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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Mémoire pour les maîtres de postes - -Author: Anonymous - -Release Date: December 9, 2021 [eBook #66912] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Adrian Mastronardi, The Philatelic Digital Library Project - and the Online Distributed Proofreading Team at - https://www.pgdp.net (This file was produced from images - generously made available by The Internet Archive) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRE POUR LES MAÎTRES DE -POSTES *** - - - - - - A NOSSEIGNEURS - DE - L’ASSEMBLÉE NATIONALE. - - MÉMOIRE - POUR LES MAÎTRES DE POSTES. - - -L’Établissement des Postes en France, est sans contredit un des plus -beaux, des plus nécessaires & des plus utiles qui honore ce grand -Empire; aussi n’a-t-il cessé de jouir de la protection de la Nation, & -de celle du Gouvernement qui l’ont continuellement surveillé; c’est par -cette protection & par cette surveillance qu’il s’est maintenu, malgré -les tentatives réitérées de la cupidité & de l’envie; c’est par cette -protection & par cette surveillance qu’il a atteint ce degré de -perfection qui fait aujourd’hui l’admiration de l’Europe entière. - -La conservation de cet Établissement précieux à l’État ne saurait -manquer d’intéresser vivement l’auguste Assemblée de la Nation, dont -tous les Membres concourent avec un égal succès à la régénération du -Royaume, & à le faire jouir de toute la splendeur dont il est -susceptible; il ne sera donc pas possible aux Représentans Français de -se dissimuler que cette conservation est étroitement liée au sort des -Maîtres de Postes. - -Il est d’autant plus juste de s’en occuper, qu’ils sont tous des -Cultivateurs, entièrement livrés à des travaux utiles, & dont l’ambition -se borne à mériter, sous tous les rapports, l’estime de leurs -Concitoyens, aux dépens même de leur repos & de leur tranquillité, sans -qu’aucune idée de luxe occupe un seul instant leur pensée; vivre -péniblement, élever avec soin leurs enfans, en faire des Travailleurs & -des Citoyens qui leur ressemblent; c’est à quoi se borne le vœu des -Maîtres de Postes. - -Dans tous les tems le Gouvernement leur a accordé des Priviléges; mais -qu’on ne s’y trompe pas! Ces Priviléges n’étaient que des indemnités, -ils n’étaient que des secours sans lesquels on ne pouvait espérer de -former l’Établissement si intéressant dont ils se chargeaient. - -Louis XI fut le premier qui rendit les Postes ordinaires & perpétuelles; -il accorda aux Maîtres de Postes les mêmes Priviléges dont jouissaient -les Commensaux de sa Maison. - -Henry IV y ajouta la faculté de tenir à ferme 60 arpens de terre, & de -faire valoir tous leurs propres en exemption de taille. - -Louis XIII leur accorda de plus la faculté de faire le Commerce. - -Louis XIV porta l’exemption de la taille à cent arpens de location, -indépendamment de leurs propres; & les Maîtres de Poste ont joui sans -interruption de ces priviléges, ou, pour parler plus correctement, de -cette indemnité, de ce secours qui balance à peine les charges & les -pertes attachées à l’état de Maître de Postes. - -Ceux-ci ne dissimuleront pas qu’on a quelquefois tenté d’altérer ou de -restraindre ce secours; mais que la justice la plus sévère a été forcée -de la rétablir aussitôt. - -Sous la minorité de Louis XIV la Régence, par une Déclaration du 20 -Octobre 1648, restraignit l’exemption de la taille accordée aux Maîtres -de Postes à cinquante arpens de terres affermées; cette Déclaration -avait porté la plus funeste atteinte au service des Postes, aussi par -une autre du mois de Janvier 1669, Louis XIV rétablit les Priviléges des -Maîtres de Postes de jouir en exemption de taille de soixante arpens de -terres affermées; M. de Louvois leur accorda sa protection & sa -surveillance spéciales, le service des Postes se rétablit, il y fit -regner l’ordre, & cet Établissement atteint toute la perfection dont il -était susceptible par la Déclaration de 1672, qui attribua aux Maîtres -de Postes la faculté de jouir en exemption de taille de cent arpens de -terres affermées, & qui leur accorda d’autres exemptions, priviléges, -franchises, immunités & prérogatives. - -Ces priviléges éprouvèrent une nouvelle atteinte par la Déclaration du 8 -Janvier 1692, les inconvéniens s’en firent si promptement sentir, que -par une nouvelle Déclaration du 12 Avril de la même année, ils furent -tous rétablis & il fut de plus permis aux Maîtres de Postes de se -démettre de leur place en faveur de leurs enfans, gendres ou autres -parens en état de faire le service. - -Il résulte de cette courte analyse, que sans priviléges, sans indemnité, -sans secours quelconques, on ne peut espérer faire desservir utilement -la Poste aux Chevaux; le seul moyen d’inviter le Cultivateur à se -charger, à courir les risques de ce pénible service, c’est de le rendre -indemne d’une partie des sacrifices trop réels qu’il fait journellement, -& il y a d’autant moins d’inconvénient que la spéculation des -Cultivateurs se borne à faire du bien, aux dépens de toutes ses avances, -pourvu qu’il y trouve sa subsistance & celle de sa famille. - -Les charges des Maîtres de Postes sont immenses. - -1º. Ils sont obligés d’avoir en tous tems pour le service public, & sans -égard aux mortes saisons, un nombre fixe & suffisant de bons chevaux. - -2º. Ils sont assujettis à la conduite journalière des malles qui -écrasent leurs chevaux par leurs poids, & dont le prix est plus -médiocre, puisqu’ils ne sont payés qu’à raison de dix sols par cheval. - -3º. Ils doivent fournir aux Courriers du Cabinet & à ceux des Ministres -les chevaux les plus vifs & les meilleurs de leur écurie au prix modique -de 15 sols par course, ce qui est d’autant plus étonnant & d’autant plus -injuste, qu’il est alloué à chacun de ces Couriers 7 liv. 10 sols par -Poste & quelquefois 10 liv. à des Couriers extraordinaires. - -En tems de guerre il en coûte au Roi 300,000 livres par mois pour les -Couriers du Cabinet, & conséquemment les Maîtres de Postes éprouvent une -perte proportionnelle, & qui ne profite véritablement qu’à ces Couriers. - -4º. Dans les tournées pour les voyages du Roi & des Princes, pour les -Mariages, pour les tems de Guerre, les Maîtres de Postes sont souvent -forcés de faire conduire leurs chevaux à 50 ou 60 lieues de leur -domicile, on les paye à raison de 13 sols 4 den. par jour & vingt sols -dans les tournées extraordinaires. - -5º. Ils sont tenus de la conduite gratuite des Visiteurs & Contrôleurs, -tant de la Poste aux chevaux que de la Poste aux lettres. - -Si l’on joint à ces charges, déjà si pésantes & continuelles les frais -d’acquisition, ou le loyer d’emplacemens immenses pour le logement des -chevaux de Postes & des approvisionnemens nécessaires à leur nourriture. - -Si l’on y joint les craintes continuelles & malheureusement trop souvent -réalisées, du feu, par les lumières que l’on est obligé d’avoir toutes -les nuits dans les écuries pour un service toujours actif, & de jour & -de nuit. - -Si l’on y joint le renouvellement, trop fréquent, des chevaux par le -très-petit nombre qui réussit à un métier aussi pénible; les pertes -accidentelles de quinze & vingt chevaux en une année par la morve & le -farcin, quelquefois même du double. - -On sera forcé de convenir que les Maîtres de Postes seraient obligés -d’en abandonner l’entreprise, s’ils étaient bornés au prix modique -toujours subsistant de 25 sols par course de cheval, malgré -l’accroissement du numéraire & l’augmentation progressive du prix des -chevaux & des denrées depuis cette époque. - -C’est toujours un homme aisé qui se charge de l’entreprise des Postes, -il n’en est point d’assez insensé pour s’exposer aux pertes qu’elle -entraîne, pour s’assujettir aux charges qu’elle exige, pour essuyer tous -les jours des duretés, des vexations & des mauvais traitement de toute -genre de la part des Couriers, s’il y courait les risques de son -aisance, & s’il n’y trouvait pas sa subsistance & celle de sa famille. - -Les Maîtres de Postes ne se dissimuleront pas qu’ils ont quelquefois -excité l’envie de leurs voisins, jaloux ou desireux de jouir des mêmes -priviléges; mais ces sentimens trop communs aux hommes, toujours -mécontens de leur sort, est le fruit de l’ignorance & de la présomption, -qui les portent à se dissimuler qu’ils soient incapables de supporter -les charges sous le poids desquels succomberoient infailliblement les -Maîtres de Postes, sans l’ordre qu’ils sont obligés d’observer -rigoureusement, sans une surveillance continuelle, en un mot, sans les -justes secours qu’ils ont obtenus, & que la justice de Nosseigneurs les -portera à leur continuer de la maniere qu’ils jugeront la moins onéreuse -au peuple: ce sera toujours là le vœu des Maîtres de Postes, qui ont -dans tous les tems donné les preuves les moins équivoques des