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-The Project Gutenberg eBook of Vie de Beethoven, by Romain Rolland
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Vie de Beethoven
-
-Author: Romain Rolland
-
-Release Date: December 4, 2021 [eBook #66878]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Chuck Greif & The Online Distributed Proofreading Team at
- https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by The Internet Archive/American
- Libraries.)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VIE DE BEETHOVEN ***
-
-
-
-
- VIE
-
- DE
-
- BEETHOVEN
-
-
-
-
- OUVRAGES DE M. ROMAIN ROLLAND
-
-
- LIBRAIRIE HACHETTE ET Cⁱᵉ
-
-=Théâtre de la Révolution= (_Le 14 Juillet_;--_Danton_;--_Les Loups_).
- Un vol. in-16, br. 3 fr. 50
- On vend séparément: _Le 14 Juillet.--Les Loups._
- Chaque vol. in-16, br. 1 fr. 50
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-=Les Tragédies de la Foi= (_Saint Louis_;--_Aërt_;--_Le Triomphe
- de la Raison_). Un vol. in-16, br. 3 fr. 50
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-=Le Théâtre du Peuple.= Essai d’esthétique d’un théâtre nouveau.
- Un vol. in-16, br. 3 fr. 50
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-=Musiciens d’autrefois.= Un vol. in-16, br. 3 fr. 50
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-=Musiciens d’aujourd’hui.= Un vol. in-16, br. 3 fr. 50
-
-
-_VIES DES HOMMES ILLUSTRES_
-
- I. =Vie de Beethoven.=
- II. =Vie de Michel-Ange.=
-III. =Vie de Tolstoï.=
-
- Trois vol. in-16, br., chaque volume 2 fr. »
-
-
- LIBRAIRIE OLLENDORFF
-
- JEAN CHRISTOPHE
-
-=Jean-Christophe.= Quatre vol. in-16, br.
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- I. _L’Aube._ Un vol.
- II. _Le Matin._ Un vol.
-III. _L’Adolescent._ Un vol.
- IV. _La Révolte._ Un vol.
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-=Jean-Christophe à Paris.= Trois vol. in-16, br.
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- I. _La Foire sur la Place._ Un vol.
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-III. _Dans la Maison._ Un vol.
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-=La Fin du Voyage.= Trois volumes in-16, br.
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- I. _Les Amies._ Un vol.
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-III. _La nouvelle Journée._ Un vol.
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- Chaque vol. 3 fr. 50
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- LIBRAIRIE FONTEMOING
-
-=Histoire de l’Opéra en Europe avant Lully et Scarlatti.= Un vol.
-in-16 (Épuisé.)
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- LIBRAIRIE ALCAN
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-=Hændel.= Un vol. in-8 écu, br. 3 fr. 50
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-
-811-14.--Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD.--P7-14.
-
-
-
-
- VIES DES HOMMES ILLUSTRES
-
- ROMAIN ROLLAND
-
-
- VIE
-
- DE
-
- BEETHOVEN
-
-
- SEPTIÈME ÉDITION
-
- _21ᵉmille_
-
-
- PARIS
- LIBRAIRIE HACHETTE ET Cⁱᵉ
- 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
-
- 1914
-
-
-
-
-_Cette Vie de Beethoven a été publiée pour la première fois, en Janvier
- 1903, aux «Cahiers de la quinzaine»._
-
-
-
-
- «_Je veux prouver que quiconque agit bien et noblement, peut par
- cela même supporter le malheur._»
-
- BEETHOVEN
-
- A la municipalité de Vienne. 1ᵉʳ février 1819.
-
-
-
-
-_L’air est lourd autour de nous. La vieille Europe s’engourdit dans une
-atmosphère pesante et viciée. Un matérialisme sans grandeur pèse sur la
-pensée, et entrave l’action des gouvernements et des individus. Le monde
-meurt d’asphyxie dans son égoïsme prudent et vil. Le monde
-étouffe.--Rouvrons les fenêtres. Faisons rentrer l’air libre. Respirons
-le souffle des héros._
-
-_La vie est dure. Elle est un combat de chaque jour pour ceux qui ne se
-résignent pas à la médiocrité de l’âme, et un triste combat le plus
-souvent, sans grandeur, sans bonheur, livré dans la solitude et le
-silence. Oppressés par la pauvreté, par les âpres soucis domestiques,
-par les tâches écrasantes et stupides, où les forces se perdent
-inutilement, sans espoir, sans un rayon de joie, la plupart sont séparés
-les uns des autres, et n’ont même pas la consolation de pouvoir donner
-la main à leurs frères dans le malheur, qui les ignorent, et qu’ils
-ignorent. Ils ne doivent compter que sur eux-mêmes; et il y a des
-moments où les plus forts fléchissent sous leur peine. Ils appellent un
-secours, un ami._
-
-_C’est pour leur venir en aide, que j’entreprends de grouper autour
-d’eux les Amis héroïques, les grandes âmes qui souffrirent pour le bien.
-Ces_ Vies des Hommes illustres _ne s’adressent pas à l’orgueil des
-ambitieux; elles sont dédiées aux malheureux. Et qui ne l’est, au fond?
-A ceux qui souffrent, offrons le baume de la souffrance sacrée. Nous ne
-sommes pas seuls dans le combat. La nuit du monde est éclairée de
-lumières divines. Même aujourd’hui, près de nous, nous venons de voir
-briller deux des plus pures flammes, la flamme de la Justice et celle de
-la Liberté: le colonel Picquart, et le peuple des Boers. S’ils n’ont pas
-réussi à brûler les ténèbres épaisses, ils nous ont montré la route,
-dans un éclair. Marchons-y à leur suite, à la suite de tous ceux qui
-luttèrent comme eux, isolés, disséminés dans tous les pays et dans tous
-les siècles. Supprimons les barrières du temps. Ressuscitons le peuple
-des héros._
-
-_Je n’appelle pas héros ceux qui ont triomphé par la pensée ou par la
-force. J’appelle héros, seuls ceux qui furent grands par le cœur. Comme
-l’a dit un des plus grands d’entre eux, celui dont nous racontons ici
-même la vie_: «Je ne reconnais pas d’autre signe de supériorité que la
-bonté.» _Où le caractère n’est pas grand, il n’y a pas de grand homme,
-il n’y a même pas de grand artiste, ni de grand homme d’action; il n’y a
-que des idoles creuses pour la vile multitude: le temps les détruit
-ensemble. Peu nous importe le succès. Il s’agit d’être grand, et non de
-le paraître._
-
-_La vie de ceux dont nous essayons de faire ici l’histoire, presque
-toujours fut un long martyre. Soit qu’un tragique destin ait voulu
-forger leur âme sur l’enclume de la douleur physique et morale, de la
-misère et de la maladie; soit que leur vie ait été ravagée, et leur cœur
-déchiré par la vue des souffrances et des hontes sans nom dont leurs
-frères étaient torturés, ils ont mangé le pain quotidien de l’épreuve;
-et s’ils furent grands par l’énergie, c’est qu’ils le furent aussi par
-le malheur. Qu’ils ne se plaignent donc pas trop, ceux qui sont
-malheureux: les meilleurs de l’humanité sont avec eux. Nourrissons-nous
-de leur vaillance; et, si nous sommes trop faibles, reposons un instant
-notre tête sur leurs genoux. Ils nous consoleront. Il ruisselle de ces
-âmes sacrées un torrent de force sereine et de bonté puissante. Sans
-même qu’il soit besoin d’interroger leurs œuvres, et d’écouter leur
-voix, nous lirons dans leurs yeux, dans l’histoire de leur vie, que
-jamais la vie n’est plus grande, plus féconde,--et plus heureuse,--que
-dans la peine._
-
- * * * * *
-
-_En tête de cette légion héroïque, donnons la première place au fort et
-pur Beethoven. Lui-même souhaitait, au milieu de ses souffrances, que
-son exemple pût être un soutien pour les autres misérables_, «et que le
-malheureux se consolât en trouvant un malheureux comme lui, qui, malgré
-tous les obstacles de la nature, avait fait tout ce qui était en son
-pouvoir, pour devenir un homme digne de ce nom». _Parvenu par des années
-de luttes et d’efforts surhumains à vaincre sa peine et à accomplir sa
-tâche, qui était, comme il disait, de souffler un peu de courage à la
-pauvre humanité, ce Prométhée vainqueur répondait à un ami qui invoquait
-Dieu_: «O homme, aide-toi toi-même!»
-
- * * * * *
-
-_Inspirons-nous de sa fière parole. Ranimons à son exemple la foi de
-l’homme dans la vie et dans l’homme._
-
-ROMAIN ROLLAND.
-
-_Janvier 1903._
-
-
-
-
-BEETHOVEN
-
- _Woltuen, wo man kann,_
- _Freiheit über alles lieben,_
- _Wahrheit nie, auch sogar am_
- _Throne nicht verleugnen._
-
- BEETHOVEN.
- (Feuille d’album. 1792.)
-
- «_Faire tout le bien qu’on peut,_
- _Aimer la Liberté par-dessus tout,_
- _Et, quand ce serait pour un trône,_
- _Ne jamais trahir la vérité._»
-
-
-
-
-Il était petit et trapu, de forte encolure, de charpente athlétique. Une
-large figure, de couleur rouge brique, sauf vers la fin de sa vie, où le
-teint devint maladif et jaunâtre, surtout l’hiver, quand il restait
-enfermé, loin des champs. Un front puissant et bosselé. Des cheveux
-extrêmement noirs, extraordinairement épais, et où il semblait que le
-peigne n’eût jamais passé, hérissés de toutes parts, «les serpents de
-Méduse[1]». Les yeux brûlaient d’une force prodigieuse, qui saisit tous
-ceux qui le virent; mais la plupart se trompèrent sur leur nuance.
-Comme ils flambaient d’un éclat sauvage dans une figure brune et
-tragique, on les vit généralement noirs; ils ne l’étaient pas, mais bleu
-gris[2]. Petits et très profondément enfoncés, ils s’ouvraient
-brusquement dans la passion ou la colère, et alors roulaient dans leurs
-orbites, reflétant toutes leurs pensées avec une vérité merveilleuse[3].
-Souvent ils se tournaient vers le ciel avec un regard mélancolique. Le
-nez était court et carré, large, un mufle de lion. Une bouche délicate,
-mais dont la lèvre inférieure tendait à avancer sur l’autre. Des
-mâchoires redoutables, qui auraient pu broyer des noix. Une fossette
-profonde au menton, du côté droit, donnait une étrange dissymétrie à la
-face. «Il avait un bon sourire, dit Moscheles, et dans la conversation,
-un air souvent aimable et encourageant. En revanche, le rire était
-désagréable, violent et grimaçant, du reste court»,--le rire d’un homme
-qui n’est pas accoutumé à la joie. Son expression habituelle était la
-mélancolie, «une tristesse incurable». Rellstab, en 1825, dit qu’il a
-besoin de toutes ses forces pour s’empêcher de pleurer, en voyant «ses
-doux yeux et leur douleur poignante». Braun von Braunthal, un an plus
-tard, le rencontre à une brasserie: il est assis dans un coin, il fume
-une longue pipe, et il a les yeux fermés, comme il fait de plus en plus,
-à mesure qu’il approche de la mort. Un ami lui adresse la parole. Il
-sourit tristement, tire de sa poche un petit carnet de conversation; et,
-de la voix aiguë que prennent souvent les sourds, il lui dit d’écrire ce
-qu’on veut lui demander.--Son visage se transfigurait, soit dans ses
-accès d’inspiration soudaine qui le prenaient à l’improviste, même dans
-la rue, et qui frappaient d’étonnement les passants, soit quand on le
-surprenait au piano. «Les muscles de sa face saillaient, ses veines
-gonflaient; les yeux sauvages devenaient deux fois plus terribles; la
-bouche tremblait; il avait l’air d’un enchanteur vaincu par les démons
-qu’il avait évoqués.» Telle une figure de Shakespeare[4]; Julius
-Benedict dit: «Le roi Lear».
-
- * * * * *
-
-Ludwig van Beethoven naquit le 16 décembre 1770 à Bonn, près de Cologne,
-dans une misérable soupente d’une pauvre maison. Il était d’origine
-flamande[5]. Son père était un ténor inintelligent et ivrogne. Sa mère
-était domestique, fille d’un cuisinier, et veuve en premières noces
-d’un valet de chambre.
-
-Une enfance sévère, à laquelle manqua la douceur familiale, dont Mozart,
-plus heureux, fut entouré. Dès le commencement, la vie se révéla à lui
-comme un combat triste et brutal. Son père voulut exploiter ses
-dispositions musicales et l’exhiber comme un petit prodige. A quatre
-ans, il le clouait pendant des heures devant son clavecin, ou
-l’enfermait avec un violon, et le tuait de travail. Peu s’en fallut
-qu’il ne le dégoûtât à tout jamais de l’art. Il fallut user de violence
-pour que Beethoven apprît la musique. Sa jeunesse fut attristée par les
-préoccupations matérielles, le souci de gagner son pain, les tâches trop
-précoces. A onze ans, il faisait partie de l’orchestre du théâtre; à
-treize, il était organiste. En 1787, il perdit sa mère, qu’il adorait.
-«Elle m’était si bonne, si digne d’amour, ma meilleure amie! Oh! qui
-était plus heureux que moi, quand je pouvais prononcer le doux nom de
-mère, et qu’elle pouvait l’entendre[6]?» Elle était morte phtisique; et
-Beethoven se croyait atteint de la même maladie; il souffrait déjà
-constamment; et il se joignait à son mal une mélancolie, plus cruelle
-que le mal même[7]. A dix-sept ans, il était chef de famille, chargé de
-l’éducation de ses deux frères; il avait la honte de devoir solliciter
-la mise à la retraite de son père, ivrogne, incapable de diriger la
-maison: c’est au fils qu’on remettait la pension du père, pour éviter
-que celui-ci la dissipât. Ces tristesses laissèrent en lui une empreinte
-profonde. Il trouva toutefois un affectueux appui dans une famille de
-Bonn, qui lui resta toujours chère, la famille de Breuning. La gentille
-«Lorchen», Éléonore de Breuning, avait deux ans de moins que lui. Il lui
-apprenait la musique et elle l’initia à la poésie. Elle fut sa compagne
-d’enfance; et peut-être y eut-il entre eux un sentiment assez tendre.
-Éléonore épousa plus tard le docteur Wegeler, qui fut un des meilleurs
-amis de Beethoven; et, jusqu’au dernier jour, il ne cessa de régner
-entre eux une amitié paisible, qu’attestent les lettres dignes et
-tendres de Wegeler et d’Éléonore, et celles du vieux fidèle ami (_alter
-treuer Freund_) au bon cher Wegeler (_guter lieber Wegeler_). Affection
-plus touchante encore quand l’âge est venu pour tous trois, sans
-refroidir la jeunesse de leur cœur[8].
-
-Si triste qu’ait pu être l’enfance de Beethoven, il garda toujours pour
-elle, pour les lieux où elle s’écoula, un tendre et mélancolique
-souvenir. Forcé de quitter Bonn, et de passer presque toute sa vie à
-Vienne, dans la grande ville frivole et ses tristes faubourgs, jamais
-il n’oublia la vallée du Rhin, et le grand fleuve auguste et paternel,
-_unser Vater Rhein_, comme il l’appelle, «notre père le Rhin», si
-vivant, en effet, presque humain, pareil à une âme gigantesque où
-passent des pensées et des forces innombrables, nulle part plus beau,
-plus puissant et plus doux qu’en la délicieuse Bonn, dont il baigne les
-pentes ombragées et fleuries, avec une violence caressante. Là,
-Beethoven a vécu ses vingt premières années; là se sont formés les rêves
-de son cœur adolescent,--dans ces prairies qui flottent languissamment
-sur l’eau, avec leurs peupliers enveloppés de brouillards, les buissons
-et les saules, et les arbres fruitiers, qui trempent leurs racines dans
-le courant silencieux et rapide,--et, penchés sur le bord, mollement
-curieux, les villages, les églises, les cimetières même,--tandis qu’à
-l’horizon, les Sept Montagnes bleuâtres dessinent sur le ciel leurs
-profils orageux, que surmontent les maigres et bizarres silhouettes des
-vieux châteaux ruinés. A ce pays, son cœur resta éternellement fidèle;
-jusqu’au dernier instant, il rêva de le revoir, sans jamais y parvenir.
-«Ma patrie, la belle contrée où j’ai vu la lumière du jour, toujours
-aussi belle, aussi claire devant mes yeux, que lorsque je la
-laissai[9].»
-
- * * * * *
-
-En novembre 1792, Beethoven vint se fixer à Vienne, métropole musicale
-de l’Allemagne[10]. La Révolution avait éclaté; elle commençait à
-submerger l’Europe. Beethoven quitta Bonn juste au moment où la guerre y
-entrait. Sur la route de Vienne, il traversa les armées hessoises
-marchant contre la France. En 1796 et 1797, il mit en musique les
-poésies belliqueuses de Friedberg: un _Chant du Départ_ et un chœur
-patriotique: _Nous sommes un grand peuple allemand_ (_Ein grosses
-deutsches Volk sind wir_). Mais en vain il veut chanter les ennemis de
-la Révolution: la Révolution conquiert le monde, et Beethoven. Dès 1798,
-malgré la tension des rapports entre l’Autriche et la France, Beethoven
-entre en rapports intimes avec les Français, avec l’ambassade, avec le
-général Bernadotte qui venait d’arriver à Vienne. Dans ces entretiens
-commencent à se former en lui les sentiments républicains, dont on voit
-le puissant développement dans la suite de sa vie.
-
-Un dessin que Stainhauser fit de lui à cette époque, donne assez bien
-l’image de ce qu’il était alors. C’est, aux portraits suivants de
-Beethoven, ce que le portrait de Buonaparte par Guérin, cette âpre
-figure rongée de fièvre ambitieuse, est aux autres effigies de
-Napoléon. Beethoven semble plus jeune que son âge, maigre, droit, raidi
-dans sa haute cravate, le regard défiant et tendu. Il sait ce qu’il
-vaut; il croit en sa force. En 1796, il note sur son carnet: «Courage!
-Malgré toutes les défaillances du corps, mon génie triomphera....
-Vingt-cinq ans! les voici venus! je les ai.... Il faut que cette année
-même, l’homme se révèle tout entier[11].» Mme de Bernhard et Gelinck
-disent qu’il est très fier, de manières rudes et maussades, et qu’il
-parle avec un très fort accent provincial. Mais ses intimes, seuls,
-connaissent l’exquise bonté qu’il cache sous cette gaucherie
-orgueilleuse. Écrivant à Wegeler tous ses succès, la première pensée qui
-lui vient à l’esprit est celle-ci: «Par exemple, je vois un ami dans le
-besoin: si ma bourse ne me permet pas de lui venir aussitôt en aide, je
-n’ai qu’à me mettre à ma table de travail; et, en peu de temps, je l’ai
-tiré d’affaire.... Tu vois comme c’est charmant[12].» Et un peu plus
-loin, il dit: «Mon art doit se consacrer au bien des pauvres.» (_Dann
-soll meine Kunst sich nur zum Besten der Armen zeigen._)
-
-La douleur, déjà, avait frappé à sa porte; elle s’était installée en
-lui, pour n’en plus sortir. Entre 1796 et 1800, la surdité commença ses
-ravages[13]. Les oreilles lui bruissaient nuit et jour; il était miné
-par des douleurs d’entrailles. Son ouïe s’affaiblissait progressivement.
-Pendant plusieurs années, il ne l’avoua à personne, même à ses plus
-chers amis; il évitait le monde, pour que son infirmité ne fût pas
-remarquée; il gardait pour lui seul ce terrible secret. Mais, en 1801,
-il ne peut plus le taire; il le confie avec désespoir à deux de ses
-amis: le docteur Wegeler et le pasteur Amenda:
-
-«Mon cher, mon bon, mon affectueux Amenda,... combien souvent je te
-souhaite auprès de moi! Ton Beethoven est profondément malheureux. Sache
-que la plus noble partie de moi-même, mon ouïe, a beaucoup baissé. Déjà,
-à l’époque ou nous étions ensemble, j’éprouvais des symptômes du mal,
-et je le cachais; mais cela a toujours empiré depuis.... Guérirai-je? Je
-l’espère naturellement, mais bien peu; de telles maladies sont les plus
-incurables. Comme je dois vivre tristement, éviter tout ce que j’aime et
-tout ce qui m’est cher, et cela dans un monde si misérable, si
-égoïste!... Triste résignation où je dois me réfugier! Sans doute je me
-suis proposé de me mettre au-dessus de tous ces maux; mais comment cela
-me sera-t-il possible[14]?...»
-
-Et à Wegeler: «... Je mène une vie misérable. Depuis deux ans, j’évite
-toutes les sociétés, parce qu’il ne m’est pas possible de causer avec
-les gens: je suis sourd. Si j’avais quelque autre métier, cela serait
-encore possible; mais dans le mien, c’est une situation terrible. Que
-diraient de cela mes ennemis, dont le nombre n’est pas petit!... Au
-théâtre, je dois me mettre tout près de l’orchestre, pour comprendre
-l’acteur. Je n’entends pas les sons élevés des instruments et des voix,
-si je me place un peu loin.... Quand on parle doucement, j’entends à
-peine,... et d’autre part, quand on crie, cela m’est intolérable....
-Bien souvent, j’ai maudit mon existence.... Plutarque m’a conduit à la
-résignation. Je veux, si toutefois cela est possible, je veux braver mon
-destin; mais il y a des moments de ma vie où je suis la plus misérable
-créature de Dieu.... Résignation! quel triste refuge! et pourtant c’est
-le seul qui me reste[15]!»
-
-Cette tristesse tragique s’exprime dans quelques œuvres de cette époque,
-dans la _Sonate pathétique_, op. 13 (1799), surtout dans le _largo_ de
-la _troisième Sonate_ pour piano, op. 10 (1798). Chose étrange qu’elle
-ne soit pas partout empreinte, que tant d’œuvres encore: le riant
-_Septuor_ (1800), la limpide _Première Symphonie_ (_en ut majeur_,
-1800), reflètent une insouciance juvénile. C’est sans doute qu’il faut
-du temps à l’âme pour s’accoutumer à la douleur. Elle a un tel besoin de
-la joie que, quand elle ne l’a pas, il faut qu’elle la crée. Quand le
-présent est trop cruel, elle vit sur le passé. Les jours heureux qui
-furent ne s’effacent pas d’un coup; leur rayonnement persiste longtemps
-encore après qu’ils ne sont plus. Seul et malheureux à Vienne, Beethoven
-se réfugiait dans ses souvenirs du pays natal; sa pensée d’alors en est
-tout imprégnée. Le thème de l’_andante_ à variations du _Septuor_ est un
-_Lied_ rhénan. La _Symphonie en ut majeur_ est aussi une œuvre du Rhin,
-un poème d’adolescent qui sourit à ses rêves. Elle est gaie,
-langoureuse; on y sent le désir et l’espérance de plaire. Mais dans
-certains passages, dans l’introduction, dans le clair-obscur de quelques
-sombres basses, dans le _scherzo_ fantasque, on aperçoit, avec quelle
-émotion! dans cette jeune figure le regard du génie à venir. Ce sont les
-yeux du _Bambino_ de Botticelli dans ses _Saintes familles_, ces yeux
-de petit enfant où l’on croit lire déjà la tragédie prochaine.
-
-A ses souffrances physiques venaient se joindre des troubles d’un autre
-ordre. Wegeler dit qu’il ne connut jamais Beethoven sans une passion
-portée au paroxysme. Ces amours semblent avoir toujours été d’une grande
-pureté. Il n’y a aucun rapport entre la passion et le plaisir. La
-confusion qu’on établit de notre temps entre l’une et l’autre ne prouve
-que l’ignorance où la plupart des hommes sont de la passion, et son
-extrême rareté. Beethoven avait quelque chose de puritain dans l’âme;
-les conversations et les pensées licencieuses lui faisaient horreur; il
-avait sur la sainteté de l’amour des idées intransigeantes. On dit qu’il
-ne pardonnait pas à Mozart d’avoir profané son génie à écrire un _Don
-Juan_. Schindler, qui fut son ami intime, assure qu’«il traversa la vie
-avec une pudeur virginale, sans avoir jamais eu à se reprocher une
-faiblesse». Un tel homme était fait pour être dupe et victime de
-l’amour. Il le fut. Sans cesse il s’éprenait furieusement, sans cesse il
-rêvait de bonheurs, aussitôt déçus, et suivis de souffrances amères.
-C’est dans ces alternatives d’amour et de révolte orgueilleuse, qu’il
-faut chercher la source la plus féconde des inspirations de Beethoven,
-jusqu’à l’âge où la fougue de sa nature s’apaise dans une résignation
-mélancolique.
-
-En 1801, l’objet de sa passion était, à ce qu’il semble, Giulietta
-Guicciardi, qu’il immortalisa par la dédicace de sa fameuse _Sonate_
-dite du _Clair de Lune_, op. 27 (1802). «Je vis d’une façon plus douce,
-écrit-il à Wegeler, et je me mêle davantage avec les hommes.... Ce
-changement, le charme d’une chère fille l’a accompli; elle m’aime, et je
-l’aime. Ce sont les premiers moments heureux que j’aie depuis deux
-ans[16].» Il les paya durement. D’abord cet amour lui fit sentir
-davantage la misère de son infirmité, et les conditions précaires de sa
-vie, qui lui rendaient impossible d’épouser celle qu’il aimait. Puis
-Giulietta était coquette, enfantine, égoïste; elle fit cruellement
-souffrir Beethoven, et en novembre 1803 elle épousa le comte
-Gallenberg[17].--De telles passions dévastent l’âme; quand l’âme est
-déjà affaiblie par la maladie, comme l’était celle de Beethoven, elles
-risquent de la ruiner. Ce fut le seul moment de la vie de Beethoven, où
-il semble avoir été sur le point de succomber. Il traversa une crise
-désespérée, qu’une lettre nous fait connaître: _le Testament
-d’Heiligenstadt_, à ses frères, Carl et Johann, avec cette indication:
-«_Pour lire et exécuter après ma mort_[18].» C’est un cri de révolte et
-de douleur déchirante. On ne peut l’entendre sans être pénétré de pitié.
-Il fut tout près alors de mettre fin à sa vie. Seul son inflexible
-sentiment moral l’arrêta[19]. Ses dernières espérances de guérison
-disparurent. «Même le haut courage qui me soutenait s’est évanoui. O
-Providence, fais-moi apparaître une fois un jour, un seul jour de vraie
-joie! Il y a si longtemps que le son profond de la vraie joie m’est
-étranger. Quand, oh! quand, mon Dieu, pourrai-je la rencontrer
-encore?... Jamais?--Non, ce serait trop cruel!»
-
-Cela semble une plainte d’agonie; et pourtant, Beethoven vivra
-vingt-cinq ans encore. Sa puissante nature ne pouvait se résigner à
-succomber sous l’épreuve. «Ma force physique croît plus que jamais avec
-ma force intellectuelle.... Ma jeunesse, oui, je le sens, ne fait que
-commencer. Chaque jour me rapproche du but que j’entrevois sans pouvoir
-le définir.... Oh! si j’étais délivré de ce mal, j’embrasserais le
-monde!... Point de repos! Je n’en connais pas d’autre que le sommeil; et
-je suis assez malheureux de devoir lui accorder plus de temps
-qu’autrefois. Que je sois seulement délivré à moitié de mon mal: et
-alors.... Non, je ne le supporterai pas. Je veux saisir le destin à la
-gueule. Il ne réussira pas à me courber tout à fait.--Oh! cela est si
-beau, de vivre la vie mille fois[20]!»
-
-Cet amour, cette souffrance, cette volonté, ces alternatives
-d’accablement et d’orgueil, ces tragédies intérieures se retrouvent dans
-les grandes œuvres écrites en 1802: la _Sonate avec marche funèbre_, op.
-26, la _Sonate quasi una fantasia_, et la _Sonate_ dite _du Clair de
-lune_, op. 27, la _Deuxième Sonate_, op. 31, avec ses récitatifs
-dramatiques, qui semblent un monologue grandiose et désolé; la _Sonate
-en ut mineur_ pour violon, op. 30, dédiée à l’empereur Alexandre; la
-_Sonate à Kreutzer_, op. 47; les six héroïques et poignantes mélodies
-religieuses sur des paroles de Gellert, op. 48. La _Seconde Symphonie_,
-qui est de 1803, reflète davantage son juvénile amour; et l’on sent que
-sa volonté prend décidément le dessus. Une force irrésistible balaye les
-tristes pensées. Un bouillonnement de vie soulève le _finale_. Beethoven
-veut être heureux; il ne veut pas consentir à croire son infortune
-irrémédiable: il veut la guérison, il veut l’amour; il déborde
-d’espoir[21].
-
- * * * * *
-
-Dans plusieurs de ces œuvres, on est frappé par l’énergie et
-l’insistance des rythmes de marche et de combat. Cela est surtout
-sensible dans l’_allegro_ et le _finale_ de la _Seconde Symphonie_, et
-plus encore dans le premier morceau, superbement héroïque, de la
-_Sonate à l’empereur Alexandre_. Un caractère guerrier, spécial à cette
-musique, rappelle l’époque d’où elle est sortie. La Révolution arrivait
-à Vienne. Beethoven était emporté par elle. «Il se prononçait
-volontiers, dans l’intimité, dit le chevalier de Seyfried, sur les
-événements politiques, qu’il jugeait avec une rare intelligence, d’un
-coup d’œil clair et net.» Toutes ses sympathies l’entraînaient vers les
-idées révolutionnaires. «Il aimait les principes républicains», dit
-Schindler, l’ami qui le connut le mieux dans la dernière période de sa
-vie. «Il était partisan de la liberté illimitée et de l’indépendance
-nationale.... Il voulait que tous concourussent au gouvernement de
-l’État.... Il voulait pour la France le suffrage universel, et il
-espérait que Bonaparte l’établirait, et jetterait ainsi les bases du
-bonheur du genre humain.» Romain révolutionnaire, nourri de Plutarque,
-il rêvait d’une République héroïque, fondée par le dieu de la Victoire:
-le premier Consul; et, coup sur coup, il forge la _Symphonie héroïque:
-Bonaparte_ (1804)[22], l’Iliade de l’Empire, et le finale de la
-_Symphonie en ut mineur_ (1805-1808), l’épopée de la Gloire. Première
-musique vraiment révolutionnaire: l’âme du temps y revit avec
-l’intensité et la pureté qu’ont les grands événements dans les grandes
-âmes solitaires, dont les impressions ne sont pas amoindries par le
-contact de la réalité. La figure de Beethoven s’y montre colorée des
-reflets de ces guerres épiques. Partout elles s’expriment, peut-être à
-son insu, dans les œuvres de cette période: dans l’_Ouverture de
-Coriolan_ (1807), où soufflent des tempêtes, dans le _Quatrième
-quatuor_, op. 18, dont le premier morceau a tant de parenté avec cette
-ouverture; dans la _Sonate Appassionata_, op. 57 (1804), dont Bismarck
-disait: «Si je l’entendais souvent, je serais toujours très
-vaillant[23]»; dans la partition d’_Egmont_; et jusque dans ses
-concertos pour piano, dans ce _concerto en mi bémol_, op. 73 (1809), où
-la virtuosité même se fait héroïque, où passent des armées.--Comment
-s’en étonner? Si Beethoven ignorait, en écrivant la _Marche funèbre sur
-la mort d’un héros_ (de la sonate op. 26), que le héros le plus digne
-de ses chants, celui qui plus que Bonaparte s’approcha du modèle de la
-_Symphonie héroïque_, Hoche, venait de mourir près du Rhin, que domine
-encore son monument funèbre, du haut d’une petite colline entre Coblentz
-et Bonn,--à Vienne même, il avait vu deux fois la Révolution
-victorieuse. Ce sont les officiers français qui assistent en novembre
-1805, à la première de _Fidelio_. C’est le général Hulin, le vainqueur
-de la Bastille, qui s’installe chez Lobkowitz, l’ami et le protecteur de
-Beethoven, celui à qui sont dédiés l’_Héroïque_ et l’_Ut mineur_. Et le
-10 mai 1809, Napoléon couche à Schoenbrunn[24]. Bientôt Beethoven haïra
-les conquérants français. Mais il n’en a pas moins senti la fièvre de
-leur épopée; et qui ne la sent pas comme lui, ne comprendra qu’à demi
-cette musique d’actions et de triomphes impériaux.
-
- * * * * *
-
-Beethoven interrompit brusquement la _Symphonie en ut mineur_, pour
-écrire d’un jet, sans ses esquisses habituelles, la _Quatrième
-Symphonie_. Le bonheur lui était apparu. En mai 1806, il se fiançait
-avec Thérèse de Brunswick[25]. Elle l’aimait depuis longtemps,--depuis
-que, petite fille, elle prenait avec lui des leçons de piano, dans les
-premiers temps de son séjour à Vienne. Beethoven était ami de son frère,
-le comte François. En 1806, il fut leur hôte à Mártonvásár en Hongrie,
-et c’est là qu’ils s’aimèrent. Le souvenir de ces jours heureux s’est
-conservé dans quelques récits de Thérèse de Brunswick[26]. «Un soir de
-dimanche, dit-elle, après dîner, au clair de lune, Beethoven s’assit au
-piano. D’abord il promena sa main à plat sur le clavier. François et moi
-nous connaissions cela. C’était ainsi qu’il préludait toujours. Puis il
-frappa quelques accords sur les notes basses; et, lentement, avec une
-solennité mystérieuse, il joua un chant de Sébastien Bach[27]: «_Si tu
-veux me donner ton cœur, que ce soit d’abord en secret; et notre pensée
-commune, que nul ne la puisse deviner._» Ma mère et le curé s’étaient
-endormis; mon frère regardait devant lui, gravement; et moi, que son
-chant et son regard pénétraient, je sentis la vie en sa plénitude.--Le
-lendemain matin, nous nous rencontrâmes dans le parc. Il me dit:
-«J’écris à présent un opéra. La principale figure est en moi, devant
-moi, partout où je vais, partout où je reste. Jamais je n’ai été à une
-telle hauteur. Tout est lumière, pureté, clarté. Jusqu’à présent, je
-ressemblais à cet enfant des contes de fée qui ramasse les cailloux, et
-ne voit pas la fleur splendide, fleurie sur son chemin....» C’est au
-mois de mai 1806, que je devins sa fiancée, avec le seul consentement de
-mon bien-aimé frère François.»
-
-La _Quatrième Symphonie_, écrite cette année, est une pure fleur, qui
-garde le parfum de ces jours les plus calmes de sa vie. On y a justement
-remarqué «la préoccupation de Beethoven, alors, de concilier autant que
-possible son génie avec ce qui était généralement connu et aimé dans les
-formes transmises par ses prédécesseurs[28]». Le même esprit conciliant,
-issu de l’amour, agissait sur ses manières et sur sa façon de vivre.
-Ignaz von Seyfried et Grillparzer disent qu’il est plein d’entrain, vif,
-joyeux, spirituel, courtois dans le monde, patient avec les importuns,
-vêtu de façon recherchée; et il leur fait illusion, au point qu’ils ne
-s’aperçoivent pas de sa surdité, et disent qu’il est bien portant, sauf
-sa vue qui est faible[29]. C’est aussi l’idée que donne de lui un
-portrait d’une élégance romantique et un peu apprêtée, que peignit alors
-Maehler. Beethoven veut plaire, et il sait qu’il plaît. Le lion est
-amoureux: il rentre ses griffes. Mais on sent sous ses jeux, sous les
-fantaisies et la tendresse même de la _Symphonie en si bémol_, la
-redoutable force, l’humeur capricieuse, les boutades colériques.
-
-Cette paix profonde ne devait pas durer; mais l’influence bienfaisante
-de l’amour se prolongea jusqu’en 1810. Beethoven lui dut sans doute la
-maîtrise de soi, qui fit alors produire à son génie ses fruits les plus
-parfaits: cette tragédie classique, la _Symphonie en ut mineur_,--et ce
-divin rêve d’un jour d’été: la _Symphonie pastorale_
-(1808)[30].--_L’Appassionata_, inspirée de la _Tempête_ de
-Shakespeare[31], et qu’il regardait comme la plus puissante de ses
-sonates, paraît en 1807, et est dédiée au frère de Thérèse. A Thérèse
-elle-même il dédie la rêveuse et fantasque sonate, op. 78 (1809). Une
-lettre, sans date[32], et adressée _A l’immortelle Aimée_ exprime, non
-moins que l’_Appassionata_, l’intensité de son amour:
-
-«Mon ange, mon tout, mon moi.... j’ai le cœur gonflé du trop que j’ai à
-te dire.... Ah! où je suis, tu es aussi avec moi.... Je pleure, quand je
-pense que tu ne recevras probablement pas avant dimanche les premières
-nouvelles de moi.--Je t’aime, comme tu m’aimes, mais bien plus fort....
-Ah! Dieu!--Quelle vie ainsi! Sans toi!--Si près, si loin.--... Mes idées
-se pressent vers toi, mon immortelle aimée (_meine unsterbliche
-Geliebte_), parfois joyeuses, puis après tristes, interrogeant le
-destin, lui demandant s’il nous exaucera.--Je ne puis vivre qu’avec toi,
-ou je ne vis pas.... Jamais une autre n’aura mon cœur.
-Jamais!--Jamais!--O Dieu! pourquoi faut-il s’éloigner quand on s’aime?
-Et pourtant ma vie, comme elle est à présent, est une vie de
-chagrins. Ton amour m’a fait à la fois le plus heureux et le
-plus malheureux des hommes.--... Sois paisible..., sois
-paisible--aime-moi!--Aujourd’hui,--hier,--quelle ardente aspiration,
-que de larmes vers toi!--toi--toi--ma vie--mon tout!--Adieu!--oh!
-continue de m’aimer,--ne méconnais jamais le cœur de ton aimé
-L.--Éternellement à toi--éternellement à moi--éternellement à nous[33].»
-
-Quelle raison mystérieuse empêcha le bonheur de ces deux êtres qui
-s’aimaient?--Peut-être le manque de fortune, la différence de
-conditions. Peut-être Beethoven se révolta-t-il contre la longue attente
-qu’on lui imposait, et contre l’humiliation de tenir son amour
-indéfiniment secret.
-
-Peut-être, violent, malade et misanthrope, comme il était, fit-il
-souffrir sans le vouloir celle qu’il aimait, et s’en
-désespérait-il.--L’union fut rompue; et pourtant ni l’un ni l’autre ne
-semble avoir jamais oublié son amour. Jusqu’à son dernier jour (elle ne
-mourut qu’en 1861), Thérèse de Brunswick aima Beethoven.
-
-Et Beethoven disait, en 1816: «En pensant à elle, mon cœur bat aussi
-fort que le jour où je la vis pour la première fois.» De cette même
-année sont les six mélodies _à la bien-aimée lointaine_ (_an die ferne
-Geliebte_), op. 98, d’un caractère si touchant et si profond. Il écrit
-dans ses notes: «Mon cœur déborde à l’aspect de cette admirable nature,
-et pourtant Elle n’est pas là, près de moi!»--Thérèse avait donné son
-portrait à Beethoven, avec la dédicace: «Au rare génie, au grand
-artiste, à l’homme bon. T. B.[34]». Dans la dernière année de sa vie, un
-ami surprit Beethoven, seul, embrassant ce portrait en pleurant, et
-parlant tout haut suivant son habitude: «Tu étais si belle, si grande,
-pareille aux anges!» L’ami se retira, revint un peu plus tard, le trouva
-au piano, et lui dit: «Aujourd’hui, mon vieil ami, il n’y a rien de
-diabolique sur votre visage.» Beethoven répondit: «C’est que mon bon
-ange m’a visité.»--La blessure fut profonde. «Pauvre Beethoven, dit-il
-lui-même, il n’est point de bonheur pour toi dans ce monde. Dans les
-régions de l’idéal seulement, tu trouveras des amis[35].»
-
-Il écrit dans ses notes: «Soumission, soumission profonde à ton destin:
-tu ne peux plus exister pour toi, mais seulement pour les autres; pour
-toi, il n’y a plus de bonheur qu’en ton art. O Dieu, donne-moi la force
-de me vaincre!»
-
- * * * * *
-
-Il est donc abandonné par l’amour. En 1810, il se retrouve seul; mais la
-gloire est venue, et le sentiment de sa puissance. Il est dans la force
-de l’âge. Il se livre à son humeur violente et sauvage, sans plus se
-soucier de rien, sans égards au monde, aux conventions, aux jugements
-des autres. Qu’a-t-il à craindre ou à ménager? Plus d’amour et plus
-d’ambition. Sa force, voilà ce qui lui reste, la joie de sa force, et le
-besoin d’en user, presque d’en abuser. «La force, voilà la morale des
-hommes qui se distinguent du commun des hommes.» Il est retombé dans la
-négligence de sa mise; et sa liberté de manières est devenue bien plus
-hardie qu’autrefois. Il sait qu’il a le droit de tout dire, même aux
-plus grands. «Je ne reconnais pas d’autres signes de supériorité que la
-bonté», écrit-il le 17 juillet 1812[36]. Bettina Brentano, qui le vit
-alors, dit qu’«aucun empereur, aucun roi n’avait une telle conscience de
-sa force». Elle fut fascinée par sa puissance: «Lorsque je le vis pour
-la première fois, écrit-elle à Gœthe, l’univers tout entier disparut
-pour moi. Beethoven me fit oublier le monde, et toi-même, ô Gœthe....
-Je ne crois pas me tromper, en assurant que cet homme est de bien loin
-en avance sur la civilisation moderne.» Gœthe chercha à connaître
-Beethoven. Ils se rencontrèrent aux bains de Bohême, à Tœplitz, en 1812,
-et s’entendirent assez mal. Beethoven admirait passionnément le génie de
-Gœthe[37]; mais son caractère était trop libre et trop violent pour
-s’accommoder de celui de Gœthe, et pour ne pas le blesser. Il a raconté
-lui-même une promenade qu’ils firent ensemble, où l’orgueilleux
-républicain qu’il était donna une leçon de dignité au conseiller aulique
-du grand-duc de Weimar, qui ne le lui pardonna point.
-
-«Les rois et les princes peuvent bien faire des professeurs et des
-conseillers secrets; ils peuvent les combler de titres et de
-décorations; mais ils ne peuvent pas faire des grands hommes, des
-esprits qui s’élèvent au-dessus de la fiente du monde;... et quand deux
-hommes sont ensemble, tels que moi et Gœthe, ces messieurs doivent
-sentir notre grandeur.--Hier, nous avons rencontré, sur le chemin, en
-rentrant, toute la famille impériale. Nous la vîmes de loin. Gœthe se
-détacha de mon bras, pour se ranger sur le côté de la route. J’eus beau
-lui dire tout ce que je voulus, je ne pus lui faire faire un pas de
-plus. J’enfonçai alors mon chapeau sur ma tête, je boutonnai ma
-redingote, et je fonçai, les bras derrière le dos, au milieu des groupes
-les plus épais.--Princes et courtisans ont fait la haie; le duc
-Rodolphe m’a ôté son chapeau; madame l’impératrice m’a salué la
-première.--Les grands me connaissent.--Pour mon divertissement, je vis
-la procession défiler devant Gœthe. Il se tenait sur le bord de la
-route, profondément courbé, son chapeau à la main. Je lui ai lavé la
-tête après, je ne lui ai fait grâce de rien[38]....» Gœthe n’oublia pas
-non plus[39].
-
-De cette date sont les _Septième_ et _Huitième Symphonies_, écrites en
-quelques mois, à Tœplitz, en 1812: l’Orgie du Rythme, et la Symphonie
-humoristique, les œuvres où il s’est montré peut-être le plus au
-naturel, et, comme il disait, le plus «déboutonné» (_aufgeknoepft_),
-avec ces transports de gaieté et de fureur, ces contrastes imprévus, ces
-saillies déconcertantes et grandioses, ces explosions titaniques qui
-plongeaient Gœthe et Zelter dans l’effroi[40], et faisaient dire de la
-_Symphonie en la_, dans l’Allemagne du Nord, que c’était l’œuvre d’un
-ivrogne.--D’un homme ivre, en effet, mais de force et de génie. «Je
-suis, a-t-il dit lui-même, je suis le Bacchus qui broie le vin délicieux
-pour l’humanité. C’est moi qui donne aux hommes la divine frénésie de
-l’esprit.» Je ne sais si, comme l’a écrit Wagner, il a voulu peindre
-dans le finale de sa Symphonie une fête dionysiaque[41]. Je reconnais
-surtout dans cette fougueuse kermesse la marque de son hérédité
-flamande, de même que je retrouve son origine dans son audacieuse
-liberté de langage et de manières, qui détonne superbement dans le pays
-de la discipline et de l’obéissance. Nulle part plus de franchise et de
-libre puissance que dans la _Symphonie en la_. C’est une dépense folle
-d’énergies surhumaines, sans but, pour le plaisir, un plaisir de fleuve
-qui déborde et submerge. Dans la _Huitième Symphonie_, la force est
-moins grandiose, mais plus étrange encore, et plus caractéristique de
-l’homme, mêlant la tragédie à la farce, et une vigueur herculéenne à des
-jeux et des caprices d’enfant[42].
-
-1814 marque l’apogée de la fortune de Beethoven. Au Congrès de Vienne,
-il fut traité comme une gloire européenne. Il prit une part active aux
-fêtes. Les princes lui rendaient hommage; et il se laissait fièrement
-faire la cour par eux, comme il s’en vantait à Schindler.
-
-Il s’était enflammé pour la guerre d’indépendance[43]. En 1813, il
-écrivit une symphonie de _la Victoire de Wellington_, et, au
-commencement de 1814, un chœur guerrier: _Renaissance de l’Allemagne_
-(_Germanias Wiedergeburt_). Le 29 novembre 1814, il dirigea, devant un
-public de rois, une cantate patriotique: _le Glorieux moment_ (_Der
-glorreiche Augenblick_), et il composa pour la prise de Paris, en 1815,
-un chœur: _Tout est consommé!_ (_Es ist vollbracht!_) Ces œuvres de
-circonstance firent plus pour sa réputation que tout le reste de sa
-musique. La gravure de Blasius Hœfel, d’après un dessin du Français
-Letronne, et le masque farouche, moulé sur son visage par Franz Klein en
-1812, donnent l’image vivante de Beethoven au temps du Congrès de
-Vienne. Le trait dominant de cette face de lion, aux mâchoires serrées,
-aux plis colères et douloureux, est la volonté,--une volonté
-napoléonienne. On reconnaît l’homme, qui disait de Napoléon, après Iéna:
-«Quel malheur que je ne me connaisse pas à la guerre comme à la musique!
-Je le battrais!»--Mais son royaume n’était pas de ce monde. «Mon empire
-est dans l’air», comme il l’écrit à François de Brunswick. (_Mein Reich
-ist in der Luft_[44].)
