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-The Project Gutenberg eBook of Médée, by Hilaire-Bernard de
-Longepierre
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Médée
- tragédie nouvelle
-
-Author: Hilaire-Bernard de Longepierre
-
-Release Date: January 22, 2023 [eBook #69860]
-[Most recently updated: January 31, 2023]
-
-Language: French
-
-Produced by: Produced by: J.-M. Mariot from files generously made
- available by the Bibliothèque nationale de France
- (BnF/Gallica).
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉDÉE ***
-
-MEDÉE,
-
-TRAGEDIE.
-
-A PARIS
-
-Chez
-
-PIERRE AUBOUYN,
-Libraire de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
-
-PIERRE EMERY,
-
-CHARLES CLOUZIER.
-
-
-Quay des Augustins,
-
-prés l’Hôtel de Luynes,
-
-à l’Ecu de France,
-
-& à la Croix d’or.
-
-
-1694
-
-
-
-
-PREFACE.
-
-
-IL y a peu d’Histoires aussi connuës que celle de Medée, & de sujets de
-Tragedie aussi celebres que celuy-cy. Euripide l’a traitté parmi les
-Grecs. Ennius, Pacuvius, Accius, Ovide, & Seneque parmi les Romains.
-Monsieur Corneille parmi nous. La Tragedie d’Euripide & celle de Seneque
-nous restent encore avec quelques vers des autres.
-
-Je me suis laissé tenter aprés tant de grands hommes à la beauté de ce
-sujet. Il m’a toûjours paru que les deux grands ressorts de la Tragedie,
-la terreur & la pitié, s’y font sentir vivement; & que Medée toute
-méchante & toute criminelle qu’elle est, estant aussi tres malheureuse &
-trahie par celuy pour qui elle a tout fait & tout abandonné, est l’un
-des personnages du monde le plus propre à faire un grand effet sur la
-Scene. La simplicité même du sujet, quoy que du goût de peu de gens
-parmi nous, a esté un nouvel attrait pour moy. J’ay voulu tenter de
-donner au Public une Piece à peu prés dans le goût des Anciens: c’est à
-dire, une Piece dans laquelle une action grande, tragique &
-merveilleuse, mais en même temps tres simple, fût soutenue seulement par
-la noblesse des pensées, par la vivacité des mouvemens, & par la dignité
-de l’expression. C’est ainsi que ces grands Maistres de l’art, sur les
-ouvrages desquels l’art même & les regles ont esté formés, ont constitué
-leurs Tragedies, & ont composé ces chefs-d’œuvre merveilleux, qui ayant
-fait l’admiration de tous les siecles, font encore pleurer & fremir dans
-la simple lecture. Ces Genies sublimes se sentant assez de force pour
-soutenir un sujet par luy même & et par eux mêmes, ont dédaigné d’avoir
-recours à un grand attirail d’incidens & d’Episodes; & ont rebutté les
-jeux de Theatre, les petites surprises & ces autres agremens frivoles,
-qui plaisent dans la Comédie; mais qui ne servent dans la Tragedie qu’à
-amortir & à éteindre le pathetique, qui en est l’ame. Ils auroient crû
-sortir du caractere du Poëme tragique, & blesser en quelque maniere la
-raison, & les regles par consequent, s’ils s’étoient écartez de cette
-simplicité d’action. Que penseroient-ils donc s’ils entendoient dire à
-present qu’une Tragedie n’est pas Tragedie ny dans les regles, parce
-qu’elle est simple? ils jugeroient sans doute que de pareils Critiques
-n’ont aucune idée de la Tragedie ny des regles; & qu’ils n’en
-connoissent que le nom.
-
-On seroit tres faché cependant, que ceux qui ne connoissent pas les
-Tragedies des Anciens par elles mêmes, en voulussent juger par cette
-Piece qui leur est infiniment inferieure en tout. Pour ressembler à ces
-grands hommes, ce n’est pas assez de travailler dans leur goût & d’aprés
-eux; il faudroit encore avoir leur genie. Cette Piece donc peut fort
-bien estre simple comme celles des Anciens sans estre belle: mais en ce
-cas, c’est uniquement ma faute; & cela n’empêche pas que la veritable
-grandeur ne se trouve presques toujours jointe avec la simplicité.
-
-Je ne répondray point à toutes les Critiques qui se sont d’abord élevées
-contre cette Piece. Je crois qu’on doit toûjours laisser au Public une
-liberté entiere d’en juger, & qu’un ouvrage doit se deffendre par
-luy-même. Peut-estre que ceux à qui la grande simplicité d’action qui
-regne dans cette piece, n’auroit pas entierement pleu dans la
-representation, en seront moins blessez dans la lecture; & qu’ils
-trouveront que j’y ay supplée autant qu’il m’a esté possible, par le
-soin que j’ay pris de l’expression. J’ay toûjours esté persuadé que
-c’est ce qui anime & ce qui soutient le plus un ouvrage, lorsque
-n’estant pas dans la bouche des Acteurs qui luy donnoient en quelque
-maniere la vie, il est comme mort sur le papier. Aussi avec quel soin
-les Anciens, & en particulier les Tragiques Grecs ne s’y sont-ils pas
-attachez? Il seroit trop long de parler icy de la sublimité, de la
-force, de la richesse, de l’harmonie, de la vivacité de leurs
-expressions; de ces tours si naturels en apparence, & pleins en effet
-d’un si grand art; de ces hardiesses nobles & heureuses, où ne s’éleva
-jamais un mediocre genie; de ces belles Epithetes qui rassemblant en un
-seul mot plusieurs idées, leur donnent plus de force en les offrant
-ainsi en raccourci; & qui par leurs peintures vives & nobles, font le
-charme de la Poësie qu’elles animent & qu’elles enrichissent. Je diray
-seulement pour donner quelque idée du soin que ces grands hommes ont
-pris de l’expression, qu’ils s’y sont attachez, jusqu’à n’employer
-presque que des mots consacrez à la Poësie & inconnus à la Prose; & que
-quand même on renverseroit la structure & l’arrangement de leurs vers,
-on ne laisseroit pas d’y sentir encore la Poësie la plus magnifique & la
-plus élevée.
-
-Je ne sçaurois cependant m’empêcher de répondre à une des objections
-qu’on m’a faites. On m’a accusé d’avoir pris plusieurs pensées dans
-Monsieur Corneille. Mais pour me rendre justice, on devoit avoir dit que
-Monsieur Corneille ayant pris plusieurs pensées dans Seneque, j’ay crû
-pouvoir aussi puiser dans la même source & y en prendre quelques unes.
-Voilà la verité; & je défie qu’on puisse citer un endroit de cette Piéce
-qui paroisse emprunté de Monsieur Corneille, & qui ne soit pas de
-Seneque. J’ay crû qu’il ne m’étoit pas deffendu de suivre ce Poëte
-latin, & de m’enrichir de ses beautez & de ses pensées, à l’exemple de
-Monsieur Corneille lui-même. Si ceux qui ont quelque discernement &
-quelque goût pour ces sortes de choses, se donnent la peine de comparer
-avec l’Original les endroits que la Medée de Monsieur Corneille &
-celle-cy ont de communs; ils connoistront aisement, que ce que j’ay
-traduit ou imité, n’est point une copie de copie; mais que j’ay
-travaillé d’aprés l’original.
-
-Personne n’est plus admirateur que moi du merite de Monsieur Corneille.
-Personne n’a plus de veneration & d’estime pour un si grand homme: &
-cette veneration jointe au grand nom qu’il s’est acquis si justement,
-m’auroit peut-estre empêché de traiter un sujet déja traité par luy, si
-je n’avois consideré que dans sa Medée, comme il le reconnoît luy-même,
-ce grand genie qui s’est fait admirer depuis, ne s’estoit pas encore
-entierement developpé, quoy qu’à travers les nüages qui le couvrent, il
-ne laisse pas de faire briller déja des étincelles de ce beau feu, qui
-achevant bien-tôt aprés de dissiper tout ce qui luy faisoit ombre, a
-produit le Cid, Polieucte, Cinna, & les Horaces. J’ay même traité ce
-sujet si differemment de luy, que hors le fond de la Fable qui ne
-sçauroit n’estre pas le même, & ce que nous a fourni Seneque; je ne croy
-pas que le même sujet puisse estre traitté plus diversement. Aussi
-j’espere que tous les gens desinteressez me rendront la justice de
-croire, que quand Monsieur Corneille n’auroit jamais fait sa Medée, je
-n’en aurois pas moins fait celle-cy, avec le secours d’Euripide & de
-Seneque, qui ont esté mes seuls & veritables guides.
-
-
-
-
-ACTEURS.
-
-
-MEDÉE, Fille d’Æete, Roi de la Colchide & femme de Jason.
-
-JASON, Prince de Thessalie.
-
-CREON, Roi de Corinthe.
-
-CRÉUSE, fille de Creon.
-
-Les ENFANS de Medée.
-
-RHODOPE, Confidente de Medée.
-
-IPHITE, Confident de Jason.
-
-CYDIPPE, Confidente de Créüse.
-
-SUITTE DE CREON.
-
-
-La Scene est à Corinthe, dans le Palais de Creon.
-
-
-
-
-MEDÉE,
-
-
-TRAGEDIE.
-
-
-
-
-ACTE I.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-JASON, IPHITE.
-
-
-JASON.
-
-JE sçais ce que je dois à l’amour de Medée.
-
-Cesse, Iphite, à mes yeux d’en retracer l’idée.
-
-Ce qu’elle a fait pour moi, dans le Grece, à Colchos,
-
-Ne traverse que trop ma joye & mon repos.
-
-Mais du Sort, de l’Amour, la fatale puissance
-
-Fait taire mes remords & ma reconnoissance;
-
-Et de ces deux Tyrans les violentes loix,
-
-Ne laissent ny l’amour, ny la haine à mon choix.
-
-Oüi de leur joug pressant l’invincible contrainte,
-
-Fixe enfin mes destins & mes vœux à Corinthe.
-
-En vain Medée en proye à ses transports jaloux,
-
-Se livre à la douleur, s’abandonne au courroux.
-
-Je la plains; mais, Ami, j’adore la Princesse:
-
-Du destin de Jason souveraine Maistresse,
-
-Elle asservit mon ame à son pouvoir vainqueur:
-
-L’éclat de ses beaux yeux triomphe de mon cœur;
-
-Et ce cœur embrazé d’une ardeur violente,
-
-Ne sçauroit s’affranchir du charme qui l’enchante.
-
-
-IPHITE.
-
-De ce nouvel amour la trompeuse douceur,
-
-Séduit vostre raison par son appas flatteur.
-
-Vostre ame toute entiere avidement s’y livre;
-
-Mais si fuyant, Seigneur, le plaisir qui l’enyvre,
-
-Vous vouliez repousser un dangereux poison;
-
-Si vous daigniez encor consulter la raison,
-
-Vous banniriez bien-tost Creüse de vostre ame;
-
-Et vous étoufferiez une funeste flâme.
-
-
-JASON.
-
-Non, la raison icy d’accord avec mon cœur,
-
-Authorise ma flâme & soûtient mon ardeur.
-
-Exilez, fugitifs, le trépas de Pelie
-
-Souleve contre nous toute la Thessalie.
-
-Ce Tyran, de mon thrône injuste usurpateur,
-
-De ses crimes enfin a lavé la noirceur.
-
-Tu sçais comme Medée ardente à la vengeance,
-
-Sur le flatteur appas d’une vaine esperance,
-
-De ses propres Enfans en a fait ses bourreaux.
-
-Ses Filles à l’envi le mirent par morceaux;
-
-Et leur credule Amour armant leur bras timide
-
-Commit par pieté cét affreux parricide.
-
-Son fils Acaste armant pour vanger son trépas,
-
-J’obéis au Destin, je quittay ses estats;
-
-Et Creon seul osant plaindre nostre disgrace,
-
-Lors que d’un fier Tyran la haine nous ménace,
-
-M’a receu dans son sein moi, Medée & mes Fils,
-
-D’une triste maison infortunez debris.
-
-Seul il pouvoit me tendre une main salutaire;
-
-Et le Ciel de mon sort le rend dépositaire.
-
-En vain je chercherois en de nouveaux climats,
-
-L’azyle & et le repos qu’il m’offre en ses estats.
-
-Pour moy son amour brille & son estime éclatte.
-
-Il me regarde en père; il m’applaudit, me flatte.
-
-Cependant trop instruit par mes malheurs divers,
-
-Toûjours du Sort jaloux je crains quelque revers.
-
-Mon ennemi demande & Medée, & ma tête:
-
-Irrité d’un refus à la guerre il s’appreste.
-
-Creon m’aime, il est vray; Creon est genereux.
-
-Mais on porte à regret le poids des malheureux.
-
-Quelque noble panchant qui pousse à les défendre,
-
-Iphite, on craint de voir ses estats mis en cendre,
-
-Ses peuples asservis, & son thrône ébranlé.
-
-Souvent même Creon flotte et paroist troublé.
-
-D’ailleurs trop prevenu d’une haine secrette,
-
-A Medée à regret il donne une retraitte;
-
-Et contr’elle avec peine il retient un courroux,
-
-Qui pourroit retomber jusques sur son Epoux.
-
-Je dois donc, profitant d’un rayon favorable,
-
-M’assurer en Creon un appui ferme & stable,
-
-Et l’attachant à moi par le nœud le plus fort,
-
-Prevenir & fixer l’inconstance du Sort.
-
-Pour sa Fille avec joie il voit briller ma flâme;
-
-Elle regle ses vœux & peut tout sur son ame.
-
-Creüse seule enfin peut m’assurer Creon.
-
-Hé-bien! l’Amour, Iphite, aveugle-t’il Jason?
-
-
-IPHITE.
-
-C’est ainsi que l’Amour trop fertile en excuses,
-
-Aveugle par son charme & seduit par ses ruses.
-
-Mesme en nous égarant, il feint de nous guider.
-
-De ses pieges flatteurs, songez à vous garder.
-
-Hé quoi! d’une autre amour vostre ame possedée,
-
-Trahira les bien-faits & l’espoir de Medée?
-
-Ny les droits de l’hymen, ni sa fidelle ardeur...
-
-
-JASON.
-
-Qu’un tel secours est foible & défend mal un cœur,
-
-Iphite. Ah! quand l’Amour regne avec violence,
-
-Que peut la foible voix de la Reconnoissance?
-
-Il est vray que Medée a tout ozé pour moi.
-
-Je m’accuse & rougis de ce que je lui doy.
-
-Mais transporté d’amour en voyant ce que j’aime,
-
-J’oublie & mon devoir, & Medée & moi-mesme.
-
-Je m’ennivre à longs-traits d’un aimable poison;
-
-L’amour devient alors ma supreme raison;
-
-Et d’un feu violent l’imperieuse flâme,
-
-Etouffe tout le reste & triomphe en mon ame.
-
-Je sens, je sens alors, que mon trépas certain,
-
-Les bontez de Creon, le couroux du Destin,
-
-M’arrestent moins icy que ne fait la Princesse;
-
-Qu’animé du beau feu qui m’échauffe & me presse,
-
-Je mourrois, s’il falloit m’éloigner de ses yeux;
-
-Et qu’enfin leur éclat m’enchante dans ces lieux.
-
-Ces beaux yeux plus puissans que Medée & ses charmes,
-
-Si-tost que je les vis, m’arracherent les armes.
-
-Et quel cœur soutiendroit leurs feux ébloüissans,
-
-Leur éclat dangereux, leurs regards languissans?
-
-Cette jeune pudeur sur son visage peinte,
-
-Et sur son front serein cette noble empreinte;
-
-Cette douce fierté, cette aimable langueur;
-
-Un je ne sçai quel charme innocent & flatteur;
-
-Ce souris dont l’appas reveille la tendresse,
-
-Et ce maintien auguste, & cét air de Deesse:
-
-Enfin en la voyant, ébloüi, transporté,
-
-Je crus voir, & je vis une Divinité.
-
-
-IPHITE.
-
-Mais quels sont vos projets? que pouvez vous pretendre?
-
-
-JASON.
-
-D’écouter ma tendresse, & de tout entreprendre.
-
-L’amour se flatte, Iphite, & se croit tout permis.
-
-Que n’ose point un cœur à son pouvoir soumis?
-
-Le Roi me veut pour gendre; & ma belle Princesse,
-
-Semble favoriser mes soins & ma tendresse:
-
-Il offre sa couronne & Créüse à mes vœux.
-
-M’opposerois-je au Sort qui veut me rendre heureux?
-
-Je ne puis resister à ces douces amorces:
-
-Et n’ay point oublié comme on fait les divorces.
-
-N’abandonnay-je pas Hypsipile à Lemnos,
-
-Pour chercher la Toison, & voler à Colchos?
-
-Et cependant, Ami, cette grande conqueste,
-
-Valoit-elle le prix qu’icy l’Amour m’appreste?
-
-
-IPHITE.
-
-Dieux! que fera Medée, & quel affreux couroux
-
-Ne l’enflâmera point contre un parjure Epoux?
-
-Si vous l’abandonnez, redoutez sa vengeance.
-
-Vous sçavez de son art jusqu’où-va la puissance.
-
-La Nature est soumise à ses commandemens.
-
-Elle trouble le Ciel, l’Enfer, les Elemens.
-
-Elle arreste à son gré les Astres dans leur course.
-
-Les torrens les plus fiers remontent vers leur source.
-
-La Lune sort du Ciel; les Manes des tombeaux.
-
-Elle lance la foudre & change en sang les eaux.
-
-Vous sçavez.....
-
-
-JASON.
-
-Je le sçais. Cesse de me le dire.
-
-Mais de l’Amour aussi je sçais quel est l’empire.
-
-Plus puissant que son art, plus fort que son courroux,
-
-De Medée en fureur il suspendra les coups.
-
-Elle m’aime, il suffit; & sa tendresse extrême
-
-Parlera puissamment pour un Ingrat qu’elle aime.
-
-Je sçauray la flêchir; je sauray l’appaiser.
-
-Mais à tout son couroux deussay-je m’exposer,
-
-Je n’ecoute & ne suis que l’ardeur qui me presse.
-
-
-IPHITE.
-
-De grace examinez...
-
-
-JASON.
-
-Ah! Je vois ma Princesse.
-
-Considere à loisir, contemple tant d’appas.
-
-Peut-on la voir, Iphite, & ne l’adorer pas?
-
-Rien n’est à redouter, à fuir, que sa colere.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-JASON, CRÉUSE, IPHITE, CYDIPPE.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Je croyois en ces lieux trouver le Roi mon Pere.
-
-On vient de m’assurer qu’il vous cherche, Seigneur.
-
-
-JASON.
-
-Je n’ay point veu le Roi, Madame; mais mon cœur.
-
-Par de profonds respects, par l’amour le plus tendre,
-
-Ne pourra-t-il jamais meriter & pretendre
-
-Que vous daigniez aussi me chercher quelque jour?
-
-Cét espoir n’est-il pas permis à mon amour?
-
-Jamais, vous le sçavez, ardeur si violente
-
-Ne regna dans un cœur & n’en fût triomphante.
-
-Tout le jure à vos yeux; soins, vœux, empressemens,
-
-Mes remords immolez, mes transports, mes sermens;
-
-Et mes tendres respects, & mes ardens hommages,
-
-Vous sont de cét amour d’inviolables gages.
-
-Je sens un feu si vif s’accroistre à chaque pas.
-
-Madame, à tant d’amour vous ne répondez pas?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Hé! le puis-je, Seigneur? une jeune Princesse
-
-Ne doit qu’à son Epoux déclarer sa tendresse.
-
-Il est vrai que le Roi, qui doit regler mes vœux,
-
-Estime vos vertus, applaudit à vos feux.
-
-Il m’a mesme ordonné d’écouter vostre flâme;
-
-Si j’ose aprés cela vous découvrir mon ame;
-
-J’estime ainsi que luy cét illustre Jason,
-
-Qui surmonta Neptune & conquît la Toison;
-
-De la gloire amoureux, prodigue de sa vie,
-
-L’ornement de la Grece, & l’effroi de l’Asie,
-
-Le chef de nos Guerriers, la fleur de nos Heros,
-
-Dont le nom est vanté de Corinthe à Colchos.
-
-Peut-estre un doux panchant m’entraîneroit sans peine.
-
-Mais un fatal obstacle & m’arreste & me gesne.
-
-Medée est votre Epouse, & des nœuds si puissans
-
-Mettent un frein trop juste à mes vœux innocens.
-
-Pourrois-je à ce panchant abandonner mon ame,
-
-Tandis qu’un autre hymen vous attache....
-
-
-JASON.
-
-Ah! Madame,
-
-Cessez, cessez de craindre un hymen odieux,
-
-Condamné par les Grecs, reprouvé par les Dieux.
-
-Dés demain, dés ce jour faut-il briser ses chaînes?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Mais qui m’assurera qu’insensible à ses peines,
-
-Vous puissiez soûtenir sa veuë & sa douleur,
-
-Sans lui rendre bien-tost vos vœux & vostre cœur?
-
-Je crains un long panchant; sa tendresse, ses larmes;
-
-Je redoute ses yeux, je redoute ses charmes:
-
-Son art est au dessus de tout l’effort humain,
-
-Seigneur, & de vostre ame elle sçait le chemin.
-
-Tant que vous la verrez, que vous pourrez l’entendre,
-
-Je crains tout d’un amour & si long & si tendre.
-
-Je crains....
-
-
-JASON.
-
-Ah! dissipez une indigne frayeur.
-
-Quel outrage! ainsi donc jugez-vous de mon cœur?
-
-Connoissez mieux ce cœur, Madame & ma tendresse.
-
-Rien ne peut m’enlever à ma belle Princesse:
-
-Je deffie à la fois les Mortels & les Dieux;
-
-Et tout l’art de Medée, & l’Enfer & les Cieux.
-
-Si sa presence icy vous allarme & vous blesse,
-
-Il faut vous delivrer du soupçon qui vous presse.
-
-Un veritable amour éclatte avec plaisir.
-
-Commandez seulement; je suis prest d’obéïr.
-
-Je donnerois mon sang; j’immolerois ma vie.
-
-Trop heureux que pour vous le Sort me l’eût ravie.
-
-
-CRÉUSE.
-
-J’entends le Roi, Seigneur. Il paroît à vos yeux.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-JASON, CRÉUSE, CREON, suitte.
-
-
-CREON.
-
-Je vous cherchois, Seigneur. Sçavez-vous qu’en ces lieux
-
-Un nouvel Envoyé du Roi de Thessalie,
-
-Vient demander raison du meurtre de Pelie?
-
-De mes refus Acaste offensé justement,
-
-Veut bien suspendre encor son fier ressentiment,
-
-Et jurer avec nous une étroitte alliance,
-
-Si je livre en ce jour Medée à sa vengeance,
-
-Ou qu’au moins la chassant du sein de mes estats,
-
-Je refuse un azyle à ses assassinats.
-
-Il me presse...
-
-
-JASON.
-
-Ah! Seigneur vostre cœur magnanime
-
-Pourroit-il lui livrer une triste victime?
-
-Pourroit-il....
-
-
-CREON.
-
-En faveur de vos Fils & de vous,
-
-Je ne veux point livrer Medée à son courroux,
-
-Mais est-il juste aussi, Jason, que de ses crimes,
-
-Mes sujets innocens deviennent les victimes,
-
-Et que d’une Etrangere appuyant les forfaits,
-
-De mes heureux estats je trouble ainsi la paix?
-
-Non il faut qu’elle parte, & qu’une prompte fuite
-
-Nous délivre des maux qu’elle traîne à sa suite.
-
-Je le veux. Cét exil est necessaire à tous;
-
-Pour Acaste, pour Moi, pour ma Fille, pour Vous,
-
-Pour Medée elle-mesme. Il faut purger Corinthe,
-
-De ce funeste objet qui la glace de crainte.
-
-Il faut nous épargner ses cris & sa fureur.
-
-Je hais jusqu’à sa veüe; elle me fait horreur.
-
-Des songes effrayans, des presages sinistres,
-
-Des redoutables Dieux les augustes Ministres,
-
-M’annoncent de leur part le plus affreux malheur,
-
-Si je ne l’abandonne à leur courroux vangeur.
-
-Rompez avec éclat le charme qui vous lie:
-
-Expiez un hymen qui tache vostre vie.
-
-Assez & trop long-temps ses liens mal tissus,
-
-Ternissent vostre gloire, & soüillent vos vertus.
-
-Assez & trop long-temps avec douleur la Grece,
-
-Voit gemir sous le joug de cette Enchanteresse
-
-Le plus grand des Heros qu’elle conçeût jamais.
-
-Separez vos vertus d’elle & de ses forfaits.
-
-Justifiez ainsi l’appui que je vous donne.
-
-Possedez à ce prix ma fille & ma couronne.
-
-Je veux que dés demain l’Astre brillant du jour
-
-Ait veu partir Medée en commençant son tour;
-
-Et que Corinthe ainsi n’estant plus prophanée,
-
-Il se preste avec joye à ce doux hymenée.
-
-
-JASON.
-
-Je cede à vos raisons; j’obéis. Mais Seigneur,
-
-Daignez par vos bontez adoucir son malheur:
-
-Par tout ce qui pourra rendre son sort moins rude,
-
-Consolez ses ennuis; flatez sa solitude.
-
-
-CREON.
-
-Quoiqu’elle ayt merité des maux plus rigoureux,
-
-Je consens à remplir vos desirs genereux;
-
-Et pour mieux adoucir son deplaisir extrême,
-
-Je veux à cét exil la preparer moi-même.
-
-Mais allons publier cét hymen, ce départ.
-
-Qu’au bon-heur de leurs Rois nos Sujets prennent part.
-
-Allons avec éclat annoncer à Corinthe
-
-La source de sa joye & la fin de sa crainte.
-
-Que des chants d’hymenée & d’aymables concerts,
-
-Commencent ceste Feste & remplissent les airs.
-
-Que du Dieu de l’hymen les feux sacrez s’allument;
-
-Qu’on pare les Autels & que les Temples fument.
-
-Jason trouve une Epouse enfin digne de lui.
-
-Daignent les justes Dieux m’exauçant aujourd’hui,
-
-Marquer de leurs faveurs cette grande journée,
-
-Et la rendre à jamais celebre & fortunée!
-
-
-Fin du premier Acte.
-
-
-
-
-ACTE II.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-MEDÉE, seule.
-
-OU suis-je, Malheureuse? où portay-je mes pas?
-
-Qu’ay-je veu? qu’ay-je oüi? je ne me connois pas.
-
-Furieuse je cours; & doute si je veille.
-
-Quel bruit, quels chants d’hymen ont frappé mon oreille?
-
-Corinthe retentit de cris & de concerts.
-
-Ses Autels sont parez; ses Temples sont ouverts.
-
-Tout à l’envi prepare une odieuse pompe.
-
-Tout vante ma Rivale, & l’Ingrat qui me trompe.
-
-Jason, il est donc vrai! jusques-là me trahit
-
-Jason honteusement me chasse de son lit!
-
-Il m’oste tout espoir! Epouse infortunée!
-
-Que dis-je, Epouse! helas! pour nous plus d’hymenée;
-
-L’ingrat en romp les nœuds. Dieux justes, Dieux vangeurs,
-
-De la foi conjugale augustes Protecteurs,
-
-Garants de ses sermens, témoins de ses parjures,
-
-Punissez son forfait & vengez nos injures.
-
-Toi sur tout, O Soleil, j’implore ton secours;
-
-Toi qui donnas naissance à l’Auteur de mes jours:
-
-Tu vois du haut des Cieux l’affront qu’on me destine;
-
-Et Corinthe joüit de ta clarté divine!
-
-Retourne sur tes pas & dans l’obscurité
-
-Plonge tout l’Univers privé de ta clarté.
-
-Ou plûtost, donne moi tes chevaux à conduire.
-
-En poudre dans ces lieux je sçauray tout reduire.
-
-Je tomberay sur l’Isthme avec ton char brûlant.
-
-J’abîmeray Corinthe & son peuple insolent.
-
-J’écraseray ses Rois; & ma fureur barbare
-
-Unira les deux mers que Corinthe separe.
-
-
-Mais où vont mes transports? est-ce donc dans les Cieux,
-
-Que j’espere trouver du secours & des Dieux?
-
-Deitez de Medée, affreuses Eumenides,
-
-Venez laver ma honte & me servir de guides.
-
-Armons nous. De nostre art déployons la noirceur.
-
-Que toute pitié meure & s’éteigne en mon cœur;
-
-Que de sang alteré, que de meurtres avide
-
-A l’Isthme il fasse voir ce qu’a veu la Colchide.
-
-Que dis-je! De bien loin surpassons ces forfaits.
-
-De ma tendre jeunesse ils furent les essais.
-
-J’estois & foible & simple, & de plus innocente.
-
-L’amour seul animoit ma main encor tremblante.
-
-La haine avec l’amour, le couroux, la douleur,
-
-M’embrazent à present d’une juste fureur.
-
-Que n’enfantera point cette fureur barbare?
-
-Le crime nous unît; il faut qu’il nous separe.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-HÉ bien! tu vois le prix que gardoit Jason.
-
-L’Ingrat couronne enfin sa noire trahison.
-
-Il Epouse Créüse; & la pompe s’appreste.
-
-Tout m’annonce ma mort. Mais à quand cette Feste?
-
-
-RHODOPE.
-
-Madame, cét hymen se celebre demain.
-
-
-MEDÉE.
-
-Demain! Le temps est court & et le terme prochain.
-
-Il faut en profiter.
-
-
-RHODOPE.
-
-Quel funeste hymenée!
-
-Helas! à quels malheurs estes vous condamnée.
-
-
-MEDÉE.
-
-Ah! rien n’est comparable aux horreurs de mon sort.
-
-Rhodope, qui l’eût crû? Jason jure ma mort.
-
-Au plus honteux destin son mépris me ravale.
-
-Il m’attache en Esclave au char de ma Rivale.
-
-J’ay tout ozé pour lui; pour lui j’ay tout quitté,
-
-Païs, thrône, parens, gloire, felicité.
-
-Il me coûte, l’Ingrat! jusqu’à mon innocence.
-
-Je n’ay voulu que lui. Crüelle recompense?
-
-Pour prix de cét amour qui n’a voulu que luy,
-
-Il me laisse sans rang, sans honneur, sans appui,
-
-Sous un Ciel estranger, criminelle, accablée,
-
-Proscrite, fugitive, odieuse, exilée;
-
-Et seule à la merci d’un monde d’ennemis,
-
-Que m’ont fait les forfaits que pour lui j’ay commis.
-
-
-RHODOPE.
-
-Trop indigne de vous aprés sa lache injure,
-
-Oubliez un Ingrat, dédaignez un Parjure.
-
-D’un genereux orgueüil vous armant en ce jour....
-
-
-MEDÉE.
-
-Hé! puis-je triompher de mon fatal amour?
-
-Malheureuse! tout cede à mon art redoutable.
-
-La nature se trouble à ma voix formidable
-
-Tout tremble, tout fléchit sous mon pouvoir vainqueur.
-
-Et je ne puis bannir un Ingrat de mon cœur.
-
-L’Amour brave ma force, & méprise mes charmes;
-
-Il rit de ma fureur & m’arrache des larmes.
-
-Pour un Perfide encore il trouble ma raison.
-
-J’aime; que dis-je, aimer? j’adore encor Jason.
-
-Pour lui je trahirois encor Pere & Patrie;
-
-Pour lui j’immolerois mon repos & ma vie.
-
-D’un tyrannique Amour trop barbare rigueur,
-
-Cesse pour un Ingrat de déchirer mon cœur.
-
-
-RHODOPE.
-
-En ce funeste état que vous estes à plaindre!
-
-
-MEDÉE.
-
-Il est vrai, je le suis; mais plus encore à craindre.
-
-On n’offensa jamais Medée impunement.
-
-Mais, que dit ma Rivale, & que fait son Amant?
-
-
-RHODOPE.
-
-Ah! Madame, il soupire aux pieds de la Princesse;
-
-Et n’est plus occupé que du feu qui le presse.
-
-
-MEDÉE.
-
-Ton sang va me vanger, lâche & perfide Epoux!
-
-Tu mourras... quelle horreur vient glacer mon courroux?
-
-Et depuis quand Medée est elle si timide?
-
-Son cœur n’est-il hardi que pour un parricide?
-
-Aprés tant d’innocens immolez sans remords,
-
-Je respecte un Ingrat digne de mille morts.
-
-Ah! qu’il meure. Où m’emporte une jalouze rage?
-
-Qu’il meure! ce Heros, ton amour, ton ouvrage;
-
-Le fruit de tant de soins, de perils, d’attentats,
-
-L’objet de tant de vœux.... non, il ne mourra pas.
-
-Quelque juste fureur dont je sois possedée,
-
-Qu’il vive, & s’il se peut, qu’il vive pour Medée;
-
-Ou, si de mon bon-heur le Destin est jaloux,
-
-Qu’il vive, s’il le faut, pour d’autres que pour nous.
-
-C’est Creon, qui le force à l’hymen qui m’accable;
-
-Creon merite seul mon courroux implacable,
-
-Lui, qui de son pouvoir ennivré follement,
-
-Me ravit mon Epoux, m’arrache mon Amant,
-
-Fait regner en Tyran le crime & le divorce;
-
-Et ne connoît de droits que l’injure & la force.
-
-Qu’il perisse & sa Race. Accablons son orgueüil;
-
-Mettons son insolence & sa gloire au cercueüil.
-
-
-RHODOPE.
-
-Ah! moderez, de grace, une douleur si forte.
-
-Etouffez, ou cachez l’ardeur qui vous emporte.
-
-J’entens du bruit. On vient. Domptez ce fier couroux,
-
-Madame; c’est Creon qui s’avance vers vous.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-MEDÉE, CREON, RHODOPE, suite.
-
-
-CREON.
-
-Jason avec ma fille unit sa destinée.
-
-Vous entendez déja chanter leur hymenée,
-
-Madame; à ce divorce il faut vous preparer.
-
-De Jason & de nous il faut vous separer.
-
-Leur bon-heur ne feroit qu’aigrir vostre infortune;
-
-Fuyez ces lieux; fuyez une pompe importune;
-
-Obéissez au sort, & quittant mes états,
-
-Cherchez un sûr azyle en de nouveaux climats.
-
-Acaste le demande, & Corinthe m’en presse:
-
-A ce prix entre-nous la guerre affreuse cesse.
-
-Vostre exil est le sceau d’une éternelle paix.
-
-En vain m’opposerois-je aux vœux de mes Sûjets.
-
-Leur haine contre vous chaque jour s’envenime.
-
-Malgré tout mon pouvoir vous seriez leur victime.
-
-Quel joug ne brise point un Peuple audacieux?
-
-Quel frein arresteroit ce Monstre furieux?
-
-A ses crüels transports dérobez vostre tête,
-
-Et par un prompt exil prevenez la tempeste.
-
-Le Sort, la paix, vos jours, tout semble y conspirer.
-
-J’ay voulu vous l’apprendre & vous y preparer.
-
-
-MEDÉE.
-
-Qu’à ces rares bontez j’ay de graces à rendre!
-
-Vous m’ostez mon Epoux, vous le prenez pour gendre;
-
-Vous me chassez enfin. Dites-moi seulement
-
-Quel attentat m’attire un si doux traitement?
-
-
-CREON.
-
-Quoi, Medée est surprise & demande ses crimes!
-
-
-MEDÉE.
-
-A-t’on pour m’opprimer quelques droits legitimes?
-
-Un Tyran par la force agit dans ses estats;
-
-Un Roi juste au coupable apprend ses attentats.
-
-Parlez donc; ou du moins forcez-vous à m’entendre,
-
-Si jusqu’à m’accuser vous ne daignez descendre.
-
-J’ignore quel forfait vers vous peut me noircir:
-
-Voicy les miens, Creon. Vous n’avez qu’à choisir.
-
-J’ay sauvé ces Heros que vous vantez sans cesse,
-
-Le plus pur sang des Dieux, & la fleur de la Grece.
-
-Sans moi, pour conquerir la superbe Toison,
-
-Qu’auroient pû ces Heros, & ce fameux Jason?
-
-Leur bouche a-t’elle ozé m’en dérober la gloire?
-
-S’ils vous l’ont déguisée, apprenez-en l’histoire.
-
-
-Dans une forest sombre un Dragon furieux,
-
-Conservoit du Dieu Mars le dépost précieux.
-
-Ses yeux estincelloient d’une affreuse lumiere;
-
-Jamais le doux Sommeil ne charma leur paupiere;
-
-Et veillant nuit & jour, ses terribles regards
-
-Portoient l’effroi, l’horreur, la mort de toutes parts.
-
-Farouches défenseurs de la forest sacrée,
-
-Deux Taureaux menaçans en occupoient l’entrée.
-
-Il falloit mettre au joug ces Taureaux indontez.
-
-Des fureurs de Vulcain Ministres redoutez,
-
-Ils vomissoient au loin une brûlante haleine,
-
-Et de torrens de flâme ils inondoient la plaine.
-
-Il falloit à leur aide ouvrir d’affreux sillons;
-
-Voir des dents d’un serpent naistre des bataillons;
-
-Et vaincre ces soldats enfantez par la Terre,
-
-Qui tous ne respiroient que le sang & la guerre.
-
-Parmi tant de perils, quel Dieu, sans mon secours,
-
-De vos tristes Heros eût conservé les jours?
-
-Sur le Destin jaloux j’emportay la victoire:
-
-J’empeschay leur trépas; je les couvris de gloire;
-
-Et leur sacrifiay, remords, crainte, pudeur,
-
-Mon Pere, mon Païs, ma gloire, mon bon-heur.
-
-Je n’ay voulu qu’un d’eux pour toute recompense.
-
-Vous joüissez du reste, & par mon assistance.
-
-Pour les avoir sauvez, je ne demande rien.
-
-Je vous les laisse tous. Mais laissez-moi mon bien.
-
-
-CREON.
-
-Ainsi donc, à l’oüir, Medée est innocente.
-
-On devroit consacrer sa vertu bien-faisante.
-
-La Grece....
-
-
-MEDÉE.
-
-Me doit tout & ne sçauroit jamais
-
-D’un assez digne prix couronner mes bien-faits.
-
-Toutes-fois que sert-il d’affecter un faux zele?
-
-J’ay tout fait pour Jason, & n’ay rien fait pour elle.
-
-Il me coute assez cher l’Ingrat! pour estre à moy.
-
-Si l’on veut m’exiler & me manquer de foy,
-
-De quel droit ozez-vous separer nos fortunes?
-
-Même sort nous est dú; nos causes sont communes.
-
-
-CREON.
-
-Ah! de grace avec-vous ne le confondez pas.
-
-Jason est innocent de tous vos attentats.
-
-
-MEDÉE.
-
-Non, il est criminel ce Heros magnanime.
-
-En tirer tout le fruit c’est commettre le crime.
-
-Tyrannique pouvoir qui cherche à m’offenser...
-
-
-CREON.
-
-Ma patience enfin commence à se lasser,
-
-Et pourroit...
-
-
-MEDÉE.
-
-Ah! Tyran, la mienne est déja lasse.
-
-Va, je ne veux de toi ny clemence ny grace.
-
-Ordonne mon exil, ravis moi mon Epoux:
-
-Tu le peux; mais Tyran, redoute mon courroux.
-
-Crains...
-
-
-CREON.
-
-Ah! c’est trop long-temps contraindre ma colere.
-
-Va, sors de mes Estats, sors barbare Estrangere:
-
-Abandonne Corinthe, & cours en d’autres lieux,
-
-Porter tes attentats & le courroux des Dieux.
-
-D’un monstre tel que toy délivre mon Empire,
-
-Cesse d’infecter l’air qu’en ces lieux on respire;
-
-De ton horrible aspect ne soüille plus mes yeux;
-
-Et n’empoisonne plus la lumiere des Cieux.
-
-Va semer à Colchos l’horreur & l’epouvante:
-
-Vas y hâter des Dieux la justice trop lente.
-
-Demain dés que l’Aurore allumera le jour,
-
-Precipite tes pas; fuis loin, fuis sans retour;
-
-Où contentant les Dieux las de tes injustices,
-
-Tu periras, Barbare, au milieu des supplices.
-
-Tu peux choisir. Adieu.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Tyran, n’en doute pas;
-
-Mon choix est fait. Demain je sors de tes Estats.
-
-Mais, malgré ton orgueil, je veux fuir avec gloire;
-
-Et forçant l’avenir d’en garder la memoire,
-
-Je veux lancer la foudre avant que de partir,
-
-Et voir Corinthe en cendre avant que d’en sortir.
-
-Mais Rhodope, l’Ingrat que j’aime & qui m’offense,
-
-A-t’il pû consentir...
-
-
-RHODOPE.
-
-Je le voy qui s’avance.
-
-
-MEDÉE.
-
-O Toi, qui vois mon trouble & causes ma douleur,
-
-Amour, daigne amollir l’Ingrat en ma faveur;
-
-Remets-le dans mes fers; efface son injure;
-
-Rens moi, Dieu tout puissant, le cœur de ce Parjure:
-
-Tout mon art n’y peut rien: seul tu peux le flechir.
-
-Prête un charme à mes pleurs qui puisse l’attendrir.
-
-
-
-
-SCENE V.
-
-MEDÉE, JASON, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-ENfin, c’en-est donc fait; mon Epoux m’abandonne.
-
-Il consent qu’on m’exile, ou plûtost il l’ordonne.
-
-L’exil, vous le sçavez, n’est pas nouveau pour moy.
-
-J’ay sceu pour vous, Jason, m’en imposer la loi.
-
-Sa cause est ce qui fait ma peine & ma disgrace.
-
-Je fuyois pour Jason, & c’est lui qui me chasse.
-
-N’importe; obéyssons aux lois de mon Epoux.
-
-Partons, puisqu’il le veut. Mais où m’envoyez-vous?
-
-Reverray-je Yolcos? yrai-je en Thessalie,
-
-Implorer les bontez des filles de Pelie?
-
-Iray-je sur le Phaze, où mon Pere irrité
-
-Reserve un juste prix à mon impieté?
-
-Helas! du monde entier pour Jason seul bannie,
-
-Ay-je encor quelque azyle en Europe, en Asie?
-
-Et pour vous les ouvrir me fermant tous chemins,
-
-Contre-moi n’ay-je pas armé tous les humains?
-
-Fille d’un Roi fameux qui regne sur le Phaze,
-
-Dont l’empire s’étend du Bosphore au Caucase,
-
-Dans ces riches climats, où ses heureux sûjets
-
-De l’or le plus brillant parent jusqu’aux forests,
-
-Thresors, Sceptre, Parens, j’ay tout quitté sans peine,
-
-Pour suivre d’un banni la fortune incertaine.
-
-Vous le sçavez, Jason; pour vous j’ay tout quitté.
-
-Est-ce donc-là le prix que j’avois mérité?
-
-
-JASON.
-
-Ne me reprochez point un mal-heur necessaire,
-
-Où des Dieux contre nous me reduit la colere.
-
-Je partage vos maux; je ressens vos douleurs,
-
-Sans pouvoir qu’à ce prix détourner nos malheurs.
-
-Vostre perte autrement devient inevitable.
-
-Vos perils, nos Enfans, le Destin qui m’accable,
-
-Les bontez de Créüse & les bien-faits du Roi
-
-Me font....
-
-
-MEDÉE.
-
-Ozes-tu bien en parler devant moi?
-
-Ingrat? quel vain détour! quelle odieuse excuse!
-
-Les bien-faits de Creon! les bontez de Créüse
-
-Que sont-ils prés des miens? & quel prix doit jamais
-
-Balancer dans ton cœur le prix de mes bien-faits?
-
-J’ay conservé cent fois & ta vie & ta gloire.
-
-Résouvien-t’en, Ingrat, rapelle en ta memoire
-
-Ces temps, ou vil rebut du Destin & des flots,
-
-Tu vins chercher ta perte & la mort à Colchos.
-
-En vain de la Toison tu tentois la Conqueste.
-
-Songe à tous les perils qui menaçoient ta tête.
-
-Remets devant tes yeux ce fatal champ de Mars;
-
-Sous cent formes la Mort offerte à tes regards;
-
-Ces Enfans de la Terre affamez de carnage;
-
-Ces tourbillons de feux; ces Monstres pleins de rage.
-
-Alors, Ingrat, alors; qu’eust fait Creon pour toi?
-
-En butte à tant de morts qu’aurois-tu fait sans moi?
-
-Pour toi je déployay tout l’effort de mes charmes.
-
-J’immolay les Guerriers, & par leurs propres armes.
-
-Je domptay les Taureaux; j’assoupis le Dragon;
-
-Enfin, je te livray la fatale Toison.
-
-Je fis plus; je quittay ma Patrie, & mon Pere;
-
-J’étouffay la Nature, & déchiray mon Frere;
-
-J’affrontay le naufrage & la mort pour Jason.
-
-J’immolay ton Tyran, je rajeunis Æson.
-
-Ta vie est un tissu des bien-faits de Medée.
-
-Créüse, Ingrat, peut-elle en effacer l’idée.
-
-
-JASON.
-
-Jusques dans le tombeau rempli de vos bien-faits
-
-Jason en gardera la memoire à jamais.
-
-Dans le fond de mon cœur si vos yeux pouvoient lire,
-
-Helas! vous plaindriez l’horreur qui le déchire.
-
-Mais, quand le sort conspire à vous faire perir,
-
-Que pouvois-je pour vous en ce peril?
-
-
-MEDÉE.
-
-Mourir.
-
-Pour toi n’estoi-ce pas une gloire assez ample?
-
-Je t’en aurois donné le courage & l’exemple;
-
-En me perçant le flanc pour enhardir ta main,
-
-Je t’eusse encor ouvert ce glorieux chemin.
-
-Je ne te parle plus du prix que tu me coûtes,
-
-Pour attendrir ton cœur n’est-il point d’autres routes?
-
-Oublie, oublie Ingrat, mes bien-faits en ce jour.
-
-Mais souviens-toi du moins de mon fidelle amour.
-
-Voy Medée à tes pieds gemir, verser des larmes.
-
-Au nom de nostre amour jadis si plein de charmes,
-
-Au nom de nostre hymen & de ses sacrez nœuds,
-
-Au nom des tendres fruits d’un hymen malheureux;
-
-Si tes Fils te sont chers ne trahis point leur Mere.
-
-Dans ces portraits vivans on reconnoist leur Pere.
-
-Prens pitié, non de moi, mais de ces Innocens;
-
-Et te laisse toucher à des traits si puissans.
-
-Helas! Dans les malheurs dont le sort les menace,
-
-Plus que jamais sensible à leur âge, à leur grace,
-
-Croyant te voir, de pleurs je sens baigner mes yeux;
-
-Et ton amour encor m’en est plus pretieux.
-
-Sauve-moi, sauve-les; & plains leur destinée.
-
-Suivant dans son exil leur Mere infortunée,
-
-Quels maux....
-
-
-JASON.
-
-Cessez pour eux de craindre un tel malheur.
-
-Moi, bannir mes Enfans! j’en mourrois de douleur.
-
-Ah! d’un thresor si cher mon cœur est trop avare,
-
-Pour craindre que jamais le Destin m’en separe.
-
-Rien ne peut les ravir à mes embrassemens.
-
-
-MEDÉE.
-
-Quoi tu pretens aussi m’arracher mes Enfans!
-
-Tu pretens me ravir le seul bien qui me reste:
-
-Je ne joüiray pas de la douceur funeste
-
-De voir leur innocence appaiser mes fureurs;
-
-Et de si cheres mains n’essuîront point mes pleurs.
-
-Tu m’ostes des objets que mon cœur idolâtre.
-
-Veux-tu les immoler, Crüel, à leur Marastre?
-
-
-JASON.
-
-Je veux leur faire un sort, leur assurer un rang,
-
-Qui les comble de gloire & réponde à leur sang.
-
-Prés du thrône élevez à l’ombre de leur Pere,
-
-Ils trouveront icy plus d’un Dieu tutelaire.
-
-Creon sera pour eux plus qu’il ne m’a promis;
-
-Et les confondra même avec ses petit Fils.
-
-
-MEDÉE.
-
-Perir plûtost cent fois qu’essuyer cét outrage!
-
-Lache, soüiller mon sang par un vil assemblage!
-
-Voir les fils du Soleil sous le joug abattus,
-
-Avec ceux de Sisyphe unis & confondus!
-
-
-JASON.
-
-Enfin telle est pour eux ma tendresse infinie,
-
-Que vouloir m’en priver, c’est m’arracher la vie.
-
-Je ne puis les quitter, & l’amour paternel....
-
-
-MEDÉE.
-
-Hé bien, n’en parlons plus! ôte les moi, Crüel.
-
-Mais crains mon desespoir, crains mon courroux funeste.
-
-Tu perds, me les ôtant, tout l’appui qui te reste.
-
-Leur veuë & leurs soupirs suspendoient ma fureur;
-
-Rien ne me parle plus, Perfide, en ta faveur.
-
-
-JASON.
-
-Je croiois moderer la douleur qui vous presse.
-
-Cependant je l’aigris; ma presence vous blesse.
-
-Le temps & la raison ouvrant enfin vos yeux,
-
-Vous me rendrez justice, en me connoissant mieux.
-
-
-
-
-SCENE VI.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Oui je te la rendray, Crüel; je m’y prepare.
-
-Tu m’ôtes mes Enfans; tu me ravis, Barbare,
-
-Le seul bien qui pouvoit adoucir mon malheur.
-
-Ah! je t’en puniray; j’en jure ma douleur.
-
-Tremble, Ingrat, c’en est fait. Ma haine inexorable
-
-Te va rendre jaloux de mon sort déplorable.
-
-
-Fin du second Acte.
-
-
-
-
-ACTE III.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-JASON, CRÉUSE, IPHITE
-
-
-JASON.
-
-MAdame, c’en est fait. Medée aprés ce jour,
-
-Abandonne Corinthe & quitte cette Cour.
-
-En menaces en vain elle oze se répandre.
-
-Dans un terme si court que peut-elle entreprendre?
-
-Et d’ailleurs pour ses Fils tremblante dans son cœur,
-
-Des ôtages si chers retiennent sa fureur.
-
-Je sais même observer ses pas & sa colere.
-
-Ainsi rien ne s’oppose à l’hymen que j’espere.
-
-Tout m’annonce un bon-heur infaillible & prochain,
-
-Et les Dieux, de mon sort seront jaloux demain.
-
-Que ce crüel delai me fait de violence;
-
-Et que ce jour est long à mon impatience!
-
-J’accuse sa lenteur de moment en moment.
-
-Elle irrite ma flâme & mon empressement.
-
-L’heureux Jason languit. Mais ma belle Princesse,
-
-Partagez-vous du moins ma joye & ma tendresse?
-
-Aimez-vous des transports dont vous causez l’ardeur?
-
-Sentez-vous du plaisir à faire mon bon-heur?
-
-Vous ne me dittes rien. Quelle raison secrette,
-
-Dans ces heureux momens peut vous rendre müette?
-
-Une sombre langueur que vous cachez en vain,
-
-De vostre front troublé ternit l’éclat serein.
-
-Que vois-je! à vos yeux même il échappe des larmes.
-
-D’où viennent vos frayeurs? d’où naissent vos allarmes.
-
-Ay-je pû, ma Princesse, offenser vos beaux yeux?
-
-Qu’ay-je fait? qu’ay-je dit? & vous suis-je odieux?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Moi, vous haïr, Seigneur! quelle injustice extrême!
-
-Et ma bouche & mes yeux ont avoüé que j’aime.