sentimens -de patriotisme dont ils sont animés. - -C’est cette même ignorance des charges attachées au service de la Poste -aux chevaux qui a fait éclore en cette partie les projets, on peut dire -extravagans, des Chamousset, Corby, Lachenaye & autres, qui avoient de -l’esprit, sans doute, mais qui manquoient absolument de cette expérience -dont les résultats devoient servir de base à un projet d’autant plus -insensé, que leurs auteurs ne demandoient rien moins que de se charger -de l’entreprise de toutes les Postes du Royaume. - -Se charger de l’entreprise de toutes les Postes du Royaume? Ce projet -médité au coin du feu, ne peut être regardé que comme un rêve de ces -gens à systême, qui dans l’ancien régime, n’ont cessé d’assaillir le -Gouvernement, & qui lui ont fait faire tant de faute. - -On ne pourroit imaginer de le proposer de nouveau à l’auguste Assemblée -Nationale, quand il a été proscrit dans un tems heureusement oublié; on -ne pourroit le proposer à l’Assemblée Nationale sans insulter à ces -principes, & sans avoir eu la criminelle intention de la mettre en -contradiction avec elle-même; ce seroit entreprendre de ressusciter les -priviléges exclusifs à jamais anéantis, & dont le nom seul inspire une -sainte horreur, garante à l’avenir de la liberté publique & particuliere -solennellement prononcée; c’est, en un mot, livrer à une entreprise plus -qu’hasardée la subsistance de 1440 Maîtres de Postes répandus sur la -surface de l’Empire, tous peres de familles, tous Citoyens utiles, -laborieux, tous zélés Patriotes, uniquement livrés à l’agriculture avec -les moyens peut-être uniques de la rendre florissante. - -L’état de perfection que les Postes ont atteint dans le Royaume, est dû -à 300 ans de peines & de soins; c’est une vérité qu’on ne sauroit se -dissimuler. Adopter le projet du sieur Lachenaye ou tous autres de ce -genre, ce seroit en perdre le fruit, & livrer à la cupidité d’une -compagnie purement financiere, un des établissemens qui fait le plus -d’honneur à la France. - -Le sieur Lachenaye sentit tellement l’impossibilité d’étendre son projet -à tout le Royaume, qu’il y renonça de lui-même & se borna à le demander -pour les routes seulement de Paris à Fontainebleau & à Compiegne. - -Telle étoit la base de son système, qu’il prétendoit établir des Relais -de quatre lieues en quatre lieues, y placer mille chevaux pour assurer -ce service, en convenant qu’il y en auroit toujours deux cens boiteux, -il fondoit son bénéfice _sur l’espoir_ du retour de ses chevaux à -charge. - -Indépendamment de la difficulté de trouver toujours à quatre lieues des -emplacements faits ou à faire, de l’eau absolument indispensable dans -chacun des Relais de Poste; ce systême est contraire à l’opinion des -plus célèbres Administrateurs, qui s’occupant des grandes & principales -routes du Royaume, nommément de celles d’Espagne, d’Italie, de Flandres -& autres, crurent avec raison ne devoir établir les Postes qu’à deux & -trois lieues de distance, & de la moindre étendue; alors les Postes -n’étoient que de 2000 toises, il n’y eut d’autre motif que celui de -prévenir la ruine des chevaux devenue plus rare par ce moyen. Il est -sensible que plus on éloignera les relais, plus on perdra de chevaux, & -cet inconvénient est d’une si haute importance, qu’on ne sauroit -employer trop de moyens pour s’en garantir. - -L’expérience démontre que les chevaux de Postes ne peuvent pas dans une -distance de quatre lieues, faire un service suivi & très-souvent -précipité: on en fit une épreuve tellement onéreuse dans les voyages de -Compiegne, pour aller de Senlis à Verberie, qu’on fut forcé d’établir -une Poste à moitié chemin, on obligea par la même raison le Maître de -Poste de Saint-Germain-en-Laye d’établir un Relais à Nanterre; le même -motif détermina à en établir un à Seve. - -Ces exemples pris sur un grand nombre d’autres, & parce qu’ils sont sous -nos yeux, ne présentent point de replique; la course d’une Poste -ordinaire ne fatigue que médiocrement les chevaux; mais ils sont épuisés -s’ils en courent de suite une seconde. C’est là une de ces vérités -élémentaires à laquelle il n’est pas possible de répondre, & d’autant -moins qu’à son appui se joignent telles circonstances de fatigue ou de -maladie qu’on n’auroit pas apperçue, qui font périr ou estropier un -cheval, événement qui laisseroit le Courier dans le plus grand embarras, -si, comme il est possible, il avoit encore deux ou trois lieues à faire -pour gagner l’autre Relais. - -Quand le sieur Lachenaye espéroit remplir le service proposé avec mille -chevaux, il ignoroit sans doute que les trente-trois Maîtres de Postes -dont il avait prononcé la ruine en avoient plus de 1500. Vainement se -fondoit-il sur ce qu’au moyen des retours à charge qu’il avait prévu, il -lui en faudroit moins. - -Les retours à charge ne sauroient se prévoir; les circonstances -déterminent les voyages; les circonstances les fixent souvent dans une -partie du Royaume, & les rendent très-précipités. Pour en remplir la -tâche, il faudroit nécessairement que les chevaux revinssent à vuide: -l’expérience démontre que chaque printems il part de Paris cinq sixieme -de Courier contre un qui entre, on ne sauroit admettre qu’ils attendent -l’automne pour faire revenir leurs chevaux à charge; le sieur Lachenaye -n’avoit donc d’autre moyen praticable que celui dont usent les Maîtres -de Postes, il lui falloit donc un même nombre de chevaux; cette vérité -s’établit par le fait constant que c’est sans succès que le Maître de -Poste de Dijon a voulu pratiquer à sa Poste de Cude le procédé du sieur -Lachenaye. Le Maître de Poste de Ris & Villejuif, celui de Paris qui -avait réuni la Poste du Bourget; le Maître de Poste de Charenton, qui -avait pris celle de Grosbois avec l’espoir des retours, présentent -autant d’exemple de l’impossibilité de réaliser le projet du sieur -Lachenaye. - -Le sieur Cretté, qui a les Postes de Saint-Denis & de Franconville, ne -craint pas d’assurer que ses chevaux ne reviennent pas dix fois à charge -dans une année. - -Si les exemples, si l’expérience déterminent les personnes raisonnables, -présentons-en un dernier, qui achevera de convaincre les personnes les -plus incrédules; il est frappant mais décisif. - -Il y avait entre les deux Postes de Paris & Versailles un renvoi -réciproque & fidele, mais au moindre événement l’une ou l’autre était -démontée; & malgré la même union & le même rapport d’intérêt, on fut -obligé, pour la sûreté du service, de renoncer à ce renvoi réciproque. - -Que l’auteur du projet que nous combattons avec tant d’avantage ait -prétexté que le service seroit mieux fait que par les Maîtres de Postes; -qu’il ait prétexté que les Postillons seroient plus raisonnnables, & par -conséquent plus sûrs, ce ne sont là que des mots dénués de sens & qu’un -seul va détruire. - -Le soin des chevaux devait être confié à des Commis; on n’admettra pas -sans doute qu’ils les aient portés, qu’ils aient porté le zèle aussi -loin que les Maîtres de Postes qui veillent eux-mêmes sur leur propre -chose; on ne supposera jamais à ces Commis ni la même autorité qui -proscrit la subordination, ni la même attention des Maîtres de Postes, -dont la subsistance & celle de leur famille dépendent absolument. - -Il est certain que du côté du service, les Maîtres de Postes présentent -bien plus d’avantages que les Entrepreneurs qui auroient voulu réaliser -le projet du sieur Lachenaye; d’abord ces Entrepreneurs n’auraient que -des gens à argent, sans connoissance de la manutention qui faisait -l’objet unique de leur entreprise, & qui n’auraient pu se tirer -d’affaires pendant quelques mois encore, qu’en ménageant sur le prix des -chevaux & sur leur nourriture, encore n’en auraient-ils pas moins été -réduit à faire banqueroute, ce qui est déjà un malheur; mais le plus -grand de tous, c’est que dans un instant le service des Postes aurait -manqué dans tout le Royaume. - -Les Maîtres de Postes sentent au contraire la nécessité d’avoir de bons -chevaux & de les bien nourrir, ils sentent la nécessité d’avoir des -Postillons sûrs, parce qu’il leur importe de réunir tous les moyens de -bien servir & contenter le public, ils sont d’ailleurs soumis à des -visites, & ils ne contreviendroient pas impunément aux Réglemens & -Ordonnances concernant les Postes & Relais de France. - -Mais quand on supposeroit à des Commis salariés le même intérêt des -Maîtres de Postes, ce qui est impossible; comment pourroient-ils faire -le service aussi bien que ces derniers? sûrement qu’on ne leur -confierait que le nombre de chevaux qu’on prévoiroit suffisant pour -desservir chaque Poste; or, le Maître de Poste a à cet égard cet -avantage qu’indépendamment du nombre de chevaux destinés au service de -la Poste, il a encore ceux de labours dans la proportion des terres -qu’il fait valoir, & qui servent dans les besoins. - -Dira-t-on