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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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-The Project Gutenberg eBook of Félicité, by Robert de Montesquiou-Fézensac
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Félicité
- Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore
-
-Author: Robert de Montesquiou-Fézensac
-
-Release Date: July 31, 2021 [eBook #65969]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Clarity, Hans Pieterse and the Online Distributed
- Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
- produced from images generously made available by The Internet
- Archive/Canadian Libraries)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ ***
-
-
-
-
- Au lecteur.
-
- L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été
- harmonisée, mais les erreurs clairement introduites par
- le typographe ou à l’impression ont été corrigées, et à
- quelques endroits la ponctuation a été corrigée. Les
- corrections indiquées dans l’Errata ont été effectuées.
-
- Les notes de bas de page ont été renumérotées consécutivement
- et placées à la fin de chaque section. Les notes en marge
- sont placées avant le texte correspondant et marquées [note].
- Le texte imprimé en gras dans l'original est marqué =texte=.
-
-
-
- [Illustration: _Mme. Desbordes-Valmore._
- _A. Devéria del._]
-
-
-
-
- COMTE ROBERT DE MONTESQUIOU-FEZENSAC
-
- _LES AUTELS PRIVILÉGIÉS_
-
- FÉLICITÉ
-
- ÉTUDE SUR LA POËSIE
- DE MARCELINE DESBORDES-VALMORE
- SUIVIE D’UN ESSAI DE CLASSIFICATION
- DE SES MOTIFS D’INSPIRATION
-
- _Avec un portrait de Madame VALMORE d’après DEVÉRIA_
-
- [Logo de l'Éditeur]
-
- PARIS
- A. LEMERRE, ÉDITEUR
- 23, 31, passage Choiseul
-
- 1894
-
-
-
-
- Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur.
-
-
- FÉLICITÉ
-
- _Dolorosa._
-
-
- Elle s’occupe aussi des choses de la terre
- Car la feuille du lys est courbée en dehors.
-
- Victor HUGO.
-
-
-
-
-AVANT-PROPOS
-
- Les gens en parleront, n’en doutez nullement,
-
-et
-
- bien fou du cerveau
- Qui prétend contenter tout le monde et son père,
-
-
-Les deux consolants conseils de La Fontaine ont répondu d’avance aux
-objections que je relève, comme à toutes autres objections, au reste.
-
-Néanmoins, je veux m’efforcer de réfuter plus spécialement
-quelques-unes d’entre elles.
-
- Essayons, toutefois, si par quelque manière,
- Nous en viendrons à bout.
-
-J’ai tenté, en témoignage partiel d’une piété que j’espère attester
-plus complètement aujourd’hui, comme en manière d’une rétrospective
-compensation, dont plusieurs ont apprécié l’intention et goûté le
-contraste, de donner bien moins à ma glose qu’à une muse, de son vivant
-la plus infortunée, un auditoire élu de distinction intellectuelle et
-de noble élégance. Les malicieux en ont voulu faire une manifestation
-précieuse dans le fâcheux sens de ce mot, quand la présence de
-beaucoup de bons esprits empêchait pourtant l’équivoque de _bel esprit_
-sous laquelle on n’eût pas été fâché de discréditer la réunion et de
-gâter la chose.
-
-J’ai récité alors les deux premiers chapitres de l’étude qui suit,
-plus la troisième partie du chapitre IV. Je marque aujourd’hui d’un
-astérisque dans ces pages, où pas un mot n’a été changé, trois passages
-dont les expressions faussement ou incomplètement citées ont été
-relevées plaisamment, et je les livre à une critique plus attentive.
-
-Mais, ce qu’il y eut d’un peu déroutant, pour ma bonne foi, ce fut, en
-même temps que le reproche d’une prononciation trop martelée,--sans
-doute encore insuffisante,--la soi-disant _citation_ en _italiques_ et
-_entre guillemets_, dans plusieurs compte-rendus, de locutions cocasses
-telles que «_encélesté, lavabo de pensée! superlativement liliale. Il y
-a une grande injustice à réparer, le mage a dit..._» dont mon texte n’a
-jamais porté trace.
-
-Quant à la trop spirituelle accusation de songer à réhabiliter Loïsa
-Puget, d’une part--à savoir de traiter une matière comiquement
-rococo;--et ailleurs, d’avoir, par le choix d’un sujet, pourtant
-toujours ouvert--et sur lequel naturellement tout le monde avait à m’en
-remontrer--cherché à me parer de ce qui revenait à d’autres: il faut
-pourtant qu’on opte entre ces deux griefs qui s’annihilent.
