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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..e0155d2 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #68719 (https://www.gutenberg.org/ebooks/68719) diff --git a/old/68719-0.txt b/old/68719-0.txt deleted file mode 100644 index 91af32d..0000000 --- a/old/68719-0.txt +++ /dev/null @@ -1,3730 +0,0 @@ -The Project Gutenberg eBook of Les Climats, by Anna de Noailles - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Les Climats - -Author: Anna de Noailles - -Illustrator: François-Louis Schmied - -Release Date: August 9, 2022 [eBook #68719] - -Language: French - -Produced by: Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online Distributed - Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was - produced from images generously made available by the - Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CLIMATS *** - - - - - - LES CLIMATS - - [Illustration] - - - - - LES CLIMATS - - Cette édition établie par - F-L. SCHMIED - pour la Société du - LIVRE CONTEMPORAIN - et sous la direction de Eug. - Renevey et H. Michel-Dansac - a été tirée à 125 exemplaires. - - - _Dépôt légal_ - - - - - _TU VIENS DE TROP GONFLER MON CŒUR - POUR L’ESPACE QUI LE CONTIENT_... - - _SHAKESPEARE_ - - [Illustration] - - - - - COMTESSE DE NOAILLES - - LES - CLIMATS - - [Illustration] - - - SOCIÉTÉ DU LIVRE CONTEMPORAIN - - ## PARIS 1924 ## - - - - -SYRACUSE - -[Illustration] - -_Excite maintenant tes compagnons du_ -_chœur à célébrer l’illustre Syracuse!_... - _PINDARE._ - - -Je me souviens d’un chant du coq, à Syracuse! -Le matin s’éveillait, tempétueux et chaud; -La mer, que parcourait un vent large et dispos, -Dansait, ivre de force et de lumière infuse! - -Sur le port, assailli par les flots aveuglants, -Des matelots clouaient des tonneaux et des caisses, -Et le bruit des marteaux montait dans la fournaise -Du jour, de tous ces jours glorieux, vains et lents; - -J’étais triste. La ville illustre et misérable -Semblait un Prométhée sur le roc attaché; -Dans le grésillement marmoréen du sable -Piétinaient les troupeaux qui sortaient des étables; -Et, comme un crissement de métal ébréché, -Des cigales mordaient un blé blanc et séché. - -Les persiennes semblaient à jamais retombées -Sur le large vitrail des palais somnolents; -Les balcons espagnols accrochaient aux murs blancs -Broyés par le soleil, leurs ferrures bombées: -Noirs cadenas scellés au granit pantelant... - -Dans le musée, mordu ainsi qu’un coquillage -Par la ruse marine et la clarté de l’air, -Des bustes sommeillaient,--dolents, calmes visages, -Qui s’imprègnent encor, par l’éclatant vitrage, -De la vigueur saline et du limpide éther. - -Une craie enflammée enveloppait les arbres; -Les torrents secs n’étaient que des ravins épars, -De vifs géraniums, déchirant le regard, -Roulaient leurs pourpres flots dans ces blancheurs de marbre... -## Je sentais s’insérer et brûler dans mes yeux -Cet éclat forcené, inhumain et pierreux. - -Une suture en feu joignait l’onde au rivage. -J’étais triste, le jour passait. La jaune fleur -Des grenadiers flambait, lampe dans le feuillage. -Une source, fuyant l’étreignante chaleur, -Désertait en chantant l’aride paysage. - -Parfois sur les gazons brûlés, le pourpre épi -Des trèfles incarnats, le lin, les scabieuses, -Jonchaient par écheveaux la plaine soleilleuse, -Et l’herbage luisait comme un vivant tapis -Que n’ont pas achevé les frivoles tisseuses. - -Le théâtre des Grecs, cirque torride et blond, -Gisait. Sous un mûrier, une auberge voisine -Vendait de l’eau: je vis, dans l’étroite cuisine, -Les olives s’ouvrir sous les coups du pilon -Tandis qu’on recueillait l’huile odorante et fine. - -Et puis vint le doux soir. Les feuilles des figuiers -Caressaient, doigts légers, les murailles bleuâtres. -D’humbles, graves passants s’interpellaient; les pieds -Des chevreaux au poil blanc, serrés autour du pâtre, -Faisaient monter du sol une poudre d’albâtre. - -Un calme inattendu, comme un plus pur climat, -Ne laissait percevoir que le chant des colombes. -Au port, de verts fanaux s’allumaient sur les mâts, -Et l’instant semblait fier, comme après les combats -Un nom chargé d’honneur sur une jeune tombe. -C’était l’heure où tout luit et murmure plus bas... - -La fontaine Aréthuse, enclose d’un grillage, -Et portant sans orgueil un renom fabuleux, -Faisait un bruit léger de pleurs et de feuillage -Dans les frais papyrus, élancés et moelleux... - -Enfin ce fut la nuit, nuit qui toujours étonne -Par l’insistante angoisse et la muette ardeur. -La lune plongeait, telle une blanche colonne, -Dans la rade aux flots noirs, sa brillante liqueur. - -Un solitaire ennui aux astres se raconte: -Je contemplais le globe au front mystérieux, -Et qui, ruine auguste et calme dans les cieux, -Semble un fragment divin, retiré, radieux -De vos temples, Géla, Ségeste, Sélinonte! - -## O nuit de Syracuse: Urne aux flancs arrondis! -Logique de Platon! Ame de Pythagore! -Ancien Testament des Hellènes; amphore -Qui verses dans les cœurs un vin sombre et hardi, -Je sais bien les secrets que ton ombre m’a dits. - -Je sais que tout l’espace est empli du courage -Qu’exhalèrent les Grecs aux genoux bondissants; -Les chauds rayons des nuits, la vapeur des nuages -Sont faits avec leur voix, leurs regards et leur sang. - -Je sais que des soldats, du haut des promontoires, -Chantant des vers sacrés et saluant le sort, -Se jetaient en riant aux gouffres de la mort -Pour retomber vivants dans la sublime Histoire! - -Ainsi ma nuit passait. L’ache, l’anet crépu -Répandaient leurs senteurs. Je regardais la rade; -La paix régnait partout où courut Alcibiade, -Mais,--noble obsession des âges révolus,-- -L’éther semblait empli de ce qui n’était plus... - -J’entendis sonner l’heure au noir couvent des Carmes. -L’espace regorgeait d’un parfum d’orangers. -J’écoutais dans les airs un vague appel aux armes... -## Et le pouvoir des nuits se mit à propager -L’amoureuse espérance et ses divins dangers: - -O désir du désir, du hasard et des larmes! - -[Illustration] - - - - -LES SOIRS DU MONDE - -[Illustration] - - -O soirs que tant d’amour oppresse, -Nul œil n’a jamais regardé -Avec plus de tendre tristesse -Vos beaux ciels pâles et fardés! -J’ai délaissé dès mon enfance -Tous les jeux et tous les regards, -Pour voguer sans peur, sans défense, -Sur vos étangs qui veillent tard. - -Par vos langueurs à la dérive, -Par votre tiède oisiveté, -Vous attirez l’âme plaintive -Dans les abîmes de l’été... - -## O soir naïf de la Zélande, -Qui, timide, ingénu, riant, -Semblez raconter la légende -Des pourpres étés d’Orient! - -Soir romain, aride malaise, -Et ce cri d’un oiseau perdu -Au-dessus du palais Farnèse, -Dans le ciel si sec, si tendu! - -Soir bleu de Palerme embaumée, -Où les parfums épais, fumants, -S’ajoutent à la nuit pâmée -Comme un plus fougueux élément. - -Sur la vague tyrrhénienne, -Dans une vapeur indigo, -Un voilier fend l’onde païenne -Et dit: «Je suis la nef Argo!» - -Par des ruisseaux couleur de jade, -Dans des senteurs de mimosa, -La fontaine arabe s’évade, -Au palais roux de la Ziza. - -Dans le chaud bassin du Musée, -Les verts papyrus, s’effilant, -Suspendent leur fraîche fusée -A l’azur sourd et pantelant: - -O douceur de rêver, d’attendre -Dans ce cloître aux loisirs altiers -Où la vie est inerte et tendre -Comme un repos sous les dattiers! - -## Catane où la lune d’albâtre -Fait bondir la chèvre angora, -Compagne indocile du pâtre -Sur la montagne des cédrats! - -Derrière des rideaux de perles, -Chez les beaux marchands indolents, -Des monceaux de fraises déferlent -Au bord luisant des vases blancs. - -Quels soupirs, quand le soir dépose -Dans l’ombre un surcroît de chaleur! -L’œillet, comme une pomme rose, -Laisse pendre sa lourde fleur. - -L’emportement de l’azur brise -Le chaud vitrail des cabarets -Où le sorbet, comme une brise, -Circule, aromatique et frais. - -La foule adolescente rôde -Dans ces nuits de soufre et de feu; -Les éventails, dans les mains chaudes, -Battent comme un cœur langoureux. - -## Blanc sommeil que l’été surmonte -Des fleurs, la mer calme, un berger; -O silence de Sélinonte -Dans l’espace immense et léger! - -Un soir, lorsque la lune argente -Les temples dans les amandiers, -J’ai ramassé près d’Agrigente -L’amphore noire des potiers; - -Et sur la route pastorale, -Dans la cage où luisait l’air bleu, -Une enfant portait sa cigale, -Arrachée au pin résineux... - -## J’ai vu les nuits de Syracuse, -Où, dans les rocs roses et secs, -On entend s’irriter la Muse -Qui pleure sur dix mille Grecs; - -J’ai, parmi les gradins bleuâtres, -Vu le soleil et ses lions -Mourir sur l’antique théâtre, -Ainsi qu’un sublime histrion; - -Et, comme j’ai du sang d’Athènes, -A l’heure où la clarté s’enfuit, -J’ai vu l’ombre de Démosthène -Auprès de la mer au doux bruit... - -## Mais ces mystérieux visages, -Ces parfums des jardins divins, -Ces miracles des paysages -N’enivrent pas d’un plus fort vin -Que mes soirs de France, sans bornes, -Où tout est si doux, sans choisir; -Où sur les toits pliants et mornes -L’azur semble fait de désir; -Où, là-bas, autour des murailles, -Près des étangs tassés et ronds, -S’éloigne, dans l’air qui tressaille, -L’appel embué des clairons... - -[Illustration] - -[Illustration] - - - - -LE PORT DE PALERME - - -Je regardais souvent, de ma chambre si chaude, -Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit -Que faisaient les marchands, divisés par la fraude. -Autour des sacs de grains, de farine et de fruits, -Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui... - - * * * * * - -J’aimais la rade noire et sa pauvre marine, -Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir -Cet éternel souhait du cœur humain: partir! -## Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine -Dans ces cieux où le soir est si lent à venir... - - * * * * * - -C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève -Sur la ville et le port que son aile assainit. -Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève. -J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni, -Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis, -Dans le désert d’azur les citernes du rêve. - - * * * * * - -Qu’est-ce donc qui troublait cet horizon comblé? -La beauté n’a donc pas sa guérison en elle? -Par leurs puissants parfums les soirs sont accablés; -La palme au large cœur souffre d’être si belle; -Tout triomphe, et pourtant veut être consolé! - -Que signifient ces cieux sensuels des soirs tendres? -Ces jardins exhalant des parfums sanglotants? -Ces lacets que les cris des oiseaux semblent tendre -Dans l’espace intrigué, qui se tait, qui attend? - -## A ces heures du soir où les mondes se plaignent, -O mortels, quel amour pourrait vous rassurer? -C’est pour mieux sangloter que les êtres s’étreignent; -Les baisers sont des pleurs, mais plus désespérés. - -La race des vivants, qui ne veut pas finir, -Vous a transmis un cœur que l’espace tourmente, -Vous poursuivez en vain l’incessant avenir... -C’est pourquoi, ô forçats d’une éternelle attente, -Jamais la volupté n’achève le désir! - -[Illustration] - - - - -DANS L’AZUR ANTIQUE - -[Illustration] - -_Espérances des humains, légères déesses_... - _DIOTIME D’ATHÈNES._ - - -Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort, -Où chaque fragment d’air fascine comme un disque, -Rome, lourde d’été, avec ses obélisques -Dressés dans les agrès luisants du soleil d’or, -Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port -Pour voguer, pavoisé de ses mâts à ses cryptes, -Vers l’amour fabuleux de la reine d’Egypte. - -Les buis des vieux jardins, comme un terne miroir -Tendaient au pur éther leur cristal vert et noir. -Un cyprès balançait mollement sous la brise -Sa cime délicate, entr’ouverte au vent lent, -Et un jet d’eau montait dans l’azur jubilant -Comme un cyprès neigeux qu’un vent léger divise... - -J’errais dans les villas, où l’air est imprégné -Du solennel silence où rêve Polymnie; -Je voyais refleurir le temps que remanie -La vie ingénieuse, incessante, infinie; -Et, comme un messager antique et printanier, -De frais ruisseaux couraient sous les mandariniers. - -Dans un jardin romain, un vieux masque de pierre -M’attirait: à travers ses lèvres, ses paupières, -On voyait fuir, jaillir l’azur torrentiel; -Et ce masque semblait, avec la voix du ciel, -Héler l’amour, l’espoir, les avenirs farouches. -Une même clameur s’élançait de ma bouche, -Et, pleine de détresse et de félicité, -Je m’en allais, les bras jetés vers la beauté!... - -## J’ai vu les lieux sacrés et sanglants de l’Histoire, -Les Forums écroulés sous le poids clair des cieux, -La nostalgique paix des Arches des Victoires -Où l’azur fait rouler son char silencieux. - -J’ai vu ces grands jardins où le palmier qui rêve, -Elancé dans l’éther et tordu de plaisir, -Semble un ardent serpent qui veut tendre vers Ève -Le fruit délicieux du douloureux désir. - -Les soirs de Sybaris et la mer africaine -Prolongeaient devant moi les baumes de mon cœur; -L’Arabie en chantant me jetait ses fontaines, -Les âmes me suivaient à ma suave odeur. - -Comme l’âpre Sicile épique et sulfureuse, -Je contenais les Grecs, les Latins et les Francs, -Et ce triangle auguste, en ma pensée heureuse, -Brillait comme un fronton de marbre et de safran! - -Un jour, l’été flambait, le temple de Ségeste -Portait la gloire d’être éternel sans effort, -Et l’on voyait monter, comme un arpège agreste, -Le coteau jaune et vert dans sa cithare d’or! - -Le blanc soleil giclait au creux d’un torrent vide; -Des chevaux libres, fiers, près des hampes de fleurs -S’ébrouaient; les parfums épais, gluants, torrides -Mettaient dans l’air comblé des obstacles d’odeurs. - -Des lézards bleus couraient sur les piliers antiques -Avec un soin si gai, si chaud, si diligent, -Que l’imposant destin des pierres léthargiques -Semblait ressuscité par des veines d’argent! - -Des insectes brûlants voilaient mes deux mains nues: -Je contemplais le sort, la paix, l’azur si long, -Et parfois je croyais voir surgir dans la nue -La lance de Minerve et le front d’Apollon. - -Devant cette splendeur sereine, ample, équitable, -Où rien n’est déchirant, impétueux ou vil, -Je songeais lentement au bonheur misérable -De retrouver tes yeux où finit mon exil... - - * * * * * - -Je jette sous tes pieds les noirs pipeaux d’Euterpe, -Dont j’ai fait retentir l’azur universel -Quand mes beaux cieux luisaient comme des coups de serpe, -Quand mon blanc Orient brillait comme du sel! - -Je quitte les regrets, la volonté, le doute, -Et cette immensité que mon cœur emplissait, -Je n’entends que les voix que ton oreille écoute, -Je ne réciterai que les chants que tu sais! - -Je puiserai l’été dans ta main faible et chaude, -Mes yeux seront sur toi si vifs et si pressants -Que tu croiras sentir, dans ton ombre où je rôde, -Des frelons enivrés qui goûtent à ton sang! - -Car, quels que soient l’instant, le jour, le paysage, -Pourquoi, doux être humain, rien ne me manque-t-il -Quand je tiens dans mes doigts ton lumineux visage -Comme un tissu divin dont je compte les fils?... - -[Illustration] - - - - -LE DÉSERT DES SOIRS - -[Illustration] - - -Dans la chaleur compacte et blanche ainsi qu’un marbre, -Le miroir du soleil étale un bleu cerceau. -Comme un troupeau secret d’aériens chevreaux -La rapace chaleur a dévoré les arbres. -Palerme est un désert au blanc scintillement, -Sur qui le parfum met un dais pesant et calme... -Les stores des villas, comme de jaunes palmes, -Aux vérandas qui n’ont ni portes ni vitrail -Sont suspendus ainsi que de frais éventails. -La mer a laissé choir entre les roses roches -Son immense fardeau de plat et chaud métal. -Un mur qu’on démolit vibre au contact des pioches; -Une voiture flâne au pas d’un lent cheval, -Tandis que, sous l’ombrelle ouverte sur le siège, -Un cocher sarrasin mange des citrons mous. -La chaleur duveteuse est faible comme un liège; -Sa molle densité a d’argentins remous. - Je suis là: je regarde et respire; que fais-je? -Puisque cet horizon que mon regard contient -Et que je sens en moi plus aigu qu’une lame, -Mon esprit ne peut plus l’enfoncer dans le tien... - -Je dédaigne l’espace en dehors de ton âme... - -[Illustration] - - - - -A PALERME, AU JARDIN TASCA... - -[Illustration] - - -J’ai connu la beauté plénière, -Le pacifique et noble éclat -De la vaste et pure lumière, -A Palerme, au jardin Tasca. - -Je me souviens du matin calme -Où j’entrais, fendant la chaleur, -Dans ce paradis sous les palmes -Où l’ombre est faite par des fleurs. - -L’heure ne marquait pas sa course -Sur le lisse cadran des cieux, -Où le lourd soleil spacieux -Fait bouillonner ses blanches sources. - -J’avançais dans ces beaux jardins -Dont l’opulence nonchalante -Semble descendre avec dédain -Sur les passantes indolentes. - -L’ardeur des arbres à parfums -Flamboyait, dense et clandestine; -Je cherchais parmi les collines -Naxos, au nom doux et défunt. - -Comme des ruches dans les plaines, -Des entassements de citrons -Sous leurs arbres sombres et ronds -Formaient des tours de porcelaine. - -Les parfums suaves, amers, -De ces citronniers aux fleurs blanches -Flottaient sur les vivaces branches -Comme la fraîcheur sur la mer. - -Creusant la terre purpurine, -D’alertes ruisseaux ombragés -Semblaient les pieds aux bonds légers -De jeunes filles sarrasines! - -Je me taisais, j’étais sans vœux, -Sans mémoire et sans espérance; -Je languissais dans l’abondance. -## O pays secrets et fameux, - -J’ai vu vos grâces accomplies, -Vos blancs torrents, vos temples roux, -Vos flots glissants vers l’Ionie, -Mais mon but n’était pas en vous; - -Vos nuits flambantes et précises, -Vos maisons qu’un pliant rideau -Livre au chaud caprice des brises; -Les pas sonores des chevreaux -Sur les pavés près des églises; - -Vos monuments tumultueux, -Beaux comme des tiares de pierre, -Les hauts cyprès des cimetières, -Et le soir, la calme lumière -Sur les tombeaux voluptueux, - -Les quais crayeux, où les boutiques, -Regorgeant de fruits noirs et secs, -Affichent la noblesse antique -Du splendide alphabet des Grecs; - -L’étincelante ardeur du sol, -Où passent, riches caravanes, -Des mules vêtues en sultanes -Trottant sous de blancs parasols, - -Toutes ces beautés étrangères -Que le cœur obtient sans effort, -N’ont que des promesses de mort -Pour une âme intrépide et fière, - -Et j’ai su par ces chauds loisirs, -Par ce goût des saveurs réelles, -Qu’on était, parmi vos plaisirs, -Plus loin des choses éternelles -Qu’on ne l’était par le désir!... - -[Illustration] - - - - -AGRIGENTE - -[Illustration] - -_O nymphe d’Agrigente aux élégantes parures, qui règnes sur_ -_la plus belle des cités mortelles, nous implorons ta bienveillance!_ - _PINDARE._ - - -Le ciel est chaud, le vent est mou; -Quel silence dans Agrigente! -Un temple roux, sur un sol roux -Met son reflet comme une tente... - -Les oiseaux chantent dans les airs; -Le soleil ravage la plaine; -Je vois, au bout de ce désert, -L’indolente mer africaine. - -Brusquement un cri triste et fort -Perce l’air intact et sans vie; -La voix qui dit que Pan est mort -M’a-t-elle jusqu’ici suivie? - -Et puis l’air retombe; la mer -Frappe la rive comme un socle; -Tout dort. Un fanal rouge et vert -S’allume au vieux port Empédocle. - -L’ombre vient, par calmes remous; -Dans l’éther pur et pathétique -Les astres installent d’un coup -Leur brasillante arithmétique! - -## Soudain, sous mon balcon branlant, -J’entends des moissonneurs, des filles -Défricher un champ de blé blanc, -Qui gicle au contact des faucilles; - -Et leur fièvre, leur sèche ardeur, -Leur clameur nocturne et païenne -Imitent, dans l’air plein d’odeurs, -Le cri des nuits éleusiennes! - -Un pâtre, sur un lourd mulet, -Monte la côte tortueuse; -Sa chanson lascive accolait -La noble nuit silencieuse; - -Dans les lis, lourds de pollen brun, -Le bêlement mélancolique -D’une chèvre, ivre de parfums, -Semble une flûte bucolique. - -## Donc, je vous vois, cité des dieux. -Lampe d’argile consumée, -Agrigente au nom spacieux, -Vous que Pindare a tant aimée! - -Porteuse d’un songe éternel, -O compagne de Pythagore! -C’est vous cette ruche sans miel, -Cette éparse et gisante amphore! - -C’est vous ces enclos d’amandiers, -Ce sol dur que les bœufs gravissent, -Ce désert de sèches mélisses, -Où mon âme vient mendier. - -Ah! quelle indigente agonie! -Et l’on comprendrait mon émoi, -Si l’on savait ce qu’est pour moi -Un peu de l’Hellade infinie: - -Car, sur ce rivage humble et long, -Dans ce calme et morne désastre, -Le vent des flûtes d’Apollon -Passe entre mon cœur et les astres! - - - - -L’AUBERGE D’AGRIGENTE - -[Illustration] - -_Rien ne vient à souhait aux mortels_... - _PAUL LE SILENTIAIRE._ - - -Dans un de ces beaux soirs où le puissant silence -Répond soudain, dans l’ombre, à l’esprit, interdit -D’écouter cet élan venant des Paradis -Contenter le désir qu’on a depuis l’enfance; - -Dans un de ces soirs chauds qui nous fendent le cœur, -Et, comme d’une mine où gisent des turquoises, -Viennent extraire en nous de secrètes lueurs, -Et guident vers les cieux notre pensive emphase; - -Dans ces languides soirs qui font monter du sol -Des soupirs de parfums, j’étais seule, en Sicile; -Une cloche au son grave, ébranlant l’air docile, -Sonnait dans un couvent de moines espagnols. - -Je songeais à la paix rigide de ces moines -Pour qui les nuits n’ont plus de déchirants appels. -## Sur le seuil échaudé du misérable hôtel -Où l’air piquant cuisait des touffes de pivoines, -Deux chevaux dételés, mystiques, solennels, -Rêvaient l’un contre l’autre, auprès d’un sac d’avoine. - -La mer, à l’infini, balançait mollement -L’impondérable excès de la clarté lunaire. -Les chèvres au pas fin, comme un peuple d’amants -Se cherchaient à travers le sec et blanc froment: -L’impérieux besoin de dompter et de plaire -Rencontrait un secret et long assentiment... - -La nuit, la calme nuit, déesse agitatrice, -Regardait s’amasser l’amour sur les chemins; -Une palme éployait son pompeux artifice -Près des maigres chevaux qui, songeant à demain, -Aux incessants travaux de leur race indigente, -Se baisaient doucement. - Dans le moite jardin, -Vous méditiez sans fin, ô palme nonchalante! -Que j’étais triste alors, que mon cœur étouffait! -Un rêve catholique et sa force exigeante -M’empêchait d’écouter les bachiques souhaits -De la puissante nuit qui brille et qui fermente... - -Et j’aimais ta douceur pudique et négligente, -Palmier de Bethléem sur le ciel d’Agrigente! - -[Illustration] - - - - -L’ENCHANTEMENT DE LA SICILE - -[Illustration] - -_Je suis ému comme le dauphin des mers qui, au milieu des_ -_flots paisibles, se plaît au doux son de la flûte._ - _PINDARE._ - - -Célestes horizons où mollement oscille -La bleuâtre chaleur qui baigne la Sicile, -Malgré nos froids hivers et mes longs désespoirs -Je n’ai rien oublié de la douceur des soirs: -Ni le dattier debout sur son ombre étoilée, -Ni la fontaine arabe, au marbre soufre et noir, -Qui fait gicler son eau rigide et fuselée, -Ni l’hôtel du rivage aux teintes de safran, -Ni la jaune mosquée ombrageant ses glycines, -Ni les vaisseaux, taillés dans un bois odorant, -Et qui passent, le soir, sur la mer de Messine... -## Ah! comme je connais, Palerme, ta splendeur, -Le tropical jardin, les caféiers en fleurs, -Les sonores villas par la chaleur usées, -Et le bruit de satin des pigeons du musée! -Musée où je voyais l’Arabie et ses ors, -Ses pots de blanc mica, ses légers miradors -Imprégner de santal l’air où sa paix infuse, -Tandis que, tel un dieu embrasé, fascinant, -Qui darde sur les cœurs son désir et sa ruse, -Le grand bélier d’argent du port de Syracuse -Avait je ne sais quoi d’avide et de tonnant... - -Mettant sur mon regard mes deux mains comme un masque, -J’abordais la chaleur de midi. Dans les vasques, -Le pompeux papyrus condensait sa fraîcheur. -Une voiture avec un baldaquin de toile -Menait à Baïra, dormant sur la hauteur -Parmi des ronciers blancs et des chants de cigales, -Comme un mauresque hospice enduit d’un lait de chaux... -Montréal et son cloître ouvrait à l’azur chaud -Sa cuve où grésillaient les bananiers d’Afrique. -L’église, ruisselant de fières mosaïques, -Élançant ses piliers, minces comme des mâts, -Où l’or se suspendait en lumineuses grappes, -Ressemblait, par l’ardent et monastique éclat, -A vous, sainte brûlante, ô Rose de Lima, -Que l’on voit alanguie auprès d’un jeune pape... - -Des muletiers passaient en bonnet espagnol; -La fleur de l’aloès reflétait sur le sol -Le miracle étonné d’un calice de braise. -Des enfants transportaient des paniers, où les fraises -Bondissaient, retombaient, se mouvaient, rouge essaim, -Comme un jet d’eau pourpré qui pique le bassin. -Un marchand grec, coiffé de noire cotonnade, -Repoussait de ses cris et de ses sombres mains -L’assourdissant troupeau de hargneuses pintades -Qui mordait son fardeau et barrait le chemin; -Effronté, laissant voir son torse nu qu’il cambre, -Un jeune homme, allongé sur le jaune talus, -Regardait de ses yeux scintillants et velus -Le sublime soleil abonder sur ses membres -Comme un flot de liqueur coule d’un flacon d’ambre... -L’horizon tressaillait d’un vertige or et bleu. - -## Et puis toujours, là-bas, je voyais, pure et vaste, -La mer au grand renom, qui touche dans ses jeux -Les Cyclades, dormant sur des vagues de feu, -Le rivage d’Ulysse et celui de Jocaste, -L’herbe où des bergers grecs préludaient deux par deux... -## Et je songeais,--puissante, éparse, solitaire,-- -Mêlée au temps sans bord ainsi qu’aux éléments, -Attirant vers mon cœur, comme un étrange aimant, -Tous les rêves flottant sur l’amoureuse terre; -J’attendais je ne sais quel grave et sûr plaisir... - -Mais déçue aujourd’hui par tout ce qu’on espère, -Ayant tout vu sombrer, ayant tout vu fléchir, -O mon cœur sans repos ni peur, je vous vénère -D’avoir tant désiré, sachant qu’il faut mourir! - -[Illustration] - - - - -PALERME S’ENDORMAIT... - -[Illustration] - - -Palerme s’endormait; la mer Tyrrhénienne -Répandait une odeur d’âcre et marin bétail: -Odeur d’algues, d’oursins, de sel et de corail, -Arôme de la vague où meurent les sirènes; -Et cette odeur, nageant dans les tièdes embruns, -Avait tant de hardie et vaste violence, -Qu’elle semblait une âpre et pénétrante offense -A la terre endormie et presque sans parfums... - -Le geste de bénir semblait tomber des palmes; -Des barques s’éloignaient pour la pêche du thon, -Je contemplais, le front baigné de vapeurs calmes, -La figure des cieux que regardait Platon. -On entendait, au bord des obscures terrasses, -Se soulever des voix que la chaleur harasse, -Tous les mots murmurés semblaient confidentiels; -C’était un long soupir envahissant l’espace; -Et le vent, haletant comme un oiseau qu’on chasse, -En gerbes de fraîcheur s’enfuyait vers le ciel... -## Creusant l’ombre, écrasant la route caillouteuse, -L’indolente voiture où nous étions assis -S’enfonçait dans la nuit opaque et sinueuse, -Sous le ciel nonchalant, immuable et précis; -C’était l’heure où l’air frais subtilement pénètre -La pierre au grain serré des calmes monuments; -Je n’étais pas heureuse en ces divins moments -Que l’ombre enveloppait, mais j’espérais de l’être, -Car toujours le bonheur n’est qu’un pressentiment: -On le goûte avant lui, sans jamais le connaître... -Dans un profond jardin qui longeait le chemin, -Des chats, l’esprit troublé par la saison suave, -Jetaient leurs cris brûlants de vainqueurs et d’esclaves. -Sur les ployants massifs d’œillets et de jasmins, -On entendait gémir leur ardente querelle -Comme un mordant combat de colombes cruelles... -## Puis revint le silence, indolent et puissant; -La voiture avançait dans l’ombre perméable. - -Je songeais au passé; les vagues sur le sable -Avec un calme effort, toujours recommençant, -Déposaient leur fardeau de rumeurs et d’arômes... -Les astres, attachés à leur sublime dôme, -De leur secret regard, fourmillant et pressant, -Attiraient les soupirs des yeux qui se soulèvent... -## Et l’espace des nuits devint retentissant -Du cri silencieux qui montait de mes rêves!... - -[Illustration] - - - - -LES SOIRS DE CATANE - -[Illustration] - - -Catane languissait, éclatante et maussade; -Le laurier-rose en fleurs du jardin Bellini -Portait un poids semblable à de pourpres grenades; -C’était l’heure où le jour a lentement fini -De harceler l’azur qu’il flagelle et poignarde. -Les voitures tournaient en molle promenade -Sous le moite branchage aux parfums infinis... - -On voyait dans la ville étroite et sulfureuse -Les étudiants quitter les Universités; -Leur figure foncée, active et curieuse, -Rayonnait de hardie et fraîche liberté -Sous le fléau splendide et morne de l’été... - -Bousculant les marchands de fruits et de tomates, -Encombrant les trottoirs comme un torrent hâtif, -Les chèvres au poil brun, uni comme l’agate, -Dans le soir oppressant et significatif, -Fixaient sur moi leurs yeux directs, où se dilate -Un exultant entrain satanique et lascif. - -Comme un tiède ouragan presse et distend les roses, -Le soir faisait s’ouvrir les maisons, les rideaux; -Des balcons de fer noir emprisonnaient les poses -Des nostalgiques corps, penchés hors du repos, -Comme on voit s’incliner des rameuses sur l’eau... - -Des visages, des mains pendaient par les fenêtres, -Tant les femmes, ployant sous le poids du désir, -S’avançaient pour chercher, attirer, reconnaître, -Parmi les bruns garçons qui flânaient à loisir, -Le porteur éternel du rêve et du plaisir... - -Tout glissait vers l’amour comme l’eau sur la pente. -Le ciel, languide et long, tel un soupir d’azur, -Étalait sa douceur langoureuse et constante -Où gisaient, comme l’or dans un fleuve ample et pur, -Les jasmins safranés mêlés aux citrons mûrs. - -L’espace suffoquait d’une imprécise attente... - -Élégants, débouchant de la rue en haillons, -Des jeunes gens montaient vers le bruyant théâtre -Que d’électriques feux teintaient de bleus rayons. -Leur hâte ressemblait à des effusions, -Chacun semblait courir aux nuits de Cléopâtre. -Des mendiants furtifs, quand nous les regardions, -Nous offraient des gâteaux couleur d’ambre et de plâtre. - -Sur la place, où brillaient des palais d’apparat, -La foule vers minuit s’entassait, sinueuse: -Les pauvres, les seigneurs glissaient bras contre bras, -Un orchestre opulent jouait des opéras, -L’air se chargeait de sons comme une conque creuse; -Enfin tout se taisait; la foule restait tard. -On voyait les serments qu’échangeaient les regards, -Et c’était une paix limpide et populeuse... - -Au lointain, par delà les façades, les gens, -La mer de l’Ionie, éployée et sereine, -Sous l’éclat morcelé de la lune d’argent, -Comme une aube mouillée élançait son haleine... - -Les bateaux des pêcheurs, qu’un feu rouge éclairait, -Suivaient nonchalamment les vagues poissonneuses. -Le parfum du bétail marin, piquant et frais, -Ensemençait l’espace ainsi qu’un rude engrais. -Le ciel, ruche d’ébène aux étoiles fiévreuses, -A force de clarté semblait vivre et frémir... -## Et je vis s’enfoncer sur la route rocheuse -Un couple adolescent, qui semblait obéir -A cette loi qui rend muets et solitaires -Ceux que la volupté vient brusquement d’unir. -Et qui vont,--n’ayant plus qu’à songer et se taire, -Comme des étrangers qu’on chasse de la terre... - -[Illustration] - -[Illustration] - - - - -MUSIQUE POUR LES JARDINS DE LOMBARDIE - - -Les îles ont surgi des bleuâtres embruns... -O terrasses! balcons rouillés par les parfums! -Paysages figés dans de languides poses; -Plis satinés des flots contre les lauriers-roses; -Nostalgiques palmiers, poignants comme un sanglot, -Où des volubilis d’un velours indigo -Suspendent mollement leurs fragiles haleines!... -## Un papillon, volant sur les fleurs africaines, -Faiblit, tombe, écrasé par le poids des odeurs. -Hélas! on ne peut pas s’élever! La langueur -Coule comme un serpent de ce feuillage étrange, -Le thé, les camphriers se mêlent aux oranges. -Forêts d’Océanie où la sève, le bois -Ont des frissons secrets et de plaintives voix... -O vert étouffement, enroulement, luxure, -Crépitement de mort, ardente moisissure -Des arbres exilés, qu’usent en cet îlot -La caresse des vents et les baisers de l’eau... -## Et Pallanza, là-bas, sur qui le soleil flambe, -Semble un corps demi-nu, languissant, vaporeux, -Qui montre ses flancs d’or, mais dont les douces jambes -Se voilent des soupirs du lac voluptueux... -## O tristesse, plus tard, dans les nuits parfumées, -Quand les chauds souvenirs ont la moiteur du sang, -De revoir en son cœur, les paupières fermées, -Et tandis que la mort déjà sur nous descend, -Les suaves matins des îles Borromées!... - -Je goûte vos parfums que les vents chauds inclinent, -Profonds magnolias, lauriers des Carolines... -## Les rames, sur les flots palpitants comme un cœur, -Imitent les sanglots langoureux du bonheur. -O promesse de joie, ô torpeur juvénile! -Une cloche se berce au rose campanile -Qui, délicat et fier, semble un cyprès vermeil; -Partout la volupté, la mélodie errante... -## O matin de Stresa, turquoise respirante, -Sublime agilité du cœur vers le soleil! - -O soirs italiens, terrasses parfumées, -Jardins de mosaïque où traînent des paons blancs, -Colombes au col noir, toujours toutes pâmées, -Espaliers de citrons qu’oppresse un vent trop lent, -Iles qui sur Vénus semblent s’être fermées, -Où l’air est affligeant comme un mortel soupir, -Ah! pourquoi donnez-vous, douceurs inanimées, -Le sens de l’éternel au corps qui doit mourir! - -Ah! dans les bleus étés, quand les vagues entre elles -Ont le charmant frisson du cou des tourterelles, -Quand l’Isola Bella, comme une verte tour, -Semble Vénus nouant des myrtres à l’Amour, -Quand le rêve, entraîné au bercement de l’onde, -Semble glisser, couler vers le plaisir du monde, -Quand le soir étendu sur ces miroirs gisants -Est une joue ardente où s’exalte le sang, -J’ai cherché en quel lieu le désir se repose... -## Douces îles, pâmant sur des miroirs d’eau rose, -Vous déchirez le cœur que l’extase engourdit. -Pourquoi suis-je enfermée en un tel paradis! - -Ah! que lassée enfin de toute jouissance, -Dans ces jardins meurtris, dans ces tombeaux d’essence, -Je m’endorme, momie aux membres épuisés! -Que cet embaumement soit un dernier baiser, -Tandis que, sous les noirs bambous qui vous abritent, -Sous les cèdres, pesants comme un ciel sombre et bas, -Blancs oiseaux de sérail que le parfum abat, -Vous gémirez d’amour, colombes d’Aphrodite! - -Des parfums assoupis aux rebords des terrasses, -L’azur en feu, des fleurs que la chaleur harasse, -Sur quel rocher d’amour tant d’ardeur me lia!... -## Colombes sommeillant dans les camélias, -Dans les verts camphriers et les saules de Chine, -Laissez dormir mes mains sur vos douces échines. - -Consolez ma langueur, vous êtes, ce matin, -Le rose Saint-Esprit des tableaux florentins. -## Tourterelles en deuil, si faibles, si lassées, -Fruits palpitants et chauds des branches épicées -Hélas! cet anneau noir qui cercle votre cou -Semble enfermer aussi mon âpre destinée, -Et vos gémissements m’annoncent tout à coup -Les enivrants malheurs pour lesquels je suis née... - -[Illustration] - - - - -L’AIR BRULE, LA CHAUDE MAGIE... - -[Illustration] - -_Que tu es heureuse, cigale,_ -_quand, du sommet des arbres,_ -_abreuvée d’une goutte de rosée,_ -_tu dors comme une reine._ - _ANACRÉON._ - - -L’air brûle, la chaude magie -De l’Orient pèse sur nous, -Nous périssons de nostalgie -Dans l’éther trop riche et trop doux. - -On entrevoit un jardin vide -Que la paix du soir inclina, -Et là-bas, la mosquée aride -Couleur de sable et de grenat. - -La dure splendeur étrangère -Nous étourdit et nous déçoit; -Je me sens triste et mensongère: -On n’est pas bon loin de chez soi. - -Ce ciel, ces poivriers, ces palmes, -Ces balcons d’un rose de fard, -Comme un vaisseau dans un port calme -Rêvent aux transports du départ. - -Ah! comme un jour brûlant est vide! -Que faudrait-il de volupté -Pour combler l’abîme torride -De ce continuel été! - -Des œillets, lourds comme des pommes, -Épanchent leur puissante odeur; -L’air, autour de mon demi-somme, -Tisse un blanc cocon de chaleur... - -Dans la chambre en faïence rouge -Où je meurs sous un éventail, -J’entends le bruit, qui heurte et bouge, -Des chèvres rompant le portail. - -## Ainsi, c’est aujourd’hui dimanche, -Mais, dans cet exil haletant, -Au cœur de la cité trop blanche, -On ne sent plus passer le temps; - -Il n’est des saisons et des heures -Qu’au frais pays où l’on est né, -Quand sur le bord de nos demeures -Chaque mois bondit, étonné. - -Cette pesante somnolence, -Ce chaud éclat palermitain -Repoussent avec indolence -Mon cœur plaintif et mon destin; - -Si je meurs ici, qu’on m’emporte -Près de la Seine au ciel léger, -J’aurai peur de n’être pas morte -Si je dors sous des orangers... - -[Illustration] - - - - -LES JOURNÉES ROMAINES - -[Illustration] - - -L’éther pris de vertige et de fureur tournoie, -Un luisant diamant de tant d’azur s’extrait. -Virant, psalmodiant, le vent divise et ploie - La pointe faible des cyprès. - -C’est en vain que les eaux écumeuses et blanches, -Captives tout en pleurs des lourds bassins romains, -S’élèvent bruyamment, s’ébattent et s’épanchent: - Neptune les tient dans sa main. - -Je contemple la rage impuissante des ondes; -Dans cette vague éparse en la jaune cité, -C’est vous qu’on voit jaillir, conductrice des mondes, - Amère et douce Aphrodite! - -L’odeur de la chaleur, languissante et créole, -Stagne entre les maisons qui gonflent de soleil; -Comme un coureur ailé le ciel bifurque et vole - Au bord tranchant des toits vermeils; - -Et là-bas, sous l’azur qui toujours se dévide, -Un jet d’eau, turbulent et lassé tour à tour, -Semble un flambeau d’argent, une torche liquide - Qu’agite le poing de l’Amour. - -Rome ploie, accablé de grappes odorantes, -La surhumaine vie envahit l’air ancien, -Les chapiteaux brisés font fleurir leurs acanthes - Aux thermes de Dioclétien! - -Dans ce cloître pâmé, des bacchantes blêmies -Gisent; silence, azur, léthargiques dédains! -Le soleil tombe en feu sur la gorge endormie - De ces Danaés des jardins... - -Ils dorment là, liés par les roses païennes, -Ces corps de marbre blond, las et voluptueux: -O mes sœurs du ciel grec, chères Milésiennes, - Que de siècles sont sur vos yeux! - -L’une d’elles voudrait se dégager; sa hanche -Soulève le sommeil ainsi qu’un flot trop lourd, -Mais tout le poids des temps et de l’azur la penche: - Elle rêve là pour toujours. - -De vifs coquelicots, comme un sang gai, s’élancent -Parmi les verts fenouils, à Saint-Paul-hors-les-Murs -Un dôme en or suspend des colliers de Byzance - Au cou flamboyant de l’azur. - -Ce matin, dans le vent qui vient puiser les cendres -Pour les mêler au jour ivre d’air et d’éclat, -Je respire ton cœur voluptueux et tendre, - Pauvre Cécile Métella! - -Tu n’es pas à l’écart des saisons immortelles, -Un tourbillon d’azur te recueille sans fin; -Je n’ai pas plus de part que tes mânes fidèles - A l’univers vague et divin! - -Les blancs eucalyptus et le cyprès qui chante, -Où viennent aboutir les longs soupirs des morts, -Racontent, chers défunts, vos détresses penchantes, - Votre sort pareil à nos sorts. - -Quels familiers discours sur la voie Appienne! -Tissés dans le soleil, les morts vont jusqu’aux cieux; -Vous renaissez en moi, ombres aériennes, - Vous entrez dans mes tristes yeux! - -Là-bas, sur la colline, un jeune cimetière -Étale sa langueur d’Anglais sentimental, -Les délicats tombeaux, dans les lis et le lierre, - Font monter un sang de cristal. - -Midi luit; la villa des chevaliers de Malte -Choit comme une danseuse aux pieds brûlants et las. -Comme un fauve tigré l’air jaunit et s’exalte; - Une nymphe en pierre vit là. - -Elle a les bras cassés, mais sa force éternelle -Empourpre de plaisir ses genoux triomphants; -Le néflier embaume, un jet d’eau est, près d’elle, - Secoué d’un rire d’enfant. - -Les dieux n’ont pas quitté la campagne romaine, -Euterpe aux blonds pipeaux, Erato qui sourit, -Dansent dans le jardin Mattei, où se promène - Le saint Philippe de Néri. - -## Mais c’est vous qui, ce soir, partagez mon malaise, -Dans l’église sans voix, au mur pâle et glacé, -Déesse catholique, ô ma sainte Thérèse, - Qui soupirez, les yeux baissés! - -Malgré vos airs royaux, et la fierté divine -Dont s’enveloppe encor votre cœur emporté, -L’angoisse de vos traits permet que l’on devine - Votre douce mendicité. - -O visage altéré par l’ardente torture -D’attendre le bonheur qui descend lentement, -Appel mystérieux, hymne de la nature, - Désir de l’immortel amant! - -Je vous offre aujourd’hui, parmi l’encens des prêtres, -Comme un grain plus brûlant mis dans vos