que les chevaux de labour ne peuvent être employés au service -de la Poste qu’aux dépens de l’agriculture, mais la réponse est aussi -simple que facile; en supposant que les labours soient retardés dans -l’instant de ce besoin extraordinaire, on conviendra qu’au moyen de ce -que le Maître de Poste employe même ces chevaux de Postes au labour -quand cet instant est passé, tout est plus que réparé. - -Le Projet du sieur de Lachenaye, de même que tous autres de ce genre, ne -sauroient présenter que désordre & confusion. En effet, les chevaux -changeant de Relais comme les Postillons, qui est-ce qui connoîtra leur -qualités bonnes ou mauvaises? Un Postillon sera arrivé avec une chaise & -cinq chevaux, il sera reparti avec deux, un autre sera arrivé avec deux -& sera reparti avec quatre, un troisieme sera arrivé à franc-étrier, -repartira avec une chaise ou une berline, & cela pour une Poste -différente que celle dont il est parti; il résulteroit nécessairement de -ce désordre & de cette confusion, que les chevaux ne seroient jamais -employés utilement, & conséquemment que le service seroit toujours -très-mal fait. - -Il a été bien prouvé que les Relais de quatre lieues en quatre lieues -étoient impratiquables, que loin de diminuer la quantité des chevaux, -l’entreprise exigeroit qu’on les augmentât & sans succès, puisque ces -retours à charge ne pouvoient avoir d’exécution; jettons un coup-d’œil -rapide sur les funestes effets d’un pareil projet s’il se fût réalisé. - -Il falloit de la part des Entrepreneurs une caution pour la garantie & -la sûreté du service, ils offroient les mille chevaux qu’ils n’avoient -pas, les fourrages & les ustensiles nécessaires qu’ils n’avoient pas -encore; mais eussent-ils pu offrir un mobilier tout en spéculation? -quelle sûreté auroit-on trouvé dans des chevaux décharnés & estropiés, -ou prêts à devenir dans cet état par le travail outré auquel on les -destinoit? quelle sûreté auroit présenté des selles de poste, des -harnois pourris, des greniers vuides & des fournisseurs ruinés? De -pareilles sûretés n’étoient rien moins que capable de cautionner ou -assurer un service continuel & instant. - -La Compagnie quelconque qui auroit été forcée de tout acheter, de faire -faire le service par des Commis à gage, qui n’auroit pas joui d’une -infinité des avantages dont les Maîtres de Postes savent profiter, ne -pourroit manquer de dépenser bien plus que ces derniers; cette Compagnie -étoit donc incapable de soutenir un pareil établissement; elle devoit -être accablée de son poids, & comme on l’a dit, le service de la Poste -pouvoit manquer à l’instant même; & le tems nécessaire pour établir le -même ordre auroit été vraiement incalculable; parce que les Maîtres de -Postes, que l’adoption de ce nouveau systême auroit ruinés, la confiance -qu’ils auraient perdue, leur bâtiment qui auroit changé de destination, -ne leur auroit plus permis de reprendre leur ancien état; il en seroit -résulté la ruine de l’agriculture & du commerce dans toute l’étendue de -l’Empire. - -Ces considérations sont d’autant plus capables de fixer l’attention de -l’Auguste Assemblée Nationale, qu’elles sont toutes vraies & puisées sur -des faits positifs, sur des exemples qui n’admettent point de réplique; -faits & exemples garantis par la droite raison, dont les illustres -Députés de la Nation font un si grand cas & un si glorieux usage. - -Ces considérations reçoivent d’autant plus d’application dans la -circonstance, que les Maîtres de Postes sont bien informés qu’il a été -remis à l’Assemblée Nationale des projets qui tendent à faire accueillir -le systême qu’ils viennent de combattre d’autant plus avantageusement, -que les auteurs ne s’en tiennent plus à proposer de desservir deux -routes seulement, mais bien tout le Royaume, ce qui donne encore un plus -grand dégré de force au raisonnement des Maîtres de Postes. - -Sans doute que ces derniers ont la juste intention de se soustraire & de -soustraire leur famille à la ruine, dont 1440 Chefs sont menacés, mais -ils ont aussi celle de contribuer à conserver à la France un -établissement, qui, par son organisation actuelle, fait l’admiration de -l’Europe entière & dont la perte influerait sur toute la Nation. - -Deux moyens irrésistibles écarteront à jamais la réalisation de ce -projet funeste & heureusement impraticable. 1º. L’anéantissement de tous -privilèges, & sur-tout de tous privilèges exclusifs. 2º. Et -l’impossibilité où seraient les entrepreneurs de garantir la quantité de -43,200 chevaux pour le service des Postes du Royaume, à raison de 30 -chevaux par chacun des 1440 Maîtres de Postes. - -De la nécessité d’écarter des projets vraiement destructeurs du précieux -établissement des Postes aux chevaux, résulte celle de maintenir -l’organisation actuelle de cet établissement, & de le laisser entre les -mains des Maîtres de Postes, qui ont le plus vif intérêt de concourir de -tous leurs efforts à la plus parfaite perfection, si elle est possible. - -Mais dans la circonstance où des décrets respectables & qui doivent -faire l’admiration du monde présent & futur, ils seraient coupable d’un -défaut de confiance nuisible à la chose publique, s’ils n’imploraient -pas la justice & la protection de Nosseigneurs, dont les effets peuvent -seuls les mettre en état d’atteindre à cette complette perfection, -d’autant plus désirable que l’objet en est grand & intéresse -véritablement toutes les classes de la société. - -Les Maîtres de Postes sont dignes de cette protection qu’ils invoquent, -votre justice est intéressée à leur conserver leur état, à laquelle est -attachée leur subsistance & celle de leur famille. Les Maîtres de -Postes, Nosseigneurs, parce qu’ils sont agriculteurs laborieux, parce -qu’ils sont de zélés patriotes, & ces qualités en valent bien d’autres -aux yeux des sages si glorieusement occupés d’assurer le bonheur des -Français dont ils font l’ornement. - -Les Maîtres de Postes sont zélés Patriotes, par cela seul qu’ils -s’occupent essentiellement des moyens d’accroître la subsistance; s’il -fallait d’autres titres pour justifier cette qualité si précieuse à leur -cœur, ils retraceraient les preuves qu’ils ont donné dans tous les tems, -celle particulière qu’ils en ont donné sous le Maréchal de Belle-Isle -lors de l’invasion de la Provence, qui ne dût sa conservation qu’au zèle -éclairé des Maîtres de Postes, qui sur le champ fournirent tous leurs -chevaux pour le transport de l’armée, des vivres, de l’artillerie, &c. -Service dont le Roi eut dans le tems connoissance, & qu’il daigna -reconnaître par une gratification. - -Ceux des environs de Paris ne se feront point un mérite du zèle ardent -qu’ils ont montré en charriant gratuitement avec leurs chevaux de postes -pendant les mois de Juillet & Août derniers, les farines destinées à -l’approvisionnement de cette Capitale. Ils ont saisi l’occasion -d’obliger leurs concitoyens, la récompense la plus précieuse à leur cœur -est dans le service même qu’ils ont pu rendre. - -Ces considérations sont bien puissantes sans doute aux yeux des -Régénérateurs du nom Français; les Maîtres de Postes sont toutesfois -incapables de s’en prévaloir; c’est la justice éclairée de Nosseigneurs -qu’ils invoquent, & ce ne sera pas en vain, parce que la situation -désespérante de 1440 Citoyens utiles, de 1440 Citoyens dignes de porter -le nom Français, mérite d’occuper un moment les plus fermes appuis, en -qui réside tout l’espoir de la Nation Française. - -Les Maîtres de Postes, Nosseigneurs, avaient des privilèges, ils en -jouissaient à titre purement onéreux, la suppression de tous les -privilèges a frappé sur eux & par le coup qui les anéantit, votre -intention n’a point été de les ruiner & encore moins de ruiner un -établissement dont vous êtes plus que qui que ce soit en état -d’apprécier la très-grande utilité. - -Vous déciderez dans votre sagesse, Nosseigneurs, qu’il est de votre -justice de remplacer les privilèges des Maîtres de Postes, non-seulement -par une indemnité pécuniaire bien légitimement acquise, mais encore par -une légère augmentation sur le prix de la course de chevaux, qui -n’équivaudra jamais aux privilèges dont ils sont privés. - -Il est tellement vrai que les privilèges dont ils jouissaient n’ont été -qu’un véritable secours que dans les pays d’États & de Cadastres, où -l’exemption de la taille n’a point lieu; il est accordé à chaque Maître -de Poste 75 liv. & même 100 liv. par lieue, qu’il a à parcourir avec la -fixation de leur capitation, à six livres. - -Cette indemnité serait bien insuffisante pour les Maîtres de Postes des -grandes routes & des environs de Paris. - -C’est particulièrement sur le service de ces grandes routes qui partent -de la Capitale & où les Postes doivent être montées d’un plus grand -nombre de chevaux, & d’espèce & de prix bien différens, que se fera -sentir l’effet de la suppression