-
-Un mot pour chacun:
-
-Nul musicien de génie qui ait, que je sache, consacré la petite
-metteuse en musique de tant de romances aux harmonies justement
-moquées. Mais les rieurs qui attendent mon panégyrique de Loïsa Puget,
-parce que j’ai célébré Marceline Valmore, savent-ils bien qu’il n’y a
-guère de rehaut ni de grâce à ne point être touché par les accents de
-Celle dont Michelet a écrit: «_Cette puissance d’orage qu'elle seule a
-jamais eue sur moi._»
-
-Certes, j’ai voulu, moins révéler certaines parties de l’œuvre que
-relever toute la figure, un peu brumeuse et oubliée, quoi qu’on en
-puisse dire, entre les buissons de ses poësies enchevêtrées de lierres
-et de lianes, de clématites et de chèvre-feuilles, de vignes vierges
-et de viornes, ainsi qu’une Belle-au-bois-dormant du rêve attendant
-le réveil de quelque songeur épris de son silence harmonieux, de son
-souffle et de son soupir.
-
-Mais, ce que j’ai aussi souhaité, c’est de rafraîchir les fleurs et les
-palmes d’illustres ex-votos spontanés, entrelacés autour du souvenir
-de Marceline Desbordes-Valmore, par tant de mains généreuses; c’est
-de faire revivre l’encre mystérieuse et sympathique des litanies de
-la glorieuse admiration et de l’estime impérissable signées de noms
-prestigieux ou sublimes.
-
-Une lecture entière de cet essai, pour ceux qui ont souci d’autre
-chose que de chicanes taquines, renseignera sur ma tentative et sur son
-dessein. J’ose espérer qu’ils ne seront pas reconnus vains, mais me
-donneront droit d’inscrire mon nom au-dessous de nobles commentateurs,
-dont le plus récent fut M. Verlaine, parmi ceux qui ont promené au
-moins un fil et projeté une lueur entre les beautés emmêlées de touffus
-bosquets, de bouquets diffus.
-
- R. M. F.
-
- _Versailles,
- Janvier 1894._
-
-
-
-
-... _relisant à froid ces pages... Je pensais que cet enivrement
-paraîtrait sans doute ridicule, présenté à des lecteurs distraits;
-mais aussi, je songeai à ceux qui se pénètrent plus profondément des
-émotions qui naissent d’une œuvre sérieuse, et il me sembla que je leur
-devais un compte fidèle du travail que je venais de faire, et qu’il
-fallait les faire remonter jusqu’à la source même des idées dont ils
-avaient suivi le cours._
-
-_C’est pour cela que, m’attendant bien à paraître extraordinaire,
-j’ai voulu passer par dessus ce qu’il y a de puéril et d’exagéré dans
-l’inspiration, aux yeux des gens froids._
-
- _ALFRED DE VIGNY_
-
-
-
-
-A LA MÉMOIRE DE MA BELLE-SŒUR
-
-PAULINE DE SINETY
-
-COMTESSE GONTRAN DE MONTESQUIOU-FEZENSAC
-
-
- Je redis vos vers, Marceline,
- Harpe plaintive et cristalline,
- Le cœur ému, les yeux en pleurs.
- _Je les dédie à vous_, Pauline,
- A vous, sa compagne en douleurs![1]
-
- R. M. F.
-
-
- [1] Vers transposés de Brizeux.]
-
-
-
-
-PROLOGUE
-
-
-Je voudrais dire à mon tour, et, s’il se peut, plus synthétiquement
-qu’il n’a été fait jusqu’ici, une poëtesse admirable, ensemble
-merveilleuse et sublime, la Sapphô chrétienne, Marceline
-Desbordes-Valmore.
-
-Pas un de nous en qui ces musicales syllabes, cristallines comme le
-son d’un harmonica, ne résonnent familièrement. A tous, notre mémoire
-d’enfant signe de ce nom
-
- Un tout petit enfant s’en allait à l’école...
-
-et tels autres menus poëmes appropriés, dont se désennuyait notre
-étude, car
-
- Le maître est tout noir...
-
-Le doux nom estampille encore pour tous quelques romances où notre
-adolescence s’égaya, et qui font sourire. Puis c’est tout. Peu se
-doutent que le gentil nom est celui de la poëtesse admirable, ensemble
-merveilleuse et sublime, la Sapphô chrétienne. Et c’est vraiment pour
-quelques-uns seulement qu’il commence de se nimber du halo d’une
-auréole qui est une aurore non qui se _révèle_, mais qui se _relève_.