encensoirs, -Le rire que j’entends au bas de la fenêtre - Où je rêve, seule, le soir; - -C’est le rire joyeux, épouvanté, timide -De deux enfants heureux, éperdus, inquiets, -Qui joignent leurs regards et leurs lèvres avides, - ## Et dont tout le sanglot riait! - -Ils riaient, ils étaient effrayés l’un de l’autre; -Un jet d’eau s’effritait dans le lointain bassin; -La lune blanchissait, de sa clarté d’apôtre, - La terrasse des Capucins. - -Une palme portait le poids mélancolique -De l’éther sans zéphyr, sans rosée et sans bruit; -Rien ne venait briser son attente pudique, - Que ce rire aigu dans la nuit! - -Et je n’entendis plus que ce rire nocturne, -Plus fort que les senteurs des terrasses de miel, -Plus vif que le sursaut des sources dans leur urne, - Plus clair que les astres au ciel. - -## Je le prends dans mes mains, chaudes comme la lave, -Je le mêle aux élans de mon éternité, -Ce rire des humains, si farouche et si grave, - Qui prélude à la volupté! - -[Illustration] - - - - -UN SOIR A VÉRONE - -[Illustration] - - -Le soir baigne d’argent les places de Vérone; -Les cieux roses et ronds, rayés d’ifs, de cyprès, - Font à la ville une couronne - De tristes et verts minarets. - -Sur les ors languissants du palais du Concile, -On voit luire, ondoyer un manteau duveté: - Les pigeons amoureux, dociles, - Frémissent là de volupté. - -L’Adige, entre les murs de brique qu’il reflète, -Roule son rouge flot, large, brusque, puissant: - Dans la ville de Juliette - Un fleuve a la couleur du sang. - -## O tragique douceur de la cité sanglante, -Rue où le passé vit sous les vents endormis: - Un masque court, ombre galante, - Au bal des amants ennemis. - -Je m’élance, et je vois ta maison, Juliette! -Si plaintive, si noire, ainsi qu’un froid charbon. - C’est là que la fraîche alouette - T’épouvantait de sa chanson! - -Que tu fus consumée, ô nymphe des supplices! -Que ton mortel désir était fervent et beau - Lorsque tu t’écriais: «Nourrice, - Que l’on prépare mon tombeau! - -«Qu’on prépare ma tombe et mon funèbre somme, -Que mon lit nuptial soit violet et noir, - Si je n’enlace le jeune homme - Qui brillait au verger ce soir!...» - -## Auprès de ta fureur héroïque et plaintive, -Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment, - La soif est une source vive, - La faim est un rassasiement. - -Hélas! tu le savais, qu’il n’est rien sur la terre -Que l’invincible amour, par les pleurs ennobli; - Le feu, la musique, la guerre, - N’en sont que le reflet pâli! - -## Ma sœur, ton sein charmant, ton visage d’aurore, -Où sont-ils, cette nuit où je porte ton cœur? - La colombe du sycomore - Soupire à mourir de langueur... - -Là-bas un lourd palais, couleur de pourpre ardente, -Ferme ses volets verts sous le ciel rose et gris; - Je pense au soir d’automne où Dante - Ecrivit là le Paradis; - -La céleste douceur des tournantes collines -Emplissait son regard, à l’heure où las, pensifs, - Les anges d’Italie inclinent - Le ciel délicat sur les ifs. - -Mais que tu m’es plus chère, ô maison de l’ivresse, -Balcon où frémissait le chant du rossignol, - Où Juliette qui caresse - Suspend Roméo à son col! - -Ah! que tu m’es plus cher, sombre balcon des fièvres, -Où l’échelle de soie en chantant tournoyait, - Où les amants, joignant leurs lèvres, - Sanglotaient entre eux: «Je vous ai!» - -## Que l’amour soit béni parmi toutes les choses, -Que son nom soit sacré, son règne ample et complet; - Je n’offre les lauriers, les roses, - Qu’à la fille des Capulet! - -[Illustration] - - - - -UN AUTOMNE A VENISE - -[Illustration] - - -Ah! la douceur d’ouvrir, dans un matin d’automne, -Sur le feuillage vert, rougeoyant et jauni -Que la chaleur d’argent éclabousse et sillonne, -Les volets peints en noir du palais Manzoni! - -Des citronniers en pots, le thym, le laurier-rose -Font un cercle odorant au puits vénitien, -Et sur les blancs balcons indolemment repose -Le frais, le calme azur, juvénile, ancien! - -Ah! quelle paix ici, dans ce jardin de pierre, -Sous la terrasse où traîne un damas orangé! -On n’entend pas frémir Venise aventurière, -On ne voit pas languir son marbre submergé... - -## Qu’importe si, là-bas, Torcello des lagunes -Communique aux flots bleus sa pâmoison d’argent, -Si Murano, rêveuse ainsi qu’un clair de lune, -Semble un vase irisé d’où monte un tendre chant! - -Qu’importe si là-bas le rose cimetière, -Levant comme des bras ses cyprès verts et noirs, -Semble implorer encor la divine lumière -Pour le mort oublié qui ne doit plus la voir; - -Si, vers la Giudecca où nul vent ne soupire, -Où l’air est suspendu comme un plus doux climat, -Dans une gloire d’or les langoureux navires -Bercent la nostalgie aux branches de leurs mâts; - -Si, plein de jeunes gens, le couvent d’Arménie -Couleur de frais piment, de pourpre, de corail, -Semble exhaler, le soir, une plainte infinie -Vers quelque asiatique et savoureux sérail; - -Si, brûlant de plaisir et de mélancolie, -Une fille, vendant des œillets, va, mêlant -Le poivre de l’Espagne au sucre d’Italie, -Tandis que sur Saint-Marc tombe un soir rose et lent! - -## Je ne quitterai pas ce petit puits paisible, -Cet espalier par qui mon cœur est abrité; -Qu’Éros pour ses poignards retrouve une autre cible, -Mon céleste désir n’a pas de volupté!... - - - - -VA PRIER DANS SAINT-MARC... - -[Illustration] - - -Va prier dans Saint-Marc pour ta peine amoureuse; -Le temple de Byzance est sensible au péché; -Un parfum de benjoin, d’ambre, de tubéreuse, -Glisse des frais arceaux et des balcons penchés. - -Va prier dans Saint-Marc pour ta douce folie; -Les pigeons assemblés sur la façade en or -Protègent les transports de la mélancolie, -Et les anges des cieux sont plus cléments encor. - -Va prier dans Saint-Marc; les dalles, les rosaces -Ont l’éclat des bijoux et des tapis persans; -Depuis plus de mille ans dans ce palais s’entassent -Les profanes souhaits parfumés par l’encens. - -Vois, sous leurs châles noirs, les tendres suppliantes -Joindre des doigts brûlants et songer doucement. -Divine pauvreté! cet Alhambra les tente -Moins que les cabarets où boivent leurs amants! - -Va prier dans Saint-Marc. Le Dieu des Evangiles -Marche, les bras ouverts, dans de blonds paradis; -On entend les bateaux qui partent pour les îles, -Et les pigeons frémir au canon de midi. - -Des mosaïques d’or, limpides alvéoles, -Glisse un mystique miel, lumineux, épicé; -Et vers la Piazzetta, de penchantes gondoles -Entraînent mollement les couples exaucés... - -## Beau temple, que ta grâce est chaude, complaisante! -O jardin des langueurs, ô porte d’Orient! -Courtisane des Grecs, sultane agonisante, -Turban d’or et d’émail sous l’azur défaillant! - -Tu joins l’odeur de l’ambre aux fastes exotiques, -Et tu meurs, des pigeons à ton sein agrafés, -Comme aux rives en feu des mers asiatiques, -La Basilique où dort sainte Pasiphaé!... - -[Illustration] - - - - -LA MESSE DE L’AURORE A VENISE - -[Illustration] - - -Les femmes de Venise, au lever du soleil, -Répandent dans Saint-Marc leur hésitante extase; -Leurs châles ténébreux sous les arceaux vermeils -Semblent de noirs pavots dans un sublime vase. - - ## Crucifix somptueux, Jésus des Byzantins, - Quel miel verserez-vous à ces pauvres ardentes, - Qui, pour vous adorer, désertent ce matin - Les ronds paniers de fruits étagés sous les tentes? - - Si leur cœur délicat souffre de volupté, - Si leur amour est triste, inquiet ou coupable, - Si leurs vagues esprits, enflammés par l’été, - Rêvent du frais torrent des baisers délectables, - -Que leur répondrez-vous, vous, leur maître et leur Dieu? -Tout en vous implorant, elles n’entendent qu’elles, -Et pensent que l’éclat allongé de vos yeux -Sourit à leurs naïfs sanglots de tourterelles. - -## Ah! quel que soit le mal qu’elles portent vers vous, -Quel que soit le désir qui les brûle et les ploie, -Comblez d’enchantement leurs bras et leurs genoux, -Puisque l’on ne guérit jamais que par la joie... - -[Illustration] - - - - -SIROCO A VENISE - -[Illustration] - - - Le siroco, brusque, hardi, - Sur la ville en pierre frissonne; - C’est la fin de l’après-midi; - Ecoute les cloches qui sonnent - A Saint-Agnès, au Gesuati... - - L’ouragan arrache la toile - D’un marché, où des paniers ronds - Débordent de brillants citrons - Que polit encor la rafale. - -Je vois se saluer les cyprès d’un couvent; -Et dans le courant d’air des ruelles marines, -Un abbé vénitien, étourdi, gai, mouvant, -Qui retient son manteau, volant sur sa poitrine, -Semble un charmant Satan flagellé par le vent! - - - - -CLOCHES VÉNITIENNES - -[Illustration] - - -La pauvreté, la faim, le fardeau du soleil, -Le meurtrissant travail de cette enfant vieillie, -Qui respire, tressant l’osier jaune et vermeil, -L’odeur du basilic et de l’huile bouillie, - -Les fétides langueurs des somnolents canaux, -La maison délabrée où pend une lessive, -Les fièvres et la soif, je les choisis plutôt -Que de ne pas tenir votre main chaude et vive - -A l’heure où, s’exhalant comme un ardent soupir, -Les cloches de Venise épandent dans l’espace -Ce cri voluptueux d’alarme et de désir: - «Jouir, jouir du temps qui passe!» - - - - -L’ILE DES FOLLES A VENISE - -[Illustration] - - -La lagune a le dense éclat du jade vert. -Le noir allongement incliné des gondoles -Passe sur cette eau glauque et sous le ciel couvert. -## Ce rose bâtiment, c’est la maison des folles. - -Fleur de la passion, île de Saint-Clément, -Que de secrets bûchers dans votre enceinte ardente! -La terre desséchée exhale un fier tourment, -Et l’eau se fige autour comme un cercle du Dante. - -## Ce soir mélancolique où les cieux sont troublés, -Où l’air appesanti couve son noir orage, -J’entends ces voix d’amour et ces cœurs exilés -Secouer la fureur de leurs mille mirages! - -Le vent qui fait tourner les algues dans les flots -Et m’apporte l’odeur des nuits de Dalmatie, -Guide jusqu’à mon cœur ces suprêmes sanglots. -## O folie, ô sublime et sombre poésie! - -Le rire, les torrents, la tempête, les cris -S’échappent de ces corps que trouble un noir mystère. -Quelle huile adoucirait vos torrides esprits, -Bacchantes de l’étroite et démente Cythère? - -Cet automne, où l’angoisse, où la langueur m’étreint, -Un secret désespoir à tant d’ardeur me lie; -Déesse sans repos, sans limites, sans frein, -Je vous vénère, active et divine Folie! - -## Pleureuses des beaux soirs voisins de l’Orient, -Déchirez vos cheveux, égratignez vos joues, -Pour tous les insensés qui marchent en riant, -Pour l’amante qui chante, et pour l’enfant qui joue. - -O folles! aux judas de votre âpre maison -Posez vos yeux sanglants, contemplez le rivage. -C’est l’effroi, la stupeur, l’appel, la déraison, -Partout où sont des mains, des yeux et des visages. - -Folles, dont les soupirs comme de larges flots -Harcèlent les flancs noirs des sombres Destinées, -Vous sanglotez du moins sur votre morne îlot; -Mais nous, les cœurs mourants, nous, les assassinées, - -Nous rôdons, nous vivons; seuls nos profonds regards, -Qui d’un vin ténébreux et mortel semblent ivres, -Dénoncent par l’éclat de leurs rêves hagards -L’effroyable épouvante où nous sommes de vivre. - -## Par quelle extravagante et morne pauvreté, -Par quel abaissement du courage et du rêve -L’esprit conserve-t-il sa chétive clarté -Quand tout l’être éperdu dans l’abîme s’achève? - -## O folles, que vos fronts inclinés soient bénis! -Sur l’épuisant parcours de la vie à la tombe -Qui va des cris d’espoir au silence infini, -Se pourrait-il vraiment qu’on marche sans qu’on tombe? - -Se pourrait-il vraiment que le courage humain, -Sans se rompre, accueillît l’ouragan des supplices? -Douleur, coupe d’amour plus large que les mains, -Avoir un faible cœur, et qu’un Dieu le remplisse! - -## Amazones en deuil, qui ne pouvez saisir -L’ineffable langueur éparse sur les mondes, -Sanglotez! A vos cris de l’éternel désir, -Des bords de l’infini les amants vous répondent... - -[Illustration] - - - - -NUIT VÉNITIENNE - -[Illustration] - - -Deux étoiles d’argent éclairent l’ombre et l’eau, -On entend le léger clapotement du flot -Qui baise les degrés du palais Barbaro; - -Une vague, en glissant, répond à l’autre vague: -Enlaçante tristesse, appel dolent et vague. -Un vert fanal, sur l’eau, tombe comme une bague. - -Des gondoles s’en vont, paisible glissement. -Deux hommes sont debout et parlent en ramant; -On n’entend que la vague et leur voix seulement... - -La nuit est comme un bloc d’agate monotone. -Un volet qu’on rabat, subitement détonne -Dans le silence. Où donc est morte Desdémone? - -Un navire de guerre est amarré là-bas. -Le vent est si couché, si nonchalant, si bas, -Que le sel de la mer, ce soir, ne se sent pas. - -Venise a la couleur dormante des gravures. -Sous le masque des nuits et sa noire guipure, -Deux mains, dans un jardin, ouvrent une clôture. - -Les hauts palais dormants, aux marbres effrités, -Luisent sur le canal somnolent, arrêté, -Qui semble une liquide et molle éternité... - -## Belle eau d’un pâle enfer qui m’attire et me touche, -Puisque la mort, ce soir, n’a rien qui m’effarouche, -Montez jusqu’à mon cœur, montez jusqu’à ma bouche... - -[Illustration] - - - - -MIDI SONNE AU CLOCHER DE LA TOUR SARRASINE - -[Illustration] - -_Ne recherche pas la cause de la turbulence:_ -_c’est l’affaire de la mystérieuse nature_... - - -Midi sonne au clocher de la tour sarrasine. -Un calme épanoui pèse sur les collines; -Les palmes des jardins font insensiblement -Un geste de furtif et doux assentiment. -Le vent a rejeté ses claires arbalètes -Sur la montagne, entre la neige et les violettes! -Les rumeurs des hameaux ont le charme brouillé -D’une vague, glissant sur de blancs escaliers... -## O calme fixité, que ceint un clair rivage, -L’Amour rayonne au centre indéfini des âges! -Un noir cyprès, creusé par la foudre et le vent, -Ondulant dans l’air tiède, officiant, rêvant, -Semble, par sa débile et céleste prière, -Un prophète expirant, entr’ouvert de lumière! -## Aérienne idylle, envolement d’airain, -La cloche au chant naïf du couvent franciscain -Répond au tendre appel de la cloche des Carmes. -L’olivier, argenté comme un torrent de larmes, -Imite, en se courbant sous les placides cieux, -L’humble adoration des cœurs minutieux... -## Quel vœu déposerai-je en vos mains éternelles, -Sainte antiquité grecque, ô Moires maternelles? -Déjà bien des printemps se sont ouverts pour moi. -Au pilier résineux de chacun de leurs mois -J’ai souffert ce martyre enivrant et terrible, -Près de qui le bonheur n’est qu’un ennui paisible... -Je ne verrai plus rien que je n’aie déjà vu. -Je meurs à la fontaine où mon désir a bu: -Les battements du cœur et les beaux paysages, -L’ouragan et l’éclair baisés sur un visage, -L’oubli de tout, l’espoir invincible, et plus haut -L’extase d’être un dieu qui marche sur les flots; -La gloire d’écouter, seule, dans la nature, -L’universelle Voix, dont la céleste enflure -Proclame dans l’azur, dans les blés, dans les bois, -«Ame, je te choisis et je me donne à toi,» -Tout cela qui frissonne et qui me fit divine, -Je ne le goûterai que comme un front s’incline -Sur le miroir, voilé par l’ombre qui descend, -Où déjà s’est penché son rire adolescent... -## Mais la fougueuse vie en mon cœur se déchaîne: -O son des Angélus dans les faubourgs de Gênes, -Tandis qu’au bord des quais, où règne un lourd climat, -Les vaisseaux entassés, les cordages, les mâts, -Semblent, dans le ciel pâle où la chaleur s’énerve, -De noirs fuseaux, tissant la robe de Minerve! -Vieille fontaine arabe, au jet d’eau mince et long, -Exilée en Sicile, en de secrets vallons. -Soirs du lac de Némi, soirs des villas romaines, -Où la noble cascade en déroulant sa traîne -Sur un funèbre marbre, imite la pudeur -De la Mélancolie, errante dans ses pleurs, -Et qu’un faune poursuit sur la rapide pente... -## Muet accablement d’un square d’Agrigente: -Jardin tout excédé de ses fleurs, où j’étais -La Mémoire en éveil d’un monde qui se tait. -Dans ce dormant Dimanche amolli et tenace, -Mêlée à l’étendue, éparse dans l’espace, -Etrangère à mon cœur, à mes pesants tourments, -Je n’étais plus qu’un vaste et pur pressentiment -De tous les avenirs, dont les heures fécondes -S’accompliront sans nous jusqu’à la fin des mondes... -## Chaud silence; et l’élan que donne la torpeur! -L’air luit; le sifflement d’un bateau à vapeur -Jette son rauque appel à la rive marchande. -Une glu argentée entr’ouvre les amandes; -De lourds pigeons, heurtés aux arceaux d’un couvent, -Font un bruit éclatant de satin et de vent, -Comme un large éventail dans les nuits sévillanes... -Sur l’aride sentier, un pâtre sur un âne -Chantonne, avec l’habile et perfide langueur -D’une main qui se glisse et qui cherche le cœur... - -## Par ce cristal des jours, par ces splendeurs païennes, -Seigneur, préservez-nous de la paix quotidienne -Qui stagne sans désir, comme de glauques eaux! -Nous avons faim d’un chant et d’un bonheur nouveau! -Je sais que l’âpre joie en blessures abonde, -Je ne demande pas le repos en ce monde; -Vous m’appelez, je vais; votre but est secret; -Vous m’égarez toujours dans la sombre forêt; -Mais quand vous m’assignez quelque nouvel orage, -Merci pour le danger, merci pour le courage! -A travers les rameaux serrés, je vois soudain -La mer, comme un voyage exaltant et serein! -Je sais ce que l’on souffre, et si je suis vivante, -C’est qu’au fond de la morne ou poignante épouvante, -Lorsque parfois ma force extrême se lassait, -Un ange, au cœur cerclé de fer, me remplaçait... -## Et pourtant, je ne veux pas amoindrir ma chance -D’être le lingot d’or qui brise la balance; -D’être, parmi les cœurs défaillants, incertains, -L’esprit multiplié qui répond au Destin! -Je n’ai pas peur des jours, du feu, du soir qui tombe; -Dans le désert, je suis nourrie par les colombes. -Je sais bien qu’il faudra connaître en vous un jour -La fin de tout effort, l’oubli de tout amour, -Nature! dont la paix guette notre agonie. - -Mais avant cet instant de faiblesse infinie, -Traversant les plateaux, les torrents hauts ou secs, -Chantant comme faisaient les marins d’Ionie -Dans l’odeur du corail, du sel et du varech, -J’irai jusqu’aux confins de ces rochers des Grecs, -Où les flots démontés des colonnes d’Hercule -Engloutissaient les nefs, au vent du crépuscule!... - -[Illustration] - -[Illustration] - - - - -JE N’AI VU QU’UN INSTANT... - - -Je n’ai vu qu’un instant les pays beaux et clairs, -Sorrente, qui descend, fasciné par la mer, -Tarente, délaissé, qui fixe d’un œil vague -Le silence entassé entre l’air et les vagues; -Salerne, au cœur d’ébène, au front blanc et salé, -Où la chaleur palpite ainsi qu’un peuple ailé; -Amalfi, où j’ai vu de pourpres funérailles -Qu’accompagnaient des jeux, des danses et des chants, -Surprises tout à coup, sous le soleil couchant, -Par les parfums, croisés ainsi que des broussailles... -Foggia, ravagé de soleil, étonné -De luire en moisissant comme un lis piétiné; -Pompéi, pavoisé de murs peints qui s’écaillent, -Pæstum qu’on sent toujours visité par les dieux, -Où le souffle marin tord l’églantier fragile, -Où, le soir, on entend dans l’herbage fiévreux -Ce long hennissement qui montrait à Virgile, -Ebloui par son rêve immense et ténébreux, -Apollon consolant les noirs chevaux d’Achille... - -## Ces rivages de marbre embrassés par les flots, -Où les mânes des Grecs ensevelis m’attirent, -Je ne les ai connus que comme un matelot -Voit glisser l’étendue au bord de son navire; -Ce n’était pas mon sort, ce n’était pas mon lot -D’habiter ces doux lieux où la sirène expire -Dans un sursaut d’azur, d’écume et de sanglot! -Loin des trop mols climats où les étés s’enlizent, -C’est vous mon seul destin, vous, ma nécessité, -Rivage de la Seine, âpre et sombre cité, -Paris, ville de pierre et d’ombre, aride et grise, -Où toujours le nuage est poussé par la brise, -Où les feuillages sont tourmentés par le vent, -Mais où, parfois, l’été, du côté du levant, -On voit poindre un azur si délicat, si tendre, -Que, par la nostalgie, il nous aide à comprendre -La clarté des jardins où Platon devisait, -La cour blanche où Roxane attendait Bajazet, -La gravité brûlante et roide des Vestales -Qu’écrasait le fardeau des nuits monumentales; -La mer syracusaine où soudain se répand -## Soupir lugubre et vain que la nature exhale,-- -Le cri du batelier qui vit expirer Pan... -## Oui, c’est vous mon destin, Paris, cité des âmes, -Forge mystérieuse où les yeux sont la flamme, -Où les cœurs font un sombre et vaste rougeoiment, -Où l’esprit, le labeur, l’amour, l’emportement -Elèvent vers les cieux, qu’ils ont choisis pour cible, -Une Babel immense, éparse, intelligible, -Cependant que le sol, où tout entre à son tour, -En mêlant tous ses morts fait un immense amour! - - - - -AINSI LES JOURS S’EN VONT... - -[Illustration] - - -Ainsi les jours s’en vont, rapides et sans but, -Nous les appelons doux quand ils sont monotones, -Et l’âme, habituée à combattre, s’étonne -De ne plus espérer et de ne souffrir plus. - -Qu’est-ce donc que l’on veut, qu’on espère et prépare, -Que souhaitons-nous donc, quand, l’esprit plus dispos -Qu’un bleu matin qui luit dans le vitrail des gares, -Nous sommes harassés de calme et de repos? - -Les délices, la paix ne sont pas suffisantes, -Un courageux élan veut aller jusqu’aux pleurs. -La passion convie à des fêtes sanglantes: -Tout est déception qui n’est pas la douleur! - -Souffrir, c’est tout l’espoir, toute la diligence -Que nous mettons à fuir le paisible présent, -Lorsque ignorants du but et tentés par la chance -Nous rêvons au départ, brutal et complaisant. - -Je le sais et je songe à mes brûlants voyages, -Au sol oriental, crayeux, sombre et vermeil, -Au campanile aigu, brillant sur le rivage -Comme un blanc diamant lancé vers le soleil! - -Je songe au frais palais de Naples, à ses musées -Où règne un blanc climat, nonchalant, engourdi, -Où, dans l’albâtre grec, amplement s’arrondit -La face de Junon, éclatante et rusée! - -Je songe à cette salle illustre, où je voyais -Des danseuses d’argent, dans leurs gaines de lave, -Fixer sur mon destin,--fortes, riantes, braves,-- -Leurs yeux d’émail, pareils à de sombres œillets. - -Je vois le vieil Homère et ses yeux sans prunelle -Où mon triste regard s’enfonçait pas à pas, -Comme ces voiliers qui, sur la mer éternelle, -Se perdent dans la brume et ne reviennent pas... - -Je me souviens de vous, jeune Milésienne, -Beau torse mutilé qui demeurez debout, -Comme on voit, en été, les gerbes de blé roux -Noblement se dresser dans l’onde aérienne; - -Et de vous, Amazone à cheval, et pliant -Sous le choc d’une flèche impétueuse et fourbe, -Et qui semblez mourir d’amour, en suppliant -Le vague meurtrier qui vous blesse et vous courbe. - -## Aigle maigre et divin convoitant un enfant, -Je vous vois, Jupiter, auprès de Ganymède; -Votre œil de proie, où brille un amour sans remède, -Mêle un rêve soumis à vos airs triomphants. - -Je me souviens de vous, jeune guerrier de marbre, -Agile Harmodius auprès de votre ami, -Qui figurez, levant vos deux bras à demi, -L’élan de l’épervier et du vent dans les arbres! - -Qu’il fut beau le voyage anxieux que je fis -Sur des rives qu’assaille un été frénétique! -Et je songe, ce soir, avec un cœur surpris, -A ces temps où ma vie, errante et nostalgique, - -Ressemblait par ses pleurs, ses rêves, ses défis, -Son ardeur à mourir et ses sursauts lyriques, -Aux groupes des héros dans les musées antiques... - -[Illustration] - - - - -LE RETOUR AU LAC LÉMAN - -[Illustration] - - -Je retrouve le calme et vaste paysage: -C’est toujours sur les monts, les routes, les rivages, -Vos gais bondissements, chaleur aux pieds d’argent! -Le monde luit au sein de l’azur submergeant -Comme une pêcherie aux mailles d’une nasse; -Je vois, comme autrefois, sur le bord des terrasses, -Des jeunes gens; l’un rêve, un autre fume et lit; -Un balcon, languissant comme un soir au Chili, -Couve d’épais parfums à l’ombre de ses stores. -Le lac, tout embué d’avoir noyé l’aurore, -Encense de vapeurs le paresseux été; -Et le jour traîne ainsi sa parfaite beauté -Dans une griserie indolente et muette. -Soudain l’azur fraîchit, le soir vient; des mouettes -S’abattent sur les flots; leur vol compact et lourd -Qui semble harceler la faiblesse du jour -Donne l’effroi subit des mauvaises nouvelles... -Il semble, tant l’éther est comblé par des ailes, -Que quelque arbre géant, par le vent agité, -Laisse choir ce feuillage agile et duveté. -Et le soleil s’abaisse, et, comme un doux désastre, -Frappé par les rayons du soleil vertical -Tout s’attriste, languit; le lac oriental -A le liquide éclat des métaux dans les astres; -Et le cœur est soudain par le soir attaqué... - -Et tous deux nous marchons sur les dalles du quai. -Nous sommes, un instant, des vivants sur la terre; -Ces montagnes, ces prés, ces rives solitaires -Sont à nous; et pourtant je ne regarde plus -Avec la même ardeur un monde qui m’a plu. -Je laisse s’écouler aux deux bords de mon âme -Les ailes, les aspects, les effluves, les flammes; -Je ne répondrai pas à leur frivole appel: -Mon esprit tient captifs des oiseaux éternels. -Je ne regarde plus que la cime croissante -Des arbres, qui toujours s’efforçant vers le ciel, -Détachant leur regard des plaines nourrissantes, -Écoutent la douceur du soir confidentiel -Et montent lentement vers la lune ancienne... -Je songe au noble éclat des nuits platoniciennes, -A la flotte détruite un soir syracusain, -A Eschyle, inhumé à l’ombre des raisins, -Dans Géla, sous la terre heureuse de Sicile. -Je songe à ces déserts où florissaient des villes; -A cet entassement de siècles et d’ardeur -Que le soleil toujours, comme un divin voleur, -Va puiser dans la tombe et redonne à la nue. -Je songe à la vie ample, antique, continue; -Et à vous, qui marchez près de moi, et portez -Avec moi la moitié du rêve et de l’été; -A vous, qui comme moi, témoin de tous les âges, -Tenez l’engagement, plein d’un grave courage, -De bien vous souvenir, en tout temps, en tout lieu, -Que l’homme en insistant réalise son Dieu, -Et qu’il a pour devoir, dans la Nature obscure, -De la doter d’une âme intelligible et pure, -De guider l’Univers avec un cœur si fort -Que toujours soit plus beau chaque instant qui se lève; -Et d’écouter avec un mystique transport -Les sublimes leçons que donnent à nos rêves -L’infatigable voix de l’amour et des morts... - -[Illustration] - - - - -OCTOBRE ET SON ODEUR... - -[Illustration] - - -Octobre, et son odeur de vent, de brou de noix, -D’herbage, de fumée et de froides châtaignes, -Répand comme un torrent l’alerte désarroi -Du feuillage arraché et des fleurs qui s’éteignent. - -Dans l’éther frais et pur, et clair comme un couteau, -Le soleil romanesque en hésitant arrive, -Et sa paille dorée est comme un clair chapeau -Dont les bords lumineux s’inclinent sur la rive... - -## Automne, quel est donc votre séduction? -Pourquoi, plus que l’été, engagez-vous à vivre? -Bacchante aux froides mains, de quelle région -Rapportez-vous la pomme au goût d’ambre et de givre? - -Dans votre air épuré, argentin, élagué, -On entend bourdonner une dernière abeille. -Le soleil, étourdi et déjà fatigué, -Ne s’assied qu’un instant à l’ombre de la treille; - -Les rosiers, emmêlés aux rayons blancs du jour, -Les dahlias, voilés de gouttes d’eau pesantes, -Sont encore encerclés de guêpes bruissantes, -Mais la rouille du temps les gagne tour à tour. - -La fontaine sanglote une froide prière; -Dans le saule, un oiseau semble faire le guet, -Tant son cri est prudent, défiant, inquiet. -Mais les cieux, les doux cieux, ont des lacs de lumière... - -## Ces glauques flamboiements, cette poussière d’or, -Cet azur, embué comme une pensée ivre, -Ces soleils oscillant comme un vaisseau qui sort -De la rade, chargé de baumes et de vivres, -Flotteront-ils au toit d’un couvent florentin, -Sur les verts bananiers des Iles Canaries, -Dans un vallon d’Espagne, où jamais ne s’éteint -L’écarlate lampion des grenades mûries, -Tandis que nous entrons dans l’hiver obsédant, -Dans l’étroite saison, où, seule, la musique -Fait un espace immense, et semble un confident -Qui, saturé des pleurs de nos soirs nostalgiques, - -Les porte jusqu’aux cieux, avec un cri strident! - -[Illustration] - - - - -LES RIVES ROMANESQUES - -[Illustration] - - -Soir paresseux des lacs, douceur lente des rames -Qui, sur l’eau susceptible, élancez des frissons, -Romanesque blancheur des terrasses, chansons -Que des nomades font retentir, où se pâme -Le vocable éternel du triste amour, quelle âme -Tromperez-vous ce soir par votre déraison? - -L’absorbante chaleur voile les monts d’albâtre, -Un généreux feuillage abrite les chemins, -Les hameaux ont l’odeur du laitage et de l’âtre; -Et les montagnes sont, dans l’espace bleuâtre, -Hautes et torturées comme un courage humain. - -Au loin les voiliers las ont l’air de tourterelles, -Qui, dans ce paradis liquide et sommeillant, -Renonçant à l’éther laissent flotter leurs ailes -Et gisent, transpercés par le flot scintillant. - -Et la nuit vient, serrant ses mailles d’argent sombre -Sur l’Alpe bondissante où le jour ruisselait, -Et c’est comme un subit, sournois coup de filet -Capturant l’horizon, qui palpite dans l’ombre -Comme un peuple d’oiseaux aux voûtes d’un palais... - -Un vert fanal au port tremble dans l’eau tranquille; -Tout a la calme paix des astres arrêtés; -Il semble qu’on soit loin des champs comme des villes; -L’air est ample et profond dans l’immobilité; -Et l’on croit voir jaillir de sensibles idylles -De toute la douceur de cette nuit d’été! - -## Pourquoi nous trompez-vous, beauté des paysages, -Aspect fidèle et pur des romanesques nuits, -Engageante splendeur, vent courant comme un page, -Secrète expansion des odeurs, calme bruit, -Silencieux désirs montant du fond des âges? - -Pourquoi nous faites-vous espérer le bonheur -Quand, par de là les lois, l’esprit, la conscience, -Vous ressemblez au but qu’entrevoit le coureur? -Dans un séjour où rien n’est péché ni douleur, -Sous l’arbre désormais béni de la science -Vous convoquez les corps et les cœurs pleins d’ardeur! - -Mais, hélas! les humains et la grande Nature -N’échangent plus leur sombre et différente humeur; -Entre eux tout est mensonge, épouvante, imposture; -Les souhaits infinis, les peines, les blessures -Ne trouvent pas en elle un remède à leurs pleurs. -La terre indifférente, exhalant ses senteurs, -N’a d’accueil maternel que pour celui qui meurt. - -## Terre, prenez les morts, soyez douce à leur rêve; -Serrez-les contre vous, rendez-les éternels, -Donnez-leur des matins de rosée et de sève, -Mêlez-les à vos fruits, vos métaux et vos sels. - -Qu’ils soient participants à vos soins innombrables, -Que, depuis le sol noir jusqu’au divin éther, -Plus légers, plus nombreux que les vents du désert, -Ils aillent, légion furtive, impondérable! - -Mais nous, nous ne pouvons qu’être des cœurs humains: -Nous habitons l’esprit, les passions, la foule; -Nous sommes la moisson et nous sommes la houle; -Nous bâtissons un monde avec nos tristes mains; -Et tandis que le jour insouciant se lève -Sans jamais secourir ou protéger nos rêves, -La force de nos cœurs construit les lendemains... - -[Illustration] - -[Illustration] - - - - -AU PAYS DE ROUSSEAU - - -Le lac, plus lent qu’une huile azurée, se repose, -Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose, -Penche sur lui sa calme et pensive langueur. -Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs: -Scintillement sonore, et qui semble un cantique -Vers la première étoile, humble et mélancolique, -Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur... - -L’automne épand déjà ses fumeuses odeurs. - -Un voilier las, avec ses deux voiles dressées, -Rêve comme un clocher d’église délaissée. -Touffus et frémissants dans le soir spacieux, -Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux; -Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtre -Les cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre. -Teinté de sombre argent, un cèdre contourné -A le tumulte obscur d’un nuage enchaîné -Qui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse... -Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse. -Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement; -Tout semble délicat, plein de détachement, -On ne sait quelle éparse et vague quiétude -Médite. Un clair fanal, douce sollicitude, -Egoutte dans les flots son rubis scintillant. -## O nuits de Lamartine et de Chateaubriand! -Vent dans les peupliers, sources sur les collines, -Tintement des grelots aux coursiers des berlines, -Villages traversés, secrète humidité -Des vallons où le frais silence est abrité! -Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie, -Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons, -Vieux hêtres abattus dont les écorces font -Flotter un parfum d’eau et de menuiserie, -Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs? -Retirée en un grave et mystique labeur, -Le regard détourné, l’âme puissante et rude, -Je montais vers ma paix et vers ma solitude! - -## Nature, accordez-moi le plus d’amour humain, -Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres, -Et la grâce d’errer sur les communs chemins, -Loin de toute grandeur isolée et funèbre; - -Accordez-moi de vivre encor chez les vivants, -D’entendre les moulins, le bruit de la scierie, -Le rire des pays égayés par le vent, -Et de tout recevoir avec un cœur qui prie, - -Un cœur toujours empli, toujours communicant, -Qui ne veut que sa part de la tâche des autres, -Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquant -L’auréole orgueilleuse et triste des apôtres! - -Que tout me soit amour, douceur, humanité: -La vigne, le village et les feux de septembre, -Les maisons rapprochées de si bonne amitié, -L’universel labeur dans le secret des chambres; - -Et que je ne sois plus,--au-dessus des abîmes -Où mon farouche esprit se tenait asservi,-- -Comme un aigle blessé en atteignant les cimes, -Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi! - -[Illustration] - - - - -UN SOIR EN FLANDRE - -[Illustration] - - -Ah! si d’ardeur ton cœur expire, -Si tu meurs d’un rêve hautain, -Descends dans le calme jardin, -Ne dis rien, regarde, respire; - -Le parfum des pois de senteur -Ouvre ses ailes et se pâme; -Le ciel d’azur, le ciel de flamme, -Est sombre à force de chaleur! - -Demeure là, les mains croisées, -Les yeux perdus à l’horizon, -A voir luire sur les maisons -Les toits aux pentes ardoisées. - -Des coqs, chantant dans le lointain, -Soupirent comme des colombes -Sous la chaleur qui les surplombe. -Le soir semble un brumeux matin. - -Douceur du soir! le hameau fume, -La rue est vive comme un quai -Où le poisson est débarqué; -Un pigeon flotte, blanche écume. - -Vois, il n’y a pas que l’amour -Sur la profonde et douce terre; -Sache aimer cet autre mystère: -L’effort, le travail, le labour. - -Des corps, que la vie exténue, -S’en viennent sur les pavés bleus; -Les bras, les visages caleux -Sont emplis de joie ingénue. - -Un homme tient un arrosoir; -Ce plumage d’eau se balance -Sur les choux qui, dans le silence, -Goûtent aussi la paix du soir. - -Il se forme au ciel un nuage; -Regarde les bonds, les sursauts, -De quatre tout petits oiseaux, -Qui volent sur le ciel d’orage! - -Un œillet tremble, secoué -D’un coup vif de petite trique, -Quand le lourd frelon électrique -A sa tige reste cloué. - -Par la vapeur d’eau des rivières -Les prés verts semblent enlacés; -Le soir vient, les bruits ont cessé; -## Etranger, mon ami, mon frère, - -Il n’est pas que la passion, -Que le désir et que l’ivresse, -La nature aussi te caresse -D’une paisible pression; - -Les rêves que ton cœur exhale -Te font gémir et défaillir; -Eteins ces feux et viens cueillir -Le jasmin aux quatre pétales. - -Abdique le sublime orgueil -De la langueur où tu t’abîmes, -Et vois, flambeau des vertes cimes, -Bondir le sauvage écureuil! - -[Illustration] - - - - -BONTÉ DE L’UNIVERS QUE JE -CROYAIS ÉTEINTE... - - -Bonté de l’univers que je croyais éteinte, -Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur, -Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes; -Ma main touche, au jardin succulent de moiteur, - Le sucre indigo des jacinthes! - -Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant, -Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige, -D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tiges -Font jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants! - -## Et, bien que le beau jour soit loin de la soirée, -Bien qu’encor le soleil étende sur les murs -Sa nappe de safran éclatante et moirée, -Déjà la molle lune, au contour pâle et pur, -Comme un soupir figé rêve au fond de l’azur... - - - - -CHALEUR DES NUITS D’ÉTÉ... - -[Illustration] - -_O nuit d’été, maladie inconnue,_ -_combien tu me fais mal!