des privilèges dont jouissaient les -Maîtres de Postes. Si Nosseigneurs ne s’occupent de la juste indemnité -qui doit en compenser la perte, il est certain que les gens aisés qui -tiennent aujourd’hui les Postes & que leur faculté mettent en état de -supporter la cherté excessive des denrées & les pertes accidentelles & -trop communes des chevaux, seraient forcés de quitter leur état, ils -n’auraient que ce parti à prendre pour ne pas compromettre leur -existence & celle de leur famille. - -Pour prouver l’insuffisance de l’indemnité accordée par les pays d’États -& de Cadastres, si on y bornait celle due aux Maîtres de Postes des -grandes routes & des environs de Paris, les Maîtres de Postes citeront -ici quelques exemples. - -Les 100 liv. accordés annuellement aux Maîtres de Postes de Bretagne, -étant insuffisants pour les indemniser de la non jouissance du fouage, -on leur a accordé en 1774, 50 liv. par lieue, dont partie est payée par -le Roi & partie payée par la Province. Les Postes y sont très-faibles & -très-difficiles à soutenir, celles de Brest & l’Orient n’existent qu’au -moyen d’une augmentation de traitement; & en 1785 & 1786, le service des -malles eût manqué sur la route de Brest & les Postes en auraient été -abandonnées, si Sa Majesté n’avait point accordé un secours considérable -& extraordinaire à chacun des Maîtres de Postes de cette route, & si on -ne leur eut payé les chevaux des malles au prix de trente sols. - -Les Maîtres de Postes du Dauphiné ont 75 liv. par lieue, des gages du -Roi de 280 liv. & plusieurs sur la route de Lyon à Grenoble, ont en -outre des gratifications fixes & annuelles sur les dégrèvements de la -Province. - -Toulon a 1600 livres; Douai 1800 liv.; Orléans 1000 liv. de -l’Administration & 1000 liv. de la Ville; Phalsbourg 400 liv.; Mets 500 -livres. - -D’autres Postes sont à la charge du Roi, telles que Nonau le Fusellier, -qui a 600 liv.; la Motte-Beuvron pareille somme de 600 liv.; Brest 1200 -livres; Troyes 2400 livres, & une infinité d’autres dont il devient -inutile de présenter ici l’énumération. - -Les Maîtres de Postes ne se dissimulent pas, Nosseigneurs, que dans le -moment où vous vous occupez à rétablir les Finances, dans un moment où -chacun de vous travaille par des épargnes en tout genre à reparer _le -déficit_, les Maîtres de Postes ne se dissimulent pas combien il est -délicat, combien peut-être ce serait contrarier vos travaux & vos vues -de demander à l’Assemblée Nationale une indemnité pécuniaire en -remplacement de leur Privilége. - -Les Maîtres de Postes se livrant entièrement à la respectueuse confiance -que vous avez si justement inspiré à tous les Citoyens vraiment -Français, oseront prendre la liberté de soumettre à vos lumières un -autre moyen capable de balancer momentanément les pertes des Maîtres de -Postes, & de leur faciliter le moyen de soutenir leur état & le service -public, en attendant que des circonstances plus heureuses vous mettent à -portée de les indemniser dans les proportions de la perte de leurs -Priviléges. - -Ce moyen simple & d’autant plus avantageux qu’il établirait l’égalité -entre tous les Maîtres de Postes, se réduit à une très-légère -augmentation du prix de la course des chevaux, & l’exemption des charges -de Paroisse; telles que le marguillage, la collecte, &c. L’adoption de -ce moyen coûtera d’autant moins à votre justice, qu’il est vrai de dire -que s’il n’est point de pays en Europe où le Service des Postes se fasse -avec autant d’exactitude & de célérité qu’en France; il n’en est aucun -où il en coûte aussi peu pour se transporter promptement d’un endroit à -un autre. - -Il est vrai de dire encore que le prix de la course des chevaux de Poste -a varié en différens tems, & rien n’a dû paraître plus juste; l’analise -fort en abrégé n’en saurait être déplacée dans ce Mémoire. - -Par une Ordonnance du 16 Octobre 1693, Louis XIV a fixé les chevaux de -trait à trente-cinq sols; on voit par un Arrêt du Conseil, du 22 -Septembre de la même année, que malgré cette augmentation beaucoup de -Maîtres de Postes se sont vus forcés d’abandonner le service. - -En 1729 le prix fut fixé à 40 sols par chaque cheval attelé aux Berlines -& Chaises à deux personnes. On ne connaissait point encore les -limonières qui font la ruine des chevaux de Poste. - -Une Ordonnance du 19 Juin 1741, porte qu’à commencer du premier Juillet -suivant, il serait payé trente sols pour chaque cheval indistinctement. - -Ce n’est que depuis 1759, que le prix des chevaux a été restraint à 25 -sols, si l’on en excepte cependant l’année 1784 que le prix fut porté à -30 sols pour l’espace seulement de 18 mois. - -Ces différentes augmentations n’ont fait à ces époques que proportionner -le prix de la course avec celui des denrées. - -A l’époque où nous nous trouvons, & depuis 1756 le numéraire est -considérablement accru, & les denrées en ont suivies s’ils n’ont -surpassé la progression successive, en se rapportant seulement à l’année -1763, époque de la révolution sur le prix des grains, celui des -biens-fonds a à peu près doublé, & toutes les denrées ont augmenté dans -la même proportion, c’est là une vérité dont la preuve est dans les -mains même du Gouvernement, puisqu’elle existe dans les marchés des -Entrepreneurs de l’Artillerie & des vivres dont le prix a vraiment -doublé. - -Il en coûte aujourd’hui à un Maître de Poste près du double, tant pour -la nourriture que pour l’achat de ses chevaux, & s’il est obligé d’en -avoir un plus grand nombre, ses dépenses & ses risques augmentent à -proportion. - -Rien n’est moins régulier que le tems & la nature du service; il se fait -en général par bouffées imprévues, ce qui ruine les chevaux; souvent les -deux tiers de l’année il n’y a point d’ouvrage, si les Maîtres de Poste -n’avoient pas de labour pour occuper leurs chevaux dans les mortes -saisons & les refaire, un Maître de Poste ne pourrait subsister surtout -sur les grandes routes. - -L’état de Maître de Poste n’est rien moins que lucratif; ceux qui ont -l’ordre, l’intelligence & l’activité nécessaires y vivent, plusieurs s’y -ruinent & aucun n’y fait fortune, & si l’on a trouvé jusqu’ici des -sujets pour garnir les Postes, on ne le doit qu’à la fiabilité de -l’état, à la protection dont ils ont ressenti les effets, & sur-tout à -l’appas des priviléges qu’on leur avait accordé dans tous les temps. - -Pour résumer ce qu’on vient de dire, les Maîtres de Poste osent espérer -que Nosseigneurs ne perdront pas de vue, qu’ils se sont flattés de -trouver dans leur sagesse & dans leur justice, la protection qu’ils ont -droit d’en attendre pour n’être pas dépouillés de leur état par la -réalisation de projets insensés vraiment impratiquables, & qui -tendraient à faire revivre des priviléges exclusifs, dont -l’anéantissement est la conséquence de tous les décrets de l’Auguste -Assemblée. - -Les Maîtres de Postes osent espérer que cette proscription si légitime, -sera encore fondée sur la justice de ne pas dépouiller des Citoyens -agriculteurs, actifs & laborieux de tous moyens de subsister, & de faire -subsister leur famille. - -Ils espèrent enfin que Nosseigneurs, pénétrés de cette vérité que les -priviléges qui leur ont été accordés de tous tems, n’étaient qu’un -secours indispensable & juste sous tous les rapports, qu’une indemnité -sans laquelle ils n’auraient pu se livrer à desservir les Postes du -Royaume; pénétrés, disons-nous, qu’ils doivent indistinctement justice à -tous les Citoyens, & protection spéciale à ceux, qui, comme les -suppliants, ont fait preuve en tous tems du plus pur patriotisme, -Nosseigneurs daignerons en tems & lieu proportionner l’indemnité si -justement acquise à leur situation, & leur accorder dès à présent les -légères augmentations auxquelles ils vont conclure. - -Les priviléges, grevant tous les sujets du Roi, l’augmentation du prix -de la course a cet avantage, qu’elle ne frappe que sur les voyageurs, & -qu’elle sera partagée par les Étrangers. - -Par ces considérations, Nosseigneurs, il plaise à votre justice accorder -aux Maîtres de Postes telle augmentation de prix qu’il vous plaira -déterminer par Poste, pour le service de toutes les malles & celui des -Couriers du Cabinet; & tel autre plus fort prix qu’il vous plaira -également déterminer par cheval pour le service public généralement. - - Les Maîtres des Postes des grandes Routes & des environs de Paris. - - -De l’Imp. de CAILLEAU, rue Galande, Nº. 64. - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRE POUR LES MAÎTRES DE -POSTES *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. 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Ces Priviléges n’étaient que -des indemnités, ils n’étaient que des secours -sans lesquels on ne pouvait espérer de former -l’Établissement si intéressant dont ils -se chargeaient.