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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Félicité - Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore - -Author: Robert de Montesquiou-Fézensac - -Release Date: July 31, 2021 [eBook #65969] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Clarity, Hans Pieterse and the Online Distributed - Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was - produced from images generously made available by The Internet - Archive/Canadian Libraries) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ *** - - - - - Au lecteur. - - L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été - harmonisée, mais les erreurs clairement introduites par - le typographe ou à l’impression ont été corrigées, et à - quelques endroits la ponctuation a été corrigée. Les - corrections indiquées dans l’Errata ont été effectuées. - - Les notes de bas de page ont été renumérotées consécutivement - et placées à la fin de chaque section. Les notes en marge - sont placées avant le texte correspondant et marquées [note]. - Le texte imprimé en gras dans l'original est marqué =texte=. - - - - [Illustration: _Mme. Desbordes-Valmore._ - _A. Devéria del._] - - - - - COMTE ROBERT DE MONTESQUIOU-FEZENSAC - - _LES AUTELS PRIVILÉGIÉS_ - - FÉLICITÉ - - ÉTUDE SUR LA POËSIE - DE MARCELINE DESBORDES-VALMORE - SUIVIE D’UN ESSAI DE CLASSIFICATION - DE SES MOTIFS D’INSPIRATION - - _Avec un portrait de Madame VALMORE d’après DEVÉRIA_ - - [Logo de l'Éditeur] - - PARIS - A. LEMERRE, ÉDITEUR - 23, 31, passage Choiseul - - 1894 - - - - - Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur. - - - FÉLICITÉ - - _Dolorosa._ - - - Elle s’occupe aussi des choses de la terre - Car la feuille du lys est courbée en dehors. - - Victor HUGO. - - - - -AVANT-PROPOS - - Les gens en parleront, n’en doutez nullement, - -et - - bien fou du cerveau - Qui prétend contenter tout le monde et son père, - - -Les deux consolants conseils de La Fontaine ont répondu d’avance aux -objections que je relève, comme à toutes autres objections, au reste. - -Néanmoins, je veux m’efforcer de réfuter plus spécialement -quelques-unes d’entre elles. - - Essayons, toutefois, si par quelque manière, - Nous en viendrons à bout. - -J’ai tenté, en témoignage partiel d’une piété que j’espère attester -plus complètement aujourd’hui, comme en manière d’une rétrospective -compensation, dont plusieurs ont apprécié l’intention et goûté le -contraste, de donner bien moins à ma glose qu’à une muse, de son vivant -la plus infortunée, un auditoire élu de distinction intellectuelle et -de noble élégance. Les malicieux en ont voulu faire une manifestation -précieuse dans le fâcheux sens de ce mot, quand la présence de -beaucoup de bons esprits empêchait pourtant l’équivoque de _bel esprit_ -sous laquelle on n’eût pas été fâché de discréditer la réunion et de -gâter la chose. - -J’ai récité alors les deux premiers chapitres de l’étude qui suit, -plus la troisième partie du chapitre IV. Je marque aujourd’hui d’un -astérisque dans ces pages, où pas un mot n’a été changé, trois passages -dont les expressions faussement ou incomplètement citées ont été -relevées plaisamment, et je les livre à une critique plus attentive. - -Mais, ce qu’il y eut d’un peu déroutant, pour ma bonne foi, ce fut, en -même temps que le reproche d’une prononciation trop martelée,--sans -doute encore insuffisante,--la soi-disant _citation_ en _italiques_ et -_entre guillemets_, dans plusieurs compte-rendus, de locutions cocasses -telles que «_encélesté, lavabo de pensée! superlativement liliale. Il y -a une grande injustice à réparer, le mage a dit..._» dont mon texte n’a -jamais porté trace. - -Quant à la trop spirituelle accusation de songer à réhabiliter Loïsa -Puget, d’une part--à savoir de traiter une matière comiquement -rococo;--et ailleurs, d’avoir, par le choix d’un sujet, pourtant -toujours ouvert--et sur lequel naturellement tout le monde avait à m’en -remontrer--cherché à me parer de ce qui revenait à d’autres: il faut -pourtant qu’on opte entre ces deux griefs qui s’annihilent. - -Un mot pour chacun: - -Nul musicien de génie qui ait, que je sache, consacré la petite -metteuse en musique de tant de romances aux harmonies justement -moquées. Mais les rieurs qui attendent mon panégyrique de Loïsa Puget, -parce que j’ai célébré Marceline Valmore, savent-ils bien qu’il n’y a -guère de rehaut ni de grâce à ne point être touché par les accents de -Celle dont Michelet a écrit: «_Cette puissance d’orage qu'elle seule a -jamais eue sur moi._» - -Certes, j’ai voulu, moins révéler certaines parties de l’œuvre que -relever toute la figure, un peu brumeuse et oubliée, quoi qu’on en -puisse dire, entre les buissons de ses poësies enchevêtrées de lierres -et de lianes, de clématites et de chèvre-feuilles, de vignes vierges -et de viornes, ainsi qu’une Belle-au-bois-dormant du rêve attendant -le réveil de quelque songeur épris de son silence harmonieux, de son -souffle et de son soupir. - -Mais, ce que j’ai aussi souhaité, c’est de rafraîchir les fleurs et les -palmes d’illustres ex-votos spontanés, entrelacés autour du souvenir -de Marceline Desbordes-Valmore, par tant de mains généreuses; c’est -de faire revivre l’encre mystérieuse et sympathique des litanies de -la glorieuse admiration et de l’estime impérissable signées de noms -prestigieux ou sublimes. - -Une lecture entière de cet essai, pour ceux qui ont souci d’autre -chose que de chicanes taquines, renseignera sur ma tentative et sur son -dessein. J’ose espérer qu’ils ne seront pas reconnus vains, mais me -donneront droit d’inscrire mon nom au-dessous de nobles commentateurs, -dont le plus récent fut M. Verlaine, parmi ceux qui ont promené au -moins un fil et projeté une lueur entre les beautés emmêlées de touffus -bosquets, de bouquets diffus. - - R. M. F. - - _Versailles, - Janvier 1894._ - - - - -... _relisant à froid ces pages... Je pensais que cet enivrement -paraîtrait sans doute ridicule, présenté à des lecteurs distraits; -mais aussi, je songeai à ceux qui se pénètrent plus profondément des -émotions qui naissent d’une œuvre sérieuse, et il me sembla que je leur -devais un compte fidèle du travail que je venais de faire, et qu’il -fallait les faire remonter jusqu’à la source même des idées dont ils -avaient suivi le cours._ - -_C’est pour cela que, m’attendant bien à paraître extraordinaire, -j’ai voulu passer par dessus ce qu’il y a de puéril et d’exagéré dans -l’inspiration, aux yeux des gens froids._ - - _ALFRED DE VIGNY_ - - - - -A LA MÉMOIRE DE MA BELLE-SŒUR - -PAULINE DE SINETY - -COMTESSE GONTRAN DE MONTESQUIOU-FEZENSAC - - - Je redis vos vers, Marceline, - Harpe plaintive et cristalline, - Le cœur ému, les yeux en pleurs. - _Je les dédie à vous_, Pauline, - A vous, sa compagne en douleurs![1] - - R. M. F. - - - [1] Vers transposés de Brizeux.] - - - - -PROLOGUE - - -Je voudrais dire à mon tour, et, s’il se peut, plus synthétiquement -qu’il n’a été fait jusqu’ici, une poëtesse admirable, ensemble -merveilleuse et sublime, la Sapphô chrétienne, Marceline -Desbordes-Valmore. - -Pas un de nous en qui ces musicales syllabes, cristallines comme le -son d’un harmonica, ne résonnent familièrement. A tous, notre mémoire -d’enfant signe de ce nom - - Un tout petit enfant s’en allait à l’école... - -et tels autres menus poëmes appropriés, dont se désennuyait notre -étude, car - - Le maître est tout noir... - -Le doux nom estampille encore pour tous quelques romances où notre -adolescence s’égaya, et qui font sourire. Puis c’est tout. Peu se -doutent que le gentil nom est celui de la poëtesse admirable, ensemble -merveilleuse et sublime, la Sapphô chrétienne. Et c’est vraiment pour -quelques-uns seulement qu’il commence de se nimber du halo d’une -auréole qui est une aurore non qui se _révèle_, mais qui se _relève_. - - Sur la pierre des morts croît l’arbre de grandeur. - -Le sublime vers de Vigny, prélude pour celle dont la renommée, entre -toutes, a ceci d’étrange, qu’appréciée à sa vraie valeur par les plus -illustres de ses contemporains, Lamartine, Hugo, Vigny, Michelet, -Dumas, Sainte-Beuve qui se faisaient honneur de son amitié, traitée à -peu près dignement par la postérité banale qui consacre d’un nom de -rue, sa vraie gloire est, jusqu’à ce jour, fermée ainsi que fut son -âme, et pourtant, comme elle, toute pleine de ferveurs en puissance, de -clartés latentes, et de virtuelles vertus. - -Appliqué depuis déjà des ans à tenter d’en fomenter l’éclat, il m’eût -été douloureux de n’être pas des premiers de cette seconde période à -divulguer nettement la bonne nouvelle dont se sont déjà plus ou moins -brièvement et secrètement réjouis, après les maîtres dont je parlais -tout à l’heure, Gautier, Baudelaire, Banville, Barbey d’Aurevilly et -M. Verlaine. - -Pour cela, je suis venu à vous aujourd’hui, et vous demande de me -suivre à travers cet exquis calvaire, ce douloureux et délicieux -dédale, où les propres vers de Marceline, délicatement parfilés, nous -serviront de fil conducteur en même temps que de sympathique lien. - - - - - I - - - * - -On remet un jour à Hugo,--selon une anecdote plus ou moins -véridique--une lettre adressée _Au plus grand Poëte de France_. Il la -fait porter chez Lamartine, qui la retourne au premier.--«Nul ne saura -jamais, aurait ajouté Vigny, lequel des deux s’est décidé à l’ouvrir.» - -Que la suscription ait revêtu: _Au plus mystique_, c’était lui-même; au -plus _plastique_, Gautier; au plus _précordial_, VALMORE. - -Il y a dans une des pièces du poëte qui nous occupe, un vers, surtout -un verbe, très simple, dont je ne retrouve nulle part ailleurs -l’émouvante affixe et le significatif figuré: - - Beaux innocents morts à minuit - _Desserrez_ mon cœur qui me nuit. - -Le cœur serré n’est que trop connu: cette étrange étreinte intérieure -d’anxiété angoisseuse et froissante. Il s’agissait de _desserrer_ -cela, dénouer, délacer ce vêtement invisible et subcostal ✻ immatériel -et pourtant si réel, qui appuie et qui nuit. - -C’est la propre action des poësies de madame Valmore; de cette main -mystérieuse et incorporelle qui s’immisce à travers l’âme qu’elle -surprend et apaise, pour aller plus avant, _descendit ad inferos_, -desserrer le cœur qui nuit. - -Le seul mythe de Parsifal, la seule minute où le regard de la Sainte -Lance, miraculeusement assainit, retire de leur cauchemar d’angoisse -et palpitation d’arrachement la tête et le cœur d’Amfortas, le noble -prêtre qui a péché (et que Madame Valmore paraît avoir prévu dans ces -deux vers: - - Alors posant ma main où la douleur s’élance - Je ressentis au cœur comme un grand coup de lance!) - -peuvent équivaloir au réveil désenfiévré qui suit une pleine lecture -tardive de cette poësie. On passe la main sur son front, d’un geste -d’habitude, pour en chasser un nuage qui n’y est plus. On la porte à -son flanc pour assagir sa plaie, et, comme Sainte-Élisabeth, on ne -rencontre plus, sous son manteau, qu’un bouquet de roses... - - Quel doux ravissement se glisse entre mes larmes; - Quelle main me caresse et s’arrête à mon cœur? - -Alors, ainsi que le Pur-Simple, cœur desserré sous l’onde baptismale, on -murmure: «D’où vient que tout me semble si bel aujourd’hui?...»--C’est -qu’en ce jour quelqu’un a pâti pour toi. Car, seule, la passion peut -racheter la souffrance; et l’hostie blanche, la pure colombe a rougi, -pleuré, saigné. Car il y a vraiment d’un christ féminin dans cette -sainte femme - - Dont nul ange ici bas n’a vengé la douceur. - - - ✻ - -J’ai dit lecture tardive. Oui. Les éditions éparpillées et incomplètes -sinon interdirent, du moins entravèrent longtemps le _vol d’oiseau_ sur -cette œuvre. Les trois volumes de M. Lemerre permettent aujourd’hui[2] -de diviser tour à tour et recomposer une grande partie du faisceau -lumineux pour se délecter du détail ou se réjouir de l’ensemble. - -Il y avait encore cet inéluctable silence qui succède aux oraisons -funèbres, où se restreint presqu’intégralement encore le formulaire -de la poëtesse. Baudelaire, pourtant son plus subtil bien que bref -panégyriste, apparaît visiblement gêné par ce manque de cohésion dans -la gerbe des recueils. Nul doute que son bel article n’eût étendu ses -accents, élargi ses accords sous la révélation plus tard totalement -proférée; à l’effluve surtout de ce recueil posthume qui résume -l’essence du flacon, la quintessence de l’essence. - -Enfin, et de par la loi du _suranné_ qui n’est déjà plus le _démodé_, -et cependant pas l’ancien encore, mais bien la chrysalide à travers -laquelle l’un devient l’autre,--entre notre génération et celle -qui tenait encore à la contemporaine par le _de visu_, voltigeait -ce prestige fané d’époque, ce brin un peu risible de coiffure en -_couette_, par-dessus l’attitude _troubadouresque_ et _dessus de -pendule_, l’écho de «_ce petit côté secret qui rend populaire, ce -presque rien qui fait tache_[3]» et grâce auquel notre mémoire d’enfant -nous donnait la dame pour à peu près connue. Une résonnance de tous ces -pianos mentionnés par Sainte-Beuve, et sur lesquels s’est transposé et -_tapoté_ le plus chantant de la _lyre_ du poëte, tandis que le silence -en retient encore les traits les plus fulgurants et les plus suaves -soupirs. Une odeur de _Quel est ce gant rose--qui n’est pas le mien_, -invétérée en une récurrence, et longtemps empêchant de croire que s’y -pût loger la main dont s’étancheraient nos douleurs. - -Oui, ces _romances_ où des beautés sont souvent recélées, et dont, -ailleurs, l’inconscient comique aboutit à quelque chose de touchant -comme la demi-lyre de la gravure de Monziès, cet élément _Pauline -Duchambge_, ce bout d’écharpe envolée dont les biographes entortillent -le sujet trop complaisamment, n’ont plus qu’un intérêt parasite et -documentaire; et la prétentieuse brume en fond au feu de ce qu’elle -abrite et qui les habite; et le ruban de Desbordes-Valmore s’en ira -rejoindre le turban de Staël, les cornettes de Sévigné, les bandeaux de -Sand et les bandelettes de Sapphô, dans ce ✻ vestiaire des siècles où -les atours s’évanouissent, pour laisser s’épanouir, hors du temps, la -beauté nue. - - - [2] Depuis 1886. - - [3] Baudelaire. - - - ✻ ✻ - -Elle «_résout la sécheresse du cœur_», Michelet l’a dit, qui, seul, a -légué les formules vraiment caractéristiques de ce doux-amer génie. -Elles flottent par-dessus toutes autres paraphrases et surnagent ainsi -qu’une arche par un déluge, ou tout au moins comme le manuscrit de -Camoëns pouvait reluire au-dessus du flot. - -Les voici. C’est avec celle sur «_le don des larmes, ce don qui -perce la pierre_», trois autres encore: «_Le sublime est votre -nature._»--«_Mon cœur est plein d’elle. L’autre jour en voyant Orphée, -elle m’est revenue avec une force extraordinaire, et toute cette -puissance d’orage qu’elle seule a jamais eue sur moi._»--Enfin: «_Je -ne l’ai connue qu’âgée, mais plus émue que jamais; troublée de sa fin -prochaine, et, on aurait pu le dire, ivre de mort et d’amour!_» - -Ces quatre paroles constituent l’évangile de Madame Valmore. Quoi qu’on -puisse écrire d’elle désormais, ne saurait que graviter autour de cette -quadruple épigraphe succincte, synthétique, suggestive. - -Tous ceux qui abordent cette mémoire et en tirent du relief sans -lui pouvoir ajouter de lustre (car la seule donnée en illumine -l’interlocuteur de son approche d’arche sainte), brassent la légende en -quatre versets, sans paraître se douter du dessous qu’ils infligent, de -ce fait même, à leurs variations et à leurs trilles. - -Au reste, du contingent biographique où se recrutent à peu près -ordinairement ces appendices, devrait-on même user? La grille du -tombeau n’a-t-elle pas droit de suture immédiate au mur de la vie -privée? L’amalgame de la personne double de l’artiste et de l’être -représente un des plus déplorables postulats et l’une des plus -fâcheuses exigences du public sur le mage. Les parterres insuffisamment -renseignés et attentifs qui ne sauraient l’aller chercher là qu’il -réside uniquement, à savoir dans l’_Œuvre_, exigent néanmoins (et -d’autant plus!) de le toucher, sans l’atteindre, par la frange de son -manteau, et, mieux encore, par l’ouverture de ses plaies, où quelque -secret espoir de faire expier le mérite de l’_esprit prompt_, met en -quête d’une tare de _la chair faible_... - -Mais, pour nous autres, à vrai dire, qui avons démêlé, ressenti, goûté -tout le parfum dans l’extrait, toute la griserie dans la liqueur, peu -nous chalent des pétales froissés ou des baies flétries; plutôt nous -craindrions volontiers d’amoindrir notre extase par d’inopportuns -contrôles, de rétrospectifs examens sur une grappe tarie ou une fleur -séchée. - -Bien mieux, nous tiendrions de celui qu’importunent ces bravos adressés -au gosier de l’interprète plutôt qu’à la sonorité éparse de son chant, -et qui se recule et recueille au fond de la loge, craintif de voir -attribuer le charme qui l’enchaîne encore à quelque vieux visage de -ténor teint ou de cantatrice déteinte. - -Les métiers, d’où vers nous chatoient les joyeuses aunes des tissus -fleuris, ne sauraient se démonter qu’en bois et cordes. N’est-il pas -plus sage d’oublier canuts et tisserands pour voir courir des rinceaux -sur des fonds, revoir rêver des oiseaux entre leurs branchages brochés, -suivre revivre et s’iriser des iris sur de la soie? - - - ✻ ✻ ✻ - -C’est elle seule la douloureuse Félicité qu’il sied interroger sur -elle-même. A cette confession surtout, à cette autoconfrontation -vraiment nous aident les biographies. Sachons-en gré, rendons grâces. -Le plus clair de l’éloge de Sainte-Beuve ne consiste et réside-t-il pas -en ces extraits de lettres où reluisent tant de familières splendeurs? - -Le meilleur et le pire de ces aveux, le plus _sui generis_ du type, -le plus ✻ _artésiennement_ explicatif et révélateur de ce moi, c’est -bien cette profession de foi de son arcane poëtique: «_A vingt ans, des -peines profondes m’obligèrent de renoncer au chant_ PARCE QUE MA VOIX -ME FAISAIT PLEURER; mais la musique roulait dans ma tête malade, et une -mesure toujours égale arrangeait mes idées à l’insu de ma réflexion». - -Hélas! nul ne s’est encore trouvé, parmi les indiscrets, pour nous -révéler l’«homme d’un talent immense», le «fauteur de ces peines -profondes...» - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La vraie Valmore à édifier et déifier est une Valmore de vers, de -ses vers groupés à l’entour de son nom en la délicate élite et la -délicieuse prédilection d’une dédicace réversible. La citation est -ardue en ces textes. Nuls autant ne menacent de la rendre envahissante; -puisque le _il faudrait tout citer_ de cliché immémorial est ici la -vérité même. Telles pièces sont plus parfaites, plus délibérément -réussies, mais qu’on n’oserait guère déclarer plus que d’autres -adéquates à leur visée, mieux moulées sur nature. Fût-ce les trop -célèbres _romances_, plusieurs drôlement datées et démodées et pour -lesquelles l’indulgence tourne presque à du goût. «Dans Shakspeare, -j’admire tout comme une brute,» fait un dire célèbre de Victor Hugo. -Dans Valmore, faudrait-il varier, j’aime tout comme une âme; d’amant? -non, d’enfant. Et c’est à noter que toutes les gloses meilleures ou -pires exercées sur cette mémoire, en tirent la même fascination de -mise en présence de leur âme enfantine et juvénile, de leurs «jeunes -annales». - - Ah! qui n’a souhaité redevenir enfant? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Là de la vague enfance un regret qui sommeille - Dans les fleurs du passé vaguement se réveille; - Il reparaît vivant à nos yeux d’aujourd’hui! - On tend les bras, on pleure en passant devant lui.[4] - -Quels doigts au velouté de pistils, quelle âme à l’haleine de -calice--non de quelle Fille-Fleur, à la façon de Wagner, mais de quelle -Fleur-Flamme et Fleur-Femme s’approprieraient à ce précieux labeur? -Combien d’heures enchanteressement passées à parfiler brin à brin, -ligne par ligne, l’étoffe de cette poësie, pour en isoler les fils les -mieux aimés, les plus émus. Voilà de ces travaux auxquels il est plus -suave de penser que, risquer, sage. Et quel autre qu’un immatériel -Ariel oserait songer à parfaire un pastel avec du pollen récolté ou de -la poudre d’aile de papillon prélevée?--Et puis la grosse besogne des -heures nous réclame. Puissions-nous, une fois, nous abstraire assez -idéalement pour volatiliser ce sublimé, que, nul autre jour, notre âme -ne saurait se doser à l’état d’exquise transparence qu’exigent ce choix -impondérable, cet impalpable tri. - -Le moins massivement possible, une heure, nous tenterons d’offrir -une épreuve de cette mellification artiste. Mais il faudrait pour y -exceller ou même atteindre, toute la courte vie d’une géniale jeune -fille marquée à l’aube comme un fruit touché et dont résorberait -toute la sève immaturée d’un talent condamné, cette filiale tâche -de tendresse, sans rien des odieux _extraits_; plutôt une de ces -versicolores et vétilleuses couronnes que tresse un Breughel des plus -larges et menues flores doctement entremélangées autour d’un médaillon -de madone. - - Quelque chose de tendre y languissait; du lierre - Y tenait doucement la vierge prisonnière. - - - [4] Ailleurs: - - Oui partout où je marche une voix me rappelle, - Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur... - Voix qui trouble et se plaint de l’enfant infidèle - Dont le sort se fit triste en cherchant le bonheur. - - - - - II - - - * - -L’impression qui succède à celle que je viens de dire (à savoir notre -rachat par cette souffrance, notre rafraîchissement par cette brûlure, -notre apaisement par cette ardeur), c’est une impression d’immersion, -puis de submersion. Nous sommes noyés d’efflorescences et d’effluves, -de sourires, de soupirs et de souvenirs. C’est à cet assaut par une -tempête de feux et de pleurs qu’il faut sans doute attribuer l’air -d’incomplet et de vague même des meilleurs essais autour de cette -œuvre. Études sous forme d’articles, reprises avec ardeur, puis qu’on -dirait rebutées, et qui ont de la lutte des barques contre une mer -démontée, une phosphorescente mer faite de larmes et de flammes. - -Après bien des reprises, je vous livre la ruse dont j’usai pour essayer -de vaincre cette tempête, en enfermer dans mes outres les ouragans et -les caresses, les bises et les brises pour les y retrouver à loisir, -vous les distiller et vous les dire. Puisse, au nom de cet inestimable -bienfait, le subterfuge ne pas vous paraître puéril, si le service vous -est tant soit peu rendu. - -Au cours de mes promenades et mes rêveries entre les mystérieux -_bocages du sentiment_, de ces volumes, ainsi que les nomme -prestigieusement Baudelaire, il me sembla pourtant finir par en démêler -le méandre. Et ce ne fut pas sans exultation qu’en ayant tracé et -dressé le plan, je le vis subdivisé en autant de charmilles et de -chapelles qu’en avait taillées et ciselées notre poëtesse; et que j’en -fis et y fis tour à tour rentrer son multiforme génie ainsi qu’il -arriva à ce Protée du conte Oriental qui se réintégra en sa fiole. - -Mais si ce livre est bocage, il est aussi buisson ardent. Océan ou -forêt l’amour y brûle et roule - - L’amour, ce ciment des âmes - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Amour, divin rôdeur glissant entre les âmes - -suivant ses appellations mêmes. - -_Promise aux profondes amours_ selon son expression propre, l’œuvre de -Marceline Desbordes-Valmore est un _Univers d’Amour_. - - Il est doux d’être aimé, cette croyance intime - Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Ne vous étonnez pas en recevant la vie, - De tout ce qu’elle offrait, je n’ai vu que l’amour, - Mon cœur le respirait avec l’air et le jour... - -Amour, hâtons-nous de le dire, et que là est le neuf et le merveilleux, -d’autant plus passionné qu’il est plus pur. - -Chaque écrivain, nous dit en substance Madame Valmore dans une de -ses lettres, prodigue souvent à son insu un vocable qui, de par son -intensité et sa fréquence, révèle et trahit son auteur: «Madame Sand en -a un comme cela: _étreindre!_»--Le mot de Marceline, ne serait-il pas -_innocence_? - - J’ai soif de sommeil, d’innocence, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - N’entendra-t-elle plus mon passé d’innocence - Comme un oiseau sans fiel plaider avec son cœur? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Toi qui ris de nos cœurs prompts à se déchirer - Rends-nous notre innocence ou laisse-nous pleurer! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Beau fantôme de l’innocence - Vêtu de fleurs - - Innocence! Innocence! éternité rêvée - Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée? - Êtes-vous ma maison que je ne puis rouvrir? - Ma mère, est-ce la mort? Je voudrais bien mourir. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Inexplicable cœur, énigme de toi-même, - Tyran de ma raison, de la vertu que j’aime, - Ennemi du repos, amant de la douleur, - Que tu me fais de mal, inexplicable cœur! - -_Cœur du cœur_, l’expression qui lui est commune avec Shakspeare, et -qui la mène à l’amour de l’amour comme pour redoubler sa tendresse, -fournit ce vers à madame Valmore quand elle parle de son enfant: - - Oh! que vous me manquiez, jeune âme de mon âme! - -Donc _Amour sous forme sextuple: Amoureux, amical, filial et maternel, -charitable et divin_. Ajoutez _l’amour de la nature_, et _l’amour -prorogé au delà du trépas_, vous aurez les six divisions sous -lesquelles m’ont paru pouvoir se ranger toutes les phases de cette âme -incoërcible, les phrases de cette œuvre vagabonde. A savoir: AMOUR, -TENDRESSE-TRISTESSE, MATERNITÉ, FOI, NATURE, ÉTERNITÉ.[5] - - J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes. - -Entre toutes séductions, celle du regard fascinait Marceline. Ses -propres larmes et celles qu’elle consolait diamantaient sa vie. - -Le son de la voix la captivait aussi. - -Les _Yeux et les pleurs_ et _la Voix_ subdivisent donc naturellement -cette grande division de l’amoureux amour. - -TENDRESSE-TRISTESSE enferme _Prisons et Exils_, les deux misères -qui l’apitoyaient le plus éloquemment, et qu’elle a le mieux -pleurées.--_Ipsa_ contient ce qui semble le plus avoir trait à la -personne même de l’artiste. - -MATERNITÉ, c’est la mutuelle réversibilité de ce sentiment double, -ascendant et descendant au cours comme au décours de ses _jeunes -annales_: celles où elle joue le rôle de l’enfant; et d’autres où elle -porte elle-même la croix de la Mère Douloureuse. - -Nulle avant elle, nulle après elle, comme elle, n’aura dit et ne dira -cet incessant échange, ne fera frôler et gravir en ses deux sens -l’échelle de Jacob de l’amour successivement filial et maternel par les -ailes de tant d’expressions ingénieuses, caressantes et pures, pour -parler tour à tour de celle qu’elle nomme divinement - - Ma tige maternelle enlacée à ma vie! - -et de ceux qu’elle appelle non moins célestialement - - Un enfant! un enfant! O seule âme de l’âme! - Palme pure attachée au malheur d’être femme. - Éloquent défenseur de notre humilité - Fruit chaste et glorieux de la maternité. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - C’est notre âme en dehors en robe d’innocence. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - De la foi des époux sentinelle sans armes, - Visible battement de deux cœurs dans un cœur! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Image de Jésus qui se penche vers nous - Pour relever sa mère humble et née à genoux. - -Oui le bréviaire de l’amour filial est révolu. Nous la devons à Valmore -cette - - Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur. - -Il semble, entre ces autobiographies d’une enfance indéfiniment -évoquée, il semble que ce menu tableau lumineux de résurgence des -jours premiers dont on dit qu’il apparaît au noyé près de s’engloutir, -se découpe incessamment pour notre poëte toujours prêt à sombrer, et -charitablement l’isole des circonvolutions poignantes, le fascine et -tire hors de soi. C’est le magique miroir où la Belle revoyait le foyer -quitté du fond du royaume de la Bête. - - Parle-moi, je t’écoute, éloquent souvenir. - Qui ne s’est détourné d’un trompeur avenir - Pour chercher dans le fond de son âme attendrie, - Tes regrets, tes leçons, ta tristesse chérie? - Ce tableau vague et doux qui repose les yeux, - Qui nous rend l’innocence et le pardon des cieux. - -Ce vocabulaire, y peut-on ajouter? J’ose dire qu’on ne saurait -l’égaler. En tout cas, le surpasser, jamais. Centre de ce double -courant de passion entre ses propres enfants et cette mère dont -le souvenir, parmi cent apostrophes qui font sursauter, lui dicte -cette pièce: _Quand je pense à ma mère_, elle-même pieuse fille et -«pâle couveuse d’immobiles tourments,» ainsi qu’elle se qualifie, -elle polarise tous les rayons de la maternité et de la _filialité_, -passez-moi ce terme. - -Ces apostrophes, en voici: - - La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme, - Un baiser qui jamais ne dit non ni demain. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Quand elle m’avait dit: Vous êtes mon enfant! - Le ciel, c’était mon cœur à jour et triomphant. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Comme le rossignol qui meurt de mélodie - Souffle sur son enfant sa tendre maladie, - Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu, - Me raconta son âme et me souffla son Dieu. - -Enfin, ce passage qui rappelle et regrette les sépultures disposées -jadis au pourtour extérieur des églises: - - C’était beau d’enfermer dans une même enceinte - La poussière animée et la poussière éteinte. - C’était doux, dans les fleurs éparses au saint lieu, - _De respirer son père en visitant son Dieu_. - -Quant à l’éloquence de sa maternité propre, je ne crois pas qu’on ait -jamais parlé avec cette _nostalgie des entrailles_. - -Jugez-en plutôt. Récemment mère, elle se plaint de ne plus faire corps -avec son nouveau-né. - - J’aurais voulu voir Dieu pour te créer plus beau! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et j’allais au soleil couchant sécher mes pleurs - Pour te rendre suave et pur comme les fleurs. - -Et enfin, peut-être le vers d’imagination, de sensibilité et de -formule, le plus curieux de toute l’œuvre: - - _Car, si près que tu sois, l’air circule entre nous!_ - -FOI - - La foi, c’est l’haleine des anges, - C’est l’amour _sans flammes étranges_! - -C’est l’amour, toujours dévorant, mais transposé et sublimé, qui fait -trouver à la muse devenue ange pour l’absorption finale, la résorption -rédemptrice de sa terrestre passion contrainte dans le foyer de -la ferveur éternelle, des images comparables aux seules Dantesques -descriptions du paradis--mais avec moins de blancheur. - - Seigneur! Qui n’a cherché votre amour dans l’amour? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Comme un oiseau s’enfuit, je m’en vais dans l’espace - Chercher l’immense amour où mon cœur s’abreuva... - -et par les plus touchantes variantes de charité et de prière, de -croyances et de sentiments, atteindre, en même temps que Dieu même, les -plus fluides matérialisations de la pensée et du langage. - - Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère - Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu. - -NATURE, c’est l’amour--je dirais volontiers _atmosphérique_, tant le -poëte y fait entrer de parcelles vivantes et vibrantes du Cosmos--de -tout ce qui l’entoure, et tant son art spontané met de passion dans ses -paysages, comme tout à l’heure il mêlait et fondait de chaleur et de -lumière dans sa tendresse qui lui faisait s’écrier: - - C’était un jour de charité divine - Où, dans l’air bleu, l’éternité chemine. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _C’était partout comme un baiser de mère!_ - -Les deux aires de ce naturel amour sont l’_Amour des fleurs_. - - A quelque chère idole en tous temps asservie, - Je tombais à genoux pour adorer des fleurs, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Il semble que les fleurs alimentent ma vie._ - -Et l’_Amour de l’eau_, dont je ne crains pas de dire qu’il pourrait -bien être solidaire du goût de cette tendre femme pour les larmes, si -j’en crois ce mystérieux vers. - - Et dans les flots du moins _mes larmes se perdront_ - -et ces autres: - - Enfant, l’onde est molle et pure - _Mais elle a soif de nos pleurs_. - -que je rapproche de celui-ci, de Vigny: - - Penche sa tête pâle et pleure sur la mer! - -L’amour de l’eau déjà attribué à plusieurs poëtes par Victor Hugo, dans -ce joli distique: - - Georges Sand a la Gargilesse - Comme Horace avait l’Anio. - -L’eau où Marceline voit se réverbérer tous ses âges dans cette Scarpe -qui lui était, comme à Brizeux, son Ellé. L’eau où nous lirons avec -elle, et sous mille formes - - Son visage étoilé dans les cercles humides - Parsemant leurs clartés de sourires limpides... - -L’onde enfin d’où découle son _rythme_. - - _Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime_ - -auquel ne peut plus succéder que l’_amour du silence_, sa suprême -passion:[6] - - _Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!_ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - _Couvrez-moi de silence_... - -Ce silence qui nous mène à la dernière de ces divisions, si vous -le voulez, factices, mais, certes point arbitraires: _la mort_, -disons mieux: l’ÉTERNITÉ puisque c’est sous ce consolant aspect -qu’apparaissent à Madame Valmore tant de tombes qu’elle a mélodiquement -enguirlandées. - - Mais plusieurs sont absents, et leur nom sous des fleurs. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - On verra, par mes soins quelque feuille de lierre - De son étroit asyle embrasser le contour. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées. - Leur tranquille silence éveillait mes pensées, - Y cueillir une fleur me semblait un larcin. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - L’homme revient seul où son cœur le ramène. - Où les vieux tombeaux l’attirent pour pleurer. - -«_Abîme à franchir seule!_» cette définition en commun, cette fois, -avec Pascal, - - ..... porte ces mots à sa douleur brûlante: - Viens! ne crains pas la mort, on aime dans les cieux! - -et la mort qui couronne son œuvre de vie, comme elle couronne toute -vie, n’apparaît jamais hideuse à notre poëte, mais toujours fleurie -et touchante, puisqu’elle lui rouvre tous les paradis pleins de ses -anges envolés. Tous les êtres aimés, sans oublier l’_être aimé_, voire -à commencer par lui (selon une magnifique interpellation: _Croyance_); -«Albertine, âme en fleur!» et d’autres amies de jadis; et cette noble -_tige maternelle, enlacée_, cette fois à l’éternité, auprès de ces -enfants enfuis: - - Car vous aurez, un jour, une joie immortelle - Et vos petits enfants souriront dans vos bras. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Non, jamais rien de plus sereinement _détaché_, de plus véritablement -et vénérablement _sur le seuil_, et déjà presque _au-delà_, n’a su se -proférer pour nous parler de la mort, avec ce que j’appellerai une -pareille _liberté d’allures mortelles_; nous apprivoiser avec cette -«_cueilleuse d’âmes_» qui - - Ne les moissonne pas pour en tuer les flammes, - Mais pour les délivrer de leur lourd vêtement, - Comme on ôte le sable où dort le diamant. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Tous mes étonnements sont finis sur la terre - Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir - Pour atteindre à ces fruits protégés de mystère - Que la pudique mort a seule osé cueillir. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Béni soit Dieu puisqu’après la tourmente, - Réalisant nos rêves éperdus - Vient des humains l’infatigable amante - Pour démêler les fuseaux confondus. - Fidèle mort, si simple, si savante, - Si favorable au souffrant qui s’endort, - Me cherchez-vous, je suis votre servante: - Dans vos bras nus, l’âme est plus libre encor. - - - [5] Madame Valmore, dans son Recueil posthume (ou peut-être son - éditeur) a rangé elle-même ses poësies sous des appellations - similaires, mais sans beaucoup de suite. - - [6] Silence qu’elle ne veut même plus rompre par l’écriture: - «_n’écris pas!_» - - - - - - III - - - * - -Ainsi catégorisés les termes d’association de ces divers sujets -d’inspiration, il nous sera utile--et plus facile de grouper les -rythmes dont le poëte les revêtit. Jamais de poëme à forme fixe. Muse -bien trop débordante, déchaînée avec résignation mais tumultueuse et -torrentueuse--pour se ranger à si étroites digues, la muse à la fois -digne et familière qui ose risquer cette déclaration à la Vierge: - - Cet amour des amours qui m’isole en ce lieu, - Ce fut le vôtre; _eh bien: parlez-en donc à Dieu_. - -Je distingue une première sorte ou famille de pièces, divisées en -strophes, le plus souvent de quatre hexamètres (quelquefois plus; -rarement de distiques). Pièces d’ordinaire peu étendues, mais d’allure -large, sans doute les plus parfaites, presque en forme de menu poëme -à forme fixe pour soi, et pleines à leur manière de l’immortelle -vibration du - - Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine - -de Victor Hugo; sans le charme ou le discrédit que confèrent -à d’autres pièces, des passades de rythmes non suivis, de vers -irréguliers entrecoupés fortuitement, bizarrement, dithyrambiquement. - -A cette première famille ressortissent _La vie et la mort du ramier_, -_Renoncement_, _La couronne effeuillée_, etc., etc.; et de plus -longues, _Le mal du pays_, _Tristesse_, _Départ de Lyon_, etc.[7] -J’énumère les titres des principales pièces englobées par chacun de -ces groupements, dans une note dont la nomenclature n’offrirait point -ici d’intérêt, outre que l’auteur n’excelle point aux intitulés. Les -siens (loin de cet art du titre qui nous semble devoir être fait d’un -mot synthétique, jamais renouvelé au cours de la pièce qu’il désigne), -les siens, dis-je, sauf parfois quelque douce ingéniosité telle que -le _Soleil des morts_ pour la Lune--ne contiennent que l’appel ou le -rappel du sujet, sans dédaigner _Simple Histoire_ ni même _Merci mon -Dieu!_ La croix de ma mère--qui n’y est point--s’y fût-elle rencontrée, -qu’on en eût presque pu rapporter la vieille _trouvaille_ à cette loi -foi de Baudelaire: «Beauté du lieu commun.» Car n’est-ce pas du fait -de cette beauté trop prisée que le lieu commun est devenu tel; mais -qu’il porte en soi la force ou le charme de vaincre cette période de -profanation, et le voilà promu _lieu éternel_. - -La strophe large, abdiquant l’hexamètre, s’allège et se familiarise, -comme dans _l’Élégie à Pauline Duchambge_. Et c’est alors une autre -veine où la précieuse élégance des ÉMAUX ET CAMÉES, comme dans _Un -arc de triomphe_, s’allie au virtuose esprit des RUES ET DES BOIS -pour procréer un second groupe, dépendant du premier, qu’il égaie et -subtilise[8]. Un troisième naît du mélange de l’hexamètre et de vers -plus légers, toujours également disposés dans des strophes régulières. -C’est _Un billet de femme_, le _Soleil lointain_; mais cette forme sert -tout aussi souvent des poëmes de la seconde famille[9]. - -Joignez-y les pièces en hexamètres[10] non divisées en strophes (_Avant -toi_, _La Fleur d’eau_, _L’Augure_, etc.), et enfin celles où se -faufile, puis se glisse et s’irrue le vers irrégulier, quelquefois un -seul dans toute une longue pièce, comme dans _La Maison de ma Mère_, -_A mes Sœurs_, _Au Poëte prolétaire_, et ce sera (surtout de par ces -dernières, les plus nombreuses),[11] la famille complète des poëmes -plus ou moins descriptifs. - -Voici ce que, dans une étude précédente abandonnée, me suggéraient -ces entraînants _irréguliers_ employés par Madame Desbordes-Valmore, -avec, en une verve différente, un bonheur parfois égal à celui de La -Fontaine: «Un réseau de poëmes moins ordonnés, mais dont les beautés -partielles sont peut-être les plus _ad imaginem_ de cette âme. -Quand il est bien frappé un vers de cette _lyre_, suivant la banale -expression, cette fois ennoblie, est si intense qu’il se suffit à -lui-même, et, presque ne pourrait qu’être gêné par le voisinage d’un -aussi puissant. Il y aurait superfétation, étouffement, comme sur de -ces orangers replets et redondants qui ressemblent à de vastes boules -de senteurs, encombrés, presque incommodés qu’ils peuvent être à la -fois par plusieurs sortes et règnes de végétation et de poussée: -feuilles, fleurs, fruits nouveaux--et jusqu’à des fruits de deux ans -s’assurant plus de suavité et de saveur d’un second retour de sève! - -Cette clairière de poëmes moins touffus, plus aérés par l’étirement -_ad libitum_ de la pièce, parfois le vers libre intromis avec une -aisance qui, chez tout autre serait licence, mais ouvre là visiblement -comme une prise d’air pour une poitrine oppressée, c’est le vrai -champ d’évolution, la vraie aire de Valmore. Pas de dilettantisme -exquis comme de l’y voir et suivre volter, voler, virevolter, courir, -sourire, mourir... et se reprendre tout innocemment, inconsciemment, -inconsidérément, d’enrythmie native et d’ingéniosité ingénue, d’où ses -compositions héritent de ce galbe unique de complication naturelle et -de simplicité si précieuse. - -C’est là que sur la piste infailliblement originale jusqu’en la -banalité, et captivante même en la niaiserie, éclatent avec plus -de miracle, se détachent et s’isolent de ses prouesses consacrées -_inégalables_ par l’arbitre de ces tournois comme le scrutateur -accompli de tous les creusets d’esthétique théorique: j’ai nommé -Charles Baudelaire.» - -La deuxième famille est toute chantante: _ode_ ou _cantique_, -_berceuse_ ou _romance_. L’auteur y englobait modestement toute son -œuvre: «_Quelques chansons méritent-elles que l’on s’occupe de moi et -que l’on m’admette au livre de la science?_» - -L’_Ode_, c’est _Au soleil_, _Au Christ_, _Chant des Mères_, les -_Oiseaux_, etc. Le _Cantique_, c’est _Prière des orphelins_, _les -Enfants à la communion_, etc. Les deux _Berceuses_ sont spécifiées -telles par leurs titres: _Dormeuse_ et _Pour endormir l’enfant_. Et -il n’y aurait aucunement lieu d’être surpris d’apprendre que cette -naïve inspirée qui nous avoue: «La musique roulait dans ma tête -malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes idées à l’insu -de ma réflexion...» _d’apprendre enfin_ qu’elle n’aurait composé -ses _Dormeuses_ que pour avoir trouvé leur rythme et leurs rimes, -leur matière et leur manière tout simplement les mieux aptes à faire -descendre le sommeil. - - Sommeil, ange invisible aux ailes caressantes. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante - Pour aider le sommeil à descendre au berceau? - Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau? - -Pour les _romances_ qui ne sont point toujours celles que le poëte a -étiquetées ainsi, et dont les plus belles concertent souvent ailleurs, -elles sont sans nombre--rarement sans agrément, parfois pleines d’envol. - - LES CLOCHES ET LES LARMES - - Sur la terre où sonne l’heure, - Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure. - - L’orgue sous le sombre arceau, - Le pauvre offrant sa neuvaine, - Le prisonnier dans sa chaîne - Et l’enfant dans son berceau; - - Sur la terre où sonne l’heure, - Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure. - - La cloche pleure le jour - Qui va mourir sur l’église, - Et cette pleureuse assise, - Qu’a-t-elle à pleurer?... L’amour. - - Sur la terre où sonne l’heure, - Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure. - - Priant les anges cachés - D’assoupir ses nuits funestes, - Voyez aux sphères célestes - Ses longs regards attachés. - - Sur la terre où sonne l’heure, - Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure. - - Et le ciel a répondu: - «Terre, ô terre, attendez l’heure! - J’ai dit à tout ce qui pleure - Que tout lui sera rendu.» - - Sonnez, cloches ruisselantes! - Ruisselez, larmes brûlantes! - Cloches qui pleurez le jour: - Beaux yeux qui pleurez l’amour! - - - [7] Prière pour lui. --Point d’adieu. --Pressentiment. --Le - billet. --La vallée. --L’attente. --Amour. --La jalouse. --Je - ne crois plus. --Abnégation. --Une fleur. --Les fleurs. --Amour - et charité. --A celles qui pleurent. --Dieu pleure avec les - innocents. --Dors. --Le mauvais jour. --Veillée. --Un moment. - --L’Églantine. --A Madame ***. --Madame Emile de Girardin. --Dans - la rue. --L’absence. --Les roses de Saadi. --La jeune fille et - le ramier. --La voix d’un ami. --Le secret perdu. --Au livre - de Léopardi. --L’Esclave et l’oiseau. --Le nid solitaire. --Un - ruisseau de la Scarpe --Inès. --Loin du Monde. --Hippolyte. --A - une mère qui pleure aussi. --Quand je pense à ma mère, etc. - - La Fileuse et Rêve intermittent d’une nuit triste quoique non en - hexamètres pourront ressortir à ce groupe. - - [8] Le rossignol et la recluse. --Les amitiés de la jeunesse. - --Plus de chants. --Le billet d’une amie. --L’amour. --L’aumône. - --Retour dans une église, etc. - - [9] Croyance. --Ame et jeunesse. --Prison et printemps. --Jeune - fille. --Qui sera roi? --Une lettre de femme. --Cigale. - --L’innocence, etc. - - [10] La nuit. --L’isolement. --Le message. --Plusieurs élégies et - des dialogues. --Le regard. --Les deux peupliers. --Révélation. - --Pitié. --Détachement. --La crainte. --L’impossible. - --L’éphémère. --Le convoi d’un ange. --Au médecin de ma mère. - --L’hiver. --Au revoir. --Les roseaux. --L’augure. --La ronce. - --L’Église d’Arond. --A madame A. Tastée. --Amour. --Prière pour - mon amie. --A l’Auteur de Marie. --Le soleil des morts. --Le - Dimanche des rameaux. --L’ami d’enfance. --La jeune comédienne. - --Une ruelle de Flandre. --Laisse-nous pleurer. --Les prisons et - les prières. --Au citoyen Raspail. --L’amie, etc. - - Et en vers plus brefs: Son image. --Les deux ramiers, etc. - - [11] L’arbrisseau. --Les roses. --La journée perdue. --L’adieu du - soir. --L’absence. --La fontaine. --L’inquiétude. --Le concert. - --Le billet. --L’insomnie. --L’imprudence. --La prière perdue. - --A l’amour. --Les lettres. --La nuit d’hiver. --L’inconstance. - --A Délie, etc., etc. - - - - - IV - - - * - -Sur ce sujet de Madame Desbordes-Valmore, j’ai lu les articles et -le volume de Sainte-Beuve, un article de M. Montégut (remarquable -par un juste tableau de l’isolement de cette mémoire), la préface -de M. Lacaussade, l’appendice de M. Hippolyte Valmore. Tous travaux -intéressants à des valeurs inégales, nourris de faits un peu répétés, -de documents similaires, d’appréciations simultanées, néanmoins -éloquents, utiles et nobles. Le volume de Sainte-Beuve est non -seulement un bel acte, mais une bonne action. On y sent du cœur et de -l’amour. Après qu’on fut tenté de trouver fastidieuse l’énumération de -tant de noms vains et obscurs, l’idée qui la suggère au Maître critique -apparaît touchante: «J’avais songé, dit-il, par une compensation bien -due à réunir d’autre part autour d’elle, quelques-uns des noms dont -elle eût le plus à se louer, bon nombre des êtres bienfaisants et -secourables qu’elle avait rencontrés sur sa route et qui lui avaient -été une consolation, une douceur et un réconfort au milieu de ses maux.» - -Je pense de même que, pour en faciliter l’étude et relever l’éclat, il -serait désirable de rassembler en un seul ouvrage tous les articles et -études jusqu’à ce jour consacrés à cette poétique figure. - -L’émouvante correspondance révélée par le livre de Sainte-Beuve, -pourrait aussi en être extraite pour s’unifier, se compléter. - -Les brèves pages de Dumas, de Baudelaire, de Banville et de M. Verlaine -ouvrent des appréciations plus subtiles. Et le sentiment du second, -dans son expression incisive et pénétrante me paraît encore, pour le -moment, le plus satisfaisant et le mieux venu. - -La résultante de lecture de tous ces beaux essais demeure l’étonnement, -non de la méconnaissance, mais de l’ignorance publique du détail d’une -gloire ainsi révolue, puis résolue; enregistrée et muette: une renommée -sans buccin. - -_Gloire_, Lamartine couronnait déjà du mot Marceline attendrie et -confuse. Et pourtant Baudelaire a beau se révolter et nous crier -justement: «oubliée par qui, je vous prie? par ceux-là qui ne sentant -rien, ne peuvent se souvenir de rien.» M. Verlaine lui répond avec -non moins de justesse: «obscurité apparente, mais absolue.» Et c’est -un si indéniable fait, au sortir de notre étonnement, qui nous sauve -du scrupule: comment oser tenter d’accroître une illustration si faite -et si parfaite?