-
- Sur la pierre des morts croît l’arbre de grandeur.
-
-Le sublime vers de Vigny, prélude pour celle dont la renommée, entre
-toutes, a ceci d’étrange, qu’appréciée à sa vraie valeur par les plus
-illustres de ses contemporains, Lamartine, Hugo, Vigny, Michelet,
-Dumas, Sainte-Beuve qui se faisaient honneur de son amitié, traitée à
-peu près dignement par la postérité banale qui consacre d’un nom de
-rue, sa vraie gloire est, jusqu’à ce jour, fermée ainsi que fut son
-âme, et pourtant, comme elle, toute pleine de ferveurs en puissance, de
-clartés latentes, et de virtuelles vertus.
-
-Appliqué depuis déjà des ans à tenter d’en fomenter l’éclat, il m’eût
-été douloureux de n’être pas des premiers de cette seconde période à
-divulguer nettement la bonne nouvelle dont se sont déjà plus ou moins
-brièvement et secrètement réjouis, après les maîtres dont je parlais
-tout à l’heure, Gautier, Baudelaire, Banville, Barbey d’Aurevilly et
-M. Verlaine.
-
-Pour cela, je suis venu à vous aujourd’hui, et vous demande de me
-suivre à travers cet exquis calvaire, ce douloureux et délicieux
-dédale, où les propres vers de Marceline, délicatement parfilés, nous
-serviront de fil conducteur en même temps que de sympathique lien.
-
-
-
-
- I
-
-
- *
-
-On remet un jour à Hugo,--selon une anecdote plus ou moins
-véridique--une lettre adressée _Au plus grand Poëte de France_. Il la
-fait porter chez Lamartine, qui la retourne au premier.--«Nul ne saura
-jamais, aurait ajouté Vigny, lequel des deux s’est décidé à l’ouvrir.»
-
-Que la suscription ait revêtu: _Au plus mystique_, c’était lui-même; au
-plus _plastique_, Gautier; au plus _précordial_, VALMORE.
-
-Il y a dans une des pièces du poëte qui nous occupe, un vers, surtout
-un verbe, très simple, dont je ne retrouve nulle part ailleurs
-l’émouvante affixe et le significatif figuré:
-
- Beaux innocents morts à minuit
- _Desserrez_ mon cœur qui me nuit.
-
-Le cœur serré n’est que trop connu: cette étrange étreinte intérieure
-d’anxiété angoisseuse et froissante. Il s’agissait de _desserrer_
-cela, dénouer, délacer ce vêtement invisible et subcostal ✻ immatériel
-et pourtant si réel, qui appuie et qui nuit.
-
-C’est la propre action des poësies de madame Valmore; de cette main
-mystérieuse et incorporelle qui s’immisce à travers l’âme qu’elle
-surprend et apaise, pour aller plus avant, _descendit ad inferos_,
-desserrer le cœur qui nuit.
-
-Le seul mythe de Parsifal, la seule minute où le regard de la Sainte
-Lance, miraculeusement assainit, retire de leur cauchemar d’angoisse
-et palpitation d’arrachement la tête et le cœur d’Amfortas, le noble
-prêtre qui a péché (et que Madame Valmore paraît avoir prévu dans ces
-deux vers:
-
- Alors posant ma main où la douleur s’élance
- Je ressentis au cœur comme un grand coup de lance!)
-
-peuvent équivaloir au réveil désenfiévré qui suit une pleine lecture
-tardive de cette poësie. On passe la main sur son front, d’un geste
-d’habitude, pour en chasser un nuage qui n’y est plus. On la porte à
-son flanc pour assagir sa plaie, et, comme Sainte-Élisabeth, on ne
-rencontre plus, sous son manteau, qu’un bouquet de roses...
-
- Quel doux ravissement se glisse entre mes larmes;
- Quelle main me caresse et s’arrête à mon cœur?
-
-Alors, ainsi que le Pur-Simple, cœur desserré sous l’onde baptismale, on
-murmure: «D’où vient que tout me semble si bel aujourd’hui?...»--C’est
-qu’en ce jour quelqu’un a pâti pour toi. Car, seule, la passion peut
-racheter la souffrance; et l’hostie blanche, la pure colombe a rougi,
-pleuré, saigné. Car il y a vraiment d’un christ féminin dans cette
-sainte femme
-
- Dont nul ange ici bas n’a vengé la douceur.