</p> - -<p>Louis XI fut le premier qui rendit les -Postes ordinaires & perpétuelles ; il accorda -aux Maîtres de Postes les mêmes Priviléges -dont jouissaient les Commensaux de sa -Maison.</p> - -<p>Henry IV y ajouta la faculté de tenir à -ferme 60 arpens de terre, & de faire valoir -tous leurs propres en exemption de taille.</p> - -<p>Louis XIII leur accorda de plus la faculté -de faire le Commerce.</p> - -<p>Louis XIV porta l’exemption de la taille -à cent arpens de location, indépendamment -de leurs propres ; & les Maîtres de Poste ont -joui sans interruption de ces priviléges, ou, -pour parler plus correctement, de cette indemnité, -de ce secours qui balance à peine -les charges & les pertes attachées à l’état -de Maître de Postes.</p> - -<p>Ceux-ci ne dissimuleront pas qu’on a -quelquefois tenté d’altérer ou de restraindre -ce secours ; mais que la justice la plus -sévère a été forcée de la rétablir aussitôt.</p> - -<p><span class="pagenum">-4-</span> Sous la minorité de Louis XIV la Régence, -par une Déclaration du 20 Octobre 1648, -restraignit l’exemption de la taille accordée -aux Maîtres de Postes à cinquante arpens de -terres affermées ; cette Déclaration avait -porté la plus funeste atteinte au service des -Postes, aussi par une autre du mois de Janvier -1669, Louis XIV rétablit les Priviléges -des Maîtres de Postes de jouir en exemption -de taille de soixante arpens de terres affermées ; -M. de Louvois leur accorda sa protection -& sa surveillance spéciales, le service -des Postes se rétablit, il y fit regner -l’ordre, & cet Établissement atteint toute -la perfection dont il était susceptible par la -Déclaration de 1672, qui attribua aux Maîtres -de Postes la faculté de jouir en exemption -de taille de cent arpens de terres affermées, -& qui leur accorda d’autres exemptions, -priviléges, franchises, immunités & -prérogatives.</p> - -<p>Ces priviléges éprouvèrent une nouvelle -atteinte par la Déclaration du 8 Janvier -1692, les inconvéniens s’en firent si promptement -sentir, que par une nouvelle Déclaration -du 12 Avril de la même année, ils -furent tous rétablis & il fut de plus permis -aux Maîtres de Postes de se démettre de leur -<span class="pagenum">-5-</span> place en faveur de leurs enfans, gendres -ou autres parens en état de faire le service.</p> - -<p>Il résulte de cette courte analyse, que -sans priviléges, sans indemnité, sans secours -quelconques, on ne peut espérer faire desservir -utilement la Poste aux Chevaux ; le -seul moyen d’inviter le Cultivateur à se -charger, à courir les risques de ce pénible -service, c’est de le rendre indemne d’une -partie des sacrifices trop réels qu’il fait journellement, -& il y a d’autant moins d’inconvénient -que la spéculation des Cultivateurs -se borne à faire du bien, aux dépens de toutes -ses avances, pourvu qu’il y trouve sa -subsistance & celle de sa famille.</p> - -<p>Les charges des Maîtres de Postes sont -immenses.</p> - -<p>1<sup>o</sup>. Ils sont obligés d’avoir en tous tems -pour le service public, & sans égard aux -mortes saisons, un nombre fixe & suffisant -de bons chevaux.</p> - -<p>2<sup>o</sup>. Ils sont assujettis à la conduite journalière -des malles qui écrasent leurs chevaux -par leurs poids, & dont le prix est plus -médiocre, puisqu’ils ne sont payés qu’à raison -de dix sols par cheval.</p> - -<p>3<sup>o</sup>. Ils doivent fournir aux Courriers du -Cabinet & à ceux des Ministres les chevaux -<span class="pagenum">-6-</span> les plus vifs & les meilleurs de leur écurie -au prix modique de 15 sols par course, ce -qui est d’autant plus étonnant & d’autant -plus injuste, qu’il est alloué à chacun de -ces Couriers 7 liv. 10 sols par Poste & quelquefois -10 liv. à des Couriers extraordinaires.</p> - -<p>En tems de guerre il en coûte au Roi -300,000 livres par mois pour les Couriers -du Cabinet, & conséquemment les Maîtres -de Postes éprouvent une perte proportionnelle, -& qui ne profite véritablement qu’à -ces Couriers.</p> - -<p>4<sup>o</sup>. Dans les tournées pour les voyages du -Roi & des Princes, pour les Mariages, pour -les tems de Guerre, les Maîtres de Postes -sont souvent forcés de faire conduire leurs -chevaux à 50 ou 60 lieues de leur domicile, -on les paye à raison de 13 sols 4 den. par -jour & vingt sols dans les tournées extraordinaires.</p> - -<p>5<sup>o</sup>. Ils sont tenus de la conduite gratuite -des Visiteurs & Contrôleurs, tant de -la Poste aux chevaux que de la Poste aux -lettres.</p> - -<p>Si l’on joint à ces charges, déjà si pésantes -& continuelles les frais d’acquisition, ou -le loyer d’emplacemens immenses pour le -<span class="pagenum">-7-</span> logement des chevaux de Postes & des approvisionnemens -nécessaires à leur nourriture.</p> - -<p>Si l’on y joint les craintes continuelles & -malheureusement trop souvent réalisées, -du feu, par les lumières que l’on est obligé -d’avoir toutes les nuits dans les écuries pour -un service toujours actif, & de jour & de -nuit.</p> - -<p>Si l’on y joint le renouvellement, trop -fréquent, des chevaux par le très-petit -nombre qui réussit à un métier aussi pénible ; -les pertes accidentelles de quinze & -vingt chevaux en une année par la morve -& le farcin, quelquefois même du double.</p> - -<p>On sera forcé de convenir que les Maîtres -de Postes seraient obligés d’en abandonner -l’entreprise, s’ils étaient bornés au -prix modique toujours subsistant de 25 sols -par course de cheval, malgré l’accroissement -du numéraire & l’augmentation progressive -du prix des chevaux & des denrées -depuis cette époque.</p> - -<p>C’est toujours un homme aisé qui se -charge de l’entreprise des Postes, il n’en est -point d’assez insensé pour s’exposer aux pertes -qu’elle entraîne, pour s’assujettir aux -charges qu’elle exige, pour essuyer tous les -<span class="pagenum">-8-</span> jours des duretés, des vexations & des mauvais -traitement de toute genre de la part -des Couriers, s’il y courait les risques de son -aisance, & s’il n’y trouvait pas sa subsistance -& celle de sa famille.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes ne se dissimuleront -pas qu’ils ont quelquefois excité l’envie de -leurs voisins, jaloux ou desireux de jouir -des mêmes priviléges ; mais ces sentimens -trop communs aux hommes, toujours mécontens -de leur sort, est le fruit de l’ignorance -& de la présomption, qui les portent -à se dissimuler qu’ils soient incapables de -supporter les charges sous le poids desquels -succomberoient infailliblement les Maîtres -de Postes, sans l’ordre qu’ils sont obligés -d’observer rigoureusement, sans une surveillance -continuelle, en un mot, sans les -justes secours qu’ils ont obtenus, & que la -justice de Nosseigneurs les portera à leur -continuer de la maniere qu’ils jugeront la -moins onéreuse au peuple : ce sera toujours -là le vœu des Maîtres de Postes, qui ont dans -tous les tems donné les preuves les moins -équivoques des sentimens de patriotisme -dont ils sont animés.</p> - -<p>C’est cette même ignorance des charges -attachées au service de la Poste aux chevaux -<span class="pagenum">-9-</span> qui a fait éclore en cette partie les projets, -on peut dire extravagans, des Chamousset, -Corby, Lachenaye & autres, qui avoient -de l’esprit, sans doute, mais qui manquoient -absolument de cette expérience dont les -résultats devoient servir de base à un projet -d’autant plus insensé, que leurs auteurs ne -demandoient rien moins que de se charger -de l’entreprise de toutes les Postes du -Royaume.</p> - -<p>Se charger de l’entreprise de toutes les -Postes du Royaume ? Ce projet médité au -coin du feu, ne peut être regardé que -comme un rêve de ces gens à systême, qui -dans l’ancien régime, n’ont cessé d’assaillir -le Gouvernement, & qui lui ont fait faire -tant de faute.</p> - -<p>On ne pourroit imaginer de le proposer -de nouveau à l’auguste Assemblée Nationale, -quand il a été proscrit dans un tems heureusement -oublié ; on ne pourroit le proposer -à l’Assemblée Nationale sans insulter -à ces principes, & sans avoir eu la criminelle -intention de la mettre en contradiction avec -elle-même ; ce seroit entreprendre de ressusciter -les priviléges exclusifs à jamais anéantis, -& dont le nom seul inspire une sainte -horreur, garante à l’avenir de la liberté -<span class="pagenum">-10-</span> publique & particuliere solennellement -prononcée ; c’est, en un mot, livrer à une -entreprise plus qu’hasardée la subsistance de -1440 Maîtres de Postes répandus sur la surface -de l’Empire, tous peres de familles, -tous Citoyens utiles, laborieux, tous zélés -Patriotes, uniquement livrés à l’agriculture -avec les moyens peut-être uniques de la -rendre florissante.</p> - -<p>L’état de perfection que les Postes ont -atteint dans le Royaume, est dû à 300 ans -de peines & de soins ; c’est une vérité qu’on -ne sauroit se dissimuler. Adopter le projet -du sieur Lachenaye ou tous autres de ce -genre, ce seroit en perdre le fruit, & livrer -à la cupidité d’une compagnie purement -financiere, un des établissemens qui fait le -plus d’honneur à la France.