--C’est parce qu’elle est ainsi, décrétée et accréditée -par ces grands qui la goûtèrent... et moururent, mais forclose à qui -aime mieux croire qu’aller voir, surtout au prix d’un peu d’étude; et -pourtant toute pleine de ce qui parle à tous par l’humanité poignante, -brûlante et pleurante, qu’il faut s’efforcer de rompre et ce silence et -cette digue, de livrer à ce gave bienfaisant de charité dans la mort -comme durant la vie, bien des âmes désolées à irriguer et rafraîchir, -bien des âmes dévorées à ensoleiller et consoler. - -Toute œuvre, si grand et légitime qu’ait pu en être l’éclat du vivant -de l’auteur, n’existe vraiment qu’à dater du jour où le silence -mortuaire l’ayant ensevelie comme d’une lave refroidie, une curiosité -éclairée et pieuse en vient retrouver les fragments qui survivent -aux éruptions et aux cataclysmes. Et la vraie vie des ustensiles -d’Herculanum n’est-elle pas sous les vitrines où la disponibilité et -la sinécure de leur silhouette sans usage nous versent à voir et à -boire tant de rétrospective rêverie. Œuvrons donc de notre mieux pour -coopérer au livre que requérait Sainte-Beuve quand il écrit: «Je ne -fais qu’indiquer ici un développement qui sera mieux placé ailleurs, -et dans le livre que je sollicite.» Car c’est encore le propre de la -contagieuse ardeur née de cette œuvre, que chaque nouvel adepte brûle -d’en voir propager le rayonnement, et convoque dans le présent et dans -l’avenir quiconque peut contribuer à l’étendre. - -Mais ce livre tel que le sollicitait l’illustre critique, n’est sans -doute point faisable. Quel portrait écrit ou peint fût-il réalisé -jamais qu’au fur des momentanéités de l’individu successivement saisies -et fixées. Ce livre, ce sera le souhaitable assemblage des études et -des articles tout à l’heure évoqués, lorsqu’il y en aura eu encore -beaucoup d’autres, toujours et tous beaux au moins, de leur inclination -et de leur visée. - - ✻ - -Ce qui me surprend un peu, particulièrement dans Baudelaire et chez M. -Verlaine, c’est l’exagération de ce reproche: le manque de forme, le -vice de forme, le contenant du revêtement inégal au contenu du rêve. -Je cite les textes de ces deux rhéteurs: «Tout ce qui lui manque de ce -qui peut s’acquérir par le travail... négligence... cahot... trouble... -parti pris de paresse,» réquisitoire du premier. «Une langue -suffisante et de l’effort assez pour ne se montrer qu’intéressamment» -ajoute le second déjà moins injuste, et plus loin reconnaissant à cette -muse la priorité de rythmes inusités. - -Certes, j’entends comme ces maîtres l’entendent, et me fais fort de -renchérir où il sied; mais là, je m’insurge. La conclusion de M. -Verlaine est exacte, mais peut-être pas assez ponctuelle. «Sublime -artiste, sans trop le savoir,» c’est possible; mais aussi, et, je -veux bien encore, sans le savoir, _merveilleux virtuose_. Guère de -malignité, presque de rouerie poëtique qui n’ait été inventée ou -appliquée par cette innocente. L’allitération, ce ressort du vers, -son élasticité et sa vertèbre, en même temps que sa pulsation et sa -respiration, la circulation de sa vie depuis sa tête jusqu’à sa rime, -l’allitération revêche aux balourdes plumes, exquise à la fine pointe -des styles, dont aucun des élus ne l’a négligée sous peine de priver sa -poësie du plus idéal de ses trucs et de la plus élégante de ses ailes, -l’allitération chère à Virgile et surtout à Catulle ne pouvait tirer -de plus ingénue justification que de sa génération spontanée en cette -prosodie réputée originelle. - - Désenchaîner leurs nuits, _désenchanter_ leurs jours. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Quand celui qui me _fuit_ ne songeait qu’à me _suivre_. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - C’est l’amour qui _fermente_ au fond d’un cœur _fermé_. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Madeleine _insultée_ et comme elle _indulgente_. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Après avoir _souri_, se penche pour _mourir_. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Point de _lait_, point de _lit_... il fallait donc mourir[12] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Oui, il semble que ces versatiles registres vont des vers tout âme par -les vers tout nus jusqu’aux mieux ornés. - -Qu’est-ce en effet que ceci: - - De longs jours sans manteaux, de longs soirs sans lumières, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - On les croirait[13] poussés par un ange qui vole - _Qui de leurs blonds cheveux leur souffle une auréole_. - -Non seulement je ne reconnais pas là de date impliquant et infligeant -vis-à-vis d’une génération intermédiaire, avant définitive -consécration, le discrédit du _passé de mode_; mais j’y démêle de ces -caractères d’_éternellement déroutant_ qui ne permettent jamais de ne -plus être de l’avenir. - -Exemple: - - Et montrent l’autre vie au fond _du souvenir_. - -N’est-ce pas bien le contraire de ce qu’on allait dire, qui eût été -banal, et qui se transforme. Tout comme en cet autre: - - Voilà le souvenir au pénétrant _silence_. - -que _langage_ eût été moins beau! - -J’étendrai jusque-là mon avocasserie de signaler, hors de toute -inculpation de pastiche et de plagiat de part ni d’autre, mais du seul -fait d’une de ces fréquentes réverbérations de pensées, sans enquêtes -de dates, et rien que pour faire ressortir toute l’étendue de ces -vocalises, des parités d’inspiration de notre poëtesse à de ses grands -contemporains comme à de leurs brillants neveux. Que dis-je? Combien, -de coupe et de couleur répercute en ma mémoire classique l’illustre -strophe: - - Source délicieuse en matière féconde, - -cette invocation: - - Sombre douleur, dégoût du monde, - Fruit amer de l’adversité - Où l’âme anéantie en sa chute profonde - Rêve à peine à l’éternité, - Soulève ton poids qui m’opprime, - Dieu l’ordonne, un moment, laisse-moi respirer. - Ah! si le désespoir, à ses yeux, est un crime, - Laisse-moi donc la force d’espérer. - -Madame Valmore est vraiment le seul poëte dont on puisse parfois -_inventer_ les pensées sans les connaître et répéter les formules -sans les avoir ouïes, parce que sa vision--disons sa _voyance_ allait -_cueillir_ les formes dans le lieu même des idées éternelles, - - Ces fruits protégés de mystère. - -que même les plus inspirés d’entre les poëtes appesantissent en les -revêtant fût-ce des plus nobles rhétoriques terrestres. - -De là vient que la poësie de cette muse, maintes fois exprime -l’ineffable où, selon un de ses vers les plus divins: - - Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel. - -Certains de ses morceaux ne rencontrent que dans Hugo leur équivalent -de souffle et d’allure. Soit le _Soleil lointain_ qui, par places, -m’apporte comme un fraternel écho de _A Villequier_: - - O vie, ô fleur d’orage, ô menace, ô mystère, - O songe aveugle et beau! - Réponds! ne sais-tu rien, en passant sur la terre - Que ta route au tombeau. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Vos pieds sont las, pliez. Dieu vous mettra des ailes - Et vous pourrez voler[14] - -me reporte aussi vers la _Claire_ du même maître, que me rappelle -ailleurs lointainement - - C’est beau la jeune fille - Qui laisse aller son cœur - Dans son regard qui brille - Et se lève au bonheur.[15] - -et plus proche - - Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme - Aimait! Aimait! Et puis, comme si quelque charme - Mis entre elle et le monde eût isolé ses pas, - Elle errait dans la foule et ne s’y mêlait pas.[16] - -avec enfin - - Pleurant comme effrayés d’un sort involontaire.[17] - -mais la _Mise en liberté_ de Hugo, encore, ne s’envole-t-elle pas tout -entière de cette strophe troisième de l’_Esclave et l’Oiseau_. - - Va retrouver dans l’air la volupté de vivre! - Va boire les baisers de Dieu qui te délivre! - Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour - Va-t-en! va-t-en! va-t-en! sauve-toi sans retour! - -Oui, chez le Grand Maître et le Grand Père seulement se retrouvent des -pièces de la tournure de _Croyance_, _Prison et Printemps_, _l’Enfant -et la Foi_, _Au Revoir_, _aux Nouveau-Nés heureux_, _Ame et Jeunesse_, -_Jeune fille_. - - Va, je n’oublierai plus qu’ils me le rappelaient. - -n’est qu’une variation probablement anticipée du - - Tu me fais souvenir que j’ai tout oublié. - -que Hugo reprend lui-même à son Hernani sous cette forme: - - Je ne me souviens plus que d’avoir oublié! - -Son: - - Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer. - -qui n’est autre que l’antique - - _Centum sunt causæ cur ego semper amem._ - -s’énamoure plus d’une fois chez notre Flamande: - - Qu’elle est à plaindre, elle a d’autres soins que l’amour! - -Et mieux: - - Il faut aimer pourtant; que faire de son cœur? - -Tel que Marion de Lorme de son Didier, l’enfant répond, de son ramier: -«Je l’aime!» - - Comme celle qui croit oublier quelque chose. - -et - - On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne - -sont de véritables vers d’Hugo. Combien _Le Pauvre_ a de lumineux -frères dans l’œuvre d’Olympio!--Je rapproche encore: - - Où deux êtres unis marchaient, - Les voilà séparés... mystère! - -de - - Autrefois inséparables, - Et maintenant séparés![18] - -Ensuite - - ... son enfant, seule vie où l’on s’aime - Qui passe devant nous comme on fut une fois. - -de - - A chaque pas qu’il fait l’enfant derrière lui - Laisse plusieurs petits fantômes de lui-même.[19] - -Enfin - - Buvez en étreignant cette femme penchée - Sur son fruit. - -de - - La nourrice au sein nu qui baisse les paupières.[20] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -O Éva[21] - - ... à l’heure où tout est sombre - Où tu te plais à suivre un chemin effacé, - A rêver appuyée aux branches incertaines - Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines, - Ton amour taciturne et toujours menacé! - -voici un écho de ta plainte pourtant sans seconde: - - Vous sentiriez alors le besoin de rêver - De livrer au hasard votre marche incertaine - De ralentir vos pas au bruit d’une fontaine - Et de pleurer les maux que je viens d’éprouver. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_Un Arc de Triomphe_ avec ses - - Mille doux cris à têtes noires - -n’offre-t-il pas, le paradoxe est fort: quelque mine des ÉMAUX ET -CAMÉES? - -Qu’est-ce que - - Une voix seule éteinte en changeait le concert - -sinon - - Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.[22] - -ou réciproquement? - - Ne parle pas, je ne veux pas entendre - -n’irait-elle pas jusqu’à évoquer _Celle qui est trop gaie_ elle-même? -Pourquoi non? puisque du même Baudelaire pourrait s’échanger contre - - Il est de longs soupirs qui traversent les âges - -son plus nerveux et verveux - - Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge. - -Et, de nos jours - - Dis aux petits que les étés sont courts - -tinte bien _le chant des oiseaux des courts étés_, de Sully-Prudhomme. - -Et pour finir, n’est-ce pas comme une surprenante résonnance -préventive du lied de Tristan dans Wagner, cette dernière strophe du -_Dernier rendez-vous_. - - Je viendrai, car tu dois mourir - Sans être las de me chérir - Et comme deux ramiers fidèles - Séparés par de sombres jours - Pour monter où l’on vit toujours - Nous entrelacerons nos ailes, - Là les heures sont éternelles.[23] - - - [12] On ne sait ce qu’il faut le plus admirer de la mauvaise - foi ou de la mauvaise mémoire de certains critiques glosant sur - ces matières. Je cite pour la curiosité de ce fait, tel passage - lu récemment sur le sujet d’un volume de poésies: «Ces mots - s’appellent l’un l’autre en dépit de tout contenu intellectuel - rien que par la similitude des syllabes, et par une sorte de - mystérieuse aimantation... Le _réséda_ réside, l’_œillet_ est un - _œil_ et le _papillon_ est _pape_... Grâce à ses ressources qu’on - peut justement appeler étonnantes...» En conclusion, l’auteur de - ce texte paraît donc ignorer que Virgile écrivait entr’autres: - - _Amores_ experietur _amaros_ - - Catulle (ad januam): - - Tantum _operire_ soles aut _aperire_ domum - - sans omettre dans Victor Hugo: - - Comme un _enfant_ qui _souffle_ en un _flocon_ d’écume - Chaque homme _enfle_ une bulle où se _reflète_ un ciel - - et combien d’autres. - - [13] Des enfants. - - [14] Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor, - Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre, - Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d’or. - - V. H.--Claire. - - [15] Ceux qui n’ont pas connu cette charmante fille - Ne peuvent pas savoir ce qu’était ce regard - Transparent comme l’eau qui s’égaie et qui brille - Quand l’étoile surgit sur l’océan hagard. - - V. H.--Claire. - - [16] Ailleurs: - - La fange des ruisseaux qui consterne mes pas - Et la foule déserte où tu ne descends pas. - - Desbordes-Valmore. - - [17] Et qu’elle acceptait peu sa vie involontaire. - - V. H.--Claire. - - [18][19] Victor Hugo. - - [20] Victor Hugo. - - [21] Vigny. - - [22] Lamartine.] - - [23] Alors nous serions morts inséparés, unis à jamais, sans fin, - sans réveil, sans crainte, sans nom, dans le sein de l’amour, - livrés à nous-mêmes, ne vivant plus que pour l’amour. - - WAGNER. - - - ✻ ✻ - -Il faudrait bien, bien des pages, encore et toujours des pages pour -désenfiler toutes les blandices, Baudelaire l’écrit: les _perpétuelles -trouvailles_ de cette poësie. Même sans parler de ses curiosités -pittoresques de locutions ou de métaphores, telles que, - - Jusqu’au chaume _enlierré_ que j’appelais maison - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Pour un marin qui _trace_ l’onde - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Il voit _rire un jardin_ sur l’étroit cimetière - Où la lune souvent me prenait à genoux. - _L’ironie embaumée_ a remplacé la pierre - Où j’allais, d’une tombe indigente héritière, - Relire ma croyance au dernier rendez-vous. - -Je dis, de cette poësie aux énoncés si touchants et toujours imprévus; -de ces hirondelles qui sont - - Mille doux cris à têtes noires; - -non loin de ce rossignol qu’elle dénomme: - - Douce horloge du soir au saule suspendue; - -de ce bal qui tourne - - Dans leur nuit de lumière, et d’encens, et de soie; - -de ce médecin de la maison de sa mère, ce docteur ami à qui l’auteur -écrit - - Quand Dieu sous ta figure y désaffligeait l’heure; - -de ces fillettes dans un décor de nature qui s’enjolive d’un -vocabulaire de mobilier vieillot: - - Les ruisseaux des prairies - Font des psychés - Où, libres et fleuries, - Les fronts penchés, - Dans l’eau qui se balance - Sans se lasser - Nous allons en silence - Nous voir passer. - -Si féerique mirage que peut-être je ne lui préférerais rien, s’il n’y -avait encore, et, sans doute par dessus tout, ceci: - - SOIR D’ÉTÉ - - Un danger circule à l’ombre - Au chant de l’oiseau - Qui descend dès qu’il fait sombre - Se plaindre au roseau. - Alors tout ce qui respire - Se prend à rêver, - Et le ruisseau qui soupire - Semble l’éprouver. - - Partout les nids et les ailes - Tremblent doucement - Dénonçant des tourterelles - L’entretien charmant. - L’été brûle avec mystère - Dans les lits en fleurs, - Des seuls amants de la terre - Sans blâme et sans pleurs. - - Été, si trop jeune encore - Pour fuir un danger, - L’enfant rêveur que j’adore - S’attarde au verger, - Laisse dans l’errante nue - Ton charme cruel, - Et sauve l’âme ingénue - Du plaisir mortel! - -Ce commentaire, point par point, fleur par fleur, pleur par pleur, perle -par perle, devra être l’œuvre d’un autre, je voudrais du prochain des -coryphées de ce chœur qui se fera longtemps gloire et joie d’exalter -cette unique muse. Je fais seulement remarquer ici, en passant, la -noblesse dont elle sait empreindre l’usage familier du mot _Madame_[24]: - - Madame,[25] le plus beau des temples - C’est le cœur du peuple, entrez-y: - Le Roi des Rois l’a bien choisi. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Quand vous m’avez écrit tout ce que, femme ou mère - Écrira de plus doux, - Je me plaignais, Madame, à cette vie amère, - Je lui parlais de vous. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Ainsi, Madame, allons, l’augure a trop de charmes - Pour n’être pas certain; - Allons! Et dans la nuit tournons nos yeux en larmes - Vers le soleil lointain. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Distraite de souffrir pour saluer votre âme, - Voilà mon âme: elle est où vous souffrez, Madame. - -Puisse mon travail d’aujourd’hui faciliter la suite que je lui désire, -de par cette classification que je revendique, et que je crois utile et -bonne; elle n’était guère plus aisée que celle dont parle le conte de -fées, de ces duvets de mille couleurs emplissant une chambre, et qu’il -s’agissait de répartir et de trier. La princesse y parvint pourtant; -non, à vrai dire, sans des secours féeriques, qui, je crois bien, ne -m’ont pas fait défaut. Les fées existent toujours. C’est un blasphème -que de n’y point croire. Elles s’en vengent en ne secondant que ceux -qui les en prient. - - -Le temps, je le répète, qui sculpte et polit, selon leur dureté et -leur beauté, ce que nous lui laissons de nos œuvres, ainsi que le flot -fait des rocs et des falaises, respectera, chaque jour davantage, -l’œuvre dont nous nous entretenons. Il le témoignera en en déblayant -les entours et facilitant les approches, quand il aura découvert et -compris que ce qu’il prenait pour une fragile et friable grève était un -marbre, et que ce marbre fut ciselé par la nature et l’art associés, à -l’égal d’un de ces monuments aux si capricieuses arabesques, qu’ils ne -paraissent point bâtis de main d’homme, mais éclos, en une nuit, de -quelque rêve, en guise de palais d’Aladin. - -Mais s’il fallait qu’un détestable et imprévu désastre détruisît -l’œuvre en n’en laissant subsister que les parcelles que je vous -soumets, l’avenir, je n’en doute pas, se pencherait sur elles, tout -comme nous faisons sur les vers isolés de ce Publius Syrus et de cette -Sapho qui avaient écrit tant de mimes et de poësies dont il ne reste -que des débris et des fragments pareils à des pulvérisations d’étoiles. - -Ma collection, c’est un herbier--immarcescible. _Je l’ai fait sans -presque y songer_, aux coups pressés d’une lame émue qu’annotent les -touches rapides d’un crayon sensible de fasciné. Plus d’ordre et de -mesure, de pause et de dosage dans le choix sont malaisés et dangereux -devers cette poësie fugace, et risquent toujours l’excès ou le manque. -La fleur se fond en rosée ou s’enfuit en papillon. - - J’éclos pour m’envoler et je risque mes ailes! - -C’est ma cueillette. Le massif, qui est une _forêt mouillée_, de -combien de larmes! peut fournir cent autres bouquets renouveaux et -surdivers au gré du style qui rédige et du cœur qui dirige. - -Oui ce sont fleurs dont la sève est de sang et le _rorate_ de larmes. -_Pleurs_ et _Fleurs_ dont l’inconscient virtuose n’a su oser que -partiellement le magnifique titre, devrait être celui de son édition -_ne varietur_. A cette double source, le reproche encouru de monotonie -n’est-il pas vain? Le _chacun son métier_, pour notre ouvrière se -résolvait en larmes. - - Sédentaire à l’église et bornée à ses pleurs - -Son œuvre est un éloge des larmes. Celle qui cessait de chanter _parce -que sa voix la faisait pleurer_, ne devait-elle pas rencontrer les plus -bouleversants des accents tracés?... - -Moi, je me récuse, ou plutôt, j’abdique. A d’autres; - - _Quasi cursores vitæ lampada tradunt_ - -que si l’on requérait pourtant ceux des vers de Madame Valmore que je -distingue par préciput sans omettre certains cris tels que: - - Où va-t-on vers ce qu’on espère? - -et - - Oh! que l’âme est troublée à l’adieu d’un prestige! - -j’élirais entre beaucoup - - _Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme._ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Moi seule en mon chemin et pleurante au milieu_ - -et - - _Comme un fil noir à l’or enlacé tristement._ - -_Exegi._ Je conclus et clos ces pages qui ont du moins pour elles de ne -pas ouvrir par «Marceline, Félicité, Joséphe... naquit à...» et sauves, -j’espère, du vernis souvent un peu boursouflé des faiseurs d’exégèses -qui semblent croire qu’ils décorent le sujet--au lieu de s’en couronner. - -Et je signe... cette _critique_? Dieu m’en garde!--Ce -_cantique_?...--Je voudrais! - - - ✻ ✻ ✻ - -Une dernière réflexion pour finir: - -D’abord disons que ce qui précède n’a trait absolu qu’à l’édition -Lemerre, et que les extraits en sont prélevés; cette édition étant, -jusqu’à ce jour, la seule sur laquelle se puisse exercer une vue -d’ensemble un peu intégrale. En cela, nous devons trop à son éditeur -pour pouvoir que le remercier. Nonobstant, et grâce à ce zèle -communicatif qu’engendre l’œuvre de Madame Valmore, il y a lieu de -croire que les éditeurs aussi se relaieront dans le futur pour assurer -toujours plus d’ampleur et d’envergure au geste entier de la poëtesse. - -Mais il sied aujourd’hui de constater un fait: l’édition n’est pas -complète. Et puisque le bon goût qui y présida ne fait pas de doutes et -que, d’autre part, d’importants fragments, voire de fort belles pièces -en sont absents, il y a lieu d’attribuer cette lacune à une émotion -filiale éliminant de parti-pris tout ce qui lui semblait trop avoisiner -cette double flamme; d’abord la passionnelle, déterminante de tout cet -embrasement; puis la purifiante par le feu scrupuleux et sacrilège de -quelque vengeur enfer de vertus: - - Expiant, Dieu le veut, le nom de ta maîtresse. - -et - - Je vois le Purgatoire au fond de ma pâleur - -voilà les deux notes qu’il s’agit, sinon d’étouffer, d’assoupir du -moins. - - -Qu’un _pareil ange_, selon le mot de M. Verlaine se montre plus ou -moins timoré, bourrelé même, ce n’est qu’une aile de plus dont la -candeur et la splendeur (plutôt que se voiler de silence imprudent et -de réserves irrévérencieuses) doivent éclater en la pleine lumière de -ce feu, lui-même générateur de tout ce buisson ardent, et si solidaire -de l’amour divin qu’il ne saurait que refleurir et tout droit, en -paradis. - - Seigneur qui n’a cherché votre amour dans l’amour - -et jusqu’à ce radieux blasphème - - Le ciel illuminé s’emplit de ta présence; - Dieu te mit devant moi, je compris sa puissance; - En passant par tes yeux mon âme a tout prévu - Dieu, c’est toi pour mon cœur; j’ai vu Dieu, je t’ai vu! - -La figure de Valmore, loin d’être définitive, s’ébauche à peine. Son -œuvre est de celles dont la méconnaissance du vivant et l’oubli au -sortir du trépas composent les deux premières phases d’engendrement -naturel à la postérité; et qui, pour atteindre leur plein degré de -manifeste et d’influence, doivent être _retrouvées_, ainsi qu’une -Pompéï ou des grains de blé endormis renferment des germes de moisson -en puissance. Rougir pour cette plaintive sublime amante du feu qui -la dore, serait d’un culte inéclairé, sinon d’une offense aveugle. La -suprême, décisive et impérissable Valmore doit entrer - - Entrer sous ton aile enflammée - Où l’on entre par le tombeau - -dans le temps et l’éternité, je l’ai dit au début, en Anactoria -chrétienne, en Francesca pardonnée illuminant de son idolâtrie -innocentée et couronnée un Phaon inconnu, un Paolo mystérieux de qui -toute la gloire est d’avoir allumé cette ardeur dont elle résume la foi -et le dogme dans sa magnifique _Croyance_: - - Son souffle lissera mes ailes sans poussière - Pour les ouvrir à Dieu. - Et nous l’attendrirons de la même prière, - Car c’est l’éternité qu’il nous faut tout entière, - On n’y dit plus adieu! - - - [24] Victor Hugo seul, spécialement dans son superbe sonnet à - Madame Judith Gautier en a fait un titre aussi vraiment royal. - - [25] La Reine Marie-Amélie. - - - - -APPENDICE - - -J’augure un autre travail de réparation, de répartition et de décor -dans la future réunion des lettres déjà publiées, entre elles, puis à -d’inédites. On en tirera une autre clef de ce cœur; clef de cloître, -clef de voûte, ou du moins clef musicale révélant bien, cette fois, la -délicieuse définition de Shelley: _Clef d’argent de la fontaine des -larmes_. - -Mon désir d’encadrer un poëme manuscrit de celle que je vénérais me -mit d’abord en possession d’une ou deux de ses lettres dont le nouveau -filon d’attendrissement auguste me rendit insatiable jusque là de me -faire successivement acquérir une centaine de ces autographes (que j’ai -le bonheur de posséder aujourd’hui), et dirai-je pour quel gros chiffre -menu qui rendrait surprises et confuses (autant que le purent être -certains dessins de Millet, si les choses qui ont des larmes ont aussi -des sourires) ces mêmes lettres qui attendaient le départ, quelquefois -de longs jours, tout écrites, faute de l’affranchissement de leur -timbre? - -«_C’est un affreux malheur, mais le plus beau malheur possible_» écrit -quelque part Vigny. Propre chanson pour l’air de cette correspondance, -indiscontinûment variée sur le _leitmotiv_ plus ou moins lancinant, -toujours détaché et digne de ce qu’elle y baptise elle-même son -_parfait tombé d’espoir_. Lisez encore: «_Le malaise que je traîne -après moi dans tous mes vœux déçus_». Et plus grièvement: «_Les peines, -la terreur, l’humiliation ne tuent pas, et je vis enfin à travers -des choses bien blessantes et que j’aurais jugées mortelles._»--«_Je -ne voudrais pas que mon sort changeât au prix de certaines démarches -suppliantes qui me rendraient les douceurs accordées d’une amertume -douloureuse._»--«_Je retourne à souffrir._» concluait-elle dans une -lettre déjà éditée. - - Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir; - Tout tressaille averti de la prochains ondée. - -Ces deux vers de l’auteur devraient épigraphier sa correspondance où -l’on sent à chaque ligne une spirituelle et naturelle allégresse prête -à éclore, refoulée par cette trop prochaine ondée des larmes, pour les -siens, pour les autres,--ah! que si rarement et discrètement pour soi! -Et cela sans jamais de ton pleurnicheur ni même larmoyant, en une si -haute tenue de style et d’attitude non voulue que du fait d’une nature -fière avec modestie, humble avec noblesse. - -Ajouterai-je que plus des deux tiers de ces lettres ne sont que de -jolis placets implorant secours pour plus pauvre que soi. Il semble, et -l’épistolière le dit, que l’expérience toujours plus aiguë et raffinée -du malheur, n’ait pour effet que de la gagner plus effectivement et -affectivement aux endolorissements d’autrui. - -De ces pages, il y en a pour de ses amis Tripier-Lefranc, Derains, -Nairac, Branchu, etc., puis a des illustres: Dumas, Auber, Chaix -d’Estanges, etc., en lesquels son inlassable zélation rencontre des -aides. Presque chaque épître enveloppe, disons entortille d’une grâce -qui se fait chatte quand il s’agit du bien du prochain un petit drame -de misère adroitement présenté au profit d’un nouvel inconnu; de quelle -grâce variant à l’infini la courtoisie des formules polies et jolies -bien savoureuses et surprenantes à relire en notre ère de lettres de -quête autographiées et pas même signées de la main de la demanderesse. - -Voici d’abord des extraits, de mélancoliques, de spirituels: - - Ici, madame, tout s’absorbe jusqu’à la mélancolie. C’est un mot - élégant qui ne passe pas dans une ville de commerce, et vous êtes - bien bonne de l’avoir lu sur ma figure. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Allez, monsieur, je sais beaucoup de vos peines, et si vous allez - sur ces tombes d’amour et d’amitié pour être entendu, dites-moi - quelque chose, je l’entendrai, je crois, car en vérité, la vie - est souvent triste et isolée comme la mort. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Que je vous sais gré d’y être pour vous mêmes (à Paris,) car - enfin c’est encore là où on peut choisir ce qui convient le - mieux aux goûts de l’esprit et de l’humeur. Ici (à Lyon) il faut - prendre de la boue et des rubans, des rubans et de la boue, c’est - la carte. L’autre printemps, c’était... affreux; des boulets - et du sang, du sang et des boulets. Il m’en reste un horrible - souvenir dans l’âme et dans les nerfs. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Monsieur Dutillœul me dit encore d’obtenir que Bra écrive au - maire qui l’aime beaucoup; je n’oserai le faire de mon côté que - si mon cousin m’appuie, car cela me paraît bien hardi pour une - femme d’écrire à un maire, et de demander des grâces. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Sachez que je viens de recevoir un programme de la fête de Gayant. - Il sent le gâteau, la bière et le jambon. J’ai eu presque faim en - le lisant, et il y a bien longtemps que je n’ai eu faim. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Vous m’avez honorée d’un témoignage de votre amitié, _beau pour - toujours_, cher Monsieur. Vous savez que c’est à cette seule - condition du _pour toujours_ que mon fils adorait la pomme ou les - bonbons que je lui donnais. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Vos confitures ont-elles réussi? Moi je manque toutes mes - romances. - - -Puis, intégralement une de ces belles et simples suppliques de -recommandation. - - Madame, - - Je commence par vous demander humblement pardon d’une démarche - qui n’a d’appui que votre extrême bonté. - - Si vous vous étonnez, madame, que sans avoir l’honneur d’être - connue de vous je me sente assez de courage pour recommander - quelqu’un à votre sérieux intérêt vous penserez avec raison qu’il - faut avoir entendu sur votre caractère un récit bien encourageant - pour avoir enhardi jusque-là mon humilité. - - Il a été dit devant moi que monsieur le Duc et madame la - Duchesse de Luynes n’avaient pas encore arrêté le concierge qui - doit garder prochainement leur nouvel hôtel. - - Si j’étais assez heureuse pour que le pur motif d’obliger une - honnête famille me fût inspiré par la Providence, qui se sert - des plus faibles quelquefois pour ses desseins d’ordre et de - charité, je me féliciterais d’avoir à signaler à madame la - Duchesse les nommés Roblin, concierges de la maison d’assurance - et de gaz, rue de Richelieu nº 89. Cette vaste maison devant être - prochainement démolie laisse un père de famille très probe et - très intelligent à la triste liberté de chercher un autre asyle. - Les répondants les plus graves et les plus honorables viendraient - à l’appui de mon humble supplique près de madame la Duchesse, et - justifieraient avec empressement les premières paroles portées - jusqu’à vous, madame, par votre plus humble servante. - - Mme DESBORDES-VALMORE. - - 89, rue de Richelieu. - - -Ensuite deux lettres, deux placets à Alexandre Dumas. On en admirera le -tour fémininement fraternel. - - _Lyon, le 29 mai 1835._ - - Je saisis à travers une pluie d’orage, la bonne et belle occasion - de me rappeler à vous. C’est pour vous rappeler que vous venez - d’être encore pour moi aussi bon, aussi obligeant que si je le - méritais. Je ne peux pas vous dire combien je vous sais gré - d’être obligeant comme un enfant pour les enfantillages de tous - ces hommes mûrs à moustaches noires ou grises. Ce brave Algérien - eût été bien heureux de vous devoir (après son sabre) le bouquet - de cerise qu’il voulait remporter à sa boutonnière; mais il m’a - avoué qu’il était aussi fier de vos démarches pour lui et de - votre accueil, que du ruban qu’il croit mériter. Que je vous - aime donc de l’avoir consolé! et que j’ai à cœur votre gloire, - votre bonheur en tout! Je vous conjure d’y travailler, de nous - jeter vos fleurs, vos _Christine_, vos âmes de femmes qui doivent - vous étouffer. Donnez-moi la joie de vos succès, car je vois bien - que je n’en aurai jamais d’autre avec vous, et qu’il me sera - toujours impossible de vous être bonne à rien sur la terre qu’à - me faire du bien comme vous en avez pris l’habitude. - - Soyez heureux! - - MARCELINE D. VALMORE. - - - _Paris, 16 août 1837._ - - Quand vous n’êtes plus là, je ne suis bonne à rien pour moi ni - pour les autres. - - Si vous étiez à Paris, vous prendriez par la main un charmant - enfant qui n’a ni père ni mère, et que nous avons fait entrer à - l’Opéra pour jouer des petits génies et des demi-dieux, ce qu’on - lui fait jouer avec beaucoup de bonté, jusqu’à l’avoir admis aux - fêtes de Versailles, en Mercure, ce qui l’a rendu à peu près fou - de joie et de surprise. Mais les demi-dieux _mangent_, et depuis - son admission (il y a trois mois) dans les classes de MM. Coraly, - Mérante et Barré, le pauvre orphelin a reçu douze francs, pour - prix de ses jolies petites jambes.--Vous le prendriez donc par la - main, j’osais le penser, et vous diriez à M. Dupré, tout-puissant - sur M. Duponchel, de donner quelque humble appointement à ce - jeune garçon que nous avons fait monter dans la diligence sur la - route de Lyon à Paris. - - Envoyez-moi deux lignes de votre nom pour que j’ose moi-même - chercher un appui à cet enfant. Je ne vous demande point pardon - d’aller vous étouffer de mes prières. A qui voulez-vous que je - demande de la bonté qui ne se lasse pas? Pas plus que je ne me - lasse de vous aimer et d’être à vous de tout mon cœur. - - MARCELINE VALMORE. - - -Enfin cet étonnant compliment de noces: - - A Monsieur Alexandre Wattemart. - - Madame Valmore est allée avec empressement pour assister à la - bénédiction nuptiale. - - Il était près de midi. Après le temps de prier et d’attendre, nul - mariage n’a eu lieu. Quelque obstacle a donc rendu, ce jour-là, - Notre-Dame-de-Lorette, déserte de cette solennité, sur laquelle - Madame Valmore appelle toutes les bénédictions du ciel. - - Mme VALMORE - - _22 février 43._ - - - - -ESSAI DE CLASSIFICATION - -DES MOTIFS D’INSPIRATION - -DE LA POËSIE DE MARCELINE DESBORDES-VALMORE - - - - - DIVISIONS - - - I.--AMOUR { LES YEUX ET LES PLEURS. - { LA VOIX. - - II.--TENDRESSE-TRISTESSE { PRISONS ET EXILS. - { _IPSA._ - - III.--MATERNITÉ - - IV.--FOI - - { L’AMOUR DES FLEURS - V.--NATURE { L’AMOUR DE L’EAU - { LE RYTHME - { LE SILENCE. - - VI.--ÉTERNITÉ. - - - - -AMOUR - - Amour divin rôdeur glissant entre les âmes. - - - L’heure qui nous sépare, au temps est inutile. - -- - Enfin le jour se cache et me prend en pitié. - -- - Tout ce qui manque à ta tendresse - Ne manque-t-il pas à mes vœux? - -- - Et le bonheur du souvenir - Va se confondre encore avec le bonheur même. - -- - Comme la route au loin se prolonge isolée. - -- - Je suis seule et là-bas sous de noirs arbrisseaux - La moitié de mon âme est errante et voilée. - -- - _J’ai cru respirer l’air qui va nous réunir._ - -- - Forcez-moi de parler, car j’ai peur de mourir. - -- - «Dans mes ennuis, dit-il, j’ai fait une couronne - Elle est fanée, hélas! pourtant je te la donne.» - Je l’ai sentie alors descendre sur mes yeux - Et je n’y voyais plus; mais sa voix est si tendre... - Et quand on n’y voit plus, ma mère, on entend mieux. - -- - J’ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée - -- - Toi qui m’a tout repris jusqu’au bonheur d’attendre - Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un cœur tendre, - L’amour et ma mémoire où se nourrit l’amour. - Je lui dois le passé, c’est presque ton retour. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - C’est là que sans fierté je me révèle encore - Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite - Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Oui, plus que toi l’absence est douce au cœur fidèle - Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes. - -- - L’amour m’enveloppa de ton ombre chérie - Et malgré la saison l’air me parut brûlant. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Je devinai ton âme, et j’entendis mon cœur. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - L’âme du monde éclaira notre amour. - -- - Je croyais que les cieux ne donnaient tant d’amour - Que pour en éclairer une autre âme à son tour. - -- - Le doute est le seul bien que m’ait laissé le sort. - -- - Et mon dernier adieu dans les airs s’est perdu. - -- - Loin de moi, s’il se peut, ma sœur, emportez-moi. - Mon mal est dans sa vue, et lorsque j’y succombe - Mon mal doit vous toucher, ce n’est pas le remord. - -- - Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera. - -- - Veux-tu? mais ne dis pas que l’heure est trop rapide, - Veux-tu voir la montagne et le courant limpide, - Veux-tu venir au pied du grand chêne abattu?... - --Moi, je ne réponds pas, pour écouter «Veux-tu?» - «Veux-tu? mais ne dis pas que la lune est cachée, - Veux-tu voir notre image au bord des flots penchée? - Ne tremble pas, tout dort, l’oiseau même s’est tu.» - Et mon refus se meurt en écoutant: Veux-tu? - -- - Ah! je t’en prie, il ne faut plus venir - Redemander mon âme presque heureuse. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Je ne t’accuse pas! qui sait si le tombeau - Sera froid sur mon corps si mon souffle t’effleure. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Chaque désir trahi me rend à la douleur. - -- - C’est l’orgueil: il sépare, il ressemble à la haine. - -- - J’ai contemplé longtemps ma mort dans leur bonheur - -- - Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur. - -- - Tout change, il a changé, d’où vient que j’en murmure? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ton nom, comme un écho, lui parlera de moi. - - Qu’il soit son seul reproche en ta douleur modeste. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et ce morne silence où parlent les douleurs. - -- - On dirait que la mort a passé sur mon cœur. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quand j’expire à sa porte on ne m’y connaît pas. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quittez l’envie - De rappeler le temps où j’ai cru le haïr. - D’un souvenir si doux l’erreur évanouie - Laisse au fond de mon âme un long étonnement. - -- - Pour qu’il soit le bonheur, je l’ai trop attendu. - -- - Moi, troubler son bonheur? c’est celui qui me reste! - -- - Quand ton nom _mêlé dans mon sort_[26] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[Sidenote: Lien de _Amour_ avec _Éternité_. =Fragment.=] - - Prends mon deuil: un pavot, une feuille d’absinthe, - Quelques lilas d’avril dont j’aimai tant la fleur, - Durant tout un printemps, qu’ils sèchent sur ton cœur; - Je t’en prie un printemps; cette espérance est sainte - J’ai souffert, et jamais d’importunes clameurs - N’ont rappelé vers moi ton amitié distraite; - Va! j’en veux à la mort qui sera moins discrète. - Et je ne serai plus quand tu liras: «Je meurs.» - - Porte en mon souvenir un parfum de tendresse. - Si tout ne meurt en moi, j’irai le respirer. - Sur l’arbre où la colombe a caché son ivresse - Une feuille, au printemps suffit pour l’attirer. - S’ils viennent demander pourquoi ta fantaisie - De cette couleur sombre attriste un temps d’amour, - Dis que c’est par amour que ton cœur l’a choisie, - Dis-leur qu’amour est triste ou le devient un jour; - Que c’est un vœu d’enfance, une amitié première; - Oh! dis-le sans froideur, car je t’écouterai! - Invente un doux symbole où je me cacherai: - Cette ruse entre nous encor... C’est la dernière. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Contente de brûler dans l’air choisi par toi! - -- - Si l’amour a des pleurs, la haine a des tourments. - -- - Parle-moi doucement, sans voix, parle à mon âme. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Altérés l’un de l’autre et contents de frémir - -- - On a si peu de temps à s’aimer sur la terre, - Ah! qu’il faut se hâter de dépenser son cœur![27] - - -- - Ce bonheur accablant que donne ta présence - Trop vite épuiserait la flamme de mes jours. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Le même ange peut-être a regardé nos mères - Peut-être une seule âme a formé deux enfants. - Oui la moitié qui manque à tes jours éphémères - Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivants. - -- - _Et comme une fleur sur sa tige - Je tremblerais sur tes genoux._ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Mais le jour luit, mon rêve tombe, - Au soleil les rêves ont peur, - Et les ailes de ma colombe - Vont seules te porter mon cœur. - Elle a respiré l’air où j’aime - Dans mes bras son vol a frémi: - Triste comme un peu de moi-même - Caresse-la, mon seul ami! - -- - Il ne viendra jamais, pourquoi le lui défendre? - -- - Quand vivre était le ciel--ou s’en ressouvenir! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours... - -- - _Pour entr’ailer nos jours d’un fraternel essor_ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tu ne sauras jamais comme je sais moi-même, - _A quelle profondeur je t’atteins et je t’aime_, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne[28] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Née avant toi... Douleur. Tu le verrais peut-être - Si je vivais trop tard. Ne le fais point paraître, - Ne dis pas que l’Amour sait compter, trompe-moi: - Je m’en ressouviendrai pour mourir avant toi: - -- - Je t’aime comme un pauvre enfant - Soumis au ciel quand le ciel change - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Je rends les fleurs qu’on me défend. - -- - Qui doucement essuyait ma pensée - Du rêve amer qui fait aimer la mort? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - O jours d’hier, ô jeunesse envolée - Avant notre âme, autre oiseau gémissant - -- - _C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée_ - -- - Toi, ton doux cri pardon qui brisait ma colère, - A qui le diras-tu, qu’il sache tant lui plaire? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - N’en cherche plus l’écho c’est moi qui le recèle? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Mais te créer l’effroi de ma fidélité - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - De ce qui fut à nous emporte le bonheur - Je n’en avais besoin que quand j’avais un cœur; - C’est là que je souffrais, c’est là que je suis morte. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Jours fiévreux pleins de bruits que nuls bruits ne défont - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tu viendras, tu verras, nous pleurerons ensemble: - C’est là le sort de tout ce que le temps rassemble, - Comme l’ombre de nous, tu me regarderas, - Tu verras mieux mon âme, alors tu pleureras. - Ma plus profonde vie, hélas! que Dieu te garde: - A travers mon regard que le ciel te regarde - Comme tu regardais à travers mes cheveux - Que je laissais déjà retomber sur mes yeux; - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Allez! midi n’est pas l’heure du souvenir - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et vous direz mon nom en cherchant dans les autres - -- - C’est le poignard levé qui nous frappe au réveil (le doute) - -- - Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir - -- - L’ombre est si belle où m’attire ta main - -- - Les joyaux n’échauffent point l’âme, - _Un cheveu qu’on aime est plus fort_. - -- - Quel démon en chemin - L’a saisi? c’est qu’il aime, il a trouvé son âme! - -- - Tu m’as connue au temps des roses - Quand les colombes sont écloses - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - A l’étonnement de nos âmes - Tout jetait des fleurs et des flammes - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Nous n’étions mortels qu’à demi - -- - N’écris pas, je suis triste, et je voudrais m’éteindre, - Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau, - _J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre_ - Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes_ - C’est entendre le ciel sans y monter jamais. - -- - Tu n’en sauras rien sur la terre - Flamme invisible en ton chemin, - Je vivrai d’un ardent mystère - Sans avoir rencontré ta main.[29] - - - [26] Ailleurs: - - Votre nom seul suffira bien - Pour me retenir asservie. - Il est alentour de ma vie. - _Roulé comme un ardent lien_ - - [27] Ailleurs: - - Il faut aimer pourtant! que faire de son cœur? - - [28] Vers d’allure romantique qu’on dirait de Victor Hugo. - - [29] Qui rappelle le sonnet d’Arvers. - - - -LES YEUX ET LES PLEURS - - J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes! - - - On dirait que le jour est rentré dans ses yeux.[30] - -- - Et qu’en chantant surtout on est près de pleurer. - -- - Tes beaux yeux en s’ouvrant un jour à la lumière - Ont condamné les miens à te pleurer toujours. - -- - Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Que j’aimais de tes yeux la brûlante douceur! - -- - ... Oh! l’ange qui pardonne - Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux. - -- - Du charme de ses yeux il m’accablait encore. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Que la vie est rapide et paresseuse ensemble - Dans ma main qui s’égare, et qui brûle et qui tremble - Que sa coupe est fragile et lente à se briser. - Ciel! Que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser. - -- - Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière. - Je m’enfuis dans mon âme et j’ai revu ses yeux! - -- - Quand ton sein se brisa dans une lutte affreuse - On ignorait encore qu’il était plein de pleurs. - -- - Ainsi qui lit trop loin ne voit plus que des larmes. - -- - Les pleurs silencieux attendent les plus doux - Ils souffrent sans le dire, ils meurent à genoux.[31] - -- - -[avec _Nature_.] - - ... Un charme est dans mes pleurs, - _L’air est chargé d’espoir_, il revient, je le jure. - -- - Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours. - -- - Ce qui m’a fait pleurer jamais je ne l’oublie. - Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristesse. - -- - C’était ton regard pur qui répandait sa flamme - Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux. - -- - Allez, Dieu comptera vos pleurs - Au fond d’une âme solitaire. - -- - Que le pleur plein d’un triste charme - Dont tes chants ont mouillé mes yeux. - -- - Ainsi pour m’acquitter de ton regard à toi, - Je voudrais être un monde et te dire: «Prends-moi.» - -- - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ni ces heures sans nom dans le temps balancées - Dont les ailes pliaient d’un tel bonheur lassées - Alors que je laissais pour unique entretien - Mon regard ébloui s’abriter sous le tien. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et fondre dans mes yeux quelque doute rêveur. - -- - Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs - -- - _Qu’ils me font mal sur d’autres que les miens_ (les yeux). - -- - Et Dieu vous bénira qui dans vos chastes yeux - Infiltra le symbole et la teinte des cieux. - -- - Laissez tomber sans voix les larmes de mes yeux - Qui cherchent leur chemin pour arriver aux cieux. - -- - Quand tout y devient froid, jusqu’aux pleurs de leurs yeux. - -- - Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et le deuil de la terre encense leur malheur. - -- - Tout ce qui pleure est beau... - -- - Bénis soient donc vos pleurs dont l’intérêt s’amasse - -- - -[Lien de _Les yeux et les pleurs_ avec _L’amour des fleurs_.] - - Dieu vous garde à qui pleure, à qui va de vos charmes - Humecter sa prière, attendrir ses regrets! - Inclinez-vous, ce soir, sous les dernières larmes - Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets. - - - [30] _D’un mendiant aveugle_--le même qui lui fait ajouter: - - Et la voix que j’adore - Dans ce cœur consolé résonne-t-elle encore? - - [31] Vivre dans le feu et les larmes, hélas! ce doit être une - purification. Je vis ainsi. Ce mot est vrai d’une femme en - parlant du ciel: «_J’irai sur mes genoux._» - - Fragment d’un brouillon inédit. - - A rapprocher encore du vers de la couronne effeuillée. - - J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée. - - dont une lettre que je possède varie et fait ainsi hésiter la - sublime formule - - Où toute âme répand sa vie agenouillée - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Mon âme y répandra sa vie agenouillée. - -- - «Cette vie terrestre est vraiment un exil, cher frère..., - Pour moi, je t’avoue que j’en passe _la moitié à genoux_.» - - Lettre citée par Sainte-Beuve. - - Cet événement qui a rouvert toute ma vie et les scènes lugubres - qui l’ont suivie m’ont jetée dans un si morne abattement que j’en - suis restée _comme à genoux_. - - Lettre inédite. - - - - -LA VOIX[32] - - ... j’ai peur de ma mémoire, - _Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent_. - - - [32] Lire toute la pièce _La Voix d’un ami_, tome II page 281. - - - Pour retrouver ma voix qui manque à son oreille - -- - Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive - Naguère un charme triste est venu m’attendrir. - -- - Mes lèvres loin de toi retenaient tes accents, - Et ta voix, dans ma voix, troublait encor mes sens. - -- - Une nouvelle voix à son oreille est douce. - -- - Une voix qui réponde aux secrets de sa voix. - -- - Oh! que j’aimais mon nom dans ta voix argentine. - -- - Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle, - -- - Dans mon nom qu’il dit tristement - -- - S’arracher aux accents - _Que l’on écoute absents_. - -- - Peut-être un jour sa voix tendre et voilée - M’appellera sous de jeunes cyprès. - - - - -TENDRESSE-TRISTESSE - - Mais de nouveaux sentiers s’ouvrent à ma tristesse. - - - Quand les jours sont moins longs cessent-ils de courir? - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Un cœur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre - -- - A force de bonheur soyez encor plus belle. - Et qu’au réveil l’amour vous le dise à genoux. - -- - Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer. - -- - Quand je vous y vois prendre en secret pour vous-même (au miroir) - Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir. - -- - Votre bonheur me tenait lieu du mien. - -- - Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage. - -- - Je vais d’un jour encore essayer le fardeau. - -- - Et pour d’autres que moi le printemps était beau. - -- - Sa fuite entre nos bras n’avait plus de passage. - -- - Il est doux en passant un moment sur la terre - D’effleurer les sentiers où le sage est venu; - D’entretenir tout bas son malheur solitaire - Des discours d’un ami qu’on pense avoir connu. - -- - Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme - Aimait! aimait! et puis, comme si quelque charme - Mis entre elle et le monde eut isolé ses pas, - Elle errait dans la foule, et ne s’y mêlait pas. - -- - Mot sans faste, mot vrai, lien de l’âme à l’âme. (au revoir) - -- - Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs, - -- - Que vous soyez pour nous la charité qui pleure - Ou la muse qui chante afin d’arrêter l’heure - Ou la femme rêveuse au bord de son miroir - Vous êtes toujours vraie et toujours belle à voir. - -- - L’âpre misère enfin, cette bise inflexible - Qui détruit lentement ce que Dieu fit sensible. - -- - Enfant plein de musique et de mélancolie.