-
-
- ✻
-
-J’ai dit lecture tardive. Oui. Les éditions éparpillées et incomplètes
-sinon interdirent, du moins entravèrent longtemps le _vol d’oiseau_ sur
-cette œuvre. Les trois volumes de M. Lemerre permettent aujourd’hui[2]
-de diviser tour à tour et recomposer une grande partie du faisceau
-lumineux pour se délecter du détail ou se réjouir de l’ensemble.
-
-Il y avait encore cet inéluctable silence qui succède aux oraisons
-funèbres, où se restreint presqu’intégralement encore le formulaire
-de la poëtesse. Baudelaire, pourtant son plus subtil bien que bref
-panégyriste, apparaît visiblement gêné par ce manque de cohésion dans
-la gerbe des recueils. Nul doute que son bel article n’eût étendu ses
-accents, élargi ses accords sous la révélation plus tard totalement
-proférée; à l’effluve surtout de ce recueil posthume qui résume
-l’essence du flacon, la quintessence de l’essence.
-
-Enfin, et de par la loi du _suranné_ qui n’est déjà plus le _démodé_,
-et cependant pas l’ancien encore, mais bien la chrysalide à travers
-laquelle l’un devient l’autre,--entre notre génération et celle
-qui tenait encore à la contemporaine par le _de visu_, voltigeait
-ce prestige fané d’époque, ce brin un peu risible de coiffure en
-_couette_, par-dessus l’attitude _troubadouresque_ et _dessus de
-pendule_, l’écho de «_ce petit côté secret qui rend populaire, ce
-presque rien qui fait tache_[3]» et grâce auquel notre mémoire d’enfant
-nous donnait la dame pour à peu près connue. Une résonnance de tous ces
-pianos mentionnés par Sainte-Beuve, et sur lesquels s’est transposé et
-_tapoté_ le plus chantant de la _lyre_ du poëte, tandis que le silence
-en retient encore les traits les plus fulgurants et les plus suaves
-soupirs. Une odeur de _Quel est ce gant rose--qui n’est pas le mien_,
-invétérée en une récurrence, et longtemps empêchant de croire que s’y
-pût loger la main dont s’étancheraient nos douleurs.
-
-Oui, ces _romances_ où des beautés sont souvent recélées, et dont,
-ailleurs, l’inconscient comique aboutit à quelque chose de touchant
-comme la demi-lyre de la gravure de Monziès, cet élément _Pauline
-Duchambge_, ce bout d’écharpe envolée dont les biographes entortillent
-le sujet trop complaisamment, n’ont plus qu’un intérêt parasite et
-documentaire; et la prétentieuse brume en fond au feu de ce qu’elle
-abrite et qui les habite; et le ruban de Desbordes-Valmore s’en ira
-rejoindre le turban de Staël, les cornettes de Sévigné, les bandeaux de
-Sand et les bandelettes de Sapphô, dans ce ✻ vestiaire des siècles où
-les atours s’évanouissent, pour laisser s’épanouir, hors du temps, la
-beauté nue.
-
-
- [2] Depuis 1886.
-
- [3] Baudelaire.
-
-
- ✻ ✻
-
-Elle «_résout la sécheresse du cœur_», Michelet l’a dit, qui, seul, a
-légué les formules vraiment caractéristiques de ce doux-amer génie.
-Elles flottent par-dessus toutes autres paraphrases et surnagent ainsi
-qu’une arche par un déluge, ou tout au moins comme le manuscrit de
-Camoëns pouvait reluire au-dessus du flot.
-
-Les voici. C’est avec celle sur «_le don des larmes, ce don qui
-perce la pierre_», trois autres encore: «_Le sublime est votre
-nature._»--«_Mon cœur est plein d’elle. L’autre jour en voyant Orphée,
-elle m’est revenue avec une force extraordinaire, et toute cette
-puissance d’orage qu’elle seule a jamais eue sur moi._»--Enfin: «_Je
-ne l’ai connue qu’âgée, mais plus émue que jamais; troublée de sa fin
-prochaine, et, on aurait pu le dire, ivre de mort et d’amour!_»
-
-Ces quatre paroles constituent l’évangile de Madame Valmore. Quoi qu’on
-puisse écrire d’elle désormais, ne saurait que graviter autour de cette
-quadruple épigraphe succincte, synthétique, suggestive.
-
-Tous ceux qui abordent cette mémoire et en tirent du relief sans
-lui pouvoir ajouter de lustre (car la seule donnée en illumine
-l’interlocuteur de son approche d’arche sainte), brassent la légende en
-quatre versets, sans paraître se douter du dessous qu’ils infligent, de
-ce fait même, à leurs variations et à leurs trilles.