-
-Mon cœur suit mon devoir. Tous mes soins, tous mes vœux
-
-N’aspirent qu’à vous plaire & qu’a vous rendre heureux.
-
-Mais dans nostre bon-heur je ne sçay quelle crainte
-
-M’allarme malgré moi; tient ma joye en contrainte.
-
-N’a-t on pas veu cent fois les Dieux mêmes jaloux
-
-Traverser un bon-heur pour des Mortels trop doux.
-
-Je plains même, je plains le destin de Medée,
-
-Et ce funeste amour dont elle est possedée.
-
-Daignent les justes Dieux soulageant sa douleur,
-
-Ne pas faire sur nous retomber son malheur.
-
-Helas! si quelque jour leur fatale colere
-
-Empoisonnoit le cours d’un destin si prospere?
-
-
-JASON.
-
-Ah! calmez ces frayeurs. Les Dieux justes toûjours
-
-De vos prosperitez feront durer le cours.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Mais quand des Dieux, Seigneur, je n’aurois rien à craindre,
-
-De vous n’auray-je pas quelque jour à me plaindre?
-
-Vous me repondez d’eux; repondez-moi de vous.
-
-Helas! si vous brisiez un jour des nœuds si doux,
-
-Et si vous m’immoliez à quELque ardeur nouvelle,
-
-Que deviendrois-je, O Ciel! Dans ma douleur mortelle?
-
-
-JASON.
-
-Vous pleurez, ma Princesse, & vous pouvez penser,
-
-Que jamais vostre Amant puisse vous offenser.
-
-Quel outrage crüel vous faites à ma flâme?
-
-Lisez-vous donc si mal dans mes yeux, dans mon ame?
-
-Ah! rien ne peut jamais éteindre un feu si beau.
-
-On verra son ardeur durer jusqu’au tombeau.
-
-Que n’en puis-je exprimer toute la violence!
-
-Vos yeux ne sont-ils pas garands de ma constance?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Hypsipile & Medée, objets de vos amours,
-
-Se sont laissé surprendre à de pareils discours;
-
-Et de nouveaux objets vostre ame possedée,
-
-A laissé cependant Hypsipile & Medée.
-
-
-JASON.
-
-Leur exemple inegal vous trouble sans raison,
-
-Madame; bannissez un injuste soupçon.
-
-Hypsipile & Medée en prevenant mon ame,
-
-Avoient sçeu m’engager à répondre à leur flâme.
-
-Touché de leurs bien-faits, sensible à leur amour,
-
-Mon cœur crut leur devoir quelques soins à son tour;
-
-Et d’y répondre au moins ne pouvant me défendre,
-
-La crainte d’estre ingrat me força de me rendre.
-
-Mais dés que je vous vis, un trouble imperieux,
-
-Asservit tout mon cœur au pouvoir de vos yeux.
-
-D’une pressante ardeur l’extrême violence,
-
-Surmonta ma raison, força ma resistance;
-
-Et je sentis enfin que jusques à ce jour,
-
-Je n’avois pas connu le pouvoir de l’Amour.
-
-Un si parfait amour bravera la mort même.
-
-J’en atteste des Dieux la puissance suprême.
-
-Puissent ces Dieux vangeurs, si je trahis ma foi,
-
-Epuiser leur courroux & leurs foudres sur moi.
-
-Si votre cœur m’aimoit, il prendroit ma deffense.
-
-Un veritable amour bannit la deffiance.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Un veritable amour est-il jamais sans soins?
-
-Je ne craindrois pas tant, helas! si j’aimois moins.
-
-
-JASON.
-
-Si vous sentez mes feux, ah! sentez donc ma joye;
-
-Et que dans vos transports vostre amour se deploye.
-
-Si prez de rendre heureux vostre fidelle Amant,
-
-Prenez part, s’il se peut, à son ravissement.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Vous le voulez; je cede & ma tristesse change.
-
-Je ressens vostre joye & pure & sans mélange.
-
-Oüi Jason, je me rens, & l’Amour est vainqueur.
-
-Il comble tous mes vœux, m’assurant vostre cœur.
-
-Adieu. Je vais au pied des Autels de sa Mere,
-
-Implorer ardamment son secours tutelaire;
-
-La presser d’augmenter nos fidelles ardeurs,
-
-Et de verser sur nous ses plus douces faveurs.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-JASON, IPHITE.
-
-
-IPHITE.
-
-Avec quel air charmant cette aimable Princesse
-
-Répond à vos transports & sent vostre tendresse?
-
-Tout flatte votre espoir; tout conspire à vos vœux.
-
-Et vous semblez toucher au sort le plus heureux.
-
-
-JASON.
-
-Que le serois heureux, je le confesse, Iphite,
-
-Si je pouvois calmer un trouble qui m’irrite;
-
-Et si goûtant en paix un si parfait bon-heur,
-
-J’étouffois à mon gré tout remord en mon cœur!
-
-Mais je puis bannir une importune idée.
-
-A mes yeux malgré moi par tout s’offre Medée.
-
-Ce souvenir crüel m’afflige & me poursuit.
-
-Jusqu’aux pieds de Créüse il me trouble & me suit.
-
-Grands Dieux! quel sort fatal, quelle loi trop severe
-
-Des plaisirs les plus grands rend la douceur amere?
-
-Quel noir poison se mêle au sort le plus charmant?
-
-Et ne sçauroit-on estre heureux impunement?
-
-Vostre bonté jalouze avec caprice enchaîne
-
-Les biens & les tourmens, les plaisirs & la peine.
-
-Au faiste du bon-heur on pousse des soupirs;
-
-Et l’amertume naist dans le sein des plaisirs.
-
-Ah c’est trop. De mon sort soyons enfin le maître.
-
-Déja je sens le calme en mon ame renaître.
-
-Déja.... je vois Medée! ô dieux! trop justes Dieux!
-
-Ne peut-on un moment se soustraire à vos yeux?
-
-Quand je crois estre heureux, soudain vostre justice
-
-Confond tous mes projets & m’offre mon supplice.
-
-Que lui dire? fuions.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-JASON, MEDÉE, IPHITE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Seigneur, où fuyez-vous?
-
-Je ne viens point brûlant d’un injuste courroux,
-
-Vous accabler sans fruit de cris & de reproches.
-
-Cessez de redouter ma veüe & et mes approches.
-
-Mes yeux s’ouvrent enfin; je connois mon erreur.
-
-L’amour & la raison ont vaincu ma fureur.
-
-Oüi je sens que mon cœur dans ses vives allarmes,
-
-Vous excuse, vous plaint, & vous preste des armes.
-
-Je vois que le Destin vous force à me bannir.
-
-Que le Ciel romp les nœuds dont il sceut nous unir;
-
-Et cedant sans murmure au revers qui m’accable,
-
-Je n’impute qu’au Sort un coup inévitable.
-
-Je viens donc reparer par un pront repentir
-
-Des fureurs où mon cœur ne pouvoit consentir.
-
-Effacer mes transports, expier mes menaces,
-
-Par vostre veuë encore adoucir mes disgraces,
-
-Et condamnant l’éclat d’un mouvement jaloux,
-
-Pour la derniere fois pleurer auprés de vous.
-
-Oubliez mes transport, oubliez ma colere.
-
-Pardonnez à l’amour un crime involontaire;
-
-Et ne vous souvenant que d’un si tendre amour
-
-Recevez mes adieux en ce funeste jour.
-
-
-JASON.
-
-C’en est trop. Ah de grace, épargnez-moi, Madame.
-
-Aimez moins un Ingrat qui trahit vostre flâme.
-
-N’offrez point à ses yeux cette tendre douleur.
-
-C’est augmenter mon trouble & déchirer mon cœur.
-
-C’est redoubler l’horreur d’un destin qui m’accable.
-
-Pour moi vostre fureur estoit moins redoutable.
-
-Reprenez vostre haine & vos transports jaloux.
-
-Ah! je crains vostre amour, plus que vostre courroux.
-
-
-MEDÉE.
-
-Ah! laissez-moi l’amour dont je suis possedée.
-
-C’est lui seul qui m’anime; & la triste Medée
-
-Ne peut, tel est son sort, cesser de vous cherir.
-
-Elle vous aimera jusqu’au dernier soupir.
-
-Vivez; regnez heureux. Mais pour grace derniere
-
-Ne me refusez pas une juste priere.
-
-Souffrez que j’ose encor vous presser en ce jour
-
-De m’accorder les fruits de nostre tendre amour.
-
-Ils suffiront, Seigneur, pour consoler leur Mere.
-
-Je croiray, les voyant, voir encor leur Pere,
-
-Et par ces doux objets mon amour affermi,
-
-Vous possedant en eux ne vous perd qu’à demi.
-
-Ce n’est pas pour long-temps que je vous les demande;
-
-Et je joüiray peu d’une faveur si grande.
-
-Vous reverrez bien-tost ces gages pretieux.
-
-Bien-tost, au lieu de vous, m’ayant fermé les yeux,
-
-Ils reviendront, Seigneur, joüir de vostre gloire,
-
-Et vous conter la fin de ma funeste histoire.
-
-
-JASON.
-
-Helas! qu’exigez-vous? pourquoy me demander
-
-Le seul bien qu’à vos vœux je ne puis accorder.
-
-Demandez moi plûtost & mon sang & ma vie,
-
-Que la Parque sans eux m’auroit bien-tost ravie.
-
-Mais ne m’enlevez pas ces fruits de nos amours.
-
-
-MEDÉE.
-
-Hé bien! joüissez-en; possedez les toûjours.
-
-Oüi, l’amour maternel se faisant violence
-
-Cede enfin à vœux, & s’impose silence.
-
-Conservez cherement un si pretieux bien.
-
-Témoins de vos grandeurs, qu’ils en soient le soutien;
-
-Joüissez de leur veuë & goûter leurs caresses.
-
-Sans jalousie entr’eux partagez vos tendresses.
-
-Faites leur un destin illustre & glorieux.
-
-Rendez les s’il se peut dignes de leurs ayeux.
-
-Enfin qu’en les voyant la tendresse de Pere
-
-Vous fasse quelque-fois souvenir de leur Mere.
-
-Et que pour adoucir les maux que je prevoi,
-
-Le bruit dans mon exil en vienne jusqu’à moi.
-
-
-JASON.
-
-Qu’avec joye à vos vœux j’accorde cette grace!
-
-Est-il rien que pour eux ma tendresse ne fasse;
-
-Les grandeurs, les plaisirs vont les environner;
-
-Et je ne me fais Roi, que pour les couronner.
-
-
-MEDÉE.
-
-Seigneur, je pars contente aprés cette assurance.
-
-Mais de Creon tantost j’ay bravé la clemence.
-
-Je tremble avec raison que ses ressentimens
-
-Ne punissent mes Fils de mes emportemens;
-
-Et que pour m’accabler, sa trop juste colere
-
-Ne se vange sur eux du crime de leur Mere.
-
-A Créüse bien-tost je vais les envoyer.
-
-Pour eux, au nom des Dieux, allez vous employer.
-
-Adoucissez Creon, attendrissez Créüse.
-
-L’amour a fait mon crime, il fera mon excuse:
-
-C’est lui, c’est la douleur, qui m’a fait égarer;
-
-Et par un prompt exil je vais tout reparer.
-
-
-JASON.
-
-Que vous connoissez mal Creon & sa clemence!
-
-Un si prompt repentir désarmant sa vengeance,
-
-Sensible à vos malheurs, ses soins & ses bienfaits
-
-Adouciront vos maux, combleront mes souhaits.
-
-Je vais remplir vos vœux & calmer sa colere.
-
-
-MEDÉE.
-
-Peignez luy bien, Seigneur, mon repentir sincere.
-
-Je veux dés ce soir même abandonner ces lieux.
-
-Pour la derniere fois recevez mes adieux.
-
-
-JASON.
-
-Puisse le juste Ciel à mes vœux favorable
-
-Vous accorder, Madame, un repos desirable.
-
-Jason à son destin cedant avec regret,
-
-Nourrissant loin de vous un deplaisir secret,
-
-Gardera cherement dans le fond de son ame,
-
-Le tendre souvenlr d’une si belle flâme.
-
-L’absence ny le temps n’effaceront jamais
-
-De son cœur affligé le prix de vos bien-faits.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-VA, quand tu le voudrois, il y va de ma gloire;
-
-Je t’empescheray bien d’en perdre la memoire.
-
-Je sçais quand il me plaist, dans l’ame des ingrats
-
-Graver des souvenirs qui ne s’effacent pas.
-
-Que j’ay souffert, Rhodope, à cacher ma colere?
-
-Quelle horrible contrainte il a fallu me faire?
-
-Ma rage en est accrüe; & ce torrent fougueux
-
-Va plus rapidement se deborder contr’eux.
-
-Il ne me reste plus que d’évoquer Hecate,
-
-Et tous ces Dieux crüels dont la fureur me flate.
-
-Mes plus mortels poisons, mes charmes sont tous prests.
-
-Hâtons nous de lancer nos redoutables traits.
-
-
-Rhodope tu connois cette robe éclattante
-
-De rubis lumineuse & d’or étincellante;
-
-Parure inestimable, ornement pretieux
-
-Où l’art & la richesse ébloüissent les yeux.
-
-Le Soleil mon Ayeul, favorisant mon Pere,
-
-Pour present nuptial en fit don à ma Mere;
-
-Et semble avoir mêlé pour enrichir ses dons
-
-Le feu de la lumiere à l’or de ses rayons.
-
-C’est de tous le thresors, où je pouvois pretendre,
-
-L’unique qu’en fuyant Medée ait daigné prendre.
-
-Tu sçais qu’en arrivant en ces funestes lieux,
-
-De Créüse ébloüie elle enchanta les yeux.
-
-Admirant son éclat & vantant sa richesse,
-
-Elle a tout employé, prieres, dons, promesse,
-
-Pour pouvoir posseder ce superbe ornement.
-
-Il faut qu’à ma vengeance il serve d’instrument.
-
-Je vais l’empoisonner, & par mon art funeste
-
-Mêler un pront venin à son éclat celeste;
-
-Mille sucs empestez, milles charmes divers;
-
-Et la Rage, & la Mort, & l’horreur des Enfers.
-
-Je veux que mes Enfans, pour cacher ma vengeance,
-
-Et feignant d’implorer ses soins & sa clemence,
-
-Ministres non suspects de mon courroux affreux,
-
-Portent à leur Marâtre un don si dangereux.
-
-Mais allons engager mes Dieux dans ma querelle.
-
-J’entens déja leur voix qui m’anime & m’appelle.
-
-Terribles Dieux du Stix, je marche sur vos pas.
-
-Dans ce pressant besoin ne m’abandonnez pas.
-
-
-Fin du troisiéme Acte.
-
-
-
-
-ACTE IV.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-IL est temps d’achever le charme & ma vengeance.
-
-Hecate, vien pour mou signaler ta puissance.
-
-Hecate, triple Hecate, exauce enfin mes vœux.
-
-Vien; je vais consommer mes mysteres affreux.
-
-J’ay mis mon art en œuvre; et ma robe empestée
-
-A bû les sucs mortels dont elle est infectée.
-
-Aux poisons j’ay mêlé mes charmes les plus forts.
-
-Mais que pourroient sans toi mes impuissans efforts?
-
-Grande Divinité, tu rens mon art terrible.
-
-Irrite les poisons & la flâme invisible,
-
-Que j’ay sceu confier à ce don pretieux.
-
-Sur tout cache la bien aux regards curieux;
-
-Et qu’au gré de mes yeux impuissante ou fatale,
-
-Elle devore seuls Creon & ma Rivale.
-
-Qu’elle épargne tout autre & ne consume qu’eux.
-
-Hecate entens ma voix, & viens remplir mes vœux.
-
-Elle vient. Je la sens qui m’échauffe & m’entraîne.
-
-Tout mon cœur en fremit & je respire à peine.
-
-Une soudaine horreur fait dresser mes cheveux.
-
-Mes yeux percent la nuit du sejour tenebreux.
-
-Je vis me faire oüir dans l’Empire des Manes.
-
-Je vais les évoquer. Loin d’icy, loin Prophanes.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-MEDÉE, seule.
-
-
-MInistres rigoureux de mon courroux fatal,
-
-Redoutables Tyrans de l’Empire infernal,
-
-Dieux, ô terribles Dieux du trepas & des Ombres,
-
-Et vous, Peuple crüel de ces royaumes sombres,
-
-Noirs Enfans de la Nuit, Manes infortunez,
-
-Criminels sans relâche à souffrir condamnez,
-
-Barbare Tisiphone, implacable Megere,
-
-Nuit, Discorde, Fureur, Parques, Monstres, Cerbere,
-
-Reconnoissez ma voix & servez mon courroux.
-
-Dieux crüels, Dieux vangeurs, je vous évoque tous.
-
-Venez semer icy l’horreur & les allarmes.
-
-Venez remplir ces lieux & de sang & de larmes.
-
-Rassemblez, déchaînez tous vos tourmens divers;
-
-Et, s’il se peut, icy transportez les Enfers.
-
-
-On m’éxauce. Le Ciel se couvre de tenebres.
-
-L’air au loin retentit de hurlemens funebres.
-
-Tout répand dans mon ame une affreuse terreur.
-
-Ce Palais va tomber. La terre mugit, s’ouvre;
-
-Son sein vomit des feux & l’Enfer se découvre.
-
-Quel est ce Criminel qui cherche à se cacher?
-
-Je reconnois Sisyphe à ce fatal rocher.
-
-Témoin des maux crüels qu’on prepare à sa race,
-
-Il se cache de honte & pleure sa disgrace.
-
-Son desespoir commence à soulager le mien.
-
-Le crime de ta race est plus noir que le tien,
-
-Audacieux Sisyphe, & le Roi du Tartare
-
-Ne sçauroit vous trouver de peine assez barbare.
-
-
-Mais quels Fantômes vains sortent de toutes parts?
-
-Que de Spectres affreux s’offrent à mes regards?
-
-Quelle Ombre vient à moi. Que vois-je? c’est mon Pere!
-
-Quel coup a pû si-tost lui ravir la lumiere?
-
-Chere Ombre, apprens le moi. Ma fuitte & ma fureur
-
-Helas! t’ont fait sans doute expirer de douleur.
-
-Tens moi les bras du moins. Mais quelle Ombre sanglante
-
-Se jette entre nous deux terrible & menaçante?
-
-De blessures, de sang, couvert, defiguré,
-
-Ce Spectre furieux paroît tout déchiré.
-
-C’est mon Frere. Oüi c’est lui; je le connois à peine.
-
-Ah! pardonne, chere Ombre, à ma rage inhumaine,
-
-Pardonne. L’Amour seul a causé ma fureur.
-
-Il fût ton assassin; il sera ton vangeur;
-
-Et sçaura t’immoler de si grandes victimes
-
-Qu’il obtiendra de toi le pardon de ses crimes.
-
-Le sang... tout disparoît; tout fuit devant mes yeux.
-
-Tisiphone avec moi reste seule en ces lieux.
-
-Noire Fille du Stix, Furie impitoyable,
-
-Ah! cesse d’attiser mon courroux effroyable;
-
-Calme de tes serpents les affreux sifflemens.
-
-Tu ne peux adjoûter à mes ressentimens.
-
-Ne songe qu’à servir une fureur si grande.
-
-Hecate le desire, & je te le commande.
-
-Nuit, Stix, Hecate, Enfers, terribles Deitez,
-
-J’ordonne. Obeyssez sourdes Divinitez.
-
-Le charme a réüssi. Poursuivons ma vengeance.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Viens, Rhodope; mon art ne craint plus ta presence.
-
-Le charme est consommé. C’en est fait & jamais
-
-Un espoir plus certain ne flatta mes souhaits.
-
-Apporte prontement ma Robbe pretieuse.
-
-Pour mes ennemis seuls elle est contagieuse.
-
-Ne crains pas de toucher ce don pernitieux.
-
-Puis cherche mes Enfans; conduis les en ces lieux.
-
-Je veux les preparer à servir ma vengeance
-
-Et feignant d’obéïr au Tyran qui m’offence
-
-Leur cacher mes desseins, afin qu’ils trompent mieux
-
-De leurs maux & des miens les Auteurs odieux.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-MEDÉE, seule.
-
-ENfin de mes Tyrans je vais punir les crimes.
-
-Il ne me reste plus qu’à parer mes victimes.
-
-Le sacrifice est prest. L’heure approche; & mon cœur
-
-Triomphe & s’applaudit déja de son bon-heur.
-
-Cours chercher mes Enfans. O superbe parure,
-
-(Rhodope apporte la Robbe de Medée & sort pour amener les enfans.)
-
-Present qui va servir à vanger mon injure,
-
-Cache bien les tresors que mon art t’a commis.
-
-Mes plus chers interests à toi seul son remis.
-
-Que j’ayme en ce moment l’éclat qui t’environne.
-
-Ah! seul tu me tiens lieu d’Empire & de couronne.
-
-
-
-
-SCENE V.
-
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE
-
-
-MEDÉE.
-
-Approchez, approchez, jeunes Infortunez,
-
-Qu’aux maux presqu’en naissant le Ciel a condamnez.
-
-On va nous separer par une loi severe.
-
-C’en est fait, mes Enfans; vous n’avez plus de Mere.
-
-Je ne joüiray plus de vos transports charmans.
-
-Le Sort crüel m’arrache à vos embrassemens.
-
-Vostre veuë est un bien que sa rigueur m’envie.
-
-Vous n’adoucirez point les malheurs de ma vie;
-
-Et mes yeux, loin de vous, aux pleurs accoûtumez,
-
-Par vos mains en mourant ne seront point fermez.
-
-Il vous est interdit d’accompagner ma fuitte.
-
-Sous un joug estranger le Ciel vous precipite;
-
-Et vous asservissant à de crüelles loix,
-
-Il vous donne des fers dont je sens tout le poids.
-
-Soumettons nous, mes Fils; cedons à la Fortune.
-
-Quittez cette fierté prés des Rois importune.
-
-Votre sort a changé; changez aussi de vœux:
-
-L’abbaissement, mes Fils convient aux malheureux.
-
-Oubliez vostre sang; oubliez vos Ancestres:
-
-Esclaves, apprenez à menager vos Maistres;
-
-Et leur immolant tout, ainsi qu’à vos vrais Dieux,
-
-Essayez à trouver grace devant leurs yeux.
-
-Portez, pour commencer, ma robbe à la Princesse.
-
-Offrez la de ma part; peignez lui ma tristesse;
-
-Qu’un juste repentir surmonte ma fureur;
-
-Que j’implore pour vous ses bontez, sa faveur.
-
-Allez; de vos destins à present Souveraine,
-
-Mes Fils, c’est vostre Mere, & de plus vostre Reine.
-
-Sans rougir, à ses pieds d’abord prosternez vous.
-
-Baisez avec respect sa robbe & ses genoux;
-
-Et par vos soins flatteurs, par vos tendres caresses,
-
-Appuiez vivement la foi de mes promesses.
-
-Qui vous peut retenir? Mes Fils, vous soupirez;
-
-Et vous n’osez lever vos yeux mal assurez.
-
-Je le vois. Vostre sang repugne à ces foiblesses.
-
-Les neveux du Soleil ont horreur des bassesses.
-
-Mais c’est l’arrest du Sort. Vous pouvez sans rougir,
-
-Imiter mon exemple, à mes loix obéïr.
-
-(à Rhodope.)
-
-Tu pourras au besoin leur servir d’interprete,
-
-(à Rhodope.)
-
-Rhodope, conduis-les; fais ce que je souhaitte;
-
-Et reviens avec eux m’informer prontement
-
-Comme on aura receu ce fatal vestement.
-
-
-
-
-SCENE VI.
-
-MEDÉE, seule.
-
-Tout succede à mes vœux & mon dessein s’avance.
-
-Ne m’abandonnez pas, remplissez ma vengeance,
-
-Dieux, redoutables Dieux, qu’avec ardeur je sers,
-
-Qui venez de moüir du plus creux des Enfers.
-
-Dans le piege fatal faittes tomber ma proye.
-
-Aveuglez mes Tyrans ennivrez de leur joye.
-
-Que Medée asservie à tant d’abaissement,
-
-N’ayt pas esté reduitte à feindre impunement.
-
-Montrez qu’on vous offense au moment qu’on m’outrage.
-
-Déja je crois vous voir remplir toute ma rage.
-
-Déja je vois tomber & Créüse & Creon.
-
-Mais comment nous vanger du perfide Jason?
-
-Comment punir assez son crime detestable?
-
-De tous mes Ennemis il est le plus coupable.
-
-Enfantons quelque monstre; inventons quelque horreur,
-
-Qui de tous mes forfaits surpasse la noirceur.
-
-Dieux! que m’inspirez-vous? quelle barbare image,
-
-Quel horrible attentat offrez-vous à ma rage?
-
-Moi-même je fremis à cét objet affreux.
-
-Ce crime m’épouvante & surpasse mes vœux.
-
-
-
-
-SCENE VII.
-
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE.
-
-
-RHODOPE
-
-Vostre present, Madame, a charmé la Princesse.
-
-Ne pouvant se lasser d’en vanter la richesse,
-
-Dés ce soir sans soupçon elle veut s’en parer.
-
-Creon même, Creon s’empresse à l’admirer.
-
-Jason & vos presents les assurent, Madame,
-
-Que la raison éteint la colere de vostre ame;
-
-Que pour vous, pour vos Fils, vous faisant un effort,
-
-Vous cedez par devoir à la rigueur du Sort.
-
-Enfin tous deux comblant vos Enfans de caresses,
-
-Ont temoigné pour eux les dernieres tendresses.
-
-Que vois-je! vous pleurez. Si prés de vous vanger,
-
-Quel trouble vous saisit & vient vous affliger?
-
-
-MEDÉE.
-
-Helas!
-
-
-RHODOPE.
-
-Vous gemissez; d’où naissent ces allarmes?
-
-Attachant sur vos Fils vos yeux baignez de larmes,
-
-Vous fremissez, Madame, & changeant de couleur
-
-Vous détournez soudain la veuë avec horreur.
-
-
-MEDÉE.
-
-Quelque vive douceur qu’ayt pour moi la vengeance,
-
-Un trouble violent en secret la balance.
-
-Je pleure avec raison ces Enfans malheureux.
-
-Quel crime les condamne, & qu’ont-ils fait aux Dieux?
-
-Dans un âge si tendre ils vont perdre leur Mere;
-
-Et les Infortunez n’ont déja plus de Pere.
-
-Esclaves, Estrangers, sans appui, sans secours,
-
-Quelle suitte de maux va marquer tous leurs jours.
-
-C’est en vain que je vais leur ravir leur Marâtre,
-
-De quelque objet nouveau mon Perfide idolatre,
-
-Les remettra bien-tost sous un joug odieux,
-
-Et les accablera d’un poids injurieux.
-
-Quel Astre empoisonnant votre triste naissance,
-
-Mes Fils, versa sur vous sa crüelle influence?
-
-Languissans sous le joug, gemissans dans les fers,
-
-Le Destin vous condamne à cent malheurs divers.
-
-Vous vous consumerez dans un vil esclavage,
-
-Essuyant chaque jour quelque nouvel outrage.
-
-Quel sort... Ah cette idée irrite ma douleur,
-
-Et l’amour maternel, redouble ma fureur!
-
-Pour les Fils du Soleil quel indigne partage!
-
-Quel coup... mon amour meurt & se transforme en rage;
-
-C’en est fait. Innocens, vous me tendez les bras.
-
-Ces regards caressans, ce souris plein d’appas,
-
-Reveillant la nature, augmentant ma foiblesse,
-
-Jusqu’au fond de mon cœur vont chercher la tendresse.
-
-Helas! en souriant, vous repandez des pleurs.
-
-Infortunez! déjà sentez vous vos malheurs!
-
-Que voulez-vous de moi par ces douces caresses?
-
-Il nous faut renoncer à toutes ces tendresses.
-
-De votre trïste Mere il faut vous détacher;
-
-A de si doux plaisirs il faut nous arracher.
-
-En vain j’avois sur vous fondé mon esperance.
-
-En vain je me flattois d’élever votre Enfance.
-
-Il nous est interdit de nous voir desormais;
-
-O mes Fils! il nous faut separer pour jamais.
-
-
-RHODOPE.
-
-Epuisez vos transports, Madame. La Princesse
-
-Pour un temps assez court s’en prive & vous les laisse.
-
-Elle leur a prescrit de venir en ces lieux,
-
-Recevoir prontement vos pleurs & vos adieux.
-
-
-MEDÉE.
-
-L’Orgueilleuse déjà leur commande, & m’outrage!
-
-O ma lente douleur! ô mon foible courage!
-
-A quels affronts crüels, à quel sort odieux
-
-Livres tu lâchement le plus beau sang des Dieux!
-
-Ma fureur se reveille, & l’amour la ranime.
-
-Ozons les affranchir du joug qui les opprime.
-
-Couronnons ma vengeance & bornons leur malheur.
-
-Que dis-tu Miserable, & que veut ta fureur?
-
-Non, pour finir leurs maux, il n’est plus d’autre voye.
-
-Un moment de douleur va me combler de joye.
-
-Frappons.... Frappons...
-
-
-UN DES ENFANS.
-
-Ah! Dieux. Ma Mere! qu’avez-vous?
-
-
-L’AUTRE ENFANT.
-
-Pourquoi nous menacer, & d’où vient ce courroux?
-
-Je tremble.
-
-
-MEDÉE.
-
-Je fremis. Leurs regards & leurs larmes
-
-Me troublent, & des mains me font tomber les armes.
-
-O mon sang! ô mes Fils, si chers à mes desirs!
-
-Objets de ma tendresse & de mes deplaisirs,
-
-Infortunez auteurs de ma douleur amere,
-
-Approchez mes Enfans; embrassez votre Mere.
-
-Empressez-vous encor d’obéïr à mes loix;
-
-Et baisez moi du moins pour la derniere fois.
-
-
-Rhodope, conduis les dans la chambre prochaine.
-
-Leur veüe accroît mon trouble & redouble ma peine.
-
-Qu’ils me coûtent de pleurs! qu’ils me sont chers! helas!
-
-Mon lâche amour, mes pleurs ne les soulagent pas.
-
-
-
-
-SCENE VIII.
-
-MEDÉE, seule.
-
-TU les aimes, Cruelle, & tu les laisses vivre!
-
-Aux malheurs les plus grands ta foiblesse les livre;
-
-Et ta pitié barbare en respectant leurs jours,
-
-Du plus affreux destin leur prepare le cours.
-
-Ah! lâche! suis tu donc un foible amour pour guide?
-
-Sauve les; tu fais bien. Leur Pere moins timide
-
-Pour vanger tes Tyrans leur percera le flanc.
-
-Quoi! leur Pere à Créüse immoleroit mon sang!
-
-Non, mes Enfans jamais ne seront sa victime:
-
-Ils mourront de ma main. Tout me force à ce crime.
-
-Qu’ils meurent ces Enfans d’un infidelle Epoux:
-
-Adoptez par Créüse, ils ne sont plus à nous.
-
-Ah! s’ils sont innocens, aussi l’estoit mon Frere!
-
-J’immolerois mes Fils! ô trop barbare Mere!
-
-Ah! plûtost.... l’heure approche; un exil rigoureux,
-
-Un divorce crüel va me separer d’eux.
-
-Ils n’adouciront point ma fuitte et mes allarmes.
-
-S’attachant à leur Mere, & tout baignez de larmes,
-
-De mes bras, de mon sein, on va les détacher:
-
-A l’amour maternel on va les arracher.
-
-Non, ne l’endurons pas. Qu’ils meurent pour leur Pere;
-
-Qu’ils meurent. Aussi-bien ils sont morts pour leur Mere.
-
-O Jason! ô mes Fils! Amour, Haine, Fureur,
-
-Cessez par vos combats de déchirer mon cœur!
-
-Pour le percer ce cœur, trop de rigueur s’assemble.
-
-Le Temps fuit; le mal presse. Accordez-vous ensemble.
-
-
-Fin du quatriéme Acte
-
-
-
-
-ACTE V.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-RHODOPE.
-
-AH! Madame, fuyez un Peuple furieux.
-
-Fuyez, sans differer, de ces funestes lieux.
-
-Tandis qu’avec le trouble y regne l’épouvante.
-
-Votre present fatal a passé vostre attente;
-
-Et vos fiers Ennemis mourans, desesperez,
-
-Succombent au poison dont ils sont devorez.
-
-A peine, à peine encor vostre aveugle Rivale
-
-Portoit avec plaisir cette Robbe fatale,
-
-Qu’un feu sombre et crüel, une invisible ardeur
-
-Embraze tout son corps, & consume son cœur.
-
-Un funeste poison courant de veine en veine,
-
-Allume dans son sang une flâme inhumaine,
-
-Qui penetre avec force & s’attache à ses os.
-
-C’est en vain qu’on s’empresse à soulager ses maux.
-
-La Robbe devorante à son corps attachée,
-
-Y nourrit le venin de la flame cachée;
-
-Et du charme crüel l’impitoyble ardeur
-
-Triomphe sans obstacle & regne avec fureur.
-
-Qui veut la secourir, de sa perte complice,
-
-Loin de la soulager, redouble son supplice.
-
-On ne peut de ce feu calmer l’embrazement.
-
-On ne peut arracher le fatal vêtement.
-
-Creon saisi d’horreur à l’arracher s’empresse.
-
-Mais du charme aussi-tost la flâme vangeresse,
-
-Dans son sein embrazé porte les mêmes feux:
-
-Il se sent consumer d’un poison rigoureux.
-
-Chacun s’occupe encor du peril qui les presse.
-
-Servez-vous des momens que ce trouble vous laisse.
-
-Profittez de l’horreur qui regne dans ces lieux,
-
-Et fuyez pour jamais leur aspect odieux.
-
-
-MEDÉE.
-
-Que je fuye! ah! Rhodope, au comble de la gloire,
-
-Quand sur mes Ennemis j’emporte la victoire.
-
-Que je fuye! ah! le Sort m’eût-il reduitte à fuir,
-
-D’un spectacle si beau je reviendrois joüir;
-
-Je viendrois assister à ce grand Hymenée.
-
-Laisse moi contempler sa pompe fortunée;
-
-Et d’un objet si doux, d’un coup si glorieux,
-
-Repaistre avidement mes regards curieux.
-
-Mes odieux Tyrans deviennent mes victimes!
-
-Ah! je cueille en ce jour le fruit de tous mes crimes.
-
-Mon courroux triomphant ne peut trop s’applaudir;
-
-Et mon nom desormais ne sçauroit plus perir.
-
-Ce n’est pas tout. Rentrons; & perdant l’Innocence,
-
-Couronnons ce grand jour & comblons ma vengeance.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-JASON, en entrant.
-
-En vain, pour la trouver, je cours de toutes parts.
-
-Ah! sans doute son art la cache à mes regards.
-
-Elle croit éviter le courroux qui m’enflâme.
-
-Mais qui l’en peut sauver?
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-JASON, CRÉUSE, CYDIPPE
-
-
-CRÉUSE.
-
-Ah! Seigneur:
-
-
-JASON.
-
-Ah! Madame.
-
-Quel est mon desespoir! Où portez vous vos pas?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Ah! Seigneur, le Roi vient de mourir dans mes bras.
-
-Ce dernier coup manquoit au tourment qui m’accable.
-
-Joüet infortuné du Sort impitoyable,
-
-Preste enfin d’assouvir son rigoureux courroux,
-
-Je viens du moins, je viens mourir auprés de vous:
-
-Vous fermerez mes yeux.
-
-
-JASON.
-
-Dieux! qu’entens-je? ah! Madame,
-
-On peut esteindre encore une crüelle flâme.
-
-Les Dieux, les justes Dieux pour vous s’interessans,
-
-Prendront soin par pitié de vos jours innocens;
-
-Et vous verrez Medée à vos pieds expirante,
-
-Y servir de victime à ma fureur sanglante.
-
-J’en atteste ces Dieux. J’en jure mon amour.
-
-
-CRÉUSE.
-
-En vain vous pretendez me rappeller au jour.
-
-Medée à se vanger est trop ingenieuse.
-
-Mon sang doit assouvir sa rage furieuse;
-
-Et vos soins, votre amour, loin de me secourir,
-
-Irritent le poison dont je me sens mourir.
-
-Envieux du plaisir que m’offre vostre veüe,
-
-Son art haste l’effet du charme qui me tuë;
-
-Et l’Amour seul, plus fort que ses Enchantemens,
-
-M’anime & me soutient encor quelques momens.
-
-Ecoutez-moi, Seigneur. Mes maux ny ma foiblesse
-
-Ne sçauroient rallentir l’ardeur de ma tendresse.
-
-La Mort même ne peut éteindre un feu si beau.
-
-Je l’emporte avec moi dans l’horreur du tombeau;
-
-Mon amour y vivra. La Fortune jalouze
-
-N’a pû souffrir, Jason, de me voir vostre Epouse.
-
-Mais la Crüelle au moins me laisse la douceur,
-
-De mourir prés de vous, possedant vostre cœur.
-
-Je goûte en mes tourments cette douceur secrette.
-
-La vie & les grandeurs n’ont rien que je regrette.
-
-Unique & tendre objet de mes vœux les plus doux,
-
-Je ne plains en mourant, ne regrette que vous.
-
-Trop heureuse en effet si comblant mon attente
-
-Les Dieux... ah! quel tourment! quelle ardeur devorante!
-
-Mon supplice s’accroît; je me sens déchirer:
-
-Je brûle. Adieu, Jason; il faut nous separer.
-
-
-JASON.
-
-Nous separer! ô Dieux! ah! rigueur qui me tuë.
-
-Nous separer! quel coup pour mon ame éperduë!
-
-Ah! je souffre à la fois mille horribles tourmens!
-
-Quoi tous les Dieux sont sourds à mes gemissemens!
-
-Je vous perds pour jamais; en vain je les implore.
-
-Et j’ay seul allumé ce feu qui vous devore!
-
-Non je ne verrai point un si crüel malheur;
-
-Et par un pront trépas j’en previendray l’horreur.
-
-
-CRÉUSE.
-
-A trop de desespoir vostre ame s’abandonne.
-
-Vivez, Jason, vivez. C’est moi qui vous l’ordonne.
-
-Ne me refusez pas dans mon sort rigoureux
-
-L’unique & dernier bien qui flatte encor mes vœux.
-
-Gardez le souvenir d’une triste Princesse.
-
-Conservez lui, Jason, toute vostre tendresse.
-
-Elle meurt vostre Epouse. A la face des Dieux
-
-Recevez donc ma main & mes derniers adieux.
-
-Que ne puis-je employer ces vains restes de vie,
-
-A vous prouver l’amour dont mon ame est remplie?
-
-Helas! on n’a jamais aimé si tendrement;
-
-Et jamais je n’aimay plus que dans ce moment.
-
-J’en atteste les Dieux. Mes forces s’affoiblissent:
-
-Ma voix, mon sang se glace; & mes yeux s’obscurcissent.
-
-Malgré le Sort crüel, qui va nous désunir,
-
-Mon cœur vous aime encore à son dernier soupir.
-
-
-CYDIPPE.
-
-Elle expire, Seigneur.
-
-
-JASON.
-
-Destin impitoyable!
-
-Elle est morte; & je vis! ô tourment effroyable!
-
-Ah! mon bras au deffaut de ma lente douleur
-
-De ce supplice affreux doit m’épargner l’horreur.
-
-Meurs, lâche; meurs enfin. Mais ma douleur m’abuse.
-
-Je dois un sacrifice aux Manes de Créüse.
-
-Pour appaiser son Ombre & ses ressentimens,
-
-Je veux livrer Medée au plus crüels tourmens;
-
-De mon ame aussi-tost sur le rivage sombre
-
-De ce sang assouvie ira trouver son ombre.
-
-La soif de te vanger seule arreste mon bras.
-
-Belle Ombre, attens; j’y cours & vais suivre tes pas.
-
-Medée en vain me fuit; en vain son art la cache.
-
-A ma juste fureur il n’est rien qui l’arrache.
-
-Je suivray la Barbare au bout de l’Univers.
-
-Et je la trouveray même au fond des Enfers.
-
-Mon amour furieux me servira de guide.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-JASON, MEDÉE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Tu n’iras pas si loin pour me trouver, Perfide.
-
-C’est Medée. Oüi, c’est elle.
-
-
-JASON.
-
-Ah! crains mon desespoir
-
-Barbare...
-
-
-MEDÉE, le frappant de sa Baguette.
-
-Arreste, Ingrat; & connois mon pouvoir.
-
-
-JASON.
-
-Quel prodige estonnant! Dieux! ma fureur est vaine!
-
-Je me sens retenu par une estroitte chaîne.
-
-Je demeure immobile, & malgré mes efforts
-
-Le pouvoir de son art s’oppose à mes transports.
-
-
-MEDÉE.
-
-Juge, si c’est à moi de craindre ta vengeance.
-
-Un sort comme le mien n’est pas en ta puissance;
-
-Magnanime Heros, ne songe plus à moi;
-
-Trop indigne aussi-bien d’un Epoux tel que toi.
-
-Laisse une Infortunée, oublie une Estrangere,
-
-Sans appui, sans couronne, errante & solitaire.
-
-Un hymen plein d’appas, un thrône glorieux
-
-T’attendent en ce jour dans ces superbes lieux.
-
-Est-il temps de rester auprés d’une Jalouse!
-
-Va soupirer aux pieds de ta nouvelle Epouse.
-
-Vante lui ton ardeur, assure lui ta foi:
-
-Tu luy voles le temps que tu perds avec moi.
-
-Dois-tu pas à son sort unir ta destinée?
-
-Haste-toi de conclurre un si doux hymenée,
-
-Le Sacrifice est prest, & le Temple est orné;
-
-On n’attend plus que toi. Cours, Epoux fortuné.
-
-
-JASON.
-
-Quoi! La Barbare encore & m’insulte & m’outrage!
-
-Faut-il que par son art elle brave ma rage?
-
-Je ne puis l’immoler à ma juste fureur!
-
-Son sang appaiseroit Créüse & ma douleur!
-
-
-MEDÉE.
-
-Oüi, Jason, à Créüse il faut quelque victime;
-
-Et mon sang répandu doit effacer mon crime.
-
-Sois content. J’ay versé le plus pur de ce sang.
-
-
-JASON.
-
-Comment?
-
-
-MEDÉE.
-
-A tes deux Fils j’ay sceu percer le flanc.
-
-Regarde ce poignard & cette main sanglante;
-
-C’est mon sang, du tien, qu’elle est teinte & fumante,
-
-Mon bras pour dernier coup vient de les égorger.
-
-Si déjà ton ardeur languit pour la Princesse;
-
-Si tu fuis, Inconstant, ta nouvelle Maîtresse;
-
-Cours du moins, Pere heureux, à tes Fils expirans,
-
-Rens leur les derniers soins, embrasse les mourans.
-
-JASON.
-
-Ah! Barbare!
-
-
-MEDÉE.
-
-En est-ce assez, & connois-tu Medée?
-
-De son affreux pouvoir garderas-tu l’idée?
-
-Oublîras-tu sa haine, ainsi que son amour?
-
-
-JASON.
-
-Monstre, à tes propres Fils avoir ravi le jour!
-
-Pourquoi sacrifier d’innocentes victimes!
-
-
-MEDÉE.
-
-Ils estoient nez de toi, demandes-tu leurs crimes?
-
-Ma trop juste fureur a dû les en punir;
-
-J’ay dû finir leurs maux, j’ay dû les prevenir;
-
-Te delivrer d’un joug que ton esprit abhorre;
-
-Rompre ces derniers nœuds qui nous serroient encore;
-
-Et, pour mieux t’oublier, effacer sans retour
-
-Jusqu’aux traces, Ingrat, de nostre affreux amour.
-
-Ce n’est pas sans remords que je m’y suis forcée.
-
-Tu m’en as inspiré l’audace & la pensée;
-
-Tu m’as seul enhardie à ce crüel dessein,
-
-Infidelle, & c’est toy qui leur perce le sein.
-
-
-JASON.
-
-Quoi! les Dieux irritez, pour te reduire en poudre
-
-Sur ta teste à mes yeux ne lancent pas la foudre.
-
-
-MEDÉE.
-
-Vangeurs des trahisons, Ennemis des Ingrats,
-
-Les Dieux pour t’accabler ont employé mon bras;
-
-La foudre étoit trop peu pour punir ton offence.
-
-J’ay servi leur justice & rempli leur vengeance.
-
-C’en est fait. Pour repaistre & mes yeux & mon cœur,
-
-Moi-même j’ay voulu joüir de ta douleur.
-
-Un spectacle si doux met le comble à ma gloire:
-
-Je savoure à longs traits ta peine & ma victoire
-
-Et je recouvre enfin ma gloire, mon repos,
-
-Mon Sceptre, mes Parents, la Toison & Colchos.
-
-Je pars; puis que ma fuitte a pour toi tant de charmes,
-
-Leve encor jusqu’à moi tes yeux chargez de larmes,
-
-Ingrat. Voi ces Dragons qui soûmis à ma loy,
-
-(Medée monte dans un Char, traîné par des Dragons.)
-
-Et plus reconnoissans, plus fidelles que toi,
-
-Par des chemins nouveaux vont guider leur maîtresse.
-
-Tes vœux sont satisfaits; pour jamais je te laisse.
-
-Adieu; je t’abandonne aux horreurs de ton sort.
-
-Ingrat, je te hais trop pour te donner la mort.
-
-(Le Char s’envole.)
-
-
-
-
-SCENE DERNIERE.
-
-JASON, IPHITE.
-
-
-JASON.
-
-ELle fuit; & ce Char l’enlevant dans les nuës,
-
-Ouvre à sa cruauté des routes inconnuës.
-
-La Barbare à mes yeux disparoît pour jamais;
-
-Elle brave ma haine aprés tant de forfaits;
-
-Et m’enleve en fuyant, malgré ma rage extrême,
-
-Beaupere, Enfans, Maîtresse, & ma vengeance même.
-
-Je ne puis la punir de tant de crüauté.
-
-Le Ciel offre un asile à son impieté.
-
-C’en est trop. Terminons ma vie & son supplice.
-
-Je ne puis me vanger; il faut que je perisse.
-
-Trop malheureux objets de l’amour de Jason,
-
-Déplorable Créüse! infortuné Creon!
-
-O mes Fils! joüissez de la seule vengeance,
-
-Que les Dieux inhumains laissent en ma puissance.
-
-(Il se tuë.)
-
-
-IPHITE.
-
-Ah! Seigneur... il n’est plus. Quels horrible malheurs
-
-O trop funeste Amour, produisent tes fureurs.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-Extrait du Privilege du Roy.
-
-Par Lettres Patentes de Sa Majesté, données
-à Paris le vingt-quatriéme Mars 1694.
-Signé; NOBLOT. Il est permis au Sieur
-PIERRE EMERY Libraire de Paris,
-d’imprimer un Livre intitulé Medée, Tragedie nouvelle,
-pendant le temps de six années consecutives: Avec défenses
-à tous autres de le vendre & le debiter sans le consentement dudit
-Exposant à peine de confiscation des Exemplaires
-contrefaits & de trois mil livres d’amende,
-ainsi qu’il est porté plus au long dans lesdites Lettres.
-
-
-Registré sur le Livre de la Communauté des Imprimeurs
-& Libraires de la Ville de Paris, le 26. dudit mois & an.
-Signé; P. AUBOÜIN, Syndic.
-
-
-Achevé d’imprimer le premier Avril 1694.
-
-
-Ledit Sieur Emery a fait part dudit Privilege aux Sieur
-Auboüin & Clouzier.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉDÉE ***
-
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-Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of
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-from people in all walks of life.
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
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-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be
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-<html lang="fr">
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-<title>The Project Gutenberg eBook of Médée, tragédie, by
-Hilaire-Bernard de Longepierre—A Project Gutenberg eBook
-</title>
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-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>Médée</span>, by Hilaire-Bernard de Longepierre</p>
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
-at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
-are not located in the United States, you will have to check the laws of the
-country where you are located before using this eBook.
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-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>Médée</span></p>
-<p style='display:block; margin-left:2em; text-indent:0; margin-top:0; margin-bottom:1em;'><span lang='fr' xml:lang='fr'>tragédie nouvelle</span></p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Hilaire-Bernard de Longepierre</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: January 22, 2023 [eBook #69860]<br>
-[Most recently updated: January 31, 2023]</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p>
- <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Produced by: J.-M. Mariot from files generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica).</p>
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>MÉDÉE</span> ***</div>
-
-
-<div class="transnote chapter">
-<p>
-<strong>Notes du
-transcripteur:
-</strong>
-</p>
-
-<p class="indentNO pfs80">
-L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été harmonisée.
-<br>
-<br>
-Les erreurs de typographie évidentes ont été corrigées.
-</p>
-</div>
-
-
-<div class="titlepage">
-<h1>MEDÉE,</h1>
-
-<p class="centerserif xlarge ftsp">
-<i>TRAGEDIE.</i>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-Par
-</p>
-<p class="centerserif xlarge">
-Hilaire-Bernard de Longepierre
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-A PARIS,
-<br>
-Chez
-<br>
-PIERRE AUBOUYN,
-<br>
-Libraire de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-PIERRE EMERY,
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-CHARLES CLOUZIER.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-Quay des Augustins,
-<br>
-prés l’Hôtel de Luynes,
-<br>
-à l’Ecu de France,
-<br>
-& à la Croix d’or.
-</p>
-<p class="centerserif large">
-1694
-</p>
-
-
-<hr class="r33">
-
-</div>
-
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2 style="margin-top: 4em"><i>PREFACE.</i></h2>
-
-<p class="indent">
-<span class="lettrine">I</span>L y a peu d’Histoires aussi connuës que
-celle de Medée, & de sujets de Tragedie aussi celebres que celuy-cy.
-Euripide l’a traitté parmi les Grecs. Ennius, Pacuvius, Accius, Ovide, &
-Seneque parmi les Romains. Monsieur Corneille parmi nous. La Tragedie
-d’Euripide & celle de Seneque nous restent encore avec quelques vers des
-autres. </p>
-
-<p class="indent"> Je me suis laissé tenter aprés tant de grands hommes
-à la beauté de ce sujet. Il m’a toûjours paru que les deux grands
-ressorts de la Tragedie, la terreur & la pitié, s’y font sentir
-vivement; & que Medée toute méchante & toute criminelle qu’elle est,
-estant aussi tres malheureuse & trahie par celuy pour qui elle a tout
-fait & tout abandonné, est l’un des personnages du monde le plus propre
-à faire un grand effet sur la Scene. La simplicité même du sujet, quoy
-que du goût de peu de gens parmi nous, a esté un nouvel attrait pour
-moy. J’ay voulu tenter de donner au Public une Piece à peu prés dans le
-goût des Anciens: c’est à dire, une Piece dans laquelle une action
-grande, tragique & merveilleuse, mais en même temps tres simple, fût
-soutenue seulement par la noblesse des pensées, par la vivacité des
-mouvemens, & par la dignité de l’expression. C’est ainsi que ces grands
-Maistres de l’art, sur les ouvrages desquels l’art même & les regles ont
-esté formés, ont constitué leurs Tragedies, & ont composé ces
-chefs-d’œuvre merveilleux, qui ayant fait l’admiration de tous les
-siecles, font encore pleurer & fremir dans la simple lecture. Ces Genies
-sublimes se sentant assez de force pour soutenir un sujet par luy même &
-et par eux mêmes, ont dédaigné d’avoir recours à un grand attirail
-d’incidens & d’Episodes; & ont rebutté les jeux de Theatre, les petites
-surprises & ces autres agremens frivoles, qui plaisent dans la Comédie;
-mais qui ne servent dans la Tragedie qu’à amortir & à éteindre le
-pathetique, qui en est l’ame. Ils auroient crû sortir du caractere du
-Poëme tragique, & blesser en quelque maniere la raison, & les regles par
-consequent, s’ils s’étoient écartez de cette simplicité d’action. Que
-penseroient-ils donc s’ils entendoient dire à present qu’une Tragedie
-n’est pas Tragedie ny dans les regles, parce qu’elle est simple? ils
-jugeroient sans doute que de pareils Critiques n’ont aucune idée de la
-Tragedie ny des regles; & qu’ils n’en connoissent que le nom.