-
- * * * * *
-
-A cette heure de gloire succède la période la plus triste et la plus
-misérable.
-
-Vienne n’avait jamais été sympathique à Beethoven. Un génie fier et
-libre, comme le sien, ne pouvait se plaire dans cette ville factice,
-d’esprit mondain et médiocre, que Wagner a si durement marquée de son
-mépris[45]. Il ne perdait aucune occasion de s’en éloigner; et vers
-1808, il avait songé sérieusement à quitter l’Autriche, pour venir à la
-cour de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie[46]. Mais Vienne était
-abondante en ressources musicales; et il faut lui rendre cette justice,
-qu’il s’y trouva toujours de nobles dilettantes pour sentir la grandeur
-de Beethoven et pour épargner à leur patrie la honte de le perdre. En
-1809, trois des plus riches seigneurs de Vienne: l’archiduc Rodolphe,
-élève de Beethoven, le prince Lobkowitz, et le prince Kinsky, s’étaient
-engagés à lui servir annuellement une pension de 4 000 florins, sous la
-seule condition qu’il resterait en Autriche: «Comme il est démontré,
-disaient-ils, que l’homme ne peut entièrement se vouer à son art qu’à
-la condition d’être libre de tout souci matériel, et que ce n’est
-qu’alors qu’il peut produire ces œuvres sublimes qui sont la gloire de
-l’art, les soussignés ont formé la résolution de mettre Ludwig van
-Beethoven à l’abri du besoin, et d’écarter ainsi les obstacles
-misérables qui pourraient s’opposer à l’essor de son génie.»
-
-Malheureusement l’effet ne répondit pas aux promesses. Cette pension fut
-toujours fort inexactement payée; bientôt elle cessa tout à fait de
-l’être. Vienne avait d’ailleurs changé de caractère après le Congrès de
-1814. La société était distraite de l’art par la politique, le goût
-musical gâté par l’italianisme, et la mode, tout à Rossini, traitait
-Beethoven de pédant[47].
-
-Les amis et les protecteurs de Beethoven se dispersèrent ou moururent:
-le prince Kinsky en 1812, Lichnowsky en 1814, Lobkowitz en 1816.
-Rasumowsky, pour qui il avait écrit ses admirables quatuors, op. 59,
-donna son dernier concert en février 1815. En 1815, Beethoven se
-brouille avec Stephan von Breuning, son ami d’enfance, le frère
-d’Éléonore[48]. Il est désormais seul[49]: «Je n’ai point d’amis et je
-suis seul au monde», écrit-il dans ses notes de 1816.
-
-La surdité était devenue complète[50]. Depuis l’automne de 1815, il n’a
-plus de relations que par écrit avec le reste des hommes. Le plus ancien
-cahier de conversation est de 1816[51]. On connaît le douloureux récit
-de Schindler sur la représentation de _Fidelio_ en 1822. «Beethoven
-demanda à diriger la répétition générale.... Dès le duetto du premier
-acte, il fut évident qu’il n’entendait rien de ce qui se passait sur la
-scène. Il retardait considérablement le mouvement; et, tandis que
-l’orchestre suivait son bâton, les chanteurs pressaient pour leur
-compte. Il s’ensuivit une confusion générale. Le chef d’orchestre
-ordinaire, Umlauf, proposa un instant de repos, sans en donner la
-raison; et, après quelques paroles échangées avec les chanteurs, on
-recommença. Le même désordre se produisit de nouveau. Il fallut faire
-une seconde pause. L’impossibilité de continuer sous la direction de
-Beethoven était évidente; mais comment le lui faire comprendre? Personne
-n’avait le cœur de lui dire: «Retire-toi, pauvre malheureux, tu ne peux
-pas diriger». Beethoven, inquiet, agité, se tournait à droite et à
-gauche, s’efforçait de lire dans l’expression des différentes
-physionomies, et de comprendre d’où venait l’obstacle: de tous côtés, le
-silence. Tout à coup, il m’appela d’une façon impérieuse. Quand je fus
-près de lui, il me présenta son carnet et me fit signe d’écrire. Je
-traçai ces mots: «Je vous supplie de ne pas continuer; je vous
-expliquerai à la maison pourquoi». D’un bond, il sauta dans le parterre,
-me criant: «Sortons vite!» Il courut d’un trait jusqu’à sa maison; il
-entra et se laissa tomber inerte sur un divan, se couvrant le visage
-avec les deux mains; il resta ainsi jusqu’à l’heure du repas. A table,
-il ne fut pas possible d’en tirer une parole; il conservait l’expression
-de l’abattement et de la douleur la plus profonde. Après dîner, quand je
-voulus le laisser, il me retint, m’exprimant le désir de ne pas rester
-seul. Au moment de nous séparer, il me pria de l’accompagner chez son
-médecin, qui avait une grande réputation pour les maladies de
-l’oreille.... Dans toute la suite de mes rapports avec Beethoven, je ne
-trouve pas un jour qui puisse se comparer à ce jour fatal de
-novembre.... Il avait été frappé au cœur, et, jusqu’au jour de sa mort,
-il vécut sous l’impression de cette terrible scène[52].»
-
-Deux ans plus tard, le 7 mai 1824, dirigeant la _Symphonie avec chœurs_
-(ou plutôt, comme dit le programme, «prenant part à la direction du
-concert»), il n’entendait rien du fracas de toute la salle qui
-l’acclamait; il ne parvenait à s’en douter, que lorsqu’une des
-chanteuses, le prenant par la main, le tournait du côté du public, et
-qu’il voyait soudain les auditeurs debout, agitant leurs chapeaux, et
-battant des mains.--Un voyageur anglais, Russel, qui le vit au piano,
-vers 1825, dit que quand il voulait jouer doucement, les touches ne
-résonnaient pas, et que cela était saisissant de suivre dans ce silence
-l’émotion qui l’animait, sur sa figure et ses doigts crispés.
-
-Muré en lui-même[53], séparé du reste des hommes, il n’avait de
-consolation qu’en la nature. «Elle était sa seule confidente», dit
-Thérèse de Brunswick. Elle fut son refuge. Charles Neate, qui le connut
-en 1815, dit qu’il ne vit jamais personne qui aimât aussi parfaitement
-les fleurs, les nuages, la nature[54]: il semblait en vivre.--«Personne
-sur terre ne peut aimer la campagne autant que moi, écrit Beethoven....
-J’aime un arbre plus qu’un homme....»--Chaque jour, à Vienne, il
-faisait le tour des remparts. A la campagne, de l’aurore à la nuit, il
-se promenait seul, sans chapeau, sous le soleil, ou la pluie.
-«Tout-Puissant!--Dans les bois je suis heureux,--heureux dans les
-bois--où chaque arbre parle par toi.--Dieu, quelle splendeur!--Dans ces
-forêts, sur les collines,--c’est le calme,--le calme pour te servir.»
-
-Son inquiétude d’esprit y trouvait quelque répit[55]. Il était harcelé
-par les soucis d’argent. Il écrit en 1818: «Je suis presque réduit à la
-mendicité, et je suis forcé d’avoir l’air de ne pas manquer du
-nécessaire». Et ailleurs: «La sonate op. 106 a été écrite dans des
-circonstances pressantes. C’est une dure chose de travailler pour se
-procurer du pain.» Spohr dit que souvent il ne pouvait sortir, à cause
-de ses souliers troués. Il avait de fortes dettes envers ses éditeurs,
-et ses œuvres ne lui rapportaient rien. La _Messe en ré_, mise en
-souscription, recueillit sept souscripteurs (dont pas un musicien)[56].
-Il recevait à peine trente ou quarante ducats pour ses admirables
-sonates, dont chacune lui coûtait trois mois de travail. Le prince
-Galitzin lui faisait composer ses quatuors, op. 127, 130, 132, ses
-œuvres les plus profondes peut-être et qui semblent écrites avec son
-sang; il ne les lui payait pas. Beethoven se consumait dans des
-difficultés domestiques, dans des procès sans fin, afin d’obtenir les
-pensions qu’on lui devait, ou de conserver la tutelle d’un neveu, le
-fils de son frère Charles, mort de la phtisie en 1815.
-
-Il avait reporté sur cet enfant le besoin de dévouement dont son cœur
-débordait. Il se réservait là encore de cruelles souffrances. Il semble
-qu’une sorte de grâce d’état ait pris soin de renouveler sans cesse et
-d’accroître sa misère, pour que son génie ne manquât point
-d’aliments.--Il lui fallut d’abord disputer le petit Charles à la mère
-indigne, qui voulait le lui enlever:
-
-«O mon Dieu, écrit-il, mon rempart, ma défense, mon seul refuge! Tu lis
-dans les profondeurs de mon âme, et tu sais les douleurs que j’éprouve,
-lorsqu’il faut que je fasse souffrir ceux qui veulent me disputer mon
-Charles, mon trésor[57]! Entends-moi, Être que je ne sais comment
-nommer, exauce l’ardente prière de la plus malheureuse de tes
-créatures!»
-
-«O Dieu! A mon secours! Tu me vois abandonné de l’humanité entière,
-parce que je ne veux pas pactiser avec l’injustice! Exauce la prière que
-je te fais, au moins pour l’avenir, de vivre avec mon Charles!... O sort
-cruel, destin implacable! Non, non, mon malheur ne finira jamais!»
-
-Puis ce neveu, si passionnément aimé, se montra indigne de la confiance
-de son oncle. La correspondance de Beethoven avec lui est douloureuse et
-révoltée, comme celle de Michel-Ange avec ses frères, mais plus naïve et
-plus touchante:
-
-«Dois-je encore une fois être payé par l’ingratitude la plus abominable?
-Eh bien, si le lien doit être rompu entre nous, qu’il le soit! tous les
-gens impartiaux qui le sauront te haïront.... Si le pacte qui nous lie
-te pèse, au nom de Dieu,--qu’il en soit selon sa volonté!--Je
-t’abandonne à la Providence; j’ai fait tout ce que je pouvais; je puis
-paraître devant le Juge Suprême[58]....»
-
-«Gâté, comme tu es, cela ne te ferait pas de mal de tâcher enfin d’être
-simple et vrai; mon cœur a trop souffert de ta conduite hypocrite à mon
-égard, et il m’est difficile d’oublier.... Dieu m’est témoin, je ne rêve
-que d’être à mille lieues de toi, et de ce triste frère, et de cette
-abominable famille....--Je ne peux plus avoir confiance en toi.» Et il
-signe: «Malheureusement, ton père,--ou mieux, pas ton père[59]».
-
-Mais le pardon vient aussitôt:
-
-«Mon cher fils!--Pas un mot de plus,--viens dans mes bras, tu
-n’entendras aucune dure parole.... Je te recevrai avec le même amour. Ce
-qu’il y a à faire pour ton avenir, nous en parlerons amicalement.--Ma
-parole d’honneur, aucun reproche! Ils ne serviraient plus à rien.
-Tu n’as plus à attendre de moi que la sollicitude et l’aide
-la plus aimante.--Viens--viens sur le cœur fidèle de ton
-père.--Beethoven.--Viens, aussitôt après le reçu de cette lettre, viens
-à la maison.» (Et sur l’adresse, en français: «_Si vous ne viendrez pas,
-vous me tuerez sûrement[60]._»)
-
-«Ne mens pas, supplie-t-il, reste toujours mon fils bien-aimé! Quelle
-horrible dissonance, si tu me payais d’hypocrisie, comme on veut me le
-faire croire!... Adieu, celui qui ne t’a pas donné la vie, mais qui te
-l’a certainement conservée et qui a pris tous les soins possibles de ton
-développement moral, avec une affection plus que paternelle, te prie du
-fond du cœur, de suivre le seul vrai chemin du bien et du juste. Ton
-fidèle bon père[61].»
-
-Après avoir caressé toutes sortes de rêves pour l’avenir de ce neveu,
-qui ne manquait pas d’intelligence et qu’il voulait diriger vers la
-carrière universitaire, Beethoven dut consentir à en faire un négociant.
-Mais Charles fréquentait les tripots, il faisait des dettes.
-
-Par un triste phénomène, plus fréquent qu’on ne croit, la grandeur
-morale de son oncle, au lieu de lui faire du bien, lui faisait du mal,
-l’exaspérait, le poussait à la révolte, comme il le dit, dans ce
-terrible mot, où se montre à vif cette âme misérable: «Je suis devenu
-plus mauvais, parce que mon oncle voulait que je fusse meilleur». Il en
-arriva, dans l’été de 1826, à se tirer un coup de pistolet dans la tête.
-Il n’en mourut pas; mais ce fut Beethoven qui faillit en mourir: il ne
-se remit jamais de cette émotion affreuse[62]. Charles guérit: il vécut
-jusqu’à la fin pour faire souffrir son oncle, à la mort duquel il ne fut
-pas tout à fait étranger, et auprès duquel il ne fut pas à l’heure de la
-mort.--«Dieu ne m’a jamais abandonné», écrivait Beethoven à son neveu,
-quelques années avant. «Il se trouvera quelqu’un pour me fermer les
-yeux.»--Ce ne devait pas être celui qu’il appelait «son fils»[63].
-
- * * * * *
-
-C’est du fond de cet abîme de tristesse que Beethoven entreprit de
-célébrer la Joie.
-
-C’était le projet de toute sa vie. Dès 1793, il y pensait, à Bonn[64].
-Toute sa vie, il voulut chanter la Joie, et en faire le couronnement de
-l’une de ses grandes œuvres. Toute sa vie, il hésita à trouver la forme
-exacte de l’hymne, et l’œuvre où il pourrait lui donner place. Même dans
-sa _Neuvième Symphonie_, il était loin d’être décidé. Jusqu’au dernier
-instant, il fut sur le point de remettre l’_Ode à la Joie_ à une dixième
-ou onzième symphonie. On doit bien remarquer que la _Neuvième_ n’est pas
-intitulée, comme on dit: _Symphonie avec chœurs_, mais _Symphonie avec
-un chœur final sur l’Ode à la Joie_. Elle pouvait, elle a failli avoir
-une autre conclusion. En juillet 1823, Beethoven pensait encore à lui
-donner un _finale_ instrumental, qu’il employa ensuite dans le quatuor
-op. 132. Czerny et Sonnleithner assurent même qu’après l’exécution (mai
-1824), Beethoven n’avait pas abandonné cette idée.
-
-Il y avait, à l’introduction du chœur dans une symphonie, de grandes
-difficultés techniques que nous attestent les cahiers de Beethoven et
-ses nombreux essais pour faire entrer les voix autrement, et à un autre
-moment de l’œuvre. Dans les esquisses de la deuxième mélodie de
-l’_adagio_[65], il a écrit: «Peut-être le chœur entrerait-il
-convenablement ici». Mais il ne pouvait se décider à se séparer de son
-fidèle orchestre. «Quand une idée me vient, disait-il, je l’entends dans
-un instrument, jamais dans les voix.» Aussi recule-t-il le plus possible
-le moment d’employer les voix; et il va jusqu’à donner d’abord aux
-instruments, non seulement les récitatifs du _finale_[66], mais le thème
-même de la Joie.
-
-Mais il faut aller plus avant encore dans l’explication de ces
-hésitations et de ces retards: la cause en est plus profonde. Ce
-malheureux homme, toujours tourmenté par le chagrin, a toujours aspiré à
-chanter l’excellence de la Joie; et, d’année en année, il remettait sa
-tâche, sans cesse repris par le tourbillon de ses passions et par sa
-mélancolie. Ce n’est qu’au dernier jour qu’il y est parvenu. Mais avec
-quelle grandeur!
-
-Au moment où le thème de la Joie va paraître pour la première fois,
-l’orchestre s’arrête brusquement; il se fait un soudain silence: ce qui
-donne à l’entrée du chant un caractère mystérieux et divin. Et cela est
-vrai: ce thème est proprement un dieu. La Joie descend du ciel,
-enveloppée d’un calme surnaturel: de son souffle léger elle caresse les
-souffrances; et la première impression qu’elle fait est si tendre, quand
-elle se glisse dans le cœur convalescent, qu’ainsi que cet ami de
-Beethoven, «on a envie de pleurer, en voyant ses doux yeux». Lorsque le
-thème passe ensuite dans les voix, c’est à la basse qu’il se présente
-d’abord, avec un caractère sérieux et un peu oppressé. Mais peu à peu la
-Joie s’empare de l’être. C’est une conquête, une guerre contre la
-douleur. Et voici les rythmes de marche, les armées en mouvement, le
-chant ardent et haletant du ténor, toutes ces pages frémissantes, où
-l’on croit entendre le souffle de Beethoven lui-même, le rythme de sa
-respiration et de ses cris inspirés, tandis qu’il parcourait les
-champs, en composant son œuvre, transporté d’une fureur démoniaque,
-comme un vieux roi Lear au milieu de l’orage. A la joie guerrière
-succède l’extase religieuse; puis une orgie sacrée, un délire d’amour.
-Toute une humanité frémissante tend les bras au ciel, pousse des
-clameurs puissantes, s’élance vers la Joie, et l’étreint sur son cœur.
-
-L’œuvre du Titan eut raison de la médiocrité publique. La frivolité de
-Vienne en fut un instant ébranlée; elle était tout à Rossini, et aux
-opéras italiens. Beethoven, humilié et attristé, allait s’établir à
-Londres, et pensait y faire exécuter la _Neuvième Symphonie_. Une
-seconde fois, comme en 1809, quelques nobles amis lui portèrent une
-supplique, pour qu’il ne quittât pas la patrie. «Nous savons,
-disaient-ils, que vous avez écrit une nouvelle composition de musique
-sacrée[67], où vous avez exprimé les sentiments que vous inspire _votre
-foi profonde_. La _lumière surnaturelle_ qui pénètre votre grande âme
-l’illumine. Nous savons d’autre part que la couronne de vos grandes
-symphonies s’est augmentée d’une fleur immortelle.... Votre absence,
-pendant ces dernières années, affligeait tous ceux qui avaient les yeux
-tournés vers vous[68]. Tous pensaient avec tristesse que l’homme de
-génie, placé si haut parmi les vivants, restait silencieux, tandis qu’un
-genre de musique étrangère cherchait à se transplanter sur notre terre,
-faisant tomber dans l’oubli les productions de l’art allemand.... De
-vous seul la nation attend une nouvelle vie, de nouveaux lauriers, et un
-nouveau règne du vrai et du beau, en dépit de la mode du jour....
-Donnez-nous l’espoir de voir bientôt nos désirs satisfaits.... Et puisse
-le printemps qui vient, refleurir doublement, grâce à vos dons, pour
-nous et pour le monde[69]!» Cette généreuse adresse montre quelle était
-la puissance non seulement artistique, mais morale, dont Beethoven
-jouissait sur l’élite de l’Allemagne. Le premier mot qui s’offre à ses
-admirateurs pour louer son génie n’est pas celui de science, ni d’art:
-c’est celui de foi[70].
-
-Beethoven fut profondément ému par ces paroles. Il resta. Le 7 mai 1824,
-eut lieu à Vienne la première audition de la _Messe en ré_ et de la
-_Neuvième Symphonie_. Le succès fut triomphal, et prit même un caractère
-presque séditieux. Quand Beethoven parut, il fut accueilli par cinq
-salves d’applaudissements; la coutume, dans ce pays de l’étiquette,
-était de n’en faire que trois pour l’entrée de la famille impériale. La
-police dut mettre fin aux manifestations. La symphonie souleva un
-enthousiasme frénétique. Beaucoup pleuraient. Beethoven s’évanouit
-d’émotion après le concert; on le porta chez Schindler; il y resta
-assoupi, tout habillé, sans manger ni boire, toute la nuit et le matin
-suivant. Le triomphe fut passager, et le résultat pratique en fut nul
-pour Beethoven. Le concert ne rapporta rien. La gêne matérielle de sa
-vie n’en fut point changée. Il se retrouva pauvre, malade[71],
-solitaire,--mais vainqueur[72]:--vainqueur de la médiocrité des hommes,
-vainqueur de son propre destin, vainqueur de sa souffrance.
-
-«Sacrifie, sacrifie toujours les niaiseries de la vie à ton art! Dieu
-par-dessus tout!» (_O Gott über alles!_)
-
- * * * * *
-
-Il s’est donc emparé de l’objet de toute sa vie. Il a saisi la
-Joie.--Saura-t-il rester à ce sommet de l’âme, qui domine les
-tempêtes?--Certes, il dut retomber bien des jours dans les anciennes
-angoisses. Certes, ses derniers quatuors sont pleins d’ombres étranges.
-Pourtant il semble que la victoire de la _Neuvième Symphonie_ ait laissé
-en lui sa glorieuse marque. Les projets qu’il a pour l’avenir[73]: la
-_Dixième Symphonie_[74], l’_Ouverture sur le nom de Bach_, la musique
-pour la _Mélusine_ de Grillparzer[75], pour l’_Odysseus_ de Körner et le
-_Faust_, de Gœthe[76], l’oratorio biblique sur _Saül et David_,
-montrent son esprit attiré vers la sérénité puissante des grands vieux
-maîtres allemands: de Bach et de Hændel,--et, plus encore, vers la
-lumière du Midi, vers le Sud de la France, ou vers cette Italie qu’il
-rêvait de parcourir[77].
-
-Le docteur Spiller, qui le vit en 1826, dit que sa figure était devenue
-joyeuse et joviale. La même année, quand Grillparzer lui parle pour la
-dernière fois, c’est Beethoven qui rend de l’énergie au poète accablé:
-«Ah! dit celui-ci, si j’avais la millième partie de votre force et de
-votre fermeté!» Les temps sont durs; la réaction monarchique opprime les
-esprits. «La censure m’a tué, gémit Grillparzer. Il faut partir pour
-l’Amérique du Nord, si l’on veut parler, penser librement.» Mais nul
-pouvoir ne pouvait bâillonner la pensée de Beethoven. «Les mots sont
-enchaînés; mais les sons par bonheur sont encore libres», lui écrit le
-poète Kuffner. Beethoven est la grande voix libre, la seule peut-être
-alors de la pensée allemande. Il le sentait. Souvent il parle du devoir
-qui lui était imposé d’agir, au moyen de son art, «pour la pauvre
-humanité», pour «l’humanité à venir» (_der künftigen Menschheit_), de
-lui faire du bien, de lui rendre courage, de secouer son sommeil, de
-flageller sa lâcheté. «Notre temps, écrivait-il à son neveu, a besoin de
-robustes esprits pour fouailler ces misérables gueuses d’âmes humaines.»
-Le docteur Müller dit, en 1827, que «Beethoven s’exprimait toujours
-librement sur le gouvernement, sur la police, sur l’aristocratie, même
-en public. La police le savait, mais elle tolérait ses critiques et ses
-satires comme des rêveries inoffensives; et elle laissait en repos
-l’homme dont le génie avait un extraordinaire éclat[78]».
-
-Ainsi rien n’était capable de plier cette force indomptable. Elle semble
-se faire un jeu maintenant de la douleur. La musique écrite dans ces
-dernières années, malgré les circonstances pénibles où elle fut
-composée[79], a souvent un caractère tout nouveau d’ironie, de mépris
-héroïque et joyeux. Quatre mois avant sa mort, le dernier morceau qu’il
-termine, en novembre 1826, le nouveau _finale_ au _quatuor_ op. 130,
-est très gai. A la vérité, cette gaîté n’est pas celle de tout le monde.
-Tantôt c’est le rire âpre et saccadé dont parle Moscheles; tantôt le
-sourire émouvant, fait de tant de souffrances vaincues. N’importe, il
-est vainqueur. Il ne croit pas à la mort.
-
-Elle venait cependant. A la fin de novembre 1826, il prit un
-refroidissement pleurétique; il tomba malade à Vienne, au retour d’un
-voyage entrepris en hiver pour assurer l’avenir de son neveu[80]. Ses
-amis étaient loin. Il chargea son neveu de lui chercher un médecin. Le
-misérable oublia la commission, ne s’en souvint que deux jours après. Le
-médecin vint trop tard et soigna mal Beethoven. Trois mois, sa
-constitution athlétique lutta contre le mal. Le 3 janvier 1827, il
-institua son bien-aimé neveu, légataire universel. Il pensa à ses chers
-amis du Rhin; il écrivit encore à Wegeler: «... Combien je voudrais te
-parler! mais je suis trop faible. Je ne puis plus rien que t’embrasser
-dans mon cœur, toi et ta Lorchen.» La misère eût assombri ses derniers
-instants sans la générosité de quelques amis anglais. Il était devenu
-très doux et très patient[81]. Sur son lit d’agonie, le 17 février
-1827, après trois opérations, attendant la quatrième[82], il écrit avec
-sérénité: «Je prends patience et je pense: Tout mal amène avec lui
-quelque bien.»
-
-Le bien fut la délivrance, «la fin de la comédie», comme il dit en
-mourant,--disons: de la tragédie de sa vie.
-
-Il mourut pendant un orage,--une tempête de neige,--dans un éclat de
-tonnerre. Une main étrangère lui ferma les yeux[83] (26 mars 1827).
-
- * * * * *
-
-Cher Beethoven! Assez d’autres ont loué sa grandeur artistique. Mais il
-est bien davantage que le premier des musiciens. Il est la force la
-plus héroïque de l’art moderne. Il est le plus grand et le meilleur ami
-de ceux qui souffrent et qui luttent. Quand nous sommes attristés par
-les misères du monde, il est celui qui vient auprès de nous, comme il
-venait s’asseoir au piano d’une mère en deuil, et, sans une parole,
-consolait celle qui pleurait, au chant de sa plainte résignée. Et quand
-la fatigue nous prend de l’éternel combat inutilement livré contre la
-médiocrité des vices et des vertus, c’est un bien indicible de se
-retremper dans cet océan de volonté et de foi. Il se dégage de lui une
-contagion de vaillance, un bonheur de la lutte[84], l’ivresse d’une
-conscience qui sent en elle un Dieu. Il semble que dans sa communion de
-tous les instants avec la nature[85], il ait fini par s’en assimiler les
-énergies profondes. Grillparzer, qui admirait Beethoven avec une sorte
-de crainte, dit de lui: «Il alla jusqu’au point redoutable où l’art se
-fond avec les éléments sauvages et capricieux.» Schumann écrit de même
-de la _Symphonie en ut mineur_: «Si souvent qu’on l’entende, elle exerce
-sur nous une puissance invariable, comme ces phénomènes de la nature,
-qui, si fréquemment qu’ils se reproduisent, nous remplissent toujours de
-crainte et d’étonnement». Et Schindler, son confident: «Il s’empara de
-l’esprit de la nature».--Cela est vrai: Beethoven est une force de la
-nature; et c’est un spectacle d’une grandeur homérique, que ce combat
-d’une puissance élémentaire contre le reste de la nature.
-
-Toute sa vie est pareille à une journée d’orage.--Au commencement, un
-jeune matin limpide. A peine quelques souffles de langueur. Mais déjà,
-dans l’air immobile, une secrète menace, un lourd pressentiment.
-Brusquement, les grandes ombres passent, les grondements tragiques, les
-silences bourdonnants et redoutables, les coups de vent furieux de
-l’_Héroïque_ et de l’_Ut mineur_. Cependant la pureté du jour n’en est
-pas encore atteinte. La joie reste la joie; la tristesse garde toujours
-un espoir. Mais, après 1810, l’équilibre de l’âme se rompt. La lumière
-devient étrange. Des pensées les plus claires, on voit comme des vapeurs
-monter; elles se dissipent; elles se reforment; elles obscurcissent le
-cœur de leur trouble mélancolique et capricieux; souvent l’idée musicale
-semble disparaître tout entière, noyée, après avoir une ou deux fois
-émergé de la brume; elle ne ressort, à la fin du morceau, que par une
-bourrasque. La gaîté même a pris un caractère âpre et sauvage. Une
-fièvre, un poison se mêle à tous les sentiments[86]. L’orage s’amasse, à
-mesure que le soir descend. Et voici les lourdes nuées gonflées
-d’éclairs, noires de nuit, grosses de tempêtes, du commencement de la
-_Neuvième_.--Soudain, au plus fort de l’ouragan, les ténèbres se
-déchirent, la nuit est chassée du ciel, et la sérénité du jour rendue
-par un acte de volonté.
-
-Quelle conquête vaut celle-ci, quelle bataille de Bonaparte, quel soleil
-d’Austerlitz atteignent à la gloire de cet effort surhumain, de cette
-victoire, la plus éclatante qu’ait jamais remportée l’Esprit: un
-malheureux, pauvre, infirme, solitaire, la douleur faite homme, à qui le
-monde refuse la joie, crée la Joie lui-même pour la donner au monde. Il
-la forge avec sa misère, comme il l’a dit en une fière parole, où se
-résume sa vie, et qui est la devise de toute âme héroïque:
-
- «La Joie par la Souffrance.»
- _Durch Leiden Freude._
-
-
- (A la comtesse Erdödy, 19 octobre 1815.)
-
-
-
-
-TEXTES
-
-
-[Illustration: Adagio
-
-Al -- lein Al--lein Al -- lein
-
-(A Lichnowsky, 21 septembre 1814)
-]
-
-
-
-
-TESTAMENT D’HEILIGENSTADT[87]
-
-POUR MES FRÈRES CARL ET (JOHANN)[88] BEETHOVEN
-
-
-O vous, hommes, qui me regardez ou me faites passer pour haineux, fou,
-ou misanthrope, combien vous êtes injustes pour moi! Vous ne savez pas
-la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi! Mon cœur et mon esprit
-étaient enclins, depuis l’enfance, au doux sentiment de la bonté. Même
-à accomplir de grandes actions, j’ai toujours été disposé. Mais songez
-seulement, depuis six ans, quel est mon état affreux, aggravé par des
-médecins sans jugement, trompé d’année en année, dans l’espérance d’une
-amélioration, enfin contraint à la perspective d’un _mal durable_--dont
-la guérison demande peut-être des années, si elle n’est pas tout à fait
-impossible. Né avec un tempérament ardent et actif, accessible même aux
-distractions de la société, je devais de bonne heure me séparer des
-hommes, passer ma vie solitaire. Si je voulais parfois surmonter tout
-cela, oh! combien durement je me heurtais à la triste expérience
-renouvelée de mon infirmité! Et pourtant, il ne m’était pas possible de
-dire aux hommes: «Parlez plus haut, criez; car je suis sourd!» Ah!
-comment me serait-il possible d’aller révéler la faiblesse _d’un sens_,
-qui devrait être chez moi plus parfait que chez les autres, un sens que
-j’ai autrefois possédé dans la plus grande perfection, dans une
-perfection comme certainement peu de gens de mon métier l’ont jamais
-eu!--Oh! cela, je ne le peux pas!--Pardonnez-moi donc, si vous me voyez
-vivre à l’écart, quand je voudrais me mêler à votre compagnie. Mon
-malheur m’est doublement pénible, puisque je lui dois d’être méconnu. Il
-m’est interdit de trouver un délassement dans la société des hommes,
-dans les conversations délicates, dans les épanchements mutuels. Seul,
-tout à fait seul. Je ne puis me risquer dans le monde, qu’autant qu’une
-impérieuse nécessité l’exige. Je dois vivre comme un proscrit. Si je
-m’approche d’une société, je suis saisi d’une dévorante angoisse, par
-peur d’être exposé à ce qu’on remarque mon état.
-
-De là ces six mois que je viens de passer à la campagne. Mon savant
-médecin m’engagea à ménager mon ouïe autant que possible; il vint
-au-devant de mes intentions propres. Et pourtant, maintes fois ressaisi
-par mon penchant pour la société, je m’y suis laissé entraîner. Mais
-quelle humiliation, quand il y avait quelqu’un près de moi, et qu’il
-entendait au loin une flûte, et que _je n’entendais rien_, ou qu’_il
-entendait le pâtre chanter_ et que je n’entendais toujours rien[89]! De
-telles expériences me jetèrent bien près du désespoir: et peu s’en
-fallut que moi-même je ne misse fin à ma vie.--_C’est l’Art_, c’est lui
-seul, qui m’a retenu. Ah! il me semblait impossible de quitter ce monde
-avant d’avoir accompli tout ce dont je me sentais chargé. Et ainsi je
-prolongeai cette misérable vie,--vraiment misérable,--un corps si
-irritable, que le moindre changement peut me jeter de l’état le
-meilleur dans le pire!--_Patience!_--Ainsi dit-on; c’est elle que je
-dois maintenant choisir pour guide. Je l’ai.--Durable, je l’espère, doit
-être ma résolution de résister, jusqu’à ce qu’il plaise aux Parques
-inexorables de trancher le fil de ma vie. Peut-être cela ira-t-il mieux,
-peut-être non: je suis prêt.--A vingt-huit ans, déjà, être forcé de
-devenir philosophe, ce n’est pas facile; c’est plus dur encore pour
-l’artiste que pour tout autre.
-
-Divinité, tu pénètres d’en haut le fond de mon cœur, tu le connais, tu
-sais que l’amour des hommes et le désir de faire le bien y habitent! Oh
-hommes, si vous lisez un jour ceci, pensez que vous avez été injustes
-pour moi; et que le malheureux se console, en trouvant un malheureux
-comme lui, qui, malgré tous les obstacles de la nature, a cependant fait
-tout ce qui était en son pouvoir, pour être admis au rang des artistes
-et des hommes d’élite.
-
-Vous, mes frères Carl et (Johann), aussitôt que je serai mort, et si le
-professeur Schmidt vit encore, priez-le en mon nom qu’il décrive ma
-maladie, et joignez à l’historique de ma maladie, la lettre que voici,
-afin qu’après ma mort, au moins autant qu’il est possible, le monde se
-réconcilie avec moi.--En même temps, je vous reconnais tous deux pour
-les héritiers de ma petite fortune--si on peut l’appeler ainsi.
-Partagez-la loyalement, soyez d’accord et aidez-vous l’un l’autre. Ce
-que vous m’avez fait de mal, vous le savez, je vous l’ai depuis
-longtemps pardonné. Toi, frère Carl, je te remercie tout
-particulièrement encore pour l’attachement que tu m’as témoigné dans ces
-derniers temps. Mon souhait est que vous ayez une vie plus heureuse,
-plus exempte de soucis, que la mienne. Recommandez à vos enfants _la
-Vertu_: elle seule peut rendre heureux, non l’argent. Je parle par
-expérience. C’est elle qui m’a soutenu moi-même dans ma misère; c’est à
-elle que je dois, ainsi qu’à mon art, de n’avoir pas terminé ma vie par
-le suicide.--Adieu, et aimez-vous!--Je remercie tous mes amis, en
-particulier le _prince Lichnowski_ et le _professeur Schmidt_.--Je
-souhaite que les instruments du prince L. puissent être conservés chez
-l’un de vous. Mais qu’il ne s’élève à ce sujet aucun débat entre vous.
-S’ils peuvent vous être bons à quelque chose de mieux, vendez-les
-aussitôt. Combien je serai heureux, si je puis encore vous servir dans
-ma tombe!
-
-S’il en était ainsi, avec joie je vole au-devant de la mort.--Si elle
-vient avant que j’aie eu l’occasion de développer toutes mes facultés
-artistiques, malgré mon dur destin, elle vient encore trop tôt pour moi,
-et je souhaiterais de la retarder.--Mais même ainsi je suis content. Ne
-me délivre-t-elle pas d’un état de souffrance sans fin?--Viens quand tu
-veux, je vais courageusement au-devant de toi.--Adieu et ne m’oubliez
-pas tout à fait dans la mort; je mérite que vous pensiez à moi; car j’ai
-souvent pensé à vous, dans ma vie, pour vous rendre heureux. Soyez-le!
-
-LUDWIG VAN BEETHOVEN.
-
-Heiligenstadt, le 6 octobre 1802.
-
-
-POUR MES FRÈRES CARL ET (JOHANN). A LIRE ET A EXÉCUTER APRÈS MA MORT
-
-Heiligenstadt, le 10 octobre 1802.--Ainsi, je prends congé de toi,--et
-certes tristement.--Oui, la chère espérance--que j’apportai ici, d’être
-guéri, au moins jusqu’à un certain point,--elle doit m’abandonner tout à
-fait. Comme les feuilles de l’automne tombent et sont flétries,
-ainsi,--ainsi elle aussi s’est desséchée pour moi. A peu près comme je
-suis venu,--je m’en vais.--Même le haut courage--qui me soutenait
-souvent dans les beaux jours d’été,--il s’est évanoui.--O
-Providence,--fais-moi apparaître une fois un pur jour de _joie_!--Il y a
-si longtemps que la résonance profonde de la vraie joie m’est
-étrangère!--oh! quand--oh! quand, ô Divinité! pourrai-je encore la
-sentir dans le Temple de la nature et des hommes?--Jamais?--Non!--Oh! ce
-serait trop cruel!
-
-
-
-
-LETTRES
-
-
-
-
-AU PASTEUR AMENDA, EN COURLANDE[90]
-
-
-Mon cher, mon bon Amenda, mon ami de tout cœur, avec une émotion
-profonde, avec un mélange de douleur et de joie j’ai reçu et lu ta
-dernière lettre. A quoi puis-je comparer ta fidélité, ton attachement
-envers moi! Oh! cela est bien bon, que tu me sois toujours resté si ami.
-Oui, j’ai mis ton dévouement à l’épreuve, et je sais faire la
-distinction de toi et de tous les autres. Tu n’es pas un ami de Vienne,
-non, tu es un de ceux comme le sol de ma patrie a coutume d’en porter!
-Combien je te souhaite souvent auprès de moi! car ton Beethoven est
-profondément malheureux. Sache que la plus noble partie de moi-même,
-mon ouïe, s’est beaucoup affaiblie. Déjà, à l’époque où tu étais près de
-moi, j’en sentais les symptômes, et je le cachais; depuis, cela a
-toujours été pire. Si cela pourra jamais être guéri, il faut attendre
-(pour le savoir); cela doit tenir à mon affection du ventre. Pour
-celle-ci, je suis presque tout à fait rétabli; mais pour l’ouïe, se
-guérira-t-elle? Naturellement, je l’espère; mais c’est bien difficile,
-car de telles maladies sont les plus incurables. Comme je dois vivre
-tristement, éviter tout ce qui m’est cher, et cela parmi des hommes si
-misérables, si égoïstes!...--Entre tous, je puis dire que l’ami le plus
-éprouvé est pour moi Lichnowsky. Depuis l’année passée, il m’a donné 600
-florins: cela et la vente fructueuse de mes œuvres me met en état de
-vivre sans le souci du pain à gagner. Tout ce que j’écris maintenant, je
-puis le vendre aussitôt cinq fois, et être bien payé.--J’ai écrit pas
-mal de choses, ces derniers temps; et puisque j’apprends que tu as
-commandé des pianos chez..., je veux t’envoyer différentes œuvres dans
-l’emballage de l’un d’eux, pour que cela te coûte moins cher.
-
-Maintenant, pour ma consolation, est venu ici un homme, avec qui je puis
-jouir du plaisir de la conversation et de l’amitié désintéressée: c’est
-un de mes amis de jeunesse[91]. Je lui ai souvent parlé de toi, et je
-lui ai dit que, depuis que j’ai quitté ma patrie, tu es un de ceux que
-mon cœur a élus.--Lui non plus n’aime pas le...[92]. Il est et reste
-trop faible pour l’amitié. Je le regarde, lui et..., comme de purs
-instruments, dont je joue, quand il me plaît: mais ils ne peuvent être
-jamais de nobles témoins de mon activité, pas plus qu’ils ne peuvent
-vraiment participer à ma vie; je les taxe seulement d’après les services
-qu’ils me rendent. Oh! comme je serais heureux, si j’avais tout l’usage
-de mon ouïe! Je courrais alors vers toi. Mais je dois rester à l’écart
-de tout; mes plus belles années s’écouleront sans que j’aie accompli
-tout ce que mon talent et ma force m’auraient commandé.--Triste
-résignation, où je dois me réfugier! Sans doute, je me suis proposé de
-me mettre au-dessus de tous ces maux; mais comment cela me sera-t-il
-possible? Oui, Amenda, si dans six mois mon mal n’est pas guéri, j’exige
-de toi que tu laisses tout, et que tu viennes auprès de moi; alors je
-voyagerai (mon jeu et ma composition souffrent encore très peu de mon
-infirmité; c’est seulement dans la société qu’elle est le plus
-sensible); tu seras mon compagnon: je suis convaincu que le bonheur ne
-me manquera pas; avec quoi ne pourrais-je pas me mesurer maintenant!
-Depuis que tu es parti, j’ai écrit de tout, jusqu’à des opéras et de la
-musique d’église. Oui, tu ne refuseras pas; tu aideras ton ami à porter
-son mal, ses soucis. J’ai aussi beaucoup perfectionné mon jeu de
-pianiste, et j’espère que ce voyage pourra aussi te faire plaisir.
-Après, tu resteras éternellement auprès de moi.--J’ai reçu exactement
-toutes tes lettres; si peu que j’y aie répondu, tu m’as toujours été
-présent, et mon cœur bat pour toi avec la même tendresse.--Ce que je
-t’ai dit de mon ouïe, je te prie de le garder comme un grand secret, et
-de ne le confier à personne, quel qu’il soit.--Écris-moi très souvent.
-Tes lettres, même quand elles sont si courtes, me consolent et me font
-du bien. J’en attends bientôt une autre de toi, mon bien cher.--Je ne
-t’ai pas envoyé ton quatuor[93] parce que je l’ai tout à fait remanié,
-depuis que je commence à savoir écrire convenablement des quatuors: ce
-que tu verras, quand tu les recevras.--Maintenant, adieu, cher bon! Si
-tu crois que je puisse faire pour toi quelque chose qui te soit
-agréable, il va de soi que tu dois le dire à ton fidèle L. v. Beethoven,
-qui t’aime sincèrement.
-
-
-
-
-AU DOCTEUR FRANZ GERHARD WEGELER
-
-
-Vienne, 29 juin (1801).
-
-Mon bon cher Wegeler, combien je te remercie de ton souvenir! Je l’ai si
-peu mérité, si peu cherché à le mériter; et pourtant tu es si bon, tu ne
-te laisses rebuter par rien, même par mon impardonnable négligence; tu
-restes toujours le fidèle, bon, loyal ami.--Que je puisse t’oublier,
-vous oublier, vous tous qui m’avez été si chers et si précieux, non, ne
-le crois pas! Il y a des moments où je soupire après vous, où je
-voudrais passer quelque temps auprès de vous.--Ma patrie, la belle
-contrée où je vis la lumière du monde, m’est toujours aussi clairement
-et nettement présente que lorsque je vous ai quittés. Ce sera un des
-plus heureux instants de ma vie, que celui où je pourrai vous revoir et
-saluer notre père le Rhin.--Quand cela sera, je ne puis encore te le
-dire avec exactitude.--Du moins, je veux vous dire que vous me
-retrouverez plus grand: je ne parle pas de l’artiste, mais aussi de
-l’homme, qui vous semblera meilleur, plus accompli; et si le bien-être
-n’a pas un peu augmenté dans notre patrie, mon art doit se consacrer à
-l’amélioration du sort des pauvres....
-
-Tu veux savoir quelque chose de ma situation: eh bien, cela ne va pas
-trop mal. Depuis l’an passé, Lichnowski, qui (si incroyable que cela
-puisse te paraître, même quand je te le dis) a toujours été et est resté
-mon ami le plus chaud--(il y a bien eu de petites mésintelligences entre
-nous; mais elles ont affermi notre amitié),--Lichnowski m’a versé une
-pension de 600 florins, que je dois toucher, aussi longtemps que je ne
-trouverai pas de position qui me convienne. Mes compositions me
-rapportent beaucoup, et je puis dire que j’ai plus de commandes que je
-n’y puis satisfaire. Pour chaque chose, j’ai six, sept éditeurs, et
-encore plus, si je veux m’en donner la peine. On ne discute plus avec
-moi: je fixe un prix, et on le paie. Tu vois comme c’est charmant. Par
-exemple, je vois un ami dans le besoin, et ma bourse ne me permet pas de
-lui venir en aide: je n’ai qu’à me mettre à ma table de travail; et, en
-peu de temps, je l’ai tiré d’affaire.--Je suis aussi plus économe
-qu’autrefois....
-
-Malheureusement, un démon jaloux, ma mauvaise santé, est venu se jeter à
-la traverse. Depuis trois ans, mon ouïe est toujours devenue plus
-faible. Cela doit avoir été causé par mon affection du ventre, dont je
-souffrais déjà autrefois, comme tu sais, mais qui a beaucoup empiré; car
-je suis continuellement affligé de diarrhée, et, par suite, d’une
-extraordinaire faiblesse. Frank voulait me tonifier avec des
-reconstituants, et traiter mon ouïe par l’huile d’amandes. Mais
-_prosit_! cela n’a servi à rien; mon ouïe a toujours été plus mal, et
-mon ventre est resté dans le même état. Cela a duré ainsi jusqu’à
-l’automne dernier, où j’ai été souvent au désespoir. Un âne de médecin
-me conseilla des bains froids; un autre, plus avisé, des bains tièdes du
-Danube: cela fit merveille; mon ventre s’améliora, mais mon ouïe resta
-de même, ou devint encore plus malade. Cet hiver, mon état fut vraiment
-déplorable: j’avais d’effroyables coliques et je fis une rechute
-complète. Je restai ainsi jusqu’au mois dernier, où j’allai voir Vering;
-car je pensai que mon mal réclamait plutôt un chirurgien, et, du reste,
-j’ai toujours eu confiance en lui. Il réussit à couper presque
-complètement cette violente diarrhée; il m’ordonna des bains tièdes du
-Danube, dans lesquels il me faisait verser une fiole de liqueurs
-fortifiantes; il ne me donna aucune médecine, sauf, depuis quatre jours
-environ, des pilules pour l’estomac et une sorte de thé pour les
-oreilles. Je m’en trouve mieux et plus fort; il n’y a que mes oreilles
-qui bruissent et mugissent (_sausen und brausen_) nuit et jour. Je puis
-dire que je mène une vie misérable. Depuis presque deux ans, j’évite
-toute société, parce que je ne puis pas dire aux gens: «Je suis sourd».
-Si j’avais quelque autre métier, cela serait encore possible; mais dans
-le mien, c’est une situation terrible. Que diraient de cela mes ennemis,
-dont le nombre n’est pas petit!