-
-Au reste, du contingent biographique où se recrutent à peu près
-ordinairement ces appendices, devrait-on même user? La grille du
-tombeau n’a-t-elle pas droit de suture immédiate au mur de la vie
-privée? L’amalgame de la personne double de l’artiste et de l’être
-représente un des plus déplorables postulats et l’une des plus
-fâcheuses exigences du public sur le mage. Les parterres insuffisamment
-renseignés et attentifs qui ne sauraient l’aller chercher là qu’il
-réside uniquement, à savoir dans l’_Œuvre_, exigent néanmoins (et
-d’autant plus!) de le toucher, sans l’atteindre, par la frange de son
-manteau, et, mieux encore, par l’ouverture de ses plaies, où quelque
-secret espoir de faire expier le mérite de l’_esprit prompt_, met en
-quête d’une tare de _la chair faible_...
-
-Mais, pour nous autres, à vrai dire, qui avons démêlé, ressenti, goûté
-tout le parfum dans l’extrait, toute la griserie dans la liqueur, peu
-nous chalent des pétales froissés ou des baies flétries; plutôt nous
-craindrions volontiers d’amoindrir notre extase par d’inopportuns
-contrôles, de rétrospectifs examens sur une grappe tarie ou une fleur
-séchée.
-
-Bien mieux, nous tiendrions de celui qu’importunent ces bravos adressés
-au gosier de l’interprète plutôt qu’à la sonorité éparse de son chant,
-et qui se recule et recueille au fond de la loge, craintif de voir
-attribuer le charme qui l’enchaîne encore à quelque vieux visage de
-ténor teint ou de cantatrice déteinte.
-
-Les métiers, d’où vers nous chatoient les joyeuses aunes des tissus
-fleuris, ne sauraient se démonter qu’en bois et cordes. N’est-il pas
-plus sage d’oublier canuts et tisserands pour voir courir des rinceaux
-sur des fonds, revoir rêver des oiseaux entre leurs branchages brochés,
-suivre revivre et s’iriser des iris sur de la soie?
-
-
- ✻ ✻ ✻
-
-C’est elle seule la douloureuse Félicité qu’il sied interroger sur
-elle-même. A cette confession surtout, à cette autoconfrontation
-vraiment nous aident les biographies. Sachons-en gré, rendons grâces.
-Le plus clair de l’éloge de Sainte-Beuve ne consiste et réside-t-il pas
-en ces extraits de lettres où reluisent tant de familières splendeurs?
-
-Le meilleur et le pire de ces aveux, le plus _sui generis_ du type,
-le plus ✻ _artésiennement_ explicatif et révélateur de ce moi, c’est
-bien cette profession de foi de son arcane poëtique: «_A vingt ans, des
-peines profondes m’obligèrent de renoncer au chant_ PARCE QUE MA VOIX
-ME FAISAIT PLEURER; mais la musique roulait dans ma tête malade, et une
-mesure toujours égale arrangeait mes idées à l’insu de ma réflexion».
-
-Hélas! nul ne s’est encore trouvé, parmi les indiscrets, pour nous
-révéler l’«homme d’un talent immense», le «fauteur de ces peines
-profondes...»
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La vraie Valmore à édifier et déifier est une Valmore de vers, de
-ses vers groupés à l’entour de son nom en la délicate élite et la
-délicieuse prédilection d’une dédicace réversible. La citation est
-ardue en ces textes. Nuls autant ne menacent de la rendre envahissante;
-puisque le _il faudrait tout citer_ de cliché immémorial est ici la
-vérité même. Telles pièces sont plus parfaites, plus délibérément
-réussies, mais qu’on n’oserait guère déclarer plus que d’autres
-adéquates à leur visée, mieux moulées sur nature. Fût-ce les trop
-célèbres _romances_, plusieurs drôlement datées et démodées et pour
-lesquelles l’indulgence tourne presque à du goût. «Dans Shakspeare,
-j’admire tout comme une brute,» fait un dire célèbre de Victor Hugo.
-Dans Valmore, faudrait-il varier, j’aime tout comme une âme; d’amant?
-non, d’enfant. Et c’est à noter que toutes les gloses meilleures ou
-pires exercées sur cette mémoire, en tirent la même fascination de
-mise en présence de leur âme enfantine et juvénile, de leurs «jeunes
-annales».
-
- Ah! qui n’a souhaité redevenir enfant?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Là de la vague enfance un regret qui sommeille
- Dans les fleurs du passé vaguement se réveille;
- Il reparaît vivant à nos yeux d’aujourd’hui!