_ - _JULES LAFORGUE._ - - -Chaleur des nuits d’été, comme une confidence -Dans l’espace épandue, et semblant aspirer -Le grand soupir des cœurs qui songent en silence, -Je vous contemple avec un désespoir sacré! - -Les passants, enroulés dans la moiteur paisible -De cette nuit bleuâtre au souffle végétal, -Se meuvent comme au fond d’un parc oriental -L’ombre des rossignols furtifs et susceptibles. - -Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruit -Dans la rue amollie où le lourd pavé luit; -C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent: -Tout effort est dans l’ombre oisive relégué. -Les parfums engourdis et compacts interceptent -La circulation des zéphyrs fatigués. - -Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage; -Je regarde la terre où s’entassent les âges -Et la voûte du ciel, pur, métallique et doux. -Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux, -Apaisé mon délire et son brûlant courage, -Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout? - -La lune éblouissante appuie au fond des nues -Son sublime débris ténébreux et luisant, -Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue; -Son chaud torrent sur moi abondamment descend -Comme un triste baiser négligent et pesant. - -Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives, -Semblent accélérer leur implorant regard. -L’univers est posé sur mes deux mains chétives; -Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard, -Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives. - -Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur, -Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescente -Qui, fière comme l’onde et comme elle puissante, -Luttait par son amour contre tout ce qui meurt! -Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire, -Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer; -Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer, -Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoire -Et cherche en vain la source au milieu du désert. -## Et je regarde, avec une tristesse immense, -Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur, -L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance, -Et la lune immobile au-dessus de mon cœur... - -[Illustration] - - - - -AUTOMNE - -[Illustration] - - - Puisque le souvenir du noble été s’endort, - Automne, par quel âpre et lumineux effort, - ## Déjà toute fanée, abattue et moisie, - Jetez-vous ce brûlant accent de poésie? - Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé. - C’est fini, la beauté des vignes et du blé; - Le doux corps des étés en vous se décompose; - Mais vous donnez ce soir une suprême rose. - -## Ah! comme l’ample éclat de ce dernier beau jour -Soudain réveille en moi le plus poignant amour! -Comme l’âme est par vous blessée et parfumée, -Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée!... - - - - -ARLES - -[Illustration] - - -Mes souvenirs, ce soir, me séparent de toi; -Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle, -De ce frais horizon d’églises et de toits, -J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi, - Les hirondelles sur le ciel d’Arles! - -La nuit était torride à l’heure du couchant. -Les doux cieux languissaient comme une barcarolle; -Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants, -Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchant - A fléchir une ombre qui s’envole! - -Ce qu’un beau soir contient de perfide langueur -Ployait dans un silence empli de bruits infimes; -Je regardais, les mains retombant sur mon cœur, -Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur, - Le pâle cloître de Saint-Trophime! - -Une brise amollie et peinte de parfums, -Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône. -Tout ce que l’on obtient me semblait importun, -Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à un - Pour monter vers d’invisibles zones! - -O soleil, engourdi par les senteurs du thym, -Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine, -Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin, -On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin, - Les rapides Victoires d’Athènes! - -Soir torturé d’amour et de pesants tourments, -Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes, -Musicale torpeur où volent des flamants, -Couleur du soir divin qui promets et qui ments, - C’est ta détresse qui me transporte! - -Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés, -Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune, -Connaissent, sous le vent léger des peupliers, -Le bonheur de languir, assouvis et liés, - Dans la même amoureuse infortune; - -Mais les corps des vivants, aspirés par l’été, -Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance. -Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés; -Qui jamais avouera l’âpre infidélité - D’un cœur sensuel, dans le silence!... - -[Illustration] - - - - -LA NUIT FLOTTE... - -[Illustration] - - -La nuit flotte, amollie, austère, taciturne, -Impérieuse; elle est funèbre comme une urne -Qui se clôt sur un vague et sensible trésor. -Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort, -Parait interroger l’ombre vertigineuse. -La lune au sec éclat semble une île pierreuse; -Cythère aride et froide où tout désir est mort. - -Une vague rumeur émane du silence. -Un train passe au lointain, et son essoufflement -Semble la palpitante et paisible cadence -Du coteau qui respire et songe doucement... - -Un parfum délicat, abondant, faible et dense, -Mouvant et spontané comme des bras ouverts, -Révèle la secrète et nocturne existence -Du monde végétal au souffle humide et vert. - -Et je suis là. Je n’ai ni souhait, ni rancune; -Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soir -Je n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs, -Et que, paisiblement, je regarde la lune. - -Je suis la maison vide où tout est flottement. -Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe; -J’ai longuement suivi ce bel enterrement, -Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements, -Et des égorgements d’agneaux et de colombes. - -Mais le temps a séché l’eau des pleurs et le sel. -D’un œil indifférent, sans regret, sans appel, -Eclairé par la calme et triste intelligence, -Je regarde la voûte immense, où les mortels -Ont suspendu les vœux de leur vaine espérance, - -Et je ne vois qu’abîme, épouvante, silence; -Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuel -De ce que rien d’humain ne peut être éternel... - -[Illustration] - - - - -L’ÉVASION - -[Illustration] - - -Libre! comprends-tu bien! être libre, être libre! -Ne plus porter le poids déchirant du bonheur, -Ne plus sentir l’amère et suave langueur -Envahir chaque veine, amollir chaque fibre! - -Libre, comme une biche avant le chaud printemps! -Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite, -Et, dans une ineffable et pétulante fuite, -Disperser la nuée et les vents éclatants! - -Se vêtir de fraîcheur, de feuillage, de prismes, -S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger; -Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger, -Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme! - -## A peine l’aube naît, chaque maison sommeille; -L’atmosphère, flexible et prudente corbeille, -Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux. -On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu. -Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace, -Eclate, et vient viser toute chose qui passe; -La brise, étincelante et forte comme l’eau, -Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux, -Mêle les flots marins, dont la cime moelleuse -Fond dans une douceur murmurante, écumeuse... -Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants! -Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants: -Dans mes songes, mes mains se sont habituées -A dénouer le voile odorant des nuées! -L’étendue argentée est un tapis mouvant -Où court la verte odeur des figuiers et du vent; -Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre, -Les épais bananiers, au feuillage en haillons, -Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons, -Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres. -Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux; -Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux. -Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques, -Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecque -Sur la porte, qu’un jet de tranchante clarté -Fait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie; -Tout est délassement, espoir, activité; -Mais quel désir d’amour et de fécondité, -Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie! - - * * * * * - -Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploie -La branche fructueuse et forte de l’été... - -[Illustration] - - - - -CEUX QUI N’ONT RESPIRÉ... - -[Illustration] - - -Ceux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande, -Les tulipes des champs, les graines des bouleaux, -Le vent rapide et court qui chante sur la lande, -Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots, - -Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignes -Croissant tardivement sous des cieux incertains, -Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnes -Que Bruges fait flotter dans ses brumeux matins, - -Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze, -Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet, -Remplace la splendeur des campagnes malaises, -Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet, - -Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages, -Souhaitent le futur et vague paradis, -Qui leur promet un large et flamboyant voyage -Où s’embarquent les cœurs confiants et hardis. - -Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace, -O bleuâtre Orient! Incendie azuré, -Prince arrogant et fier, favori de l’espace, -Monstre énorme, alangui, dévorant et doré; - -Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure, -Coupole incandescente, opacité de chaux, -Ont vu la haute palme éparpiller les heures, -Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds; - -Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune, -## Aurore qui soudain met sa robe d’argent -Et trempe de clarté la rue étroite et brune, -Et le divin détail des choses et des gens, - -Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie, -Egrenant un collier fait de bois de cyprès, -Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie, -Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais, - -Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes; -Nul immortel jardin ne surpasse le leur; -Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestes -Où leur corps étendu porte l’ombre des fleurs. - -Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée, -Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédi -Que font le vert platane et la jaune mosquée -Sur le col des pigeons, attristés par midi... - -[Illustration] - - - - -LE CIEL BLEU DU MILIEU DU JOUR... - -[Illustration] - - -Le ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille, -Encourage les champs, les vignes, les semailles, -Comme un maître exalté au milieu des colons! -Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon, -L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques, -Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque. -Sur les murs villageois, le vert abricotier -S’écartèle, danseur de feuillage habillé. -Les parfums des jardins font au-dessus du sable, -Une zone qui semble au cœur infranchissable. -L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eau -Sous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux. -L’hirondelle, toujours par une autre suivie, -Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants: -L’espace est sillonné par ces rapprochements... -## Et parfois, à côté de cette immense vie -On voit, protégé par un mur maussade et bas, -Le cimetière où sont, sans regard et sans pas, -Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête, -Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête! -Hélas! dans le profond et noir pays du sol, -Malgré les cris du geai, le chant du rossignol, -Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes, -Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe. -Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux, -Ces doux indifférents, ces grands silencieux; -Et la route qui longe et contourne leur pierre, -Eclate, rebondit d’un torrent de poussière -Que soulève, en passant, le véhément parcours -Des êtres que la mort prête encor à l’amour... -## Et moi qui vous avais délaissée, humble terre, -Pour contempler la nue où l’âme est solitaire, -Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel, -Nul ne saurait quitter vos chemins maternels. -En vain, l’intelligence, agile et sans limite, -Avide d’infini, vous repousse et vous quitte; -En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants -Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants, -Ils seront ramenés et liés à vos rives, -Par le poids du désir, par les moissons actives, -Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains... - -## Vaste Amour, conducteur des éternels demains, -Je reconnais en vous l’inlassable merveille, -L’inexpugnable vie, innombrable et pareille: -O croissance des blés! ô baisers des humains! - -[Illustration] - - - - -LA TERRE - -[Illustration] - - - Je me suis mariée à vous - Terre fidèle, active et tendre, - Et chaque soir je viens surprendre - Votre arome secret et doux. - -Ah! puisque le divin Saturne -Porte un anneau qui luit encore, -Je vous donne ma bague d’or, -Petite terre taciturne! - - Elle est comme un soleil étroit, - Elle est couleur de moisson jaune, - Aussi chaude qu’un jeune faune - Puisqu’elle a tenu sur mon doigt! - ---Et qu’un jour, dans l’espace immense, -Brille, ceinte d’un lien doré, -La Terre où j’aurai respiré -Avec tant d’âpre véhémence! - - - - -UN SOIR A LONDRES - -[Illustration] - - -Les parfums vont en promenade - Sur l’air brumeux, -Une âme ennuyée et malade - Flotte comme eux. - -Les rhodendrons des pelouses, - D’un lourd éclat, -Semblent des collines d’arbouses - Et d’ananas. - -Un temple grec dans le feuillage - Semble un secret, -Où Vénus voile son visage - Dans ses doigts frais. - -O petit fronton d’Ionie, - Que tu me plais, -Dans la langoureuse agonie - D’un soir anglais! - -Je t’enlace, je veux suspendre - A ta beauté, -Mon cœur, ce rosier le plus tendre - De tout l’été. - -## Mais sur tant de langueur divine - Quel souffle prompt? -Je respire l’odeur saline, - Et le goudron! - -C’est le parfum qui vient d’Irlande, - C’est le vent, c’est -L’odeur des Indes, qu’enguirlande - L’air écossais! - -## O toi qui romps, écartes, creuses - Le ciel d’airain, -Rapide odeur aventureuse - Du vent marin. - -Va consoler, dans le Musée - Au beau renom, -La divine frise offensée - Du Parthénon! - -Va porter l’odeur des jonquilles, - Du raisin sec, -Aux vierges tenant les faucilles - Et le vin grec. - -## Cavalerie athénienne, - O jeunes gens! -Guirlande héroïque et païenne - Du ciel d’argent; - -Miel condensé de la nature, - O cire d’or, -Gestes joyeux, sainte Ecriture, - Céleste accord! - -Phalange altière et sans seconde, - O rire ailé, -Bandeau royal au front du monde, - Cœur déroulé. - -Prenez votre place éternelle, - Votre splendeur, -Dans l’infini de ma prunelle - Et de mon cœur... - - * * * * * - -## Une maison de brique rouge - Tremble sur l’eau, -On entend un oiseau qui bouge - Dans le sureau. - -Quelle céleste main fait fondre - La brume et l’or -Des nébuleux matins de Londres - Et de Windsor? - -Des chevreuils, des biches, en bande, - D’un pied dressé -Semblent rôder dans la légende - Et le passé. - -La pluie attache sa guirlande - Au bois en fleur: -## Ecoute, il semble qu’on entende - Battre le cœur - -De l’intrépide Juliette, - Ivre d’été, -Qui bondit, sanglote, halette - De volupté; - -De Juliette qui s’étonne - D’être, en ces lieux, -Plus amoureuse qu’à Vérone - Près des ifs bleus. - -## Tout tremble, s’exalte, soupire; - Ardent émoi. -O Juliette de Shakspeare, - Comprenez-moi!... - -[Illustration] - - - - -RIVAGES CONTEMPLÉS - -[Illustration] - - -Rivages contemplés au travers de l’amour, -Horizon familier comme une salle ronde, -Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours, -Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde, -Reverrai-je vos soirs précis et colorés, -Les suaves chemins où nos pas ont erré -Et que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde, -Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde? - - - - -LA LANGUEUR DES VOYAGES - -[Illustration] - - -Le matinal plaisir du soleil dans l’herbage, -Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal; -Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage -Opprimé de désir, altéré d’idéal; -Le hameau romantique au creux d’un roc stérile; -Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit; -L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes, -Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île -Que bat de tous côtés un flot discret et coi; -Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande, -Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs -Que la noble denrée exotique achalande; -Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs, -Ont, pour le voyageur que le désir oppresse -Et que guide un mystique et rêveur désespoir, -L’insistante langueur qui prélude aux caresses... - -[Illustration] - - - - -LE PRINTEMPS DU RHIN - -(STRASBOURG) - - -Le vent file ce soir, sous un mol ciel d’airain, - Comme un voilier sur l’Atlantique. -On entend s’éveiller le Printemps souverain, - A la fois plaintif et bachique; - -Un abondant parfum, puissant, traînant et las - Triomphe et pourtant se lamente. -Le saule a de soyeux bourgeons de chinchilla - Epars sur la plaine dormante. - -Un bouleversement hardi, calme et serein - A rompu et soumis l’espace; -Les messages des bois et l’effluve marin - S’accostent dans le vent qui passe! - -Comment s’est-il si vite engouffré dans les bois, - Ce dieu des sèves véhémentes? -Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid! - ## C’est l’invisible qui fermente! - -Là-bas, comme un orage aigu, accumulé, - La flèche de la cathédrale -Ajoute le fardeau de son sapin ailé - A ce ciel qui défaille et qui râle. - -## Et moi qui, d’un amour si grave et si puissant, - Contenais la rive et le fleuve, -Je sens qu’un mal divin veut détourner mon sang - De la tristesse où je m’abreuve; - -Je sens qu’une fureur rôde aux franges des cieux, - Se suspend, pèse et se balance. -Le printemps vient ravir nos rêves anxieux; - C’est la fougueuse insouciance! - -C’est un désordre ardent, téméraire, et si sûr - De sa tâche auguste et joyeuse, -Que, comme une ivre armée en fuite vers l’azur, - Nous courons vers la nue heureuse. - -Nous sommes entraînés par toutes les vapeurs - Qui tressaillent et qui consentent, -Par les sonorités, les secrets, les torpeurs, - Par les odeurs réjouissantes! - -## Mais non, vous n’êtes pas l’universel Printemps, - O saison humide et ployée -Que j’aspire ce soir, que je touche et j’entends, - Qui m’avez brisée et noyée! - -Vous êtes le parfum que j’ai toujours connu, - Depuis ma stupeur enfantine; -La présence aux beaux pieds, le regard ingénu - De ma chaude Vénus latine! - -Vous êtes ce subit joueur de tambourin - A qui les montagnes répondent, -Et dont le chant nombreux anime sur le Rhin - La vive effusion de l’onde! - -Vous êtes le pollen des hêtres et des lis, - L’amoureuse et vaste espérance, -Et les brûlants soupirs que les nuits d’Eleusis - Ont légués à l’Ile-de-France! - -C’est à moi que ce soir vous livrez le secret - De votre grâce turbulente; -Les autres ne verront que l’essor calme et frais - De votre croissance si lente. - -Les autres ne verront,--Alsace aux molles eaux - Qu’un zéphyr moite endort et creuse,-- -Que vos étangs gisants, qui frappent de roseaux - Votre dignité langoureuse! - -Les autres ne verront que vos remparts brisés, - Que vos portes toujours ouvertes, -Où passe sans répit, sous un masque apaisé, - Le tumulte des brises vertes! - -Les autres ne verront, ô ma belle cité, - Que la grave et sombre paupière -De tes toits inclinés, qui font à ta fierté - Un voile d’ombre et de prière. - -Ils ne verront, ceux-là, de ton songe éternel, - Que ta plaine qui rêve et fume, -Que tes châteaux du soir, endormis dans le ciel. - ## J’ai vu ton frein couvert d’écume! - -Ceux-là ne sauront voir, à ton balcon fameux, - Que la _Marseillaise_ endormie; -## Moi j’ai vu le soleil, de son égide en feu, - Empourprer ta feinte accalmie. - -Les autres ne verront que ce grand champ des morts, - Où le Destin s’assied, hésite, -Et contemple le temps assoupi sur les corps... - ## Moi j’ai vu ce qui ressuscite! - -[Illustration] - - - - -CE MATIN CLAIR ET VIF... - -[Illustration] - - -Ce matin clair et vif comme un midi du pôle, -Où le vent vient filer le blanc coton des saules, -Où, sur le pré touffu, de guêpes entr’ouvert, -On croit voir crépiter un large soleil vert, -Où glissent sur le Rhin, que franchit la cigogne, -Les chalands engourdis qui montent vers Cologne, -Où le village, avec ses lumineux sursauts, -Semble un cercle d’enfants jouant avec de l’eau; -Où j’entends dans les airs les pliantes musiques -Que font en se croisant les brises élastiques; -Ce matin exalté, qui, stagnant ou volant, -Semble appuyer à tout un baiser violent, -Où la blanche chaleur, somnolente tigresse, -Reprend tout l’univers dans sa vaste caresse. -Je songe, ô mon ami, dont je presse la main, -Aux forces du silence et du désir humain, -Puisque le plus profond et plus lourd paysage -Ne vient que de mon cœur et de ton doux visage... - -[Illustration] - - - - -LES NUITS DE BADEN - -[Illustration] - - -Dans le pays de Bade, où les soirs sont si lourds, -Où les noires forêts font glisser vers la ville, -Comme un acide fleuve, invisible et tranquille, -L’amère exhalaison du végétal amour, - -Que de fois j’ai rêvé sur la terrasse, inerte, -Ecoutant les volets s’ouvrir sur la fraîcheur, -Dans ces secrets instants où les fleurs se concertent -Pour donner à la nuit sa surprenante odeur... - -Des voitures passaient, calèches romantiques, -Où l’on voyait deux fronts s’unir pour contempler -Le coup de dés divin des astres, assemblés -Dans l’espace alangui, distrait et fatidique. - -O Destin suspendu, que vous m’êtes suspect! -## Sous les rameaux courbés des tilleuls centenaires -Un puéril torrent roulait son clair tonnerre; -Des orchestres jouaient dans les bosquets épais, -Mêlant au frais parfum dilaté de la terre, -Cet élément des sons, dont la force éphémère -Distend à l’infini la détresse ou la paix... - -## O pays de la valse et des larmes sans peines, -Pays où la musique est un vin plus hardi, -Qui, sans blâme et sans heurts, furtivement amène -Les cœurs penchants et las vers le sûr paradis -Des regards emmêlés et des chaleurs humaines, - -Combien vous m’avez fait souffrir, lorsque, rêvant -Seule, sur les jardins où les parfums insistent, -J’écoutais haleter le désarroi du vent, -Tandis qu’au noir beffroi, l’horloge, noble et triste, -Transmettait de sa voix lugubre de trappiste -Le menaçant appel des morts vers les vivants! - -Oui, je songe à ces soirs d’un mois de mai trop tiède, -Où tous les rossignols se liguaient contre moi, -Où la lente asphyxie amoureuse des bois -Me désolait d’espoir sans me venir en aide; -Les sureaux soupiraient leurs chancelants parfums; -La ville aux toits baissés, comme une jeune abbesse, -Paraissait écarter ses vantaux importuns, -Pour savourer l’espace et pleurer de tendresse! - -Tout souffrait, languissait, désirait, sans moyen, -Les voluptés de l’âme et la joie inconnue. -## Quand serez-vous formé, ineffable lien -Qui saurez rattacher les désirs à la nue? - -Je pleurais lentement, pour je ne sais quel deuil -Qui, dans les nuits d’été, secrètement m’oppresse; -Et je sentais couler, sur mes mains en détresse, -Du haut d’un noir sapin qui se balance au seuil -Du romanesque hôtel que la lune caresse, -De mols bourgeons, hachés par des dents d’écureuil... - -[Illustration] - - - - -HENRI HEINE - -[Illustration] - -_Quand je respire, des milliers d’échos me répondent_... - -_H. HEINE_ - - -Henri Heine, j’ai fait avec vous un voyage, -C’était un soir d’automne, encor tiède, encor clair; -Heidelberg fraîchissait sous ses rouges feuillages, -Nous cherchions, dans la rue aux portails entr’ouverts, -L’humble hôtel, romantique et vieux, du _Chasseur Vert_. - -Je reposais sur vous, compagnon invisible, -Ma tête languissante et mes cheveux défaits; -Un souriant vieillard marchait, lisant la Bible, -Sur la place où le jour, lumineux et sensible, -Jetait un long appel de désir et de paix... - -C’était l’heure engourdie où le soleil s’incline; -Par un mortel besoin de pleurer et de fuir, -J’ai souhaité monter sur la verte colline; -Nous nous sommes ensemble assis dans la berline -Où flottait un parfum de soierie et de cuir, -Et nous vîmes jaillir les romanesques ruines. - -Sur la terrasse, auprès de la tour en lambeaux, -Des étudiants riaient avec vos bien-aimées. -Je regardais bondir les délicats coteaux -Qui frisent sous le poids des vignes renommées, -Et l’espace semblait à la fois vaste et clos. - -Le Neckar, au courant scintillant et rapide, -Entraînait le soleil parmi ses fins rochers. -Nous étions tout ensemble assouvis et avides; -L’insidieux automne avait sur nous lâché -Ses tourbillons de songe et ses buis arrachés... - -## O sublime, languide, âpre mélancolie -Des beaux soirs où l’esprit, indomptable et captif, -Veut s’enfuir et ne peut, et rêve à la folie -D’enfermer l’univers dans un amour plaintif! - -Tout à coup, dans le parc public, humide et triste, -L’orchestre qui jouait sur les bords de l’étang -Près d’un groupe attentif de studieux touristes, -Lança le son du cor qui chante dans Tristan... - -Henri Heine, j’ai su alors pourquoi vos livres -Regorgent de buée et de soudains sanglots, -Pourquoi, riant, pleurant, vous voulez qu’on vous livre -La coupe de Thulé qui dort au fond des flots; - -L’amour de la légende et la vaine espérance -Vous hantaient d’un appel sourdement répété: -Hélas! vous aviez trop écouté, dès l’enfance, -Les sirènes du Rhin, à Cologne et Mayence, -Quand l’odeur des tilleuls grise les nuits d’été! - -Voyageur égaré dans la forêt des fables, -Moqueur désespéré qu’un mirage appelait, -Ni le chant de la mer d’Amalfi sur les sables, -Ni la Sicile, avec l’olivier et le lait, -Ne pouvait retenir votre vol inlassable, -Pour qui l’espace même est un trop lourd filet! - -## O soirs de Düsseldorf, quand les toits et leur neige -Font un scintillement de cristal et de sel, -Et que, petit garçon qui rentrait du collège, -Vous évoquiez déjà rêveur universel, -L’oriental aspect de la nuit de Noël! - -Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne, -Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus, -L’horloge des beffrois, dont les coups accompagnent -Les rondes et les chants des filles aux bras nus; - -Vous connaissiez le poids sentimental des heures -Qui semblent fasciner l’errante volupté, -Quand l’or des calmes soirs recouvre les demeures, -Les gais marchés, le Dôme et l’Université; - -Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades, -Les humaines amours vous berçaient tristement, -Et vous trouviez, auprès d’une enfant tendre et fade, -La double solitude où sont tous les amants! - -Accablé par la voix des forêts mugissantes, -Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains, -La fille de l’alcade, altière et rougissante, -Qui trahissant son âme offerte aux chérubins, -Soupire auprès d’un jeune et dédaigneux rabbin... - -Les frais torrents du Hartz et la mauresque Espagne -Tour à tour enivraient votre insondable esprit. -Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne! -Que de lâches soupirs, ô Heine! que surprit -La gloire au front baissé, votre sombre compagne! - -Parfois, vers votre cœur que brisaient les démons, -Et qui laissait couler sa détresse infinie, -Vous sentiez accourir, par la brèche des monts, -Les grands vents de Bohême et de Lithuanie; - -Les cloches, les chorals, les forêts, l’ouragan -Qui composent le ciel musical d’Allemagne, -Emplissaient d’un tumulte orageux, où se joignent -Les résineux parfums des arbres éloquents, -Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants. - -## Mais quand le vent se tait, quand l’étendue est calme, -Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin; -Le Gange, les cyprès, la paresse des palmes -Vous font de longs signaux, secrets et souverains; -Et votre œil fend l’azur et les sables marins, -Immobile, extatique et vague pèlerin! - -Vous riez, et tandis que tinte votre rire, -Vos poèmes en pleurs invectivent le sort; -Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir dire -Les sources et le but d’un multiple délire, -Rossignol florentin, Grèbe des mers du Nord, -Qui mélangez au thym du verger de Tityre -Les gais myosotis des matins de Francfort. - -## J’ai vu, un soir d’automne, au bord d’un chaud rivage, -Un grand voilier, chargé de grappes de cassis, -Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage, -Captif sous un réseau d’effluves épaissis, -Gisait, transfiguré par le philtre imprécis -D’un arome, grisant plus encor qu’un breuvage. - -O Heine! ce parfum languissant et fatal, -Cette vigne éthérée et qui pourtant accable, -N’est-ce pas le lointain et pressant idéal -Qui vous persécutait, quand de son blanc fanal -La lune illuminait, dans les forêts d’érables, -Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal! - -## Vous me l’avez transmis, ce désir des conquêtes, -Cet enfantin bonheur dans les matins d’été, -Ce besoin de mourir et de ressusciter -Pour le mal que nous fait l’espoir et sa tempête; -Vous me l’avez transmis, ô mon brûlant prophète, -Ce céleste appétit des nobles voluptés! - -O mon cher compagnon, dès mes jeunes années -J’ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux; -Bien des yeux m’ont déçue et m’ont abandonnée, -Mais toujours vos regards s’enroulent à mon cou, -Sur le chemin du rêve où je marche avec vous... - -[Illustration] - - - - -[Illustration] - -## TABLE DES POÈMES ## - - -Syracuse 1 - -Les soirs du monde 6 - -Le port de Palerme 13 - -Dans l’azur antique 15 - -Le désert des soirs 20 - -A Palerme, au jardin Tasca... 22 - -Agrigente 26 - -L’auberge d’Agrigente 29 - -L’enchantement de la Sicile 32 - -Palerme s’endormait... 36 - -Les soirs de Catane 39 - -Musique pour les jardins de Lombardie 45 - -L’air brûle, la chaude magie... 49 - -Les journées romaines 52 - -Un automne à Venise 61 - -Un soir à Vérone 57 - -Va prier dans Saint-Marc 63 - -La Messe de l’aurore à Venise 66 - -Sirocco à Venise 68 - -Cloches vénitiennes 69 - -L’île des folles à Venise 70 - -Nuit vénitienne 74 - -Midi sonne au clocher de la tour sarrasine 76 - -Je n’ai vu qu’un instant... 83 - -Ainsi les jours s’en vont... 85 - -Le retour au lac Léman 89 - -Octobre et son odeur... 92 - -Les rives romanesques 95 - -Au pays de Rousseau 101 - -Un soir en Flandre 104 - -Bonté de l’univers que je croyais éteinte... 109 - -Chaleur des nuits d’été... 110 - -Automne 113 - -Arles 114 - -La nuit flotte... 116 - -L’évasion 118 - -Ceux qui n’ont respiré... 121 - -Le ciel bleu du milieu du jour... 124 - -La Terre 127 - -Un soir à Londres 128 - -Rivages contemplés 133 - -La langueur des voyages 134 - -Le printemps du Rhin 137 - -Ce matin clair et vif... 141 - -Les nuits de Baden 143 - -Henri Heine 147 - -[Illustration] - -[Illustration] - - La décoration de cet ouvrage a été - conçue et gravée sur bois par - ## F.-L. SCHMIED ## - La typographie et le tirage des - planches ont été exécutés sur - ses presses à bras; pressier: - Pierre Bouchet - - _Achevé d’imprimer le 30 avril 1924._ - -[Illustration] - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CLIMATS *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. 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Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you -are not located in the United States, you will have to check the laws of the -country where you are located before using this eBook. -</div> -</div> - -<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>Les Climats</span></p> -<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Anna de Noailles</p> -<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Illustrator: François-Louis Schmied</p> -<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: August 9, 2022 [eBook #68719]</p> -<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p> - <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))</p> -<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>LES CLIMATS</span> ***</div> -<hr class="full" /> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/cover.jpg" height="550" alt=""/> -</div> - -<p class="c"> -<a href="images/title-1.jpg"> -<img src="images/title-1.jpg" -height="550" -alt="LES CLIMATS" /></a></p> - -<p class="c"><span class="cbig150">LES CLIMATS</span></p> - -<div class="poetry"><div class="poem"> -<div class="stanza"> -Cette édition établie par<br /> -  <img src="images/side-barr.jpg" -style="vertical-align:middle;" -width="15" -alt="" /> - -F-L. SCHMIED -<img src="images/side-barr.jpg" -style="vertical-align:middle;" -width="15" -alt="" /><br /> -     pour la Société du<br /> -LIVRE CONTEMPORAIN<br /> - -et sous la direction de Eug.<br /> -Renevey et H. Michel-Dansac<br /> -a été tirée à 125 exemplaires.<br /> -</div></div> -</div> -<p class="c"><i>Dépôt légal</i></p> - -<div class="blk"> -<div class="poetry"><div class="poem"> -<div class="stanza1"> -<i>TU VIENS DE TROP GONFLER MON CŒUR<br /> -POUR L’ESPACE QUI LE CONTIENT</i>...<br /><br /> -<span style="margin-left: 12em;"><i>SHAKESPEARE</i><br /></span> -</div></div> -</div></div> - -<p class="c"> -<a href="images/illu-008.jpg"> -<img src="images/illu-008.jpg" -height="550" -alt="[Pas d'image disponible.]" /></a></p> - -<p class="c"> -<a href="images/title.jpg"> -<img src="images/title.jpg" -height="550" -alt="[Pas d'image disponible.]" /></a></p> - -<div class="blk"> -<p class="c"> -<img src="images/barr-1.jpg" -width="350" -alt="[Pas d'image disponible.]" /></p> -<p class="clspc">COMTESSE DE NOAILLES</p> - -<h1>LES<br /> -CLIMATS</h1> - -<p class="c"> -<img src="images/colophon.jpg" -width="80" -alt="[Pas d'image disponible.]" /> - -<br /> -<br /> -SOCIÉTÉ DU LIVRE CONTEMPORAIN<br /> -<br /> -<img src="images/side-barr-1.jpg" -width="30" -alt="[Pas d'image disponible.]" /> -<span style="margin:auto 2em;">P A R I S 1924</span> <img src="images/side-barr-1.jpg" -width="30" -alt="[Pas d'image disponible.]" /> - -</p> -</div> - -<p class="tbl"><a href="#TABLE">TABLE DES POÈMES</a></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_1">{1}</a></span></p> - -<h2><a id="SYRACUSE"></a><img src="images/illu-011.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />SYRACUSE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Excite maintenant tes compagnons du</i><br /></span> -<span class="i0"><i>chœur à célébrer l’illustre Syracuse!</i>...<br /></span> -<span class="i12"><i>PINDARE.</i><br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"> -<div class="stanza"> -<img src="images/illu-j.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="J" /> -<span class="i0s">e me souviens d’un chant du coq, à Syracuse!<br /></span> -<span class="i0s">Le matin s’éveillait, tempétueux et chaud;<br /></span> -<span class="i0s">La mer, que parcourait un vent large et dispos,<br /></span> -<span class="i0s">Dansait, ivre de force et de lumière infuse!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Sur le port, assailli par les flots aveuglants,<br /></span> -<span class="i0">Des matelots clouaient des tonneaux et des caisses,<br /></span> -<span class="i0">Et le bruit des marteaux montait dans la fournaise<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_2">{2}</a></span><span class="i0">Du jour, de tous ces jours glorieux, vains et lents;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">J’étais triste. La ville illustre et misérable<br /></span> -<span class="i0">Semblait un Prométhée sur le roc attaché;<br /></span> -<span class="i0">Dans le grésillement marmoréen du sable<br /></span> -<span class="i0">Piétinaient les troupeaux qui sortaient des étables;<br /></span> -<span class="i0">Et, comme un crissement de métal ébréché,<br /></span> -<span class="i0">Des cigales mordaient un blé blanc et séché.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les persiennes semblaient à jamais retombées<br /></span> -<span class="i0">Sur le large vitrail des palais somnolents;<br /></span> -<span class="i0">Les balcons espagnols accrochaient aux murs blancs<br /></span> -<span class="i0">Broyés par le soleil, leurs ferrures bombées:<br /></span> -<span class="i0">Noirs cadenas scellés au granit pantelant...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans le musée, mordu ainsi qu’un coquillage<br /></span> -<span class="i0">Par la ruse marine et la clarté de l’air,<br /></span> -<span class="i0">Des bustes sommeillaient,—dolents, calmes visages,<br /></span> -<span class="i0">Qui s’imprègnent encor, par l’éclatant vitrage,<br /></span> -<span class="i0">De la vigueur saline et du limpide éther.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une craie enflammée enveloppait les arbres;<br /></span> -<span class="i0">Les torrents secs n’étaient que des ravins épars,<br /></span> -<span class="i0">De vifs géraniums, déchirant le regard,<br /></span> -<span class="i0">Roulaient leurs pourpres flots dans ces blancheurs de marbre...<br /></span> -<span class="i0"> -<img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> -Je sentais s’insérer et brûler dans mes yeux<br /></span> -<span class="i0">Cet éclat forcené, inhumain et pierreux.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une suture en feu joignait l’onde au rivage.<br /></span> -<span class="i0">J’étais triste, le jour passait. La jaune fleur<span class="pagenum"><a id="page_3">{3}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Des grenadiers flambait, lampe dans le feuillage.<br /></span> -<span class="i0">Une source, fuyant l’étreignante chaleur,<br /></span> -<span class="i0">Désertait en chantant l’aride paysage.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Parfois sur les gazons brûlés, le pourpre épi<br /></span> -<span class="i0">Des trèfles incarnats, le lin, les scabieuses,<br /></span> -<span class="i0">Jonchaient par écheveaux la plaine soleilleuse,<br /></span> -<span class="i0">Et l’herbage luisait comme un vivant tapis<br /></span> -<span class="i0">Que n’ont pas achevé les frivoles tisseuses.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Le théâtre des Grecs, cirque torride et blond,<br /></span> -<span class="i0">Gisait. Sous un mûrier, une auberge voisine<br /></span> -<span class="i0">Vendait de l’eau: je vis, dans l’étroite cuisine,<br /></span> -<span class="i0">Les olives s’ouvrir sous les coups du pilon<br /></span> -<span class="i0">Tandis qu’on recueillait l’huile odorante et fine.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et puis vint le doux soir. Les feuilles des figuiers<br /></span> -<span class="i0">Caressaient, doigts légers, les murailles bleuâtres.<br /></span> -<span class="i0">D’humbles, graves passants s’interpellaient; les pieds<br /></span> -<span class="i0">Des chevreaux au poil blanc, serrés autour du pâtre,<br /></span> -<span class="i0">Faisaient monter du sol une poudre d’albâtre.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un calme inattendu, comme un plus pur climat,<br /></span> -<span class="i0">Ne laissait percevoir que le chant des colombes.<br /></span> -<span class="i0">Au port, de verts fanaux s’allumaient sur les mâts,<br /></span> -<span class="i0">Et l’instant semblait fier, comme après les combats<br /></span> -<span class="i0">Un nom chargé d’honneur sur une jeune tombe.<span class="pagenum"><a id="page_4">{4}</a></span><br /></span> -<span class="i0">C’était l’heure où tout luit et murmure plus bas...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La fontaine Aréthuse, enclose d’un grillage,<br /></span> -<span class="i0">Et portant sans orgueil un renom fabuleux,<br /></span> -<span class="i0">Faisait un bruit léger de pleurs et de feuillage<br /></span> -<span class="i0">Dans les frais papyrus, élancés et moelleux...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Enfin ce fut la nuit, nuit qui toujours étonne<br /></span> -<span class="i0">Par l’insistante angoisse et la muette ardeur.<br /></span> -<span class="i0">La lune plongeait, telle une blanche colonne,<br /></span> -<span class="i0">Dans la rade aux flots noirs, sa brillante liqueur.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un solitaire ennui aux astres se raconte:<br /></span> -<span class="i0">Je contemplais le globe au front mystérieux,<br /></span> -<span class="i0">Et qui, ruine auguste et calme dans les cieux,<br /></span> -<span class="i0">Semble un fragment divin, retiré, radieux<br /></span> -<span class="i0">De vos temples, Géla, Ségeste, Sélinonte!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O nuit de Syracuse: Urne aux flancs arrondis!<br /></span> -<span class="i0">Logique de Platon! Ame de Pythagore!<br /></span> -<span class="i0">Ancien Testament des Hellènes; amphore<br /></span> -<span class="i0">Qui verses dans les cœurs un vin sombre et hardi,<br /></span> -<span class="i0">Je sais bien les secrets que ton ombre m’a dits.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je sais que tout l’espace est empli du courage<br /></span> -<span class="i0">Qu’exhalèrent les Grecs aux genoux bondissants;<br /></span> -<span class="i0">Les chauds rayons des nuits, la vapeur des nuages<br /></span> -<span class="i0">Sont faits avec leur voix, leurs regards et leur sang.<span class="pagenum"><a id="page_5">{5}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je sais que des soldats, du haut des promontoires,<br /></span> -<span class="i0">Chantant des vers sacrés et saluant le sort,<br /></span> -<span class="i0">Se jetaient en riant aux gouffres de la mort<br /></span> -<span class="i0">Pour retomber vivants dans la sublime Histoire!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ainsi ma nuit passait. L’ache, l’anet crépu<br /></span> -<span class="i0">Répandaient leurs senteurs. Je regardais la rade;<br /></span> -<span class="i0">La paix régnait partout où courut Alcibiade,<br /></span> -<span class="i0">Mais,—noble obsession des âges révolus,—<br /></span> -<span class="i0">L’éther semblait empli de ce qui n’était plus...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">J’entendis sonner l’heure au noir couvent des Carmes.<br /></span> -<span class="i0">L’espace regorgeait d’un parfum d’orangers.<br /></span> -<span class="i0">J’écoutais dans les airs un vague appel aux armes...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et le pouvoir des nuits se mit à propager<br /></span> -<span class="i0">L’amoureuse espérance et ses divins dangers:<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O désir du désir, du hasard et des larmes!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/illu-015.jpg" -width="150" -alt="" /></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_6">{6}</a></span></p> - -<h2><a id="LES_SOIRS_DU_MONDE"></a><img src="images/illu-016.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LES SOIRS DU MONDE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"> -<div class="stanza"> -<img src="images/illu-o.jpg" - class="flotlft" width="60" alt="O" /> -<span class="i0s">soirs que tant d’amour oppresse,<br /></span> -<span class="i0s">Nul œil n’a jamais regardé<br /></span> -<span class="i0s">Avec plus de tendre tristesse<br /></span> -<span class="i0s">Vos beaux ciels pâles et fardés!<br /></span> -<span class="i0s">J’ai délaissé dès mon enfance<br /></span> -<span class="i0s">Tous les jeux et tous les regards,<br /></span> -<span class="i0s">Pour voguer sans peur, sans défense,<br /></span> -<span class="i0s">Sur vos étangs qui veillent tard.<span class="pagenum"><a id="page_7">{7}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Par vos langueurs à la dérive,<br /></span> -<span class="i0s">Par votre tiède oisiveté,<br /></span> -<span class="i0s">Vous attirez l’âme plaintive<br /></span> -<span class="i0s">Dans les abîmes de l’été...