[33] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tout est dans ce beau livre écrit avec des flammes - Reliquaire d’amour qui fait rêver les femmes. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Non la vierge allaitante et ruminant le ciel - N’a pas souri plus vierge aux mains de Raphaël. - -- - Léopardi, doux Christ oublié de son père, - Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Ne pas consoler l’ange attristé dans son cœur._ - -- - C’est beau la jeune fille - Qui laisse aller son cœur - Dans son regard qui brille - Et se lève au bonheur. - -- - Oui la vie est malade avant que tu l’effleures. - -- - Car on dirait que créés pour souffrir - Nous ne pouvons qu’à peine être heureux sans mourir. - -- - La fange des ruisseaux qui consterne mes pas, - Et la foule déserte, où tu ne descends pas. - - - [33] Brizeux--avec cette transposition de son œuvre et de sa - _Marie_. - - - - -PRISONS ET EXILS - - L’anneau tombé gêne encore pour courir. - - -[=Fragment=] - - C’est que l’exil est triste; il fait rêver l’enfance, - Le jeune voyageur n’a d’ami que le ciel; - Il erre sans asile, il pleure sans défense - Comme un oiseau perdu loin du nid paternel; - Son ramage se change en plaintes douloureuses; - _Des oiseaux inconnus les cris le font frémir_ - Et même en retournant sur des routes heureuses, - S’il veut chanter, longtemps il semble encore gémir. - A ses regrets en vain la patrie est rendue - L’orage a dispersé la couvée éperdue, - Les frères sont partis; le nid vide est tombé; - En s’envolant, peut-être un d’eux a succombé;[34] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Voilà sur son chapeau sa guirlande encor verte - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Que devient l’infortune à la fuite imprévue - D’un ami distrait ou honteux? - -- - Qui n’a quelque pitié des brebis voyageuses - Laissant à quelque haie un peu de leur toison. - Oh! que de fils brisés dans ma trame affaiblie, - Que d’adieux recélés dans le fond de mon cœur! - -- - Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine - Semez vos dons à mon cher voyageur! - Ne souffrez pas que quelque voix hautaine - Sur son front pur appelle la rougeur. - Que ma prière en tout lieu le devance! - Dieu! Que pas un ne le nomme étranger! - Aidez son cœur à porter notre absence - Et que parfois le temps lui soit léger! - -- - Et le vieux prisonnier de la haute tourelle - Respire-t-il encore à travers les barreaux? - Partage-t-il toujours avec la tourterelle - Son pain qu’avaient déjà partagé ses bourreaux? - -- - -[=Fragment=] - - Cette fille de l’air à la prison vouée - Dont l’aile palpitante appelait le captif, - Était-ce une âme aimante au malheur envoyée? - _Était-ce une espérance au vol tendre et furtif?_ - Oui: si les vents du nord chassaient l’oiseau débile, - L’œil perçant du captif le cherchait jusqu’au soir; - De l’espace désert voyageur immobile - Il oubliait de vivre; il attendait l’espoir, - _Car toujours, jusqu’au terme où nous devons atteindre - Jusqu’au jour qui n’a plus pour nous de lendemain, - Le flambeau de l’espoir vacille sans s’éteindre - Comme un rayon qui part d’une immortelle main._[35] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Doux crime d’un enfant, clémence aventureuse. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[=Fragment=] - - La liberté, ma fille, est un ange qui vole. - Pour l’arrêter longtemps la terre est trop frivole. - Trop d’encens lui déplaît, trop de cris lui font peur; - Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine - Qui cherche les parfums et l’air pur de la plaine - Rafraîchit en passant le front du laboureur. - On dit qu’elle descend rapide, inattendue; - Que son aile sur nous repose détendue... - Hélas! où donc est-elle? En vain j’ouvre les yeux; - Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même - Où l’on travaille en paix, où l’on prie, où l’on aime - Où l’indigence obtient une obole et des pleurs, - La déesse en silence aime à jeter ses fleurs. - Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l’envie, - On les effeuille à Dieu qui dit: «_Cache la vie_».[36] - Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi. - Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi. - -- - Dieu laissez-moi goûter la halte commencée; - Dieu laissez-moi m’asseoir à l’ombre du chemin - Mes enfants à mes pieds, et mon front dans ma main. - Défendez aux chemins de m’emmener encore - -- - Un ami me parlait et me regardait vivre! - Alors c’était mourir... Ma jeune âme était ivre - _De l’orage enfermé dont la foudre est au cœur_. - Il eut mit tout un jour à comprendre une larme - De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs. - - - [34] A rapprocher des vers de la pièce _A mes enfants_, - page 135. - - Quand j’emportai vos jours vers un ciel sans chaleur. - - [35] Ailleurs. - - Et que l’espoir filtre toujours au fond de la joie écoulée. - - [36] Ami cache ta vie et répands ton esprit - - V. H. - - - - -_IPSA_ - - D’avance je traînais les maux qui m’attendaient. - - - Qui ne veut rien du Temps, mais qui craint sa vitesse - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et je ne fus jamais à demi malheureuse. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Qu’il est beau, le miroir qui double ce qu’on aime, - _Ce portrait qui se meut_... - -- - Toi que dans le fond des chaumières - On appelle avant de mourir, - Pour aider une âme à souffrir - Par ton exemple et tes prières - . . . . . . . . . . . . . . . . . - Oh! donne-moi tes cheveux blancs, - Ta marche pesante et courbée - _Ta mémoire enfin absorbée_ - -- - Vois-tu d’un cœur de femme il faut avoir pitié, - Quelque chose d’enfant s’y mêle à tous les âges. - -- - C’est qu’ils parlaient de toi, quand loin du cercle assise, - Mon livre trop pesant tomba sur mes genoux; - C’est qu’ils me regardaient quand mon âme indécise - Osa braver ton nom qui passait entre nous. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quel effroi de ramper au fond de sa mémoire - D’ensanglanter son cœur aux dards qui l’ont blessé - _De rapprendre un affront que l’on crut effacé_ - Que le temps... que le ciel a dit de ne plus croire - _Et qui siffle aux lieux même où la flèche a passé_! - -- - Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser les instants - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre, - Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera. - -- - -[Lien avec l’_Amour du Silence_.] - - J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne, - D’amour, d’un long silence écoulé sans effroi - -- - Et quand je vacillais, luciole éphémère. - -- - S’en aller à travers des pleurs et des sourires - Achever par le monde un sort amer et pur, - User sa robe blanche, et, pour une d’azur, - En laisser les lambeaux aux ronces des martyres, - C’est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi, - Je ne m’appuie à rien que je ne tombe à terre, - Et je chante pourtant l’ineffable mystère - Qui de mon cœur trahi fait un cœur plein de foi. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ils ont soufflé loin d’eux mes mobiles revers. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ville austère où j’appris à pleurer, - Où j’apportais un cœur si tendre à déchirer. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Au milieu de leurs jours inoffensive et frêle - Mort, oublieuse Mort, je passe sous votre aile - Et je n’alourdis pas mon vol de haine... - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[=Fragment=] - - Vraiment le pardon calme à défaut d’espérance - Il détend la colère; _on pleure, on apprend Dieu_, - _Dieu triste_, comme nous voyageur en ce lieu, - Et l’on courbe sa vie au pied de sa souffrance. - Ceux qui m’ont affligée en leurs dédains jaloux - Ceux qui m’ont fait descendre et marcher dans l’orage - _Ceux qui m’ont pris ma part de soleil et d’ombrage_ - Ceux qui sous mes pieds nus m’ont jeté leurs cailloux, - N’ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes, - Leurs pleurs, pour expier ce qu’ils m’ont fait de larmes? - Quoi donc! aux durs sentiers qu’on a tous à courir - Seigneur, ne faut-il pas mourir et voir mourir? - N’est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines, - _Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines_? - Oh! qui peut se venger? oh! par notre abandon[37] - Seigneur, par votre croix dont j’ai suivi la trace, - Par ceux qui m’ont laissé la voix pour crier grâce, - Pardon pour eux! pour moi! pour tous! pardon! pardon! - -- - Seigneur un cheveu de nous-même - Est si vivant à la douleur. - -- - Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries - Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs - C’est à vous qu’elles vont mes lentes rêveries, - Et de mes pleurs chantés les amères douceurs[38] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tant que l’on peut donner on ne veut pas mourir. - -- - Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Dans le fond de mon cœur je renferme mon sort - -- - Tout le concert se tenait dans mon âme - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Le front vibrant d’étranges et doux sons - Toute ravie et _jeune en solitude_ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - J’étais l’oiseau dans les branches caché, - S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute - Que le faneur fatigué qui l’écoute - Dont le sommeil à l’ombre est empêché - S’en va plus loin tout morose et fâché. - -- - De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse - Dont les regards charmants - Ont versé leurs rayons sur moi _pâle couveuse - D’immobiles tourments_ - -- - J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu, - -- - Facile à me créer des thèmes ravissants - J’ai chanté comme vrais bien des bonheurs absents - -- - Le jour douteux et blanc dont la lune a touché - Tout ce ciel que je porte en moi-même caché. - -- - Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine - Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine - Qu’un indigent l’emporte après m’avoir parlé - Et le garde longtemps dans son cœur consolé. - - - [37] Ailleurs: - - Jette donc loin tes colères - Contre _d’innocents ingrats_ - Le flambeau dont tu t’éclaires - Te voit si tendre en mes bras. - Cesse d’essayer ta haine, - Faite pour la mépriser, - _C’est perdre à river ta chaîne - La force de la briser_. - - [38] Plus bas: - - Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes. - - - - -MATERNITÉ - -ET - -ENFANCE - - La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme? - Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain. - - - Confiants, vous dansez quand votre mère chante - Son baiser nous délasse et nous mène au sommeil. - Sans prévoir que souvent la voix qui nous enchante - Va prier dans les pleurs jusqu’à votre réveil. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et je sentais naître ma fille - Dans mon sein tout blessé des flèches du malheur. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[Lien avec le _Rythme_.] - - Moi seule en vous berçant d’amour, de mélodie - Je vous inoculai ma douce maladie. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Je vous aide à m’aimer autant que je vous aime. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[Lien avec _Prisons et Exils_.] - - Un jour vous serez seuls par la sentence amère - Qui sépare de force entre eux les voyageurs. - -- - Un bouquet de cerise, une pomme encore verte, - C’étaient là des festins savourés jusqu’au cœur. - -- - -[Lien avec l’_Amour de l’eau_. =Fragment.=] - - Entre les cailloux bleus que mouillent le grand puits. - De sa fraîcheur lointaine il lave encor mon âme - Du présent qui me brûle il étanche la flamme, - _Ce puits large et dormeur au cristal enfermé_ - Où ma mère baignait son enfant bien-aimé. - Lorsqu’elle berçait l’air avec sa voix rêveuse - Qu’elle était calme et blanche, et paisible le soir - Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir - Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse! - Elle avait des accents d’harmonieux amour - Que je buvais du cœur en jouant dans la cour. - Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante - Pour aider le sommeil à descendre au berceau? - Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau? - Est-ce l’Eden rouvert à son hymne touchante, - _Laissant sur l’oreiller de l’enfant qui s’endort - Poindre tous les soleils qui lui cachent la mort_? - Et l’enfant assoupi sous cette âme voilée - Reconnaît-il les bruits d’une vie écoulée? - _Est-ce un cantique appris à son départ du ciel - Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel?_ - Merci, mon Dieu. Merci de cette hymne profonde - Pleurante encore en moi dans les rires du monde - Alors que je m’assieds à quelque coin rêveur - _Pour entendre ma mère en écoutant mon cœur_: - Ce lointain au revoir de son âme à mon âme - Soutient en la grondant ma faiblesse de femme. - Comme au jonc qui se penche une brise en son cours - A dit: «Ne tombe pas. J’arrive à ton secours.» - Elle a fait mes genoux souples à la prière... - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Triste de me quitter, cette mère charmante - Me léguant à regret la flamme qui tourmente - Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main, - Comme pour le sauver par le même chemin. - Et je restai longtemps, longtemps sans la comprendre, - Et longtemps à pleurer son secret sans l’apprendre, - A pleurer de sa mort le secret inconnu - _Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu_ - Ce cœur signé d’amour comme sa tendre proie, - Où pas un chant mortel n’éveillait une joie. - On eût dit à sentir ses frêles battements - Une montre cachée où s’arrêtait le temps. - On eût dit qu’à plaisir il se retînt de vivre. - Comme un enfant dormeur qui n’ouvre pas son livre - Je ne voulais rien lire à mon sort, j’attendais; - Et tous les jours levés sur moi, je les perdais. - _Par ma ceinture noire à la terre arrêtée_ - Ma mère était partie et tout m’avait quittée, - Le monde était trop grand, trop défait trop désert - _Une voix seule éteinte en changeait le concert_ - Je voulais me sauver de ces dures contraintes - J’avais peur de ses lois, de ses mots, de ses craintes - Et ne sachant où fuir ses échos durs et froids, - Je me prenais tout haut à chanter mes effrois.[39] - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -- - Oui l’enfance est poëte. Assise ou turbulente - Elle reconnaît tout empreint de plus haut lieu, - L’oiseau qui jette au loin sa musique volante - Lui chante une lettre de Dieu. - Ma sœur, ces jours d’été nous les courrions ensemble, - Je reprends sous leurs flots ta douce main qui tremble, - Je t’aime du bonheur que tu tenais de moi. - Et mes soleils d’alors se rallument sur toi. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -- - Elle n’a plus d’enfant, sa tendresse est déserte! - Plus un rameau qui rit, plus une branche verte, - Plus rien. Les seules fleurs qui s’ouvrent sous ses pas - Croissent où les vivants ne les dérobent pas. - -- - -[=Fragment=] - - Ces beaux enfants si fiers d’entrer dans nos orages, - Rêvant leurs horizons, leurs jardins, leurs ombrages, - Moi, quand je les vois rire à ce prisme trompeur - Je veux rire et je _fonds en larmes dans mon cœur_[40] - Et vous, n’avez-vous pas de ces pitiés profondes - Qui vous percent le sein comme feraient les ondes - En creusant goutte à goutte un caillou. Mille fois - J’ai voulu les instruire et j’ai gardé ma voix. - Que fait la chèvre errante au rocher suspendue - Qui rêve et se repent de sa route perdue? - Ose-t-elle effrayer, penchés sur le torrent, - Les chevreaux pris aux fleurs qu’emporte le courant? - Qu’irions-nous raconter à leur jeunes oreilles? - Que _sert d’en soulever les couronnes vermeilles - Dont il plaît au printemps d’assourdir leur raison_? - Ils ont le temps, pas vrai? Tout vient dans sa saison. - Oh! laissons-les aller sans gêner leur croissance. - Oh! dans leur _vie à jour_[41] n’ont-ils pas l’innocence - Au pied d’un nid charmant parle-t-on d’oiseleur? - _Tournons-les au soleil et restons au malheur!_ - -[Lien avec _Foi_.[42]] - - Ou plutôt suivons-les: quelle que soit la route - Nous montons, j’en suis sûre, et jamais je ne doute; - J’épèle, comme vous avec humilité - Un mot qui contient tout, poëte: Éternité! - _De chaque jour tombé mon épaule est légère, - L’aile pousse et me tourne à ma nouvelle sphère_[43] - A tous les biens ravis qui me disent adieu - Je réponds doucement: «Va m’attendre chez Dieu!» - Qu’en ferais-je après tout de ces biens que j’adore - Rien que les adorer, rien que les perdre encore! - J’attends. Pour ces trésors donnés, repris si tôt. - Mon cœur n’est pas éteint: il est monté plus haut. - -- - Écoliers de ce temps, troupe alerte et bruyante - Où sont-ils vos présents jetés à l’eau fuyante, - Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux - Et vos petits jardins de mousse et d’arbrisseaux? - -- - Et leur timbre profond d’où sort l’entretien sûr. (les parents) - -- - Beau jardin si rempli d’œillets et de lilas - Que de le regarder on n’était jamais las. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Pour atteindre un rameau de ces calmes séjours - Qui souple s’avançait et s’enfuyait toujours: - Que de fois suspendus aux frêles palissades - Nous avons savouré leurs molles embrassades. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Nous faisions les doux yeux aux roses embaumées - Qui nous le rendaient bien, contentes d’être aimées! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - C’était la seule porte incessamment ouverte - Inondant le pavé d’ombre ou de clarté verte - Selon que du soleil les rayons ruisselants - Passaient ou s’arrêtaient aux feuillages tremblants. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[=Fragment=] - - On ne saura jamais les milliers d’hirondelles - Revenant sous nos toits chercher à tire d’ailes - Les coins, les nids, les fleurs et le feu de l’été - _Apportant en échange un goût de liberté_. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - C’était vous! D’aucuns nœuds vos mains n’étaient liées, - Vos petits pieds dormaient sur les branches pliées - Toute libre dans l’air où coulait le soleil - Un rameau sous le ciel berçait votre sommeil - Puis le soir on voyait d’une _femme étoilée - L’abondante mamelle à vos lèvres collée_. - Et partout se lisait dans ce tableau charmant - _De vos jours couronnés le doux pressentiment_. - De parfums, d’air sonore incessamment baisée - Comment n’auriez-vous pas été poétisée? - _Que l’on s’étonne donc de votre amour des fleurs!_ - Vos moindres souvenirs nagent dans leurs couleurs - Vous en viviez, c’étaient vos rimes et vos proses - Nul enfant n’a jamais marché sur tant de roses! - Mon Dieu s’il n’en doit plus poindre au bord de mes jours - Que sur ma sœur de Flandre il en pleuve toujours. - -- - Vois, si tu n’a pas vu, la plus petite fille - S’éprendre des soucis d’une jeune famille - _Éclore à la douleur par le pressentiment_ - Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment - Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole - Qu’elle croit endormie au son de sa parole: - _Fière du vague instinct de sa fécondité - Elle couve une autre âme à l’immortalité._ - Laisse-lui ses berceaux: ta raillerie amère - Éteindrait son enfant... Tu vois bien qu’elle est mère! - -- - Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée - Toi _rentrée en mon sein_[44] - -- - Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs. - Où les anges riaient dans nos vierges délires - Où nos fronts s’allumaient sous de chastes rougeurs. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - O mes amours d’enfance, ô mes chastes amours! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - O vous dont les miroirs se ressemblent toujours! - -- - Qui, lorsque l’insomnie ouvrait mes yeux dans l’ombre - Me faisait des tableaux plus doux que le sommeil? - -- - La réputation commence avec la vie. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Vieux, va t’asseoir paisible au banc du souvenir. - -- - Mes jours purs sous tes traits repassent devant moi. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Mon cœur a fait le tien, il s’y renfermera_ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Que tes cheveux sont doux étends-les sur mes larmes_ - Comme un voile doré sur un noir souvenir! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Qu’un si petit visage enferme de portraits: - De tout ce que j’aimais tu m’offres quelques traits - Que d’anges envolés sans pouvoir les décrire - Dans ton sourire errant reviennent me sourire! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Quand on me leva seule et comme trop légère... - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - O femme aimez-vous par vos secrets de larmes, - _Par vos devoirs sans bruit où s’effeuillent vos charmes_; - Après vos jours d’encens dont j’ai bu la douceur - Quand vous aurez souffert appelez-moi: ma sœur! - -- - Car au soleil couchant du fond de leurs familles - Glissaient au rendez-vous les plus petites filles - Pareilles aux ramiers que l’on se plaît à voir - S’abattre et s’étaler au bord de l’abreuvoir - Dans le gravier qui brille étaler leur plumage - Et roucouler entre eux leur bonheur sans nuage - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes - -- - Et je devins confuse en pesant mon devoir - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[=Fragment=] - - Nous qui portons les fruits sur la terre où nous sommes - Si fortes pour aimer, nous tendres sœurs des hommes - O mères, pourquoi donc les mettons-nous au jour, - Ces tendres fruits volés à notre ardent amour? - A peine ils sont à nous qu’on veut nous les reprendre - O mères, savez-vous ce qu’on va leur apprendre? - A trembler sous un maître, à n’oser, par devoir, - Qu’une fois tous les ans demander à nous voir, - A détourner de nous leurs mémoires légères. - Alors que sauront-ils? Les langues étrangères, - Les vains soulèvements des peuples malheureux, - Et les fléaux humains toujours armés contre eux. - C’est donc beau? Mais le temps saurait les en instruire, - _Candeur de mon enfant on va bien vous détruire!_ - -- - Dire qu’il faut ainsi se déchirer soi-même, - Leur porter son enfant, seule vie où l’on s’aime, - Seul miroir de ce temps où les yeux sont pleins d’or - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Son enfant! ce portrait, cette âme, cette voix, - Qui passe devant nous comme on fût une fois - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ses longs cheveux cendrés que je baisais toujours[45] - Sans savoir que ce fût le livre de ces jours. - Tu baiseras les miens si l’amour me les donne, - Si tu sais où j’ai pris cette grave couronne. - -- - -[=Fragment=] - - Vous du moins Vierge blanche immobile et soumise - Et seule au bord de l’eau pensivement assise, - Les mains sur votre cœur et vos yeux sur mes yeux, - Parlez-moi, Vierge mère, ô parlez-moi des cieux! - Parlez! vous qui voyez tout ce que j’ai dans l’âme. - Vous en avez pitié puisque vous êtes femme. - Cet _amour des amours_ qui m’isole en ce lieu - Ce fut le vôtre; eh bien, parlez-en donc à Dieu! - Sans reproche, sans bruit, douce reine des mères, - Cachez dans vos pardons mes révoltes amères, - _Couvrez-moi de silence_, et relevez mon front - Baissé sous le chagrin comme sous un affront. - -- - O champs paternels hérissés de charmilles - Où glissent le soir des flots de jeunes filles - -- - Et si tendre et si mère! et si semblable à Dieu! - - - [39] A rapprocher comme vision terrestre de la dernière pièce - des poésies posthumes. - - [40][42] Ailleurs. - - Mystérieux sanglot dont les pleurs sont en nous. - - [41] Ailleurs. - - L’enfant _dont le cœur est à jour_. - - [43] Les vers suivants qu’il eût fallu ranger sous ce chef ont - été maintenus ici pour ne pas dénombrer ce sublime fragment. - - [44] Inès--sa fille morte. - - [45] Ailleurs. - - Vos lauriers m’alarmaient à l’ardeur des flambeaux - Ils cachaient vos cheveux que j’avais faits si beaux! - - - - -FOI - - Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux. - - - La prière m’offrit sa douceur imprévue. - -- - Et le pardon qui vint un jour de pénitence, - Dans un baiser de paix redorer l’existence. - -- - -[=Fragment=] - - Et Dieu nous _unira d’éternité_. Prends garde! - Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde, - Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main - Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain, - Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée, - Ne me souvenant plus que je fus trop aimée - Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux - Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux: - «_Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes_; - Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs; - Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes - Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.» - -- - Car j’ai là comme une prière - Qui pleure pour lui nuit et jour; - C’est la charité dans l’amour, - Ou c’est sa parole première. - Qu’elle enfermait d’âme et de foi. - Sa voix jeune et si tôt parjure. - J’en parle à Dieu sans son injure - Pour que Dieu l’aime autant que moi. - -- - Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie - Il étendra sa main - - Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère - Dont j’ai pris tout l’effroi, - Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire; - Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre, - Je dirai que c’est moi. - -- - Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise - -- - Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil - Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée - Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui - Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et sous cette main qui délivre - J’entrerai _comme tous_ aux cieux. - Là leur or ne pourra les suivre; - Moi je n’y porterai qu’un livre - _Fermé maintenant à leurs yeux_. - Ce livre, ce cœur plein d’orages - Plein d’abîmes et plein de pleurs - Déchiré dans toutes ses pages - Dieu, sauveur de tous les naufrages - Aura la clef de ses douleurs. - -- - - D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange - _Dans les moments profonds que nous ouvre le sort_. - -- - Sur la terre où rien n’est durable - Que d’espérer. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Dites moi si dans votre monde - La mémoire est calme et profonde. - -- - J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme - Perçait de mes détours les fragiles remparts - Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts. - -- - Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons - Et que la lune marche à travers un long voile - O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux - Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus - Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?» - -- - Ne me reviendras-tu que dans l’éternité? - -- - La prière toujours allumant son sourire - Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire. - -- - Fais tant et si souvent l’aumône - Qu’à ce doux travail occupé - La mort te trouve et te moissonne - Comme un lys pour le ciel coupé[46] - -- - Elle allait chantant d’une voix affaiblie - Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait - Courbée au travail comme un pommier qui plie - Oubliant son corps d’où l’âme se délie - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ne passez jamais devant l’humble chapelle - Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et c’est sans mourir une visite aux cieux. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues, - De tous les lointains juge-t-on la couleur? - Les voix sans écho sont les mieux entendues, - Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues - De tous les secrets lui seul sait la valeur. - -- - Je vais au désert plein d’eaux vives - Laver les ailes de mon cœur - Car je sais qu’il est d’autres rives - Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Vous qui comptez les cris fervents - -- - Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers[47] - -- - Je vous obtiens déjà puisque je vous espère - _Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu_. - -- - _Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te prend_ - -- - Sous le toit d’aubépines - Qui lui sert de palais - L’oiseau chante matines - Dans l’arbre pur et frais. - Les enfants du village - Sont ses anges élus - Et les bruits du feuillage - Lui sonnent l’Angélus! - -- - Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords - Vous prier tendrement pour nos frères les morts. - Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes - Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges. - Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs, - Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs. - -- - En regardant couler nos flots - Penché sur ce monde qu’il aime - Jésus triste au fond de lui-même - Retrouve de divins sanglots. - - - [46] Ailleurs: - - Enfin, faites tant et si souvent l’aumône, - Qu’à ce doux travail ardemment occupé - Quand vous vieillirez--tout vieillit, Dieu l’ordonne - Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne - _Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé_. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Il est beau du malheur écrit sur sa figure - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Le jour où l’enfant le console - Par une colombe qui vole, - Dieu le sait vite, avant le soir - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux - M’ont paru lumineux comme si de flambeaux, - Comme si de rayons d’une auréole sainte - Sa tête blanchissante et paisible était ceinte. - - [47] Ailleurs: - - Je suis le grand souffle exhalé sur la croix - Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois. - - - - -NATURE - - Charme des blés mouvants, fleurs des grandes prairies, - Tumulte harmonieux élevé des champs verts. - - - L’oiseau silencieux fatigué de bonheur, - Le chant vague et lointain du jeune moissonneur - -- - Le printemps est si beau, sa chaleur embaumée - Descend au fond des cœurs réveillés et surpris - Une voix qui dormait, une ombre accoutumée - Redemande l’amour à nos sens attendris. - -- - Car l’imprévoyante colombe - Qui librement passait dans l’air - Au trait parti comme l’éclair - Tressaille, tourne, expire et tombe, - Aux pieds du tranquille chasseur - _Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur_! - -- - Va. Tu n’as que le temps de deviner l’amour! (l’éphémère) - Né dans le feu, ton vol en cercles s’y déploie - Et sème des anneaux de lumière et de joie. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Nul adieu ne viendra gémir dans l’harmonie - De ton jour de musique et d’ivresse infinie. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tu n’as point à traîner ton cœur lourd comme un livre - -- - La nuit se sillonnait de songes transparents. - -- - Ils ne se faisaient qu’un pour être à deux toujours! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - On eut dit qu’ils s’aimaient jusqu’à manquer d’haleine. - Je ne les plaignais pas d’être roseaux, j’aimais. - Et de ce frais hymen montait une harmonie - Qui parlait! qui chantait! Triste, intime, infinie - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Souvent d’un rossignol la nocturne prière - Descendait se mouiller dans leurs frissons charmants - -- - Viens, on dirait la nuit au fonds des bois couchée, - Pas une aile d’oiseau n’éveille l’air encor. - Le rossignol se tait quand la lune est cachée - Hors toi, sous tes parfums, fleur brûlante et penchée - La nuit enchaîne tout dans son muet accord. - - Viens, les premiers lilas sous l’ombre et la verdure - Soufflent au loin leur nom, leur forme, leurs couleurs - La terre ne dort pas, elle ouvre sa ceinture, - Son sourire invisible encense la nature - Et son hymne au soleil va s’élancer des fleurs. - -- - Les pigeons sans lien sous leur robe de soie - Mollement envolés de maison en maison, - Dont le fluide essor entraînait ma raison; - Les arbres, hors des murs penchant leurs têtes vertes; - Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes, - Le rire de l’été sonnant de toutes parts... - -- - La lune large avant la nuit levée - Comme une lampe avant l’heure éprouvée - -- - Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir. - Tout tressaille averti de la prochaine ondée - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - _Laissez pleuvoir, ô cœurs solitaires et doux._ - -- - Là-bas les ramiers blancs flottaient à longues voiles - Et semblaient en plein jour de filantes étoiles - -- - Jeune on a tant aimé ces _parcelles de feu_.[48] (abeilles) - Ces _gouttes de soleil_ dans notre azur qui brille - Dansant sur le tableau lointain de la famille - Visiteuses des bleds où logent tant de fleurs, - _Miel qui vole_ émané des célestes chaleurs - J’en ai tant vu passer dans l’enclos de mon père - Qu’il en fourmille au fond de tout ce que j’espère... - -- - Pas une aile à l’azur ne demande à s’étendre - Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis. - -- - Oui la nuit à jamais, promets-la moi, je l’aime - Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils - -- - Allez la mer! Allez, navire enflé de voiles - La danse vous salue au fonds de vos couleurs. - -- - Ma mère, entendez-vous quand la lune est levée - L’oiseau qui la salue au fond de sa couvée? - Ne fait-il pas rêver les arbres endormis?[49] - -- - Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule, - Sous le cygne endormi, l’eau du lac bleu s’écoule - -- - - Le Christ est beau, je l’aime et je joue au calvaire - Où j’ai fait un jardin tout bleu de primevère - -- - L’orme et le tilleul versent leur ombre noire - -- - _Ce papillon tardif que la fraîcheur attire - Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés_ - -- - On avait couronné la vierge moissonneuse - Le village à la ville était joint par des fleurs. - - - [48] Vers vraiment virgiliens.] - - [49] Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres. - - VERLAINE. - - - - -L’AMOUR DES FLEURS - - Il semble que les fleurs alimentent ma vie. - - - Vois dans l’eau, vois ce lys dont la tête abaissée - Semble se dérober au sourire des cieux. - -- - Dieu couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive. - -- - En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne - -- - Fleur naine et bleue et triste où se cache un emblème (myosotis) - Où l’absence a souvent respiré le mot: J’aime! - Où l’aile d’une fée a laissé des couleurs - Toi qu’on devrait nommer le colibri des fleurs - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Va donc comme un œil d’ange éveiller son courage. - -- - _Quand l’oiseau sans musique erre aux champs sans couleurs_, - Je ne me sens pas vivre et je ressemble aux fleurs - Aux pauvres fleurs baissant leurs têtes murmurantes - Et qu’on prendrait de loin pour des âmes pleurantes. - -- - Un ruban gris qui serpentait dans l’herbe - De réséda nouant l’humide gerbe - -- - Et votre vie à l’ombre est un divin moment - -- - Inclinez-vous le soir, sur les dernières larmes - Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Par les beaux clairs de lune aux lambris de ma chambre - Que de bouquets mourants vous avez fait pleuvoir! - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Sortis de vos plis verts où les jasmins respirent - Que de songes sur moi vinrent causer le soir! - -- - Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles - Et savent pleurer comme les jeunes filles. - - - - -L’AMOUR DE L’EAU - - Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m’ont parlé - Humectent sa voix d’un long rythme perlé... - - - Si son ombre a passé dans votre eau fugitive, - Nymphe - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Si l’image qui fuit vous devient étrangère - De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir? - -- - Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire, - On ne sait trop s’il fuit, s’il cherche, s’il attend, - Mais il est malheureux puisque mon cœur l’entend. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - On le dirait joyeux de caresser des fleurs - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Si je pouvais chanter je ne l’entendrais pas. - -- - Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Appelant un secret qu’elle ne comprend pas - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Une image nouvelle y glisse tous les jours - -- - Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre - Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil - -- - Si mon étoile brille - Et trace encor mon nom dans la Scarpe d’argent. - -- - Viens ranimer le cœur séché de nostalgie - Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie. - En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets - Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -[=Fragment=] - - Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours - Et m’a fait _cette voix qui soupire toujours_. - - Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre - Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre - Comme d’un pâle enfant on berce le souci - Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici. - - Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère - Enlevant à son cœur quelque pensée amère - Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas - Un bonheur attardé qui ne revenait pas. - - Cette mère, à ta rive elle est assise encore, - La voilà qui me parle, ô mémoire sonore! - O mes palais natals qu’on m’a fermés souvent - La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant. - - Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme! - Sur ma lèvre entr’ouverte elle répand sa flamme - Non! par tout l’or du monde on ne me paîrait pas - Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas! - -- - -[=Fragment=] - - Un ruisseau, frais enfant d’une source cachée - Promenait sur les fleurs son humide cristal; - L’herbe au pied du miroir n’était jamais penchée; - Il y versait la vie à flot toujours égal. - Harmonieux passant son mobile murmure - Enchantait la nature: - Un doux frémissement, quand de ses molles eaux - Il mouillait les roseaux - Avertissait au loin quelque nymphe altérée - Qu’un filet d’eau coulait sous les saules tremblants; - Et la bergère, au soir, dans la glace épurée - Venait baigner ses pieds brûlants. - -- - -[=Fragment=] - - Toi ne passe jamais à l’angle de la rue, - Où notre église encor n’est pas toute apparue - Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas - Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas. - Il chante le passé, car il a vu nos pères; - Il a la même voix que dans nos temps prospères! - Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir - Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir! - _Ton visage étoilé dans les cercles humides - Parsemant leurs clartés de sources limpides_ - Et les multipliant au fond du puits songeur - Pour y porter le jour, comme ils font dans mon cœur! - Alors qu’il soit béni, le salubre nuage - Ayant de tous les tiens miré l’errante image! - Monte sur la margelle et bois à ton plein gré - Son haleine qui manque à mon sang altéré! - - - - -LE RYTHME - - Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime. - - - Leur prestige est si doux pour un cœur attristé. (les vers) - -- - Cet art consolateur d’une âme déchirée. - -- - Pourquoi déifier vos immobiles peines? - -- - - - - -LE SILENCE - - Moi, je veux du silence, il y va de ma vie! - - - Voilà le souvenir au pénétrant silence; - Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur. - -- - Un coin vert où jamais on n’entend rien gémir - J’y voudrais bien aller! j’y voudrais bien dormir! - S’il vous plaît, qu’on m’y porte. Il me faut du _silence_ - Un saule au doux frisson que l’air baigne et balance. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Tant de bruits sur la terre ont étourdi mon âme! - -- - Béni soit le coin sombre où s’isole mon cœur! - -- - Cherchant de l’ombre à part afin d’oser dormir! - -- - Déjà son esprit prenant goût au silence. - - - - -ÉTERNITÉ - - _Et Dieu nous unira d’éternité_... - - - Que je lui dise: «Viens, plus d’absence entre nous, - Viens, j’expiai pour toi ton infidèle flamme» - Il me reconnaîtra. Saisi d’un doux remords - Il ne verra plus que mon âme, - Il me trouvera belle alors. - -- - Et ta main, du repos marquant l’étroit espace - Y jeta quelques fleurs pour y garder ta place. - -- - Et moi, quand dans la tombe on me fera descendre - Des papillons légers voleront-ils sur moi? - Les oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi? - Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre? - -- - Et le pauvre interdit à ta porte fermée - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Humble fille de la nature[50] - Elle aimait la fleur sans culture - Qui naît et meurt au fond des bois. - Son âme brûlante et craintive - Aimait l’eau mobile et plaintive. - Qui répond aux plaintives voix. - Comme l’impatiente abeille - Quitte une rose moins vermeille - Emportant dans les airs son parfum précieux - Cette jeune Albertine _en silence éveillée_ - Quittant avant le soir sa couronne effeuillée - Vient de s’en retourner aux cieux. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Pourquoi ces tendres fleurs dans leur avril écloses - Tombent-elles souvent sans attendre l’été? - -- - On verra par mes soins, quelque feuille de lierre - De son étroit asile embrasser le contour. - -- - Contemplez ce nuage. Hélas! il nous ressemble, - Il va vite. En courant, levez parfois les yeux. - N’ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.[51] - -- - Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées, - Leur tranquille silence éveillait mes pensées, - Y cueillir une fleur me semblait un larcin. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Autrefois... qu’il est loin le jour de son baptême - Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau: - Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même, - Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Oui, je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants, - Miroirs de la piété qui marchait sur tes traces, - Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces, - Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Oui tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile - Albertine! et tu sais l’autre vie avant moi. - Un jour j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile, - Elle a baisé mon front, et j’ai dit: «c’est donc toi!» - -- - Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux - D’un ange, autour de moi, je sentais la présence. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme! - Toujours elle se plaint; jamais elle ne dort: - Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme, - Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor? - -- - Car on dit que longtemps encore - L’âme retourne au monument, - Glissant du ciel à chaque aurore - Pour épier ce qu’elle adore - Et que parfois c’est vainement. - -- - L’homme achète longtemps le bienfait de la mort. - -- - Et le vrai, c’est la mort!--et j’attends son secret. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Oh! ce sera la vie. Oh! ce sera vous-même, - Rêve, à qui ma prière a tant dit: je vous aime. - Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment - Des âmes en douleurs le chaste enfantement. - -- - O vie! ô fleur d’orage! ô menace! ô mystère! - O songe aveugle et beau! - Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre - Que ta route au tombeau? - - --«Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance, - Fruit divin de ma fleur? - Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance - Dans l’éternel bonheur? - - Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles, - Que sert de vous parler? - Vos pieds sont las, pliez! Dieu vous mettra des ailes, - Et vous pourrez voler. - - De vos fronts consternés, mères inconsolables - Les cyprès tomberont, - Quand, pour vous emmener, messagers adorables, - Vos enfants descendront. - - Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie, - Quand vous verrez la mort - Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie - Comme un agneau qui dort. - - La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes; - Sa nuit couve le jour, - Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles - Savent que c’est l’amour!»[52] - -- - Un enfant plus léger, plus peureux de la terre - Et qui s’en retournait habillé de mystère - -- - J’ai peur de voir tomber les voiles de mon âme - J’ai peur qu’elle s’en aille à la porte des cieux - Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux. - -- - - Mourir! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme - Prend ses ailes longtemps avant de s’envoler. - -- - Peut-être qu’à son insomnie - Ton âme suspendue un soir - De sa pénitence finie, - Viendra respirer et s’asseoir - Puis ouvrant doucement la porte - Du séjour où Dieu la remporte - Elle me dira: «Ne crains rien» - _Les cieux sont grands, les morts sont bien_. - - J’ai déjà tant d’âmes aimées - Sous ce lugubre vêtement! - Tant de guirlandes parfumées - Qui pendent au froid monument, - Par le souffle mortel atteintes - D’où mon nom sortait plein d’amour, - Et qui m’appelleront un jour! - - Notre corps ne faisait plus d’ombre - Comme dans ce triste univers - Et notre âme n’était plus sombre: - Le soleil passait au travers. - -- - La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde, - Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - O beauté souveraine à travers tous les voiles.[53] - _Tant que les noms aimés retourneront aux cieux_ - Nous chercherons Delphine à travers les étoiles - Et son doux nom de sœur humectera nos yeux. - -- - Tel qu’un homme hâté s’arrête de courir - Et dit en lui: «C’est vrai pourtant il faut mourir.» - Puis qui reprend sa route avec la tête basse - Comme si d’un fardeau son épaule était lasse? - Ah! c’est que des points noirs troublent un ciel vermeil - Quand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil... - -- - Elle entre, et bien des yeux qui paraissent fermés (la lune) - Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - N’as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes - Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Merci! toi qui descends des divines montagnes - Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes - Dans leur étroit jardin tu viens les regarder, - Et contre l’oubli froid tu sembles les garder. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs, - Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -- - Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille - Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille - _Au deuil blanc_, car pressé de vivre et de souffrir - _L’homme partout s’attarde à regarder mourir_. - -- - Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle - S’effaçait, comme on voit aux approches du soir - Par degrés se ternir les clartés d’un miroir - -- - Faite à souffrir - Devant pour être morte, - Si peu mourir. - . . . . . . . . . . . . . . - Quand l’_autre moissonneuse - Forte en tous lieux_ - -- - Quand la nuit descendit sur l’ardent paysage - Quand tout bruit s’effaça l’astre au tendre visage - Vers une croix nouvelle allongea ses fils d’or - Comme un baiser de mère à son enfant qui dort. - -- - Le sourire défaille à la plaie incurable - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Adieu sourire, adieu jusque dans l’autre vie - Si l’âme, du passé n’y peut être suivie! - Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir. - A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir? - -- - Il est du moins au-dessus de la terre - Un champ d’asile où monte la douleur; - J’y vais puiser un peu d’eau salutaire - Qui du passé rafraîchit la couleur. - -- - Par un rêve dont la flamme - Éclairait mes yeux fermés - . . . . . . . . . . . . . . . . . - Viens ne crains pas leur silence - Ni leurs yeux ouverts sans voir - Le sommeil qui les balance - N’a de vivant que l’espoir. - - Sous une forme reprise - Et qui nous ressemblera - Avec un cri de surprise - Chacun se reconnaîtra. - - Quoi, c’est lui! c’est toi! c’est elle! - Retentira de partout, - Et l’on proclamera belle - La mort vivante et debout.[54] - -- - Et pour gagner l’autre vie - Retourne avec les mourants. - -- - Ah! je sens que je fus colombe - En voyant vos ailes s’ouvrir (oiseaux) - Et pour vous suivre par la tombe - J’ai déjà moins peur de mourir. - -- - Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance - Doux et muet témoin de tes ébats naïfs - Qui se laissait aimer et gronder sans défense - Qui savait te répondre en murmures plaintifs - Ton camarade est mort. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ce qu’on aime est si triste ainsi gisant et froid - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - A ton beau ramier bleu tu penseras toujours - -- - Dans votre épreuve solitaire - Ne demandez pas le bonheur. - Sa semence est dans votre cœur - Et n’éclora pas sur la terre - -- - Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Oui la rose a brillé sur mon riant voyage - Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;[55] - L’étoile du matin l’aidait à s’entr’ouvrir - Et l’étoile du soir la regardait mourir. - Vers la terre déjà sa tête était penchée; - _L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau_ - La feuille murmurait en tombant desséchée - Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau! - -- - -[=Fragment=] - - Venez-vous en courant dire: Préparez-vous - Bientôt vous quitterez _ce que l’on croit la vie_. - Celle qui vous attend seule est digne d’envie: - Ah! venez dans le ciel la goûter avec nous! - Ne craignez pas, venez! Dieu règne sans colère; - De nos destins charmants vous aurez la moitié. - Celle qui pleure, hélas! ne peut plus lui déplaire; - Le méchant même a sa part de pitié. - Sous sa main qu’il étend, toute plaie est fermée; - Qui se jette en son sein ne craint plus l’abandon; - Et le sillon cuisant d’une larme enflammée - S’efface au souffle du pardon. - Embrassez-nous! Dieu nous rappelle - Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas! - -- - L’amour ce ciment des âmes - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Là-bas où finit la terre - Rejoint la mère à l’enfant - -- - De tendresse et de mystère - Dès qu’il eut rempli ces lieux - -- - Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes - N’a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant? - Qui sait si leurs mains d’ange un moment réunies - N’ont pas pesé là-haut nos peines infinies - Et pleurant de l’amour qu’on leur garde en ce lieu - N’ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu? - -- - Comme si mon enfant puissante avec douceur - -- - Une femme pleurait des pleurs d’une autre femme - Elles ont leurs secrets qu’elles plaignent toujours... - Celle qui regardait reconnaissait son âme - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -- - Vous qui n’avez jamais parlé - Dans notre monde désolé - N’apprenez pas la langue austère - Et les durs sanglots de la terre. - Envolez-vous, mais, par pitié, - De nos pleurs portez la moitié - Dans le manteau bleu de la vierge; - Et nous brûlerons un beau cierge - Au pied de votre blanc berceau - Pour que l’arbre et son arbrisseau - Revivent aux montagnes pures, - Loin des autans, loin des souillures, - Loin de ce monde désolé - Où vous n’avez jamais parlé.[56] - - - [50] Épitaphe d’Albertine (page 228. _Albertine._) - - [51] C’est là-haut dans le ciel qu’il me faut chercher mon père - et ma mère, leurs chers visages m’apparaissent entourés d’une - lumineuse auréole, ils ne sont plus de la terre, ils ne comptent - plus pour mon foyer. - - AURORA LEIGH. - - [52] Tout le souffle du poème de Victor Hugo sur la mort de - _Claire_ avec le rythme de Malherbe dans son poème sur la mort de - _Rosa_. - - [53] Lumière de l’âme, ô beauté! - - LECONTE DE LISLE. - - [54] La mort a été absorbée dans la victoire. - - S. PAUL. - - [55] Hæc viret angusto foliorum, tecta galero. - - [56] Petite pièce si étonnamment descriptive avec son dernier - vers renouvelé du premier et posant comme un doigt sur deux - lèvres. - - - - -PIÈCES A LIRE[57] - - - (Édition Lemerre) - - Pages Tomes - - _Les roses de Saadi_ 273 II - _La prière perdue_ 45 I - _Croyance_ 11 II - _La vie et la mort du ramier_ 198 I - _Les cloches et les larmes_ 267 II - _Pour endormir l’enfant_ 97 III - _Dormeuse_ 70 III - _Le nuage et l’enfant_ 109 III - _L’enfant et la foi_ 206 III - _Les enfants à la communion_ 201 III - _Prière des orphelins_ 262 III - _Au soleil_ 204 III - _Prison et printemps_ 105 II - _Refuge_ 336 II - _Renoncement_ 354 II - _La couronne effeuillée_ 350 II - - - [57] En complément de cette _Étude_ et comme types brefs et - concrets des principaux mouvements qui y sont spécifiés. - - - - -LA VIE ET LA MORT DU RAMIER - - De la colombe au bois c’est le ramier fidèle; - S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle; - Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours, - Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours! - - Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble; - Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble, - Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir: - Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir! - - Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre, - Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur; - Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre, - Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur! - - Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage - Cette blanche moitié de la colombe aux bois, - N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage: - Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois! - - Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues - Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux, - Et vous y trouverez quatre ailes détendues - Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux! - - -DORMEUSE - - Si l’enfant sommeille, - Il verra l’abeille, - Quand elle aura fait son miel, - Danser entre terre et ciel, - - Si l’enfant repose, - Un ange tout rose, - Que la nuit seule on peut voir, - Viendra lui dire: «Bonsoir!» - - Si l’enfant est sage, - Sur son doux visage - La Vierge se penchera, - Et longtemps lui parlera, - - Si mon enfant m’aime, - Dieu dira lui-même: - «J’aime cet enfant qui dort; - Qu’on lui porte un rêve d’or! - - «Fermez ses paupières, - Et sur ses prières, - De mes jardins pleins de fleurs, - Faites glisser les couleurs. - - «Ourlez-lui des langes - Avec vos doigts d’anges, - Et laissez sur son chevet - Pleuvoir votre blanc duvet. - - «Mettez-lui des ailes - Comme aux tourterelles, - Pour venir dans mon soleil - Danser jusqu’à son réveil! - - «Qu’il fasse un voyage - Aux bras d’un nuage, - Et laissez-le, s’il lui plaît, - Boire à mes ruisseaux de lait! - - «Donnez-lui la chambre - De perles et d’ambre, - Et qu’il partage en dormant, - Nos gâteaux de diamant! - - «Brodez-lui des voiles - Avec mes étoiles, - Pour qu’il navigue en bateau - Sur mon lac d’azur et d’eau! - - «Que la lune éclaire - L’eau pour lui plus claire, - Et qu’il prenne au lac changeant - Mes plus fins poissons d’argent! - - «Mais je veux qu’il dorme - Et qu’il se conforme - Au silence des oiseaux - Dans leurs maisons de roseaux! - - «Car si l’enfant pleure, - On entendra l’heure - Tinter partout qu’un enfant - A fait ce que Dieu défend! - - «L’écho de la rue - Au bruit accourue, - Quand l’heure aura soupiré, - Dira: «L’enfant a pleuré!» - - «Et sa tendre mère, - Dans sa nuit amère, - Pour son ingrat nourrisson - Ne saura plus de chanson! - - «S’il brame, s’il crie, - Par l’aube en furie - Ce cher agneau révolté - Sera peut-être emporté! - - «Un si petit être - Par le toit, peut-être, - Tout en criant, s’en ira, - Et jamais ne reviendra! - - «Qu’il rôde en ce monde, - Sans qu’on lui réponde! - Jamais l’enfant que je dis, - Ne verra mon paradis! - - «Oui! mais s’il est sage - Sur son doux visage - La Vierge se penchera, - Et longtemps lui parlera.» - - -RENONCEMENT - - Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé, - Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes; - Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes, - Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté. - - C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être. - Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs; - Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être, - Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs. - - Les fleurs sont pour l’enfant; le sel est pour la femme: - Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours, - Seigneur! quand tout ce sel aura lavé mon âme, - Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours! - - Tous mes étonnements sont finis sur la terre, - Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir - Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère - Que la pudique mort a seule osé cueillir. - - O Sauveur! soyez tendre au moins à d’autres mères, - Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous! - Baptisez leurs enfants de nos larmes amères, - Et relevez les miens tombés à vos genoux! - - -LA COURONNE EFFEUILLÉE - - J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée - Au jardin de mon père où revit toute fleur; - J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée: - Mon père a des secrets pour vaincre sa douleur. - - J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes: - «Regardez, j’ai souffert...» Il me regardera, - Et, sous mes jours changés, sous ma pâleur sans charmes, - Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra. - - Il dira: «C’est donc vous, chère âme désolée, - La terre manque-t-elle à vos pas égarés? - Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée; - Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!...» - - O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père! - Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu! - Je vous obtiens déjà puisque je vous espère - Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu. - - Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle; - Ce crime de la terre au ciel est pardonné. - Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle, - Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné! - - - - -_ERRATA_ - - - Pages Au lieu de: Lisez: - - 51 _souvent_ pleines d’envol _parfois_ pleines d’envol - 62 _le froid_ _ton poids_ - 68 _complot_ _sanglot_ - 71 préférais préfé_re_rais - 72 [note 23] Gaut_h_ier Gautier - 99 pour quoi pourquoi - 153 prend_s_ prend - 186 C’est vrai C’est vrai _pourtant_ - - - - -TABLE - - - Avant-propos 1 - Prologue 11 - I 13 - II 27 - III 43 - IV 53 - Appendice 81 - Essai de classification 89 - Pièces à lire 193 - - - - -IMPRIMERIE G. RICHARD 5, RUE DE LA PERLE, PARIS - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. 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General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. 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Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. 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/* les notes "flottent" vers la marge gauche */ - float: left; - clear: both; - font-size: 80%; - line-height: 1.1; - background: #f8f8f8; - border: solid 1px #ccc; - } - -.sne {visibility: hidden;} /* les signes ♦ ne se verront que sur certains vieux Kindle - qui ne permettent pas les instructions "float" */ -.x-ebookmaker div.sidenote { - text-indent: 0; - text-align: center; - font-size: smaller; - float: left; - clear: left; - width: 6.2em; - max-width: 6.2em; - min-width: 6.2em; - margin: .7em 2em 0 -3em; - padding: .2em .2em .2em .3em; - } - -/* Liens */ -a:link {color:#888; text-decoration: none;} -a:visited {color:#888; text-decoration: none;} -a:hover {color:#000; text-decoration: underline;} - - </style> -</head> -<body> - -<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Félicité, by Robert de Montesquiou-Fézensac</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you -are not located in the United States, you will have to check the laws of the -country where you are located before using this eBook. -</div> - -<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Félicité</p> -<p style='display:block; margin-top:0; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:0;'>Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore</p> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Robert de Montesquiou-Fézensac</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: July 31, 2021 [eBook #65969]</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div> - -<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Clarity, Hans Pieterse and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)</div> - -<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ ***</div> - -<hr class="full" /> - -<p class="ssrf nobreak noind"><a href="#note">Au lecteur</a></p> - -<p class="ssrf nobreak noind"><a href="#toc">Table</a></p> - -<div class="figcenter x-ebookmaker-drop" style="margin-top: 4em; width: 399px;"> - <img src="images/couverture.jpg" alt="" width="399" height="600" /> -</div> - -<div class="figcenter" style="margin-top: 4em; width: 480px;"> - <img src="images/im-01.jpg" alt="" /> - <p class="cs8"><i>A. Devéria del.</i></p> - <p class="cent cs12"><i><span style="position: relative; right: .15em;">M</span><sup>me</sup>. Desbordes-Valmore.</i></p> -</div> - -<div class="newpage" style="padding: 2em; width: 80%; max-width: 24em ; - border: solid 2px #999; margin: 4em auto;"> - -<p class="cent">COMTE ROBERT DE MONTESQUIOU-FEZENSAC</p> - -<hr class="hr10" /> - -<p class="cent"><i>LES AUTELS PRIVILÉGIÉS</i></p> - -<hr class="hr10" /> - -<p class="sep2 cent ssrf cs20 esp">FÉLICITÉ</p> - -<p class="cent lh15 smcap"><small>Étude sur la Poësie<br /> -de Marceline DESBORDES-VALMORE</small><br /> -<span class="cs6">SUIVIE D’UN ESSAI DE CLASSIFICATION<br /> -DE SES MOTIFS D’INSPIRATION</span></p> - -<hr class="hr10" /> - -<p class="cent cs8"><i>Avec un portrait de Madame VALMORE d’après DEVÉRIA</i></p> - -<div class="figcenter"> - <img src="images/logo.jpg" alt="FAC ET SPERA — A L" /> -</div> - -<p class="cent"><span class="cs8">PARIS</span><br /> -<span class="cent ssrf esp">A. LEMERRE, ÉDITEUR</span><br /> -<span class="cs6">23, 31, passage Choiseul</span></p> - -<hr class="hr5" /> - -<div class="cent cs6 esp">1894</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<p><small>Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur.</small></p> - -</div> - -<h1>FÉLICITÉ</h1> - -<p><small><i>Dolorosa.</i></small></p> - -<div class="rpoem" style="margin-top: 3em;"> - <div class="vers">Elle s’occupe aussi des choses de la terre</div> - <div class="vers">Car la feuille du lys est courbée en dehors.</div> - - <div class="attrib">Victor <span class="smcap">Hugo</span>.</div> -</div> - -<h2 id="Page_I">AVANT-PROPOS</h2> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Les gens en parleront, n’en doutez nullement,</div> -</div> - -<p class="noind">et</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers-7">bien fou du cerveau</div> - <div class="vers">Qui prétend contenter tout le monde et son père.</div> -</div> - -<p class="sep2">Les deux consolants conseils de La Fontaine ont -répondu d’avance aux objections que je relève, comme -à toutes autres objections, au reste.</p> - -<p>Néanmoins, je veux m’efforcer de réfuter plus spécialement -quelques-unes d’entre elles.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Essayons, toutefois, si par quelque manière,</div> - <div class="vers">Nous en viendrons à bout.</div> -</div> - -<p>J’ai tenté, en témoignage partiel d’une piété que -j’espère attester plus complètement aujourd’hui, comme -en manière d’une rétrospective compensation, dont -plusieurs ont apprécié l’intention et goûté le contraste, -de donner bien moins à ma glose qu’à une muse, de -son vivant la plus infortunée, un auditoire élu de -distinction intellectuelle et de noble élégance. Les -malicieux en ont voulu faire une manifestation précieuse -dans le fâcheux sens de ce mot, quand la présence -<span class="pagenum" id="Page_II">[p. II]</span> -de beaucoup de bons esprits empêchait pourtant -l’équivoque de <i>bel esprit</i> sous laquelle on n’eût pas été -fâché de discréditer la réunion et de gâter la chose.</p> - -<p>J’ai récité alors les deux premiers chapitres de -l’étude qui suit, plus la troisième partie du chapitre IV. -Je marque aujourd’hui d’un astérisque dans ces pages, -où pas un mot n’a été changé, trois passages dont les -expressions faussement ou incomplètement citées ont -été relevées plaisamment, et je les livre à une critique -plus attentive.</p> - -<p>Mais, ce qu’il y eut d’un peu déroutant, pour ma -bonne foi, ce fut, en même temps que le reproche d’une -prononciation trop martelée,—sans doute encore insuffisante,—la -soi-disant <i>citation</i> en <i>italiques</i> et <i>entre -guillemets</i>, dans plusieurs compte-rendus, de locutions -cocasses telles que «<i>encélesté, lavabo de pensée! superlativement -liliale. Il y a une grande injustice à réparer, -le mage a dit...</i>» dont mon texte n’a jamais porté -trace.</p> - -<p>Quant à la trop spirituelle accusation de songer à -réhabiliter Loïsa Puget, d’une part—à savoir de -traiter une matière comiquement rococo;—et ailleurs, -d’avoir, par le choix d’un sujet, pourtant toujours -ouvert—et sur lequel naturellement tout le monde -avait à m’en remontrer—cherché à me parer de ce -qui revenait à d’autres: il faut pourtant qu’on opte -entre ces deux griefs qui s’annihilent.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_III">[p. III]</span> -Un mot pour chacun:</p> - -<p>Nul musicien de génie qui ait, que je sache, consacré -la petite metteuse en musique de tant de romances -aux harmonies justement moquées. Mais les rieurs -qui attendent mon panégyrique de Loïsa <ins id="cor_1" title="Pujet">Puget</ins>, parce -que j’ai célébré Marceline Valmore, savent-ils bien -qu’il n’y a guère de rehaut ni de grâce à ne point être -touché par les accents de Celle dont Michelet a écrit: -«<i>Cette puissance d’orage qu'elle seule a jamais eue sur -moi.</i>»</p> - -<p>Certes, j’ai voulu, moins révéler certaines parties -de l’œuvre que relever toute la figure, un peu brumeuse -et oubliée, quoi qu’on en puisse dire, entre les -buissons de ses poësies enchevêtrées de lierres et de -lianes, de clématites et de chèvre-feuilles, de vignes -vierges et de viornes, ainsi qu’une Belle-au-bois-dormant -du rêve attendant le réveil de quelque -songeur épris de son silence harmonieux, de son souffle -et de son soupir.</p> - -<p>Mais, ce que j’ai aussi souhaité, c’est de rafraîchir -les fleurs et les palmes d’illustres ex-votos spontanés, -entrelacés autour du souvenir de Marceline Desbordes-Valmore, -par tant de mains généreuses; c’est de faire -revivre l’encre mystérieuse et sympathique des litanies -de la glorieuse admiration et de l’estime impérissable -signées de noms prestigieux ou sublimes.</p> - -<p>Une lecture entière de cet essai, pour ceux qui ont -<span class="pagenum" id="Page_IV">[p. IV]</span> -souci d’autre chose que de chicanes taquines, renseignera -sur ma tentative et sur son dessein. J’ose espérer -qu’ils ne seront pas reconnus vains, mais me donneront -droit d’inscrire mon nom au-dessous de nobles commentateurs, -dont le plus récent fut M. Verlaine, parmi -ceux qui ont promené au moins un fil et projeté une -lueur entre les beautés emmêlées de touffus bosquets, -de bouquets diffus.</p> - -<p class="ralign">R. M. F.</p> - -<p class="hang"><small><i>Versailles,<br /> -Janvier 1894.</i></small></p> - -<div class="newpage"> - -<p>... <i>relisant à froid ces pages... Je pensais que cet enivrement -paraîtrait sans doute ridicule, présenté à des lecteurs distraits; -mais aussi, je songeai à ceux qui se pénètrent plus profondément -des émotions qui naissent d’une œuvre sérieuse, et il me sembla -que je leur devais un compte fidèle du travail que je venais de -faire, et qu’il fallait les faire remonter jusqu’à la source même -des idées dont ils avaient suivi le cours.</i></p> - -<p><i>C’est pour cela que, m’attendant bien à paraître extraordinaire, -j’ai voulu passer par dessus ce qu’il y a de puéril et d’exagéré -dans l’inspiration, aux yeux des gens froids.</i></p> - -<p class="ralign"><i>ALFRED DE VIGNY</i></p> - -</div> -<div class="newpage"> - -<p class="cent lh20 sepb4"><span class="cs8">A LA MÉMOIRE DE MA BELLE-SŒUR</span><br /> -PAULINE DE SINETY<br /> -COMTESSE GONTRAN DE MONTESQUIOU-FEZENSAC</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Je redis vos vers, Marceline,</div> - <div class="vers8">Harpe plaintive et cristalline,</div> - <div class="vers8">Le cœur ému, les yeux en pleurs.</div> - <div class="vers8"><i>Je les dédie à vous</i>, Pauline,</div> - <div class="vers8">A vous, sa compagne en douleurs!<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></div> - - <div class="attrib">R. M. F.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> -Vers transposés de Brizeux.</p> -</div> - -</div> - -<h2 id="Page_11">PROLOGUE</h2> - -<p>Je voudrais dire à mon tour, et, s’il se peut, plus -synthétiquement qu’il n’a été fait jusqu’ici, une -poëtesse admirable, ensemble merveilleuse et sublime, -la Sapphô chrétienne, Marceline Desbordes-Valmore.</p> - -<p>Pas un de nous en qui ces musicales syllabes, -cristallines comme le son d’un harmonica, ne résonnent -familièrement. A tous, notre mémoire d’enfant signe -de ce nom</p> - -<div class="poem vers">Un tout petit enfant s’en allait à l’école...</div> - -<p class="noind">et tels autres menus poëmes appropriés, dont se -désennuyait notre étude, car</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers5">Le maître est tout noir...</div> -</div> - -<p>Le doux nom estampille encore pour tous quelques -romances où notre adolescence s’égaya, et qui font -sourire. Puis c’est tout. Peu se doutent que le gentil -nom est celui de la poëtesse admirable, ensemble -merveilleuse et sublime, la Sapphô chrétienne. Et -c’est vraiment pour quelques-uns seulement qu’il -<span class="pagenum" id="Page_12">[p. 12]</span> -commence de se nimber du halo d’une auréole qui est -une aurore non qui se <i>révèle</i>, mais qui se <i>relève</i>.</p> - -<div class="poem vers">Sur la pierre des morts croît l’arbre de grandeur.</div> - -<p>Le sublime vers de Vigny, prélude pour celle dont -la renommée, entre toutes, a ceci d’étrange, qu’appréciée -à sa vraie valeur par les plus illustres de ses contemporains, -Lamartine, Hugo, Vigny, Michelet, Dumas, -Sainte-Beuve qui se faisaient honneur de son amitié, -traitée à peu près dignement par la postérité banale -qui consacre d’un nom de rue, sa vraie gloire est, -jusqu’à ce jour, fermée ainsi que fut son âme, et -pourtant, comme elle, toute pleine de ferveurs en puissance, -de clartés latentes, et de virtuelles vertus.</p> - -<p>Appliqué depuis déjà des ans à tenter d’en fomenter -l’éclat, il m’eût été douloureux de n’être pas des -premiers de cette seconde période à divulguer nettement -la bonne nouvelle dont se sont déjà plus ou -moins brièvement et secrètement réjouis, après les -maîtres dont je parlais tout à l’heure, Gautier, Baudelaire, -Banville, Barbey d’Aurevilly et M. Verlaine.</p> - -<p>Pour cela, je suis venu à vous aujourd’hui, et vous -demande de me suivre à travers cet exquis calvaire, -ce douloureux et délicieux dédale, où les propres vers -de Marceline, délicatement parfilés, nous serviront de -fil conducteur en même temps que de sympathique -lien.</p> - -<h2 id="Page_13" class="srf">I</h2> - - -<h3 id="Page_15">*</h3> - -<p>On remet un jour à Hugo,—selon une anecdote -plus ou moins véridique—une lettre adressée <i>Au -plus grand Poëte de France</i>. Il la fait porter chez -Lamartine, qui la retourne au premier.—«Nul ne -saura jamais, aurait ajouté Vigny, lequel des deux -s’est décidé à l’ouvrir.»</p> - -<p>Que la suscription ait revêtu: <i>Au plus mystique</i>, -c’était lui-même; au plus <i>plastique</i>, Gautier; au -plus <i>précordial</i>, <span class="smcap">Valmore</span>.</p> - -<p>Il y a dans une des pièces du poëte qui nous occupe, -un vers, surtout un verbe, très simple, dont je ne -retrouve nulle part ailleurs l’émouvante affixe et le -significatif figuré:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Beaux innocents morts à minuit</div> - <div class="vers8"><i>Desserrez</i> mon cœur qui me nuit.</div> -</div> - -<p>Le cœur serré n’est que trop connu: cette étrange -étreinte intérieure d’anxiété angoisseuse et froissante. -<span class="pagenum" id="Page_16">[p. 16]</span> -Il s’agissait de <i>desserrer</i> cela, dénouer, délacer ce -vêtement invisible et subcostal ❋ immatériel et pourtant -si réel, qui appuie et qui nuit.</p> - -<p>C’est la propre action des poësies de madame -Valmore; de cette main mystérieuse et incorporelle -qui s’immisce à travers l’âme qu’elle surprend et -apaise, pour aller plus avant, <i lang="la" xml:lang="la">descendit ad inferos</i>, -desserrer le cœur qui nuit.</p> - -<p>Le seul mythe de Parsifal, la seule minute où le -regard de la Sainte Lance, miraculeusement assainit, -retire de leur cauchemar d’angoisse et palpitation -d’arrachement la tête et le cœur d’Amfortas, le noble -prêtre qui a péché (et que Madame Valmore paraît -avoir prévu dans ces deux vers:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Alors posant ma main où la douleur s’élance</div> - <div class="vers">Je ressentis au cœur comme un grand coup de lance!)</div> -</div> - -<p class="noind">peuvent équivaloir au réveil désenfiévré qui suit -une pleine lecture tardive de cette poësie. On passe la -main sur son front, d’un geste d’habitude, pour en -chasser un nuage qui n’y est plus. On la porte à son -flanc pour assagir sa plaie, et, comme Sainte-Élisabeth, -on ne rencontre plus, sous son manteau, qu’un bouquet -de roses...</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Quel doux ravissement se glisse entre mes larmes;</div> - <div class="vers">Quelle main me caresse et s’arrête à mon cœur?</div> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_17">[p. 17]</span> -Alors, ainsi que le Pur-Simple, cœur desserré sous -l’onde baptismale, on murmure: «D’où vient que -tout me semble si bel aujourd’hui?...»—C’est qu’en -ce jour quelqu’un a pâti pour toi. Car, seule, la passion -peut racheter la souffrance; et l’hostie blanche, -la pure colombe a rougi, pleuré, saigné. Car il y a -vraiment d’un christ féminin dans cette sainte -femme</p> - -<div class="poem vers">Dont nul ange ici bas n’a vengé la douceur.</div> - -<div class="secsep">✻</div> - -<p>J’ai dit lecture tardive. Oui. Les éditions éparpillées -et incomplètes sinon interdirent, du moins entravèrent -longtemps le <i>vol d’oiseau</i> sur cette œuvre. Les trois -volumes de M. Lemerre permettent aujourd’hui<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> de -diviser tour à tour et recomposer une grande partie -du faisceau lumineux pour se délecter du détail ou se -réjouir de l’ensemble.</p> - -<p>Il y avait encore cet inéluctable silence qui succède -<span class="pagenum" id="Page_18">[p. 18]</span> -aux oraisons funèbres, où se restreint presqu’intégralement -encore le formulaire de la poëtesse. Baudelaire, -pourtant son plus subtil bien que bref panégyriste, -apparaît visiblement gêné par ce manque de cohésion -dans la gerbe des recueils. Nul doute que son bel article -n’eût étendu ses accents, élargi ses accords sous -la révélation plus tard totalement proférée; à l’effluve -surtout de ce recueil posthume qui résume l’essence -du flacon, la quintessence de l’essence.</p> - -<p>Enfin, et de par la loi du <i>suranné</i> qui n’est déjà -plus le <i>démodé</i>, et cependant pas l’ancien encore, mais -bien la chrysalide à travers laquelle l’un devient -l’autre,—entre notre génération et celle qui tenait -encore à la contemporaine par le <i>de visu</i>, voltigeait ce -prestige fané d’époque, ce brin un peu risible de coiffure -en <i>couette</i>, par-dessus l’attitude <i>troubadouresque</i> -et <i>dessus de pendule</i>, l’écho de «<i>ce petit côté secret qui -rend populaire, ce presque rien qui fait tache</i><a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>» et -grâce auquel notre mémoire d’enfant nous donnait la -dame pour à peu près connue. Une résonnance de tous -ces pianos mentionnés par Sainte-Beuve, et sur lesquels -s’est transposé et <i>tapoté</i> le plus chantant de la -<i>lyre</i> du poëte, tandis que le silence en retient encore -<span class="pagenum" id="Page_19">[p. 19]</span> -les traits les plus fulgurants et les plus suaves soupirs. -Une odeur de <i>Quel est ce gant rose—qui n’est pas le -mien</i>, invétérée en une récurrence, et longtemps -empêchant de croire que s’y pût loger la main dont -s’étancheraient nos douleurs.</p> - -<p>Oui, ces <i>romances</i> où des beautés sont souvent -recélées, et dont, ailleurs, l’inconscient comique aboutit -à quelque chose de touchant comme la demi-lyre de la -gravure de Monziès, cet élément <i>Pauline Duchambge</i>, -ce bout d’écharpe envolée dont les biographes entortillent -le sujet trop complaisamment, n’ont plus qu’un -intérêt parasite et documentaire; et la prétentieuse -brume en fond au feu de ce qu’elle abrite et qui les -habite; et le ruban de Desbordes-Valmore s’en ira -rejoindre le turban de Staël, les cornettes de Sévigné, -les bandeaux de Sand et les bandelettes de Sapphô, -dans ce ❋ vestiaire des siècles où les atours s’évanouissent, -pour laisser s’épanouir, hors du temps, la beauté -nue.</p> - -<div class="secsep" id="Page_20">✻ ✻</div> - -<p>Elle «<i>résout la sécheresse du cœur</i>», Michelet l’a dit, -qui, seul, a légué les formules vraiment caractéristiques -de ce doux-amer génie. Elles flottent par-dessus -toutes autres paraphrases et surnagent ainsi qu’une -arche par un déluge, ou tout au moins comme le -manuscrit de Camoëns pouvait reluire au-dessus du -flot.</p> - -<p>Les voici. C’est avec celle sur «<i>le don des larmes, ce -don qui perce la pierre</i>», trois autres encore: «<i>Le -sublime est votre nature.</i>»—«<i>Mon cœur est plein d’elle. -L’autre jour en voyant Orphée, elle m’est revenue avec -une force extraordinaire, et toute cette puissance d’orage -qu’elle seule a jamais eue sur moi.</i>»—Enfin: «<i>Je ne -l’ai connue qu’âgée, mais plus émue que jamais; troublée -de sa fin prochaine, et, on aurait pu le dire, ivre de mort -et d’amour!</i>»</p> - -<p>Ces quatre paroles constituent l’évangile de Madame -Valmore. Quoi qu’on puisse écrire d’elle désormais, -ne saurait que graviter autour de cette quadruple -épigraphe <ins id="cor_2" title="succinte">succincte</ins>, synthétique, suggestive.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_21">[p. 21]</span> -Tous ceux qui abordent cette mémoire et en tirent -du relief sans lui pouvoir ajouter de lustre (car la -seule donnée en illumine l’interlocuteur de son -approche d’arche sainte), brassent la légende en quatre -versets, sans paraître se douter du dessous qu’ils infligent, -de ce fait même, à leurs variations et à leurs -trilles.</p> - -<p>Au reste, du contingent biographique où se recrutent -à peu près ordinairement ces appendices, devrait-on -même user? La grille du tombeau n’a-t-elle pas droit -de suture immédiate au mur de la vie privée? L’amalgame -de la personne double de l’artiste et de l’être -représente un des plus déplorables postulats et l’une -des plus fâcheuses exigences du public sur le mage. -Les parterres insuffisamment renseignés et attentifs -qui ne sauraient l’aller <ins id="cor_3" title="cherher">chercher</ins> là qu’il réside uniquement, -à savoir dans l’<i>Œuvre</i>, exigent néanmoins (et -d’autant plus!) de le toucher, sans l’atteindre, par la -frange de son manteau, et, mieux encore, par l’ouverture -de ses plaies, où quelque secret espoir de faire -expier le mérite de l’<i>esprit prompt</i>, met en quête d’une -tare de <i>la chair faible</i>...</p> - -<p>Mais, pour nous autres, à vrai dire, qui avons -démêlé, ressenti, goûté tout le parfum dans l’extrait, -toute la griserie dans la liqueur, peu nous chalent des -<span class="pagenum" id="Page_22">[p. 22]</span> -pétales froissés ou des baies flétries; plutôt nous craindrions -volontiers d’amoindrir notre extase par d’inopportuns -contrôles, de rétrospectifs examens sur une -grappe tarie ou une fleur séchée.</p> - -<p>Bien mieux, nous tiendrions de celui qu’importunent -ces bravos adressés au gosier de l’interprète plutôt -qu’à la sonorité éparse de son chant, et qui se recule -et recueille au fond de la loge, craintif de voir attribuer -le charme qui l’enchaîne encore à quelque vieux -visage de ténor teint ou de cantatrice déteinte.</p> - -<p>Les métiers, d’où vers nous chatoient les joyeuses -aunes des tissus fleuris, ne sauraient se démonter -qu’en bois et cordes. N’est-il pas plus sage d’oublier -canuts et tisserands pour voir courir des rinceaux sur -des fonds, revoir rêver des oiseaux entre leurs branchages -brochés, suivre revivre et s’iriser des iris sur -de la soie?</p> - -<div class="secsep">✻ ✻ ✻</div> - -<p>C’est elle seule la douloureuse Félicité qu’il sied -interroger sur elle-même. A cette confession surtout, -à cette autoconfrontation vraiment nous aident les -<span class="pagenum" id="Page_23">[p. 23]</span> -biographies. Sachons-en gré, rendons grâces. Le plus -clair de l’éloge de Sainte-Beuve ne consiste et -réside-t-il pas en ces extraits de lettres où reluisent -tant de familières splendeurs?</p> - -<p>Le meilleur et le pire de ces aveux, le plus <i lang="la" xml:lang="la">sui -generis</i> du type, le plus ❋ <i>artésiennement</i> explicatif et -révélateur de ce moi, c’est bien cette profession de foi -de son arcane poëtique: «<i>A vingt ans, des peines profondes -m’obligèrent de renoncer au chant</i> <small>PARCE QUE MA -VOIX ME FAISAIT PLEURER</small>; mais la musique roulait -dans ma tête malade, et une mesure toujours égale -arrangeait mes idées à l’insu de ma réflexion».</p> - -<p>Hélas! nul ne s’est encore trouvé, parmi les indiscrets, -pour nous révéler l’«homme d’un talent -immense», le «fauteur de ces peines profondes...»</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p>La vraie Valmore à édifier et déifier est une Valmore -de vers, de ses vers groupés à l’entour de son -nom en la délicate élite et la délicieuse prédilection -d’une dédicace réversible. La citation est ardue en ces -textes. Nuls autant ne menacent de la rendre envahissante; -puisque le <i>il faudrait tout citer</i> de cliché immémorial -est ici la vérité même. Telles pièces sont plus -parfaites, plus délibérément réussies, mais qu’on -n’oserait guère déclarer plus que d’autres adéquates à -<span class="pagenum" id="Page_24">[p. 24]</span> -leur visée, mieux moulées sur nature. Fût-ce les trop -célèbres <i>romances</i>, plusieurs drôlement datées et démodées -et pour lesquelles l’indulgence tourne presque à -du goût. «Dans Shakspeare, j’admire tout comme une -brute,» fait un dire célèbre de Victor Hugo. Dans -Valmore, faudrait-il varier, j’aime tout comme une -âme; d’amant? non, d’enfant. Et c’est à noter que -toutes les gloses meilleures ou pires exercées sur cette -mémoire, en tirent la même fascination de mise en -présence de leur âme enfantine et juvénile, de leurs -«jeunes annales».</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Ah! qui n’a souhaité redevenir enfant?</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Là de la vague enfance un regret qui sommeille</div> - <div class="vers">Dans les fleurs du passé vaguement se réveille;</div> - <div class="vers">Il reparaît vivant à nos yeux d’aujourd’hui!</div> - <div class="vers">On tend les bras, on pleure en passant devant lui.<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a></div> -</div> - -<p>Quels doigts au velouté de pistils, quelle âme à -l’haleine de calice—non de quelle Fille-Fleur, à la -façon de Wagner, mais de quelle Fleur-Flamme et -Fleur-Femme s’approprieraient à ce précieux labeur? -Combien d’heures enchanteressement passées à parfiler -<span class="pagenum" id="Page_25">[p. 25]</span> -brin à brin, ligne par ligne, l’étoffe de cette poësie, -pour en isoler les fils les mieux aimés, les plus émus. -Voilà de ces travaux auxquels il est plus suave de -penser que, risquer, sage. Et quel autre qu’un immatériel -Ariel oserait songer à parfaire un pastel avec du -pollen récolté ou de la poudre d’aile de papillon prélevée?—Et -puis la grosse besogne des heures nous -réclame. Puissions-nous, une fois, nous abstraire assez -idéalement pour volatiliser ce sublimé, que, nul autre -jour, notre âme ne saurait se doser à l’état d’exquise -transparence qu’exigent ce choix impondérable, cet -impalpable tri.</p> - -<p>Le moins massivement possible, une heure, nous -tenterons d’offrir une épreuve de cette mellification -artiste. Mais il faudrait pour y exceller ou même -atteindre, toute la courte vie d’une géniale jeune fille -marquée à l’aube comme un fruit touché et dont résorberait -toute la sève immaturée d’un talent condamné, -cette filiale tâche de tendresse, sans rien des odieux -<i>extraits</i>; plutôt une de ces versicolores et vétilleuses -couronnes que tresse un Breughel des plus larges et -menues flores doctement entremélangées autour d’un -médaillon de madone.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Quelque chose de tendre y languissait; du lierre</div> - <div class="vers">Y tenait doucement la vierge prisonnière.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> -Depuis 1886.</p> - -<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> -Baudelaire.</p> - -<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="nvers">Oui partout où je marche une voix me rappelle,</div> - <div class="nvers">Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur...</div> - <div class="nvers">Voix qui trouble et se plaint de l’enfant infidèle</div> - <div class="nvers">Dont le sort se fit triste en cherchant le bonheur.</div> -</div> -</div> - -<h2 id="Page_27" class="srf">II</h2> - -<h3>*</h3> - -<p>L’impression qui succède à celle que je viens de -dire (à savoir notre rachat par cette souffrance, notre -<ins id="cor_4" title="raffraîchissement">rafraîchissement</ins> par cette brûlure, notre apaisement -par cette ardeur), c’est une impression d’immersion, -puis de submersion. Nous sommes noyés d’efflorescences -et d’effluves, de sourires, de soupirs et de souvenirs. -C’est à cet assaut par une tempête de feux et de -pleurs qu’il faut sans doute attribuer l’air d’incomplet -et de vague même des meilleurs essais autour de cette -œuvre. Études sous forme d’articles, reprises avec -ardeur, puis qu’on dirait rebutées, et qui ont de la -lutte des barques contre une mer démontée, une -phosphorescente mer faite de larmes et de flammes.</p> - -<p>Après bien des reprises, je vous livre la ruse dont -j’usai pour essayer de vaincre cette tempête, en -enfermer dans mes outres les ouragans et les caresses, -les bises et les brises pour les y retrouver à loisir, -vous les distiller et vous les dire. Puisse, au nom de -<span class="pagenum" id="Page_30">[p. 30]</span> -cet inestimable bienfait, le subterfuge ne pas vous -paraître puéril, si le service vous est tant soit peu -rendu.</p> - -<p>Au cours de mes promenades et mes rêveries entre -les mystérieux <i>bocages du sentiment</i>, de ces volumes, -ainsi que les nomme prestigieusement Baudelaire, il -me sembla pourtant finir par en démêler le méandre. -Et ce ne fut pas sans exultation qu’en ayant tracé et -dressé le plan, je le vis subdivisé en autant de charmilles -et de chapelles qu’en avait taillées et ciselées -notre poëtesse; et que j’en fis et y fis tour à tour rentrer -son multiforme génie ainsi qu’il arriva à ce -Protée du conte Oriental qui se réintégra en sa fiole.</p> - -<p>Mais si ce livre est bocage, il est aussi buisson -ardent. Océan ou forêt l’amour y brûle et roule</p> - -<div class="poem"> -<div class="stanza"> - <div class="vers">L’amour, ce ciment des âmes</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Amour, divin rôdeur glissant entre les âmes</div> -</div> -</div> - -<p class="noind">suivant ses appellations mêmes.</p> - -<p><i>Promise aux profondes amours</i> selon son expression -propre, l’œuvre de Marceline Desbordes-Valmore est -un <i>Univers d’Amour</i>.</p> - -<div class="poem"> -<div class="stanza"> - <span class="pagenum" id="Page_31">[p. 31]</span> - <div class="vers">Il est doux d’être aimé, cette croyance intime</div> - <div class="vers">Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Ne vous étonnez pas en recevant la vie,</div> - <div class="vers">De tout ce qu’elle offrait, je n’ai vu que l’amour,</div> - <div class="vers">Mon cœur le respirait avec l’air et le jour...</div> -</div> -</div> - -<p>Amour, hâtons-nous de le dire, et que là est le -neuf et le merveilleux, d’autant plus passionné qu’il -est plus pur.</p> - -<p>Chaque écrivain, nous dit en substance Madame -Valmore dans une de ses lettres, prodigue souvent à -son insu un vocable qui, de par son intensité et sa -fréquence, révèle et trahit son auteur: «Madame -Sand en a un comme cela: <i>étreindre!</i>»—Le mot de -Marceline, ne serait-il pas <i>innocence</i>?</p> - -<div class="poem"> -<div class="stanza"> - <div class="vers">J’ai soif de sommeil, d’innocence,</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">N’entendra-t-elle plus mon passé d’innocence</div> - <div class="vers">Comme un oiseau sans fiel plaider avec son cœur?</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Toi qui ris de nos cœurs prompts à se déchirer</div> - <div class="vers">Rends-nous notre innocence ou laisse-nous pleurer!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">Beau fantôme de l’innocence</div> - <div class="vers4">Vêtu de fleurs</div> -</div> -<div class="stanza"> - <span class="pagenum" id="Page_32">[p. 32]</span> - <div class="vers">Innocence! Innocence! éternité rêvée</div> - <div class="vers">Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée?</div> - <div class="vers">Êtes-vous ma maison que je ne puis rouvrir?</div> - <div class="vers">Ma mère, est-ce la mort? Je voudrais bien mourir.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Inexplicable cœur, énigme de toi-même,</div> - <div class="vers">Tyran de ma raison, de la vertu que j’aime,</div> - <div class="vers">Ennemi du repos, amant de la douleur,</div> - <div class="vers">Que tu me fais de mal, inexplicable cœur!</div> -</div> -</div> - -<p><i>Cœur du cœur</i>, l’expression qui lui est commune -avec Shakspeare, et qui la mène à l’amour de l’amour -comme pour redoubler sa tendresse, fournit ce vers à -madame Valmore quand elle parle de son enfant:</p> - -<div class="poem vers">Oh! que vous me manquiez, jeune âme de mon âme!</div> - -<p>Donc <i>Amour sous forme sextuple: Amoureux, amical, -filial et maternel, charitable et divin</i>. Ajoutez <i>l’amour -de la nature</i>, et <i>l’amour prorogé au delà du trépas</i>, -vous aurez les six divisions sous lesquelles m’ont paru -pouvoir se ranger toutes les phases de cette âme -incoërcible, les phrases de cette œuvre vagabonde. A -savoir: <span class="smcap">Amour</span>, <span class="smcap">Tendresse-Tristesse</span>, <span class="smcap">Maternité</span>, -<span class="smcap">Foi</span>, <span class="smcap">Nature</span>, <span class="smcap">Éternité</span>.<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a></p> - -<div class="poem vers">J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes.</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_33">[p. 33]</span> -Entre toutes séductions, celle du regard fascinait -Marceline. Ses propres larmes et celles qu’elle consolait -diamantaient sa vie.</p> - -<p>Le son de la voix la captivait aussi.</p> - -<p>Les <i>Yeux et les pleurs</i> et <i>la Voix</i> subdivisent donc -naturellement cette grande division de l’amoureux -amour.</p> - -<p><span class="smcap">Tendresse-Tristesse</span> enferme <i>Prisons et Exils</i>, les -deux misères qui l’apitoyaient le plus éloquemment, et -qu’elle a le mieux pleurées.—<i>Ipsa</i> contient ce qui -semble le plus avoir trait à la personne même de -l’artiste.</p> - -<p><span class="smcap">Maternité</span>, c’est la mutuelle réversibilité de ce sentiment -double, ascendant et descendant au cours -comme au décours de ses <i>jeunes annales</i>: celles où elle -joue le rôle de l’enfant; et d’autres où elle porte elle-même -la croix de la Mère Douloureuse.</p> - -<p>Nulle avant elle, nulle après elle, comme elle, n’aura -dit et ne dira cet incessant échange, ne fera frôler et -gravir en ses deux sens l’échelle de Jacob de l’amour -successivement filial et maternel par les ailes de tant -d’expressions ingénieuses, caressantes et pures, pour -parler tour à tour de celle qu’elle nomme divinement</p> - -<div class="poem vers"><span class="pagenum" id="Page_34">[p. 34]</span> -Ma tige maternelle enlacée à ma vie!</div> - -<p class="noind">et de ceux qu’elle appelle non moins célestialement</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Un enfant! un enfant! O seule âme de l’âme!</div> - <div class="vers">Palme pure attachée au malheur d’être femme.</div> - <div class="vers">Éloquent défenseur de notre humilité</div> - <div class="vers">Fruit chaste et glorieux de la maternité.</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">C’est notre âme en dehors en robe d’innocence.</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">De la foi des époux sentinelle sans armes,</div> - <div class="vers">Visible battement de deux cœurs dans un cœur!</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Image de Jésus qui se penche vers nous</div> - <div class="vers">Pour relever sa mère humble et née à genoux.</div> -</div> - -<p>Oui le bréviaire de l’amour filial est révolu. Nous la -devons à Valmore cette</p> - -<div class="poem vers">Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur.</div> - -<p>Il semble, entre ces autobiographies d’une enfance -indéfiniment évoquée, il semble que ce menu tableau -lumineux de résurgence des jours premiers dont on -dit qu’il apparaît au noyé près de s’engloutir, se -découpe incessamment pour notre poëte toujours prêt -à sombrer, et charitablement l’isole des circonvolutions -poignantes, le fascine et tire hors de soi. C’est le -magique miroir où la Belle revoyait le foyer quitté -du fond du royaume de la Bête.</p> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_35">[p. 35]</span> - <div class="vers">Parle-moi, je t’écoute, éloquent souvenir.</div> - <div class="vers">Qui ne s’est détourné d’un trompeur avenir</div> - <div class="vers">Pour chercher dans le fond de son âme attendrie,</div> - <div class="vers">Tes regrets, tes leçons, ta tristesse chérie?</div> - <div class="vers">Ce tableau vague et doux qui repose les yeux,</div> - <div class="vers">Qui nous rend l’innocence et le pardon des cieux.</div> -</div> - -<p>Ce vocabulaire, y peut-on ajouter? J’ose dire qu’on -ne saurait l’égaler. En tout cas, le surpasser, jamais. -Centre de ce double courant de passion entre ses -propres enfants et cette mère dont le souvenir, parmi -cent apostrophes qui font sursauter, lui dicte cette -pièce: <i>Quand je pense à ma mère</i>, elle-même pieuse -fille et «pâle couveuse d’immobiles tourments,» ainsi -qu’elle se qualifie, elle polarise tous les rayons de la -maternité et de la <i>filialité</i>, passez-moi ce terme.</p> - -<p>Ces apostrophes, en voici:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme,</div> - <div class="vers">Un baiser qui jamais ne dit non ni demain.</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Quand elle m’avait dit: Vous êtes mon enfant!</div> - <div class="vers">Le ciel, c’était mon cœur à jour et triomphant.</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Comme le rossignol qui meurt de mélodie</div> - <div class="vers">Souffle sur son enfant sa tendre maladie,</div> - <div class="vers">Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu,</div> - <div class="vers">Me raconta son âme et me souffla son Dieu.