- On tend les bras, on pleure en passant devant lui.[4]
-
-Quels doigts au velouté de pistils, quelle âme à l’haleine de
-calice--non de quelle Fille-Fleur, à la façon de Wagner, mais de quelle
-Fleur-Flamme et Fleur-Femme s’approprieraient à ce précieux labeur?
-Combien d’heures enchanteressement passées à parfiler brin à brin,
-ligne par ligne, l’étoffe de cette poësie, pour en isoler les fils les
-mieux aimés, les plus émus. Voilà de ces travaux auxquels il est plus
-suave de penser que, risquer, sage. Et quel autre qu’un immatériel
-Ariel oserait songer à parfaire un pastel avec du pollen récolté ou de
-la poudre d’aile de papillon prélevée?--Et puis la grosse besogne des
-heures nous réclame. Puissions-nous, une fois, nous abstraire assez
-idéalement pour volatiliser ce sublimé, que, nul autre jour, notre âme
-ne saurait se doser à l’état d’exquise transparence qu’exigent ce choix
-impondérable, cet impalpable tri.
-
-Le moins massivement possible, une heure, nous tenterons d’offrir
-une épreuve de cette mellification artiste. Mais il faudrait pour y
-exceller ou même atteindre, toute la courte vie d’une géniale jeune
-fille marquée à l’aube comme un fruit touché et dont résorberait
-toute la sève immaturée d’un talent condamné, cette filiale tâche
-de tendresse, sans rien des odieux _extraits_; plutôt une de ces
-versicolores et vétilleuses couronnes que tresse un Breughel des plus
-larges et menues flores doctement entremélangées autour d’un médaillon
-de madone.
-
- Quelque chose de tendre y languissait; du lierre
- Y tenait doucement la vierge prisonnière.
-
-
- [4] Ailleurs:
-
- Oui partout où je marche une voix me rappelle,
- Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur...
- Voix qui trouble et se plaint de l’enfant infidèle
- Dont le sort se fit triste en cherchant le bonheur.
-
-
-
-
- II
-
-
- *
-
-L’impression qui succède à celle que je viens de dire (à savoir notre
-rachat par cette souffrance, notre rafraîchissement par cette brûlure,
-notre apaisement par cette ardeur), c’est une impression d’immersion,
-puis de submersion. Nous sommes noyés d’efflorescences et d’effluves,
-de sourires, de soupirs et de souvenirs. C’est à cet assaut par une
-tempête de feux et de pleurs qu’il faut sans doute attribuer l’air
-d’incomplet et de vague même des meilleurs essais autour de cette
-œuvre. Études sous forme d’articles, reprises avec ardeur, puis qu’on
-dirait rebutées, et qui ont de la lutte des barques contre une mer
-démontée, une phosphorescente mer faite de larmes et de flammes.
-
-Après bien des reprises, je vous livre la ruse dont j’usai pour essayer
-de vaincre cette tempête, en enfermer dans mes outres les ouragans et
-les caresses, les bises et les brises pour les y retrouver à loisir,
-vous les distiller et vous les dire. Puisse, au nom de cet inestimable
-bienfait, le subterfuge ne pas vous paraître puéril, si le service vous
-est tant soit peu rendu.
-
-Au cours de mes promenades et mes rêveries entre les mystérieux
-_bocages du sentiment_, de ces volumes, ainsi que les nomme
-prestigieusement Baudelaire, il me sembla pourtant finir par en démêler
-le méandre. Et ce ne fut pas sans exultation qu’en ayant tracé et
-dressé le plan, je le vis subdivisé en autant de charmilles et de
-chapelles qu’en avait taillées et ciselées notre poëtesse; et que j’en
-fis et y fis tour à tour rentrer son multiforme génie ainsi qu’il
-arriva à ce Protée du conte Oriental qui se réintégra en sa fiole.
-
-Mais si ce livre est bocage, il est aussi buisson ardent. Océan ou
-forêt l’amour y brûle et roule
-
- L’amour, ce ciment des âmes
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Amour, divin rôdeur glissant entre les âmes
-
-suivant ses appellations mêmes.
-
-_Promise aux profondes amours_ selon son expression propre, l’œuvre de
-Marceline Desbordes-Valmore est un _Univers d’Amour_.
-
- Il est doux d’être aimé, cette croyance intime
- Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Ne vous étonnez pas en recevant la vie,
- De tout ce qu’elle offrait, je n’ai vu que l’amour,
- Mon cœur le respirait avec l’air et le jour...
-
-Amour, hâtons-nous de le dire, et que là est le neuf et le merveilleux,
-d’autant plus passionné qu’il est plus pur.