-
-Pour te donner une idée de cette étrange surdité, je te dirai qu’au
-théâtre je dois me mettre tout près de l’orchestre pour comprendre les
-acteurs. Je n’entends pas les sons élevés des instruments et des voix,
-si je me place un peu loin. Dans la conversation, il est surprenant
-qu’il y ait des gens qui ne l’aient jamais remarqué. Comme j’ai beaucoup
-de distractions, on met tout sur leur compte. Quand on parle doucement,
-j’entends à peine; oui, j’entends bien les sons, mais pas les mots; et
-d’autre part, quand on crie, cela m’est intolérable. Ce qui en
-adviendra, le ciel le sait. Vering dit que cela s’améliorera
-certainement, si cela ne guérit pas tout à fait.--Bien souvent, j’ai
-maudit mon existence et le Créateur[94]. Plutarque m’a conduit à la
-résignation. Je veux, si toutefois cela est possible, je veux braver mon
-destin; mais il y a des moments de ma vie où je suis la plus misérable
-créature de Dieu.--Je te supplie de ne rien dire de mon état à personne,
-même pas à Lorchen[95]; je te le confie sous le sceau du secret. Il me
-serait agréable que tu écrives à ce sujet à Vering. Si mon état doit
-durer, je viendrai, le printemps prochain, auprès de toi; tu me loueras,
-dans quelque beau pays, une maison de campagne, et je veux me refaire
-paysan pour six mois. Peut-être cela me fera-t-il du bien. Résignation!
-quel triste refuge! et pourtant, c’est le seul qui me reste!--Tu me
-pardonnes de t’apporter encore ce souci d’amitié au milieu de tous tes
-ennuis.
-
-Steffen Breuning est maintenant ici, et nous sommes presque tous les
-jours ensemble. Cela me fait tant de bien d’évoquer les sentiments
-passés! Il est devenu vraiment un bon et excellent jeune homme, qui sait
-quelque chose, et qui a (comme nous tous plus ou moins) le cœur à la
-bonne place....
-
-Je veux écrire aussi à la bonne Lorchen. Jamais je n’ai oublié un seul
-de vous, chers bons, même si je ne vous donne aucun signe de vie; mais
-écrire, tu le sais, n’a jamais été mon fort; mes meilleurs amis sont
-restés des années sans recevoir une lettre de moi. Je ne vis que dans
-mes notes; à peine une œuvre est terminée, qu’une autre est déjà
-commencée. A la façon dont je travaille maintenant, je fais souvent
-trois ou quatre choses à la fois.--Écris-moi plus souvent; je veux
-tâcher de trouver le temps de te répondre. Salue tout le monde de ma
-part....
-
-Adieu, bon, fidèle Wegeler! Sois assuré de l’affection et de l’amitié de
-ton Beethoven.
-
-
-
-
-A WEGELER
-
-
-Vienne, 16 novembre 1801.
-
-Mon bon Wegeler! je te remercie pour ta nouvelle marque de sollicitude,
-d’autant plus que je la mérite si peu.--Tu veux savoir comment je vais,
-et ce dont j’ai besoin. Si peu agréable qu’il me soit de m’entretenir de
-ce sujet, je le fais pourtant plus volontiers avec toi.
-
-Vering me pose toujours depuis des mois des vésicatoires sur les deux
-bras.... Ce traitement m’est extrêmement désagréable; sans parler des
-douleurs, je suis constamment privé pour un ou deux jours de l’usage de
-mes bras.... Je dois convenir que le bruissement et le bourdonnement
-sont un peu plus faibles qu’autrefois, surtout à l’oreille gauche, par
-laquelle justement ma surdité a commencé; mais mon ouïe ne s’est
-certainement améliorée en rien jusqu’à présent; je n’ose pas décider si
-elle n’est pas devenue encore pire.--Mon ventre va mieux; surtout quand
-j’use pendant quelques jours des bains tièdes, je me trouve assez bien,
-huit ou dix jours. De loin en loin, je prends quelque chose de
-fortifiant pour l’estomac; je commence aussi, d’après ton conseil, des
-applications d’herbes sur le ventre.--Vering ne veut pas entendre parler
-des douches. Du reste, je ne suis pas très content de lui. Il a vraiment
-trop peu de soins et d’attention pour une telle maladie; si je n’allais
-pas chez lui--et cela m’est très difficile,--je ne le verrais
-jamais.--Que penses-tu de Schmidt? Je ne change pas volontiers; mais il
-me semble que Vering est trop praticien, pour renouveler beaucoup ses
-idées par la lecture.--Schmidt me semble en ceci un tout autre homme, et
-ne serait peut-être pas aussi négligent.--On dit merveilles du
-galvanisme; qu’en penses-tu? Un médecin m’a dit qu’il avait vu un enfant
-sourd-muet recouvrer l’ouïe, et un homme, sourd depuis sept ans, guéri
-également.--Justement, j’apprends que Schmidt fait des expériences
-là-dessus.
-
-Je vis de nouveau un peu plus agréablement; je me mêle davantage parmi
-les hommes. Tu peux à peine croire quelle vie de solitude et de
-tristesse j’ai menée depuis deux ans. Mon infirmité se dressait partout
-devant moi, comme un spectre, et je fuyais les hommes. Je devais
-paraître misanthrope, et je le suis pourtant si peu!--Ce changement, une
-chère, charmante fille l’a accompli; elle m’aime, et je l’aime: voici de
-nouveau quelques moments heureux, depuis deux ans; et c’est la première
-fois que je sens que le mariage pourrait donner le bonheur.
-Malheureusement, elle n’est pas de ma condition;--et maintenant,--à
-dire vrai, je ne pourrais pas encore me marier: il faut que je me remue
-bravement encore. N’était mon ouïe, j’aurais depuis longtemps parcouru
-la moitié du monde; et cela, je dois le faire.--Il n’y a pas de plus
-grand plaisir pour moi, que d’exercer mon art, et de le montrer.--Ne
-crois pas que je serais heureux chez vous. Qui pourrait me rendre
-heureux encore? Même votre sollicitude me serait à charge; je lirais à
-chaque instant la compassion sur votre visage, et je me trouverais
-encore plus misérable.--Ces beaux pays de ma patrie, qu’est-ce qui
-m’attirait vers eux? Rien que l’espoir d’une meilleure situation; et j’y
-serais parvenu sans ce mal! Oh! si j’étais libre de ce mal, je voudrais
-embrasser le monde! Ma jeunesse, oui, je le sens, ne fait que commencer;
-n’ai-je pas toujours été souffrant? Ma force physique croît plus que
-jamais, depuis quelque temps, avec ma force intellectuelle. Chaque jour,
-j’approche davantage du but que j’entrevois, sans pouvoir le définir.
-Seulement dans de telles pensées ton Beethoven peut vivre. Point de
-repos!--Je n’en connais pas d’autre que le sommeil; et je suis assez
-malheureux de devoir lui accorder plus de temps qu’autrefois. Que je
-sois seulement à moitié délivré de mon mal, et alors,--comme un homme
-plus maître de lui, plus mûr, je viens à vous, et je resserre nos vieux
-liens d’amitié.
-
-Vous devez me voir aussi heureux qu’il m’est accordé de l’être
-ici-bas,--mais pas malheureux.--Non, cela je ne pourrais le supporter!
-Je veux saisir le destin à la gueule. Il ne me courbera certainement pas
-tout à fait.--Oh! cela est si beau de vivre la vie mille fois!--Pour une
-vie tranquille, non, je le sens, je ne suis plus fait pour elle.
-
-... Mille bonnes choses à Lorchen....--Tu m’aimes bien un peu, n’est-ce
-pas? Sois sûr de mon affection et de mon amitié. Ton
-
-BEETHOVEN.
-
-
-LETTRE DE WEGELER ET D’ÉLÉONORE VON BREUNING A BEETHOVEN[96]
-
-Coblentz, 28 décembre 1825.
-
-Mon cher vieux Louis,
-
-Je ne puis laisser partir pour Vienne un des dix enfants de Ries, sans
-me rappeler à ton souvenir. Si, depuis vingt-huit ans que j’ai quitté
-Vienne, tu n’as pas reçu une longue lettre tous les deux mois, tu peux
-en accuser ton silence après les premières lettres que je t’ai
-envoyées. Cela n’est pas bien, et maintenant surtout; car nous autres
-vieilles gens, nous vivons si volontiers dans le passé, et nous trouvons
-par-dessus tout plaisir aux images de notre jeunesse. Pour moi du moins,
-ma connaissance et mon étroite amitié avec toi, grâce à ta bonne mère
-que Dieu bénisse, est un point lumineux de ma vie, vers lequel je me
-tourne avec plaisir.... Je lève les yeux vers toi, comme vers un héros,
-et je suis fier de pouvoir dire: «Je n’ai pas été sans influence sur son
-développement; il me confiait ses souhaits et ses rêves; et quand plus
-tard, il fut si souvent méconnu, je savais bien ce qu’il voulait.» Dieu
-soit loué que je puisse parler de toi avec ma femme, et maintenant avec
-mes enfants! La maison de ma belle-mère était davantage ta maison que ta
-propre maison, surtout après la mort de ta noble mère. Dis-nous
-seulement une fois encore: «Oui, je pense à vous, dans la joie, dans la
-tristesse». L’homme, même quand il s’est élevé aussi haut que toi, n’est
-heureux qu’une fois dans sa vie: c’est quand il était jeune. Aux
-pierres de Bonn, à Kreuzberg, à Godesberg, à la Pépinière, etc., tes
-idées doivent maintes fois joyeusement s’attacher.
-
-Je veux maintenant te parler de moi, de nous, pour te donner un exemple
-de la manière dont tu dois me répondre.
-
-Après mon retour de Vienne, en 1796, cela alla assez mal pour moi;
-pendant plusieurs années, je dus vivre seulement de mes consultations,
-comme médecin; et cela dura quelques années dans cette contrée
-misérable, avant que j’eusse le nécessaire. Puis je devins professeur
-avec un traitement, et je me mariai en 1802. L’année d’après, j’eus une
-fille, qui vit encore et qui est tout à fait accomplie. Elle a, avec un
-jugement très droit, la sérénité de son père, et elle joue à ravir des
-sonates de Beethoven. Elle n’y a pas de mérite: c’est un don inné. En
-1807, j’ai eu un garçon, qui étudie maintenant la médecine à Berlin.
-Dans quatre ans, je l’envoie à Vienne: prendras-tu soin de lui?... J’ai
-fêté au mois d’août mon soixantième anniversaire de naissance, en
-compagnie d’une soixantaine d’amis et de connaissances, parmi lesquels
-les premières gens de la ville. Depuis 1807, j’habite ici, j’ai
-maintenant une belle maison et une bonne place. Mes supérieurs sont
-contents de moi, et le roi m’a donné des ordres et des médailles. Lore
-et moi nous allons assez bien.--Maintenant, je t’ai fait connaître
-entièrement notre situation. A ton tour....
-
-Ne voudras-tu jamais détacher tes yeux de la tour de Saint-Étienne? Le
-voyage n’a-t-il pas de charme pour toi? Ne voudras-tu jamais plus revoir
-le Rhin?--De madame Lore toutes sortes de choses cordiales, ainsi que de
-moi.
-
-Ton très vieux ami
-
-WEGELER.
-
-
-Coblentz, 29 décembre 1825.
-
-Cher Beethoven, depuis si longtemps cher! C’était mon désir que Wegeler
-vous écrivît de nouveau.--Maintenant que ce désir est accompli, je crois
-devoir ajouter encore deux mots,--non pas seulement pour me rappeler
-davantage à votre souvenir, mais pour renouveler la demande pressante si
-vous n’avez donc plus aucun désir de revoir le Rhin et votre lieu de
-naissance--et de faire à Wegeler et à moi la plus grande des joies.
-Notre Lenchen vous remercie de tant d’heures heureuses;--elle a tant de
-plaisir à entendre parler de vous;--elle sait toutes les petites
-aventures de notre joyeuse jeunesse à Bonn,--de la brouille et du
-raccommodement.... Comme elle serait heureuse de vous voir!--La petite
-n’a malheureusement aucun talent pour la musique; mais elle a tant fait,
-avec tant d’application et de persévérance, qu’elle peut jouer vos
-sonates, variations, etc.; et comme la musique reste toujours le plus
-grand délassement pour Weg., elle lui procure ainsi maintes heures
-agréables. Julius a du talent pour la musique, mais jusqu’à présent il
-était négligent;--depuis six mois, il apprend le violoncelle avec
-plaisir et joie; et, comme il a à Berlin un bon professeur, je crois
-qu’il fera encore des progrès.--Les deux enfants sont grands et
-ressemblent au père,--aussi pour la belle et bonne humeur que Weg.,
-grâce à Dieu, n’a pas encore tout à fait perdue.... Il a un grand
-plaisir à jouer les thèmes de vos variations; les anciens ont la
-préférence, mais souvent il joue un des nouveaux avec une incroyable
-patience.--Votre _Opferlied_ est placé au-dessus de tout; jamais Weg.
-ne va dans sa chambre sans se mettre au piano.--Ainsi, cher Beethoven,
-vous pouvez voir combien est toujours durable et vivant le souvenir que
-nous avons de vous.--Dites-nous donc une fois que cela a quelque prix
-pour vous, et que nous ne sommes pas tout à fait oubliés.--S’il n’était
-pas si difficile souvent d’accomplir nos plus chers désirs, nous aurions
-déjà été faire visite à mon frère, à Vienne, pour avoir le plaisir de
-vous voir;--mais à un tel voyage il ne faut pas penser, maintenant que
-notre fils est à Berlin.--Weg. vous a dit comment cela va pour
-nous:--nous aurions tort de nous plaindre.--Même le temps le plus
-difficile a été meilleur pour nous que pour cent autres.--Le plus grand
-bonheur est que nous allons bien, et que nous avons de bons et braves
-enfants.--Oui, ils ne nous ont fait encore aucune peine, et ils sont
-gais, et de bons petits.--Lenchen a eu seulement un gros chagrin:--c’est
-quand notre pauvre Burscheid est mort;--une perte nous que tous
-n’oublierons jamais. Adieu, cher Beethoven, et pensez à nous en toute
-loyale bonté.
-
-ELN. WEGELER.
-
-
-BEETHOVEN A WEGELER
-
-Vienne, 7 octobre 1826[97].
-
-IND
-Mon vieux ami aimé!
-
-Quel plaisir m’a fait ta lettre et celle de ta Lorchen, je ne puis pas
-l’exprimer. Certainement j’aurais dû te répondre aussitôt; mais je suis
-un peu négligent, surtout pour écrire, parce que je pense que les
-meilleures gens me connaissent sans cela. Dans ma tête je fais souvent
-la réponse; mais quand je veux la mettre par écrit, le plus souvent je
-jette ma plume au loin, parce que je ne suis pas en état d’écrire comme
-je sens. Je me souviens de toute l’affection que tu m’as toujours
-montrée, par exemple quand tu as fait blanchir ma chambre, et que tu
-m’as si agréablement surpris. Aussi de la famille Breuning. Qu’on se
-soit séparé les uns des autres, c’était dans le cours naturel des
-choses: chacun devait poursuivre le but qu’il s’était désigné, et
-chercher à l’atteindre; seuls les principes éternellement inébranlables
-du bien nous ont retenus toujours fermement unis ensemble.
-Malheureusement, je ne puis pas t’écrire aujourd’hui autant que je
-voudrais, parce que je suis alité....
-
-J’ai toujours la silhouette de ta Lorchen; (je te le dis) pour que tu
-voies comme tout ce qu’il y a eu de bon et de cher dans ma jeunesse
-m’est toujours précieux.
-
-... On dit chez moi: _Nulla dies sine linea_, et je laisse pourtant la
-muse dormir; mais c’est pour qu’elle se réveille plus forte ensuite.
-J’espère encore mettre au monde quelques grandes œuvres; et puis, comme
-un vieil enfant, je terminerai ma carrière terrestre parmi les braves
-gens[98].
-
-... Parmi les marques d’honneur que j’ai reçues, et qui, je le sais, te
-feront plaisir, je t’annonce que j’ai reçu du roi de France défunt une
-médaille, avec l’inscription: _Donnée par le Roi à monsieur Beethoven_;
-elle était accompagnée d’un écrit très obligeant du _premier gentilhomme
-du Roi Duc de Châtres_[99].
-
-Mon ami bien cher, contente-toi de ceci pour aujourd’hui. Le souvenir du
-passé me saisit, et ce n’est pas sans d’abondantes larmes que je
-t’envoie cette lettre. Ceci n’est qu’un commencement; bientôt tu
-recevras une nouvelle lettre; et plus tu m’écriras, plus tu me feras
-plaisir. Cela n’a pas besoin de se demander, quand on est amis comme
-nous le sommes. Adieu. Je te prie d’embrasser tendrement en mon nom ta
-chère Lorchen et tes enfants, et de penser à moi. Dieu soit avec vous
-tous!
-
-Comme toujours ton fidèle vrai ami qui t’estime,
-
-BEETHOVEN.
-
-
-A WEGELER
-
-Vienne, 17 février 1827.
-
-IND
-Mon vieux et digne ami!
-
-J’ai reçu heureusement de Breuning ta seconde lettre. Je suis encore
-trop faible pour y répondre; mais tu peux penser que tout ce que tu dis
-m’est bienvenu, et que je le désire. Pour ma convalescence, si je peux
-la nommer ainsi, cela va bien lentement encore; il est à présumer qu’il
-faut s’attendre à une quatrième opération, bien que les médecins n’en
-disent rien. Je prends patience et je pense: tout mal apporte avec lui
-quelque bien.... Combien de choses je voudrais te dire encore
-aujourd’hui! Mais je suis trop faible: je ne puis plus rien que
-t’embrasser dans mon cœur, toi et ta Lorchen. Avec vraie amitié et
-attachement à toi et aux tiens,
-
-Ton vieux fidèle ami,
-
-BEETHOVEN.
-
-
-A MOSCHELES
-
-Vienne, 14 mars 1827.
-
-IND
-Mon cher Moscheles!
-
-... Le 27 février, j’ai été opéré pour la quatrième fois; et maintenant
-se montrent de nouveau des indices certains que je dois bientôt
-m’attendre à une cinquième opération. Où tout cela aboutira-t-il, et
-qu’arrivera-t-il de moi, si cela dure encore quelque temps?--Vraiment
-c’est un dur lot que le mien. Mais je me remets en la volonté du destin,
-et je prie Dieu seulement qu’il veuille bien décider, dans sa divine
-volonté, qu’aussi longtemps que je dois souffrir la mort en vie, je
-sois à l’abri du besoin[100]. Cela me donnera la force de supporter mon
-lot, si dur et si terrible qu’il puisse être, avec résignation à la
-volonté du Très-Haut.
-
-...Votre ami,
-
-L. V. BEETHOVEN.
-
-
-
-
-PENSÉES DE BEETHOVEN
-
-SUR LA MUSIQUE
-
-_Il n’y a pas de règle qu’on ne peut blesser à cause de_ SCHÖNER. («Plus
-beau[101]».)
-
- * * * * *
-
-La musique doit faire jaillir le feu de l’esprit des hommes.
-
- * * * * *
-
-La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute
-philosophie... Qui pénètre le sens de ma musique doit s’affranchir de
-toute la misère que traînent après eux les autres hommes.
-
-(à BETTINA, 1810.)
-
- * * * * *
-
-Il n’y a rien de plus beau que de s’approcher de la divinité, et d’en
-répandre les rayons sur la race humaine.
-
- * * * * *
-
-Pourquoi j’écris?--Ce que j’ai dans le cœur, il faut que cela sorte; et
-c’est pour cela que j’écris.
-
- * * * * *
-
-Croyez-vous que je pense à un sacré violon, quand l’Esprit me parle, et
-que j’écris ce qu’il me dicte?
-
-(A SCHUPPANZIGH.)
-
- * * * * *
-
-D’après ma façon habituelle de composer, même pour la musique
-instrumentale, j’ai toujours l’ensemble devant les yeux.
-
-(A TREITSCHKE.)
-
- * * * * *
-
-Ecrire sans piano est nécessaire... Peu à peu naît la faculté de se
-représenter ce que nous désirons et sentons, qui est un besoin si
-essentiel aux nobles êtres.
-
-(A l’archiduc RODOLPHE.)
-
- * * * * *
-
-Décrire appartient à la peinture. La poésie peut aussi, en cela,
-s’estimer heureuse, en comparaison de la musique; son domaine n’est pas
-aussi limité que le mien; mais, en revanche, le mien s’étend plus loin
-dans d’autres régions; et l’on ne peut pas atteindre si facilement mon
-empire.
-
-(A WILHELM GERHARD.)
-
- * * * * *
-
-La liberté et le progrès sont le but dans l’art, comme dans la vie tout
-entière. Si nous ne sommes pas aussi solides que les maîtres anciens, le
-raffinement de la civilisation a du moins élargi bien des choses.
-
-(A l’archiduc RODOLPHE.)
-
- * * * * *
-
-Je n’ai pas l’habitude de retoucher mes compositions (une fois
-terminées). Je ne l’ai jamais fait, pénétré de cette vérité, que tout
-changement partiel altère le caractère de la composition.
-
-(A THOMSON.)
-
- * * * * *
-
-La pure musique d’église devrait être exécutée seulement par les voix, à
-part le _Gloria_, ou tel autre texte de ce genre. C’est pourquoi je
-préfère Palestrina; mais c’est une absurdité de l’imiter, sans posséder
-son esprit, ni ses conceptions religieuses.
-
-(A l’organiste FREUDENBERG.)
-
- * * * * *
-
-Quand votre élève a, au piano, le doigté convenable, la mesure juste, et
-qu’il joue les notes assez exactement, attachez-vous seulement au style,
-ne l’arrêtez pas à de petites fautes, ne les lui faites remarquer qu’à
-la fin du morceau.--Cette méthode forme des _musiciens_, ce qui, après
-tout, est un des premiers buts de l’art musical.... Pour les passages
-(de virtuosité), faites-lui employer tour à tour tous les doigts....
-Sans doute, en employant moins de doigts, on obtient un jeu «perlé»,
-comme on dit, ou «comme une perle»; mais on aime mieux parfois d’autres
-bijoux[102].
-
-(A CZERNY.)
-
- * * * * *
-
-Parmi les anciens maîtres, seuls Haendel l’Allemand et Sébastien Bach
-eurent du génie.
-
-(A l’archiduc RODOLPHE, 1819.)
-
- * * * * *
-
-Mon cœur bat tout entier pour le haut et grand art de Sébastien Bach, ce
-patriarche de l’harmonie (_dieses Urvaters der Harmonie_).
-
-(A HOFMEISTER, 1801.)
-
- * * * * *
-
-En tout temps, j’ai été des plus grands admirateurs de Mozart, et je le
-resterai jusqu’à mon dernier souffle.
-
-(A l’abbé STADLER, 1826.)
-
- * * * * *
-
-J’estime vos œuvres au-dessus de toutes les autres œuvres de théâtre. Je
-suis dans le ravissement, chaque fois que j’entends une nouvelle œuvre
-de vous, et j’y prends un intérêt plus grand qu’aux miennes propres:
-bref, je vous estime et je vous aime.... _Vous resterez tousjours celui
-de mes contemporains, que je l’estime le plus. Si vous mes voulez faire
-un estrême plaisir, c’étoit, si Vous m’écrivez quelques lignes, ce que
-me soulagera bien. L’art unit tout le monde_, combien plus les vrais
-artistes; _et peut-être Vous me dignez aussi_ de me compter de ce
-nombre[103].
-
-(A CHERUBINI, 1823.)
-
-
-SUR LA CRITIQUE
-
-En ce qui me concerne comme artiste, on n’a jamais entendu dire que
-j’aie fait la moindre attention à tout ce qu’on a pu écrire sur moi.
-
-(A SCHOTT, 1825.)
-
- * * * * *
-
-Je pense comme Voltaire «que quelques piqûres de mouches ne peuvent
-retenir un cheval dans sa course ardente».
-
-(1826.)
-
- * * * * *
-
-Quant à ces imbéciles, il n’y a qu’à les laisser causer. Leur bavardage
-ne rendra certainement personne immortel, pas plus qu’il n’enlèvera
-l’immortalité à aucun de ceux à qui Apollon l’a destinée.
-
-(1801.)
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-
-Si l’on désire mieux connaître Beethoven, on pourra recourir aux
-ouvrages et documents principaux, dont voici une liste sommaire:
-
-
-I.--POUR LES LETTRES DE BEETHOVEN
-
-LUDWIG NOHL.--_Briefe Beethovens_. 1865, Stuttgart.
-
- * * * * *
-
-LUDWIG NOHL.--_Neue Briefe Beethovens._ 1867, Stuttgart.
-
- * * * * *
-
-LUDWIG RITTER VON KOECHEL.--_83 Original-Briefe L. V. B. an den
-Erzherzog Rudolph._ 1865, Vienne.
-
- * * * * *
-
-ALFRED SCHOENE.--_Briefe von Beethoven an Marie Graefin Erdoedy, geb.
-Graefin Niszky und Mag. Brauchle._ 1866, Leipzig.
-
- * * * * *
-
-THEODOR VON FRIMMEL.--_Neue Beethoveniana._ 1886.
-
-_Katalog der mit der Beethoven-Feier zu Bonn, an 11-15 mai 1890
-verbundenen Ausstellung von Handschriften, Briefen, Bildnissen,
-Reliquien Ludwig van Beethoven’s._ 1890, Bonn.
-
- * * * * *
-
-LA MARA.--_Musikerbriefe aus fünf Jahrhunderten._ 1892, Leipzig.
-
- * * * * *
-
-Dʳ A. CHRISTIAN KALISCHER.--_Neue Beethoven-Briefe._ 1902, Berlin et
-Leipzig.
-
- * * * * *
-
-Dʳ A. CHR. KALISCHER.--_Beethoven’s Sämmtliche Briefe_, Kritische
-Ausgabe mit Erlaüterungen. 1906-1908, 5 vol. Leipzig et Berlin.
-
- * * * * *
-
-Dʳ FRITZ PRELINGER.--_Beethovens Sämmtliche Briefe und Aufzeichnungen._
-1907, Vienne et Leipzig, 3 vol.
-
-Un choix des lettres de Beethoven a été publié, en traduction française,
-avec introduction et notes de Jean Chantavoine, 1904, Paris.
-
-
-II.--POUR LA VIE DE BEETHOVEN
-
-GOTTFRIED FISCHER.--_Manuscrit_ (intéressant surtout pour l’enfance de
-Beethoven.--Fischer, mort à Bonn en 1864, était propriétaire de la
-maison, où vécurent deux générations de la famille Beethoven. Lui et sa
-sœur Cæcilia connurent intimement Beethoven enfant, et notèrent leurs
-souvenirs, qui sont précieux, à condition qu’on en use avec quelque
-critique.)--Le manuscrit est à la _Beethovenhaus_ de Bonn. DEITERS (voir
-plus loin) en a publié des extraits.
-
- * * * * *
-
-F.-G. WEGELER UND FERDINAND RIES.--_Biographische Notizen ueber Ludwig
-van Beethoven_ (surtout précieux pour la première moitié de sa vie).
-1838, Coblentz. Traduction française 1862 (épuisé). Réimpression par Dʳ
-Kalischer 1905.
-
- * * * * *
-
-LUDWIG NOHL.--_Eine stille Liebe zu Beethoven._ 1857, Berlin.
-(Publication du journal de Mlle Fanny Giannatasio del Rio, qui connut et
-aima Beethoven, vers 1816.)
-
- * * * * *
-
-ANTON SCHINDLER.--_Beethovens Biographie_, 1840. Traduction française
-1866 (épuisé) (pour la seconde moitié de sa vie).
-
- * * * * *
-
-ANTON SCHINDLER.--_Beethoven in Paris._ 1842, Münster.
-
- * * * * *
-
-GERHARD VON BREUNING.--_Aus dem Schwarzspanierhause._ 1874. (La
-_Schwarzspanierhaus_ est la maison de Vienne où Beethoven est mort. Elle
-a été détruite pendant l’hiver de 1903.)
-
- * * * * *
-
-MOSCHELES.--_The life of Beethoven._ 2 vol. 1841, Londres.
-
- * * * * *
-
-ALEXANDER WHEELOCK THAYER (traduit de l’anglais en allemand et continué
-par HERMANN DEITERS, puis par HUGO RIEMANN).--_Ludwig van Beethovens
-Leben._ 5 volumes, 1908.
-
-Commencé en 1866; interrompu par la mort de l’auteur, en 1897, à
-Trieste, où il était consul des États-Unis; l’ouvrage s’arrête à l’année
-1816.--Deiters entreprit de le terminer; mais il mourut, à son tour, en
-1907, avant d’avoir publié le second volume. M. H. Riemann acheva
-l’œuvre, avec les matériaux laissés par Deiters.--C’est de beaucoup
-l’œuvre la plus importante sur Beethoven.
-
- * * * * *
-
-LUDWIG NOHL.--_Beethovens Leben._ 1864-1877. 4 volumes.
-
- * * * * *
-
-LUDWIG NOHL.--_Beethoven nach den Schilderungen seiner Zeitgenossen._
-Stuttgart.
-
- * * * * *
-
-A.-B. MARX.--_L. van Beethovens Leben und Schaffen._ 1863, 2 volumes. 5ᵉ
-édition, remaniée par G. Behncke, 1902, Berlin.
-
- * * * * *
-
-VICTOR WILDER.--_Beethoven, sa vie et son œuvre._ 1883.
-
- * * * * *
-
-MARIAM TENGER.--_Beethovens unsterbliche Geliebte._ 1890.
-
-La valeur historique de ce livre a été quelquefois contestée. Mariam
-Tenger a été la confidente des dernières années de Thérèse. Il est
-vraisemblable que Thérèse, alors âgée, devait involontairement idéaliser
-ses souvenirs; mais le fond du récit paraît exact.
-
- * * * * *
-
-A. EHRHARD.--_Franz Grillparzer._ 1900.
-
- * * * * *
-
-THEODOR VON FRIMMEL.--_Ludwig van Beethoven_ (dans la collection des
-_Berühmte Musiker_). 1901. Berlin.
-
- * * * * *
-
-JEAN CHANTAVOINE.--_Beethoven_, 1907.
-
- * * * * *
-
-Dʳ ALFRED CHR.-KALISCHER.--_Beethoven und seine Zeitgenossen. Beiträge
-zur Geschichte des Künstlers und Menschen._ 4 vol. 1910.
-
-Recueil de documents, du plus grand intérêt, sur tout le cercle d’amis
-et d’amies de Beethoven. Cette mine de renseignements renouvelle en
-partie la psychologie de Beethoven.
-
-
-III.--POUR L’ŒUVRE DE BEETHOVEN
-
-BEETHOVEN.--_Œuvres complètes_, grande édition critique, Breitkopf und
-Haertel, Leipzig, 38 volumes.
-
-G. NOTTEBOHM.--_Thematisches Verzeichniss der im Druck erschienenen
-Werke von Ludwig van Beethoven_. 1868, Leipzig.
-
-A.-W. THAYER.--_Chronologisches Verzeichniss der Werke v. B._ 1865,
-Berlin.
-
-G. NOTTEBOHM.--_Ein Skizzenbuch von Beethoven._ 1865.
-
-NOTTEBOHM.--_Ein Skizzenbuch von B. aus dem Jahre 1803._ 1880.
-
-NOTTEBOHM.--_Beethovens Studien_. 1873.
-
-NOTTEBOHM.--_Beethoveniana._--_Zweite Beethoveniana._ 1872-87.
-
-GEORGE GROVE.--_Beethoven and his nine Symphonies._ 1896, Londres.
-
-J.-G. PRODHOMME.--_Les symphonies de Beethoven_, 1906.
-
-ALFREDO COLOMBANI.--_Le Nove Sinfonie di Beethoven._ 1897, Turin.
-
-ERNST VON ELTERLEIN.--_B. Claviersonaten._ 5ᵉ édition, 1895.
-
-WILLIBALD NAGEL.--_B. und seine Klaviersonaten_, 2 vol. 1903-1905.
-
-SHEDLOCK.--_The pianoforte sonata._ 1900, Londres.
-
-CH. CZERNY.--_Pianoforte-Schule_ (Quatrième partie, chapitres II, III).
-
-THEODOR HELM.--_B. Streichquartette_, 1885.
-
-H. DE CURZON.--_Les lieder et airs détachés de B._ 1906.
-
-OTTO JAHN.--_Leonore_, Klavierauszug mit Text, nach der zweiten
-Bearbeitung, 1852.
-
-Dʳ ERICH PRIEGER.--_Fidelio_, Klavierauszug mit Text, nach der ersten
-Bearbeitung, 1906.
-
-WILHELM WEBER.--_B. Missa Solemnis._ 1897.
-
-PROF. Dʳ RICHARD STERNFELD.--_Zur Einführung_ in L. _v. B. Missa
-Solemnis_.
-
-IGNAZ VON SEYFRIED.--_L. V. B. Studien im Generalbass, Kontrapunkt, und
-in der Kompositions Lehre._ 1832.
-
-W. DE LENZ.--_Beethoven et ses trois styles._ (Analyses des sonates de
-piano) (épuisé) 1854.
-
-OULIBICHEFF.--_Beethoven, ses critiques et ses glossateurs_, 1857.
-
-WASIELEWSKI.--_Beethoven._ 2 vol. 1886, Berlin.
-
-R. SCHUMANN.--_Écrits sur la musique et les musiciens_, première série,
-traduction H. de Curzon, 1894.
-
-RICHARD WAGNER.--_Beethoven_, 1870, Leipzig.
-
-VINCENT D’INDY.--_Beethoven_, 1911.
-
- L’œuvre musical de _Friedrich Wilhelm Rust_ (1739-1796), de Dessau,
- récemment retrouvé, grâce aux publications qu’un de ses petits-fils
- a faites de quelques-unes de ses sonates, est utile à connaître,
- pour qui veut étudier la formation du génie musical de Beethoven.
- Le plus jeune fils de Rust, Wilhelm-Carl, vécut à Vienne, de 1807 à
- 1827, et fut en relations avec Beethoven. _Rust,
- Charles-Philippe-Emmanuel Bach_, et les symphonistes de Mannheim
- ont été les vrais précurseurs de Beethoven.--Voir Hugo Riemann:
- _Beethoven und die Mannheimer_ (_Die Musik_, 1907-8).
-
- Il y a aussi intérêt à connaître les _lieder_ de _Neefe_
- (1748-1799), déjà tout beethovéniens, et nos musiciens de la
- Révolution, notamment Cherubini, dont le style, en certaines de ses
- compositions religieuses et dramatiques, a parfois servi de modèle
- à Beethoven.
-
-
-IV.--PORTRAITS DE BEETHOVEN
-
-1789.--_Silhouette de Beethoven à dix-huit ans._ [Maison de Beethoven, à
-Bonn; reproduit dans la biographie de Frimmel, page 16.]
-
-1791-2.--_Miniature de Beethoven_, par GERHARD VON KUGELGEN. [Appartient
-à Georg Henschel, Londres; reproduit dans le _Musical Times_ du 15
-décembre 92, page 8.]
-
-1801.--_Dessin de G. Stainhauser_, gravé par JOHANN NEIDL. [Reproduit
-dans Félix Clément: _Les Musiciens célèbres_, 1878, page 267;--Frimmel,
-page 28.]
-
-1802.--_Gravure de Scheffner_, d’après STAINHAUSER. [Maison de
-Beethoven, à Bonn; reproduit dans _die Musik_ du 15 mars 1902, page
-1145.]
-
-1802.--_Miniature de Beethoven_, par CHRISTIAN HORNEMANN. [Appartient à
-Mme de Breuning, à Vienne; reproduit dans Frimmel, page 31.]
-
-1805.--_Portrait de Beethoven_, par W.-J. MAEHLER. [Appartient à Robert
-Heimler, Vienne; reproduit dans le _Musical Times_, page 7; Frimmel,
-page 34.]
-
-1808.--_Dessin de L.-F. Schnorr de Carolsfeld_, lithographié par J.
-BAUER. [Maison de Beethoven, à Bonn.]
-
-1812.--_Masque de Beethoven_, moulé par FRANZ KLEIN.
-
-1812.--_Buste de Beethoven_, par FRANZ KLEIN, d’après le masque.
-[Appartient au fabricant de pianos E. Streicher, à Vienne; reproduit
-dans Frimmel, page 46;--_Musical Times_, page 19.]
-
-1814.--_Dessin de L. Letronne_, gravé par BLASIUS HOEFEL. [Le plus beau
-portrait de Beethoven; la maison de Beethoven, à Bonn, possède
-l’exemplaire qu’il offrit à Wegeler; reproduit dans Frimmel, page
-51;--_Musical Times_, page 21.]
-
-1815.--_Dessin de L. Letronne_, gravé par Riedel. [Reproduit dans _die
-Musik_, page 1147.]
-
-1815.--_Deuxième portrait de Beethoven_, par MAEHLER. [Appartient à
-Ign. von Gleichenstein, Fribourg-en-Brisgau. Reproduction à la maison de
-Beethoven, à Bonn.]
-
-1815.--_Portrait de Beethoven_, par CHRISTIAN HECKEL. [Appartient à
-J.-F. Heckel, Mannheim; reproduction à la maison de Beethoven, à Bonn.]
-
-1818.--_Gravure d’après le dessin de Beethoven_, par AUG. VON KLOEBER.
-[Reproduit dans le _Musical Times_, page 25.]--Le dessin original de
-Klœber est dans la collection du Dʳ Erich Prieger, à Bonn.
-
-1819.--_Portrait de Beethoven_, par FERDINAND SCHIMON. [Maison de
-Beethoven, à Bonn; reproduit dans _die Musik_, page 1149;--Frimmel, page
-63;--_Musical Times_, page 29.]
-
-1819.--_Portrait de Beethoven_, par K.-JOSEPH STIELER. [Appartient à
-Alex. Meyer Cohn, Berlin; reproduit dans Frimmel, page 71.]
-
-1821.--_Buste de Beethoven_, par ANTON DIETRICH. [Appartient à Léopold
-Schrœtter de Kristelli;] reproduction dans la maison de Beethoven, à
-Bonn.
-
-1824-6.--_Dessins-caricatures de Beethoven se promenant_, par J.-P.
-LYSER. [Originaux à la _Gesellschaft der Musikfreunde_, Vienne;
-reproduits dans Frimmel, page 67;--_Musical Times_, page 15.]
-
-1823.--_Dessins-caricatures de Beethoven se promenant_, par JOS. VAN
-BOEHM. [Reproduits dans Frimmel, page 70.]
-
-1823.--_Portrait de Beethoven_, par WALDMUELLER. [Appartient à Breitkopf
-et Hærtel, Leipzig; reproduit dans Frimmel, page 72.]
-
-1825-6.--_Dessin de Beethoven_, par STEFAN DECKER. [Appartient à Georg
-Decker, Vienne; reproductions à la maison de Beethoven, à Bonn.]
-
-1826.--_Dessin de B._ par A. Dietrich, lithographié par JOS. KRIEHUBER.
-[Reproduit dans Frimmel, page 73.]
-
-1826.--_Buste de Beethoven à l’antique_, par SCHALLER. [Appartient à la
-Société philharmonique de Londres; copie à la maison de Beethoven, à
-Bonn; reproduit dans Frimmel, page 74, et dans le _Musical Times_.]
-
-1827.--_Esquisse de Beethoven sur son lit de mort_, par JOS. DANHAUSER.
-[Appartient à A. Artaria, Vienne; reproduit dans l’_Allgemeine
-Musik-Zeitung_, du 19 avril 1901.]
-
-1827.--_Trois esquisses de Beethoven sur son lit de mort_, par
-TELTSCHER. [Appartiennent au Dʳ Aug. Heymann; publiées par Frimmel;
-reproduites dans le _Courrier musical_, du 15 novembre 1909.]
-
-1827.--_Masque de Beethoven mort_, moulé par DANHAUSER. [Maison de
-Beethoven, à Bonn.]
-
-De nombreux portraits de Beethoven ont été faits depuis sa mort. L’œuvre
-la plus remarquable qui lui ait été consacrée est le monument de Max
-Klinger (Vienne, 1902).
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
-PRÉFACE v
-
-BEETHOVEN 3
-
-
-LETTRES
-
-BEETHOVEN.--_Testament d’Heiligenstadt_ pour mes frères
-Carl et (Johann) Beethoven, _Heiligenstadt, le 6 octobre
-1802_ 85
-
-Au pasteur Amenda, en Courlande, _probablement écrit
-en 1801_ 97
-
-Au docteur Franz Gerhard Wegeler, _Vienne, 29 juin_ (_1801_) 102
-
-A Wegeler, _Vienne, 16 novembre 1801_ 110
-
-Lettre de Wegeler et d’Éléonore von Breuning à
-Beethoven:
-
-Lettre de Wegeler, _Coblentz, 28 décembre 1825_ 115
-
-Lettre d’Éléonore Wegeler, _Coblentz, 29 décembre 1825_ 119
-
-Beethoven à Wegeler, _Vienne, 7 octobre 1826_ 123
-
-A Wegeler, _Vienne, 17 février 1827_ 127
-
-A Moscheles, _Vienne, 14 mars 1827_ 129
-
-
-PENSÉES
-
-Sur la musique 133
-
-Sur la critique 141
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-Pour les lettres de Beethoven 145
-
-Pour la vie de Beethoven 147
-
-Pour l’œuvre de Beethoven 150
-
-Portraits de Beethoven 154
-
-
-811-14.--Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD.--P7-14.
-
-
-NOTES:
-
-[1] J. Russel (1822).--Charles Czerny, enfant, qui le vit en 1801, avec
-une barbe de plusieurs jours et une crinière sauvage, vêtu d’un veston
-et d’un pantalon en poil de chèvre, crut rencontrer Robinson Crusoé.
-
-[2] Note du peintre Kloeber, qui fit son portrait vers 1818.
-
-[3] «Ses beaux yeux parlants, dit le docteur W.-C. Müller, tantôt
-gracieux et tendres, tantôt égarés, menaçants et terribles» (1820).
-
-[4] Kloeber dit: «d’Ossian». Tous ces détails sont empruntés aux notes
-d’amis de Beethoven, ou de voyageurs qui le virent,--tels que Czerny,
-Moscheles, Kloeber, Daniel Amadeus Atterbohm, W.-C. Müller, J. Russel,
-Julius Benedict, Rochlitz, etc.
-
-[5] Le grand-père Ludwig, l’homme le plus remarquable de la famille,
-celui à qui Beethoven ressemblait le plus, était né à Anvers, et ne
-s’établit que vers sa vingtième année à Bonn, où il devint maître de
-chapelle du prince-électeur.--Il ne faut pas oublier ce fait, si l’on
-veut comprendre l’indépendance fougueuse de la nature de Beethoven, et
-tant de traits de son caractère qui ne sont pas proprement allemands.
-
-[6] Lettre au docteur Schade, à Augsbourg, 15 septembre 1787 (Nohl,
-_Lettres de Beethoven_, II).
-
-[7] Il disait plus tard (en 1816): «C’est un pauvre homme, celui qui ne
-sait pas mourir! Quand je n’avais que quinze ans, je le savais déjà.»
-
-[8] Nous citons aux _textes_ quelques-unes de ces lettres.
-
-Beethoven trouva aussi un ami et un guide en l’excellent
-Christian-Gottlob Neefe, son maître, dont la noblesse morale n’eut pas
-moins d’influence sur lui que la largeur de son intelligence artistique.
-
-[9] A Wegeler, 29 juin 1801 (Nohl, XIV).
-
-[10] Il y avait déjà fait un court voyage, au printemps de 1787. Il vit
-alors Mozart, qui semble avoir fait peu attention à lui.
-
-Haydn, dont il avait fait la connaissance à Bonn, en décembre
-1790, lui donna quelques leçons. Beethoven prit aussi pour maîtres
-Albrechtsberger et Salieri. Le premier lui enseigna le contrepoint et
-la fugue; le second lui apprit à écrire pour la voix.
-
-[11] Il débutait à peine. Son premier concert à Vienne comme pianiste,
-eut lieu le 30 mars 1795.
-
-[12] A Wegeler, 29 juin 1801 (Nohl, XIV).
-
-«Aucun de mes amis ne doit manquer de rien, tant que j’ai quelque
-chose»,--écrit-il à Ries, vers 1801 (Nohl, XXIV).
-
-[13] Dans le _Testament_ de 1802, Beethoven dit qu’il y a six ans
-que le mal a commencé,--soit, par conséquent, en 1796.--Remarquons
-en passant que, dans le catalogue de ses œuvres, l’op. 1 seul (trois
-trios) est antérieur à 1796. L’op. 2, les trois premières sonates pour
-piano, paraissent en mars 1796. On peut donc dire que l’œuvre entier de
-Beethoven est de Beethoven sourd.
-
-Voir sur la surdité de Beethoven un article du Dʳ Klotz-Forest, dans la
-_Chronique médicale_ du 15 mai 1905.--L’auteur de l’article croit que
-le mal eut sa source dans une affection générale héréditaire (peut-être
-dans la phtisie de la mère). Il diagnostique un catarrhe des trompes
-d’Eustache, en 1796, qui se transforma, vers 1799, en une otite moyenne
-aiguë. Mal soignée, elle passa à l’état d’otite catarrhale chronique,
-avec toutes ses conséquences. La surdité augmenta, sans jamais devenir
-complète. Beethoven percevait les bruits profonds, mieux que les
-sons élevés. Dans ses dernières années, il se servait, dit-on, d’une
-baguette de bois, dont une extrémité était placée dans la boîte de son
-piano, et l’autre entre ses dents. Il usait de ce moyen pour entendre,
-quand il composait.
-
-(Voir sur la même question: C. G. Kunn: _Wiener medizinische
-Wochenschrift_, février-mars 1892;--Wilibald Nagel: _Die Musik_, mars
-1902;--Theodor von Frimmel: _Der Merker_, juillet 1912.)
-
-On a conservé au musée Beethoven de Bonn les instruments acoustiques
-que fabriqua pour Beethoven, vers 1814, le mécanicien Maelzel.
-
-[14] Nohl, _Lettres de Beethoven_, XIII.
-
-[15] Nohl, _Lettres de Beethoven_, XIV. (Voir les _textes_.)
-
-[16] A Wegeler, 16 novembre 1801 (Nohl, XVIII).
-
-[17] Elle ne craignit pas, dans la suite, d’exploiter l’ancien amour de
-Beethoven, en faveur de son mari. Beethoven secourut Gallenberg. «Il
-était mon ennemi: c’était justement la raison pour que je lui fisse
-tout le bien possible», dit-il à Schindler, dans un de ses cahiers
-de conversation de 1821. Mais il l’en méprisa davantage. «Arrivée à
-Vienne, écrit-il en français, elle cherchait moi, pleurant, mais je la
-méprisais.»
-
-[18] 6 octobre 1802 (Nohl, XXVI). Voir aux _textes_.
-
-[19] «Recommandez à vos enfants la vertu; elle seule peut rendre
-heureux, non l’argent. Je parle par expérience. C’est elle qui m’a
-soutenu dans ma misère; c’est à elle que je dois, ainsi qu’à mon art,
-de n’avoir pas terminé ma vie par le suicide.» Et dans une autre
-lettre, du 2 mai 1810, à Wegeler: «Si je n’avais pas lu quelque
-part que l’homme ne doit pas se séparer volontairement de la vie,
-aussi longtemps qu’il peut encore accomplir une bonne action, depuis
-longtemps je ne serais plus--et sans doute par mon propre fait.»