-</p>
-
-
-<p class="indent">
-On seroit tres faché cependant, que ceux qui ne connoissent pas les
-Tragedies des Anciens par elles mêmes, en voulussent juger par cette
-Piece qui leur est infiniment inferieure en tout. Pour ressembler à ces
-grands hommes, ce n’est pas assez de travailler dans leur goût & d’aprés
-eux; il faudroit encore avoir leur genie. Cette Piece donc peut fort
-bien estre simple comme celles des Anciens sans estre belle: mais en ce
-cas, c’est uniquement ma faute; & cela n’empêche pas que la veritable
-grandeur ne se trouve presques toujours jointe avec la simplicité.
-</p>
-
-
-<p class="indent">
-Je ne répondray point à toutes les Critiques qui se sont d’abord élevées
-contre cette Piece. Je crois qu’on doit toûjours laisser au Public une
-liberté entiere d’en juger, & qu’un ouvrage doit se deffendre par
-luy-même. Peut-estre que ceux à qui la grande simplicité d’action qui
-regne dans cette piece, n’auroit pas entierement pleu dans la
-representation, en seront moins blessez dans la lecture; & qu’ils
-trouveront que j’y ay supplée autant qu’il m’a esté possible, par le
-soin que j’ay pris de l’expression. J’ay toûjours esté persuadé que
-c’est ce qui anime & ce qui soutient le plus un ouvrage, lorsque
-n’estant pas dans la bouche des Acteurs qui luy donnoient en quelque
-maniere la vie, il est comme mort sur le papier. Aussi avec quel soin
-les Anciens, & en particulier les Tragiques Grecs ne s’y sont-ils pas
-attachez? Il seroit trop long de parler icy de la sublimité, de la
-force, de la richesse, de l’harmonie, de la vivacité de leurs
-expressions; de ces tours si naturels en apparence, & pleins en effet
-d’un si grand art; de ces hardiesses nobles & heureuses, où ne s’éleva
-jamais un mediocre genie; de ces belles Epithetes qui rassemblant en un
-seul mot plusieurs idées, leur donnent plus de force en les offrant
-ainsi en raccourci; & qui par leurs peintures vives & nobles, font le
-charme de la Poësie qu’elles animent & qu’elles enrichissent. Je diray
-seulement pour donner quelque idée du soin que ces grands hommes ont
-pris de l’expression, qu’ils s’y sont attachez, jusqu’à n’employer
-presque que des mots consacrez à la Poësie & inconnus à la Prose; & que
-quand même on renverseroit la structure & l’arrangement de leurs vers,
-on ne laisseroit pas d’y sentir encore la Poësie la plus magnifique & la
-plus élevée.
-</p>
-
-
-<p class="indent">
-Je ne sçaurois cependant m’empêcher de répondre à une des objections
-qu’on m’a faites. On m’a accusé d’avoir pris plusieurs pensées dans
-Monsieur Corneille. Mais pour me rendre justice, on devoit avoir dit que
-Monsieur Corneille ayant pris plusieurs pensées dans Seneque, j’ay crû
-pouvoir aussi puiser dans la même source & y en prendre quelques unes.
-Voilà la verité; & je défie qu’on puisse citer un endroit de cette Piéce
-qui paroisse emprunté de Monsieur Corneille, & qui ne soit pas de
-Seneque. J’ay crû qu’il ne m’étoit pas deffendu de suivre ce Poëte
-latin, & de m’enrichir de ses beautez & de ses pensées, à l’exemple de
-Monsieur Corneille lui-même. Si ceux qui ont quelque discernement &
-quelque goût pour ces sortes de choses, se donnent la peine de comparer
-avec l’Original les endroits que la Medée de Monsieur Corneille &
-celle-cy ont de communs; ils connoistront aisement, que ce que j’ay
-traduit ou imité, n’est point une copie de copie; mais que j’ay
-travaillé d’aprés l’original.
-</p>
-
-
-<p class="indent" >
-Personne n’est plus admirateur que moi du merite de Monsieur Corneille.
-Personne n’a plus de veneration & d’estime pour un si grand homme: &
-cette veneration jointe au grand nom qu’il s’est acquis si justement,
-m’auroit peut-estre empêché de traiter un sujet déja traité par luy, si
-je n’avois consideré que dans sa Medée, comme il le reconnoît luy-même,
-ce grand genie qui s’est fait admirer depuis, ne s’estoit pas encore
-entierement developpé, quoy qu’à travers les nüages qui le couvrent, il
-ne laisse pas de faire briller déja des étincelles de ce beau feu, qui
-achevant bien-tôt aprés de dissiper tout ce qui luy faisoit ombre, a
-produit le Cid, Polieucte, Cinna, & les Horaces. J’ay même traité ce
-sujet si differemment de luy, que hors le fond de la Fable qui ne
-sçauroit n’estre pas le même, & ce que nous a fourni Seneque; je ne croy
-pas que le même sujet puisse estre traitté plus diversement. Aussi
-j’espere que tous les gens desinteressez me rendront la justice de
-croire, que quand Monsieur Corneille n’auroit jamais fait sa Medée, je
-n’en aurois pas moins fait celle-cy, avec le secours d’Euripide & de
-Seneque, qui ont esté mes seuls & veritables guides.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2 style="margin-top: 4em"><i>ACTEURS.</i></h2>
-
-MEDÉE, Fille d’Æete, Roi de la Colchide & femme de Jason.<br>
-
-JASON, Prince de Thessalie.<br>
-
-CREON, Roi de Corinthe.<br>
-
-CRÉUSE, fille de Creon.<br>
-
-Les ENFANS de Medée.<br>
-
-RHODOPE, Confidente de Medée.<br>
-
-IPHITE, Confident de Jason.<br>
-
-CYDIPPE, Confidente de Créüse.<br>
-
-SUITTE DE CREON.<br>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>La Scene est à Corinthe, dans le Palais de Creon.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2 style="margin-top: 4em"><i>MEDÉE,</i>
-<br>
-</h2>
-
-
-<p class="centerserif xlarge ftsp">
-<i>TRAGEDIE.</i>
-</p>
-
-
-
-
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE I.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>E sçais ce que je dois à l’amour de
-Medée.<br>
-
-Cesse, Iphite, à mes yeux d’en retracer l’idée.<br>
-
-Ce qu’elle a fait pour moi, dans le Grece, à Colchos,<br>
-
-Ne traverse que trop ma joye & mon repos.<br>
-
-Mais du Sort, de l’Amour, la fatale puissance<br>
-
-Fait taire mes remords & ma reconnoissance;<br>
-
-Et de ces deux Tyrans les violentes loix,<br>
-
-Ne laissent ny l’amour, ny la haine à mon choix.<br>
-
-Oüi de leur joug pressant l’invincible contrainte,<br>
-
-Fixe enfin mes destins & mes vœux à Corinthe.<br>
-
-En vain Medée en proye à ses transports jaloux,<br>
-
-Se livre à la douleur, s’abandonne au courroux.<br>
-
-Je la plains; mais, Ami, j’adore la Princesse:<br>
-
-Du destin de Jason souveraine Maistresse,<br>
-
-Elle asservit mon ame à son pouvoir vainqueur:<br>
-
-L’éclat de ses beaux yeux triomphe de mon cœur;<br>
-
-Et ce cœur embrazé d’une ardeur violente,<br>
-
-Ne sçauroit s’affranchir du charme qui l’enchante.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-De ce nouvel amour la trompeuse douceur,<br>
-
-Séduit vostre raison par son appas flatteur.<br>
-
-Vostre ame toute entiere avidement s’y livre;<br>
-
-Mais si fuyant, Seigneur, le plaisir qui l’enyvre,<br>
-
-Vous vouliez repousser un dangereux poison;<br>
-
-Si vous daigniez encor consulter la raison,<br>
-
-Vous banniriez bien-tost Creüse de vostre ame;<br>
-
-Et vous étoufferiez une funeste flâme.<br>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Non, la raison icy d’accord avec mon cœur,<br>
-
-Authorise ma flâme & soûtient mon ardeur.<br>
-
-Exilez, fugitifs, le trépas de Pelie<br>
-
-Souleve contre nous toute la Thessalie.<br>
-
-Ce Tyran, de mon thrône injuste usurpateur,<br>
-
-De ses crimes enfin a lavé la noirceur.<br>
-
-Tu sçais comme Medée ardente à la vengeance,<br>
-
-Sur le flatteur appas d’une vaine esperance,<br>
-
-De ses propres Enfans en a fait ses bourreaux.<br>
-
-Ses Filles à l’envi le mirent par morceaux;<br>
-
-Et leur credule Amour armant leur bras timide<br>
-
-Commit par pieté cét affreux parricide.<br>
-
-Son fils Acaste armant pour vanger son trépas,<br>
-
-J’obéis au Destin, je quittay ses estats;<br>
-
-Et Creon seul osant plaindre nostre disgrace,<br>
-
-Lors que d’un fier Tyran la haine nous ménace,<br>
-
-M’a receu dans son sein moi, Medée & mes Fils,<br>
-
-D’une triste maison infortunez debris.<br>
-
-Seul il pouvoit me tendre une main salutaire;<br>
-
-Et le Ciel de mon sort le rend dépositaire.<br>
-
-En vain je chercherois en de nouveaux climats,<br>
-
-L’azyle & et le repos qu’il m’offre en ses estats.<br>
-
-Pour moy son amour brille & son estime éclatte.<br>
-
-Il me regarde en père; il m’applaudit, me flatte.<br>
-
-Cependant trop instruit par mes malheurs divers,<br>
-
-Toûjours du Sort jaloux je crains quelque revers. <br>
-
-Mon ennemi demande & Medée, & ma tête:<br>
-
-Irrité d’un refus à la guerre il s’appreste.<br>
-
-Creon m’aime, il est vray; Creon est genereux.<br>
-
-Mais on porte à regret le poids des malheureux.<br>
-
-Quelque noble panchant qui pousse à les défendre,<br>
-
-Iphite, on craint de voir ses estats mis en cendre,<br>
-
-Ses peuples asservis, & son thrône ébranlé.<br>
-
-Souvent même Creon flotte et paroist troublé.<br>
-
-D’ailleurs trop prevenu d’une haine secrette,<br>
-
-A Medée à regret il donne une retraitte;<br>
-
-Et contr’elle avec peine il retient un courroux,<br>
-
-Qui pourroit retomber jusques sur son Epoux.<br>
-
-Je dois donc, profitant d’un rayon favorable,<br>
-
-M’assurer en Creon un appui ferme & stable,<br>
-
-Et l’attachant à moi par le nœud le plus fort,<br>
-
-Prevenir & fixer l’inconstance du Sort.<br>
-
-Pour sa Fille avec joie il voit briller ma flâme;<br>
-
-Elle regle ses vœux & peut tout sur son ame.<br>
-
-Creüse seule enfin peut m’assurer Creon.<br>
-
-Hé-bien! l’Amour, Iphite, aveugle-t’il Jason?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-C’est ainsi que l’Amour trop fertile en excuses,<br>
-
-Aveugle par son charme & seduit par ses ruses.<br>
-
-Mesme en nous égarant, il feint de nous guider.<br>
-
-De ses pieges flatteurs, songez à vous garder.<br>
-
-Hé quoi! d’une autre amour vostre ame possedée,<br>
-
-Trahira les bien-faits & l’espoir de Medée?<br>
-
-Ny les droits de l’hymen, ni sa fidelle ardeur...<br>
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Qu’un tel secours est foible & défend mal un cœur,<br>
-
-Iphite. Ah! quand l’Amour regne avec violence,<br>
-
-Que peut la foible voix de la Reconnoissance?<br>
-
-Il est vray que Medée a tout ozé pour moi.<br>
-
-Je m’accuse & rougis de ce que je lui doy.<br>
-
-Mais transporté d’amour en voyant ce que j’aime,<br>
-
-J’oublie & mon devoir, & Medée & moi-mesme.<br>
-
-Je m’ennivre à longs-traits d’un aimable poison;<br>
-
-L’amour devient alors ma supreme raison;<br>
-
-Et d’un feu violent l’imperieuse flâme,<br>
-
-Etouffe tout le reste & triomphe en mon ame.<br>
-
-Je sens, je sens alors, que mon trépas certain,<br>
-
-Les bontez de Creon, le couroux du Destin,<br>
-
-M’arrestent moins icy que ne fait la Princesse;<br>
-
-Qu’animé du beau feu qui m’échauffe & me presse,<br>
-
-Je mourrois, s’il falloit m’éloigner de ses yeux;<br>
-
-Et qu’enfin leur éclat m’enchante dans ces lieux.<br>
-
-Ces beaux yeux plus puissans que Medée & ses charmes,<br>
-
-Si-tost que je les vis, m’arracherent les armes.<br>
-
-Et quel cœur soutiendroit leurs feux ébloüissans,<br>
-
-Leur éclat dangereux, leurs regards languissans?<br>
-
-Cette jeune pudeur sur son visage peinte,<br>
-
-Et sur son front serein cette noble empreinte;<br>
-
-Cette douce fierté, cette aimable langueur;<br>
-
-Un je ne sçai quel charme innocent & flatteur;<br>
-
-Ce souris dont l’appas reveille la tendresse,<br>
-
-Et ce maintien auguste, & cét air de Deesse:<br>
-
-Enfin en la voyant, ébloüi, transporté,<br>
-
-Je crus voir, & je vis une Divinité.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Mais quels sont vos projets? que pouvez vous pretendre?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-D’écouter ma tendresse, & de tout entreprendre.<br>
-
-L’amour se flatte, Iphite, & se croit tout permis.<br>
-
-Que n’ose point un cœur à son pouvoir soumis?<br>
-
-Le Roi me veut pour gendre; & ma belle Princesse,<br>
-
-Semble favoriser mes soins & ma tendresse:<br>
-
-Il offre sa couronne & Créüse à mes vœux.<br>
-
-M’opposerois-je au Sort qui veut me rendre heureux?<br>
-
-Je ne puis resister à ces douces amorces:<br>
-
-Et n’ay point oublié comme on fait les divorces.<br>
-
-N’abandonnay-je pas Hypsipile à Lemnos,<br>
-
-Pour chercher la Toison, & voler à Colchos?<br>
-
-Et cependant, Ami, cette grande conqueste,<br>
-
-Valoit-elle le prix qu’icy l’Amour m’appreste?
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Dieux! que fera Medée, & quel affreux couroux<br>
-
-Ne l’enflâmera point contre un parjure Epoux?<br>
-
-Si vous l’abandonnez, redoutez sa vengeance.<br>
-
-Vous sçavez de son art jusqu’où-va la puissance.<br>
-
-La Nature est soumise à ses commandemens.<br>
-
-Elle trouble le Ciel, l’Enfer, les Elemens.<br>
-
-Elle arreste à son gré les Astres dans leur course.<br>
-
-Les torrens les plus fiers remontent vers leur source.<br>
-
-La Lune sort du Ciel; les Manes des tombeaux.<br>
-
-Elle lance la foudre & change en sang les eaux.<br>
-
-Vous sçavez.....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Je le sçais. Cesse de me le dire.<br>
-
-Mais de l’Amour aussi je sçais quel est l’empire.<br>
-
-Plus puissant que son art, plus fort que son courroux,<br>
-
-De Medée en fureur il suspendra les coups.<br>
-
-Elle m’aime, il suffit; & sa tendresse extrême<br>
-
-Parlera puissamment pour un Ingrat qu’elle aime.<br>
-
-Je sçauray la flêchir; je sauray l’appaiser.<br>
-
-Mais à tout son couroux deussay-je m’exposer,<br>
-
-Je n’ecoute & ne suis que l’ardeur qui me presse.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-De grace examinez...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Je vois ma Princesse.<br>
-
-Considere à loisir, contemple tant d’appas.<br>
-
-Peut-on la voir, Iphite, & ne l’adorer pas?<br>
-
-
-Rien n’est à redouter, à fuir, que sa colere.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, IPHITE, CYDIPPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>E croyois en ces lieux trouver le Roi mon Pere.<br>
-
-On vient de m’assurer qu’il vous cherche, Seigneur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Je n’ay point veu le Roi, Madame; mais mon cœur.<br>
-
-Par de profonds respects, par l’amour le plus tendre,<br>
-
-Ne pourra-t-il jamais meriter & pretendre<br>
-
-Que vous daigniez aussi me chercher quelque jour?<br>
-
-Cét espoir n’est-il pas permis à mon amour?<br>
-
-Jamais, vous le sçavez, ardeur si violente<br>
-
-Ne regna dans un cœur & n’en fût triomphante.<br>
-
-Tout le jure à vos yeux; soins, vœux, empressemens,<br>
-
-Mes remords immolez, mes transports, mes sermens;<br>
-
-Et mes tendres respects, & mes ardens hommages,<br>
-
-Vous sont de cét amour d’inviolables gages.<br>
-
-Je sens un feu si vif s’accroistre à chaque pas.<br>
-
-Madame, à tant d’amour vous ne répondez pas?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé! le puis-je, Seigneur? une jeune Princesse<br>
-
-Ne doit qu’à son Epoux déclarer sa tendresse.<br>
-
-Il est vrai que le Roi, qui doit regler mes vœux,<br>
-
-Estime vos vertus, applaudit à vos feux.<br>
-
-Il m’a mesme ordonné d’écouter vostre flâme;<br>
-
-Si j’ose aprés cela vous découvrir mon ame;<br>
-
-J’estime ainsi que luy cét illustre Jason,<br>
-
-Qui surmonta Neptune & conquît la Toison;<br>
-
-De la gloire amoureux, prodigue de sa vie,<br>
-
-L’ornement de la Grece, & l’effroi de l’Asie,<br>
-
-Le chef de nos Guerriers, la fleur de nos Heros,<br>
-
-Dont le nom est vanté de Corinthe à Colchos.<br>
-
-Peut-estre un doux panchant m’entraîneroit sans peine.<br>
-
-Mais un fatal obstacle & m’arreste & me gesne.<br>
-
-Medée est votre Epouse, & des nœuds si puissans<br>
-
-Mettent un frein trop juste à mes vœux innocens.<br>
-
-Pourrois-je à ce panchant abandonner mon ame,<br>
-
-Tandis qu’un autre hymen vous attache....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Madame,<br>
-
-Cessez, cessez de craindre un hymen odieux,<br>
-
-Condamné par les Grecs, reprouvé par les Dieux.<br>
-
-Dés demain, dés ce jour faut-il briser ses chaînes?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Mais qui m’assurera qu’insensible à ses peines,<br>
-
-Vous puissiez soûtenir sa veuë & sa douleur,<br>
-
-Sans lui rendre bien-tost vos vœux & vostre cœur?<br>
-
-Je crains un long panchant; sa tendresse, ses larmes;<br>
-
-Je redoute ses yeux, je redoute ses charmes:<br>
-
-Son art est au dessus de tout l’effort humain,<br>
-
-Seigneur, & de vostre ame elle sçait le chemin.<br>
-
-Tant que vous la verrez, que vous pourrez l’entendre,<br>
-
-Je crains tout d’un amour & si long & si tendre.<br>
-
-Je crains....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! dissipez une indigne frayeur.<br>
-
-Quel outrage! ainsi donc jugez-vous de mon cœur?<br>
-
-Connoissez mieux ce cœur, Madame & ma tendresse.<br>
-
-Rien ne peut m’enlever à ma belle Princesse:<br>
-
-Je deffie à la fois les Mortels & les Dieux;<br>
-
-Et tout l’art de Medée, & l’Enfer & les Cieux.<br>
-
-Si sa presence icy vous allarme & vous blesse,<br>
-
-Il faut vous delivrer du soupçon qui vous presse.<br>
-
-Un veritable amour éclatte avec plaisir.<br>
-
-Commandez seulement; je suis prest d’obéïr.<br>
-
-Je donnerois mon sang; j’immolerois ma vie.<br>
-
-Trop heureux que pour vous le Sort me l’eût ravie.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-J’entends le Roi, Seigneur. Il paroît à vos yeux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, CREON, suitte.<br>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>E vous cherchois, Seigneur. Sçavez-vous qu’en ces lieux<br>
-
-Un nouvel Envoyé du Roi de Thessalie,<br>
-
-Vient demander raison du meurtre de Pelie?<br>
-
-De mes refus Acaste offensé justement,<br>
-
-Veut bien suspendre encor son fier ressentiment,<br>
-
-Et jurer avec nous une étroitte alliance,<br>
-
-Si je livre en ce jour Medée à sa vengeance,<br>
-
-Ou qu’au moins la chassant du sein de mes estats,<br>
-
-Je refuse un azyle à ses assassinats.<br>
-
-Il me presse...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Seigneur vostre cœur magnanime<br>
-
-Pourroit-il lui livrer une triste victime?<br>
-
-Pourroit-il....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-En faveur de vos Fils & de vous,<br>
-
-Je ne veux point livrer Medée à son courroux,<br>
-
-Mais est-il juste aussi, Jason, que de ses crimes,<br>
-
-Mes sujets innocens deviennent les victimes,<br>
-
-Et que d’une Etrangere appuyant les forfaits,<br>
-
-De mes heureux estats je trouble ainsi la paix?<br>
-
-Non il faut qu’elle parte, & qu’une prompte fuite<br>
-
-Nous délivre des maux qu’elle traîne à sa suite.<br>
-
-Je le veux. Cét exil est necessaire à tous;<br>
-
-Pour Acaste, pour Moi, pour ma Fille, pour Vous,<br>
-
-Pour Medée elle-mesme. Il faut purger Corinthe,<br>
-
-De ce funeste objet qui la glace de crainte.<br>
-
-Il faut nous épargner ses cris & sa fureur.<br>
-
-Je hais jusqu’à sa veüe; elle me fait horreur.<br>
-
-Des songes effrayans, des presages sinistres,<br>
-
-Des redoutables Dieux les augustes Ministres,<br>
-
-M’annoncent de leur part le plus affreux malheur,<br>
-
-Si je ne l’abandonne à leur courroux vangeur.<br>
-
-Rompez avec éclat le charme qui vous lie:<br>
-
-Expiez un hymen qui tache vostre vie.<br>
-
-Assez & trop long-temps ses liens mal tissus,<br>
-
-Ternissent vostre gloire, & soüillent vos vertus.<br>
-
-Assez & trop long-temps avec douleur la Grece,<br>
-
-Voit gemir sous le joug de cette Enchanteresse<br>
-
-Le plus grand des Heros qu’elle conçeût jamais.<br>
-
-Separez vos vertus d’elle & de ses forfaits.<br>
-
-Justifiez ainsi l’appui que je vous donne.<br>
-
-Possedez à ce prix ma fille & ma couronne.<br>
-
-Je veux que dés demain l’Astre brillant du jour<br>
-
-Ait veu partir Medée en commençant son tour;<br>
-
-Et que Corinthe ainsi n’estant plus prophanée,<br>
-
-Il se preste avec joye à ce doux hymenée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Je cede à vos raisons; j’obéis. Mais Seigneur,<br>
-
-Daignez par vos bontez adoucir son malheur:<br>
-
-Par tout ce qui pourra rendre son sort moins rude,<br>
-
-Consolez ses ennuis; flatez sa solitude.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Quoiqu’elle ayt merité des maux plus rigoureux,<br>
-
-Je consens à remplir vos desirs genereux;<br>
-
-Et pour mieux adoucir son deplaisir extrême,<br>
-
-Je veux à cét exil la preparer moi-même.<br>
-
-Mais allons publier cét hymen, ce départ.<br>
-
-Qu’au bon-heur de leurs Rois nos Sujets prennent part.<br>
-
-Allons avec éclat annoncer à Corinthe<br>
-
-La source de sa joye & la fin de sa crainte.<br>
-
-Que des chants d’hymenée & d’aymables concerts,<br>
-
-Commencent ceste Feste & remplissent les airs.<br>
-
-Que du Dieu de l’hymen les feux sacrez s’allument;<br>
-
-Qu’on pare les Autels & que les Temples fument.<br>
-
-Jason trouve une Epouse enfin digne de lui.<br>
-
-Daignent les justes Dieux m’exauçant aujourd’hui,<br>
-
-Marquer de leurs faveurs cette grande journée,<br>
-
-Et la rendre à jamais celebre & fortunée!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du premier Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE II.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, <i>seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">O</span>U suis-je, Malheureuse? où portay-je mes
-pas?<br>
-
-Qu’ay-je veu? qu’ay-je oüi? je ne me connois pas.<br>
-
-Furieuse je cours; & doute si je veille.<br>
-
-Quel bruit, quels chants d’hymen ont frappé mon oreille?<br>
-
-Corinthe retentit de cris & de concerts.<br>
-
-Ses Autels sont parez; ses Temples sont ouverts.<br>
-
-Tout à l’envi prepare une odieuse pompe.<br>
-
-Tout vante ma Rivale, & l’Ingrat qui me trompe.<br>
-
-Jason, il est donc vrai! jusques-là me trahit<br>
-
-Jason honteusement me chasse de son lit!<br>
-
-Il m’oste tout espoir! Epouse infortunée!<br>
-
-Que dis-je, Epouse! helas! pour nous plus d’hymenée;<br>
-
-L’ingrat en romp les nœuds. Dieux justes, Dieux vangeurs,<br>
-
-De la foi conjugale augustes Protecteurs,<br>
-
-Garants de ses sermens, témoins de ses parjures,<br>
-
-Punissez son forfait & vengez nos injures.<br>
-
-Toi sur tout, O Soleil, j’implore ton secours;<br>
-
-Toi qui donnas naissance à l’Auteur de mes jours:<br>
-
-Tu vois du haut des Cieux l’affront qu’on me destine;<br>
-
-Et Corinthe joüit de ta clarté divine!<br>
-
-Retourne sur tes pas & dans l’obscurité<br>
-
-Plonge tout l’Univers privé de ta clarté.<br>
-
-Ou plûtost, donne moi tes chevaux à conduire.<br>
-
-En poudre dans ces lieux je sçauray tout reduire.<br>
-
-Je tomberay sur l’Isthme avec ton char brûlant.<br>
-
-J’abîmeray Corinthe & son peuple insolent.<br>
-
-J’écraseray ses Rois; & ma fureur barbare <br>
-
-Unira les deux mers que Corinthe separe.<br>
-
-<br>
-
-Mais où vont mes transports? est-ce donc dans les Cieux,<br>
-
-Que j’espere trouver du secours & des Dieux?<br>
-
-Deitez de Medée, affreuses Eumenides,<br>
-
-Venez laver ma honte & me servir de guides.<br>
-
-Armons nous. De nostre art déployons la noirceur.<br>
-
-Que toute pitié meure & s’éteigne en mon cœur;<br>
-
-Que de sang alteré, que de meurtres avide<br>
-
-A l’Isthme il fasse voir ce qu’a veu la Colchide.<br>
-
-Que dis-je! De bien loin surpassons ces forfaits.<br>
-
-De ma tendre jeunesse ils furent les essais.<br>
-
-J’estois & foible & simple, & de plus innocente.<br>
-
-L’amour seul animoit ma main encor tremblante.<br>
-
-La haine avec l’amour, le couroux, la douleur,<br>
-
-M’embrazent à present d’une juste fureur.<br>
-
-Que n’enfantera point cette fureur barbare?<br>
-
-Le crime nous unît; il faut qu’il nous separe.
-</p>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">H</span>É bien! tu vois le prix que me gardoit
-Jason.<br>
-
-L’Ingrat couronne enfin sa noire trahison.<br>
-
-Il Epouse Créüse; & la pompe s’appreste.<br>
-
-Tout m’annonce ma mort. Mais à quand cette Feste?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Madame, cét hymen se celebre demain.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Demain! Le temps est court & et le terme prochain.<br>
-
-Il faut en profiter.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Quel funeste hymenée!<br>
-
-Helas! à quels malheurs estes vous condamnée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! rien n’est comparable aux horreurs de mon sort.<br>
-
-Rhodope, qui l’eût crû? Jason jure ma mort. <br>
-
-Au plus honteux destin son mépris me ravale.<br>
-
-Il m’attache en Esclave au char de ma Rivale.<br>
-
-J’ay tout ozé pour lui; pour lui j’ay tout quitté,<br>
-
-Païs, thrône, parens, gloire, felicité.<br>
-
-Il me coûte, l’Ingrat! jusqu’à mon innocence.<br>
-
-Je n’ay voulu que lui. Crüelle recompense?<br>
-
-Pour prix de cét amour qui n’a voulu que luy,<br>
-
-Il me laisse sans rang, sans honneur, sans appui,<br>
-
-Sous un Ciel estranger, criminelle, accablée,<br>
-
-Proscrite, fugitive, odieuse, exilée;<br>
-
-Et seule à la merci d’un monde d’ennemis,<br>
-
-Que m’ont fait les forfaits que pour lui j’ay commis.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-Trop indigne de vous aprés sa lache injure,<br>
-
-Oubliez un Ingrat, dédaignez un Parjure.<br>
-
-D’un genereux orgueüil vous armant en ce jour....<br>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé! puis-je triompher de mon fatal amour?<br>
-
-Malheureuse! tout cede à mon art redoutable.<br>
-
-La nature se trouble à ma voix formidable<br>
-
-Tout tremble, tout fléchit sous mon pouvoir vainqueur.<br>
-
-Et je ne puis bannir un Ingrat de mon cœur.<br>
-
-L’Amour brave ma force, & méprise mes charmes;<br>
-
-Il rit de ma fureur & m’arrache des larmes. <br>
-
-Pour un Perfide encore il trouble ma raison.<br>
-
-J’aime; que dis-je, aimer? j’adore encor Jason.<br>
-
-Pour lui je trahirois encor Pere & Patrie;<br>
-
-Pour lui j’immolerois mon repos & ma vie.<br>
-
-D’un tyrannique Amour trop barbare rigueur,<br>
-
-Cesse pour un Ingrat de déchirer mon cœur.
-</p>
-
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-En ce funeste état que vous estes à plaindre!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Il est vrai, je le suis; mais plus encore à craindre.<br>
-
-On n’offensa jamais Medée impunement.<br>
-
-Mais, que dit ma Rivale, & que fait son Amant?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Madame, il soupire aux pieds de la Princesse;<br>
-
-Et n’est plus occupé que du feu qui le presse.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ton sang va me vanger, lâche & perfide Epoux!<br>
-
-Tu mourras... quelle horreur vient glacer mon courroux?<br>
-
-Et depuis quand Medée est elle si timide?<br>
-
-Son cœur n’est-il hardi que pour un parricide?<br>
-
-Aprés tant d’innocens immolez sans remords,<br>
-
-Je respecte un Ingrat digne de mille morts.<br>
-
-Ah! qu’il meure. Où m’emporte une jalouze rage?<br>
-
-Qu’il meure! ce Heros, ton amour, ton ouvrage;<br>
-
-Le fruit de tant de soins, de perils, d’attentats,<br>
-
-L’objet de tant de vœux.... non, il ne mourra pas.<br>
-
-Quelque juste fureur dont je sois possedée,<br>
-
-Qu’il vive, & s’il se peut, qu’il vive pour Medée;<br>
-
-Ou, si de mon bon-heur le Destin est jaloux,<br>
-
-Qu’il vive, s’il le faut, pour d’autres que pour nous.<br>
-
-C’est Creon, qui le force à l’hymen qui m’accable;<br>
-
-Creon merite seul mon courroux implacable,<br>
-
-Lui, qui de son pouvoir ennivré follement,<br>
-
-Me ravit mon Epoux, m’arrache mon Amant,<br>
-
-Fait regner en Tyran le crime & le divorce;<br>
-
-Et ne connoît de droits que l’injure & la force.<br>
-
-Qu’il perisse & sa Race. Accablons son orgueüil;<br>
-
-Mettons son insolence & sa gloire au cercueüil.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! moderez, de grace, une douleur si forte.<br>
-
-Etouffez, ou cachez l’ardeur qui vous emporte.<br>
-
-J’entens du bruit. On vient. Domptez ce fier couroux,<br>
-
-Madame; c’est Creon qui s’avance vers vous.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, CREON, RHODOPE, suite.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>Ason avec ma fille unit sa destinée.<br>
-
-Vous entendez déja chanter leur hymenée,<br>
-
-Madame; à ce divorce il faut vous preparer.<br>
-
-De Jason & de nous il faut vous separer.<br>
-
-Leur bon-heur ne feroit qu’aigrir vostre infortune;<br>
-
-Fuyez ces lieux; fuyez une pompe importune;<br>
-
-Obéissez au sort, & quittant mes états,<br>
-
-Cherchez un sûr azyle en de nouveaux climats.<br>
-
-Acaste le demande, & Corinthe m’en presse:<br>
-
-A ce prix entre-nous la guerre affreuse cesse.<br>
-
-Vostre exil est le sceau d’une éternelle paix.<br>
-
-En vain m’opposerois-je aux vœux de mes Sûjets.<br>
-
-Leur haine contre vous chaque jour s’envenime.<br>
-
-Malgré tout mon pouvoir vous seriez leur victime.<br>
-
-Quel joug ne brise point un Peuple audacieux? <br>
-
-Quel frein arresteroit ce Monstre furieux?<br>
-
-A ses crüels transports dérobez vostre tête,<br>
-
-Et par un prompt exil prevenez la tempeste.<br>
-
-Le Sort, la paix, vos jours, tout semble y conspirer.<br>
-
-J’ay voulu vous l’apprendre & vous y preparer.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Qu’à ces rares bontez j’ay de graces à rendre!<br>
-
-Vous m’ostez mon Epoux, vous le prenez pour gendre;<br>
-
-Vous me chassez enfin. Dites-moi seulement <br>
-
-Quel attentat m’attire un si doux traitement?
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quoi, Medée est surprise & demande ses crimes!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-A-t’on pour m’opprimer quelques droits legitimes?<br>
-
-Un Tyran par la force agit dans ses estats;<br>
-
-Un Roi juste au coupable apprend ses attentats.<br>
-
-Parlez donc; ou du moins forcez-vous à m’entendre,<br>
-
-Si jusqu’à m’accuser vous ne daignez descendre. <br>
-
-J’ignore quel forfait vers vous peut me noircir:<br>
-
-Voicy les miens, Creon. Vous n’avez qu’à choisir.<br>
-
-J’ay sauvé ces Heros que vous vantez sans cesse,<br>
-
-Le plus pur sang des Dieux, & la fleur de la Grece.<br>
-
-Sans moi, pour conquerir la superbe Toison,<br>
-
-Qu’auroient pû ces Heros, & ce fameux Jason?<br>
-
-Leur bouche a-t’elle ozé m’en dérober la gloire?<br>
-
-S’ils vous l’ont déguisée, apprenez-en l’histoire.<br>
-
-<br>
-
-Dans une forest sombre un Dragon furieux,<br>
-
-Conservoit du Dieu Mars le dépost précieux.<br>
-
-Ses yeux estincelloient d’une affreuse lumiere;<br>
-
-Jamais le doux Sommeil ne charma leur paupiere;<br>
-
-Et veillant nuit & jour, ses terribles regards<br>
-
-Portoient l’effroi, l’horreur, la mort de toutes parts.<br>
-
-Farouches défenseurs de la forest sacrée,<br>
-
-Deux Taureaux menaçans en occupoient l’entrée.<br>
-
-Il falloit mettre au joug ces Taureaux indontez.<br>
-
-Des fureurs de Vulcain Ministres redoutez,<br>
-
-Ils vomissoient au loin une brûlante haleine,<br>
-
-Et de torrens de flâme ils inondoient la plaine.<br>
-
-Il falloit à leur aide ouvrir d’affreux sillons;<br>
-
-Voir des dents d’un serpent naistre des bataillons;<br>
-
-Et vaincre ces soldats enfantez par la Terre,<br>
-
-Qui tous ne respiroient que le sang & la guerre.<br>
-
-Parmi tant de perils, quel Dieu, sans mon secours,<br>
-
-De vos tristes Heros eût conservé les jours?<br>
-
-Sur le Destin jaloux j’emportay la victoire:<br>
-
-J’empeschay leur trépas; je les couvris de gloire;<br>
-
-Et leur sacrifiay, remords, crainte, pudeur,<br>
-
-Mon Pere, mon Païs, ma gloire, mon bon-heur.<br>
-
-Je n’ay voulu qu’un d’eux pour toute recompense.<br>
-
-Vous joüissez du reste, & par mon assistance.<br>
-
-Pour les avoir sauvez, je ne demande rien.<br>
-
-Je vous les laisse tous. Mais laissez-moi mon bien.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ainsi donc, à l’oüir, Medée est innocente.<br>
-
-On devroit consacrer sa vertu bien-faisante.<br>
-
-La Grece....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Me doit tout & ne sçauroit jamais<br>
-
-D’un assez digne prix couronner mes bien-faits.<br>
-
-Toutes-fois que sert-il d’affecter un faux zele?<br>
-
-J’ay tout fait pour Jason, & n’ay rien fait pour elle.<br>
-
-Il me coute assez cher l’Ingrat! pour estre à moy.<br>
-
-Si l’on veut m’exiler & me manquer de foy,<br>
-
-De quel droit ozez-vous separer nos fortunes?<br>
-
-Même sort nous est dú; nos causes sont communes.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Ah! de grace avec-vous ne le confondez pas.<br>
-
-Jason est innocent de tous vos attentats.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Non, il est criminel ce Heros magnanime.<br>
-
-En tirer tout le fruit c’est commettre le crime.<br>
-
-Tyrannique pouvoir qui cherche à m’offenser...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Ma patience enfin commence à se lasser,<br>
-
-Et pourroit...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Tyran, la mienne est déja lasse.<br>
-
-Va, je ne veux de toi ny clemence ny grace.<br>
-
-Ordonne mon exil, ravis moi mon Epoux:<br>
-
-Tu le peux; mais Tyran, redoute mon courroux.<br>
-
-Crains...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! c’est trop long-temps contraindre ma colere.<br>
-
-Va, sors de mes Estats, sors barbare Estrangere:<br>
-
-Abandonne Corinthe, & cours en d’autres lieux,<br>
-
-Porter tes attentats & le courroux des Dieux.<br>
-
-D’un monstre tel que toy délivre mon Empire,<br>
-
-Cesse d’infecter l’air qu’en ces lieux on respire;<br>
-
-De ton horrible aspect ne soüille plus mes yeux;<br>
-
-Et n’empoisonne plus la lumiere des Cieux.<br>
-
-Va semer à Colchos l’horreur & l’epouvante:<br>
-
-Vas y hâter des Dieux la justice trop lente.<br>
-
-Demain dés que l’Aurore allumera le jour,<br>
-
-Precipite tes pas; fuis loin, fuis sans retour;<br>
-
-Où contentant les Dieux las de tes injustices,<br>
-
-Tu periras, Barbare, au milieu des supplices. <br>
-
-Tu peux choisir. Adieu.
-</p>
-</div
->
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-<span class="lettrine">T</span>Yran, n’en doute pas;<br>
-
-Mon choix est fait. Demain je sors de tes Estats.<br>
-
-Mais, malgré ton orgueil, je veux fuir avec gloire;<br>
-
-Et forçant l’avenir d’en garder la memoire,<br>
-
-Je veux lancer la foudre avant que de partir,<br>
-
-Et voir Corinthe en cendre avant que d’en sortir.<br>
-
-Mais Rhodope, l’Ingrat que j’aime & qui m’offense,<br>
-
-A-t’il pû consentir...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Je le voy qui s’avance.
