne, enfin +quelques bagues d’argent. Pieds nus d’ordinaire, elles mettent +pour sortir les belṛas rouges de toutes les Marocaines. + +Parmi les hommes de cette région, les Chellaḥa et les Ḥaraṭîn +sont en général de taille moyenne, bien faits, forts, lestes, et +laids de figure ; les Arabes sont presque tous petits et d’apparence +chétive, avec de beaux traits. On trouve peu de femmes agréables chez +les Chellaḥa ; au contraire, beaucoup de Ḥarṭaniat sont jolies ; +elles se distinguent dans leur jeunesse par de grands yeux pleins de +mobilité et d’expression, une physionomie ouverte et rieuse, des +mouvements souples et gracieux. Les femmes des tribus nomades, Ida +ou Blal, Oulad Iaḥia, etc., sont la plupart belles ; en aucun lieu +du Maroc je n’ai vu d’aussi beaux types que parmi elles : elles +ont la noblesse, la régularité, la grâce ; leur peau est d’une +blancheur extrême, celle du moins de leur visage et de leurs bras ; +car l’habitude de porter des habits indigo, jointe à celle de ne +se jamais laver, donne à leur corps des tons foncés et bleuâtres +différents de sa couleur naturelle. + +Dans cette contrée, comme dans le blad es sîba tout entier, on ne +va jamais sans armes : tant qu’on est dans l’intérieur d’un +qçar ou d’un douar, on ne porte que le poignard ; dès qu’on sort, +fût-ce pour la course la plus courte, on prend son fusil. Sédentaires +et nomades ont comme armes le fusil et le poignard à lame courbe. La +poudre se met dans une corne de cuivre ouvragé. Les cornes et les +poignards sont d’un modèle uniforme, déjà décrit. Les fusils +sont de deux sortes : les uns appartiennent au type en usage chez +les Glaoua, à Tazenakht, etc. ; les autres sont des armes à deux +coups de fabrication européenne. Ces derniers sont des fusils de +chasse, à pierre, de la fin du siècle dernier ou de la première +partie de celui-ci, qu’on exporte du Sénégal ; ils en viennent +par terre, apportés par les caravanes du Sahel[61]. Les nomades +les recherchent, près de la moitié d’entre eux en sont armés ; +on en voit moins parmi les sédentaires. Les cavaliers portent le +sabre. Il y a peu de ces privilégiés. Les chevaux sont très +rares. Les nomades eux-mêmes n’en ont pas beaucoup. Dans les +qçars, où la difficulté de les nourrir est extrême, il s’en +trouve au plus trois ou quatre, en moyenne ; il n’y en a pas quinze +dans tout Tisint. Les vaches sont un luxe non moins grand ; seules, +les quelques maisons regardées comme très riches en possèdent ; +on n’en compte pas vingt-cinq à Tisint. Les mulets sont plus +rares encore que les chevaux. Il existe quelques ânes et un petit +nombre de moutons et de chèvres. On nourrit ces animaux de paille, +et d’herbe quand on peut, ce qui n’est pas fréquent ; on donne, +en outre, aux chevaux et aux mulets des dattes de la dernière qualité +(bou souaïr). Le plus souvent, pour se délivrer de ces difficultés, +les habitants des qçars font des arrangements avec des nomades et leur +confient leurs chevaux et leurs moutons : les nomades se chargent de +les nourrir, en ont la jouissance et, au premier signal, doivent les +ramener au propriétaire. Quant aux nomades, ils ont des chameaux, +des moutons, des chèvres et quelques chevaux. + +Dans les qçars de cette région, la nourriture des habitants est +la suivante : le matin, au réveil, le _ḥesou_ ; vers 11 heures, +l’_ạsida_ ; le soir, le _ṭạm_ avec des navets. Le ḥesou +est une sorte de potage où entrent de l’eau, un peu de graisse +ou d’huile et une poignée de farine d’orge ; il se mange à +la cuiller[62]. L’ạsida est une bouillie épaisse ayant la +consistance du ṭạm ; elle est faite de farine d’orge, ou de +maïs cuite avec un peu d’eau ; au milieu, on verse de l’huile +ou du beurre fondu. Le ṭạm est ce qu’on connaît ailleurs sous +le nom de couscoussou ; il se fait ici avec de l’orge. La viande +ne figure pas comme mets habituel dans les repas ; les riches même +en goûtent rarement. Le petit nombre des heureux qui ont une vache +remplacent le ḥesou du matin par une jarre de lait aigre qu’ils +boivent en mangeant des dattes. L’arrivée d’hôtes transforme peu +l’ordinaire : à leur entrée, on offre une corbeille de dattes ; +de même avant le ṭạm du soir. Si la maison est riche et si l’on +reçoit des gens de qualité, on sert le matin, au lieu de ḥesou, +des galettes chaudes avec du miel de dattes[63] ; s’il y a du +lait, on le boit vers 3 heures, en mangeant des bou iṭṭôb ou +des bou feggouç, ce qui fait une sorte de goûter ; on fait le thé +deux fois par jour, avant le repas du matin et avant celui du soir ; +enfin on sert de la viande avec le couscoussou. Le thé est la grande +friandise au Maroc[64] : c’est la seule boisson de ce genre qui +y soit en usage ; sauf à Merrâkech, à Fâs, et dans les ports, +le café est inconnu ; dans ces villes, on en prend peu. Le thé, +au contraire, est répandu dans tout l’empire ; au Sahara c’est +un coûteux régal, que se donnent seuls les qaïds, les chikhs, +les marabouts et les Juifs. Nous venons de dire la nourriture +des Musulmans sédentaires ; celle des nomades est la même, si +ce n’est qu’ayant des troupeaux, le lait, de chamelle surtout, +tient une grande place dans leur alimentation. Les uns et les autres, +lorsqu’ils voyagent, emportent des dattes comme unique provision, +quelle que doive être la longueur de la route[65]. + +Tisint est le centre d’un commerce considérable : elle trafique +avec Merrâkech, Mogador, le Sous ; elle exporte vers ces points +des dattes, des peaux et de la gomme, et reçoit, en retour, du +Sous les grains et les huiles, de Merrâkech et de Mogador les +produits européens. Tisint est un grand dépôt de ces dernières +marchandises ; Agadir surtout, où s’est concentré le commerce de +l’oasis et où il y a marché chaque jour : les Chellaḥa voisins +et les nomades des environs, Ida ou Blal, Oulad Iaḥia et Berâber, +viennent s’y approvisionner, de dattes d’abord, puis de grains, +d’huile et de choses d’Europe telles que khent, sucre, thé, +aiguilles. Tous les principaux habitants d’Agadir se livrent au +commerce ; ils ont leur fortune, qui chez les plus riches s’élève +à 8000 francs, composée d’une part de dattiers (à Tisint un bon +dattier vaut 10 francs), de l’autre d’une somme d’argent qu’ils +emploient au trafic. Faisant eux-mêmes les transactions principales, +ils ne s’occupent pas du détail de la vente ; pour ce service, +chacun a chez soi un Juif à gages qui du matin au soir ne fait que +débiter les marchandises. Il y a ainsi une dizaine d’Israélites à +Agadir. Point de mellaḥ : ces Juifs sont seuls, sans leur famille, +et habitent chez leurs patrons : les uns sont de Tatta et d’Aqqa, +les autres des Zenâga. Un ou deux d’entre eux font en même temps le +métier d’orfèvre, spécialité des Juifs du Maroc, surtout au sud +de l’Atlas. Agadir a ce qui caractérise les marchés : l’on y abat +chaque jour et l’on y vend à toute heure de la viande au détail et +du pain chaud. Le marché d’Agadir est le seul de Tisint. Naguère, +outre ce qui s’y rencontre aujourd’hui, les produits du Soudan y +affluaient. Cuirs, étoffes, bougies de cire jaune, or, y venaient +de Timbouktou en abondance. A présent, plus de vestige de ce +commerce. C’est par hasard et de loin en loin qu’on voit quelque +objet du pays des noirs. Il en est de même à Tatta et à Aqqa : +autrefois, avant que Tindouf existât, ces oasis étaient des points +d’arrivée de caravanes du Soudan. Depuis trente ans que Tindouf est +fondée, tous les convois du sud s’arrêtent à cette localité ; +de là les marchandises prennent le chemin direct de Mogador, par le +Sahel et le Chtouka : plus rien ne passe ni à Tisint, ni à Tatta, +ni à Aqqa. Il faut aller à Tizounin pour commencer à trouver des +produits de la Nigritie. A partir d’ici, tout le monde connaît de +nom le Soudan et Timbouktou, et l’on rencontre parmi les nomades +une certaine quantité de gens y ayant été, et un grand nombre au +courant de son trafic, de ses usages et de son état. Avec le commerce +considérable qui anime Agadir, le qçar est sans cesse rempli d’une +foule d’étrangers, Ida ou Blal la plupart, venus pour affaires : +c’est pourquoi nous avons décrit dès à présent la physionomie +des Arabes, on en voit presque autant que de Ḥaraṭîn. + +L’oasis de Tisint est tributaire des Ida ou Blal. Chacun des +cinq qçars qui la composent est indépendant des autres, a son +administration séparée et n’entretient avec ses voisins que +les rapports rendus nécessaires par la proximité ; quelquefois +des querelles s’élèvent entre eux, questions d’eaux le plus +souvent ; d’ordinaire, les localités vivent en bonne intelligence : +le danger commun les a toujours réunies ; cet accord fait en partie +la prospérité de l’oasis ; il l’a préservée des malheurs de +certains qçars de Tatta. Tisint est tributaire des Ida ou Blal depuis +peu de temps. Il y a vingt ans, elle l’était non pas d’eux, mais +des Zenâga. L’Azdifi avait une maison à Agadir, et toute l’oasis +reconnaissait sa suprématie. Les Zenâga abusèrent de leur pouvoir ; +ils commirent mille excès, dépouillant les habitants de leurs biens, +les tuant au moindre propos. Ceux-ci se lassèrent d’un état qui +était devenu la plus dure des servitudes ; ils allèrent trouver +les Ida ou Blal, leur demandèrent secours contre leurs oppresseurs +et, en échange, se constituèrent leurs tributaires. Les nouveaux +protecteurs se mirent en campagne ; unis aux gens de Tisint soulevés, +ils chassèrent les Zenâga, les forcèrent d’abandonner et l’oasis +et la Feïja, et les refoulèrent jusqu’à Agni. Depuis ce temps, +Tisint vit en paix sous la suzeraineté de ses libérateurs. Cette +suzeraineté n’implique aucune immixtion dans les affaires +intérieures ni extérieures des qçars : chacun d’eux se gouverne à +sa guise ; elle n’implique même pas alliance : qu’ils aient des +guerres, soit entre eux, soit avec des étrangers, cela ne regarde +point les Ida ou Blal. Les seuls devoirs réciproques sont : pour +les gens de Tisint, de remettre chaque année à leurs protecteurs +un tribut consistant en la charge de dattes de vingt chameaux ; +pour les Ida ou Blal, de s’abstenir de tout méfait envers leurs +clients. Si Tisint ou une partie de Tisint voulait leur appui pour +une expédition ou une guerre défensive, cela ferait l’objet +d’un traité spécial. Le fait ne s’est pas présenté depuis +que les Zenâga ont été chassés ; ceux-ci n’ont point tenté de +revenir ; la paix s’est établie avec eux : ils sont aujourd’hui +en relations amicales et avec Tisint et avec ses suzerains. + +Chaque qçar, avons-nous dit, est indépendant des autres. Chacun se +gouverne par l’assemblée de ses habitants, qui remet le pouvoir +exécutif aux mains d’un chikh élu dans son sein : tant que +ce chikh satisfait la majorité, il garde son titre : cesse-t-il +de plaire, on le lui enlève et on le donne à un autre. Dans les +qçars où une famille a la prépondérance par ses richesses et sa +considération, cette dignité est généralement son apanage ; si +un homme, par ses qualités et sa fortune, l’emporte de beaucoup +sur ses compatriotes, il demeure ordinairement chikh toute sa vie. A +défaut d’influence qui s’impose, on nomme un des notables de la +localité ; il reste jusqu’au jour où on cesse d’être content +de lui. Le chikh veille aux affaires du qçar, en fait respecter +les coutumes au dedans, en sauvegarde les intérêts au dehors ; +en guerre, il marche à la tête de ses concitoyens : pour toute +résolution importante, l’assemblée, _anfaliz_, se réunit +et décide. Le degré de pouvoir des chikhs est très variable : +les uns, par leurs qualités personnelles ou la puissance de leurs +familles, possèdent une grande autorité ; d’autres, dépourvus de +ces avantages, sont peu de chose de plus que leurs concitoyens. Dans +certaines localités, il existe une sorte de maison commune, souvent +distinguée par une tour ; appartenant à l’ensemble des habitants, +elle est successivement prêtée à chaque chikh. D’ordinaire, il +ne l’occupe pas ; il y reçoit les hôtes de distinction et les +députés des tribus étrangères. A Agadir, on a fait une maison +semblable de l’ancienne demeure de l’Azdifi, connue sous le nom +de Dar ez Zenâgi. Point de famille ni d’homme prépondérants dans +ce qçar : on y a pris pour chikh l’habitant le plus riche du lieu, +un nommé El Touḥami. C’est un Ḥarṭâni. Tisint est le seul +endroit où j’aie vu le titre de chikh porté par des Ḥaraṭîn, +partout ailleurs on ne le donnait qu’à des Chellaḥa. + +En aucun des qçars que j’ai visités, je n’ai trouvé de +qanouns écrits. Dans tous ceux de ces contrées, des coutumes +se transmettent par la tradition ; un des devoirs du chikh est de +les faire observer. Ces coutumes, les mêmes pour le fond, varient +dans les détails à chaque localité. Elles se composent de peu +de chose. Nous allons dire ce qui se passe, en général, en cas de +contestation, de vol et de meurtre. Il faut savoir d’abord qu’il y +a dans le sud un certain nombre de qaḍis : ce sont des hommes connus +pour leur équité, ayant fait quelques études, soit dans le pays, +soit au dehors, et appelés par la volonté des gens du voisinage à +remplir les fonctions de juge. La plupart du temps, ils joignent à +ce titre celui de marabout, mais ce n’est pas obligatoire[66]. + +Un homme a-t-il une contestation avec un de ses concitoyens ? il +lui dit : allons devant le qaḍi de tel endroit. L’autre doit +le suivre. Le qaḍi rend un arrêt. Si ce juge n’inspire pas +confiance à la partie citée, elle a le droit, une fois arrivée +devant lui, de le récuser en disant : Votre justice ne me convient +pas ; envoyez-moi à un autre. Cette volonté est exécutée : on +désigne un qaḍi différent. Si un homme déclare ne se soumettre +à aucun, s’il ne veut pas comparaître en justice, le plaignant +s’adresse à l’anfaliz, lequel condamne le récalcitrant, quand +il persiste dans son refus, à une forte amende. Ces qaḍis sont +des gens ignorants, mais la plupart équitables et à l’abri de la +corruption ; ils jugent plutôt selon le bon sens que d’après les +règles du droit musulman. + +S’agit-il d’un vol ? Aussitôt qu’il est connu, le chikh +fait crier dans le qçar qu’une amende de tant de réals punira +l’individu chez qui on trouvera, à partir d’une date fixée, +ou l’objet volé ou le voleur ; l’amende est, en général, +égale à quatre fois la valeur de la chose dérobée. Si rien n’a +reparu dans le délai indiqué, l’objet est perdu à jamais, car il +a été pris par un pauvre diable qui, fuyant avec, a quitté le pays, +ou il est recélé chez un homme riche qui n’avouera ni ne rendra +rien. On peut, à la demande de la victime, faire des perquisitions +dans les maisons ; ce droit se paie cher : pour toute demeure qu’on a +fouillée sans y trouver la chose volée, il est dû au propriétaire +une indemnité variant entre 30 et 50 réals, indemnité à la charge +du plaignant. Dans ce pays pauvre, où les vols ne s’exercent guère +sur des objets de valeur, on hésite à employer ce moyen. Mais il y +a des nuances. Si le volé est un malheureux, il ne reverra jamais +ce qu’on lui a ravi. Si c’est un homme puissant et audacieux, +il fera ses perquisitions lui-même et, s’il trouve son bien, +il le reprendra le fusil à la main, à la tête de ses parents et +de ses amis. Dans le cas rare où l’on découvre un voleur par les +moyens réguliers, il est condamné d’abord à rendre ce qu’il a +dérobé, puis à une peine qui est déterminée par l’anfaliz ; +cette peine peut être soit très légère, telle qu’une amende +insignifiante, soit très rigoureuse, telle que le bannissement ; +c’est selon la qualité du voleur, selon qu’il est soutenu, +ou dépourvu de protections. S’il est serviteur ou client d’un +homme considérable, s’il a des amis, il ne sera presque pas puni, +peut-être point du tout ; si c’est un misérable sans appui, on +lui prendra le peu qu’il a et on le jettera nu à la porte du qçar. + +Il faut faire la même distinction en cas de meurtre. Si un homme +riche, audacieux, redouté, tue un malheureux, il se bornera à +payer le prix du sang, somme minime qui varie suivant les endroits ; +s’il est très puissant, il ne le paiera même pas : qui oserait +le lui réclamer ? Ces sortes de meurtres sont fréquents. Les +autres sont rares : ils entraînent toujours les résultats les plus +graves. Un homme tue-t-il son égal, les parents du mort le vengent +aussitôt. L’honneur leur défend aucun accommodement : ils courent +sus au meurtrier ; celui-ci, de son côté, est soutenu par les siens : +la guerre s’allume entre les deux familles ; elle gagne bientôt +tout le qçar. Quand ces luttes intestines ont duré un certain temps, +il se trouve quelquefois un homme assez sage et assez influent pour +faire entendre des paroles de conciliation et être écouté ; ou +bien la crainte que des voisins ne profitent de cet état produit un +rapprochement. Trop souvent une des factions appelle l’étranger +à son aide ; l’étranger, c’est le nomade ; alors la ruine +est inévitable : aussitôt introduits dans la cité, les nomades +attaquent sans différence les deux partis, font un massacre général, +pillent tout, détruisent les maisons et s’en vont chargés de butin, +lorsque le qçar est un monceau de ruines. Les habitants de Tisint ont +eu la sagesse de ne jamais les mêler aux querelles, peu nombreuses +d’ailleurs, qu’ils ont eues entre eux. Il n’en a pas été de +même à Tatta : on y voit les vestiges de dix villages ruinés à +diverses époques par les Ida ou Blal qui, dans la plupart, avaient +été appelés en alliés pendant des guerres civiles. + +Chez les nomades, les choses se passent à peu près comme dans les +populations sédentaires : là, plus qu’ailleurs, la loi du plus +fort est seule respectée. Entre eux ne s’élèvent point ces mille +contestations auxquelles les achats, les ventes, les voisinages de +propriétés, donnent naissance parmi les habitants des oasis. Par +contre, les vols et les meurtres sont plus fréquents. + +Si, dans les qçars et dans les tribus errantes, des coutumes +protègent plus ou moins chaque individu contre ses concitoyens, rien +nulle part ne sauvegarde l’étranger ; tout est permis contre lui. On +peut le voler, le piller, le tuer : nul ne prendra sa défense ; +s’il résiste, chacun lui tombera sus. Tout commerce, toutes +relations, seraient impossibles si un usage spécial ne remédiait à +cet état. Cet usage, de la plus haute antiquité, qui existe presque +partout au Maroc, est ce que les anciens Arabes appelaient _djira_[67] +et ce qu’on nomme ici _debiḥa_. La debiḥa est l’acte par +lequel on se place sous la protection perpétuelle d’un homme ou +d’une tribu. C’est une ạnaïa prolongée. Prenons un exemple : +un étranger entre dans un qçar ou dans un campement de nomades : il y +est arrivé avec un individu de la localité ou de la tribu, qui l’a +accompagné comme zeṭaṭ, après lui avoir accordé son ạnaïa, +aussi appelée _mezrag_[68]. Si l’étranger ne fait que passer, +cette protection suffit pour sa sûreté ; s’il veut séjourner, +elle cesse d’être valable : l’ạnaïa ou mezrag est une garantie +temporaire, créée spécialement pour les voyageurs ; celui qui +veut résider quelque temps, ne fût-ce qu’un mois, doit s’en +assurer une autre. Il demande, à titre perpétuel, la protection +d’un personnage de la tribu : cela s’appelle « sacrifier sur +lui », _debeḥ ạlih_. Cette expression a pour origine l’ancien +usage, qui n’est suivi aujourd’hui qu’en circonstances graves, +d’immoler un mouton sur le seuil de l’homme à qui l’on demande +son patronage. Si, comme il arrive d’habitude, la personne à qui +on s’adresse l’accorde, on fait venir un marabout, et il écrit, +séance tenante, un acte certifiant que le nommé un tel a sacrifié +sur tel individu de telle tribu et qu’il est actuellement sous sa +protection. Voici les termes dans lesquels se rédigent ces pièces. Je +prends pour exemple une de mes debiḥas sur les Ida ou Blal. « Par la +volonté de Dieu, le rabbin Iosef el Djezîri sacrifie sur Ḥaïmed +ben Haïoun el Ḥarzallaoui, afin que celui-ci le protège contre +ses frères les Mekrez ; ayant reçu du Juif le prix de la debiḥa, +il devient responsable envers lui de tous les dommages qui lui seraient +faits par les Mekrez ; il les prend à sa charge et lui restituera ce +qu’on lui enlèverait. De son côté, le Juif s’engage à payer +à Ḥaïmed ben Haïoun dix coudées de cotonnade chaque année. Ces +conditions ont été acceptées par les deux parties. Écrit en leur +présence, le 26 moḥarrem 1301. Le serviteur du Dieu très haut, +Ḥamed ben Moḥammed El Ḥaddad el Ạmrani. » Cette protection se +paie d’ordinaire, on le voit, d’une légère redevance annuelle ; +seuls quelques grands seigneurs se font un point d’honneur de ne +rien demander. Il ressort de la teneur de l’acte qu’une fois cette +démarche faite, on n’a rien à craindre des concitoyens de son +patron ; on peut circuler sans péril parmi eux : s’attaquer à vous +serait s’attaquer à lui-même ; toutes les lois qui le sauvegardent +vous sauvegardent aussi : on est entré sous leur protection par +le fait de la debiḥa ; elle incorpore, en quelque sorte, à la +tribu. Comme, à côté des coutumes, il y a la loi du plus fort, +et que celle-ci l’emporte souvent, on a soin de prendre pour patron +un homme considérable, d’une famille puissante, et surtout d’un +caractère fier et intrépide, qui ne soit pas d’humeur à permettre +qu’on lèse ses clients. Il faut choisir aussi un homme loyal, +car si la debiḥa assure contre les concitoyens du protecteur, elle +ne garantit pas contre lui. Il est rare qu’un patron trahisse son +client ; celui qui le fait devient l’objet du mépris général, +et ses frères mêmes ne le soutiendraient pas. Dans toute tribu +ou localité où on veut séjourner un certain temps, dans celles +où on désire soit acheter des biens soit établir des dépôts de +marchandises, il faut faire une debiḥa : les négociants possesseurs +d’un commerce étendu en font un très grand nombre. Dans les tribus +nomades, on prend pour protecteurs les chefs des principales familles ; +dans les qçars, l’usage est de s’adresser au chikh. Les actes de +debiḥa font partie des héritages : les fils des patrons et ceux des +clients restent liés entre eux par les engagements qui unissaient +leurs pères. Deux choses seules peuvent annuler une debiḥa : la +cessation du paiement de la redevance par le client, ou la trahison +du patron. + +Telle qu’elle existe entre particuliers, la debiḥa existe entre +tribus. Pour se mettre sous la protection d’une tribu, il y a deux +moyens : sacrifier sur un de ses membres, ou sur la tribu entière : +chaque individu étant solidaire de ses frères, les deux actes ont +un résultat identique. D’ordinaire, les particuliers et les petits +groupes, tels que les qçars isolés, se mettent sous la protection +d’un seul personnage ; au contraire, les districts, les grandes +fractions font les debiḥas sur les tribus entières. Ainsi, le +district de Tisint est vassal de l’ensemble des Ida ou Blal, tandis +qu’à Tatta chaque qçar isolément a pour patron[69] un membre de +cette tribu ; la tribu des Aït Jellal s’est déclarée cliente de +la masse des Ida ou Blal et ceux-ci, à leur tour, se sont constitués +tributaires de l’ensemble des Berâber. Ces liens, encore que nous +nous servions parfois des mots de suzeraineté et de vasselage pour +les désigner, n’impliquent, nous le répétons, aucune immixtion +dans les affaires, aucune suprématie. Les actes de debiḥa ne font +que garantir, dans l’étendue de la tribu qui patronne, la sûreté +des membres de la tribu cliente. Les Aït Jellal étant vassaux des +Ida ou Blal, ceux-ci devront respecter en tous lieux les personnes et +les biens des premiers, qui pourront voyager en sécurité sur leurs +terres. Les Ida ou Blal, grâce à leur debiḥa sur les Berâber, +pourront circuler sans péril dans les régions habitées par ces +derniers. Si, par erreur, des marchandises de tribus clientes sont +pillées par les patrons, ou réciproquement, on devra rendre ce qui a +été pris, dès qu’on apercevra la faute commise. Ce sont surtout +d’une part les populations commerçantes dont les caravanes ont +à traverser les territoires ou à craindre les ṛezous de tribus +étrangères, de l’autre les districts faibles enclavés dans les +contrées parcourues par des voisins puissants, qui ont besoin de ces +debiḥas. La garantie qu’elles procurent se paie par une redevance +annuelle, plus ou moins forte suivant l’importance de la fraction +cliente et l’étendue de ses relations avec ses patrons. Certaines +tribus, comme certains individus, ont à la fois plusieurs suzerains +différents. + +Les debiḥas rendent possibles le commerce et les voyages ; elles les +rendraient faciles et leur enlèveraient tout risque si elles étaient +respectées. Souvent elles ne le sont pas : entre particuliers, on +les viole rarement ; entre tribus, on a moins de scrupules. Voici les +cas d’infraction les plus fréquents. Le client d’un particulier +peut être tué ou pillé par des concitoyens de son patron. Si les +meurtriers ou les ravisseurs ont agi par ignorance, s’ils témoignent +leurs regrets et proposent de payer le prix du sang et de rendre ce +qu’ils ont pris, on accepte généralement ces offres, et les choses +en restent là. Mais, dans un pays où tout le monde se connaît par +son nom, il est rare qu’on puisse alléguer l’ignorance. On a +presque toujours agi en connaissance de cause. L’agression constitue +donc un outrage personnel au patron de la victime ; son honneur +est engagé à en tirer sans retard une vengeance éclatante. Il +réunit tous ses parents, ce qui peut s’étendre loin, et les +prie de l’aider dans ses représailles ; s’il est puissant, +il entraîne à sa suite une grande partie de la tribu. Au premier +jour, il attaque et tue ceux qui l’ont outragé. Ces nouveaux morts +demandent vengeance à leur tour : riches ou pauvres, considérés +ou non, leurs proches, la fraction à laquelle ils appartiennent, +ne peuvent sans honte laisser leur meurtre impuni. On prend les +armes : une guerre civile éclate ; la tribu entière ne tarde pas +à y prendre part. Ces guerres, courtes dans les qçars, durent des +années parmi les nomades, et s’allument surtout chez eux. Nous +avons choisi le cas d’un notable ayant à se venger de gens moins +puissants. Si le patron offensé était assez fort pour réunir autour +de lui presque toute la tribu, il châtierait de même les auteurs de +l’attentat, mais les parents de ces derniers n’oseraient entrer +en lutte contre lui ; ils se borneraient à demander une indemnité, +qu’on leur accorderait sans doute, ou bien ils temporiseraient, +épiant l’occasion de laver leur honneur en faisant tomber dans un +guet-apens leur ennemi ou l’un des siens ; le jour venu, ils feraient +le coup, et émigreraient, de peur des représailles. Un troisième cas +se présente, le plus fréquent : on peut s’être attaqué au client +d’un homme faible. Si la fraction de ce dernier est très unie, +si les auteurs de l’agression en sont mal vus, elle considère +l’insulte comme sienne et tout entière embrasse sa cause : on +rentre dans le premier cas. Si au contraire son groupe est divisé, +si ceux dont il se plaint y ont des amis, peu de gens se lèveront +à sa voix. S’il a affaire à aussi faible que lui, il pourra se +venger ; si son adversaire est puissant, ou bien il se résignera à +boire sa honte, ou bien, s’il est homme de cœur, il assassinera +par surprise son ennemi ou quelqu’un de sa famille, et prendra la +fuite. Tels sont les faits qui se produisent lorsqu’un particulier +est lésé par son concitoyen dans la personne d’un client ; que +ce client soit individu, groupe ou qçar, les choses se passent de +même. Les suzerains, à moins d’être dans l’impossibilité +de le faire, tirent une vengeance sanglante de l’attentat commis +contre un de leurs vassaux. Il y va de leur honneur. Pour ce motif, +des groupes importants, des qçars, aiment mieux se mettre sous la +protection d’un seul individu que sous celle de toute une tribu. + +Ceux qui ont pour patronne une tribu sont moins bien protégés. Des +hommes, des troupes, ont-ils lésé des gens d’un groupe vassal du +leur ? L’action est blâmable. Le devoir de l’assemblée de la +tribu suzeraine est de faire rendre justice aux clients offensés. Mais +là nul n’a d’intérêt personnel, nul ne prend la chose à cœur ; +au contraire. Quel est le fait dont on se plaint ? un ṛezou a enlevé +une caravane ? quelques hommes ont pillé un voyageur isolé ? Dans +l’assemblée siègent plusieurs membres du ṛezou en question ; +il leur coûte de rendre gorge, surtout si le convoi était richement +chargé ; ceux qui n’ont point participé au profit sentent que le +lendemain pareille chose pourra leur arriver, et craignent de demander +à leurs concitoyens des comptes qu’à leur tour ils seront heureux +de ne pas rendre ; enfin la prise d’une belle proie est un succès +qui flatte l’amour-propre de toute la tribu. Quand la fraction +plaignante est puissante, qu’on a des représailles graves à +craindre, il faut s’exécuter ; mais on traîne les choses en +longueur, on cherche mille prétextes pour restituer moins qu’on +n’a pris, on donne aussi peu que possible. Si la tribu lésée est +faible, éloignée, qu’on n’ait pas de vengeance à redouter, +l’on ne rend qu’au bout de longtemps, et presque rien. Aussi les +gens de fractions clientes, en voyage sur le territoire de leurs +patrons, se font souvent accompagner, par précaution, de l’un +d’eux comme zeṭaṭ. Lorsque, de deux tribus unies par un acte de +debiḥa[70], l’une met trop de mauvaise volonté à remplir ses +engagements, le pacte se rompt et une guerre s’ensuit. Elle peut +avoir lieu entre sédentaires et nomades, ou entre nomades. Dans +le premier cas, les nomades se réunissent en masse, marchent sur +les qçars, les assiègent et dévastent les jardins. A moins que +les habitants n’appellent d’autres nomades à leur secours, ils +sont obligés, s’ils ne veulent voir détruire leurs cités, de +demander grâce et d’acheter la paix par une rançon. Entre nomades, +la guerre est différente : guerre peu active, toute de surprises ; +rarement il y a de vrais engagements, on se borne à des ṛazias +mutuelles ; on tâche de tomber à l’improviste sur les tentes, +sur les troupeaux de ses adversaires, cherchant le butin et non le +combat. Ces guerres-là durent souvent pendant plusieurs générations. + +Lorsque, dans un qçar ou une tribu, on vole, on pille ou on tue +des membres d’une fraction limitrophe, et qu’on refuse tout +dédommagement, la guerre en résulte ; cela ne peut être lorsque +les lésés appartiennent à des tribus lointaines. Entre groupes +éloignés, un usage est universel : celui des représailles. Prenons +des exemples. Un individu du qçar de Tisenna s Amin a été tué +par des hommes d’Agadir Tisint. Le premier habitant d’Agadir qui +tombera entre les mains des gens de Tisenna s Amin sera mis à mort. Un +Zenâgi, étant à Agadir Tisint, a été dupé dans un marché par +un homme du qçar, et l’anfaliz a refusé de lui rendre justice. Le +premier individu d’Agadir qui entrera sur le territoire des Zenâga +sera arrêté ; on ne le laissera partir qu’après qu’il aura +donné une somme égale à celle dont ses compatriotes ont fait tort au +Zenâgi : s’il ne l’a pas avec lui, il devra la faire chercher, et +restera prisonnier jusqu’à paiement complet. Ainsi du reste. C’est +la loi du talion : chacun reprend, dès que l’occasion s’en +présente, ce dont il a été frustré. D’après cette coutume, +l’Azdifi ordonnait de me mettre en prison comme sujet du sultan, +parce que des hommes de sa tribu étaient incarcérés à Merrâkech. + +Les habitants de Tisint et tous les sédentaires de la région +emploient la langue tamaziṛt. La plupart d’entre eux +possèdent, par suite de leurs rapports avec les nomades voisins, +une teinture d’arabe. Les femmes et les enfants ne connaissent que +le tamaziṛt. Les hommes apprennent l’arabe à mesure qu’ils +grandissent ; ils le savent plus ou moins : les pauvres, sans cesse +occupés de travaux manuels, peu ; les riches, davantage, grâce au +commerce et aux affaires quotidiennes avec les nomades. Les principaux +citoyens le parlent couramment. Pour ce motif, le tamaziṛt en usage +est moins pur qu’il n’était à Tazenakht et chez les Zenâga ; +des mots arabes s’y sont introduits, surtout dans la conversation des +hommes ; les femmes ont mieux conservé les anciennes expressions. Si +les populations sédentaires des oasis ont pour idiome le tamaziṛt, +toutes les tribus nomades du sud du Bani, Oulad Iaḥia, Ida ou Blal, +Aït ou Mrîbeṭ, parlent l’arabe. Femmes et enfants n’usent +que de cette langue. Parmi les hommes, beaucoup n’en savent point +d’autre ; ceux-là seuls que de fréquentes affaires appellent +dans les qçars apprennent à la longue un peu de tamaziṛt ; +ils mettent de l’amour-propre à ne s’en servir que quand leur +interlocuteur ne comprend pas l’arabe, lorsque c’est une femme, +par exemple. Les familles d’Oulad Iaḥia qui habitent le Zgiḍ +et les bords du Dra, celles d’Ida ou Blal qui ont des domiciles +à Tatta et celles d’Aït ou Mrîbeṭ fixées à Aqqa et à +Tizounin, font exception à cette règle. Ces familles, isolées, +en contact journalier avec les Imaziṛen, ont appris leur langue, +bien qu’elles se servent entre elles de l’arabe. + +Nous nous sommes occupés à plusieurs reprises de la langue, des +usages, des coutumes des Marocains ; nous n’avons pas dit un mot de +leur caractère : c’est qu’il nous paraît difficile d’être +exact sur ce sujet. Quelles qualités, quels défauts attribuer +à un ensemble de tant d’hommes, dont chacun est différent des +autres et de soi-même ? S’efforce-t-on de démêler des traits +généraux ? Lorsqu’on en croit reconnaître, une foule d’exemples +contradictoires surgissent, et, si l’on veut rester vrai, il faut +se restreindre à des caractères peu nombreux, ou dire des choses +si générales qu’elles s’appliquent non seulement à un peuple, +mais à une grande partie du genre humain. Partout même mélange de +qualités et de défauts, avec les modifications qu’apportent la +civilisation ou la barbarie, la richesse ou la pauvreté, la liberté +ou la servitude. Il me paraît difficile de reconnaître aujourd’hui +à ceux qu’Ibn Khaldoun appelle Berâber le bouquet de vertus +dont il les orne. Si une chose peut donner l’idée du caractère +des Marocains, ce sont les ouvrages où a été décrit celui des +Kabiles ou d’autres populations imaziṛen de l’Algérie. Une +longue expérience, des études approfondies, ont donné à des +hommes éminents le droit de traiter avec autorité un tel sujet. On +ne saurait l’avoir quand on a, comme moi, passé une seule année +dans un pays. Aussi n’entreprendrai-je point de dire ce que sont et +ne sont pas les Marocains ; je me bornerai à signaler quelques traits +isolés qui m’ont frappé et que j’ai retrouvés en beaucoup de +lieux ou remarqué dans certains groupes. Je le ferai en déclarant que +« je n’ay rien à dire entièrement, simplement, et solidement, sans +confusion et sans meslange, ny en un mot ». Presque partout règnent +une cupidité extrême et, comme compagnons, le vol et le mensonge sous +toutes leurs formes. En général, le brigandage, l’attaque à main +armée, sont considérés comme des actions honorables. Les mœurs +sont dissolues. La condition de la femme est au Maroc ce qu’elle +est en Algérie. D’ordinaire peu attachés à leurs épouses, +les Marocains ont un grand amour pour leurs enfants. La plus belle +qualité qu’ils montrent est le dévouement à leurs amis. Ils +le poussent aux dernières limites. Ce noble sentiment fait faire +chaque jour les plus belles actions. En blad es sîba, pas un homme +qui n’ait bien des fois risqué sa vie pour des compagnons, pour des +hôtes de quelques heures. La générosité, se traduisant surtout par +l’hospitalité, n’est l’apanage particulier d’aucun groupe : +les nomades ont l’habitude de taxer les Chellaḥa d’avarice ; +ces derniers accusent les Ḥaraṭîn du même vice. Je ne me suis +point aperçu qu’il y ait entre eux de distinction profonde à ce +sujet. Partout également, m’a-t-il semblé, il y a des avares et +des hommes généreux ; d’ordinaire, dans les contrées riches on +reçoit avec libéralité les étrangers, dans les localités pauvres +on ne leur donne rien ; dans tel qçar, qu’il se présente cent +voyageurs en même temps à la mosquée, on apportera à manger pour +tous, dans tel autre on n’offrira pas l’hospitalité à un seul. De +même chez les nomades. Les Marocains ont, comme tous les hommes, plus +ou moins d’amour-propre ; chez les Arabes du sud, ce sentiment est +très développé et se change souvent en une noble fierté ; chez les +Ḥaraṭîn, il prend volontiers la forme d’une vanité puérile ; +les Chellaḥa l’ont moins. Inutile de dire que ces populations, +qui passent leur existence les armes à la main, sont braves. Inutile +de dire qu’elles sont attachées à leur indépendance : la plupart +l’ont conquise et la défendent chaque jour au péril de leur vie, +soit contre le sultan, soit contre leurs voisins ; les tribus du +blad el makhzen elles-mêmes ne font que se révolter. Je n’ai pu +juger avec mes yeux de la valeur guerrière des divers habitants du +Maroc ; il est admis dans le pays que les peuplades les plus braves +et les plus aguerries sont les grandes tribus nomades du sud et +de l’est du Grand Atlas : Berâber, Aït Seddrât, Ida ou Blal, +Oulad Iaḥia, Aït ou Mrîbeṭ d’une part ; Doui Mnia, Oulad el +Ḥadj de l’autre. Après eux, très braves aussi, viennent les +montagnards, les Chellaḥa du massif Atlantique et les Qebaïl du +Rif. Les populations de plaine, cantonnées dans les basses vallées +des fleuves et sur les bords de l’Océan, forment une troisième +classe regardée comme au-dessous des précédentes en courage. Les +moins estimés de tous sont les Ḥaraṭîn. Les Marocains sont +prompts à verser le sang et ne font aucun cas de la vie des autres ; +je n’ai vu ni entendu citer d’exemple de cruauté de leur part. En +général, Chellaḥa et Ḥaraṭîn sont laborieux : adonnés à +l’agriculture, ils semblent, les seconds surtout, industrieux en ce +qui la concerne. Ils n’ont pas l’esprit vif de certains Arabes, +tels que les Ida ou Blal et les Oulad Iaḥia : ceux-ci, malgré +leur ignorance, ont une intelligence remarquable, sont curieux et +comprennent vite. Ces Arabes ont des façons distinguées et de la +politesse, tandis que les Imaziṛen sont la plupart grossiers. En +revanche, on trouve parfois dans ceux-ci une certaine bonhomie, +rare chez les premiers. Le Maroc, à l’exception des villes et +de quelques districts isolés, est très ignorant. Presque partout, +on est superstitieux et on accorde un respect et une confiance sans +bornes à des marabouts locaux dont l’influence s’étend à une +distance variable. Nulle part, sauf dans les villes et districts +exceptés plus haut, on ne remplit d’une manière habituelle +les devoirs religieux, même en ce qui concerne les pratiques +extérieures. Il y a des mosquées dans tout qçar, village ou douar +important ; elles sont plus fréquentées par les voyageurs pauvres, +à qui elles servent d’abri, que par les habitants. + +Avant de quitter Tisint, disons qu’auprès des cinq qçars actuels, +s’en trouvent quatre autres ruinés, trois au sommet du Djebel +Taïmzouṛ et un à l’extrémité sud de Foum Tisint, traversé +par le chemin. On ne sait de quelle époque date leur destruction ; +de mémoire d’homme on les a vus ce qu’ils sont aujourd’hui ; +leur fondation est attribuée aux Chrétiens. + + + 2o. — DE TISINT A TATTA. + + +Comptant revenir plus tard à Tisint, je ne désirai pas m’y arrêter +cette fois ; dès mon arrivée, je voulus partir pour Tatta. Deux +zeṭaṭs Ida ou Blal, escorte suffisante, furent bientôt trouvés ; +mais un contretemps se présenta : un ṛezou de 400 Berâber était +signalé depuis quelques jours aux environs ; on jugea imprudent de se +mettre en route tant que ses intentions ne seraient pas connues. Le 16, +il tomba sur la partie occidentale des jardins de Tisint, les pilla +et enleva des travailleurs. Son but était atteint ; il ne lui restait +qu’à battre en retraite pour sauver son butin. Je pouvais partir. + +Pendant ce court séjour, je fis plusieurs connaissances. Aussitôt le +bruit de mon arrivée répandu, tous les ḥadjs, familiers avec les +choses et les gens des pays lointains, voulurent me voir. Une fois de +plus, je reconnus les excellents effets du pèlerinage. Pour le seul +fait que je venais d’Algérie, où ils avaient été bien reçus, +tous me firent le meilleur accueil ; plusieurs, je le sus depuis, +se doutèrent que j’étais Chrétien ; ils n’en dirent mot, +comprenant mieux que moi peut-être les dangers où leurs discours +pourraient me jeter. L’un d’entre eux, le Ḥadj Bou Rḥim ould +Bou Rzaq, devint dans la suite pour moi un véritable ami, me rendit +les services les plus signalés et me sauva des plus grands périls. + + 16 novembre. + +Parti à midi d’Agadir, avec deux Ida ou Blal, j’arrivai à 3 +heures et demie à Qaçba el Djouạ, petite oasis où l’on devait +passer la nuit. De Tisint à Tatta, on suit constamment le pied des +monts Bani. Cette chaîne est un mouvement de terrain fort curieux +et l’un des plus importants du Sahara Marocain. S’élevant +de 200 à 300 mètres au-dessus du sol environnant, d’un à deux +kilomètres de largeur à la base, sans aucune largeur au sommet, elle +forme une lame rocheuse, un tranchant, émergeant de terre au seuil +du désert. Nul contrefort, nulle chaîne, ne se rattache à cette +digue isolée dans le Sahara. Elle est orientée de l’est-nord-est +à l’ouest-sud-ouest, comme le cours inférieur du Dra et comme les +chaînes de l’Atlas. La longueur en est grande : elle est traversée, +dit-on, par le Dra au-dessous de Tamegrout et se développe, toujours +semblable, gardant même composition, même forme et même hauteur, +jusqu’au bord de l’Océan, où elle expire au sud du groupe de +villages appelé Ouad Noun. Un certain nombre de khenegs la percent, +étroites brèches par où s’écoulent vers le Dra les eaux du +Petit Atlas. Chacun de ces passages est le point de réunion de +quatre ou cinq rivières, et comme l’orifice d’un entonnoir. Les +eaux se trouvant assemblées en ces points, il s’est créé à +chacun d’eux une oasis. Les grandes oasis qui se voient entre le +Sous, le Dra et l’Atlantique ont toutes cette origine ; toutes, +Zgiḍ, Tisint, Tatta, Aqqa, Tizgi el Ḥaraṭîn, Icht sont à +la bouche d’un kheneg du Bani. Le Bani est en roche, sans terre +ni végétation : grès calciné, comme les monts de Tazenakht, +il présente une écaille noire et brillante sur toute la surface +de ses flancs. Ceux-ci sont en pente douce au pied, très raide +vers le sommet. En maints endroits du Bani existent des minerais : +cuivre, zinc, argent, or vers l’occident. Au nord de cette muraille +s’élèvent les pentes du Petit Atlas ; commençant à son pied, +à l’ouest, elles sont séparées d’elle par la Feïja, dans la +portion orientale. Au sud, plus une montagne, la plaine à perte de +vue. Tel est le Bani, la dernière chaîne avant le Grand Désert ; +parallèle au Grand et au Petit Atlas, il est comme le ruban d’écume +qui borde la plage en avant de ces deux vagues monstrueuses. Je suivrai +cette chaîne remarquable jusqu’à Tatta, tantôt en longeant le +pied, tantôt m’en tenant à peu de distance, marchant dans la Feïja +d’abord, sur les premières pentes du Petit Atlas ensuite. Le chemin +est facile : terrain sablonneux dans la Feïja, pierreux ailleurs, +nu en cette saison, couvert de plantes basses les hivers pluvieux ; +comme arbres, des gommiers de 2 à 3 mètres, d’autant plus nombreux +qu’on se rapproche du lit de quelque ruisseau ou qu’on s’éloigne +du Bani, au pied duquel le sol, tout de roche, ne leur permet pas de +pousser. Point de gibier dans ces régions stériles, si ce n’est +des mouflons ; eux seuls vivent dans les vastes solitudes du Petit +Atlas et sur les rocs du Bani. Au sud de celui-ci, dans la plaine, +courent de nombreuses gazelles. + +Depuis le kheneg de Tisint jusqu’à Qaçba el Djouạ, je n’ai +cessé de suivre l’Ouad Qaçba el Djouạ. A hauteur d’Aqqa Aït +Sidi, il a 12 ou 15 mètres d’eau, dans un lit de pierre de largeur +double, que bordent deux parois rocheuses et escarpées élevées +de 20 à 30 mètres. Deux kilomètres plus haut, l’eau courante +disparaît ; il reste des flaques plus ou moins longues, de distance +en distance ; lit de 50 mètres ; le fond, parfois recouvert d’une +légère couche de sable, est de roche blanche ainsi que les parois qui +le bordent ; celles-ci n’ont plus que 15 à 20 mètres de haut. Peu +après, elles s’abaissent encore et se changent en talus de sable +de 10 à 15 mètres, formant de chaque côté une ligne de dunes +irrégulières appelées Idroumen. A partir de Trit, plus d’eau +dans l’ouad : lit de galets au niveau de la Feïja. Dans l’oasis +de Qaçba el Djouạ, la rivière prend une largeur extrême, mais +reste à sec ; le lit, moitié sable, moitié gravier, se remplit de +palmiers et, confondu avec le terrain qui l’entoure, cesse bientôt +de se distinguer. Chemin faisant, j’ai traversé la petite oasis +de Trit, bois de palmiers au milieu duquel s’élève un qçar +d’environ 100 maisons, peuplé de Ḥaraṭîn vassaux des Ida +ou Blal. Trit se gouverne à part. De Tisint à Qaçba el Djouạ, +beaucoup de monde sur la route. + +[Illustration : Feïja, oasis de Qaçba el Djoua et Bani. + +(Vue prise du chemin de Qaçba el Djoua à Aqqa Igiren.) + +Croquis de l’auteur.] + + 17 novembre. + +Séjour à Qaçba el Djouạ. Qaçba el Djouạ est un grand qçar, +situé au milieu d’une belle oasis. Les constructions s’élèvent +sur les premières pentes de la plus basse et la plus septentrionale de +trois collines qui, se dressant près du Bani, sans s’y rattacher, +forment un massif isolé au bord de la Feïja. L’Ouad Qaçba el +Djouạ, plein de dattiers et confondu avec le sol de l’oasis, +contourne ce massif. A son entrée dans les plantations, il reçoit sur +sa rive gauche l’Ouad Ṭriq Targant[71], ainsi nommé parce que, +pour gagner au nord-ouest le qçar de ce nom, on en remonte le cours +un certain temps. Ici, les palmiers, moins serrés qu’à Tisint, +ombragent des cultures. Le sol est sablonneux. Point d’eau courante ; +l’ouad est à sec, à moins qu’il ne pleuve. Une nappe d’eau +existe sous le sol, à peu de profondeur ; une multitude de puits sont +creusés dans l’oasis ; par eux la Qaçba s’alimente et irrigue +ses plantations. L’arrosage des palmiers est inutile les années de +pluie : que l’eau coule dans l’ouad durant vingt-quatre heures, +c’est assez pour inonder l’oasis, assez pour que la terre soit +fécondée, assez pour que la récolte de grains et de dattes soit +assurée. Mais il ne pleut pas tous les ans ; en voici sept que ce +bonheur n’est arrivé : sept années de sécheresse viennent de +passer sur la partie occidentale du bassin du Dra. Le pays s’en +est ressenti et est fort appauvri. L’orge est hors de prix ; +il n’y a presque plus de bétail : la misère est générale. Un +ciel nuageux et un peu de pluie ayant signalé le commencement de ce +mois, l’allégresse fut universelle ; on employa les dernières +économies à acheter des grains, et chacun se mit à labourer +avec acharnement. Tous déploient ici une activité fiévreuse ; +pas un homme de la Qaçba qui ne soit au travail ; on voit de +toutes parts des gens conduisant leurs charrues entre les palmiers, +traînées par des vaches, des chevaux, des mulets, des ânes et, +faute de mieux, des femmes : les bêtes de somme et de trait sont +rares dans les qçars et le moment des semailles va passer ! Qaçba +el Djouạ est vaste, prospère, et bien construite, partie en +pisé, partie en pierre. Les habitants, Chellaḥa. contrastent, +par leur blancheur, avec les noirs possesseurs des oasis voisines ; +exception remarquable, ils ne reconnaissent point de suzerain, n’ont +de debiḥa sur personne. Beaucoup d’entre eux sont cherifs, la +plupart sont riches. Ils forment 400 fusils. Leur langue habituelle +est le tamaziṛt, presque tous savent aussi l’arabe. Fraction des +Aït Semmeg de la rive gauche du Sous, et depuis longtemps séparés +de leur tribu mère, ils ont conservé de bons rapports avec elle, et +en cas de guerre, malgré la distance, lui envoient et en reçoivent +des secours. Ils sont en bonnes relations avec les Ida ou Blal ; +beaucoup épousent des femmes de cette tribu. Qaçba el Djouạ est +célèbre par l’abondance et la bonne qualité de ses dattes ; +elle produit des bou feggouç, des djihel, des bou souaïr, des bou +iṭṭôb et surtout des bou sekri. + +On distingue d’ici quatre petites oasis, situées de l’autre côté +de la Feïja ; chacune d’elles contient un qçar dont elle porte le +nom. De ces qçars, Aqqa Iṛen, Tiskmoudin, Ida Oulstan, Serṛina, +le plus important est Aqqa Iṛen. On appelle les trois autres Qçour +Beïḍin, à cause de la blancheur de leurs maisons. Tous sont +peuplés de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn tributaires des Ida ou Blal. + + 18 novembre. + +Départ à 6 heures du matin. Je continue à suivre le Bani. Bientôt +la Feïja finit et je passe dans une nouvelle région, sur +les premières pentes du Petit Atlas, terrain pierreux, mais +facile. Vers 10 heures, j’approche d’Aqqa Igiren : on voit +d’une part cette petite oasis, de l’autre un kheneg dans le Bani, +Kheneg eṭ Ṭeurfa. A cette brèche se trouvent une source et des +dattiers, propriété des habitants d’Aqqa Igiren, mais point de +maisons. Une rivière s’échappe par là vers le sud, l’Ouad +Kheneg eṭ Ṭeurfa. Elle est formée de trois cours d’eau, +l’Ouad Aqqa Izen, l’Ouad Tesatift et l’Ouad Aqqa Igiren : +les deux premiers sont des ruisseaux et coulent dans le désert ; le +troisième est une rivière importante ; au-dessus d’Aqqa Igiren, +qu’il traverse et où il reçoit un affluent, il prend le nom +d’Ouad Targant et arrose plusieurs lieux habités. Aqqa Igiren est +une oasis peu étendue, avec deux petits qçars d’aspect misérable ; +la moitié des constructions est en ruine et abandonnée ; les maisons +qui restent sont en pierre, mal bâties, n’ayant la plupart qu’un +rez-de-chaussée, ce qui est le dernier signe de pauvreté dans le +pays. Population de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, tributaires des +Ida ou Blal. Point d’eau courante ; plusieurs puits de bonne eau +et une feggara auprès du qçar occidental. + +[Illustration : Kheneg et Teurfa. (Vue prise du chemin de Qaçba el +Djoua à Aqqa Igiren.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Aqqa Igiren. (Vue prise du chemin de Qaçba el Djoua.) + +Croquis de l’auteur.] + +Vers 3 heures, j’aperçois devant moi les palmiers de Tatta. Cette +oasis n’est pas comme Tisint une forêt compacte ; elle se compose +d’un grand nombre de groupes distincts, les uns au nord du Bani, les +autres au sud : dans la première région, les qçars sont rapprochés +et leurs plantations se touchent souvent ; dans la seconde, ils sont +isolés et dispersés un par un dans la plaine. Celui où je vais, +Tintazart, est de ces derniers. Pour l’atteindre, je commence à +gravir le Bani : la montée est difficile : bientôt il faut mettre +pied à terre ; je chemine péniblement au milieu des roches. A +3 heures 35 minutes, je parviens au sommet, arête effilée sans +aucune largeur. Le coup d’œil, vers le sud, est admirable. Une +immense plaine s’étend à perte de vue : c’est le désert. Il +se déroule, indéfiniment jaune et plat, jusqu’à un double ruban +bleu que forment à l’horizon les coteaux de la rive gauche du +Dra et le talus du Ḥamada. Comme des taches noires sur le sable, +apparaissent divers qçars de Tatta ; ils sont disséminés près +du Bani, à quelque distance les uns des autres, chacun entouré de +ses palmiers. Le col où je suis s’appelle Tizi n Tzgert[72]. La +descente est aussi lente que la montée. Au pied du Bani, je rencontre +un sable dur sur lequel je marche jusqu’à Tintazart. J’y arrive +à 5 heures et demie. + +Personne sur la route, de toute la journée. Les cours d’eau que +j’ai rencontrés étaient à sec ; ils avaient un lit semblable, +à fond de gros galets, à berges de terre de 50 centimètres à 1 +mètre de haut. Aucun d’eux n’a d’importance, excepté l’Ouad +Aqqa Igiren. Celui-ci, dans l’oasis de ce nom, a 80 mètres de +large et des berges à pic de 2 mètres. Le long du trajet, les +gommiers sont assez nombreux, sauf sur les flancs du Bani. Dans +la vallée de l’Asif Oudad, ils se mêlent, au bord du ruisseau, +de quelques tamarix. Des touffes de melbina et de kemcha sèment le +sol. Enfantées par les pluies récentes, de petites herbes sortent +de toutes parts. Ce qu’on voit, chemin faisant, du Petit Atlas est +tout roche, aussi bien les pentes prochaines, noires comme le Bani, +que les crêtes éloignées, majestueux massifs d’un rouge sombre. + + + 3o. — TATTA. + + +Tintazart est un des plus grands qçars de Tatta ; elle est bâtie +sur l’extrémité d’une petite chaîne rocheuse de 15 à 20 +mètres d’élévation, à flancs très escarpés. Cette chaîne +fait partie de l’enchevêtrement d’arêtes de roche noire qui +serpentent dans la plaine. Le point où est construite Tintazart +s’appelle Irf Ouzelag, « la tête du serpent ». La localité +se compose de trois parties : l’une, dominée par le donjon de la +maison commune, forme le qçar actuel ; une seconde, plus petite de +moitié, est ruinée : c’était le quartier de Chikh Ḥamed ; la +destruction, qui date de quelques années, est l’œuvre des Mekrez, +l’une des deux branches des Ida ou Blal, et fut cause d’une guerre +longue et sanglante, à peine achevée, entre les Mekrez et l’autre +moitié de la tribu, les Ḥaïan, dont Chikh Ḥamed était client. Le +troisième quartier, plus petit que les précédents et hors des murs, +est le mellaḥ. Les maisons sont, comme celles de Tisint, pierre à la +base, pisé dans les parties supérieures ; elles sont uniformément +couvertes en terrasse. Belles plantations de palmiers, arrosées de +sources nombreuses. Toutes les eaux qui descendent du Bani et arrosent +la plaine entre cette chaîne, Toug er Riḥ et Anṛerif, aboutissent +à Tintazart, El Qcîba et Anṛerif et en fertilisent les terres. Dans +les trois lieux, les jardins sont au sud des bâtiments ; au nord, on +ne voit que le sable desséché de la plaine, l’areg. Tintazart est +peuplée de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn ; les premiers dominent. Elle +se gouverne à part, comme chacun des qçars de Tatta ; comme eux, +elle est tributaire des Ida ou Blal. L’administration y est confiée +à un chikh élu par l’assemblée générale. Lors de mon arrivée, +un jeune homme de dix-huit ans, Ḥamed ou Baqâder, remplissait ces +fonctions. Pendant mon séjour, on eut sujet d’être mécontent de +lui et on le remplaça par son cousin, El Ḥasen ould Bihi, aussi +jeune que lui. Leurs pères ont péri de mort violente : on voit peu +de vieillards en ce pays. Le fait qui motiva ce changement fut le +suivant : un Chleuḥ de Tintazart, nommé Ạbd Allah, avait depuis +trois ans une affaire en litige avec des gens d’Aqqa Izenqad, autre +qçar de Tatta. Ceux-ci lui réclamaient une somme d’argent qu’il +refusait de rembourser : ils s’impatientèrent, vinrent au nombre +de 17 fusils dans sa maison, le tuèrent, prirent ce qu’ils purent +et s’en retournèrent. Cet événement se passait à l’époque où +j’étais là. Ḥamed ou Baqâder n’avait rien fait pour prévenir +le meurtre et n’essaya point de le punir : il se borna à de molles +réclamations auprès de l’assemblée d’Aqqa Izenqad. Son manque +d’énergie mécontenta : on lui enleva son titre, et on le donna +à son cousin. + +[Illustration : Kheneg d’Adis. (Vue prise de Tintazart.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Kheneg d’Adis et Ouad Toug er Rih. (Vue prise de +Toug er Rih.) + +Croquis de l’auteur.] + +Tatta est la plus étendue des oasis situées entre le Dra et +l’Atlantique. Elle se compose de deux parties. La première, au +nord du Bani, comprend de nombreuses localités, échelonnées sur +les rives de trois cours d’eau, les ouads Tatta, Toug er Riḥ et +Adis. Ces rivières se rapprochent en arrivant au Bani, où le kheneg +d’Adis donne passage à toutes trois et conduit dans la seconde +région. Celle-ci est ce qu’on appelle l’_areg_, vaste plaine à +sol sablonneux et dur, située au sud du Bani, semée, de distance en +distance, de qçars isolés, les uns sur les bords des trois rivières, +les autres arrosés par des sources ; l’areg est moins peuplé que +la portion supérieure : il compte 14 lieux habités, l’autre en +possède 22. Ces diverses localités ont une population identique, +mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa ; le dernier élément y +domine. Elles sont sans lien entre elles et indépendantes. Chacune en +particulier est tributaire des Ida ou Blal ; les plus septentrionales +ont une seconde debiḥa sur les Aït Jellal, tribu nomade cantonnée +non loin de là, vers les pentes supérieures du Petit Atlas. Les +principaux centres de Tatta sont Afra et Adis. L’un et l’autre +se composent de deux qçars presque contigus. L’un et l’autre +réunissent les deux causes d’importance d’un lieu, marché +et zaouïa. La zaouïa d’Adis a peu de membres ; le chef en est +S. Moḥammed d Aït Ouzeggar. Celle d’Afra, plus considérable, +appartient à la nombreuse famille des Aït Ḥoseïn ; les religieux +habitent Afra Fouqania, appelée aussi Aït Ḥoseïn, où est enseveli +S. Moḥammed d Aït Ḥoseïn, leur ancêtre ; cette zaouïa jouit +d’une grande vénération dans le pays. Une troisième existe à +Tatta : celle de Djebaïr, fondée par S. Ạli ben Djebira, dont +la qoubba s’élève entre Adis et Toug er Riḥ. S. Ạli ben +Djebira descendait de S. Moḥammed ech Chergi, de Bou el Djạd ; +sa postérité, fixée à Djebaïr, est un rameau de la famille dont +Sidi Ben Daoud est le chef. L’un de ses rejetons, Ạli Ben Hiba, +ayant gagné une fortune considérable dans le commerce du Soudan, +où il a fait un long séjour, a acquis par là une grande influence ; +peu d’hommes ont autant de poids à Tatta et dans la tribu des Ida +ou Blal. Enfin, une quatrième puissance religieuse, celle du marabout +S. Moḥammed Mouloud, a son siège à Tintazart. S. Moḥammed Mouloud +est étranger : son père fut S. El Mokhtar bel Lạmech, fondateur de +Tindouf et chef de la tribu religieuse des Tajakant. A son lit de mort, +S. El Mokhtar partagea entre ses enfants la zone où s’étendait +son influence : les Ida ou Blal échurent à Moḥammed Mouloud. Pour +être près d’eux il s’établit à Tatta. Mais la tribu est des +moins dévotes et ne lui donne ni travail ni profit. A-t-on un acte +à dresser, quelque chose à écrire ? on s’adresse à lui ; une +légère rémunération le gratifie. Là se bornent et ses fonctions et +ses bénéfices. Encore lui préfère-t-on souvent son frère cadet, +Aḥmed Digna, qui réside à Tindouf. + +[Illustration : Derniers palmiers de Tatta dans la direction du sud, +areg, collines de la rive gauche de l’Ouad Dra. + +(Vue prise de Tintazart.) Croquis de l’auteur. + +Le commerce de Tatta, considérable naguère, quand y arrivaient +les caravanes du Soudan, est presque nul aujourd’hui. On se borne +à chercher à Merrâkech les produits européens indispensables, +à demander au Sous son huile, à exporter des dattes. Deux marchés, +le Tlâta d’Afra et le Khemîs d’Adis. J’ai été une fois à ce +dernier : il se tient dans le kheneg d’Adis, sur la rive droite de +l’Ouad Adis, en face de Tamessoult, à l’ombre des palmiers. De +petites niches de pisé ou de pierre, adossées aux troncs, servent +de boutiques aux marchands. Le jour où j’y fus, les produits en +vente se réduisaient à peu de chose : des grains, du bétail, de +l’huile, des légumes, des cotonnades blanches, beaucoup de khent, +un peu de thé et de sucre ; il n’y avait ni allumettes, ni papier, +ni aiguilles. Le marché était peu animé. On semblait y être +venu plutôt par désir de distraction, afin de se voir et causer, +que pour acheter. + +Tatta a de nombreux dattiers ; les bou feggouç dominent ; puis +viennent les bou iṭṭôb, les djihel, les bou souaïr et, plus +rares, les bou sekri. Les arbres sont, comme à Qaçba el Djouạ, +assez espacés pour que grains et légumes se cultivent entre leurs +intervalles. Les années de pluie, on sème de l’orge dans l’areg, +au bord des rivières et dans le voisinage des palmiers, partout où +l’on peut arroser. + +Outre la population tamaziṛt, un certain nombre d’Ida ou Blal +vivent à Tatta, dans des qçars du sud. Des familles de la tribu +habitent El Qcîba, Izeṛran, Toug er Riḥ. Les unes s’y sont +établies paisiblement, la plupart y sont entrées de force à la +faveur des divisions des habitants. Tel est le cas de Toug er Riḥ, +lieu où ils sont le plus nombreux : au cours de querelles intestines, +une des factions y demanda l’appui d’Ida ou Blal ; ceux-ci +entrèrent, chassèrent une partie des habitants, s’emparèrent +des meilleures maisons et des jardins et s’installèrent. + +Plusieurs localités en ruine jonchent le sol de Tatta : Qaçba el +Makhzen et Tiiggan Qedîm sont abandonnés depuis une époque dont +la mémoire est perdue ; cinq des qçars de Taldnount, de sept que +comptait ce groupe, ont été, il y a trente ans, ruinés par les +Ida ou Blal ; des quartiers de Tintazart et d’Izeṛran viennent +d’être détruits par la même tribu. + +Ici comme à Tisint, le tamaziṛt est la langue générale ; mais +presque tous les hommes savent l’arabe. + +Mon compagnon, le rabbin Mardochée, se trouvait à Tintazart au milieu +de sa famille, entre un frère et une foule de parents. Il était +juste de lui permettre de jouir de leur société. Je le laissai se +reposer auprès des siens pendant que je faisais deux excursions, +l’une au lit de l’Ouad Dra, l’autre à l’oasis d’Aqqa. + +Pour le peu de temps que je devais rester à Tintazart, je n’avais +pas besoin de faire de debiḥa sur aucune personne du qçar ; +ayant à séjourner davantage sur le territoire des Ida ou Blal, +il était indispensable de m’assurer de ce côté en me munissant +de deux patrons parmi eux : en temps ordinaire un seul eût suffi ; +mais la longue guerre qui les a divisés finit à peine ; les membres +d’une fraction ne garantissent pas encore contre ceux de l’autre : +il faut avoir son protecteur dans chacune d’elles. Ce n’est +qu’après avoir rempli ces formalités que je pus me mettre en route. + + + 4o. — EXCURSIONS AU MADER ET A AQQA. + + + I. — LE MADER. + +La portion du lit de l’Ouad Dra qui se trouve à l’ouest du +méridien de Tisint est en grande partie cultivable : le fond, +sablonneux sur presque toute son étendue, y devient fertile +dès qu’il est arrosé. Ces parties labourables sont appelées +_mạder_. Six principaux mạders sont situés aux confluents des six +grands tributaires du fleuve ; on les nomme : Mạder Ida ou Blal, +Mạder Tatta, Mạder Aqqa, Mạder Tizgi, Mạder Icht, Mạder +Imi Ougadir. Je vais aller au premier. + + 25 novembre. + +Parti à 10 heures du matin de Tintazart, j’arrive, à 6 heures +et demie du soir, à 200 mètres du lit de l’Ouad Dra, dans +un ensemble de cultures appelé Mạder Soulṭân ; ce lieu fait +partie de la plaine de Medelles, delta sablonneux formé par l’Ouad +Kheneg eṭ Ṭeurfa à son confluent avec le Dra. J’y passe la +nuit. Ma route a traversé cinq régions distinctes. La première, +de Tintazart à l’Ouad Toufasour, est l’areg, tel qu’on le voit +jusqu’au Bani, sable uni, dur, sans une pierre et sans un arbre ; +il est semé de touffes rares et maigres d’aggaïa, de kemcha et de +melbina ; d’étroites arêtes de roche noire émergent çà et là +et se tordent à sa surface. La seconde région commence à l’Ouad +Toufasour et finit au Kheneg Zrorha ; plus de sable ; sol dur et plat, +couvert de petites pierres et de gravier ; mêmes plantes, auxquelles +s’ajoutent des gommiers de 3 à 4 mètres, nombreux surtout le +long des ruisseaux ; les serpents rocheux rampent toujours sur le +dos de la plaine, deux ou trois chaînes de collines plus hautes, de +couleur grise et jaune, s’y mêlent. Du Kheneg Zrorha à l’Ouad +Asgig, dans la troisième partie du trajet, tout relief cesse ; +plus d’arêtes rocheuses ; terrain plat jusqu’au Dra : le sol, +très dur, est couvert de cailloux noirs comme d’une écaille +sombre et brillante ; même végétation que tout à l’heure, +moins abondante et plus étroitement cantonnée sur les bords des +ruisseaux. Cette plaine s’appelle Ouṭa Bouddeïr. La quatrième +région s’étend de l’Ouad Asgig au delta de l’Ouad Kheneg +eṭ Ṭeurfa : le sol s’adoucit, le gravier se mêle de sable ; +celui-ci augmente à mesure que l’on avance ; la végétation garde +la même nature, les gommiers diminuent. La cinquième est la plaine +de Medelles, delta sablonneux formé de vase et de dunes basses, de 50 +centimètres à 1 mètre ; l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa le traverse, +divisé en trois bras ; végétation abondante ; des bouquets de +grands tamarix ombragent une terre verdoyante, couverte de melbina, +d’aggaïa et de sebt[73] ; des cultures apparaissent. Plus on avance, +plus le sol devient humide ; il est si vaseux durant les 2 derniers +kilomètres que les animaux marchent à grand’peine et qu’on +est forcé d’aller nu-pieds. Cette partie inférieure du Medelles +est défrichée et labourée ; on l’appelle Mạder Soulṭân ; +je m’y arrête à quelques pas de l’Ouad Dra. Ma nuit se passe +là, au pied d’un bouquet de tamarix, en compagnie d’une douzaine +d’Ida ou Blal, laboureurs au bivac. + +Peu de monde aujourd’hui sur ma route ; seuls, quelques cultivateurs +revenaient du Mạder avec leurs bestiaux, après avoir terminé leurs +labours. Les cours d’eau situés sur mon passage étaient à sec ; +aucun n’avait d’importance. Le lit de l’Ouad Toufasour, à fleur +de terre, se distingue à peine ; celui de l’Ouad Zrorha a un fond +de galets large de 12 mètres et des berges de terre de 1 mètre ; +celui de l’Ouad Asgig a 30 ou 40 mètres de large, un fond moitié +roche, moitié galets, des berges à pic de 1 ou 2 mètres. Durant la +dernière partie du trajet, on distinguait le mont Taïmzouṛ et le +Kheneg eṭ Ṭeurfa ; seul relief entre eux et le chemin, un massif +isolé, le Gelob, dressait à l’est sa double cime au milieu de +la plaine qui s’étend du Bani au Dra. Le kheneg d’Adis était +invisible ; les collines entre lesquelles j’ai passé au sud de +l’Ouad Toufasour le cachaient. + + 26 novembre. + +Départ à 6 heures 5 minutes. A 6 heures 9 minutes, je sors +de la plaine de Medelles et je gravis un bourrelet rocheux, le +Rist Djedeïd, qui la sépare du Dra ; à 6 heures 13 minutes, +j’en atteins la crête ; à 6 heures 14 minutes, je suis dans le +fleuve. Je le remonte. Le lit est de vase, sèche sur les bords, +humide vers le milieu. De grands herbages, des fourrés de tamarix +le recouvraient, ces jours derniers, d’une végétation touffue. A +l’heure qu’il est, presque toute cette verdure a disparu sous +les sillons : la majeure partie du sol est ensemencée ; on laboure +encore sans relâche ; de toutes parts, on ne voit que charrues +attelées de bœufs, de chevaux, de chameaux, on n’entend que les +cris et les chants des laboureurs. Le lit de l’Ouad Dra est plat ; +il a 3 kilomètres et demi de large ; un talus uniforme élevé de +100 mètres, la ligne bleue qu’on voyait de Tisint et de Tatta, +le borde à gauche ; le bourrelet rocheux d’à peine 30 mètres +que j’ai franchi ce matin, le Rist Djedeïd, en garnit la rive +droite. D’ordinaire, il disparaît en entier sous les hautes herbes +et les broussailles : aux pluies d’automne, on les arrache pour +cultiver : la moisson faite, elles l’envahissent de nouveau. En +ce moment tout est défriché, à l’exception d’une bande de +verdure de 500 mètres de large qui court au milieu ; là, dans +la partie centrale du lit, le sol est si détrempé qu’il est +impossible de labourer : les hommes, même pieds nus, y marchent +avec peine. Lorsque, les années très pluvieuses, les eaux du haut +Dra arrivent jusqu’ici, elles inondent tout le lit et font une +nappe infranchissable de 3 à 4 kilomètres de large ; les cultures +sont fécondées et la récolte assurée. S’il est tombé quelques +pluies, mais non assez pour déterminer la venue du Dra supérieur, +les mạders sont encore arrosés ; les rivières au confluent +desquelles ils sont situés leur apportent leur tribut : dans ce cas, +chaque mạder est fertilisé, mais le lit n’est pas rempli ; le +peu d’eau qui y entre coule dans trois rigoles qui sont au milieu et +que je verrai tout à l’heure. Enfin, si l’année est tout à fait +sèche, l’eau ne descend nulle part, le sable reste stérile, et il +y a famine. Plusieurs années de disette viennent de s’écouler ; +aussi quelle joie a accueilli les premières ondées, prélude d’un +hiver humide ! avec quelle précipitation tout le monde s’est jeté +vers le mạder ! avec quel entrain chacun laboure le plus qu’il +peut ! Pendant les jours que je viens de passer à Tintazart, il +n’y avait dans le qçar ni un homme ni une bête : vaches, ânes, +chevaux, mulets, chameaux, tout était au mạder avec les hommes ; +les femmes seules et les petits enfants gardaient les maisons. Toute +la population mâle de la contrée, nomade et sédentaire, est massée +depuis quinze jours dans cette étroite bande de terre. Des habitants +du Petit Atlas, du Sous même et du Sahel, y ont des terrains et sont +venus les cultiver. Le lit de l’Ouad Dra, d’habitude désert, +présente l’aspect le plus gai et le plus animé. Au lever du jour, +une multitude de feux s’allument le long des deux rives, perçant +le brouillard du matin : c’est le premier repas qui s’apprête +en silence. Puis chacun quitte le bivac et se met au travail ; les +vapeurs s’élèvent peu à peu ; au-dessous des pentes du flanc +gauche, encore d’un violet sombre, le soleil illumine le fleuve +dont les sables se colorent d’un rose doux : la vie renaît ; le +lit se couvre de monde ; les laboureurs le parcourent en tous sens : +on n’entend que les hennissements, les mugissements des animaux, +et les cris des conducteurs qui les excitent. + +Après avoir remonté quelque temps le fleuve, au milieu de ce travail, +de ce mouvement universels, je visite les trois rigoles centrales +où est en ce moment toute l’eau du Dra. La plus septentrionale +a 20 mètres de large et 1 mètre de profondeur ; la vase y +est plus détrempée qu’ailleurs, mais elle ne contient point +d’eau. La seconde, pareille, a seulement 10 mètres de large. La +plus méridionale n’en a que 8, mais sa profondeur est double et de +nombreuses flaques d’eau sèment le fond. L’eau du Dra est salée +dans cette région. Les trois rigoles serpentent au milieu d’une +végétation touffue ; au ras du sol, diverses herbes se pressent +en tapis ; des tamarix de 3 à 4 mètres les ombragent. L’eau de +la dernière rigole et l’humidité répandue dans le mạder ont +été apportées par des affluents du fleuve à la suite des pluies +récemment tombées dans la montagne ; elles suffisent pour assurer +la moisson ; si le haut Dra ajoutait son tribut, celle-ci serait plus +belle ; s’il venait au printemps, après cette moisson faite, on +pourrait semer de nouveau et avoir double récolte. Les inondations +produites par le cours supérieur durent peu de jours. + +Je prends au retour le même chemin qu’à l’aller, en traversant le +Medelles plus haut que la première fois. Les trois bras de l’Ouad +Kheneg eṭ Ṭeurfa ont l’aspect suivant : le bras oriental a 20 +mètres de large, des berges insensibles, un fond de sable en partie +humide, point d’eau ; le bras central est très humide, large de 40 +mètres, du reste semblable au précédent ; le bras occidental est +pareil aux deux autres, mais plus sec ; sa largeur est de 30 mètres ; +il marque la fin des sables et la limite du Medelles. + +Un homme des Ida ou Blal m’a servi d’escorte dans cette +excursion. Cet unique zeṭaṭ avait été difficile à trouver, +tout le monde étant parti pour le Dra. Les fertiles terres +des mạders, quelque incultes qu’elles soient la plus grande +partie de l’année, ont toutes leurs possesseurs. Chacun d’eux +connaît sa parcelle. Un champ au mạder se vend, s’achète, +se loue comme un autre bien. Tant qu’il ne tombe pas de pluie, +on ne s’en occupe pas ; à l’apparition des premiers nuages, +le propriétaire se prépare à labourer ou se met en quête d’un +fermier. On passe au mạder le temps du labour et des semailles, 15 +jours ou trois semaines. Les hommes seuls y vont, avec les bestiaux ; +comme provisions, on emporte de l’orge et du maïs, parfois des +dattes. Jamais on ne prend de tente : tout le monde bivaque, même les +nomades. Les travaux terminés, on s’en va pour ne revenir qu’au +moment de la récolte, en mars. Dans trois mois et demi, vers les +premiers jours de mars 1884, je verrai moissonner ce qu’on sème +aujourd’hui : la récolte sera superbe, quoique les eaux du haut +Dra doivent continuer à faire défaut. A peine sera-t-elle achevée, +ces eaux arriveront et inonderont le lit du fleuve durant plusieurs +jours. Il est donc probable qu’on aura fait deux récoltes en 1884. + +Le Mạder Ida ou Blal est fort long ; il se divise en plusieurs +portions. Celle que j’ai visitée s’appelle le Rist Djedeïd, +du nom des hauteurs qui la bordent. + + II. — AQQA. + +Parti de Tintazart le 28 novembre à 7 heures et demie du matin, +j’arrivai à El Kebbaba, le plus oriental des qçars d’Aqqa, +le même jour à 6 heures du soir. Mon escorte se composait de deux +hommes. Obligé de marcher sur les territoires des Ida ou Blal et des +Aït ou Mrîbeṭ, j’avais un zeṭaṭ de chaque tribu. La route de +Tintazart à Aqqa peut se diviser en deux parties : de Tintazart au lit +de l’Ouad Tatta, et de l’Ouad Tatta à El Kebbaba. La première +partie est l’areg, tel que nous le connaissons, avec son sol uni, +sablonneux et dur, ses touffes de melbina, d’aggaïa, de kemcha, +ses gommiers rabougris de 1 à 2 mètres, ses serpents rocheux qui +se déroulent en raies sombres à la surface blanche de la plaine ; +de temps à autre, un qçar apparaît avec sa fraîche ceinture de +palmiers, faisant diversion à ce monotone paysage. Deux kilomètres +avant d’atteindre l’Ouad Tatta, on traverse une cuvette sans +végétation appelée Imchisen ; elle est couverte d’une couche de +5 à 15 millimètres d’_amersal_, poudre blanche ayant l’apparence +du sel, sans aucun goût. Peu après, à un kilomètre de la rivière, +le sable s’amollit et se couvre d’une végétation abondante : +les touffes de melbina et d’aggaïa s’élèvent ; entre elles +croissent des _akrass_, sortes de joncs d’un vert foncé ; des +tamarix se mêlent aux gommiers ; au-dessus d’eux, quelques palmiers +sauvages dressent leur tête. Cette verdure s’étend jusqu’à +la rive gauche de l’Ouad Tatta. Elle y cesse. Là finit l’areg +et commence la seconde partie de mon trajet. Le sol, toujours plat, +devient gris et pierreux ; plus de serpents rocheux sortant de terre, +çà et là des plateaux bas, des talus rocailleux ; une foule de +lits de torrents coupent la route : tous sont à sec, avec un fond +de gros galets de 6 à 15 mètres de large ; la végétation reste la +même, le gommier augmentant un peu. Tel est le pays, désert absolu, +qu’on traverse de l’Ouad Tatta à El Kebbaba. + +Depuis Tiiggan, dernier qçar de Tatta, je n’ai rencontré personne +sur mon chemin. Les principales rivières que j’ai traversées sont : +l’Ouad Adis (lit de roche large de 20 mètres, au milieu duquel +coulent 3 mètres d’eau claire et courante ; berges insensibles) ; +l’Ouad Tatta (il se divise en trois bras : le bras oriental a 100 +mètres de large, des berges de 1 mètre à 1/2, en galets roulants, +un fond de roche où serpentent 3 mètres d’eau limpide et courante, +salée ; le bras central, large de 30 mètres, est à sec ; le bras +occidental a 60 mètres, un lit de roche et des flaques d’eau : ces +divers bras sont séparés par des langues de terre partie sablonneuses +et partie couvertes de gros galets, sans végétation) ; enfin +l’Ouad Foum Meskoua (il se divise en trois ou quatre bras dont le +plus large a 30 mètres ; tous sont à sec, ont un lit de gros galets, +et des berges à 1/2 hautes de 2 à 3 mètres). Tel était le Bani +à Tisint, tel je l’ai vu à Tatta, tel je le retrouve à Aqqa. De +quelque point qu’on aperçoive cette chaîne, on n’y distingue +aucune différence. Partout même hauteur, même composition, même +forme, même couleur. Entre les khenegs de Tatta et d’Aqqa, elle +présente trois points remarquables : Foum Azerftin, kheneg étroit +et désert donnant passage à l’Ouad Azerftin, ruisseau à sec ; +Foum Meskoua, kheneg semblable au précédent ; Tizi Aqqa, col par +où un second chemin conduit de Tatta à Aqqa. Cette voie suit le pied +méridional du Bani de Tatta au col, franchit la chaîne à ce passage, +et en longe le pied septentrional jusqu’au kheneg d’Aqqa. Le Tizi +Aqqa est peu au-dessous du niveau général des crêtes. + +L’oasis d’Aqqa, qu’on appelle aussi Aqqa ou Chaïb, ressemble à +celle de Tisint. Forêt compacte de palmiers massée au sud du kheneg +où l’Ouad Aqqa perce le Bani, elle s’étend en grande partie +sur les bords de cette rivière. Un second cours d’eau contribue à +l’arroser : l’Ouad Kebbaba sort du Bani à l’est de Foum Aqqa, +coule au pied de la chaîne jusqu’au kheneg, et de là se dirige +vers le sud en arrosant la portion orientale des plantations. + +Les qçars d’Aqqa, comme ceux de Tisint, s’élèvent la plupart +à la lisière de l’oasis ; un seul se trouve au milieu. Ils sont +au nombre de dix ; en voici les noms : Tagadirt, Taourirt, Erḥal, +Ez Zaouïa, El Qaçba, Agadir Ouzrou, El Kebbaba, Aït Djellal, Aït +Bou Feḍaïl, Aït Anter. Autrefois, Tagadirt était la première +en importance : à présent, Tagadirt, Taourirt, Erḥal, Agadir +Ouzrou, sont de même force ; El Kebbaba et El Qaçba sont un peu +moindres ; Ez Zaouïa est la dernière : Ez Zaouïa doit son nom au +sanctuaire de Sidi Ạbd Allah Oumbarek, qu’elle renferme. Dans la +population, mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa, les Ḥaraṭîn +dominent. Aqqa, jadis sans debiḥa, est, depuis 40 ans, sous la +suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ. Chaque qçar a son gouvernement +séparé et est administré par un chikh. Les chikhs d’Aqqa sont +héréditaires, et plus puissants que ceux de Tisint et de Tatta : +ils sont Chellaḥa et originaires de leurs localités, excepté +celui d’El Kebbaba, qui est un des chikhs Aït ou Mrîbeṭ. + +Aqqa se trouve, pour le commerce, dans les mêmes conditions que +Tatta. Naguère lieu d’arrivée des caravanes du sud, elle voyait +affluer sur ses marchés l’or, les esclaves, les cuirs, les tissus +du Soudan. A côté d’un trafic considérable, l’industrie locale +s’était développée : Aqqa était célèbre pour ses bijoux +d’or. Toutes ces sources de fortune sont taries ; plus de commerce, +plus d’industrie, plus de relations lointaines. Il reste une oasis +comme Tatta, comme Tisint, vivant du produit de ses dattiers. Deux +marchés subsistent, peu fréquentés : le Ḥad de Taourirt et le +Tlâta d’Erḥal. Le trafic qui jadis enrichissait ce lieu s’est +transporté à Tindouf et à Tizounin. + +Aqqa égale et surpasse peut-être Tisint par son aspect riant et la +beauté de sa végétation : point de fruits qu’on n’y trouve : +à côté des dattes, bou sekri, bou iṭṭôb, djihel, bou feggouç, +bou souaïr, elle produit en abondance figues, raisins, grenades, +abricots, pêches, noisettes, pommes et coings. D’innombrables +canaux arrosent ces beaux vergers. L’eau coule en toute saison et +dans l’Ouad Aqqa et dans l’Ouad Kebbaba. On pêche des poissons +dans le premier. + +D’Aqqa on voit, dans la direction du sud, deux oasis, seules au +milieu de la plaine. L’une, proche, est Oumm el Ạleg, petit qçar +entouré de quelques palmiers ; l’autre, lointaine, est Tizounin, +localité importante qui apparaît comme une butte grise isolée dans +le désert. + +Les Aït ou Mrîbeṭ, sur les terres desquels est Aqqa, sont +une nombreuse tribu nomade cantonnée entre le Bani au nord, +les Ida ou Blal à l’est, l’Ouad Dra au sud, diverses tribus +du Sahel à l’ouest. Elle se divise en fractions, dont la plus +puissante est celle des Aït ou Iran. Occupant la portion orientale du +territoire, ceux-ci ont sous leur suzeraineté Aqqa, Tizounin, Tizgi el +Ḥaraṭîn, Tizgi es Selam[74], Tadakoucht[75], Icht. Deux frères, +Chikh Ḥamed, résidant à Tizounin, et Chikh Moḥammed, résidant +à El Kebabba, les commandaient autrefois ; tous deux sont morts, +et leurs enfants leur ont succédé. Une faible partie des Aït ou +Iran habite les oasis tributaires, la plupart vivent sous la tente. Le +groupe n’a point de mạder particulier : il possède et loue des +terres dans les mạders Ida ou Blal, Tatta et Aqqa. Les discordes, +fréquentes entre les diverses fractions des Aït ou Mrîbeṭ, +sont rares dans l’intérieur de chacune d’elles. La tribu est +indépendante, et sans relations avec le sultan. + + + 5o. — IDA OU BLAL. + + +Peu après mon retour d’Aqqa, je quittai Tintazart : mes excursions +aux environs, des insinuations perfides des Juifs avaient attiré +l’attention sur moi et rendu mon séjour périlleux. Le Daoublali[76] +Ḥaïan, mon patron, craignant un attentat contre son client, vint +en hâte m’avertir des bruits qui circulaient et des dangers que +je courais ; il me proposa de m’installer dans sa maison, à Toug +er Riḥ. J’acceptai. Toug er Riḥ est un qçar plus petit que +Tintazart. Il se dresse au milieu de l’areg, sur une butte isolée +dont il couvre les pentes et couronne le sommet. Cette situation lui +a fait donner par les nomades le nom de _Toug er Riḥ_, « fille +du vent » ; il s’appelait primitivement Isbabaten. Les jardins en +sont pauvres ; aucune localité de Tatta n’a moins de palmiers. + +Les Ida ou Blal sont une tribu nomade, se disant d’origine arabe[77], +cantonnée entre les premières pentes du Petit Atlas au nord ; les +Oulad Iaḥia à l’est ; les Aït ou Mrîbeṭ à l’ouest. Au sud, +elle s’étend à plusieurs journées de marche dans le désert, +sans limite fixe : point de tribu entre elle et le Soudan. Si les +Ida ou Blal parcourent en maîtres ce vaste territoire, leurs tentes +en occupent une faible portion. Par mesure de sûreté, elles ne se +disséminent pas : le plus souvent toutes sont massées en un point ; +elles se divisent rarement en plus de deux groupes. La majeure partie +de l’année, la tribu se tient dans le voisinage de Tisint ou de +Kheneg eṭ Ṭeurfa, entre le Bani et le Dra ; au printemps, elle +passe le fleuve, appelée par les riches pâturages qui se trouvent sur +sa rive gauche entre lui et le Ḥamada. La zone d’opérations des +Ida ou Blal s’étend au delà de leur territoire. Ces opérations +consistent en deux choses : escorte et pillage de caravanes : +ạnaïa et ṛazia. De Tatta à Timbouktou, de Tatta à l’Adrar, +dans le triangle compris entre ces trois points, dans le Sahel au sud +de l’Ouad Dra, on les trouve tantôt par petits groupes, escortant +des convois, tantôt par troupes de 50 à 60, battant le pays pour +en surprendre. Principaux théâtres de leurs courses, ces régions +ne sont pas les seules ; ils parcourent la Feïja au nord du Bani, +poussent des pointes au sud du Dra sur les Ạrib et les Berâber, +apparaissent avec leurs ṛezous jusqu’au Tafilelt et au Touat. + + +Voici la décomposition des Ida ou Blal : + + { Soualeb. + { + { Behenni. + { + { Aït El Ḥaseïn. + { + { Oulad Ạbd Allah. + { + { Aṭṭara { Mdahi. + { { + { { Oulad Bella. + { { + { { Igertat. + { { + { Ḥaïan { { Aït Mḥammed. + { { { + { { { Soukkan. + { { + { { { Ferarma. + { { { + { { Ḥaïan el Bali { Djedân. + { { { + { { Imoulaten. + { + { { Aït Mousi. + IDA OU BLAL { { + { { Aït Ḥamed. + { { + { { El Qcîbat. + { { + { { Mekrez el Ḥadjer { Meskis. + { { { + { { { + { { { El Khleṭ. + { { { + { { { Aït Oujana. + { Mekrez { { + { { { + { { { Aït Boudder. + { + { { Aït Ba Ḥaman. + { { + { Iannout { Aït Ḥarz Allah. + { + { Oulad Doudoun. + +Les Ida ou Blal forment environ 1800 fusils et 100 chevaux. Les +chevaux étaient autrefois plus nombreux : la dernière guerre entre +les Ḥaïan et les Mekrez les a décimés. Cette guerre, dont les +rancunes ne sont pas éteintes, quoique la paix soit faite, s’est +terminée à l’avantage des Ḥaïan. Les pertes en hommes ont été +presque égales des deux côtés : il est mort 120 Ḥaïan et 150 +Mekrez. Nous avons dit le motif de la querelle : l’attaque par les +Mekrez d’un Chleuḥ de Tintazart, client des Ḥaïan. Un chikh +héréditaire commandait jadis chaque fraction des Ida ou Blal ; seul +le titre subsiste dans les familles qui le possédaient, le pouvoir +n’y est plus attaché : les groupes s’administrent isolément par +l’assemblée de leurs principaux membres. Un Daoublali a une grande +autorité sur toute la tribu et peut, sans porter de titre, en être +regardé comme chef : il s’appelle Ạli ould Ben Nạïlat. Bien +qu’ayant une maison à Toug er Riḥ, il habite sous la tente, avec +l’ensemble de ses concitoyens. Ḥaïan, sa considération est aussi +grande chez les Mekrez que parmi les siens. Hors de cette influence, +les Ida ou Blal n’en subissent que deux, à un degré moindre : +l’une, temporelle, celle qu’Ạli ben Hiba, de Djebaïr, s’est +acquise par ses richesses ; l’autre, spirituelle, celle du Jakani +Ḥamed Digna, fils d’El Mokhtar, le marabout de Tindouf. + +Les Ida ou Blal sont indépendants et ne reconnaissent point le +sultan. Je demandai un jour à l’un d’eux s’ils n’avaient +jamais eu de relations avec lui. « Si, me répondit-il, nous en +avons eu il y a un an et demi ; voici lesquelles. Moulei el Ḥasen +ayant, pendant sa campagne du Sahel, envoyé des secrétaires et des +mkhaznis ramasser l’impôt dans le Ras el Ouad, nous dépêchâmes un +ṛezou s’embusquer sur leur passage : quand les gens du gouvernement +revinrent, avec des mulets chargés d’argent, on les attaqua, les +mit en fuite, et l’on amena en triomphe parmi nous le tribut des +habitants du Sous et les armes et les chevaux des mkhaznis. Telles +furent les dernières relations de notre tribu avec le sultan. Je ne +sache pas qu’elle en ait eu d’autres. » + +Chez les Ida ou Blal, comme à Tintazart, on ne voit que de jeunes +hommes : les pères ont été moissonnés dans les guerres civiles qui +désolèrent la tribu et dont la dernière finit à peine. Puissants +il y a quinze ans, les Ida ou Blal sont sans force à l’heure +présente, épuisés par ces querelles intestines. Eux, dont le nom +faisait trembler jadis tout le Sahara, ont peine à se défendre des +incursions des tribus voisines. Ils sont moins occupés d’envoyer +des ṛezous que de se garder contre ceux des autres. Les Berâber +les attaquent sans cesse. A chaque instant on en signale une troupe +sur quelque point du territoire. Nous en avons vu une se jeter sur les +jardins de Tisint ; quinze jours après, une autre s’abattait sur le +mạder à l’est du Rist Djedeïd. Ces incursions sont contraires +à toute loi, car les Ida ou Blal sont clients des Berâber. Chaque +année, ceux-ci envoient des députés percevoir le montant du +tribut, une ouqia par fusil ; les Ida ou Blal qui voyagent sur +leurs terres paient, en outre, 2 ouqias par chameau, une par âne et +une par personne. La debiḥa existe depuis un temps immémorial : +jadis les conventions en étaient respectées des deux côtés ; +aujourd’hui, profitant de la faiblesse de leurs vassaux, les Berâber +font exécuter les clauses à leur bénéfice et ne tiennent pas compte +de celles qui sauvegardent les Ida ou Blal. Tributaires des Berâber, +les Ida ou Blal sont eux-mêmes suzerains d’une foule de tribus et +de districts : les Aït Jellal, les qçars de l’Ounzin, des ouads +Aginan et Aït Mançour, de Tatta, de Tisint, ceux de la Feïja, sauf +Qaçba el Djouạ, ceux du sud du Bani situés sur leur territoire, +sont leurs clients. Ces nombreux pactes entraînent des rapports +continuels entre eux et les tribus voisines : en un mois et demi, +j’ai vu plus de dix députations chez eux, toutes venues pour le +même objet : plaintes sur des convois attaqués malgré des debiḥas, +et demandes de restitution. Les réclamants étaient des Berâber, +des Aït Jellal, des Chellaḥa du Petit Atlas, jusqu’à des gens +du Tafilelt. Les Ida ou Blal sortent peu du Sahara. Quelques-uns à +peine ont été à Mogador ou à Merrâkech, aucun à la Mecque. Ils +connaissent admirablement leur pays et sont au courant de la région +qui s’étend d’ici au Tafilelt, à Ouad Noun, à Timbouktou et +à l’Adrar. + +Les Ida ou Blal sont en ce moment dans la dernière misère : leurs +guerres intestines les avaient appauvris ; plusieurs années de famine +ont mis le comble à leur détresse. En temps ordinaire, la tribu est +riche : ses troupeaux, nuls aujourd’hui, sont d’habitude nombreux ; +le mạder la fournit de grains ; quelques-uns de ses membres se +livrent au commerce du Soudan ; enfin, elle a dans le Sahara une +ressource inépuisable, par les sommes que lui vaut l’escorte des +caravanes et le butin qu’elle fait en les pillant. Le ṛezou est, +chez les Ida ou Blal, la première des institutions. Il s’organise +de la façon suivante : un ou plusieurs individus, connus pour leur +audace, annoncent qu’on va entreprendre une ṛazia et font appel aux +hommes de bonne volonté. Des jeunes gens de la tribu se présentent ; +souvent des Chellaḥa des qçars se joignent à eux, ou prêtent +leurs chevaux moyennant une part de butin. Les ṛezous se composent +de chameaux, de chevaux, ou de fantassins. Les derniers, parfois de +400 à 500 hommes, font des expéditions de courte durée et dans +un rayon peu étendu. Les autres ne dépassent pas 100 combattants +et opèrent au loin. Ils emmènent des chameaux chargés de dattes, +s’installent auprès d’un point d’eau et envoient chaque jour +des cavaliers à la découverte ; l’un d’eux aperçoit-il un +convoi ou des voyageurs, il vole l’annoncer. On s’élance à la +poursuite de la proie, on s’empare des marchandises, on dépouille +les hommes : s’ils appartiennent à des tribus éloignées, à +des tribus faibles, ou si ce sont des Juifs, on les renvoie nus, +mais vivants ; s’ils sont d’une fraction proche et de qui l’on +redoute des représailles, on les tue pour sauver le secret. Puis +on revient aux chameaux et on guette de nouveau. Tant que durent +les dattes, on reste en embuscade dans le même lieu, ou à des +points d’eau voisins ; lorsqu’il n’y en a plus, on s’en +retourne. Quelquefois le ṛezou tombe à l’improviste sur des douars +d’une tribu voisine qu’il sait isolés ou mal gardés. Les Ida ou +Blal, ces impies qui ne veulent pas entendre parler de religieux, ne +partent jamais pour une ṛazia sans en avoir un dans leurs rangs. Ils +l’emmènent pour prier Dieu de rendre l’expédition fructueuse : +chaque jour, il demande au Seigneur de favoriser le ṛezou, de faire +tomber de nombreux voyageurs dans ses pièges, de lui inspirer les +meilleures embuscades. On paie ses services sur les bénéfices de +l’opération. A-t-on fait de riches captures ? Il touchera une +part considérable. S’est-on fatigué en vain ? n’a-t-on rien +pris ? C’est un mauvais marabout ! on l’accable de reproches ; +on ne lui donne rien ; on ne l’emmènera pas une autre fois. Les +ṛezous qui du Bani au Soudan sillonnent le désert en tous sens +sont le seul danger des voyageurs dans cette région. Les grandes +caravanes, de plusieurs centaines de personnes, n’ont rien à +redouter ; elles sont armées et on n’ose les attaquer : telles +sont celles qui, chaque printemps et chaque automne, traversent le +Sahara entre Timbouktou d’une part, Tindouf, le Dra, le Tafilelt +de l’autre. Les négociants qui, pour faire de meilleures affaires +en devançant l’arrivée générale, essaient de franchir seuls le +désert, ont tout à craindre. Ils s’efforcent d’échapper par +le petit nombre et la vitesse à la vue des ṛezous. Quelquefois +ils ont ce bonheur. C’est ainsi, presque seul, que le docteur Lenz +traversa le Sahara. Le récit de son passage à Tindouf est ici sur +les lèvres de chacun. Comme il était en cette oasis, à la veille +de s’enfoncer dans le désert, on s’étonnait de son audace : +s’aventurer seul dans ces solitudes terribles ! Et les pillards, +les Berâber, les Oulad Deleïm, les Regibat, n’y pensait-il +pas ? Pour réponse, il montra son fusil. « De combien d’hommes +sont ces ṛezous dont vous voulez m’effrayer ? — De 60, 80, +100 même. — Pas plus de 100 ? — Non. — Eh bien, regardez ! » +Il épaule son arme et tire, sans recharger ni s’interrompre, cent +cinquante coups de feu. Les Ida ou Blal ont des idées fort étranges +sur les Chrétiens : ils les considèrent plutôt comme des sortes +de génies, de magiciens, que comme des hommes ordinaires. Ils les +croient très peu nombreux, disséminés dans quelques îles du nord, +et doués d’un pouvoir surnaturel : les uns me demandaient s’il +était vrai qu’ils labourassent la mer, d’autres si les Français +étaient aussi nombreux que les Ida ou Blal. Cette dernière question +est excusable. Ils savent de nous une seule chose : depuis trois ans, +les gens de Figig, une poignée de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, nous +font impunément la guerre sainte. Eussent-ils osé s’attaquer à +une tribu comme la leur ? Les Ḥaraṭîn de Tisint entreraient-ils +en lutte avec les Ida ou Blal ? Jamais. On juge notre puissance +d’après notre conduite à Figig ; on n’en saurait avoir une +haute idée. Notre réputation est telle dans le Sahara Marocain, +du Sahel à l’Ouad Ziz. On n’y admet pas que notre patience à +Figig soit respect pour Moulei El Ḥasen. Il n’est pas le maître de +Figig. Qu’existe-t-il de commun entre lui et cette oasis ? Il n’y a +guère plus d’ignorance, en effet, à mettre au même rang la France +et les Ida ou Blal qu’à croire Figig soumis au sultan de Fâs. + + + 6o. — RETOUR A TISINT. MRIMIMA. + + +Aqqa et le mạder étaient les limites ouest et sud que j’avais +fixées à mon voyage. Je songeai, après quelques jours passés à +Toug er Riḥ, à m’occuper du retour ; il devait s’effectuer par +le Ternata ou le Mezgîṭa et le Dâdes. Tisint était la première +étape sur cette voie. Je priai mon patron de m’y ramener. + + 17 décembre. + +Départ à 8 heures du matin, en compagnie de trois Ida ou Blal. Je +traverse le kheneg d’Adis, puis je m’engage dans la vallée de +l’Asif Oudad, où je regagne mon chemin de l’aller. De Toug +er Riḥ à l’Ouad Imi n ou Aqqa, on est dans l’areg, sable +dur semé de rares touffes de melbina et d’aggaïa. Au delà de +l’Ouad Imi n ou Aqqa, je retrouve la région parcourue en venant à +Tintazart, sol pierreux avec des gommiers, nombreux surtout au bord +des cours d’eau. J’arrive à 3 heures et demie à Aqqa Igiren, +gîte d’aujourd’hui. + +J’ai vu près du kheneg d’Adis plusieurs rivières nouvelles : +l’Ouad Toug er Riḥ (au pied de Toug er Riḥ, il a un lit de +gravier large de 12 mètres, et est à sec ; plus haut, près de +Tiiti, l’eau y coule) ; l’Ouad Adis (au pied de Tamessoult, +le lit en a 20 mètres de large, dont 8 remplis d’eau claire et +courante de 40 centimètres de profondeur ; berges de terre à 1/2, +hautes de 5 mètres) ; l’Ouad Izourzen (40 mètres de large, à sec, +fond de gravier avec rigole de vase humide au milieu ; hautes berges +de sable) ; l’Ouad Imi n ou Aqqa (50 mètres de large, à sec, lit +de gros galets, berges de sable de 1 à 2 mètres) ; l’Asif Oudad (25 +mètres de large, à sec, lit de gros galets, berges d’un mètre). + + 18 décembre. + +Départ d’Aqqa Igiren à 8 heures du matin. Arrivée à Agadir +Tisint à 4 heures du soir. L’aspect du pays entre Tatta et Tisint a +changé en l’espace d’un mois : la végétation s’est modifiée ; +la melbina, vivace à la fin de novembre, est desséchée ; de verte +l’aggaïa est devenue jaune. On ne voyait alors que ces plantes, +avec la kemcha : aujourd’hui une foule d’herbes, de fleurs, sont +sorties de terre et la couvrent de verdure. On les trouve sur tout +le parcours, ici poussant dans le sable, là se glissant entre les +pierres, partout substituant les teintes éclatantes des fleurs et +des feuilles à la surface grise du sol. Quelques gouttes de pluie +ont produit cette transformation. + + SÉJOUR A TISINT. + +En arrivant à Agadir, je descendis chez le Ḥadj Bou Rḥim qui, +lors de mon premier passage, m’avait fait promettre d’accepter +au retour son hospitalité. Des circonstances inattendues devaient +m’amener à avoir cet homme pendant près de quatre mois comme +compagnon de chaque jour. Je ne puis dire combien j’eus à me +louer de lui, ni quelle reconnaissance je lui dois : il fut pour moi +l’ami le plus sûr, le plus désintéressé, le plus dévoué ; en +deux occasions, il risqua sa vie pour protéger la mienne. Il avait +deviné au bout de peu de temps que j’étais Chrétien ; je le lui +déclarai moi-même dans la suite : cette preuve de confiance ne fit +qu’augmenter son attachement. Le Ḥadj Bou Rḥim est Ḥarṭâni ; +c’est l’un des principaux habitants de Tisint. + +J’étais loin de prévoir, le 18 décembre, en entrant dans sa +maison, que j’allais vivre avec lui durant plusieurs mois. Je ne +pensais qu’à une chose : gagner le Ternata, le Mezgîṭa ou le +Tinzoulin, et continuer rapidement ma route au nord-est. Se rendre +d’ici au Ternata est difficile : on va sans grands dangers à +Mḥamid el Ṛozlân avec des zeṭaṭs Berâber ; pour atteindre +directement le Tinzoulin ou le Ternata, il faut traverser le territoire +des Oulad Iaḥia, et ceux-ci sont en guerre avec les Ida ou Blal +et avec Agadir ; de plus, une famine terrible, auprès de laquelle +celle d’ici n’est rien, règne chez eux : dans cette détresse, +tous sont brigands ; ils attaquent, pillent tout le monde ; point +d’ạnaïa qu’ils respectent. Le Ḥadj Bou Rḥim et mon patron +Ḥaïan réfléchissent aux moyens de me mettre en route. Deux partis +se présentent : le premier est de s’adresser à un Daoublali ayant +des parents parmi les Oulad Iaḥia et demeuré en bonnes relations +avec eux malgré les hostilités, et de le prier de faire venir chez +lui des zeṭaṭs sûrs, entre les mains de qui on me mettrait et +qui me mèneraient au Tinzoulin : on dresserait, selon l’usage +du Sahara pour les occasions importantes, un acte par lequel les +zeṭaṭs se déclareraient responsables de moi envers la tribu +des Ida ou Blal, s’engageant, en cas de malheur, à lui payer +une somme considérable. Le second parti est d’aller à Mrimima, +village peu éloigné d’ici, où se trouve la célèbre zaouïa +de S. Ạbd Allah Oumbarek, la plus vénérée d’entre Sous et +Dra après celles de Tamegrout et de S. Ḥamed ou Mousa. S. Ạbd +Allah, chef actuel de la zaouïa, est très considéré parmi les +Oulad Iaḥia : on lui demanderait de me faire conduire par un de ses +propres fils jusqu’au Tinzoulin. Point de zeṭaṭ qui vaille une +pareille protection ; et là, au moins, pas de trahison à craindre : +les marabouts de Mrimima sont gens à qui l’on peut se fier. On +s’arrête à ce dernier projet. Je pars pour Mrimima. + + 26 décembre. + +Départ à 9 heures et demie du matin, en compagnie du Ḥadj et de +trois Ida ou Blal, parmi lesquels mon patron. En sortant de l’oasis, +auprès d’Ez Zaouïa, je trouve une plaine de sable dur, semée de +quelques touffes d’aggaïa et de melbina. Vers 11 heures un quart, +j’en atteins l’extrémité, et j’entre dans un défilé entre le +Djebel Feggouçat et la Koudia Bou Mousi. Le Djebel Feggouçat est un +serpent de roche noire étroit et bas, pareil à celui de Tintazart ; +la Koudia Bou Mousi, plus élevée, est un lourd massif de collines +grises aux pentes douces. Entre eux s’étend un large couloir où je +marche. Le sol est formé de dunes de sable, hautes de 1 à 2 mètres ; +la végétation est plus vivace qu’auparavant : l’aggaïa, plus +haute et plus abondante, se mêle de touffes de sebt. Par places, le +sable est humide : il disparaît alors sous la verdure et se couvre de +ziâda, de ḥamid, d’ouḍen naja, de ṛerima el ṛzel[78]. A midi +un quart, je quitte le défilé et franchis le Djebel Feggouçat. De sa +crête, on voit le désert jusqu’au Dra. C’est une vaste plaine, +sillonnée de serpents rocheux et de collines, analogue d’aspect +à celle qui s’étend au sud de Tatta. Toutefois le terrain semble +plus accidenté ici que là, les chaînes plus nombreuses et plus +hautes. Les deux principales sont le Djebel Mḥeïjiba, ou Koudia +Mrimima, et le Djebel Hamsaïlikh. La première paraît avoir 60 à +70 mètres d’élévation au-dessus de la plaine environnante, la +seconde davantage ; toutes deux sont de roche nue, et ont leurs flancs +en pente douce. Le Mḥeïjiba est noir et luisant comme le Bani, +le Hamsaïlikh d’une teinte claire ; ce dernier contient, dit-on, +des minerais. Je vois à quelques pas du chemin un massif de verdure +célèbre dans la contrée : il cache les sources de S. Ạbd Allah +ou Mḥind, sources intarissables et douées de rares propriétés : +toute personne atteinte d’une maladie scrofuleuse n’a qu’à +aller à la qoubba de S. Ạbd Allah ou Mḥind, à Ez Zaouïa, à y +passer trois jours en prières et en sacrifices, puis à se baigner +ici : sa guérison est assurée. La Koudia Bou Mousi donne, plus à +l’est, naissance à d’autres sources et ruisseaux ; un canton se +trouve là, le Meṛder Djeld, où, quelle que soit la sécheresse, +poussent toujours d’abondants pâturages. Les tentes des Ida ou +Blal y sont en ce moment. + +De l’autre côté du Feggouçat, je franchis deux vallons +parallèles, à fond de sable durci, où poussent quelques gommiers ; +puis je débouche dans une plaine dont le sol, dur et couvert de +galets, a pour seule végétation de petits gommiers qui bordent les +lits desséchés des ruisseaux. Cette plaine se prolonge au loin : +bornée au nord par un talus bas que perce l’Ouad Tisint au Tizi +Igidi[79], à l’est par le Hamsaïlikh, au sud par le Mḥeïjiba, +s’étendant à l’ouest jusqu’à la ligne uniforme et mince +du Zouaïzel, talus plutôt que collines, elle est traversée +par les ouads Tisint et Zgiḍ, qui s’y réunissent auprès de +Mrimima, et en sortent pour gagner le Dra par une large trouée, +Foum Tangarfa[80]. Cette brèche montre, dans le lointain, +les collines bleues du Dra. Au pied du Mḥeïjiba, on voit les +palmiers de Mrimima, vers lesquels je marche. Dans la direction du +nord-est s’aperçoit Foum Zgiḍ, kheneg dans le Bani, semblable +à ceux d’Aqqa et de Tatta ; là est l’oasis de Zgiḍ, et passe +l’ouad du même nom. Quatre ou cinq mamelons isolés se dressent +dans la plaine entre Mrimima et Foum Zgiḍ, à 6 ou 8 kilomètres +d’ici ; on les appelle El Gelob es Sṛîr ou Gelob Mrimima ; ces +qualificatifs les distinguent d’un autre Gelob, que j’ai vu en +allant au mạder. Jusqu’à Mrimima, le sol reste le même, plat, +dur, pierreux ; à mesure qu’on approche, les gommiers augmentent. A +2 heures, j’entre dans le village. + +Hors l’Ouad Tisint, j’ai traversé un seul cours d’eau de +quelque importance, Tazrout Timeloukka (lit de 20 mètres de large, +dont 10 couverts d’eau claire et courante ; fond de roche). + +[Illustration : Areg au sud de Tisint et portions de la crête du +Bani. (Vue prise de Mrimima.) + +Croquis de l’auteur.] + + SÉJOUR A MRIMIMA. + +A notre arrivée à Mrimima, mes compagnons et moi descendons +dans une des premières demeures du village : c’est une maison +vide appartenant à Sidi Ạbd Allah ; il en possède plusieurs +semblables ; elles servent à loger ses hôtes au moment d’une +foire célèbre qui se tient chaque année. Aussitôt installés, +nous voyons venir à nous les fils du marabout : ils sont au nombre +de quatre ; l’aîné, S. Oumbarek, est un homme de 30 à 35 ans ; +son père lui laisse en grande partie la direction de la zaouïa ; +les autres sont plus jeunes. On apporte une natte pour les Musulmans, +des dattes pour tout le monde ; puis vient un plateau avec des verres +et ce qu’il faut pour le thé, moins le sucre et le thé. C’est au +Juif à les fournir. On s’installe. A peine est-on assis, S. Oumbarek +se répand en plaintes contre les Ida ou Blal : « Toutes les tribus +nous servent ; toutes nous présentent de riches offrandes : les Ida +ou Blal seuls ne nous donnent rien ; bien plus, allons-nous chez eux +pour prélever la redevance, non contents de ne pas la remettre, ils +nous accueillent avec des quolibets, des plaisanteries et de mauvaises +paroles. Je leur en veux, non pour ce qu’a souffert chez eux mon +ventre, mais pour ce qu’ont souffert mes oreilles : gens grossiers, +inhospitaliers, impies autant qu’avares. D’ailleurs ils ont ce +qu’ils méritent. Ils accueillent mal les marabouts et méprisent +leurs bénédictions ; Dieu non plus ne les bénit point : ils meurent +de faim, et sont divisés entre eux. Autrefois, c’était une grande +tribu ; à présent, c’est la dernière du désert. Les Berâber les +pillent de tous côtés, les Oulad Iaḥia en font autant, jusqu’aux +Aït Jellal qui les bravent ; dans le Sahel, dans le Dra, ils n’osent +plus mettre les pieds. Ils sont la risée de tout le monde. Et puis, +il n’y a plus d’hommes parmi eux : tous les braves d’autrefois +sont morts. Aujourd’hui ce sont tous des femmes, tous des menteurs, +tous des traîtres : pas un qui ne viole son ạnaïa. Demandait-on le +mezrag à leurs pères, ils l’accordaient aussitôt, pour le seul +honneur, sans rien réclamer. Le demande-t-on aux Ida ou Blal d’à +présent ? Leur première parole est : « Combien me donnerez-vous ? » +Et ils en marchandent le prix comme des Juifs. Aujourd’hui, +parmi tous les Ida ou Blal, pas un qui soit brave, pas un qui +soit généreux, pas un qui soit franc, pas un qui soit loyal ; +et à mesure qu’ils valent moins, ils ont plus de prétentions : +depuis quelque temps il pousse chez eux des chikhs de toutes parts : +jadis combien de leurs pères avaient une chiakha[81] véritable, +qui ne pensaient pas à en prendre le titre : à cette heure, dans la +tribu entière il n’y a plus l’ombre d’une chiakha et tout le +monde est chikh. C’est une race d’hommes cupides et traîtres ; +il n’y a rien de bon en eux ; aussi nous ne les visitons plus. Ils +ne veulent pas de nos bénédictions ; mais dès aujourd’hui ils +ont visiblement le prix de leur impiété et de leur mépris pour +les hommes du Seigneur. » Mes trois Ida ou Blal se taisent et font +longue figure devant cette harangue qui se prolonge sur le même ton +durant plus d’une heure. Ce que dit S. Oumbarek est vrai ; mais +l’amertume avec laquelle le marabout leur reproche de ne point lui +donner d’argent est aussi répugnante que leur avarice. Pour moi, +je m’amuse à voir ces loups se mordre entre eux. + +Dans la soirée, on agite la question de mon départ pour le +Tinzoulin. Sidi Oumbarek m’y conduira en personne ; il fait voir +qu’il ne marchande pas moins son ạnaïa que les Ida ou Blal : +c’est au bout de deux heures de discussion qu’on s’entend sur +le prix. Enfin on tombe d’accord : je verse la somme sur l’heure : +il est convenu qu’on partira après-demain. + +Le lendemain matin, 27 décembre, mes Ida ou Blal, n’ayant plus rien +à faire ici, s’en vont ainsi que mon ami le Ḥadj. Au moment des +adieux, j’ai toutes les peines du monde à faire accepter un cadeau +à ce dernier ; avec les autres, au contraire, il y a un règlement +de compte laborieux. Me voici seul à Mrimima avec Mardochée et un +domestique israélite. Dans l’après-midi, nous recevons la visite +de S. Ạbd Allah en personne. C’est un vieillard d’environ +70 ans, à barbe toute blanche, tranchant sur le brun de sa peau ; +car il est Ḥarṭâni. Il nous parle avec bienveillance, mais sa +péroraison rappelle les discours de son fils : « Grâce à Dieu, +vous êtes maintenant débarrassés de vos Ida ou Blal, gens impies +et sans foi qui n’étaient venus que pour vous dépouiller. Quant +à moi, je n’aime pas les Juifs ; mais Dieu vous a conduits ici +dans la maison de la confiance : vous y êtes les bienvenus, et, +quand vous voudrez partir, je vous ferai mener où vous voudrez +en sûreté. Mais voyons, les Juifs ! vos pareils, quand ils se +présentent, ne m’abordent que les mains pleines de toutes sortes +de cadeaux : vous, vous ne m’avez rien donné ; tâchez de réparer +votre faute et de m’offrir quelque chose de bien : pas de khent, +pas de ces objets ordinaires et grossiers ; je veux quelque chose de +bien. Je repasserai tout à l’heure : à présent, je vais parler à +des Oulad Iaḥia avec qui je vous ferai partir. » Il nous quitte, +va et revient au bout d’une demi-heure : « Ce que vous avez de +mieux à faire est de passer le sabbat ici et de ne vous mettre en +route que le lendemain. J’ai donné rendez-vous pour samedi à +ces Oulad Iaḥia qui s’en iront dimanche avec vous. Maintenant, +voyons ce que vous m’avez préparé de bien ! » Je lui montre ce +que j’ai, du thé, de la cotonnade blanche, deux pains de sucre. Il +prend le tout, et nous lui déclarons que nous sommes les gens les +plus heureux du monde de ce qu’un grand saint comme lui ait bien +voulu accepter ce faible don. Je ne suis pas aussi content que je +le dis. Voici mon départ remis à plusieurs jours, car on n’est +qu’à jeudi. Puis, que sont ces Oulad Iaḥia à qui S. Ạbd +Allah veut me confier, alors qu’il était convenu que son fils me +conduirait lui-même ? Ces marabouts ont moins de parole encore que +les Ida ou Blal. Mais que faire ? Je suis à leur merci. C’est le +cas d’être fataliste et d’attendre avec résignation. Espérant +que cela pourrait produire quelque effet, je me recommandai du cherif +d’Ouazzân. Jamais je ne m’étais servi de sa lettre, pour la +meilleure raison : son nom était inconnu de ceux à qui j’avais eu +affaire jusqu’alors, et son influence nulle dans les régions que +j’avais traversées depuis Fâs. Ici il n’en est pas autrement, +mais dans la zaouïa du moins son nom est connu et respecté. Je fis +voir sa lettre à S. Ạbd Allah. Dans les premiers jours, ce fut un +événement : on lut l’épître en pleine mosquée ; comme effets, +il résulta qu’on me traita avec plus d’égards qu’auparavant, +que chaque jour S. Ạbd Allah me faisait une visite et que, le soir, +il envoyait deux de ses fils passer la nuit dans ma chambre, honneur +et protection à la fois. + +Le samedi, le dimanche se passent, on ne parle point de départ. Par +extraordinaire, S. Ạbd Allah reste invisible. Je demande +S. Oumbarek : il est malade. Enfin, le lundi matin, je vis arriver +ce dernier : il était impossible, disait-il, de se mettre en route : +deux troupes de 20 fusils, l’une de Berâber, l’autre d’Ạrib, +de passage ici, avaient appris que j’allais partir ; le bruit +que j’étais Chrétien, venu de Tintazart, s’était répandu +dans le pays et leur était parvenu ; de plus, on me croyait chargé +d’or. Les deux bandes s’étaient embusquées dans la montagne et +guettaient mon passage pour m’attaquer. Il fallait patienter. Dans +trois ou quatre jours, quand, lasses d’attendre, elles auraient +disparu, S. Oumbarek prendrait avec lui 30 ou 40 Ḥaraṭîn et me +conduirait en personne à destination. Le lendemain, S. Ạbd Allah +vint confirmer ces paroles : « Ayez confiance en moi ; je vous ferai +partir en sûreté avec mon fils, quand tous ceux qui voudraient vous +manger seront partis ou vous auront oubliés. Mrimima est un ventre +de hyène, rendez-vous de tout ce qu’il y a de mauvais. Mais, +patience ; vous en sortirez, s’il plaît à Dieu. » + +Deux jours après, c’est autre chose : les Ạrib sont partis ; +mais 30 Aït Seddrât les ont remplacés : ils étaient venus acheter +des dattes ; à la nouvelle du coup à faire, ils se sont installés +dans le Mḥeïjiba, jurant qu’ils n’en bougeraient tant que je +serais ici. Le jeudi, ils font mieux : ils envoient une députation +à S. Ạbd Allah, demandant de me livrer : ils se chargent de me +conduire au Tinzoulin. Sur son refus, ils se répandent en menaces, +déclarent qu’ils m’enlèveront de force. Les marabouts prennent +peur : le jour, ils placent deux hommes à ma porte, avec consigne de +ne laisser entrer personne ; la nuit, on m’envoie plusieurs esclaves +armés. Les deux fils cadets de S. Ạbd Allah ne me quittent plus. Les +murs de la maison sont hauts, la porte solide, rien à redouter +de ce côté ; mais on craint que les Aït Seddrât ne percent la +muraille de pisé. Le lendemain, ils envoient de nouveaux émissaires, +l’inquiétude des marabouts augmente, ma garde s’accroît. Enfin, +le vendredi, S. Ạbd Allah vient me dire qu’il ne s’engage plus à +me faire conduire au Dra : tout ce qu’il peut pour moi, c’est de me +ramener à Tisint, encore faudra-t-il attendre plus d’une semaine : +le 12 janvier sera la fête du Mouloud ; ce jour-là, S. Ạbd Allah +fait tous les ans un pèlerinage à la qoubba de S. Ạbd Allah +ou Mḥind, à Tisint ; il s’y rend en grand appareil, suivi de +toute la zaouïa, de tout ce qu’il a de parents, de serviteurs et +d’esclaves : je me joindrai à lui et, sous la protection de cette +puissante escorte, je pourrai passer. + +Après une semblable déclaration, il ne me restait rien à espérer +quant au Tinzoulin. Attendre à Mrimima n’avait plus de raison +d’être ; il fallait revenir à Tisint : cela même était chose +difficile et dangereuse. Le soir de ce jour, 3 janvier, j’écrivis +à mon ami le Ḥadj Bou Rḥim : je lui peignais la situation, +et le priais de venir me chercher. Un mendiant porta ma lettre. + +Le lendemain, à 7 heures du matin, grand mouvement dans le village : +une troupe de 25 fantassins et 2 cavaliers y arrive tout à coup et +entre droit dans ma cour. C’est le Ḥadj qui vient me prendre. Il a +reçu mon billet cette nuit. Il s’est levé aussitôt, a couru chez +ses frères et ses parents ; chacun s’est armé et l’a rejoint +avec ses serviteurs ; ils se sont mis en marche, et les voici. Une +demi-heure après, je reprenais avec eux le chemin d’Agadir. Les +marabouts nous voyaient partir avec inquiétude : ils craignaient pour +nous une attaque des Aït Seddrât. Ceux-ci cherchaient le pillage, +et non le combat ; voyant la force de l’escorte, ils n’osèrent +se présenter. A 11 heures et demie, j’étais de retour dans la +maison du Ḥadj. + + MRIMIMA. + +[Illustration : Mrimima. (Vue prise du chemin de Tisint.) + +Croquis de l’auteur.] + +Mrimima a l’aspect triste et pauvre. C’est un petit village en +pisé, ensemble de constructions basses du milieu desquelles émergent +le minaret délabré de la grande mosquée et deux autres moins hauts ; +dans cette masse de murailles grises brillent trois petites qoubbas, +seuls édifices blanchis du village. En dehors des habitations, +sur leur lisière nord-ouest, se tient la foire annuelle, l’une +des causes de célébrité de Mrimima ; ce côté est occupé par +de grandes maisons carrées appartenant à S. Ạbd Allah ; vides en +ce moment, elles servent de lieux de dépôt pour les marchandises, +lors de la foire. Celle que j’ai habitée est l’une d’elles. A +l’est et au sud-est du village s’étendent des plantations de +dattiers de moyenne étendue ; elles produisent surtout des djihel, +puis des bou souaïr, des bou feggouç et quelques bou sekri. Le +long des dattiers, entre l’oasis et les roches du Mḥeïjiba, +coule l’Ouad Zgiḍ ; c’est une large rivière, un peu plus forte +que l’Ouad Tisint ; en toute saison elle a de l’eau courante ; +les poissons y sont nombreux. La population de Mrimima est composée, +d’une part de la famille proche et éloignée de S. Ạbd Allah, +groupée autour de la _zaouïa_, demeure propre de ce dernier, de +l’autre des nègres et Ḥaraṭîn esclaves ou serviteurs de la +famille sainte. Tous les membres de celle-ci portent le titre de +marabout et sont nourris ou aidés par la zaouïa. Les palmiers de +Mrimima appartiennent la plupart à S. Ạbd Allah, les autres sont +possédés par ses neveux ou ses parents ; quelques-uns ont pour +propriétaires de simples Ḥaraṭîn. + +La zaouïa de Mrimima n’est pas très ancienne ; elle n’est +pas ḥerra, « indépendante » : une zaouïa est ḥerra +lorsque son chef compte au moins sept ancêtres postérieurs à la +fondation ; les arrière-petits-fils de S. Ạbd Allah seulement +seront indépendants. D’après cette donnée, la zaouïa compterait +environ 150 ans d’existence. Les marabouts de Mrimima tirent leur +origine du qçar d’Ez Zaouïa, de Tisint ; leur chikh est Sidi +Ạbd Allah ou Mḥind, saint mort depuis plusieurs siècles, dont +la qoubba est dans cette localité ; chaque année, à la fête du +Mouloud, ils y font en grande pompe un pèlerinage. Ils sont donc une +branche de la famille de religieux dont la souche est à Ez Zaouïa : +cette famille étend au loin ses ramifications : j’en trouverai des +membres établis à demeure dans le Ras el Ouad, dans le bas Sous, +jusque auprès de Mogador, partout vénérés, partout vivant de +leur titre de marabout et de leur sainte origine. Les religieux de +Mrimima, quoique ne formant pas la branche aînée de cette race, +en sont actuellement la plus distinguée ; les autres sont réduites +à une influence locale, celle-ci jouit au loin d’une grande +considération : elle perçoit des redevances dans le Dra, dans le +Sahel, sur les deux versants du Petit Atlas ; les noms de Mrimima et +de la zaouïa de Sidi Ạbd Allah Oumbarek sont connus en bien des +lieux où celui de Tisint est ignoré. Cependant c’est une zaouïa +de second ordre, qu’on ne saurait comparer à celles d’Ouazzân, +de Bou el Djạd, ou de Tamegrout. Elle ne leur ressemble en rien, +ni comme célébrité, ni comme influence, ni comme richesses. + +J’ai vu, dès mon arrivée à Mrimima, que S. Ạbd Allah et ses +fils étaient rapaces : on ne s’en étonne pas quand on voit la +peine qu’ils se donnent pour recueillir de l’argent. On leur en +apporte peu : il vient des pèlerinages, même de loin ; de cette +source ne sortent que des dons isolés : pour percevoir les redevances +générales des tribus, il faut se rendre au milieu d’elles ; +il faut que le marabout sanctifie les territoires par un séjour de +quelque temps, qu’il appelle sur lui les bienfaits du Seigneur. Ces +conditions remplies, lorsque la présence et la bénédiction de +l’homme de Dieu ont assuré pour l’année une bonne récolte, +de gras pâturages, des eaux abondantes, on lui remet, en échange de +ses bons offices, la cotisation habituelle ; sinon, rien. De là des +voyages continuels, qui constituent pour les religieux un travail +régulier : ils appellent cela « aller bénir ». Chaque année, +S. Ạbd Allah va en personne dans le Sahel et dans le Dra bénir +et recueillir les tributs ; dans les autres régions qui servent la +zaouïa, il envoie ses deux fils aînés faire la collecte : c’est, +d’une part, dans une portion du Petit Atlas (Aït Bou Iaḥia, +Seketâna, etc.), de l’autre, au sud du Bani (Oulad Iaḥia, Ida +ou Blal, Aït ou Mrîbeṭ, etc.). Malgré ces revenus, la zaouïa +ne semble pas riche : les bâtiments sont simples ; les costumes des +marabouts n’indiquent pas une grande aisance. Sidi Ạbd Allah seul +est habillé à la façon des villes : gros turban blanc, farazia +et ḥaïk ; ses vêtements sont propres et frais. On ne peut en +dire autant pour ceux de ses fils : l’aîné paraît très fier +d’un cafetan de drap rouge râpé qu’il porte sous son ḥaïk +(les marabouts marocains ont un goût prononcé pour les étoffes de +couleur éclatante) ; le second, S. El Faṭmi, n’a sur sa chemise +qu’un ḥaïk grossier et un bernous de 10 francs. Quant aux deux +plus jeunes, leurs chemises sales et déchirées, leurs bernous troués +me les avaient fait prendre à l’arrivée pour des mendiants ; +l’un d’eux, S. Iaḥia, a quinze ans, l’autre, S. Ḥamed, +en a dix. Comme mobilier, je n’ai vu que les théières et les +verres, lesquels sont des plus communs. Pas de bougies : il n’en +existe nulle part dans le Sahara ; on se sert de petites lampes +à huile, qui jettent une lumière funèbre : luxe rare, Mrimima +possède 3 ou 4 chandeliers de cuivre ; on place les lampes dessus : +c’est très commode. Une mule est l’unique bête de somme de la +zaouïa. Je ne crois pas que les marabouts thésaurisent ; malgré +la simplicité de leur vie, la caisse de la maison ne doit pas être +riche. Ils recueillent de nombreux dons, de nombreuses redevances ; +mais ces offrandes sont presque toutes en nature : elles consistent +en dattes, en orge, dans les tribus du Sahara ; en blé et en huile, +dans celles de la montagne ; très peu sont de l’argent. Ces +cadeaux s’en vont aussi vite qu’ils viennent : la zaouïa[82] +ne se compose pas seulement de son chef et des fils de celui-ci ; +Sidi Ạbd Allah nourrit une infinité de neveux, de cousins, +de parents ayant les mêmes ancêtres que lui ; tous ne vivent +que de la sainteté de leur sang ; tous mangent sur la zaouïa ; +je veux qu’ils fassent maigre chère, il y a encore les hôtes : +le nombre des étrangers qui reçoivent chaque jour l’hospitalité +est considérable ; en un séjour d’un peu plus d’une semaine, +j’ai vu passer des Berâber, des Oulad Iaḥia, des Ạrib, des +Ida ou Blal, des Tajakant, des gens de Tafilelt, des Aït Seddrât ; +point de jour où il n’y ait quinze à vingt hôtes à la zaouïa : +gens du Dra qui vont acheter des dattes dans les oasis de l’ouest, +cavaliers qui viennent de ṛazia, députations qui se rendent dans +quelque tribu des environs, voyageurs de toutes conditions et de +tous pays. Mrimima, par sa situation unique entre le Dra et le Bani, +se trouve un point de passage et de ravitaillement naturel pour +ceux qui traversent le Sahara Marocain dans sa longueur. Les uns y +séjournent peu ; d’autres restent longtemps. J’y fus avec un homme +des Aït Ioussa[83] qui y vivait depuis deux mois : il venait du Dra +et n’osait rentrer dans son pays, parce que les Aït ou Mrîbeṭ, +de qui il avait à traverser le territoire, étaient en guerre avec sa +tribu : comme S. Ạbd Allah va tous les ans à époque fixe au Sahel, +il attendait son départ pour passer sous sa sauvegarde. Le moment de +ce voyage de S. Ạbd Allah est celui du Souq el Mouloud[84] ; il se +rend chaque année à cette foire où, un grand concours de monde se +trouvant réuni, il ramasse d’un seul coup de nombreuses offrandes. + +Par ces tournées, qui embrassent le bassin du Dra presque entier, +et par les gens de toute origine qui reçoivent l’hospitalité +à la zaouïa, le marabout de Mrimima est en relations avec toutes +les tribus habitant entre l’Océan et le Tafilelt et sa parole est +répandue et respectée dans cette vaste zone de pays. Il peut avoir, +à un moment donné, une influence politique réelle. + +S. Ạbd Allah, quoique vieux, s’occupe des affaires de la zaouïa ; +mais son fils aîné S. Oumbarek a en main la plus grande partie +d’entre elles : il agit souvent sans consulter son père, son père +ne fait rien sans son avis. S. Oumbarek a de l’autorité sur les +tribus des alentours ; c’est lui qui reçoit les hôtes, qui fait +une partie des tournées ; il ne s’éloigne pas longtemps de la +zaouïa, où il est indispensable. Il forme avec ses trois frères +et deux sœurs l’unique postérité de S. Ạbd Allah : ces six +enfants sont nés à celui-ci de sa première femme ; elle morte, +il en a épousé une seconde qui ne lui a point donné de rejetons ; +il a toujours été monogame. Ses fils ont le type ḥarṭâni moins +prononcé que lui. Les autres marabouts, ses neveux ou cousins à +divers degrés, sont ceux-ci Ḥaraṭîn, ceux-là blancs ; les +uns ont quelque fortune, d’autres sont pauvres ; tous portent +au cou un gros chapelet, ce qui est d’usage ici pour les seuls +religieux, et tous ont droit aux baisemains des Musulmans. Peu ont +été à la Mecque : comme les Ida ou Blal, ils ne vont qu’où il +y a de l’argent à gagner. Bien que ṭalebs, ils sont ignorants +et grossiers d’esprit. Ne se figurèrent-ils pas qu’avec cinq ou +six brins d’herbe qu’on m’avait vu ramasser dans le mạder +je voulais maléficier tout l’Islam ? Je ne sais si je parvins +à les rassurer à cet égard. Nous trouvons parmi eux le kif, cet +apanage des cherifs et des marabouts ; ils le fument en l’arrosant +de grands verres d’eau-de-vie, que leur fabriquent les Juifs de +Tintazart et du Dra. A Tisint et à Tatta, quatre ou cinq personnes +usaient de kif : c’étaient des cherifs, originaires du Tafilelt ; +on les reconnaissait à la petite pipe spéciale qui se balançait +à leur cou. + +Mrimima, célèbre par sa zaouïa, ne l’est pas moins par +sa foire. Cette foire, annuelle, dure trois jours et est très +fréquentée : on y vient de tout le bassin du Dra, du Sous, du Sahel, +souvent du Tafilelt ; on y a vu, dit-on, jusqu’à des marchands +de Figig. Trois grandes foires annuelles se tiennent dans le Sahara +Marocain, celle de Mrimima en redjeb, celle de Sidi Ḥamed ou Mousa +à la fin de mars[85], Souq el Mouloud en mouloud. Les unes et les +autres attirent une foule de monde. Malgré cette affluence de gens peu +habitués à la discipline, on n’y voit d’ordinaire aucun trouble ; +des mesures sévères sont prises par les chefs des localités où +elles ont lieu (ici, par S. Ạbd Allah) pour que l’ordre ne cesse de +régner : bien plus, on garantit à ceux qui s’y rendent la sûreté +sur le chemin. Un individu, une caravane allant à la foire ont-ils +été pillés, maltraités en route ? on saisit, parmi les hommes +présents au marché, ceux de la tribu coupable de l’agression, +on les rend responsables du dommage, et on le leur fait payer sur +l’heure. Grâce à cette méthode employée aux trois points, la +sûreté, rare phénomène, règne à trois époques de l’année +sur les routes de la contrée. Dans ces foires on trouve réunis +les produits du pays, les objets fabriqués dans les villes du Maroc +et en Europe, et les marchandises du Soudan. La plus importante est +celle de S. Ḥamed ou Mousa ; placée sur le chemin des caravanes +de Timbouktou, elle se tient à l’époque de leur arrivée et est +le théâtre des transactions relatives au commerce du Soudan ; +là se fait l’échange de l’or, des plumes d’autruche, de +l’ivoire, des esclaves, contre les produits européens envoyés +de Mogador. Après cette foire vient celle de Mrimima. La moins +considérable est Souq el Mouloud. + + +[Note 58 : Les principales espèces de dattes que produit le +Sahara Marocain sont, par ordre de mérite : les bou iṭṭôb, +les bou feggouç, les bou sekri, les djihel, les bou souaïr. Les bou +iṭṭôb sont très petites, avec un noyau presque imperceptible ; +le goût en est délicat : ce sont les dattes qui se conservent le +mieux ; jamais, dit-on, les vers ne les attaquent. Les bou feggouç +sont grosses ; elles sont aussi très bonnes et très recherchées. Les +bou sekri sont de taille moyenne, et fort sucrées, comme l’indique +leur nom ; elles ont une couleur particulière, d’un gris vert, +tandis que les autres ont les tons dorés qu’on voit habituellement +aux dattes. Les djihel sont de même dimension, à noyau assez +gros ; elles sont beaucoup moins estimées que les trois premières +espèces, excepté celles qui viennent de Tisint ; les dattiers +qui les produisent ont une quantité énorme de fruits : de cette +exubérance est venu leur nom. Les bou souaïr sont fort au-dessous +des dattes précédentes ; elles sont petites et ont peu de chair ; +on les mange à peine ; elles servent surtout à la nourriture des +bestiaux. Le nom de bou souaïr s’applique d’ailleurs, dans tout +le sud, moins à une datte spéciale qu’à toute datte de rebut, +de mauvaise qualité ou non parvenue à maturité, et peu propre à +l’alimentation des hommes. Ces diverses espèces sont mélangées +dans les oasis ; dans toutes, une d’elles domine : à Tisint, ce +sont les djihel ; à Tatta, ce sont les bou feggouç, à Aqqa les +bou sekri, sur le versant méridional du Petit Atlas les bou souaïr, +dans le Dra les bou feggouç, dans le bassin du Ziz les bou feggouç +et les bou souaïr.] + +[Note 59 : Le _khent_, appelé en France _guinée_, est une étoffe +de coton indigo. La plupart de celui dont on se sert au Maroc est +fabriqué en Angleterre et vient par Mogador. C’est la contrefaçon +d’une étoffe de même teinte, mais beaucoup meilleure, qui se +confectionne au Soudan. Cette dernière, aussi solide comme tissu et +comme couleur que l’autre l’est peu, a une valeur plus grande : +l’élévation de son prix en fait un objet de luxe réservé à +quelques chikhs et marabouts. Une kechchaba d’étoffe du Soudan se +paie environ 60 francs ; en khent ordinaire, elle en coûte 5 ou 6.] + +[Note 60 : Ici tous les hommes fument, nomades et sédentaires, les +riches dans des pipes, les pauvres dans des os creux. Trois espèces +de tabac viennent d’Ouad Noun, du Dra et du Touat. Celle d’Ouad +Noun est la plus estimée. Les unes et les autres se vendent par +feuilles entières et au poids. Personne ne prise, sauf les Juifs.] + +[Note 61 : On nomme ici _Sahel_ la région qui borde la mer, de +l’embouchure de l’Ouad Sous au Sénégal. La partie marocaine de +cette longue bande se compose des bassins secondaires qui versent leurs +eaux dans l’Océan entre l’embouchure du Sous et celle du Dra ; +pour la distinguer du reste, nous appellerons cette portion _Sahel +Marocain_. Ici l’on ne fait point cette différence : on parle du +Sahel Marocain en disant « Sahel » ; jamais on ne le nomme Sous, +comme on fait dans le nord. C’est par un effet de généralisation, +comparable à celui qui a fait étendre à toute une race le nom +de la tribu des Berâber, que dans les parties septentrionales du +Maroc on a étendu le nom de Sous aux régions situées au sud du +bassin de l’Ouad Sous, alors qu’il s’applique exclusivement à +ce bassin. Nous conformant à la règle établie dans le pays même, +nous emploierons le nom de Sous pour désigner le bassin de l’Ouad +Sous tout entier, et rien que lui.] + +[Note 62 : Le _ḥesou_ est connu en Algérie sous le nom de +_medechcha_.] + +[Note 63 : Les dattes se conservent dans de grandes jarres de terre +d’environ 1m20 de hauteur : les couches supérieures, pesant sur +les autres, les écrasent peu à peu ; il s’en exprime un jus très +sucré, de la couleur et de la consistance du miel ; on le recueille +en pratiquant au bas du récipient une petite ouverture par laquelle +il s’échappe. C’est ce qu’on appelle le miel de dattes.] + +[Note 64 : Ce thé est du thé vert apporté d’Angleterre. Dans +les ports et dans les grandes villes du Maroc, il se vend environ +5 francs le kilogramme ; la valeur en augmente à mesure qu’on +s’éloigne des centres ; elle est de 20 à 30 francs le kilogramme +à Tisint. On prend le thé très faible, avec beaucoup d’eau, +énormément de sucre, et en y ajoutant de la menthe ou d’autres +plantes aromatiques pour en relever le parfum.] + +[Note 65 : La seule différence de nourriture qui existe entre les +Musulmans du sud du Bani et ceux des massifs du Grand et du Petit +Atlas est que, dans ces dernières contrées, la datte cesse de faire +partie de l’alimentation, et que le lait, le beurre et le miel y +entrent pour une part plus ou moins grande, suivant les lieux.] + +[Note 66 : Les qaḍis de cette région sont les suivants. A Tisint : +Ḥadj Ḥamed à Ez Zaouïa, S. Mḥind Ạbd el Kebir à Aït ou +Iran, S. El Ạdnani à Agadir. A Trit, Ould S. Ṭîb. A Qaçba +el Djouạ, S. Ḥamed Abou Zeïz. A Tatta : S. Ḥamed, S. El +Ḥanafi, S. El Madani à Aït Ḥaseïn, S. Moḥammed d Aït +Ouzeggar à Adis. A Mrimima, S. Ạbd Allah. A Tamessoult, S. Ạbd +er Raḥman. Pour la tribu des Ida ou Blal, deux qaḍis, Tajakant +l’un et l’autre ; ce sont deux frères : S. Mouloud, résidant +à Tatta, et S. Aḥmed Digna, habitant d’ordinaire Tindouf.] + +[Note 67 : Voir : Caussin de Perceval. _Essai sur l’histoire +des Arabes avant l’islamisme, pendant l’époque de Mahomet et +jusqu’à la réduction de toutes les tribus sous la loi musulmane_.] + +[Note 68 : _Mezrag_ signifie « lance ». Dans les tribus unies +et compactes, celui qui a donné son ạnaïa n’accompagne pas +lui-même ; il fait conduire par un enfant, ou se contente de +remettre au protégé un objet connu comme sien, dont la présence +prouve qu’on est sous sa sauvegarde. Autrefois on donnait sa lance +à celui à qui on accordait son ạnaïa. Les deux mots sont ainsi +devenus synonymes.] + +[Note 69 : Nous exprimerons la plupart du temps les rapports +résultant de l’acte de la debiḥa soit par les mots de vassal et +de suzerain, soit par ceux de client et de patron ; nous emploierons +aussi quelquefois le mot de tributaire.] + +[Note 70 : Souvent c’est la tribu vassale qui lèse les +suzerains. Ceux-ci s’empressent de réclamer. Les choses se passent +toujours de même manière ; on ne cède qu’à la crainte.] + +[Note 71 : On l’appelle aussi parfois, par abréviation, Ouad +Targant.] + +[Note 72 : _Tzgert_ est le nom d’un arbrisseau.] + +[Note 73 : Le _sebt_, qui porte aussi le nom de _drin_, et le _geddim_, +dont nous parlerons plus tard, ressemblent à l’ḥalfa : ils servent +à tous les usages de celui-ci. Ces trois plantes sont beaucoup moins +répandues au Maroc que ne l’est la dernière en Algérie. Il y a du +sebt en quelques places sablonneuses de la région comprise entre le +Bani et le Dra, et une certaine quantité d’ḥalfa sur le plateau +qui couronne la portion centrale du Petit Atlas. J’ai trouvé du +geddim sur les pentes inférieures du Grand Atlas, au Tizi n Telṛemt, +et sur la rive droite de la Mlouïa, au-dessous de Qçâbi ech Cheurfa, +dans les vastes déserts de la Mlouïa et du Rekkam. Le Ḍahra est +couvert d’ḥalfa ; ce désert est le commencement des hauts plateaux +du Sud Oranais, auxquels il se lie et dont rien ne le distingue : même +aspect monotone, même sol stérile, mêmes longs steppes d’ḥalfa.] + +[Note 74 : Qçar unique avec dattiers.] + +[Note 75 : Qçar entouré de dattiers, situé entre Icht et +Tamanaṛt.] + +[Note 76 : Le nom arabe des Ida ou Blal est _Doui Blal_ (ذوي +بلال) ; on l’écrit ainsi à Fâs, et ainsi sans doute il faut +l’écrire. Dans le sud et à Mogador, on l’écrit sous la forme +tamaziṛt Ida ou Blal (اِذا اُ بلال). Nous avons adopté +cette dernière manière, employée par les membres de la tribu : +ils disent _Ida ou Blal_, ou _Daoublal_ au pluriel et _Daoublali_ +au singulier.] + +[Note 77 : Les Ida ou Blal ont le type et les manières des Arabes, +et parlent la langue du Koran, seuls au milieu d’une population +tamaziṛt ; double motif d’admettre ce qu’eux-mêmes disent +de leur origine. Les nombreuses formes imaziṛen qui figurent dans +leurs noms de fractions m’inspirèrent pourtant des doutes à ce +sujet. A mon retour du Maroc, j’essayai d’éclaircir la question ; +je fus conduit à regarder les Ida ou Blal comme Arabes : un long +contact avec les Imaziṛen a introduit chez eux les appellations +étrangères. Parmi mes documents sur les Ida ou Blal, en voici deux +d’un intérêt particulier : le premier m’a été fourni par +M. Montel, chancelier du consulat de France à Mogador, l’autre +par M. Pilard, interprète militaire en retraite. + +1o — « Les Ida ou Blal ont leur berceau dans le Sahara, entre les +Tajakant et les Ạrib ; ces trois tribus sont de race arabe. Les +Ida ou Blal se divisent aujourd’hui en trois groupes : le premier +habite encore le territoire originaire de la tribu ; le second est +établi dans la qaçba de Fâs Djedid et en un lieu appelé Ḍahr er +Ramka, proche de Fâs ; le troisième est, depuis de longues années, +installé aux environs de Merrâkech. De plus, il y a parmi les +Ḥaḥa quelques familles connues sous le nom d’Ida ou Blal et +regardées comme originaires de la grande tribu de ce nom ; elles +parlent la langue tamaziṛt et sont comptées comme faisant partie +des Ḥaḥa. » + +2o — « Les Ạrib, les Doui Blal et les Tajakant sont des +Arabes Mâkil fortement mêlés de nomades Zenâga. Vers l’ouest, +l’élément berbère semble prendre le dessus ; aussi les Doui +Blal y sont ordinairement désignés sous l’appellation chleuḥa +d’Ida ou Blal. Quant aux Tajakant, leur véritable nom est +Djakâna. Au contraire, les fractions demeurées dans l’est sont +restées purement arabes. Tels les Oulad Moulat, portion des Doui +Blal, établis isolément dans les déserts du sud du Tafilelt ; ils +auraient, au dire des gens des oasis, conservé encore aujourd’hui +les flexions finales de la langue arabe[A]. + +« Les Doui Blal sont une tribu nomade dont le territoire habituel +est entre Tatta et Mrimima, mais ils volent sur les routes jusque +chez les Chạanba. + +« Une des fractions des Doui Blal, les Oulad Moulat[B], est +séparée du reste de la tribu et vit isolée dans l’Areg er +Raoui. Elle peut mettre sur pied 1000 combattants montés deux à deux +sur des meharis. Les Oulad Moulat sont nomades ; ils s’habillent +de coton bleu foncé ; tête nue ; longs cheveux ; sabres droits à +deux tranchants comme ceux des Touâreg. Ils sont libres ; personne +n’exerce de commandement dans la tribu. Ils sont ennemis de tout +le monde, sont craints des qçour du Tafilelt et ne respectent +pas les zaouïas. Leur perfidie est telle que le mot _mitsaq Doui +Blal_, « foi des Doui Blal », est, dans le sud, synonyme de _foi +punique_. En 1871 ou 1872, 350 tentes environ d’entre eux, ayant +eu une querelle avec le reste des Oulad Moulat, se sont séparées +du gros de la fraction : elles ont émigré, 150 tentes à Timmi et +à Tsabit, 200 chez les Aït Ounbegi, à El Mạïder, entre l’Ouad +Ziz et l’Ouad Dra[C]. Cette querelle avait eu lieu à la suite du +pillage, par un groupe des Oulad Moulat, d’une caravane protégée +par l’autre groupe. Ils s’ensuivit une guerre civile qui dura +deux ans et se termina par l’émigration du parti vaincu. Les Oulad +Moulat, quelque impies qu’ils soient, sont serviteurs religieux +de Sidi el Ṛazi (Tafilelt), de Sidi Aḥmed el Ḥabib (Zaouïa el +Maṭi), et de Sidi Moḥammed ben Nacer (Tamegrout). » + +Ces documents, s’alliant avec les renseignements que j’ai +rapportés, prouvent que les Ida ou Blal, ou mieux Doui Blal, sont +une tribu nomade d’origine arabe, dont la masse principale est +établie sur les deux rives du Dra, entre les méridiens de Tatta et de +Mrimima. Un groupe important de la tribu, appartenant à la fraction +des Imoulaten ou Oulad Moulat, a émigré depuis longtemps vers +l’est, où il est cantonné au sud du Tafilelt. Un certain nombre +de familles Doui Blal ont été transportées, de force probablement, +par quelque puissant sultan, les unes à Merrâkech, les autres à +Fâs, où elles ont perpétué leur nom et leur race. Quelques-unes +enfin sont mêlées, on ne sait comment, à la tribu tamaziṛt +des Ḥaḥa. Les premiers se sont un peu altérés au contact des +Chellaḥa et des Ḥaraṭîn, leurs voisins ; les seconds, plus +isolés, ont gardé leur physionomie et leur langage primitifs. Les +troisièmes sont des Arabes dégénérés, semblables aux Arabes +d’Algérie. Les derniers sont Imaziṛen de mœurs et de langue et +n’ont de Doui Blal que le nom.] + +[Note A : Je n’ai pas remarqué ce fait chez les Ida ou Blal que +j’ai vus, c’est-à-dire dans le gros de la tribu : on y parle, +comme partout au Maroc, un arabe qui est, à peu de chose près, +notre arabe vulgaire d’Algérie.] + +[Note B : Ils figurent sous le nom d’Imoulaten dans la décomposition +qu’on nous a donnée à Tatta.] + +[Note C : Pour les noms géographiques dont il est question ici, +voir la _Carte générale du Tafilala_ par M. le général Dastugue.] + +[Note 78 : La ziâda a 50 centimètres à 1 mètre de haut ; les +autres plantes poussent au ras du sol.] + +[Note 79 : L’Ouad Tisint se creuse dans le plateau d’où il sort, +à Tizi Igidi, une vallée à fond plat, profonde de 20 à 25 mètres +et large de 800.] + +[Note 80 : Les pierres à fusil dont on se sert à Tisint et assez +loin à la ronde viennent de Foum Tangarfa ; dans les hauteurs +voisines, le silex abonde ; les nomades l’enlèvent par gros blocs +et l’apportent à Tisint, où on le taille.] + +[Note 81 : Autorité de chikh.] + +[Note 82 : On appelle _zaouïa_, d’une part, l’ensemble de tous +les marabouts, parents proches ou éloignés de Sid Ạbd Allah, +qui habitent Mrimima ; de l’autre, la maison où Sidi Ạbd Allah +demeure.] + +[Note 83 : Tribu voisine du district d’Ouad Noun.] + +[Note 84 : Le Souq el Mouloud est ainsi appelé parce qu’il a lieu +dans le mois de mouloud (rebiạ el aoul) ; il se tient dans la tribu +des Aït Ioussa. C’est une grande foire, qui dure plusieurs jours, +l’une des trois foires annuelles du Sahara ; les deux autres sont +celles de Mrimima et de S. Ḥamed ou Mousa (Tazeroualt).] + +[Note 85 : Le calendrier chrétien est connu et employé dans le +Sahara Marocain. Les mois en sont désignés sous leurs noms latins. La +foire de S. Ḥamed ou Mousa se tient au printemps et habituellement +en mars ; en 1885, elle a commencé le 25 mars.] + + + + + VI. + + DE TISINT A MOGADOR. + + + 1o. — DE TISINT A AFIKOURAHEN. + + +Lorsque je me retrouvai à Tisint, la somme d’argent que je portais +avait, par suite de vols successifs, diminué à tel point que je +ne pouvais achever mon voyage avec ce qui restait. Il fallait avant +tout me procurer des fonds. Je n’en trouverais que dans une ville +où il y eût des Européens : la plus proche était Mogador. Je +résolus d’en chercher dans ce port. + +Je m’ouvris de mon projet à mon ami le Ḥadj, et fis avec +lui l’arrangement suivant : il me conduirait à Mogador, m’y +attendrait, et me ramènerait à Tisint ; nous prendrions des routes +différentes en allant et en revenant, passant la première fois +par les Isaffen et les Ilalen[86], la seconde par le Sous, le Ras el +Ouad et les Aït Jellal. Le Ḥadj Bou Rḥim connaissait la région +que nous devions traverser au retour et y avait de nombreux amis ; +pour l’aller, il emmènerait un de ses agents, nommé Moḥammed ou +Ạddi, homme de la tribu des Ilalen, qui avait maintes fois parcouru +le chemin que nous allions faire. Nous ne partirions qu’à nous +trois : le rabbin Mardochée, dont je n’avais pas besoin, resterait +à Tisint dans la maison du Ḥadj, où il attendrait mon retour. + + 9 janvier. + +Je quittai Tisint le 9 janvier, à 10 heures et demie du soir, et pris +la direction de Tatta, escorté par le Ḥadj et son compagnon. Nous +voyageâmes toute la nuit. Nous avions attendu pour sortir que le qçar +fût endormi : personne n’avait été instruit de notre voyage ; +en s’en allant, le Ḥadj n’avait pas dit adieu à ses femmes +et à ses enfants. Si le bruit de notre départ avait transpiré, +il eût été à craindre que des étrangers, Berâber, Oulad Iaḥia +ou autres, toujours en foule à Agadir, n’aient couru s’embusquer +sur le chemin pour nous attaquer et nous piller. De là notre départ +furtif et notre marche nocturne. Le rabbin Mardochée avait ordre de +n’ouvrir la maison à personne le lendemain et, après deux jours, +de déclarer que nous étions partis pour Tazenakht. Pareilles mesures +se prennent toujours lorsqu’on doit traverser un long désert, +un passage dangereux, que, comme nous, on est en petit nombre, et +qu’on a des objets pouvant exciter la convoitise. Ici, il avait +fallu redoubler de précautions ; avec ma réputation de Chrétien et +d’homme chargé d’or, plus d’une bande se serait mise en campagne +si mon départ avait été connu. Mes mules seules eussent suffi pour +faire prendre les armes à bien des gens : en cette contrée pauvre +elles constituent un capital. + + 10 janvier. + +Ralentis dans notre marche par une pluie torrentielle qui tomba +pendant la plus grande partie de la nuit et durant toute la matinée, +nous arrivâmes à Tatta à la fin de la journée du 10. A 7 heures +du soir, nous nous arrêtâmes dans le petit qçar de Taṛla, chez +des amis du Ḥadj. + +La route de Tisint à Tatta n’avait rien de nouveau pour moi. Je pus +admirer combien la végétation s’était développée depuis mon +dernier passage : le long du moindre ruisseau, au-dessous de chaque +gommier, s’étendait un épais tapis de verdure, tantôt d’un +émeraude éclatant, tantôt argenté ou doré par une multitude +de fleurs. + +Pour gagner Taṛla, on remonte l’Ouad Tatta à partir de Tiiti, +dans son lit : celui-ci est large de 150 mètres et couvert de gros +galets ; au milieu se creuse un canal de 30 mètres, où un peu +d’eau serpente sur un fond de roche. La rivière, resserrée à +Tiiti entre le qçar et le Bani, coule de Tiiti à Taṛla dans une +plaine de sable, déserte sur la rive droite, couverte de palmiers +sur la rive gauche. + + 11 janvier. + +Séjour à Taṛla. Ce qçar est situé à la bouche méridionale +d’un kheneg par lequel l’Ouad Tatta franchit une chaîne de +collines parallèle au Bani. Il est petit et riche : tout y respire +la prospérité ; les maisons sont belles ; point de ruines ; les +habitants, Chellaḥa et Ḥaraṭîn, vivent dans l’aisance, +grâce à leurs nombreux dattiers. Les bou feggouç dominent. + + 12 janvier. + +Nous passons toute la journée à Taṛla sans sortir de chez +notre hôte, à qui le Ḥadj a recommandé le secret sur notre +présence. Nous avons, d’ici à Tizgi, notre prochain gîte, +à traverser un long désert, très dangereux, qu’on ne peut +franchir que de nuit et au pas de course, comme nous essaierons de le +faire, ou en nombreuse caravane. Ce désert, qui fait un avec celui +d’Imaouen coupé par l’Ouad Aqqa, s’étend sur les confins +de plusieurs tribus entre lesquelles il forme un terrain neutre : +champ commun où s’exercent leurs rapines ; des bandes pillardes +d’Aït ou Mrîbeṭ, d’Ida ou Blal, d’Aït Jellal, d’Isaffen, +le parcourent sans cesse. + +Nous partons à 9 heures du soir et marchons sans arrêt jusqu’au +matin. A l’aurore, nous nous trouvons à l’entrée d’une gorge +profonde, dans le lit desséché d’une rivière, à son confluent +avec un ruisseau, l’Ouad Tanamrout. Nous faisons halte quelques +heures à cet endroit. + +La contrée que j’ai parcourue de Taṛla ici se divise en deux +portions distinctes : l’une de Taṛla à Imiṭeq, l’autre +d’Imiṭeq au point où je suis. Celle-là se compose de larges +vallées entre lesquelles s’élèvent des massifs mamelonnés de +peu de hauteur ; celle-ci est formée d’une succession de plaines +étagées, séparées par de hautes chaînes parallèles, que les +rivières traversent par des gorges étroites. Les vallées de la +première région ont dans leur partie inférieure un sol pierreux, +garni de gommiers, de jujubiers sauvages et de melbina, dans leur +partie haute, un sol rocheux avec une végétation moins abondante ; +leurs flancs sont des coteaux de grès noir et luisant. Au delà +d’Imiṭeq, les collines se remplacent par de hautes montagnes : +massifs rocheux, aux pentes escarpées, ils ont une couleur jaune +rosée, différente de ce que nous avons vu jusqu’ici ; leurs +flancs, tourmentés, ne sont du pied à la crête que découpures +et crevasses. Ces monts entourent comme de remparts lézardés +des plaines unies et pierreuses, où le sol, aride d’ordinaire, +est en cette saison couvert de verdure ; on y marche au milieu de +jujubiers sauvages, de melbina, de hautes herbes. Entre ces plaines, +les cours d’eau traversent les montagnes par des couloirs étroits, +aux parois verticales, si resserrées qu’elles laissent la seule +place de la rivière. Le gommier disparaît au nord d’Imiṭeq. + +[Illustration : Petite plaine entourée d’une ceinture de montagnes, +entre Imiteq et le col de Tanamrout. + +Croquis de l’auteur.] + +J’ai traversé cette nuit un grand nombre de cours d’eau, tous +à sec, tous ayant un lit de gros galets et des berges verticales, +mi-sable, mi-cailloux, hautes de 1 à 2 mètres. Les deux plus +importants se réunissent pour former l’Ouad Imiṭeq ; l’un +vient de l’est, l’autre de l’ouest ; le premier a 50 mètres +de large, le second 40. De Taṛla ici, bien que le terrain soit +constamment pierreux ou rocheux, le chemin n’est pas difficile : +il a des montées, des descentes, mais jamais raides ni longues. + + 13 janvier. + +A 1 heure de l’après-midi, nous nous remettons en marche. Nous +quittons la vallée, lieu de notre halte, et remontons l’Ouad +Tanamrout ; il coule dans un ravin étroit qui bientôt n’a +aucune largeur et où le chemin, malgré de nombreux lacets, devient +difficile. Les parois sont les montagnes de roche jaune dont nous +étions jusqu’à présent au pied et que nous allons franchir. Près +du torrent, la pierre laisse percer une végétation abondante : +jujubiers sauvages, ḥeuboubs de 2 à 3 mètres, grandes herbes, +fleurs de toute couleur. Une heure de marche pénible nous conduit +à un col, Tizi Tanamrout, où l’ouad prend sa source. A nos pieds +s’étend une large vallée, dont le flanc gauche est le massif +que nous venons de gravir, et le droit un talus sombre dont la crête +paraît un peu plus