-
-[20] A Wegeler (Nohl, XVIII).
-
-[21] La miniature de Hornemann, qui est de 1802, montre Beethoven mis
-à la mode de l’époque, avec des favoris, les cheveux à la Titus, l’air
-fatal d’un héros byronien, mais cette tension de volonté napoléonienne,
-qui ne désarme jamais.
-
-[22] On sait que la _Symphonie héroïque_ fut écrite pour et sur
-Bonaparte, et que le premier manuscrit porte encore le titre:
-_Buonaparte_. Sur ces entrefaites, Beethoven apprit le couronnement de
-Napoléon. Il entra en fureur: «Ce n’est donc qu’un homme ordinaire!»
-cria-t-il; et dans son indignation, il déchira la dédicace, et écrivit
-ce titre vengeur et touchant à la fois: «_Symphonie héroïque... pour
-célébrer le souvenir d’un grand Homme._» (_Sinfonia eroica... composta
-per festeggiare il sovvenire di un grand Uomo._) Schindler raconte
-que dans la suite, il se départit un peu de son mépris pour Napoléon;
-il ne vit plus en lui qu’un malheureux digne de compassion, un Icare
-précipité du ciel. Quand il apprit la catastrophe de Sainte-Hélène,
-en 1821, il dit: «Il y a dix-sept ans que j’ai écrit la musique qui
-convient à ce triste événement.» Il se plaisait à reconnaître dans la
-_Marche funèbre_ de sa symphonie un pressentiment de la fin tragique du
-conquérant.--Il est donc bien probable que la _Symphonie héroïque_, et
-surtout son premier morceau, était, dans la pensée de Beethoven, une
-sorte de portrait de Bonaparte, très différent du modèle, sans doute,
-mais tel qu’il l’imaginait, et tel qu’il l’eût voulu: le génie de la
-Révolution. Beethoven reprend d’ailleurs dans le finale de l’_Héroïque_
-une des phrases principales de la partition qu’il avait déjà écrite
-pour le héros révolutionnaire par excellence, le dieu de la Liberté:
-_Prométhée_ (1801).
-
-[23] Robert de Keudell, ancien ambassadeur d’Allemagne à Rome:
-_Bismarck et sa famille_, 1901, traduction française de E.-B. Lang.
-
-Robert de Keudell joua cette sonate à Bismarck, sur un mauvais piano,
-le 30 octobre 1870, à Versailles. Bismarck disait de la dernière phrase
-de l’œuvre: «Ce sont les luttes et les sanglots de toute une vie.»
-Il préférait Beethoven à tout autre musicien, et, plus d’une fois,
-affirma: «Beethoven convient le mieux à mes nerfs.»
-
-[24] La maison de Beethoven était sise près des fortifications de
-Vienne, que Napoléon fit sauter après la prise de la ville. «Quelle vie
-sauvage, que de ruines autour de moi!--écrit Beethoven aux éditeurs
-Breitkopf et Haertel, le 26 juin 1809;--rien que tambours, trompettes,
-misères de toute sorte!»
-
-Un portrait de Beethoven, à cette époque, nous a été laissé par un
-Français qui le vit à Vienne, en 1809: le baron de Trémont, auditeur
-au Conseil d’État. Il fait une description pittoresque du désordre qui
-régnait dans l’appartement de Beethoven. Ils causèrent ensemble de
-philosophie, de religion, de politique, «et surtout de Shakespeare,
-son idole». Beethoven était assez disposé à suivre Trémont à Paris, où
-il savait que le Conservatoire exécutait déjà ses symphonies, et où il
-avait des admirateurs enthousiastes.--(Voir, dans le _Mercure musical_
-du 1ᵉʳ mai 1906, _Une visite à Beethoven_, par le baron de Trémont;
-publié par J. Chantavoine.)
-
-[25] Ou plus exactement, Thérèse Brunsvik. Beethoven avait fait la
-connaissance des Brunsvik à Vienne, entre 1796 et 1799. Giulietta
-Guicciardi était la cousine de Thérèse. Beethoven semble s’être épris
-aussi, pendant un temps, d’une sœur de Thérèse, Joséphine, qui épousa
-le comte Deym, puis en secondes noces le baron Stackelberg.--On
-trouvera les détails les plus vivants sur la famille Brunsvik dans un
-article de M. André de Hevesy: _Beethoven et l’Immortelle Bien-aimée_
-(_Revue de Paris_, 1ᵉʳ et 15 mars 1910). M. de Hevesy a utilisé,
-pour cette étude, les Mémoires manuscrits et les papiers de Thérèse,
-conservés à Mártonvásár, en Hongrie. Tout en montrant l’intimité
-affectueuse de Beethoven avec les Brunsvik, il remet en question son
-amour pour Thérèse. Mais ses arguments ne semblent pas convaincants; et
-je me réserve de les discuter, quelque jour.
-
-[26] Mariam Tenger: _Beethoven’s unsterbliche Geliebte_, Bonn, 1890.
-
-[27] C’est l’air admirable qui figure dans l’Album de la femme de J.-S.
-Bach, Anna Magdalena (1725), sous le titre: _Aria di Giovannini_. On a
-discuté son attribution à J.-S. Bach.
-
-[28] Nohl, _Vie de Beethoven_.
-
-[29] Beethoven était myope, en effet. Ignaz von Seyfried dit que sa
-faiblesse de vue avait été causée par la petite vérole, et qu’elle
-l’obligeait, tout jeune, à porter des lunettes. La myopie devait
-contribuer au caractère égaré de ses yeux. Ses lettres de 1823-1824
-contiennent des plaintes fréquentes au sujet de ses yeux, qui le font
-souffrir.--Voir les articles de Christian Kalischer: _Beethovens Augens
-und Augenleiden_ (_Die Musik_, 15 mars-1ᵉʳ avril 1902).
-
-[30] La musique de scène pour l’_Egmont_ de Gœthe fut commencée en
-1809.--Beethoven eût voulu écrire aussi la musique de _Guillaume Tell_;
-mais on lui préféra Gyrowetz.
-
-[31] Conversation avec Schindler.
-
-[32] Mais écrite, à ce qu’il semble, à Korompa, chez les Brunsvik.
-
-[33] Nohl, _Lettres de Beethoven_, XV.
-
-[34] Ce portrait se trouve encore aujourd’hui dans la maison de
-Beethoven, à Bonn. Il est reproduit dans la _Vie de Beethoven_ par
-Frimmel, p. 29, et dans le _Musical Times_ du 15 décembre 1892.
-
-[35] A Gleichenstein (Nohl, _Neue Briefe Beethovens_, XXXI).
-
-[36] «Le cœur est le levier de tout ce qu’il y a de grand.» (A
-Giannatasio del Rio.--Nohl, CLXXX.)
-
-[37] «Les poésies de Gœthe me rendent heureux», écrit-il à Bettina
-Brentano, le 19 février 1811.
-
-Et ailleurs:
-
-«Gœthe et Schiller sont mes poètes préférés, avec Ossian et Homère, que
-je ne puis malheureusement lire que dans des traductions.» (A Breitkopf
-et Haertel, 8 août 1809.--Nohl, _Neue Briefe_, LIII.)
-
-Il est à remarquer combien, malgré son éducation négligée, le goût
-littéraire de Beethoven était sûr. En dehors de Gœthe, dont il a dit
-qu’il lui semblait «grand, majestueux, toujours en _ré majeur_»,
-et au-dessus de Gœthe, il aimait trois hommes: Homère, Plutarque
-et Shakespeare. D’Homère, il préférait l’_Odyssée_. Il lisait
-continuellement Shakespeare dans la traduction allemande, et l’on sait
-avec quelle grandeur tragique il a traduit en musique _Coriolan_ et
-_la Tempête_. Quant à Plutarque, il s’en nourrissait, comme les hommes
-de la Révolution. Brutus était son héros, ainsi qu’il fut celui de
-Michel Ange; il avait sa statuette dans sa chambre. Il aimait Platon,
-et rêvait d’établir sa République dans le monde entier. «Socrate et
-Jésus ont été mes modèles», a-t-il dit quelque part. (Conversations de
-1819-20.)
-
-[38] A Bettina von Arnim (Nohl, XCI).--L’authenticité des lettres de
-Beethoven à Bettina, mise en doute par Schindler, Marx et Deiters, a
-été défendue par Moritz Carriere, Nohl et Kalischer. Bettina a dû les
-«embellir» un peu; mais le fond paraît exact.
-
-[39] «Beethoven, disait Gœthe à Zelter, est malheureusement une
-personnalité tout à fait indomptée; il n’a sans doute pas tort de
-trouver le monde détestable; mais ce n’est pas le moyen de le rendre
-agréable pour lui et pour les autres. Il faut l’excuser et le plaindre,
-car il est sourd.»--Il ne fit rien dans la suite contre Beethoven,
-mais il ne fit rien pour lui: silence complet sur son œuvre, et jusque
-sur son nom.--Au fond, il admirait, mais redoutait sa musique: elle
-le troublait; il craignait qu’elle ne lui fît perdre le calme de
-l’âme, qu’il avait conquis au prix de tant de peines.--Une lettre du
-jeune Félix Mendelssohn, qui passa par Weimar en 1830, fait pénétrer
-innocemment dans les profondeurs de cette âme trouble et passionnée
-(_leidenschaftlicher Sturm und Verworrenheit_, comme Gœthe disait
-lui-même), qu’une intelligence puissante maîtrisait.
-
-«... D’abord, écrit Mendelssohn, il ne voulait pas entendre parler de
-Beethoven; mais il lui fallut en passer par là, et écouter le premier
-morceau de la _Symphonie en ut mineur_, qui le remua étrangement. Il
-n’en voulut rien laisser paraître, et se contenta de me dire: «Cela ne
-touche point, cela ne fait qu’étonner». Au bout d’un certain temps,
-il reprit: «C’est grandiose, insensé; on dirait que la maison va
-s’écrouler». Survint le dîner, pendant lequel il demeura tout pensif,
-jusqu’au moment où, retombant de nouveau sur Beethoven, il se mit à
-m’interroger, à m’examiner. Je vis bien que l’effet était produit....»
-
-(Sur les rapports de Gœthe et de Beethoven, voir divers articles de
-Frimmel.)
-
-[40] Lettre de Gœthe à Zelter, 2 septembre 1812.--Zelter à Gœthe, 14
-septembre 1812: «_Auch ich bewundere ihn mit Schrecken._» «Moi aussi,
-je l’admire avec effroi».--Zelter écrit en 1819 à Gœthe: «On dit qu’il
-est fou».
-
-[41] C’est, en tout cas, un sujet auquel Beethoven a pensé: car nous le
-trouvons dans ses notes, et, particulièrement, dans ses projets d’une
-_Dixième Symphonie_.
-
-[42] Contemporaine, et peut-être inspiratrice, parfois, de ces œuvres
-est son intimité très tendre avec la jeune cantatrice berlinoise Amalie
-Sebald, qu’il connut à Tœplitz, en 1811 et 1812.
-
-[43] Bien différent de lui en ceci, Schubert avait écrit en 1807 une
-œuvre de circonstance, «en l’honneur de Napoléon le Grand», et en
-dirigea lui-même l’exécution devant l’Empereur.
-
-[44] «Je ne vous dis rien de nos monarques et de leurs monarchies»,
-écrit-il à Kauka pendant le Congrès de Vienne. «Pour moi, l’empire
-de l’esprit est le plus cher de tous: c’est le premier de tous les
-royaumes temporels et spirituels.» (_Mir ist das geistige Reich das
-Liebste, und der Oberste aller geistlichen und weltlichen Monarchien._)
-
-[45] «Vienne, n’est-ce point tout dire?--Toute trace du protestantisme
-allemand effacée; même l’accent national, perdu, italianisé. L’esprit
-allemand, les manières et les mœurs allemandes, expliquées par des
-manuels de provenance italienne et espagnole.... Le pays d’une histoire
-falsifiée, d’une science falsifiée, d’une religion falsifiée....
-Un scepticisme frivole, qui devait ruiner et ensevelir l’amour de
-la vérité, et de l’honneur, et de l’indépendance!...» (Wagner,
-_Beethoven_, 1870.)
-
-Grillparzer a écrit que c’était un malheur d’être né Autrichien. Les
-grands compositeurs allemands de la fin du XIXᵉ siècle,
-qui ont vécu à Vienne, ont cruellement souffert de l’esprit de cette
-ville livrée au culte pharisien de Brahms. La vie de Bruckner y fut
-un long martyre. Hugo Wolf, qui se débattit furieusement, avant de
-succomber, a exprimé sur Vienne des jugements implacables.
-
-[46] Le roi Jérôme avait offert à Beethoven un traitement de six
-cents ducats d’or, sa vie durant, et une indemnité de voyage de
-cent cinquante ducats d’argent, contre l’unique engagement de jouer
-quelquefois devant lui, et de diriger ses concerts de musique de
-chambre, qui ne devaient être ni longs, ni fréquents. (Nohl, XLIX.)
-Beethoven fut tout près de partir.
-
-[47] Le _Tancrède_ de Rossini suffit à ébranler tout l’édifice de
-la musique allemande. Bauernfeld, cité par Ehrhard, note dans son
-_Journal_ ce jugement qui circulait dans les salons de Vienne, en 1816:
-«Mozart et Beethoven sont de vieux pédants; la bêtise de l’époque
-précédente les goûtait; c’est seulement depuis Rossini qu’on sait ce
-que c’est que la mélodie. _Fidelio_ est une ordure; on ne comprend pas
-qu’on se donne la peine d’aller s’y ennuyer.»
-
-Beethoven donna son dernier concert, comme pianiste, en 1814.
-
-[48] La même année, Beethoven perdit son frère Carl: «Il tenait
-beaucoup à la vie, autant que je perdrais volontiers la mienne»,
-écrivait-il à Antonia Brentano.
-
-[49] A part sa touchante amitié avec la comtesse Maria von Erdödy,
-toujours souffrante comme lui, atteinte d’un mal incurable, et qui
-perdit subitement en 1816 son fils unique. Beethoven lui dédia, en
-1809, ses deux trios, op. 70, et en 1815-1817, ses deux grandes sonates
-pour violoncelle, op. 102.
-
-[50] En dehors de la surdité, sa santé empirait de jour en jour. Depuis
-octobre 1816, il était très malade d’un catarrhe inflammatoire. Pendant
-l’été de 1817, son médecin lui dit que c’était une maladie de poitrine.
-Dans l’hiver 1817-1818, il se tourmenta de cette soi-disant phtisie.
-Puis ce furent des rhumatismes aigus en 1820-1821, une jaunisse en
-1821, une conjonctivite en 1823.
-
-[51] Remarquer que de cette année date, dans sa musique, un changement
-de style, inauguré par la sonate op. 101.
-
-Les cahiers de conversation de Beethoven, formant plus de 11 000 pages
-manuscrites, se trouvent réunis aujourd’hui à la Bibliothèque royale de
-Berlin.
-
-[52] Schindler, qui devint l’intime de Beethoven, depuis 1819, était
-entré en relations avec lui dès 1814; mais Beethoven avait eu la plus
-grande peine à lui accorder son amitié; il le traitait d’abord avec une
-hauteur méprisante.
-
-[53] Voir les admirables pages de Wagner sur la surdité de Beethoven.
-(_Beethoven_, 1870.)
-
-[54] Il aimait les bêtes et avait pitié d’elles. La mère de l’historien
-von Frimmel racontait qu’elle avait conservé longtemps une haine
-involontaire pour Beethoven, parce que, quand elle était petite fille,
-il chassait avec son mouchoir tous les papillons qu’elle voulait
-prendre.
-
-[55] Il se trouvait toujours mal logé. En trente-cinq ans, il changea
-trente fois d’appartement, à Vienne.
-
-[56] Beethoven s’était adressé personnellement à Cherubini, qui était
-«de ses contemporains celui qu’il estimait le plus». (Nohl, _Lettres de
-Beethoven_, CCL.) Cherubini ne répondit pas.
-
-[57] «Je ne me venge jamais, écrit-il ailleurs à Mme Streicher. Quand
-je suis obligé d’agir contre d’autres hommes, je ne fais que le strict
-nécessaire pour me défendre, ou pour les empêcher de faire le mal.»
-
-[58] Nohl, CCCXLIII.
-
-[59] Nohl, CCCXIV.
-
-[60] Nohl, CCCLXX.
-
-[61] Nohl, CCCLXII-LXVII. Une lettre, que vient de retrouver à Berlin
-M. Kalischer, montre avec quelle passion Beethoven voulait faire de son
-neveu «un citoyen utile à l’État» (1ᵉʳ février 1819).
-
-[62] Schindler, qui le vit alors, dit qu’il devint, subitement, comme
-un vieillard de soixante-dix ans, brisé, sans force, sans volonté. Il
-serait mort, si Charles était mort.--Il mourut peu de mois après.
-
-[63] Le dilettantisme de notre temps n’a pas manqué de chercher à
-réhabiliter ce drôle. Cela ne peut surprendre.
-
-[64] Lettre de Fischenich à Charlotte Schiller (janvier 1793). L’ode
-de Schiller avait été écrite en 1785.--Le thème actuel apparaît en
-1808, dans la _Fantaisie pour piano, orchestre et chœur_, op. 80, et en
-1810, dans le _Lied_, sur des paroles de Gœthe: _Kleine Blumen, kleine
-Blætter_.--J’ai vu dans un cahier de notes de 1812, appartenant au Dʳ
-Erich Prieger, à Bonn, entre les esquisses de la _Septième Symphonie_
-et un projet d’_ouverture de Macbeth_, un essai d’adaptation des
-paroles de Schiller au thème qu’il utilisa plus tard dans l’ouverture
-op. 115 (_Namensfeier_).--Quelques-uns des motifs instrumentaux de
-la _Neuvième Symphonie_ se montrent avant 1815. Enfin, le thème
-définitif de la Joie est noté en 1822, ainsi que tous les autres airs
-de la Symphonie, sauf le _trio_, qui vient peu après, puis l’_andante
-moderato_, et enfin l’_adagio_, qui paraît le dernier.
-
-Sur le poème de Schiller, et sur la fausse interprétation qu’on en a
-voulu donner, de notre temps, en substituant au mot _Freude_ (Joie) le
-mot _Freiheit_ (Liberté), voir un article de Charles Andler dans _Pages
-Libres_ (8 juillet 1905).
-
-[65] Bibliothèque de Berlin.
-
-[66] _Also ganz so als ständen Worte darunter._ («Tout à fait comme
-s’il y avait des paroles dessous.»)
-
-[67] La _Messe en ré_, op. 123.
-
-[68] Beethoven, harassé par les tracas domestiques, la misère, les
-soucis de tout genre, n’écrivit en cinq ans, de 1816 à 1821, que trois
-œuvres pour piano (op. 101, 102, 106). Ses ennemis le disaient épuisé.
-Il se remit au travail en 1821.
-
-[69] Février 1824. Signèrent: prince C. Lichnowski, comte Maurice
-Lichnowski, comte Maurice de Fries, comte M. de Dietrichstein, comte
-F. de Palfy, comte Czernin, Ignace Edler de Mosel, Charles Czerny,
-abbé Stadler, A. Diabelli, Artaria et C., Steiner et C., A. Streicher,
-Zmeskall, Kiesewetter, etc.
-
-[70] «Mon caractère moral est reconnu publiquement»,--dit fièrement
-Beethoven à la municipalité de Vienne, le 1ᵉʳ février 1819, pour
-revendiquer son droit de tutelle sur son neveu. «Même des écrivains
-distingués, comme Weissenbach, ont jugé qu’il valait la peine de lui
-consacrer des écrits.»
-
-[71] En août 1824, il était hanté de la crainte de mourir brusquement
-d’une attaque, «comme mon cher grand-père, avec qui j’ai tant de
-ressemblance», écrit-il, le 16 août 1824, au docteur Bach.
-
-Il souffrait beaucoup de l’estomac. Il fut très mal pendant l’hiver
-de 1824-1825. En mai 1825, il eut des crachements de sang, et des
-saignements de nez. Le 9 juin 1825, il écrit à son neveu: «Ma faiblesse
-touche souvent à l’extrême.... L’homme à la faux ne tardera pas à
-venir.»
-
-[72] La _Neuvième Symphonie_ fut exécutée pour la première fois, en
-Allemagne, à Francfort, le 1ᵉʳ avril 1825; à Londres, dès le 25 mars
-1825; à Paris, au Conservatoire, le 27 mars 1831. Mendelssohn, âgé de
-dix-sept ans, en donna une audition sur le piano, à la Jaegerhalle de
-Berlin, le 14 novembre 1826. Wagner, étudiant à Leipzig, la recopia
-tout entière de sa main; et, dans une lettre du 6 octobre 1830 à
-l’éditeur Schott, il lui offre une réduction de la symphonie, pour
-piano à deux mains. On peut dire que la _Neuvième Symphonie_ décida de
-la vie de Wagner.
-
-[73] «Apollon et les Muses ne voudront pas me livrer déjà à la mort;
-car je leur dois tant encore! Il faut qu’avant mon départ pour les
-Champs-Élysées, je laisse après moi ce que l’Esprit m’inspire et me dit
-d’achever. Il me semble que j’ai à peine écrit quelques notes.» (Aux
-frères Schott, 17 septembre 1824.--Nohl, _Neue Briefe_, CCLXXII.)
-
-[74] Beethoven écrit à Moscheles, le 18 mars 1827: «Une Symphonie
-entièrement esquissée est dans mon pupitre, avec une nouvelle
-ouverture.» Cette esquisse n’a jamais été retrouvée.--On lit seulement
-dans ses notes:
-
-«Adagio cantique.--Chant religieux pour une symphonie dans les
-anciens modes (_Herr Gott dich loben wir.--Alleluja_), soit d’une
-façon indépendante, soit comme introduction à une fugue. Cette
-symphonie pourrait être caractérisée par l’entrée des voix, soit
-dans le _finale_, soit dès l’_adagio_. Les violons de l’orchestre,
-etc., décuplés pour les derniers mouvements. Faire entrer les voix
-une à une; ou répéter en quelque sorte l’_adagio_, dans les derniers
-mouvements. Pour texte de l’_adagio_, un mythe grec, [ou] un cantique
-ecclésiastique, dans l’_allegro_, fête à Bacchus.» (1818)
-
-Comme on voit, la conclusion chorale était alors réservée pour la
-_Dixième_ et non pour la _Neuvième Symphonie_.
-
-Plus tard, il dit qu’il veut accomplir dans sa _Dixième Symphonie_ «la
-réconciliation du monde moderne avec le monde antique, ce que Gœthe
-avait tenté dans son _Second Faust_».
-
-[75] Le sujet est la légende d’un chevalier, qui est amoureux et
-captif d’une fée, et qui souffre de la nostalgie de la liberté. Il y
-a des analogies entre le poème et celui de _Tannhaeuser_. Beethoven y
-travailla de 1823 à 1826. (Voir A. Ehrhard, _Franz Grillparzer_, 1900.)
-
-[76] Beethoven avait, depuis 1808, le dessein d’écrire la musique de
-_Faust_. (La première partie du _Faust_ venait de paraître, sous le
-titre de Tragédie, en automne 1807.) C’était là son projet le plus
-cher. («_Was mir und der Kunst das Hœchste ist._»)
-
-[77] «Le Sud de la France! c’est là! c’est là!» (_Südliches Frankreich,
-dahin! dahin!_) (carnet de la bibliothèque de Berlin).--«... Partir
-d’ici. A cette seule condition, tu pourras de nouveau t’élever dans
-les hautes régions de ton art.... Une symphonie, puis partir, partir,
-partir.... L’été, travailler pour le voyage.... Parcourir l’Italie, la
-Sicile avec quelque autre artiste.» (_Id._)
-
-[78] En 1819, il faillit être poursuivi par la police, pour avoir dit
-trop haut «qu’après tout, le Christ n’était qu’un Juif crucifié». Il
-écrivait alors la _Messe en ré_. C’est assez dire la liberté de ses
-inspirations religieuses. (Voir, pour les opinions religieuses de
-Beethoven, Théodor von Frimmel: _Beethoven_, 3ᵉ éd. Verlag Harmonie;
-et _Beethoveniana_, éd. Georg Müller, vol. II, chap. Blöchinger.)--Non
-moins libre en politique, Beethoven attaquait hardiment les vices
-de son gouvernement. Il lui reprochait, entre autres choses:
-l’organisation de la justice, arbitraire et servile, entravée par une
-longue procédure;--les vexations policières;--la bureaucratie baroque
-et inerte, qui tuait toute initiative individuelle et paralysait
-l’action;--les privilèges d’une aristocratie dégénérée, tenace à
-s’arroger les plus hautes charges de l’État.--Ses sympathies politiques
-semblaient être alors pour l’Angleterre.
-
-[79] Le suicide de son neveu.
-
-[80] Voir sur _la Dernière maladie et la mort de Beethoven_ un article
-du Dʳ Klotz-Forest, dans la _Chronique médicale_ du 1ᵉʳ et du 15
-avril 1906.--On a des renseignements assez précis par les _Cahiers
-de conversation_, où sont inscrites les questions du docteur, et par
-le récit du docteur lui-même (Dʳ Wawruch), paru, sous le titre de:
-_Aerztlicher Rückblick auf L. V. B. letzte Lebenstage_ dans la _Wiener
-Zeitschrift_ en 1842 (daté du 20 mai 1827).
-
-Il y eut deux phases dans la maladie: 1º des accidents pulmonaires, qui
-semblèrent arrêtés après six jours. «Le septième jour, il se sentit
-assez bien pour se lever, marcher, lire et écrire»;--2º des troubles
-digestifs, compliqués de troubles de circulation. «Le huitième jour, je
-le trouvai défait, le corps tout jaune. Un violent accès de diarrhée,
-compliquée de vomissements, avait failli le tuer dans la nuit.» A
-partir de ce moment, l’hydropisie se développa.
-
-Cette rechute eut des causes morales, qui sont mal connues. «Une
-violente colère, une souffrance profonde, causée par l’ingratitude dont
-il avait souffert, et une injure imméritée, avaient occasionné cette
-explosion, dit le Dʳ Wawruch. Tremblant et frissonnant, il était courbé
-par la douleur qui déchirait ses entrailles.»
-
-Résumant ces diverses observations, le Dʳ Klotz-Forest diagnostique,
-après une attaque de congestion pulmonaire, la cirrhose atrophique
-de Laënnec (maladie de foie), avec ascite, et œdème des membres
-inférieurs. Il croit que l’usage immodéré des boissons spiritueuses y
-contribua. C’était déjà l’avis du Dʳ Malfatti: «_Sedebat et bibebat_».
-
-[81] Les Souvenirs du chanteur Ludwig Cramolini, qui viennent d’être
-publiés, racontent une émouvante visite à Beethoven, pendant sa
-dernière maladie, où Beethoven se montra d’une sérénité et d’une bonté
-touchantes. (Voir la _Frankfurter Zeitung_ du 29 septembre 1907.)
-
-[82] Les opérations eurent lieu le 20 décembre, le 8 janvier, le 2
-février, et le 27 février.--Le pauvre homme, sur son lit de mort, était
-rongé par les punaises. (Lettre de Gerhard von Breuning.)
-
-[83] Le jeune musicien Anselm Hüttenbrenner.
-
-«Dieu soit loué!» écrit Breuning. «Remercions-le d’avoir mis fin à ce
-long et douloureux martyre.»
-
-Tous les manuscrits, livres et meubles de Beethoven furent vendus
-aux enchères pour 1 575 florins. Le catalogue comprenait 252 numéros
-de manuscrits et de livres musicaux, qui ne dépassèrent pas la
-somme de 982 florins 37 kreutzer. Les _Cahiers de conversation_ et
-les _Tagebücher_ furent vendus 1 florin 20 kreutzer.--Parmi ses
-livres, Beethoven possédait: Kant, _Naturgeschichte und Theorie
-des Himmels_;--Bode, _Anleitung zur Kenntnis des gestirnten
-Himmels_;--Thomas von Kempis, _Nachfolge Christi_.--La censure mit la
-main sur: Seume, _Spaziergang nach Syrakus_;--Kotzebue, _Ueber den
-Adel_;--Fessler, _Ansichten von Religion und Kirchentum_.
-
-[84] «Je suis heureux toutes les fois que je surmonte quelque chose.»
-(Lettre à l’Immortelle Aimée.)--«Je voudrais vivre mille fois la
-vie.... Je ne suis pas fait pour une vie tranquille.» (A Wegeler, 16
-novembre 1801.)
-
-[85] «Beethoven m’enseigna la science de la nature, et me dirigea
-dans cette étude comme dans celle de la musique. Ce n’étaient pas les
-lois de la nature, mais sa puissance élémentaire qui l’enchantait.»
-(Schindler.)
-
-[86] «Oh! si belle est la vie; mais la mienne est pour toujours
-_empoisonnée_» (_vergiftet_). (Lettre du 2 mai 1810, à Wegeler.)
-
-[87] Heiligenstadt est un faubourg de Vienne. Beethoven y était en
-séjour.
-
-[88] Le nom a été oublié sur le manuscrit.
-
-_N. B._--Les mots en italiques sont soulignés dans le texte.
-
-[89] Je voudrais, à propos de cette douloureuse plainte, exprimer une
-remarque, qui, je crois, n’a jamais été faite.--On sait qu’à la fin du
-second morceau de la _Symphonie pastorale_, l’orchestre fait entendre
-le chant du rossignol, du coucou, et de la caille; et on peut dire
-d’ailleurs que la Symphonie presque tout entière est tissée de chants
-et de murmures de la Nature. Les esthéticiens ont beaucoup disserté
-sur la question de savoir si l’on devait ou non approuver ces essais
-de musique imitative. Aucun n’a remarqué que Beethoven n’imitait rien,
-puisqu’il n’entendait rien: il recréait dans son esprit un monde qui
-était mort pour lui. C’est ce qui rend si touchante cette évocation des
-oiseaux. Le seul moyen qui lui restât de les entendre, était de les
-faire chanter en lui.
-
-[90] Probablement écrit en 1801.
-
-[91] Stephan von Breuning.
-
-[92] Zmeskall (?). Il était secrétaire aulique à Vienne, et resta
-dévoué à Beethoven.
-
-[93] Op. 18, numéro 1.
-
-[94] Nohl, dans son édition des _Lettres de Beethoven_, a supprimé les
-mots: _und den Schöpfer_ (et le Créateur).
-
-[95] Éléonore.
-
-[96] Il m’a semblé qu’il n’était pas sans intérêt de donner les deux
-lettres suivantes, qui font connaître ces excellentes gens, les plus
-fidèles amis de Beethoven. Aux amis, on juge l’homme.
-
-[97] On remarquera que les amis de ce temps, même quand ils s’aimaient
-le mieux, étaient d’une affection moins impatiente que la nôtre.
-Beethoven répond à Wegeler _dix mois_ après sa lettre.
-
-[98] Beethoven ne se doutait pas qu’il écrivait alors sa dernière
-œuvre: le second _finale_ de son quatuor op. 130. Il était chez son
-frère, à Gneixendorf, près de Krems, sur le Danube.
-
-[99] Duc de la Châtre.
-
-[100] Beethoven, près de manquer d’argent, s’était adressé à la Société
-philharmonique de Londres, et à Moscheles, alors en Angleterre, pour
-tâcher d’organiser un concert à son bénéfice. La Société eut la
-générosité de lui envoyer aussitôt cent livres sterling comme acompte.
-Il en fut ému jusqu’au fond du cœur. «C’était un spectacle déchirant,
-dit un ami, de le voir, au reçu de cette lettre, joignant les mains,
-et sanglotant de joie et de reconnaissance.» Dans l’émotion, la
-blessure de sa plaie se rouvrit. Il voulut encore dicter une lettre
-de remerciements aux «nobles Anglais, qui avaient pris part à son
-triste sort»; il leur promettait une œuvre: sa Dixième Symphonie, une
-Ouverture, tout ce qu’ils voudraient. «Jamais encore, disait-il, je
-n’ai entrepris une œuvre avec autant d’amour, que je le ferai pour
-celle-ci.» Cette lettre est du 18 mars. Le 26 il était mort.
-
-[101] En français dans le texte, sauf le dernier mot.
-
-[102] «Le jeu de Beethoven, comme pianiste n’était pas correct, et
-sa manière de doigter était souvent fautive; la qualité du son était
-négligée. Mais qui pouvait songer à l’instrumentiste? On était absorbé
-par ses pensées, comme ses mains devaient les exprimer, de quelque
-manière que ce fût.» (Baron de Trémont, 1809.)
-
-[103] Les mots soulignés, avec leur orthographe défectueuse, sont en
-français dans le texte.
-
-Nous avons dit plus haut qu’à cette lettre Cherubini ne répondit jamais.
-
-
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VIE DE BEETHOVEN ***
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-
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-
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-</style>
- </head>
-<body>
-
-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Vie de Beethoven, by Romain Rolland</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Vie de Beethoven</p>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Romain Rolland</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: December 4, 2021 [eBook #66878]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Chuck Greif & The Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/American Libraries.)</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VIE DE BEETHOVEN ***</div>
-<hr class="full" />
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/cover.jpg" height="500" alt="" />
-</div>
-
-<p style="border:2px solid gray;padding:1em;
-margin:1em auto;max-width:15em;text-align:center;text-indent:0%;">
-<a href="#TABLE_DES_MATIERES"><b>TABLE DES MATIÈRES</b></a><br />
-</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_i" id="page_i">{i}</a></span>&#160;</p>
-
-<p class="c">VIE<br /><br />
-DE<br /><br />
-BEETHOVEN
-<span class="pagenum"><a name="page_ii" id="page_ii">{ii}</a></span>&#160;</p>
-
-<p class="c">OUVRAGES DE M. ROMAIN ROLLAND</p>
-
-<p class="c">LIBRAIRIE HACHETTE ET Cⁱᵉ</p>
-
-<table cellpadding="2">
-
-<tr><td class="pdd"><b>Théâtre de la Révolution</b> (<i>Le 14 Juillet</i>;&mdash;<i>Danton</i>;&mdash;<i>Les Loups</i>). Un vol. in-16, br.</td><td class="rt" valign="bottom">3&#160;fr.&#160;50</td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">On vend séparément: <i>Le 14 Juillet.&mdash;Les Loups.</i> Chaque vol. in-16, br. </td><td class="rt" valign="bottom"> 1&#160;fr.&#160;50</td></tr>
-
-<tr><td class="pdd"><b>Les Tragédies de la Foi</b> (<i>Saint Louis</i>;&mdash;<i>Aërt</i>;&mdash;<i>Le Triomphe de la Raison</i>). Un vol. in-16, br. </td><td class="rt" valign="bottom">3&#160;fr.&#160;50</td></tr>
-<tr><td class="pdd"><b>Le Théâtre du Peuple.</b> Essai d’esthétique d’un théâtre nouveau. Un vol. in-16, br. </td><td class="rt" valign="bottom"> 3 fr. 50</td></tr>
-
-<tr><td class="pdd"><b>Musiciens d’autrefois.</b> Un vol. in-16, br. </td><td class="rt" valign="bottom"> 3&#160;fr.&#160;50</td></tr>
-
-<tr><td class="pdd"><b>Musiciens d’aujourd’hui.</b> Un vol. in-16, br. </td><td class="rt" valign="bottom"> 3&#160;fr.&#160;50</td></tr>
-</table>
-
-<p class="c"><i>VIES DES HOMMES ILLUSTRES</i></p>
-
-<table cellpadding="1">
-<tr><td class="rt">I.</td><td align="left"><b>Vie de Beethoven.</b></td><td></td></tr>
-<tr><td class="rt">II.</td><td align="left"><b>Vie de Michel-Ange.</b></td><td></td></tr>
-<tr><td class="rt">III.</td><td align="left"><b>Vie de Tolstoï.</b></td><td></td></tr>
-<tr><td>&#160;</td><td align="left">Trois vol. in-16, br., chaque volume&#160;&#160;</td><td align="left">2&#160;fr.&#160;»</td></tr>
-</table>
-
-<p class="c">LIBRAIRIE OLLENDORFF</p>
-
-<p class="c">JEAN CHRISTOPHE</p>
-
-<p class="c"><b>Jean-Christophe.</b> Quatre vol. in-16, br.</p>
-
-<table cellpadding="1">
-<tr><td class="rt">I.</td><td align="left"><i>L’Aube.</i> Un vol.</td></tr>
-<tr><td class="rt">II.</td><td align="left"><i>Le Matin.</i> Un vol.</td></tr>
-<tr><td class="rt">III.</td><td align="left"><i>L’Adolescent.</i> Un vol.</td></tr>
-<tr><td class="rt">IV.</td><td align="left"><i>La Révolte.</i> Un vol.</td></tr>
-</table>
-
-<p class="c"><b>Jean-Christophe à Paris.</b> Trois vol. in-16, br.</p>
-
-<table cellpadding="1">
-<tr><td class="rt">I.</td><td align="left"><i>La Foire sur la Place.</i> Un vol.</td></tr>
-<tr><td class="rt">II.</td><td align="left"><i>Antoinette.</i> Un vol.</td></tr>
-<tr><td class="rt">III.</td><td align="left"><i>Dans la Maison.</i> Un vol.</td></tr>
-</table>
-
-<p class="c"><b>La Fin du Voyage.</b> Trois volumes in-16, br.</p>
-
-<table cellpadding="0">
-<tr><td class="rt">I.</td><td align="left"><i>Les Amies.</i> Un vol.</td><td align="left">&#160;</td></tr>
-<tr><td class="rt">II.</td><td align="left"><i>Le Buisson ardent.</i> Un vol.</td><td align="left">&#160;</td></tr>
-<tr><td class="rt">III.</td><td align="left"><i>La nouvelle Journée.</i> Un vol.</td><td align="left">&#160;</td></tr>
-<tr><td>&#160;</td><td align="left">Chaque vol.</td><td align="left">3&#160;fr.&#160;50</td></tr>
-</table>
-
-<p class="c">LIBRAIRIE FONTEMOING</p>
-
-<table>
-<tr><td align="left"><b>Histoire de l’Opéra en Europe avant Lully et Scarlatti.</b>
-Un vol. in-16</td><td align="left">(Épuisé.)</td></tr>
-</table>
-
-<p class="c">LIBRAIRIE ALCAN</p>
-
-<table>
-<tr><td align="left"><b>Hændel.</b> Un vol. in-8 écu, br.</td><td align="left">3 fr. 50</td></tr>
-</table>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_iii" id="page_iii">{iii}</a></span>&#160;</p>
-
-<p class="c">811-14.&mdash;Coulommiers. Imp. <span class="smcap">Paul BRODARD</span>.&mdash;P7-14.</p>
-
-<hr />
-
-<p class="sans">VIES DES HOMMES ILLUSTRES</p>
-
-<p class="cbig150">ROMAIN ROLLAND<br />
-<br />
-&mdash;&mdash;</p>
-
-<h1>VIE<br />
-<small><small>DE</small></small><br />
-<span class="big">BEETHOVEN</span></h1>
-
-<p class="c">
-SEPTIÈME ÉDITION<br />
-<br />
-<i>21ᵉmille</i><br />
-<br />
-<br />
-PARIS<br />
-LIBRAIRIE HACHETTE ET Cⁱᵉ<br />
-<small>79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79</small><br />
-&mdash;&mdash;<br />
-1914<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_iv" id="page_iv">{iv}</a></span></p>
-
-<p class="c"><i>Cette Vie de Beethoven a été publiée pour la première fois, en Janvier
-1903, aux «Cahiers de la quinzaine».</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_v" id="page_v">{v}</a></span></p>
-
-<div class="blockquot"><p class="rt">«<i>Je veux prouver que quiconque agit bien<br />
-et noblement, peut par
-cela même supporter<br />
-le malheur.</i>»</p>
-
-<p class="rt"><span class="smcap">Beethoven</span><br /> A la municipalité de Vienne. 1ᵉʳ février 1819.</p>
-</div>
-
-<p><i>L’air est lourd autour de nous. La vieille Europe s’engourdit dans une
-atmosphère pesante et viciée. Un matérialisme sans grandeur pèse sur la
-pensée, et entrave l’action des gouvernements et des individus. Le monde
-meurt d’asphyxie dans son égoïsme prudent et vil. Le monde
-étouffe.&mdash;Rouvrons les fenêtres. Faisons rentrer l’air libre. Respirons
-le souffle des héros.</i></p>
-
-<p><i>La vie est dure. Elle est un combat de chaque jour pour ceux qui ne se
-résignent pas à la médiocrité de l’âme, et un triste combat le plus
-souvent, sans grandeur, sans bonheur, livré dans la solitude et le
-silence. Oppressés par la pauvreté, par les âpres soucis domestiques,
-par les tâches écrasantes et stupides, où les forces se perdent
-inutilement, sans espoir, sans un rayon de joie, la plupart sont séparés
-les uns des autres, et n’ont même pas la consolation de pouvoir donner
-la main à leurs frères<span class="pagenum"><a name="page_vi" id="page_vi">{vi}</a></span> dans le malheur, qui les ignorent, et qu’ils
-ignorent. Ils ne doivent compter que sur eux-mêmes; et il y a des
-moments où les plus forts fléchissent sous leur peine. Ils appellent un
-secours, un ami.</i></p>
-
-<p><i>C’est pour leur venir en aide, que j’entreprends de grouper autour
-d’eux les Amis héroïques, les grandes âmes qui souffrirent pour le bien.
-Ces</i> Vies des Hommes illustres <i>ne s’adressent pas à l’orgueil des
-ambitieux; elles sont dédiées aux malheureux. Et qui ne l’est, au fond?
-A ceux qui souffrent, offrons le baume de la souffrance sacrée. Nous ne
-sommes pas seuls dans le combat. La nuit du monde est éclairée de
-lumières divines. Même aujourd’hui, près de nous, nous venons de voir
-briller deux des plus pures flammes, la flamme de la Justice et celle de
-la Liberté: le colonel Picquart, et le peuple des Boers. S’ils n’ont pas
-réussi à brûler les ténèbres épaisses, ils nous ont montré la route,
-dans un éclair. Marchons-y à leur suite, à la suite de tous ceux qui
-luttèrent comme eux, isolés, disséminés dans tous les pays et dans tous
-les siècles. Supprimons les barrières du temps. Ressuscitons le peuple
-des héros.</i></p>
-
-<p><i>Je n’appelle pas héros ceux qui ont triomphé par la pensée ou par la
-force. J’appelle héros, seuls ceux qui furent grands par le cœur. Comme
-l’a dit<span class="pagenum"><a name="page_vii" id="page_vii">{vii}</a></span> un des plus grands d’entre eux, celui dont nous racontons ici
-même la vie</i>: «Je ne reconnais pas d’autre signe de supériorité que la
-bonté.» <i>Où le caractère n’est pas grand, il n’y a pas de grand homme,
-il n’y a même pas de grand artiste, ni de grand homme d’action; il n’y a
-que des idoles creuses pour la vile multitude: le temps les détruit
-ensemble. Peu nous importe le succès. Il s’agit d’être grand, et non de
-le paraître.</i></p>
-
-<p><i>La vie de ceux dont nous essayons de faire ici l’histoire, presque
-toujours fut un long martyre. Soit qu’un tragique destin ait voulu
-forger leur âme sur l’enclume de la douleur physique et morale, de la
-misère et de la maladie; soit que leur vie ait été ravagée, et leur cœur
-déchiré par la vue des souffrances et des hontes sans nom dont leurs
-frères étaient torturés, ils ont mangé le pain quotidien de l’épreuve;
-et s’ils furent grands par l’énergie, c’est qu’ils le furent aussi par
-le malheur. Qu’ils ne se plaignent donc pas trop, ceux qui sont
-malheureux: les meilleurs de l’humanité sont avec eux. Nourrissons-nous
-de leur vaillance; et, si nous sommes trop faibles, reposons un instant
-notre tête sur leurs genoux. Ils nous consoleront. Il ruisselle de ces
-âmes sacrées un torrent de force sereine et de bonté puissante. Sans
-même qu’il soit besoin d’interroger<span class="pagenum"><a name="page_viii" id="page_viii">{viii}</a></span> leurs œuvres, et d’écouter leur
-voix, nous lirons dans leurs yeux, dans l’histoire de leur vie, que
-jamais la vie n’est plus grande, plus féconde,&mdash;et plus heureuse,&mdash;que
-dans la peine.</i></p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p><i>En tête de cette légion héroïque, donnons la première place au fort et
-pur Beethoven. Lui-même souhaitait, au milieu de ses souffrances, que
-son exemple pût être un soutien pour les autres misérables</i>, «et que le
-malheureux se consolât en trouvant un malheureux comme lui, qui, malgré
-tous les obstacles de la nature, avait fait tout ce qui était en son
-pouvoir, pour devenir un homme digne de ce nom». <i>Parvenu par des années
-de luttes et d’efforts surhumains à vaincre sa peine et à accomplir sa
-tâche, qui était, comme il disait, de souffler un peu de courage à la
-pauvre humanité, ce Prométhée vainqueur répondait à un ami qui invoquait
-Dieu</i>: «O homme, aide-toi toi-même!»</p>
-
-<p class="astt">&#160;</p>
-
-<p><i>Inspirons-nous de sa fière parole. Ranimons à son exemple la foi de
-l’homme dans la vie et dans l’homme.</i></p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Romain Rolland.</span><br />
-</p>
-
-<p><i>Janvier 1903.</i>
-<span class="pagenum"><a name="page_1" id="page_1">{1}</a></span>&#160;</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_2" id="page_2">{2}</a></span>&#160;</p>
-
-<h2><a name="BEETHOVEN" id="BEETHOVEN"></a>BEETHOVEN</h2>
-
-<div class="poetry">
-<div class="poem"><div class="stanza">
-<span class="i0"><i>Woltuen, wo man kann,</i><br /></span>
-<span class="i0"><i>Freiheit über alles lieben,</i><br /></span>
-<span class="i0"><i>Wahrheit nie, auch sogar am</i><br /></span>
-<span class="i0"><i>Throne nicht verleugnen.</i><br /></span>
-</div><div class="stanza">
-<span class="i8"><span class="smcap">Beethoven.</span><br /></span>
-<span class="i6">(Feuille d’album. 1792.)<br /></span>
-</div></div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="poem"><div class="stanza">
-<span class="i0">«<i>Faire tout le bien qu’on peut,</i><br /></span>
-<span class="i0"><i>Aimer la Liberté par-dessus tout,</i><br /></span>
-<span class="i0"><i>Et, quand ce serait pour un trône,</i><br /></span>
-<span class="i0"><i>Ne jamais trahir la vérité.</i>»<br /></span>
-<span class="pagenum"><a name="page_3" id="page_3">{3}</a></span></div></div>
-</div>
-
-<p>Il était petit et trapu, de forte encolure, de charpente athlétique. Une
-large figure, de couleur rouge brique, sauf vers la fin de sa vie, où le
-teint devint maladif et jaunâtre, surtout l’hiver, quand il restait
-enfermé, loin des champs. Un front puissant et bosselé. Des cheveux
-extrêmement noirs, extraordinairement épais, et où il semblait que le
-peigne n’eût jamais passé, hérissés de toutes parts, «les serpents de
-Méduse<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>». Les yeux brûlaient d’une force prodigieuse, qui saisit tous
-ceux qui le virent; mais la plupart se trompèrent<span class="pagenum"><a name="page_4" id="page_4">{4}</a></span> sur leur nuance.