- </p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-O Toi, qui vois mon trouble & causes ma douleur,<br>
-
-Amour, daigne amollir l’Ingrat en ma faveur;<br>
-
-Remets-le dans mes fers; efface son injure;<br>
-
-Rens moi, Dieu tout puissant, le cœur de ce Parjure:<br>
-
-Tout mon art n’y peut rien: seul tu peux le flechir.<br>
-
-Prête un charme à mes pleurs qui puisse l’attendrir.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE V.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, JASON, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>Nfin, c’en-est donc fait; mon Epoux m’abandonne.<br>
-
-Il consent qu’on m’exile, ou plûtost il l’ordonne.<br>
-
-L’exil, vous le sçavez, n’est pas nouveau pour moy.<br>
-
-J’ay sceu pour vous, Jason, m’en imposer la loi.<br>
-
-Sa cause est ce qui fait ma peine & ma disgrace.<br>
-
-Je fuyois pour Jason, & c’est lui qui me chasse.<br>
-
-N’importe; obéyssons aux lois de mon Epoux.<br>
-
-Partons, puisqu’il le veut. Mais où m’envoyez-vous?<br>
-
-Reverray-je Yolcos? iray-je en Thessalie,<br>
-
-Implorer les bontez des filles de Pelie?<br>
-
-Iray-je sur le Phaze, où mon Pere irrité<br>
-
-Reserve un juste prix à mon impieté?<br>
-
-Helas! du monde entier pour Jason seul bannie,<br>
-
-Ay-je encor quelque azyle en Europe, en Asie?<br>
-
-Et pour vous les ouvrir me fermant tous chemins,<br>
-
-Contre-moi n’ay-je pas armé tous les humains?<br>
-
-Fille d’un Roi fameux qui regne sur le Phaze,<br>
-
-Dont l’empire s’étend du Bosphore au Caucase,<br>
-
-Dans ces riches climats, où ses heureux sûjets<br>
-
-De l’or le plus brillant parent jusqu’aux forests,<br>
-
-Thresors, Sceptre, Parens, j’ay tout quitté sans peine,<br>
-
-Pour suivre d’un banni la fortune incertaine.<br>
-
-Vous le sçavez, Jason; pour vous j’ay tout quitté.<br>
-
-Est-ce donc-là le prix que j’avois mérité?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ne me reprochez point un mal-heur necessaire,<br>
-
-Où des Dieux contre nous me reduit la colere.<br>
-
-Je partage vos maux; je ressens vos douleurs,<br>
-
-Sans pouvoir qu’à ce prix détourner nos malheurs.<br>
-
-Vostre perte autrement devient inevitable.<br>
-
-Vos perils, nos Enfans, le Destin qui m’accable,<br>
-
-Les bontez de Créüse & les bien-faits du Roi<br>
-
-Me font....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ozes-tu bien en parler devant moi?<br>
-
-Ingrat? quel vain détour! quelle odieuse excuse!<br>
-
-Les bien-faits de Creon! les bontez de Créüse<br>
-
-Que sont-ils prés des miens? & quel prix doit jamais<br>
-
-Balancer dans ton cœur le prix de mes bien-faits?<br>
-
-J’ay conservé cent fois & ta vie & ta gloire.<br>
-
-Résouvien-t’en, Ingrat, rapelle en ta memoire<br>
-
-Ces temps, ou vil rebut du Destin & des flots,<br>
-
-Tu vins chercher ta perte & la mort à Colchos.<br>
-
-En vain de la Toison tu tentois la Conqueste.<br>
-
-Songe à tous les perils qui menaçoient ta tête.<br>
-
-Remets devant tes yeux ce fatal champ de Mars;<br>
-
-Sous cent formes la Mort offerte à tes regards;<br>
-
-Ces Enfans de la Terre affamez de carnage;<br>
-
-Ces tourbillons de feux; ces Monstres pleins de rage.<br>
-
-Alors, Ingrat, alors; qu’eust fait Creon pour toi?<br>
-
-En butte à tant de morts qu’aurois-tu fait sans moi?<br>
-
-Pour toi je déployay tout l’effort de mes charmes.<br>
-
-J’immolay les Guerriers, & par leurs propres armes.<br>
-
-Je domptay les Taureaux; j’assoupis le Dragon;<br>
-
-Enfin, je te livray la fatale Toison.<br>
-
-Je fis plus; je quittay ma Patrie, & mon Pere;<br>
-
-J’étouffay la Nature, & déchiray mon Frere;<br>
-
-J’affrontay le naufrage & la mort pour Jason.<br>
-
-J’immolay ton Tyran, je rajeunis Æson.<br>
-
-Ta vie est un tissu des bien-faits de Medée.<br>
-
-Créüse, Ingrat, peut-elle en effacer l’idée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Jusques dans le tombeau rempli de vos bien-faits<br>
-
-Jason en gardera la memoire à jamais.<br>
-
-Dans le fond de mon cœur si vos yeux pouvoient lire,<br>
-
-Helas! vous plaindriez l’horreur qui le déchire.<br>
-
-Mais, quand le sort conspire à vous faire perir,<br>
-
-Que pouvois-je pour vous en ce peril?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Mourir.<br>
-
-Pour toi n’estoi-ce pas une gloire assez ample?<br>
-
-Je t’en aurois donné le courage & l’exemple;<br>
-
-En me perçant le flanc pour enhardir ta main,<br>
-
-Je t’eusse encor ouvert ce glorieux chemin.<br>
-
-Je ne te parle plus du prix que tu me coûtes,<br>
-
-Pour attendrir ton cœur n’est-il point d’autres routes?<br>
-
-Oublie, oublie Ingrat, mes bien-faits en ce jour.<br>
-
-Mais souviens-toi du moins de mon fidelle amour.<br>
-
-Voy Medée à tes pieds gemir, verser des larmes.<br>
-
-Au nom de nostre amour jadis si plein de charmes,<br>
-
-Au nom de nostre hymen & de ses sacrez nœuds,<br>
-
-Au nom des tendres fruits d’un hymen malheureux;<br>
-
-Si tes Fils te sont chers ne trahis point leur Mere.<br>
-
-Dans ces portraits vivans on reconnoist leur Pere.<br>
-
-Prens pitié, non de moi, mais de ces Innocens;<br>
-
-Et te laisse toucher à des traits si puissans.<br>
-
-Helas! Dans les malheurs dont le sort les menace,<br>
-
-Plus que jamais sensible à leur âge, à leur grace,<br>
-
-Croyant te voir, de pleurs je sens baigner mes yeux;<br>
-
-Et ton amour encor m’en est plus pretieux.<br>
-
-Sauve-moi, sauve-les; & plains leur destinée.<br>
-
-Suivant dans son exil leur Mere infortunée,<br>
-
-Quels maux....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Cessez pour eux de craindre un tel malheur.<br>
-
-Moi, bannir mes Enfans! j’en mourrois de douleur.<br>
-
-Ah! d’un thresor si cher mon cœur est trop avare,<br>
-
-Pour craindre que jamais le Destin m’en separe.<br>
-
-Rien ne peut les ravir à mes embrassemens.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quoi tu pretens aussi m’arracher mes Enfans!<br>
-
-Tu pretens me ravir le seul bien qui me reste:<br>
-
-Je ne joüiray pas de la douceur funeste<br>
-
-De voir leur innocence appaiser mes fureurs;<br>
-
-Et de si cheres mains n’essuîront point mes pleurs.<br>
-
-Tu m’ostes des objets que mon cœur idolâtre.<br>
-
-Veux-tu les immoler, Crüel, à leur Marastre?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Je veux leur faire un sort, leur assurer un rang,<br>
-
-Qui les comble de gloire & réponde à leur sang.<br>
-
-Prés du thrône élevez à l’ombre de leur Pere,<br>
-
-Ils trouveront icy plus d’un Dieu tutelaire.<br>
-
-Creon sera pour eux plus qu’il ne m’a promis;<br>
-
-Et les confondra même avec ses petit Fils.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Perir plûtost cent fois qu’essuyer cét outrage!<br>
-
-Lache, soüiller mon sang par un vil assemblage!<br>
-
-Voir les fils du Soleil sous le joug abattus,<br>
-
-Avec ceux de Sisyphe unis & confondus!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Enfin telle est pour eux ma tendresse infinie,<br>
-
-Que vouloir m’en priver, c’est m’arracher la vie.<br>
-
-Je ne puis les quitter, & l’amour paternel....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé bien, n’en parlons plus! ôte les moi, Crüel.<br>
-
-Mais crains mon desespoir, crains mon courroux funeste.<br>
-
-Tu perds, me les ôtant, tout l’appui qui te reste.<br>
-
-Leur veuë & leurs soupirs suspendoient ma fureur;<br>
-
-Rien ne me parle plus, Perfide, en ta faveur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Je croiois moderer la douleur qui vous presse.<br>
-
-Cependant je l’aigris; ma presence vous blesse. <br>
-
-Le temps & la raison ouvrant enfin vos yeux,<br>
-
-Vous me rendrez justice, en me connoissant mieux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VI.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p><p class="indentNO">
-<span class="lettrine">O</span>Ui je te la rendray, Crüel; je m’y
-prepare.<br>
-
-Tu m’ôtes mes Enfans; tu me ravis, Barbare, <br>
-
-Le seul bien qui pouvoit adoucir mon malheur.<br>
-
-Ah! je t’en puniray; j’en jure ma douleur.<br>
-
-Tremble, Ingrat, c’en est fait. Ma haine inexorable<br>
-
-Te va rendre jaloux de mon sort déplorable.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du second Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE III.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">M</span>Adame, c’en est fait. Medée aprés ce
-jour,<br>
-
-Abandonne Corinthe & quitte cette Cour.<br>
-
-En menaces en vain elle oze se répandre.<br>
-
-Dans un terme si court que peut-elle entreprendre?<br>
-
-Et d’ailleurs pour ses Fils tremblante dans son cœur,<br>
-
-Des ôtages si chers retiennent sa fureur.<br>
-
-Je sais même observer ses pas & sa colere.<br>
-
-Ainsi rien ne s’oppose à l’hymen que j’espere.<br>
-
-Tout m’annonce un bon-heur infaillible & prochain, <br>
-
-Et les Dieux, de mon sort seront jaloux demain.<br>
-
-Que ce crüel delai me fait de violence;<br>
-
-Et que ce jour est long à mon impatience!<br>
-
-J’accuse sa lenteur de moment en moment.<br>
-
-Elle irrite ma flâme & mon empressement.<br>
-
-L’heureux Jason languit. Mais ma belle Princesse,<br>
-
-Partagez-vous du moins ma joye & ma tendresse?<br>
-
-Aimez-vous des transports dont vous causez l’ardeur?<br>
-
-Sentez-vous du plaisir à faire mon bon-heur?<br>
-
-Vous ne me dittes rien. Quelle raison secrette,<br>
-
-Dans ces heureux momens peut vous rendre müette?<br>
-
-Une sombre langueur que vous cachez en vain,<br>
-
-De vostre front troublé ternit l’éclat serein.<br>
-
-Que vois-je! à vos yeux même il échappe des larmes.<br>
-
-D’où viennent vos frayeurs? d’où naissent vos allarmes.<br>
-
-Ay-je pû, ma Princesse, offenser vos beaux yeux?<br>
-
-Qu’ay-je fait? qu’ay-je dit? & vous suis-je odieux?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Moi, vous haïr, Seigneur! quelle injustice extrême!<br>
-
-Et ma bouche & mes yeux ont avoüé que j’aime.<br>
-
-Mon cœur suit mon devoir. Tous mes soins, tous mes vœux<br>
-
-N’aspirent qu’à vous plaire & qu’à vous rendre heureux.<br>
-
-Mais dans nostre bon-heur je ne sçay quelle crainte<br>
-
-M’allarme malgré moi; tient ma joye en contrainte.<br>
-
-N’a-t on pas veu cent fois les Dieux mêmes jaloux<br>
-
-Traverser un bon-heur pour des Mortels trop doux.<br>
-
-Je plains même, je plains le destin de Medée,<br>
-
-Et ce funeste amour dont elle est possedée.<br>
-
-Daignent les justes Dieux soulageant sa douleur,<br>
-
-Ne pas faire sur nous retomber son malheur.<br>
-
-Helas! si quelque jour leur fatale colere<br>
-
-Empoisonnoit le cours d’un destin si prospere?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! calmez ces frayeurs. Les Dieux justes toûjours<br>
-
-De vos prosperitez feront durer le cours.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Mais quand des Dieux, Seigneur, je n’aurois rien à craindre,<br>
-
-De vous n’auray-je pas quelque jour à me plaindre?<br>
-
-Vous me repondez d’eux; repondez-moi de vous.<br>
-
-Helas! si vous brisiez un jour des nœuds si doux,<br>
-
-Et si vous m’immoliez à quelque ardeur nouvelle,<br>
-
-Que deviendrois-je, O Ciel! dans ma douleur mortelle?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Vous pleurez, ma Princesse, & vous pouvez penser,<br>
-
-Que jamais vostre Amant puisse vous offenser.<br>
-
-Quel outrage crüel vous faites à ma flâme?<br>
-
-Lisez-vous donc si mal dans mes yeux, dans mon ame?<br>
-
-Ah! rien ne peut jamais éteindre un feu si beau.<br>
-
-On verra son ardeur durer jusqu’au tombeau.<br>
-
-Que n’en puis-je exprimer toute la violence!<br>
-
-Vos yeux ne sont-ils pas garands de ma constance?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hypsipile & Medée, objets de vos amours,<br>
-
-Se sont laissé surprendre à de pareils discours;<br>
-
-Et de nouveaux objets vostre ame possedée,<br>
-
-A laissé cependant Hypsipile & Medée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Leur exemple inegal vous trouble sans raison,<br>
-
-Madame; bannissez un injuste soupçon.<br>
-
-Hypsipile & Medée en prevenant mon ame,<br>
-
-Avoient sçeu m’engager à répondre à leur flâme.<br>
-
-Touché de leurs bien-faits, sensible à leur amour,<br>
-
-Mon cœur crut leur devoir quelques soins à son tour;<br>
-
-Et d’y répondre au moins ne pouvant me défendre,<br>
-
-La crainte d’estre ingrat me força de me rendre.<br>
-
-Mais dés que je vous vis, un trouble imperieux,<br>
-
-Asservit tout mon cœur au pouvoir de vos yeux.<br>
-
-D’une pressante ardeur l’extrême violence,<br>
-
-Surmonta ma raison, força ma resistance;<br>
-
-Et je sentis enfin que jusques à ce jour,<br>
-
-Je n’avois pas connu le pouvoir de l’Amour.<br>
-
-Un si parfait amour bravera la mort même.<br>
-
-J’en atteste des Dieux la puissance suprême.<br>
-
-Puissent ces Dieux vangeurs, si je trahis ma foi,<br>
-
-Epuiser leur courroux & leurs foudres sur moi.<br>
-
-Si votre cœur m’aimoit, il prendroit ma deffense.<br>
-
-Un veritable amour bannit la deffiance.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Un veritable amour est-il jamais sans soins?<br>
-
-Je ne craindrois pas tant, helas! si j’aimois moins.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Si vous sentez mes feux, ah! sentez donc ma joye;<br>
-
-Et que dans vos transports vostre amour se deploye.<br>
-
-Si prez de rendre heureux vostre fidelle Amant,<br>
-
-Prenez part, s’il se peut, à son ravissement.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Vous le voulez; je cede & ma tristesse change.<br>
-
-Je ressens vostre joye & pure & sans mélange.<br>
-
-Oüi Jason, je me rens, & l’Amour est vainqueur.<br>
-
-Il comble tous mes vœux, m’assurant vostre cœur.<br>
-
-Adieu. Je vais au pied des Autels de sa Mere,<br>
-
-Implorer ardamment son secours tutelaire;<br>
-
-La presser d’augmenter nos fidelles ardeurs,<br>
-
-Et de verser sur nous ses plus douces faveurs.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">A</span>Vec quel air charmant cette aimable Princesse<br>
-
-Répond à vos transports & sent vostre tendresse?<br>
-
-Tout flatte votre espoir; tout conspire à vos vœux.<br>
-
-Et vous semblez toucher au sort le plus heureux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Que je serois heureux, je le confesse, Iphite,<br>
-
-Si je pouvois calmer un trouble qui m’irrite;<br>
-
-Et si goûtant en paix un si parfait bon-heur,<br>
-
-J’étouffois à mon gré tout remord en mon cœur!<br>
-
-Mais je puis bannir une importune idée.<br>
-
-A mes yeux malgré moi par tout s’offre Medée.<br>
-
-Ce souvenir crüel m’afflige & me poursuit.<br>
-
-Jusqu’aux pieds de Créüse il me trouble & me suit.<br>
-
-Grands Dieux! quel sort fatal, quelle loi trop severe<br>
-
-Des plaisirs les plus grands rend la douceur amere?<br>
-
-Quel noir poison se mêle au sort le plus charmant?<br>
-
-Et ne sçauroit-on estre heureux impunement?<br>
-
-Vostre bonté jalouze avec caprice enchaîne<br>
-
-Les biens & les tourmens, les plaisirs & la peine.<br>
-
-Au faiste du bon-heur on pousse des soupirs;<br>
-
-Et l’amertume naist dans le sein des plaisirs.<br>
-
-Ah c’est trop. De mon sort soyons enfin le maître.<br>
-
-Déja je sens le calme en mon ame renaître.<br>
-
-Déja.... je vois Medée! ô dieux! trop justes Dieux!<br>
-
-Ne peut-on un moment se soustraire à vos yeux?<br>
-
-Quand je crois estre heureux, soudain vostre justice<br>
-
-Confond tous mes projets & m’offre mon supplice.<br>
-
-Que lui dire? fuions.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, MEDÉE, IPHITE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-<span class="lettrine">S</span>Eigneur, où fuyez-vous?<br>
-
-Je ne viens point brûlant d’un injuste courroux,<br>
-
-Vous accabler sans fruit de cris & de reproches.<br>
-
-Cessez de redouter ma veüe & et mes approches.<br>
-
-Mes yeux s’ouvrent enfin; je connois mon erreur.<br>
-
-L’amour & la raison ont vaincu ma fureur.<br>
-
-Oüi je sens que mon cœur dans ses vives allarmes,<br>
-
-Vous excuse, vous plaint, & vous preste des armes.<br>
-
-Je vois que le Destin vous force à me bannir.<br>
-
-Que le Ciel romp les nœuds dont il sceut nous unir;<br>
-
-Et cedant sans murmure au revers qui m’accable,<br>
-
-Je n’impute qu’au Sort un coup inévitable.<br>
-
-Je viens donc reparer par un pront repentir<br>
-
-Des fureurs où mon cœur ne pouvoit consentir.<br>
-
-Effacer mes transports, expier mes menaces,<br>
-
-Par vostre veuë encore adoucir mes disgraces,<br>
-
-Et condamnant l’éclat d’un mouvement jaloux,<br>
-
-Pour la derniere fois pleurer auprés de vous.<br>
-
-Oubliez mes transports, oubliez ma colere.<br>
-
-Pardonnez à l’amour un crime involontaire;<br>
-
-Et ne vous souvenant que d’un si tendre amour<br>
-
-Recevez mes adieux en ce funeste jour
-</p>
-
-<br>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-C’en est trop. Ah de grace, épargnez-moi, Madame.<br>
-
-Aimez moins un Ingrat qui trahit vostre flâme.<br>
-
-N’offrez point à ses yeux cette tendre douleur.<br>
-
-C’est augmenter mon trouble & déchirer mon cœur.<br>
-
-C’est redoubler l’horreur d’un destin qui m’accable.<br>
-
-Pour moi vostre fureur estoit moins redoutable.<br>
-
-Reprenez vostre haine & vos transports jaloux.<br>
-
-Ah! je crains vostre amour, plus que vostre courroux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! laissez-moi l’amour dont je suis possedée.<br>
-
-C’est lui seul qui m’anime; & la triste Medée<br>
-
-Ne peut, tel est son sort, cesser de vous cherir.<br>
-
-Elle vous aimera jusqu’au dernier soupir.<br>
-
-Vivez; regnez heureux. Mais pour grace derniere <br>
-
-Ne me refusez pas une juste priere.<br>
-
-Souffrez que j’ose encor vous presser en ce jour<br>
-
-De m’accorder les fruits de nostre tendre amour.<br>
-
-Ils suffiront, Seigneur, pour consoler leur Mere.<br>
-
-Je croiray, les voyant, voir encor leur Pere,<br>
-
-Et par ces doux objets mon amour affermi,<br>
-
-Vous possedant en eux ne vous perd qu’à demi.<br>
-
-Ce n’est pas pour long-temps que je vous les demande;<br>
-
-Et je joüiray peu d’une faveur si grande.<br>
-
-Vous reverrez bien-tost ces gages pretieux.<br>
-
-Bien-tost, au lieu de vous, m’ayant fermé les yeux,<br>
-
-Ils reviendront, Seigneur, joüir de vostre gloire,<br>
-
-Et vous conter la fin de ma funeste histoire.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Helas! qu’exigez-vous? pourquoy me demander<br>
-
-Le seul bien qu’à vos vœux je ne puis accorder.<br>
-
-Demandez moi plûtost & mon sang & ma vie,<br>
-
-Que la Parque sans eux m’auroit bien-tost ravie.<br>
-
-Mais ne m’enlevez pas ces fruits de nos amours.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé bien! joüissez-en; possedez les toûjours.<br>
-
-Oüi, l’amour maternel se faisant violence<br>
-
-Cede enfin à vœux, & s’impose silence.<br>
-
-Conservez cherement un si pretieux bien.<br>
-
-Témoins de vos grandeurs, qu’ils en soient le soutien;<br>
-
-Joüissez de leur veuë & goûter leurs caresses.<br>
-
-Sans jalousie entr’eux partagez vos tendresses.<br>
-
-Faites leur un destin illustre & glorieux.<br>
-
-Rendez les s’il se peut dignes de leurs ayeux.<br>
-
-Enfin qu’en les voyant la tendresse de Pere<br>
-
-Vous fasse quelque-fois souvenir de leur Mere.<br>
-
-Et que pour adoucir les maux que je prevoi,<br>
-
-Le bruit dans mon exil en vienne jusqu’à moi.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Qu’avec joye à vos vœux j’accorde cette grace!<br>
-
-Est-il rien que pour eux ma tendresse ne fasse;<br>
-
-Les grandeurs, les plaisirs vont les environner;<br>
-
-Et je ne me fais Roi, que pour les couronner.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Seigneur, je pars contente aprés cette assurance.<br>
-
-Mais de Creon tantost j’ay bravé la clemence.<br>
-
-Je tremble avec raison que ses ressentimens<br>
-
-Ne punissent mes Fils de mes emportemens;<br>
-
-Et que pour m’accabler, sa trop juste colere<br>
-
-Ne se vange sur eux du crime de leur Mere.<br>
-
-A Créüse bien-tost je vais les envoyer.<br>
-
-Pour eux, au nom des Dieux, allez vous employer.<br>
-
-Adoucissez Creon, attendrissez Créüse.<br>
-
-L’amour a fait mon crime, il fera mon excuse:<br>
-
-C’est lui, c’est la douleur, qui m’a fait égarer;<br>
-
-Et par un prompt exil je vais tout reparer.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Que vous connoissez mal Creon & sa clemence!<br>
-
-Un si prompt repentir désarmant sa vengeance,<br>
-
-Sensible à vos malheurs, ses soins & ses bienfaits<br>
-
-Adouciront vos maux, combleront mes souhaits.<br>
-
-Je vais remplir vos vœux & calmer sa colere.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Peignez luy bien, Seigneur, mon repentir sincere.<br>
-
-Je veux dés ce soir même abandonner ces lieux.<br>
-
-Pour la derniere fois recevez mes adieux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Puisse le juste Ciel à mes vœux favorable<br>
-
-Vous accorder, Madame, un repos desirable.<br>
-
-Jason à son destin cedant avec regret,<br>
-
-Nourrissant loin de vous un deplaisir secret,<br>
-
-Gardera cherement dans le fond de son ame,<br>
-
-Le tendre souvenlr d’une si belle flâme.<br>
-
-L’absence ny le temps n’effaceront jamais<br>
-
-De son cœur affligé le prix de vos bien-faits.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">V</span>A, quand tu le voudrois, il y va de ma
-gloire;<br>
-
-Je t’empescheray bien d’en perdre la memoire.<br>
-
-Je sçais quand il me plaist, dans l’ame des ingrats<br>
-
-Graver des souvenirs qui ne s’effacent pas.<br>
-
-Que j’ay souffert, Rhodope, à cacher ma colere?<br>
-
-Quelle horrible contrainte il a fallu me faire?<br>
-
-Ma rage en est accrüe; & ce torrent fougueux<br>
-
-Va plus rapidement se deborder contr’eux.<br>
-
-Il ne me reste plus que d’évoquer Hecate,<br>
-
-Et tous ces Dieux crüels dont la fureur me flate.<br>
-
-Mes plus mortels poisons, mes charmes sont tous prests.<br>
-
-Hâtons nous de lancer nos redoutables traits.<br>
-
-<br>
-
-Rhodope tu connois cette robe éclattante<br>
-
-De rubis lumineuse & d’or étincellante;<br>
-
-Parure inestimable, ornement pretieux<br>
-
-Où l’art & la richesse ébloüissent les yeux.<br>
-
-Le Soleil mon Ayeul, favorisant mon Pere,<br>
-
-Pour present nuptial en fit don à ma Mere;<br>
-
-Et semble avoir mêlé pour enrichir ses dons<br>
-
-Le feu de la lumiere à l’or de ses rayons.<br>
-
-C’est de tous le thresors, où je pouvois pretendre,<br>
-
-L’unique qu’en fuyant Medée ait daigné prendre.<br>
-
-Tu sçais qu’en arrivant en ces funestes lieux,<br>
-
-De Créüse ébloüie elle enchanta les yeux.<br>
-
-Admirant son éclat & vantant sa richesse,<br>
-
-Elle a tout employé, prieres, dons, promesse,<br>
-
-Pour pouvoir posseder ce superbe ornement.<br>
-
-Il faut qu’à ma vengeance il serve d’instrument.<br>
-
-Je vais l’empoisonner, & par mon art funeste<br>
-
-Mêler un pront venin à son éclat celeste;<br>
-
-Mille sucs empestez, milles charmes divers;<br>
-
-Et la Rage, & la Mort, & l’horreur des Enfers.<br>
-
-Je veux que mes Enfans, pour cacher ma vengeance,<br>
-
-Et feignant d’implorer ses soins & sa clemence,<br>
-
-Ministres non suspects de mon courroux affreux,<br>
-
-Portent à leur Marâtre un don si dangereux.<br>
-
-Mais allons engager mes Dieux dans ma querelle.<br>
-
-J’entens déja leur voix qui m’anime & m’appelle.<br>
-
-Terribles Dieux du Stix, je marche sur vos pas.<br>
-
-Dans ce pressant besoin ne m’abandonnez pas.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du troisiéme Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE IV.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">I</span>L est temps d’achever le charme & ma vengeance.<br>
-
-Hecate, vien pour moi signaler ta puissance.<br>
-
-Hecate, triple Hecate, exauce enfin mes vœux.<br>
-
-Vien; je vais consommer mes mysteres affreux.<br>
-
-J’ay mis mon art en œuvre; et ma robe empestée<br>
-
-A bû les sucs mortels dont elle est infectée.<br>
-
-Aux poisons j’ay mêlé mes charmes les plus forts.<br>
-
-Mais que pourroient sans toi mes impuissans efforts?<br>
-
-Grande Divinité, tu rens mon art terrible.<br>
-
-Irrite les poisons & la flâme invisible,<br>
-
-Que j’ay sceu confier à ce don pretieux.<br>
-
-Sur tout cache la bien aux regards curieux;<br>
-
-Et qu’au gré de mes yeux impuissante ou fatale,<br>
-
-Elle devore seuls Creon & ma Rivale.<br>
-
-Qu’elle épargne tout autre & ne consume qu’eux.<br>
-
-Hecate entens ma voix, & viens remplir mes vœux.<br>
-
-Elle vient. Je la sens qui m’échauffe & m’entraîne.<br>
-
-Tout mon cœur en fremit & je respire à peine.<br>
-
-Une soudaine horreur fait dresser mes cheveux.<br>
-
-Mes yeux percent la nuit du sejour tenebreux.<br>
-
-Je vis me faire oüir dans l’Empire des Manes.<br>
-
-Je vais les évoquer. Loin d’icy, loin Prophanes.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">M</span>Inistres rigoureux de mon courroux
-fatal,<br>
-
-Redoutables Tyrans de l’Empire infernal,<br>
-
-Dieux, ô terribles Dieux du trepas & des Ombres,<br>
-
-Et vous, Peuple crüel de ces royaumes sombres,<br>
-
-Noirs Enfans de la Nuit, Manes infortunez,<br>
-
-Criminels sans relâche à souffrir condamnez,<br>
-
-Barbare Tisiphone, implacable Megere,<br>
-
-Nuit, Discorde, Fureur, Parques, Monstres, Cerbere,<br>
-
-Reconnoissez ma voix & servez mon courroux.<br>
-
-Dieux crüels, Dieux vangeurs, je vous évoque tous.<br>
-
-Venez semer icy l’horreur & les allarmes.<br>
-
-Venez remplir ces lieux & de sang & de larmes.<br>
-
-Rassemblez, déchaînez tous vos tourmens divers;<br>
-
-Et, s’il se peut, icy transportez les Enfers.<br>
-<br>
-
-On m’éxauce. Le Ciel se couvre de tenebres.<br>
-
-L’air au loin retentit de hurlemens funebres.<br>
-
-Tout répand dans mon ame une affreuse terreur.<br>
-
-Ce Palais va tomber. La terre mugit, s’ouvre;<br>
-
-Son sein vomit des feux & l’Enfer se découvre.<br>
-
-Quel est ce Criminel qui cherche à se cacher?<br>
-
-Je reconnois Sisyphe à ce fatal rocher.<br>
-
-Témoin des maux crüels qu’on prepare à sa race,<br>
-
-Il se cache de honte & pleure sa disgrace.<br>
-
-Son desespoir commence à soulager le mien.<br>
-
-Le crime de ta race est plus noir que le tien,<br>
-
-Audacieux Sisyphe, & le Roi du Tartare<br>
-
-Ne sçauroit vous trouver de peine assez barbare.<br>
-
-<br>
-
-Mais quel Fantômes vains sortent de toutes parts?<br>
-
-Que de Spectres affreux s’offrent à mes regards?<br>
-
-Quelle Ombre vient à moi. Que vois-je? c’est mon Pere!<br>
-
-Quel coup a pû si-tost lui ravir la lumiere?<br>
-
-Chere Ombre, apprens le moi. Ma fuitte & ma fureur<br>
-
-Helas! t’ont fait sans doute expirer de douleur.<br>
-
-Tens moi les bras du moins. Mais quelle Ombre sanglante<br>
-
-Se jette entre nous deux terrible & menaçante?<br>
-
-De blessures, de sang, couvert, defiguré,<br>
-
-Ce Spectre furieux paroît tout déchiré.<br>
-
-C’est mon Frere. Oüi c’est lui; je le connois à peine.<br>
-
-Ah! pardonne, chere Ombre, à ma rage inhumaine,<br>
-
-Pardonne. L’Amour seul a causé ma fureur.<br>
-
-Il fût ton assassin; il sera ton vangeur;<br>
-
-Et sçaura t’immoler de si grandes victimes<br>
-
-Qu’il obtiendra de toi le pardon de ses crimes.<br>
-
-Le sang... tout disparoît; tout fuit devant mes yeux.<br>
-
-Tisiphone avec moi reste seule en ces lieux.<br>
-
-Noire Fille du Stix, Furie impitoyable,<br>
-
-Ah! cesse d’attiser mon courroux effroyable;<br>
-
-Calme de tes serpents les affreux sifflemens.<br>
-
-Tu ne peux adjoûter à mes ressentimens.<br>
-
-Ne songe qu’à servir une fureur si grande.<br>
-
-Hecate le desire, & je te le commande.<br>
-
-Nuit, Stix, Hecate, Enfers, terribles Deitez,<br>
-
-J’ordonne. Obeyssez sourdes Divinitez.<br>
-
-Le charme a réüssi. Poursuivons ma vengeance.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">V</span>Iens, Rhodope; mon art ne craint plus ta presence.<br>
-
-Le charme est consommé. C’en est fait & jamais<br>
-
-Un espoir plus certain ne flatta mes souhaits.<br>
-
-Apporte prontement ma Robbe pretieuse.<br>
-
-Pour mes ennemis seuls elle est contagieuse.<br>
-
-Ne crains pas de toucher ce don pernitieux.<br>
-
-Puis cherche mes Enfans; conduis les en ces lieux.<br>
-
-Je veux les preparer à servir ma vengeance<br>
-
-Et feignant d’obéïr au Tyran qui m’offence<br>
-
-Leur cacher mes desseins, afin qu’ils trompent mieux<br>
-
-De leurs maux & des miens les Auteurs odieux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>Nfin de mes Tyrans je vais punir les
-crimes.<br>
-
-Il ne me reste plus qu’à parer mes victimes.<br>
-
-Le sacrifice est prest. L’heure approche; & mon cœur<br>
-
-Triomphe & s’applaudit déja de son bon-heur.<br>
-
-Cours chercher mes Enfans. O superbe parure,<br>
-
-(<i>Rhodope apporte la Robbe de Medée & sort pour amener les
-enfans.</i>)<br>
-
-Present qui va servir à vanger mon injure,<br>
-
-Cache bien les tresors que mon art t’a commis.<br>
-
-Mes plus chers interests à toi seul son remis.<br>
-
-Que j’ayme en ce moment l’éclat qui t’environne.<br>
-
-Ah! seul tu me tiens lieu d’Empire & de couronne.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE V.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">A</span>Prochez, approchez, jeunes
-Infortunez,<br>
-
-Qu’aux maux presqu’en naissant le Ciel a condamnez.<br>
-
-On va nous separer par une loi severe.<br>
-
-C’en est fait, mes Enfans; vous n’avez plus de Mere.<br>
-
-Je ne joüiray plus de vos transports charmans.<br>
-
-Le Sort crüel m’arrache à vos embrassemens.<br>
-
-Vostre veuë est un bien que sa rigueur m’envie.<br>
-
-Vous n’adoucirez point les malheurs de ma vie;<br>
-
-Et mes yeux, loin de vous, aux pleurs accoûtumez,<br>
-
-Par vos mains en mourant ne seront point fermez.<br>
-
-Il vous est interdit d’accompagner ma fuitte.<br>
-
-Sous un joug estranger le Ciel vous precipite;<br>
-
-Et vous asservissant à de crüelles loix,<br>
-
-Il vous donne des fers dont je sens tout le poids.<br>
-
-Soumettons nous, mes Fils; cedons à la Fortune.<br>
-
-Quittez cette fierté prés des Rois importune.<br>
-
-Votre sort a changé; changez aussi de vœux:<br>
-
-L’abbaissement, mes Fils convient aux malheureux.<br>
-
-Oubliez vostre sang; oubliez vos Ancestres:<br>
-
-Esclaves, apprenez à menager vos Maistres;<br>
-
-Et leur immolant tout, ainsi qu’à vos vrais Dieux,<br>
-
-Essayez à trouver grace devant leurs yeux.<br>
-
-Portez, pour commencer, ma robbe à la Princesse.<br>
-
-Offrez la de ma part; peignez lui ma tristesse;<br>
-
-Qu’un juste repentir surmonte ma fureur;<br>
-
-Que j’implore pour vous ses bontez, sa faveur.<br>
-
-Allez; de vos destins à present Souveraine,<br>
-
-Mes Fils, c’est vostre Mere, & de plus vostre Reine.<br>
-
-Sans rougir, à ses pieds d’abord prosternez vous.<br>
-
-Baisez avec respect sa robbe & ses genoux;<br>
-
-Et par vos soins flatteurs, par vos tendres caresses,<br>
-
-Appuiez vivement la foi de mes promesses.<br>
-
-Qui vous peut retenir? Mes Fils, vous soupirez;<br>
-
-Et vous n’osez lever vos yeux mal assurez.<br>
-
-Je le vois. Vostre sang repugne à ces foiblesses.<br>
-
-Les neveux du Soleil ont horreur des bassesses.<br>
-
-Mais c’est l’arrest du Sort. Vous pouvez sans rougir,<br>
-
-Imiter mon exemple, à mes loix obéïr.<br>
-
-(<i>à Rhodope</i>.)<br>
-
-Tu pourras au besoin leur servir d’interprete,<br>
-
-Rhodope, conduis-les; fais ce que je souhaitte;<br>
-
-Et reviens avec eux m’informer prontement<br>
-
-Comme on aura receu ce fatal vestement.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VI.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">T</span>Out succede à mes vœux & mon dessein s’avance.<br>
-
-Ne m’abandonnez pas, remplissez ma vengeance,<br>
-
-Dieux, redoutables Dieux, qu’avec ardeur je sers,<br>
-
-Qui venez de moüir du plus creux des Enfers.<br>
-
-Dans le piege fatal faittes tomber ma proye.<br>
-
-Aveuglez mes Tyrans ennivrez de leur joye.<br>
-
-Que Medée asservie à tant d’abaissement,<br>
-
-N’ayt pas esté reduitte à feindre impunement.<br>
-
-Montrez qu’on vous offense au moment qu’on m’outrage.<br>
-
-Déja je crois vous voir remplir toute ma rage.<br>
-
-Déja je vois tomber & Créüse & Creon.<br>
-
-Mais comment nous vanger du perfide Jason?<br>
-
-Comment punir assez son crime detestable?<br>
-
-De tous mes Ennemis il est le plus coupable.<br>
-
-Enfantons quelque monstre; inventons quelque horreur,<br>
-
-Qui de tous mes forfaits surpasse la noirceur.<br>
-
-Dieux! que m’inspirez-vous? quelle barbare image, <br>
-
-Quel horrible attentat offrez-vous à ma rage?<br>
-
-Moi-même je fremis à cét objet affreux.<br>
-
-Ce crime m’épouvante & surpasse mes vœux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VII.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">V</span>Ostre present, Madame, a charmé la Princesse.<br>
-
-Ne pouvant se lasser d’en vanter la richesse,<br>
-
-Dés ce soir sans soupçon elle veut s’en parer.<br>
-
-Creon même, Creon s’empresse à l’admirer.<br>
-
-Jason & vos presents les assurent, Madame,<br>
-
-Que la raison éteint la colere de vostre ame;<br>
-
-Que pour vous, pour vos Fils, vous faisant un effort,<br>
-
-Vous cedez par devoir à la rigueur du Sort.<br>
-
-Enfin tous deux comblant vos Enfans de caresses,<br>
-
-Ont temoigné pour eux les dernieres tendresses.<br>
-
-Que vois-je! vous pleurez. Si prés de vous vanger,<br>
-
-Quel trouble vous saisit & vient vous affliger?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Helas!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Vous gemissez; d’où naissent ces allarmes?<br>
-
-Attachant sur vos Fils vos yeux baignez de larmes,<br>
-
-Vous fremissez, Madame, & changeant de couleur<br>
-
-Vous détournez soudain la veuë avec horreur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quelque vive douceur qu’ayt pour moi la vengeance,<br>
-
-Un trouble violent en secret la balance.<br>
-
-Je pleure avec raison ces Enfans malheureux.<br>
-
-Quel crime les condamne, & qu’ont-ils fait aux Dieux?<br>
-
-Dans un âge si tendre ils vont perdre leur Mere;<br>
-
-Et les Infortunez n’ont déja plus de Pere.<br>
-
-Esclaves, Estrangers, sans appui, sans secours,<br>
-
-Quelle suitte de maux va marquer tous leurs jours.<br>
-
-C’est en vain que je vais leur ravir leur Marâtre,<br>
-
-De quelque objet nouveau mon Perfide idolatre,<br>
-
-Les remettra bien-tost sous un joug odieux,<br>
-
-Et les accablera d’un poids injurieux.<br>
-
-Quel Astre empoisonnant votre triste naissance,<br>
-
-Mes Fils, versa sur vous sa crüelle influence?<br>
-
-Languissans sous le joug, gemissans dans les fers,<br>
-
-Le Destin vous condamne à cent malheurs divers.<br>
-
-Vous vous consumerez dans un vil esclavage,<br>
-
-Essuyant chaque jour quelque nouvel outrage.<br>
-
-Quel sort... Ah cette idée irrite ma douleur,<br>
-
-Et l’amour maternel, redouble ma fureur!<br>
-
-Pour les Fils du Soleil quel indigne partage!<br>
-
-Quel coup... mon amour meurt & se transforme en rage;<br>
-
-C’en est fait. Innocens, vous me tendez les bras.<br>
-
-Ces regards caressans, ce souris plein d’appas,<br>
-
-Reveillant la nature, augmentant ma foiblesse,<br>
-
-Jusqu’au fond de mon cœur vont chercher la tendresse.<br>
-
-Helas! en souriant, vous repandez des pleurs.<br>
-
-Infortunez! déjà sentez vous vos malheurs!<br>
-
-Que voulez-vous de moi par ces douces caresses?<br>
-
-Il nous faut renoncer à toutes ces tendresses.<br>
-
-De votre trïste Mere il faut vous détacher;<br>
-
-A de si doux plaisirs il faut nous arracher.<br>
-
-En vain j’avois sur vous fondé mon esperance.<br>
-
-En vain je me flattois d’élever votre Enfance.<br>
-
-Il nous est interdit de nous voir desormais;<br>
-
-O mes Fils! il nous faut separer pour jamais.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Epuisez vos transports, Madame. La Princesse<br>
-
-Pour un temps assez court s’en prive & vous les laisse.<br>
-
-Elle leur a prescrit de venir en ces lieux,<br>
-
-Recevoir prontement vos pleurs & vos adieux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-L’Orgueilleuse déjà leur commande, & m’outrage!<br>
-
-O ma lente douleur! ô mon foible courage!<br>
-
-A quels affronts crüels, à quel sort odieux<br>
-
-Livres tu lâchement le plus beau sang des Dieux!<br>
-
-Ma fureur se reveille, & l’amour la ranime.<br>
-
-Ozons les affranchir du joug qui les opprime.<br>
-
-Couronnons ma vengeance & bornons leur malheur.<br>
-
-Que dis-tu Miserable, & que veut ta fureur?<br>
-
-Non, pour finir leurs maux, il n’est plus d’autre voye.<br>
-
-Un moment de douleur va me combler de joye.<br>
-
-Frappons.... Frappons...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-U<small>N DES</small> E<small>NFANS</small>.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Dieux. Ma Mere! qu’avez-vous?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-L’<small>AUTRE</small> E<small>NFANT</small>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Pourquoi nous menacer, & d’où vient ce courroux?<br>
-
-Je tremble.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Je fremis. Leurs regards & leurs larmes<br>
-
-Me troublent, & des mains me font tomber les armes.<br>
-
-O mon sang! ô mes Fils, si chers à mes desirs!<br>
-
-Objets de ma tendresse & de mes deplaisirs,<br>
-
-Infortunez auteurs de ma douleur amere,<br>
-
-Approchez mes Enfans; embrassez votre Mere.<br>
-
-Empressez-vous encor d’obéïr à mes loix;<br>
-
-Et baisez moi du moins pour la derniere fois.<br>
-
-<br>
-
-Rhodope, conduis les dans la chambre prochaine.<br>
-
-Leur veüe accroît mon trouble & redouble ma peine.<br>
-
-Qu’ils me coûtent de pleurs! qu’ils me sont chers! helas!<br>
-
-Mon lâche amour, mes pleurs ne les soulagent pas.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VIII.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">T</span>U les aimes, Cruelle, & tu les laisses
-vivre!<br>
-
-Aux malheurs les plus grands ta foiblesse les livre;<br>
-
-Et ta pitié barbare en respectant leurs jours,<br>
-
-Du plus affreux destin leur prepare le cours.<br>
-
-Ah! lâche! suis tu donc un foible amour pour guide?<br>
-
-Sauve les; tu fais bien. Leur Pere moins timide<br>
-
-Pour vanger tes Tyrans leur percera le flanc.<br>
-
-Quoi! leur Pere à Créüse immoleroit mon sang!<br>
-
-Non, mes Enfans jamais ne seront sa victime:<br>
-
-Ils mourront de ma main. Tout me force à ce crime.<br>
-
-Qu’ils meurent ces Enfans d’un infidelle Epoux:<br>
-
-Adoptez par Créüse, ils ne sont plus à nous.<br>
-
-Ah! s’ils sont innocens, aussi l’estoit mon Frere!<br>
-
-J’immolerois mes Fils! ô trop barbare Mere!<br>
-
-Ah! plûtost.... l’heure approche; un exil rigoureux,<br>
-
-Un divorce crüel va me separer d’eux.<br>
-
-Ils n’adouciront point ma fuitte et mes allarmes.<br>
-
-S’attachant à leur Mere, & tout baignez de larmes,<br>
-
-De mes bras, de mon sein, on va les détacher:<br>
-
-A l’amour maternel on va les arracher.<br>
-
-Non, ne l’endurons pas. Qu’ils meurent pour leur Pere;<br>
-
-Qu’ils meurent. Aussi-bien ils sont morts pour leur Mere.<br>
-
-O Jason! ô mes Fils! Amour, Haine, Fureur,<br>
-
-Cessez par vos combats de déchirer mon cœur!<br>
-
-Pour le percer ce cœur, trop de rigueur s’assemble.<br>
-
-Le Temps fuit; le mal presse. Accordez-vous ensemble.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du quatriéme Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE V.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">A</span>H! Madame, fuyez un Peuple furieux.<br>
-
-Fuyez, sans differer, de ces funestes lieux.<br>
-
-Tandis qu’avec le trouble y regne l’épouvante.<br>
-
-Votre present fatal a passé vostre attente;<br>
-
-Et vos fiers Ennemis mourans, desesperez,<br>
-
-Succombent au poison dont ils sont devorez.<br>
-
-A peine, à peine encor vostre aveugle Rivale<br>
-
-Portoit avec plaisir cette Robbe fatale,<br>
-
-Qu’un feu sombre et crüel, une invisible ardeur<br>
-
-Embraze tout son corps, & consume son cœur.<br>
-
-Un funeste poison courant de veine en veine,<br>
-
-Allume dans son sang une flâme inhumaine,<br>
-
-Qui penetre avec force & s’attache à ses os.<br>
-
-C’est en vain qu’on s’empresse à soulager ses maux.<br>
-
-La Robbe devorante à son corps attachée,<br>
-
-Y nourrit le venin de la flame cachée;<br>
-
-Et du charme crüel l’impitoyble ardeur<br>
-
-Triomphe sans obstacle & regne avec fureur.<br>
-
-Qui veut la secourir, de sa perte complice,<br>
-
-Loin de la soulager, redouble son supplice.<br>
-
-On ne peut de ce feu calmer l’embrazement.<br>
-
-On ne peut arracher le fatal vêtement.<br>
-
-Creon saisi d’horreur à l’arracher s’empresse.<br>
-
-Mais du charme aussi-tost la flâme vangeresse,<br>
-
-Dans son sein embrazé porte les mêmes feux:<br>
-
-Il se sent consumer d’un poison rigoureux.<br>
-
-Chacun s’occupe encor du peril qui les presse.<br>
-
-Servez-vous des momens que ce trouble vous laisse.<br>
-
-Profittez de l’horreur qui regne dans ces lieux,<br>
-
-Et fuyez pour jamais leur aspect odieux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Que je fuye! ah! Rhodope, au comble de la gloire,<br>
-
-Quand sur mes Ennemis j’emporte la victoire.<br>
-
-Que je fuye! ah! le Sort m’eût-il reduitte à fuir,<br>
-
-D’un spectacle si beau je reviendrois joüir;<br>
-
-Je viendrois assister à ce grand Hymenée.<br>
-
-Laisse moi contempler sa pompe fortunée;<br>
-
-Et d’un objet si doux, d’un coup si glorieux,<br>
-
-Repaistre avidement mes regards curieux.<br>
-
-Mes odieux Tyrans deviennent mes victimes!<br>
-
-Ah! je cueille en ce jour le fruit de tous mes crimes.<br>
-
-Mon courroux triomphant ne peut trop s’applaudir;<br>
-
-Et mon nom desormais ne sçauroit plus perir.<br>
-
-Ce n’est pas tout. Rentrons; & perdant l’Innocence,<br>
-
-Couronnons ce grand jour & comblons ma vengeance.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, <i>en entrant</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>N vain, pour la trouver, je cours de
-toutes parts.<br>
-
-Ah! sans doute son art la cache à mes regards.<br>
-
-Elle croit éviter le courroux qui m’enflâme.<br>
-
-Mais qui l’en peut sauver?
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, CYDIPPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-<span class="lettrine">A</span>H! Seigneur:
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentPoet2">
-Ah! Madame.<br>
-
-Quel est mon desespoir! où portez vous vos pas?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Seigneur, le Roi vient de mourir dans mes bras.<br>
-
-Ce dernier coup manquoit au tourment qui m’accable.<br>
-
-Joüet infortuné du Sort impitoyable,<br>
-
-Preste enfin d’assouvir son rigoureux courroux,<br>
-
-Je viens du moins, je viens mourir auprés de vous:<br>
-
-Vous fermerez mes yeux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Dieux! qu’entens-je? ah! Madame,<br>
-
-On peut esteindre encore une crüelle flâme.<br>
-
-Les Dieux, les justes Dieux pour vous s’interessans,<br>
-
-Prendront soin par pitié de vos jours innocens;<br>
-
-Et vous verrez Medée à vos pieds expirante,<br>
-
-Y servir de victime à ma fureur sanglante.<br>
-
-J’en atteste ces Dieux. J’en jure mon amour.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-En vain vous pretendez me rappeller au jour.<br>
-
-Medée à se vanger est trop ingenieuse.<br>
-
-Mon sang doit assouvir sa rage furieuse;<br>
-
-Et vos soins, votre amour, loin de me secourir,<br>
-
-Irritent le poison dont je me sens mourir.<br>
-
-Envieux du plaisir que m’offre vostre veüe,<br>
-
-Son art haste l’effet du charme qui me tuë;<br>
-
-Et l’Amour seul, plus fort que ses Enchantemens,<br>
-
-M’anime & me soutient encor quelques momens.<br>
-
-Ecoutez-moi, Seigneur. Mes maux ny ma foiblesse<br>
-
-Ne sçauroient rallentir l’ardeur de ma tendresse.<br>
-
-La Mort même ne peut éteindre un feu si beau.<br>
-
-Je l’emporte avec moi dans l’horreur du tombeau;<br>
-
-Mon amour y vivra. La Fortune jalouze<br>
-
-N’a pû souffrir, Jason, de me voir vostre Epouse.<br>
-
-Mais la Crüelle au moins me laisse la douceur,<br>
-
-De mourir prés de vous, possedant vostre cœur.<br>
-
-Je goûte en mes tourments cette douceur secrette.<br>
-
-La vie & les grandeurs n’ont rien que je regrette.<br>
-
-Unique & tendre objet de mes vœux les plus doux,<br>
-
-Je ne plains en mourant, ne regrette que vous.<br>
-
-Trop heureuse en effet si comblant mon attente<br>
-
-Les Dieux... ah! quel tourment! quelle ardeur devorante!<br>
-
-Mon supplice s’accroît; je me sens déchirer:<br>
-
-Je brûle. Adieu, Jason; il faut nous separer.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Nous separer! ô Dieux! ah! rigueur qui me tuë.<br>
-
-Nous separer! quel coup pour mon ame éperduë!<br>
-
-Ah! je souffre à la fois mille horribles tourmens!<br>
-
-Quoi tous les Dieux sont sourds à mes gemissemens!<br>
-
-Je vous perds pour jamais; en vain je les implore.<br>
-
-Et j’ay seul allumé ce feu qui vous devore!<br>
-
-Non je ne verrai point un si crüel malheur;<br>
-
-Et par un pront trépas j’en previendray l’horreur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-A trop de desespoir vostre ame s’abandonne.<br>
-
-Vivez, Jason, vivez. C’est moi qui vous l’ordonne.<br>
-
-Ne me refusez pas dans mon sort rigoureux<br>
-
-L’unique & dernier bien qui flatte encor mes vœux.<br>
-
-Gardez le souvenir d’une triste Princesse.<br>
-
-Conservez lui, Jason, toute vostre tendresse.<br>
-
-Elle meurt vostre Epouse. A la face des Dieux<br>
-
-Recevez donc ma main & mes derniers adieux.<br>
-
-Que ne puis-je employer ces vains restes de vie,<br>
-
-A vous prouver l’amour dont mon ame est remplie?<br>
-
-Helas! on n’a jamais aimé si tendrement;<br>
-
-Et jamais je n’aimay plus que dans ce moment.<br>
-
-J’en atteste les Dieux. Mes forces s’affoiblissent:<br>
-
-Ma voix, mon sang se glace; & mes yeux s’obscurcissent.<br>
-
-Malgré le Sort crüel, qui va nous désunir,<br>
-
-Mon cœur vous aime encore à son dernier soupir.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CYDIPPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Elle expire, Seigneur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Destin impitoyable!<br>
-
-Elle est morte; & je vis! ô tourment effroyable!<br>
-
-Ah! mon bras au deffaut de ma lente douleur<br>
-
-De ce supplice affreux doit m’épargner l’horreur.<br>
-
-Meurs, lâche; meurs enfin. Mais ma douleur m’abuse.<br>
-
-Je dois un sacrifice aux Manes de Créüse.<br>
-
-Pour appaiser son Ombre & ses ressentimens,<br>
-
-Je veux livrer Medée au plus crüels tourmens;<br>
-
-De mon ame aussi-tost sur le rivage sombre<br>
-
-De ce sang assouvie ira trouver son ombre.<br>
-
-La soif de te vanger seule arreste mon bras.<br>
-
-Belle Ombre, attens; j’y cours & vais suivre tes pas.<br>
-
-Medée en vain me fuit; en vain son art la cache.<br>
-
-A ma juste fureur il n’est rien qui l’arrache.<br>
-
-Je suivray la Barbare au bout de l’Univers.<br>
-
-Et je la trouveray même au fond des Enfers.<br>
-
-Mon amour furieux me servira de guide.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">T</span>U n’iras pas si loin pour me trouver, Perfide.<br>
-
-C’est Medée. Oüi, c’est elle.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! crains mon desespoir<br>
-
-Barbare...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE, <i>le frappant de sa Baguette</i>.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Arreste, Ingrat; & connois mon pouvoir.<br>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quel prodige estonnant! Dieux! ma fureur est vaine!<br>
-
-Je me sens retenu par une estroitte chaîne.<br>
-
-Je demeure immobile, & malgré mes efforts<br>
-
-Le pouvoir de son art s’oppose à mes transports.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Juge, si c’est à moi de craindre ta vengeance.<br>
-
-Un sort comme le mien n’est pas en ta puissance;<br>
-
-Magnanime Heros, ne songe plus à moi;<br>
-
-Trop indigne aussi-bien d’un Epoux tel que toi.<br>
-
-Laisse une Infortunée, oublie une Estrangere,<br>
-
-Sans appui, sans couronne, errante & solitaire.<br>
-
-Un hymen plein d’appas, un thrône glorieux<br>
-
-T’attendent en ce jour dans ces superbes lieux.<br>
-
-Est-il temps de rester auprés d’une Jalouse!<br>
-
-Va soupirer aux pieds de ta nouvelle Epouse.<br>
-
-Vante lui ton ardeur, assure lui ta foi:<br>
-
-Tu luy voles le temps que tu perds avec moi.<br>
-
-Dois-tu pas à son sort unir ta destinée?<br>
-
-Haste-toi de conclurre un si doux hymenée,<br>
-
-Le Sacrifice est prest, & le Temple est orné;<br>
-
-On n’attend plus que toi. Cours, Epoux fortuné.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Quoi! La Barbare encore & m’insulte & m’outrage!<br>
-
-Faut-il que par son art elle brave ma rage?<br>
-
-Je ne puis l’immoler à ma juste fureur!<br>
-
-Son sang appaiseroit Créüse & ma douleur!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Oüi, Jason, à Créüse il faut quelque victime;<br>
-
-Et mon sang répandu doit effacer mon crime.<br>
-
-Sois content. J’ay versé le plus pur de ce sang.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Comment?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-A tes deux Fils j’ay sceu percer le flanc.<br>
-
-Regarde ce poignard & cette main sanglante;<br>
-
-C’est mon sang, du tien, qu’elle est teinte & fumante.<br>
-
-Mon bras pour dernier coup vient de les égorger.<br>
-
-Si déjà ton ardeur languit pour la Princesse;<br>
-
-Si tu fuis, Inconstant, ta nouvelle Maîtresse;<br>
-
-Cours du moins, Pere heureux, à tes Fils expirans,<br>
-
-Rens leur les derniers soins, embrasse les mourans.
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Barbare!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-En est-ce assez, & connois-tu Medée?<br>
-
-De son affreux pouvoir garderas-tu l’idée?<br>
-
-Oublîras-tu sa haine, ainsi que son amour?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Monstre, à tes propres Fils avoir ravi le jour!<br>
-
-Pourquoi sacrifier d’innocentes victimes!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ils estoient nez de toi, demandes-tu leurs crimes?<br>
-
-Ma trop juste fureur a dû les en punir;<br>
-
-J’ay dû finir leurs maux, j’ay dû les prevenir;<br>
-
-Te delivrer d’un joug que ton esprit abhorre;<br>
-
-Rompre ces derniers nœuds qui nous serroient encore;<br>
-
-Et, pour mieux t’oublier, effacer sans retour<br>
-
-Jusqu’aux traces, Ingrat, de nostre affreux amour.<br>
-
-Ce n’est pas sans remords que je m’y suis forcée.<br>
-
-Tu m’en as inspiré l’audace & la pensée;<br>
-
-Tu m’as seul enhardie à ce crüel dessein,<br>
-
-Infidelle, & c’est toy qui leur perce le sein.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quoi! les Dieux irritez, pour te reduire en poudre<br>
-
-Sur ta teste à mes yeux ne lancent pas la foudre.<br>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Vangeurs des trahisons, Ennemis des Ingrats,<br>
-
-Les Dieux pour t’accabler ont employé mon bras;<br>
-
-La foudre étoit trop peu pour punir ton offence.<br>
-
-J’ay servi leur justice & rempli leur vengeance.<br>
-
-C’en est fait. Pour repaistre & mes yeux & mon cœur,<br>
-
-Moi-même j’ay voulu joüir de ta douleur.<br>
-
-Un spectacle si doux met le comble à ma gloire:<br>
-
-Je savoure à longs traits ta peine & ma victoire<br>
-
-Et je recouvre enfin ma gloire, mon repos,<br>
-
-Mon Sceptre, mes Parents, la Toison & Colchos.<br>
-
-Je pars; puis que ma fuitte a pour toi tant de charmes,<br>
-
-Leve encor jusqu’à moi tes yeux chargez de larmes,<br>
-
-Ingrat. Voi ces Dragons qui soûmis à ma loy,<br>
-
-(<i>Medée monte dans un Char, traîné par des Dragons</i>.)<br>
-
-Et plus reconnoissans, plus fidelles que toi,<br>
-
-Par des chemins nouveaux vont guider leur maîtresse.<br>
-
-Tes vœux sont satisfaits; pour jamais je te laisse.<br>
-
-Adieu; je t’abandonne aux horreurs de ton sort.<br>
-
-Ingrat, je te hais trop pour te donner la mort.<br>
-
-(<i>Le Char s’envole</i>.)
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE DERNIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>Lle fuit; & ce Char l’enlevant dans les
-nuës,<br>
-
-Ouvre à sa cruauté des routes inconnuës.<br>
-
-La Barbare à mes yeux disparoît pour jamais;<br>
-
-Elle brave ma haine aprés tant de forfaits;<br>
-
-Et m’enleve en fuyant, malgré ma rage extrême,<br>
-
-Beaupere, Enfans, Maîtresse, & ma vengeance même.<br>
-
-Je ne puis la punir de tant de crüauté.<br>
-
-Le Ciel offre un asile à son impieté.<br>
-
-C’en est trop. Terminons ma vie & son supplice.<br>
-
-Je ne puis me vanger; il faut que je perisse.<br>
-
-Trop malheureux objets de l’amour de Jason,<br>
-
-Déplorable Créüse! infortuné Creon!<br>
-
-O mes Fils! joüissez de la seule vengeance,<br>
-
-Que les Dieux inhumains laissent en ma puissance.<br>
-
-(<i>Il se tuë</i>.)
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Seigneur... il n’est plus. Quels horrible malheurs<br>
-
-O trop funeste Amour, produisent tes fureurs.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-FIN.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-
-<p class="centerserif">
-<i>Extrait du Privilege du Roy</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">P</span>Ar Lettres Patentes de Sa Majesté,
-données à Paris le vingt-quatriéme Mars 1694. Signé;
-N<small>OBLOT</small>. Il est permis au Sieur P<small>IERRE</small>
-E<small>MERY</small> Libraire de Paris, d’imprimer un Livre intitulé
-<i>Medée, Tragedie nouvelle</i>, pendant le temps de six années
-consecutives: Avec défenses à tous autres de le vendre & le debiter sans
-le consentement dudit Exposant à peine de confiscation des Exemplaires
-contrefaits & de trois mil livres d’amende, ainsi qu’il est porté plus
-au long dans lesdites Lettres.
-</p>
-
-
-<br>
-<p class="indent">
-<i>Registré sur le Livre de la Communauté des Imprimeurs
-& Libraires de la Ville de Paris, le 26. dudit mois & an</i>.
-Signé; P. A<small>UBOÜIN</small>, Syndic.
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-Achevé d’imprimer le premier Avril 1694.
-
-<p class="indent">
-Ledit Sieur Emery a fait part dudit Privilege aux Sieur
-Auboüin & Clouzier.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>MÉDÉE</span> ***</div>
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-</div>
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-</div>
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-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-</div>
-</body>
-</html>
-
-
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index 8300240..0000000
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Binary files differ
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index 3c040dc..0000000
--- a/old/old/69860-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,3954 +0,0 @@
-The Project Gutenberg eBook of Médée, by Hilaire-Bernard de
-Longepierre
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Médée
- tragédie nouvelle
-
-Author: Hilaire-Bernard de Longepierre
-
-Release Date: January 22, 2023 [eBook #69860]
-
-Language: French
-
-Produced by: Produced by: J.-M. Mariot from files generously made
- available by the Bibliothèque nationale de France
- (BnF/Gallica).
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉDÉE ***
-
-MEDÉE,
-
-TRAGEDIE.
-
-A PARIS
-
-Chez
-
-PIERRE AUBOUYN,
-Libraire de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
-
-PIERRE EMERY,
-
-CHARLES CLOUZIER.
-
-
-Quay des Augustins,
-
-prés l’Hôtel de Luynes,
-
-à l’Ecu de France,
-
-& à la Croix d’or.
-
-
-1694
-
-
-
-
-PREFACE.