élevée que celle où nous sommes. Nous descendons +vers le thalweg. Les pentes, si rapides sur l’autre versant, sont +douces, le chemin aisé ; terrain rocheux ; la végétation, vivace +sur le côté opposé, existe à peine sur celui-ci : des jujubiers +sauvages interrompent seuls de loin en loin la monotonie du sol nu. + +Parvenus au fond de la vallée, nous la descendons pendant quelque +temps ; un cours d’eau à sec, de 60 mètres de large, en occupe +le milieu : c’est un affluent de l’Ouad Aqqa. Peu après, nous +gagnons les bords de l’Ouad Aqqa : il forme une grande rivière, +large de plus de 200 mètres ; le lit, ici de sable, là de gravier, +ailleurs de gros galets, ne contient point d’eau. Nous le remontons +jusqu’à Tizgi Ida ou Baloul[87]. Nous entrons dans ce village à +7 heures du soir. Un ami de Ou Ạddi nous donne l’hospitalité. + +De Taṛla à Tizgi, personne n’a paru sur le chemin. Le seul +vestige humain que j’aie vu a été, entre Tatta et Imiṭeq, +une dizaine de tombes, échelonnées par groupes de deux ou trois au +bord du sentier. Ces tombes, qui rappelaient chacune un pillage, et +marquaient l’endroit où avaient péri des voyageurs moins heureux +que moi, avaient, au clair de lune, au milieu de cette solitude, +un aspect lugubre. + +Arrivé à Tizgi, la portion périlleuse de ma route est faite : je +pourrai marcher désormais à la clarté du soleil. Les Marocains +de ces régions emploient, on le voit, une méthode simple pour +voyager : quand le pays n’est pas dangereux, ils le traversent le +jour ; lorsqu’il l’est, au lieu de prendre des escortes, ils le +franchissent rapidement de nuit. + + 14 janvier. + +Séjour à Tizgi Ida ou Baloul. Tizgi est une bourgade isolée, +d’environ 400 feux ; elle est construite en long sur les premières +pentes du flanc gauche de l’Ouad Aqqa. Au pied du village, les bords +et le lit du cours d’eau sont occupés par des cultures ombragées +de palmiers (bou souaïr) ; ceux-ci ne sont pas serrés comme à +Tisint et à Tatta : ils sont espacés, et se mêlent de trembles, +de figuiers et d’oliviers. Le fond de la vallée est sablonneux ; +les flancs sont de hautes parois de roche jaune, escarpées, +s’élevant à 150 mètres au-dessus du lit de la rivière. Comme son +nom l’indique, Tizgi est située dans une gorge resserrée entre de +hautes montagnes, kheneg très étroit que l’Ouad Aqqa traverse en +ce point. Le village est construit partie en pisé, partie en pierres +grossièrement cimentées ; pas de mur d’enceinte. La rivière est +à sec au pied des maisons et dans les jardins ; de nombreux canaux +pleins d’eau claire et courante arrosent ces derniers. + +[Illustration : Tizgi Ida ou Baloul. (Vue prise d’une maison du +village, dans la direction du sud-est.) + +Croquis de l’auteur.] + +A partir d’ici, on ne voit plus de khent ; le costume des indigènes +ne se compose que de laine. Les femmes sont vêtues de laine blanche +et portent sur la tête un voile spécial au pays : c’est une pièce +rectangulaire de laine noire ayant un mètre de long, avec un gland +noir à chaque coin. Elles s’en couvrent le visage dès qu’elles +aperçoivent un homme. Les femmes de cette région font montre d’une +grande modestie : en rencontre-t-on sur les routes ? on les voit +s’arrêter à plusieurs pas, faire un à-droite ou un à-gauche, +et demeurer au bord du chemin, la figure voilée et le dos tourné, +jusqu’à ce qu’on soit passé. Les hommes portent des ḥaïks de +laine blanche ou des djelabias et, par-dessus, soit le bernous blanc, +soit plus souvent le khenîf. Pas de modification dans les armes, sauf +qu’il n’y a plus de fusils à deux coups. Tels sont les costumes +à Tizgi, tels je les trouverai chez les Isaffen, les Iberqaqen et +les Ilalen. + + 15 janvier. + +Nous quittons Tizgi à 10 heures du matin. Notre hôte nous escorte +jusqu’à midi : après, on peut marcher seul ; le pays n’est +plus périlleux. En sortant de Tizgi, nous continuons à remonter +l’Ouad Aqqa. Au bout de peu de temps, il reçoit l’Ouad Tizert +et fait un brusque coude vers le nord. A partir de là, sa vallée +se transforme : le fond prend 600 mètres de large ; les flancs sont +de hauts talus rocheux, celui de droite plus élevé et à crêtes +plus éloignées que celui de gauche. La rivière est large de 60 +mètres ; son lit desséché, où poussent de distance en distance +des palmiers isolés, se déroule au milieu de la vallée. Le sol de +celle-ci est de sable, tantôt durci, tantôt humide ; des champs, +qui garnissent les rives de l’ouad, en occupent une partie. On +entre sur le territoire des Isaffen. A peu de distance en amont de +nous s’aperçoit un bois de dattiers ; nous marchons droit sur +lui. Plus on avance, plus le sol devient mouillé ; dans les champs, +les tiges vertes des orges commencent à sortir de terre ; en dehors +poussent des tamarix et, à leur pied, du gazon. Bientôt nous +arrivons aux palmiers ; ce sont des bou souaïr : d’ici au point +où nous quitterons l’ouad et de là aussi loin que s’étendra +la vue, le fond de la vallée en sera couvert. Mélangés d’autres +arbres fruitiers, ils ombragent de vertes cultures et entourent +une foule de villages qui s’échelonnent le long de la rivière : +ces villages appartiennent aux Aït Tasousekht, l’une des trois +fractions des Isaffen. Nous continuons à remonter l’Ouad Aqqa, +tantôt à l’ombre des dattiers, tantôt en longeant la lisière, +jusqu’au point où il reçoit l’Ouad Iberqaqen ; sur cet espace, +la vallée reste la même, si ce n’est qu’elle se rétrécit +peu à peu de manière à avoir en dernier lieu 200 à 300 mètres +de large ; de plus, la proportion des palmiers diminue à mesure +que l’on monte ; celle des autres arbres, grenadiers, caroubiers, +amandiers, oliviers, augmente : auprès des villages inférieurs +des Isaffen, il n’y avait guère que des dattiers ; au-dessus +de Tamsoult, les autres essences dominent. A partir du même lieu, +un filet d’eau courante de 1 à 2 mètres de large serpente dans +le lit de la rivière, à sec auparavant. A 1 heure et demie, nous +arrivons au confluent de l’Ouad Iberqaqen : nous gagnons les bords +de ce nouveau cours d’eau et le remontons ; nous entrons en même +temps dans la tribu qui lui a donné son nom. En quittant l’Ouad +Aqqa, on en voit la vallée se continuer à perte de vue, toujours +la même, long ruban vert se déroulant entre les montagnes, les +villages des Isaffen le semant çà et là de points bruns. + +La vallée de l’Ouad Iberqaqen est moins importante que celle d’où +nous sortons : étroitement encaissée entre des talus rocheux, elle +a 50 mètres de large ; le fond est rempli de palmiers ombrageant des +cultures qui se prolongent en escaliers sur les premières pentes des +flancs. Le lit de l’ouad a 8 mètres de large et est couvert de +galets ; il est à sec ; de larges canaux, pleins jusqu’au bord, +coulent sur les deux rives, apportant l’eau de la montagne aux +habitations et aux cultures. Des villages, qui appartiennent aux +Iberqaqen, s’échelonnent de distance en distance, suspendus aux +premières assises du roc. A partir de Toug el Khir, la vallée se +rétrécit encore : elle n’a plus que 30 mètres ; en même temps +les flancs deviennent plus escarpés : ce sont des talus de roche +jaune très raides, hauts de 100 à 150 mètres. Les plantations +qui s’étageaient sur leurs premières pentes disparaissent ; le +fond seul ne cesse d’en être couvert ; les palmiers diminuent et +font place aux oliviers et aux amandiers. Les villages sont toujours +nombreux ; à chaque coude où la vallée s’élargit, on en voit +un. A 3 heures et demie, nous arrivons dans celui de Tidgar où nous +ferons gîte ; nous descendons chez un ami de Ou Ạddi. + +[Illustration : Haute vallée de l’Ouad Iberqaqen. + +(Vue prise de Tidgar, dans la direction du nord-nord-ouest.) + +Croquis de l’auteur.] + +A Tidgar, les palmiers ont disparu de la vallée de l’Ouad +Iberqaqen. On la voit se prolonger au loin, ligne foncée serpentant +entre deux massifs de roche jaune : des amandiers et des oliviers en +garnissent le fond ; des villages se distinguent sur les premières +pentes de ses flancs. Nous avons rencontré aujourd’hui beaucoup +de monde sur notre route. + +Chez les Isaffen et les Iberqaqen, les maisons sont tantôt en +pierres grossièrement cimentées, tantôt en mauvais pisé ; chez +les Isaffen, où le pisé domine, il forme des constructions sans +solidité ni élégance : on est loin des gracieuses demeures des +Aït Zaïneb. Chez les Iberqaqen, la plupart des bâtiments sont en +pierre ; les terrasses qui les couvrent sont des plus primitives : +on se contente de juxtaposer des pierres plates sur une rangée de +poutrelles d’olivier, et de les maintenir par de gros cailloux +placés en dessus, comme aux chalets. + + 16 janvier. + +Départ à 8 heures et demie du matin. Notre hôte nous escorte +pendant trois heures ; puis il nous laisse, le pays ne présentant +plus de péril. Je quitte à Tidgar la vallée de l’Ouad Iberqaqen ; +je remonte à mi-côte un ravin désert, sans espace au fond, dont les +flancs, très escarpés, sont des parois monotones de roche jaune : +le sentier est une longue rampe serpentant au bord du précipice ; +taillé dans le roc, il a pour sol une pierre lisse et glissante, +chemin aisé pour les piétons, difficile et dangereux pour les bêtes +de somme. Pas trace de végétation : de toutes parts on ne voit que +la surface jaune du rocher. + +A 10 heures, le pays change ; parvenu à l’extrémité du ravin, +je me trouve au bord méridional d’un vaste plateau sur lequel je +m’engage : plus de gorges à pentes abruptes ; plus de hautes cimes +au-dessus de ma tête : devant moi s’étend un plateau ayant une +pente très faible du nord au sud et ne présentant que des ondulations +légères, vallées sans profondeur et collines sans élévation. Il +couronne le Petit Atlas, et sa ligne de faîte, vers laquelle je +marche, est le point culminant de la chaîne. Dans le lointain, +on aperçoit le pic couvert de neige du Djebel Ida ou Ziqi, un des +sommets du Grand Atlas. Je m’avance vers la crête supérieure du +plateau, tantôt montant, tantôt descendant : le sol est aux deux +tiers terreux, un tiers est rocheux ; il est en grande partie couvert +de cultures semées d’amandiers, qui poussent au milieu des champs +comme les pommiers en certaines régions de la France ; une multitude +de villages apparaissent à l’horizon ; autour d’eux surtout +les cultures sont nombreuses et les amandiers serrés. Je rencontre +beaucoup de femmes dans la campagne ; contre l’usage ordinaire, elles +sont occupées des travaux de la terre ; on voit les unes labourer +avec un bœuf ou un âne, les autres bêcher. Une grande activité +règne partout : c’est la saison des semailles. Je remarque de +nombreuses citernes[88] ; d’ici à Mogador, j’en trouverai à +chaque pas le long du chemin : en ces régions où il y a peu de +rivières et peu de sources, leurs eaux sont d’ordinaire les seules +que possèdent les habitants. A midi et demi, je parviens à la crête +presque insensible qui forme le faîte du Petit Atlas : elle marque +à la fois la limite du versant sud de cette chaîne et celle de la +tribu des Iberqaqen. Le point où le chemin la franchit s’appelle +Tizi Iberqaqen. De là, j’aperçois vers le nord une longue bande +bleue bordée d’argent : le Grand Atlas avec ses cimes neigeuses, +brillant dans un rayon de soleil. Je quitte ici le bassin du Dra et je +passe dans celui du Sous ; en même temps j’entre sur le territoire +des Ilalen. Le plateau qui couronne le Petit Atlas s’étend sur +le sommet de son versant nord comme sur celui de son versant sud ; +des deux côtés du Tizi Iberqaqen, le pays est semblable : même sol +plat, même terre féconde, mêmes cultures semées d’amandiers, +même population dense. La partie où je pénètre est encore plus +riche que la précédente : à mesure qu’on avance, les villages +se font plus nombreux, les champs couvrent un espace plus grand et +finissent par envahir presque tout le sol. Celui-ci, au bout de peu +de temps, n’est que terre, avec de rares portions pierreuses ; la +roche disparaît. Les amandiers s’étendent par endroits à perte +de vue et donnent à ce plateau fertile un aspect unique. + +A 4 heures, nous arrivons à Azaṛarad, village des Ida ou Ska, +fraction des Ilalen. Nous nous y arrêtons chez un ami de Ou +Ạddi. Je n’ai pas vu un seul cours d’eau pendant la marche +d’aujourd’hui. Parmi les nombreux villages que j’ai rencontrés, +un était fort important : Agadir Iberqaqen Fouqani ; il a 300 ou 400 +maisons : la plupart sont vides durant une portion de l’année ; +situées dans la région où se trouvent les principales cultures +de la tribu, elles se remplissent aux époques du labour et de la +récolte et servent de magasins aux grains et aux amandes. Des gens +de toutes les parties du territoire, même du bas Ouad Iberqaqen, +y possèdent des demeures. + +Il existe une différence frappante entre le village d’Azaṛarad +et ceux du versant sud de la chaîne : ces derniers étaient, on +l’a vu, mal bâtis. Azaṛarad, au contraire, se distingue par la +beauté de ses constructions : toutes les maisons y sont en pierres, +non taillées, mais cimentées avec soin ; le long des murs, des +gouttières pratiquées avec adresse conduisent l’eau de pluie dans +des réservoirs ; chaque habitation a sa citerne ; les portes, hautes +et larges, sont cintrées : les arcades en sont faites de pierres +de diverses dimensions habilement ajustées ; fenêtres, crête des +murs, gouttières sont blanchies à la chaux. Les terrasses sont +formées de pierres plates recouvertes d’une couche de terre et +maintenues par de gros cailloux. Sur tout le territoire des Ilalen, +les constructions sont pareilles, toutes soignées, toutes en pierre ; +je ne retrouverai le pisé qu’en entrant chez les Chtouka. + + 17 janvier. + +Départ à 8 heures du matin. Nous marchons seuls : devant demeurer +toute la journée sur le territoire des Ilalen, Ou Ạddi nous +suffit comme protection. Nous continuons à cheminer sur le plateau +d’hier : il ne se modifie pas ; même sol, mêmes ondulations ; +les cultures le couvrent en entier, les amandiers l’ombragent à +perte de vue ; plus de villages que jamais. Jusqu’à présent les +amandiers n’avaient ni fleurs ni feuilles : je les verrai tous en +fleur à partir du Tenîn de Touf el Ạzz. A 11 heures, j’atteins +la limite septentrionale du plateau ; il finit de ce côté aussi +brusquement que vers le sud. En le quittant, je descends une succession +de ravins qui me mènent à une vallée profonde, celle de l’Ouad +Ikhoullan. La région qu’on traverse jusque-là est montagneuse et +boisée : côtes terreuses semées de blocs de roche, grands argans, +pentes raides, gorges encaissées. Au fond de ces dernières sont +des ruisseaux à sec, avec des lits de galets et parfois de roc. Sur +les croupes, à l’ombre des argans, poussent des genêts à fleurs +jaunes de 1 mètre de haut ; beaucoup de verdure au ras du sol ; +entre les rochers percent des taçououts, les premiers que je voie +depuis le Moyen Atlas. Ces forêts ne sont pas désertes ; plusieurs +villages apparaissent sur les crêtes ou à mi-côte, et un plus grand +nombre au fond des ravins. Chacun d’eux a sa ceinture de jardins, +plantations en amphithéâtre où croissent amandiers, grenadiers et +oliviers. Les chemins de cette région sont pénibles : je descends +plusieurs rampes très rapides ; point de passage difficile. + +A 3 heures, je parviens à la vallée de l’Ouad Ikhoullan ; elle a +400 mètres de large et est couverte de cultures ; les flancs en sont +de hauts talus boisés ; plusieurs villages sont près de moi, dans +le fond ; d’autres brillent au versant de la montagne. Au milieu +de la vallée serpente la rivière, dont le lit à sec, tantôt +de gravier, tantôt de galets, a 50 ou 60 mètres de large. J’en +descends le cours durant un quart d’heure, puis je gagne le pied +du flanc gauche. Je le gravis. Terrain semblable à celui de tout à +l’heure, boisé de grands argans, avec gazon, genêts, taçououts, +poussant à leur ombre ; pentes raides, sol tantôt pierreux, tantôt +terreux, hérissé de blocs de roche. A 4 heures et demie, j’arrive +au sommet de la côte. Je me trouve en face d’un nouveau plateau, +analogue à celui de ce matin en fertilité, abondance de cultures +et nombre de villages, mais plus accidenté. Nous nous y engageons et +nous y marchons durant le reste de la journée. A 5 heures et demie, +on fait halte : nous voici à Afikourahen, petit village, patrie +de Ou Ạddi. Le plateau où nous sommes est cultivé sur toute son +étendue ; on ne voit plus d’amandiers : de grands argans, arbres +séculaires, les remplacent ; plantés symétriquement dans les champs, +ils les couvrent à perte de vue. Ce plateau est comme un second +échelon du Petit Atlas, celui que j’ai quitté ce matin en formant +le premier. Je n’en traverserai plus d’autre d’ici à la vallée +du Sous : Afikourahen domine directement celle-ci. De la maison de +Ou Ạddi, la vue est merveilleuse : à l’ouest, dans le lointain, +la plaine des Chtouka, et au delà une ligne bleue, l’Océan ; +au nord, la vallée de l’Ouad Sous, bordée par la masse sombre et +les pics neigeux du Grand Atlas ; au point où l’Atlas expire et +où commence la mer, on distingue, à 75 kilomètres, Agadir Iṛir, +dont les murs blancs couronnant un cône bleuâtre brillent au soleil +comme un diadème d’argent. + +L’Ouad Ikhoullan est la seule rivière que j’aie vue +aujourd’hui. J’ai rencontré beaucoup de monde sur les deux +plateaux traversés au commencement et à la fin de la journée, +peu dans la région montagneuse et boisée qui les sépare : sur les +plateaux, c’étaient des travailleurs labourant les champs ; dans la +montagne, des voyageurs isolés. En passant dans la vallée de l’Ouad +Ikhoullan, il s’est produit un incident qui a failli être funeste +à Ou Ạddi. Comme nous descendions la rivière, nous apercevons +derrière nous cinq hommes, armés jusqu’aux dents, lancés à +notre poursuite. Ou Ạddi les regarde : « Ce sont des Ikhoullan qui +courent après moi ! » s’écrie-t-il. Échanger son long fusil +de Chleuḥ contre le fusil à deux coups du Ḥadj, s’enfuir à +toutes jambes vers le hameau le plus proche, est pour lui l’affaire +de moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le Ḥadj et moi +restons en arrière. Les cinq Ikhoullan ne s’arrêtent pas à nous ; +ils nous dépassent, cherchant à rejoindre notre compagnon. Bientôt +ils disparaissent dans le village où nous l’avons vu entrer. Nous +attendons quelque temps, très anxieux du sort de Ou Ạddi. Enfin le +voilà qui revient, avec un notable du lieu, son ami, de qui il a eu +le temps de prendre l’ạnaïa. D’un autre côté retournent ses +ennemis, arrivés trop tard pour lui faire un mauvais parti. Notre +compagnon nous rejoint : nous nous remettons aussitôt en route ; +son sauveur nous escorte pendant une heure, jusqu’à ce que nous +soyons en sûreté. Les hommes qui nous ont poursuivis appartiennent +à un village devant lequel nous avons passé : ce ne sont pas des +brigands. Ilalen comme Ou Ạddi, ils font partie de la fraction +des Ikhoullan, tandis que notre ami est de celle d’Afra : les deux +groupes sont en ce moment en guerre. Ou Ạddi avait été aperçu de +ce village : aussitôt sa présence connue, cinq hommes s’étaient +mis à sa poursuite, non pour nous voler, mais pour le tuer. + + + 2o. — D’AFIKOURAHEN A MOGADOR. + + + 18 et 19 janvier. + +Séjour à Afikourahen. Je suis l’hôte de Ou Ạddi. Il y a plus +d’un an qu’il n’avait vu sa famille ; je lui accorde deux jours +de repos auprès d’elle. + +Les constructions de ce pays sont soignées : tout est en pierres +cimentées ; les habitations sont grandes et élégantes ; elles +ont un ou deux étages, des escaliers commodes, des portes larges +et solides. Dans les régions que j’ai parcourues depuis Tatta et +dans celles que je traverserai d’ici à Mogador, les villages ne +sont point entourés de murs : cependant il existe des distinctions ; +les uns, bien qu’ouverts, sont organisés d’une façon défensive, +les autres sont sans défense. Chez les Isaffen, les Iberqaqen, les +Ilalen, la plupart sont aménagés de manière à pouvoir résister +à une attaque : dans la fraction d’Afra, les murs des maisons sont +percés de meurtrières à chaque étage et les terrasses munies +d’un parapet crénelé. Ces précautions disparaîtront dès que +je quitterai les Ilalen, et les hameaux présenteront l’aspect le +plus pacifique. Jusqu’à mon entrée dans la fraction d’Afra, +les habitations étaient réunies en villages ; d’Afra à Mogador, +il n’en sera presque jamais ainsi : sauf rares exceptions, je +ne rencontrerai plus de villages, mais des hameaux, ou des demeures +disséminées seules ou par petits groupes dans la campagne ; plus rien +de guerrier ; parfois une tour se dressera entre quelques maisons : +ce ne sera qu’un ornement, signe de la demeure d’un riche. Dans +cette région je cesserai de voir des jardins entourer les lieux +habités ; adieu figuiers, grenadiers, vignes, frais bosquets, +ceinture habituelle des villages marocains : d’ici à Mogador, +hameaux et maisons s’élèvent tristement en plein champ, au +milieu des labourages. Tout au plus ont-ils des haies de cactus. On +voit d’après ce qui précède que la tiṛremt d’un modèle si +régulier et si uniforme, que j’ai rencontrée constamment du Tâdla +à Tazenakht, n’existe en aucune façon dans ces contrées. Je suis, +depuis Tisint, en plein pays d’agadirs. + +Le costume demeure ce qu’il était à Tizgi et dans les tribus +intermédiaires ; un détail d’équipement, la poudrière, se modifie +chez les Ilalen. Elle consiste en une petite boîte métallique, en +forme de cylindre très bas. Ce modèle est en usage chez les Ilalen +et les Chtouka ; dans le reste du bassin du Sous et chez les Ḥaḥa, +on se sert de la corne, du type connu. Le fusil et le poignard sont +les mêmes qu’auparavant ; pas de sabres ni de baïonnettes. + + 20 janvier. + +Départ à 10 heures et demie. Nous reprenons notre marche sur +le plateau où nous sommes ; il est toujours couvert de cultures, +toujours semé d’une foule de villages. A midi, je passe de la +tribu des Ilalen dans celle des Chtouka ; le pays ne se modifie pas : +politiquement, cette frontière est importante ; elle marque la limite +entre le blad es sîba, d’où je sors, et le blad el makhzen, +où j’entre. Jusqu’à 2 heures, le plateau reste tel qu’il +était auprès d’Afikourahen, fort accidenté ; à 2 heures, il +s’aplanit et ne présente dès lors que des ondulations légères ; +il continue à être cultivé à perte de vue, ombragé d’argans +et semé de villages : ceux-ci sont moins nombreux que chez les +Ilalen. Vers 3 heures, j’arrive au bord septentrional du plateau, +au sommet du talus qui le sépare de la plaine du Sous ; ce talus est +analogue à celui que j’ai descendu hier, de 11 heures à 3 heures : +côtes raides et ravinées ; terrain pierreux, avec beaucoup de +rochers, boisé d’argans ; sous les arbres, des genêts jaunes, des +jujubiers sauvages, des taçououts couvrent le sol. Chemin pénible, +mais non difficile. J’entre dans la forêt et me mets à descendre ; +vers 4 heures moins un quart, je parviens au pied du talus. Devant +moi s’étend une plaine triangulaire, de 5 à 6 kilomètres de +long ; un kheneg, vers lequel je me dirige, la termine ; elle est +entourée d’une ceinture de collines basses sur les premières +pentes desquelles brillent, comme des taches blanches, une multitude +de hameaux. La plaine est couverte de cultures ombragées d’argans ; +sol de sable, sans une pierre. Ici, comme chez les Ilalen, la plupart +des groupes d’habitations sont dominés par une tour indiquant +la demeure du chikh ; les constructions n’ont plus l’appareil +défensif des précédentes. Elles cessent d’être de pierre et +sont en pisé blanc. A 4 heures et demie, j’atteins l’entrée du +kheneg ; je m’y arrête au hameau de Taourirt ou Selîman. + +Durant la journée, j’ai rencontré beaucoup de monde sur le chemin, +travailleurs et voyageurs. Le seul cours d’eau de quelque importance +que j’aie vu est l’Asif Aït Mezal (lit de gros galets de 15 +mètres de large, au milieu duquel coulent 5 mètres d’eau de 30 +centimètres de profondeur). Parmi les villages qui se sont trouvés +sur mon chemin, il en était un d’aspect particulier : celui d’Aït +Sạïd. Les maisons, hautes, à terrasses couronnées de créneaux, en +sont autant de petits châteaux ; toutes sont blanchies, luxe suprême +du pays : il n’en existe point de plus belles dans les villes. Ce +sont les demeures de la riche famille des Aït Sạïd. Celle-ci est +une nombreuse maison de négociants faisant le commerce entre Mogador +d’une part, le Sahel, Aqqa, Tizounin et Tindouf de l’autre : +elle exporte de Mogador les objets de provenance européenne et y +importe les dattes et la gomme du Sahara, les amandes des Ilalen +et les produits du Soudan qu’elle achète à Tindouf et dans le +Sahel. Les Aït Sạïd ont des résidences en ce lieu qui est leur +berceau, mais une partie d’entre eux vit à Mogador. + +A Taourirt ou Selîman, nous recevons l’hospitalité du chikh du +village. Le nom de chikh, chez les Chtouka et les Ilalen, signifie +l’homme le plus riche du hameau ; tout petit centre, fût-il de +3 ou 4 maisons, a son chikh ; il ne s’ensuit pas que cet individu +soit un grand personnage. Dans le blad el makhzen, ces chikhs sont +nommés ou acceptés par les qaïds ; leur considération n’en +est pas augmentée et ils n’ont jamais que celle, passagère, +qui s’attache à leur fortune. + +Chez les Chtouka, les armes sont les mêmes que chez les Ilalen, +mais les vêtements changent : plus de khenîf ; chaque homme porte +une chemise de cotonnade ou de laine blanche, un petit turban blanc +laissant à nu le sommet de la tête, un ḥaïk ou un bernous de même +couleur ; le bernous a une forme et un nom particuliers : il est très +court et s’appelle _selḥam_. Pour les femmes, la toilette n’offre +pas de modification, à l’exception du voile de laine noire qui +disparaît. Le costume des Chtouka est celui des Ksima et des Ḥaḥa. + +Les Chtouka, comme les Ksima, les Ḥaḥa et les diverses tribus +que j’ai traversées depuis Tizgi Ida ou Baloul, sont Imaziṛen +(Chellaḥa) et parlent le tamaziṛt. Celles qui habitent la montagne, +Isaffen, Iberqaqen, Ilalen, ne savent guère que cette langue ; parmi +celles de la côte, chez les Ksima surtout, l’arabe est répandu. + + 21 janvier. + +Départ à 8 heures et demie. Durant toute la journée, nous +marcherons de concert avec une caravane que nous avons rencontrée +hier au gîte. Bien que nous soyons en blad el makhzen, il est plus +prudent d’aller en compagnie que de cheminer seuls. Après avoir +traversé le kheneg à l’entrée duquel je m’étais arrêté hier, +je trouve une immense plaine où je cheminerai jusqu’au soir ; plaine +de sable rose, unie comme une glace, sans une pierre, sans une ride, +sans une ondulation, s’étendant depuis le pied du Petit Atlas, où +je suis, jusqu’à la mer d’une part, au Grand Atlas de l’autre, +et traversée par l’Ouad Sous. La portion que j’ai devant moi, +occupée presque tout entière par les Chtouka, est d’une fécondité +admirable ; une partie est cultivée, l’autre est en pâturages et +en forêts. Les cultures ne sont plus semées d’argans ; aucun arbre +ne les ombrage : ce sont des successions de champs uniformes séparés +par des haies vives ; çà et là, on y voit des puits ; et, auprès, +quelques figuiers ; une multitude de hameaux s’y élèvent : dans +les portions labourées, on en a sans cesse douze ou quinze en vue : +ils sont ouverts et sans défense, les tours y sont rares ; ce sont des +constructions de pisé rose, sans arbres aux alentours, si ce n’est +des figuiers de Barbarie ; ils respirent la prospérité. Ces parties +cultivées de la plaine forment une des contrées les plus fertiles +et les plus peuplées du Maroc. Les portions boisées présentent un +aspect tout différent : là, plus de champs, plus d’habitations ; +des forêts d’argans séculaires étendent leur ombre sur la surface +unie du sol, qui se couvre d’immenses pâturages ; pas un sillon, +pas une maison n’interrompent la monotonie de ces vastes prairies, +sous leur dôme de feuillage : seuls habitants de ces solitudes, +on rencontre de loin en loin des troupeaux de vaches, de moutons et +de chameaux, paissant sous les arbres. La principale de ces forêts +s’appelle Targant n Ououdmim ; elle est célèbre par ses serpents : +les Ạïssaoua y viennent de loin en faire leur provision. + +Cheminant ainsi, tantôt à travers le recueillement des grands bois, +tantôt au milieu de riantes cultures et d’innombrables villages, +je parviens vers le soir non loin de l’Ouad Sous. Je m’arrête +à 5 heures dans un hameau, à quelque distance du fleuve. + +Je n’ai cessé de rencontrer beaucoup de monde sur le chemin. De +toute la journée, il ne s’est pas présenté un seul cours d’eau, +ni rivière ni ruisseau. J’ai passé par un marché, le Tenîn des +Ida ou Mḥammed, où j’ai fait une halte assez longue. + + 22 janvier. + +Départ à 6 heures et demie du matin. Je me dirige vers l’Ouad +Sous ; d’ici là ce n’est qu’un vaste jardin : champs bordés +de cactus, ombragés d’oliviers, de figuiers et d’argans, +semés d’une foule d’habitations ; le chemin, garni de haies, +serpente entre les vergers et les maisons qui se succèdent sans +interruption. Au travers de cette riche contrée, j’arrive, à +7 heures et demie, au bord du fleuve. Je le franchis à un gué : +le lit, de sable, a 100 mètres de large ; 75 mètres sont à sec ; +les 25 autres sont occupés par une nappe d’eau limpide, profonde de +50 centimètres ; courant de rapidité moyenne. En amont et en aval du +gué, le fleuve, gardant même largeur, change d’aspect : l’eau, +moins courante et moins haute, s’étend sur la surface du lit dont +le fond, devenu vaseux, se garnit de roseaux. Depuis l’endroit où +je l’ai passé jusqu’à celui où je le perdrai de vue, l’Ouad +Sous aura la même apparence : une bande de 100 mètres couverte de +roseaux. Je descends la rive droite ; le sol est à peine à un mètre +au-dessus du niveau de l’eau ; c’est du sable, tapissé de gazon et +de joncs, et ombragé de tamarix. Ce terrain bas et humide, qui forme +un ruban de 300 mètres le long du côté droit, peut être considéré +comme faisant partie du lit. Au Tlâta des Ksima, je quitte les bords +du fleuve et gagne un village voisin, résidence de Sidi Ạbd Allah +d Aït Iaḥia, marabout d’Ez Zaouïa, de Tisint, depuis longtemps +établi en cette région. Du Tlâta à sa demeure, ce ne sont que +cultures, jardins et villages : au milieu de la verdure se dresse, +dominant le pays, la haute maison blanche de Ḥadj El Ạrabi, vrai +château, avec deux énormes tours que j’aperçois depuis Taourirt +ou Selîman. Ḥadj El Ạrabi est un simple particulier, fort riche. + +A 8 heures et demie, nous sommes chez S. Ạbd Allah ; c’est un +compatriote et un ami du Ḥadj ; nous comptons sur lui pour nous +accompagner et nous protéger dans le Ḥaḥa, où il jouit, comme +ici, d’une grande influence. En arrivant, nous apprenons qu’il +est absent ; nous ne trouvons que son fils. Celui-ci, beau jeune homme +d’une vingtaine d’années, Ḥarṭâni de couleur presque noire, +nous accueille à merveille : le Ḥadj, excellent homme aimé de tous +ceux qui le connaissent, est reçu à bras ouverts. Il est bientôt +convenu que nous passerons là le reste de la journée ; le lendemain +nous nous remettrons en route, accompagnés par le jeune marabout, +qui nous escortera jusqu’à Mogador. + + 23 janvier. + +Départ à 9 heures. D’ici à Agadir Iṛir, la plaine où je +suis depuis avant-hier se continue ; elle est couverte partie de +cultures, partie de pâturages : ces derniers sont semés çà et +là de jujubiers sauvages ; plus d’argans. A 10 heures et demie, +le pays devient désert ; on entre dans un fourré d’arbres et +de broussailles, petits argans et jujubiers sauvages. A 11 heures, +après avoir franchi quelques dunes de sable de 8 à 10 mètres de +haut, je me trouve au bord de la mer. Je longe le rivage jusqu’à +Agadir. Le chemin passe au-dessous de cette ville, à mi-côte entre +elle et Founti : Founti est un hameau misérable, quelques cabanes de +pêcheurs ; Agadir, malgré son enceinte blanche qui lui donne un air +de ville, est, me dit-on, une pauvre bourgade, dépeuplée et sans +commerce. A partir de là, je suis la côte, cheminant à mi-hauteur +de la falaise qui la borde ; elle n’est ni très haute ni très +escarpée : c’est un talus pierreux, parfois rocheux, tapissé +de broussailles basses et d’herbages ; le jujubier sauvage et la +taçouout y dominent. Vers 2 heures moins un quart, je descends pour +traverser, à quelques mètres de son embouchure, l’Asif Tamrakht : +la vallée en est remplie de cultures ; plusieurs villages s’y +voient à quelque distance. La rivière forme deux bras, larges l’un +de 15 mètres, l’autre de 50 ; tous deux ont un lit de sable ; le +premier est à sec, des flaques d’eau sont dans le second. Au delà +je reprends mon chemin le long de la falaise. Vers 3 heures, celle-ci +change d’aspect : elle devient plus rocheuse et se couvre d’argans +de 4 à 6 mètres de haut ; je cesse de la suivre et je monte vers sa +crête. J’y parviens à 4 heures moins un quart ; c’est la fin +de la forêt : je suis à la lisière d’un plateau à ondulations +légères, couvert en grande partie de cultures qu’ombragent des +argans comme chez les Ilalen ; une multitude de bâtiments isolés, +de groupes de maisons y apparaissent. Je fais halte à 4 heures, +à une des premières habitations. C’est une nezala. On donne +ici ce nom à des postes habités par des familles attachées au +makhzen, qui ont pour devoir d’assurer la sécurité des routes +et sont autorisées à percevoir de faibles droits de péage. Ces +nezalas sont installées dans un petit nombre de tribus soumises : +elles ne font régner qu’une demi-sûreté ; ici, comme ailleurs, +les étrangers n’osent guère voyager seuls. + +[Illustration : Agadir Irir. (Vue prise du sud-est de la ville.) + +Croquis de l’auteur.] + +Entré dans la tribu des Ḥaḥa ce matin, à Agadir, j’y resterai +jusqu’à mon arrivée à Mogador. Ce que j’ai aperçu de leur +territoire donne une idée complète de ce que j’en verrai dans la +suite. Leur pays peut se diviser en quatre portions : 1o les falaises +du rivage, partout telles que je les ai vues ; 2o des vallées, +à fond cultivé et semé de villages ; 3o des côtes : toutes sont +boisées d’argans ; le sol en est partie de la terre, partie une +roche blanche ; les pentes, assez raides, en sont sillonnées de +ravins escarpés ; sous les argans, poussent des jujubiers sauvages +et mille sortes d’herbes, et vivent des quantités énormes de +gibier, perdreaux innombrables, sangliers, lièvres, lynx, etc. ; 4o +des plateaux : ils forment la quatrième portion du territoire et la +plus importante ; ces terrasses ressemblent à celle d’Afikourahen ; +elles sont moins accidentées, ne présentent que des ondulations +légères, et ne sont pas peuplées partout : la majeure partie +de leur surface est couverte de cultures, champs d’orge et de +blé plantés d’argans comme ceux du bas territoire des Ilalen ; +au milieu des labours s’élèvent une foule d’habitations, +dispersées une à une ou par deux ou trois. Chez les Ḥaḥa, +non seulement on ne trouve pas de centre de quelque importance, +mais on ne voit point les hameaux des Chtouka et des Ilalen ; les +maisons se dressent isolées au milieu des champs, ou réunies par +très petits groupes : elles sont en pisé blanc ; celles des riches +sont bien construites, avec des encadrements de portes en pierres +de taille et de hautes tours carrées, à angles et couronnement +de pierre : la contrée fournit en abondance une pierre blanche, +tendre, facile à travailler, mais peu solide, qui sert pour ces +édifices. Les cultures, parfois serrées sur une longue étendue, +ailleurs clairsemées, occupent les 2/3 de la surface des plateaux ; +le reste est garni de pâturages, avec des bouquets d’argans et, +par places, de grands genêts blancs. Je n’y ai vu qu’une forêt, +la Ṛaba Ida ou Gerṭ, à la porte de Mogador. Le sol est de terre +blanche mêlée de beaucoup de pierres. Ces hautes terres, où sont +concentrées la plupart des cultures et des habitations des Ḥaḥa, +n’ont d’autre eau que celle des medfias. + + 24 janvier. + +Départ à 7 heures et demie du matin. Arrêté à 5 heures du soir, +sur les bords de l’Ouad Aït Ạmer. Ma route s’est effectuée +successivement dans les diverses régions que je viens de décrire, +sans donner lieu à aucune remarque nouvelle. La seule chose à noter +est la composition d’une portion de la falaise, entre la nezala où +j’ai passé la nuit et le fondoq qui est au-dessous, sur la côte ; +la partie supérieure de cette falaise est formée d’énormes blocs +de coquillages agglomérés ; là, pendant quelque temps, on ne voit +trace ni de terre ni de roche : tout le sol n’est fait que de ces +coquillages pétrifiés ; le chemin passe sur leur surface. + +J’ai rencontré peu de monde aujourd’hui et n’ai traversé +aucun cours d’eau important. + + 25 janvier. + +Départ à 8 heures du matin. Arrêté à 4 heures du soir, +à la maison de Ḥadj Ạbd el Malek. On voit plus de passants +qu’hier. Traversé l’Ouad Aït Ạmer (lit de gros galets, de +50 mètres de large, avec un filet d’eau courante de 2 mètres) ; +cette rivière est la seule que j’aperçoive de la journée. + + 26 janvier. + +Séjour chez Ḥadj Ạbd el Malek. + + 27 janvier. + +Départ à 7 heures du matin. Arrêté à 6 heures du soir, chez un +ami de notre marabout. Le pays reste tel que je l’ai décrit. + +J’ai traversé plusieurs petits cours d’eau : l’Asif Ida +ou Gelloul (ruisseau desséché ; 6 mètres de large), l’Ouad +Aït Bou Zoul (40 mètres de large ; à sec), l’Ouad Ijaṛiren +(3 mètres de large ; à sec ; affluent de l’Ouad Aït Bou Zoul), +l’Ouad Imaṛiren (15 mètres de large ; à sec ; le cours supérieur +traverse des gisements de sel, non loin d’une source d’eau vive, +Ạïn Imaṛiren, la seule que j’aie vue dans le Ḥaḥa), l’Ouad +Ida ou Isaṛen (à sec ; 15 mètres de large près de son confluent), +l’Ouad Tidsi (30 mètres de large ; à sec). + + 28 janvier. + +Départ à 7 heures et demie du matin. A 8 heures, j’entre dans +une vaste forêt ombrageant d’immenses pâturages : c’est Ṛaba +Ida ou Gerṭ, lieu désert, célèbre par les brigandages qui s’y +commettent. J’en sors à 11 heures et demie ; au-delà je franchis +une petite plaine, en partie couverte de genêts ; puis des dunes de +sable me conduisent par une pente douce au bord de la mer. A midi +et demi, je traverse l’Ouad Ida ou Gerṭ. A 1 heure, j’entre +à Mogador. + +Aussitôt arrivé, j’allai au Consulat de France. J’y fus reçu +par le chancelier, M. Montel. Ce que fut pour moi M. Montel durant +mon séjour à Mogador, les services de tout genre qu’il me rendit, +rien ne saurait l’exprimer. Puisse tout voyageur, en pareille +circonstance, rencontrer même accueil, même sympathie, même +appui ! Heureux ceux dont le pays est représenté par des hommes +semblables, en qui un compatriote inconnu trouve dès le premier jour, +avec la bienveillance et la protection du magistrat, le dévouement +d’un ami. + + +[Note 86 : On dit indifféremment _Ilalen_ et _Ilala_ ; Ilala est +la forme arabe, Ilalen la forme tamaziṛt. Dans le sud du Maroc, +un grand nombre de noms de tribus sont également usités sous ces +deux formes : ainsi on dit Seketâna ou Isektân, Zenâga ou Iznâgen, +Ḥaḥa ou Iḥaḥan, Ounila ou Iounilen, Ikhzama ou Ikhzamen, etc.] + +[Note 87 : Tizgi Ida ou Baloul n’a rien de commun avec les Ida ou +Blal. Il n’y a entre les deux noms qu’une similitude fortuite.] + +[Note 88 : + +[Illustration] + +Ces citernes portent le nom de _medfia_, au pluriel _medâfi_. Chez les +Isaffen et surtout chez les Iberqaqen, les Ilalen, les Chtouka, les +Ḥaḥa, on en rencontre une quantité prodigieuse ; les parties de +ces quatre dernières tribus que je traverserai ne sont alimentées que +par l’eau des citernes. Aussi ces constructions utiles y sont-elles +soignées et est-on arrivé à un certain degré de perfection dans +leur aménagement : elles sont maçonnées en pierre et quelquefois +creusées dans le roc. Voici la coupe et la projection du modèle le +plus usité.] + + + + + VII + + DE MOGADOR A TISINT. + + + 1o. — DE MOGADOR A DOUAR OUMBAREK OU DEHEN. + + +Mogador, dont le nom est écrit en grosses lettres sur nos cartes, est +loin d’être le port important que nous pourrions nous figurer. Celui +qui s’attendrait à trouver une ville en relations constantes avec +l’Europe serait déçu. En hiver surtout, les moyens de communiquer +sont rares et irréguliers. Au bout de 45 jours seulement, je reçus +de Paris la réponse à des lettres expédiées le lendemain de mon +arrivée. Cet état tient au peu de commerce que fait aujourd’hui +Mogador : ce port n’a plus d’affaires qu’avec les Chiadma, +les Ḥaḥa, les Chtouka, les Ilalen, le Sahel, Tindouf, et par +là Timbouktou. Il possède le monopole de la majeure partie du +trafic du Soudan, de celui qui se fait par les Tajakant. C’est +le plus bel apanage qui lui reste. Quant au bassin du Sous, quant +au Sahara occidental et central, de l’Ouad Aqqa à l’Ouad Ziz, +ils font leurs achats à Merrâkech, et cette capitale reçoit tout +de Djedida (Mazagan). Le grand centre commercial du Maroc est la +ville de Merrâkech : au sud de l’Atlas, Fâs fournit le cours de +l’Ouad Ziz et la région du Sahara qui est à l’est de ce fleuve ; +Mogador approvisionne le Sahel et la petite portion du bassin du Dra +située à l’ouest de l’Ouad Aqqa ; Merrâkech alimente tout le +bassin du Sous, l’immense bassin du Dra, sauf les réserves que nous +venons de faire, et jusqu’aux districts arrosés par les affluents +de droite du Ziz, tels que le Todṛa et le Ferkla. + +Aussitôt que j’eus reçu les lettres que j’attendais de France, +je me mis en route vers le sud pour regagner Tisint. Mon ami le +Ḥadj m’avait attendu : cette fois je partais seul avec lui ; +il avait renvoyé son compagnon. + + Du 14 au 20 mars 1884. + +Partis de Mogador le 14 mars, avec le fils de S. Ạbd Allah d +Aït Iaḥia, que son père nous avait donné comme escorte, nous +arrivâmes à la maison des religieux, dans la tribu des Ksima, +le 20 du même mois. Des pluies torrentielles qui étaient tombées +pendant une partie de cette période avaient entravé notre marche ; +c’est pourquoi nous avions mis sept jours à parcourir une distance +qui se franchit d’ordinaire en quatre. Nous avions suivi une route +différente de la première, mais qui n’avait donné lieu à aucune +remarque nouvelle. Par suite des pluies, les rivières s’étaient +grossies : là où un mois et demi auparavant je n’avais vu que des +lits desséchés, je trouvais des torrents impétueux. L’Ouad Aït +Ạmer, que je traversai au même point qu’à l’aller, formait +une rivière large de 20 mètres, profonde de 70 centimètres et si +rapide que j’eus beaucoup de peine à la passer. + +Aussitôt parvenus à la demeure de notre compagnon, celui-ci nous +chercha un de ses parents, marabout originaire de Mrimima et ami du +Ḥadj. Ce marabout, S. Iaḥia Bou Ḥebel, moins grand personnage que +Sidi Ạbd Allah, est plus connu que lui dans la région nouvelle où +nous allons entrer : comme S. Ạbd Allah a ses serviteurs religieux +parmi les Ksima et les Ḥaḥa, il a les siens chez les Imseggin et +les Houara. Il fut convenu qu’il nous escorterait jusqu’à Douar +Oumbarek ou Dehen. Ce point se trouve sur la rive droite de l’Ouad +Sous, à quelque distance du fleuve, au nord-est d’Igli. + + 21 mars. + +Départ à 7 heures du matin, en compagnie de Sidi Iaḥia. Je +remonte l’Ouad Sous, à 1 ou 2 kilomètres de sa rive droite. Je +le verrai toute la journée, serpentant au milieu des tamarix, +entouré de cultures, avec de grands oliviers ombrageant son cours +et deux rangées de villages échelonnés sur ses rives. Ce qu’il +sera aujourd’hui, il le restera jusqu’au delà d’Igli. Le +fleuve, avec sa bordure de champs, d’arbres et d’habitations, +forme une large bande verte se déroulant au milieu de la plaine, +10 mètres au-dessous du niveau général. Un talus à 1/2 relie la +dépression au sol environnant. Je marche au nord du talus, dans la +plaine du Sous. C’est une surface immense, unie comme une glace, au +sol de terre rouge sans une pierre ; elle s’étend entre le Grand +et le Petit Atlas, depuis la mer jusqu’au haut du Ras el Ouad ; +la largeur en est énorme : d’autant plus grande qu’on descend +davantage, elle est ici de 40 kilomètres et sera encore de 12 chez +les Menâba. La vallée du Sous demeurera la même durant les trois +jours que je vais la remonter : plaine d’une fertilité merveilleuse, +enfermée entre deux longues chaînes, dont l’une, moins élevée et +à crêtes uniformes, borne au sud l’horizon d’une ligne brune, +tandis que l’autre, s’élançant dans les nuages, élève à +pic au-dessus de la campagne ses massifs gigantesques aux flancs +bleuâtres, aux cimes blanches[89]. + +La plaine du Sous, toute d’une admirable fécondité, est loin +d’être cultivée en entier. Pendant que champs, jardins et villages +se pressent sans interruption sur les rives du fleuve, ils sont très +inégalement répartis dans le reste de la vallée. Le sol de celle-ci +est occupé partie par des cultures, partie par des prairies, partie +par des forêts ; nulle part il n’est nu ; partout cette terre +généreuse se tapisse d’une verdure abondante. La portion que je +traverse aujourd’hui peut se diviser en trois régions de longueurs +inégales : dans la première, les cultures occupent un tiers du sol ; +le reste est couvert de broussailles et de pâturages : des bouquets de +grands argans croissent çà et là ; de nombreux troupeaux de vaches +paissent dans les prés ; de temps à autre on rencontre un village, +mais ils sont peu nombreux. C’est le territoire des Imseggin. La +seconde région est une vaste forêt, faisant limite entre les +Imseggin et les Houara : épais bois d’argans ; quelques villages +y apparaissent de loin en loin dans des clairières ; peu de monde, +point de troupeaux ; le sol, sec jusqu’ici, devient détrempé par +endroits : de petites mares, des flaques d’eau le sèment ; les +argans ont 4 à 5 mètres de haut ; ils ne rappellent, non plus que +ceux des Ḥaḥa, les magnifiques arbres des Chtouka et des Ilalen : +à leur ombre croît une végétation abondante, broussailles et herbe +émaillée d’une multitude de fleurs. En sortant de la forêt, on +entre sur le territoire des Houara ; une nouvelle région commence : +les arbres, qui étaient si nombreux, deviennent rares ; point de +cultures, si ce n’est aux abords des villages : une immense prairie, +semée de flaques d’eau, s’étend de l’Ouad Sous au pied du +Grand Atlas ; des villages, des fermes isolées sont en vue : les uns +et les autres, comme tous les lieux habités que j’ai rencontrés +aujourd’hui, sont entourés d’une ceinture de cactus, de quelques +champs d’orge et de plantations d’oliviers. + +A 6 heures du soir, j’arrive au grand village d’Oulad Seṛeïr, +où S. Iaḥia a une maison ; je m’y arrête. + +J’ai rencontré partout, excepté dans la forêt, beaucoup de gens +sur ma route. Tous baisaient pieusement la main de mon marabout, +reconnaissable, comme la plupart de ceux du Sous, à une longue canne +ferrée, surmontée d’une pomme de cuivre, sorte de crosse qui +ne le quitte pas. Mon protecteur paraît un bon homme, mais c’est +le plus enragé fumeur de kif qui soit au monde. Peu de localités, +sur notre passage, où il n’eût un ami, fumeur comme lui. Sitôt +qu’on approchait d’un de ces points, il me quittait, prenait le +pas gymnastique, entrait au village, se faisait donner une pipe, la +fumait et me rejoignait : malgré ses soixante-huit ans, il fit plus +de dix fois ce manège pendant le trajet. J’ai traversé deux cours +d’eau importants : l’Ouad el Ḥamerin (il arrose, au-dessus +d’ici, la tribu des Ḥamerin, qui, dit-on, doit ce nom à la +couleur rouge du sol de son territoire. C’est une belle rivière : +eau de 30 mètres de large et de 80 centimètres de profondeur ; +courant rapide ; lit de 40 mètres, moitié sable, moitié galets ; +berges de terre à 1/1, hautes de 3 mètres, couvertes de gazon, +de lauriers-roses et de tamarix) ; l’Ouad Semnara (lit de sable de +40 mètres ; berges de 3 mètres de haut à 1/1. L’eau n’a que +3 mètres de large ; elle est limpide et courante). + +Durant la marche dans les diverses tribus, Ksima, Imseggin et Houara, +dont j’ai traversé les territoires, trois choses m’ont frappé : +l’horizontalité du sol dans cette large vallée du Sous, la richesse +de la végétation, enfin la force des bestiaux : ce ne sont plus les +petites vaches de l’Algérie et du Sahara Marocain, mais de beaux +animaux comme ceux des environs de Tanger, des Zaïan et d’Europe. + + 22 mars. + +Séjour à Oulad Seṛeïr. + +La tribu des Houara, dont j’ai traversé une partie avec +l’escorte d’un pauvre marabout, est célèbre et redoutée pour +ses brigandages. J’ai eu un rare bonheur de ne point y faire de +mauvaise rencontre. Les pillages y sont aussi fréquents que jamais, +bien que, depuis 1882, elle fasse partie du blad el makhzen. Elle est +commandée par un qaïd dont l’autorité s’étend sur tout son +territoire, comprenant les deux rives de l’Ouad Sous. La plupart des +Houara habitent des fermes isolées ; les autres résident dans des +villages d’une forme particulière à la tribu. Les maisons en sont +séparées, et entourées chacune d’une haie circulaire de jujubiers +sauvages ou de cactus. Avec cet usage, les moindres localités occupent +une grande étendue ; il y en a d’importantes : celle où je suis +a 120 feux. Aucun lieu habité qui ne soit environné de cultures et +de jardins ; comme arbres, croissent des figuiers, des grenadiers, +des oliviers. Les demeures, vastes, sont la plupart flanquées de +deux tours ne dépassant pas en hauteur les murs du bâtiment ; +on construit en pisé ; on couvre en terrasse. + +La tribu des Imseggin, que j’ai traversée hier, se divise, me +dit-on, en onze fractions. + +Une grande activité commerciale règne en cette région ; témoin +le nombre de marchés : on va d’ici à 8 marchés différents : +Arbạa Ḥamerin, Khemîs Oulad Daḥou, Djemạa Amzou, Sebt el +Kefifat, Ḥad Menizela, Tenîn Oulad eṭ Ṭeïma, Tlâta Ḥafaïa, +Sebt el Gerdan. + + 23 mars. + +Le pays à parcourir aujourd’hui est encore dangereux ; S. Iaḥia +prend avec lui, comme renfort, un de ses fils qui demeure à Oulad +Seṛeïr. Départ à 6 heures du matin. Les arbres recommencent ; +on voit quelques prairies, mouchetées de bouquets d’argans : la +majeure partie du sol, jusqu’à 10 heures et demie, est couverte +de bois ; ces forêts sont semblables à celles d’avant-hier : +mêmes essences, mêmes déserts ombragés, mêmes rares clairières +où apparaît un village entouré de cultures ; le peu de prairies +qui s’aperçoivent sont semées d’un grand nombre de fermes +isolées ; à partir d’Oulad Seṛeïr, le terrain redevient +sec : plus de flaques d’eau. A 10 heures et demie, forêts et +pâturages cessent ; j’entre dans des labourages qui ne tardent +pas à occuper toute la surface du sol ; ce sont des champs d’orge +et de blé auxquels se mêlent des plantations d’oliviers, de plus +en plus étendues à mesure que l’on avance. Une foule de villages +s’élèvent de toutes parts. Bientôt apparaît une longue ligne +noire, forêt d’oliviers d’où émerge le faîte d’un minaret : +c’est Taroudant. A midi et demi, j’arrive au pied des murs. Je +les longe sans entrer dans la ville. L’enceinte de Taroudant est +construite en pisé jaune ; elle a 5 à 6 mètres de haut, et 40 +centimètres environ d’épaisseur ; elle est pleine de lézardes +et, bien que sans brèches, en mauvais état. Pour sa portion sud, +dont j’ai suivi les sinuosités, j’ai constaté l’exactitude du +tracé de M. Gatell[90]. Taroudant me paraît située à un point où +la vallée du Sous se resserre brusquement sur une courte longueur, +à un kheneg en un mot, mais kheneg peu accentué. Il semble que +plusieurs chaînes de hauteurs parallèles au fleuve se détachent +en face d’ici du pied du Petit Atlas et viennent expirer, près de +l’Ouad Sous, en collines sablonneuses boisées d’argans. Aucun +cours d’eau n’arrose la ville ; elle est alimentée par de larges +canaux dérivés du fleuve. + +A 1 heure, je quitte les murs de la capitale du bas Sous. Jusqu’à +2 heures et demie, le chemin, entouré de haies d’églantiers, +serpente entre des champs et des plantations d’oliviers, au +milieu de villages. Les environs de Taroudant sont d’une richesse +extrême. Dès qu’il est labouré, ce sol admirable de la vallée du +Sous, dont une grande partie reste inculte, devient d’une fertilité +merveilleuse. A 2 heures et demie, je m’arrête chez des amis de +S. Iaḥia, dans une petite zaouïa. + +Peu de monde sur ma route jusqu’à 10 heures et demie, beaucoup +depuis. J’ai traversé deux cours d’eau importants : l’Ouad +Beni Mḥammed (au point où je le passe, il se divise en trois +bras : le bras occidental a un lit de 40 mètres, gravier et sable, +à sec ; berges de 75 centimètres ; le bras central est semblable +au précédent ; le bras oriental a 60 mètres de large ; lit de +galets ; à sec ; les deux premiers sont séparés par une langue de +terre couverte de pâturages et de tamarix, les deux derniers par une +surface où ne poussent que des touffes de melbina. Cette rivière +n’a d’eau que d’une façon passagère, au moment des pluies) ; +l’Ouad El Ouaạr (à sec ; lit de gravier de 60 mètres ; berges +de sable, à pic, de 10 mètres de hauteur). + + 24 mars. + +Départ à 7 heures du matin. Je continue à cheminer à quelque +distance au nord de l’Ouad Sous, hors de la bande de plantations et +de villages qui le bordent ; la vallée reste ce qu’elle était hier, +toujours plate, toujours sans une pierre ; comme on l’a dit, elle se +rétrécit par degrés. Jusqu’au territoire des Menâba, le sentier +parcourt une succession de cultures, de pâturages, de taillis et de +bois d’argans ; on passe auprès de nombreux hameaux ; à chaque pas +on rencontre des troupeaux de bœufs. A partir de la frontière des +Menâba, bois et broussailles cessent ; on trouve quelques pâturages, +mais la majeure partie du sol est occupée par des champs d’orge +ou de blé ; les villages sont en plus grande quantité que jamais : +comme tous ceux de la vallée du Sous, ils sont en pisé rouge, plus +on moins foncé ; dans quelques-uns s’élève une tour, distinguant +la demeure d’un homme riche, d’un chikh. Ils sont bien bâtis, +bien entretenus, non élégants ; murs nus, sans ornements. Depuis +Taroudant, les cactus qui les entouraient chez les Houara, les +Chtouka, les Imseggin et les Ksima, ont disparu ; une sombre ceinture +d’oliviers les enveloppe. En marchant dans cette riche contrée, je +parviens aux campements des Oulad Dris. Je m’y arrête à 6 heures du +soir, dans le douar d’Oumbarek ou Dehen. Le maître de la principale +tente, vieil ami du Ḥadj, m’offre l’hospitalité. Beaucoup de +passants aujourd’hui sur mon chemin. Pendant les dernières heures de +marche, j’ai franchi un grand nombre de canaux, les uns souterrains +(feggaras), les autres à ciel ouvert ; ils apportent l’eau de la +montagne aux cultures de la plaine. J’ai traversé trois rivières +importantes : l’Ouad Ziad (lit de 500 mètres de large où coulent, +sur un fond moitié gravier, moitié sable, six bras d’eau de 2 +mètres chacun ; eau claire ; courant rapide) ; l’Ouad Talkjount +(lit de 40 mètres, moitié sable, moitié galets ; flaques d’eau au +milieu ; berges de terre de 3 mètres de haut) ; l’Ouad Bou Srioul +(lit de gravier de 50 mètres ; nappe d’eau courante de 3 mètres ; +berges de terre de 3 mètres). + + 25 mars. + +Séjour chez les Oulad Dris. Ceux-ci sont une petite tribu nomade +isolée campant au nord-est des Menâba, entre ces derniers et les +Talkjount. Indépendants autrefois, ils ont suivi le sort du reste +du Ras el Ouad et, en 1882, se sont soumis au sultan. Celui-ci les +a placés sous la dépendance du qaïd des Menâba. Les Oulad Dris +labourent, mais leur fortune principale consiste en troupeaux de +chameaux. Ils se disent de race arabe ; leur langue est l’arabe, +la plupart savent aussi le tamaziṛt. Ils sont en rapports constants +avec le sud, avec Tatta, Tisint, Aqqa, ont des alliances avec les Aït +Jellal et les Ida ou Blal. Leur costume est plutôt celui du Sahara +que celui du Sous : un turban de khent ceint leur tête ; comme linge, +ils ne portent que du khent ; leurs vêtements de dessus sont soit +le ḥaïk blanc, soit le selḥam, le kheidous ou le khenîf. + +Dans les autres tribus du Sous que j’ai traversées, Ksima, +Imseggin, Houara, Oulad Iaḥia, Aït Iiggas, Menâba, ainsi que +chez les Indaouzal, les hommes portent une chemise blanche, de +laine ou de cotonnade, et un ḥaïk de même couleur ; ce dernier +se remplace souvent par le selḥam ou le khenîf ; la tête reste +nue, ou s’entoure d’un mince turban blanc. Les femmes portent le +vêtement général des Marocaines ; il est chez la plupart en khent, +chez les autres en laine ou cotonnade blanche ; le khent passe pour +le plus élégant. Les armes se composent du long fusil que l’on +connaît, à crosse large ou étroite, et du poignard recourbé, +_qoummia_ ; on met la poudre dans des cornes de cuivre. Les chevaux, +sans être nombreux, ne sont pas rares dans ces tribus. Bien qu’elles +appartiennent maintenant au blad el makhzen, les usages y sont les +mêmes qu’en blad es sîba : on n’y sort pas des villages sans +être armé, on n’y voyage pas sans zeṭaṭ ; les fractions s’y +font journellement la guerre entre elles, et les routes y offrent +en certaines parties plus de périls que dans bien des régions +insoumises : il est peu de tribus indépendantes plus dangereuses à +traverser que les Houara. Pendant mon séjour à Oulad Seṛeïr, on se +battait aux environs : j’entendis la fusillade toute la journée : +deux fractions étaient aux prises ; le combat finit à la nuit, +par la prise et la destruction d’un village. + +Les Ksima, les Imseggin, les Oulad Iaḥia, les Aït Iiggas, les +Menâba et les Indaouzal parlent le tamaziṛt ; les Houara parlent +l’arabe. Chez les premiers, la langue arabe est assez répandue, +surtout parmi les Ksima et les Imseggin. Elle l’est très peu chez +les seuls Indaouzal. + + + 2o. — DE DOUAR OUMBAREK OU DEHEN A TISINT. + + + 26 mars. + +Départ à 5 heures du matin. Notre hôte nous donne son fils pour +nous escorter jusqu’à Iliṛ. Nous avons à traverser la vallée +du Sous et une partie du Petit Atlas, sur le versant méridional +duquel se trouve le qçar. La marche d’aujourd’hui se divise +en deux parties, la première en plaine, la seconde en montagne. En +quittant Douar Oumbarek ou Dehen, je prends la direction du sud-est, +de façon à couper presque perpendiculairement la vallée de l’Ouad +Sous. Jusqu’au fleuve, des pâturages et des broussailles de +jujubier sauvage se succèdent, dominés çà et là par des bouquets +d’argans. Je passe en vue de plusieurs villages, se distinguant à +peine au milieu de leurs ceintures d’oliviers. Vers 6 heures un +quart, j’arrive à l’Ouad Sous ; les deux rives sont bordées +de cultures, de villages et de jardins, mais l’aspect du lit est +différent de ce qu’il était plus bas. La largeur en est de près +d’un kilomètre ; le fond est de gros galets, avec de rares places +sablonneuses ; ni roseaux ni joncs, aucune trace de verdure. Au milieu +de cette surface grise coule le fleuve, en trois bras : le premier +n’a que 2 mètres d’eau ; le second en a 15 avec 40 centimètres +de profondeur et un courant très rapide ; le troisième a 35 mètres +de large et 1m,20 de profondeur : gonflé par des pluies récentes, +il forme des vagues énormes, et le courant en est si impétueux +que nous ne pouvons le franchir seuls : des habitants d’un village +voisin viennent à notre secours, nous indiquent un gué, où les eaux, +divisées en plusieurs canaux, n’ont au principal qu’un mètre +de profondeur, et nous aident à traverser : c’est une opération +longue et difficile, tant l’onde a de violence. Le gué se trouve +en face du hameau de Tafellount. Le lit du Sous est séparé des +plantations de ses rives par des berges de terre à pic, hautes de +1m,50. Après avoir passé, je me remets à marcher dans la plaine ; +elle garde un même aspect d’ici au pied du Petit Atlas : prairies +semées de jujubiers sauvages et de rares argans ; nombreux perdreaux ; +point de lieux habités ; il n’y a de cultures que le long du fleuve. + +A 9 heures un quart, j’arrive aux premières pentes du Petit +Atlas ; à son pied se trouvent quelques champs, et à mi-côte des +villages. J’entre dans la montagne par une plaine triangulaire que +traverse l’Ouad Tangarfa ; elle est couverte de pâturages avec +jujubiers sauvages et argans, semblables à ceux dont nous sortons ; +le sol, terreux jusqu’à présent, commence à se semer de pierres +qui bientôt deviennent nombreuses. On passe devant des medfias : il +n’y en a point dans la vallée du Sous ; les portions de celle-ci +qui ne sont pas alimentées par le fleuve ou ses tributaires le +sont par des ṛedirs et des canaux : les ṛedirs servent à la +boisson, les canaux à l’irrigation des cultures. Parvenu à +l’extrémité de la plaine où je me suis engagé, je remonte +la vallée de l’Ouad Tangarfa ; puis je la quitte, et je remonte +celle d’un de ses affluents jusqu’au qçar de Tagerra. Ces deux +vallées sont pareilles : le fond en est nu et pierreux, d’une +largeur variant entre 30 et 150 mètres ; les flancs sont des côtes +raides, hérissées de roches, boisées d’argans, de 200 mètres +de hauteur ; les lits sont presque partout à sec ; parfois il y +coule un filet d’eau large au plus de 1 mètre. Le chemin ne quitte +pas les thalwegs et est facile. Au-dessus de Tagerra, l’étroite +vallée que je suis devient un ravin impraticable, où un ruisseau +bondit par cascades au milieu des rochers. Je quitte le fond à ce +village et gravis le flanc droit ; montée difficile : le terrain +n’est que roches, aux fentes desquelles poussent de rares argans ; +plusieurs sources d’eau vive jaillissent du sol. Enfin j’arrive +à la crête, et bientôt après à un col. Je me mets à descendre +une petite vallée, celle de l’Ouad el Ạsel : elle n’a pas +20 mètres de large ; des talus de roche rose la bordent des deux +côtés ; ils sont peu élevés et en pente douce ; des qçars et un +étroit ruban de cultures ombragées d’amandiers s’échelonnent sur +leurs premières pentes, le long de l’ouad. Cette nouvelle région +diffère de la précédente ; le col que j’ai franchi marque la +limite entre deux portions du Petit Atlas : jusqu’à lui, toutes +les côtes étaient boisées d’argans ; à partir d’ici, cet arbre +disparaît : je ne le verrai plus ; du col à Tisint, les flancs des +montagnes seront une roche nue. Autre changement : dans la plaine du +Sous les villages étaient ouverts ; ici recommencent les qçars. + +Vers 4 heures, l’Ouad el Ạsel débouche dans une plaine +verdoyante, entourée de hauteurs dénudées ; je la traverse : +c’est une surface unie, au sol sablonneux couvert de pâturages ; +elle s’étend entre l’Ouad el Ạsel et l’Ouad Aït el Ḥazen, +et se prolonge jusqu’à leur confluent. J’atteins au bout d’une +heure la dernière des deux rivières, et je la remonte jusqu’au +grand village d’Amzoug. Là je fais halte, à 7 heures et demie +du soir. Un ami de notre guide nous reçoit. La vallée de l’Ouad +Aït el Ḥazen, dans la partie que j’ai parcourue, a 500 à 600 +mètres de large au fond, cultivés en entier ; les flancs sont des +talus hauts et escarpés de grès noirci, comme celui des environs de +Tazenakht. Dans le bas j’ai rencontré plusieurs grands villages +ou qçars d’aspect prospère, entourés de vergers. La rivière a +60 mètres ; lit de gros galets sans eau. + +La plaine que j’ai traversée de 4 à 5 heures forme limite entre +les Aït el Ḥazen et les Indaouzal. Au sortir du territoire de +ces derniers, j’ai quitté le blad el makhzen et suis rentré en +blad es sîba. Les Aït el Ḥazen sont indépendants ; autrefois +alliés des Aït Semmeg, ils le sont maintenant des Ounzin. Ils sont +Chellaḥa comme ces deux tribus et comme les Indaouzal, et parlent le +tamaziṛt : à peine quelques-uns d’entre eux savent-ils l’arabe. + +Peu de monde sur mon chemin, excepté au bord de l’Ouad Sous et +dans les vallées des ouads el Ạsel et Aït el Ḥazen. Parmi les +rivières que j’ai traversées, il en est une que je n’ai pas +décrite : l’Ouad el Amdad : il a un lit de galets de 100 mètres +de large ; au milieu coulent 15 mètres d’eau claire et courante ; +des berges de terre à pic, de 2 mètres de haut, le bordent. Les +villages et qçars rencontrés au sud de l’Ouad Sous sont bâtis +mi-pierre, mi-pisé. + + 27 mars. + +Départ à 5 heures du matin. Notre hôte de cette nuit nous +accompagne ; il nous escortera jusqu’au col d’Azrar. Je continue à +remonter l’Ouad Aït el Ḥazen : la vallée, qui reste d’abord +ce qu’elle était hier, se met ensuite à se rétrécir ; puis +les cultures cessent : au bout d’une heure et demie, c’est un +sombre ravin dont le fond n’a d’autre largeur que celle de la +rivière, 20 mètres ; celle-ci, qui possède à présent 7 à 8 +mètres d’eau, est devenue un vrai torrent, tantôt coulant sur un +lit de sable, tantôt bondissant par cascades entre de gros blocs de +rochers. La marche est pénible. Bientôt il faut quitter le fond +du ravin pour en gravir le flanc droit : c’est un talus rocheux, +haut, escarpé ; montée raide et difficile. J’arrive au sommet ; +un plateau couvert de cultures le couronne ; j’y marche quelques +minutes, puis je débouche dans une vallée peu profonde, à flancs +rocheux et en pente douce, dont le fond et les premières côtes sont +cultivés ; on y voit, avec des champs d’orge, des cactus et de +nombreux amandiers. Je la remonte. Elle est près de son origine ; je +parviens au col où elle prend naissance. Dès lors, plus de cultures, +plus d’habitations jusqu’à la vallée de l’Ouad Azrar ; d’ici +là, je franchis des séries de crêtes et de ravines désertes : sol +noir et rocheux ; pas d’autre végétation que de maigres touffes +d’ḥalfa clairsemées sur les pentes ; ce ne sont que montées +et descentes ; chemin fatigant sans être difficile. A 11 heures, le +terrain change : les roches font place à une couche de sable blanc, +semé de paillettes brillantes ; une côte douce conduit à l’Ouad +Azrar, auquel j’arrive un quart d’heure après. Ce cours d’eau +a une large vallée ; les flancs de celle-ci sont des montagnes +rocheuses de moyenne élévation, dont les premières pentes, peu +rapides, sont, comme le fond, couvertes de sable blanc et garnies de +cultures ; la rivière a un lit de 30 mètres dont 7 remplis d’eau +claire et courante ; les rives en sont bordées d’amandiers ; +plusieurs villages, bâtis en pierre, s’élèvent sur ses bords. Je +remonte la vallée jusque non loin de son point d’origine ; puis, +je gagne le flanc gauche et le gravis. D’abord pierreux et de pente +modérée, il devient tout à coup très raide, et se change en une +paroi à pic : passage difficile ; le chemin monte péniblement au +milieu de grands blocs de roche noire d’où jaillissent plusieurs +sources. A 1 heure et demie, j’atteins le sommet ; il n’a aucune +largeur ; c’est une arête aiguë, le tranchant d’une lame : je le +franchis à un col situé presque au niveau du reste de la crête ; +il s’appelle Tizi Azrar. Cette arête est la ligne culminante du +Petit Atlas : au Tizi Azrar, on passe sur son versant sud. Du col, +j’entre dans un cirque où une rivière prend sa source ; je la +descends : c’est l’Ouad S. Moḥammed ou Iạqob ; à son origine, +il a un peu d’eau qui ne tarde pas à tarir. Au sortir du cirque, il +s’enfonce dans un étroit ravin à flancs escarpés de roche jaune ; +fond large de 30 mètres : le lit, de galets, l’occupe en entier ; +point trace de végétation. Après avoir coulé un certain temps +ainsi, il débouche dans une plaine pierreuse, dont le sol disparaît +sous les hautes herbes et les genêts. Je l’y laisse poursuivre sa +course et, passant à l’est, je m’engage dans le massif de collines +qui borde la plaine de ce côté : endroit montueux ; terre semée de +pierres et rayée de bandes de roches s’allongeant symétriquement +à fleur de sol ; comme verdure, un peu de thym et quelques touffes +d’ḥalfa. Cheminant ainsi, j’atteins une nouvelle vallée, +celle de l’Ouad Imi n Tels : je la descends à son tour : ravin à +flancs blanchâtres, rocheux et escarpés, d’autant plus hauts que +j’avance davantage ; 15 mètres de large au fond, occupés par le +lit de la rivière ; celui-ci est à sec et couvert de galets ; point +de végétation, ni en bas ni sur les flancs. A 5 heures et demie, +la rivière entre dans la vaste plaine d’Azaṛar Imi n Tels[91], +qui s’étend d’ici à Iliṛ ; elle est bornée à l’est et +à l’ouest par des collines rocheuses très basses, au sud par +une longue ligne de hauteurs brunes et nues, à crêtes uniformes ; +le sol est de terre, semée par endroits de beaucoup de pierres : des +jujubiers sauvages, des genêts, diverses herbes la couvrent ; de temps +à autre y apparaissent des champs, propriété, les uns d’habitants +d’Iliṛ, les autres de marabouts de S. Moḥammed ou Iạqob. Pour +ce motif, le nom d’Azaṛar Imi n Tels est remplacé quelquefois +par celui d’Azaṛar S. Moḥammed ou Iạqob. Au milieu de cette +plaine, nous fûmes surpris par la nuit : l’obscurité devint si +grande que nous perdîmes le sentier ; nous errâmes quelque temps à +l’aventure, nous accrochant aux broussailles et trébuchant dans les +pierres : à 7 heures, quoique certains d’être près d’Iliṛ, +mes deux guides abandonnèrent l’espoir de retrouver le chemin ; +nous nous arrêtâmes au pied d’un buisson et y passâmes la nuit. + + 28 mars. + +Départ à 6 heures du matin. Nous gagnons le plateau bas, nu, +pierreux et ondulé qui forme le bord oriental de la plaine, et, +le coupant obliquement, nous nous trouvons bientôt à une crête : +au-dessous, apparaissent à nos pieds l’Ouad Iliṛ, ses dattiers et +son qçar. Je retrouve les palmiers après trois mois d’absence. Une +descente rapide à travers les rochers m’amène au fond de la +vallée ; il est couvert de cultures ombragées de bou souaïr ; +l’Ouad S. Moḥammed ou Iạqob, qu’on appelle aussi Ouad Iliṛ, +coule au milieu, n’ayant que 2 mètres d’eau dans un lit de 50 +mètres. Le qçar d’Iliṛ est sur la rive gauche. J’y entre à +8 heures du matin. + +[Illustration : Qçar d’Ilir et vallée de l’Ouad S. Mohammed ou +Iaqob. (Vue prise du flanc gauche de la vallée, en amont d’Ilir.) + +Croquis de l’auteur.] + +Je m’installe à Iliṛ chez un ami du Ḥadj. Le qçar est grand +et riche : la population, composée de Chellaḥa, en est nombreuse ; +bien que voisine des Aït Jellal, elle est indépendante et les nomades +ne peuvent rien sur elle. Iliṛ est bâtie partie en pierre, partie +en pisé, ce dernier dominant. + +Hier, nous sommes, depuis le col d’Azrar, restés dans le désert : +nous eussions pu, en continuant à descendre l’Ouad S. Moḥammed +ou Iạqob, marcher en terre habitée. C’est à dessein que nous +avons fait le contraire. Quand on est peu nombreux, qu’on n’a +pas de zeṭaṭ du pays et de zeṭaṭ puissant, il est de règle +d’éviter les centres ; la vue de voyageurs en petite troupe et +mal escortés inspire à ceux devant qui ils passent la pensée +de courir à leur poursuite et de les piller : c’est un danger +de tous les instants en contrée peuplée. On s’y soustrait en +échappant aux regards et en prenant les chemins déserts. C’est +pour ce motif que, dans la vallée du Sous, au lieu d’aller de +village en village le long les rives du fleuve, nous avons passé +au nord, traversant tantôt des forêts, tantôt des prairies, +nous tenant sans cesse à l’écart des centres. Du col d’Azrar +à Iliṛ, c’est pour éviter les campements des Aït Jellal, +situés le long de l’Ouad S. Moḥammed ou Iạqob, que nous avons +pris par le désert d’Imi n Tels. Les Musulmans de ces contrées, +quand ils voyagent sans ạnaïa et sans escorte ont deux principes : +marcher de nuit dans les endroits très dangereux ; choisir toujours +les chemins les moins fréquentés et les plus déserts. + +La tribu d’Azrar que j’ai traversée hier est une petite tribu +chleuḥa indépendante. + + 29 mars. + +Séjour à Iliṛ. Pendant la nuit que j’ai passée dans l’Azaṛar +Imi n Tels, il est tombé, me dit-on, beaucoup de neige au Tizi +Azrar. Ni de Tazenakht, ni d’Agni, ni du Sahara, ni de chez les +Ilalen, je n’avais aperçu trace de neige sur le Petit Atlas ; +depuis mon départ de Mogador, j’en ai remarqué deux fois sur ses +crêtes : c’étaient des fils blancs à peine visibles qui rayaient +de lignes minces deux hautes croupes, l’une en face de Taroudant, +vue de la vallée du Sous, l’autre à l’ouest du col d’Azrar, +distinguée avant-hier. + + 30 mars. + +D’Iliṛ à Aqqa Iṛen, nous avons à franchir un long désert +appelé Khela Adnan. Dangereux toujours et pour tous, il l’est en +particulier pour le Ḥadj ; on y passe en vue du qçar de Tisenna +s Amin, en ce moment en guerre avec Agadir Tisint. Si mon compagnon +tombait aux mains de ses ennemis, il serait perdu. Aussi notre hôte +fait-il appel à ses parents et amis, et c’est avec 20 fusils que +nous gagnons Aqqa Iṛen. Cette escorte est gratuite : l’ạnaïa, +qui se vend souvent cher aux étrangers, se donne de la manière la +plus généreuse aux amis : dans mon voyage de Tisint à Mogador, +et de Mogador à Tisint, grâce aux connaissances de Ou Ạddi et +du Ḥadj, je n’ai pas eu à payer ceux qui m’ont escorté : +accompagner son ami jusqu’au gîte suivant ou jusqu’en lieu sûr +fait partie des devoirs de l’hospitalité. C’est chose toute +simple qui se fait sans qu’on ait besoin de la demander. + +Départ à 7 heures du matin. D’Iliṛ à Aqqa Iṛen, le chemin, +suivant d’abord le cours de l’Ouad S. Moḥammed ou Iạqob, puis +celui de l’Ouad Aqqa Iṛen, traverse un pays uniforme : vallées +ou plaines à sol uni, tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; les +unes et les autres sont enfermées entre des parois de roche noire et +luisante, hautes, escarpées, nues. Dans les fonds, la végétation +ne manque pas : genêts blancs et kemcha dans le bassin de l’Ouad +S. Moḥammed ou Iạqob ; kemcha, aggaïa et melbina dans celui de +l’Ouad Aqqa Iṛen. A Ạïoun Chikh Moḥammed Aqqa Iṛen (maison +avec une source et quelques jardins), les gommiers apparaissent ; de +là à Aqqa Iṛen, on les rencontre, clairsemés d’abord, puis de +plus en plus nombreux. Les rivières sont toutes à sec ; toutes ont +des lits de galets de 40 à 50 mètres de large. Telle est la triste +région qu’on appelle le désert d’Adnan. A 3 heures et demie, +j’arrive à Aqqa Iṛen. + +Aqqa Iṛen est une oasis aussi grande que celle de Qaçba el +Djouạ. Elle renferme un seul village, Tabia Aqqa Iṛen ; on voit +dans les palmiers les ruines d’une seconde localité, Agadir Aqqa +Iṛen, aujourd’hui abandonnée. Tabia compte 500 à 600 fusils ; +la population est composée de Chellaḥa et surtout de Ḥaraṭîn ; +elle est vassale des Ida ou Blal. Dans cette oasis, le sable est +mélangé de roches blanches apparaissant à fleur de sol ; le terrain +est blanc ainsi que le pisé des maisons. + +Je reçois ici des nouvelles du Sahara. On a moissonné vers le +1er mars. La récolte, au mạder comme dans les champs des oasis, +a été superbe ; de mémoire d’homme, on n’en a vu plus belle ; +l’abondance règne partout : la mesure d’orge, qui valait 1 fr. 50 +à mon départ, se vend 20 centimes aujourd’hui. Pour comble de +bonheur, le mạder a été inondé, il y a quelques jours, par les +eaux du haut Dra : on pourra avoir double moisson cette année. + + 31 mars. + +Si l’abondance règne à Tisint, c’est le contraire dans le +moyen cours du Dra et chez les Oulad Iaḥia : une famine terrible, +dont la mauvaise récolte de dattes faite dans le Dra l’automne +dernier est cause en partie, sévit dans ces régions[92]. 700 tentes +des Aït Ạlouan (Berâber), chassées par la disette, sont venues +s’établir entre Tisint et Mrimima. La présence de ces étrangers +rend la Feïja moins sûre encore qu’à l’ordinaire ; ils y font +des courses continuelles : c’est chaque jour un nouveau pillage. Nous +reprenons notre ancienne méthode, celle des marches de nuit. A +2 heures du matin, nous quittons Aqqa Iṛen et, traversant cette +Feïja aujourd’hui connue, nous nous dirigeons vers Tisint. Nous +entrons à 7 heures du matin à Agadir. + +Je retrouvai là le rabbin Mardochée qui m’avait fidèlement +attendu. + + +[Note 89 : Il y avait autant de neige sur ces parties du Grand Atlas +à la fin de mars que deux mois auparavant, lorsque je les vis pour +la première fois.] + +[Note 90 : _Bulletin de la Société de Géographie_, mars-avril 1871.] + +[Note 91 : _Azaṛar_ veut dire « terrain labourable ».] + +[Note 92 : En traversant le Mezgîṭa, j’apprendrai que dans tout +le pays de Dra le qanṭar (environ 45 kilogrammes) de dattes se paie +50 mitkals, alors que d’habitude il en vaut 8.] + + + + + VIII. + + DE TISINT AU DADES. + + + 1o. — DE TISINT A TAZENAKHT. + + +Après de nouveaux mais vains efforts pour gagner le Dra en +passant par Zgiḍ, je me décidai à y aller par une autre voie, +celle de Tazenakht. La route de Zgiḍ, difficile en tous temps, +était impraticable par suite de la famine qui sévissait dans la +contrée ; je ne trouvai personne qui voulût se charger de m’y +escorter. Obligé de passer par Tazenakht, où j’avais déjà fait +un long séjour, je tins à prendre, pour y retourner, un chemin +différent de celui que j’avais suivi cinq mois auparavant. Des +trois routes qui existent entre Tisint et Tazenakht, j’avais pris +à l’aller la plus orientale, celle du Tizi Agni ; je choisis cette +fois la plus à l’ouest, celle du Tizi n Haroun. + + 6 avril 1884. + +Départ d’Agadir à minuit. Le Ḥadj, un de ses frères et un +de ses cousins m’escortent. Mardochée est avec moi ; je ne me +séparerai plus de lui d’ici à Lalla Maṛnia. Je traverse la +Feïja en passant auprès des ruines d’Imazzen, qçar abandonné. Il +ne me reste rien à dire sur cette plaine : toujours mêmes sables, +mêmes gommiers. J’en sors en remontant l’Ouad Aginan depuis le +point où il y débouche. Il a 100 mètres de large ; lit de galets, +à sec. Le fond de la vallée est un sol pierreux, semé de gommiers ; +de 400 mètres de large d’abord, il se rétrécit par degrés ; en +même temps les flancs, talus de roche noire peu élevés au début, +deviennent hauts et escarpés. De l’Ouad Aginan, je passe à un +de ses affluents, l’Ouad Ikis, appelé aussi Ignan n Ikis, que je +remonte à son tour. Vallée identique, mais plus étroite. Au bout +de quelque temps, le fond se remplit de cultures et de dattiers : +un filet d’eau apparaît ; c’est Tamessoult : bientôt j’arrive +aux maisons. Je fais halte. Il est 7 heures du matin. + +Tamessoult est un gros village, construit en pierre à mi-côte du +flanc gauche de l’Ouad Ikis, à une assez grande hauteur au-dessus de +son lit. Au milieu se dresse la zaouïa de S. Ạbd er Raḥman, vaste +bâtiment dominé par un donjon : c’est là que je suis descendu. Le +marabout qui y réside est un homme puissant : il a pour serviteurs +religieux les districts et les tribus de la montagne à 30 ou 40 +kilomètres à la ronde ; son influence s’étend jusque sur les +Zenâga. Ici je me sépare de ceux qui m’ont amené d’Agadir : +S. Ạbd er Raḥman me donne une escorte de trois hommes qui me +conduira chez les Zenâga ; elle m’y remettra entre les mains +d’un des grands personnages de la tribu, Ạbd Allah d Aït +Ṭaleb. Celui-ci, pour qui on me donne une lettre, m’accompagnera +à son tour jusqu’à Tazenakht. Je fais mes adieux au Ḥadj Bou +Rḥim ; ce n’est pas sans émotion que je quitte cet homme, qui a +été si bon pour moi, avec qui je viens de vivre durant trois mois, +et que je ne reverrai peut-être jamais. + +Départ de Tamessoult à 10 heures. Je remonte d’abord la rive +gauche de l’Ouad Ikis à flanc de coteau. Chemin rocheux, +difficile. Le cours d’eau est à mes pieds : le lit, rempli +de palmiers, a 40 mètres de large ; il occupe tout le fond de la +vallée, et coule entre deux parois de roche verticales de 10 mètres +d’élévation. Au-dessus apparaissent quelques cultures en escaliers, +semées de quantité de cellules en pierre destinées aux abeilles ; +puis s’élèvent des flancs de roche jaune, hauts, escarpés et +nus. Au bout de 40 minutes, l’ouad sort de cette gorge et traverse +une petite plaine déserte ; sol pierreux ; genêts blancs et seboula +el far : cette dernière plante atteint 40 à 50 centimètres de +hauteur. De là, la rivière rentre dans la montagne où elle coule +dans un ravin désert : le fond en a 50 à 60 mètres de large dont +15 occupés par le lit ; celui-ci est à sec et couvert de galets ; +le reste est pierreux avec de rares genêts blancs ; flancs très +élevés, très raides, de roche jaune. Je chemine le long du cours +d’eau jusqu’à 1 heure ; à ce moment, on le voit se garnir de +palmiers : un qçar apparaît sur sa rive droite ; c’est Ikis, +dernier point habité de son cours. Là, le chemin quitte les bords +de l’ouad pour gravir le flanc gauche : celui-ci est formé par +un haut massif très escarpé connu sous le nom de Djebel Anisi ; +il me faut deux heures pour parvenir à son sommet : c’est un des +passages les plus pénibles que j’aie rencontrés dans mon voyage. On +ne peut marcher qu’à pied ; le chemin, long escalier, s’élève +en serpentant entre des précipices immenses et des parois à pic ; +le massif est tout roche : murailles de couleur tantôt jaune, +tantôt rosée. Bien que le sol paraisse n’être que pierre, +une foule de petites plantes, herbes et fleurs, croissent au bord +du chemin, entre les fissures du roc. A 3 heures, je parviens à +une crête ; devant moi s’étend un plateau étroit et pierreux +avec de rares touffes d’ḥalfa ; ce plateau, que je parcours, +ne tarde pas à se changer en une côte inclinée vers le nord ; je +descends, et je me retrouve sur les bords de l’Ouad Ikis. Il n’a +que 20 mètres de large ; son lit, galets desséchés, occupe toute la +largeur d’un ravin ; celui-ci a des flancs d’élévation moyenne, +pierreux, raides, tapissés d’ḥalfa. Il coule ainsi durant quelque +temps, puis les hauteurs s’abaissent, la vallée s’élargit, +et tout à coup on se trouve sur un plateau. Plus de montagnes, +plus de rochers : une surface plane, à peine ondulée, est couverte +d’épaisses touffes d’ḥalfa. Le terrain est mi-sable, mi-pierre ; +la rivière serpente entre des flancs en pente très douce d’une +trentaine de mètres d’élévation ; çà et là, seuls accidents, +des buttes rocheuses isolées, hautes de 50 ou 60 mètres, dressent +leur tête noire au-dessus des ondulations vertes du sol. De temps à +autre, on rencontre un campement de bergers Zenâga : ils viennent +s’installer ici durant une partie de l’année, construisant des +huttes de pierres sèches et faisant paître leurs troupeaux aux +alentours. A 7 heures du soir, je m’arrête à une de ces stations +pour y passer la nuit. Pendant la dernière portion de la route, +l’Ouad Ikis avait 20 mètres de large ; le lit, mi-sable, mi-galets, +en était parsemé de flaques d’eau. Durant cette journée, aucun +voyageur ne s’est rencontré sur mon chemin. + + 7 avril. + +[Illustration : Vue prise du Tizi n Haroun, dans la direction du +nord. (Les montagnes ombrées sont couvertes de neige.) + +Croquis de l’auteur.] + +[Illustration : Portion de la plaine des Zenâga. + +(Vue prise de Takdicht, dans la direction de l’est.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ à 7 heures du matin. Je chemine quelque temps sur le plateau +où j’étais hier soir ; puis, laissant et la plaine et l’ḥalfa, +je m’engage dans un ravin étroit, à flancs escarpés de roche noire +et luisante : montée courte, mais raide ; à 8 heures, j’atteins +un col, Tizi n Haroun : là passe la ligne de faîte du Petit Atlas ; +je la franchis pour la quatrième fois. Un chemin très difficile, au +milieu d’énormes rochers, me conduit dans un profond ravin ; je le +descends quelques instants, d’immenses murailles noires suspendues +au-dessus de ma tête : bientôt j’en aperçois la bouche, où +s’élève le riant village de Takdicht : plus loin, on distingue, +s’étendant à perte de vue, la plaine des Zenâga. A 9 heures +et demie, j’arrive à Takdicht ; c’est la résidence d’Ạbd +Allah d Aït Ṭaleb ; sa maison, tiṛremt aux tourelles de pisé +découpé et couvert de moulures, rappelle les gracieuses demeures +des environs du Dra. J’y suis bien reçu par Ạbd Allah : il ne +me cache pas que j’ai eu un rare bonheur d’arriver jusqu’à +lui avec une si faible escorte et des gens inconnus : si lui ou +ses fils m’avaient rencontré en route, ils m’eussent, dit-il, +indubitablement pillé. Maintenant que je suis entré dans sa maison +et que je lui ai remis une lettre de S. Ạbd er Raḥman, il ne voit +en moi qu’un hôte recommandé par son ami : je suis le bienvenu, +et demain il me conduira en personne à destination. + + 8 avril. + +[Illustration : Azdif. (Vue prise du chemin de Takdicht à Tazenakht.) + +Croquis de l’auteur.] + +A 8 heures du matin, Ạbd Allah monte à cheval ; nous partons. Me +voici traversant pour la seconde fois cette belle plaine des Zenâga ; +rien à en dire de nouveau ; telle je l’ai vue dans sa portion +orientale, telle je la retrouve ici : même sol uni comme une glace, +excellente terre dont une partie est cultivée, dont la totalité +pourrait l’être. Le talus qui borde la plaine à l’ouest est +pareil à celui qui la limite à l’est : muraille de roche noire et +luisante, perpendiculaire dans le haut, en pente adoucie et couverte +de pierres vers le pied. Je passe auprès de plusieurs villages et +qçars ; le plus remarquable est Azdif, où la résidence du chikh est +une forteresse entourée de plusieurs enceintes, hérissée d’une +foule de tours ; elle est en pisé, comme toutes les constructions +des Zenâga, et ornée avec élégance. Je rencontre aussi plusieurs +zaouïas. Mon zeṭaṭ me conduit jusqu’au delà des limites +des Zenâga ; là s’arrête son pouvoir : sorti de sa tribu, sa +protection cesse d’être efficace. Cependant il ne m’abandonne +pas ; il fait honneur jusqu’au bout à la lettre de son ami : il +m’amène à El Ạïn, va trouver S. Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, +marabout à qui appartient le qçar, lui demande une escorte pour moi, +et ne quitte El Ạïn qu’après m’avoir vu partir pour Tazenakht +accompagné par l’esclave de confiance de S. Ḥamed. + +D’El Ạïn à Tazenakht, une seule chose à signaler : les régions +pierreuses qui s’étendent au nord de l’Ouad Timjijt, et que +j’ai trouvées nues il y a cinq mois, sont aujourd’hui couvertes de +seboula el far. C’est pendant ce trajet que je fais la rencontre de +l’Azdifi, racontée plus haut. A 4 heures, j’arrive à Tazenakht. + +Sauf l’Azdifi, je n’ai vu sur la route aucun voyageur. Les +principaux cours d’eau traversés sont : l’Ouad Tiouiin (lit, +moitié sable, moitié gravier, de 20 mètres de large ; à sec ; +berges de 0m,50 de hauteur) ; l’Ouad Timjijt (20 mètres de large ; +lit de sable ; à sec). + + + 2o. — DE TAZENAKHT AU MEZGITA. + + +Pas d’obstacle qui ne se dresse pour m’empêcher de gagner le +Dra. En arrivant à Tazenakht, j’apprends que la route du Mezgîṭa +est coupée. La guerre vient d’éclater, sur son parcours, entre +le qçar de Tasla et les Aït Ḥammou, fraction des Oulad Iaḥia +limitrophe du Mezgîṭa. Ces derniers firent une ṛazia de 200 +têtes de bétail sur les gens de Tasla, qui aussitôt appelèrent à +leur secours leur allié le Zanifi ; Chikh Ạbd el Ouaḥad tomba +ces jours-ci sur les Aït Ḥammou, leur tua 10 hommes et prit 150 +animaux. Voici Tazenakht en guerre avec la tribu qu’on traverse +pour aller au Dra : aucun habitant ne peut me servir de zeṭaṭ +sur ce chemin. C’est jouer de malheur, car d’ordinaire cette voie +ne présente point de difficulté : sous la protection des chikhs de +Tazenakht, on la prend avec sécurité ; des caravanes la sillonnent +sans cesse. Avec les événements présents, je ne sais quand je +pourrai partir. + +Après quatre jours d’attente, je trouve un zeṭaṭ ; c’est un +homme des Aït Ḥammou qui vient d’arriver ; il se charge de me +conduire au Mezgîṭa : lui-même est ici en pays ennemi ; il n’a +pu entrer qu’avec une ạnaïa et ne saurait passer par Tasla : nous +ferons un détour ; nous prendrons par le désert jusqu’au territoire +de sa tribu, et traverserons de nuit la région la plus dangereuse. + + 13 avril. + +Départ à 1 heure de l’après-midi. Je gagne, par le chemin connu, +la vallée de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen ; je la remonte jusqu’à +peu de distance de Tislit. Là, je la laisse et me jette dans le massif +rocheux qui en forme le flanc droit. Pendant une heure, je chemine en +terrain montueux, succession de ravins à sec et de côtes pierreuses, +sans autre végétation qu’un peu de seboula el far. A 4 heures +et demie, le pays change : un vaste plateau étend ses ondulations +légères ; un tapis de seboula el far garnit les fonds ; les parties +hautes sont des blocs de roche noire et luisante émergeant çà +et là de la terre verte. Je marche sur ce plateau pendant la fin +de la journée : il demeure le même, sol plat, pierreux, garni de +verdure. A minuit, nous nous arrêtons. La zone dangereuse pour mon +zeṭaṭ est passée ; nous pouvons sans inquiétude nous reposer +jusqu’au matin. Le point où nous faisons halte est au pied d’une +haute arête rocheuse, le Djebel Tifernin. J’ai rencontré beaucoup +de monde dans la vallée de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen et dans la +montagne : à dater de l’heure où j’ai quitté cette dernière, +je n’ai aperçu personne ; dans les commencements, on distinguait +un troupeau de loin en loin ; puis on n’a plus rien vu. L’Ouad +Tazenakht avait aujourd’hui 6 mètres d’eau courante au point +où je l’ai franchi. Sur le plateau, trois rivières de quelque +importance. La première a un lit de sable avec de nombreuses flaques +d’eau ; elle coule au fond d’une tranchée de 300 mètres de +large, en contre-bas du sol environnant, séparée de lui par deux +parois de roche verticales, hautes de 10 mètres. La seconde a son +cours au niveau du plateau ; le lit en est sablonneux, large de 15 +mètres, avec 4 mètres d’eau. La troisième a un lit de 20 mètres, +resserré entre deux berges de pierre de 12 mètres ; elle a 4 mètres +d’eau courante. + + 14 avril. + +[Illustration] + +Départ à 5 heures du matin. Je gravis le Djebel Tifernin, arête de +roche nue isolée au milieu du plateau : c’est la ligne de faîte du +Petit Atlas. J’en atteins le sommet à 5 heures et demie, et je le +passe à un col situé peu au-dessous du niveau général des crêtes, +Tizi Tifernin. Aucune largeur au col ; je descends l’autre versant : +la descente est difficile, comme l’avait été la montée ; le chemin +serpente entre de grands rochers gris. Au bout de quelque temps, les +pentes s’adoucissent et se couvrent d’ḥalfa et de seboula el +far ; elles me conduisent à une vallée bordée d’une petite chaîne +rocheuse où apparaît un col. Je traverse la première et je gagne +le col. Celui-ci, Tizi n Omrad, se trouve au fond d’une brèche +perçant jusqu’au pied la montagne ; il est presque au niveau du +thalweg qu’on vient de franchir. Après l’avoir passé, je descends +par un ravin étroit et rocheux vers le qçar de Tesaouant, qui se +voit dans le bas au milieu d’une large vallée. Chemin difficile, +serpentant à mi-côte ; les flancs du ravin sont de roche jaune, +très escarpés ; verdure et fleurs dans le fond. Le versant sud de +la chaîne est beaucoup plus long que le versant nord : il me faut +une heure pour en atteindre le pied. En y parvenant, je me trouve +dans la vallée de l’Ouad Tamtsift. Une côte en pente douce, +à sol pierreux couvert de seboula el far, m’amène au bord de la +rivière, où est bâtie Tesaouant. J’entre à 8 heures un quart +du matin dans le qçar. Mon zeṭaṭ me conduit à sa maison. + +[Illustration : Tesaouant. (Vue prise du nord-est.) + +Croquis de l’auteur.] + +Tesaouant est un petit qçar appartenant aux Aït Ḥammou, fraction +importante des Oulad Iaḥia ; il est bâti suivant le modèle +des constructions du Dra, en pisé, avec une foule de moulures et +d’ornements couvrant ses murs, de tours et de tourelles dominant +ses terrasses. Des plantations de dattiers, produisant des bou +feggouç, comme celles de Tasla, l’entourent de deux côtés ; +elles sont situées sur les rives de l’Ouad Tamtsift, qui coule à +quelques pas de l’enceinte. La rivière est presque au niveau du +pied des maisons ; le lit, de galets, large de 60 mètres, bordé +de berges de 50 centimètres de haut, est à sec. Des puits et des +canaux alimentent le qçar. En ce moment, ce dernier est désert : +les habitants sont dispersés aux environs, vivant sous des huttes +de roseaux et faisant paître leurs troupeaux. + + 15 avril. + +Départ à 9 heures du matin. Jusqu’à mon arrivée au Mezgîṭa, +je suivrai le cours de l’Ouad Tamtsift. La coupe de la vallée varie +durant le trajet : le fond est plus ou moins large ; la rivière +coule tantôt au pied du flanc droit, tantôt au pied du gauche ; +mais les caractères essentiels se conservent : le flanc gauche est +beaucoup plus élevé que le droit ; il est de roche jaune ; la pente +générale en semble de rapidité moyenne ; on y voit de loin, çà et +là, des bouquets de palmiers poussant au fond des ravins. Le flanc +droit est formé de roche noire et luisante ; il n’est pas très +raide ; de forme, de composition et de couleur, il rappelle Djebel +Mḥeïjiba ; comme lui, il est, dit-on, riche en minerais. Entre +ces deux talus s’étend une vallée faite de deux côtes en pente +douce, s’allongeant des pieds des flancs aux bords de la rivière ; +quelquefois elles ne parviennent pas jusque-là, et un espace plat les +sépare ; cette partie centrale, lorsqu’elle existe, est un ruban +de verdure, herbages, broussailles, tamarix et jujubiers sauvages, +au milieu desquels serpente l’ouad ; les côtes, au contraire, sont +pierreuses ; le sol s’y couvre de melbina, de seboula el far et de +gerṭ ; en approchant du Mezgîṭa, on voit quelques gommiers. Je +passe par deux lieux habités ; ils diffèrent d’importance : l’un, +le village d’Ida ou Genad, se compose de quelques huttes en pierres +sèches disposées sans ordre auprès d’une petite oasis ; l’autre, +Ourika, est un qçar situé sur la rive gauche de la rivière, dont +le lit, mais le lit seul, se remplit en ce point de palmiers. Il y a +une autre Ourika à peu de distance au nord de celle-ci ; je n’ai +pu la voir, cachée qu’elle était par un pli de terrain : ces +deux localités portent le nom collectif d’Iouriken ; elles sont +comptées du Mezgîṭa. A Ourika, l’Ouad Tamtsift, qui possédait +déjà un peu d’eau à Ida ou Genad, a, outre plusieurs canaux, +4 mètres d’eau courante dans son lit. D’Ourika on aperçoit +le Mezgîṭa : ce n’est encore qu’une ligne noire de dattiers, +s’allongeant au pied d’une haute chaîne de montagnes, et barrant +devant moi la vallée où je marche. D’ici là, le chemin est désert +et la végétation diminue ; plus ni tamarix ni jujubiers sauvages, +plus même de seboula el far ; des touffes de melbina seulement, +et de rares gommiers ; le sol cesse d’être pierreux et devient +sablonneux et blanc. + +A 1 heure, j’arrive à l’Ouad Dra. La vallée apparaît comme +une bande verte serpentant entre deux chaînes de montagnes : +à mes yeux s’étendent des palmiers innombrables, mêlés +de mille arbres fruitiers ; entre les branches, on aperçoit, +de distance en distance, un ruban d’argent, les eaux du fleuve ; +une foule de qçars, masses brunes ou roses hérissées de tourelles, +s’échelonnent à la lisière des plantations et sur les premières +pentes des flancs. Ceux-ci sont : à gauche, les parois tourmentées +et escarpées, pleines de crevasses et de cavernes, du Kisan, chaîne +nue de roche rose, de 200 à 300 mètres de hauteur ; à droite, +un talus de pierre noire et luisante, aux crêtes uniformes, aux +surfaces lisses, aux côtes raides ; il s’appelle Koudia Oulad +Iaḥia ; il a 150 à 200 mètres d’élévation. Entre ces deux +murailles s’étend le fond de la vallée, surface de 1200 à 1800 +mètres de large, couverte de sable fin, et unie comme une glace ; +au milieu coule l’Ouad Dra, sur un lit de sable sans berges, +presque au niveau du sol voisin, qu’il inonde dans ses crues ; +le lit a une largeur moyenne de 150 mètres, dont 60 à 100 toujours +remplis d’eau. Sur ses rives, le fond de la vallée est un jardin +enchanteur : figuiers, _taqqaïout_[93], grenadiers s’y pressent ; +ils confondent leur feuillage et répandent sur le sol une ombre +épaisse ; au-dessus se balancent les hauts panaches des dattiers. Sous +ce dôme, c’est un seul tapis de verdure : pas une place nue ; +la terre n’est que cultures, que semis ; elle est divisée avec un +ordre minutieux en une infinité de parcelles, chacune close de murs +de pisé ; une foule de canaux la sillonnent, apportant l’eau et +la fraîcheur. Partout éclate la fertilité de ce sol bienfaisant, +partout se reconnaît la présence d’une race laborieuse, partout +apparaissent les indices d’une population riche : à côté des +céréales, des légumes poussant sous les palmiers et les arbres +à fruits, se voient des tonnelles garnies de vigne, des pavillons +en pisé, lieux de repos où l’on passe, dans l’ombre et la +fraîcheur, les heures chaudes du jour. Telle est, depuis le pied +des parois de roche qui la bordent, toute la vallée du Dra, jardin +merveilleux de 150 kilomètres de long. Une foule innombrable de qçars +s’échelonnent sur les premières pentes des deux flancs : peu sont +dans la vallée, autant par économie d’un sol précieux que par +crainte des inondations. Ils ont tous ce caractère d’élégance qui +est particulier aux constructions du Dra ; point de murs qui ne soient +couverts de moulures, de dessins, et percés de créneaux blanchis ; +de hautes tiṛremts, des tours s’élèvent de toutes parts ; les +maisons les plus pauvres même sont garnies de clochetons, d’arcades, +de balustrades à jour. Un des principaux de ces qçars, la capitale +du Mezgîṭa, Tamnougalt, est mon but d’aujourd’hui. J’y arrive +à 2 heures et demie, en cheminant à l’ombre des grands arbres. + +[Illustration : Ouad Dra, dans le Mezgîta. (Vue prise d’Ouriz, +dans la direction du nord.) + +Croquis de l’auteur.] + +Avant d’y entrer, j’ai traversé l’Ouad Dra ; on ne peut le +franchir partout : il faut prendre les gués. Celui où je l’ai +passé présentait une nappe d’eau de 120 mètres de large, avec +60 à 70 centimètres de profondeur. Le fond était de sable, les +eaux jaunes, fraîches et bonnes. Courant rapide. + +Tamnougalt est un beau qçar, résidence d’Ạbd er Raḥman ben +El Ḥasen, chikh héréditaire du Mezgîṭa, et capitale de ce +district. Elle est, comme tout le Dra, peuplée exclusivement de +Ḥaraṭîn. J’y séjournerai quelques jours avant de prendre ma +course vers le Dâdes. + +Le Mezgîṭa se compose de la bordure de cultures et de qçars +qui garnit les deux rives de l’Ouad Dra dans la région où je +me trouve ; il ne s’étend pas au delà de la vallée propre du +fleuve. C’est une bande longue et étroite, qui n’a jamais plus +de 2 kilomètres de large. Il en est de même des autres districts du +Dra, sans exception : l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri, le Tinzoulin, +le Ternata, le Fezouata, le Qtaoua, El Mḥamid sont identiques ; +tels d’entre eux ne se composent même que de la demi-vallée du +fleuve. Ce sont, comme le Mezgîṭa, des tronçons plus ou moins +grands de cette longue ligne verte qui serpente dans le Sahara, +et qu’on appelle le pays de Dra. Celui-ci est donc une ligne : le +nom ne s’en applique qu’à la vallée propre de l’Ouad Dra, +c’est-à-dire aux 500 mètres de dattiers qui, du Mezgîṭa à +El Mḥamid, bordent chaque rive. Nulle part la bande ne s’étend +davantage. Au-dessous du Tinzoulin, les hautes montagnes qui la +resserrent jusque-là s’écartent par degrés, et le Dra finit +par couler en plaine ; mais le ruban de palmiers et de cultures ne +s’élargit pas : il reste toujours ce qu’il est ici. Il y a loin +de cette ligne aux vastes territoires marqués sur nos anciennes +cartes. J’observerai le même fait pour les autres oasis que je +verrai : le Todṛa, le Ferkla, le Ṛeris, les divers districts du +Ziz, ne sont pas différents. Ce sont des lignes. + +[Illustration : Heliog. P. Albert Dujardin + +Challamel aine Editeur + +VALLÉE DE L’OUAD DRA. — VUE DE TAMNOUGALT.] + + + 3o. — DU MEZGITA AU DADES. + + + 20 avril. + +Il y a quatre chemins principaux pour aller du haut Dra à l’Ouad +Dâdes ; ce sont : + +1o _Ṭriq Idili_. — Il part de Tiniṛil, qçar d’Afella n Dra, +traverse l’Ouad Aqqa el Medfạ (se jetant dans l’Ouad Dâdes sur +le territoire des Imeṛrân), puis l’Ouad Tanziṭ, et aboutit +au pays des Imeṛrân : deux jours de chemin, sans cesse dans le +désert. On passe la nuit au bord de l’Ouad Aqqa. + +2o _Ṭriq Anfoug_ (appelé aussi _Ṭriq Tagzart_). — Il part +d’entre Afra et Ta n Amelloul, franchit successivement les ouads +Aqqa el Medfạ, Tanziṭ et Aqqa n Ourellaï, et aboutit à volonté +dans le Dâdes ou chez les Imeṛrân : deux jours de chemin, dans +le désert. On passe la nuit au Djebel Anfoug. + +3o _Ṭriq Iṛil n Oïṭṭôb_. — C’est celui que je prendrai. + +4o _Ṭriq Tilqit_. — Il part d’Aït Ạbd Allah (Aït Seddrât), +traverse le Khela Tilqit et débouche dans le Dâdes à Aït Aqqo +ou Ạli (Zaouïa Sidi Dris) : deux jours de marche, sans sortir du +désert. On franchit l’Ouad Tagmout à mi-route et on passe la nuit +sur ses bords. + +Ces chemins traversent tous quatre un vaste désert montagneux, +la haute chaîne du Saṛro. Cette chaîne n’est autre que le +Petit Atlas, auquel on donne ce nom à l’est de l’Ouad Dra. Si +le Saṛro n’a pas d’habitants fixes, il a une population nomade +assez nombreuse : Imeṛrân et Aït Seddrât y plantent leurs tentes +et y font paître leurs troupeaux. + +D’ici au Dâdes, ce sont les Aït Seddrât qui servent de +zeṭaṭs ; j’ai profité du grand nombre d’hommes de cette tribu +qui viennent ici au marché du jeudi pour m’entendre avec l’un +d’eux : mon zeṭaṭ me prendra aujourd’hui, j’irai passer la +nuit dans son qçar, et demain matin nous partirons pour le Dâdes. + +Départ de Tamnougalt à midi. Je descends la vallée du Dra, +en suivant la ligne des qçars, à la lisière des plantations. Le +chemin, passant sur les premières pentes des flancs, est pierreux, +parfois rocheux. Rien à ajouter à ce que j’ai dit de la vallée : +toujours même largeur et même aspect. A 3 heures et demie, je +parviens à la résidence de mon zeṭaṭ, Tiṛremt Ạli Aït El +Ḥasen. C’est le terme de mon trajet pour aujourd’hui. + +En route, j’ai traversé l’Ouad Dra (lit de sable de 150 mètres ; +les eaux ont 60 mètres de large avec 90 centimètres de profondeur ; +courant rapide). + + 21 avril. + +[Illustration] + +Départ à 5 heures du matin. J’ai pour escorte mon zeṭaṭ et +deux autres fusils. On franchit d’abord le Dra (70 mètres de large +et 0m,80 de profondeur), puis on traverse sa vallée et on entre +dans une plaine déserte : la haute chaîne du Kisan s’interrompt +tout à coup, et une plaine s’étend à sa place au delà des +plantations qui bordent le fleuve. Le Kisan reprend plus bas, longeant +de nouveau l’ouad comme il le fait dans le Mezgîṭa ; il ne finit +définitivement qu’à hauteur d’Ousṛeït, dans le Ternata. Chemin +faisant, on voit très bien la chaîne, qui apparaît pendant quelque +temps de profil : c’est une lame rocheuse isolée, s’élevant entre +le Dra et une autre vallée, déserte et assez large, parallèle à la +première ; elle a de l’analogie avec le Bani, mais est plus haute, +plus large et de couleur comme de structure différentes. La base en +est un talus, doux d’abord, de plus en plus raide ensuite ; les +parties moyennes et supérieures sont une succession de murailles +presque verticales s’étageant par gradins. Vers le sommet se +trouvent des cavernes, œuvre des Chrétiens au dire des habitants ; +on voit des restes de murs à leurs bouches. Cette portion du Kisan +est une arête droite, commençant à hauteur d’Agdz, finissant +ici. D’où je suis, on voit l’Ouad Dra couler longtemps encore +dans la direction qu’il a depuis Tamnougalt. Tant qu’il la garde, +le Kisan ne reparaît pas à sa gauche où succèdent à la plaine des +collines sans élévation. Puis on distingue un coude très prononcé +que fait le fleuve, dans le Tinzoulin, me dit-on. A partir de là, +le Kisan renaît : on le voit de loin, dans une direction nouvelle, +presque perpendiculaire à celle qu’il suivait ici, ayant même +hauteur et même forme, et s’élevant immédiatement sur la rive +gauche de l’ouad. + +La plaine où je chemine a un sol pierreux ; des gommiers, de +nombreuses touffes de melbina y poussent. Elle est bornée au nord +par les premières pentes du Saṛro ; je me dirige vers elles : +à 7 heures, je suis à leur pied ; de ce moment à celui où +j’atteindrai l’Ouad Dâdes, je ne cesserai de marcher dans +ce massif ; il se compose d’un haut plateau, de 2000 mètres +d’altitude moyenne, auquel on parvient par une longue succession de +côtes, tantôt pierreuses, tantôt rocheuses, reliées entre elles +par des talus escarpés. Le plateau supérieur présente une vaste +surface unie et verdoyante ; le sol, pierreux, sans une ondulation, +y est couvert d’herbe fine. Là surtout campent les Aït Seddrât +et les Imeṛrân ; j’y rencontrerai plusieurs groupes de tentes +et des troupeaux de chameaux et de moutons. Les rampes qui y mènent +forment une région très accidentée : des ravins profonds, aux flancs +rocheux et escarpés, les coupent ; des vallées les sillonnent ; +des arêtes, des pics les hérissent de leurs masses noires. Cette +région, tourmentée et difficile, est d’ordinaire déserte. L’eau +abonde dans le Saṛro. Je traverse, au fond de plusieurs ravins, +des ruisseaux de 4 ou 5 mètres de large dont les eaux, claires et +courantes, ne tarissent jamais ; point de rivières. La verdure ne +fait pas défaut : non seulement le plateau supérieur en est couvert, +les côtes douces, le fond et les premières pentes des vallées, +sont en partie tapissés d’ḥalfa, de melbina, de seboula el far +et d’autres herbages ; il existe des jujubiers sauvages ; au bord +de l’eau apparaît le laurier-rose : il n’est pas jusqu’aux +endroits les plus rocheux, flancs de ravins, surface de talus, où +l’on ne trouve, poussant entre les fentes de la pierre, de petites +herbes et des fleurs. + +Vers 1 heure, j’atteins le plateau qui couronne le Saṛro ; à 3 +heures, je fais halte auprès de quelques tentes d’Aït Seddrât. De +la vallée du Dra à ce point, je n’ai pas rencontré un seul être +vivant. La route, facile à la fin, a été pénible au commencement : +il a fallu mettre pied à terre pour remonter l’Ouad Tangarfa, dont +le lit, encombré de blocs de roc, forme un chemin difficile pour +les animaux. A deux autres endroits, la marche a été retardée : +à Chạba Ouin s Tlit et au profond ravin qui se trouve entre elle +et le gîte. + + 22 avril. + +Départ à 7 heures du matin. A 8 heures, je suis à une crête qui +forme la limite du plateau supérieur du Saṛro et la ligne culminante +de cette chaîne. En la passant, je franchis pour la dernière fois +le faîte du Petit Atlas. De là apparaissent à mes yeux, au delà +d’une longue série de croupes brunes, la vallée de l’Ouad Dâdes +et, derrière elle, bordant l’horizon, la ligne bleue du Grand Atlas +avec ses cimes couvertes de neige. Une descente très raide au milieu +des rochers me ramène à la région des côtes, où je chemine, +passant de vallée en vallée, jusqu’à 4 heures et demie. A +ce moment je me trouve au pied du Saṛro et au bord de l’Ouad +Dâdes : la chaîne expire à 300 mètres de la rivière. A son +pied commencent les cultures qui remplissent le fond de la vallée ; +elles forment une bande dont la largeur moyenne est de 1 kilomètre ; +au milieu coule en serpentant l’Ouad Dâdes. Large de 30 mètres, +il remplit le tiers d’un lit sablonneux et en partie couvert de +roseaux ; c’est un torrent, au courant très rapide, aux eaux +jaunes et glacées. Les champs qui le bordent ne rappellent en rien +les merveilles du Dra ; ils présentent les cultures des pays hauts et +froids. Plus un dattier ; très peu d’arbres ; point d’oliviers : +à peine quelques rares figuiers, noyers et trembles aux alentours +des qçars. Le reste n’est que champs d’orge et de blé, tapis +monotone d’un vert cru, sans ombre ni gaieté. Cette végétation +paraît triste à qui vient du sud. Les flancs sombres du Saṛro la +bornent à gauche ; à droite règne le long de la vallée une vaste +plaine blanche, peu élevée au-dessus de son niveau, et séparée +d’elle par un talus doux. Cette plaine a au moins 8 kilomètres +de large et est limitée au nord par les premières pentes du Grand +Atlas, derrière lesquelles apparaissent les masses neigeuses qui +couronnent la chaîne. Les cultures sont bordées de chaque côté +par un cordon de qçars. Les qçars de l’Ouad Dâdes ont un aspect +particulier et ne ressemblent ni à ceux que j’ai vus ni à ceux +que je verrai. Pour le détail des constructions, ils sont pareils +à ceux du Dra et de l’Ouad Iounil : même élégance, même pisé +couvert d’ornements ; mais, au lieu de former un massif compact +de maisons d’où émergent les tourelles des tiṛremts, ils +sont composés chacun de plusieurs petits groupes d’habitations, +séparés les uns des autres et échelonnés le long des cultures ; +ils en comprennent jusqu’à 8 ou 10, les uns ouverts, la plupart +fortifiés, tous ayant au moins une tiṛremt. Ces groupes se trouvant +à 100, 200, 300 mètres les uns des autres, on voit quelle longueur +occupe un qçar. Il résulte de là que les localités, d’autre +part très nombreuses, sont fort rapprochées ; la distance n’est, +la plupart du temps, pas plus grande entre les groupes limitrophes +de centres différents qu’entre deux groupes du même : il est +très difficile de discerner où commence et où finit chacun, dans +ce cordon non interrompu de maisons et de tiṛremts qui garnit les +deux rives de l’ouad. Les demeures sont, comme dans le Dra et comme +presque partout, sur la lisière et non au milieu des cultures : +ici aussi les inondations sont à craindre ; il n’est pas rare de +voir les eaux de la rivière couvrir tout le fond de la vallée et +venir battre les murailles des qçars. Ceux-ci ne sont pas les seules +constructions de l’Ouad Dâdes. Je vois apparaître en grand nombre +des bâtiments curieux dont j’avais remarqué quelques types chez les +Aït Seddrât du Dra : ce sont les _ageddim_[94] ; l’usage en paraît +spécial à l’Ouad Dâdes, au Todṛa, au Ferkla et à certains +districts du Dra : du moins je ne les ai vus qu’en ces endroits ; +dans les deux premières régions ils sont nombreux, on en rencontre à +chaque pas ; dans les deux autres ils sont moins fréquents. Ici, sur +les limites des qçars, au bord de l’ouad, au milieu des cultures, +les ageddims se dressent en foule ; ce sont des tours isolées, de 10 +à 12 mètres de hauteur, en briques séchées au soleil, de forme +carrée, percées de créneaux et garnies de machicoulis : elles +sont surtout nombreuses sur les lignes formant frontière entre les +localités ; elles s’y dressent d’ordinaire par deux, se faisant +face, une de chaque côté. Dès qu’éclate une guerre entre qçars, +ce qui arrive presque tous les jours (le lendemain de mon passage, une +s’est allumée et a coûté la vie à plusieurs personnes), chaque +parti emplit ses tours d’hommes armés, avec mission de protéger +cultures et canaux et de tirer sur tout individu du camp opposé qui +passe à portée ; la fusillade commence aussitôt de tour à tour, +fusillade vive par moments, surtout quand une troupe paraît dans la +vallée pour essayer de ravager les champs de ses adversaires. Des +questions de conduites d’eau donnent naissance à la plupart de ces +guerres. Elles durent parfois longtemps, mais ne sont acharnées que +les premiers jours : dans cette période il est rare qu’il n’y +ait du sang versé ; ensuite elles traînent en longueur et les +hostilités se bornent à envoyer quelques coups de fusil dans le +qçar ennemi, chaque fois qu’apparaît du monde sur une terrasse, +dans les jardins, quand quelqu’un approche de la frontière. + +Je m’arrête au point où je suis sorti du Saṛro, dans le qçar +de Timichcha, au pied duquel débouche le chemin. Il fait partie du +district d’Aït Iaḥia, appartenant aux Aït Seddrât. Ce district, +comme tous ceux de l’Ouad Dra et de l’Ouad Dâdes, se compose +exclusivement de l’étroite bande de cultures et de qçars qui +borde les rives du cours d’eau. + +Nulle part, excepté sur le plateau supérieur du Saṛro et aux +approches de l’Ouad Dâdes, je n’ai rencontré de monde pendant +cette journée. Il s’est présenté trois passages difficiles +sur la route : la descente, après la ligne de faîte du Saṛro, +le ravin de l’Ouad Aqqa n Ourellaï et celui qui le suit. + + 23 avril. + +Départ à 7 heures du matin. Je remonte l’Ouad Dâdes. Sauf un court +défilé désert qu’il traverse entre le district d’Aït Iaḥia +et celui du Dâdes, il demeure sur mon parcours tel que je l’ai +vu hier : mêmes cultures semées d’ageddims, mêmes cordons non +interrompus de qçars et de maisons. Si ce n’est pendant son passage +dans ce kheneg, on ne saurait trouver sur l’une ou l’autre de ses +rives 200 mètres sans constructions. Rien de nouveau à signaler : +les flancs comme le fond de la vallée restent les mêmes jusqu’à +mon arrivée à Tiilit, où je m’arrête. + +[Illustration : Vallée de l’Ouad Dâdes. + +(Les parties ombrées des montagnes sont couvertes de neige.) + +(Vue prise du chemin de Timichcha à Tiilit, dans la direction du +nord-est.) + +Croquis de l’auteur.] + +Chemin facile. Beaucoup de monde. J’ai traversé l’Ouad Dâdes ; +il n’est pas franchissable en tous points, mais seulement en certains +endroits où il présente des gués ; à celui où je l’ai passé, +il avait 20 mètres de large sur 80 à 90 centimètres de profondeur ; +courant très rapide. Des qçars que j’ai rencontrés, deux ont +attiré mon attention : celui d’Aït Bou Ạmran (entre Azdag +et Taourirt), où se voit une belle qoubba, et celui d’Imzouṛ, +remarquable par l’étendue des cinq ou six groupes qui le forment +et par l’importance de sa population. + +Au Mezgîṭa, dans le district d’Aït Seddrât, dans celui +d’Aït Iaḥia, les vêtements des Musulmans sont les suivants : +khenîfs, bernous de poil de chèvre bruns ou gris, ces derniers +rayés de fines bandes blanches et noires, ḥaïks blancs et bruns ; +tête nue ou ceinte, mais non couverte, de petits turbans blancs ou +noirs ; les femmes riches sont vêtues de khent, les pauvres de laine +blanche ou brune. Dans le Dâdes, les costumes des femmes restent +les mêmes ; ceux des hommes sont, soit le khenîf, soit un long +bernous de laine teinte, noir ou bleu foncé. Depuis Tazenakht, les +armes demeurent uniformes : long fusil à crosse étroite et poignard +recourbé. L’équipement offre une variation : à partir du district +d’Aït Seddrât (Dra), la corne à poudre disparaît et se remplace +par une petite gibecière de maroquin rouge couverte de broderies de +soie ; elle se suspend au côté gauche par une bretelle de cuir : +cet objet gracieux est d’un usage universel dans la région que +je traverse, depuis les Aït Seddrât du Dra jusqu’à Qçâbi +ech Cheurfa. + +Il y avait aujourd’hui marché à Imzouṛ, près de Tiilit. J’en +ai profité pour faire chercher, parmi les Aït Seddrât qui s’y +trouvaient, un zeṭaṭ sûr, qui me menât au Todṛa. On en a +choisi un ; l’arrangement a été conclu avec lui ; il a été fait +en forme, devant le ṭaleb présent au marché : celui-ci a dressé un +acte en partie double constatant que le Seddrâti un tel s’engageait, +moyennant une somme de 15 francs, payable à l’arrivée, à me +conduire au Todṛa ; il serait responsable de tout dommage qui me +serait fait durant le trajet et, au cas où je ne parviendrais pas à +destination, devrait à la communauté juive de Tiilit une indemnité +de 5000 francs. Ces formalités sont employées dans diverses régions +du Sahara, surtout chez les Berâber et les Aït Seddrât ; dans +ces deux tribus, il est rare qu’un Israélite se mette en route +sans s’être, par un acte de ce genre, mis en sûreté contre son +zeṭaṭ. Cela ne se fait pas entre Musulmans. Cette différence +vient de ce que partout un homme serait déshonoré s’il avait +violé l’engagement pris avec un autre Mahométan, et profité +de sa confiance pour l’assassiner ; au contraire, dans certaines +tribus, comme celle où je suis, qu’un Musulman promette à un +Juif de l’escorter et de le protéger et que, chemin faisant, il +le pille et le tue, ce sera regardé comme une peccadille ou comme +un bon tour. Aussi prend-on des précautions spéciales. + + 24 avril. + +Départ à 9 heures du matin. Je me mets en route avec mon zeṭaṭ +pour gagner le qçar qu’il habite. J’y passerai la nuit, et demain +matin on partira pour le Todṛa. Je remonte l’Ouad Dâdes, dont +les bords demeurent ce que je les ai vus : mêmes cultures, mêmes +cordons continus de qçars. La largeur de la vallée, qui jusqu’ici +n’avait pas varié d’une manière sensible, diminue peu à peu : +elle avait 1000 mètres à Tiilit ; elle en a 600 à Khemîs S. Bou +Iaḥia, 300 à Aït Iidir. A mesure qu’on avance, les arbres, +noyers et figuiers, augmentent. Les flancs subissent à Tiilit une +brusque transformation. Jusque-là c’étaient le Saṛro à gauche, +une plaine à droite ; aujourd’hui ce seront, durant toute la marche, +à droite des côtes assez hautes, à gauche une plaine dépassant +à peine le niveau de la vallée, la plaine d’Anbed. + +A 1 heure, j’arrive à Aït Iidir, qçar du haut Dâdes, résidence +de mon zeṭaṭ. Je traverse là l’Ouad Dâdes ; il coule en deux +bras, l’un de 12 mètres, l’autre de 20 mètres, d’une profondeur +égale d’environ 60 centimètres ; courant très rapide. + + +[Note 93 : Le _taqqaïout_ se trouve en abondance dans plusieurs +oasis, et surtout dans celles des bassins du Dra et du Ziz. C’est +un arbre atteignant d’assez fortes dimensions et ayant, par son +feuillage et sa fleur, beaucoup d’analogie avec le tamarix ; le +fruit en sert à la teinture des belles peaux qu’on prépare si bien +dans le Sahara Marocain. J’ai toujours entendu appeler l’arbre, +comme le fruit, taqqaïout. D’après des renseignements que m’a +communiqués M. Pilard, ce serait un abus : selon lui, le vrai nom +de l’arbre est _ạbda_, et en quelques points _telaïa_ ; le fruit +seul s’appellerait _taqqaïout_, ou mieux _teggaout_.] + +[Note 94 : Au pluriel, on dit _igedman_.] + + + + + IX. + + DU DADES A QÇABI ECH CHEURFA. + + + 1o. — DU DADES AU QÇAR ES SOUQ. + + + 25 avril. + +[Illustration] + +[Illustration] + +Départ à 5 heures du matin. Mon Seddrâti, accompagné d’un +second fusil, m’escorte. J’abandonne l’Ouad Dâdes. Au-dessus +d’Aït Iidir, on en voit la vallée rester la même durant 4 ou 5 +kilomètres, puis elle se resserre : la plaine qui s’étendait à sa +gauche finit, et est remplacée par un haut talus ; la rivière, sans +cesser d’être garnie de verdure, entre dans un défilé étroit +où on la perd de vue. Elle s’enfonce dans le Grand Atlas. Je +passe sur le plateau bas et uni qui la borde à l’est. J’aborde +un mouvement de terrain des plus remarquables : le plateau où je +m’engage est l’extrémité occidentale d’une immense plaine +qui, commençant à l’est de l’Ouad Ziz et même de l’Ouad +Gir, s’étend vers l’ouest jusqu’à l’Ouad Dâdes. Cette +grande dépression sépare le Grand et le Petit Atlas, et s’enfonce +entre les deux chaînes comme un golfe profond. Entré ici en cette +plaine, j’y demeurerai jusqu’au Ziz. Dans toute cette région, +elle se décompose en deux sections qu’on peut appeler supérieure +et inférieure : la première, où je suis en ce moment, que je +traverserai d’ici à Imiṭeṛ et du Ṛeris au Qçar es Souq, est +la partie primitive de la plaine ; elle s’étend le long du Grand +Atlas et a pour limites : au nord, cette chaîne ; à l’ouest, +l’Ouad Dâdes ; au sud, le Petit Atlas du Dâdes à Imiṭeṛ, +et au delà la section inférieure. Celle-ci, où j’entrerai à +Imiṭeṛ pour y rester jusqu’au Ṛeris, se trouve au pied du +Petit Atlas et est bornée : au sud, par cette chaîne ; à l’ouest +et au nord, par la section supérieure. La seconde portion est en +contre-bas de la première et séparée d’elle sur toute sa longueur +par un talus uniforme. Celui-ci est comme un degré placé entre les +deux étages de la plaine ; il est partout le même : la hauteur en +est d’environ 100 mètres ; il est composé de roche rose et a la +forme qu’indique la figure, à pic au sommet et en pente douce au +pied. La section inférieure a sans doute été creusée par les eaux +du Grand Atlas qui, se précipitant perpendiculairement de ses cimes +dans la plaine, se sont heurtées aux masses rocheuses du Saṛro, si +tourmentées sur ce versant, et se sont pratiqué cette excavation à +leur pied. C’est le long des premières pentes du Petit Atlas que +l’étage inférieur est le plus bas : là se déroulent les lits +des cours d’eau ; là coulent et l’Ouad Imiṭeṛ et l’Ouad +Todṛa. La ligne de thalweg entre le Grand et le Petit Atlas se +trouve donc dans la seconde partie. L’étage supérieur comme +l’étage inférieur présentent un sol uni, dur, souvent pierreux ; +aucun mouvement n’interrompt l’uniformité plate du premier, +si ce n’est des massifs rocheux au nord du Todṛa et une butte +près de Qçar es Souq, témoins isolés au milieu de la plaine. Dans +l’étage inférieur, comme s’il avait été moins complètement +balayé que l’autre, les témoins sont plus nombreux et s’élèvent +en masse plus compacte : ce sont d’abord le barrage qui se voit à +l’est de Timaṭṛeouin, puis le massif situé entre le Todṛa, le +Ṛeris et le Ferkla, enfin les collines isolées que je laisserai à +droite en allant du Todṛa au Ferkla ; ces divers groupes paraissent +d’altitude moindre que le talus qui sépare les deux étages. + +Ma route d’aujourd’hui se divise en deux parties : l’une +dans la section supérieure de la plaine, d’Aït Iidir aux abords +d’Imiṭeṛ, l’autre dans la section inférieure, d’Imiṭeṛ +au Todṛa. Ces deux parties offrent une égale facilité ; dans +chacune on marche en terrain plat. Dans la première, je parcours une +plaine de plus de 15 kilomètres de large, sans une ondulation ; on +l’appelle Ouṭa Anbed ; elle est bornée : au sud, par le Saṛro, +longue ligne noire à reflets brillants ; au nord, par un talus brun +de hauteur médiocre, commençant à la gorge où s’enfonce l’Ouad +Dâdes en amont d’Aït Iidir ; à l’ouest, par la vallée de cette +rivière ; vers l’est, rien ne limite l’horizon : tant qu’on +marche dans la plaine, on ne voit qu’elle devant soi. On en sort +sans s’en apercevoir, en s’engageant dans le lit d’une rivière +dont les berges rocheuses, basses d’abord, vont en s’élevant et +finissent par devenir les flancs d’un ravin. C’est un court passage +d’où on débouche, à Imiṭeṛ, dans une nouvelle plaine, la +seconde section, l’étage inférieur. Le sol de l’Ouṭa Anbed +est uni comme une glace ; c’est un terrain sablonneux et dur, +semé de petites pierres ; il est aux deux tiers nu ; un tiers est +couvert de menus herbages. De rares ruisseaux le sillonnent, leurs +lits desséchés et bordés de grands genêts blancs. Imiṭeṛ est +un groupe de quatre qçars appartenant aux Berâber. Il se trouve à +la bouche d’une vallée étroite, dont les flancs sont des talus +de roche rose de 100 mètres de haut, raides, sans végétation, +semblables à ceux qui bordent le ravin que je viens de descendre. La +rivière qui en sort, l’Ouad Imiṭeṛ, débouche ici dans la +plaine inférieure, où elle s’unit au cours d’eau que j’ai +suivi. Les qçars d’Imiṭeṛ sont construits avec élégance, +comme ceux du Dra. Quelques cultures d’orge et de blé les entourent, +avec des figuiers et des trembles. + +A Imiṭeṛ commencent la seconde portion de ma route et le second +étage de la plaine ; celui-ci est une longue surface plate gardant +d’ici, son origine, jusqu’au Todṛa, où il est coupé par la +bande de palmiers de l’oasis, une largeur moyenne de 3 kilomètres ; +après le Todṛa, il s’élargit par degrés et atteint 18 +kilomètres entre le Ferkla et le Ṛeris ; au delà de ces points, +je le verrai s’étendre à perte de vue vers l’est, avec une +largeur qui paraîtra augmenter encore : sur toute son étendue il +reste le même, borné au nord par le talus uniforme de roche rose qui +le sépare de l’étage supérieur, au sud par une ligne de hauteurs +noires et rocheuses, premières pentes du Saṛro. D’Imiṭeṛ +au Todṛa, le sol est uni ; il consiste en un sable rose semé de +pierres, rares au début, plus nombreuses à mesure qu’on avance vers +l’est. On ne voit presque pas de végétation : à peine un peu de +thym et de mousse[95]. Un seul accident de terrain coupe la monotonie +de la plaine : une ligne de collines de 50 à 60 mètres de hauteur la +barre vers Timaṭṛeouin, formant une digue sur toute sa largeur ; +ces collines sont en pente douce ; le chemin qui les franchit n’offre +aucune difficulté. Le col où on les passe, Foum el Qous n Tazoult, +est un point important : il forme limite entre les Aït Melṛad et +les autres fractions des Aït Iafelman ; le sol en est intéressant : +composé moitié de roche rose, moitié de roche noire, il réunit les +éléments du Grand et du Petit Atlas. Après l’avoir traversé, +je me retrouve sur la plaine : dans le lointain apparaissent les +palmiers du Todṛa, comme une ligne noire. Je les atteins à 4 heures +du soir. A 4 heures et demie, je fais halte dans le qçar de Taourirt. + +L’oasis du Todṛa se compose uniquement des rives de l’Ouad +Todṛa ; c’est un long ruban, dont la largeur varie de 800 à +2000 mètres, couvert de plantations au milieu desquelles serpente la +rivière. Elle est ombragée sur toute son étendue d’une multitude +de palmiers auxquels se mêlent, surtout dans la partie nord et aux +environs immédiats des qçars, des grenadiers, des figuiers et des +oliviers, mi-cachés sous les rameaux grimpants de la vigne et des +rosiers. Tel je vois le Todṛa, telles seront les oasis du Ferkla, +du Ṛeris, du Qçar es Souq, minces serpents noirs s’allongeant +dans la plaine. + +Durant la route d’aujourd’hui, je n’ai cessé de voir dans le +lointain, vers le nord, au delà des hauteurs peu élevées bordant +l’Ouṭa Anbed et du talus limitant l’étage inférieur, de +hautes montagnes brunes avec des taches de neige sur leur faîte : +ce n’étaient pas les crêtes supérieures du Grand Atlas, mais +d’importants échelons de la chaîne. Comme rivières, j’ai +rencontré l’Ouad Imiṭeṛ (100 mètres de large ; lit moitié +sable, moitié gravier ; à sec ; berges de sable de 2 mètres de haut) +et l’Ouad Todṛa (20 mètres de large, dont 15 remplis d’eau +courante ; fond de gravier ; point de berges ; l’Ouad Todṛa a une +eau limpide et agréable au goût ; son lit n’en manque jamais ; +un grand nombre de canaux en dérivent, donnant en tout temps un +arrosage abondant aux plantations qui le bordent. Pendant la partie +de son cours où il traverse l’étage inférieur de la plaine, +il coule au milieu d’une tranchée d’environ 1000 mètres de +large, séparée du terrain voisin par des talus escarpés de 8 +ou 10 mètres. Le fond de la tranchée, de sable, est couvert de +cultures et de palmiers : c’est le cœur de l’oasis ; la plupart +du temps, dattiers et champs débordent un peu des deux côtés de +l’encaissement ; jamais ils n’en dépassent beaucoup les bords ; +par endroits, ils s’y arrêtent. Je verrai plus loin l’Ouad Ziz +couler à Qçar es Souq dans une excavation semblable. Dans la partie +où il traverse l’étage supérieur, l’Ouad Todṛa s’y creuse +une vallée à pentes douces ayant au fond 1200 à 1500 mètres +de large). Entre Imiṭeṛ et le Todṛa, j’ai vu deux lieux +habités, deux petits qçars, l’un auprès duquel je suis passé, +l’autre aperçu de loin. Le premier, Timaṭṛeouin Ignaouen, +appartient aux Berâber (les Ignaouen sont une subdivision des Aït +Atta) ; il est bordé de jardins et de cultures semblables à ceux +d’Imiṭeṛ ; comme là, il n’y a pas un palmier ; un canal +descendant des premières pentes du Grand Atlas y apporte une eau +courante et limpide. Le second est Qcîba Aït Moulei Ḥamed. Il +fait partie d’un groupe de trois qçars situés sur les bords de +l’Ouad Imiṭeṛ, non loin de son confluent avec l’Ouad Todṛa ; +tous trois sont entourés de dattiers. A l’exception des travailleurs +dispersés dans les plantations d’Imiṭeṛ et de Timaṭṛeouin, +je n’ai rencontré personne sur la route. + + 26 et 27 avril. + +Séjour à Taourirt. L’oasis du Todṛa, une de sa nature, se +divise au point de vue politique en deux portions : la première, +le Todṛa proprement dit, se compose de la partie haute ; elle est +habitée par des Chellaḥa indépendants ; la seconde, qui est située +au-dessous d’elle et n’en est séparée par rien d’apparent, +appartient aux Berâber ; ils y sont mêlés ; plusieurs fractions se +la partagent. Dans tout le Todṛa, chaque localité est indépendante +de ses voisines. L’oasis est fort peuplée ; elle comprend 50 +à 60 qçars, échelonnés les uns contre les autres le long des +plantations. La plupart sont construits en des points élevés : +ceux de l’étage inférieur de la plaine, au bord de la tranchée +que s’y est creusée l’Ouad Todṛa, les autres au pied des flancs +de sa vallée, comme Tiidrin et Tiṛremt, ou sur des buttes isolées +près de ses rives, comme Taourirt et Aït Ourjedal. Cette disposition, +que j’ai trouvée dans le Dra et le Dâdes, se prend ici pour les +mêmes motifs qu’en ces régions ; il s’en ajoute un de plus : la +nécessité d’avoir une position aisée à défendre. Les guerres, +fréquentes ailleurs, sont continuelles au Todṛa ; aussi point +de précaution qu’on ne prenne : chaque localité est resserrée +dans un étroit mur d’enceinte : de toutes parts se dressent des +ageddims. Durant le temps que j’ai passé à Taourirt, ce qçar +était en guerre avec son voisin, Aït Ourjedal ; chaque jour on se +tirait des coups de fusil ; les fenêtres, les lucarnes des maisons +étaient bouchées ; on n’osait monter sur les terrasses de crainte +de servir de point de mire : les deux localités sont si proches que, +malgré le peu de portée des armes, on s’atteignait de l’une à +l’autre. On ne se contente pas toujours de tirailler à distance ; +il n’est pas rare de voir les habitants d’un qçar en assiéger +un autre, le prendre d’assaut et le piller. + +[Illustration : Ouad Todra et qçar de Tiidrin. (Vue prise de +Taourirt.) + +Croquis de l’auteur.] + +La langue du Todṛa est le tamaziṛt ; beaucoup d’hommes savent +l’arabe. Les Musulmans sont habillés de ḥaïks et de bernous de +laine blanche, rarement de kheidous ; ils ont d’ordinaire la tête +nue ; quelquefois ils la ceignent, sans la couvrir, d’un petit +turban blanc. L’armement reste jusqu’au Ziz ce qu’il était au +Dâdes. Le vêtement des femmes demeure le même ; à partir d’ici, +il sera toujours de laine ou de cotonnade blanche : plus de khent. Pas +de Ḥaraṭîn. + +[Illustration : Coiffure d’une Juive du Todra. + +Croquis de l’auteur.] + + 28 avril. + +Du Todṛa au bassin de la Mlouïa, je serai en plein pays des +Berâber. D’ici à l’Ouad Ziz, la région à traverser est une +vaste plaine déserte semée d’oasis. Elle est sans cesse parcourue +par plusieurs fractions des Berâber, surtout par les Aït Melṛad +et les Aït Atta. Comme la mésintelligence règne en ce moment entre +Aït Melṛad et Aït Atta d’une part, et de l’autre entre les +deux grandes branches des Aït Atta, les Aït Zemroui et les Aït +Ḥachchou, il me faudra trois zeṭaṭs d’ici à Qçar es Souq : +un des Aït Melṛad et deux des Aït Atta. Je me suis, pendant mon +séjour à Taourirt, assuré de ceux qui me conduiront au Ferkla. Ils +doivent me prendre aujourd’hui ; on passera la nuit au qçar de +l’un d’eux, dans le bas Todṛa : demain matin on partira pour +le Ferkla, en se joignant à la caravane qui y va tous les mardis. + +Départ de Taourirt à 4 heures du soir. Arrivée à Tadafals, mon +gîte, à 7 heures. Je n’ai fait que longer la lisière de l’oasis, +cheminant tout le temps dans l’étage inférieur de la plaine ; +il ne cesse pas d’être uni ; le sol y est sablonneux en restant +dur. A hauteur des dernières localités du Todṛa, commence sur la +rive gauche de la rivière et assez loin d’elle un massif isolé +de collines basses que je côtoierai pendant la marche de demain. A +Aït Mḥammed finit l’excavation dans laquelle coulait l’Ouad +Todṛa. A partir de là, le lit est au niveau de la plaine. Chemin +faisant, j’ai traversé l’Ouad Imiṭeṛ (60 mètres de large ; +lit de sable ; à sec) ; au point où je l’ai passé, une digue en +maçonnerie barrait le cours de la rivière ; c’est l’ouvrage de +ce genre le mieux construit que j’aie vu au Maroc. + + 29 avril. + +Départ à 6 heures du matin. Bientôt qçars et palmiers disparaissent +sur les rives de l’Ouad Todṛa. Le lit s’en dessèche, et je suis +dans le désert. Je chemine dans la plaine où je me trouvais hier, +marchant entre l’Ouad Todṛa et le massif qui s’élève à sa +gauche ; le sol est de sable blanc, pur auprès de la rivière, +semé de petits cailloux noirs aux abords des collines ; au pied +de celles-ci, la terre en est couverte comme d’une écaille. Peu +de végétation : dans les régions pierreuses, quelques touffes +de thym ; dans le sable, qui occupe la portion la plus grande, un +peu de melbina et de jujubiers sauvages. Je vois au sud, bornant +la plaine, les premières pentes du Petit Atlas portant encore le +nom de Saṛro, ligne sombre de hauteurs tourmentées, aux flancs de +roche noire et luisante, avec de minces filets de neige apparaissant +çà et là sur les crêtes. Vers le nord, une partie de l’étage +inférieur et le talus rose qui le borde sont masqués pendant une +portion du trajet par les collines dont je suis le pied : celles-ci +forment un massif gris, aux flancs rocheux et nus, aux côtes douces, +élevé de 30 à 40 mètres ; il s’élève isolé dans la plaine, +occupant la partie centrale du triangle dont le Todṛa, le Ferkla +et le Ṛeris sont les sommets. Au delà de sa ligne mince, apparaît +dans le lointain une longue chaîne de hautes montagnes brunes : les +premiers échelons du Grand Atlas. Tel est ici l’étage inférieur +de la plaine, où je marche jusqu’au Ferkla. A 1 heure, j’atteins +les premiers palmiers de l’oasis ; à 1 heure 20 m., je m’arrête +au qçar d’Asrir. Depuis 9 heures du matin, on se croyait sans +cesse au point d’arriver, trompé qu’on était par de continuels +effets de mirage. C’était la première fois que j’apercevais ce +phénomène au Maroc : il se représenta le lendemain durant presque +tout le trajet du Ferkla au Ṛeris. Depuis je ne le vis plus. + +Je marchais aujourd’hui avec une nombreuse caravane, au milieu de +laquelle me protégeaient trois zeṭaṭs ; elle se composait de 100 +à 150 personnes, moitié Aït Atta, moitié Aït Melṛad. Il y avait +dans le nombre 60 à 70 fusils, sans un cavalier. Tout ce monde venait +du Souq et Tenîn du Todṛa et se rendait au Ferkla. Les bêtes de +somme, ânes et mulets, étaient 120 ou 150 ; les mulets sont très +communs dans le pays. Je n’ai point aperçu d’autres voyageurs que +nous sur la route. L’Ouad Todṛa, que j’ai traversé ce matin au +sortir de l’oasis, y avait 60 mètres de large ; il était à sec ; +le lit en était formé de gros galets et sans berges. Il reste tel +jusqu’au Ferkla, toujours desséché et au niveau du sol : point de +trace de végétation ni dans son lit ni sur ses rives ; rien qui de +loin en dessine le cours à la surface blanche de la plaine. Le Ferkla +est en tout semblable au Todṛa : c’est une bande de palmiers large +de 1000 à 2000 mètres ; au milieu se déroule l’Ouad Todṛa, dont +le lit s’emplit de nouveau d’une eau abondante et limpide. Il coule +à fleur de terre ; l’oasis entière est au niveau de la plaine. Le +Ferkla est moins grand que le Todṛa : sa longueur est moindre ; ses +localités et ses habitants sont en nombre plus faible. Il appartient +en partie aux Aït Melṛad, en partie à des Chellaḥa isolés : +leurs qçars sont mélangés ; chacun de ceux-ci est indépendant, +aussi bien ceux des Chellaḥa que ceux des Berâber. Par une exception +unique, les Chellaḥa du Todṛa, du Ferkla et une partie de ceux +du Ṛeris gardent une liberté absolue auprès de leurs puissants +voisins : ils n’ont pas sur eux la moindre debiḥa. A quoi faut-il +l’attribuer ? Sans doute à leur cohésion lorsqu’il s’agit de +défendre la liberté commune, et à leur caractère belliqueux. A ce +propos, il faut remarquer qu’il ne se trouve pas un seul Ḥarṭâni +parmi eux. J’ai cessé de voir des Ḥaraṭîn dès que j’ai +quitté l’Ouad Dâdes : dorénavant je n’en rencontrerai plus. Au +Ferkla comme au Todṛa, je trouve les élégantes constructions du +Dra. Les productions du sol sont les mêmes ici qu’au Todṛa, avec +cette différence qu’en arbres il n’y a guère que des dattiers ; +les autres essences sont rares : on voit quelques troncs de figuiers, +de grenadiers, de pêchers, d’oliviers, et de la vigne, mais en +petite quantité ; au contraire, les palmiers sont nombreux et beaux : +ils sont plantés serrés et forment une forêt touffue. A leur ombre, +entre leurs pieds, se pressent des cultures arrosées de canaux. + + 30 avril. + +Aujourd’hui je vais au Ṛeris, autre oasis analogue à +celle-ci. Départ à 8 heures du matin. J’ai mon escorte obligatoire +de trois Berâber ; je marche avec une caravane d’une vingtaine +de personnes dont la moitié est armée. Le massif de collines que +j’ai eu à main gauche durant la marche d’hier expire entre +le Ferkla et le Ṛeris : on en distingue les dernières côtes à +l’ouest du chemin. Vers le nord s’aperçoit, à grande distance, +une haute chaîne brune, aux nombreuses découpures, entre lesquelles +brillent des croupes plus éloignées couvertes de neige : le Grand +Atlas. L’étage inférieur de la plaine apparaît ici dans toute +son étendue : il s’étale entre le Petit Atlas et le talus +de roche rose au pied duquel est le Ṛeris ; plus un mouvement +n’en plisse l’immensité plate qu’on voit s’allonger +vers l’est à l’infini, toujours la même, aussi loin que la +vue peut porter. C’est une surface nue et blanche se déroulant +jusqu’à l’horizon. Là coulent les ouads Todṛa et Ṛeris ; +là est leur confluent : dans l’éblouissante blancheur de la +plaine, leurs lits desséchés et sans verdure ne se distinguent +pas. Seules, paraissent quelques lointaines oasis, points noirs se +reflétant dans les étangs et les longs lacs bleus que fait briller +le mirage. Du Ferkla au Ṛeris, le sol est de sable dur semé çà +et là de cailloux noirs : comme seule végétation, la mousse des +ḥamadas, excepté en quelques points où le sable forme des dunes +de 50 centimètres de haut, et où poussent des touffes de drin. + +A 1 heure et demie, j’arrive au Ṛeris. Cette oasis est, en forme +et en productions, semblable au Todṛa et au Ferkla, au Todṛa +surtout, auquel elle est en quelque sorte symétrique. Comme lui, +elle est située au point où le cours d’eau qui la féconde sort du +talus rocheux et débouche de l’étage supérieur dans le second ; +comme lui, elle se trouve partie en deçà du talus, resserrée au +fond d’une vallée, partie au delà, en plaine. C’est une bande de +palmiers ombrageant des cultures au milieu desquelles coule l’ouad +et s’élèvent de nombreux qçars. Les constructions sont faites à +la façon de celles du Dra. Peut-être ont-elles moins de moulures +sur les murs ; en revanche la plupart des localités possèdent des +enceintes élevées et, auprès des portes, des tours d’une grande +hauteur, telles que je n’en ai vu nulle part ailleurs. Comme au +Ferkla, les palmiers forment une forêt épaisse et ont entre eux +peu d’arbres d’essence différente. L’Ouad Ṛeris est de la +force de l’Ouad Todṛa : il a 30 mètres de large, dont 12 remplis +d’eau claire et courante de 60 centimètres de profondeur. Le lit est +moitié sable, moitié gravier ; il a des berges de sable de 2 mètres +de haut. Pendant le trajet d’aujourd’hui, je n’ai rencontré +personne. J’ai passé à proximité de deux lieux habités : Zaouïa +Sidi El Houari, groupe de quelques maisons entouré de grands jardins +d’oliviers et de grenadiers, sans un palmier ; El Mkhater, petit +qçar avec dattiers. + +En ce moment, le Ṛeris est fort agité. On s’attend à ce que +les Aït Atta et les Aït Melṛad en viennent aux mains bientôt +dans ces parages : chaque qçar se tient sur ses gardes ; chacun a +des veilleurs sur ses tours, pour guetter et donner l’alarme en cas +de surprise. Nous avons dit qu’Aït Atta et Aït Melṛad étaient +en mauvaise intelligence. Au printemps dernier (1883), ils se sont +livré une grande bataille non loin d’ici, auprès de Tilouin, +petite oasis isolée à l’est du Ferkla. Les Aït Atta étaient au +nombre de 8000 fantassins et 600 chevaux ; les Aït Melṛad comptaient +12000 hommes de pied et 700 cavaliers. Les Aït Atta furent vaincus ; +1600 périrent : la perte des Aït Melṛad fut de 400 hommes[96]. Le +combat n’avait duré qu’une matinée. Cette sanglante rencontre +fut suivie d’une trêve d’une année : il fut convenu qu’on +se mesurerait de nouveau au printemps suivant. On s’attend chaque +jour à voir commencer les hostilités. Le principal théâtre de la +lutte sera sans doute le Ṛeris. Les Aït Atta enlevèrent, il y a +une trentaine d’années, aux Aït Melṛad une partie des qçars +qu’ils possédaient dans cette oasis, entre autres Gelmima, l’un +des principaux de la contrée. Les Aït Melṛad vont, pense-t-on, +essayer de reprendre ce dernier. + +Ce n’est pas sans raison qu’on considère la reprise de la guerre +comme imminente. J’apprendrai demain, en arrivant à Qçar es Souq, +qu’aujourd’hui même les Aït Atta ont pillé une caravane d’Aït +Melṛad : c’est le début des hostilités. + + 1er mai. + +Départ de Gelmima à 4 heures du matin. Je vais au Qçar es Souq, +petit district sur l’Ouad Ziz. Point de caravane : je pars avec mes +trois Berâber. On commence par longer le pied du talus de roche rose +qui sépare les deux étages de la plaine. A sa base, le sable devient +rose et se sème de pierres ; presque point de végétation : quelques +touffes de melbina et de mousse du ḥamada. Vers 7 heures et demie, +je cesse de suivre le talus et je le gravis. Arrivé à sa crête, +je me trouve au bord d’un plateau ; il s’étend à perte de vue à +l’est et à l’ouest ; il est borné au sud par le talus que j’ai +monté ; au nord, par un premier échelon du Grand Atlas qui se dresse +comme une muraille à 20 kilomètres de moi : c’est la première +section de la plaine, l’étage supérieur. A mes pieds s’étend +la partie inférieure, que je viens de quitter : immense étendue +blanche où paraissent, comme deux points, les oasis de Tilouin et +de Mekhtara Aït Abbou ; elle se prolonge toujours la même, bordée +par la ligne sombre du Saṛro, aussi loin que porte la vue. A la +surface de la section où je suis, s’aperçoit vers le nord-ouest +un tronçon de ligne verte, portion des palmiers de Taderoucht ; ils +apparaissent par une légère dépression de la plaine. D’un autre +côté, au nord-est, se voit un mamelon rougeâtre dressant sa tête +isolée au milieu du désert. Il se trouve dans la direction du Qçar +es Souq : je marche droit sur lui. Le sol de cet étage supérieur +est mi-pierreux, mi-rocheux sur les bords ; il devient sablonneux +à mesure qu’on se rapproche du milieu : dans cette partie il y a +parfois de petites dunes de 1 à 2 mètres de haut. La végétation +se compose, dans le sable, d’un peu de thym, de mousse du ḥamada, +de rares jujubiers sauvages. Les parties pierreuses sont plus nues : +à peine y voit-on quelques touffes de mousse. Le terrain est uni ; +on n’y distingue pas d’autre accident que la butte isolée qui me +sert de signal ; elle est peu élevée : je passerai à son pied à +2 heures ; elle me semblera avoir 60 ou 80 mètres de haut. C’est +un mamelon de roche rouge, escarpé. Les eaux de cette partie de la +plaine vont d’une part à l’Ouad Ziz, de l’autre à l’Ouad +Ṛeris. Cela donne naissance à la dépression par laquelle j’ai +aperçu une parcelle du Taderoucht. + +A 3 heures et demie, l’Ouad Ziz apparaît. Il est à quelque +distance. C’est une ligne noire sortant du flanc de l’Atlas et +s’allongeant à perte de vue dans la plaine. Aucun mouvement ne +borne l’horizon, ni à l’est, ni à l’ouest, ni au sud : on +ne voit en ces trois directions qu’une surface plate et blanche +s’étendant à l’infini ; au milieu serpente la longue file des +palmiers de l’Ouad Ziz, sans que la ligne s’en interrompe depuis +le point où ils débouchent de la montagne jusqu’à celui où on +les perd des yeux aux limites de l’horizon. Les districts qui se +succèdent sur les bords du Ziz sont, comme ceux du Dra, un ruban +étroit se déroulant au milieu du désert : comme eux, bien que +portant des noms divers, Qçar es Souq, Metṛara, Reteb, Tizimi, +Tafilelt, ils forment une seule oasis, bande de dattiers bordant sans +interruption le fleuve, depuis le qçar le plus haut du Qçar es Souq +jusqu’à la localité la plus basse du Tafilelt. + +A 4 heures et demie, je parviens au Qçar es Souq. Je m’arrête au +mellaḥ. Je n’ai rencontré personne durant ma route. J’ai passé +près d’un endroit habité, le petit qçar de Tarza, appartenant +aux Aït Izdeg. Deux cours d’eau se réunissent au-dessus de lui et +se dirigent vers le sud en creusant dans la plaine une vallée de 500 +mètres de large : le qçar se trouve au fond de celle-ci, entouré de +champs, d’oliviers et de figuiers ; point de palmiers. Le principal +des deux cours d’eau, l’Ouad Tarza, a 50 mètres de large ; +le lit, moitié sable, moitié gravier, en est à sec. + +Le Qçar es Souq est un district situé sur les bords du Ziz : +c’est l’un des plus petits de son cours et le premier après sa +sortie du Grand Atlas ; il commence au point où le fleuve débouche +de la montagne. La vallée du Ziz y offre une bande de palmiers +large de 500 à 1500 mètres, au milieu de laquelle coule le fleuve +et s’élèvent des qçars. Les constructions sont en pisé ; les +tiṛremts, nombreuses, sont moins ornées que dans le Dra. D’ici +à Foum Ṛiour, où l’Ouad Ziz sort de l’Atlas, le cours d’eau +et la majeure partie des dattiers sont encaissés dans une tranchée +profonde de plusieurs mètres, pareille à celle où coule quelque +temps l’Ouad Todṛa ; le fond en est de sable, les parois de roche : +en dehors sont le reste des palmiers et la plupart des qçars. L’Ouad +Ziz a ici 40 mètres de large, 80 centimètres de profondeur, une +eau verte au courant impétueux ; il a de nombreux rapides et ne se +traverse qu’à des gués déterminés ; lit tantôt de gravier, +tantôt de sable, sans berges. + +Le costume et les armes sont les mêmes, à peu de chose près, que +dans les oasis précédentes. Le gracieux sac à poudre de filali +brodé de soie se porte toujours. La seule modification est dans la +coiffure : on garde le dessus de la tête nu ; l’étroite bande +de coton blanc dont on se ceignait le front au Dâdes, au Todṛa et +au Ṛeris se remplace par quelques tours de fil de poil de chameau +ou de cordelette de soie ; celle-ci est d’ordinaire rose et de 7 +à 8 millimètres de diamètre. Il est de mode d’avoir un anneau +d’argent à l’oreille gauche. Peu de kheidous : on ne s’habille +que de blanc ; les bernous, de laine ou de coton, sont fréquemment +ornés de broderies de soie aux couleurs vives. Costume et armement +resteront les mêmes d’ici à Qçâbi ech Cheurfa. + + + 2o. — DU QÇAR ES SOUQ A QÇABI ECH CHEURFA. + + + 2 mai. + +Le Qçar es Souq, le Tiallalin, tous les pays que je traverserai +d’ici au col de Telṛemt, faîte du Grand Atlas, appartiennent +à un même rameau des Berâber, les Aït Izdeg. Je prends trois +fusils de cette fraction pour m’escorter jusqu’au Tiallalin, +mon gîte de ce soir. Ce district, situé sur le Ziz, se trouve +de l’autre côté de l’épaisse chaîne rocheuse au pied de +laquelle est le Qçar es Souq. Deux chemins y mènent : l’un longe +le cours du fleuve, au fond d’une gorge profonde, l’autre laisse +l’ouad de côté et gravit les crêtes de la montagne. Ce dernier +est plein de