-Comme ils flambaient d’un éclat sauvage dans une figure brune et
-tragique, on les vit généralement noirs; ils ne l’étaient pas, mais bleu
-gris<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>. Petits et très profondément enfoncés, ils s’ouvraient
-brusquement dans la passion ou la colère, et alors roulaient dans leurs
-orbites, reflétant toutes leurs pensées avec une vérité merveilleuse<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>.
-Souvent ils se tournaient vers le ciel avec un regard mélancolique. Le
-nez était court et carré, large, un mufle de lion. Une bouche délicate,
-mais dont la lèvre inférieure tendait à avancer sur l’autre. Des
-mâchoires redoutables, qui auraient pu broyer des noix. Une fossette
-profonde au menton, du côté droit, donnait une étrange dissymétrie à la
-face. «Il avait un bon sourire, dit Moscheles, et dans la conversation,
-un air souvent aimable et encourageant. En revanche, le rire était
-désagréable, violent et grimaçant,<span class="pagenum"><a name="page_5" id="page_5">{5}</a></span> du reste court»,&mdash;le rire d’un homme
-qui n’est pas accoutumé à la joie. Son expression habituelle était la
-mélancolie, «une tristesse incurable». Rellstab, en 1825, dit qu’il a
-besoin de toutes ses forces pour s’empêcher de pleurer, en voyant «ses
-doux yeux et leur douleur poignante». Braun von Braunthal, un an plus
-tard, le rencontre à une brasserie: il est assis dans un coin, il fume
-une longue pipe, et il a les yeux fermés, comme il fait de plus en plus,
-à mesure qu’il approche de la mort. Un ami lui adresse la parole. Il
-sourit tristement, tire de sa poche un petit carnet de conversation; et,
-de la voix aiguë que prennent souvent les sourds, il lui dit d’écrire ce
-qu’on veut lui demander.&mdash;Son visage se transfigurait, soit dans ses
-accès d’inspiration soudaine qui le prenaient à l’improviste, même dans
-la rue, et qui frappaient d’étonnement les passants, soit quand on le
-surprenait au piano. «Les muscles de sa face saillaient, ses veines
-gonflaient; les yeux sauvages devenaient deux<span class="pagenum"><a name="page_6" id="page_6">{6}</a></span> fois plus terribles; la
-bouche tremblait; il avait l’air d’un enchanteur vaincu par les démons
-qu’il avait évoqués.» Telle une figure de Shakespeare<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>; Julius
-Benedict dit: «Le roi Lear».</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Ludwig van Beethoven naquit le 16 décembre 1770 à Bonn, près de Cologne,
-dans une misérable soupente d’une pauvre maison. Il était d’origine
-flamande<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>. Son père était un ténor inintelligent et ivrogne. Sa mère
-était<span class="pagenum"><a name="page_7" id="page_7">{7}</a></span> domestique, fille d’un cuisinier, et veuve en premières noces
-d’un valet de chambre.</p>
-
-<p>Une enfance sévère, à laquelle manqua la douceur familiale, dont Mozart,
-plus heureux, fut entouré. Dès le commencement, la vie se révéla à lui
-comme un combat triste et brutal. Son père voulut exploiter ses
-dispositions musicales et l’exhiber comme un petit prodige. A quatre
-ans, il le clouait pendant des heures devant son clavecin, ou
-l’enfermait avec un violon, et le tuait de travail. Peu s’en fallut
-qu’il ne le dégoûtât à tout jamais de l’art. Il fallut user de violence
-pour que Beethoven apprît la musique. Sa jeunesse fut attristée par les
-préoccupations matérielles, le souci de gagner son pain, les tâches trop
-précoces. A onze ans, il faisait partie de l’orchestre du théâtre; à
-treize, il était organiste. En 1787, il perdit sa mère, qu’il adorait.
-«Elle m’était si bonne, si digne d’amour, ma meilleure amie! Oh! qui
-était plus heureux que moi, quand je pouvais prononcer le doux nom de
-mère, et<span class="pagenum"><a name="page_8" id="page_8">{8}</a></span> qu’elle pouvait l’entendre<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>?» Elle était morte phtisique; et
-Beethoven se croyait atteint de la même maladie; il souffrait déjà
-constamment; et il se joignait à son mal une mélancolie, plus cruelle
-que le mal même<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>. A dix-sept ans, il était chef de famille, chargé de
-l’éducation de ses deux frères; il avait la honte de devoir solliciter
-la mise à la retraite de son père, ivrogne, incapable de diriger la
-maison: c’est au fils qu’on remettait la pension du père, pour éviter
-que celui-ci la dissipât. Ces tristesses laissèrent en lui une empreinte
-profonde. Il trouva toutefois un affectueux appui dans une famille de
-Bonn, qui lui resta toujours chère, la famille de Breuning. La gentille
-«Lorchen», Éléonore de Breuning, avait deux ans de moins que lui. Il lui
-apprenait la musique et elle l’initia à la poésie. Elle fut sa compagne<span class="pagenum"><a name="page_9" id="page_9">{9}</a></span>
-d’enfance; et peut-être y eut-il entre eux un sentiment assez tendre.
-Éléonore épousa plus tard le docteur Wegeler, qui fut un des meilleurs
-amis de Beethoven; et, jusqu’au dernier jour, il ne cessa de régner
-entre eux une amitié paisible, qu’attestent les lettres dignes et
-tendres de Wegeler et d’Éléonore, et celles du vieux fidèle ami (<i>alter
-treuer Freund</i>) au bon cher Wegeler (<i>guter lieber Wegeler</i>). Affection
-plus touchante encore quand l’âge est venu pour tous trois, sans
-refroidir la jeunesse de leur cœur<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
-
-<p>Si triste qu’ait pu être l’enfance de Beethoven, il garda toujours pour
-elle, pour les lieux où elle s’écoula, un tendre et mélancolique
-souvenir. Forcé de quitter Bonn, et de passer presque toute sa vie à
-Vienne, dans la grande ville frivole et ses tristes faubourgs, jamais
-il<span class="pagenum"><a name="page_10" id="page_10">{10}</a></span> n’oublia la vallée du Rhin, et le grand fleuve auguste et paternel,
-<i>unser Vater Rhein</i>, comme il l’appelle, «notre père le Rhin», si
-vivant, en effet, presque humain, pareil à une âme gigantesque où
-passent des pensées et des forces innombrables, nulle part plus beau,
-plus puissant et plus doux qu’en la délicieuse Bonn, dont il baigne les
-pentes ombragées et fleuries, avec une violence caressante. Là,
-Beethoven a vécu ses vingt premières années; là se sont formés les rêves
-de son cœur adolescent,&mdash;dans ces prairies qui flottent languissamment
-sur l’eau, avec leurs peupliers enveloppés de brouillards, les buissons
-et les saules, et les arbres fruitiers, qui trempent leurs racines dans
-le courant silencieux et rapide,&mdash;et, penchés sur le bord, mollement
-curieux, les villages, les églises, les cimetières même,&mdash;tandis qu’à
-l’horizon, les Sept Montagnes bleuâtres dessinent sur le ciel leurs
-profils orageux, que surmontent les maigres et bizarres silhouettes des
-vieux châteaux ruinés. A ce pays,<span class="pagenum"><a name="page_11" id="page_11">{11}</a></span> son cœur resta éternellement fidèle;
-jusqu’au dernier instant, il rêva de le revoir, sans jamais y parvenir.
-«Ma patrie, la belle contrée où j’ai vu la lumière du jour, toujours
-aussi belle, aussi claire devant mes yeux, que lorsque je la
-laissai<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.»</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>En novembre 1792, Beethoven vint se fixer à Vienne, métropole musicale
-de l’Allemagne<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>. La Révolution avait éclaté; elle commençait à
-submerger l’Europe. Beethoven quitta Bonn juste au moment où la guerre y
-entrait. Sur la route de Vienne, il traversa les armées hes<span class="pagenum"><a name="page_12" id="page_12">{12}</a></span>soises
-marchant contre la France. En 1796 et 1797, il mit en musique les
-poésies belliqueuses de Friedberg: un <i>Chant du Départ</i> et un chœur
-patriotique: <i>Nous sommes un grand peuple allemand</i> (<i>Ein grosses
-deutsches Volk sind wir</i>). Mais en vain il veut chanter les ennemis de
-la Révolution: la Révolution conquiert le monde, et Beethoven. Dès 1798,
-malgré la tension des rapports entre l’Autriche et la France, Beethoven
-entre en rapports intimes avec les Français, avec l’ambassade, avec le
-général Bernadotte qui venait d’arriver à Vienne. Dans ces entretiens
-commencent à se former en lui les sentiments républicains, dont on voit
-le puissant développement dans la suite de sa vie.</p>
-
-<p>Un dessin que Stainhauser fit de lui à cette époque, donne assez bien
-l’image de ce qu’il était alors. C’est, aux portraits suivants de
-Beethoven, ce que le portrait de Buonaparte par Guérin, cette âpre
-figure rongée de fièvre ambitieuse, est aux autres effigies de
-Napoléon.<span class="pagenum"><a name="page_13" id="page_13">{13}</a></span> Beethoven semble plus jeune que son âge, maigre, droit, raidi
-dans sa haute cravate, le regard défiant et tendu. Il sait ce qu’il
-vaut; il croit en sa force. En 1796, il note sur son carnet: «Courage!
-Malgré toutes les défaillances du corps, mon génie triomphera....
-Vingt-cinq ans! les voici venus! je les ai.... Il faut que cette année
-même, l’homme se révèle tout entier<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>.» Mme de Bernhard et Gelinck
-disent qu’il est très fier, de manières rudes et maussades, et qu’il
-parle avec un très fort accent provincial. Mais ses intimes, seuls,
-connaissent l’exquise bonté qu’il cache sous cette gaucherie
-orgueilleuse. Écrivant à Wegeler tous ses succès, la première pensée qui
-lui vient à l’esprit est celle-ci: «Par exemple, je vois un ami dans le
-besoin: si ma bourse ne me permet pas de lui venir aussitôt en aide, je
-n’ai qu’à me mettre à ma table de travail; et, en peu de temps, je l’ai
-tiré d’affaire.... Tu vois comme c’est char<span class="pagenum"><a name="page_14" id="page_14">{14}</a></span>mant<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>.» Et un peu plus
-loin, il dit: «Mon art doit se consacrer au bien des pauvres.» (<i>Dann
-soll meine Kunst sich nur zum Besten der Armen zeigen.</i>)</p>
-
-<p>La douleur, déjà, avait frappé à sa porte; elle s’était installée en
-lui, pour n’en plus sortir. Entre 1796 et 1800, la surdité commença ses
-ravages<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>. Les oreilles lui bruissaient nuit et jour; il était miné
-par des douleurs d’entrailles. Son ouïe s’affaiblissait progressivement.
-Pendant plusieurs années, il ne l’avoua à personne, même à ses plus
-chers<span class="pagenum"><a name="page_15" id="page_15">{15}</a></span> amis; il évitait le monde, pour que son infirmité ne fût pas
-remarquée; il gardait pour lui seul ce terrible secret. Mais, en 1801,
-il ne peut plus le taire; il le confie avec désespoir à deux de ses
-amis: le docteur Wegeler et le pasteur Amenda:</p>
-
-<p>«Mon cher, mon bon, mon affectueux Amenda,... combien souvent je te
-souhaite auprès de moi! Ton Beethoven est profondément malheureux. Sache
-que la plus noble partie de moi-même, mon ouïe, a beaucoup baissé. Déjà,
-à l’époque ou nous étions ensemble, j’éprouvais<span class="pagenum"><a name="page_16" id="page_16">{16}</a></span> des symptômes du mal,
-et je le cachais; mais cela a toujours empiré depuis.... Guérirai-je? Je
-l’espère naturellement, mais bien peu; de telles maladies sont les plus
-incurables. Comme je dois vivre tristement, éviter tout ce que j’aime et
-tout ce qui m’est cher, et cela dans un monde si misérable, si
-égoïste!... Triste résignation où je dois me réfugier! Sans doute je me
-suis proposé de me mettre au-dessus de tous ces maux; mais comment cela
-me sera-t-il possible<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>?...»</p>
-
-<p>Et à Wegeler: «... Je mène une vie misérable. Depuis deux ans, j’évite
-toutes les sociétés, parce qu’il ne m’est pas possible de causer avec
-les gens: je suis sourd. Si j’avais quelque autre métier, cela serait
-encore possible; mais dans le mien, c’est une situation terrible. Que
-diraient de cela mes ennemis, dont le nombre n’est pas petit!... Au
-théâtre, je dois me mettre tout près de l’orchestre, pour<span class="pagenum"><a name="page_17" id="page_17">{17}</a></span> comprendre
-l’acteur. Je n’entends pas les sons élevés des instruments et des voix,
-si je me place un peu loin.... Quand on parle doucement, j’entends à
-peine,... et d’autre part, quand on crie, cela m’est intolérable....
-Bien souvent, j’ai maudit mon existence.... Plutarque m’a conduit à la
-résignation. Je veux, si toutefois cela est possible, je veux braver mon
-destin; mais il y a des moments de ma vie où je suis la plus misérable
-créature de Dieu.... Résignation! quel triste refuge! et pourtant c’est
-le seul qui me reste<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>!»</p>
-
-<p>Cette tristesse tragique s’exprime dans quelques œuvres de cette époque,
-dans la <i>Sonate pathétique</i>, op. 13 (1799), surtout dans le <i>largo</i> de
-la <i>troisième Sonate</i> pour piano, op. 10 (1798). Chose étrange qu’elle
-ne soit pas partout empreinte, que tant d’œuvres encore: le riant
-<i>Septuor</i> (1800), la limpide <i>Première Symphonie</i> (<i>en ut majeur</i>,
-1800), reflètent une<span class="pagenum"><a name="page_18" id="page_18">{18}</a></span> insouciance juvénile. C’est sans doute qu’il faut
-du temps à l’âme pour s’accoutumer à la douleur. Elle a un tel besoin de
-la joie que, quand elle ne l’a pas, il faut qu’elle la crée. Quand le
-présent est trop cruel, elle vit sur le passé. Les jours heureux qui
-furent ne s’effacent pas d’un coup; leur rayonnement persiste longtemps
-encore après qu’ils ne sont plus. Seul et malheureux à Vienne, Beethoven
-se réfugiait dans ses souvenirs du pays natal; sa pensée d’alors en est
-tout imprégnée. Le thème de l’<i>andante</i> à variations du <i>Septuor</i> est un
-<i>Lied</i> rhénan. La <i>Symphonie en ut majeur</i> est aussi une œuvre du Rhin,
-un poème d’adolescent qui sourit à ses rêves. Elle est gaie,
-langoureuse; on y sent le désir et l’espérance de plaire. Mais dans
-certains passages, dans l’introduction, dans le clair-obscur de quelques
-sombres basses, dans le <i>scherzo</i> fantasque, on aperçoit, avec quelle
-émotion! dans cette jeune figure le regard du génie à venir. Ce sont les
-yeux du <i>Bambino</i> de Botticelli dans ses <i>Saintes<span class="pagenum"><a name="page_19" id="page_19">{19}</a></span> familles</i>, ces yeux
-de petit enfant où l’on croit lire déjà la tragédie prochaine.</p>
-
-<p>A ses souffrances physiques venaient se joindre des troubles d’un autre
-ordre. Wegeler dit qu’il ne connut jamais Beethoven sans une passion
-portée au paroxysme. Ces amours semblent avoir toujours été d’une grande
-pureté. Il n’y a aucun rapport entre la passion et le plaisir. La
-confusion qu’on établit de notre temps entre l’une et l’autre ne prouve
-que l’ignorance où la plupart des hommes sont de la passion, et son
-extrême rareté. Beethoven avait quelque chose de puritain dans l’âme;
-les conversations et les pensées licencieuses lui faisaient horreur; il
-avait sur la sainteté de l’amour des idées intransigeantes. On dit qu’il
-ne pardonnait pas à Mozart d’avoir profané son génie à écrire un <i>Don
-Juan</i>. Schindler, qui fut son ami intime, assure qu’«il traversa la vie
-avec une pudeur virginale, sans avoir jamais eu à se reprocher une
-faiblesse». Un tel homme était fait pour être dupe et victime de<span class="pagenum"><a name="page_20" id="page_20">{20}</a></span>
-l’amour. Il le fut. Sans cesse il s’éprenait furieusement, sans cesse il
-rêvait de bonheurs, aussitôt déçus, et suivis de souffrances amères.
-C’est dans ces alternatives d’amour et de révolte orgueilleuse, qu’il
-faut chercher la source la plus féconde des inspirations de Beethoven,
-jusqu’à l’âge où la fougue de sa nature s’apaise dans une résignation
-mélancolique.</p>
-
-<p>En 1801, l’objet de sa passion était, à ce qu’il semble, Giulietta
-Guicciardi, qu’il immortalisa par la dédicace de sa fameuse <i>Sonate</i>
-dite du <i>Clair de Lune</i>, op. 27 (1802). «Je vis d’une façon plus douce,
-écrit-il à Wegeler, et je me mêle davantage avec les hommes.... Ce
-changement, le charme d’une chère fille l’a accompli; elle m’aime, et je
-l’aime. Ce sont les premiers moments heureux que j’aie depuis deux
-ans<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.» Il les paya durement. D’abord cet amour lui fit sentir
-davantage la misère de son infirmité, et les conditions précaires de sa
-vie, qui lui rendaient impossible d’épouser celle qu’il aimait.<span class="pagenum"><a name="page_21" id="page_21">{21}</a></span> Puis
-Giulietta était coquette, enfantine, égoïste; elle fit cruellement
-souffrir Beethoven, et en novembre 1803 elle épousa le comte
-Gallenberg<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>.&mdash;De telles passions dévastent l’âme; quand l’âme est
-déjà affaiblie par la maladie, comme l’était celle de Beethoven, elles
-risquent de la ruiner. Ce fut le seul moment de la vie de Beethoven, où
-il semble avoir été sur le point de succomber. Il traversa une crise
-désespérée, qu’une lettre nous fait connaître: <i>le Testament
-d’Heiligenstadt</i>, à ses frères, Carl et Johann, avec cette indication:
-«<i>Pour lire et exécuter après ma mort</i><a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>.» C’est un cri de révolte et
-de douleur déchirante. On ne peut l’entendre sans être pénétré de pitié.
-Il fut tout près alors de mettre fin à sa vie. Seul son in<span class="pagenum"><a name="page_22" id="page_22">{22}</a></span>flexible
-sentiment moral l’arrêta<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>. Ses dernières espérances de guérison
-disparurent. «Même le haut courage qui me soutenait s’est évanoui. O
-Providence, fais-moi apparaître une fois un jour, un seul jour de vraie
-joie! Il y a si longtemps que le son profond de la vraie joie m’est
-étranger. Quand, oh! quand, mon Dieu, pourrai-je la rencontrer
-encore?... Jamais?&mdash;Non, ce serait trop cruel!»</p>
-
-<p>Cela semble une plainte d’agonie; et pourtant, Beethoven vivra
-vingt-cinq ans encore. Sa puissante nature ne pouvait se résigner à
-succomber sous l’épreuve. «Ma force physique croît plus que jamais avec
-ma force intellectuelle.... Ma jeunesse, oui, je le sens, ne fait que
-commencer. Chaque jour me rapproche du<span class="pagenum"><a name="page_23" id="page_23">{23}</a></span> but que j’entrevois sans pouvoir
-le définir.... Oh! si j’étais délivré de ce mal, j’embrasserais le
-monde!... Point de repos! Je n’en connais pas d’autre que le sommeil; et
-je suis assez malheureux de devoir lui accorder plus de temps
-qu’autrefois. Que je sois seulement délivré à moitié de mon mal: et
-alors.... Non, je ne le supporterai pas. Je veux saisir le destin à la
-gueule. Il ne réussira pas à me courber tout à fait.&mdash;Oh! cela est si
-beau, de vivre la vie mille fois<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>!»</p>
-
-<p>Cet amour, cette souffrance, cette volonté, ces alternatives
-d’accablement et d’orgueil, ces tragédies intérieures se retrouvent dans
-les grandes œuvres écrites en 1802: la <i>Sonate avec marche funèbre</i>, op.
-26, la <i>Sonate quasi una fantasia</i>, et la <i>Sonate</i> dite <i>du Clair de
-lune</i>, op. 27, la <i>Deuxième Sonate</i>, op. 31, avec ses récitatifs
-dramatiques, qui semblent un monologue grandiose et désolé; la <i>Sonate
-en ut mineur</i> pour violon, op. 30, dédiée à l’empe<span class="pagenum"><a name="page_24" id="page_24">{24}</a></span>reur Alexandre; la
-<i>Sonate à Kreutzer</i>, op. 47; les six héroïques et poignantes mélodies
-religieuses sur des paroles de Gellert, op. 48. La <i>Seconde Symphonie</i>,
-qui est de 1803, reflète davantage son juvénile amour; et l’on sent que
-sa volonté prend décidément le dessus. Une force irrésistible balaye les
-tristes pensées. Un bouillonnement de vie soulève le <i>finale</i>. Beethoven
-veut être heureux; il ne veut pas consentir à croire son infortune
-irrémédiable: il veut la guérison, il veut l’amour; il déborde
-d’espoir<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Dans plusieurs de ces œuvres, on est frappé par l’énergie et
-l’insistance des rythmes de marche et de combat. Cela est surtout
-sensible dans l’<i>allegro</i> et le <i>finale</i> de la <i>Seconde Symphonie</i>, et
-plus encore dans le premier morceau,<span class="pagenum"><a name="page_25" id="page_25">{25}</a></span> superbement héroïque, de la
-<i>Sonate à l’empereur Alexandre</i>. Un caractère guerrier, spécial à cette
-musique, rappelle l’époque d’où elle est sortie. La Révolution arrivait
-à Vienne. Beethoven était emporté par elle. «Il se prononçait
-volontiers, dans l’intimité, dit le chevalier de Seyfried, sur les
-événements politiques, qu’il jugeait avec une rare intelligence, d’un
-coup d’œil clair et net.» Toutes ses sympathies l’entraînaient vers les
-idées révolutionnaires. «Il aimait les principes républicains», dit
-Schindler, l’ami qui le connut le mieux dans la dernière période de sa
-vie. «Il était partisan de la liberté illimitée et de l’indépendance
-nationale.... Il voulait que tous concourussent au gouvernement de
-l’État.... Il voulait pour la France le suffrage universel, et il
-espérait que Bonaparte l’établirait, et jetterait ainsi les bases du
-bonheur du genre humain.» Romain révolutionnaire, nourri de Plutarque,
-il rêvait d’une République héroïque, fondée par le dieu de la Victoire:
-le premier Consul; et, coup sur coup, il forge la<span class="pagenum"><a name="page_26" id="page_26">{26}</a></span> <i>Symphonie héroïque:
-Bonaparte</i> (1804)<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>, l’Iliade de l’Empire, et le finale de la
-<i>Symphonie en ut mineur</i> (1805-1808), l’épopée de la Gloire. Première
-musique vraiment révolutionnaire: l’âme du temps y revit avec
-l’intensité et la pureté qu’ont les grands événements dans les grandes
-âmes solitaires, dont les impressions ne sont pas amoindries par le
-contact de la réalité. La<span class="pagenum"><a name="page_27" id="page_27">{27}</a></span> figure de Beethoven s’y montre colorée des
-reflets de ces guerres épiques. Partout elles s’expriment, peut-être à
-son insu, dans les œuvres de cette période: dans l’<i>Ouverture de
-Coriolan</i> (1807), où soufflent des tempêtes, dans le <i>Quatrième
-quatuor</i>, op. 18, dont le premier morceau a tant de parenté avec cette
-ouverture; dans la <i>Sonate Appassionata</i>, op. 57 (1804), dont Bismarck
-disait: «Si je l’entendais souvent, je serais toujours très
-vaillant<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>»; dans la partition d’<i>Egmont</i>; et jusque dans ses
-concertos pour piano, dans ce <i>concerto en mi bémol</i>, op. 73 (1809), où
-la virtuosité même se fait héroïque, où passent des armées.&mdash;Comment
-s’en étonner? Si Beethoven ignorait, en écrivant la <i>Marche funèbre sur
-la mort d’un héros</i><span class="pagenum"><a name="page_28" id="page_28">{28}</a></span> (de la sonate op. 26), que le héros le plus digne
-de ses chants, celui qui plus que Bonaparte s’approcha du modèle de la
-<i>Symphonie héroïque</i>, Hoche, venait de mourir près du Rhin, que domine
-encore son monument funèbre, du haut d’une petite colline entre Coblentz
-et Bonn,&mdash;à Vienne même, il avait vu deux fois la Révolution
-victorieuse. Ce sont les officiers français qui assistent en novembre
-1805, à la première de <i>Fidelio</i>. C’est le général Hulin, le vainqueur
-de la Bastille, qui s’installe chez Lobkowitz, l’ami et le protecteur de
-Beethoven, celui à qui sont dédiés l’<i>Héroïque</i> et l’<i>Ut mineur</i>. Et le
-10 mai 1809, Napoléon couche à Schoenbrunn<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>.<span class="pagenum"><a name="page_29" id="page_29">{29}</a></span> Bientôt Beethoven haïra
-les conquérants français. Mais il n’en a pas moins senti la fièvre de
-leur épopée; et qui ne la sent pas comme lui, ne comprendra qu’à demi
-cette musique d’actions et de triomphes impériaux.</p>
-
-<p class="astt">*<br />* * </p>
-
-<p>Beethoven interrompit brusquement la <i>Symphonie en ut mineur</i>, pour
-écrire d’un jet, sans ses esquisses habituelles, la <i>Quatrième
-Symphonie</i>. Le bonheur lui était apparu. En mai 1806, il se fiançait
-avec Thérèse de Brunswick<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a>. Elle<span class="pagenum"><a name="page_30" id="page_30">{30}</a></span> l’aimait depuis longtemps,&mdash;depuis
-que, petite fille, elle prenait avec lui des leçons de piano, dans les
-premiers temps de son séjour à Vienne. Beethoven était ami de son frère,
-le comte François. En 1806, il fut leur hôte à Mártonvásár en Hongrie,
-et c’est là qu’ils s’aimèrent. Le souvenir de ces jours heureux s’est
-conservé dans quelques récits de Thérèse de Brunswick<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>. «Un soir de
-dimanche, dit-elle, après dîner, au clair de lune, Beethoven s’assit au
-piano. D’abord il promena sa main à plat sur le clavier. François et moi
-nous connaissions cela. C’était ainsi qu’il préludait toujours. Puis il
-frappa quelques accords sur les notes basses; et, lentement, avec une
-solennité mystérieuse, il joua un chant de Sébastien Bach<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>:<span class="pagenum"><a name="page_31" id="page_31">{31}</a></span> «<i>Si tu
-veux me donner ton cœur, que ce soit d’abord en secret; et notre pensée
-commune, que nul ne la puisse deviner.</i>» Ma mère et le curé s’étaient
-endormis; mon frère regardait devant lui, gravement; et moi, que son
-chant et son regard pénétraient, je sentis la vie en sa plénitude.&mdash;Le
-lendemain matin, nous nous rencontrâmes dans le parc. Il me dit:
-«J’écris à présent un opéra. La principale figure est en moi, devant
-moi, partout où je vais, partout où je reste. Jamais je n’ai été à une
-telle hauteur. Tout est lumière, pureté, clarté. Jusqu’à présent, je
-ressemblais à cet enfant des contes de fée qui ramasse les cailloux, et
-ne voit pas la fleur splendide, fleurie sur son chemin....» C’est au
-mois de mai 1806, que je devins sa fiancée, avec le seul consentement de
-mon bien-aimé frère François.»</p>
-
-<p>La <i>Quatrième Symphonie</i>, écrite cette année, est une pure fleur, qui
-garde le parfum de ces jours les plus calmes de sa vie. On y a justement
-remarqué «la préoccupation de Beethoven,<span class="pagenum"><a name="page_32" id="page_32">{32}</a></span> alors, de concilier autant que
-possible son génie avec ce qui était généralement connu et aimé dans les
-formes transmises par ses prédécesseurs<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>». Le même esprit conciliant,
-issu de l’amour, agissait sur ses manières et sur sa façon de vivre.
-Ignaz von Seyfried et Grillparzer disent qu’il est plein d’entrain, vif,
-joyeux, spirituel, courtois dans le monde, patient avec les importuns,
-vêtu de façon recherchée; et il leur fait illusion, au point qu’ils ne
-s’aperçoivent pas de sa surdité, et disent qu’il est bien portant, sauf
-sa vue qui est faible<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>. C’est aussi l’idée que donne de lui un
-portrait d’une élégance romantique et un peu apprêtée, que peignit alors
-Maehler. Beethoven veut plaire, et il sait qu’il plaît. Le<span class="pagenum"><a name="page_33" id="page_33">{33}</a></span> lion est
-amoureux: il rentre ses griffes. Mais on sent sous ses jeux, sous les
-fantaisies et la tendresse même de la <i>Symphonie en si bémol</i>, la
-redoutable force, l’humeur capricieuse, les boutades colériques.</p>
-
-<p>Cette paix profonde ne devait pas durer; mais l’influence bienfaisante
-de l’amour se prolongea jusqu’en 1810. Beethoven lui dut sans doute la
-maîtrise de soi, qui fit alors produire à son génie ses fruits les plus
-parfaits: cette tragédie classique, la <i>Symphonie en ut mineur</i>,&mdash;et ce
-divin rêve d’un jour d’été: la <i>Symphonie pastorale</i>
-(1808)<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>.&mdash;<i>L’Appassionata</i>, inspirée de la <i>Tempête</i> de
-Shakespeare<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>, et qu’il regardait comme la plus puissante de ses
-sonates, paraît en 1807, et est dédiée au frère de Thérèse. A Thérèse
-elle-même il dédie la rêveuse et fantasque sonate, op. 78 (1809). Une
-lettre, sans date<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a>, et adressée <i>A l’immortelle Aimée</i> exprime,<span class="pagenum"><a name="page_34" id="page_34">{34}</a></span> non
-moins que l’<i>Appassionata</i>, l’intensité de son amour:</p>
-
-<p>«Mon ange, mon tout, mon moi.... j’ai le cœur gonflé du trop que j’ai à
-te dire.... Ah! où je suis, tu es aussi avec moi.... Je pleure, quand je
-pense que tu ne recevras probablement pas avant dimanche les premières
-nouvelles de moi.&mdash;Je t’aime, comme tu m’aimes, mais bien plus fort....
-Ah! Dieu!&mdash;Quelle vie ainsi! Sans toi!&mdash;Si près, si loin.&mdash;... Mes idées
-se pressent vers toi, mon immortelle aimée (<i>meine unsterbliche
-Geliebte</i>), parfois joyeuses, puis après tristes, interrogeant le
-destin, lui demandant s’il nous exaucera.&mdash;Je ne puis vivre qu’avec toi,
-ou je ne vis pas.... Jamais une autre n’aura mon cœur.
-Jamais!&mdash;Jamais!&mdash;O Dieu! pourquoi faut-il s’éloigner quand on s’aime?
-Et pourtant ma vie, comme elle est à présent, est une vie de chagrins.
-Ton amour m’a fait à la fois le plus heureux et le plus malheureux des
-hommes.&mdash;... Sois paisible..., sois
-paisible&mdash;aime-moi<span class="pagenum"><a name="page_35" id="page_35">{35}</a></span>!&mdash;Aujourd’hui,&mdash;hier,&mdash;quelle ardente aspiration,
-que de larmes vers toi!&mdash;toi&mdash;toi&mdash;ma vie&mdash;mon tout!&mdash;Adieu!&mdash;oh!
-continue de m’aimer,&mdash;ne méconnais jamais le cœur de ton aimé
-L.&mdash;Éternellement à toi&mdash;éternellement à moi&mdash;éternellement à nous<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>.»</p>
-
-<p>Quelle raison mystérieuse empêcha le bonheur de ces deux êtres qui
-s’aimaient?&mdash;Peut-être le manque de fortune, la différence de
-conditions. Peut-être Beethoven se révolta-t-il contre la longue attente
-qu’on lui imposait, et contre l’humiliation de tenir son amour
-indéfiniment secret.</p>
-
-<p>Peut-être, violent, malade et misanthrope, comme il était, fit-il
-souffrir sans le vouloir celle qu’il aimait, et s’en
-désespérait-il.&mdash;L’union fut rompue; et pourtant ni l’un ni l’autre ne
-semble avoir jamais oublié son amour. Jusqu’à son dernier jour (elle ne
-mourut qu’en<span class="pagenum"><a name="page_36" id="page_36">{36}</a></span> 1861), Thérèse de Brunswick aima Beethoven.</p>
-
-<p>Et Beethoven disait, en 1816: «En pensant à elle, mon cœur bat aussi
-fort que le jour où je la vis pour la première fois.» De cette même
-année sont les six mélodies <i>à la bien-aimée lointaine</i> (<i>an die ferne
-Geliebte</i>), op. 98, d’un caractère si touchant et si profond. Il écrit
-dans ses notes: «Mon cœur déborde à l’aspect de cette admirable nature,
-et pourtant Elle n’est pas là, près de moi!»&mdash;Thérèse avait donné son
-portrait à Beethoven, avec la dédicace: «Au rare génie, au grand
-artiste, à l’homme bon. T. B.<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a>». Dans la dernière année de sa vie, un
-ami surprit Beethoven, seul, embrassant ce portrait en pleurant, et
-parlant tout haut suivant son habitude: «Tu étais si belle, si grande,
-pareille aux anges!» L’ami se retira, revint un peu plus tard, le trouva
-au piano, et lui dit: «Aujourd’hui, mon<span class="pagenum"><a name="page_37" id="page_37">{37}</a></span> vieil ami, il n’y a rien de
-diabolique sur votre visage.» Beethoven répondit: «C’est que mon bon
-ange m’a visité.»&mdash;La blessure fut profonde. «Pauvre Beethoven, dit-il
-lui-même, il n’est point de bonheur pour toi dans ce monde. Dans les
-régions de l’idéal seulement, tu trouveras des amis<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>.»</p>
-
-<p>Il écrit dans ses notes: «Soumission, soumission profonde à ton destin:
-tu ne peux plus exister pour toi, mais seulement pour les autres; pour
-toi, il n’y a plus de bonheur qu’en ton art. O Dieu, donne-moi la force
-de me vaincre!»</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Il est donc abandonné par l’amour. En 1810, il se retrouve seul; mais la
-gloire est venue, et le sentiment de sa puissance. Il est dans la force
-de l’âge. Il se livre à son humeur violente et sauvage, sans plus se
-soucier de<span class="pagenum"><a name="page_38" id="page_38">{38}</a></span> rien, sans égards au monde, aux conventions, aux jugements
-des autres. Qu’a-t-il à craindre ou à ménager? Plus d’amour et plus
-d’ambition. Sa force, voilà ce qui lui reste, la joie de sa force, et le
-besoin d’en user, presque d’en abuser. «La force, voilà la morale des
-hommes qui se distinguent du commun des hommes.» Il est retombé dans la
-négligence de sa mise; et sa liberté de manières est devenue bien plus
-hardie qu’autrefois. Il sait qu’il a le droit de tout dire, même aux
-plus grands. «Je ne reconnais pas d’autres signes de supériorité que la
-bonté», écrit-il le 17 juillet 1812<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>. Bettina Brentano, qui le vit
-alors, dit qu’«aucun empereur, aucun roi n’avait une telle conscience de
-sa force». Elle fut fascinée par sa puissance: «Lorsque je le vis pour
-la première fois, écrit-elle à Gœthe, l’univers tout entier disparut
-pour moi. Beethoven me fit oublier le monde, et toi-<span class="pagenum"><a name="page_39" id="page_39">{39}</a></span>même, ô Gœthe....
-Je ne crois pas me tromper, en assurant que cet homme est de bien loin
-en avance sur la civilisation moderne.» Gœthe chercha à connaître
-Beethoven. Ils se rencontrèrent aux bains de Bohême, à Tœplitz, en 1812,
-et s’entendirent assez mal. Beethoven admirait passionnément le génie de
-Gœthe<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>; mais son caractère était trop libre et trop violent pour
-s’accommoder de celui de Gœthe, et pour ne pas<span class="pagenum"><a name="page_40" id="page_40">{40}</a></span> le blesser. Il a raconté
-lui-même une promenade qu’ils firent ensemble, où l’orgueilleux
-républicain qu’il était donna une leçon de dignité au conseiller aulique
-du grand-duc de Weimar, qui ne le lui pardonna point.</p>
-
-<p>«Les rois et les princes peuvent bien faire des professeurs et des
-conseillers secrets; ils peuvent les combler de titres et de
-décorations; mais ils ne peuvent pas faire des grands hommes, des
-esprits qui s’élèvent au-dessus de la fiente du monde;... et quand deux
-hommes sont ensemble, tels que moi et Gœthe, ces messieurs doivent
-sentir notre grandeur.&mdash;Hier, nous avons rencontré, sur le chemin, en
-rentrant, toute la famille impériale. Nous la vîmes de loin. Gœthe se
-détacha de mon bras, pour se ranger sur le côté de la route. J’eus beau
-lui dire tout ce que je voulus, je ne pus lui faire faire un pas de
-plus. J’enfonçai alors mon chapeau sur ma tête, je boutonnai ma
-redingote, et je fonçai, les bras derrière le dos, au milieu des groupes
-les plus épais.&mdash;Princes<span class="pagenum"><a name="page_41" id="page_41">{41}</a></span> et courtisans ont fait la haie; le duc
-Rodolphe m’a ôté son chapeau; madame l’impératrice m’a salué la
-première.&mdash;Les grands me connaissent.&mdash;Pour mon divertissement, je vis
-la procession défiler devant Gœthe. Il se tenait sur le bord de la
-route, profondément courbé, son chapeau à la main. Je lui ai lavé la
-tête après, je ne lui ai fait grâce de rien<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>....» Gœthe n’oublia pas
-non plus<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a>.<span class="pagenum"><a name="page_42" id="page_42">{42}</a></span></p>
-
-<p>De cette date sont les <i>Septième</i> et <i>Huitième Symphonies</i>, écrites en
-quelques mois, à Tœplitz, en 1812: l’Orgie du Rythme, et la Symphonie
-humoristique, les œuvres où il s’est montré peut-être le plus au
-naturel, et, comme il disait, le plus «déboutonné» (<i>aufgeknoepft</i>),
-avec ces transports de gaieté et de fureur, ces contrastes imprévus, ces
-saillies déconcertantes et grandioses, ces explosions titaniques qui
-plongeaient Gœthe et Zelter dans l’effroi<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a>, et faisaient dire de la
-<i>Symphonie en la</i>, dans l’Allemagne du Nord, que c’était l’œuvre d’un
-ivrogne.&mdash;D’un homme ivre, en effet, mais<span class="pagenum"><a name="page_43" id="page_43">{43}</a></span> de force et de génie. «Je
-suis, a-t-il dit lui-même, je suis le Bacchus qui broie le vin délicieux
-pour l’humanité. C’est moi qui donne aux hommes la divine frénésie de
-l’esprit.» Je ne sais si, comme l’a écrit Wagner, il a voulu peindre
-dans le finale de sa Symphonie une fête dionysiaque<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a>. Je reconnais
-surtout dans cette fougueuse kermesse la marque de son hérédité
-flamande, de même que je retrouve son origine dans son audacieuse
-liberté de langage et de manières, qui détonne superbement dans le pays
-de la discipline et de l’obéissance. Nulle part plus de franchise et de
-libre puissance que dans la <i>Symphonie en la</i>. C’est une dépense folle
-d’énergies surhumaines, sans but, pour le plaisir, un plaisir de fleuve
-qui déborde et submerge. Dans la <i>Huitième Symphonie</i>, la force est
-moins grandiose, mais plus étrange encore, et plus caractéristique de<span class="pagenum"><a name="page_44" id="page_44">{44}</a></span>
-l’homme, mêlant la tragédie à la farce, et une vigueur herculéenne à des
-jeux et des caprices d’enfant<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
-
-<p>1814 marque l’apogée de la fortune de Beethoven. Au Congrès de Vienne,
-il fut traité comme une gloire européenne. Il prit une part active aux
-fêtes. Les princes lui rendaient hommage; et il se laissait fièrement
-faire la cour par eux, comme il s’en vantait à Schindler.</p>
-
-<p>Il s’était enflammé pour la guerre d’indépendance<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>. En 1813, il
-écrivit une symphonie de <i>la Victoire de Wellington</i>, et, au
-commencement de 1814, un chœur guerrier: <i>Renaissance de l’Allemagne</i>
-(<i>Germanias Wiedergeburt</i>). Le 29 novembre 1814, il dirigea, devant un
-public de rois, une cantate patriotique: <i>le Glorieux moment</i> (<i>Der
-glorreiche Augenblick</i>), et il<span class="pagenum"><a name="page_45" id="page_45">{45}</a></span> composa pour la prise de Paris, en 1815,
-un chœur: <i>Tout est consommé!</i> (<i>Es ist vollbracht!</i>) Ces œuvres de
-circonstance firent plus pour sa réputation que tout le reste de sa
-musique. La gravure de Blasius Hœfel, d’après un dessin du Français
-Letronne, et le masque farouche, moulé sur son visage par Franz Klein en
-1812, donnent l’image vivante de Beethoven au temps du Congrès de
-Vienne. Le trait dominant de cette face de lion, aux mâchoires serrées,
-aux plis colères et douloureux, est la volonté,&mdash;une volonté
-napoléonienne. On reconnaît l’homme, qui disait de Napoléon, après Iéna:
-«Quel malheur que je ne me connaisse pas à la guerre comme à la musique!
-Je le battrais!»&mdash;Mais son royaume n’était pas de ce monde. «Mon empire
-est dans l’air», comme il l’écrit à François de Brunswick. (<i>Mein Reich
-ist in der Luft</i><a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a>.)<span class="pagenum"><a name="page_46" id="page_46">{46}</a></span></p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>A cette heure de gloire succède la période la plus triste et la plus
-misérable.</p>
-
-<p>Vienne n’avait jamais été sympathique à Beethoven. Un génie fier et
-libre, comme le sien, ne pouvait se plaire dans cette ville factice,
-d’esprit mondain et médiocre, que Wagner a si durement marquée de son
-mépris<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a>.<span class="pagenum"><a name="page_47" id="page_47">{47}</a></span> Il ne perdait aucune occasion de s’en éloigner; et vers
-1808, il avait songé sérieusement à quitter l’Autriche, pour venir à la
-cour de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a>. Mais Vienne était
-abondante en ressources musicales; et il faut lui rendre cette justice,
-qu’il s’y trouva toujours de nobles dilettantes pour sentir la grandeur
-de Beethoven et pour épargner à leur patrie la honte de le perdre. En
-1809, trois des plus riches seigneurs de Vienne: l’archiduc Rodolphe,
-élève de Beethoven, le prince Lobkowitz, et le prince Kinsky, s’étaient
-engagés à lui servir annuellement une pension de 4 000 florins, sous la
-seule condition qu’il resterait en Autriche: «Comme il est démontré,
-disaient-ils, que l’homme ne peut entièrement se vouer à son<span class="pagenum"><a name="page_48" id="page_48">{48}</a></span> art qu’à
-la condition d’être libre de tout souci matériel, et que ce n’est
-qu’alors qu’il peut produire ces œuvres sublimes qui sont la gloire de
-l’art, les soussignés ont formé la résolution de mettre Ludwig van
-Beethoven à l’abri du besoin, et d’écarter ainsi les obstacles
-misérables qui pourraient s’opposer à l’essor de son génie.»</p>
-
-<p>Malheureusement l’effet ne répondit pas aux promesses. Cette pension fut
-toujours fort inexactement payée; bientôt elle cessa tout à fait de
-l’être. Vienne avait d’ailleurs changé de caractère après le Congrès de
-1814. La société était distraite de l’art par la politique, le goût
-musical gâté par l’italianisme, et la mode, tout à Rossini, traitait
-Beethoven de pédant<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>.<span class="pagenum"><a name="page_49" id="page_49">{49}</a></span></p>
-
-<p>Les amis et les protecteurs de Beethoven se dispersèrent ou moururent:
-le prince Kinsky en 1812, Lichnowsky en 1814, Lobkowitz en 1816.