</div> -</div> - -<p>Enfin, ce passage qui rappelle et regrette les sépultures -disposées jadis au pourtour extérieur des églises:</p> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_36">[p. 36]</span> - <div class="vers">C’était beau d’enfermer dans une même enceinte</div> - <div class="vers">La poussière animée et la poussière éteinte.</div> - <div class="vers">C’était doux, dans les fleurs éparses au saint lieu,</div> - <div class="vers"><i>De respirer son père en visitant son Dieu</i>.</div> -</div> - -<p>Quant à l’éloquence de sa maternité propre, je ne -crois pas qu’on ait jamais parlé avec cette <i>nostalgie -des entrailles</i>.</p> - -<p>Jugez-en plutôt. Récemment mère, elle se plaint de -ne plus faire corps avec son nouveau-né.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">J’aurais voulu voir Dieu pour te créer plus beau!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et j’allais au soleil couchant sécher mes pleurs</div> - <div class="vers">Pour te rendre suave et pur comme les fleurs.</div> -</div> - -<p>Et enfin, peut-être le vers d’imagination, de sensibilité -et de formule, le plus curieux de toute l’œuvre:</p> - -<div class="poem vers"><i>Car, si près que tu sois, l’air circule entre nous!</i></div> - -<p class="sep2"><span class="smcap">Foi</span></p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">La foi, c’est l’haleine des anges,</div> - <div class="vers8">C’est l’amour <i>sans flammes étranges</i>!</div> -</div> - -<p>C’est l’amour, toujours dévorant, mais transposé et -sublimé, qui fait trouver à la muse devenue ange pour -l’absorption finale, la résorption rédemptrice de sa -<span class="pagenum" id="Page_37">[p. 37]</span> -terrestre passion contrainte dans le foyer de la ferveur -éternelle, des images comparables aux seules Dantesques -descriptions du paradis—mais avec moins -de blancheur.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Seigneur! Qui n’a cherché votre amour dans l’amour?</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Comme un oiseau s’enfuit, je m’en vais dans l’espace</div> - <div class="vers">Chercher l’immense amour où mon cœur s’abreuva...</div> -</div> - -<p class="noind">et par les plus touchantes variantes de charité et de -prière, de croyances et de sentiments, atteindre, en -même temps que Dieu même, les plus fluides matérialisations -de la pensée et du langage.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère</div> - <div class="vers">Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.</div> -</div> - -<p class="sep2"><span class="smcap">Nature</span>, c’est l’amour—je dirais volontiers <i>atmosphérique</i>, -tant le poëte y fait entrer de parcelles -vivantes et vibrantes du Cosmos—de tout ce qui -l’entoure, et tant son art spontané met de passion -dans ses paysages, comme tout à l’heure il mêlait et -fondait de chaleur et de lumière dans sa tendresse -qui lui faisait s’écrier:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers10">C’était un jour de charité divine</div> - <div class="vers10">Où, dans l’air bleu, l’éternité chemine.</div> - <div class="versd10 dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b> </b></div> - <div class="vers10"><i>C’était partout comme un baiser de mère!</i></div> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_38">[p. 38]</span> -Les deux aires de ce naturel amour sont l’<i>Amour -des fleurs</i>.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">A quelque chère idole en tous temps asservie,</div> - <div class="vers">Je tombais à genoux pour adorer des fleurs,</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b> </b></div> - <div class="vers"><i>Il semble que les fleurs alimentent ma vie.</i></div> -</div> - -<p>Et l’<i>Amour de l’eau</i>, dont je ne crains pas de dire -qu’il pourrait bien être solidaire du goût de cette -tendre femme pour les larmes, si j’en crois ce mystérieux -vers.</p> - -<div class="poem vers">Et dans les flots du moins <i>mes larmes se perdront</i></div> - -<p class="noind">et ces autres:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers7">Enfant, l’onde est molle et pure</div> - <div class="vers7"><i>Mais elle a soif de nos pleurs</i>.</div> -</div> - -<p class="noind">que je rapproche de celui-ci, de Vigny:</p> - -<div class="poem vers">Penche sa tête pâle et pleure sur la mer!</div> - -<p class="noind">L’amour de l’eau déjà attribué à plusieurs poëtes par -Victor Hugo, dans ce joli distique:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Georges Sand a la Gargilesse</div> - <div class="vers8">Comme Horace avait l’Anio.</div> -</div> - -<p class="noind">L’eau où Marceline voit se réverbérer tous ses âges -dans cette Scarpe qui lui était, comme à Brizeux, son -<span class="pagenum" id="Page_39">[p. 39]</span> -Ellé. L’eau où nous lirons avec elle, et sous mille -formes</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Son visage étoilé dans les cercles humides</div> - <div class="vers">Parsemant leurs clartés de sourires limpides...</div> -</div> - -<p class="noind">L’onde enfin d’où découle son <i>rythme</i>.</p> - -<div class="poem vers"><i>Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime</i></div> - -<p class="noind">auquel ne peut plus succéder que l’<i>amour du silence</i>, -sa suprême passion:<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a></p> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><i>Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!</i></div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b> </b><b> </b><b> </b></div> - <div class="vers"><i>Couvrez-moi de silence</i>...</div> -</div> - -<p class="noind">Ce silence qui nous mène à la dernière de ces divisions, -si vous le voulez, factices, mais, certes point arbitraires: -<i>la mort</i>, disons mieux: l’<small>ÉTERNITÉ</small> puisque -c’est sous ce consolant aspect qu’apparaissent à Madame -Valmore tant de tombes qu’elle a mélodiquement -enguirlandées.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Mais plusieurs sont absents, et leur nom sous des fleurs.</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_40">[p. 40]</span> - <div class="vers">On verra, par mes soins quelque feuille de lierre</div> - <div class="vers">De son étroit asyle embrasser le contour.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées.</div> - <div class="vers">Leur tranquille silence éveillait mes pensées,</div> - <div class="vers">Y cueillir une fleur me semblait un larcin.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">L’homme revient seul où son cœur le ramène.</div> - <div class="vers">Où les vieux tombeaux l’attirent pour pleurer.</div> -</div> - -<p class="noind">«<i>Abîme à franchir seule!</i>» cette définition en commun, -cette fois, avec Pascal,</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers4">..... porte ces mots à sa douleur brûlante:</div> - <div class="vers">Viens! ne crains pas la mort, on aime dans les cieux!</div> -</div> - -<p class="noind">et la mort qui couronne son œuvre de vie, comme elle -couronne toute vie, n’apparaît jamais hideuse à notre -poëte, mais toujours fleurie et touchante, puisqu’elle -lui rouvre tous les paradis pleins de ses anges envolés. -Tous les êtres aimés, sans oublier l’<i>être aimé</i>, voire à -commencer par lui (selon une magnifique interpellation: -<i>Croyance</i>); «Albertine, âme en fleur!» et d’autres -amies de jadis; et cette noble <i>tige maternelle, enlacée</i>, -cette fois à l’éternité, auprès de ces enfants -enfuis:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Car vous aurez, un jour, une joie immortelle</div> - <div class="vers">Et vos petits enfants souriront dans vos bras.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_41">[p. 41]</span> -Non, jamais rien de plus sereinement <i>détaché</i>, de plus -véritablement et vénérablement <i>sur le seuil</i>, et déjà -presque <i>au-delà</i>, n’a su se proférer pour nous parler de -la mort, avec ce que j’appellerai une pareille <i>liberté -d’allures mortelles</i>; nous apprivoiser avec cette «<i>cueilleuse -d’âmes</i>» qui</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Ne les moissonne pas pour en tuer les flammes,</div> - <div class="vers">Mais pour les délivrer de leur lourd vêtement,</div> - <div class="vers">Comme on ôte le sable où dort le diamant.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Tous mes étonnements sont finis sur la terre</div> - <div class="vers">Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir</div> - <div class="vers">Pour atteindre à ces fruits protégés de mystère</div> - <div class="vers">Que la pudique mort a seule osé cueillir.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers10">Béni soit Dieu puisqu’après la tourmente,</div> - <div class="vers10">Réalisant nos rêves éperdus</div> - <div class="vers10">Vient des humains l’infatigable amante</div> - <div class="vers10">Pour démêler les fuseaux confondus.</div> - <div class="vers10">Fidèle mort, si simple, si savante,</div> - <div class="vers10">Si favorable au souffrant qui s’endort,</div> - <div class="vers10">Me cherchez-vous, je suis votre servante:</div> - <div class="vers10">Dans vos bras nus, l’âme est plus libre encor.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> -Madame Valmore, dans son Recueil posthume (ou peut-être son -éditeur) a rangé elle-même ses poësies sous des appellations similaires, -mais sans beaucoup de suite.</p> - -<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> -Silence qu’elle ne veut même plus rompre par l’écriture: «<i>n’écris -pas!</i>»</p> -</div> - -<h2 id="Page_43" class="srf">III</h2> - -<h3>*</h3> - -<p>Ainsi catégorisés les termes d’association de ces -divers sujets d’inspiration, il nous sera utile—et plus -facile de grouper les rythmes dont le poëte les revêtit. -Jamais de poëme à forme fixe. Muse bien trop débordante, -déchaînée avec résignation mais tumultueuse et -torrentueuse—pour se ranger à si étroites digues, la -muse à la fois digne et familière qui ose risquer cette -déclaration à la Vierge:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Cet amour des amours qui m’isole en ce lieu,</div> - <div class="vers">Ce fut le vôtre; <i>eh bien: parlez-en donc à Dieu</i>.</div> -</div> - -<p>Je distingue une première sorte ou famille de pièces, -divisées en strophes, le plus souvent de quatre hexamètres -(quelquefois plus; rarement de distiques). Pièces -d’ordinaire peu étendues, mais d’allure large, sans -doute les plus parfaites, presque en forme de menu -poëme à forme fixe pour soi, et pleines à leur manière -de l’immortelle vibration du</p> - -<div class="poem vers">Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_46">[p. 46]</span> -de Victor Hugo; sans le charme ou le discrédit que -confèrent à d’autres pièces, des passades de rythmes -non suivis, de vers irréguliers entrecoupés fortuitement, -bizarrement, dithyrambiquement.</p> - -<p>A cette première famille ressortissent <i>La vie et la -mort du ramier</i>, <i>Renoncement</i>, <i>La couronne effeuillée</i>, -etc., etc.; et de plus longues, <i>Le mal du pays</i>, <i>Tristesse</i>, -<i>Départ de Lyon</i>, etc.<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> J’énumère les titres des principales -pièces englobées par chacun de ces groupements, -dans une note dont la nomenclature n’offrirait point -ici d’intérêt, outre que l’auteur n’excelle point aux -intitulés. Les siens (loin de cet art du titre qui nous -semble devoir être fait d’un mot synthétique, jamais -renouvelé au cours de la pièce qu’il désigne), les siens, -dis-je, sauf parfois quelque douce ingéniosité telle que -le <i>Soleil des morts</i> pour la Lune—ne contiennent que -<span class="pagenum" id="Page_47">[p. 47]</span> -l’appel ou le rappel du sujet, sans dédaigner <i>Simple -Histoire</i> ni même <i>Merci mon Dieu!</i> La croix de ma -mère—qui n’y est point—s’y fût-elle rencontrée, -qu’on en eût presque pu rapporter la vieille <i>trouvaille</i> -à cette loi foi de Baudelaire: «Beauté du lieu commun.» -Car n’est-ce pas du fait de cette beauté trop prisée -que le lieu commun est devenu tel; mais qu’il porte en -soi la force ou le charme de vaincre cette période de -profanation, et le voilà promu <i>lieu éternel</i>.</p> - -<p>La strophe large, abdiquant l’hexamètre, s’allège et se -familiarise, comme dans <i>l’Élégie à Pauline Duchambge</i>. -Et c’est alors une autre veine où la précieuse élégance -des <span class="smcap">Émaux et Camées</span>, comme dans <i>Un arc de triomphe</i>, -s’allie au virtuose esprit des <span class="smcap">Rues et des bois</span> pour -procréer un second groupe, dépendant du premier, -qu’il égaie et subtilise<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>. Un troisième naît du mélange -de l’hexamètre et de vers plus légers, toujours également -disposés dans des strophes régulières. C’est -<i>Un billet de femme</i>, le <i>Soleil lointain</i>; mais cette forme -sert tout aussi souvent des poëmes de la seconde -famille<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_48">[p. 48]</span> -Joignez-y les pièces en hexamètres<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> non divisées -en strophes (<i>Avant toi</i>, <i>La Fleur d’eau</i>, <i>L’Augure</i>, etc.), -et enfin celles où se faufile, puis se glisse et s’irrue le -vers irrégulier, quelquefois un seul dans toute une -longue pièce, comme dans <i>La Maison de ma Mère</i>, -<i>A mes Sœurs</i>, <i>Au Poëte prolétaire</i>, et ce sera (surtout de -par ces dernières, les plus nombreuses),<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a> la famille -complète des poëmes plus ou moins descriptifs.</p> - -<p>Voici ce que, dans une étude précédente abandonnée, -me suggéraient ces entraînants <i>irréguliers</i> employés -par Madame Desbordes-Valmore, avec, en une verve différente, -un bonheur parfois égal à celui de La Fontaine: -«Un réseau de poëmes moins ordonnés, mais dont les -beautés partielles sont peut-être les plus <i lang="la" xml:lang="la">ad imaginem</i> -<span class="pagenum" id="Page_49">[p. 49]</span> -de cette âme. Quand il est bien frappé un vers de cette -<i>lyre</i>, suivant la banale expression, cette fois ennoblie, -est si intense qu’il se suffit à lui-même, et, presque ne -pourrait qu’être gêné par le voisinage d’un aussi puissant. -Il y aurait superfétation, étouffement, comme sur -de ces orangers replets et redondants qui ressemblent -à de vastes boules de senteurs, encombrés, presque -incommodés qu’ils peuvent être à la fois par plusieurs -sortes et règnes de végétation et de poussée: feuilles, -fleurs, fruits nouveaux—et jusqu’à des fruits de deux -ans s’assurant plus de suavité et de saveur d’un second -retour de sève!</p> - -<p>Cette clairière de poëmes moins touffus, plus aérés -par l’étirement <i lang="la" xml:lang="la">ad libitum</i> de la pièce, parfois le vers libre -intromis avec une aisance qui, chez tout autre serait -licence, mais ouvre là visiblement comme une prise -d’air pour une poitrine oppressée, c’est le vrai champ -d’évolution, la vraie aire de Valmore. Pas de dilettantisme -exquis comme de l’y voir et suivre volter, voler, -virevolter, courir, sourire, mourir... et se reprendre -tout innocemment, inconsciemment, inconsidérément, -d’<ins id="cor_5" title="enrhytmie">enrythmie</ins> native et d’ingéniosité ingénue, d’où ses -compositions héritent de ce galbe unique de complication -naturelle et de simplicité si précieuse.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_50">[p. 50]</span> -C’est là que sur la piste infailliblement originale -jusqu’en la banalité, et captivante même en la niaiserie, -éclatent avec plus de miracle, se détachent et -s’isolent de ses prouesses consacrées <i>inégalables</i> par -l’arbitre de ces tournois comme le scrutateur accompli -de tous les creusets d’esthétique théorique: j’ai nommé -Charles Baudelaire.»</p> - -<p>La deuxième famille est toute chantante: <i>ode</i> ou -<i>cantique</i>, <i>berceuse</i> ou <i>romance</i>. L’auteur y englobait -modestement toute son œuvre: «<i>Quelques chansons -méritent-elles que l’on s’occupe de moi et que l’on -m’admette au livre de la science?</i>»</p> - -<p>L’<i>Ode</i>, c’est <i>Au soleil</i>, <i>Au Christ</i>, <i>Chant des Mères</i>, -les <i>Oiseaux</i>, etc. Le <i>Cantique</i>, c’est <i>Prière des orphelins</i>, -<i>les Enfants à la communion</i>, etc. Les deux <i>Berceuses</i> -sont spécifiées telles par leurs titres: <i>Dormeuse</i> et -<i>Pour endormir l’enfant</i>. Et il n’y aurait aucunement -lieu d’être surpris d’apprendre que cette naïve inspirée -qui nous avoue: «La musique roulait dans ma tête -malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes -idées à l’insu de ma réflexion...» <i>d’apprendre enfin</i> -qu’elle n’aurait composé ses <i>Dormeuses</i> que pour avoir -trouvé leur rythme et leurs rimes, leur matière et -leur manière tout simplement les mieux aptes à faire -descendre le sommeil.</p> - -<div class="poem"><span class="pagenum" id="Page_51">[p. 51]</span> - <div class="vers">Sommeil, ange invisible aux ailes caressantes.</div> - <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante</div> - <div class="vers">Pour aider le sommeil à descendre au berceau?</div> - <div class="vers">Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?</div> -</div> - -<p>Pour les <i>romances</i> qui ne sont point toujours celles -que le poëte a étiquetées ainsi, et dont les plus belles -concertent souvent ailleurs, elles sont sans nombre—rarement -sans agrément, <ins id="err_1" title="souvent (Errata)">parfois</ins> pleines d’envol.</p> - -<div class="poem"> - <div class="pttl vers7">LES CLOCHES ET LES LARMES</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div> - <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">L’orgue sous le sombre arceau,</div> - <div class="vers7">Le pauvre offrant sa neuvaine,</div> - <div class="vers7">Le prisonnier dans sa chaîne</div> - <div class="vers7">Et l’enfant dans son berceau;</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div> - <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">La cloche pleure le jour</div> - <div class="vers7">Qui va mourir sur l’église,</div> - <div class="vers7">Et cette pleureuse assise,</div> - <div class="vers7">Qu’a-t-elle à pleurer?... L’amour.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div> - <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Priant les anges cachés</div> - <div class="vers7">D’assoupir ses nuits funestes,</div> - <div class="vers7">Voyez aux sphères célestes</div> - <div class="vers7">Ses longs regards attachés.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div> - <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <span class="pagenum" id="Page_52">[p. 52]</span> - <div class="vers7">Et le ciel a répondu:</div> - <div class="vers7">«Terre, ô terre, attendez l’heure!</div> - <div class="vers7">J’ai dit à tout ce qui pleure</div> - <div class="vers7">Que tout lui sera rendu.»</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Sonnez, cloches ruisselantes!</div> - <div class="vers7">Ruisselez, larmes brûlantes!</div> - <div class="vers7">Cloches qui pleurez le jour:</div> - <div class="vers7">Beaux yeux qui pleurez l’amour!</div> -</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> -Prière pour lui.—Point d’adieu.—Pressentiment.—Le billet.—La -vallée.—L’attente.—Amour.—La jalouse.—Je ne crois plus.—Abnégation.—Une -fleur.—Les fleurs.—Amour et charité.—A celles -qui pleurent.—Dieu pleure avec les innocents.—Dors.—Le mauvais -jour.—Veillée.—Un moment.—L’Églantine.—A Madame ***.—Madame -Emile de Girardin.—Dans la rue.—L’absence.—Les roses -de Saadi.—La jeune fille et le ramier.—La voix d’un ami.—Le -secret perdu.—Au livre de Léopardi.—L’Esclave et l’oiseau.—Le nid -solitaire.—Un ruisseau de la Scarpe—Inès.—Loin du Monde.—Hippolyte.—A -une mère qui pleure aussi.—Quand je pense à ma -mère, etc.</p> - -<p>La Fileuse et Rêve intermittent d’une nuit triste quoique non en -hexamètres pourront ressortir à ce groupe.</p> - -<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> -Le rossignol et la recluse.—Les amitiés de la jeunesse.—Plus -de chants.—Le billet d’une amie.—L’amour.—L’aumône.—Retour -dans une église, etc.</p> - -<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> -Croyance.—Ame et jeunesse.—Prison et printemps.—Jeune fille.—Qui -sera roi?—Une lettre de femme.—Cigale.—L’innocence, etc.</p> - -<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> -La nuit.—L’isolement.—Le message.—Plusieurs élégies et des -dialogues.—Le regard.—Les deux peupliers.—Révélation.—Pitié.—Détachement.—La -crainte.—L’impossible.—L’éphémère.—Le -convoi d’un ange.—Au médecin de ma mère.—L’hiver.—Au revoir.—Les -roseaux.—L’augure.—La ronce.—L’Église d’Arond.—A -madame A. Tastée.—Amour.—Prière pour mon amie.—A l’Auteur -de Marie.—Le soleil des morts.—Le Dimanche des rameaux.—L’ami -d’enfance.—La jeune comédienne.—Une ruelle de Flandre.—Laisse-nous -pleurer.—Les prisons et les prières.—Au citoyen Raspail.—L’amie, -etc.</p> - -<p>Et en vers plus brefs: Son image.—Les deux ramiers, etc.</p> - -<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> -L’arbrisseau.—Les roses.—La journée perdue.—L’adieu du soir.—L’absence.—La -fontaine.—L’inquiétude.—Le concert.—Le -billet.—L’insomnie.—L’imprudence.—La prière perdue.—A -l’amour.—Les lettres.—La nuit d’hiver.—L’inconstance.—A -Délie, etc., etc.</p> -</div> - -<h2 id="Page_53" class="srf">IV</h2> - -<h3>*</h3> - -<p>Sur ce sujet de Madame Desbordes-Valmore, j’ai lu -les articles et le volume de Sainte-Beuve, un article de -M. Montégut (remarquable par un juste tableau de -l’isolement de cette mémoire), la préface de M. Lacaussade, -l’appendice de M. Hippolyte Valmore. Tous travaux -intéressants à des valeurs inégales, nourris de -faits un peu répétés, de documents similaires, d’appréciations -simultanées, néanmoins éloquents, utiles -et nobles. Le volume de Sainte-Beuve est non seulement -un bel acte, mais une bonne action. On y sent -du cœur et de l’amour. Après qu’on fut tenté de -trouver fastidieuse l’énumération de tant de noms -vains et obscurs, l’idée qui la suggère au Maître critique -apparaît touchante: «J’avais songé, dit-il, par -une compensation bien due à réunir d’autre part -autour d’elle, quelques-uns des noms dont elle eût le -plus à se louer, bon nombre des êtres bienfaisants et -secourables qu’elle avait rencontrés sur sa route et qui -<span class="pagenum" id="Page_56">[p. 56]</span> -lui avaient été une consolation, une douceur et un -réconfort au milieu de ses maux.»</p> - -<p>Je pense de même que, pour en faciliter l’étude et -relever l’éclat, il serait désirable de rassembler en un -seul ouvrage tous les articles et études jusqu’à ce jour -consacrés à cette poétique figure.</p> - -<p>L’émouvante correspondance révélée par le livre de -Sainte-Beuve, pourrait aussi en être extraite pour -s’unifier, se compléter.</p> - -<p>Les brèves pages de Dumas, de Baudelaire, de Banville -et de M. Verlaine ouvrent des appréciations plus -subtiles. Et le sentiment du second, dans son expression -incisive et pénétrante me paraît encore, pour le -moment, le plus satisfaisant et le mieux venu.</p> - -<p>La résultante de lecture de tous ces beaux essais -demeure l’étonnement, non de la méconnaissance, mais -de l’ignorance publique du détail d’une gloire ainsi -révolue, puis résolue; enregistrée et muette: une -renommée sans buccin.</p> - -<p><i>Gloire</i>, Lamartine couronnait déjà du mot Marceline -attendrie et confuse. Et pourtant Baudelaire a -beau se révolter et nous crier justement: «oubliée -par qui, je vous prie? par ceux-là qui ne sentant rien, -ne peuvent se souvenir de rien.» M. Verlaine lui -<span class="pagenum" id="Page_57">[p. 57]</span> -répond avec non moins de justesse: «obscurité apparente, -mais absolue.» Et c’est un si indéniable fait, au -sortir de notre étonnement, qui nous sauve du scrupule: -comment oser tenter d’accroître une illustration -si faite et si parfaite?—C’est parce qu’elle est ainsi, -décrétée et accréditée par ces grands qui la goûtèrent... -et moururent, mais forclose à qui aime mieux croire -qu’aller voir, surtout au prix d’un peu d’étude; et -pourtant toute pleine de ce qui parle à tous par l’humanité -poignante, brûlante et pleurante, qu’il faut -s’efforcer de rompre et ce silence et cette digue, de -livrer à ce gave bienfaisant de charité dans la mort -comme durant la vie, bien des âmes désolées à irriguer -et rafraîchir, bien des âmes dévorées à ensoleiller -et consoler.</p> - -<p>Toute œuvre, si grand et légitime qu’ait pu en être -l’éclat du vivant de l’auteur, n’existe vraiment qu’à -dater du jour où le silence mortuaire l’ayant ensevelie -comme d’une lave refroidie, une curiosité éclairée et -pieuse en vient retrouver les fragments qui survivent -aux éruptions et aux cataclysmes. Et la vraie vie des -ustensiles d’Herculanum n’est-elle pas sous les vitrines -où la disponibilité et la sinécure de leur silhouette -sans usage nous versent à voir et à boire tant de -rétrospective rêverie. Œuvrons donc de notre mieux -<span class="pagenum" id="Page_58">[p. 58]</span> -pour coopérer au livre que requérait Sainte-Beuve -quand il écrit: «Je ne fais qu’indiquer ici un développement -qui sera mieux placé ailleurs, et dans le -livre que je sollicite.» Car c’est encore le propre de la -contagieuse ardeur née de cette œuvre, que chaque -nouvel adepte brûle d’en voir propager le rayonnement, -et convoque dans le présent et dans l’avenir -quiconque peut contribuer à l’étendre.</p> - -<p>Mais ce livre tel que le sollicitait l’illustre critique, -n’est sans doute point faisable. Quel portrait écrit ou -peint fût-il réalisé jamais qu’au fur des momentanéités -de l’individu successivement saisies et fixées. Ce livre, -ce sera le souhaitable assemblage des études et des -articles tout à l’heure évoqués, lorsqu’il y en aura eu -encore beaucoup d’autres, toujours et tous beaux au -moins, de leur inclination et de leur visée.</p> - -<div class="secsep">✻</div> - -<p>Ce qui me surprend un peu, particulièrement dans -Baudelaire et chez M. Verlaine, c’est l’exagération de -ce reproche: le manque de forme, le vice de forme, le -contenant du revêtement inégal au contenu du rêve. -Je cite les textes de ces deux rhéteurs: «Tout ce qui -lui manque de ce qui peut s’acquérir par le travail... -négligence... cahot... trouble... parti pris de paresse,» -<span class="pagenum" id="Page_59">[p. 59]</span> -réquisitoire du premier. «Une langue suffisante et de -l’effort assez pour ne se montrer qu’intéressamment» -ajoute le second déjà moins injuste, et plus loin reconnaissant -à cette muse la priorité de rythmes inusités.</p> - -<p>Certes, j’entends comme ces maîtres l’entendent, et -me fais fort de renchérir où il sied; mais là, je m’insurge. -La conclusion de M. Verlaine est exacte, mais -peut-être pas assez ponctuelle. «Sublime artiste, sans -trop le savoir,» c’est possible; mais aussi, et, je veux -bien encore, sans le savoir, <i>merveilleux virtuose</i>. -Guère de malignité, presque de rouerie poëtique qui -n’ait été inventée ou appliquée par cette innocente. -L’allitération, ce ressort du vers, son élasticité et sa -vertèbre, en même temps que sa pulsation et sa respiration, -la <ins id="cor_6" title="circulalion">circulation</ins> de sa vie depuis sa tête jusqu’à -sa rime, l’allitération revêche aux balourdes plumes, -exquise à la fine pointe des styles, dont aucun des élus -ne l’a négligée sous peine de priver sa poësie du plus -idéal de ses trucs et de la plus élégante de ses ailes, -l’allitération chère à Virgile et surtout à Catulle ne -pouvait tirer de plus ingénue justification que de sa -génération spontanée en cette prosodie réputée originelle.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Désenchaîner leurs nuits, <i>désenchanter</i> leurs jours.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_60">[p. 60]</span> - <div class="vers">Quand celui qui me <i>fuit</i> ne songeait qu’à me <i>suivre</i>.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">C’est l’amour qui <i>fermente</i> au fond d’un cœur <i>fermé</i>.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Madeleine <i>insultée</i> et comme elle <i>indulgente</i>.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Après avoir <i>souri</i>, se penche pour <i>mourir</i>.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Point de <i>lait</i>, point de <i>lit</i>... il fallait donc mourir<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_61">[p. 61]</span> -Oui, il semble que ces versatiles registres vont des -vers tout âme par les vers tout nus jusqu’aux mieux -ornés.</p> - -<p>Qu’est-ce en effet que ceci:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">De longs jours sans manteaux, de longs soirs sans lumières,</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">On les croirait<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a> poussés par un ange qui vole</div> - <div class="vers"><i>Qui de leurs blonds cheveux leur souffle une auréole</i>.</div> -</div> - -<p>Non seulement je ne reconnais pas là de date -impliquant et infligeant vis-à-vis d’une génération -intermédiaire, avant définitive consécration, le discrédit -du <i>passé de mode</i>; mais j’y démêle de ces caractères -d’<i>éternellement déroutant</i> qui ne permettent -jamais de ne plus être de l’avenir.</p> - -<p>Exemple:</p> - -<div class="poem vers">Et montrent l’autre vie au fond <i>du souvenir</i>.</div> - -<p>N’est-ce pas bien le contraire de ce qu’on allait dire, -qui eût été banal, et qui se transforme. Tout comme -en cet autre:</p> - -<div class="poem vers">Voilà le souvenir au pénétrant <i>silence</i>.</div> - -<p class="noind">que <i>langage</i> eût été moins beau!</p> - -<p>J’étendrai jusque-là mon avocasserie de signaler, -<span class="pagenum" id="Page_62">[p. 62]</span> -hors de toute inculpation de pastiche et de plagiat de -part ni d’autre, mais du seul fait d’une de ces fréquentes -réverbérations de pensées, sans enquêtes de -dates, et rien que pour faire ressortir toute l’étendue -de ces vocalises, des parités d’inspiration de notre -poëtesse à de ses grands contemporains comme à de -leurs brillants neveux. Que dis-je? Combien, de coupe -et de couleur répercute en ma mémoire classique -l’illustre strophe:</p> - -<div class="poem vers">Source délicieuse en matière féconde,</div> - -<p class="noind">cette invocation:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Sombre douleur, dégoût du monde,</div> - <div class="vers8">Fruit amer de l’adversité</div> - <div class="vers">Où l’âme anéantie en sa chute profonde</div> - <div class="vers8">Rêve à peine à l’éternité,</div> - <div class="vers8">Soulève <ins id="err_2" title="le froid (Errata)">ton poids</ins> qui m’opprime,</div> - <div class="vers">Dieu l’ordonne, un moment, laisse-moi respirer.</div> - <div class="vers">Ah! si le désespoir, à ses yeux, est un crime,</div> - <div class="vers10">Laisse-moi donc la force d’espérer.</div> -</div> - -<p>Madame Valmore est vraiment le seul poëte dont -on puisse parfois <i>inventer</i> les pensées sans les connaître -et répéter les formules sans les avoir ouïes, -parce que sa vision—disons sa <i>voyance</i> allait <i>cueillir</i> -les formes dans le lieu même des idées éternelles,</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Ces fruits protégés de mystère.</div> -</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_63">[p. 63]</span> -que même les plus inspirés d’entre les poëtes appesantissent -en les revêtant fût-ce des plus nobles rhétoriques -terrestres.</p> - -<p>De là vient que la poësie de cette muse, maintes -fois exprime l’ineffable où, selon un de ses vers les -plus divins:</p> - -<div class="poem vers">Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel.</div> - -<p>Certains de ses morceaux ne rencontrent que dans -Hugo leur équivalent de souffle et d’allure. Soit le -<i>Soleil lointain</i> qui, par places, m’apporte comme un -fraternel écho de <i>A Villequier</i>:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">O vie, ô fleur d’orage, ô menace, ô mystère,</div> - <div class="vers6">O songe aveugle et beau!</div> - <div class="vers">Réponds! ne sais-tu rien, en passant sur la terre</div> - <div class="vers6">Que ta route au tombeau.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Vos pieds sont las, pliez. Dieu vous mettra des ailes</div> - <div class="vers6">Et vous pourrez voler<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a></div> -</div> - -<p class="noind">me reporte aussi vers la <i>Claire</i> du même maître, que -me rappelle ailleurs lointainement</p> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_64">[p. 64]</span> - <div class="vers6">C’est beau la jeune fille</div> - <div class="vers6">Qui laisse aller son cœur</div> - <div class="vers6">Dans son regard qui brille</div> - <div class="vers6">Et se lève au bonheur.<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a></div> -</div> - -<p class="noind">et plus proche</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme</div> - <div class="vers">Aimait! Aimait! Et puis, comme si quelque charme</div> - <div class="vers">Mis entre elle et le monde eût isolé ses pas,</div> - <div class="vers">Elle errait dans la foule et ne s’y mêlait pas.<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a></div> -</div> - -<p class="noind">avec enfin</p> - -<div class="poem vers">Pleurant comme effrayés d’un sort involontaire.<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a></div> - -<p class="noind">mais la <i>Mise en liberté</i> de Hugo, encore, ne s’envole-t-elle -pas tout entière de cette strophe troisième de -l’<i>Esclave et l’Oiseau</i>.</p> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_65">[p. 65]</span> - <div class="vers">Va retrouver dans l’air la volupté de vivre!</div> - <div class="vers">Va boire les baisers de Dieu qui te délivre!</div> - <div class="vers">Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour</div> - <div class="vers">Va-t-en! va-t-en! va-t-en! sauve-toi sans retour!</div> -</div> - -<p class="noind">Oui, chez le Grand Maître et le Grand Père seulement -se retrouvent des pièces de la tournure de <i>Croyance</i>, -<i>Prison et Printemps</i>, <i>l’Enfant et la Foi</i>, <i>Au Revoir</i>, <i>aux -Nouveau-Nés heureux</i>, <i>Ame et Jeunesse</i>, <i>Jeune fille</i>.</p> - -<div class="poem vers">Va, je n’oublierai plus qu’ils me le rappelaient.</div> - -<p class="noind">n’est qu’une variation probablement anticipée du</p> - -<div class="poem vers">Tu me fais souvenir que j’ai tout oublié.</div> - -<p class="noind">que Hugo reprend lui-même à son Hernani sous cette -forme:</p> - -<div class="poem vers">Je ne me souviens plus que d’avoir oublié!</div> - -<p class="noind">Son:</p> - -<div class="poem vers">Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.</div> - -<p class="noind">qui n’est autre que l’antique</p> - -<div class="poem vers"><i lang="la" xml:lang="la">Centum sunt causæ cur ego semper amem.</i></div> - -<p class="noind">s’énamoure plus d’une fois chez notre Flamande:</p> - -<div class="poem vers">Qu’elle est à plaindre, elle a d’autres soins que l’amour!</div> - -<p class="noind">Et mieux:</p> - -<div class="poem vers">Il faut aimer pourtant; que faire de son cœur?</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_66">[p. 66]</span> -Tel que Marion de Lorme de son Didier, l’enfant -répond, de son ramier: «Je l’aime!»</p> - -<div class="poem vers">Comme celle qui croit oublier quelque chose.</div> - -<p class="noind">et</p> - -<div class="poem vers">On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne</div> - -<p class="noind">sont de véritables vers d’Hugo. Combien <i>Le Pauvre</i> a -de lumineux frères dans l’œuvre d’Olympio!—Je rapproche -encore:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Où deux êtres unis marchaient,</div> - <div class="vers8">Les voilà séparés... mystère!</div> -</div> - -<p class="noind">de</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers7">Autrefois inséparables,</div> - <div class="vers7">Et maintenant séparés!<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a></div> -</div> - -<p class="noind">Ensuite</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers9">... son enfant, seule vie où l’on s’aime</div> - <div class="vers">Qui passe devant nous comme on fut une fois.</div> -</div> - -<p class="noind">de</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">A chaque pas qu’il fait l’enfant derrière lui</div> - <div class="vers">Laisse plusieurs petits fantômes de lui-même.<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a></div> -</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_67">[p. 67]</span> -Enfin</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Buvez en étreignant cette femme penchée</div> - <div class="vers3">Sur son fruit.</div> -</div> - -<p class="noind">de</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">La nourrice au sein nu qui baisse les paupières.<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<p>O Éva<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a></p> - -<div class="poem"> - <div class="vers2">... à l’heure où tout est sombre</div> - <div class="vers">Où tu te plais à suivre un chemin effacé,</div> - <div class="vers">A rêver appuyée aux branches incertaines</div> - <div class="vers">Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,</div> - <div class="vers">Ton amour taciturne et toujours menacé!</div> -</div> - -<p class="noind">voici un écho de ta plainte pourtant sans seconde:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Vous sentiriez alors le besoin de rêver</div> - <div class="vers">De livrer au hasard votre marche incertaine</div> - <div class="vers">De ralentir vos pas au bruit d’une fontaine</div> - <div class="vers">Et de pleurer les maux que je viens d’éprouver.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<p><i>Un Arc de Triomphe</i> avec ses</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Mille doux cris à têtes noires</div> -</div> - -<p class="noind">n’offre-t-il pas, le paradoxe est fort: quelque mine des -<span class="smcap">Émaux et camées</span>?</p> - -<p>Qu’est-ce que</p> - -<div class="poem vers">Une voix seule éteinte en changeait le concert</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_68">[p. 68]</span> -sinon</p> - -<div class="poem vers">Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a></div> - -<p class="noind">ou réciproquement?</p> - -<div class="poem vers">Ne parle pas, je ne veux pas entendre</div> - -<p class="noind">n’irait-elle pas jusqu’à évoquer <i>Celle qui est trop gaie</i> -elle-même? Pourquoi non? puisque du même Baudelaire -pourrait s’échanger contre</p> - -<div class="poem vers">Il est de longs soupirs qui traversent les âges</div> - -<p class="noind">son plus nerveux et verveux</p> - -<div class="poem vers">Que cet ardent <ins id="err_3" title="complot (Errata)">sanglot</ins> qui roule d’âge en âge.</div> - -<p class="noind">Et, de nos jours</p> - -<div class="poem vers">Dis aux petits que les étés sont courts</div> - -<p class="noind">tinte bien <i>le chant des oiseaux des courts étés</i>, de -Sully-Prudhomme.</p> - -<p>Et pour finir, n’est-ce pas comme une surprenante -<span class="pagenum" id="Page_69">[p. 69]</span> -résonnance préventive du lied de Tristan dans Wagner, -cette dernière strophe du <i>Dernier rendez-vous</i>.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Je viendrai, car tu dois mourir</div> - <div class="vers">Sans être las de me chérir</div> - <div class="vers">Et comme deux ramiers fidèles</div> - <div class="vers">Séparés par de sombres jours</div> - <div class="vers">Pour monter où l’on vit toujours</div> - <div class="vers">Nous entrelacerons nos ailes,</div> - <div class="vers">Là les heures sont éternelles.<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a></div> -</div> - -<div class="secsep">✻ ✻</div> - -<p>Il faudrait bien, bien des pages, encore et toujours -des pages pour désenfiler toutes les blandices, Baudelaire -l’écrit: les <i>perpétuelles trouvailles</i> de cette poësie. -Même sans parler de ses curiosités pittoresques de -locutions ou de métaphores, telles que,</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Jusqu’au chaume <i>enlierré</i> que j’appelais maison</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Pour un marin qui <i>trace</i> l’onde</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_70">[p. 70]</span> - Il voit <i>rire un jardin</i> sur l’étroit cimetière</div> - <div class="vers">Où la lune souvent me prenait à genoux.</div> - <div class="vers"><i>L’ironie embaumée</i> a remplacé la pierre</div> - <div class="vers">Où j’allais, d’une tombe indigente héritière,</div> - <div class="vers">Relire ma croyance au dernier rendez-vous.</div> -</div> - -<p>Je dis, de cette poësie aux énoncés si touchants et -toujours imprévus; de ces hirondelles qui sont</p> - -<div class="poem vers">Mille doux cris à têtes noires;</div> - -<p class="noind">non loin de ce rossignol qu’elle dénomme:</p> - -<div class="poem vers">Douce horloge du soir au saule suspendue;</div> - -<p class="noind">de ce bal qui tourne</p> - -<div class="poem vers">Dans leur nuit de lumière, et d’encens, et de soie;</div> - -<p class="noind">de ce médecin de la maison de sa mère, ce docteur ami -à qui l’auteur écrit</p> - -<div class="poem vers">Quand Dieu sous ta figure y désaffligeait l’heure;</div> - -<p class="noind">de ces fillettes dans un décor de nature qui s’enjolive -d’un vocabulaire de mobilier vieillot:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers6">Les ruisseaux des prairies</div> - <div class="vers4">Font des psychés</div> - <div class="vers6">Où, libres et fleuries,</div> - <div class="vers4">Les fronts penchés,</div> - <div class="vers6">Dans l’eau qui se balance</div> - <div class="vers4">Sans se lasser</div> - <div class="vers6">Nous allons en silence</div> - <div class="vers4">Nous voir passer.</div> -</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_71">[p. 71]</span> -Si féerique mirage que peut-être je ne lui <ins id="err_4" title="préférais (Errata)">préférerais</ins> -rien, s’il n’y avait encore, et, sans doute par dessus -tout, ceci:</p> - -<div class="poem"> - <div class="pttl vers3">SOIR D’ÉTÉ</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Un danger circule à l’ombre</div> - <div class="vers5">Au chant de l’oiseau</div> - <div class="vers7">Qui descend dès qu’il fait sombre</div> - <div class="vers5">Se plaindre au roseau.</div> - <div class="vers7">Alors tout ce qui respire</div> - <div class="vers5">Se prend à rêver,</div> - <div class="vers7">Et le ruisseau qui soupire</div> - <div class="vers5">Semble l’éprouver.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Partout les nids et les ailes</div> - <div class="vers5">Tremblent doucement</div> - <div class="vers7">Dénonçant des tourterelles</div> - <div class="vers5">L’entretien charmant.</div> - <div class="vers7">L’été brûle avec mystère</div> - <div class="vers5">Dans les lits en fleurs,</div> - <div class="vers7">Des seuls amants de la terre</div> - <div class="vers5">Sans blâme et sans pleurs.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Été, si trop jeune encore</div> - <div class="vers5">Pour fuir un danger,</div> - <div class="vers7">L’enfant rêveur que j’adore</div> - <div class="vers5">S’attarde au verger,</div> - <div class="vers7">Laisse dans l’errante nue</div> - <div class="vers5">Ton charme cruel,</div> - <div class="vers7">Et sauve l’âme ingénue</div> - <div class="vers5">Du plaisir mortel!</div> -</div> -</div> - -<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_72">[p. 72]</span> -Ce commentaire, point par point, fleur par fleur, pleur -par pleur, perle par perle, devra être l’œuvre d’un autre, -je voudrais du prochain des coryphées de ce chœur qui -se fera longtemps gloire et joie d’exalter cette unique -muse. Je fais seulement remarquer ici, en passant, la -noblesse dont elle sait empreindre l’usage familier du -mot <i>Madame</i><a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Madame,<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> le plus beau des temples</div> - <div class="vers8">C’est le cœur du peuple, entrez-y:</div> - <div class="vers8">Le Roi des Rois l’a bien choisi.</div> - <div class="versd dots" style="padding-left: 2.5em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Quand vous m’avez écrit tout ce que, femme ou mère</div> - <div class="vers6">Écrira de plus doux,</div> - <div class="vers">Je me plaignais, Madame, à cette vie amère,</div> - <div class="vers6">Je lui parlais de vous.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Ainsi, Madame, allons, l’augure a trop de charmes</div> - <div class="vers6">Pour n’être pas certain;</div> - <div class="vers">Allons! Et dans la nuit tournons nos yeux en larmes</div> - <div class="vers6">Vers le soleil lointain.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_73">[p. 73]</span> - <div class="vers">Distraite de souffrir pour saluer votre âme,</div> - <div class="vers">Voilà mon âme: elle est où vous souffrez, Madame.</div> -</div> - -<p>Puisse mon travail d’aujourd’hui faciliter la suite -que je lui désire, de par cette classification que je -revendique, et que je crois utile et bonne; elle -n’était guère plus aisée que celle dont parle le conte -de fées, de ces duvets de mille couleurs emplissant une -chambre, et qu’il s’agissait de répartir et de trier. La -princesse y parvint pourtant; non, à vrai dire, sans -des secours féeriques, qui, je crois bien, ne m’ont pas -fait défaut. Les fées existent toujours. C’est un blasphème -que de n’y point croire. Elles s’en vengent en -ne secondant que ceux qui les en prient.</p> - -<p class="sep2">Le temps, je le répète, qui sculpte et polit, selon -leur dureté et leur beauté, ce que nous lui laissons de -nos œuvres, ainsi que le flot fait des rocs et des -falaises, respectera, chaque jour davantage, l’œuvre -dont nous nous entretenons. Il le témoignera en en -déblayant les entours et facilitant les approches, quand -il aura découvert et compris que ce qu’il prenait pour -une fragile et friable grève était un marbre, et que ce -marbre fut ciselé par la nature et l’art associés, à l’égal -d’un de ces monuments aux si capricieuses arabesques, -qu’ils ne paraissent point bâtis de main d’homme, mais -<span class="pagenum" id="Page_74">[p. 74]</span> -éclos, en une nuit, de quelque rêve, en guise de palais -d’Aladin.</p> - -<p>Mais s’il fallait qu’un détestable et imprévu désastre -détruisît l’œuvre en n’en laissant subsister que -les parcelles que je vous soumets, l’avenir, je n’en -doute pas, se pencherait sur elles, tout comme nous -faisons sur les vers isolés de ce Publius Syrus et de -cette Sapho qui avaient écrit tant de mimes et de -poësies dont il ne reste que des débris et des fragments -pareils à des pulvérisations d’étoiles.</p> - -<p>Ma collection, c’est un herbier—immarcescible. -<i>Je l’ai fait sans presque y songer</i>, aux coups pressés -d’une lame émue qu’annotent les touches rapides -d’un crayon sensible de fasciné. Plus d’ordre et de -mesure, de pause et de dosage dans le choix sont -malaisés et dangereux devers cette poësie fugace, et -risquent toujours l’excès ou le manque. La fleur se -fond en rosée ou s’enfuit en papillon.</p> - -<div class="poem vers">J’éclos pour m’envoler et je risque mes ailes!</div> - -<p>C’est ma cueillette. Le massif, qui est une <i>forêt -mouillée</i>, de combien de larmes! peut fournir cent -autres bouquets renouveaux et surdivers au gré du -style qui rédige et du cœur qui dirige.</p> - -<p>Oui ce sont fleurs dont la sève est de sang et le -<span class="pagenum" id="Page_75">[p. 75]</span> -<i lang="la" xml:lang="la">rorate</i> de larmes. <i>Pleurs</i> et <i>Fleurs</i> dont l’inconscient -virtuose n’a su oser que partiellement le magnifique -titre, devrait être celui de son édition <i lang="la" xml:lang="la">ne varietur</i>. A -cette double source, le reproche encouru de monotonie -n’est-il pas vain? Le <i>chacun son métier</i>, pour -notre ouvrière se résolvait en larmes.</p> - -<div class="poem vers">Sédentaire à l’église et bornée à ses pleurs</div> - -<p>Son œuvre est un éloge des larmes. Celle qui cessait -de chanter <i>parce que sa voix la faisait pleurer</i>, ne -devait-elle pas rencontrer les plus bouleversants des -accents tracés?...