difficultés : on le prend en cas de nécessité absolue, +lorsque l’Ouad Ziz, que la première route traverse plusieurs fois, +se trouve infranchissable. Bien que je sois à l’époque de la crue +du fleuve, et que des pluies récentes en aient gonflé les eaux et +rendu le passage difficile, je prendrai la première voie. Au sortir +du Qçar es Souq, j’entre dans la montagne. Celle-ci est une large +chaîne de roche nue ; elle semble former une succession de murailles +à pic et de talus, séparés par des côtes plus ou moins raides, +tantôt rocheuses, tantôt pierreuses. Le massif est presque en entier +de couleur rouge vif : aux abords du Tiallalin, les flancs changent de +ton et deviennent d’un gris bleuâtre. L’Ouad Ziz traverse cette +chaîne par une longue gorge aux parois escarpées, qui se changent +parfois en murailles verticales ; le fond a par endroits 300 ou 400 +mètres de large, souvent 50 ou 60. Il est sablonneux, couvert de +cultures et jalonné de qçars sur presque toute sa longueur ; la +partie supérieure seule, celle qui touche à la plaine du Tiallalin, +est rocheuse, nue et déserte. L’autre forme un district séparé, El +Kheneg. Des dattiers ne cessent d’ombrager les cultures depuis Qçar +es Souq jusqu’au qçar de Tamerrâkecht. Là ils disparaissent : je +n’en verrai plus d’ici à la fin de mon voyage. Dans ce défilé, +le chemin est difficile, à cause de la quantité de fois qu’il +faut traverser l’Ouad Ziz : quoique j’aie fait un détour dans la +montagne pour diminuer le nombre de ces passages, je l’ai franchi +à six reprises ; la plupart des gués avaient environ 25 mètres de +large et 80 centimètres de profondeur ; la rapidité très grande +du courant rendait longue chacune des traversées. Parti de Qçar es +Souq à 7 heures du matin, je n’arrive qu’à 3 heures et demie +à l’extrémité nord du défilé. Là je me trouve en face d’une +plaine où je m’engage : la plaine du Tiallalin. Elle est bornée : +au sud, par la chaîne de laquelle je sors ; au nord par une autre +chaîne nue et rocheuse, parallèle à celle-ci ; à l’ouest, par un +demi-cercle de hautes montagnes, un peu plus élevées que celles que +je viens de traverser, et dont le pied, à sa plus grande distance, +peut être à 12 ou 15 kilomètres. Vers l’est, la plaine s’étend +jusqu’aux limites de l’horizon. Cette étendue est nue et plate ; +le sol en est pierreux, avec quelques parties rocheuses et d’autres +sablonneuses. L’Ouad Ziz la traverse dans sa largeur ; les deux +rives du fleuve sont bordées d’un ruban continu de cultures et de +villages qui se prolongent par delà la plaine, derrière la chaîne +qui la limite au nord. C’est le Tiallalin. + +[Illustration : Portion méridionale du Tiallalin. (Vue prise de +Kerrando.) + +Croquis de l’auteur.] + +Le Tiallalin a, comme végétation, l’aspect du bas Dâdes : mêmes +cultures tristes, même apparence morne, même absence d’arbres. Les +champs, répartis sur les deux bords de l’Ouad Ziz, forment une +bande non interrompue d’une extrémité à l’autre du district ; +la bande est de largeur inégale, tantôt elle a 2000 mètres, +tantôt à peine 1000. Si par la pauvreté de la végétation le +Tiallalin rappelle le Dâdes, il ne lui ressemble en rien en ce +qui concerne les qçars. Depuis que j’ai quitté le bassin du +Dra, l’architecture va en déclinant : jusqu’au Qçar es Souq +inclus, elle avait gardé de l’élégance ; il n’y en a plus au +Tiallalin : les bâtiments y sont de pisé sans ornement ; il existe +des tiṛremts ; mais leurs quatre murs flanqués de tours sont d’une +simplicité absolue : ni découpures, ni moulures. Les ageddims ont +disparu avec les derniers palmiers du Ṛeris. Les constructions, +d’ici à Oudjda, rappelleront celles du Tâdla, des Aït Ạtab, +des Entifa. Au Tiallalin, elles sont non seulement moins élégantes +qu’au Dâdes, mais aussi moins nombreuses ; elles forment une série +de villages peu espacés, et non cette suite continue d’habitations +qui donne au Dâdes un aspect si particulier. + +Je suis entré dans le Tiallalin à 4 heures ; je m’y arrête +à 5 heures à Qcîba el Ihoud, petit village situé presque à +l’extrémité de la plaine. + + 3 et 4 mai. + +Séjour au Tiallalin. Une pluie continuelle, bénie par les habitants, +peu agréable à un voyageur, m’y retient deux jours. + + 5 mai. + +[Illustration : Vallée de l’Ouad Ziz et qçar d’Aït Khozman. (Vue +prise de Kerrando.) + +Croquis de l’auteur.] + +Départ à 8 heures du matin. Bientôt je suis hors de la +plaine. L’Ouad Ziz y entre par un kheneg d’environ 100 mètres de +large, entre le Djebel Bou Qandil, haute montagne brune aux côtes +raides, à l’est, et le Djebel Gers, longue chaîne de roche +jaune, à l’ouest. Cette dernière est en pente faible pendant +1 à 2 kilomètres, puis s’élève à son tour ; elle forme le +flanc droit d’une vallée où coule l’Ouad Ziz avant de passer +dans la plaine. Le flanc gauche en est un talus à crête uniforme, +en rampe douce au pied, se terminant au sommet par une muraille à +pic ; il n’est que roche et pierres sans végétation. Le fond, +que je remonte, a un sol terreux ; la largeur moyenne en est de 1500 +mètres. Il est occupé par les cultures et les villages du Tiallalin +et du Gers ; les deux districts s’y succèdent sans intervalle : +ils s’étendent sur toute la longueur de la vallée, mais n’en +embrassent pas toute la largeur, n’occupant jamais qu’une des +rives du fleuve, l’autre restant inculte et déserte. Je traverse +une dernière fois l’Ouad Ziz : au gué, il forme deux bras, +de 50 mètres de large chacun ; la profondeur du premier est de 80 +centimètres, celle du second de 50 centimètres ; les eaux coulent +sur un lit de gravier, sans berges ; le courant est très rapide. Dans +le lointain, apparaît la cime blanche du Djebel el Ạïachi. Elle ne +cessera de briller à mes yeux d’ici à Qçâbi ech Cheurfa, et de +là jusqu’à Misour. Vers 11 heures, je me trouve à l’extrémité +de la vallée : le flanc gauche s’abaisse tout à coup, et fait +place à une plaine bornée, au nord, par une chaîne rocheuse et +rouge qui s’élève à plusieurs kilomètres d’ici ; au sud, +par le prolongement du Djebel Gers ; vers l’ouest et le nord-ouest, +elle s’étend à une grande distance et est limitée par de hautes +montagnes très éloignées : de là vient l’Ouad Ziz : on distingue +au loin à la surface blanche de la plaine les taches noires des +jardins qui en marquent le cours. Pour moi, je l’abandonne et +marche droit au nord, vers la chaîne qui se dresse de ce côté ; +jusque-là, sol pierreux, plat, sans végétation. A 1 heure moins +un quart, j’arrive au pied du massif ; je le gravis : une montée +d’une heure, par un ravin nu et rocheux, me conduit à un col. Là +commence un plateau accidenté, au sol terreux, couvert de _geddim_ +(sorte d’ḥalfa) et de thym. Je le traverse ; au bout de quelque +temps, j’atteins une crête : c’est l’extrémité nord du +plateau. Devant moi s’étend une côte peu rapide, garnie de geddim, +et au delà une longue plaine orientée comme celle du Tiallalin, de +l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est. Elle est limitée : au sud, +par le massif que je finis de franchir ; au nord, par le Djebel el +Ạbbarat, haute chaîne de roche rouge, et, en avant de lui, par un +massif de collines grises de 40 à 50 mètres de hauteur, qui s’y +adosse, tout en en étant distinct ; à l’ouest, par un demi-cercle +de montagnes assez élevées. Vers l’est, elle s’étend à perte +de vue. L’Ouad Nezala la traverse dans sa largeur ; trois hameaux +isolés apparaissent avec leur maigre verdure au milieu de sa surface +déserte. Bientôt je suis dans la plaine ; le sol, sablonneux, est +couvert d’herbages où le genêt domine. Je gagne l’Ouad Nezala, +que je suivrai jusqu’au col de Telṛemt, faîte du Grand Atlas. Au +bout de la plaine, j’entre dans le massif de collines qui précède +le Djebel el Ạbbarat. L’Ouad Nezala s’y creuse une vallée +de 100 mètres de large ; les flancs, terre avec quelques pierres, +sont couverts de geddim. A 4 heures, je suis au point où finit ce +massif et où sortent de terre les parois escarpées du Djebel el +Ạbbarat. A droite, à gauche, sont des cols entre les coteaux et +la montagne. En avant, s’ouvre dans le flanc de cette dernière +une brèche étroite, Kheneg el Ạbbarat, phénomène des plus +curieux. La chaîne où elle est percée est une digue de plus de 200 +mètres d’élévation, à crête rocheuse et à base pierreuse ; +les crêtes vont en s’abaissant près du kheneg : elles diminuent +d’une manière rapide et régulière, en décrivant un demi-cercle ; +la crête supérieure elle-même semble le décrire, de façon qu’au +fond du kheneg la muraille du faîte a l’air de s’être abaissée +au niveau de la rivière : ainsi ce kheneg ne paraît point percé +comme les autres par l’action des eaux ; il semble formé par un pli +de la bande rocheuse qui compose la chaîne. Il a 100 mètres de long +et à peine 30 mètres de large ; le fond comme les parois en sont de +roche : je le traverse dans le lit de l’Ouad Nezala. Au sortir du +défilé, la vallée demeure étroite ; ses flancs s’abaissent : +ceux-ci sont les pentes septentrionales du Djebel el Ạbbarat ; +elles étaient nues sur l’autre versant ; ici, tout en gardant +la même nature rocheuse, elles se sèment de quelques arbres. Ce +sont les premières côtes boisées que je voie depuis la vallée du +Sous. Bientôt le flanc droit expire et fait place à un plateau nu, +élevé de 10 mètres au-dessus du niveau de la rivière ; le flanc +gauche continue à la border ; il n’a plus que 40 à 50 mètres +de haut : c’est un talus de roche grise, en pente douce. Plusieurs +petits qçars d’aspect misérable, sans jardins ni cultures, sont +échelonnés le long de la vallée. Je m’arrête à l’un d’eux, +Nezala, qui est, comme ce nom l’indique, un gîte habituel des +voyageurs sur cette route. + +[Illustration] + +Je marche depuis ce matin avec une caravane de muletiers du Metṛara ; +je me suis rencontré avec eux au Tiallalin ; ils feront route avec +moi jusqu’à Qçâbi ech Cheurfa. Leur métier est de transporter +des marchandises entre le Tafilelt et Fâs. J’ai loué, de concert +avec eux, une escorte d’Aït Izdeg : ceux-ci sont maîtres de +tout le pays, du Qçar es Souq au col de Telṛemt. Ils prennent, +pour servir de zeṭaṭs du Tiallalin au col, 5 francs par mule, par +Juif et par chameau, et la moitié pour les ânes ; les Musulmans ne +paient pas pour leur personne : moyennant cette redevance, les Aït +Izdeg escortent les caravanes et en garantissent la sûreté. Nos +zeṭaṭs se composent de 3 cavaliers et 6 ou 7 fantassins. + +Beaucoup de monde aujourd’hui sur le chemin. J’ai croisé sept +ou huit convois de 50 à 80 bêtes de somme chacun ; les animaux +étaient des mulets, des ânes et des chameaux, les deux dernières +espèces dominant. La route que je suis, voie habituelle entre Fâs +et le Tafilelt, est toujours aussi fréquentée. Depuis l’Ouad Ziz, +j’ai rencontré deux cours d’eau de quelque importance : l’Ouad +Tira n Imin (au point où je l’ai passé pour la première fois, il +avait 10 mètres d’eau limpide de 15 centimètres de profondeur ; +courant rapide), et l’Ouad Nezala (à hauteur d’Aït Ḥammou +ou Sạïd, le lit en avait 80 mètres de large, dont 15 remplis +d’eau claire et courante de 60 centimètres de profondeur. A +Nezala, le lit n’a plus que 15 mètres de large, et l’eau 6 ; +celle-ci a 15 centimètres de profondeur). Le kheneg el Ạbbarat, +que j’ai traversé à 4 heures, est célèbre et redouté pour +les brigandages qu’y exercent les Aït Ḥediddou. Maintes fois ils +ont guetté des caravanes, embusqués au col que j’y ai vu à main +gauche, et les ont pillées. + +Nezala est un petit qçar délabré, élevé naguère par un sultan +qui voulut en faire un poste d’observation et un gîte pour les +voyageurs. Il ne sert plus qu’à ce dernier usage. C’est une +enceinte carrée, flanquée de mauvaises tours, le tout très bas, +en pisé gris ; à l’intérieur se trouvent quelques maisons, +résidences de cinq ou six familles habitant ici, et un grand nombre +de cours, d’écuries, de hangars, la plupart à demi ruinés, +où s’installent les voyageurs. + +[Illustration : Tizi n Telremt et Djebel el Aïachi. + +(Les parties ombrées sont couvertes de neige.) (Vue prise de Qaçba +el Makhzen.) + +Croquis de l’auteur.] + +Sur la route que j’ai parcourue aujourd’hui, il n’y a pas de +passage difficile. Une seule côte un peu raide, vers 2 heures ; +le reste du temps j’ai marché en plaine. Demain, durant toute la +journée, le chemin sera plus uni encore. L’aisance extrême avec +laquelle on franchit ici le Grand Atlas contraste avec les difficultés +que j’ai rencontrées en le passant pour la première fois, au +Tizi n Telouet. Aucun trait de ressemblance, hors l’altitude, +n’existe entre l’Atlas des Glaoua et celui-ci. Là, une chaîne +aux crêtes nues et rocheuses est formée de longs escarpements +presque infranchissables ; les deux versants, celui du nord surtout, +profondément ravinés par l’action des eaux, ont perdu leur +forme primitive et se présentent sous l’aspect de contreforts +perpendiculaires à l’arête centrale ; rocheux, tourmentés, +ils cachent dans leurs flancs d’étroites vallées resserrées +entre des murailles de roche, seuls refuges de la végétation et +de la vie en cette contrée inaccessible, désolée, déserte. Ces +vallées, comme les contreforts qui les séparent, ont leur direction +normale à la ligne culminante de la chaîne. Ici, au contraire, +le sommet est en partie boisé : on y arrive par un chemin d’une +facilité extrême : le massif se compose, non d’innombrables +montagnes couvrant tout le pays, avec l’apparence de rameaux +perpendiculaires à un tronc, mais d’une série de chaînes[97] +parallèles à l’arête principale et séparées entre elles par +des plaines qui occupent la plus grande partie de la contrée. Les +cours d’eau, auprès desquels les villages sont tantôt nombreux, +tantôt clairsemés, s’écoulent au niveau des plaines, traversant +les diverses lignes de montagnes par autant de khenegs qui s’y +ouvrent comme des portes sur leur passage. Quelques-unes de ces plaines +sont si longues que deux rivières les traversent dans leur largeur, +à une grande distance l’une de l’autre : telle la plaine du +Tiallalin, dont le prolongement est arrosé par l’Ouad Gir. Outre +cette différence de nature, les deux parties du Grand Atlas que nous +avons franchies en présentent une autre : le Tizi n Glaoui était des +deux côtés entouré de hautes cimes presque en tout temps couvertes +de neige : il formait une dépression au milieu de montagnes très +élevées. Le Tizi n Telṛemt se trouve au point où la chaîne +commence à décroître : à l’ouest du col, s’élèvent les +hautes crêtes toujours blanches du Djebel El Ạïachi, l’un des +massifs les plus élevés de l’Atlas ; à l’est, il n’y a plus +trace de neige, et la chaîne s’abaisse rapidement. Je l’aurai +longtemps sous les yeux dans le bassin de la Mlouïa. Au delà du +Djebel El Ạïachi, elle apparaît comme un long talus brun, à +crête uniforme, allant sans cesse en décroissant. Elle s’allonge +vers l’est, diminuant toujours de hauteur, jusqu’au point où on +la perd de vue aux limites de l’horizon. + + 6 mai. + +Départ à 5 heures du matin. Jusqu’au col de Telṛemt, je resterai +en terrain plat : sol dur, terre semée de gravier et de petites +pierres ; une végétation maigre le recouvre à moitié : geddim, +thym, menus herbages. D’ici au col, je traverse trois plaines unies, +sans la moindre ondulation ; la première s’étend au loin vers +l’ouest et le nord-ouest, bornée dans cette direction par le pied +même du Djebel El Ạïachi, dont on voit les pentes, poudrées de +neige à la base, se transformant peu à peu en une large masse d’un +blanc mat, émerger de sa surface ; elle est limitée à l’est par +un talus gris de 40 à 50 mètres de hauteur, aux côtes pierreuses, +peu rapides, clairsemées de geddim. La seconde plaine se prolonge à +une grande distance vers l’est, où des montagnes d’élévation +moyenne la bordent ; elle est séparée de la précédente et limitée +à l’ouest par des massifs de collines aux pentes douces en partie +tapissées de geddim. Au nord, la borne en est une haute chaîne de +montagnes, dont le nom est célèbre, le Djebel El Ạbbari. C’est +une arête élevée, dressant ses crêtes à plus de 200 mètres +au-dessus du niveau de la plaine : les flancs, de couleur rouge, +en sont rocheux et escarpés, couverts de geddim dans le bas, +d’arbres vers le sommet. Bien que le col soit plus loin, le faîte +de cette chaîne est la ligne culminante du Grand Atlas. Par un fait +curieux, l’Ouad Nezala, au lieu de prendre sa source sur le versant +méridional, la prend au delà, sur le versant nord. Il traverse le +Djebel El Ạbbari par un kheneg de 30 mètres de large. J’entre +par ce kheneg dans la troisième plaine ; elle est petite et sans +ressemblance avec les précédentes, en étendue ; adossée au sud +au Djebel El Ạbbari, elle est bordée à l’est par un talus en +contre-bas donnant sur un autre bassin, au nord par un bourrelet +pierreux, aux pentes boisées[98], haut de 30 mètres. Au bout de +cette petite plaine se trouve le col de Telṛemt, où je passe du +bassin du Ziz dans celui de la Mlouïa. Je le franchis à 9 heures +du matin ; il est à 2182 mètres d’altitude. Quant à la ligne de +faîte générale de l’Atlas, je l’ai passée en traversant le +Djebel El Ạbbari. Du col de Telṛemt, je gagne un ravin profond +dont la partie inférieure, large de 20 mètres, est bordée de talus +raides garnis de geddim dans le bas, d’arbres dans le haut. Je +le descends ; il n’est pas long : au bout de peu de temps les +flancs s’abaissent, s’adoucissent ; bientôt ils disparaissent : +je suis en plaine. La plaine où j’entre porte le nom de Çaḥab +el Geddim. Elle est unie, mais en pente prononcée vers le nord ; +le sol, moitié terre, moitié pierres, est couvert de hautes touffes +de geddim. Au delà de Çaḥab el Geddim, lui faisant suite, j’ai +devant moi, en contre-bas, une seconde plaine où la Mlouïa creuse +son lit ; cette plaine est très large ; on l’appelle Çaḥab el +Ermes. Un long talus brun de moyenne élévation, premières pentes +du Moyen Atlas, la borne au nord. Au delà se voient un grand nombre +d’autres crêtes, succession de chaînes grises s’étageant les +unes derrière les autres, puis, les dominant toutes, une bande bleue +dont le haut est couvert de neige : c’est le faîte du Moyen Atlas, +ligne uniforme où surgissent deux sommets en larges masses blanches : +l’un, le Djebel Tsouqt, est au milieu de la chaîne, l’autre, +le Djebel Oulad Ạli, à son extrémité orientale. Celui-ci termine +le massif de la façon la plus brusque et la plus étrange ; après +s’être élevé très haut, il tombe presque à pic au bord de la +vallée de la Mlouïa : son versant est a l’aspect d’un talus à +2/1 de plus de 1500 mètres d’élévation. Cette falaise énorme, +où s’arrête court une si haute et si longue chaîne, est de +l’effet le plus extraordinaire. Je reverrai de près le Djebel +Oulad Ạli dans la vallée moyenne de la Mlouïa. + +[Illustration] + +De Çaḥab el Geddim, une rampe douce, de 25 mètres de hauteur, +me conduit dans Çaḥab el Ermes. Comme la première, cette plaine +s’étend à perte de vue vers l’est et vers l’ouest ; le sol +est sablonneux ; de rares places sont nues, en d’autres pousse du +thym : la plus grande partie est tapissée de la plante basse qu’on +appelle _ermes_. On aperçoit de loin en loin de petites tiṛremts +d’aspect misérable, isolées dans le désert. Je chemine dans +cette plaine jusqu’à 3 heures et demie ; à ce moment s’ouvre +à mes pieds une tranchée : elle a 1500 mètres de large ; le fond +en est couvert de verdure et de feuillage ; à demi cachés sous la +multitude des arbres fruitiers, plusieurs qçars y montrent leurs +terrasses brunes ; au milieu coule un fleuve : c’est Qçâbi ech +Cheurfa et la Mlouïa. Un talus de sable nu me conduit au fond de +l’encaissement ; le sol y est de sable : j’y marche au milieu des +champs et des vergers. Au bout d’un quart d’heure, je parviens +à Qaçba el Makhzen, terme de ma route. + +[Illustration : Mlouïa et Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa.) + +(Les parties ombrées des montagnes sont couvertes de neige.) (Vue +prise du sud-ouest). + +Croquis de l’auteur.] + +Qçâbi ech Cheurfa se compose de localités toutes situées dans la +tranchée où coule la Mlouïa ; elles sont unies par des cultures et +des jardins ombragés d’une foule d’arbres, oliviers, figuiers, +grenadiers : ces feuillages donnent au district un air de gaieté +et de fête qui contraste avec l’aspect morne du Tiallalin et +du Gers. Qçâbi ech Cheurfa est ainsi un ruban de cultures et de +qçars, enfermé entre deux hautes berges, et au milieu duquel coule +la Mlouïa. + +J’ai rencontré moins de monde qu’hier sur la route : les caravanes +croisées ont été au nombre de trois, formant ensemble 150 bêtes de +somme. Ainsi qu’il était convenu, mes zeṭaṭs m’ont abandonné +au col de Telṛemt. Là commence le blad el makhzen : au nord du col, +les Aït Izdeg, qui sont en mauvais termes avec le sultan, trouveraient +du danger à s’avancer en petit nombre, et les voyageurs, étant en +pays soumis, n’ont plus besoin d’escorte. Du col à El Qçâbi, +on est sur le territoire des Aït ou Afella, petite tribu qui, +formant par son origine une fraction des Aït Izdeg, est séparée +d’eux politiquement et obéit au sultan. On y marche sans ạnaïa, +et elle est responsable des pillages commis sur son territoire : pour +la dédommager des bénéfices que sa soumission lui fait perdre, +le gouvernement l’a autorisée à prélever un droit sur ce qui +passe sur ses terres ; ce droit est de 1 franc par bête de somme et +par Juif. Ma caravane a dû l’acquitter à deux reprises ; souvent, +où on ne devrait payer qu’une fois, on le fait trois ou quatre ; +voici comment : à peu de distance du col de Telṛemt, quelques hommes +nous accostèrent ; ils demandèrent le montant de la redevance, nous +le donnâmes ; assez loin de là, dans la plaine, nous trouvâmes une +forte troupe installée en travers de la route ; elle déclara que nous +ne passerions qu’après lui avoir remis cette même somme ; le chef +de la caravane de se récrier : nous l’avions déjà donnée. « Ceux +que vous avez rencontrés étaient des escrocs ; ils n’avaient droit +de rien réclamer : nous seuls sommes délégués pour percevoir +le péage. Vous n’irez que quand nous l’aurons reçu ». Comme +la délégation se composait de quarante hommes armés, il fallut en +passer par où elle voulut. Des faits de ce genre se reproduisent tous +les jours : les régions du blad el makhzen où sont installés ces +péages (qui portent le nom de _nezala_) sont souvent plus onéreuses +à traverser que le blad es sîba ; par bonheur, elles sont rares : ce +sont d’ordinaire des contrées dont la population, à peine soumise, +pillerait ouvertement, sans qu’on puisse l’en empêcher, si on ne +lui donnait cette compensation. Je n’ai connaissance de nezalas de ce +genre qu’en deux tribus, les Aït ou Afella et les Aït Ioussi : dans +cette dernière, elles sont nombreuses : on en compte 16, dit-on, de +Qçâbi ech Cheurfa à Sfrou. C’est une ruine pour les commerçants. + + 7 mai. + +Séjour à Qaçba el Makhzen. Ce lieu est une enceinte rectangulaire +garnie de tours, de construction récente, servant de résidence au +qaïd, à la garnison et aux Juifs. Autrefois les cherifs, possesseurs +du sol du district, y étaient seuls maîtres et ne reconnaissaient +aucune autorité ; aujourd’hui le pays est blad el makhzen et un +qaïd y commande : de tout temps le district a été tributaire des +Aït Izdeg. Il l’est encore, et ce n’est pas un spectacle peu +curieux de voir une province du sultan vassale d’une fraction +indépendante. C’est Moulei El Ḥasen qui, il y a sept ans, +soumit Qçâbi ech Cheurfa. Il y envoya un qaïd et des soldats ; +ils y achetèrent un terrain et construisirent l’enceinte où je +suis : nul ne s’y opposa, et la suprématie du sultan s’établit +sans résistance. La première année, elle s’étendit sur les Aït +ou Afella, les Oulad Khaoua et les Aït Izdeg ; dès la seconde, ces +derniers cessèrent de la reconnaître et refusèrent l’impôt. Les +choses en restèrent là depuis lors ; l’autorité du qaïd est +limitée au district de Qçâbi ech Cheurfa, aux Aït ou Afella et aux +Oulad Khaoua. C’est une autorité précaire : dans le district même, +elle est peu respectée : souvent les cherifs reçoivent à coups +de fusil les ordres ou les demandes d’impôts. Le qaïd actuel est +un homme de Fâs, un Bokkari. Il a avec lui une centaine de soldats +réguliers, ạskris, et deux canons de montagne. + + +[Note 95 : Mousse blanchâtre poussant par grosses touffes ; elle +verdit en temps de pluie et sert alors de nourriture aux chameaux. On +la rencontre, paraît-il, dans tous les ḥamadas du Sahara Marocain.] + +[Note 96 : Je ne puis croire à ce chiffre de 2000 morts en un combat : +cependant il m’a été affirmé comme exact en quatre points +différents, au Todṛa, au Ferkla, au Ṛeris, à Qçar es Souq.] + +[Note 97 : Nous en avons traversé cinq avant d’arriver à la +chaîne principale.] + +[Note 98 : Les arbres dont il est question ici sont des arbres de +petite taille, de 2 à 3 mètres au plus d’élévation ; ils sont +clairsemés et en aucun point ne forment de bois compact.] + + + + + X. + + DE QÇABI ECH CHEURFA A LALLA MARNIA. + + + 1o. — DE QÇABI ECH CHEURFA A OUTAT OULAD EL HADJ. + + + 8 mai. + +Départ de Qâçba el Makhzen à 6 heures du matin. La Mlouïa, +au pied de la qaçba, a 20 mètres de large, des berges rocheuses +et escarpées de 3 ou 4 mètres, une eau jaune et profonde. Point +de gué en ce lieu : je traverse le fleuve un peu plus bas. Il a +25 mètres de large, 1m,20 de profondeur, un courant assez rapide ; +le lit est moitié sable, moitié galets. Après l’avoir franchi, +je quitte la tranchée dans laquelle il coule et qui continue à +être remplie de cultures ; elle est bordée à gauche par un talus +mi-sable, mi-roche ; je le gravis : en atteignant la crête, je me +trouve dans une longue plaine bornée au sud par la Mlouïa, au nord +par les premières pentes du Moyen Atlas. Elle a 3 à 6 kilomètres +de large, suivant les endroits : un coude brusque du fleuve la limite +près d’ici, à l’ouest ; à l’est, elle s’étend jusqu’aux +deux tiers de la distance entre El Qçâbi et Misour : là, elle se +heurte à un massif de hautes collines rocheuses au pied duquel elle +finit. C’est une plaine ondulée, coupée de nombreuses ravines ; +le sol y est moitié sable, moitié gravier, la plupart du temps sans +végétation. Elle est de couleur rouge, comme les massifs nus qui +la bordent au nord. Je m’engage dans cette plaine, où je marche +jusqu’à 8 heures : je redescends alors et traverse la Mlouïa : elle +coule dans son excavation encore remplie de cultures et de qçars ; +c’est toujours le district de Qçâbi ech Cheurfa. Le fleuve a la +même profondeur, les mêmes eaux chargées de terre qu’au gué +précédent ; la largeur en est de 30 mètres. Sitôt parvenu sur +sa rive droite, je monte le talus qui borde l’encaissement de ce +côté et je me retrouve en plaine. + +Près du point où je viens de passer la Mlouïa, s’élève sur ses +bords le village d’Aït Blal. Je suis parti de Qçâbi ech Cheurfa +avec trois zeṭaṭs, deux Chellaḥa d’Aït Blal et un Arabe des +Oulad Khaoua. Les deux Chellaḥa se séparent ici de moi, disant +qu’ils vont chercher dans leurs maisons du pain pour la route et +me rejoindront plus loin : dans la suite, j’aurai beau m’arrêter +plusieurs fois, je ne les verrai pas ; ils m’ont trompé : j’avais +eu le tort, sur les instances des Juifs d’El Qçâbi, de les payer +d’avance ; n’ayant plus rien à gagner, ils m’ont abandonné. Je +continuerai dans le désert sans autre escorte que mon Arabe : c’est +un joli jeune homme d’une quinzaine d’années ; il m’accompagnera +fidèlement, mais, en cas de mauvaise rencontre, c’eût été une +faible protection : son fusil n’était pas en état de servir. Je +n’aperçus personne jusqu’à l’arrivée dans son village. + +La plaine où je m’engage est immense : c’est un désert blanc, +s’étendant au nord jusqu’à la Mlouïa, au sud jusqu’au Grand +Atlas, à l’est jusqu’au Rekkam, à l’ouest aussi loin que +la vue peut porter. La surface en est ondulée ; le sol en est dur, +tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; il est couvert presque en entier +de geddim. Le Grand Atlas est une longue chaîne brune à crête +uniforme, qui fuit vers l’orient et s’abaisse de plus en plus ; +à l’est du Djebel El Ạïachi, plus de trace de neige sur ses +cimes. Le Rekkam est très éloigné ; le faîte en paraît à peine : +c’est d’ici une ligne jaune clair qui borde l’horizon. Je le +verrai demain plus distinctement : il se compose d’une série de +hauteurs sablonneuses, très basses, bordant à l’est la vallée +de la Mlouïa, entre le Grand Atlas et les monts Debdou. + +Vers 2 heures, l’horizon, jusqu’alors fermé vers le nord par les +massifs s’élevant en face d’El Qçâbi, s’ouvre tout à coup : +les montagnes cessent d’arrêter la vue et toute la vallée de la +Mlouïa apparaît : c’est une immense plaine blanche, unie et nue, +bordée à droite par la ligne claire, à peine visible, du Rekkam, +à gauche par le Moyen Atlas, haute chaîne noire couronnée de neige, +se dressant à pic, comme une muraille, au-dessus de sa surface. La +vallée s’allonge à perte de vue vers le nord, où elle forme +l’horizon. La largeur en est extrême ; près d’ici, elle a plus +de 30 kilomètres. A sa surface apparaît une ligne verte : Misour, +où j’arriverai ce soir ; on dirait le Todṛa ou le Ṛeris : +dans cette vaste plaine de la Mlouïa, plaine plus nue et plus +déserte qu’aucune portion du Sahara Marocain, les rares groupes +d’habitations qui s’élèvent hors de la tranchée du fleuve ont +de tout point l’aspect des oasis du sud : même isolement au fond du +désert ; même richesse de végétation ; même fraîcheur délicieuse +au milieu de la plaine aride : il ne manque que les dattiers. + +[Illustration : Vallée de la Mlouïa, Misour, Moyen Atlas et Rekkam. + +(Les parties ombrées des montagnes sont couvertes de neige.) (Vue +prise du chemin d’El Bridja à Misour.) + +Croquis de l’auteur.] + +A 4 heures, je me retrouve au bord de la Mlouïa : elle est dans +l’encaissement où elle coulait plus haut : de Qçâbi ech Cheurfa +jusqu’au delà d’Ouṭat Oulad el Ḥadj il en sera de même. Ici, +le fond de l’excavation, toujours sablonneux, est garni de cultures : +elles appartiennent aux Oulad Khaoua et dépendent du hameau d’El +Bridja, résidence de mon zeṭaṭ. Je traverse le fleuve, que bordent +de grands tamarix, et je gagne le village. J’y laisse mon jeune +compagnon : son père monte à cheval et m’accompagne pendant le +reste du trajet. D’El Bridja à Misour, on chemine dans la vallée de +la Mlouïa que j’apercevais tout à l’heure : c’est une plaine +unie comme une glace, sans une ride. Le sol est dur, il est formé +moitié de sable, moitié de gravier. La plupart du temps, point de +végétation ; parfois un maigre buisson de jujubier sauvage. Devant +moi, la plaine de la Mlouïa s’étend à l’infini : à droite, +s’allonge dans le lointain la ligne claire du Rekkam ; à gauche, +se dressent au-dessus de ma tête les hauts massifs sombres que domine +le Djebel Oulad Ạli. A 6 heures et demie, j’entre dans les jardins +de Misour. Marchant par des sentiers tortueux entourés de haies ou de +murs de pisé, au milieu d’une multitude d’oliviers, de figuiers, +de pommiers, d’arbres de toute sorte ombrageant des cultures, +je parviens à 7 heures au qçar de Bou Kenzt, où mon zeṭaṭ me +confie à un marabout de ses amis. J’y passerai la nuit. + +Je n’ai rencontré personne sur la route, excepté aux lieux habités +où j’ai passé, Qçâbi ech Cheurfa et El Bridja. La dernière +fois que je l’ai traversée, la Mlouïa avait 35 mètres de large, +1m,20 de profondeur, un courant assez rapide ; toujours même eau, +jaune, mais de goût agréable. Hors le fleuve, je n’ai franchi +que deux cours d’eau de quelque importance : l’Ouad Ouizert (8 +mètres de large ; 30 à 40 centimètres de profondeur ; eau claire et +verte ; courant rapide), et une rivière qui se jette dans la Mlouïa +immédiatement au-dessous d’El Bridja (lit de sable, à sec, de 100 +mètres de large ; deux canaux pleins d’eau coulent sur ses rives). + +Misour est un îlot de verdure situé au confluent de l’Ouad +Souf ech Cherg et de la Mlouïa ; la plus grande partie de cette +sorte d’oasis se trouve sur la rive droite de l’Ouad Souf ech +Cherg. Les arbres fruitiers forment un massif compact ombrageant des +cultures et entourant une dizaine de qçars ; c’est une forêt +d’oliviers produisant une huile excellente, de pommiers dont on +exporte les fruits jusqu’à Fâs, de grenadiers, de figuiers : ces +beaux arbres donnent à ce lieu l’aspect le plus riant. Les jardins +sont arrosés de nombreux canaux, saignées faites à l’Ouad Souf +ech Cherg, dont les eaux, au-dessous des cultures, ont encore une +largeur de 20 mètres et 50 centimètres de profondeur ; elles sont +limpides et courantes et descendent sur un lit de gravier sans berges +de 60 mètres de large. Les constructions de Misour sont en pisé ; +elles sont simples : ni tiṛremts, ni tours, ni ornements. + +Le costume demeure le même, sauf la coiffure : le cordon de soie +disparaît, et je vois commencer l’usage algérien de la corde de +poil de chameau maintenant le ḥaïk sur la tête au-dessus du turban +blanc. L’armement subit, dès Qçâbi ech Cheurfa, des modifications +importantes : à partir de là, plus de sac à poudre de filali, ni +de poignard recourbé. Le premier se remplace par la poire de bois +dont on se sert à Fâs et à Tâza, le second par un poignard droit +assez long, qu’on voit aussi du côté de Fâs. On porte donc : +un fusil, d’ordinaire court (nombreux fusils à deux coups, à +capsule, d’origine française ; nombreux mousquetons européens, +à pierre), un poignard droit, une poire à poudre, souvent un sabre +et un pistolet : on voit beaucoup de ceux-ci à capsule. + +En entrant à Misour, j’ai quitté le blad el makhzen. Les Oulad +Khaoua, sur les terres desquels j’ai marché la majeure partie +de la journée, sont soumis au sultan : c’est une soumission +peu effective, bornée à la remise d’un léger impôt entre les +mains du qaïd d’El Qçâbi ; du reste, la tribu se gouverne à sa +guise. On ne peut circuler sur son territoire qu’avec un zeṭâṭ, +bien qu’il soit compté blad el makhzen. Il finit à Misour : ce +district est indépendant : au delà, j’entrerai sur les terres de +la grande tribu des Oulad el Ḥadj qui l’est aussi. Je ne sortirai +du blad es sîba qu’aux abords de Debdou. La population de Misour +est composée, partie de marabouts, partie d’Arabes. Chaque qçar +y est libre, sans lien avec ses voisins. Misour ne reconnaît point +l’autorité du sultan : quelques marabouts du district vont chaque +année en pèlerinage à Fâs lui rendre hommage, ils lui apportent +des présents, en reçoivent en échange de plus considérables et +reviennent : c’est une démarche privée. + +Un changement important s’est opéré depuis que j’ai quitté +Qçâbi ech Cheurfa : il concerne le langage. Dans le bassin du Ziz, +chez les Aït ou Afella, la langue universelle était le tamaziṛt. A +El Qçâbi, les uns parlent le tamaziṛt, les autres l’arabe ; +les deux idiomes sont en usage. Depuis mon entrée chez les Oulad +Khaoua, on ne parle que l’arabe. Cette langue est seule employée +à Misour et sur le territoire des Oulad el Ḥadj. Les Oulad Khaoua +sont une fraction de cette dernière tribu, mais ils en sont séparés +politiquement, comme les Aït ou Afella des Aït Izdeg. + + 9 mai. + +Je me suis entendu hier soir avec le marabout mon hôte pour qu’il +me serve de zeṭaṭ jusqu’à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Je pars +avec lui à 6 heures du matin. Au départ, une petite caravane avec +laquelle nous ferons route se joint à nous. Elle se compose de six +hommes armés et de quatre femmes : ces dernières sont des cherifas +montées à âne ou à mulet. + +Le chemin d’aujourd’hui se fera dans la plaine où je suis +entré hier. Elle demeure très large, bien qu’elle se resserre +à mesure qu’on avance vers le nord ; elle ne cesse pas d’être +déserte ; aucun lieu habité ne s’y distingue : il en existe +plusieurs au fond de la tranchée où coule la Mlouïa ; rares, +et espacés à grands intervalles, ils n’apparaissent pas à la +surface de la plaine et restent cachés entre les talus qui bordent +le fleuve. De Misour à El Ouṭat, aucune trace de culture ni de +vie ne s’aperçoit dans cette vaste vallée, région la plus nue +et la plus déserte qu’on puisse voir. Le sol est sablonneux et +dur et prend parfois l’apparence de vase desséchée ; en certains +endroits il est parsemé de gravier. La végétation se réduit à +quelques touffes de thym et à de rares buissons de jujubier sauvage ; +en un seul point, au quart du chemin entre Touggour et El Ouṭat, +je rencontre de la verdure, genêts blancs, jujubiers sauvages, et +çà et là des betoums ; cela dure peu : au bout de 2 kilomètres, +la plaine devient aussi nue qu’avant. Jusqu’à l’arrivée, +les flancs de la vallée restent ce qu’ils étaient hier, haute +muraille sombre couronnée de neige à gauche, mince ligne jaune +presque imperceptible à droite. A mi-côte de l’une et de l’autre, +apparaissent de loin en loin des taches vertes, groupes de qçars et +de jardins échelonnés sur leurs pentes. Ouṭat Oulad el Ḥadj a +le même aspect que Misour : comme lui, c’est une ligne verte qui +barre une partie de la plaine. Tels paraissent de loin le Todṛa, le +Ṛeris, toutes les oasis que j’ai vues. De même qu’à Misour, il +ne manque que les dattiers pour que la ressemblance soit complète. Je +m’arrête à 5 heures du soir au mellaḥ d’El Ouṭat. + +[Illustration] + +Je n’ai rencontré personne sur ma route. Je n’ai pas traversé +de cours d’eau important depuis l’Ouad Souf ech Cherg. L’eau +manque dans la plaine. J’ai passé près de plusieurs sources +et vu un grand nombre de ruisseaux dont les lits, de roche blanche +ou de galets, la plupart à fleur du sol, contiennent des flaques +d’eau. Je suis descendu un instant dans la tranchée de la Mlouïa ; +le sol y était moitié sable, moitié gravier ; elle était déserte +et remplie de grands tamarix à l’ombre desquels poussait du gazon : +à un moment il s’est fait une clairière dans cette forêt ; le fond +s’y est garni de cultures au milieu desquelles se dressaient des +tentes, de pauvres maisons et des huttes, groupées autour d’une +qoubba : c’était le village de Touggour. Aujourd’hui j’ai +pu distinguer la forme du Rekkam, quoiqu’il fût encore loin. Ce +n’est point une chaîne, mais une rampe douce s’élevant par +degrés imperceptibles et conduisant à un plateau qui la couronne : +on dirait une série de côtes à peine accentuées, se succédant +par étages, séparées par des plateaux s’échelonnant les uns +derrière les autres. La crête est fort peu élevée au-dessus du +pied, bien qu’elle en paraisse éloignée. L’ensemble est jaune +clair, sans arbres, et paraît sablonneux. + + 10 et 11 mai. + +Séjour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Ce nom désigne un vaste îlot de +verdure isolé au milieu de la plaine, au confluent de la Mlouïa et +de l’Ouad Chegg el Arḍ ; il est en entier sur les bords de cette +dernière rivière et en majeure partie sur sa rive droite. Tout ce +qui a été dit de l’aspect de Misour lui est applicable : même +multitude d’arbres fruitiers, même prospérité, même air riant ; +mais El Ouṭat est plus grand : au milieu de ces superbes vergers +ne sont pas disséminés moins de 31 qçars ; ils appartiennent aux +Oulad el Ḥadj ; il existe dans le nombre plusieurs zaouïas. + +Les Oulad el Ḥadj sont une grande tribu indépendante ; ils se +disent d’origine arabe : ayant à la fois des qçars et des tentes, +ils sont moitié sédentaires, moitié nomades. Ils habitent les +deux rives de la Mlouïa et la plaine au milieu de laquelle coule ce +fleuve depuis Qçâbi ech Cheurfa jusqu’au qçar d’Oulad Ḥamid, +et s’étendent sur le massif du Rekkam et sur une partie des monts +Debdou ; les qçars chellaḥa du flanc gauche de la Mlouïa leur sont +alliés ou liés par des debiḥas. Une de leurs fractions, celle des +Oulad Khaoua, est séparée du reste de la tribu ; depuis longtemps +elle en est détachée et compte politiquement avec les Aït Izdeg ; +il y a quelques années, elle s’est rangée sous l’autorité du +qaïd d’El Qçâbi. + +Jusqu’en 1882, les Oulad El Ḥadj en totalité reconnaissaient de +nom le sultan. Ils avaient un qaïd, élu parmi eux, et reconnu par +lui. Ce qaïd étant allé, il y a 5 ans, à Fâs, y fut accusé par +un de ses cousins auprès de Moulei El Ḥasen et mis en prison avec +un autre personnage distingué de la tribu. Le dénonciateur revint +et prit le titre de qaïd ; il fut agréé par le sultan. Il était +de la fraction des Oulad Ạbd el Kerim ; en 1882, il fut tué par +des Ṭoual. Depuis lors, la tribu est sans chef et ne reconnaît +plus M. El Ḥasen ; chaque fraction se gouverne à sa guise. Sauf +trois, celles des Beni Ṛiis, des Ahel Rechida et des Oulad Admer, +qui sont soumises au qaïd de Tâza, toutes sont non seulement +indépendantes, mais en hostilité ouverte avec le gouvernement : +aussi, à l’exception des Beni Ṛiis et des gens de Rechida et +d’Admer, aucun individu des Oulad el Ḥadj ne peut circuler en +blad el makhzen. + + + 2o. — D’OUTAT OULAD EL HADJ A DEBDOU. + + + 12 mai. + +Je me suis arrangé hier avec les zeṭaṭs qui me conduiront d’ici +à Debdou : ce sont trois Oulad el Ḥadj, de la subdivision des +Hamouziin. Ils seront payés au retour, par Iosef el Ạsri, Juif +d’El Ouṭat ; j’ai remis la somme convenue entre ses mains, +en présence des trois zeṭaṭs : il la leur donnera en échange +d’une lettre de son fils, jeune homme qui fait ses études à Debdou, +attestant que je suis arrivé sain et sauf dans cette localité. + +Mon escorte vient me prendre aujourd’hui à 4 heures du matin ; +au moment du départ, trois Juifs pauvres se joignent à nous. Notre +petite caravane traverse l’Ouad Chegg el Arḍ au pied du mellaḥ, +puis s’engage au milieu de plantations d’oliviers ; bientôt des +champs, partie cultivés, partie en friche, leur succèdent. A 4 heures +25 minutes, je traverse le dernier des canaux qui les arrosent, et me +voici de nouveau dans le désert. C’est toujours la plaine unie et +nue, au sol de sable dur semé de gravier, sans autre végétation +que, de loin en loin, un peu de thym ou de jujubier sauvage : +telle elle était à El Bridja, à Misour, telle elle est ici ; il +n’y a qu’une différence : elle est moins large. Chemin faisant, +j’aperçois à ma gauche un grand îlot de verdure : El Ạrzan ; +les arbres que je distingue entourent un groupe de qçars appartenant +aux Oulad el Ḥadj. Je traverse pendant quelques minutes des champs +qui en dépendent. A 6 heures du matin, j’arrive sur les bords de +la Mlouïa ; elle coule au niveau de la plaine : plus de trace de la +tranchée où je l’ai vue jusqu’à présent ; elle est séparée +du sol de sa vallée par deux berges sablonneuses en pente douce, +à 1/5, de 3 mètres de hauteur. Le lit a 120 mètres de large ; +l’eau y occupe en général 35 à 40 mètres ; le reste est tantôt +nu, tantôt couvert d’herbages et de tamarix. Il se trouve ici un +gué où je franchis le fleuve : il a 50 mètres de large, 1m,20 de +profondeur, un courant rapide ; les eaux ont la même couleur jaune que +je leur ai vue dès Qçâbi ech Cheurfa. Je viens de les traverser pour +la dernière fois : je quitte la Mlouïa pour ne plus la revoir. La +marche se continue dans la vallée ; elle est toujours unie, déserte, +sablonneuse ; sur son sol devenu doux, on ne sent plus de gravier ; +elle demeure en grande partie nue : à peine y pousse-t-il quelques +touffes d’herbe. J’aperçois des vols de gangas, les premiers +que je voie au Maroc. A 8 heures, je passe non loin de Tiissaf, +frais rideau vert cachant plusieurs qçars sous ses ombrages. A +quelque distance de là, le sol change de nature : d’uni, il devient +ondulé ; les pierres se mêlent au sable : c’est le commencement +du Rekkam. J’y marche jusqu’au soir : il ne cessera d’être +ce qu’il est maintenant : une série d’ondulations légères, +côtes et terrasses s’étageant, succédant insensiblement à la +plaine. Ces échelons successifs forment une rampe large et basse dont +le sommet est un plateau s’étendant au loin. Sol tantôt sable, +tantôt roche d’un jaune clair ; des touffes d’ḥalfa y poussent +çà et là : c’est la seule végétation qui s’y montre. + +Je cheminais ainsi, lorsque se produisit un fait qui faillit mettre +fin à mon voyage. De mes trois zeṭaṭs, l’un, nommé Bel Kasem, +était un honnête homme ; les deux autres s’étant figuré, à la +blancheur de mes habits, à la bonne mine de mon mulet, et, paraît-il, +d’après les dires de Juifs d’El Ouṭat, que j’étais chargé +d’or, ne s’étaient offerts à m’escorter que dans le but de me +piller. Rien ne parut d’abord. A midi et demi, comme je marchais +en tête de la caravane, prenant mes notes, je me sentis tout à +coup tiré en arrière et jeté à bas de ma monture : puis on me +rabattit mon capuchon sur la figure, et mes deux zeṭaṭs se mirent +à me fouiller : l’un me tenait, pendant que l’autre me visitait +méthodiquement. A cette vue, Bel Kasem d’accourir : il brandit son +fusil, menace, veut empêcher le pillage ; mais il est impuissant +à arrêter ses compagnons : tout ce qu’il peut est de prendre +ma personne sous sa protection : il me rend la liberté et assiste, +les larmes aux yeux, au déballage de mes effets. On m’avait pris +ce que j’avais sur moi ; on se mit à chercher dans mon bagage : +il était léger : on n’y trouva pas grand’chose ; mes deux +zeṭaṭs s’emparèrent de ce que j’avais d’argent (une fort +petite somme) et des objets qui leur parurent bons à quelque usage ; +on me laissa comme sans valeur les seules choses auxquelles je tinsse : +mes notes et mes instruments. Puis on me fit remonter sur mon mulet et +on continua la route, Bel Kasem mélancolique d’avoir vu violer sous +ses yeux son ạnaïa, mes deux voleurs mécontents de n’avoir fait +que demi-besogne, étonnés de n’avoir pas trouvé plus d’argent +et se reprochant de m’avoir laissé les seules choses qu’ils ne +m’avaient pas prises, la vie et mon mulet. Durant le reste de cette +journée et durant toute celle du lendemain, ils discutèrent ce sujet, +pressant Bel Kasem de m’abandonner, de les laisser me dépêcher +d’un coup de fusil, lui faisant des offres, lui promettant sa +part. Bel Kasem fut inébranlable et déclara qu’ils n’auraient +ma vie qu’avec la sienne ; il leur fit des raisonnements : comment +feraient-ils au retour s’ils n’apportaient à El Ạsri la +lettre de son fils prouvant mon arrivée à Debdou ? Ma mort connue, +ce Juif, envers qui ils s’étaient engagés à me conduire, se +vengerait : son seigneur était un des hommes les plus puissants +d’une fraction des Oulad el Ḥadj beaucoup plus nombreuse que la +leur : elle s’armerait contre eux et les ruinerait. Cette dernière +considération, jointe à l’attitude ferme de Bel Kasem et à +l’adresse qu’il eut de faire traîner la discussion en longueur, +me sauva. En approchant de Beni Ṛiis, on décida qu’il ne me +serait pas fait de mal, et qu’on me forcerait, en vue de Debdou, +à envoyer un billet au jeune Israélite, annonçant mon arrivée, +demandant la lettre pour son père, et déclarant que mon escorte +avait été parfaite. Ce fut au dernier moment et en désespoir de +cause que ce plan fut accepté : jusque-là la discussion ne cessa +pas ; je n’en perdais pas un mot. Étrange situation d’entendre +durant un jour et demi agiter sa vie ou sa mort par si peu d’hommes, +et de ne rien pouvoir pour sa défense. Il n’y avait point à +agir. J’étais sans armes : un revolver était dans mon bagage ; +il m’avait été pris : l’eussé-je eu, il ne m’eût point +servi : que faire seul dans le désert, au milieu de tribus où tout +étranger est un ennemi ? Il n’y avait qu’un parti à prendre : +la patience ; elle m’a réussi. Au moment de la bagarre, le rabbin +Mardochée s’était bien conduit : il était venu à mon secours ; +mais que pouvait-il ? On lui fit sentir la pointe d’un sabre et on +l’écarta. Quant à mon domestique et aux Juifs qui s’étaient +joints à moi, ils se sauvèrent le plus loin qu’ils purent, et on +ne les revit que lorsque nous eûmes recommencé à marcher. + +[Illustration] + +Après cet incident, nous reprîmes notre route, continuant à cheminer +dans le Rekkam jusqu’au soir. A 5 heures, nous arrivons à une +crête ; à nos pieds s’ouvre un petit ravin à flancs rocheux et +escarpés : un chemin raide nous conduit au fond ; celui-ci n’a pas +plus de 30 mètres de large ; nous le suivons pendant un instant ; +à 5 heures un quart, nous nous arrêtons. Nous sommes presque à +la bouche du ravin : à quelques pas d’ici, ses flancs tombent +brusquement et le ruisseau entre en plaine. Nous nous abritons dans +un creux de rocher et nous y passons la nuit. + +[Illustration : Djebel Oulad Ali et Djebel Reggou. + +(Les parties ombrées des montagnes sont couvertes de neige.) + +(Vue prise du chemin de Outat Oulad el Hadj à Debdou, à 24 +kil. d’Outat Oulad el Hadj.) + +Croquis de l’auteur.] + +De toute la journée, je n’ai rencontré personne sur la route. Hors +la Mlouïa et l’Ouad Chegg el Arḍ, je n’ai traversé qu’un +cours d’eau de quelque importance ; il coulait dans le Rekkam : +au point où je l’ai passé, une qoubba et un cimetière se +trouvaient sur sa rive, et une dizaine de palmiers dans son lit ; +ce dernier avait 20 mètres de large, moitié sable, moitié roche ; +un filet d’eau courante de 2 mètres y serpentait à l’ombre de +lauriers-roses. Ras Rekkam est une butte isolée, de 30 à 40 mètres +de hauteur ; elle est, comme tout le massif, moitié sable, moitié +roche jaune : seul accident de terrain du Rekkam, elle se voit de loin +malgré son peu d’élévation : je l’apercevais des Oulad Khaoua, +avant d’arriver à El Bridja. Pendant la fin de la journée, j’ai +devant les yeux un massif de montagnes sombres ; je m’y engagerai +demain : derrière lui, est Debdou. Tout le jour, j’ai continué à +apercevoir la vallée de la Mlouïa ; elle reste jusqu’au dernier +moment ce qu’elle était plus haut, avec cette différence qu’elle +se rétrécit de plus en plus ; le flanc gauche en est toujours formé +par le Moyen Atlas qui, tout en restant élevé, décroît à partir +du mont Reggou. Celui-ci est le dernier dont la cime soit couverte +de neige. On n’en voit plus à l’est de ce sommet. + + 13 mai. + +Départ à 4 heures du matin. D’ici partent deux chemins pour +Debdou : l’un en plaine, par la vallée de la Mlouïa ; l’autre +en montagne, par les monts Debdou, qui en forment le flanc droit. Je +prends le dernier, le premier étant périlleux pour mes zeṭaṭs, +dont la fraction est en guerre avec Rechida, près d’où il faudrait +passer. Je continue à marcher dans le Rekkam, me dirigeant vers le +massif qui se dresse devant moi ; j’arrive à son pied à 8 heures du +matin. Je gravis une longue rampe, accidentée, coupée de vallées et +semée de collines, sans pentes raides ; le sol est pierreux, souvent +rocheux, en grande partie tapissé d’ḥalfa, avec quelques arbres, +rares d’abord, de plus en plus nombreux à mesure que l’on monte. A +midi, je parviens au sommet : le terrain cesse d’être mouvementé : +on débouche sur un vaste plateau. Une épaisse forêt le couvre : +elle est composée de grands arbres, ạrar, taqqa, kerrich de 6 à 8 +mètres de hauteur. Ce plateau boisé, qui couronne la chaîne, porte +le nom de Gạda Debdou ; dans le pays, on l’appelle la Gạda. Le +sol, tantôt pierres, tantôt terre, y est uni. Beaucoup d’eau : +sources et mares. Sous les arbres, la terre est un tapis de gazon et +de mousse. Il y a des clairières ; elles sont rares : les unes sont +couvertes de gazon ; j’en traverse d’autres en partie cultivées +appartenant aux habitants de Rechida : ce qçar est à peu de distance +à l’ouest, sur le revers occidental du plateau. + +Je marche jusqu’à 3 heures dans cette forêt, l’une des plus +belles que j’aie vues au Maroc. A 3 heures, j’arrive à une +crête : à mes pieds se creuse un profond ravin dont les pentes +inférieures sont garnies de cultures, les parties hautes sont +rocheuses et boisées. Dans le bas coule un torrent, l’Ouad Beni +Ṛiis, dont la source est ici. Je quitte le plateau et descends par un +chemin raide et difficile vers le fond du ravin. Je l’atteins à 4 +heures et demie, à Oulad Ben el Ḥoul, village des Beni Ṛiis. Je +fais halte à 5 heures moins un quart, chez un ami de Bel Kasem, +en la maison de qui celui-ci se hâte de me mettre en sûreté. + +Toute la marche d’aujourd’hui s’est faite dans le désert : +pas un être vivant sur le chemin. Le seul cours d’eau que j’aie +vu est l’Ouad Beni Ṛiis ; je l’ai traversé cinq minutes avant +de m’arrêter ; il avait 3 mètres de large, 0m,25 de profondeur, +un courant impétueux : c’est un torrent bondissant sur un lit de +roches et de grosses pierres. + +Oulad Ben el Ḥoul est un grand village appartenant aux Beni Ṛiis, +fraction des Oulad el Ḥadj. Il est construit en long des deux côtés +de l’Ouad Beni Ṛiis. Le ravin où il se trouve n’a aucune +largeur au fond ; ses flancs sont couverts de maisons vers le bas, +puis de cultures coupées de cactus ; plus haut, c’est boisé : de +grands troupeaux de chèvres paissent dans cette dernière région ; +très escarpés près du sommet, les flancs sont raides dès leur +pied. Les habitations des Beni Ṛiis sont semblables à celles des +Ṛiata : elles sont en pisé, très basses et mal construites. Les +Beni Ṛiis sont une des trois fractions des Oulad el Ḥadj +reconnaissant l’autorité du sultan. + + 14 mai. + +Les Hamouziin ne peuvent aller au delà d’Oulad Ben el Ḥoul. Leur +groupe est en démêlés avec les tribus des environs de Debdou. Bel +Kasem me confie pour la fin du trajet à mon hôte et à trois autres +de ses amis ; ses deux compagnons leur recommandent longuement de ne me +laisser entrer à Debdou qu’une fois la lettre convenue entre leurs +mains. Départ à 6 heures du matin. Je descends l’Ouad Beni Ṛiis ; +sa vallée reste ce qu’elle était hier, couverte de champs dans +le bas, hérissée de roches et boisée dans le haut. Au bout d’un +quart d’heure, j’arrive au confluent de l’Ouad Beni Ṛiis avec +l’Ouad Oulad Ọtman, petit cours d’eau de même force que lui. Je +remonte cette nouvelle vallée : elle est identique à celle d’où je +sors, mais plus large au début. J’en suis le fond quelque temps ; +bientôt elle se rétrécit : elle devient enfin un ravin étroit, +rocheux, sans trace de cultures, boisé depuis le lit du torrent +jusqu’au sommet des flancs. Je la quitte alors ; je gravis son flanc +droit : la montée, au milieu de grands blocs de roche, est très +difficile. A 8 heures et demie, je parviens au sommet ; je continue +à marcher sous bois : les forêts que je vois ce matin sont en tout +semblables à celles que j’ai traversées hier ; ce plateau fait +partie de la Gạda. A 9 heures moins un quart, Debdou apparaît : +une petite ville, dominée par son minaret, étale à mes pieds ses +maisons roses au fond d’une verte vallée ; alentour s’étendent +des prairies et des jardins ; au-dessus s’élèvent de hautes parois +de roc, aux crêtes boisées que couronne la Gạda. Je descends vers +ce lieu riant. Un chemin pierreux, raide et pénible, y conduit. A +10 heures, je suis à Debdou. Mes zeṭaṭs, qui, n’ayant pas +été mis dans le secret de l’aventure, n’ont rien compris aux +recommandations des Hamouziin, me laissent entrer aussitôt. + +J’ai rencontré beaucoup de monde sur la route. L’Ouad Oulad +Ọtman, seul cours d’eau que j’aie traversé, avait 3 mètres +de large, 20 centimètres de profondeur, une eau claire et courante. + +Debdou est située dans une position délicieuse, au pied du flanc +droit de la vallée, qui s’élève en muraille perpendiculaire +à 80 mètres au-dessus du fond ; il forme une haute paroi de +roche jaune, aux tons dorés, que de longues lianes rayent de leur +feuillage sombre. Au sommet se trouve un plateau, avec une vieille +forteresse dressant avec majesté au bord du précipice ses tours +croulantes et son haut minaret. Au delà du plateau, une succession +de murailles à pic et de talus escarpés s’élève jusqu’au +faîte du flanc. Là, à 500 mètres au-dessus de Debdou, se dessine +une longue crête couronnée d’arbres, la Gạda. Des ruisseaux, +se précipitant du sommet de la montagne, bondissent en hautes +cascades le long de ces parois abruptes et en revêtent la surface +de leurs mailles d’argent. Rien ne peut exprimer la fraîcheur +de ce tableau. Debdou est entourée de jardins superbes : vignes, +oliviers, figuiers, grenadiers, pêchers y forment auprès de la ville +de profonds bosquets et au delà s’étendent en ligne sombre sur les +bords de l’ouad. Le reste de la vallée est couvert de prairies, de +champs d’orge et de blé se prolongeant sur les premières pentes des +flancs. La bourgade se compose d’environ 400 maisons construites en +pisé ; elles ont la disposition ordinaire : petite cour intérieure, +rez-de-chaussée et premier étage ; comme à Tlemsen, bon nombre de +cours et de rez-de-chaussée sont au-dessous du niveau du sol. Les rues +sont étroites, mais non à l’excès comme dans les qçars. Point +de mur d’enceinte. La localité est alimentée par un grand nombre +de sources dont les eaux sont délicieuses et restent fraîches durant +l’été ; l’une d’elles jaillit dans la partie basse de Debdou, +à la limite des jardins. Le voisinage en est abondamment pourvu : +Qaçba Debdou, la vieille forteresse qui domine la ville, en possède +plusieurs dans son enceinte. Debdou est soumise au sultan ainsi que +les villages de sa vallée ; la population de ces divers points est +comprise sous le nom d’Ahel Debdou. Point de qaïd, point de chikh, +point de dépositaire de l’autorité ; le pays se gouverne à sa +guise, et tous les ans le qaïd de Tâza, de qui relève le district, +ou un de ses lieutenants, y fait une tournée, règle les différends +et perçoit l’impôt. La population de Debdou présente un fait +curieux, les Israélites en forment les trois quarts ; sur environ +2000 habitants, ils sont au nombre de 1500. C’est la seule localité +du Maroc où le nombre des Juifs dépasse celui des Musulmans. + +[Illustration : Debdou et vallée de l’Ouad Debdou. (Les parties +ombrées des montagnes sont boisées.) + +(Vue prise du flanc droit de la vallée, entre Debdou et Qaçba +Debdou.) + +Croquis de l’auteur.] + +Debdou est le premier point que je rencontre faisant un commerce +régulier avec l’Algérie : un va-et-vient continuel existe entre +cette petite ville et Tlemsen. Les négociants israélites y cherchent +les marchandises qui ailleurs viennent des capitales marocaines ou +de la côte ; ils les emmagasinent chez eux, et les écoulent peu à +peu sur place et dans les marchés du voisinage. Debdou a quelques +relations avec Fâs et Melilla, mais ses seuls rapports importants +sont avec l’Algérie ; il en sera de même des centres par lesquels +je passerai désormais, Qaçba el Ạïoun et Oudjda. + +Debdou et le massif de montagnes qui porte son nom nourrissent de +grands troupeaux de chèvres, des vaches et d’excellents mulets +dont la race est renommée. + + + 3o. — DE DEBDOU A LALLA MARNIA. + + +Arrivé à Debdou dépouillé de tout argent, sans un centime, +j’eusse été fort embarrassé si je n’avais été près de la +frontière. Je n’étais qu’à trois ou quatre journées de Lalla +Maṛnia. Je vendis mes mulets : cela me fournit de quoi gagner la +frontière française sur des animaux de louage. + + 18 mai. + +Je me mets en route avec une nombreuse caravane de Juifs se rendant au +tenîn du Za. On arrivera demain à Dar Ech Chaoui, lieu du marché ; +aujourd’hui, on va à Qaçba Moulei Ismạïl, sur l’Ouad +Za. Environ trente Israélites, montés la plupart sur des mulets, +forment la caravane ; elle est protégée par six zeṭaṭs à pied, +Kerarma auxquels on paie un prix convenu au départ, tant par Juif, +tant par mulet, tant par âne. + +Départ à 9 heures du matin. Je descends la vallée de l’Ouad +Debdou ; le sol en est terreux, semé de quelques pierres ; elle +reste tout le temps ce qu’elle était au départ, si ce n’est +que les cultures y diminuent : elles n’occupent bientôt qu’une +partie du fond, dont le reste se couvre de hautes broussailles où +surgissent çà et là quelques grands arbres. A 10 heures et demie, +je suis à l’extrémité de la vallée et j’entre dans la plaine de +Tafrâta : c’est une immense étendue déserte, unie comme une glace, +à sol de sable ; souvent pendant plusieurs années cette surface +reste nue, stérile, sans végétation ; à cette heure, grâce aux +pluies de l’hiver, elle est clairsemée d’herbe tendre : cela +lui donne un aspect verdoyant qu’elle a rarement ; en deux points +se trouvent des ḍaïas, ou mạders, où le sol est vaseux, coupé +de flaques d’eau et couvert de hautes herbes. La plaine s’étend +à l’ouest jusqu’à la Mlouïa : de ce côté, on aperçoit dans +le lointain les montagnes bleues des Ṛiata et du Rif et la ligne +basse du Gelez dominée par la cime du Djebel Beni Bou Iaḥi ; +à l’est, elle est bordée par un demi-cercle de montagnes grises +moins hautes que le Djebel Debdou, auquel elles se rattachent ; au +sud, par le Djebel Debdou s’étendant jusqu’à Rechida ; au nord, +par les deux sommets bruns du Mergeshoum et la ligne blanche du Gelob, +vers lequel je marche. Je franchis ce dernier à 3 heures et demie ; +c’est un bourrelet calcaire de peu de hauteur qui se traverse en +quelques minutes. De là je passe dans une plaine ondulée à sol +terreux semé de pierres, presque nue ; les mêmes herbes que dans +le désert de Tafrâta y poussent, mais rares, ne déguisant nulle +part l’aspect jaune de son sol. Elle paraît bornée au sud par le +Mergeshoum et le Gelob, au nord et à l’est par l’Ouad Za. J’y +marche le reste de la journée. A 5 heures 50, je me trouve à la +crête d’un talus : au-dessous, la vallée de l’Ouad Za s’étend +à mes pieds, remplie de cultures, de jardins et de douars. Le talus +est peu élevé et en pente douce ; il est composé moitié de sable, +moitié de roche (galets roulés) : je le descends et j’entre dans +la vallée ; au milieu d’elle se dressent, sur une butte isolée, +les ruines imposantes d’une vieille forteresse : c’est Qaçba +Moulei Ismạïl, détachant ses hautes murailles roses sur le fond +vert du sol. Je marche vers elle, cheminant au milieu des champs et +des arbres fruitiers, franchissant à chaque pas des canaux d’eau +limpide. A 6 heures, j’y parviens : c’est le terme de ma route +d’aujourd’hui. + +Je n’ai rencontré personne sur mon parcours depuis l’entrée +dans le Tafrâta. Les deux seuls cours d’eau de quelque importance +que j’aie traversés sont : l’Ouad Debdou (3 mètres de large, +20 centimètres de profondeur, eau claire et courante coulant sur un +lit de gravier ; pas de berges) et Ạïn Ḥammou (2 mètres d’eau +coulant sur un lit large de 4 mètres, encaissé entre des berges de +sable de 15 mètres de haut). + +Qaçba Moulei Ismạïl porte aussi le nom de Taourirt : on la désigne +d’habitude dans le pays sous cette dernière appellation. Elle +s’élève sur un mamelon isolé, dans un coude de l’Ouad Za, +dont la vallée s’élargissant forme une petite plaine : la vallée, +bordée à gauche par la rampe que j’ai descendue, l’est à droite +par un talus escarpé, partie sable, partie roche jaune, de 60 à 80 +mètres de haut. Le fond présente l’aspect le plus frais et le plus +riant ; il est tapissé de cultures et d’une multitude de bouquets +d’arbres, oliviers, grenadiers, figuiers, taches sombres sur cette +nappe verte. Au milieu se dressent une foule de tentes dispersées +par petits groupes, disparaissant sous la verdure. Les rives de +l’Ouad Za, dans cette région, présentent partout même aspect : +elles sont d’une richesse extrême ; cette prospérité est due à +l’abondance des eaux de la rivière ; jamais elles ne tarissent : +c’est une supériorité du pays de Za (on appelle _blad Za_ les +bords du cours d’eau) sur Debdou et ses environs, où les belles +sources que j’ai vues se dessèchent en partie pendant les étés +très chauds. + +Qaçba Moulei Ismạïl, ou Taourirt, est une enceinte de murailles de +pisé, en partie écroulée, dont il reste des portions importantes ; +les murs, bien construits, sont élevés et épais, garnis de +banquettes, flanqués de hautes tours rapprochées ; ils sont du +type de ceux de Meknâs et de Qaçba Tâdla. De larges brèches +s’ouvrent dans l’enceinte, qui n’est plus défendable. Au milieu +s’élève, sur le sommet de la butte, que les murailles ceignent +à mi-côte, un bâtiment carré de construction récente servant +aux Kerarma à emmagasiner leurs grains : la tribu a ici la plupart +de ses réserves. Cette sorte de maison, neuve, mal bâtie, basse, +contraste avec l’air de grandeur des vieilles murailles de la Qaçba. + +Départ à 6 heures un quart du matin. Je remonte la vallée du Za ; +elle reste ce qu’elle était à Taourirt, couverte de cultures +et de jardins et très peuplée. A 7 heures, une maison se dresse +au haut de la rampe qui en forme le flanc gauche : c’est Dar Ech +Chaoui, résidence de Chikh Ben Ech Chaoui, chikh héréditaire et +aujourd’hui qaïd des Kerarma, tribu à laquelle appartient cette +portion du Za. Je monte vers la maison ; au pied de ses murs, sur +le plateau dont elle occupe le bord, se trouve le marché auquel se +rend ma caravane, Tenîn el Kerarma. J’y fais halte. On distingue +d’ici la vallée de l’Ouad Za à une certaine distance vers le +sud ; jusqu’à un tournant où on la perd de vue, elle garde même +aspect, toujours verte, toujours habitée. + +[Illustration : Vallée de l’Ouad Za et Djebel Mergeshoum. (Vue +prise de Dar Ech Chaoui.) + +Croquis de l’auteur.] + +Le marché où je suis, très animé d’habitude, l’est peu +aujourd’hui : les habitants de la rive gauche de la Mlouïa n’ont +pu s’y rendre, le fleuve étant infranchissable depuis plusieurs +jours. Il est toujours gros en cette saison ; c’est l’époque de +sa crue : qu’il pleuve ou non, les eaux en sont fortes et difficiles +ou impossibles à passer de la mi-avril à la mi-juin. + +Je quitte le marché à 1 heure. J’ai pris deux zeṭaṭs Chedjạ, +qui me conduiront à Qaçba el Ạïoun, où j’arriverai demain. Je +redescends dans la vallée du Za et je la traverse ainsi que la +rivière ; puis je gravis le talus qui en forme le flanc droit. Parvenu +au sommet, je me trouve dans une plaine sablonneuse ondulée. Je suis +dans le désert d’Angad ; j’y resterai jusqu’à mon arrivée +à Lalla Maṛnia. C’est une plaine immense ayant pour limites : +à l’ouest, l’Ouad Za et la Mlouïa ; à l’est, les hauteurs +qui bordent la Tafna ; au nord, le Djebel Beni Iznâten[99] ; +au sud, les djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara faisant suite au +Mergeshoum. Parfaitement plate au centre, elle est ondulée sur ses +lisières nord et sud, d’une manière d’autant plus accentuée +qu’on se rapproche davantage des montagnes qui la bordent. Le sol +en est sablonneux ; il est dur lorsqu’il est sec, et forme une vase +glissante, où la marche est difficile, aussitôt qu’il pleut. Nu +d’ordinaire, le désert d’Angad se couvre d’une herbe abondante +après les hivers humides ; cette année, la surface en est toute +verte : c’est un bonheur pour les tribus nomades, dont les troupeaux +trouvent à foison la nourriture que d’habitude il faut chercher +dans le Ḍahra. Cette bonne fortune arrive rarement : la plaine, +si riante en ce moment, vient d’être durant cinq années nue et +stérile, triste étendue de sable jaune sans un brin de verdure. Le +désert d’Angad est occupé par trois tribus nomades, les Mhaïa, +les Chedjạ et les Angad. En outre, plusieurs tribus montagnardes +qui habitent ses limites empiètent sur lui en des endroits de sa +lisière : ainsi le cours de l’Ouad Mesegmar est garni de cultures +et de douars appartenant aux Beni Bou Zeggou. Cette plaine, jusqu’à +la frontière française, est, ainsi que les montagnes qui la bordent, +soumise au sultan ; il en est de même du pays que je traverse depuis +Debdou. La réduction de ces contrées est complète et réelle, +mais ne date que de 1876 ; elle est le résultat de l’expédition +que fit alors Moulei el Ḥasen et dans laquelle il vint jusqu’à +Oudjda. Auparavant, presque toute la contrée était insoumise. Je +chemine dans le désert d’Angad jusqu’à 5 heures un quart ; à ce +moment j’arrive au bord de l’Ouad Mesegmar ; je le traverse et je +m’arrête sur sa rive droite, dans une tente où je passerai la nuit. + +Sur ma route, il y avait un assez grand nombre de passants ; ils +revenaient comme moi du marché. J’ai vu peu de lieux habités, +quelques rares douars des Beni Bou Zeggou ; ils étaient petits, +de 6 à 8 tentes chacun, et isolés les uns des autres. L’Ouad Za, +au point où je l’ai passé, avait un lit de sable de 80 mètres de +large : l’eau y occupait 20 mètres ; elle avait 80 centimètres +de profondeur et un courant rapide. De cette rivière à l’Ouad +Mesegmar, j’ai traversé des ruisseaux sans importance, ayant +un peu d’eau par suite des pluies récentes ; plusieurs étaient +difficiles à franchir à cause de leurs berges escarpées, hautes +souvent de 7 à 8 mètres, qui en faisaient de vraies coupures dans +la plaine. L’Ouad Mesegmar a 6 mètres de large, dont 3 remplis +d’eau courante ; il coule entre deux berges de sable à 1/1 de +20 mètres de hauteur. Le point où je l’ai atteint est le plus +haut de la bande de cultures qui le borde ; il n’y a pas de tentes +au-dessus de celle où je suis. Ici et tout le long du cours d’eau, +en le descendant, les deux rives sont garnies de champs, de jardins, +de grands arbres et de nombreuses tentes, les unes isolées, les autres +groupées par deux ou trois. C’est un ruban vert, moucheté de noir, +se déroulant dans le désert. + +Les tentes du Za étaient en flidj, celles de l’Ouad Mesegmar sont +en nattes grossières : toutes sont vastes. Point de maison dans le +Za, sauf celle de Chikh Ben Ech Chaoui. Il y en a une sur l’Ouad +Mesegmar ; elle est à quelques pas d’ici : c’est la résidence du +qaïd des Beni Bou Zeggou. Ce dernier, Qaïd Ḥamada, était le chikh +de la tribu avant d’en être qaïd de par le sultan ; c’était +le plus grand pillard de la contrée avant 1876 ; à présent, au +contraire, il est d’une sévérité extrême contre les voleurs et +fait régner l’ordre le plus rigoureux sur son territoire. + + 20 mai. + +Départ à 5 heures un quart du matin. Je continue à cheminer dans +le désert d’Angad. J’arrive à 11 heures du matin à Qaçba el +Ạïoun. La marche était difficile à cause de l’état du sol, +détrempé par des pluies récentes. Je n’ai rencontré personne +durant le trajet. Les cours d’eau que j’ai franchis sont au +nombre de deux : l’Ouad Metlili (lit de 5 mètres ; 1m,50 d’eau ; +berges de sable de 12 mètres de hauteur ; ce cours d’eau prend, +me dit-on, sa source au Djebel Beni Iạla) ; l’Ouad el Qceb (25 +mètres de large ; lit de galets, à sec ; berges de sable, à pic, +hautes de 15 mètres. Cette rivière prend sa source chez les Beni +Iạla et se jette dans la Mlouïa chez les Beni Oukil ; elle reçoit, +m’assure-t-on, l’Ouad Mesegmar sur sa rive gauche). + +Qaçba Ạïoun Sidi Mellouk, appelée d’ordinaire Qaçba el +Ạïoun, s’élève isolée au milieu du désert d’Angad. Aux +environs, apparaissent quelques cultures et un certain nombre de petits +douars des Chedjạ. La Qaçba est une enceinte rectangulaire de +murs de pisé ayant 4 à 5 mètres de haut et 30 à 40 centimètres +d’épaisseur ; ni banquettes, ni fossés. A l’intérieur +sont des maisons, la plupart en mauvais état, n’ayant qu’un +rez-de-chaussée ; elles sont bâties par pâtés, séparés +tantôt par de larges passages, tantôt par des places : point de +rues proprement dites, et moins encore de ces ruelles étroites +qu’on voit dans les qçars. Un grand nombre d’habitations +sont blanchies. Au milieu de la Qaçba, sont creusés plusieurs +puits qui l’alimentent. La vue intérieure de Qaçba el Ạïoun +rappelle de loin celle de certains quartiers de Géryville : mêmes +voies larges, mêmes demeures basses, même population de petits +marchands. En dehors de l’enceinte, vers l’angle nord-est, se +trouve un bouquet d’arbres et, au milieu, la qoubba de S. Mellouk ; +auprès jaillissent plusieurs sources, donnant une eau abondante +et bonne ; on les appelle Ạïoun S. Mellouk, d’où le nom de la +Qaçba. Celle-ci est ancienne, mais tombait en ruine et était déserte +lors de l’expédition de Moulei El Ḥasen en 1876. Il la restaura +et y installa la garnison qui s’y trouve : elle se compose d’une +centaine de réguliers (ạskris), commandés par un aṛa. Qaçba +el Ạïoun est en outre la résidence du qaïd des Chedjạ, Chikh +Ḥamida ech Chergi, chef suprême dans la place ; il a auprès de +lui son lieutenant et quelques hommes du makhzen. Les autres habitants +sont des marchands musulmans et juifs, ceux-ci originaires de Debdou +ou de Tlemsen, qui vendent des denrées d’Europe et d’Algérie +aux soldats et aux tribus des environs. + +Le sultan croit avoir ici 600 réguliers commandés par un aṛa, +Ḥadj Moḥammed : de fait, il y possède 100 ou 150 malheureux qui +n’ont de soldats que le nom. Il envoie 5000 fr. par mois pour la +solde de la troupe : les hommes ne touchent rien, sont nus et meurent +de faim ; l’aṛa et ses lieutenants gardent tout. + +Le commerce de Qaçba el Ạïoun a de l’importance. Les boutiques +installées dans son enceinte sont bien approvisionnées. Chaque +semaine, se tient au pied de ses murs un marché, le Tlâta Sidi +Mellouk. Ce jour-là, les tribus des environs, celles de la montagne +comme celles de la plaine, viennent en foule, apportant des laines, +des tellis, des flidjs, des tapis, des peaux, et les échangeant +contre des objets de provenance algérienne, cotonnades, etc. Les +années de bonne récolte, les petits marchands de la Qaçba font +d’excellentes affaires : ils vendent en grande quantité du café, +de l’eau-de-vie, du vin, du thé, du sucre, du kif, des cotonnades, +des faïences, des verres, des bougies, des belṛas, de la mercerie, +du papier, aux soldats et aux tribus voisines, dont quelques-unes, les +Beni Iznâten surtout, sont très riches. Quand la terre est stérile, +que la moisson manque, qu’il y a disette, le trafic est nul : +c’est ce qui a eu lieu ces derniers temps. Cette année, beaucoup de +pluie est tombée au printemps ; on espère une excellente récolte ; +depuis cinq ans on manquait d’eau, il y avait sécheresse et famine. + + 21 mai. + +Séjour à Qaçba el Ạïoun. Une pluie torrentielle qui tombe depuis +hier soir m’empêche de partir. + +On est fort enflammé ici des exploits du _Cherif_ (c’est le nom +qu’on donne dans le Maroc au Mahdi), que la grâce de Dieu a rendu +invulnérable et invincible, qui a chassé les Chrétiens d’Égypte +et qui marche sur Tunis : on a reçu à Fâs plusieurs lettres de +lui : le sultan les a fait lire dans les mosquées. Moulei El Ḥasen +est en ce moment à Meknâs ; il a ordonné des levées de troupes +considérables : onze corps sont prêts à l’heure qu’il est, deux +sur le Sebou, neuf dans le Sous ; ils présentent un effectif total +de 40,000 hommes et sont formés de contingents tirés des tribus les +plus guerrières du royaume de Merrâkech et du Sous. C’est contre +les Français que se font ces préparatifs. Au mois de ramḍân, le +sultan se mettra à la tête des troupes, et en avant vers Oudjda ! — +Ce sont les réguliers et les mkhaznis de la Qaçba qui racontent ces +fables : ils y croient, et cette perspective de guerre leur fait faire +la grimace. Des bruits aussi ridicules et plus encore circulent dans +toute l’étendue du Maroc. Partout les esprits y sont occupés des +événements du Soudan égyptien, qui grossissent dans des proportions +fantastiques en traversant l’Afrique. A Tisint, à Tatta, dans le +Sous, le Cherif, après avoir conquis l’Égypte, avait pris Tripoli, +Tunis, Alger, et avait mis à mort tout ce qui était chrétien. Dans +la vallée du Ziz, il n’était pas à Alger, mais Tunis était +tombé en son pouvoir et les Français vaincus fuyaient devant lui. A +Debdou, il était à Tripoli. A Qaçba el Ạïoun et à Oudjda, il +n’a conquis que l’Égypte, avec le Caire et Alexandrie. Partout, +aussi bien dans le sud qu’ici, chez les Ida ou Blal et dans le +Sous comme chez les Berâber, on est curieux de ces nouvelles : +aussitôt que j’arrivais en un lieu, la première question qu’on +m’adressait, à titre d’étranger, était : « Quelles nouvelles +du Cherif ? » Mais, si l’on s’occupe de lui, on paraît s’en +occuper avec calme et attendre patiemment qu’il vienne, sans se +soucier de prendre les armes pour lui tendre la main. En résumé, il +excite une vive curiosité, mais peu d’enthousiasme, surtout dans les +tribus indépendantes. Les tribus soumises, en général plus dévotes, +plus instruites, plus fanatiques que les autres, moins occupées par +des luttes de chaque jour avec les voisins, prêtent une attention +plus vive et seraient plus faciles à soulever. Tel était l’état +des esprits lors de mon voyage. Nulle part on ne désirait la guerre +sainte ; mais l’ignorance, qu’entretient la politique craintive +des puissances européennes, est si grande que tout peut arriver : +malgré le calme actuel, il suffirait que soit le sultan, soit quelque +grand chef religieux, comme Chikh Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui, +levât l’étendard de la guerre sainte pour réunir en quelques +jours une armée de 50000 hommes. Cette masse, animée plutôt par +l’espoir du pillage que par le zèle religieux, s’évanouirait +à la première défaite, et se doublerait au moindre succès. + + 22 mai. + +Départ à 6 heures et demie du matin. Je reprends ma route dans le +désert d’Angad, cheminant au milieu de la plaine, avec mes deux +chaînes monotones à droite et à gauche. Ce sont deux longues lignes +de montagnes sombres, à peu près de même hauteur, nues l’une +et l’autre comme tous les massifs que j’ai vus depuis le Djebel +Debdou. Au flanc du Djebel Beni Iznâten apparaissent de nombreuses +taches noires, villages et jardins. Le sol ne change pas : il demeure +sablonneux et couvert d’herbages ; après Qaçba el Ạïoun, il +est pendant trois ou quatre kilomètres semé de quelques arbres. Je +rencontre des douars, plusieurs troupeaux de chameaux, de moutons +et de chèvres, et, en un ou deux points, des cultures. Profitant du +bienfait de la pluie, qui vient de fertiliser les sables de l’Angad, +les Chedjạ se sont hâtés d’ensemencer quelques parcelles +de terre. Durant toute la journée le pays reste très plat ; ce +n’est qu’en approchant d’Oudjda que deux accidents de terrain +changent l’aspect du désert. Vers le nord, une côte en pente +douce, parallèle au Djebel Beni Iznâten, se projette en avant de +lui dans la plaine et se termine au cours de l’Isli. Vers l’est, +on voit la fameuse Koudia el Khoḍra, théâtre du champ de bataille +de l’Isli ; de loin, elle apparaît comme un long talus verdoyant, +bas, à crête uniforme, barrant toute la plaine d’Angad depuis le +Djebel Zekkara, dont il se détache et auquel il est perpendiculaire, +jusqu’à la côte qu’on vient de signaler : entre celle-ci et El +Koudia el Khoḍra, se trouve une trouée où passe l’Ouad Isli. A 2 +heures 40, je parviens à cette rivière. Elle a 12 mètres de large +et 70 centimètres de profondeur ; le courant est rapide ; le lit, +de gros galets, est en entier couvert par les eaux ; deux berges de +sable à 1/1, de 8 mètres de haut, l’encaissent. L’ouad coule +au pied même de El Koudia el Khoḍra : sa berge droite se confond +avec le versant occidental de ces hauteurs. Je commence à monter au +sortir de la rivière : côte douce, mélange de terre et de pierres ; +à 2 heures 50, je suis au sommet. Un plateau s’y étend, ridé +d’ondulations légères ; il est couvert d’herbe ; le sol en est +terreux, avec des pierres et des endroits rocheux. Je le traverse. A 3 +heures et demie, j’en atteins le bord oriental. Depuis quelque temps, +j’aperçois Oudjda, étalant au-dessous de moi ses maisons blanches +au milieu de grandes plantations d’oliviers. Une rampe, pareille +à celle qui le limite à l’ouest, courte et douce, borne ici le +plateau. Je la descends et ne tarde pas à entrer dans les jardins +d’Oudjda : vastes et bien cultivés, ombragés d’une multitude +d’arbres, ils sont la seule chose digne d’attention en ce lieu. Je +m’arrête, à 4 heures un quart, dans un des fondoqs de la ville. + +Oudjda est située au pied de El Koudia el Khoḍra, en terrain plat, +dans la plaine d’Angad, qui se prolonge au delà jusqu’à Lalla +Maṛnia. C’est une fort petite ville : elle semble moins peuplée +qu’El Qçar. La richesse et la prospérité y règnent ; la présence +d’un qaïd, de mkhaznis, le passage des caravanes, le commerce avec +l’Algérie, y entretiennent l’animation et y apportent la fortune. + +Un mkhazni à cheval m’a escorté de Qaçba el Ạïoun à Oudjda ; +un autre m’accompagnera d’Oudjda à la frontière française. Il a +suffi de les demander aux qaïds ; une escorte de ce genre s’accorde +toujours, à condition de payer : le prix est modique. Le gouvernement +concourt à fournir les zeṭaṭs dans les régions du blad el makhzen +trop peu sûres, comme celle-ci, pour y voyager seul. Chemin faisant, +j’ai rencontré une caravane ; elle se composait de marchands +juifs venant de Tlemsen et allant à Debdou. Hors l’Ouad Isli, +je n’ai traversé qu’un cours d’eau de quelque importance : +l’Ouad Bou Rdim (6 mètres de large ; 1 mètre de profondeur ; +courant insensible ; berges de 1m,50 d’élévation, à 1/1. Les +eaux proviennent des pluies dernières ; la rivière, à sec toute +l’année, se gonfle à la moindre averse et se dessèche aussi vite : +hier elle était infranchissable). + + 23 mai. + +Départ d’Oudjda à 7 heures du matin. A 10 heures, je passe la +frontière et j’entre en terre française. Peu après j’arrivai +à Lalla Maṛnia, terme de mon voyage. + + + FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE. + + +[Note 99 : Les Beni Iznâten (Beni Zenâta) sont la grande tribu +qui est désignée d’habitude sur nos cartes sous le nom de Beni +Snassen.] + + + + + SECONDE PARTIE. + + =RENSEIGNEMENTS.= + + + I. + + BASSIN DE L’OUAD OUMM ER REBIA. + + +L’Ouad Oumm er Rebiạ prend sa source sur le territoire des Beni +Mgild, à une haute montagne d’où sort aussi la Mlouïa. De là il +traverse les tribus des Zaïan, des Ichqern, des Qeṭạïa, des Aït +Roubạ, des Beni Ạmir, des Beni Mousa, ces quatre dernières faisant +partie du Tâdla. En sortant des terres des Beni Mousa, il reçoit +l’Ouad el Ạbid, qui est la limite et de cette tribu et du pays +de Tâdla. A partir de là, il ne cesse de couler entre des tribus +différentes, formant frontière entre elles : d’abord entre les +Beni Miskin au nord et les Sraṛna au sud ; puis entre les Chaouïa +(nord) et les Rḥamna (sud) ; ensuite entre les Chaouïa (nord) et les +Doukkala (sud) ; enfin entre les Chtouga (nord) et les Doukkala (sud). + +Les tribus mentionnées en aval du Tâdla sont nomades, parlent +l’arabe et se disent de race arabe. Elles sont soumises au +sultan. Trois d’entre elles sont regardées comme les plus +puissantes du blad el makhzen : celles des Rḥamna, des Chaouïa et +des Doukkala : les premiers peuvent, dit-on, mettre 11000 hommes à +cheval, les seconds 7000, les derniers 6000. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Oumm er Rebiạ reçoit un grand +nombre d’affluents, parmi lesquels on remarque, en descendant +son cours : l’Ouad Derna, l’Ouad Daï, l’Ouad el Ạbid, +l’Ouad Teççaout. Ces quatre cours d’eau se jettent sur sa rive +gauche. L’un d’eux, l’Ouad el Ạbid, égale en importance +l’Oumm er Rebiạ elle-même. + +1o _OUAD DERNA_. — Cette rivière prend sa source dans le Djebel Aït +Seri, arrose le grand village de Tagzirt et, à 2 heures de marche +au-dessous de ce point, entre dans le territoire des Aït Iạïch : +elle se jette dans l’Oumm er Rebiạ à Zidania, vieille qaçba +qui ressemble à celle de Fichtâla et qui a été construite aussi +par Moulei Ismạïl. Zidania est située à 5 heures de marche +au-dessous de Qaçba Tâdla, chez les Oulad Ạbd Allah, fraction +des Beni Ạmir. Point de ville du nom de Derna. + +2o _OUAD DAI_. — Cette rivière roule à peu près le même volume +d’eau que l’Ouad Derna : elle prend sa source dans la même chaîne +de montagnes : c’est chez les Oulad Bou Bekr, fraction des Beni +Mellal, qu’elle entre en plaine. Elle se jette sur la rive gauche +de l’Oumm er Rebiạ dans le territoire des Beni Mousa. Point de +ville du nom de Daï. + +3o _OUAD EL ABID_. — Les sources de cette grande rivière sont, comme +celles de l’Oumm er Rebiạ, dans une contrée sauvage, boisée, +infestée de lions et de panthères, région peu fréquentée et que +ne traverse aucun chemin. En remontant l’Ouad el Ạbid au-dessus +d’Ouaouizert, on trouve les Aït Messaṭ sur sa rive gauche et les +Aït Atta d Amalou sur sa rive droite : la rivière forme frontière +entre les deux tribus. Puis elle entre dans celle des Aït Seri. A +partir de là, plus de bourgades ; il n’y a que de petits villages, +des huttes et des tentes groupées autour de tiṛremts. + +Au-dessous d’Ouaouizert, c’est encore la grande tribu des +Aït Messaṭ qui occupe la rive gauche de l’ouad : les Entifa, +puis les Sraṛna lui font suite. Sur la rive droite, on traverse +successivement, en descendant la rivière, les Aït Atta d Amalou, +les Aït Bou Zîd, les Aït Ạtab et enfin les Beni Mousa. + +L’Ouad el Ạbid a deux points de passage importants dans la portion +inférieure de son cours : + +A 3 heures de marche en amont de son confluent avec l’Oumm er +Rebiạ, se trouve le gué de Bou Ạqba, célèbre par la bataille +qui s’y livra. En cet endroit, l’Ouad el Ạbid forme limite +entre les Entifa et les Beni Mousa. + +5 heures plus haut, c’est-à-dire à 8 heures du confluent, se +trouve un pont construit par Moulei Ismạïl et encore en bon état : +il n’a point de nom particulier : on l’appelle _El Qanṭra_. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad el Ạbid reçoit sur sa rive gauche une +rivière importante dont nous avons aperçu le confluent entre +Ouaouizert et Aït ou Akeddir ; c’est l’Ouad Aït Messaṭ. + +OUAD AIT MESSAT. — Cette rivière prend sa source dans le Grand Atlas +un peu au-dessus de Zaouïa Aḥansal. Elle arrose sur son cours un +grand nombre de qçars : ils appartiennent aux Aït Isḥaq, l’une +des 5 fractions des Aït Messaṭ. Voici les principaux d’entre eux, +dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad : + + Zaouïa Aḥansal (zaouïa très importante, dont le chef actuel se nomme + Sidi Ḥamed ou Ḥamed Aḥansal). + + Aït Tamzout rive droite. + + Zaouïa Aït Sidi Ạli ou Ḥaseïn rive droite. + + Tillougit rive droite. + + Aït Ạïssa rive droite. + + Izerouan (3 qçars) rive droite. + + Distances : de l’Oussikis à Zaouïa Aḥansal 1 jour. + + De Zaouïa Aḥansal à Ouaouizert 2 jours. + +4o _OUAD TEÇÇAOUT_. — Cette rivière se jette sur la rive +gauche de l’Oumm er Rebiạ, à 7 heures de marche au-dessous du +confluent de ce fleuve avec l’Ouad el Ạbid. La Teççaout est +formée de la réunion de deux cours d’eau : le premier, Teççaout +Fouqia ou Ouad Akhḍeur, passe entre Demnât et Bezzou ; le second, +Teççaout Taḥtia ou Teççaout Merrâkech, passe entre Demnât et El +Qlạa. Ces deux rivières prennent leur source dans un même massif de +montagnes et se dirigent vers le nord, l’une par l’est, l’autre +par l’ouest : elles se réunissent en plaine entre El Qlạa et +Bezzou, et de là vont se jeter dans l’Oumm er Rebiạ. Le chemin +qui va en ligne directe de Demnât au Dâdes, chemin très suivi, +remonte la Teççaout Fouqia jusqu’à sa source : de là il passe +sur le territoire des Haskoura, dans le bassin du Dra. La Teççaout +orientale a tout son cours supérieur occupé par la grande tribu +tamaziṛt indépendante des Aït b Ououlli. Elle traverse ensuite +le territoire des Aït Abbes, puis celui des Entifa, enfin celui des +Sraṛna, sur lequel les deux Teççaout se réunissent et se jettent +dans l’Oumm er Rebiạ. + +=AFFLUENTS.= — La Teççaout Fouqia reçoit plusieurs affluents +dont le principal est l’Ouad el Ạrous, se jetant sur sa rive +droite au point frontière entre les Aït b Ououlli et les Aït Abbes. + +OUAD EL AROUS. — A 2 kilomètres au-dessus de son confluent avec +l’Ouad Teççaout, il reçoit lui-même sur sa rive droite, au +village d’Agerd n Ouzrou, un cours d’eau important, l’Ouad +b Ougemmez. + +=Ouad b Ougemmez.= — Cette rivière porte aussi le nom d’Ouad +Aït Ouaham. Elle prend sa source dans le Grand Atlas, auprès du +Tizi Izouṛar : le cours en appartient tout entier à la tribu des +Aït b Ougemmez : un grand nombre de qçars s’échelonnent le long +de ses rives : le plus rapproché de sa source est Zaouïa Aït Ouaham +(appelé aussi Zaouïa Alonzi) ; le plus bas est Agerd n Ouzrou, où il +se jette dans l’Ouad el Ạrous. Entre eux, il en existe d’autres, +dont les principaux sont, en descendant : Aït Ạli, Aït Ouriad. + +Entre Aït Ouriad et Agerd n Ouzrou, l’Ouad b Ougemmez reçoit sur +sa rive gauche un affluent, l’Ouad Ibakellioun. + +_Ouad Ibakellioun_. — Le cours en appartient aussi en entier +aux Aït b Ougemmez : il est bordé de nombreux qçars : le plus +considérable d’entre eux est Ibakellioun, situé non loin de la +source de l’ouad. + +Cette rivière reçoit elle-même un affluent, l’Ouad Tizi Aït Imi, +se jetant sur sa rive gauche dans la partie basse de son cours. + +_Ouad Tizi Aït Imi_. — Il prend sa source au col d’Aït Imi, +dans le Grand Atlas. Le cours en appartient à la tribu des Aït b +Ougemmez. Il arrose plusieurs qçars. + +Les localités situées sur les cours des ouads b Ougemmez, Ibakellioun +et Tizi Aït Imi forment la totalité de la tribu des Aït b Ougemmez, +tribu indépendante, de race et de langue tamaziṛt. + +Pas de marché chez les Aït b Ougemmez. + +Un mellaḥ, sur l’Ouad b Ougemmez. + + Distances : de l’Oussikis à Aït forte 1/2 journée. + Ouaham + + D’Aït Ouaham à Ḥad Aït 1 jour. + Ạtab + + » Agerd + n Ouzrou 17 kilomètres. + + » Demnât 2 petites + journées. + + + =Renseignements sur les tribus.= + + +_TRIBUS DU TADLA_. — Voici la décomposition des tribus du Tâdla : + + { Oulad Brahim. + { + { Oulad Bḥar el Kebar. { Gouffa. + { { + { { Beni Khelf. + { + Ourdiṛra { { Mfasis. } + { { } 1 + { { Oulad Ạzzouz. } + { Oulad Bḥar es Sṛar. { + { { Oulad Smir. + { + { Beni Ḥasen. + + { Oulad Bou Ṛadi. + { + Beni Khîran { Beni Mançour. + { + { Genadiz. + + { Torch. + { + { Mạdna. { Beraksa. + { { + { { Ạsasga. + Smâla { + { { Houasen. + { { + { Oulad Ạïssa. { Oulad Fennan. + { + { Chraạ. + + { Oulad Gaouch. + { + { Aït Çaleḥ. } + { } 1 + { { Nouaser. } + { Oulad Iousef. { + { { Berachona. } + { { } 1 + { { Oulad Nahr. } + { { + { { Beni Zrandil. + { + { { Ạbabsa. + { { + { { Oulad Brahim. + Beni Zemmour { { + { Beni Bataou. { Zania. + { { + { { Soual. + { { + { { Rouased. + { + { { Aït Bihi. + { { + { { Aït Mousa. + { Aït Iaḥi. { + { { Ahouraïn. + { + { Geraïat. + + { Semget. + { + { Ạït Ạla. } + Qeṭạïa { } 1 + { Aït Brahim. } + { + { Aït Kerkaït. + + { Oulad Smạïn. + { + { Oulad Sạïd. { Oulad Iạqoub. + { { + { { Oulad Bou Iạoud. + { + { { Bezzaza. + { { + Beni Mạdan ; Aït Roubạ. { Oulad Iousef. { Oulad Iạïch. + { { + { { Oulad Mạmmer. + { + { Zouaïr. + { + { Beni Mellal. + + { Oulad Assoun } + { } + { Oulad Nedjạ } 1 + { } + { Oulad Ạbd Allah } + { + { Beradia } + { } + { Ahel Sous } 1 + { } + { Oulad Ạli } + { + Beni Amir { Oulad Ḥasen } + { } + { Krifat } + { } 1 + { Oulad Zian } + { } + { Oulad Bou Ḥerrou } + { + { Beni Chegdal } + { } + { Oulad Rejiạ } 1 + { } + { Mouali el Ouad } + + { Oulad Zahra. + { + { El Amgar. + { + { Oulad Zmam. + { + { Ạsara. + { Oulad Ạrif. { + { { Oulad Smida. + { { + { { Beni Ạoun. + { { + { { Oulad Meraḥ. + Beni Mousa { { + { { Krazza. + { + { Beni Oujjin. + { + { Oulad Brahim. + { + { Ahel Zerberrachi. + + Beni Miskin. + +_AIT SERI_. — Voici la décomposition des Aït Seri, tribu tamaziṛt +indépendante : + + { Aït Ouirra + { + { Aït Mḥammed + { + { Aït Seri + { + { Imhaouchen. + { + { Aït Daoud. + { + Aït Ouirra. { Aït Mesạoud. + { + { { Aït El Ḥasen. + { { + { { Aït Ạlou ou Brahim. + { { + { { Aït ou Ạzzou. + { { + { { Aït Ousaden. + { { + { { Aït Iqqo. + { + { { Aït Ạbd es Selam. + { { + { { Aït Iạqoub. + { { + { Aït Mḥammed. { Aït Smạïn. + { { + { { Aït Ḥammi. + { { + { { Aït Bou Bekr. + { + { { Aït Ichcho. + { { + { { Mrabṭen. + { { + { { Aït Daoud. + Aït Seri { { + { Aït Ạbd el Ouali. { Aït Ousakki. + { { + { { Mḥarir. + { { + { { Aït Ạlou ou El Ḥasen. + { { + { { Aït Ioudi. + { + { Friata } + { } + { Aït Ḥebibi } + { } 1 + { Aït Maḥa } + { } + { Aït Ạbd en Nour. } + { + { { Aït Ạli ou Seliman. + { { + { { Aït Ḥammou ou Sạïd. + { { + { { Aït Isḥaq. + { { + { { Iḥebaren. + { Aït Sạïd { + { { Aït Ḥammou ou Mançour. + { + { Aït Daoud ou Bou Ḥïa. + { + { Aït Daoud ou Iousef. + { + { Aït Ougrar. + +Les Aït Seri sont de langue comme de race tamaziṛt. Partie nomades, +partie sédentaires, ils ont des tentes et des villages ; ces derniers +dominent. Leur territoire nourrit peu de chevaux ; pouvant armer un +très grand nombre de fantassins, ils n’ont presque pas de cavaliers. + +Deux fractions des Aït Seri, les Aït Ouirra et les Aït Mḥammed, +sont célèbres pour leur hostilité aux Juifs : leur territoire est +absolument interdit à cette race. Un Israélite veut-il le traverser +quand même, il lui faut se travestir et prendre garde de ne point +se trahir : s’il était reconnu, il n’échapperait pas à la +mort. Tout Juif trouvé est tué, et l’horreur qu’il inspire va +si loin qu’on ne dépouille pas son cadavre et que ses marchandises +sont jetées au vent. + +_ICHQERN_. — Les Ichqern sont une tribu de race et de langue +tamaziṛt bornée au nord par les Zaïan, à l’ouest par le +Tâdla (Beni Zemmour et Qeṭạïa), au sud par les Aït Seri +(Aït Ouirra). Il y a 4 heures de chemin entre Qaçba Tâdla et leur +frontière. Ils peuvent mettre environ 8000 hommes à cheval. Ils sont +indépendants, bien qu’un qaïd in partibus vive chez eux. Ils ont, +en ce qui concerne les Juifs, le même usage que les Aït Ouirra et +les Aït Mḥammed, usage qui n’existe nulle part ailleurs au Maroc. + +Sur la frontière nord des Ichqern, se trouve le point assez connu de +Khanifra. Khanifra est une qaçba un peu plus grande que Fichtâla, +située à 9 heures de marche à l’est-nord-est de Bou el Djạd ; +sur la limite même des Ichqern et des Zaïan, elle fut longtemps +un sujet de disputes pour ces deux tribus. Fondée par les premiers, +elle appartient aujourd’hui aux seconds. Là habite ce malheureux +qaïd des Zaïan dont nous avons parlé plus haut. + +_CHAOUIA_. — Les Chaouïa sont nomades et parlent l’arabe : +ils forment une nombreuse tribu soumise au sultan. Voici leur +décomposition : + + { Oulad Zireg. + { + { { Oulad Chaïb. + { Oulad Mḥammed { + { (3 qaïds). { + { { El Khloṭ. + { { + { { Oulad Ạmama. } + { } 1 + { { Oulad Bou Bekr. } + { { + { { Oulad El Ạsri. + { Khesasra { + { (1 qaïd). { + { { Brasiin. + { { + { { Oulad Mnisf. + { + { El Aoulad (1 qaïd). + { + { Oulad Bou Ạrif.} + { } (1 qaïd) + { Beni Imman. } + { + { { Ḥamdaoua. + { { + { { Beni Sqeten. + { { + { { El Elf. + { { + { { Beni Brahim. + Chaouïa { Mzab (1 qaïd) { + { { Mnia. + { { + { { Djemouạ. + { { + { { Oulad Fers. + { { + { { Oulad Senjej. + { + { Oulad Sidi Ben Daoud (1 qaïd). + { + { Oulad Bou Ziri (1 qaïd). + { + { Oulad Sạïd (1 qaïd). + { + { Msamsa (1 qaïd). + { + { Oulad Ḥaris. } + { } 1 (Réunies, ces deux fractions + { } forment un groupe plus nombreux + { } encore que les Mzab. — 1 qaïd.) + { Medaṛra. } + { + { Oulad Zian (1 qaïd). + { + { Mediouna (1 qaïd). + { + { Siaïda (2 qaïds). + { + { Zenata (1 qaïd). + +La fraction des Mzab contient un grand nombre de zaouïas ; telles +sont : Oulad Sidi Ạïssa, Qeradma, Oulad Sidi el Ḥadj, Oulad Sidi +Bel Qasem, El Kaouka. + +_ZAIR_. — Les Zạïr forment une puissante tribu indépendante, de +race et de langue tamaziṛt. Leur territoire se trouve à l’ouest +de celui des Zaïan et au nord-ouest du Tâdla. Quoique ce pays soit +montagneux, ils possèdent un grand nombre de chevaux. + +_AIT MESSAT_. — C’est une puissante tribu chleuḥa[100], +indépendante, qui a pour limites, au sud la crête supérieure du +Grand Atlas, au nord l’Ouad el Ạbid, à l’est les Aït Seri et +les Berâber, à l’ouest les ouads b Ougemmez et Teççaout. Les +Aït Messaṭ habitent, les uns dans des qçars, les autres sous +la tente : ceux-ci sont les plus nombreux. La tribu peut, en tout, +armer 4000 fantassins et 300 à 500 cavaliers. Elle se décompose en +cinq fractions. + + Aït Isḥaq. + + Aït Moḥammed. + + Aït Ougoudid. } + } + Aït Ạbd Allah. } Atferkal. + } + Ibaraṛen } + +Les Aït Isḥaq forment environ 2000 fusils. Ils s’étendent entre +la zaouïa d’Aḥansal et l’Ouad el Ạbid : tout le cours de +l’Ouad Aït Messaṭ leur appartient : à eux encore les deux groupes +de qçars d’Aït Maziṛ et d’Aït Issoumour. Aït Maziṛ est +une collection de qçars répartis dans la montagne entre l’Ouad +el Ạbid et l’Ouad Aït Messaṭ, au delà de la rive gauche +de ce dernier. Aït Issoumour est une réunion de 3 qçars situés +près de l’Ouad el Ạbid au-dessus d’Aït Maziṛ : on compte +17 kilomètres d’Aït Issoumour à Ouaouizert. Les Aït Isḥaq +sont la seule des cinq fractions des Aït Messaṭ qui possède des +qçars. Les quatre autres n’ont que des tentes et des tiṛremts. + +Les Aït Moḥammed sont limitrophes des Aït Isḥaq : ils +s’étendent entre eux, les Aït b Ougemmez, l’Ouad el Ạbid et la +crête du Grand Atlas : à l’est des Aït b Ougemmez, ils occupent +le vaste plateau d’Iferṛes. Pas de rivière sur leur territoire ; +mais les sources sont nombreuses. Pays montagneux et boisé. Point +de qçars : les Aït Moḥammed emmagasinent leurs biens dans des +tiṛremts pendant qu’ils vivent sous la tente. Ils sont environ +500 fusils. + +Les Aït Ougoudid habitent à l’ouest des Aït Moḥammed, entre +eux et les Aït Ạbd Allah. Ils n’ont que des tentes et des +tiṛremts. Il en sera de même des fractions suivantes : leur pays, +comme celui des Aït Ạbd Allah et celui des Ibaraṛen, est en tout +semblable à celui des Aït Moḥammed. Les Aït Ougoudid comptent +500 fusils. + +Les Aït Ạbd Allah habitent à l’ouest des Aït Ougoudid, entre +eux et les Ibaraṛen. Ils sont en face des Aït Ạtab. Ils peuvent +lever 500 fusils. + +Les Ibaraṛen se trouvent à l’ouest des Aït Ạbd Allah, auprès +des Entifa : ils forment environ 500 fusils. + +Ces trois dernières fractions portent le nom collectif d’Atferkal. + +Ainsi qu’on le voit, une seule rivière arrose le territoire des +Aït Messaṭ, celle qui porte le nom de la tribu. + +Il existe chez les Aït Messaṭ une zaouïa dont le chef est +tout-puissant sur eux : la zaouïa d’Aḥansal. Le pouvoir de son +chikh est absolu sur les Aït Messaṭ, et son influence s’étend +beaucoup plus loin. Jusqu’à Merrâkech d’une part, jusqu’au +Dâdes et au Todṛa de l’autre, il est connu et vénéré. Un +esclave de Sidi Ḥamed ou Ḥamed Aḥansal, chef actuel de la +zaouïa, suffit pour conduire en sûreté une caravane du Todṛa à +Merrâkech. A lui a recours quiconque veut voyager dans ces régions. + +Les Aït Messaṭ ne parlent que le tamaziṛt : très peu parmi eux +savent l’arabe. + +Deux marchés sur leur territoire : Khemîs Aït Khelift (Aït Ạbd +Allah), Arbạa Tabaroucht (Aït Isḥaq). Point de Juifs. + +_AIT B OUOULLI_. — C’est une nombreuse tribu chleuḥa, +indépendante, cantonnée sur le haut cours de la Teççaout Fouqia +et sur tout celui de l’Ouad el Ạrous. Elle n’habite que des +qçars. Les Aït b Ououlli parlent le tamaziṛt. + +Point de marché sur leur territoire. + +Un mellaḥ. + +_AIT ABBES_. — Petite tribu chleuḥa cantonnée sur les rives +de l’Ouad Teççaout au-dessous des Aït b Ououlli. Nominalement, +elle dépend du qaïd des Entifa : de fait, elle est peu soumise. Les +Aït Abbes n’habitent que des qçars. Ils parlent le tamaziṛt. + +Point de marché. + +Un mellaḥ. + +Distance : des Aït Abbes aux Aït Bou Ḥarazen comme d’Imiṭeṛ +à Taourirt (Todṛa). + +_AIT BOU HARAZEN_. — Petite tribu chleuḥa située à quelque +distance à l’est de Djemaạa Entifa. Elle fait partie du blad +el makhzen et obéit au qaïd des Entifa. Point de rivière sur son +territoire : celui-ci n’est arrosé que par des sources. Les Aït Bou +Ḥarazen n’habitent que des qçars : leur langue est le tamaziṛt, +mais beaucoup d’entre eux savent l’arabe. + +Un marché, l’Arbạa Bou Ḥarazen. + +Deux mellaḥs. + +Distance : d’Arbạa Bou Ḥarazen à Djemaạa Entifa comme de +Timaṭṛeouin à Taourirt (Todṛa). + +_INKTO_. — Petite tribu chleuḥa au sud des Entifa. Elle appartient +au blad el makhzen et obéit au qaïd de Demnât. Elle n’habite +que des qçars. La langue en est le tamaziṛt. Le territoire, situé +à l’est de l’Ouad Teççaout Fouqia, n’en est arrosé que par +des sources : on n’y voit aucun cours d’eau. + +Un marché, l’Arbạa Ouaoula. + +Pas de Juifs. + + Distances : d’Inkto à Demnât comme d’Aït Iidir (Dâdes) à Taourirt + (Todṛa). + + » Djemaạa Entifa comme d’Aït Iidir » » + +_AIT AIAD_. — Tribu chleuḥa indépendante occupant les premières +pentes du Moyen Atlas au nord-est des Aït Ạtab. La fraction +des Aït Ạtab qui la limite de ce dernier côté s’appelle les +Ikadousen. Les Aït Ạïad peuvent mettre en ligne environ 1000 +hommes, dont 100 cavaliers. Ils sont habituellement alliés aux +Aït Ạtab. + +Un marché, le Tlâta Aït Ạïad. + +Un mellaḥ. + + + =Itinéraires.= + + +_DE FAS A BOU EL DJAD_. — Fâs, Sfrou, Aït Ioussi, Beni Mgild, +Ạïn el Louḥ, Akebab, Ichqern, Bou el Djạd. + +_DE FAS A BOU EL DJAD_. — Fâs, Sfrou, Aït Ioussi, Beni Mgild, +Zaïan, Bou el Djạd. + +_DU TADLA A QÇABI ECH CHEURFA_. — Du Tâdla, un chemin remonte le +cours de l’Ouad Oumm er Rebiạ jusqu’à sa source : de là on peut +gagner Qçâbi ech Cheurfa. Cette route n’est point fréquentée : +les animaux féroces, lions et panthères, qui peuplent les grandes +forêts traversées par le haut cours de l’Oumm er Rebiạ, en sont +cause en partie. + +_DE BOU EL DJAD A MOULEI BOU IAZZA_. — De Bou el Djạd à Moulei +Bou Iạzza, on compte 10 heures de marche : chemin faisant : on +rencontre deux lieux habités, Sidi Bou Ạbbed, situé à 4 heures de +Bou el Djạd, et Sidi Oumbarek, qui se trouve à 7 heures de cette +même ville. Entre Sidi Bou Ạbbed et Sidi Oumbarek, on traverse +l’Ouad Grou, entre S. Oumbarek et Moulei Bou Iạzza, on franchit +la frontière du Tâdla, et on passe des Beni Zemmour chez les Zaïan. + +Sidi Bou Ạbbed est un village de 200 maisons : au milieu +s’élèvent la qoubba de Sidi Bou Ạbbed et une zaouïa où vivent +ses descendants. + +Sidi Moḥammed Oumbarek était un cherif vénéré ; mort depuis +très longtemps, il a laissé une postérité nombreuse qui habite +autour de sa qoubba, dans un village de 400 maisons : ce village a +pris son nom ; il est situé au milieu de grandes forêts. + +Moulei Bou Iạzza est une bourgade de 1200 à 1400 habitants. Elle +porte le nom d’un cherif célèbre, mort là depuis des siècles. Il +n’a laissé ni postérité ni disciples, le souvenir de ses vertus et +son tombeau sont tout ce qui reste de lui ; son mausolée, reconstruit +jadis par Moulei Ismạïl, est fort beau : il est du même modèle +que ceux de Bou el Djạd. Cette qoubba est l’objet d’une grande +vénération. + +_DE DEMNAT A BEZZOU_. — Une journée de marche. Chemin faisant, on +traverse l’Ouad Teççaout Fouqia. Bezzou est une bourgade de 1500 +habitants avec un mellaḥ. Elle ressemble de tous points à Djemaạa +Entifa. Elle est située en plaine entre l’Ouad Teççaout et +l’Ouad el Ạbid. Elle est sous la juridiction du qaïd des Entifa. + +_DE DEMNAT A EL QLAA_. — Un jour et demi de marche, soit : de +Demnât à Zaouïa Sidi Reḥal, une journée ; de Zaouïa Sidi +Reḥal à El Qlạa, une demi-journée. Entre ces deux derniers +points on chemine constamment en plaine et on ne traverse aucun cours +d’eau. El Qlạa est sur le territoire des Sraṛna. C’est une +ville de 3000 habitants, de l’importance de Demnât. Elle possède +un grand mellaḥ. Située à l’ouest de la Teççaout Taḥtia, +à l’est de l’Ouad Rḍât, elle n’a d’autre eau que celle +qui lui est amenée de la Teççaout par des _feggara_[101]. + +_DE DEMNAT AU TIZI N GLAOUI_. — Il y a deux chemins : l’un, +plus long mais beaucoup meilleur, passant par Zaouïa Sidi Reḥal, +Tagmout, etc. ; l’autre, plus court mais très difficile, entrant +à Demnât dans la montagne et allant tout droit vers le col : le +dernier est très peu fréquenté. + +_DE ZARAKTEN AU TELOUET_. — Il y a deux chemins : l’un est celui +que nous avons pris ; voici l’autre : Zarakten, Ạqoub es Soulṭân +(en tamaziṛt, Asaou n Ougellid), point de croisée du sentier venant +de Tagmout, Tikhfar (l’Ouad Rḍât étant à main droite), Talatin +n Ouadil, Timi Ourṛt, Amsensa, traversée de l’Ouad Amsensa, +affluent de l’Ouad n Iri, Tanzmout (sur l’Ouad Amsensa), Ideṛ +(sur l’Ouad n Iri). A partir de là, on reprend le chemin connu. + +_D’OUAOUIZERT A L’OUSSIKIS_. — D’Ouaouizert à l’Ouad el +Ạbid, 1 heure. Jusque-là on est sur le territoire des Aït Atta +d Amalou. + +De l’Ouad el Ạbid à Talmest, un jour. Talmest est sur les terres +des Berâber. Entre l’Ouad el Ạbid et les Berâber se trouve le +territoire des Aït Messaṭ. C’est là qu’on a marché durant +la plus grande partie de la journée : le chemin y traverse le groupe +de qçars d’Aït Issoumour. + +De Talmest à Tarḥamt, un jour. Tarḥamt est un endroit désert +où les caravanes ont l’habitude de faire halte pour passer la nuit. + +De Tarḥamt à l’Oussikis, un jour. De Talmest à l’Oussikis +on n’a cessé de marcher sur le territoire des Berâber. L’Ouad +Dâdes, auquel on arrive dans l’Oussikis, est la première rivière +qu’on rencontre depuis l’Ouad el Ạbid : entre ces deux cours +d’eau ce ne sont que montagnes : point de neige sur le chemin en +été ; à dater du mois de novembre, il y en a fréquemment. + +_DU TODRA AUX AIT ATAB ET A DEMNAT_. — Du Todṛa à l’Oussikis, +une journée de marche. On passe au départ sur la rive droite de +l’Ouad Todṛa ; puis on entre dans la montagne, où l’on reste +jusqu’à l’Oussikis sans rencontrer de toute la route ni qçar +ni cours d’eau. Dans ce long désert on ne trouve que des tentes +des Aït b ou Iknifen ; encore n’y sont-elles qu’en été : +en hiver elles se transportent sur le Saṛro. + +De l’Oussikis trois chemins conduisent à la plaine d’Izouṛar, +plateau désert : + + Ṭriq Aqqa (à l’est). + + Ṭriq Izilal (au centre). + + Ṭriq Tafrout (à l’ouest). + +Dans la plaine d’Izouṛar campent en été des Aït ou Allal et des +Aït Bou Daoud. De cette plaine on passe à la vallée de l’Ouad b +Ougemmez : un seul chemin y conduit : on franchit au Tizi Izouṛar +une crête qui marque l’extrémité du plateau, et de là on descend +directement dans la vallée de l’Ouad b Ougemmez : on l’atteint à +Zaouïa Aït Ouaham. De l’Oussikis à Aït Ouaham, un piéton isolé +met une forte demi-journée. Pour les caravanes il faut une journée. + +D’Aït Ouaham partent deux routes, l’une vers les Aït Ạtab, +l’autre vers Demnât. + +La première monte sur le flanc droit de l’Ouad b Ougemmez, +en face même de la zaouïa, puis franchit un col, le Tizi n +Tiṛrist. C’est un passage difficile. De là on entre dans la +vaste plaine d’Iferṛes. Elle est occupée par les tentes des +Aït Moḥammed (fraction des Aït Messaṭ). On descend ensuite dans +la vallée de l’Ouad el Ạbid. Un piéton isolé ne met qu’une +journée pour aller d’Aït Ouaham à Ḥad Aït Ạtab. + +Si l’on prend la seconde voie, celle de Demnât, on descend l’Ouad +b Ougemmez jusqu’à Agerd n Ouzrou, puis l’Ouad el Ạrous +jusqu’à son confluent avec la Teççaout Fouqia. On remonte ensuite +la Teççaout pendant 4 heures environ ; puis on passe sur sa rive +gauche, on franchit le Djebel Tamatout (montée très difficile), et +de là on se rend à Demnât. Il y a deux petites journées d’Aït +Ouaham à Demnât. On passe la nuit dans le haut de la tribu des Aït +b Ououlli, sur les rives de la Teççaout. + +_DE L’OUSSIKIS A OUAOUIZERT_. — On gagne le plateau d’Izouṛar +par le chemin le plus oriental, Ṭriq Aqqa. On traverse le plateau, +puis on franchit successivement le Tizi n Teṛrisin et le Tizi n +Terboula. De là on débouche, à Zaouïa Aḥansal, dans la vallée +de l’Ouad Aït Messaṭ. On descend cette rivière jusqu’à son +confluent avec l’Ouad el Ạbid, et on gagne Ouaouizert. On compte +un jour de l’Oussikis à Zaouïa Aḥansal, et deux jours de la +zaouïa à Ouaouizert. Ce chemin a pour les caravanes l’avantage +de passer par Zaouïa Aḥansal, résidence d’un puissant chef +religieux de qui elles prennent l’ạnaïa. Ce marabout est la +ressource habituelle de ceux qui voyagent chez les Aït Messaṭ. + + +[Note 100 : Lorsque nous nous rapprocherons du sud, nous emploierons +souvent le mot de Chleuh pour désigner la race à laquelle +appartiennent les populations, afin de marquer qu’elles sont +composées d’Imaziren blancs « Chellaha », et non d’Imaziren +noirs « Haratîn ».] + +[Note 101 : On donne le nom de _feggara_ à des canaux souterrains +offrant des jours de distance en distance : ces jours sont +d’ordinaire très rapprochés : il est rare qu’ils aient 10 +mètres d’espace de l’un à l’autre.] + + + + + II. + + BASSIN DE L’OUAD DRA. + + +Le cours du Dra se divise en trois portions : cours supérieur, +depuis les sources des ouads Idermi et Dâdes jusqu’au point où +ces cours d’eau se réunissent ; cours moyen, depuis ce confluent +jusqu’à Mḥamid el Ṛozlân ; cours inférieur de Mḥamid el +Ṛozlân à l’Océan. + +Dans le cours supérieur, point de rivière portant le nom de Dra : +deux torrents, dont la réunion formera le fleuve, roulent au pied +de l’Atlas leurs eaux froides et impétueuses ; les rives en sont +presque constamment bordées de villages et de cultures : région +montagneuse ; végétation des pays froids : les crêtes du Grand Atlas +se dessinent tout près des vallées en longue masse blanche ; dans +les fonds, point de palmiers : des oliviers, des figuiers, des noyers. + +Dans son cours moyen, l’Ouad Dra, formé de la réunion des deux +rivières précédentes, prend une nouvelle direction : il coule +perpendiculairement à l’Atlas et s’enfonce dans le sud : c’est +un large fleuve, au cours majestueux, faisant miroiter ses belles +ondes, claires et paisibles, à l’ombre de palmiers innombrables : +il coule sans interruption entre les dattiers et les villages, oasis +longue de 40 lieues, pays le plus beau et le plus riche du Maroc. Il +a presque toujours une eau abondante ; que, par extraordinaire, elle +manque dans son lit, les nombreux canaux qui le bordent en restent +pleins. La vallée est bordée de montagnes qui vont s’abaissant +et s’écartant à mesure qu’elles s’avancent vers le sud. + +Dans le cours inférieur, plus un dattier, plus une maison : +au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra entre dans le désert ; +il y reste jusqu’à la mer. Il coule en plaine ; plus d’eau ; +son lit à sec s’élargit démesurément ; ses bords sont aussi +désolés qu’ils étaient riants tout à l’heure. Sa direction a +changé : il a fait un coude brusque à angle droit, et il se dirige +vers l’Océan parallèlement aux crêtes de l’Atlas. + +Nous allons nous occuper successivement de chacune de ces trois +portions du cours de l’Ouad Dra. + + + 1o. — BASSIN SUPÉRIEUR DU DRA. + + +Le bassin supérieur du Dra se compose de ceux des deux rivières +dont la jonction forme ce fleuve : l’Ouad Dâdes et l’Ouad Idermi. + +Nous allons étudier séparément chacun de ces deux cours d’eau. + + + =Ouad Dâdes.= + + +L’Ouad Dâdes prend sa source dans le Grand Atlas : il traverse, en +descendant, les districts ci-dessous qui se succèdent immédiatement +les uns aux autres : Imdras, Aït Atta, Aït Seddrât, Dâdes, Aït +Iaḥia, Isḥiḥen, Imeṛrân, Aït Bou Delal. Au-dessous d’Aït +Bou Delal, il s’unit à l’Ouad Idermi au kheneg de Tarea. La +jonction des deux rivières forme l’Ouad Dra. L’Ouad Dâdes, +par l’importance de son volume d’eau, est la principale source +du fleuve. + +Le district d’_Imdras_ est formé de quelques qçars tous situés +sur l’Ouad Dâdes : l’Imdras est habité par une fraction des +Aït Melṛad (Berâber). Il ne se compose que d’une djemaạa, +c’est-à-dire qu’il ne forme politiquement qu’un seul groupe. + +Le district d’_Aït Atta_ est aussi composé de qçars s’élevant +tous sur les rives mêmes de l’Ouad Dâdes : il est habité par des +Aït Atta (Berâber) ; il se divise en deux groupes ou djemaạas, +le Semṛir et l’Oussikis, le premier en amont, le second en aval. + +Le district d’_Ait Seddrât_ se compose également de qçars +situés sur les rives mêmes de l’Ouad Dâdes ; les habitants en +sont des Aït Seddrât ; ils ont leur chikh el ạam particulier ; +ce district ne forme qu’une djemaạa. Le principal de ses qçars +est celui d’Aït Saoun : on appelle quelquefois de son nom tout +le district, pour le distinguer du grand nombre d’autres régions +peuplées d’Aït Seddrât. + +Le district du _Dâdes_ ne se compose, comme les précédents, que +de qçars situés au bord même de l’Ouad Dâdes. Le Dâdes est +habité partie de Draoua (Ḥaraṭîn), partie de Berâber, partie +d’Aït Seddrât. Ces derniers sont les plus nombreux : Draoua, +Berâber et Aït Seddrât sont mélangés et dans les djemaạas et +dans les qçars ; tout le pouvoir est entre les mains des Aït Seddrât +et des Berâber. Le Dâdes est divisé en six groupes ou djemaạas ; +chacun d’eux a son chikh el ạam particulier : il n’y a de chikh +supérieur, réunissant plusieurs djemaạas sous son autorité, que +dans des cas exceptionnels, lorsque des djemaạas s’unissent pour +une guerre. Voici les noms de ces six subdivisions du Dâdes, dans +l’ordre où on les trouve en descendant le cours de l’ouad : Aït +Temouted, Aït Ouniṛ, Aït Ḥammou, Aït ou Allal, Iourtegin, Arbạ +Mia. Les chikh el ạam qui administrent chacune de ces djemaạas +n’ont pour fonction que d’en gérer les affaires générales : +ils ne se mêlent point du gouvernement particulier des qçars : +chacun de ceux-ci s’administre comme il l’entend, réglant ses +affaires à sa guise et se battant avec les localités voisines à +tout instant. Les guerres, journalières entre qçars, sont rares +entre djemaạas, et ne deviennent presque jamais générales. Cette +façon de se gouverner, ces querelles intestines sont des coutumes +invariables des Aït Seddrât : elles existent et dans toute leur +tribu et dans les régions où, comme ici, ils dominent. + +Le district d’_Ait Iahia_ appartient aux Aït Seddrât : dans chaque +qçar se trouvent, mélangés avec eux, un petit nombre de Draoua +(Ḥaraṭîn) ; mais ils n’ont aucune part aux affaires. L’Aït +Iaḥia ne forme qu’une djemaạa : il a son chikh el ạam +particulier. Comme les districts précédents, celui-ci se compose +de qçars situés sur les bords de l’Ouad Dâdes. L’Aït Iaḥia +peut mettre sur pied environ 1500 fusils. + +Le district d’_Ishihen_. Les Isḥiḥen sont encore des Aït +Seddrât. Comme les Aït Iaḥia, comme leurs frères du Dâdes et +d’Aït Saoun, ils ne sont pas une fraction homogène de la tribu des +Aït Seddrât, mais un mélange d’Aït Zouli et d’Aït Meḥelli, +de tous les groupes. L’Isḥiḥen a un chikh el ạam particulier : +il ne forme qu’une seule djemaạa. Même remarque que pour le Dâdes +et les autres pays d’Aït Seddrât : ce chikh el ạam, apparence +de gouvernement régulier, n’empêche pas les guerres continuelles +de qçar à qçar. Les Isḥiḥen forment environ 200 fusils. + +Le district d’_Imerrân_ appartient à la grande tribu, moitié +sédentaire, moitié nomade, qui porte ce nom. Elle possède ce +district sur l’Ouad Dâdes, occupe une vaste région au nord de +cette rivière et étend ses tentes sur la partie occidentale du +Djebel Saṛro. La portion de l’Ouad Dâdes possédée par les +Imeṛrân se divise en quatre djemaạas : ce sont, en descendant la +rivière, celles de Taṛzout Imeṛrân, d’Imasin, de Tamesraout, +et d’Assaka. Elles ont chacune leur chikh el ạam et se gouvernent +séparément. Les qçars sont tous sur les rives mêmes de l’ouad. + +Le district d’_Aït Bou Delal_ se compose d’une douzaine de qçars +situés sur les bords de l’Ouad Dâdes : le principal d’entre +eux est Zaouïa Sidi Felaḥ ; on se sert quelquefois de son nom pour +désigner tout le groupe dont il fait partie. + +Les districts que nous venons d’énumérer sont, ainsi que le bassin +entier de l’Ouad Dâdes, indépendants du sultan. + + =I. — District du Dâdes.= + +Voici les principaux qçars dont il se compose : tous sont sur les +bords mêmes de l’Ouad Dâdes. + + RIVE DROITE : + + Aït Mesạoud } 30 fusils. + } + Iṛerm Melloul } 40 + } + Qçar Zida } Aït Temouted. 60 + } + Iṛerm n Imzil } 200 + } + Tiṛremt Aït Ạli ou Iaḥia } 10 + + Tarmoucht Aït Ouniṛ. 30 + + Aït Bou Iousef (3 qçars) } 60 + } + El Ḥara } 100 + } Aït Ḥammou. + Tilmiouin (2 qçars) } 40 + } + Aït Mezber } 100 + + Aït Kasi ou Ạli (3 tiṛremts) } 150 + } + Khemîs Sidi Bou Iaḥia (marché) } + } Aït ou Allal. + Qoubba Sidi Bou Iaḥia (qoubba } + isolée) } + } + Aït b Oulman } 60 + + Amdnar } 40 + } + Ifri } Iourtegin. 50 + } + Tiilit } 60 + + Aït Bou Ḥeddou } + } + Imzouṛ } + } + Iṛerm n Igran } + } + Taourirt Izknasen } + } + Taourirt Izknasen } + } + Cheurfa Aït Bou Ạmran } + } + Aït Haroun } Arbạ Mia. + } + Zaouïa Aït Bou Bekr } + } + Azdag } + } + Cheurfa Aït Bou Ạmran } + } + Zaouïa el Oustia Aït Bou Ạmran } + } + Cheurfa Aït Taltmanart } + } + Cheurfa Aït Bou Ạmran } + + RIVE GAUCHE : + + Aït Selîman } 50 fusils + } + Akboub } Aït Temouted. 30 + } + Aït Iidir } 20 + + Aït Slillo } 100 + } + Tiṛremt Aït Merset } Aït Ouniṛ. 10 + } + Aït b Oumal } 150 + + Tiṛremt Ḥamed } 20 + } + Aït Ḥamed } 20 + } + Aït Ioud } Aït Ḥammou. 20 + } + Tiṛremt Aït Mezber } 20 + } + Aït Bou Bekr } 20 + + Aït Bou Allal } 60 + } Aït ou Allai. + Aït ou Ez Zin } 50 + + Tagenza (Zaouïa Aït Sidi El Boṛdad) } 30 + } + Iattasen } 50 + } + Aserṛin } Iourtegin. 20 + } + Tiṛremt Kasi } 20 + } + Aït El Ḥaseïn } 50 + + Imzouṛ } 100 + } + Zaouïa Fouqania Sidi Dris } + } + El Mạïach } + } + Zaouïa Sidi Dris } + } + Aït Aqqo ou Ạli } + } + Aït Haroun } + } Arbạ Mia. + Aït Bou Bekr } + } + Azdag } + } + Zaouïa Aït Sidi Mouloud Fouqania } + } + Zaouïa Aït Sidi Mouloud Taḥtania } + } + Aït Ioul } + } + Aït Bou Bekr } + +Les marchés du Dâdes sont : le Khemîs Sidi Bou Iaḥia, l’Arbạa +Imzouṛ, l’Arbạa Aït b Oumal. + +Il y a au Dâdes deux mellaḥs. + + =II. — District d’Aït Iahia.= + +Il se compose des qçars suivants, tous situés dans la vallée de +l’Ouad Dâdes, les uns sur ses rives mêmes, les autres sur celles +de l’Ouad Imgoun, auprès de son confluent. C’est à Tagnit Ba +Ḥammou d Aït Ṭaleb que cette rivière se jette dans l’Ouad +Dâdes. Les qçars de la rive droite situés au-dessous de Tagnit sont +donc sur l’Ouad Dâdes même ; ceux qui sont au-dessus se trouvent +sur l’Ouad Imgoun. Mais ces localités sont si rapprochées les unes +des autres, si groupées que, bien que sur deux rivières différentes, +elles sont toutes dans la vallée de l’Ouad Dâdes. + +Voici les qçars dont l’ensemble forme le district d’Aït Iaḥia, +dans l’ordre où on les trouve en descendant la vallée : + + RIVE DROITE : + + Tiṛremt Ifertioun. + + Aït Er Râmi. + + Ibaraḥen. + + Aït Abbou. + + Ilouaḥen. + + Ikazzour. + + Tagnit Aït Moḥo. + + Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb. + + Tiṛremt Aït El Ḥasen. + + Tiṛremt Ouazen. + + Aït Er Ridi. + + El Ḥara. + + Taourirt. + + Aït Tazarin. + + Tirigiout. + + Ikeddaren. + + Aït Igmad. + + RIVE GAUCHE : + + Zaouïa Ouad Zfal. + + Aïlkemt. + + Aït ou Addar. + + Timichcha (8 qçars). + +Pas de marché dans le district d’Aït Iaḥia. + +Dans l’Aït Iaḥia, comme dans le Dâdes, les deux rives de l’ouad +sont bordées d’un ruban non interrompu de cultures : mais elles +sont un instant désertes entre les deux districts ; à cet endroit, +la rivière traverse une petite gorge inculte et inhabitée de 1200 +à 1400 mètres de long : c’est la frontière. + + =III. — District d’Ishihen.= + +Tous les qçars qui composent l’Isḥiḥen sont sur les bords de +l’Ouad Dâdes. Celui-ci a, sur toute la longueur du district, ses +deux rives garnies d’une bande continue de cultures. Avant d’y +entrer, il a été quelque temps désert : entre l’Aït Iaḥia et +l’Isḥiḥen, il a traversé une gorge inculte et inhabitée qui +forme frontière entre eux ; la longueur de ce désert est égale +à la distance de Taourirt à Asfalou (Todṛa). Voici les qçars +dont se compose l’Isḥiḥen, dans l’ordre où on les trouve en +descendant la rivière : + + RIVE DROITE : + + Tiṛremt Aït Sidi Ạli } + } + » Aït ou Ben Ạli } + } + » Isso ou Mḥammed } + } + » Ben Zizi } + } portant le nom collectif de Tiṛrematin + } Aït n Aglou. + » Ibaraḥen } + } + » Ibaraḥen Taḥtia } + } + » Isso ou Ḥamed } + } + » Ḥammou d Aït Ioub. } + + Taria[102] Aït Ạmer. + + Taria Aït Ạli ou Moḥa. + + Taria Ben Sekri. + + Tiṛremt Taria ạla sagia Imeṛrân. + + RIVE GAUCHE : + + Aït Bakhous. + + Tiṛremt Issoun Ben Touda. + + Tiṛremt Ạli Ḥeddou. + + Tiṛremt Ḥeddou Nzaha (Aït Isso). + + Tiṛremt Aït el Mạllem. + + Tiṛremt Aït Ḥeddou. + + Aït Iqqo. + + Tiṛremt Aït Ḥeddou ou Sạïd. + + Tiṛremt Ousfia. + + Distances : d’Aït Bakhous à Tiṛremt Ousfia, 2 fois comme de Taourirt + à Tinṛir (Todṛa). + + Aït n Aglou est en face d’Aït Bakhous. + + Tiṛremt Taria ạla sagia Imeṛrân est en face de Tiṛremt + Ousfia. + +Il n’y a dans l’Isḥiḥen ni zaouïa, ni marché, ni Juifs. + + =IV. — District d’Imerran.= + +La portion de la grande tribu des Imeṛrân qui habite, sur l’Ouad +Dâdes, ce district, auquel elle a donné son nom, comprend les qçars +qu’on va lire, tous sur le cours même de la rivière. Les bords +de celle-ci sont, dans tout le district, garnis d’une double bande +de cultures qui ne s’interrompt qu’à un seul endroit et sur un +très court espace, entre Tiṛremt Aït Brahim et Tiṛremt Aït +Temoudout. Entre l’Isḥiḥen et l’Imeṛrân, la vallée est +un instant déserte ; l’ouad y traverse une petite gorge inculte et +inhabitée : on l’appelle Khela Igrikan ; elle forme la limite entre +les deux districts. Ce désert a peu de longueur : autant qu’il y +a de distance de Tamnougalt à Takatert. + + RIVE DROITE : + + Aït Ḥammou ou Fekou } 25 fusils. + } + Tiṛremt El Ḥasen d Aït Isso } 8 + } + Tiṛremt Aït Assa } 12 + } + Aït Ben Sạïd } 7 + } + Talat n Tanout (Cherifs. 3 qçîbas) } 12 + } + Iạraben } 8 + } Taṛzout. + Ạli Aït El Ḥasen ou Sạïd } 2 + } + Tiṛremt Ou Tmakecht } 3 + } + Tiṛremt Sạïd d Aït Lalla } 8 + } + Cheurfa Aït Moḥammed } 15 + } + Iṛrem Aqdim } 20 + } + Moulei Iousef d Aït Ba El Ḥasen } 20 + + Ifran Ạli ou Reḥo } 3 + } + Tiṛremt Moulei Es Sṛîr } 30 + } + Tiṛremt Aït Ạbd Allah } 15 + } Imasin. + Aït Bou Mesḥaoul } 20 + } + Cheurfa El Bour } 40 + } + Mesgoug } 20 + + Tigemmi Tazouggaṛt Aït El Ḥaseïn } 15 + } + Tiṛremt Aït ou Ạggoun } Tamesraout 10 + } + Tiṛremt Aït Brahim } 20 + + Tiṛremt Aït Temoudout } 40 + } + Tiṛremt Bou Ouchchan } 20 + } Assaka. + Tiṛremt Aït Kelb ou Ouchchen } 20 + } + Tiṛremt Azarif } 12 + + RIVE GAUCHE : + + Taleint Bou Ḥeddou } 70 fusils. + } + Tiṛremt Iderdar } 7 + } + Tiṛremt Izeggaren } 2 + } + Tiṛremt Ḥammou d Aït Ạli } 1 + } + Tiṛremt Imi n Ichil } 7 + } + Agerd Oumerri } 3 + } + Agerd Aït Zaïneb } Taṛzout. 4 + } + Amerdoul (10 tiṛremts) } 50 + } + Aït Zaneṭ } 12 + } + Tiṛremt Ạaraben } 8 + } + Aït Gendou (4 tiṛremts) } 50 + } + Bou Iqba (8 tiṛremts) } 45 + } + Amerdoul Aït Imi (8 tiṛremts) } 50 + + Tiṛremt Aït Ḥaddou ou Ạmr } 10 + } + Tiṛremt Aït Moḥammed } 20 + } + Tiṛremt Idir Aït Temoudout } Assaka. 12 + } + Tiṛremt Aït Iddi Ikniouin } 10 + } + Tiṛremt Bou Tezouerin } 8 + + Distances : d’Aït Ḥammou ou Fekou à Ifran comme deux fois de Taourirt + à Tinṛir (Todṛa). + + D’Ifran à Mesgoug comme de Tamnougalt à Asellim. + + De Mesgoug à Tiṛremt Aït Brahim comme de Taourirt à + Tinṛir. + + De Tiṛremt Aït Brahim à Tiṛremt Aït Temoudout comme deux + fois de Taourirt à Tinṛir. + + De Tiṛremt Aït Temoudout à Tiṛremt Azarif comme de + Tamnougalt à Asellim. + +Entre Tiṛremt Aït Brahim et Tiṛremt Aït Temoudout, l’Ouad +Dâdes traverse une petite gorge déserte : c’est le seul point de +l’Imeṛrân où les rives en soient inhabitées. + +Un marché, le Ḥad Imasin, au bord de la rivière, entre Mesgoug +et Tiṛremt Aït Ạbd Allah. + +Point de Juifs. + + =V. — Affluents de l’Ouad Dâdes.= + +L’Ouad Dâdes a peu d’affluents sur sa rive gauche : ceux qu’il +y reçoit sont peu importants et ont des cours déserts. Sur sa rive +droite, au contraire, il en reçoit un assez grand nombre, et parmi eux +de considérables. Beaucoup traversent des lieux habités : la région +comprise entre l’Ouad Dâdes et le Grand Atlas est très peuplée. + +Voici les quelques affluents dont nous avons pu savoir les noms : +c’est une liste fort incomplète. + +RIVE GAUCHE : + +_Ouad Tagmout_. — (Ayant son confluent dans le Dâdes ; cours +désert.) + +_Ouad Aqqa el Medfa_. — (Ayant son confluent dans l’Imeṛrân ; +cours désert.) + +RIVE DROITE : + +_Achil Sidi Bou Iahia_. — (Ayant son confluent à Qoubba Sidi Bou +Iaḥia, dans le Dâdes.) + +_Ouad Imgoun_. — (Ayant son confluent à Tagnit Ba Ḥammou d Aït +Ṭaleb. Il arrose les territoires de plusieurs tribus ; il fera +l’objet d’un article spécial.) + +_Ouad Iserki_. — (Ayant son confluent dans l’Aït Bou Delal). Il +prend sa source dans le Grand Atlas et arrose successivement les +qçars suivants appartenant à la tribu des Imeṛrân : + + Dar Aït Iaḥia. + + Oumm er Remman. + + Dar Aït Moulei. + + Tidrest. + +De plus, entre Dar Aït Moulei et Tidrest, se trouvent, à une heure +de distance de l’ouad, sur le flanc gauche de sa vallée, les quatre +qçars suivants : + + Tiflit. + + Timtedit. + + Iṛerm n Tizi. + + Iṛerm Amellal. + +Ils appartiennent aussi aux Imeṛrân. + + Distances : de l’Ouad Iserki à Tikirt, une petite journée de marche. + + De l’Ouad Iserki à Tizgi, une petite journée de marche. + +Cette énumération est très incomplète : il y manque, entre autres, +les rivières arrosant d’autres portions des Imeṛrân et celles +de la grande tribu des Haskoura. + +_OUAD IMGOUN._ — Il prend naissance au Djebel Tarkeddit, dans le +Grand Atlas : en descendant, il arrose trois tribus dont il porte +successivement les noms pendant qu’il est sur leurs territoires : on +l’appelle d’abord Ouad Tourza Aït Sekri, puis Ouad Aït Ḥamed, +enfin Ouad Imgoun. Le premier district qu’il traverse est celui +de Tourza Aït Sekri ; il se compose d’une certaine quantité de +qçars qui appartiennent tous aux Imeṛrân : ce sont, en descendant : + + Aït ou Aḥman (groupe de 7 qçars). 150 fusils. + + Aït Daoud (groupe de 7 qçars). 200 + + Aït Mousa ou Daoud (groupe de 8 qçars). 200 + + Aït Toumert (groupe de 8 qçars). 150 + +De là il passe dans la tribu des Aït Ḥamed : il y arrose un assez +grand nombre de localités ; elles forment toute la tribu : celle-ci +compte environ 700 fusils. Elle est isolée et indépendante. + +Des Aït Ḥamed, il entre dans le territoire des Imgoun : il y arrose +successivement les qçars suivants : + + Agouti rive droite. + + El Ḥout rive droite. + + Bou Teṛrar rive droite. + + Aït Qlạa rive gauche. + + Tazrout. + + Azrou. + + Aït Ḥammou ou Iaḥia. + + Cheurfa Iifar. + + Iberroussen. + + Tiṛremt Izouralen d Aït Ḥammou ou Iaḥia. + + Tabarkhast. + + Tazrout. + + Ouarsdik. + + Tabaouchit. + + Aït Irmaḍ d Imgoun. + + El Mirna. + + Zaouïa Agerd. + + Talmout. + + Er Reken. + + El Qlạa. + + Ḥara Imroudas. + + Aït Meṛrar. + +Ces qçars, avec trois autres situés sur l’Ouad Aït Meraou, +et dont nous parlerons plus bas, composent toute la tribu +d’Imgoun. Au-dessous d’Aït Meṛrar, l’Ouad Imgoun n’arrose +que les quelques localités du district d’Aït Iaḥia énumérées +plus haut, puis il se jette dans l’Ouad Dâdes. + + Distances : de l’Aït Iaḥia à Aït Meṛrar comme de Tiilit à Khemîs Sidi + Bou Iaḥia. + + D’Aït Meṛrar à Aït Qlạa comme de Tiilit à Aït Iidir. + + D’Aït Meṛrar à Bou Teṛrar comme de Tiilit à Aït Iidir. + + De Bou Teṛrar à Agouti comme de Tiilit à Aït Iidir. + + De Bou Teṛrar aux premiers qçars de Tourza Aït Zekri + comme de l’Aït Iaḥia à Aït Iidir. + +Il n’y a point de désert entre l’Imgoun et l’Aït Iaḥia : +les rives de l’Ouad Imgoun sont, entre ces territoires comme dans +chacun d’eux, bordées d’une ligne continue de cultures. + +Il existe deux mellaḥs sur l’Ouad Imgoun, l’un et l’autre +dans la tribu d’Imgoun. + +Un marché, le Tlâta Imgoun. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Imgoun reçoit sur sa rive gauche l’Ouad +Aït Meraou, qui s’y jette à Aït Qlạa. + +OUAD AIT MERAOU. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, puis +arrose le territoire des Aït Meraou : cette tribu se compose d’un +certain nombre de qçars échelonnés sur les bords de l’ouad ; +elle compte 700 ou 800 fusils. Au-dessous des Aït Meraou, la rivière +entre dans la tribu des Imgoun, où elle passe par les trois qçars +suivants, avant de se jeter dans l’Ouad Imgoun : + + Igourramen. + + Taria Aït Meraou (très grand qçar ; 200 fusils et 50 chevaux). + + Timstiggit. + + =VI. — Renseignements sur quelques tribus au nord de l’Ouad + Dâdes.= + +Les pentes du Grand Atlas, au nord de l’Ouad Dâdes, sont habitées +par une population nombreuse. Elles appartiennent à plusieurs +tribus dont les principales sont : à l’est, divers groupes des +Aït Melṛad (subdivision des Aït Iafelman, qui sont eux-mêmes une +fraction des Berâber) ; à l’ouest, les Imeṛrân et les Haskoura. + +_IMERRAN_. — C’est une grande tribu pouvant mettre sur pied 3000 +à 3500 fusils et 150 chevaux : elle est chleuḥa et ne parle que le +tamaziṛt ; elle est indépendante. Les Imeṛrân ont des tentes et +surtout des qçars. Les tentes sont dans le Saṛro et sur les pentes +méridionales du Grand Atlas. Les qçars forment un grand nombre de +districts dont voici les principaux : + +_Imerrân_ (sur l’Ouad Dâdes ; les qçars en ont été énumérés +plus haut). + +_Tourza Aït Sekri_ (sur l’Ouad Imgoun ; les qçars en ont été +énumérés plus haut). + +_Ahel Ouad Iserki_ (sur l’Ouad Iserki ; les qçars en ont été +énumérés plus haut). + +_Igernan_ (situé à 2 jours de l’Imasin, à 2 j. du Telouet, +à 3 j. de Demnât). + +_Ikandoul_ (ou _Kandoula_) (à 1 jour de l’Igernan, à 3 j. du +Telouet, à 1 j. de l’Imasin : le chemin de l’Imasin traverse le +Tizi n Taddart). + +_Aït Iahia ou Ali_ (à 2 jours de l’Imasin, à 1 j. de Demnât, +tout près du Telouet). + +_Aït Hammou ou Ali_ (touche à l’Aït Iaḥia ou Ạli). + +_Zaouïa Aït Zerrouq_ (à 2 jours de l’Imasin, à 2 j. de Demnât, +à 2 j. 1/2 du Telouet). + +_Ait Outfaou_ (à 1 jour 1/2 de l’Imasin, à 2 j. du Telouet, +à 1/2 journée de Tourza Aït Sekri). + +_Tirrematin Igelmouz_ (4 qçars. — A 1 petite journée de l’Imasin, +à 1/2 j. de Tourza Aït Sekri, à 1/2 j. de l’Aït Outfaou, à 2 +j. du Telouet). + +_Targanada_ (à 1/2 jour de l’Imasin, à 1 j. 1/2 du Telouet, +à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât). + +_Igli Aït Zarar_ (à 1 jour de l’Imasin, à 1 j. de Tourza Aït +Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât). + +_Timicha_ (à 1 jour de l’Imasin, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, +à 1 j. de l’Ouarzazât ; du district de Timicha à celui d’Igli +Aït Zarar, même distance que d’Ourika à Ouriz ; une rivière passe +entre eux : l’Igli est sur la rive droite, le Timicha sur la gauche). + +_Tindout_ (sur la même rivière que le Timicha, mais plus bas : +du Tindout au Timicha comme de Tesaouant à Ourika). + +Les diverses fractions des Imeṛrân se gouvernent d’une manière +identique : elles s’unissent par groupes plus ou moins nombreux, +et chacun d’eux élit un chikh el ạam. + +Il existe chez les Imeṛrân quatre mellaḥs : dans le Targanada, +l’Igli Aït Zarar, le Timicha et le Tindout. + +_HASKOURA_. — Les Haskoura sont une nombreuse tribu comprenant plus +de 200 qçars. + + =VII. — Itinéraires.= + +1o _DE L’IMASIN A TOURZA AIT SEKRI_. — Pour aller de l’Imasin +aux qçars de Tourza Aït Sekri, sur le haut Ouad Imgoun, on quitte +l’Ouad Dâdes dès le départ et on gagne d’abord l’Ouad el +Melḥ : ce dernier est une rivière qui prend sa source dans le +désert de Timasinin, puis qui descend vers l’Imasin ; avant d’y +parvenir et d’atteindre l’Ouad Dâdes, elle déverse ses eaux +dans une dépression nommée Issin Imaṛiren : il se forme là un +vaste marais qui n’a pas d’écoulement et ne communique point avec +l’Ouad Dâdes. Lorsque ce marais se dessèche, on ramasse beaucoup +de sel dans son lit. On remonte ensuite l’Ouad el Melḥ jusqu’au +Khela Timasinin ; on traverse ce désert : à son extrémité se +trouvent la vallée de l’Ouad Imgoun et les qçars de Tourza Aït +Sekri. — Il y a une journée et demie de chemin entre l’Imasin +et Tourza Aït Sekri ; la nuit se passe dans le désert, dans la +plaine d’Azbed. + +2o _COLS DANS LE GRAND ATLAS_. — Le Grand Atlas, quoique très +élevé et presque toujours couvert de neige entre l’Ouad Dâdes +et le bassin de l’Oumm er Rebiạ, est percé de plusieurs cols +praticables toute l’année ; quand les neiges couvrent l’un +d’eux d’une couche trop épaisse, on attend huit, dix, quinze +jours au village le plus rapproché, ou bien on essaie de passer par +un autre : en aucune saison les relations ne sont interrompues entre +les deux versants de la chaîne. Les quatre principaux cols sont, +en allant de l’est à l’ouest : + +Tizi ou Rijimt (chemin de l’Ouad Imgoun), Tizi Aït Imi (chemin de +l’Ouad b Ougemmez), Tizi Tarkeddit, Tizi Amzoug. + + + =Ouad Idermi.= + + + =I. — Ouad Idermi.= + +L’Ouad Idermi, dont la réunion avec l’Ouad Dâdes forme l’Ouad +Dra, résulte du confluent de deux rivières : l’Ouad Iounil et +l’Ouad Imini : ce confluent se trouve entre Tazentout et Tikirt. A +peu de distance au-dessus de ces points, les deux cours d’eau +avaient reçu, chacun sur leur rive droite, un tributaire d’une +importance égale à la leur, savoir : l’Asif Marṛen, se jetant +dans l’Ouad Iounil entre Tazleft et Tamdakht ; l’Ouad Iriri, +se jetant dans l’Ouad Imini entre Tizgzaouin et Imzouṛen. + +Nous allons étudier séparément chacune de ces quatre rivières, +puis nous passerons à l’Ouad Idermi. + +1o _OUAD IOUNIL_. — On l’appelle aussi quelquefois Ouad Bou +Felfoul. Les eaux en sont douces. Il prend sa source au Djebel +Anṛemer ; il passe d’abord par les villages de : + +Tirza, Zaouïa Bou Felfoul. + +Puis il entre dans le district d’Ounila, appelé aussi Iounilen, +et y arrose successivement les villages de : + +Iṛris, Aït Sidi Ạïssa, Anmiṭer, Irounan, Timsal, Angelz, +Tiourassin, Tiferoui[103]. + +De là il entre dans le district d’Assaka, où il arrose : + +Timellilt, Tagendouzt, Tajegjit, Aït Ḥeddou, Aït Oumaziṛ, +Bedaan, Tametkal, Zaouïa Igourramen, Aït Alla, Ida ou Tazert, +Ạnd Aït Mesạoud[104]. + +Ensuite il passe dans le district de Tizgi, où il arrose : + +Takerrat, Zaouïa Igourramen, Berda, Toṛora, Tizgi[105]. + +De là il passe dans celui d’Aït Zaïneb, où il arrose : + +Tamakoucht, Achahod, Aït Fers, Tigert, Taïfst, Ouaounsemt, Tazleft, +Tamdakht, Asfalou, Aït b Oulman, Aït Ạïssa, Itelouan, Agilan, +Taselmant, Tabouraḥt, Tazentout[106]. + +Sur tout son cours, depuis Zaouïa Bou Felfoul jusqu’à Tazentout, +ses deux rives sont cultivées. Il a généralement de l’eau toute +l’année. + +La réunion des deux villages de Tazleft et de Tamdakht, entre +lesquels l’Asif Marṛen se jette dans l’Ouad Iounil, porte le +nom de Teççaïout. + +Les villages de cette région ont en moyenne de 200 à 500 habitants ; +Tizgi peut en avoir 500 ou 600 ; Tiourassin, la première Zaouïa +Igourramen, Aït Ạïssa et Tikirt, de 600 à 800. + +La portion de désert s’étendant entre Itelouan (Ouad Iounil) +et le Tammast (Ouad Idermi) porte le nom de Khela Afella Ifri. + +2o _ASIF MARREN_. — On l’appelle aussi Ouad el Melḥ et +Ouad Tamdakht. Ses eaux sont douces dans son cours supérieur, +jusqu’à Imirṛen : là elles traversent de grands gisements de +sel et deviennent salées. Il prend sa source dans le Grand Atlas, à +l’ouest du Djebel Anṛemer : de là il traverse d’abord la plaine +du Telouet, y recevant sur sa rive droite plusieurs petits affluents, +au bord desquels se trouvent la plupart des villages du district. + +Dans le Telouet, l’Asif Marṛen arrose successivement : + +Adaḥa, rive droite ; Imi n Zgi, rive droite ; Imirṛen, rive droite. + +Entre ces deux derniers points, il y a un court désert. Après +Imirṛen, la rivière sort du Telouet. Elle traverse le désert +d’Assaka Ourami. + +Puis ses bords se couvrent de cultures, et elle arrose : + +Timountout Fouqia (avec une source d’eau douce, Ạïn Amezouar), +rive droite ; Timountout Taḥtia, rive droite. + +Ces deux villages forment un district séparé : au-dessous, elle +rentre dans un désert, celui d’Aounkou. Elle arrose ensuite un +village isolé : + +Tadellast, rive gauche. + +Nouveau désert, puis autre village isolé : + +Ankhessa (qoubba et zaouïa vénérées). + +Nouveau désert jusqu’à Teççaïout : là elle entre dans le +district d’Aït Zaïneb, et, avec Tazleft sur sa rive gauche, +Tamdakht sur la droite, elle se jette dans l’Ouad Iounil. + +L’Asif Marṛen a habituellement de l’eau dans son cours +inférieur, d’Imirṛen à Teççaïout ; au-dessus d’Imirṛen, +il n’en a que rarement, au moment des grandes pluies ou à celui de +la fonte des neiges : l’eau des ruisseaux qui devraient l’alimenter +dans cette région est retenue pour l’irrigation du Telouet. + +Le district du Telouet se compose des villages ci-dessous, dont trois +sont situés sur le cours de l’Asif Marṛen, les autres sur des +affluents de sa rive droite : + +Tasga, Tarilast, Aït Ḥammou ou Ạli, Aït Baddou, Tabougoumt, +Toumjoujt, Iṛil el Abian, Tamerranist, Areg, Haïndaken, Imaounin +(appelé aussi Dar el Glaoui et Dar el Qaïd), Aachoun, Adaḥa, +Imi n Zgi, Imirṛen. + +Dans cette énumération, on a commencé par les villages du bassin +supérieur, en descendant progressivement à ceux des affluents +inférieurs. Entre Tarilast et Aït Ḥammou ou Ạli, se trouve la +qoubba isolée de Sidi Mançour ou Ḥamed. A Imirṛen sont de vastes +gisements salins : on y extrait le sel par grandes dalles semblables +à celles du Tâdla. + +=AFFLUENT.= — L’Asif Marṛen ne reçoit qu’un affluent, +encore est-il de peu d’importance : c’est l’Ouad Tichka ; +il descend du col de ce nom et se jette sur la rive droite de la +rivière à Imirṛen. + +3o _OUAD IMINI_. — On l’appelle aussi Ouad Tidili. Les eaux en +sont douces. Il prend sa source au Djbel Tidili. Puis il entre dans +le district de Tidili, où il arrose successivement une quinzaine de +villages[107] dont les principaux sont : + +Timjdout, Sour, Dir, Igadaïn, Ilṛman, Timzrit, Timkist, Asell. + +Il passe de là dans le district de Tizgi n Ouzalim, où il arrose +environ dix villages[108]. + +Il s’engage ensuite dans le district d’Imini, où il arrose +successivement : + +Iflilt, Iṛil, Tagnit, Afella Isli, Taourirt, Taskoukt, Amerzeggan, +El Medina[109]. + +Il entre enfin dans le district d’Aït Zaïneb, où il arrose : + +Tadoula, Tizgzaouin, Imzouṛen, Aït Bou Mḥind, El Mellaḥ, +Zaouïa Sidi Ḥamed, Tikirt. + +Sur tout son cours, depuis Timjdout jusqu’à Tikirt, l’Ouad Imini +est cultivé. + +L’Ouad Imini et l’Ouad Iriri coulent de même manière que l’Ouad +Iounil : les villages sont exclusivement sur leurs bords, et le fond +seul de leurs vallées est cultivé. Ces vallées sont semblables à +celle de l’Ouad Iounil, fort étroites et fort encaissées jusque +auprès de leur confluent, et s’élargissant à son approche. Entre +elles, comme entre l’Ouad Iounil et l’Asif Marṛen, et comme entre +l’Asif Marṛen et l’Ouad Imini, le désert est absolu. Le désert +qui s’étend de l’Ouad Imini à l’Asif Marṛen s’appelle +Khela Tamṛart. + +Le principal village du Tidili est Timjdout ; le principal de l’Aït +Zaïneb est Tikirt : il n’y en a point de marquant dans l’Imini. + +=AFFLUENT.= — Hors l’Ouad Iriri, l’Ouad Imini ne reçoit qu’un +affluent : l’Ouad Tamanat, petit cours d’eau sans importance +descendant du col du même nom et se jetant sur sa rive gauche dans +le Tidili. + +4o _OUAD IRIRI_. — Les eaux en sont douces. Il prend sa source +dans le Siroua. De là il entre dans la tribu des Ikhzama, tribu +portant aussi quelquefois le nom d’Aït ou Zgiḍ, où il arrose +successivement les trois villages suivants : + +Tesakoust, Tourtit, Aït Nbdaz[110], rive droite. + +Puis il entre dans un désert, où il coule pendant un certain temps. + +De là il passe dans la tribu des Aït Ạbd Allah, où il arrose : + +Azreg, Tagouïamt, Tasṛekht[111]. + +Puis il traverse le désert de Bou Izri. + +En sortant de là, il entre dans la tribu des Aït Touaïa, où +il arrose : + +Tazeggert, Taoura, Seroub, Aït Bou Khtir, Ansekki, Zaouïa +Iggourramen[112]. + +De là il se jette dans l’Ouad Imini, un peu au-dessus +d’Imzouṛen. + + Distances : de Tikirt à Tazeggert (pas de désert) 3 heures. + + De Tazeggert à Tasṛekht (désert) 1/2 jour. + + De Tasṛekht à Azreg (pas de désert) 1/2 heure. + + D’Azreg à Aït Nbdaz (désert) 4 heures. + + D’Aït Nbdaz à Tesakoust (pas de désert) 3/4 d’heure. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Iriri reçoit deux affluents, l’un et +l’autre sur sa rive gauche. Le premier est l’Ouad Amasin, s’y +jetant entre Tesakoust et Tourtit ; le second, l’Ouad Bou Igouldan, +s’y jetant un peu au-dessous de Tourtit. + +OUAD AMASIN. — Il prend sa source au Tizi n Ougdour. Il coule dans +le désert jusqu’au village d’Amasin, l’un des principaux des +Ikhzama. Il reste sur le territoire de cette tribu jusqu’à son +confluent, sans arroser d’autre lieu habité. + + Distances : d’Amasin à Tesakoust 3 heures. + + D’Amasin à Tizi n Ougdour 1 heure 1/2. + +OUAD BOU IGOULDAN. — Il prend sa source dans le désert de Bou +Igouldan. De là il passe dans la tribu des Aït Marlif, où il arrose +8 ou 10 villages dont les principaux sont : + +Aṛbar, Agdour, Almid, Tlemsen, Tagdourt n Touda, Aït Tagdourt. + +Puis il passe, pour n’en plus sortir, sur le territoire des Ikhzama, +où il arrose le village d’Ourti, le seul de cette tribu qui soit +sur son cours. + +Les Aït Marlif reconnaissent nominalement la suprématie de Moḥammed +ou Ạbd Allah, l’un des chikhs des Aït Tameldou. Leur tribu ne se +compose que des villages qu’elle possède sur l’Ouad Bou Igouldan. + + Distance : de Tourtit à Aït Tagdourt (sans passer par Ourti, 1 + qui est dans un coude de la rivière) heure + 1/2. + +=OUAD IDERMI.= — Aussitôt après le confluent des deux rivières +qui le forment, il s’enfonce dans une gorge étroite et déserte, +appelée Khela Assaka, ayant pour flanc droit une haute croupe rocheuse +très escarpée, Iṛrem n Ououl. Ce défilé forme la limite entre +le district d’Aït Zaïneb et celui d’Ouarzazât. Après l’avoir +franchi, l’Ouad Idermi entre dans ce dernier. Pendant tout le temps +qu’il y demeure, il coule à l’ombre des palmiers et au milieu +de riches villages. Le Ouarzazât se décompose en 3 subdivisions : +il les traverse l’une après l’autre. + +Il arrose d’abord celle de Tammast, où il baigne successivement +les villages et les qçars de : + + Tiffoultout rive gauche. + + Aran rive droite. + + Aït Iousef ou Talil rive gauche. + + Tamasint rive gauche. + + Taṛramt rive droite. + + Fedragoum rive gauche. + +De là il passe dans celle de l’Ouarzazât proprement dit, où +il arrose : + + Zaouïa Sidi Ọtman (grand village de 300 familles) rive droite. + + Tamerzast rive gauche. + + Tabount rive droite. + + Tigemmi Djedid rive droite. + + Tadja rive droite. + + Taourirt rive gauche. + + Tazrout rive droite. + + Tenmasla rive droite. + + Qoubba Sidi Daoud (qoubba isolée, sans village) rive gauche. + + Aït Kedif rive gauche. + + Talet rive droite. + + Aourz rive gauche. + +Puis il passe dans celle de Ṛalil, où il arrose : + + Tademricht (grand village avec zaouïa) rive gauche. + + Ḥebib rive droite. + + Ṛalil rive droite. + +Là finit l’Ouarzazât. L’Ouad Idermi rentre dans le désert +et y reste jusqu’au point où, s’unissant à l’Ouad Dâdes, +il forme l’Ouad Dra. Ce désert s’appelle Khela Timikirt. + +Les trois subdivisions et les villages que nous venons d’énumérer +forment la totalité de l’Ouarzazât. Ce district est soumis +au sultan, et surtout au qaïd des Glaoua, qui, fonctionnaire du +makhzen au Telouet, est ici chef héréditaire. Il exerce son pouvoir +avec douceur, à la façon des chikhs de Tikirt et de Tazenakht ; +aussi s’aperçoit-on à peine dans le Ouarzazât qu’on est en +blad el makhzen. Au-dessous de lui, trois chikhs, dont les ressorts +ne répondent pas tout à fait aux trois subdivisions du pays, se +partagent l’autorité. Ce sont : Chikh El Ḥoseïn ould Amṛar +Mḥind, résidant à Tiffoultout ; un fils du qaïd des Glaoua, +Chikh Ḥammadi, à Taourirt ; Chikh Ḥamma Ạli, à Tenmasla. + +Il n’y a qu’un marché dans l’Ouarzazât : le Khemîs Sidi +Ọtman. Les marchés sont fort rares dans ces régions : dans le +bassin entier de l’Ouad Idermi, on n’en compte que trois, le +tenîn de Telouet, le khemîs de Ouarzazât et le khemîs de Tazenakht. + +Il y a 7 mellaḥs dans l’Ouarzazât. Les Juifs sont nombreux dans +ces contrées : il existe 44 mellaḥs dans le bassin de l’Ouad +Idermi ; ils se répartissent de la manière suivante : Assaka +(Ouad Iounil), 3 mellaḥs ; Tizgi (Ouad Iounil), 1 ; Aït Zaïneb, +6 ; Telouet, 4 ; Tidili, 7 ; Imini, 4 ; Ikhzama, 2 ; Aït Touaïa, +1 ; Aït Marlif, 2 ; Ouarzazât, 7 ; Aït Ạmer, 2 ; Zenâga, 3 ; +Iṛels, 1 ; Tammasin, 1. + + Distances : de Tikirt à Tiffoultout 2 heures. + + De Tiffoultout à Taourirt 1 heure. + + De Taourirt à Ṛalil 1 heure. + + De Ṛalil à Afella n Dra (Ouad Dra) 1 jour. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad Idermi ne reçoit qu’un affluent important, +l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, se jetant sur sa rive droite au lieu +appelé Bin el Ouidan, dans le désert de Timikirt. Cette rivière +est presque aussi considérable que l’Ouad Idermi lui-même. + + =II. — Ouad Aït Tigdi Ouchchen.= + +L’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, qui se jette sur la rive droite +de l’Ouad Idermi entre le Ouarzazât et le Dra, est formé de +la réunion de deux rivières, l’Ouad Tazenakht et l’Ouad +Azgemerzi. Leur confluent se trouve dans la tribu des Aït Tigdi +Ouchchen, au village d’Assaka. + +1o _OUAD TAZENAKHT_. — Il est formé lui-même de la jonction, +à Imdṛeṛ Taḥtani, de trois cours d’eau, l’Ouad Siroua, +l’Ouad Ta n Amelloul et l’Ouad Tasṛirt : nous allons décrire +ces trois rivières, puis nous passerons à l’Ouad Tazenakht. + +OUAD SIROUA. — Il prend sa source dans le mont Siroua. Il coule +d’abord dans le désert, puis entre dans la tribu des Aït +Ouaṛrda ; il y arrose successivement les villages suivants : + +Temsasar, Taloust, Imirleïn, Areg, Temouddat. + +Puis il passe dans le district d’Amara, dépendance de celui de +Tazenakht, dans lequel on le confond quelquefois ; il y arrose : + +Imdṛeṛ Fouqani, Imdṛeṛ Taḥtani. + +A ce dernier point, il s’unit aux deux autres rivières pour former +l’Ouad Tazenakht. + + Distance : d’Imdṛeṛ Taḥtani à Temsasar 1/2 jour. + +OUAD TA N AMELLOUL. — Il prend sa source dans le désert de Ta n +Amelloul. De là il entre dans la tribu des Aït Ouaṛrda, où il +arrose successivement les villages de : + +Afella ou Asif, Tazrout, Tafrent, Tamjerjt, Nekeb Fouqani, Nekeb +Taḥtani. + +Puis il passe dans le district d’Amara et coule, sans rencontrer +de lieu habité, jusqu’à Imdṛeṛ Taḥtani, où il se réunit +aux ouads Siroua et Tasṛirt. + + Distances : d’Imdṛeṛ Taḥtani à Afella ou Asif 4 heures. + + D’Imdṛeṛ Taḥtani à Tamjerjt 1 heure 1/2. + +OUAD TASRIRT. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt. Après +avoir coulé longtemps dans le désert, il entre dans le district +d’Amara, où il arrose l’un après l’autre les villages de : + +Tamzerra (avec la qoubba de S. El Ḥasen Ạli), Ansera. + +En face d’Imdṛeṛ Taḥtani, il se réunit aux deux autres +rivières. + + Distances : d’Imdṛeṛ Taḥtani à Tamzerra 3 heures. + + De Tamzerra au Khela Tasṛirt 1/2 jour. + +=OUAD TAZENAKHT.