-Rasumowsky, pour qui il avait écrit ses admirables quatuors, op. 59,
-donna son dernier concert en février 1815. En 1815, Beethoven se
-brouille avec Stephan von Breuning, son ami d’enfance, le frère
-d’Éléonore<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a>. Il est désormais seul<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a>: «Je n’ai point d’amis et je
-suis seul au monde», écrit-il dans ses notes de 1816.</p>
-
-<p>La surdité était devenue complète<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a>. Depuis<span class="pagenum"><a name="page_50" id="page_50">{50}</a></span> l’automne de 1815, il n’a
-plus de relations que par écrit avec le reste des hommes. Le plus ancien
-cahier de conversation est de 1816<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a>. On connaît le douloureux récit
-de Schindler sur la représentation de <i>Fidelio</i> en 1822. «Beethoven
-demanda à diriger la répétition générale.... Dès le duetto du premier
-acte, il fut évident qu’il n’entendait rien de ce qui se passait sur la
-scène. Il retardait considérablement le mouvement; et, tandis que
-l’orchestre suivait son bâton, les chanteurs pressaient pour leur
-compte. Il s’ensuivit une confusion générale. Le chef d’orchestre
-ordinaire, Umlauf, proposa un instant de repos, sans en donner la
-raison; et, après quelques paroles échangées avec les chanteurs, on
-recommença. Le même désordre se produisit de nouveau. Il fallut faire
-une seconde pause. L’impossibilité de continuer<span class="pagenum"><a name="page_51" id="page_51">{51}</a></span> sous la direction de
-Beethoven était évidente; mais comment le lui faire comprendre? Personne
-n’avait le cœur de lui dire: «Retire-toi, pauvre malheureux, tu ne peux
-pas diriger». Beethoven, inquiet, agité, se tournait à droite et à
-gauche, s’efforçait de lire dans l’expression des différentes
-physionomies, et de comprendre d’où venait l’obstacle: de tous côtés, le
-silence. Tout à coup, il m’appela d’une façon impérieuse. Quand je fus
-près de lui, il me présenta son carnet et me fit signe d’écrire. Je
-traçai ces mots: «Je vous supplie de ne pas continuer; je vous
-expliquerai à la maison pourquoi». D’un bond, il sauta dans le parterre,
-me criant: «Sortons vite!» Il courut d’un trait jusqu’à sa maison; il
-entra et se laissa tomber inerte sur un divan, se couvrant le visage
-avec les deux mains; il resta ainsi jusqu’à l’heure du repas. A table,
-il ne fut pas possible d’en tirer une parole; il conservait l’expression
-de l’abattement et de la douleur la plus profonde. Après dîner, quand je
-voulus le<span class="pagenum"><a name="page_52" id="page_52">{52}</a></span> laisser, il me retint, m’exprimant le désir de ne pas rester
-seul. Au moment de nous séparer, il me pria de l’accompagner chez son
-médecin, qui avait une grande réputation pour les maladies de
-l’oreille.... Dans toute la suite de mes rapports avec Beethoven, je ne
-trouve pas un jour qui puisse se comparer à ce jour fatal de
-novembre.... Il avait été frappé au cœur, et, jusqu’au jour de sa mort,
-il vécut sous l’impression de cette terrible scène<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>.»</p>
-
-<p>Deux ans plus tard, le 7 mai 1824, dirigeant la <i>Symphonie avec chœurs</i>
-(ou plutôt, comme dit le programme, «prenant part à la direction du
-concert»), il n’entendait rien du fracas de toute la salle qui
-l’acclamait; il ne parvenait à s’en douter, que lorsqu’une des
-chanteuses, le prenant par la main, le tournait du côté du public, et
-qu’il voyait soudain les auditeurs debout, agitant leurs chapeaux, et
-battant des<span class="pagenum"><a name="page_53" id="page_53">{53}</a></span> mains.&mdash;Un voyageur anglais, Russel, qui le vit au piano,
-vers 1825, dit que quand il voulait jouer doucement, les touches ne
-résonnaient pas, et que cela était saisissant de suivre dans ce silence
-l’émotion qui l’animait, sur sa figure et ses doigts crispés.</p>
-
-<p>Muré en lui-même<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>, séparé du reste des hommes, il n’avait de
-consolation qu’en la nature. «Elle était sa seule confidente», dit
-Thérèse de Brunswick. Elle fut son refuge. Charles Neate, qui le connut
-en 1815, dit qu’il ne vit jamais personne qui aimât aussi parfaitement
-les fleurs, les nuages, la nature<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>: il semblait en vivre.&mdash;«Personne
-sur terre ne peut aimer la campagne autant que moi, écrit Beethoven....
-J’aime un arbre plus qu’un homme....»&mdash;Chaque jour, à Vienne, il
-fai<span class="pagenum"><a name="page_54" id="page_54">{54}</a></span>sait le tour des remparts. A la campagne, de l’aurore à la nuit, il
-se promenait seul, sans chapeau, sous le soleil, ou la pluie.
-«Tout-Puissant!&mdash;Dans les bois je suis heureux,&mdash;heureux dans les
-bois&mdash;où chaque arbre parle par toi.&mdash;Dieu, quelle splendeur!&mdash;Dans ces
-forêts, sur les collines,&mdash;c’est le calme,&mdash;le calme pour te servir.»</p>
-
-<p>Son inquiétude d’esprit y trouvait quelque répit<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>. Il était harcelé
-par les soucis d’argent. Il écrit en 1818: «Je suis presque réduit à la
-mendicité, et je suis forcé d’avoir l’air de ne pas manquer du
-nécessaire». Et ailleurs: «La sonate op. 106 a été écrite dans des
-circonstances pressantes. C’est une dure chose de travailler pour se
-procurer du pain.» Spohr dit que souvent il ne pouvait sortir, à cause
-de ses souliers troués. Il avait de fortes dettes envers ses éditeurs,
-et ses œuvres ne lui rapportaient rien. La <i>Messe en ré</i>, mise en
-sous<span class="pagenum"><a name="page_55" id="page_55">{55}</a></span>cription, recueillit sept souscripteurs (dont pas un musicien)<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>.
-Il recevait à peine trente ou quarante ducats pour ses admirables
-sonates, dont chacune lui coûtait trois mois de travail. Le prince
-Galitzin lui faisait composer ses quatuors, op. 127, 130, 132, ses
-œuvres les plus profondes peut-être et qui semblent écrites avec son
-sang; il ne les lui payait pas. Beethoven se consumait dans des
-difficultés domestiques, dans des procès sans fin, afin d’obtenir les
-pensions qu’on lui devait, ou de conserver la tutelle d’un neveu, le
-fils de son frère Charles, mort de la phtisie en 1815.</p>
-
-<p>Il avait reporté sur cet enfant le besoin de dévouement dont son cœur
-débordait. Il se réservait là encore de cruelles souffrances. Il semble
-qu’une sorte de grâce d’état ait pris soin de renouveler sans cesse et
-d’accroître sa misère, pour que son génie ne manquât point
-d’ali<span class="pagenum"><a name="page_56" id="page_56">{56}</a></span>ments.&mdash;Il lui fallut d’abord disputer le petit Charles à la mère
-indigne, qui voulait le lui enlever:</p>
-
-<p>«O mon Dieu, écrit-il, mon rempart, ma défense, mon seul refuge! Tu lis
-dans les profondeurs de mon âme, et tu sais les douleurs que j’éprouve,
-lorsqu’il faut que je fasse souffrir ceux qui veulent me disputer mon
-Charles, mon trésor<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>! Entends-moi, Être que je ne sais comment
-nommer, exauce l’ardente prière de la plus malheureuse de tes
-créatures!»</p>
-
-<p>«O Dieu! A mon secours! Tu me vois abandonné de l’humanité entière,
-parce que je ne veux pas pactiser avec l’injustice! Exauce la prière que
-je te fais, au moins pour l’avenir, de vivre avec mon Charles!... O sort
-cruel, destin implacable! Non, non, mon malheur ne finira jamais!»</p>
-
-<p>Puis ce neveu, si passionnément aimé, se<span class="pagenum"><a name="page_57" id="page_57">{57}</a></span> montra indigne de la confiance
-de son oncle. La correspondance de Beethoven avec lui est douloureuse et
-révoltée, comme celle de Michel-Ange avec ses frères, mais plus naïve et
-plus touchante:</p>
-
-<p>«Dois-je encore une fois être payé par l’ingratitude la plus abominable?
-Eh bien, si le lien doit être rompu entre nous, qu’il le soit! tous les
-gens impartiaux qui le sauront te haïront.... Si le pacte qui nous lie
-te pèse, au nom de Dieu,&mdash;qu’il en soit selon sa volonté!&mdash;Je
-t’abandonne à la Providence; j’ai fait tout ce que je pouvais; je puis
-paraître devant le Juge Suprême<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a>....»</p>
-
-<p>«Gâté, comme tu es, cela ne te ferait pas de mal de tâcher enfin d’être
-simple et vrai; mon cœur a trop souffert de ta conduite hypocrite à mon
-égard, et il m’est difficile d’oublier.... Dieu m’est témoin, je ne rêve
-que d’être à mille lieues de toi, et de ce triste frère, et de cette<span class="pagenum"><a name="page_58" id="page_58">{58}</a></span>
-abominable famille....&mdash;Je ne peux plus avoir confiance en toi.» Et il
-signe: «Malheureusement, ton père,&mdash;ou mieux, pas ton père<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a>».</p>
-
-<p>Mais le pardon vient aussitôt:</p>
-
-<p>«Mon cher fils!&mdash;Pas un mot de plus,&mdash;viens dans mes bras, tu
-n’entendras aucune dure parole.... Je te recevrai avec le même amour. Ce
-qu’il y a à faire pour ton avenir, nous en parlerons amicalement.&mdash;Ma
-parole d’honneur, aucun reproche! Ils ne serviraient plus à rien. Tu
-n’as plus à attendre de moi que la sollicitude et l’aide la plus
-aimante.&mdash;Viens&mdash;viens sur le cœur fidèle de ton
-père.&mdash;Beethoven.&mdash;Viens, aussitôt après le reçu de cette lettre, viens
-à la maison.» (Et sur l’adresse, en français: «<i>Si vous ne viendrez pas,
-vous me tuerez sûrement<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>.</i>»)</p>
-
-<p>«Ne mens pas, supplie-t-il, reste toujours mon fils bien-aimé! Quelle
-horrible dissonance, si tu me payais d’hypocrisie, comme on veut<span class="pagenum"><a name="page_59" id="page_59">{59}</a></span> me le
-faire croire!... Adieu, celui qui ne t’a pas donné la vie, mais qui te
-l’a certainement conservée et qui a pris tous les soins possibles de ton
-développement moral, avec une affection plus que paternelle, te prie du
-fond du cœur, de suivre le seul vrai chemin du bien et du juste. Ton
-fidèle bon père<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>.»</p>
-
-<p>Après avoir caressé toutes sortes de rêves pour l’avenir de ce neveu,
-qui ne manquait pas d’intelligence et qu’il voulait diriger vers la
-carrière universitaire, Beethoven dut consentir à en faire un négociant.
-Mais Charles fréquentait les tripots, il faisait des dettes.</p>
-
-<p>Par un triste phénomène, plus fréquent qu’on ne croit, la grandeur
-morale de son oncle, au lieu de lui faire du bien, lui faisait du mal,
-l’exaspérait, le poussait à la révolte, comme il le dit, dans ce
-terrible mot, où se montre à vif cette âme misérable: «Je suis devenu
-plus<span class="pagenum"><a name="page_60" id="page_60">{60}</a></span> mauvais, parce que mon oncle voulait que je fusse meilleur». Il en
-arriva, dans l’été de 1826, à se tirer un coup de pistolet dans la tête.
-Il n’en mourut pas; mais ce fut Beethoven qui faillit en mourir: il ne
-se remit jamais de cette émotion affreuse<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>. Charles guérit: il vécut
-jusqu’à la fin pour faire souffrir son oncle, à la mort duquel il ne fut
-pas tout à fait étranger, et auprès duquel il ne fut pas à l’heure de la
-mort.&mdash;«Dieu ne m’a jamais abandonné», écrivait Beethoven à son neveu,
-quelques années avant. «Il se trouvera quelqu’un pour me fermer les
-yeux.»&mdash;Ce ne devait pas être celui qu’il appelait «son fils»<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>.<span class="pagenum"><a name="page_61" id="page_61">{61}</a></span></p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>C’est du fond de cet abîme de tristesse que Beethoven entreprit de
-célébrer la Joie.</p>
-
-<p>C’était le projet de toute sa vie. Dès 1793, il y pensait, à Bonn<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a>.
-Toute sa vie, il voulut chanter la Joie, et en faire le couronnement de
-l’une de ses grandes œuvres. Toute sa vie, il<span class="pagenum"><a name="page_62" id="page_62">{62}</a></span> hésita à trouver la forme
-exacte de l’hymne, et l’œuvre où il pourrait lui donner place. Même dans
-sa <i>Neuvième Symphonie</i>, il était loin d’être décidé. Jusqu’au dernier
-instant, il fut sur le point de remettre l’<i>Ode à la Joie</i> à une dixième
-ou onzième symphonie. On doit bien remarquer que la <i>Neuvième</i> n’est pas
-intitulée, comme on dit: <i>Symphonie avec chœurs</i>, mais <i>Symphonie avec
-un chœur final sur l’Ode à la Joie</i>. Elle pouvait, elle a failli avoir
-une autre conclusion. En juillet 1823, Beethoven pensait encore à lui
-donner un <i>finale</i> instrumental, qu’il employa ensuite dans le quatuor
-op. 132. Czerny et Sonnleithner assurent même qu’après l’exécution (mai
-1824), Beethoven n’avait pas abandonné cette idée.</p>
-
-<p>Il y avait, à l’introduction du chœur dans une symphonie, de grandes
-difficultés techniques que nous attestent les cahiers de Beethoven et
-ses nombreux essais pour faire entrer les voix autrement, et à un autre
-moment de l’œuvre. Dans les esquisses de la deuxième mélodie de<span class="pagenum"><a name="page_63" id="page_63">{63}</a></span>
-l’<i>adagio</i><a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a>, il a écrit: «Peut-être le chœur entrerait-il
-convenablement ici». Mais il ne pouvait se décider à se séparer de son
-fidèle orchestre. «Quand une idée me vient, disait-il, je l’entends dans
-un instrument, jamais dans les voix.» Aussi recule-t-il le plus possible
-le moment d’employer les voix; et il va jusqu’à donner d’abord aux
-instruments, non seulement les récitatifs du <i>finale</i><a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a>, mais le thème
-même de la Joie.</p>
-
-<p>Mais il faut aller plus avant encore dans l’explication de ces
-hésitations et de ces retards: la cause en est plus profonde. Ce
-malheureux homme, toujours tourmenté par le chagrin, a toujours aspiré à
-chanter l’excellence de la Joie; et, d’année en année, il remettait sa
-tâche, sans cesse repris par le tourbillon de ses passions et par sa
-mélancolie. Ce n’est qu’au dernier jour qu’il y est parvenu. Mais avec
-quelle grandeur!<span class="pagenum"><a name="page_64" id="page_64">{64}</a></span></p>
-
-<p>Au moment où le thème de la Joie va paraître pour la première fois,
-l’orchestre s’arrête brusquement; il se fait un soudain silence: ce qui
-donne à l’entrée du chant un caractère mystérieux et divin. Et cela est
-vrai: ce thème est proprement un dieu. La Joie descend du ciel,
-enveloppée d’un calme surnaturel: de son souffle léger elle caresse les
-souffrances; et la première impression qu’elle fait est si tendre, quand
-elle se glisse dans le cœur convalescent, qu’ainsi que cet ami de
-Beethoven, «on a envie de pleurer, en voyant ses doux yeux». Lorsque le
-thème passe ensuite dans les voix, c’est à la basse qu’il se présente
-d’abord, avec un caractère sérieux et un peu oppressé. Mais peu à peu la
-Joie s’empare de l’être. C’est une conquête, une guerre contre la
-douleur. Et voici les rythmes de marche, les armées en mouvement, le
-chant ardent et haletant du ténor, toutes ces pages frémissantes, où
-l’on croit entendre le souffle de Beethoven lui-même, le rythme de sa
-respiration et de ses<span class="pagenum"><a name="page_65" id="page_65">{65}</a></span> cris inspirés, tandis qu’il parcourait les
-champs, en composant son œuvre, transporté d’une fureur démoniaque,
-comme un vieux roi Lear au milieu de l’orage. A la joie guerrière
-succède l’extase religieuse; puis une orgie sacrée, un délire d’amour.
-Toute une humanité frémissante tend les bras au ciel, pousse des
-clameurs puissantes, s’élance vers la Joie, et l’étreint sur son cœur.</p>
-
-<p>L’œuvre du Titan eut raison de la médiocrité publique. La frivolité de
-Vienne en fut un instant ébranlée; elle était tout à Rossini, et aux
-opéras italiens. Beethoven, humilié et attristé, allait s’établir à
-Londres, et pensait y faire exécuter la <i>Neuvième Symphonie</i>. Une
-seconde fois, comme en 1809, quelques nobles amis lui portèrent une
-supplique, pour qu’il ne quittât pas la patrie. «Nous savons,
-disaient-ils, que vous avez écrit une nouvelle composition de musique
-sacrée<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>, où vous avez<span class="pagenum"><a name="page_66" id="page_66">{66}</a></span> exprimé les sentiments que vous inspire <i>votre
-foi profonde</i>. La <i>lumière surnaturelle</i> qui pénètre votre grande âme
-l’illumine. Nous savons d’autre part que la couronne de vos grandes
-symphonies s’est augmentée d’une fleur immortelle.... Votre absence,
-pendant ces dernières années, affligeait tous ceux qui avaient les yeux
-tournés vers vous<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>. Tous pensaient avec tristesse que l’homme de
-génie, placé si haut parmi les vivants, restait silencieux, tandis qu’un
-genre de musique étrangère cherchait à se transplanter sur notre terre,
-faisant tomber dans l’oubli les productions de l’art allemand.... De
-vous seul la nation attend une nouvelle vie, de nouveaux lauriers, et un
-nouveau règne du vrai et du beau, en dépit de la mode du jour....
-Donnez-nous l’espoir de voir bientôt nos désirs satisfaits.... Et puisse
-le printemps qui vient, refleurir doublement,<span class="pagenum"><a name="page_67" id="page_67">{67}</a></span> grâce à vos dons, pour
-nous et pour le monde<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a>!» Cette généreuse adresse montre quelle était
-la puissance non seulement artistique, mais morale, dont Beethoven
-jouissait sur l’élite de l’Allemagne. Le premier mot qui s’offre à ses
-admirateurs pour louer son génie n’est pas celui de science, ni d’art:
-c’est celui de foi<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p>
-
-<p>Beethoven fut profondément ému par ces paroles. Il resta. Le 7 mai 1824,
-eut lieu à Vienne la première audition de la <i>Messe en ré</i> et de la
-<i>Neuvième Symphonie</i>. Le succès fut triomphal, et prit même un caractère
-presque séditieux. Quand Beethoven parut, il fut accueilli<span class="pagenum"><a name="page_68" id="page_68">{68}</a></span> par cinq
-salves d’applaudissements; la coutume, dans ce pays de l’étiquette,
-était de n’en faire que trois pour l’entrée de la famille impériale. La
-police dut mettre fin aux manifestations. La symphonie souleva un
-enthousiasme frénétique. Beaucoup pleuraient. Beethoven s’évanouit
-d’émotion après le concert; on le porta chez Schindler; il y resta
-assoupi, tout habillé, sans manger ni boire, toute la nuit et le matin
-suivant. Le triomphe fut passager, et le résultat pratique en fut nul
-pour Beethoven. Le concert ne rapporta rien. La gêne matérielle de sa
-vie n’en fut point changée. Il se retrouva pauvre, malade<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a>,
-solitaire,&mdash;mais vainqueur<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a>:&mdash;vainqueur de la médiocrité des hommes,<span class="pagenum"><a name="page_69" id="page_69">{69}</a></span>
-vainqueur de son propre destin, vainqueur de sa souffrance.</p>
-
-<p>«Sacrifie, sacrifie toujours les niaiseries de la vie à ton art! Dieu
-par-dessus tout!» (<i>O Gott über alles!</i>)</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Il s’est donc emparé de l’objet de toute sa vie. Il a saisi la
-Joie.&mdash;Saura-t-il rester à ce sommet de l’âme, qui domine les
-tempêtes?&mdash;Certes, il dut retomber bien des jours dans les anciennes
-angoisses. Certes, ses derniers quatuors sont pleins d’ombres étranges.
-Pourtant il semble que la victoire de la <i>Neuvième Symphonie</i> ait laissé
-en lui sa glorieuse marque. Les projets qu’il a pour l’avenir<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>: la
-<i>Dixième<span class="pagenum"><a name="page_70" id="page_70">{70}</a></span> Symphonie</i><a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a>, l’<i>Ouverture sur le nom de Bach</i>, la musique
-pour la <i>Mélusine</i> de Grillparzer<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a>, pour l’<i>Odysseus</i> de Körner et le
-<i>Faust</i>, de Gœthe<a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a>,<span class="pagenum"><a name="page_71" id="page_71">{71}</a></span> l’oratorio biblique sur <i>Saül et David</i>,
-montrent son esprit attiré vers la sérénité puissante des grands vieux
-maîtres allemands: de Bach et de Hændel,&mdash;et, plus encore, vers la
-lumière du Midi, vers le Sud de la France, ou vers cette Italie qu’il
-rêvait de parcourir<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>.</p>
-
-<p>Le docteur Spiller, qui le vit en 1826, dit que sa figure était devenue
-joyeuse et joviale. La même année, quand Grillparzer lui parle pour la
-dernière fois, c’est Beethoven qui rend de l’énergie au poète accablé:
-«Ah! dit celui-ci, si j’avais la millième partie de votre force et de
-votre fermeté!» Les temps sont durs; la réaction monarchique opprime les
-esprits. «La censure m’a tué, gémit Grillparzer. Il faut<span class="pagenum"><a name="page_72" id="page_72">{72}</a></span> partir pour
-l’Amérique du Nord, si l’on veut parler, penser librement.» Mais nul
-pouvoir ne pouvait bâillonner la pensée de Beethoven. «Les mots sont
-enchaînés; mais les sons par bonheur sont encore libres», lui écrit le
-poète Kuffner. Beethoven est la grande voix libre, la seule peut-être
-alors de la pensée allemande. Il le sentait. Souvent il parle du devoir
-qui lui était imposé d’agir, au moyen de son art, «pour la pauvre
-humanité», pour «l’humanité à venir» (<i>der künftigen Menschheit</i>), de
-lui faire du bien, de lui rendre courage, de secouer son sommeil, de
-flageller sa lâcheté. «Notre temps, écrivait-il à son neveu, a besoin de
-robustes esprits pour fouailler ces misérables gueuses d’âmes humaines.»
-Le docteur Müller dit, en 1827, que «Beethoven s’exprimait toujours
-librement sur le gouvernement, sur la police, sur l’aristocratie, même
-en public. La police le savait, mais elle tolérait ses critiques et ses
-satires comme des rêveries inoffensives; et elle laissait en repos<span class="pagenum"><a name="page_73" id="page_73">{73}</a></span>
-l’homme dont le génie avait un extraordinaire éclat<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>».</p>
-
-<p>Ainsi rien n’était capable de plier cette force indomptable. Elle semble
-se faire un jeu maintenant de la douleur. La musique écrite dans ces
-dernières années, malgré les circonstances pénibles où elle fut
-composée<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>, a souvent un caractère tout nouveau d’ironie, de mépris
-héroïque et joyeux. Quatre mois avant sa mort, le dernier morceau qu’il
-termine, en novembre 1826, le nouveau <i>finale</i> au <i>quatuor</i><span class="pagenum"><a name="page_74" id="page_74">{74}</a></span> op. 130,
-est très gai. A la vérité, cette gaîté n’est pas celle de tout le monde.
-Tantôt c’est le rire âpre et saccadé dont parle Moscheles; tantôt le
-sourire émouvant, fait de tant de souffrances vaincues. N’importe, il
-est vainqueur. Il ne croit pas à la mort.</p>
-
-<p>Elle venait cependant. A la fin de novembre 1826, il prit un
-refroidissement pleurétique; il tomba malade à Vienne, au retour d’un
-voyage entrepris en hiver pour assurer l’avenir de son neveu<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>. Ses
-amis étaient loin. Il chargea<span class="pagenum"><a name="page_75" id="page_75">{75}</a></span> son neveu de lui chercher un médecin. Le
-misérable oublia la commission, ne s’en souvint que deux jours après. Le
-médecin vint trop tard et soigna mal Beethoven. Trois mois, sa
-constitution athlétique lutta contre le mal. Le 3 janvier 1827, il
-institua son bien-aimé neveu, légataire universel. Il pensa à ses chers
-amis du Rhin; il écrivit encore à Wegeler: «... Combien je voudrais te
-parler! mais je suis trop faible. Je ne puis plus rien que t’embrasser
-dans mon cœur, toi et ta Lorchen.» La misère eût assombri ses derniers
-instants sans la générosité de quelques amis anglais. Il était devenu
-très doux et très patient<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>. Sur son lit<span class="pagenum"><a name="page_76" id="page_76">{76}</a></span> d’agonie, le 17 février
-1827, après trois opérations, attendant la quatrième<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a>, il écrit avec
-sérénité: «Je prends patience et je pense: Tout mal amène avec lui
-quelque bien.»</p>
-
-<p>Le bien fut la délivrance, «la fin de la comédie», comme il dit en
-mourant,&mdash;disons: de la tragédie de sa vie.</p>
-
-<p>Il mourut pendant un orage,&mdash;une tempête de neige,&mdash;dans un éclat de
-tonnerre. Une main étrangère lui ferma les yeux<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a> (26 mars 1827).</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Cher Beethoven! Assez d’autres ont loué sa grandeur artistique. Mais il
-est bien davan<span class="pagenum"><a name="page_77" id="page_77">{77}</a></span>tage que le premier des musiciens. Il est la force la
-plus héroïque de l’art moderne. Il est le plus grand et le meilleur ami
-de ceux qui souffrent et qui luttent. Quand nous sommes attristés par
-les misères du monde, il est celui qui vient auprès de nous, comme il
-venait s’asseoir au piano d’une mère en deuil, et, sans une parole,
-consolait celle qui pleurait, au chant de sa plainte résignée. Et quand
-la fatigue nous prend de l’éternel combat inutilement livré contre la
-médiocrité des vices et des vertus, c’est un bien indicible de se
-retremper dans cet océan de volonté et de foi. Il se dégage de lui une
-contagion de vaillance, un bonheur de la lutte<a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a>, l’ivresse d’une
-conscience qui sent en<span class="pagenum"><a name="page_78" id="page_78">{78}</a></span> elle un Dieu. Il semble que dans sa communion de
-tous les instants avec la nature<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a>, il ait fini par s’en assimiler les
-énergies profondes. Grillparzer, qui admirait Beethoven avec une sorte
-de crainte, dit de lui: «Il alla jusqu’au point redoutable où l’art se
-fond avec les éléments sauvages et capricieux.» Schumann écrit de même
-de la <i>Symphonie en ut mineur</i>: «Si souvent qu’on l’entende, elle exerce
-sur nous une puissance invariable, comme ces phénomènes de la nature,
-qui, si fréquemment qu’ils se reproduisent, nous remplissent toujours de
-crainte et d’étonnement». Et Schindler, son confident: «Il s’empara de
-l’esprit de la nature».&mdash;Cela est vrai: Beethoven est une force de la
-nature; et c’est un spectacle d’une grandeur homérique, que ce combat
-d’une<span class="pagenum"><a name="page_79" id="page_79">{79}</a></span> puissance élémentaire contre le reste de la nature.</p>
-
-<p>Toute sa vie est pareille à une journée d’orage.&mdash;Au commencement, un
-jeune matin limpide. A peine quelques souffles de langueur. Mais déjà,
-dans l’air immobile, une secrète menace, un lourd pressentiment.
-Brusquement, les grandes ombres passent, les grondements tragiques, les
-silences bourdonnants et redoutables, les coups de vent furieux de
-l’<i>Héroïque</i> et de l’<i>Ut mineur</i>. Cependant la pureté du jour n’en est
-pas encore atteinte. La joie reste la joie; la tristesse garde toujours
-un espoir. Mais, après 1810, l’équilibre de l’âme se rompt. La lumière
-devient étrange. Des pensées les plus claires, on voit comme des vapeurs
-monter; elles se dissipent; elles se reforment; elles obscurcissent le
-cœur de leur trouble mélancolique et capricieux; souvent l’idée musicale
-semble disparaître tout entière, noyée, après avoir une ou deux fois
-émergé de la brume; elle ne ressort, à la fin du morceau,<span class="pagenum"><a name="page_80" id="page_80">{80}</a></span> que par une
-bourrasque. La gaîté même a pris un caractère âpre et sauvage. Une
-fièvre, un poison se mêle à tous les sentiments<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a>. L’orage s’amasse, à
-mesure que le soir descend. Et voici les lourdes nuées gonflées
-d’éclairs, noires de nuit, grosses de tempêtes, du commencement de la
-<i>Neuvième</i>.&mdash;Soudain, au plus fort de l’ouragan, les ténèbres se
-déchirent, la nuit est chassée du ciel, et la sérénité du jour rendue
-par un acte de volonté.</p>
-
-<p>Quelle conquête vaut celle-ci, quelle bataille de Bonaparte, quel soleil
-d’Austerlitz atteignent à la gloire de cet effort surhumain, de cette
-victoire, la plus éclatante qu’ait jamais remportée l’Esprit: un
-malheureux, pauvre, infirme, solitaire, la douleur faite homme, à qui le
-monde refuse la joie, crée la Joie lui-même pour la donner au monde. Il
-la forge avec sa misère, comme il l’a dit en une fière parole, où<span class="pagenum"><a name="page_81" id="page_81">{81}</a></span> se
-résume sa vie, et qui est la devise de toute âme héroïque:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="poem"><div class="stanza">
-<span class="i0">«La Joie par la Souffrance.»<br /></span>
-<span class="i0"><i>Durch Leiden Freude.</i><br /></span>
-</div><div class="stanza">
-
-<span class="i6">(A la comtesse Erdödy, 19 octobre 1815.)<br /></span>
-<span class="pagenum"><a name="page_83" id="page_83">{83}</a></span><span class="pagenum"><a name="page_82" id="page_82">{82}</a></span></div></div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_84" id="page_84">{84}</a></span></p>
-
-<h2><a name="TEXTES" id="TEXTES"></a>TEXTES</h2>
-
-<div class="figcenter">
-<a href="images/illu-092.png">
-<img src="images/illu-092.png"
-width="350"
-alt="Musical Notation: Adagio, Al &mdash; lein Al&mdash;lein Al &mdash; lein" /></a></div>
-
-<p class="c">
-(A Lichnowsky, 21 septembre 1814)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_85" id="page_85">{85}</a></span></p>
-
-<h2><a name="TESTAMENT_DHEILIGENSTADT87" id="TESTAMENT_DHEILIGENSTADT87"></a>TESTAMENT D’HEILIGENSTADT<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a></h2>
-
-<h3>POUR MES FRÈRES CARL ET (JOHANN)<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a> BEETHOVEN</h3>
-
-<p>O vous, hommes, qui me regardez ou me faites passer pour haineux, fou,
-ou misanthrope, combien vous êtes injustes pour moi! Vous ne savez pas
-la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi! Mon cœur et mon esprit
-étaient enclins, depuis l’enfance, au doux<span class="pagenum"><a name="page_86" id="page_86">{86}</a></span> sentiment de la bonté. Même
-à accomplir de grandes actions, j’ai toujours été disposé. Mais songez
-seulement, depuis six ans, quel est mon état affreux, aggravé par des
-médecins sans jugement, trompé d’année en année, dans l’espérance d’une
-amélioration, enfin contraint à la perspective d’un <i>mal durable</i>&mdash;dont
-la guérison demande peut-être des années, si elle n’est pas tout à fait
-impossible. Né avec un tempérament ardent et actif, accessible même aux
-distractions de la société, je devais de bonne heure me séparer des
-hommes, passer ma vie solitaire. Si je voulais parfois surmonter tout
-cela, oh! combien durement je me heurtais à la triste expérience
-renouvelée de mon infirmité! Et pourtant, il ne m’était pas possible de
-dire aux hommes: «Parlez plus haut, criez; car je suis sourd!» Ah!
-comment me serait-il possible d’aller révéler la faiblesse <i>d’un sens</i>,
-qui devrait être chez moi plus parfait que chez les autres, un sens que
-j’ai autrefois possédé dans la plus grande perfection, dans<span class="pagenum"><a name="page_87" id="page_87">{87}</a></span> une
-perfection comme certainement peu de gens de mon métier l’ont jamais
-eu!&mdash;Oh! cela, je ne le peux pas!&mdash;Pardonnez-moi donc, si vous me voyez
-vivre à l’écart, quand je voudrais me mêler à votre compagnie. Mon
-malheur m’est doublement pénible, puisque je lui dois d’être méconnu. Il
-m’est interdit de trouver un délassement dans la société des hommes,
-dans les conversations délicates, dans les épanchements mutuels. Seul,
-tout à fait seul. Je ne puis me risquer dans le monde, qu’autant qu’une
-impérieuse nécessité l’exige. Je dois vivre comme un proscrit. Si je
-m’approche d’une société, je suis saisi d’une dévorante angoisse, par
-peur d’être exposé à ce qu’on remarque mon état.</p>
-
-<p>De là ces six mois que je viens de passer à la campagne. Mon savant
-médecin m’engagea à ménager mon ouïe autant que possible; il vint
-au-devant de mes intentions propres. Et pourtant, maintes fois ressaisi
-par mon penchant pour la société, je m’y suis laissé entraîner.<span class="pagenum"><a name="page_88" id="page_88">{88}</a></span> Mais
-quelle humiliation, quand il y avait quelqu’un près de moi, et qu’il
-entendait au loin une flûte, et que <i>je n’entendais rien</i>, ou qu’<i>il
-entendait le pâtre chanter</i> et que je n’entendais toujours rien<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>! De
-telles expériences me jetèrent bien près du désespoir: et peu s’en
-fallut que moi-même je ne misse fin à ma vie.&mdash;<i>C’est l’Art</i>, c’est lui
-seul, qui m’a retenu. Ah! il me semblait impossible de quitter ce monde
-avant d’avoir accompli tout ce dont je me sentais chargé. Et ainsi je
-prolongeai cette misérable vie,&mdash;vraiment misérable,&mdash;un corps si
-irritable, que le moindre change<span class="pagenum"><a name="page_89" id="page_89">{89}</a></span>ment peut me jeter de l’état le
-meilleur dans le pire!&mdash;<i>Patience!</i>&mdash;Ainsi dit-on; c’est elle que je
-dois maintenant choisir pour guide. Je l’ai.&mdash;Durable, je l’espère, doit
-être ma résolution de résister, jusqu’à ce qu’il plaise aux Parques
-inexorables de trancher le fil de ma vie. Peut-être cela ira-t-il mieux,
-peut-être non: je suis prêt.&mdash;A vingt-huit ans, déjà, être forcé de
-devenir philosophe, ce n’est pas facile; c’est plus dur encore pour
-l’artiste que pour tout autre.</p>
-
-<p>Divinité, tu pénètres d’en haut le fond de mon cœur, tu le connais, tu
-sais que l’amour des hommes et le désir de faire le bien y habitent! Oh
-hommes, si vous lisez un jour ceci, pensez que vous avez été injustes
-pour moi; et que le malheureux se console, en trouvant un malheureux
-comme lui, qui, malgré tous les obstacles de la nature, a cependant fait
-tout ce qui était en son pouvoir, pour être admis au rang des artistes
-et des hommes d’élite.<span class="pagenum"><a name="page_90" id="page_90">{90}</a></span></p>
-
-<p>Vous, mes frères Carl et (Johann), aussitôt que je serai mort, et si le
-professeur Schmidt vit encore, priez-le en mon nom qu’il décrive ma
-maladie, et joignez à l’historique de ma maladie, la lettre que voici,
-afin qu’après ma mort, au moins autant qu’il est possible, le monde se
-réconcilie avec moi.&mdash;En même temps, je vous reconnais tous deux pour
-les héritiers de ma petite fortune&mdash;si on peut l’appeler ainsi.
-Partagez-la loyalement, soyez d’accord et aidez-vous l’un l’autre. Ce
-que vous m’avez fait de mal, vous le savez, je vous l’ai depuis
-longtemps pardonné. Toi, frère Carl, je te remercie tout
-particulièrement encore pour l’attachement que tu m’as témoigné dans ces
-derniers temps. Mon souhait est que vous ayez une vie plus heureuse,
-plus exempte de soucis, que la mienne. Recommandez à vos enfants <i>la
-Vertu</i>: elle seule peut rendre heureux, non l’argent. Je parle par
-expérience. C’est elle qui m’a soutenu moi-même dans ma misère; c’est à
-elle que je dois, ainsi qu’à mon art, de<span class="pagenum"><a name="page_91" id="page_91">{91}</a></span> n’avoir pas terminé ma vie par
-le suicide.&mdash;Adieu, et aimez-vous!&mdash;Je remercie tous mes amis, en
-particulier le <i>prince Lichnowski</i> et le <i>professeur Schmidt</i>.&mdash;Je
-souhaite que les instruments du prince L. puissent être conservés chez
-l’un de vous. Mais qu’il ne s’élève à ce sujet aucun débat entre vous.
-S’ils peuvent vous être bons à quelque chose de mieux, vendez-les
-aussitôt. Combien je serai heureux, si je puis encore vous servir dans
-ma tombe!</p>
-
-<p>S’il en était ainsi, avec joie je vole au-devant de la mort.&mdash;Si elle
-vient avant que j’aie eu l’occasion de développer toutes mes facultés
-artistiques, malgré mon dur destin, elle vient encore trop tôt pour moi,
-et je souhaiterais de la retarder.&mdash;Mais même ainsi je suis content. Ne
-me délivre-t-elle pas d’un état de souffrance sans fin?&mdash;Viens quand tu
-veux, je vais courageusement au-devant de toi.&mdash;Adieu et ne m’oubliez
-pas tout à fait dans la mort; je mérite que vous pensiez à moi; car j’ai
-souvent<span class="pagenum"><a name="page_92" id="page_92">{92}</a></span> pensé à vous, dans ma vie, pour vous rendre heureux. Soyez-le!</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Ludwig van Beethoven.</span><br />
-<br />
-Heiligenstadt, le 6 octobre 1802.<br />
-</p>
-
-<h3>POUR MES FRÈRES CARL ET (JOHANN). A LIRE ET A EXÉCUTER APRÈS MA MORT</h3>
-
-<p>Heiligenstadt, le 10 octobre 1802.&mdash;Ainsi, je prends congé de toi,&mdash;et
-certes tristement.&mdash;Oui, la chère espérance&mdash;que j’apportai ici, d’être
-guéri, au moins jusqu’à un certain point,&mdash;elle doit m’abandonner tout à
-fait. Comme les feuilles de l’automne tombent et sont flétries,
-ainsi,&mdash;ainsi elle aussi s’est desséchée pour moi. A peu près comme je
-suis venu,&mdash;je m’en vais.&mdash;Même le haut courage&mdash;qui me soutenait
-souvent dans les beaux jours d’été,&mdash;il s’est évanoui.&mdash;O
-Providence,&mdash;fais-moi apparaître une fois un pur jour de <i>joie</i>!&mdash;Il y a
-si longtemps que la<span class="pagenum"><a name="page_93" id="page_93">{93}</a></span> résonance profonde de la vraie joie m’est
-étrangère!&mdash;oh! quand&mdash;oh! quand, ô Divinité! pourrai-je encore la
-sentir dans le Temple de la nature et des hommes?&mdash;Jamais?&mdash;Non!&mdash;Oh! ce
-serait trop cruel!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_94" id="page_94">{94}</a></span>&#160; </p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_95" id="page_95">{95}</a></span>&#160; </p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_96" id="page_96">{96}</a></span>&#160; </p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_97" id="page_97">{97}</a></span>&#160; </p>
-
-<h2><a name="LETTRES" id="LETTRES"></a>LETTRES</h2>
-
-<h3>AU PASTEUR AMENDA, EN COURLANDE<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a></h3>
-
-<p>Mon cher, mon bon Amenda, mon ami de tout cœur, avec une émotion
-profonde, avec un mélange de douleur et de joie j’ai reçu et lu ta
-dernière lettre. A quoi puis-je comparer ta fidélité, ton attachement
-envers moi! Oh! cela est bien bon, que tu me sois toujours resté si ami.
-Oui, j’ai mis ton dévouement à l’épreuve, et je sais faire la
-distinction de toi et de tous les autres. Tu n’es pas un ami de Vienne,
-non, tu es un de ceux comme le sol de ma patrie a coutume d’en porter!
-Combien je te souhaite souvent auprès de moi! car ton Beethoven est
-profondément malheureux. Sache que la plus<span class="pagenum"><a name="page_98" id="page_98">{98}</a></span> noble partie de moi-même,
-mon ouïe, s’est beaucoup affaiblie. Déjà, à l’époque où tu étais près de
-moi, j’en sentais les symptômes, et je le cachais; depuis, cela a
-toujours été pire. Si cela pourra jamais être guéri, il faut attendre
-(pour le savoir); cela doit tenir à mon affection du ventre. Pour
-celle-ci, je suis presque tout à fait rétabli; mais pour l’ouïe, se
-guérira-t-elle? Naturellement, je l’espère; mais c’est bien difficile,
-car de telles maladies sont les plus incurables. Comme je dois vivre
-tristement, éviter tout ce qui m’est cher, et cela parmi des hommes si
-misérables, si égoïstes!...&mdash;Entre tous, je puis dire que l’ami le plus
-éprouvé est pour moi Lichnowsky. Depuis l’année passée, il m’a donné 600
-florins: cela et la vente fructueuse de mes œuvres me met en état de
-vivre sans le souci du pain à gagner. Tout ce que j’écris maintenant, je
-puis le vendre aussitôt cinq fois, et être bien payé.&mdash;J’ai écrit pas
-mal de choses, ces derniers temps; et puisque j’apprends que tu as
-commandé des<span class="pagenum"><a name="page_99" id="page_99">{99}</a></span> pianos chez..., je veux t’envoyer différentes œuvres dans
-l’emballage de l’un d’eux, pour que cela te coûte moins cher.</p>
-
-<p>Maintenant, pour ma consolation, est venu ici un homme, avec qui je puis
-jouir du plaisir de la conversation et de l’amitié désintéressée: c’est
-un de mes amis de jeunesse<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a>. Je lui ai souvent parlé de toi, et je
-lui ai dit que, depuis que j’ai quitté ma patrie, tu es un de ceux que
-mon cœur a élus.&mdash;Lui non plus n’aime pas le...<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a>. Il est et reste
-trop faible pour l’amitié. Je le regarde, lui et..., comme de purs
-instruments, dont je joue, quand il me plaît: mais ils ne peuvent être
-jamais de nobles témoins de mon activité, pas plus qu’ils ne peuvent
-vraiment participer à ma vie; je les taxe seulement d’après les services
-qu’ils me rendent. Oh! comme je serais heureux, si j’avais tout l’usage
-de mon ouïe! Je courrais<span class="pagenum"><a name="page_100" id="page_100">{100}</a></span> alors vers toi. Mais je dois rester à l’écart
-de tout; mes plus belles années s’écouleront sans que j’aie accompli
-tout ce que mon talent et ma force m’auraient commandé.&mdash;Triste
-résignation, où je dois me réfugier! Sans doute, je me suis proposé de
-me mettre au-dessus de tous ces maux; mais comment cela me sera-t-il
-possible? Oui, Amenda, si dans six mois mon mal n’est pas guéri, j’exige
-de toi que tu laisses tout, et que tu viennes auprès de moi; alors je
-voyagerai (mon jeu et ma composition souffrent encore très peu de mon
-infirmité; c’est seulement dans la société qu’elle est le plus
-sensible); tu seras mon compagnon: je suis convaincu que le bonheur ne
-me manquera pas; avec quoi ne pourrais-je pas me mesurer maintenant!
-Depuis que tu es parti, j’ai écrit de tout, jusqu’à des opéras et de la
-musique d’église. Oui, tu ne refuseras pas; tu aideras ton ami à porter
-son mal, ses soucis. J’ai aussi beaucoup perfectionné mon jeu de
-pianiste, et j’espère que ce voyage pourra aussi te faire plaisir.
-Après, tu resteras<span class="pagenum"><a name="page_101" id="page_101">{101}</a></span> éternellement auprès de moi.&mdash;J’ai reçu exactement
-toutes tes lettres; si peu que j’y aie répondu, tu m’as toujours été
-présent, et mon cœur bat pour toi avec la même tendresse.&mdash;Ce que je
-t’ai dit de mon ouïe, je te prie de le garder comme un grand secret, et
-de ne le confier à personne, quel qu’il soit.&mdash;Écris-moi très souvent.
-Tes lettres, même quand elles sont si courtes, me consolent et me font
-du bien. J’en attends bientôt une autre de toi, mon bien cher.&mdash;Je ne
-t’ai pas envoyé ton quatuor<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a> parce que je l’ai tout à fait remanié,
-depuis que je commence à savoir écrire convenablement des quatuors: ce
-que tu verras, quand tu les recevras.&mdash;Maintenant, adieu, cher bon! Si
-tu crois que je puisse faire pour toi quelque chose qui te soit
-agréable, il va de soi que tu dois le dire à ton fidèle L. v. Beethoven,
-qui t’aime sincèrement.<span class="pagenum"><a name="page_102" id="page_102">{102}</a></span></p>
-
-<h3><a name="AU_DOCTEUR_FRANZ_GERHARD_WEGELER" id="AU_DOCTEUR_FRANZ_GERHARD_WEGELER"></a>AU DOCTEUR FRANZ GERHARD WEGELER</h3>
-
-<p class="r">
-Vienne, 29 juin (1801).<br />
-</p>
-
-<p>Mon bon cher Wegeler, combien je te remercie de ton souvenir! Je l’ai si
-peu mérité, si peu cherché à le mériter; et pourtant tu es si bon, tu ne
-te laisses rebuter par rien, même par mon impardonnable négligence; tu
-restes toujours le fidèle, bon, loyal ami.&mdash;Que je puisse t’oublier,
-vous oublier, vous tous qui m’avez été si chers et si précieux, non, ne
-le crois pas! Il y a des moments où je soupire après vous, où je
-voudrais passer quelque temps auprès de vous.&mdash;Ma patrie, la belle<span class="pagenum"><a name="page_103" id="page_103">{103}</a></span>
-contrée où je vis la lumière du monde, m’est toujours aussi clairement
-et nettement présente que lorsque je vous ai quittés. Ce sera un des
-plus heureux instants de ma vie, que celui où je pourrai vous revoir et
-saluer notre père le Rhin.&mdash;Quand cela sera, je ne puis encore te le
-dire avec exactitude.&mdash;Du moins, je veux vous dire que vous me
-retrouverez plus grand: je ne parle pas de l’artiste, mais aussi de
-l’homme, qui vous semblera meilleur, plus accompli; et si le bien-être
-n’a pas un peu augmenté dans notre patrie, mon art doit se consacrer à
-l’amélioration du sort des pauvres....</p>
-
-<p>Tu veux savoir quelque chose de ma situation: eh bien, cela ne va pas
-trop mal. Depuis l’an passé, Lichnowski, qui (si incroyable que cela
-puisse te paraître, même quand je te le dis) a toujours été et est resté
-mon ami le plus chaud&mdash;(il y a bien eu de petites mésintelligences entre
-nous; mais elles ont affermi notre amitié),&mdash;Lichnowski m’a versé une
-pension de<span class="pagenum"><a name="page_104" id="page_104">{104}</a></span> 600 florins, que je dois toucher, aussi longtemps que je ne
-trouverai pas de position qui me convienne. Mes compositions me
-rapportent beaucoup, et je puis dire que j’ai plus de commandes que je
-n’y puis satisfaire. Pour chaque chose, j’ai six, sept éditeurs, et
-encore plus, si je veux m’en donner la peine. On ne discute plus avec
-moi: je fixe un prix, et on le paie. Tu vois comme c’est charmant. Par
-exemple, je vois un ami dans le besoin, et ma bourse ne me permet pas de
-lui venir en aide: je n’ai qu’à me mettre à ma table de travail; et, en
-peu de temps, je l’ai tiré d’affaire.&mdash;Je suis aussi plus économe
-qu’autrefois....</p>
-
-<p>Malheureusement, un démon jaloux, ma mauvaise santé, est venu se jeter à
-la traverse. Depuis trois ans, mon ouïe est toujours devenue plus
-faible. Cela doit avoir été causé par mon affection du ventre, dont je
-souffrais déjà autrefois, comme tu sais, mais qui a beaucoup empiré; car
-je suis continuellement<span class="pagenum"><a name="page_105" id="page_105">{105}</a></span> affligé de diarrhée, et, par suite, d’une
-extraordinaire faiblesse. Frank voulait me tonifier avec des
-reconstituants, et traiter mon ouïe par l’huile d’amandes. Mais
-<i>prosit</i>! cela n’a servi à rien; mon ouïe a toujours été plus mal, et
-mon ventre est resté dans le même état. Cela a duré ainsi jusqu’à
-l’automne dernier, où j’ai été souvent au désespoir. Un âne de médecin
-me conseilla des bains froids; un autre, plus avisé, des bains tièdes du
-Danube: cela fit merveille; mon ventre s’améliora, mais mon ouïe resta
-de même, ou devint encore plus malade. Cet hiver, mon état fut vraiment
-déplorable: j’avais d’effroyables coliques et je fis une rechute
-complète. Je restai ainsi jusqu’au mois dernier, où j’allai voir Vering;
-car je pensai que mon mal réclamait plutôt un chirurgien, et, du reste,
-j’ai toujours eu confiance en lui. Il réussit à couper presque
-complètement cette violente diarrhée; il m’ordonna des bains tièdes du
-Danube, dans lesquels il me faisait verser une fiole de liqueurs
-fortifiantes; il ne me donna<span class="pagenum"><a name="page_106" id="page_106">{106}</a></span> aucune médecine, sauf, depuis quatre jours
-environ, des pilules pour l’estomac et une sorte de thé pour les
-oreilles. Je m’en trouve mieux et plus fort; il n’y a que mes oreilles
-qui bruissent et mugissent (<i>sausen und brausen</i>) nuit et jour. Je puis
-dire que je mène une vie misérable. Depuis presque deux ans, j’évite
-toute société, parce que je ne puis pas dire aux gens: «Je suis sourd».