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O soir naïf de la Zélande,<br /></span> -<span class="i0s">Qui, timide, ingénu, riant,<br /></span> -<span class="i0s">Semblez raconter la légende<br /></span> -<span class="i0s">Des pourpres étés d’Orient!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Soir romain, aride malaise,<br /></span> -<span class="i0s">Et ce cri d’un oiseau perdu<br /></span> -<span class="i0s">Au-dessus du palais Farnèse,<br /></span> -<span class="i0s">Dans le ciel si sec, si tendu!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Soir bleu de Palerme embaumée,<br /></span> -<span class="i0s">Où les parfums épais, fumants,<br /></span> -<span class="i0s">S’ajoutent à la nuit pâmée<br /></span> -<span class="i0s">Comme un plus fougueux élément.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Sur la vague tyrrhénienne,<br /></span> -<span class="i0s">Dans une vapeur indigo,<br /></span> -<span class="i0s">Un voilier fend l’onde païenne<br /></span> -<span class="i0s">Et dit: «Je suis la nef Argo!»<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Par des ruisseaux couleur de jade,<br /></span> -<span class="i0s">Dans des senteurs de mimosa,<br /></span> -<span class="i0s">La fontaine arabe s’évade,<br /></span> -<span class="i0s">Au palais roux de la Ziza.<span class="pagenum"><a id="page_8">{8}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Dans le chaud bassin du Musée,<br /></span> -<span class="i0s">Les verts papyrus, s’effilant,<br /></span> -<span class="i0s">Suspendent leur fraîche fusée<br /></span> -<span class="i0s">A l’azur sourd et pantelant:<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">O douceur de rêver, d’attendre<br /></span> -<span class="i0s">Dans ce cloître aux loisirs altiers<br /></span> -<span class="i0s">Où la vie est inerte et tendre<br /></span> -<span class="i0s">Comme un repos sous les dattiers!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Catane où la lune d’albâtre<br /></span> -<span class="i0s">Fait bondir la chèvre angora,<br /></span> -<span class="i0s">Compagne indocile du pâtre<br /></span> -<span class="i0s">Sur la montagne des cédrats!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Derrière des rideaux de perles,<br /></span> -<span class="i0s">Chez les beaux marchands indolents,<br /></span> -<span class="i0s">Des monceaux de fraises déferlent<br /></span> -<span class="i0s">Au bord luisant des vases blancs.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Quels soupirs, quand le soir dépose<br /></span> -<span class="i0s">Dans l’ombre un surcroît de chaleur!<br /></span> -<span class="i0s">L’œillet, comme une pomme rose,<br /></span> -<span class="i0s">Laisse pendre sa lourde fleur.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">L’emportement de l’azur brise<br /></span> -<span class="i0s">Le chaud vitrail des cabarets<br /></span> -<span class="i0s">Où le sorbet, comme une brise,<br /></span> -<span class="i0s">Circule, aromatique et frais.<span class="pagenum"><a id="page_9">{9}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">La foule adolescente rôde<br /></span> -<span class="i0s">Dans ces nuits de soufre et de feu;<br /></span> -<span class="i0s">Les éventails, dans les mains chaudes,<br /></span> -<span class="i0s">Battent comme un cœur langoureux.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Blanc sommeil que l’été surmonte<br /></span> -<span class="i0s">Des fleurs, la mer calme, un berger;<br /></span> -<span class="i0s">O silence de Sélinonte<br /></span> -<span class="i0s">Dans l’espace immense et léger!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Un soir, lorsque la lune argente<br /></span> -<span class="i0s">Les temples dans les amandiers,<br /></span> -<span class="i0s">J’ai ramassé près d’Agrigente<br /></span> -<span class="i0s">L’amphore noire des potiers;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Et sur la route pastorale,<br /></span> -<span class="i0s">Dans la cage où luisait l’air bleu,<br /></span> -<span class="i0s">Une enfant portait sa cigale,<br /></span> -<span class="i0s">Arrachée au pin résineux...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> J’ai vu les nuits de Syracuse,<br /></span> -<span class="i0s">Où, dans les rocs roses et secs,<br /></span> -<span class="i0s">On entend s’irriter la Muse<br /></span> -<span class="i0s">Qui pleure sur dix mille Grecs;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">J’ai, parmi les gradins bleuâtres,<br /></span> -<span class="i0s">Vu le soleil et ses lions<br /></span> -<span class="i0s">Mourir sur l’antique théâtre,<br /></span> -<span class="i0s">Ainsi qu’un sublime histrion;<span class="pagenum"><a id="page_10">{10}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Et, comme j’ai du sang d’Athènes,<br /></span> -<span class="i0s">A l’heure où la clarté s’enfuit,<br /></span> -<span class="i0s">J’ai vu l’ombre de Démosthène<br /></span> -<span class="i0s">Auprès de la mer au doux bruit...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Mais ces mystérieux visages,<br /></span> -<span class="i0s">Ces parfums des jardins divins,<br /></span> -<span class="i0s">Ces miracles des paysages<br /></span> -<span class="i0s">N’enivrent pas d’un plus fort vin<br /></span> -<span class="i0s">Que mes soirs de France, sans bornes,<br /></span> -<span class="i0s">Où tout est si doux, sans choisir;<br /></span> -<span class="i0s">Où sur les toits pliants et mornes<br /></span> -<span class="i0s">L’azur semble fait de désir;<br /></span> -<span class="i0s">Où, là-bas, autour des murailles,<br /></span> -<span class="i0s">Près des étangs tassés et ronds,<br /></span> -<span class="i0s">S’éloigne, dans l’air qui tressaille,<br /></span> -<span class="i0s">L’appel embué des clairons...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 125px;"> -<img src="images/illu-020.jpg" width="125" height="161" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_12">{12}</a></span><span class="pagenum"><a id="page_11">{11}</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_13">{13}</a></span></p> - -<h2><a id="LE_PORT_DE_PALERME"></a><img src="images/illu-022.jpg" -height="550" -alt="" /> -<br />LE PORT DE PALERME</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-j.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="J" /> -<span class="i0s">e regardais souvent, de ma chambre si chaude,<br /></span> -<span class="i0s">Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit<br /></span> -<span class="i0s">Que faisaient les marchands, divisés par la fraude.<br /></span> -<span class="i0s">Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,<br /></span> -<span class="i0s">Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/side-barr-2.jpg" -width="70" -alt="" /><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,<br /></span> -<span class="i0">Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir<br /></span> -<span class="i0">Cet éternel souhait du cœur humain: partir!<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine<br /></span> -<span class="i0">Dans ces cieux où le soir est si lent à venir...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"> -<img src="images/side-barr-2.jpg" -width="70" -alt="" /><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève<br /></span> -<span class="i0">Sur la ville et le port que son aile assainit.<br /></span> -<span class="i0">Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.<br /></span> -<span class="i0">J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,<br /></span> -<span class="i0">Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,<br /></span> -<span class="i0">Dans le désert d’azur les citernes du rêve.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/side-barr-2.jpg" -width="70" -alt="" /><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Qu’est-ce donc qui troublait cet horizon comblé?<br /></span> -<span class="i0">La beauté n’a donc pas sa guérison en elle?<br /></span> -<span class="i0">Par leurs puissants parfums les soirs sont accablés;<br /></span> -<span class="i0">La palme au large cœur souffre d’être si belle;<br /></span> -<span class="i0">Tout triomphe, et pourtant veut être consolé!<span class="pagenum"><a id="page_14">{14}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Que signifient ces cieux sensuels des soirs tendres?<br /></span> -<span class="i0">Ces jardins exhalant des parfums sanglotants?<br /></span> -<span class="i0">Ces lacets que les cris des oiseaux semblent tendre<br /></span> -<span class="i0">Dans l’espace intrigué, qui se tait, qui attend?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> A ces heures du soir où les mondes se plaignent,<br /></span> -<span class="i0">O mortels, quel amour pourrait vous rassurer?<br /></span> -<span class="i0">C’est pour mieux sangloter que les êtres s’étreignent;<br /></span> -<span class="i0">Les baisers sont des pleurs, mais plus désespérés.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La race des vivants, qui ne veut pas finir,<br /></span> -<span class="i0">Vous a transmis un cœur que l’espace tourmente,<br /></span> -<span class="i0">Vous poursuivez en vain l’incessant avenir...<br /></span> -<span class="i0">C’est pourquoi, ô forçats d’une éternelle attente,<br /></span> -<span class="i0">Jamais la volupté n’achève le désir!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 126px;"> -<img src="images/illu-024.jpg" width="126" height="180" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_15">{15}</a></span></p> - -<h2><a id="DANS_LAZUR_ANTIQUE"></a><img src="images/illu-025.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />DANS L’AZUR ANTIQUE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Espérances des humains, légères déesses</i>...<br /></span> -<span class="i12"><i>DIOTIME D’ATHÈNES.</i><br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-s.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="S" /> -<span class="i0s">ous un ciel haletant, qui grésille et qui dort,<br /></span> -<span class="i0s">Où chaque fragment d’air fascine comme un disque,<br /></span> -<span class="i0s">Rome, lourde d’été, avec ses obélisques<br /></span> -<span class="i0s">Dressés dans les agrès luisants du soleil d’or,<br /></span> -<span class="i0s">Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port<span class="pagenum"><a id="page_16">{16}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Pour voguer, pavoisé de ses mâts à ses cryptes,<br /></span> -<span class="i0s">Vers l’amour fabuleux de la reine d’Egypte.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Les buis des vieux jardins, comme un terne miroir<br /></span> -<span class="i0s">Tendaient au pur éther leur cristal vert et noir.<br /></span> -<span class="i0s">Un cyprès balançait mollement sous la brise<br /></span> -<span class="i0s">Sa cime délicate, entr’ouverte au vent lent,<br /></span> -<span class="i0s">Et un jet d’eau montait dans l’azur jubilant<br /></span> -<span class="i0s">Comme un cyprès neigeux qu’un vent léger divise...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">J’errais dans les villas, où l’air est imprégné<br /></span> -<span class="i0s">Du solennel silence où rêve Polymnie;<br /></span> -<span class="i0s">Je voyais refleurir le temps que remanie<br /></span> -<span class="i0s">La vie ingénieuse, incessante, infinie;<br /></span> -<span class="i0s">Et, comme un messager antique et printanier,<br /></span> -<span class="i0s">De frais ruisseaux couraient sous les mandariniers.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Dans un jardin romain, un vieux masque de pierre<br /></span> -<span class="i0s">M’attirait: à travers ses lèvres, ses paupières,<br /></span> -<span class="i0s">On voyait fuir, jaillir l’azur torrentiel;<br /></span> -<span class="i0s">Et ce masque semblait, avec la voix du ciel,<br /></span> -<span class="i0s">Héler l’amour, l’espoir, les avenirs farouches.<br /></span> -<span class="i0s">Une même clameur s’élançait de ma bouche,<br /></span> -<span class="i0s">Et, pleine de détresse et de félicité,<br /></span> -<span class="i0s">Je m’en allais, les bras jetés vers la beauté!...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> J’ai vu les lieux sacrés et sanglants de l’Histoire,<br /></span> -<span class="i0s">Les Forums écroulés sous le poids clair des cieux,<span class="pagenum"><a id="page_17">{17}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">La nostalgique paix des Arches des Victoires<br /></span> -<span class="i0s">Où l’azur fait rouler son char silencieux.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">J’ai vu ces grands jardins où le palmier qui rêve,<br /></span> -<span class="i0s">Elancé dans l’éther et tordu de plaisir,<br /></span> -<span class="i0s">Semble un ardent serpent qui veut tendre vers Ève<br /></span> -<span class="i0s">Le fruit délicieux du douloureux désir.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Les soirs de Sybaris et la mer africaine<br /></span> -<span class="i0s">Prolongeaient devant moi les baumes de mon cœur;<br /></span> -<span class="i0s">L’Arabie en chantant me jetait ses fontaines,<br /></span> -<span class="i0s">Les âmes me suivaient à ma suave odeur.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Comme l’âpre Sicile épique et sulfureuse,<br /></span> -<span class="i0s">Je contenais les Grecs, les Latins et les Francs,<br /></span> -<span class="i0s">Et ce triangle auguste, en ma pensée heureuse,<br /></span> -<span class="i0s">Brillait comme un fronton de marbre et de safran!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Un jour, l’été flambait, le temple de Ségeste<br /></span> -<span class="i0s">Portait la gloire d’être éternel sans effort,<br /></span> -<span class="i0s">Et l’on voyait monter, comme un arpège agreste,<br /></span> -<span class="i0s">Le coteau jaune et vert dans sa cithare d’or!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Le blanc soleil giclait au creux d’un torrent vide;<br /></span> -<span class="i0s">Des chevaux libres, fiers, près des hampes de fleurs<br /></span> -<span class="i0s">S’ébrouaient; les parfums épais, gluants, torrides<br /></span> -<span class="i0s">Mettaient dans l’air comblé des obstacles d’odeurs.<span class="pagenum"><a id="page_18">{18}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Des lézards bleus couraient sur les piliers antiques<br /></span> -<span class="i0s">Avec un soin si gai, si chaud, si diligent,<br /></span> -<span class="i0s">Que l’imposant destin des pierres léthargiques<br /></span> -<span class="i0s">Semblait ressuscité par des veines d’argent!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Des insectes brûlants voilaient mes deux mains nues:<br /></span> -<span class="i0s">Je contemplais le sort, la paix, l’azur si long,<br /></span> -<span class="i0s">Et parfois je croyais voir surgir dans la nue<br /></span> -<span class="i0s">La lance de Minerve et le front d’Apollon.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Devant cette splendeur sereine, ample, équitable,<br /></span> -<span class="i0s">Où rien n’est déchirant, impétueux ou vil,<br /></span> -<span class="i0s">Je songeais lentement au bonheur misérable<br /></span> -<span class="i0s">De retrouver tes yeux où finit mon exil...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i12"><img src="images/side-barr-3.jpg" -width="51" -alt="" /><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Je jette sous tes pieds les noirs pipeaux d’Euterpe,<br /></span> -<span class="i0s">Dont j’ai fait retentir l’azur universel<br /></span> -<span class="i0s">Quand mes beaux cieux luisaient comme des coups de serpe,<br /></span> -<span class="i0s">Quand mon blanc Orient brillait comme du sel!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Je quitte les regrets, la volonté, le doute,<br /></span> -<span class="i0s">Et cette immensité que mon cœur emplissait,<span class="pagenum"><a id="page_19">{19}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Je n’entends que les voix que ton oreille écoute,<br /></span> -<span class="i0s">Je ne réciterai que les chants que tu sais!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Je puiserai l’été dans ta main faible et chaude,<br /></span> -<span class="i0s">Mes yeux seront sur toi si vifs et si pressants<br /></span> -<span class="i0s">Que tu croiras sentir, dans ton ombre où je rôde,<br /></span> -<span class="i0s">Des frelons enivrés qui goûtent à ton sang!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Car, quels que soient l’instant, le jour, le paysage,<br /></span> -<span class="i0s">Pourquoi, doux être humain, rien ne me manque-t-il<br /></span> -<span class="i0s">Quand je tiens dans mes doigts ton lumineux visage<br /></span> -<span class="i0s">Comme un tissu divin dont je compte les fils?...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 149px;"> -<img src="images/illu-029.jpg" width="149" height="147" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_20">{20}</a></span></p> - -<h2><a id="LE_DESERT_DES_SOIRS"></a><img src="images/illu-030.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LE DÉSERT DES SOIRS</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-d.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="D" /> -<span class="i0s">ans la chaleur compacte et blanche ainsi qu’un marbre,<br /></span> -<span class="i0s">Le miroir du soleil étale un bleu cerceau.<br /></span> -<span class="i0s">Comme un troupeau secret d’aériens chevreaux<br /></span> -<span class="i0s">La rapace chaleur a dévoré les arbres.<br /></span> -<span class="i0s">Palerme est un désert au blanc scintillement,<br /></span> -<span class="i0s">Sur qui le parfum met un dais pesant et calme...<br /></span> -<span class="i0s">Les stores des villas, comme de jaunes palmes,<br /></span> -<span class="i0s">Aux vérandas qui n’ont ni portes ni vitrail<br /></span> -<span class="i0s">Sont suspendus ainsi que de frais éventails.<br /></span> -<span class="i0s">La mer a laissé choir entre les roses roches<span class="pagenum"><a id="page_21">{21}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Son immense fardeau de plat et chaud métal.<br /></span> -<span class="i0s">Un mur qu’on démolit vibre au contact des pioches;<br /></span> -<span class="i0s">Une voiture flâne au pas d’un lent cheval,<br /></span> -<span class="i0s">Tandis que, sous l’ombrelle ouverte sur le siège,<br /></span> -<span class="i0s">Un cocher sarrasin mange des citrons mous.<br /></span> -<span class="i0s">La chaleur duveteuse est faible comme un liège;<br /></span> -<span class="i0s">Sa molle densité a d’argentins remous.<br /></span> -<span class="i7">Je suis là: je regarde et respire; que fais-je?<br /></span> -<span class="i0s">Puisque cet horizon que mon regard contient<br /></span> -<span class="i0s">Et que je sens en moi plus aigu qu’une lame,<br /></span> -<span class="i0s">Mon esprit ne peut plus l’enfoncer dans le tien...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Je dédaigne l’espace en dehors de ton âme...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 154px;"> -<img src="images/illu-031.jpg" width="154" height="164" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_22">{22}</a></span></p> - -<h2><a id="A_PALERME_AU_JARDIN_TASCA"></a><img src="images/illu-032.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />A PALERME, AU JARDIN TASCA...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-j.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="J" /> -<span class="i0s">’ai connu la beauté plénière,<br /></span> -<span class="i0s">Le pacifique et noble éclat<br /></span> -<span class="i0s">De la vaste et pure lumière,<br /></span> -<span class="i0s">A Palerme, au jardin Tasca.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Je me souviens du matin calme<br /></span> -<span class="i0s">Où j’entrais, fendant la chaleur,<br /></span> -<span class="i0s">Dans ce paradis sous les palmes<br /></span> -<span class="i0s">Où l’ombre est faite par des fleurs.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">L’heure ne marquait pas sa course<br /></span> -<span class="i0s">Sur le lisse cadran des cieux,<br /></span> -<span class="i0s">Où le lourd soleil spacieux<br /></span> -<span class="i0s">Fait bouillonner ses blanches sources.<span class="pagenum"><a id="page_23">{23}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">J’avançais dans ces beaux jardins<br /></span> -<span class="i0s">Dont l’opulence nonchalante<br /></span> -<span class="i0s">Semble descendre avec dédain<br /></span> -<span class="i0s">Sur les passantes indolentes.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">L’ardeur des arbres à parfums<br /></span> -<span class="i0s">Flamboyait, dense et clandestine;<br /></span> -<span class="i0s">Je cherchais parmi les collines<br /></span> -<span class="i0s">Naxos, au nom doux et défunt.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Comme des ruches dans les plaines,<br /></span> -<span class="i0s">Des entassements de citrons<br /></span> -<span class="i0s">Sous leurs arbres sombres et ronds<br /></span> -<span class="i0s">Formaient des tours de porcelaine.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Les parfums suaves, amers,<br /></span> -<span class="i0s">De ces citronniers aux fleurs blanches<br /></span> -<span class="i0s">Flottaient sur les vivaces branches<br /></span> -<span class="i0s">Comme la fraîcheur sur la mer.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Creusant la terre purpurine,<br /></span> -<span class="i0s">D’alertes ruisseaux ombragés<br /></span> -<span class="i0s">Semblaient les pieds aux bonds légers<br /></span> -<span class="i0s">De jeunes filles sarrasines!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Je me taisais, j’étais sans vœux,<br /></span> -<span class="i0s">Sans mémoire et sans espérance;<span class="pagenum"><a id="page_24">{24}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Je languissais dans l’abondance.<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O pays secrets et fameux,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">J’ai vu vos grâces accomplies,<br /></span> -<span class="i0s">Vos blancs torrents, vos temples roux,<br /></span> -<span class="i0s">Vos flots glissants vers l’Ionie,<br /></span> -<span class="i0s">Mais mon but n’était pas en vous;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Vos nuits flambantes et précises,<br /></span> -<span class="i0s">Vos maisons qu’un pliant rideau<br /></span> -<span class="i0s">Livre au chaud caprice des brises;<br /></span> -<span class="i0s">Les pas sonores des chevreaux<br /></span> -<span class="i0s">Sur les pavés près des églises;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Vos monuments tumultueux,<br /></span> -<span class="i0s">Beaux comme des tiares de pierre,<br /></span> -<span class="i0s">Les hauts cyprès des cimetières,<br /></span> -<span class="i0s">Et le soir, la calme lumière<br /></span> -<span class="i0s">Sur les tombeaux voluptueux,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Les quais crayeux, où les boutiques,<br /></span> -<span class="i0s">Regorgeant de fruits noirs et secs,<br /></span> -<span class="i0s">Affichent la noblesse antique<br /></span> -<span class="i0s">Du splendide alphabet des Grecs;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">L’étincelante ardeur du sol,<br /></span> -<span class="i0s">Où passent, riches caravanes,<span class="pagenum"><a id="page_25">{25}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Des mules vêtues en sultanes<br /></span> -<span class="i0s">Trottant sous de blancs parasols,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Toutes ces beautés étrangères<br /></span> -<span class="i0s">Que le cœur obtient sans effort,<br /></span> -<span class="i0s">N’ont que des promesses de mort<br /></span> -<span class="i0s">Pour une âme intrépide et fière,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s">Et j’ai su par ces chauds loisirs,<br /></span> -<span class="i0s">Par ce goût des saveurs réelles,<br /></span> -<span class="i0s">Qu’on était, parmi vos plaisirs,<br /></span> -<span class="i0s">Plus loin des choses éternelles<br /></span> -<span class="i0s">Qu’on ne l’était par le désir!...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 139px;"> -<img src="images/illu-035.jpg" width="139" height="147" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_26">{26}</a></span></p> - -<h2><a id="AGRIGENTE"></a><img src="images/illu-036.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />AGRIGENTE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>O nymphe d’Agrigente aux élégantes parures, qui règnes sur</i><br /></span> -<span class="i0"><i>la plus belle des cités mortelles, nous implorons ta bienveillance!</i><br /></span> -<span class="i12"><i>PINDARE.</i><br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">e ciel est chaud, le vent est mou;<br /></span> -<span class="i0s">Quel silence dans Agrigente!<br /></span> -<span class="i0s">Un temple roux, sur un sol roux<br /></span> -<span class="i0s">Met son reflet comme une tente...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les oiseaux chantent dans les airs;<br /></span> -<span class="i0">Le soleil ravage la plaine;<br /></span> -<span class="i0">Je vois, au bout de ce désert,<br /></span> -<span class="i0">L’indolente mer africaine.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Brusquement un cri triste et fort<br /></span> -<span class="i0">Perce l’air intact et sans vie;<span class="pagenum"><a id="page_27">{27}</a></span><br /></span> -<span class="i0">La voix qui dit que Pan est mort<br /></span> -<span class="i0">M’a-t-elle jusqu’ici suivie?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et puis l’air retombe; la mer<br /></span> -<span class="i0">Frappe la rive comme un socle;<br /></span> -<span class="i0">Tout dort. Un fanal rouge et vert<br /></span> -<span class="i0">S’allume au vieux port Empédocle.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’ombre vient, par calmes remous;<br /></span> -<span class="i0">Dans l’éther pur et pathétique<br /></span> -<span class="i0">Les astres installent d’un coup<br /></span> -<span class="i0">Leur brasillante arithmétique!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Soudain, sous mon balcon branlant,<br /></span> -<span class="i0">J’entends des moissonneurs, des filles<br /></span> -<span class="i0">Défricher un champ de blé blanc,<br /></span> -<span class="i0">Qui gicle au contact des faucilles;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et leur fièvre, leur sèche ardeur,<br /></span> -<span class="i0">Leur clameur nocturne et païenne<br /></span> -<span class="i0">Imitent, dans l’air plein d’odeurs,<br /></span> -<span class="i0">Le cri des nuits éleusiennes!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un pâtre, sur un lourd mulet,<br /></span> -<span class="i0">Monte la côte tortueuse;<br /></span> -<span class="i0">Sa chanson lascive accolait<br /></span> -<span class="i0">La noble nuit silencieuse;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans les lis, lourds de pollen brun,<br /></span> -<span class="i0">Le bêlement mélancolique<span class="pagenum"><a id="page_28">{28}</a></span><br /></span> -<span class="i0">D’une chèvre, ivre de parfums,<br /></span> -<span class="i0">Semble une flûte bucolique.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Donc, je vous vois, cité des dieux.<br /></span> -<span class="i0">Lampe d’argile consumée,<br /></span> -<span class="i0">Agrigente au nom spacieux,<br /></span> -<span class="i0">Vous que Pindare a tant aimée!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Porteuse d’un songe éternel,<br /></span> -<span class="i0">O compagne de Pythagore!<br /></span> -<span class="i0">C’est vous cette ruche sans miel,<br /></span> -<span class="i0">Cette éparse et gisante amphore!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’est vous ces enclos d’amandiers,<br /></span> -<span class="i0">Ce sol dur que les bœufs gravissent,<br /></span> -<span class="i0">Ce désert de sèches mélisses,<br /></span> -<span class="i0">Où mon âme vient mendier.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! quelle indigente agonie!<br /></span> -<span class="i0">Et l’on comprendrait mon émoi,<br /></span> -<span class="i0">Si l’on savait ce qu’est pour moi<br /></span> -<span class="i0">Un peu de l’Hellade infinie:<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Car, sur ce rivage humble et long,<br /></span> -<span class="i0">Dans ce calme et morne désastre,<br /></span> -<span class="i0">Le vent des flûtes d’Apollon<br /></span> -<span class="i0">Passe entre mon cœur et les astres!<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_29">{29}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -<span class="lrspc"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /></span> -<img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -</p> - -<h2><a id="LAUBERGE_DAGRIGENTE"></a><img src="images/illu-039.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />L’AUBERGE D’AGRIGENTE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Rien ne vient à souhait aux mortels</i>...<br /></span> -<span class="i8"><i>PAUL LE SILENTIAIRE.</i><br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-d.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="D" /> -<span class="i0s">ans un de ces beaux soirs où le puissant silence<br /></span> -<span class="i0s">Répond soudain, dans l’ombre, à l’esprit, interdit<br /></span> -<span class="i0s">D’écouter cet élan venant des Paradis<br /></span> -<span class="i0s">Contenter le désir qu’on a depuis l’enfance;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans un de ces soirs chauds qui nous fendent le cœur,<br /></span> -<span class="i0">Et, comme d’une mine où gisent des turquoises,<span class="pagenum"><a id="page_30">{30}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Viennent extraire en nous de secrètes lueurs,<br /></span> -<span class="i0">Et guident vers les cieux notre pensive emphase;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans ces languides soirs qui font monter du sol<br /></span> -<span class="i0">Des soupirs de parfums, j’étais seule, en Sicile;<br /></span> -<span class="i0">Une cloche au son grave, ébranlant l’air docile,<br /></span> -<span class="i0">Sonnait dans un couvent de moines espagnols.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je songeais à la paix rigide de ces moines<br /></span> -<span class="i0">Pour qui les nuits n’ont plus de déchirants appels.<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Sur le seuil échaudé du misérable hôtel<br /></span> -<span class="i0">Où l’air piquant cuisait des touffes de pivoines,<br /></span> -<span class="i0">Deux chevaux dételés, mystiques, solennels,<br /></span> -<span class="i0">Rêvaient l’un contre l’autre, auprès d’un sac d’avoine.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La mer, à l’infini, balançait mollement<br /></span> -<span class="i0">L’impondérable excès de la clarté lunaire.<br /></span> -<span class="i0">Les chèvres au pas fin, comme un peuple d’amants<br /></span> -<span class="i0">Se cherchaient à travers le sec et blanc froment:<br /></span> -<span class="i0">L’impérieux besoin de dompter et de plaire<br /></span> -<span class="i0">Rencontrait un secret et long assentiment...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La nuit, la calme nuit, déesse agitatrice,<br /></span> -<span class="i0">Regardait s’amasser l’amour sur les chemins;<br /></span> -<span class="i0">Une palme éployait son pompeux artifice<br /></span> -<span class="i0">Près des maigres chevaux qui, songeant à demain,<span class="pagenum"><a id="page_31">{31}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Aux incessants travaux de leur race indigente,<br /></span> -<span class="i0">Se baisaient doucement.<br /></span> -<span class="i12">Dans le moite jardin,<br /></span> -<span class="i0">Vous méditiez sans fin, ô palme nonchalante!<br /></span> -<span class="i0">Que j’étais triste alors, que mon cœur étouffait!<br /></span> -<span class="i0">Un rêve catholique et sa force exigeante<br /></span> -<span class="i0">M’empêchait d’écouter les bachiques souhaits<br /></span> -<span class="i0">De la puissante nuit qui brille et qui fermente...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et j’aimais ta douceur pudique et négligente,<br /></span> -<span class="i0">Palmier de Bethléem sur le ciel d’Agrigente!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 154px;"> -<img src="images/illu-041.jpg" width="154" height="154" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_32">{32}</a></span></p> - -<h2><a id="LENCHANTEMENT_DE_LA_SICILE"></a><img src="images/illu-042.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />L’ENCHANTEMENT DE LA SICILE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Je suis ému comme le dauphin des mers qui, au milieu des</i><br /></span> -<span class="i0"><i>flots paisibles, se plaît au doux son de la flûte.</i><br /></span> -<span class="i12"><i>PINDARE.</i><br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-c.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="C" /> -<span class="i0s">élestes horizons où mollement oscille<br /></span> -<span class="i0s">La bleuâtre chaleur qui baigne la Sicile,<br /></span> -<span class="i0s">Malgré nos froids hivers et mes longs désespoirs<br /></span> -<span class="i0s">Je n’ai rien oublié de la douceur des soirs:<br /></span> -<span class="i0s">Ni le dattier debout sur son ombre étoilée,<br /></span> -<span class="i0s">Ni la fontaine arabe, au marbre soufre et noir,<br /></span> -<span class="i0s">Qui fait gicler son eau rigide et fuselée,<br /></span> -<span class="i0s">Ni l’hôtel du rivage aux teintes de safran,<span class="pagenum"><a id="page_33">{33}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Ni la jaune mosquée ombrageant ses glycines,<br /></span> -<span class="i0s">Ni les vaisseaux, taillés dans un bois odorant,<br /></span> -<span class="i0s">Et qui passent, le soir, sur la mer de Messine...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ah! comme je connais, Palerme, ta splendeur,<br /></span> -<span class="i0s">Le tropical jardin, les caféiers en fleurs,<br /></span> -<span class="i0s">Les sonores villas par la chaleur usées,<br /></span> -<span class="i0s">Et le bruit de satin des pigeons du musée!<br /></span> -<span class="i0s">Musée où je voyais l’Arabie et ses ors,<br /></span> -<span class="i0s">Ses pots de blanc mica, ses légers miradors<br /></span> -<span class="i0s">Imprégner de santal l’air où sa paix infuse,<br /></span> -<span class="i0s">Tandis que, tel un dieu embrasé, fascinant,<br /></span> -<span class="i0s">Qui darde sur les cœurs son désir et sa ruse,<br /></span> -<span class="i0s">Le grand bélier d’argent du port de Syracuse<br /></span> -<span class="i0s">Avait je ne sais quoi d’avide et de tonnant...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mettant sur mon regard mes deux mains comme un masque,<br /></span> -<span class="i0">J’abordais la chaleur de midi. Dans les vasques,<br /></span> -<span class="i0">Le pompeux papyrus condensait sa fraîcheur.<br /></span> -<span class="i0">Une voiture avec un baldaquin de toile<br /></span> -<span class="i0">Menait à Baïra, dormant sur la hauteur<br /></span> -<span class="i0">Parmi des ronciers blancs et des chants de cigales,<br /></span> -<span class="i0">Comme un mauresque hospice enduit d’un lait de chaux...<br /></span> -<span class="i0">Montréal et son cloître ouvrait à l’azur chaud<br /></span> -<span class="i0">Sa cuve où grésillaient les bananiers d’Afrique.<br /></span> -<span class="i0">L’église, ruisselant de fières mosaïques,<br /></span> -<span class="i0">Élançant ses piliers, minces comme des mâts,<br /></span> -<span class="i0">Où l’or se suspendait en lumineuses grappes,<br /></span> -<span class="i0">Ressemblait, par l’ardent et monastique éclat,<span class="pagenum"><a id="page_34">{34}</a></span><br /></span> -<span class="i0">A vous, sainte brûlante, ô Rose de Lima,<br /></span> -<span class="i0">Que l’on voit alanguie auprès d’un jeune pape...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des muletiers passaient en bonnet espagnol;<br /></span> -<span class="i0">La fleur de l’aloès reflétait sur le sol<br /></span> -<span class="i0">Le miracle étonné d’un calice de braise.<br /></span> -<span class="i0">Des enfants transportaient des paniers, où les fraises<br /></span> -<span class="i0">Bondissaient, retombaient, se mouvaient, rouge essaim,<br /></span> -<span class="i0">Comme un jet d’eau pourpré qui pique le bassin.<br /></span> -<span class="i0">Un marchand grec, coiffé de noire cotonnade,<br /></span> -<span class="i0">Repoussait de ses cris et de ses sombres mains<br /></span> -<span class="i0">L’assourdissant troupeau de hargneuses pintades<br /></span> -<span class="i0">Qui mordait son fardeau et barrait le chemin;<br /></span> -<span class="i0">Effronté, laissant voir son torse nu qu’il cambre,<br /></span> -<span class="i0">Un jeune homme, allongé sur le jaune talus,<br /></span> -<span class="i0">Regardait de ses yeux scintillants et velus<br /></span> -<span class="i0">Le sublime soleil abonder sur ses membres<br /></span> -<span class="i0">Comme un flot de liqueur coule d’un flacon d’ambre...<br /></span> -<span class="i0">L’horizon tressaillait d’un vertige or et bleu.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et puis toujours, là-bas, je voyais, pure et vaste,<br /></span> -<span class="i0">La mer au grand renom, qui touche dans ses jeux<br /></span> -<span class="i0">Les Cyclades, dormant sur des vagues de feu,<br /></span> -<span class="i0">Le rivage d’Ulysse et celui de Jocaste,<br /></span> -<span class="i0">L’herbe où des bergers grecs préludaient deux par deux...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et je songeais,—puissante, éparse, solitaire,—<br /></span> -<span class="i0">Mêlée au temps sans bord ainsi qu’aux éléments,<span class="pagenum"><a id="page_35">{35}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Attirant vers mon cœur, comme un étrange aimant,<br /></span> -<span class="i0">Tous les rêves flottant sur l’amoureuse terre;<br /></span> -<span class="i0">J’attendais je ne sais quel grave et sûr plaisir...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais déçue aujourd’hui par tout ce qu’on espère,<br /></span> -<span class="i0">Ayant tout vu sombrer, ayant tout vu fléchir,<br /></span> -<span class="i0">O mon cœur sans repos ni peur, je vous vénère<br /></span> -<span class="i0">D’avoir tant désiré, sachant qu’il faut mourir!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 151px;"> -<img src="images/illu-045.jpg" width="151" height="147" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_36">{36}</a></span></p> - -<h2><a id="PALERME_SENDORMAIT"></a><img src="images/illu-046.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />PALERME S’ENDORMAIT...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-p.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="P" /> -<span class="i0s">alerme s’endormait; la mer Tyrrhénienne<br /></span> -<span class="i0s">Répandait une odeur d’âcre et marin bétail:<br /></span> -<span class="i0s">Odeur d’algues, d’oursins, de sel et de corail,<br /></span> -<span class="i0s">Arôme de la vague où meurent les sirènes;<br /></span> -<span class="i0s">Et cette odeur, nageant dans les tièdes embruns,<br /></span> -<span class="i0s">Avait tant de hardie et vaste violence,<br /></span> -<span class="i0s">Qu’elle semblait une âpre et pénétrante offense<br /></span> -<span class="i0s">A la terre endormie et presque sans parfums...<span class="pagenum"><a id="page_37">{37}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Le geste de bénir semblait tomber des palmes;<br /></span> -<span class="i0">Des barques s’éloignaient pour la pêche du thon,<br /></span> -<span class="i0">Je contemplais, le front baigné de vapeurs calmes,<br /></span> -<span class="i0">La figure des cieux que regardait Platon.<br /></span> -<span class="i0">On entendait, au bord des obscures terrasses,<br /></span> -<span class="i0">Se soulever des voix que la chaleur harasse,<br /></span> -<span class="i0">Tous les mots murmurés semblaient confidentiels;<br /></span> -<span class="i0">C’était un long soupir envahissant l’espace;<br /></span> -<span class="i0">Et le vent, haletant comme un oiseau qu’on chasse,<br /></span> -<span class="i0">En gerbes de fraîcheur s’enfuyait vers le ciel...