</p> - -<p>Le sieur Lachenaye sentit tellement l’impossibilité -d’étendre son projet à tout le -Royaume, qu’il y renonça de lui-même & -se borna à le demander pour les routes seulement -de Paris à Fontainebleau & à Compiegne.</p> - -<p>Telle étoit la base de son système, qu’il -prétendoit établir des Relais de quatre lieues -en quatre lieues, y placer mille chevaux -pour assurer ce service, en convenant qu’il -<span class="pagenum">-11-</span> y en auroit toujours deux cens boiteux, il -fondoit son bénéfice <i>sur l’espoir</i> du retour -de ses chevaux à charge.</p> - -<p>Indépendamment de la difficulté de trouver -toujours à quatre lieues des emplacements -faits ou à faire, de l’eau absolument -indispensable dans chacun des Relais de -Poste ; ce systême est contraire à l’opinion -des plus célèbres Administrateurs, qui s’occupant -des grandes & principales routes du -Royaume, nommément de celles d’Espagne, -d’Italie, de Flandres & autres, crurent avec -raison ne devoir établir les Postes qu’à deux -& trois lieues de distance, & de la moindre -étendue ; alors les Postes n’étoient que de -2000 toises, il n’y eut d’autre motif que -celui de prévenir la ruine des chevaux devenue -plus rare par ce moyen. Il est sensible -que plus on éloignera les relais, plus on -perdra de chevaux, & cet inconvénient est -d’une si haute importance, qu’on ne sauroit -employer trop de moyens pour s’en garantir.</p> - -<p>L’expérience démontre que les chevaux -de Postes ne peuvent pas dans une distance -de quatre lieues, faire un service suivi & -très-souvent précipité : on en fit une épreuve -tellement onéreuse dans les voyages de -Compiegne, pour aller de Senlis à Verberie, -<span class="pagenum">-12-</span> qu’on fut forcé d’établir une Poste à moitié -chemin, on obligea par la même raison le -Maître de Poste de Saint-Germain-en-Laye -d’établir un Relais à Nanterre ; le même -motif détermina à en établir un à Seve.</p> - -<p>Ces exemples pris sur un grand nombre -d’autres, & parce qu’ils sont sous nos yeux, -ne présentent point de replique ; la course -d’une Poste ordinaire ne fatigue que médiocrement -les chevaux ; mais ils sont épuisés -s’ils en courent de suite une seconde. C’est -là une de ces vérités élémentaires à laquelle -il n’est pas possible de répondre, & d’autant -moins qu’à son appui se joignent telles circonstances -de fatigue ou de maladie qu’on -n’auroit pas apperçue, qui font périr ou -estropier un cheval, événement qui laisseroit -le Courier dans le plus grand embarras, si, -comme il est possible, il avoit encore deux -ou trois lieues à faire pour gagner l’autre -Relais.</p> - -<p>Quand le sieur Lachenaye espéroit remplir -le service proposé avec mille chevaux, il -ignoroit sans doute que les trente-trois -Maîtres de Postes dont il avait prononcé la -ruine en avoient plus de 1500. Vainement -se fondoit-il sur ce qu’au moyen des retours -à charge qu’il avait prévu, il lui en faudroit -moins.</p> - -<p><span class="pagenum">-13-</span> Les retours à charge ne sauroient se prévoir ; -les circonstances déterminent les voyages ; -les circonstances les fixent souvent dans -une partie du Royaume, & les rendent très-précipités. -Pour en remplir la tâche, il faudroit -nécessairement que les chevaux revinssent -à vuide : l’expérience démontre que -chaque printems il part de Paris cinq sixieme -de Courier contre un qui entre, on ne sauroit -admettre qu’ils attendent l’automne -pour faire revenir leurs chevaux à charge ; -le sieur Lachenaye n’avoit donc d’autre -moyen praticable que celui dont usent les -Maîtres de Postes, il lui falloit donc un même -nombre de chevaux ; cette vérité s’établit -par le fait constant que c’est sans succès que -le Maître de Poste de Dijon a voulu pratiquer -à sa Poste de Cude le procédé du sieur -Lachenaye. Le Maître de Poste de Ris & -Villejuif, celui de Paris qui avait réuni la -Poste du Bourget ; le Maître de Poste de -Charenton, qui avait pris celle de Grosbois -avec l’espoir des retours, présentent autant -d’exemple de l’impossibilité de réaliser le -projet du sieur Lachenaye.</p> - -<p>Le sieur Cretté, qui a les Postes de Saint-Denis -& de Franconville, ne craint pas d’assurer -<span class="pagenum">-14-</span> que ses chevaux ne reviennent pas dix -fois à charge dans une année.</p> - -<p>Si les exemples, si l’expérience déterminent -les personnes raisonnables, présentons-en -un dernier, qui achevera de convaincre -les personnes les plus incrédules ; il est frappant -mais décisif.</p> - -<p>Il y avait entre les deux Postes de Paris -& Versailles un renvoi réciproque & fidele, -mais au moindre événement l’une ou l’autre -était démontée ; & malgré la même union -& le même rapport d’intérêt, on fut obligé, -pour la sûreté du service, de renoncer à ce -renvoi réciproque.</p> - -<p>Que l’auteur du projet que nous combattons -avec tant d’avantage ait prétexté que -le service seroit mieux fait que par les Maîtres -de Postes ; qu’il ait prétexté que les -Postillons seroient plus raisonnnables, & par -conséquent plus sûrs, ce ne sont là que des -mots dénués de sens & qu’un seul va détruire.</p> - -<p>Le soin des chevaux devait être confié à -des Commis ; on n’admettra pas sans doute -qu’ils les aient portés, qu’ils aient porté le -zèle aussi loin que les Maîtres de Postes -qui veillent eux-mêmes sur leur propre -chose ; on ne supposera jamais à ces Commis -<span class="pagenum">-15-</span> ni la même autorité qui proscrit la subordination, -ni la même attention des Maîtres -de Postes, dont la subsistance & celle de leur -famille dépendent absolument.</p> - -<p>Il est certain que du côté du service, les -Maîtres de Postes présentent bien plus d’avantages -que les Entrepreneurs qui auroient -voulu réaliser le projet du sieur Lachenaye ; -d’abord ces Entrepreneurs n’auraient que des -gens à argent, sans connoissance de la manutention -qui faisait l’objet unique de leur -entreprise, & qui n’auraient pu se tirer d’affaires -pendant quelques mois encore, qu’en -ménageant sur le prix des chevaux & sur -leur nourriture, encore n’en auraient-ils pas -moins été réduit à faire banqueroute, ce qui -est déjà un malheur ; mais le plus grand de -tous, c’est que dans un instant le service des -Postes aurait manqué dans tout le Royaume.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes sentent au contraire -la nécessité d’avoir de bons chevaux & de -les bien nourrir, ils sentent la nécessité -d’avoir des Postillons sûrs, parce qu’il leur -importe de réunir tous les moyens de bien -servir & contenter le public, ils sont d’ailleurs -soumis à des visites, & ils ne contreviendroient -pas impunément aux Réglemens -& Ordonnances concernant les Postes & -Relais de France.</p> - -<p><span class="pagenum">-16-</span> Mais quand on supposeroit à des Commis -salariés le même intérêt des Maîtres de -Postes, ce qui est impossible ; comment pourroient-ils -faire le service aussi bien que ces -derniers ? sûrement qu’on ne leur confierait -que le nombre de chevaux qu’on prévoiroit -suffisant pour desservir chaque Poste ; or, le -Maître de Poste a à cet égard cet avantage -qu’indépendamment du nombre de chevaux -destinés au service de la Poste, il a encore -ceux de labours dans la proportion des terres -qu’il fait valoir, & qui servent dans les -besoins.</p> - -<p>Dira-t-on que les chevaux de labour ne -peuvent être employés au service de la Poste -qu’aux dépens de l’agriculture, mais la réponse -est aussi simple que facile ; en supposant -que les labours soient retardés dans -l’instant de ce besoin extraordinaire, on conviendra -qu’au moyen de ce que le Maître -de Poste employe même ces chevaux de -Postes au labour quand cet instant est passé, -tout est plus que réparé.</p> - -<p>Le Projet du sieur de Lachenaye, de même -que tous autres de ce genre, ne sauroient -présenter que désordre & confusion. En effet, -les chevaux changeant de Relais comme les -Postillons, qui est-ce qui connoîtra leur -<span class="pagenum">-17-</span> qualités bonnes ou mauvaises ? Un Postillon -sera arrivé avec une chaise & cinq chevaux, -il sera reparti avec deux, un autre sera -arrivé avec deux & sera reparti avec quatre, -un troisieme sera arrivé à franc-étrier, repartira -avec une chaise ou une berline, & cela -pour une Poste différente que celle dont il -est parti ; il résulteroit nécessairement de ce -désordre & de cette confusion, que les chevaux -ne seroient jamais employés utilement, -& conséquemment que le service seroit toujours -très-mal fait.</p> - -<p>Il a été bien prouvé que les Relais de quatre -lieues en quatre lieues étoient impratiquables, -que loin de diminuer la quantité -des chevaux, l’entreprise exigeroit qu’on les -augmentât & sans succès, puisque ces retours -à charge ne pouvoient avoir d’exécution ; -jettons un coup-d’œil rapide sur les funestes -effets d’un pareil projet s’il se fût réalisé.