-Si j’avais quelque autre métier, cela serait encore possible; mais dans
-le mien, c’est une situation terrible. Que diraient de cela mes ennemis,
-dont le nombre n’est pas petit!</p>
-
-<p>Pour te donner une idée de cette étrange surdité, je te dirai qu’au
-théâtre je dois me mettre tout près de l’orchestre pour comprendre les
-acteurs. Je n’entends pas les sons élevés des instruments et des voix,
-si je me place un peu loin. Dans la conversation, il est surprenant
-qu’il y ait des gens qui ne l’aient jamais remarqué. Comme j’ai beaucoup
-de distractions, on met tout sur leur compte. Quand on parle douce<span class="pagenum"><a name="page_107" id="page_107">{107}</a></span>ment,
-j’entends à peine; oui, j’entends bien les sons, mais pas les mots; et
-d’autre part, quand on crie, cela m’est intolérable. Ce qui en
-adviendra, le ciel le sait. Vering dit que cela s’améliorera
-certainement, si cela ne guérit pas tout à fait.&mdash;Bien souvent, j’ai
-maudit mon existence et le Créateur<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a>. Plutarque m’a conduit à la
-résignation. Je veux, si toutefois cela est possible, je veux braver mon
-destin; mais il y a des moments de ma vie où je suis la plus misérable
-créature de Dieu.&mdash;Je te supplie de ne rien dire de mon état à personne,
-même pas à Lorchen<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a>; je te le confie sous le sceau du secret. Il me
-serait agréable que tu écrives à ce sujet à Vering. Si mon état doit
-durer, je viendrai, le printemps prochain, auprès de toi; tu me loueras,
-dans quelque beau pays, une maison de campagne, et je veux me refaire
-paysan pour six mois. Peut-être cela me<span class="pagenum"><a name="page_108" id="page_108">{108}</a></span> fera-t-il du bien. Résignation!
-quel triste refuge! et pourtant, c’est le seul qui me reste!&mdash;Tu me
-pardonnes de t’apporter encore ce souci d’amitié au milieu de tous tes
-ennuis.</p>
-
-<p>Steffen Breuning est maintenant ici, et nous sommes presque tous les
-jours ensemble. Cela me fait tant de bien d’évoquer les sentiments
-passés! Il est devenu vraiment un bon et excellent jeune homme, qui sait
-quelque chose, et qui a (comme nous tous plus ou moins) le cœur à la
-bonne place....</p>
-
-<p>Je veux écrire aussi à la bonne Lorchen. Jamais je n’ai oublié un seul
-de vous, chers bons, même si je ne vous donne aucun signe de vie; mais
-écrire, tu le sais, n’a jamais été mon fort; mes meilleurs amis sont
-restés des années sans recevoir une lettre de moi. Je ne vis que dans
-mes notes; à peine une œuvre est terminée, qu’une autre est déjà
-commencée. A la façon dont je travaille maintenant, je fais souvent
-trois ou quatre choses à la fois.<span class="pagenum"><a name="page_109" id="page_109">{109}</a></span>&mdash;Écris-moi plus souvent; je veux
-tâcher de trouver le temps de te répondre. Salue tout le monde de ma
-part....</p>
-
-<p>Adieu, bon, fidèle Wegeler! Sois assuré de l’affection et de l’amitié de
-ton Beethoven.<span class="pagenum"><a name="page_110" id="page_110">{110}</a></span></p>
-
-<h3><a name="A_WEGELER" id="A_WEGELER"></a>A WEGELER</h3>
-
-<p class="r">
-Vienne, 16 novembre 1801.<br />
-</p>
-
-<p>Mon bon Wegeler! je te remercie pour ta nouvelle marque de sollicitude,
-d’autant plus que je la mérite si peu.&mdash;Tu veux savoir comment je vais,
-et ce dont j’ai besoin. Si peu agréable qu’il me soit de m’entretenir de
-ce sujet, je le fais pourtant plus volontiers avec toi.</p>
-
-<p>Vering me pose toujours depuis des mois des vésicatoires sur les deux
-bras.... Ce traitement m’est extrêmement désagréable; sans parler des
-douleurs, je suis constamment privé pour<span class="pagenum"><a name="page_111" id="page_111">{111}</a></span> un ou deux jours de l’usage de
-mes bras.... Je dois convenir que le bruissement et le bourdonnement
-sont un peu plus faibles qu’autrefois, surtout à l’oreille gauche, par
-laquelle justement ma surdité a commencé; mais mon ouïe ne s’est
-certainement améliorée en rien jusqu’à présent; je n’ose pas décider si
-elle n’est pas devenue encore pire.&mdash;Mon ventre va mieux; surtout quand
-j’use pendant quelques jours des bains tièdes, je me trouve assez bien,
-huit ou dix jours. De loin en loin, je prends quelque chose de
-fortifiant pour l’estomac; je commence aussi, d’après ton conseil, des
-applications d’herbes sur le ventre.&mdash;Vering ne veut pas entendre parler
-des douches. Du reste, je ne suis pas très content de lui. Il a vraiment
-trop peu de soins et d’attention pour une telle maladie; si je n’allais
-pas chez lui&mdash;et cela m’est très difficile,&mdash;je ne le verrais
-jamais.&mdash;Que penses-tu de Schmidt? Je ne change pas volontiers; mais il
-me semble que Vering est trop praticien, pour renouveler<span class="pagenum"><a name="page_112" id="page_112">{112}</a></span> beaucoup ses
-idées par la lecture.&mdash;Schmidt me semble en ceci un tout autre homme, et
-ne serait peut-être pas aussi négligent.&mdash;On dit merveilles du
-galvanisme; qu’en penses-tu? Un médecin m’a dit qu’il avait vu un enfant
-sourd-muet recouvrer l’ouïe, et un homme, sourd depuis sept ans, guéri
-également.&mdash;Justement, j’apprends que Schmidt fait des expériences
-là-dessus.</p>
-
-<p>Je vis de nouveau un peu plus agréablement; je me mêle davantage parmi
-les hommes. Tu peux à peine croire quelle vie de solitude et de
-tristesse j’ai menée depuis deux ans. Mon infirmité se dressait partout
-devant moi, comme un spectre, et je fuyais les hommes. Je devais
-paraître misanthrope, et je le suis pourtant si peu!&mdash;Ce changement, une
-chère, charmante fille l’a accompli; elle m’aime, et je l’aime: voici de
-nouveau quelques moments heureux, depuis deux ans; et c’est la première
-fois que je sens que le mariage pourrait donner le bonheur.
-Malheureusement, elle n’est pas de<span class="pagenum"><a name="page_113" id="page_113">{113}</a></span> ma condition;&mdash;et maintenant,&mdash;à
-dire vrai, je ne pourrais pas encore me marier: il faut que je me remue
-bravement encore. N’était mon ouïe, j’aurais depuis longtemps parcouru
-la moitié du monde; et cela, je dois le faire.&mdash;Il n’y a pas de plus
-grand plaisir pour moi, que d’exercer mon art, et de le montrer.&mdash;Ne
-crois pas que je serais heureux chez vous. Qui pourrait me rendre
-heureux encore? Même votre sollicitude me serait à charge; je lirais à
-chaque instant la compassion sur votre visage, et je me trouverais
-encore plus misérable.&mdash;Ces beaux pays de ma patrie, qu’est-ce qui
-m’attirait vers eux? Rien que l’espoir d’une meilleure situation; et j’y
-serais parvenu sans ce mal! Oh! si j’étais libre de ce mal, je voudrais
-embrasser le monde! Ma jeunesse, oui, je le sens, ne fait que commencer;
-n’ai-je pas toujours été souffrant? Ma force physique croît plus que
-jamais, depuis quelque temps, avec ma force intellectuelle. Chaque jour,
-j’approche davantage du but que j’entrevois, sans<span class="pagenum"><a name="page_114" id="page_114">{114}</a></span> pouvoir le définir.
-Seulement dans de telles pensées ton Beethoven peut vivre. Point de
-repos!&mdash;Je n’en connais pas d’autre que le sommeil; et je suis assez
-malheureux de devoir lui accorder plus de temps qu’autrefois. Que je
-sois seulement à moitié délivré de mon mal, et alors,&mdash;comme un homme
-plus maître de lui, plus mûr, je viens à vous, et je resserre nos vieux
-liens d’amitié.</p>
-
-<p>Vous devez me voir aussi heureux qu’il m’est accordé de l’être
-ici-bas,&mdash;mais pas malheureux.&mdash;Non, cela je ne pourrais le supporter!
-Je veux saisir le destin à la gueule. Il ne me courbera certainement pas
-tout à fait.&mdash;Oh! cela est si beau de vivre la vie mille fois!&mdash;Pour une
-vie tranquille, non, je le sens, je ne suis plus fait pour elle.</p>
-
-<p>... Mille bonnes choses à Lorchen....&mdash;Tu m’aimes bien un peu, n’est-ce
-pas? Sois sûr de mon affection et de mon amitié. Ton</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Beethoven.</span><br />
-<span class="pagenum"><a name="page_115" id="page_115">{115}</a></span></p>
-
-<h3>LETTRE DE WEGELER ET D’ÉLÉONORE VON BREUNING A BEETHOVEN<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a></h3>
-
-<p class="r">
-Coblentz, 28 décembre 1825.<br />
-</p>
-
-<p class="indd"><br />
-Mon cher vieux Louis,<br />
-</p>
-
-<p>Je ne puis laisser partir pour Vienne un des dix enfants de Ries, sans
-me rappeler à ton souvenir. Si, depuis vingt-huit ans que j’ai quitté
-Vienne, tu n’as pas reçu une longue lettre tous les deux mois, tu peux
-en accuser ton silence après les premières lettres que je t’ai<span class="pagenum"><a name="page_116" id="page_116">{116}</a></span>
-envoyées. Cela n’est pas bien, et maintenant surtout; car nous autres
-vieilles gens, nous vivons si volontiers dans le passé, et nous trouvons
-par-dessus tout plaisir aux images de notre jeunesse. Pour moi du moins,
-ma connaissance et mon étroite amitié avec toi, grâce à ta bonne mère
-que Dieu bénisse, est un point lumineux de ma vie, vers lequel je me
-tourne avec plaisir.... Je lève les yeux vers toi, comme vers un héros,
-et je suis fier de pouvoir dire: «Je n’ai pas été sans influence sur son
-développement; il me confiait ses souhaits et ses rêves; et quand plus
-tard, il fut si souvent méconnu, je savais bien ce qu’il voulait.» Dieu
-soit loué que je puisse parler de toi avec ma femme, et maintenant avec
-mes enfants! La maison de ma belle-mère était davantage ta maison que ta
-propre maison, surtout après la mort de ta noble mère. Dis-nous
-seulement une fois encore: «Oui, je pense à vous, dans la joie, dans la
-tristesse». L’homme, même quand il s’est élevé aussi haut que toi, n’est
-heureux<span class="pagenum"><a name="page_117" id="page_117">{117}</a></span> qu’une fois dans sa vie: c’est quand il était jeune. Aux
-pierres de Bonn, à Kreuzberg, à Godesberg, à la Pépinière, etc., tes
-idées doivent maintes fois joyeusement s’attacher.</p>
-
-<p>Je veux maintenant te parler de moi, de nous, pour te donner un exemple
-de la manière dont tu dois me répondre.</p>
-
-<p>Après mon retour de Vienne, en 1796, cela alla assez mal pour moi;
-pendant plusieurs années, je dus vivre seulement de mes consultations,
-comme médecin; et cela dura quelques années dans cette contrée
-misérable, avant que j’eusse le nécessaire. Puis je devins professeur
-avec un traitement, et je me mariai en 1802. L’année d’après, j’eus une
-fille, qui vit encore et qui est tout à fait accomplie. Elle a, avec un
-jugement très droit, la sérénité de son père, et elle joue à ravir des
-sonates de Beethoven. Elle n’y a pas de mérite: c’est un don inné. En
-1807, j’ai eu un garçon, qui étudie maintenant la médecine à Berlin.
-Dans quatre ans, je l’envoie à Vienne: prendras-tu soin de lui?... J’ai
-fêté<span class="pagenum"><a name="page_118" id="page_118">{118}</a></span> au mois d’août mon soixantième anniversaire de naissance, en
-compagnie d’une soixantaine d’amis et de connaissances, parmi lesquels
-les premières gens de la ville. Depuis 1807, j’habite ici, j’ai
-maintenant une belle maison et une bonne place. Mes supérieurs sont
-contents de moi, et le roi m’a donné des ordres et des médailles. Lore
-et moi nous allons assez bien.&mdash;Maintenant, je t’ai fait connaître
-entièrement notre situation. A ton tour....</p>
-
-<p>Ne voudras-tu jamais détacher tes yeux de la tour de Saint-Étienne? Le
-voyage n’a-t-il pas de charme pour toi? Ne voudras-tu jamais plus revoir
-le Rhin?&mdash;De madame Lore toutes sortes de choses cordiales, ainsi que de
-moi.</p>
-
-<p>Ton très vieux ami</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Wegeler</span>.<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_119" id="page_119">{119}</a></span></p>
-
-<p class="r">
-Coblentz, 29 décembre 1825.<br />
-</p>
-
-<p>Cher Beethoven, depuis si longtemps cher! C’était mon désir que Wegeler
-vous écrivît de nouveau.&mdash;Maintenant que ce désir est accompli, je crois
-devoir ajouter encore deux mots,&mdash;non pas seulement pour me rappeler
-davantage à votre souvenir, mais pour renouveler la demande pressante si
-vous n’avez donc plus aucun désir de revoir le Rhin et votre lieu de
-naissance&mdash;et de faire à Wegeler et à moi la plus grande des joies.
-Notre Lenchen vous remercie de tant d’heures heureuses;&mdash;elle a tant de
-plaisir à entendre parler de vous;&mdash;elle sait toutes les petites
-aventures de notre<span class="pagenum"><a name="page_120" id="page_120">{120}</a></span> joyeuse jeunesse à Bonn,&mdash;de la brouille et du
-raccommodement.... Comme elle serait heureuse de vous voir!&mdash;La petite
-n’a malheureusement aucun talent pour la musique; mais elle a tant fait,
-avec tant d’application et de persévérance, qu’elle peut jouer vos
-sonates, variations, etc.; et comme la musique reste toujours le plus
-grand délassement pour Weg., elle lui procure ainsi maintes heures
-agréables. Julius a du talent pour la musique, mais jusqu’à présent il
-était négligent;&mdash;depuis six mois, il apprend le violoncelle avec
-plaisir et joie; et, comme il a à Berlin un bon professeur, je crois
-qu’il fera encore des progrès.&mdash;Les deux enfants sont grands et
-ressemblent au père,&mdash;aussi pour la belle et bonne humeur que Weg.,
-grâce à Dieu, n’a pas encore tout à fait perdue.... Il a un grand
-plaisir à jouer les thèmes de vos variations; les anciens ont la
-préférence, mais souvent il joue un des nouveaux avec une incroyable
-patience.&mdash;Votre <i>Opferlied</i> est<span class="pagenum"><a name="page_121" id="page_121">{121}</a></span> placé au-dessus de tout; jamais Weg.
-ne va dans sa chambre sans se mettre au piano.&mdash;Ainsi, cher Beethoven,
-vous pouvez voir combien est toujours durable et vivant le souvenir que
-nous avons de vous.&mdash;Dites-nous donc une fois que cela a quelque prix
-pour vous, et que nous ne sommes pas tout à fait oubliés.&mdash;S’il n’était
-pas si difficile souvent d’accomplir nos plus chers désirs, nous aurions
-déjà été faire visite à mon frère, à Vienne, pour avoir le plaisir de
-vous voir;&mdash;mais à un tel voyage il ne faut pas penser, maintenant que
-notre fils est à Berlin.&mdash;Weg. vous a dit comment cela va pour
-nous:&mdash;nous aurions tort de nous plaindre.&mdash;Même le temps le plus
-difficile a été meilleur pour nous que pour cent autres.&mdash;Le plus grand
-bonheur est que nous allons bien, et que nous avons de bons et braves
-enfants.&mdash;Oui, ils ne nous ont fait encore aucune peine, et ils sont
-gais, et de bons petits.&mdash;Lenchen a eu seulement un gros chagrin:&mdash;c’est
-quand notre pauvre<span class="pagenum"><a name="page_122" id="page_122">{122}</a></span> Burscheid est mort;&mdash;une perte nous que tous
-n’oublierons jamais. Adieu, cher Beethoven, et pensez à nous en toute
-loyale bonté.</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Eln. Wegeler.</span><br />
-<span class="pagenum"><a name="page_123" id="page_123">{123}</a></span></p>
-
-<h3>BEETHOVEN A WEGELER</h3>
-
-<p class="r">
-Vienne, 7 octobre 1826<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a>.<br />
-</p>
-
-<p class="indd"><br />
-Mon vieux ami aimé!<br />
-</p>
-
-<p>Quel plaisir m’a fait ta lettre et celle de ta Lorchen, je ne puis pas
-l’exprimer. Certainement j’aurais dû te répondre aussitôt; mais je suis
-un peu négligent, surtout pour écrire, parce que je pense que les
-meilleures gens me connaissent sans cela. Dans ma tête je fais souvent
-la réponse; mais quand je veux la<span class="pagenum"><a name="page_124" id="page_124">{124}</a></span> mettre par écrit, le plus souvent je
-jette ma plume au loin, parce que je ne suis pas en état d’écrire comme
-je sens. Je me souviens de toute l’affection que tu m’as toujours
-montrée, par exemple quand tu as fait blanchir ma chambre, et que tu
-m’as si agréablement surpris. Aussi de la famille Breuning. Qu’on se
-soit séparé les uns des autres, c’était dans le cours naturel des
-choses: chacun devait poursuivre le but qu’il s’était désigné, et
-chercher à l’atteindre; seuls les principes éternellement inébranlables
-du bien nous ont retenus toujours fermement unis ensemble.
-Malheureusement, je ne puis pas t’écrire aujourd’hui autant que je
-voudrais, parce que je suis alité....</p>
-
-<p>J’ai toujours la silhouette de ta Lorchen; (je te le dis) pour que tu
-voies comme tout ce qu’il y a eu de bon et de cher dans ma jeunesse
-m’est toujours précieux.</p>
-
-<p>... On dit chez moi: <i>Nulla dies sine linea</i>, et je laisse pourtant la
-muse dormir; mais c’est<span class="pagenum"><a name="page_125" id="page_125">{125}</a></span> pour qu’elle se réveille plus forte ensuite.
-J’espère encore mettre au monde quelques grandes œuvres; et puis, comme
-un vieil enfant, je terminerai ma carrière terrestre parmi les braves
-gens<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a>.</p>
-
-<p>... Parmi les marques d’honneur que j’ai reçues, et qui, je le sais, te
-feront plaisir, je t’annonce que j’ai reçu du roi de France défunt une
-médaille, avec l’inscription: <i>Donnée par le Roi à monsieur Beethoven</i>;
-elle était accompagnée d’un écrit très obligeant du <i>premier gentilhomme
-du Roi Duc de Châtres</i><a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>.</p>
-
-<p>Mon ami bien cher, contente-toi de ceci pour aujourd’hui. Le souvenir du
-passé me saisit, et ce n’est pas sans d’abondantes larmes que je
-t’envoie cette lettre. Ceci n’est qu’un commencement; bientôt tu
-recevras une nouvelle lettre; et plus tu m’écriras, plus tu me feras
-plaisir. Cela n’a pas besoin de se demander,<span class="pagenum"><a name="page_126" id="page_126">{126}</a></span> quand on est amis comme
-nous le sommes. Adieu. Je te prie d’embrasser tendrement en mon nom ta
-chère Lorchen et tes enfants, et de penser à moi. Dieu soit avec vous
-tous!</p>
-
-<p>Comme toujours ton fidèle vrai ami qui t’estime,</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Beethoven</span>.<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_127" id="page_127">{127}</a></span></p>
-
-<p class="c">A WEGELER</p>
-
-<p class="r">
-Vienne, 17 février 1827.<br />
-</p>
-
-<p class="indd"><br />
-Mon vieux et digne ami!<br />
-</p>
-
-<p>J’ai reçu heureusement de Breuning ta seconde lettre. Je suis encore
-trop faible pour y répondre; mais tu peux penser que tout ce que tu dis
-m’est bienvenu, et que je le désire. Pour ma convalescence, si je peux
-la nommer ainsi, cela va bien lentement encore; il est à présumer qu’il
-faut s’attendre à une quatrième opération, bien que les médecins n’en
-disent rien. Je prends patience et je pense: tout mal apporte avec lui
-quelque bien.... Combien de<span class="pagenum"><a name="page_128" id="page_128">{128}</a></span> choses je voudrais te dire encore
-aujourd’hui! Mais je suis trop faible: je ne puis plus rien que
-t’embrasser dans mon cœur, toi et ta Lorchen. Avec vraie amitié et
-attachement à toi et aux tiens,</p>
-
-<p>Ton vieux fidèle ami,</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">Beethoven</span>.<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_129" id="page_129">{129}</a></span></p>
-
-<h3>A MOSCHELES</h3>
-
-<p class="r">
-Vienne, 14 mars 1827.<br />
-</p>
-
-<p class="indd"><br />
-Mon cher Moscheles!<br />
-</p>
-
-<p>... Le 27 février, j’ai été opéré pour la quatrième fois; et maintenant
-se montrent de nouveau des indices certains que je dois bientôt
-m’attendre à une cinquième opération. Où tout cela aboutira-t-il, et
-qu’arrivera-t-il de moi, si cela dure encore quelque temps?&mdash;Vraiment
-c’est un dur lot que le mien. Mais je me remets en la volonté du destin,
-et je prie Dieu seulement qu’il veuille bien décider, dans sa divine
-volonté, qu’aussi longtemps que je dois<span class="pagenum"><a name="page_130" id="page_130">{130}</a></span> souffrir la mort en vie, je
-sois à l’abri du besoin<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>. Cela me donnera la force de supporter mon
-lot, si dur et si terrible qu’il puisse être, avec résignation à la
-volonté du Très-Haut.</p>
-
-<p>...Votre ami,</p>
-
-<p class="r">
-<span class="smcap">L. v. Beethoven</span>.<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_131" id="page_131">{131}</a></span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_132" id="page_132">{132}</a></span>&#160; </p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_133" id="page_133">{133}</a></span>&#160; </p>
-
-<h2><a name="PENSEES_DE_BEETHOVEN" id="PENSEES_DE_BEETHOVEN"></a>PENSÉES DE BEETHOVEN</h2>
-
-<h3>SUR LA MUSIQUE</h3>
-
-<p><i>Il n’y a pas de règle qu’on ne peut blesser à cause de</i> <span class="smcap">Schöner</span>. («Plus
-beau<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a>».)</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>La musique doit faire jaillir le feu de l’esprit des hommes.</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute
-philosophie... Qui pénètre le sens de ma musique doit s’affranchir de
-toute la misère que traînent après eux les autres hommes.</p>
-
-<p class="r">
-(à <span class="smcap">Bettina</span>, 1810.)<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_134" id="page_134">{134}</a></span></p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Il n’y a rien de plus beau que de s’approcher de la divinité, et d’en
-répandre les rayons sur la race humaine.</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Pourquoi j’écris?&mdash;Ce que j’ai dans le cœur, il faut que cela sorte; et
-c’est pour cela que j’écris.</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Croyez-vous que je pense à un sacré violon, quand l’Esprit me parle, et
-que j’écris ce qu’il me dicte?</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Schuppanzigh</span>.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>D’après ma façon habituelle de composer,<span class="pagenum"><a name="page_135" id="page_135">{135}</a></span> même pour la musique
-instrumentale, j’ai toujours l’ensemble devant les yeux.</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Treitschke</span>.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Ecrire sans piano est nécessaire... Peu à peu naît la faculté de se
-représenter ce que nous désirons et sentons, qui est un besoin si
-essentiel aux nobles êtres.</p>
-
-<p class="r">
-(A l’archiduc <span class="smcap">Rodolphe</span>.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Décrire appartient à la peinture. La poésie peut aussi, en cela,
-s’estimer heureuse, en comparaison de la musique; son domaine n’est pas
-aussi limité que le mien; mais, en revanche, le mien s’étend plus loin
-dans d’autres régions; et l’on ne peut pas atteindre si facilement mon
-empire.</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Wilhelm Gerhard</span>.)<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_136" id="page_136">{136}</a></span></p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>La liberté et le progrès sont le but dans l’art, comme dans la vie tout
-entière. Si nous ne sommes pas aussi solides que les maîtres anciens, le
-raffinement de la civilisation a du moins élargi bien des choses.</p>
-
-<p class="r">
-(A l’archiduc <span class="smcap">Rodolphe</span>.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Je n’ai pas l’habitude de retoucher mes compositions (une fois
-terminées). Je ne l’ai jamais fait, pénétré de cette vérité, que tout
-changement partiel altère le caractère de la composition.</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Thomson</span>.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>La pure musique d’église devrait être exécutée seulement par les voix, à
-part le <i>Gloria</i>, ou<span class="pagenum"><a name="page_137" id="page_137">{137}</a></span> tel autre texte de ce genre. C’est pourquoi je
-préfère Palestrina; mais c’est une absurdité de l’imiter, sans posséder
-son esprit, ni ses conceptions religieuses.</p>
-
-<p class="r">
-(A l’organiste <span class="smcap">Freudenberg</span>.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Quand votre élève a, au piano, le doigté convenable, la mesure juste, et
-qu’il joue les notes assez exactement, attachez-vous seulement au style,
-ne l’arrêtez pas à de petites fautes, ne les lui faites remarquer qu’à
-la fin du morceau.&mdash;Cette méthode forme des <i>musiciens</i>, ce qui, après
-tout, est un des premiers buts de l’art musical.... Pour les passages
-(de virtuosité), faites-lui employer tour à tour tous les doigts....
-Sans doute, en employant moins de doigts, on obtient un jeu «perlé»,
-comme on dit, ou «comme une<span class="pagenum"><a name="page_138" id="page_138">{138}</a></span> perle»; mais on aime mieux parfois d’autres
-bijoux<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a>.</p>
-
-<p>(A <span class="smcap">Czerny</span>.)</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Parmi les anciens maîtres, seuls Haendel l’Allemand et Sébastien Bach
-eurent du génie.</p>
-
-<p class="r">
-(A l’archiduc <span class="smcap">Rodolphe</span>, 1819.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Mon cœur bat tout entier pour le haut et grand art de Sébastien Bach, ce
-patriarche de l’harmonie (<i>dieses Urvaters der Harmonie</i>).</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Hofmeister</span>, 1801.)<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_139" id="page_139">{139}</a></span></p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>En tout temps, j’ai été des plus grands admirateurs de Mozart, et je le
-resterai jusqu’à mon dernier souffle.</p>
-
-<p class="r">
-(A l’abbé <span class="smcap">Stadler</span>, 1826.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>J’estime vos œuvres au-dessus de toutes les autres œuvres de théâtre. Je
-suis dans le ravissement, chaque fois que j’entends une nouvelle œuvre
-de vous, et j’y prends un intérêt plus grand qu’aux miennes propres:
-bref, je vous estime et je vous aime.... <i>Vous resterez tousjours celui
-de mes contemporains, que je l’estime le plus. Si vous mes voulez faire
-un estrême plaisir, c’étoit, si Vous m’écrivez quelques lignes, ce que
-me soulagera bien. L’art unit tout le monde</i>, combien plus les vrais
-artistes;<span class="pagenum"><a name="page_140" id="page_140">{140}</a></span> <i>et peut-être Vous me dignez aussi</i> de me compter de ce
-nombre<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>.</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Cherubini</span>, 1823.)<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_141" id="page_141">{141}</a></span></p>
-
-<h3>SUR LA CRITIQUE</h3>
-
-<p>En ce qui me concerne comme artiste, on n’a jamais entendu dire que
-j’aie fait la moindre attention à tout ce qu’on a pu écrire sur moi.</p>
-
-<p class="r">
-(A <span class="smcap">Schott</span>, 1825.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Je pense comme Voltaire «que quelques piqûres de mouches ne peuvent
-retenir un cheval dans sa course ardente».</p>
-
-<p class="r">
-(1826.)<br />
-</p>
-
-<p class="astt">*<br />* *</p>
-
-<p>Quant à ces imbéciles, il n’y a qu’à les<span class="pagenum"><a name="page_142" id="page_142">{142}</a></span> laisser causer. Leur bavardage
-ne rendra certainement personne immortel, pas plus qu’il n’enlèvera
-l’immortalité à aucun de ceux à qui Apollon l’a destinée.</p>
-
-<p class="r">
-(1801.)<br />
-<span class="pagenum"><a name="page_143" id="page_143">{143}</a></span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_144" id="page_144">{144}</a></span>&#160; </p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_145" id="page_145">{145}</a></span>&#160; </p>
-
-<h2><a name="BIBLIOGRAPHIE" id="BIBLIOGRAPHIE"></a>BIBLIOGRAPHIE</h2>
-
-<p>Si l’on désire mieux connaître Beethoven, on pourra recourir aux
-ouvrages et documents principaux, dont voici une liste sommaire:</p>
-
-<h3>I.&mdash;POUR LES LETTRES DE BEETHOVEN</h3>
-
-<p><span class="smcap">Ludwig Nohl.</span>&mdash;<i>Briefe Beethovens</i>. 1865, Stuttgart.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Ludwig Nohl.</span>&mdash;<i>Neue Briefe Beethovens.</i> 1867, Stuttgart.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Ludwig Ritter von Koechel.</span>&mdash;<i>83<span class="pagenum"><a name="page_146" id="page_146">{146}</a></span> Original-Briefe L. V. B. an den
-Erzherzog Rudolph.</i> 1865, Vienne.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Alfred Schoene.</span>&mdash;<i>Briefe von Beethoven an Marie Graefin Erdoedy, geb.
-Graefin Niszky und Mag. Brauchle.</i> 1866, Leipzig.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Theodor von Frimmel.</span>&mdash;<i>Neue Beethoveniana.</i> 1886.</p>
-
-<p><i>Katalog der mit der Beethoven-Feier zu Bonn, an 11-15 mai 1890
-verbundenen Ausstellung von Handschriften, Briefen, Bildnissen,
-Reliquien Ludwig van Beethoven’s.</i> 1890, Bonn.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">La Mara.</span>&mdash;<i>Musikerbriefe aus fünf Jahrhunderten.</i> 1892, Leipzig.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>Dʳ A. <span class="smcap">Christian Kalischer</span>.&mdash;<i>Neue Beethoven-Briefe.</i> 1902, Berlin et
-Leipzig.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>Dʳ A. <span class="smcap">Chr. Kalischer</span>.&mdash;<i>Beethoven’s Sämmtliche Briefe</i>, Kritische
-Ausgabe mit Erlaüterungen. 1906-1908, 5 vol. Leipzig et Berlin.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>Dʳ <span class="smcap">Fritz Prelinger</span>.&mdash;<i>Beethovens Sämmtliche Briefe und Aufzeichnungen.</i>
-1907, Vienne et Leipzig, 3 vol.</p>
-
-<p>Un choix des lettres de Beethoven a été publié, en traduction française,
-avec introduction et notes de Jean Chantavoine, 1904, Paris.<span class="pagenum"><a name="page_147" id="page_147">{147}</a></span></p>
-
-<h3>II.&mdash;POUR LA VIE DE BEETHOVEN</h3>
-
-<p><span class="smcap">Gottfried Fischer.</span>&mdash;<i>Manuscrit</i> (intéressant surtout pour l’enfance de
-Beethoven.&mdash;Fischer, mort à Bonn en 1864, était propriétaire de la
-maison, où vécurent deux générations de la famille Beethoven. Lui et sa
-sœur Cæcilia connurent intimement Beethoven enfant, et notèrent leurs
-souvenirs, qui sont précieux, à condition qu’on en use avec quelque
-critique.)&mdash;Le manuscrit est à la <i>Beethovenhaus</i> de Bonn. <span class="smcap">Deiters</span> (voir
-plus loin) en a publié des extraits.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>F.-G. <span class="smcap">Wegeler und Ferdinand Ries</span>.&mdash;<i>Biographische Notizen ueber Ludwig
-van Beethoven</i> (surtout précieux pour la première moitié de sa vie).
-1838, Coblentz. Traduction française 1862 (épuisé). Réimpression par Dʳ
-Kalischer 1905.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Ludwig Nohl.</span>&mdash;<i>Eine stille Liebe zu Beethoven.</i> 1857, Berlin.
-(Publication du journal de Mlle Fanny Giannatasio del Rio, qui connut et
-aima Beethoven, vers 1816.)<span class="pagenum"><a name="page_148" id="page_148">{148}</a></span></p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Anton Schindler.</span>&mdash;<i>Beethovens Biographie</i>, 1840. Traduction française
-1866 (épuisé) (pour la seconde moitié de sa vie).</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Anton Schindler.</span>&mdash;<i>Beethoven in Paris.</i> 1842, Münster.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Gerhard von Breuning.</span>&mdash;<i>Aus dem Schwarzspanierhause.</i> 1874. (La
-<i>Schwarzspanierhaus</i> est la maison de Vienne où Beethoven est mort. Elle
-a été détruite pendant l’hiver de 1903.)</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Moscheles.</span>&mdash;<i>The life of Beethoven.</i> 2 vol. 1841, Londres.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Alexander Wheelock Thayer</span> (traduit de l’anglais en allemand et continué
-par <span class="smcap">Hermann Deiters</span>, puis par <span class="smcap">Hugo Riemann</span>).&mdash;<i>Ludwig van Beethovens
-Leben.</i> 5 volumes, 1908.</p>
-
-<p>Commencé en 1866; interrompu par la mort de l’auteur, en 1897, à
-Trieste, où il était consul des États-Unis; l’ouvrage s’arrête à l’année
-1816.&mdash;Deiters entreprit de le terminer; mais il mourut, à son tour, en
-1907, avant d’avoir publié le second volume. M. H. Riemann acheva
-l’œuvre, avec les matériaux laissés par Deiters.&mdash;C’est de beaucoup
-l’œuvre la plus importante sur Beethoven.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Ludwig Nohl.</span>&mdash;<i>Beethovens Leben.</i> 1864-1877. 4 volumes.<span class="pagenum"><a name="page_149" id="page_149">{149}</a></span></p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Ludwig Nohl.</span>&mdash;<i>Beethoven nach den Schilderungen seiner Zeitgenossen.</i>
-Stuttgart.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>A.-B. <span class="smcap">Marx</span>.&mdash;<i>L. van Beethovens Leben und Schaffen.</i> 1863, 2 volumes. 5ᵉ
-édition, remaniée par G. Behncke, 1902, Berlin.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Victor Wilder.</span>&mdash;<i>Beethoven, sa vie et son œuvre.</i> 1883.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Mariam Tenger.</span>&mdash;<i>Beethovens unsterbliche Geliebte.</i> 1890.</p>
-
-<p>La valeur historique de ce livre a été quelquefois contestée. Mariam
-Tenger a été la confidente des dernières années de Thérèse. Il est
-vraisemblable que Thérèse, alors âgée, devait involontairement idéaliser
-ses souvenirs; mais le fond du récit paraît exact.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>A. <span class="smcap">Ehrhard</span>.&mdash;<i>Franz Grillparzer.</i> 1900.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Theodor von Frimmel.</span>&mdash;<i>Ludwig van Beethoven</i> (dans la collection des
-<i>Berühmte Musiker</i>). 1901. Berlin.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p><span class="smcap">Jean Chantavoine.</span>&mdash;<i>Beethoven</i>, 1907.</p>
-
-<p class="astt"> </p>
-
-<p>Dʳ <span class="smcap">Alfred Chr.-Kalischer</span>.&mdash;<i>Beethoven und seine Zeitgenossen. Beiträge
-zur Geschichte des Künstlers und Menschen.</i> 4 vol. 1910.</p>
-
-<p>Recueil de documents, du plus grand intérêt, sur tout le cercle d’amis
-et d’amies de Beethoven. Cette mine de renseignements renouvelle en
-partie la psychologie de Beethoven.<span class="pagenum"><a name="page_150" id="page_150">{150}</a></span></p>
-
-<h3>III.&mdash;POUR L’ŒUVRE DE BEETHOVEN</h3>
-
-<p><span class="smcap">Beethoven.</span>&mdash;<i>Œuvres complètes</i>, grande édition critique, Breitkopf und
-Haertel, Leipzig, 38 volumes.</p>
-
-<p>G. <span class="smcap">Nottebohm</span>.&mdash;<i>Thematisches Verzeichniss der im Druck erschienenen
-Werke von Ludwig van Beethoven</i>. 1868, Leipzig.</p>
-
-<p>A.-W. <span class="smcap">Thayer</span>.&mdash;<i>Chronologisches Verzeichniss der Werke v. B.</i> 1865,
-Berlin.</p>
-
-<p>G. <span class="smcap">Nottebohm</span>.&mdash;<i>Ein Skizzenbuch von Beethoven.</i> 1865.</p>
-
-<p><span class="smcap">Nottebohm.</span>&mdash;<i>Ein Skizzenbuch von B. aus dem Jahre 1803.</i> 1880.</p>
-
-<p><span class="smcap">Nottebohm.</span>&mdash;<i>Beethovens Studien</i>. 1873.</p>
-
-<p><span class="smcap">Nottebohm.</span>&mdash;<i>Beethoveniana.</i>&mdash;<i>Zweite Beethoveniana.</i> 1872-87.<span class="pagenum"><a name="page_151" id="page_151">{151}</a></span></p>
-
-<p><span class="smcap">George Grove.</span>&mdash;<i>Beethoven and his nine Symphonies.</i> 1896, Londres.</p>
-
-<p>J.-G. <span class="smcap">Prodhomme</span>.&mdash;<i>Les symphonies de Beethoven</i>, 1906.</p>
-
-<p><span class="smcap">Alfredo Colombani.</span>&mdash;<i>Le Nove Sinfonie di Beethoven.</i> 1897, Turin.</p>
-
-<p><span class="smcap">Ernst von Elterlein.</span>&mdash;<i>B. Claviersonaten.</i> 5ᵉ édition, 1895.</p>
-
-<p><span class="smcap">Willibald Nagel.</span>&mdash;<i>B. und seine Klaviersonaten</i>, 2 vol. 1903-1905.</p>
-
-<p><span class="smcap">Shedlock.</span>&mdash;<i>The pianoforte sonata.</i> 1900, Londres.</p>
-
-<p><span class="smcap">Ch. Czerny.</span>&mdash;<i>Pianoforte-Schule</i> (Quatrième partie, chapitres <small>II</small>, <small>III</small>).</p>
-
-<p><span class="smcap">Theodor Helm.</span>&mdash;<i>B. Streichquartette</i>, 1885.</p>
-
-<p><span class="smcap">H. de Curzon.</span>&mdash;<i>Les lieder et airs détachés de B.</i> 1906.</p>
-
-<p><span class="smcap">Otto Jahn.</span>&mdash;<i>Leonore</i>, Klavierauszug mit Text, nach der zweiten
-Bearbeitung, 1852.</p>
-
-<p>Dʳ <span class="smcap">Erich Prieger</span>.&mdash;<i>Fidelio</i>, Klavierauszug mit Text, nach der ersten
-Bearbeitung, 1906.<span class="pagenum"><a name="page_152" id="page_152">{152}</a></span></p>
-
-<p><span class="smcap">Wilhelm Weber.</span>&mdash;<i>B. Missa Solemnis.</i> 1897.</p>
-
-<p><span class="smcap">Prof.</span> Dʳ <span class="smcap">Richard Sternfeld</span>.&mdash;<i>Zur Einführung</i> in L. <i>v. B. Missa
-Solemnis</i>.</p>
-
-<p><span class="smcap">Ignaz von Seyfried.</span>&mdash;<i>L. V. B. Studien im Generalbass, Kontrapunkt, und
-in der Kompositions Lehre.</i> 1832.</p>
-
-<p><span class="smcap">W. de Lenz.</span>&mdash;<i>Beethoven et ses trois styles.</i> (Analyses des sonates de
-piano) (épuisé) 1854.</p>
-
-<p><span class="smcap">Oulibicheff.</span>&mdash;<i>Beethoven, ses critiques et ses glossateurs</i>, 1857.</p>
-
-<p><span class="smcap">Wasielewski.</span>&mdash;<i>Beethoven.</i> 2 vol. 1886, Berlin.</p>
-
-<p><span class="smcap">R. Schumann.</span>&mdash;<i>Écrits sur la musique et les musiciens</i>, première série,
-traduction H. de Curzon, 1894.</p>
-
-<p><span class="smcap">Richard Wagner.</span>&mdash;<i>Beethoven</i>, 1870, Leipzig.</p>
-
-<p><span class="smcap">Vincent d’Indy.</span>&mdash;<i>Beethoven</i>, 1911.</p>
-
-<div class="blockquot"><p>L’œuvre musical de <i>Friedrich Wilhelm Rust</i> (1739-1796), de Dessau,
-récemment retrouvé, grâce aux publications qu’un de ses petits-fils
-a faites de quelques-unes de ses sonates, est utile à connaître,
-pour qui veut étudier la formation du génie musical de Beethoven.
-Le plus jeune fils de Rust, Wilhelm-Carl, vécut à Vienne, de 1807 à
-1827, et fut en relations avec Beethoven. <i>Rust,
-Charles-Philippe-Emma<span class="pagenum"><a name="page_153" id="page_153">{153}</a></span>nuel Bach</i>, et les symphonistes de Mannheim
-ont été les vrais précurseurs de Beethoven.&mdash;Voir Hugo Riemann:
-<i>Beethoven und die Mannheimer</i> (<i>Die Musik</i>, 1907-8).</p>
-
-<p>Il y a aussi intérêt à connaître les <i>lieder</i> de <i>Neefe</i>
-(1748-1799), déjà tout beethovéniens, et nos musiciens de la
-Révolution, notamment Cherubini, dont le style, en certaines de ses
-compositions religieuses et dramatiques, a parfois servi de modèle
-à Beethoven.</p></div><p><span class="pagenum"><a name="page_154" id="page_154">{154}</a></span></p>
-
-<h3>IV.&mdash;PORTRAITS DE BEETHOVEN</h3>
-
-<div class="tpspc">
-<p>1789.&mdash;<i>Silhouette de Beethoven à dix-huit ans.</i> [Maison de Beethoven, à
-Bonn; reproduit dans la biographie de Frimmel, page 16.]</p>
-
-<p>1791-2.&mdash;<i>Miniature de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Gerhard von Kugelgen</span>. [Appartient
-à Georg Henschel, Londres; reproduit dans le <i>Musical Times</i> du 15
-décembre 92, page 8.]</p>
-
-<p>1801.&mdash;<i>Dessin de G. Stainhauser</i>, gravé par <span class="smcap">Johann Neidl</span>. [Reproduit
-dans Félix Clément: <i>Les Musiciens célèbres</i>, 1878, page 267;&mdash;Frimmel,
-page 28.]</p>
-
-<p>1802.&mdash;<i>Gravure de Scheffner</i>, d’après <span class="smcap">Stainhauser</span>. [Maison de
-Beethoven, à Bonn; reproduit dans <i>die Musik</i> du 15 mars 1902, page
-1145.]</p>
-
-<p>1802.&mdash;<i>Miniature de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Christian<span class="pagenum"><a name="page_155" id="page_155">{155}</a></span></span> <span class="smcap">Hornemann</span>. [Appartient à
-Mme de Breuning, à Vienne; reproduit dans Frimmel, page 31.]</p>
-
-<p>1805.&mdash;<i>Portrait de Beethoven</i>, par <span class="smcap">W.-J. Maehler</span>. [Appartient à Robert
-Heimler, Vienne; reproduit dans le <i>Musical Times</i>, page 7; Frimmel,
-page 34.]</p>
-
-<p>1808.&mdash;<i>Dessin de L.-F. Schnorr de Carolsfeld</i>, lithographié par <span class="smcap">J.
-Bauer</span>. [Maison de Beethoven, à Bonn.]</p>
-
-<p>1812.&mdash;<i>Masque de Beethoven</i>, moulé par <span class="smcap">Franz Klein</span>.</p>
-
-<p>1812.&mdash;<i>Buste de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Franz Klein</span>, d’après le masque.