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Creusant l’ombre, écrasant la route caillouteuse,<br /></span> -<span class="i0">L’indolente voiture où nous étions assis<br /></span> -<span class="i0">S’enfonçait dans la nuit opaque et sinueuse,<br /></span> -<span class="i0">Sous le ciel nonchalant, immuable et précis;<br /></span> -<span class="i0">C’était l’heure où l’air frais subtilement pénètre<br /></span> -<span class="i0">La pierre au grain serré des calmes monuments;<br /></span> -<span class="i0">Je n’étais pas heureuse en ces divins moments<br /></span> -<span class="i0">Que l’ombre enveloppait, mais j’espérais de l’être,<br /></span> -<span class="i0">Car toujours le bonheur n’est qu’un pressentiment:<br /></span> -<span class="i0">On le goûte avant lui, sans jamais le connaître...<br /></span> -<span class="i0">Dans un profond jardin qui longeait le chemin,<br /></span> -<span class="i0">Des chats, l’esprit troublé par la saison suave,<br /></span> -<span class="i0">Jetaient leurs cris brûlants de vainqueurs et d’esclaves.<br /></span> -<span class="i0">Sur les ployants massifs d’œillets et de jasmins,<br /></span> -<span class="i0">On entendait gémir leur ardente querelle<br /></span> -<span class="i0">Comme un mordant combat de colombes cruelles...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Puis revint le silence, indolent et puissant;<br /></span> -<span class="i0">La voiture avançait dans l’ombre perméable.<span class="pagenum"><a id="page_38">{38}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je songeais au passé; les vagues sur le sable<br /></span> -<span class="i0">Avec un calme effort, toujours recommençant,<br /></span> -<span class="i0">Déposaient leur fardeau de rumeurs et d’arômes...<br /></span> -<span class="i0">Les astres, attachés à leur sublime dôme,<br /></span> -<span class="i0">De leur secret regard, fourmillant et pressant,<br /></span> -<span class="i0">Attiraient les soupirs des yeux qui se soulèvent...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et l’espace des nuits devint retentissant<br /></span> -<span class="i0">Du cri silencieux qui montait de mes rêves!...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 152px;"> -<img src="images/illu-048.jpg" width="152" height="155" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_39">{39}</a></span></p> - -<h2><a id="LES_SOIRS_DE_CATANE"></a><img src="images/illu-049.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LES SOIRS DE CATANE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-c.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="C" /> -<span class="i0s">atane languissait, éclatante et maussade;<br /></span> -<span class="i0s">Le laurier-rose en fleurs du jardin Bellini<br /></span> -<span class="i0s">Portait un poids semblable à de pourpres grenades;<br /></span> -<span class="i0s">C’était l’heure où le jour a lentement fini<br /></span> -<span class="i0s">De harceler l’azur qu’il flagelle et poignarde.<br /></span> -<span class="i0s">Les voitures tournaient en molle promenade<br /></span> -<span class="i0s">Sous le moite branchage aux parfums infinis...<span class="pagenum"><a id="page_40">{40}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">On voyait dans la ville étroite et sulfureuse<br /></span> -<span class="i0">Les étudiants quitter les Universités;<br /></span> -<span class="i0">Leur figure foncée, active et curieuse,<br /></span> -<span class="i0">Rayonnait de hardie et fraîche liberté<br /></span> -<span class="i0">Sous le fléau splendide et morne de l’été...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Bousculant les marchands de fruits et de tomates,<br /></span> -<span class="i0">Encombrant les trottoirs comme un torrent hâtif,<br /></span> -<span class="i0">Les chèvres au poil brun, uni comme l’agate,<br /></span> -<span class="i0">Dans le soir oppressant et significatif,<br /></span> -<span class="i0">Fixaient sur moi leurs yeux directs, où se dilate<br /></span> -<span class="i0">Un exultant entrain satanique et lascif.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Comme un tiède ouragan presse et distend les roses,<br /></span> -<span class="i0">Le soir faisait s’ouvrir les maisons, les rideaux;<br /></span> -<span class="i0">Des balcons de fer noir emprisonnaient les poses<br /></span> -<span class="i0">Des nostalgiques corps, penchés hors du repos,<br /></span> -<span class="i0">Comme on voit s’incliner des rameuses sur l’eau...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des visages, des mains pendaient par les fenêtres,<br /></span> -<span class="i0">Tant les femmes, ployant sous le poids du désir,<br /></span> -<span class="i0">S’avançaient pour chercher, attirer, reconnaître,<br /></span> -<span class="i0">Parmi les bruns garçons qui flânaient à loisir,<br /></span> -<span class="i0">Le porteur éternel du rêve et du plaisir...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Tout glissait vers l’amour comme l’eau sur la pente.<br /></span> -<span class="i0">Le ciel, languide et long, tel un soupir d’azur,<span class="pagenum"><a id="page_41">{41}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Étalait sa douceur langoureuse et constante<br /></span> -<span class="i0">Où gisaient, comme l’or dans un fleuve ample et pur,<br /></span> -<span class="i0">Les jasmins safranés mêlés aux citrons mûrs.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’espace suffoquait d’une imprécise attente...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Élégants, débouchant de la rue en haillons,<br /></span> -<span class="i0">Des jeunes gens montaient vers le bruyant théâtre<br /></span> -<span class="i0">Que d’électriques feux teintaient de bleus rayons.<br /></span> -<span class="i0">Leur hâte ressemblait à des effusions,<br /></span> -<span class="i0">Chacun semblait courir aux nuits de Cléopâtre.<br /></span> -<span class="i0">Des mendiants furtifs, quand nous les regardions,<br /></span> -<span class="i0">Nous offraient des gâteaux couleur d’ambre et de plâtre.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Sur la place, où brillaient des palais d’apparat,<br /></span> -<span class="i0">La foule vers minuit s’entassait, sinueuse:<br /></span> -<span class="i0">Les pauvres, les seigneurs glissaient bras contre bras,<br /></span> -<span class="i0">Un orchestre opulent jouait des opéras,<br /></span> -<span class="i0">L’air se chargeait de sons comme une conque creuse;<br /></span> -<span class="i0">Enfin tout se taisait; la foule restait tard.<br /></span> -<span class="i0">On voyait les serments qu’échangeaient les regards,<br /></span> -<span class="i0">Et c’était une paix limpide et populeuse...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Au lointain, par delà les façades, les gens,<br /></span> -<span class="i0">La mer de l’Ionie, éployée et sereine,<br /></span> -<span class="i0">Sous l’éclat morcelé de la lune d’argent,<br /></span> -<span class="i0">Comme une aube mouillée élançait son haleine...<span class="pagenum"><a id="page_42">{42}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les bateaux des pêcheurs, qu’un feu rouge éclairait,<br /></span> -<span class="i0">Suivaient nonchalamment les vagues poissonneuses.<br /></span> -<span class="i0">Le parfum du bétail marin, piquant et frais,<br /></span> -<span class="i0">Ensemençait l’espace ainsi qu’un rude engrais.<br /></span> -<span class="i0">Le ciel, ruche d’ébène aux étoiles fiévreuses,<br /></span> -<span class="i0">A force de clarté semblait vivre et frémir...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et je vis s’enfoncer sur la route rocheuse<br /></span> -<span class="i0">Un couple adolescent, qui semblait obéir<br /></span> -<span class="i0">A cette loi qui rend muets et solitaires<br /></span> -<span class="i0">Ceux que la volupté vient brusquement d’unir.<br /></span> -<span class="i0">Et qui vont,—n’ayant plus qu’à songer et se taire,<br /></span> -<span class="i0">Comme des étrangers qu’on chasse de la terre...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 150px;"> -<img src="images/illu-052.jpg" width="150" height="161" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_44">{44}</a></span><span class="pagenum"><a id="page_43">{43}</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_45">{45}</a></span></p> - -<h2><a id="MUSIQUE_POUR_LES_JARDINS_DE_LOMBARDIE"></a><img src="images/illu-054.jpg" -height="550" -alt="" /> -<br />MUSIQUE POUR LES JARDINS DE LOMBARDIE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">es îles ont surgi des bleuâtres embruns...<br /></span> -<span class="i0s">O terrasses! balcons rouillés par les parfums!<br /></span> -<span class="i0s">Paysages figés dans de languides poses;<br /></span> -<span class="i0s">Plis satinés des flots contre les lauriers-roses;<br /></span> -<span class="i0s">Nostalgiques palmiers, poignants comme un sanglot,<br /></span> -<span class="i0s">Où des volubilis d’un velours indigo<br /></span> -<span class="i0s">Suspendent mollement leurs fragiles haleines!...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Un papillon, volant sur les fleurs africaines,<br /></span> -<span class="i0s">Faiblit, tombe, écrasé par le poids des odeurs.<br /></span> -<span class="i0s">Hélas! on ne peut pas s’élever! La langueur<br /></span> -<span class="i0s">Coule comme un serpent de ce feuillage étrange,<br /></span> -<span class="i0s">Le thé, les camphriers se mêlent aux oranges.<br /></span> -<span class="i0s">Forêts d’Océanie où la sève, le bois<br /></span> -<span class="i0s">Ont des frissons secrets et de plaintives voix...<br /></span> -<span class="i0s">O vert étouffement, enroulement, luxure,<br /></span> -<span class="i0s">Crépitement de mort, ardente moisissure<br /></span> -<span class="i0s">Des arbres exilés, qu’usent en cet îlot<br /></span> -<span class="i0s">La caresse des vents et les baisers de l’eau...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et Pallanza, là-bas, sur qui le soleil flambe,<br /></span> -<span class="i0s">Semble un corps demi-nu, languissant, vaporeux,<br /></span> -<span class="i0s">Qui montre ses flancs d’or, mais dont les douces jambes<br /></span> -<span class="i0s">Se voilent des soupirs du lac voluptueux...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O tristesse, plus tard, dans les nuits parfumées,<br /></span> -<span class="i0s">Quand les chauds souvenirs ont la moiteur du sang,<br /></span> -<span class="i0s">De revoir en son cœur, les paupières fermées,<br /></span> -<span class="i0s">Et tandis que la mort déjà sur nous descend,<br /></span> -<span class="i0s">Les suaves matins des îles Borromées!...<span class="pagenum"><a id="page_46">{46}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je goûte vos parfums que les vents chauds inclinent,<br /></span> -<span class="i0">Profonds magnolias, lauriers des Carolines...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Les rames, sur les flots palpitants comme un cœur,<br /></span> -<span class="i0">Imitent les sanglots langoureux du bonheur.<br /></span> -<span class="i0">O promesse de joie, ô torpeur juvénile!<br /></span> -<span class="i0">Une cloche se berce au rose campanile<br /></span> -<span class="i0">Qui, délicat et fier, semble un cyprès vermeil;<br /></span> -<span class="i0">Partout la volupté, la mélodie errante...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O matin de Stresa, turquoise respirante,<br /></span> -<span class="i0">Sublime agilité du cœur vers le soleil!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O soirs italiens, terrasses parfumées,<br /></span> -<span class="i0">Jardins de mosaïque où traînent des paons blancs,<br /></span> -<span class="i0">Colombes au col noir, toujours toutes pâmées,<br /></span> -<span class="i0">Espaliers de citrons qu’oppresse un vent trop lent,<br /></span> -<span class="i0">Iles qui sur Vénus semblent s’être fermées,<br /></span> -<span class="i0">Où l’air est affligeant comme un mortel soupir,<br /></span> -<span class="i0">Ah! pourquoi donnez-vous, douceurs inanimées,<br /></span> -<span class="i0">Le sens de l’éternel au corps qui doit mourir!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! dans les bleus étés, quand les vagues entre elles<br /></span> -<span class="i0">Ont le charmant frisson du cou des tourterelles,<br /></span> -<span class="i0">Quand l’Isola Bella, comme une verte tour,<br /></span> -<span class="i0">Semble Vénus nouant des myrtres à l’Amour,<span class="pagenum"><a id="page_47">{47}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Quand le rêve, entraîné au bercement de l’onde,<br /></span> -<span class="i0">Semble glisser, couler vers le plaisir du monde,<br /></span> -<span class="i0">Quand le soir étendu sur ces miroirs gisants<br /></span> -<span class="i0">Est une joue ardente où s’exalte le sang,<br /></span> -<span class="i0">J’ai cherché en quel lieu le désir se repose...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Douces îles, pâmant sur des miroirs d’eau rose,<br /></span> -<span class="i0">Vous déchirez le cœur que l’extase engourdit.<br /></span> -<span class="i0">Pourquoi suis-je enfermée en un tel paradis!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! que lassée enfin de toute jouissance,<br /></span> -<span class="i0">Dans ces jardins meurtris, dans ces tombeaux d’essence,<br /></span> -<span class="i0">Je m’endorme, momie aux membres épuisés!<br /></span> -<span class="i0">Que cet embaumement soit un dernier baiser,<br /></span> -<span class="i0">Tandis que, sous les noirs bambous qui vous abritent,<br /></span> -<span class="i0">Sous les cèdres, pesants comme un ciel sombre et bas,<br /></span> -<span class="i0">Blancs oiseaux de sérail que le parfum abat,<br /></span> -<span class="i0">Vous gémirez d’amour, colombes d’Aphrodite!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des parfums assoupis aux rebords des terrasses,<br /></span> -<span class="i0">L’azur en feu, des fleurs que la chaleur harasse,<br /></span> -<span class="i0">Sur quel rocher d’amour tant d’ardeur me lia!...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Colombes sommeillant dans les camélias,<br /></span> -<span class="i0">Dans les verts camphriers et les saules de Chine,<br /></span> -<span class="i0">Laissez dormir mes mains sur vos douces échines.<span class="pagenum"><a id="page_48">{48}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Consolez ma langueur, vous êtes, ce matin,<br /></span> -<span class="i0">Le rose Saint-Esprit des tableaux florentins.<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Tourterelles en deuil, si faibles, si lassées,<br /></span> -<span class="i0">Fruits palpitants et chauds des branches épicées<br /></span> -<span class="i0">Hélas! cet anneau noir qui cercle votre cou<br /></span> -<span class="i0">Semble enfermer aussi mon âpre destinée,<br /></span> -<span class="i0">Et vos gémissements m’annoncent tout à coup<br /></span> -<span class="i0">Les enivrants malheurs pour lesquels je suis née...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 129px;"> -<img src="images/illu-058.jpg" width="129" height="205" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_49">{49}</a></span></p> - -<h2><a id="LAIR_BRULE_LA_CHAUDE_MAGIE"></a><img src="images/illu-059.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />L’AIR BRULE, LA CHAUDE MAGIE...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Que tu es heureuse, cigale,</i><br /></span> -<span class="i0"><i>quand, du sommet des arbres,</i><br /></span> -<span class="i0"><i>abreuvée d’une goutte de rosée,</i><br /></span> -<span class="i0"><i>tu dors comme une reine.</i><br /></span> -<span class="i8"><i>ANACRÉON.</i><br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_50">{50}</a></span></div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">’air brûle, la chaude magie<br /></span> -<span class="i0s">De l’Orient pèse sur nous,<br /></span> -<span class="i0s">Nous périssons de nostalgie<br /></span> -<span class="i0s">Dans l’éther trop riche et trop doux.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">On entrevoit un jardin vide<br /></span> -<span class="i0">Que la paix du soir inclina,<br /></span> -<span class="i0">Et là-bas, la mosquée aride<br /></span> -<span class="i0">Couleur de sable et de grenat.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La dure splendeur étrangère<br /></span> -<span class="i0">Nous étourdit et nous déçoit;<br /></span> -<span class="i0">Je me sens triste et mensongère:<br /></span> -<span class="i0">On n’est pas bon loin de chez soi.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ce ciel, ces poivriers, ces palmes,<br /></span> -<span class="i0">Ces balcons d’un rose de fard,<br /></span> -<span class="i0">Comme un vaisseau dans un port calme<br /></span> -<span class="i0">Rêvent aux transports du départ.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! comme un jour brûlant est vide!<br /></span> -<span class="i0">Que faudrait-il de volupté<br /></span> -<span class="i0">Pour combler l’abîme torride<br /></span> -<span class="i0">De ce continuel été!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des œillets, lourds comme des pommes,<br /></span> -<span class="i0">Épanchent leur puissante odeur;<br /></span> -<span class="i0">L’air, autour de mon demi-somme,<br /></span> -<span class="i0">Tisse un blanc cocon de chaleur...<span class="pagenum"><a id="page_51">{51}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans la chambre en faïence rouge<br /></span> -<span class="i0">Où je meurs sous un éventail,<br /></span> -<span class="i0">J’entends le bruit, qui heurte et bouge,<br /></span> -<span class="i0">Des chèvres rompant le portail.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ainsi, c’est aujourd’hui dimanche,<br /></span> -<span class="i0">Mais, dans cet exil haletant,<br /></span> -<span class="i0">Au cœur de la cité trop blanche,<br /></span> -<span class="i0">On ne sent plus passer le temps;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Il n’est des saisons et des heures<br /></span> -<span class="i0">Qu’au frais pays où l’on est né,<br /></span> -<span class="i0">Quand sur le bord de nos demeures<br /></span> -<span class="i0">Chaque mois bondit, étonné.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Cette pesante somnolence,<br /></span> -<span class="i0">Ce chaud éclat palermitain<br /></span> -<span class="i0">Repoussent avec indolence<br /></span> -<span class="i0">Mon cœur plaintif et mon destin;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Si je meurs ici, qu’on m’emporte<br /></span> -<span class="i0">Près de la Seine au ciel léger,<br /></span> -<span class="i0">J’aurai peur de n’être pas morte<br /></span> -<span class="i0">Si je dors sous des orangers...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -<span class="lrspc"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /></span> -<img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -</p> - -<p><span class="pagenum"> -<a id="page_52">{52}</a></span></p> - -<h2><a id="LES_JOURNEES_ROMAINES"></a> -<img src="images/illu-062.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LES JOURNÉES ROMAINES</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">’éther pris de vertige et de fureur tournoie,<br /></span> -<span class="i0s">Un luisant diamant de tant d’azur s’extrait.<br /></span> -<span class="i0s">Virant, psalmodiant, le vent divise et ploie<br /></span> -<span class="i8">La pointe faible des cyprès.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’est en vain que les eaux écumeuses et blanches,<br /></span> -<span class="i0">Captives tout en pleurs des lourds bassins romains,<br /></span> -<span class="i0">S’élèvent bruyamment, s’ébattent et s’épanchent:<br /></span> -<span class="i8">Neptune les tient dans sa main.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je contemple la rage impuissante des ondes;<br /></span> -<span class="i0">Dans cette vague éparse en la jaune cité,<br /></span> -<span class="i0">C’est vous qu’on voit jaillir, conductrice des mondes,<br /></span> -<span class="i8">Amère et douce Aphrodite!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’odeur de la chaleur, languissante et créole,<br /></span> -<span class="i0">Stagne entre les maisons qui gonflent de soleil;<br /></span> -<span class="i0">Comme un coureur ailé le ciel bifurque et vole<br /></span> -<span class="i8">Au bord tranchant des toits vermeils;<span class="pagenum"><a id="page_53">{53}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et là-bas, sous l’azur qui toujours se dévide,<br /></span> -<span class="i0">Un jet d’eau, turbulent et lassé tour à tour,<br /></span> -<span class="i0">Semble un flambeau d’argent, une torche liquide<br /></span> -<span class="i8">Qu’agite le poing de l’Amour.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Rome ploie, accablé de grappes odorantes,<br /></span> -<span class="i0">La surhumaine vie envahit l’air ancien,<br /></span> -<span class="i0">Les chapiteaux brisés font fleurir leurs acanthes<br /></span> -<span class="i8">Aux thermes de Dioclétien!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans ce cloître pâmé, des bacchantes blêmies<br /></span> -<span class="i0">Gisent; silence, azur, léthargiques dédains!<br /></span> -<span class="i0">Le soleil tombe en feu sur la gorge endormie<br /></span> -<span class="i8">De ces Danaés des jardins...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ils dorment là, liés par les roses païennes,<br /></span> -<span class="i0">Ces corps de marbre blond, las et voluptueux:<br /></span> -<span class="i0">O mes sœurs du ciel grec, chères Milésiennes,<br /></span> -<span class="i8">Que de siècles sont sur vos yeux!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’une d’elles voudrait se dégager; sa hanche<br /></span> -<span class="i0">Soulève le sommeil ainsi qu’un flot trop lourd,<br /></span> -<span class="i0">Mais tout le poids des temps et de l’azur la penche:<br /></span> -<span class="i8">Elle rêve là pour toujours.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">De vifs coquelicots, comme un sang gai, s’élancent<br /></span> -<span class="i0">Parmi les verts fenouils, à Saint-Paul-hors-les-Murs<br /></span> -<span class="i0">Un dôme en or suspend des colliers de Byzance<br /></span> -<span class="i8">Au cou flamboyant de l’azur.<span class="pagenum"><a id="page_54">{54}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ce matin, dans le vent qui vient puiser les cendres<br /></span> -<span class="i0">Pour les mêler au jour ivre d’air et d’éclat,<br /></span> -<span class="i0">Je respire ton cœur voluptueux et tendre,<br /></span> -<span class="i8">Pauvre Cécile Métella!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Tu n’es pas à l’écart des saisons immortelles,<br /></span> -<span class="i0">Un tourbillon d’azur te recueille sans fin;<br /></span> -<span class="i0">Je n’ai pas plus de part que tes mânes fidèles<br /></span> -<span class="i8">A l’univers vague et divin!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les blancs eucalyptus et le cyprès qui chante,<br /></span> -<span class="i0">Où viennent aboutir les longs soupirs des morts,<br /></span> -<span class="i0">Racontent, chers défunts, vos détresses penchantes,<br /></span> -<span class="i8">Votre sort pareil à nos sorts.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Quels familiers discours sur la voie Appienne!<br /></span> -<span class="i0">Tissés dans le soleil, les morts vont jusqu’aux cieux;<br /></span> -<span class="i0">Vous renaissez en moi, ombres aériennes,<br /></span> -<span class="i8">Vous entrez dans mes tristes yeux!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Là-bas, sur la colline, un jeune cimetière<br /></span> -<span class="i0">Étale sa langueur d’Anglais sentimental,<br /></span> -<span class="i0">Les délicats tombeaux, dans les lis et le lierre,<br /></span> -<span class="i8">Font monter un sang de cristal.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Midi luit; la villa des chevaliers de Malte<br /></span> -<span class="i0">Choit comme une danseuse aux pieds brûlants et las.<br /></span> -<span class="i0">Comme un fauve tigré l’air jaunit et s’exalte;<br /></span> -<span class="i8">Une nymphe en pierre vit là.<span class="pagenum"><a id="page_55">{55}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Elle a les bras cassés, mais sa force éternelle<br /></span> -<span class="i0">Empourpre de plaisir ses genoux triomphants;<br /></span> -<span class="i0">Le néflier embaume, un jet d’eau est, près d’elle,<br /></span> -<span class="i8">Secoué d’un rire d’enfant.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les dieux n’ont pas quitté la campagne romaine,<br /></span> -<span class="i0">Euterpe aux blonds pipeaux, Erato qui sourit,<br /></span> -<span class="i0">Dansent dans le jardin Mattei, où se promène<br /></span> -<span class="i8">Le saint Philippe de Néri.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Mais c’est vous qui, ce soir, partagez mon malaise,<br /></span> -<span class="i0">Dans l’église sans voix, au mur pâle et glacé,<br /></span> -<span class="i0">Déesse catholique, ô ma sainte Thérèse,<br /></span> -<span class="i8">Qui soupirez, les yeux baissés!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Malgré vos airs royaux, et la fierté divine<br /></span> -<span class="i0">Dont s’enveloppe encor votre cœur emporté,<br /></span> -<span class="i0">L’angoisse de vos traits permet que l’on devine<br /></span> -<span class="i8">Votre douce mendicité.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O visage altéré par l’ardente torture<br /></span> -<span class="i0">D’attendre le bonheur qui descend lentement,<br /></span> -<span class="i0">Appel mystérieux, hymne de la nature,<br /></span> -<span class="i8">Désir de l’immortel amant!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je vous offre aujourd’hui, parmi l’encens des prêtres,<br /></span> -<span class="i0">Comme un grain plus brûlant mis dans vos encensoirs,<br /></span> -<span class="i0">Le rire que j’entends au bas de la fenêtre<br /></span> -<span class="i8">Où je rêve, seule, le soir;<span class="pagenum"><a id="page_56">{56}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’est le rire joyeux, épouvanté, timide<br /></span> -<span class="i0">De deux enfants heureux, éperdus, inquiets,<br /></span> -<span class="i0">Qui joignent leurs regards et leurs lèvres avides,<br /></span> -<span class="i8"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et dont tout le sanglot riait!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ils riaient, ils étaient effrayés l’un de l’autre;<br /></span> -<span class="i0">Un jet d’eau s’effritait dans le lointain bassin;<br /></span> -<span class="i0">La lune blanchissait, de sa clarté d’apôtre,<br /></span> -<span class="i8">La terrasse des Capucins.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une palme portait le poids mélancolique<br /></span> -<span class="i0">De l’éther sans zéphyr, sans rosée et sans bruit;<br /></span> -<span class="i0">Rien ne venait briser son attente pudique,<br /></span> -<span class="i8">Que ce rire aigu dans la nuit!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et je n’entendis plus que ce rire nocturne,<br /></span> -<span class="i0">Plus fort que les senteurs des terrasses de miel,<br /></span> -<span class="i0">Plus vif que le sursaut des sources dans leur urne,<br /></span> -<span class="i8">Plus clair que les astres au ciel.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Je le prends dans mes mains, chaudes comme la lave,<br /></span> -<span class="i0">Je le mêle aux élans de mon éternité,<br /></span> -<span class="i0">Ce rire des humains, si farouche et si grave,<br /></span> -<span class="i8">Qui prélude à la volupté!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 100px;"> -<img src="images/illu-066.jpg" width="100" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_57">{57}</a></span></p> - -<h2><a id="UN_SOIR_A_VERONE"></a><img src="images/illu-067.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />UN SOIR A VÉRONE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">e soir baigne d’argent les places de Vérone;<br /></span> -<span class="i0s">Les cieux roses et ronds, rayés d’ifs, de cyprès,<br /></span> -<span class="i6">Font à la ville une couronne<br /></span> -<span class="i6">De tristes et verts minarets.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Sur les ors languissants du palais du Concile,<br /></span> -<span class="i0">On voit luire, ondoyer un manteau duveté:<br /></span> -<span class="i6">Les pigeons amoureux, dociles,<br /></span> -<span class="i6">Frémissent là de volupté.<span class="pagenum"><a id="page_58">{58}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’Adige, entre les murs de brique qu’il reflète,<br /></span> -<span class="i0">Roule son rouge flot, large, brusque, puissant:<br /></span> -<span class="i6">Dans la ville de Juliette<br /></span> -<span class="i6">Un fleuve a la couleur du sang.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O tragique douceur de la cité sanglante,<br /></span> -<span class="i0">Rue où le passé vit sous les vents endormis:<br /></span> -<span class="i6">Un masque court, ombre galante,<br /></span> -<span class="i6">Au bal des amants ennemis.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je m’élance, et je vois ta maison, Juliette!<br /></span> -<span class="i0">Si plaintive, si noire, ainsi qu’un froid charbon.<br /></span> -<span class="i6">C’est là que la fraîche alouette<br /></span> -<span class="i6">T’épouvantait de sa chanson!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Que tu fus consumée, ô nymphe des supplices!<br /></span> -<span class="i0">Que ton mortel désir était fervent et beau<br /></span> -<span class="i6">Lorsque tu t’écriais: «Nourrice,<br /></span> -<span class="i6">Que l’on prépare mon tombeau!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">«Qu’on prépare ma tombe et mon funèbre somme,<br /></span> -<span class="i0">Que mon lit nuptial soit violet et noir,<br /></span> -<span class="i6">Si je n’enlace le jeune homme<br /></span> -<span class="i6">Qui brillait au verger ce soir!...»<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Auprès de ta fureur héroïque et plaintive,<br /></span> -<span class="i0">Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment,<span class="pagenum"><a id="page_59">{59}</a></span><br /></span> -<span class="i6">La soif est une source vive,<br /></span> -<span class="i6">La faim est un rassasiement.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Hélas! tu le savais, qu’il n’est rien sur la terre<br /></span> -<span class="i0">Que l’invincible amour, par les pleurs ennobli;<br /></span> -<span class="i6">Le feu, la musique, la guerre,<br /></span> -<span class="i6">N’en sont que le reflet pâli!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ma sœur, ton sein charmant, ton visage d’aurore,<br /></span> -<span class="i0">Où sont-ils, cette nuit où je porte ton cœur?<br /></span> -<span class="i6">La colombe du sycomore<br /></span> -<span class="i6">Soupire à mourir de langueur...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Là-bas un lourd palais, couleur de pourpre ardente,<br /></span> -<span class="i0">Ferme ses volets verts sous le ciel rose et gris;<br /></span> -<span class="i6">Je pense au soir d’automne où Dante<br /></span> -<span class="i6">Ecrivit là le Paradis;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La céleste douceur des tournantes collines<br /></span> -<span class="i0">Emplissait son regard, à l’heure où las, pensifs,<br /></span> -<span class="i6">Les anges d’Italie inclinent<br /></span> -<span class="i6">Le ciel délicat sur les ifs.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais que tu m’es plus chère, ô maison de l’ivresse,<br /></span> -<span class="i0">Balcon où frémissait le chant du rossignol,<br /></span> -<span class="i6">Où Juliette qui caresse<br /></span> -<span class="i6">Suspend Roméo à son col!<span class="pagenum"><a id="page_60">{60}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! que tu m’es plus cher, sombre balcon des fièvres,<br /></span> -<span class="i0">Où l’échelle de soie en chantant tournoyait,<br /></span> -<span class="i6">Où les amants, joignant leurs lèvres,<br /></span> -<span class="i6">Sanglotaient entre eux: «Je vous ai!»<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Que l’amour soit béni parmi toutes les choses,<br /></span> -<span class="i0">Que son nom soit sacré, son règne ample et complet;<br /></span> -<span class="i6">Je n’offre les lauriers, les roses,<br /></span> -<span class="i6">Qu’à la fille des Capulet!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 154px;"> -<img src="images/illu-070.jpg" width="154" height="151" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_61">{61}</a></span></p> - -<h2><a id="UN_AUTOMNE_A_VENISE"></a><img src="images/illu-071.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />UN AUTOMNE A VENISE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-a.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="A" /> -<span class="i0s">h! la douceur d’ouvrir, dans un matin d’automne,<br /></span> -<span class="i0s">Sur le feuillage vert, rougeoyant et jauni<br /></span> -<span class="i0s">Que la chaleur d’argent éclabousse et sillonne,<br /></span> -<span class="i0s">Les volets peints en noir du palais Manzoni!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des citronniers en pots, le thym, le laurier-rose<br /></span> -<span class="i0">Font un cercle odorant au puits vénitien,<br /></span> -<span class="i0">Et sur les blancs balcons indolemment repose<br /></span> -<span class="i0">Le frais, le calme azur, juvénile, ancien!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! quelle paix ici, dans ce jardin de pierre,<br /></span> -<span class="i0">Sous la terrasse où traîne un damas orangé!<br /></span> -<span class="i0">On n’entend pas frémir Venise aventurière,<br /></span> -<span class="i0">On ne voit pas languir son marbre submergé...<span class="pagenum"><a id="page_62">{62}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Qu’importe si, là-bas, Torcello des lagunes<br /></span> -<span class="i0">Communique aux flots bleus sa pâmoison d’argent,<br /></span> -<span class="i0">Si Murano, rêveuse ainsi qu’un clair de lune,<br /></span> -<span class="i0">Semble un vase irisé d’où monte un tendre chant!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Qu’importe si là-bas le rose cimetière,<br /></span> -<span class="i0">Levant comme des bras ses cyprès verts et noirs,<br /></span> -<span class="i0">Semble implorer encor la divine lumière<br /></span> -<span class="i0">Pour le mort oublié qui ne doit plus la voir;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Si, vers la Giudecca où nul vent ne soupire,<br /></span> -<span class="i0">Où l’air est suspendu comme un plus doux climat,<br /></span> -<span class="i0">Dans une gloire d’or les langoureux navires<br /></span> -<span class="i0">Bercent la nostalgie aux branches de leurs mâts;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Si, plein de jeunes gens, le couvent d’Arménie<br /></span> -<span class="i0">Couleur de frais piment, de pourpre, de corail,<br /></span> -<span class="i0">Semble exhaler, le soir, une plainte infinie<br /></span> -<span class="i0">Vers quelque asiatique et savoureux sérail;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Si, brûlant de plaisir et de mélancolie,<br /></span> -<span class="i0">Une fille, vendant des œillets, va, mêlant<br /></span> -<span class="i0">Le poivre de l’Espagne au sucre d’Italie,<br /></span> -<span class="i0">Tandis que sur Saint-Marc tombe un soir rose et lent!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Je ne quitterai pas ce petit puits paisible,<br /></span> -<span class="i0">Cet espalier par qui mon cœur est abrité;<br /></span> -<span class="i0">Qu’Éros pour ses poignards retrouve une autre cible,<br /></span> -<span class="i0">Mon céleste désir n’a pas de volupté!...<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_63">{63}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -<span class="lrspc"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /></span> -<img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -</p> - -<h2><a id="VA_PRIER_DANS_SAINT-MARC"></a><img src="images/illu-073.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />VA PRIER DANS SAINT-MARC...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-v.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="V" /> -<span class="i0s">a prier dans Saint-Marc pour ta peine amoureuse;<br /></span> -<span class="i0s">Le temple de Byzance est sensible au péché;<br /></span> -<span class="i0s">Un parfum de benjoin, d’ambre, de tubéreuse,<br /></span> -<span class="i0s">Glisse des frais arceaux et des balcons penchés.<span class="pagenum"><a id="page_64">{64}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Va prier dans Saint-Marc pour ta douce folie;<br /></span> -<span class="i0">Les pigeons assemblés sur la façade en or<br /></span> -<span class="i0">Protègent les transports de la mélancolie,<br /></span> -<span class="i0">Et les anges des cieux sont plus cléments encor.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Va prier dans Saint-Marc; les dalles, les rosaces<br /></span> -<span class="i0">Ont l’éclat des bijoux et des tapis persans;<br /></span> -<span class="i0">Depuis plus de mille ans dans ce palais s’entassent<br /></span> -<span class="i0">Les profanes souhaits parfumés par l’encens.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vois, sous leurs châles noirs, les tendres suppliantes<br /></span> -<span class="i0">Joindre des doigts brûlants et songer doucement.<br /></span> -<span class="i0">Divine pauvreté! cet Alhambra les tente<br /></span> -<span class="i0">Moins que les cabarets où boivent leurs amants!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Va prier dans Saint-Marc. Le Dieu des Evangiles<br /></span> -<span class="i0">Marche, les bras ouverts, dans de blonds paradis;<br /></span> -<span class="i0">On entend les bateaux qui partent pour les îles,<br /></span> -<span class="i0">Et les pigeons frémir au canon de midi.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des mosaïques d’or, limpides alvéoles,<br /></span> -<span class="i0">Glisse un mystique miel, lumineux, épicé;<br /></span> -<span class="i0">Et vers la Piazzetta, de penchantes gondoles<br /></span> -<span class="i0">Entraînent mollement les couples exaucés...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Beau temple, que ta grâce est chaude, complaisante!<br /></span> -<span class="i0">O jardin des langueurs, ô porte d’Orient!<span class="pagenum"><a id="page_65">{65}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Courtisane des Grecs, sultane agonisante,<br /></span> -<span class="i0">Turban d’or et d’émail sous l’azur défaillant!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Tu joins l’odeur de l’ambre aux fastes exotiques,<br /></span> -<span class="i0">Et tu meurs, des pigeons à ton sein agrafés,<br /></span> -<span class="i0">Comme aux rives en feu des mers asiatiques,<br /></span> -<span class="i0">La Basilique où dort sainte Pasiphaé!...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 152px;"> -<img src="images/illu-075.jpg" width="152" height="156" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_66">{66}</a></span></p> - -<h2><a id="LA_MESSE_DE_LAURORE_A_VENISE"></a><img src="images/illu-076.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LA MESSE DE L’AURORE A VENISE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"><img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">es femmes de Venise, au lever du soleil,<br /></span> -<span class="i0s">Répandent dans Saint-Marc leur hésitante extase;<br /></span> -<span class="i0s">Leurs châles ténébreux sous les arceaux vermeils<br /></span> -<span class="i0s">Semblent de noirs pavots dans un sublime vase.<span class="pagenum"><a id="page_67">{67}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i2"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Crucifix somptueux, Jésus des Byzantins,<br /></span> -<span class="i2">Quel miel verserez-vous à ces pauvres ardentes,<br /></span> -<span class="i2">Qui, pour vous adorer, désertent ce matin<br /></span> -<span class="i2">Les ronds paniers de fruits étagés sous les tentes?