-
-
-IL y a peu d’Histoires aussi connuës que celle de Medée, & de sujets de
-Tragedie aussi celebres que celuy-cy. Euripide l’a traitté parmi les
-Grecs. Ennius, Pacuvius, Accius, Ovide, & Seneque parmi les Romains.
-Monsieur Corneille parmi nous. La Tragedie d’Euripide & celle de Seneque
-nous restent encore avec quelques vers des autres.
-
-Je me suis laissé tenter aprés tant de grands hommes à la beauté de ce
-sujet. Il m’a toûjours paru que les deux grands ressorts de la Tragedie,
-la terreur & la pitié, s’y font sentir vivement; & que Medée toute
-méchante & toute criminelle qu’elle est, estant aussi tres malheureuse &
-trahie par celuy pour qui elle a tout fait & tout abandonné, est l’un
-des personnages du monde le plus propre à faire un grand effet sur la
-Scene. La simplicité même du sujet, quoy que du goût de peu de gens
-parmi nous, a esté un nouvel attrait pour moy. J’ay voulu tenter de
-donner au Public une Piece à peu prés dans le goût des Anciens: c’est à
-dire, une Piece dans laquelle une action grande, tragique &
-merveilleuse, mais en même temps tres simple, fût soutenue seulement par
-la noblesse des pensées, par la vivacité des mouvemens, & par la dignité
-de l’expression. C’est ainsi que ces grands Maistres de l’art, sur les
-ouvrages desquels l’art même & les regles ont esté formés, ont constitué
-leurs Tragedies, & ont composé ces chefs-d’œuvre merveilleux, qui ayant
-fait l’admiration de tous les siecles, font encore pleurer & fremir dans
-la simple lecture. Ces Genies sublimes se sentant assez de force pour
-soutenir un sujet par luy même & et par eux mêmes, ont dédaigné d’avoir
-recours à un grand attirail d’incidens & d’Episodes; & ont rebutté les
-jeux de Theatre, les petites surprises & ces autres agremens frivoles,
-qui plaisent dans la Comédie; mais qui ne servent dans la Tragedie qu’à
-amortir & à éteindre le pathetique, qui en est l’ame. Ils auroient crû
-sortir du caractere du Poëme tragique, & blesser en quelque maniere la
-raison, & les regles par consequent, s’ils s’étoient écartez de cette
-simplicité d’action. Que penseroient-ils donc s’ils entendoient dire à
-present qu’une Tragedie n’est pas Tragedie ny dans les regles, parce
-qu’elle est simple? ils jugeroient sans doute que de pareils Critiques
-n’ont aucune idée de la Tragedie ny des regles; & qu’ils n’en
-connoissent que le nom.
-
-On seroit tres faché cependant, que ceux qui ne connoissent pas les
-Tragedies des Anciens par elles mêmes, en voulussent juger par cette
-Piece qui leur est infiniment inferieure en tout. Pour ressembler à ces
-grands hommes, ce n’est pas assez de travailler dans leur goût & d’aprés
-eux; il faudroit encore avoir leur genie. Cette Piece donc peut fort
-bien estre simple comme celles des Anciens sans estre belle: mais en ce
-cas, c’est uniquement ma faute; & cela n’empêche pas que la veritable
-grandeur ne se trouve presques toujours jointe avec la simplicité.
-
-Je ne répondray point à toutes les Critiques qui se sont d’abord élevées
-contre cette Piece. Je crois qu’on doit toûjours laisser au Public une
-liberté entiere d’en juger, & qu’un ouvrage doit se deffendre par
-luy-même. Peut-estre que ceux à qui la grande simplicité d’action qui
-regne dans cette piece, n’auroit pas entierement pleu dans la
-representation, en seront moins blessez dans la lecture; & qu’ils
-trouveront que j’y ay supplée autant qu’il m’a esté possible, par le
-soin que j’ay pris de l’expression. J’ay toûjours esté persuadé que
-c’est ce qui anime & ce qui soutient le plus un ouvrage, lorsque
-n’estant pas dans la bouche des Acteurs qui luy donnoient en quelque
-maniere la vie, il est comme mort sur le papier. Aussi avec quel soin
-les Anciens, & en particulier les Tragiques Grecs ne s’y sont-ils pas
-attachez? Il seroit trop long de parler icy de la sublimité, de la
-force, de la richesse, de l’harmonie, de la vivacité de leurs
-expressions; de ces tours si naturels en apparence, & pleins en effet
-d’un si grand art; de ces hardiesses nobles & heureuses, où ne s’éleva
-jamais un mediocre genie; de ces belles Epithetes qui rassemblant en un
-seul mot plusieurs idées, leur donnent plus de force en les offrant
-ainsi en raccourci; & qui par leurs peintures vives & nobles, font le
-charme de la Poësie qu’elles animent & qu’elles enrichissent. Je diray
-seulement pour donner quelque idée du soin que ces grands hommes ont
-pris de l’expression, qu’ils s’y sont attachez, jusqu’à n’employer
-presque que des mots consacrez à la Poësie & inconnus à la Prose; & que
-quand même on renverseroit la structure & l’arrangement de leurs vers,
-on ne laisseroit pas d’y sentir encore la Poësie la plus magnifique & la
-plus élevée.
-
-Je ne sçaurois cependant m’empêcher de répondre à une des objections
-qu’on m’a faites. On m’a accusé d’avoir pris plusieurs pensées dans
-Monsieur Corneille. Mais pour me rendre justice, on devoit avoir dit que
-Monsieur Corneille ayant pris plusieurs pensées dans Seneque, j’ay crû
-pouvoir aussi puiser dans la même source & y en prendre quelques unes.
-Voilà la verité; & je défie qu’on puisse citer un endroit de cette Piéce
-qui paroisse emprunté de Monsieur Corneille, & qui ne soit pas de
-Seneque. J’ay crû qu’il ne m’étoit pas deffendu de suivre ce Poëte
-latin, & de m’enrichir de ses beautez & de ses pensées, à l’exemple de
-Monsieur Corneille lui-même. Si ceux qui ont quelque discernement &
-quelque goût pour ces sortes de choses, se donnent la peine de comparer
-avec l’Original les endroits que la Medée de Monsieur Corneille &
-celle-cy ont de communs; ils connoistront aisement, que ce que j’ay
-traduit ou imité, n’est point une copie de copie; mais que j’ay
-travaillé d’aprés l’original.
-
-Personne n’est plus admirateur que moi du merite de Monsieur Corneille.
-Personne n’a plus de veneration & d’estime pour un si grand homme: &
-cette veneration jointe au grand nom qu’il s’est acquis si justement,
-m’auroit peut-estre empêché de traiter un sujet déja traité par luy, si
-je n’avois consideré que dans sa Medée, comme il le reconnoît luy-même,
-ce grand genie qui s’est fait admirer depuis, ne s’estoit pas encore
-entierement developpé, quoy qu’à travers les nüages qui le couvrent, il
-ne laisse pas de faire briller déja des étincelles de ce beau feu, qui
-achevant bien-tôt aprés de dissiper tout ce qui luy faisoit ombre, a
-produit le Cid, Polieucte, Cinna, & les Horaces. J’ay même traité ce
-sujet si differemment de luy, que hors le fond de la Fable qui ne
-sçauroit n’estre pas le même, & ce que nous a fourni Seneque; je ne croy
-pas que le même sujet puisse estre traitté plus diversement. Aussi
-j’espere que tous les gens desinteressez me rendront la justice de
-croire, que quand Monsieur Corneille n’auroit jamais fait sa Medée, je
-n’en aurois pas moins fait celle-cy, avec le secours d’Euripide & de
-Seneque, qui ont esté mes seuls & veritables guides.
-
-
-
-
-ACTEURS.
-
-
-MEDÉE, Fille d’Æete, Roi de la Colchide & femme de Jason.
-
-JASON, Prince de Thessalie.
-
-CREON, Roi de Corinthe.
-
-CRÉUSE, fille de Creon.
-
-Les ENFANS de Medée.
-
-RHODOPE, Confidente de Medée.
-
-IPHITE, Confident de Jason.
-
-CYDIPPE, Confidente de Créüse.
-
-SUITTE DE CREON.
-
-
-La Scene est à Corinthe, dans le Palais de Creon.
-
-
-
-
-MEDÉE,
-
-
-TRAGEDIE.
-
-
-
-
-ACTE I.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-JASON, IPHITE.
-
-
-JASON.
-
-JE sçais ce que je dois à l’amour de Medée.
-
-Cesse, Iphite, à mes yeux d’en retracer l’idée.
-
-Ce qu’elle a fait pour moi, dans le Grece, à Colchos,
-
-Ne traverse que trop ma joye & mon repos.
-
-Mais du Sort, de l’Amour, la fatale puissance
-
-Fait taire mes remords & ma reconnoissance;
-
-Et de ces deux Tyrans les violentes loix,
-
-Ne laissent ny l’amour, ny la haine à mon choix.
-
-Oüi de leur joug pressant l’invincible contrainte,
-
-Fixe enfin mes destins & mes vœux à Corinthe.
-
-En vain Medée en proye à ses transports jaloux,
-
-Se livre à la douleur, s’abandonne au courroux.
-
-Je la plains; mais, Ami, j’adore la Princesse:
-
-Du destin de Jason souveraine Maistresse,
-
-Elle asservit mon ame à son pouvoir vainqueur:
-
-L’éclat de ses beaux yeux triomphe de mon cœur;
-
-Et ce cœur embrazé d’une ardeur violente,
-
-Ne sçauroit s’affranchir du charme qui l’enchante.
-
-
-IPHITE.
-
-De ce nouvel amour la trompeuse douceur,
-
-Séduit vostre raison par son appas flatteur.
-
-Vostre ame toute entiere avidement s’y livre;
-
-Mais si fuyant, Seigneur, le plaisir qui l’enyvre,
-
-Vous vouliez repousser un dangereux poison;
-
-Si vous daigniez encor consulter la raison,
-
-Vous banniriez bien-tost Creüse de vostre ame;
-
-Et vous étoufferiez une funeste flâme.
-
-
-JASON.
-
-Non, la raison icy d’accord avec mon cœur,
-
-Authorise ma flâme & soûtient mon ardeur.
-
-Exilez, fugitifs, le trépas de Pelie
-
-Souleve contre nous toute la Thessalie.
-
-Ce Tyran, de mon thrône injuste usurpateur,
-
-De ses crimes enfin a lavé la noirceur.
-
-Tu sçais comme Medée ardente à la vengeance,
-
-Sur le flatteur appas d’une vaine esperance,
-
-De ses propres Enfans en a fait ses bourreaux.
-
-Ses Filles à l’envi le mirent par morceaux;
-
-Et leur credule Amour armant leur bras timide
-
-Commit par pieté cét affreux parricide.
-
-Son fils Acaste armant pour vanger son trépas,
-
-J’obéis au Destin, je quittay ses estats;
-
-Et Creon seul osant plaindre nostre disgrace,
-
-Lors que d’un fier Tyran la haine nous ménace,
-
-M’a receu dans son sein moi, Medée & mes Fils,
-
-D’une triste maison infortunez debris.
-
-Seul il pouvoit me tendre une main salutaire;
-
-Et le Ciel de mon sort le rend dépositaire.
-
-En vain je chercherois en de nouveaux climats,
-
-L’azyle & et le repos qu’il m’offre en ses estats.
-
-Pour moy son amour brille & son estime éclatte.
-
-Il me regarde en père; il m’applaudit, me flatte.
-
-Cependant trop instruit par mes malheurs divers,
-
-Toûjours du Sort jaloux je crains quelque revers.
-
-Mon ennemi demande & Medée, & ma tête:
-
-Irrité d’un refus à la guerre il s’appreste.
-
-Creon m’aime, il est vray; Creon est genereux.
-
-Mais on porte à regret le poids des malheureux.
-
-Quelque noble panchant qui pousse à les défendre,
-
-Iphite, on craint de voir ses estats mis en cendre,
-
-Ses peuples asservis, & son thrône ébranlé.
-
-Souvent même Creon flotte et paroist troublé.
-
-D’ailleurs trop prevenu d’une haine secrette,
-
-A Medée à regret il donne une retraitte;
-
-Et contr’elle avec peine il retient un courroux,
-
-Qui pourroit retomber jusques sur son Epoux.
-
-Je dois donc, profitant d’un rayon favorable,
-
-M’assurer en Creon un appui ferme & stable,
-
-Et l’attachant à moi par le nœud le plus fort,
-
-Prevenir & fixer l’inconstance du Sort.
-
-Pour sa Fille avec joie il voit briller ma flâme;
-
-Elle regle ses vœux & peut tout sur son ame.
-
-Creüse seule enfin peut m’assurer Creon.
-
-Hé-bien! l’Amour, Iphite, aveugle-t’il Jason?
-
-
-IPHITE.
-
-C’est ainsi que l’Amour trop fertile en excuses,
-
-Aveugle par son charme & seduit par ses ruses.
-
-Mesme en nous égarant, il feint de nous guider.
-
-De ses pieges flatteurs, songez à vous garder.
-
-Hé quoi! d’une autre amour vostre ame possedée,
-
-Trahira les bien-faits & l’espoir de Medée?
-
-Ny les droits de l’hymen, ni sa fidelle ardeur...
-
-
-JASON.
-
-Qu’un tel secours est foible & défend mal un cœur,
-
-Iphite. Ah! quand l’Amour regne avec violence,
-
-Que peut la foible voix de la Reconnoissance?
-
-Il est vray que Medée a tout ozé pour moi.
-
-Je m’accuse & rougis de ce que je lui doy.
-
-Mais transporté d’amour en voyant ce que j’aime,
-
-J’oublie & mon devoir, & Medée & moi-mesme.
-
-Je m’ennivre à longs-traits d’un aimable poison;
-
-L’amour devient alors ma supreme raison;
-
-Et d’un feu violent l’imperieuse flâme,
-
-Etouffe tout le reste & triomphe en mon ame.
-
-Je sens, je sens alors, que mon trépas certain,
-
-Les bontez de Creon, le couroux du Destin,
-
-M’arrestent moins icy que ne fait la Princesse;
-
-Qu’animé du beau feu qui m’échauffe & me presse,
-
-Je mourrois, s’il falloit m’éloigner de ses yeux;
-
-Et qu’enfin leur éclat m’enchante dans ces lieux.
-
-Ces beaux yeux plus puissans que Medée & ses charmes,
-
-Si-tost que je les vis, m’arracherent les armes.
-
-Et quel cœur soutiendroit leurs feux ébloüissans,
-
-Leur éclat dangereux, leurs regards languissans?
-
-Cette jeune pudeur sur son visage peinte,
-
-Et sur son front serein cette noble empreinte;
-
-Cette douce fierté, cette aimable langueur;
-
-Un je ne sçai quel charme innocent & flatteur;
-
-Ce souris dont l’appas reveille la tendresse,
-
-Et ce maintien auguste, & cét air de Deesse:
-
-Enfin en la voyant, ébloüi, transporté,
-
-Je crus voir, & je vis une Divinité.
-
-
-IPHITE.
-
-Mais quels sont vos projets? que pouvez vous pretendre?
-
-
-JASON.
-
-D’écouter ma tendresse, & de tout entreprendre.
-
-L’amour se flatte, Iphite, & se croit tout permis.
-
-Que n’ose point un cœur à son pouvoir soumis?
-
-Le Roi me veut pour gendre; & ma belle Princesse,
-
-Semble favoriser mes soins & ma tendresse:
-
-Il offre sa couronne & Créüse à mes vœux.
-
-M’opposerois-je au Sort qui veut me rendre heureux?
-
-Je ne puis resister à ces douces amorces:
-
-Et n’ay point oublié comme on fait les divorces.
-
-N’abandonnay-je pas Hypsipile à Lemnos,
-
-Pour chercher la Toison, & voler à Colchos?
-
-Et cependant, Ami, cette grande conqueste,
-
-Valoit-elle le prix qu’icy l’Amour m’appreste?
-
-
-IPHITE.
-
-Dieux! que fera Medée, & quel affreux couroux
-
-Ne l’enflâmera point contre un parjure Epoux?
-
-Si vous l’abandonnez, redoutez sa vengeance.
-
-Vous sçavez de son art jusqu’où-va la puissance.
-
-La Nature est soumise à ses commandemens.
-
-Elle trouble le Ciel, l’Enfer, les Elemens.
-
-Elle arreste à son gré les Astres dans leur course.
-
-Les torrens les plus fiers remontent vers leur source.
-
-La Lune sort du Ciel; les Manes des tombeaux.
-
-Elle lance la foudre & change en sang les eaux.
-
-Vous sçavez.....
-
-
-JASON.
-
-Je le sçais. Cesse de me le dire.
-
-Mais de l’Amour aussi je sçais quel est l’empire.
-
-Plus puissant que son art, plus fort que son courroux,
-
-De Medée en fureur il suspendra les coups.
-
-Elle m’aime, il suffit; & sa tendresse extrême
-
-Parlera puissamment pour un Ingrat qu’elle aime.
-
-Je sçauray la flêchir; je sauray l’appaiser.
-
-Mais à tout son couroux deussay-je m’exposer,
-
-Je n’ecoute & ne suis que l’ardeur qui me presse.
-
-
-IPHITE.
-
-De grace examinez...
-
-
-JASON.
-
-Ah! Je vois ma Princesse.
-
-Considere à loisir, contemple tant d’appas.
-
-Peut-on la voir, Iphite, & ne l’adorer pas?
-
-Rien n’est à redouter, à fuir, que sa colere.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-JASON, CRÉUSE, IPHITE, CYDIPPE.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Je croyois en ces lieux trouver le Roi mon Pere.
-
-On vient de m’assurer qu’il vous cherche, Seigneur.
-
-
-JASON.
-
-Je n’ay point veu le Roi, Madame; mais mon cœur.
-
-Par de profonds respects, par l’amour le plus tendre,
-
-Ne pourra-t-il jamais meriter & pretendre
-
-Que vous daigniez aussi me chercher quelque jour?
-
-Cét espoir n’est-il pas permis à mon amour?
-
-Jamais, vous le sçavez, ardeur si violente
-
-Ne regna dans un cœur & n’en fût triomphante.
-
-Tout le jure à vos yeux; soins, vœux, empressemens,
-
-Mes remords immolez, mes transports, mes sermens;
-
-Et mes tendres respects, & mes ardens hommages,
-
-Vous sont de cét amour d’inviolables gages.
-
-Je sens un feu si vif s’accroistre à chaque pas.
-
-Madame, à tant d’amour vous ne répondez pas?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Hé! le puis-je, Seigneur? une jeune Princesse
-
-Ne doit qu’à son Epoux déclarer sa tendresse.
-
-Il est vrai que le Roi, qui doit regler mes vœux,
-
-Estime vos vertus, applaudit à vos feux.
-
-Il m’a mesme ordonné d’écouter vostre flâme;
-
-Si j’ose aprés cela vous découvrir mon ame;
-
-J’estime ainsi que luy cét illustre Jason,
-
-Qui surmonta Neptune & conquît la Toison;
-
-De la gloire amoureux, prodigue de sa vie,
-
-L’ornement de la Grece, & l’effroi de l’Asie,
-
-Le chef de nos Guerriers, la fleur de nos Heros,
-
-Dont le nom est vanté de Corinthe à Colchos.
-
-Peut-estre un doux panchant m’entraîneroit sans peine.
-
-Mais un fatal obstacle & m’arreste & me gesne.
-
-Medée est votre Epouse, & des nœuds si puissans
-
-Mettent un frein trop juste à mes vœux innocens.
-
-Pourrois-je à ce panchant abandonner mon ame,
-
-Tandis qu’un autre hymen vous attache....
-
-
-JASON.
-
-Ah! Madame,
-
-Cessez, cessez de craindre un hymen odieux,
-
-Condamné par les Grecs, reprouvé par les Dieux.
-
-Dés demain, dés ce jour faut-il briser ses chaînes?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Mais qui m’assurera qu’insensible à ses peines,
-
-Vous puissiez soûtenir sa veuë & sa douleur,
-
-Sans lui rendre bien-tost vos vœux & vostre cœur?
-
-Je crains un long panchant; sa tendresse, ses larmes;
-
-Je redoute ses yeux, je redoute ses charmes:
-
-Son art est au dessus de tout l’effort humain,
-
-Seigneur, & de vostre ame elle sçait le chemin.
-
-Tant que vous la verrez, que vous pourrez l’entendre,
-
-Je crains tout d’un amour & si long & si tendre.
-
-Je crains....
-
-
-JASON.
-
-Ah! dissipez une indigne frayeur.
-
-Quel outrage! ainsi donc jugez-vous de mon cœur?
-
-Connoissez mieux ce cœur, Madame & ma tendresse.
-
-Rien ne peut m’enlever à ma belle Princesse:
-
-Je deffie à la fois les Mortels & les Dieux;
-
-Et tout l’art de Medée, & l’Enfer & les Cieux.
-
-Si sa presence icy vous allarme & vous blesse,
-
-Il faut vous delivrer du soupçon qui vous presse.
-
-Un veritable amour éclatte avec plaisir.
-
-Commandez seulement; je suis prest d’obéïr.
-
-Je donnerois mon sang; j’immolerois ma vie.
-
-Trop heureux que pour vous le Sort me l’eût ravie.
-
-
-CRÉUSE.
-
-J’entends le Roi, Seigneur. Il paroît à vos yeux.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-JASON, CRÉUSE, CREON, suitte.
-
-
-CREON.
-
-Je vous cherchois, Seigneur. Sçavez-vous qu’en ces lieux
-
-Un nouvel Envoyé du Roi de Thessalie,
-
-Vient demander raison du meurtre de Pelie?
-
-De mes refus Acaste offensé justement,
-
-Veut bien suspendre encor son fier ressentiment,
-
-Et jurer avec nous une étroitte alliance,
-
-Si je livre en ce jour Medée à sa vengeance,
-
-Ou qu’au moins la chassant du sein de mes estats,
-
-Je refuse un azyle à ses assassinats.
-
-Il me presse...
-
-
-JASON.
-
-Ah! Seigneur vostre cœur magnanime
-
-Pourroit-il lui livrer une triste victime?
-
-Pourroit-il....
-
-
-CREON.
-
-En faveur de vos Fils & de vous,
-
-Je ne veux point livrer Medée à son courroux,
-
-Mais est-il juste aussi, Jason, que de ses crimes,
-
-Mes sujets innocens deviennent les victimes,
-
-Et que d’une Etrangere appuyant les forfaits,
-
-De mes heureux estats je trouble ainsi la paix?
-
-Non il faut qu’elle parte, & qu’une prompte fuite
-
-Nous délivre des maux qu’elle traîne à sa suite.
-
-Je le veux. Cét exil est necessaire à tous;
-
-Pour Acaste, pour Moi, pour ma Fille, pour Vous,
-
-Pour Medée elle-mesme. Il faut purger Corinthe,
-
-De ce funeste objet qui la glace de crainte.
-
-Il faut nous épargner ses cris & sa fureur.
-
-Je hais jusqu’à sa veüe; elle me fait horreur.
-
-Des songes effrayans, des presages sinistres,
-
-Des redoutables Dieux les augustes Ministres,
-
-M’annoncent de leur part le plus affreux malheur,
-
-Si je ne l’abandonne à leur courroux vangeur.
-
-Rompez avec éclat le charme qui vous lie:
-
-Expiez un hymen qui tache vostre vie.
-
-Assez & trop long-temps ses liens mal tissus,
-
-Ternissent vostre gloire, & soüillent vos vertus.
-
-Assez & trop long-temps avec douleur la Grece,
-
-Voit gemir sous le joug de cette Enchanteresse
-
-Le plus grand des Heros qu’elle conçeût jamais.
-
-Separez vos vertus d’elle & de ses forfaits.
-
-Justifiez ainsi l’appui que je vous donne.
-
-Possedez à ce prix ma fille & ma couronne.
-
-Je veux que dés demain l’Astre brillant du jour
-
-Ait veu partir Medée en commençant son tour;
-
-Et que Corinthe ainsi n’estant plus prophanée,
-
-Il se preste avec joye à ce doux hymenée.
-
-
-JASON.
-
-Je cede à vos raisons; j’obéis. Mais Seigneur,
-
-Daignez par vos bontez adoucir son malheur:
-
-Par tout ce qui pourra rendre son sort moins rude,
-
-Consolez ses ennuis; flatez sa solitude.
-
-
-CREON.
-
-Quoiqu’elle ayt merité des maux plus rigoureux,
-
-Je consens à remplir vos desirs genereux;
-
-Et pour mieux adoucir son deplaisir extrême,
-
-Je veux à cét exil la preparer moi-même.
-
-Mais allons publier cét hymen, ce départ.
-
-Qu’au bon-heur de leurs Rois nos Sujets prennent part.
-
-Allons avec éclat annoncer à Corinthe
-
-La source de sa joye & la fin de sa crainte.
-
-Que des chants d’hymenée & d’aymables concerts,
-
-Commencent ceste Feste & remplissent les airs.
-
-Que du Dieu de l’hymen les feux sacrez s’allument;
-
-Qu’on pare les Autels & que les Temples fument.
-
-Jason trouve une Epouse enfin digne de lui.
-
-Daignent les justes Dieux m’exauçant aujourd’hui,
-
-Marquer de leurs faveurs cette grande journée,
-
-Et la rendre à jamais celebre & fortunée!
-
-
-Fin du premier Acte.
-
-
-
-
-ACTE II.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-MEDÉE, seule.
-
-OU suis-je, Malheureuse? où portay-je mes pas?
-
-Qu’ay-je veu? qu’ay-je oüi? je ne me connois pas.
-
-Furieuse je cours; & doute si je veille.
-
-Quel bruit, quels chants d’hymen ont frappé mon oreille?
-
-Corinthe retentit de cris & de concerts.
-
-Ses Autels sont parez; ses Temples sont ouverts.
-
-Tout à l’envi prepare une odieuse pompe.
-
-Tout vante ma Rivale, & l’Ingrat qui me trompe.
-
-Jason, il est donc vrai! jusques-là me trahit
-
-Jason honteusement me chasse de son lit!
-
-Il m’oste tout espoir! Epouse infortunée!
-
-Que dis-je, Epouse! helas! pour nous plus d’hymenée;
-
-L’ingrat en romp les nœuds. Dieux justes, Dieux vangeurs,
-
-De la foi conjugale augustes Protecteurs,
-
-Garants de ses sermens, témoins de ses parjures,
-
-Punissez son forfait & vengez nos injures.
-
-Toi sur tout, O Soleil, j’implore ton secours;
-
-Toi qui donnas naissance à l’Auteur de mes jours:
-
-Tu vois du haut des Cieux l’affront qu’on me destine;
-
-Et Corinthe joüit de ta clarté divine!
-
-Retourne sur tes pas & dans l’obscurité
-
-Plonge tout l’Univers privé de ta clarté.
-
-Ou plûtost, donne moi tes chevaux à conduire.
-
-En poudre dans ces lieux je sçauray tout reduire.
-
-Je tomberay sur l’Isthme avec ton char brûlant.
-
-J’abîmeray Corinthe & son peuple insolent.
-
-J’écraseray ses Rois; & ma fureur barbare
-
-Unira les deux mers que Corinthe separe.
-
-
-Mais où vont mes transports? est-ce donc dans les Cieux,
-
-Que j’espere trouver du secours & des Dieux?
-
-Deitez de Medée, affreuses Eumenides,
-
-Venez laver ma honte & me servir de guides.
-
-Armons nous. De nostre art déployons la noirceur.
-
-Que toute pitié meure & s’éteigne en mon cœur;
-
-Que de sang alteré, que de meurtres avide
-
-A l’Isthme il fasse voir ce qu’a veu la Colchide.
-
-Que dis-je! De bien loin surpassons ces forfaits.
-
-De ma tendre jeunesse ils furent les essais.
-
-J’estois & foible & simple, & de plus innocente.
-
-L’amour seul animoit ma main encor tremblante.
-
-La haine avec l’amour, le couroux, la douleur,
-
-M’embrazent à present d’une juste fureur.
-
-Que n’enfantera point cette fureur barbare?
-
-Le crime nous unît; il faut qu’il nous separe.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-HÉ bien! tu vois le prix que gardoit Jason.
-
-L’Ingrat couronne enfin sa noire trahison.
-
-Il Epouse Créüse; & la pompe s’appreste.
-
-Tout m’annonce ma mort. Mais à quand cette Feste?
-
-
-RHODOPE.
-
-Madame, cét hymen se celebre demain.
-
-
-MEDÉE.
-
-Demain! Le temps est court & et le terme prochain.
-
-Il faut en profiter.
-
-
-RHODOPE.
-
-Quel funeste hymenée!
-
-Helas! à quels malheurs estes vous condamnée.
-
-
-MEDÉE.
-
-Ah! rien n’est comparable aux horreurs de mon sort.
-
-Rhodope, qui l’eût crû? Jason jure ma mort.
-
-Au plus honteux destin son mépris me ravale.
-
-Il m’attache en Esclave au char de ma Rivale.
-
-J’ay tout ozé pour lui; pour lui j’ay tout quitté,
-
-Païs, thrône, parens, gloire, felicité.
-
-Il me coûte, l’Ingrat! jusqu’à mon innocence.
-
-Je n’ay voulu que lui. Crüelle recompense?
-
-Pour prix de cét amour qui n’a voulu que luy,
-
-Il me laisse sans rang, sans honneur, sans appui,
-
-Sous un Ciel estranger, criminelle, accablée,
-
-Proscrite, fugitive, odieuse, exilée;
-
-Et seule à la merci d’un monde d’ennemis,
-
-Que m’ont fait les forfaits que pour lui j’ay commis.
-
-
-RHODOPE.
-
-Trop indigne de vous aprés sa lache injure,
-
-Oubliez un Ingrat, dédaignez un Parjure.
-
-D’un genereux orgueüil vous armant en ce jour....
-
-
-MEDÉE.
-
-Hé! puis-je triompher de mon fatal amour?
-
-Malheureuse! tout cede à mon art redoutable.
-
-La nature se trouble à ma voix formidable
-
-Tout tremble, tout fléchit sous mon pouvoir vainqueur.
-
-Et je ne puis bannir un Ingrat de mon cœur.
-
-L’Amour brave ma force, & méprise mes charmes;
-
-Il rit de ma fureur & m’arrache des larmes.
-
-Pour un Perfide encore il trouble ma raison.
-
-J’aime; que dis-je, aimer? j’adore encor Jason.
-
-Pour lui je trahirois encor Pere & Patrie;
-
-Pour lui j’immolerois mon repos & ma vie.
-
-D’un tyrannique Amour trop barbare rigueur,
-
-Cesse pour un Ingrat de déchirer mon cœur.
-
-
-RHODOPE.
-
-En ce funeste état que vous estes à plaindre!
-
-
-MEDÉE.
-
-Il est vrai, je le suis; mais plus encore à craindre.
-
-On n’offensa jamais Medée impunement.
-
-Mais, que dit ma Rivale, & que fait son Amant?
-
-
-RHODOPE.
-
-Ah! Madame, il soupire aux pieds de la Princesse;
-
-Et n’est plus occupé que du feu qui le presse.
-
-
-MEDÉE.
-
-Ton sang va me vanger, lâche & perfide Epoux!
-
-Tu mourras... quelle horreur vient glacer mon courroux?
-
-Et depuis quand Medée est elle si timide?
-
-Son cœur n’est-il hardi que pour un parricide?
-
-Aprés tant d’innocens immolez sans remords,
-
-Je respecte un Ingrat digne de mille morts.
-
-Ah! qu’il meure. Où m’emporte une jalouze rage?
-
-Qu’il meure! ce Heros, ton amour, ton ouvrage;
-
-Le fruit de tant de soins, de perils, d’attentats,
-
-L’objet de tant de vœux.... non, il ne mourra pas.
-
-Quelque juste fureur dont je sois possedée,
-
-Qu’il vive, & s’il se peut, qu’il vive pour Medée;
-
-Ou, si de mon bon-heur le Destin est jaloux,
-
-Qu’il vive, s’il le faut, pour d’autres que pour nous.
-
-C’est Creon, qui le force à l’hymen qui m’accable;
-
-Creon merite seul mon courroux implacable,
-
-Lui, qui de son pouvoir ennivré follement,
-
-Me ravit mon Epoux, m’arrache mon Amant,
-
-Fait regner en Tyran le crime & le divorce;
-
-Et ne connoît de droits que l’injure & la force.
-
-Qu’il perisse & sa Race. Accablons son orgueüil;
-
-Mettons son insolence & sa gloire au cercueüil.
-
-
-RHODOPE.
-
-Ah! moderez, de grace, une douleur si forte.
-
-Etouffez, ou cachez l’ardeur qui vous emporte.
-
-J’entens du bruit. On vient. Domptez ce fier couroux,
-
-Madame; c’est Creon qui s’avance vers vous.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-MEDÉE, CREON, RHODOPE, suite.
-
-
-CREON.
-
-Jason avec ma fille unit sa destinée.
-
-Vous entendez déja chanter leur hymenée,
-
-Madame; à ce divorce il faut vous preparer.
-
-De Jason & de nous il faut vous separer.
-
-Leur bon-heur ne feroit qu’aigrir vostre infortune;
-
-Fuyez ces lieux; fuyez une pompe importune;
-
-Obéissez au sort, & quittant mes états,
-
-Cherchez un sûr azyle en de nouveaux climats.
-
-Acaste le demande, & Corinthe m’en presse:
-
-A ce prix entre-nous la guerre affreuse cesse.
-
-Vostre exil est le sceau d’une éternelle paix.
-
-En vain m’opposerois-je aux vœux de mes Sûjets.
-
-Leur haine contre vous chaque jour s’envenime.
-
-Malgré tout mon pouvoir vous seriez leur victime.
-
-Quel joug ne brise point un Peuple audacieux?
-
-Quel frein arresteroit ce Monstre furieux?
-
-A ses crüels transports dérobez vostre tête,
-
-Et par un prompt exil prevenez la tempeste.
-
-Le Sort, la paix, vos jours, tout semble y conspirer.
-
-J’ay voulu vous l’apprendre & vous y preparer.
-
-
-MEDÉE.
-
-Qu’à ces rares bontez j’ay de graces à rendre!
-
-Vous m’ostez mon Epoux, vous le prenez pour gendre;
-
-Vous me chassez enfin. Dites-moi seulement
-
-Quel attentat m’attire un si doux traitement?
-
-
-CREON.
-
-Quoi, Medée est surprise & demande ses crimes!
-
-
-MEDÉE.
-
-A-t’on pour m’opprimer quelques droits legitimes?
-
-Un Tyran par la force agit dans ses estats;
-
-Un Roi juste au coupable apprend ses attentats.
-
-Parlez donc; ou du moins forcez-vous à m’entendre,
-
-Si jusqu’à m’accuser vous ne daignez descendre.
-
-J’ignore quel forfait vers vous peut me noircir:
-
-Voicy les miens, Creon. Vous n’avez qu’à choisir.
-
-J’ay sauvé ces Heros que vous vantez sans cesse,
-
-Le plus pur sang des Dieux, & la fleur de la Grece.
-
-Sans moi, pour conquerir la superbe Toison,
-
-Qu’auroient pû ces Heros, & ce fameux Jason?
-
-Leur bouche a-t’elle ozé m’en dérober la gloire?
-
-S’ils vous l’ont déguisée, apprenez-en l’histoire.
-
-
-Dans une forest sombre un Dragon furieux,
-
-Conservoit du Dieu Mars le dépost précieux.
-
-Ses yeux estincelloient d’une affreuse lumiere;
-
-Jamais le doux Sommeil ne charma leur paupiere;
-
-Et veillant nuit & jour, ses terribles regards
-
-Portoient l’effroi, l’horreur, la mort de toutes parts.
-
-Farouches défenseurs de la forest sacrée,
-
-Deux Taureaux menaçans en occupoient l’entrée.
-
-Il falloit mettre au joug ces Taureaux indontez.
-
-Des fureurs de Vulcain Ministres redoutez,
-
-Ils vomissoient au loin une brûlante haleine,
-
-Et de torrens de flâme ils inondoient la plaine.
-
-Il falloit à leur aide ouvrir d’affreux sillons;
-
-Voir des dents d’un serpent naistre des bataillons;
-
-Et vaincre ces soldats enfantez par la Terre,
-
-Qui tous ne respiroient que le sang & la guerre.
-
-Parmi tant de perils, quel Dieu, sans mon secours,
-
-De vos tristes Heros eût conservé les jours?
-
-Sur le Destin jaloux j’emportay la victoire:
-
-J’empeschay leur trépas; je les couvris de gloire;
-
-Et leur sacrifiay, remords, crainte, pudeur,
-
-Mon Pere, mon Païs, ma gloire, mon bon-heur.
-
-Je n’ay voulu qu’un d’eux pour toute recompense.
-
-Vous joüissez du reste, & par mon assistance.
-
-Pour les avoir sauvez, je ne demande rien.
-
-Je vous les laisse tous. Mais laissez-moi mon bien.
-
-
-CREON.
-
-Ainsi donc, à l’oüir, Medée est innocente.
-
-On devroit consacrer sa vertu bien-faisante.
-
-La Grece....
-
-
-MEDÉE.
-
-Me doit tout & ne sçauroit jamais
-
-D’un assez digne prix couronner mes bien-faits.
-
-Toutes-fois que sert-il d’affecter un faux zele?
-
-J’ay tout fait pour Jason, & n’ay rien fait pour elle.
-
-Il me coute assez cher l’Ingrat! pour estre à moy.
-
-Si l’on veut m’exiler & me manquer de foy,
-
-De quel droit ozez-vous separer nos fortunes?
-
-Même sort nous est dú; nos causes sont communes.
-
-
-CREON.
-
-Ah! de grace avec-vous ne le confondez pas.
-
-Jason est innocent de tous vos attentats.
-
-
-MEDÉE.
-
-Non, il est criminel ce Heros magnanime.
-
-En tirer tout le fruit c’est commettre le crime.
-
-Tyrannique pouvoir qui cherche à m’offenser...
-
-
-CREON.
-
-Ma patience enfin commence à se lasser,
-
-Et pourroit...
-
-
-MEDÉE.
-
-Ah! Tyran, la mienne est déja lasse.
-
-Va, je ne veux de toi ny clemence ny grace.
-
-Ordonne mon exil, ravis moi mon Epoux:
-
-Tu le peux; mais Tyran, redoute mon courroux.
-
-Crains...
-
-
-CREON.
-
-Ah! c’est trop long-temps contraindre ma colere.
-
-Va, sors de mes Estats, sors barbare Estrangere:
-
-Abandonne Corinthe, & cours en d’autres lieux,
-
-Porter tes attentats & le courroux des Dieux.
-
-D’un monstre tel que toy délivre mon Empire,
-
-Cesse d’infecter l’air qu’en ces lieux on respire;
-
-De ton horrible aspect ne soüille plus mes yeux;
-
-Et n’empoisonne plus la lumiere des Cieux.
-
-Va semer à Colchos l’horreur & l’epouvante:
-
-Vas y hâter des Dieux la justice trop lente.
-
-Demain dés que l’Aurore allumera le jour,
-
-Precipite tes pas; fuis loin, fuis sans retour;
-
-Où contentant les Dieux las de tes injustices,
-
-Tu periras, Barbare, au milieu des supplices.
-
-Tu peux choisir. Adieu.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Tyran, n’en doute pas;
-
-Mon choix est fait. Demain je sors de tes Estats.
-
-Mais, malgré ton orgueil, je veux fuir avec gloire;
-
-Et forçant l’avenir d’en garder la memoire,
-
-Je veux lancer la foudre avant que de partir,
-
-Et voir Corinthe en cendre avant que d’en sortir.
-
-Mais Rhodope, l’Ingrat que j’aime & qui m’offense,
-
-A-t’il pû consentir...
-
-
-RHODOPE.
-
-Je le voy qui s’avance.
-
-
-MEDÉE.
-
-O Toi, qui vois mon trouble & causes ma douleur,
-
-Amour, daigne amollir l’Ingrat en ma faveur;
-
-Remets-le dans mes fers; efface son injure;
-
-Rens moi, Dieu tout puissant, le cœur de ce Parjure:
-
-Tout mon art n’y peut rien: seul tu peux le flechir.
-
-Prête un charme à mes pleurs qui puisse l’attendrir.
-
-
-
-
-SCENE V.
-
-MEDÉE, JASON, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-ENfin, c’en-est donc fait; mon Epoux m’abandonne.
-
-Il consent qu’on m’exile, ou plûtost il l’ordonne.
-
-L’exil, vous le sçavez, n’est pas nouveau pour moy.
-
-J’ay sceu pour vous, Jason, m’en imposer la loi.
-
-Sa cause est ce qui fait ma peine & ma disgrace.
-
-Je fuyois pour Jason, & c’est lui qui me chasse.
-
-N’importe; obéyssons aux lois de mon Epoux.
-
-Partons, puisqu’il le veut. Mais où m’envoyez-vous?
-
-Reverray-je Yolcos? yrai-je en Thessalie,
-
-Implorer les bontez des filles de Pelie?
-
-Iray-je sur le Phaze, où mon Pere irrité
-
-Reserve un juste prix à mon impieté?
-
-Helas! du monde entier pour Jason seul bannie,
-
-Ay-je encor quelque azyle en Europe, en Asie?
-
-Et pour vous les ouvrir me fermant tous chemins,
-
-Contre-moi n’ay-je pas armé tous les humains?
-
-Fille d’un Roi fameux qui regne sur le Phaze,
-
-Dont l’empire s’étend du Bosphore au Caucase,
-
-Dans ces riches climats, où ses heureux sûjets
-
-De l’or le plus brillant parent jusqu’aux forests,
-
-Thresors, Sceptre, Parens, j’ay tout quitté sans peine,
-
-Pour suivre d’un banni la fortune incertaine.
-
-Vous le sçavez, Jason; pour vous j’ay tout quitté.
-
-Est-ce donc-là le prix que j’avois mérité?
-
-
-JASON.
-
-Ne me reprochez point un mal-heur necessaire,
-
-Où des Dieux contre nous me reduit la colere.
-
-Je partage vos maux; je ressens vos douleurs,
-
-Sans pouvoir qu’à ce prix détourner nos malheurs.
-
-Vostre perte autrement devient inevitable.
-
-Vos perils, nos Enfans, le Destin qui m’accable,
-
-Les bontez de Créüse & les bien-faits du Roi
-
-Me font....
-
-
-MEDÉE.
-
-Ozes-tu bien en parler devant moi?
-
-Ingrat? quel vain détour! quelle odieuse excuse!
-
-Les bien-faits de Creon! les bontez de Créüse
-
-Que sont-ils prés des miens? & quel prix doit jamais
-
-Balancer dans ton cœur le prix de mes bien-faits?
-
-J’ay conservé cent fois & ta vie & ta gloire.
-
-Résouvien-t’en, Ingrat, rapelle en ta memoire
-
-Ces temps, ou vil rebut du Destin & des flots,
-
-Tu vins chercher ta perte & la mort à Colchos.
-
-En vain de la Toison tu tentois la Conqueste.
-
-Songe à tous les perils qui menaçoient ta tête.
-
-Remets devant tes yeux ce fatal champ de Mars;
-
-Sous cent formes la Mort offerte à tes regards;
-
-Ces Enfans de la Terre affamez de carnage;
-
-Ces tourbillons de feux; ces Monstres pleins de rage.
-
-Alors, Ingrat, alors; qu’eust fait Creon pour toi?
-
-En butte à tant de morts qu’aurois-tu fait sans moi?
-
-Pour toi je déployay tout l’effort de mes charmes.
-
-J’immolay les Guerriers, & par leurs propres armes.
-
-Je domptay les Taureaux; j’assoupis le Dragon;
-
-Enfin, je te livray la fatale Toison.
-
-Je fis plus; je quittay ma Patrie, & mon Pere;
-
-J’étouffay la Nature, & déchiray mon Frere;
-
-J’affrontay le naufrage & la mort pour Jason.
-
-J’immolay ton Tyran, je rajeunis Æson.
-
-Ta vie est un tissu des bien-faits de Medée.
-
-Créüse, Ingrat, peut-elle en effacer l’idée.
-
-
-JASON.
-
-Jusques dans le tombeau rempli de vos bien-faits
-
-Jason en gardera la memoire à jamais.
-
-Dans le fond de mon cœur si vos yeux pouvoient lire,
-
-Helas! vous plaindriez l’horreur qui le déchire.
-
-Mais, quand le sort conspire à vous faire perir,
-
-Que pouvois-je pour vous en ce peril?
-
-
-MEDÉE.
-
-Mourir.
-
-Pour toi n’estoi-ce pas une gloire assez ample?
-
-Je t’en aurois donné le courage & l’exemple;
-
-En me perçant le flanc pour enhardir ta main,
-
-Je t’eusse encor ouvert ce glorieux chemin.
-
-Je ne te parle plus du prix que tu me coûtes,
-
-Pour attendrir ton cœur n’est-il point d’autres routes?
-
-Oublie, oublie Ingrat, mes bien-faits en ce jour.
-
-Mais souviens-toi du moins de mon fidelle amour.
-
-Voy Medée à tes pieds gemir, verser des larmes.
-
-Au nom de nostre amour jadis si plein de charmes,
-
-Au nom de nostre hymen & de ses sacrez nœuds,
-
-Au nom des tendres fruits d’un hymen malheureux;
-
-Si tes Fils te sont chers ne trahis point leur Mere.
-
-Dans ces portraits vivans on reconnoist leur Pere.
-
-Prens pitié, non de moi, mais de ces Innocens;
-
-Et te laisse toucher à des traits si puissans.
-
-Helas! Dans les malheurs dont le sort les menace,
-
-Plus que jamais sensible à leur âge, à leur grace,
-
-Croyant te voir, de pleurs je sens baigner mes yeux;
-
-Et ton amour encor m’en est plus pretieux.
-
-Sauve-moi, sauve-les; & plains leur destinée.
-
-Suivant dans son exil leur Mere infortunée,
-
-Quels maux....
-
-
-JASON.
-
-Cessez pour eux de craindre un tel malheur.
-
-Moi, bannir mes Enfans! j’en mourrois de douleur.
-
-Ah! d’un thresor si cher mon cœur est trop avare,
-
-Pour craindre que jamais le Destin m’en separe.
-
-Rien ne peut les ravir à mes embrassemens.
-
-
-MEDÉE.
-
-Quoi tu pretens aussi m’arracher mes Enfans!
-
-Tu pretens me ravir le seul bien qui me reste:
-
-Je ne joüiray pas de la douceur funeste
-
-De voir leur innocence appaiser mes fureurs;
-
-Et de si cheres mains n’essuîront point mes pleurs.
-
-Tu m’ostes des objets que mon cœur idolâtre.
-
-Veux-tu les immoler, Crüel, à leur Marastre?
-
-
-JASON.
-
-Je veux leur faire un sort, leur assurer un rang,
-
-Qui les comble de gloire & réponde à leur sang.
-
-Prés du thrône élevez à l’ombre de leur Pere,
-
-Ils trouveront icy plus d’un Dieu tutelaire.
-
-Creon sera pour eux plus qu’il ne m’a promis;
-
-Et les confondra même avec ses petit Fils.
-
-
-MEDÉE.
-
-Perir plûtost cent fois qu’essuyer cét outrage!
-
-Lache, soüiller mon sang par un vil assemblage!
-
-Voir les fils du Soleil sous le joug abattus,
-
-Avec ceux de Sisyphe unis & confondus!
-
-
-JASON.
-
-Enfin telle est pour eux ma tendresse infinie,
-
-Que vouloir m’en priver, c’est m’arracher la vie.
-
-Je ne puis les quitter, & l’amour paternel....
-
-
-MEDÉE.
-
-Hé bien, n’en parlons plus! ôte les moi, Crüel.
-
-Mais crains mon desespoir, crains mon courroux funeste.
-
-Tu perds, me les ôtant, tout l’appui qui te reste.
-
-Leur veuë & leurs soupirs suspendoient ma fureur;
-
-Rien ne me parle plus, Perfide, en ta faveur.
-
-
-JASON.
-
-Je croiois moderer la douleur qui vous presse.
-
-Cependant je l’aigris; ma presence vous blesse.
-
-Le temps & la raison ouvrant enfin vos yeux,
-
-Vous me rendrez justice, en me connoissant mieux.
-
-
-
-
-SCENE VI.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Oui je te la rendray, Crüel; je m’y prepare.
-
-Tu m’ôtes mes Enfans; tu me ravis, Barbare,
-
-Le seul bien qui pouvoit adoucir mon malheur.
-
-Ah! je t’en puniray; j’en jure ma douleur.
-
-Tremble, Ingrat, c’en est fait. Ma haine inexorable
-
-Te va rendre jaloux de mon sort déplorable.
-
-
-Fin du second Acte.
-
-
-
-
-ACTE III.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-JASON, CRÉUSE, IPHITE
-
-
-JASON.
-
-MAdame, c’en est fait. Medée aprés ce jour,
-
-Abandonne Corinthe & quitte cette Cour.
-
-En menaces en vain elle oze se répandre.
-
-Dans un terme si court que peut-elle entreprendre?
-
-Et d’ailleurs pour ses Fils tremblante dans son cœur,
-
-Des ôtages si chers retiennent sa fureur.
-
-Je sais même observer ses pas & sa colere.
-
-Ainsi rien ne s’oppose à l’hymen que j’espere.
-
-Tout m’annonce un bon-heur infaillible & prochain,
-
-Et les Dieux, de mon sort seront jaloux demain.
-
-Que ce crüel delai me fait de violence;
-
-Et que ce jour est long à mon impatience!
-
-J’accuse sa lenteur de moment en moment.
-
-Elle irrite ma flâme & mon empressement.
-
-L’heureux Jason languit. Mais ma belle Princesse,
-
-Partagez-vous du moins ma joye & ma tendresse?
-
-Aimez-vous des transports dont vous causez l’ardeur?
-
-Sentez-vous du plaisir à faire mon bon-heur?
-
-Vous ne me dittes rien. Quelle raison secrette,
-
-Dans ces heureux momens peut vous rendre müette?
-
-Une sombre langueur que vous cachez en vain,
-
-De vostre front troublé ternit l’éclat serein.
-
-Que vois-je! à vos yeux même il échappe des larmes.
-
-D’où viennent vos frayeurs? d’où naissent vos allarmes.
-
-Ay-je pû, ma Princesse, offenser vos beaux yeux?
-
-Qu’ay-je fait? qu’ay-je dit? & vous suis-je odieux?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Moi, vous haïr, Seigneur! quelle injustice extrême!
-
-Et ma bouche & mes yeux ont avoüé que j’aime.
-
-Mon cœur suit mon devoir. Tous mes soins, tous mes vœux
-
-N’aspirent qu’à vous plaire & qu’a vous rendre heureux.
-
-Mais dans nostre bon-heur je ne sçay quelle crainte
-
-M’allarme malgré moi; tient ma joye en contrainte.
-
-N’a-t on pas veu cent fois les Dieux mêmes jaloux
-
-Traverser un bon-heur pour des Mortels trop doux.
-
-Je plains même, je plains le destin de Medée,
-
-Et ce funeste amour dont elle est possedée.
-
-Daignent les justes Dieux soulageant sa douleur,
-
-Ne pas faire sur nous retomber son malheur.
-
-Helas! si quelque jour leur fatale colere
-
-Empoisonnoit le cours d’un destin si prospere?
-
-
-JASON.
-
-Ah! calmez ces frayeurs. Les Dieux justes toûjours
-
-De vos prosperitez feront durer le cours.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Mais quand des Dieux, Seigneur, je n’aurois rien à craindre,
-
-De vous n’auray-je pas quelque jour à me plaindre?