-[Appartient au fabricant de pianos E. Streicher, à Vienne; reproduit
-dans Frimmel, page 46;&mdash;<i>Musical Times</i>, page 19.]</p>
-
-<p>1814.&mdash;<i>Dessin de L. Letronne</i>, gravé par <span class="smcap">Blasius Hoefel</span>. [Le plus beau
-portrait de Beethoven; la maison de Beethoven, à Bonn, possède
-l’exemplaire qu’il offrit à Wegeler; reproduit dans Frimmel, page
-51;&mdash;<i>Musical Times</i>, page 21.]</p>
-
-<p>1815.&mdash;<i>Dessin de L. Letronne</i>, gravé par Riedel. [Reproduit dans <i>die
-Musik</i>, page 1147.]</p>
-
-<p>1815.&mdash;<i>Deuxième portrait de Beethoven</i>, par<span class="pagenum"><a name="page_156" id="page_156">{156}</a></span> <span class="smcap">Maehler</span>. [Appartient à
-Ign. von Gleichenstein, Fribourg-en-Brisgau. Reproduction à la maison de
-Beethoven, à Bonn.]</p>
-
-<p>1815.&mdash;<i>Portrait de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Christian Heckel</span>. [Appartient à
-J.-F. Heckel, Mannheim; reproduction à la maison de Beethoven, à Bonn.]</p>
-
-<p>1818.&mdash;<i>Gravure d’après le dessin de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Aug. von Kloeber</span>.
-[Reproduit dans le <i>Musical Times</i>, page 25.]&mdash;Le dessin original de
-Klœber est dans la collection du Dʳ Erich Prieger, à Bonn.</p>
-
-<p>1819.&mdash;<i>Portrait de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Ferdinand Schimon</span>. [Maison de
-Beethoven, à Bonn; reproduit dans <i>die Musik</i>, page 1149;&mdash;Frimmel, page
-63;&mdash;<i>Musical Times</i>, page 29.]</p>
-
-<p>1819.&mdash;<i>Portrait de Beethoven</i>, par <span class="smcap">K.-Joseph Stieler</span>. [Appartient à
-Alex. Meyer Cohn, Berlin; reproduit dans Frimmel, page 71.]</p>
-
-<p>1821.&mdash;<i>Buste de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Anton Dietrich</span>. [Appartient à Léopold
-Schrœtter de Kristelli;] reproduction dans la maison de Beethoven, à
-Bonn.</p>
-
-<p>1824-6.&mdash;<i>Dessins-caricatures de Beethoven se promenant</i>, par <span class="smcap">J.-P.
-Lyser</span>. [Originaux à la <i>Gesell<span class="pagenum"><a name="page_157" id="page_157">{157}</a></span>schaft der Musikfreunde</i>, Vienne;
-reproduits dans Frimmel, page 67;&mdash;<i>Musical Times</i>, page 15.]</p>
-
-<p>1823.&mdash;<i>Dessins-caricatures de Beethoven se promenant</i>, par <span class="smcap">Jos. van
-Boehm</span>. [Reproduits dans Frimmel, page 70.]</p>
-
-<p>1823.&mdash;<i>Portrait de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Waldmueller</span>. [Appartient à Breitkopf
-et Hærtel, Leipzig; reproduit dans Frimmel, page 72.]</p>
-
-<p>1825-6.&mdash;<i>Dessin de Beethoven</i>, par <span class="smcap">Stefan Decker</span>. [Appartient à Georg
-Decker, Vienne; reproductions à la maison de Beethoven, à Bonn.]</p>
-
-<p>1826.&mdash;<i>Dessin de B.</i> par A. Dietrich, lithographié par <span class="smcap">Jos. Kriehuber</span>.
-[Reproduit dans Frimmel, page 73.]</p>
-
-<p>1826.&mdash;<i>Buste de Beethoven à l’antique</i>, par <span class="smcap">Schaller</span>. [Appartient à la
-Société philharmonique de Londres; copie à la maison de Beethoven, à
-Bonn; reproduit dans Frimmel, page 74, et dans le <i>Musical Times</i>.]</p>
-
-<p>1827.&mdash;<i>Esquisse de Beethoven sur son lit de mort</i>, par <span class="smcap">Jos. Danhauser</span>.
-[Appartient à A. Artaria, Vienne; reproduit dans l’<i>Allgemeine
-Musik-Zeitung</i>, du 19 avril 1901.]</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="page_158" id="page_158">{158}</a></span></p>
-
-<p>1827.&mdash;<i>Trois esquisses de Beethoven sur son lit de mort</i>, par
-<span class="smcap">Teltscher</span>. [Appartiennent au Dʳ Aug. Heymann; publiées par Frimmel;
-reproduites dans le <i>Courrier musical</i>, du 15 novembre 1909.]</p>
-
-<p>1827.&mdash;<i>Masque de Beethoven mort</i>, moulé par <span class="smcap">Danhauser</span>. [Maison de
-Beethoven, à Bonn.]</p>
-
-<p>De nombreux portraits de Beethoven ont été faits depuis sa mort. L’œuvre
-la plus remarquable qui lui ait été consacrée est le monument de Max
-Klinger (Vienne, 1902).<span class="pagenum"><a name="page_159" id="page_159">{159}</a></span></p>
-</div>
-
-<h2><a name="TABLE_DES_MATIERES" id="TABLE_DES_MATIERES"></a>TABLE DES MATIÈRES</h2>
-
-<table cellpadding="2">
-<tr><td class="pdd"><span class="smcap">Préface</span></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_v">v</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd"><span class="smcap"><a href="#BEETHOVEN">Beethoven</a></span></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_3">3</a></td></tr>
-
-<tr><th colspan="2"><a href="#TEXTES">LETTRES</a></th></tr>
-
-<tr><td class="pdd"><span class="smcap">Beethoven.</span>&mdash;<i>Testament d’Heiligenstadt</i> pour mes frères Carl et (Johann) Beethoven, <i>Heiligenstadt, le 6 octobre 1802</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_85">85</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Au pasteur Amenda, en Courlande, <i>probablement écrit en 1801</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_97">97</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Au docteur Franz Gerhard Wegeler, <i>Vienne, 29 juin</i> (<i>1801</i>)</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_102">102</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">A Wegeler, <i>Vienne, 16 novembre 1801</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_110">110</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Lettre de Wegeler et d’Éléonore von Breuning à Beethoven: </td><td></td></tr>
-<tr><td class="pdd">Lettre de Wegeler, <i>Coblentz, 28 décembre 1825</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_115">115</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Lettre d’Éléonore Wegeler, <i>Coblentz, 29 décembre 1825</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_119">119</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Beethoven à Wegeler, <i>Vienne, 7 octobre 1826</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_123">123</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">A Wegeler, <i>Vienne, 17 février 1827</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_127">127</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">A Moscheles, <i>Vienne, 14 mars 1827</i></td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_129">129</a></td></tr>
-
-<tr><th colspan="2"><a href="#PENSEES_DE_BEETHOVEN">PENSÉES</a></th></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Sur la musique</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_133">133</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Sur la critique</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_141">141</a></td></tr>
-
-<tr><th colspan="2"><a href="#BIBLIOGRAPHIE">BIBLIOGRAPHIE</a></th></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Pour les lettres de Beethoven</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_145">145</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Pour la vie de Beethoven</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_147">147</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Pour l’œuvre de Beethoven</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_150">150</a></td></tr>
-
-<tr><td class="pdd">Portraits de Beethoven</td><td class="rt" valign="bottom"><a href="#page_154">154</a></td></tr>
-</table>
-
-<p class="fint">811-14.&mdash;Coulommiers. Imp. <span class="smcap">Paul BRODARD</span>.&mdash;P7-14.</p>
-
-<div class="footnotes"><p class="cb">FOOTNOTES:</p>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> J. Russel (1822).&mdash;Charles Czerny, enfant, qui le vit en
-1801, avec une barbe de plusieurs jours et une crinière sauvage, vêtu
-d’un veston et d’un pantalon en poil de chèvre, crut rencontrer Robinson
-Crusoé.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Note du peintre Kloeber, qui fit son portrait vers 1818.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> «Ses beaux yeux parlants, dit le docteur W.-C. Müller,
-tantôt gracieux et tendres, tantôt égarés, menaçants et terribles»
-(1820).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Kloeber dit: «d’Ossian». Tous ces détails sont empruntés
-aux notes d’amis de Beethoven, ou de voyageurs qui le virent,&mdash;tels que
-Czerny, Moscheles, Kloeber, Daniel Amadeus Atterbohm, W.-C. Müller, J.
-Russel, Julius Benedict, Rochlitz, etc.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Le grand-père Ludwig, l’homme le plus remarquable de la
-famille, celui à qui Beethoven ressemblait le plus, était né à Anvers,
-et ne s’établit que vers sa vingtième année à Bonn, où il devint maître
-de chapelle du prince-électeur.&mdash;Il ne faut pas oublier ce fait, si l’on
-veut comprendre l’indépendance fougueuse de la nature de Beethoven, et
-tant de traits de son caractère qui ne sont pas proprement allemands.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Lettre au docteur Schade, à Augsbourg, 15 septembre 1787
-(Nohl, <i>Lettres de Beethoven</i>, II).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Il disait plus tard (en 1816): «C’est un pauvre homme,
-celui qui ne sait pas mourir! Quand je n’avais que quinze ans, je le
-savais déjà.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> Nous citons aux <i>textes</i> quelques-unes de ces lettres.
-</p><p>
-Beethoven trouva aussi un ami et un guide en l’excellent
-Christian-Gottlob Neefe, son maître, dont la noblesse morale n’eut pas
-moins d’influence sur lui que la largeur de son intelligence
-artistique.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> A Wegeler, 29 juin 1801 (Nohl, XIV).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Il y avait déjà fait un court voyage, au printemps de
-1787. Il vit alors Mozart, qui semble avoir fait peu attention à lui.
-</p><p>
-Haydn, dont il avait fait la connaissance à Bonn, en décembre 1790, lui
-donna quelques leçons. Beethoven prit aussi pour maîtres Albrechtsberger
-et Salieri. Le premier lui enseigna le contrepoint et la fugue; le
-second lui apprit à écrire pour la voix.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Il débutait à peine. Son premier concert à Vienne comme
-pianiste, eut lieu le 30 mars 1795.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> A Wegeler, 29 juin 1801 (Nohl, XIV).
-</p><p>
-«Aucun de mes amis ne doit manquer de rien, tant que j’ai quelque
-chose»,&mdash;écrit-il à Ries, vers 1801 (Nohl, XXIV).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Dans le <i>Testament</i> de 1802, Beethoven dit qu’il y a six
-ans que le mal a commencé,&mdash;soit, par conséquent, en 1796.&mdash;Remarquons
-en passant que, dans le catalogue de ses œuvres, l’op. 1 seul (trois
-trios) est antérieur à 1796. L’op. 2, les trois premières sonates pour
-piano, paraissent en mars 1796. On peut donc dire que l’œuvre entier de
-Beethoven est de Beethoven sourd.
-</p><p>
-Voir sur la surdité de Beethoven un article du Dʳ Klotz-Forest, dans la
-<i>Chronique médicale</i> du 15 mai 1905.&mdash;L’auteur de l’article croit que le
-mal eut sa source dans une affection générale héréditaire (peut-être
-dans la phtisie de la mère). Il diagnostique un catarrhe des trompes
-d’Eustache, en 1796, qui se transforma, vers 1799, en une otite moyenne
-aiguë. Mal soignée, elle passa à l’état d’otite catarrhale chronique,
-avec toutes ses conséquences. La surdité augmenta, sans jamais devenir
-complète. Beethoven percevait les bruits profonds, mieux que les sons
-élevés. Dans ses dernières années, il se servait, dit-on, d’une baguette
-de bois, dont une extrémité était placée dans la boîte de son piano, et
-l’autre entre ses dents. Il usait de ce moyen pour entendre, quand il
-composait.
-</p><p>
-(Voir sur la même question: C. G. Kunn: <i>Wiener medizinische
-Wochenschrift</i>, février-mars 1892;&mdash;Wilibald Nagel: <i>Die Musik</i>, mars
-1902;&mdash;Theodor von Frimmel: <i>Der Merker</i>, juillet 1912.)
-</p><p>
-On a conservé au musée Beethoven de Bonn les instruments acoustiques que
-fabriqua pour Beethoven, vers 1814, le mécanicien Maelzel.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> Nohl, <i>Lettres de Beethoven</i>, XIII.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Nohl, <i>Lettres de Beethoven</i>, XIV. (Voir les <i>textes</i>.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> A Wegeler, 16 novembre 1801 (Nohl, XVIII).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> Elle ne craignit pas, dans la suite, d’exploiter l’ancien
-amour de Beethoven, en faveur de son mari. Beethoven secourut
-Gallenberg. «Il était mon ennemi: c’était justement la raison pour que
-je lui fisse tout le bien possible», dit-il à Schindler, dans un de ses
-cahiers de conversation de 1821. Mais il l’en méprisa davantage.
-«Arrivée à Vienne, écrit-il en français, elle cherchait moi, pleurant,
-mais je la méprisais.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> 6 octobre 1802 (Nohl, XXVI). Voir aux <i>textes</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> «Recommandez à vos enfants la vertu; elle seule peut
-rendre heureux, non l’argent. Je parle par expérience. C’est elle qui
-m’a soutenu dans ma misère; c’est à elle que je dois, ainsi qu’à mon
-art, de n’avoir pas terminé ma vie par le suicide.» Et dans une autre
-lettre, du 2 mai 1810, à Wegeler: «Si je n’avais pas lu quelque part que
-l’homme ne doit pas se séparer volontairement de la vie, aussi longtemps
-qu’il peut encore accomplir une bonne action, depuis longtemps je ne
-serais plus&mdash;et sans doute par mon propre fait.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> A Wegeler (Nohl, XVIII).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> La miniature de Hornemann, qui est de 1802, montre
-Beethoven mis à la mode de l’époque, avec des favoris, les cheveux à la
-Titus, l’air fatal d’un héros byronien, mais cette tension de volonté
-napoléonienne, qui ne désarme jamais.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> On sait que la <i>Symphonie héroïque</i> fut écrite pour et sur
-Bonaparte, et que le premier manuscrit porte encore le titre:
-<i>Buonaparte</i>. Sur ces entrefaites, Beethoven apprit le couronnement de
-Napoléon. Il entra en fureur: «Ce n’est donc qu’un homme ordinaire!»
-cria-t-il; et dans son indignation, il déchira la dédicace, et écrivit
-ce titre vengeur et touchant à la fois: «<i>Symphonie héroïque... pour
-célébrer le souvenir d’un grand Homme.</i>» (<i>Sinfonia eroica... composta
-per festeggiare il sovvenire di un grand Uomo.</i>) Schindler raconte que
-dans la suite, il se départit un peu de son mépris pour Napoléon; il ne
-vit plus en lui qu’un malheureux digne de compassion, un Icare précipité
-du ciel. Quand il apprit la catastrophe de Sainte-Hélène, en 1821, il
-dit: «Il y a dix-sept ans que j’ai écrit la musique qui convient à ce
-triste événement.» Il se plaisait à reconnaître dans la <i>Marche funèbre</i>
-de sa symphonie un pressentiment de la fin tragique du conquérant.&mdash;Il
-est donc bien probable que la <i>Symphonie héroïque</i>, et surtout son
-premier morceau, était, dans la pensée de Beethoven, une sorte de
-portrait de Bonaparte, très différent du modèle, sans doute, mais tel
-qu’il l’imaginait, et tel qu’il l’eût voulu: le génie de la Révolution.
-Beethoven reprend d’ailleurs dans le finale de l’<i>Héroïque</i> une des
-phrases principales de la partition qu’il avait déjà écrite pour le
-héros révolutionnaire par excellence, le dieu de la Liberté: <i>Prométhée</i>
-(1801).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Robert de Keudell, ancien ambassadeur d’Allemagne à Rome:
-<i>Bismarck et sa famille</i>, 1901, traduction française de E.-B. Lang.
-</p><p>
-Robert de Keudell joua cette sonate à Bismarck, sur un mauvais piano, le
-30 octobre 1870, à Versailles. Bismarck disait de la dernière phrase de
-l’œuvre: «Ce sont les luttes et les sanglots de toute une vie.» Il
-préférait Beethoven à tout autre musicien, et, plus d’une fois, affirma:
-«Beethoven convient le mieux à mes nerfs.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> La maison de Beethoven était sise près des fortifications
-de Vienne, que Napoléon fit sauter après la prise de la ville. «Quelle
-vie sauvage, que de ruines autour de moi!&mdash;écrit Beethoven aux éditeurs
-Breitkopf et Haertel, le 26 juin 1809;&mdash;rien que tambours, trompettes,
-misères de toute sorte!»
-</p><p>
-Un portrait de Beethoven, à cette époque, nous a été laissé par un
-Français qui le vit à Vienne, en 1809: le baron de Trémont, auditeur au
-Conseil d’État. Il fait une description pittoresque du désordre qui
-régnait dans l’appartement de Beethoven. Ils causèrent ensemble de
-philosophie, de religion, de politique, «et surtout de Shakespeare, son
-idole». Beethoven était assez disposé à suivre Trémont à Paris, où il
-savait que le Conservatoire exécutait déjà ses symphonies, et où il
-avait des admirateurs enthousiastes.&mdash;(Voir, dans le <i>Mercure musical</i>
-du 1ᵉʳ mai 1906, <i>Une visite à Beethoven</i>, par le baron de Trémont;
-publié par J. Chantavoine.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> Ou plus exactement, Thérèse Brunsvik. Beethoven avait fait
-la connaissance des Brunsvik à Vienne, entre 1796 et 1799. Giulietta
-Guicciardi était la cousine de Thérèse. Beethoven semble s’être épris
-aussi, pendant un temps, d’une sœur de Thérèse, Joséphine, qui épousa le
-comte Deym, puis en secondes noces le baron Stackelberg.&mdash;On trouvera
-les détails les plus vivants sur la famille Brunsvik dans un article de
-M. André de Hevesy: <i>Beethoven et l’Immortelle Bien-aimée</i> (<i>Revue de
-Paris</i>, 1ᵉʳ et 15 mars 1910). M. de Hevesy a utilisé, pour cette étude,
-les Mémoires manuscrits et les papiers de Thérèse, conservés à
-Mártonvásár, en Hongrie. Tout en montrant l’intimité affectueuse de
-Beethoven avec les Brunsvik, il remet en question son amour pour
-Thérèse. Mais ses arguments ne semblent pas convaincants; et je me
-réserve de les discuter, quelque jour.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> Mariam Tenger: <i>Beethoven’s unsterbliche Geliebte</i>, Bonn,
-1890.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> C’est l’air admirable qui figure dans l’Album de la femme
-de J.-S. Bach, Anna Magdalena (1725), sous le titre: <i>Aria di
-Giovannini</i>. On a discuté son attribution à J.-S. Bach.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> Nohl, <i>Vie de Beethoven</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> Beethoven était myope, en effet. Ignaz von Seyfried dit
-que sa faiblesse de vue avait été causée par la petite vérole, et
-qu’elle l’obligeait, tout jeune, à porter des lunettes. La myopie devait
-contribuer au caractère égaré de ses yeux. Ses lettres de 1823-1824
-contiennent des plaintes fréquentes au sujet de ses yeux, qui le font
-souffrir.&mdash;Voir les articles de Christian Kalischer: <i>Beethovens Augens
-und Augenleiden</i> (<i>Die Musik</i>, 15 mars-1ᵉʳ avril 1902).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> La musique de scène pour l’<i>Egmont</i> de Gœthe fut commencée
-en 1809.&mdash;Beethoven eût voulu écrire aussi la musique de <i>Guillaume
-Tell</i>; mais on lui préféra Gyrowetz.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> Conversation avec Schindler.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a> Mais écrite, à ce qu’il semble, à Korompa, chez les
-Brunsvik.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a> Nohl, <i>Lettres de Beethoven</i>, XV.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a> Ce portrait se trouve encore aujourd’hui dans la maison de
-Beethoven, à Bonn. Il est reproduit dans la <i>Vie de Beethoven</i> par
-Frimmel, p. 29, et dans le <i>Musical Times</i> du 15 décembre 1892.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a> A Gleichenstein (Nohl, <i>Neue Briefe Beethovens</i>, XXXI).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a> «Le cœur est le levier de tout ce qu’il y a de grand.» (A
-Giannatasio del Rio.&mdash;Nohl, CLXXX.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a> «Les poésies de Gœthe me rendent heureux», écrit-il à
-Bettina Brentano, le 19 février 1811.
-</p><p>
-Et ailleurs:
-</p><p>
-«Gœthe et Schiller sont mes poètes préférés, avec Ossian et Homère, que
-je ne puis malheureusement lire que dans des traductions.» (A Breitkopf
-et Haertel, 8 août 1809.&mdash;Nohl, <i>Neue Briefe</i>, LIII.)
-</p><p>
-Il est à remarquer combien, malgré son éducation négligée, le goût
-littéraire de Beethoven était sûr. En dehors de Gœthe, dont il a dit
-qu’il lui semblait «grand, majestueux, toujours en <i>ré majeur</i>», et
-au-dessus de Gœthe, il aimait trois hommes: Homère, Plutarque et
-Shakespeare. D’Homère, il préférait l’<i>Odyssée</i>. Il lisait
-continuellement Shakespeare dans la traduction allemande, et l’on sait
-avec quelle grandeur tragique il a traduit en musique <i>Coriolan</i> et <i>la
-Tempête</i>. Quant à Plutarque, il s’en nourrissait, comme les hommes de la
-Révolution. Brutus était son héros, ainsi qu’il fut celui de Michel
-Ange; il avait sa statuette dans sa chambre. Il aimait Platon, et rêvait
-d’établir sa République dans le monde entier. «Socrate et Jésus ont été
-mes modèles», a-t-il dit quelque part. (Conversations de 1819-20.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a> A Bettina von Arnim (Nohl, XCI).&mdash;L’authenticité des
-lettres de Beethoven à Bettina, mise en doute par Schindler, Marx et
-Deiters, a été défendue par Moritz Carriere, Nohl et Kalischer. Bettina
-a dû les «embellir» un peu; mais le fond paraît exact.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a> «Beethoven, disait Gœthe à Zelter, est malheureusement une
-personnalité tout à fait indomptée; il n’a sans doute pas tort de
-trouver le monde détestable; mais ce n’est pas le moyen de le rendre
-agréable pour lui et pour les autres. Il faut l’excuser et le plaindre,
-car il est sourd.»&mdash;Il ne fit rien dans la suite contre Beethoven, mais
-il ne fit rien pour lui: silence complet sur son œuvre, et jusque sur
-son nom.&mdash;Au fond, il admirait, mais redoutait sa musique: elle le
-troublait; il craignait qu’elle ne lui fît perdre le calme de l’âme,
-qu’il avait conquis au prix de tant de peines.&mdash;Une lettre du jeune
-Félix Mendelssohn, qui passa par Weimar en 1830, fait pénétrer
-innocemment dans les profondeurs de cette âme trouble et passionnée
-(<i>leidenschaftlicher Sturm und Verworrenheit</i>, comme Gœthe disait
-lui-même), qu’une intelligence puissante maîtrisait.
-</p><p>
-«... D’abord, écrit Mendelssohn, il ne voulait pas entendre parler de
-Beethoven; mais il lui fallut en passer par là, et écouter le premier
-morceau de la <i>Symphonie en ut mineur</i>, qui le remua étrangement. Il
-n’en voulut rien laisser paraître, et se contenta de me dire: «Cela ne
-touche point, cela ne fait qu’étonner». Au bout d’un certain temps, il
-reprit: «C’est grandiose, insensé; on dirait que la maison va
-s’écrouler». Survint le dîner, pendant lequel il demeura tout pensif,
-jusqu’au moment où, retombant de nouveau sur Beethoven, il se mit à
-m’interroger, à m’examiner. Je vis bien que l’effet était produit....»
-</p><p>
-(Sur les rapports de Gœthe et de Beethoven, voir divers articles de
-Frimmel.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a> Lettre de Gœthe à Zelter, 2 septembre 1812.&mdash;Zelter à
-Gœthe, 14 septembre 1812: «<i>Auch ich bewundere ihn mit Schrecken.</i>» «Moi
-aussi, je l’admire avec effroi».&mdash;Zelter écrit en 1819 à Gœthe: «On dit
-qu’il est fou».</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a> C’est, en tout cas, un sujet auquel Beethoven a pensé: car
-nous le trouvons dans ses notes, et, particulièrement, dans ses projets
-d’une <i>Dixième Symphonie</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a> Contemporaine, et peut-être inspiratrice, parfois, de ces
-œuvres est son intimité très tendre avec la jeune cantatrice berlinoise
-Amalie Sebald, qu’il connut à Tœplitz, en 1811 et 1812.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a> Bien différent de lui en ceci, Schubert avait écrit en
-1807 une œuvre de circonstance, «en l’honneur de Napoléon le Grand», et
-en dirigea lui-même l’exécution devant l’Empereur.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a> «Je ne vous dis rien de nos monarques et de leurs
-monarchies», écrit-il à Kauka pendant le Congrès de Vienne. «Pour moi,
-l’empire de l’esprit est le plus cher de tous: c’est le premier de tous
-les royaumes temporels et spirituels.» (<i>Mir ist das geistige Reich das
-Liebste, und der Oberste aller geistlichen und weltlichen Monarchien.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a> «Vienne, n’est-ce point tout dire?&mdash;Toute trace du
-protestantisme allemand effacée; même l’accent national, perdu,
-italianisé. L’esprit allemand, les manières et les mœurs allemandes,
-expliquées par des manuels de provenance italienne et espagnole.... Le
-pays d’une histoire falsifiée, d’une science falsifiée, d’une religion
-falsifiée.... Un scepticisme frivole, qui devait ruiner et ensevelir
-l’amour de la vérité, et de l’honneur, et de l’indépendance!...»
-(Wagner, <i>Beethoven</i>, 1870.)
-</p><p>
-Grillparzer a écrit que c’était un malheur d’être né Autrichien. Les
-grands compositeurs allemands de la fin du <small>XIX</small>ᵉ siècle, qui ont vécu à
-Vienne, ont cruellement souffert de l’esprit de cette ville livrée au
-culte pharisien de Brahms. La vie de Bruckner y fut un long martyre.
-Hugo Wolf, qui se débattit furieusement, avant de succomber, a exprimé
-sur Vienne des jugements implacables.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a> Le roi Jérôme avait offert à Beethoven un traitement de
-six cents ducats d’or, sa vie durant, et une indemnité de voyage de cent
-cinquante ducats d’argent, contre l’unique engagement de jouer
-quelquefois devant lui, et de diriger ses concerts de musique de
-chambre, qui ne devaient être ni longs, ni fréquents. (Nohl, XLIX.)
-Beethoven fut tout près de partir.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a> Le <i>Tancrède</i> de Rossini suffit à ébranler tout l’édifice
-de la musique allemande. Bauernfeld, cité par Ehrhard, note dans son
-<i>Journal</i> ce jugement qui circulait dans les salons de Vienne, en 1816:
-«Mozart et Beethoven sont de vieux pédants; la bêtise de l’époque
-précédente les goûtait; c’est seulement depuis Rossini qu’on sait ce que
-c’est que la mélodie. <i>Fidelio</i> est une ordure; on ne comprend pas qu’on
-se donne la peine d’aller s’y ennuyer.»
-</p><p>
-Beethoven donna son dernier concert, comme pianiste, en 1814.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a> La même année, Beethoven perdit son frère Carl: «Il tenait
-beaucoup à la vie, autant que je perdrais volontiers la mienne»,
-écrivait-il à Antonia Brentano.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a> A part sa touchante amitié avec la comtesse Maria von
-Erdödy, toujours souffrante comme lui, atteinte d’un mal incurable, et
-qui perdit subitement en 1816 son fils unique. Beethoven lui dédia, en
-1809, ses deux trios, op. 70, et en 1815-1817, ses deux grandes sonates
-pour violoncelle, op. 102.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a> En dehors de la surdité, sa santé empirait de jour en
-jour. Depuis octobre 1816, il était très malade d’un catarrhe
-inflammatoire. Pendant l’été de 1817, son médecin lui dit que c’était
-une maladie de poitrine. Dans l’hiver 1817-1818, il se tourmenta de
-cette soi-disant phtisie. Puis ce furent des rhumatismes aigus en
-1820-1821, une jaunisse en 1821, une conjonctivite en 1823.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a> Remarquer que de cette année date, dans sa musique, un
-changement de style, inauguré par la sonate op. 101.
-</p><p>
-Les cahiers de conversation de Beethoven, formant plus de 11 000 pages
-manuscrites, se trouvent réunis aujourd’hui à la Bibliothèque royale de
-Berlin.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a> Schindler, qui devint l’intime de Beethoven, depuis 1819,
-était entré en relations avec lui dès 1814; mais Beethoven avait eu la
-plus grande peine à lui accorder son amitié; il le traitait d’abord avec
-une hauteur méprisante.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a> Voir les admirables pages de Wagner sur la surdité de
-Beethoven. (<i>Beethoven</i>, 1870.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a> Il aimait les bêtes et avait pitié d’elles. La mère de
-l’historien von Frimmel racontait qu’elle avait conservé longtemps une
-haine involontaire pour Beethoven, parce que, quand elle était petite
-fille, il chassait avec son mouchoir tous les papillons qu’elle voulait
-prendre.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a> Il se trouvait toujours mal logé. En trente-cinq ans, il
-changea trente fois d’appartement, à Vienne.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a> Beethoven s’était adressé personnellement à Cherubini, qui
-était «de ses contemporains celui qu’il estimait le plus». (Nohl,
-<i>Lettres de Beethoven</i>, CCL.) Cherubini ne répondit pas.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a> «Je ne me venge jamais, écrit-il ailleurs à Mme Streicher.
-Quand je suis obligé d’agir contre d’autres hommes, je ne fais que le
-strict nécessaire pour me défendre, ou pour les empêcher de faire le
-mal.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a> Nohl, CCCXLIII.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a> Nohl, CCCXIV.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60"><span class="label">[60]</span></a> Nohl, CCCLXX.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61"><span class="label">[61]</span></a> Nohl, CCCLXII-LXVII. Une lettre, que vient de retrouver à
-Berlin M. Kalischer, montre avec quelle passion Beethoven voulait faire
-de son neveu «un citoyen utile à l’État» (1ᵉʳ février 1819).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62"><span class="label">[62]</span></a> Schindler, qui le vit alors, dit qu’il devint, subitement,
-comme un vieillard de soixante-dix ans, brisé, sans force, sans volonté.
-Il serait mort, si Charles était mort.&mdash;Il mourut peu de mois après.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a> Le dilettantisme de notre temps n’a pas manqué de chercher
-à réhabiliter ce drôle. Cela ne peut surprendre.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a> Lettre de Fischenich à Charlotte Schiller (janvier 1793).
-L’ode de Schiller avait été écrite en 1785.&mdash;Le thème actuel apparaît en
-1808, dans la <i>Fantaisie pour piano, orchestre et chœur</i>, op. 80, et en
-1810, dans le <i>Lied</i>, sur des paroles de Gœthe: <i>Kleine Blumen, kleine
-Blætter</i>.&mdash;J’ai vu dans un cahier de notes de 1812, appartenant au Dʳ
-Erich Prieger, à Bonn, entre les esquisses de la <i>Septième Symphonie</i> et
-un projet d’<i>ouverture de Macbeth</i>, un essai d’adaptation des paroles de
-Schiller au thème qu’il utilisa plus tard dans l’ouverture op. 115
-(<i>Namensfeier</i>).&mdash;Quelques-uns des motifs instrumentaux de la <i>Neuvième
-Symphonie</i> se montrent avant 1815. Enfin, le thème définitif de la Joie
-est noté en 1822, ainsi que tous les autres airs de la Symphonie, sauf
-le <i>trio</i>, qui vient peu après, puis l’<i>andante moderato</i>, et enfin
-l’<i>adagio</i>, qui paraît le dernier.
-</p><p>
-Sur le poème de Schiller, et sur la fausse interprétation qu’on en a
-voulu donner, de notre temps, en substituant au mot <i>Freude</i> (Joie) le
-mot <i>Freiheit</i> (Liberté), voir un article de Charles Andler dans <i>Pages
-Libres</i> (8 juillet 1905).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a> Bibliothèque de Berlin.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a> <i>Also ganz so als ständen Worte darunter.</i> («Tout à fait
-comme s’il y avait des paroles dessous.»)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a> La <i>Messe en ré</i>, op. 123.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a> Beethoven, harassé par les tracas domestiques, la misère,
-les soucis de tout genre, n’écrivit en cinq ans, de 1816 à 1821, que
-trois œuvres pour piano (op. 101, 102, 106). Ses ennemis le disaient
-épuisé. Il se remit au travail en 1821.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a> Février 1824. Signèrent: prince C. Lichnowski, comte
-Maurice Lichnowski, comte Maurice de Fries, comte M. de Dietrichstein,
-comte F. de Palfy, comte Czernin, Ignace Edler de Mosel, Charles Czerny,
-abbé Stadler, A. Diabelli, Artaria et C., Steiner et C., A. Streicher,
-Zmeskall, Kiesewetter, etc.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a> «Mon caractère moral est reconnu publiquement»,&mdash;dit
-fièrement Beethoven à la municipalité de Vienne, le 1ᵉʳ février 1819,
-pour revendiquer son droit de tutelle sur son neveu. «Même des écrivains
-distingués, comme Weissenbach, ont jugé qu’il valait la peine de lui
-consacrer des écrits.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a> En août 1824, il était hanté de la crainte de mourir
-brusquement d’une attaque, «comme mon cher grand-père, avec qui j’ai
-tant de ressemblance», écrit-il, le 16 août 1824, au docteur Bach.
-</p><p>
-Il souffrait beaucoup de l’estomac. Il fut très mal pendant l’hiver de
-1824-1825. En mai 1825, il eut des crachements de sang, et des
-saignements de nez. Le 9 juin 1825, il écrit à son neveu: «Ma faiblesse
-touche souvent à l’extrême.... L’homme à la faux ne tardera pas à
-venir.»</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a> La <i>Neuvième Symphonie</i> fut exécutée pour la première
-fois, en Allemagne, à Francfort, le 1ᵉʳ avril 1825; à Londres, dès le 25
-mars 1825; à Paris, au Conservatoire, le 27 mars 1831. Mendelssohn, âgé
-de dix-sept ans, en donna une audition sur le piano, à la Jaegerhalle de
-Berlin, le 14 novembre 1826. Wagner, étudiant à Leipzig, la recopia tout
-entière de sa main; et, dans une lettre du 6 octobre 1830 à l’éditeur
-Schott, il lui offre une réduction de la symphonie, pour piano à deux
-mains. On peut dire que la <i>Neuvième Symphonie</i> décida de la vie de
-Wagner.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a> «Apollon et les Muses ne voudront pas me livrer déjà à la
-mort; car je leur dois tant encore! Il faut qu’avant mon départ pour les
-Champs-Élysées, je laisse après moi ce que l’Esprit m’inspire et me dit
-d’achever. Il me semble que j’ai à peine écrit quelques notes.» (Aux
-frères Schott, 17 septembre 1824.&mdash;Nohl, <i>Neue Briefe</i>, CCLXXII.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a> Beethoven écrit à Moscheles, le 18 mars 1827: «Une
-Symphonie entièrement esquissée est dans mon pupitre, avec une nouvelle
-ouverture.» Cette esquisse n’a jamais été retrouvée.&mdash;On lit seulement
-dans ses notes:
-</p><p>
-«Adagio cantique.&mdash;Chant religieux pour une symphonie dans les anciens
-modes (<i>Herr Gott dich loben wir.&mdash;Alleluja</i>), soit d’une façon
-indépendante, soit comme introduction à une fugue. Cette symphonie
-pourrait être caractérisée par l’entrée des voix, soit dans le <i>finale</i>,
-soit dès l’<i>adagio</i>. Les violons de l’orchestre, etc., décuplés pour les
-derniers mouvements. Faire entrer les voix une à une; ou répéter en
-quelque sorte l’<i>adagio</i>, dans les derniers mouvements. Pour texte de
-l’<i>adagio</i>, un mythe grec, [ou] un cantique ecclésiastique, dans
-l’<i>allegro</i>, fête à Bacchus.» (1818)
-</p><p>
-Comme on voit, la conclusion chorale était alors réservée pour la
-<i>Dixième</i> et non pour la <i>Neuvième Symphonie</i>.
-</p><p>
-Plus tard, il dit qu’il veut accomplir dans sa <i>Dixième Symphonie</i> «la
-réconciliation du monde moderne avec le monde antique, ce que Gœthe
-avait tenté dans son <i>Second Faust</i>».</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a> Le sujet est la légende d’un chevalier, qui est amoureux
-et captif d’une fée, et qui souffre de la nostalgie de la liberté. Il y
-a des analogies entre le poème et celui de <i>Tannhaeuser</i>. Beethoven y
-travailla de 1823 à 1826. (Voir A. Ehrhard, <i>Franz Grillparzer</i>, 1900.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a> Beethoven avait, depuis 1808, le dessein d’écrire la
-musique de <i>Faust</i>. (La première partie du <i>Faust</i> venait de paraître,
-sous le titre de Tragédie, en automne 1807.) C’était là son projet le
-plus cher. («<i>Was mir und der Kunst das Hœchste ist.</i>»)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a> «Le Sud de la France! c’est là! c’est là!» (<i>Südliches
-Frankreich, dahin! dahin!</i>) (carnet de la bibliothèque de Berlin).&mdash;«...
-Partir d’ici. A cette seule condition, tu pourras de nouveau t’élever
-dans les hautes régions de ton art.... Une symphonie, puis partir,
-partir, partir.... L’été, travailler pour le voyage.... Parcourir
-l’Italie, la Sicile avec quelque autre artiste.» (<i>Id.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a> En 1819, il faillit être poursuivi par la police, pour
-avoir dit trop haut «qu’après tout, le Christ n’était qu’un Juif
-crucifié». Il écrivait alors la <i>Messe en ré</i>. C’est assez dire la
-liberté de ses inspirations religieuses. (Voir, pour les opinions
-religieuses de Beethoven, Théodor von Frimmel: <i>Beethoven</i>, 3ᵉ éd.
-Verlag Harmonie; et <i>Beethoveniana</i>, éd. Georg Müller, vol. II, chap.
-Blöchinger.)&mdash;Non moins libre en politique, Beethoven attaquait
-hardiment les vices de son gouvernement. Il lui reprochait, entre autres
-choses: l’organisation de la justice, arbitraire et servile, entravée
-par une longue procédure;&mdash;les vexations policières;&mdash;la bureaucratie
-baroque et inerte, qui tuait toute initiative individuelle et paralysait
-l’action;&mdash;les privilèges d’une aristocratie dégénérée, tenace à
-s’arroger les plus hautes charges de l’État.&mdash;Ses sympathies politiques
-semblaient être alors pour l’Angleterre.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a> Le suicide de son neveu.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a> Voir sur <i>la Dernière maladie et la mort de Beethoven</i> un
-article du Dʳ Klotz-Forest, dans la <i>Chronique médicale</i> du 1ᵉʳ et du 15
-avril 1906.&mdash;On a des renseignements assez précis par les <i>Cahiers de
-conversation</i>, où sont inscrites les questions du docteur, et par le
-récit du docteur lui-même (Dʳ Wawruch), paru, sous le titre de:
-<i>Aerztlicher Rückblick auf L. V. B. letzte Lebenstage</i> dans la <i>Wiener
-Zeitschrift</i> en 1842 (daté du 20 mai 1827).
-</p><p>
-Il y eut deux phases dans la maladie: 1º des accidents pulmonaires, qui
-semblèrent arrêtés après six jours. «Le septième jour, il se sentit
-assez bien pour se lever, marcher, lire et écrire»;&mdash;2º des troubles
-digestifs, compliqués de troubles de circulation. «Le huitième jour, je
-le trouvai défait, le corps tout jaune. Un violent accès de diarrhée,
-compliquée de vomissements, avait failli le tuer dans la nuit.» A partir
-de ce moment, l’hydropisie se développa.
-</p><p>
-Cette rechute eut des causes morales, qui sont mal connues. «Une
-violente colère, une souffrance profonde, causée par l’ingratitude dont
-il avait souffert, et une injure imméritée, avaient occasionné cette
-explosion, dit le Dʳ Wawruch. Tremblant et frissonnant, il était courbé
-par la douleur qui déchirait ses entrailles.»
-</p><p>
-Résumant ces diverses observations, le Dʳ Klotz-Forest diagnostique,
-après une attaque de congestion pulmonaire, la cirrhose atrophique de
-Laënnec (maladie de foie), avec ascite, et œdème des membres inférieurs.
-Il croit que l’usage immodéré des boissons spiritueuses y contribua.
-C’était déjà l’avis du Dʳ Malfatti: «<i>Sedebat et bibebat</i>».</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a> Les Souvenirs du chanteur Ludwig Cramolini, qui viennent
-d’être publiés, racontent une émouvante visite à Beethoven, pendant sa
-dernière maladie, où Beethoven se montra d’une sérénité et d’une bonté
-touchantes. (Voir la <i>Frankfurter Zeitung</i> du 29 septembre 1907.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a> Les opérations eurent lieu le 20 décembre, le 8 janvier,
-le 2 février, et le 27 février.&mdash;Le pauvre homme, sur son lit de mort,
-était rongé par les punaises. (Lettre de Gerhard von Breuning.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a> Le jeune musicien Anselm Hüttenbrenner.
-</p><p>
-«Dieu soit loué!» écrit Breuning. «Remercions-le d’avoir mis fin à ce
-long et douloureux martyre.»
-</p><p>
-Tous les manuscrits, livres et meubles de Beethoven furent vendus aux
-enchères pour 1 575 florins. Le catalogue comprenait 252 numéros de
-manuscrits et de livres musicaux, qui ne dépassèrent pas la somme de 982
-florins 37 kreutzer. Les <i>Cahiers de conversation</i> et les <i>Tagebücher</i>
-furent vendus 1 florin 20 kreutzer.&mdash;Parmi ses livres, Beethoven
-possédait: Kant, <i>Naturgeschichte und Theorie des Himmels</i>;&mdash;Bode,
-<i>Anleitung zur Kenntnis des gestirnten Himmels</i>;&mdash;Thomas von Kempis,
-<i>Nachfolge Christi</i>.&mdash;La censure mit la main sur: Seume, <i>Spaziergang
-nach Syrakus</i>;&mdash;Kotzebue, <i>Ueber den Adel</i>;&mdash;Fessler, <i>Ansichten von
-Religion und Kirchentum</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a> «Je suis heureux toutes les fois que je surmonte quelque
-chose.» (Lettre à l’Immortelle Aimée.)&mdash;«Je voudrais vivre mille fois la
-vie.... Je ne suis pas fait pour une vie tranquille.» (A Wegeler, 16
-novembre 1801.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a> «Beethoven m’enseigna la science de la nature, et me
-dirigea dans cette étude comme dans celle de la musique. Ce n’étaient
-pas les lois de la nature, mais sa puissance élémentaire qui
-l’enchantait.» (Schindler.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a> «Oh! si belle est la vie; mais la mienne est pour toujours
-<i>empoisonnée</i>» (<i>vergiftet</i>). (Lettre du 2 mai 1810, à Wegeler.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a> Heiligenstadt est un faubourg de Vienne. Beethoven y était
-en séjour.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a> Le nom a été oublié sur le manuscrit.
-</p><p>
-<i>N. B.</i>&mdash;Les mots en italiques sont soulignés dans le texte.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a> Je voudrais, à propos de cette douloureuse plainte,
-exprimer une remarque, qui, je crois, n’a jamais été faite.&mdash;On sait
-qu’à la fin du second morceau de la <i>Symphonie pastorale</i>, l’orchestre
-fait entendre le chant du rossignol, du coucou, et de la caille; et on
-peut dire d’ailleurs que la Symphonie presque tout entière est tissée de
-chants et de murmures de la Nature. Les esthéticiens ont beaucoup
-disserté sur la question de savoir si l’on devait ou non approuver ces
-essais de musique imitative. Aucun n’a remarqué que Beethoven n’imitait
-rien, puisqu’il n’entendait rien: il recréait dans son esprit un monde
-qui était mort pour lui. C’est ce qui rend si touchante cette évocation
-des oiseaux. Le seul moyen qui lui restât de les entendre, était de les
-faire chanter en lui.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a> Probablement écrit en 1801.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a> Stephan von Breuning.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a> Zmeskall (?). Il était secrétaire aulique à Vienne, et
-resta dévoué à Beethoven.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a> Op. 18, numéro 1.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a> Nohl, dans son édition des <i>Lettres de Beethoven</i>, a
-supprimé les mots: <i>und den Schöpfer</i> (et le Créateur).</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a> Éléonore.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a> Il m’a semblé qu’il n’était pas sans intérêt de donner les
-deux lettres suivantes, qui font connaître ces excellentes gens, les
-plus fidèles amis de Beethoven. Aux amis, on juge l’homme.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a> On remarquera que les amis de ce temps, même quand ils
-s’aimaient le mieux, étaient d’une affection moins impatiente que la
-nôtre. Beethoven répond à Wegeler <i>dix mois</i> après sa lettre.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a> Beethoven ne se doutait pas qu’il écrivait alors sa
-dernière œuvre: le second <i>finale</i> de son quatuor op. 130. Il était chez
-son frère, à Gneixendorf, près de Krems, sur le Danube.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a> Duc de la Châtre.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a> Beethoven, près de manquer d’argent, s’était adressé à la
-Société philharmonique de Londres, et à Moscheles, alors en Angleterre,
-pour tâcher d’organiser un concert à son bénéfice. La Société eut la
-générosité de lui envoyer aussitôt cent livres sterling comme acompte.
-Il en fut ému jusqu’au fond du cœur. «C’était un spectacle déchirant,
-dit un ami, de le voir, au reçu de cette lettre, joignant les mains, et
-sanglotant de joie et de reconnaissance.» Dans l’émotion, la blessure de
-sa plaie se rouvrit. Il voulut encore dicter une lettre de remerciements
-aux «nobles Anglais, qui avaient pris part à son triste sort»; il leur
-promettait une œuvre: sa Dixième Symphonie, une Ouverture, tout ce
-qu’ils voudraient. «Jamais encore, disait-il, je n’ai entrepris une
-œuvre avec autant d’amour, que je le ferai pour celle-ci.» Cette lettre
-est du 18 mars. Le 26 il était mort.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a> En français dans le texte, sauf le dernier mot.</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a> «Le jeu de Beethoven, comme pianiste n’était pas correct,
-et sa manière de doigter était souvent fautive; la qualité du son était
-négligée. Mais qui pouvait songer à l’instrumentiste? On était absorbé
-par ses pensées, comme ses mains devaient les exprimer, de quelque
-manière que ce fût.» (Baron de Trémont, 1809.)</p></div>
-
-<div class="footnote"><p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a> Les mots soulignés, avec leur orthographe défectueuse,
-sont en français dans le texte.
-</p><p>
-Nous avons dit plus haut qu’à cette lettre Cherubini ne répondit
-jamais.</p></div>
-
-</div>
-<hr class="full" />
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VIE DE BEETHOVEN ***</div>
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-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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-</div>
-
-</div>
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