</p> - -<p>Il falloit de la part des Entrepreneurs une -caution pour la garantie & la sûreté du service, -ils offroient les mille chevaux qu’ils -n’avoient pas, les fourrages & les ustensiles -nécessaires qu’ils n’avoient pas encore ; mais -eussent-ils pu offrir un mobilier tout en spéculation ? -quelle sûreté auroit-on trouvé dans -des chevaux décharnés & estropiés, ou prêts -<span class="pagenum">-18-</span> à devenir dans cet état par le travail outré -auquel on les destinoit ? quelle sûreté auroit -présenté des selles de poste, des harnois -pourris, des greniers vuides & des fournisseurs -ruinés ? De pareilles sûretés n’étoient -rien moins que capable de cautionner ou -assurer un service continuel & instant.</p> - -<p>La Compagnie quelconque qui auroit été -forcée de tout acheter, de faire faire le service -par des Commis à gage, qui n’auroit -pas joui d’une infinité des avantages dont -les Maîtres de Postes savent profiter, ne -pourroit manquer de dépenser bien plus que -ces derniers ; cette Compagnie étoit donc -incapable de soutenir un pareil établissement ; -elle devoit être accablée de son poids, -& comme on l’a dit, le service de la Poste -pouvoit manquer à l’instant même ; & le -tems nécessaire pour établir le même ordre -auroit été vraiement incalculable ; parce que -les Maîtres de Postes, que l’adoption de ce -nouveau systême auroit ruinés, la confiance -qu’ils auraient perdue, leur bâtiment qui -auroit changé de destination, ne leur auroit -plus permis de reprendre leur ancien état ; -il en seroit résulté la ruine de l’agriculture -& du commerce dans toute l’étendue de -l’Empire.</p> - -<p><span class="pagenum">-19-</span> Ces considérations sont d’autant plus capables -de fixer l’attention de l’Auguste -Assemblée Nationale, qu’elles sont toutes -vraies & puisées sur des faits positifs, sur des -exemples qui n’admettent point de réplique ; -faits & exemples garantis par la droite raison, -dont les illustres Députés de la Nation -font un si grand cas & un si glorieux usage.</p> - -<p>Ces considérations reçoivent d’autant plus -d’application dans la circonstance, que les -Maîtres de Postes sont bien informés qu’il -a été remis à l’Assemblée Nationale des -projets qui tendent à faire accueillir le systême -qu’ils viennent de combattre d’autant -plus avantageusement, que les auteurs ne -s’en tiennent plus à proposer de desservir -deux routes seulement, mais bien tout le -Royaume, ce qui donne encore un plus -grand dégré de force au raisonnement des -Maîtres de Postes.</p> - -<p>Sans doute que ces derniers ont la juste -intention de se soustraire & de soustraire -leur famille à la ruine, dont 1440 Chefs -sont menacés, mais ils ont aussi celle de -contribuer à conserver à la France un établissement, -qui, par son organisation actuelle, -fait l’admiration de l’Europe entière & dont -la perte influerait sur toute la Nation.</p> - -<p><span class="pagenum">-20-</span> Deux moyens irrésistibles écarteront à -jamais la réalisation de ce projet funeste -& heureusement impraticable. 1<sup>o</sup>. L’anéantissement -de tous privilèges, & sur-tout -de tous privilèges exclusifs. 2<sup>o</sup>. Et l’impossibilité -où seraient les entrepreneurs de -garantir la quantité de 43,200 chevaux -pour le service des Postes du Royaume, à -raison de 30 chevaux par chacun des 1440 -Maîtres de Postes.</p> - -<p>De la nécessité d’écarter des projets -vraiement destructeurs du précieux établissement -des Postes aux chevaux, résulte celle -de maintenir l’organisation actuelle de cet -établissement, & de le laisser entre les mains -des Maîtres de Postes, qui ont le plus vif -intérêt de concourir de tous leurs efforts à -la plus parfaite perfection, si elle est possible.</p> - -<p>Mais dans la circonstance où des décrets -respectables & qui doivent faire l’admiration -du monde présent & futur, ils seraient -coupable d’un défaut de confiance nuisible -à la chose publique, s’ils n’imploraient pas -la justice & la protection de Nosseigneurs, -dont les effets peuvent seuls les mettre en -état d’atteindre à cette complette perfection, -d’autant plus désirable que l’objet en -<span class="pagenum">-21-</span> est grand & intéresse véritablement toutes -les classes de la société.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes sont dignes de -cette protection qu’ils invoquent, votre -justice est intéressée à leur conserver leur -état, à laquelle est attachée leur subsistance -& celle de leur famille. Les Maîtres de -Postes, Nosseigneurs, parce qu’ils sont agriculteurs -laborieux, parce qu’ils sont de -zélés patriotes, & ces qualités en valent -bien d’autres aux yeux des sages si glorieusement -occupés d’assurer le bonheur des -Français dont ils font l’ornement.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes sont zélés Patriotes, -par cela seul qu’ils s’occupent essentiellement -des moyens d’accroître la subsistance ; -s’il fallait d’autres titres pour justifier cette -qualité si précieuse à leur cœur, ils retraceraient -les preuves qu’ils ont donné dans -tous les tems, celle particulière qu’ils en -ont donné sous le Maréchal de Belle-Isle -lors de l’invasion de la Provence, qui ne -dût sa conservation qu’au zèle éclairé des -Maîtres de Postes, qui sur le champ fournirent -tous leurs chevaux pour le transport -de l’armée, des vivres, de l’artillerie, &c. -Service dont le Roi eut dans le tems connoissance, -<span class="pagenum">-22-</span> & qu’il daigna reconnaître par -une gratification.</p> - -<p>Ceux des environs de Paris ne se feront -point un mérite du zèle ardent qu’ils ont -montré en charriant gratuitement avec leurs -chevaux de postes pendant les mois de -Juillet & Août derniers, les farines destinées -à l’approvisionnement de cette Capitale. -Ils ont saisi l’occasion d’obliger leurs concitoyens, -la récompense la plus précieuse -à leur cœur est dans le service même qu’ils -ont pu rendre.</p> - -<p>Ces considérations sont bien puissantes -sans doute aux yeux des Régénérateurs du -nom Français ; les Maîtres de Postes sont -toutesfois incapables de s’en prévaloir ; c’est -la justice éclairée de Nosseigneurs qu’ils invoquent, -& ce ne sera pas en vain, parce -que la situation désespérante de 1440 Citoyens -utiles, de 1440 Citoyens dignes de -porter le nom Français, mérite d’occuper -un moment les plus fermes appuis, en qui -réside tout l’espoir de la Nation Française.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes, Nosseigneurs, -avaient des privilèges, ils en jouissaient à -titre purement onéreux, la suppression de -<span class="pagenum">-23-</span> tous les privilèges a frappé sur eux & par -le coup qui les anéantit, votre intention -n’a point été de les ruiner & encore moins -de ruiner un établissement dont vous êtes -plus que qui que ce soit en état d’apprécier -la très-grande utilité.</p> - -<p>Vous déciderez dans votre sagesse, Nosseigneurs, -qu’il est de votre justice de remplacer -les privilèges des Maîtres de Postes, -non-seulement par une indemnité pécuniaire -bien légitimement acquise, mais -encore par une légère augmentation sur le -prix de la course de chevaux, qui n’équivaudra -jamais aux privilèges dont ils sont -privés.</p> - -<p>Il est tellement vrai que les privilèges -dont ils jouissaient n’ont été qu’un véritable -secours que dans les pays d’États & -de Cadastres, où l’exemption de la taille n’a -point lieu ; il est accordé à chaque Maître -de Poste 75 liv. & même 100 liv. par lieue, -qu’il a à parcourir avec la fixation de leur -capitation, à six livres.</p> - -<p>Cette indemnité serait bien insuffisante -pour les Maîtres de Postes des grandes -routes & des environs de Paris.</p> - -<p>C’est particulièrement sur le service de -ces grandes routes qui partent de la Capitale -<span class="pagenum">-24-</span> & où les Postes doivent être montées -d’un plus grand nombre de chevaux, & -d’espèce & de prix bien différens, que se -fera sentir l’effet de la suppression des privilèges -dont jouissaient les Maîtres de Postes. -Si Nosseigneurs ne s’occupent de la juste -indemnité qui doit en compenser la perte, -il est certain que les gens aisés qui tiennent -aujourd’hui les Postes & que leur faculté -mettent en état de supporter la cherté -excessive des denrées & les pertes accidentelles -& trop communes des chevaux, seraient -forcés de quitter leur état, ils n’auraient -que ce parti à prendre pour ne pas -compromettre leur existence & celle de leur -famille.</p> - -<p>Pour prouver l’insuffisance de l’indemnité -accordée par les pays d’États & de Cadastres, -si on y bornait celle due aux Maîtres de -Postes des grandes routes & des environs -de Paris, les Maîtres de Postes citeront ici -quelques exemples.