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i2">Si leur cœur délicat souffre de volupté,<br /></span> -<span class="i2">Si leur amour est triste, inquiet ou coupable,<br /></span> -<span class="i2">Si leurs vagues esprits, enflammés par l’été,<br /></span> -<span class="i2">Rêvent du frais torrent des baisers délectables,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Que leur répondrez-vous, vous, leur maître et leur Dieu?<br /></span> -<span class="i0">Tout en vous implorant, elles n’entendent qu’elles,<br /></span> -<span class="i0">Et pensent que l’éclat allongé de vos yeux<br /></span> -<span class="i0">Sourit à leurs naïfs sanglots de tourterelles.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ah! quel que soit le mal qu’elles portent vers vous,<br /></span> -<span class="i0">Quel que soit le désir qui les brûle et les ploie,<br /></span> -<span class="i0">Comblez d’enchantement leurs bras et leurs genoux,<br /></span> -<span class="i0">Puisque l’on ne guérit jamais que par la joie...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 145px;"> -<img src="images/illu-077.jpg" width="145" height="155" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_68">{68}</a></span></p> - -<h2><a id="SIROCCO_A_VENISE"></a><img src="images/illu-078.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />SIROCCO A VENISE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i6">e sirocco, brusque, hardi,<br /></span> -<span class="i6">Sur la ville en pierre frissonne;<br /></span> -<span class="i6">C’est la fin de l’après-midi;<br /></span> -<span class="i6">Ecoute les cloches qui sonnent<br /></span> -<span class="i6">A Saint-Agnès, au Gesuati...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i6">L’ouragan arrache la toile<br /></span> -<span class="i6">D’un marché, où des paniers ronds<br /></span> -<span class="i6">Débordent de brillants citrons<br /></span> -<span class="i6">Que polit encor la rafale.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je vois se saluer les cyprès d’un couvent;<br /></span> -<span class="i0">Et dans le courant d’air des ruelles marines,<br /></span> -<span class="i0">Un abbé vénitien, étourdi, gai, mouvant,<br /></span> -<span class="i0">Qui retient son manteau, volant sur sa poitrine,<br /></span> -<span class="i0">Semble un charmant Satan flagellé par le vent!<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_69">{69}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/side-barr-3.jpg" -width="51" -alt="" /></p> - -<h2><a id="CLOCHES_VENITIENNES"></a><img src="images/illu-079.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />CLOCHES VÉNITIENNES</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">a pauvreté, la faim, le fardeau du soleil,<br /></span> -<span class="i0s">Le meurtrissant travail de cette enfant vieillie,<br /></span> -<span class="i0s">Qui respire, tressant l’osier jaune et vermeil,<br /></span> -<span class="i0s">L’odeur du basilic et de l’huile bouillie,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les fétides langueurs des somnolents canaux,<br /></span> -<span class="i0">La maison délabrée où pend une lessive,<br /></span> -<span class="i0">Les fièvres et la soif, je les choisis plutôt<br /></span> -<span class="i0">Que de ne pas tenir votre main chaude et vive<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">A l’heure où, s’exhalant comme un ardent soupir,<br /></span> -<span class="i0">Les cloches de Venise épandent dans l’espace<br /></span> -<span class="i0">Ce cri voluptueux d’alarme et de désir:<br /></span> -<span class="i6">«Jouir, jouir du temps qui passe!»<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_70">{70}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/side-barr-3.jpg" -width="51" -alt="" /></p> - -<h2><a id="LILE_DES_FOLLES_A_VENISE"></a><img src="images/illu-080.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />L’ILE DES FOLLES A VENISE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">a lagune a le dense éclat du jade vert.<br /></span> -<span class="i0s">Le noir allongement incliné des gondoles<br /></span> -<span class="i0s">Passe sur cette eau glauque et sous le ciel couvert.<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ce rose bâtiment, c’est la maison des folles.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Fleur de la passion, île de Saint-Clément,<br /></span> -<span class="i0">Que de secrets bûchers dans votre enceinte ardente!<br /></span> -<span class="i0">La terre desséchée exhale un fier tourment,<br /></span> -<span class="i0">Et l’eau se fige autour comme un cercle du Dante.<span class="pagenum"><a id="page_71">{71}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ce soir mélancolique où les cieux sont troublés,<br /></span> -<span class="i0">Où l’air appesanti couve son noir orage,<br /></span> -<span class="i0">J’entends ces voix d’amour et ces cœurs exilés<br /></span> -<span class="i0">Secouer la fureur de leurs mille mirages!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Le vent qui fait tourner les algues dans les flots<br /></span> -<span class="i0">Et m’apporte l’odeur des nuits de Dalmatie,<br /></span> -<span class="i0">Guide jusqu’à mon cœur ces suprêmes sanglots.<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O folie, ô sublime et sombre poésie!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Le rire, les torrents, la tempête, les cris<br /></span> -<span class="i0">S’échappent de ces corps que trouble un noir mystère.<br /></span> -<span class="i0">Quelle huile adoucirait vos torrides esprits,<br /></span> -<span class="i0">Bacchantes de l’étroite et démente Cythère?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Cet automne, où l’angoisse, où la langueur m’étreint,<br /></span> -<span class="i0">Un secret désespoir à tant d’ardeur me lie;<br /></span> -<span class="i0">Déesse sans repos, sans limites, sans frein,<br /></span> -<span class="i0">Je vous vénère, active et divine Folie!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Pleureuses des beaux soirs voisins de l’Orient,<br /></span> -<span class="i0">Déchirez vos cheveux, égratignez vos joues,<br /></span> -<span class="i0">Pour tous les insensés qui marchent en riant,<br /></span> -<span class="i0">Pour l’amante qui chante, et pour l’enfant qui joue.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O folles! aux judas de votre âpre maison<br /></span> -<span class="i0">Posez vos yeux sanglants, contemplez le rivage.<span class="pagenum"><a id="page_72">{72}</a></span><br /></span> -<span class="i0">C’est l’effroi, la stupeur, l’appel, la déraison,<br /></span> -<span class="i0">Partout où sont des mains, des yeux et des visages.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Folles, dont les soupirs comme de larges flots<br /></span> -<span class="i0">Harcèlent les flancs noirs des sombres Destinées,<br /></span> -<span class="i0">Vous sanglotez du moins sur votre morne îlot;<br /></span> -<span class="i0">Mais nous, les cœurs mourants, nous, les assassinées,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Nous rôdons, nous vivons; seuls nos profonds regards,<br /></span> -<span class="i0">Qui d’un vin ténébreux et mortel semblent ivres,<br /></span> -<span class="i0">Dénoncent par l’éclat de leurs rêves hagards<br /></span> -<span class="i0">L’effroyable épouvante où nous sommes de vivre.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Par quelle extravagante et morne pauvreté,<br /></span> -<span class="i0">Par quel abaissement du courage et du rêve<br /></span> -<span class="i0">L’esprit conserve-t-il sa chétive clarté<br /></span> -<span class="i0">Quand tout l’être éperdu dans l’abîme s’achève?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O folles, que vos fronts inclinés soient bénis!<br /></span> -<span class="i0">Sur l’épuisant parcours de la vie à la tombe<br /></span> -<span class="i0">Qui va des cris d’espoir au silence infini,<br /></span> -<span class="i0">Se pourrait-il vraiment qu’on marche sans qu’on tombe?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Se pourrait-il vraiment que le courage humain,<br /></span> -<span class="i0">Sans se rompre, accueillît l’ouragan des supplices?<br /></span> -<span class="i0">Douleur, coupe d’amour plus large que les mains,<br /></span> -<span class="i0">Avoir un faible cœur, et qu’un Dieu le remplisse!<span class="pagenum"><a id="page_73">{73}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Amazones en deuil, qui ne pouvez saisir<br /></span> -<span class="i0">L’ineffable langueur éparse sur les mondes,<br /></span> -<span class="i0">Sanglotez! A vos cris de l’éternel désir,<br /></span> -<span class="i0">Des bords de l’infini les amants vous répondent...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 151px;"> -<img src="images/illu-083.jpg" width="151" height="156" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_74">{74}</a></span></p> - -<h2><a id="NUIT_VENITIENNE"></a><img src="images/illu-084.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />NUIT VÉNITIENNE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-d.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="D" /> -<span class="i0s">eux étoiles d’argent éclairent l’ombre et l’eau,<br /></span> -<span class="i0s">On entend le léger clapotement du flot<br /></span> -<span class="i0s">Qui baise les degrés du palais Barbaro;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une vague, en glissant, répond à l’autre vague:<br /></span> -<span class="i0">Enlaçante tristesse, appel dolent et vague.<br /></span> -<span class="i0">Un vert fanal, sur l’eau, tombe comme une bague.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des gondoles s’en vont, paisible glissement.<br /></span> -<span class="i0">Deux hommes sont debout et parlent en ramant;<br /></span> -<span class="i0">On n’entend que la vague et leur voix seulement...<span class="pagenum"><a id="page_75">{75}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La nuit est comme un bloc d’agate monotone.<br /></span> -<span class="i0">Un volet qu’on rabat, subitement détonne<br /></span> -<span class="i0">Dans le silence. Où donc est morte Desdémone?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un navire de guerre est amarré là-bas.<br /></span> -<span class="i0">Le vent est si couché, si nonchalant, si bas,<br /></span> -<span class="i0">Que le sel de la mer, ce soir, ne se sent pas.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Venise a la couleur dormante des gravures.<br /></span> -<span class="i0">Sous le masque des nuits et sa noire guipure,<br /></span> -<span class="i0">Deux mains, dans un jardin, ouvrent une clôture.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les hauts palais dormants, aux marbres effrités,<br /></span> -<span class="i0">Luisent sur le canal somnolent, arrêté,<br /></span> -<span class="i0">Qui semble une liquide et molle éternité...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Belle eau d’un pâle enfer qui m’attire et me touche,<br /></span> -<span class="i0">Puisque la mort, ce soir, n’a rien qui m’effarouche,<br /></span> -<span class="i0">Montez jusqu’à mon cœur, montez jusqu’à ma bouche...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 96px;"> -<img src="images/illu-085.jpg" width="96" height="131" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_76">{76}</a></span></p> - -<h2><a id="MIDI_SONNE_AU_CLOCHER_DE_LA_TOUR_SARRASINE"></a><img src="images/illu-086.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />MIDI SONNE AU CLOCHER DE LA TOUR SARRASINE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Ne recherche pas la cause de la turbulence:</i><br /></span> -<span class="i0"><i>c’est l’affaire de la mystérieuse nature</i>...<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_77">{77}</a></span></div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-m.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="M" /> -<span class="i0s">idi sonne au clocher de la tour sarrasine.<br /></span> -<span class="i0s">Un calme épanoui pèse sur les collines;<br /></span> -<span class="i0s">Les palmes des jardins font insensiblement<br /></span> -<span class="i0s">Un geste de furtif et doux assentiment.<br /></span> -<span class="i0s">Le vent a rejeté ses claires arbalètes<br /></span> -<span class="i0s">Sur la montagne, entre la neige et les violettes!<br /></span> -<span class="i0s">Les rumeurs des hameaux ont le charme brouillé<br /></span> -<span class="i0s">D’une vague, glissant sur de blancs escaliers...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O calme fixité, que ceint un clair rivage,<br /></span> -<span class="i0s">L’Amour rayonne au centre indéfini des âges!<br /></span> -<span class="i0s">Un noir cyprès, creusé par la foudre et le vent,<br /></span> -<span class="i0s">Ondulant dans l’air tiède, officiant, rêvant,<br /></span> -<span class="i0s">Semble, par sa débile et céleste prière,<br /></span> -<span class="i0s">Un prophète expirant, entr’ouvert de lumière!<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Aérienne idylle, envolement d’airain,<br /></span> -<span class="i0s">La cloche au chant naïf du couvent franciscain<br /></span> -<span class="i0s">Répond au tendre appel de la cloche des Carmes.<br /></span> -<span class="i0s">L’olivier, argenté comme un torrent de larmes,<br /></span> -<span class="i0s">Imite, en se courbant sous les placides cieux,<br /></span> -<span class="i0s">L’humble adoration des cœurs minutieux...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Quel vœu déposerai-je en vos mains éternelles,<br /></span> -<span class="i0s">Sainte antiquité grecque, ô Moires maternelles?<br /></span> -<span class="i0s">Déjà bien des printemps se sont ouverts pour moi.<br /></span> -<span class="i0s">Au pilier résineux de chacun de leurs mois<br /></span> -<span class="i0s">J’ai souffert ce martyre enivrant et terrible,<br /></span> -<span class="i0s">Près de qui le bonheur n’est qu’un ennui paisible...<br /></span> -<span class="i0s">Je ne verrai plus rien que je n’aie déjà vu.<br /></span> -<span class="i0s">Je meurs à la fontaine où mon désir a bu:<span class="pagenum"><a id="page_78">{78}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Les battements du cœur et les beaux paysages,<br /></span> -<span class="i0s">L’ouragan et l’éclair baisés sur un visage,<br /></span> -<span class="i0s">L’oubli de tout, l’espoir invincible, et plus haut<br /></span> -<span class="i0s">L’extase d’être un dieu qui marche sur les flots;<br /></span> -<span class="i0s">La gloire d’écouter, seule, dans la nature,<br /></span> -<span class="i0s">L’universelle Voix, dont la céleste enflure<br /></span> -<span class="i0s">Proclame dans l’azur, dans les blés, dans les bois,<br /></span> -<span class="i0s">«Ame, je te choisis et je me donne à toi,»<br /></span> -<span class="i0s">Tout cela qui frissonne et qui me fit divine,<br /></span> -<span class="i0s">Je ne le goûterai que comme un front s’incline<br /></span> -<span class="i0s">Sur le miroir, voilé par l’ombre qui descend,<br /></span> -<span class="i0s">Où déjà s’est penché son rire adolescent...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Mais la fougueuse vie en mon cœur se déchaîne:<br /></span> -<span class="i0s">O son des Angélus dans les faubourgs de Gênes,<br /></span> -<span class="i0s">Tandis qu’au bord des quais, où règne un lourd climat,<br /></span> -<span class="i0s">Les vaisseaux entassés, les cordages, les mâts,<br /></span> -<span class="i0s">Semblent, dans le ciel pâle où la chaleur s’énerve,<br /></span> -<span class="i0s">De noirs fuseaux, tissant la robe de Minerve!<br /></span> -<span class="i0s">Vieille fontaine arabe, au jet d’eau mince et long,<br /></span> -<span class="i0s">Exilée en Sicile, en de secrets vallons.<br /></span> -<span class="i0s">Soirs du lac de Némi, soirs des villas romaines,<br /></span> -<span class="i0s">Où la noble cascade en déroulant sa traîne<br /></span> -<span class="i0s">Sur un funèbre marbre, imite la pudeur<br /></span> -<span class="i0s">De la Mélancolie, errante dans ses pleurs,<br /></span> -<span class="i0s">Et qu’un faune poursuit sur la rapide pente...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Muet accablement d’un square d’Agrigente:<br /></span> -<span class="i0s">Jardin tout excédé de ses fleurs, où j’étais<br /></span> -<span class="i0s">La Mémoire en éveil d’un monde qui se tait.<span class="pagenum"><a id="page_79">{79}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Dans ce dormant Dimanche amolli et tenace,<br /></span> -<span class="i0s">Mêlée à l’étendue, éparse dans l’espace,<br /></span> -<span class="i0s">Etrangère à mon cœur, à mes pesants tourments,<br /></span> -<span class="i0s">Je n’étais plus qu’un vaste et pur pressentiment<br /></span> -<span class="i0s">De tous les avenirs, dont les heures fécondes<br /></span> -<span class="i0s">S’accompliront sans nous jusqu’à la fin des mondes...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Chaud silence; et l’élan que donne la torpeur!<br /></span> -<span class="i0s">L’air luit; le sifflement d’un bateau à vapeur<br /></span> -<span class="i0s">Jette son rauque appel à la rive marchande.<br /></span> -<span class="i0s">Une glu argentée entr’ouvre les amandes;<br /></span> -<span class="i0s">De lourds pigeons, heurtés aux arceaux d’un couvent,<br /></span> -<span class="i0s">Font un bruit éclatant de satin et de vent,<br /></span> -<span class="i0s">Comme un large éventail dans les nuits sévillanes...<br /></span> -<span class="i0s">Sur l’aride sentier, un pâtre sur un âne<br /></span> -<span class="i0s">Chantonne, avec l’habile et perfide langueur<br /></span> -<span class="i0s">D’une main qui se glisse et qui cherche le cœur...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Par ce cristal des jours, par ces splendeurs païennes,<br /></span> -<span class="i0">Seigneur, préservez-nous de la paix quotidienne<br /></span> -<span class="i0">Qui stagne sans désir, comme de glauques eaux!<br /></span> -<span class="i0">Nous avons faim d’un chant et d’un bonheur nouveau!<br /></span> -<span class="i0">Je sais que l’âpre joie en blessures abonde,<br /></span> -<span class="i0">Je ne demande pas le repos en ce monde;<br /></span> -<span class="i0">Vous m’appelez, je vais; votre but est secret;<br /></span> -<span class="i0">Vous m’égarez toujours dans la sombre forêt;<br /></span> -<span class="i0">Mais quand vous m’assignez quelque nouvel orage,<br /></span> -<span class="i0">Merci pour le danger, merci pour le courage!<br /></span> -<span class="i0">A travers les rameaux serrés, je vois soudain<span class="pagenum"><a id="page_80">{80}</a></span><br /></span> -<span class="i0">La mer, comme un voyage exaltant et serein!<br /></span> -<span class="i0">Je sais ce que l’on souffre, et si je suis vivante,<br /></span> -<span class="i0">C’est qu’au fond de la morne ou poignante épouvante,<br /></span> -<span class="i0">Lorsque parfois ma force extrême se lassait,<br /></span> -<span class="i0">Un ange, au cœur cerclé de fer, me remplaçait...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et pourtant, je ne veux pas amoindrir ma chance<br /></span> -<span class="i0">D’être le lingot d’or qui brise la balance;<br /></span> -<span class="i0">D’être, parmi les cœurs défaillants, incertains,<br /></span> -<span class="i0">L’esprit multiplié qui répond au Destin!<br /></span> -<span class="i0">Je n’ai pas peur des jours, du feu, du soir qui tombe;<br /></span> -<span class="i0">Dans le désert, je suis nourrie par les colombes.<br /></span> -<span class="i0">Je sais bien qu’il faudra connaître en vous un jour<br /></span> -<span class="i0">La fin de tout effort, l’oubli de tout amour,<br /></span> -<span class="i0">Nature! dont la paix guette notre agonie.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais avant cet instant de faiblesse infinie,<br /></span> -<span class="i0">Traversant les plateaux, les torrents hauts ou secs,<br /></span> -<span class="i0">Chantant comme faisaient les marins d’Ionie<br /></span> -<span class="i0">Dans l’odeur du corail, du sel et du varech,<br /></span> -<span class="i0">J’irai jusqu’aux confins de ces rochers des Grecs,<br /></span> -<span class="i0">Où les flots démontés des colonnes d’Hercule<br /></span> -<span class="i0">Engloutissaient les nefs, au vent du crépuscule!...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 78px;"> -<img src="images/illu-090.jpg" width="78" height="101" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_82">{82}</a></span><span class="pagenum"><a id="page_81">{81}</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_83">{83}</a></span></p> - -<h2><a id="JE_NAI_VU_QUUN_INSTANT"></a><img src="images/illu-092.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />JE N’AI VU QU’UN INSTANT...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-j.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="J" /> -<span class="i0s">e n’ai vu qu’un instant les pays beaux et clairs,<br /></span> -<span class="i0s">Sorrente, qui descend, fasciné par la mer,<br /></span> -<span class="i0s">Tarente, délaissé, qui fixe d’un œil vague<br /></span> -<span class="i0s">Le silence entassé entre l’air et les vagues;<br /></span> -<span class="i0s">Salerne, au cœur d’ébène, au front blanc et salé,<br /></span> -<span class="i0s">Où la chaleur palpite ainsi qu’un peuple ailé;<br /></span> -<span class="i0s">Amalfi, où j’ai vu de pourpres funérailles<br /></span> -<span class="i0s">Qu’accompagnaient des jeux, des danses et des chants,<br /></span> -<span class="i0s">Surprises tout à coup, sous le soleil couchant,<br /></span> -<span class="i0s">Par les parfums, croisés ainsi que des broussailles...<br /></span> -<span class="i0s">Foggia, ravagé de soleil, étonné<br /></span> -<span class="i0s">De luire en moisissant comme un lis piétiné;<br /></span> -<span class="i0s">Pompéi, pavoisé de murs peints qui s’écaillent,<br /></span> -<span class="i0s">Pæstum qu’on sent toujours visité par les dieux,<br /></span> -<span class="i0s">Où le souffle marin tord l’églantier fragile,<br /></span> -<span class="i0s">Où, le soir, on entend dans l’herbage fiévreux<br /></span> -<span class="i0s">Ce long hennissement qui montrait à Virgile,<br /></span> -<span class="i0s">Ebloui par son rêve immense et ténébreux,<br /></span> -<span class="i0s">Apollon consolant les noirs chevaux d’Achille...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ces rivages de marbre embrassés par les flots,<br /></span> -<span class="i0">Où les mânes des Grecs ensevelis m’attirent,<br /></span> -<span class="i0">Je ne les ai connus que comme un matelot<br /></span> -<span class="i0">Voit glisser l’étendue au bord de son navire;<br /></span> -<span class="i0">Ce n’était pas mon sort, ce n’était pas mon lot<br /></span> -<span class="i0">D’habiter ces doux lieux où la sirène expire<span class="pagenum"><a id="page_84">{84}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Dans un sursaut d’azur, d’écume et de sanglot!<br /></span> -<span class="i0">Loin des trop mols climats où les étés s’enlizent,<br /></span> -<span class="i0">C’est vous mon seul destin, vous, ma nécessité,<br /></span> -<span class="i0">Rivage de la Seine, âpre et sombre cité,<br /></span> -<span class="i0">Paris, ville de pierre et d’ombre, aride et grise,<br /></span> -<span class="i0">Où toujours le nuage est poussé par la brise,<br /></span> -<span class="i0">Où les feuillages sont tourmentés par le vent,<br /></span> -<span class="i0">Mais où, parfois, l’été, du côté du levant,<br /></span> -<span class="i0">On voit poindre un azur si délicat, si tendre,<br /></span> -<span class="i0">Que, par la nostalgie, il nous aide à comprendre<br /></span> -<span class="i0">La clarté des jardins où Platon devisait,<br /></span> -<span class="i0">La cour blanche où Roxane attendait Bajazet,<br /></span> -<span class="i0">La gravité brûlante et roide des Vestales<br /></span> -<span class="i0">Qu’écrasait le fardeau des nuits monumentales;<br /></span> -<span class="i0">La mer syracusaine où soudain se répand<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Soupir lugubre et vain que la nature exhale,—<br /></span> -<span class="i0">Le cri du batelier qui vit expirer Pan...<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Oui, c’est vous mon destin, Paris, cité des âmes,<br /></span> -<span class="i0">Forge mystérieuse où les yeux sont la flamme,<br /></span> -<span class="i0">Où les cœurs font un sombre et vaste rougeoiment,<br /></span> -<span class="i0">Où l’esprit, le labeur, l’amour, l’emportement<br /></span> -<span class="i0">Elèvent vers les cieux, qu’ils ont choisis pour cible,<br /></span> -<span class="i0">Une Babel immense, éparse, intelligible,<br /></span> -<span class="i0">Cependant que le sol, où tout entre à son tour,<br /></span> -<span class="i0">En mêlant tous ses morts fait un immense amour!<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_85">{85}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -<span class="lrspc"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /></span> -<img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /> -</p> - -<h2><a id="AINSI_LES_JOURS_SEN_VONT"></a><img src="images/illu-095.jpg" -width="550" -alt="" /><br />AINSI LES JOURS S’EN VONT...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-a.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="A" /> -<span class="i0s">insi les jours s’en vont, rapides et sans but,<br /></span> -<span class="i0s">Nous les appelons doux quand ils sont monotones,<br /></span> -<span class="i0s">Et l’âme, habituée à combattre, s’étonne<br /></span> -<span class="i0s">De ne plus espérer et de ne souffrir plus.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Qu’est-ce donc que l’on veut, qu’on espère et prépare,<br /></span> -<span class="i0">Que souhaitons-nous donc, quand, l’esprit plus dispos<br /></span> -<span class="i0">Qu’un bleu matin qui luit dans le vitrail des gares,<br /></span> -<span class="i0">Nous sommes harassés de calme et de repos?<span class="pagenum"><a id="page_86">{86}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les délices, la paix ne sont pas suffisantes,<br /></span> -<span class="i0">Un courageux élan veut aller jusqu’aux pleurs.<br /></span> -<span class="i0">La passion convie à des fêtes sanglantes:<br /></span> -<span class="i0">Tout est déception qui n’est pas la douleur!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Souffrir, c’est tout l’espoir, toute la diligence<br /></span> -<span class="i0">Que nous mettons à fuir le paisible présent,<br /></span> -<span class="i0">Lorsque ignorants du but et tentés par la chance<br /></span> -<span class="i0">Nous rêvons au départ, brutal et complaisant.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je le sais et je songe à mes brûlants voyages,<br /></span> -<span class="i0">Au sol oriental, crayeux, sombre et vermeil,<br /></span> -<span class="i0">Au campanile aigu, brillant sur le rivage<br /></span> -<span class="i0">Comme un blanc diamant lancé vers le soleil!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je songe au frais palais de Naples, à ses musées<br /></span> -<span class="i0">Où règne un blanc climat, nonchalant, engourdi,<br /></span> -<span class="i0">Où, dans l’albâtre grec, amplement s’arrondit<br /></span> -<span class="i0">La face de Junon, éclatante et rusée!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je songe à cette salle illustre, où je voyais<br /></span> -<span class="i0">Des danseuses d’argent, dans leurs gaines de lave,<br /></span> -<span class="i0">Fixer sur mon destin,—fortes, riantes, braves,—<br /></span> -<span class="i0">Leurs yeux d’émail, pareils à de sombres œillets.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je vois le vieil Homère et ses yeux sans prunelle<br /></span> -<span class="i0">Où mon triste regard s’enfonçait pas à pas,<span class="pagenum"><a id="page_87">{87}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Comme ces voiliers qui, sur la mer éternelle,<br /></span> -<span class="i0">Se perdent dans la brume et ne reviennent pas...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je me souviens de vous, jeune Milésienne,<br /></span> -<span class="i0">Beau torse mutilé qui demeurez debout,<br /></span> -<span class="i0">Comme on voit, en été, les gerbes de blé roux<br /></span> -<span class="i0">Noblement se dresser dans l’onde aérienne;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et de vous, Amazone à cheval, et pliant<br /></span> -<span class="i0">Sous le choc d’une flèche impétueuse et fourbe,<br /></span> -<span class="i0">Et qui semblez mourir d’amour, en suppliant<br /></span> -<span class="i0">Le vague meurtrier qui vous blesse et vous courbe.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Aigle maigre et divin convoitant un enfant,<br /></span> -<span class="i0">Je vous vois, Jupiter, auprès de Ganymède;<br /></span> -<span class="i0">Votre œil de proie, où brille un amour sans remède,<br /></span> -<span class="i0">Mêle un rêve soumis à vos airs triomphants.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je me souviens de vous, jeune guerrier de marbre,<br /></span> -<span class="i0">Agile Harmodius auprès de votre ami,<br /></span> -<span class="i0">Qui figurez, levant vos deux bras à demi,<br /></span> -<span class="i0">L’élan de l’épervier et du vent dans les arbres!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Qu’il fut beau le voyage anxieux que je fis<br /></span> -<span class="i0">Sur des rives qu’assaille un été frénétique!<br /></span> -<span class="i0">Et je songe, ce soir, avec un cœur surpris,<br /></span> -<span class="i0">A ces temps où ma vie, errante et nostalgique,<span class="pagenum"><a id="page_88">{88}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ressemblait par ses pleurs, ses rêves, ses défis,<br /></span> -<span class="i0">Son ardeur à mourir et ses sursauts lyriques,<br /></span> -<span class="i0">Aux groupes des héros dans les musées antiques...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 147px;"> -<img src="images/illu-098.jpg" width="147" height="152" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_89">{89}</a></span></p> - -<h2><a id="LE_RETOUR_AU_LAC_LEMAN"></a><img src="images/illu-099.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LE RETOUR AU LAC LÉMAN</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-j.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="J" /> -<span class="i0s">e retrouve le calme et vaste paysage:<br /></span> -<span class="i0s">C’est toujours sur les monts, les routes, les rivages,<br /></span> -<span class="i0s">Vos gais bondissements, chaleur aux pieds d’argent!<br /></span> -<span class="i0s">Le monde luit au sein de l’azur submergeant<br /></span> -<span class="i0s">Comme une pêcherie aux mailles d’une nasse;<br /></span> -<span class="i0s">Je vois, comme autrefois, sur le bord des terrasses,<br /></span> -<span class="i0s">Des jeunes gens; l’un rêve, un autre fume et lit;<br /></span> -<span class="i0s">Un balcon, languissant comme un soir au Chili,<br /></span> -<span class="i0s">Couve d’épais parfums à l’ombre de ses stores.<br /></span> -<span class="i0s">Le lac, tout embué d’avoir noyé l’aurore,<br /></span> -<span class="i0s">Encense de vapeurs le paresseux été;<br /></span> -<span class="i0s">Et le jour traîne ainsi sa parfaite beauté<span class="pagenum"><a id="page_90">{90}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Dans une griserie indolente et muette.<br /></span> -<span class="i0s">Soudain l’azur fraîchit, le soir vient; des mouettes<br /></span> -<span class="i0s">S’abattent sur les flots; leur vol compact et lourd<br /></span> -<span class="i0s">Qui semble harceler la faiblesse du jour<br /></span> -<span class="i0s">Donne l’effroi subit des mauvaises nouvelles...<br /></span> -<span class="i0s">Il semble, tant l’éther est comblé par des ailes,<br /></span> -<span class="i0s">Que quelque arbre géant, par le vent agité,<br /></span> -<span class="i0s">Laisse choir ce feuillage agile et duveté.<br /></span> -<span class="i0s">Et le soleil s’abaisse, et, comme un doux désastre,<br /></span> -<span class="i0s">Frappé par les rayons du soleil vertical<br /></span> -<span class="i0s">Tout s’attriste, languit; le lac oriental<br /></span> -<span class="i0s">A le liquide éclat des métaux dans les astres;<br /></span> -<span class="i0s">Et le cœur est soudain par le soir attaqué...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et tous deux nous marchons sur les dalles du quai.<br /></span> -<span class="i0">Nous sommes, un instant, des vivants sur la terre;<br /></span> -<span class="i0">Ces montagnes, ces prés, ces rives solitaires<br /></span> -<span class="i0">Sont à nous; et pourtant je ne regarde plus<br /></span> -<span class="i0">Avec la même ardeur un monde qui m’a plu.<br /></span> -<span class="i0">Je laisse s’écouler aux deux bords de mon âme<br /></span> -<span class="i0">Les ailes, les aspects, les effluves, les flammes;<br /></span> -<span class="i0">Je ne répondrai pas à leur frivole appel:<br /></span> -<span class="i0">Mon esprit tient captifs des oiseaux éternels.<br /></span> -<span class="i0">Je ne regarde plus que la cime croissante<br /></span> -<span class="i0">Des arbres, qui toujours s’efforçant vers le ciel,<br /></span> -<span class="i0">Détachant leur regard des plaines nourrissantes,<br /></span> -<span class="i0">Écoutent la douceur du soir confidentiel<br /></span> -<span class="i0">Et montent lentement vers la lune ancienne...<span class="pagenum"><a id="page_91">{91}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Je songe au noble éclat des nuits platoniciennes,<br /></span> -<span class="i0">A la flotte détruite un soir syracusain,<br /></span> -<span class="i0">A Eschyle, inhumé à l’ombre des raisins,<br /></span> -<span class="i0">Dans Géla, sous la terre heureuse de Sicile.<br /></span> -<span class="i0">Je songe à ces déserts où florissaient des villes;<br /></span> -<span class="i0">A cet entassement de siècles et d’ardeur<br /></span> -<span class="i0">Que le soleil toujours, comme un divin voleur,<br /></span> -<span class="i0">Va puiser dans la tombe et redonne à la nue.<br /></span> -<span class="i0">Je songe à la vie ample, antique, continue;<br /></span> -<span class="i0">Et à vous, qui marchez près de moi, et portez<br /></span> -<span class="i0">Avec moi la moitié du rêve et de l’été;<br /></span> -<span class="i0">A vous, qui comme moi, témoin de tous les âges,<br /></span> -<span class="i0">Tenez l’engagement, plein d’un grave courage,<br /></span> -<span class="i0">De bien vous souvenir, en tout temps, en tout lieu,<br /></span> -<span class="i0">Que l’homme en insistant réalise son Dieu,<br /></span> -<span class="i0">Et qu’il a pour devoir, dans la Nature obscure,<br /></span> -<span class="i0">De la doter d’une âme intelligible et pure,<br /></span> -<span class="i0">De guider l’Univers avec un cœur si fort<br /></span> -<span class="i0">Que toujours soit plus beau chaque instant qui se lève;<br /></span> -<span class="i0">Et d’écouter avec un mystique transport<br /></span> -<span class="i0">Les sublimes leçons que donnent à nos rêves<br /></span> -<span class="i0">L’infatigable voix de l’amour et des morts...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 89px;"> -<img src="images/illu-101.jpg" width="89" height="88" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_92">{92}</a></span></p> - -<h2><a id="OCTOBRE_ET_SON_ODEUR"></a><img src="images/illu-102.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />OCTOBRE ET SON ODEUR...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-o.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="O" /> -<span class="i0s">ctobre, et son odeur de vent, de brou de noix,<br /></span> -<span class="i0s">D’herbage, de fumée et de froides châtaignes,<br /></span> -<span class="i0s">Répand comme un torrent l’alerte désarroi<br /></span> -<span class="i0s">Du feuillage arraché et des fleurs qui s’éteignent.<span class="pagenum"><a id="page_93">{93}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans l’éther frais et pur, et clair comme un couteau,<br /></span> -<span class="i0">Le soleil romanesque en hésitant arrive,<br /></span> -<span class="i0">Et sa paille dorée est comme un clair chapeau<br /></span> -<span class="i0">Dont les bords lumineux s’inclinent sur la rive...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Automne, quel est donc votre séduction?<br /></span> -<span class="i0">Pourquoi, plus que l’été, engagez-vous à vivre?<br /></span> -<span class="i0">Bacchante aux froides mains, de quelle région<br /></span> -<span class="i0">Rapportez-vous la pomme au goût d’ambre et de givre?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Dans votre air épuré, argentin, élagué,<br /></span> -<span class="i0">On entend bourdonner une dernière abeille.<br /></span> -<span class="i0">Le soleil, étourdi et déjà fatigué,<br /></span> -<span class="i0">Ne s’assied qu’un instant à l’ombre de la treille;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les rosiers, emmêlés aux rayons blancs du jour,<br /></span> -<span class="i0">Les dahlias, voilés de gouttes d’eau pesantes,<br /></span> -<span class="i0">Sont encore encerclés de guêpes bruissantes,<br /></span> -<span class="i0">Mais la rouille du temps les gagne tour à tour.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La fontaine sanglote une froide prière;<br /></span> -<span class="i0">Dans le saule, un oiseau semble faire le guet,<br /></span> -<span class="i0">Tant son cri est prudent, défiant, inquiet.<br /></span> -<span class="i0">Mais les cieux, les doux cieux, ont des lacs de lumière...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ces glauques flamboiements, cette poussière d’or,<br /></span> -<span class="i0">Cet azur, embué comme une pensée ivre,<span class="pagenum"><a id="page_94">{94}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Ces soleils oscillant comme un vaisseau qui sort<br /></span> -<span class="i0">De la rade, chargé de baumes et de vivres,<br /></span> -<span class="i0">Flotteront-ils au toit d’un couvent florentin,<br /></span> -<span class="i0">Sur les verts bananiers des Iles Canaries,<br /></span> -<span class="i0">Dans un vallon d’Espagne, où jamais ne s’éteint<br /></span> -<span class="i0">L’écarlate lampion des grenades mûries,<br /></span> -<span class="i0">Tandis que nous entrons dans l’hiver obsédant,<br /></span> -<span class="i0">Dans l’étroite saison, où, seule, la musique<br /></span> -<span class="i0">Fait un espace immense, et semble un confident<br /></span> -<span class="i0">Qui, saturé des pleurs de nos soirs nostalgiques,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les porte jusqu’aux cieux, avec un cri strident!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 150px;"> -<img src="images/illu-104.jpg" width="150" height="205" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_95">{95}</a></span></p> - -<h2><a id="LES_RIVES_ROMANESQUES"></a><img src="images/illu-105.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LES RIVES ROMANESQUES</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-s.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="S" /> -<span class="i0s">oir paresseux des lacs, douceur lente des rames<br /></span> -<span class="i0s">Qui, sur l’eau susceptible, élancez des frissons,<br /></span> -<span class="i0s">Romanesque blancheur des terrasses, chansons<br /></span> -<span class="i0s">Que des nomades font retentir, où se pâme<br /></span> -<span class="i0s">Le vocable éternel du triste amour, quelle âme<br /></span> -<span class="i0s">Tromperez-vous ce soir par votre déraison?<span class="pagenum"><a id="page_96">{96}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’absorbante chaleur voile les monts d’albâtre,<br /></span> -<span class="i0">Un généreux feuillage abrite les chemins,<br /></span> -<span class="i0">Les hameaux ont l’odeur du laitage et de l’âtre;<br /></span> -<span class="i0">Et les montagnes sont, dans l’espace bleuâtre,<br /></span> -<span class="i0">Hautes et torturées comme un courage humain.