</p> - -<p>Moi, je me récuse, ou plutôt, j’abdique. A d’autres;</p> - -<div class="poem vers10"><i lang="la" xml:lang="la">Quasi cursores <ins id="cor_7" title="vitoe">vitæ</ins> lampada tradunt</i></div> - -<p class="noind">que si l’on requérait pourtant ceux des vers de -Madame Valmore que je distingue par préciput sans -omettre certains cris tels que:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Où va-t-on vers ce qu’on espère?</div> -</div> - -<p class="noind">et</p> - -<div class="poem vers">Oh! que l’âme est troublée à l’adieu d’un prestige!</div> - -<p class="noind">j’élirais entre beaucoup</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><i>Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme.</i></div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><i>Moi seule en mon chemin et pleurante au milieu</i></div> -</div> - -<p class="noind">et</p> - -<div class="poem vers"><i>Comme un fil noir à l’or enlacé tristement.</i></div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_76">[p. 76]</span> -<i>Exegi.</i> Je conclus et clos ces pages qui ont du moins -pour elles de ne pas ouvrir par «Marceline, Félicité, -Joséphe... naquit à...» et sauves, j’espère, du vernis -souvent un peu <ins id="cor_8" title="boursoufflé">boursouflé</ins> des faiseurs d’exégèses qui -semblent croire qu’ils décorent le sujet—au lieu de -s’en couronner.</p> - -<p>Et je signe... cette <i>critique</i>? Dieu m’en garde!—Ce -<i>cantique</i>?...—Je voudrais!</p> - -<div class="secsep">✻ ✻ ✻</div> - -<p>Une dernière réflexion pour finir:</p> - -<p>D’abord disons que ce qui précède n’a trait absolu -qu’à l’édition Lemerre, et que les extraits en sont prélevés; -cette édition étant, jusqu’à ce jour, la seule sur -laquelle se puisse exercer une vue d’ensemble un peu -intégrale. En cela, nous devons trop à son éditeur -pour pouvoir que le remercier. Nonobstant, et grâce à -ce zèle communicatif qu’engendre l’œuvre de Madame -Valmore, il y a lieu de croire que les éditeurs -aussi se relaieront dans le futur pour assurer toujours -plus d’ampleur et d’envergure au geste entier de la -poëtesse.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_77">[p. 77]</span> -Mais il sied aujourd’hui de constater un fait: l’édition -n’est pas complète. Et puisque le bon goût qui y -présida ne fait pas de doutes et que, d’autre part, -d’importants fragments, voire de fort belles pièces en -sont absents, il y a lieu d’attribuer cette lacune à une -émotion filiale éliminant de parti-pris tout ce qui lui -semblait trop avoisiner cette double flamme; d’abord -la passionnelle, déterminante de tout cet embrasement; -puis la purifiante par le feu scrupuleux et sacrilège de -quelque vengeur enfer de vertus:</p> - -<div class="poem vers">Expiant, Dieu le veut, le nom de ta maîtresse.</div> - -<p class="noind">et</p> - -<div class="poem vers">Je vois le Purgatoire au fond de ma pâleur</div> - -<p class="noind">voilà les deux notes qu’il s’agit, sinon d’étouffer, d’assoupir -du moins.</p> - -<p class="sep2">Qu’un <i>pareil ange</i>, selon le mot de M. Verlaine se -montre plus ou moins timoré, bourrelé même, ce n’est -qu’une aile de plus dont la candeur et la splendeur -(plutôt que se voiler de silence imprudent et de réserves -irrévérencieuses) doivent éclater en la pleine lumière -de ce feu, lui-même générateur de tout ce buisson -<span class="pagenum" id="Page_78">[p. 78]</span> -ardent, et si solidaire de l’amour divin qu’il ne saurait -que refleurir et tout droit, en paradis.</p> - -<div class="poem vers">Seigneur qui n’a cherché votre amour dans l’amour</div> - -<p class="noind">et jusqu’à ce radieux blasphème</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Le ciel illuminé s’emplit de ta présence;</div> - <div class="vers">Dieu te mit devant moi, je compris sa puissance;</div> - <div class="vers">En passant par tes yeux mon âme a tout prévu</div> - <div class="vers">Dieu, c’est toi pour mon cœur; j’ai vu Dieu, je t’ai vu!</div> -</div> - -<p class="noind">La figure de Valmore, loin d’être définitive, s’ébauche -à peine. Son œuvre est de celles dont la méconnaissance -du vivant et l’oubli au sortir du trépas composent -les deux premières phases d’engendrement -naturel à la postérité; et qui, pour atteindre leur plein -degré de manifeste et d’influence, doivent être <i>retrouvées</i>, -ainsi qu’une Pompéï ou des grains de blé -endormis renferment des germes de moisson en puissance. -Rougir pour cette plaintive sublime amante du -feu qui la dore, serait d’un culte inéclairé, sinon d’une -offense aveugle. La suprême, décisive et impérissable -Valmore doit entrer</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Entrer sous ton aile enflammée</div> - <div class="vers8">Où l’on entre par le tombeau</div> -</div> - -<p class="noind">dans le temps et l’éternité, je l’ai dit au début, en -Anactoria chrétienne, en Francesca pardonnée illuminant -<span class="pagenum" id="Page_79">[p. 79]</span> -de son idolâtrie innocentée et couronnée un -Phaon inconnu, un Paolo mystérieux de qui toute la -gloire est d’avoir allumé cette ardeur dont elle résume -la foi et le dogme dans sa magnifique <i>Croyance</i>:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Son souffle lissera mes ailes sans poussière</div> - <div class="vers6">Pour les ouvrir à Dieu.</div> - <div class="vers">Et nous l’attendrirons de la même prière,</div> - <div class="vers">Car c’est l’éternité qu’il nous faut tout entière,</div> - <div class="vers6">On n’y dit plus adieu!</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> -On ne sait ce qu’il faut le plus admirer de la mauvaise foi ou de la -mauvaise mémoire de certains critiques glosant sur ces matières. Je cite -pour la curiosité de ce fait, tel passage lu récemment sur le sujet d’un -volume de poésies: «Ces mots s’appellent l’un l’autre en dépit de tout -contenu intellectuel rien que par la similitude des syllabes, et par une sorte -de mystérieuse aimantation... Le <i>réséda</i> réside, l’<i>œillet</i> est un <i>œil</i> et le -<i>papillon</i> est <i>pape</i>... Grâce à ses ressources qu’on peut justement appeler -étonnantes...» En conclusion, l’auteur de ce texte paraît donc ignorer que -Virgile écrivait entr’autres:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="vers10"><i lang="la" xml:lang="la">Amores</i> experietur <i>amaros</i></div> -</div> - -<p>Catulle (<span lang="la" xml:lang="la">ad januam</span>):</p> - -<div class="npoem"> - <span class="nvers" lang="la" xml:lang="la">Tantum <i>operire</i> soles aut <i>aperire</i> domum</span> -</div> - -<p class="noind">sans omettre dans Victor Hugo:</p> - -<div class="npoem"> - <span class="nvers">Comme un <i>enfant</i> qui <i><ins id="cor_9" title="soufle">souffle</ins></i> en un <i>flocon</i> d’écume</span><br /> - <span class="nvers">Chaque homme <i>enfle</i> une bulle où se <i>reflète</i> un ciel</span> -</div> - -<p class="noind">et combien d’autres.</p> - -<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> -Des enfants.</p> - -<p class="lalign"><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> - Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor,<br /> - <span class="nvers">Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre,</span><br /> - <span class="nvers">Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d’or.</span><br /> - <span class="attrib">V. H.—Claire.</span></p> - -<p class="lalign"><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> - Ceux qui n’ont pas connu cette charmante fille<br /> - <span class="nvers">Ne peuvent pas savoir ce qu’était ce regard</span><br /> - <span class="nvers">Transparent comme l’eau qui s’égaie et qui brille</span><br /> - <span class="nvers">Quand l’étoile surgit sur l’océan hagard.</span><br /> - <span class="attrib">V. H.—Claire.</span></p> - -<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="nvers">La fange des ruisseaux qui consterne mes pas</div> - <div class="nvers">Et la foule déserte où tu ne descends pas.</div> - <div class="ralign">Desbordes-Valmore.</div> -</div> - -<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> -Et qu’elle acceptait peu sa vie involontaire.<br /> -<span class="attrib">V. H.—Claire.</span></p> - -<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> - <a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> - <a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Victor Hugo.</p> - -<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> -Vigny.</p> - -<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> -Lamartine.</p> - -<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> -Alors nous serions morts inséparés, unis à jamais, sans fin, sans -réveil, sans crainte, sans nom, dans le sein de l’amour, livrés à nous-mêmes, -ne vivant plus que pour l’amour.</p> - -<p class="ralign"><span class="smcap">Wagner.</span></p> - -<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> -Victor Hugo seul, spécialement dans son superbe sonnet à Madame -Judith <ins id="err_5" title="Gauthier (Errata)">Gautier</ins> en a fait un titre aussi vraiment royal.</p> - -<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> -La Reine Marie-Amélie.</p> -</div> - -<h2 id="Page_81">APPENDICE</h2> - -<p>J’augure un autre travail de réparation, de répartition -et de décor dans la future réunion des lettres -déjà publiées, entre elles, puis à d’inédites. On en tirera -une autre clef de ce cœur; clef de cloître, clef de voûte, -ou du moins clef musicale révélant bien, cette fois, la -délicieuse définition de Shelley: <i>Clef d’argent de la -fontaine des larmes</i>.</p> - -<p>Mon désir d’encadrer un poëme manuscrit de celle -que je vénérais me mit d’abord en possession d’une ou -deux de ses lettres dont le nouveau filon d’attendrissement -auguste me rendit insatiable jusque là de me -faire successivement acquérir une centaine de ces -autographes (que j’ai le bonheur de posséder aujourd’hui), -et dirai-je pour quel gros chiffre menu qui -rendrait surprises et confuses (autant que le purent -être certains dessins de Millet, si les choses qui ont -des larmes ont aussi des sourires) ces mêmes lettres -qui attendaient le départ, quelquefois de longs jours, -tout écrites, faute de l’affranchissement de leur timbre?</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_82">[p. 82]</span> -«<i>C’est un affreux malheur, mais le plus beau malheur -possible</i>» écrit quelque part Vigny. Propre chanson -pour l’air de cette correspondance, indiscontinûment -variée sur le <i><ins id="cor_10" title="leimotiv">leitmotiv</ins></i> plus ou moins lancinant, toujours -détaché et digne de ce qu’elle y baptise elle-même -son <i>parfait tombé d’espoir</i>. Lisez encore: «<i>Le -malaise que je traîne après moi dans tous mes vœux -déçus</i>». Et plus grièvement: «<i>Les peines, la terreur, -l’humiliation ne tuent pas, et je vis enfin à travers -des choses bien blessantes et que j’aurais jugées mortelles.</i>»—«<i>Je -ne voudrais pas que mon sort changeât -au prix de certaines démarches suppliantes qui me -rendraient les douceurs accordées d’une amertume -douloureuse.</i>»—«<i>Je retourne à souffrir.</i>» concluait-elle -dans une lettre déjà éditée.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir;</div> - <div class="vers">Tout tressaille averti de la prochains ondée.</div> -</div> - -<p>Ces deux vers de l’auteur devraient épigraphier sa -correspondance où l’on sent à chaque ligne une spirituelle -et naturelle allégresse prête à éclore, refoulée -par cette trop prochaine ondée des larmes, pour les -siens, pour les autres,—ah! que si rarement et discrètement -pour soi! Et cela sans jamais de ton pleurnicheur -ni même larmoyant, en une si haute tenue de -<span class="pagenum" id="Page_83">[p. 83]</span> -style et d’attitude non voulue que du fait d’une nature -fière avec modestie, humble avec noblesse.</p> - -<p>Ajouterai-je que plus des deux tiers de ces lettres ne -sont que de jolis placets implorant secours pour plus -pauvre que soi. Il semble, et l’épistolière le dit, que -l’expérience toujours plus aiguë et raffinée du malheur, -n’ait pour effet que de la gagner plus effectivement et -affectivement aux endolorissements d’autrui.</p> - -<p>De ces pages, il y en a pour de ses amis Tripier-Lefranc, -Derains, Nairac, Branchu, etc., puis a des -illustres: Dumas, Auber, Chaix d’Estanges, etc., en -lesquels son inlassable zélation rencontre des aides. -Presque chaque épître enveloppe, disons entortille -d’une grâce qui se fait chatte quand il s’agit du bien -du prochain un petit drame de misère adroitement -présenté au profit d’un nouvel inconnu; de quelle -grâce variant à l’infini la courtoisie des formules polies -et jolies bien savoureuses et surprenantes à relire en -notre ère de lettres de quête autographiées et pas -même signées de la main de la demanderesse.</p> - -<p>Voici d’abord des extraits, de mélancoliques, de -spirituels:</p> - -<div class="manuscr"> -<p><span class="pagenum" id="Page_84">[p. 84]</span> -Ici, madame, tout s’absorbe jusqu’à la mélancolie. C’est un mot -élégant qui ne passe pas dans une ville de commerce, et vous êtes -bien bonne de l’avoir lu sur ma figure.</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p class="sep2">Allez, monsieur, je sais beaucoup de vos peines, et si vous allez -sur ces tombes d’amour et d’amitié pour être entendu, dites-moi -quelque chose, je l’entendrai, je crois, car en vérité, la vie est -souvent triste et isolée comme la mort.</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p class="sep2">Que je vous sais gré d’y être pour vous mêmes (à Paris,) car -enfin c’est encore là où on peut choisir ce qui convient le mieux aux -goûts de l’esprit et de l’humeur. Ici (à Lyon) il faut prendre de la -boue et des rubans, des rubans et de la boue, c’est la carte. L’autre -printemps, c’était... affreux; des boulets et du sang, du sang et des -boulets. Il m’en reste un horrible souvenir dans l’âme et dans les -nerfs.</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p class="sep2">Monsieur Dutillœul me dit encore d’obtenir que Bra écrive au -maire qui l’aime beaucoup; je n’oserai le faire de mon côté que si -mon cousin m’appuie, car cela me paraît bien hardi pour une -femme d’écrire à un maire, et de demander des grâces.</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p class="sep2"><span class="pagenum" id="Page_85">[p. 85]</span> -Sachez que je viens de recevoir un programme de la fête de -Gayant. Il sent le gâteau, la bière et le jambon. J’ai eu presque -faim en le lisant, et il y a bien longtemps que je n’ai eu faim.</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p class="sep2">Vous m’avez honorée d’un témoignage de votre amitié, <i>beau pour -toujours</i>, cher Monsieur. Vous savez que c’est à cette seule condition -du <i>pour toujours</i> que mon fils adorait la pomme ou les bonbons -que je lui donnais.</p> - -<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<p class="sep2">Vos confitures ont-elles réussi? Moi je manque toutes mes -romances.</p> -</div> - -<p class="sep2">Puis, intégralement une de ces belles et simples -suppliques de recommandation.</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="addr">Madame,</p> - -<p>Je commence par vous demander humblement pardon d’une -démarche qui n’a d’appui que votre extrême bonté.</p> - -<p>Si vous vous étonnez, madame, que sans avoir l’honneur d’être -connue de vous je me sente assez de courage pour recommander -quelqu’un à votre sérieux intérêt vous penserez avec raison qu’il -faut avoir entendu sur votre caractère un récit bien encourageant -pour avoir enhardi jusque-là mon humilité.</p> - -<p>Il a été dit devant moi que monsieur le Duc et madame la -<span class="pagenum" id="Page_86">[p. 86]</span> -Duchesse de Luynes n’avaient pas encore arrêté le concierge qui -doit garder prochainement leur nouvel hôtel.</p> - -<p>Si j’étais assez heureuse pour que le pur motif d’obliger une -honnête famille me fût inspiré par la Providence, qui se sert des -plus faibles quelquefois pour ses desseins d’ordre et de charité, je -me féliciterais d’avoir à signaler à madame la Duchesse les nommés -Roblin, concierges de la maison d’assurance et de gaz, rue de -Richelieu n<sup>o</sup> 89. Cette vaste maison devant être prochainement -démolie laisse un père de famille très probe et très intelligent à la -triste liberté de chercher un autre asyle. Les répondants les plus -graves et les plus honorables viendraient à l’appui de mon humble -supplique près de madame la Duchesse, et justifieraient avec -empressement les premières paroles portées jusqu’à vous, madame, -par votre plus humble servante.</p> - -<p class="ralign">M<sup>me</sup> <span class="smcap">Desbordes-Valmore</span>.</p> - -<p><small>89, rue de Richelieu.</small></p> -</div> - -<p>Ensuite deux lettres, deux placets à Alexandre -Dumas. On en admirera le tour fémininement fraternel.</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="ralign"><i>Lyon, le 29 mai 1835.</i></p> - -<p>Je saisis à travers une pluie d’orage, la bonne et belle occasion -de me rappeler à vous. C’est pour vous rappeler que vous venez -d’être encore pour moi aussi bon, aussi obligeant que si je le -méritais. Je ne peux pas vous dire combien je vous sais gré d’être -obligeant comme un enfant pour les enfantillages de tous ces -hommes mûrs à moustaches noires ou grises. Ce brave Algérien -eût été bien heureux de vous devoir (après son sabre) le bouquet -de cerise qu’il voulait remporter à sa boutonnière; mais il m’a -avoué qu’il était aussi fier de vos démarches pour lui et de votre -<span class="pagenum" id="Page_87">[p. 87]</span> -accueil, que du ruban qu’il croit mériter. Que je vous aime donc -de l’avoir consolé! et que j’ai à cœur votre gloire, votre bonheur -en tout! Je vous conjure d’y travailler, de nous jeter vos fleurs, -vos <i>Christine</i>, vos âmes de femmes qui doivent vous étouffer. -Donnez-moi la joie de vos succès, car je vois bien que je n’en aurai -jamais d’autre avec vous, et qu’il me sera toujours impossible de -vous être bonne à rien sur la terre qu’à me faire du bien comme -vous en avez pris l’habitude.</p> - -<p>Soyez heureux!</p> - -<p class="ralign"><span class="smcap">Marceline D. Valmore.</span></p> -</div> - -<div class="manuscr"> -<p class="ralign"><i>Paris, 16 août 1837.</i></p> - -<p>Quand vous n’êtes plus là, je ne suis bonne à rien pour moi ni -pour les autres.</p> - -<p>Si vous étiez à Paris, vous prendriez par la main un charmant -enfant qui n’a ni père ni mère, et que nous avons fait entrer -à l’Opéra pour jouer des petits génies et des demi-dieux, ce qu’on -lui fait jouer avec beaucoup de bonté, jusqu’à l’avoir admis aux -fêtes de Versailles, en Mercure, ce qui l’a rendu à peu près fou -de joie et de surprise. Mais les demi-dieux <i>mangent</i>, et depuis son -admission (il y a trois mois) dans les classes de MM. Coraly, -Mérante et Barré, le pauvre orphelin a reçu douze francs, pour prix -de ses jolies petites jambes.—Vous le prendriez donc par la -main, j’osais le penser, et vous diriez à M. Dupré, tout-puissant -sur M. Duponchel, de donner quelque humble appointement à ce -jeune garçon que nous avons fait monter dans la diligence sur la -route de Lyon à Paris.</p> - -<p>Envoyez-moi deux lignes de votre nom pour que j’ose moi-même -chercher un appui à cet enfant. Je ne vous demande point -pardon d’aller vous étouffer de mes prières. A qui voulez-vous que -je demande de la bonté qui ne se lasse pas? Pas plus que je ne -me lasse de vous aimer et d’être à vous de tout mon cœur.</p> - -<p class="ralign"><span class="smcap">Marceline Valmore.</span></p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_88">[p. 88]</span> -Enfin cet étonnant compliment de noces:</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="addr">A Monsieur Alexandre Wattemart.</p> - -<p>Madame Valmore est allée avec empressement pour assister à -la bénédiction nuptiale.</p> - -<p>Il était près de midi. Après le temps de prier et d’attendre, nul -mariage n’a eu lieu. Quelque obstacle a donc rendu, ce jour-là, -Notre-Dame-de-Lorette, déserte de cette solennité, sur laquelle -Madame Valmore appelle toutes les bénédictions du ciel.</p> - -<p class="ralign">M<sup>me</sup> <span class="smcap">Valmore</span></p> - -<p><small><i>22 février 43.</i></small></p> -</div> - -<h2 id="Page_89" class="srf"><span class="smcap">Essai de Classification<br /> -<small>des Motifs d’inspiration -de la Poësie de Marceline DESBORDES-VALMORE</small></span></h2> - -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_91">DIVISIONS</h3> - -<table summary="Divisions et sous-divisions"> -<tr style="margin-bottom: 1em;"> - <td class="tdrm">I.</td> - <td class="tdlm">—</td> - <td class="tdlm"><a href="#Page_93">AMOUR</a></td> - <td class="tdlmb lh15 cs8"><a href="#Page_105">LES YEUX ET LES PLEURS</a>.<br /> - <a href="#Page_111">LA VOIX</a>.</td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="cs3"> </td></tr> -<tr> - <td class="tdrm">II.</td> - <td class="tdlm">—</td> - <td class="tdlm"><a href="#Page_115">TENDRESSE-TRISTESSE</a></td> - <td class="tdlmb lh15 cs8"><a href="#Page_121">PRISONS ET EXILS</a>.<br /> - <a href="#Page_127"><i>IPSA.</i></a></td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="cs3"> </td></tr> -<tr> - <td class="tdrm">III.</td> - <td class="tdlm">—</td> - <td class="tdlm"><a href="#Page_135">MATERNITÉ ET ENFANCE</a></td> - <td> </td> -</tr> -<tr><td colspan="3" class="cs3"> </td></tr> -<tr> - <td class="tdrm">IV.</td> - <td class="tdlm">—</td> - <td class="tdlm"><a href="#Page_147">FOI</a></td> - <td> </td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm">V.</td> - <td class="tdlm">—</td> - <td class="tdlm"><a href="#Page_155">NATURE</a></td> - <td class="tdlmb lh15 cs8"><a href="#Page_161">L’AMOUR DES FLEURS</a><br /> - <a href="#Page_165">L’AMOUR DE L’EAU</a><br /> - <a href="#Page_171">LE RYTHME</a><br /> - <a href="#Page_175">LE SILENCE</a>.</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm">VI.</td> - <td class="tdlm">—</td> - <td class="tdlm"><a href="#Page_179">ÉTERNITÉ</a>.</td> - <td> </td> -</tr> -</table> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_93">AMOUR</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Amour divin rôdeur glissant entre les âmes.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_95">[p. 95]</span> - <div class="vers">L’heure qui nous sépare, au temps est inutile.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Enfin le jour se cache et me prend en pitié.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Tout ce qui manque à ta tendresse</div> - <div class="vers8">Ne manque-t-il pas à mes vœux?</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers8">Et le bonheur du souvenir</div> - <div class="vers">Va se confondre encore avec le bonheur même.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Comme la route au loin se prolonge isolée.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Je suis seule et là-bas sous de noirs arbrisseaux</div> - <div class="vers">La moitié de mon âme est errante et voilée.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><i>J’ai cru respirer l’air qui va nous réunir.</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Forcez-moi de parler, car j’ai peur de mourir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">«Dans mes ennuis, dit-il, j’ai fait une couronne</div> - <div class="vers">Elle est fanée, hélas! pourtant je te la donne.»</div> - <div class="vers">Je l’ai sentie alors descendre sur mes yeux</div> - <div class="vers">Et je n’y voyais plus; mais sa voix est si tendre...</div> - <div class="vers">Et quand on n’y voit plus, ma mère, on entend mieux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_96">[p. 96]</span> - J’ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Toi qui m’a tout repris jusqu’au bonheur d’attendre</div> - <div class="vers">Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un cœur tendre,</div> - <div class="vers">L’amour et ma mémoire où se nourrit l’amour.</div> - <div class="vers">Je lui dois le passé, c’est presque ton retour.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">C’est là que sans fierté je me révèle encore</div> - <div class="vers">Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite</div> - <div class="vers">Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Oui, plus que toi l’absence est douce au cœur fidèle</div> - <div class="vers">Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">L’amour m’enveloppa de ton ombre chérie</div> - <div class="vers">Et malgré la saison l’air me parut brûlant.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Je devinai ton âme, et j’entendis mon cœur.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers10">L’âme du monde éclaira notre amour.</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers">Je croyais que les cieux ne donnaient tant d’amour</div> - <div class="vers">Que pour en éclairer une autre âme à son tour.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Le doute est le seul bien que m’ait laissé le sort.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et mon dernier adieu dans les airs s’est perdu.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Loin de moi, s’il se peut, ma sœur, emportez-moi.</div> - <div class="vers">Mon mal est dans sa vue, et lorsque j’y succombe</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_97">[p. 97]</span> - Mon mal doit vous toucher, ce n’est pas le remord.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Veux-tu? mais ne dis pas que l’heure est trop rapide,</div> - <div class="vers">Veux-tu voir la montagne et le courant limpide,</div> - <div class="vers">Veux-tu venir au pied du grand chêne abattu?...</div> - <div class="vers">—Moi, je ne réponds pas, pour écouter «Veux-tu?»</div> - <div class="vers">«Veux-tu? mais ne dis pas que la lune est cachée,</div> - <div class="vers">Veux-tu voir notre image au bord des flots penchée?</div> - <div class="vers">Ne tremble pas, tout dort, l’oiseau même s’est tu.»</div> - <div class="vers">Et mon refus se meurt en écoutant: Veux-tu?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">Ah! je t’en prie, il ne faut plus venir</div> - <div class="vers10">Redemander mon âme presque heureuse.</div> - <div class="versd dots" style="padding-left: 1.5em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Je ne t’accuse pas! qui sait si le tombeau</div> - <div class="vers">Sera froid sur mon corps si mon souffle t’effleure.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Chaque désir trahi me rend à la douleur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">C’est l’orgueil: il sépare, il ressemble à la haine.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">J’ai contemplé longtemps ma mort dans leur bonheur</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Tout change, il a changé, d’où vient que j’en murmure?</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ton nom, comme un écho, lui parlera de moi.</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_98">[p. 98]</span> - Qu’il soit son seul reproche en ta douleur modeste.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et ce morne silence où parlent les douleurs.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">On dirait que la mort a passé sur mon cœur.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Quand j’expire à sa porte on ne m’y connaît pas.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers-8">Quittez l’envie</div> - <div class="vers">De rappeler le temps où j’ai cru le haïr.</div> - <div class="vers">D’un souvenir si doux l’erreur évanouie</div> - <div class="vers">Laisse au fond de mon âme un long étonnement.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Pour qu’il soit le bonheur, je l’ai trop attendu.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Moi, troubler son bonheur? c’est celui qui me reste!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand ton nom <i>mêlé dans mon sort</i><a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a></div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien de <i>Amour</i><br /> -avec <a href="#Page_179"><i>Éternité</i></a>.<br /> -<b>Fragment.</b><span class="sne">♦</span></div> - <div class="vers">Prends mon deuil: un pavot, une feuille d’absinthe,</div> - <div class="vers">Quelques lilas d’avril dont j’aimai tant la fleur,</div> - <div class="vers">Durant tout un printemps, qu’ils sèchent sur ton cœur;</div> - <div class="vers">Je t’en prie un printemps; cette espérance est sainte</div> - <div class="vers">J’ai souffert, et jamais d’importunes clameurs</div> - <div class="vers">N’ont rappelé vers moi ton amitié distraite;</div> - <div class="vers">Va! j’en veux à la mort qui sera moins discrète.</div> - <div class="vers">Et je ne serai plus quand tu liras: «Je meurs.»</div> -<span class="pagenum" id="Page_99">[p. 99]</span> - <div class="vers">Porte en mon souvenir un parfum de tendresse.</div> - <div class="vers">Si tout ne meurt en moi, j’irai le respirer.</div> - <div class="vers">Sur l’arbre où la colombe a caché son ivresse</div> - <div class="vers">Une feuille, au printemps suffit pour l’attirer.</div> - <div class="vers">S’ils viennent demander <ins id="err_6" title="pour quoi (Errata)">pourquoi</ins> ta fantaisie</div> - <div class="vers">De cette couleur sombre attriste un temps d’amour,</div> - <div class="vers">Dis que c’est par amour que ton cœur l’a choisie,</div> - <div class="vers">Dis-leur qu’amour est triste ou le devient un jour;</div> - <div class="vers">Que c’est un vœu d’enfance, une amitié première;</div> - <div class="vers">Oh! dis-le sans froideur, car je t’écouterai!</div> - <div class="vers">Invente un doux symbole où je me cacherai:</div> - <div class="vers">Cette ruse entre nous encor... C’est la dernière.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Contente de brûler dans l’air choisi par toi!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Si l’amour a des pleurs, la haine a des tourments.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Parle-moi doucement, sans voix, parle à mon âme.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Altérés l’un de l’autre et contents de frémir</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">On a si peu de temps à s’aimer sur la terre,</div> - <div class="vers">Ah! qu’il faut se hâter de dépenser son cœur!<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Ce bonheur accablant que donne ta présence</div> - <div class="vers">Trop vite épuiserait la flamme de mes jours.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Le même ange peut-être a regardé nos mères</div> - <div class="vers">Peut-être une seule âme a formé deux enfants.</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_100">[p. 100]</span> - Oui la moitié qui manque à tes jours éphémères</div> - <div class="vers">Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivants.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8"><i>Et comme une fleur sur sa tige</i></div> - <div class="vers8"><i>Je tremblerais sur tes genoux.</i></div> - <div class="versd dots" style="padding-left: 2.5em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Mais le jour luit, mon rêve tombe,</div> - <div class="vers8">Au soleil les rêves ont peur,</div> - <div class="vers8">Et les ailes de ma colombe</div> - <div class="vers8">Vont seules te porter mon cœur.</div> - <div class="vers8">Elle a respiré l’air où j’aime</div> - <div class="vers8">Dans mes bras son vol a frémi:</div> - <div class="vers8">Triste comme un peu de moi-même</div> - <div class="vers8">Caresse-la, mon seul ami!</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">Il ne viendra jamais, pourquoi le lui défendre?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand vivre était le ciel—ou s’en ressouvenir!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours...</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><i>Pour entr’ailer nos jours d’un fraternel essor</i></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tu ne sauras jamais comme je sais moi-même,</div> - <div class="vers"><i>A quelle profondeur je t’atteins et je t’aime</i>,</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Née avant toi... Douleur. Tu le verrais peut-être</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_101">[p. 101]</span> - Si je vivais trop tard. Ne le fais point paraître,</div> - <div class="vers">Ne dis pas que l’Amour sait compter, trompe-moi:</div> - <div class="vers">Je m’en ressouviendrai pour mourir avant toi:</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Je t’aime comme un pauvre enfant</div> - <div class="vers8">Soumis au ciel quand le ciel change</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Je rends les fleurs qu’on me défend.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers8">Qui doucement essuyait ma pensée</div> - <div class="vers8">Du rêve amer qui fait aimer la mort?</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">O jours d’hier, ô jeunesse envolée</div> - <div class="vers8">Avant notre âme, autre oiseau gémissant</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers"><i>C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Toi, ton doux cri pardon qui brisait ma colère,</div> - <div class="vers">A qui le diras-tu, qu’il sache tant lui plaire?</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">N’en cherche plus l’écho c’est moi qui le recèle?</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Mais te créer l’effroi de ma fidélité</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">De ce qui fut à nous emporte le bonheur</div> - <div class="vers">Je n’en avais besoin que quand j’avais un cœur;</div> - <div class="vers">C’est là que je souffrais, c’est là que je suis morte.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Jours fiévreux pleins de bruits que nuls bruits ne défont</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tu viendras, tu verras, nous pleurerons ensemble:</div> - <div class="vers">C’est là le sort de tout ce que le temps rassemble,</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_102">[p. 102]</span> - Comme l’ombre de nous, tu me regarderas,</div> - <div class="vers">Tu verras mieux mon âme, alors tu pleureras.</div> - <div class="vers">Ma plus profonde vie, hélas! que Dieu te garde:</div> - <div class="vers">A travers mon regard que le ciel te regarde</div> - <div class="vers">Comme tu regardais à travers mes cheveux</div> - <div class="vers">Que je laissais déjà retomber sur mes yeux;</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Allez! midi n’est pas l’heure du souvenir</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et vous direz mon nom en cherchant dans les autres</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">C’est le poignard levé qui nous frappe au réveil (le doute)</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">L’ombre est si belle où m’attire ta main</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers8">Les joyaux n’échauffent point l’âme,</div> - <div class="vers8"><i>Un cheveu qu’on aime est plus fort</i>.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers-6">Quel démon en chemin</div> - <div class="vers">L’a saisi? c’est qu’il aime, il a trouvé son âme!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Tu m’as connue au temps des roses</div> - <div class="vers8">Quand les colombes sont écloses</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">A l’étonnement de nos âmes</div> - <div class="vers8">Tout jetait des fleurs et des flammes</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Nous n’étions mortels qu’à demi</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">N’écris pas, je suis triste, et je voudrais m’éteindre,</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_103">[p. 103]</span> - Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau,</div> - <div class="vers"><i>J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre</i></div> - <div class="vers">Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><i>Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes</i></div> - <div class="vers">C’est entendre le ciel sans y monter jamais.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Tu n’en sauras rien sur la terre</div> - <div class="vers8">Flamme invisible en ton chemin,</div> - <div class="vers8">Je vivrai d’un ardent mystère</div> - <div class="vers8">Sans avoir rencontré ta main.<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a></div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="vers10">Votre nom seul suffira bien</div> - <div class="vers10">Pour me retenir asservie.</div> - <div class="vers10">Il est alentour de ma vie.</div> - <div class="vers10"><i>Roulé comme un ardent lien</i></div> -</div> - -<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem nvers">Il faut aimer pourtant! que faire de son cœur?</div> - -<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> -Vers d’allure romantique qu’on dirait de Victor Hugo.</p> - -<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> -Qui rappelle le sonnet d’Arvers.</p> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_105">LES YEUX ET LES PLEURS</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes!</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_107">[p. 107]</span> - <div class="vers">On dirait que le jour est rentré dans ses yeux.<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et qu’en chantant surtout on est près de pleurer.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Tes beaux yeux en s’ouvrant un jour à la lumière</div> - <div class="vers">Ont condamné les miens à te pleurer toujours.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Que j’aimais de tes yeux la brûlante douceur!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers0">... Oh! l’ange qui pardonne</div> - <div class="vers">Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Du charme de ses yeux il m’accablait encore.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Que la vie est rapide et paresseuse ensemble</div> - <div class="vers">Dans ma main qui s’égare, et qui brûle et qui tremble</div> - <div class="vers">Que sa coupe est fragile et lente à se briser.</div> - <div class="vers">Ciel! Que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_108">[p. 108]</span> - Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière.</div> - <div class="vers">Je m’enfuis dans mon âme et j’ai revu ses yeux!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand ton sein se brisa dans une lutte affreuse</div> - <div class="vers">On ignorait encore qu’il était plein de pleurs.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Ainsi qui lit trop loin ne voit plus que des larmes.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Les pleurs silencieux attendent les plus doux</div> - <div class="vers">Ils souffrent sans le dire, ils meurent à genoux.<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a></div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>avec -<a href="#Page_155"><i>Nature</i></a>.<span class="sne">♦</span></div> - - <span class="pagenum" id="Page_109">[p. 109]</span> - <div class="vers2">... Un charme est dans mes pleurs,</div> - <div class="vers"><i>L’air est chargé d’espoir</i>, il revient, je le jure.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Ce qui m’a fait pleurer jamais je ne l’oublie.</div> - <div class="vers">Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristesse.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">C’était ton regard pur qui répandait sa flamme</div> - <div class="vers">Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Allez, Dieu comptera vos pleurs</div> - <div class="vers8">Au fond d’une âme solitaire.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers8">Que le pleur plein d’un triste charme</div> - <div class="vers8">Dont tes chants ont mouillé mes yeux.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">Ainsi pour m’acquitter de ton regard à toi,</div> - <div class="vers">Je voudrais être un monde et te dire: «Prends-moi.»</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ni ces heures sans nom dans le temps balancées</div> - <div class="vers">Dont les ailes pliaient d’un tel bonheur lassées</div> - <div class="vers">Alors que je laissais pour unique entretien</div> - <div class="vers">Mon regard ébloui s’abriter sous le tien.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et fondre dans mes yeux quelque doute rêveur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><i>Qu’ils me font mal sur d’autres que les miens</i> (les yeux).</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_110">[p. 110]</span> - Et Dieu vous bénira qui dans vos chastes yeux</div> - <div class="vers">Infiltra le symbole et la teinte des cieux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Laissez tomber sans voix les larmes de mes yeux</div> - <div class="vers">Qui cherchent leur chemin pour arriver aux cieux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand tout y devient froid, jusqu’aux pleurs de leurs yeux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et le deuil de la terre encense leur malheur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers6">Tout ce qui pleure est beau...</div> - <div class="vers6">—</div> - <div class="vers">Bénis soient donc vos pleurs dont l’intérêt s’amasse</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien de <i>Les yeux<br />et les pleurs</i> avec<br /> -<a href="#Page_161"><i>L’amour des fleurs</i></a>.<span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Dieu vous garde à qui pleure, à qui va de vos charmes</div> - <div class="vers">Humecter sa prière, attendrir ses regrets!</div> - <div class="vers">Inclinez-vous, ce soir, sous les dernières larmes</div> - <div class="vers">Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> -<i>D’un mendiant aveugle</i>—le même qui lui fait ajouter:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="vers0">Et la voix que j’adore</div> - <div class="nvers">Dans ce cœur consolé résonne-t-elle encore?</div> -</div> - -<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> -Vivre dans le feu et les larmes, hélas! ce doit être une purification. -Je vis ainsi. Ce mot est vrai d’une femme en parlant du ciel: «<i>J’irai -sur mes genoux.</i>»</p> - -<p class="ralign">Fragment d’un brouillon inédit.</p> - -<p>A rapprocher encore du vers de la couronne effeuillée.</p> - -<div class="npoem nvers">J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée.</div> - -<p class="noind">dont une lettre que je possède varie et fait ainsi hésiter la sublime -formule</p> - -<div class="npoem"> - <div class="nvers">Où toute âme répand sa vie agenouillée</div> - <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="nvers">Mon âme y répandra sa vie agenouillée.</div> - <div class="nvers">—</div> -</div> - -<p class="noind">«Cette vie terrestre est vraiment un exil, cher frère...,<br /> -Pour moi, je t’avoue que j’en passe <i>la moitié à genoux</i>.»</p> - -<p class="ralign">Lettre citée par Sainte-Beuve.</p> - -<p>Cet événement qui a rouvert toute ma vie et les scènes lugubres qui -l’ont suivie m’ont jetée dans un si morne abattement que j’en suis restée -<i>comme à genoux</i>.</p> - -<p class="ralign">Lettre inédite.</p> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_111">LA VOIX<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a></h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers2">... j’ai peur de ma mémoire,</div> - <div class="vers"><i>Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent</i>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> -Lire toute la pièce <i>La Voix d’un ami</i>, tome <small>II</small> page 281.</p> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_113">[p. 113]</span> - Pour retrouver ma voix qui manque à son oreille</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive</div> - <div class="vers">Naguère un charme triste est venu m’attendrir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Mes lèvres loin de toi retenaient tes accents,</div> - <div class="vers">Et ta voix, dans ma voix, troublait encor mes sens.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Une nouvelle voix à son oreille est douce.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Une voix qui réponde aux secrets de sa voix.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Oh! que j’aimais mon nom dans ta voix argentine.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle,</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Dans mon nom qu’il dit tristement</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers6">S’arracher aux accents</div> - <div class="vers6"><i>Que l’on écoute absents</i>.</div> - <div class="vers6">—</div> - <div class="vers10">Peut-être un jour sa voix tendre et voilée</div> - <div class="vers10">M’appellera sous de jeunes cyprès.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_115">TENDRESSE-TRISTESSE</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Mais de nouveaux sentiers s’ouvrent à ma tristesse.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_117">[p. 117]</span> - <div class="vers">Quand les jours sont moins longs cessent-ils de courir?</div> - <div class="versd dotsc" style="max-width: 22em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Un cœur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">A force de bonheur soyez encor plus belle.</div> - <div class="vers">Et qu’au réveil l’amour vous le dise à genoux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand je vous y vois prendre en secret pour vous-même (au miroir)</div> - <div class="vers10">Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir.</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers10">Votre bonheur me tenait lieu du mien.</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers">Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Je vais d’un jour encore essayer le fardeau.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et pour d’autres que moi le printemps était beau.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Sa fuite entre nos bras n’avait plus de passage.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Il est doux en passant un moment sur la terre</div> - <div class="vers">D’effleurer les sentiers où le sage est venu;</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_118">[p. 118]</span> - D’entretenir tout bas son malheur solitaire</div> - <div class="vers">Des discours d’un ami qu’on pense avoir connu.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme</div> - <div class="vers">Aimait! aimait! et puis, comme si quelque charme</div> - <div class="vers">Mis entre elle et le monde eut isolé ses pas,</div> - <div class="vers">Elle errait dans la foule, et ne s’y mêlait pas.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Mot sans faste, mot vrai, lien de l’âme à l’âme. (au revoir)</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs,</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Que vous soyez pour nous la charité qui pleure</div> - <div class="vers">Ou la muse qui chante afin d’arrêter l’heure</div> - <div class="vers">Ou la femme rêveuse au bord de son miroir</div> - <div class="vers">Vous êtes toujours vraie et toujours belle à voir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">L’âpre misère enfin, cette bise inflexible</div> - <div class="vers">Qui détruit lentement ce que Dieu fit sensible.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Enfant plein de musique et de mélancolie.<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tout est dans ce beau livre écrit avec des flammes</div> - <div class="vers">Reliquaire d’amour qui fait rêver les femmes.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Non la vierge allaitante et ruminant le ciel</div> - <div class="vers">N’a pas souri plus vierge aux mains de Raphaël.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_119">[p. 119]</span> - Léopardi, doux Christ oublié de son père,</div> - <div class="vers">Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><i>Ne pas consoler l’ange attristé dans son cœur.</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers6">C’est beau la jeune fille</div> - <div class="vers6">Qui laisse aller son cœur</div> - <div class="vers6">Dans son regard qui brille</div> - <div class="vers6">Et se lève au bonheur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Oui la vie est malade avant que tu l’effleures.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">Car on dirait que créés pour souffrir</div> - <div class="vers">Nous ne pouvons qu’à peine être heureux sans mourir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">La fange des ruisseaux qui consterne mes pas,</div> - <div class="vers">Et la foule déserte, où tu ne descends pas.