-
-Vous me repondez d’eux; repondez-moi de vous.
-
-Helas! si vous brisiez un jour des nœuds si doux,
-
-Et si vous m’immoliez à quELque ardeur nouvelle,
-
-Que deviendrois-je, O Ciel! Dans ma douleur mortelle?
-
-
-JASON.
-
-Vous pleurez, ma Princesse, & vous pouvez penser,
-
-Que jamais vostre Amant puisse vous offenser.
-
-Quel outrage crüel vous faites à ma flâme?
-
-Lisez-vous donc si mal dans mes yeux, dans mon ame?
-
-Ah! rien ne peut jamais éteindre un feu si beau.
-
-On verra son ardeur durer jusqu’au tombeau.
-
-Que n’en puis-je exprimer toute la violence!
-
-Vos yeux ne sont-ils pas garands de ma constance?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Hypsipile & Medée, objets de vos amours,
-
-Se sont laissé surprendre à de pareils discours;
-
-Et de nouveaux objets vostre ame possedée,
-
-A laissé cependant Hypsipile & Medée.
-
-
-JASON.
-
-Leur exemple inegal vous trouble sans raison,
-
-Madame; bannissez un injuste soupçon.
-
-Hypsipile & Medée en prevenant mon ame,
-
-Avoient sçeu m’engager à répondre à leur flâme.
-
-Touché de leurs bien-faits, sensible à leur amour,
-
-Mon cœur crut leur devoir quelques soins à son tour;
-
-Et d’y répondre au moins ne pouvant me défendre,
-
-La crainte d’estre ingrat me força de me rendre.
-
-Mais dés que je vous vis, un trouble imperieux,
-
-Asservit tout mon cœur au pouvoir de vos yeux.
-
-D’une pressante ardeur l’extrême violence,
-
-Surmonta ma raison, força ma resistance;
-
-Et je sentis enfin que jusques à ce jour,
-
-Je n’avois pas connu le pouvoir de l’Amour.
-
-Un si parfait amour bravera la mort même.
-
-J’en atteste des Dieux la puissance suprême.
-
-Puissent ces Dieux vangeurs, si je trahis ma foi,
-
-Epuiser leur courroux & leurs foudres sur moi.
-
-Si votre cœur m’aimoit, il prendroit ma deffense.
-
-Un veritable amour bannit la deffiance.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Un veritable amour est-il jamais sans soins?
-
-Je ne craindrois pas tant, helas! si j’aimois moins.
-
-
-JASON.
-
-Si vous sentez mes feux, ah! sentez donc ma joye;
-
-Et que dans vos transports vostre amour se deploye.
-
-Si prez de rendre heureux vostre fidelle Amant,
-
-Prenez part, s’il se peut, à son ravissement.
-
-
-CRÉUSE.
-
-Vous le voulez; je cede & ma tristesse change.
-
-Je ressens vostre joye & pure & sans mélange.
-
-Oüi Jason, je me rens, & l’Amour est vainqueur.
-
-Il comble tous mes vœux, m’assurant vostre cœur.
-
-Adieu. Je vais au pied des Autels de sa Mere,
-
-Implorer ardamment son secours tutelaire;
-
-La presser d’augmenter nos fidelles ardeurs,
-
-Et de verser sur nous ses plus douces faveurs.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-JASON, IPHITE.
-
-
-IPHITE.
-
-Avec quel air charmant cette aimable Princesse
-
-Répond à vos transports & sent vostre tendresse?
-
-Tout flatte votre espoir; tout conspire à vos vœux.
-
-Et vous semblez toucher au sort le plus heureux.
-
-
-JASON.
-
-Que le serois heureux, je le confesse, Iphite,
-
-Si je pouvois calmer un trouble qui m’irrite;
-
-Et si goûtant en paix un si parfait bon-heur,
-
-J’étouffois à mon gré tout remord en mon cœur!
-
-Mais je puis bannir une importune idée.
-
-A mes yeux malgré moi par tout s’offre Medée.
-
-Ce souvenir crüel m’afflige & me poursuit.
-
-Jusqu’aux pieds de Créüse il me trouble & me suit.
-
-Grands Dieux! quel sort fatal, quelle loi trop severe
-
-Des plaisirs les plus grands rend la douceur amere?
-
-Quel noir poison se mêle au sort le plus charmant?
-
-Et ne sçauroit-on estre heureux impunement?
-
-Vostre bonté jalouze avec caprice enchaîne
-
-Les biens & les tourmens, les plaisirs & la peine.
-
-Au faiste du bon-heur on pousse des soupirs;
-
-Et l’amertume naist dans le sein des plaisirs.
-
-Ah c’est trop. De mon sort soyons enfin le maître.
-
-Déja je sens le calme en mon ame renaître.
-
-Déja.... je vois Medée! ô dieux! trop justes Dieux!
-
-Ne peut-on un moment se soustraire à vos yeux?
-
-Quand je crois estre heureux, soudain vostre justice
-
-Confond tous mes projets & m’offre mon supplice.
-
-Que lui dire? fuions.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-JASON, MEDÉE, IPHITE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Seigneur, où fuyez-vous?
-
-Je ne viens point brûlant d’un injuste courroux,
-
-Vous accabler sans fruit de cris & de reproches.
-
-Cessez de redouter ma veüe & et mes approches.
-
-Mes yeux s’ouvrent enfin; je connois mon erreur.
-
-L’amour & la raison ont vaincu ma fureur.
-
-Oüi je sens que mon cœur dans ses vives allarmes,
-
-Vous excuse, vous plaint, & vous preste des armes.
-
-Je vois que le Destin vous force à me bannir.
-
-Que le Ciel romp les nœuds dont il sceut nous unir;
-
-Et cedant sans murmure au revers qui m’accable,
-
-Je n’impute qu’au Sort un coup inévitable.
-
-Je viens donc reparer par un pront repentir
-
-Des fureurs où mon cœur ne pouvoit consentir.
-
-Effacer mes transports, expier mes menaces,
-
-Par vostre veuë encore adoucir mes disgraces,
-
-Et condamnant l’éclat d’un mouvement jaloux,
-
-Pour la derniere fois pleurer auprés de vous.
-
-Oubliez mes transport, oubliez ma colere.
-
-Pardonnez à l’amour un crime involontaire;
-
-Et ne vous souvenant que d’un si tendre amour
-
-Recevez mes adieux en ce funeste jour.
-
-
-JASON.
-
-C’en est trop. Ah de grace, épargnez-moi, Madame.
-
-Aimez moins un Ingrat qui trahit vostre flâme.
-
-N’offrez point à ses yeux cette tendre douleur.
-
-C’est augmenter mon trouble & déchirer mon cœur.
-
-C’est redoubler l’horreur d’un destin qui m’accable.
-
-Pour moi vostre fureur estoit moins redoutable.
-
-Reprenez vostre haine & vos transports jaloux.
-
-Ah! je crains vostre amour, plus que vostre courroux.
-
-
-MEDÉE.
-
-Ah! laissez-moi l’amour dont je suis possedée.
-
-C’est lui seul qui m’anime; & la triste Medée
-
-Ne peut, tel est son sort, cesser de vous cherir.
-
-Elle vous aimera jusqu’au dernier soupir.
-
-Vivez; regnez heureux. Mais pour grace derniere
-
-Ne me refusez pas une juste priere.
-
-Souffrez que j’ose encor vous presser en ce jour
-
-De m’accorder les fruits de nostre tendre amour.
-
-Ils suffiront, Seigneur, pour consoler leur Mere.
-
-Je croiray, les voyant, voir encor leur Pere,
-
-Et par ces doux objets mon amour affermi,
-
-Vous possedant en eux ne vous perd qu’à demi.
-
-Ce n’est pas pour long-temps que je vous les demande;
-
-Et je joüiray peu d’une faveur si grande.
-
-Vous reverrez bien-tost ces gages pretieux.
-
-Bien-tost, au lieu de vous, m’ayant fermé les yeux,
-
-Ils reviendront, Seigneur, joüir de vostre gloire,
-
-Et vous conter la fin de ma funeste histoire.
-
-
-JASON.
-
-Helas! qu’exigez-vous? pourquoy me demander
-
-Le seul bien qu’à vos vœux je ne puis accorder.
-
-Demandez moi plûtost & mon sang & ma vie,
-
-Que la Parque sans eux m’auroit bien-tost ravie.
-
-Mais ne m’enlevez pas ces fruits de nos amours.
-
-
-MEDÉE.
-
-Hé bien! joüissez-en; possedez les toûjours.
-
-Oüi, l’amour maternel se faisant violence
-
-Cede enfin à vœux, & s’impose silence.
-
-Conservez cherement un si pretieux bien.
-
-Témoins de vos grandeurs, qu’ils en soient le soutien;
-
-Joüissez de leur veuë & goûter leurs caresses.
-
-Sans jalousie entr’eux partagez vos tendresses.
-
-Faites leur un destin illustre & glorieux.
-
-Rendez les s’il se peut dignes de leurs ayeux.
-
-Enfin qu’en les voyant la tendresse de Pere
-
-Vous fasse quelque-fois souvenir de leur Mere.
-
-Et que pour adoucir les maux que je prevoi,
-
-Le bruit dans mon exil en vienne jusqu’à moi.
-
-
-JASON.
-
-Qu’avec joye à vos vœux j’accorde cette grace!
-
-Est-il rien que pour eux ma tendresse ne fasse;
-
-Les grandeurs, les plaisirs vont les environner;
-
-Et je ne me fais Roi, que pour les couronner.
-
-
-MEDÉE.
-
-Seigneur, je pars contente aprés cette assurance.
-
-Mais de Creon tantost j’ay bravé la clemence.
-
-Je tremble avec raison que ses ressentimens
-
-Ne punissent mes Fils de mes emportemens;
-
-Et que pour m’accabler, sa trop juste colere
-
-Ne se vange sur eux du crime de leur Mere.
-
-A Créüse bien-tost je vais les envoyer.
-
-Pour eux, au nom des Dieux, allez vous employer.
-
-Adoucissez Creon, attendrissez Créüse.
-
-L’amour a fait mon crime, il fera mon excuse:
-
-C’est lui, c’est la douleur, qui m’a fait égarer;
-
-Et par un prompt exil je vais tout reparer.
-
-
-JASON.
-
-Que vous connoissez mal Creon & sa clemence!
-
-Un si prompt repentir désarmant sa vengeance,
-
-Sensible à vos malheurs, ses soins & ses bienfaits
-
-Adouciront vos maux, combleront mes souhaits.
-
-Je vais remplir vos vœux & calmer sa colere.
-
-
-MEDÉE.
-
-Peignez luy bien, Seigneur, mon repentir sincere.
-
-Je veux dés ce soir même abandonner ces lieux.
-
-Pour la derniere fois recevez mes adieux.
-
-
-JASON.
-
-Puisse le juste Ciel à mes vœux favorable
-
-Vous accorder, Madame, un repos desirable.
-
-Jason à son destin cedant avec regret,
-
-Nourrissant loin de vous un deplaisir secret,
-
-Gardera cherement dans le fond de son ame,
-
-Le tendre souvenlr d’une si belle flâme.
-
-L’absence ny le temps n’effaceront jamais
-
-De son cœur affligé le prix de vos bien-faits.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-VA, quand tu le voudrois, il y va de ma gloire;
-
-Je t’empescheray bien d’en perdre la memoire.
-
-Je sçais quand il me plaist, dans l’ame des ingrats
-
-Graver des souvenirs qui ne s’effacent pas.
-
-Que j’ay souffert, Rhodope, à cacher ma colere?
-
-Quelle horrible contrainte il a fallu me faire?
-
-Ma rage en est accrüe; & ce torrent fougueux
-
-Va plus rapidement se deborder contr’eux.
-
-Il ne me reste plus que d’évoquer Hecate,
-
-Et tous ces Dieux crüels dont la fureur me flate.
-
-Mes plus mortels poisons, mes charmes sont tous prests.
-
-Hâtons nous de lancer nos redoutables traits.
-
-
-Rhodope tu connois cette robe éclattante
-
-De rubis lumineuse & d’or étincellante;
-
-Parure inestimable, ornement pretieux
-
-Où l’art & la richesse ébloüissent les yeux.
-
-Le Soleil mon Ayeul, favorisant mon Pere,
-
-Pour present nuptial en fit don à ma Mere;
-
-Et semble avoir mêlé pour enrichir ses dons
-
-Le feu de la lumiere à l’or de ses rayons.
-
-C’est de tous le thresors, où je pouvois pretendre,
-
-L’unique qu’en fuyant Medée ait daigné prendre.
-
-Tu sçais qu’en arrivant en ces funestes lieux,
-
-De Créüse ébloüie elle enchanta les yeux.
-
-Admirant son éclat & vantant sa richesse,
-
-Elle a tout employé, prieres, dons, promesse,
-
-Pour pouvoir posseder ce superbe ornement.
-
-Il faut qu’à ma vengeance il serve d’instrument.
-
-Je vais l’empoisonner, & par mon art funeste
-
-Mêler un pront venin à son éclat celeste;
-
-Mille sucs empestez, milles charmes divers;
-
-Et la Rage, & la Mort, & l’horreur des Enfers.
-
-Je veux que mes Enfans, pour cacher ma vengeance,
-
-Et feignant d’implorer ses soins & sa clemence,
-
-Ministres non suspects de mon courroux affreux,
-
-Portent à leur Marâtre un don si dangereux.
-
-Mais allons engager mes Dieux dans ma querelle.
-
-J’entens déja leur voix qui m’anime & m’appelle.
-
-Terribles Dieux du Stix, je marche sur vos pas.
-
-Dans ce pressant besoin ne m’abandonnez pas.
-
-
-Fin du troisiéme Acte.
-
-
-
-
-ACTE IV.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-IL est temps d’achever le charme & ma vengeance.
-
-Hecate, vien pour mou signaler ta puissance.
-
-Hecate, triple Hecate, exauce enfin mes vœux.
-
-Vien; je vais consommer mes mysteres affreux.
-
-J’ay mis mon art en œuvre; et ma robe empestée
-
-A bû les sucs mortels dont elle est infectée.
-
-Aux poisons j’ay mêlé mes charmes les plus forts.
-
-Mais que pourroient sans toi mes impuissans efforts?
-
-Grande Divinité, tu rens mon art terrible.
-
-Irrite les poisons & la flâme invisible,
-
-Que j’ay sceu confier à ce don pretieux.
-
-Sur tout cache la bien aux regards curieux;
-
-Et qu’au gré de mes yeux impuissante ou fatale,
-
-Elle devore seuls Creon & ma Rivale.
-
-Qu’elle épargne tout autre & ne consume qu’eux.
-
-Hecate entens ma voix, & viens remplir mes vœux.
-
-Elle vient. Je la sens qui m’échauffe & m’entraîne.
-
-Tout mon cœur en fremit & je respire à peine.
-
-Une soudaine horreur fait dresser mes cheveux.
-
-Mes yeux percent la nuit du sejour tenebreux.
-
-Je vis me faire oüir dans l’Empire des Manes.
-
-Je vais les évoquer. Loin d’icy, loin Prophanes.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-MEDÉE, seule.
-
-
-MInistres rigoureux de mon courroux fatal,
-
-Redoutables Tyrans de l’Empire infernal,
-
-Dieux, ô terribles Dieux du trepas & des Ombres,
-
-Et vous, Peuple crüel de ces royaumes sombres,
-
-Noirs Enfans de la Nuit, Manes infortunez,
-
-Criminels sans relâche à souffrir condamnez,
-
-Barbare Tisiphone, implacable Megere,
-
-Nuit, Discorde, Fureur, Parques, Monstres, Cerbere,
-
-Reconnoissez ma voix & servez mon courroux.
-
-Dieux crüels, Dieux vangeurs, je vous évoque tous.
-
-Venez semer icy l’horreur & les allarmes.
-
-Venez remplir ces lieux & de sang & de larmes.
-
-Rassemblez, déchaînez tous vos tourmens divers;
-
-Et, s’il se peut, icy transportez les Enfers.
-
-
-On m’éxauce. Le Ciel se couvre de tenebres.
-
-L’air au loin retentit de hurlemens funebres.
-
-Tout répand dans mon ame une affreuse terreur.
-
-Ce Palais va tomber. La terre mugit, s’ouvre;
-
-Son sein vomit des feux & l’Enfer se découvre.
-
-Quel est ce Criminel qui cherche à se cacher?
-
-Je reconnois Sisyphe à ce fatal rocher.
-
-Témoin des maux crüels qu’on prepare à sa race,
-
-Il se cache de honte & pleure sa disgrace.
-
-Son desespoir commence à soulager le mien.
-
-Le crime de ta race est plus noir que le tien,
-
-Audacieux Sisyphe, & le Roi du Tartare
-
-Ne sçauroit vous trouver de peine assez barbare.
-
-
-Mais quels Fantômes vains sortent de toutes parts?
-
-Que de Spectres affreux s’offrent à mes regards?
-
-Quelle Ombre vient à moi. Que vois-je? c’est mon Pere!
-
-Quel coup a pû si-tost lui ravir la lumiere?
-
-Chere Ombre, apprens le moi. Ma fuitte & ma fureur
-
-Helas! t’ont fait sans doute expirer de douleur.
-
-Tens moi les bras du moins. Mais quelle Ombre sanglante
-
-Se jette entre nous deux terrible & menaçante?
-
-De blessures, de sang, couvert, defiguré,
-
-Ce Spectre furieux paroît tout déchiré.
-
-C’est mon Frere. Oüi c’est lui; je le connois à peine.
-
-Ah! pardonne, chere Ombre, à ma rage inhumaine,
-
-Pardonne. L’Amour seul a causé ma fureur.
-
-Il fût ton assassin; il sera ton vangeur;
-
-Et sçaura t’immoler de si grandes victimes
-
-Qu’il obtiendra de toi le pardon de ses crimes.
-
-Le sang... tout disparoît; tout fuit devant mes yeux.
-
-Tisiphone avec moi reste seule en ces lieux.
-
-Noire Fille du Stix, Furie impitoyable,
-
-Ah! cesse d’attiser mon courroux effroyable;
-
-Calme de tes serpents les affreux sifflemens.
-
-Tu ne peux adjoûter à mes ressentimens.
-
-Ne songe qu’à servir une fureur si grande.
-
-Hecate le desire, & je te le commande.
-
-Nuit, Stix, Hecate, Enfers, terribles Deitez,
-
-J’ordonne. Obeyssez sourdes Divinitez.
-
-Le charme a réüssi. Poursuivons ma vengeance.
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Viens, Rhodope; mon art ne craint plus ta presence.
-
-Le charme est consommé. C’en est fait & jamais
-
-Un espoir plus certain ne flatta mes souhaits.
-
-Apporte prontement ma Robbe pretieuse.
-
-Pour mes ennemis seuls elle est contagieuse.
-
-Ne crains pas de toucher ce don pernitieux.
-
-Puis cherche mes Enfans; conduis les en ces lieux.
-
-Je veux les preparer à servir ma vengeance
-
-Et feignant d’obéïr au Tyran qui m’offence
-
-Leur cacher mes desseins, afin qu’ils trompent mieux
-
-De leurs maux & des miens les Auteurs odieux.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-MEDÉE, seule.
-
-ENfin de mes Tyrans je vais punir les crimes.
-
-Il ne me reste plus qu’à parer mes victimes.
-
-Le sacrifice est prest. L’heure approche; & mon cœur
-
-Triomphe & s’applaudit déja de son bon-heur.
-
-Cours chercher mes Enfans. O superbe parure,
-
-(Rhodope apporte la Robbe de Medée & sort pour amener les enfans.)
-
-Present qui va servir à vanger mon injure,
-
-Cache bien les tresors que mon art t’a commis.
-
-Mes plus chers interests à toi seul son remis.
-
-Que j’ayme en ce moment l’éclat qui t’environne.
-
-Ah! seul tu me tiens lieu d’Empire & de couronne.
-
-
-
-
-SCENE V.
-
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE
-
-
-MEDÉE.
-
-Approchez, approchez, jeunes Infortunez,
-
-Qu’aux maux presqu’en naissant le Ciel a condamnez.
-
-On va nous separer par une loi severe.
-
-C’en est fait, mes Enfans; vous n’avez plus de Mere.
-
-Je ne joüiray plus de vos transports charmans.
-
-Le Sort crüel m’arrache à vos embrassemens.
-
-Vostre veuë est un bien que sa rigueur m’envie.
-
-Vous n’adoucirez point les malheurs de ma vie;
-
-Et mes yeux, loin de vous, aux pleurs accoûtumez,
-
-Par vos mains en mourant ne seront point fermez.
-
-Il vous est interdit d’accompagner ma fuitte.
-
-Sous un joug estranger le Ciel vous precipite;
-
-Et vous asservissant à de crüelles loix,
-
-Il vous donne des fers dont je sens tout le poids.
-
-Soumettons nous, mes Fils; cedons à la Fortune.
-
-Quittez cette fierté prés des Rois importune.
-
-Votre sort a changé; changez aussi de vœux:
-
-L’abbaissement, mes Fils convient aux malheureux.
-
-Oubliez vostre sang; oubliez vos Ancestres:
-
-Esclaves, apprenez à menager vos Maistres;
-
-Et leur immolant tout, ainsi qu’à vos vrais Dieux,
-
-Essayez à trouver grace devant leurs yeux.
-
-Portez, pour commencer, ma robbe à la Princesse.
-
-Offrez la de ma part; peignez lui ma tristesse;
-
-Qu’un juste repentir surmonte ma fureur;
-
-Que j’implore pour vous ses bontez, sa faveur.
-
-Allez; de vos destins à present Souveraine,
-
-Mes Fils, c’est vostre Mere, & de plus vostre Reine.
-
-Sans rougir, à ses pieds d’abord prosternez vous.
-
-Baisez avec respect sa robbe & ses genoux;
-
-Et par vos soins flatteurs, par vos tendres caresses,
-
-Appuiez vivement la foi de mes promesses.
-
-Qui vous peut retenir? Mes Fils, vous soupirez;
-
-Et vous n’osez lever vos yeux mal assurez.
-
-Je le vois. Vostre sang repugne à ces foiblesses.
-
-Les neveux du Soleil ont horreur des bassesses.
-
-Mais c’est l’arrest du Sort. Vous pouvez sans rougir,
-
-Imiter mon exemple, à mes loix obéïr.
-
-(à Rhodope.)
-
-Tu pourras au besoin leur servir d’interprete,
-
-(à Rhodope.)
-
-Rhodope, conduis-les; fais ce que je souhaitte;
-
-Et reviens avec eux m’informer prontement
-
-Comme on aura receu ce fatal vestement.
-
-
-
-
-SCENE VI.
-
-MEDÉE, seule.
-
-Tout succede à mes vœux & mon dessein s’avance.
-
-Ne m’abandonnez pas, remplissez ma vengeance,
-
-Dieux, redoutables Dieux, qu’avec ardeur je sers,
-
-Qui venez de moüir du plus creux des Enfers.
-
-Dans le piege fatal faittes tomber ma proye.
-
-Aveuglez mes Tyrans ennivrez de leur joye.
-
-Que Medée asservie à tant d’abaissement,
-
-N’ayt pas esté reduitte à feindre impunement.
-
-Montrez qu’on vous offense au moment qu’on m’outrage.
-
-Déja je crois vous voir remplir toute ma rage.
-
-Déja je vois tomber & Créüse & Creon.
-
-Mais comment nous vanger du perfide Jason?
-
-Comment punir assez son crime detestable?
-
-De tous mes Ennemis il est le plus coupable.
-
-Enfantons quelque monstre; inventons quelque horreur,
-
-Qui de tous mes forfaits surpasse la noirceur.
-
-Dieux! que m’inspirez-vous? quelle barbare image,
-
-Quel horrible attentat offrez-vous à ma rage?
-
-Moi-même je fremis à cét objet affreux.
-
-Ce crime m’épouvante & surpasse mes vœux.
-
-
-
-
-SCENE VII.
-
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE.
-
-
-RHODOPE
-
-Vostre present, Madame, a charmé la Princesse.
-
-Ne pouvant se lasser d’en vanter la richesse,
-
-Dés ce soir sans soupçon elle veut s’en parer.
-
-Creon même, Creon s’empresse à l’admirer.
-
-Jason & vos presents les assurent, Madame,
-
-Que la raison éteint la colere de vostre ame;
-
-Que pour vous, pour vos Fils, vous faisant un effort,
-
-Vous cedez par devoir à la rigueur du Sort.
-
-Enfin tous deux comblant vos Enfans de caresses,
-
-Ont temoigné pour eux les dernieres tendresses.
-
-Que vois-je! vous pleurez. Si prés de vous vanger,
-
-Quel trouble vous saisit & vient vous affliger?
-
-
-MEDÉE.
-
-Helas!
-
-
-RHODOPE.
-
-Vous gemissez; d’où naissent ces allarmes?
-
-Attachant sur vos Fils vos yeux baignez de larmes,
-
-Vous fremissez, Madame, & changeant de couleur
-
-Vous détournez soudain la veuë avec horreur.
-
-
-MEDÉE.
-
-Quelque vive douceur qu’ayt pour moi la vengeance,
-
-Un trouble violent en secret la balance.
-
-Je pleure avec raison ces Enfans malheureux.
-
-Quel crime les condamne, & qu’ont-ils fait aux Dieux?
-
-Dans un âge si tendre ils vont perdre leur Mere;
-
-Et les Infortunez n’ont déja plus de Pere.
-
-Esclaves, Estrangers, sans appui, sans secours,
-
-Quelle suitte de maux va marquer tous leurs jours.
-
-C’est en vain que je vais leur ravir leur Marâtre,
-
-De quelque objet nouveau mon Perfide idolatre,
-
-Les remettra bien-tost sous un joug odieux,
-
-Et les accablera d’un poids injurieux.
-
-Quel Astre empoisonnant votre triste naissance,
-
-Mes Fils, versa sur vous sa crüelle influence?
-
-Languissans sous le joug, gemissans dans les fers,
-
-Le Destin vous condamne à cent malheurs divers.
-
-Vous vous consumerez dans un vil esclavage,
-
-Essuyant chaque jour quelque nouvel outrage.
-
-Quel sort... Ah cette idée irrite ma douleur,
-
-Et l’amour maternel, redouble ma fureur!
-
-Pour les Fils du Soleil quel indigne partage!
-
-Quel coup... mon amour meurt & se transforme en rage;
-
-C’en est fait. Innocens, vous me tendez les bras.
-
-Ces regards caressans, ce souris plein d’appas,
-
-Reveillant la nature, augmentant ma foiblesse,
-
-Jusqu’au fond de mon cœur vont chercher la tendresse.
-
-Helas! en souriant, vous repandez des pleurs.
-
-Infortunez! déjà sentez vous vos malheurs!
-
-Que voulez-vous de moi par ces douces caresses?
-
-Il nous faut renoncer à toutes ces tendresses.
-
-De votre trïste Mere il faut vous détacher;
-
-A de si doux plaisirs il faut nous arracher.
-
-En vain j’avois sur vous fondé mon esperance.
-
-En vain je me flattois d’élever votre Enfance.
-
-Il nous est interdit de nous voir desormais;
-
-O mes Fils! il nous faut separer pour jamais.
-
-
-RHODOPE.
-
-Epuisez vos transports, Madame. La Princesse
-
-Pour un temps assez court s’en prive & vous les laisse.
-
-Elle leur a prescrit de venir en ces lieux,
-
-Recevoir prontement vos pleurs & vos adieux.
-
-
-MEDÉE.
-
-L’Orgueilleuse déjà leur commande, & m’outrage!
-
-O ma lente douleur! ô mon foible courage!
-
-A quels affronts crüels, à quel sort odieux
-
-Livres tu lâchement le plus beau sang des Dieux!
-
-Ma fureur se reveille, & l’amour la ranime.
-
-Ozons les affranchir du joug qui les opprime.
-
-Couronnons ma vengeance & bornons leur malheur.
-
-Que dis-tu Miserable, & que veut ta fureur?
-
-Non, pour finir leurs maux, il n’est plus d’autre voye.
-
-Un moment de douleur va me combler de joye.
-
-Frappons.... Frappons...
-
-
-UN DES ENFANS.
-
-Ah! Dieux. Ma Mere! qu’avez-vous?
-
-
-L’AUTRE ENFANT.
-
-Pourquoi nous menacer, & d’où vient ce courroux?
-
-Je tremble.
-
-
-MEDÉE.
-
-Je fremis. Leurs regards & leurs larmes
-
-Me troublent, & des mains me font tomber les armes.
-
-O mon sang! ô mes Fils, si chers à mes desirs!
-
-Objets de ma tendresse & de mes deplaisirs,
-
-Infortunez auteurs de ma douleur amere,
-
-Approchez mes Enfans; embrassez votre Mere.
-
-Empressez-vous encor d’obéïr à mes loix;
-
-Et baisez moi du moins pour la derniere fois.
-
-
-Rhodope, conduis les dans la chambre prochaine.
-
-Leur veüe accroît mon trouble & redouble ma peine.
-
-Qu’ils me coûtent de pleurs! qu’ils me sont chers! helas!
-
-Mon lâche amour, mes pleurs ne les soulagent pas.
-
-
-
-
-SCENE VIII.
-
-MEDÉE, seule.
-
-TU les aimes, Cruelle, & tu les laisses vivre!
-
-Aux malheurs les plus grands ta foiblesse les livre;
-
-Et ta pitié barbare en respectant leurs jours,
-
-Du plus affreux destin leur prepare le cours.
-
-Ah! lâche! suis tu donc un foible amour pour guide?
-
-Sauve les; tu fais bien. Leur Pere moins timide
-
-Pour vanger tes Tyrans leur percera le flanc.
-
-Quoi! leur Pere à Créüse immoleroit mon sang!
-
-Non, mes Enfans jamais ne seront sa victime:
-
-Ils mourront de ma main. Tout me force à ce crime.
-
-Qu’ils meurent ces Enfans d’un infidelle Epoux:
-
-Adoptez par Créüse, ils ne sont plus à nous.
-
-Ah! s’ils sont innocens, aussi l’estoit mon Frere!
-
-J’immolerois mes Fils! ô trop barbare Mere!
-
-Ah! plûtost.... l’heure approche; un exil rigoureux,
-
-Un divorce crüel va me separer d’eux.
-
-Ils n’adouciront point ma fuitte et mes allarmes.
-
-S’attachant à leur Mere, & tout baignez de larmes,
-
-De mes bras, de mon sein, on va les détacher:
-
-A l’amour maternel on va les arracher.
-
-Non, ne l’endurons pas. Qu’ils meurent pour leur Pere;
-
-Qu’ils meurent. Aussi-bien ils sont morts pour leur Mere.
-
-O Jason! ô mes Fils! Amour, Haine, Fureur,
-
-Cessez par vos combats de déchirer mon cœur!
-
-Pour le percer ce cœur, trop de rigueur s’assemble.
-
-Le Temps fuit; le mal presse. Accordez-vous ensemble.
-
-
-Fin du quatriéme Acte
-
-
-
-
-ACTE V.
-
-
-SCENE PREMIERE.
-
-
-MEDÉE, RHODOPE.
-
-
-RHODOPE.
-
-AH! Madame, fuyez un Peuple furieux.
-
-Fuyez, sans differer, de ces funestes lieux.
-
-Tandis qu’avec le trouble y regne l’épouvante.
-
-Votre present fatal a passé vostre attente;
-
-Et vos fiers Ennemis mourans, desesperez,
-
-Succombent au poison dont ils sont devorez.
-
-A peine, à peine encor vostre aveugle Rivale
-
-Portoit avec plaisir cette Robbe fatale,
-
-Qu’un feu sombre et crüel, une invisible ardeur
-
-Embraze tout son corps, & consume son cœur.
-
-Un funeste poison courant de veine en veine,
-
-Allume dans son sang une flâme inhumaine,
-
-Qui penetre avec force & s’attache à ses os.
-
-C’est en vain qu’on s’empresse à soulager ses maux.
-
-La Robbe devorante à son corps attachée,
-
-Y nourrit le venin de la flame cachée;
-
-Et du charme crüel l’impitoyble ardeur
-
-Triomphe sans obstacle & regne avec fureur.
-
-Qui veut la secourir, de sa perte complice,
-
-Loin de la soulager, redouble son supplice.
-
-On ne peut de ce feu calmer l’embrazement.
-
-On ne peut arracher le fatal vêtement.
-
-Creon saisi d’horreur à l’arracher s’empresse.
-
-Mais du charme aussi-tost la flâme vangeresse,
-
-Dans son sein embrazé porte les mêmes feux:
-
-Il se sent consumer d’un poison rigoureux.
-
-Chacun s’occupe encor du peril qui les presse.
-
-Servez-vous des momens que ce trouble vous laisse.
-
-Profittez de l’horreur qui regne dans ces lieux,
-
-Et fuyez pour jamais leur aspect odieux.
-
-
-MEDÉE.
-
-Que je fuye! ah! Rhodope, au comble de la gloire,
-
-Quand sur mes Ennemis j’emporte la victoire.
-
-Que je fuye! ah! le Sort m’eût-il reduitte à fuir,
-
-D’un spectacle si beau je reviendrois joüir;
-
-Je viendrois assister à ce grand Hymenée.
-
-Laisse moi contempler sa pompe fortunée;
-
-Et d’un objet si doux, d’un coup si glorieux,
-
-Repaistre avidement mes regards curieux.
-
-Mes odieux Tyrans deviennent mes victimes!
-
-Ah! je cueille en ce jour le fruit de tous mes crimes.
-
-Mon courroux triomphant ne peut trop s’applaudir;
-
-Et mon nom desormais ne sçauroit plus perir.
-
-Ce n’est pas tout. Rentrons; & perdant l’Innocence,
-
-Couronnons ce grand jour & comblons ma vengeance.
-
-
-
-
-SCENE II.
-
-JASON, en entrant.
-
-En vain, pour la trouver, je cours de toutes parts.
-
-Ah! sans doute son art la cache à mes regards.
-
-Elle croit éviter le courroux qui m’enflâme.
-
-Mais qui l’en peut sauver?
-
-
-
-
-SCENE III.
-
-JASON, CRÉUSE, CYDIPPE
-
-
-CRÉUSE.
-
-Ah! Seigneur:
-
-
-JASON.
-
-Ah! Madame.
-
-Quel est mon desespoir! Où portez vous vos pas?
-
-
-CRÉUSE.
-
-Ah! Seigneur, le Roi vient de mourir dans mes bras.
-
-Ce dernier coup manquoit au tourment qui m’accable.
-
-Joüet infortuné du Sort impitoyable,
-
-Preste enfin d’assouvir son rigoureux courroux,
-
-Je viens du moins, je viens mourir auprés de vous:
-
-Vous fermerez mes yeux.
-
-
-JASON.
-
-Dieux! qu’entens-je? ah! Madame,
-
-On peut esteindre encore une crüelle flâme.
-
-Les Dieux, les justes Dieux pour vous s’interessans,
-
-Prendront soin par pitié de vos jours innocens;
-
-Et vous verrez Medée à vos pieds expirante,
-
-Y servir de victime à ma fureur sanglante.
-
-J’en atteste ces Dieux. J’en jure mon amour.
-
-
-CRÉUSE.
-
-En vain vous pretendez me rappeller au jour.
-
-Medée à se vanger est trop ingenieuse.
-
-Mon sang doit assouvir sa rage furieuse;
-
-Et vos soins, votre amour, loin de me secourir,
-
-Irritent le poison dont je me sens mourir.
-
-Envieux du plaisir que m’offre vostre veüe,
-
-Son art haste l’effet du charme qui me tuë;
-
-Et l’Amour seul, plus fort que ses Enchantemens,
-
-M’anime & me soutient encor quelques momens.
-
-Ecoutez-moi, Seigneur. Mes maux ny ma foiblesse
-
-Ne sçauroient rallentir l’ardeur de ma tendresse.
-
-La Mort même ne peut éteindre un feu si beau.
-
-Je l’emporte avec moi dans l’horreur du tombeau;
-
-Mon amour y vivra. La Fortune jalouze
-
-N’a pû souffrir, Jason, de me voir vostre Epouse.
-
-Mais la Crüelle au moins me laisse la douceur,
-
-De mourir prés de vous, possedant vostre cœur.
-
-Je goûte en mes tourments cette douceur secrette.
-
-La vie & les grandeurs n’ont rien que je regrette.
-
-Unique & tendre objet de mes vœux les plus doux,
-
-Je ne plains en mourant, ne regrette que vous.
-
-Trop heureuse en effet si comblant mon attente
-
-Les Dieux... ah! quel tourment! quelle ardeur devorante!
-
-Mon supplice s’accroît; je me sens déchirer:
-
-Je brûle. Adieu, Jason; il faut nous separer.
-
-
-JASON.
-
-Nous separer! ô Dieux! ah! rigueur qui me tuë.
-
-Nous separer! quel coup pour mon ame éperduë!
-
-Ah! je souffre à la fois mille horribles tourmens!
-
-Quoi tous les Dieux sont sourds à mes gemissemens!
-
-Je vous perds pour jamais; en vain je les implore.
-
-Et j’ay seul allumé ce feu qui vous devore!
-
-Non je ne verrai point un si crüel malheur;
-
-Et par un pront trépas j’en previendray l’horreur.
-
-
-CRÉUSE.
-
-A trop de desespoir vostre ame s’abandonne.
-
-Vivez, Jason, vivez. C’est moi qui vous l’ordonne.
-
-Ne me refusez pas dans mon sort rigoureux
-
-L’unique & dernier bien qui flatte encor mes vœux.
-
-Gardez le souvenir d’une triste Princesse.
-
-Conservez lui, Jason, toute vostre tendresse.
-
-Elle meurt vostre Epouse. A la face des Dieux
-
-Recevez donc ma main & mes derniers adieux.
-
-Que ne puis-je employer ces vains restes de vie,
-
-A vous prouver l’amour dont mon ame est remplie?
-
-Helas! on n’a jamais aimé si tendrement;
-
-Et jamais je n’aimay plus que dans ce moment.
-
-J’en atteste les Dieux. Mes forces s’affoiblissent:
-
-Ma voix, mon sang se glace; & mes yeux s’obscurcissent.
-
-Malgré le Sort crüel, qui va nous désunir,
-
-Mon cœur vous aime encore à son dernier soupir.
-
-
-CYDIPPE.
-
-Elle expire, Seigneur.
-
-
-JASON.
-
-Destin impitoyable!
-
-Elle est morte; & je vis! ô tourment effroyable!
-
-Ah! mon bras au deffaut de ma lente douleur
-
-De ce supplice affreux doit m’épargner l’horreur.
-
-Meurs, lâche; meurs enfin. Mais ma douleur m’abuse.
-
-Je dois un sacrifice aux Manes de Créüse.
-
-Pour appaiser son Ombre & ses ressentimens,
-
-Je veux livrer Medée au plus crüels tourmens;
-
-De mon ame aussi-tost sur le rivage sombre
-
-De ce sang assouvie ira trouver son ombre.
-
-La soif de te vanger seule arreste mon bras.
-
-Belle Ombre, attens; j’y cours & vais suivre tes pas.
-
-Medée en vain me fuit; en vain son art la cache.
-
-A ma juste fureur il n’est rien qui l’arrache.
-
-Je suivray la Barbare au bout de l’Univers.
-
-Et je la trouveray même au fond des Enfers.
-
-Mon amour furieux me servira de guide.
-
-
-
-
-SCENE IV.
-
-JASON, MEDÉE.
-
-
-MEDÉE.
-
-Tu n’iras pas si loin pour me trouver, Perfide.
-
-C’est Medée. Oüi, c’est elle.
-
-
-JASON.
-
-Ah! crains mon desespoir
-
-Barbare...
-
-
-MEDÉE, le frappant de sa Baguette.
-
-Arreste, Ingrat; & connois mon pouvoir.
-
-
-JASON.
-
-Quel prodige estonnant! Dieux! ma fureur est vaine!
-
-Je me sens retenu par une estroitte chaîne.
-
-Je demeure immobile, & malgré mes efforts
-
-Le pouvoir de son art s’oppose à mes transports.
-
-
-MEDÉE.
-
-Juge, si c’est à moi de craindre ta vengeance.
-
-Un sort comme le mien n’est pas en ta puissance;
-
-Magnanime Heros, ne songe plus à moi;
-
-Trop indigne aussi-bien d’un Epoux tel que toi.
-
-Laisse une Infortunée, oublie une Estrangere,
-
-Sans appui, sans couronne, errante & solitaire.
-
-Un hymen plein d’appas, un thrône glorieux
-
-T’attendent en ce jour dans ces superbes lieux.
-
-Est-il temps de rester auprés d’une Jalouse!
-
-Va soupirer aux pieds de ta nouvelle Epouse.
-
-Vante lui ton ardeur, assure lui ta foi:
-
-Tu luy voles le temps que tu perds avec moi.
-
-Dois-tu pas à son sort unir ta destinée?
-
-Haste-toi de conclurre un si doux hymenée,
-
-Le Sacrifice est prest, & le Temple est orné;
-
-On n’attend plus que toi. Cours, Epoux fortuné.
-
-
-JASON.
-
-Quoi! La Barbare encore & m’insulte & m’outrage!
-
-Faut-il que par son art elle brave ma rage?
-
-Je ne puis l’immoler à ma juste fureur!
-
-Son sang appaiseroit Créüse & ma douleur!
-
-
-MEDÉE.
-
-Oüi, Jason, à Créüse il faut quelque victime;
-
-Et mon sang répandu doit effacer mon crime.
-
-Sois content. J’ay versé le plus pur de ce sang.
-
-
-JASON.
-
-Comment?
-
-
-MEDÉE.
-
-A tes deux Fils j’ay sceu percer le flanc.
-
-Regarde ce poignard & cette main sanglante;
-
-C’est mon sang, du tien, qu’elle est teinte & fumante,
-
-Mon bras pour dernier coup vient de les égorger.
-
-Si déjà ton ardeur languit pour la Princesse;
-
-Si tu fuis, Inconstant, ta nouvelle Maîtresse;
-
-Cours du moins, Pere heureux, à tes Fils expirans,
-
-Rens leur les derniers soins, embrasse les mourans.
-
-JASON.
-
-Ah! Barbare!
-
-
-MEDÉE.
-
-En est-ce assez, & connois-tu Medée?
-
-De son affreux pouvoir garderas-tu l’idée?
-
-Oublîras-tu sa haine, ainsi que son amour?
-
-
-JASON.
-
-Monstre, à tes propres Fils avoir ravi le jour!
-
-Pourquoi sacrifier d’innocentes victimes!
-
-
-MEDÉE.
-
-Ils estoient nez de toi, demandes-tu leurs crimes?
-
-Ma trop juste fureur a dû les en punir;
-
-J’ay dû finir leurs maux, j’ay dû les prevenir;
-
-Te delivrer d’un joug que ton esprit abhorre;
-
-Rompre ces derniers nœuds qui nous serroient encore;
-
-Et, pour mieux t’oublier, effacer sans retour
-
-Jusqu’aux traces, Ingrat, de nostre affreux amour.
-
-Ce n’est pas sans remords que je m’y suis forcée.
-
-Tu m’en as inspiré l’audace & la pensée;
-
-Tu m’as seul enhardie à ce crüel dessein,
-
-Infidelle, & c’est toy qui leur perce le sein.
-
-
-JASON.
-
-Quoi! les Dieux irritez, pour te reduire en poudre
-
-Sur ta teste à mes yeux ne lancent pas la foudre.
-
-
-MEDÉE.
-
-Vangeurs des trahisons, Ennemis des Ingrats,
-
-Les Dieux pour t’accabler ont employé mon bras;
-
-La foudre étoit trop peu pour punir ton offence.
-
-J’ay servi leur justice & rempli leur vengeance.
-
-C’en est fait. Pour repaistre & mes yeux & mon cœur,
-
-Moi-même j’ay voulu joüir de ta douleur.
-
-Un spectacle si doux met le comble à ma gloire:
-
-Je savoure à longs traits ta peine & ma victoire
-
-Et je recouvre enfin ma gloire, mon repos,
-
-Mon Sceptre, mes Parents, la Toison & Colchos.
-
-Je pars; puis que ma fuitte a pour toi tant de charmes,
-
-Leve encor jusqu’à moi tes yeux chargez de larmes,
-
-Ingrat. Voi ces Dragons qui soûmis à ma loy,
-
-(Medée monte dans un Char, traîné par des Dragons.)
-
-Et plus reconnoissans, plus fidelles que toi,
-
-Par des chemins nouveaux vont guider leur maîtresse.
-
-Tes vœux sont satisfaits; pour jamais je te laisse.
-
-Adieu; je t’abandonne aux horreurs de ton sort.
-
-Ingrat, je te hais trop pour te donner la mort.
-
-(Le Char s’envole.)
-
-
-
-
-SCENE DERNIERE.
-
-JASON, IPHITE.
-
-
-JASON.
-
-ELle fuit; & ce Char l’enlevant dans les nuës,
-
-Ouvre à sa cruauté des routes inconnuës.
-
-La Barbare à mes yeux disparoît pour jamais;
-
-Elle brave ma haine aprés tant de forfaits;
-
-Et m’enleve en fuyant, malgré ma rage extrême,
-
-Beaupere, Enfans, Maîtresse, & ma vengeance même.
-
-Je ne puis la punir de tant de crüauté.
-
-Le Ciel offre un asile à son impieté.
-
-C’en est trop. Terminons ma vie & son supplice.
-
-Je ne puis me vanger; il faut que je perisse.
-
-Trop malheureux objets de l’amour de Jason,
-
-Déplorable Créüse! infortuné Creon!
-
-O mes Fils! joüissez de la seule vengeance,
-
-Que les Dieux inhumains laissent en ma puissance.
-
-(Il se tuë.)
-
-
-IPHITE.
-
-Ah! Seigneur... il n’est plus. Quels horrible malheurs
-
-O trop funeste Amour, produisent tes fureurs.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-Extrait du Privilege du Roy.
-
-Par Lettres Patentes de Sa Majesté, données
-à Paris le vingt-quatriéme Mars 1694.
-Signé; NOBLOT. Il est permis au Sieur
-PIERRE EMERY Libraire de Paris,
-d’imprimer un Livre intitulé Medée, Tragedie nouvelle,
-pendant le temps de six années consecutives: Avec défenses
-à tous autres de le vendre & le debiter sans le consentement dudit
-Exposant à peine de confiscation des Exemplaires
-contrefaits & de trois mil livres d’amende,
-ainsi qu’il est porté plus au long dans lesdites Lettres.
-
-
-Registré sur le Livre de la Communauté des Imprimeurs
-& Libraires de la Ville de Paris, le 26. dudit mois & an.
-Signé; P. AUBOÜIN, Syndic.
-
-
-Achevé d’imprimer le premier Avril 1694.
-
-
-Ledit Sieur Emery a fait part dudit Privilege aux Sieur
-Auboüin & Clouzier.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉDÉE ***
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@@ -1,5079 +0,0 @@
-<!DOCTYPE html>
-<html lang="fr">
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-<title>The Project Gutenberg eBook of Médée, tragédie, by
-Hilaire-Bernard de Longepierre—A Project Gutenberg eBook
-</title>
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-<div lang='en' xml:lang='en'>
-<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>Médée</span>, by Hilaire-Bernard de Longepierre</p>
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
-at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
-are not located in the United States, you will have to check the laws of the
-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>Médée</span></p>
-<p style='display:block; margin-left:2em; text-indent:0; margin-top:0; margin-bottom:1em;'><span lang='fr' xml:lang='fr'>tragédie nouvelle</span></p>
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Hilaire-Bernard de Longepierre</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: January 22, 2023 [eBook #69860]</p>
-<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p>
- <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Produced by: J.-M. Mariot from files generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica).</p>
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>MÉDÉE</span> ***</div>
-
-
-<div class="transnote chapter">
-<p>
-<strong>Notes du
-transcripteur:
-</strong>
-</p>
-
-<p class="indentNO pfs80">
-L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été harmonisée.
-<br>
-<br>
-Les erreurs de typographie évidentes ont été corrigées.
-</p>
-</div>
-
-
-<div class="titlepage">
-<h1>MEDÉE,</h1>
-
-<p class="centerserif xlarge ftsp">
-<i>TRAGEDIE.</i>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-Par
-</p>
-<p class="centerserif xlarge">
-Hilaire-Bernard de Longepierre
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-A PARIS,
-<br>
-Chez
-<br>
-PIERRE AUBOUYN,
-<br>
-Libraire de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-PIERRE EMERY,
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-CHARLES CLOUZIER.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-Quay des Augustins,
-<br>
-prés l’Hôtel de Luynes,
-<br>
-à l’Ecu de France,
-<br>
-& à la Croix d’or.
-</p>
-<p class="centerserif large">
-1694
-</p>
-
-
-<hr class="r33">
-
-</div>
-
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2 style="margin-top: 4em"><i>PREFACE.</i></h2>
-
-<p class="indent">
-<span class="lettrine">I</span>L y a peu d’Histoires aussi connuës que
-celle de Medée, & de sujets de Tragedie aussi celebres que celuy-cy.
-Euripide l’a traitté parmi les Grecs. Ennius, Pacuvius, Accius, Ovide, &
-Seneque parmi les Romains. Monsieur Corneille parmi nous. La Tragedie
-d’Euripide & celle de Seneque nous restent encore avec quelques vers des
-autres. </p>
-
-<p class="indent"> Je me suis laissé tenter aprés tant de grands hommes
-à la beauté de ce sujet. Il m’a toûjours paru que les deux grands
-ressorts de la Tragedie, la terreur & la pitié, s’y font sentir
-vivement; & que Medée toute méchante & toute criminelle qu’elle est,
-estant aussi tres malheureuse & trahie par celuy pour qui elle a tout
-fait & tout abandonné, est l’un des personnages du monde le plus propre
-à faire un grand effet sur la Scene. La simplicité même du sujet, quoy
-que du goût de peu de gens parmi nous, a esté un nouvel attrait pour
-moy. J’ay voulu tenter de donner au Public une Piece à peu prés dans le
-goût des Anciens: c’est à dire, une Piece dans laquelle une action
-grande, tragique & merveilleuse, mais en même temps tres simple, fût
-soutenue seulement par la noblesse des pensées, par la vivacité des
-mouvemens, & par la dignité de l’expression. C’est ainsi que ces grands
-Maistres de l’art, sur les ouvrages desquels l’art même & les regles ont
-esté formés, ont constitué leurs Tragedies, & ont composé ces
-chefs-d’œuvre merveilleux, qui ayant fait l’admiration de tous les
-siecles, font encore pleurer & fremir dans la simple lecture. Ces Genies
-sublimes se sentant assez de force pour soutenir un sujet par luy même &
-et par eux mêmes, ont dédaigné d’avoir recours à un grand attirail
-d’incidens & d’Episodes; & ont rebutté les jeux de Theatre, les petites
-surprises & ces autres agremens frivoles, qui plaisent dans la Comédie;
-mais qui ne servent dans la Tragedie qu’à amortir & à éteindre le
-pathetique, qui en est l’ame. Ils auroient crû sortir du caractere du
-Poëme tragique, & blesser en quelque maniere la raison, & les regles par
-consequent, s’ils s’étoient écartez de cette simplicité d’action. Que
-penseroient-ils donc s’ils entendoient dire à present qu’une Tragedie
-n’est pas Tragedie ny dans les regles, parce qu’elle est simple? ils
-jugeroient sans doute que de pareils Critiques n’ont aucune idée de la
-Tragedie ny des regles; & qu’ils n’en connoissent que le nom.