= — On lui donne aussi le nom d’Ouad Aït +Ouzanif. Au-dessous d’Imdṛeṛ Taḥtani, il continue d’abord +à couler dans le district d’Amara ; il y arrose successivement +les villages de : + +Imṛeld, Tareddout. + +Puis il passe dans le district de Tazenakht, où il baigne : + +Taourirt, Adreg, Tagadirt Aït Daoud, Tagadirt Aït Atto, Tazenakht, +Tazrout. + +De là il passe dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen, où il s’unit, +à Assaka, à l’Ouad Azgemerzi. + + Distances : de Tazenakht à Imdṛeṛ Taḥtani 4 heures. + + De Tazenakht à Assaka 1/2 heure. + +Les villages du Tazenakht et de l’Amara que nous avons énumérés +sur ces différents cours d’eau composent la totalité de ces +districts. + +La tribu des Aït Ouaṛrda ne comprend qu’un village en plus +de ceux que nous avons mentionnés : ce village est Amasin, situé +entre les ouads Siroua et Ta n Amelloul, à 3 heures de Temsasar et +à 1 heure et demie de Tamjerjt. Les Aït Ouaṛrda sont une tribu +tamaziṛt (chleuḥa) indépendante. Aucun lien ne les unit à leurs +voisins. Les plus importants de leurs villages sont Tamjerjt, Afella +ou Asif, Tazrout. + +Les points où prennent leur source les trois rivières dont est formé +l’Ouad Tazenakht demandent quelques explications. Le Djebel Siroua +appartient, le versant est aux Aït Ouaṛrda, le versant sud aux Aït +Oubial, le versant ouest aux Aït Tedrart. Le Khela Ta n Amelloul +s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial, le Khela +Tasṛirt entre les Zenâga et les Seketâna. Ces deux déserts, qui +se font suite, s’étendent depuis le Siroua jusqu’au Petit Atlas ; +c’est dans leurs solitudes, série de plateaux rocheux, qu’est +la ligne de partage des eaux entre les deux bassins du Sous et du Dra. + +2o _OUAD AZGEMERZI_. — On lui donne aussi le nom d’Ouad +Ifenouan. Il prend sa source dans le voisinage du col d’Agni, sur +le territoire des Zenâga. Il arrose successivement dans cette tribu +les villages suivants : + +Isil, Tazoult, El Kharbt, Terga, Tamarouft, Ifenouan. + +De là il passe sur le territoire des Aït Ạmer, où il arrose : + +Temdaouzgez, Taloust. + +Enfin il s’unit à l’Ouad Tazenakht un peu au-dessous d’Assaka. + + Distances : de Taloust à Temdaouzgez 3 heures. + + D’Assaka à Taloust 1/2 heure. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Azgemerzi reçoit deux affluents importants, +l’un et l’autre sur sa rive gauche : l’Ouad Tiouiin, s’y +jetant à Temdaouzgez, et l’Ouad Timjijt, s’y jetant à quelques +pas au-dessus de Taloust. + +OUAD TIOUIIN. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. Il +y demeure jusqu’au moment où, à Kerkda, il débouche dans la plaine +des Zenâga ; il y arrose les villages suivants, tous de cette tribu : + +Kerkda, Agelmim, Aït Mesri, Atres, Tiouiin. + +De Tiouiin, les bords en sont inhabités jusqu’à Temdaouzgez, +où il entre dans le territoire des Aït Ạmer et se jette dans +l’Ouad Azgemerzi. + + Distances : de Kerkda à Aït Mesri 1 heure 1/2. + + D’Aït Mesri à Atres 3 heures. + + D’Atres à Tiouiin 1 heure 1/2. + + De Tiouiin à Temdaouzgez 8 heures. + +OUAD TIMJIJT. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. En +sortant de là, il entre dans la plaine des Zenâga, où il arrose +d’abord les villages suivants, qui font partie de leur territoire : + +Igjgan, Tilsekht, Itkhisen, El Ạïn Aït Ḥamed, Zaouïa Sidi +El Ḥoseïn. + +Puis il passe sur les terres des Aït Ạmer, où il arrose +successivement : + +Zaouïa Sidi Ạbd Allah ou Mḥind, El Ạïn Igourramen, Aït Ạli +ou Ious, Agdal, Aït ou Ansera, Aït Allioun, Tizi, Asersa, Talmodat. + +Enfin il se jette dans l’Ouad Azgemerzi. + +Les quatre villages d’Aït Ạli ou Ious, Agdal, Aït ou Ansera, +Aït Allioun, sont compris sous la dénomination collective de Timjijt. + + Distances : de Taloust à Aït Allioun 2 heures. + + D’Aït Ạli ou Ious à Igjgan 4 heures. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Les deux principales tribus du bassin +de l’Ouad Azgemerzi sont les Aït Ạmer et les Zenâga. + +AIT AMER. — Leur territoire comprend uniquement des villages +que nous avons énumérés plus haut. Parmi eux se remarque une +zaouïa fort influente dans la contrée, celle de Sidi Ạbd Allah +ou Mḥind. Le chef actuel en est Sidi Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, +descendant du saint. Il possède, outre le village de la zaouïa, +celui d’El Ạïn Igourramen. + +ZENAGA. — Cette tribu se compose des villages mentionnés sur les +ouads Azgemerzi, Tiouiin, Timjijt, et d’un certain nombre d’autres +situés entre ces cours d’eau. Ceux-ci sont la plupart sur de petits +affluents des trois rivières principales, ou sur des canaux qui en +dérivent. Tous se trouvent dans la grande plaine des Zenâga. Les +principaux d’entre eux sont : + +Azdif, Taleouin (entre Azdif et Aït Mesri), Ougins (à 3 heures +d’Azdif), Toudma (à 4 heures d’Ougins), Aït Ersal (à 3 heures +de Toudma, sur un ruisseau tributaire de l’Ouad Azgemerzi), Bettal +(à 1 heure et demie d’Aït Ersal), Aït Khouzoud (à quelque +distance de Tazoult), Angalf (à l’ouest de Tazoult). + +De ces villages, le plus important est Azdif. + +3o =OUAD AIT TIGDI OUCHCHEN.= — Dès le point où il se trouve +formé, par la réunion des ouads Tazenakht et Azgemerzi, il entre +dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen : il y arrose successivement +les villages de : + +Assaka, Tafounent, Tislit Aït Tigdi Ouchchen, El Bordj[113]. + +Puis il sort de cette tribu : un peu plus loin il arrose Tagentout. + +Au delà, on ne trouve plus qu’un seul point habité sur son cours : +c’est Fint, village isolé, reconnaissant la suzeraineté du qaïd +de l’Ouarzazât. A Fint, les palmiers reparaissent. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Aït Tigdi Ouchchen a deux affluents +principaux ; il les reçoit l’un et l’autre sur sa rive gauche ; +ce sont : l’Ouad Aït Semgan, s’y jetant à Tislit ; l’Ouad +Iṛels, s’y jetant à Fint. + +OUAD AIT SEMGAN. — Il prend sa source au Siroua ; il s’engage +d’abord dans le district des Aït Semgan, où il arrose +successivement les villages de Aït Iṛmor, Idrar, Aït Tigga. + +De là il passe dans celui de Tammasin, où il baigne : Tinzalin, +Ḥelouqt, Tislit Tammasin. + +Au-dessous de Tislit, il entre dans le désert d’Iseldeï, où il +reste jusqu’à son confluent avec l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen. + + Distances : les 3 villages des Aït Semgan sont groupés au + pied même du Siroua. + + Des Aït Semgan à Tinzalin 4 heures. + + De Tinzalin à Ḥelouqt 1 heure. + + De Ḥelouq à Tislit Tammasin 3 heures. + + De Tislit Tammasin à Tislit Aït Tigdi Ouchchen 6 heures. + +AFFLUENTS. — L’Ouad Aït Semgan a deux affluents : l’Ouad +Bachkoum, se jetant sur sa rive droite à Ḥelouqt, et l’Ouad +Asdṛem, se jetant sur sa rive gauche à Tislit Tammasin. + +=Ouad Bachkoum.= — Il prend sa source dans le Khela Bachkoum et +se jette dans l’Ouad Aït Semgan sans avoir arrosé un seul lieu +habité. Il reste tout le long de son cours dans le désert. + + Distance : de Ḥelouqt au Khela Bachkoum 4 heures + +=Ouad Asdrem.= — Il prend sa source dans le désert d’Asdṛem ; il +arrose successivement les villages suivants, du district de Tammasin : +Tamaziṛt, Tamellakout, Ez Zaouïa, Aït Mekraz, Enzel. + +De là il se jette à Tislit dans l’Ouad Aït Semgan. + + Distances : du Khela Asdṛem à Tamaziṛt 1 heure. + + De Tamaziṛt à Tislit Tammasin 3 heures. + +OUAD IRELS. — Il prend sa source sur le territoire des Ikhzama, +dans les montagnes qui forment le flanc droit de l’Ouad Iriri. De +là il entre dans le désert de Tazga Asdṛem, situé au nord de +celui d’Asdṛem. Après l’avoir traversé, il passe dans le +district de Tammasin, où il arrose le village de Indiout. + +De là il rentre dans le désert, où il reste jusqu’au groupe isolé +d’Iṛels ; il en arrose les deux qçars : Iṛels et Tamaïoust. + +Puis il coule de nouveau dans le désert ; il y demeure jusqu’à +Fint, où il se jette dans l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen. + +A Iṛels commencent les dattiers : il n’y en a point dans le +district de Tammasin. Celui-ci se compose exclusivement des villages +mentionnés sur une partie des cours des ouads Aït Semgan, Asdṛem +et Iṛels ; il reconnaît l’autorité du Zanifi. + + Distances : de la frontière des Ikhzama à Indiout 3 heures 1/2. + + D’Indiout à Iṛels 1/2 jour. + + D’Iṛels à Fint 1 heure 1/2. + + =III. — Itinéraires.= + +1o _DE L’OUAD IOUNIL A L’ASIF MARREN_. — Un chemin conduit de +Zaouïa Bou Felfoul à Tabougoumt (Telouet). + + Distance : 2 heures de marche dans le désert. + +2o _DU TELOUET A TIKIRT_. — On peut faire ce trajet en descendant +le cours de l’Asif Marṛen : ce chemin est un peu plus court que +celui de l’Ouad Iounil ; mais les déserts qu’il traverse le +rendent plus dangereux : aussi est-il beaucoup moins fréquenté. + +3o _DE TAZENAKHT AUX AIT MARLIF_. — Le chemin est le suivant : + + De Tazenakht au Tammasin 8 heures. + + Du Tammasin à Tesakoust (Ouad Iriri) 5 heures. + + De Tesakoust à Tourtit 1/2 heure. + + De Tourtit à Tagdourt n Touda (Aït Marlif) 1 heure 1/2. + +4o _DE TIKIRT A TAZENAKHT_. — Au départ de Tikirt, on s’engage +dans le désert de Tilziṛ. On y reste jusqu’à : + + Tilziṛ (qçar isolé) 1 heure. + +De là on rentre dans le désert, où on demeure jusqu’à : + + Tisili (qçar isolé) 2 heures. + +On y reste de nouveau jusqu’à : + + Tislit Tammasin 3 heures. + +De là on passe dans le désert de Bachkoum, puis dans celui de Tala +qui lui fait suite : une source d’eau vive sert de borne entre eux. + +On aboutit à : Adreg (sur l’Ouad Tazenakht). + + Distance : de Tislit Tammasin à Tazenakht 1 jour. + +5o _DE TIKIRT AU MEZGITA_. — Il y a trois chemins principaux : + +A. — En quittant Tikirt, on descend le cours de l’Ouad Idermi +jusqu’à l’extrémité sud du Ouarzazât. A Ṛalil, on s’en +écarte un peu et on le longe dès lors à quelque distance, dans le +désert de Taria. On y marche durant toute une journée : au bout de +ce temps, on arrive à l’Ouad Dra, aux villages d’Afella n Dra. + +C’est le nom d’une subdivision du Mezgîṭa. + +B. — En quittant Tikirt, on descend le cours de l’Ouad Idermi +jusqu’à Tenmasla (Ouarzazât). Là on le quitte et, sans rencontrer +aucun lieu habité, on traverse successivement trois déserts, ceux +d’Iṛir el Ḥadj, d’Ạïn n Zeggert et d’Izezgir. Puis +on arrive à Aït Saoun (village isolé, allié au Mezgîṭa. Les +dattiers n’y apparaissent pas encore). + +De la on traverse l’un après l’autre deux déserts, ceux d’Irf n +Isli et d’Ouaourmest : au bout de celui-ci, on trouve le Mezgîṭa, +où on débouche à Agdz. + + Distances : de Tenmasla à Aït Saoun 1 jour. + + D’Aït Saoun à Agdz 2 heures. + +C. — De Tikirt à Tagenzalt. Là on s’engage dans le Khela +Tifernin, où l’on marche durant une journée entière. Au bout de +ce temps on arrive à Aït Semgan (qçar unique de 400 familles ; il +est isolé ; il n’a aucun rapport avec la tribu qui habite l’Ouad +Aït Semgan. Beaucoup de dattiers). + +De là on passe successivement par : Tesaouant (des Aït Ḥammou), +Zaouïa Ouzdiin, Iouriken (groupe de deux villages appelés chacun +Ourika, situés l’un sur l’Ouad Tamtsift, l’autre à quelque +distance de cette rivière, dans les collines formant le flanc gauche +de sa vallée). + +Enfin on parvient à l’Ouad Dra à Agdz (Mezgîṭa). + + Distance : d’Aït Semgan à Iouriken 1/2 jour. + +6o _DE TAZENAKHT AU MEZGITA_. — Au sortir de Tazenakht, on entre dans +le Khela Isidan ; désert pierreux ; pas de rivières : il fait partie +du territoire du Zanifi. On y marche durant un jour. Puis on parvient +au qçar de Tarokht (sur l’Ouad Tamtsift ; zaouïa ; dattiers). + +On suit le cours de l’Ouad Tamtsift : on arrive à : + + Tasla Aït Brahim (dattiers) 1 heure. + +Jusque-là on est resté sur le territoire du Zanifi : on le quitte +ici ainsi que l’Ouad Tamtsift. On atteint : + + Aït Semgan (qçar isolé ; dattiers) 1 heure. + +Puis on revient à l’Ouad Tamtsift, qu’on retrouve au qçar de +Tesaouant (appartenant aux Aït Ḥammou, fraction des Oulad Iaḥia). + +De là on suit l’Ouad Tamtsift jusqu’à son confluent avec le Dra, +entre Agdz et Ouriz (Mezgîṭa). On passe, chemin faisant, par deux +points habités, Ida ou Genad et Ourika. En dehors de la route, à +2 ou 3 heures au sud d’Ida ou Genad, se trouve, dans la montagne, +le grand qçar d’El Feggara : il appartient aux Oulad Iaḥia. + +7o _DE TAZENAKHT A TISINT_. — Il y a trois chemins entre ces deux +points : + +Le premier, à l’est, franchissant le Petit Atlas au Tizi Agni ; + +Le second, à l’ouest, le franchissant au Tizi n Haroun ; + +Le troisième, entre les deux précédents, le franchissant au Tizi +n Baroukh. + + + 2o. — BASSIN MOYEN DU DRA. + + +La réunion des ouads Dâdes et Idermi au Kheneg Tarea forme le fleuve +connu sous le nom d’Ouad Dra. Le cours en est d’abord resserré +entre les flancs du Petit Atlas qu’il traverse ; puis la vallée +s’élargit ; au-dessous de Tamegrout, il perce une dernière chaîne +de montagnes, le Bani ; ensuite il entre en plaine. Jusqu’au Bani, +la direction du Dra est du nord-ouest au sud-est. Au delà elle paraît +être de l’E.-N.-E à l’O.-S.-O. Du Kheneg Tarea au Bani, les +bords du fleuve sont, sans interruption, couverts de palmiers et de +qçars. Ils sont divisés en plusieurs districts, chacun uniquement +composé des rives de l’ouad ; ce sont : le Mezgîṭa, l’Aït +Seddrât, l’Aït Zeri, le Tinzoulin, le Ternata, le Fezouata. Au +delà du Bani les bords du Dra se garnissent encore à deux reprises +de dattiers et d’habitations : il s’y forme ainsi deux derniers +districts, le Qtaoua et El Mḥamid, semblables aux précédents, +mais séparés d’eux et isolés l’un de l’autre par de courts +déserts. Au delà d’El Mḥamid, l’Ouad Dra est désert jusqu’à +son embouchure dans l’Océan. C’est dans cette vaste portion +inhabitée de son cours qu’il traverse le Debạïa et forme les +mạders dont nous parlerons plus bas. L’ensemble des parties +peuplées de ses rives, composé des huit districts énumérés +ci-dessus, porte le nom de _Blad Dra_ ou _Dra_. C’est de cette +région que nous allons nous occuper. + +Dans le Mezgîṭa, l’Ouad Dra coule en une vallée étroite, de +1500 mètres de largeur moyenne, encaissée entre deux flancs élevés +et rocheux. Dans l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri et le Tinzoulin, +la vallée est la même qu’au Mezgîṭa : elle demeure ainsi +jusqu’à El Douirat (Ternata). A partir de là, elle s’élargit : +le flanc droit reste contre le fleuve ; mais le flanc gauche s’en +écarte beaucoup. De Beni Zouli à Mançouria, il y a entre les +deux flancs la distance de Tamnougalt à Tesaouant. Les qçars et +les cultures sont toujours uniquement au bord de l’ouad : dans la +vallée ainsi élargie, le désert seul règne entre le fleuve et +le flanc gauche. Dans tout le Dra il en est de même : l’ouad au +milieu ; dans son lit, cultures et palmiers, ainsi que sur ses rives ; +en dehors des plantations, à leur lisière, les qçars ; au delà, +le désert. Au-dessous de Mançouria, la vallée s’étend encore : le +flanc droit s’éloigne à son tour. A Tamegrout, les deux flancs sont +fort loin, à une demi-journée de marche chacun. Après Tamegrout, +le fleuve entre dans un désert appelé El Kheneg : il y a ses rives +incultes et inhabitées, pour la première fois depuis sa naissance : +point de qçars, point de cultures, point de palmiers, même dans son +lit. Ce désert a une longueur double de la distance de Tamnougalt +à Ourika. Il est borné au sud par le Bani, que le Dra traverse par +un passage étroit, Foum Taqqat. Au-dessous du Bani, le fleuve entre +en plaine et y reste jusqu’au Debạïa : plus de montagne en vue, +ni à l’est, ni à l’ouest, ni au sud. + +Nous avons décrit le Mezgîṭa au cours de notre voyage : tout le +Dra a le même aspect enchanteur : partout même fraîcheur, même +abondance d’eau, même végétation luxuriante. Cependant il n’y +existe pas de lieu où l’eau ne tarisse jamais dans le fleuve : +certains étés, des parties de son lit se dessèchent ; mais les +années où cela arrive sont rares, et, même alors, les canaux qui +servent à l’alimentation et à l’arrosage ne cessent pas de couler +à pleins bords. Dans le Dra, les inondations sont plus fréquentes +que les sécheresses : il n’est pas rare de voir, en hiver, le +fleuve envahir toute la vallée et venir battre les murailles des +qçars. L’eau de l’Ouad Dra, quoiqu’un peu jaune, est agréable +à boire. Parmi les arbres innombrables qui ombragent le cours du +fleuve, partout les dattiers dominent : ils sont, du Kheneg Tarea à +Tamegrout, des espèces suivantes : bou feggouç, bou sekri, djihel, +bou souaïr, timikelt (qualité inférieure) ; au sud de Tamegrout, +il n’y a plus que des djihels avec quelques bou feggouç. Dans tout +le Dra, on trouve aussi bon nombre de takkaïouts, sortes de grands +tamarix dont on se sert pour donner la couleur rouge aux peaux : ils +forment une des fortunes du pays : les peaux du Dra sont, avec celles +du Tafilelt, les plus renommées du Maroc. Nous avons vu qu’à +Tamnougalt il y avait une grande quantité d’arbres fruitiers, +figuiers, grenadiers, pêchers, vigne, etc. ; ils sont très nombreux +entre Tamnougalt et Akhellouf. En dehors de ce tronçon, il n’y a +guère que des dattiers. Dans tout le pays de Dra, les abeilles sont +nombreuses et le miel abonde. + +La population du Dra est mêlée. Celle du Mezgîṭa est formée de +Draoua ; celle de l’Aït Seddrât, de Draoua et d’Aït Seddrât ; +celle de l’Aït Zeri, d’Oulad Iaḥia ; celle du Tinzoulin, de +Draoua ; celle du Ternata, de Draoua, de Roḥa, d’Oulad Iaḥia, +les Roḥa dominant, les Oulad Iaḥia étant en minorité ; celle du +Fezouata, du Qtaoua, d’El Mḥamid, de Draoua, sous la domination des +Aït Atta. Les Aït Seddrât, les Oulad Iaḥia, les Roḥa, sont des +tribus séparées dont nous avons déjà eu occasion de parler ou dont +nous parlerons plus tard. Les Aït Atta sont une fraction de la tribu +des Berâber. Quant aux Draoua, ce sont ceux qu’ailleurs on appelle +Ḥaraṭîn. Ici, Draoui et Ḥarṭâni sont synonymes. Les Draoua +forment la partie de beaucoup la plus grande de la population du Dra ; +ils passent pour les représentants de la race primitive du pays. Ils +ne parlent que le tamaziṛt, peu d’entre eux savent l’arabe ; +on les dit bonnes gens, mais lâches et mous de caractère. Dans le +Mezgîṭa seul, ils ont gardé leur indépendance ; partout ailleurs +ils sont tributaires. + + + =I. — Mezgîta.= + + +Le Mezgîta est un district qui comprend les rives de l’Ouad Dra, +depuis le point où elles commencent à être habitées, au sud du +Kheneg Tarea, jusqu’au district de l’Aït Seddrât. Il se compose, +en descendant la vallée, des qçars suivants : + + RIVE DROITE : + + Tizgi } 50 fusils. + } + Incheï. } Ras Dra. 80 + } + Taṛrout. } 40 + + Rebaṭ. 200 + + Zaouïa Griourin (Zaouïa Sidi Bou Bekr, 100 + appelée aussi Zaouïa Aït Ben Nacer, + dépendant de celle de Tamegrout). + + Tarmast. 50 + + Asellim Agdz. 200 + + Agdz. 200 + + Ḥara Agdz. 50 + + Ouriz. 75 + + Takatert. 100 + + Aremd. 40 + + Tassourt. 30 + + Aït el Khrodj. 15 + + El Kebbaba. 15 + + Roudat. 20 + + El Bordj. 100 + + Tigit. 100 + + Zekak. 10 + + Igmoden. 30 + + Argioun. 50 + + Timidert. 300 + + Iriṛer. 150 + + RIVE GAUCHE : + + Tanamrout. } 40 fusils + } + Sefala. } 200 + } + Arbalou. } 20 + } Ras Dra. + Tiniṛil. } 60 + } + El Ḥara. } 40 + } + Intliten } 30 + + Taleouin. 40 + + Tafergalt. 60 + + Tamnougalt (résidence de Chikh el Mezgîṭi). 100 + + Asellim. 40 + + Zouaoui (Zaouïa es Sagia ; Mrabṭin Aït 20 + Sidi Mouloud). + + Asellim Taḥtani. 20 + + Zaouïa es Souq. 20 + + Qaçba Aït Ạli. 40 + + Talmzit. 40 + + Ibousas. 30 + + Taourirt Ibousas. 10 + + Talat Aït Iaḥia. 30 + + Zaouïa Mrabṭin Sidi Ech Chergi. 15 + + Aït el Qaïd El Ạmer. 20 + + Takatert Aït Ikhelf. 30 + + Zaouïa Sidi Moḥammed ou Ạbd Allah. 15 + + Distances : du Kheneg Tarea à Tizgi comme d’Ourika à Tesaouant. + + De Tizgi à Taṛrout comme d’Ourika à Tesaouant. + + De Taṛrout à Tamnougalt comme d’Ourika à Tesaouant. + + De Tamnougalt à Iṛir Azeggar comme de Tamnougalt à Agdz. + + Iṛir Azeggar fait face à Iriṛer. + + Intliten est à peu près en face de Rebaṭ, un peu plus + haut que lui. + +De Tizgi à Iriṛer, pas de désert, tout est palmiers. + +Les trois premiers qçars de la rive droite et les six premiers de la +rive gauche portent le nom collectif de Ras Dra, ou Ras Mezgîṭa, +ou Afella n Asif, ou Afella n Dra. + +Le Mezgîṭa est un district indépendant. Sa population, +exclusivement composée de Draoua (Ḥaraṭîn), est gouvernée +par un chikh héréditaire. Ce chikh, ou plutôt ce qaïd, car tel +est le titre qu’il prend, est actuellement Qaïd Ạbd er Raḥman +ben El Ḥasen ; il réside à Tamnougalt ; il est blanc ainsi que +ses enfants : ceux-ci sont fils d’une sœur du Zanifi, chikh de +Tazenakht. Sa famille a le pouvoir suprême dans le Mezgîṭa depuis +plusieurs siècles ; elle est originaire du Tazarin. Il ne reconnaît +le sultan que comme autorité spirituelle et, de fait, n’admet point +sa suprématie. Il lui envoie chaque année un cadeau consistant en +deux qanṭars de henné et un ou deux chevaux de bât. Il est fort +riche, a de grandes propriétés et lève un impôt annuel de 55000 +francs ; 50000 francs sont payés par ses sujets musulmans, 5000 par +les Juifs. Un ordre sévère règne sur son territoire : tout voleur +est puni de mort : c’est la seule peine qu’il connaisse. Aussi, +quoique ses États n’aient aucun rapport avec le sultan, dit-on +qu’ils sont « blad el makhzen », allusion à la sûreté et à +l’ordre qui y règnent. Le Mezgîṭa, le district d’Aït Zeri et +le Tinzoulin sont les seuls lieux du Maroc qui, bien qu’indépendants +du sultan, soient dits « blad el makhzen », façon d’exprimer la +régularité de leur gouvernement. + +En dehors du Mezgîṭa proprement dit, dont nous venons de parler, +on compte comme en faisant partie les deux petits qçars d’Ourika +(Iouriken), dans la vallée de l’Ouad Tamtsift. + +Il y a à peine 7 ou 8 chevaux dans le Mezgîṭa : le qaïd en +possède 4. + +Le Mezgîṭa a deux marchés : le Ḥad Agdz et le Khemîs Tamnougalt. + +Il contient 5 mellaḥs. + + + =II. — Aït Seddrât.= + + +Le district de l’Aït Seddrât fait suite à celui du Mezgîṭa : +il se compose des rives de l’Ouad Dra, de la limite du Mezgîṭa +à celles de l’Aït Zeri et du Tinzoulin. On passe du Mezgîṭa +dans l’Aït Seddrât sans s’en apercevoir, en marchant toujours à +l’ombre des palmiers. Voici les qçars dont se compose ce district, +dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve : + + RIVE DROITE : + + Aït Ougzi. 20 fusils. + + Zaouïa Tamkasselt. 40 + + Aït Iaïsi. 20 + + Tamkasselt el Hara. 40 + + Tansikht. 200 + + Abernous. 40 + + Tanzmout. 40 + + El Ḥad. 30 + + Aït Ạïssa. 20 + + Qaçba Aït Ạrbi. 40 + + Irsig. 60 + + RIVE GAUCHE : + + Iṛir n Azeggar. 30 fusils. + + Aït Ḥammou ou Sạïd. 80 + + El Ḥara. 50 + + Aït Melekt. 60 + + Imjdoudar. 20 + + Aït Isḥaq. 80 + + Aït Khelfoun. 60 + + Aït Ạbd Allah. 50 + + Tizi n Isekfan. 30 + + Zaouïa Sidi Dris. 10 + + Azagour. 50 + + Aït Sakt. 20 + + Taaqilt. 100 + + Distances : d’Iriṛer à Aït Ougzi connue de Tamnougalt à Ouriz. + + Aït Ḥammou ou Sạïd fait face à Aït Ougzi. + + D’Aït Ḥammou ou Sạïd à Taaqilt comme de Tesaouant à + Tamnougalt. + + Irsig fait face à Taaqilt. + +Les Aït Seddrât sont une nombreuse tribu tamaziṛt, partie +sédentaire, partie nomade, possédant des qçars et des tentes. Les +qçars sont sur l’Ouad Dra et l’Ouad Dâdes, les tentes entre +ces deux cours d’eau, dans le massif du Saṛro. Ils se divisent +en deux groupes, les Aït Zouli et les Aït Meḥelli. Chacun d’eux +compte environ 2000 fusils. Voici la décomposition des Aït Seddrât : + + { { Aït Ạli ou Ḥaseïn. + { { + { { Aït Iidir. + { { + { Aït Zouli. { Aït Sakt. + { { + { { Imzdouder. + { { + Aït Seddrât { { Aït Bou Taḥammart. + { + { { Aït Isḥaq. + { { + { { Aït Oudinar. + { Aït Meḥelli { + { { Aït Ouffi. + { { + { { Aït Ạrbi. + +Les différentes fractions des Aït Seddrât ne vivent pas groupées : +elles sont disséminées et mélangées entre elles, aussi bien dans +les qçars du Dra que dans ceux de l’Ouad Dâdes. Voici comment +la tribu se gouverne : ceux qui sont dans le Dra élisent un chikh +pour une année ; un an, il est pris parmi les Aït Zouli, un an +parmi les Aït Meḥelli. Ceux de l’Ouad Dâdes font de même. Les +nomades se réunissent pour cette élection, qui à ceux du Dra, qui +à ceux de l’Ouad Dâdes. Ces chikhs nommés pour une année, que +nous avons vus apparaître la première fois sur l’Ouad Dâdes, sont +appelés _chikh el ạam_. L’usage des chikh el ạam est spécial, +dans le Maroc, aux trois tribus des Aït Seddrât, des Imeṛrân et +des Berâber. Ces derniers, dans toute l’étendue de leur immense +territoire et dans leurs innombrables subdivisions, ont cette méthode +uniforme de gouvernement, qui est un de leurs caractères particuliers. + +Les Aït Seddrât sont blancs, mais bronzés. Ils sont très braves : +leur réputation de courage s’étend au loin. Ils ne parlent que +le tamaziṛt. + +Les Aït Seddrât n’ont aucune relation avec le sultan. Ils sont, +comme toutes les tribus de l’Ouad Dra et comme le pays de Dra, +entièrement indépendants. + +Le district de l’Aït Seddrât est habité par des Draoua et par des +Aït Seddrât : le gouvernement est entre les mains de ces derniers. Il +y a environ 30 chevaux dans le district. + +Un marché, le Tlâta Tanzmout. + +Un mellaḥ. + + + =III. — Aït Zeri et Tinzoulin.= + + +Au-dessous du district d’Aït Seddrât, lui faisant suite, se +trouvent : sur la rive droite, le district de l’Aït Zeri, puis celui +du Tinzoulin, réunis sous l’autorité d’un seul chef, Chikh El +Ạrabi ben Ọtman ; sur la rive gauche, d’abord deux qçars, l’un +indépendant, l’autre sous le pouvoir de Chikh ben Ọtman ; puis le +commencement du grand district du Ternata. Cette portion du Ternata +qui fait face à l’Aït Zeri et au Tinzoulin a un nom spécial, +Ras Ternata. Nous en parlerons plus tard en même temps que du Ternata. + +En quittant l’Aït Seddrât, on trouve donc sur l’Ouad Dra : + + RIVE GAUCHE : + + Ifriouin (zaouïa indépendante habitée par des 30 fusils. + marabouts). + + Timesla (soumise à Chikh El Ạrabi ben Ọtman). 150 + +Puis on entre dans Ras Ternata. + + RIVE DROITE : + + { Qçîba Chikh El Ạrabi ben Ọtman (porte 50 fusils + { aussi le nom d’Aït Ọtman). + { + { Tinegza. 20 + { + { Ouriz Oulad Megeddem. 60 + Aït Zeri { + { Oulad Mousa. 50 + { + { Igdaoun. 150 + { + { Aqebt. 30 + + { Oulad Mesạd. 100 + { + { Zaouïa Amadaṛ. 30 + { + { El Ḥara. 10 + { + { Qaçba el Makhzen. 100 + { + { Aït Reḥou. 30 + { + { El Ḥaddan. 40 + Tinzoulin { + { Rebaṭ. 200 + { + { Amerdoul. 30 + { + { Aït el Ḥadj El Ḥasen. 100 + { + { Idderb. 30 + { + { Timskalt. 50 + { + { Zaouïa el Feggouç. 20 + + Distances : d’Irsig à Qcîba Chikh El Ạrabi comme de Tamnougalt à + Ourika. + + D’Ifriouin à Taaqilt comme d’Ouriz à Tamnougalt. + + De Qcîba Chikh el Ạrabi à Aqebt comme de Tesaouant à + Ourika. + + D’Aqebt à Zaouïa el Feggouç comme de Tesaouant à + Tamnougalt. + +Pas de marché dans l’Aït Zeri. Deux marchés dans le Tinzoulin : +le tenîn et le khemîs de Rebaṭ. + +Un mellaḥ dans l’Aït Zeri, et deux dans le Tinzoulin. + +Les Aït Zeri sont une fraction des Oulad Iaḥia, grande tribu +nomade dont nous parlerons plus loin. Chikh El Ạrabi ben Ọtman +appartient à cette tribu, à la tête de laquelle est depuis +longtemps sa famille : les États de Chikh El Ạrabi sont formés +de tous les Oulad Iaḥia, aussi bien les nomades, ceux du Zgiḍ, +etc., que ceux qui habitent le Ternata et que les Aït Zeri, puis +du Tinzoulin et de Timesla. Timesla et le Tinzoulin sont peuplés +de Draoua, l’Aït Zeri d’Oulad Iaḥia. Chikh ben Ọtman a un +pouvoir despotique sur ses sujets des bords de l’Ouad Dra, et une +autorité très limitée sur les autres. + +Il y a une trentaine de chevaux parmi les Oulad Iaḥia des bords de +l’Ouad Dra ; il n’y en a que deux ou trois dans le Tinzoulin. + + + =IV. — Ternata.= + + +Au-dessous du Tinzoulin, se trouve le district du Ternata : nous avons +vu que sur la rive gauche il commence plus haut, après Timesla : le +Ternata se compose donc de deux portions, l’une où il s’étend sur +les deux rives du Dra, c’est le Ternata proprement dit ; l’autre +où il n’en occupe que la rive gauche, c’est Ras Ternata. Les +divers qçars du Ternata sont, en descendant le fleuve à partir +de Timesla : + + RIVE GAUCHE : + + Aït Ạbd Allah ou Mimoun } 200 fusils. + } + Akhellouf } 300 + } + Bou Nạnạ } 150 + } Ras Ternata. + Zergan } 75 + } + Tiggint } 75 + } + El Douirat } 50 + + Imi Ougni. 50 + + Aṛlal Fouqani. 30 + + Qaçba Foum Tazenakht (appelée aussi Tafroust). 60 + + Beni Zouli. 300 + + Takhelil. 200 + + Tanagamt. 40 + + Ḥara el Khoubz. 40 + + El Ḥara. 40 + + Tinegdid. 40 + + Iṛerdaïn. 100 + + Asouḥad. 40 + + Aderbaz. 40 + + Astour. 300 + + Bou Zergan. 200 + + Tidsi. 60 + + Bir Chạt. 80 + + Qçar Djedid. 50 + + Zaouïa Sidi Ben Nacer. 15 + + El Mançouria. 150 + + Bou Khelal. 200 + + Tamzout. 30 + + Tamaziṛt. 80 + + Oulad el Ḥadj (2 petits qçars : Qçîba 100 + Oulad el Ạgid et Qçîba Oulad el Bacha). + + Zaouïa el Qlạa (appelée aussi Zaouïa 40 + el Ftaḥ). + + RIVE DROITE : + + Afra Oulad es Soulṭân. 150 fusils. + + El Kạba (Oulad Ioub) (2 qçars). 400 + + Zaouïa Oulad Ioub. 20 + + Taṛzout. 80 + + El Meqaṭra (2 qçars). 150 + + Melal. 200 + + Oulad Ousạ. 300 + + Qçîba Oulad Ousạ. 30 + + Rebạt el Ḥadjer. 80 + + Zaouïa Ạmer ou Ạbd er Raḥman. 100 + + Tisergat. 200 + + Tiṛzert. 80 + + El Kherraza. 60 + + Tigit Oulad Chạouf. 200 + + Tigit Aït b Oulman. 70 + + Arla ou Asif. 50 + + Qçîba Sidi Oumbarek. 40 + + Qçîba el Mqadra. 50 + + Qçîba Berda. 60 + + El Ạroumiat. 300 + + Asrir Ilemsan (ce qçar est compté du 80 + Fezouata). + + Iqoubban (zaouïa). 30 + + Mehdia. 100 + + Tanziṭa (2 qçars, le plus haut habité 200 + par des cherifs). + + Zaouïa Tanziṭa (porte aussi le nom de 30 + Zaouïa el Baraka). + + Distances : d’Ifriouin à Beni Zouli 1 fois et demie comme de + Tamnougalt à Tesaouant. + + De Beni Zouli à Astour comme de Tamnougalt à Ourika. + + D’Astour à Mançouria comme de Tamnougalt à Ourika. + + De Mançouria à Zaouïa el Qlạa comme de Tamnougalt à Ouriz. + + De Zaouïa el Feggouç à Afra Oulad es Soulṭân comme de + Tamnougalt à Agdz. + + D’Afra Oulad es Soulṭân à El Ạroumiat comme de Tamnougalt + à Tesaouant. + + D’El Ạroumiat à Zaouïa Tanziṭa comme de Tamnougalt à Agdz. + + Afra Oulad es Soulṭân est immédiatement au-dessous de + Zaouïa el Feggouç. + + Bou Nạnạ est en face de Zaouïa el Feggouç. + + Beni Zouli est en face de Melal et d’Oulad Ousạ. + + Tisergat est en face d’Astour. + + Mançouria est en face d’El Ạroumiat. + + Mehdia est en face de Zaouïa el Qlạa. + + Zaouïa el Baraka est en face d’Amzrou (Fezouata). + +Le Ternata n’est pas un État compact comme le Mezgîṭa, l’Aït +Seddrât, l’Aït Zeri et le Tinzoulin. C’est une réunion de qçars +appartenant à deux tribus différentes, sans qu’aucune autorité +supérieure, assemblée ou chikh, les unisse jamais. Les habitants du +Ternata sont : des Draoua, disséminés dans toutes les localités, +mais n’en possédant aucune, les Roḥa et des Oulad Iaḥia. Ces +deux dernières tribus se partagent tous les qçars ; voici comment : + +Les _Roha_ possèdent : 1o la portion du Ternata située sur la rive +gauche de l’Ouad Dra (Ras Ternata compris) ; 2o sur la rive droite : +Afra, El Meqaṭra, et ce qui est au-dessous de Tigit Aït b Oulman, +ainsi que ce dernier qçar, moins Asrir Ilemsan. + +Les _Oulad Iahia_ possèdent le reste de la rive droite. + +Enfin, un des qçars du Ternata, Asrir Ilemsan, appartient aux Berâber +et est compté du Fezouata. + +Les Roḥa forment une tribu à part. Ils se disent d’origine arabe +et ne parlent qu’arabe. Ils n’habitent que des qçars ; les seuls +qu’ils aient sont ceux du Ternata. Là se trouve massée toute leur +tribu. Chez eux, point de chikh, point de chef ni héréditaire ni +temporaire : chaque localité se gouverne à sa fantaisie et a une +existence politique isolée de celle de ses voisins. Les Roḥa sont +aussi indépendants que les Berâber eux-mêmes, et ne sont vassaux +de personne. Ils ont environ 50 chevaux. + +Les marchés du Ternata sont : l’Arbạa Akhellouf, le Khemîs Beni +Zouli, le Ḥad Astour, le Tenîn El Ạroumiat, le Djemạa Tisergat. + +Il y a au Ternata 6 mellaḥs. + + + =V. — Fezouata.= + + +Au district du Ternata succède, immédiatement au-dessous de lui, +celui du Fezouata, appelé aussi Tagmadart. Le Fezouata comprend les +deux rives de l’Ouad Dra ; il est limité dans sa partie inférieure +par le désert d’El Kheneg. + +Voici les qçars dont il se compose, dans l’ordre où on les trouve +en descendant le fleuve : + + RIVE GAUCHE : + + Amzrou (debiḥa sur les Imsouffa). 300 fusils. + + Qcîba Aït Aqqo (debiḥa sur les Imsouffa). 20 + + Chareṭ (debiḥa sur les Imsouffa). 150 + + Aït Kheddou (debiḥa sur les Imsouffa). 40 + + Asrir Ignaouen (debiḥa sur les Aït Ạïssa ou Brahim). 70 + + Qcîba Ilemsan (debiḥa sur les Ilemsan). 50 + + Beni Ọtman (debiḥa sur les Imsouffa). 30 + + Arla Oudrar (debiḥa sur les Imsouffa). 500 + + Agrour (debiḥa sur les Imsouffa). 50 + + Timtig (2 qçars habités par des cherifs (debiḥa sur 80 + les Imsouffa). + + Beni Khallouf (debiḥa sur les Ignaouen). 150 + + Oulad Bou Ious (debiḥa sur les Aït Isfoul). 100 + + Tamegrout Aït Ben Nacer (Zaouïa Sidi Ben Nacer ; le 1000 + chef de la famille et de la zaouïa est aujourd’hui + Sidi Moḥammed ou Bou Bekr). + + Sefalat (pas de debiḥa sur les Berâber. Les Sefalat 800 + sont des Roḥa indépendants). + + Qçâbi Izligen (debiḥa sur les Izligen). 100 + + RIVE DROITE : + + Oulad Brahim (debiḥa sur les Aït Isfoul). 300 fusils. + + El Megarba (debiḥa sur les Izakenniouen). 80 + + Agni (debiḥa sur les Ignaouen). 60 + + Tazrout (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 100 + + Tinfou (debiḥa sur les Izligen). 100 + + Zaouïa Sidi Bou Nou. 100 + + Distances : d’Amzrou à Tamegrout comme de Tamnougalt à Tesaouant. + + De Timtig à Tamegrout comme de Tamnougalt à Iouriken. + + De Tamegrout à Qçâbi Izligen comme de Tamnougalt à + Tesaouant. + + Oulad Brahim est à hauteur de Tamegrout. + +On voit qu’entre Amzrou et Tamegrout il n’y a point de qçar +sur la rive droite. Cependant les deux bords et une partie du lit du +fleuve ne cessent sur cette étendue d’être couverts de palmiers. + +Au Fezouata appartient encore le qçar d’Asrir Ilemsan, situé sur +le territoire du Ternata. + +Fezouata ou Tagmadart est, comme Ternata, le nom d’une région et non +celui d’une tribu. Ici non plus, ni assemblée ni chikh ne gouverne +tout le district. Chaque localité vit isolée et s’administre à +sa guise. Les qçars appartiennent à leurs habitants, qui sont des +Draoua : chacun est indépendant des autres, et a, séparément, +sa debiḥa sur une fraction des Berâber. De même que les Draoua +du nord sont soumis qui aux Aït Seddrât, qui aux Oulad Iaḥia, +qui aux Roḥa, ceux du Fezouata et des districts situés au sud +du Fezouata, c’est-à-dire du Qtaoua et d’El Mḥamid, sont +soumis aux Berâber. Cette sujétion diffère, par ses conditions, +de celle du nord. Là, les Draoua, enveloppés dans une population +étrangère souvent plus nombreuse qu’eux, partout mélangés avec +elle, n’ont aucune part à l’administration et ne sont comptés +pour rien. A partir d’ici, ils sont les seuls habitants fixes ; mais, +comme les qçars de Tatta, et bien plus qu’eux, ils sont obligés, +pour être à l’abri de la puissante tribu nomade qui les entoure, +d’avoir chacun leur debiḥa sur une de ses fractions. En raison +de la faiblesse des Draoua et de la puissance de leurs voisins, les +Aït Atta (l’un des deux grands groupes des Berâber), les charges +du vasselage sont lourdes pour les trois districts du bas Dra. Nous +avons indiqué plus haut sur quelle fraction des Aït Atta chaque +qçar du Fezouata a sa debiḥa. + +La population du Fezouata se compose donc d’abord des habitants +fixes, les Draoua, qui se gouvernent eux-mêmes, chaque qçar +séparément, comme les gens de Tisint et de Tatta ; puis de Berâber +de passage : ceux-ci ont dans les qçars des maisons où ils déposent +leurs provisions, mais où ils n’habitent pas, vivant d’ordinaire +sous la tente. + +Point de chevaux chez les Draoua du Fezouata, ni chez ceux du Qtaoua +et d’El Mḥamid. + +Deux marchés dans le Fezouata : l’Arbạa Amzrou et le Sebt +Tamegrout. + +Un mellaḥ. + +Entre Zaouïa el Qlạa et Amzrou, sont les ruines d’une ville +autrefois la plus peuplée et la plus puissante du Dra, Zegoura. + +Tamegrout est le siège d’une des plus grandes zaouïas du +Maroc. C’est l’une des cinq dont l’influence politique aussi +bien que religieuse s’étend au loin et peut acquérir par les +circonstances une importance énorme : ces cinq zaouïas sont : celle +d’Ouazzân (Moulei Ạbd es Selam), celle de Bou el Djạd (Sidi Ben +Daoud), celle du Metṛara (Chikh Moḥammed el Ạrabi el Derkaoui), +celle de Tamegrout (Sidi Moḥammed ou Bou Bekr), celle du Tazeroualt +(Sidi El Ḥoseïn). En ce moment, l’influence des quatre premières +est surtout religieuse, celle de la cinquième surtout politique. Le +pouvoir de Sidi Ben Nacer est immense dans toute la vallée de +l’Ouad Dra, dans celle du Sous, dans celles des ouads Dâdes et +Idermi ; il s’étend jusqu’à Tatta et Agadir Iṛir à l’ouest, +jusqu’à moitié chemin du Tafilelt à l’est. Cette zone, qui +comprend une grande partie de la tribu des Berâber, presque tout +le groupe des Aït Atta, est entièrement à sa dévotion. On vient +en pèlerinage à Tamegrout de bien plus loin encore, de Mogador, +du Sahel, du Tafilelt : le nom de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr est +connu et vénéré dans tout le Maroc. Le sultan marque en toute +occasion le plus grand respect pour ce saint. + + + =VI. — Qtaoua.= + + +En sortant du Fezouata, l’Ouad Dra entre dans un désert appelé +_El Kheneg_ : plus de cultures, plus de palmiers, ni dans son +lit ni sur ses bords : le désert est absolu ; mais il n’est +pas long. La longueur en est égale à deux fois la distance de +Tamnougalt à Ourika. C’est à l’extrémité de ce désert que +le fleuve traverse le Bani : il perce la chaîne au kheneg appelé +Foum Taqqat. Cette trouée par laquelle l’Ouad Dra débouche dans +le Sahara proprement dit, au sud de la digue si étrange du Bani, +a une grande célébrité chez les Berâber. Ils la regardent comme +le lieu de leur origine première, comme leur berceau commun, et y +font chaque année des pèlerinages et des sacrifices. Après avoir +passé Foum Taqqat, on arrive bientôt au district du Qtaoua. + +Le Qtaoua, qu’on appelle aussi _El Azrar_, est borné au nord par le +petit désert d’El Kheneg et au sud par celui de Bou Selman. Il se +compose des qçars suivants, situés sur les bords de l’Ouad Dra : +voici leur énumération, en descendant le fleuve : + + RIVE DROITE : + + Beni Semgin (debiḥa sur les Ignaouen). 100 fusils + + Qçâbi Oulad Bou Ḥerira (debiḥa sur les Ignaouen). 40 + + Regba (debiḥa sur les Ignaouen). 60 + + Insrad (debiḥa sur les Ignaouen). 1000 + + Beni Ḥaïoun (debiḥa sur les Ignaouen). 600 + + Qaçba er Remla (debiḥa sur les Ilemsan). 50 + + Ikhchouan (debiḥa sur les Ilemsan). 200 + + Beni Henaït (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 200 + + Zaouïa Sidi Çaleḥ. + + Beni Sbiḥ (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 400 + + Aït Rebạ (debiḥa sur les Ignaouen). 80 + + Zaouïa Sidi Ạbd el Ạli. + + Zaouïa el Berrania. + + Distances : de Qçâbi Izligen à Beni Semgin comme de Tamnougalt à + Tesaouant. + + De Beni Semgin à Insrad comme de Tamnougalt à Ouriz. + + D’Insrad à Beni Ḥaïoun comme de Tamnougalt à Takatert. + + De Beni Ḥaïoun à Beni Sbiḥ comme de Tamnougalt à Ouriz. + + De Beni Sbiḥ à Zaouïa el Berrania comme de Tamnougalt à + Ouriz. + +La population du Qtaoua est la même et se trouve dans les +mêmes conditions que celle du Fezouata. Elle se compose de Draoua +(Ḥaraṭîn) se gouvernant à leur fantaisie dans leurs murs, mais +tributaires des Berâber : un certain nombre de ces derniers habitent +parmi eux, à titre d’étrangers ; ils ont des maisons dans les +qçars, y vivent une partie de l’année, et l’autre errent sous +la tente. En dehors des Draoua et des Berâber, il y a une troisième +classe de personnes : celle des cherifs et des marabouts : ils sont, +comme presque partout, indépendants. + +Il existe trois très grands qçars dans le Qtaoua : Insrad, Beni +Ḥaïoun et Beni Sbiḥ. + +Insrad est remarquable par l’instruction et la piété de sa +population : presque tous les hommes sont ṭalebs ou ḥadjs. Le qçar +est administré par un chikh : le chikh actuel s’appelle Er Rijel ; +c’est un Draoui des plus noirs. Insrad n’a qu’une seule porte ; +quiconque pénètre dans la ville y dépose ses armes en entrant. + +Beni Ḥaïoun est gouverné par son chikh, El Bechra ould +Mellouk. C’est l’homme le plus puissant du Qtaoua. Il a sous son +autorité plusieurs autres qçars : Beni Henaït, Ikhchouan, Qaçba +er Remla, Zaouïa Sidi Çaleḥ. Beni Ḥaïoun, sa résidence, forme +ainsi la capitale d’une petite confédération : c’est pourquoi +on donne parfois à ce qçar le nom d’El Qtaoua. Chikh El Bechra +est, comme ses voisins, vassal des Berâber. Il est célèbre par +ses richesses et son luxe ; il possède un immense jardin où sont +enfermés des mouflons, des gazelles, des autruches et d’autres +animaux du désert. Outre ses marchés hebdomadaires, Beni Ḥaïoun +a un marché permanent au milieu du qçar. + +Beni Sbiḥ est un grand qçar, rival de Beni Ḥaïoun et souvent en +guerre avec lui ; il a pour chikh un Draoui, Chikh El Ạziz. Beni +Sbiḥ possède six mosquées et un marché permanent. L’enceinte +du qçar n’a que deux portes. + +Les marchés du Qtaoua sont, outre les marchés permanents +mentionnés : le ḥad et le khemîs de Beni Ḥaïoun, le ḥad et +le khemîs de Beni Sbiḥ. + +Deux mellaḥs, l’un à Beni Ḥaïoun, l’autre à Beni Sbiḥ. + + + =VII. — El Mhamid.= + + +El Mḥamid, ou, comme on l’appelle pour le distinguer d’autres +lieux du même nom, Mḥamid el Ṛozlân, est le dernier district +du pays de Dra. Entre le Qtaoua et lui se trouve un court désert, +Khela Bou Selman. Le fleuve le traverse, les rives stériles. Il +en sort pour entrer dans El Mḥamid, où ses bords se couvrent de +nouveau de palmiers et de qçars ; voici les noms de ces derniers, +dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve : + + RIVE GAUCHE : + + Oulad Dris (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 400 fusils. + + Bou Nou (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 80 + + Tleḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 100 + + El Mḥarza (debiḥa sur les Ignaouen). 50 + + Qcîba Aït Ạïssa ou Brahim (Aït Ạïssa ou Brahim). 100 + + Oulad Ḥamed (debiḥa sur les Ignaouen). 300 + + El Beṭḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 80 + + Cendouga (debiḥa sur les Ignaouen). 40 + + Oulad Mhiia (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 200 + + Qcîba Chiadma (pas de debiḥa. Les Chiadma sont 200 + Arabes et indépendants). + + Qcîba Sidi Zaoui (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 100 + + Distances : de Zaouïa el Berrania à El Beṭḥa comme de Tamnougalt à + Tesaouant. + + D’El Beṭḥa à Oulad Ḥamed 600 mètres. + + D’Oulad Ḥamed à Cendouga comme de Tamnougalt à Takatert. + + De Cendouga à Qcîba Chiadma 800 mètres. + + D’Oulad Ḥamed à Oulad Dris comme de Tamnougalt à Ouriz. + + D’Oulad Dris à El Beṭḥa comme de Tamnougalt à Ouriz. + + D’Oulad Mhiia à Cendouga 800 mètres. + +La population d’El Mḥamid est semblable à celle du Qtaoua et du +Fezouata et se trouve dans les mêmes conditions : Draoua tributaires +des Berâber, possédant les qçars, et se gouvernant dans chacun +d’eux isolément et à leur guise ; Berâber de passage ; cherifs +indépendants. + +Point d’autre marché que le marché permanent d’Oulad Ḥamed. + +Un mellaḥ. + +Au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra s’enfonce dans le désert : +il y reste jusqu’à l’Océan. + + + =VIII. — Affluents de l’Ouad Dra.= + + +Voici les noms de quelques-uns des affluents de l’Ouad Dra, entre +le Kheneg Tarea et El Mḥamid. Affluents de la rive droite : + +_Ouad Imider._ — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ +(Mezgîṭa). Il ne traverse que le désert. + +_Ouad Tamtsift._ — Il a son confluent au-dessus d’Ouriz. Il arrose +successivement la qoubba de Tarourt, Tasla Aït Brahim, Aït Semgan +(appelé aussi Amenrirka), Tesaouant, Ourika. A Ourika, se jette sur +sa rive gauche un ruisseau prenant sa source à Aïnach, zaouïa avec +dattiers et cultures située à quelque distance dans la montagne. + +_Ouad Agni Ouremd._ — Il a son confluent au-dessus d’Aremd ; +il ne traverse que le désert. + +_Ouad Bou Lougeïn._ — Il a son confluent à Argioun. Cette localité +est à égale distance de Tamnougalt et d’Ourika. + +_Ouad Alemt._ — Il a son confluent au-dessus de Tamkasselt ; il +ne traverse que le désert : c’est un cours d’eau d’une assez +grande longueur. + +_Ouad Tansikht._ — Il a son confluent au-dessus d’Aït Oussiḥi ; +c’est un cours d’eau assez long, mais ne traversant que le désert. + +_Ouad Alemta._ — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ Aït +Mimoun ; il ne traverse que le désert, bien qu’assez long. Alemta +est le nom d’une montagne d’où descendent plusieurs rivières. + +_Ouad Tasminert._ — Il a son confluent entre Aqebt et Oulad +Mesạd. Il vient du Khela Tasminert et demeure pendant tout son +cours dans le désert. + +_Ouad. . . . ._ — Il a son confluent au-dessus de Zaouïa Amadaṛ ; +il ne traverse que le désert. + +_Ouad Mhit._ — Il a son confluent au-dessus de Timskalt. Il ne +traverse que le désert. + +_Ouad. . . . . ._ — Il a son confluent sous Zaouïa el Feggouç. Il +ne traverse que le désert. + +_Ouad Nfid._ — Il a son confluent sous Qaçba el Kạba. Il ne +traverse que le désert. + +_Ouad El Betha el Beïda._ — Il a son confluent au-dessus de +Taṛzout. Il ne traverse que le désert. + +_Ouad Grenzar._ — Il a son confluent au-dessus d’El Meqaṭra. Il +ne traverse que le désert. + +_Ouad Abd Allah._ — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ el +Ḥadjer. Il ne traverse que le désert. + +_Ouad Mergou._ — Il a son confluent au-dessus d’El Ạroumiat. Il +ne traverse que le désert. + +_Ouad el Feïja._ — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa el +Baraka : c’est un cours d’eau long, mais désert. + +_Ouad el Miet._ — Il a son confluent au-dessous d’Oulad Brahim. Il +ne traverse que le désert. + +_Ouad Zerri._ — Il a son confluent au-dessus d’Anagam. Il ne +traverse que le désert. + +Affluents de la rive gauche : + +_Ouad Idili._ — Il a son confluent au-dessous de Tiniṛil. Il +prend sa source dans le Saṛro : le cours en est désert. + +_Ouad Tara Melloul_. — Il a son confluent au-dessous de Taleouin. Le +cours en est désert. + +_Ouad Abdi._ — Il a son confluent au-dessus de Talat : il ne +traverse que le désert. Il prend sa source dans le Djebel Kisan et +n’est qu’un ravin très court : au contraire, les cours d’eau +précédents sont longs. + +_Ouad Aït Aïssa ou Daoud._ — Il a son confluent au-dessous d’Aït +Khelfoun ; il ne traverse que le désert. + +_Ouad Tangarfa._ — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun : +il ne traverse que le désert, et se jette au-dessous du cours +d’eau précédent. + +_Ouad Ousreït._ — Il a son confluent au-dessous d’Abernous ; +il ne traverse que le désert. + +_Ouad Tamellalt._ — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa Sidi +Dris ; il ne traverse que le désert. + +_Ouad. . . . . ._ — Il a son confluent entre Taaqilt et Ifriouin ; +il ne traverse que le désert. + +_Ouad. . . . . ._ — Il a son confluent entre Ifriouin et Timesla ; +il ne traverse que le désert. + +_Chaba Moulei Iaqob._ Il — a son confluent au-dessus d’Aït Ạbd +Allah ou Mimoun ; il ne traverse que désert. + +_Chaba Moulei Bou Fers._ — Il a son confluent au-dessus +d’Akhellouf ; il ne traverse que le désert. + +_Chaba. . . . . . . ._ — Il a son confluent au-dessus d’El +Douirat. Il ne traverse que le désert. Ce cours d’eau, ainsi que +les quatre précédents, prend sa source dans le Khela Bou Zeroual. + +_Chaba. . . . . . . ._ — Il a son confluent sous Tafroust ; il ne +traverse que le désert. On appelle Tazenakht l’endroit où il se +jette dans le fleuve. + +_Ouad el Miet._ — Il a son confluent sous Bou Zergan : c’est une +rivière longue ; elle ne traverse que le désert. + +_Ouad el Farer._ — Il a son confluent entre Zegoura et Zaouïa el +Ftaḥ. Il prend sa source à Foum Tenia Tafilelt. Il ne traverse +que le désert. + +La plupart des rivières que nous venons d’énumérer sont presque +toujours à sec. + + + 3o. — BASSIN INFÉRIEUR DU DRA. + + +L’Ouad Dra, des derniers palmiers d’El Mḥamid à l’Océan, +coule dans le désert. Sur sa rive droite, c’est une plaine +ondulée s’étendant jusqu’au Bani, plaine rayée par endroit +de collines basses, et partout telle que nous l’avons vue au sud +de Tintazart. Sur la rive gauche, on trouve, après avoir gravi +un talus, une plaine semblable à celle de droite : sol ondulé, +avec de petits cours d’eau, et de la végétation au printemps. On +appelle ces deux plaines les _Feïja_. La dernière a, en moyenne, +une journée de marche en profondeur ; un nouveau talus, visible de +Tatta, la borne au sud. Si l’on monte sur ce talus, on trouve le +ḥamada, vaste plateau où rien ne borne plus l’horizon : sol plat, +dur et pierreux, sans eau ni végétation. Le ḥamada s’étend au +loin vers le sud : c’est le commencement du grand désert. + +Si les bords du fleuve ne sont pas habités, les trois déserts qui +l’entourent servent de terrains de parcours à diverses tribus +nomades ; ce sont : + +Les _Tajakant_, tribu religieuse, dont tous les membres sont +marabouts. Elle est établie dans le ḥamada, au sud des Ida ou Blal +et des Aït ou Mrîbeṭ ; elle a des tentes, et un qçar, Tindouf. + +Les _Arib_, tribu nomade possédant un qçar, Zạïr, et des tentes : +leurs campements s’étendent parfois fort loin, dans le ḥamada +à l’est des Tajakant, dans la Feïja méridionale en face des +Berâber, et dans le désert compris entre le sud du Tafilelt et le +sud du Dra : d’ordinaire ils sont massés au sud du Debạïa. Cette +tribu, jadis considérable, est déchue aujourd’hui de son antique +puissance. Les Ạrib se disent Arabes : ils sont blancs de peau et +ne parlent que l’arabe. + +Les _Berâber_, ou du moins certaines parcelles d’entre eux, surtout +des portions des Aït Ạlouan (les Aït Ạlouan font partie des +Aït Atta) ; ils campent dans la Feïja septentrionale, en face de la +région occupée par les Ạrib ; ils ont pour limites : au nord le +Bani, à l’est et au sud l’Ouad Dra, à l’ouest les Ida ou Blal. + +Les _Ida ou Blal_ ; ils occupent les deux Feïja, celle de la rive +gauche comme celle de la rive droite, entre les Ạrib et les Berâber +à l’est et les Aït ou Mrîbeṭ à l’ouest. + +Les _Aït ou Mrîbet_ ; ils occupent aussi les deux Feïja, entre +les Ida ou Blal d’une part, et de l’autre des tribus du Sahel +sur lesquelles je n’ai pu recueillir de renseignements. + +Au milieu de ces tribus nomades, on ne trouve que cinq qçars, +isolés dans le désert ; ce sont : + +_Tindouf_, sur le ḥamada, au sud de l’Ouad Dra. Ce qçar, de +fondation récente, appartient aux Tajakant. Il est important comme +centre religieux et plus encore comme point de départ et d’arrivée +de caravanes annuelles du Soudan. + +_Zaïr_, sur la rive gauche du Dra, à quelque distance de son lit. Ce +qçar a été construit, il y a peu d’années, par les Ạrib. La +population, appartenant toute à cette tribu, en est d’environ 500 +fusils. Il est arrosé par des sources et possède quelques plantations +de dattiers. Sa distance au lit du Dra est celle de Tamnougalt à +Ouriz ; sa distance au qçar le plus méridional d’El Mḥamid est +celle de Tesaouant à Ouriz. + +_Qçar Khsa_, situé sur la rive droite du Dra, à 3 ou 4 heures +de son lit. Il appartient aux Khsa, fraction des Oulad Iaḥia ; +la population en est d’environ 400 fusils ; il est arrosé par un +canal qui lui apporte l’eau du Dra ; point de dattiers. Sa distance +à Zạïr est deux fois celle de Tamnougalt à Ourika ; sa distance +à l’Ouad Dra est à peu près la même. + +_El Mhazel_, sur la rive droite du Dra, à une certaine distance +de son lit. C’est un grand qçar de 400 feux habité par les Aït +Sidi Ạbd en Nebi, marabouts descendant du saint de ce nom, dont la +qoubba est dans le qçar : la zaouïa est importante. El Mḥazel est +arrosée par des sources ; point de dattiers. Elle est au sud-ouest +de Qçar Khsa, à une distance qui est une fois et un tiers celle de +Tesaouant à Tamnougalt. + +_Mrimima_, où nous avons séjourné. + +A côté de ces tribus nomades et de ces quelques qçars, se trouvent +deux petits groupes de marabouts vivant côte à côte sous la tente, +en des lieux invariables, au nord du Debạïa : avec eux finit la +liste des populations qui occupent les déserts du Dra inférieur. Ces +deux groupes sont : + +_Oulad Sidi Amer_, marabouts campant à quelque distance au nord du +Debạïa, dans les collines de Soussia. + +_Mrabtin Hamirin_, marabouts campant non loin des précédents, +dans les mêmes collines de Soussia. + +Ainsi que nous l’avons dit en parlant des mạders, l’Ouad Dra est +presque toujours à sec dans son cours inférieur : certaines années +seulement, ses eaux dépassent El Mḥamid et s’écoulent jusqu’à +la mer ; encore cette crue ne dure-t-elle que quelques jours. En dehors +de ces rares périodes, il n’a point d’eau, sauf le peu que lui +apportent en temps de pluie ses principaux affluents. Son lit est, dans +cette portion, presque partout sablonneux : ce fond, lorsqu’il est +arrosé, devient très fertile : il produit une végétation abondante +et, si on l’ensemence, de superbes récoltes. Ces parties cultivables +du Dra sont, d’abord, le Debạïa ; puis, plus bas, différents +tronçons portant le nom de mạder. Le Debạïa et les mạders +sont seuls labourables dans le Dra inférieur : le reste est stérile. + +Le _DEBAIA_. — Le Debạïa est une plaine de sable, longue de +2 jours de marche et large de 1 jour 1/2. L’Ouad Dra passe au +milieu, la traversant dans sa longueur. Une partie de cette plaine +se cultive chaque année : les tribus voisines s’en sont partagé +les terres ; tous les automnes, elles viennent y passer deux ou +trois semaines, arrosent au moyen de canaux dérivés du Dra, et +labourent ce qu’elles peuvent. Si l’année est pluvieuse et la +crue forte, les eaux du fleuve couvrent tout le Debạïa durant +plusieurs jours : sinon, les canaux seuls s’emplissent : enfin, +s’il a fait très sec, l’eau manque entièrement et la semence +est perdue. Les tribus qui cultivent dans le Debạïa sont : les +Ạrib, les Aït Ạlouan (Aït Atta), les Khsa (Oulad Iaḥia), +les Oulad Chaouf (Oulad Iaḥia), les Nesasda (Oulad Iaḥia), les +Aït Ạbd en Nebi, les Oulad Sidi Ạmer, les Mrabṭîn Ḥamirin. + +Le Debạïa a son extrémité orientale à hauteur de Zạïr. + +Les _MADER_. — Il y a une grande différence entre le Debạïa +et les mạders : le premier est une plaine traversée par le Dra, +les seconds sont le lit même du fleuve ; l’un est arrosé par +les eaux propres du Dra, les autres ne le sont habituellement que +par celles de ses affluents ; le Dra forme celui-là, les rivières +qui s’y jettent produisent ceux-ci. Le Debạïa est situé de +telle façon qu’il reçoit tout l’excédant des eaux du Dra. Les +mạders sont chacun au confluent d’un tributaire du fleuve et se +fertilisent du surplus de leurs eaux. Point de cours d’eau important +se jetant dans le Dra qui n’y forme un mạder ; point de mạder +qui ait une origine différente. Plus la rivière est forte, plus la +portion arrosée est considérable, plus le mạder est grand. Ces +différents mạders sont séparés entre eux et du Debạïa par des +portions stériles ; parfois, dans les grands mạders, les cultures +sont entrecoupées de courts tronçons impropres au labourage. + +Nous n’avons plus à décrire les mạders, auxquels nous avons fait +une visite racontée plus haut : les eaux du haut Dra, arrêtées au +Debạïa, y viennent rarement : on ne compte point sur elles pour la +récolte, la terre s’arrosant assez par l’eau qu’y déversent +les rivières qui les forment. On y cultive de l’orge, un peu de +blé et du maïs. Ce dernier devient d’une taille prodigieuse : +les tiges en sont, dit-on, plus hautes qu’un cavalier monté ; +les épis en ont près d’une coudée de long. Les années 1878, +1879, 1880, on a cultivé les mạders ; on ne l’a point fait en +1881 ni en 1882 : on n’ensemence que quand des nuages apparaissent +en automne, donnant l’espoir d’un hiver pluvieux, non qu’on +ait besoin de pluie dans les mạders mêmes, mais il faut qu’il +en tombe dans la montagne pour remplir les rivières qui les arrosent. + +Il y a six mạders : le Mạder Ida ou Blal, le Mạder Tatta, +le Mạder Aqqa, le Mạder Tizgi, le Mạder Icht, le Mạder Imi +Ougadir ; ces mạders sont séparés entre eux par des portions +stériles plus ou moins longues. Le premier est arrosé par les +ouads Zgiḍ et Kheneg eṭ Ṭeurfa, les cinq derniers par les +rivières qui leur ont donné à chacun leur nom. Les Ida ou Blal et +les habitants de Tisint labourent le Mạder Ida ou Blal ; les Ida ou +Blal, les gens de Tatta et les Aït ou Mrîbeṭ, le Mạder Tatta ; +les Aït ou Mrîbeṭ et les gens d’Aqqa, le Mạder Aqqa ; les Aït +ou Mrîbeṭ et les gens des oasis voisines, les trois derniers. Dans +le Mạder Ida ou Blal, le terrain est imprégné de sel ; l’eau, +quand il y en a, est salée ; si l’on creuse des puits, c’est +de l’eau salée qu’on trouve. Le meilleur des six mạders, +comme terrain, est le Mạder Aqqa ; le plus vaste de beaucoup est +le Mạder Ida ou Blal. Ce dernier se divise en plusieurs portions +ayant des noms distincts et séparées entre elles par de courts +espaces stériles : voici ces portions dans l’ordre où elles se +présentent lorsqu’on descend le fleuve : + + Zbar[114] + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Tisint à Aqqa Iṛen. + Zouaïa + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Tisint à Aqqa Igiren. + Bou Ḥalg + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Tisint à Trit. + Tingaï + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Tisint à Trit. + Steïla + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Qaçba el Djouạ à Trit. + Djemạ + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. + Bel Lebḥan + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Qaçba el Djouạ à Trit. + Bou Ṛioul + } entre eux est un espace stérile long comme la + } distance de Tisint à Aqqa Aït Sidi. + Chelkha Djedeïd + } id. + Rist Djedeïd + } id. + Bou Arbạïn + } id. + Ḥedeb Bou Naïla + } id. + Khrouf + } id. + Bou Ạbd Allah + } id. + Ta Bou Ạbd Allah + } id. + Ṭiba Maṛnia + } id. + Qçar Chạïr + } id. + Lebdia + + Distances : de Zbar à Tingaï comme de Tintazart à Qaçba el Djouạ. + + de Tingaï à Rist Djedeïd comme de Tintazart à Aqqa Igiren. + + de Rist Djedeïd à Lebdia comme de Tintazart à Qoubba Sidi + El Ḥoseïn. + + de Tisint à Tingaï comme de Tisint à Kheouïa. + + de Tisint à Zbar comme de Tisint à Kheouïa. + +Quant au Mạder Tatta, il est d’une pièce et n’est coupé +d’aucune place stérile : la longueur en est égale à la distance +de Qaçba el Djouạ à Tisint. Il est séparé de Lebdia, dernier +point du Mạder Ida ou Blal, par un désert : il faut, pour parcourir +ce dernier, le même temps que pour aller de Tisint à Aqqa Igiren. + +=AFFLUENTS.= — D’El Mḥamid au Sahel, l’Ouad Dra reçoit +successivement un grand nombre d’affluents dont les principaux sont +les suivants : + +Affluents de la rive droite : + +_Ouad Hamsaïlikh._ + +_Ouad Zgid_, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal). + +_Ouad Bou Tamat_, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal). + +_Ouad Henina_, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal). + +_Ouad el Qcib_, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal). + +_Ouad Kheneg et Teurfa_, s’y jetant à Bou Arbạïn (Mạder Ida +ou Blal). + +_Ouad Bent en Nas_, s’y jetant à Khrouf (Mạder Ida ou Blal). + +_Ouad Tatta_, s’y jetant à Areg Souir (Mạder Tatta). + +_Ouad Meskaou_, s’y jetant à Souekh (Mạder Tatta). + +_Ouad Aqqa_, s’y jetant à Qoubba Sidi Ạmara (Mạder Aqqa). + +_Ouad Tizgi el Haratîn_, s’y jetant à Mạder Tizgi. + +_Ouad Icht_, s’y jetant à Mạder Icht. + +_Ouad Imi Ougadir_, s’y jetant à Mạder Imi Ougadir. + +Affluent de la rive gauche : + +_Ouad Tangarfa_, s’y jetant à Bel Lebḥan (Mạder Ida ou Blal) : +cette rivière prend sa source dans le ḥamada : sur ses bords, +déserts aujourd’hui, on voit les ruines d’un qçar depuis +longtemps abandonné ; une légende prétend que les habitants en +ont été chassés par les moustiques. Pas d’eau dans l’ouad, +mais des puits d’eau douce en son lit. + +Nous allons étudier séparément les divers cours d’eau tributaires +de droite du Dra. + + + =I. — Ouad Hamsaïlikh.= + + +Ce n’est qu’un ruisseau, prenant sa source entre le Djebel +Hamsaïlikh et le Djebel Mḥeïjiba et se jetant dans l’Ouad Dra +un peu plus haut que l’Ouad Zgiḍ. Il ne coule que dans le désert. + + + =II. — Ouad Zgid.= + + +L’Ouad Zgiḍ est formé de deux rivières, l’Ouad Aṛlal et +l’Ouad El Qabia : il ne prend son nom qu’à partir du confluent +de ces deux cours d’eau, confluent situé un peu en amont du qçar +de Smira. Il se jette dans l’Ouad Dra au Mạder Ida ou Blal, à +Tingaï. Nous étudierons séparément l’Ouad Aṛlal, l’Ouad El +Qabia et l’Ouad Zgiḍ. + +1o _OUAD ARLAL_. — Il porte aussi, dans son cours supérieur, le +nom d’Ouad El Gloạ. Il prend sa source dans le Petit Atlas et +coule d’abord dans une vallée étroite, resserrée dans les flancs +de cette chaîne. Il y arrose successivement les qçars suivants, +qui appartiennent aux Oulad Iaḥia et forment la région appelée +El Kheneg : ce sont, en descendant : + + Bou er Rebiạ 40 fusils. + + El Merjạ 50 — + + Oulad Ḥammou + + Oulad Ạḍim + + El Geddara + + El Gloạ 200 fusils. + +(C’est jusqu’ici que l’Ouad Aṛlal porte souvent le nom d’Ouad +El Gloạ ; au-dessous, on ne l’appelle qu’Ouad Aṛlal.) + + Asemlil Qedîm + + Asemlil Djedid + + Assaka 30 fusils. + + Agenf 30 — + + Tagemt 30 — + + Aṛlal 60 — + +A Aṛlal, l’Ouad Aṛlal sort du Petit Atlas et entre dans la +Feïja : cette Feïja est le prolongement de celle que nous avons +traversée avant d’arriver à Tanziḍa, vaste étendue plate et +sablonneuse, déserte, bornée au nord par les premières pentes du +Petit Atlas, au sud par le Bani. La rivière y coule dans le désert +jusqu’auprès de Smira, où elle s’unit à l’Ouad el Qabia. + +Sur tous les cours d’eau du bassin de l’Ouad Zgiḍ, sans +exception, on trouve des dattiers à chaque point habité : pas +un village, pas un qçar, si petit qu’il soit, qui n’ait ses +plantations de palmiers. Ces rivières sont aussi les mêmes en ce +qui concerne leurs eaux : elles en ont aux lieux habités et rarement +ailleurs. + + Distances : de Smira à Aṛlal comme de Mrimima à Agadir Tisint. + + de Smira à El Gloạ comme de Tazenakht à Iṛels. + +2o _OUAD EL QABIA_. — Il porte aussi les noms d’Ouad Ouinjgal et +d’Ouad Alougoum. Il prend sa source dans le désert de Tarouni. Ce +désert a une longueur d’une journée de marche : il commence à +Tazenakht et finit à Ouinjgal ; le sol en est rocheux et pierreux, +sans aucune végétation. La vallée de l’ouad est d’abord +encaissée entre les pentes du Petit Atlas et étroite : on trouve +successivement sur son cours, en le descendant, les qçars suivants : + +Ouinjgal, Ouagginekht, Taouinekht (2 qçars), Zaouïa Sidi Blal, +Tagergint, Amazzer, Aït Ạïssa, Aït Mrabeṭ, Talat, Tastift, Foum +el Ouad, Talilt, Aït Ṭaleb, Tiṛremt (Aït Ṭaleb et Tiṛremt +ont ensemble 200 fusils). + +Les premiers qçars, jusqu’à Foum el Ouad inclus, forment le +territoire des Aït ou Ḥamidi ; les trois derniers forment celui +d’Alougoum ; tous ensemble sont ce qu’on appelle le pays de +Qabia. La population d’El Qabia, après avoir été longtemps +alliée aux Oulad Iaḥia, s’est mise de sa propre volonté +sous l’autorité du Zanifi ; cette région est donc regardée +aujourd’hui comme faisant partie des États de ce dernier. + +A Tiṛremt, l’Ouad El Qabia sort du Petit Atlas et entre dans +la Feïja : il y demeure, dans le désert, jusqu’au point où il +s’unit à l’Ouad Aṛlal. + +D’Ouinjgal à Tiṛremt, les bords de l’ouad sont garnis de +cultures, d’habitations et de dattiers formant une bande continue +qui s’interrompt en un seul endroit, entre Taouinekht et Zaouïa Sidi +Blal. Entre ces points, les deux rives sont stériles et inhabitées : +c’est un désert d’une heure de longueur. + +Pas de marché dans le Qabia. + + Distances : de Tazenakht à Ouinjgal 1 jour. + + d’Ouinjgal à Tastift 1/2 jour. + + de Tastift à Tiṛremt 1 heure + 1/2. + + d’El Mḥamid à El Qabia comme de Tisint à + Mrimima + + d’Oulad Djerrar à El Qabia (par Smira) 1 jour. + + d’El Mḥamid à l’Alougoum (en coupant au court 1/2 jour. + par la Feïja) + +3o =OUAD ZGID.= — Il coule d’abord dans la Feïja. A hauteur du +confluent dont il résulte se trouvent trois petits qçars entourés +chacun de nombreux palmiers, massés en un seul groupe, à 4 ou 5 +kilomètres de distance de son lit, sur sa rive gauche : ce sont, +en descendant : + + Oulad Meraḥ 70 fusils. + + El Kheouïa + + Nkheïla 150 fusils. + +Ces trois qçars appartiennent aux Oulad Iaḥia (fraction des Oulad +Ḥellal). + +A quelques pas au-dessous du confluent où il prend naissance, l’Ouad +Zgiḍ entre dans l’oasis de Zgiḍ : il y arrose successivement +les qçars suivants : + + Smira rive 70 fusils. + gauche + + Oulad Ḥammou rive + gauche + + Oulad Ḥamida rive + gauche + + Oulad Djemạ rive + gauche + + El Mḥaroug rive 20 fusils. + gauche + + Oulad Bou rive + Qdir gauche + + El Ṛouanem rive + gauche + + Amzou rive 50 fusils. + gauche + + El Mḥamid rive 150 — + droite + + Agroud rive + gauche + + Tamzaourout rive 30 fusils. + droite + + Amzaourou rive 30 — + droite + + Aqqa rive + droite + + Bou Delal rive 30 fusils. + gauche + + Mḥinch rive 400 — + droite + + Bou Gir rive 40 — + gauche + + Oulad Belqas rive + droite + + Oulad Djerrar rive + gauche + + Tabia en } + Nkheïla } + } compris sous le nom de rive 150 fusils. + } Tabia n Boro gauche + Tabia Djedida } + +Ces qçars sont échelonnés dans la Feïja au bord même de l’ouad ; +de Smira à Tabia en Nkheïla, les rives de celui-ci sont, sans +interruption, bordées de dattiers. L’oasis de Zgiḍ ne comprend +pas d’autres qçars que ceux qui viennent d’être mentionnés : +elle appartient à deux fractions des Oulad Iaḥia, les Oulad Ḥellal +possédant tout ce qui est sur la rive gauche, l’Ahel El Mḥamid +possédant tout ce qui est sur la rive droite. L’oasis de Zgiḍ se +trouve, comme celles de Tisint, de Tatta, d’Aqqa, au pied du Bani, +auprès d’un kheneg par où s’écoule la rivière qui l’arrose ; +mais, au lieu d’être au sud du Bani comme Tisint et Aqqa, elle +est au nord comme Tanziḍa, comme une partie de Tatta. Pas un seul +qçar du Zgiḍ n’est au sud de la chaîne. + +Un marché dans le Zgiḍ, le tenîn de Smira. + +Immédiatement au-dessous de Tabia en Nkheïla, la Feïja finit, +et l’Ouad Zgiḍ traverse le Bani au kheneg dit Foum Zgiḍ. De +là, il entre dans une vaste plaine déserte où il coule jusqu’au +village isolé de Mrimima. De ce point à son confluent avec le Dra, +à Tingaï, son cours se continue dans la même plaine, aussi unie +et aussi déserte qu’auparavant ; à l’approche de l’Ouad Dra, +elle prend le nom de Ṭerf eḍ Ḍel et devient sablonneuse : +dans cette partie, les eaux de l’Ouad Zgiḍ la fertilisent et +elle produit de belles moissons. Cette plaine de Ṭerf eḍ Ḍel +est analogue à celle de Medelles, que nous avons visitée, et est, +comme elle, séparée du lit du Dra par un mince bourrelet rocheux. + + Distances : de Mrimima à Oulad Djerrar. 1 jour. + + de Tisint à Tabia n Boro (par la Feïja) 3/4 de jour. + + de Tabia n Boro à Mḥinch 3/4 d’heure. + + de Mḥinch à El Mḥamid 1/2 heure. + + d’El Mḥamid à Tabia en Nkheïla 3 heures. + +Il y a deux mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Zgiḍ ; l’un dans +le Zgiḍ, l’autre dans l’Alougoum. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Zgiḍ a trois affluents principaux, tous +sur sa rive droite ; ce sont : l’Ouad Tlit, s’y jetant à El +Mḥamid ; l’Ouad el Feïja, s’y jetant aussi à El Mḥamid, +quelques pas plus bas ; l’Ouad Tisint, s’y jetant à environ 2 +kilomètres au-dessous de Mrimima. + +OUAD TLIT. — L’Ouad Tlit prend sa source dans le Khela Ikis, +désert montagneux, rocheux, sans végétation : sa vallée, enfermée +entre les pentes du Petit Atlas, est d’abord fort étroite : il y +arrose successivement les qçars suivants : + +Amdzgin, Tafrouqt (Zaouïa Sidi Merri), Argemmi, Tagadirt, Taourirt n +Ouzenag, Seroub (marabouts), Qioud, Taourirt n Tilles, Agred, Imi n +Tlit, Aoufelgach. + +Ces qçars, avec ceux que nous mentionnerons plus loin sur +l’Ouad Temgissin, forment tout le territoire du Tlit. Il est sous +l’autorité du Zenâgi, à l’exception d’Argemmi, de Tagadirt +et d’Aoufelgach qui se sont rangés sous celle du Zanifi. + +A Aoufelgach, l’Ouad Tlit sort de la montagne et entre dans la +Feïja : il y coule dans le désert jusqu’à son confluent avec +l’Ouad Zgiḍ, à El Mḥamid. + +Point de marché dans le Tlit. Une zaouïa importante, celle de +Sidi Merri, à Tafrouqt : là se trouve le tombeau de ce saint ; +il est très vénéré : c’est tout ce qui reste de Sidi Merri ; +il n’existe plus de descendant de lui dans la zaouïa. + + Distances : de Temdaouzgez au désert d’Ikis (à travers le 3 heures. + désert d’Ifenouan) + + longueur du désert d’Ikis 3 heures. + + de Temdaouzgez au Tlit 1/2 jour. + + d’Amdzgin à Imi n Tlit 3 heures. + + d’Imi n Tlit à Aoufelgach 1 heure. + + d’Aoufelgach à El Mḥamid 1/2 jour. + +AFFLUENTS. — L’Ouad Tlit a un affluent, l’Ouad Temgissin, +se jetant sur sa rive droite à Imi n Tlit. + +=Ouad Temgissin.= — Il coule entre les pentes du Petit Atlas. Dans +son cours inférieur, il arrose successivement les trois qçars que +voici ; ils font partie du Tlit : + +Temgissin, Aït Maouas, Imaraten. + +Le premier reconnaît l’autorité du Zanifi ; le dernier, celui de +l’Azdifi ; quant à Aït Maouas, c’est un qçar de marabouts : +il est indépendant. + + Distance : d’Imi n Tlit à Temgissin 3 heures. + +OUAD EL FEIJA. — Il prend sa source dans la Feïja, entre Tanziḍa +et Zgiḍ. Un seul point habité sur son cours, le qçar d’Erḥal. + +OUAD TISINT. — Cette rivière, aussi importante que l’Ouad Zgiḍ +lui-même, fera l’objet d’un article spécial. + +=REMARQUE SUR LA TRIBU DES OULAD IAHIA.= — La vaste région +comprise entre le Bani au sud, le Dra à l’est, les abords du +Ouarzazât au nord, les Aït Tigdi Ouchchen, les Aït Ạmer, les +Zenâga, les Ida ou Blal à l’ouest, forme le territoire des +Oulad Iaḥia : on voit que presque tout le bassin de l’Ouad +Zgiḍ y est renfermé. Les Oulad Iaḥia sont une nombreuse et +puissante tribu de nomades, habitant la plupart sous la tente, +mais ayant aussi un certain nombre de qçars : ces qçars sont, +les uns dans le bassin de l’Ouad Zgiḍ, les autres plus au nord, +sur de petits affluents du Dra, enfin un certain nombre sur le Dra +(Aït Zeri, Ternata). Ils se disent de race arabe. Leur langue est +l’arabe, mais beaucoup d’entre eux savent le tamaziṛt. Ils sont +très blancs de peau ; leur type ressemble à celui des Ida ou Blal ; +leurs femmes sont d’une beauté remarquable. Dans leurs vêtements, +ils se rapprochent plutôt des Chellaḥa que des Ida ou Blal : moins +de khent, moins de bernous blancs que ces derniers : des khenîfs, +des bernous gris et bruns, des haïks rayés de diverses couleurs. Les +femmes ont le costume qu’on porte à Tisint et chez les Ida ou Blal. + +Les Oulad Iaḥia réunis forment environ 3000 à 3500 fusils. Ils +sont sous le commandement d’un chikh unique, Chikh El Ạrabi ben +Ọtman, dont la famille exerce depuis un temps immémorial le pouvoir +suprême sur toute la tribu. Chikh Ben Ọtman réside sur les bords +du Dra dans le qçar appelé indifféremment Qcîba Chikh El Ạrabi, +ou Aït Ọtman (Aït Zeri). Chikh El Ạrabi est indépendant et +n’a aucune relation avec le sultan. Son pouvoir est très efficace +sur des rives du Dra : il va s’affaiblissant à mesure qu’on +s’éloigne d’elles. Le chikh est en ce moment en paix avec +ses voisins ; c’est une exception : il est presque toujours en +guerre avec eux, surtout avec le Zanifi et le Mezgîṭi. Chikh El +Ạrabi a sous son autorité non seulement tous les Oulad Iaḥia, +mais encore le district du Tinzoulin et le grand qçar de Timesla, +peuplés l’un et l’autre de Draoua. + +Trois centres religieux ont une grande influence sur les Oulad +Iaḥia : ce sont les zaouïas de Mrimima (Zaouïa Sidi Ạbd Allah +Oumbarek), de Tamegrout (Zaouïa Sidi Ben Nacer) et de Bou Mousi +(Sidi Ạli ou Ạbd er Raḥman). Les marabouts de Bou Mousi sont +ceux qu’ils vénèrent d’une façon spéciale, ceux auxquels ils +remettent chaque année leur principale redevance religieuse. + +Les Oulad Iaḥia se décomposent en : + +Oulad Bechiḥ (habitant l’Ouad Dra : les Aït Zeri en sont une +fraction) ; + +El Kạba (qçars dans le Tinzoulin et désert) ; + +Oulad Kerzab (qçar de Melal dans le Ternata et désert) ; + +Nesasda (Rebaṭ el Ḥadjer, Qaçba Ạli ou Mousa, Cheradna dans +le Ternata et désert) ; + +Oulad Chaouf (Tignit dans le Ternata et désert) ; + +Khsa (Tansiṭa Fouqania, Qçar Khsa et désert) ; + +Oulad Ạïssa (qçars de l’Ouad El Gloạ et autres, et désert) ; + +Kerazba Tleuḥ (Iliṛ, El Kheouïa, Ansig et désert) ; + +Nesoula (désert entre Tisint et Zgiḍ) ; + +Oulad Ḥellal (Zgiḍ et désert) ; + +Ahel El Mḥamid (Zgiḍ et désert) ; + +Aït Ḥammou (qçars d’Ouzdiin, de Tesaouant, d’El Feggara +et désert). + +=ITINÉRAIRES.= — 1o DE MRIMIMA AU TINZOULIN. — De Mrimima +à Zgiḍ ; de Zgiḍ à Aït Ṭaleb (Alougoum), en passant par +Smira ; puis Aṛlal, Agenf, Assaka, Asemlil, El Gloạ, El Merjạ, +Bou er Rebiạ. De là on gagne Ijdouin[115] (zaouïa ; 60 feux), +Aïnach (zaouïa ; 30 feux), El Feggara (qçar des Aït Ḥammou ; +400 fusils) ; enfin on arrive au Tinzoulin. On met en général 4 +jours 1/2 pour faire ce chemin. + +2o DE MRIMIMA A AIT OTMAN. — De Mrimima à Oulad Djerrar, 1 jour ; +d’Oulad Djerrar à El Qabia (en passant par Smira), 1 jour ; d’El +Qabia à Asemlil, 1 jour ; d’Asemlil à El Feggara, 1 jour ; d’El +Feggara à Aït Ọtman, 1 grande demi-journée. On met donc, par ce +chemin, qui est à peu près le même que le précédent, 4 jours 1/2 : +c’est calculé à raison d’une marche de vitesse moyenne. + +3o DE TAZENAKHT AU TLIT. — De Tazenakht, on gagne Temdaouzgez sur +l’Ouad Azgemerzi. On passe sur la rive droite de cette rivière +et on s’engage dans le désert d’Ifenouan, portion de la plaine +des Zenâga, sol terreux où on laboure les années pluvieuses ; du +Khela Ifenouan, on entre dans le Khela Ikis, en gravissant le talus +rocheux qui limite la plaine des Zenâga. Le Khela Ikis est un désert +pierreux, montagneux ; terrain difficile, point de végétation. On y +marche jusqu’à Amdzgin, qçar le plus haut du Tlit. — On compte +une 1/2 journée de marche de Temdaouzgez à Amdzgin, la moitié de +la route s’effectuant dans le désert d’Ifenouan, l’autre dans +celui d’Ikis. + +4o DISTANCES DE MRIMIMA AU DRA. — En marchant bien, on va de Mrimima +à Mḥamid el Ṛozlân en 2 jours 1/2, et de Mrimima à Qcîba Chikh +Ben Ọtman (par le Zgiḍ) en 3 jours 1/2. De Mḥamid el Ṛozlân +à Qcîba Chikh Ben Ọtman, on compte deux fortes journées. + + + =III. — Ouad Tisint.= + + +L’Ouad Tisint est un cours d’eau résultant de la jonction de +trois rivières qui s’unissent au pied du Bani, à la porte du +kheneg de Tisint. Ces trois rivières sont : 1o l’Ouad Tanziḍa, +2o l’Ouad Aginan, qui se joint au premier auprès d’un groupe de +palmiers appelé Tamjerjt, à 700 mètres en amont d’Aqqa Aït Sidi, +3o l’Ouad Qaçba el Djouạ s’unissant aux deux précédents peu +au-dessous de leur confluent, à Aqqa Aït Sidi. + +Nous allons étudier séparément ces trois cours d’eau ; puis nous +passerons à l’Ouad Tisint. + +1o _OUAD TANZIDA_. — Cette rivière prend sa source dans la Feïja +et n’a d’autre localité sur son cours que le qçar de Tanziḍa. + +L’Ouad Tanziḍa, ainsi que tous les cours d’eau du bassin de +l’Ouad Tisint, n’a d’eau qu’aux approches des lieux habités. + +=AFFLUENTS.= — Il reçoit quatre affluents : l’un sur sa rive +droite : c’est l’Ouad Agni, s’y jetant à Tanziḍa ; les trois +autres sur sa rive gauche : ce sont les ouads Asengar, Agmour, Adres. + +OUAD AGNI. — Il prend sa source au Tizi Agni et baigne le village +d’Agni ; celui-ci est le seul point habité de son cours. + +OUAD ASENGAR. — OUAD AGMOUR. — OUAD ADRES. — Ces trois rivières +se jettent dans l’Ouad Tanziḍa dans l’ordre où nous les nommons, +la première en amont, la dernière en aval, la seconde entre les +deux autres. Les cours en ont très peu de longueur. Elles descendent +toutes trois du Bani, et ont chacune sur leurs rives un qçar du même +nom qu’elles, avec des plantations de palmiers : ces trois qçars +sont des zaouïas ; ils sont indépendants et en dehors de toute tribu. + + Distances : de Tanziḍa à Adres comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + + d’Adres à Agmour comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + + d’Agmour à Asengar comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + +2o _OUAD AGINAN_. — Il prend sa source dans le désert de +Tasṛirt. Puis il entre dans la tribu d’Ounzin : il y arrose +successivement les qçars suivants : + +Tamdrart (célèbre pour ses poteries ; on l’appelle aussi, à +cause de cela, Qçar el Qdour). + +Igerda, Taltgmout el Ḥaraṭîn, Lemdint. + +Jusqu’ici il n’y avait pas de palmiers : au-dessous de Lemdint, +il y en a en tous les lieux habités de la rivière : + +Aseṛrar, Iṛil. + +L’ouad sort après Iṛil de la tribu d’Ounzin et passe dans le +district d’Aginan, où il arrose : + +Doutourirt, Iferd Aginan (appelée aussi Fiirir), Azegza. + +Ces trois qçars forment tout l’Aginan. Au-dessous d’eux, la +rivière entre dans la tribu des Aït Bou Iaḥia ; elle en arrose +deux des qçars, Kiriout, Timzourit. + +Puis elle coule dans le désert et y reste jusqu’au point où elle +s’unit à l’Ouad Tanziḍa. + +Le territoire des Aït Bou Iaḥia se compose des deux qçars +mentionnés et de quelques autres que nous énumérerons plus loin : +celui du district d’Aginan ne comprend que les trois qui viennent +d’être cités : celui de l’Ounzin en contient un grand nombre +d’autres qui seront l’objet d’une mention spéciale : ces +trois territoires ont pour population des Imaziṛen sédentaires, +mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa, les derniers dominant : +la langue y est le tamaziṛt. Les Aït Bou Iaḥia, l’Aginan et +l’Ounzin sont tous vassaux des Ida ou Blal. + + Distances : de Tisint aux Aït Bou Iaḥia comme de Tisint à Aqqa + Izenqad. + + des Aït Bou Iaḥia à l’Aginan comme de Tisint à Aqqa Aït + Sidi. + + de l’Aginan à Aseṛrar comme de Tisint à Trit. + + d’Aseṛrar à Lemdint comme de Trit à Qaçba el Djouạ. + + de Lemdint à Igerda comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. + + d’Igerda à Tamdrart comme de Tisint à Trit. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad Aginan reçoit un affluent, l’Ouad Ignan +n Ikis, se jetant sur sa rive gauche à quelque distance au-dessous +de Timzourit. + +OUAD IGNAN N IKIS. — Il prend sa source au Tizi n Haroun, dans le +désert, sur le territoire des Zenâga. Il arrose en descendant trois +qçars qui forment le reste du territoire des Aït Bou Iaḥia ; +ce sont : + +Ikis, Atrs n Ouafil, Tamessoult (Zaouïa Sidi Ạbd er Raḥman). + +Il y a des palmiers en chacun de ces trois endroits, seuls lieux +habités de la rivière. + + Distance : d’Atrs n Ouafil à l’Aginan 1/2 journée. + +3o _OUAD QAÇBA EL DJOUA_. — Il prend sa source dans le défilé +qui se trouve entre le massif des Koudia Bou Tizen et le Bani ; +il arrose trois qçars : + +Qaçba el Djouạ, Trit, Aqqa Aït Sidi. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Qaçba el Djouạ reçoit trois affluents, +tous sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Anbed Tesatift, s’y +jetant à quelque distance au-dessus de Qaçba el Djouạ ; l’Ouad +Ṭriq Targant, s’y jetant à Qaçba el Djouạ ; l’Ouad Aqqa +Iṛen, s’y jetant à Trit. + +OUAD ANBED TESATIFT. — Il prend sa source au col appelé Kheneg +Tesatift et coule sans cesse dans le désert. + +OUAD TRIQ TARGANT. — Il prend sa source à un col situé entre son +bassin et celui de l’Ouad Targant ; le cours en est désert. + +OUAD AQQA IREN. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt. Il +arrose ensuite un groupe de deux qçars faisant partie de la tribu +d’Ounzin : ce groupe de deux qçars s’appelle Aït Mançour. + +Après Aït Mançour, il sort du territoire des Ounzin et entre dans +le désert, où il demeure jusqu’à Aqqa Iṛen. + +D’Aqqa Iṛen, le cours, traversant la Feïja, est de nouveau +désert jusqu’à Trit. + +A Trit, Aqqa Iṛen, Aït Mançour, il y a des dattiers. + +Toutes les tribus ou fractions cantonnées sur cette rivière sont +vassales des Ida ou Blal. + + Distances : de Trit à Aqqa Iṛen comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + + d’Aqqa Iṛen à Aït Mançour comme de Tisint à Kheneg + Tesatift. + +4o =OUAD TISINT.= — Nous connaissons déjà le cours de l’Ouad +Tisint qui, commençant à Aqqa Aït Sidi, traverse aussitôt après +le kheneg appelé Foum Tisint, puis arrose l’oasis de Tisint ; des +5 qçars de celle-ci, un seul, Agadir, est sur ses rives mêmes. En +sortant des palmiers de Tisint, la rivière entre dans le désert et y +reste jusqu’au moment où elle se jette dans l’Ouad Zgiḍ. Auprès +de son confluent, dans le voisinage de Mrimima, l’aspect en est +le suivant : 150 mètres de largeur ; lit de galets et de sable ; au +milieu est une bande verte, large de 50 mètres, tamarix et gazon : +là serpente d’habitude un peu d’eau : au mois de janvier 1884, +la nappe avait 10 mètres de large et 20 centimètres de profondeur ; +de plus, en divers endroits, se trouvaient des ṛedirs : berges en +pente douce de 3 à 4 mètres de haut. + +Il n’y a point d’Israélites dans le bassin de l’Ouad Tisint. + +=REMARQUE SUR LA TRIBU D’OUNZIN.= — La tribu d’Ounzin, qu’on +appelle aussi quelquefois Iounzioun, compte environ 1,200 feux : +ils sont répartis en un grand nombre de villages situés sur les +deux versants du Petit Atlas. Ces villages sont : + +Sur le versant sud, ceux que nous avons énumérés sur les cours des +ouads Aginan et Aqqa Iṛen, et un, Tisfrioui, sur l’Ouad Targant. + +Sur le versant nord (bassin du Sous) : + +Tamda Aïtbir, El Ạïn Ounzin (appelé aussi Imi el Ạïn), +Iṛanim, El Ḥouaïdj Imersi (2 qçars), Imoula (grand qçar), +Anisi (ou Inisi), Agouidir, Anamer, Ioulioul, Ould Faṭma Ḥammou, +Tamellakout, Tamjerjt, Agerd n Oulili, Aït Ḥamed, Taïfst. + +Nous avons énuméré ces qçars en commençant par les plus +septentrionaux et en finissant par les méridionaux. Aucune rivière +ne les arrose ; ils ne sont alimentés que par des sources. + +Pas de marché dans l’Ounzin : les habitants vont à l’Arbạa +Ammeïn et au Ḥad Imtaoun. + +Point de Juifs. + +Cette tribu se trouve sur la route menant des Zagmouzen à Tisint. Elle +est limitée au nord par les Seketâna, au sud par l’Aginan et les +Aït Bou Iaḥia. + +=ITINÉRAIRES.= — 1o DES ZAGMOUZEN A L’AGINAN. — On va +d’abord au ḥad des Seketâna : de là, on gagne le territoire des +Imadiden. Des Imadiden on entre dans le désert de Talaṛt Imadid, +long d’une heure de marche ; puis on passe dans la tribu d’Ounzin +à Tamda : de Tamda, on va à El Ạïn. Entre El Ạïn et l’Ouad +Aginan s’étend le désert de Tasṛirt, long d’une journée : +on le traverse. En en sortant, on aboutit à Taltgmout, qçar des +Ounzin sur l’Ouad Aginan : on descend ce cours d’eau jusqu’à +l’Aginan. + +2o DE L’AGINAN A TAMDA AITBIR (OUNZIN). — On remonte l’Ouad +Aginan jusqu’à Tamdrart. Puis on le laisse et on gravit le flanc +droit de sa vallée : après une forte montée, on parvient à un +plateau, Areg Igni n Imerraden. C’est un désert. On le parcourt +et on passe dans un autre appelé Tougdin, puis dans un troisième du +nom de Taznout. Ces trois déserts font partie du Khela Tasṛirt. A +l’extrémité du dernier se trouve le qçar d’El Ạïn Ounzin : +de là, on gagne Tamda. Point de rivière depuis l’Ouad Aginan. El +Ạïn est dans le bassin du Sous. + +3o DE TISINT A TINFAT. — De Tisint, on va rejoindre l’Ouad +Aginan et on le remonte jusqu’à Tamdrart. De là, on gagne le qçar +d’Argoummi, puis celui d’Iṛri, puis un groupe de plusieurs qçars +appelé Tinfat ; Argoummi, Iṛri et Tinfat font partie de la fraction +d’Imskal de la tribu des Seketâna. Ils sont dans le bassin du Sous. + + Distances : de Tamdrart à Argoummi comme de Tisint à Kheneg Tesatift. + + d’Argoummi à Iṛri comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + + d’Iṛri à Tinfat comme de Tisint à Trit. + +4o DE TISINT A TAZOULI. — On va à Aqqa Iṛen : de là, on remonte +l’Ouad Aqqa Iṛen jusqu’à Aït Mançour. On quitte la rivière +et on gagne successivement les qçars suivants : Taïfst, Inisi, Imi +el Ạïn, Tamda, Madida (groupe de plusieurs qçars), Ifri Madida, +Imtaoun (groupe de 4 qçars) et Tazouli (groupe de 7 qçars) : tous +sont dans le bassin de l’Ouad Sous ; tous, sauf ceux de Tazouli, +ne sont arrosés que par des sources : depuis Aït Mançour, on ne +rencontre aucun cours d’eau sur le chemin jusqu’à Tazouli : +là on trouve une rivière, l’Ouad Tazouli, venant du pays des +Zenâga et se jetant dans l’Ouad Aït Semmeg. + +Taïfst, Inisi, Imi el Ạïn, Tamda font partie de la tribu +d’Ounzin. Madida et Ifri Madida font partie de la fraction des +Imadiden, de la tribu des Seketâna. Toutes ces localités, jusqu’à +Tazouli, sont tributaires des Ida ou Blal. + + Distances : d’Aït Mançour à Taïfst comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + + de Taïfst à Inisi comme de Tisint à Trit. + + d’Inisi à Imi el Ạïn comme de Tisint à Aqqa Iṛen. + + d’Imi el Ạïn à Tamda comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. + + de Tamda à Madida comme de Trit à Aqqa Aït Sidi. + + de Madida à Ifri Madida comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi. + + d’Ifri Madida à Imtaoun comme de Tisint à Trit. + + d’Imtaoun à Tazouli comme de Tisint à Qaçba el Djouạ. + + + =IV. — Ouads Bou Tamat, Henina, el Qcib, Kheneg et Teurfa, Bent + en Nas.= + + +1o _OUAD BOU TAMAT_. — Il prend naissance à l’ouest de Tisint, +sur le versant sud du Bani : près de sa source, il passe à Qoubba +Sidi Ạli ou Ạzza, mausolée entouré de palmiers : un cherif, +gardien du sanctuaire, habite seul ce lieu. De là, l’Ouad Bou +Ṭamat va se jeter dans le Dra à Tingaï. + + Distance : de Sidi Ạli ou Ạzza à Agadir Tisint comme d’Agadir + Tisint à Trit. + +2o _OUAD HENINA_. — La source en est à l’ouest de celle de +l’Ouad Bou Ṭamat, sur les pentes méridionales du Bani. Le cours en +est parallèle à celui de l’Ouad Bou Ṭamat, mais ne traverse que +le désert. L’Ouad Ḥenina se jette dans le Dra à Rist Djedeïd. + +Aux environs de leurs sources, les ouads Ḥenina et Bou Ṭamat sont +éloignés comme Tisint l’est de Trit. + +3o _OUAD EL QCIB_. — Il prend naissance sur le versant sud du +Bani, à l’ouest de l’Ouad Ḥenina. Entre les sources de ces +deux rivières se trouve la distance d’Agadir Tisint à Aqqa Aït +Sidi. L’Ouad el Qcib a son cours désert et se jette dans le Dra +à Rist Djedeïd. + +4o _OUAD KHENEG ET TEURFA_. — Il est formé de trois cours d’eau +se réunissant à la porte du Kheneg eṭ Ṭeurfa ; ce sont : +l’Ouad Aqqa Izen, l’Ouad Tesatift et l’Ouad Aqqa Igiren. Nous +étudierons séparément ces trois rivières, puis nous passerons à +l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa : + +OUAD AQQA IZEN. — Cours d’eau sans importance ne traversant que +le désert. Il prend sa source au Kheneg Aqqa Izen. + +OUAD TESATIFT. — Cours d’eau sans importance, sans cesse dans le +désert. Il sort du Kheneg Tesatift. + +OUAD AQQA IGIREN. — Cette rivière ne porte en général ce nom +qu’entre Aqqa Igiren et le Kheneg eṭ Ṭeurfa ; au-dessus, dans +tout son cours supérieur, on l’appelle Ouad Targant. Elle prend +sa source aux crêtes du Petit Atlas et arrose en descendant les +qçars de Tisfrioui, Tisenna s Amin, Targant, Aqqa Igiren (groupe de +deux qçars). + +Toutes ces localités sont entourées de dattiers. La première +compte comme faisant partie de l’Ounzin ; Tisenna s Amin, Targant, +Aqqa Igiren sont isolées. Dans trois de ces lieux, la population est +la même, mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa vassaux des Ida +ou Blal. A Targant seule il n’en est pas ainsi : ce point, habité +par des marabouts, est indépendant : Targant n’est d’ailleurs +qu’un petit qçar, fort misérable. + +L’Ouad Aqqa Igiren, comme tous ceux qui prennent leur source sur +le versant sud du Petit Atlas, est partout à sec, si ce n’est aux +points habités. + + Distance : d’Aqqa Igiren à Targant 4 heures. + +AFFLUENTS. — L’Ouad Aqqa Igiren ou Ouad Targant reçoit entre +Tisenna s Amin et Targant, sur sa rive droite, un affluent important, +l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob. + +=Ouad Sidi Mohammed ou Iaqob.= — On l’appelle aussi Ouad Iliṛ : +prenant sa source à la crête du Petit Atlas, non loin du col +d’Azrar, il traverse d’abord, en descendant, les déserts où +campent les Aït Jellal ; puis il arrose les qçars suivants : + +Sidi Moḥammed ou Iạqob (zaouïa), Fedoukkes, Reken, Iliṛ. + +Les deux derniers sont entourés de dattiers ; les premiers n’en +ont point. Ces divers qçars sont isolés les uns des autres. Sidi +Moḥammed ou Iạqob se trouve sur la rive gauche de l’ouad : +c’est une zaouïa qu’habitent les descendants de Sidi Moḥammed +ou Iạqob ; le tombeau de ce saint se trouve là. Les marabouts +sont au nombre d’environ 80 ; on vient les visiter de fort loin. Ce +point est un lieu de pèlerinage fréquenté par les gens de Tisint, +de Tatta et d’Aqqa, et par les Zenâga. + + Distances : de Toug er Riḥ à Iliṛ comme de Toug er Riḥ à Foum Asgig. + + d’Iliṛ à Reken comme de Tisint à Trit. + + de Reken à Fedoukkes comme 2 fois de Tisint à Aqqa Aït + Sidi. + + de Fedoukkes à S. Moḥammed ou Iạqob comme de Tisint à + Aqqa Iṛen. + +=OUAD KHENEG ET TEURFA.= — Il passe, après sa sortie du Kheneg +eṭ Ṭeurfa à El Meḥagen (bas coteaux) ; puis à Ạïn Delal +(bouquets de palmiers, sans habitations) ; à Ạïn Chebar (source) ; +ensuite il entre dans la plaine semée de gommiers d’El Kheroua, +à l’extrémité de laquelle il traverse le Kheneg el Gerzim : +il descend de là à Gerzima (plaine de sable avec du sebt), puis +arrose la plaine de Medelles et enfin se jette dans le Dra, dans la +portion du Mạder Ida ou Blal appelée Bou Arbạïn. + +AFFLUENTS. — L’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa a trois principaux +affluents, deux sur sa rive droite et un sur sa rive gauche. Les +premiers sont l’Ouad Toufasour, s’y jetant au Kheneg el Gerzim, +et l’Ouad Asgig, s’y jetant au point même où il finit, à Bou +Arbạïn. Celui de gauche est l’Ouad Djedari, s’y jetant au sud +du Gelob, au pied de ce mont. + +=Ouad Toufasour.= — Il prend sa source dans l’areg, au sud du Bani, +à Aoumasin (bouquets de palmiers sans habitations), puis passe à +Toufasour (quelques palmiers sans maisons) ; de là, il entre dans +la plaine d’El Kheroua, où il se jette, au Kheneg el Gerzim, +dans l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa. Le cours en est désert. + +=Affluent.= — L’Ouad Toufasour reçoit un affluent, l’Ouad +Mezarreb, se jetant sur sa rive gauche dans la plaine d’El Kheroua. + +_Ouad Mezarreb_. — Il prend sa source aux collines d’El Mezarreb, +au sud du Bani ; le cours en est désert. + +=Ouad Asgig.= — Il prend sa source dans les collines qui sont au +sud de Tatta ; le cours en est désert. + +=Ouad el Djedari.= — Il prend sa source dans le flanc sud du Bani, +entre l’Ouad el Qcib et le Kheneg eṭ Ṭeurfa. Le cours en est +désert. Il se jette dans l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa au pied +du Gelob, montagne nue, déserte et isolée qu’on voit de Rist +Djedeïd : le massif du Gelob se trouve entre les deux rivières qui +coulent, l’une contre son flanc est, l’autre contre son flanc +ouest, et se réunissent à son extrémité sud. Le Gelob contient +des mines d’antimoine. + +5o _OUAD BENT EN NAS_. — L’Ouad Bent en Nạs, qu’on appelle +aussi dans son haut cours Ouad Kheneg Zrorha, prend sa source un +peu au nord du Kheneg Zrorha, traverse ce kheneg, s’engage dans la +plaine de Bouddeïr, en sort par le Kheneg Bent en Nạs et enfin se +jette dans le Dra au Khrouf. Le cours en est désert. + +=AFFLUENTS.= — Il reçoit deux affluents, l’Ouad Ạïn es Seka, +se jetant sur sa rive droite, et l’Ouad el Bouir, se jetant sur sa +rive gauche. + +OUAD AIN ES SEKA. — Il prend sa source dans la plaine de Bouddeïr, +passe à Ạïn es Seka (source et bouquets de palmiers, sans +habitations), puis à Arf el Mamoun (lieu désert), et enfin se jette +dans l’Ouad Bent en Nạs. + +OUAD EL BOUIR. — Il prend sa source à des puits situés à l’est +de l’Ouad Bent en Nạs. Le cours en est désert. + +=REMARQUE SUR LA TRIBU DES AIT JELLAL.= — Les Aït Jellal, +qu’on appelle aussi quelquefois Oulad Jellal, sont une tribu nomade +installée au nord des Ida ou Blal, avec qui ils sont presque toujours +en guerre, quoiqu’ils leur paient une debiḥa. Ils sont, avec +les Oulad Iaḥia, la seule tribu nomade campant sur le versant sud +du Petit Atlas. Encore les Oulad Iaḥia ne sont-ils nomades qu’à +demi et ont-ils bon nombre de qçars ; les Aït Jellal, au contraire, +n’en possèdent pas un seul et ne vivent que sous la tente. Ils +peuvent lever 800 à 900 fusils ; leurs campements habituels sont +sur les bords de l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob, au-dessus de +la zaouïa. Leurs limites sont : au nord la crête supérieure du +Petit Atlas, à l’ouest les Isaffen, à l’est l’Ounzin, au +sud les Ida ou Blal ; jamais ils ne descendent au-dessous d’Afra +sur l’Ouad Tatta, d’Iliṛ sur l’Ouad Sidi Moḥammed ou +Iạqob ; ils ne sortent pas de la montagne, où ils vivent du +produit de leurs moutons et de leurs chameaux. Les Aït Jellal ne +parlent qu’arabe. Comme les Ounzin, comme toutes les tribus de ces +régions, ils sont indépendants. Les debiḥas comme les leurs ne +sont en aucune façon des marques de dépendance. + +=ITINÉRAIRE D’AQQA IGIREN A EL HOUAIDJ IMERSI.= — On part d’Aqqa +Igiren ; on remonte l’Ouad Targant en passant par Targant, Tisenna +s Amin et Tisfrioui, puis on le quitte et, continuant à marcher +sur le territoire d’Ounzin où l’on est entré à Tisfrioui, +on y traverse successivement les qçars d’Ould Faṭma Ḥammou, +d’Agouidir, d’Imoula (très grand qçar) ; de là, on parvient +à El Ḥouaïdj Imersi (2 qçars). Ces derniers qçars appartiennent +à la tribu d’Ounzin ; ils ne sont arrosés que par des sources et +n’ont point de dattiers ; ils sont dans le bassin du Sous. + + + =V. — Ouad Tatta.= + + +L’Ouad Tatta prend naissance à la crête du Petit Atlas, dans la +tribu des Ida ou Kensous : cette tribu occupe la portion du plateau +supérieur de la chaîne située au nord de cette rivière, les sources +de celle-ci et son cours supérieur. L’Ouad Tatta arrose d’abord un +certain nombre de villages des Ida ou Kensous, puis il passe dans la +tribu de Tagmout ; il y baigne les qçars dont elle se compose. Là +commencent les dattiers. Le Tagmout succède immédiatement aux +Ida ou Kensous : point de désert entre eux. Au-dessous du Tagmout, +au contraire, il y a un désert assez long. L’ouad le traverse et +ensuite entre dans l’oasis de Tatta ; il y arrose successivement +les qçars suivants : + +Afra (qui se prononce aussi Ofra ; elle est formée de deux qçars : +l’un, appelé Agadir Afra, ou Agadir el Hena, est sur le bord +de la rivière ; l’autre est situé à quelque distance, sur les +premières pentes du flanc droit : il porte le nom d’Afra Fouqania, +ou d’Aït Ḥoseïn. C’est dans ce dernier que se trouve la qoubba +de Sidi Moḥammed d Aït Ḥoseïn). + + Aït Iasin (formée de deux qçars) + + Taṛla rive droite. + + Tiiti rive gauche. + + Qaçba el Makhzen (ruines d’une qaçba depuis longtemps, rive droite. + déserte) + + Tigiselt rive gauche. + + Agerzaggen rive gauche. + + Tiiggan (à quelque distance de l’ouad, sur sa rive gauche) + +Au-dessous de Tiiggan, l’ouad entre dans une vaste plaine, Areg +Bou Ạjaj : à partir de là, il coule dans le désert et y reste +jusqu’à son confluent avec le Dra, dans le Mạder Tatta, à +l’Areg Souir. + +En tous les points habités du Tagmout et de Tatta, il y a des +palmiers. Entre les divers qçars du Tagmout, point de portion +déserte ; il y a un désert assez long entre le Tagmout et Afra ; +il y en a d’autres plus courts entre Afra et Aït Iasin, entre Aït +Iasin et Taṛla, entre Tiiti et Qaçba el Makhzen, entre Qaçba el +Makhzen et Tigiselt, entre Tigiselt et Agerzaggen, entre Agerzaggen +et Tiiggan. Ce n’est qu’entre Taṛla et Tiiti qu’il n’y en +a point : encore les plantations ne s’y prolongent-elles que sur la +rive gauche de la rivière. C’est à hauteur de Tiiti que l’Ouad +Tatta franchit le Bani, au Kheneg Adis : il passe contre le flanc +ouest du kheneg, le long de la montagne dont il baigne le pied ; +à ce point, il est étroitement enfermé entre la paroi du Bani +d’une part, les murs de Tiiti de l’autre. + +De sa source à Aït Iasin, l’Ouad Tatta coule dans une vallée +étroite et profonde, encaissée entre les pentes du Petit Atlas ; +d’Aït Iasin à Tiiti, il descend par une série de plaines, _areg_, +s’étageant entre des lignes de collines rocheuses de 60 à 100 +mètres de hauteur, toutes parallèles au Bani. Taṛla est située +au pied méridional de la dernière de ces chaînes avant le Bani. La +région montagneuse que traverse la rivière entre le Tagmout et Afra +s’appelle Bou Oudi. + + Distances : de Qaçba el Makhzen à Taṛla comme de Qaçba el Djouạ à + Trit. + + de Taṛla à Aït Iasin comme d’Agadir Tisint à Trit. + + d’Aït Iasin à Afra comme d’Adis à Toug er Riḥ. + + de Toug er Riḥ au Tagmout comme de Toug er Riḥ à Kheneg + Tesatift. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Tatta reçoit quatre affluents principaux : +trois sur sa rive droite, un sur sa rive gauche. Ce sont : sur sa rive +droite : l’Ouad Sidi Nacer, s’y jetant dans le désert entre le +Tagmout et Tatta, à un point appelé Iṛir Igidi ; l’Ouad Asmerdan, +s’y jetant entre Taṛla et Aït Iasin ; l’Ouad Azerftin, s’y +jetant dans le désert non loin de Tiiggan : sur sa rive gauche : +l’Ouad Adis, s’y jetant dans le désert, en un point appelé Beka +Chikh en Nahr. + +OUAD SIDI NACER. — Je n’ai pu avoir aucun renseignement sur lui. + +OUAD ASMERDAN. — Il prend sa source dans un massif de montagnes +appelé Asmerdan. Il arrose en descendant deux qçars, faisant partie +de Tatta ; ce sont : + +Aïgou, Agellouz, l’un et l’autre entourés de dattiers. + + Distances : de Taṛla à Agellouz comme d’Aqqa Izenqad à Aqqa Izen. + + d’Agellouz à Aïgou comme de Tintazart à Toug er Riḥ. + +OUAD AZERFTIN. — Il prend sa source sur les premières pentes du +Petit Atlas, traverse le Bani au Kheneg Azerftin, puis se jette dans +l’Ouad Tatta. Le cours en est désert. + +OUAD ADIS. — Il prend sa source dans le Petit Atlas, où il traverse +un kheneg du nom d’Imi n ou Aqqa. Le cours en est désert jusqu’au +point où il entre dans l’oasis de Tatta, à Aqqa Izenqad : +jusque-là il est appelé Ouad Imi n ou Aqqa ; c’est à partir +d’Aqqa Izenqad qu’il porte le nom d’Ouad Adis. Il arrose en +descendant : + +Aqqa Izenqad ; + +Adis (2 qçars, Tamessoult sur la rive gauche de la rivière, Aït +ou Aḥman du même côté, mais à quelque distance du bord) ; + +Zaouïa Aït Ben Nacer ; + +Qoubba Sidi Ạli ben Djebira ; + +Djerf el Ḥammam (bouquets de palmiers ; point d’habitations) ; + +Tazoult ; + +Eufriin (bouquets de palmiers et sources ; point d’habitations). + +Depuis Tazoult, il coule dans le désert, jusqu’au point où il se +jette dans l’Ouad Tatta. + +Il franchit le Bani au Kheneg Adis, dans la partie est de ce passage, +au pied de Tamessoult dont il baigne les murs. + +AFFLUENTS. — L’Ouad Adis reçoit quatre affluents principaux, +deux sur sa rive droite et deux sur sa rive gauche. Ceux de droite +sont : l’Ouad Izourzen, s’y jetant à Aqqa Izenqad ; l’Ouad Toug +er Riḥ, s’y jetant entre la qoubba de Sidi Ạli ben Djebira et +Djerf el Ḥammam. Ceux de gauche sont : l’Asif Oudad, s’y jetant +un peu au-dessus d’Aqqa Izenqad ; l’Ouad Djebaïr, s’y jetant +à Eufriin. + +=Ouad Izourzen.= — Il prend sa source dans la région moyenne du +Petit Atlas ; le cours en est désert. + +=Affluent.= — L’Ouad Izourzen reçoit sur sa rive droite, tout +près d’Aqqa Izenqad, l’Ouad Bou Chaked. + +_Ouad Bou Chaked_. — Il prend sa source au puits de Bou Chaked ; +le cours en est désert. + +=Ouad Toug er Rih.= — Cette rivière importante porte un grand +nombre d’autres noms : on l’appelle aussi Ouad Bou Herhour, Ouad +Tiṛremt, Ouad Ijja. Elle prend sa source dans le massif montagneux +d’Azegga ; elle entre ensuite dans l’oasis de Tatta où elle +arrose successivement les qçars que voici : + + Tifrest + + Serṛina } + } + Aït Ijja } compris sous le nom d’Aït Zouli ; + } + Tazoulit } + +Tiṛremt (composée de 3 ou 4 qçars) ; + +Agjgal (appelée aussi Raḥba) (à hauteur et non loin d’Afra sur +l’Ouad Tatta) ; + +Imtfian (à hauteur et près d’Aït Iasin sur l’Ouad Tatta) ; + +Tigzmert (sur la rive droite de l’ouad, à quelque distance de +son lit) ; + +Taldnount (se compose de 2 qçars, Aglagal et Tammast : Taldnount +en comprenait autrefois 7, mais les 5 autres ont été détruits, +il y a trente ans, par les Ida ou Blal ; les ruines qu’on voit au +point nommé Ras Iṛir en faisaient partie. — Aglagal et Tammast +sont sur la rive gauche de l’ouad ; + +El Qçâbi (appelé aussi El Qcîbat et El Qaçbat ; c’est un seul +qçar formé de deux quartiers, Tiṛremt et Aït Jellal, compris +dans une même enceinte) ; + +Tiiti ; + +Toug er Riḥ (appelé aussi Isbabaten). + +Auprès de ce dernier qçar, la rivière se jette dans l’Ouad Adis. + +Elle traverse le Bani au kheneg d’Adis, passant au milieu du +défilé, entre l’Ouad Tatta et l’Ouad Adis. + +Tous les points habités de l’Ouad Toug er Riḥ ont des palmiers. + + Distances : d’El Qçâbi à Tigzmert comme de Toug er Riḥ à Adis. + + de Tigzmert à Imtfian comme de Toug er Riḥ à Adis. + + d’Imtfian à Agjgal comme de Toug er Riḥ à El Qçâbi. + + d’Agjgal à Tiṛremt comme d’El Qçâbi à Adis. + + de Tiṛremt à Tazoulit comme de Toug er Riḥ à Adis. + +=Asif Oudad.= — Il prend sa source sur les pentes inférieures du +Petit Atlas, aux collines d’Anamelloul, et se jette dans l’Ouad Imi +n ou Aqqa, peu au-dessous d’Aqqa Izenqad : le cours en est désert ; +on y trouve, dans la montagne, le puits Ḥasi El Ḥasen Moḥammed, +creusé en son lit. + +=Affluent.= — L’Asif Oudad reçoit au pied du Bani un affluent, +l’Ouad Kheouïa, qui se jette sur sa rive gauche. + +_Ouad Kheouïa_. — Il prend sa source dans les pentes inférieures +du Petit Atlas, aux collines de Kheouïa. Le cours en est désert. + +=Ouad Djebaïr.= — Il prend sa source à Anṛerif, puis passe +à Djebaïr, ensuite à Sidi El Medaoui (bouquets de palmiers sans +habitations), puis à Eufriin, où il se jette sur la rive gauche de +l’Ouad Adis. + +=REMARQUE SUR LES TRIBUS.= — Ainsi qu’on le voit, les eaux du +bassin de l’Ouad Tatta n’arrosent que trois territoires, ceux +des Ida ou Kensous, du Tagmout et de Tatta. Les Ida ou Kensous et +le Tagmout sont des tribus. Tatta est un district dont les qçars +ne sont unis entre eux par aucun lien. Nous connaissons Tatta : +nous nous occuperons ici des Ida ou Kensous et du Tagmout. + +IDA OU KENSOUS. — Ils s’étendent sur une partie du haut plateau +qui couronne les deux versants du Petit Atlas, et occupent les sources +de l’Ouad Tatta et le cours supérieur de cette rivière. Leur +territoire a pour limites, à l’ouest les Ida ou Zkri, au sud le +Tagmout et les Aït Jellal, à l’est la tribu d’Azrar. Leurs +terres prolongent celles des Ida ou Zkri et sont dans une situation +analogue : ces deux territoires se touchent, et on passe d’une +tribu à l’autre sans sortir des villages et des cultures. La +famille des chikhs héréditaires des Ida ou Kensous s’étant +éteinte il y a quelque temps, ceux-ci se sont placés d’eux-mêmes +sous l’autorité de Ḥadj Moḥammed Amerri, chikh héréditaire +des Ida ou Zkri : c’est lui qui les gouverne à présent. Ils ne +reconnaissent pas le sultan. Leur pays renferme un très grand nombre +de qçars. Ils forment plus de 2,500 fusils. C’est une tribu riche et +industrieuse : elle est renommée pour ses belles maisons et pour ses +ouvriers en cuivre et autres métaux ; elle fabrique les plus beaux +poignards, les plus beaux fusils, les plus belles cornes à poudre du +sud du Maroc. Les Ida ou Kensous ont trois ou quatre agadirs. Pas de +marché. Ils vont à ceux de Tatta, des Isaffen, des Ida ou Zkri. Pas +de Juifs. Point de dattiers ni d’oliviers chez eux, mais un très +grand nombre d’amandiers. L’Ouad Tatta est la seule rivière qui +arrose leur territoire. La plupart de leurs qçars ne sont alimentés +que par des citernes. + +Les Ida ou Kensous sont Chellaḥa et ne parlent que le tamaziṛt. Ils +sont sédentaires. + +En ce moment, les Ida ou Kensous sont en guerre avec Qaçba el Djouạ. + +TAGMOUT. — Cette tribu ne comprend qu’une douzaine de qçars, +tous situés sur les rives mêmes de l’Ouad Tatta, immédiatement +au-dessous de ceux des Ida ou Kensous. Les Aït Tagmout forment +environ 700 fusils. Ils n’ont pas de chikh ; ils se gouvernent +démocratiquement par une djemaạa. Point d’agadir. Pas de marché +ni de Juifs. Les Aït Tagmout sont Chellaḥa et sédentaires et +ne parlent que le tamaziṛt. Ils ont des palmiers et aussi des +amandiers : ce dernier arbre disparaît au-dessous de leur territoire. + +Dans les montagnes des environs de Tagmout, il y a du minerai +d’argent. + + + =VI. — Ouad Meskaou.= + + +L’Ouad Meskaou prend sa source sur les premières pentes du Petit +Atlas entre Tatta et Aqqa, traverse le Bani au kheneg appelé Foum +Meskoua, et se jette dans le Dra au Mạder Tatta, dans la partie +nommée Souekh. Le cours en est désert. + + + =VII. — Ouad Aqqa.= + + +L’Ouad Aqqa, qui, dans son haut cours, est appelé souvent Ouad +Isaffen, prend naissance à la crête supérieure du Petit Atlas, dans +la tribu des Ida ou Zkri : cette dernière occupe le haut plateau qui +couronne la chaîne au nord de la rivière, les sources de celle-ci +et tout son cours supérieur, qu’elle garnit de ses qçars. En +sortant des Ida ou Zkri, l’Ouad Aqqa entre chez les Isaffen : +ces deux tribus se font suite sans qu’aucun désert les sépare ; +point de désert non plus entre les divers villages ou qçars de +chacune d’elles : depuis les sources jusqu’au point le plus bas +des Isaffen, les bords de l’ouad ne sont, sans interruption, que +qçars et que cultures : oliviers, figuiers, amandiers surtout, chez +les Ida ou Zkri ; oliviers, figuiers et palmiers chez les Isaffen et +au-dessous d’eux. En quittant les Isaffen, l’Ouad Aqqa traverse +un court espace désert, puis arrose le grand village de Tizgi +Ida ou Baloul. De là, il entre dans le vaste désert d’Imaouen, +où il reste jusqu’au Bani : il traverse cette chaîne à Foum +Aqqa ; ensuite il entre dans l’oasis d’Aqqa ; il en arrose les +plantations, et passe au pied de plusieurs de ses qçars : Ez Zaouïa, +Erḥal, Aït Bou Feḍaïl, Aït Djellal, Aït Anter sont sur ses +bords. Au sortir d’Aqqa, l’ouad rentre dans le désert, où il +demeure jusqu’à son confluent avec le Dra, auprès de la qoubba +de Sidi Ạmara, dans le Mạder Aqqa. Sur tout son cours, il n’a +d’eau d’une manière habituelle qu’aux points où il est habité. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Aqqa reçoit quatre affluents principaux, +deux sur sa rive droite et deux sur sa rive gauche ; les deux de +droite sont : l’Ouad Iberqaqen, s’y jetant chez les Isaffen, en +un point qui forme la limite entre deux fractions de cette tribu, les +Aït Tasousekht au sud et les Aït Ouagrou au nord ; l’Ouad Tizert, +s’y jetant dans le petit désert qui sépare les Isaffen de Tizgi +Ida ou Baloul. Les deux affluents de gauche sont : l’Ouad Imiṭeq, +s’y jetant dans le désert d’Imaouen ; l’Ouad Kebbaba, s’y +jetant dans le désert au sud d’Aqqa. + +OUAD IBERQAQEN. — Il descend des crêtes supérieures du +Petit Atlas. Le cours en appartient en entier à la tribu des +Iberqaqen. Cette rivière a, sur toute sa longueur, ses bords peuplés +et cultivés : le fond de la vallée, très étroit et très encaissé, +est partout couvert de qçars et de jardins, oliviers et figuiers +dans la portion supérieure, palmiers dans la partie basse. + +OUAD TIZERT. — Comme la rivière précédente, il reste tout le long +de son cours enfermé entre les pentes du Petit Atlas, qui encaissent +profondément sa vallée. Il arrose une dizaine de qçars alignés +les uns auprès des autres sur ses bords et formant un seul groupe +appelé Tizert. + +OUAD IMITEQ. — Il prend sa source aux pentes moyennes du Petit Atlas, +arrose le qçar d’Imiṭeq (qçar isolé entouré de palmiers, +habité par des Chellaḥa et des Ḥaraṭîn), puis se jette dans +l’Ouad Aqqa dans le désert d’Imaouen. + +OUAD KEBBABA. — Il coule à l’est de l’Ouad Aqqa, longe la +lisière orientale de l’oasis d’Aqqa, où il arrose les deux qçars +d’Agadir Ouzrou et d’El Kebbaba, puis se jette dans l’Ouad Aqqa +dans le désert. + +AFFLUENT. — L’Ouad Kebbaba reçoit un affluent, l’Ouad Defalia, +se jetant sur sa rive gauche au-dessous d’Aqqa, dans le désert. + +=Ouad Defalia.= — Il prend sa source sur le flanc sud du Bani et +arrose le petit qçar d’Oumm el Ạleg (se composant de 30 maisons +divisées en deux quartiers ; il appartient aux Aït ou Mrîbeṭ). Le +reste du cours est désert et à sec. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Le bassin de l’Ouad Aqqa appartient +en entier, à l’exception des qçars d’Imiṭeq et de Tizgi +Ida ou Baloul, qui sont isolés, à 5 tribus : les Ida ou Zkri, +les Isaffen, les Iberqaqen, les Aït Tizert, les Aït ou Mrîbeṭ ; +sur le territoire de ces derniers se trouve l’oasis d’Aqqa. Nous +avons déjà parlé et d’Aqqa et des Aït ou Mrîbeṭ. Nous allons +dire quelques mots des quatre autres tribus. + +IDA OU ZKRI. — Cette tribu habite le haut plateau qui couronne le +Petit Atlas au nord de l’Ouad Aqqa, les sources de cette rivière, +sa vallée supérieure jusqu’aux Isaffen, et les plateaux qui, +en cette partie de son cours, s’étendent des deux côtés de sa +vallée. Elle est tout entière gouvernée par un seul chikh, Ḥadj +Moḥammed Amerri ; ce chikh est très puissant : plusieurs tribus +voisines se sont, par des debiḥas, constituées ses vassales. Les +Ida ou Zkri ne reconnaissent point le sultan. Ils ont un marché, +le Djemạa Izalaṛen, qu’on appelle aussi Djemạa Amerri parce +qu’il se tient près de la demeure du chikh. Leur pays renferme un +grand nombre de qçars ; ils ont trois ou quatre agadirs ; ils peuvent +lever 2000 fusils. Leur sol est très fertile : les bords de l’Ouad +Aqqa sont couverts d’oliviers ; le plateau qui forme la plus grande +partie de leur territoire, et qui s’étend sur le haut des deux +versants du Petit Atlas, n’est que champs et qu’amandiers. Les +Ida ou Zkri sont Chellaḥa et sédentaires. Comme famille, ils sont +frères des Ilalen, tout en étant une tribu séparée. Ils ont +pour limites : à l’est les Ida ou Kensous, au sud les Isaffen, +à l’ouest les Iberqaqen et les Ilalen. + + Distances : de Taroudant à la maison de Chikh Amerri 1 jour. + + de Tizgi Ida ou Baloul à la maison de Chikh 1 jour. + Amerri + +ISAFFEN. — Cette tribu, appelée aussi Aït Isaffen, n’habite que +la vallée même de l’Ouad Aqqa ; elle est limitée, au nord par +les Ida ou Zkri, au sud par un petit désert qui la sépare de Tizgi +Ida ou Baloul. Point de désert entre les Isaffen et les Ida ou Zkri ; +on passe d’une tribu dans l’autre sans sortir des jardins et des +cultures. Les Isaffen se subdivisent en trois fractions ; ce sont, +en descendant l’Ouad Aqqa : + +Les Ida ou Tints (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessous des Ida +ou Zkri et au-dessus des Aït Ouagrou. Ils sont gouvernés par un +chikh héréditaire, Chikh Bel Ạïd Eṭ Ṭaleb). + +Les Aït Ouagrou (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessous des Ida +ou Tints. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Ould el +Ḥadj Iaḥia). + +Les Aït Tasousekht (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessus des +Aït Ouagrou. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Ou +Ben Ḥamed. Cette fraction est celle que nous avons traversée en +allant à Mogador. Le point où nous avons quitté l’Ouad Aqqa, +le confluent de l’Ouad Iberqaqen, en est la limite nord). + +Comme on le voit, les Isaffen sont gouvernés par trois chikhs +héréditaires. C’est une tribu sédentaire et chleuḥa : point de +Ḥaraṭîn, on n’y parle que le tamaziṛt ; cependant quelques +hommes savent l’arabe. + +Un marché, le Khemîs Isaffen ; il se tient au pied de Qaçba Chikh +Ould el Ḥadj Iaḥia. + +Les Isaffen ont la plus mauvaise réputation auprès des étrangers : +voleurs, pillards, ils rançonnaient impitoyablement, il y a peu +de temps encore, les voyageurs et les caravanes qui traversaient +leur territoire : le chef de la zaouïa d’Aït Haroun Isaffen se +distinguait entre tous, et on ne pouvait passer devant la maison de +Dieu sans être dévalisé ; aussi, depuis 1877[116], les convois +de Mogador à Aqqa et à Tizounin ne prenaient plus leur route +habituelle par le territoire des Isaffen (celle que j’ai prise +moi-même en allant à Mogador) : ils passaient par l’ouad et la +tribu de Tizert et débouchaient de là sur Tizgi, quoique ce chemin +soit très difficile pour les bêtes de somme. Depuis une année +environ, les caravanes reprennent leur ancienne voie. Le chef de la +zaouïa d’Aït Haroun a été longtemps absent et est revenu plus +calme : les autres Isaffen ont décidé de même qu’à l’avenir +les voyageurs passeraient en paix ; ce changement s’est produit +après un châtiment que Dieu leur a infligé : ils ont été maudits +par un marabout à cause de leurs brigandages, leur rivière s’est +desséchée et il y a eu une famine épouvantable ; les eaux ne sont +revenues que lorsqu’ils se furent amendés. + +IBERQAQEN. — Cette tribu habite d’une part le haut plateau qui +couronne le versant sud du Petit Atlas, de l’autre la vallée +de l’Ouad Iberqaqen. Elle ne forme qu’un seul groupe : une +seule djemaạa la gouverne. Point de chikh. Elle a trois agadirs, +portant l’un le nom de Tidgar, les deux autres ceux d’Agadir +Iberqaqen (Fouqani et Taḥtani). Les Iberqaqen sont Chellaḥa et +sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Peu parmi eux comprennent +l’arabe. Point de marché sur leur territoire : ils vont au Khemîs +Isaffen et au Djemạa Amerri. Les Iberqaqen sont une tribu nombreuse +et puissante, moins cependant que leurs voisins les Isaffen avec +lesquels ils sont souvent en guerre. + +TIZERT. — Cette tribu comprend environ douze qçars, échelonnés +sur l’Ouad Tizert et unis entre eux par des jardins. De plus, Tizgi +Ida ou Baloul, sur l’Ouad Aqqa, est quelquefois comptée comme +faisant partie de Tizert. Point de chikh : une djemaạa gouverne la +tribu. Les Aït Tizert sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue +est le tamaziṛt. Pas de marché : on va au Khemîs Isaffen. + +Point de Juifs. Il n’y a qu’un mellaḥ dans le bassin de l’Ouad +Aqqa, celui qui se trouve dans l’oasis d’Aqqa. + + + =VIII. — Ouad Tizgi el Haratîn.= + + +Il est appelé aussi Ouad Tizgi Iṛiren. Il prend sa source dans +le Petit Atlas et traverse le Bani à un kheneg où se trouvent +deux qçars : l’un, Aït Oumendil, est au milieu même du kheneg, +l’autre, Tizgi el Ḥaraṭîn, est immédiatement au-dessous : +l’un et l’autre s’élèvent sur les bords mêmes de la rivière ; +leurs jardins se touchent et entre eux les rives de l’ouad ne cessent +d’être ombragées de dattiers. Après avoir traversé cette oasis, +l’ouad rentre dans le désert où il reste jusqu’à son confluent +avec le Dra, au Mạder Tizgi. + +Tizgi el Ḥaraṭîn est un grand qçar de 150 feux, formé de deux +quartiers compris en une même enceinte. Il s’y tient un marché +permanent, comme à Agadir Tisint. La population y est un mélange de +Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, ceux-ci dominant ; elle est tributaire +des Aït ou Mrîbeṭ (fraction d’Idgich). Tizgi el Ḥaraṭîn, +qu’on appelle aussi Tizgi Iṛiren, est située, comme Tisint, +à la bouche d’un kheneg du Bani. + +Aït Oumendil qui se trouve, comme Tiiti, au milieu même du kheneg, +est un qçar de 100 feux, peuplé de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, +sous la suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ (fraction d’Idgich). + + Distances : de Tizounin à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à + Mrimima. + + d’Aït Oumendil à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à + Aït ou Iran. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Tizgi el Ḥaraṭîn reçoit un affluent, +l’Ouad Tizounin, se jetant sur sa rive gauche dans le désert, +entre Tizgi et l’Ouad Dra. + +OUAD TIZOUNIN. — C’est un cours d’eau sans importance. Il prend +sa source sur le flanc sud du Bani, puis arrose successivement les +deux qçars de Tizounin et d’Igdi. + +Ils sont séparés l’un de l’autre par un désert de plusieurs +kilomètres. Au-dessous d’Igdi, la rivière coule dans le désert +jusqu’à son confluent avec l’Ouad Tizgi el Ḥaraṭîn. + +Tizounin est un grand qçar, isolé dans la plaine, appartenant aux +Aït ou Mrîbeṭ. C’est là que résident les chikhs de cette tribu, +ou du moins ceux de la fraction des Aït ou Iran, qui a aujourd’hui +environ quinze chikhs. Les Aït ou Mrîbeṭ forment la grande +majorité de la population de Tizounin ; les autres habitants sont +quelques Ḥaraṭîn pauvres. Les belles maisons, les jardins sont +aux chikhs. Outre l’ouad, qui est peu important, il y a plusieurs +sources ; les vergers produisent de bonnes dattes, mais sont peu +étendus. Pas de mellaḥ ; quelques Juifs isolés viennent trafiquer +comme à Agadir Tisint et comme à Tizgi el Ḥaraṭîn. Marché +permanent comme dans ces deux localités. Tizounin contient 400 à +500 maisons ; celles des chikhs sont les seules qui soient toujours +habitées : les autres appartiennent à des nomades de leur fraction +qui y emmagasinent leurs grains, y viennent de temps en temps, +mais passent la plus grande partie de l’année sous la tente. Le +premier des chikhs de Tizounin est Chikh Ḥamed. C’est le seul +qui ait de l’autorité : les autres chikhs sont ses cousins, qui, +par la noblesse de leur naissance, ont droit au titre de chikh, +sans pour cela partager le pouvoir avec leur aîné. En effet, parmi +les familles où le titre de chikh est héréditaire, il y en a, et +c’est le plus grand nombre, où le chef seul porte ce titre ; mais +il y en a d’autres, comme celle-ci, où, soit plusieurs frères, +soit même toute une génération de cousins, le prennent également. + +Igdi est un petit qçar entouré de quelques dattiers : il appartient +à la fraction d’Idgich des Aït ou Mrîbeṭ. + + Distance : de Tizounin à Igdi comme d’Agadir Tisint à Bou Mousi. + + + =IX. — Ouad Icht.= + + +C’est un cours d’eau peu important prenant sa source dans une +plaine située au nord du Bani, entre cette chaîne et le Petit Atlas : +il traverse le Bani au Kheneg Icht et, immédiatement au-dessous, +à sa bouche même, arrose l’oasis qui lui donne son nom. De là, +il rentre dans le désert, et y reste jusqu’à son confluent avec +le Dra au Mạder Icht. + +L’oasis d’Icht ne renferme qu’un qçar, situé sur la rive +gauche de l’ouad, et entouré de vastes plantations de palmiers +s’étendant des deux côtés de la rivière jusqu’au pied du +Bani. Ce qçar, d’environ 200 maisons, est peuplé de Chellaḥa +mêlés de quelques Ḥaraṭîn ; il est gouverné par un chikh, El +Ḥoseïn ; il reconnaît la suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ. Icht +est riche, prospère, puissante. Marché permanent comme à Agadir +Tisint, Tizounin et Tizgi Iṛiren. L’Ouad Icht est presque toujours +à sec, même dans l’oasis ; mais il y a un grand nombre de sources, +aussi bien dans les jardins qu’à l’intérieur du qçar. Les +dattiers sont nombreux, mais d’espèces médiocres : ce sont des +bou souaïr. + + Distance : de Tizgi el Ḥaraṭîn à Icht comme de Qaçba el + Djouạ à Tatta. + + + =X. — Ouad Imi Ougadir.= + + +L’Ouad Imi Ougadir porte aussi le nom d’Ouad Tamanaṛt : il +prend sa source dans la tribu des Aït Imejjat et reçoit les eaux +de celle d’Ifran et d’une partie de celle d’Id Brahim. Après +avoir traversé une portion du territoire des Aït Imejjat, il +arrose l’oasis de Tamanaṛt : les quatre qçars qui la composent +se trouvent sur ses rives : ce sont, en descendant : + + Agerd. + + Qaçba Aït Ḥerbil rive droite. + + Iṛir rive gauche. + + Igouïaz rive gauche. + +Entre ces quatre qçars les bords de l’ouad sont, sans interruption, +bordés de dattiers. Au-dessous de Tamanaṛt, la rivière entre dans +le désert et y reste jusqu’au Bani : elle traverse cette chaîne +au Kheneg Imi Ougadir. La longueur de ce passage est égale ou un +peu moindre à celle du kheneg de Tisint : palmiers au milieu : à +la bouche sud se trouve un grand qçar entouré de dattiers : c’est : + +Imi Ougadir. + +En sortant d’Imi Ougadir, l’ouad rentre dans le désert et y +demeure jusqu’à l’Ouad Dra, où il se jette au Mạder Imi +Ougadir. + +Ce mạder, comme ceux d’Icht et de Tizgi, produit des moissons +superbes : tous trois sont cultivés surtout par les Aït ou +Mrîbeṭ. Les habitants des oasis voisines et ceux du Petit Atlas +y labourent aussi : on y voit venir jusqu’à des Isaffen et des +Iberqaqen. + +Imi Ougadir est un grand qçar de 400 maisons, où neuf ou dix groupes +des Aït ou Mrîbeṭ possèdent des demeures et emmagasinent grains +et dattes. Quelques habitants chellaḥa s’y trouvent, mais ils sont +en petit nombre : ce lieu est avant tout un grand agadir des Aït +ou Mrîbeṭ. Marché permanent au milieu du qçar, comme à Agadir +Tisint. Juifs commerçants comme dans cette dernière localité, +mais pas de mellaḥ. + + Distances : de Tamanaṛt à Icht comme d’Agadir Tisint à Mrimima. + + d’Agerd à Qaçba Aït Ḥerbil comme d’Agadir Tisint à Bou + Mousi. + + de Qaçba Aït Ḥerbil à Iṛir comme d’Agadir Tisint à Ez + Zaouïa. + + d’Iṛir à Igouïaz comme d’Agadir Tisint à Foum Tisint. + + de Tamanaṛt à Imi Ougadir comme d’Agadir Tisint à + Mrimima. + + d’Imi Ougadir à Icht comme d’Agadir Tisint à Trit. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — La partie méridionale du cours de +l’Ouad Imi Ougadir, de même que tout ce qui est situé au sud du +Bani dans les bassins des ouads Icht, Tizgi el Ḥaraṭîn, Aqqa +et Meskaou, fait partie du territoire des Aït ou Mrîbeṭ. Le haut +bassin de l’Ouad Imi Ougadir appartient à trois tribus, les Aït +Imejjat, les Ifran, les Id Brahim. Le cours moyen en est occupé par +le district isolé de Tamanaṛt. + +AIT IMEJJAT. — Ils peuvent former 3000 fusils. C’est une puissante +tribu sédentaire, possédant de nombreux qçars. Les Aït Imejjat +sont Chellaḥa : leur langue est le tamaziṛt. Ils ont vaincu, il y a +quelques années, Sidi El Ḥoseïn ben Ḥachem, le célèbre marabout +du Tazeroualt. Auparavant ils étaient ses sujets : aujourd’hui +il n’a plus d’autorité sur eux. Indépendants du sultan depuis +un temps immémorial, les Aït Imejjat se sont soumis à Moulei El +Ḥasen en 1882, en même temps que la plupart des tribus du Sahel, +lors de son expédition dans le bas Sous et le Sahel Marocain. Le +sultan leur a donné deux qaïds. L’un d’eux est Chikh Moḥammed, +d’Agerd (Tamanaṛt). + +IFRAN. — On les appelle aussi Ofran. C’est une tribu chleuḥa et +sédentaire située au sud-ouest des Aït Imejjat : ils sont soumis +au sultan depuis la même époque et dans les mêmes conditions que +ces derniers. Moulei El Ḥasen les a réunis, avec le Tazeroualt et +les Ida ou Semlal, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El +Ḥoseïn ben Ḥachem. Les Ifran sont une tribu de moyenne importance. + +ID BRAHIM. — Grande tribu, soumise au sultan de la même manière que +les précédentes ; son territoire, au sud de celui des Ifran et de +celui des Aït Imejjat, s’étend au loin vers l’ouest. Moulei El +Ḥasen l’a mise avec Tamanaṛt sous le commandement d’un qaïd +unique, Ḥadj Ḥamed El Manaṛi, chikh héréditaire de Qaçba +Aït Ḥerbil à Tamanaṛt. Les Id Brahim sont comptés, ainsi que +les Ifran et les Aït Imejjat, comme appartenant au Sahel : en effet, +la plus grande partie des territoires de ces trois tribus se trouve +dans le bassin de l’Océan, et non dans celui du Dra. Les Id Brahim +sont Chellaḥa et sédentaires : leur langue est le tamaziṛt. Ils +se décomposent en : + +Ida ou Leggan, Aït Ḥerbil, Aït Ouadaï, Aït Illoul, Aït Mousa +ou Daoud, Aït Bou Ạchra, Aït Zkri, Aït Bouhou. + +TAMANART. — C’est une oasis composée de quatre qçars, Agerd, +Qaçba Aït Ḥerbil, Iṛir, Igouïaz. Ces quatre localités +sont enveloppées dans une longue bande de dattiers : les fruits +que produisent ces derniers sont abondants, mais de qualité +médiocre : ce sont des bou souaïr. Avant leur récente soumission +au sultan, la guerre régnait presque toujours entre les qçars de +Tamanaṛt. Agerd était en hostilité à peu près perpétuelle +avec ses trois sœurs : les tribus voisines se mêlaient à ces +querelles ; les Aït Imejjat et d’autres tribus du nord venaient +au secours d’Agerd, les Aït ou Mrîbeṭ prêtaient leur appui +aux trois autres localités. Aujourd’hui Tamanaṛt vit en paix : +l’oasis a fait sa soumission en 1882, en même temps que les Aït +Imejjat et les Id Brahim : le chikh de Qaçba Aït Ḥerbil a été +nommé qaïd de l’oasis et des Id Brahim par Moulei El Ḥasen. Là +s’arrête l’autorité de ce dernier[117] : toutes les tribus qui +sont au sud et à l’est des Aït Imejjat, de Tamanaṛt et des Id +Brahim, telles que les Aït ou Mrîbeṭ, etc., ne la reconnaissent +plus. Agerd se compose de 200 maisons et a un marché, dont on ne +peut me désigner le jour, seul marché de Tamanaṛt ; Qaçba Aït +Ḥerbil a 200 maisons, Iṛir n’en a que 50, et Igouïaz que +15. Entre Agerd et Qaçba Aït Ḥerbil, sur une colline, se trouve +une tour toujours gardée par une quinzaine de fusils de Qaçba Aït +Ḥerbil, surveillant le pays et dominant Agerd. La population est +chleuḥa avec quelques Ḥaraṭîn. Un mellaḥ à Agerd, le seul +du bassin de l’Ouad Imi Ougadir. Il n’y a d’Israélites ni chez +les Aït Imejjat, ni chez les Ifran, ni chez les Id Brahim. + + + =Itinéraire de Tisint à Ouad Noun.= + + +=1er jour.= — _De Tisint à Aqqa Igiren_. + +=2e jour.= — _D’Aqqa Igiren à Tiiggan_. + +=3e jour.= — _De Tiiggan à Tizounin_. + +On passe par Oumm el Ạleg, et de là on va à Tizounin : beaucoup +de gazelles dans la plaine, autour de Tizounin : c’est le seul lieu +où l’on trouve du gibier. Dans la même région, on rencontre aussi +un grand nombre de moufflons, mais en montagne, dans le Bani. Entre +Oumm el Ạleg et Tizounin, désert à sol dur et plat avec quelques +gommiers. + + Distance : d’Oumm el Ạleg à Tizounin comme d’El Feggouçat + à Mrimima. + +=4e jour.= — _De Tizounin à Tizgi el Haratîn_. + +On traverse un désert pierreux ; sol plat, sans autre végétation +que des jujubiers sauvages et quelques gommiers. Le chemin ne passe +par aucun lieu habité, mais on distingue à main gauche le qçar +d’Igdi, pendant la première partie de la route. + + Distance : de Tizounin à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir + Tisint à Mrimima. + +=5e jour.= — _De Tizgi el Haratîn à Icht_. + +Entre Tizgi et Icht, on continue à longer le pied méridional du +Bani, en l’ayant toujours à main droite (au nord). Pas de kheneg +dans la chaîne entre ces deux points. Pendant la première moitié +du chemin, on marche au milieu d’un _areg_, plaine sablonneuse avec +des gommiers : à mi-route, on rencontre, descendant des crêtes du +Bani, le lit desséché d’un ruisseau, au milieu duquel se trouvent +des puits (point de palmiers ni de végétation auprès d’eux). A +partir de là, le terrain reste toujours plat, mais les gommiers +se mêlent de quelques rares troncs d’argans. De Tizgi à Icht, +le pays est désert. + +En arrivant à Icht, on voit d’abord, à la lisière de l’oasis, +une qoubba ; c’est auprès d’elle qu’on entre sous les palmiers : +on chemine quelque temps à leur ombre, en remontant l’Ouad Icht : +les dattiers en bordent les deux rives, mais il n’y en a point dans +son lit : on parvient ainsi au qçar d’Icht. + + Distance : de Tizgi el Ḥaraṭîn à Icht comme de Qaçba el + Djouạ à Tatta. + +=6e jour.= — _D’Icht à Tamanart_. + +Icht est situé, comme Tisint, à la bouche sud d’un kheneg du +Bani. Pour aller à Tamanaṛt, on traverse le kheneg et on passe au +nord de la chaîne : de là à Ouad Noun, le Bani restera toujours +au sud du chemin. En allant d’Icht à Tamanaṛt, on l’a, durant +toute la route, en arrière et à gauche. Chemin plat et désert, +tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; beaucoup de gommiers. + +Le premier qçar auquel on arrive est Igouïaz, puis on gagne celui +d’Iṛir. + + Distance : d’Icht à Tamanaṛt comme d’Agadir Tisint à + Mrimima. + +=7e jour.= — _De Tamanart à Tarjijt_. + +Entre ces deux points, le chemin traverse une plaine unie et déserte, +un areg. Sol pierreux, avec quelques gommiers. On se tient sans cesse +au nord du Bani, qu’on distingue pendant tout le trajet à une +certaine distance dans le sud. On ne traverse ni ne voit aucun lieu +habité jusqu’à Tarjijt. A partir du point où l’on est sorti +de Tamanaṛt, on marche sur le territoire des Id Brahim. Tarjijt est +un groupe de plusieurs qçars faisant partie d’une des fractions de +cette tribu ; une petite rivière y passe : les eaux s’en écoulent, +comme toutes celles de cette contrée, vers l’ouest ou le sud-ouest +pour aller aboutir à Tiṛmert qu’elles arrosent. Tarjijt a un grand +nombre de palmiers, bou souaïr et rares bou feggouç. De Tarjijt on +voit le Bani ; il en est à la même distance que le mont Taïmzouṛ +de Mrimima. + + Distance : de Tamanaṛt à Tarjijt comme d’Idroumen (dunes de + sable) à Tatta. + +=8e jour.= — _De Tarjijt à Tirmert_. + +Entre ces deux points, le chemin traverse un pays accidenté, mais +sans passage difficile. On franchit quelques ruisseaux ; on voit à +droite et à gauche des qçars ; je n’ai pu en savoir les noms. Au +sortir de Tarjijt on quitte la tribu des Id Brahim et on entre dans +celle des..... C’est une tribu nombreuse, se disant d’origine +arabe, habitant en partie la tente, en partie des qçars. Celui de +Tiṛmert est sur son territoire : il est la résidence de son qaïd, +Ould Ḥamed ou Saloum. + + Distance : de Tarjijt à Tiṛmert comme de Tatta à Tizgi Ida + ou Baloul. + +=9e jour.= — _De Tirmert à Aougelmim_. + +Aougelmim est le principal des qçars qui composent le district +d’Ouad Noun et la résidence de son chikh, El Ḥabib ould +Beïrouk. De Tiṛmert à ce point, ce n’est qu’une plaine unie +et déserte, sans un cours d’eau, sans un gommier. + + Distance : de Tiṛmert à Aougelmim comme d’Agadir Tisint + à Mrimima. + + + =Seketâna et Gezoula.= + + +Toutes les populations habitant entre l’Ouad Sous, l’Ouad Dra et +le Sahel sont divisées en deux grandes familles, les _Seketâna_ +et les _Gezoula_. Personne dans toute cette région, les marabouts +exceptés, qui n’entre dans une de ces deux familles : les quelques +tribus se disant d’origine arabe en font partie au même titre que +les Imaziṛen reconnus, les Ḥaraṭîn au même titre que les +Chellaḥa. Les marabouts, les cherifs et les Juifs restent seuls +en dehors de cette division ; encore l’exception n’est-elle pas +absolue pour les marabouts ni pour les cherifs : quelques zaouïas +sont Seketâna ou Gezoula. Les tribus sont entièrement de l’une +ou de l’autre famille : il ne saurait en être différemment. Mais +les districts, les oasis, comme Tisint, Tatta, etc., où les divers +qçars n’ont aucun lien entre eux, sont presque toujours mélangés : +telle localité est Gezoula, telle autre voisine Seketâna ; on voit +même des qçars mi-Seketâna, mi-Gezoula. + +La région où les populations sont ainsi divisées en Seketâna et +Gezoula est, en résumé, celle qui est arrosée par les affluents de +gauche de l’Ouad Sous d’une part, par les affluents de droite du +Dra d’autre part, c’est-à-dire le massif presque entier du Petit +Atlas. Au nord de cette contrée, sur la rive droite du Sous, on ne +m’a plus paru connaître la classification en Gezoula et Seketâna ; +au sud, il n’y a que le désert ; à l’ouest se trouvent les +tribus du Sahel, parmi lesquelles cette division n’existe pas ; +à l’est, sur la rive gauche du Dra, sont les Berâber : ceux-ci ne +sont ni Gezoula ni Seketâna, ils ne sont que Berâber : leur tribu, +avec ses nombreuses fractions, est, en population comme en étendue de +territoire, égale, sinon supérieure aux Gezoula ou aux Seketâna : +c’est un troisième peuple, mais qui a gardé jusqu’à ce jour +son homogénéité, son fractionnement naturel, son organisation +régulière et son groupement compact, choses que les deux autres +ont perdues depuis un temps déjà lointain dont ils n’ont pas +souvenance. + +La classification en Seketâna et Gezoula n’est pas seulement un +souvenir généalogique : c’est, encore à présent, une division +réelle : un qçar, une tribu Seketâna a-t-elle une guerre contre un +qçar ou une tribu Gezoula, c’est toujours parmi les fractions de +sa race qu’elle cherchera des alliés. Les Seketâna se prêtent +secours entre eux, même à une grande distance, et les Gezoula +de même. Ainsi, il y a quelques jours, les habitants de Qaçba el +Djouạ ont été jusque dans le bassin du Sous porter aide à une +fraction des Aït Semmeg qui avait réclamé leur assistance. De même, +pendant mon séjour à Tintazart, il était parti 60 Chellaḥa et +Ḥaraṭîn de Tatta pour secourir leurs frères dans le voisinage +de l’Ouad Isaffen. Cela n’empêche pas cependant les querelles et +guerres entre membres d’une des deux familles : bien plus, il arrive +parfois, bien que rarement, qu’un qçar ou une fraction, appartenant +d’origine à l’une des deux races, change de camp à la suite de +querelles intestines et se range du côté de l’autre : on la compte +dès lors comme faisant partie de cette dernière. C’est ainsi que +les Indaouzal, tout en n’étant d’origine qu’une seule tribu, +sont comptés aujourd’hui mi-Seketâna, mi-Gezoula. + +Dans le bassin du Sous, on remplace souvent les appellations de +Seketâna et de Gezoula par celles d’Aït Semmeg et d’Oulad +Iaḥia : les Aït Semmeg sont Seketâna, et les Oulad Iaḥia +Gezoula ; cela revient donc au même. + +Deux tribus ont, comme nom propre, l’une celui de Seketâna, +l’autre celui de Gezoula. Toutes deux habitent le bassin de l’Ouad +Sous ; la première est sur la rive gauche, au sud des Zagmouzen, +dans le Petit Atlas ; la seconde est sur un des affluents de droite +du fleuve, dans le Grand Atlas. Nous manquons de détails sur cette +dernière. Quant à la première, c’est une tribu importante, +comptée comme Seketâna et entourée de tous côtés de Seketâna : +les Zenâga, les Ounzin, les Aït Semmeg, qui l’avoisinent à +l’est, au sud et à l’ouest, sont tous Seketâna. On pourrait +peut-être considérer cette tribu, qui a gardé en propre le nom +générique de toute la famille, comme en étant en quelque sorte +le noyau. + +Voici comment sont répartis les Seketâna et les Gezoula : + + Oulad Iaḥia (du bassin du Sous) Gezoula. + + Indaouzal mi-Gezoula, + mi-Seketâna. + + Aït Semmeg Seketâna. + + Seketâna » + + Aït Ạmer » + + Zenâga » + + Tagmout (Ouad Tatta) » + + Ida ou Kensous Gezoula. + + Aït Jellal » + + Iliṛ (Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob) » + + Reken Gezoula. + + Fedoukkes » + + Tazouli Seketâna. + + Imtaoun » + + Ounzin » + + Aginan » + + Aït Bou Iaḥia » + + Aqqa Iṛen Gezoula. + + Qçour Beïḍin Seketâna et + Gezoula + mélangés. + + Qaçba el Djouạ Seketâna. + + Trit Gezoula. + + Tanziḍa Seketâna. + + { Agadir Seketâna. + { + { Aït ou Iran Gezoula. + { + { Bou Mousi n’est d’aucune + { famille. + Tisint { + { Taznout Seketâna. + { + { { Aït Sidi Seketâna. + { { Mḥind + { Ez Zaouïa { + { { Aït Sidi Gezoula. + { { Ạli + + Aqqa Igiren Seketâna. + + { Tintazart Seketâna. + { + { Anṛerif » + { + { Adis » + { + { Tiiti » + { + { Aqqa Izenqad » + { + { Tiṛremt » + { + { Isbabaten (Toug er Riḥ) Gezoula. + Tatta { + { Tigiselt » + { + { Taldnount » + { + { Imtfian » + { + { Aït Iasin » + { + { Agjgal » + { + { Aït Sidi El Ḥoseïn » + { + { Aït Zouli mi-Seketâna, + { mi-Gezoula. + + Aqqa Seketâna et + Gezoula + mélangés. + + Oulad Iaḥia (du bassin du Dra) Gezoula. + + Ida ou Blal Seketâna. + + Aït ou Mrîbeṭ Gezoula. + + +[Note 102 : _Taria_ veut dire château ; ce mot a le même sens que +celui de tirremt.] + +[Note 103 : Ces villages forment la totalité du district d’Ounila.] + +[Note 104 : Ces villages forment la totalité du district d’Assaka.] + +[Note 105 : Ces villages forment la totalité du district de Tizgi.] + +[Note 106 : Le district d’Aït Zaïneb se compose : 1o des villages +que nous venons d’énumérer, 2o de ceux que nous mentionnerons +plus loin sur le cours de l’Ouad Imini.] + +[Note 107 : Composant la totalité du district.] + +[Note 108 : Composant la totalité de ce district.] + +[Note 109 : Ces villages forment la totalité de l’Imini.] + +[Note 110 : Le territoire des Ikhzama s’étend sur une partie du +cours de trois rivières, savoir : l’Ouad Iriri, l’Ouad Amasin, +l’Ouad Bou Igouldan.] + +[Note 111 : Ces villages forment la totalité de la tribu.] + +[Note 112 : Ces villages forment la totalité de la tribu.] + +[Note 113 : Ces villages forment la totalité de la tribu.] + +[Note 114 : A Zbar se trouve, dit-on, au bord même du Dra, une +hauteur rocheuse dont les flancs sont couverts d’inscriptions que +nul n’a pu déchiffrer : point de dessins, point de figures, rien +que des caractères d’écriture.] + +[Note 115 : Sans doute la même que la zaouïa d’Ouzdiin.] + +[Note 116 : 1877-1878 ou 1295, appelé dans le langage usuel l’an +95 ; cette année est tristement célèbre dans le sud du Maroc, +à cause de la famine terrible qui la signala.] + +[Note 117 : On m’a assuré que, depuis mon voyage, la plupart des +tribus soumises par le sultan en cette expédition, tant celles du +Sahel que celles du bas Sous et du Ras el Ouad, s’étaient soulevées +et avaient repris leur indépendance. Ces faits se seraient passés +en automne 1884.] + + + + + III. + + BASSIN DE L’OUAD SOUS. + + +L’Ouad Sous porte en son cours supérieur le nom d’Ouad Tifnout : +il ne prend celui de Sous qu’à partir de son confluent avec l’Ouad +Zagmouzen. Cette rivière, presque aussi considérable que lui, se +jette sur sa rive gauche au village de Tinmekkoul (Iouzioun). Nous +étudierons séparément l’Ouad Tifnout, l’Ouad Zagmouzen et +l’Ouad Sous. + + + 1o. — OUAD TIFNOUT. + + +L’Ouad Tifnout, avant sa jonction avec l’Ouad Zagmouzen, +reçoit sur sa rive gauche, entre Tabia et Taïssa, un autre affluent +important, l’Ouad Aït Tameldou. Nous nous occuperons successivement +de ces deux rivières. + +=1o OUAD TIFNOUT.= — On l’appelle souvent dans son cours inférieur +Ouad Iouzioun. Il sort du flanc du Grand Atlas à un point nommé +Tinzer (narine). Ce lieu est ainsi appelé parce qu’il s’y +trouve deux ouvertures juxtaposées comme des narines : l’une est +bouchée, à l’intérieur, par un poisson monstrueux ; de l’autre +jaillit l’Ouad Tifnout. Cette source merveilleuse est célèbre +à plus d’un titre : elle a, dit-on, des propriétés médicales +extraordinaires. Au-dessous de Tinzer, l’Ouad Tifnout entre dans la +tribu des Aït Tameldou ; il y arrose d’abord un groupe de quatre +villages appelé + +Tizgi n Taqqaïn ; + +puis, restant toujours dans la même tribu, il passe successivement +par un grand nombre de villages dont voici les principaux : + + Imelil. + + Taagnit. + + Ouaounzourt. + + Mezgemmat. + + Asareg. + + Tasoult. + + Amzarko. + + Imi n Amoumen. + + Tizourin. + + Aït Iṛmor. + + Aït Skri. } + } Ces quatre villages sont compris sous le nom + Askaoun. } d’Aït Ouṛeld. + } + Moumalou. } + + Dar Ougadir. + + Ḥeloud. + + Dou Ougadir. + + Agerd n Ougadir. + + Ạnd Aït Dra. + + Igidi. + + Aṛled Fouqani. + + Timiṭeṛ. + + Aṛled Taḥtani. + + Mzi. + + Tilkit. + + Tarneouin. + + Tabia. + +Ici l’Ouad Tifnout sort du territoire des Aït Tameldou et entre +sur celui des Iouzioun. Il y arrose successivement les villages de : + + Taïssa. + + Takherri. + + Tamararsent. + + Toug el Khir. + + Agaouz. + + Tinksif. + + Agdz Igourramen. + + Taouarsout. + + Ichakoukf. + + Idergan. + + Asoul. + + Taṛrat. + + Ibergnat. + + Asaoun. + + Tabia. + + Agdz Aït ou Asṛar. + + Aoufour. + + Toug el Khir Taḥtani. + + Anmid. + + Tinmekkoul. + +A ce village, l’Ouad Tifnout s’unit à l’Ouad Zagmouzen : +là commence l’Ouad Sous. + +L’Ouad Tifnout a de l’eau durant l’année entière sur toute +l’étendue de son cours. Les bords en sont d’une richesse +extrême : de la source de la rivière au confluent où elle finit, +ils ne sont qu’un long jardin. Les eaux ne cessent de couler au +milieu des cultures et à l’ombre des arbres fruitiers. Noyers, +grenadiers, oliviers se pressent sur les rives ; la vigne court le long +de leurs branches ; blés, orges, maïs font un tapis à leurs pieds. + + Distances : de Tinzer à Tabia 1 jour. + + de Tinzer à Tizgi n Taqqaïn 3 heures. + + de Tizgi n Taqqaïn à Imelil 1 heure. + + de Imelil à Ouaounzourt 3/4 d’heure. + + de Ouaounzourt à Imi n Amoumen 1 h. 1/2. + + de Imi n Amoumen à Agerd n Ougadir 1 h. 1/2. + + de Agerd n Ougadir à Dou Ougadir 1/2 heure. + + de Dou Ougadir à Timiṭeṛ 1 heure. + + de Timiṭeṛ à Dar Ougadir 1 h. 1/2. + + de Imelil à Tabia fort 1/2 jour. + + de Tabia à Taïssa 1 heure. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Tifnout reçoit un grand nombre +d’affluents ; ce sont : + + RIVE DROITE : + + Ouad Amoumen, s’y jetant à Imi n Amoumen. + + Ouad Idikel, s’y jetant à Dar Ougadir. + + Ouad Izgrouzen, s’y jetant à Dou Ougadir. + + Ouad Ikis, s’y jetant à Agerd n Ougadir. + + RIVE GAUCHE : + + Ouad Inmarakht, s’y jetant à Ouaounzourt. + + Ouad Saksad, s’y jetant à Dar Ougadir. + + Ouad Msount, s’y jetant à Timiṭeṛ. + + Ouad Tizgi n Mousi, s’y jetant à Mzi. + +OUAD AMOUMEN. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, traverse +le territoire des Aït ou Amoumen (composé de 9 villages, tous sur +son cours), et se jette dans l’Ouad Tifnout. Les Aït ou Amoumen +sont une fraction des Aït Tameldou. + +L’Ouad Amoumen a de l’eau sur tout son cours et en toute saison. + + Distances : de l’Adrar n Deren aux Aït ou Amoumen 1/2 jour. + + des Aït ou Amoumen à Imi n Amoumen 1 heure. + +OUAD IDIKEL. — Il prend sa source au Djebel Idikel. De là il +traverse, en descendant, d’abord le district d’Idikel (composé +de 14 villages, tous sur son cours) ; puis, au-dessous, celui de +Talat n Ig (4 villages). L’un et l’autre sont des fractions des +Aït Tameldou. + +L’Ouad Idikel n’a d’eau que pendant la saison des pluies. + + Distances : de l’Idikel au Talat n Ig 5 heures. + + du Talat n Ig à Dar Ougadir 1 h. 1/2. + + du Talat n Ig à Aṛled Fouqani (route dans le 3 heures. + désert) + +OUAD IZGROUZEN. — Il prend sa source au Tizi n Tamejjout. Il passe +d’abord par le village de Tamejjout, puis il traverse le territoire +des Izgrouzen, composé de 21 villages, tous sur son cours. De là il +se jette dans l’Ouad Tifnout. Tamejjout, ainsi que les Izgrouzen, +fait partie de la tribu des Aït Tameldou. + +L’Ouad Izgrouzen n’a d’eau que pendant la saison des pluies. + +Le Tizi n Tamejjout est traversé par un chemin allant des Izgrouzen +à Agoundis : d’Agoundis on peut gagner Dar El Genṭafi, et de +là Merrâkech. + + Distances : du Tizi n Tamejjout à Tamejjout 1 heure. + + de Tamejjout aux Izgrouzen 1 heure. + + des Izgrouzen à Dou Ougadir 1 h. 1/2. + + des Izgrouzen à Agoundis fort 1/2 jour. + + d’Agoundis à Dar El Genṭafi fort 1/2 jour. + +OUAD IKIS. — Il prend sa source dans le Grand Atlas et traverse +ensuite le territoire d’Ikis (composé de 14 villages, tous sur +son cours) ; de là il se jette dans l’Ouad Tifnout. L’Ikis est +une fraction des Aït Tameldou. + +Cette rivière n’a d’eau que dans la saison des pluies. + + Distances : de l’Adrar n Deren à l’Ikis 1/2 jour. + + de l’Ikis à Agerd n Ougadir 1/2 jour. + +OUAD INMARAKHT. — Il traverse d’abord la fraction d’Inmarakht +(composée de 7 villages tous sur son cours) ; de là il passe dans +celle des Aït Leti (composée de 15 villages, tous sur son cours), +puis dans celle d’Asif n Sous (3 villages) ; de là il se jette dans +l’Ouad Tifnout. Les divers groupes que traverse l’Ouad Inmarakht +font tous partie des Aït Tameldou. + +Cette rivière a de l’eau en abondance sur tout son cours, pendant +l’année entière. + + Distances : d’Inmarakht aux Aït Leti 1 heure 1/2. + + des Aït Leti à Asif n Sous 1 heure. + + d’Asif n Sous à Ouaounzourt 1 heure. + +OUAD SAKSAD. — Il prend sa source au Djebel Saksad ; de là il +arrose successivement les deux villages d’Ifergan et d’Ạnd +Imzilen. L’un et l’autre font partie des Aït Iṛmor, fraction +des Aït Tameldou. + +Il y a toujours de l’eau dans l’Ouad Saksad, et sur tout son cours. + + Distances : du Djebel Saksad à Ifergan 1 heure. + + d’Ifergan à Dar Ougadir 1 heure. + +OUAD MSOUNT. — Il prend sa source dans le Khela Tamzernit (forêt +de teceft). Au sortir de ce désert, il entre sur le territoire des +Aït Msount, fraction des Aït Tameldou ; il y arrose successivement +les villages de Isḥerin, Izoukennan, Aït Ḥedin, Aït ou Allal, +Tidirmit, Imi n Msount. + +De là il gagne Timiṭeṛ, où il se jette dans l’Ouad Tifnout. + +Il n’a d’eau que dans la saison des pluies. + + Distances : du Khela Tamzernit à Isḥerin 1 heure. + + d’Isḥerin à Timiṭeṛ 1 heure. + +AFFLUENT. — L’Ouad Msount en reçoit un, l’Ouad Aït Mesri, +se jetant sur sa rive gauche à Isḥerin. + +=Ouad Aït Mesri.= — Il traverse le territoire des Aït Mesri +(7 villages, tous sur son cours), fraction des Aït Tameldou. + +Il n’a d’eau que durant la saison des pluies. + + Distance : des Aït Mesri à Isḥerin 1/2 jour. + +OUAD TIZGI N MOUSI. — On l’appelle aussi Ouad Izgern. La source +en est dans le désert, peu au-dessus de Tizgi n Mousi. Il passe +d’abord par le village de Tizgi n Mousi, puis par l’Amzaourou +(6 villages, tous sur son cours) ; de là il traverse le territoire +des Izgern (9 villages) ; il rentre ensuite dans le désert, où il +reste jusqu’à son confluent avec l’Ouad Tifnout. Les villages +et fractions situés sur son cours font partie des Aït Tameldou. + +Il n’a d’eau que durant la saison des pluies. + + Distances : de Mial (Ouad Aït Tameldou) à Tizgi n Mousi 3 heures. + (désert) + + de Tizgi n Mousi à l’Amzaourou 1 heure. + + de l’Amzaourou aux Izgern 3 heures. + + des Izgern à Mzi (Ouad Tifnout) 1/2 jour. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Le territoire des Iouzioun se compose +exclusivement des villages que nous avons énumérés sur le cours +de l’Ouad Tifnout. Les Iouzioun forment une tribu séparée ; ils +sont indépendants du sultan, mais reconnaissent la suprématie des +deux puissants chikhs des Aït Tameldou : chacun de ces chefs a la +moitié d’entre eux sous son autorité. Les Iouzioun sont de race +et de langue tamaziṛt. Ils sont Chellaḥa. C’est une tribu riche +et commerçante. Un marché, le Tlâta Tabia. Deux mellaḥs. + +2o _OUAD AIT TAMELDOU_. — On lui donne aussi parfois le nom d’Ouad +Tittal. Il prend sa source dans le désert d’Igisel. De là il entre +dans la tribu des Aït Tameldou, où il reste pendant tout son cours ; +il y arrose successivement les villages suivants : + +Tittal, Mial, Tazoult, Aban, Bou Tizi, Aït Melloul, Ikouchoden, +Id Marmouch, Inmezzen, Igourzan, Ida ou Amṛar, Talat n Ougnal, +Arbalou, Iṛil, Tammarouin, Aït Qedni. + +Ce village est le dernier de l’Ouad Aït Tameldou, qui de là +se jette sur la rive gauche de l’Ouad Tifnout, un peu au-dessous +de Taïssa. + +L’Ouad Aït Tameldou a toujours beaucoup d’eau dans son lit, +tout le long de son cours. + + Distances : de Tizi n Ougdour à Tittal 5 heures. + + de Tittal à Mial 1 heure. + + de Mial à Tazoult 1 heure. + + de Tazoult à Aït Melloul 1 heure. + + d’Aït Melloul à Arbalou 2 h. 1/2. + + d’Arbalou à Aït Qedni 1 h. 1/2. + + d’Aït Qedni à Taïssa 1 h. 1/2. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Aït Tameldou reçoit plusieurs affluents ; +ce sont : + + RIVE DROITE : + + Ouad Amzarou, s’y jetant à Tazoult. + + Ouad Igemran, s’y jetant à Aït Melloul. + + Ouad Mançour, s’y jetant à Arbalou. + + RIVE GAUCHE : + + Ouad Achakski, s’y jetant à Mial. + + Ouad Aoullous. + +OUAD AMZAROU. — Il prend sa source au désert d’Ifenouan. Tout +le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose +successivement les villages de Tagrioualt, Ạraben, Assaka, Ida El +Ḥasen Ạli, Aït Ouahou, Anrouz, Tazoult. + +A ce dernier point, il se jette dans l’Ouad Aït Tameldou. + +L’Ouad Amzarou a de l’eau pendant toute l’année et sur tout +son cours. + + Distances : du Khela Ifenouan à Tagrioualt 3 heures. + + de Tagrioualt à Assaka 1/2 heure. + + d’Assaka à Tazoult 1 heure. + +AFFLUENT. — L’Ouad Amzarou reçoit un affluent, l’Ouad Tasoukt, +se jetant sur sa rive gauche à Assaka. + +=Ouad Tasoukt.= — Il prend sa source dans le désert de Tiddes. Tout +le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou ; il y arrose +d’abord un groupe de 3 villages appelé Aït Ouartasa puis +successivement, Akchtim, Aït Iferd, Assaka, où est son confluent +avec l’Ouad Amzarou. + +Il a de l’eau en toute saison sur tout son cours. + + Distances : du Khela Tiddes à Aït Ouartasa faible 1/2 jour. + + d’Aït Ouartasa à Assaka 1 heure. + +OUAD IGEMRAN. — Il prend sa source au Djebel Agendi, montagne +boisée, couverte de grandes forêts de teceft. Tout le cours en est +sur le territoire des Aït Tameldou : il y arrose successivement les +villages suivants : + +Igemran (formée de 2 villages), Tizgi n Ouḥakki, Tamjerjt (très +grand village), Aït Melloul. + +Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies. + + Distances : du Djebel Agendi à Igemran 1/2 heure. + + d’Igemran à Tamjerjt 1/2 heure. + + de Tamjerjt à Aït Melloul 1/2 heure. + +AFFLUENT. — L’Ouad Igemran reçoit l’Ouad Aït Tougda, se jetant +sur sa rive droite un peu au-dessus d’Aït Melloul. + +=Ouad Aït Tougda.= — Il prend sa source au Djebel Agendi. Tout +le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose +successivement les villages suivants : + +Aït Ouzaṛar, Aït Tougda. + +Puis il se jette dans l’Ouad Igemran. + +Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies. + + Distances : du Djebel Agendi à Aït Ouzaṛar 1 heure. + + d’Aït Ouzaṛar à Aït Melloul 1/2 heure. + +OUAD MANÇOUR. — Il prend sa source au désert de Timoures. Tout +le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose +successivement les villages suivants : + +Mançour, Tlzoui, Amazzer, Agerd n Zarar, Tagadirt, Taṛeroucht, +Iloukous, Ilemsen, Taourirt, Imoula, Timiṭeṛ, Ouaouzgert, Arbalou. + +A ce dernier village est le confluent de l’Ouad Mançour et de +l’Ouad Aït Tameldou. + +La rivière a de l’eau sur tout son cours et pendant toute +l’année. + + Distances : du Khela Timoures à Mançour 1 heure. + + de Mançour à Tlzoui 1/2 heure. + + de Tlzoui à Arbalou 1 h. 1/2. + +AFFLUENT. — L’Ouad Mançour reçoit l’Ouad Tizgi, qui se jette +sur sa rive droite à Tlzoui. + +=Ouad Tizgi.= — Il prend sa source au désert d’Ifenouan. Tout +le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose +successivement : + +Tizgi, Talmoudat, Igourdan, Tichki, Ida Ạli ou Ḥammou, Imskal, +Timgdal, Tlzoui. + +A ce dernier point est son confluent avec l’Ouad Mançour. + +Il a toujours de l’eau dans son lit, sur tout son cours et en +toute saison. + + Distances : du Khela Ifenouan à Tizgi 1 heure. + + de Tizgi à Tlzoui 1 heure. + +OUAD ACHAKSKI. — On l’appelle aussi Ouad Mial. Il prend sa source +au Djebel Achakski. Pas un seul lieu habité sur son cours. + +Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies. + +OUAD AOULLOUS. — On l’appelle aussi Ouad Aït Tedrart. Il prend sa +source dans le Siroua : il arrose sur son cours les villages suivants, +appartenant tous aux Aït Tedrart : + +Tadmamt, Aoullous, Tamalout, Azgaour, Adṛeṛ, Tamalout Aït Ạmer +ou Ạli, Asif Zimer, Agerd n Oudrer, Aglagal, Askaoun. + +De là, plus de lieu habité sur son cours jusqu’à son confluent +avec l’Ouad Aït Tameldou. + +Les Aït Tedrart sont une fraction de la tribu des Aït Selîman. + + Distances : de Tadmamt à Askaoun 2 heures. + + d’Aoullous à Amasin (Ikhzama) 1/2 jour. + + d’Agerd n Oudrer à Iṛil n Oro (en traversant 1/2 jour. + le désert de Teddref) + + d’Agerd n Oudrer à Taïssa 3 h. 1/2. + +AFFLUENT. — L’Ouad Aoullous reçoit à Askaoun l’Ouad Id ou +Illoun, qui se jette sur sa rive gauche. + +=Ouad Id ou Illoun.= — Il reste pendant tout son cours sur le +territoire des Id ou Illoun, où il arrose successivement les +villages de : + +Tinzert, Iferṛan, Agni, Almessa, Aouzrout. + +Les Id ou Illoun sont une fraction de la tribu des Aït Selîman. + + Distances : de Tinzert à Aouzrout 1 heure. + + d’Agni à Aglagal (Ouad Aoullous) 1 heure. + + d’Agni à Outoura (Ouad Zagmouzen) 2 heures. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Nous avons rencontré sur les +cours d’eau que nous venons d’étudier trois tribus : les +Iouzioun, dont il a déjà été parlé, les Aït Selîman et les +Aït Tameldou. Toutes trois sont indépendantes et de race comme +de langue tamaziṛt. Elles sont Chellaḥa : il n’existe point +de Ḥaraṭîn dans le bassin du Sous. Elles sont sédentaires : +le bassin du Sous ne renferme à peu près point de nomades. + +AIT SELIMAN. — Tribu se subdivisant en deux fractions, +les Aït Tedrart et les Id ou Illoun. La première est la plus +nombreuse. Chacune se compose d’une certaine quantité de villages, +les uns sur les cours d’eau, où nous les avons mentionnés, les +autres dans la montagne, alimentés par des sources. Les Aït Selîman +sont gouvernés par un chikh, dont le pouvoir est héréditaire : le +chikh actuel s’appelle Ạbd Allah Aït Ạli ou Ious : la maison des +Aït Ạli ou Ious réside à Aoullous ; elle n’a aucune relation +ni avec le sultan ni avec le Telouet. Pas de marché chez les Aït +Selîman. Deux mellaḥs. + +AIT TAMELDOU. — Ils sont indépendants et gouvernés par leurs chikhs +héréditaires : ceux-ci sont au nombre de deux : voici comment ils +se partagent le pouvoir. + +A Tamjerjt réside la famille de chikhs des Id ou Mḥind ; le chef +en est en ce moment Moḥammed ou Ḥammou ; il a sous son autorité +une partie de l’Ouad Tifnout, une partie de l’Ouad Inmarakht, +l’Ouad Amoumen, la moitié de l’Ouad Idikel, la moitié de l’Ouad +Izgrouzen, l’Ouad Ikis, l’Ouad Msount, l’Ouad Tizgi n Mousi, +l’Ouad Amzarou, l’Ouad Igemran, l’Ouad Aït Tougda, l’Ouad +Mançour, la moitié de l’Ouad Tizgi. De plus, en dehors des Aït +Tameldou, sa suprématie est reconnue d’une part par la moitié +des Iouzioun, de l’autre par les Ikhzama (bassin de l’Ouad Iriri). + +A Aït Iferd réside la seconde famille de chikhs ; c’est une branche +de la maison des Aït Ouzanif. Le chef actuel en est Moḥammed ou +Ạbd Allah ; il a sous son pouvoir le reste de l’Ouad Tifnout +(les Aït Iṛmor), les Aït Leti sur l’Ouad Inmarakht, la moitié +de l’Ouad Idikel (Talat n Ig), l’Ouad Saksad, la moitié de +l’Ouad Izgrouzen, l’Ouad Aït Tameldou, l’Ouad Achakski, +l’Ouad Tasoukt, la moitié de l’Ouad Tizgi. Il faut y joindre, +hors des Aït Tameldou, le reste des Iouzioun et les Aït Marlif +(bassin de l’Ouad Iriri). + +Ces deux puissantes familles entretiennent avec le qaïd du Telouet +des relations analogues à celles qu’a avec lui le Zânifi : +c’est leur seul lien avec le makhzen. + +Les principaux produits de la tribu sont les noix et les olives, qui +abondent sur tout son territoire. On récolte aussi des raisins et +des grenades sur les rives de l’Ouad Tifnout. La vallée de cette +rivière est la partie la plus riche du pays des Aït Tameldou. Peu +d’abeilles. De grands troupeaux de moutons et de bœufs ; beaucoup +d’ânes et de mulets ; des chevaux et des chameaux. + +Les Aït Tameldou sortent peu de chez eux pour faire le commerce ; +mais on se rend en leur pays de Tazenakht, de l’Aït Zaïneb, +du Telouet, des bords de l’Ouad Sous, pour acheter des grains et +des fruits ; on en exporte ainsi du blé, de l’orge, des fèves, +des noix, de l’huile. + +Le centre le plus important de la tribu est Ạraben (120 familles +musulmanes et 3 familles israélites). + +Minerai de fer dans le désert d’Ifenouan. + +Un seul marché chez les Aït Tameldou, le Ḥad Tamjerjt. + +Les Israélites sont nombreux sur leur territoire : ils y ont seize +mellaḥs. + + + 2o. — OUAD ZAGMOUZEN. + + +On l’appelle aussi quelquefois Ouad Aït Oubial et Ouad Aït +Ọtman. Il prend sa source au mont Siroua. De là, il coule pendant +quelque temps dans le désert, puis il entre dans la tribu des Aït +Oubial ; il y arrose successivement les villages suivants : + +Aït ou Alman, Aït Sin, Assaka, Tagouïamt. + +De là il passe immédiatement dans la tribu des Aït Ọtman, où +il arrose : + +Aït Sin d Aït Ọtman, Tammenout, Outoura, Aït Sạd, Takchtamt, +Aït Ạïcht, Tagmout (murailles rocheuses avec cavernes inaccessibles +et restes de constructions). + +Là finissent les Aït Ọtman : la rivière s’engage dans le long +désert de Tifergin, où elle reste durant plusieurs heures ; elle +entre ensuite sur le territoire des Zagmouzen, où elle baigne : + +Arfaman, Tagjdit, Anammer, Ikerouan, Tifourt, Irzi, Timicht, Taserga, +Agadir Zagmouzen, Armed Zagmouzen, Iṛil n Oro (très grand village), +Tabia, Taltnezourt, Taourirt, Tirest, Iṛil Mechtiggil, Dou Ouzrou, +Taleouin, Tabia n Boro, Tagergoust, Bou Oulga, Timellilt. + +De là, l’ouad, sans que les cultures s’interrompent sur ses rives, +passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose de nombreux villages, +dont voici les principaux : + + Imjijouin. + + Targa n Mimoun rive droite. + + Ez Zaouïa (en face de Targa n Mimoun) rive gauche. + + Tazdeṛt Fouqani. + + Tazdeṛt Taḥtani. + + Tagenza. + +Puis il passe dans la tribu des Aït Iaḥia, où il baigne un grand +nombre de villages, dont les principaux sont : + + Imi n Ougni. + + Taourirt el Ḥad rive droite. + + Arfaman. + + Tazarin. + + Tastift. + + Amzaourou. + + Bitgan. + + Imiḍeṛ. + + Imirgel. + +A Imirgel finissent les Aït Iaḥia. Quelques pas plus bas, la +rivière se réunit à l’Ouad Tifnout, au village de Tinmekkoul, +sur le territoire des Iouzioun. + +Au-dessous d’Aït Ạïcht, l’Ouad Zagmouzen a toujours de l’eau, +quelle que soit la saison. Plus haut, il est quelquefois à sec. + + Distances : d’Aït Oubial à Tagmout 1/2 jour. + + de Tagmout à Iṛil n Oro 1/2 jour. + + d’Iṛil n Oro à Imirgel 1 jour. + + d’Imirgel à Tinmekkoul 1/2 heure. + + d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tinksif 1/2 jour. + + de Tinksif à Tasdṛemt (Aït Ououlouz) 1 heure. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Zagmouzen reçoit deux affluents, l’un +et l’autre sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Amaliz, s’y +jetant à Timicht (Zagmouzen), et l’Ouad Aït Semmeg, s’y jetant +à Tagenza (Aït Semmeg). + +OUAD AMALIZ. — Il prend sa source dans le désert Talaṛt Imadid. De +là il traverse le territoire des Imadiden, fraction des Seketâna, +puis il entre sur celui des Aït Ạbd el Ouirt, où il arrose +successivement les villages de Miggar el Ḥedid et d’Amaliz, +séparés l’un de l’autre par le désert d’Igidi n Oumaliz. Les +jardins d’Amaliz touchent à ceux de Timicht, où la rivière se +jette dans l’Ouad Zagmouzen. + +Les Aït Ạbd el Ouirt sont une tribu à part, habituellement +alliée aux Imadiden ; elle ne se compose que des deux villages +que nous venons de citer et de deux autres, Tafrent et Tasṛent, +situés dans la montagne, à peu de distance des premiers. + +L’Ouad Amaliz a de l’eau sur tout son cours et en toute saison. + + Distance : d’Amaliz au désert Talaṛt Imadid 3 heures. + +AFFLUENT. — L’Ouad Amaliz reçoit un affluent, l’Ouad Sidi +Ḥaseïn, se jetant sur sa rive droite à Amaliz. + +=Ouad Sidi Haseïn.= — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt, +passe au pied de la qoubba de Sidi Ḥaseïn, puis entre sur le +territoire des Seketâna, dans la fraction des Imskal. Il y arrose +d’abord Iṛri, puis Tinfat, et se jette dans l’Ouad Amaliz au +village d’Amaliz. + +OUAD AIT SEMMEG. — C’est une rivière importante, qui presque +partout a de l’eau : elle prend sa source dans le Petit Atlas, +reçoit divers affluents et arrose sur son cours supérieur plusieurs +tribus (on ne peut me donner de renseignements sur cette portion) ; +puis elle entre sur le territoire des Aït Semmeg ; elle y arrose +successivement un grand nombre de villages, dont voici les principaux : + +Asedmer, Timichcha, Agadir Djedid, Ammeïn (groupe de plusieurs +qçars), Doutourirt, Imzil, Taṛzout. + + Distance : d’Asedmer à Tagenza 4 heures. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Les tribus que nous avons mentionnées +sur l’Ouad Zagmouzen et ses affluents sont toutes indépendantes +et toutes de race et de langue tamaziṛt. D’ailleurs le bassin de +l’Ouad Sous tout entier, sauf une ou deux exceptions insignifiantes, +n’est peuplé que de Chellaḥa, et la langue tamaziṛt y est +partout l’idiome en usage. Parmi les tribus du bassin de l’Ouad +Zagmouzen, les unes, telles que les Aït Oubial, les Aït Ọtman, les +Zagmouzen, les Aït Iaḥia, les Aït Ạbd el Ouirt, ne possèdent que +les villages que nous avons énumérés et d’autres intercalés entre +eux, et ne s’étendent pas en dehors des vallées des rivières ; +deux, au contraire, les Aït Semmeg et les Seketâna, sont de grandes +tribus dont nous n’avons mentionné qu’une faible portion. + +Les Aït Oubial n’ont point de marché. Ils sont renommés pour +l’excellent safran qui se récolte sur leur territoire ; on en +trouve dans la plus grande partie du haut Sous, mais celui de leur +pays est réputé le meilleur. + +Les Aït Ọtman ont un marché, le Tenîn Aït Sin. + +Les Zagmouzen en ont un aussi, le Khemîs Iṛil n Oro. On trouve, +dit-on, du minerai d’argent sur leur territoire. + +Les Aït Iaḥia possèdent un marché, le Tenîn Taourirt el +Ḥad. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire résidant +à Arfaman. + +Pas de marché dans la petite tribu des Aït Ạbd el Ouirt. + +Les Juifs sont nombreux dans ces régions : il y a douze mellaḥs +dans le bassin de l’Ouad Zagmouzen. + +SEKETANA. — Toutes les populations du bassin du Sous et toutes celles +comprises entre Sous et Dra, à l’exception du Sahel, se divisent +en deux grandes familles : les Gezoula et les Seketâna. Nous avons +énuméré plus haut les tribus et les groupes divers dont se composent +l’une et l’autre. Dans le bassin du Sous, deux noyaux séparés +ont conservé l’un le nom de Gezoula, l’autre celui de Seketâna, +et se les sont attribués comme dénominations particulières : nous +parlerons plus loin des Gezoula, quand nous en serons à l’Ouad +Sous proprement dit ; ici, dans le bassin de l’Ouad Zagmouzen, +se trouve la tribu dite des Seketâna. + +Les Seketâna sont cantonnés dans le Petit Atlas, sur la rive +gauche de l’Ouad Zagmouzen, à environ 6 ou 8 kilomètres de ce +cours d’eau, à peu près à hauteur de la tribu des Zagmouzen. La +plupart de leurs villages sont alimentés par des sources : les deux +rivières qui traversent leur territoire, l’Ouad Amaliz et l’Ouad +Sidi Ḥaseïn, n’arrosent qu’un petit nombre de localités. Les +Seketâna possèdent en outre, à proximité de l’Ouad Zagmouzen, +un gros village isolé, Ihoukern. Il s’élève à 2 kilomètres au +sud de la rivière, entre Tagmout et Aït Ạïcht. Quoique presque +enclavé dans les Aït Ọtman, c’est aux Seketâna qu’il +appartient. + +Ceux-ci se divisent en trois fractions : Seketâna proprement dits, +Imadiden, Imskal. Les premiers habitent la portion ouest du territoire, +les seconds le centre, les derniers l’est. + +_Seketâna proprement dits._ — Voici leurs principaux villages : +Tizgi, Tirikiou, Allegou, Tanfekht, Aouirst, Imgoun, Taglaout, +Taourirt, Aït Abbou, Iṛil n Ouaman, Aït Delḥa, Agdz, Tabadricht, +Aït Ḥeddou, Tilioua, Aït Roḥou. + +_Imadiden._ — Voici leurs principaux villages : Aderdour, Iṛil +n Tefraout, Ṭaddart, Tazga, Aït Roḥou, Ifri Imadiden. + +_Imskal._ — Voici leurs principaux villages : Argoummi, Iṛri, +Gounin, Ifran, Imṛid, Tazoult, Tizi n Tifourt, Imi n Ougni, +Tamskourt, Agoudal, Timasinin, Timersit. Les cinq derniers portent +le nom collectif de Tinfat. Le village isolé d’Ihoukern compte +avec les Imskal. + +Ces trois fractions sont à peu de distance les unes des autres, +surtout les deux dernières : dans chacune, les villages sont fort +rapprochés et se touchent entre eux par leurs cultures. + +Les principaux centres sont Imgoun, Aouirst, Tanfekht. Un marché, +le Ḥad Tirikiou. + +Chacune des trois fractions des Seketâna est gouvernée séparément +par son chikh héréditaire. + +Les principales productions du pays sont les olives, les noix, les +figues, et surtout le safran. + +AIT SEMMEG. — C’est une puissante tribu, atteignant les bords de +l’Ouad Zagmouzen et s’étendant au loin sur les pentes du Petit +Atlas, qui forme le flanc gauche de la vallée de cette rivière. Elle +se divise en nombreuses fractions ; plusieurs cours d’eau en arrosent +le territoire. Elle est sous l’autorité d’un chikh héréditaire +résidant à Tagenza. Le chikh actuel s’appelle Ould Aḥmed ou +Aḥman. Un marché, l’Arbạa Doutourirt, qu’on appelle aussi +Arbạa Ammeïn. + + + 3o. — OUAD SOUS JUSQU’A TAROUDANT. + + +La portion de la vallée de l’Ouad Sous comprise entre Tinmekkoul, +où il commence à prendre ce nom, et Taroudant s’appelle Ras el +Ouad. Cette dénomination est vague : tantôt elle ne s’applique +qu’à la plaine au milieu de laquelle coule le fleuve, tantôt on +y comprend les versants des montagnes qui la bordent. + +L’Ouad Sous, l’Asif n Sous, comme on l’appelle le plus souvent, +est très habité sur tout son cours ; pas un seul point désert sur +ses rives : depuis Tinmekkoul jusqu’à la mer, elles sont couvertes +de cultures et de villages se succédant sans interruption. Le fleuve +coule au milieu d’une plaine très unie qui prend bientôt une +grande largeur ; cette largeur augmente sans cesse à mesure qu’on +s’avance vers la mer. C’est partout un sol d’une fertilité +admirable ; mais une partie seulement en est cultivée, le reste est +laissé en pâturages et en forêts. Plusieurs tribus habitent sur +le cours du Sous : les unes s’étendent sur ses deux rives, comme +les Rḥala ; les autres sur une seule, comme les Menâba ou les +Indaouzal ; les unes ne possèdent que les bords mêmes du fleuve : +tels les Rḥala et les Menâba ; d’autres s’enfonçent au loin +dans les terres : tels les Oulad Iaḥia, les Indaouzal. + +Au-dessous de Tinmekkoul, l’Ouad Sous entre immédiatement dans la +tribu des Rḥala. Elle se compose de trois fractions : Ida ou Gemmed, +Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Les Ida ou Gemmed sont sur la rive droite, +les deux autres groupes en face d’eux sur la rive gauche ; les Aït +Ououlouz sont en amont, les Ida ou Tift en aval. + +Tous les villages des Rḥala se trouvent sur les bords mêmes du +fleuve ; voici les principaux d’entre eux : + +Sur la rive droite : fraction des Ida ou Gemmed : + + Iṛanimin. + + Koulat. + + Sidi Ọmar. + + Tir. + + Tasḥmoumt en face d’Amerli. + + Ikhfri en face de Tloussa. + + Tagenza. + + Aderdour en face de Tloussa 120 fusils + + Zaouïa Sidi Ious en face d’Aït Oumbarek. + + Tagadirt n Tafoukt en face de Tasserlit. + + Zaouïa el Ferfar en face de Tigider. + + El Ferfar en face de Timikert. + + Tigemmi n Talaṛt en face de Taḥalla. + + Igedad. + + Tiourza (appelé aussi Aourz) en face de Taḥalla. + + Aourir en face d’Imilan. + + Imilan en face de Bouour. + + Aoumselart en face de Tassoumat. + + Aougeddim entre Tassoumat et Assaka. + + Irk. + + Taṛlemt. + + Tagadirt Aït Ḥamed ou Ḥoummou en face de Taḥalla. + + Agdour en face de Bouour. + + Aït Selîman. + + Tiflit en face de Louleïza. + + Tagendout. + + Aït Ouasạou. + + Tinnikt. + + Talat n Tiout. + +Sur la rive gauche : d’abord la fraction des Aït Ououlouz : + + Tasdṛemt. + + Agerd. + + Tamgout. + + Agadir n Ousekti. + + Agadir n Iblaz. + + Zaouïa Moulei Ạli. + + El Qaçba. + + Adouz. + + Tamdrart. + + Aourir. + + Tagergoust. + +Ces huit derniers villages sont compris sous le nom collectif +d’Aoulouz. + +Viennent ensuite ceux des Ida ou Tift : + + Amerli 300 fusils. + + Iferd n Khalifa. + + Igedad 150 fusils. + + Amari. + + Tagoust. + + Agadir Aït Ḥaseïn. + + Tloussa. + + Zaouïa Sidi Mḥind ou Iạqob. + + Aït Oumbarek. + + Taserlit. + + Tigider. + + Timikert. + + Imejjat. + + Bouour. + + Tagadirt n Ououddiz. + +A Bouour, en face des derniers villages des Ida ou Gemmed, commence, +sur la rive gauche, le territoire des Indaouzal. Au-dessous de +Tinzert, on entre, sur la rive droite, dans celui des Menâba. Le +fleuve forme la frontière entre les deux tribus. Voici les villages +qu’il arrose : + +Rive droite : Menâba : + + Tinzert 150 fusils. + + Ida ou Qaïs (groupe compact de 7 villages) 120 fusils. + + Zaouïa Moulei Ạbd el Qader. + + Ạïn n Ougeïḍa. + + Igoudar. + + Aït Ioub 150 fusils. + + Oulad Ḥasen 150 fusils. + + Tamast (sur la rive gauche de l’ouad ; seul village 300 fusils. + des Menâba dans cette situation) + + Oulad Brahil en face de Tamast. + + Ạïn el Ạsid. + + Souaṭat 120 fusils. + + Zrabia. + + El Bordj. + + Oulad Brahim. + + Agedal. + + Dir. + + Sama. + + Ida ou Gouilal 150 fusils. + + Igli 200 fusils. + + Erzagna. + + Aït Ạïssa. + + Zaouïa Ben Abbou. + + Agadir er Remel. + +Rive gauche : Indaouzal : + + Tassoumat. + + Assaka. + + Louleïza 120 fusils. + + Tafellount. + + Tirkt. + + Agadir el Bour. + + Aït Merras. + + Sidi Malek. + +A Sidi Malek finit la portion occupée par les Indaouzal ; ils sont +suivis par les Oulad Iaḥia, à qui appartient toute la rive gauche +du fleuve depuis là jusqu’à Taroudant : le long de cet espace, ce +n’est qu’une série non interrompue de villages ; voici seulement +les noms des principaux : + + Tamast (appartenant aux Menâba, quoique sur la rive + gauche). + + Taouraṛt. + + Tezzart. + + El Mḥara. + + Timdouin 400 feux. + + Arazan 120 feux. + + Taqṭrant. + + Agadir n Abbou. + + Oulad Bou Ṛis 120 feux. + + Freïja. + +Au-dessous des Menâba, sur la rive droite, se trouvent d’abord +les Aït Iiggas, bordant l’ouad de leurs villages ; puis les +Oulad Iaḥia, qui, à partir de là, occupent les deux rives du +fleuve jusqu’à Taroudant. Ce n’est, dans ces deux tribus, que +succession constante de jardins, de hameaux et de bourgades tout +le long du cours d’eau : le principal centre, sur la rive droite, +est le village de Ben Sifer. + +L’Ouad Sous a toujours de l’eau dans son lit. + +Nous avons dit le nombre de fusils des localités les plus +importantes : les autres ont en général de 30 à 60 familles. + + Distances : de Tinmekkoul à Aoulouz 3 heures. + + de Tinmekkoul à Tasdṛemt 1 h. 1/2. + + d’Aoulouz à Tir Le fleuve seul les + sépare. + + de Tir à Tinzert 3 heures. + + de Tinzert à Igli 3 heures. + + de Tir à Ida ou Qaïs 4 heures. + + d’Aoulouz à Iferd n Khalifa Leurs jardins se + touchent. + + d’Iferd n Khalifa à Tagadirt n 2 heures. + Ououddiz + + d’Iṛil n Oro à Aderdour (en coupant fort 1/2 jour. + au court) + + d’Iṛil n Oro à Aoulouz (en coupant fort 1/2 jour. + au court) + + d’Iṛil n Oro à Igli 1 jour 1/3. + + d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul (en forte journée. + longeant l’ouad) + + d’Igli à Ida ou Gouilal Ils se touchent. + + d’Igoudar à Ida ou Gouilal 2 heures. + + d’Igoudar à Igli 2 heures. + + d’Igoudar à la frontière des Rḥala 1 heure. + + de Zaouïa Ben Abbou à Agadir er Les jardins se + Remel touchent. + + d’Aït Ạïssa à Agadir er Remel Les jardins se + touchent. + + de Tinnikt à Oulad Ḥasen 1 h. 1/2. + + de Tinnikt à Aourz 3 h. 1/2. + + de Tasdṛemt à Tirkt (en coupant au 3 h. 1/2. + court) + + de Tasdṛemt à Bouour (en suivant 3 heures. + l’ouad) + + de Tirkt à Bouour (en suivant 2 heures. + l’ouad) + + de Tirkt à Oulad Bou Ṛis 1 jour. + + d’Oulad Bou Ṛis à Freïja 1 h. 1/2. + + d’Oulad Ḥasen à Taroudant 1 jour. + +De l’examen de ces distances il ressort deux choses : la première, +c’est que l’Ouad Sous fait un coude considérable auprès +d’Aoulouz ; la seconde, que l’Ouad Zagmouzen décrit un long +circuit avant de se jeter dans l’Ouad Tifnout. + +On ne met en effet que 3 heures et demie pour aller de Tasdṛemt à +Tirkt : on laisse le fleuve à gauche, on coupe au court à travers +un désert, le Khela Aït Ouasạou, et on ne retrouve l’Ouad Sous +qu’à Tirkt. Si on voulait faire le même trajet en longeant le +fleuve, au milieu des villages et des cultures, il faudrait 5 heures +de temps. + +De même, pour se rendre d’Iṛil n Oro à Aoulouz, il suffit +d’une forte demi-journée. On descend l’Ouad Zagmouzen jusqu’à +Taourirt el Ḥad : là on le quitte et on coupe au court à +travers les montagnes du flanc gauche. On monte d’abord par le +désert Timezgiḍa n Izrar ; puis on arrive à la qoubba de Sidi +Bou Reja, située au col même où se franchit le massif : ce col, +fort célèbre, s’appelle Tizi n Sous. De là on passe dans un +nouveau désert, la forêt de Dou Ouzrou Zouggaṛ, célèbre par +les brigandages qui s’y commettent : non loin de là se trouve le +village d’Agni n Fad, qui reste en dehors de la route. Après deux +heures de marche dans cette solitude, on débouche chez les Rḥala +à Aourir, village du groupe d’Aoulouz. Ce chemin est ce qu’on +appelle le chemin de Tizi n Sous. Quoique en montagne, il n’est pas +très pénible. Il se fait en une demi-journée. On mettrait deux +fois plus de temps en suivant le fond des vallées : en effet, on +compte une forte journée pour aller d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul, +et il y a encore deux ou trois heures de ce point à Aoulouz. + +Nous avons dit plus haut que, si les bords du Sous sont cultivés +partout, il n’en est pas de même de la large plaine formant le fond +de la vallée : elle n’est cultivée qu’en partie : le reste est +couvert de bois et de pâturages. Les principales forêts sont : sur +la rive droite, celle de Bou Taddout (Aït Iiggas et Oulad Iaḥia) ; +sur la rive gauche, celle de Briouga (Oulad Iaḥia, entre Timdouin et +Taroudant) ; au milieu de cette dernière se trouve le grand village +de Tiout, situé à mi-distance entre Igli et Taroudant. + +=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Les habitants du Sous, sauf un ou +deux petits groupes d’Arabes de quelques tentes seulement, comme +celui des Oulad Dris, groupes jetés on ne sait comment et noyés +au milieu du reste de la population, sont tous de race tamaziṛt +(chleuḥa) et de mœurs sédentaires. La langue usuelle y est +partout le tamaziṛt. Dans le haut Sous, au-dessus du Ras el Ouad, +et dans les chaînes du Grand et du Petit Atlas, cette langue est à +peu près la seule connue. Mais à mesure qu’on descend le cours du +fleuve et qu’on se rapproche du fond de sa vallée, le nombre des +individus sachant l’arabe augmente. A partir des Menâba, il est +peu d’hommes, au bord de l’ouad, qui ne connaissent cette langue. + +L’état politique des tribus du Ras el Ouad a traversé depuis +quelque temps diverses vicissitudes : durant de longues années, +ces tribus ont été insoumises, sans aucune relation avec le +makhzen. Récemment, pendant l’été de 1882, Moulei El Ḥasen +fit une campagne dans le bas Sous et le nord du Sahel Marocain, et en +profita pour inviter les habitants du Ras el Ouad à l’obéissance : +c’était dans un moment de famine ; les populations, pauvres +et affaiblies, ne voulurent pas entrer en lutte ; d’ailleurs une +portion d’entre elles, fatiguée d’une longue anarchie, souhaitait +un gouvernement régulier : elles se soumirent. On donna le titre de +qaïd à leurs chikhs héréditaires : ceux-ci furent chargés de +collectionner l’impôt et de lever des soldats pour le compte du +sultan : au reste, point de garnisons, point d’hommes du makhzen, +pas un seul fonctionnaire étranger. Tel était l’état du pays +au moment de mon voyage. On était soumis au sultan, mais celui-ci +n’exigeait que fort peu ; trop cependant, au gré de ces tribus +jalouses de leur liberté : même ceux qui naguère avaient désiré +ce régime en étaient lassés : il est vrai qu’ils n’y avaient +point trouvé le bien qu’ils en attendaient. Aussi cet état de +choses n’a, paraît-il, pas duré longtemps. Dès la première +année d’abondance, la révolte a été générale : en automne +1884, toutes les tribus ont, dit-on, refusé argent et soldats ; +en quelques lieux où les qaïds avaient abusé de leur autorité +ou voulu maintenir l’ordre établi, elles les ont chassés, en +détruisant leurs demeures. Depuis lors toutes vivent de nouveau dans +une complète indépendance, sans aucun rapport avec Moulei El Ḥasen. + +Celui-ci avait divisé le Ras el Ouad en six provinces, +_ạmel_. Chacune d’elles se composait d’une des tribus ou +fractions de tribus principales, que gouvernait son chikh avec +le titre de qaïd : ce magistrat avait de plus dans son ressort, +surtout en ce qui concernait leurs rapports avec le sultan, les +tribus voisines moins considérables, ou celles dont la dépendance +n’était pas complète. C’est ainsi que le qaïd des Menâba +avait dans son ạmel les Aït Iiggas et les Talkjount d’une part, +les Indaouzal de l’autre. Les six ạmels étaient : + +1o Rḥala (Ida ou Gemmed). + +2o Rḥala (Aït Ououlouz et Ida ou Tift). + +3o Menâba. + +4o Oulad Iaḥia. + +5o Aït Semmeg (sur l’Ouad el Amdad ; versant sud du Grand Atlas). + +6o Mentaga (dans le massif du Grand Atlas). + +RHALA. — Tribu occupant les deux rives de l’Ouad Sous. Tous les +villages en sont sur les bords mêmes du fleuve. Elle se divise, comme +nous l’avons vu, en Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Deux +chikhs héréditaires, portant aujourd’hui le titre de qaïd, les +gouvernent : ce sont le qaïd Ḥaïda ould El Ḥasen ou Aḥman, +résidant à Tagenza : il a sous son autorité les Ida ou Gemmed ; +le qaïd Ọmar el Aoulouzi, demeurant à Agadir n Iblaz : il commande +aux Aït Ououlouz et aux Ida ou Tift. Deux marchés chez les Rḥala, +le Ḥad Aoulouz et l’Arbạa Aoulouz. Cinq mellaḥs. + +MENABA. — Tribu occupant la rive droite de l’Ouad Sous ; elle +forme une bande étroite le long du fleuve et ne s’étend pas dans +l’intérieur de la vallée. Elle est gouvernée par Qaïd El Ạrbi, +résidant à Igli ; la maison de celui-ci, vaste demeure avec grandes +dépendances, s’appelle El Mkhatir. Trois marchés dans la tribu, +Ḥad Igli, Djemạa Tinzert et Tlâta Aït Ioub : ce dernier, connu +sous le nom de Tlâta Menâba, est le marché le plus important du +Ras el Ouad. Il y a 12 mellaḥs chez les Menâba. + +INDAOUZAL. — C’est une grande et puissante tribu située sur la +rive gauche de l’Ouad Sous ; sur les bords immédiats du fleuve, +elle n’occupe qu’une faible longueur ; mais au delà elle +s’étend au loin, bornée à l’est par les Aït Iaḥia et les +Aït Semmeg, au nord par les Rḥala et les Menâba, à l’ouest par +les Oulad Iaḥia, au sud et au sud-ouest par diverses petites tribus +indépendantes : toute la plaine qui s’étend au sud des Menâba +et des Rḥala lui appartient, ainsi que les premières pentes du +Petit Atlas sur une assez grande profondeur ; le Tizi n Sous est +sur son territoire. Elle a deux chikhs héréditaires résidant, +l’un à Akchtim, l’autre dans un village appelé de son nom, +Ould Sidi Malek. De plus, les localités des Indaouzal limitrophes +des Aït Iaḥia se sont rangées sous l’autorité du chef de ces +derniers, le chikh d’Arfaman. Pour leurs rapports avec le sultan, +les Indaouzal dépendent du qaïd El Ạrbi, d’Igli. Cette tribu, +en paix en ce moment, a été longtemps désolée par des querelles +intestines : depuis une époque très ancienne, elle est divisée +en deux partis, presque toujours en guerre l’un contre l’autre ; +dans ces luttes, chaque parti eut constamment pour soutien son voisin, +l’un les Aït Semmeg, l’autre les Oulad Iaḥia. A la longue +ils prirent les noms de ces alliés, en sorte qu’aujourd’hui une +moitié des Indaouzal est dite Aït Semmeg, l’autre Oulad Iaḥia. + +La tribu est chleuḥa et sédentaire ; elle possède un grand nombre +de villages : nous en avons cité quelques-uns sur l’Ouad Sous ; +ce sont presque les seuls qui soient arrosés par une rivière ; +la plupart des autres n’ont que des sources ou des citernes ; +voici les noms des principaux : + +Tidnes, Agni n Fad, Kouilal, Tabia n Imaoun, Taourirt el Mrabṭin, +Aït Ious, Aït Djamạ, Akchtim, Amalou, Assaïn, Aït Bazmad, +Aït Bou Iạzza, Tamalalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn. + + Distances : d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tidnes 1 h. 1/2. + + de Tidnes à Agni n Fad (forêt de Dou Ouzrou) 3 heures. + + d’Agni n Fad à Assaïn 1 heure. + + d’Assaïn à Tassoumat 3/4 + d’heure. + + Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamallalt, + Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn sont groupés autour + d’Assaïn. + +Deux marchés : l’un se tient le samedi, au village appelé pour ce +motif Es Sebt ; l’autre est l’Arbạa Aït Ạbd Allah ou Mḥind. + +Deux mellaḥs. + +OULAD IAHIA. — Très grande tribu, la plus considérable du bassin +du Sous. Elle s’étend sur la rive droite du fleuve de Taroudant aux +Aït Iiggas, sur sa rive gauche de Tamast à Taroudant. Sur toute cette +longueur, la vaste plaine située entre le Grand Atlas d’une part, +le Petit Atlas de l’autre, lui appartient. Elle occupe la vallée +dans toute sa largeur, au lieu de ne comprendre, comme les Rḥala +et les Menâba, que les bords de l’ouad. Elle est gouvernée par +un chikh héréditaire, portant aujourd’hui le titre de qaïd ; il +se nomme Ould El Djeïdli ; sa résidence est Timdouin : c’est un +homme riche et puissant. Il y a quelques années, avant la soumission +du Ras el Ouad, ayant eu l’imprudence d’aller à Taroudant, il +y fut saisi et incarcéré par ordre du sultan : moyen de lui faire +donner une partie de ses richesses. Il demeura près de 6 ans en +prison, et ne fut relâché que sur les instances de Sidi Moḥammed +ou Bou Bekr, chef de la zaouïa de Tamegrout, lors d’un voyage que +ce saint personnage fit à Taroudant. + +Le principal marché de la tribu est le Tenîn Timdouin. Trois +mellaḥs. + +MENTAGA. — Tribu soumise au sultan, que gouverne, avec le titre de +qaïd, son chikh héréditaire, Ạli ou Malek. Il réside à Sidi +Mousa. Les Mentaga habitent sur les pentes du Grand Atlas. Une seule +rivière, à laquelle ils donnent leur nom, arrose leur territoire : +elle prend sa source à la crête même de la chaîne ; on ne peut +me dire où elle se jette. Deux marchés, le Tlâta et l’Arbạa +Mentaga. + +=AFFLUENTS.= — L’Ouad Sous en a un grand nombre : voici les +principaux : l’Ouad Tazioukt, s’y jetant à Tasdṛemt ; l’Ouad +el Amdad, s’y jetant à Ida ou Qaïs ; l’Ouad Bou Srioul, s’y +jetant à Oulad Ḥasen ; l’Ouad Talkjount, s’y jetant à Igli. Il +reçoit tous ces cours d’eau sur sa rive droite. + +OUAD TAZIOUKT. — Il sort du désert d’Iger n Znar, qui s’étend +entre son cours et le district d’Ouneïn. Il arrose successivement +les villages suivants : + +Tagoulemt, Tanfit, Agersaf, Takemmou, Bou Maziṛ, Iḥouzin, +Tlemkaïa. + +Leur ensemble forme le district de Tazioukt ; il dépend du qaïd +d’Aoulouz. + +L’Ouad Tazioukt a de l’eau sur tout son cours et en toute saison. + + Distance : de Tasdṛemt à Tagoulemt 3 heures. + + Largeur du désert d’Iger n Znar 3 heures. + +OUAD EL AMDAD. — Dans son haut cours, on l’appelle souvent +Ouad Ouneïn. Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas ; en +descendant, il entre d’abord dans le district d’Ouneïn : il y +arrose un grand nombre de villages, dont les principaux sont : + +Adouz, Irazin, Anzi, Taleouin. + +De là il passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose +successivement beaucoup de villages : les principaux sont : + +Sidi ou Ạziz, Aït Bou Bekr (groupe de plusieurs villages), +Aouftout, Touloua. + +Durant tout ce temps, il reste en montagne. Ensuite il débouche +en plaine par le kheneg d’Imi n ou Asif : il entre là dans la +vallée du Sous ; il y traverse, dans sa partie orientale, la tribu +des Talkjount ; puis il sert de limite pendant quelque temps entre +les Rḥala et les Menâba, et enfin il se jette dans l’Ouad Sous, +entre Ida ou Qaïs et Ạïn n Ougeïḍa. + +A Imi n ou Asif se trouve un grand village avec marché, Khemîs Sidi +Moḥammed ou Iạqob. + +L’Ouad el Amdad a de l’eau sur tout son cours et en toute saison. + + Distance : d’Aderdour à Ouneïn 1 jour. + +Le district d’Ouneïn est fort peuplé ; il se compose non seulement +des villages arrosés par l’Ouad el Amdad, mais encore de plusieurs +autres à proximité : il est gouverné par un chikh. Ce district a +fait sa soumission en même temps que tout le Ras el Ouad : auparavant +le Genṭafi s’était efforcé à plusieurs reprises de le réduire +sous son autorité : il n’avait jamais pu y réussir. Un mellaḥ +dans l’Ouneïn. + +Les Aït Semmeg sont une nombreuse tribu habitant les bords de l’Ouad +el Amdad et la région voisine : ils n’ont rien de commun avec +les Aït Semmeg de l’Ouad Zagmouzen. Ceux que nous trouvons ici +forment un des 6 ạmels du Ras el Ouad. Ils sont gouvernés par le +qaïd Ọmar ben Bacha, résidant à Aouftout. Un mellaḥ sur leur +territoire. Deux marchés : le Khemîs Sidi ou Ạziz et le Tenîn +Aït Bou Bekr. + +Ce nom d’Aït Bou Bekr rappelle une triste histoire. En août 1880, +un jeune Autrichien, M. Joseph Ladeïn, quittait Merrâkech avec +l’intention de gagner Taroudant par l’Atlas : c’est une route +ordinairement sûre : il ne prit pas de travestissement, n’emmena +point d’escorte, se pensant assez protégé en se joignant à une +caravane. Un domestique israélite le suivait. Il remonta l’Ouad +Nfis, traversa l’Ouneïn, entra chez les Aït Semmeg : jusque-là +tout allait bien. Mais le malheureux ne devait pas dépasser les +Aït Bou Bekr : cheminant sur leur territoire, il arriva au village +d’Hierk, chez les Aït Ben Mançour, non loin de la zaouïa de Sidi +Bou Nega. Il voulut s’y arrêter quelques instants et demanda à +boire : on lui tendit un vase d’eau : au moment où il le portait +à ses lèvres, on se jeta sur lui et on l’égorgea. Dans la suite, +les Aït Ben Mançour furent, dit-on, condamnés à une forte amende +pour ce crime. Quel en avait été le mobile ? Ce n’était point +le vol : le voyageur n’avait que des effets de peu de valeur ; +rien dans son équipage ne dénotait qu’il fût riche. Tous ceux +qui me racontèrent le fait me dirent qu’on l’avait tué parce +qu’il était chrétien. + +OUAD BOU SRIOUL. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas, +non loin de celle de l’Ouad el Genṭafi, auprès du Djebel +Aṛbar. Il passe d’abord dans diverses fractions, puis entre sur +le territoire des Gezoula : c’est une nombreuse tribu, restée +insoumise au sultan ; de là, la rivière débouche en plaine et +traverse successivement les terres des Talkjount et celles des Menâba. + +L’Ouad Bou Srioul a toujours de l’eau dans son lit. + + Distance : d’Oulad Ḥasen au Djebel Aṛbar 1 jour. + +OUAD TALKJOUNT. — Il prend sa source au Djebel Titouga ; puis il +entre chez les Ida ou Zeddaṛ, grande tribu soumise au makhzen : +de là il débouche en plaine, et traverse d’abord le territoire +des Talkjount, puis celui des Menâba. + +L’Ouad Talkjount a de l’eau pendant la plus grande partie de +l’année. + + Distance : d’Igli au Djebel Titouga 1 jour. + + + 4o. — ITINÉRAIRES. + + +1o _DE L’OUAD TIFNOUT AU TELOUET_. — Un chemin mène de l’un à +l’autre : on remonte l’Ouad Tifnout jusqu’auprès de sa source ; +de là, une côte douce conduit à un col et au bassin opposé. Point +de pentes raides ; route facile. + +2o _DE TAZENAKHT AUX AIT OUBIAL_. — La distance est d’un jour de +marche. De Tazenakht, on remonte d’abord l’ouad du même nom, puis +l’Ouad Ta n Amelloul jusqu’à sa source. On franchit le désert +de Ta n Amelloul ; celui-ci s’étend entre les Aït Ouaṛrda et +les Aït Oubial ; on se trouve à cette dernière tribu dès qu’on +l’a traversé. + + Distances : de Tazenakht à Imdṛeṛ 3 heures. + + d’Imdṛeṛ au Khela Ta n Amelloul 3 heures. + + Traversée du Khela Ta n Amelloul 1 h. 1/2. + +3o _DE TAZENAKHT AUX AIT TEDRART_. — On gagne les Aït Oubial, +puis les Aït Ọtman ; là on laisse l’Ouad Zagmouzen à Outoura, +et on monte vers le nord dans les montagnes qui en forment le flanc +droit : elles s’appellent à ce point Djebel Ḥeddi et forment +un désert dangereux. On y chemine jusqu’aux Id ou Illoun : il y +a 2 heures entre leur territoire et Outoura. On traverse l’Ouad +Id ou Illoun ; on entre dans un nouveau désert, celui de Teddref : +après l’avoir franchi, on se trouve à l’Ouad Aït Tedrart. Une +heure entre les Id ou Illoun et Aglagal. + +4o _DE TAZENAKHT AUX AIT TAMELDOU_. — Il y a deux chemins +principaux ; les voici : + +I. — Gagner d’abord le territoire des Id ou Illoun, puis celui des +Aït Tedrart ; de là passer aux Aït Tameldou, qui n’en sont qu’à +1 heure de distance. On marche tout le temps en pleine montagne. + +II. — De Tazenakht, on gagne les Ikhzama à Tesakoust (Ouad +Iriri). De là on va à Amasin (Ikhzama) et on remonte l’ouad de +ce nom jusqu’à sa source, au Tizi n Ougdour. On franchit ce col : +c’est un passage facile ; il forme la limite entre les bassins du +Dra et du Sous. De là on s’engage dans le désert d’Igisel, +où l’on marche durant 5 heures, jusqu’au village de Tittal, +le premier des Aït Tameldou. + +5o _DE TAMAROUFT A TINFAT (SEKETANA)_. — On compte 1 jour de marche +entre ces deux points. On gagne le Khela Tasṛirt en passant par +Aït Mesri : on marche une demi-journée dans ce désert : on en sort +à Iṛri, sur l’Ouad Sidi Ḥaseïn. Iṛri n’est qu’à une +demi-heure de marche de Tinfat. + + Distance : de Tamarouft au Khela Tasṛirt 4 heures. + +6o _D’IRIL N ORO AUX SEKETANA_. — On suit les rives de l’Ouad +Zagmouzen jusqu’à Iṛil Mechtiggil (Zagmouzen). Là on le quitte +et, marchant vers le sud, on s’engage dans le Petit Atlas. Au bout +d’une heure de marche, on atteint le territoire des Seketâna : on +passe d’abord à Tizgi, puis aussitôt après on trouve Tirikiou. De +là, si on veut se rendre chez les Seketâna proprement dits, on prend +à l’ouest ; si on veut gagner soit les Imadiden, soit les Imskal, +on se dirige vers l’est. Ces deux fractions sont en face l’une +de l’autre, du même côté et presque à même distance de Tirikiou. + + Distances : d’Iṛil n Oro à Iṛil Mechtiggil 3/4 d’heure. + + d’Iṛil Mechtiggil à Tirikiou 1 h. 1/4. + +7o _DES AIT IAHIA (OUAD ZAGMOUZEN) A TATTA_. — Il y a un chemin +partant du territoire des Aït Iaḥia, remontant l’Ouad Aït Semmeg +jusqu’à sa source, puis gagnant Tatta. + +8o _D’IRIL N ORO A MERRAKECH_. — On compte 5 jours et demi +de marche : + +_1er jour._ — D’Iril n Oro à Tinmekkoul, en descendant l’Ouad +Zagmouzen. + +_2e jour._ — On gagne Tlemkaïa sur l’Ouad Tazioukt ; on remonte +cette rivière jusqu’à Tanfit. Là on la quitte, et on s’engage +dans le désert d’Iger n Znar qui s’étend au delà de sa rive +droite. On y marche durant trois heures ; puis on atteint à Taleouin +(district d’Ouneïn) l’Ouad el Amdad : on le remonte jusqu’à +Adouz. + +_3e jour._ — On quitte l’Ouad el Amdad à Adouz : on s’engage +dans une vaste plaine ; au bout de 3 heures, on atteint un groupe +formé de 2 villages : le premier est Tamsellount, le second +Tamdroust : ils comptent dans le district d’Ouneïn. En sortant de +Tamdroust, on entre dans le désert montagneux d’Ouichdan : côtes +raides, chemin parfois difficile : au milieu de ce désert est le col +où l’on franchit la crête supérieure du Grand Atlas. On chemine +dans le Khela Ouichdan jusqu’à la fin de la journée : le soir, +on parvient au village d’Alla où l’on s’arrête : on y entre +sur le territoire des Genṭafa. Alla est sur l’Ouad El Genṭafi, +qui, à quelques pas plus bas, s’unit à l’Ouad Agoundis. La +jonction de ces deux cours d’eau forme l’Ouad Nfis. + +_4e jour._ — D’Alla on gagne, à très peu de distance, Dar El +Genṭafi, où se trouve le confluent des deux rivières. Dar El +Genṭafi, appelée aussi Tagentaft, est un gros village, résidence +du qaïd des Genṭafa. A partir de là, on descend le cours de +l’Ouad Nfis : jusqu’au soir, on ne cesse d’en longer les +bords. C’est une vallée très encaissée, ressemblant à celle +de l’Ouad Iounil : les flancs en sont des murailles à pic presque +partout infranchissables : on ne peut passer qu’au fond ; là, pas +un point désert : tout est couvert de cultures et de villages ; voici +les principaux de ceux qu’on traverse successivement : Imeṛraoun, +Takherri, Iḥenneïn, Targa Aït Iraṭ, Iger n Kouris, Toug el Khir, +Tigourramin, Talat n As, Imidel, Imgdal, Tagadirt el Bour, Ouirgan, +Imaṛiren. On passe la nuit à Imaṛiren. Là s’arrêtent le +territoire des Genṭafa et l’autorité de leur puissant qaïd. + +_5e jour._ — On quitte l’Ouad Nfis, on gravit le flanc gauche de +sa vallée, et on sort de celle-ci. Au bout de 3 heures de marche, +on atteint un village, Asdṛem Kik : on entre là sur un nouveau +territoire, soumis au qaïd El Gergouri ; on passe ensuite à Agdour +Kik, Ouizil, Tigzit : ces quatre villages font partie de la fraction +de Kik, portion de la tribu où nous sommes. Au delà, on en traverse +encore deux du ressort d’El Gergouri, Agergour et Fres. A Fres +s’arrête son autorité et commence la juridiction du bacha de +Merrâkech. Jusqu’au soir, on continue à cheminer en rencontrant +de fréquents villages : les principaux sont Tala Moumen, Toukhribin, +Agadir Aït Teççaout, Akreïch. C’est dans ce dernier qu’on passe +la nuit. De toute la journée, on n’a pas aperçu une seule rivière +sur la route. (D’Asdṛem Kik à Agergour, 2 heures. — Agergour +et Fres se touchent. — De Fres à Tala Moumen, 1 heure. — De Tala +Moumen à Agadir, 1 heure. — D’Agadir à Akreïch, 2 heures.) + +_6e jour._ — D’Akreïch à Merrâkech il n’y a que 4 heures +de marche : durant tout ce temps on est en plaine et sous bois : +cet espace entier est occupé par une forêt de grands arbres, lieu +désert et dangereux, d’ordinaire infesté de brigands. + +9o _DE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH_. — On gagne Dou Ougadir : de +là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se +trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit +la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad +Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de +villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, +Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar +el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée +de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à +l’article précédent. + +Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El +Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est +héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans +tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont +cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine +d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé +la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été +insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de +faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; +il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, +il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont +voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, +100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant +de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut +la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le +titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit +ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père +du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui +lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier +vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est +permis ni de voir ni d’entretenir ses filles. + +10o _DE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH_. — Tintazart, Afra, Imi +n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, +Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de +plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord +du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; +il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur +l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons +parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; +Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village +de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans +le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif +dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on +passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne +successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech. + + Distances : de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum + Meskoua. + + d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum + Meskoua. + + de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan. + + des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à + l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa). + + des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum + Meskoua. + + d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum + Meskoua. + + de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum + Meskoua. + + d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa. + + de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à + l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa). + + de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa. + + de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis. + + d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis. + + d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua. + + + + + IV. + + SAHEL. + + + =Tribu des Haha.= + + +Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez +riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier +d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à +la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi +qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par +le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), +il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque +pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi +renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination +d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les +déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il +quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa +(on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils +à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré +tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; +beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui +reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer +une surface presque double de celle qu’on cultive. + +Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, +depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps +indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs +années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres +des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des +fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont +chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus +grand nombre. + +Les 12 fractions sont : + +Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou +Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf, +Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118]. + +Les quatre premières sont les plus importantes. + +Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient +des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia : +nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à +Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux, +originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa, +entre Mogador et Safi. + +La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt, +mais l’arabe y est assez répandu[119]. + +Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont +sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir +Iṛir. + + + =District de Tidsi.= + + +Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300 +fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à +peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seul +chikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le +Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui : +les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel +nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en +ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses +concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un +tribut à Taroudant. + +Pas de Juifs. Un marché, d’une grande importance, le Khemîs Tidsi, +se tenant dans le village de Tidsi. Ce village est quelquefois appelé +Ez Zaouïa parce que c’est là qu’est la zaouïa, résidence du +chikh. Terrain fertile : blé, orge, maïs, lentilles, olives. Pas +de rivière ; le pays est arrosé par des sources. Il est en plaine, +au pied du versant septentrional du Petit Atlas. Les gens du Tidsi +sont Chellaḥa et parlent le tamaziṛt. + + Distances : du Tidsi à Taroudant comme d’Aqqa Igiren à Trit. + + du Tidsi à Afikourahen comme d’Aqqa Igiren à Tatta. + + + =Tribu des Ilalen.= + + +Les Ilalen sont une nombreuse tribu tamaziṛt se divisant en 18 +fractions, savoir : + +_Ida ou Ska_ (450 fusils ; nous avons traversé leur territoire). + +_Aït Touf el Azz_ (300 fusils ; nous avons traversé leur territoire). + +_Isendalen_ (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud). + +_Aït Toufaout_ (1500 fusils ; nous les avons laissés au sud : nous +avons passé près de leurs frontières en sortant des Aït Touf +el Ạzz). + +_Tazalart_ (200 fusils ; leur territoire contient de grandes mines de +cuivre. Les ouvriers, s’habillant de vêtements de cuir, descendent +l’extraire à 200 ou 300 coudées au-dessous de la surface du sol). + +_Aït Ạbd Allah_ (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud : +ils sont voisins des Aït Tazalaṛt). + +_In Timmelt_ (2000 fusils ; nous les avons laissés au sud ; cette +fraction habite les bords de l’Ouad In Timmelt, affluent de l’Ouad +Oulṛass). + +_Amzaourou_ (100 fusils). + +_Tasdmit_ (200 fusils ; cette fraction est située, par rapport +à Afikourahen, au delà de celle d’Amzaourou et dans la même +direction). + +_Aït Ouassou_ (600 fusils ; ils habitent les bords de l’Ouad +Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Ikhoullan). + +_Aït Ali_ (1200 fusils ; ils habitent sur l’Ouad Ikhoullan, +immédiatement au-dessus des Aït Ouassou). + +_Ikhoullan_ (300 fusils. Nous avons traversé leur territoire). + +_Mezdaggen_ (320 fusils. Sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement +au-dessous des Ikhoullan). + +_Ida ou Ska_ (450 fusils. Cette seconde fraction d’Ida ou Ska est +sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Mezdaggen). + +_Afra_ (360 fusils. Nous avons traversé ce territoire). + +_Tazgelt_ (1100 fusils. Nous avons traversé cette fraction). + +_Ida ou Genadif_ (1700 fusils. Ils occupent la vallée de l’Ouad +Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Aït Mezal). + +_Irer_ (300 fusils. Fraction habitant sur l’Ouad Aït Mezal, +immédiatement au-dessus des Ida ou Genadif). + +Les Ilalen ne reconnaissent point le sultan ; ils sont +indépendants. Chacune de leurs 18 fractions a son administration +séparée : point de chikhs héréditaires, si ce n’est dans une +seule fraction, les Aït Ạbd Allah : ceux-ci ont un chikh, Ḥadj +Ḥammou ; mais là même il y a plutôt un titre qu’un pouvoir, +Ḥadj Ḥammou ne fait que les volontés de la djemaạa. Chaque +fraction est gouvernée par sa djemaạa, qu’on appelle ici anfaliz : +cette assemblée se compose de délégués de toutes les familles +de la fraction ; chacune en envoie un : l’ensemble de ces chefs de +famille forme l’anfaliz, qui règle toutes les affaires du groupe. + +Chaque fraction a au moins un agadir ; quelques-unes en ont deux +ou trois. L’agadir, village où chaque famille a sa chambre ou sa +maison renfermant ses grains, ses provisions de toute sorte, ses objets +précieux, est le magasin général de la fraction et son réduit en +temps de guerre. C’est aussi là que s’assemble l’anfaliz. + +Pas de grande zaouïa chez les Ilalen. Mais chacune des 18 fractions +en possède une petite où elle entretient un ṭaleb : il est chargé +de faire les écrits dont on a besoin et d’enseigner à lire à ceux +qui voudraient apprendre. Il est pourvu aux frais de cette zaouïa +de la façon suivante : à l’entrée des grains dans l’agadir, +on en prélève la dîme, c’est-à-dire exactement un dixième ; +un tiers de cette dîme est donné à la zaouïa, les deux autres +sont distribués aux pauvres. + +Les cultures se composent de beaucoup d’orge, d’un peu de blé +et de lentilles : mais la richesse des Ilalen est surtout dans leurs +amandes et leur huile d’argan. Pas de Juifs sur leur territoire. Les +marchés de la tribu sont : + +Tlâta Aït Toufaout. + +Arbạa Aït Ạbd Allah. + +Khemîs Aït Ạli. + +Tenîn Aït Touf el Ạzz. + +Djemạa Ida ou Genadif. + +Les rivières qui l’arrosent sont au nombre de trois : l’Ouad +Ikhoullan (affluent du Sous), l’Ouad Aït Mezal et l’Ouad In +Timmelt. + +Comme nous l’avons vu de nos yeux, les diverses fractions des Ilalen +sont souvent en guerre entre elles. + +Les Ilalen sont Chellaḥa et sédentaires : ils ne parlent que le +tamaziṛt ; très peu d’entre eux savent l’arabe. + + + =Itinéraire d’Afikourahen au Tazeroualt.= + + +D’Afikourahen on gagne la fraction des Aït Mezal ; on la traverse, +et on entre dans celle des Aït Ilougaïm : c’est la première +journée. De là on franchit l’Ouad Oulṛass, et on arrive dans +la tribu de Zarar Ida Oultit ; on y passe la nuit dans un village, +le plus souvent dans celui de Bou el Ḥanna : c’est le deuxième +jour. De là on part de grand matin et on parvient le lendemain, de +bonne heure, après 3 jours 1/2 de marche, à la qoubba de Sidi Ḥamed +ou Mousa, c’est-à-dire à la zaouïa de Sidi El Ḥoseïn. On est +au cœur du Tazeroualt. + +AIT ILOUGAIM. — Ils forment une fraction des Chtouka : ce sont donc +des Chellaḥa sédentaires parlant le tamaziṛt. Comme tous les +Chtouka, ils sont soumis au makhzen et sous la juridiction du qaïd +Ould Ben Dleïmi. Ils comprennent une centaine de villages. Pas +d’agadir (il n’y en a nulle part en blad el makhzen : +chacun y enfouit ses grains dans des silos, qu’on appelle ici +_maṭmora_). Pas de chikh général ni de djemaạa collective : +chaque village a soit son chikh local, soit sa djemaạa. Un marché, +le Tenîn Ilougaïm, à Tamaliḥt ; il forme un centre commercial +important. Dans le village de Tamaliḥt, il y a 80 familles juives, +les seules de la tribu. + +Pas de rivière chez les Aït Ilougaïm. Mais non loin de là coule +l’Ouad Oulṛass, où ils ont de nombreux ḥeïouan (on donne +ce nom aux terres qu’on possède sur le territoire de tribus +étrangères). Les Aït Ilougaïm sont riches ; ils ont beaucoup +de chevaux. A partir des Aït Mezal, et jusqu’au Tazeroualt, les +tribus qu’on rencontre en possèdent un grand nombre : il n’y +en a au contraire à peu près point dans la portion du Petit Atlas +située à l’est des Chtouka. + +Quand on vient des Ilalen, on passe d’habitude la nuit dans le +groupe des Aït Ilougaïm portant le nom d’Aït ou Adrim. De chez +eux on gagne les + +AIT OULRASS. — Ils habitent les bords de l’Ouad Oulṛass. Fraction +importante des Chtouka, ils sont soumis au sultan et sous l’autorité +d’Ould Ben Dleïmi. Point de chikh ni de djemaạa : ils sont +en cela dans les mêmes conditions que les Aït Ilougaïm. Ils ont +environ 100 villages. + +Pas de marché, ni de Juifs. + +La vallée de l’Ouad Oulṛass est très riche : quelques palmiers, +mais ne donnant que de mauvaises dattes, arbres fruitiers et céréales +en abondance. L’Ouad Oulṛass se jette dans la mer, après avoir, +au-dessous des Aït Oulṛass, traversé la tribu de Massa, qu’on +appelle aussi Mast. + +Des Aït Oulṛass, on entre dans la tribu de + +ZARAR IDA OULTIT. — Grande tribu qui habite au sud des Aït +Oulṛass, au delà du flanc gauche de la vallée de l’Ouad +Oulṛass. Elle est blad el makhzen depuis l’expédition du sultan +dans le Sous et le Sahel, et appartient à la juridiction d’Is +Oublaṛ, qaïd des Ida ou Garsmouk : pas de chikh héréditaire ; +un anfaliz règle les affaires de la tribu. Les Zarar Ida Oultit sont +une tribu chleuḥa et sédentaire, parlant le tamaziṛt. Beaucoup +de qçars ; le principal est Ouizzân, qui se prononce aussi Ouzzân +et Oujjân. Nombreux chevaux. Point de rivière : des sources et +des citernes. + +Un marché, très fréquenté, le tlâta d’Ouizzân. Un mellaḥ +dans la même localité. + +De cette tribu, on passe dans celle des + +IDA OU BAAQIL. — Grande tribu, autrefois libre comme la précédente, +nominalement soumise au sultan depuis l’expédition de 1882. Elle +a été placée, avec plusieurs autres, sous le qaïdat de Ḥadj +Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn, le marabout du Tazeroualt. Tribu +riche et puissante. Jadis elle faisait souvent la guerre à Sidi +El Ḥoseïn, qui ne l’apaisait qu’à prix d’argent. Les Ida +ou Baạqil sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le +tamaziṛt. Beaucoup de qçars et beaucoup de chevaux. + +Point de marché ni de Juifs sur leur territoire. Celui-ci n’est +arrosé par aucune rivière. + +De là on passe dans le district de + +TAZEROUALT. — Le Tazeroualt est un grand district traversé par +l’Ouad Tazeroualt. + +L’Ouad Tazeroualt vient du territoire des Aït Imejjat : de là +il entre dans le Tazeroualt ; il y arrose d’abord Agadir Sidi El +Ḥoseïn, puis Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa (connue aussi sous le nom +de Zaouïa Sidi El Ḥoseïn et sous celui de Tallent Sidi Ḥachem), +enfin Iliṛ. Du Tazeroualt il passe chez les Aït Bou Ạmran, +où il reste jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est, +disent les indigènes, à l’embouchure de cette rivière que des +chrétiens sont venus en 1882 vendre des grains et diverses denrées : +c’est, ajoutent-ils, en partie pour empêcher qu’ils ne reviennent +sur la côte et que pareil fait ne se renouvelle que le sultan est +venu aussitôt après dans le pays, qu’il en a obtenu la soumission +nominale et qu’il y a investi des qaïds. Il a même laissé chez +les Aït Bou Ạmran un camp de 1200 à 2000 soldats qui depuis lors +y sont en permanence. + +Le Tazeroualt est riche et fait un grand commerce. Là se tient, +deux fois par an, l’une en mars et l’autre à la fin d’octobre, +la fameuse foire de Sidi Ḥamed ou Mousa, célèbre dans le Sahel, +dans le Sahara et dans le Sous, où l’on vient en foule de Mogador +et même de Merrâkech. Outre ces foires, les pareilles de celle +de Mrimima et de Souq el Mouloud, le Tazeroualt a un marché chaque +semaine, le ḥad d’Iliṛ. Il existe à Iliṛ un grand mellaḥ, +le seul du district. + +Le Tazeroualt est depuis un temps immémorial gouverné par des +marabouts qui descendent de Sidi Ḥamed ou Mousa. Le chef de la +zaouïa et chikh du pays est en ce moment Sidi El Ḥoseïn ou +Ḥachem. Il a trois résidences principales : 1o _Iliṛ_, grand +et riche qçar, le plus important du Tazeroualt et l’un des plus +peuplés de tout le sud : là est son habitation principale, avec la +plupart de ses femmes et de ses négresses ; c’est sa demeure la plus +somptueuse et la plus agréable, celle où il vit habituellement ; il y +a une garde de 200 cavaliers nègres, ses esclaves. 2o _Ez Zaouïa_ ; +ainsi que l’indique ce nom, c’est le sanctuaire religieux de +la famille : là sont les qoubbas de Sidi Ḥachem, père de Sidi El +Ḥoseïn, de Sidi Ḥamed ou Mousa, son ancêtre, de tous ses aïeux ; +là habitent les marabouts de sa race, ses cousins, ses neveux. On +appelle aussi Ez Zaouïa de divers autres noms, Tallent Sidi Ḥachem, +Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn. 3o _Agadir +Sidi El Ḥoseïn_ ; c’est une forteresse bâtie sur le roc au +sommet d’un mont escarpé. Sidi El Ḥoseïn y a entassé toutes +ses richesses, et a accumulé les défenses de tout genre pour les +protéger : l’agadir, situé à la frontière est du territoire, +est dans une position telle qu’on ne peut y monter que par un long +chemin en escalier, creusé dans le roc et faisant mille lacets ; +les murs de la forteresse sont d’une épaisseur extrême ; les +tours en sont garnies de canons ; elle est sans cesse gardée par une +forte garnison d’esclaves dévoués : c’est là que le marabout +s’était enfermé en 1882, à l’approche du sultan. + +Ainsi que nous l’avons dit, l’ancêtre des puissants chefs du +Tazeroualt est Sidi Ḥamed ou Mousa : sa qoubba s’élève auprès +d’Ez Zaouïa. Ce n’était qu’un mendiant à qui Dieu, en +récompense de ses mérites, accorda ses grâces, grâces qui de son +vivant même se manifestèrent par de nombreux miracles. L’époque +à laquelle vivait ce saint est très reculée ; il laissa des +descendants à qui il légua la bénédiction divine, qui se +perpétua en eux jusqu’à ce jour. Mais s’il fut le fondateur de +leur grandeur religieuse, il ne fut point celui de leur puissance +temporelle. Celle-ci n’échut à sa maison qu’après plusieurs +générations : ce fut l’un de ses successeurs, Sidi Ạli Bou Dmia, +qui l’établit, à une époque elle-même très lointaine. Sidi Ạli +Bou Dmia, à la fois marabout et guerrier, étendit au loin le pouvoir +de la zaouïa de Tazeroualt et acquit une grande célébrité : les +ruines imposantes de son palais subsistent encore à peu de distance +de la zaouïa actuelle. Depuis sa mort, bien des générations +se sont succédé : la puissance de sa dynastie, tout en restant +considérable, a subi des phases diverses. Sidi Ḥachem, père du +marabout actuel, avait donné un grand éclat à sa maison. Brave et +guerrier, il avait marché sur les traces de Sidi Ạli Bou Dmia, et, +payant sans cesse de sa personne, n’avait pas tardé à se faire +un grand renom de valeur dans les régions environnantes. Grâce +à cette réputation, à l’admiration et à la crainte qu’il +inspirait, il était parvenu à grouper autour de lui toutes les +tribus du voisinage. Pendant sa vie, elles lui restèrent soumises, +moitié de gré, moitié de force. Cet édifice s’écroula en +partie à sa mort. Sidi El Ḥoseïn, son fils et son successeur, +âgé de 70 ans aujourd’hui, fut orphelin de bonne heure ; un +certain nombre de tribus en profitèrent pour s’émanciper : il ne +montra dans la suite aucune des qualités belliqueuses de son père ; +aussi n’est-il plus réellement maître que du Tazeroualt. Mais il +est très riche ; ses trésors sont immenses ; l’autorité que ne +lui a pas donnée son caractère, son or la lui procure quand il le +veut ; il arme à prix d’argent les tribus des environs et peut +ainsi réunir à son gré autour de lui tous les fusils du Sahel : +c’est ce qu’on lui a vu faire il y a quelques années. Aussi Sidi +El Ḥoseïn est-il aujourd’hui encore le plus grand pouvoir qui +existe de l’océan Atlantique au pays de Dra. Il peut mettre en armes +tout le Sahel, Chtouka compris, et se faire envoyer des contingents de +diverses tribus du bassin inférieur du Dra. Son influence religieuse +est considérable. Son nom est connu dans tout le Maroc, dont Sidi +Ḥamed ou Mousa est un des saints les plus vénérés. Une grande +partie des zaouïas du Sahel, du Sous et du Sahara, entre Sous et Dra, +appartient à des rameaux de la famille dont il est le chef. Par sa +célébrité, son influence religieuse, ses richesses, sa puissance, +l’étendue de son autorité, la zaouïa de Sidi Ḥamed ou Mousa peut +être comptée comme une des cinq grandes zaouïas du Maroc, allant +de pair avec celles d’Ouazzân, de Bou el Djạd, de Tamegrout, +du Metṛara (Sidi Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui). + + Distances : d’Agadir Sidi El Ḥoseïn à Ez Zaouïa comme d’Agadir Tisint + à Ạïoun S. Ạbd Allah ou Mḥind. + + d’Ez Zaouïa à Iliṛ comme d’Agadir Tisint à Trit. + + + =Campagne de Moulei El Hasen dans le Sous en 1882.= + + +Un événement considérable s’est passé récemment dans le +bas Sous et dans le Sahel : le sultan y a fait une expédition et +a reçu la soumission d’un grand nombre de tribus qui étaient +indépendantes depuis un temps immémorial. Ce fait est l’objet de +tous les entretiens dans le Sahara, dans le Sous et dans les contrées +voisines : voici le résumé de ce que j’ai entendu dire, aussi bien +à Tatta et à Mrimima que dans le Sous, le Sahel et chez les Ḥaḥa. + +Au commencement de l’été de 1882, Moulei El Ḥasen traversa +l’Ouad Sous, auprès de son embouchure, à la tête d’une armée +puissante : il avait assemblé tous les contingents de son empire, +ceux des tribus de Fâs comme ceux des tribus de Merrâkech : tout ce +qu’il avait pu lever, il l’avait emmené : cette armée pouvait +être, au début de l’expédition, de 40000 hommes ; une fois +en marche, ce chiffre tomba assez vite par suite des nombreuses +désertions. Avec ces forces imposantes, le sultan s’avança +jusqu’aux limites du Tazeroualt : il s’y arrêta à une localité +du nom de Tiznit. Il convoqua alors tous les chikhs ou notables des +tribus voisines et en premier lieu les deux principaux personnages +du pays, Sidi El Ḥoseïn, chef du Tazeroualt, et El Ḥabib ould +Beïrouk, chikh du district d’Ouad Noun. Sidi El Ḥoseïn avait +des motifs graves de se défier du sultan : d’une part, il avait +toujours témoigné à Moulei El Ḥasen une hostilité extrême ; +de l’autre, il passait pour le seigneur le plus riche du Maroc : il +était fort probable que s’il se rendait à l’invitation du sultan, +celui-ci, le tenant entre ses mains, le mettrait à mort, autant +par rancune que par cupidité. Aussi, malgré les mille instances de +Moulei El Ḥasen, malgré les protestations d’amitié qu’il lui +prodigua, se garda-t-il de se rendre à sa convocation ; mais il se +fit représenter auprès de lui, pendant que de sa personne il allait +s’enfermer, à l’abri de ses canons, dans son agadir. Quant aux +autres chefs mandés, ils vinrent trouver le sultan. Celui-ci leur +tint ce langage : « Vous voyez les Chrétiens installés au sud +d’Ouad Noun ; d’autres veulent s’établir à Ifni, d’autres +ailleurs. Cela vous plaît-il ? Non, je veux le croire. Qui peut +l’empêcher ? Est-ce vous ? Vous n’en avez pas la force. Et-ce +moi ? A mes observations, ils répondent que le pays n’est point +sous mon autorité. Il n’y a qu’un moyen de s’opposer à +leurs empiétements : reconnaissez mon pouvoir : je vous promets +que non seulement il ne vous sera pas lourd, mais même il vous sera +profitable. Que les Chrétiens, quand ils viendront sur ces rivages, +ne trouvent que des sujets de Moulei El Ḥasen : il suffit ; vous +n’aurez plus rien à craindre de leur côté ; et pour ce qui est +de moi, vous ne serez pas longtemps sans éprouver les bienfaits +de mon alliance. » Il sortit de là l’arrangement suivant : tous +les chikhs présents reconnurent l’autorité du sultan ; celui-ci +les nomma qaïds dans leurs tribus ou leurs districts et les renvoya +avec des présents : il était sous-entendu que le pouvoir du sultan +ne serait que nominal, mais qu’il allait l’affirmer et en donner +une preuve visible aux yeux des Chrétiens en construisant une ville +au cœur de la région qui venait de se ranger sous ses lois. + +La contrée qui fit ainsi, en été 1882, sa soumission à Moulei +El Ḥasen, est celle qui est comprise entre l’Ouad Sous au nord, +l’Océan à l’ouest, l’Ouad Dra au sud, les Aït ou Mrîbeṭ +au sud-est. Cette dernière tribu est restée indépendante : à +elle s’arrête le blad el makhzen. Mais il ne faut pas oublier +que ce blad el makhzen ne l’est que _bel kedeb_, « d’une façon +mensongère », comme disent les indigènes, et de nom seulement : +c’est une domination qui coûte beaucoup plus au sultan, en +cadeaux pour entretenir l’alliance, qu’elle ne lui rapporte en +impôts. Cette domination, Moulei El Ḥasen voulut, avons nous dit, en +donner une preuve en élevant une ville dans la contrée : il choisit +l’emplacement de Tiznit, où il avait campé, et convint avec les +chikhs des environs, désormais qaïds, qu’ils y construiraient +pour lui une ville dont il leur donnerait les plans : il paierait +leur travail. En effet, peu de jours après le départ de l’armée, +arrivèrent plans et architectes : on commença aussitôt : on se mit +à construire une cité avec ses mosquées, sa qaçba, son mellaḥ, +ses fondoqs ; on fit une vaste enceinte carrée avec des murs de cinq +largeurs de main d’épaisseur et avec 36 tours sur chaque côté. La +ville n’est pas éloignée de la mer : le sultan veut en faire une +sorte d’entrepôt où viennent commercer les Européens. + +Des Chrétiens sont récemment venus par mer sur cette côte, +cherchant un lieu favorable à l’établissement d’un port. Ils +ont visité Aglou, Ifni et d’autres points. Ifni, dans la tribu des +Aït Bou Ạmran, a paru leur plaire. On ne sait pas autre chose de +leurs entreprises. + +C’est la première fois que les contrées qui viennent de +reconnaître le sultan font acte de soumission ; mais ce n’est pas +la première fois que Moulei El Ḥasen a affaire à elles. Il y a +plusieurs années, du vivant de Sidi Moḥammed, Moulei El Ḥasen, son +fils aîné, fit une campagne de ce côté. Il s’avança jusqu’à +l’Ouad Oulṛass ; mais là il se trouva face à face avec Sidi El +Ḥoseïn ould Ḥachem qui lui barrait le passage à la tête d’une +armée : le marabout lui envoya un message, lui donnant trois jours +pour battre en retraite : au delà de ce délai, il l’y forcerait les +armes à la main. Moulei El Ḥasen, ne se trouvant pas en force, se +retira ; en partant, il répondit à la lettre de Sidi El Ḥoseïn : +« Vous m’avez donné trois jours pour me retirer ; je vous donne +trois ans pour vous soumettre. » Peu après, Sidi Moḥammed mourut +et Moulei El Ḥasen monta sur le trône : depuis ce temps, on se +disait chaque année dans le Tazeroualt et dans l’Ouad Noun : +« C’est cette année qu’il va venir. » Enfin il est venu en +1882. Dès que Sidi El Ḥoseïn eut connaissance de son approche, +il fit transporter tout ce qu’il avait de plus précieux dans son +agadir, y accumula des provisions énormes et s’y enferma avec sa +famille et son armée d’esclaves. Puis il envoya au-devant du sultan +un messager, chargé de présents et d’une lettre fort humble : +il priait Moulei El Ḥasen de lui pardonner, de le ménager ; +il n’était qu’un simple religieux, uniquement consacré à +Dieu, n’ayant ni le pouvoir ni la volonté de s’opposer à ses +desseins. Moulei El Ḥasen lui répondit qu’il suffisait qu’il +ait eu peur, qu’il ait déménagé à son approche et qu’il se +soit humilié ; à présent qu’il était soumis, il ne voyait plus +en lui qu’un marabout, descendant d’un saint, et en conséquence +il lui envoyait des cadeaux, hommage à son caractère sacré. En +même temps il l’engageait à venir auprès de lui. Nous avons vu +comment Sidi El Ḥoseïn eut la sagesse de ne pas se rendre à cette +invitation, quelques instances que fît dans la suite le sultan. Mais +s’il refusa de se présenter lui-même, il envoya à Moulei El +Ḥasen un de ses fils qui fut fort bien reçu. + +Telle fut, selon les indigènes, cette campagne dans laquelle le +sultan reçut la soumission de la partie du Sahel dont nous avons +donné les limites plus haut et en même temps de la vallée de +l’Ouad Sous, depuis l’embouchure de ce fleuve jusqu’au haut du +Ras el Ouad. L’expédition fut de courte durée : le 6 juin 1882, +Moulei El Ḥasen passait avec son armée à proximité de Mogador ; +le 2 juillet, il arrivait chez les Massa, tribu habitant le bas cours +de l’Ouad Oulṛass et comptant environ 1500 maisons (le plus grand +village des Massa est Agoubalou, près de l’embouchure de la rivière +dans l’Océan) ; le 26 juillet, le sultan écrivait dans les villes +de son empire que la campagne était terminée et avait eu plein +succès : on célébra à cette occasion des réjouissances publiques. + +Voici, pour un certain nombre de tribus du Sahel, comment le sultan +a réparti les qaïds : + + Ksima 1 qaïd. + + Chtouka 1 qaïd (Ould Ben Dleïmi). + + Assaka 1 qaïd. + + Ouizzân 1 qaïd. + + Aït Jerrar 1 qaïd. + + Ida ou Semlal 1 qaïd. + + Tazeroualt } + } + Ifran } réunis sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar ben Sidi + } El Ḥoseïn. + Tiznit (ville } + nouvelle). } + + Assa 1 qaïd. + + Aït Bou Ạmran 1 qaïd. + + Aglou 1 qaïd. + + Aït Imejjat 1 qaïd. + + El Akhsas 1 qaïd. + + Aït Brahim 1 qaïd. + + Aït Ạbd Allah 1 qaïd. + + Isbouïa 1 qaïd. + + Tamanaṛt 1 qaïd. + + { Ida ou Leggan } + { } + { Aït Ḥerbil } + { } + { Aït Ouadaï } + { } + { Aït Illoul } + Id Brahim { } réunis sous le qaïdat de Ḥadj + { } Ḥamed el Manaṛi. + { Aït Mousa ou } + { Daoud. } + { } + { Aït Bou Ạchra } + { } + { Aït Zkri } + { } + { Aït Bouhou } + + { Aït Ḥamed } + { } + { Aït Mesạoud } + { } + Aït Bella { Aït Azouafid } 1 qaïd. + { } + { Aït Iasin } + { } + { Aït Bou } + { Hioualat } + + { Aït Mousa ou } + { Ạli } + { } + { Aït Cheggout } + { } + { Aït El Ḥasen } + { } + { Aït El Ḥaseïn } + { } + { Aït Chergouout } + Aït { } 1 qaïd. + Djemel. { } + { Aït Mejjat } + { } + { Aït Tedrarin } + { } + { Oulad Bou Ạïṭa } + { } + { Oulad Izenqad } + { } + { Oulad Taoubbalt } + + Ouad Noun 1 qaïd. + +Ainsi qu’on le voit, l’expédition de Moulei El Ḥasen dans +le Sous et le Sahel avait sans doute un double objet : l’un +d’affirmer aux yeux des Chrétiens sa suprématie sur ces contrées ; +l’autre de s’emparer de la personne de Sidi El Ḥoseïn, contre +qui il nourrissait une vieille rancune et de qui les trésors +lui offraient une riche proie. Les instances sans nombre qu’il +fit auprès du marabout pour l’attirer dans son camp prouvent le +prix qu’il attachait à sa capture. De ces deux buts, c’était, +je crois, le second que le sultan avait le plus à cœur. Il ne put +l’atteindre. Le premier au contraire fut rempli sans difficulté. Si +l’on s’étonne qu’un si grand nombre de tribus aient aisément +consenti à se soumettre, que ni elles ni Sidi El Ḥoseïn n’aient +tenté aucune résistance, on trouvera la principale cause de cette +conduite dans la famine épouvantable qui régnait alors en ces +régions. Le pays était affaibli ; chacun était obligé d’aller +chercher des vivres au loin ; on n’avait plus de bestiaux, plus de +provisions, on avait dû vendre les chevaux, enfin on était dans de +très mauvaises conditions pour faire la guerre. Il parut sage de +se soumettre, quitte à se révolter quand, l’abondance revenue, +on serait en état de lutter. On m’a assuré que c’était déjà +fait. Lors de mon voyage (hiver et printemps 1884), le pays était +encore en l’état où l’avait laissé le sultan. Mais il paraît +que, 5 ou 6 mois après, la récolte ayant été excellente et la +richesse régnant partout, on s’est soulevé de tous les côtés +à la fois et que la plus grande partie des tribus du Sahel, du Ras +el Ouad et même du bas Sous, les Chtouka entre autres, ont secoué +le joug. + + + =Notes diverses sur le Sahel.= + + +1o _DAR BEN DLEIMI_ est un grand village situé au bord de la mer, +à un jour de marche au sud d’Agadir Iṛir. Il se trouve sur le +territoire des Chtouka et est la résidence du qaïd de cette tribu, +Ould Ben Dleïmi. + +2o _OUAD NOUN_ n’est ni le nom d’une rivière ni celui d’une +ville, mais celui d’un petit district formé de la réunion de +plusieurs qçars ; ceux-ci s’élèvent au milieu d’une plaine nue +et stérile ; autour d’eux, ni palmiers, ni jardins, ni labourages : +ils se dressent isolés dans l’areg. L’Ouad Noun a un chikh +héréditaire, El Ḥabib ould Beïrouk ; c’est un personnage peu +aimé, mais puissant et craint aux environs. Le sultan a nommé son +frère, Daḥman, qaïd du district. + +3o _REGIBAT, OULAD DELEIM_. — Ce sont deux tribus nomades ayant +leurs campements dans le Sahel, au sud du Maroc, entre l’Ouad Noun +et l’Adrar. Leurs ṛezous écument le Sahara entre Timbouktou et +Tindouf et apparaissent parfois sur le cours inférieur du Dra. + +4o _CHQARNA_. — Tribu nomade errant dans le Sahel, au sud du +Maroc. Elle comptait, il y a 20 ans, 500 ou 600 combattants montés à +chameau ; c’est à peine si elle en possède 200 aujourd’hui. Les +Chqarna n’ont point de chevaux, le chameau est leur seule monture. + + +[Note 118 : On n’a pu me dire le nom de la douzième fraction.] + +[Note 119 : Une légende qui a cours dans le pays veut que les Haha +soient Arabes d’origine et que ce soit par leur long séjour au +milieu d’Imaziren qu’ils aient pris les mœurs et la langue de +ces derniers.] + + + + + V + + BASSIN DE L’OUAD ZIZ. + + + 1o. — OUAD ZIZ. + + +L’Ouad Ziz prend sa source aux crêtes supérieures du Grand Atlas, +dans la grande fraction des Aït Ḥediddou. Il coule pendant quelque +temps sur leur territoire ; cette partie de son cours prend le nom +de district des Aït Ḥediddou ; des qçars nombreux sont sur ses +bords ; sa vallée est dominée par de hautes montagnes. En sortant +des Aït Ḥediddou, il reste désert un certain temps ; puis il +entre dans le district du Ziz. Le Ziz se compose de 25 à 30 qçars, +tous sur les rives du fleuve ; il appartient aux Aït Izdeg. Après +avoir arrosé le Ziz, l’ouad traverse un court passage désert et +entre dans le Gers. C’est un nouveau district ; il le traverse, +en baigne tous les qçars, et de là passe immédiatement dans le +Tiallalin. En sortant du Tiallalin, le fleuve se trouve de nouveau, +mais pour la dernière fois, dans le désert ; après y avoir coulé +pendant quelque temps, il s’engage dans le district d’El Kheneg, +où commencent les palmiers : à partir de là, il ne cesse d’en +avoir son cours ombragé, et il se déroule jusqu’au Tafilelt +entre deux rubans continus de dattiers et de qçars ; ses rives, +devenues un des endroits les plus riches du Maroc, s’appellent alors +successivement districts de Qçar es Souq, du Metṛara, de Reṭeb, +de Tizimi et du Tafilelt. + +Nous allons examiner une partie de ces districts. + +Nous nous occuperons ensuite des affluents de l’Ouad Ziz. + + + =I. — District des Aït Hediddou.= + + +C’est le premier qu’on rencontre sur le haut cours de l’Ouad +Ziz. Il se compose d’un certain nombre de qçars appartenant +aux Aït Ḥediddou et échelonnés sur les deux rives du fleuve : +ces qçars, avec quelques autres situés sur l’Ouad Sidi Ḥamza, +sont les seuls que possèdent les Aït Ḥediddou, fraction très +nombreuse des Aït Iafelman, mais composée surtout de nomades. En +voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant +l’ouad : + + RIVE DROITE : + + Aït Bou Ouzellif (2 qçars). 50 fusils. + + Sountat. 100 + + Toulgdit. 20 + + Aït Ouazerf. 100 + + Aqdim. 100 + + Imtras. 300 + + Aït Ạmer. 30 + + Taberracht. 60 + + Aït Ạli ou Iqqo. 50 + + Tarribant. 20 + + Aït Ạmer. 50 + + Igli. 200 + + RIVE GAUCHE : + + Imelouan 50 fusils. + + Aït Ạmer 150 + + Aït Ạli ou Iqqo 30 + +Igli, Aït Ạmer, Tarribant forment un groupe distinct, séparé +du reste du district par un long kheneg. La réunion de ces trois +qçars se nomme Aït Sạïd ou Ḥeddou. Les autres portent le nom +collectif de Qçour Asif Melloul : l’Ouad Ziz, au nord du kheneg, +s’appelle Asif Melloul. + +Plus de qçar sur l’Asif Melloul au-dessus de ceux que nous venons +de nommer. Ce sont les plus hauts de l’Ouad Ziz. + +Les Aït Ḥediddou, maîtres de ce pays, en sont les seuls +habitants. Ils sont indépendants. Point de relations avec le makhzen. + +Langue tamaziṛt. + +Deux marchés : tenîn et khemîs à Aqdim. + +Pas de Juifs. + + Distances : de Mezizelt à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman. + + d’Aït Bou Ouzellif à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à + Qçar es Souq. + + de Tarribant à Aït Ạli ou Iqqo comme de Mellaḥ Tiallalin + à Tamerrakecht. + + Aït Ạli ou Iqqo (de la rive gauche) est en face de + Taberracht. + + Imelouan est en face de Toulgdit. + + Il y a un espace désert entre Tarribant et Aït Ạli ou + Iqqo ; les autres qçars sont les uns près des autres, + unis par leurs cultures. + + + =II. — Ziz.= + + +Le district du Ziz se compose d’un certain nombre de qçars +échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz ; en voici +l’énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant +le fleuve : + + RIVE DROITE : + + Mezizelt. 20 fusils. + + Zaouïa Sidi Bou Qil (2 qçars) 500 + + Tabia } + } Tabia 300 + El Ḥara } + + Aït Sạïd. + + Aït Zebbour. 20 + + Aït Ḥammou el Ḥadj. 15 + + Tirezdet. 80 + + Aït Mousa ou Ạli. 70 + + Irezd (cherifs ; 3 qçars). 150 + + Aït el Ḥadj Sạïd. 10 + + Aït Kharroub. 4 + + Ibzazen } + } + Aït Bou el Khial } Aït Iaḥia ou Khalifa. 150 + } + Izouṛar } + + Rich. 20 + + RIVE GAUCHE : + + Tamagourt. 100 fusils. + + Gafaï. 100 + + Tasiset. 18 + + Tabarkaït. 25 + + Ou Allal. 60 + + Izebban. 15 + + Izebban. 80 + + Tagersift. 100 + +Le pays de Ziz appartient aux Aït Izdeg et n’est habité que par +eux. Les Aït Izdeg sont une fraction des Aït Iafelman. Ils sont +indépendants. + +Langue tamaziṛt. + +Deux marchés : tenîn et khemîs à Zaouïa Sidi Bou Qil. + +Pas de Juifs. + + Distances : de Tiṛilasin à Rich comme de Souq Tiallalin à Mellaḥ + Tiallalin. + + de Rich à Mezizelt comme de Tamerrakecht à Mellaḥ + Tiallalin. + + de Tamagourt à Igli (Aït Ḥediddou) comme d’Aït Ọtman à + Mellaḥ Tiallalin. + + Désert entre Tamagourt et Igli. + + Pas de désert entre Rich et Mezizelt, sur les rives de + l’ouad. + + Tamagourt est en face de Mezizelt. + + Tagersift est en face d’Aït Iaḥia ou Khalifa. + + + =III. — Gers.= + + +Le district du Gers se compose d’un certain nombre de qçars situés +sur les bords de l’Ouad Ziz et tous sur sa rive droite : en face +d’eux, la rive gauche est déserte. Voici les noms des qçars du +Gers, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’Ouad Ziz : + + RIVE DROITE : + + Tiṛilasin Qedîm } 15 fusils. + } Tiṛilasin + Aït Tikkert } 40 + + Kherzouza. 40 + + Qcîra Aït Ạouda. 25 + + Amalou. 60 + + El Ḥaïn. 150 + + Aït El Feqih. 50 + + Qcîra Alibou (Alibou est le chikh el + ạam de toute la fraction des Aït + Izdeg, cette année). 20 + + Cedouqa. 30 + +De plus, entre Amalou et El Ḥaïn, on voit les ruines de Douar, +grand qçar détruit. + +Le district du Gers appartient aux Aït Izdeg. La population y est +un mélange d’Aït Izdeg et de Qebala[120]. + +Langue tamaziṛt. + +Point de marché. + +Pas de Juifs. Mellaḥ ruiné à Douar. + + Distances : Cedouqa est en face d’Aït Khozman, sur la rive opposée de + l’ouad. + + de Cedouqa à Aït Tikkert comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Çaleḥ. + + + =IV. — Tiallalin.= + + +Le Tiallalin se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés +sur les deux rives de l’Ouad Ziz. En voici l’énumération, +dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve : + + RIVE DROITE : + + Kerrando. 50 fusils. + + Qcîra el Ihoud (appelée aussi Mellaḥ Tiallalin). + + Iserdan. 30 + + Bousam. 20 + + Tadaout. 20 + + Qcîra Aït Aḥa. 10 + + Aït ou Alil. 50 + + Aït Ḥaḥou. 15 + + Aït Ạmer. 4 + + Aït Çaleḥ. 30 + + RIVE GAUCHE : + + Aït Khozman. 40 fusils. + + Aït Ḥeqqou. 20 + + Aït ou Isaden. 20 + + Aït ou Innou. 20 + + Aït Zaïa. 15 + + Bou Idiren. 60 + + Qcîr Cherif. 15 + + Qcîr Sidi Ọmar. 50 + + Izabouben. 10 + + Aït Iaḥia ou Khalifa. 10 + + Aït Brahim. 10 + + Aït Attou. 30 + + El Qçar el Kebir. 20 + + Tamdafelt. 12 + + Taouaḥit. 80 + + Imazan. 60 + + Tamazount. 15 + + Izerraḥen. 15 + + Isaffen. 6 + + Aït Iaḥia. 50 + + Timṛirt. 12 + + Imri. 30 + +Le Tiallalin appartient aux Aït Izdeg et n’est peuplé que +d’eux. Chez les Aït Izdeg, chaque district, pour les sédentaires, +chaque campement, pour les nomades, se gouverne à sa fantaisie, sans +chikh, ni à l’année, ni autre : quelquefois on en nomme, mais pour +quelques mois, pour la durée d’une guerre par exemple. Ces jours-ci, +on en a élu ; voici pourquoi : le sultan a prié les Aït Izdeg de +lui envoyer leurs chikhs : après délibération, ils y ont consenti, +en ont nommé et les lui ont envoyés. Mais ils ne dépendent point de +Moulei El Ḥasen ; ils ne lui paient rien et n’ont, disent-ils, +que de la poudre à lui donner. S’ils n’ont pas de chikhs +permanents dans leurs diverses subdivisions, ils en ont toujours un +pour l’ensemble des Aït Izdeg : c’est un chikh el ạam, qui +est nommé chaque année par l’assemblée des diverses djemaạas. + +Langue tamaziṛt. + +Trois marchés à Aït ou Alil, le ḥad, le tlâta, le khemîs. + +Un mellaḥ. + + Distances : Qcîr Sidi Ọmar est juste en face de Qcîra el Ihoud. + + + =V. — El Kheneg.= + + +On appelle de ce nom le district formé par les qçars échelonnés +sur les deux rives de l’Ouad Ziz dans le long défilé qu’il +traverse entre Foum Jabel et Foum Ṛiour. Voici les noms de ces +qçars, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve : + + RIVE DROITE : + + Asbarou. 20 fusils. + + Aït Ọtman. 200 + + Qcîra el Mehenni. 30 + + Oul Itgir. 60 + + Serṛin. 40 + + Cheba. 20 + + RIVE GAUCHE : + + Tamerrakecht (3 petits qçars). 40 fusils + + Ifri (3 petits qçars). 40 + + Aït Isfa ou Daoud. 30 + + Amzou. 300 + + Ingbi. 30 + + Tingbit. 40 + + Beni Iffous. 50 + + Aït Moulei Moḥammed. 100 + + Timzourin (2 qçars). 40 + +El Kheneg appartient aux Aït Izdeg et n’est peuplé que d’eux. + +Langue tamaziṛt. + +Pas de marché. + +Pas de Juifs. + + + =VI. — Qçar es Souq.= + + +Le district du Qçar es Souq se compose d’un certain nombre +de qçars échelonnés sur les rives de l’Ouad Ziz ; en voici +l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant +le fleuve. + + RIVE DROITE : + + Tazouqa. 200 fusils. + + Tagnit. 40 + + Qçar es Souq (composée de 5 qçars : Mouskellal, Qcîba 300 + Aït Moḥa ou Ạli, El Ḥaraṭîn, Agaouz, Azrou ; ils + forment un cercle au milieu duquel sont le marché et + le mellaḥ). + + Tisgedlt. 100 + + Taṛzout (2 qçars). 100 + + Azemmour. 150 + + Targa (2 qçars). 150 + + RIVE GAUCHE : + + Tiṛiourin. 150 fusils. + + Beni Ouaṛaïn (3 qçars). 100 + + Er Raḥba. 60 + + Qçar Djedid Aït Ḥammou (3 qçars). 60 + +Le Qçar es Souq est peuplé d’Aït Izdeg et de cherifs. Ceux-ci +sont indépendants des premiers. Point de djemaạa ni de chikh +pour l’ensemble du district. Chaque qçar a sa djemaạa et son +gouvernement à part ; ils ne s’unissent entre eux qu’en cas +de guerre. + +Langue tamaziṛt. + +Un marché, à Qçar es Souq. + +Un mellaḥ. + + Distances : de Mellaḥ Qçar es Souq à Targa comme de Mellaḥ Tiallalin + à Aït Çaleḥ. + + Qçar Djedid Aït Ḥammou est en face de Taṛzout. + + Tiṛiourin est en face de Tazouqa. + + + =VII. — Metrara.= + + +Le district se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur +les bords de l’Ouad Ziz. En voici l’énumération, dans l’ordre +où on les rencontre en descendant le cours du fleuve : + + RIVE DROITE : + + Tisgedlt. 40 fusils. + + Beni Meḥelli. 100 + + Asrir. 200 + + Mediouna. 20 + + El Ḥibous. 400 + + Qaçba Qedîma. 400 + + RIVE GAUCHE : + + Oulad el Ḥadj. 300 fusils. + + Qçar Dekhlani. 150 + + El Ṛrouch. 40 + + Qçar Djedid. 100 + + Zaouïa Moulei Ạbd Allah. 20 + + Qçar Berrani. 100 + + Taourirt. 100 + + Sidi Bou Ạbd Allah. 300 + + Ṭitaf. 200 + + Qaçba Djedida. 200 + + Beni Mousi. 300 + + Geri Ourgaz. 4 + + Gaouz. 100 + + Tazenagt. 400 + +Le Metṛara n’est habité que par des cherifs et des Qebala : +les premiers sont les plus nombreux et ont la prépondérance. Ils +sont seuls maîtres du pays. Ils sont libres, n’obéissent pas au +sultan et ne sont sous la dépendance d’aucune tribu : ni Berâber +ni autres n’ont droit de parler dans le Metṛara. Cherifs et +Qebala sont mélangés dans les divers qçars. Point de chikh ni de +djemaạa administrant l’ensemble du district. Chaque qçar a son +existence isolée, se gouverne au moyen de sa djemaạa et ne s’unit +à d’autres qu’en cas de guerre. + +On ne parle que l’arabe. + +Quatre marchés : tenîn et khemîs à Qaçba Qedîma ; tenîn et +khemîs à Sidi Bou Ạbd Allah. + +Pas de Juifs. + +Un homme est tout-puissant dans le Metṛara et a en sa main tout +le district, c’est Chikh Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui. Ce +chef religieux, qui réside à Gaouz, est extrêmement influent : +chaque année, le sultan lui envoie sa part de dîme ; il y a deux +ans, il lui a expédié 40 qanṭars (le _qanṭar_ vaut ici 1250 +francs). Sidi Moḥammed El Ạrabi avait, à la fin de 1881, appelé +les Berâber à la guerre sainte contre les Français ; mais peu après +il les contremanda. Son pouvoir est énorme sur tous les Berâber, +Aït Atta comme Aït Iafelman. D’un mot, il peut les armer. Par le +nombre et la valeur guerrière de ces tribus, tout à sa dévotion, +il est un des cinq chefs religieux les plus puissants du Maroc. Il +compte au même rang que Moulei Ạbd es Selam el Ouazzâni, Sidi +Ben Daoud, Sidi Moḥammed ou Bou Bekr et Sidi El Ḥoseïn. + + Distances : point de désert entre le Qçar es Souq et le Metṛara. + + d’Oulad el Ḥadj à Tazenagt comme de Mellaḥ Tiallalin à + Tamerrakecht. + + de Qçar Djedid Aït Ḥammou à Oulad el Ḥadj comme de Mellaḥ + Tiallalin à Aït Çaleḥ. + + de Tisgedlt à Targa comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ. + + Beni Mousi est en face de Qaçba Qedîma. + + + =VIII. — Districts inférieurs.= + + +Les trois districts les plus bas de l’Ouad Ziz se composent chacun, +comme les précédents, d’une double ligne de qçars échelonnés +sur les deux rives du fleuve. + +Le Reṭeb comprend 30 ou 40 qçars : population mélangée, cherifs, +marabouts, Qebala. Langue arabe. Un mellaḥ. + +Le Tizimi se compose de 30 à 40 qçars. Deux mellaḥs. + +Le Tafilelt, d’environ 360 qçars. Cinq mellaḥs. + + + =IX. — Affluents de l’Ouad Ziz.= + + +L’Ouad Ziz reçoit divers affluents ; voici quelques-uns d’entre +eux : + +1o L’Ouad Aït Iaḥia, se jetant sur sa rive gauche à Igli +(Aït Ḥediddou). + +2o L’Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza, se jetant sur sa rive gauche à +Tagersift (district du Ziz). + +3o L’Ouad Todṛa, se jetant sur sa rive droite au-dessous du +Reṭeb, dans un des districts de son cours inférieur. + +1o OUAD AIT IAHIA. — Il prend sa source dans le Grand Atlas +et se jette sur la rive gauche de l’Ouad Ziz à Igli (Aït +Ḥediddou). Voici les qçars que l’on rencontre sur son cours, +en le descendant : + + RIVE GAUCHE : + + Tazarin. 90 fusils. + + Izloufa. 20 + + Tabouạrbit. 50 + + Anfergal. 150 + + El Bordj. 10 + +Ces qçars appartiennent aux Aït Iaḥia, fraction des Aït +Iafelman. Les Aït Iahia sont très nombreux, mais presque +tous nomades ; ils ne possèdent pas d’autres qçars que les +5 précédents. Ils sont indépendants et passent pour grands +pillards. Leurs quelques qçars n’ont point de chikh spécial. + +Langue tamaziṛt. + +Ni marché, ni Juifs. + + Distances : d’El Bordj à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou + Alil. + + d’El Bordj à Tazarin comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Çaleḥ. + + Point de désert entre ces deux derniers points. + +2o OUAD SIDI HAMZA. — Il prend sa source au Djebel El Ạïachi et +se jette sur la rive gauche de l’Ouad Ziz à Tagersift (Ziz). Voici +les qçars qu’il arrose, dans l’ordre où on les trouve en le +descendant : + + RIVE DROITE : + + Tazrouft (marabouts). 200 fusils + + Zaouïa Sidi Ḥamza (marabouts). 300 + + Aït ou Allou (2 qçars) (Aït Izdeg). 100 + + Aït Iạqob (Aït Ḥediddou). 600 + + Tanṛerift (Ait Ḥediddou). 50 + + Toullist (4 qçars) (Aït Izdeg). 200 + +Langue tamaziṛt. + +Pas de marché. + +Deux Juifs à Zaouïa Sidi Ḥamza. + + Distances : de Tagersift à Tanṛerift comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar + es Souq. + + Défilé désert assez long entre ces deux points, appelé + Kheneg Tarq. + + de Tanṛerift à Aït Iạqob comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + ou Alil. + + Désert entre ces deux points. + + d’Aït Iạqob à Aït ou Allou comme de Mellaḥ Tiallalin à + Qçar es Souq. + + Désert entre ces deux points. + + d’Aït ou Allou à Zaouïa Sidi Ḥamza comme de Mellaḥ + Tiallalin à Aït Ọtman. + + Désert entre ces deux points. + + de Zaouïa Sidi Ḥamza à Tazrouft comme de Mellaḥ Tiallalin + à Aït ou Alil. + + Désert entre ces deux points. + + de Toullist à Tagersift comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + ou Alil. + +L’Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza reçoit un affluent, l’Ouad Nezala, +se jetant sur sa rive gauche à Toullist. + +=Ouad Nezala.= — Il prend sa source au Djebel El Ạbbari ; voici +les qçars qui se trouvent sur son cours, dans l’ordre où on les +trouve en le descendant : + + Ibabaḥen rive droite, 6 fusils. + + Ạbbari rive gauche, 40 + + Qcîra ou Ba El Ḥasen rive gauche, 20 + + Bou Seroual rive droite, 20 + + Nezala rive droite, 20 + + Tiffitra rive droite, 8 + + Semlal rive gauche, 10 + + Tazalaṛt rive gauche, 30 + +Tous ces qçars appartiennent aux Aït Izdeg. + +Langue tamaziṛt. + +Ni marché, ni Juifs. + + Distances : de Toullist à Tazalaṛt comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Çaleḥ. + + Désert entre ces deux points. + + de Tazalaṛt à Semlal comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Çaleḥ. + + Désert entre ces deux points. + + de Semlal à Tiffitra comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou + Alil. + + Désert entre ces deux points. + + de Tiffitra à Nezala comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Ọtman. + + Désert Taqqat Nezala entre ces deux points. + + de Nezala à Ibabaḥen comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou + Alil. + +3o OUAD TODRA. — L’Ouad Todṛa, d’une grande importance, et +par lui-même, et par son affluent l’Ouad Ṛeris, fera l’objet +d’un article spécial. + + + 2o. — OUAD TODRA. + + + =I. Ouad Todra.= + + +L’Ouad Todṛa prend sa source à peu de distance de l’oasis +du Todṛa, dans les hauts massifs qu’on en aperçoit vers le +nord-ouest. Le mont d’où il sort s’appelle Aqqa Tizgi ; c’est +une muraille rocheuse du pied de laquelle jaillissent des sources +abondantes qui forment l’Ouad Todṛa. De là il va arroser la +longue bande du Todṛa, où il a toujours de l’eau, été et +hiver. Au sortir de cette oasis, le lit s’en dessèche et les +bords en deviennent déserts jusqu’au Ferkla. Il arrose le Ferkla, +puis rentre dans le désert : du point où il sort du Ferkla à celui +où il se jette dans le Ziz, on ne trouve plus sur ses rives aucune +grande oasis, mais seulement de loin en loin quelque qçar isolé +entouré de dattiers, simple tache dans la plaine. Dans la portion +inférieure de son cours, il porte souvent le nom d’Ouad Ferkla. + +Nous allons étudier successivement le Todṛa, le Ferkla et les +qçars au-dessous de Ferkla. + +1o _TODRA_. — L’oasis du Todra se compose de deux parties : +d’abord le Todṛa proprement dit, formé des qçars appartenant à +la tribu chleuḥa des Todṛa, en second lieu une série de qçars +appartenant aux Berâber. Tous sont sur le cours même de l’Ouad +Todṛa, ceux-ci au-dessous des premiers. Une longue bande de palmiers, +courant sans interruption sur les bords de la rivière, enveloppe les +uns et les autres ; aucune frontière apparente n’existe entre ceux +des Todṛa et ceux des Berâber. + +TODRA PROPREMENT DIT. — Voici les noms des qçars qui le composent, +dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’Ouad Todṛa : + + Aït Baḥa } rive 20 fusils. + } gauche, + } + Aït Ousal (Zaouïa Sidi } Tizgi rive 120 + Ạbd el Ạli) } droite, + } + Tabia } rive 30 + } gauche, + + Aït Ạchcha rive 25 + droite, + + Aït Sidi ou Brahim rive 100 + gauche, + + Aït Zakri } rive } + } gauche, } + } } + Aït Segmounni } rive } + } gauche, } + } } + Aït Ismen } rive } + } gauche, } + } Aït Senan } 300 + Aït Çaïb ou Ọtman } rive } + } gauche, } + } } + Iḥedzamen } rive } + } gauche, } + } } + Zaouïa Iḥedzamen } rive } + } gauche, } + + Aït Ạriṭan rive 100 + droite, + + Aït Ijjou rive 15 + droite, + + Aït Barra rive 40 + droite, + + Aït Ouzana rive 100 + droite, + + Asfalou rive 50 + gauche, + + Aït Zilal rive 30 + gauche, + + Tagounsa rive 35 + gauche, + + Aït Bou Oujjan rive 120 + gauche, + + Ismarin rive 40 + droite, + + Tikoutar rive 100 + gauche, + + Tiidrin rive 80 + gauche, + + Taourirt rive 150 + droite, + + Aït Ourjedal rive 40 + droite, + + Afanour rive 200 + gauche, + + Tiṛremt rive 50 + droite, + + Tinṛir rive 200 + droite, + + Imousas rive 30 + gauche, + + Ilougan (Zaouïa Oulad rive 30 + Sidi Ḥamed Ben Ạbd eç gauche, + Çadoq) + + Ḥelloul rive 70 + gauche, + + Tamasint rive 50 + gauche, + + Aït b Oulman rive 25 + droite, + + Azrou rive 25 + droite, + + Tagoummast sur les 200 + deux + rives, + + Ifri rive 20 + gauche, + + Aït El Ḥasen ou Ạli rive 30 + droite, + + Aït El Qaṭi rive 20 + droite, + + Iạdouan rive 60 + droite, + + Aït Iaḥia rive 10 + droite, + + Aït Moḥammed rive 150 + gauche, + + Aït Iạla rive 50 + droite, + + Ikhba } + } + Aït Bou Iaḥia } Amzaourou rive 200 + } gauche, + } + Aït Ḥammi } + + Ḥara Imziouan } + } El Ḥara rive 600 + } droite, + Ḥara Mrabṭin (Zaouïa } + Sidi el Ḥadj Ạmer) } + +Les qçars que nous venons d’énumérer composent toute la tribu +des Todṛa. Les Todṛa sont Chellaḥa ; ils se subdivisent en deux +fractions, Aït Çaleḥ et Aït Genad : tel qçar appartient à telle +fraction ; dans certains, les deux fractions sont mélangées. Chaque +qçar a son gouvernement à part et vit isolé des autres, ne s’en +rapprochant qu’en cas de guerre ; leur organisation à tous est +identique : ils se nomment chacun un chikh el ạam tous les premiers +de l’an. En temps ordinaire, aucun lien entre les différents +qçars : on ne se concerte, on ne se réunit que s’il y a guerre. Les +Todṛa sont indépendants. Ils n’ont de debiḥa sur personne, +pas même sur leurs puissants voisins les Berâber. Leur nombre et +surtout leur caractère belliqueux ont sauvé leur indépendance. + +Les Todṛa ont un qaḍi, Sidi Ḥamed d Aït Sidi Ạïssa, +habitant Tinṛir. + +Langue tamaziṛt. + +Deux marchés, tenîn et khemîs de Tinṛir. + +Quatre mellaḥs. + + Distances : de Tinṛir à El Ḥara comme de Tinṛir à Tizgi, ou quelques + centaines de mètres de plus. + + de Taourirt à Asfalou 2 fois 1/2 comme de Taourirt à + Tinṛir. + + d’Asfalou à Tizgi 4 fois comme de Taourirt à Tinṛir. + +De Tizgi à El Ḥara, tout l’ouad n’est que cultures et dattiers +(bou feggouç et bou souaïr) ; pas de désert. + +QÇARS DES BERABER FAISANT PARTIE DE L’OASIS. — Voici leur +énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant +l’ouad ; ils font suite immédiatement aux précédents : + + Taria Ilemsan rive 40 fusils + droite, + + Tiṛremt Aït b ou Iknifen rive 20 + droite, + + Ignaouen rive 50 + droite, + + Tiṛremt Aït Iạzza rive 50 + gauche, + + Aït el Miskin (zaouïa) rive 30 + gauche, + + Tiṛrematin Aït Aïssa ou Brahim (2 qçars : rive 100 + Tiṛremt Fouqania, Tiṛremt Taḥtania) gauche, + + Tachbacht Aït Isfoul rive 50 + gauche, + +Ces qçars, bien que se touchant, sont indépendants les uns des +autres ; ils appartiennent, l’un à telle fraction des Berâber, +l’autre à telle autre, et suivent le sort de leurs propriétaires. + + Distances : de El Ḥara à Taria Ilemsan comme de Taourirt à Asfalou. + + de Taria à Tiṛremt Aït b ou Iknifen comme de Taourirt à + Asfalou. + + de Tiṛremt Aït b ou Iknifen à Ignaouen comme de Taourirt + à Asfalou. + + de Tiṛremt Aït Iạzza à T. Aït Aïssa ou Brahim comme de + Taourirt à Tinṛir. + + de T. Aït Aïssa ou Brahim à Tachbacht Aït Isfoul comme de + Taourirt à Asfalou. + + Ignaouen et Tiṛremt Aït Iạzza se font face. + +2o _FERKLA_. — L’oasis du Ferkla se compose d’un certain nombre +de qçars, échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Todṛa, +au milieu d’une bande de palmiers qui les enveloppe tous. Voici +l’énumération de ces qçars, dans l’ordre où on les rencontre +en descendant l’ouad : + + RIVE DROITE : + + El Khorbat (Aït Melṛad). 400 fusils. + + Chạt (2 qçars) (Aït Melṛad). 200 + + Aït Ben Nacer (marabouts). 30 + + Aït Ạsem (Aït Melṛad). 200 + + Tirdouin (Ahel Ferkla). 120 + + Gardmit (Aït Melṛad). 200 + + RIVE GAUCHE : + + Asrir (Ahel Ferkla). 600 fusils. + + Cheurfa Taïrza (cherifs). 50 + + Talalt (Ahel Ferkla). 50 + + Tiṛfert (Ḥaraṭîn). 200 + + Aït Sidi El Houari (marabouts). 400 + + Oulad Mạmmer (Ahel Ferkla). 150 + +La population du Ferkla est composée partie d’Aït Melṛad, partie +d’Ahel Ferkla, partie de Ḥaraṭîn, partie de marabouts. Les uns +et les autres sont indépendants. Les Ahel Ferkla sont des Chellaḥa ; +les qçars que nous venons de mentionner comme leur appartenant, +forment toute leur tribu ; ils sont libres et n’ont de debiḥa +sur personne : les Aït Melṛad mêmes, leurs puissants voisins, +ne sont pas plus indépendants qu’eux. Les Ḥaraṭîn et les +marabouts ont su également conserver leur liberté. + +Les divers qçars du Ferkla vivent isolés les uns des autres, chacun +avec son gouvernement particulier ; ce gouvernement est le même dans +tous : celui d’un chikh el ạam. Aucun lien commun n’unit les +qçars entre eux. + +Les dattes du Ferkla sont des bou feggouç et des bou souaïr. + +Langue tamaziṛt. + +Deux marchés, ḥad et khemîs d’Asrir. + +Un mellaḥ. + + Distances : d’El Khorbat à Oulad Mạmmer comme de Tinṛir (Todṛa) à Aït + Moḥammed. + + Gardmit est en face d’Oulad Mạmmer. + +3o _QÇARS AU-DESSOUS DU FERKLA_. — Il existe un chemin direct du +Todṛa au Tafilelt, par le cours de l’Ouad Todṛa. Le voici : + +On quitte le Ferkla et l’on s’engage dans le désert en descendant +la rive droite de l’Ouad Todṛa. On arrive d’abord à : + +_Izelf Aït Melrad_, qçar de 50 fusils, entouré de dattiers ; il +est à quelque distance de l’Ouad Todṛa et n’est alimenté que +par des sources. + + Distance : du Ferkla à Izelf comme d’Imiṭeṛ à + Timaṭṛeouin. + +De là on gagne : + +_Igli Aït Khelifa_, grand qçar de 300 fusils, entouré de dattiers, +habité par une population de marabouts (Oulad Sidi El Houari), +de Ḥaraṭîn et d’Aït Khelifa (Aït Atta). Il est aussi à +quelque distance de la rivière, sur sa rive droite ; il est arrosé +par des sources. + + Distance : d’Izelf à Igli comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) + à Asfalou. + +Puis on passe à : + +_Mellạb Aït Iạzza_, qçar de 100 fusils, entouré de +dattiers. Mellạb se trouve sur la rive gauche de l’Ouad +Todṛa. Chemin faisant, on a traversé la rivière à mi-route entre +Igli et Mellạb. + + Distance : d’Igli à Mellạb comme deux fois de Taourirt + à Asfalou. + +On continue à descendre la rive gauche du cours d’eau et on +arrive à : + +_Oul Touroug_, qçar de 150 fusils, entouré de dattiers, appartenant +aux Aït Iạzza et aux Aït Khelifa. Il est situé sur le bord même +de l’ouad (rive gauche). + + Distance : de Mellạb à Oul Touroug comme de Taourirt (Todṛa) + à Foum el Qous n Tazoult. + +De là on continue à descendre l’Ouad Todṛa, qui, peu au-dessous +d’Oul Touroug, reçoit sur sa rive gauche l’Ouad Ṛeris. Puis +on parvient à : + +_Tilouin_, grand qçar, entouré de dattiers, situé sur le bord +de la rivière (rive gauche). C’est auprès de Tilouin qu’eut +lieu, en 1883, une grande bataille entre les Aït Atta et les Aït +Melṛad. Le qçar appartient actuellement aux Aït Melṛad. + + Distance : d’Oul Touroug à Tilouin comme de Mellạb à Oul + Touroug. + +De Tilouin, en descendant toujours l’Ouad Todṛa, on arrive à : + +_Fezna_, qçar de 300 fusils, entouré de dattiers, s’élevant au +bord du cours d’eau (rive gauche). Il appartient aux Aït Iafelman. + + Distance : de Tilouin à Fezna comme de Taourirt (Todṛa) + à Imiṭeṛ. + +Peu au-dessous de Fezna, l’Ouad Todṛa se jette, dit-on, dans +l’Ouad Ziz : ce confluent se trouverait non loin d’El Djerf sur +le Ziz. + + + =II. — Ouad Imiter.= + + +L’Ouad Todṛa reçoit deux affluents importants : l’Ouad +Imiṭeṛ, se jetant sur sa rive droite dans la portion inférieure +de l’oasis du Todṛa, au-dessous du qçar d’Aït Iaḥia, en +face de celui d’Aït Moḥammed ; l’Ouad Ṛeris, se jetant sur +sa rive gauche à quelque distance au-dessous d’Oul Touroug. + +Nous allons les étudier l’un après l’autre. + +L’Ouad Imiṭeṛ prend sa source dans les massifs qui s’élèvent +au nord de la plaine d’Anbed. Il arrose successivement sur son +cours : + + Imiṭeṛ (groupe de quatre qçars contigus : Aït Brahim, + Iṛir, Taouaḥmant, Aït Moḥammed, appartenant tous aux + Aït b ou Iknifen). 150 fusils. + + Timaṭṛeouin Ignaouen. 50 + + Qcîba Aït Moulei Ḥamed rive } + gauche } + } + Qcîba Moulei Brahim rive } 50 + droite } + } + Qcîba Imougar rive } + gauche } + +Les jardins de ces trois derniers qçars se touchent ; ceux-ci ne +forment qu’un seul groupe ; deux d’entre eux appartiennent à des +cherifs, le dernier à des Aït Atta (les Imougar sont une subdivision +des Aït Isfoul). + +De là, l’Ouad Imiṭeṛ passe à + + Tilouin Aït Isfoul rive droite, 20 fusils. + +Puis il va se jeter dans l’Ouad Todṛa, en face d’Aït Moḥammed. + +Des trois qcîbas à Tilouin, comme de Tilouin à Aït Moḥammed, +il n’y a que le désert. + + Distances : de Qcîba Imougar à Tilouin comme de Timaṭṛeouin à Foum + el Qous. + + de Tilouin à Aït Moḥammed comme de Timaṭṛeouin à Foum el + Qous. + + + =III. — Ouad Reris.= + + +L’Ouad Ṛeris prend sa source sur le versant méridional du Grand +Atlas. Le premier endroit habité qu’il arrose est le district +d’Amtrous. Après l’avoir traversé, il rentre dans le désert ; +puis on trouve successivement sur son cours, en le descendant : une +réunion de 5 qçars appartenant aux Aït Melṛad, un désert, +le district de Semgat, un désert, un groupe de 4 qçars des +Aït Melṛad, un désert, l’oasis de Taderoucht, un désert, +le Ṛeris. Au sortir du Ṛeris, il rentre dans le désert et y +demeure jusqu’à son confluent avec l’Ouad Todṛa, à peu de +distance d’Oul Touroug. + +_AMTROUS_. — Le district d’Amtrous se compose d’un certain +nombre de qçars, situés sur l’Ouad Ṛeris ; en voici les noms, +dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière : + + Toumlilin rive droite, 30 fusils + + Aït Daoud ou Ạzzi rive gauche, 70 + + Taadadats rive gauche, 50 + + Timoula rive gauche, 50 + + Igedman rive droite, 40 + + Aït Hani rive gauche, 50 + + Tizeggarin rive gauche, 30 + + Asing rive gauche, 100 + + Tiidrin rive gauche, 100 + +Le district d’Amtrous est habité partie d’Aït Melṛad, partie +d’Aït Ḥediddou. Ces deux fractions se partagent les différents +qçars. + +Ni marché, ni Juifs. + + Distance : d’Aroraï à Tiidrin comme de Taourirt à El Ḥara (Todṛa). + +_AIT MELRAD_. — Au-dessous de ce district, se trouvent, séparés +de lui par un désert assez court, 5 qçars unis en un seul groupe, +appartenant aux Aït Melṛad ; ce sont, dans l’ordre où on les +trouve en descendant la rivière : + + Aroraï. 100 fusils. + + Achoul Sidi Bou Iạqob. 100 + + Aït Sidi Moḥammed ou Iousef. 20 + + Aït er Riban. 30 + + Amougger. 100 + +Ni marché, ni Juifs. + + Distance : d’Imiṭeṛ à Amougger comme de Tinṛir à El Ḥara. + + Les cinq qçars se touchent. + +_SEMGAT_. — Au-dessous de ces cinq qçars, sur le cours de l’Ouad +Ṛeris, se trouve, séparé d’eux par un court désert, le district +de Semgat. Il se compose des qçars suivants, échelonnés sur les +bords de la rivière ; les voici, dans l’ordre où on les rencontre +en la descendant : + + Imiṭeṛ (2 qçars : Aït Brahim, El Qçar el rive 100 fusils. + Kebir) gauche, + + Aït Ouahi rive 30 + gauche, + + Aït Selîman rive 50 + gauche, + + Aït Ioub rive 80 + gauche, + + Aït Bou Izzem rive 30 + droite, + + Imelouan rive 50 + gauche, + + Amellagou rive 40 + gauche, + +Le district de Semgat appartient aux Aït Melṛad et n’est peuplé +que d’eux. + +Ni marché, ni Juifs. + + Distances : de Taḥamdount au Semgat comme de Tizgi à El Ḥara (Todṛa). + + d’Amellagou à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Tinṛir. + +_AIT MELRAD_. — Au-dessous du Semgat, séparé de lui par un désert +assez court, se trouve, sur l’Ouad Ṛeris, un groupe de 4 qçars +appartenant aux Aït Melṛad. Ce sont, dans l’ordre où on les +voit en descendant la rivière : + + Taḥamdount rive droite, 30 fusils. + + Qçar Kebir Aït Brahim rive droite, 30 + + Qçar Aït Brahim rive gauche, 30 + + Timzgit (2 qçars) sur les deux rives, 50 + +Ces localités sont toutes entourées de dattiers ; ce sont les +premières de l’Ouad Ṛeris qui en possèdent ; plus haut, +cet arbre ne croît pas : au-dessus de Taḥamdount, les oliviers, +les grenadiers, les figuiers sont les seules essences qui poussent +sur les bords de la rivière : au-dessous de ce qçar, pas un lieu +habité où il n’y ait des palmiers. + +Ni Juifs, ni marché. + + Distances : de Timzgit au Taderoucht comme d’Asfalou à Aït Moḥammed. + + de Timzgit à Aït Brahim comme de Taourirt à Tinṛir. + + Qçar Kebir Aït Brahim fait face à Qçar Aït Brahim. + + De Qçar Kebir Aït Brahim à Taḥamdount, 400 mètres. + +_TADEROUCHT_. — Au-dessous de ces 4 qçars, séparée d’eux +par un court désert, se trouve, sur l’Ouad Ṛeris, l’oasis +de Taderoucht ; elle se compose d’un certain nombre de qçars +échelonnés sur les deux rives du cours d’eau, au milieu d’une +bande continue de palmiers. Voici les noms de ces localités, dans +l’ordre où on les trouve en descendant la rivière : + + Moui (Qebala) rive droite, 200 fusils. + + Aourir (marabouts) rive gauche, 50 + + Iṛerm n Cherif (Qebala) rive gauche, 20 + + El Ḥara (marabouts et Qebala) rive gauche, 60 + + Qcîrat Sidi Ạbd Allah ou Ạli (marabouts) rive gauche, 10 + + Taziat (Berâber) rive gauche, 80 + + Zenba (marabouts) rive gauche, 30 + + El Bordj (marabouts) rive gauche, 50 + +Aucun lien n’existe en temps habituel entre les divers qçars du +Taderoucht. Chacun vit isolément, administré par son chikh el ạam. + +Langue tamaziṛt. + +Pas de marché. + +Un mellaḥ. + + Distances : du Ṛeris au Taderoucht comme de Tinṛir à El Ḥara (Todṛa). + + d’El Bordj à Moui comme de Taourirt à Tinṛir. + +_RERIS_. — Au-dessous du Taderoucht, séparée de lui par un court +désert, se trouve, sur le cours de la même rivière, la grande +oasis du Ṛeris. C’est une longue ligne de qçars échelonnés sur +les bords de l’Ouad Ṛeris, au milieu d’un ruban d’épaisses +plantations de dattiers. Voici l’énumération de ces qçars, +dans l’ordre où on les trouve en descendant le cours d’eau ; +ils sont tous sur la rive droite : + + Maggaman (Berâber). 30 fusils. + + Aït Iaḥia ou Ọtman (Berâber). 400 + + Gelmima (Berâber). 250 + + Kherraza (Berâber). 50 + + Aït Mouch (Chellaḥa indépendants). 50 + + Takatirt (Berâber). 40 + + Bou Tnefit (Chellaḥa indépendants). 150 + + Sidi Moḥammed ou El Ḥasen (marabouts). 30 + + Gaouz Aït Sidi Ạmer (marabouts). 25 + + Aït Sidi Ạmer (marabouts). 50 + + Cheurfa Aqqa (cherifs). 50 + + Ifsaḥen (Chellaḥa indépendants). 100 + + Aït Iạqob (Chellaḥa indépendants). 40 + + Aït Sidi Ạli (marabouts). 30 + + Aït Sidi Ạmer (marabouts). 30 + + Amtoz (Chellaḥa indépendants). 40 + + Aït Mouḥ ou Iaḥia (Chellaḥa indépendants). 80 + + Khelil (Chellaḥa indépendants). 50 + + Tourza (marabouts). + +Tous ces qçars sont au bord même de l’ouad, arrosés par la +conduite dite sagia taḥtia, « canal inférieur ». Il y a encore 5 +localités, situées à quelques centaines de mètres du cours d’eau, +sur la même rive, alimentées par un autre canal, sagia fouqania, +« canal supérieur ». Elles sont unies en un seul groupe et fort +rapprochées les unes des autres ; elles se trouvent vis-à-vis +d’Aït Iaḥia ou Ọtman et de Gelmima. En voici les noms : + + Ireṛrer (Chellaḥa indépendants). 50 fusils. + + Tiouanin (Chellaḥa indépendants). 40 + + Zerrara (Chellaḥa indépendants). 40 + + Aït Ketto (Chellaḥa indépendants). 100 + + Aït Ḥarṭ (Chellaḥa indépendants). + +Les habitants du Ṛeris sont indépendants ; chaque qçar appartient +à ceux qui l’habitent. Tous s’administrent isolément, comme +dans le Ferkla. L’organisation en est uniforme : ils ont chacun +leur chikh el ạam. Aucun lien ne les unit entre eux ; ils ne se +joignent qu’en cas de guerre. + +Les dattiers du Ṛeris produisent des bou feggouç et des bou souaïr. + +Langue tamaziṛt. + +Deux marchés : tenîn et khemîs à Aït Iaḥia ou Ọtman. + +Deux mellaḥs. + + Distance : de Maggaman à Tourza comme d’Asfalou à Iạdouan (Todṛa). + + + =IV. — Localités entre les ouads Todra et Reris.= + + +Entre les ouads Todṛa et Ṛeris, se trouvent trois petites +localités ; ce sont, dans l’ordre où on les trouve en allant du +Todṛa à Oul Touroug : + +_Taddart n Oumira_. — Petit qçar situé entre le Todṛa et le +Ṛeris, à quelque distance au sud du talus de roche rose qui borde le +nord de la plaine entre ces deux oasis. Population mélangée d’Aït +Atta et d’Aït Melṛad. 40 fusils. Point de cours d’eau ; les +jardins sont arrosés par des sources. On laisse ce qçar à main +gauche en allant du Ferkla au Ṛeris et on ne l’aperçoit pas +du chemin. + + Distances : de Ṭaddart n Oumira au Ferkla comme d’El Khorbat à Oulad + Mạmmer. + + de Ṭaddart n Oumira au Ferkla comme 2 fois de Taourirt + (Todṛa) à Asfalou (Todṛa). + + de Ṭaddart n Oumira au Todṛa comme 2 fois de Taourirt + (Todṛa) à Aït Iidir (Dâdes). + + de Ṭaddart n Oumira au Ṛeris comme 2 fois de Taourirt + (Todṛa) à Timaṭṛeouin. + +_El Mkhater_. — Petit qçar entouré de palmiers situé, entre le +Ferkla et le Ṛeris, près de Ṭaddart n Oumira. + +_Zaouïa Sidi El Houari_. — Petite zaouïa située au milieu de la +plaine, entourée de jardins sans palmiers ; l’eau qui l’alimente +provient des sources de Ṭaddart n Oumira et est amenée par des +canaux. On passe auprès d’elle en allant du Ferkla au Ṛeris. + + + =V. — Qçars du Sarro.= + + +Toute la région s’étendant au nord du Todṛa, de cette oasis +à l’Oussikis, est inhabitée. C’est une contrée montagneuse +et déserte. + +Au sud du Todṛa, au contraire, dans le Petit Atlas qui porte encore +le nom de Saṛro, il existe plusieurs localités. + +Le Saṛro, qui s’étend du Mezgîṭa au Dâdes et qui se prolonge +jusque auprès du Ferkla, ne va pas plus loin vers l’est. Au delà +du Ferkla, ou, comme je le crois, le Petit Atlas expire, ou du moins +il cesse de porter le nom de Saṛro. Il existe plusieurs qçars dans +les flancs de cette chaîne : on les appelle les qçars du Saṛro ; +en voici les noms : + +_Tagdielt Aït Bou Daoud_. — Ce sont trois tiṛremts qui ne +sont point habitées d’une manière continue, et où les Aït Bou +Daoud emmagasinent leurs biens tandis qu’eux-mêmes vivent sous +la tente. Tagdielt est arrosée par des sources ; elle se trouve +à la lisière sud de la vaste plaine d’Anbed, dans un repli de +la montagne. + + Distances : de Tagdielt à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Timaṭṛeouin. + + de Tagdielt à Tiilit comme de Taourirt à Timaṭṛeouin. + +_Aït Merset_. — Une seule qaçba appartenant aux Aït Merset, +fraction des Aït Ouniṛ. Elle est arrosée par des sources. Elle +est située dans un fond, sur les premières pentes du Saṛro. + + Distances : d’Aït Merset à Tagdielt comme d’Imiṭeṛ à Timaṭṛeouin. + + d’Aït Merset à Imiṭeṛ comme d’Imiṭeṛ à Foum el Qous. + + d’Aït Merset à Tiilit comme d’Imiṭeṛ à Taourirt. + +_Qçîbat Ilemsan_. — Elles se composent de 4 tiṛremts. Des +sources les alimentent ; un cours d’eau se trouve auprès, mais il +n’a d’eau que lorsqu’il pleut. + + Distances : de Qcîbat Ilemsan à Aït Merset comme de Taourirt à Foum + el Qous. + + de Qcîbat Ilemsan à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Foum el + Qous. + + de Qcîbat Ilemsan à Taourirt comme 2 fois de Taourirt à + Timaṭṛeouin. + + de Qcîbat Ilemsan à Tiilit comme 2 fois de Taourirt à + Timaṭṛeouin. + +_Ti n Iourkan_. — Elle est formée d’un grand qçar et +de 4 tiṛremts. Elle appartient à des Aït Atta de diverses +fractions, Ignaouen, Aït b ou Iknifen, Aït Iạzza. Des sources +l’alimentent. De là part un chemin qui se rend au Dra, par le +Tazarin : deux jours de marche de Ti n Iourkan au Tazarin, deux autres +de Tazarin au Qtaoua. + + Distances : de Ti n Iourkan à Qcîbat Ilemsan comme de Taourirt à Foum + el Qous. + + de Ti n Iourkan à Tiilit comme de Taourirt à Aït Iidir + (Dâdes). + + de Ti n Iourkan à Taourirt comme de Taourirt à Imiṭeṛ. + +_Irerman Azdar_. — Elle est formée de 4 tiṛremts et habitée, +comme Ti n Iourkan, par des Aït Atta de diverses fractions. Des +sources l’alimentent. + + Distances : d’Iṛerman Azdaṛ à Ti n Iourkan comme 2 fois de Taourirt à + Asfalou. + + d’Iṛerman Azdaṛ à Taourirt comme de Taourirt à Imiṭeṛ. + + d’Iṛerman Azdaṛ à Qcîbat Ilemsan comme de Taourirt à Foum + el Qous. + +Point de dattiers dans le Saṛro ; à tous les qçars que nous venons +de citer, il y a pour toute verdure quelques cultures de céréales +et de maigres jardins, comme à Imiṭeṛ. + +Pas de marché, ni de Juifs. + + + 3o. — BERABER. + + +Les Berâber, dont le nom est si célèbre, sont une grande tribu, +la plus puissante du Maroc. Elle couvre de ses tentes le vaste +quadrilatère compris entre l’Ouad Ziz, l’Ouad Dâdes et l’Ouad +Dra, possède une foule de qçars sur ces trois cours d’eau et, +dépassant ces limites, s’étend au nord sur des portions du versant +septentrional du Grand Atlas. Au sud, aucune tribu ne la borne : +ses campements s’avancent jusqu’au seuil du Grand Désert, ses +ṛezous, terreur du Sahara, le parcourent jusqu’au Soudan. Comme +les Ida ou Blal, les Berâber font métier d’escorter et de piller +les caravanes sur la route de Timbouktou. A l’est et à l’ouest, +ils débordent en quelques points au delà des fleuves qui leur +servent de frontières naturelles, et s’étendent au nord-est sur +le haut cours du Gir, au sud-ouest jusqu’aux Ida ou Blal. + +Les Berâber sont Imaziṛen et ne parlent que le tamaziṛt. Un +certain nombre sont sédentaires ; la plupart, de beaucoup, sont +nomades. Ils se divisent en deux grandes branches, les Aït Atta et +les Aït Iafelman ; chacune d’elles se subdivise elle-même en de +nombreuses fractions. En temps ordinaire, ces fractions se gouvernent +isolément, tout petit groupe, tout qçar ayant son chikh el ạam, +magistrat élu, se renouvelant chaque année, possesseur d’une +autorité fort limitée. En cas d’affaire grave, on se concerte, +soit dans les différentes parties d’une fraction, soit plusieurs +fractions ensemble, soit tout un groupe, soit la totalité des +Berâber : alors on s’assemble partout, on nomme des députés qui +se réunissent en djemaạa générale, délibèrent et décident. En +1882, l’assemblée générale des Berâber s’est, dit-on, réunie ; +elle était composée de délégués de toutes les fractions et +formait un total de près de 1000 personnes. Ce fait a lieu rarement, +car presque toujours la discorde règne parmi les Berâber : lors de +mon passage, Aït Atta et Aït Iafelman étaient en hostilités, et les +Aït Atta étaient divisés entre eux. En cas de guerre générale, les +Berâber élisent un chikh unique dont l’autorité est illimitée ; +dans les guerres particulières, chaque parti agit de même. + +Voici la décomposition des Berâber : + + { Aït b ou Iknifen + { (Dra, Oussikis, + { Tazarin, désert) 1500 fusils. + { + { Ilemsan (Ternata, + { Dâdes, désert) 300 + { + { Aït Zemroui { Ignaouen (Qtaoua, + { { Dâdes, désert) 500 + { { + { { Aït Ạïssa ou Brahim + { { (auxquels + { { appartiennent les + { { Izknasen) (Fezouata, + { { Dâdes, désert) 500 + { { + { { Aït Ouniṛ (Dra, + { { Dâdes, désert) 800 + { + { { Aït Isfoul + { { (Fezouata, Dâdes, + { { désert) 1000 + { { + { { Aït Bou Daoud + { { (Qtaoua, Dâdes, + { { Tazarin, désert) 500 + { { + { Aït Atta { { Aït Khelifa (Igli, + { { { Oul Touroug, + { { { au-dessous du Ferkla) 150 + { { { + { { { Ouchchan (aux + { { { environs du Tafilelt) 200 + { { { + { { { Aït El Fersi + { { { (au-dessous du Todṛa) 30 + { { { + { { Aït Ḥachchou { Aït Ounbegi (ils + { { portent aussi le nom + { { d’Aït Khebbach (ou + { { Khebbas) (Dra, + { { Reṭeb, désert) 2000 + { { + { { Aït Iạzza (qçar au + { { sud du Todṛa, désert) 1500 + { { + { { Aït ou Allal + { { (desquels font + { { partie les Aït + { { Ạlouan, les Aït b + { { Oulman, les Imsouffa) 2000 + { { + { { Izligen (Qtaoua) 80 + { + { { Aït Brahim } Les Aït Ḥediddou + { { } n’ont pas d’autres + Berâber { { Aït Ḥediddou { Aït Ạmer } qçars que ceux qui + { { { } ont été mentionnés + { { { Aït Iạzza } plus haut ; très + { { { } grand nombre de + { { { } tentes ; 3000 + { { { } fantassins et + { { { } 600 chevaux. + { { + { { Aït Iaḥia (ils ne possèdent comme qçars que ceux + { { qui ont été mentionnés plus haut, mais ont un + { { très grand nombre de tentes. Ils s’étendent + { { jusqu’aux Aït Seri et jusque près des Ichqern, + { { sur les pentes nord de l’Atlas. Leur territoire + { { est tout entier en montagne. 4000 fantassins et + { { 40 chevaux). + { { + { { { Aït Mḥammed } Les Aït Melṛad + { { { } habitent le haut + { { { Aït Ạmer } cours de l’Ouad + { { { ou Mançour } Dâdes, tout l’Ouad + { { { } Ṛeris, les déserts + { { Aït Melṛad { Aït Ioub } montagneux avoisinant + { { { } cette rivière + { Aït { { Aït Mesri } et le Ferkla ; + { Iafelman { { } leur limite sud + { { Irbiben } est presque partout + { { } le talus de roche + { { } rose qu’on voit + { { } d’Imiṭeṛ au Todṛa + { { } et de là au Ṛeris. + { { } Les Aït Melṛad sont + { { } très nombreux. + { + { Aït Ạli ou Brahim (campant vers Tounfid). + { + { Aït Izdeg (ils possèdent en qçars ceux qui ont + { été mentionnés et ceux qui le seront plus bas + { dans les bassins du Gir et de la Mlouïa ; de + { plus, ils ont un très grand nombre de tentes. + { 3000 fantassins et 500 chevaux). + { + { Aït Ạïssa bou Ḥamar (résidant sur l’Ouad Gir et + { dans ses environs ; qçars et tentes ; 2000 + { fantassins et 200 chevaux). + { + { Aït Kratikhsen (habitant vers le Ferkla et vers + { Asif Melloul). + { + { Aït Ạïach (ils ont des qçars sur l’Ouad Aït Ạïach + { et des tentes auprès de cette rivière, de l’Ouad + { Ouṭat Aït Izdeg et de la Mlouïa. Ils sont + { limitrophes des Beni Mgild. 800 fantassins et + { 40 chevaux). + + + 4o. — ITINÉRAIRES. + + +I. — _DU TADEROUCHT AU ZIZ_. — Il existe un chemin menant du +Taderoucht au district du Ziz. Du Taderoucht on gagne El Haroun +(qçar isolé, sans palmiers, appartenant aux Aït Melṛad ; 30 +fusils). D’El Haroun on passe à El Bordj (qçar isolé, sans +palmiers, appartenant aux Aït Melṛad ; 20 fusils). D’El Bordj +on va à Zaouïa Sidi Bou Qil, dans le district du Ziz. Entre ces +divers points, la région qu’on traverse est montagneuse et déserte. + + Distances : du Taderoucht à El Haroun comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Ọtman. + + d’El Haroun à El Bordj comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït + Ọtman. + + d’El Bordj à Zaouïa S. Bou Qil comme de Mellaḥ Tiallalin + à Tamerrakecht. + +II. — _DU TODRA AU DRA PAR LE TAZARIN_. — Il y a 5 jours de +route. Voici l’itinéraire qu’on suit : + +_1er jour._ — Du Todṛa au Saṛro. On fait gîte dans un des +qçars du Saṛro, Ti n Iourkan ou Iṛerman Azdaṛ, par exemple. On +a marché jusque-là dans le désert. + +_2e jour._ — Du qçar où l’on a passé la nuit à Foum Aserts. On +donne ce nom à un kheneg désert où campent en hiver des Aït +Atta. Une rivière le traverse ; elle a habituellement de l’eau +dans son lit ; aucun lieu habité n’est sur son cours. Ce second +jour encore, on marche sans cesse dans le désert. + +_3e jour._ — De Foum Aserts au Tazarin. Chemin désert toute la +journée. + +Le Tazarin est une longue oasis, plus grande et plus peuplée que le +Todṛa, mais lui ressemblant d’ailleurs de tout point : une double +chaîne de qçars s’échelonne sur les deux bords d’une rivière, +au milieu d’un ruban de palmiers. Une partie des localités du +Tazarin appartient à des Chellaḥa indépendants, l’autre à +des Aït Atta de diverses fractions, Aït Bou Daoud, Aït ou Allal, +Aït b ou Iknifen. + +Les principaux qçars du Tazarin sont, en descendant l’ouad : +Ikhf n Oṛri, Aït Sạïd, Qcîba Aït Bou Daoud, Qcîba Ignaouen, +Aït Abbarioul, Tamda, Aït Sidi Msạd, Aït Gennoun, Ida Khennioun. + +Langue tamaziṛt. + +Marché permanent à Aït Abbarioul. C’est le seul. + +Pas de Juifs. Mellaḥ détruit à Aït Abbarioul. + +_4e jour._ — Du Tazarin à Foum Tizi n Dra. Il n’y a pas un lieu +habité sur le chemin du Tazarin au Dra ; tout le trajet se fait +dans le désert. On n’est plus ici dans la chaîne du Saṛro ; +on en est sorti au Tazarin. Foum Tizi n Dra est un point d’eau : +pas de rivière, mais une source : ce lieu est fréquenté en hiver +par des Aït Atta nomades ; le reste de l’année, il est désert. + +_5e jour._ — De Foum Tizi n Dra au Qtaoua. + + Distances : de Ti n Iourkan à Foum Aserts comme deux fois de Taourirt + à Timaṭṛeouin. + + de Foum Aserts au Tazarin comme deux fois de Taourirt à + Timaṭṛeouin. + + de Foum Tizi n Dra au Qtaoua comme de Taourirt à Aït + Iidir. + + + 5o. — SOURCES DE L’OUAD GIR. + + +=OUAD GIR.= — L’Ouad Gir prend naissance au Djebel Chouf Agmar, +près du Djebel El Ạbbari. Voici les premiers qçars qu’on +rencontre sur son cours, en le descendant à partir de sa source : + + RIVE DROITE : + + Tiouzzagin (Aït Izdeg). 30 fusils. + + Tit n Ạli (Qebala). 200 + + Mogger (Qebala). 200 + + RIVE GAUCHE : + + Talḥarit (Qebala). 60 fusils + + El Ḥeri (Qebala). 100 + + Tagrirt (Qebala). 300 + + Tizgi n Gerrama (Aït Izdeg). 400 + + Toulal (Aït Izdeg). 600 + + Mellaḥa (Aït Izdeg). 400 + + Batnou (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). 150 + + Iṛara (Qebala). 50 + + Keddoucha (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). 60 + + El Geraan (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). 100 + +La réunion de ces qçars forme ce qu’on appelle le Gir. Ce district +n’a aucune unité politique : chaque qçar en appartient à ses +habitants, Qebala, Aït Izdeg ou Aït Ạïssa. + +Langue tamaziṛt. + +Pas de marché. + +Deux mellaḥs. + + Distances : de Tiouzzagin à Mogger comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou + Alil. + + de Talḥarit à El Geraan comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar + es Souq. + + de Talḥarit à Mogger, quelques centaines de mètres. + +De Mellaḥ Tiallalin on peut aller directement à Talḥarit. Entre +ces deux points s’étend une vaste plaine déserte que nous avions à +notre droite en traversant le district du Tiallalin ; elle s’étend +jusqu’à l’Ouad Gir et porte le nom d’Ouṭa n Sema. + + Distance : de Mellaḥ Tiallalin à Talḥarit comme de Mellaḥ + Tiallalin à Aït Ọtman. + +Il y a un chemin conduisant du district du Gir à Misour, en remontant +la vallée de l’Ouad Gir. + +=AFFLUENT.= — Parmi ses affluents, l’Ouad Gir en reçoit un dont +la source n’est pas éloignée de la sienne : c’est l’Ouad Beni +Mesri. Nous allons dire quelques mots de son cours supérieur. + +OUAD BENI MESRI. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas. Il +arrose plusieurs qçars dans la partie haute de son cours ; voici +les principaux, dans l’ordre où on les trouve en descendant : + + El Bour (Qebala) rive droite, 100 fusils. + + Aït Iaḥia ou Ạïssa (marabouts) rive droite, 100 + + Aït Ạïssa ou Ạli (Qebala) rive gauche, 30 + + Takhoualt (Qebala) rive droite, 120 + + Aït Ḥeddou (Aït Ạïssa) (Berâber) rive droite, 50 + + Aït Moḥammed (Aït Ạïssa) rive droite, 100 + + Bou Chiba (Aït Ạïssa) rive gauche, 30 + + Tirza (Aït Ạïssa) rive droite, 60 + + Beni Tzit (Qebala) rive gauche, 300 + + Aït Iatin (Qebala) rive droite, 80 + +Ces divers qçars n’ont entre eux aucun lien politique : chacun +appartient à ses habitants, Qebala, marabouts ou Aït Ạïssa. Ceux +qui sont compris entre Aït Iaḥia ou Ạïssa et Tirza, ces deux +localités incluses, portent le nom collectif de Beni Mesri. + +Langue tamaziṛt. + +Marché permanent à Beni Tzit. + +Un mellaḥ. + +Pour se rendre de Qçâbi ech Cheurfa à El Bour, on gagne d’abord +Tanslemt ; puis on franchit l’Atlas et on descend à El Bour. + + Distances : de Tanslemt à El Bour comme d’Aït Çaleḥ au Gers. + + de Aït Iatin à Ạïn Chạïr 2 jours. + + +[Note 120 : C’est en approchant de l’Ouad Ziz que j’ai entendu +ce nom pour la première fois. Il est employé sur tout le cours +du Ziz et dans le bassin supérieur de la Mlouïa. Il ne désigne +point une race, mais l’état d’une partie de la population. Une +portion des Imaziren sédentaires de cette contrée n’a pas +su conserver son indépendance et a été réduite par des tribus +nomades voisines à l’état de tributaire : ce sont ces tributaires +qu’on appelle _Qebala_. Ils sont presque tous Chellaha, de même +race, par conséquent, et de même couleur que la plupart de leurs +dominateurs. Par extension, on désigne quelquefois du nom de Qebala +des Chellaha sédentaires, même indépendants, lorsque ces Chellaha +vivent isolés, sans aucun lieu avec personne. Ainsi les Chellaha +du Reris et de quelques autres oasis sont souvent dits Qebala, bien +que libres.] + + + + + VI. + + BASSIN DE L’OUAD MLOUIA. + + + 1o. — COURS DE LA MLOUIA. + + +La Mlouïa prend sa source dans le désert appelé Khela Mlouïa, sur +le territoire des Beni Mgild. Puis elle coule durant assez longtemps +en arrosant les terres de cette tribu. + +Elle les quitte au point où elle reçoit l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg ; +ce confluent est la limite entre les Beni Mgild d’une part, les Aït +Ioussi et les Aït ou Afella de l’autre : ceux-ci possèdent la +rive droite du fleuve, ceux-là ont la gauche. Dans cette partie de +son cours, la Mlouïa se déroule au milieu d’une large plaine ; +elle a déjà beaucoup d’eau, mais ses rives sont à peu près +désertes : des tribus entre lesquelles elle coule, la première +n’a aucun établissement sur ses bords, ni même dans sa vallée, +et ne vient que rarement planter ses tentes ou faire paître ses +troupeaux le long de ses eaux ; la seconde, peu nombreuse, possède +quelques qçars dans la vallée, mais n’en a qu’un sur les rives +mêmes du fleuve ; ce qçar, Aḥouli (50 fusils ; rive droite), +est situé à peu de distance au-dessous du confluent de l’Ouad +Ouṭat Aït Izdeg. Aḥouli est le seul point habité du cours de +la Mlouïa entre ce confluent et Qçâbi ech Cheurfa. + +Au-dessous d’Aḥouli, après avoir coulé dans le désert, en +formant limite entre les Aït Ioussi et les Aït ou Afella, la Mlouïa +se borde subitement de cultures, de jardins et de qçars : c’est +le district de Qçâbi ech Cheurfa. A cet endroit le fleuve coule +au fond d’une tranchée, profonde d’environ 40 mètres et large +de 1500. C’est cette tranchée qui, remplie sans interruption de +plantations et de jardins sur une longueur de plus de 15 kilomètres +et semée de nombreux qçars, forme le district de Qçâbi ech +Cheurfa. Celui-ci ne s’étend pas ailleurs et se compose des seules +rives du fleuve, sans déborder dans sa vallée. Des deux côtés du +district, la vallée, de plus en plus plate et de plus en plus large, +est occupée par les mêmes tribus qu’un peu plus haut. Aït Ioussi +à gauche, Aït ou Afella à droite. Le district les sépare comme +les séparaient auparavant les eaux du fleuve. + +Après être sortie de Qçâbi ech Cheurfa, et avant d’entrer +dans le désert, la Mlouïa arrose encore deux qçars : ils font +suite au district d’El Qçâbi, mais n’en dépendent pas ; ce +sont, d’abord Tamdafelt (rive gauche ; 120 fusils), puis plus bas +Izeṛran (rive droite ; 30 fusils). Le premier appartient aux Aït +ou Afella, le second aux Aït Izdeg. Les rives du fleuve, au fond de +l’encaissement où il coule, ne cessent pas un instant, entre Qçâbi +ech Cheurfa et Tamdafelt, comme entre Tamdafelt et Izeṛran, d’être +garnies de cultures. Quant à la vallée, elle appartient toujours, +d’un côté aux Aït Ioussi, de l’autre aux Aït ou Afella. + +Au-dessous d’Izeṛran, la Mlouïa rentre dans le désert ; +elle continue à couler entre deux tribus : les Aït Ioussi sont +encore à gauche ; mais ce sont les Oulad Khaoua qui occupent à +présent la rive droite : ils succèdent ici aux Aït ou Afella. La +Mlouïa est toujours dans sa tranchée, de même largeur et de même +profondeur qu’à Qçâbi ech Cheurfa, mais déserte ; les riantes +cultures y sont remplacées par d’épais taillis de tamarix au +milieu desquels serpentent, avec mille détours, les eaux jaunes du +fleuve. D’Izeṛran à Misour, la Mlouïa coule ainsi, entre les +deux mêmes tribus. Sur ce long espace, sa vallée, immense plaine, +est habituellement déserte du côté des Aït Ioussi, semée de +quelques campements du côté des Oulad Khaoua. Son cours n’a +que deux points habités, deux qçars situés assez loin l’un de +l’autre, isolés chacun sur ses bords, où ils coupent un instant le +long ruban de tamarix ; tous deux appartiennent aux Oulad Khaoua ; +ils se nomment, l’un Megdoul, l’autre El Bridja. Le premier +est le plus haut, il est situé sur la rive droite et se compose +de 40 maisons ; El Bridja est à onze kilomètres plus bas, sur la +rive gauche ; elle a à peine 15 ou 20 feux. Le bois de tamarix qui +remplit l’encaissement du fleuve porte, entre Megdoul et El Bridja, +le nom de Ṛaba Oumm el Lefạ. + +Ainsi coule la Mlouïa jusqu’à Misour. Ce lieu est un groupe de 10 +à 12 qçars entourés d’admirables jardins, situé au confluent +de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg, tributaire de sa rive +gauche. Les qçars de Misour sont tous sur l’Ouad Souf ech Cherg, +à l’exception d’un seul, Igli, qui se trouve sur la Mlouïa. Il +s’élève sur sa rive gauche, un peu au-dessous du confluent ; +c’est une localité importante, pouvant lever 300 fusils. Elle est +située au bord même du fleuve, au fond de la tranchée où il a +coulé jusqu’ici et où il continuera à être jusqu’à Ouṭat +Oulad el Ḥadj. + +A hauteur de Misour finissent les territoires des Aït Ioussi et des +Oulad Khaoua. En les quittant, la Mlouïa entre sur celui des Oulad +el Ḥadj ; cette puissante tribu occupe tout le fond de sa vallée, +sur les deux rives : la vallée est ici une plaine immense, nue et +déserte, triste région rappelant les Hauts Plateaux d’Algérie. Le +fleuve coule au milieu, caché au fond de son encaissement, que +remplissent toujours des tamarix touffus. Il demeure ainsi de Misour à +Ouṭat Oulad el Ḥadj. Sur cette portion de son cours, il baigne un +seul lieu habité, Touggour, petit village situé sur sa rive même, +du côté gauche : le hameau se compose d’environ 50 habitations, +occupées par des cherifs, descendants de Moulei Iạqob ben Selîman, +et d’une qoubba, mausolée de ce saint. Touggour est située à peu +près à mi-distance de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Elle coupe +ainsi la longue ligne de tamarix qui, au-dessus et au-dessous d’elle, +garnit l’excavation du fleuve, en deux parties presque égales. Elles +ont chacune leur nom : de Misour à Touggour, c’est Ṛaba Sidi +Ạbd el Ouaḥad, ainsi appelée d’une qoubba qui s’y trouve ; +de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj, c’est Ṛaba el Ạrich. + +Ouṭat Oulad el Ḥadj est un groupe d’environ 30 qçars unis +entre eux et enveloppés par de superbes jardins ; il est situé au +confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Chegg el Arḍ, son tributaire +de gauche. Les jardins de cette sorte d’oasis touchent au fleuve, +mais aucune localité n’est sur son cours ; toutes sont sur l’Ouad +Chegg el Arḍ. + +Au-dessous d’Ouṭat Oulad el Ḥadj, la Mlouïa demeure encore +longtemps sur le territoire des Oulad el Ḥadj. La vallée +tout entière leur appartient jusqu’au petit centre d’Oulad +Ḥamid. Dans cette nouvelle portion, la vallée et les rives +de la Mlouïa sont un peu différentes de ce qu’elles étaient +auparavant. La vallée est toujours une vaste plaine, mais elle est +moins large : elle avait plus de 30 kilomètres à hauteur de Misour, +elle n’en a que 20 à El Ouṭat et ne cesse de se rétrécir +jusqu’à Oulad Ḥamid. Elle reste déserte, avec çà et là +de rares campements de nomades. Quant au fleuve, à partir d’El +Ouṭat, il n’est plus encaissé et coule au niveau de la plaine ; +plus de tamarix sur ses bords. Encore désert pendant une grande partie +de son cours, il se garnit de qçars de distance en distance ; ces +qçars sont, en le descendant : Oulad Jerrar (rive droite ; 20 fusils), +Baṛdad (rive gauche ; 40 fusils), Oulad El Ḥasen (rive droite ; 40 +fusils), Ez Zaouïa (rive droite ; 40 fusils), Oulad Sidi Ben Ạïada +(rive gauche ; 30 fusils), Zerzaïa (rive gauche ; 80 fusils), Oulad +Sidi Bou Iạqob (rive droite ; 30 fusils), Oulad Ḥamid (petite +qaçba entourée de tentes et de huttes réparties sur les deux rives +du fleuve ; 200 fusils). Il y a environ 17 kilomètres d’El Ouṭat +à Oulad Jerrar. Les autres localités s’échelonnent au-dessous, +ayant tantôt peu, tantôt beaucoup de distance entre elles. Les +qçars d’Oulad Sidi Ben Ạïada et d’Oulad Sidi Bou Iạqob +sont peuplés de marabouts, celui de Zerzaïa de Qebala, les autres +d’Oulad el Ḥadj. Tous appartiennent à cette tribu. Les espaces +qui les séparent sont déserts, excepté d’Oulad Sidi Bou Iạqob +à Oulad Ḥamid ; entre ces deux points, les bords du fleuve sont +sans interruption garnis de cultures. + +En sortant du territoire des Oulad el Ḥadj, la Mlouïa passe à +Refoula. C’est une petite qaçba entourée d’un certain nombre +de tentes qui, comme celles d’Oulad Ḥamid, comme celles du Za, +de l’Ouad Mesegmar, sont là constamment, aussi fixes que des +maisons. Refoula appartient aux Ḥallaf, bien que le gros de cette +tribu soit plus bas, séparé d’elle par les Houara. D’Oulad +Ḥamid à Refoula, les bords du fleuve ne cessent d’être couverts +de cultures. + +De Refoula, la Mlouïa entre sur le territoire des Houara. Cette tribu +en occupe les deux rives et parcourt la vaste plaine au milieu de +laquelle elle coule. La vallée, après s’être beaucoup rétrécie +aux environs d’Oulad Ḥamid, resserrée entre les monts des Ṛiata +et les monts Debdou, s’élargit ensuite subitement : les montagnes +font place à d’immenses plaines, le Tafrâta, l’Angad, le Jell, le +Ṛaret ; le fleuve coule à leur niveau ; on ne voit plus de limite à +sa vallée. C’est dans ces plaines, sur les deux rives de l’ouad, +que campent les Houara. Nomades, ils n’ont que deux établissements +fixes au bord du fleuve ; ce sont deux qaçbas, Gersif (ou Agersif) et +Oulad Ḥammou ou Mousa. La première, très ancienne, mais délabrée +aujourd’hui, commande un gué important ; elle appartient à la +fraction des Oulad Mesạoud ; la seconde est à une certaine distance +au-dessous de la première ; toutes deux sont sur la rive gauche. A +défaut d’habitations fixes sur la Mlouïa, les Houara y ont un +certain nombre de tentes et beaucoup de cultures. Ils ont divisé le +cours du fleuve entre leurs diverses fractions ; chacune en possède +un tronçon, où elle laboure au bord de l’eau et où elle campe +pendant une partie de l’année ; voici, en descendant l’ouad, +en quel ordre les fractions des Houara s’y succèdent : Ạtamna, +Oulad Sedira, Mezarcha, Zergan, Oulad Mesạoud, Oulad Ḥammou ou +Mousa. Tant que la Mlouïa est sur le territoire des Houara, et depuis +Refoula, les deux côtés ne cessent d’en être garnis de cultures. + +Des Houara, la Mlouïa passe chez les Ḥallaf ; ce sont encore des +nomades ; ils occupent les deux rives du fleuve et les plaines qui +le bordent. Chez eux, pas une seule construction sur son cours ; +mais il ne cesse d’être garni de cultures tout le temps qu’il +demeure sur leur territoire. Celui-ci succédant immédiatement au +territoire des Houara, les plantations ne s’interrompent pas entre +les deux tribus : ainsi depuis Oulad Sidi Bou Iạqob, chez les Oulad +el Ḥadj, jusqu’au point le plus bas des Ḥallaf, les deux rives de +la Mlouïa sont constamment cultivées. Comme les Houara, les Ḥallaf +ont partagé le cours du fleuve entre leurs diverses fractions ; voici, +en le descendant, dans quel ordre elles s’y suivent : Oulad Reḥou, +Medafra, Oulad Sidi Moḥammed bel Ḥoseïn (cherifs), Oulad Mahdi, +El Arbạ, Oulad Selîman. + +En sortant de chez les Ḥallaf, la Mlouïa entre chez les Beni +Oukil. C’est une tribu de marabouts, n’ayant que des tentes, mais +installés toujours aux mêmes lieux et ne quittant pas les bords du +fleuve dont ils possèdent les deux rives. Ils se divisent en trois +fractions : chacune d’elles campe groupée en un point déterminé +du cours de la Mlouïa. Ces trois points sont espacés à environ +13 kilomètres les uns des autres ; on n’a pu me dire le nom de +la fraction qui est le plus haut, la seconde s’appelle El Khorb, +la plus basse Oulad el Bacha. Entre ces trois groupes, comme entre +le premier et la frontière des Ḥallaf, le fleuve est désert ; +plus de cultures sur ses bords. + +Au-dessous des Beni Oukil, la Mlouïa coule dans le désert jusqu’à +son embouchure dans la Méditerranée ; dans cet espace, ni lieu +habité ni plantations sur ses rives. Cette dernière portion de son +cours est étroitement resserrée entre deux chaînes de montagnes, +l’une à droite habitée par les Beni Iznâten, l’autre à gauche +occupée par les Kebdana. + + Distances : de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) au confluent de + la Mlouïa et de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg comme de Kerrando + à Nezala. + + de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa.) au qçar le plus + haut du district comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin. + + de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) au qçar le plus + bas du district comme 2 fois d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ + Tiallalin. + + de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) à Aḥouli comme + d’Aït Çaleḥ au Gers. + + de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) à Megdoul comme + d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin. + + de Qçâbi ech Cheurfa à Izeṛran comme d’Aït ou Alil à + Mellaḥ Tiallalin. + + de Megdoul à El Bridja comme d’El Bridja à Misour. + + du confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg à + Igli comme d’Aït ou Alil à Mellaḥ Tiallalin. + + d’Igli à Touggour comme du Gers à Nezala. + + de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj comme du Gers à Nezala. + + d’El Ạrzan à Oulad Jerrar comme d’Aït Ọtman à Qçar es + Souq. + + d’Oulad Jerrar à Baṛdad comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ + Tiallalin. + + Oulad El Ḥasen est en face de Baṛdad. + + Ez Zaouïa touche Oulad El Ḥasen. + + de Reggou à Oulad Sidi Ben Ạïada comme de Qçar es Souq à + Aït Ọtman. + + de Feggouç à Zerzaïa comme d’Aït Ọtman à Tamerrakecht. + + de Zerzaïa à Oulad Ḥamid comme d’El Bridja à Misour. + + d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Oulad Ḥamid, la moitié de la + distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. + + d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Gersif comme du Za à Qaçba el + Ạïoun. + + de Debdou à Gersif comme du Za à Qaçba el Ạïoun. + + d’Oulad Selîman au groupe le plus haut des Beni Oukil, la + moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. + + du groupe le plus haut des Beni Oukil à El Khorb, la + moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia. + + d’El Khorb à Oulad el Bacha, la moitié de la distance + d’Oudjda à Lalla Maṛnia. + +Après avoir décrit dans son ensemble le cours de la Mlouïa, nous +allons étudier séparément les trois importants groupes de qçars +qui se trouvent l’un sur ses rives mêmes, les deux autres tout +près d’elles : Qçâbi ech Cheurfa, Misour, Ouṭat Oulad el Ḥadj. + + + =Qçâbi ech Cheurfa.= + + +Ce district se compose d’un certain nombre de qçars, tous situés +sur les rives de la Mlouïa ; en voici les noms, dans l’ordre où +on les rencontre en descendant le fleuve : + + Oulad Ṭeïr (Qebala) rive droite, 30 fusils. + + Taṛzout (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 120 + + Oulad Ạrzin (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 25 + + Qçar Djedid (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 60 + + El Qçâbi (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 150 + + Chegg el Ouad (cherifs et Ḥaraṭîn) rive gauche, 30 + + El Mektoufa (cherifs et Ḥaraṭîn) rive gauche, 20 + + Sạïda (Aït Tseṛrouchen) rive droite, 50 + + Aït Blal (Aït Izdeg) rive droite, 50 + + Akhsab (Aït Izdeg) rive gauche, 30 + +Le district appartient aux cherifs qui l’habitent : eux seuls y +possèdent la terre et ont part à l’administration. Dans quelques +endroits, tels que Sạïda et Aït Blal, ils louent la terre à des +étrangers, mais sans l’aliéner. Jadis indépendants du sultan, ils +se sont soumis à lui sans résistance en 1877. Depuis ce temps, ils +ont un qaïd, résidant à El Qçâbi, dans une qaçba appelée Qaçba +el Makhzen. Mais celui-ci ne s’ingère point dans leurs affaires +locales ; il est peu respecté des cherifs, qui plus d’une fois +ont répondu à ses demandes par des coups de fusil. De tout temps le +district a eu une debiḥa sur les Aït Izdeg : il l’a aujourd’hui +encore et continue, bien que blad el makhzen, à leur payer tribut. + +Les cherifs de Qçâbi ech Cheurfa sont originaires du Tafilelt ; +ils appartiennent à deux rameaux de la branche des Ạlaouïa, +ceux des Oulad Moulei Ḥachem et des Oulad Moulei Ạli. + +L’arabe et le tamaziṛt sont également en usage dans le +district. La plupart des habitants parlent les deux langues. + +Marché permanent dans la localité d’El Qçâbi ; c’est le seul +du district. + +Un mellaḥ. + + + =Misour.