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Au loin les voiliers las ont l’air de tourterelles,<br /></span> -<span class="i0">Qui, dans ce paradis liquide et sommeillant,<br /></span> -<span class="i0">Renonçant à l’éther laissent flotter leurs ailes<br /></span> -<span class="i0">Et gisent, transpercés par le flot scintillant.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et la nuit vient, serrant ses mailles d’argent sombre<br /></span> -<span class="i0">Sur l’Alpe bondissante où le jour ruisselait,<br /></span> -<span class="i0">Et c’est comme un subit, sournois coup de filet<br /></span> -<span class="i0">Capturant l’horizon, qui palpite dans l’ombre<br /></span> -<span class="i0">Comme un peuple d’oiseaux aux voûtes d’un palais...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un vert fanal au port tremble dans l’eau tranquille;<br /></span> -<span class="i0">Tout a la calme paix des astres arrêtés;<br /></span> -<span class="i0">Il semble qu’on soit loin des champs comme des villes;<br /></span> -<span class="i0">L’air est ample et profond dans l’immobilité;<br /></span> -<span class="i0">Et l’on croit voir jaillir de sensibles idylles<br /></span> -<span class="i0">De toute la douceur de cette nuit d’été!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Pourquoi nous trompez-vous, beauté des paysages,<br /></span> -<span class="i0">Aspect fidèle et pur des romanesques nuits,<br /></span> -<span class="i0">Engageante splendeur, vent courant comme un page,<span class="pagenum"><a id="page_97">{97}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Secrète expansion des odeurs, calme bruit,<br /></span> -<span class="i0">Silencieux désirs montant du fond des âges?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Pourquoi nous faites-vous espérer le bonheur<br /></span> -<span class="i0">Quand, par de là les lois, l’esprit, la conscience,<br /></span> -<span class="i0">Vous ressemblez au but qu’entrevoit le coureur?<br /></span> -<span class="i0">Dans un séjour où rien n’est péché ni douleur,<br /></span> -<span class="i0">Sous l’arbre désormais béni de la science<br /></span> -<span class="i0">Vous convoquez les corps et les cœurs pleins d’ardeur!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais, hélas! les humains et la grande Nature<br /></span> -<span class="i0">N’échangent plus leur sombre et différente humeur;<br /></span> -<span class="i0">Entre eux tout est mensonge, épouvante, imposture;<br /></span> -<span class="i0">Les souhaits infinis, les peines, les blessures<br /></span> -<span class="i0">Ne trouvent pas en elle un remède à leurs pleurs.<br /></span> -<span class="i0">La terre indifférente, exhalant ses senteurs,<br /></span> -<span class="i0">N’a d’accueil maternel que pour celui qui meurt.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Terre, prenez les morts, soyez douce à leur rêve;<br /></span> -<span class="i0">Serrez-les contre vous, rendez-les éternels,<br /></span> -<span class="i0">Donnez-leur des matins de rosée et de sève,<br /></span> -<span class="i0">Mêlez-les à vos fruits, vos métaux et vos sels.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Qu’ils soient participants à vos soins innombrables,<br /></span> -<span class="i0">Que, depuis le sol noir jusqu’au divin éther,<br /></span> -<span class="i0">Plus légers, plus nombreux que les vents du désert,<br /></span> -<span class="i0">Ils aillent, légion furtive, impondérable!<span class="pagenum"><a id="page_98">{98}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais nous, nous ne pouvons qu’être des cœurs humains:<br /></span> -<span class="i0">Nous habitons l’esprit, les passions, la foule;<br /></span> -<span class="i0">Nous sommes la moisson et nous sommes la houle;<br /></span> -<span class="i0">Nous bâtissons un monde avec nos tristes mains;<br /></span> -<span class="i0">Et tandis que le jour insouciant se lève<br /></span> -<span class="i0">Sans jamais secourir ou protéger nos rêves,<br /></span> -<span class="i0">La force de nos cœurs construit les lendemains...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 156px;"> -<img src="images/illu-108.jpg" width="156" height="152" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_100">{100}</a></span><span class="pagenum"><a id="page_99">{99}</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_101">{101}</a></span></p> - -<h2><a id="AU_PAYS_DE_ROUSSEAU"></a><img src="images/illu-110.jpg" -height="550" -alt="" /> -<br />AU PAYS DE ROUSSEAU</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">e lac, plus lent qu’une huile azurée, se repose,<br /></span> -<span class="i0s">Et le doux ciel, couleur d’abricot et de rose,<br /></span> -<span class="i0s">Penche sur lui sa calme et pensive langueur.<br /></span> -<span class="i0s">Les grillons, dans les prés, ont commencé leurs chœurs:<br /></span> -<span class="i0s">Scintillement sonore, et qui semble un cantique<br /></span> -<span class="i0s">Vers la première étoile, humble et mélancolique,<br /></span> -<span class="i0s">Qui fait trembler aux cieux sa liquide lueur...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’automne épand déjà ses fumeuses odeurs.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un voilier las, avec ses deux voiles dressées,<br /></span> -<span class="i0">Rêve comme un clocher d’église délaissée.<br /></span> -<span class="i0">Touffus et frémissants dans le soir spacieux,<br /></span> -<span class="i0">Les peupliers ont l’air de hauts cyprès joyeux;<br /></span> -<span class="i0">Au bord des champs où flotte une vapeur d’albâtre<br /></span> -<span class="i0">Les cloches des troupeaux semblent fêter le pâtre.<br /></span> -<span class="i0">Teinté de sombre argent, un cèdre contourné<br /></span> -<span class="i0">A le tumulte obscur d’un nuage enchaîné<br /></span> -<span class="i0">Qui roule sur l’éther sa foudre ténébreuse...<br /></span> -<span class="i0">Et l’ombre vient, luisante, épandue, onctueuse.<br /></span> -<span class="i0">Les montagnes sur l’eau pèsent légèrement;<br /></span> -<span class="i0">Tout semble délicat, plein de détachement,<br /></span> -<span class="i0">On ne sait quelle éparse et vague quiétude<br /></span> -<span class="i0">Médite. Un clair fanal, douce sollicitude,<br /></span> -<span class="i0">Egoutte dans les flots son rubis scintillant.<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O nuits de Lamartine et de Chateaubriand!<br /></span> -<span class="i0">Vent dans les peupliers, sources sur les collines,<br /></span> -<span class="i0">Tintement des grelots aux coursiers des berlines,<span class="pagenum"><a id="page_102">{102}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Villages traversés, secrète humidité<br /></span> -<span class="i0">Des vallons où le frais silence est abrité!<br /></span> -<span class="i0">Calme lampe aux carreaux d’une humble hôtellerie,<br /></span> -<span class="i0">Bruit pressé des torrents, travaux des bûcherons,<br /></span> -<span class="i0">Vieux hêtres abattus dont les écorces font<br /></span> -<span class="i0">Flotter un parfum d’eau et de menuiserie,<br /></span> -<span class="i0">Quoi! j’avais délaissé vos poignantes douceurs?<br /></span> -<span class="i0">Retirée en un grave et mystique labeur,<br /></span> -<span class="i0">Le regard détourné, l’âme puissante et rude,<br /></span> -<span class="i0">Je montais vers ma paix et vers ma solitude!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Nature, accordez-moi le plus d’amour humain,<br /></span> -<span class="i0">Le plus de ses clartés, le plus de ses ténèbres,<br /></span> -<span class="i0">Et la grâce d’errer sur les communs chemins,<br /></span> -<span class="i0">Loin de toute grandeur isolée et funèbre;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Accordez-moi de vivre encor chez les vivants,<br /></span> -<span class="i0">D’entendre les moulins, le bruit de la scierie,<br /></span> -<span class="i0">Le rire des pays égayés par le vent,<br /></span> -<span class="i0">Et de tout recevoir avec un cœur qui prie,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un cœur toujours empli, toujours communicant,<br /></span> -<span class="i0">Qui ne veut que sa part de la tâche des autres,<br /></span> -<span class="i0">Et qui ne rêve pas à l’écart, évoquant<br /></span> -<span class="i0">L’auréole orgueilleuse et triste des apôtres!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Que tout me soit amour, douceur, humanité:<br /></span> -<span class="i0">La vigne, le village et les feux de septembre,<span class="pagenum"><a id="page_103">{103}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Les maisons rapprochées de si bonne amitié,<br /></span> -<span class="i0">L’universel labeur dans le secret des chambres;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et que je ne sois plus,—au-dessus des abîmes<br /></span> -<span class="i0">Où mon farouche esprit se tenait asservi,—<br /></span> -<span class="i0">Comme un aigle blessé en atteignant les cimes,<br /></span> -<span class="i0">Qui ne peut redescendre, et qu’on n’a pas suivi!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 147px;"> -<img src="images/illu-113.jpg" width="147" height="150" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_104">{104}</a></span></p> - -<h2><a id="UN_SOIR_EN_FLANDRE"></a><img src="images/illu-114.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />UN SOIR EN FLANDRE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-a.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="A" /> -<span class="i0s">h! si d’ardeur ton cœur expire,<br /></span> -<span class="i0s">Si tu meurs d’un rêve hautain,<br /></span> -<span class="i0s">Descends dans le calme jardin,<br /></span> -<span class="i0s">Ne dis rien, regarde, respire;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Le parfum des pois de senteur<br /></span> -<span class="i0">Ouvre ses ailes et se pâme;<br /></span> -<span class="i0">Le ciel d’azur, le ciel de flamme,<br /></span> -<span class="i0">Est sombre à force de chaleur!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Demeure là, les mains croisées,<br /></span> -<span class="i0">Les yeux perdus à l’horizon,<br /></span> -<span class="i0">A voir luire sur les maisons<br /></span> -<span class="i0">Les toits aux pentes ardoisées.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des coqs, chantant dans le lointain,<br /></span> -<span class="i0">Soupirent comme des colombes<br /></span> -<span class="i0">Sous la chaleur qui les surplombe.<br /></span> -<span class="i0">Le soir semble un brumeux matin.<span class="pagenum"><a id="page_105">{105}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Douceur du soir! le hameau fume,<br /></span> -<span class="i0">La rue est vive comme un quai<br /></span> -<span class="i0">Où le poisson est débarqué;<br /></span> -<span class="i0">Un pigeon flotte, blanche écume.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vois, il n’y a pas que l’amour<br /></span> -<span class="i0">Sur la profonde et douce terre;<br /></span> -<span class="i0">Sache aimer cet autre mystère:<br /></span> -<span class="i0">L’effort, le travail, le labour.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des corps, que la vie exténue,<br /></span> -<span class="i0">S’en viennent sur les pavés bleus;<br /></span> -<span class="i0">Les bras, les visages caleux<br /></span> -<span class="i0">Sont emplis de joie ingénue.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un homme tient un arrosoir;<br /></span> -<span class="i0">Ce plumage d’eau se balance<br /></span> -<span class="i0">Sur les choux qui, dans le silence,<br /></span> -<span class="i0">Goûtent aussi la paix du soir.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Il se forme au ciel un nuage;<br /></span> -<span class="i0">Regarde les bonds, les sursauts,<br /></span> -<span class="i0">De quatre tout petits oiseaux,<br /></span> -<span class="i0">Qui volent sur le ciel d’orage!<span class="pagenum"><a id="page_106">{106}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un œillet tremble, secoué<br /></span> -<span class="i0">D’un coup vif de petite trique,<br /></span> -<span class="i0">Quand le lourd frelon électrique<br /></span> -<span class="i0">A sa tige reste cloué.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Par la vapeur d’eau des rivières<br /></span> -<span class="i0">Les prés verts semblent enlacés;<br /></span> -<span class="i0">Le soir vient, les bruits ont cessé;<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Etranger, mon ami, mon frère,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Il n’est pas que la passion,<br /></span> -<span class="i0">Que le désir et que l’ivresse,<br /></span> -<span class="i0">La nature aussi te caresse<br /></span> -<span class="i0">D’une paisible pression;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les rêves que ton cœur exhale<br /></span> -<span class="i0">Te font gémir et défaillir;<br /></span> -<span class="i0">Eteins ces feux et viens cueillir<br /></span> -<span class="i0">Le jasmin aux quatre pétales.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Abdique le sublime orgueil<br /></span> -<span class="i0">De la langueur où tu t’abîmes,<br /></span> -<span class="i0">Et vois, flambeau des vertes cimes,<br /></span> -<span class="i0">Bondir le sauvage écureuil!<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_108">{108}</a></span><span class="pagenum"><a id="page_107">{107}</a></span></div></div> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_109">{109}</a></span></p> - -<h2><a id="BONTE_DE_LUNIVERS_QUE_JE_CROYAIS_ETEINTE"></a><img src="images/illu-118.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />BONTÉ DE L’UNIVERS QUE JE CROYAIS ÉTEINTE...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-b.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="B" /> -<span class="i0s">onté de l’univers que je croyais éteinte,<br /></span> -<span class="i0s">Tant vous aviez déçu la plus fidèle ardeur,<br /></span> -<span class="i0s">Je ressens aujourd’hui vos suaves atteintes;<br /></span> -<span class="i0s">Ma main touche, au jardin succulent de moiteur,<br /></span> -<span class="i6">Le sucre indigo des jacinthes!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les oiseaux étourdis, au vol brusque ou glissant,<br /></span> -<span class="i0">Dans le bleuâtre éther qu’emplit un chaud vertige,<br /></span> -<span class="i0">D’un gosier tout enduit du suc laiteux des tiges<br /></span> -<span class="i0">Font jaillir, comme un lis, leurs cris rafraîchissants!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et, bien que le beau jour soit loin de la soirée,<br /></span> -<span class="i0">Bien qu’encor le soleil étende sur les murs<br /></span> -<span class="i0">Sa nappe de safran éclatante et moirée,<br /></span> -<span class="i0">Déjà la molle lune, au contour pâle et pur,<br /></span> -<span class="i0">Comme un soupir figé rêve au fond de l’azur...<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_110">{110}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/barr-1.jpg" -width="350" -alt="" /></p> - -<h2><a id="CHALEUR_DES_NUITS_DETE"></a><img src="images/illu-120.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />CHALEUR DES NUITS D’ÉTÉ...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>O nuit d’été, maladie inconnue,</i><br /></span> -<span class="i0"><i>combien tu me fais mal!</i><br /></span> -<span class="i8"><i>JULES LAFORGUE.</i><br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-c.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="C" /> -<span class="i0s">haleur des nuits d’été, comme une confidence<br /></span> -<span class="i0s">Dans l’espace épandue, et semblant aspirer<br /></span> -<span class="i0s">Le grand soupir des cœurs qui songent en silence,<br /></span> -<span class="i0s">Je vous contemple avec un désespoir sacré!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les passants, enroulés dans la moiteur paisible<br /></span> -<span class="i0">De cette nuit bleuâtre au souffle végétal,<br /></span> -<span class="i0">Se meuvent comme au fond d’un parc oriental<br /></span> -<span class="i0">L’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.<span class="pagenum"><a id="page_111">{111}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruit<br /></span> -<span class="i0">Dans la rue amollie où le lourd pavé luit;<br /></span> -<span class="i0">C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent:<br /></span> -<span class="i0">Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.<br /></span> -<span class="i0">Les parfums engourdis et compacts interceptent<br /></span> -<span class="i0">La circulation des zéphyrs fatigués.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage;<br /></span> -<span class="i0">Je regarde la terre où s’entassent les âges<br /></span> -<span class="i0">Et la voûte du ciel, pur, métallique et doux.<br /></span> -<span class="i0">Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,<br /></span> -<span class="i0">Apaisé mon délire et son brûlant courage,<br /></span> -<span class="i0">Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La lune éblouissante appuie au fond des nues<br /></span> -<span class="i0">Son sublime débris ténébreux et luisant,<br /></span> -<span class="i0">Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue;<br /></span> -<span class="i0">Son chaud torrent sur moi abondamment descend<br /></span> -<span class="i0">Comme un triste baiser négligent et pesant.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives,<br /></span> -<span class="i0">Semblent accélérer leur implorant regard.<br /></span> -<span class="i0">L’univers est posé sur mes deux mains chétives;<br /></span> -<span class="i0">Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,<br /></span> -<span class="i0">Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.<span class="pagenum"><a id="page_112">{112}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur,<br /></span> -<span class="i0">Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescente<br /></span> -<span class="i0">Qui, fière comme l’onde et comme elle puissante,<br /></span> -<span class="i0">Luttait par son amour contre tout ce qui meurt!<br /></span> -<span class="i0">Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,<br /></span> -<span class="i0">Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer;<br /></span> -<span class="i0">Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,<br /></span> -<span class="i0">Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoire<br /></span> -<span class="i0">Et cherche en vain la source au milieu du désert.<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et je regarde, avec une tristesse immense,<br /></span> -<span class="i0">Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,<br /></span> -<span class="i0">L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,<br /></span> -<span class="i0">Et la lune immobile au-dessus de mon cœur...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 140px;"> -<img src="images/illu-122.jpg" width="140" height="136" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_113">{113}</a></span></p> - -<h2><a id="AUTOMNE"></a><img src="images/illu-123.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />AUTOMNE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-p.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="P" /> -<span class="i4">uisque le souvenir du noble été s’endort,<br /></span> -<span class="i4">Automne, par quel âpre et lumineux effort,<br /></span> -<span class="i4"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Déjà toute fanée, abattue et moisie,<br /></span> -<span class="i4">Jetez-vous ce brûlant accent de poésie?<br /></span> -<span class="i4">Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé.<br /></span> -<span class="i4">C’est fini, la beauté des vignes et du blé;<br /></span> -<span class="i4">Le doux corps des étés en vous se décompose;<br /></span> -<span class="i4">Mais vous donnez ce soir une suprême rose.<br /></span> -</div></div></div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i4"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ah! comme l’ample éclat de ce dernier beau jour<br /></span> -<span class="i4">Soudain réveille en moi le plus poignant amour!<br /></span> -<span class="i4">Comme l’âme est par vous blessée et parfumée,<br /></span> -<span class="i4">Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée!...<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_114">{114}</a></span></div></div> -</div> - -<h2><a id="ARLES"></a><img src="images/illu-124.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />ARLES</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-m.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="M" /> -<span class="i0s">es souvenirs, ce soir, me séparent de toi;<br /></span> -<span class="i0s">Au-dessus de tes yeux, de ta voix qui me parle,<br /></span> -<span class="i0s">De ce frais horizon d’églises et de toits,<br /></span> -<span class="i0s">J’entends, dans ma mémoire où frémit leur émoi,<br /></span> -<span class="i8">Les hirondelles sur le ciel d’Arles!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La nuit était torride à l’heure du couchant.<br /></span> -<span class="i0">Les doux cieux languissaient comme une barcarolle;<br /></span> -<span class="i0">Deux colonnes des Grecs, levant leurs bras touchants,<br /></span> -<span class="i0">Semblaient une Andromaque éplorée, et cherchant<br /></span> -<span class="i8">A fléchir une ombre qui s’envole!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ce qu’un beau soir contient de perfide langueur<br /></span> -<span class="i0">Ployait dans un silence empli de bruits infimes;<br /></span> -<span class="i0">Je regardais, les mains retombant sur mon cœur,<br /></span> -<span class="i0">Briller ainsi qu’un vase où coule la chaleur,<br /></span> -<span class="i8">Le pâle cloître de Saint-Trophime!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une brise amollie et peinte de parfums,<br /></span> -<span class="i0">Glissait, silencieuse, au bord gisant du Rhône.<br /></span> -<span class="i0">Tout ce que l’on obtient me semblait importun,<br /></span> -<span class="i0">Mes pensers, mes désirs, s’éloignaient un à un<br /></span> -<span class="i8">Pour monter vers d’invisibles zones!<span class="pagenum"><a id="page_115">{115}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O soleil, engourdi par les senteurs du thym,<br /></span> -<span class="i0">Parfums de poivre et d’huile épandus sur la plaine,<br /></span> -<span class="i0">Rochers blancs, éventés, où, dans l’air argentin,<br /></span> -<span class="i0">On croit voir, se gorgeant des flots du ciel latin,<br /></span> -<span class="i8">Les rapides Victoires d’Athènes!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Soir torturé d’amour et de pesants tourments,<br /></span> -<span class="i0">Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,<br /></span> -<span class="i0">Musicale torpeur où volent des flamants,<br /></span> -<span class="i0">Couleur du soir divin qui promets et qui ments,<br /></span> -<span class="i8">C’est ta détresse qui me transporte!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés,<br /></span> -<span class="i0">Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,<br /></span> -<span class="i0">Connaissent, sous le vent léger des peupliers,<br /></span> -<span class="i0">Le bonheur de languir, assouvis et liés,<br /></span> -<span class="i8">Dans la même amoureuse infortune;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais les corps des vivants, aspirés par l’été,<br /></span> -<span class="i0">Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.<br /></span> -<span class="i0">Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;<br /></span> -<span class="i0">Qui jamais avouera l’âpre infidélité<br /></span> -<span class="i8">D’un cœur sensuel, dans le silence!...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 137px;"> -<img src="images/illu-125.jpg" width="137" height="73" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_116">{116}</a></span></p> - -<h2><a id="LA_NUIT_FLOTTE"></a><img src="images/illu-126.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LA NUIT FLOTTE...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">a nuit flotte, amollie, austère, taciturne,<br /></span> -<span class="i0s">Impérieuse; elle est funèbre comme une urne<br /></span> -<span class="i0s">Qui se clôt sur un vague et sensible trésor.<br /></span> -<span class="i0s">Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,<br /></span> -<span class="i0s">Parait interroger l’ombre vertigineuse.<br /></span> -<span class="i0s">La lune au sec éclat semble une île pierreuse;<br /></span> -<span class="i0s">Cythère aride et froide où tout désir est mort.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Une vague rumeur émane du silence.<br /></span> -<span class="i0">Un train passe au lointain, et son essoufflement<br /></span> -<span class="i0">Semble la palpitante et paisible cadence<br /></span> -<span class="i0">Du coteau qui respire et songe doucement...<span class="pagenum"><a id="page_117">{117}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un parfum délicat, abondant, faible et dense,<br /></span> -<span class="i0">Mouvant et spontané comme des bras ouverts,<br /></span> -<span class="i0">Révèle la secrète et nocturne existence<br /></span> -<span class="i0">Du monde végétal au souffle humide et vert.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et je suis là. Je n’ai ni souhait, ni rancune;<br /></span> -<span class="i0">Mon cœur s’en est allé de moi, puisque ce soir<br /></span> -<span class="i0">Je n’ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs,<br /></span> -<span class="i0">Et que, paisiblement, je regarde la lune.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je suis la maison vide où tout est flottement.<br /></span> -<span class="i0">Mon cœur est comme un mort qu’on a mis dans la tombe;<br /></span> -<span class="i0">J’ai longuement suivi ce bel enterrement,<br /></span> -<span class="i0">Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,<br /></span> -<span class="i0">Et des égorgements d’agneaux et de colombes.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais le temps a séché l’eau des pleurs et le sel.<br /></span> -<span class="i0">D’un œil indifférent, sans regret, sans appel,<br /></span> -<span class="i0">Eclairé par la calme et triste intelligence,<br /></span> -<span class="i0">Je regarde la voûte immense, où les mortels<br /></span> -<span class="i0">Ont suspendu les vœux de leur vaine espérance,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et je ne vois qu’abîme, épouvante, silence;<br /></span> -<span class="i0">Car, ô nuit! vous gardez le deuil continuel<br /></span> -<span class="i0">De ce que rien d’humain ne peut être éternel...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 68px;"> -<img src="images/illu-127.jpg" width="68" height="73" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_118">{118}</a></span></p> - -<h2><a id="LEVASION"></a><img src="images/illu-128.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />L’ÉVASION</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">ibre! comprends-tu bien! être libre, être libre!<br /></span> -<span class="i0s">Ne plus porter le poids déchirant du bonheur,<br /></span> -<span class="i0s">Ne plus sentir l’amère et suave langueur<br /></span> -<span class="i0s">Envahir chaque veine, amollir chaque fibre!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Libre, comme une biche avant le chaud printemps!<br /></span> -<span class="i0">Bondir sans rechercher l’ardeur de la poursuite,<br /></span> -<span class="i0">Et, dans une ineffable et pétulante fuite,<br /></span> -<span class="i0">Disperser la nuée et les vents éclatants!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Se vêtir de fraîcheur, de feuillage, de prismes,<br /></span> -<span class="i0">S’éclabousser d’azur comme d’un flot léger;<br /></span> -<span class="i0">Goûter, sous les parfums compacts de l’oranger,<br /></span> -<span class="i0">Un jeune, solitaire et joyeux héroïsme!<span class="pagenum"><a id="page_119">{119}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> A peine l’aube naît, chaque maison sommeille;<br /></span> -<span class="i0">L’atmosphère, flexible et prudente corbeille,<br /></span> -<span class="i0">Porte le monde ainsi que des fruits nébuleux.<br /></span> -<span class="i0">On croit voir s’envoler le coteau mol et bleu.<br /></span> -<span class="i0">Tout à coup, le soleil, ramassé dans l’espace,<br /></span> -<span class="i0">Eclate, et vient viser toute chose qui passe;<br /></span> -<span class="i0">La brise, étincelante et forte comme l’eau,<br /></span> -<span class="i0">Jette l’odeur des fleurs sur le cœur des oiseaux,<br /></span> -<span class="i0">Mêle les flots marins, dont la cime moelleuse<br /></span> -<span class="i0">Fond dans une douceur murmurante, écumeuse...<br /></span> -<span class="i0">Que mon front est joyeux, que mes pas sont dansants!<br /></span> -<span class="i0">Je m’élance, je marche au bord des cieux glissants:<br /></span> -<span class="i0">Dans mes songes, mes mains se sont habituées<br /></span> -<span class="i0">A dénouer le voile odorant des nuées!<br /></span> -<span class="i0">L’étendue argentée est un tapis mouvant<br /></span> -<span class="i0">Où court la verte odeur des figuiers et du vent;<br /></span> -<span class="i0">Dans les jardins bombés, qu’habite un feu bleuâtre,<br /></span> -<span class="i0">Les épais bananiers, au feuillage en haillons,<br /></span> -<span class="i0">Elancent de leurs flancs, crépitants de rayons,<br /></span> -<span class="i0">Le fougueux bataillon des fruits opiniâtres.<br /></span> -<span class="i0">Je regarde fumer l’Etna rose et neigeux;<br /></span> -<span class="i0">Les enfants, sur les quais, ont commencé leurs jeux.<br /></span> -<span class="i0">Chaque boutique, avec ses câpres, ses pastèques,<br /></span> -<span class="i0">Baisse sa toile; on voit briller l’enseigne grecque<br /></span> -<span class="i0">Sur la porte, qu’un jet de tranchante clarté<br /></span> -<span class="i0">Fait scintiller ainsi qu’un thon que le flot noie;<br /></span> -<span class="i0">Tout est délassement, espoir, activité;<span class="pagenum"><a id="page_120">{120}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Mais quel désir d’amour et de fécondité,<br /></span> -<span class="i0">Hélas! s’éveille au fond de toute grande joie!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i8"><img src="images/hashtag.jpg" -width="18" -alt="" /><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Et pour un nouveau joug, ô mortels! Eros ploie<br /></span> -<span class="i0">La branche fructueuse et forte de l’été...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 151px;"> -<img src="images/illu-130.jpg" width="151" height="151" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_121">{121}</a></span></p> - -<h2><a id="CEUX_QUI_NONT_RESPIRE"></a><img src="images/illu-131.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />CEUX QUI N’ONT RESPIRÉ...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-c.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="C" /> -<span class="i0s">eux qui n’ont respiré que les nuits de Hollande,<br /></span> -<span class="i0s">Les tulipes des champs, les graines des bouleaux,<br /></span> -<span class="i0s">Le vent rapide et court qui chante sur la lande,<br /></span> -<span class="i0s">Les quais du Nord jetant leur goudron sur les flots,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux qui n’ont contemplé que les blés et les vignes<br /></span> -<span class="i0">Croissant tardivement sous des cieux incertains,<br /></span> -<span class="i0">Qui n’ont vu que la blanche indolence des cygnes<br /></span> -<span class="i0">Que Bruges fait flotter dans ses brumeux matins,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux pour qui le soleil, au travers du mélèze,<br /></span> -<span class="i0">Pendant les plus longs jours d’avril ou de juillet,<br /></span> -<span class="i0">Remplace la splendeur des campagnes malaises,<br /></span> -<span class="i0">Et les soirs sévillans enivrés par l’œillet,<span class="pagenum"><a id="page_122">{122}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux-là, vivant enclos dans leurs frais béguinages,<br /></span> -<span class="i0">Souhaitent le futur et vague paradis,<br /></span> -<span class="i0">Qui leur promet un large et flamboyant voyage<br /></span> -<span class="i0">Où s’embarquent les cœurs confiants et hardis.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais ceux qui, plus heureux, ont connu votre audace,<br /></span> -<span class="i0">O bleuâtre Orient! Incendie azuré,<br /></span> -<span class="i0">Prince arrogant et fier, favori de l’espace,<br /></span> -<span class="i0">Monstre énorme, alangui, dévorant et doré;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux qui, sur le devant de leur ronde demeure,<br /></span> -<span class="i0">Coupole incandescente, opacité de chaux,<br /></span> -<span class="i0">Ont vu la haute palme éparpiller les heures,<br /></span> -<span class="i0">Qui passent sans marquer leurs pieds sur les cieux chauds;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux qui rêvent le soir dans le grand clair de lune,<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Aurore qui soudain met sa robe d’argent<br /></span> -<span class="i0">Et trempe de clarté la rue étroite et brune,<br /></span> -<span class="i0">Et le divin détail des choses et des gens,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux qui, pendant les nuits d’ardente poésie,<br /></span> -<span class="i0">Egrenant un collier fait de bois de cyprès,<br /></span> -<span class="i0">Contemplent, aux doux sons des guitares d’Asie,<br /></span> -<span class="i0">Le long scintillement d’un jet d’eau mince et frais,<span class="pagenum"><a id="page_123">{123}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux-là n’ont pas besoin des infinis célestes;<br /></span> -<span class="i0">Nul immortel jardin ne surpasse le leur;<br /></span> -<span class="i0">Ils épuisent le temps, pendant ces longues siestes<br /></span> -<span class="i0">Où leur corps étendu porte l’ombre des fleurs.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Leur âme nonchalante, et d’azur suffoquée,<br /></span> -<span class="i0">Cherche la Mort, pareille à l’ombrage attiédi<br /></span> -<span class="i0">Que font le vert platane et la jaune mosquée<br /></span> -<span class="i0">Sur le col des pigeons, attristés par midi...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 145px;"> -<img src="images/illu-133.jpg" width="145" height="156" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_124">{124}</a></span></p> - -<h2><a id="LE_CIEL_BLEU_DU_MILIEU_DU_JOUR"></a><img src="images/illu-134.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LE CIEL BLEU DU MILIEU DU JOUR...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">e ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille,<br /></span> -<span class="i0s">Encourage les champs, les vignes, les semailles,<br /></span> -<span class="i0s">Comme un maître exalté au milieu des colons!<br /></span> -<span class="i0s">Tout bouge; sous les frais marronniers du vallon,<br /></span> -<span class="i0s">L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,<span class="pagenum"><a id="page_125">{125}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.<br /></span> -<span class="i0s">Sur les murs villageois, le vert abricotier<br /></span> -<span class="i0s">S’écartèle, danseur de feuillage habillé.<br /></span> -<span class="i0s">Les parfums des jardins font au-dessus du sable,<br /></span> -<span class="i0s">Une zone qui semble au cœur infranchissable.<br /></span> -<span class="i0s">L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eau<br /></span> -<span class="i0s">Sous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.<br /></span> -<span class="i0s">L’hirondelle, toujours par une autre suivie,<br /></span> -<span class="i0s">Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants:<br /></span> -<span class="i0s">L’espace est sillonné par ces rapprochements...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et parfois, à côté de cette immense vie<br /></span> -<span class="i0s">On voit, protégé par un mur maussade et bas,<br /></span> -<span class="i0s">Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,<br /></span> -<span class="i0s">Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,<br /></span> -<span class="i0s">Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête!<br /></span> -<span class="i0s">Hélas! dans le profond et noir pays du sol,<br /></span> -<span class="i0s">Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,<br /></span> -<span class="i0s">Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,<br /></span> -<span class="i0s">Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.<br /></span> -<span class="i0s">Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,<br /></span> -<span class="i0s">Ces doux indifférents, ces grands silencieux;<br /></span> -<span class="i0s">Et la route qui longe et contourne leur pierre,<br /></span> -<span class="i0s">Eclate, rebondit d’un torrent de poussière<br /></span> -<span class="i0s">Que soulève, en passant, le véhément parcours<br /></span> -<span class="i0s">Des êtres que la mort prête encor à l’amour...<br /></span> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,<br /></span> -<span class="i0s">Pour contempler la nue où l’âme est solitaire,<br /></span> -<span class="i0s">Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,<span class="pagenum"><a id="page_126">{126}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.<br /></span> -<span class="i0s">En vain, l’intelligence, agile et sans limite,<br /></span> -<span class="i0s">Avide d’infini, vous repousse et vous quitte;<br /></span> -<span class="i0s">En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants<br /></span> -<span class="i0s">Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants,<br /></span> -<span class="i0s">Ils seront ramenés et liés à vos rives,<br /></span> -<span class="i0s">Par le poids du désir, par les moissons actives,<br /></span> -<span class="i0s">Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0s"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Vaste Amour, conducteur des éternels demains,<br /></span> -<span class="i0s">Je reconnais en vous l’inlassable merveille,<br /></span> -<span class="i0s">L’inexpugnable vie, innombrable et pareille:<br /></span> -<span class="i0s">O croissance des blés! ô baisers des humains!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 155px;"> -<img src="images/illu-136.jpg" width="155" height="173" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_127">{127}</a></span></p> - -<h2><a id="LA_TERRE"></a><img src="images/illu-137.jpg" -height="550" -alt="" /> -<br />LA TERRE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i14">Je me suis mariée à vous<br /></span> -<span class="i14">Terre fidèle, active et tendre,<br /></span> -<span class="i14">Et chaque soir je viens surprendre<br /></span> -<span class="i14">Votre arome secret et doux.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ah! puisque le divin Saturne<br /></span> -<span class="i0">Porte un anneau qui luit encore,<br /></span> -<span class="i0">Je vous donne ma bague d’or,<br /></span> -<span class="i0">Petite terre taciturne!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i14">Elle est comme un soleil étroit,<br /></span> -<span class="i14">Elle est couleur de moisson jaune,<br /></span> -<span class="i14">Aussi chaude qu’un jeune faune<br /></span> -<span class="i14">Puisqu’elle a tenu sur mon doigt!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">—Et qu’un jour, dans l’espace immense,<br /></span> -<span class="i0">Brille, ceinte d’un lien doré,<br /></span> -<span class="i0">La Terre où j’aurai respiré<br /></span> -<span class="i0">Avec tant d’âpre véhémence!<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_128">{128}</a></span></div></div> -</div> - -<h2><a id="UN_SOIR_A_LONDRES"></a><img src="images/illu-138.