-</p>
-
-
-<p class="indent">
-On seroit tres faché cependant, que ceux qui ne connoissent pas les
-Tragedies des Anciens par elles mêmes, en voulussent juger par cette
-Piece qui leur est infiniment inferieure en tout. Pour ressembler à ces
-grands hommes, ce n’est pas assez de travailler dans leur goût & d’aprés
-eux; il faudroit encore avoir leur genie. Cette Piece donc peut fort
-bien estre simple comme celles des Anciens sans estre belle: mais en ce
-cas, c’est uniquement ma faute; & cela n’empêche pas que la veritable
-grandeur ne se trouve presques toujours jointe avec la simplicité.
-</p>
-
-
-<p class="indent">
-Je ne répondray point à toutes les Critiques qui se sont d’abord élevées
-contre cette Piece. Je crois qu’on doit toûjours laisser au Public une
-liberté entiere d’en juger, & qu’un ouvrage doit se deffendre par
-luy-même. Peut-estre que ceux à qui la grande simplicité d’action qui
-regne dans cette piece, n’auroit pas entierement pleu dans la
-representation, en seront moins blessez dans la lecture; & qu’ils
-trouveront que j’y ay supplée autant qu’il m’a esté possible, par le
-soin que j’ay pris de l’expression. J’ay toûjours esté persuadé que
-c’est ce qui anime & ce qui soutient le plus un ouvrage, lorsque
-n’estant pas dans la bouche des Acteurs qui luy donnoient en quelque
-maniere la vie, il est comme mort sur le papier. Aussi avec quel soin
-les Anciens, & en particulier les Tragiques Grecs ne s’y sont-ils pas
-attachez? Il seroit trop long de parler icy de la sublimité, de la
-force, de la richesse, de l’harmonie, de la vivacité de leurs
-expressions; de ces tours si naturels en apparence, & pleins en effet
-d’un si grand art; de ces hardiesses nobles & heureuses, où ne s’éleva
-jamais un mediocre genie; de ces belles Epithetes qui rassemblant en un
-seul mot plusieurs idées, leur donnent plus de force en les offrant
-ainsi en raccourci; & qui par leurs peintures vives & nobles, font le
-charme de la Poësie qu’elles animent & qu’elles enrichissent. Je diray
-seulement pour donner quelque idée du soin que ces grands hommes ont
-pris de l’expression, qu’ils s’y sont attachez, jusqu’à n’employer
-presque que des mots consacrez à la Poësie & inconnus à la Prose; & que
-quand même on renverseroit la structure & l’arrangement de leurs vers,
-on ne laisseroit pas d’y sentir encore la Poësie la plus magnifique & la
-plus élevée.
-</p>
-
-
-<p class="indent">
-Je ne sçaurois cependant m’empêcher de répondre à une des objections
-qu’on m’a faites. On m’a accusé d’avoir pris plusieurs pensées dans
-Monsieur Corneille. Mais pour me rendre justice, on devoit avoir dit que
-Monsieur Corneille ayant pris plusieurs pensées dans Seneque, j’ay crû
-pouvoir aussi puiser dans la même source & y en prendre quelques unes.
-Voilà la verité; & je défie qu’on puisse citer un endroit de cette Piéce
-qui paroisse emprunté de Monsieur Corneille, & qui ne soit pas de
-Seneque. J’ay crû qu’il ne m’étoit pas deffendu de suivre ce Poëte
-latin, & de m’enrichir de ses beautez & de ses pensées, à l’exemple de
-Monsieur Corneille lui-même. Si ceux qui ont quelque discernement &
-quelque goût pour ces sortes de choses, se donnent la peine de comparer
-avec l’Original les endroits que la Medée de Monsieur Corneille &
-celle-cy ont de communs; ils connoistront aisement, que ce que j’ay
-traduit ou imité, n’est point une copie de copie; mais que j’ay
-travaillé d’aprés l’original.
-</p>
-
-
-<p class="indent" >
-Personne n’est plus admirateur que moi du merite de Monsieur Corneille.
-Personne n’a plus de veneration & d’estime pour un si grand homme: &
-cette veneration jointe au grand nom qu’il s’est acquis si justement,
-m’auroit peut-estre empêché de traiter un sujet déja traité par luy, si
-je n’avois consideré que dans sa Medée, comme il le reconnoît luy-même,
-ce grand genie qui s’est fait admirer depuis, ne s’estoit pas encore
-entierement developpé, quoy qu’à travers les nüages qui le couvrent, il
-ne laisse pas de faire briller déja des étincelles de ce beau feu, qui
-achevant bien-tôt aprés de dissiper tout ce qui luy faisoit ombre, a
-produit le Cid, Polieucte, Cinna, & les Horaces. J’ay même traité ce
-sujet si differemment de luy, que hors le fond de la Fable qui ne
-sçauroit n’estre pas le même, & ce que nous a fourni Seneque; je ne croy
-pas que le même sujet puisse estre traitté plus diversement. Aussi
-j’espere que tous les gens desinteressez me rendront la justice de
-croire, que quand Monsieur Corneille n’auroit jamais fait sa Medée, je
-n’en aurois pas moins fait celle-cy, avec le secours d’Euripide & de
-Seneque, qui ont esté mes seuls & veritables guides.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2 style="margin-top: 4em"><i>ACTEURS.</i></h2>
-
-MEDÉE, Fille d’Æete, Roi de la Colchide & femme de Jason.<br>
-
-JASON, Prince de Thessalie.<br>
-
-CREON, Roi de Corinthe.<br>
-
-CRÉUSE, fille de Creon.<br>
-
-Les ENFANS de Medée.<br>
-
-RHODOPE, Confidente de Medée.<br>
-
-IPHITE, Confident de Jason.<br>
-
-CYDIPPE, Confidente de Créüse.<br>
-
-SUITTE DE CREON.<br>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>La Scene est à Corinthe, dans le Palais de Creon.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2 style="margin-top: 4em"><i>MEDÉE,</i>
-<br>
-</h2>
-
-
-<p class="centerserif xlarge ftsp">
-<i>TRAGEDIE.</i>
-</p>
-
-
-
-
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE I.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>E sçais ce que je dois à l’amour de
-Medée.<br>
-
-Cesse, Iphite, à mes yeux d’en retracer l’idée.<br>
-
-Ce qu’elle a fait pour moi, dans le Grece, à Colchos,<br>
-
-Ne traverse que trop ma joye & mon repos.<br>
-
-Mais du Sort, de l’Amour, la fatale puissance<br>
-
-Fait taire mes remords & ma reconnoissance;<br>
-
-Et de ces deux Tyrans les violentes loix,<br>
-
-Ne laissent ny l’amour, ny la haine à mon choix.<br>
-
-Oüi de leur joug pressant l’invincible contrainte,<br>
-
-Fixe enfin mes destins & mes vœux à Corinthe.<br>
-
-En vain Medée en proye à ses transports jaloux,<br>
-
-Se livre à la douleur, s’abandonne au courroux.<br>
-
-Je la plains; mais, Ami, j’adore la Princesse:<br>
-
-Du destin de Jason souveraine Maistresse,<br>
-
-Elle asservit mon ame à son pouvoir vainqueur:<br>
-
-L’éclat de ses beaux yeux triomphe de mon cœur;<br>
-
-Et ce cœur embrazé d’une ardeur violente,<br>
-
-Ne sçauroit s’affranchir du charme qui l’enchante.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-De ce nouvel amour la trompeuse douceur,<br>
-
-Séduit vostre raison par son appas flatteur.<br>
-
-Vostre ame toute entiere avidement s’y livre;<br>
-
-Mais si fuyant, Seigneur, le plaisir qui l’enyvre,<br>
-
-Vous vouliez repousser un dangereux poison;<br>
-
-Si vous daigniez encor consulter la raison,<br>
-
-Vous banniriez bien-tost Creüse de vostre ame;<br>
-
-Et vous étoufferiez une funeste flâme.<br>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Non, la raison icy d’accord avec mon cœur,<br>
-
-Authorise ma flâme & soûtient mon ardeur.<br>
-
-Exilez, fugitifs, le trépas de Pelie<br>
-
-Souleve contre nous toute la Thessalie.<br>
-
-Ce Tyran, de mon thrône injuste usurpateur,<br>
-
-De ses crimes enfin a lavé la noirceur.<br>
-
-Tu sçais comme Medée ardente à la vengeance,<br>
-
-Sur le flatteur appas d’une vaine esperance,<br>
-
-De ses propres Enfans en a fait ses bourreaux.<br>
-
-Ses Filles à l’envi le mirent par morceaux;<br>
-
-Et leur credule Amour armant leur bras timide<br>
-
-Commit par pieté cét affreux parricide.<br>
-
-Son fils Acaste armant pour vanger son trépas,<br>
-
-J’obéis au Destin, je quittay ses estats;<br>
-
-Et Creon seul osant plaindre nostre disgrace,<br>
-
-Lors que d’un fier Tyran la haine nous ménace,<br>
-
-M’a receu dans son sein moi, Medée & mes Fils,<br>
-
-D’une triste maison infortunez debris.<br>
-
-Seul il pouvoit me tendre une main salutaire;<br>
-
-Et le Ciel de mon sort le rend dépositaire.<br>
-
-En vain je chercherois en de nouveaux climats,<br>
-
-L’azyle & et le repos qu’il m’offre en ses estats.<br>
-
-Pour moy son amour brille & son estime éclatte.<br>
-
-Il me regarde en père; il m’applaudit, me flatte.<br>
-
-Cependant trop instruit par mes malheurs divers,<br>
-
-Toûjours du Sort jaloux je crains quelque revers. <br>
-
-Mon ennemi demande & Medée, & ma tête:<br>
-
-Irrité d’un refus à la guerre il s’appreste.<br>
-
-Creon m’aime, il est vray; Creon est genereux.<br>
-
-Mais on porte à regret le poids des malheureux.<br>
-
-Quelque noble panchant qui pousse à les défendre,<br>
-
-Iphite, on craint de voir ses estats mis en cendre,<br>
-
-Ses peuples asservis, & son thrône ébranlé.<br>
-
-Souvent même Creon flotte et paroist troublé.<br>
-
-D’ailleurs trop prevenu d’une haine secrette,<br>
-
-A Medée à regret il donne une retraitte;<br>
-
-Et contr’elle avec peine il retient un courroux,<br>
-
-Qui pourroit retomber jusques sur son Epoux.<br>
-
-Je dois donc, profitant d’un rayon favorable,<br>
-
-M’assurer en Creon un appui ferme & stable,<br>
-
-Et l’attachant à moi par le nœud le plus fort,<br>
-
-Prevenir & fixer l’inconstance du Sort.<br>
-
-Pour sa Fille avec joie il voit briller ma flâme;<br>
-
-Elle regle ses vœux & peut tout sur son ame.<br>
-
-Creüse seule enfin peut m’assurer Creon.<br>
-
-Hé-bien! l’Amour, Iphite, aveugle-t’il Jason?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-C’est ainsi que l’Amour trop fertile en excuses,<br>
-
-Aveugle par son charme & seduit par ses ruses.<br>
-
-Mesme en nous égarant, il feint de nous guider.<br>
-
-De ses pieges flatteurs, songez à vous garder.<br>
-
-Hé quoi! d’une autre amour vostre ame possedée,<br>
-
-Trahira les bien-faits & l’espoir de Medée?<br>
-
-Ny les droits de l’hymen, ni sa fidelle ardeur...<br>
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Qu’un tel secours est foible & défend mal un cœur,<br>
-
-Iphite. Ah! quand l’Amour regne avec violence,<br>
-
-Que peut la foible voix de la Reconnoissance?<br>
-
-Il est vray que Medée a tout ozé pour moi.<br>
-
-Je m’accuse & rougis de ce que je lui doy.<br>
-
-Mais transporté d’amour en voyant ce que j’aime,<br>
-
-J’oublie & mon devoir, & Medée & moi-mesme.<br>
-
-Je m’ennivre à longs-traits d’un aimable poison;<br>
-
-L’amour devient alors ma supreme raison;<br>
-
-Et d’un feu violent l’imperieuse flâme,<br>
-
-Etouffe tout le reste & triomphe en mon ame.<br>
-
-Je sens, je sens alors, que mon trépas certain,<br>
-
-Les bontez de Creon, le couroux du Destin,<br>
-
-M’arrestent moins icy que ne fait la Princesse;<br>
-
-Qu’animé du beau feu qui m’échauffe & me presse,<br>
-
-Je mourrois, s’il falloit m’éloigner de ses yeux;<br>
-
-Et qu’enfin leur éclat m’enchante dans ces lieux.<br>
-
-Ces beaux yeux plus puissans que Medée & ses charmes,<br>
-
-Si-tost que je les vis, m’arracherent les armes.<br>
-
-Et quel cœur soutiendroit leurs feux ébloüissans,<br>
-
-Leur éclat dangereux, leurs regards languissans?<br>
-
-Cette jeune pudeur sur son visage peinte,<br>
-
-Et sur son front serein cette noble empreinte;<br>
-
-Cette douce fierté, cette aimable langueur;<br>
-
-Un je ne sçai quel charme innocent & flatteur;<br>
-
-Ce souris dont l’appas reveille la tendresse,<br>
-
-Et ce maintien auguste, & cét air de Deesse:<br>
-
-Enfin en la voyant, ébloüi, transporté,<br>
-
-Je crus voir, & je vis une Divinité.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Mais quels sont vos projets? que pouvez vous pretendre?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-D’écouter ma tendresse, & de tout entreprendre.<br>
-
-L’amour se flatte, Iphite, & se croit tout permis.<br>
-
-Que n’ose point un cœur à son pouvoir soumis?<br>
-
-Le Roi me veut pour gendre; & ma belle Princesse,<br>
-
-Semble favoriser mes soins & ma tendresse:<br>
-
-Il offre sa couronne & Créüse à mes vœux.<br>
-
-M’opposerois-je au Sort qui veut me rendre heureux?<br>
-
-Je ne puis resister à ces douces amorces:<br>
-
-Et n’ay point oublié comme on fait les divorces.<br>
-
-N’abandonnay-je pas Hypsipile à Lemnos,<br>
-
-Pour chercher la Toison, & voler à Colchos?<br>
-
-Et cependant, Ami, cette grande conqueste,<br>
-
-Valoit-elle le prix qu’icy l’Amour m’appreste?
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Dieux! que fera Medée, & quel affreux couroux<br>
-
-Ne l’enflâmera point contre un parjure Epoux?<br>
-
-Si vous l’abandonnez, redoutez sa vengeance.<br>
-
-Vous sçavez de son art jusqu’où-va la puissance.<br>
-
-La Nature est soumise à ses commandemens.<br>
-
-Elle trouble le Ciel, l’Enfer, les Elemens.<br>
-
-Elle arreste à son gré les Astres dans leur course.<br>
-
-Les torrens les plus fiers remontent vers leur source.<br>
-
-La Lune sort du Ciel; les Manes des tombeaux.<br>
-
-Elle lance la foudre & change en sang les eaux.<br>
-
-Vous sçavez.....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Je le sçais. Cesse de me le dire.<br>
-
-Mais de l’Amour aussi je sçais quel est l’empire.<br>
-
-Plus puissant que son art, plus fort que son courroux,<br>
-
-De Medée en fureur il suspendra les coups.<br>
-
-Elle m’aime, il suffit; & sa tendresse extrême<br>
-
-Parlera puissamment pour un Ingrat qu’elle aime.<br>
-
-Je sçauray la flêchir; je sauray l’appaiser.<br>
-
-Mais à tout son couroux deussay-je m’exposer,<br>
-
-Je n’ecoute & ne suis que l’ardeur qui me presse.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-De grace examinez...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Je vois ma Princesse.<br>
-
-Considere à loisir, contemple tant d’appas.<br>
-
-Peut-on la voir, Iphite, & ne l’adorer pas?<br>
-
-
-Rien n’est à redouter, à fuir, que sa colere.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, IPHITE, CYDIPPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>E croyois en ces lieux trouver le Roi mon Pere.<br>
-
-On vient de m’assurer qu’il vous cherche, Seigneur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Je n’ay point veu le Roi, Madame; mais mon cœur.<br>
-
-Par de profonds respects, par l’amour le plus tendre,<br>
-
-Ne pourra-t-il jamais meriter & pretendre<br>
-
-Que vous daigniez aussi me chercher quelque jour?<br>
-
-Cét espoir n’est-il pas permis à mon amour?<br>
-
-Jamais, vous le sçavez, ardeur si violente<br>
-
-Ne regna dans un cœur & n’en fût triomphante.<br>
-
-Tout le jure à vos yeux; soins, vœux, empressemens,<br>
-
-Mes remords immolez, mes transports, mes sermens;<br>
-
-Et mes tendres respects, & mes ardens hommages,<br>
-
-Vous sont de cét amour d’inviolables gages.<br>
-
-Je sens un feu si vif s’accroistre à chaque pas.<br>
-
-Madame, à tant d’amour vous ne répondez pas?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé! le puis-je, Seigneur? une jeune Princesse<br>
-
-Ne doit qu’à son Epoux déclarer sa tendresse.<br>
-
-Il est vrai que le Roi, qui doit regler mes vœux,<br>
-
-Estime vos vertus, applaudit à vos feux.<br>
-
-Il m’a mesme ordonné d’écouter vostre flâme;<br>
-
-Si j’ose aprés cela vous découvrir mon ame;<br>
-
-J’estime ainsi que luy cét illustre Jason,<br>
-
-Qui surmonta Neptune & conquît la Toison;<br>
-
-De la gloire amoureux, prodigue de sa vie,<br>
-
-L’ornement de la Grece, & l’effroi de l’Asie,<br>
-
-Le chef de nos Guerriers, la fleur de nos Heros,<br>
-
-Dont le nom est vanté de Corinthe à Colchos.<br>
-
-Peut-estre un doux panchant m’entraîneroit sans peine.<br>
-
-Mais un fatal obstacle & m’arreste & me gesne.<br>
-
-Medée est votre Epouse, & des nœuds si puissans<br>
-
-Mettent un frein trop juste à mes vœux innocens.<br>
-
-Pourrois-je à ce panchant abandonner mon ame,<br>
-
-Tandis qu’un autre hymen vous attache....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Madame,<br>
-
-Cessez, cessez de craindre un hymen odieux,<br>
-
-Condamné par les Grecs, reprouvé par les Dieux.<br>
-
-Dés demain, dés ce jour faut-il briser ses chaînes?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Mais qui m’assurera qu’insensible à ses peines,<br>
-
-Vous puissiez soûtenir sa veuë & sa douleur,<br>
-
-Sans lui rendre bien-tost vos vœux & vostre cœur?<br>
-
-Je crains un long panchant; sa tendresse, ses larmes;<br>
-
-Je redoute ses yeux, je redoute ses charmes:<br>
-
-Son art est au dessus de tout l’effort humain,<br>
-
-Seigneur, & de vostre ame elle sçait le chemin.<br>
-
-Tant que vous la verrez, que vous pourrez l’entendre,<br>
-
-Je crains tout d’un amour & si long & si tendre.<br>
-
-Je crains....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! dissipez une indigne frayeur.<br>
-
-Quel outrage! ainsi donc jugez-vous de mon cœur?<br>
-
-Connoissez mieux ce cœur, Madame & ma tendresse.<br>
-
-Rien ne peut m’enlever à ma belle Princesse:<br>
-
-Je deffie à la fois les Mortels & les Dieux;<br>
-
-Et tout l’art de Medée, & l’Enfer & les Cieux.<br>
-
-Si sa presence icy vous allarme & vous blesse,<br>
-
-Il faut vous delivrer du soupçon qui vous presse.<br>
-
-Un veritable amour éclatte avec plaisir.<br>
-
-Commandez seulement; je suis prest d’obéïr.<br>
-
-Je donnerois mon sang; j’immolerois ma vie.<br>
-
-Trop heureux que pour vous le Sort me l’eût ravie.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-J’entends le Roi, Seigneur. Il paroît à vos yeux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, CREON, suitte.<br>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>E vous cherchois, Seigneur. Sçavez-vous qu’en ces lieux<br>
-
-Un nouvel Envoyé du Roi de Thessalie,<br>
-
-Vient demander raison du meurtre de Pelie?<br>
-
-De mes refus Acaste offensé justement,<br>
-
-Veut bien suspendre encor son fier ressentiment,<br>
-
-Et jurer avec nous une étroitte alliance,<br>
-
-Si je livre en ce jour Medée à sa vengeance,<br>
-
-Ou qu’au moins la chassant du sein de mes estats,<br>
-
-Je refuse un azyle à ses assassinats.<br>
-
-Il me presse...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Seigneur vostre cœur magnanime<br>
-
-Pourroit-il lui livrer une triste victime?<br>
-
-Pourroit-il....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-En faveur de vos Fils & de vous,<br>
-
-Je ne veux point livrer Medée à son courroux,<br>
-
-Mais est-il juste aussi, Jason, que de ses crimes,<br>
-
-Mes sujets innocens deviennent les victimes,<br>
-
-Et que d’une Etrangere appuyant les forfaits,<br>
-
-De mes heureux estats je trouble ainsi la paix?<br>
-
-Non il faut qu’elle parte, & qu’une prompte fuite<br>
-
-Nous délivre des maux qu’elle traîne à sa suite.<br>
-
-Je le veux. Cét exil est necessaire à tous;<br>
-
-Pour Acaste, pour Moi, pour ma Fille, pour Vous,<br>
-
-Pour Medée elle-mesme. Il faut purger Corinthe,<br>
-
-De ce funeste objet qui la glace de crainte.<br>
-
-Il faut nous épargner ses cris & sa fureur.<br>
-
-Je hais jusqu’à sa veüe; elle me fait horreur.<br>
-
-Des songes effrayans, des presages sinistres,<br>
-
-Des redoutables Dieux les augustes Ministres,<br>
-
-M’annoncent de leur part le plus affreux malheur,<br>
-
-Si je ne l’abandonne à leur courroux vangeur.<br>
-
-Rompez avec éclat le charme qui vous lie:<br>
-
-Expiez un hymen qui tache vostre vie.<br>
-
-Assez & trop long-temps ses liens mal tissus,<br>
-
-Ternissent vostre gloire, & soüillent vos vertus.<br>
-
-Assez & trop long-temps avec douleur la Grece,<br>
-
-Voit gemir sous le joug de cette Enchanteresse<br>
-
-Le plus grand des Heros qu’elle conçeût jamais.<br>
-
-Separez vos vertus d’elle & de ses forfaits.<br>
-
-Justifiez ainsi l’appui que je vous donne.<br>
-
-Possedez à ce prix ma fille & ma couronne.<br>
-
-Je veux que dés demain l’Astre brillant du jour<br>
-
-Ait veu partir Medée en commençant son tour;<br>
-
-Et que Corinthe ainsi n’estant plus prophanée,<br>
-
-Il se preste avec joye à ce doux hymenée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Je cede à vos raisons; j’obéis. Mais Seigneur,<br>
-
-Daignez par vos bontez adoucir son malheur:<br>
-
-Par tout ce qui pourra rendre son sort moins rude,<br>
-
-Consolez ses ennuis; flatez sa solitude.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Quoiqu’elle ayt merité des maux plus rigoureux,<br>
-
-Je consens à remplir vos desirs genereux;<br>
-
-Et pour mieux adoucir son deplaisir extrême,<br>
-
-Je veux à cét exil la preparer moi-même.<br>
-
-Mais allons publier cét hymen, ce départ.<br>
-
-Qu’au bon-heur de leurs Rois nos Sujets prennent part.<br>
-
-Allons avec éclat annoncer à Corinthe<br>
-
-La source de sa joye & la fin de sa crainte.<br>
-
-Que des chants d’hymenée & d’aymables concerts,<br>
-
-Commencent ceste Feste & remplissent les airs.<br>
-
-Que du Dieu de l’hymen les feux sacrez s’allument;<br>
-
-Qu’on pare les Autels & que les Temples fument.<br>
-
-Jason trouve une Epouse enfin digne de lui.<br>
-
-Daignent les justes Dieux m’exauçant aujourd’hui,<br>
-
-Marquer de leurs faveurs cette grande journée,<br>
-
-Et la rendre à jamais celebre & fortunée!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du premier Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE II.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, <i>seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">O</span>U suis-je, Malheureuse? où portay-je mes
-pas?<br>
-
-Qu’ay-je veu? qu’ay-je oüi? je ne me connois pas.<br>
-
-Furieuse je cours; & doute si je veille.<br>
-
-Quel bruit, quels chants d’hymen ont frappé mon oreille?<br>
-
-Corinthe retentit de cris & de concerts.<br>
-
-Ses Autels sont parez; ses Temples sont ouverts.<br>
-
-Tout à l’envi prepare une odieuse pompe.<br>
-
-Tout vante ma Rivale, & l’Ingrat qui me trompe.<br>
-
-Jason, il est donc vrai! jusques-là me trahit<br>
-
-Jason honteusement me chasse de son lit!<br>
-
-Il m’oste tout espoir! Epouse infortunée!<br>
-
-Que dis-je, Epouse! helas! pour nous plus d’hymenée;<br>
-
-L’ingrat en romp les nœuds. Dieux justes, Dieux vangeurs,<br>
-
-De la foi conjugale augustes Protecteurs,<br>
-
-Garants de ses sermens, témoins de ses parjures,<br>
-
-Punissez son forfait & vengez nos injures.<br>
-
-Toi sur tout, O Soleil, j’implore ton secours;<br>
-
-Toi qui donnas naissance à l’Auteur de mes jours:<br>
-
-Tu vois du haut des Cieux l’affront qu’on me destine;<br>
-
-Et Corinthe joüit de ta clarté divine!<br>
-
-Retourne sur tes pas & dans l’obscurité<br>
-
-Plonge tout l’Univers privé de ta clarté.<br>
-
-Ou plûtost, donne moi tes chevaux à conduire.<br>
-
-En poudre dans ces lieux je sçauray tout reduire.<br>
-
-Je tomberay sur l’Isthme avec ton char brûlant.<br>
-
-J’abîmeray Corinthe & son peuple insolent.<br>
-
-J’écraseray ses Rois; & ma fureur barbare <br>
-
-Unira les deux mers que Corinthe separe.<br>
-
-<br>
-
-Mais où vont mes transports? est-ce donc dans les Cieux,<br>
-
-Que j’espere trouver du secours & des Dieux?<br>
-
-Deitez de Medée, affreuses Eumenides,<br>
-
-Venez laver ma honte & me servir de guides.<br>
-
-Armons nous. De nostre art déployons la noirceur.<br>
-
-Que toute pitié meure & s’éteigne en mon cœur;<br>
-
-Que de sang alteré, que de meurtres avide<br>
-
-A l’Isthme il fasse voir ce qu’a veu la Colchide.<br>
-
-Que dis-je! De bien loin surpassons ces forfaits.<br>
-
-De ma tendre jeunesse ils furent les essais.<br>
-
-J’estois & foible & simple, & de plus innocente.<br>
-
-L’amour seul animoit ma main encor tremblante.<br>
-
-La haine avec l’amour, le couroux, la douleur,<br>
-
-M’embrazent à present d’une juste fureur.<br>
-
-Que n’enfantera point cette fureur barbare?<br>
-
-Le crime nous unît; il faut qu’il nous separe.
-</p>
-</div>
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">H</span>É bien! tu vois le prix que me gardoit
-Jason.<br>
-
-L’Ingrat couronne enfin sa noire trahison.<br>
-
-Il Epouse Créüse; & la pompe s’appreste.<br>
-
-Tout m’annonce ma mort. Mais à quand cette Feste?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Madame, cét hymen se celebre demain.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Demain! Le temps est court & et le terme prochain.<br>
-
-Il faut en profiter.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Quel funeste hymenée!<br>
-
-Helas! à quels malheurs estes vous condamnée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! rien n’est comparable aux horreurs de mon sort.<br>
-
-Rhodope, qui l’eût crû? Jason jure ma mort. <br>
-
-Au plus honteux destin son mépris me ravale.<br>
-
-Il m’attache en Esclave au char de ma Rivale.<br>
-
-J’ay tout ozé pour lui; pour lui j’ay tout quitté,<br>
-
-Païs, thrône, parens, gloire, felicité.<br>
-
-Il me coûte, l’Ingrat! jusqu’à mon innocence.<br>
-
-Je n’ay voulu que lui. Crüelle recompense?<br>
-
-Pour prix de cét amour qui n’a voulu que luy,<br>
-
-Il me laisse sans rang, sans honneur, sans appui,<br>
-
-Sous un Ciel estranger, criminelle, accablée,<br>
-
-Proscrite, fugitive, odieuse, exilée;<br>
-
-Et seule à la merci d’un monde d’ennemis,<br>
-
-Que m’ont fait les forfaits que pour lui j’ay commis.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-Trop indigne de vous aprés sa lache injure,<br>
-
-Oubliez un Ingrat, dédaignez un Parjure.<br>
-
-D’un genereux orgueüil vous armant en ce jour....<br>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé! puis-je triompher de mon fatal amour?<br>
-
-Malheureuse! tout cede à mon art redoutable.<br>
-
-La nature se trouble à ma voix formidable<br>
-
-Tout tremble, tout fléchit sous mon pouvoir vainqueur.<br>
-
-Et je ne puis bannir un Ingrat de mon cœur.<br>
-
-L’Amour brave ma force, & méprise mes charmes;<br>
-
-Il rit de ma fureur & m’arrache des larmes. <br>
-
-Pour un Perfide encore il trouble ma raison.<br>
-
-J’aime; que dis-je, aimer? j’adore encor Jason.<br>
-
-Pour lui je trahirois encor Pere & Patrie;<br>
-
-Pour lui j’immolerois mon repos & ma vie.<br>
-
-D’un tyrannique Amour trop barbare rigueur,<br>
-
-Cesse pour un Ingrat de déchirer mon cœur.
-</p>
-
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-En ce funeste état que vous estes à plaindre!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Il est vrai, je le suis; mais plus encore à craindre.<br>
-
-On n’offensa jamais Medée impunement.<br>
-
-Mais, que dit ma Rivale, & que fait son Amant?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Madame, il soupire aux pieds de la Princesse;<br>
-
-Et n’est plus occupé que du feu qui le presse.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ton sang va me vanger, lâche & perfide Epoux!<br>
-
-Tu mourras... quelle horreur vient glacer mon courroux?<br>
-
-Et depuis quand Medée est elle si timide?<br>
-
-Son cœur n’est-il hardi que pour un parricide?<br>
-
-Aprés tant d’innocens immolez sans remords,<br>
-
-Je respecte un Ingrat digne de mille morts.<br>
-
-Ah! qu’il meure. Où m’emporte une jalouze rage?<br>
-
-Qu’il meure! ce Heros, ton amour, ton ouvrage;<br>
-
-Le fruit de tant de soins, de perils, d’attentats,<br>
-
-L’objet de tant de vœux.... non, il ne mourra pas.<br>
-
-Quelque juste fureur dont je sois possedée,<br>
-
-Qu’il vive, & s’il se peut, qu’il vive pour Medée;<br>
-
-Ou, si de mon bon-heur le Destin est jaloux,<br>
-
-Qu’il vive, s’il le faut, pour d’autres que pour nous.<br>
-
-C’est Creon, qui le force à l’hymen qui m’accable;<br>
-
-Creon merite seul mon courroux implacable,<br>
-
-Lui, qui de son pouvoir ennivré follement,<br>
-
-Me ravit mon Epoux, m’arrache mon Amant,<br>
-
-Fait regner en Tyran le crime & le divorce;<br>
-
-Et ne connoît de droits que l’injure & la force.<br>
-
-Qu’il perisse & sa Race. Accablons son orgueüil;<br>
-
-Mettons son insolence & sa gloire au cercueüil.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! moderez, de grace, une douleur si forte.<br>
-
-Etouffez, ou cachez l’ardeur qui vous emporte.<br>
-
-J’entens du bruit. On vient. Domptez ce fier couroux,<br>
-
-Madame; c’est Creon qui s’avance vers vous.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, CREON, RHODOPE, suite.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">J</span>Ason avec ma fille unit sa destinée.<br>
-
-Vous entendez déja chanter leur hymenée,<br>
-
-Madame; à ce divorce il faut vous preparer.<br>
-
-De Jason & de nous il faut vous separer.<br>
-
-Leur bon-heur ne feroit qu’aigrir vostre infortune;<br>
-
-Fuyez ces lieux; fuyez une pompe importune;<br>
-
-Obéissez au sort, & quittant mes états,<br>
-
-Cherchez un sûr azyle en de nouveaux climats.<br>
-
-Acaste le demande, & Corinthe m’en presse:<br>
-
-A ce prix entre-nous la guerre affreuse cesse.<br>
-
-Vostre exil est le sceau d’une éternelle paix.<br>
-
-En vain m’opposerois-je aux vœux de mes Sûjets.<br>
-
-Leur haine contre vous chaque jour s’envenime.<br>
-
-Malgré tout mon pouvoir vous seriez leur victime.<br>
-
-Quel joug ne brise point un Peuple audacieux? <br>
-
-Quel frein arresteroit ce Monstre furieux?<br>
-
-A ses crüels transports dérobez vostre tête,<br>
-
-Et par un prompt exil prevenez la tempeste.<br>
-
-Le Sort, la paix, vos jours, tout semble y conspirer.<br>
-
-J’ay voulu vous l’apprendre & vous y preparer.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Qu’à ces rares bontez j’ay de graces à rendre!<br>
-
-Vous m’ostez mon Epoux, vous le prenez pour gendre;<br>
-
-Vous me chassez enfin. Dites-moi seulement <br>
-
-Quel attentat m’attire un si doux traitement?
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quoi, Medée est surprise & demande ses crimes!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-A-t’on pour m’opprimer quelques droits legitimes?<br>
-
-Un Tyran par la force agit dans ses estats;<br>
-
-Un Roi juste au coupable apprend ses attentats.<br>
-
-Parlez donc; ou du moins forcez-vous à m’entendre,<br>
-
-Si jusqu’à m’accuser vous ne daignez descendre. <br>
-
-J’ignore quel forfait vers vous peut me noircir:<br>
-
-Voicy les miens, Creon. Vous n’avez qu’à choisir.<br>
-
-J’ay sauvé ces Heros que vous vantez sans cesse,<br>
-
-Le plus pur sang des Dieux, & la fleur de la Grece.<br>
-
-Sans moi, pour conquerir la superbe Toison,<br>
-
-Qu’auroient pû ces Heros, & ce fameux Jason?<br>
-
-Leur bouche a-t’elle ozé m’en dérober la gloire?<br>
-
-S’ils vous l’ont déguisée, apprenez-en l’histoire.<br>
-
-<br>
-
-Dans une forest sombre un Dragon furieux,<br>
-
-Conservoit du Dieu Mars le dépost précieux.<br>
-
-Ses yeux estincelloient d’une affreuse lumiere;<br>
-
-Jamais le doux Sommeil ne charma leur paupiere;<br>
-
-Et veillant nuit & jour, ses terribles regards<br>
-
-Portoient l’effroi, l’horreur, la mort de toutes parts.<br>
-
-Farouches défenseurs de la forest sacrée,<br>
-
-Deux Taureaux menaçans en occupoient l’entrée.<br>
-
-Il falloit mettre au joug ces Taureaux indontez.<br>
-
-Des fureurs de Vulcain Ministres redoutez,<br>
-
-Ils vomissoient au loin une brûlante haleine,<br>
-
-Et de torrens de flâme ils inondoient la plaine.<br>
-
-Il falloit à leur aide ouvrir d’affreux sillons;<br>
-
-Voir des dents d’un serpent naistre des bataillons;<br>
-
-Et vaincre ces soldats enfantez par la Terre,<br>
-
-Qui tous ne respiroient que le sang & la guerre.<br>
-
-Parmi tant de perils, quel Dieu, sans mon secours,<br>
-
-De vos tristes Heros eût conservé les jours?<br>
-
-Sur le Destin jaloux j’emportay la victoire:<br>
-
-J’empeschay leur trépas; je les couvris de gloire;<br>
-
-Et leur sacrifiay, remords, crainte, pudeur,<br>
-
-Mon Pere, mon Païs, ma gloire, mon bon-heur.<br>
-
-Je n’ay voulu qu’un d’eux pour toute recompense.<br>
-
-Vous joüissez du reste, & par mon assistance.<br>
-
-Pour les avoir sauvez, je ne demande rien.<br>
-
-Je vous les laisse tous. Mais laissez-moi mon bien.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ainsi donc, à l’oüir, Medée est innocente.<br>
-
-On devroit consacrer sa vertu bien-faisante.<br>
-
-La Grece....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Me doit tout & ne sçauroit jamais<br>
-
-D’un assez digne prix couronner mes bien-faits.<br>
-
-Toutes-fois que sert-il d’affecter un faux zele?<br>
-
-J’ay tout fait pour Jason, & n’ay rien fait pour elle.<br>
-
-Il me coute assez cher l’Ingrat! pour estre à moy.<br>
-
-Si l’on veut m’exiler & me manquer de foy,<br>
-
-De quel droit ozez-vous separer nos fortunes?<br>
-
-Même sort nous est dú; nos causes sont communes.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Ah! de grace avec-vous ne le confondez pas.<br>
-
-Jason est innocent de tous vos attentats.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Non, il est criminel ce Heros magnanime.<br>
-
-En tirer tout le fruit c’est commettre le crime.<br>
-
-Tyrannique pouvoir qui cherche à m’offenser...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Ma patience enfin commence à se lasser,<br>
-
-Et pourroit...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Tyran, la mienne est déja lasse.<br>
-
-Va, je ne veux de toi ny clemence ny grace.<br>
-
-Ordonne mon exil, ravis moi mon Epoux:<br>
-
-Tu le peux; mais Tyran, redoute mon courroux.<br>
-
-Crains...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CREON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! c’est trop long-temps contraindre ma colere.<br>
-
-Va, sors de mes Estats, sors barbare Estrangere:<br>
-
-Abandonne Corinthe, & cours en d’autres lieux,<br>
-
-Porter tes attentats & le courroux des Dieux.<br>
-
-D’un monstre tel que toy délivre mon Empire,<br>
-
-Cesse d’infecter l’air qu’en ces lieux on respire;<br>
-
-De ton horrible aspect ne soüille plus mes yeux;<br>
-
-Et n’empoisonne plus la lumiere des Cieux.<br>
-
-Va semer à Colchos l’horreur & l’epouvante:<br>
-
-Vas y hâter des Dieux la justice trop lente.<br>
-
-Demain dés que l’Aurore allumera le jour,<br>
-
-Precipite tes pas; fuis loin, fuis sans retour;<br>
-
-Où contentant les Dieux las de tes injustices,<br>
-
-Tu periras, Barbare, au milieu des supplices. <br>
-
-Tu peux choisir. Adieu.
-</p>
-</div
->
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-<span class="lettrine">T</span>Yran, n’en doute pas;<br>
-
-Mon choix est fait. Demain je sors de tes Estats.<br>
-
-Mais, malgré ton orgueil, je veux fuir avec gloire;<br>
-
-Et forçant l’avenir d’en garder la memoire,<br>
-
-Je veux lancer la foudre avant que de partir,<br>
-
-Et voir Corinthe en cendre avant que d’en sortir.<br>
-
-Mais Rhodope, l’Ingrat que j’aime & qui m’offense,<br>
-
-A-t’il pû consentir...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Je le voy qui s’avance.
- </p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-O Toi, qui vois mon trouble & causes ma douleur,<br>
-
-Amour, daigne amollir l’Ingrat en ma faveur;<br>
-
-Remets-le dans mes fers; efface son injure;<br>
-
-Rens moi, Dieu tout puissant, le cœur de ce Parjure:<br>
-
-Tout mon art n’y peut rien: seul tu peux le flechir.<br>
-
-Prête un charme à mes pleurs qui puisse l’attendrir.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE V.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, JASON, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>Nfin, c’en-est donc fait; mon Epoux m’abandonne.<br>
-
-Il consent qu’on m’exile, ou plûtost il l’ordonne.<br>
-
-L’exil, vous le sçavez, n’est pas nouveau pour moy.<br>
-
-J’ay sceu pour vous, Jason, m’en imposer la loi.<br>
-
-Sa cause est ce qui fait ma peine & ma disgrace.<br>
-
-Je fuyois pour Jason, & c’est lui qui me chasse.<br>
-
-N’importe; obéyssons aux lois de mon Epoux.<br>
-
-Partons, puisqu’il le veut. Mais où m’envoyez-vous?<br>
-
-Reverray-je Yolcos? iray-je en Thessalie,<br>
-
-Implorer les bontez des filles de Pelie?<br>
-
-Iray-je sur le Phaze, où mon Pere irrité<br>
-
-Reserve un juste prix à mon impieté?<br>
-
-Helas! du monde entier pour Jason seul bannie,<br>
-
-Ay-je encor quelque azyle en Europe, en Asie?<br>
-
-Et pour vous les ouvrir me fermant tous chemins,<br>
-
-Contre-moi n’ay-je pas armé tous les humains?<br>
-
-Fille d’un Roi fameux qui regne sur le Phaze,<br>
-
-Dont l’empire s’étend du Bosphore au Caucase,<br>
-
-Dans ces riches climats, où ses heureux sûjets<br>
-
-De l’or le plus brillant parent jusqu’aux forests,<br>
-
-Thresors, Sceptre, Parens, j’ay tout quitté sans peine,<br>
-
-Pour suivre d’un banni la fortune incertaine.<br>
-
-Vous le sçavez, Jason; pour vous j’ay tout quitté.<br>
-
-Est-ce donc-là le prix que j’avois mérité?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ne me reprochez point un mal-heur necessaire,<br>
-
-Où des Dieux contre nous me reduit la colere.<br>
-
-Je partage vos maux; je ressens vos douleurs,<br>
-
-Sans pouvoir qu’à ce prix détourner nos malheurs.<br>
-
-Vostre perte autrement devient inevitable.<br>
-
-Vos perils, nos Enfans, le Destin qui m’accable,<br>
-
-Les bontez de Créüse & les bien-faits du Roi<br>
-
-Me font....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ozes-tu bien en parler devant moi?<br>
-
-Ingrat? quel vain détour! quelle odieuse excuse!<br>
-
-Les bien-faits de Creon! les bontez de Créüse<br>
-
-Que sont-ils prés des miens? & quel prix doit jamais<br>
-
-Balancer dans ton cœur le prix de mes bien-faits?<br>
-
-J’ay conservé cent fois & ta vie & ta gloire.<br>
-
-Résouvien-t’en, Ingrat, rapelle en ta memoire<br>
-
-Ces temps, ou vil rebut du Destin & des flots,<br>
-
-Tu vins chercher ta perte & la mort à Colchos.<br>
-
-En vain de la Toison tu tentois la Conqueste.<br>
-
-Songe à tous les perils qui menaçoient ta tête.<br>
-
-Remets devant tes yeux ce fatal champ de Mars;<br>
-
-Sous cent formes la Mort offerte à tes regards;<br>
-
-Ces Enfans de la Terre affamez de carnage;<br>
-
-Ces tourbillons de feux; ces Monstres pleins de rage.<br>
-
-Alors, Ingrat, alors; qu’eust fait Creon pour toi?<br>
-
-En butte à tant de morts qu’aurois-tu fait sans moi?<br>
-
-Pour toi je déployay tout l’effort de mes charmes.<br>
-
-J’immolay les Guerriers, & par leurs propres armes.<br>
-
-Je domptay les Taureaux; j’assoupis le Dragon;<br>
-
-Enfin, je te livray la fatale Toison.<br>
-
-Je fis plus; je quittay ma Patrie, & mon Pere;<br>
-
-J’étouffay la Nature, & déchiray mon Frere;<br>
-
-J’affrontay le naufrage & la mort pour Jason.<br>
-
-J’immolay ton Tyran, je rajeunis Æson.<br>
-
-Ta vie est un tissu des bien-faits de Medée.<br>
-
-Créüse, Ingrat, peut-elle en effacer l’idée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Jusques dans le tombeau rempli de vos bien-faits<br>
-
-Jason en gardera la memoire à jamais.<br>
-
-Dans le fond de mon cœur si vos yeux pouvoient lire,<br>
-
-Helas! vous plaindriez l’horreur qui le déchire.<br>
-
-Mais, quand le sort conspire à vous faire perir,<br>
-
-Que pouvois-je pour vous en ce peril?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Mourir.<br>
-
-Pour toi n’estoi-ce pas une gloire assez ample?<br>
-
-Je t’en aurois donné le courage & l’exemple;<br>
-
-En me perçant le flanc pour enhardir ta main,<br>
-
-Je t’eusse encor ouvert ce glorieux chemin.<br>
-
-Je ne te parle plus du prix que tu me coûtes,<br>
-
-Pour attendrir ton cœur n’est-il point d’autres routes?<br>
-
-Oublie, oublie Ingrat, mes bien-faits en ce jour.<br>
-
-Mais souviens-toi du moins de mon fidelle amour.<br>
-
-Voy Medée à tes pieds gemir, verser des larmes.<br>
-
-Au nom de nostre amour jadis si plein de charmes,<br>
-
-Au nom de nostre hymen & de ses sacrez nœuds,<br>
-
-Au nom des tendres fruits d’un hymen malheureux;<br>
-
-Si tes Fils te sont chers ne trahis point leur Mere.<br>
-
-Dans ces portraits vivans on reconnoist leur Pere.<br>
-
-Prens pitié, non de moi, mais de ces Innocens;<br>
-
-Et te laisse toucher à des traits si puissans.<br>
-
-Helas! Dans les malheurs dont le sort les menace,<br>
-
-Plus que jamais sensible à leur âge, à leur grace,<br>
-
-Croyant te voir, de pleurs je sens baigner mes yeux;<br>
-
-Et ton amour encor m’en est plus pretieux.<br>
-
-Sauve-moi, sauve-les; & plains leur destinée.<br>
-
-Suivant dans son exil leur Mere infortunée,<br>
-
-Quels maux....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Cessez pour eux de craindre un tel malheur.<br>
-
-Moi, bannir mes Enfans! j’en mourrois de douleur.<br>
-
-Ah! d’un thresor si cher mon cœur est trop avare,<br>
-
-Pour craindre que jamais le Destin m’en separe.<br>
-
-Rien ne peut les ravir à mes embrassemens.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quoi tu pretens aussi m’arracher mes Enfans!<br>
-
-Tu pretens me ravir le seul bien qui me reste:<br>
-
-Je ne joüiray pas de la douceur funeste<br>
-
-De voir leur innocence appaiser mes fureurs;<br>
-
-Et de si cheres mains n’essuîront point mes pleurs.<br>
-
-Tu m’ostes des objets que mon cœur idolâtre.<br>
-
-Veux-tu les immoler, Crüel, à leur Marastre?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Je veux leur faire un sort, leur assurer un rang,<br>
-
-Qui les comble de gloire & réponde à leur sang.<br>
-
-Prés du thrône élevez à l’ombre de leur Pere,<br>
-
-Ils trouveront icy plus d’un Dieu tutelaire.<br>
-
-Creon sera pour eux plus qu’il ne m’a promis;<br>
-
-Et les confondra même avec ses petit Fils.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Perir plûtost cent fois qu’essuyer cét outrage!<br>
-
-Lache, soüiller mon sang par un vil assemblage!<br>
-
-Voir les fils du Soleil sous le joug abattus,<br>
-
-Avec ceux de Sisyphe unis & confondus!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Enfin telle est pour eux ma tendresse infinie,<br>
-
-Que vouloir m’en priver, c’est m’arracher la vie.<br>
-
-Je ne puis les quitter, & l’amour paternel....