= + + +Misour est un district indépendant, formé d’un certain nombre de +qçars qui s’élèvent auprès du confluent de l’Ouad Souf ech +Cherg et de la Mlouïa ; il est divisé en deux parties distinctes, +l’une située sur les rives de l’Ouad Souf ech Cherg, l’autre +sur celles de la Mlouïa. La première, Misour proprement dit, +est de beaucoup la plus considérable ; elle se compose de tous les +qçars du district à l’exception d’un. La seconde est formée de +la seule localité d’Igli. Nous avons déjà indiqué la position +d’Igli ; nous ne parlerons donc que de la portion de Misour placée +sur l’Ouad Souf ech Cherg. Celle-ci ne forme qu’un seul îlot +de verdure où sont disséminés les neuf qçars qui la composent ; +voici les noms de ces derniers, dans l’ordre où on les trouve en +descendant la rivière : + + Oulad Bou Ḥafra rive 15 fusils. + droite, + + Oulad Bou Jejia rive 60 + droite, + + Oulad Selîman rive 80 + droite, + + El Gara (ce sont 3 tours construites sur une rive + éminence : on les emplit de tireurs en temps droite, + de guerre ; elles sont inhabitées pendant la + paix) + + Oulad Seṛeïr (située sur une colline) rive 100 fusils. + droite, + + Gebdour rive 50 + droite, + + El Ḥarsa rive 30 + droite, + + Bou Kenzt rive 300 + droite, + + Oulad Sidi Bou el Ạlam rive 50 + droite, + +Les cinq premiers qçars sont très rapprochés les uns des autres ; +ils portent le nom collectif d’Oulad Abbad. Les 4 derniers sont +plus espacés ; ils portent le nom d’Oulad Bou Ṭîb. + +Misour est indépendant et du sultan et des tribus voisines. Chaque +qçar s’y administre isolément, sans aucun lien avec les autres. + +La population de Misour se compose partie d’Arabes, partie de +marabouts. On n’y parle que l’arabe. + +Pas de marché. + +Un mellaḥ. + + Distances : d’Oulad Bou Ḥafra à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou + Alil à Kerrando. + + d’Oulad Bou Jejia à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou + Alil à Kerrando. + + d’Oulad Selîman à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou + Alil à Kerrando. + + d’El Gara à l’Ouad Souf ech Cherg, 200 mètres de plus que + d’Aït ou Alil à Kerrando. + + d’Oulad Seṛeïr à l’Ouad Souf ech Cherg, 200 mètres de + plus que d’Aït ou Alil à Kerrando. + + d’Oulad Bou Ḥafra à Oulad Bou Jejia, 500 mètres. + + d’Oulad Bou Jejia à Oulad Selîman, 200 mètres. + + d’Oulad Bou Jejia à El Gara, 200 mètres. + + d’Oulad Selîman à Oulad Seṛeïr, 200 mètres. + + d’El Gara à Oulad Seṛeïr, 200 mètres. + + d’Oulad Bou Ḥafra à Oulad Selîman, 700 mètres. + + de Gebdour à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à + Kerrando. + + d’El Ḥarsa à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à + Kerrando. + + de Bou Kenzt à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil + à Kerrando. + + Oulad Sidi Bou el Ạlam est sur la rive même de l’Ouad + Souf ech Cherg. + + d’Oulad Selîman à Gebdour, 1000 mètres. + + de Gebdour à El Ḥarsa, 1500 mètres. + + d’El Ḥarsa à Bou Kenzt, 600 mètres. + + d’El Ḥarsa à Oulad Sidi Bou el Ạlam, 2000 mètres. + + d’Oulad Bou Ḥafra à l’Ouad Mlouïa comme de Tamerrakecht à + Aït Çaleḥ. + + d’Oulad S. Bou el Ạlam à Igii comme d’Aït Çaleḥ au Gers. + + + =Outat Oulad El Hadj.= + + +Ouṭat Oulad el Ḥadj, ou El Ouṭat, comme on l’appelle le plus +souvent, est un groupe d’une trentaine de qçars situés sur les +rives de l’Ouad Chegg el Arḍ auprès de son confluent avec la +Mlouïa. Ces qçars sont enveloppés et unis par de superbes vergers +qui font du groupe un seul îlot de verdure. El Ouṭat appartient +aux Oulad el Ḥadj, sur le territoire desquels elle est située, et +n’est peuplée que d’eux, à l’exception de quelques localités +habitées par des marabouts. Voici les qçars qui la composent, dans +l’ordre où on les trouve en descendant l’Ouad Chegg el Arḍ : + + Oulad El Feḍil rive 6 fusils. + droite, + + Oulad Ạbd el Malek rive 20 + gauche, + + Mellaḥ el Ihoud rive 30 + droite, + + Oulad El Bekri rive 20 + gauche, + + El Angab (2 qçars) rive 30 + droite, + + El Hamouziin rive 30 + droite, + + Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad rive 40 + gauche, + + El Ḥarar rive 50 + droite, + + Oulad Mellouk (groupe de 12 qçars) rive 300 + droite, + + Cheurfa Qouareṭ (Oulad Moulei Iạqob ; 3 rive 50 + qçars) droite, + + Cheurfa Touggour (Oulad Moulei Iạqob ; 3 rive 50 + qçars) droite, + + Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad rive 40 + gauche, + + Zaouïa Sidi Oumbarek (marabouts de rive + Kenadsa) gauche, + + Kechchacha (2 qçars) rive 30 + droite, + + Beni Bou Ḥi rive 150 + gauche, + +Ces localités sont toutes situées sur la rivière même ou très +près d’elle, à l’exception d’Oulad Mellouk ; les 12 qçars +qui composent ce groupe, presque contigus les uns aux autres, +s’élèvent à environ 2 kilomètres de la rivière et des autres +qçars ; ils leur sont unis par des jardins et sont compris dans +l’îlot général d’El Ouṭat. Oulad Mellouk est alimentée par +des canaux dérivés de l’Oulad Chegg el Arḍ. + +El Ouṭat, étant aux Oulad el Ḥadj, suit leur sort, et chaque qçar +suit celui de la fraction à laquelle il appartient. En ce moment, +la tribu est insoumise au sultan. Les Oulad el Ḥadj sont de race et +de langue arabe ; mais beaucoup d’habitants d’El Ouṭat savent +aussi le tamaziṛt. + +Point de marché à Ouṭat Oulad el Ḥadj. + +Un mellaḥ. + +On considère souvent comme faisant partie d’Ouṭat Oulad el Ḥadj +le groupe isolé d’El Ạrzan : il se compose d’environ 10 qçars +(300 fusils) entourés de jardins. C’est un îlot, séparé de celui +d’El Ouṭat et distant de lui de 5 kilomètres ; il appartient +aussi aux Oulad el Ḥadj et est de tout point analogue à celui dont +on le regarde comme un complément. + + Distances : d’Oulad El Feḍil à Kechchacha comme de Mellaḥ Tiallalin + au Gers. + + d’El Ạrzan à l’Ouad Chegg el Arḍ comme d’Aït Çaleḥ à Aït + ou Alil. + + d’El Ạrzan à Kechchacha comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. + + Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad est en face d’El Hamouziin. + + Beni Bou Ḥi est en face de Kechchacha. + + + 2o. — VALLÉE DE LA MLOUIA. + + +La vallée de la Mlouïa est en général très large ; voici les +aspects qu’elle prend successivement. + +Nous ne savons point ce qu’elle est dans sa partie haute, chez les +Beni Mgild. + +Du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg à El Bridja, elle a +une largeur uniforme d’environ 16 kilomètres. C’est une vaste +plaine, unie au milieu, en pente légère sur les deux bords, bornée +à gauche par le pied du Moyen Atlas, à droite par le Grand Atlas. + +A El Bridja, la vallée s’élargit beaucoup ; à Misour, elle +atteint sa plus grande largeur, environ 32 kilomètres. De là à Oulad +Ḥamid, c’est une immense plaine, unie et nue, appelée du nom du +fleuve, _Mlouïa_ ; elle est bornée à gauche par le Moyen Atlas, +haute muraille sombre aux crêtes neigeuses ; à droite par le Rekkam, +mouvement de terrain à peine sensible apparaissant comme une ligne +jaune à l’horizon : le Rekkam est une succession de côtes très +douces et de plateaux très bas, formant dans leur ensemble une longue +rampe ondulée, de pente très faible, au sommet de laquelle commence, +sous le nom de Ḍahra, la vaste région des Hauts Plateaux. Le Rekkam +a son origine au Grand Atlas, se dirige à peu près du sud au nord, +et se prolonge jusqu’aux monts Debdou. De Misour à Oulad Ḥamid, +la vallée va en se rétrécissant d’une façon insensible, +mais continue. A Ouṭat Oulad el Ḥadj, elle n’a plus que 20 +kilomètres ; à Oulad Ḥamid, elle est beaucoup plus étroite. Aux +environs de ce point, le fleuve traverse un kheneg. C’est la trouée +par laquelle il perce le Moyen Atlas ; là, le Rekkam a disparu : +des deux côtés du fleuve, s’élèvent les hautes murailles de +la chaîne où il se fraie un passage, après en avoir si longtemps +longé le pied. A droite du kheneg, le Moyen Atlas porte le nom de +Djebel Debdou. A sa gauche, il n’a pas de nom spécial ; c’est +la partie de la chaîne occupée, à quelque distance du fleuve, +par les Beni Ouaṛaïn. + +A cet étranglement de la vallée succède une plaine : sur la rive +droite, c’est le vaste désert de Tafrâta, commençant près +d’Oulad Ḥamid et se prolongeant jusqu’au pays de Za ; sur la +rive gauche, c’est la vallée de l’Ouad Melillo : celui-ci coule +entre le Moyen Atlas et la chaîne des Ṛiata et se jette dans la +Mlouïa à Gersif. + +Cette plaine est suivie d’une autre, qui est séparée de la +première par une ligne de coteaux très bas unissant le Djebel Ṛiata +à la chaîne des monts Mergeshoum, Beni Bou Zeggou et Zekkara, son +prolongement ; le fleuve perce ces hauteurs presque insensibles vers +les confins des Houara et des Ḥallaf, et entre dans la nouvelle +plaine qui porte à droite le nom d’Angad, à gauche ceux de +Jell d’abord, de Ṛaret ensuite : la plaine de Jell et celle de +Ṛaret sont séparées par une chaîne de collines peu élevées, +le Gelez. L’Angad, le Tafrâta, le Jell, le Ṛaret sont de vastes +surfaces unies et désertes s’étendant très loin à l’est et +à l’ouest, et bornées dans ces directions par des mouvements de +terrain peu élevés qu’on n’aperçoit pas de la Mlouïa ; rien, +pendant que le fleuve parcourt ces plaines, ne détermine les limites +de sa vallée. + +L’Angad et le Ṛaret finissent au-dessous des dernières tentes des +Beni Oukil. Là le fleuve rentre en montagne. Sa vallée, jusqu’à +la mer, demeure resserrée entre les flancs d’une haute chaîne +au milieu de laquelle il s’est percé un passage ; cette chaîne, +prenant les noms des tribus qui l’habitent, s’appelle, à droite +de la Mlouïa, Djebel Beni Iznâten, à gauche Djebel Kebdana. + +Après avoir dessiné à grands traits la vallée de la Mlouïa, +nous allons énumérer les qçars qui s’y trouvent, situés dans le +fond ou sur les flancs, sans être sur le cours du fleuve ni sur ceux +de ses affluents. Il y en a fort peu dans le fond, mais un certain +nombre sur les premières pentes des chaînes qui le bordent. Nous +les diviserons en cinq classes : + +1o Qçars des Aït ou Afella. + +2o Qçars au pied du Grand Atlas. + +3o Qçars du Rekkam. + +4o Qçars des premières pentes du flanc gauche de la vallée +(Moyen Atlas). + +5o Qçars du Djebel Debdou (Moyen Atlas). + + + =1o Qçars des Aït ou Afella.= + + +Ils sont au nombre de trois, tous situés dans le fond de la vallée, +entre le Grand Atlas et la Mlouïa : ce sont : + + _Zebzat._ 200 fusils. + + _Bou Aïach_ (arrosée par un ruisseau sortant du 30 + Djebel Aldoun dans le Grand Atlas). + + _Entrit_ (arrosée par des sources). 15 + +Nous les avons vus tous trois en allant du col de Telṛemt à Qçâbi +ech Cheurfa ; les deux premiers étaient à l’ouest de notre route, +le dernier à l’est. + + Distances : de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Entrit comme d’Aït Çaleḥ + à Kerrando. + + d’Entrit à Bou Ạïach comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. + + de Qaçba el Makhzen à Zebzat comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ + Tiallalin. + + + =2o Qçars au pied du Grand Atlas.= + + +Voici leurs noms, dans l’ordre où on les rencontre en longeant le +pied du Grand Atlas, de l’ouest à l’est : + + _Zriouila_ (Aït Tseṛrouchen et Aït Izdeg). 20 fusils. + + _Bertat_ (Aït Izdeg). 200 + +Ces localités sont arrosées par des sources ; elles appartiennent +aux tribus que nous venons de citer. Dans chacune, la population +se compose partie d’individus de la tribu qui possède le qçar, +partie de Qebala. + +Ni marché, ni Juifs en aucun de ces points. + + Distances : de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Zriouila comme d’Aït + Çaleḥ au Gers. + + de Zriouila à Bertat comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin. + + de Bertat à Ạïat (Ouad Ouizert) comme d’Aït Ọtman à + Mellaḥ Tiallalin. + + d’Ạïat à Bou Sellam comme d’Aït Çaleḥ au Gers. + + de Bou Sellam à Tagenza comme du Gers à Nezala. + + de Tagenza à Azdad comme d’Aït Ọtman à Aït Çaleḥ. + + de Qaçba el Makhzen à Azdad, un jour 1/2 de marche. + + de Tagenza à Tanslemt comme d’Aït Ọtman à Qçar es Souq. + + de Tanslemt à Talsit comme de Qçar es Souq à Mellaḥ + Tiallalin. + + de Talsit à Anoual comme de Nezala à Qçâbi ech Cheurfa. + +Les cinq points d’Azdad, de Talsit, d’Anoual, de Tagenza et de +Tanslemt, dont il est parlé ici, sont des localités du Ḍahra ou du +pied du Grand Atlas. Azdad est un groupe de 5 qçars appartenant aux +Aït Tseṛrouchen : 200 fusils. Talsit est un groupe indépendant +de 3 qçars contigus, habités par des marabouts de Sidi Ben Ạbd +Allah ; il est situé sur une rivière de même nom que lui, dont +le reste du cours est à sec et désert : 300 fusils. Anoual est un +qçar de 60 fusils, peuplé d’Aït Tseṛrouchen et de marabouts ; +il compte dans le Ḍahra[121]. Tagenza est un qçar de 80 fusils, +peuplé moitié d’Aït Izdeg, moitié d’Aït Tseṛrouchen, et +dépendant des deux tribus ; il est situé sur un petit cours d’eau +de même nom que lui dont le reste du cours est désert. Tanslemt +est un qçar isolé de 100 fusils, habité par des Qebala ; ceux-ci, +comme les autres Qebala de la région, sont vassaux des puissantes +tribus voisines et indépendants du sultan ; Tanslemt est sur une +petite rivière dont le reste du cours est désert. + + + =3o Qçars du Rekkam.= + + +Ils sont au nombre de quatre, contigus les uns aux autres, et +enveloppés dans une même ceinture de jardins. Ce groupe se nomme : + + _Tiissaf._ 300 fusils. + +La population de Tiissaf est composée de marabouts des Oulad Sidi +Ạïssa ; ces religieux sont regardés comme formant une des fractions +des Oulad el Ḥadj. + +Une grande ḍaïa alimente ce lieu. + + Distances : de Tiissaf au lit de la Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ au Gers. + + Tiissaf est à peu près en face de Tirnest par rapport à + la Mlouïa. + + =4o Qçars sur les premières pentes du flanc gauche de la vallée.= + +Ils forment cinq groupes, situés sur les premières pentes du Moyen +Atlas, dans la région de cette chaîne comprise entre Misour et +Oulad Ḥamid. En voici les noms, dans l’ordre où on les trouve +en suivant les premières pentes du Moyen Atlas du sud au nord : + + Almis (un seul village ; Chellaḥa). 250 fusils. + + Tirnest (10 qçars ; Oulad el Ḥadj). 600 + + Reggou (5 qçars ; Chellaḥa). 400 + + Qçar el Mạllemin (1 qçar ; Chellaḥa). 12 + + Feggouç (2 qçars ; marabouts des Oulad Sidi Iạqob). 80 + +Tous ces points sont arrosés par des sources et entourés de jardins +fertiles. Tirnest, Reggou, Feggouç ont chacun leurs qçars contigus +et groupés au milieu d’un seul îlot de verdure, comme Misour +et El Ouṭat. Almis et Reggou, bien que peuplés de Chellaḥa, +sont constamment alliés aux Oulad el Ḥadj. Qçar el Mạllemin +dépend des Oulad el Ḥadj. A Tirnest, ils forment la majorité des +habitants et sont les maîtres. Ni marché, ni Juifs dans aucune de +ces localités. + +Almis est fort riche ; ce village possède à lui seul 100 chevaux. + + Distances : d’Almis à Ouṭat Oulad el Ḥadj comme d’Ouṭat Oulad el Ḥadj + à Misour. + + d’Almis à Misour comme de Megdoul à Misour. + + d’Almis à Tiouant comme de Megdoul à Misour. + + de Tirnest à Mellaḥ el Ihoud (Ouṭat Oulad el Ḥadj) comme + de Megdoul à Misour. + + de Tirnest à El Ạrzan comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. + + de Tirnest à Oulad Ạli (Ouad Chegg el Arḍ) comme de Qçâbi + ech Cheurfa à Megdoul. + + de Tirnest à Reggou comme de Megdoul à Misour. + + de Reggou à Oulad Jerrar comme d’El Bridja à Misour. + + de Reggou à l’Ouad Mlouïa comme de Qçar es Souq à Aït + Ọtman. + + de Reggou à Oulad S. Ben Ạïada comme de Qçar es Souq à + Aït Ọtman. + + de Reggou à Qçar el Mạllemin comme de Kerrando au Gers. + + de Qçar el Mạllemin à l’Ouad Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ au + Gers. + + de Qçar el Mạllemin à Feggouç comme d’Aït Çaleḥ à + Kerrando. + + de Feggouç à Reggou comme de Megdoul à Misour. + + de Feggouç à l’Ouad Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. + + + =5o Qçars du Djebel Debdou.= + + +On appelle _Djebel Debdou_ la portion du Moyen Atlas qui s’étend +de Sidi Ạli ben Ạbd er Raḥman d Admer à Sidi Ạli ben Samaḥ +d Oulad Ạmer, c’est-à-dire de la Mlouïa à l’Ouad Za. + +Ce massif renferme un assez grand nombre de qçars et de villages ; +on leur donne le nom général de Haouz Debdou. Ils peuvent se diviser +en trois groupes : + +I. Villages de la vallée de l’Ouad Debdou. + +II. Rechida et qçars voisins. + +III. Villages des Beni Ṛiis. + +Nous allons dire un mot des deux premiers groupes ; le troisième +est situé sur un affluent de la Mlouïa dont il sera parlé plus bas. + +I. _VILLAGES DE LA VALLÉE DE L’OUAD DEBDOU_. — L’Ouad Debdou +n’est qu’un ruisseau qui se perd dans le désert de Tafrâta, +sans atteindre la Mlouïa. Les villages de sa vallée se composent +d’abord de ceux qui sont situés au fond ; ce sont, en descendant : + + _Debdou_ (300 familles israélites et rive droite, 100 fusils. + 100 musulmanes) + + _Qaçba Debdou_ rive droite, 50 + + _Qoubbouin_ rive droite, 15 + + _El Mesalla_ rive gauche, 100 + + _Bou Aïach_ rive gauche, 10 + +ensuite de ceux qui se trouvent à mi-côte des flancs ; ce sont, +en descendant la vallée : + + _Sellaout_ flanc droit, 50 fusils. + + _Flouch_ flanc gauche, 30 + +Ces 7 villages, avec les deux groupes de tentes des Beni Fachat +(contigu à Sellaout ; flanc droit ; 150 fusils) et des Beni Ouchgel +(en aval du précédent ; flanc droit ; 30 fusils), groupes qui, +situés auprès de sources, de jardins, de cultures, sont aussi +invariables dans leurs positions que des villages, forment ce qu’on +appelle le pays de Debdou, _El Debdou_. + +Le Debdou est soumis au sultan et dépend du qaïd de Tâza (en ce +moment Ạbd Allah Ech Cherradi) ; mais celui-ci n’y a placé ni +lieutenant, ni mkhaznis, ni aucun représentant de l’autorité ; +il se borne à venir en tournée tous les ans ou tous les deux ans, +et à envoyer de temps en temps quelques mkhaznis lever l’impôt +sur les Musulmans. Chose curieuse, le qaïd de Tâza n’a sous ses +ordres directs que les Musulmans du Debdou ; les Israélites, fort +nombreux dans le district, dépendent non de lui, mais d’un des +bachas de Fâs, Ould Ba Moḥammed ; c’est à ce dernier qu’ils +remettent tous les ans le montant de leur tribut. + +Les habitants du Debdou s’administrent donc eux-mêmes et, pour +les difficultés, s’en réfèrent à Tâza. On les désigne sous +le nom d’Ahel Debdou. Ce semble être une population mêlée, +Arabes et Chellaḥa, ces derniers dominant. La langue est pour les +uns l’arabe, pour les autres le tamaziṛt. + +Marché permanent au village de Debdou et, de plus, souq el khemîs +dans la même localité. + +Un mellaḥ. + +II. _RECHIDA ET QÇARS VOISINS_. — Ce second groupe se compose +d’un certain nombre de qçars isolés les uns des autres, situés +ceux-ci sur les pentes, ceux-là au pied du revers occidental du +Djebel Debdou ; ils sont beaucoup plus près de la Mlouïa que les +précédents et sont situés sur le flanc même de sa vallée. Voici +leurs noms, dans l’ordre où on les rencontre en descendant +celle-ci : + + _Admer_ (marabouts de Sidi Ạli ben Ạbd er 100 fusils. + Raḥman). + + _Beni Khelften._ 150 + + _Rechida_ (marabouts). 200 + + _Alouana._ 30 + +Les habitants de Rechida et d’Admer sont marabouts. Ils font partie, +ainsi que les gens de Beni Khelften, des Oulad el Ḥadj, dont les Ahel +Rechida et les Oulad Admer sont deux fractions. Mais en ce moment ils +sont en guerre avec le reste de leur tribu. Celle-ci est insoumise ; +eux obéissent au sultan ; d’où querelle. + +Rechida est un grand et beau qçar, situé à mi-côte du Djebel +Debdou, dans un lieu escarpé. Sources abondantes, grands jardins, +beaux oliviers. + +Beni Khelften est au pied de Rechida, dans la position de Debdou par +rapport à Qaçba Debdou. + +Admer est au sud de Beni Khelften ; des sources l’arrosent. + +Ạlouana se trouve dans un repli de la montagne, au nord-ouest +de Debdou. + +Admer, Beni Khelften, Rechida, Ạlouana, sont soumis au sultan et +dépendent du qaïd de Tâza. + + Distances : d’Admer à Beni Khelften, le tiers de la distance de Lalla + Maṛnia à Oudjda. + + d’Admer à Oulad Sidi Bou Iạqob, la moitié de la distance + de Lalla Maṛnia à Oudjda. + + de Rechida à la Mlouïa, la distance de Lalla Maṛnia à + Oudjda. + + de Rechida à Beni Ṛiis, la moitié de la distance de Lalla + Maṛnia à Oudjda. + + de Debdou à Beni Ṛiis, la moitié de la distance de Lalla + Maṛnia à Oudjda. + + Beni Khelften est au pied de Rechida. + + + 3o. — AFFLUENTS DE LA MLOUIA. + + +La Mlouïa reçoit un grand nombre d’affluents. Voici les principaux +d’entre eux, dans l’ordre où on les rencontre en descendant +le fleuve : + + Ouad Ouṭat Aït Izdeg, se jetant sur sa rive droite aux confins +des Beni Mgild et des Aït ou Afella. + + Ouad Ouizert, se jetant sur sa rive droite entre Megdoul et +El Bridja. + + Ouad Souf ech Cherg, se jetant sur sa rive gauche à quelques +mètres au-dessus d’Igli. + + Ouad Tiddarin, se jetant sur sa rive droite à 1000 mètres +au-dessous d’Igli. + + Ouad Tiouant, se jetant sur sa rive gauche entre Touggour et +Ouṭat Oulad el Ḥadj. + + Ouad Medfạ Keddou, se jetant sur sa rive droite entre Touggour +et Ouṭat Oulad el Ḥadj. + + Ouad Chegg el Arḍ, se jetant sur sa rive gauche à Ouṭat +Oulad el Ḥadj. + + Ouad Beni Ṛiis, se jetant sur sa rive droite dans la fraction +des Ạtamna (Houara). + + Ouad Melillo, se jetant sur sa rive gauche à Gersif. + + Ouad Messoun, se jetant sur sa rive gauche dans la fraction des +Oulad Reḥou (Ḥallaf). + + Ouad Za, se jetant sur sa rive droite dans la plus haute des 3 +fractions des Beni Oukil. + + Ouad el Qceb, se jetant sur sa rive droite chez les Beni Oukil, +au-dessous du Za. + +_OUAD OUTAT AIT IZDEG_. — Cette rivière prend sa source dans le +Grand Atlas au Djebel El Ạïachi. Elle arrose sur son cours le +district d’Ouṭat Aït Izdeg ; le reste du temps, elle coule dans +le désert. Voici les qçars dont se compose Ouṭat Aït Izdeg, +dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad : + + RIVE DROITE : + + Tatteouin. 60 fusils. + + Afelilou (2 qçars). 150 + + Tissouit. 20 + + Asellim (2 qçars). 150 + + Aït ou Afella (3 qçars). 100 + + Ikher Imzioun. 60 + + RIVE GAUCHE : + + Berrom. 100 fusils. + + Tabnattout. 50 + + Semmoura. 60 + + Bou Zmella. 60 + + Aït Ọtman ou Mousa. 150 + + Teççaouit. 100 + +Ces divers qçars ne forment qu’un seul groupe et sont, sur chaque +rive, unis entre eux par des cultures. Ils appartiennent aux Aït +Izdeg. Ceux-ci en sont la seule population. La localité d’Aït ou +Afella dépend de la fraction de ce nom. + +Le district étant la propriété des Aït Izdeg, il va de soi qu’il +est indépendant du sultan et qu’on y parle le tamaziṛt. + +Marché permanent (le samedi excepté) à Bou Zmella. C’est le seul +d’Ouṭat Aït Izdeg. + +Deux mellaḥs. + + Distances : de Tatteouin à Ikher Imzioun comme de Mellaḥ Tiallalin à + Aït ou Alil. + + Berrom est en face d’Asellim. + + Ikher Imzioun est en face d’Aït Ọtman ou Mousa. + + d’Ouṭat Aït Izdeg au confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg + et de la Mlouïa comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad Ouṭat Aït Izdeg reçoit un affluent, +l’Ouad Aït Ạïach, se jetant sur sa rive gauche à une certaine +distance au-dessous du district d’Ouṭat Aït Izdeg. + +OUAD AIT AIACH. — Il prend sa source au Djebel El Ạïachi et +arrose en descendant quatre qçars appartenant aux Aït Ạïach ; +le reste de son cours est désert. Voici les quatre qçars, dans +l’ordre où on les trouve en descendant la rivière : + + Aït Tiferraḥin rive droite, 50 fusils. + + Aït Tourast rive droite, 50 + + Aït Ben Ạli rive gauche, 50 + + Ansegmir rive gauche, 150 + +Les deux derniers qçars sont en face des deux premiers ; ils ne +forment tous quatre qu’un seul groupe ; les jardins sont unis sur +chaque rive du cours d’eau. + +Les Aït Ạïach sont une fraction des Aït Iafelman. C’est dire +qu’ils sont indépendants et parlent le tamaziṛt. Ils composent +la seule population des 4 qçars de l’Ouad Aït Ạïach. + +Ni marché, ni Juifs dans aucun d’eux. + + Distances : du confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg à + celui de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg et de l’Ouad Aït Ạïach + comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman. + + de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Ansegmir comme de Nezala + à El Qçâbi. + +_OUAD OUIZERT_. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, au sommet +appelé Ikhf n Iṛir (Djebel Gir). Plusieurs qçars se trouvent +sur son cours ; les voici, dans l’ordre où on les rencontre en +le descendant : + + Ạïat (3 petits qçars : Qcîra Cheurfa ; Qcîra 60 fusils. + Aït Attou ; Qcîra Sidi Ben Ḥachem). + + Bou Sellam (5 petits qçars : Qçar Ṭoual, rive 200 + gauche ; Qcîra Sidi Moḥammed bel Bachir, rive + gauche ; Qcîra ech Cheurfa, rive gauche ; + Qçar Oulad Moulei El Ḥasen, rive droite ; + Qçar Ousebri, rive droite). + + Tisana rive 10 + gauche, + + Tikoutamin (2 qçars : Ḥaselfa ; Oulad Deḥou). 50 + + Ouizert (3 qçars : Oulad Deḥou ; Oulad Ious ; rive 150 + Oulad Abbou) droite, + +Ces localités sont échelonnées sur la rivière, assez loin les +unes des autres. Aucun lien ne les unit. Entre elles, au-dessus et +au-dessous, le cours de l’ouad est désert. + +Ạïat est peuplée de cherifs et d’Aït Tseṛrouchen, Bou Sellam +de Qebala, Tisana de Qebala, Tikoutamin et Ouizert d’Oulad Khaoua. + + Distances : d’Ạïat à Bou Sellam comme d’Aït Çaleḥ au Gers. + + de Bou Sellam à Tisana comme d’Aït Çaleḥ au Gers. + + de Tisana à Tikoutamin comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. + + de Tikoutamin à Ouizert comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. + + d’Ouizert à Megdoul comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil. + + d’Ouizert à Megdoul comme de Mellaḥ Tiallalin au Gers. + + d’Ouizert au confluent de l’Ouad Ouizert et de la Mlouïa + comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando. + + d’Ouizert à Igli comme d’Aït Ọtman au Gers. + + de Megdoul au confluent de l’Ouad Ouizert et de la Mlouïa + comme d’Aït Ọtman au Gers. + +_OUAD SOUF ECH CHERG_. — Il prend sa source dans le Moyen Atlas, +sur le territoire des Aït Ioussi. Il arrose deux qçars avant +d’arriver à Misour ; ce sont, en descendant la rivière : + + Qcîra Aït Ḥamed ou Selîman. 40 fusils. + + El Kseạt. 40 + +De là il passe à Misour, qui a été décrit plus haut. + +Qcîra Aït Ḥamed ou Selîman et El Kseạt sont habités par des +Aït Ioussi et appartiennent à cette tribu. Ces deux qçars sont +isolés l’un de l’autre ; entre eux, au-dessus et au-dessous, +le cours de la rivière est désert. + + Distances : de Misour à El Kseạt comme d’Aït Ọtman à Kerrando. + + d’El Kseạt à Qcîra Aït Ḥamed ou Selîman comme du Gers à + Aït Çaleḥ. + +_OUAD TIDDARIN_. — Il prend sa source dans le Grand Atlas. Tout le +cours en est désert. + +_OUAD TIOUANT_. — Il prend sa source dans le Moyen Atlas, au Djebel +Tiouant. Cette montagne, où l’on trouve du sel, est située, par +rapport à la Mlouïa, au-dessus de Touggour. A son pied, la rivière +arrose quelques villages qui composent le district de Tiouant. Ce +sont les seuls lieux habités de son cours, qui tout le reste du +temps est désert. Voici les noms de ces villages, dans l’ordre +où on les rencontre en descendant l’ouad : + + Bou Ḥennoun rive 80 fusils. + droite, + + Aït Ḥammou rive 150 + gauche, + + Aït Ạïssa rive 80 + gauche, + + Aït Baroukh rive 120 + gauche, + + Aït ou Iaḥian (2 petits villages se faisant 150 + face, l’un sur la rive droite, l’autre sur + la rive gauche) + +Ces localités ne forment qu’un seul groupe ; leurs cultures se +touchent sur les deux rives du cours d’eau. A elles cinq, elles +composent tout le district de Tiouant. + +Les gens du Tiouant sont toujours alliés aux Oulad el Ḥadj. Ils +sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Point +de relations avec le sultan. + +Ni marché, ni Juifs sur leur territoire. + +L’Ouad Tiouant a toujours de l’eau dans son lit. + + Distances : de la Mlouïa à Aït ou Iaḥian 1/2 jour de chemin. + + de la Mlouïa à Aït ou Iaḥian comme d’Aït Ọtman à Kerrando. + + d’Aït Ḥammou à Aït ou Iaḥian comme de Mellaḥ Ouṭat Oulad + el Ḥadj à Kechchacha. + + Aït Ḥammou et Bou Ḥennoun se font face. + +_OUAD MEDFA KEDDOU_. — Il prend naissance dans le Ḍahra. Tout le +cours en est désert. De sa source à son confluent avec la Mlouïa, +il y a environ 2 jours de marche. + +_OUAD CHEGG EL ARD_. — La source en est dans le Moyen Atlas. Avant +d’arriver à Ouṭat Oulad el Ḥadj, il arrose plusieurs +villages. En voici les noms, dans l’ordre où on les trouve en +descendant la rivière : + + Oulad Bou Ṛilas (bien qu’isolé, ce village rive + compte avec les Beni Ḥassan). droite, + + Beni Ḥassan (4 villages ; 1 sur la rive 600 fusils. + gauche, 3 sur la rive droite) + + Oulad Ạli (4 villages) rive 200 + gauche, + + Beni Ḥaïoun (2 villages) rive 200 + droite, + + Oulad Sạïd rive 30 + gauche, + +De là il descend à Ouṭat Oulad el Ḥadj. + +Ces diverses localités sont espacées, à distance les unes des +autres ; entre elles, le cours de la rivière est désert. + +Des villages situés sur l’Ouad Chegg el Arḍ au-dessus d’Ouṭat +Oulad el Ḥadj, quatre, Beni Ḥassan, Oulad Ạli, Beni Ḥaïoun, +Oulad Sạïd, ont chacun leur organisation séparée et n’ont +aucun lien entre eux. Oulad Bou Ṛilas est peuplée de gens de +Beni Ḥassan et dépend de cette localité. Ces divers centres ont +pour habitants des Chellaḥa sédentaires n’appartenant à aucune +tribu. Ils sont la plupart du temps, mais non toujours, alliés aux +Oulad el Ḥadj. Leur position géographique les met, pour certaines +choses, dans la dépendance de cette tribu. Elle est la seule avec +laquelle ils puissent faire le commerce : d’elle leur viennent et +les huiles et les grains. Il y a bien, à travers la montagne, des +chemins vers Fâs et vers Tâza ; mais ils sont très difficiles et on +ne les prend pas. Cependant ces villages n’ont pas de debiḥa sur +les Oulad el Ḥadj : ils ne sont vassaux d’aucune tribu. Au temps +où les Oulad el Ḥadj étaient soumis au sultan, ils s’étaient +rangés sous l’autorité de leur qaïd. Depuis que les Oulad el +Ḥadj ont secoué le joug, eux aussi ont repris leur indépendance. + +Ni marché, ni Juifs dans aucune de ces localités. + +Langue tamaziṛt. + +La rivière a en toute saison de l’eau jusqu’à Ouṭat Oulad el +Ḥadj ; au printemps et au moment des pluies, les eaux atteignent +la Mlouïa ; le reste de l’année, elles sont absorbées par les +irrigations d’El Ouṭat. + + Distances : d’Ouṭat Oulad el Ḥadj à Oulad Sạïd comme d’Aït Blal à + Megdoul. + + d’Oulad Sạïd à Beni Ḥaïoun comme de Mellaḥ El Ouṭat à + Kechchacha. + + de Beni Ḥaïoun à Oulad Ạli comme de Megdoul à Misour. + + d’Oulad Ạli à Beni Ḥassan comme d’El Bridja à Misour. + + de Beni Ḥassan à Oulad Bou Ṛilas comme de El Bridja à + Misour. + +_OUAD BENI RIIS_. — Il prend sa source dans le Djebel Debdou. Sur +son cours se trouve le grand village de : + + Oulad Ben el Ḥoul, sur les 2 rives de l’ouad ; 400 fusils. + +Cette localité appartient aux Beni Ṛiis, fraction des Oulad el +Ḥadj. Nous l’avons traversée en allant à Debdou. C’est le +seul lieu habité qui soit sur la rivière ; le reste de son cours +est désert. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad Beni Ṛiis reçoit un affluent, l’Ouad +Oulad Ọtman, se jetant sur sa rive droite à 1 kilomètre environ +au-dessous d’Oulad Ben el Ḥoul. + +OUAD OULAD OTMAN. — Il prend sa source dans le Djebel Debdou. Sur +ses bords se trouvent trois petits villages très rapprochés entre +eux, portant le nom collectif de : + + Oulad Ọtman rive droite, 200 fusils. + +Pas d’autre lieu habité sur cette rivière. Le reste de son cours +est désert. Oulad Ọtman, comme Oulad Ben el Ḥoul, appartient +aux Beni Ṛiis. Les habitants de ces deux endroits composent toute +la fraction. Les Beni Ṛiis sont soumis au sultan et dépendent du +qaïd de Tâza. + +Nous avons traversé Oulad Ọtman en allant à Debdou. + +_OUAD MELILLO_. — Il prend sa source dans le Djebel Beni Ouaṛaïn +et se jette dans la Mlouïa à Gersif. + +_OUAD MESSOUN_. — Il prend sa source dans le Rif, du côté des +Gezennaïa ; puis il traverse le Fḥama, plateau ondulé s’étendant +entre les monts du Rif et ceux des Ṛiata ; ensuite il entre dans +la plaine de Jell, où il reste jusqu’à son confluent avec la +Mlouïa. Un seul établissement fixe sur ses bords : c’est Qaçba +Messoun, située dans le Fḥama et appartenant aux Houara. Tout +le reste de son cours est désert ou occupé passagèrement par des +nomades. Les eaux de l’Ouad Messoun sont salées. + + Distances : de Qaçba Messoun à Tâza comme de Lalla Maṛnia à Oudjda. + + de Qaçba Messoun à Gersif comme de Taourirt (Ouad Za) à + Qaçba el Ạïoun. + +_OUAD ZA_. — Il prend sa source dans la partie du Ḍahra parcourue +par les Aït Bou Ouchchaouen, auprès d’un groupe de puits appelé +Tisreïn. Pendant plusieurs journées, son cours se poursuit dans le +Ḍahra, c’est-à-dire sur un immense plateau désert. + +Il y reste jusqu’à Tegafeït. De sa source à ce point, il n’a +qu’un seul lieu habité sur ses bords, + + Qaçba Ras el Ạïn Beni Matar. 100 fusils. + +Sauf ce petit qçar, isolé dans la plaine solitaire, l’Ouad Za est +désert jusqu’à Tegafeït. Là il change brusquement d’aspect. Le +Ḍahra cesse ; la rivière entre dans une étroite vallée, resserrée +entre le Djebel Beni Bou Zeggou à droite, le Djebel Oulad Ạmer +et le Djebel Mergeshoum à gauche. Les bords, arides jusque-là, +se couvrent de champs et de jardins, et resteront tels jusqu’au +confluent de la rivière avec la Mlouïa ; de Tegafeït à ce point, +l’Ouad Za n’est qu’un long verger : c’est cette riche partie de +son cours qu’on appelle _blad Za_. Elle se divise en deux portions : +la première, de Tegafeït à Qaçba Beni Qoulal ; l’Ouad Za reste en +montagne, resserré entre les deux massifs que nous avons nommés ; +la deuxième, de Beni Qoulal à la Mlouïa ; il coule en plaine, +ruban vert se déroulant le long des sables de l’Angad. + +Tant qu’il est en montagne, l’Ouad Za, bien que garni de +superbes cultures, n’est pas très peuplé. Les tribus auxquelles +appartiennent champs et jardins, tribus qui ne vivent que sous la +tente, habitent le flanc de sa vallée et non le fond. Nous parlerons +plus tard de ces tribus. Dans cette partie, le Za n’a que quelques +tentes dispersées au milieu des cultures, et deux villages : + + Tegafeït. 100 fusils. + + Qaçba Beni Qoulal. 50 + +Mais aussitôt qu’il entre en plaine, il devient très habité. Les +Kerarma, qui possèdent cette dernière partie de son cours, +résident sur ses rives mêmes, leurs tentes disséminées au milieu +des cultures. Ils n’ont point de maisons ; il n’existe que deux +constructions dans cette portion du Za : + + Dar Chikh Ech Chaoui. + + Taourirt (appelée aussi Qaçba Moulei Ismạïl). + +On voit donc que le cours de l’Ouad Za se divise en deux parties +distinctes : l’une, de sa source à Tegafeït, aride, inculte, +déserte ; l’autre, de Tegafeït à son confluent avec la Mlouïa, +cultivée, garnie de jardins, aussi riche que la précédente était +désolée, aussi verdoyante qu’elle était aride. Ces deux portions +sont si différentes l’une de l’autre que les indigènes donnent à +chacune un nom particulier. De Tisreïn à Ras el Ạïn Beni Matar, +ils appellent la rivière Ouad Charef ; de Ras el Ạïn Beni Matar +à la Mlouïa, ils la nomment Ouad Za. Ils n’étendent jamais la +signification de ces deux termes et n’emploient pas l’un pour +l’autre. Le point de Ras el Ạïn Beni Matar, qu’ils ont choisi +comme marquant le lieu de changement dans la manière d’être de +l’ouad, est remarquable à un double titre : c’est le premier +lieu habité qui se trouve sur le cours de la rivière depuis sa +source, et c’est à partir de là que l’Ouad Za a de l’eau +d’une façon permanente ; au-dessus de ce point, il n’a que des +ṛedirs qui se remplissent au moment des pluies ; au-dessous, il a +de l’eau partout, en toutes saisons. De ce dernier fait vient le +nom de Ras el Ạïn donné à la qaçba des Beni Matar. + + Distances : de Tisreïn à Ras el Ạïn Beni Matar comme de Misour à + Debdou. + + de Tisreïn à Debdou comme de Taourirt, (Kerarma) à Lalla + Maṛnia. + + de Ras el Ạïn Beni Matar à Tegafeït comme de Dar Ech + Chaoui à Qaçba el Ạïoun. + + de Tegafeït à Qaçba Beni Qoulal comme de Qaçba el Ạïoun à + Oudjda. + + de Qaçba Beni Qoulal à Taourirt (Kerarma) comme la 1/2 + distance de Lalla Maṛnia à Oudjda. + + de Taourirt (Kerarma) au confluent de l’Ouad Za et de la + Mlouïa comme de Lalla Maṛnia à Oudjda. + +=POINTS HABITÉS DU COURS DU ZA.= — Voici quelques détails sur +ces localités, déjà énumérées, et au nombre de 5 seulement : + +_Ras el Aïn Beni Matar_ est une qaçba appartenant par moitié +aux Beni Matar et aux Mhaïa. Elle est sur la rive de l’ouad, au +milieu du désert, en plein Ḍahra. Il s’y trouve une source très +abondante et ne tarissant jamais, dont les eaux forment l’Ouad Za. + +_Tegafeït_ est un village appartenant à un marabout qui l’habite, +Ould Sidi Ḥamza. + +_Qaçba Beni Qoulal._ Elle se compose d’une enceinte où +les Beni Qoulal serrent leurs grains et d’un certain nombre +d’habitations. Elle appartient aux Beni Qoulal. + +_Dar Chikh Ech Chaoui._ C’est une maison unique, demeure de Chikh +Ben Ech Chaoui, qaïd des Kerarma. + +_Taourirt._ C’est une qaçba construite par Moulei Ismạïl ; +elle est en partie ruinée et sert aux Kerarma à emmagasiner leurs +grains. Nous avons vu Taourirt, ainsi que Dar Chikh Ech Chaoui, +en allant de Debdou à Qaçba el Ạïoun. + +=TRIBUS DU COURS DE L’OUAD ZA.= — De sa source à Ras el Ạïn +Beni Matar, l’Ouad Za, coulant dans le Ḍahra, traverse les terres +de parcours de toutes les tribus qui fréquentent ce désert, mais +n’arrose en particulier aucune d’elles. Nous ne parlerons pas ici +de ces tribus, dont il sera question plus bas en même temps que du +Ḍahra. Les tribus possédant des terres sur les rives de l’Ouad +Za sont les suivantes, dans l’ordre où on les trouve en descendant +la rivière : Oulad Ạmer, Beni Chebel, Oulad el Mîdi, Beni Qoulal, +Kerarma. Les quatre premières habitent dans le massif du Djebel Oulad +Ạmer et du Djebel Mergeshoum ; la portion de l’Ouad Za comprise +entre Tegafeït et Qaçba Beni Qoulal leur appartient. La dernière +possède les rives du Za de Qaçba Beni Qoulal à la Mlouïa, et les +habite. Toutes cinq, bien que sédentaires, vivent sous la tente. Pas +de Juifs dans aucune d’elles. Deux marchés : Souq el Arbạa Beni +Qoulal et Souq et Tenîn Kerarma. Ce dernier, qui se tient à Dar +Ech Chaoui, est fort important. + +_Oulad Amer._ — Tribu séparée, soumise au sultan, du ressort du +qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le massif du Djebel +Oulad Ạmer, situé à gauche de l’Ouad Za. Langue tamaziṛt. 1000 +fusils. 50 chevaux. + + Distance : de Debdou aux Oulad Ạmer comme d’Oudjda à Lalla Maṛnia. + +_Beni Chebel._ — Tribu séparée, soumise au sultan, sous +l’autorité du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite +le Djebel Mergeshoum situé à gauche de l’Ouad Za. Langue +tamaziṛt. 70 fusils. + +_Oulad el Midi._ — Tribu séparée, soumise au sultan, dépendant +du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel +Mergeshoum. Langue tamaziṛt. 200 fusils. + +_Beni Qoulal._ — Tribu séparée, soumise au sultan, du ressort du +qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum +et les rives du Za, où elle possède Qaçba Beni Qoulal. Langue +tamaziṛt. 150 fusils. + +_Kerarma._ — Tribu séparée. Elle est soumise au sultan, qui lui +a donné pour qaïd son propre chikh héréditaire, Ben Ech Chaoui, +résidant à Dar Chikh Ech Chaoui. Elle habite les bords de l’Ouad +Za entre le confluent de cette rivière avec la Mlouïa et Qaçba Beni +Qoulal. Dar Chikh Ech Chaoui et Taourirt lui appartiennent. Langue +arabe. 500 fusils. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad Za, au-dessus de Ras el Ạïn Beni Matar, +dans la portion de son cours où on l’appelle Ouad Charef, reçoit +l’Ouad el Ạououdj venant de l’est et se jetant sur sa rive +droite. Cet affluent est une rivière sans eau, comme l’Ouad Charef. + +_OUAD EL QCEB_. — Il prend sa source dans le Djebel Beni Iạla, +perce la chaîne des Beni Bou Zeggou et des Zekkara, traverse le +désert d’Angad, où il passe auprès de Qaçba el Ạïoun, et +enfin se jette dans la Mlouïa. Cette rivière n’a d’eau que les +années pluvieuses et pendant quelques jours. + + Distances : de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Iznâten comme de Lalla + Maṛnia à Oudjda ou un peu moins. + + de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Iạla comme de Qaçba el + Ạïoun à Oudjda. + + de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Bou Zeggou, 5 heures de + marche. + + de Qaçba el Ạïoun au Djebel Zekkara, 5 heures de marche. + +Le Djebel Beni Iạla, où l’Ouad el Qceb prend sa source, est +au sud des djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara, à hauteur du milieu +environ de la chaîne. + +=AFFLUENT.= — L’Ouad el Qceb reçoit un affluent, l’Ouad +Mesegmar, prenant sa source dans le Djebel Beni Bou Zeggou et se +jetant sur sa rive gauche. + + + 4o. — TRIBUS DE LA VALLÉE DE LA MLOUIA. + + +Les tribus qui occupent ou parcourent la vallée de la Mlouïa sont, +en la descendant : les Beni Mgild, les Aït Ạïach, les Aït ou +Afella, les Oulad Khaoua, les Aït Ioussi, les Aït Tseṛrouchen, +les Oulad el Ḥadj, les Houara, les Ḥallaf et les Beni Oukil. Nous +allons dire un mot de chacune d’elles. + +_BENI MGILD_. — Puissante tribu limitée au nord par les Beni +Mṭir, à l’est par les Aït Ioussi, à l’ouest par les Zaïan +et les Akebab, au sud par trois fractions des Aït Iafelman, les +Aït Iaḥia, les Aït Ạïach et les Aït Izdeg. Les Beni Mgild +sont indépendants ; ils sont de race et de langue tamaziṛt. + +_AIT AIACH_. — Ils sont Berâber et forment une des fractions des +Aït Iafelman. Ils sont limités au nord par le Djebel El Ạïachi, +à l’est par Aït Izdeg et les Aït ou Afella, à l’ouest par les +Aït Iaḥia (autre fraction des Aït Iafelman) et les Beni Mgild, au +sud par les Beni Mgild. Les Aït Ạïach sont partie sédentaires, +partie nomades, ces derniers étant les plus nombreux. Ils ne +possèdent que 4 qçars et des tentes. + +Les 4 qçars sont ceux qui se trouvent sur l’Ouad Aït Ạïach ; +la population en est de 300 fusils. + +Les tentes sont dans la vallée de l’Ouad Aït Ạïach, sur l’Ouad +Ouṭat Aït Izdeg au-dessous du confluent des deux rivières, et +parfois sur la Mlouïa au-dessous du confluent de l’Ouad Ouṭat +Aït Izdeg. + +Les Aït Ạïach forment 800 fusils et 40 chevaux. + +Ils sont indépendants. + +Langue tamaziṛt, comme tous les Berâber. + +Ni marché, ni Juifs. + +_AIT OU AFELLA_. — Les Aït ou Afella sont une subdivision des +Aït Izdeg. Ils sont bornés au nord par la crête supérieure du +Grand Atlas, au sud par la Mlouïa et le district de Qçâbi ech +Cheurfa, à l’est par les Oulad Khaoua et les Aït Tseṛrouchen, +à l’ouest par le district d’Ouṭat Aït Izdeg, les Aït Ạïach +et les Beni Mgild. + +Les Aït ou Afella sont sédentaires et n’habitent que des qçars ; +leurs principaux qçars sont : + +Dans la plaine entre le Grand Atlas et la Mlouïa : Zebzat, Bou +Ạïach, Entrit. + +Sur la Mlouïa : Aḥouli et Tamdafelt. + +Sur l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg : Aït ou Afella. + +Ces six qçars contiennent environ 460 fusils : les Aït ou Afella +en forment 600. Point de chevaux. + +Bien que fraction des Aït Izdeg, les Aït ou Afella ne comptent pas +actuellement avec eux. Ils en sont séparés politiquement. Depuis +l’installation d’un qaïd à Qçâbi ech Cheurfa, les Aït ou +Afella sont soumis au sultan. Le reste des Aït Izdeg est resté +indépendant. De là, séparation et hostilités. + +Ni marché, ni Juifs. + +_OULAD KHAOUA_. — Ils sont une fraction des Oulad el Ḥadj ; +mais, comme les Aït ou Afella, et depuis plus longtemps qu’eux, +ils sont séparés de leur tribu d’origine. Ils sont bornés au +nord par la Mlouïa et les Oulad el Ḥadj, et à l’ouest par les +Aït ou Afella ; au sud et à l’est, ils s’étendent jusqu’au +pied du Grand Atlas et du Rekkam, où commencent les terres des Aït +Tseṛrouchen : cette tribu, qui occupe ces deux massifs, les limite +ainsi de deux côtés. + +Les Oulad Khaoua sont partie sédentaires, partie nomades ; ceux-ci +sont les plus nombreux. + +Leurs qçars sont au nombre de quatre : deux sur la Mlouïa, Megdoul +et El Bridja ; deux sur l’Ouad Ouizert, Tikoutamin et Ouizert. A +eux quatre, ils contiennent 250 à 260 fusils. + +Leurs tentes sont dispersées dans la plaine, au sud de la Mlouïa +et près de l’Ouad Ouizert. + +Ils forment 600 à 700 fusils. Ils ont environ 30 chevaux. + +Appartenant aux Oulad el Ḥadj, les Oulad Khaoua sont de race et de +langue arabe. Politiquement, ils sont, avons-nous dit, séparés de +leur tribu. Cette séparation date de très loin. Il y a bien des +années, les Oulad Khaoua, ayant eu des querelles avec les autres +fractions des Oulad el Ḥadj, les abandonnèrent et s’allièrent aux +Aït Izdeg ; leur union avec les Aït Izdeg dure toujours depuis cette +époque ; aujourd’hui encore, bien que d’origine étrangère, ils +comptent comme faisant partie de cette tribu. Lors de l’installation +d’un qaïd à Qçâbi ech Cheurfa, ils ont fait leur soumission au +sultan ; depuis ce temps, ils sont blad el makhzen ; le qaïd d’El +Qçâbi les a, ainsi que les Aït ou Afella, dans son ressort. Le fait +de leur soumission, contrairement à ce qui est arrivé pour les Aït +ou Afella, ne les a point brouillés avec les Aït Izdeg. Ils leur +sont toujours étroitement unis. + +Ni marché, ni Juifs. + +_AIT IOUSSI_. — C’est une grande tribu chleuḥa occupant toute +la région qui s’étend entre Qçâbi ech Cheurfa et Sfrou. Elle +est bornée au nord par Sfrou, au sud par la Mlouïa, à l’ouest +par les Beni Mgild, à l’est par les Beni Ouaṛaïn, les Aït +Tseṛrouchen et les Oulad el Ḥadj. + +Les Aït Ioussi se divisent en trois fractions à peu près d’égale +force : + +Reṛraba (au sud de Sfrou). + +Aït Ḥelli (au sud des Reṛraba). + +Aït Mesạoud ou Ạli (au sud des Aït Ḥelli, entre la Mlouïa +et le Djebel Oumm Djeniba). + +Ils sont soumis au sultan et ont trois qaïds, un pour chaque +fraction. Ils sont de race et de langue tamaziṛt. Partie +sédentaires, partie nomades, ils ont des villages et des tentes. + +Ni marché, ni Juifs sur leur territoire. + +Les Aït Ioussi sont une tribu de montagne : ils possèdent à la +vérité une grande plaine, la moitié de la vallée de la Mlouïa +sur une longue étendue ; mais ils n’y descendent presque jamais : +de loin en loin, on y voit apparaître quelques-uns de leurs douars ou +de leurs troupeaux ; mais ils ne font que passer et bientôt regagnent +les hauteurs. Tout le reste de leur territoire est montagneux ; +les diverses chaînes qui le traversent sont nommées indifféremment +Djebel Aït Ioussi. Les principales d’entre elles sont le Moyen Atlas +et celle que nous appelons chaîne Oulmess-Ṛiata. On y remarque +aussi le plateau montueux du Fezaz, qui sépare les Aït Ioussi des +Beni Mgild. + +_Moyen Atlas._ — Cette haute chaîne, dont nous avons vu au mois +de mai presque toute la crête couverte de neige, commence au sud du +Tâdla et se prolonge par les monts Debdou jusqu’aux Hauts Plateaux +où elle expire. Dans sa portion comprise entre les Beni Mgild et +la Mlouïa, on y remarque trois sommets principaux : à l’ouest, +le Djebel Tsouqt, sur le territoire des Aït Ioussi ; à l’est, le +Djebel Oulad Ạli (portant aussi les noms de Djebel Beni Ḥassan, +de Djebel Tirnest et de Djebel Oulad el Ḥadj), occupé partie +par de petits groupes isolés de Chellaḥa, partie par les Oulad +el Ḥadj ; entre les deux, le Djebel Oumm Djeniba, dont le versant +ouest est habité par les Aït Ioussi, le versant est par les Aït +Tseṛrouchen. Entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba, la +chaîne est toute sur le territoire des Aït Ioussi ; du Djebel Oumm +Djeniba au Djebel Oulad Ạli, le versant septentrional en appartient +aux Beni Ouaṛaïn, le versant méridional aux Aït Tseṛrouchen. + +Le chemin de Qçâbi ech Cheurfa à Fâs, par Sfrou, passe entre le +Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba. Sur cette route se remarque +la ḍaïa d’Ifraḥ, grand étang situé dans la montagne. + +_Chaîne Oulmess-Riata._ — Commençant à l’ouest d’Oulmess, +se continuant dans le Djebel Ṛiata et se prolongeant jusqu’en +Algérie par les monts Beni Bou Zeggou et Zekkara, cette chaîne +traverse le territoire des Aït Ioussi au nord de la précédente, +à laquelle elle est à peu près parallèle. Entre les Aït Ioussi et +la Mlouïa, elle appartient, le versant nord aux Ṛiata, le versant +sud aux Beni Ouaṛraïn. + +_Fezaz._ — C’est un plateau élevé, montueux, allant du Moyen +Atlas à la chaîne Oulmess-Ṛiata ; sa direction est perpendiculaire +à celle de ces deux chaînes entre lesquelles il est comme un trait +d’union. Il forme limite entre les Aït Ioussi et les Beni Mgild. + +_AIT TSERROUCHEN_. — Les Aït Tseṛrouchen sont une puissante tribu +tamaziṛt composée de deux grandes fractions, l’une sédentaire, +l’autre nomade. Les Aït Tseṛrouchen sont connus sous trois noms : +on les appelle indifféremment Aït Tseṛrouchen, Mermoucha, et Oulad +Moulei Ạli ben Ạmer ; ils se font donner ce dernier nom parce +qu’ils prétendent descendre du cherif Moulei Ạli ben Ạmer qui +serait leur souche commune[122]. + +Particularité rare, les deux fractions des Aït Tseṛrouchen vivent +complètement isolées l’une de l’autre, sans aucune relation +ensemble, leurs territoires séparés par d’autres tribus. L’une +d’elles habite le versant sud du Moyen Atlas, la seconde le +revers nord du Grand Atlas et le Ḍahra. Toute la vallée de la +Mlouïa, avec ses vastes plaines et les tribus qui les occupent, +les séparent. Ces deux fractions ne sont pas moins différentes +de mœurs qu’isolées de territoires : la première est composée +de montagnards sédentaires, la seconde de nomades. Nous allons les +étudier l’une après l’autre. + +Les _Aït Tserrouchen du nord_ sont bornés : à l’ouest, par les +Aït Ioussi ; au sud, par la plaine déserte, appartenant aux Aït +Ioussi, qui forme la vallée de la Mlouïa de Qçâbi ech Cheurfa +à Misour ; à l’est, par les groupes isolés de Chellaḥa qui, +d’Almis à Feggouç, occupent les dernières pentes du Moyen +Atlas, le long de la vallée de la Mlouïa ; au nord, par les Beni +Ouaṛaïn : la ligne de faîte du Moyen Atlas forme frontière entre +cette dernière tribu et les Aït Tseṛrouchen du nord. Ceux-ci +sont donc entièrement cantonnés dans le massif montagneux que forme +le versant sud du Moyen Atlas et que limite à l’est et au sud la +vallée de la Mlouïa. Cette fraction est sédentaire et n’habite +que des villages. Elle peut lever environ 2000 fusils. Point de Juifs +sur ses terres. + +Les _Aït Tserrouchen du sud_ occupent le revers septentrional du +Grand Atlas au nord des Oulad Khaoua, les deux versants de la chaîne +à l’est de cette tribu, et une partie du Ḍahra. La plupart +d’entre eux sont nomades ; cependant ils possèdent un certain +nombre de qçars. Ces qçars sont : Azdad (5 qçars) et El Kaf, sur +le revers nord du Grand Atlas, Taoura, non loin de Tanslemt, qui leur +appartiennent en entier ; Zriouila, Ạïat, Tagenza, situés dans la +même région, qu’ils habitent en commun avec d’autres tribus ; +de plus ils résident dans la localité de Sạïda, dans le district +de Qçâbi ech Cheurfa, et ont quelques individus dispersés dans +les qçars de Beni Mesri. + +Voici la décomposition des Aït Tseṛrouchen du sud : + + Aït Sạïd (nomades, vivant habituellement entre Beni 200 fusils. + Tzit et Talsit). + + Aït Bou Ouchchaouen (ou Aït Bou Oussaouen) (nomades, 1000 + vivant habituellement près d’Anoual, dans le Ḍahra). + + Aït Sạïd ou El Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). 200 + + Aït Ḥeddou ou Bel Ḥasen (nomades, vivant dans le 200 + Ḍahra). + + Aït Bou Mariem (mi-sédentaires, mi-nomades, 600 + possèdent Azdad et ont des tentes). + + Aït Ạli Bou Mariem (mi-sédentaires, mi-nomades, 80 + quelques-uns d’entre eux sont dispersés dans les + qçars de Beni Mesri. Les autres vivent sous la + tente). + + Aït Ben Ouedfel (mi-sédentaires, mi-nomades, 120 + possèdent le qçar de Taoura et des tentes). + + Aït Ḥaseïn (nomades, vivant aux environs de l’Ouad 800 + Gir). + + Aït Ḥammou Bel Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). 60 + +Point de marché, ni de Juifs chez eux. + +Tous les Aït Tseṛrouchen sont indépendants et sans relation +avec le sultan. On a cru quelquefois que les Aït Tseṛrouchen +étaient une fraction des Aït Iafelman ; c’est une erreur : les +Aït Tseṛrouchen ne sont point des Berâber. Ils forment une tribu +à part. Ils sont Chellaḥa. Leur langue est le tamaziṛt. + +_OULAD EL HADJ_. — Puissante tribu arabe, moitié nomade, moitié +sédentaire ; elle occupe les deux rives de la Mlouïa et la vaste +plaine qui en forme la vallée depuis Misour jusqu’à Oulad +Ḥamid. Plusieurs des qçars situés sur les premières pentes du +Moyen Atlas lui appartiennent ; les autres sont ses alliés. Enfin +elle possède le Rekkam et une partie du Djebel Debdou. Les Oulad el +Ḥadj sont Arabes de race et de langue. Autrefois ils étaient, de +nom plutôt que de fait, soumis au sultan et avaient un qaïd nommé +par lui. Depuis 1882, ils ne reconnaissent plus ni sultan ni qaïd +et sont indépendants. + +Voici leur décomposition : + + Ṭoual (nomades) 100 fantassins. 30 cavaliers. + + Oulad Bou Qaïs (nomades, toujours unis 100 fantassins. 40 cavaliers. + aux Ṭoual) + + Oulad Sidi Aïssa (marabouts sédentaires, 300 fantassins. + habitant Tiissaf) + + Oulad Ḥamid (nomades et sédentaires ; 300 fantassins. 40 cavaliers. + ces derniers habitent Oulad Ḥamid sur la + Mlouïa) + + Ahel Tirnest (sédentaires, habitant le 600 fantassins. + groupe de qçars de ce nom) + + Oulad Jerrar (nomades et sédentaires ; 800 fantassins. 60 cavaliers. + ces derniers habitent divers qçars de la + Mlouïa) + + Oulad Daoud (nomades, ils campent dans 200 fantassins. 30 cavaliers. + le voisinage de Debdou) + + Beni Ṛiis (sédentaires, habitant des 600 fantassins. + villages dans le Djebel Debdou) + + Ahel Rechida (marabouts sédentaires, 350 fantassins. + habitant Rechida et Beni Khelften). + + Oulad Admer (marabouts sédentaires, 100 fantassins. + habitant Admer) + + Oulad El Bekri (nomades et sédentaires 120 fantassins. 30 cavaliers. + habitant à Ouṭat Oulad el Ḥadj) + + Oulad Ạbd el Kerim (sédentaires, 90 fantassins. + habitant dans les qçars d’Oulad El + Feḍil, Oulad Ạbd el Malek, El Angab, El + Hamouziin, etc.) + + El Ạrzan (sédentaires, habitant le 250 fantassins. 50 cavaliers. + groupe de qçars de ce nom) + + Oulad Mellouk (sédentaires, habitant les 300 fantassins. + qçars de ce nom) + + Beni Bou Ḥi (sédentaires, habitant Ouṭat 150 fantassins. + Oulad el Ḥadj) + + El Ḥarar (sédentaires, habitant le qçar 50 fantassins. + de ce nom à Ouṭat Oulad el Ḥadj). + + El Kechchacha (sédentaires, résidant 30 fantassins. + dans la localité de ce nom à El Ouṭat). + +enfin, et pour mémoire seulement : + + Oulad Khaoua 650 fantassins. 30 cavaliers. + +Cette dernière fraction des Oulad el Ḥadj s’est séparée de +ses frères et n’a plus de commun avec eux que l’origine ; elle +compte depuis longtemps avec les Aït Izdeg. + +Trois autres fractions, les Beni Ṛiis, les Ahel Rechida et les +Oulad Admer, sont en ce moment en dehors du concert des Oulad el +Ḥadj. Pendant que ceux-ci sont insoumis, elles reconnaissent le +sultan et obéissent au qaïd de Tâza. + +Il n’y a qu’un mellaḥ chez les Oulad el Ḥadj, celui d’El +Ouṭat. + +Deux marchés, tous deux à Oulad Ḥamid, tlâta et djemạa. + +_HOUARA_. — Tribu nomade se disant de race arabe. La langue en +est l’arabe. La principale installation et les cultures les plus +importantes en sont sur les deux rives de la Mlouïa, entre Refoula +et le gros des Ḥallaf. Elle cultive aussi dans le Fḥama. Ce sont +les seuls labourages qu’elle possède. Quant à ses troupeaux, +elle les fait paître dans l’Angad, dans le Fḥama, dans le Jell +et jusque dans le Ḍahra. + +Les Houara ne vivent que sous la tente, mais ils ont trois qaçbas +qui leur servent de magasins ; ce sont : Gersif (ou Agersif), sur +la Mlouïa. + +Qaçba Oulad Ḥammou ou Mousa, sur la Mlouïa. + +Qaçba Messoun, sur l’Ouad Messoun. + +Les Houara sont une forte tribu, ils peuvent lever 1500 fantassins +et 500 chevaux. Ils se décomposent en 6 fractions : + +Ạtamna, Oulad Sedira, Mezarcha, Zergan, Oulad Mesạoud, Oulad +Ḥammou ou Mousa. + +Les Houara sont soumis au sultan et ont quatre qaïds ; ceux-ci sont +en ce moment : + +Ạli El Ḥamar, gouvernant les Ạtamna. + +Mḥammed bel Ḥadj El Korradi, gouvernant les Oulad Sedira et +les Mezarcha. + +Chikh Ṭîb El Ḥafi, gouvernant les Zergan et les Oulad Mesạoud. + +Mḥammed ould Qaddour ben Djilali, gouvernant les Oulad Ḥammou +ou Mousa. + +Deux marchés, le khemîs et le ḥad de Gersif. Point de mellaḥ ; +des Israélites de Debdou viennent, sans emmener leur famille, passer +une partie de l’année dans la tribu pour trafiquer. + +_HALLAF_. — Tribu nomade, de race et de langue arabe. Elle se +divise en deux groupes : les Ahel Refoula et les Ḥallaf proprement +dits. Les premiers ont une qaçba sur la Mlouïa, Refoula, et habitent +à l’entour sous la tente. Ils forment environ 100 fusils. + +Les seconds, qu’on désigne seuls lorsqu’on prononce le nom de +Ḥallaf, occupent les deux rives de la Mlouïa entre les Houara et +les Beni Oukil : là sont toutes leurs cultures et leurs tentes ; +leurs troupeaux paissent dans les plaines voisines. Ils ne possèdent +aucune construction. Cette tribu peut lever 400 fantassins et 100 +chevaux. Elle se décompose en 6 fractions, savoir : + +Oulad Reḥou, Medafra, Oulad Sidi Mḥammed bel Ḥoseïn (cherifs), +Oulad Mahdi, El Arbạ, Oulad Selîman. + +Les Ahel Refoula et les Ḥallaf proprement dits forment toute la +tribu des Ḥallaf. Toutefois les Kerarma (tribu de l’Ouad Za) sont +considérés comme frères des Ḥallaf et comme Ḥallaf d’origine ; +en cas de guerre, ils leur sont toujours alliés. + +Les Ḥallaf, ceux de Refoula comme les autres, sont soumis au +sultan. Ils n’ont point de qaïd particulier. Tous dépendent du +qaïd des Kerarma. + +Point de marché. Quelques Juifs de Debdou viennent trafiquer dans +la tribu, mais il n’y a point de mellaḥ. + +_BENI OUKIL_. — Tribu de marabouts. Ils sont de mœurs sédentaires, +bien que vivant sous la tente. Ils habitent trois points du cours +de la Mlouïa entre les Ḥallaf et l’embouchure du fleuve. Leurs +campements sont en des lieux invariables, au milieu de leurs cultures +et de leurs jardins. Aucune construction. Ils forment environ 200 +familles ; point de chevaux ni de fusils chez eux ; ils ne possèdent +que des chapelets. + +Ils se divisent en 3 fractions. On n’a pu me dire le nom de la +première ; les 2 autres s’appellent : + +El Khorb, Oulad El Bacha. + +Les Beni Oukil reconnaissent le sultan, mais, en qualité de marabouts, +n’ont point de qaïd et ne paient pas d’impôt. + +Ni marché, ni Juifs chez eux. + + + 5o. — PLAINES ENTRE LA MLOUIA ET FAS. + + +Une des choses remarquables de la géographie du Maroc oriental est +la large trouée qui forme une voie naturelle entre l’Algérie et +Fâs. De Lalla Maṛnia à cette capitale, le chemin est constamment +en sol uni. C’est une succession de plaines que la Mlouïa coupe en +deux parties. Nous allons donner quelques renseignements sur chacune +d’elles, en commençant par la contrée comprise entre la Mlouïa +et Fâs. + +La région plate s’étendant entre la Mlouïa et Fâs se compose +d’abord de deux plaines désertes, celle de Jell et celle de Ṛaret, +situées l’une et l’autre sur la rive du fleuve, la première au +sud de la seconde ; puis d’un plateau bas et ondulé, le Fḥama, +servant de ligne de partage entre le bassin de la Mlouïa et celui +du Sebou ; enfin de la vallée de l’Ouad Innaouen, affluent du Sebou. + +JELL. — C’est une plaine déserte que parcourent en hiver et au +printemps les troupeaux des Houara. Elle a pour limites : au nord, +le Gelez, ligne de collines très basses qui la sépare du Ṛaret ; +à l’est, la Mlouïa ; à l’ouest, le plateau du Fḥama ; au +sud, la chaîne des monts Ṛiata, fort abaissée en ce point et qui, +aux environs de la Mlouïa, disparaît complètement pour reprendre +plus loin avec un autre nom sur la rive droite du fleuve. + +Le Jell est arrosé par l’Ouad Messoun, qui y entre au-dessous de +Qaçba Messoun et y demeure jusqu’à son confluent avec la Mlouïa. + +RARET. — Plaine déserte ayant pour limites : au nord, le Djebel +Qelaïa et le Djebel Kebdana ; à l’est, la Mlouïa ; à l’ouest, +le Djebel Metalsa ; au sud, les collines du Gelez qui la séparent +du Jell. Dans le désert de Ṛaret campe la tribu nomade des Beni +Bou Iaḥia. + +Le Djebel Metalsa est situé à l’ouest de Qaçba Iselouan. + +Le Djebel Qelaïa se trouve au nord de Qaçba Iselouan et à l’ouest +du Djebel Kebdana. + +Les Beni Bou Iaḥia, appelés aussi Beni Bou Iaḥi, sont une tribu +nomade ne quittant point le désert de Ṛaret. Ils comptent 800 +fantassins et 60 chevaux. Ils sont soumis au sultan et gouvernés +par un qaïd nommé par lui, Moḥammed bel Ḥirch. Leur langue est +le tamaziṛt. + +FHAMA. — Plateau ondulé, désert la plus grande partie de +l’année, cultivé en quelques points par les Houara et parcouru +par leurs troupeaux. Il a pour bornes : au nord, les montagnes du Rif +(massifs des Gezennaïa et des Metalsa) ; à l’est, la plaine du +Jell ; à l’ouest, le confluent de l’Ouad Bou el Djerf et de +l’Ouad el Arbạ, dont la réunion forme l’Innaouen ; au sud, +les monts des Ṛiata. + +Le peu d’élévation de ce plateau en rend l’accès et le parcours +si faciles qu’il prolonge plutôt qu’il ne coupe les plaines +voisines. Ce n’est qu’un dos peu accentué séparant les bassins +de la Mlouïa et du Sebou. + +Il est arrosé par deux cours d’eau, l’Ouad Bou el Djerf, l’une +des sources de l’Innaouen, et l’Ouad Messoun, tributaire de +la Mlouïa. + +Qaçba Messoun, localité appartenant aux Houara, est située dans +le Fḥama. + +OUAD INNAOUEN. — Cette rivière, dont nous avons parcouru et +décrit la vallée entre Tâza et Fâs, se jette dans le Sebou un peu +au-dessus de Ḥadjra ech Cherifa. Elle est formée de la jonction +de deux cours d’eau, l’Ouad Bou el Djerf et l’Ouad el Arbạ, +qui se réunissent à 2 heures de marche au-dessus du confluent de +l’Ouad Tâza et de l’Ouad Innaouen. + +=Ouad Bou el Djerf.= — Il prend sa source dans la portion orientale +des monts Ṛiata, traverse ensuite le Fḥama et se joint enfin à +l’Ouad el Arbạ à peu de distance de Tâza. + +=Ouad el Arba.= — La source s’en trouve dans les montagnes du Rif, +au massif du Djebel Brânes, ainsi nommé de la tribu des Brânes qui +l’habite. Il arrose les terres de cette tribu, puis entre dans celle +des Miknâsa. C’est après l’avoir traversée qu’il s’unit +à l’Ouad Bou el Djerf. + +AFFLUENTS DE L’OUAD INNAOUEN. — En outre des affluents que nous +avons mentionnés dans notre itinéraire, l’Ouad Innaouen reçoit +les quatre suivants : + +Ouad Bou Ḥelou, se jetant sur sa rive gauche à Ạdjib ech Cherif, +point situé chez les Hiaïna, à l’extrémité du Djebel Ṛiata. + +Ouad Bou Zemlal, se jetant sur sa rive gauche au-dessous du +précédent, dans la tribu des Hiaïna. + +Ouad Leben, se jetant sur sa rive droite au-dessous des deux premiers, +dans la tribu des Hiaïna. + +Ouad El Ḥaḍar, se jetant sur sa rive droite à peu de distance +de son confluent avec le Sebou. + +=Ouad Bou Helou.= — Rivière assez considérable descendant du +Djebel Beni Ouaṛaïn et arrosant le territoire des Ṛiata. + +=Ouad Bou Zemlal.= — Cours d’eau peu important, prenant sa source +dans le Djebel Beni Ouaṛaïn. + +=Ouad Leben.= — Assez grande rivière descendant des montagnes du +Rif, et ayant presque tout son cours sur le territoire des Hiaïna. + +=Ouad El Hadar.= — Assez grande rivière qui prend sa source dans +le Djebel Brânes. Elle arrose la tribu des Brânes, puis, laissant +les Miknâsa au sud, entre dans le territoire des Tsoul qu’elle +traverse. De là elle passe chez les Hiaïna et, au point où elle +se jette dans l’Ouad Innaouen, forme frontière entre eux et les +Oulad Djemạ. + +Ainsi qu’on le voit, cette longue bande plane s’étendant entre +la Mlouïa et Fâs, et formée du Jell, du Ṛaret, du Fḥama et +de la vallée de l’Ouad Innaouen, est bordée au nord et au sud +par deux chaînes de montagnes : monts du Rif au nord, monts des +Ṛiata au sud. L’une et l’autre sont habitées, et la population +y est même, dit-on, très dense. Les monts du Rif sont occupés par +plusieurs tribus, d’importance diverse, de mœurs sédentaires, +toutes Imaziṛen de langue et de race, quelques-unes soumises, +la plupart indépendantes. Les monts des Ṛiata sont habités, sur +leur versant nord par les Ṛiata, sur leur versant sud par les Beni +Ouaṛaïn. Nous allons dire un mot de cette dernière tribu. + +_Beni Ouaraïn._ — Grande tribu chleuḥa limitée, au nord, par +les Ṛiata et les Hiaïna ; à l’ouest, par les Aït Ioussi ; à +l’est, par les petits groupes isolés de Chellaḥa qui garnissent +la vallée de la Mlouïa au pied de son flanc gauche ; au sud, +par les Aït Tseṛrouchen. Les Beni Ouaṛaïn ne parlent que le +tamaziṛt. De mœurs sédentaires, ils habitent tous des villages. Ils +vivent indépendants au fond de leurs montagnes, sans avoir eu, +depuis un temps immémorial, aucune relation avec les sultans. + +Point de marché, ni de Juifs sur leur territoire : ils font peu de +commerce ; cependant ils ont d’excellentes laines, que les marchands +de Sfrou vont acheter chez eux. + +On compte plus d’une journée de marche pour aller de Sfrou aux +Beni Ouaṛaïn. + + + 6o. — PLAINES ENTRE LA MLOUIA ET LALLA MARNIA. + + +Ces plaines sont au nombre de deux : celle de Tafrâta et celle +d’Angad. L’une et l’autre touchent à la Mlouïa ; la première +est au sud de la seconde. Voici quelques indications sur chacune +d’elles. + +TAFRATA. — Vaste plaine déserte ayant pour limites : au nord, +l’Ouad Za ; à l’est, les monts Mergeshoum et Oulad Ạmer ; +à l’ouest, la Mlouïa ; au sud, les monts Debdou. Le désert de +Tafrâta n’appartient à aucune tribu ; mais Houara, Chedjạ, +Ḥallaf, et parfois même Oulad el Ḥadj, viennent y faire paître +leurs troupeaux lorsque la verdure, après les pluies, y apparaît +sur le sol nu d’ordinaire. Aucune rivière n’arrose le Tafrâta ; +on y trouve quelques ḍaïas, de très rares sources, des lits +de ruisseaux. + +ANGAD. — Vaste plaine déserte ayant pour limites : au nord, +le Djebel Beni Iznâten ; à l’est, les hauteurs qui bordent la +Tafna ; à l’ouest, la Mlouïa et l’Ouad Za ; au sud, le Djebel +Beni Bou Zeggou et le Djebel Zekkara. Ce désert, le plus étendu de +ceux dont nous venons de parler, est sillonné d’un grand nombre +de cours d’eau ; souvent desséchés pendant plusieurs années, +de grandes pluies en font durant quelques heures des torrents +impétueux. Plaine aride et nue la plupart du temps, l’Angad se +couvre, dans les périodes pluvieuses, d’une végétation abondante, +pâturages précieux pour les nomades. + +Il n’existe que deux lieux construits dans le désert d’Angad : +Oudjda et Qaçba el Ạïoun. Mais trois tribus nomades y ont leurs +campements, les Mhaïa, les Chedjạ et les Angad. + +=Mhaïa.= — Tribu nomade, parlant l’arabe. Les tentes et les +troupeaux en sont partie dans le Ḍahra, partie dans l’Angad. Les +Mhaïa sont continuellement en mouvement, circulant dans l’Angad, +dans le Ḍahra, allant de l’un à l’autre ; la stérilité de +ces contrées les force à des changements incessants pour nourrir +leurs troupeaux. + +Les Mhaïa peuvent lever environ 2000 fusils. Ils sont soumis au +sultan depuis la campagne que fit celui-ci en 1876. Un qaïd, qui +leur fut donné alors, les gouverne ; il s’appelle Bou Bekr, a une +maison à Oudjda, et vit habituellement sous la tente dans l’Angad. + +Ni marché, ni Juifs. + +=Chedja.= — Petite tribu nomade, de race et de langue arabe. Elle +ne compte pas plus de 400 fusils. Comme les Mhaïa, et pour les mêmes +motifs, elle est constamment en voyage, parcourant tantôt l’Angad, +tantôt le Tafrâta, tantôt le Ḍahra. Son quartier général +est l’Angad ; c’est là qu’elle est le plus souvent. Jadis +indépendante, elle s’est soumise au sultan lors de l’expédition +de 1876. Elle a depuis ce temps un qaïd, Si Ḥamida, qui réside +à Qaçba el Ạïoun. + +Ni marché, ni Juifs. + +=Angad.= — Petite tribu nomade, parlant l’arabe. Comme les +précédentes, elle est presque toujours errante, mais ses terrains de +parcours ne s’étendent guère au delà de l’Angad. Elle peut lever +environ 400 fusils. Autrefois libre et renommée pour ses brigandages, +ainsi d’ailleurs que les Chedjạ et les Mhaïa, elle est, depuis +l’expédition de 1876, soumise au sultan et gouvernée par un qaïd ; +son qaïd actuel s’appelle Ould Bou Ṭerfas et vit dans la tribu. + +Les Angad se décomposent en quatre fractions : + +Oulad Seṛir. + +Mezaouir. + +Oulad Ạli ben Ṭelḥa. + +Houara Angad. + +Ni marché, ni Juifs. + +Le désert d’Angad est, avons-nous vu, bordé au nord et au sud par +deux longues chaînes de montagnes. Prenant les noms des tribus qui les +habitent, elles s’appellent, l’une Djebel Beni Iznâten, l’autre, +d’abord Djebel Beni Bou Zeggou, puis Djebel Zekkara. Nous allons +dire un mot des Beni Iznâten, des Beni Bou Zeggou et des Zekkara. + +_Beni Iznâten._ — Riche et puissante tribu habitant la chaîne de +montagnes qui s’étend entre l’Angad et la Méditerranée, de la +frontière algérienne à la Mlouïa. Elle est citée dans la plupart +des ouvrages français sous le nom altéré de Beni Snassen. C’est +une tribu sédentaire, de race et de langue tamaziṛt. Elle a été +longtemps libre et était, il y a quelques années encore, gouvernée +en toute indépendance par son chikh héréditaire. Le dernier fut +Ḥadj Mimoun ben El Bachir, célèbre et encore populaire dans +toute la contrée par sa puissance, ses richesses, et par la justice +de son gouvernement. Dans une des premières années de son règne, +Moulei El Ḥasen, avec l’aide du moqaddem de la zaouïa de Moulei +Edris de Fâs, s’empara par trahison de sa personne et le jeta en +prison. Il espérait amener par là la soumission des Beni Iznâten ; +mais elle ne se fit pas : ils vécurent dans l’anarchie jusqu’au +moment où le sultan, en 1876, vint avec son armée à Oudjda. Ils +se décidèrent alors à le reconnaître. Il les subdivisa en quatre +commandements ; à la tête de chacun fut placé un qaïd à qui ils +obéissent depuis tant bien que mal. + +_Beni Bou Zeggou._ — Tribu sédentaire bien que n’ayant que des +tentes. Celles-ci sont, comme chez les Kerarma, installées au milieu +de cultures, en des lieux invariables. Les Beni Bou Zeggou habitent +la chaîne de montagnes à laquelle ils ont donné leur nom, entre le +Ḍahra et l’Angad ; de plus, ils s’étendent à son pied sur la +lisière de l’Angad et occupent dans cette plaine le cours entier +de l’Ouad Mesegmar. C’est une tribu tamaziṛt, de langue comme +de race. Elle compte 1200 fantassins et 120 chevaux. Indépendante +jusqu’en 1876, elle s’est à cette époque soumise au sultan, +au moment de l’expédition d’Oudjda. Moulei El Ḥasen donna le +titre de qaïd à son chikh héréditaire, Ḥamada. Celui-ci la +gouverne depuis lors, réprimant le vol et le brigandage avec une +ardeur extrême, qu’égale seulement, dit-on, celle qu’il mettait, +avant sa soumission, à les pratiquer lui-même. + +Point de Juifs chez les Beni Bou Zeggou. + +_Zekkara._ — Petite tribu sédentaire. Elle vit dans des +villages. C’est une tribu de montagne tout entière cantonnée dans +le tronçon de chaîne qu’elle occupe et auquel elle a donné son +nom. Elle ne compte que 200 fantassins et n’a point de chevaux. Elle +est tamaziṛt de langue comme de race. Les Zekkara sont soumis au +sultan depuis la campagne de 1876. Ils sont gouvernés par un chikh +qui dépend du qaïd d’Oudjda. + + + 7o. — DAHRA. + + +Ḍahra est le nom que porte la région des Hauts Plateaux dans sa +partie marocaine. Le Ḍahra est limité, au nord, par les monts +Debdou et Oulad Ạmer et par un long talus montagneux qui le sépare +de l’Angad, talus dont les djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara sont +les degrés inférieurs ; à l’est, par la frontière algérienne ; +à l’ouest, par le Rekkam ; au sud, par les dernières pentes du +Grand Atlas et le bassin du Gir. + +De tout point pareil aux Hauts Plateaux de la province d’Oran, +le Ḍahra est une vaste étendue déserte, au sol uni, dure sans +être pierreuse, aride, sans autre végétation que l’ḥalfa qui +la couvre en entier, sans autre eau que celle de rares puits creusés +à grands intervalles, souvent à plus d’une journée de marche +l’une de l’autre. Encore les puits sont-ils fréquemment à +sec ou comblés, et si l’on y trouve de l’eau, elle est presque +toujours saumâtre. Tels sont ces steppes désolés où cependant, +comme dans ceux d’Algérie, vivent des tribus nomades. Elles n’y +ont point de territoire fixe : toujours en mouvement, changeant +constamment de place pour donner de nouveaux pâturages à leurs +troupeaux, elles parcourent le Ḍahra en tous sens, tantôt groupées, +tantôt éparpillées, tantôt côte à côte, tantôt loin les unes +des autres. Cependant certaines tribus sont plus souvent au sud, +d’autres se tiennent généralement dans le nord. Les premières +sont celles qui ont leurs qçars et leurs dépôts de grains au pied +du Grand Atlas, les secondes celles dont les magasins sont près du +revers septentrional du plateau, ou dans l’Angad. + +Les tribus du sud sont : + +Aït Tseṛrouchen, Beni Gil, Oulad Sidi Ạli Bou Chnafa, Oulad Sidi +Mḥammed ben Ḥamed. + +Celles du nord sont : + +Beni Matar, Mhaïa, Chedjạ. + +Les deux dernières n’y sont qu’une partie de l’année et +n’y ont qu’une portion de leurs tentes ; elles vont et viennent, +se partageant entre le Ḍahra et l’Angad. + +Ces sept tribus, les unes imaziṛen, les autres arabes, sont toutes +nomades. Celles du sud sont indépendantes, celles du nord sont +soumises au sultan. + +Les _Beni Matar_ forment une très petite tribu : ils ne comptent que +150 fusils. Ils sont nomades, mais possèdent, de moitié avec les +Mhaïa, un qçar où ils serrent leurs grains, Qaçba Ras el Ạïn +Beni Matar (Ouad Za). Ils sont soumis au sultan et dépendent du +qaïd des Mhaïa. + +Les Beni Matar parlent l’arabe. Point de Juifs chez eux. + +Le Ḍahra est sillonné par plusieurs rivières ; mais ces rivières +ne coulent jamais ; elles n’ont que des ṛedirs qui se remplissent +à la saison des pluies. + +Il existe quelques qçars dans la région méridionale de ce désert, +auprès des dernières pentes du Grand Atlas et vers les sources +des affluents du Gir. Mais ils sont peu nombreux. Ce sont, soit +des zaouïas, soit des dépôts de grains appartenant à des tribus +nomades du Ḍahra. Les plus connus sont Talsit, Anoual, et surtout +Ạïn Chạïr. + + + 8o. — ITINÉRAIRES. + + +1o _DE TAZA A DEBDOU_. — De Tâza à Qaçba Messoun, 3 heures et +demie de marche. De Qaçba Messoun à Gersif, une demi-journée. De +Gersif à Debdou, un jour. + +2o _DE DEBDOU A SEBDOU_. — On monte sur le sommet du Djebel Debdou : +il est couronné par un vaste plateau pierreux, couvert de grands +arbres, arrosé de nombreuses sources ; ce plateau s’appelle Gạda +Debdou. On y marche un espace égal à la distance de Lalla Maṛnia +à Oudjda ; sol uni, dur, boisé. On se trouve alors à la limite du +plateau : on quitte la Gạda et on entre dans le Ḍahra. La forêt +cesse et fait place aux longs steppes couverts d’ḥalfa. Après 3 +journées et demie de marche faites dans le Ḍahra et 3 nuits passées +dans ce désert, on arrive à Sebdou, le soir du quatrième jour. + +3o _DE DEBDOU A MELILLA_. — De Debdou à Taourirt (Ouad Za), 1 +jour. De Taourirt à Mouâzen Sidi Bel Khîr, 1 jour. De Mouâzen +Sidi Bel Khîr à Melilla, une forte demi-journée. + +_1er jour._ — Cette partie du trajet a été faite par nous et +décrite plus haut. + +_2e jour._ — On traverse la Mlouïa entre Taourirt et Mouâzen +Sidi Bel Khîr. Elle est à une distance de ce dernier point égale +à celle qui sépare Oudjda de Lalla Maṛnia. De Taourirt au fleuve, +on est dans le désert d’Angad, du fleuve à Mouâzen Sidi Bel Khîr +dans celui de Ṛaret. Mouâzen Sidi Bel Khîr est un lieu inhabité, +simple point d’eau dans la plaine. + +_3e jour._ — Entre Mouâzen Sidi Bel Khîr et Melilla, à mi-distance +entre les deux points, se trouve sur le chemin une localité, Qaçba +Iselouan. Jusque-là on a continué à marcher dans le Ṛaret. Cette +qaçba en marque la fin. On est désormais au bord de la mer et dans +la tribu des Qelaïa. Qaçba Iselouan est à une demi-heure de la +mer. De ce point à Melilla, on longe le rivage en ayant constamment +la Méditerranée à main droite et le Djebel Qelaïa à main gauche. + +Qaçba Iselouan est la résidence du qaïd des Qelaïa ; elle est +arrosée par un petit cours d’eau, le seul que l’on traverse de +la journée : il s’appelle Ouad Chlouk et se jette près de là +dans la mer. Les eaux en sont salées. + +Les Qelaïa sont une tribu tamaziṛt sédentaire ; ils sont soumis +au sultan. Leur territoire est voisin de celui des Kebdana, tribu de +même race et de mœurs semblables ; les Kebdana sont soumis et ont +un qaïd, Ould Harfouf. + + Distance : de Mouâzen Sidi Bel Khîr à Melilla comme d’Oudjda + à Lalla Maṛnia. + +4o _D’OUDJDA A FAS_. — Des cavaliers bien montés mettent cinq +journées pour aller d’Oudjda à Fâs. + +_1er jour._ — D’Oudjda à Qaçba el Ạïoun. + +_2e jour._ — De Qaçba el Ạïoun à Gersif. (On traverse, sans +s’y arrêter, le pays de Za.) + +_3e jour._ — De Gersif à Qaçba Miknâsa. (C’est une petite +qaçba fort mal construite. On passe, chemin faisant, sous les murs +de Qaçba Messoun.) + +_4e jour._ — De Qaçba Miknâsa aux Hiaïna. + +_5e jour._ — Des Hiaïna à Fâs. + + + FIN DE LA SECONDE PARTIE. + + +[Note 121 : « Anoual, ou Zaouïa Anoual se compose de 50 à 60 +maisons habitées par des cheurfa des Oulad Moulei Ali ben Amer +(Idrissin) appartenant aux Aït Tserrouchen. Ils descendent, comme +les marabouts de Kenadsa, de Moulei Abd Allah el Rezouani (enterré +à Merrâkech). Mais ils sont berbérisés et parlent tamazirt plus +qu’arabe. Ils ont quelques maigres cultures dans les pierres, +arrosées par des fontaines et par l’ouad dit des Oulad Ali. Cette +rivière tombe dans l’Ouad Aït Aïssa à Kheneg Gro, à environ +8 kilomètres au sud de la zaouïa. » (Renseignement fourni par +M. Pilard.)] + +[Note 122 : « Les Aït Tserrouchen sont entièrement à la dévotion +des marabouts de Kenadsa, qui ont chez eux plusieurs zaouïas et +dont les grandes familles de la tribu disent être parentes. » +(Renseignement fourni par M. Pilard.) On a vu par une note précédente +que les descendants de Moulei Ali ben Amer et les marabouts de Kenadsa +avaient une origine commune.] + + + + + APPENDICE. + + + APPENDICE. + + =LES ISRAÉLITES AU MAROC.= + + +Les Israélites du Maroc se divisent en deux classes : ceux des +régions soumises au sultan, Juifs de blad el makhzen ; ceux des +contrées indépendantes, Juifs de blad es sîba. + +Les premiers, protégés des puissances européennes, soutenus par le +sultan, qui voit en eux un élément nécessaire à la prospérité +commerciale de son empire et à sa propre richesse, tiennent par la +corruption les magistrats, auxquels ils parlent fort haut, tout en +leur baisant les mains, acquièrent de grandes fortunes, oppriment +les Musulmans pauvres, sont respectés des riches, et parviennent +à résoudre le problème difficile de contenter à la fois leur +avarice, leur orgueil et leur haine de ce qui n’est pas juif. Ils +vivent grassement, sont paresseux et efféminés, ont tous les vices +et toutes les faiblesses de la civilisation, sans en avoir aucune des +délicatesses. Sans qualités et sans vertus, plaçant le bonheur dans +la satisfaction des sens et ne reculant devant rien pour l’atteindre, +ils se trouvent heureux et se croient sages. Les Juifs de blad es +sîba ne sont pas moins méprisables, mais ils sont malheureux : +attachés à la glèbe, ayant chacun leur seigneur musulman, dont +ils sont la propriété, pressurés sans mesure, se voyant enlever au +jour le jour ce qu’ils gagnent avec peine, sans sécurité ni pour +leurs personnes ni pour leurs biens, ils sont les plus infortunés +des hommes. Paresseux, avares, gourmands, ivrognes, menteurs, voleurs, +haineux surtout, sans foi ni bonté, ils ont tous les vices des Juifs +de blad el makhzen, moins leur lâcheté. Les périls qui les menacent +à toute heure leur ont donné une énergie de caractère inconnue +à ceux-ci, et qui dégénère parfois en sauvagerie sanguinaire[123]. + + + =I. — Israélites de blad el makhzen.= + + +Le Juif se reconnaît à sa calotte et à ses pantoufles noires : il +ne lui est pas permis de les porter d’une autre couleur. Dans la +campagne, il peut aller à âne et à mulet, mais s’il rencontre +un religieux ou une chapelle, il met pied à terre ou fait un +détour. Aux péages et aux portes, il est soumis à une taxe comme +les bêtes de somme. En ville, il se déchausse et marche à pied ; +les rues voisines de certains sanctuaires lui sont interdites. Il +demeure hors du contact des Musulmans, avec ses coreligionnaires, +dans un quartier spécial appelé mellaḥ : le mellaḥ est entouré +de murs ; une ou deux portes lui donnent entrée ; on les ferme à 8 +heures du soir. Dans le mellaḥ, le Juif est chez lui : en y entrant, +il remet ses chaussures, et le voilà qui s’enfonce dans un dédale +de ruelles sombres et sales ; il trotte au milieu des immondices, +il trébuche contre des légumes pourris, il se heurte à un âne +malade qui lui barre le chemin ; toutes les mauvaises odeurs lui +montent au nez ; des sons discordants le frappent de toutes parts ; +des femmes se disputent d’une voix aigre dans les maisons voisines, +des enfants psalmodient d’un ton nasillard à la synagogue. Il arrive +au marché : de la viande, des légumes, beaucoup d’eau-de-vie, +quelques denrées communes, tels sont les objets qu’on y trouve ; +les belles choses sont dans la ville musulmane. Le Juif fait ses achats +et, reprenant sa route, il gagne sa maison ; s’il est pauvre, il se +glisse dans une chambrette où grouillent, assis par terre, des femmes +et des enfants : un réchaud, une marmite forment tout le mobilier ; +quelques légumes la semaine, des tripes, des œufs durs et un peu +d’eau-de-vie le samedi, nourrissent la famille. Mais notre Juif est +riche. Au moment où il pousse la porte noire, surmontée de mains +pour préserver du mauvais œil, qui ferme sa demeure, il pénètre +dans un monde nouveau. Voici le jour, la propreté, la fraîcheur, la +gaieté. Il entre dans une cour carrée entourée de deux étages de +galeries donnant accès aux chambres. Le ciel apparaît, d’un bleu +ardent. Les derniers rayons du soleil font briller comme des miroirs, +au faite de la maison, les faïences coloriées dont tout est revêtu, +murs, colonnes, sol de la cour, plancher des chambres. Une odeur de +bois de cèdre remplit et parfume la demeure. Des enfants rentrant +de l’école jouent et crient. Des femmes, bras nus et poitrine +découverte, vêtues d’une jupe de couleur éclatante et d’une +petite veste de velours brodée d’or, un mouchoir de soie sur la +tête, se délassent et causent, assises dans la cour. Au fond des +chambres, des vieillards, à figure pâle, à longue barbe blanche, +attendent, le livre à la main, l’heure de la prière du soir. Dans +les galeries, des servantes, accroupies près des réchauds, apprêtent +le repas. Il y a trois ou quatre pièces à chaque étage : elles sont +immenses, très élevées, à plafonds de bois de cèdre, à grands +murs blancs garnis dans le bas de faïences ou de tentures ; portes, +placards, plafonds, toutes les boiseries sont peintes d’or et de +couleurs éclatantes. Peu de meubles : deux vastes armoires tenant la +largeur entière de la chambre à ses deux extrémités ; au-dessus +de chacune, un lit de fer ; à terre des matelas, des tapis, des +coussins ; sur les murs, quatre ou cinq pendules dont aucune ne marche +et autant de grandes glaces couvertes de rideaux de mousseline pour +les protéger. Dans chacune de ces pièces vit une famille entière, le +père, ses épouses, ses enfants non mariés, ses hôtes. C’est une +animation, un bourdonnement continuel ; ce sont aussi, entre femmes, +des disputes de toute heure. « La femme querelleuse, » dit Salomon, +« est semblable à un toit d’où l’eau dégoutte sans cesse au +temps d’une grosse pluie ». Il faut avoir habité avec des Juifs +pour bien comprendre ce proverbe. Tout à coup le silence se fait, +les femmes parlent bas, les enfants se taisent. Le soleil vient de +se coucher. Chaque homme se lève et, se plaçant devant un mur, +récite, en se balançant, sa prière : tantôt il remue les lèvres +en silence, tantôt il psalmodie à mi-voix ; le voici qui fait une +inclination profonde, la prière est finie ; les causeries éclatent +de nouveau : à table, le dîner est prêt. Le Juif a un hôte ; il +s’assied avec lui sur un tapis ou sur des coussins, le reste de la +famille mange à part, dans un coin. On place une petite table devant +les deux hommes, on apporte le thé ; il y a du thé à l’ambre, +à la verveine, à la menthe ; on en boit trois tasses, puis se +succèdent un potage très épicé, des quartiers de mouton bouilli, +des boulettes de viande hachée au piment, des tripes et du foie au +piment, un poulet, des fruits confits dans le vinaigre, d’autres +frais ; c’est un repas distingué. Une carafe pleine d’un liquide +incolore est entre les deux Juifs ; ils s’en versent de grands +verres et, tout en mangeant, en boivent un litre à eux deux ; on +pourrait croire que c’est de l’eau : c’est de l’eau-de-vie. Au +milieu du dîner entrent trois musiciens ; deux sont des Juifs ; ils +portent, le premier, une flûte, l’autre, une sorte de guitare ; +le dernier est musulman, il chante. Les chansons sont si légères +qu’on n’en peut rien dire, pas même les titres. Les instruments +accompagnent. Les femmes et les enfants répètent les refrains et +battent des mains en cadence. Le bruit attire les voisins ; bientôt on +est vingt-cinq ou trente en cercle autour des artistes. Quel contraste +entre ce pauvre chanteur musulman et les Juifs qui l’entourent ! lui, +beau, la figure éveillée, spirituelle, grands yeux expressifs, dents +superbes, cheveux bien plantés et rasés, barbe courte, bien fait, +souple, mains et pieds charmants, et, quoique misérable, brillant +de propreté. Eux, laids, à l’air endormi, presque tous louchant, +boiteux ou borgnes, crevant de graisse ou maigres comme des squelettes, +chauves, la barbe longue et crasseuse, mains énormes et velues, +jambes grêles et arquées, pas de dents, et, même les riches, +d’une saleté révoltante. + +Les Juifs sont très laids au Maroc. Les femmes, avec des traits +réguliers, ont si peu de physionomie, des yeux si éteints, le +visage si pâle, qu’il n’en est guère d’agréables, même +de quatorze à dix-huit ans. Les hommes, quelquefois bien dans +leur extrême jeunesse, sont affligés de bonne heure de mille +infirmités et sont vieillards avant d’avoir atteint l’âge +mûr. Les difformes, borgnes, boiteux ou autres, sont si nombreux, +dans les villes surtout, qu’ils y forment le quart peut-être de +la population. A quoi attribuer une laideur et une décrépitude +à ce point générales et excessives ? Est-ce à une malpropreté +extrême, à une hygiène défectueuse, à des mariages prématurés +et entre proches ? La nourriture est insuffisante chez les pauvres, +immodérée et composée uniquement de viandes chez les riches. Tout +le monde fait un usage démesuré d’alcool ; on en boit en mangeant +et entre les repas ; un litre par jour est la moyenne d’un grand +nombre[124]. Les femmes mêmes en prennent plus ou moins. Le samedi +surtout, on en absorbe une quantité prodigieuse : il faut en avaler +assez au déjeuner pour dormir ensuite d’un trait jusqu’à la +prière de 4 heures. Le Juif marche peu, ne se promène point ; il ne +sort du mellaḥ que pour aller à la ville vaquer à ses affaires +et ne voyage que pour un motif grave. S’il n’est obligé de +gagner sa vie par un travail assidu, il se couche à 11 heures, se +lève à 10, et fait souvent la sieste dans la journée. On se marie +entre aussi proches parents que l’on peut. Un Israélite qui a des +neveux dont l’âge convient à celui de ses filles ferait injure +à son frère et tort à lui-même en ne les demandant pas comme +gendres. Les unions sont d’une précocité presque incroyable, +surtout dans les villes de l’intérieur ; les jeunes filles, ou +plutôt les petites filles, s’y marient entre six et huit ans, +les garçons vers quatorze ans. A qui demande la cause d’un tel +usage, on répond qu’un homme de quatorze ans a besoin de se marier +et que, pour lui appareiller sa compagne, il faut la prendre très +jeune ; d’ailleurs, pour les filles c’est chose indifférente : +qu’est-ce qu’une femme ? « _Kerch, chouïa djeld itmetted._ » +Si la manière de vivre des Juifs est peu propre à leur conserver la +santé, malades ils se soignent d’une façon déplorable. J’ai vu +régner à Fâs une épidémie de rougeole qui, dans le seul mellaḥ, +enlevait quatre et cinq enfants par jour. On ne séparait pas les +enfants sains des malades ; tous étaient atteints les uns après les +autres. On les nourrissait de melons et de pastèques : puisqu’ils +avaient la fièvre, il fallait les rafraîchir. Heureusement, point +de remèdes. J’en vis pourtant administrer quelquefois. Un jour, +à Demnât, un pauvre Israélite avait ses cinq enfants malades, il +était inquiet, la fièvre était ardente ; à tout prix, il fallait +tenter de la calmer. Il possédait dans une vieille caisse divers +paquets contenant des remèdes variés de provenance européene ; +ils étaient de dix ou douze sortes ; il sortit ces médicaments, +prit un peu de chacun, mêla le tout, en fit cinq parts égales et +les distribua à ses enfants. Ils n’en sont pas morts ! + +Les Israélites, qui, aux yeux des Musulmans, ne sont pas des +hommes, à qui les chevaux, les armes sont interdits, ne peuvent +être qu’artisans ou commerçants. Les Juifs pauvres exercent +divers métiers ; ils sont surtout orfèvres et cordonniers ; +ils travaillent aussi le fer et le cuivre, sont marchands forains, +crieurs publics, changeurs, domestiques dans le mellaḥ. Les riches +sont commerçants, et surtout usuriers. En ce pays troublé, les +routes sont peu sûres, le commerce présente bien des risques ; +ceux qui s’y livrent n’y aventurent qu’une portion de leur +fortune. Les Israélites préfèrent en abandonner aux Musulmans les +chances, les travaux et les gains, et se contentent pour eux des +bénéfices sûrs et faciles que donne l’usure. Ici ni peine ni +incertitude. Capitaux et intérêts rentrent toujours. Un débiteur +est-il lent à payer ? On saisit ses biens. N’est-ce pas assez ? On +le met en prison. Meurt-il ? On y jette son frère. Il suffit pour +cela de posséder les bonnes grâces du qaïd ; elles s’acquièrent +aisément : donnez un léger cadeau de temps en temps, fournissez à +vil prix les tapis, les étoffes dont a besoin le magistrat, peu de +chose en somme, et faites toutes les réclamations, fondées ou non ; +vous êtes écouté sur l’heure. Il ne reste alors qu’à prendre +le titre de _rebbi_, à demeurer longtemps au lit et longtemps à +table, et à encaisser tranquillement l’argent des _goui_, en +rendant grâce au Dieu d’Israël. + +Les Juifs de blad el makhzen dépendent des seuls gouverneurs du sultan +et leur paient un impôt. Ceux qui ont quelque fortune sont sous la +protection d’une puissance européenne ; les uns l’obtiennent +par un séjour vrai ou fictif en Algérie, la plupart l’achètent +des agents indigènes que les nations possèdent dans les villes de +l’intérieur. Ces agents, peu ou point soldés, se font souvent de +gros revenus par de mauvais moyens. + +Les Israélites du Maroc parlent l’arabe. Dans les contrées +où le tamaziṛt est en usage, ils le savent aussi ; en certains +points le tamaziṛt leur est plus familier que l’arabe, mais +nulle part ce dernier idiome ne leur est inconnu. Tous les Juifs +lisent et écrivent les caractères hébreux ; ils ne connaissent +point la langue, épellent leurs prières sans les comprendre, et +écrivent de l’arabe avec les lettres hébraïques. Les rabbins +seuls ont appris la grammaire et le sens des mots et, en lisant, +entendent plus ou moins. Les rabbins sont nombreux ; sur cinq ou +six Juifs, il y en a un. Ils se distinguent par leur coiffure : +ils s’enveloppent la tête d’un long mouchoir bleu qui encadre +leur figure et dont la pointe retombe sur leurs épaules. Le titre +de rabbin équivaut à celui de bachelier ; sur dix rabbins, un à +peine peut officier ; le rabbin officiant, ou rabbin _sacrificateur_, +a pour principal service d’égorger suivant le rite les animaux +destinés à la nourriture des fidèles ; puis il dit les prières +à la synagogue, apprend à lire aux enfants, dresse les actes. On +lui donne une légère rétribution et des morceaux déterminés des +animaux qu’il tue. Les villes renferment plusieurs synagogues et +de nombreux officiants. Il n’est pas de village ayant six ou sept +familles israélites qui n’ait sa synagogue et son rabbin. Les +Juifs qui n’ont point de sacrificateur sont soumis à diverses +privations, telles que celle de ne pouvoir manger de viande. Ceux qui +vont isolément trafiquer parmi les Musulmans s’en passent parfois +durant six ou huit mois. Les Israélites du Maroc observent avec la +dernière rigueur les pratiques extérieures du culte. Mais, comme +nous l’avons dit, ils ne se conforment en rien aux devoirs de morale +que prescrit leur religion : non seulement ils ne les suivent pas, +mais ils les nient. Ils appellent sagesse la ruse, le mensonge, la +violation des serments ; justice la vengeance, la haine, la calomnie ; +prudence l’avarice et la lâcheté ; la paresse, la gourmandise, +l’ivrognerie sont d’heureuses facultés données par Dieu aux +mortels pour leur faire supporter les peines de la vie. Les Juifs +sont les enfants bien-aimés du Seigneur : qu’ils lui rendent les +hommages dus, qu’ils prient, qu’ils jeûnent, qu’ils observent +le sabbat et les fêtes, qu’ils mangent seulement la nourriture +licite, qu’ils se lavent et se baignent quand il faut, et ils seront +toujours chéris de Dieu ; ils peuvent, pour les autres choses, se +permettre ce qui leur plaît. Haï soit le reste des hommes ! Il est +maudit pour l’éternité. Le jour n’est pas loin où le Messie, +tant de fois annoncé, viendra et mettra le monde sous les pieds du +peuple d’Israël. Que dis-je ? Le voici peut-être. Rebbi Abnir, +grand rabbin de Fâs, a reçu des lettres d’Égypte : le prétendu +mahdi, annoncent-elles, n’est point musulman, mais juif ; c’est +le Messie ; il chasse les chrétiens comme l’aquilon dissipe la +pluie. « Qu’ainsi périssent, ô Seigneur, tous vos ennemis : +mais que ceux qui vous aiment brillent comme le soleil lorsque ses +rayons éclatent au matin. » + + + =II. — Israélites de blad es sîba.= + + +Tout Juif de blad es sîba appartient corps et biens à son seigneur, +son _sid_. Si sa famille est établie depuis longtemps dans le pays, +il lui est échu par héritage, comme une partie de son avoir, suivant +les règles du droit musulman ou les coutumes imaziṛen. Si lui-même +est venu se fixer au lieu qu’il occupe, il a dû, aussitôt arrivé, +se constituer le Juif de quelqu’un : son hommage rendu, il est lié +pour toujours, lui et sa postérité, à celui qu’il a choisi. Le +sid protège son Juif contre les étrangers comme chacun défend son +bien. Il use de lui comme il gère son patrimoine, suivant son propre +caractère. Le Musulman est-il sage, économe ? Il ménage son Juif, +il ne prend que le revenu de ce capital ; une redevance annuelle, +calculée d’après les gains de la saison, est tout ce qu’il +lui demande ; il se garde d’exiger trop, il ne veut pas appauvrir +son homme ; il lui facilite au contraire le chemin de la fortune : +plus le Juif sera riche, plus il rapportera. Il ne le moleste pas +dans sa famille, ne lui prend ni sa femme ni sa fille, afin qu’il +ne cherche pas à échapper à la servitude par la fuite. Ainsi le +bien du sid s’accroît de jour en jour, comme une ferme sagement +administrée. Mais que le seigneur soit emporté, prodigue, il mange +son Juif comme on gaspille un héritage : il lui demande des sommes +excessives ; le Juif dit ne pas les avoir ; le sid prend sa femme en +otage, la garde chez lui jusqu’à ce qu’il ait payé. Bientôt +c’est un nouvel ordre et une nouvelle violence ; le Juif mène la +vie la plus pauvre et la plus misérable, il ne peut gagner un liard +qui ne lui soit arraché, on lui enlève ses enfants. Finalement, on +le conduit lui-même sur le marché, on le met aux enchères et on +le vend, ainsi que cela se fait en certaines localités du Sahara, +mais non partout ; ou bien on pille et on détruit sa maison et +on le chasse nu avec les siens. On voit des villages dont tout un +quartier est désert. Le passant étonné apprend qu’il y avait là +un mellaḥ et qu’un jour les sids, d’un commun accord, ont tout +pris à leurs Juifs et les ont expulsés. Rien au monde ne protège +un Israélite contre son seigneur ; il est à sa merci. Veut-il +s’absenter, il lui faut son autorisation. Elle ne lui est pas +refusée, parce que les voyages du Juif sont nécessaires à son +commerce ; mais sous aucun prétexte il n’emmènera sa femme ni ses +enfants ; sa famille doit rester auprès du sid pour répondre de son +retour. Veut-il unir sa fille à un étranger qui la conduira dans son +pays, force est au fiancé de la racheter du seigneur au prix qu’il +plaira à ce dernier de fixer ; la rançon varie suivant la fortune +du jeune homme et la beauté de la jeune fille. J’ai vu à Tikirt +une jolie Juive qui venait de l’Ouarzazât ; pour l’emmener, +son mari avait payé 400 francs, grosse somme en un mellaḥ où +l’homme le plus riche possède en tout 1500 francs. Le Juif, tout +enchaîné qu’il est, peut s’affranchir et quitter le pays, +si son sid l’autorise à se racheter ; le plus souvent celui-ci +repousse sa requête ; si parfois il consent, c’est lorsque le Juif, +par suite d’opérations commerciales, a la majeure partie de sa +fortune hors de son atteinte. Il fixe alors le prix du rachat, soit en +bloc pour toute la famille, soit pour chaque membre en particulier : +la somme exigée est la plus grande partie de la fortune présumée +du Juif. Le marché conclu, la rançon payée, le Juif est libre ; +il déménage avec les siens sans être inquiété et va s’établir +où bon lui semble. S’il ne veut ou ne peut donner ce qu’on lui +demande, si toute proposition est rejetée de parti pris, et s’il a +la ferme volonté de s’en aller coûte que coûte, il ne lui reste +qu’un moyen, la fuite. Il la prépare d’avance, l’exécute dans +le plus grand secret. Une nuit sombre, il sort à pas de loup suivi +de sa famille ; tout dort : on ne l’a pas vu. Il arrive à la porte +du village. Des bêtes de somme, une escorte de Musulmans étrangers +l’attendent. On monte, on part, on fuit à toute vitesse. Courant la +nuit, se cachant le jour, évitant les lieux habités, choisissant les +chemins détournés et déserts, on gagne d’un pas rapide la limite +du blad el makhzen ; là enfin on respire : on n’est en sûreté +complète qu’arrivé dans une grande ville. Le Juif qui se sauve +est en danger mortel. Son seigneur, dès qu’il apprend son départ, +se jette à sa poursuite ; s’il le rejoint, il le tue comme un +voleur qui lui emporte son bien. Lorsque la fuite a réussi, le Juif +évitera, lui et ses descendants, pendant plusieurs générations, +d’approcher même de loin de son ancienne résidence ; il s’en +tiendra au moins à trois ou quatre journées, et là même il sera +inquiet. J’ai vu des Israélites de plus de cinquante ans, dont le +père s’était enfui de Mḥamid el Ṛozlân avant leur naissance, +regarder comme périlleux de passer à Tanziḍa et à Mrimima, +où ils pouvaient, disaient-ils, rencontrer des Berâber et être +pris par eux. En quelque endroit qu’un sid retrouve son Juif ou +un rejeton de celui-ci, il met la main sur lui. Il est des exemples +d’Israélites dont l’aïeul s’était sauvé et qui, à plus +de quatre-vingts ans de distance, ont été ramenés enchaînés au +pays de leurs ancêtres par le descendant de leur seigneur. Ce droit +permet parfois d’étranges choses. Un jour arrivèrent au Dâdes +deux rabbins quêteurs de Jérusalem. Comme ils passaient sur un +marché, un Musulman leur saute à la gorge : « Ce sont mes Juifs, +s’écrie-t-il. Je les reconnais. Il y a quarante ans, tout +jeunes encore, ils s’enfuirent avec leur père. Enfin Dieu me les +rend ! Qu’il soit loué ! » Les pauvres rabbins de se récrier : +depuis dix générations leurs familles habitaient Jérusalem. Jamais +eux-mêmes n’avaient quitté la ville sainte avant cette année, +et plût au ciel qu’ils n’en fussent jamais sortis ! « Que Dieu +maudisse votre voleur de père ! Je jure que je vous reconnais et +que vous êtes mes Juifs. » Et il les emmène chez lui. Il ne leur +rendit la liberté qu’au prix de 800 francs, que paya pour eux la +communauté de Tiilit. + +Dans les tribus dont l’organisation est démocratique, chez les +Berâber par exemple, chaque Israélite a un seigneur différent. Dans +celles qui sont gouvernées par un chef absolu, comme le Mezgîṭa, +le Tazeroualt, les Juifs appartiennent tous au chikh et n’ont pas +d’autre sid que lui. Aux lieux où le chikh existe, mais avec une +autorité limitée, à Tazenakht, chez les Zenâga, le Juif lui doit +un tribut annuel, ne peut déménager sans se racheter de lui, mais +n’en appartient pas moins à un seigneur particulier qui a sur lui +les droits ordinaires. + +La contrée où j’ai vu les Israélites les plus maltraités et les +plus misérables est la vallée de l’Ouad el Ạbid, d’Ouaouizert +à Tabia. J’y ai trouvé des Juives enfermées depuis trois mois +chez leur seigneur parce que le mari ne pouvait payer certaine +somme. Là les coutumes fixent à 30 francs l’amende du Musulman +qui a tué un Juif. Il les doit au sid du mort, et n’a d’autre +peine ni d’autre dommage. Dans cette région, les Israélites ne +font point de commerce : dès qu’ils possèdent quelque chose, +on le leur arrache ; ils ne peuvent être orfèvres : l’argent +manque ; tous sont cordonniers. Traités comme des brutes, le +malheur en a fait des êtres sauvages et féroces ; ils se battent, +se blessent, se tuent journellement ; à Aït ou Akeddir, j’ai +vu un matin entrer à la synagogue un homme qui venait d’égorger +son neveu dans une querelle et s’en vantait ; personne ne lui fit +de reproche, la chose était commune. Moi-même, j’ai, deux fois +en quinze jours, failli être assassiné dans cette contrée, par +des Juifs d’Ouaouizert entre ce village et Qaçba Beni Mellal, +par des Juifs d’Aït ou Akeddir dans leur mellaḥ même. La +première fois, j’étais parti avec un zeṭaṭ musulman et +une caravane d’Israélites d’Ouaouizert. Bientôt je vis mon +Musulman donner des signes d’inquiétude ; il me prit à part et me +rapporta que les Juifs tenaient entre eux des propos inquiétants et +semblaient comploter ; ils s’obstinaient, malgré lui, à vouloir +prendre un chemin désert qui ne pouvait nous conduire qu’à une +embuscade. Tout à coup se profila, au sommet d’une croupe, la +silhouette de plusieurs cavaliers. « Ce sont des Aït Seri ennemis +de ma tribu ! Les Juifs nous ont trahis. » Je tourne bride. Les +Israélites veulent me retenir. Mais ils n’osent employer la +force en présence de mon Musulman. Je reprends à toute vitesse, +avec lui, la direction de Qaçba Beni Mellal. A peine étais-je +dans la bourgade, que j’appris, par des parents de mon zeṭaṭ, +que les Juifs de la caravane avaient fait pacte la veille avec des +Aït Seri : ceux-ci devaient attaquer et tuer le zeṭaṭ, pendant +qu’eux-mêmes m’égorgeraient et me pilleraient. Je ne partis +que plus tard de Qaçba Beni Mellal, avec une escorte de Musulmans, +et sans Juifs du pays. La seconde fois, on s’ameuta contre moi à +Aït ou Akeddir, et la majorité du mellaḥ demanda à grands cris ma +tête. Une scène tumultueuse eut lieu à la synagogue, on jura que +je ne sortirais pas vivant du lieu. Le sang-froid et la fermeté de +mon hôte me sauvèrent. Il se montra prêt à me défendre les armes +à la main et empêcha les violences immédiates. Il y eut encore des +scènes orageuses dans la journée : on me croyait chargé d’or et +il semblait que ma mort dût enrichir le mellaḥ entier ; cette idée +affolait tous ces misérables. Mon hôte me fit évader le lendemain +avant le jour avec un Musulman de confiance. Ce ne fut qu’en ces +deux points, à Bou el Djạd et à Tatta, que les Israélites me +firent courir de graves dangers. A Bou el Djạd et à Tatta, ils me +devinèrent, me trahirent et excitèrent contre moi les Musulmans, +par flatterie pour ces derniers, sans me menacer eux-mêmes. Sur +l’Ouad el Ạbid, ils n’avaient pas soupçonné ma religion ; +j’étais un frère étranger et riche qu’ils voulaient faire +disparaître pour prendre son bien. Il n’y a aucune peine ni pour le +meurtre ni pour le vol. Une nuit que j’étais à Ouaouizert, couché +à la synagogue[125] avec dix ou douze autres personnes, un voleur +m’éveilla en fouillant dans mon bagage, je parvins à le saisir, +on apporta de la lumière ; je demandai ce qu’on allait faire du +prisonnier : « Le lâcher ; » puis on alluma les lampes et l’on +chanta des prières pour se tenir éveillé. Dans ces pays, les Juifs +d’un village ont-ils une querelle avec ceux d’un autre, on s’arme +des deux côtés, on prend rendez-vous et on se livre bataille. + + + =III. — Répartition des Juifs au Maroc.= + + +Les Juifs sont répartis d’une manière inégale dans les diverses +parties du Maroc. Ils semblent être cantonnés surtout, d’une part +dans les ports et les grandes villes du blad el makhzen, de l’autre +dans le massif du Grand Atlas et sur les cours d’eau qui descendent +du versant méridional de cette chaîne. + +Il y a très peu d’Israélites dans le Rif ; ils y étaient nombreux +autrefois ; de mauvais traitements les ont chassés dans ce siècle, +les uns vers Fâs, les autres vers Tlemsen et Debdou. Les deux +principaux mellaḥs du Rif sont à cette heure ceux de Tafersit et +de Chechaouen. + +De Tanger à Agadir Iṛir, point de port sur l’Océan où les +Juifs ne forment une partie importante de la population. + +Sur les divers cours d’eau qui se jettent dans l’Atlantique au +nord du Sebou, un seul mellaḥ, celui d’El Qçar. + +_Bassin de l’Ouad Sebou._ — Il n’y existe d’Israélites qu’en +cinq points, à Fâs (800 familles), à Meknâs (400 familles), à +Sfrou (250 familles), à Tâza (50 familles), à Qaçba Miknâsa (15 +familles). Dans les grandes tribus qui occupent le cours supérieur +du fleuve et de ses affluents, Beni Mṭir, Beni Mgild, Aït Ioussi, +Beni Ouaṛaïn, il n’y en a point. + +_Bassin de l’Ouad Bou Regreg._ — Il ne renferme aucun mellaḥ. Pas +de Juifs, ni chez les Zaïan, ni chez les Zemmour Chellaḥa, ni chez +les Zạïr. + +_Bassin de l’Ouad Oumm er Rebiạ._ — Très peu d’établissements +israélites sur la rive droite du fleuve : un grand nombre sur les +affluents de gauche qui prennent leur source dans le Grand Atlas. Les +principaux sont : + + { Bou el Djạd 50 fam. + { + Tâdla { Qaçba Tâdla 30 + { + { Qaçba Beni Mellal 75 + + { Takiout 20 + Doukkala { + { El Arbạa 20 + + Aït Atta d Amalou. — Ouaouizert 35 + + { Aït ou Akeddir 50 + { + Aït Ạtab { Ḥad Aït Ạtab 20 + { + { Ikadousen 30 + + Aït Ạïad 20 + + { Djemaạa Entifa 50 + { + { Bezzou 20 + { + Entifa { Tisoukennatin[126] 15 + { + { Desra[127] 10 + { + { Tabia 10 + + Aït b Ououlli. — Aït Brahim 30 + + B Ougemmez. — Aït Ouriad 15 + + Aït Abbes 30 + + { Aït Tagella 20 + Bou Ḥarazen { + { Bou Ḥarazen 20 + + { Demnât 250 + { + { Idili 30 + Demnât { + { Aït Mazzen 20 + { + { El Ḥamedna[128] 20 + + Sraṛna. — El Qlạa 120 + + { Zaouïa Sidi Reḥal 25 + Zemrân { + { Oulad Mançour 15 + + { Tagmout 30 + { + Glaoua { Zarakten 15 + { + { Enzel 20 + +_Bassin de l’Ouad Tensift._ — Les Juifs y ont peu de centres sur +la rive droite, mais ils en possèdent sur les affluents de gauche +du fleuve. Voici quelques-uns d’entre eux : + + Merrâkech 600 fam. + + Rḥamna. — Tamellalt 20 + + { Tasremout (Aït Taggant) 30 + { + { Tamazzens 25 + Mesfioua { + { Igni s Neïn 20 + { + { Debra 30 + + { Tahennaout 40 + Ṛiraïa { + { Tassellount 30 + + { Dar El Genṭafi 30 + Genṭafa { + { Tagadirt el Bour 16 + + Gergoura. — Fres 20 + + Amsmiz.— Amsmiz 100 + + Tisgin. — Tisgin 30 + + Asif el Mal 20 + +_Bassin de l’Ouad Sous._ — Les bords de ce fleuve sont une des +contrées du Maroc où les Israélites sont les plus nombreux. Sur ses +affluents de droite il s’en trouve aussi, mais moins. Il n’en +existe à peu près point sur les affluents de gauche. Voici la +plupart des mellaḥs de ce bassin : + + { Ouaounzourt 10 + { + { Mezgemmat 10 + { + { Asareg 30 + { + { Amzarko 40 + { + { Igidi 10 + { + { Arled 10 + { + Aït Tameldou { Aït Ouartasa 2 + { + { Tamjerjt 20 + { + { Aït Tougda 3 + { + { Igourdan 4 + { + { Ạraben 3 + { + { Inmarakht 20 + { + { Aït Leti 15 + + { Idergan 20 + Iouzioun { + { Tabia 10 + + { Aoullous 5 + Aït Tedrart { + { Tamalout 2 + + { Aït Sin 3 + Aït Oubial { + { Tagouïamt 4 + + Aït Ọtman. — Tagmout 8 + + { Iṛil n Oro 50 + Zagmouzen { + { Taourirt 10 + + { Taourirt el Ḥad 10 + Aït Iaḥia { + { Arfaman 12 + + { Argoummi 2 + { + { Imi n Ougni 10 + Seketâna { + { Timasinin 2 + { + { Timersit 2 + + { Aoulouz 30 + { + { Amerli 20 + { + Rḥala { Igedad 4 + { + { Aderdour 20 + { + { Aït Oumbarek 2 + + { Aït Ioub 15 + { + { Oulad Ḥasen 15 + { + { Oulad Brahil 15 + { + { Souaṭat 5 + { + { Oulad Brahim 4 + { + { Agedal 10 + Menâba { + { Ida ou Gouilal 10 + { + { Igli 40 + { + { Ida ou Qaïs 15 + { + { Tinzert 20 + { + { Tamast 10 + { + { Ạïn n Ougeïḍa 5 + + { Asseïn 3 + Indaouzal { + { Louleiza 15 + + { Timdouin 20 + { + Oulad Iaḥia { Arazan 20 + { + { Oulad Bou Ṛis 10 + + Aït Semmeg (Ouad el Amdad). — Touloua 10 + + Ouneïn. — Adouz 20 + + Taroudant 300 + +_Sahel Marocain._ — Peu de Juifs. Ils sont groupés en quelques +points clairsemés dont voici les principaux : + + { Dar Ben Dleïmi 30 + Chtouka { + { Tamaliḥt 60 + + Zarar Ida Oultit. — Ouizzân 50 + + Tazeroualt. — Iliṛ 70 + + Ouad Noun 40 + +_Bassin de l’Ouad Dra._ — Les Israélites sont en grand nombre +dans la vallée du fleuve et dans celles de ses affluents supérieurs ; +il y en a peu dans le reste du bassin. Voici la plupart des mellaḥs : + + { Iṛris 8 + { + Assaka (Ouad Iounil). { Timsal 20 + { + { Angelz 30 + + Tizgi (Ouad Iounil). — Tizgi 25 + + { Tazleft 2 + { + { Aït Ạïssa 8 + { + { Tadoula 12 + Aït Zaïneb { + { Imzouṛen 10 + { + { El Mellaḥ 2 + { + { Tikirt 20 + + { Aït Ḥammou ou Ạli 6 + { + { Aït Baddou 1 + Telouet { + { Tabougoumt 20 + { + { Imaounin 15 + + { Timjdout 15 + { + { Sour 10 + { + { Dir 8 + { + Tidili { Igadaïn 6 + { + { Ilṛman 5 + { + { Timzrit 2 + { + { Asell 3 + + { Iṛil 8 + { + { Tagnit 2 + Imini { + { Afella Isli 6 + { + { Taskoukt 5 + + { Tourtit 2 + Ikhzama { + { Amasin 8 + + Aït Touaïa. — Taoura 2 + + { Almid 15 + Aït Marlif { + { Tagdourt n Touda 7 + + { Tamasint 18 + { + { Zaouïa Sidi Ọtman 5 + { + { Tabount 6 + { + Ouarzazât { Tigemmi Djedid 2 + { + { Taourirt 15 + { + { Tenmasla 20 + { + { Aït Kedif 10 + + { Tazenakht 55 + Aït Ạmer { + { Aït Ạli ou Ious 2 + + { Aït Mesri 25 + { + Zenâga { Tamarouft 19 + { + { Azdif 18 + + Tammasin. — Enzel 2 + + Iṛels. — Iṛels 2 + + { Tiilit 60 + Dâdes { + { Aït ou Ez Zîn 20 + + { Tiṛremt Izouralen Aït + { Ḥammou ou Iaḥia 15 + Imgoun { + { Iberrousen 8 + + { Targanada 10 + { + { Igli Aït Zarar 8 + Imeṛrân { + { Timicha 4 + { + { Tindout 40 + + { Rebaṭ 6 + { + { Asellim Agdz 6 + { + Mezgîṭa { Agdz 20 + { + { Tamnougalt 40 + { + { Asellim 10 + + Aït Seddrât. — El Ḥara 3 + + Aït Zeri. — Timesla 8 + + { Qaçba el Makhzen 30 + Tinzoulin { + { Rebaṭ 20 + + { Akhellouf 10 + { + { Beni Zouli 20 + { + { Taṛrelil 10 + Ternata { + { Astour 15 + { + { El Mançouria 30 + { + { El Ạroumiat 20 + + Fezouâta. — Amzrou 20 + + { Beni Ḥaïoun 40 + Qtaoua { + { Beni Sbiḥ 50 + + Mḥamid el Ṛozlân. — Oulad Ḥamed 40 + + Alougoum. — Tiṛremt 6 + + Zgiḍ. — El Mḥamid 2 + + Tatta. — Tintazart 14 + + Aqqa. — Tagadirt 12 + + Tamanaṛt. — Agerd 20 + +_Bassin de l’Ouad Ziz._ — Voici l’énumération des +principaux mellaḥs qui s’y trouvent : + + Tiallalin. — Qcîra el Ihoud 30 + + Qçar es Souq. — Qçar es Souq 60 + + Reṭeb (un mellaḥ) 30 + + Tizimi (2 mellaḥs) 45 + + Tafilelt (5 mellaḥs) 200 + + Zaouïa Sidi Ḥamza (Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza) 2 + + { Asfalou 100 + { + { Taourirt 30 + Todṛa { + { Aït Ourjedal 10 + { + { Tinṛir 30 + + Ferkla. — Asrir 50 + + { Bou Tnefit 12 + Ṛeris { + { Gelmima 30 + + Taderoucht.— El Ḥara 20 + +_Haut bassin de l’Ouad Gir._ — On y rencontre quelques Juifs : + + Tit n Ạli 25 + + Tizgi n Gerrama 30 + + Beni Tzit 20 + +_Bassin de l’Ouad Mlouïa._ — Très peu d’Israélites ; il +n’y en a qu’aux six endroits suivants : + + { Bou Zmella 30 + Ouṭat Aït Izdeg { + { Aït Ọtman ou Mousa 80 + + Qçâbi ech Cheurfa. — El Qçâbi 60 + + Misour. — Oulad Bou Jejia 10 + + Ouṭat Oulad el Ḥadj. — Mellaḥ el Ihoud 30 + + Debdou. — Debdou 300 + +Entre le bassin de la Mlouïa et la frontière algérienne, un seul +mellaḥ, celui d’Oudjda. + + * * * * * + + +[Note 123 : J’écris des Juifs du Maroc moins de mal que je n’en +pense ; parler d’eux favorablement serait altérer la vérité. Mes +observations s’appliquent à la masse du peuple : dans le mal +général, il existe d’heureuses exceptions. A Fâs, à Sfrou, +à Meknâs, à Tâza, à Tazenakht, à Debdou, en d’autres lieux +encore, j’ai vu des Israélites donner l’exemple de la vertu. Le +grand rabbin de Fâs était, aux yeux des Musulmans mêmes, un des +hommes les plus justes de son temps. Mais ces modèles sont rares et +on les imite peu.] + +[Note 124 : Les Juifs fabriquent eux-mêmes cette eau-de-vie, qu’ils +appellent _mahia_ ; ils la font, dans le nord, de cire ou de raisins +secs ; dans la montagne, de figues ; dans le Sahara, de dattes. Dans +les villes, la mahia s’achète par carafes au marché ; dans les +campagnes, chaque maison distille tous les jeudis ce qu’il lui faut +pour la semaine.] + +[Note 125 : Dans tout le Maroc, les grandes villes exceptées, les +synagogues servent d’auberge : on y dort, on y mange, on s’y +enivre, on y tue des poulets, on y fait la cuisine ; on y trafique +et on y vend comme au marché.] + +[Note 126 : Village situé au pied du Grand Atlas à 1 heure et demie +de Tabia. Dans mon itinéraire je l’ai laissé à main gauche.] + +[Note 127 : Petit village entre Bezzou et Tabia.] + +[Note 128 : Village situé au pied du Grand Atlas, entre Idili et +Demnât.] + + + + + LISTE + DES + OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES + FAITES AU MAROC AU COURS DU VOYAGE + (Juin 1883-Mai 1884) + + ET + TABLEAU DES LATITUDES ET LONGITUDES + DES POINTS DÉTERMINÉS ASTRONOMIQUEMENT PAR CES OBSERVATIONS. + + * * * * * + + + =I. — Liste des Observations.= + + + TÉTOUAN. — 24 juin 1883, 5 h. soir. + + Maison de Jacob Danan (mellaḥ). Angle hor. du soleil. + + Chronomètre : 4h 19m 20s Hauteur : 53° 48′ 00″ + + 21 02 53 07 10 + + 22 31 52 30 00 + + 24 01 51 55 40 + + 25 35 51 18 20 + + Erreur instrumentale : bord supérieur + 0° 31′ 50″ + + bord inférieur − 0 31 00 + + + TÉTOUAN. — 24 juin, 10 h. soir. + + Maison de Jacob Danan. Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 9h 29m Hauteur : 69° 18′ 30″ + + 42 69 25 10 + + 55 69 32 00 + + + TÉTOUAN. — 25 juin, 7 h. 1/4 matin. + + Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 45m 54s Hauteur : 57° 20′ 40″ + + 48 19 58 19 30 + + 50 02 59 01 00 + + 51 36 59 38 10 + + 53 33 60 25 50 + + + TÉTOUAN. — 26 juin, 7 h. matin. + + Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 38m 43s Hauteur : 54° 25′ 40″ + + 40 30 55 07 30 + + 41 50 55 40 10 + + 43 09 56 11 20 + + 44 41 56 48 20 + + + TÉTOUAN. — 26 juin, 5 h. 1/2 soir. + + Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 51m 51s Hauteur : 40° 55′ 40″ + + 53 41 40 12 30 + + 55 07 39 38 40 + + 56 35 39 04 10 + + 58 10 38 27 20 + + + TÉTOUAN. — 27 juin, 7 h. 1/2 matin. + +Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 52m 36s Hauteur : 59° 53′ 30″ + + 54 42 60 47 30 + + 56 16 61 25 50 + + 58 09 62 09 00 + + 59 35 62 44 00 + + + TÉTOUAN. — 27 juin, 5 h. soir. + + Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 29m 11s Hauteur : 49° 51′ 50″ + + 30 53 49 11 20 + + 32 18 48 36 40 + + 33 40 48 04 30 + + 35 18 47 26 00 + + + TÉTOUAN. — 1er juillet, 7 h. 1/2 matin. + + Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 7h 01m 50s Hauteur : 63° 21′ 40″ + + 03 37 64 05 40 + + 05 15 64 44 20 + + 06 46 65 21 30 + + 08 45 66 10 00 + + 12 39 67 45 05 + + 14 14 68 23 00 + + 15 32 68 55 10 + + 17 05 69 32 00 + + 18 19 70 03 00 + + + TÉTOUAN. — 1er juillet, 4 h. 1/2 soir. + + Maison de Jacob Danan. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 3h 46m 23s Hauteur : 66° 54′ 40″ + + 48 51 65 54 50 + + 50 54 65 06 00 + + 52 34 64 25 10 + + 53 43 63 56 40 + + 58 43 61 55 50 + + 4h 00 00 61 24 30 + + 01 33 60 47 40 + + 03 10 60 09 30 + + 04 19 59 41 20 + + + TÉTOUAN. — 2 juillet, arrêt du Chronomètre. + + + FAS. — 26 juillet, 7 h. matin. + + Maison de Samuel Ben Simhoun (mellaḥ). Angle h. du s. + + Chronomètre : 5h 14m 45s Hauteur : 45° 04′ 20″ + + 16 32 45 47 20 + + 18 00 46 23 50 + + 20 29 47 24 40 + + 22 42 48 20 00 + + 25 26 49 26 40 + + + FAS. — 27 juillet, 4 h. 1/2 soir. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 3h 02m 31s Hauteur : 51° 21′ 50″ + + 03 55 50 46 10 + + 05 14 50 14 45 + + 06 46 49 36 40 + + 08 33 48 52 40 + + 10 22 48 08 50 + + 11 27 47 40 40 + + Erreur instrumentale : + 0° 31′ 45″ + + − 0° 31 00 + + + FAS. — 28 juillet, 8 h. 1/4 matin. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 48m 41s Hauteur : 83° 27′ 00″ + + 51 39 84 42 00 + + 54 20 85 47 20 + + 56 31 86 43 20 + + 58 39 87 34 30 + + + FAS. — 28 juillet, 4 h. 1/2 soir. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 46m 54s Hauteur : 57° 32′ 00″ + + 49 35 56 25 50 + + 52 04 55 24 30 + + 56 22 53 36 45 + + + TAZA. — 1er août, arrêt du Chronomètre. + + + TAZA. — 5 août, 3 h. matin. + + Maison de Bou Douma (mellaḥ). Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 1h 34m Hauteur : 71° 02′ 30″ + + 46 71 04 30 + + 2h 06 71 07 00 + + + FAS. — 12 août, 7 h. 3/4 matin. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 10m 40s Hauteur : 70° 20′ 40″ + + 12 37 70 43 10 + + 14 08 71 20 15 + + 16 09 72 11 50 + + 17 28 72 43 00 + + 18 38 73 12 50 + + + FAS. — 13 août, 8 h. 1/4 matin. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 04m 21s Hauteur : 67° 12′ 40″ + + 05 49 67 49 50 + + 07 54 68 41 50 + + 09 34 69 24 10 + + 11 15 70 04 10 + + 12 52 70 39 40 + + 14 23 71 23 00 + + 15 38 71 53 20 + + 16 56 72 25 15 + + 18 18 72 59 50 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 00″ + + − 0° 31 30 + + + FAS. — 13 août, 4 h. 1/4 soir. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 37m 15s Hauteur : 50° 42′ 55″ + + 39 21 49 49 40 + + 41 26 48 59 00 + + 42 39 48 28 30 + + 44 00 47 54 30 + + 45 41 47 12 30 + + 46 54 46 43 05 + + 49 55 45 28 00 + + 51 27 44 50 40 + + 52 58 44 12 05 + + + FAS. — 19 août, 8 h. 1/4 matin. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 05m 45s Hauteur : 66° 42′ 30″ + + 07 48 67 35 30 + + 09 21 68 13 40 + + 11 07 68 57 40 + + 12 52 69 41 20 + + 16 09 71 01 50 + + 21 11 73 04 10 + + 22 41 73 42 40 + + 23 55 74 10 50 + + 24 59 74 39 00 + + 26 45 75 21 00 + + + FAS. — 19 août, 3 h. 1/2 soir. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 00m 38s Hauteur : 62° 58′ 40″ + + 02 48 62 02 10 + + 04 14 61 29 20 + + 05 45 60 49 40 + + 07 31 60 10 00 + + 08 40 59 39 10 + + 10 03 59 03 30 + + 11 12 58 33 30 + + 12 41 57 56 50 + + 14 06 57 23 00 + + 15 46 56 41 50 + + Erreur instrumentale : + 0° 31′ 55″ + + − 0° 31 20 + + + SFROU. — 20 août, 4 h. soir. + + Maison de David Aoulil. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 1h 56m 08s Hauteur : 64° 03′ 10″ + + 57 42 63 24 10 + + 58 50 62 56 20 + + 2h 00 05 62 24 30 + + 01 10 61 58 20 + + 02 13 61 33 00 + + 03 30 61 00 30 + + 04 21 60 39 20 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 00″ + + − 0° 31 30 + + + FAS. — 21 août, arrêt du Chronomètre. + + + FAS. — 22 août, 7 h. 3/4 matin. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 10m 11s Hauteur : 62° 01′ 10″ + + 11 09 62 24 30 + + 12 10 62 49 40 + + 13 17 63 17 20 + + 14 42 63 52 40 + + 16 15 64 30 30 + + 17 14 64 54 40 + + 18 11 65 18 10 + + 19 50 65 58 10 + + 23 38 67 27 30 + + 24 31 67 53 40 + + 25 28 68 16 50 + + 26 35 68 43 40 + + 29 06 69 45 20 + + 29 59 70 07 10 + + 30 52 70 28 50 + + 31 54 70 53 40 + + 34 33 71 59 00 + + 35 43 72 27 10 + + 36 49 72 54 30 + + 37 52 73 19 30 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 00″ + + − 0° 31 30 + + + FAS. — 22 août, 3 h. 1/2 soir. + + Maison de S. Ben Simhoun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 57m 25s Hauteur : 68° 38′ 30″ + + 58 40 68 08 00 + + 59 40 67 43 00 + + 12h 00 28 67 23 40 + + 01 33 66 56 20 + + 05 32 65 18 40 + + 06 37 64 52 00 + + 07 41 64 26 00 + + 08 38 64 02 10 + + 10 12 63 23 40 + + 11 37 62 48 40 + + 12 53 62 17 20 + + 13 52 61 53 00 + + 15 43 61 07 15 + + 16 35 60 45 50 + + 18 09 60 07 10 + + 19 14 59 40 30 + + 20 40 59 05 10 + + 21 33 58 43 00 + + 22 18 58 24 20 + + 23 15 58 00 50 + + + OULMESS. — 2 septembre, arrêt du Chronomètre. + + + BOU EL DJAD. — 7 septembre, 9 h. matin. + + Maison de Mousi Alloun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 1h 35m 55s Hauteur : 78° 13′ 05″ + + 37 58 79 02 10 + + 39 31 79 38 10 + + 41 07 80 14 20 + + 42 14 80 41 10 + + 44 00 81 22 50 + + + BOU EL DJAD. — 7 septembre, 3 h. 1/2 soir. + + Maison de Mousi Alloun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 8h 16m 04s Hauteur : 67° 43′ 05″ + + 17 32 67 07 00 + + 18 38 66 40 50 + + 19 57 66 08 35 + + 21 16 65 36 20 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 00″ + + − 0° 31 40 + + + BOU EL DJAD. — 9 septembre, 1 h. matin. + + Maison de Mousi Alloun. Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 5h 11m Hauteur : 67° 58′ 20″ + + 22 68 02 00 + + 36 68 04 30 + + 46 68 08 30 + + 6h 02 68 10 30 + + 15 68 12 10 + + 29 68 13 30 + + + BOU EL DJAD. — 12 septembre, 8 h. 1/4 matin. + + Maison de Mousi Alloun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 1h 10m 40s Hauteur : 66° 59′ 20″ + + 11 58 67 30 00 + + 13 11 67 59 00 + + 14 22 68 27 35 + + 15 30 68 53 40 + + 16 57 69 29 00 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 00″ + + − 0° 31 25 + + + BOU EL DJAD. — 12 septembre, 3 h. 1/2 soir. + + Maison de Mousi Alloun. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 8h 31m 04s Hauteur : 58° 22′ 10″ + + 32 01 57 58 45 + + 33 14 57 29 20 + + 35 09 56 43 00 + + 36 45 56 06 30 + + + OUAOUIZERT. — 29 septembre, arrêt du Chronomètre. + + + DEMNAT. — 5 octobre, 3 h. 3/4 soir. + + Grande synagogue. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 28m 29s Hauteur : 49° 55′ 30″ + + 30 13 49 16 50 + + 31 06 48 56 00 + + 32 12 48 30 00 + + 33 20 48 03 10 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 20″ + + − 0° 31 40 + + + DEMNAT. — 7 octobre, 3 h. 1/2 soir. + + Grande synagogue. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 6h 16m 00s Hauteur : 53° 28′ 10″ + + 17 11 53 01 15 + + 18 38 52 28 40 + + 19 36 52 06 20 + + 20 45 51 39 30 + + 22 05 51 08 45 + + 23 24 50 39 00 + + + ZAOUIA SIDI REHAL. — 9 octobre, 9 h. 1/4 matin. + + Synagogue. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 53m 43s Hauteur : 69° 41′ 00″ + + 56 08 70 30 25 + + 57 10 70 51 50 + + 58 11 71 12 20 + + 59 15 71 33 55 + + 12h 01 19 72 15 50 + + 02 18 72 35 30 + + + ZAOUIA SIDI REHAL. — 9 octobre. + + Synagogue. Hauteurs circumméridiennes du soleil. + + Chronomètre : 2h 25m 14s Hauteur : 103° 21′ 30″ + + 26 36 24 40 + + 27 30 27 20 + + 29 12 30 20 + + 30 40 33 40 + + 31 59 35 30 + + 32 52 36 50 + + 33 48 37 50 + + 36 25 41 00 + + 39 30 42 35 + + 46 17 41 15 + + 49 40 36 00 + + 51 25 32 10 + + 52 40 29 30 + + + TAGMOUT (Glaoua). — 10 octobre, 3 h. soir. + + Synagogue. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 5h 52m 50s Hauteur : 61° 00′ 50″ + + 54 05 60 32 30 + + 54 55 60 14 15 + + 56 18 59 43 50 + + 57 34 59 15 50 + + 59 05 58 41 40 + + 6h 00 18 58 14 40 + + 01 17 57 52 40 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 30″ + + − 0° 32 00 + + + TAGMOUT. — 12 octobre. + + Synagogue. Hauteurs circumméridiennes du soleil. + + Chronomètre : 2h 26m 23s Hauteur : 101° 37′ 40″ + + 27 45 40 35 + + 29 24 43 35 + + 31 04 45 50 + + 32 57 48 35 + + 34 20 49 55 + + 37 38 51 25 + + 40 25 51 10 + + 41 38 50 30 + + 43 07 49 15 + + 44 27 48 20 + + 45 42 47 00 + + 46 51 45 10 + + 48 10 43 30 + + 49 48 40 10 + + 51 28 36 05 + + 52 58 32 40 + + 54 18 29 10 + + + TIKIRT (Aït Zaïneb). — 19 octobre. + + Maison de Mousi Ammer. Hautrs circummérid. du s. + + Chronomètre : 2h 15m 28s Hauteur : 97° 06′ 55″ + + 17 46 14 15 + + 19 34 18 50 + + 21 32 23 50 + + 23 18 27 50 + + 26 12 32 35 + + 29 10 36 10 + + 32 55 39 00 + + 37 35 38 50 + + 40 28 36 30 + + 42 48 35 00 + + 44 22 32 20 + + 45 48 29 40 + + 47 14 27 20 + + 49 36 21 50 + + 52 03 15 20 + + 53 52 08 50 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 35″ + + − 0° 32 10 + + + TIKIRT. — 19 octobre, 2 h. 3/4 soir. + + Maison de Mousi Ammer. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 5h 35m 43s Hauteur : 61° 27′ 55″ + + 37 09 60 56 55 + + 38 32 60 28 40 + + 40 08 59 54 40 + + 41 41 59 21 30 + + + TIKIRT. — 24 octobre, 9 h. 1/4 matin. + + Maison de Mousi Ammer. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 59m 00s Hauteur : 66° 28′ 50″ + + 12h 00 07 66 49 20 + + 01 19 67 12 25 + + 02 48 67 39 40 + + 03 43 67 56 00 + + 04 43 68 14 10 + + 05 48 68 35 00 + + + TAZENAKHT. — 28 octobre, 9 h. matin. + + Maison d’Abraham Ben Oukhkha. Angle horaire du s. + + Chronomètre : 12h 04m 04s Hauteur : 66° 36′ 10″ + + 05 16 66 57 55 + + 06 58 67 28 45 + + 08 06 67 49 05 + + 09 23 68 12 10 + + 10 28 68 31 00 + + 18 27 70 49 25 + + 20 01 71 16 40 + + 21 38 71 44 25 + + 22 51 72 04 45 + + 24 16 72 28 10 + + 25 11 72 43 40 + + 26 25 73 04 05 + + + TAZENAKHT. — 28 octobre, 8 h. soir. + + Maison d’Abraham Ben Oukhkha. Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 10h 49m Hauteur : 63° 07′ 30″ + + 11h 02 12 55 + + 16 19 10 + + 31 25 10 + + 46 30 30 + + 59 34 30 + + 12h 17 39 20 + + 36 43 00 + + + TAZENAKHT. — 29 octobre, 9 h. 1/4 matin. + + Maison d’Abraham Ben Oukhkha. Angle horaire du s. + + Chronomètre : 11h 55m 16s Hauteur : 63° 27′ 00″ + + 56 43 63 53 50 + + 57 40 64 11 35 + + 58 44 64 31 40 + + 59 33 64 47 20 + + 12h 00 32 65 05 05 + + 01 42 65 26 40 + + 02 35 65 42 15 + + 03 18 65 55 45 + + 04 05 66 09 40 + + 05 48 66 40 25 + + 07 33 67 12 35 + + 08 22 67 27 20 + + 09 35 67 48 30 + + 11 05 68 15 05 + + 12 20 68 36 55 + + 13 21 68 55 15 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 30″ + + − 0° 32 05 + + + TAZENAKHT. — 29 octobre. + + Maison d’Abraham Ben Oukhkha. Hautrs circum. du s. + + Chronomètre : 2h 25m 07s Hauteur : 91° 24′ 25″ + + 27 42 25 55 + + 31 28 28 10 + + 33 10 28 10 + + 34 05 28 10 + + 35 32 27 30 + + 37 36 26 10 + + 39 18 24 15 + + 40 35 23 00 + + 41 23 21 55 + + + TAZENAKHT. — 30 octobre, 9 h. matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 59m 08s Hauteur : 64° 11′ 40″ + + 12h 00 40 64 40 00 + + 03 01 65 23 00 + + 04 44 65 53 55 + + 06 32 66 26 00 + + 07 15 66 38 50 + + 08 35 67 02 30 + + 09 43 67 22 30 + + 11 00 67 45 00 + + 11 42 67 57 40 + + 14 19 68 42 45 + + 16 33 69 21 05 + + 17 20 69 34 45 + + + TAZENAKHT. — 31 octobre, 9 h. matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 01m 03s Hauteur : 64° 20′ 10″ + + 02 46 64 51 25 + + 03 36 65 06 55 + + 04 36 65 24 50 + + 05 54 65 47 50 + + 07 05 66 08 15 + + 08 26 66 32 30 + + 09 21 66 48 50 + + 10 42 67 12 45 + + 11 32 67 26 30 + + 12 36 67 45 15 + + 13 39 68 03 00 + + 14 43 68 22 00 + + 15 53 68 42 00 + + 16 40 68 55 10 + + 17 32 69 10 00 + + 19 03 69 35 40 + + + TAZENAKHT. — 1er novembre. 9 h. matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 57m 35s Hauteur : 62° 50′ 10″ + + 59 15 63 20 00 + + 59 58 63 33 15 + + 12h 00 55 63 50 50 + + 02 47 64 24 10 + + 03 41 64 40 35 + + 04 40 64 58 35 + + 05 22 65 11 25 + + 06 16 65 27 30 + + 07 03 65 41 05 + + 07 43 65 53 00 + + 08 26 66 05 10 + + 09 35 66 25 20 + + 10 17 66 37 45 + + 12 04 67 08 00 + + 12 52 67 22 10 + + + TAZENAKHT. — 5 novembre, 9 h. 1/2 matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 00m 45s Hauteur : 62° 00′ 20″ + + 01 50 62 19 00 + + 02 42 62 34 30 + + 03 42 62 52 30 + + 04 52 63 13 05 + + 05 55 63 30 10 + + 07 08 63 53 05 + + 08 13 64 10 45 + + 09 06 64 26 20 + + 10 09 64 44 40 + + 10 57 64 58 10 + + 12 25 65 22 40 + + 13 32 65 42 20 + + 14 34 66 01 00 + + 15 49 66 18 50 + + 16 49 66 36 00 + + 18 08 66 54 50 + + 20 03 67 29 30 + + 21 13 67 48 40 + + 22 08 68 04 20 + + 23 22 68 24 00 + + 24 30 68 41 10 + + 25 35 68 58 30 + + 26 30 69 13 50 + + 27 50 69 34 00 + + + TAZENAKHT. — 9 novembre, 9 h. 1/2 matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 12m 23s Hauteur : 63° 31′ 20″ + + 14 13 64 01 30 + + 16 06 64 31 30 + + 17 18 64 50 50 + + 18 22 65 09 00 + + 19 48 65 31 40 + + 21 13 65 53 45 + + 22 35 66 15 55 + + 24 06 66 39 50 + + 25 22 66 59 50 + + 26 56 67 24 05 + + 28 20 67 44 20 + + 29 50 68 07 20 + + 31 16 68 28 35 + + 32 35 68 49 00 + + 34 40 69 20 20 + + 36 19 69 43 50 + + 37 31 70 00 55 + + + AGADIR TISINT. — 15 novembre, 2 h. 1/2 soir. + + Maison dite Dar ez Zenâgi. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 52m 20s Hauteur : 62° 26′ 20″ + + 53 17 62 10 20 + + 54 30 61 50 10 + + 55 35 61 32 00 + + 56 36 61 14 35 + + 57 30 60 59 25 + + + TINTAZART (Tatta). — 20 novembre, 10 h. matin. + + Maison de Nessim Abi Serour (mellaḥ). Angle hor. du s. + + Chronomètre : 12h 21m 03s Hauteur : 61° 58′ 20″ + + 22 57 62 27 35 + + 24 23 62 49 45 + + 25 31 63 07 15 + + 26 49 63 27 05 + + 27 55 63 43 35 + + 29 30 64 07 30 + + 31 18 64 33 20 + + 32 17 64 48 15 + + 33 15 65 02 45 + + 34 31 65 21 10 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 45″ + + − 0° 32 20 + + + TINTAZART. — 20 novembre. + + Maison de N. Abi Serour. Hautrs circummérid. du s. + + Chronomètre : 2h 25m 55s Hauteur : 80° 44′ 35″ + + 28 20 46 25 + + 30 27 47 50 + + 31 43 48 55 + + 33 20 49 20 + + 34 35 49 20 + + 36 35 48 05 + + 38 10 47 10 + + 39 15 45 50 + + 40 38 44 45 + + 41 45 43 05 + + 43 17 41 30 + + + TINTAZART. — 20 novembre, 2 h. soir. + + Maison de N. Abi Serour. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 40m 50s Hauteur : 64° 23′ 10″ + + 42 50 63 53 00 + + 44 12 63 32 00 + + 45 17 63 15 20 + + 46 16 62 59 55 + + 47 12 62 45 00 + + 48 11 62 29 50 + + 49 40 62 06 05 + + 50 50 61 47 20 + + 51 47 61 31 40 + + 53 01 61 11 50 + + + MADER SOULTAN. — 26 novembre, 2 h. matin. + + Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 4h 57m Hauteur : 59° 19′ 50″ + + 5h 13 59 10 20 + + 24 59 03 20 + + + TINTAZART. — 30 novembre. 3 h. soir. + + Maison de N. Abi Serour. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 5h 55m 17s Hauteur : 39° 41′ 20″ + + 56 23 39 20 05 + + 57 11 39 04 00 + + 58 06 38 45 30 + + 59 16 38 22 40 + + 6 00 14 38 03 35 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 40″ + + − 0° 32 05 + + + AGADIR TISINT. — 19 décembre, 9 h. 1/2 soir. + + Maison de Ḥadj Iselman. Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 11h 44m Hauteur : 62° 12′ 40″ + + 57 62 09 00 + + 12h 16 62 03 00 + + 36 61 54 50 + + 49 30s 61 48 40 + + 1h 02 61 42 30 + + 17 61 35 00 + + + AGADIR TISINT. — 20 décembre, 10 h. 3/4 matin. + + Maison de Ḥadj Iselman. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 1h 17m 22s Hauteur : 66° 11′ 30″ + + 18 50 66 25 55 + + 19 55 66 35 35 + + 21 09 66 47 05 + + 24 32 67 18 30 + + 25 28 67 27 15 + + 26 20 67 34 55 + + 27 28 67 44 35 + + 33 25 68 33 20 + + 34 23 68 41 05 + + 35 32 68 49 50 + + 36 26 68 56 30 + + 37 28 69 04 40 + + 38 52 69 14 40 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 50″ + + − 0° 32 20 + + + AGADIR TISINT. — 20 décembre, 1 h. 1/4 soir. + + Maison de Ḥadj Iselman. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 3h 39m 33s Hauteur : 69° 46′ 35″ + + 42 41 69 21 30 + + 43 28 69 14 40 + + 44 21 69 09 00 + + 46 13 68 51 35 + + 4h 03 13 66 11 30 + + 04 50 65 53 10 + + 05 36 65 45 35 + + 06 35 65 35 15 + + 07 50 65 22 50 + + 08 40 65 11 45 + + 09 28 65 03 35 + + + AGADIR TISINT. — 25 décembre, 10 h. 1/2 matin. + + Maison de Ḥadj Iselman. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 1h 10m 48s Hauteur : 64° 51′ 40″ + + 12 32 65 09 40 + + 14 35 65 30 45 + + 15 34 65 40 30 + + 16 46 65 52 50 + + 17 35 66 01 00 + + 18 42 66 11 30 + + + AGADIR TISINT. — 25 décembre, 2 h. soir. + + Maison de Ḥadj Iselman. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 31m 10s Hauteur : 61° 05′ 50″ + + 33 15 60 39 00 + + 34 13 60 25 35 + + 35 20 60 11 00 + + 35 56 60 02 45 + + 36 46 59 51 30 + + 37 55 59 37 10 + + 38 55 59 22 10 + + 39 44 59 11 00 + + + AFIKOURAHEN (Ilalen). — 18 janvier 1884, 10 h. matin. + + Maison de Moḥammed ou Ạddi. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 45m 15s Hauteur : 61° 05′ 45″ + + 46 43 61 27 50 + + 47 40 61 41 50 + + 49 00 62 01 30 + + 50 29 62 23 05 + + 56 36 63 39 25 + + 58 11 64 11 35 + + 59 15 64 26 50 + + 1h 00 42 64 56 35 + + Erreur instrumentale : + 0° 33′ 00″ + + − 0° 32 25 + + + AFIKOURAHEN. — 18 janvier. + + Maison de M. ou Ạddi. Hautrs circummérid. du soleil. + + Chronomètre : 2h 32m 26s Hauteur : 77° 41′ 30″ + + 34 04 77 46 05 + + 36 08 77 51 10 + + 38 08 77 55 25 + + 40 15 77 59 20 + + 42 39 78 02 30 + + 45 14 78 05 40 + + 47 40 78 07 25 + + 49 49 78 09 15 + + 52 55 78 09 45 + + 55 36 78 08 35 + + 57 57 78 07 05 + + 00 35 78 05 10 + + 02 25 78 02 25 + + 05 33 77 57 40 + + 08 38 77 51 10 + + 13 34 77 38 50 + + 15 12 77 33 50 + + 17 12 77 27 00 + + + AFIKOURAHEN. — 18 janvier, 2 h. soir. + + Maison de M. ou Ạddi. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 50m 48s Hauteur : 64° 22′ 35″ + + 52 03 64 04 15 + + 53 03 63 50 40 + + 54 22 63 31 35 + + 55 31 63 15 10 + + 56 32 63 00 25 + + 57 42 62 43 30 + + 58 45 62 27 30 + + 59 58 62 09 20 + + 5h 01 27 61 47 20 + + 02 17 61 34 40 + + 03 26 61 17 20 + + 04 47 60 56 15 + + + MOGADOR. — 30 janvier, 9 h. 1/4 matin. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 41m 32s Hauteur : 61° 39′ 20″ + + 42 43 61 57 55 + + 44 23 62 23 15 + + 45 33 62 41 55 + + 46 55 63 02 50 + + 48 39 63 29 30 + + 49 50 63 47 35 + + 50 55 64 03 55 + + 52 06 64 21 40 + + 53 25 64 40 45 + + + MOGADOR. — 7 février, 9 h. 3/4 matin. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 20m 45s Hauteur : 59° 44′ 10″ + + 22 30 60 14 50 + + 26 43 61 29 30 + + 28 54 62 07 50 + + 31 28 62 51 25 + + 32 48 63 14 40 + + 33 52 63 32 15 + + 34 48 63 47 45 + + 36 24 64 14 45 + + 37 39 64 35 40 + + 39 36 65 07 45 + + 41 21 65 36 30 + + 42 28 65 54 45 + + 45 30 66 42 40 + + 47 25 67 13 50 + + 48 28 67 30 30 + + 49 48 67 51 20 + + 51 02 68 10 45 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 40″ + + − 0° 32 15 + + + MOGADOR. — 7 février, 2 h. 1/4 soir. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 59m 08s Hauteur : 69° 46′ 20″ + + 5h 02 30 68 53 50 + + 05 04 68 14 05 + + 06 46 67 47 10 + + 09 36 67 01 35 + + 11 33 66 29 00 + + 14 05 65 47 40 + + 16 18 65 10 35 + + 19 30 64 16 20 + + 23 21 63 11 00 + + + MOGADOR. — 13 février, 9 h. 1/4 matin. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 09m 22s Hauteur : 59° 31′ 45″ + + 10 48 59 58 40 + + 12 00 60 20 55 + + 13 05 60 41 35 + + 14 30 61 08 30 + + 15 57 61 35 25 + + 17 07 61 56 50 + + 18 05 62 15 00 + + 19 23 62 38 30 + + 21 13 63 11 55 + + 23 01 63 45 00 + + 25 59 64 38 05 + + 27 15 65 00 40 + + 28 19 65 19 55 + + 29 45 65 45 05 + + 31 12 66 10 25 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 40″ + + − 0° 32 30 + + + MOGADOR. — 13 février, 2 h. 1/2 soir. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 5h 17m 08s Hauteur : 67° 49′ 05″ + + 18 26 67 27 35 + + 19 43 67 04 45 + + 20 55 66 43 05 + + 22 19 66 18 30 + + 23 32 65 57 30 + + 25 08 65 28 30 + + 26 18 65 06 15 + + 27 32 64 45 00 + + 32 25 63 14 55 + + 33 36 62 52 55 + + 34 40 62 33 20 + + 36 05 62 06 50 + + 37 18 61 44 10 + + + MOGADOR. — 25 février, 9 h. matin. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 05m 48s Hauteur : 65° 46′ 55″ + + 07 24 66 19 00 + + 08 42 66 45 00 + + 09 56 67 09 30 + + 15 32 68 58 15 + + 17 17 69 31 15 + + 18 16 69 51 20 + + 19 11 70 08 45 + + + MOGADOR. — 25 février, 3 h. soir. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 5h 58m 20s Hauteur : 59° 54′ 20″ + + 59 46 59 23 25 + + 6h 01 09 58 54 20 + + 02 40 58 22 10 + + 08 01 56 26 50 + + 09 01 56 05 45 + + 10 30 55 33 25 + + 11 51 55 04 20 + + + MOGADOR. — 9 mars, 9 h. matin. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 08m 00s Hauteur : 75° 24′ 40″ + + 09 45 76 00 35 + + 11 28 76 35 40 + + 13 30 77 17 25 + + 15 19 77 54 55 + + 17 04 78 29 50 + + 18 20 78 55 25 + + 20 40 79 42 45 + + + MOGADOR. — 9 mars, 3 h. 1/2 soir. + + Hôtel Sadia. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 5h 58m 58s Hauteur : 64° 42′ 45″ + + 6 00 35 64 08 40 + + 01 41 63 42 40 + + 03 00 63 13 10 + + 04 48 62 31 00 + + 06 11 62 01 25 + + 07 57 61 20 40 + + 09 33 60 43 10 + + + MOGADOR. — 10 mars, arrêt du Chronomètre. + + + AGADIR TISINT. — 2 avril, 8 h. matin. + + Maison de Ḥadj Bou Rḥim. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 3h 17m 21s Hauteur : 63° 57′ 45″ + + 18 42 64 32 00 + + 19 40 64 56 10 + + 20 35 65 19 20 + + 21 40 65 47 05 + + + AGADIR TISINT. — 2 avril, 5 h. soir. + + Maison de Ḥadj Bou Rḥim. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 23m 40s Hauteur : 47° 12′ 25″ + + 24 41 46 45 40 + + 25 41 46 19 50 + + 26 27 46 01 05 + + 27 41 45 28 45 + + + AGADIR TISINT. — 5 avril, 9 h. matin. + + Maison de Ḥadj Bou Rḥim. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 4h 08m 31s Hauteur : 87° 00′ 00″ + + 09 51 87 32 30 + + 10 48 87 55 00 + + 11 50 88 19 45 + + 12 50 88 44 20 + + 14 00 89 12 00 + + + AGADIR TISINT. — 5 avril, 2 h. 1/2 soir. + + Maison de Ḥadj Bou Rḥim. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 9h 40m 22s Hauteur : 90° 56′ 25″ + + 41 32 90 29 30 + + 42 35 90 04 05 + + 43 40 89 37 35 + + 45 35 88 50 35 + + 46 45 88 22 40 + + 47 45 87 57 55 + + 48 52 87 31 30 + + + TAZENAKHT. — 9 avril, 4 h. 3/4 soir. + + Maison d’Abraham Ben Oukhkha. Angle horaire du s. + + Chronomètre : 11h 45m 41s Hauteur : 38° 35′ 45″ + + 46 49 38 07 05 + + 47 49 37 40 55 + + 49 00 37 10 20 + + 50 02 36 43 25 + + 51 05 36 16 20 + + + TAZENAKHT. — 10 avril, 7 h. 1/2 matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 45m 54s Hauteur : 55° 21′ 05″ + + 47 21 55 58 20 + + 48 27 56 26 40 + + 49 35 56 55 50 + + 50 34 57 20 50 + + 51 43 57 50 10 + + + TAZENAKHT. — 10 avril, 4 h. 1/2 soir. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 17m 23s Hauteur : 50° 54′ 25″ + + 18 51 50 16 55 + + 19 43 49 54 55 + + 21 06 49 19 10 + + 21 57 48 57 10 + + 22 49 48 35 00 + + + TAZENAKHT. — 12 avril, 7 h. 3/4 matin. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 55m 21s Hauteur : 60° 30′ 40″ + + 56 30 60 59 40 + + 57 11 61 17 30 + + 57 45 61 32 40 + + 58 20 61 47 15 + + 59 11 62 08 20 + + + TAZENAKHT. — 12 avril, 4 h. 3/4 soir. + + Maison d’A. Ben Oukhkha. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 25m 58s Hauteur : 47° 34′ 00″ + + 27 11 47 02 40 + + 27 55 46 44 20 + + 28 43 46 23 20 + + 29 23 46 06 05 + + 30 18 45 42 45 + + + TAMNOUGALT (Mezgîṭa). — 15 avril, 5 h. 1/4 soir. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 49m 23s Hauteur : 36° 35′ 50″ + + 50 23 36 10 40 + + 50 58 35 55 35 + + 51 58 35 29 30 + + 52 36 35 13 40 + + + TAMNOUGALT. — 18 avril, 1 h. 1/4 matin. + + Mellaḥ. Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 8h 00m Hauteur : 59° 00′ 50″ + + 08 59 04 10 + + 17 59 07 35 + + 23 59 09 40 + + 29 59 11 40 + + 35 59 13 45 + + + TAMNOUGALT. — 18 avril, 7 h. 1/2 matin. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 48m 13s Hauteur : 62° 02′ 40″ + + 49 09 62 26 55 + + 50 02 62 49 50 + + 50 45 63 08 15 + + 51 45 63 33 25 + + 52 30 63 53 20 + + + TAMNOUGALT. — 18 avril, 5 h. soir. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 36m 44s Hauteur : 42° 31′ 00″ + + 37 48 42 03 20 + + 38 34 41 43 30 + + 39 26 41 21 30 + + 40 04 41 04 30 + + 40 48 40 46 10 + + 41 30 40 28 15 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 00″ + + − 0° 31 45 + + + TAMNOUGALT. — 20 avril, 7 h. matin. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 11m 20s Hauteur : 47° 14′ 40″ + + 12 01 47 32 15 + + 12 37 47 47 50 + + 13 11 48 02 10 + + 13 47 48 18 00 + + 14 23 48 32 35 + + + TIILIT (Dâdes). — 23 avril, 4 h. 1/2 soir. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 13m 37s Hauteur : 52° 39′ 15″ + + 14 27 52 17 40 + + 15 16 51 56 40 + + 15 59 21 38 25 + + 16 37 51 22 10 + + 17 22 51 02 55 + + + TIILIT (Dâdes). — 24 avril, 7 h. matin. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 13m 55s Hauteur : 50° 48′ 20″ + + 14 40 51 07 45 + + 15 15 51 22 45 + + 15 49 51 37 15 + + 16 19 51 49 50 + + 16 53 52 04 30 + + + TAOURIRT (Todṛa). — 27 avril, 3 h. 1/2 matin. + + Mellaḥ. Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 10h 01m 00s Hauteur : 61° 59′ 40″ + + 08 30 62 05 45 + + 17 30 62 11 20 + + 26 00 62 16 50 + + 33 00 62 22 00 + + 43 30 62 29 00 + + + TAOURIRT (Todṛa). — 27 avril, 8 h. matin. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 3h 05m 05s Hauteur : 74° 49′ 20″ + + 07 07 75 41 00 + + 07 55 76 01 10 + + 08 50 76 24 10 + + 09 52 76 50 30 + + 10 45 77 12 50 + + 11 47 77 38 55 + + Erreur instrumentale : + 0° 32′ 15″ + + − 0° 31 35 + + + TAOURIRT (Todṛa). — 27 avril, 4 h. 1/2 soir. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 13m 31s Hauteur : 52° 28′ 30″ + + 14 32 52 03 05 + + 15 23 51 41 00 + + 16 05 51 23 20 + + 16 45 51 07 40 + + 17 29 50 47 45 + + 18 09 50 30 50 + + + ASRIR (Ferkla). — 30 avril, 7 h. matin. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 2h 14m 55s Hauteur : 55° 30′ 50″ + + 16 22 56 08 15 + + 17 06 56 26 30 + + 17 45 56 43 20 + + 18 19 56 58 20 + + 19 25 57 25 40 + + + GELMIMA (Ṛeris). — 30 avril, 5 h. 1/2 soir. + + Mellaḥ. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 12h 08m 26s Hauteur : 28° 49′ 35″ + + 10 03 28 08 20 + + 10 46 27 50 25 + + 12 56 26 56 40 + + 14 09 26 25 50 + + 15 14 25 58 35 + + + GELMIMA (Ṛeris). — 30 avril, 10 h. soir. + + Mellaḥ Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 4h 43m 00s Hauteur : 60° 49′ 40″ + + 54 30 49 30 + + 5h 09 00 48 50 + + 18 30 48 40 + + 30 00 48 00 + + + MELLAH TIALLALIN. — 4 mai, 5 h. 1/4 soir. + + Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 49m 35s Hauteur : 36° 40′ 00″ + + 50 25 36 19 10 + + 51 26 35 53 45 + + 52 15 35 33 40 + + 52 53 35 17 05 + + + MELLAH TIALLALIN. — 5 mai, 3 h. 1/2 matin. + + Hauteur de la Polaire. + + Chronomètre : 10h 18m 00s Hauteur : 64° 03′ 05″ + + 26 30 08 45 + + 50 00 24 05 + + + QAÇBA EL MAKHZEN (Qçâbi ech Cheurfa). — 6 mai, 5 h. s. + + Maison du qaïd. Angle horaire du soleil. + + Chronomètre : 11h 20m 42s Hauteur : 49° 16′ 25″ + + 21 45 48 49 50 + + 22 19 48 35 50 + + 22 51 48 22 25 + + 23 24 48 09 10 + + + =II. — Tableau des latitudes et longitudes.= + + + +--------------------------------+----------------+------------------+ + | NOMS DES LIEUX. | LATITUDE NORD. | LONGITUDE OUEST. | + +--------------------------------+----------------+------------------+ + | Tétouan | 35° 34′ 12″ | | + | | | | + | Tâza | 34 12 54 | | + | | | | + | Sfrou | | 7° 04′ 30″ | + | | | | + | Demnât | | 9 11 15 | + | | | | + | Zaouïa Sidi Reḥal | 31° 38′ 45″ | 9 33 45 | + | | | | + | Tagmout (Glaoua) | 31 25 07 | 9 25 00 | + | | | | + | Tikirt (Aït Zaïneb) | 30 57 00 | 9 09 45 | + | | | | + | Tazenakht | 30 34 40 | 9 18 45 | + | | | | + | Agadir Tisint | 29 54 08 | 9 28 30 | + | | | | + | Tintazart (Tatta) | 29 38 12 | 9 58 30 | + | | | | + | Mạder Soulṭân | 29 22 16 | | + | | | | + | Afikourahen (Ilalen) | 30 04 50 | 11° 17′ 30″ | + | | | | + | Tamnougalt (Mezgîṭa) | 30 40 43 | 8 26 00 | + | | | | + | Taourirt (Todṛa) | 31 32 00 | 7 33 00 | + | | | | + | Gelmima (Ṛeris) | 31 41 05 | 6 58 00 | + | | | | + | Mellaḥ Tiallalin | 32 15 06 | 6 24 45 | + | | | | + | Qaçba el Makhzen | 32 50 14 | 6 27 30 | + | (Qçâbi ech Cheurfa) | | | + | | | | + | Ouṭat Oulad el Ḥadj | 33 21 28 | | + +--------------------------------+----------------+------------------+ + +Les latitudes et longitudes de ce tableau ont été calculées par +M. de Villedeuil, calculateur du ministère de la guerre, qui a bien +voulu me rendre ce service. + +Les observations astronomiques faites au cours du voyage ont +été exécutées avec un sextant, un horizon à huile et un +chronomètre. Le sextant avait été construit par M. Lorieux ; +l’erreur instrumentale, insignifiante au départ, ne varia pas +sensiblement. Le chronomètre était de M. Bréguet ; la marche en +demeura régulière, les résultats qu’il fournit furent bons ; mais +sa délicatesse même le rendait fragile : des mouvements violents +de ma montre l’arrêtèrent plusieurs fois. + + * * * * * + + + + + =TABLEAU= + DES + =OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES= + FAITES AU MAROC AU COURS DU VOYAGE + (Juin 1883-Mai 1884). + + + [HAUT. BARO. : HAUTEURS BAROMÉTRIQUES. + ALT. : ALTITUDES. + HA. THR. : HAUTEURS THERMOMÉTRIQUES. + NU. : NUAGES.] + + +-------------+------+-------+-----+-----+----+------+---+-------------+ + | NOMS DES | | |HAUT.| | HA.| | | | + | LIEUX. |DATES.|HEURES.|BARO.| ALT.|THR.| CIEL.|NU.|OBSERVATIONS.| + +-------------+------+-------+-----+-----+----+------+---+-------------+ + |Port de |19 |5h S |763.1| 0m| | | | | + |Gibraltar |Juin | | | | | | | | + |(pont du |1883 | | | | | | | | + |paquebot). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + |Tanger. |21 |9h M | | |21°7|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + |De Tanger à | » |3h35m S|763.7|[129]| | | | | + |Tétouan. | | | | 2| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h15 |763.1| 5| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h45 |758.2| 63| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |759.9| 42| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h35 |755 | 98| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |759 | 53| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h20 |756 | 88| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h35 |755 | 99| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h20 |756.2| 85| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h40 |760 | 44| | | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |4h50 M |754.8| 114| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h05 |753 | 135| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h37 |743 | 260| | | |Fondoq. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h45 |744.3| 240| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h06m M|735 | 355| | | |Col du | + | | | | | | | | |Fondoq. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h15 |739.7| 292| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h12 |755 | 114| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h55 |760 | 60| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h35 |761 | 50| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h03 |765 | 10| | | |Pont de | + | | | | | | | | |l’Ouad Bou | + | | | | | | | | |Çfiha. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h20 |765.3| 10| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tétouan | » |1h S |759.4| 60|23°8|nébul.