-
-Chaque écrivain, nous dit en substance Madame Valmore dans une de
-ses lettres, prodigue souvent à son insu un vocable qui, de par son
-intensité et sa fréquence, révèle et trahit son auteur: «Madame Sand en
-a un comme cela: _étreindre!_»--Le mot de Marceline, ne serait-il pas
-_innocence_?
-
- J’ai soif de sommeil, d’innocence,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- N’entendra-t-elle plus mon passé d’innocence
- Comme un oiseau sans fiel plaider avec son cœur?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Toi qui ris de nos cœurs prompts à se déchirer
- Rends-nous notre innocence ou laisse-nous pleurer!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Beau fantôme de l’innocence
- Vêtu de fleurs
-
- Innocence! Innocence! éternité rêvée
- Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée?
- Êtes-vous ma maison que je ne puis rouvrir?
- Ma mère, est-ce la mort? Je voudrais bien mourir.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Inexplicable cœur, énigme de toi-même,
- Tyran de ma raison, de la vertu que j’aime,
- Ennemi du repos, amant de la douleur,
- Que tu me fais de mal, inexplicable cœur!
-
-_Cœur du cœur_, l’expression qui lui est commune avec Shakspeare, et
-qui la mène à l’amour de l’amour comme pour redoubler sa tendresse,
-fournit ce vers à madame Valmore quand elle parle de son enfant:
-
- Oh! que vous me manquiez, jeune âme de mon âme!
-
-Donc _Amour sous forme sextuple: Amoureux, amical, filial et maternel,
-charitable et divin_. Ajoutez _l’amour de la nature_, et _l’amour
-prorogé au delà du trépas_, vous aurez les six divisions sous
-lesquelles m’ont paru pouvoir se ranger toutes les phases de cette âme
-incoërcible, les phrases de cette œuvre vagabonde. A savoir: AMOUR,
-TENDRESSE-TRISTESSE, MATERNITÉ, FOI, NATURE, ÉTERNITÉ.[5]
-
- J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes.
-
-Entre toutes séductions, celle du regard fascinait Marceline. Ses
-propres larmes et celles qu’elle consolait diamantaient sa vie.
-
-Le son de la voix la captivait aussi.
-
-Les _Yeux et les pleurs_ et _la Voix_ subdivisent donc naturellement
-cette grande division de l’amoureux amour.
-
-TENDRESSE-TRISTESSE enferme _Prisons et Exils_, les deux misères
-qui l’apitoyaient le plus éloquemment, et qu’elle a le mieux
-pleurées.--_Ipsa_ contient ce qui semble le plus avoir trait à la
-personne même de l’artiste.
-
-MATERNITÉ, c’est la mutuelle réversibilité de ce sentiment double,
-ascendant et descendant au cours comme au décours de ses _jeunes
-annales_: celles où elle joue le rôle de l’enfant; et d’autres où elle
-porte elle-même la croix de la Mère Douloureuse.
-
-Nulle avant elle, nulle après elle, comme elle, n’aura dit et ne dira
-cet incessant échange, ne fera frôler et gravir en ses deux sens
-l’échelle de Jacob de l’amour successivement filial et maternel par les
-ailes de tant d’expressions ingénieuses, caressantes et pures, pour
-parler tour à tour de celle qu’elle nomme divinement
-
- Ma tige maternelle enlacée à ma vie!
-
-et de ceux qu’elle appelle non moins célestialement
-
- Un enfant! un enfant! O seule âme de l’âme!
- Palme pure attachée au malheur d’être femme.
- Éloquent défenseur de notre humilité
- Fruit chaste et glorieux de la maternité.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- C’est notre âme en dehors en robe d’innocence.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- De la foi des époux sentinelle sans armes,
- Visible battement de deux cœurs dans un cœur!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Image de Jésus qui se penche vers nous
- Pour relever sa mère humble et née à genoux.
-
-Oui le bréviaire de l’amour filial est révolu. Nous la devons à Valmore
-cette
-
- Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur.
-
-Il semble, entre ces autobiographies d’une enfance indéfiniment
-évoquée, il semble que ce menu tableau lumineux de résurgence des
-jours premiers dont on dit qu’il apparaît au noyé près de s’engloutir,
-se découpe incessamment pour notre poëte toujours prêt à sombrer, et
-charitablement l’isole des circonvolutions poignantes, le fascine et
-tire hors de soi. C’est le magique miroir où la Belle revoyait le foyer
-quitté du fond du royaume de la Bête.