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />UN SOIR A LONDRES</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">es parfums vont en promenade<br /></span> -<span class="i6">Sur l’air brumeux,<br /></span> -<span class="i0">Une âme ennuyée et malade<br /></span> -<span class="i6">Flotte comme eux.<br /></span> -</div></div></div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0">Les rhodendrons des pelouses,<br /></span> -<span class="i4">D’un lourd éclat,<br /></span> -<span class="i0">Semblent des collines d’arbouses<br /></span> -<span class="i4">Et d’ananas.<span class="pagenum"><a id="page_129">{129}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un temple grec dans le feuillage<br /></span> -<span class="i4">Semble un secret,<br /></span> -<span class="i0">Où Vénus voile son visage<br /></span> -<span class="i4">Dans ses doigts frais.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O petit fronton d’Ionie,<br /></span> -<span class="i4">Que tu me plais,<br /></span> -<span class="i0">Dans la langoureuse agonie<br /></span> -<span class="i4">D’un soir anglais!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je t’enlace, je veux suspendre<br /></span> -<span class="i4">A ta beauté,<br /></span> -<span class="i0">Mon cœur, ce rosier le plus tendre<br /></span> -<span class="i4">De tout l’été.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Mais sur tant de langueur divine<br /></span> -<span class="i4">Quel souffle prompt?<br /></span> -<span class="i0">Je respire l’odeur saline,<br /></span> -<span class="i4">Et le goudron!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’est le parfum qui vient d’Irlande,<br /></span> -<span class="i4">C’est le vent, c’est<br /></span> -<span class="i0">L’odeur des Indes, qu’enguirlande<br /></span> -<span class="i4">L’air écossais!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O toi qui romps, écartes, creuses<br /></span> -<span class="i4">Le ciel d’airain,<br /></span> -<span class="i0">Rapide odeur aventureuse<br /></span> -<span class="i4">Du vent marin.<span class="pagenum"><a id="page_130">{130}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Va consoler, dans le Musée<br /></span> -<span class="i4">Au beau renom,<br /></span> -<span class="i0">La divine frise offensée<br /></span> -<span class="i4">Du Parthénon!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Va porter l’odeur des jonquilles,<br /></span> -<span class="i4">Du raisin sec,<br /></span> -<span class="i0">Aux vierges tenant les faucilles<br /></span> -<span class="i4">Et le vin grec.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Cavalerie athénienne,<br /></span> -<span class="i4">O jeunes gens!<br /></span> -<span class="i0">Guirlande héroïque et païenne<br /></span> -<span class="i4">Du ciel d’argent;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Miel condensé de la nature,<br /></span> -<span class="i4">O cire d’or,<br /></span> -<span class="i0">Gestes joyeux, sainte Ecriture,<br /></span> -<span class="i4">Céleste accord!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Phalange altière et sans seconde,<br /></span> -<span class="i4">O rire ailé,<br /></span> -<span class="i0">Bandeau royal au front du monde,<br /></span> -<span class="i4">Cœur déroulé.<span class="pagenum"><a id="page_131">{131}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Prenez votre place éternelle,<br /></span> -<span class="i4">Votre splendeur,<br /></span> -<span class="i0">Dans l’infini de ma prunelle<br /></span> -<span class="i4">Et de mon cœur...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i6"><img src="images/side-barr-3.jpg" -width="51" -alt="" /><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Une maison de brique rouge<br /></span> -<span class="i4">Tremble sur l’eau,<br /></span> -<span class="i0">On entend un oiseau qui bouge<br /></span> -<span class="i4">Dans le sureau.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Quelle céleste main fait fondre<br /></span> -<span class="i4">La brume et l’or<br /></span> -<span class="i0">Des nébuleux matins de Londres<br /></span> -<span class="i4">Et de Windsor?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des chevreuils, des biches, en bande,<br /></span> -<span class="i4">D’un pied dressé<br /></span> -<span class="i0">Semblent rôder dans la légende<br /></span> -<span class="i4">Et le passé.<span class="pagenum"><a id="page_132">{132}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">La pluie attache sa guirlande<br /></span> -<span class="i4">Au bois en fleur:<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Ecoute, il semble qu’on entende<br /></span> -<span class="i4">Battre le cœur<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">De l’intrépide Juliette,<br /></span> -<span class="i4">Ivre d’été,<br /></span> -<span class="i0">Qui bondit, sanglote, halette<br /></span> -<span class="i4">De volupté;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">De Juliette qui s’étonne<br /></span> -<span class="i4">D’être, en ces lieux,<br /></span> -<span class="i0">Plus amoureuse qu’à Vérone<br /></span> -<span class="i4">Près des ifs bleus.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Tout tremble, s’exalte, soupire;<br /></span> -<span class="i4">Ardent émoi.<br /></span> -<span class="i0">O Juliette de Shakspeare,<br /></span> -<span class="i4">Comprenez-moi!...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 181px;"> -<img src="images/illu-142.jpg" width="181" height="179" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_133">{133}</a></span></p> - -<h2><a id="RIVAGES_CONTEMPLES"></a><img src="images/illu-143.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />RIVAGES CONTEMPLÉS</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-r.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="R" /> -<span class="i0s">ivages contemplés au travers de l’amour,<br /></span> -<span class="i0s">Horizon familier comme une salle ronde,<br /></span> -<span class="i0s">Où nos yeux enivrés s’interrogeaient toujours,<br /></span> -<span class="i0s">Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde,<br /></span> -<span class="i0s">Reverrai-je vos soirs précis et colorés,<br /></span> -<span class="i0s">Les suaves chemins où nos pas ont erré<br /></span> -<span class="i0s">Et que nos cœurs, emplis d’ardeur triste et profonde,<br /></span> -<span class="i0s">Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_134">{134}</a></span></div></div> -</div> - -<p class="c"><img src="images/barr-1.jpg" -width="350" -alt="" /></p> - -<h2><a id="LA_LANGUEUR_DES_VOYAGES"></a><img src="images/illu-144.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LA LANGUEUR DES VOYAGES</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">Le matinal plaisir du soleil dans l’herbage,<br /></span> -<span class="i0s">Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;<br /></span> -<span class="i0s">Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage<br /></span> -<span class="i0s">Opprimé de désir, altéré d’idéal;<br /></span> -<span class="i0s">Le hameau romantique au creux d’un roc stérile;<br /></span> -<span class="i0s">Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;<br /></span> -<span class="i0s">L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,<br /></span> -<span class="i0s">Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île<br /></span> -<span class="i0s">Que bat de tous côtés un flot discret et coi;<br /></span> -<span class="i0s">Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,<br /></span> -<span class="i0s">Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs<br /></span> -<span class="i0s">Que la noble denrée exotique achalande;<br /></span> -<span class="i0s">Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,<br /></span> -<span class="i0s">Ont, pour le voyageur que le désir oppresse<br /></span> -<span class="i0s">Et que guide un mystique et rêveur désespoir,<br /></span> -<span class="i0s">L’insistante langueur qui prélude aux caresses...<br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_136">{136}</a></span><span class="pagenum"><a id="page_135">{135}</a></span></div></div> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_137">{137}</a></span></p> - -<h2><a id="LE_PRINTEMPS_DU_RHIN"></a><img src="images/illu-146.jpg" -height="550" -alt="" /> -<br />LE PRINTEMPS DU RHIN</h2> - -<p class="c">(STRASBOURG)</p> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-l.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="L" /> -<span class="i0s">e vent file ce soir, sous un mol ciel d’airain,<br /></span> -<span class="i7">Comme un voilier sur l’Atlantique.<br /></span> -<span class="i0s">On entend s’éveiller le Printemps souverain,<br /></span> -<span class="i7">A la fois plaintif et bachique;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un abondant parfum, puissant, traînant et las<br /></span> -<span class="i6">Triomphe et pourtant se lamente.<br /></span> -<span class="i0">Le saule a de soyeux bourgeons de chinchilla<br /></span> -<span class="i6">Epars sur la plaine dormante.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Un bouleversement hardi, calme et serein<br /></span> -<span class="i6">A rompu et soumis l’espace;<br /></span> -<span class="i0">Les messages des bois et l’effluve marin<br /></span> -<span class="i6">S’accostent dans le vent qui passe!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Comment s’est-il si vite engouffré dans les bois,<br /></span> -<span class="i6">Ce dieu des sèves véhémentes?<br /></span> -<span class="i0">Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid!<br /></span> -<span class="i6"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> C’est l’invisible qui fermente!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Là-bas, comme un orage aigu, accumulé,<br /></span> -<span class="i6">La flèche de la cathédrale<br /></span> -<span class="i0">Ajoute le fardeau de son sapin ailé<br /></span> -<span class="i6">A ce ciel qui défaille et qui râle.<span class="pagenum"><a id="page_138">{138}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Et moi qui, d’un amour si grave et si puissant,<br /></span> -<span class="i6">Contenais la rive et le fleuve,<br /></span> -<span class="i0">Je sens qu’un mal divin veut détourner mon sang<br /></span> -<span class="i6">De la tristesse où je m’abreuve;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je sens qu’une fureur rôde aux franges des cieux,<br /></span> -<span class="i6">Se suspend, pèse et se balance.<br /></span> -<span class="i0">Le printemps vient ravir nos rêves anxieux;<br /></span> -<span class="i6">C’est la fougueuse insouciance!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’est un désordre ardent, téméraire, et si sûr<br /></span> -<span class="i6">De sa tâche auguste et joyeuse,<br /></span> -<span class="i0">Que, comme une ivre armée en fuite vers l’azur,<br /></span> -<span class="i6">Nous courons vers la nue heureuse.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Nous sommes entraînés par toutes les vapeurs<br /></span> -<span class="i6">Qui tressaillent et qui consentent,<br /></span> -<span class="i0">Par les sonorités, les secrets, les torpeurs,<br /></span> -<span class="i6">Par les odeurs réjouissantes!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Mais non, vous n’êtes pas l’universel Printemps,<br /></span> -<span class="i6">O saison humide et ployée<br /></span> -<span class="i0">Que j’aspire ce soir, que je touche et j’entends,<br /></span> -<span class="i6">Qui m’avez brisée et noyée!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vous êtes le parfum que j’ai toujours connu,<br /></span> -<span class="i6">Depuis ma stupeur enfantine;<br /></span> -<span class="i0">La présence aux beaux pieds, le regard ingénu<br /></span> -<span class="i6">De ma chaude Vénus latine!<span class="pagenum"><a id="page_139">{139}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vous êtes ce subit joueur de tambourin<br /></span> -<span class="i6">A qui les montagnes répondent,<br /></span> -<span class="i0">Et dont le chant nombreux anime sur le Rhin<br /></span> -<span class="i6">La vive effusion de l’onde!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vous êtes le pollen des hêtres et des lis,<br /></span> -<span class="i6">L’amoureuse et vaste espérance,<br /></span> -<span class="i0">Et les brûlants soupirs que les nuits d’Eleusis<br /></span> -<span class="i6">Ont légués à l’Ile-de-France!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’est à moi que ce soir vous livrez le secret<br /></span> -<span class="i6">De votre grâce turbulente;<br /></span> -<span class="i0">Les autres ne verront que l’essor calme et frais<br /></span> -<span class="i6">De votre croissance si lente.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les autres ne verront,—Alsace aux molles eaux<br /></span> -<span class="i6">Qu’un zéphyr moite endort et creuse,—<br /></span> -<span class="i0">Que vos étangs gisants, qui frappent de roseaux<br /></span> -<span class="i6">Votre dignité langoureuse!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les autres ne verront que vos remparts brisés,<br /></span> -<span class="i6">Que vos portes toujours ouvertes,<br /></span> -<span class="i0">Où passe sans répit, sous un masque apaisé,<br /></span> -<span class="i6">Le tumulte des brises vertes!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les autres ne verront, ô ma belle cité,<br /></span> -<span class="i6">Que la grave et sombre paupière<br /></span> -<span class="i0">De tes toits inclinés, qui font à ta fierté<br /></span> -<span class="i6">Un voile d’ombre et de prière.<span class="pagenum"><a id="page_140">{140}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ils ne verront, ceux-là, de ton songe éternel,<br /></span> -<span class="i6">Que ta plaine qui rêve et fume,<br /></span> -<span class="i0">Que tes châteaux du soir, endormis dans le ciel.<br /></span> -<span class="i6"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> J’ai vu ton frein couvert d’écume!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Ceux-là ne sauront voir, à ton balcon fameux,<br /></span> -<span class="i6">Que la <i>Marseillaise</i> endormie;<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Moi j’ai vu le soleil, de son égide en feu,<br /></span> -<span class="i6">Empourprer ta feinte accalmie.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les autres ne verront que ce grand champ des morts,<br /></span> -<span class="i6">Où le Destin s’assied, hésite,<br /></span> -<span class="i0">Et contemple le temps assoupi sur les corps...<br /></span> -<span class="i6"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Moi j’ai vu ce qui ressuscite!<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 150px;"> -<img src="images/illu-150.jpg" width="150" height="161" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_141">{141}</a></span></p> - -<h2><a id="CE_MATIN_CLAIR_ET_VIF"></a><img src="images/illu-151.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />CE MATIN CLAIR ET VIF...</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-c.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="C" /> -<span class="i0s">e matin clair et vif comme un midi du pôle,<br /></span> -<span class="i0s">Où le vent vient filer le blanc coton des saules,<br /></span> -<span class="i0s">Où, sur le pré touffu, de guêpes entr’ouvert,<br /></span> -<span class="i0s">On croit voir crépiter un large soleil vert,<br /></span> -<span class="i0s">Où glissent sur le Rhin, que franchit la cigogne,<br /></span> -<span class="i0s">Les chalands engourdis qui montent vers Cologne,<br /></span> -<span class="i0s">Où le village, avec ses lumineux sursauts,<br /></span> -<span class="i0s">Semble un cercle d’enfants jouant avec de l’eau;<br /></span> -<span class="i0s">Où j’entends dans les airs les pliantes musiques<br /></span> -<span class="i0s">Que font en se croisant les brises élastiques;<br /></span> -<span class="i0s">Ce matin exalté, qui, stagnant ou volant,<br /></span> -<span class="i0s">Semble appuyer à tout un baiser violent,<br /></span> -<span class="i0s">Où la blanche chaleur, somnolente tigresse,<br /></span> -<span class="i0s">Reprend tout l’univers dans sa vaste caresse.<br /></span> -<span class="i0s">Je songe, ô mon ami, dont je presse la main,<span class="pagenum"><a id="page_142">{142}</a></span><br /></span> -<span class="i0s">Aux forces du silence et du désir humain,<br /></span> -<span class="i0s">Puisque le plus profond et plus lourd paysage<br /></span> -<span class="i0s">Ne vient que de mon cœur et de ton doux visage...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 151px;"> -<img src="images/illu-152.jpg" width="151" height="150" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_143">{143}</a></span></p> - -<h2><a id="LES_NUITS_DE_BADEN"></a><img src="images/illu-153.jpg" -width="550" -alt="" /> -<br />LES NUITS DE BADEN</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-d.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="D" /> -<span class="i0s">ans le pays de Bade, où les soirs sont si lourds,<br /></span> -<span class="i0s">Où les noires forêts font glisser vers la ville,<br /></span> -<span class="i0s">Comme un acide fleuve, invisible et tranquille,<br /></span> -<span class="i0s">L’amère exhalaison du végétal amour,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Que de fois j’ai rêvé sur la terrasse, inerte,<br /></span> -<span class="i0">Ecoutant les volets s’ouvrir sur la fraîcheur,<br /></span> -<span class="i0">Dans ces secrets instants où les fleurs se concertent<br /></span> -<span class="i0">Pour donner à la nuit sa surprenante odeur...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Des voitures passaient, calèches romantiques,<br /></span> -<span class="i0">Où l’on voyait deux fronts s’unir pour contempler<br /></span> -<span class="i0">Le coup de dés divin des astres, assemblés<br /></span> -<span class="i0">Dans l’espace alangui, distrait et fatidique.<span class="pagenum"><a id="page_144">{144}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O Destin suspendu, que vous m’êtes suspect!<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Sous les rameaux courbés des tilleuls centenaires<br /></span> -<span class="i0">Un puéril torrent roulait son clair tonnerre;<br /></span> -<span class="i0">Des orchestres jouaient dans les bosquets épais,<br /></span> -<span class="i0">Mêlant au frais parfum dilaté de la terre,<br /></span> -<span class="i0">Cet élément des sons, dont la force éphémère<br /></span> -<span class="i0">Distend à l’infini la détresse ou la paix...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O pays de la valse et des larmes sans peines,<br /></span> -<span class="i0">Pays où la musique est un vin plus hardi,<br /></span> -<span class="i0">Qui, sans blâme et sans heurts, furtivement amène<br /></span> -<span class="i0">Les cœurs penchants et las vers le sûr paradis<br /></span> -<span class="i0">Des regards emmêlés et des chaleurs humaines,<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Combien vous m’avez fait souffrir, lorsque, rêvant<br /></span> -<span class="i0">Seule, sur les jardins où les parfums insistent,<br /></span> -<span class="i0">J’écoutais haleter le désarroi du vent,<br /></span> -<span class="i0">Tandis qu’au noir beffroi, l’horloge, noble et triste,<br /></span> -<span class="i0">Transmettait de sa voix lugubre de trappiste<br /></span> -<span class="i0">Le menaçant appel des morts vers les vivants!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Oui, je songe à ces soirs d’un mois de mai trop tiède,<br /></span> -<span class="i0">Où tous les rossignols se liguaient contre moi,<br /></span> -<span class="i0">Où la lente asphyxie amoureuse des bois<br /></span> -<span class="i0">Me désolait d’espoir sans me venir en aide;<span class="pagenum"><a id="page_145">{145}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Les sureaux soupiraient leurs chancelants parfums;<br /></span> -<span class="i0">La ville aux toits baissés, comme une jeune abbesse,<br /></span> -<span class="i0">Paraissait écarter ses vantaux importuns,<br /></span> -<span class="i0">Pour savourer l’espace et pleurer de tendresse!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Tout souffrait, languissait, désirait, sans moyen,<br /></span> -<span class="i0">Les voluptés de l’âme et la joie inconnue.<br /></span> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Quand serez-vous formé, ineffable lien<br /></span> -<span class="i0">Qui saurez rattacher les désirs à la nue?<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je pleurais lentement, pour je ne sais quel deuil<br /></span> -<span class="i0">Qui, dans les nuits d’été, secrètement m’oppresse;<br /></span> -<span class="i0">Et je sentais couler, sur mes mains en détresse,<br /></span> -<span class="i0">Du haut d’un noir sapin qui se balance au seuil<br /></span> -<span class="i0">Du romanesque hôtel que la lune caresse,<br /></span> -<span class="i0">De mols bourgeons, hachés par des dents d’écureuil...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 121px;"> -<img src="images/illu-155.jpg" width="121" height="159" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="page_146">{146}</a></span></p> - -<h2><a id="HENRI_HEINE"></a><img src="images/illu-156.jpg" -height="550" -alt="" /> -<br />HENRI HEINE</h2> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<span class="i0"><i>Quand je respire, des milliers d’échos me répondent</i>...<br /></span> -<span class="i12"><i>H. HEINE</i><br /></span> -<span class="pagenum"><a id="page_147">{147}</a></span></div></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="poem"><div class="stanza"> -<img src="images/illu-h.jpg" - class="flotlft" -width="60" alt="H" /> -<span class="i0">enri Heine, j’ai fait avec vous un voyage,<br /></span> -<span class="i0s">C’était un soir d’automne, encor tiède, encor clair;<br /></span> -<span class="i0s">Heidelberg fraîchissait sous ses rouges feuillages,<br /></span> -<span class="i0s">Nous cherchions, dans la rue aux portails entr’ouverts,<br /></span> -<span class="i0s">L’humble hôtel, romantique et vieux, du <i>Chasseur Vert</i>.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Je reposais sur vous, compagnon invisible,<br /></span> -<span class="i0">Ma tête languissante et mes cheveux défaits;<br /></span> -<span class="i0">Un souriant vieillard marchait, lisant la Bible,<br /></span> -<span class="i0">Sur la place où le jour, lumineux et sensible,<br /></span> -<span class="i0">Jetait un long appel de désir et de paix...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">C’était l’heure engourdie où le soleil s’incline;<br /></span> -<span class="i0">Par un mortel besoin de pleurer et de fuir,<br /></span> -<span class="i0">J’ai souhaité monter sur la verte colline;<br /></span> -<span class="i0">Nous nous sommes ensemble assis dans la berline<br /></span> -<span class="i0">Où flottait un parfum de soierie et de cuir,<br /></span> -<span class="i0">Et nous vîmes jaillir les romanesques ruines.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Sur la terrasse, auprès de la tour en lambeaux,<br /></span> -<span class="i0">Des étudiants riaient avec vos bien-aimées.<br /></span> -<span class="i0">Je regardais bondir les délicats coteaux<br /></span> -<span class="i0">Qui frisent sous le poids des vignes renommées,<br /></span> -<span class="i0">Et l’espace semblait à la fois vaste et clos.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Le Neckar, au courant scintillant et rapide,<br /></span> -<span class="i0">Entraînait le soleil parmi ses fins rochers.<br /></span> -<span class="i0">Nous étions tout ensemble assouvis et avides;<br /></span> -<span class="i0">L’insidieux automne avait sur nous lâché<br /></span> -<span class="i0">Ses tourbillons de songe et ses buis arrachés...<span class="pagenum"><a id="page_148">{148}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O sublime, languide, âpre mélancolie<br /></span> -<span class="i0">Des beaux soirs où l’esprit, indomptable et captif,<br /></span> -<span class="i0">Veut s’enfuir et ne peut, et rêve à la folie<br /></span> -<span class="i0">D’enfermer l’univers dans un amour plaintif!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Tout à coup, dans le parc public, humide et triste,<br /></span> -<span class="i0">L’orchestre qui jouait sur les bords de l’étang<br /></span> -<span class="i0">Près d’un groupe attentif de studieux touristes,<br /></span> -<span class="i0">Lança le son du cor qui chante dans Tristan...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Henri Heine, j’ai su alors pourquoi vos livres<br /></span> -<span class="i0">Regorgent de buée et de soudains sanglots,<br /></span> -<span class="i0">Pourquoi, riant, pleurant, vous voulez qu’on vous livre<br /></span> -<span class="i0">La coupe de Thulé qui dort au fond des flots;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">L’amour de la légende et la vaine espérance<br /></span> -<span class="i0">Vous hantaient d’un appel sourdement répété:<br /></span> -<span class="i0">Hélas! vous aviez trop écouté, dès l’enfance,<br /></span> -<span class="i0">Les sirènes du Rhin, à Cologne et Mayence,<br /></span> -<span class="i0">Quand l’odeur des tilleuls grise les nuits d’été!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Voyageur égaré dans la forêt des fables,<br /></span> -<span class="i0">Moqueur désespéré qu’un mirage appelait,<br /></span> -<span class="i0">Ni le chant de la mer d’Amalfi sur les sables,<br /></span> -<span class="i0">Ni la Sicile, avec l’olivier et le lait,<br /></span> -<span class="i0">Ne pouvait retenir votre vol inlassable,<br /></span> -<span class="i0">Pour qui l’espace même est un trop lourd filet!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> O soirs de Düsseldorf, quand les toits et leur neige<br /></span> -<span class="i0">Font un scintillement de cristal et de sel,<span class="pagenum"><a id="page_149">{149}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Et que, petit garçon qui rentrait du collège,<br /></span> -<span class="i0">Vous évoquiez déjà rêveur universel,<br /></span> -<span class="i0">L’oriental aspect de la nuit de Noël!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne,<br /></span> -<span class="i0">Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus,<br /></span> -<span class="i0">L’horloge des beffrois, dont les coups accompagnent<br /></span> -<span class="i0">Les rondes et les chants des filles aux bras nus;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vous connaissiez le poids sentimental des heures<br /></span> -<span class="i0">Qui semblent fasciner l’errante volupté,<br /></span> -<span class="i0">Quand l’or des calmes soirs recouvre les demeures,<br /></span> -<span class="i0">Les gais marchés, le Dôme et l’Université;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades,<br /></span> -<span class="i0">Les humaines amours vous berçaient tristement,<br /></span> -<span class="i0">Et vous trouviez, auprès d’une enfant tendre et fade,<br /></span> -<span class="i0">La double solitude où sont tous les amants!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Accablé par la voix des forêts mugissantes,<br /></span> -<span class="i0">Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains,<br /></span> -<span class="i0">La fille de l’alcade, altière et rougissante,<br /></span> -<span class="i0">Qui trahissant son âme offerte aux chérubins,<br /></span> -<span class="i0">Soupire auprès d’un jeune et dédaigneux rabbin...<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les frais torrents du Hartz et la mauresque Espagne<br /></span> -<span class="i0">Tour à tour enivraient votre insondable esprit.<br /></span> -<span class="i0">Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne!<br /></span> -<span class="i0">Que de lâches soupirs, ô Heine! que surprit<br /></span> -<span class="i0">La gloire au front baissé, votre sombre compagne!<span class="pagenum"><a id="page_150">{150}</a></span><br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Parfois, vers votre cœur que brisaient les démons,<br /></span> -<span class="i0">Et qui laissait couler sa détresse infinie,<br /></span> -<span class="i0">Vous sentiez accourir, par la brèche des monts,<br /></span> -<span class="i0">Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Les cloches, les chorals, les forêts, l’ouragan<br /></span> -<span class="i0">Qui composent le ciel musical d’Allemagne,<br /></span> -<span class="i0">Emplissaient d’un tumulte orageux, où se joignent<br /></span> -<span class="i0">Les résineux parfums des arbres éloquents,<br /></span> -<span class="i0">Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Mais quand le vent se tait, quand l’étendue est calme,<br /></span> -<span class="i0">Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin;<br /></span> -<span class="i0">Le Gange, les cyprès, la paresse des palmes<br /></span> -<span class="i0">Vous font de longs signaux, secrets et souverains;<br /></span> -<span class="i0">Et votre œil fend l’azur et les sables marins,<br /></span> -<span class="i0">Immobile, extatique et vague pèlerin!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">Vous riez, et tandis que tinte votre rire,<br /></span> -<span class="i0">Vos poèmes en pleurs invectivent le sort;<br /></span> -<span class="i0">Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir dire<br /></span> -<span class="i0">Les sources et le but d’un multiple délire,<br /></span> -<span class="i0">Rossignol florentin, Grèbe des mers du Nord,<br /></span> -<span class="i0">Qui mélangez au thym du verger de Tityre<br /></span> -<span class="i0">Les gais myosotis des matins de Francfort.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> J’ai vu, un soir d’automne, au bord d’un chaud rivage,<br /></span> -<span class="i0">Un grand voilier, chargé de grappes de cassis,<br /></span> -<span class="i0">Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage,<br /></span> -<span class="i0">Captif sous un réseau d’effluves épaissis,<span class="pagenum"><a id="page_151">{151}</a></span><br /></span> -<span class="i0">Gisait, transfiguré par le philtre imprécis<br /></span> -<span class="i0">D’un arome, grisant plus encor qu’un breuvage.<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O Heine! ce parfum languissant et fatal,<br /></span> -<span class="i0">Cette vigne éthérée et qui pourtant accable,<br /></span> -<span class="i0">N’est-ce pas le lointain et pressant idéal<br /></span> -<span class="i0">Qui vous persécutait, quand de son blanc fanal<br /></span> -<span class="i0">La lune illuminait, dans les forêts d’érables,<br /></span> -<span class="i0">Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0"><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> Vous me l’avez transmis, ce désir des conquêtes,<br /></span> -<span class="i0">Cet enfantin bonheur dans les matins d’été,<br /></span> -<span class="i0">Ce besoin de mourir et de ressusciter<br /></span> -<span class="i0">Pour le mal que nous fait l’espoir et sa tempête;<br /></span> -<span class="i0">Vous me l’avez transmis, ô mon brûlant prophète,<br /></span> -<span class="i0">Ce céleste appétit des nobles voluptés!<br /></span> -</div><div class="stanza"> -<span class="i0">O mon cher compagnon, dès mes jeunes années<br /></span> -<span class="i0">J’ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux;<br /></span> -<span class="i0">Bien des yeux m’ont déçue et m’ont abandonnée,<br /></span> -<span class="i0">Mais toujours vos regards s’enroulent à mon cou,<br /></span> -<span class="i0">Sur le chemin du rêve où je marche avec vous...<br /></span> -</div></div> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 82px;"> -<img src="images/illu-161.jpg" width="82" height="102" alt="" /> -</div> - -<h2><a id="TABLE"></a> -<img src="images/table.jpg" -width="400" -alt="## TABLE DES POÈMES ##" /></h2> - -<table> -<tr><td class="pdd"><a href="#SYRACUSE">Syracuse</a></td><td class="rtb"><a href="#page_1">1</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LES_SOIRS_DU_MONDE">Les soirs du monde</a></td><td class="rtb"><a href="#page_6">6</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LE_PORT_DE_PALERME">Le port de Palerme</a></td><td class="rtb"><a href="#page_13">13</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#DANS_LAZUR_ANTIQUE">Dans l’azur antique</a></td><td class="rtb"><a href="#page_15">15</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LE_DESERT_DES_SOIRS">Le désert des soirs</a></td><td class="rtb"><a href="#page_20">20</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#A_PALERME_AU_JARDIN_TASCA">A Palerme, au jardin Tasca...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_22">22</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#AGRIGENTE">Agrigente</a></td><td class="rtb"><a href="#page_26">26</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LAUBERGE_DAGRIGENTE">L’auberge d’Agrigente</a></td><td class="rtb"><a href="#page_29">29</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LENCHANTEMENT_DE_LA_SICILE">L’enchantement de la Sicile</a></td><td class="rtb"><a href="#page_32">32</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#PALERME_SENDORMAIT">Palerme s’endormait...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_36">36</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LES_SOIRS_DE_CATANE">Les soirs de Catane</a></td><td class="rtb"><a href="#page_39">39</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#MUSIQUE_POUR_LES_JARDINS_DE_LOMBARDIE">Musique pour les jardins de Lombardie</a></td><td class="rtb"><a href="#page_45">45</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LAIR_BRULE_LA_CHAUDE_MAGIE">L’air brûle, la chaude magie...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_49">49</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LES_JOURNEES_ROMAINES">Les journées romaines</a></td><td class="rtb"><a href="#page_52">52</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#UN_AUTOMNE_A_VENISE">Un automne à Venise</a></td><td class="rtb"><a href="#page_61">61</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#UN_SOIR_A_VERONE">Un soir à Vérone</a></td><td class="rtb"><a href="#page_57">57</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#VA_PRIER_DANS_SAINT-MARC">Va prier dans Saint-Marc</a></td><td class="rtb"><a href="#page_63">63</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LA_MESSE_DE_LAURORE_A_VENISE">La Messe de l’aurore à Venise</a></td><td class="rtb"><a href="#page_66">66</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#SIROCCO_A_VENISE">Sirocco à Venise</a></td><td class="rtb"><a href="#page_68">68</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#CLOCHES_VENITIENNES">Cloches vénitiennes</a></td><td class="rtb"><a href="#page_69">69</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LILE_DES_FOLLES_A_VENISE">L’île des folles à Venise</a></td><td class="rtb"><a href="#page_70">70</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#NUIT_VENITIENNE">Nuit vénitienne</a></td><td class="rtb"><a href="#page_74">74</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#MIDI_SONNE_AU_CLOCHER_DE_LA_TOUR_SARRASINE">Midi sonne au clocher de la tour sarrasine</a></td><td class="rtb"><a href="#page_76">76</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#JE_NAI_VU_QUUN_INSTANT">Je n’ai vu qu’un instant...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_83">83</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#AINSI_LES_JOURS_SEN_VONT">Ainsi les jours s’en vont...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_85">85</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LE_RETOUR_AU_LAC_LEMAN">Le retour au lac Léman</a></td><td class="rtb"><a href="#page_89">89</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#OCTOBRE_ET_SON_ODEUR">Octobre et son odeur...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_92">92</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LES_RIVES_ROMANESQUES">Les rives romanesques</a></td><td class="rtb"><a href="#page_95">95</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#AU_PAYS_DE_ROUSSEAU">Au pays de Rousseau</a></td><td class="rtb"><a href="#page_101">101</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#UN_SOIR_EN_FLANDRE">Un soir en Flandre</a></td><td class="rtb"><a href="#page_104">104</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#BONTE_DE_LUNIVERS_QUE_JE_CROYAIS_ETEINTE">Bonté de l’univers que je croyais éteinte...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_109">109</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#CHALEUR_DES_NUITS_DETE">Chaleur des nuits d’été...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_110">110</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#AUTOMNE">Automne</a></td><td class="rtb"><a href="#page_113">113</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#ARLES">Arles</a></td><td class="rtb"><a href="#page_114">114</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LA_NUIT_FLOTTE">La nuit flotte...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_116">116</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LEVASION">L’évasion</a></td><td class="rtb"><a href="#page_118">118</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#CEUX_QUI_NONT_RESPIRE">Ceux qui n’ont respiré...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_121">121</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LE_CIEL_BLEU_DU_MILIEU_DU_JOUR">Le ciel bleu du milieu du jour...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_124">124</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LA_TERRE">La Terre</a></td><td class="rtb"><a href="#page_127">127</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#UN_SOIR_A_LONDRES">Un soir à Londres</a></td><td class="rtb"><a href="#page_128">128</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#RIVAGES_CONTEMPLES">Rivages contemplés</a></td><td class="rtb"><a href="#page_133">133</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LA_LANGUEUR_DES_VOYAGES">La langueur des voyages</a></td><td class="rtb"><a href="#page_134">134</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LE_PRINTEMPS_DU_RHIN">Le printemps du Rhin</a></td><td class="rtb"><a href="#page_137">137</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#CE_MATIN_CLAIR_ET_VIF">Ce matin clair et vif...</a></td><td class="rtb"><a href="#page_141">141</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#LES_NUITS_DE_BADEN">Les nuits de Baden</a></td><td class="rtb"><a href="#page_143">143</a></td></tr> -<tr><td class="pdd"><a href="#HENRI_HEINE">Henri Heine</a></td><td class="rtb"><a href="#page_147">147</a></td></tr> -</table> - -<div class="figcenter" style="width:350px;"> -<img src="images/barr-1.jpg" width="350" alt="" /> -</div> - -<div class="figcenter" style="width: 151px;"> -<img src="images/illu-165.jpg" width="151" height="151" alt="" /> -</div> - -<div class="blockq"><p class="c">La décoration de cet ouvrage a été<br /> -conçue et gravée -sur bois par -<br /><img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /> -  F.-L. SCHMIED   -<img src="images/hashtag.jpg" width="18" alt="##" class="midhash" /><br /> -La typographie et le tirage des<br /> -planches ont été exécutés sur<br /> -ses presses à bras; pressier:<br /><br /> -Pierre Bouchet</p></div> - -<p class="c"> -<i>Achevé d’imprimer le 30 avril 1924.</i><br /> -</p> - -<div class="figcenter" style="width: 59px;"> -<img src="images/illu-167.jpg" width="59" height="154" alt="" /> -</div> - -<hr class="full" /> -<div lang='en' xml:lang='en'> -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>LES CLIMATS</span> ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin-top:1em; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE</div> -<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE</div> -<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg™ -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg™ electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg™ electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person -or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. 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Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. 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Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. 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