| 4| | + |(mellah ; 1er| | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |759.2| » |21°5|nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |19° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |759.4| » |20°7|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |759.2| » |22° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |758.5| » |21° |nébul.| 7| | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |19° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |757.8| » |20°7|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |757 | » |23°3|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30m |756.9| » |21°3|pur. |0.5| | + | | | | | | | | | | + | » |25 |nuit | | » |16°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |758.2| » |25° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |757.6| » |29°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30m |757.4| » |22°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |26 |nuit | | » |14° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h M |757.5| » |31° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |757.2| » |32° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |757.4| » |26° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |27 |nuit | | » |13°5| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |758.2| » |26°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |758.4| » |27°6|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |758.2| » |25° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |28 |nuit | | » |14° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |758.7| » |26° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30m S|757.9| » |26°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |757.9| » |23° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |29 |nuit | | » |14° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30m M|759.1| » |24°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |759 | » |27°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |759.1| » |23° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |30 |nuit | | » |14° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |760 | » |28° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |759 | » |31° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |758.3| » |25°6|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |1er |nuit | | » |19°2| | | | + | |Juill.| | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h M | | » | |couvt.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |758.7| » |24°5|assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |757.6| » |25° |assez |0.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |756.5| » |21°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |2 |nuit | | » |19° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h M | | » | |couvt.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30m |755.8| » |21°2| | | | + | | | | | | | | | | + |De Tétouan à | » |8h30m |762 | 5| |pur. | 0| | + |Chechaouen. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |750.2| 129| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h25 |734.2| 317| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h13 |745.6| 185| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h42 |738 | 273| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h39 S|742 | 226| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h |725.8| 421| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h50 |706.4| 657| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h03 |702 | 713| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h10 |707 | 651| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h55 |708.5| 634| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |712 | 591| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50m |712 | 591| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h35 |721.8| 468| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + |De Chechaouen|3 |6h10 M |709.6| 620| |pur. | 0| | + |à Tétouan. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 |705 | 684| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h35 |738.7| 279| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |738 | 288| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h53 |736.6| 304| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |723.3| 468| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + |De Tétouan à |4 |10h50 M|762.3| 10| |pur. | 0|Pont de | + |El Qçar. | | | | | | | |l’Ouad Bou | + | | | | | | | | |Çfiha (déjà | + | | | | | | | | |passé). | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h34 S |734.2| 355| | | |Col du Fondoq| + | | | | | | | | |(déjà passé).| + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |740.6| 260| | | |Fondoq (déjà | + | | | | | | | | |rencontré). | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |pur. | 0|Même lieu. | + | | | | | | | | |Température | + | | | | | | | | |de la source | + | | | | | | | | |du Fondoq : | + | | | | | | | | |17°. | + | | | | | | | | | | + | » |5 |3h45 M |740.3| » |16°1|couvt.| 10|Même lieu. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h24 |754.8| 96| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h45 |747 | 190|18°5|assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h33 |753.2| 120| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h43 |759 | 60| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h10 |762 | 28| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h53 |762.3| 25| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h05 |754 | 120| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h08 S|762.8| 20| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h |764.1| » | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 |762 | 28| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h57 |762.3| 25| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h02 |756.2| 90| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h45 |756.8| 80| |assez | 7| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |5h03 M |758 | 65| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 |756.1| 90| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h57 |760.4| 40| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |759 | 60| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h10 |762.3| 20|22°8|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h15 |763.8| 6| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h50 S|760.9| 35|27° |pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h45 |762.9| 10| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h55 |761.3| 30| | | | | + | | | | | | | | | | + |El Qçar | » |5h |762.4| 20| |pur. | 0| | + |(centre de la| | | | | | | | | + |ville ; rez- | | | | | | | | | + |de-chaussée).| | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |7 |11h30 M|761.6| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S |760.9| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |763.7| » | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |8 |4h M |762 | » | | | | | + | | | | | | | | | | + |D’El Qçar à | » |5h20 |763.2| 9| | | | | + |Fâs. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h10 |761.3| 29| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h40 |756 | 90| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h10 |755 | 100| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h40 |755.6| 95|28°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h20 |753 | 125| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h07 |750.7| 150| | | |Température | + | | | | | | | | |d’une source | + | | | | | | | | |: 23°. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h45 S|755 | 100|33°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h45 |756.8| 80| | | |Chemmaha. | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h10 |754 | 108| | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » |25°3|pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |9 |4h M |754.8| » |18°7| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h45 |759.6| 40| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h40 |758 | 67| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h55 |760.1| 43| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 |756 | 90|27° |pur. |9.5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h25m M|752.3| 130| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h43 |762.1| 20| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 |758.2| 65| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h20 |756 | 90| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h35 S |761 | 30| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h05 |760.2| 35|35° |très | 8|Douar près de| + | | | | | | |pur. | |l’Ouad | + | | | | | | | | |Ouerra. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h | | » |24°8|pur. | 8|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |10 |5h M |762 | » | |assez | 10|Même lieu. | + | | | | | | |nébul.| |Pluie fine. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h40 |760.7| 45| | | |La pluie | + | | | | | | | | |cesse. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h18 |754.8| 110| |pur. | 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h25 |753.3| 123| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h40 |757 | 81| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h10 |756 | 92| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h45 |753.8| 118|27°2|pur. | 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h34 |757.8| 71| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h30 S|743 | 242| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h05 |752 | 129|31°2|pur. | 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h42 |752.5| 133| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h27 |756 | 92| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h47 |758.1| 68| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h04 |757.7| 70| | | |Douar sur | + | | | | | | | | |l’Ouad Sebou.| + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » |26°3|pur. | 2|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |11 |4h30 M |759.1| » |19°5| | 10|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h15 |755 | 108| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h10 |749.7| 170| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h42 |745.8| 217| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 |732.3| 379| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h57 |725.3| 461| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h38 |734.8| 349| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h45 |733 | 369|25° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h08 |720 | 526| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h37 |705.3| 712| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h15 S|718.7| 546| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h05 |735.9| 331| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 |726.7| 440| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h40 |730 | 387| | | | | + | | | | | | | | | | + |Fâs (centre |12 |1h30 S |727.1| 390| |très | 0| | + |du mellah ; | | | | | |pur. | | | + |1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |1h S | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |14 |8h M |731.4| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h S |731 | » | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |8h15 M |731 | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h S |731.7| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |16 |nuit | | » |22°5| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |732 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |731.2| » |35°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |732.9| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |17 |nuit | | » |22°9| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |733.3| » |29°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |732 | » |35°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |731 | » |33°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |nuit | | » |23°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |731.4| » |28°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |730.3| » |35°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |728.7| » |33° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |nuit | | » |21°7| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |729.2| » |26°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |727.3| » |30°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |726.3| » |34°1|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |725.6| » |30°8|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |727.8| » |25° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |nuit | | » |18°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |728.7| » |21° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |728.7| » |26°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |728.2| » |29° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |727.9| » |28°4|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » |18°6| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |730.8| » |22°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |729.9| » |29°1|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |730.1| » |27°1|très |0.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |732.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |nuit | | » |18°9| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |733.1| » |20° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |733.2| » |22°3|assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h S |732 | » |25°9|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |731.2| » |25°8|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |18°1| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |732.9| » |19°1|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |732.8| » |21°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |730.6| » |26°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30m | | | | | |Température | + | | | | | | | | |d’Aïn et | + | | | | | | | | |Touta | + | | | | | | | | |(source) : | + | | | | | | | | |18°5. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |729.2| » |26°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |7h M | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |10h M |728 | » |26°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |727.3| » |33°5|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |727.1| » |33°2|pur. | 7| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |729.4| » |28°1|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » |26 |nuit | | » |22°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 M |728.8| » |27° |un peu| 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |729.6| » |32° |assez | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |729 | » |36° |nébul.| 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |736 | » |32° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |27 |nuit | | » |25°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h M |730.8| » |32°5|nébul.| 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |730 | » |37° |nébul.| 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |729 | » |35° |un peu|1.5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |731.4| » |32° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |28 |nuit | | » |25° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 M |731.3| » |26°5|très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |731.8| » |29°7|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |731 | » |33°5|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |730.3| » |31°4|pur. | 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |731.9| » |26°3|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » |29 |6h30 M |731 | » |18°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Fâs à | » |7h15 |736.8| 318| | | | | + |Tâza. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h15 |748.2| 180| | | |Pont de | + | | | | | | | | |l’Ouad Sebou.| + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |719.5| 526| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h20 |731.4| 380| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |738.7| 293| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h25 |737 | 313| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h50 |744.7| 217| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h55 |743 | 235| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h55 |741 | 257| |très | 0|Gîte. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |30 |5h M |741 | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h18 |742 | 245| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50 |731 | 366| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |738 | 283| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h36 |733.2| 340| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h25m |712.3| 600| | | | | + | | |S | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h55 |726.4| 420| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h25 |726.6| 418| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h51 |709.8| 623| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h15 |713.8| 573| |assez | 10| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h25 |716 | 548| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |709.2| 631| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tâza (mellah | » |6h |710 | 620| |assez | 10| | + |; 1er étage).| | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |31 |7h M | | » | |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 10|Tonnerre et | + | | | | | | |pur. | |pluie légère | + | | | | | | | | |de 3 heures à| + | | | | | | | | |4 heures S. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | » | |assez | 10| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |1 |7h M | | » | |pur. | 0| | + | |Août. | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |2 |7h M | | » | |assez | 10| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | » | |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 10| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | » | |assez | 10| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |3 |8h M | | » | |pur. | 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |6h M | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |5 |7h M | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |712.5| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |4h30 M |713.4| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Tâza à | » |11h25 |729 | 401| | | | | + |Fâs. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |7 |4h12 M |728 | 413| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |732 | 365| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h36 |712 | 608| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h01 |703.2| 720| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h39 |726 | 437| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h57 |721.2| 497| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h25 S |716.5| 559| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h51 |726.3| 436| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h15 |725 | 449| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h53 |736 | 317| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h05 |724.3| 461| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h39 |736 | 317| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h08 |726 | 436| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h17 |730 | 389| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h25 |726 | 437| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |8 |4h08 M |713 | 419| | | | | + | | | | | | | | | | + |Fâs (centre | » |1h30 S |730.2| 390| |pur. | 0| | + |du mellah ; | | | | | | | | | + |1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 |730.2| » |31°8|assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |9 |nuit | | » |21°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |730 | » |29°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |728.3| » |34°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |727 | » |33°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |728.2| » |28°3|un peu| 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |10 |nuit | | » |22° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |727.7| » |25° |assez | 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |726.5| » |29° |assez | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |725.7| » |33°5|assez | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |726.3| » |30°3|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |11 |nuit | | » |23°4| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |727.9| » |28° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |726.7| » |32°8|un peu| 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |725.7| » |37° |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |727.3| » |34° |assez | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |12 |nuit | | » |26°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30m M|730 | » |31°5|très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |729.7| » |36°8|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h S |729.7| » |38°8|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |729 | » |37°8|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |729.6| » |33° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |nuit | | » |28° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |730.9| » |31°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |730.3| » |38° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h S | | » |38° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h | | » |39°2| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h40 | | » |39°7| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h45 |728.9| » |38° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |730.7| » |29° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |14 |nuit | | » |23°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |731.9| » |28° |légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |731.1| » |34° |nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |730.5| » |36° |nébul.| 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |730 | » |34°2|assez | 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |731.9| » |28° |nébul.| 6| | + | | | | | | | | | | + | » |15 |nuit | | » |22°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 M |731.9| » |25°3|nébul.| 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |730.2| » |33°7|nébul.| 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |729.3| » |35° |nébul.| 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |731.1| » |29°7|assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |16 |nuit | | » |20°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |731.8| » |22°7|assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |731.2| » |30°4|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 S |729.9| » |32°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 |729.9| » |26°9|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |730.2| » |23°3|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |17 |nuit | | » |18°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |729.7| » |23°3|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |728.9| » |30°2|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 S |727.8| » |32°3|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |726.9| » |32°2|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |nuit | | » |22° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |728.1| » |24°2|nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |727.3| » |31°7|nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 S |726.7| » |33°1|nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |726.2| » |32°2|nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |728.1| » |25°6|légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |nuit | | » |22°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |728.4| » |23°8| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |727.7| » |34° |légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h |726.9| » |35°2|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |726.7| » |34°5|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h |728.7| » |30° |légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |nuit | | » |23° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + |De Fâs à | » |4h53 M |732.9| 330| | | |Pont de | + |Sfrou. | | | | | | | |l’Ouad el | + | | | | | | | | |Adam. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h58m M|726.5| 402| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h05 |720.6| 476| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h20 |710.3| 599| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h22 |705 | 686| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h40 |698 | 761| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |692.9| 825| | | |Porte de | + | | | | | | | | |Sfrou. | + | | | | | | | | | | + |Sfrou (mellah| » |12h30 S|691.9| 837| |pur. | 0| | + |; rez-de- | | | | | | | | | + |chaussée). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » |24°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + |De Sfrou à | » |4h30 M |691.6| 825| |légèrt| 0|Porte de | + |Fâs. | | | | | |nébul.| |Sfrou (passée| + | | | | | | | | |préced.). | + | | | | | | | | | | + |Fâs (centre | » |9h30 |728.3| 390| | | | | + |du mellah ; | | | | | | | | | + |1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |727.8| » |35°4|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h S |726.3| » |37° |nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |726.8| » |35°7|nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |729.6| » |29° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |22 |nuit | | » |24°1| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h M |729.7| » |26°7|légèrt| 3| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |729.1| » |30°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |727.3| » |34° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |727.8| » |32°9|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |727.3| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Fâs au | » |5h45 |731.5| 330| | | |Pont de | + |pont de | | | | | | | |l’Ouad el | + |l’Ouad el | | | | | | | |Adam (déjà | + |Adam. | | | | | | | |passé). | + | | | | | | | | | | + |Fâs (centre | » |8h30 |729.7| 390|28°2|pur. | 0| | + |du mellah ; | | | | | | | | | + |1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |22°4| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h M |729.1| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Fâs à | » |5h |729.3| 387| |très | 0| | + |Meknâs. | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |717 | 560| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |Meknâs | » |5h |718.8| 535| |très | 0| | + |(mellah ; | | | | | |pur. | | | + |rez-de- | | | | | | | | | + |chaussée). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |17°7| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 M|718.7| » |27°7|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |717.3| » |31° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |717.6| » |25°6|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |25 |nuit | | » |16°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 M |718.4| » |20°6|légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |718.2| » |28° |légèrt| 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h30 S |718.1| » |30°6|légèrt| 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |719 | » |24°5|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |26 |nuit | | » |21°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |720.1| » |25°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |719.3| » |33°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |27 |6h M |719.2| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |720.7| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Meknâs à | » |11h10 |719.2| 535| |pur. | 0| | + |Bou el Djâd. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h25 S |716.5| 560| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h20 |728.9| 413| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |735.2| 341| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |738.3| 305| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |746 | 210| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h35 |746.3| 207| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |5h50 M |723.2| 486| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h05 |724 | 480| |nébul.| 10|Souq et Tlâta| + | | | | | | | | |ez Zemmour. | + | | | | | | | | |Quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie dans la| + | | | | | | | | |matinée. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S | | » | |nébul.| 10|Même lieu. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |721.6| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |719.7| 523| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |740.6| 269| |nébul.| 10|Moulei Ez | + | | | | | | | | |Zaqi. | + | | | | | | | | | | + | » |29 |5h M |741.2| » | |assez | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |30 |5h M |740.3| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30m |743.7| 234| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h45 |712 | 621| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h15 |690.7| 885| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |696 | 822| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 |690 | 898| | | |Moulei Abd el| + | | | | | | | | |Ouahad. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |31 |4h50 M |690 | » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h35 |677.7| 1053| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h05 |672 | 1131| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h40 |686 | 949| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h58 |669.5| 1157| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h20 |665 | 1250| | | |Aït Omar. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h S | | » | |pur. | 4|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |1 |7h M | | » | |pur. | 0|Id. | + | |Sept. | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |pur. | 3|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |2 |4h30 M |662 | » |13°5| | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h45 |660 | 1290| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |700 | 778| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h55 |704.4| 728| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h38 |678 | 1057| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h18 |674 | 1108| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h43 |678 | 1057| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h25 |670.3| 1160| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 S |678 | 1057| |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h20 |693 | 854| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |686.2| 955| | | |Aït Mouloud. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |3 |5h M |686.3| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h S | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |4 |5h M |689.3| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h25 |685 | 990| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |698 | 825| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h10 |696.5| 851| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h |691 | 914| | | |Aït El Mati. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h S | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |5 |5h30 M |708 | 690| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50 |710 | 665| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |700 | 789| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h25 |684 | 991| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |682 | 1025| |pur. | 1|Qçar Beni | + | | | | | | | | |Zemmour. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |6 |nuit | | » |13° | | |Id. | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h25 M|678.8| » | |assez | 1|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h07 |689 | 904| | | | | + | | | | | | | | | | + |Bou el Djâd | » |4h S |698 | 803| |assez | 1| | + |(mellah ; 1er| | | | | |pur. | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |7 |nuit | | » |21° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h45 M |699.2| » |25°6|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h S |698.2| » |31°4|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |8 |nuit | | » |20° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h M |701.3| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2 S |701.1| » |32°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |700.8| 803|32°7|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |9 |7h M |703 | » |26° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |701.7| » |31°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |700.7| » |31°8|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |10 |nuit | | » |21°1| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30m M|703.8| » |28°1|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |702.5| » |31°8|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |702.8| » |32°4|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » |11 |nuit | | » |20°7| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |704.1| » |27°3|assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h30 S |702.9| » |33°9|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |703.8| » |32° |pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » |12 |nuit | | » |22° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |704.2| » |27°2|légèrt| 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |702.8| » |32°5|pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |702.5| » |31°5|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |13 |nuit | | » |19° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |702.9| » |24° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |701.7| » |28°2|très | 4| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |700.8| » |28°1|très | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |14 |nuit | | » |19° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |701.2| » |24°7|très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h S |694 | » |29°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 |700.8| » |23°3|très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |nuit | | » |19° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h45 M |702.2| » |26° |nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 S |701 | » |28° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |701 | » |27° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |16 |6h M |702.9| » |22°3|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |703.8| » |26°5|assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |17 |3h15 M |704.5| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Bou el | » |5h20 |712.2| 675| | | | | + |Djâd à Qaçba | | | | | | | | | + |B. Mellal. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h29 |718 | 601| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h33 |721.3| 565| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h59 |722.5| 553| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h02 |721.5| 554| | | |Qaçba Tâdla. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |721.4| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |7h M |720.9| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h S |719 | » | |très | 3|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |719.1| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |5h30 M |719.9| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h15 |722 | 528| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h07 |717 | 579| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h15 |716 | 591| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h35 |714.5| 616| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |709 | 677| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h26 S|711 | 653| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h12 |709.3| 677| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h53 |708 | 690| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h15 |702.5| 753| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h58 |703.5| 741| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h05 |701.9| 753| | | |Aït Saïd. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |9h M |683.5| 1004| | | |Montagne | + | | | | | | | | |dominant Aït | + | | | | | | | | |Saïd. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |702.9| 753| |très | 0|Aït Saïd. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h12 |707 | 702| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |715 | 567| | | | | + | | | | | | | | | | + |Qaçba Beni | » |12h45m |715.8| 566| |très | 0| | + |Mellal (rez- | |S | | | |pur. | | | + |de-chaussée).| | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |21 |7h M | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h S | | » |28°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |717.4| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |7h M |719.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |717.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |717.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |718.7| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |23 |7h30 M |719.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |717.6| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |7h M |718.9| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |717.6| » |28°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |716.3| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |718.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |6h M |717.8| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Qaçba B. | » |6h58 |712 | 652| | | | | + |Mellal à | | | | | | | | | + |Ouaouizert. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h17 |700.7| 788| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 |705 | 738| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h20 |704 | 750| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h50 |698 | 826| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h37 |666.2| 1236| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h47 |669 | 1196| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h43 |650 | 1448| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h06 |644.4| 1529| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h40 |663 | 1275| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h30 S|686 | 977| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h52 |689 | 950| | | | | + | | | | | | | | | | + |Ouaouizert | » |12h56 |684.7| 1007| | | | | + |(mellah ; | | | | | | | | | + |rez-de- | | | | | | | | | + |chaussée). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |26 |7h M |687.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S |684.4| » | |pur. | 6| | + | | | | | | | | | | + | » |27 |7h M |687.4| » | |nébul.| 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |683.9| » | |nébul.| 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |683.7| » | |légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |7h M |685.1| » | |nébul.| 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |683.5| » | |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |683.2| » | |légèrt| 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |29 |7h M |683.7| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |681.8| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |681.7| » | |pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |30 |5h53 M |681.9| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Ouaouizert| » |6h |686.3| 950| |assez | 1| | + |à Demnât. | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h12 |684 | 970| | | |Souq el Had | + | | | | | | | | |Aït Bou Zîd. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h55 |682.9| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h50 |695.7| 805| | | |Lit de l’Ouad| + | | | | | | | | |el Abid. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h25 |689.5| 880| |pur. | 0|Dar Ibrahim. | + | | | | | | | | | | + | » |1 Oct.|5h M |690.7| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50 |698 | 790| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |688 | 917| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |701.6| 753| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h22 |702.2| 745| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h40 |700.7| 725| |pur. | 0|Aït ou | + | | | | | | | | |Akeddir. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |2 |nuit | | » |10° | | |Id. | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h M |702.6| » | |nébul.| 6|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |702.1| » | |nébul.| 10|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |3 |nuit | | » |8°5 | | |Id. | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h S |706.2| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30m |706.4| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |707.8| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |nuit | | » |6°5 | | |Id. | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h52 M |707.5| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h35 |699 | 892| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h25 |702.4| 857| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h12 |701.3| 868| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h10 |717.3| 680| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h45 |722 | 622| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h52 |718.5| 668| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h07 |717.2| 670| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |705 | 805| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h12 |698.5| 884| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h45 |695.2| 912| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h55 |697.5| 876| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |696 | 900| | | |Djemaaa | + | | | | | | | | |Entifa. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |5 |5h07 M |696 | » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h13 |674.3| 1160| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h47 |685 | 1020| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 |707 | 728| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h45 |701 | 795| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |695 | 864| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h15 |686.3| 972| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h40 |690.4| 923| | | | | + | | | | | | | | | | + |Demnât | » |1h30 |682.3| 1015| | | | | + |(mellah ; | | | | | | | | | + |rez-de- | | | | | | | | | + |chaussée). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30 |682.7| » |21° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |nuit | | » |7°5 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |681 | » | |très | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |678.7| » | |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |677.8| » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |7 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |676.3| » |11°7|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |675.3| » |16°5|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30 |674 | » |18°2|nébul.| 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |674.6| » |15° |pur. | 8| | + | | | | | | | | | | + | » |8 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h M |675 | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |675.6| » | |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + |De Demnât à | » |8h50 |684.8| 896| | | | | + |Tikirt. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h55 |686.5| 873| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |688 | 860| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h35 S|691 | 823| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h03 |695.8| 762| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h23 |693.7| 775| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |698.4| 715| |pur. | 9|Zaouïa S. | + | | | | | | | | |Rehal. | + | | | | | | | | | | + | » |9 |8h30 M |701.3| » | |pur. | 6|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |701.5| » | |légèrt| 7|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h40 |701.5| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h58 |702 | 701| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h45 |692 | 822| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |689.4| 870| | | |Enzel. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |690.3| » | |pur. | 5|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |10 |5h M |688.7| » | |pur. | 8|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h15 |688.7| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h18 |686.7| 894| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |660.5| 1219| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h45 |652 | 1334| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h15m |666.5| 1143| | | | | + | | |M | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h15 |651.2| 1368| | | |Tagmout. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |651.2| » | |très | 2|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S |651 | » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |11 |7h M | | » | |assez | 5|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |nébul.| 7|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |nébul.| 8|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |12 |3h M |650.6| » |10° |nébul.| 6|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h45 |651 | » |10°5|nébul.| 6|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |649.3| » | |légèrt| 1|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30 |650.7| » | |assez | 1|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |7h M | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |651.3| » |12° |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |14 |5h15 M |650.9| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h32 |618 | 1818| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h05 |627.5| 1683| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h25 |627.3| 1684| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h08 S |598.2| 2081| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h23 |585 | 2281| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h13 |560.4| 2634| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h45 |670 | 2330| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |604 | 2011| |pur. | 1|Aït Baddou. | + | | | | | | | | | | + | » |15 |6h35 M |604 | » | |assez | 4|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h44 |609 | 1942| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h25 |600.2| 2067| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h10 S|627 | 1697| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h |622 | 1764| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h55 |621.8| 1766| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |634.3| 1570| | | |Tizgi. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 |634.5| » | |nébul.| 9|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |16 |7h M |636.8| » | |nébul.| 8|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |637.5| » | |nébul.| 10|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |637.3| » |19°2|nébul.| 9|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |638.1| » | |assez | 6|Id. De 2h à | + | | | | | | |nébul.| |4h S, forte | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » |17 |7h M |641.3| » |10°4|assez | 0|Même lieu. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |640.8| » |19°8|assez | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30 S |639.8| » |20° |assez | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |2h M |640.6| » |12° |assez | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |640.7| » |12°2|pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |641.6| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |648 | 1463| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h05 |654.8| 1362| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h05 |660 | 1303| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h35 |661.4| 1272| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tikirt | » |4h45 |660 | 1313| |pur. | 2| | + |(mellah ; 1er| | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |9h M |661.7| » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S |658.3| » |23°7|assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | | | 10|De 5h a 5h | + | | | | | | | | |3/4, pluie | + | | | | | | | | |légère et | + | | | | | | | | |quelques | + | | | | | | | | |coups de | + | | | | | | | | |tonnerre | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |661.3| » | |nébul.| 10|De 8h à 10h, | + | | | | | | | | |quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » |20 |nuit | | » |9°8 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |659 | » |11° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |658.2| » |22°7|assez | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S |656.3| » |19°2|assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » |18°3|assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |658.4| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » |8°2 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 M |657.2| » |12°4|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |655.9| » |24°5|légèrt| 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S |654.2| » |24°2|assez | 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |655.6| » |15° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |nuit | | » |7°5 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h45m M|655.4| » |8°7 |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |655.4| » |21°1|nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 S |657.2| » | |nébul.| 10|De 3 à 4h S, | + | | | | | | | | |pluie légère.| + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |8°5 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h45 M |659 | » |12° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |657.3| » |26°7|assez | 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |658.7| » |21°5|légèrt| 2|De 1h à 3h, | + | | | | | | |nébul.| |quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 | | » |15°9|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |8°2 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |662.1| » |13° |nébul.| 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |660 | » |24°8|nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |660 | » |23°2|très | 9|De 1h à 5h, | + | | | | | | |nébul.| |quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |660.7| » | |assez | 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 M |660 | » |12° |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + |De Tikirt à | » |9h15 |651 | 1358| | | | | + |Tazenakht. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |651.5| 1345| | | |Tagenzalt. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |650.9| » |24° |nébul.| 10|Id. De 12h30 | + | | | | | | | | |à 1h, pluie | + | | | | | | | | |légère. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h25 |646 | 1423| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h05 |641.3| 1486| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h10 |630 | 1635| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h55 |642 | 1476| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30 |647.3| 1410| | | |Irels. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |647.2| » |20° |nébul.| 6|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |26 |7h30 M |647.5| » |15° |légèrt| 2|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |648.3| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h50 |648.8| 1373| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |637.5| 1517| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h20 |650.8| 1347| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h35 S |646.3| 1412| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h38 |643.8| 1438| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tazenakht | » |5h | | 1502| |légèrt| 9| | + |(mellah, 2e | | | | | |nébul.| | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |27 |8h M | | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |643.3| » |21°4|nébul.| 10|De 11h à 12h,| + | | | | | | | | |quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |642.4| » |19°3|nébul.| 8|De 3 à 3h | + | | | | | | | | |1/2, pluie | + | | | | | | | | |abondante. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » | |nébul.| 10|Pendant la | + | | | | | | | | |soirée, il | + | | | | | | | | |tombe de | + | | | | | | | | |temps en | + | | | | | | | | |temps | + | | | | | | | | |quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |28 |2h M |642.8| » | |très | 10|Quelques | + | | | | | | |nébul.| |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |nuit | | » |13°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 |643.8| » |17° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |643 | » |22°5|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |642.4| » |20°2|nébul.| 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 |643 | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |29 |nuit | | » |8° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |642.5| » |12° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |641.7| » |23°1|assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |641 | » |19°2|assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |641.3| » | |pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |30 |nuit | | » |11°7| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |639.9| » |12°8|assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |639.6| » | |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |638.8| » |21°2|légèrt| 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |638.6| » |17°2|nébul.| 8|De 3 à 5h, | + | | | | | | | | |quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | |9h |639 | » | |nébul.| 6| | + | | | | | | | | | | + | » |31 |nuit | | » |11°6| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |639 | » |12°6|assez | 9|Quelques | + | | | | | | |nébul.| |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie de | + | | | | | | | | |temps à | + | | | | | | | | |autre. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |638.8| » |17° |assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |636.7| » |16° |légèrt| 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |638.4| » | |nébul.| 8|De 6h à 7h | + | | | | | | | | |1/2, forte | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » |1 Nov.|nuit | | » |8°5 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |638.4| » |10°5|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |638.7| » | |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |636.7| » |17°8|assez | 7|Vers 1h, | + | | | | | | |pur. | |quelques | + | | | | | | | | |coups de | + | | | | | | | | |tonnerre. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |638.2| » |11° |nébul.| 10|De 4h 30m à | + | | | | | | | | |5h 30m, pluie| + | | | | | | | | |fine. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |639.1| » | |assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |2 |nuit | | » |6°4 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |638.7| » |9°8 |assez | 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |638.9| » | |légèrt| 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |636.8| » |16° |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » |15°3|légèrt| 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » |3 |nuit | | » |7°3 | | |Très forte | + | | | | | |Min.| | |pluie de 1h | + | | | | | | | | |1/2 à 2h 1/4 | + | | | | | | | | |M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |637.6| » |10°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |638 | » | |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |636.6| » |17°7|assez | 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |636.1| » |13°8|nébul.| 10|Petite averse| + | | | | | | | | |de 5h à 5h | + | | | | | | | | |1/4. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |636.4| » | |assez | 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |637.3| » |11°1|très | 9|Pluie fine de| + | | | | | | |nébul.| |1h à 8h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |637.5| » | |très | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |638.1| » |11°3|très | 8|De 1 à 5h, | + | | | | | | |nébul.| |plusieurs | + | | | | | | | | |courtes | + | | | | | | | | |averses avec | + | | | | | | | | |quelques | + | | | | | | | | |grêlons. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |639.3| » | |très | 10|Pluie fine de| + | | | | | | |nébul.| |5h à 9h ; | + | | | | | | | | |fréquentes et| + | | | | | | | | |fortes | + | | | | | | | | |averses. | + | | | | | | | | | | + | » |5 |nuit | | » |5°5 | | |Pluie | + | | | | | |Min.| | |abondante de | + | | | | | | | | |10h S à 10h | + | | | | | | | | |M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |642.5| » |7°3 |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |642.7| » |17° |pur. | 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |643 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |nuit | | » |7°8 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |642.5| » |9°1 |très | 10|Pluie fine. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |644.3| » | |très | 10|Pluie fine ; | + | | | | | | |nébul.| |n’a pas cessé| + | | | | | | | | |depuis le | + | | | | | | | | |matin. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |643 | » |14°3|très | 10|La pluie a | + | | | | | | |nébul.| |cessé à 11h. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |642.2| » | |très | 10|De 1h à 6h, | + | | | | | | |nébul.| |pluie fine | + | | | | | | | | |avec | + | | | | | | | | |fréquentes | + | | | | | | | | |interrup. et | + | | | | | | | | |reprises. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |641.7| » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |7 |nuit | | » |9°9 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |641.3| » |11° |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |640.7| » |14°4|assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |640 | » |11°7|très | 10|Pluie fine | + | | | | | | |nébul.| |depuis 5h du | + | | | | | | | | |soir. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |640.4| » | |très | 10|Forte pluie | + | | | | | | |nébul.| |depuis 5h. | + | | | | | | | | | | + | » |8 |nuit | | » |7°9 | | |Forte pluie | + | | | | | |Min.| | |de 9h du S à | + | | | | | | | | |3h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |640.3| » |9°1 |pur. | 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |641 | » |12° |très | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |639.5| » |16°8|pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |640.7| » |14°8|très |0.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |641.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |9 |nuit | | » |8°3 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |642.7| » |10°5|pur. |1.5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30m | | » | |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |641.4| » |17° |pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |641.4| » |16°2|très |0.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |10 |nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |643.2| » |11°5|nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |642.1| » |16° |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |642.8| » |14°7|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |642.9| » | |pur. |0.5| | + | | | | | | | | | | + | » |11 |nuit | | » |6° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |643.8| » |9° |assez | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |644.3| » | |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |643.4| » |16°9|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |643 | » |14°8|assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |644.2| » | |pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |12 |nuit | | » |6° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |642.7| » |7°5 |très | 4| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |643.2| » | |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Tazenakht | » |11h15 |641 | 1511| | | | | + |à Tisint. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h45 |640.2| 1524| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h55 |642 | 1498| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h08 S|640.3| 1523| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h55 |640 | 1527| |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h58 |637.5| 1550| | | |Tamarouft. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 5|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |7h M |636.3| » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h07 |635.7| 1555| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h45 |634.9| 1568| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h35 |631.7| 1608| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h50 |626.7| 1674| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h15 S|670.9| 1104| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h | | | |légèrt| 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h45 |680.5| 979| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h35 |698 | 770| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h45 |704 | 665| |très | 0|Tanzida | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |14 |7h M |705.5| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |709.1| 614| | | |Niveau de | + | | | | | | | | |l’Ouad | + | | | | | | | | |Tisint. | + | | | | | | | | | | + |Tisint | » |9h55 |709.1| 614| | | | | + |(Agadir ; 1er| | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |707.7| » | |légèrt| 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » | |assez | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |7h M | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h S |708.5| » | |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |708 | » |19°4|assez | 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |709.9| » |19° |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |16 |nuit | | » |14°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |709 | » |15°3|assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 |710.9| » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + |De Tisint à | » |10h |708 | 626| | | | | + |Tatta. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h25 |706.7| 638| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h35 |709.5| 602| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h17 S|704.7| 661| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h08 |703.7| 673| |très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h27m S|701.7| 720| | | |Qaçba el | + | | | | | | | | |Djoua. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |très | 10|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |17 |4h M | | » | |très | 10|Id. Pluie | + | | | | | | |nébul.| |fine de 3h30m| + | | | | | | | | |à 5h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |702 | » | |pur. | 0|Même lieu. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |700.7| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |5h30 M |703.4| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50 |703.4| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h05 |703.8| 707| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |702.3| 718| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h55 |695.8| 803| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h45 |705 | 694| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h15 |706.5| 670| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h09 |703 | 718| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h53 |697.5| 778| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h40 S|697 | 790| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h14 |695 | 815| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h34 |693.2| 844| | | |Col Aqqa | + | | | | | | | | |Izen. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h44 |695.2| 815| | | |Ligne de | + | | | | | | | | |partage des | + | | | | | | | | |eaux. | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h35 |686 | 924| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h25 |702.5| 718| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h50 |707 | 671| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tatta | » |5h20 |709 | 625| |pur. | 0| | + |(Tintazart ; | | | | | | | | | + |mellah ; 1er | | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |709.7| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |19 |7h M |712.1| » |13°5|assez | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 |714 | » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |712.5| » |21°4|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.3| » |19° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |713.8| » | |pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |20 |nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |715.8| » |11° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |716.7| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |714.6| » |21°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714.6| » |18°6|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |716.1| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |715.1| » |10°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |716.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |715.1| » |21° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |715.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |715.7| » |12°7|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Tintazart | » |9h26 |714.6| 651| | | | | + |à Adis et | | | | | | | | | + |retour. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h46 |713.9| 663| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tatta | » |4h S |714.8| 625| | | | | + |(Tintazart ; | | | | | | | | | + |mellah ; 1er | | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714.2| » |17°6|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |714.7| » |12° |assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |715.7| » | |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |713 | » |19°3|nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.3| » | |assez | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |712.7| » |12° |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |nuit | | » |10°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |711.7| » |12° |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h35m |711.7| » | |assez | 8| | + | | |M | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Tatta au | » |11h58 |712.5| 630| | | | | + |Mâder et | | | | | | | | | + |retour. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h28 S|714 | 615| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h35 |716.5| 578| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h06 |719.7| 544| |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h40 |721.4| 520| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h58 |721.7| 516| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h55 |725.2| 472| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |26 |2h M | | | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |729.1| 423| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h22 |730 | 416| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |729.8| 420| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h12 |729.3| 430| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |Tatta | » |5h50 S |710.4| 625| |assez | 9| | + |(Tintazart ; | | | | | |pur. | | | + |mellah ; 1er | | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | » | |assez | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |27 |7h M |713.3| » | |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |715 | » | |assez | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + |De Tatta à | » |2h15 S |712.4| 625| | | | | + |Aqqa et | | | | | | | | | + |retour. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h45 |713.3| 613| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h52 |714.9| 602| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h02 |712.8| 625| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h14 |714.6| 605| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h27 |713.6| 610| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h17 |716.7| 577| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h10 |718.2| 561| | | |Ouad Tatta. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |2h M | | | |légèrt| 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |716.7| 570| |nébul.| 10|Aqqa. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h02 |718.2| 555| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h50 |720.5| 524| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h45 |716.5| 573| |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |720 | 530| |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h02 |717.8| 561| | | |Ouad Tatta, | + | | | | | | | | |au même point| + | | | | | | | | |que hier. | + | | | | | | | | | | + |Tatta | » |5h55 |711.1| 625| |nébul.| 10| | + |(Tintazart ; | | | | | | | | | + |mellah ; 1er | | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |712 | » | |assez | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |29 |7h M |712.8| » | |assez | 3| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |713.7| » | |assez | 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |712.7| » |20°4|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.8| » | |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |714 | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |30 |nuit | | » |11°5| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |715.3| » |14°7|pur. | 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |714.6| » |20°4|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |713.5| » |18°6|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |714.3| » | |pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |1 Déc.|nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |715.6| » |10°2|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |714.2| » |22° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |713.7| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |2 |nuit | | » |8°7 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |712 | » |10° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |708.5| » | |assez | 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |706.8| » | |assez | 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |3 |7h M |711.6| » | |assez | 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |710.7| » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |713.8| » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |7h M |715.8| » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |713.9| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714.4| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |5 |7h M |713.9| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |713.4| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.8| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |7h M |712.8| » |11° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |712 | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.8| » |19°5|assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711 | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |709.7| » |9°5 |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |708.7| » | |légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |706.5| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |706.3| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |8 |7h M | | » | |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |705 | » | |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |9 |7h M |712.7| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |712.2| » |11°8|pur | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.2| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |710.4| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + |Tatta (Toug | » |4h12m |707 | 665| | | | | + |er Rih ; 1er | | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |10 |7h M |712.3| » | |assez | 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.5| » | |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711.3| » | |assez | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |712.2| » | |nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » |11 |nuit | | » |7° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |712.6| » |7°2 |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |713.8| » |11° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |712.3| » |13°4|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.1| » |12°7|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |713.3| » |10°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |12 |nuit | | » |7°6 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |714 | » |8° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |714.2| » |13° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |713 | » | |assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.3| » |13°3|assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |713 | » | |assez | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |nuit | | » |9°5 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |713.3| » |9°9 |assez | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |714.3| » |13°4|légèrt| 3| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |712.4| » |15°4|assez | 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711.5| » |13°4|nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |712.2| » |11°8|assez | 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |14 |nuit | | » |10°4| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |712.2| » |11°8|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |713.2| » |14°7|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.5| » |16°2|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711.7| » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |712.2| » |15° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |15 |nuit | | » |11° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |712.3| » |12° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.3| » |18° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.1| » |16°4|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |16 |nuit | | » |12° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |710.1| » |13° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |710.3| » |18°2|assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |708 | » |20° |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |707 | » |18° |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |17 |7h M |705 | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + |De Tatta à | » |7h53m |706.7| 647| | | | | + |Tisint. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h20 |704 | 682| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h10 |702.7| 695| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h13 |697 | 767| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h22 S|692.6| 815| | | |Ligne de | + | | | | | | | | |partage des | + | | | | | | | | |eaux (passée | + | | | | | | | | |déjà le 18 | + | | | | | | | | |Novembre). | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h35 |690.3| 844| | | |Col Aqqa Izen| + | | | | | | | | |(passé déjà | + | | | | | | | | |le 18 | + | | | | | | | | |Novembre). | + | | | | | | | | | | + | » |18 |12h50 S|695.7| 720| | | |Qaçba el | + | | | | | | | | |Djoua. Une | + | | | | | | | | |pluie fine | + | | | | | | | | |tombe sans | + | | | | | | | | |cesse depuis | + | | | | | | | | |8h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h05 |697.3| 674| | | |Trit. La | + | | | | | | | | |pluie fine | + | | | | | | | | |continue | + | | | | | | | | |jusqu’à 2h S | + | | | | | | | | |; à 2h, elle | + | | | | | | | | |se change en | + | | | | | | | | |pluie | + | | | | | | | | |abondante. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |697.4| » |12° |très | 10|Même lieu. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + |Tisint |19 |11h50 M|703.3| 614| | | | | + |(Agadir ; 1er| | | | | | | | | + |étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |703.4| » |12°5|nébul.| 7| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |704.3| » |10°8|assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |705.3| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |20 |nuit | | » |5°6 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |706.6| » |6° |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |706.3| » |11°6|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |705.4| » |13°1|pur. | 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |705.9| » |11°5|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » |6°6 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |707.5| » |6°7 |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |708.7| » |11° |très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |707.5| » |13°4|pur. | 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |707.2| » |12°8|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » |22 |nuit | | » |8° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |709.2| » |8°6 |légèrt| 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |709 | » |13°3|assez | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711.1| » |12°5|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |8° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |711.2| » |8°5 |très |0.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |712.7| » |11°5|pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.4| » |14°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711.9| » |14°4|assez | 9| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |713.9| » |9°8 |assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |714.1| » |13°2|légèrt| 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |712.7| » |15°8|assez | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |712.8| » |15°5|assez | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |713.6| » | |assez | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |nuit | | » |9°6 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |715.3| » |10°5|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |715.5| » |15°3|très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h S |714.6| » |15°7|très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714.7| » |15°2|très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |715 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |26 |7h M |716.8| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Tisint à | » |9h30 |718 | 600| | | | | + |Mrimima. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h02 |719.4| 584| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h22 |718.8| 598| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h10 S|719.7| 584| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h18 |716.9| 621| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h35 |710 | 704| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h52 |721.4| 563| | | | | + | | | | | | | | | | + |Mrimima (rez-| » |2h05 |722.3| 508| |très | 0| | + |de-chaussée).| | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |27 |7h M |723 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |722.1| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |721 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |721.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |7h M |721.9| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |720.9| » | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |721.2| » | |assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |29 |7h M |722.2| » | |assez | 9| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |720.5| » | |assez | 7| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |720.2| » | |légèrt| 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |720.9| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |30 |7h M |720.4| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |721.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |718.8| » | |pur. | 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |718.3| » | |assez | 9| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |31 |7h M |721.3| » | |assez | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |720.5| » | |assez | 10|Quelques | + | | | | | | |nébul.| |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie tombent| + | | | | | | | | |depuis midi | + | | | | | | | | |1/2. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |721.6| » | |nébul.| 10|Pluie | + | | | | | | | | |violente | + | | | | | | | | |depuis 2h S. | + | | | | | | | | | | + | » |1 |7h M |723.9| » | |assez | 9|La pluie a | + | |Janv. | | | | |pur. | |duré toute la| + | |1884 | | | | | | |soirée d’hier| + | | | | | | | | |et toute la | + | | | | | | | | |nuit jusqu’à | + | | | | | | | | |6h 1/2 M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |724.1| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |722.8| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |722.5| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |2 |7h M |725 | » | |assez | 7| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |723.3| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |722.9| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |3 |7h M |723.8| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |723.3| » | |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |722.2| » | |pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |722.2| » |18°7|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |4 |8h M |724.2| » |11° |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |Tisint | » |2h15m S|715.7| 614| | | | | + |(Agadir ; | | | | | | | | | + |rez-de- | | | | | | | | | + |chaussée). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |715.3| » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |5 |7h M | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |716. | » | |assez | 9| | + | | | |4 | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |7h M |719 | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |716 | » | |légèrt| 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |716.7| » |17°1|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |717 | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » |7 |7h M |716.7| » | |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |715.7| » |17° |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |715.4| » |16°5|assez | 10| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |8 |8h M |716.9| » | |assez | 4| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |715 | » |18° |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714.8| » |17° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |715.4| » | |assez | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |9 |nuit | | » |11° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |716 | » |11°9|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |715.2| » |17° |assez | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |714.7| » |15°8|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + |De Tisint à | » |9h | | | | | |Une pluie | + |Afikourahen. | | | | | | | |fine commence| + | | | | | | | | |et dure | + | | | | | | | | |jusqu’à 10h | + | | | | | | | | |S. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h | | | | | |La pluie fine| + | | | | | | | | |se change en | + | | | | | | | | |pluie | + | | | | | | | | |violente, qui| + | | | | | | | | |dure jusqu’à | + | | | | | | | | |3h M. | + | | | | | | | | | | + | » |10 |7h M | | | |nébul.| 10|La pluie, qui| + | | | | | | | | |avait cessé | + | | | | | | | | |depuis 3h M, | + | | | | | | | | |reprend, mais| + | | | | | | | | |légère. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h | | | |nébul.| 10|La pluie | + | | | | | | | | |cesse. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | | |assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | | |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | | |assez | 0|Tarla. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |11 |9h M |712.7| 675| |légèrt| 10|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |710.4| » | |assez | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |710.7| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |12 |8h M |712.5| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |711.7| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |711.4| » | |pur. | 5|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h50m |711.3| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h55 |709 | 700| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h50 |704.5| 742| | | | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |12h M |693.8| 874| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h20 |695 | 862| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h |692.2| 897| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h09 |691.3| 907| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h35 |693.6| 874| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h25 |695 | 863| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h55 |689.8| 923| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h20 |681 | 1040| | | |Lieu d’une | + | | | | | | | | |halte. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h15 S|679.8| » | |très | 0|Même lieu. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h |681 | 1034| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h25 |659.2| 1310| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h20 |668.8| 1182| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h25 |676 | 1094| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h37 |676 | 1094| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |682 | 1021| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h50 |680 | 1043| | | |Tizgi Ida ou | + | | | | | | | | |Baloul. | + | | | | | | | | | | + | » |14 |9h M |681.2| » |9° |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |679.8| » |13°4|très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |679.3| » |12° |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |7h M |680.2| » |5°6 |assez | 9|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h20 |681.2| 1070| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h25 S |668 | 1230| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h25 |654 | 1400| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h45 |650 | 1448| | | |Tidgar. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |pur. | 3|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |16 |7h M |649.9| » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h |617.3| 1873| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |621 | 1833| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h55 |621.4| 1819| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h20 S|618.9| 1860| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h46 |614.7| 1912| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h52 |625 | 1772| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h05 |634.9| 1637| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h52 |638.2| 1586| | | |Azararad. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |17 |7h M |639.4| » |4°6 |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h16 |640.5| 1543| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h35 |645 | 1494| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h45 |643 | 1516| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |651.8| 1400| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h25 |655.8| 1349| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h07 |664 | 1247| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h45 S|671.5| 1146| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h09 |654 | 1375| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h20 |698 | 826| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h30 |708 | 706| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h37 |687.6| 947| | | | | + | | | | | | | | | | + |Afikourahen | » |5h55 |688.2| 967| |très | 0| | + |(1er étage). | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |7h M |689 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |688.8| » |15° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |688.5| » |11° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |7h M |689.7| » |7°3 |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |688.7| » |14°7|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |689.4| » |10° |très |0.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |7h M |690.2| » |8°2 |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |D’Afikourahen| » |10h45m |705.5| 772| | | | | + |à Mogador. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h06 |693 | 930| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |710.7| 713| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h52 |715.7| 655| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h33 |717 | 643| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h15 |722 | 584| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h55 |742.7| 344| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h20 |744.6| 321| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h40 |740.5| 354| |très | 0|Taourirt ou | + | | | | | | |pur. | |Selîman. | + | | | | | | | | | | + | » |21 |7h M |742.9| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |742.9| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h55 |750.9| 264| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h15 |756 | 208| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h35 |758 | 186| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h20 S |761.3| 142| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h10 |767 | 75| |très | 0|Gîte. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |6h35 M |769.8| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h30 |771.8| 10| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h35 |771.2| 21| | | |Dar Sidi Abd | + | | | | | | | | |Allah. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |23 |9h05 M |770.8| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |772.4| 0| | | |Au niveau de | + | | | | | | | | |la mer. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h05 S |766 | 73| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h35 |748 | 276| | | |Gîte. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |7h20 M |747.8| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |770.4| 0| | | |Au niveau de | + | | | | | | | | |la mer. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 S |723 | 530| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |« |5h05 |765.3| 34| |très | 0|Gîte. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |7h45 M |766.4| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h55 |747.2| 245| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |740 | 336| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |734 | 420| |très | 0|Dar Hadj Abd | + | | | | | | |pur. | |el Malek. | + | | | | | | | | | | + | » |26 |toute | | » | |très | 0|Id. | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |27 |7h05 M |738 | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h35 |747 | 277| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h05 |760.2| 120| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |753 | 210| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h35 |736.5| 390| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 |733 | 436| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h |747 | 277| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h17 |750.7| 232| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |760 | 131| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |749 | 242| |très | 0|Gîte. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |7h35 M |750 | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h15 |756 | 175| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h10 |764.2| 87| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h35 |766 | 65| | | | | + | | | | | | | | | | + |Mogador (1er | » |6h S | | 10| |très | 0| | + |étage). | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |29 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |30 |nuit | | » |8°3 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |767.6| » |9°5 |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |767.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |767.2| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |31 |7h M |767.8| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |767.7| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |767.9| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |1 Fév.|nuit | | » |11°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |767.7| » |13°3|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |767.6| » |17° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |767.3| » |15°7|pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » |2 |nuit | | » |10°7| | |Il a plu un | + | | | | | |Min.| | |peu pendant | + | | | | | | | | |la nuit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |767.3| » |13° |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |765.6| » |14°2|assez |3.5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |764.8| » |14° |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |3 |nuit | | » |7°3 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |762.4| » |10°4|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |761.2| » |15° |pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |760.9| » |14° |assez | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |nuit | | » |9°4 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |761 | » |11°5|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |758.8| » |17°4|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |757.7| » |15°1|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |5 |nuit | | » |11°5| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |760 | » |12° |très | 10|Il pleut à | + | | | | | | |nébul.| |torrents | + | | | | | | | | |depuis 3h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |760.5| » |12°3|très | 10|La pluie | + | | | | | | |nébul.| |continue ; | + | | | | | | | | |elle n’a pas | + | | | | | | | | |cessé depuis | + | | | | | | | | |8h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |760.9| » |12°3|nébul.| 9|La pluie a | + | | | | | | | | |continué | + | | | | | | | | |jusqu’à 3h. | + | | | | | | | | | | + | » |6 |nuit | | » |10°8| | |Pluie de | + | | | | | |Min.| | |minuit à 3h | + | | | | | | | | |M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |760.7| » |11°9|assez | 3| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |759.9| » |17°2|assez | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |759.8| » |15°7|assez | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |7 |nuit | | » |11° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |760.9| » |13° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |760.3| » |16° |très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |8 |nuit | | » |10°5| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |763.1| » |12°5|assez | 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |763.5| » |18° |légèrt| 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |764.7| » |16° |assez | 3| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |9 |nuit | | » |11° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |764.6| » |13° |assez | 7| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |764.8| » |20° |nébul.| 5| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |764.2| » |18°4|nébul.| 5| | + | | | | | | | | | | + | » |10 |nuit | | » |13°7| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |764 | » |15°3|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |762.9| » |18°7|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |762.1| » |15°8|nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » |11 |nuit | | » |13°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |761 | » |14°8|très | 6|Brume épaisse| + | | | | | | |nébul.| |durant la | + | | | | | | | | |matinée | + | | | | | | | | |jusqu’à 11h. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |760 | » |17° |très | 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |759.7| » |15°8|très | 10| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |12 |nuit | | » |11°7| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |761 | » |14° |assez | 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |761.4| » |16°8|légèrt| 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |761.7| » |14°5|nébul.| 1| | + | | | | | | | | | | + | » |13 |nuit | | » |9°1 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |763.7| » |9°3 |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |763.9| » |16°8|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |763.9| » |14°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |14 |nuit | | » |8°7 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |763.7| » |9°5 |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |761.3| » |15°3|légèrt| 8| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |nuit | | » |12°6| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h M |759.4| » |15°3|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |757.3| » |17°9|nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |756.5| » |13°7|nébul.| 7| | + | | | | | | | | | | + | » |16 |nuit | | » |12°1| | |Il a plu | + | | | | | |Min.| | |pendant une | + | | | | | | | | |grande partie| + | | | | | | | | |de la nuit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |753.2| » |12°8|nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |752.1| » |16°8|nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |751.7| » |12°8|nébul.| 10|Pluie légère | + | | | | | | | | |depuis 4h 1/2| + | | | | | | | | |S ; elle dure| + | | | | | | | | |jusqu’à 6h S.| + | | | | | | | | | | + | » |17 |nuit | | » |9°4 | | |Il a plu | + | | | | | |Min.| | |pendant une | + | | | | | | | | |grande partie| + | | | | | | | | |de la nuit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |750.7| » |9°7 |très | 10|Pluie fine. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |752.8| » |14°7|nébul.| 7|Il a plu | + | | | | | | | | |pendant une | + | | | | | | | | |grande partie| + | | | | | | | | |de la | + | | | | | | | | |matinée. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |755 | » |12°8|assez | 2| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |nuit | | » |7°7 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |757.9| » |7°9 |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |757.7| » |17°4|très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |757.7| » |14° |très | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |nuit | | » |12° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |760.7| » |12° |très | 10|Une pluie | + | | | | | | |nébul.| |fine tombe | + | | | | | | | | |depuis 2h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |763 | » |17°7|très | 10|La pluie a | + | | | | | | |nébul.| |cessé à 10h | + | | | | | | | | |M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |763.4| » |14°7|très | 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |nuit | | » |10° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |765 | » |11° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » |9°5 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |764.7| » |10°5|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |763.8| » |17° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |763.8| » |14°9|assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |nuit | | » |11° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h M |763.2| » |12°5|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |763.3| » |18°9|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |763.3| » |15°8|légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |23 |nuit | | » |10°2| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |764.2| » |10°8|légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |764.7| » |15°8|assez | 0| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |764.7| » |15° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |11° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |765.6| » |12°2|assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |765.5| » |18°3|assez | 7| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |765.4| » |15°7|légèrt| 1| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |25 |nuit | | » |9° | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |765.1| » |9°2 |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |764.9| » |18° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |764.8| » |15°8|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |26 |nuit | | » |9°1 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |764.5| » |12°4|nébul.| 9| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |764.2| » |19°5|nébul.| 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |764.4| » |16° |assez | 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |27 |nuit | | » |11°3| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |763.2| » |12°4|pur. | 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » |16° |pur. | 8| | + | | | | | | | | | | + | » |28 |nuit | | » |10°8| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |760.8| » |13°4|assez | 7| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » |16° |assez | 8|Forte averse | + | | | | | | |pur. | |de 2h à 2h | + | | | | | | | | |1/2 S. | + | | | | | | | | | | + | » |29 |nuit | | » |10°5| | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |762.2| » |18°5|assez | 1| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |762.1| » |14° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |5 Mars|toute | | » | |très | 10|Il pleut à | + | | |la | | | |nébul.| |torrents | + | | |journée| | | | | |pendant toute| + | | | | | | | | |la journée. | + | | | | | | | | | | + | » |13 |toute | | » | |pur. | 0| | + | | |la | | | | | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Mogador à |14 |6h S | | | |pur. | 5| | + |Tisint | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |toute | | | |pur. | 3| | + | | |la | | | | | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |16 |toute | | | |assez | 5| | + | | |la | | | |nébul.| | | + | | |matinée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |toute | | | | | 10|Forte pluie | + | | |l’après| | | | | |toute | + | | |-midi | | | | | |l’après-midi | + | | | | | | | | |et toute la | + | | | | | | | | |soirée. | + | | | | | | | | | | + | » |17 |toute | | | | | 10|Forte pluie | + | | |la nuit| | | | | |toute la | + | | | | | | | | |nuit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |toute | | | | | 10|Forte pluie | + | | |la | | | | | |toute la | + | | |matinée| | | | | |matinée. | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h40m |735 | 420| | | |Dar Hadj Abd | + | | |S | | | | | |el Malek | + | | | | | | | | |(lieu déjà | + | | | | | | | | |traversé). | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h05 |731 | 330| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h33 |737.7| 240| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |732 | 330| | | 8|Zaouïa S. | + | | | | | | | | |Mhind ou | + | | | | | | | | |Ouchchen | + | | | | | | | | |Plusieurs | + | | | | | | | | |averses | + | | | | | | | | |pendant | + | | | | | | | | |l’après-midi.| + | | | | | | | | | | + | » |18 |toute | | » | | | 10|Même lieu. | + | | |la nuit| | | | | |Forte pluie | + | | | | | | | | |toute la | + | | | | | | | | |nuit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h15 M|731.7| » | | | 10|Même lieu. | + | | | | | | | | |Forte pluie | + | | | | | | | | |toute la | + | | | | | | | | |matinée. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |731 | » | |nébul.| 6|Même lieu. | + | | | | | | | | |Pluie jusqu’à| + | | | | | | | | |4h S. | + | | | | | | | | | | + | » |19 |7h M |733 | » | |assez | 2|Même lieu. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h40 |733.8| » | | | |Même lieu. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h12 |739 | 268| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h50 |732.1| 337| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h55 |747.4| 233| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h05 S|762 | 0| |assez | 5|Au niveau de | + | | | | | | |pur. | |la mer. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h45 |760 | 33| |assez | 5|Fondoq. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |5h M | | | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | | |pur. | 0|Dar Sidi | + | | | | | | | | |Iahia. | + | | | | | | | | | | + | » |21 |7h M |760.8| 22| |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h55 |760.7| 23| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h20 |757.2| 55| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h23 S |752.7| 111| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h22 |752.5| 113| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h15 |751.9| 120| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |750.4| 145| |pur. | 0|Oulad Segeïr.| + | | | | | | | | | | + | » |22 |7h M | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |assez | 4|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |assez | 8|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |23 |5h40 M |746.4| » | |nébul.| 8|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h15 |745 | 168| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h35 |744.8| 170| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |741 | 213| |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h35 S |736.7| 258| | | |Gîte. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |nébul.| 10|Id. Pluie | + | | | | | | | | |violente de | + | | | | | | | | |11h 1/4 M à | + | | | | | | | | |4h S. | + | | | | | | | | | | + | » |24 |6h M |736.7| » | |assez | 10|Même lieu. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h50 |730 | 340| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h56 S |724.5| 396| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h55 |718 | 478| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h50 |715 | 513| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h05m S|710 | 572| |assez | 5|Douar | + | | | | | | |nébul.| |Oumbarek ou | + | | | | | | | | |Dehen. | + | | | | | | | | | | + | » |25 |toute | | » | |assez | 4|Id. | + | | |la | | | |nébul.| | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |26 |5h05 M |710 | » | |assez | 3|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h52 |714 | 525| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h15 |713.8| 527| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h50 |709 | 584| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h12 |694 | 765| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h40 S|683 | 899| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 |674.3| 998| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h54 |667 | 1098| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h50 |644 | 1394| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h30 |655 | 1251| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h35 |660 | 1293| |pur. | 0|Amzoug. | + | | | | | | | | | | + | » |27 |4h50 M |660 | » | |assez | 4|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h45 |656.2| 1226| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h07 |636 | 1500| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h20 |631.8| 1552| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |622.5| 1673| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h35 |610.2| 1849| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h35 |632.5| 1539| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |617 | 1755| |assez | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h20 |604 | 1934| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h10 |616.3| 1755| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h15 |624 | 1660| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h49 |623 | 1673| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h30 |630.7| 1566| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |639 | 1459| |assez | 8| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |6h55 M |645 | 1394| |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h50 |652.3| 1283| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h03 |651.2| 1297| | | |Ilir. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |assez | 5|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 6|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |29 |toute | | » | |assez | 5|Id. | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |30 |7h15 M | | » | |assez | 3|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |653.5| 1260| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |666.5| 1090| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |668.6| 1063| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h15 |669.4| 1050| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h36 |666.6| 1080| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h15 |675 | 980| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h45 |676.7| 950| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h30 |681.8| 880| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |31 |3h M | | | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + |Tisint | » |11h | | 614| |pur. | 0| | + |(Agadir ; | | | | | | | | | + |rez-de- | | | | | | | | | + |chaussée). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |1 |toute | | » | |très | 0| | + | |Avril |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |2 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |3 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |5 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h05 S|706.2| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Tisint à |6 |5h25 M |684 | 906| |pur. | 0| | + |Tazenakht. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h M |679.3| 954| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h33m |675.8| 1007| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h45 |668.7| 1090| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |670 | 1079| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h |636.3| 1511| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h40 |619 | 1755| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h |622 | 1715| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h52 |606 | 1935| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h25 |618.7| 1759| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h30 |615 | 1814| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |612 | 1857| |pur. | 0|Gîte. | + | | | | | | | | | | + | » |7 |7h05 M |611.2| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h10 |598 | 2059| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h07 |614 | 1835| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |616.5| 1797| | | |Takdicht. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |pur. | 2|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S | | » | |pur. | 1|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |8 |8h M |615.8| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h45 |621.5| 1725| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h12 |621.6| 1715| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h15 |623.9| 1685| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h37 |628.8| 1618| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h30 S|632 | 1577| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h |632 | 1577| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h37 |635 | 1537| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h48 |636.3| 1511| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tazenakht | » |4h20 |638 | 1502| |pur. | 2| | + |(1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |9 |nuit | | » |9°3 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |636.5| » |14° |pur. | 9| | + | | | | | | | | | | + | » |II |1h S |635.7| » |23°5|pur. | 7| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |635.3| » |20°5|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |10 |nuit | | » |6°7 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |637.6| » |9°7 |très | 2| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |637.4| » |23°7|assez | 7| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |637.3| » |20°7|légèrt| 9| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |11 |nuit | | » |8°6 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |637.7| » |11°5|nébul.| 7| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |636.3| » |24°4|très | 6| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |635.5| » |20°7|très | 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |12 |nuit | | » |8°8 | | | | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h M |633.8| » |11°4|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |632.7| » |17°6|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |632.9| » |12°7|pur. | 1| | + | | | | | | | | | | + | » |13 |7h M |634.7| » |6° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |636 | » | |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + |De Tazenakht | » |2h52 |639.3| 1410| | | | | + |à Tamnougalt.| | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h41 |636.4| 1455| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h05 |631 | 1538| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h35 |628 | 1586| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h03 |635.3| 1484| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h30 |630.4| 1556| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h18 |630.7| 1552| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » |14 |2h02 M |622.8| 1696| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h48 |610.6| 1872| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h38 |622 | 1725| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h43 |621 | 1738| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h20 |660.8| 1208| | | |Tesaouant. | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h | | » | |pur. | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |661 | » |16°7|très | |Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |7h M |660.4| » | |pur. | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h10 |661.3| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h07m M|663.2| 1169| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h38 |670.3| 1080| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h10 S|671.5| 1068| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h01 |673 | 1055| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h |673.9| 1043| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tamnougalt | » |2h40 |671.8| 1079| | | | | + |(1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |671.6| » |19°2|très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |16 |7h M |671.6| » |12°3|pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h S |670.8| » |18°7|pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » |17 |1h S |670 | » |22°5|assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |670.3| » |17°5|assez | 6| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |18 |10h M | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h S |672 | » |19° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |6h M |673 | » |10° |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |672.8| » |27° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |672.3| » |23° |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |20 |7h M |675 | » |13° |assez | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |De Tamnougalt| » |1h57 S |675.5| 1050| | | | | + |au Todra. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h25 |677.2| 1023| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h48 |675.7| 1041| |pur. | 0|Tirremt Ali d| + | | | | | | | | |Aït El Hasen.| + | | | | | | | | | | + | » |21 |5h15 M |675.7| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h35 |677.6| 1019| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h53 |670.3| 1130| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h08 |668 | 1174| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h55 |621 | 1794| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h40 |618 | 1835| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h20 |605.5| 2002| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h06 S|608 | 1974| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h30 |609.4| 1946| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h |603 | 2045| |assez | 5| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h40 |597 | 2137| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h07 |592.4| 2179| | | |Gîte. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |nébul.| 10|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » | |assez | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |22 |6h M |591.5| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h15 |592.1| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h18 |584.3| 2280| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h13 |620 | 1786| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h24 |617.5| 1814| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h31 |621 | 1772| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h52 |618 | 1814| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h |620 | 1786| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h09 |618.5| 1800| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h31 |627 | 1690| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h04 S|620.5| 1772| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h17 |624.4| 1731| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 |618.9| 1800| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h33 |621.2| 1772| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h58 |619.1| 1798| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h06 |627.4| 1677| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h31 |632 | 1623| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h47 |632 | 1623| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h47 |636.7| 1532| |très | 0|Timichcha. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |23 |6h M |638.4| » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h30 |635.3| 1558| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h57 |632.5| 1616| | | |Tiilit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |assez | 4|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 10|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |24 |nuit | | » |5°4 | | |Id. | + | | | | | |Min.| | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h M |629.7| » |7° |assez | 4|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h33m M|629.9| » | | | |Tiilit. | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h40 |629 | 1630| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h20 S|624.9| 1685| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h25 |623.6| 1693| |pur. | 0|Aït Iidir. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |25 |4h50 M |624.6| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h58 |620.2| 1750| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h26 |625.7| 1680| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h56 |632 | 1612| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h35 |634.3| 1581| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h20 |637.8| 1526| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h05 |638.4| 1517| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h30 S|638 | 1522| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h07 |641 | 1483| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h53 |643.6| 1476| | | | | + | | | | | | | | | | + |Todra | » |4h28 |641 | 1466| |très | 0| | + |(Taourirt; | | | | | |pur. | | | + |1er étage). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |26 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |27 |toute | | » | |très | 0| | + | | |la | | | |pur. | | | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |28 |6h M |648.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h20 |644.3| » | | | | | + | | | | | | | | | | + |Du Todra au | » |6h47 |652.8| 1427| |pur. | 4|Tadafals. | + |Tiallalin. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |29 |6h15 M |652.2| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h40 |654.3| 1389| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h22 |655.8| 1375| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h |657.3| 1349| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h15 |663.6| 1271| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h27 S |665.7| 1239| |très | 0|Asrir. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |30 |6h M |669 | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h55 |669.3| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h59 |669.8| 1226| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h53 |668 | 1252| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h37 S |667.9| 1249| |très | 0|Gelmima. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |1 Mai |4h10 M |670 | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h19 |670.7| 1236| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h57 |671.7| 1222| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h08 |672 | 1219| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h55 |670.7| 1236| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h35 |663 | 1339| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |667 | 1288| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h50 |669.7| 1249| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h23 |670.8| 1236| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h16 S|670.6| 1238| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 |665 | 1314| |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h21 |667 | 1288| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h58 |666.9| 1265| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h20 |666.8| 1260| | | |Qçar es Souq.| + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |légèrt| 10|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |2 |6h45 M |669.6| » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h33 |670 | 1255| | | |Pluie fine de| + | | | | | | | | |6h à 7h M. | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h33 |668.8| 1273| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h05 |642 | 1629| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h45 S |660.5| 1377| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h20 |657.4| 1416| | | | | + | | | | | | | | | | + |Tiallalin | » |5h05 |653.8| 1469| |assez | 4| | + |(Qçîba el | | | | | |pur. | | | + |Ihoud). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |3 |toute | | » | | | 10|Pluie | + | | |la | | | | | |violente. | + | | |journée| | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » |4 |toute | | » | | | 10|Pluie | + | | |la nuit| | | | | |violente. | + | | | | | | | | | | + | » | » |jusqu’à| | » | | | 10|Pluie | + | | |4h S | | | | | |violente ; | + | | | | | | | | |elle s’arrête| + | | | | | | | | |à 4h. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h S | | » | |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |5 |5h30m M|650.3| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + |Du Tiallalin | » |9h20 |650.4| 1468| | | | | + |à Qçâbi ech | | | | | | | | | + |Cheurfa. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h12 |645 | 1544| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 S |635 | 1694| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h36 |628.8| 1762| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h55 |632.2| 1707| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h30 |630.5| 1735| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h10 |628 | 1775| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h40 |625.5| 1801| |très | 0|Nezala. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |6 |4h30 M |627 | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h15 |622.1| 1870| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h28 |607.6| 2067| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h47 |603.8| 2125| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h08 |608.5| 2053| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h15 |600 | 2182| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h45 |617 | 1940| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h40 |630.5| 1740| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h02 S|644.8| 1542| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h06 |647 | 1515| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h50 |652.6| 1423| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h37 |659.6| 1435| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h38 |663.5| 1260| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h47 |667.6| 1208| | | | | + | | | | | | | | | | + |Qçâbi ech | » |4h |667.8| 1211| | | | | + |Cheurfa | | | | | | | | | + |(Qaçba el | | | | | | | | | + |Makhzen). | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |7 |7h M |671 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |669.7| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h |669.5| » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |8 |5h M |672 | » | |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50 |672 | » | | | | | + | | | | | | | | | | + |De Qçâbi ech | » |6h05 |672.7| 1199| | | | | + |Cheurfa à | | | | | | | | | + |Debdou. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h49 |671.7| 1211| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h21 |675 | 1186| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h22 |675.4| 1181| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h05 |677.5| 1134| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h15 S|672.5| 1199| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h57 |674.4| 1173| |pur. | 3| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h57 |674.7| 1169| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h04 |679.5| 1109| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h33 |679.1| 1114| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h38 |681.1| 1089| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h55 |679.7| 1106| |assez | 9| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h25 |683 | 1070| | | |Misour (Bou | + | | | | | | | | |Kenzt). | + | | | | | | | | |Quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie entre | + | | | | | | | | |5h 1/2 et 6h | + | | | | | | | | |S. | + | | | | | | | | | | + | » |9 |4h55 M |683 | » | | | |Même lieu. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h17 |684 | 1058| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h45 |684 | 1058| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h17 |685.9| 1033| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h30 |688 | 1008| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h15 |689 | 995| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h03 S|690 | 982| |très | 0| | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h16 |688.7| 995| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h40 |688.2| 1001| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h40 |686.5| 1010| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h10m S|687.4| 989| |très | 0|Outat Oulad | + | | | | | | |pur. | |el Hadj (El | + | | | | | | | | |Mellah). | + | | | | | | | | | | + | » |10 |7h M |689 | » | |très | 0|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 3|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 8|Id. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h | | » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |11 |6h M |687.2| » | |pur. | 0|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |pur. | 4|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |pur. | 5|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |12 |3h58 M |686 | » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h48 |689.7| 938| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h33 |692.3| 901| |pur. | 0| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h54 |693.8| 888| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h15 |689.8| 939| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h25 |689.2| 947| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h37 |689.2| 947| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h25 |683 | 1026| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h22 S|682.3| 1035| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h12 |683.4| 1021| |pur. | 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h08 |684.8| 1001| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h04 |688 | 963| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h05 |698 | 838| |assez | 10|Gîte. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |13 |4h55 M |693 | 878| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h45 |690.6| 903| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h02 |678 | 1067| |nébul.| 4| | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h45 |644.7| 1499| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |12h S |640 | 1566| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h25 |648 | 1459| |nébul.| 10|Une pluie | + | | | | | | | | |fine tombe | + | | | | | | | | |depuis midi. | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h05 |633.5| 1648| | | |De midi à | + | | | | | | | | |3h30 S, pluie| + | | | | | | | | |fine avec | + | | | | | | | | |courtes | + | | | | | | | | |interrup. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h15 |679.7| 1049| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h20 |678 | 1069| |nébul.| 10|Oulad Ben el | + | | | | | | | | |Houl. | + | | | | | | | | | | + | » |14 |6h12 M |678 | » | | | |Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h50 |677 | 1080| |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |8h30 |637 | 1608| | | |Pluie légère | + | | | | | | | | |de 8h à 9h M.| + | | | | | | | | | | + | » | » |9h28 |670.3| 1157| | | | | + | | | | | | | | | | + |Debdou (rez- | » |10h |674.7| 1134| | | | | + |de-chaussée).| | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |nébul.| 8| | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |assez | 5| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » |15 |7h M |674.3| » | |nébul.| 10|Température | + | | | | | | | | |de la source | + | | | | | | | | |principale de| + | | | | | | | | |Debdou : | + | | | | | | | | |13°5. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | | | 10|La pluie | + | | | | | | | | |commence à 8h| + | | | | | | | | |M et dure | + | | | | | | | | |toute la | + | | | | | | | | |journée. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | | | 10|La pluie | + | | | | | | | | |continue | + | | | | | | | | |toute la | + | | | | | | | | |soirée. | + | | | | | | | | | | + | » |16 |7h M |672.3| » | |nébul.| 10|Pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | | | 10|Depuis le | + | | | | | | | | |matin, il | + | | | | | | | | |tombe de | + | | | | | | | | |fréquentes | + | | | | | | | | |averses. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | | | 10|La pluie | + | | | | | | | | |continue | + | | | | | | | | |toute la | + | | | | | | | | |journée avec | + | | | | | | | | |des interrup.| + | | | | | | | | | | + | » |17 |7h M | | » | |nébul.| 10|Quelques | + | | | | | | | | |gouttes de | + | | | | | | | | |pluie. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |nébul.| 8|Une ou deux | + | | | | | | | | |courtes | + | | | | | | | | |averses | + | | | | | | | | |pendant la | + | | | | | | | | |matinée. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h | | » | |nébul.| 6| | + | | | | | | | | | | + | » |18 |7h30 M |670.9| » | |assez | 4| | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + |De Debdou à | » |8h33 |681.2| 994| | | | | + |Oudjda. | | | | | | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h02 |692.5| 895| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h08 |693.9| 842| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h03 S |700.4| 755| |pur. | 2| | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h10 |705 | 707| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h33m S|703.5| 719| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h51 |710 | 645| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |4h50 |720 | 524| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h31 |721.8| 500| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h50 |721 | 512| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h55 |724 | 476| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h03 |723 | 495| |assez | 3|Taourirt. | + | | | | | | |pur. | | | + | | | | | | | | | | + | » |19 |5h M |724.3| » | |assez | 10|Id. | + | | | | | | |nébul.| | | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h |720.8| 515| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h15 S |723.2| 464| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h30 |719 | 525| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h05 |706 | 683| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h51 |703 | 720| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h22 |704 | 708| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h26 |702 | 732| |nébul.| 10|Gîte. | + | | | | | | | | | | + | » |20 |5h15 M |701.3| » | | | |Id. De 6h S à| + | | | | | | | | |5h M pluie | + | | | | | | | | |fine. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h10 |699.9| 745| |nébul.| 10| | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h40 |692.2| 832| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h13 |703.7| 696| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h32 |698 | 744| | | |Qaçba el | + | | | | | | | | |Aïoun. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S | | » | |nébul.| 10|Id. | + | | | | | | | | | | + | » | » |5h | | » | |nébul.| 10|Id. | + | | | | | | | | | | + | » |21 |nuit | | » | | | |Même lieu. Il| + | | | | | | | | |a plu à | + | | | | | | | | |torrents | + | | | | | | | | |durant toute | + | | | | | | | | |la nuit, | + | | | | | | | | |depuis 6h S. | + | | | | | | | | | | + | » | » |6h M |695 | » | | | |Même lieu. Il| + | | | | | | | | |pleut avec | + | | | | | | | | |violence. | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h S |696 | » | | | |Même lieu. Il| + | | | | | | | | |pleut avec | + | | | | | | | | |force depuis | + | | | | | | | | |le matin. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h |697 | » | |nébul.| 10|Même lieu. La| + | | | | | | | | |pluie a cessé| + | | | | | | | | |à 6h S. | + | | | | | | | | | | + | » |22 |6h27 M |700.9| » | | | |Même lieu. | + | | | | | | | | | | + | » | » |7h33 |702.2| 729| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |9h25 |697 | 794| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |10h15 |697 | 794| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |11h30 |697 | 794| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h07 S |693.4| 831| |nébul.| 6| | + | | | | | | | | | | + | » | » |1h38 |700 | 756| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h42 |703 | 719| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |2h52 |701.3| 732| | | | | + | | | | | | | | | | + | » | » |3h10 |699.8| 759| | | | | + | | | | | | | | | | + |Oudjda. | » |4h21 |706 | 683| |nébul.| 10| | + +-------------+------+-------+-----+-----+----+------+---+-------------+ + + +[Note 129 : Les altitudes ont été calculées par M. Raymond, à +qui je dois de vifs remerciements pour ce travail. Voici, sur la +manière dont il a procédé, les éléments qui lui ont servi et +l’approximation obtenue, une note qu’il a composée. + +« Pour la détermination des altitudes, on a fait usage d’un petit +baromètre anéroïde construit avec soin et compensé des variations +de la température. Cet instrument a été considéré comme exact au +départ, mais il est résulté de comparaisons faites par le voyageur, +avec deux autres baromètres, que vers le milieu d’août 1883 il +a éprouvé un dérangement qui lui a fait marquer 2mm en plus ; +cette erreur instrumentale s’est conservée jusqu’à la fin du +voyage. On a tenu compte de cette correction, ainsi que de celle due +à l’oscillation diurne du baromètre, que l’on a supposée être +de 2mm, dans les régions explorées. + +« Les calculs des altitudes ont été faits en employant la formule +de Laplace et en négligeant les décimales peu importantes. + +« La détermination de la pression au niveau de la mer, à chacune +des observations, a constitué une des difficultés principales pour +l’exactitude des calculs. Pour avoir les hauteurs du baromètre au +niveau de la mer, on a fait usage des observations relatées dans le +Bulletin météorologique du gouvernement de l’Algérie et dans le +Bulletin météorologique international. + +« Tant que le voyageur a été dans le voisinage des côtes, les +données des Bulletins ont pu être utilisées avec profit, mais +dans l’intérieur du Maroc la tâche a été plus difficile et les +valeurs obtenues pour certains jours se sont peut-être éloignées de +la vérité de plusieurs millimètres. Du reste, quelques altitudes +ont pu être vérifiées et, dans les localités où le voyageur +a passé plusieurs fois, on a pris des moyennes qui, dans certains +cas, ont servi à corriger les hauteurs des points voisins qui ont +paru défectueuses. + +« Nous ferons aussi remarquer que, pendant le cours de ce voyage, la +pression au niveau de la mer a presque toujours été bien au-dessus +de 762mm, nombre admis pour la hauteur barométrique de ce pays au +niveau de la mer. + +« Nous pensons que les erreurs principales proviendront de la +difficulté de se rendre compte de la pression atmosphérique au +niveau de la mer, et de la correction (_a_/1.000)2 (_t_ + _t′_) +de la formule de Laplace, qui a été laissée le plus souvent à +l’appréciation du calculateur, la température n’ayant pu être +notée aussi souvent que les hauteurs barométriques. » + +Les observations de température ont été faites avec des +thermomètres fronde et des thermomètres à minima construits par +M. Tonnelot.] + + + + + NOTE + SUR LES MATÉRIAUX QUI ONT SERVI A DRESSER L’ITINÉRAIRE DU VOYAGE. + + +Les matériaux qui ont servi à tracer l’itinéraire de mon voyage +sont : + +1o Les positions de Tanger, d’Agadir Iṛir et de Mogador, données +par les cartes marines ; la position d’El Qçar, déterminée +astronomiquement par MM. François et de La Porte ; la position de +Fâs, déterminée astronomiquement par Ali Bey et vérifiée par +MM. François et de La Porte ; la position d’Oudjda, fournie par +la carte de l’Algérie dressée en France, en 1876, au Dépôt de +la Guerre ; la longitude de Tétouan, donnée par Tofiña. + +2o Les points dont j’ai moi-même déterminé astronomiquement les +positions, savoir : + +En latitude et en longitude : Zaouïa Sidi Reḥal, Tagmout (Glaoua), +Tikirt, Tazenakht, Agadir Tisint, Tintazart, Afikourahen, Tamnougalt, +Taourirt (Todṛa), Gelmima, Qcîra el Ihoud (Tiallalin), Qaçba el +Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa). En latitude : Tétouan, Tâza, Mạder +Soulṭân, Ouṭat Oulad el Ḥadj. En longitude : Sfrou et Demnât. + +3o Mon cheminement et mes tours d’horizon faits à la boussole. (Tout +mon itinéraire a été relevé à la boussole.) + +Sur deux points, je suis en désaccord avec les observations faites +avant moi. Je n’admets ni la latitude de Tétouan proposée par +Tofiña, ni la position de Tâza donnée par Ali Bey. + +J’adopte pour Tétouan la latitude fournie par mes observations +astronomiques, latitude qui concorde avec mon levé à la boussole +et avec ceux de M. Tissot. + +Pour Tâza, la longitude déterminée astronomiquement par Ali +Bey place, selon moi, la ville trop à l’est ; elle la met à une +distance de Fâs qui me paraît exagérée et inadmissible. L’erreur +me sembla évidente dès mon arrivée à Tâza ; j’y pris +plusieurs angles horaires du soleil, dans l’espoir de la corriger ; +malheureusement, des arrêts du chronomètre rendirent ces observations +inutiles. De retour, la construction de mon itinéraire montra que +je ne m’étais pas trompé : Tâza d’Ali Bey était trop vers +l’est ; jamais, placée ainsi, je n’eusse pu y parvenir dans +le temps que je mis. En relisant Ali Bey, je vis que sa longitude +avait été observée dans des conditions peu favorables, le même +jour qu’une latitude où il reconnut dans la suite une erreur de +21′. En outre, l’erreur que je crois exister dans la longitude de +Tâza a été trouvée, égale et de même sens, dans celle d’Oudjda, +qu’Ali Bey détermina quelques jours plus tard. Je rejette donc cette +longitude et j’adopte provisoirement celle que fournit mon levé. + +Ali Bey détermina aussi la latitude de Tâza. Il y fit, à peu de +distance, deux observations qui présentent un écart de 21′. Cette +différence jette des doutes sur leur exactitude. J’ai pris à +Tâza plusieurs hauteurs de l’étoile polaire ; les résultats +qu’elles ont fournis concordent entre eux et avec mon itinéraire +à la boussole. J’adopte comme latitude celle qui ressort de mes +observations astronomiques. + + * * * * * + + + + + INDEX + DES NOMS GÉOGRAPHIQUES + CONTENUS + DANS LE VOLUME ET DANS L’ATLAS. + + * * * * * + + + A | + | Cartes. + | + Aachoun. 278. | + | + Aban. 324. | + | + Abernous. 288. 296. | + | + Achahod. 277. |7. 8. + | + Achakski. 326. | + | + Achil Sidi Bou Iaḥia. 274. |15. + | + Achlach. |14. + | + Achoul Sidi Bou Iạqob. 359. | + | + Adaḥa. 278. | + | + Aderbaz. 291. | + | + Aderdour (Ida ou Gemmed). 330. 332. 335. 402. | + | + (Ilalen). |11. 12. + | + (Imadiden). 329. | + | + Adis (kheneg). 143. 145. 147. 158. 310. 311. |10. + | + (qçar). 128. 143. 144. 145. 310. 311. 320. 338. 433. |10. + | + Admer. 243. 375. 376. 384. | + | + Adnan. 199. 200. |10. + | + Adouz (Aït Ououlouz). 330. | + | + (Houara). |12. + | + (Ouneïn). 335. 337. 402. | + | + Adrar (oasis du Sahel méridional). 154. 156. 346. | + | + Adrar n Deren. 95. 96. 98. 323. |21. + | + n Iri. 82. 83. 84. |7. 21. + | + Adreg. 108. 281. 284. |8. + | + Adres. 304. | + | + Adṛeṛ. 326. | + | + Afanour. 355. |16. + | + Afelilou. 376. | + | + Afella n Asif (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + n Asif Mezgîṭa). 287. | + | + n Dra. 211. 280. 284. 287. | + | + Ifri (désert). 277. | + | + Isli. 278. 402. | + | + Afikourahen. 120. 179. 180. 181. 185. 341. 411. 412. 415. |11. 12. + 437. 438. 439. 450. |21. + | + Afra (Ilalen). 180. 340. |11. 12. + | + (Mezgîṭa). 211. | + | + (Tatta). 144. 145. 309. 310. 311. 338. | + | + Fouqania. 144. 309. | + | + Oulad es Soulṭân. 291. 292. | + | + Aftis. |17. + | + Agadir n Abbou. 332. | + | + Afra. 309. | + | + Aït Ḥaseïn. 331. | + | + Aït Teççaout. 337. | + | + Aqqa Iṛen. 200. | + | + el Bour. 331. | + | + Djedid. 328. | + | + el Hena. 309. | + | + Iberqaqen Fouqani. 178. 314. |11. + | + Iberqaqen Taḥtani. 314. |11. + | + n Iblaz. 330. 334. | + | + Ida ou Ska. |11. + | + Iṛir. 22. 28. 99. 100. 120. 179. 184. 185. 293. 339. |12. 21. + 346. 401. 450. | + | + n Ousekti. 330. | + | + Ouzrou. 120. 151. 313. |10. + | + er Remel. 331. 332. | + | + Sidi El Ḥoseïn. 342. 343. | + | + Tisint. 117. 120. 121. 126. 127. 128. 134. 137. 158. |9. 21. + 159. 165. 171. 200. 201. 202. 203. 300. 306. 307. 310. 315. | + 316. 317. 318. 320. 343. 410. 411. 413. 415. 432. 436. 437. | + 443. 450. | + | + Zagmouzen. 327. | + | + Agaouz (Ouad Tifnout). 322. | + | + (Qçar es Souq). 351. | + | + Agdal. 282. | + | + Agdour (Aït Marlif). 279. | + | + (Ida ou Gemmed). 330. | + | + Kik. 337. | + | + Agdz (Mezgîṭa). 212. 284. 285. 287. 288. 291. 403. | + | + (Seketâna). 329. | + | + Aït ou Asṛar. 322. | + | + Igouramen. 322. | + | + Agedal. 331. 402. | + | + Agellouz. 310. | + | + Agelmim. 282. |9. + | + Agendi. 325. | + | + Agenf. 300. 304. | + | + Agerd (Aït Ououlouz). 330. | + | + (Tamanart). 316. 317. 403. | + | + (zaouïa). 275. | + | + Aït Zaïneb. 273. | + | + n Oudrer. 326. | + | + n Ougadir. 321. 322. 323. | + | + n Oulili. 306. | + | + Oumerri. 273. | + | + n Ouzrou. 260. 261. 267. | + | + n Zarar. 325. | + | + Agergour. 337. | + | + Agersaf. 335. | + | + Agersif. 368. 369. 372. 376. 379. 385. 390. 391. | + | + Agerzaggen. 309. 310. | + | + Agilan. 277. | + | + Aginan (district). 305. 306. 320. | + | + (Aït Zaïneb). |8. + | + Agjgal. 311. 320. | + | + Aglagal (Ouad Aoullous). 326. 336. | + | + (Tatta). 311. | + | + Aglou. 344. 345. | + | + Agmour. 304. | + | + Agna. |11. + | + Agni (Fezouata). 293. | + | + (Id ou Illoun). 326. | + | + (Ouad Agni). 114. 115. 127. 199. 304. |9. 21. + | + (col). 100. 114. 115. 116. 202. 282. 304. |9. 21. + | + n Fad. 333. 334. | + | + Agoubalou. 345. | + | + Agoudal. 329. | + | + Agouidir. 306. 309. | + | + Agoundis. 323. 338. | + | + Agouti. 275. | + | + Agred. 302. | + | + Agroud. 301. | + | + Agrour. 292. | + | + Ahel Debdou. 249. 375. | + | + Ed Doula. 33. | + | + Ferkla. 356. | + | + Kechchacha v. Kechchacha. | + | + El Mḥamid. 302. 304. | + | + el Ouad. 33. | + | + Ouad Iserki. 276. | + | + Rechida. 243. 375. 384. 385. | + | + Refoula. 385. | + | + Sabeq. 62. |6. + | + Sous. 262. | + | + Ṭahar. 33. | + | + Tirnest. 384. | + | + Zerberrachi. 262. | + | + Ahouraïn. 261. | + | + Aḥansal. 260. 264. 267. | + | + Aḥouli. 366. 368. 382. | + | + Aïgou. 310. | + | + Aïlkemt. 271. |15. + | + Aïnach. 295. 304. | + | + Aït Abbarioul. 364. | + | + Abbes. 76. 260. 265. 401. | + | + Abbou (Ouad Dâdes). 271. |15. + | + (Seketâna). 329. | + | + Aḥa. 350. |17. + | + Alla. 277. |7. + | + Allioun. 282. | + | + Anter. 120. 151. 312. |10. + | + Aqqo (Fezouata). 292. | + | + Aqqo ou Ạli. 211. 271. |15. + | + Atta (fraction des Berâber). 69. 221. 223. 224. 226. | + 269. 286. 293. 297. 298. 352. 357. 358. 361. 362. 363. 364. | + | + Atta (district de l’Ouad Dâdes). 268. 269. | + | + Atta d Amalou. 49. 68. 69. 71. 72. 259. 260. 266. 401. |6. 21. + | + Attou. 350. |17. + | + Azouafiḍ. 346. | + | + Ạbd Allah (tribu du Sahel). 345. | + | + (Aït Messaṭ). 264. 265. | + | + (Aït Seddrât). 211. 288. |8. 15. + | + (Ilalen). 340. 341. | + | + (Menâba). |14. + | + (Ouad Iriri). 279. | + | + ou Mḥind. 334. |14. + | + ou Mimoun. 290. 296. | + | + Ạbd en Nour. 262. | + | + Ạbd el Ouali (fraction). 262. |6. + | + (village). |6. + | + Ạbd el Ouirt. 328. | + | + Ạbd es Selam. 262. | + | + Ạchcha. 355. | + | + Ạïach. 363. 377. 381. 382. | + | + Ạïad. 49. 73. 74. 265. 401. |6. + | + Ạïcht. 327. 329. | + | + Ạïssa (Aït Seddrât). 