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé bien, n’en parlons plus! ôte les moi, Crüel.<br>
-
-Mais crains mon desespoir, crains mon courroux funeste.<br>
-
-Tu perds, me les ôtant, tout l’appui qui te reste.<br>
-
-Leur veuë & leurs soupirs suspendoient ma fureur;<br>
-
-Rien ne me parle plus, Perfide, en ta faveur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Je croiois moderer la douleur qui vous presse.<br>
-
-Cependant je l’aigris; ma presence vous blesse. <br>
-
-Le temps & la raison ouvrant enfin vos yeux,<br>
-
-Vous me rendrez justice, en me connoissant mieux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VI.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p><p class="indentNO">
-<span class="lettrine">O</span>Ui je te la rendray, Crüel; je m’y
-prepare.<br>
-
-Tu m’ôtes mes Enfans; tu me ravis, Barbare, <br>
-
-Le seul bien qui pouvoit adoucir mon malheur.<br>
-
-Ah! je t’en puniray; j’en jure ma douleur.<br>
-
-Tremble, Ingrat, c’en est fait. Ma haine inexorable<br>
-
-Te va rendre jaloux de mon sort déplorable.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du second Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE III.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">M</span>Adame, c’en est fait. Medée aprés ce
-jour,<br>
-
-Abandonne Corinthe & quitte cette Cour.<br>
-
-En menaces en vain elle oze se répandre.<br>
-
-Dans un terme si court que peut-elle entreprendre?<br>
-
-Et d’ailleurs pour ses Fils tremblante dans son cœur,<br>
-
-Des ôtages si chers retiennent sa fureur.<br>
-
-Je sais même observer ses pas & sa colere.<br>
-
-Ainsi rien ne s’oppose à l’hymen que j’espere.<br>
-
-Tout m’annonce un bon-heur infaillible & prochain, <br>
-
-Et les Dieux, de mon sort seront jaloux demain.<br>
-
-Que ce crüel delai me fait de violence;<br>
-
-Et que ce jour est long à mon impatience!<br>
-
-J’accuse sa lenteur de moment en moment.<br>
-
-Elle irrite ma flâme & mon empressement.<br>
-
-L’heureux Jason languit. Mais ma belle Princesse,<br>
-
-Partagez-vous du moins ma joye & ma tendresse?<br>
-
-Aimez-vous des transports dont vous causez l’ardeur?<br>
-
-Sentez-vous du plaisir à faire mon bon-heur?<br>
-
-Vous ne me dittes rien. Quelle raison secrette,<br>
-
-Dans ces heureux momens peut vous rendre müette?<br>
-
-Une sombre langueur que vous cachez en vain,<br>
-
-De vostre front troublé ternit l’éclat serein.<br>
-
-Que vois-je! à vos yeux même il échappe des larmes.<br>
-
-D’où viennent vos frayeurs? d’où naissent vos allarmes.<br>
-
-Ay-je pû, ma Princesse, offenser vos beaux yeux?<br>
-
-Qu’ay-je fait? qu’ay-je dit? & vous suis-je odieux?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Moi, vous haïr, Seigneur! quelle injustice extrême!<br>
-
-Et ma bouche & mes yeux ont avoüé que j’aime.<br>
-
-Mon cœur suit mon devoir. Tous mes soins, tous mes vœux<br>
-
-N’aspirent qu’à vous plaire & qu’à vous rendre heureux.<br>
-
-Mais dans nostre bon-heur je ne sçay quelle crainte<br>
-
-M’allarme malgré moi; tient ma joye en contrainte.<br>
-
-N’a-t on pas veu cent fois les Dieux mêmes jaloux<br>
-
-Traverser un bon-heur pour des Mortels trop doux.<br>
-
-Je plains même, je plains le destin de Medée,<br>
-
-Et ce funeste amour dont elle est possedée.<br>
-
-Daignent les justes Dieux soulageant sa douleur,<br>
-
-Ne pas faire sur nous retomber son malheur.<br>
-
-Helas! si quelque jour leur fatale colere<br>
-
-Empoisonnoit le cours d’un destin si prospere?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! calmez ces frayeurs. Les Dieux justes toûjours<br>
-
-De vos prosperitez feront durer le cours.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Mais quand des Dieux, Seigneur, je n’aurois rien à craindre,<br>
-
-De vous n’auray-je pas quelque jour à me plaindre?<br>
-
-Vous me repondez d’eux; repondez-moi de vous.<br>
-
-Helas! si vous brisiez un jour des nœuds si doux,<br>
-
-Et si vous m’immoliez à quelque ardeur nouvelle,<br>
-
-Que deviendrois-je, O Ciel! dans ma douleur mortelle?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Vous pleurez, ma Princesse, & vous pouvez penser,<br>
-
-Que jamais vostre Amant puisse vous offenser.<br>
-
-Quel outrage crüel vous faites à ma flâme?<br>
-
-Lisez-vous donc si mal dans mes yeux, dans mon ame?<br>
-
-Ah! rien ne peut jamais éteindre un feu si beau.<br>
-
-On verra son ardeur durer jusqu’au tombeau.<br>
-
-Que n’en puis-je exprimer toute la violence!<br>
-
-Vos yeux ne sont-ils pas garands de ma constance?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hypsipile & Medée, objets de vos amours,<br>
-
-Se sont laissé surprendre à de pareils discours;<br>
-
-Et de nouveaux objets vostre ame possedée,<br>
-
-A laissé cependant Hypsipile & Medée.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Leur exemple inegal vous trouble sans raison,<br>
-
-Madame; bannissez un injuste soupçon.<br>
-
-Hypsipile & Medée en prevenant mon ame,<br>
-
-Avoient sçeu m’engager à répondre à leur flâme.<br>
-
-Touché de leurs bien-faits, sensible à leur amour,<br>
-
-Mon cœur crut leur devoir quelques soins à son tour;<br>
-
-Et d’y répondre au moins ne pouvant me défendre,<br>
-
-La crainte d’estre ingrat me força de me rendre.<br>
-
-Mais dés que je vous vis, un trouble imperieux,<br>
-
-Asservit tout mon cœur au pouvoir de vos yeux.<br>
-
-D’une pressante ardeur l’extrême violence,<br>
-
-Surmonta ma raison, força ma resistance;<br>
-
-Et je sentis enfin que jusques à ce jour,<br>
-
-Je n’avois pas connu le pouvoir de l’Amour.<br>
-
-Un si parfait amour bravera la mort même.<br>
-
-J’en atteste des Dieux la puissance suprême.<br>
-
-Puissent ces Dieux vangeurs, si je trahis ma foi,<br>
-
-Epuiser leur courroux & leurs foudres sur moi.<br>
-
-Si votre cœur m’aimoit, il prendroit ma deffense.<br>
-
-Un veritable amour bannit la deffiance.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Un veritable amour est-il jamais sans soins?<br>
-
-Je ne craindrois pas tant, helas! si j’aimois moins.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Si vous sentez mes feux, ah! sentez donc ma joye;<br>
-
-Et que dans vos transports vostre amour se deploye.<br>
-
-Si prez de rendre heureux vostre fidelle Amant,<br>
-
-Prenez part, s’il se peut, à son ravissement.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Vous le voulez; je cede & ma tristesse change.<br>
-
-Je ressens vostre joye & pure & sans mélange.<br>
-
-Oüi Jason, je me rens, & l’Amour est vainqueur.<br>
-
-Il comble tous mes vœux, m’assurant vostre cœur.<br>
-
-Adieu. Je vais au pied des Autels de sa Mere,<br>
-
-Implorer ardamment son secours tutelaire;<br>
-
-La presser d’augmenter nos fidelles ardeurs,<br>
-
-Et de verser sur nous ses plus douces faveurs.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">A</span>Vec quel air charmant cette aimable Princesse<br>
-
-Répond à vos transports & sent vostre tendresse?<br>
-
-Tout flatte votre espoir; tout conspire à vos vœux.<br>
-
-Et vous semblez toucher au sort le plus heureux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Que je serois heureux, je le confesse, Iphite,<br>
-
-Si je pouvois calmer un trouble qui m’irrite;<br>
-
-Et si goûtant en paix un si parfait bon-heur,<br>
-
-J’étouffois à mon gré tout remord en mon cœur!<br>
-
-Mais je puis bannir une importune idée.<br>
-
-A mes yeux malgré moi par tout s’offre Medée.<br>
-
-Ce souvenir crüel m’afflige & me poursuit.<br>
-
-Jusqu’aux pieds de Créüse il me trouble & me suit.<br>
-
-Grands Dieux! quel sort fatal, quelle loi trop severe<br>
-
-Des plaisirs les plus grands rend la douceur amere?<br>
-
-Quel noir poison se mêle au sort le plus charmant?<br>
-
-Et ne sçauroit-on estre heureux impunement?<br>
-
-Vostre bonté jalouze avec caprice enchaîne<br>
-
-Les biens & les tourmens, les plaisirs & la peine.<br>
-
-Au faiste du bon-heur on pousse des soupirs;<br>
-
-Et l’amertume naist dans le sein des plaisirs.<br>
-
-Ah c’est trop. De mon sort soyons enfin le maître.<br>
-
-Déja je sens le calme en mon ame renaître.<br>
-
-Déja.... je vois Medée! ô dieux! trop justes Dieux!<br>
-
-Ne peut-on un moment se soustraire à vos yeux?<br>
-
-Quand je crois estre heureux, soudain vostre justice<br>
-
-Confond tous mes projets & m’offre mon supplice.<br>
-
-Que lui dire? fuions.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, MEDÉE, IPHITE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-<span class="lettrine">S</span>Eigneur, où fuyez-vous?<br>
-
-Je ne viens point brûlant d’un injuste courroux,<br>
-
-Vous accabler sans fruit de cris & de reproches.<br>
-
-Cessez de redouter ma veüe & et mes approches.<br>
-
-Mes yeux s’ouvrent enfin; je connois mon erreur.<br>
-
-L’amour & la raison ont vaincu ma fureur.<br>
-
-Oüi je sens que mon cœur dans ses vives allarmes,<br>
-
-Vous excuse, vous plaint, & vous preste des armes.<br>
-
-Je vois que le Destin vous force à me bannir.<br>
-
-Que le Ciel romp les nœuds dont il sceut nous unir;<br>
-
-Et cedant sans murmure au revers qui m’accable,<br>
-
-Je n’impute qu’au Sort un coup inévitable.<br>
-
-Je viens donc reparer par un pront repentir<br>
-
-Des fureurs où mon cœur ne pouvoit consentir.<br>
-
-Effacer mes transports, expier mes menaces,<br>
-
-Par vostre veuë encore adoucir mes disgraces,<br>
-
-Et condamnant l’éclat d’un mouvement jaloux,<br>
-
-Pour la derniere fois pleurer auprés de vous.<br>
-
-Oubliez mes transports, oubliez ma colere.<br>
-
-Pardonnez à l’amour un crime involontaire;<br>
-
-Et ne vous souvenant que d’un si tendre amour<br>
-
-Recevez mes adieux en ce funeste jour
-</p>
-
-<br>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-C’en est trop. Ah de grace, épargnez-moi, Madame.<br>
-
-Aimez moins un Ingrat qui trahit vostre flâme.<br>
-
-N’offrez point à ses yeux cette tendre douleur.<br>
-
-C’est augmenter mon trouble & déchirer mon cœur.<br>
-
-C’est redoubler l’horreur d’un destin qui m’accable.<br>
-
-Pour moi vostre fureur estoit moins redoutable.<br>
-
-Reprenez vostre haine & vos transports jaloux.<br>
-
-Ah! je crains vostre amour, plus que vostre courroux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! laissez-moi l’amour dont je suis possedée.<br>
-
-C’est lui seul qui m’anime; & la triste Medée<br>
-
-Ne peut, tel est son sort, cesser de vous cherir.<br>
-
-Elle vous aimera jusqu’au dernier soupir.<br>
-
-Vivez; regnez heureux. Mais pour grace derniere <br>
-
-Ne me refusez pas une juste priere.<br>
-
-Souffrez que j’ose encor vous presser en ce jour<br>
-
-De m’accorder les fruits de nostre tendre amour.<br>
-
-Ils suffiront, Seigneur, pour consoler leur Mere.<br>
-
-Je croiray, les voyant, voir encor leur Pere,<br>
-
-Et par ces doux objets mon amour affermi,<br>
-
-Vous possedant en eux ne vous perd qu’à demi.<br>
-
-Ce n’est pas pour long-temps que je vous les demande;<br>
-
-Et je joüiray peu d’une faveur si grande.<br>
-
-Vous reverrez bien-tost ces gages pretieux.<br>
-
-Bien-tost, au lieu de vous, m’ayant fermé les yeux,<br>
-
-Ils reviendront, Seigneur, joüir de vostre gloire,<br>
-
-Et vous conter la fin de ma funeste histoire.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Helas! qu’exigez-vous? pourquoy me demander<br>
-
-Le seul bien qu’à vos vœux je ne puis accorder.<br>
-
-Demandez moi plûtost & mon sang & ma vie,<br>
-
-Que la Parque sans eux m’auroit bien-tost ravie.<br>
-
-Mais ne m’enlevez pas ces fruits de nos amours.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Hé bien! joüissez-en; possedez les toûjours.<br>
-
-Oüi, l’amour maternel se faisant violence<br>
-
-Cede enfin à vœux, & s’impose silence.<br>
-
-Conservez cherement un si pretieux bien.<br>
-
-Témoins de vos grandeurs, qu’ils en soient le soutien;<br>
-
-Joüissez de leur veuë & goûter leurs caresses.<br>
-
-Sans jalousie entr’eux partagez vos tendresses.<br>
-
-Faites leur un destin illustre & glorieux.<br>
-
-Rendez les s’il se peut dignes de leurs ayeux.<br>
-
-Enfin qu’en les voyant la tendresse de Pere<br>
-
-Vous fasse quelque-fois souvenir de leur Mere.<br>
-
-Et que pour adoucir les maux que je prevoi,<br>
-
-Le bruit dans mon exil en vienne jusqu’à moi.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Qu’avec joye à vos vœux j’accorde cette grace!<br>
-
-Est-il rien que pour eux ma tendresse ne fasse;<br>
-
-Les grandeurs, les plaisirs vont les environner;<br>
-
-Et je ne me fais Roi, que pour les couronner.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Seigneur, je pars contente aprés cette assurance.<br>
-
-Mais de Creon tantost j’ay bravé la clemence.<br>
-
-Je tremble avec raison que ses ressentimens<br>
-
-Ne punissent mes Fils de mes emportemens;<br>
-
-Et que pour m’accabler, sa trop juste colere<br>
-
-Ne se vange sur eux du crime de leur Mere.<br>
-
-A Créüse bien-tost je vais les envoyer.<br>
-
-Pour eux, au nom des Dieux, allez vous employer.<br>
-
-Adoucissez Creon, attendrissez Créüse.<br>
-
-L’amour a fait mon crime, il fera mon excuse:<br>
-
-C’est lui, c’est la douleur, qui m’a fait égarer;<br>
-
-Et par un prompt exil je vais tout reparer.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Que vous connoissez mal Creon & sa clemence!<br>
-
-Un si prompt repentir désarmant sa vengeance,<br>
-
-Sensible à vos malheurs, ses soins & ses bienfaits<br>
-
-Adouciront vos maux, combleront mes souhaits.<br>
-
-Je vais remplir vos vœux & calmer sa colere.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Peignez luy bien, Seigneur, mon repentir sincere.<br>
-
-Je veux dés ce soir même abandonner ces lieux.<br>
-
-Pour la derniere fois recevez mes adieux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Puisse le juste Ciel à mes vœux favorable<br>
-
-Vous accorder, Madame, un repos desirable.<br>
-
-Jason à son destin cedant avec regret,<br>
-
-Nourrissant loin de vous un deplaisir secret,<br>
-
-Gardera cherement dans le fond de son ame,<br>
-
-Le tendre souvenlr d’une si belle flâme.<br>
-
-L’absence ny le temps n’effaceront jamais<br>
-
-De son cœur affligé le prix de vos bien-faits.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">V</span>A, quand tu le voudrois, il y va de ma
-gloire;<br>
-
-Je t’empescheray bien d’en perdre la memoire.<br>
-
-Je sçais quand il me plaist, dans l’ame des ingrats<br>
-
-Graver des souvenirs qui ne s’effacent pas.<br>
-
-Que j’ay souffert, Rhodope, à cacher ma colere?<br>
-
-Quelle horrible contrainte il a fallu me faire?<br>
-
-Ma rage en est accrüe; & ce torrent fougueux<br>
-
-Va plus rapidement se deborder contr’eux.<br>
-
-Il ne me reste plus que d’évoquer Hecate,<br>
-
-Et tous ces Dieux crüels dont la fureur me flate.<br>
-
-Mes plus mortels poisons, mes charmes sont tous prests.<br>
-
-Hâtons nous de lancer nos redoutables traits.<br>
-
-<br>
-
-Rhodope tu connois cette robe éclattante<br>
-
-De rubis lumineuse & d’or étincellante;<br>
-
-Parure inestimable, ornement pretieux<br>
-
-Où l’art & la richesse ébloüissent les yeux.<br>
-
-Le Soleil mon Ayeul, favorisant mon Pere,<br>
-
-Pour present nuptial en fit don à ma Mere;<br>
-
-Et semble avoir mêlé pour enrichir ses dons<br>
-
-Le feu de la lumiere à l’or de ses rayons.<br>
-
-C’est de tous le thresors, où je pouvois pretendre,<br>
-
-L’unique qu’en fuyant Medée ait daigné prendre.<br>
-
-Tu sçais qu’en arrivant en ces funestes lieux,<br>
-
-De Créüse ébloüie elle enchanta les yeux.<br>
-
-Admirant son éclat & vantant sa richesse,<br>
-
-Elle a tout employé, prieres, dons, promesse,<br>
-
-Pour pouvoir posseder ce superbe ornement.<br>
-
-Il faut qu’à ma vengeance il serve d’instrument.<br>
-
-Je vais l’empoisonner, & par mon art funeste<br>
-
-Mêler un pront venin à son éclat celeste;<br>
-
-Mille sucs empestez, milles charmes divers;<br>
-
-Et la Rage, & la Mort, & l’horreur des Enfers.<br>
-
-Je veux que mes Enfans, pour cacher ma vengeance,<br>
-
-Et feignant d’implorer ses soins & sa clemence,<br>
-
-Ministres non suspects de mon courroux affreux,<br>
-
-Portent à leur Marâtre un don si dangereux.<br>
-
-Mais allons engager mes Dieux dans ma querelle.<br>
-
-J’entens déja leur voix qui m’anime & m’appelle.<br>
-
-Terribles Dieux du Stix, je marche sur vos pas.<br>
-
-Dans ce pressant besoin ne m’abandonnez pas.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du troisiéme Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE IV.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">I</span>L est temps d’achever le charme & ma vengeance.<br>
-
-Hecate, vien pour moi signaler ta puissance.<br>
-
-Hecate, triple Hecate, exauce enfin mes vœux.<br>
-
-Vien; je vais consommer mes mysteres affreux.<br>
-
-J’ay mis mon art en œuvre; et ma robe empestée<br>
-
-A bû les sucs mortels dont elle est infectée.<br>
-
-Aux poisons j’ay mêlé mes charmes les plus forts.<br>
-
-Mais que pourroient sans toi mes impuissans efforts?<br>
-
-Grande Divinité, tu rens mon art terrible.<br>
-
-Irrite les poisons & la flâme invisible,<br>
-
-Que j’ay sceu confier à ce don pretieux.<br>
-
-Sur tout cache la bien aux regards curieux;<br>
-
-Et qu’au gré de mes yeux impuissante ou fatale,<br>
-
-Elle devore seuls Creon & ma Rivale.<br>
-
-Qu’elle épargne tout autre & ne consume qu’eux.<br>
-
-Hecate entens ma voix, & viens remplir mes vœux.<br>
-
-Elle vient. Je la sens qui m’échauffe & m’entraîne.<br>
-
-Tout mon cœur en fremit & je respire à peine.<br>
-
-Une soudaine horreur fait dresser mes cheveux.<br>
-
-Mes yeux percent la nuit du sejour tenebreux.<br>
-
-Je vis me faire oüir dans l’Empire des Manes.<br>
-
-Je vais les évoquer. Loin d’icy, loin Prophanes.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">M</span>Inistres rigoureux de mon courroux
-fatal,<br>
-
-Redoutables Tyrans de l’Empire infernal,<br>
-
-Dieux, ô terribles Dieux du trepas & des Ombres,<br>
-
-Et vous, Peuple crüel de ces royaumes sombres,<br>
-
-Noirs Enfans de la Nuit, Manes infortunez,<br>
-
-Criminels sans relâche à souffrir condamnez,<br>
-
-Barbare Tisiphone, implacable Megere,<br>
-
-Nuit, Discorde, Fureur, Parques, Monstres, Cerbere,<br>
-
-Reconnoissez ma voix & servez mon courroux.<br>
-
-Dieux crüels, Dieux vangeurs, je vous évoque tous.<br>
-
-Venez semer icy l’horreur & les allarmes.<br>
-
-Venez remplir ces lieux & de sang & de larmes.<br>
-
-Rassemblez, déchaînez tous vos tourmens divers;<br>
-
-Et, s’il se peut, icy transportez les Enfers.<br>
-<br>
-
-On m’éxauce. Le Ciel se couvre de tenebres.<br>
-
-L’air au loin retentit de hurlemens funebres.<br>
-
-Tout répand dans mon ame une affreuse terreur.<br>
-
-Ce Palais va tomber. La terre mugit, s’ouvre;<br>
-
-Son sein vomit des feux & l’Enfer se découvre.<br>
-
-Quel est ce Criminel qui cherche à se cacher?<br>
-
-Je reconnois Sisyphe à ce fatal rocher.<br>
-
-Témoin des maux crüels qu’on prepare à sa race,<br>
-
-Il se cache de honte & pleure sa disgrace.<br>
-
-Son desespoir commence à soulager le mien.<br>
-
-Le crime de ta race est plus noir que le tien,<br>
-
-Audacieux Sisyphe, & le Roi du Tartare<br>
-
-Ne sçauroit vous trouver de peine assez barbare.<br>
-
-<br>
-
-Mais quel Fantômes vains sortent de toutes parts?<br>
-
-Que de Spectres affreux s’offrent à mes regards?<br>
-
-Quelle Ombre vient à moi. Que vois-je? c’est mon Pere!<br>
-
-Quel coup a pû si-tost lui ravir la lumiere?<br>
-
-Chere Ombre, apprens le moi. Ma fuitte & ma fureur<br>
-
-Helas! t’ont fait sans doute expirer de douleur.<br>
-
-Tens moi les bras du moins. Mais quelle Ombre sanglante<br>
-
-Se jette entre nous deux terrible & menaçante?<br>
-
-De blessures, de sang, couvert, defiguré,<br>
-
-Ce Spectre furieux paroît tout déchiré.<br>
-
-C’est mon Frere. Oüi c’est lui; je le connois à peine.<br>
-
-Ah! pardonne, chere Ombre, à ma rage inhumaine,<br>
-
-Pardonne. L’Amour seul a causé ma fureur.<br>
-
-Il fût ton assassin; il sera ton vangeur;<br>
-
-Et sçaura t’immoler de si grandes victimes<br>
-
-Qu’il obtiendra de toi le pardon de ses crimes.<br>
-
-Le sang... tout disparoît; tout fuit devant mes yeux.<br>
-
-Tisiphone avec moi reste seule en ces lieux.<br>
-
-Noire Fille du Stix, Furie impitoyable,<br>
-
-Ah! cesse d’attiser mon courroux effroyable;<br>
-
-Calme de tes serpents les affreux sifflemens.<br>
-
-Tu ne peux adjoûter à mes ressentimens.<br>
-
-Ne songe qu’à servir une fureur si grande.<br>
-
-Hecate le desire, & je te le commande.<br>
-
-Nuit, Stix, Hecate, Enfers, terribles Deitez,<br>
-
-J’ordonne. Obeyssez sourdes Divinitez.<br>
-
-Le charme a réüssi. Poursuivons ma vengeance.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">V</span>Iens, Rhodope; mon art ne craint plus ta presence.<br>
-
-Le charme est consommé. C’en est fait & jamais<br>
-
-Un espoir plus certain ne flatta mes souhaits.<br>
-
-Apporte prontement ma Robbe pretieuse.<br>
-
-Pour mes ennemis seuls elle est contagieuse.<br>
-
-Ne crains pas de toucher ce don pernitieux.<br>
-
-Puis cherche mes Enfans; conduis les en ces lieux.<br>
-
-Je veux les preparer à servir ma vengeance<br>
-
-Et feignant d’obéïr au Tyran qui m’offence<br>
-
-Leur cacher mes desseins, afin qu’ils trompent mieux<br>
-
-De leurs maux & des miens les Auteurs odieux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>Nfin de mes Tyrans je vais punir les
-crimes.<br>
-
-Il ne me reste plus qu’à parer mes victimes.<br>
-
-Le sacrifice est prest. L’heure approche; & mon cœur<br>
-
-Triomphe & s’applaudit déja de son bon-heur.<br>
-
-Cours chercher mes Enfans. O superbe parure,<br>
-
-(<i>Rhodope apporte la Robbe de Medée & sort pour amener les
-enfans.</i>)<br>
-
-Present qui va servir à vanger mon injure,<br>
-
-Cache bien les tresors que mon art t’a commis.<br>
-
-Mes plus chers interests à toi seul son remis.<br>
-
-Que j’ayme en ce moment l’éclat qui t’environne.<br>
-
-Ah! seul tu me tiens lieu d’Empire & de couronne.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE V.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">A</span>Prochez, approchez, jeunes
-Infortunez,<br>
-
-Qu’aux maux presqu’en naissant le Ciel a condamnez.<br>
-
-On va nous separer par une loi severe.<br>
-
-C’en est fait, mes Enfans; vous n’avez plus de Mere.<br>
-
-Je ne joüiray plus de vos transports charmans.<br>
-
-Le Sort crüel m’arrache à vos embrassemens.<br>
-
-Vostre veuë est un bien que sa rigueur m’envie.<br>
-
-Vous n’adoucirez point les malheurs de ma vie;<br>
-
-Et mes yeux, loin de vous, aux pleurs accoûtumez,<br>
-
-Par vos mains en mourant ne seront point fermez.<br>
-
-Il vous est interdit d’accompagner ma fuitte.<br>
-
-Sous un joug estranger le Ciel vous precipite;<br>
-
-Et vous asservissant à de crüelles loix,<br>
-
-Il vous donne des fers dont je sens tout le poids.<br>
-
-Soumettons nous, mes Fils; cedons à la Fortune.<br>
-
-Quittez cette fierté prés des Rois importune.<br>
-
-Votre sort a changé; changez aussi de vœux:<br>
-
-L’abbaissement, mes Fils convient aux malheureux.<br>
-
-Oubliez vostre sang; oubliez vos Ancestres:<br>
-
-Esclaves, apprenez à menager vos Maistres;<br>
-
-Et leur immolant tout, ainsi qu’à vos vrais Dieux,<br>
-
-Essayez à trouver grace devant leurs yeux.<br>
-
-Portez, pour commencer, ma robbe à la Princesse.<br>
-
-Offrez la de ma part; peignez lui ma tristesse;<br>
-
-Qu’un juste repentir surmonte ma fureur;<br>
-
-Que j’implore pour vous ses bontez, sa faveur.<br>
-
-Allez; de vos destins à present Souveraine,<br>
-
-Mes Fils, c’est vostre Mere, & de plus vostre Reine.<br>
-
-Sans rougir, à ses pieds d’abord prosternez vous.<br>
-
-Baisez avec respect sa robbe & ses genoux;<br>
-
-Et par vos soins flatteurs, par vos tendres caresses,<br>
-
-Appuiez vivement la foi de mes promesses.<br>
-
-Qui vous peut retenir? Mes Fils, vous soupirez;<br>
-
-Et vous n’osez lever vos yeux mal assurez.<br>
-
-Je le vois. Vostre sang repugne à ces foiblesses.<br>
-
-Les neveux du Soleil ont horreur des bassesses.<br>
-
-Mais c’est l’arrest du Sort. Vous pouvez sans rougir,<br>
-
-Imiter mon exemple, à mes loix obéïr.<br>
-
-(<i>à Rhodope</i>.)<br>
-
-Tu pourras au besoin leur servir d’interprete,<br>
-
-Rhodope, conduis-les; fais ce que je souhaitte;<br>
-
-Et reviens avec eux m’informer prontement<br>
-
-Comme on aura receu ce fatal vestement.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VI.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">T</span>Out succede à mes vœux & mon dessein s’avance.<br>
-
-Ne m’abandonnez pas, remplissez ma vengeance,<br>
-
-Dieux, redoutables Dieux, qu’avec ardeur je sers,<br>
-
-Qui venez de moüir du plus creux des Enfers.<br>
-
-Dans le piege fatal faittes tomber ma proye.<br>
-
-Aveuglez mes Tyrans ennivrez de leur joye.<br>
-
-Que Medée asservie à tant d’abaissement,<br>
-
-N’ayt pas esté reduitte à feindre impunement.<br>
-
-Montrez qu’on vous offense au moment qu’on m’outrage.<br>
-
-Déja je crois vous voir remplir toute ma rage.<br>
-
-Déja je vois tomber & Créüse & Creon.<br>
-
-Mais comment nous vanger du perfide Jason?<br>
-
-Comment punir assez son crime detestable?<br>
-
-De tous mes Ennemis il est le plus coupable.<br>
-
-Enfantons quelque monstre; inventons quelque horreur,<br>
-
-Qui de tous mes forfaits surpasse la noirceur.<br>
-
-Dieux! que m’inspirez-vous? quelle barbare image, <br>
-
-Quel horrible attentat offrez-vous à ma rage?<br>
-
-Moi-même je fremis à cét objet affreux.<br>
-
-Ce crime m’épouvante & surpasse mes vœux.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VII.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE, SES ENFANS, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">V</span>Ostre present, Madame, a charmé la Princesse.<br>
-
-Ne pouvant se lasser d’en vanter la richesse,<br>
-
-Dés ce soir sans soupçon elle veut s’en parer.<br>
-
-Creon même, Creon s’empresse à l’admirer.<br>
-
-Jason & vos presents les assurent, Madame,<br>
-
-Que la raison éteint la colere de vostre ame;<br>
-
-Que pour vous, pour vos Fils, vous faisant un effort,<br>
-
-Vous cedez par devoir à la rigueur du Sort.<br>
-
-Enfin tous deux comblant vos Enfans de caresses,<br>
-
-Ont temoigné pour eux les dernieres tendresses.<br>
-
-Que vois-je! vous pleurez. Si prés de vous vanger,<br>
-
-Quel trouble vous saisit & vient vous affliger?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Helas!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Vous gemissez; d’où naissent ces allarmes?<br>
-
-Attachant sur vos Fils vos yeux baignez de larmes,<br>
-
-Vous fremissez, Madame, & changeant de couleur<br>
-
-Vous détournez soudain la veuë avec horreur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quelque vive douceur qu’ayt pour moi la vengeance,<br>
-
-Un trouble violent en secret la balance.<br>
-
-Je pleure avec raison ces Enfans malheureux.<br>
-
-Quel crime les condamne, & qu’ont-ils fait aux Dieux?<br>
-
-Dans un âge si tendre ils vont perdre leur Mere;<br>
-
-Et les Infortunez n’ont déja plus de Pere.<br>
-
-Esclaves, Estrangers, sans appui, sans secours,<br>
-
-Quelle suitte de maux va marquer tous leurs jours.<br>
-
-C’est en vain que je vais leur ravir leur Marâtre,<br>
-
-De quelque objet nouveau mon Perfide idolatre,<br>
-
-Les remettra bien-tost sous un joug odieux,<br>
-
-Et les accablera d’un poids injurieux.<br>
-
-Quel Astre empoisonnant votre triste naissance,<br>
-
-Mes Fils, versa sur vous sa crüelle influence?<br>
-
-Languissans sous le joug, gemissans dans les fers,<br>
-
-Le Destin vous condamne à cent malheurs divers.<br>
-
-Vous vous consumerez dans un vil esclavage,<br>
-
-Essuyant chaque jour quelque nouvel outrage.<br>
-
-Quel sort... Ah cette idée irrite ma douleur,<br>
-
-Et l’amour maternel, redouble ma fureur!<br>
-
-Pour les Fils du Soleil quel indigne partage!<br>
-
-Quel coup... mon amour meurt & se transforme en rage;<br>
-
-C’en est fait. Innocens, vous me tendez les bras.<br>
-
-Ces regards caressans, ce souris plein d’appas,<br>
-
-Reveillant la nature, augmentant ma foiblesse,<br>
-
-Jusqu’au fond de mon cœur vont chercher la tendresse.<br>
-
-Helas! en souriant, vous repandez des pleurs.<br>
-
-Infortunez! déjà sentez vous vos malheurs!<br>
-
-Que voulez-vous de moi par ces douces caresses?<br>
-
-Il nous faut renoncer à toutes ces tendresses.<br>
-
-De votre trïste Mere il faut vous détacher;<br>
-
-A de si doux plaisirs il faut nous arracher.<br>
-
-En vain j’avois sur vous fondé mon esperance.<br>
-
-En vain je me flattois d’élever votre Enfance.<br>
-
-Il nous est interdit de nous voir desormais;<br>
-
-O mes Fils! il nous faut separer pour jamais.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Epuisez vos transports, Madame. La Princesse<br>
-
-Pour un temps assez court s’en prive & vous les laisse.<br>
-
-Elle leur a prescrit de venir en ces lieux,<br>
-
-Recevoir prontement vos pleurs & vos adieux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-L’Orgueilleuse déjà leur commande, & m’outrage!<br>
-
-O ma lente douleur! ô mon foible courage!<br>
-
-A quels affronts crüels, à quel sort odieux<br>
-
-Livres tu lâchement le plus beau sang des Dieux!<br>
-
-Ma fureur se reveille, & l’amour la ranime.<br>
-
-Ozons les affranchir du joug qui les opprime.<br>
-
-Couronnons ma vengeance & bornons leur malheur.<br>
-
-Que dis-tu Miserable, & que veut ta fureur?<br>
-
-Non, pour finir leurs maux, il n’est plus d’autre voye.<br>
-
-Un moment de douleur va me combler de joye.<br>
-
-Frappons.... Frappons...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-U<small>N DES</small> E<small>NFANS</small>.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! Dieux. Ma Mere! qu’avez-vous?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-L’<small>AUTRE</small> E<small>NFANT</small>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Pourquoi nous menacer, & d’où vient ce courroux?<br>
-
-Je tremble.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Je fremis. Leurs regards & leurs larmes<br>
-
-Me troublent, & des mains me font tomber les armes.<br>
-
-O mon sang! ô mes Fils, si chers à mes desirs!<br>
-
-Objets de ma tendresse & de mes deplaisirs,<br>
-
-Infortunez auteurs de ma douleur amere,<br>
-
-Approchez mes Enfans; embrassez votre Mere.<br>
-
-Empressez-vous encor d’obéïr à mes loix;<br>
-
-Et baisez moi du moins pour la derniere fois.<br>
-
-<br>
-
-Rhodope, conduis les dans la chambre prochaine.<br>
-
-Leur veüe accroît mon trouble & redouble ma peine.<br>
-
-Qu’ils me coûtent de pleurs! qu’ils me sont chers! helas!<br>
-
-Mon lâche amour, mes pleurs ne les soulagent pas.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE VIII.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDÉE<i>, seule</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">T</span>U les aimes, Cruelle, & tu les laisses
-vivre!<br>
-
-Aux malheurs les plus grands ta foiblesse les livre;<br>
-
-Et ta pitié barbare en respectant leurs jours,<br>
-
-Du plus affreux destin leur prepare le cours.<br>
-
-Ah! lâche! suis tu donc un foible amour pour guide?<br>
-
-Sauve les; tu fais bien. Leur Pere moins timide<br>
-
-Pour vanger tes Tyrans leur percera le flanc.<br>
-
-Quoi! leur Pere à Créüse immoleroit mon sang!<br>
-
-Non, mes Enfans jamais ne seront sa victime:<br>
-
-Ils mourront de ma main. Tout me force à ce crime.<br>
-
-Qu’ils meurent ces Enfans d’un infidelle Epoux:<br>
-
-Adoptez par Créüse, ils ne sont plus à nous.<br>
-
-Ah! s’ils sont innocens, aussi l’estoit mon Frere!<br>
-
-J’immolerois mes Fils! ô trop barbare Mere!<br>
-
-Ah! plûtost.... l’heure approche; un exil rigoureux,<br>
-
-Un divorce crüel va me separer d’eux.<br>
-
-Ils n’adouciront point ma fuitte et mes allarmes.<br>
-
-S’attachant à leur Mere, & tout baignez de larmes,<br>
-
-De mes bras, de mon sein, on va les détacher:<br>
-
-A l’amour maternel on va les arracher.<br>
-
-Non, ne l’endurons pas. Qu’ils meurent pour leur Pere;<br>
-
-Qu’ils meurent. Aussi-bien ils sont morts pour leur Mere.<br>
-
-O Jason! ô mes Fils! Amour, Haine, Fureur,<br>
-
-Cessez par vos combats de déchirer mon cœur!<br>
-
-Pour le percer ce cœur, trop de rigueur s’assemble.<br>
-
-Le Temps fuit; le mal presse. Accordez-vous ensemble.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif">
-<i>Fin du quatriéme Acte.</i>
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="ACTE">
-<h3 style="margin-top: 0em">ACTE V.</h3>
-<hr>
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE PREMIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-MEDE, RHODOPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-RHODOPE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">A</span>H! Madame, fuyez un Peuple furieux.<br>
-
-Fuyez, sans differer, de ces funestes lieux.<br>
-
-Tandis qu’avec le trouble y regne l’épouvante.<br>
-
-Votre present fatal a passé vostre attente;<br>
-
-Et vos fiers Ennemis mourans, desesperez,<br>
-
-Succombent au poison dont ils sont devorez.<br>
-
-A peine, à peine encor vostre aveugle Rivale<br>
-
-Portoit avec plaisir cette Robbe fatale,<br>
-
-Qu’un feu sombre et crüel, une invisible ardeur<br>
-
-Embraze tout son corps, & consume son cœur.<br>
-
-Un funeste poison courant de veine en veine,<br>
-
-Allume dans son sang une flâme inhumaine,<br>
-
-Qui penetre avec force & s’attache à ses os.<br>
-
-C’est en vain qu’on s’empresse à soulager ses maux.<br>
-
-La Robbe devorante à son corps attachée,<br>
-
-Y nourrit le venin de la flame cachée;<br>
-
-Et du charme crüel l’impitoyble ardeur<br>
-
-Triomphe sans obstacle & regne avec fureur.<br>
-
-Qui veut la secourir, de sa perte complice,<br>
-
-Loin de la soulager, redouble son supplice.<br>
-
-On ne peut de ce feu calmer l’embrazement.<br>
-
-On ne peut arracher le fatal vêtement.<br>
-
-Creon saisi d’horreur à l’arracher s’empresse.<br>
-
-Mais du charme aussi-tost la flâme vangeresse,<br>
-
-Dans son sein embrazé porte les mêmes feux:<br>
-
-Il se sent consumer d’un poison rigoureux.<br>
-
-Chacun s’occupe encor du peril qui les presse.<br>
-
-Servez-vous des momens que ce trouble vous laisse.<br>
-
-Profittez de l’horreur qui regne dans ces lieux,<br>
-
-Et fuyez pour jamais leur aspect odieux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Que je fuye! ah! Rhodope, au comble de la gloire,<br>
-
-Quand sur mes Ennemis j’emporte la victoire.<br>
-
-Que je fuye! ah! le Sort m’eût-il reduitte à fuir,<br>
-
-D’un spectacle si beau je reviendrois joüir;<br>
-
-Je viendrois assister à ce grand Hymenée.<br>
-
-Laisse moi contempler sa pompe fortunée;<br>
-
-Et d’un objet si doux, d’un coup si glorieux,<br>
-
-Repaistre avidement mes regards curieux.<br>
-
-Mes odieux Tyrans deviennent mes victimes!<br>
-
-Ah! je cueille en ce jour le fruit de tous mes crimes.<br>
-
-Mon courroux triomphant ne peut trop s’applaudir;<br>
-
-Et mon nom desormais ne sçauroit plus perir.<br>
-
-Ce n’est pas tout. Rentrons; & perdant l’Innocence,<br>
-
-Couronnons ce grand jour & comblons ma vengeance.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE II.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, <i>en entrant</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>N vain, pour la trouver, je cours de
-toutes parts.<br>
-
-Ah! sans doute son art la cache à mes regards.<br>
-
-Elle croit éviter le courroux qui m’enflâme.<br>
-
-Mais qui l’en peut sauver?
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE III.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, CRÉUSE, CYDIPPE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-<span class="lettrine">A</span>H! Seigneur:
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentPoet2">
-Ah! Madame.<br>
-
-Quel est mon desespoir! où portez vous vos pas?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Seigneur, le Roi vient de mourir dans mes bras.<br>
-
-Ce dernier coup manquoit au tourment qui m’accable.<br>
-
-Joüet infortuné du Sort impitoyable,<br>
-
-Preste enfin d’assouvir son rigoureux courroux,<br>
-
-Je viens du moins, je viens mourir auprés de vous:<br>
-
-Vous fermerez mes yeux.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Dieux! qu’entens-je? ah! Madame,<br>
-
-On peut esteindre encore une crüelle flâme.<br>
-
-Les Dieux, les justes Dieux pour vous s’interessans,<br>
-
-Prendront soin par pitié de vos jours innocens;<br>
-
-Et vous verrez Medée à vos pieds expirante,<br>
-
-Y servir de victime à ma fureur sanglante.<br>
-
-J’en atteste ces Dieux. J’en jure mon amour.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-En vain vous pretendez me rappeller au jour.<br>
-
-Medée à se vanger est trop ingenieuse.<br>
-
-Mon sang doit assouvir sa rage furieuse;<br>
-
-Et vos soins, votre amour, loin de me secourir,<br>
-
-Irritent le poison dont je me sens mourir.<br>
-
-Envieux du plaisir que m’offre vostre veüe,<br>
-
-Son art haste l’effet du charme qui me tuë;<br>
-
-Et l’Amour seul, plus fort que ses Enchantemens,<br>
-
-M’anime & me soutient encor quelques momens.<br>
-
-Ecoutez-moi, Seigneur. Mes maux ny ma foiblesse<br>
-
-Ne sçauroient rallentir l’ardeur de ma tendresse.<br>
-
-La Mort même ne peut éteindre un feu si beau.<br>
-
-Je l’emporte avec moi dans l’horreur du tombeau;<br>
-
-Mon amour y vivra. La Fortune jalouze<br>
-
-N’a pû souffrir, Jason, de me voir vostre Epouse.<br>
-
-Mais la Crüelle au moins me laisse la douceur,<br>
-
-De mourir prés de vous, possedant vostre cœur.<br>
-
-Je goûte en mes tourments cette douceur secrette.<br>
-
-La vie & les grandeurs n’ont rien que je regrette.<br>
-
-Unique & tendre objet de mes vœux les plus doux,<br>
-
-Je ne plains en mourant, ne regrette que vous.<br>
-
-Trop heureuse en effet si comblant mon attente<br>
-
-Les Dieux... ah! quel tourment! quelle ardeur devorante!<br>
-
-Mon supplice s’accroît; je me sens déchirer:<br>
-
-Je brûle. Adieu, Jason; il faut nous separer.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Nous separer! ô Dieux! ah! rigueur qui me tuë.<br>
-
-Nous separer! quel coup pour mon ame éperduë!<br>
-
-Ah! je souffre à la fois mille horribles tourmens!<br>
-
-Quoi tous les Dieux sont sourds à mes gemissemens!<br>
-
-Je vous perds pour jamais; en vain je les implore.<br>
-
-Et j’ay seul allumé ce feu qui vous devore!<br>
-
-Non je ne verrai point un si crüel malheur;<br>
-
-Et par un pront trépas j’en previendray l’horreur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CRÉUSE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-A trop de desespoir vostre ame s’abandonne.<br>
-
-Vivez, Jason, vivez. C’est moi qui vous l’ordonne.<br>
-
-Ne me refusez pas dans mon sort rigoureux<br>
-
-L’unique & dernier bien qui flatte encor mes vœux.<br>
-
-Gardez le souvenir d’une triste Princesse.<br>
-
-Conservez lui, Jason, toute vostre tendresse.<br>
-
-Elle meurt vostre Epouse. A la face des Dieux<br>
-
-Recevez donc ma main & mes derniers adieux.<br>
-
-Que ne puis-je employer ces vains restes de vie,<br>
-
-A vous prouver l’amour dont mon ame est remplie?<br>
-
-Helas! on n’a jamais aimé si tendrement;<br>
-
-Et jamais je n’aimay plus que dans ce moment.<br>
-
-J’en atteste les Dieux. Mes forces s’affoiblissent:<br>
-
-Ma voix, mon sang se glace; & mes yeux s’obscurcissent.<br>
-
-Malgré le Sort crüel, qui va nous désunir,<br>
-
-Mon cœur vous aime encore à son dernier soupir.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-CYDIPPE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Elle expire, Seigneur.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Destin impitoyable!<br>
-
-Elle est morte; & je vis! ô tourment effroyable!<br>
-
-Ah! mon bras au deffaut de ma lente douleur<br>
-
-De ce supplice affreux doit m’épargner l’horreur.<br>
-
-Meurs, lâche; meurs enfin. Mais ma douleur m’abuse.<br>
-
-Je dois un sacrifice aux Manes de Créüse.<br>
-
-Pour appaiser son Ombre & ses ressentimens,<br>
-
-Je veux livrer Medée au plus crüels tourmens;<br>
-
-De mon ame aussi-tost sur le rivage sombre<br>
-
-De ce sang assouvie ira trouver son ombre.<br>
-
-La soif de te vanger seule arreste mon bras.<br>
-
-Belle Ombre, attens; j’y cours & vais suivre tes pas.<br>
-
-Medée en vain me fuit; en vain son art la cache.<br>
-
-A ma juste fureur il n’est rien qui l’arrache.<br>
-
-Je suivray la Barbare au bout de l’Univers.<br>
-
-Et je la trouveray même au fond des Enfers.<br>
-
-Mon amour furieux me servira de guide.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE IV.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">T</span>U n’iras pas si loin pour me trouver, Perfide.<br>
-
-C’est Medée. Oüi, c’est elle.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-Ah! crains mon desespoir<br>
-
-Barbare...
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE, <i>le frappant de sa Baguette</i>.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-Arreste, Ingrat; & connois mon pouvoir.<br>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quel prodige estonnant! Dieux! ma fureur est vaine!<br>
-
-Je me sens retenu par une estroitte chaîne.<br>
-
-Je demeure immobile, & malgré mes efforts<br>
-
-Le pouvoir de son art s’oppose à mes transports.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Juge, si c’est à moi de craindre ta vengeance.<br>
-
-Un sort comme le mien n’est pas en ta puissance;<br>
-
-Magnanime Heros, ne songe plus à moi;<br>
-
-Trop indigne aussi-bien d’un Epoux tel que toi.<br>
-
-Laisse une Infortunée, oublie une Estrangere,<br>
-
-Sans appui, sans couronne, errante & solitaire.<br>
-
-Un hymen plein d’appas, un thrône glorieux<br>
-
-T’attendent en ce jour dans ces superbes lieux.<br>
-
-Est-il temps de rester auprés d’une Jalouse!<br>
-
-Va soupirer aux pieds de ta nouvelle Epouse.<br>
-
-Vante lui ton ardeur, assure lui ta foi:<br>
-
-Tu luy voles le temps que tu perds avec moi.<br>
-
-Dois-tu pas à son sort unir ta destinée?<br>
-
-Haste-toi de conclurre un si doux hymenée,<br>
-
-Le Sacrifice est prest, & le Temple est orné;<br>
-
-On n’attend plus que toi. Cours, Epoux fortuné.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Quoi! La Barbare encore & m’insulte & m’outrage!<br>
-
-Faut-il que par son art elle brave ma rage?<br>
-
-Je ne puis l’immoler à ma juste fureur!<br>
-
-Son sang appaiseroit Créüse & ma douleur!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-Oüi, Jason, à Créüse il faut quelque victime;<br>
-
-Et mon sang répandu doit effacer mon crime.<br>
-
-Sois content. J’ay versé le plus pur de ce sang.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Comment?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentPoet">
-A tes deux Fils j’ay sceu percer le flanc.<br>
-
-Regarde ce poignard & cette main sanglante;<br>
-
-C’est mon sang, du tien, qu’elle est teinte & fumante.<br>
-
-Mon bras pour dernier coup vient de les égorger.<br>
-
-Si déjà ton ardeur languit pour la Princesse;<br>
-
-Si tu fuis, Inconstant, ta nouvelle Maîtresse;<br>
-
-Cours du moins, Pere heureux, à tes Fils expirans,<br>
-
-Rens leur les derniers soins, embrasse les mourans.
-</p>
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Barbare!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-<p class="indentPoet">
-En est-ce assez, & connois-tu Medée?<br>
-
-De son affreux pouvoir garderas-tu l’idée?<br>
-
-Oublîras-tu sa haine, ainsi que son amour?
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Monstre, à tes propres Fils avoir ravi le jour!<br>
-
-Pourquoi sacrifier d’innocentes victimes!
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ils estoient nez de toi, demandes-tu leurs crimes?<br>
-
-Ma trop juste fureur a dû les en punir;<br>
-
-J’ay dû finir leurs maux, j’ay dû les prevenir;<br>
-
-Te delivrer d’un joug que ton esprit abhorre;<br>
-
-Rompre ces derniers nœuds qui nous serroient encore;<br>
-
-Et, pour mieux t’oublier, effacer sans retour<br>
-
-Jusqu’aux traces, Ingrat, de nostre affreux amour.<br>
-
-Ce n’est pas sans remords que je m’y suis forcée.<br>
-
-Tu m’en as inspiré l’audace & la pensée;<br>
-
-Tu m’as seul enhardie à ce crüel dessein,<br>
-
-Infidelle, & c’est toy qui leur perce le sein.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Quoi! les Dieux irritez, pour te reduire en poudre<br>
-
-Sur ta teste à mes yeux ne lancent pas la foudre.<br>
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-MEDÉE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Vangeurs des trahisons, Ennemis des Ingrats,<br>
-
-Les Dieux pour t’accabler ont employé mon bras;<br>
-
-La foudre étoit trop peu pour punir ton offence.<br>
-
-J’ay servi leur justice & rempli leur vengeance.<br>
-
-C’en est fait. Pour repaistre & mes yeux & mon cœur,<br>
-
-Moi-même j’ay voulu joüir de ta douleur.<br>
-
-Un spectacle si doux met le comble à ma gloire:<br>
-
-Je savoure à longs traits ta peine & ma victoire<br>
-
-Et je recouvre enfin ma gloire, mon repos,<br>
-
-Mon Sceptre, mes Parents, la Toison & Colchos.<br>
-
-Je pars; puis que ma fuitte a pour toi tant de charmes,<br>
-
-Leve encor jusqu’à moi tes yeux chargez de larmes,<br>
-
-Ingrat. Voi ces Dragons qui soûmis à ma loy,<br>
-
-(<i>Medée monte dans un Char, traîné par des Dragons</i>.)<br>
-
-Et plus reconnoissans, plus fidelles que toi,<br>
-
-Par des chemins nouveaux vont guider leur maîtresse.<br>
-
-Tes vœux sont satisfaits; pour jamais je te laisse.<br>
-
-Adieu; je t’abandonne aux horreurs de ton sort.<br>
-
-Ingrat, je te hais trop pour te donner la mort.<br>
-
-(<i>Le Char s’envole</i>.)
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<hr class="r33THIN">
-
-<h4 style="margin-top: 0.5em">SCENE DERNIERE.</h4>
-
-
-<p class="centerserif large ftsp">
-JASON, IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-JASON.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">E</span>Lle fuit; & ce Char l’enlevant dans les
-nuës,<br>
-
-Ouvre à sa cruauté des routes inconnuës.<br>
-
-La Barbare à mes yeux disparoît pour jamais;<br>
-
-Elle brave ma haine aprés tant de forfaits;<br>
-
-Et m’enleve en fuyant, malgré ma rage extrême,<br>
-
-Beaupere, Enfans, Maîtresse, & ma vengeance même.<br>
-
-Je ne puis la punir de tant de crüauté.<br>
-
-Le Ciel offre un asile à son impieté.<br>
-
-C’en est trop. Terminons ma vie & son supplice.<br>
-
-Je ne puis me vanger; il faut que je perisse.<br>
-
-Trop malheureux objets de l’amour de Jason,<br>
-
-Déplorable Créüse! infortuné Creon!<br>
-
-O mes Fils! joüissez de la seule vengeance,<br>
-
-Que les Dieux inhumains laissent en ma puissance.<br>
-
-(<i>Il se tuë</i>.)
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-IPHITE.
-</p>
-
-
-<p class="indentNO">
-Ah! Seigneur... il n’est plus. Quels horrible malheurs<br>
-
-O trop funeste Amour, produisent tes fureurs.
-</p>
-
-
-<p class="centerserif ftsp">
-FIN.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-
-<p class="centerserif">
-<i>Extrait du Privilege du Roy</i>.
-</p>
-
-<p class="indentNO">
-<span class="lettrine">P</span>Ar Lettres Patentes de Sa Majesté,
-données à Paris le vingt-quatriéme Mars 1694. Signé;
-N<small>OBLOT</small>. Il est permis au Sieur P<small>IERRE</small>
-E<small>MERY</small> Libraire de Paris, d’imprimer un Livre intitulé
-<i>Medée, Tragedie nouvelle</i>, pendant le temps de six années
-consecutives: Avec défenses à tous autres de le vendre & le debiter sans
-le consentement dudit Exposant à peine de confiscation des Exemplaires
-contrefaits & de trois mil livres d’amende, ainsi qu’il est porté plus
-au long dans lesdites Lettres.
-</p>
-
-
-<br>
-<p class="indent">
-<i>Registré sur le Livre de la Communauté des Imprimeurs
-& Libraires de la Ville de Paris, le 26. dudit mois & an</i>.
-Signé; P. A<small>UBOÜIN</small>, Syndic.
-</p>
-
-<p class="centerserif">
-Achevé d’imprimer le premier Avril 1694.
-
-<p class="indent">
-Ledit Sieur Emery a fait part dudit Privilege aux Sieur
-Auboüin & Clouzier.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-<div lang='en' xml:lang='en'>
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-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg&#8482; electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg&#8482;
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-</div>
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-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (&#8220;the
-Foundation&#8221; or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg&#8482; electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
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-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg&#8482;
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-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
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-on which the phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; appears, or with which the
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- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
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- whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
- of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
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- </div>
-</blockquote>
-
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-1.E.2. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is
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-Gutenberg&#8221; associated with or appearing on the work, you must comply
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-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-</div>
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-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
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-posted with the permission of the copyright holder found at the
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-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
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-provided that:
-</div>
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-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg&#8482; electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
-the Project Gutenberg&#8482; trademark. Contact the Foundation as set
-forth in Section 3 below.
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-1.F.
-</div>
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-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg&#8482; collection. Despite these efforts, Project Gutenberg&#8482;
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-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you &#8216;AS-IS&#8217;, WITH NO
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-</div>
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-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
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-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-</div>
-
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-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-</div>
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-</html>
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