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> -Brizeux—avec cette transposition de son œuvre et de sa <i>Marie</i>.</p> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_121">PRISONS ET EXILS</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">L’anneau tombé gêne encore pour courir.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - - - <span class="pagenum" id="Page_123">[p. 123]</span> -<div class="poem"> - <div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - <div class="vers">C’est que l’exil est triste; il fait rêver l’enfance,</div> - <div class="vers">Le jeune voyageur n’a d’ami que le ciel;</div> - <div class="vers">Il erre sans asile, il pleure sans défense</div> - <div class="vers">Comme un oiseau perdu loin du nid paternel;</div> - <div class="vers">Son ramage se change en plaintes douloureuses;</div> - <div class="vers"><i>Des oiseaux inconnus les cris le font frémir</i></div> - <div class="vers">Et même en retournant sur des routes heureuses,</div> - <div class="vers">S’il veut chanter, longtemps il semble encore gémir.</div> - <div class="vers">A ses regrets en vain la patrie est rendue</div> - <div class="vers">L’orage a dispersé la couvée éperdue,</div> - <div class="vers">Les frères sont partis; le nid vide est tombé;</div> - <div class="vers">En s’envolant, peut-être un d’eux a succombé;<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Voilà sur son chapeau sa guirlande encor verte</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Que devient l’infortune à la fuite imprévue</div> - <div class="vers8">D’un ami distrait ou honteux?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Qui n’a quelque pitié des brebis voyageuses</div> - <div class="vers">Laissant à quelque haie un peu de leur toison.</div> - <div class="vers">Oh! que de fils brisés dans ma trame affaiblie,</div> - <div class="vers">Que d’adieux recélés dans le fond de mon cœur!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_124">[p. 124]</span></div> - <div class="vers10">Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine</div> - <div class="vers10">Semez vos dons à mon cher voyageur!</div> - <div class="vers10">Ne souffrez pas que quelque voix hautaine</div> - <div class="vers10">Sur son front pur appelle la rougeur.</div> - <div class="vers10">Que ma prière en tout lieu le devance!</div> - <div class="vers10">Dieu! Que pas un ne le nomme étranger!</div> - <div class="vers10">Aidez son cœur à porter notre absence</div> - <div class="vers10">Et que parfois le temps lui soit léger!</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers">Et le vieux prisonnier de la haute tourelle</div> - <div class="vers">Respire-t-il encore à travers les barreaux?</div> - <div class="vers">Partage-t-il toujours avec la tourterelle</div> - <div class="vers">Son pain qu’avaient déjà partagé ses bourreaux?</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Cette fille de l’air à la prison vouée</div> - <div class="vers">Dont l’aile palpitante appelait le captif,</div> - <div class="vers">Était-ce une âme aimante au malheur envoyée?</div> - <div class="vers"><i>Était-ce une espérance au vol tendre et furtif?</i></div> - <div class="vers">Oui: si les vents du nord chassaient l’oiseau débile,</div> - <div class="vers">L’œil perçant du captif le cherchait jusqu’au soir;</div> - <div class="vers">De l’espace désert voyageur immobile</div> - <div class="vers">Il oubliait de vivre; il attendait l’espoir,</div> - <div class="vers"><i>Car toujours, jusqu’au terme où nous devons atteindre</i></div> - <div class="vers"><i>Jusqu’au jour qui n’a plus pour nous de lendemain,</i></div> - <div class="vers"><i>Le flambeau de l’espoir vacille sans s’éteindre</i></div> - <div class="vers"><i>Comme un rayon qui part d’une immortelle main.</i><a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Doux crime d’un enfant, clémence aventureuse.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - <span class="pagenum" id="Page_125">[p. 125]</span> - <div class="vers">La liberté, ma fille, est un ange qui vole.</div> - <div class="vers">Pour l’arrêter longtemps la terre est trop frivole.</div> - <div class="vers">Trop d’encens lui déplaît, trop de cris lui font peur;</div> - <div class="vers">Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine</div> - <div class="vers">Qui cherche les parfums et l’air pur de la plaine</div> - <div class="vers">Rafraîchit en passant le front du laboureur.</div> - <div class="vers">On dit qu’elle descend rapide, inattendue;</div> - <div class="vers">Que son aile sur nous repose détendue...</div> - <div class="vers">Hélas! où donc est-elle? En vain j’ouvre les yeux;</div> - <div class="vers">Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même</div> - <div class="vers">Où l’on travaille en paix, où l’on prie, où l’on aime</div> - <div class="vers">Où l’indigence obtient une obole et des pleurs,</div> - <div class="vers">La déesse en silence aime à jeter ses fleurs.</div> - <div class="vers">Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l’envie,</div> - <div class="vers">On les effeuille à Dieu qui dit: «<i>Cache la vie</i>».<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a></div> - <div class="vers">Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi.</div> - <div class="vers">Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Dieu laissez-moi goûter la halte commencée;</div> - <div class="vers">Dieu laissez-moi m’asseoir à l’ombre du chemin</div> - <div class="vers">Mes enfants à mes pieds, et mon front dans ma main.</div> - <div class="vers">Défendez aux chemins de m’emmener encore</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Un ami me parlait et me regardait vivre!</div> - <div class="vers">Alors c’était mourir... Ma jeune âme était ivre</div> - <div class="vers"><i>De l’orage enfermé dont la foudre est au cœur</i>.</div> - <div class="vers">Il eut mit tout un jour à comprendre une larme</div> - <div class="vers">De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> -A rapprocher des vers de la pièce <i>A mes enfants</i>, page 135.</p> - -<div class="npoem nvers">Quand j’emportai vos jours vers un ciel sans chaleur.</div> - -<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> -Ailleurs.</p> - -<div class="npoem nvers">Et que l’espoir filtre toujours au fond de la joie écoulée.</div> - -<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> -Ami cache ta vie et répands ton esprit<br /> -<span class="nattrib">V. H.</span></p> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_127"><i>IPSA</i></h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">D’avance je traînais les maux qui m’attendaient.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_129">[p. 129]</span> - <div class="vers">Qui ne veut rien du Temps, mais qui craint sa vitesse</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et je ne fus jamais à demi malheureuse.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Qu’il est beau, le miroir qui double ce qu’on aime,</div> - <div class="vers"><i>Ce portrait qui se meut</i>...</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Toi que dans le fond des chaumières</div> - <div class="vers8">On appelle avant de mourir,</div> - <div class="vers8">Pour aider une âme à souffrir</div> - <div class="vers8">Par ton exemple et tes prières</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Oh! donne-moi tes cheveux blancs,</div> - <div class="vers8">Ta marche pesante et courbée</div> - <div class="vers8"><i>Ta mémoire enfin absorbée</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Vois-tu d’un cœur de femme il faut avoir pitié,</div> - <div class="vers">Quelque chose d’enfant s’y mêle à tous les âges.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">C’est qu’ils parlaient de toi, quand loin du cercle assise,</div> - <div class="vers">Mon livre trop pesant tomba sur mes genoux;</div> - <div class="vers">C’est qu’ils me regardaient quand mon âme indécise</div> - <div class="vers">Osa braver ton nom qui passait entre nous.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_130">[p. 130]</span> - Quel effroi de ramper au fond de sa mémoire</div> - <div class="vers">D’ensanglanter son cœur aux dards qui l’ont blessé</div> - <div class="vers"><i>De rapprendre un affront que l’on crut effacé</i></div> - <div class="vers">Que le temps... que le ciel a dit de ne plus croire</div> - <div class="vers"><i>Et qui siffle aux lieux même où la flèche a passé</i>!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser les instants</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre,</div> - <div class="vers">Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera.</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec -l’<i><a href="#Page_175">Amour du Silence</a></i>.<span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne,</div> - <div class="vers">D’amour, d’un long silence écoulé sans effroi</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et quand je vacillais, luciole éphémère.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">S’en aller à travers des pleurs et des sourires</div> - <div class="vers">Achever par le monde un sort amer et pur,</div> - <div class="vers">User sa robe blanche, et, pour une d’azur,</div> - <div class="vers">En laisser les lambeaux aux ronces des martyres,</div> - <div class="vers">C’est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi,</div> - <div class="vers">Je ne m’appuie à rien que je ne tombe à terre,</div> - <div class="vers">Et je chante pourtant l’ineffable mystère</div> - <div class="vers">Qui de mon cœur trahi fait un cœur plein de foi.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ils ont soufflé loin d’eux mes mobiles revers.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers9">Ville austère où j’appris à pleurer,</div> - <div class="vers">Où j’apportais un cœur si tendre à déchirer.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Au milieu de leurs jours inoffensive et frêle</div> - <div class="vers">Mort, oublieuse Mort, je passe sous votre aile</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_131">[p. 131]</span> - Et je n’alourdis pas mon vol de haine...</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - - <div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - <div class="vers">Vraiment le pardon calme à défaut d’espérance</div> - <div class="vers">Il détend la colère; <i>on pleure, on apprend Dieu</i>,</div> - <div class="vers"><i>Dieu triste</i>, comme nous voyageur en ce lieu,</div> - <div class="vers">Et l’on courbe sa vie au pied de sa souffrance.</div> - <div class="vers">Ceux qui m’ont affligée en leurs dédains jaloux</div> - <div class="vers">Ceux qui m’ont fait descendre et marcher dans l’orage</div> - <div class="vers"><i>Ceux qui m’ont pris ma part de soleil et d’ombrage</i></div> - <div class="vers">Ceux qui sous mes pieds nus m’ont jeté leurs cailloux,</div> - <div class="vers">N’ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes,</div> - <div class="vers">Leurs pleurs, pour expier ce qu’ils m’ont fait de larmes?</div> - <div class="vers">Quoi donc! aux durs sentiers qu’on a tous à courir</div> - <div class="vers">Seigneur, ne faut-il pas mourir et voir mourir?</div> - <div class="vers">N’est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines,</div> - <div class="vers"><i>Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines</i>?</div> - <div class="vers">Oh! qui peut se venger? oh! par notre abandon<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a></div> - <div class="vers">Seigneur, par votre croix dont j’ai suivi la trace,</div> - <div class="vers">Par ceux qui m’ont laissé la voix pour crier grâce,</div> - <div class="vers">Pardon pour eux! pour moi! pour tous! pardon! pardon!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Seigneur un cheveu de nous-même</div> - <div class="vers8">Est si vivant à la douleur.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_132">[p. 132]</span> - Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries</div> - <div class="vers">Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs</div> - <div class="vers">C’est à vous qu’elles vont mes lentes rêveries,</div> - <div class="vers">Et de mes pleurs chantés les amères douceurs<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tant que l’on peut donner on ne veut pas mourir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Dans le fond de mon cœur je renferme mon sort</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">Tout le concert se tenait dans mon âme</div> - <div class="versd10 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers10">Le front vibrant d’étranges et doux sons</div> - <div class="vers10">Toute ravie et <i>jeune en solitude</i></div> - <div class="versd10 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers10">J’étais l’oiseau dans les branches caché,</div> - <div class="vers10">S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute</div> - <div class="vers10">Que le faneur fatigué qui l’écoute</div> - <div class="vers10">Dont le sommeil à l’ombre est empêché</div> - <div class="vers10">S’en va plus loin tout morose et fâché.</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers">De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse</div> - <div class="vers6">Dont les regards charmants</div> - <div class="vers">Ont versé leurs rayons sur moi <i>pâle couveuse</i></div> - <div class="vers6"><i>D’immobiles tourments</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu,</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_133">[p. 133]</span> - Facile à me créer des thèmes ravissants</div> - <div class="vers">J’ai chanté comme vrais bien des bonheurs absents</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Le jour douteux et blanc dont la lune a touché</div> - <div class="vers">Tout ce ciel que je porte en moi-même caché.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine</div> - <div class="vers">Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine</div> - <div class="vers">Qu’un indigent l’emporte après m’avoir parlé</div> - <div class="vers">Et le garde longtemps dans son cœur consolé.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="vers8">Jette donc loin tes colères</div> - <div class="vers8">Contre <i>d’innocents ingrats</i></div> - <div class="vers8">Le flambeau dont tu t’éclaires</div> - <div class="vers8">Te voit si tendre en mes bras.</div> - <div class="vers8">Cesse d’essayer ta haine,</div> - <div class="vers8">Faite pour la mépriser,</div> - <div class="vers8"><i>C’est perdre à river ta chaîne</i></div> - <div class="vers8"><i>La force de la briser</i>.</div> -</div> - -<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> -Plus bas:</p> - -<div class="npoem nvers">Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes.</div> - -</div> - - - - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_135">MATERNITÉ<br /> -<small>ET<br /> -ENFANCE</small></h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme?</div> - <div class="vers">Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_137">[p. 137]</span> - Confiants, vous dansez quand votre mère chante</div> - <div class="vers">Son baiser nous délasse et nous mène au sommeil.</div> - <div class="vers">Sans prévoir que souvent la voix qui nous enchante</div> - <div class="vers">Va prier dans les pleurs jusqu’à votre réveil.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers-4">Et je sentais naître ma fille</div> - <div class="vers">Dans mon sein tout blessé des flèches du malheur.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec<br />le <a href="#Page_171"><i>Rythme</i></a>.<span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Moi seule en vous berçant d’amour, de mélodie</div> - <div class="vers">Je vous inoculai ma douce maladie.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Je vous aide à m’aimer autant que je vous aime.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec <a href="#Page_121"><i>Prisons<br /> -et Exils</i></a>.<span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Un jour vous serez seuls par la sentence amère</div> - <div class="vers">Qui sépare de force entre eux les voyageurs.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Un bouquet de cerise, une pomme encore verte,</div> - <div class="vers">C’étaient là des festins savourés jusqu’au cœur.</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec -l’<a href="#Page_165"><i>Amour -de l’eau</i></a>.<br /> -<b>Fragment.</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Entre les cailloux bleus que mouillent le grand puits.</div> - <div class="vers">De sa fraîcheur lointaine il lave encor mon âme</div> - <div class="vers">Du présent qui me brûle il étanche la flamme,</div> - <div class="vers"><i>Ce puits large et dormeur au cristal enfermé</i></div> - <div class="vers">Où ma mère baignait son enfant bien-aimé.</div> - <div class="vers">Lorsqu’elle berçait l’air avec sa voix rêveuse</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_138">[p. 138]</span> - Qu’elle était calme et blanche, et paisible le soir</div> - <div class="vers">Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir</div> - <div class="vers">Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse!</div> - <div class="vers">Elle avait des accents d’harmonieux amour</div> - <div class="vers">Que je buvais du cœur en jouant dans la cour.</div> - <div class="vers">Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante</div> - <div class="vers">Pour aider le sommeil à descendre au berceau?</div> - <div class="vers">Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?</div> - <div class="vers">Est-ce l’Eden rouvert à son hymne touchante,</div> - <div class="vers"><i>Laissant sur l’oreiller de l’enfant qui s’endort</i></div> - <div class="vers"><i>Poindre tous les soleils qui lui cachent la mort</i>?</div> - <div class="vers">Et l’enfant assoupi sous cette âme voilée</div> - <div class="vers">Reconnaît-il les bruits d’une vie écoulée?</div> - <div class="vers"><i>Est-ce un cantique appris à son départ du ciel</i></div> - <div class="vers"><i>Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel?</i></div> - <div class="vers">Merci, mon Dieu. Merci de cette hymne profonde</div> - <div class="vers">Pleurante encore en moi dans les rires du monde</div> - <div class="vers">Alors que je m’assieds à quelque coin rêveur</div> - <div class="vers"><i>Pour entendre ma mère en écoutant mon cœur</i>:</div> - <div class="vers">Ce lointain au revoir de son âme à mon âme</div> - <div class="vers">Soutient en la grondant ma faiblesse de femme.</div> - <div class="vers">Comme au jonc qui se penche une brise en son cours</div> - <div class="vers">A dit: «Ne tombe pas. J’arrive à ton secours.»</div> - <div class="vers">Elle a fait mes genoux souples à la prière...</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Triste de me quitter, cette mère charmante</div> - <div class="vers">Me léguant à regret la flamme qui tourmente</div> - <div class="vers">Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main,</div> - <div class="vers">Comme pour le sauver par le même chemin.</div> - <div class="vers">Et je restai longtemps, longtemps sans la comprendre,</div> - <div class="vers">Et longtemps à pleurer son secret sans l’apprendre,</div> - <div class="vers">A pleurer de sa mort le secret inconnu</div> - <div class="vers"><i>Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu</i></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_139">[p. 139]</span> - Ce cœur signé d’amour comme sa tendre proie,</div> - <div class="vers">Où pas un chant mortel n’éveillait une joie.</div> - <div class="vers">On eût dit à sentir ses frêles battements</div> - <div class="vers">Une montre cachée où s’arrêtait le temps.</div> - <div class="vers">On eût dit qu’à plaisir il se retînt de vivre.</div> - <div class="vers">Comme un enfant dormeur qui n’ouvre pas son livre</div> - <div class="vers">Je ne voulais rien lire à mon sort, j’attendais;</div> - <div class="vers">Et tous les jours levés sur moi, je les perdais.</div> - <div class="vers"><i>Par ma ceinture noire à la terre arrêtée</i></div> - <div class="vers">Ma mère était partie et tout m’avait quittée,</div> - <div class="vers">Le monde était trop grand, trop défait trop désert</div> - <div class="vers"><i>Une voix seule éteinte en changeait le concert</i></div> - <div class="vers">Je voulais me sauver de ces dures contraintes</div> - <div class="vers">J’avais peur de ses lois, de ses mots, de ses craintes</div> - <div class="vers">Et ne sachant où fuir ses échos durs et froids,</div> - <div class="vers">Je me prenais tout haut à chanter mes effrois.<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Oui l’enfance est poëte. Assise ou turbulente</div> - <div class="vers">Elle reconnaît tout empreint de plus haut lieu,</div> - <div class="vers">L’oiseau qui jette au loin sa musique volante</div> - <div class="vers8">Lui chante une lettre de Dieu.</div> - <div class="vers">Ma sœur, ces jours d’été nous les courrions ensemble,</div> - <div class="vers">Je reprends sous leurs flots ta douce main qui tremble,</div> - <div class="vers">Je t’aime du bonheur que tu tenais de moi.</div> - <div class="vers">Et mes soleils d’alors se rallument sur toi.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Elle n’a plus d’enfant, sa tendresse est déserte!</div> - <div class="vers">Plus un rameau qui rit, plus une branche verte,</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_140">[p. 140]</span> - Plus rien. Les seules fleurs qui s’ouvrent sous ses pas</div> - <div class="vers">Croissent où les vivants ne les dérobent pas.</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Ces beaux enfants si fiers d’entrer dans nos orages,</div> - <div class="vers">Rêvant leurs horizons, leurs jardins, leurs ombrages,</div> - <div class="vers">Moi, quand je les vois rire à ce prisme trompeur</div> - <div class="vers">Je veux rire et je <i>fonds en larmes dans mon cœur</i><a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a></div> - <div class="vers">Et vous, n’avez-vous pas de ces pitiés profondes</div> - <div class="vers">Qui vous percent le sein comme feraient les ondes</div> - <div class="vers">En creusant goutte à goutte un caillou. Mille fois</div> - <div class="vers">J’ai voulu les instruire et j’ai gardé ma voix.</div> - <div class="vers">Que fait la chèvre errante au rocher suspendue</div> - <div class="vers">Qui rêve et se repent de sa route perdue?</div> - <div class="vers">Ose-t-elle effrayer, penchés sur le torrent,</div> - <div class="vers">Les chevreaux pris aux fleurs qu’emporte le courant?</div> - <div class="vers">Qu’irions-nous raconter à leur jeunes oreilles?</div> - <div class="vers">Que <i>sert d’en soulever les couronnes vermeilles</i></div> - <div class="vers"><i>Dont il plaît au printemps d’assourdir leur raison</i>?</div> - <div class="vers">Ils ont le temps, pas vrai? Tout vient dans sa saison.</div> - <div class="vers">Oh! laissons-les aller sans gêner leur croissance.</div> - <div class="vers">Oh! dans leur <i>vie à jour</i><a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a> n’ont-ils pas l’innocence</div> - <div class="vers">Au pied d’un nid charmant parle-t-on d’oiseleur?</div> - <div class="vers"><i>Tournons-les au soleil et restons au malheur!</i></div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec -<a href="#Page_147"><i>Foi</i></a>.<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Ou plutôt suivons-les: quelle que soit la route</div> - <div class="vers">Nous montons, j’en suis sûre, et jamais je ne doute;</div> - <div class="vers">J’épèle, comme vous avec humilité</div> - <div class="vers">Un mot qui contient tout, poëte: Éternité!</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_141">[p. 141]</span> - <i>De chaque jour tombé mon épaule est légère,</i></div> - <div class="vers"><i>L’aile pousse et me tourne à ma nouvelle sphère</i><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a></div> - <div class="vers">A tous les biens ravis qui me disent adieu</div> - <div class="vers">Je réponds doucement: «Va m’attendre chez Dieu!»</div> - <div class="vers">Qu’en ferais-je après tout de ces biens que j’adore</div> - <div class="vers">Rien que les adorer, rien que les perdre encore!</div> - <div class="vers">J’attends. Pour ces trésors donnés, repris si tôt.</div> - <div class="vers">Mon cœur n’est pas éteint: il est monté plus haut.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Écoliers de ce temps, troupe alerte et bruyante</div> - <div class="vers">Où sont-ils vos présents jetés à l’eau fuyante,</div> - <div class="vers">Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux</div> - <div class="vers">Et vos petits jardins de mousse et d’arbrisseaux?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et leur timbre profond d’où sort l’entretien sûr. (les parents)</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Beau jardin si rempli d’œillets et de lilas</div> - <div class="vers">Que de le regarder on n’était jamais las.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Pour atteindre un rameau de ces calmes séjours</div> - <div class="vers">Qui souple s’avançait et s’enfuyait toujours:</div> - <div class="vers">Que de fois suspendus aux frêles palissades</div> - <div class="vers">Nous avons savouré leurs molles embrassades.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Nous faisions les doux yeux aux roses embaumées</div> - <div class="vers">Qui nous le rendaient bien, contentes d’être aimées!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">C’était la seule porte incessamment ouverte</div> - <div class="vers">Inondant le pavé d’ombre ou de clarté verte</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_142">[p. 142]</span> - Selon que du soleil les rayons ruisselants</div> - <div class="vers">Passaient ou s’arrêtaient aux feuillages tremblants.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">On ne saura jamais les milliers d’hirondelles</div> - <div class="vers">Revenant sous nos toits chercher à tire d’ailes</div> - <div class="vers">Les coins, les nids, les fleurs et le feu de l’été</div> - <div class="vers"><i>Apportant en échange un goût de liberté</i>.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">C’était vous! D’aucuns nœuds vos mains n’étaient liées,</div> - <div class="vers">Vos petits pieds dormaient sur les branches pliées</div> - <div class="vers">Toute libre dans l’air où coulait le soleil</div> - <div class="vers">Un rameau sous le ciel berçait votre sommeil</div> - <div class="vers">Puis le soir on voyait d’une <i>femme étoilée</i></div> - <div class="vers"><i>L’abondante mamelle à vos lèvres collée</i>.</div> - <div class="vers">Et partout se lisait dans ce tableau charmant</div> - <div class="vers"><i>De vos jours couronnés le doux pressentiment</i>.</div> - <div class="vers">De parfums, d’air sonore incessamment baisée</div> - <div class="vers">Comment n’auriez-vous pas été poétisée?</div> - <div class="vers"><i>Que l’on s’étonne donc de votre amour des fleurs!</i></div> - <div class="vers">Vos moindres souvenirs nagent dans leurs couleurs</div> - <div class="vers">Vous en viviez, c’étaient vos rimes et vos proses</div> - <div class="vers">Nul enfant n’a jamais marché sur tant de roses!</div> - <div class="vers">Mon Dieu s’il n’en doit plus poindre au bord de mes jours</div> - <div class="vers">Que sur ma sœur de Flandre il en pleuve toujours.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Vois, si tu n’a pas vu, la plus petite fille</div> - <div class="vers">S’éprendre des soucis d’une jeune famille</div> - <div class="vers"><i>Éclore à la douleur par le pressentiment</i></div> - <div class="vers">Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_143">[p. 143]</span> - Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole</div> - <div class="vers">Qu’elle croit endormie au son de sa parole:</div> - <div class="vers"><i>Fière du vague instinct de sa fécondité</i></div> - <div class="vers"><i>Elle couve une autre âme à l’immortalité.</i></div> - <div class="vers">Laisse-lui ses berceaux: ta raillerie amère</div> - <div class="vers">Éteindrait son enfant... Tu vois bien qu’elle est mère!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée</div> - <div class="vers6">Toi <i>rentrée en mon sein</i><a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs.</div> - <div class="vers">Où les anges riaient dans nos vierges <ins id="cor_11" title="délyres">délires</ins></div> - <div class="vers">Où nos fronts s’allumaient sous de chastes rougeurs.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">O mes amours d’enfance, ô mes chastes amours!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">O vous dont les miroirs se ressemblent toujours!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Qui, lorsque l’insomnie ouvrait mes yeux dans l’ombre</div> - <div class="vers">Me faisait des tableaux plus doux que le sommeil?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">La réputation commence avec la vie.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Vieux, va t’asseoir paisible au banc du souvenir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Mes jours purs sous tes traits repassent devant moi.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><i>Mon cœur a fait le tien, il s’y renfermera</i></div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_144">[p. 144]</span> - <i>Que tes cheveux sont doux étends-les sur mes larmes</i></div> - <div class="vers">Comme un voile doré sur un noir souvenir!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Qu’un si petit visage enferme de portraits:</div> - <div class="vers">De tout ce que j’aimais tu m’offres quelques traits</div> - <div class="vers">Que d’anges envolés sans pouvoir les décrire</div> - <div class="vers">Dans ton sourire errant reviennent me sourire!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Quand on me leva seule et comme trop légère...</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">O femme aimez-vous par vos secrets de larmes,</div> - <div class="vers"><i>Par vos devoirs sans bruit où s’effeuillent vos charmes</i>;</div> - <div class="vers">Après vos jours d’encens dont j’ai bu la douceur</div> - <div class="vers">Quand vous aurez souffert appelez-moi: ma sœur!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Car au soleil couchant du fond de leurs familles</div> - <div class="vers">Glissaient au rendez-vous les plus petites filles</div> - <div class="vers">Pareilles aux ramiers que l’on se plaît à voir</div> - <div class="vers">S’abattre et s’étaler au bord de l’abreuvoir</div> - <div class="vers">Dans le gravier qui brille étaler leur plumage</div> - <div class="vers">Et roucouler entre eux leur bonheur sans nuage</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et je devins confuse en pesant mon devoir</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Nous qui portons les fruits sur la terre où nous sommes</div> - <div class="vers">Si fortes pour aimer, nous tendres sœurs des hommes</div> - <div class="vers">O mères, pourquoi donc les mettons-nous au jour,</div> - <div class="vers">Ces tendres fruits volés à notre ardent amour?</div> - <div class="vers">A peine ils sont à nous qu’on veut nous les reprendre</div> - <div class="vers">O mères, savez-vous ce qu’on va leur apprendre?</div> - <div class="vers">A trembler sous un maître, à n’oser, par devoir,</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_145">[p. 145]</span> - Qu’une fois tous les ans demander à nous voir,</div> - <div class="vers">A détourner de nous leurs mémoires légères.</div> - <div class="vers">Alors que sauront-ils? Les langues étrangères,</div> - <div class="vers">Les vains soulèvements des peuples malheureux,</div> - <div class="vers">Et les fléaux humains toujours armés contre eux.</div> - <div class="vers">C’est donc beau? Mais le temps saurait les en instruire,</div> - <div class="vers"><i>Candeur de mon enfant on va bien vous détruire!</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Dire qu’il faut ainsi se déchirer soi-même,</div> - <div class="vers">Leur porter son enfant, seule vie où l’on s’aime,</div> - <div class="vers">Seul miroir de ce temps où les yeux sont pleins d’or</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Son enfant! ce portrait, cette âme, cette voix,</div> - <div class="vers">Qui passe devant nous comme on fût une fois</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ses longs cheveux cendrés que je baisais toujours<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a></div> - <div class="vers">Sans savoir que ce fût le livre de ces jours.</div> - <div class="vers">Tu baiseras les miens si l’amour me les donne,</div> - <div class="vers">Si tu sais où j’ai pris cette grave couronne.</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Vous du moins Vierge blanche immobile et soumise</div> - <div class="vers">Et seule au bord de l’eau pensivement assise,</div> - <div class="vers">Les mains sur votre cœur et vos yeux sur mes yeux,</div> - <div class="vers">Parlez-moi, Vierge mère, ô parlez-moi des cieux!</div> - <div class="vers">Parlez! vous qui voyez tout ce que j’ai dans l’âme.</div> - <div class="vers">Vous en avez pitié puisque vous êtes femme.</div> - <div class="vers">Cet <i>amour des amours</i> qui m’isole en ce lieu</div> - <div class="vers">Ce fut le vôtre; eh bien, parlez-en donc à Dieu!</div> - <div class="vers">Sans reproche, sans bruit, douce reine des mères,</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_146">[p. 146]</span></div> - <div class="vers">Cachez dans vos pardons mes révoltes amères,</div> - <div class="vers"><i>Couvrez-moi de silence</i>, et relevez mon front</div> - <div class="vers">Baissé sous le chagrin comme sous un affront.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">O champs paternels hérissés de charmilles</div> - <div class="vers">Où glissent le soir des flots de jeunes filles</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et si tendre et si mère! et si semblable à Dieu!</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> -A rapprocher comme vision terrestre de la dernière pièce des poésies -posthumes.</p> - -<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> -<a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a>Ailleurs.</p> - -<div class="npoem"> - <span class="nvers">Mystérieux sanglot dont les pleurs sont en nous.</span> -</div> - -<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> -Ailleurs.</p> - -<div class="npoem"> - <div class="vers10">L’enfant <i>dont le cœur est à jour</i>.</div> -</div> - -<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> -Les vers suivants qu’il eût fallu ranger sous ce chef ont été maintenus -ici pour ne pas dénombrer ce sublime fragment.</p> - -<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> -Inès—sa fille morte.</p> - -<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> -Ailleurs</p> - -<div class="npoem"> - <div class="nvers">Vos lauriers m’alarmaient à l’ardeur des flambeaux</div> - <div class="nvers">Ils cachaient vos cheveux que j’avais faits si beaux!</div> -</div> - -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_147">FOI</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_149">[p. 149]</span> - <div class="vers">La prière m’offrit sa douceur imprévue.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et le pardon qui vint un jour de pénitence,</div> - <div class="vers">Dans un baiser de paix redorer l’existence.</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - -<div class="stanza"> - <div class="vers">Et Dieu nous <i>unira d’éternité</i>. Prends garde!</div> - <div class="vers">Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde,</div> - <div class="vers">Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main</div> - <div class="vers">Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain,</div> - <div class="vers">Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée,</div> - <div class="vers">Ne me souvenant plus que je fus trop aimée</div> - <div class="vers">Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux</div> - <div class="vers">Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux:</div> - <div class="vers">«<i>Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes</i>;</div> - <div class="vers">Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs;</div> - <div class="vers">Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes</div> - <div class="vers">Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.»</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Car j’ai là comme une prière</div> - <div class="vers8">Qui pleure pour lui nuit et jour;</div> - <div class="vers8">C’est la charité dans l’amour,</div> - <div class="vers8">Ou c’est sa parole première.</div> - <div class="vers8">Qu’elle enfermait d’âme et de foi.</div> - <div class="vers8">Sa voix jeune et si tôt parjure.</div> - <div class="vers8"><span class="pagenum" id="Page_150">[p. 150]</span> - J’en parle à Dieu sans son injure</div> - <div class="vers8">Pour que Dieu l’aime autant que moi.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie</div> - <div class="vers6">Il étendra sa main</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère</div> - <div class="vers6">Dont j’ai pris tout l’effroi,</div> - <div class="vers">Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire;</div> - <div class="vers">Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre,</div> - <div class="vers6">Je dirai que c’est moi.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil</div> - <div class="vers">Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée</div> - <div class="vers">Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui</div> - <div class="vers">Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Et sous cette main qui délivre</div> - <div class="vers8">J’entrerai <i>comme tous</i> aux cieux.</div> - <div class="vers8">Là leur or ne pourra les suivre;</div> - <div class="vers8">Moi je n’y porterai qu’un livre</div> - <div class="vers8"><i>Fermé maintenant à leurs yeux</i>.</div> - <div class="vers8">Ce livre, ce cœur plein d’orages</div> - <div class="vers8">Plein d’abîmes et plein de pleurs</div> - <div class="vers8">Déchiré dans toutes ses pages</div> - <div class="vers8">Dieu, sauveur de tous les naufrages</div> - <div class="vers8">Aura la clef de ses douleurs.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_151">[p. 151]</span> - D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange</div> - <div class="vers"><i>Dans les moments profonds que nous ouvre le sort</i>.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers8">Sur la terre où rien n’est durable</div> - <div class="vers4">Que d’espérer.</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Dites moi si dans votre monde</div> - <div class="vers8">La mémoire est calme et profonde.</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme</div> - <div class="vers">Perçait de mes détours les fragiles remparts</div> - <div class="vers">Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons</div> - <div class="vers">Et que la lune marche à travers un long voile</div> - <div class="vers">O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux</div> - <div class="vers">Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus</div> - <div class="vers">Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?»</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Ne me reviendras-tu que dans l’éternité?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">La prière toujours allumant son sourire</div> - <div class="vers">Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8"><span class="pagenum" id="Page_152">[p. 152]</span> - Fais tant et si souvent l’aumône</div> - <div class="vers8">Qu’à ce doux travail occupé</div> - <div class="vers8">La mort te trouve et te moissonne</div> - <div class="vers8">Comme un lys pour le ciel coupé<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a></div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">Elle allait chantant d’une voix affaiblie</div> - <div class="vers">Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait</div> - <div class="vers">Courbée au travail comme un pommier qui plie</div> - <div class="vers">Oubliant son corps d’où l’âme se délie</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ne passez jamais devant l’humble chapelle</div> - <div class="vers">Sans y <ins id="cor_12" title="raffraîchir">rafraîchir</ins> les rayons de vos yeux</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et c’est sans mourir une visite aux cieux.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> -</div> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_153">[p. 153]</span> - <div class="vers">N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues,</div> - <div class="vers">De tous les lointains juge-t-on la couleur?</div> - <div class="vers">Les voix sans écho sont les mieux entendues,</div> - <div class="vers">Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues</div> - <div class="vers">De tous les <ins id="cor_13" title="seerets">secrets</ins> lui seul sait la valeur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Je vais au désert plein d’eaux vives</div> - <div class="vers8">Laver les ailes de mon cœur</div> - <div class="vers8">Car je sais qu’il est d’autres rives</div> - <div class="vers8">Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur.</div> - <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Vous qui comptez les cris fervents</div> - <div class="vers8">—</div> - <div class="vers">Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Je vous obtiens déjà puisque je vous espère</div> - <div class="vers"><i>Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu</i>.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><i>Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te <ins id="err_7" title="prends (Errata)">prend</ins></i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers6">Sous le toit d’aubépines</div> - <div class="vers6">Qui lui sert de palais</div> - <div class="vers6">L’oiseau chante matines</div> - <div class="vers6">Dans l’arbre pur et frais.</div> - <div class="vers6">Les enfants du village</div> - <div class="vers6">Sont ses anges élus</div> - <div class="vers6">Et les bruits du feuillage</div> - <div class="vers6">Lui sonnent l’Angélus!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_154">[p. 154]</span> - Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords</div> - <div class="vers">Vous prier tendrement pour nos frères les morts.</div> - <div class="vers">Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes</div> - <div class="vers">Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges.</div> - <div class="vers">Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs,</div> - <div class="vers">Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">En regardant couler nos flots</div> - <div class="vers8">Penché sur ce monde qu’il aime</div> - <div class="vers8">Jésus triste au fond de lui-même</div> - <div class="vers8">Retrouve de divins sanglots.</div> -</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="nvers">Enfin, faites tant et si souvent l’aumône,</div> - <div class="nvers">Qu’à ce doux travail ardemment occupé</div> - <div class="nvers">Quand vous vieillirez—tout vieillit, Dieu l’ordonne</div> - <div class="nvers">Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne</div> - <div class="nvers"><i>Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé</i>.</div> - <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="nvers">Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant</div> - <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="nvers">Il est beau du malheur écrit sur sa figure</div> - <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Le jour où l’enfant le console</div> - <div class="vers8">Par une colombe qui vole,</div> - <div class="vers8">Dieu le sait vite, avant le soir</div> - <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="nvers">Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux</div> - <div class="nvers">M’ont paru lumineux comme si de flambeaux,</div> - <div class="nvers">Comme si de rayons d’une auréole sainte</div> - <div class="nvers">Sa tête blanchissante et paisible était ceinte.</div> -</div> - -<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> -Ailleurs:</p> - -<div class="npoem"> - <div class="nvers">Je suis le grand souffle exhalé sur la croix</div> - <div class="nvers">Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois.</div> -</div> - -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_155">NATURE</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Charme des blés mouvants, fleurs des grandes prairies,</div> - <div class="vers">Tumulte harmonieux élevé des champs verts.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_157">[p. 157]</span> - L’oiseau silencieux fatigué de bonheur,</div> - <div class="vers">Le chant vague et lointain du jeune moissonneur</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Le printemps est si beau, sa chaleur embaumée</div> - <div class="vers">Descend au fond des cœurs réveillés et surpris</div> - <div class="vers">Une voix qui dormait, une ombre accoutumée</div> - <div class="vers">Redemande l’amour à nos sens attendris.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Car l’imprévoyante colombe</div> - <div class="vers8">Qui librement passait dans l’air</div> - <div class="vers8">Au trait parti comme l’éclair</div> - <div class="vers8">Tressaille, tourne, expire et tombe,</div> - <div class="vers8">Aux pieds du tranquille chasseur</div> - <div class="vers"><i>Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur</i>!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Va. Tu n’as que le temps de deviner l’amour! (l’éphémère)</div> - <div class="vers">Né dans le feu, ton vol en cercles s’y déploie</div> - <div class="vers">Et sème des anneaux de lumière et de joie.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Nul adieu ne viendra gémir dans l’harmonie</div> - <div class="vers">De ton jour de musique et d’ivresse infinie.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tu n’as point à traîner ton cœur lourd comme un livre</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">La nuit se sillonnait de songes transparents.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_158">[p. 158]</span> - Ils ne se faisaient qu’un pour être à deux toujours!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">On eut dit qu’ils s’aimaient jusqu’à manquer d’haleine.</div> - <div class="vers">Je ne les plaignais pas d’être roseaux, j’aimais.</div> - <div class="vers">Et de ce frais hymen montait une harmonie</div> - <div class="vers">Qui parlait! qui chantait! Triste, intime, infinie</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Souvent d’un rossignol la nocturne prière</div> - <div class="vers">Descendait se mouiller dans leurs frissons charmants</div> - <div class="vers">—</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Viens, on dirait la nuit au fonds des bois couchée,</div> - <div class="vers">Pas une aile d’oiseau n’éveille l’air encor.</div> - <div class="vers">Le rossignol se tait quand la lune est cachée</div> - <div class="vers">Hors toi, sous tes parfums, fleur brûlante et penchée</div> - <div class="vers">La nuit enchaîne tout dans son muet accord.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Viens, les premiers lilas sous l’ombre et la verdure</div> - <div class="vers">Soufflent au loin leur nom, leur forme, leurs couleurs</div> - <div class="vers">La terre ne dort pas, elle ouvre sa ceinture,</div> - <div class="vers">Son sourire invisible encense la nature</div> - <div class="vers">Et son hymne au soleil va s’élancer des fleurs.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Les pigeons sans lien sous leur robe de soie</div> - <div class="vers">Mollement envolés de maison en maison,</div> - <div class="vers">Dont le fluide essor entraînait ma raison;</div> - <div class="vers">Les arbres, hors des murs penchant leurs têtes vertes;</div> - <div class="vers">Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes,</div> - <div class="vers">Le rire de l’été sonnant de toutes parts...</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">La lune large avant la nuit levée</div> - <div class="vers10">Comme une lampe avant l’heure éprouvée</div> - <div class="vers10">—</div> - <div class="vers">Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir.</div> - <div class="vers">Tout tressaille averti de la prochaine ondée</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_159">[p. 159]</span> - <i>Laissez pleuvoir, ô cœurs solitaires et doux.</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Là-bas les ramiers blancs flottaient à longues voiles</div> - <div class="vers">Et semblaient en plein jour de filantes étoiles</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Jeune on a tant aimé ces <i>parcelles de feu</i>.<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> (abeilles)</div> - <div class="vers">Ces <i>gouttes de soleil</i> dans notre azur qui brille</div> - <div class="vers">Dansant sur le tableau lointain de la famille</div> - <div class="vers">Visiteuses des bleds où logent tant de fleurs,</div> - <div class="vers"><i>Miel qui vole</i> émané des célestes chaleurs</div> - <div class="vers">J’en ai tant vu passer dans l’enclos de mon père</div> - <div class="vers">Qu’il en fourmille au fond de tout ce que j’espère...</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Pas une aile à l’azur ne demande à s’étendre</div> - <div class="vers">Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Oui la nuit à jamais, promets-la moi, je l’aime</div> - <div class="vers">Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Allez la mer! Allez, navire enflé de voiles</div> - <div class="vers">La danse vous salue au fonds de vos couleurs.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Ma mère, entendez-vous quand la lune est levée</div> - <div class="vers">L’oiseau qui la salue au fond de sa couvée?</div> - <div class="vers">Ne fait-il pas rêver les arbres endormis?<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule,</div> - <div class="vers">Sous le cygne endormi, l’eau du lac bleu s’écoule</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_160">[p. 160]</span> - Le Christ est beau, je l’aime et je joue au calvaire</div> - <div class="vers">Où j’ai fait un jardin tout bleu de primevère</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">L’orme et le tilleul versent leur ombre noire</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><i>Ce papillon tardif que la fraîcheur attire</i></div> - <div class="vers"><i>Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">On avait couronné la vierge moissonneuse</div> - <div class="vers">Le village à la ville était joint par des fleurs.</div> -</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> -Vers vraiment virgiliens.</p> - -<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> -Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres.<br /> -<span class="nattrib smcap">Verlaine.</span></p> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_161">L’AMOUR DES FLEURS</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Il semble que les fleurs alimentent ma vie.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_163">[p. 163]</span> - Vois dans l’eau, vois ce lys dont la tête abaissée</div> - <div class="vers">Semble se dérober au sourire des cieux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Dieu couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Fleur naine et bleue et triste où se cache un emblème (myosotis)</div> - <div class="vers">Où l’absence a souvent respiré le mot: J’aime!</div> - <div class="vers">Où l’aile d’une fée a laissé des couleurs</div> - <div class="vers">Toi qu’on devrait nommer le colibri des fleurs</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Va donc comme un œil d’ange éveiller son courage.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><i>Quand l’oiseau sans musique erre aux champs sans couleurs</i>,</div> - <div class="vers">Je ne me sens pas vivre et je ressemble aux fleurs</div> - <div class="vers">Aux pauvres fleurs baissant leurs têtes murmurantes</div> - <div class="vers">Et qu’on prendrait de loin pour des âmes pleurantes.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">Un ruban gris qui serpentait dans l’herbe</div> - <div class="vers10">De réséda nouant l’humide gerbe</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et votre vie à l’ombre est un divin moment</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Inclinez-vous le soir, sur les dernières larmes</div> - <div class="vers">Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.</div> - <span class="pagenum" id="Page_164">[p. 164]</span> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Par les beaux clairs de lune aux lambris de ma chambre</div> - <div class="vers">Que de bouquets mourants vous avez fait pleuvoir!</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Sortis de vos plis verts où les jasmins respirent</div> - <div class="vers">Que de songes sur moi vinrent causer le soir!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles</div> - <div class="vers">Et savent pleurer comme les jeunes filles.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_165">L’AMOUR DE L’EAU</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m’ont parlé</div> - <div class="vers">Humectent sa voix d’un long rythme perlé...</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_167">[p. 167]</span> - Si son ombre a passé dans votre eau fugitive,</div> - <div class="vers">Nymphe</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Si l’image qui fuit vous devient étrangère</div> - <div class="vers">De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire,</div> - <div class="vers">On ne sait trop s’il fuit, s’il cherche, s’il attend,</div> - <div class="vers">Mais il est malheureux puisque mon cœur l’entend.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">On le dirait joyeux de caresser des fleurs</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Si je pouvais chanter je ne l’entendrais pas.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Appelant un secret qu’elle ne comprend pas</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Une image nouvelle y glisse tous les jours</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre</div> - <div class="vers">Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers-8">Si mon étoile brille</div> - <div class="vers">Et trace <ins title="encore">encor</ins> mon nom dans la Scarpe d’argent.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_168">[p. 168]</span> - Viens ranimer le cœur séché de nostalgie</div> - <div class="vers">Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie.</div> - <div class="vers">En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets</div> - <div class="vers">Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - -<div class="stanza"> - <div class="vers">Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours</div> - <div class="vers">Et m’a fait <i>cette voix qui soupire toujours</i>.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre</div> - <div class="vers">Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre</div> - <div class="vers">Comme d’un pâle enfant on berce le souci</div> - <div class="vers">Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère</div> - <div class="vers">Enlevant à son cœur quelque pensée amère</div> - <div class="vers">Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas</div> - <div class="vers">Un bonheur attardé qui ne revenait pas.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Cette mère, à ta rive elle est assise encore,</div> - <div class="vers">La voilà qui me parle, ô mémoire sonore!</div> - <div class="vers">O mes palais natals qu’on m’a fermés souvent</div> - <div class="vers">La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme!</div> - <div class="vers">Sur ma lèvre entr’ouverte elle répand sa flamme</div> - <div class="vers">Non! par tout l’or du monde on ne me paîrait pas</div> - <div class="vers">Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas!</div> - <div class="vers">—</div> -</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Un ruisseau, frais enfant d’une source cachée</div> - <div class="vers">Promenait sur les fleurs son humide cristal;</div> - <div class="vers">L’herbe au pied du miroir n’était jamais penchée;</div> - <div class="vers">Il y versait la vie à flot toujours égal.</div> - <div class="vers">Harmonieux passant son mobile murmure</div> - <div class="vers6">Enchantait la nature:</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_169">[p. 169]</span></div> - <div class="vers">Un doux frémissement, quand de ses molles eaux</div> - <div class="vers6">Il mouillait les roseaux</div> - <div class="vers">Avertissait au loin quelque nymphe altérée</div> - <div class="vers">Qu’un filet d’eau coulait sous les saules tremblants;</div> - <div class="vers">Et la bergère, au soir, dans la glace épurée</div> - <div class="vers8">Venait baigner ses pieds brûlants.</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Toi ne passe jamais à l’angle de la rue,</div> - <div class="vers">Où notre église encor n’est pas toute apparue</div> - <div class="vers">Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas</div> - <div class="vers">Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas.</div> - <div class="vers">Il chante le passé, car il a vu nos pères;</div> - <div class="vers">Il a la même voix que dans nos temps prospères!</div> - <div class="vers">Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir</div> - <div class="vers">Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir!</div> - <div class="vers"><i>Ton visage étoilé dans les cercles humides</i></div> - <div class="vers"><i>Parsemant leurs clartés de sources limpides</i></div> - <div class="vers">Et les multipliant au fond du puits songeur</div> - <div class="vers">Pour y porter le jour, comme ils font dans mon cœur!</div> - <div class="vers">Alors qu’il soit béni, le salubre nuage</div> - <div class="vers">Ayant de tous les tiens miré l’errante image!</div> - <div class="vers">Monte sur la margelle et bois à ton plein gré</div> - <div class="vers">Son haleine qui manque à mon sang altéré!</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_171">LE RYTHME</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_173">[p. 173]</span></div> - <div class="vers">Leur prestige est si doux pour un cœur attristé. (les vers)</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Cet art consolateur d’une âme déchirée.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Pourquoi déifier vos immobiles peines?</div> - <div class="vers">—</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_175">LE SILENCE</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers">Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_177">[p. 177]</span> - Voilà le souvenir au pénétrant silence;</div> - <div class="vers">Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Un coin vert où jamais on n’entend rien gémir</div> - <div class="vers">J’y voudrais bien aller! j’y voudrais bien dormir!</div> - <div class="vers">S’il vous plaît, qu’on m’y porte. Il me faut du <i>silence</i></div> - <div class="vers">Un saule au doux frisson que l’air baigne et balance.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Tant de bruits sur la terre ont étourdi mon âme!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Béni soit le coin sombre où s’isole mon cœur!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Cherchant de l’ombre à part afin d’oser dormir!</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Déjà son esprit prenant goût au silence.</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_179">ÉTERNITÉ</h3> - -<div class="rpoem"> - <div class="vers"><i>Et Dieu nous unira d’éternité</i>...</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="poem"> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_181">[p. 181]</span> - Que je lui dise: «Viens, plus d’absence entre nous,</div> - <div class="vers">Viens, j’expiai pour toi ton infidèle flamme»</div> - <div class="vers">Il me reconnaîtra. Saisi d’un doux remords</div> - <div class="vers8">Il ne verra plus que mon âme,</div> - <div class="vers8">Il me trouvera belle alors.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et ta main, du repos marquant l’étroit espace</div> - <div class="vers">Y jeta quelques fleurs pour y garder ta place.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et moi, quand dans la tombe on me fera descendre</div> - <div class="vers">Des papillons légers voleront-ils sur moi?</div> - <div class="vers">Les oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi?</div> - <div class="vers">Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et le pauvre interdit à ta porte fermée</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers8">Humble fille de la nature<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a></div> - <div class="vers8">Elle aimait la fleur sans culture</div> - <div class="vers8">Qui naît et meurt au fond des bois.</div> - <div class="vers8">Son âme brûlante et craintive</div> - <div class="vers8">Aimait l’eau mobile et plaintive.</div> - <div class="vers8">Qui répond aux plaintives voix.</div> - <div class="vers8">Comme l’impatiente abeille</div> - <div class="vers8">Quitte une rose moins vermeille</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_182">[p. 182]</span> - Emportant dans les airs son parfum précieux</div> - <div class="vers">Cette jeune Albertine <i>en silence éveillée</i></div> - <div class="vers">Quittant avant le soir sa couronne effeuillée</div> - <div class="vers8">Vient de s’en retourner aux cieux.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Pourquoi ces tendres fleurs dans leur avril écloses</div> - <div class="vers">Tombent-elles souvent sans attendre l’été?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">On verra par mes soins, quelque feuille de lierre</div> - <div class="vers">De son étroit asile embrasser le contour.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Contemplez ce nuage. Hélas! il nous ressemble,</div> - <div class="vers">Il va vite. En courant, levez parfois les yeux.</div> - <div class="vers">N’ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées,</div> - <div class="vers">Leur tranquille silence éveillait mes pensées,</div> - <div class="vers">Y cueillir une fleur me semblait un larcin.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Autrefois... qu’il est loin le jour de son baptême</div> - <div class="vers">Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau:</div> - <div class="vers">Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même,</div> - <div class="vers">Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Oui, je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants,</div> - <div class="vers">Miroirs de la piété qui marchait sur tes traces,</div> - <div class="vers">Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces,</div> - <div class="vers">Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_183">[p. 183]</span> - Oui tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile</div> - <div class="vers">Albertine! et tu sais l’autre vie avant moi.</div> - <div class="vers">Un jour j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile,</div> - <div class="vers">Elle a baisé mon front, et j’ai dit: «c’est donc toi!»</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux</div> - <div class="vers">D’un ange, autour de moi, je sentais la présence.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme!</div> - <div class="vers">Toujours elle se plaint; jamais elle ne dort:</div> - <div class="vers">Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme,</div> - <div class="vers">Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Car on dit que longtemps encore</div> - <div class="vers8">L’âme retourne au monument,</div> - <div class="vers8">Glissant du ciel à chaque aurore</div> - <div class="vers8">Pour épier ce qu’elle adore</div> - <div class="vers8">Et que parfois c’est vainement.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">L’homme achète longtemps le bienfait de la mort.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et le vrai, c’est la mort!—et j’attends son secret.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Oh! ce sera la vie. Oh! ce sera vous-même,</div> - <div class="vers">Rêve, à qui ma prière a tant dit: je vous aime.</div> - <div class="vers">Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment</div> - <div class="vers">Des âmes en douleurs le chaste enfantement.</div> - <div class="vers">—</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">O vie! ô fleur d’orage! ô menace! ô mystère!</div> - <div class="vers6">O songe aveugle et beau!</div> - <div class="vers">Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre</div> - <div class="vers6">Que ta route au tombeau?</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">—«Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance,</div> - <div class="vers6">Fruit divin de ma fleur?</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_184">[p. 184]</span></div> - <div class="vers">Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance</div> - <div class="vers6">Dans l’éternel bonheur?</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles,</div> - <div class="vers6">Que sert de vous parler?</div> - <div class="vers">Vos pieds sont las, pliez! Dieu vous mettra des ailes,</div> - <div class="vers6">Et vous pourrez voler.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">De vos fronts consternés, mères inconsolables</div> - <div class="vers6">Les cyprès tomberont,</div> - <div class="vers">Quand, pour vous emmener, messagers adorables,</div> - <div class="vers6">Vos enfants descendront.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie,</div> - <div class="vers6">Quand vous verrez la mort</div> - <div class="vers">Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie</div> - <div class="vers6">Comme un agneau qui dort.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes;</div> - <div class="vers6">Sa nuit couve le jour,</div> - <div class="vers">Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles</div> - <div class="vers6">Savent que c’est l’amour!»<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a></div> -</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Un enfant plus léger, plus peureux de la terre</div> - <div class="vers">Et qui s’en retournait habillé de mystère</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">J’ai peur de voir tomber les voiles de mon âme</div> - <div class="vers">J’ai peur qu’elle s’en aille à la porte des cieux</div> - <div class="vers">Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_185">[p. 185]</span> - Mourir! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme</div> - <div class="vers">Prend ses ailes longtemps avant de s’envoler.</div> - <div class="vers">—</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">Peut-être qu’à son insomnie</div> - <div class="vers8">Ton âme suspendue un soir</div> - <div class="vers8">De sa pénitence finie,</div> - <div class="vers8">Viendra respirer et s’asseoir</div> - <div class="vers8">Puis ouvrant doucement la porte</div> - <div class="vers8">Du séjour où Dieu la remporte</div> - <div class="vers8">Elle me dira: «Ne crains rien»</div> - <div class="vers8"><i>Les cieux sont grands, les morts sont bien</i>.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">J’ai déjà tant d’âmes aimées</div> - <div class="vers8">Sous ce lugubre vêtement!</div> - <div class="vers8">Tant de guirlandes parfumées</div> - <div class="vers8">Qui pendent au froid monument,</div> - <div class="vers8">Par le souffle mortel atteintes</div> - <div class="vers8">D’où mon nom sortait plein d’amour,</div> - <div class="vers8">Et qui m’appelleront un jour!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">Notre corps ne faisait plus d’ombre</div> - <div class="vers8">Comme dans ce triste univers</div> - <div class="vers8">Et notre âme n’était plus sombre:</div> - <div class="vers8">Le soleil passait au travers.</div> - <div class="vers8">—</div> -</div> - <div class="vers">La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde,</div> - <div class="vers">Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux.</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">O beauté souveraine à travers tous les voiles.<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a></div> - <div class="vers"><i>Tant que les noms aimés retourneront aux cieux</i></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_186">[p. 186]</span> - Nous chercherons Delphine à travers les étoiles</div> - <div class="vers">Et son doux nom de sœur humectera nos yeux.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Tel qu’un homme hâté s’arrête de courir</div> - <div class="vers">Et dit en lui: «C’est <ins id="err_8" title="vrai (Errata)">vrai pourtant</ins> il faut mourir.»</div> - <div class="vers">Puis qui reprend sa route avec la tête basse</div> - <div class="vers">Comme si d’un fardeau son épaule était lasse?</div> - <div class="vers">Ah! c’est que des points noirs troublent un ciel vermeil</div> - <div class="vers">Quand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil...</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Elle entre, et bien des yeux qui paraissent fermés (la lune)</div> - <div class="vers">Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés.</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">N’as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes</div> - <div class="vers">Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Merci! toi qui <ins id="cor_14" title="descend">descends</ins> des divines montagnes</div> - <div class="vers">Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes</div> - <div class="vers">Dans leur étroit jardin tu viens les regarder,</div> - <div class="vers">Et contre l’oubli froid tu sembles les garder.</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs,</div> - <div class="vers">Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs.</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille</div> - <div class="vers">Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille</div> - <div class="vers"><i>Au deuil blanc</i>, car pressé de vivre et de souffrir</div> - <div class="vers"><i>L’homme partout s’attarde à regarder mourir</i>.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_187">[p. 187]</span></div> - <div class="vers">Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle</div> - <div class="vers">S’effaçait, comme on voit aux approches du soir</div> - <div class="vers">Par degrés se ternir les clartés d’un miroir</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers4">Faite à souffrir</div> - <div class="vers6">Devant pour être morte,</div> - <div class="vers4">Si peu mourir.</div> - <div class="versd6 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers6">Quand l’<i>autre moissonneuse</i></div> - <div class="vers4"><i>Forte en tous lieux</i></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Quand la nuit descendit sur l’ardent paysage</div> - <div class="vers">Quand tout bruit s’effaça l’astre au tendre visage</div> - <div class="vers">Vers une croix nouvelle allongea ses fils d’or</div> - <div class="vers">Comme un baiser de mère à son enfant qui dort.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Le sourire défaille à la plaie incurable</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Adieu sourire, adieu jusque dans l’autre vie</div> - <div class="vers">Si l’âme, du passé n’y peut être suivie!</div> - <div class="vers">Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir.</div> - <div class="vers">A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers10">Il est du moins au-dessus de la terre</div> - <div class="vers10">Un champ d’asile où monte la douleur;</div> - <div class="vers10">J’y vais puiser un peu d’eau salutaire</div> - <div class="vers10">Qui du passé rafraîchit la couleur.</div> - <div class="vers10">—</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Par un rêve dont la flamme</div> - <div class="vers7">Éclairait mes yeux fermés</div> - <div class="versd7 dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers7">Viens ne crains pas leur silence</div> - <div class="vers7">Ni leurs yeux ouverts sans voir</div> - <div class="vers7"><span class="pagenum" id="Page_188">[p. 188]</span> - Le sommeil qui les balance</div> - <div class="vers7">N’a de vivant que l’espoir.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers7">Sous une forme reprise</div> - <div class="vers7">Et qui nous ressemblera</div> - <div class="vers7">Avec un cri de surprise</div> - <div class="vers7">Chacun se reconnaîtra.</div> -</div> - <div class="vers7">Quoi, c’est lui! c’est toi! c’est elle!</div> - <div class="vers7">Retentira de partout,</div> - <div class="vers7">Et l’on proclamera belle</div> - <div class="vers7">La mort vivante et debout.<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a></div> - <div class="vers7">—</div> - <div class="vers7">Et pour gagner l’autre vie</div> - <div class="vers7">Retourne avec les mourants.</div> - <div class="vers7">—</div> - <div class="vers7">Ah! je sens que je fus colombe</div> - <div class="vers7">En voyant vos ailes s’ouvrir (oiseaux)</div> - <div class="vers7">Et pour vous suivre par la tombe</div> - <div class="vers7">J’ai déjà moins peur de mourir.</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance</div> - <div class="vers">Doux et muet témoin de tes ébats naïfs</div> - <div class="vers">Qui se laissait aimer et gronder sans défense</div> - <div class="vers">Qui savait te répondre en murmures plaintifs</div> - <div class="vers">Ton camarade est mort.</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Ce qu’on aime est si triste ainsi gisant et froid</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_189">[p. 189]</span> - A ton beau ramier bleu tu penseras toujours</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Dans votre épreuve solitaire</div> - <div class="vers8">Ne demandez pas le bonheur.</div> - <div class="vers8">Sa semence est dans votre cœur</div> - <div class="vers8">Et n’éclora pas sur la terre</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes</div> - <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">Oui la rose a brillé sur mon riant voyage</div> - <div class="vers">Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a></div> - <div class="vers">L’étoile du matin l’aidait à s’entr’ouvrir</div> - <div class="vers">Et l’étoile du soir la regardait mourir.</div> - <div class="vers">Vers la terre déjà sa tête était penchée;</div> - <div class="vers"><i>L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau</i></div> - <div class="vers">La feuille murmurait en tombant desséchée</div> - <div class="vers">Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau!</div> - <div class="vers">—</div> - -<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div> - - <div class="vers">Venez-vous en courant dire: Préparez-vous</div> - <div class="vers">Bientôt vous quitterez <i>ce que l’on croit la vie</i>.</div> - <div class="vers">Celle qui vous attend seule est digne d’envie:</div> - <div class="vers">Ah! venez dans le ciel la goûter avec nous!</div> - <div class="vers">Ne craignez pas, venez! Dieu règne sans colère;</div> - <div class="vers">De nos destins charmants vous aurez la moitié.</div> - <div class="vers">Celle qui pleure, hélas! ne peut plus lui déplaire;</div> - <div class="vers10">Le méchant même a sa part de pitié.</div> - <div class="vers">Sous sa main qu’il étend, toute plaie est fermée;</div> - <div class="vers">Qui se jette en son sein ne craint plus l’abandon;</div> - <div class="vers">Et le sillon cuisant d’une larme enflammée</div> - <div class="vers8">S’efface au souffle du pardon.</div> - <div class="vers8">Embrassez-nous! Dieu nous rappelle</div> - <div class="vers">Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas!</div> - <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_190">[p. 190]</span></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers7">L’amour ce ciment des âmes</div> - <div class="versd8 dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers7">Là-bas où finit la terre</div> - <div class="vers7">Rejoint la mère à l’enfant</div> - <div class="vers7">—</div> - <div class="vers7">De tendresse et de mystère</div> - <div class="vers7">Dès qu’il eut rempli ces lieux</div> - <div class="vers7">—</div> - <div class="vers">Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes</div> - <div class="vers">N’a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant?</div> - <div class="vers">Qui sait si leurs mains d’ange un moment réunies</div> - <div class="vers">N’ont pas pesé <ins id="cor_15" title="la haut">là-haut</ins> nos peines infinies</div> - <div class="vers">Et pleurant de l’amour qu’on leur garde en ce lieu</div> - <div class="vers">N’ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu?</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Comme si mon enfant puissante avec douceur</div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers">Une femme pleurait des pleurs d’une autre femme</div> - <div class="vers">Elles ont leurs secrets qu’elles plaignent toujours...</div> - <div class="vers">Celle qui regardait reconnaissait son âme</div> - <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div> - <div class="vers">—</div> - <div class="vers8">Vous qui n’avez jamais parlé</div> - <div class="vers8">Dans notre monde désolé</div> - <div class="vers8">N’apprenez pas la langue austère</div> - <div class="vers8">Et les durs sanglots de la terre.</div> - <div class="vers8">Envolez-vous, mais, par pitié,</div> - <div class="vers8">De nos pleurs portez la moitié</div> - <div class="vers8">Dans le manteau bleu de la vierge;</div> - <div class="vers8">Et nous brûlerons un beau cierge</div> - <div class="vers8"><span class="pagenum" id="Page_191">[p. 191]</span> - Au pied de votre blanc berceau</div> - <div class="vers8">Pour que l’arbre et son arbrisseau</div> - <div class="vers8">Revivent aux montagnes pures,</div> - <div class="vers8">Loin des autans, loin des souillures,</div> - <div class="vers8">Loin de ce monde désolé</div> - <div class="vers8">Où vous n’avez jamais parlé.<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a></div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> -Épitaphe d’Albertine (page 228. <i>Albertine.</i>)</p> - -<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> -C’est là-haut dans le ciel qu’il me faut chercher mon père et ma mère, -leurs chers visages m’apparaissent entourés d’une lumineuse auréole, ils ne -sont plus de la terre, ils ne comptent plus pour mon foyer.</p> - -<p class="ralign"><span class="smcap">Aurora Leigh.</span></p> - -<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> -Tout le souffle du poème de Victor Hugo sur la mort de <i>Claire</i> avec -le rythme de Malherbe dans son poème sur la mort de <i>Rosa</i>.</p> - -<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> -Lumière de l’âme, ô beauté!<br /> -<span class="nattrib smcap">Leconte de Lisle.</span></p> - -<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> -La mort a été absorbée dans la victoire.<br /> -<span class="nattrib smcap">S. Paul.</span></p> - -<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> -<span lang="la" xml:lang="la"><ins id="cor_16" title="Hoec">Hæc</ins> viret angusto foliorum, tecta galero.</span></p> - -<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> -Petite pièce si étonnamment descriptive avec son dernier vers renouvelé -du premier et posant comme un doigt sur deux lèvres.</p> -</div> - - - -<h2 id="Page_193">PIÈCES A LIRE<a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a></h2> - - -<table summary="Liste des pièces à lire"> -<tr> - <td> </td> - <td class="tdc cs8" colspan="2">(Édition Lemerre)</td> -</tr> -<tr> - <td> </td> - <td class="tdr cs8">Pages</td> - <td class="tdr cs8">Tomes</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Les roses de Saadi</i></td> - <td class="tdr">273</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>La prière perdue</i></td> - <td class="tdr">45</td> - <td class="tdr"><small>I</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Croyance</i></td> - <td class="tdr">11</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><a href="#poem_1"><i>La vie et la mort du ramier</i></a></td> - <td class="tdr">198</td> - <td class="tdr"><small>I</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Les cloches et les larmes</i></td> - <td class="tdr">267</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Pour endormir l’enfant</i></td> - <td class="tdr">97</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><a href="#poem_2"><i>Dormeuse</i></a></td> - <td class="tdr">70</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Le nuage et l’enfant</i></td> - <td class="tdr">109</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>L’enfant et la foi</i></td> - <td class="tdr">206</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Les enfants à la communion</i></td> - <td class="tdr">201</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Prière des orphelins</i></td> - <td class="tdr">262</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Au soleil</i></td> - <td class="tdr">204</td> - <td class="tdr"><small>III</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Prison et printemps</i></td> - <td class="tdr">105</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><i>Refuge</i></td> - <td class="tdr">336</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><a href="#poem_3"><i>Renoncement</i></a></td> - <td class="tdr">354</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl"><a href="#poem_4"><i>La couronne effeuillée</i></a></td> - <td class="tdr">350</td> - <td class="tdr"><small>II</small></td> -</tr> -</table> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> -En complément de cette <i>Étude</i> et comme types brefs et concrets des -principaux mouvements qui y sont spécifiés.</p> -</div> - -<div class="poem"> -<div class="pttl vers9" id="poem_1"><span class="pagenum" id="Page_195">[p. 195]</span> -LA VIE ET LA MORT DU RAMIER</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">De la colombe au bois c’est le ramier fidèle;</div> - <div class="vers">S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle;</div> - <div class="vers">Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours,</div> - <div class="vers">Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble;</div> - <div class="vers">Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble,</div> - <div class="vers">Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir:</div> - <div class="vers">Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre,</div> - <div class="vers">Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur;</div> - <div class="vers">Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre,</div> - <div class="vers">Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage</div> - <div class="vers">Cette blanche moitié de la colombe aux bois,</div> - <div class="vers">N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage:</div> - <div class="vers">Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues</div> - <div class="vers">Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux,</div> - <div class="vers">Et vous y trouverez quatre ailes détendues</div> - <div class="vers">Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux!</div> -</div> -</div> - -<div class="poem"> -<div class="pttl vers3" id="poem_2"><span class="pagenum" id="Page_197">[p. 197]</span> -DORMEUSE</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">Si l’enfant sommeille,</div> - <div class="vers5">Il verra l’abeille,</div> - <div class="vers7">Quand elle aura fait son miel,</div> - <div class="vers7">Danser entre terre et ciel,</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">Si l’enfant repose,</div> - <div class="vers5">Un ange tout rose,</div> - <div class="vers7">Que la nuit seule on peut voir,</div> - <div class="vers7">Viendra lui dire: «Bonsoir!»</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">Si l’enfant est sage,</div> - <div class="vers5">Sur son doux visage</div> - <div class="vers7">La Vierge se penchera,</div> - <div class="vers7">Et longtemps lui parlera,</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">Si mon enfant m’aime,</div> - <div class="vers5">Dieu dira lui-même:</div> - <div class="vers7">«J’aime cet enfant qui dort;</div> - <div class="vers7">Qu’on lui porte un rêve d’or!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <span class="pagenum" id="Page_198">[p. 198]</span> - <div class="vers5">«Fermez ses paupières,</div> - <div class="vers5">Et sur ses prières,</div> - <div class="vers7">De mes jardins pleins de fleurs,</div> - <div class="vers7">Faites glisser les couleurs.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Ourlez-lui des langes</div> - <div class="vers5">Avec vos doigts d’anges,</div> - <div class="vers7">Et laissez sur son chevet</div> - <div class="vers7">Pleuvoir votre blanc duvet.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Mettez-lui des ailes</div> - <div class="vers5">Comme aux tourterelles,</div> - <div class="vers7">Pour venir dans mon soleil</div> - <div class="vers7">Danser jusqu’à son réveil!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Qu’il fasse un voyage</div> - <div class="vers5">Aux bras d’un nuage,</div> - <div class="vers7">Et laissez-le, s’il lui plaît,</div> - <div class="vers7">Boire à mes ruisseaux de lait!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Donnez-lui la chambre</div> - <div class="vers5">De perles et d’ambre,</div> - <div class="vers7">Et qu’il partage en dormant,</div> - <div class="vers7">Nos gâteaux de diamant!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Brodez-lui des voiles</div> - <div class="vers5">Avec mes étoiles,</div> - <div class="vers7">Pour qu’il navigue en bateau</div> - <div class="vers7">Sur mon lac d’azur et d’eau!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <span class="pagenum" id="Page_199">[p. 199]</span> - <div class="vers5">«Que la lune éclaire</div> - <div class="vers5">L’eau pour lui plus claire,</div> - <div class="vers7">Et qu’il prenne au lac changeant</div> - <div class="vers7">Mes plus fins poissons d’argent!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Mais je veux qu’il dorme</div> - <div class="vers5">Et qu’il se conforme</div> - <div class="vers7">Au silence des oiseaux</div> - <div class="vers7">Dans leurs maisons de roseaux!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Car si l’enfant pleure,</div> - <div class="vers5">On entendra l’heure</div> - <div class="vers7">Tinter partout qu’un enfant</div> - <div class="vers7">A fait ce que Dieu défend!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«L’écho de la rue</div> - <div class="vers5">Au bruit accourue,</div> - <div class="vers7">Quand l’heure aura soupiré,</div> - <div class="vers7">Dira: «L’enfant a pleuré!»</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Et sa tendre mère,</div> - <div class="vers5">Dans sa nuit amère,</div> - <div class="vers7">Pour son ingrat nourrisson</div> - <div class="vers7">Ne saura plus de chanson!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«S’il brame, s’il crie,</div> - <div class="vers5">Par l’aube en furie</div> - <div class="vers7">Ce cher agneau révolté</div> - <div class="vers7">Sera peut-être emporté!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <span class="pagenum" id="Page_200">[p. 200]</span> - <div class="vers5">«Un si petit être</div> - <div class="vers5">Par le toit, peut-être,</div> - <div class="vers7">Tout en criant, s’en ira,</div> - <div class="vers7">Et jamais ne reviendra!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Qu’il rôde en ce monde,</div> - <div class="vers5">Sans qu’on lui réponde!</div> - <div class="vers7">Jamais l’enfant que je dis,</div> - <div class="vers7">Ne verra mon paradis!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers5">«Oui! mais s’il est sage</div> - <div class="vers5">Sur son doux visage</div> - <div class="vers7">La Vierge se penchera,</div> - <div class="vers7">Et longtemps lui parlera.»</div> -</div> -</div> - - -<div class="poem"> -<div class="pttl vers3" id="poem_3"><span class="pagenum" id="Page_201">[p. 201]</span> -RENONCEMENT</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé,</div> - <div class="vers">Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes;</div> - <div class="vers">Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes,</div> - <div class="vers">Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être.</div> - <div class="vers">Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs;</div> - <div class="vers">Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être,</div> - <div class="vers">Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Les fleurs sont pour l’enfant; le sel est pour la femme:</div> - <div class="vers">Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours,</div> - <div class="vers">Seigneur! quand tout ce sel aura lavé mon âme,</div> - <div class="vers">Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours!</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Tous mes étonnements sont finis sur la terre,</div> - <div class="vers">Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir</div> - <div class="vers">Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère</div> - <div class="vers">Que la pudique mort a seule osé cueillir.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">O Sauveur! soyez tendre au moins à d’autres mères,</div> - <div class="vers">Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous!</div> - <div class="vers">Baptisez leurs enfants de nos larmes amères,</div> - <div class="vers">Et relevez les miens tombés à vos genoux!</div> -</div> -</div> - -<div class="poem"> -<div class="pttl vers7" id="poem_4"><span class="pagenum" id="Page_203">[p. 203]</span> -LA COURONNE EFFEUILLÉE</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée</div> - <div class="vers">Au jardin de mon père où revit toute fleur;</div> - <div class="vers">J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée:</div> - <div class="vers">Mon père a des secrets pour vaincre sa douleur.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes:</div> - <div class="vers">«Regardez, j’ai souffert...» Il me regardera,</div> - <div class="vers">Et, sous mes jours changés, sous ma pâleur sans charmes,</div> - <div class="vers">Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Il dira: «C’est donc vous, chère âme désolée,</div> - <div class="vers">La terre manque-t-elle à vos pas égarés?</div> - <div class="vers">Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée;</div> - <div class="vers">Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!...»</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père!</div> - <div class="vers">Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu!</div> - <div class="vers">Je vous obtiens déjà puisque je vous espère</div> - <div class="vers">Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers">Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle;</div> - <div class="vers">Ce crime de la terre au ciel est pardonné.</div> - <div class="vers">Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,</div> - <div class="vers">Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné!</div> -</div> -</div> - -</div> -<div class="newpage"> - -<h3 id="Page_205"><i>ERRATA</i></h3> - -<table summary="Errata" cellspacing="12"> -<tr> - <td class="tdc cs8">Pages</td> - <td class="tdc cs8">Au lieu de:</td> - <td class="tdc cs8">Lisez:</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_1">51</a></td> - <td class="tdlm"><i>souvent</i> pleines d’envol</td> - <td class="tdlm"><i>parfois</i> pleines d’envol</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_2">62</a></td> - <td class="tdlm"><i>le froid</i></td> - <td class="tdlm"><i>ton poids</i></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_3">68</a></td> - <td class="tdlm"><i>complot</i></td> - <td class="tdlm"><i>sanglot</i></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_4">71</a></td> - <td class="tdlm">préférais</td> - <td class="tdlm">préfé<i>re</i>rais</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_5">72</a></td> - <td class="tdlm">Gaut<i>h</i>ier</td> - <td class="tdlm">Gautier</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_6">99</a></td> - <td class="tdlm">pour quoi</td> - <td class="tdlm">pourquoi</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_7">153</a></td> - <td class="tdlm">prend<i>s</i></td> - <td class="tdlm">prend</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdrm"><a href="#err_8">186</a></td> - <td class="tdlm">C’est vrai</td> - <td class="tdlm">C’est vrai <i>pourtant</i></td> -</tr> -</table> - -</div> - -<h2 id="toc">TABLE</h2> - -<table summary="Table des matières" cellspacing="12"> -<tr> - <td class="tdl">Avant-propos</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_I">I</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">Prologue</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_11">11</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">I</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_13">13</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">II</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_27">27</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">III</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_43">43</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">IV</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_53">53</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">Appendice</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_81">81</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">Essai de classification</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_89">89</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdl">Pièces à lire</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_193">193</a></td> -</tr> -</table> - -<div class="newpage"> - -<hr class="hr10" /> - -<p class="cent cs8">IMPRIMERIE G. RICHARD 5, RUE DE LA PERLE, PARIS</p> - -<hr class="hr10" /> - -</div> -<div class="newpage"> - -<div class="box sep4"> -<p class="ssrf noind" id="note">Au lecteur.</p> - -<p>L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été harmonisée, -mais les erreurs clairement introduites par le typographe ou à -l’impression ont été corrigées. Les mots ainsi corrigés sont soulignés -<ins title="texte original">en pointillés</ins>. Placez le curseur -dessus pour faire apparaître le texte original. Également à quelques -endroits la ponctuation a été corrigée, et les corrections indiquées -dans l’Errata ont été effectuées.</p> - -<p>Les notes ont été renumérotées consécutivement et placées à la fin -de chaque section.</p> - -</div> - -</div> - -<hr class="full" /> - -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br /> -<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br /> -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. 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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.6. 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Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation’s website -and official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of -volunteer support. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Most people start at our website which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This website includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</div> - -</body> -</html> diff --git a/old/65969-h/images/couverture.jpg b/old/65969-h/images/couverture.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 80cd967..0000000 --- a/old/65969-h/images/couverture.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/65969-h/images/cover.jpg b/old/65969-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 7d25bac..0000000 --- a/old/65969-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/65969-h/images/im-01.jpg b/old/65969-h/images/im-01.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 80a0aac..0000000 --- a/old/65969-h/images/im-01.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/65969-h/images/logo.jpg b/old/65969-h/images/logo.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index d5fc27c..0000000 --- a/old/65969-h/images/logo.jpg +++ /dev/null |