288. | + | + (Aït Zaïneb). 277. 402. |8. + | + (Menâba). 331. 332. | + | + (Ouad Aït Messaṭ). 260. | + | + (Ouad El Qabia). 301. | + | + (Tiouant). 378. | + | + Bou Ḥamar. 363. 364. 365. | + | + ou Ạli. 365. | + | + ou Brahim (fraction des Aït Atta). 292. 295. 363. | + | + ou Brahim (qçar). 295. | + | + Ạla. 261. | + | + Ạli (Aït b Ougemmez). 260. | + | + (Ilalen). 340. 341. | + | + (qaçba). 287. |8. + | + Bou Mariem. 384. | + | + ou Brahim. 363. | + | + ou Ḥaseïn. 289. | + | + ou Iaḥia. 270. |15. + | + ou Ious. 282. 403. | + | + ou Iqqo. 347. 348. | + | + ou Selîman. 263. | + | + Ạlou ou Brahim. 262. | + | + El Ḥasen. 262. | + | + Ạlouan. 201. 295. 297. 298. 363. | + | + Ạmer (confédération). 91. 106. 111. 114. 280. 282. 303. |8. 9. 21. + 319. 403. | + | + (tribu). 106. | + | + (fraction des Aït Ḥediddou). 363. | + | + (fraction des Ḥaḥa). 339. |13. + | + (qçar des Aït Ḥediddou). 347. 348. | + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + ou Mançour. 363. | + | + Ạouda. 349. | + | + Ạrbi. 289. | + | + Ạrbi (qaçba). 288. | + | + Ạriṭan. 355. | + | + Ạsem. 356. | + | + Ạtab. 49. 73. 74. 75. 90. 230. 260. 264. 265. 267. 401. |6. 21. + | + b ou Iknifen. 267. 293. 294. 358. 362. 363. 364. | + | + b Ougemmez. 76. 260. 261. 264. 401. | + | + b Oulman (fraction des Aït ou Allal). 363. | + | + (Aït Zaïneb). 277. |8. + | + (Dâdes). 270. |15. + | + (Todṛa). 355. |16. + | + b Oumal. 270. 271. |15. + | + b Ououlli. 76. 77. 260. 265. 267. 401. | + | + Ba Ḥaman. 154. | + | + Baddou. 85. 86. 278. 402. 429. |7. + | + Baḥa. 355. | + | + Baḥa ou Bihi. |12. + | + Bakhous. 272. | + | + Baroukh. 378. | + | + Barra. 355. | + | + Bazmad. 334. | + | + Bella. 346. | + | + Ben Ạli. 377. | + | + Mançour. 336. | + | + Nacer (Ferkla). 356. | + | + Nacer (Tatta). 310. | + | + Ouedfel. 384. | + | + Sạïd. 273. | + | + Bihi. 261. | + | + Blal. 238. 369. 379. |18. + | + Bou Allal. 270. |15. + | + Ạchra. 317. 345. | + | + Ạmran (tribu). 342. 344. 345. | + | + Ạmran (zaouïa). 216. 270. |15. 21. + | + Ạmran (zaouïa). 270. |15. + | + Bekr (Aït Semmeg). 335. 336. | + | + Bekr (Aït Seri). 262. | + | + Bekr (Dâdes. Aït Ḥammou). 270. |15. + | + Bekr (Dâdes. Arbạ Mia). 271. |15. + | + Bekr (Dâdes. Arbạ Mia). 271. |15. + | + Bekr (zaouïa). 270. |15. + | + Daoud (fraction des Aït Atta). 267. 295. 361. 363. | + 364. | + | + Daoud (Ilalen). |11. + | + Daoud (Tazarin). 364. | + | + Delal. 268. 269. 274. | + | + Feḍaïl. 120. 151. 312. |10. + | + Hioualat. 346. | + | + Ḥarazen. 76. 265. 401. | + | + Ḥeddou. 270. |15. + | + Iaḥia (tribu). 167. 305. 306. 320. |9. 21. + | + Iaḥia (Todṛa). 355. |16. + | + Iạzza. 334. | + | + Iousef. 270. |15. + | + Izzem. 359. | + | + el Khial. 348. | + | + Khtir. 279. | + | + Mariem. 384. | + | + Mesḥaoul. 273. | + | + Mḥind. 94. 278. |8. + | + Ouchchaouen. 379. 384. | + | + Oujjan. 355. | + | + Oussaouen. 384. | + | + Ouzellif. 347. 348. | + | + Taḥammart. 389. | + | + Zid. 49. 69. 71. 72. 73. 74. 90. 260. 427. |6. 21. + | + Boudder. 154. | + | + Bouhou. 317. 345. | + | + Brahim (tribu du Sahel). 345. | + | + (fraction des Aït Ḥediddou). 363. | + | + (fraction des Qeṭạïa). 261. | + | + (Aït b Ououlli). 401. | + | + (Aït Melṛad). 359. | + | + (Imiṭeṛ). 358. |15. + | + (Semgat). 359. | + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + Çaïb ou Ọtman. 355. | + | + Çaleḥ (subdivis. des Beni Zemmour). 261. | + | + (Tiallalin). 349. 350. 351. 352. 353. 354. 365. |17. + 368. 369. 370. 371. 373. 374. 377. 378. | + | + (Todṛa). 355. | + | + Cheggout. 346. | + | + Chergouout. 346. | + | + Chiama. |14. + | + Daoud (Aït Ạbd el Ouali). 262. | + | + (Aït Ouirra). 262. | + | + (Imeṛrân). 274. | + | + ou Ạzzi. 358. | + | + ou Bou Ḥïa. 263. | + | + ou Iousef. 263. | + | + Delḥa. 329. | + | + Djamạ. 334. | + | + Djellal. 120. 151. 312. |10. + | + Djemel. 346. | + | + Ersal. 283. | + | + El Feqih. 349. | + | + Fers. 277. |7. 8. + | + El Fersi. 363. | + | + Genad. 355. | + | + Gendou. 273. | + | + Gennoun. 364. | + | + Hani. 358. | + | + Haroun (Dâdes). 270. 271. |15. + | + Isaffen. 314. |11. + | + Ḥachchou. 223. 363. | + | + el Ḥadj El Ḥasen. 290. | + | + el Ḥadj Sạïd. 348. | + | + Ḥaḥou. 350. |17. + | + Ḥamed (Aït Bella). 346. | + | + (Dâdes). 270. |15. + | + (Ida ou Blal). 154. | + | + (Ouad Imgoun). 275. | + | + (Ounzin). 306. | + | + ben Ạmara. |12. + | + ou Selîman. 377. 378. | + | + Ḥamid. 338. | + | + Ḥammi (Aït Seri). 262. | + | + (Todṛa). 355. |16. + | + Ḥammou (Dâdes). 269. 270. |15. + | + (Oulad Iaḥia du Dra). 206. 207. 284. 285. 304. | + | + (Tiouant). 378. | + | + Bel Ḥasen. 384. | + | + el Ḥadj. 348. | + | + ou Ạli (Imeṛrân). 276. | + | + ou Ạli (Telouet). 278. 402. | + | + ou Fekou. 273. | + | + ou Iaḥia. 275. | + | + ou Mançour. 263. | + | + ou Sạïd (Aït Seddrât). 288. 289. |8. + | + ou Sạïd (Aït Seri). 263. | + | + ou Sạïd (Ouad Nezala). 232. |17. + | + Ḥarkat. 47. | + | + Ḥarṭ. 360. | + | + Ḥarz Allah. 154. | + | + El Ḥaseïn (Aït Djemel). 346. | + | + Ḥaseïn (Aït Tseṛrouchen). 384. | + | + El Ḥaseïn (Ida ou Blal). 154. | + | + (Dâdes). 270. |15. + | + El Ḥasen (Aït Djemel). 346. | + | + (Aït Iaḥia). 271. | + | + (Aït Seri). 262. | + | + ou Ạli. 355. |16. + | + Ḥasen ou Daoud. |8. 15. + | + el Ḥazen. 196. 338. |10. 14. + |21. + | + Ḥebibi. 262. |6. + | + Ḥeddou (Assaka). 277. |7. + | + (Ouad Beni Mesri). 365. | + | + (Seketâna). 329. | + | + ou Bel Ḥasen. 384. | + | + Ḥediddou (fraction des Aït Iafelman). 232. 347. 348. | + 358. 363. | + | + (district). 347. 353. | + | + Ḥedin. 323. | + | + Ḥelli. 383. | + | + Ḥeqqou. 350. | + | + Ḥerbil (Id Brahim). 317. 345. | + | + (Tamanaṛt). 316. 317. | + | + Ḥoseïn. 128. 144. 309. 320. | + | + Iafelman. 220. 276. 347. 349. 352. 353. 357. 362. 363. | + 377. 381. 384. | + | + Iaḥi. 261. | + | + Iaḥia (tribu). 327. 328. 334. 337. 402. | + | + (fraction des Aït Iafelman). 353. 363. 381. | + | + (Ouad Dâdes). 215. 216. 268. 269. 271. 272. 275. |15. 21. + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + (Todṛa). 355. 358. |16. + | + ou Ạïssa. 365. | + | + Ạli. 276. | + | + Khalifa (Tiallalin). 350. |17. + | + Khalifa (Ziz). 348. 349. | + | + Ọtman. 360. | + | + Iasin (Aït Bella). 346. | + | + (Tatta). 309. 310. 311. 320. | + | + Iatin. 365. | + | + Iạïch. 259. | + | + Iạla. 355. |16. + | + Iạqob (Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza). 353. 354. | + | + (Ṛeris). 360. | + | + Iạqoub (Aït Seri). 262. | + | + Iạzza (fraction des Aït Atta). 357. 362. 363. | + | + (fraction des Aït Ḥediddou). 363. | + | + Ichcho. 262. | + | + Iferd. 325. 326. | + | + Igmad. 271. |15. + | + Iidir (fraction des Aït Seddrât). 289. | + | + (Dâdes). 217. 218. 219. 265. 270. 275. 361. 362. |15. 21. + 364. 446. | + | + Iiggas. 194. 332. 333. 334. |14. 21. + | + Ijja. 311. | + | + Ijjou. 355. | + | + Illoul. 317. 345. | + | + Ilougaïm. 341. | + | + Imejjat. 316. 317. 342. 345. | + | + Imi. 99. 261. 277. |21. + | + Ioub (fraction des Aït Melṛad). 363. | + | + (Menâba). 331. 334. 402. | + | + (Semgat). 359. | + | + Ioud. 270. |15. + | + Ioudi. 262. | + | + Ioul. 271. |15. + | + Ious. 334. | + | + Iousef ou Talil. 280. | + | + Ioussa. 168. | + | + Ioussi (tribu). 10. 20. 21. 38. 39. 62. 101. 237. 265. |18. 21. + 366. 367. 377. 378. 381. 382. 383. 387. 401. | + | + (monts). 39. 383. |4. + | + Iqqo (Aït Seri). 262. | + | + (Isḥiḥen). 272. | + | + Irmaḍ d Imgoun. 275. | + | + Iṛmor (fraction des Aït Tameldou). 323. | + | + (Ouad Aït Semgan). 283. | + | + (Ouad Tifnout). 321. 326. | + | + Isaffen. 313. | + | + Isfa ou Daoud. 351. |17. + | + Isfoul. 292. 358. 363. | + | + Isḥaq (fraction des Aït Seddrât). 289. | + | + (Aït Messaṭ). 260. 264. 265. | + | + (Aït Seri). 263. | + | + (qçar de l’Aït Seddrât). 388. |8. 15. + | + Ismen. 355. | + | + Issoumour. 264. 266. | + | + Izdeg. 227. 228. 232. 236. 237. 241. 243. 347. 349. 350.|17. + 351. 353. 354. 363. 364. 366. 369. 373. 376. 381. 382. 385. | + | + Jellal (tribu). 90. 132. 144. 156. 162. 170. 172. 193. |10. 21. + 199. 308. 309. 311. 319. 338. | + | + (El Qçâbi. Tatta). 331. | + | + Jerrar. 345. | + | + Kasi ou Ạli. 270. |15. + | + Kedif. 280. 402. | + | + Kerkaït. 261. | + | + Ketto. 360. | + | + Kratikhsen. 363. | + | + Kharroub. 348. | + | + Khebbach. 363. | + | + Khebbas. 363. | + | + Kheddou. 292. | + | + Khelfoun. 288. 296. |8. 15. + | + Khelifa. 357. 363. | + | + Khelift. 265. | + | + Khouzoud. 283. | + | + Khozman (qçar). 230. 349. 350. |17. + | + (mont). |17. + | + El Khrodj. 287. | + | + Leti. 323. 326. 402. | + | + Maḥa. 262. | + | + Mançour. 305. 306. 307. | + | + Maouas. 303. | + | + Marlif. 279. 280. 284. 326. 402. | + | + El Maṭi. 49. 50. 56. 425. |5. + | + Maziṛ. 264. | + | + Mazzen. 401. |7. + | + Meḥelli. 269. 289. | + | + Mejjat. 346. | + | + Mekraz. 283. | + | + Melekt. 288. |8. 15. + | + Melloul (Ouad Aït Tameldou). 324. | + | + (Ouad Igemran). 325. | + | + Melṛad (fraction des Aït Iafelman). 220. 223. 224. 226. | + 269. 276. 356. 357. 358. 358. 361. 363. | + | + (district au-dessus du Semgat). 358. | + | + (district au-dessous du Semgat). 358. 359. | + | + Meraou. 275. | + | + Merras. 331. | + | + Merset. 270. 361. |15. + | + Meṛrar. 275. | + | + Mesạoud (Aït Bella). 346. | + | + (Aït Seri). 262. | + | + (Dâdes). 270. | + | + (Ouad Iounil). 277. |7. + | + ou Ạli. 383. | + | + Mesri (fraction des Aït Melṛad). 363. | + | + (Aït Tameldou). 324. | + | + (Zenâga). 282. 283. 336. 403. |9. + | + Messaṭ. 69. 76. 259. 260. 264. 265. 266. 267. |6. 21. + | + Mezal. 340. 341. |11. 12. + | + Mezber. 270. |15. + | + Mḥammed (Aït Melṛad). 363. | + | + (fraction des Aït Seri). |6. + | + (village des Aït Seri). 262. 263. |6. 21. + | + (Ida ou Blal). 154. | + | + Mimoun. |14. + | + El Miskin. 356. |16. + | + Moḥa ou Ạli. 351. | + | + Moḥammed (Aït Messaṭ). 264. 267. | + | + (Imiṭeṛ). 358. |15. + | + (Ouad Beni Mesri). 365. | + | + (Todṛa). 223. 355. 357. 358. 359. |16. + | + (zaouïa) v. Cheurfa. | + | + Mouch. 360. | + | + Mouḥ ou Iaḥia. 360. | + | + Moulei Ḥamed. 221. 358. | + | + Moḥammed. 351. |17. + | + Mouloud. 48. 49. 425. |5. + | + Mousa. 261. | + | + Mousa el Ḥadj. |14. + | + ou Ạli (Aït Djemel). 346. | + | + ou Ạli (district du Ziz). 348. | + | + ou Daoud (Id Brahim). 317. 345. | + | + ou Daoud (Ouad Imgoun). 274. | + | + Mousi. 154. | + | + Mrabeṭ. 301. | + | + Msount. 323. | + | + Nbdaz. 279. | + | + Ọmar. 46. 48. 425. |5. + | + Ọtman (tribu). 327. 328. 329. 336. 402. | + | + (Aït Zeri). 290. 303. 304. | + | + (El Kheneg). 348. 349. 351. 354. 363. 365. 368. |17. 21. + 369. 373. 374. 377. 378. | + | + ou Mousa. 376. 377. 403. | + | + ou Addar. 271. |15. + | + Adrim. 341. | + | + Afella (tribu). 236. 237. 241. 366. 372. 373. 376. |17. 18. + 381. 382. | + | + Afella (qçar). 376. 382. | + | + Aḥman (Adis). 143. 310. |10. + | + Aḥman (Imeṛrân). 274. | + | + Akeddir. 74. 75. 260. 400. 401. 427. 428. |6. + | + Alil. 350. 353. 354. 365. 368. 370. 371. 377. |17. + | + Allal (Aït Atta). 267. 363. 364. | + | + (Dâdes). 269. 270. |15. + | + (Ouad Msount). 323. | + | + Allou. 353. 354. | + | + Alman. 327. | + | + Amoumen. 323. | + | + Ansera. 282. | + | + Aoudanous. 78. |7. + | + Ạzzou. 262. | + | + Ḥamidi. 106. 301. | + | + Iaḥian. 378. | + | + Innou. 350. | + | + Iran (Aït ou Mrîbeṭ). 152. 315. | + | + (Tisint). 120. 121. 128. 315. 320. |9. + | + Isaden. 350. | + | + Mrîbeṭ. 91. 92. 135. 136. 150. 151. 152. 154. 167. |10. 21. + 168. 172. 297. 298. 299. 313. 315. 316. 317. 320. 344. | + | + Zgiḍ. 279. | + | + Ez Zin. 270. 403. |15. + | + Ouadaï. 317. 345. | + | + Ouagrou. 313. 314. | + | + Ouaham. 260. 261. 267. | + | + Ouahi (Semgat). 359. | + | + Ouahou (Ouad Amzarou). 325. | + | + Ouartasa. 325. 402. | + | + Ouaṛrda. 281. 282. 336. | + | + Ouasạou (désert). 332. | + | + (Ida ou Gemmed). 330. | + | + Ouassou. 340. | + | + Ouazerf. 347. | + | + Oubial. 106. 282. 327. 328. 336. 402. | + | + Oudinar. 289. | + | + Ouffi. 289. | + | + Ougoudid. 264. | + | + Ougrar. 263. | + | + Ougzi. 288. 289. | + | + Ouirra. 66. 262. 263. |6. 21. + | + Oujana. 154. | + | + Oujjin. |8. 15. + | + Oulṛass. 341. 342. | + | + Oumaziṛ. 277. |7. + | + Oumbarek. 330. 331. 402. | + | + Oumendil. 314. 315. | + | + Ounbegi. 153. 363. | + | + Ouniṛ (fraction des Aït Atta). 361. 363. | + | + (Dâdes). 269. 270. |15. + | + Ououlouz. 330. 333. 334. | + | + Ouriad. 260. 401. | + | + Ourjedal. 222. 355. 403. |16. + | + Ouṛeld. 321. | + | + Ousaden. 262. | + | + Ousakki. 262. | + | + Ousal. 355. | + | + Oussiḥi. 296. | + | + Outfaou. 276. | + | + Ouzana. 355. | + | + Ouzanif. 106. | + | + Ouzaṛar. 325. | + | + Qaïd El Ạmer. 287. |8. 15. + | + El Qaṭi. 355. |16. + | + Qedni. 324. | + | + Qlạa. 275. | + | + Er Râmi. 271. |15. + | + Rebạ (Qtaoua). 294. | + | + Reḥou (Tinzoulin). 290. | + | + Er Riban. 359. | + | + Er Ridi. 271. |15. + | + Robạ (Glaoua). 83. |7. + | + Roḥou (Imadiden). 329. | + | + Roḥou (Seketâna proprement dits). 329. | + | + Roubạ. 259. 262. | + | + El Ṛouadi. 66. | + | + Sakt (fraction des Aït Seddrât). 289. | + | + (qçar de l’Aït Seddrât). 288. | + | + Saoun (Ouad Dâdes). 269. | + | + (près du Mezgîṭa). 284. | + | + Sạd. 327. |6. + | + Sạïd (fraction des Aït Seri). 66. 263. | + | + (Aït Tseṛrouchen). 384. | + | + (Chtouka). 182. |11. 12. + |21. + | + (Tazarin). 364. | + | + (Ziz). 348. | + | + (village des Aït Seri). 60. 66. 426. |6. + | + ou El Ḥasen. 384. | + | + ou Ḥeddou. 348. | + | + Seddrât (tribu). 24. 90. 92. 136. 164. 165. 211. 213. |8. 15. + 214. 215. 216. 269. 286. 289. 293. |21. + | + (district du Dra). 22. 210. 214. 216. 285. 286. |8. 15. + 288. 289. 292. 403. |21. + | + (district de l’O. Dâdes). 268. 269. | + | + Segmounni. 355. |15. + | + Selîman (tribu). 106. 326. | + | + (Dâdes). 270. | + | + (Ida ou Gemmed). 330. | + | + (Semgat). 359. | + | + Semgan (district). 106. 283. | + | + (qçar). 284. 285. 295. | + | + Semmeg (tribu. Od Aït Semmeg). 140. 196. 319. 327. 328. | + 329. 334. 335. | + | + (tribu. Od el Amdad). 334. 335. 402. | + | + Senan. 355. | + | + Seri (tribu). 21. 49. 52. 59. 65. 66. 69. 259. 262. 263.| + 264. 363. 400. | + | + (village des Aït Ạtab). |6. 21. + | + Sidi Ạbd en Nebi. 297. 298. |6. + | + Ạïssa. 277. | + | + Ạli (Ṛeris). 360. | + | + (Tisint). 320. | + | + ou Brahim. 47. | + | + ou Ḥaseïn. 260. | + | + Ạmer (Ṛeris). 360. | + | + (Ṛeris). 360. | + | + El Boṛdad. 270. | + | + El Houari. 356. |15. + | + El Ḥoseïn (Tatta). 128. 144. 309. 320. | + | + (Zenâga). v. Sidi El Ḥoseïn. | + | + Mḥind. 320. | + | + Moḥammed ou Iousef. 359. | + | + Mouloud (Dâdes). 271. | + | + (Mezgîṭa). 287. | + | + Msạd. 364. | + | + ou Brahim. 355. | + | + Sin. 327. 328. 402. | + | + Sin d Aït Ọtman. 327. | + | + Skri. 321. | + | + Slillo. 270. |15. + | + Smaïn. 262. | + | + Tagdourt. 279. | + | + Tagella. 401. | + | + Taggant. 401. | + | + Tagmout. 312. | + | + Taltmanart. 270. |15. + | + Tameldou. 279. 321. 322. 323. 324. 325. 326. 327. 336. | + 402. | + | + Tamzout. 260. | + | + Tarat. |8. 15. + | + Tasousekht. 175. 313. 314. | + | + Tazarin. 271. |15. + | + Tedrarin. 346. | + | + Tedrart. 96. 282. 326. 336. 402. | + | + Temouted. 269. 270. |15. + | + Tiferraḥin. 377. | + | + Tigdi Ouchchen. 105. 106. 281. 283. 303. |8. 21. + | + Tigga. 283. | + | + Tikkert. 349. | + | + Tizert. 313. 314. | + | + Tots. |6. + | + Touaïa. 95. 106. 279. 280. 402. |8. + | + Touf el Ạzz. 340. 341. |11. + | + Toufaout. 340. 341. | + | + Tougda. 325. 402. | + | + Toumert. 274. | + | + Tourast. 377. | + | + Tsegrouchen. v. Aït Tseṛrouchen. | + | + Tseṛrouchen. 21. 369. 373. 377. 381. 382. 383. 384. 387.|17. 18. + 390. |21. + | + Ṭaleb. 301. 304. | + | + Zaïa. 350. | + | + Zaïneb. 81. 92. 93. 95. 106. 107. 110. 176. 277. 278. |7. 8. 21. + 279. 280. 327. 402. | + | + Zakri (Todṛa). 355. | + | + Zaneṭ. 273. | + | + Zebbour. 348. | + | + Zemroui. 223. 363. | + | + Zeri. 210. 285. 286. 288. 289. 290. 292. 303. 403. | + | + Zerrouq. 276. | + | + Zilal. 355. | + | + Zkri (Id Brahim). 317. 345. | + | + Zouli (subdivision des Aït Seddrât). 269. 289. | + | + (Tatta). 311. 320. | + | + Akboub. 270. | + | + Akchtim (Indaouzal). 334. | + | + (Ouad Tasoukt). 325. | + | + Akebab. 265. 381. | + | + Akreïch. 337. 338. | + | + Akhellouf. 286. 290. 292. 296. 403. | + | + Akherrou. |17. + | + Akhmâs (tribu). 5. 6. 8. 9. 11. |1. 21. + | + Akhmâs (mont). 9. 11. | + | + Akhsab. 369. |18. + | + El Akhsas. 345. | + | + Aldoun. 373. | + | + Alemta. 296. | + | + Alibou. 349. | + | + Alla. 337. | + | + Allegou. 329. | + | + Almessa. 326. | + | + Almid. 279. | + | + Almis. 374. 384. |18. + | + Alonzi. 260. | + | + Alougoum. 106. 301. 302. 304. 403. | + | + Amadaṛ. 290. 296. | + | + Amaliz. 328. | + | + Amalou (Gers). 349. | + | + (Indaouzal). 334. | + | + Amami. |17. + | + Amara. 106. 281. | + | + Amara (désert). |8. + | + Amari (Indaouzal). 334. | + | + (Rḥala). 331. | + | + Amasin (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + (Ikhzama). 279. 326. 336. 402. | + | + Amazzer (Ouad Mançour). 325. | + | + Amazzer (Ouad El Qabia). 301. | + | + Amdnar. 270. |15. + | + Amdzgin. 302. 304. | + | + Amellagou. 359. | + | + Amenrirka. 295. | + | + Amerdoul (Ouad Dâdes). 273. | + | + (Ouad Dra). 290. | + | + Aït Imi. 273. | + | + Amerli. 330. 402. | + | + Amerzeggan. 278. | + | + El Amgar. 262. | + | + Amhaouch (monts). 59. 66. |6. 21. + | + Ammeïn. 306. 328. 329. 338. | + | + Amougger. 359. | + | + Amsensa. 266. | + | + Amsmiz (tribu). 401. | + | + (village). 401. | + | + Amtoz. 360. | + | + Amtrous. 358. | + | + Amzaourou (Ilalen). 340. |11. 12. + | + (Ouad Tizgi n Mousi). 324. | + | + (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + (Todṛa). 355. |16. + | + (Zgiḍ). 301. | + | + Amzarko. 321. 402. | + | + Amzou (Houara). 191. |12. + | + (El Kheneg). 351. | + | + (Zgiḍ). 301. | + | + Amzoug (col). 99. 277. |21. + | + (village). 196. 443. |14. + | + Amzrou. 61. 292. 293. 403. | + | + Anagam. 296. | + | + Anamelloul. 311. | + | + Anamer (Ounzin). 306. | + | + Anammer (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + Anbed (plaine). 217. 219. 221. 358. 361. |15. 21. + | + Anfergal. 353. | + | + Anfoug. 211. | + | + El Angab. 371. 385. | + | + Angad (plaine). 97. 253. 254. 256. 257. 368. 372. 379. 381. |20. 21. + 385. 388. 389. 390. | + | + (tribu). 253. 388. |20. 21. + | + Angalf. 283. |9. + | + Angelz. 277. 402. | + | + Anisi. 203. 306. |9. 21. + | + Ankhessa. 278. | + | + Anmid. 322. | + | + Anmiṭer. 277. | + | + Anoual. 373. 384. 390. | + | + Anrouz. 325. | + | + Anṛemer. 89. 95. 96. 277. 278. |7. + | + Anṛerif. 142. 311. 320. |10. + | + Ansegmir. 377. | + | + Ansekki. 279. | + | + Ansera. 281. | + | + Ansig. 303. | + | + Anzi. 335. | + | + Aoufelgach. 302. | + | + Aoufour. 322. | + | + Aouftout. 335. | + | + Aougeddim. 330. | + | + Aougeddimt. 338. | + | + Aougelmim. 318. | + | + Aouirst. 329. | + | + El Aoulad. 263. | + | + Aoullous. 326. 402. | + | + Aoulouz. 330. 332. 333. 334. 335. 338. 402. | + | + Aoumasin. 308. | + | + Aoumselart. 330. | + | + Aounkou. 278. | + | + Aourir (Aït Ououlouz). 330. 333. | + | + (Ida ou Gemmed). 330. | + | + (Taderoucht). 359. | + | + Aourz (Ida ou Gemmed). 330. 332. | + | + (Ouarzazât). 280. | + | + Aouzrout. 326. | + | + Aqdim. 347. 348. | + | + Aqebt. 290. 296. | + | + Aqqa (oasis). 22. 35. 100. 120. 121. 126. 135. 138. 145. |10. 21. + 150. 151. 152. 158. 182. 193. 299. 301. 302. 308. 312. 313. | + 314. 320. 338. 403. 434. | + | + (kheneg). 120. 151. 161. 312. |10. + | + (col). 151. |10. + | + (Ṛeris). 360. | + | + (Zgiḍ). 301. | + | + v. Ṭriq Aqqa. | + | + Aït Sidi. 117. 138. 299. 304. 305. 306. 307. 308. |9. + | + Igiren. 139. 140. 141. 158. 299. 307. 308. 309. 317. |10. 21. + 320. 340. | + | + Iṛen. 140. 199. 200. 201. 299. 305. 306. 307. 308. 320.|9. 21. + | + Izen. 307. 310. 433. 436. |10. + | + Izen (kheneg). |10. + | + Izenqad. 143. 305. 310. 311. 320. |10. + | + ou Chaïb. 151. |10. + | + Tizgi. 354. | + | + Aran. 280. | + | + Arazan. 332. 402. | + | + Arbalou (Mezgîṭa). 287. | + | + (Ouad Aït Tameldou). 324. | + | + (Ouad Mançour). 325. | + | + El Arbạ (Ḥallaf). 368. 385. | + | + Arbạ Mia. 91. 269. 270. 271. |15. + | + El Arbạa (Doukkala). 401. | + | + Arbạa Aït Ạbd Allah. 341. | + | + Aït Ạbd Allah ou Mḥind. 334. |14. + | + Aït b Oumal. 271. | + | + Aït Iiggas. |14. + | + Akhellouf. 292. | + | + Ammeïn. 306. 329. 338. | + | + Amzrou. 293. | + | + Aoulouz. 334. | + | + Bdaoua. 13. |1. + | + Beni Qoulal. 381. | + | + Bou Ḥarazen. 265. | + | + Doutourirt. 329. | + | + Ḥamerin. 191. | + | + Ikadousen. 75. | + | + Imzouṛ. 271. |15. + | + Mentaga. 335. | + | + Ouaoula. 265. | + | + Oulad Djemạ. 18. |2. 3. + | + Tabaroucht. 265. | + | + Taleouin. 114. | + | + ez Zemmour. 43. | + | + Areg (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + (Telouet). 278. | + | + Bou Ạjaj. 309. | + | + Igni n Imerraden. 306. | + | + er Raoui. 153. | + | + Souir. 299. 309. | + | + Tamesraout. |9. + | + Aremd. 287. 296. | + | + Arf el Mamoun. 309. | + | + Arfaman (Aït Iaḥia). 327. 328. 334. | + | + (Zagmouzen). 327. 402. | + | + Argemmi (Ouad Tlit). 302. | + | + Argioun. 287. 296. | + | + Argoummi (Imskal). 306. 329. 402. | + | + Arla ou Asif. 291. | + | + Oudrar. 292. | + | + Arled. 402. | + | + Armed Zagmouzen. 327. | + | + Aroraï. 358. 359. | + | + Aṛbar (mont). 336. | + | + (qçar). 279. | + | + Aṛlal. 300. 304. | + | + Aṛlal Fouqani. 290. | + | + Aṛled Fouqani. 321. 323. | + | + Taḥtani. 322. | + | + Asaou n Ougellid. 266. | + | + Asaoun. 322. | + | + Asareg. 321. 402. | + | + Asbarou. 351. |17. + | + Asdṛem (désert). 283. | + | + Kik. 337. | + | + Asedmer. 328. | + | + Asell. 278. 402. | + | + Asellim (Mezgîṭa). 273. 287. 403. |8. + | + (Ouad Ouṭat Aït Izdeg). 376. 377. | + | + Agdz. 287. 403. |8. + | + Taḥtani. 287. | + | + Asemlil Djedid. 300. 304. | + | + Qedîm. 300. 304. | + | + Asengar. 304. | + | + Aserif. |1. 21. + | + Aserṛin. 270. |15. + | + Asersa. 112. 282. |8. 9. + | + Aserts. 364. | + | + Aseṛrar. 305. | + | + Asfalou (Aït Zaïneb). 277. |8. + | + (Todṛa). 272. 355. 356. 357. 359. 360. 361. 362. | + 403. | + | + Asgig. 308. |10. + | + Asif Adrar n Iri. |7. + | + Aït Ạmer. |13. 21. + | + Aït Bou Zoul. |13. 21. + | + Aït Mezal. 182. 340. 341. |11. 12. + |21. + | + n Ḥamerin. 190. |12. 21. + | + Ida ou Gelloul. 187. |13. 21. + | + el Mal. 401. | + | + Marṛen. 58. 87. 88. 89. 93. 96. 277. 278. 279. 284. |7. 8. 21. + | + Melloul. 348. 363. | + | + n Mousi. |9. + | + Oudad. 142. 158. 310. 311. |10. + | + n Oumaï. |7. + | + n Sous (fleuve). 329. | + | + (district). 323. | + | + Tamrakht. 185. |12. 21. + | + Zimer. 326. | + | + Asing. 358. | + | + Askaoun (Ouad Aoullous). 326. | + | + (Ouad Tifnout). 321. | + | + Asmerdan. 310. | + | + Asouḥad. 291. | + | + Asoul. 322. | + | + Asrir (Ferkla). 224. 356. 357. 403. 414. 446. |16. 21. + | + (Metṛara). 352. | + | + Ignaouen. 292. | + | + Ilemsan. 291. 292. 293. | + | + Assa. 345. | + | + Assaïn. 334. 402. | + | + Assaka (tribu du Sahel). 345. | + | + (Aït Oubial). 327. | + | + (Imeṛrân). 269. 273. | + | + (Indaouzal). 330. 331. | + | + (Ouad Aït Tigdi Ouchchen). 281. 282. 283. |8. + | + (Ouad Amzarou). 325. | + | + (Ouad El Gloạ). 300. 304. | + | + (Ouad Idermi). 279. | + | + (Ouad Iounil). 92. 95. 277. 280. 402. |7. 21. + | + Ourami. 278. | + | + Astour. 291. 292. 403. | + | + Atferkal. 264. | + | + Atlas. 21. 27. 28. 46. 50. 59. 60. 61. 62. 64. 66. 71. 73. | + 74. 75. 76. 78. 86. 92. 97. 98. 138. 188. 227. 234. 268. | + 335. 363. 365. | + | + Atlas (Grand). 10. 24. 28. 62. 69. 70. 76. 77. 79. 80. 82. |6. 7. 12. + 84. 85. 87. 90. 93. 95. 96. 98. 99. 100. 102. 103. 112. 120.|14. 15. + 126. 136. 138. 147. 177. 179. 183. 189. 190. 213. 214. 218. |16. 17. + 219. 220. 221. 224. 225. 226. 228. 231. 233. 239. 260. 261. |18. 21. + 264. 268. 274. 275. 276. 277. 278. 319. 321. 323. 333. 334. | + 335. 336. 337. 338. 347. 353. 358. 362. 365. 372. 373. 376. | + 377. 378. 382. 383. 384. 389. 390. 401. | + | + (Moyen). 28. 49. 59. 62. 63. 64. 68. 72. 75. 76. 79. |6. 18. + 98. 99. 100. 101. 102. 179. 235. 238. 239. 242. 246. 265. |19. 21. + 372. 374. 377. 378. 383. 384. | + | + (Petit). 28. 81. 82. 95. 96. 98. 100. 101. 102. 106. |8. 9. 10. + 112. 114. 115. 116. 117. 121. 126. 138. 140. 142. 144. 147. |11. 12. + 148. 154. 156. 166. 167. 177. 179. 183. 189. 192. 194. 195. |14. 15. + 196. 197. 199. 204. 207. 211. 213. 218. 219. 220. 223. 225. |21. + 282. 285. 300. 301. 302. 303. 306. 307. 308. 309. 310. 311. | + 312. 313. 314. 315. 316. 319. 328. 329. 333. 334. 337. 338. | + 340. 341. 361. | + | + Algérien. 28. 98. | + | + Marocain. 28. 59. 98. 101. 102. | + | + Tunisien. 28. 98. | + | + Atres. 282. | + | + Atrs n Ouafil. 305. |9. + | + Aṭṭara. 154. | + | + Azagour. 288. | + | + Azaṛar Imi n Tels. 198. 199. |10. + | + Sidi Moḥammed ou Iạqob. 198. | + | + Azaṛarad. 178. 438. |11. + | + Azbed. 276. | + | + Azdad. 373. 384. | + | + Azdag. 216. 270. 271. |15. + | + Azdif. 113. 205. 283. 403. |9. 21. + | + Azegga. 311. | + | + Azegza. 305. | + | + Azemmour. 351. |17. + | + Azerftin (kheneg). 151. 310. |10. + | + Azgaour. 326. | + | + Azger Amṛar. |8. + | + Azgrouz. 338. | + | + Azrar (tribu). 199. 311. |10. 14. + |21. + | + (col). 100. 196. 197. 199. 308. |10. 21. + | + Azreg. 279. | + | + Azrou (Imgoun). 275. | + | + (Qçar es Souq). 351. | + | + (Todṛa). 355. |16. + | + Azzouz (ruines). |8. + | + Ạ | + | + Ạbabsa. 261. | + | + El Ạbbarat (mont). 231. 232. |17. 21. + | + (défilé). 231. 232. |17. + | + Ạbbari (qçar). 354. | + | + El Ạbbari (mont). 234. 354. 364. |21. + | + Ạdjib ech Cherif. 387. | + | + Moulei El Feḍil. 46. 47. |5. 21. + | + El Ạïachi (mont). 99. 102. 231. 233. 234. 239. 353. 376. |17. 21. + 377. 381. | + | + Ạïat. 373. 377. 384. | + | + El Ạïn (Aït Ạmer). 114. 205. |9. + | + Aït Ḥamed. 282. | + | + Ạïn Amezouar. 278. | + | + Asgig. |10. + | + el Ạsid. 331. | + | + Chạïr. 365. 390. | + | + Chebar. 308. | + | + Delal. 308. | + | + el Fikroun. |1. + | + Gramo. |1. + | + Gramo. |1. + | + Ḥammou. 251. |20. + | + el Ḥasin. |1. + | + El Ạïn Igouramen. v. El Ạïn (Aït Ạmer). | + | + Ạïn Imaṛiren. 58. 187. |13. + | + el Louḥ. 39. 265. | + | + el Melḥaï. |1. + | + Oufra. |13. + | + n Ougeïḍa. 331. 335. 402. | + | + El Ạïn Ounzin. 306. | + | + Ạïn es Seka. 308. | + | + Skhoun. |3. + | + Ṭîb. |10. + | + n Zeggert. 284. | + | + El Ạïoun (Oumm el Bordj). |10. + | + Ạïoun Chikh Moḥammed Aqqa Iṛen. 200. |9. 10. + | + el Djemạa. |14. + | + Sidi Ạbd Allah ou Mḥind. 160. 343. |9. + | + Sidi Mellouk. 254. 255. | + | + et Tîn. |4. + | + El Ạlam (mont). 9. | + | + Ạli d Aït El Ḥasen. 212. 445. |8. 15. + | + Ạli Aït El Ḥasen ou Sạïd. 273. | + | + Ạli ou Mousa. 303. | + | + Ạlouana. 375. 376. | + | + Ạmer ou Ạbd er Raḥman. 291. | + | + Ạnd Aït Mesạoud. 277. |7. + | + Ạnd Imzilen. 323. | + | + Ạqba el Djemel. 18. 26. 27. |4. + | + Izan. |5. + | + el Kharroub. 68. |6. + | + Ạqoub es Soulṭân. 266. | + | + Ạraben. 325. 327. 402. | + | + El Ạraïch (ville). 13. 15. | + | + (province). 4. 13. 15. | + | + Ạrib. 153. 154. 164. 167. 297. 298. | + | + El Ạrich (forêt). 367. |18. + | + El Ạroumiat. 291. 292. 296. 403. | + | + El Ạrzan. 244. 369. 371. 374. 385. |19. 21. + | + Ạsara. 262. | + | + Ạsasga. 261. | + | + Ạtamna. 368. 376. 385. | + | + El Ạzrar. 294. | + | + | + B | + | + B Ougemmez. 76. 260. 261. 264. 401. | + | + Bachkoum. 283. 284. | + | + Bani. 96. 101. 102. 114. 115. 116. 117. 119. 120. 122. 123. |9. 10. + 126. 135. 138. 139. 140. 141. 142. 143. 144. 146. 147. 151. |21. + 152. 154. 156. 160. 161. 167. 168. 171. 219. 285. 286. 294. | + 297. 300. 302. 303. 304. 305. 307. 308. 310. 311. 312. 313. | + 314. 315. 316. 317. 318. | + | + Baṛdad. 367. 369. | + | + Batnou. 364. | + | + Bdaoua. 13. |1. 21. + | + Bedaan. 277. |7. + | + El Behalil (village). 20. 24. 37. |4. + | + (mont). 20. 39. |4. + | + Behenni. 154. | + | + Beka Chikh en Nahr. 310. | + | + Bel Lebḥan. 299. 300. | + | + Ben Abbou. 331. 332. |14. + | + Dleïmi. 346. 402. | + | + Sifer. v. Oulad Ben Sifer. | + | + Beni Ạmir. 49. 259. 262. | + | + Ạoun. 262. | + | + Ạouzmer. 5. |1. 21. + | + Bataou. 261. | + | + Bou Ḥi (fraction des Oulad el Ḥadj). 385. | + | + (qçar d’Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. | + | + Bou Iaḥi. 251. 386. | + | + Bou Iaḥia (tribu). 386. | + | + (monts). 251. | + | + Bou Iaḥmed. 33. | + | + Qitoun. 33. | + | + Zeggou (tribu). 253. 254. 381. 389. |20. 21. + | + (monts). 28. 101. 253. 372. 379. 381. 383. |20. 21. + 388. 389. | + | + Brahim. 263. | + | + Chebel. 380. 381. | + | + Chegdal. 262. | + | + Fachat. 375. | + | + Gil. 390. | + | + Henaït. 294. | + | + Hessousen. 47. | + | + Ḥaïoun (Dra). 294. 295. 403. | + | + Ḥaïoun (Ouad Chegg el Arḍ). 378. 379. | + | + Ḥamed. 5. | + | + Ḥasan (tribu du Rif). 5. 6. 10. 11. |1. 21. + | + (monts). 4. 6. 7. 8. 9. |1. 21. + | + Ḥasen. 261. | + | + Ḥassan (Ouad Chegg el Arḍ). 378. 379. | + | + (mont). 383. | + | + Iạla (tribu). 254. | + | + (monts). 254. 381. | + | + Iffous. 351. |17. + | + Imman. 263. | + | + Iznâten (tribu). 25. 253. 255. 368. 372. 389. |20. + | + (monts). 253. 257. 368. 372. 381. 388. 389. |20. 21. + | + Khallouf. 292. | + | + Khelf. 261. | + | + Khelften. 375. 376. 384. | + | + Khîran. 49. 66. 261. | + | + Mançour. 66. 261. | + | + Matar. 380. 390. | + | + Mạdan. 49. 262. |5. 6. 21. + | + Meḥelli. 352. | + | + Mellal (fraction des Beni Mạdan). 64. 68. 70. 259. 262.| + | + (bourgade). 28. 38. 57. 62. 63. 64. 66. 68. 69. |6. 21. + 73. 100. 400. 401. 426. 427. | + | + (qçar). 66. | + | + (mont). 59. 69. |6. 21. + | + Mesri. 365. 384. | + | + Mgild. 10. 21. 39. 44. 46. 47. 67. 101. 259. 265. 363. | + 366. 371. 376. 381. 382. 383. 401. | + | + Miskin. 49. 67. 259. 262. | + | + Mousa. 49. 58. 65. 66. 259. 260. 262. | + | + Mousi. 352. | + | + Mṭir (tribu). 47. 67. 381. 401. |3. 21. + | + (monts). 20. 39. |3. 21. + | + Ọtman. 292. | + | + Ouaṛaïn (tribu). 10. 20. 21. 33. 39. 372. 382. 383. |21. + 384. 387. 401. | + | + (monts). 18. 36. 372. 379. 383. 387. | + | + (Qçar es Souq). 351. | + | + Ouchgel. 375. | + | + Oujjan. 33. | + | + Oujjin. 262. | + | + Oukil. 254. 368. 369. 372. 376. 381. 385. 386. | + | + Ouriaṛel. 24. | + | + Qoulal (tribu). 380. 381. | + | + (qaçba). 379. 380. 381. | + | + Ṛiis. 243. 245. 247. 248. 375. 376. 379. 384. 385. |19. + | + Sbiḥ. 294. 295. 403. | + | + Semgin. 294. | + | + Snassen. 253. 389. | + | + Snous. 101. | + | + Sqeten. 263. | + | + Tzit. 365. 384. 403. | + | + Zemmour (tribu). 47. 49. 56. 66. 90. 261. 263. 266. |5. 21. + | + (qçar). 50. 51. 52. 425. |5. 21. + | + Zerouâl. 5. 35. | + | + Zouli. 285. 290. 291. 292. 403. | + | + Zrandil. 261. | + | + El Benian. |1. + | + Bent en Nạs. 144. 308. |10. + | + Berâber. 10. 21. 69. 90. 91. 92. 116. 121. 124. 126. 132. |15. 16. + 135. 136. 137. 154. 155. 156. 157. 159. 162. 164. 167. 171. |17. 21. + 201. 216. 221. 223. 224. 225. 226. 228. 256. 264. 266. 269. | + 276. 286. 289. 292. 293. 294. 295. 297. 319. 352. 354. 355. | + 356. 359. 360. 362. 363. 365. 381. 382. 384. 399. 400. | + | + Berachona. 261. | + | + Beradia. 262. | + | + Beraksa. 66. 261. | + | + Berda. 277. |7. + | + Berda (Ternata). 291. | + | + Berrom. 376. 377. | + | + Bertat. 373. | + | + Bettal. 283. | + | + Bettal Aït Bou Daoud. |9. + | + Aït Sạïd. |9. + | + El Beṭḥa. 295. | + | + Bezzaza. 262. | + | + Bezzou. 76. 260. 266. 401. | + | + Bibaouan. 99. 120. |21. + | + Bin el Ouidan. 281. | + | + Bir Chạt. 291. | + | + el Ksa. 66. | + | + Bitgan. 327. | + | + Blad Dra. 285. | + | + Za. 252. 379. |20. + | + El Bordj (Aït Iaḥia). 353. | + | + (Aït Melṛad). 363. | + | + (Aït Tigdi Ouchchen). 104. 105. 106. 283. |8. 21. + | + (Menâba). 331. | + | + (Mezgîṭa). 287. | + | + (Taderoucht). 359. 360. | + | + Bou Arbạïn. 299. 308. | + | + Ạbd Allah. 299. | + | + Ạïach (Aït ou Afella). 373. 382. | + | + (Ed Debdou). 375. | + | + Ạjaj. 309. | + | + Ạqba. 65. 260. | + | + Chaked. 311. | + | + Chiba. 365. | + | + Delal. 301. | + | + el Djạd. 19. 40. 42. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57.|5. 21. + 58. 63. 66. 77. 144. 166. 263. 265. 266. 293. 343. 400. 401.| + 407. 408. 424. 425. 426. | + | + Felfoul. 277. 284. | + | + Gir. 302. | + | + Ḥalg. 299. | + | + Ḥallal. |1. + | + el Ḥanna. 341. | + | + Ḥarazen. 76. 265. 401. | + | + Ḥennoun. 378. | + | + Idiren. 350. | + | + Igouldan. 279. | + | + Iougi. |17. + | + Iqba. 273. | + | + Izri. 279. | + | + Jejia. 370. |18. + | + Kenzt. 240. 370. 447. |18. + | + Khelal. 291. | + | + Maziṛ. 335. | + | + Mousi (qçar). 121. 303. 315. 316. 320. |9. + | + (collines). 120. 160. 161. |9. + | + Nạnạ. 290. 291. | + | + Nou. 295. | + | + Oudi. 310. | + | + Oulga. 327. | + | + Qandil. 230. |17. + | + er Rebiạ. 300. 304. | + | + Rejouan. 24. | + | + Ṛioul. 299. | + | + Sellam. 373. 377. | + | + Selman. 294. 295. | + | + Seroual. 354. |17. + | + Taddout. 333. | + | + Teṛrar. 275. | + | + Tizen. 305. |9. + | + Tizi. 324. | + | + Tnefit. 360. 403. | + | + Zergan. 291. 296. | + | + Zeroual. 296. | + | + Zmella. 376. 377. 403. | + | + Bouddeïr. 146. 308. |10. + | + Bouour. 330. 331. 332. | + | + El Bour (Ouad Beni Mesri). 365. | + | + (Ouad Ouizert). |18. + | + (zaouïa). 273. | + | + Bousam. 350. |17. + | + Brânes (tribu). 387. | + | + (mont). 387. | + | + Brasiin. 263. | + | + El Bridja. 239. 240. 244. 246. 367. 368. 369. 371. 372. 374.|18. 21. + 376. 379. 382. | + | + Briouga. 333. | + | + | + C | + | + Çaḥab el Ermes. 235. |17. + | + el Geddim. 235. |17. + | + Cedouqa. 349. | + | + Cendouga. 295. | + | + Cenhadja (mont). |4. 21. + | + Oulḥourri. 113. | + | + Ceuta. 97. | + | + Chaouïa. 24. 44. 49. 52. 259. 263. | + | + Chareṭ. 292. | + | + Chạanba. 153. | + | + Chạba Aït Bou Bekr. |15. + | + Moulei Bou Fers. 296. | + | + Iạqob. 296. | + | + Ouin s Tlit. 213. |8. 15. + | + Tizza. |18. + | + Chạt. 356. | + | + Chạt. v. Bir Chạt. | + | + Cheba. 351. |17. + | + Chechaouen. 5. 6. 8. 9. 26. 31. 38. 64. 401. 418. 419. |1. 21. + | + Chedjạ (tribu de la plaine d’Angad). 252. 253. 254. 255. |20. 21. + 257. 388. 390. | + | + (environs de Fâs). 24. |3. + | + Chegg el Ouad. 369. |17. 18. + | + Chelkha Djedeïd. 299. | + | + Chemmaḥa. 15. 419. |2. 21. + | + Cheradna. 303. | + | + Cheraga. 5. 15. |2. 21. + | + Cherarda. 24. |3. 4. + | + Cheurfa Aït Bou Ạmran. 270. | + | + Moḥammed. 273. | + | + Taltmanart. 270. |15. + | + Aqqa. 360. | + | + El Bour. 273. | + | + Iifar. 275. | + | + Qouareṭ. 371. | + | + Taïrza. 356. | + | + Touggour. 371. | + | + Chiadma (tribu). 188. 339. | + | + (Mḥamid el Ṛozlân). 295. | + | + Chikh Aït Oulcheger. |14. + | + Amerri. 313. 314. | + | + El Ạrabi ben Ọtman. 290. 303. 304. | + | + Ech Chaoui. 250. 252. 254. 380. 381. |20. 21. + | + Kerroum. |14. + | + Moḥammed. |5. + | + Ould el Ḥadj Iaḥia. 314. |11. 21. + | + Chouf Agmar. 364. | + | + Chqarna. 346. | + | + Chraạ. 261. | + | + Chtouga. 259. | + | + Chtouka. 22. 126. 177. 178. 179. 181. 182. 183. 186. 188. |12. 21. + 190. 193. 341. 343. 345. 346. 402. | + | + | + D | + | + Dâdes. 22. 78. 91. 95. 99. 100. 101. 158. 210. 211. 215. |15. 21. + 216. 217. 222. 223. 228. 229. 230. 260. 265. 268. 269. 270. | + 271. 274. 361. 363. 399. 403. | + | + Dar Aït Iaḥia. 274. | + | + Aït Moulei. 274. | + | + Beïḍa. 19. 54. 56. 63. | + | + Ben Dleïmi. 346. 402. | + | + Ech Chaoui. 250. 252. 254. 380. 381. |20. 21. + | + Chikh Amerri. 313. 314. | + | + Ech Chaoui. v. Dar Ech Chaoui. | + | + El Genṭafi. 323. 337. 338. 401. | + | + El Glaoui. 85. 278. | + | + Ḥadj Ạbd el Malek. 186. 439. 442. |13. + | + Ḥadj El Ạrabi. 184. |12. + | + Ibrahim. 72. 427. |6. + | + Ijadiden. |13. + | + El Mrabṭin. 338. | + | + Ougadir. 321. 322. 323. | + | + Ould Sidoïn. 66. | + | + el Qaïd (Ḥaḥa). |13. + | + (Telouet). 85. 278. | + | + Qaïd Ḥamada. 254. | + | + Sidi Ạbd Allah. 184. 439. |12. + | + Sidi Iaḥia. 442. | + | + Ez Zanifi. 106. | + | + Debạïa. 285. 286. 297. 298. | + | + Ed Debdou (district). 375. 403. |19. 21. + | + Debdou (bourgade). 22. 28. 100. 241. 243. 244. 245. 246. |19. 21. + 247. 248. 249. 250. 253. 255. 256. 258. 269. 375. 376. 379. | + 380. 381. 384. 385. 386. 390. 395. 401. 403. 447. 448. 449. | + | + (mont). 100. 239. 243. 247. 251. 257. 368. 372. 374. |19. 21. + 375. 379. 383. 384. 388. 389. 390. | + | + Debra. 401. | + | + Demnât (ville). 22. 28. 38. 64. 70. 76. 77. 78. 79. 96. 100.|7. 21. + 260. 261. 265. 266. 267. 276. 401. 408. 415. 427. 428. 429. | + 450. | + | + (province). 76. 77. 401. |7. + | + Desra. 401. | + | + Dir (Menâba). 331. | + | + Dir (Tidili). 278. 402. | + | + Dou Ougadir. 321. 322. 323. 338. | + | + Ouzrou. 327. | + | + Ouzrou Zouggaṛ. 333. 334. | + | + Douar (Gers). 349. | + | + Oumbarek ou Dehen. 189. 193. 194. 443. |14. + | + Sidi Ạbd Allah. 101. | + | + Doui Blal. 152. 153. 154. 155. | + | + Mniạ (tribu du Ḍahra). 136. | + | + Mniạ (environs de Fâs). 24. |3. + | + Ed Douirat. 285. 290. 296. | + | + Doukkala. 43. 259. 401. | + | + Doutourirt (Aginan). 305. | + | + (Aït Semmeg). 328. 329. | + | + Dra (contrée). 22. 35. 69. 81. 109. 121. 123. 162. 164. 166.| + 167. 168. 169. 201. 202. 206. 207. 210. 211. 214. 216. 220. | + 222. 224. 225. 281. 285. 286. 289. 293. 295. 297. 298. 303. | + 304. 343. 362. 363. 364. | + | + (village du Demnât). |7. + | + Draoua. 88. 286. | + | + DJ | + | + Djebaïr. 144. 155. 311. |10. + | + Djebel Achakski. 326. | + | + Agendi. 325. | + | + Aït Ioussi. 39. 383. |4. + | + Aït Khozman. |17. + | + Aït Seri. 259. | + | + Akhmâs. 9. 11. | + | + Aldoun. 373. | + | + Alemta. 296. | + | + Amhaouch. 59. 66. |6. 21. + | + Anfoug. 211. | + | + Anisi. 203. |9. 21. + | + Anṛemer. 89. 95. 96. 277. 278. |7. + | + Aougeddimt. 338. | + | + Aqqa Tizgi. 354. | + | + Aṛbar. 336. | + | + Asmerdan. 310. | + | + Azegga. 311. | + | + el Ạbbarat. 231. 232. |17. 21. + | + El Ạbbari. 234. 354. 364. |21. + | + El Ạïachi. 99. 102. 231. 233. 234. 239. 353. 376. |17. 21. + 377. 381. | + | + el Ạlam. 9. | + | + Bani. 96. 101. 102. 114. 115. 116. 117. 119. 120. |9. 10. + 122. 123. 126. 135. 138. 139. 140. 141. 142. 143. 144. 146. |21. + 147. 151. 152. 154. 156. 160. 161. 167. 168. 171. 285. 286. | + 294. 297. 300. 302. 303. 304. 305. 307. 308. 310. 311. 312. | + 313. 314. 315. 316. 317. 318. | + | + El Behalil. 20. 39. |4. + | + Beni Bou Iaḥi. 251. | + | + Bou Zeggou. 28. 101. 253. 372. 379. 381. 383. |20. 21. + 388. 389. | + | + Ḥasan. 4. 6. 7. 8. 9. |1. 21. + | + Ḥassan. 383. | + | + Iạla. 254. 381. | + | + Iznâten. 253. 257. 368. 372. 381. 388. 389. |20. 21. + | + Mellal. 59. 69. |6. 21. + | + Mṭir. 20. 39. |3. 21. + | + Ouaṛaïn. 18. 36. 372. 379. 387. | + | + Snous. 101. | + | + Bou Qandil. 230. |17. + | + Brânes. 387. | + | + Cenhadja. |4. 21. + | + Chouf Agmar. 364. | + | + Debdou. 100. 239. 243. 247. 251. 257. 368. 372. 374. |19. + 375. 379. 383. 384. 388. 389. 390. | + | + el Feggouçat. 120. 160. 161. |9. + | + Gebgeb. 17. 18. 20. 36. |3. 4. 21. + | + Gelez. 251. 372. 386. | + | + Gers. 230. 231. |17. + | + Gezennaïa. 386. | + | + Gir. 377. | + | + Hamsaïlikh. 120. 160. 161. 300. |9. + | + Ḥeçaïa. 48. 50. 51. |5. + | + Ḥeddi. 336. | + | + Ida ou Ziqi. 120. 177. |21. + | + Idikel. 323. | + | + Ikhf n Iṛir. 377. | + | + Kebdana. 368. 372. 386. | + | + Kisan. 209. 212. 296. |8. 15. + | + Kourṭ. 15. |2. 21. + | + Megzer. |1. + | + Mergeshoum. 101. 249. 251. 252. 253. 372. 379. 381. |20. 21. + 388. | + | + Metalsa. 386. | + | + Mezedjel. 8. 9. |1. + | + Mḥeïjiba. 160. 161. 164. 166. 208. 300. |9. + | + Miltsin. 99. | + | + Ouichdan. 338. | + | + Oulad Ạïssa. 16. |2. + | + Ạli. 99. 100. 235. 239. 240. 246. 383. |21. + | + Ạmer. 379. 380. 381. 388. 389. | + | + Bou Zian. |4. + | + el Ḥadj. 383. | + | + Oumm Djeniba. 383. | + | + Ounila. 95. |21. + | + Ouṭiṭa. 39. 40. |3. 21. + | + Qelaïa. 386. 390. | + | + Reggou. 100. 246. |21. + | + Ṛiata. 18. 27. 28. 29. 31. 33. 36. 101. 102. 251. |4. 21. + 368. 372. 379. 383. 386. 387. | + | + Saksad. 323. | + | + Sarsar. 13. 15. |1. 21. + | + Saṛro. 100. 211. 212. 213. 214. 215. 217. 218. 219. |8. 15. + 220. 223. 227. 267. 269. 276. 289. 296. 361. 364. |16. 21. + | + Siroua. 95. 96. 102. 108. 112. 204. 279. 281. 282. |21. + 283. 326. 327. | + | + Taïmzouṛ. 114. 115. 116. 117. 137. 139. 147. 161. |9. + 318. | + | + Tamatout. 267. | + | + Tarkeddit. 274. | + | + Tefraout. |7. + | + Terrats. 18. 20. 26. 37. 39. |3. 21. + | + Teza. 99. | + | + Tidili. 95. 96. 278. |7. 21. + | + Tifernin. 206. 207. |8. + | + Tiouant. 378. | + | + Tirnest. 383. | + | + Titouga. 336. | + | + Tselfat. 16. |2. 21. + | + Tsoul. |4. 21. + | + Tsouqt. 99. 100. 235. 383. |18. 21. + | + Zalaṛ. 18. 20. 37. 39. |3. 4. 21. + | + Zekkara. 28. 101. 253. 257. 372. 381. 383. 388. 389. |20. 21. + | + Zerhoun. 18. 21. 24. 25. 26. 38. 39. 40. 47. |3. 21. + | + Djedân. 154. | + | + Djedida. 188. | + | + Djemaạa Entifa. 76. 265. 266. 401. 428. |7. 21. + | + Djemạ (Mạder Ida ou Blal). 299. | + | + Djemạa Amerri. 313. 314. | + | + Amzou. 191. | + | + Houara. |12. + | + Ida ou Genadif. 341. | + | + Izalaṛen. 313. | + | + Oulad Ḥamid. 385. | + | + Oulad Iaḥia. |14. + | + Tinzert. 334. |14. + | + Tisergat. 292. | + | + Djemouạ. 263. | + | + Djerada ech Cheurfa. |14. + | + El Djerf. 357. | + | + Djerf el Ḥammam. 310. | + | + Ḍ | + | + Ḍahr er Ramka. 153. | + | + Ḍahra. 28. 99. 100. 147. 253. 372. 373. 378. 379. 380. 383. | + 384. 385. 388. 389. 390. | + | + Ḍaïa Ifraḥ. 383. | + | + | + E | + | + El Elf. 263. | + | + Emmigerdan. |10. + | + Entifa. 49. 75. 76. 77. 230. 260. 264. 265. 266. 401. |6. 7. 21. + | + Entrit. 373. 382. | + | + Enzel (Glaoua). 80. 82. 83. 401. 428. |7. 21. + | + (Ouad Asdṛem). 283. 403. | + | + Erḥal (Aqqa). 120. 151. 312. |10. + | + (Ouad el Feïja). 303. | + | + Erzagna. 331. | + | + Eufriin. 310. 311. |10. + | + | + F | + | + Fâs (ville). 1. 4. 5. 10. 12. 13. 15. 16. 18. 19. 20. 21. |3. 4. 21. + 22. 23. 24. 25. 26. 29. 30. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. | + 40. 43. 47. 54. 55. 56. 66. 67. 70. 78. 97. 125. 152. 153. | + 155. 158. 164. 188. 232. 237. 241. 243. 250. 255. 265. 344. | + 375. 378. 383. 386. 387. 389. 391. 395. 398. 401. 406. 407. | + 419. 420. 421. 422. 423. 424. 450. | + | + (province). 15. 24. | + | + Fedoukkes. 308. 320. | + | + Fedragoum. 280. | + | + El Feggara. 285. 304. | + | + Feggouç (bassin de la Mlouïa). 369. 374. 384. |19. 21. + | + El Feggouç (Tinzoulin). 290. 291. 296. | + | + El Feggouçat. 120. 160. 161. 317. |9. + | + El Feïja. 115. 116. 117. 118. 127. 138. 139. 140. 154. 156. |9. 21. + 201. 202. 297. 300. 301. 302. 303. 304. 305. | + | + Ferarma. 154. | + | + El Ferfar (qçar). 330. | + | + (zaouïa). 330. | + | + Ferkla. 21. 22. 38. 70. 188. 211. 214. 218. 219. 220. 223. |16. 21. + 224. 225. 226. 354. 356. 357. 360. 361. 363. 403. | + | + Fezaz. 102. 383. | + | + Fezna. 357. | + | + Fezouata. 210. 285. 286. 291. 292. 293. 294. 295. 363. 403. | + | + Fḥama. 379. 385. 386. 387. | + | + Fichtâla (qaçba). 38. 59. 60. 64. 66. 259. 263. |6. 21. + | + (environs de Fâs). 24. | + | + Figig. 157. 158. 169. | + | + Fiirir. 305. | + | + Fint. 283. | + | + Flouch. 375. |19. + | + Foum Aqqa. 120. 151. 161. 312. |10. + | + Aserts. 364. | + | + Asgig. 308. |10. + | + Azerftin. 151. |10. + | + el Ạncer. 60. 62. |6. + | + el Djir. |20. + | + Jabel. 229. 350. |17. + | + Meskoua. 151. 312. 338. |10. + | + el Ouad. 301. |19. + | + el Qous n Tazoult. 220. 357. 358. 361. 362. |15. 16. + | + Ṛiour. 228. 350. |17. + | + Tangarfa (bassin infér. du Dra). 161. |9. + | + Taqqat. 101. 286. 294. | + | + Tazenakht. 290. | + | + Tenia Tafilelt. 296. | + | + Timeloukka. |9. + | + Timṛart. 120. |9. + | + Tisint. 117. 137. 138. 304. 306. 316. |9. + | + Tizi n Dra. 364. | + | + Zgiḍ. 161. 302. |9. 21. + | + Founti. 185. |12. 21. + | + Freïja. 332. |14. + | + Fres. 337. 401. | + | + Friata. 262. |6. + | + | + G | + | + Gafaï. 348. | + | + Gaouz. 352. | + | + Gaouz Aït Sidi Ạmer. 360. | + | + El Gara. 370. | + | + Gardmit. 356. 357. | + | + Gạda Debdou. 247. 248. 249. 390. |19. 21. + | + Gebdour. 370. | + | + Gebgeb. 17. 18. 20. 24. 36. |3. 4. 21. + | + El Geddara. 300. | + | + Gelez. 251. 372. 386. | + | + Gelmima. 226. 360. 403. 415. 446. 450. |16. 21. + | + El Gelob (près de l’Ouad Za). 251. |20. 21. + | + (au sud du Bani). 147. 161. 308. |10. 21. + | + Gelob Mrimima. 161. |9. 21. + | + El Gelob es Sṛir. 161. |9. 21. + | + Genadiz. 261. | + | + Genṭafa. 337. 401. | + | + El Genṭafi. 323. 337. 338. 401. | + | + El Geraan. 364. 365. | + | + Geraga. 339. | + | + Geraïat. 261. | + | + El Gerdan. 191. | + | + Gergoura. 401. | + | + Geri Ourgaz. 352. | + | + Gerouân. 40. 42. |3. 21. + | + Gers (district). 230. 236. 347. 349. 365. 368. 369. 370. |17. 21. + 371. 373. 374. 377. 378. | + | + (monts). 230. 231. |17. + | + Gersif. 368. 369. 372. 376. 379. 385. 390. 391. | + | + Géryville. 254. | + | + El Gerzim. 308. | + | + Gerzima. 308. | + | + Gezennaïa (tribu). 379. | + | + (monts). 386. | + | + Gezoula (famille). 88. 318. 319. 320. 328. 329. | + | + (tribu). 319. 329. 336. | + | + Gigo. 100. | + | + Gir (district). 364. 365. | + | + (mont). 377. | + | + Glaoua. 77. 81. 85. 92. 99. 109. 110. 124. 233. 280. 401. |7. 21. + | + Glercha. |12. 14. + |21. + | + El Gloạ. 300. 304. | + | + Gouffa. 261. | + | + Gounin. 329. | + | + Griourin. 286. | + | + Gro. 373. | + | + | + H | + | + Haïndaken. 278. | + | + Hamouziin (subdivision des Oulad el Ḥadj). 243. 248. | + | + El Hamouziin (qçar d’Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. 385. | + | + Hamsaïlikh. 120. 160. 161. 300. |9. + | + Haouz Debdou. 375. | + | + El Haroun. 363. | + | + Haskoura. 70. 96. 260. 274. 276. | + | + Hejaoua. 15. |2. 21. + | + Hiaïna. 21. 25. 33. 34. 36. 387. 391. |4. 21. + | + Hierk. 336. | + | + Houara (Mlouïa). 33. 368. 372. 376. 379. 381. 385. 386. 387.| + 388. | + | + (Sous). 22. 189. 190. 191. 193. 194. |12. 14. + |21. + | + Houara Angad. 388. | + | + Houasen. 261. | + | + Ḥ | + | + El Ḥachia. 66. | + | + El Ḥad (Aït Ạtab). 75. 401. |6. + | + El Ḥad (Aït Seddrât). 288. | + | + Ḥad Agdz. 288. | + | + Aït Ạtab. 75. 261. 267. 401. |6. + | + Aït Bou Zid. 71. 427. |6. + | + Aït Mezal. |11. 12. + | + Aït ou Alil. 350. | + | + Aoulouz. 334. | + | + Asrir. 357. | + | + Astour. 292. | + | + Beni Ḥaïoun. 295. | + | + Beni Sbiḥ. 295. | + | + Gersif. 385. | + | + Ida ou Isaṛen. |13. + | + Igli. 334. |14. + | + Iliṛ. 342. | + | + Imasin. 274. | + | + Imtaoun. 306. | + | + Menizela. 191. | + | + Seketâna. 306. | + | + Tamjerjt. 327. | + | + Taourirt. 151. | + | + Tirikiou. 329. | + | + El Ḥaddan. 299. | + | + Ḥadj Ạbd el Malek. 186. 439. 442. |13. + | + Ḥadj El Ạrabi. 184. |12. + | + Ḥadjra ech Cherifa. 17. 18. 387. |2. 21. + | + El Ḥadjra El Kaḥela. |4. + | + Ḥafaïa. 191. | + | + Ḥaḥa. 22. 24. 28. 58. 73. 98. 153. 155. 170. 177. 181. 182. |12. 13. + 184. 185. 186. 187. 188. 189. 190. 339. 343. |21. + | + Ḥaïan. 142. 152. 154. 155. 159. | + | + Ḥaïan el Bali. 154. | + | + El Ḥaïn. 349. | + | + Ḥallaf. 368. 372. 376. 381. 385. 386. 388. | + | + Ḥallaf proprement dits. 385. | + | + Ḥamada. 119. 142. 154. 297. | + | + Ḥamdaoua. 263. | + | + El Ḥamedna. 401. | + | + Ḥamerin. 190. 191. |12. 21. + | + Ḥamian. 24. |3. + | + El Ḥara (Aït Iaḥia. Ouad Dâdes). 271. |15. + | + (Aït Seddrât). 288. 403. |8. + | + (Dâdes). 270. |15. + | + (Mezgîṭa). 287. | + | + (Taderoucht). 359. 403. | + | + (Ternata). 291. | + | + (Tinzoulin). 290. | + | + (Todṛa). 355. 356. 358. 359. 360. |16. + | + (Ziz). 348. | + | + Ḥara Agdz. 287. | + | + Aqlal. 38. | + | + Imroudas. 275. | + | + Imziouan. 355. | + | + el Khoubz. 291. | + | + Mrabṭin. 355. | + | + Tamkasselt. 288. |8. 15. + | + El Ḥarar (fraction des Oulad el Ḥadj). 385. | + | + (qçar). 371. 385. | + | + El Ḥaraṭîn. 351. | + | + El Ḥarsa. 370. | + | + Ḥaselfa. 377. | + | + El Ḥasen Moḥammed. 311. | + | + Ḥasi El Ḥasen Moḥammed. 311. | + | + Ḥebbaren. 47. | + | + Ḥebib. 280. | + | + Ḥeçaïa. 48. 50. 51. |5. + | + Ḥeddi. 336. | + | + Ḥedeb Bou Nạïla. 299. | + | + Ḥelloul. 355. |16. + | + Ḥeloud. 321. | + | + Ḥelouqt. 283. | + | + El Ḥeri. 364. | + | + El Ḥibous. 352. | + | + El Ḥoch. |19. + | + El Ḥouaïdj Imersi. 306. 309. | + | + El Ḥout. 275. | + | + | + I | + | + Iannout. 154. | + | + Iattasen. 270. |15. + | + Iạdouan. 355. 360. |16. + | + Iạraben. 273. | + | + Ibabaḥen. 354. | + | + Ibakellioun. 261. | + | + Ibaraḥen. 271. | + | + Ibaraṛen. 264. | + | + Ibergnat. 322. | + | + Iberqaqen (tribu). 91. 174. 176. 177. 180. 182. 313. 314. |11. 21. + 316. | + | + (col). 100. 177. |11. 21. + | + Iberroussen. 275. 403. | + | + Iberziz. 338. | + | + Ibousas. 287. |8. + | + Ibzazen. 348. | + | + Ichakoukf. 322. | + | + Ichqern. 21. 46. 49. 51. 52. 67. 259. 263. 265. 363. | + | + Icht (qçar). 138. 152. 315. 316. 317. 318. | + | + (kheneg). 315. 318. | + | + Ichtouken. v. Chtouka. | + | + Id Brahim. 316. 317. 318. 345. | + | + Marmouch. 324. | + | + ou Illoun. 326. 336. | + | + Ida Ạli ou Ḥammou. 325. | + | + Ida El Ḥasen Ạli. 325. | + | + Khennioun. 364. | + | + ou Amrar. 324. | + | + Ạïssi. 339. | + | + Baạqil. 342. | + | + Blal. 91. 92. 108. 110. 111. 116. 121. 123. 124. 126.|9. 10. + 127. 128. 130. 131. 132. 135. 136. 137. 139. 140. 141. 142. |21. + 143. 144. 145. 146. 147. 149. 150. 152. 153. 154. 155. 156. | + 157. 158. 159. 160. 161. 162. 163. 167. 168. 172. 173. 193. | + 200. 256. 297. 298. 303. 305. 306. 307. 309. 311. 320. 362. | + | + Bou Zia. 339. | + | + Garsmouk. 342. | + | + Gelloul. 339. |13. + | + Gemmed. 330. 331. 333. 334. | + | + Genad. 208. 285. |8. + | + Genadif. 340. 341. | + | + Gerṭ. 186. 187. 339. |13. 21. + | + Gouilal. 331. 332. 402. | + | + Isaṛen. 339. |13. + | + Kensous. 309. 311. 312. 313. 319. | + | + Khelf. 339. | + | + Leggan. 317. 345. | + | + Mada. 339. | + | + Mḥammed. 183. |12. 21. + | + Qaïs. 331. 332. 335. 402. |14. 21. + | + Semlal. 316. 345. | + | + Ska (fraction des Ilalen). 178. 340. |11. + | + Ska (autre fraction des Ilalen, sur l’O. Ikhoullan). 340. | + | + Tazert. 277. |7. + | + Tift. 330. 333. 334. | + | + Tints. 313. 314. | + | + Tromma. 339. | + | + Zeddaṛ. 336. | + | + Zenzen. 339. | + | + Ziqi. 120. 177. |21. + | + Zkri. 311. 312. 313. | + | + Ida Oulstan. 140. |9. 10. + | + Oultit. v. Zarar Ida Oultit. | + | + Idderb. 290. | + | + Idergan. 322. 402. | + | + Ideṛ. 84. 266. |7. + | + Idgich. 315. | + | + Idikel (district). 323. | + | + (mont). 323. | + | + (village). v. Tizi n Idikel. | + | + Idili (Demnât). 401. |7. + | + (Saṛro). 211. | + | + Idrar. 283. | + | + Idroumen. 139. 318. |9. + | + Ifenouan (qçar). 282. |9. + | + (désert du bassin du Sous). 324. 325. 327. | + | + (désert du bassin de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen). | + 302. 304. | + | + Iferd Aginan. 305. | + | + n Khalifa. 331. 332. | + | + Ifergan (Ouad Saksad). 323. | + | + Iferṛan (Id ou Illoun). 326. | + | + Iferṛes. 264. 267. | + | + Ifertioun. 271. | + | + Iflilt. 278. | + | + Ifni. 344. | + | + Ifraḥ. 383. | + | + Ifran (tribu). 316. 317. 345. | + | + (Imskal). 329. | + | + Ạli ou Reḥo. 273. | + | + Ifri (Dâdes). 270. |15. + | + (El Kheneg). 351. |17. + | + (Todṛa). 355. |16. + | + Imadiden. 329. | + | + Madida. 307. | + | + Ifriouin. 289. 290. 291. 296. | + | + Ifsaḥen. 360. | + | + Ifsfes. 82. |7. + | + Igadaïn. 278. 402. | + | + Igdaoun. 290. | + | + Igdi (Ouad Tizounin). 315. 317. | + | + Igedad (Ida ou Gemmed). 330. 402. | + | + (Ida ou Tift). 331. | + | + Igedman. 358. | + | + Igelmouz. 276. | + | + Igemran. 325. | + | + Iger n Kouris. 337. | + | + n Znar. 335. 337. | + | + Igerda. 305. | + | + Igernan. 276. | + | + Igertat. 154. | + | + Igezoulen. v. Gezoula. | + | + Igidar Aït Ioub. v. Tlâta Menâba. |14. + | + Igidar et Tlâta. v. Tlâta Menâba. | + | + Igidat. |12. + | + Igidi (Ouad Tifnout). 402. | + | + (kheneg). 161. |9. + | + n Oumaliz. 328. | + | + Igisel (Ouad Agoundis). 338. | + | + (désert). 324. 336. | + | + Igjgan. 282. | + | + Igli (Aït Ḥediddou). 347. 348. 349. 353. | + | + (Glaoua). |7. + | + (Menâba). 189. 331. 332. 333. 334. 335. 336. 402. |14. 21. + | + (Mlouïa). 367. 368. 369. 370. 376. 377. |18. + | + Aït Khelifa. 357. 363. | + | + Aït Zarar. 276. 403. | + | + Igmoden. 287. | + | + Ignan n Ikis. 202. 305. |9. + | + Ignaouen (fraction des Aït Atta). 221. 292. 293. 294. 295. | + 362. 363. | + | + (qçar du Todṛa). 356. | + | + (qçar du Tazarin). 364. | + | + Igni n Imerraden (désert). 306. | + | + Igni s Neïn. 401. | + | + Igoudar. 331. 332. | + | + Igouïaz. 316. 317. 318. | + | + Igouramen (Imgoun). 275. | + | + Igourdan. 325. 402. | + | + Igourzan. 324. | + | + Igrikan. 272. | + | + Ihoukern. 329. | + | + Iḥaḥan. 170. 339. | + | + Iḥebaren. 263. | + | + Iḥedzamen. 355. | + | + Iḥenneïn. 337. | + | + Iḥouzin. 335. | + | + Iifar. 275. | + | + Ijdouin. 304. | + | + Ijjoukak. 338. | + | + Ikadousen. 75. 265. 401. | + | + Ikandoul. 276. | + | + Ikazzour. 271. | + | + Ikeddaren. 271. |15. + | + Ikenafen. 339. | + | + Ikerouan. 327. | + | + Ikis (district). 323. | + | + (qçar sur l’Ouad Ignan n Ikis). 203. 305. |9. + | + (désert). 302. 304. | + | + Ikouchoden. 324. | + | + Ikounka. |12. + | + Ikhba. 355. |16. + | + Ikhchouan. 294. | + | + Ikher Imzioun. 376. 377. | + | + Ikhf n Iṛir. 377. | + | + Ikhf n Oṛri. 364. | + | + Ikhfri. 330. | + | + Ikhoullan. 179. 180. 340. |11. 12. + | + Ikhzama. 170. 279. 280. 283. 326. 336. 402. | + | + Ikhzamen. 170. | + | + Ilala. 170. | + | + Ilalen. 22. 91. 120. 170. 174. 177. 178. 180. 181. 182. 185.|11. 12. + 186. 188. 190. 199. 313. 340. 341. |21. + | + Ilemsan (fraction des Aït Atta). 292. 294. 363. | + | + (qçar du Saṛro). 361. 362. | + | + (qçar du Fezouata). 292. | + | + Ilemsen (Ouad Mançour). 325. | + | + Iliṛ (Ouad S. Moḥammed ou Iạqob). 22. 91. 194. 198. 199. |10. 21. + 200. 308. 309. 319. 443. | + | + (Oulad Iaḥia). 303. | + | + (Tazeroualt). 100. 342. 343. 402. | + | + Iliz. |11. + | + Ilouaḥen. 271. | + | + Ilougan. 355. |16. + | + Iloukous. 325. | + | + Ilṛman. 278. 402. | + | + Imadiden. 306. 307. 328. 329. 337. | + | + Imaouen. 172. 312. 313. |10. 11. + |21. + | + Imaounin. 81. 85. 92. 107. 278. 402. | + | + Imaraten. 303. | + | + Imaṛiren (Genṭafa). 337. | + | + (Ḥaḥa). 187. |13. + | + Imasin (Imeṛrân). 269. 273. 274. 276. | + | + Imazan (Tiallalin). 350. |17. + | + Imazzen (ruines dans la Feïja). 202. |9. + | + Imchisen. 150. | + | + Imdras. 268. | + | + Imdṛeṛ Fouqani. 281. 336. | + | + Taḥtani. 281. 336. | + | + Imejjat. 331. | + | + Imelil. 321. 322. | + | + Imelouan (Aït Ḥediddou). 348. | + | + (Semgat). 359. | + | + Imentagen. v. Mentaga. | + | + Imeṛrân (tribu). 58. 92. 211. 213. 269. 272. 274. 276. 403. |8. 15. + |21. + | + (district de l’O. Dâdes). 211. 268. 269. 272. 273. |21. + 274. 276. 289. 403. | + | + Imeṛraoun. 337. | + | + Imgdal. 337. | + | + Imgoun (Ouad Imgoun). 275. 403. | + | + (Seketâna). 329. | + | + Imhaouchen. 262. | + | + Imi n Amoumen. 321. 322. 323. | + | + el Ạïn (Indaouzal). 334. | + | + el Ạïn (Ounzin). 306. 307. | + | + n Dra. |8. + | + n Msount. 323. | + | + n ou Aqqa. 310. 338. | + | + Asif. 335. | + | + Ougadir (qçar). 316. | + | + Ougadir (kheneg). 316. | + | + n Ougni (Imskal). 329. 402. | + | + (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + Ougni (Ternata). 290. | + | + n Tels. 198. 199. | + | + n Tlit. 302. 303. | + | + n Zgi. 278. | + | + Imidel. 337. | + | + Imiḍeṛ. 327. | + | + Imilan. 330. | + | + Imini. 95. 278. 279. 280. 402. |8. + | + Imirgel. 327. 328. | + | + Imirleïn. 281. | + | + Imirṛen. 96. 277. 278. | + | + Imiṭeq. 172. 173. 313. |10. 11. + |21. + | + Imiṭeṛ (Ouad Imiṭeṛ). 218. 219. 220. 221. 265. 357. 358. |15. 21. + 359. 361. 362. 363. | + | + (Semgat). 359. | + | + Imjdoudar (fraction). 289. | + | + (qçar). 288. |8. 15. + | + Imjijouin. 327. | + | + Imougar (fraction des Aït Isfoul). 358. | + | + (qçar). 358. | + | + Imoula (Ouad Mançour). 325. | + | + (Ounzin). 306. 309. | + | + Imoulaten. 153. 154. | + | + Imousas. 355. |16. + | + Imraḍen. |8. 15. + | + Imri. 350. |17. + | + Imṛeld. 281. | + | + Imṛid. 329. | + | + Imseggin. 189. 190. 191. 193. 194. |12. 21. + | + Imskal (fraction des Seketâna). 306. 328. 329. 337. | + | + (Aït Tameldou). 325. | + | + Imsouffa. 292. 363. | + | + Imtaoun. 306. 307. 320. | + | + Imtfian. 311. 320. | + | + Imtras. 347. | + | + Imzdouder (pour Imjdoudar). 289. | + | + Imzid Iberqaqen. |11. + | + Imzil. 328. | + | + Imzouṛ (Dâdes). 216. 270. 271. |15. 21. + | + Imzouṛen. 92. 94. 106. 277. 278. 279. 402. |8. + | + In Timmelt. 340. | + | + Incheï. 286. | + | + Indaouzal. 194. 196. 319. 330. 331. 333. 334. 402. |14. 21. + | + Indiout. 283. | + | + Ingbi. 351. | + | + Inisi (Ounzin). 306. 307. | + | + Inkto. 265. | + | + Inmarakht. 323. 402. | + | + Inmezzen. 324. | + | + Insrad. 294. | + | + Intliten. 287. | + | + Ioulioul. 306. | + | + Iounilen. 95. 170. 277. |7. + | + Iounzioun. 306. | + | + Iouriken. 208. 284. 285. 288. 293. | + | + Iourtegin. 269. 270. |15. + | + Iouzioun. 321. 322. 324. 326. 327. 402. | + | + Iqoubban. 291. | + | + Irazin. 335. | + | + Irbiben. 363. | + | + Ireṛrer. 360. | + | + Irezd. 348. | + | + Irf n Iṛir. v. Ikhf n Iṛir. | + | + Irf n Isli. 284. | + | + Irf Ouzelag. 142. | + | + Iriṛer. 287. 288. |8. 15. + | + Irk. 330. | + | + Irounan. 277. | + | + Irsig. 288. 289. 290. | + | + Irzi. 327. | + | + Iṛal n Ṛbar. 338. | + | + Iṛanim. 306. | + | + Iṛanimin. 330. | + | + Iṛara. 364. | + | + Iṛels. 103. 104. 106. 108. 280. 283. 300. 403. |8. 21. + | + Iṛer (Ilalen). 340. | + | + Iṛerdaïn. 291. | + | + Iṛerm Amellal. 274. | + | + n Cherif. 359. | + | + n Igran. 270. |15. + | + n Imzil. 270. | + | + Melloul. 270. | + | + n Tizi. 274. | + | + Iṛerman Azdaṛ. 362. 364. | + | + Iṛil (Imini). 278. 402. | + | + (Ouad Aginan). 305. | + | + (Ouad Aït Tameldou). 324. | + | + el Abian. 278. | + | + Mechtiggil. 327. 337. | + | + n Oïṭṭôb. 100. 211. |8. 15. + | + n Oro. 326. 327. 328. 332. 333. 337. 402. | + | + n Ouaman. 329. | + | + n Tefraout. 329. | + | + Iṛir (Glaoua). |7. + | + (Imiṭeṛ). 358. |15. + | + (Tamanaṛt). 316. 317. 318. | + | + n Azeggar. 287. 288. |8. 15. + | + el Ḥadj. 284. | + | + Igidi. 310. | + | + Menougar. |8. 15. + | + Iṛrem Aqdim. 273. | + | + n Ououl. 279. | + | + Iṛri (Imskal). 306. 328. 329. 336. | + | + Iṛris. 277. 402. | + | + Isaffen (tribu). 22. 91. 92. 170. 172. 174. 175. 176. 177. |11. 21. + 180. 182. 309. 312. 313. 314. 310. | + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + Isbabaten. 153. 311. 320. | + | + Isbouïa. 345. | + | + Isektân. 170. | + | + Iseldeï. 283. |8. + | + Iselouan. 386. 390. | + | + Isemdaï. |7. + | + Isendalen. 340. | + | + Iserdan. 350. |17. + | + Isḥerin. 323. 324. | + | + Isḥiḥen. 268. 269. 272. |15. 21. + | + Isidan. 285. | + | + Isil. 282. |9. + | + Ismarin. 355. | + | + Issin Imaṛiren. 276. | + | + Itelouan. 277. |8. + | + Itkhisen (Zenâga). 282. | + | + Izabouben. 350. |17. + | + Izakenniouen. 292. | + | + Izebban. 348. | + | + Izelf Aït Melṛad. 357. | + | + Izerouan. 260. | + | + Izerraḥen. 350. |17. + | + Izeṛran (Mlouïa). 366. 368. | + | + (Tatta). 145. |10. + | + Izezgir. 284. | + | + Izgern. 324. | + | + Izgrouzen. 323. | + | + Izilal. v. Ṭriq Izilal. | + | + Izknasen. 270. 363. |15. + | + Izligen (fraction des Aït Atta). 292. 293. 363. | + | + (qçar). 292. 293. 294. | + | + Izloufa. 353. | + | + Iznâgen. 170. | + | + Izoukennan. 323. | + | + Izouralen Aït Ḥammou. 275. 403. | + | + Izouṛar (plaine). 267. | + | + (col). 260. 267. | + | + (qçar). 348. | + | + | + J | + | + Jabel. 229. 350. |17. + | + Jakana. v. Tajakant. | + | + Jell. 368. 372. 379. 385. 386. 387. | + | + | + K | + | + El Kaf. 384. | + | + Kandoula. 276. | + | + El Kaouka. 264. | + | + El Kạba (Oulad Iaḥia). 303. | + | + (Ternata). 291. 296. | + | + El Kebbaba (Aqqa). 120. 150. 151. 152. 313. |10. + | + (Mezgîṭa). 287. | + | + Kebdana (tribu). 368. 372. 391. | + | + (monts). 368. 372. 386. | + | + Kechchacha. 371. 378. 379. 385. | + | + Keddoucha. 364. | + | + El Kefifat. 191. | + | + Kenadsa. 371. 373. 383. | + | + Kerarma. 250. 252. 380. 381. 385. 389. |20. + | + Kerazba Ṭleuḥ. 303. | + | + Kerkda. 282. |9. + | + Kerrando. 229. 230. 349. 368. 370. 371. 373. 374. 377. 378. |17. + | + Ketâma. 35. | + | + Kik. 337. 338. | + | + Kiriout. 305. | + | + Kisan. 209. 212. 296. |8. 15. + | + Koudia Bou Mousi. 120. 160. 161. | + | + Bou Tizen. 305. |9. + | + Khoḍra. 257. |20. + | + El Mezarreb. 308. | + | + Mrimima. 160. | + | + Oulad Iaḥia. 209. |8. 15. + | + Kouilal. 334. | + | + Koulat. 330. | + | + Kourṭ. 15. |2. 21. + | + Krazza. 262. | + | + Krifat. 262. | + | + El Kseạt. 377. 378. | + | + Ksima. 182. 184. 188. 189. 191. 193. 194. 345. |12. 21. + | + KH | + | + Khanifra. 47. 263. | + | + El Kharbt. 282. |9. + | + Khela Adnan. 199. 200. |10. + | + Afella Ifri. 277. | + | + Aït Ouasạou. 332. | + | + Amara. |8. + | + Angad. 253. 254. 256. 257. 368. 372. 379. 381. 385. |20. 21. + 388. 389. 390. | + | + Aounkou. 278. | + | + Asdṛem. 283. | + | + Assaka. 279. | + | + Assaka Ourami. 278. | + | + Azger Amṛar. |8. + | + Ạïn n Zeggert. 284. | + | + Bachkoum. 283. 284. | + | + Bou Igouldan. 279. | + | + Bou Izri. 279. | + | + Bou Selman. 294. 295. | + | + Bou Zeroual. 296. | + | + Dou Ouzrou Zouggaṛ. 333. 334. | + | + Ifenouan (bassin de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen). 302. | + 304. | + | + Ifenouan (bassin de l’Ouad Sous). 324. 325. 327. | + | + Iger n Znar. 335. 337. | + | + Igidi n Oumaliz. 328. | + | + Igisel. 324. 336. | + | + Igni n Imerraden. 306. | + | + Igrikan. 272. | + | + Ikis. 302. 304. | + | + Imaouen. 172. 312. 313. |10. 11. + |21. + | + Imi n Tels. 199. | + | + Irf n Isli. 284. | + | + Iṛir el Ḥadj. 284. | + | + Iseldeï. 283. |8. + | + Isidan. 285. | + | + Izezgir. 284. | + | + Jell. 368. 372. 379. 385. 386. 387. | + | + el Kheneg. 292. 294. | + | + Manouïl. |8. + | + Mlouïa. 366. | + | + Ouaourmest. 284. | + | + Ouichdan. 337. 338. | + | + Ouirṛân. |8. + | + Ṛaret. 368. 372. 386. 387. 390. | + | + Ta n Amelloul. 281. 282. 336. | + | + Tafrâta. 101. 250. 251. 368. 372. 375. 388. |19. 20. + |21. + | + Tala. 284. | + | + Talaṛt Imadid. 306. 328. | + | + Tamṛart. 279. | + | + Tamzernit. 323. 324. | + | + Taqqat Nezala. 354. | + | + Taria. 284. | + | + Tarouni. 300. | + | + Tasminert. 296. | + | + Tasṛirt. 281. 282. 305. 306. 328. 336. 337. |9. + | + Tazga Asdṛem. 283. | + | + Taznout. 306. | + | + Teddref. 326. 336. | + | + Tiddes. 325. | + | + Tifergin. 327. | + | + Tifernin. 284. | + | + Tilqit. 211. | + | + Tilziṛ. 284. | + | + Timasinin. 276. | + | + Timezgiḍa n Izrar. 332. | + | + Timikirt. 280. 281. | + | + Timoures. 325. | + | + Tougdin. 306. | + | + Khelil. 360. | + | + Khemîs Adis. 145. | + | + Aït Ạli. 341. | + | + Ạmer. 106. | + | + Iaḥia ou Ọtman. 360. | + | + Khelift. 265. | + | + ou Alil. 350. | + | + Aqdim. 348. | + | + Asrir. 357. | + | + Beni Ḥaïoun. 295. | + | + Beni Sbiḥ. 295. | + | + Beni Zouli. 292. | + | + Debdou. 375. | + | + Enzel. 81. | + | + Gersif. 385. | + | + Iṛil n Oro. 328. | + | + Isaffen. 314. | + | + Oulad Daḥou. 191. | + | + Qaçba Qedîma. 352. | + | + Rebaṭ. 290. | + | + Sidi Bou Ạbd Allah. 352. | + | + Sidi Bou Iaḥia. 217. 270. 271. 275. |15. + | + Sidi Moḥammed ou Iạqob. 335. | + | + Sidi Ọtman. 280. | + | + Sidi ou Ạziz. 335. | + | + Tamnougalt. 288. | + | + Tazenakht. 108. 109. 110. 280. | + | + Tidsi. 340. | + | + Tinṛir. 356. | + | + Zaouïa Sidi Bou Qil. 349. | + | + El Kheneg (Ouad Aṛlal). 300. | + | + (Ouad Dra). 286. 292. 294. | + | + (Ouad Ziz). 229. 347. 350. 351. |17. 21. + | + Kheneg Adis. 143. 145. 147. 158. 310. 311. |10. + | + Aqqa Izen. 307. |10. + | + Azerftin. 151. 310. |10. + | + el Ạbbarat. 231. 232. |17. + | + Bent en Nạs. 144. 308. |10. + | + el Gerzim. 308. | + | + Gro. 373. | + | + Icht. 315. 318. | + | + Imi n ou Aqqa. 310. 338. | + | + Imi n ou Asif. 335. | + | + Imi Ougadir. 316. | + | + Jabel. 229. 350. | + | + Meṛder Djeld. |9. + | + Tarea. 268. 285. 286. 287. 295. |8. + | + Tarq. 353. | + | + Tesatift. 305. 306. 307. 310. |9. + | + eṭ Ṭeurfa. 140. 141. 147. 154. 307. 308. |10. 21. + | + Zrorha. 146. 308. |10. + | + Kheouïa (collines). 299. 311. |10. + | + El Kheouïa (Ouad Zgiḍ). 301. 303. | + | + El Kheroua. 308. | + | + Kherraza (Ṛeris). 360. | + | + El Kherraza (Ternata). 291. | + | + Kherzouza. 349. | + | + Khesasra. 263. | + | + El Khleṭ (Ida ou Blal). 154. | + | + El Khloṭ (Chaouïa). 263. | + | + El Khorb (Beni Oukil). 368. 369. 386. | + | + El Khorbat (Ferkla). 356. 357. 361. | + | + Khrouf. 299. 308. | + | + Khsa (fraction des Oulad Iaḥia). 297. 298. 303. | + | + (qçar). 297. 303. | + | + | + L | + | + Lalla Maṛnia. 10. 97. 202. 250. 257. 258. 369. 376. 379. |21. + 380. 381. 386. 388. 390. 391. | + | + Lebbou. |17. + | + Lebdia. 299. | + | + Lemdint. 305. | + | + Lemta. 24. |3. + | + Louleïza. 330. 331. 402. | + | + | + M | + | + Madida. 307. | + | + Maggaman. 360. | + | + Mançour. 325. | + | + Mançouria. 285. 286. 291. 292. 403. | + | + Manouïl (désert). |8. + | + Maroc (ville). 1. | + | + Masa (Beni Khîran). 66. | + | + Massa. 342. 345. | + | + Mast. 342. 345. | + | + Mazagan. 21. 188. | + | + Mạder Aqqa. 146. 152. 298. 299. 300. 312. | + | + Icht. 146. 298. 300. 315. 316. | + | + Ida ou Blal. 146. 150. 152. 298. 299. 300. 308. |10. + | + Imi Ougadir. 146. 298. 300. 316. | + | + Soulṭân. 146. 147. 411. 415. 434. 450. |10. + | + Tafrâta Taḥtani. |19. 20. + | + Tatta. 146. 152. 298. 299. 309. 312. | + | + Tizgi. 146. 298. 300. 314. 316. | + | + Mạdna. 261. | + | + El Mạïach. 271. |15. + | + El Mạïder. 153. | + | + Mdahi. 154. | + | + Mechra el Bacha. |2. + | + Mechra Ḥadjra ech Cherifa. 17. |2. 21. + | + Medafra. 368. 385. | + | + Medaṛra (Chaouïa). 264. | + | + Medelles. 146. 147. 149. 302. 308. |10. + | + El Medina (Imini). 278. | + | + Mediouna (Chaouïa). 264. | + | + (Metṛara). 352. | + | + El Megarba. 292. | + | + Megdoul. 367. 368. 374. 376. 377. 379. 382. | + | + Mehdia. 291. 292. | + | + El Mehenni. 351. | + | + El Meḥagen. 308. | + | + Meknâs. 1. 19. 22. 24. 25. 37. 39. 40. 42. 43. 46. 56. 67. |3. 21. + 73. 75. 252. 256. 395. 401. 424. 425. | + | + Mekrez. 131. 142. 154. 155. | + | + Mekrez el Ḥadjer. 154. | + | + El Mektoufa. 369. | + | + Mekhtara Aït Abbou. 227. |16. 21. + | + Melal. 291. 292. 303. | + | + Melilla. 250. 390. 391. | + | + El Mellaḥ (Aït Zaïneb). 94. 278. 402. |8. + | + El Mellaḥ (Ouṭat Oulad el Ḥadj). 242. 371. 374. 378. 379. |18. 19. + 403. 448. | + | + Mellaḥ el Ihoud (Ouṭat Oulad el Ḥadj). v. El Mellaḥ. | + | + Qçar es Souq. 351. | + | + Tiallalin. v. Qcîra el Ihoud. Mellaḥa. 364. | + | + Mellạb Aït Iạzza. 357. | + | + Menâba. 22. 99. 100. 189. 193. 194. 329. 330. 331. 332. 333.|14. 21. + 334. 335. 336. 402. | + | + Menizela. 191. | + | + Mentaga. 334. 335. | + | + El Meqaṭra. 291. 292. 296. | + | + Mergeshoum. 101. 249. 251. 252. 253. 372. 379. 381. 388. |20. 21. + | + Meris el Bioḍ. 66. | + | + El Merjạ. 300. 304. | + | + Mermoucha. 383. | + | + Merrâkech. 1. 21. 22. 24. 54. 56. 63. 65. 66. 70. 78. 79. |7. 21. + 82. 96. 98. 107. 114. 125. 126. 134. 145. 153. 155. 156. | + 188. 256. 265. 323. 335. 337. 338. 342. 344. 373. 401. | + | + Meṛder Djeld. 160. |9. + | + El Mesalla. 375. |19. + | + Mesfioua. 96. 401. | + | + Mesgoug. 273. 274. | + | + Meskis. 154. | + | + Meskoua. 151. |10. + | + Messaout. |6. 7. + | + Messoun. 379. 385. 386. 387. 390. 391. | + | + Metalsa. 386. | + | + Metṛara. 227. 232. 293. 343. 347. 352. |17. 21. + | + Mezaouir. 388. | + | + Mezarcha. 368. 385. | + | + El Mezarreb. 308. | + | + Mezdaggen. 340. | + | + Mezedjel. 8. 9. |1. + | + Mezgemmat. 321. 402. | + | + Mezgiḍa (Beni Zemmour). 66. | + | + Mezgîṭa. 22. 81. 91. 107. 110. 158. 159. 201. 206. 208. 209.|8. 15. + 210. 211. 212. 216. 284. 285. 286. 287. 288. 292. 361. 400. |21. + 403. | + | + Mezizelt. 348. 349. | + | + Mfasis. 261. | + | + Mhaïa (tribu de la plaine d’Angad). 253. 380. 388. 390. |20. 21. + | + (environs de Fâs). 24. |3. + | + El Mḥamid (Dra). 295. | + | + (Zgiḍ). 301. 302. 403. | + | + Mḥamid el Ṛozlân. 159. 210. 211. 268. 285. 286. 293. 295. | + 297. 298. 299. 304. 399. 403. | + | + El Mḥara (Oulad Iaḥia). 332. | + | + Mḥarir. 262. | + | + El Mḥaroug. 301. | + | + El Mḥarza. 295. | + | + Mḥaser. |7. + | + El Mḥazel. 297. | + | + Mḥeïjiba. 160. 161. 164. 166. 208. 300. |9. + | + Mḥinch (Zgiḍ). 301. 302. | + | + Mial. 324. | + | + Miggar el Ḥedid. 328. | + | + Miknâsa (tribu). 25. 33. 387. | + | + (qaçba). 32. 391. 401. | + | + Miltsin. 99. | + | + El Mirna. 275. | + | + Misour. 22. 35. 99. 231. 238. 239. 240. 241. 242. 243. 244. |18. 21. + 365. 366. 367. 368. 369. 370. 372. 374. 377. 378. 379. 380. | + 383. 384. 403. 447. | + | + El Mkhater (entre le Ferkla et le Ṛeris). 226. 361. |16. + | + El Mkhatir (Menâba). 334. | + | + Mlouïa (désert). 366. | + | + (plaine). 239. 240. 372. | + | + Mnia. 263. | + | + Mogador. 1. 21. 22. 79. 98. 99. 122. 126. 152. 153. 156. |13. 21. + 166. 169. 170. 177. 180. 181. 182. 184. 185. 186. 187. 188. | + 199. 200. 293. 314. 342. 412. 413. 439. 440. 441. 442. 443. | + 450. | + | + Mogger. 364. 365. | + | + Mouali el Ouad. 262. | + | + Mouâzen Sidi Bel Khîr. 390. 391. | + | + Moui. 359. 360. | + | + Moulei Ạbd Allah. 352. | + | + Ạbd el Ouaḥad (douar). 425. |5. + | + Ạbd el Qader. 331. | + | + Ạbd er Raḥman. 33. 35. |4. 21. + | + Ạbd es Selam. |4. 21. + | + Ạli. 330. | + | + Bakkan. |1. + | + Bou Ạzza Ạmer Trab. 65. | + | + Bou Fers. 296. | + | + Bou Iạzza. 47. 66. 266. | + | + Brahim. 358. | + | + Edris. 24. 25. 389. | + | + El Feḍil (ạdjib). 46. 47. |5. + | + Iạqob (ravin). 296. | + | + Iạqob ben Selîman. 367. |18. + | + Iousef d Aït Ba El Ḥasen. 273. | + | + Ismạïl (qaçba). 250. 251. 252. 379. 380. 381. 390. |20. 21. + 449. | + | + Ez Zaqi (douar). 425. |3. + | + Moumalou. 321. | + | + Mouskellal. 351. | + | + El Mqadra. 291. | + | + Mrabṭen. 262. | + | + Mrabṭin Aït Sidi Mouloud. 287. | + | + Ḥamirin. 298. | + | + Sidi Ech Chergi. 287. | + | + Mrimima. 128. 153. 154. 159. 160. 161. 163. 164. 165. 166. |9. 21. + 167. 168. 169. 189. 201. 297. 300. 301. 302. 303. 304. 306. | + 315. 316. 317. 318. 339. 342. 343. 399. 436. 437. | + | + Msamsa. 263. | + | + Mzab. 263. 264. | + | + Mzi. 322. 323. 324. | + | + | + N | + | + Negert. 34. | + | + Nekeb Fouqani. 281. | + | + Taḥtani. 281. | + | + Nesasda. 298. 303. | + | + Nesoula. 303. | + | + Nezala. 232. 354. 368. 369. 373. 377. 447. |17. 21. + | + Nkheïla. 301. | + | + Nouaser. 261. | + | + | + O | + | + Ofra. 309. | + | + Ofran. 316. | + | + Ou Allal. 348. | + | + Rijimt. 99. 277. |21. + | + Ouad Achakski. 324. 326. | + | + Adis. 143. 145. 150. 158. 310. 311. |10. + | + Adrar n Iri. 83. 266. |7. + | + Adres. 304. | + | + Agennoun. |5. + | + Aginan. 117. 156. 202. 304. 305. 306. |9. + | + Agmour. 304. | + | + Agni. 115. 116. 304. |9. + | + Agni Ouremd. 296. | + | + Agoundis. 337. 338. | + | + Agraz. |1. + | + Aït Ạïach. 363. 377. 382. | + | + Ạïssa. 373. | + | + Ạïssa ou Daoud. 296. |8. 15. + | + Ạmer. 186. 189. | + | + Bou Zoul. 187. | + | + Ḥamed. 274. | + | + el Ḥazen. 196. 338. |10. 14. + |21. + | + Iaḥia. 353. | + | + Mançour. 156. |10. + | + Meraou. 275. | + | + Mesri. 324. | + | + Messaṭ. 72. 260. 264. 267. |6. 21. + | + Mezal. 182. 340. 341. |11. 12. + |21. + | + Ọtman. 327. | + | + Ouaham. 260. | + | + Oubial. 327. | + | + Ouzanif. 281. | + | + Semgan. 283. 284. |8. + | + Semmeg (afft de l’Od. Zagmouzen). 307. 328. 337. | + 338. | + | + Tameldou. 321. 324. 325. 326. | + | + Tedrart. 326. 336. | + | + Tigdi Ouchchen. 103. 105. 112. 206. 281. 283. |8. 21. + | + Tougda. 325. 326. | + | + Akhḍeur. 77. 260. |7. + | + Alemta (inférieur). 296. | + | + (supérieur). 296. | + | + Alougoum. 301. | + | + Amaliz. 328. 329. | + | + Amasin. 279. 336. | + | + el Amdad. 196. 335. 337. |14. 21. + | + Amelloul. 27. 37. |4. + | + el Amgaz. 50. | + | + Amoumen. 322. 323. 326. | + | + Amsensa. 266. | + | + Amzarou. 324. 325. 326. | + | + Anbed Tesatift. 305. |9. + | + Aoullous. 324. 326. | + | + Aqqa. 151. 152. 172. 173. 174. 175. 188. 300. 312. 313.|10. 11. + 314. 316. |21. + | + Aqqa Igiren. 141. 142. 307. 308. |10. + | + Iṛen. 300. 305. 306. |9. + | + Izen. 141. 307. |10. + | + el Medfạ. 211. 274. | + | + n Ourellaï. 211. 215. |15. + | + el Arbạ. 386. 387. | + | + Arezaz. 6. 9. |1. + | + Aṛlal. 300. 301. | + | + Asdṛem. 283. | + | + Asengar. 304. | + | + Asgig. 146. 147. 308. |10. + | + Asmerdan. 310. | + | + Azerftin. 151. 310. |10. + | + Azgemerzi. 108. 112. 281. 282. 283. 304. |8. 9. + | + Azrar. 197. |10. 14. + |21. + | + Ạbd Allah. 296. | + | + Ạbdi. 296. | + | + el Ạbid. 54. 65. 68. 69. 70. 72. 73. 74. 75. 76. 100. |6. 21. + 102. 259. 260. 264. 266. 267. 400. 427. | + | + el Ạḍam. 423. 424. |3. + | + Ạïcha. 13. |1. 21. + | + Ạïn es Seka. 308. | + | + el Ạououdj. 381. | + | + el Ạrous. 260. 265. 267. | + | + el Ạsel. 196. |14. + | + b Ougemmez. 260. 261. 264. 267. 277. | + | + Bachkoum. 283. | + | + Beht. 42. 43. 46. |3. 21. + | + Beni Mellal. 63. | + | + Mesri. 365. | + | + Mḥammed. 192. |12. 21. + | + Ṛiis. 247. 248. 376. 379. |19. 21. + | + el Benian. |1. 21. + | + Bent en Nạs. 299. 307. 308. 309. | + | + El Betḥa el Beïḍa. 296. | + | + Bou el Aouam. |1. + | + Çfiḥa. 3. 418. 419. |1. 21. + | + Chaked. 311. | + | + el Djerf. 386. 387. | + | + Fekran. |3. + | + Felfoul. 277. | + | + Gerba. 34. | + | + Herhour. 311. | + | + Ḥelou. 387. | + | + Igouldan. 279. | + | + Lougeïn. 296. | + | + Rdim. 258. |20. + | + Regreg. 48. 50. 401. | + | + Rzab. |19. + | + Srioul. 193. 335. 336. |14. 21. + | + Ṭamat. 299. 307. | + | + Zemlal. 387. | + | + el Bouir. 308. 309. | + | + Charef. 380. 381. | + | + Chechaouen. |1. + | + Chegg el Arḍ. 243. 244. 246. 367. 371. 377. 378. |18. 21. + | + ech Cheurfa. |1. + | + Chlouk. 391. | + | + Dâdes. 21. 70. 211. 213. 214. 215. 216. 217. 218. 219. |15. 21. + 224. 266. 268. 269. 270. 271. 272. 273. 274. 275. 276. 277. | + 280. 285. 289. 293. 362. 363. | + | + Daï. 259. | + | + Debdou. 249. 250. 251. 375. |19. + | + Defalia. 313. |10. + | + Derna. 59. 60. 63. 259. |6. 21. + | + Dra. 10. 21. 24. 28. 61. 62. 70. 86. 87. 88. 95. 98. |8. 10. + 99. 100. 101. 102. 108. 115. 119. 124. 135. 138. 140. 141. |15. 21. + 143. 144. 145. 146. 147. 148. 149. 152. 153. 154. 157. 160. | + 161. 168. 177. 188. 200. 205. 206. 207. 209. 210. 211. 212. | + 213. 214. 215. 216. 224. 227. 228. 230. 260. 268. 277. 280. | + 281. 282. 284. 285. 286. 288. 289. 290. 292. 293. 294. 295. | + 297. 298. 299. 300. 302. 303. 307. 308. 309. 312. 314. 315. | + 316. 317. 318. 319. 328. 336. 343. 344. 346. 362. 402. | + | + Djebaïr. 310. 311. | + | + Djedari. 308. | + | + Djedida. 40. |3. 21. + | + Fareṛ (affluent du Dra). 296. | + | + Fareṛ (affluent du Sous). |14. + | + Fâs. |3. + | + el Feïja (affluent du Dra). 296. | + | + (affluent de l’Ouad Zgiḍ). 302. 303. | + | + Ferkla. 354. | + | + Fichtâla. 60. |6. + | + el Fondoq. |1. + | + Foum el Ạncer. 60. 63. |6. + | + Meskoua. v. Ouad Meskaou. | + | + El Genṭafi. 336. 337. | + | + Gir. 21. 99. 102. 108. 233. 362. 363. 364. 365. 384. | + 389. 390. 403. | + | + El Gloạ. 300. 303. | + | + Grenzar. 296. | + | + Grou. 48. 50. 266. |5. 21. + | + Hamsaïlikh. 299. 300. | + | + el Ḥaḍar. 387. | + | + el Ḥamerin. 190. |12. + | + el Ḥechaïch. 8. 9. |1. + | + Ḥenina. 299. 307. | + | + el Ḥericha. 13. |1. 21. + | + Ibakellioun. 260. 261. | + | + Iberqaqen. 175. 176. 178. 312. 313. 314. |11. 21. + | + Icht. 300. 315. 316. 318. | + | + Id ou Illoun. 326. 336. | + | + Ida ou Gert. 187. |13. 21. + | + ou Isaṛen. 187. |13. + | + ou Tromma. |13. 21. + | + Idermi. 94. 95. 103. 105. 112. 268. 277. 279. 280. 281.|8. 21. + 284. 285. 293. | + | + Idikel. 322. 323. 326. | + | + Idili. 296. | + | + Ifenouan. 282. | + | + Ifraden. 82. |7. + | + Igemran. 324. 325. 326. | + | + Ignan n Ikis. 202. 305. |9. + | + Ijaṛiren. 187. | + | + Ijja. 311. | + | + Ikis (bassin du Dra). 202. 203. 204. | + | + (bassin du Sous). 322. 323. 326. | + | + Ikhoullan. 178. 179. 340. 341. |11. 12. + | + Iliṛ. 198. 199. 308. | + | + Imaṛiren. 187. | + | + Imgoun. 271. 274. 275. 276. 277. |15. 21. + | + Imi n ou Aqqa. 158. 310. 311. |10. + | + Ougadir. 300. 316. 317. | + | + n Tels. 198. |10. + | + Imiḍer. 295. | + | + Imini. 87. 88. 89. 94. 95. 96. 277. 278. 279. | + | + Imiṭeq. 173. 313. |10. + | + Imiṭeṛ. 219. 220. 221. 223. 357. 358. |15. 16. + |21. + | + In Timmelt. 340. 341. | + | + Inmarakht. 322. 323. 326. | + | + Innaouen. 25. 26. 27. 29. 30. 31. 33. 36. 37. 97. 386. |4. 21. + 387. | + | + Iounil. 58. 87. 88. 89. 90. 94. 95. 108. 214. 277. 278.|7. 8. 21. + 279. 284. 337. | + | + Iouzioun. 321. | + | + n Iri. v. Ouad Adrar n Iri. | + | + Iriṛi. 87. 94. 277. 278. 279. 283. 284. 326. 336. |8. 21. + | + Iṛels. 105. 283. |8. + | + Isaffen. 312. 319. | + | + Iserki. 274. 276. | + | + Isli. 257. 258. |20. 21. + | + Isoumaten. |1. 21. + | + Izgern. 324. | + | + Izgrouzen. 322. 323. 326. 338. | + | + Izourzen. 158. 310. 311. |10. + | + Kebbaba. 120. 151. 152. 313. |10. + | + el Kerm. |18. + | + el Kḥel. 33. | + | + Ksiksou. 48. |5. 21. + | + el Kharroub (entre Tanger et Fâs). 13. |1. 21. + | + (entre Meknâs et Oulmess). |3. + | + Kheneg eṭ Ṭeurfa. 141. 146. 147. 149. 298. 299. 307. |10. + 308. | + | + Zrorha. 147. 308. |10. + | + Kheouïa. 311. | + | + Kholkhal. |5. + | + Landra. |1. + | + Leben. 387. | + | + Mançour. 324. 325. 326. | + | + Medfạ Keddou. 376. 378. | + | + Mehdouma. 40. |3. + | + Meḥadjra. 4. 5. 7. |1. + | + el Melḥ (Asif Marṛen). 87. 96. 277. |7. + | + (bassin de l’Ouad Dâdes). 276. |7. + | + (affluent de l’Ouad Rḍât). |7. + | + Melillo. 372. 376. 379. | + | + Mentaga. 335. | + | + Meraḥ. 2. |1. 21. + | + Mergou. 296. | + | + Mesegmar. 253. 254. 367. 368. 381. 389. |20. + | + Meskaou. 151. 299. 312. 316. |10. + | + Messoun. 58. 376. 379. 385. 386. 387. | + | + Metlili. 254. |20. + | + Mezarreb. 308. | + | + Mgerouel. |1. + | + Mḥit. 296. | + | + Mial. 326. | + | + el Miet (affluent de droite du Dra). 296. | + | + el Miet (affluent de gauche du Dra). 296. | + | + el Mkhâzen. 14. |1. 21. + | + Mlouïa. 10. 21. 33. 58. 97. 99. 100. 101. 102. 147. |17. 18. + 223. 234. 235. 336. 338. 339. 240. 242. 243. 244. 246. 247. |19. 21. + 251. 252. 258. 254. 259. 349. 363. 366. 367. 368. 369. 370. | + 371. 372. 373. 374. 375. 376. 377. 378. 379. 380. 381. 382. | + 383. 384. 385. 386. 387. 388. 389. 390. 403. | + | + Mṛira. |1. + | + Msount. 323. 324. 326. | + | + en Nekhla. 6. 7. 11. |1. 21. + | + Nezala. 231. 232. 234. 354. |17. 21. + | + Nfiḍ. 296. | + | + Nfis. 335. 337. 338. | + | + Noun (district). 35. 70. 91. 101. 123. 138. 156. 317. | + 318. 344. 345. 346. 402. | + | + Nza. 40. |3. 21. + | + El Ouaạr. 192. |14. + | + Ouaouizert. 70. 71. |6. + | + Ouarour. |1. 21. + | + Ouerṛa. 16. 17. 420. |2. 21. + | + Ouinjgal. 301. | + | + Ouizert. 240. 373. 376. 377. 382. |18. 21. + | + Oulad Ạli. 373. | + | + Oulad Djouat. |14. + | + Oulad Ọtman. 248. 379. | + | + Oulṛass. 340. 341. 342. 344. 345. | + | + Oumm er Rebiạ. 21. 24. 49. 54. 57. 58. 59. 60. 63. 70. |6. 21. + 79. 100. 102. 259. 260. 265. 266. 277. 401. | + | + Ouneïn. 335. | + | + Ourjelim. 44. |3. 21. + | + Ouseddan. |20. + | + Ousillin. 40. |3. + | + Ousṛeït. 296. | + | + Ouṭat Aït Izdeg. 363. 366. 368. 371. 376. 377. 382. | + | + Ouzanif. 106. | + | + El Qabia. 300. 301. | + | + Qaçba el Djouạ. 118. 138. 139. 304. 305. |9. + | + el Qceb (bassin de la Mlouïa). 254. 376. 381. |20. + | + el Qcib (affluent du Dra). 299. 307. 308. | + | + el Qous. 14. 15. |1. 21. + | + Rḍât (entre Tanger et Fâs). 16. |2. 21. + | + (entre Demnât et Merrâkech). 58. 80. 82. 86. 94. |7. 21. + 96. 266. | + | + Ṛeris. 225. 227. 354. 357. 358. 359. 360. 361. 363. |16. 21. + | + Samsa. |1. + | + Saksad. 323. 326. | + | + Sebou. 10. 12. 17. 21. 24. 26. 27. 39. 97. 100. 101. |2. 4. 21. + 102. 256. 386. 387. 401. 420. 421. | + | + Semnara. 191. |12. 21. + | + Sfrou. |4. + | + Sidi Ben Sasi. 65. | + | + Bou Iaḥia. v. Achil Sidi Bou Iaḥia. | + | + Ḥamza. v. Ouad Zaouïa S. Ḥamza. | + | + Ḥaseïn. 328. 329. 336. | + | + Moḥammed el Ḥadj. |1. + | + Moḥammed ou Iạqob. 22. 197. 199. 200. 308. 309. |10. 21. + | + Nacer. 310. | + | + Rejjou. |9. + | + Siroua. 281. | + | + Souf ech Cherg. 240. 242. 367. 368. 370. 376. 377. |18. 21. + | + Souir. |1. + | + Sous. 22. 24. 28. 81. 88. 95. 99. 100. 102. 108. 124. |12. 14. + 138. 140. 160. 177. 179. 181. 183. 184. 188. 189. 190. 191. |21. + 192. 193. 194. 195. 196. 199. 232. 282. 293. 306. 307. 309. | + 316. 317. 318. 319. 321. 322. 326. 327. 328. 329. 330. 332. | + 333. 334. 335. 336. 341. 343. 344. 345. 346. 401. | + | + Ta n Amelloul. 281. 336. | + | + Tafna. 253. 388. | + | + Tagmout (affluent de l’Od Rḍât). v. Ouad Adrar n Iri. | + | + (affluent de l’Od Dâdes). 211. 274. | + | + Taïfi. |1. + | + Talkjount. 193. 335. 336. |14. 21. + | + Tamanaṛt. 316. | + | + Tamanat. 96. 279. | + | + Tamdakht. 277. | + | + Tamellalt. 296. | + | + Tamtsift. 207. 208. 285. 288. 295. |8. + | + Tanamrout. 172. 173. | + | + Tangarfa (affluent du Dra moyen). 213. 296. |8. 15. + | + (affluent du Dra inférieur). 300. | + | + (affluent du Sous). 195. |14. + | + Tansikht. 296. | + | + Tanziḍa. 116. 117. 118. 304. 305. |9. + | + Tanziṭ. 211. | + | + Tara Melloul. 296. | + | + Targant (affluent de l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa). 141. |10. + 305. 306. 307. 308. 309. | + | + Targant (affluent de l’Ouad Qaçba el Djouạ). 139. | + | + Tarza. 227. |16. 17. + |21. + | + Tasminert. 296. | + | + Tasoukt. 325. 326. | + | + Tasṛirt. 281. | + | + Tatta. 58. 143. 150. 171. 299. 309. 310. 311. 312. 338.|10. 21. + 434. | + | + Tâza. 29. 30. 31. 32. 387. |4. + | + Tazarin. 364. | + | + Tazenakht. 103. 105. 106. 108. 109. 112. 206. 281. 282.|8. + 283. 304. | + | + Tazeroualt. 342. | + | + Tazioukt. 335. 337. | + | + Tazouli. 307. | + | + Tazrout Timeloukka. 161. |9. + | + Teççaout. 65. 76. 100. 259. 260. 264. 265. 266. | + | + Teççaout Fouqia. 77. 260. 265. 266. 267. |7. 21. + | + Merrâkech. 260. | + | + Taḥtia. 79. 260. 266. |7. 21. + | + Temgissin. 302. 303. | + | + et Tenîn. |1. + | + Tensift. 65. 79. 81. 102. 401. | + | + Tesatift. 141. 307. |9. 10. + | + Tétouan. 4. 7. |1. 21. + | + Tichka. 96. 278. | + | + Tiddarin. 376. 378. | + | + Tidili. 93. 94. 278. |8. 21. + | + Tidsi. 187. |13. 21. + | + Tifnout. 321. 322. 323. 324. 326. 327. 332. 336. 338. | + | + Timjijt. 106. 112. 205. 282. |8. 9. + | + Tiouant. 376. 378. | + | + Tiouiin. 112. 205. 282. |9. + | + Tira n Imin. 232. |17. + | + Tiranekht. |1. + | + Tiṛremt. 311. | + | + Tisint. 58. 117. 118. 120. 161. 166. 302. 303. 304. |9. + 306. 432. | + | + Titoula. 83. | + | + Tittal. 324. | + | + Tizert. 175. 313. 314. |11. 21. + | + Tizgi. 325. 326. | + | + Tizgi el Ḥaraṭîn. 300. 314. 315. 316. | + | + Iṛiren. 314. | + | + n Mousi. 323. 324. 326. | + | + Tizi Aït Imi. 260. | + | + Aqqa. |10. + | + Tizounin. 315. | + | + Tlit. 302. 303. | + | + Todṛa. 219. 220. 221. 222. 223. 224. 225. 228. 267. |16. 21. + 353. 354. 355. 356. 357. 358. 361. | + | + Toufasour. 146. 147. 308. |10. + | + Toug er Riḥ. 143. 158. 310. 311. |10. + | + Tourza Aït Sekri. 274. | + | + Ṭriq Targant. 139. 305. |9. + | + Za. 250. 251. 252. 253. 367. 374. 376. 379. 380. 381. |20. 21. + 385. 388. 390. | + | + Zagmouzen. 321. 322. 326. 327. 328. 329. 332. 335. 336.| + 337. | + | + Zaouïa Sidi Ḥamza. 347. 353. 354. 403. | + | + Zerri. 296. | + | + Zfal (zaouïa). 271. | + | + Zgiḍ. 161. 166. 298. 299. 300. 301. 302. 303. 306. |9. 21. + | + Ziad. 193. |14. + | + Ziz. 10. 21. 24. 28. 62. 82. 88. 99. 100. 101. 102. |17. 21. + 121. 153. 158. 188. 209. 211. 218. 221. 222. 223. 226. 227. | + 228. 229. 230. 231. 232. 234. 256. 347. 348. 349. 350. 351. | + 352. 353. 354. 357. 362. 403. | + | + Zrorha. v. Ouad Kheneg Zrorha. | + | + Ouagginekht. 301. | + | + Ouaouizert (village). 28. 68. 69. 70. 71. 72. 96. 99. 100. |6. 21. + 259. 260. 264. 266. 267. 400. 401. 408. 427. 428. | + | + (col). 68. 100. |6. 21. + | + Ouaoula. 265. | + | + Ouaounsemt. 277. |8. + | + Ouaounzourt. 321. 322. 323. 402. | + | + Ouaourmest. 284. | + | + Ouaouzgert. 325. | + | + Ouarsdik. 275. | + | + Ouarzazât. 81. 276. 279. 280. 281. 283. 284. 303. 399. 402. | + | + Ouarzazât proprement dit. 280. | + | + Ouazen. 271. | + | + Ouazzân. 2. 53. 163. 166. 293. 343. | + | + Ouchchan. 363. | + | + Oudjda. 230. 250. 253. 256. 257. 258. 369. 376. 379. 380. |20. 21. + 381. 388. 389. 390. 391. 403. 448. 449. 450. | + | + Ougdour. 279. 324. 336. | + | + Ougemmez. v. B Ougemmez. | + | + Ougins. 283. | + | + Ouichdan. 99. 337. 338. | + | + Ouin s Tlit. 213. |8. 15. + | + Ouinjgal. 301. | + | + Ouirgan. 337. | + | + Ouirṛân (désert). |8. + | + Ouizert. 377. 382. |18. 21. + | + Ouizil. 337. 338. | + | + Ouizzân. 342. 345. 402. | + | + Oujjân. 342. | + | + Oul Itgir. 351. | + | + Touroug. 357. 358. 361. 363. | + | + Oulad Abbad. 370. | + | + Abbou. 377. | + | + Admer. 243. 375. 384. 385. | + | + Assoun. 262. | + | + Ạbd Allah (Beni Ạmir). 259. 262. | + | + (Ida ou Blal). 154. | + | + Ạbd el Kerim. 243. 385. | + | + Ạbd el Malek. 371. 385. | + | + Ạḍim. 300. | + | + El Ạgid. 291. | + | + Ạïssa (tribu). 15. 17. |2. 21. + | + (monts). 16. |2. + | + (Oulad Iaḥia). 303. | + | + (Smâla). 261. | + | + Ạli (Beni Ạmir). 262. | + | + (Ouad Chegg el Arḍ). 374. 378. 379. | + | + (mont). 99. 100. 235. 239. 240. 241. 246. 383. |21. + | + ben Ṭelḥa. 388. | + | + Ạmama. 263. | + | + Ạmer (tribu). 380. 381. |20. + | + (monts). 379. 380. 381. 388. 389. | + | + Ạrif. 262. | + | + Ạrzin. 369. | + | + El Ạsri. 263. | + | + Ạzzouz (Ourdiṛra). 261. | + | + El Bacha (fraction des Beni Oukil). 368. 369. 386. | + | + (qçar). 291. | + | + Bechiḥ. 303. | + | + El Bekri (fraction des Oulad el Ḥadj). 384. | + | + El Bekri (localité d’Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. | + | + Bel Qas. 302. | + | + Bella. 154. | + | + Ben el Ḥoul. 247. 248. 379. 448. |19. 21. + | + Sifer. 332. |14. 21. + | + Bḥar el Kebar. 261. | + | + Bḥar es Sṛar. 261. | + | + Bou Ạïṭa. 346. | + | + Ạrif. 263. | + | + Bekr (Beni Mellal). 259. | + | + (Chaouïa). 263. | + | + Ḥafra. 370. | + | + Ḥerira. 294. | + | + Ḥerrou. 262. | + | + Iạoud. 262. | + | + Ious. 292. | + | + Jejia. 370. 403. |18. + | + Qaïs. 384. | + | + Qdir. 301. | + | + Ṛadi. 66. 261. | + | + Ṛilas. 378. 379. | + | + Ṛis. 332. 402. | + | + Ṭîb. 370. | + | + Ziân (monts). 36. |4. + | + Ziri. 263. | + | + Brahil. 331. 402. | + | + Brahim (Beni Mousa). 262. | + | + (Beni Zemmour). 261. | + | + (Fezouata.) 292. 293. 295. | + | + (Menâba). 331. 402. | + | + (Ourdiṛra). 261. | + | + Chaïb. 263. | + | + Chaouf. 298. 303. | + | + Daḥou (Sous). 191. | + | + Daoud. 384. | + | + Deḥou (Ouizert). 377. | + | + (Tikoutamin). 377. | + | + Deleïm. 157. 346. | + | + Doudoun. 154. | + | + Dris (El Mḥamid). 295. | + | + (vallée du Sous). 193. 333. |14. 21. + | + Djemạ (tribu). 18. 24. 387. |2. 3. 21. + | + (Zgiḍ). 301. | + | + Djerrar (Zgiḍ). 301. 302. 304. | + | + Djouat. |14. + | + El Feḍil. 371. 385. | + | + Fennan. 66. 261. | + | + Fers. 263. | + | + Fteta. 66. | + | + Gaouch. 261. | + | + el Ḥadj (tribu). 10. 34. 35. 136. 241. 243. 244. 245. |18. 19. + 247. 248. 367. 368. 371. 374. 375. 378. 379. 381. 382. 383. |21. + 384. 385. 388. | + | + (environs de Fâs). 24. |4. + | + (mont). 383. | + | + (Metṛara). 352. | + | + (Ternata). 291. | + | + Ḥamed (El Mḥamid). 295. 403. | + | + Ḥamid (fraction des Oulad el Ḥadj). 384. | + | + (localité sur la Mlouïa). 243. 367. 368. 369. | + 372. 374. 384. 385. | + | + Ḥamida (Zgiḍ). 301. | + | + Ḥammou (Ouad Aṛlal). 300. | + | + (Zgiḍ). 301. | + | + Ḥammou ou Mousa (fraction des Houara). 368. 385. | + | + Ḥammou ou Mousa (qaçba). 368. 385. | + | + Ḥaris. 264. | + | + Ḥasen (Beni Ạmir). 262. | + | + (Menâba). 331. 332. 335. 336. 402. | + | + El Ḥasen (Mlouïa). 367. 369. | + | + Ḥellal. 301. 302. 304. | + | + Iaḥia (tribu du Dra). 116. 121. 124. 126. 135. 136. |8. 9. 21. + 154. 159. 160. 162. 163. 167. 171. 201. 206. 207. 285. 286. | + 290. 292. 293. 297. 298. 300. 301. 302. 303. 309. 319. 320. | + | + (tribu du Sous). 194. 319. 330. 331. 332. 333. |14. 21. + 334. 402. | + | + (collines). 209. |8. 15. + | + Iạïch (Beni Mạdan). 262. | + | + Iạqoub. 262. | + | + Ioub (Ternata). 291. | + | + (zaouïa). 291. | + | + Ious. 377. | + | + Iousef (Beni Mạdan). 262. | + | + (Beni Zemmour). 261. | + | + Izenqad. 346. | + | + Jellal (tribu). v. Aït Jellal. | + | + Jerrar (fraction des Oulad el Ḥadj). 384. | + | + (localité sur la Mlouïa). 367. 369. 374. | + | + Kerzab. 303. | + | + Khaoua. 237. 238. 240. 241. 243. 246. 366. 367. 377. |17. 18. + 381. 382. 384. 385. | + | + Mahdi. 368. 385. | + | + Mançour. 401. |7. + | + Mạmmer (Beni Mạdan). 262. | + | + (Ferkla). 356. 357. 361. | + | + Mellouk (frac. des Oulad el Ḥadj). 385. | + | + (localité d’Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. |18. 19. + | + Meraḥ (Beni Mousa). 262. | + | + (Ouad Zgiḍ). 301. | + | + Mesạd. 290. 296. | + | + Mesạoud. 368. 385. | + | + Mhiia. 295. | + | + Mḥammed. 263. | + | + El Mîdi. 380. 381. | + | + Mnisf. 263. | + | + Moulat. 153. 154. | + | + Moulei Ạli ben Ạmer (Aït Tseṛrouchen). 373. 383. | + | + (Anoual). 373. | + | + Moulei Iạqob. 371. | + | + Mousa. 290. | + | + Nahr. 261. | + | + Nedjạ. 262. | + | + Ọtman. 379. |19. + | + Ousạ. 291. 292. | + | + Reḥou. 368. 376. 385. | + | + Rejiạ. 262. | + | + Sạïd (Beni Mạdan). 262. | + | + (Chaouïa). 263. | + | + (Houara). |12. 21. + | + (Ouad Chegg el Arḍ). 378. 379. | + | + Sedira. 368. 385. | + | + Selîman (Ḥallaf). 368. 369. 385. | + | + (Misour). 370. | + | + Senjej. 263. | + | + Segeïr. v. Oulad Seṛeïr. | + | + Seṛeïr (Misour). 370. | + | + (Ouad Sous). 190. 191. 192. 194. 442. |12. 21. + | + Seṛir (Angad). 388. | + | + Sidi Ạïssa (Chaouïa). 264. | + | + Ạïssa (Tiissaf). 374. 384. | + | + Ạli Bou Chnafa. 390. | + | + Ạmer. 298. | + | + Bel Qasem. 264. | + | + Ben Ạbd Allah. 373. | + | + Ạïada. 367. 369. 374. | + | + Daoud. 263. | + | + Bou el Ạlam. 370. | + | + Ạmran. 66. | + | + Iạqob. 367. 368. 369. 376. | + | + Chikh (environs de Fâs). 24. | + | + El Houari. 357. | + | + el Ḥadj. 264. | + | + Ḥamed ben Ạbd eç Çadoq. 355. |16. + | + Iạqob. 374. | + | + Mḥammed bel Ḥoseïn. 368. 385. | + | + Mḥammed ben Ḥamed. 390. | + | + Smaïn. 262. | + | + Smida. 262. | + | + Smir. 261. | + | + Taoubbalt. 346. | + | + eṭ Ṭeïma. 191. | + | + Ṭeïr. 369. | + | + Zahra. 262. | + | + Zian (Beni Ạmir). 262. | + | + (Chaouïa). 264. | + | + Zireg. 263. | + | + Zmam. 262. | + | + Ould Faṭma Ḥammou. 306. 309. | + | + Sidi Malek. 331. 334. | + | + Sidoïn. 66. | + | + Oulmess. 28. 46. 48. 101. 102. 383. 407. |5. 21. + | + Oumbarek ou Dehen. 189. 193. 194. 443. |14. + | + Oumm el Ạleg. 152. 313. 317. |10. + | + el Bordj. 144. |10. + | + Djeniba. 383. | + | + el Lefạ. 367. | + | + er Remman. 274. | + | + Oumsedikht. 339. | + | + Ouneïn. 335. 337. 338. 402. | + | + Ounila. 95. 170. 277. |21. + | + Ounzin. 156. 196. 305. 306. 307. 309. 319. 320. | + | + Ourdiṛra. 49. 261. | + | + Ourika. 208. 276. 285. 286. 287. 288. 290. 291. 294. 295. |8. + 296. 297. | + | + Ouriz. 209. 276. 285. 287. 288. 290. 291. 294. 295. 297. |8. + | + Ouriz Oulad Megeddem. 290. | + | + Ourti. 279. | + | + Ousṛeït. 212. | + | + Oussikis. 70. 96. 260. 261. 266. 267. 269. 361. 363. |6. + | + Outoura. 227. 326. | + | + Ouṭa Aftis. |17. + | + Anbed. 217. 219. 221. 358. 361. |15. 21. + | + Angad. 97. 253. 254. 256. 257. 368. 372. 379. 381. 385.|20. 21. + 388. 389. 390. | + | + Azbed. 276. | + | + Bou Iougi. |17. + | + Bouddeïr. 146. 308. | + | + Iferṛes. 264. 267. | + | + Izouṛar. 267. | + | + Jell. 368. 372. 379. 385. 386. 387. | + | + Mlouïa. 372. | + | + Ṛaret. 368. 372. 386. 387. 390. | + | + n Sema. 365. | + | + Tafrâta. 101. 250. 251. 368. 372. 375. 388. |19. 20. + |21. + | + Tiallalin. 229. 231. |17. 21. + | + El Ouṭat (pour Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. | + | + Ouṭat Aït Izdeg. 100. 376. 377. 382. 403. | + | + Oulad el Ḥadj. 22. 240. 241. 242. 243. 244. 246. 367. |18. 19. + 369. 371. 372. 374. 376. 378. 379. 384. 385. 403. 415. 448. |21. + 450. | + | + Ouṭiṭa. 39. 40. |3. 21. + | + Ouzdiin. 284. 304. | + | + Ouzzân. 342. | + | + | + Q | + | + El Qabia. 301. 304. | + | + El Qaçba (Aït Ououlouz). 330. | + | + (Aqqa). 120. 151. |10. + | + (Tidsi). 339. | + | + Qaçba Aït Ạli. 287. |8. + | + Ạrbi. 288. | + | + Ḥerbil. 316. 317. | + | + el Ạïoun. 22. 250. 253. 254. 255. 256. 257. 369. 379. |20. 21. + 380. 381. 388. 391. 449. | + | + Ạïoun Sidi Mellouk. v. Qaçba el Ạïoun. | + | + Ạli ou Mousa. 303. | + | + Bel Kouch. 63. | + | + Beni Mellal. 28. 57. 60. 62. 63. 64. 66. 68. 69. 73. |6. 21. + 100. 400. 401. 426. 427. | + | + Qoulal. 379. 380. 381. | + | + Cherarda. 24. | + | + Chikh Ould el Ḥadj Iaḥia. 314. |11. 21. + | + Debdou. 249. 375. 376. |19. + | + Djedida. 352. | + | + el Djouạ. 91. 128. 137. 138. 139. 140. 141. 145. 156. |9. 21. + 200. 299. 304. 305. 306. 307. 310. 312. 315. 318. 319. 320. | + 433. 436. | + | + Foum el Ouad. |19. + | + Fichtâla. 38. 59. 60. 64. 66. 259. 263. |6. 21. + | + Foum Tazenakht. 290. | + | + Iselouan. 386. 390. | + | + el Kạba. 296. | + | + el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa). 233. 235. 236. 237. |17. 18. + 238. 368. 369. 373. 377. 415. 447. 450. |21. + | + (Tatta). 143. 145. 309. 310. |10. + | + (Tinzoulin). 290. 403. | + | + Messoun. 379. 385. 386. 387. 390. 391. | + | + Miknâsa. 32. 391. 401. | + | + Moulei Ismạïl. 250. 251. 252. 379. 380. 381. 390. 449.|20. 21. + | + Oulad Ḥammou ou Mousa. 368. 385. | + | + Qedîma. 352. | + | + Ras el Ạïn Beni Matar. 379. 380. 390. | + | + er Remla. 294. | + | + Tâdla. 53. 57. 58. 60. 63. 64. 66. 252. 259. 263. 401.|6. 21. + 426. | + | + Tadoula. |8. + | + El Qaçbat. 311. | + | + Qaïd Faraji. |12. + | + Sạïd ould Bel Ạïd. |12. 14. + | + El Qanṭra. 260. | + | + (Ouad Sidi Ben Sasi). 65. | + | + El Qçâbi (pour Qçâbi ech Cheurfa). (localité de Qçâbi ech |17. 18. + Cheurfa). 238. 239. 241. 243. 369. 373. 377. 382. 403. | + | + (Tatta). 311. | + | + Qçâbi ech Cheurfa. 10. 22. 39. 47. 62. 70. 99. 100. 147. |17. 18. + 216. 228. 231. 232. 235. 236. 237. 238. 240. 241. 243. 244. |21. + 265. 365. 366. 368. 369. 373. 374. 382. 383. 384. 403. 447. | + 448. | + | + Izligen. 292. 293. 294. | + | + Oulad Bou Ḥerira. 294. | + | + El Qçar (ville). 4. 5. 13. 14. 15. 16. 18. 22. 31. 257. 401.|1. 21. + 419. 420. 450. | + | + Qçar Aït Brahim. 359. | + | + Beni Mellal. 66. | + | + Beni Zemmour. 50. 51. 52. 425. |5. 21. + | + Berrani. 352. | + | + Chạïr. 299. | + | + Dekhlani. 352. | + | + Djedid (Metṛara). 352. | + | + (Qçâbi ech Cheurfa). 369. | + | + (Ternata). 291. | + | + Aït Ḥammou. 351. 352. | + | + El Qçar el Kebir (ville). v. El Qçar. | + | + (Semgat). 359. | + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + Kebir Aït Brahim. 359. | + | + Khsa. 297. 303. | + | + el Mạllemin. 374. |19. 21. + | + Oulad Moulei El Ḥasen. 377. | + | + Ousebri. 377. | + | + el Qdour. 305. | + | + es Souq (district). 99. 101. 218. 220. 221. 226. 227. |17. 21. + 228. 229. 230. 232. 347. 351. 352. 403. | + | + (qçar). 219. 223. 226. 229. 348. 351. 353. 354.|17. 21. + 365. 369. 373. 374. 377. 403. 446. | + | + Ṭoual. 377. | + | + Zida. 270. | + | + El Qcîba. 142. 145. |10. + | + Qcîba Aït Aqqo. 292. | + | + Ạïssa ou Brahim. 295. | + | + Bou Daoud. 364. | + | + Moḥa ou Ạli. 351. | + | + Moulei Ḥamed. 221. 358. | + | + Tarat. |8. 15. + | + Berda. 291. | + | + Chiadma. 295. | + | + Chikh El Ạrabi ben Ọtman. 290. 303. 304. | + | + Ignaouen. 364. | + | + el Ihoud. v. Qcîra el Ihoud. | + | + Imougar. 358. | + | + Moulei Brahim. 358. | + | + el Mqadra. 291. | + | + Oulad El Ạgid. 291. | + | + Oulad El Bacha. 291. | + | + Oulad Ousạ. 291. | + | + Sidi Oumbarek. 291. | + | + Sidi Zaoui. 295. | + | + El Qcîbat (Ida ou Blal). 154. | + | + El Qcîbat (Tatta). 311. |10. + | + Qcîbat Ilemsan. 361. 362. | + | + Qcîr ech Cherif. 350. | + | + Sidi Ọmar. 350. |17. + | + Qcîra Aït Aḥa. 350. |17. + | + Attou. 377. | + | + Ạouda. 349. | + | + Ḥamed ou Selîman. 377. 378. | + | + Alibou. 349. | + | + ech Cheurfa (Ạïat). 377. | + | + ech Cheurfa (Bou Sellam). 377. | + | + el Ihoud (Tiallalin). 230. 348. 349. 350. 351. 352. |17. + 353. 354. 363. 365. 368. 369. 371. 373. 377. 403. 415. 446. | + 447. 450. | + | + El Mehenni. 351. | + | + ou Ba El Ḥasen. 354. | + | + Sidi Ben Ḥachem. 377. | + | + Sidi Moḥammed bel Bachir. 377. | + | + Tizi n Isekfan. |8. 15. + | + Qcîrat Sidi Ạbd Allah ou Ạli. 359. | + | + Qçour Asif Melloul. 348. | + | + Beïḍin. 140. 320. |9. 10. + | + Qebala. 349. | + | + Qelaïa (tribu). 390. 391. | + | + (monts). 386. 390. | + | + Qeradma. 364. | + | + Qeṭạïa. 49. 59. 66. 259. 261. 263. |5. 6. 21. + | + Qioud. 302. | + | + El Qlạa (ville). 260. 266. 401. |7. + | + (Imgoun). 275. | + | + (zaouïa). 291. 292. 293. | + | + Qouareṭ. 371. | + | + Qoubba Moulei Iạqob ben Selîman. 367. |18. + | + Moulei Ismạïl. 120. 121. |9. + | + Sidi Ạbd Allah ou Djafer. |8. + | + Ạbd el Ouaḥad. 367. | + | + Ạïad (Aït Iiggas). |14. + | + Ạïad (Menâba). |14. + | + Ạli bel Qasem. |19. + | + Ạli ben Djebira. 143. 144. 310. |10. + | + Ạli ou Ạzza. 307. | + | + Ạmara. 300. 312. | + | + Bou el Ạlam. |18. + | + Iaḥia. 270. 274. |15. + | + Reja. 332. 333. 338. | + | + Sekri. |13. + | + Daoud. 280. | + | + Daoud Tagoummast. |16. + | + Ḥaseïn (Ouad Sidi Ḥaseïn). 328. | + | + El Ḥasen Ạli. 281. | + | + El Ḥoseïn (Tatta). 144. 299. 309. |10. + | + Ismạïl. v. Qoubba Moulei Ismạïl. | + | + Mançour ou Ḥamed. 278. | + | + Mellouk. 255. |20. + | + Moḥammed d Aït Ḥoseïn. 144. 309. | + | + ou Bel Qasem. |8. 15. + | + el Ḥadj. |1. + | + ou Dris. |8. + | + Mousa n Ḥamerin. |12. + | + Sạïd. |12. + | + Selîman. 66. | + | + Tarourt. 295. | + | + Qoubbouin. 375. | + | + Qtaoua. 210. 285. 286. 293. 294. 295. 362. 363. 364. 403. | + | + | + R | + | + Er Raḥba (Qçar es Souq). 351. | + | + Raḥba (Tatta). 311. | + | + Raḥôna. 5. | + | + Ras el Ạïn Beni Matar. 379. 380. 381. 390. | + | + Dra. 286. 287. | + | + Iṛir. 311. |10. 21. + | + Mezgîṭa. 287. | + | + el Ouad. 155. 166. 170. 189. 193. 317. 329. 333. 334. |14. 21. + 335. | + | + Rekkam. 239. 246. |19. + | + Ternata. 289. 290. 292. | + | + Rebaṭ (port de mer). 19. 21. | + | + (Mezgîṭa). 286. 287. 295. 403. | + | + (Tinzoulin). 290. 403. | + | + Aït Mimoun. 296. | + | + el Ḥadjer. 291. 296. 303. | + | + Rechida. 243. 247. 251. 375. 376. 384. |19. + | + Refoula. 367. 368. 385. | + | + Regba. 294. | + | + Reggou (groupe de qçars). 369. 374. |19. 21. + | + (mont). 100. 246. |21. + | + Regibat. 157. 346. | + | + Er Reken (Ouad Imgoun). 275. | + | + Reken (Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob). 308. 320. | + | + Rekkam. 147. 239. 240. 242. 243. 244. 246. 247. 372. 374. |18. 19. + 382. 384. 389. |21. + | + Reṛraba. 382. 383. | + | + Reṭeb. 21. 227. 347. 353. 363. 403. | + | + Rḥala. 329. 330. 332. 333. 334. 335. 402. | + | + Rḥamna. 79. 259. 401. |21. + | + Rich. 348. 349. | + | + Rif. 4. 5. 8. 12. 24. 25. 35. 136. 251. 379. 386. 387. 401. | + | + Rist Djedeïd. 147. 148. 150. 156. 299. 307. 308. |10. + | + Roḥa. 286. 292. 293. | + | + Rouased. 261. | + | + Roudat. 287. | + | + Ṛ | + | + Ṛaba el Ạrich. 367. |18. + | + Ida ou Gerṭ. 186. 187. |13. 21. + | + Oumm el Lefạ. 367. | + | + Sidi Ạbd el Ouaḥad. 367. |18. + | + Ṛalil (district). 280. | + | + (qçar). 280. 284. | + | + Ṛarb. 15. 43. |2. 21. + | + Ṛaret. 368. 372. 386. 387. 390. | + | + Ṛarm el Ạlam. 66. | + | + Ṛeris. 21. 99. 100. 101. 211. 218. 219. 220. 224. 225. 226. |16. 21. + 228. 230. 239. 242. 349. 358. 360. 361. 363. 403. | + | + Ṛiata (tribu). 25. 29. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 65. 248. 383.|4. 21. + 387. | + | + (monts). 18. 27. 28. 29. 31. 33. 36. 101. 102. 251. |4. 21. + 368. 372. 379. 383. 386. 387. | + | + Ṛiour. 228. 350. |17. + | + Ṛiraïa. 401. | + | + Ṛomera (Rif). 25. | + | + (environs de Fâs). 24. |3. + | + El Ṛouanem. 301. | + | + El Ṛrouch. 352. | + | + | + S | + | + Safi. 339. | + | + Sahel. 22. 24. 82. 123. 124. 126. 148. 152. 154. 155. 158. | + 162. 166. 167. 168. 169. 182. 188. 293. 297. 299. 316. 317. | + 318. 319. 328. 333. 339. 342. 343. 345. 346. 402. | + | + Saïs. 20. 24. 37. 39. 40. |3. 21. + | + Saksad. 323. | + | + Sama (Menâba). 331. | + | + Sarsar. 13. 15. |1. 21. + | + Saṛro. 100. 211. 212. 213. 214. 215. 217. 218. 219. 220. |8. 15. + 223. 227. 267. 269. 276. 289. 296. 361. 364. |16. 21. + | + Sạïda. 369. 384. | + | + Sebdou. 390. | + | + Es Sebt (Indaouzal). 334. | + | + Sebt el Gerdan. 191. | + | + el Kefifat. 191. | + | + Tamegrout. 293. | + | + Sefala (Mezgîṭa). 287. | + | + Sefalat (Fezouata). 292. | + | + Seketâna (famille). 88. 318. 319. 320. 328. 329. | + | + (tribu). 167. 170. 282. 306. 307. 319. 328. 329. | + 336. 337. 402. | + | + proprement dits (fraction de la tribu). 329. 337. | + | + Sellaout. 375. | + | + Sema (plaine). 365. | + | + Semgat (district). 358. 359. | + | + Semget. 66. 261. | + | + Semlal. 354. | + | + Semmoura. 376. | + | + Semṛir. 269. | + | + Sénégal. 124. | + | + Seroub (Ouad Iriri). 279. | + | + (Ouad Tlit). 302. | + | + Serṛin. 351. |17. + | + Serṛina (Qçour Beïḍin). 140. |10. + | + (Tatta). 311. | + | + Seṛmeṛ. 66. | + | + Sfrou. 10. 18. 19. 20. 21. 24. 28. 35. 37. 38. 39. 60. 64. |4. 21. + 78. 101. 237. 265. 382. 383. 387. 395. 401. 407. 415. 423. | + 424. 450. | + | + Siaïda. 264. | + | + Sidi Ạbd Allah. 184. 439. |12. + | + (douar). 101. | + | + ou Ạli. 359. | + | + ou Djafer. |8. + | + ou Mḥind (Aït Ạmer). 114. 282. |9. + | + ou Mḥind (Tisint). 121. 160. 164. 343. |9. + | + Oumbarek (Aqqa). 151. | + | + Oumbarek (Mrimima). 159. 166. 167. 303. |9. + | + Ạbd el Ạli (Qtaoua). 294. | + | + (Todṛa). 355. | + | + Ạbd el Ouaḥad (qoubba). 367. | + | + (forêt). 367. |18. + | + (zaouïa). 371. | + | + Ạbd er Raḥman. v. Moulei Ạbd er Raḥman. | + | + Ạbd er Raḥman (Tamessoult). 203. |9. + | + Ạïad (Aït Iiggas). |14. + | + Ạïad (Menâba). |14. + | + Ạli bel Qasem. |19. + | + ben Ạbd er Raḥman d Admer. 374. 375. | + | + ben Djebira. 143. 144. 310. |10. + | + ben Samaḥ d Oulad Ạmer. 374. | + | + ech Chergi. |8. 15. + | + ou Ạbd er Raḥman. 121. 303. | + | + ou Ạzza. 307. | + | + Ạmara. 300. 312. | + | + Ben Ạbd Allah. 373. | + | + Nacer (Tamegrout). 292. 303. | + | + Nacer (Ternata). 291. | + | + Sasi. 65. | + | + Blal. 301. | + | + Bou Ạbbed. 66. 266. | + | + Ạbd Allah. 352. | + | + el Ạlam. |18. + | + Bekr. |5. + | + Iaḥia. 127. 270. 271. 274. 275. |15. + | + Nega. 336. | + | + Nou. 293. | + | + Qil. 348. 349. 363. | + | + Reja. 332. 333. 338. | + | + Sekri. |13. + | + Çaleḥ. 294. | + | + Daoud. 280. | + | + Daoud Tagoummast. |16. + | + Dris (Aït Seddrât). 288. 296. | + | + (Dâdes). 211. 271. |15. + | + Felaḥ. 269. | + | + El Houari. 226. 361. |16. + | + el Ḥadj Ạmer. 355. | + | + Ḥamed (Aït Zaïneb. 278. |8. + | + Ḥamed ou Mousa. 160. 168. 169. 341. 342. 343. | + | + Ḥamza. 353. 354. 403. | + | + Ḥaseïn (Ouad Sidi Ḥaseïn). 328. | + | + Ḥaseïn ou Mḥind. |13. 21. + | + El Ḥasen Ạli. 281. | + | + El Ḥoseïn (Tatta). 144. 299. 309. |10. + | + (Tazeroualt). 341. 342. 343. | + | + (Zenâga). 282. |9. + | + Iaḥia (village). |7. + | + (Dar). 442. | + | + Ious. 330. | + | + Ismạïl. |9. + | + Malek. 331. 334. | + | + Mançour ou Ḥamed. 278. | + | + El Medaoui. 311. | + | + Mellouk. 255. |20. + | + Merri. 302. | + | + Mḥind ou Iạqob. 331. | + | + ou Ouchchen. 442. |13. + | + Moḥammed d Aït Ḥoseïn. 144. 309. | + | + bel Qasem. 62. 63. |6. + | + el Ḥadj. |1. + | + ou Ạbd Allah. 287. |8. 15. + | + ou Bel Qasem. |8. 15. + | + ou Bou Bekr (Tisint). 121. | + | + ou Dris. |8. + | + ou El Ḥasen. 360. | + | + ou Iạqob (Ouad S. Moḥammed ou Iạqob). 198. | + 308. 309. | + | + ou Iạqob (Ouad el Amdad). 335. | + | + Mouloud (zaouïa). |15. + | + Mousa. 335. | + | + Mousa n Ḥamerin. |12. + | + Ọmar (Ida ou Gemmed). 330. | + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + Ọtman. 280. 402. | + | + ou Ạziz. 335. | + | + Oumbarek (Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. | + | + (Tâdla). 266. | + | + (Ternata). 291. | + | + Reḥal. 22. 70. 79. 80. 81. 82. 99. 266. 401. 408. 415. |7. 21. + 428. 450. | + | + El Ṛazi. 153. | + | + Sạïd. |12. + | + Selîman. 66. | + | + Zaoui. 295. | + | + Siroua. 95. 96. 102. 108. 112. 204. 279. 281. 282. 283. 326.|21. + 327. | + | + Smâla. 49. 66. 90. 261. | + | + Smira. 300. 301. 302. 304. | + | + Soual. 261. | + | + Soualeb. 154. | + | + Souaṭat. 331. 402. | + | + Souekh. 299. 312. | + | + Souir. 299. 309. | + | + Soukkan. 154. | + | + Sountat. 347. | + | + Souq el Arbạa Aït Iiggas. |14. + | + Bdaoua. 13. |1. + | + Beni Qoulal. 381. | + | + Oulad Djemạ. 18. |2. 3. + | + el Djemạa Houara. |12. + | + Oulad Ḥamid. 385. | + | + Oulad Iaḥia. |14. + | + el Ḥad Aït Ạtab. 75. 261. 267. 401. |6. + | + Aït Bou Zîd. 71. 427. |6. + | + Aït Mezal. |11. 12. + | + Ida ou Isaṛen. |13. + | + el Mouloud. 168. 169. 342. | + | + Mrimima. 168. 169. 342. | + | + S. Ḥamed ou Mousa. 168. 169. 342. | + | + et Tenîn Ida ou Mḥammed. 183. |12. 21. + | + Kerarma. 250. 252. 381. |20. + | + Oulad eṭ Ṭeïma. 191. |12. + | + Todṛa. 224. 356. |16. + | + Touf el Ạzz. 178. 341. |11. 21. + | + Tiallalin. 349. | + | + et Tlâta Hiaïna. 35. 36. 43. |4. + | + Ksima. 184. |12. + | + Oulad Ḥamid. 385. | + | + ez Zemmour. 42. 43. 424. |3. 21. + | + et Todṛa. 224. 356. |16. + | + ez Za. 250. 252. 381. |20. + | + Sour. 278. 402. | + | + Sous. 24. 70. 96. 109. 110. 120. 124. 126. | + | + 145. 148. 155. 166. 169. 170. 181. 189. 190. 192. 193. 194. | + 196. 256. 316. 317. 328. 333. 342. 343. 346. | + | + Soussia. 298. | + | + Sraṛna. 49. 76. 77. 79. 259. 260. 266. 401. |7. 21. + | + Steïla. 299. | + | + | + T | + | + Ta n Amelloul (Mezgîṭa). 211. | + | + n Amelloul (désert). 281. 282. 336. | + | + Bou Ạbd Allah. 299. | + | + Taadadats. 358. | + | + Taagnit. 321. | + | + Taaqilt. 288. 289. 290. 296. | + | + Tabadricht. 329. | + | + Tabaouchit. 275. | + | + Tabarkaït. 348. | + | + Tabarkhast. 275. | + | + Tabaroucht. 265. | + | + Taberracht. 347. 348. | + | + Tabia (Aït Tameldou). 321. 322. | + | + (Iouzioun). 322. 324. 402. | + | + (Ouad el Ạbid). 75. 76. 400. 401. |6. 21. + | + (Todṛa). 355. | + | + (Zagmouzen). 327. | + | + (Ziz). 348. | + | + Aqqa Iṛen. 200. | + | + n Boro (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + n Boro (Ouad Zgiḍ). 302. | + | + Djedida. 302. | + | + n Imaoun. 334. | + | + en Nkheïla. 302. | + | + Tabnattout. 376. | + | + Tabouạrbit. 353. | + | + Tabougoumt. 278. 284. 402. |7. + | + Tabount. 280. 402. | + | + Tabouraḥt. 277. |8. + | + Tachbacht Aït Isfoul. 356. |16. + | + Tachdirt. |14. + | + Tadafals. 223. 446. |16. + | + Tadakoucht. 152. | + | + Tadaout (Tiallalin). 350. |17. + | + Taddart. 276. | + | + Tadellast. 278. | + | + Tademricht. 280. | + | + Taderost (pour Taderoucht). | + | + Taderoucht. 227. 358. 359. 360. 363. 403. |16. 21. + | + Tâdla (contrée). 19. 40. 42. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53.|5. 6. 21. + 56. 57. 59. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 72. 74. 100.| + 181. 230. 259. 261. 263. 264. 265. 266. 278. 383. 401. | + | + (qaçba). 53. 57. 58. 60. 63. 64. 66. 252. 259. 263. |6. 21. + 401. 426. | + | + Tadmamt. 326. | + | + Tadoula. 92. 106. 278. 402. |8. + | + Tadja. 280. | + | + Tafellount. 195. 331. |14. 21. + | + Tafergalt. 287. | + | + Tafersit. 401. | + | + Tafilelt. 20. 21. 22. 39. 47. 153. 154. 156. 157. 167. 168. | + 169. 227. 232. 286. 293. 297. 347. 353. 357. 363. 369. 403. | + | + Tafoudeït. 44. 45. 48. |3. + | + Tafounent. 105. 106. 283. |8. + | + Tafraout. |14. + | + Tafraout n Iraden. |9. + | + Tafrâta. 101. 250. 251. 368. 372. 375. 388. |19. 20. + |21. + | + Tafrent (Aït Ạbd el Ouirt). 328. | + | + Tafrent (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + Tafrouqt. 302. | + | + Tafroust. 290. 296. | + | + Tafrout. v. Ṭriq Tafrout. | + | + Tagadirt (Aqqa). 120. 151. 403. |10. + | + (Imseggin). |12. + | + (Ouad Mançour). 325. | + | + (Ouad Tlit). 302. | + | + Aït Atto. 281. | + | + Aït Daoud. 281. | + | + Aït Ḥamed ou Ḥoummou. 330. | + | + el Bour. 337. 338. 401. | + | + n Ououddiz. 331. 332. | + | + n Tafoukt. 330. | + | + Tagdielt Aït Bou Daoud. 361. | + | + Tagdourt n Touda. 279. 284. 402. | + | + Tagemt. 300. | + | + Tagendout. 330. | + | + Tagendouzt. 277. |7. + | + Tagentout (Ouad Aït Tigdi Ouchchen). 103. 283. |8. + | + Tagenṭaft. 337. | + | + Tagenza (Dâdes). 270. |15. + | + (Ḍahra). 373. 384. | + | + (Ida ou Gemmed). 330. 334. | + | + (Ouad Zagmouzen). 327. 328. 329. | + | + Tagenzalt. 103. 104. 284. 430. |8. 21. + | + Tagergint. 301. | + | + Tagergoust (Aït Ououlouz). 330. | + | + (Zagmouzen). 327. | + | + Tagerra. 195. |14. + | + Tagersift. 348. 349. 353. 354. | + | + Tagherot. 99. | + | + Tagjdit. 327. | + | + Taglaout. 329. | + | + Tagmadart. 292. 293. | + | + Tagmout (Aït Ọtman). 327. 328. 329. 402. | + | + (Glaoua). 80. 82. 83. 84. 266. 401. 408. 415. 429. |7. 21. + 450. | + | + (Isaffen). |11. + | + (Ouad Tatta). 309. 310. 311. 312. 319. | + | + Tagnit (Imini). 278. 402. | + | + (Qçar es Souq). 351. |17. + | + Aït Moḥo. 271. |15. + | + Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb. 271. 274. |15. + | + Tagouïamt (Aït Oubial). 327. 402. | + | + (Ouad Iriri). 279. | + | + Tagoulemt. 335. | + | + Tagoummast. 355. |16. + | + Tagounsa. 355. | + | + Tagoust. 331. | + | + Tagrioualt. 325. | + | + Tagrirt. 364. | + | + Tagzart. 211. | + | + Tagzirt. 59. 64. 68. 259. |6. + | + Tahennaout. 401. | + | + Taḥalla. 330. |14. + | + Taḥamdount. 359. | + | + Taïfst (Aït Zaïneb). 277. |8. + | + (Ounzin). 306. 307. | + | + Taïmzouṛ. 114. 115. 116. 117. 137. 139. 147. 161. 318. |9. + | + Taïrza. 356. | + | + Taïssa. 321. 322. 324. 326. | + | + Tajakant. 144. 153. 167. 188. 297. | + | + Tajegjit. 277. |7. + | + Takatert (rive droite du Dra). 272. 287. 294. 295. |8. + | + Aït Ikhelf (rive gauche du Dra). 287. |8. 15. + | + Takatirt (Ṛeris). 360. | + | + Takchtamt. 327. | + | + Takdicht. 204. 205. 444. |9. + | + Takemmou. 335. | + | + Takerrat. 277. |7. + | + Takiout. 401. | + | + Taksit. |7. + | + Takhelil. 291. | + | + Takherri (Genṭafa). 337. | + | + (Ouad Tifnout). 322. | + | + Takhoualt. 365. | + | + Tala. 284. | + | + Tala Moumen. 337. | + | + Talalt. 356. | + | + Talaṛt Imadid. 306. 328. | + | + Talat (Ouad El Qabia). 301. | + | + Aït Iaḥia (Mezgîṭa). 287. 296. |8. 15. + | + n As. 337. | + | + n Ig. 323. 326. | + | + n Ougnal. 324. | + | + n Tanout (Imeṛrân). 273. | + | + n Tiout. 330. | + | + Talatin n Ouadil. 266. | + | + Taldnount. 145. 311. 320. | + | + Taleint Bou Ḥeddou. 273. | + | + Talella. 338. | + | + Talemaṛt. 66. | + | + Talemt. |10. 14. + | + Taleouin (Mezgîṭa). 287. 296. |8. + | + (Ouneïn). 335. 337. 338. | + | + (Zagmouzen). 327. | + | + (Zenâga). 114. 283. | + | + Talesmant. |8. + | + Talet. 280. | + | + Talet Tefraout. |8. + | + Talḥarit. 364. 365. | + | + Talilt. 301. | + | + Talkjount. 193. 333. 335. 336. |14. 21. + | + Tallent Sidi Ḥachem. 342. | + | + Talmest. 266. | + | + Talmist. |20. + | + Talmodat (Ouad Timjijt). 282. | + | + Talmoudat (Ouad Tizgi). 325. | + | + Talmout. 275. | + | + Talmzit. 287. |8. + | + Taloust (Aït Ạmer). 282. | + | + (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + Talsit. 373. 384. 390. | + | + Taltgmout el Ḥaraṭîn. 305. 306. | + | + Taltnezourt. 327. | + | + Tamagourt. 348. 349. | + | + Tamaïoust. 104. 283. |8. + | + Tamakoucht. 277. |7. 8. + | + Tamalalt. 334. | + | + Tamaliḥt. 341. 402. | + | + Tamalout (Ouad Aoullous). 326. 402. | + | + Aït Ạmer ou Ạli. 326. | + | + Tamanaṛt. 152. 316. 317. 318. 345. 403. | + | + Tamanat (col). 95. 96. 99. |7. 21. + | + Tamararsent. 322. | + | + Tamarouft. 112. 282. 336. 337. 403. 432. |9. 21. + | + Tamasint (Ouarzazât). 280. 402. | + | + (Todṛa). 355. |16. + | + Tamast. 331. 332. 334. 402. | + | + Tamatout. 267. | + | + Tamaziṛt (Ouad Asdṛem). 283. | + | + (Ternata). 291. | + | + Tamazount. 350. |17. + | + Tamazzens. 401. | + | + Tamda (Tazarin). 364. | + | + Aïtbir. 306. 307. | + | + Tamdafelt (Mlouïa). 366. 382. | + | + (Tiallalin). 350. |17. + | + Tamdakht (Aït Seddrât). |8. 15. + | + (Aït Zaïneb). 89. 277. 278. |8. + | + Tamdrart (Aït Ououlouz). 330. | + | + (Ounzin). 305. 306. | + | + Tamdroust. 337. | + | + Tamedint. |10. + | + Tamegrout. 101. 138. 153. 160. 166. 285. 286. 287. 292. 293.| + 303. 335. 343. | + | + Tamejjout. 99. 323. 338. | + | + Tamellakout (Ouad Asdṛem). 283. | + | + (Ounzin). 306. | + | + Tamellalt. 401. | + | + Tamerrakecht. 229. 348. 349. 351. 352. 363. 369. 370. |17. 21. + | + Tamerranist. 278. | + | + Tamerzast. 280. | + | + Tamesraout. 269. 273. | + | + Tamesraout (plaine). |9. + | + Tamessoult (Adis). 143. 145. 158. 310. |10. + | + (Ouad Ignan n Ikis). 128. 202. 203. 305. |9. 21. + | + Tametkal. 277. |7. + | + Tamgout. 330. | + | + Tamjerjt (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + (Ouad Igemran). 325. 326. 327. 402. | + | + (Ouad Tanziḍa). 304. | + | + (Ounzin). 306. | + | + Tamkasselt. 288. 296. |8. 15. + | + Tamkasselt el Ḥara. v. Ḥara Tamkasselt. | + | + Tammarouin. 324. | + | + Tammasin (district). 106. 280. 283. 284. 403. | + | + Tammast (Ouarzazât). 277. 280. | + | + (Tatta). 311. | + | + Tammenout. 327. | + | + Tamnougalt. 210. 212. 272. 273. 285. 286. 287. 288. 289. |8. 21. + 290. 291. 293. 294. 295. 296. 297. 403. 414. 415. 444. 445. | + 446. 450. | + | + Tamṛart. 279. | + | + Tamsellount. 337. | + | + Tamskourt. 329. | + | + Tamskrat. |7. + | + Tamsoult (Ouad Aqqa). 175. |11. + | + (Ouad Aqqa). |11. + | + Tamzaourout. 301. | + | + Tamzernit. 323. 324. | + | + Tamzerra. 281. | + | + Tamzout. 291. | + | + Tanagamt. 291. | + | + Tanamrout (col). 172. 173. |11. + | + (Mezgîṭa). 287. | + | + Tanfekht. 329. | + | + Tanfit. 335. 337. | + | + Tangarfa. v. Foum Tangarfa. | + | + Tanger (ville). 1. 2. 4. 11. 15. 16. 19. 20. 21. 22. 36. 46.|1. 21. + 122. 191. 401. 417. 418. 450. | + | + (province). 4. 15. | + | + Tanṛerift. 353. | + | + Tansikht. 288. | + | + Tansiṭa Fouqania. 303. | + | + Tanslemt (qçar). 365. 373. 384. | + | + (col). 99. | + | + Tanziḍa. 116. 117. 300. 302. 303. 304. 320. 399. 432. |9. 21. + | + Tanziṭa (Ternata). 291. | + | + Tanzmout (Aït Seddrât). 288. 289. | + | + (Glaoua). 266. | + | + Taouaḥit. 350. |17. + | + Taouaḥmant. 358. |15. + | + Taouarsout. 322. | + | + Taouinekht. 301. | + | + Taoura (Aït Tseṛrouchen). 384. | + | + (Ouad Iriri). 279. 402. | + | + Taouraṛt. 332. | + | + Taourbart. 338. | + | + Taourirt (Aït Iaḥia. Ouad Dâdes). 216. 271. |15. + | + (Aqqa). 120. 151. |10. + | + (Azrar). |10. 14. + | + (Imini). 278. | + | + (Indaouzal). |14. + | + (Metṛara). 352. | + | + (Ouad Mançour). 325. | + | + (Ouad Za). 250. 251. 252. 379. 380. 381. 390. 449. |20. 21. + | + (Ouarzazât). 280. 402. | + | + (Seketâna). 329. | + | + (Tazenakht). 281. | + | + (Todṛa). 220. 221. 222. 223. 265. 272. 273. 355. |16. 21. + 356. 357. 358. 359. 360. 361. 362. 364. 403. 414. 415. 450. | + | + (Zagmouzen). 327. 402. | + | + el Ḥad. 327. 332. 402. | + | + Ibousas (Mezgîṭa). 287. |8. 15. + | + n Imakkeren. 85. |7. + | + Izknasen. 270. |15. + | + el Mrabṭin. 334. | + | + ou Selîman. 182. 184. 439. |12. + | + n Ouzenag. 302. | + | + n Tilles. 302. | + | + Taqqat. 101. 286. 294. | + | + Taqqat Nezala. 354. | + | + Taqṭrant. 332. | + | + Tarea. 268. 285. 286. 287. 295. |8. + | + Tareddout. 281. | + | + Targa (Qçar es Souq). 351. 352. | + | + Aït Iraṭ. 337. | + | + n Mimoun. 327. | + | + Targanada. 276. 403. | + | + Targant. 307. 308. 309. | + | + Targant Ida ou Gerṭ. 186. 187. |13. 21. + | + n Ououdmim. 183. |12. 21. + | + Tarḥamt. 263. | + | + Taria (désert). 284. | + | + Aït Ạli ou Moḥa. 272. | + | + Aït Ạmer. 272. | + | + Aït Meraou. 275. | + | + ạla sagia Imeṛrân. 272. | + | + Ben Sekri. 272. | + | + Ilemsan. 356. |16. + | + Tarir n Imiṭeṛ. |15. + | + Tarjijt. 318. | + | + Tarkeddit. 99. 274. 277. |21. + | + Tarmast. 287. | + | + Tarmoucht. 270. |15. + | + Tarneouin. 322. | + | + Tarokht. 285. | + | + Taroudant. 22. 99. 100. 192. 193. 199. 313. 329. 331. 332. |14. 21. + 333. 334. 335. 340. 402. | + | + Tarouni. 301. | + | + Tarourt. 295. | + | + Tarq. 353. | + | + Tarribant. 347. 348. | + | + Tarza. 227. |16. 17. + |21. + | + Taṛeroucht. 325. | + | + Taṛilast. 278. | + | + Taṛla. 171. 172. 173. 309. 310. 438. |10. + | + Taṛlemt. 330. | + | + Taṛramt. 280. | + | + Taṛrat. 322. | + | + Taṛrelil. 403. | + | + Taṛrout (Mezgîṭa). 286. 287. | + | + (col). 99. | + | + Taṛzout (Ouad Aït Semmeg). 328. | + | + (Qçâbi ech Cheurfa). 369. | + | + (Qçar es Souq). 351. | + | + (Ternata). 291. 296. | + | + Imeṛrân. 269. 273. | + | + Tasdmit. 340. | + | + Tasdṛemt (Aït Ououlouz). 328. 330. 332. 335. | + | + Taselmant. 106. 277. | + | + Taserga. 327. | + | + Taserlit. 330. 331. | + | + Tasga. 278. | + | + Tasgedlt. 93. 94. |8. + | + Tasgelt. |11. 12. + | + Tasḥmoumt. 330. | + | + Tasiset. 348. | + | + Taskoukt. 93. 94. 278. 402. | + | + Tasla Aït Brahim. 106. 206. 208. 285. 295. |8. 21. + | + Tasminert. 296. | + | + Tasoult. 321. | + | + Tasremout. 401. | + | + Tasṛekht. 279. | + | + Tasṛent. 328. | + | + Tasṛirt. 281. 282. 305. 306. 328. 336. 337. |9. + | + Tassellount. 401. | + | + Tassoumat. 330. 331. 334. | + | + Tassourt. 287. |8. + | + Tastift (Ouad El Qabia). 301. | + | + (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + Tatta (oasis). 22. 35. 91. 120. 121. 126. 127. 128. 130. |10. 21. + 132. 135. 137. 138. 141. 142. 143. 144. 145. 148. 150. 151. | + 153. 154. 156. 158. 160. 168. 170. 171. 173. 174. 180. 193. | + 256. 293. 297. 298. 302. 308. 309. 310. 311. 312. 315. 318. | + 319. 320. 337. 338. 340. 343. 400. 403. 432. 433. 434. 435. | + 436. | + | + (kheneg). 151. 161. |10. + | + Tatteouin. 376. 377. | + | + Tâza. 19. 25. 26. 29. 30. 31. 32. 33. 35. 38. 60. 64. 241. |4. 21. + 249. 375. 376. 378. 379. 385. 387. 390. 395. 401. 406. 415. | + 421. 422. 450. | + | + Tazalaṛt (Ilalen). 340. | + | + (Ouad Nezala). 354. | + | + Tazarin (district). 22. 288. 362. 363. 364. | + | + (Aït Iaḥia). 353. | + | + (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + Tazdeṛt Fouqani. 327. | + | + Taḥtani. 327. | + | + Tazeggert. 279. | + | + Tazenag. 106. | + | + Tazenagt (Metṛara). 352. | + | + Tazenakht (district). 106. 281. |8. 9. + | + (village). 22. 62. 81. 92. 96. 103. 105. 106. 107.|8. 21. + 108. 109. 110. 111. 113. 114. 124. 135. 138. 171. 181. 196. | + 199. 202. 203. 205. 206. 216. 280. 281. 284. 285. 288. 300. | + 301. 304. 327. 336. 395. 400. 403. 409. 410. 413. 414. 415. | + 430. 431. 432. 443. 444. 445. 450. | + | + (Ouad Dra). 296. | + | + Tazentout. 89. 94. 277. |8. + | + Tazeroualt (district du Sahel). 70. 107. 168. 293. 316. 341.| + 342. 343. 344. 345. 400. 402. | + | + (village). |6. + | + Tazga (Imadiden). 329. | + | + Asdṛem. 283. | + | + Tazgelt. 340. | + | + Taziat. 359. | + | + Tazioukt. 335. | + | + Tazleft. 277. 278. 402. |8. + | + Taznout (Tisint). 120. 121. 320. |9. + | + (désert). 306. | + | + Tazouli. 306. 307. 320. | + | + Tazoulit. 311. | + | + Tazoult (Imskal). 329. | + | + (Ouad Aït Tameldou). 324. | + | + (Ouad Amzarou). 325. | + | + (Tatta). 310. |10. + | + (Zenâga). 282. 283. |9. + | + Tazouqa. 351. |17. + | + Tazrouft. 353. 354. | + | + Tazrout (Aït Ouaṛrda). 281. | + | + (Ouarzazât). 280. | + | + (Tazenakht). 281. |8. + | + (Fezouâta). 293. | + | + Fouqania (Imgoun). 275. | + | + Taḥtania (Imgoun). 275. | + | + Timeloukka. 161. |9. + | + Taztout el Qaḍi. |5. + | + n Saṛro. |15. + | + Teççaïout. 93. 277. 278. |8. + | + Teççaouit. 376. | + | + Teççaout Aït Mazzen. |7. + | + Teddref. 326. 336. | + | + Tefraout (mont). |7. + | + (désert). |8. + | + Tegafeït (Ouad Za). 379. 380. 381. | + | + Telouet (district). 70. 81. 85. 86. 94. 107. 108. 109. 266. |7. 21. + 276. 278. 280. 284. 326. 327. 336. 402. | + | + (col). 82. 84. 85. 95. 96. 99. 233. |7. 21. + | + Telṛemt (col). 28. 99. 147. 228. 231. 232. 233. 234. 326. |17. 21. + 373. | + | + Temdaouzgez. 112. 282. 302. 304. |9. + | + Temgissin. 303. | + | + Temouddat. 281. | + | + Temsasar. 281. | + | + Temraṛerin. |9. + | + Tenîn Aït Bou Bekr. 335. | + | + Aït Iaḥia ou Ọtman. 360. | + | + Aït Sin. 328. | + | + Aït Touf el Ạzz. 178. 341. |11. + | + Aqdim. 348. | + | + El Ạroumiat. 292. | + | + Ida ou Mḥammed. 183. |12. 21. + | + Ilougaïm. 341. | + | + Kerarma. 250. 252. 381. |20. + | + Oulad eṭ Ṭeïma. 191. |12. + | + Qaçba Qedîma. 352. | + | + Rebaṭ. 290. | + | + Sidi Bou Ạbd Allah. 352. | + | + Smira. 302. | + | + Taourirt el Ḥad. 328. | + | + Telouet. 81. | + | + Timdouin. 335. | + | + Tinṛir. 224. 356. |16. + | + Todṛa. v. Tenîn Tinṛir. | + | + Touf el Ạzz. 178. 341. |11. 21. + | + ez Za. v. Tenîn Kerarma. | + | + Zaouïa Sidi Bou Qil. 349. | + | + Tenmasla. 280. 284. 402. | + | + Terboula. 267. | + | + Terga. 282. |9. + | + Ternata. 158. 159. 210. 212. 285. 286. 289. 290. 292. 293. | + 303. 363. 403. | + | + Terrats. 18. 20. 26. 37. 39. |3. 21. + | + Tertara. |5. + | + Teṛrisin. 267. | + | + Tesakoust. 279. 284. 336. | + | + Tesaouant. 207. 276. 284. 285. 287. 289. 290. 291. 293. 294.|8. 21. + 295. 297. 304. 444. | + | + Tesatift. 305. 306. 307. 310. |9. + | + Tesfrout. 100. | + | + Tesla Aït Brahim. v. Tasla Aït Brahim. | + | + Tétouan (ville). 1. 3. 4. 5. 6. 7. 9. 10. 11. 13. 15. 22. |1. 21. + 23. 24. 25. 26. 34. 70. 405. 406. 415. 417. 418. 419. 450. | + | + (province). 4. 15. | + | + Teza (mont). 99. | + | + Tezzart. 332. | + | + Ti n Iargouten. 338. | + | + n Iourkan. 362. 364. | + | + Tiallalin (district). 228. 229. 230. 232. 233. 236. 347. |17. 21. + 349. 350. 365. 403. 446. 447. | + | + (plaine). 229. 231. |17. 21. + | + Tichgach. |11. + | + Tichka. 95. 96. 99. 278. |7. 21. + | + Tichki. 325. | + | + Tiddes. 325. | + | + Tidgar. 176. 314. 438. |11. + | + Tidili (district sur l’Ouad Imini). 278. 279. 280. 402. | + | + (mont). 95. 96. 278. |7. 21. + | + Tidirmit. 323. | + | + Tidnes. 334. | + | + Tidrest. 274. | + | + Tidsi (district). 339. 340. | + | + (village du Tidsi). 339. 340. | + | + (Ternata). 291. | + | + Tifergin. 327. | + | + Tifernin (mont). 206. 207. |8. + | + (col). 100. 207. |8. 21. + | + (désert). 284. | + | + Tiferoui. 277. |7. + | + Tiffitra. 354. |17. + | + Tiffoultout. 280. | + | + Tifirt n Zarakten. |7. + | + Tiflit (Ouad Iserki). 274. | + | + (Ouad Sous). 330. | + | + Tifourt (Zagmouzen). 327. | + | + (Seketâna. v. Tizi). 329. | + | + Tifrest. 311. | + | + Tigemmi Djedid. 280. 402. | + | + n Talaṛt. 330. | + | + Tazouggaṛt Aït El Ḥaseïn. 273. | + | + Tigert. 277. |7. 8. + | + Tiggint. 290. | + | + Tigider. 330. 331. | + | + Tigiselt. 143. 309. 310. 320. |10. + | + Tigit (Mezgîṭa). 287. | + | + Aït b Oulman. 291. 292. | + | + Oulad Chạouf. 291. | + | + Tigouramin. 337. | + | + Tigzit. 337. | + | + Tigzmert. 311. | + | + Tiidrin (Amtrous). 358. | + | + Tiidrin (Todṛa). 222. 355. |16. + | + Tiiggan. 150. 309. 310. 317. 338. |10. + | + Tiiggan Qedîm. 145. |10. + | + Tiilit. 215. 216. 217. 270. 275. 361. 362. 399. 403. 414. |15. 21. + 445. 446. | + | + Tiissaf. 244. 374. 384. |19. 21. + | + Tiiti. 143. 158. 171. 309. 310. 311. 315. 320. |10. + | + Tikirt. 88. 89. 92. 93. 94. 95. 103. 108. 110. 274. 277. |8. 21. + 278. 279. 280. 284. 399. 402. 408. 409. 415. 428. 429. 430. | + 450. | + | + Tikoutamin. 377. 382. | + | + Tikoutar. 355. | + | + Tikhfar. 266. | + | + Tilioua. 329. | + | + Tillougit. 260. | + | + Tilmiouin. 270. |15. + | + Tilouin (Ouad Todṛa). 226. 227. 357. |16. 21. + | + Aït Isfoul. 338. |16. + | + Tilqit. 211. 322. | + | + Tilsekht. 282. | + | + Tilziṛ (qçar). 284. | + | + (désert). 284. | + | + Timasinin (Imskal). 329. 402. | + | + (désert). 276. | + | + Timaṭṛeouin Ignaouen. 219. 220. 221. 265. 357. 358. 361. |15. 16. + 364. | + | + Timbouktou. 123. 126. 127. 154. 156. 157. 169. 188. 346. | + 362. | + | + Timdouin. 332. 333. 334. 335. 402. | + | + Timekkit. |10. 21. + | + Timellilt (Ouad Iounil). 277. |7. + | + (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + Timeloukka. |9. + | + Timersit. 329. 402. | + | + Timesla. 289. 290. 296. 303. 403. | + | + Timezgiḍa n Izrar. 332. | + | + Timgdal. 325. | + | + Timi Ourṛt. 266. | + | + Timicha (Imeṛrân). 276. 403. | + | + Timichcha (Aït Iaḥia). 215. 271. 445. |15. 21. + | + (Ouad Aït Semmeg). 328. | + | + Timicht. 327. 328. | + | + Timidert. 287. |8. 15. + | + Timikert (Ida ou Tift). 330. 331. | + | + Timikirt (désert). 280. 281. | + | + Timiṭeṛ (Ouad Mançour). 325. | + | + (Ouad Tifnout). 322. 323. 324. | + | + Timjdout. 278. 279. 402. | + | + Timjijt. 282. |8. 9. + | + Timkist. 278. | + | + Timmi. 153. | + | + Timoula. 358. | + | + Timountout Fouqia. 278. | + | + Taḥtia. 278. | + | + Timoures. 325. | + | + Timṛart. 120. |9. + | + Timṛirt. 350. |17. + | + Timsal. 277. 402. | + | + Timskalt. 290. 296. | + | + Timstiggit. 275. | + | + Timtedit. 274. | + | + Timtig. 292. 293. | + | + Timzgit. 359. | + | + Timzourin. 351. |17. + | + Timzourit. 305. | + | + Timzrit. 278. 402. | + | + Tindouf. 70. 126. 128. 144. 145. 152. 155. 157. 182. 188. | + 297. 316. | + | + Tindout. 276. 403. | + | + Tinegdid. 291. | + | + Tinegza. 290. | + | + Tinfat. 306. 328. 329. 336. | + | + Tinfou. 293. | + | + Tingaï. 299. 300. 302. 307. | + | + Tingbit. 351. | + | + Tiniṛil. 211. 287. 296. | + | + Tinksif. 322. 328. | + | + Tinmekkoul. 321. 322. 327. 328. 329. 330. 332. 333. 337. | + | + Tinnikt. 330. 332. | + | + Tinṛir. 272. 273. 355. 356. 357. 359. 360. 403. |16. 21. + | + Tintazart. 141. 142. 143. 144. 145. 146. 148. 150. 152. 153.|10. 21. + 155. 158. 160. 164. 168. 297. 299. 310. 319. 320. 338. 403. | + 410. 411. 415. 433. 434. 435. 450. | + | + Tinzalin. 283. | + | + Tinzats. |20. + | + Tinzer. 321. 322. | + | + Tinzert (Id ou Illoun). 326. |14. + | + (Menâba). 331. 332. 334. 402. | + | + Tinzoulin. 22. 159. 160. 163. 164. 165. 210. 211. 212. 285. |11. + 286. 288. 289. 290. 292. 303. 304. 403. | + | + Tiouaïourt. | + | + Tiouanin. 360. | + | + Tiouant (district). 374. 378. | + | + (mont). 378. | + | + Tiouiin. 282. |7. + | + Tiourassin. 89. 277. | + | + Tiourza. 330. | + | + Tiout. 333. | + | + Tiouzzagin. 364. 365. | + | + Tir. 330. 332. | + | + Tirdouin. 356. | + | + Tirest. 327. | + | + Tirezdet. 348. |14. + | + Tirga. |15. + | + Tirigiout. 271. | + | + Tirikiou. 329. 337. |11. + | + Tirikht. |14. + | + Tirit. | + | + Tirkt. 331. 332. |19. 21. + | + Tirnest (groupe de qçars). 374. 384. | + | + (mont). 383. | + | + Tirza (Ouad Beni Mesri). 365. | + | + (Ouad Iounil). 277. | + | + Tiṛfert. 356. | + | + Tiṛilasin (Gers). 349. | + | + Qedîm. 349. | + | + Tiṛiourin. 351. | + | + Tiṛmert. 318. | + | + Tiṛrematin Aït n Aglou. 272. | + | + Aït Ạïssa ou Brahim. 356. |16. + | + Igelmouz. 276. | + | + Tiṛremt (Ouad El Qabia). 301. 403. | + | + (El Qçâbi. Tatta). 311. | + | + (Tatta). 311. 320. | + | + (Todṛa). 222. 355. |16. + | + Aït Assa. 273. | + | + Aït Ạbd Allah. 273. 274. | + | + Aït Ạli ou Iaḥia. 270. |15. + | + Aït b ou Iknifen. 356. | + | + Aït Brahim. 272. 273. | + | + Aït Ḥaddou ou Ạmr. 273. | + | + Aït El Ḥasen (Aït Iaḥia). 271. | + | + Aït Ḥasen ou Daoud. |8. 15. + | + Aït Ḥeddou. 272. | + | + Aït Ḥeddou ou Sạïd. 272. | + | + Aït Iạzza. 356. |16. + | + Aït Iddi Ikniouin. 273. | + | + Aït Kelb ou Ouchchen. 273. | + | + Aït el Mạllem. 272. | + | + Aït Merset. 270. |15. + | + Aït Mezber. 270. |15. + | + Aït Moḥammed. 273. | + | + Aït ou Ạggoun. 273. | + | + Aït ou Ben Ạli. 272. | + | + Aït Oujjin. |8. 15. + | + Aït Sidi Ạli. 272. | + | + Aït Temoudout. 272. 273. | + | + Azarif. 273. | + | + Ạaraben. 273. | + | + Ạli d Aït El Ḥasen. 212. 445. |8. 15. + | + Ạli Ḥeddou. 272. | + | + Ben Zizi. 272. | + | + Bou Ouchchan. 273. | + | + Bou Tezouerin. 273. | + | + Fouqania. 356. | + | + Ḥamed. 270. |15. + | + Ḥammou d Aït Ạli. 273. | + | + Ioub. 272. | + | + El Ḥasen d Aït Isso. 273. | + | + Ḥeddou Nzaha (d Aït Isso). 272. | + | + Ibaraḥen. 272. | + | + Ibaraḥen Taḥtia. 272. | + | + Iderdar. 273. | + | + Idir Aït Temoudout. 273. | + | + Ifertioun. 271. | + | + Imi n Ichil. 273. | + | + Isso ou Ḥamed. 272. | + | + Isso ou Mḥammed. 272. | + | + Issoun ben Touda. 272. | + | + Izeggaren. 273. | + | + Izouralen Aït Ḥammou. 275. 403. | + | + Moulei Es Sṛir. 273. | + | + Ou Tmakecht. 273. | + | + Ouazen. 271. | + | + Ousfia. 272. | + | + Qasi. 270. |15. + | + Sạïd d Aït Lalla. 273. | + | + Taḥtania. 356. | + | + Taria ạla sagia Imeṛrân. 272. | + | + Tiṛrist. 267. | + | + Tiṛzert. 291. | + | + Tisana. 377. | + | + Tisenna s Amin. 200. 307. 308. 309. |10. + | + Tisergat (Mezgîṭa). |8. 15. + | + Tisergat (Ternata). 291. 292. | + | + Tisfrioui. 306. 307. 309. | + | + Tisgedlt (Metṛara). 352. | + | + (Qçar es Souq). 351. | + | + Tisgin (tribu). 401. | + | + (village). 401. | + | + Tisili. 284. | + | + Tisint (oasis). 22. 35. 81. 91. 96. 100. 110. 113. 114. 115.|9. 21. + 117. 119. 120. 121. 122. 123. 125. 126. 127. 128. 130. 132. | + 134. 137. 138. 139. 141. 142. 145. 146. 148. 151. 152. 154. | + 156. 158. 159. 161. 164. 165. 166. 168. 170. 171. 174. 181. | + 184. 188. 193. 196. 200. 201. 202. 256. 285. 293. 298. 299. | + 301. 302. 303. 304. 305. 306. 307. 308. 315. 317. 318. 319. | + 320. 339. 432. 433. 436. 437. 438. 442. 443. 444. | + | + (kheneg). 117. 137. 138. 304. 306. 316. |9. + | + Tiskmoudin. 140. |9. 10. + | + Tislit Aït Tigdi Ouchchen. 105. 106. 206. 283. |8. 21. + | + Tammasin. 283. 284. | + | + Tisoukennatin. 401. | + | + Tisreïn. 379. 380. | + | + Tissouit. 376. | + | + Tit n Ạli. 364. 403. | + | + Titouga. 336. | + | + Titoula Fouqia. 83. 84. |7. + | + Taḥtia. 83. |7. + | + Tittal. 324. 336. | + | + Tizeggarin. 358. | + | + Tizert. 313. 314. | + | + Tizgelt. |11. + | + Tizgi (Mezgîṭa). 286. 287. | + | + (Ouad Iounil. District). 87. 91. 92. 277. 280. 402. |7. 21. + | + (Ouad Iounil. Village). 87. 88. 89. 274. 277. 402. |7. + 429. | + | + (Ouad Tizgi). 325. | + | + (Seketâna). 329. 337. | + | + (Todṛa). 355. 356. 359. | + | + n Gerrama. 364. 403. | + | + el Ḥaraṭîn. 138. 152. 314. 315. 317. 318. | + | + Ida ou Baloul. 171. 173. 174. 175. 181. 182. 312. 313.|11. 21. + 318. 438. | + | + Iṛiren. 315. | + | + n Mousi. 324. | + | + n Ouḥakki. 325. | + | + n Ouzalim. 278. | + | + es Selam. 152. | + | + n Taqqaïn. 321. 322. | + | + Tizgzaouin. 92. 94. 106. 277. 278. |8. + | + Tizi (Aït Ạmer). 282. | + | + Agni. 100. 114. 115. 116. 202. 282. 285. 304. |9. 21. + | + Aït Imi. 99. 261. 277. |21. + | + n Amzoug. 99. 277. |21. + | + Aqqa. 151. |10. + | + Azrar. 100. 196. 197. 199. 308. |10. 21. + | + n Baroukh. 285. | + | + n Dra. 364. | + | + n Glaoui. 28. 62. 80. 82. 84. 95. 96. 98. 99. 233. 266.|7. 21. + | + n Glouli (village). 338. | + | + n Haroun. 100. 202. 204. 285. 305. |9. 21. + | + el Ḥad. |11. 12. + | + Iberqaqen. 100. 177. |11. 21. + | + n Idikel (village). 338. | + | + Igidi. 161. |9. + | + n Isekfan (qçar). 288. |8. 15. + | + Izouṛar. 260. 267. | + | + n Omrad. 207. |8. + | + Ou Rijimt. 99. 277. |21. + | + Ouaouizert. 68. 100. |6. 21. + | + n Ougdour. 279. 324. 336. | + | + n Ouichdan. 99. | + | + n Ououlli. |17. + | + n Sous. 333. 334. 338. | + | + n Taddart. 276. | + | + n Tamanat. 95. 96. 99. |7. 21. + | + n Tamejjout. 99. 323. 338. | + | + Tanamrout. 172. 173. |11. + | + n Tanslemt. 99. | + | + n Tarkeddit. 99. 277. |21. + | + Taṛrout. 99. | + | + n Telouet. 82. 84. 85. 95. 96. 99. 233. |7. 21. + | + n Telṛemt. 28. 99. 147. 228. 231. 232. 233. 234. 236. |17. 21. + 373. | + | + n Terboula. 267. | + | + n Teṛrisin. 267. | + | + n Tichka. 95. 96. 99. 278. |7. 21. + | + Tifernin. 100. 207. |8. 21. + | + n Tifourt. 329. | + | + n Tiṛrist. 267. | + | + n Tzgert. 142. 338. |10. + | + Ṭriq Iṛil n Oïṭṭôb. 100. |8. 15. + |21. + | + Tizimi. 227. 347. 353. 403. | + | + Tizimout. |6. 21. + | + Tiznit. 344. 345. | + | + Tizounin. 126. 135. 152. 182. 314. 315. 317. |10. 21. + | + Tizourin. 321. | + | + Tizza (ruisseau). v. Chạba. | + | + Tlâta Afra. 145. | + | + Aït Ạïad. 265. | + | + Aït Ioub. 334. |14. 21. + | + Aït ou Alil. 350. | + | + Aït Toufaout. 341. | + | + Erḥal. 151. 152. | + | + Hiaïna. 35. 36. 43. |4. 21. + | + Ḥafaïa. 191. | + | + Imgoun. 275. | + | + Ksima. 184. |12. + | + Menâba. 334. |14. 21. + | + Mentaga. 335. | + | + Ouizzân. 342. | + | + Oulad Ḥamid. 385. | + | + Sidi Mellouk. 255. | + | + Tabia. 324. | + | + Tanzmout. 289. | + | + ez Zemmour. 42. 43. 424. |3. 21. + | + Tleḥa. 295. | + | + Tlemkaïa. 335. 337. | + | + Tlemsen (Algérie). 28. 32. 97. 101. 249. 250. 255. 258. 401.|21. + | + (Ouad Bou Igouldan). 279. | + | + Tlit. 106. 113. 302. 303. 304. | + | + Tloussa. 330. 331. | + | + Tlzoui. 325. | + | + Todṛa (oasis). 21. 22. 70. 78. 99. 188. 211. 214. 216. 217. |16. 21. + 218. 219. 220. 221. 222. 223. 224. 228. 239. 242. 265. 267. | + 354. 355. 357. 358. 361. 363. 364. 403. 445. 446. | + | + (tribu). 354. 355. 356. | + | + proprement dit. 221. 354. 355. |16. + | + Torch. 261. | + | + Toṛora. 277. |7. + | + Touat. 35. 123. 154. | + | + Toudma. 283. | + | + Touf el Ạzz (fraction). 340. |11. + | + (village). 178. 341. |11. 21. + | + Toufasour. 308. | + | + Toug el Khîr (Genṭafa). 337. | + | + (Iberqaqen). 176. |11. + | + (Iouzioun). 322. | + | + Taḥtani. 322. | + | + Toug er Riḥ. 142. 143. 144. 145. 153. 155. 158. 308. 310. |10. + 311. 320. 435. 436. | + | + Tougdin. 306. | + | + Touggour (village isolé). 242. 367. 369. 376. 378. |18. + | + (Ouṭat Oulad el Ḥadj). 371. | + | + Toukhribin. 337. | + | + Toulal. 364. | + | + Toulgdit. 347. 348. | + | + Toullist. 353. 354. | + | + Touloua. 335. 402. | + | + Toumjoujt. 278. | + | + Toumlilin. 358. | + | + Tounfid. 363. | + | + Touroug. 357. 358. 361. 363. | + | + Tourtit. 279. 284. 402. | + | + Tourza (Ṛeris). 360. | + | + Aït Sekri. 274. 275. 276. | + | + Trit. 128. 139. 299. 305. 306. 307. 308. 310. 316. 320. 340.|9. + 343. 436. | + | + Tsabit. 153. | + | + Tselfat. 16. |2. 21. + | + Tsoul. 25. 33. 387. |4. 21. + | + Tsouqt. 99. 100. 235. 383. |18. 21. + | + Tzgert. 142. 338. |10. + | + Ṭ | + | + Ṭaddart (Imadiden). 329. | + | + Ṭaddart n Oumira. 361. | + | + Ṭalạt n Tarfaqt. |13. + | + Ṭegaga. 15. |1. 2. 21. + | + Ṭerf eḍ Ḍel. 302. | + | + Eṭ Ṭeurfa. 140. 141. 147. 154. 307. 308. |10. 21. + | + Ṭiba Maṛnia. 299. | + | + Ṭitaf. 352. | + | + Ṭoual. 243. 384. | + | + Ṭriq Anfoug. 211. | + | + Aqqa. 267. | + | + Idili. 200. | + | + Iṛil n Oïṭṭôb. 100. 211. |8. 15. + |21. + | + Izilal. 267. | + | + Tafrout. 267. | + | + Tagzart. 211. | + | + Tilqit. 211. | + | + | + Z | + | + Za. 250. 252. 254. 367. 369. 372. 379. 391. |20. + | + Zagmouzen. 306. 319. 327. 328. 329. 402. | + | + Zaïan. 10. 19. 21. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 65. 66. 67. 90. |5. + 101. 191. 259. 263. 264. 265. 266. 381. 401. | + | + Zalaṛ. 18. 20. 37. 39. |3. 4. 21. + | + Zania. 261. | + | + Ez Zaouïa (Aït el Ḥazen). |14. + | + (Aqqa). 120. 151. 312. |10. + | + (Assaka). |7. + | + (Mlouïa). 367. 369. | + | + (Ouad Zagmouzen). 327. | + | + (Tammasin). 283. | + | + (Tatta). |10. + | + (Tazeroualt). 342. 343. | + | + (Tidsi). 340. | + | + (Tisint). 117. 121. 128. 160. 166. 184. 316. 320. |9. + 339. | + | + (Tizgi). |7. + | + Zaouïa Agerd. 275. | + | + Aḥansal. 260. 264. 267. | + | + Aïnach. 295. 304. | + | + Aït Ben Nacer (Ferkla). 356. | + | + (Mezgîṭa). 287. | + | + (Tatta). 310. | + | + Aït Bou Ạmran. 270. |15. 21. + | + Aït Bou Bekr. 270. |15. + | + Aït Haroun Isaffen. 314. |11. + | + Aït El Miskin. 356. |16. + | + Aït Ouaham. 260. 267. | + | + Aït El Ṛouadi. 66. | + | + Aït Sidi Ạli ou Ḥaseïn. 260. | + | + Aït Sidi El Boṛdad. 270. |15. + | + Aït Sidi El Ḥoseïn. v. Zaouïa S. El Ḥoseïn. | + | + Aït Sidi Mouloud. 271. | + | + Aït Zerrouq. 276. | + | + Alonzi. 260. | + | + Amadaṛ. 290. 296. | + | + Ankhessa. 278. | + | + Anoual. 373. 384. 390. | + | + Ạmer ou Ạbd er Raḥman. 291. | + | + el Baraka. 291. 292. 296. | + | + Ben Abbou. 331. 332. |14. + | + el Berrania. 294. 295. | + | + Bou Felfoul. 277. 284. | + | + el Feggouç. 290. 291. 296. | + | + el Ferfar. 330. | + | + Fouqania Sidi Dris. |15. + | + el Ftaḥ. 291. 296. | + | + Griourin. 286. | + | + Igouramen (Aït Touaïa). 279. | + | + (Ouad Iounil. Assaka). 277. |7. + | + (Ouad Iounil. Tizgi). 277. |7. + | + Iḥezdamen. 355. | + | + El Kaouka. 264. | + | + El Maṭi. 153. | + | + Moulei Ạbd Allah. 352. | + | + Ạbd el Qader. 331. | + | + Ạbd er Raḥman. 33. 35. |4. 21. + | + Ạbd es Selam. |4. 21. + | + Ạli. 330. | + | + Bakkan. |1. + | + Edris (Fâs). 25. 389. | + | + (Zerhoun). 24. 25. | + | + Mrabṭin Sidi Ech Chergi. 287. | + | + Ouad Zfal. 271. | + | + Oulad Ioub. 291. | + | + Sidi Ạïssa. 264. | + | + Bel Qasem. 264. | + | + Ben Ạïada. 367. 369. 374. | + | + Bou Ạmran. 66. | + | + Bou Iạqob. 367. 368. 369. 376. | + | + el Ḥadj. 264. | + | + Ḥamed ben Ạbd eç Çadoq. 335. |16. + | + Ouzdiin. 284. | + | + Qeradma. 264. | + | + el Qlạa. 291. 292. 293. | + | + es Sagia. 287. | + | + Sidi Ạbd Allah ou Mḥind (A. Ạmer). 114. 282. |9. + | + (Tisint). 121. 160. 164. | + | + Ạbd Allah Oumbarek (Aqqa). 151. | + | + (Mrimima). 159. 166. 167. |9. + 303. | + | + Ạbd el Ạli (Qtaoua). 294. | + | + (Todṛa). 355. | + | + Ạbd el Ouaḥad. 371. | + | + Ạbd er Raḥman. v. Zaouïa Moulei Ạbd er Raḥman. | + | + Ạbd er Raḥman. (Tamessoult). 203. 305. |9. + | + Ạïad. |14. + | + Ạli ou Ạbd er Raḥman. 121. 303. | + | + Ạli ech Chergi. |8. 15. + | + Ben Nacer (Tamegrout). 292. 303. | + | + (Ternata). 291. | + | + Ben Sasi. 65. | + | + Blal. 301. | + | + Bou Bekr (Mezgîṭa). 286. | + | + Bou Nega. 336. | + | + Bou Nou. 293. | + | + Bou Qil. 348. 349. 363. | + | + Çaleḥ. 294. | + | + Dris (Aït Seddrât). 288. 296. | + | + (Dâdes). 211. 271. |15. + | + Felaḥ. 269. | + | + El Houari (Ferkla). |16. + | + (entre Ferkla et Ṛeris). 226. 361. |16. + | + el Ḥadj Ạmer. 355. | + | + Ḥamed (Aït Zaïneb). 278. |8. + | + Ḥamed ou Mousa. 160. 168. 169. 341. 342. 343. | + | + Ḥamza. 353. 354. 403. | + | + Ḥaseïn ou Mḥind. |13. 21. + | + El Ḥasen el Ioussi. 38. | + | + El Ḥoseïn (Tazeroualt). 341. 342. 343. | + | + (Zenâga). 282. |9. + | + Ious. 330. | + | + Merri. 302. | + | + Mḥind ou Iạqob. 331. | + | + Mḥind ou Ouchchen. 442. |13. + | + Moḥammed bel Qasem. 62. 63. |6. + | + Moḥammed ou Ạbd Allah. 287. |8. 15. + | + Moḥammed ou Iạqob. 198. 308. 309. | + | + Mouloud Fouqania. |15. + | + Mouloud Taḥtania. |15. + | + Ọtman. 280. 402. | + | + Oumbarek. 371. | + | + Reḥal. 22. 70. 79. 80. 81. 82. 99. 266. 401. |7. 21. + 408. 415. 428. 450. | + | + es Souq. 287. |8. + | + Tamkasselt. 288. |8. 15. + | + Tanziṭa. 291. | + | + Zarakten. 80. 82. 83. 96. 266. 401. |7. 21. + | + Zarar Ida Oultit. 341. 342. 402. | + | + Zạïr (tribu). 21. 46. 47. 49. 66. 67. 264. 401. | + | + (qçar). 297. 298. | + | + Zbar. 299. | + | + Zebzat. 373. 382. | + | + Zegoura. 293. 296. | + | + Zekak. 287. | + | + Zekkara (tribu). 389. | + | + (monts). 28. 101. 253. 257. 372. 381. 383. 388. 389.|20. 21. + | + Zemmour Chellaḥa. 19. 21. 40. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. |3. 5. 21. + 49. 67. 401. | + | + Zemrân. 77. 79. 81. 401. |7. 21. + | + Zenâga. 22. 90. 91. 107. 108. 109. 110. 111. 112. 113. 114. |9. 21. + 115. 121. 126. 127. 134. 135. 170. 203. 204. 205. 280. 282. | + 303. 304. 305. 307. 308. 319. 400. 403. | + | + Zenata. 264. | + | + Zenba. 359. | + | + Zergan (Houara). 368. 385. | + | + (Ternata). 290. | + | + Zerhoun. 18. 21. 24. 25. 26. 38. 39. 40. 47. | + | + Zerrara. 360. |3. 21. + | + Zerzaïa. 367. 369. | + | + Zgiḍ (oasis). 135. 138. 161. 202. 290. 301. 302. 303. 304. | + 403. | + | + (kheneg). 161. 302. |9. 21. + | + Zida. 270. | + | + Zidania. 259. | + | + Ziz (district). 99. 347. 348. 349. 353. 363. | + | + Zizouan. 66. | + | + Zouaïa. 299. | + | + Zouaïr. 262. | + | + Zouaïzel. 161. |9. + | + Zouaoui. 287. | + | + Zrabia. 331. | + | + Zriouila. 373. 384. | + | + Zrorha. 146. 308. |10. + | + + * * * * * + + + + + =TABLE DES MATIÈRES.= + + * * * * * + + + Pages. + + Rapport fait à la Société de Géographie de Paris par + M. Henri Duveyrier sur le voyage du Vicomte Charles de + Foucauld au Maroc VII + + PREMIÈRE PARTIE. + + =Voyage.= + + AVANT-PROPOS XIII + + I. De Tanger à Meknâs 1 + + II. De Meknâs à Qaçba Beni Mellal 42 + + III. De Qaçba Beni Mellal à Tikirt 68 + + IV. De Tikirt à Tisint 103 + + V. Séjour dans le Sahara 119 + + VI. De Tisint à Mogador 170 + + VII. De Mogador à Tisint 188 + + VIII. De Tisint au Dâdes 202 + + IX. Du Dâdes à Qçâbi ech Cheurfa 218 + + X. De Qçâbi ech Cheurfa à Lalla Maṛnia 238 + + SECONDE PARTIE. + + =Renseignements.= + + I. Bassin de l’Ouad Oumm er Rebiạ 259 + + II. Bassin de l’Ouad Dra 268 + + III. Bassin de l’Ouad Sous 321 + + IV. Sahel 339 + + V. Bassin de l’Ouad Ziz 347 + + VI. Bassin de l’Ouad Mlouïa 366 + + APPENDICE. + + Les Israélites au Maroc 395 + + Liste des observations astronomiques faites au Maroc au + cours du voyage et tableau des latitudes et longitudes + déterminées astronomiquement par ces observations 405 + + Tableau des observations météorologiques faites au Maroc + au cours du voyage 417 + + Note sur les matériaux qui ont servi à dresser + l’itinéraire du voyage 450 + + Index des noms géographiques contenus dans le volume + et dans l’atlas 451 + + [=Photogravures.=] + + Tikirt. — Demeure du chikh 1 + + Chechaouen 8 + + Tigert (Ouad Iounil) 86 + + Vallée de l’Ouad Dra. — Vue prise de Tamnougalt 210 + + + FIN. + + + + + ERRATA. + + * * * * * + + + TEXTE. + + Page 70, 1er croquis. Au lieu de Ouad el Abip, _lisez_ + Ouad el Ạbid. + + Page 78, ligne 30. Au lieu de Ben Ạli ou El aMḥsoub, _lisez_ + Ben Ạli ou El Maḥsoub. + + Page 134, lignes 22 et 23. Au lieu de Imi n Tels, _lisez_ + Tisenna s Amin. + + Page 144, lignes 13, 14 et 15. Au lieu de Aït Ḥaseïn, _lisez_ + Aït Ḥoseïn. + + Page 175, ligne 4. Au lieu de Tinzert, _lisez_ Tizert. + + Page 211, ligne 15. Au lieu de Tanziṭ el Aqqa n Ourellaï, _lisez_ + Tanziṭ et Aqqa n Ourellaï. + + Page 211, ligne 20. Au lieu de Aït Aqqa ou Ạli, _lisez_ + Aït Aqqo ou Ạli. + + Page 264, ligne 31. Au lieu de Ifeṛres, _lisez_ Iferṛes. + + Page 267, ligne 4. Au lieu de Aït Bou Iknifen, _lisez_ Aït b ou + Iknifen. + + Page 267, ligne 17. Au lieu de Ifeṛres, _lisez_ Iferṛes. + + Page 270, ligne 44. Au lieu de Aït Ouzzin, _lisez_ Aït ou Ez Zin. + + Page 278, ligne 5. Au lieu de Adḥaa, _lisez_ Adaḥa. + + Page 278, ligne 40. Au lieu de Sidi Aḥmed, _lisez_ Sidi Ḥamed. + + Page 287, lignes 46 et 47. Au lieu de Iṛerm Azeggar, _lisez_ + Iṛir n Azeggar. + + Page 287, ligne 24. Au lieu de Ras Dras, _lisez_ Ras Dra. + + Page 290, ligne 40. Au lieu de Bou Nạn, _lisez_ Bou Nạnạ. + + Page 291, ligne 30. Au lieu de Zaouïa Ạmrou ou Ạbd er Raḥman, + _lisez_ Zaouïa Ạmer ou Ạbd er Raḥman. + + Page 293, ligne 2. Au lieu de Aït Bou Iknifen, _lisez_ + Aït b ou Iknifen. + + Page 294, lignes 19 et 21. Au lieu de Aït Bou Iknifen, _lisez_ + Aït b ou Iknifen. + + Page 299, ligne 15. Au lieu de Chebka Djedeïd, _lisez_ + Chelkha Djedeïd. + + Page 306, ligne 21. Au lieu de Tamjejrt, _lisez_ Tamjerjt. + + Page 307, lignes 38 et 41. Au lieu de Tisennasamin, _lisez_ + Tisenna s Amin. + + Page 308, ligne 4. Au lieu de Tisennasamin, _lisez_ Tisenna s Amin. + + Page 309, ligne 18. Au lieu de Tisennasamin, _lisez_ Tisenna s Amin. + + Page 324, ligne 29. Au lieu de Inmerzen, _lisez_ Inmezzen. + + Page 326, ligne 17. Au lieu de Ifeṛran, _lisez_ Iferṛan. + + Page 329, ligne 16. Au lieu de Tiliona, _lisez_ Tilioua. + + Page 330, ligne 23. Au lieu de Igedda, _lisez_ Igedad. + + Page 334, ligne 37. Au lieu de Assoumat, _lisez_ Tassoumat. + + Page 337, ligne 32. Au lieu de Targa, Aït Iraṭ, _lisez_ + Targa Aït Iraṭ. + + Page 339, ligne 19. Au lieu de Aït Ạmir, _lisez_ Aït Ạmer. + + Page 355, ligne 46. Au lieu de Ikhb, _lisez_ Ikhba. + + Page 402, ligne 9. Au lieu de Aït Ouartasat, _lisez_ + Aït Ouartasa. + + Page 402, ligne 42. Au lieu de Ida Gouilal, _lisez_ + Ida ou Gouilal. + + Page 402, ligne 47. Au lieu de Aït n Ougeïda, _lisez_ + Ạïn n Ougeïḍa. + + Page 402, ligne 30. Au lieu de Timjoujt, _lisez_ Timjdout. + + ATLAS. + + Feuille 14. Au lieu de Aït Tiggas, _lisez_ Aït Iiggas. + + Feuille 14. Au lieu de Ouad Bou Seroual, _lisez_ Ouad Bou Srioul. + + * * * * * + + + + +Note du transcripteur : + + + Les changements dans l’ERRATA ont été aportés. + + Page IX, " ou Qabça Benî Mellâl " a été remplacé par " Qaçba " + + Page 13, note 15, " résidant à El Araïch " a été remplacé par + " El Ạraïch " + + Page 23, " chemise de coton on de laine " a été remplacé par " ou " + + Page 81, " Glaoua et sur le Ouarzazat " a été remplacé par + " Ouarzazât " + + Page 81, " c’est le _khenif_ " a été remplacé par " _khenîf_ " + + Page 81, " enfants et veillards " a été remplacé par " vieillards " + + Page 82, " D’Enzel à Tagmont " a été remplacé par " Tagmout " + + Page 83, " compte parmi les Ait Robạ " a été remplacé par " Aït " + + Page 92, " Imzouren, Tizgzaouin, Tadoula " a été remplacé par + " Imzouṛen " + + Page 137, " habituelle les devoirs religeux " a été remplacé par + " religieux " + + Page 144, " s’élève entre Adis et Toug et Riḥ " a été remplacé par + " Toug er Riḥ " + + Page 147, note 73, " pentes inférieures du Grand Altas " a été + remplacé par " Atlas " + + Page 152, " tous deux sont morts, et leur enfants " a été remplacé + par " leurs " + + Page 169, " Ḥamed au Mousa " a été remplacé par " ou " + + Page 186, " le foudoq qui est au-dessous " a été remplacé par + " fondoq " + + Page 193, " plus on moins foncé " a été remplacé par " ou " + + Page 257, " un des foudoqs de la ville " a été remplacé par + " fondoqs " + + Page 280, " le Khemîs Sidi Otman " a été remplacé par " Ọtman " + + Page 292, " cherifs ; debiḥa sur " a été remplacé par + " cherifs (debiḥa sur " + + Page 292, " pas de ḍebiḥa sur les Berâber " a été remplacé par + " debiḥa " + + Page 296, " _Onad Tangarfa._ " a été remplacé par " _Ouad_ " + + Page 296, " _Chaba Moulei Iaqob._ Il — a son confluent " a été + remplacé par " — Il a son confluent " + + Page 299, " _Ouad et Qcib_ " a été remplacé par " _el_ " + + Page 303, " des khenifs, des bernous " a été remplacé par + " khenîfs " + + Page 307, " Imi et Ạïn " a été remplacé par " el " + + Page 313, " L’Ouab Kebbaba reçoit " a été remplacé par " L’Ouad " + + Page 316, " Moulei El Hasen les a réunis " a été remplacé par + " Ḥasen " + + Page 327, " le terrritoire des Zagmouzen " a été remplacé par + " territoire " + + Page 328, " d’Arfaman (Ait Iaḥia) à Tinksif " a été remplacé par + " Aït " + + Page 335, " Ida ou Qaïs et Aïn n Ougeïḍa " a été remplacé par + " Ạïn " + + Page 338, " quelqnes années, Moulei " a été remplacé par + " quelques " + + Page 346 (x2), " Sidi El Ḥosein " a été remplacé par " Ḥoseïn " + + Page 355, Ajouté ")" après "(Zaouïa Sidi Ạbd el Ạli" + + Page 364, " _1er our._ — Du Todṛa au Saṛro. " a été remplacé par + " _jour_ " + + Page 368, " droite habitée par les Beni Iznaten " a été remplacé par + " Iznâten " + + Page 374, " comme de Qçabi ech Cheurfa " a été remplacé par + " Qçâbi " + + Page 375, " II. _RECHIDA ET QCARS VOISINS_ " a été remplacé par + " _QÇARS_ " + + Page 376, " Oulad Reḥou (Hallaf) " a été remplacé par " Ḥallaf " + + Page 396, " c’est un repas distingné " a été remplacé par + " distingué " + + Page 402, " dont voici les prinpaux " a été remplacé par + " principaux " + + Page 455, " [Aït Jellal] (El Qcâbi. Tatta) " a été remplacé par + " Qçâbi " + + Page 478, " [Ouad] Tazenakht. [...] 204. " a été remplacé par + " 304. " + + Page 479, " [Oulad Ạli] (mont). [...] 393. " a été remplacé par + " 383. " + + Page 484, " [Sidi Ạbd el Ạli] (Toḍra) " a été remplacé par " Todṛa " + + Page 492, " [Tizi] n Isekan (qçar) " a été remplacé par " Isekfan " + + Page 494, " [Zaouïa] Sidi Ạbd Ạllah ou Mḥind " a été remplacé par + " Allah " + + Dans le « Tableau des observations météorologiques », + quelques abréviations ont été faites. + + De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et + d’orthographe ont été apportés. + + Les différentes sections du texte qui utilisent peu ou pas de signes + diacritiques ont été laissées telles quelles. + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75296 *** |