</p> - -<p>Les 100 liv. accordés annuellement aux -Maîtres de Postes de Bretagne, étant insuffisants -pour les indemniser de la non -jouissance du fouage, on leur a accordé en -1774, 50 liv. par lieue, dont partie est -payée par le Roi & partie payée par la -<span class="pagenum">-25-</span> Province. Les Postes y sont très-faibles & -très-difficiles à soutenir, celles de Brest & -l’Orient n’existent qu’au moyen d’une augmentation -de traitement ; & en 1785 & -1786, le service des malles eût manqué sur -la route de Brest & les Postes en auraient -été abandonnées, si Sa Majesté n’avait point -accordé un secours considérable & extraordinaire -à chacun des Maîtres de Postes de -cette route, & si on ne leur eut payé les -chevaux des malles au prix de trente sols.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes du Dauphiné ont 75 -liv. par lieue, des gages du Roi de 280 liv. -& plusieurs sur la route de Lyon à Grenoble, -ont en outre des gratifications fixes & -annuelles sur les dégrèvements de la Province.</p> - -<p>Toulon a 1600 livres ; Douai 1800 liv. ; -Orléans 1000 liv. de l’Administration & -1000 liv. de la Ville ; Phalsbourg 400 liv. ; -Mets 500 livres.</p> - -<p>D’autres Postes sont à la charge du Roi, -telles que Nonau le Fusellier, qui a 600 liv. ; -la Motte-Beuvron pareille somme de 600 liv. ; -Brest 1200 livres ; Troyes 2400 livres, & -une infinité d’autres dont il devient inutile -de présenter ici l’énumération.</p> - -<p><span class="pagenum">-26-</span> Les Maîtres de Postes ne se dissimulent -pas, Nosseigneurs, que dans le moment -où vous vous occupez à rétablir les Finances, -dans un moment où chacun de vous travaille -par des épargnes en tout genre à reparer -<i>le déficit</i>, les Maîtres de Postes ne se dissimulent -pas combien il est délicat, combien -peut-être ce serait contrarier vos travaux -& vos vues de demander à l’Assemblée Nationale -une indemnité pécuniaire en remplacement -de leur Privilége.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes se livrant entièrement -à la respectueuse confiance que vous -avez si justement inspiré à tous les Citoyens -vraiment Français, oseront prendre la liberté -de soumettre à vos lumières un autre moyen -capable de balancer momentanément les -pertes des Maîtres de Postes, & de leur -faciliter le moyen de soutenir leur état & le -service public, en attendant que des circonstances -plus heureuses vous mettent -à portée de les indemniser dans les proportions -de la perte de leurs Priviléges.</p> - -<p>Ce moyen simple & d’autant plus avantageux -qu’il établirait l’égalité entre tous les -Maîtres de Postes, se réduit à une très-légère -augmentation du prix de la course des chevaux, -& l’exemption des charges de Paroisse ; -<span class="pagenum">-27-</span> telles que le marguillage, la collecte, &c. -L’adoption de ce moyen coûtera d’autant -moins à votre justice, qu’il est vrai de dire -que s’il n’est point de pays en Europe où le -Service des Postes se fasse avec autant d’exactitude -& de célérité qu’en France ; il n’en est -aucun où il en coûte aussi peu pour se -transporter promptement d’un endroit à un -autre.</p> - -<p>Il est vrai de dire encore que le prix de la -course des chevaux de Poste a varié en différens -tems, & rien n’a dû paraître plus juste ; -l’analise fort en abrégé n’en saurait être déplacée -dans ce Mémoire.</p> - -<p>Par une Ordonnance du 16 Octobre 1693, -Louis XIV a fixé les chevaux de trait à trente-cinq -sols ; on voit par un Arrêt du Conseil, -du 22 Septembre de la même année, que -malgré cette augmentation beaucoup de -Maîtres de Postes se sont vus forcés d’abandonner -le service.</p> - -<p>En 1729 le prix fut fixé à 40 sols par -chaque cheval attelé aux Berlines & Chaises -à deux personnes. On ne connaissait point -encore les limonières qui font la ruine des -chevaux de Poste.</p> - -<p>Une Ordonnance du 19 Juin 1741, porte -qu’à commencer du premier Juillet suivant, -<span class="pagenum">-28-</span> il serait payé trente sols pour chaque cheval -indistinctement.</p> - -<p>Ce n’est que depuis 1759, que le prix -des chevaux a été restraint à 25 sols, si l’on -en excepte cependant l’année 1784 que le -prix fut porté à 30 sols pour l’espace seulement -de 18 mois.</p> - -<p>Ces différentes augmentations n’ont fait -à ces époques que proportionner le prix de la -course avec celui des denrées.</p> - -<p>A l’époque où nous nous trouvons, & -depuis 1756 le numéraire est considérablement -accru, & les denrées en ont suivies s’ils -n’ont surpassé la progression successive, en se -rapportant seulement à l’année 1763, -époque de la révolution sur le prix des grains, -celui des biens-fonds a à peu près doublé, -& toutes les denrées ont augmenté dans la -même proportion, c’est là une vérité dont -la preuve est dans les mains même du Gouvernement, -puisqu’elle existe dans les -marchés des Entrepreneurs de l’Artillerie -& des vivres dont le prix a vraiment -doublé.</p> - -<p>Il en coûte aujourd’hui à un Maître de -Poste près du double, tant pour la nourriture -que pour l’achat de ses chevaux, & s’il est -obligé d’en avoir un plus grand nombre, -<span class="pagenum">-29-</span> ses dépenses & ses risques augmentent à -proportion.</p> - -<p>Rien n’est moins régulier que le tems & la -nature du service ; il se fait en général par -bouffées imprévues, ce qui ruine les chevaux ; -souvent les deux tiers de l’année il n’y -a point d’ouvrage, si les Maîtres de Poste -n’avoient pas de labour pour occuper leurs -chevaux dans les mortes saisons & les refaire, -un Maître de Poste ne pourrait subsister surtout -sur les grandes routes.</p> - -<p>L’état de Maître de Poste n’est rien moins -que lucratif ; ceux qui ont l’ordre, l’intelligence -& l’activité nécessaires y vivent, plusieurs -s’y ruinent & aucun n’y fait fortune, -& si l’on a trouvé jusqu’ici des sujets pour -garnir les Postes, on ne le doit qu’à la fiabilité -de l’état, à la protection dont ils ont -ressenti les effets, & sur-tout à l’appas des -priviléges qu’on leur avait accordé dans tous -les temps.</p> - -<p>Pour résumer ce qu’on vient de dire, les -Maîtres de Poste osent espérer que Nosseigneurs -ne perdront pas de vue, qu’ils se -sont flattés de trouver dans leur sagesse & -dans leur justice, la protection qu’ils ont -droit d’en attendre pour n’être pas dépouillés -de leur état par la réalisation de projets -<span class="pagenum">-30-</span> insensés vraiment impratiquables, & qui -tendraient à faire revivre des priviléges -exclusifs, dont l’anéantissement est la conséquence -de tous les décrets de l’Auguste -Assemblée.</p> - -<p>Les Maîtres de Postes osent espérer que -cette proscription si légitime, sera encore -fondée sur la justice de ne pas dépouiller des -Citoyens agriculteurs, actifs & laborieux de -tous moyens de subsister, & de faire subsister -leur famille.</p> - -<p>Ils espèrent enfin que Nosseigneurs, pénétrés -de cette vérité que les priviléges qui leur -ont été accordés de tous tems, n’étaient -qu’un secours indispensable & juste sous tous -les rapports, qu’une indemnité sans laquelle -ils n’auraient pu se livrer à desservir les -Postes du Royaume ; pénétrés, disons-nous, -qu’ils doivent indistinctement justice à tous -les Citoyens, & protection spéciale à ceux, -qui, comme les suppliants, ont fait preuve -en tous tems du plus pur patriotisme, Nosseigneurs -daignerons en tems & lieu proportionner -l’indemnité si justement acquise à leur -situation, & leur accorder dès à présent les -légères augmentations auxquelles ils vont -conclure.</p> - -<p>Les priviléges, grevant tous les sujets du -<span class="pagenum">-31-</span> Roi, l’augmentation du prix de la course a -cet avantage, qu’elle ne frappe que sur les -voyageurs, & qu’elle sera partagée par les -Étrangers.</p> - -<p>Par ces considérations, Nosseigneurs, il -plaise à votre justice accorder aux Maîtres -de Postes telle augmentation de prix qu’il -vous plaira déterminer par Poste, pour le -service de toutes les malles & celui des -Couriers du Cabinet ; & tel autre plus fort -prix qu’il vous plaira également déterminer -par cheval pour le service public généralement.</p> - -<p class="sign i">Les Maîtres des Postes des grandes -Routes & des environs de Paris.</p> - - -<p class="c gap">De l’Imp. de CAILLEAU, rue Galande, N<sup>o</sup>. 64.</p> - - -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRE POUR LES MAÎTRES DE POSTES ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation’s website -and official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Most people start at our website which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This website includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</div> diff --git a/old/66912-h/images/cover.jpg b/old/66912-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index c97d1d4..0000000 --- a/old/66912-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/66912-h/images/deco.png b/old/66912-h/images/deco.png Binary files differdeleted file mode 100644 index 14ba58a..0000000 --- a/old/66912-h/images/deco.png +++ /dev/null |