-
- Parle-moi, je t’écoute, éloquent souvenir.
- Qui ne s’est détourné d’un trompeur avenir
- Pour chercher dans le fond de son âme attendrie,
- Tes regrets, tes leçons, ta tristesse chérie?
- Ce tableau vague et doux qui repose les yeux,
- Qui nous rend l’innocence et le pardon des cieux.
-
-Ce vocabulaire, y peut-on ajouter? J’ose dire qu’on ne saurait
-l’égaler. En tout cas, le surpasser, jamais. Centre de ce double
-courant de passion entre ses propres enfants et cette mère dont
-le souvenir, parmi cent apostrophes qui font sursauter, lui dicte
-cette pièce: _Quand je pense à ma mère_, elle-même pieuse fille et
-«pâle couveuse d’immobiles tourments,» ainsi qu’elle se qualifie,
-elle polarise tous les rayons de la maternité et de la _filialité_,
-passez-moi ce terme.
-
-Ces apostrophes, en voici:
-
- La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme,
- Un baiser qui jamais ne dit non ni demain.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Quand elle m’avait dit: Vous êtes mon enfant!
- Le ciel, c’était mon cœur à jour et triomphant.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Comme le rossignol qui meurt de mélodie
- Souffle sur son enfant sa tendre maladie,
- Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu,
- Me raconta son âme et me souffla son Dieu.
-
-Enfin, ce passage qui rappelle et regrette les sépultures disposées
-jadis au pourtour extérieur des églises:
-
- C’était beau d’enfermer dans une même enceinte
- La poussière animée et la poussière éteinte.
- C’était doux, dans les fleurs éparses au saint lieu,
- _De respirer son père en visitant son Dieu_.
-
-Quant à l’éloquence de sa maternité propre, je ne crois pas qu’on ait
-jamais parlé avec cette _nostalgie des entrailles_.
-
-Jugez-en plutôt. Récemment mère, elle se plaint de ne plus faire corps
-avec son nouveau-né.
-
- J’aurais voulu voir Dieu pour te créer plus beau!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et j’allais au soleil couchant sécher mes pleurs
- Pour te rendre suave et pur comme les fleurs.
-
-Et enfin, peut-être le vers d’imagination, de sensibilité et de
-formule, le plus curieux de toute l’œuvre:
-
- _Car, si près que tu sois, l’air circule entre nous!_
-
-FOI
-
- La foi, c’est l’haleine des anges,
- C’est l’amour _sans flammes étranges_!
-
-C’est l’amour, toujours dévorant, mais transposé et sublimé, qui fait
-trouver à la muse devenue ange pour l’absorption finale, la résorption
-rédemptrice de sa terrestre passion contrainte dans le foyer de
-la ferveur éternelle, des images comparables aux seules Dantesques
-descriptions du paradis--mais avec moins de blancheur.
-
- Seigneur! Qui n’a cherché votre amour dans l’amour?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Comme un oiseau s’enfuit, je m’en vais dans l’espace
- Chercher l’immense amour où mon cœur s’abreuva...
-
-et par les plus touchantes variantes de charité et de prière, de
-croyances et de sentiments, atteindre, en même temps que Dieu même, les
-plus fluides matérialisations de la pensée et du langage.
-
- Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère
- Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.
-
-NATURE, c’est l’amour--je dirais volontiers _atmosphérique_, tant le
-poëte y fait entrer de parcelles vivantes et vibrantes du Cosmos--de
-tout ce qui l’entoure, et tant son art spontané met de passion dans ses
-paysages, comme tout à l’heure il mêlait et fondait de chaleur et de
-lumière dans sa tendresse qui lui faisait s’écrier:
-
- C’était un jour de charité divine
- Où, dans l’air bleu, l’éternité chemine.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _C’était partout comme un baiser de mère!_
-
-Les deux aires de ce naturel amour sont l’_Amour des fleurs_.
-
- A quelque chère idole en tous temps asservie,
- Je tombais à genoux pour adorer des fleurs,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Il semble que les fleurs alimentent ma vie._
-
-Et l’_Amour de l’eau_, dont je ne crains pas de dire qu’il pourrait
-bien être solidaire du goût de cette tendre femme pour les larmes, si
-j’en crois ce mystérieux vers.
-
- Et dans les flots du moins _mes larmes se perdront_
-
-et ces autres:
-
- Enfant, l’onde est molle et pure
- _Mais elle a soif de nos pleurs_.
-
-que je rapproche de celui-ci, de Vigny:
-
- Penche sa tête pâle et pleure sur la mer!
-
-L’amour de l’eau déjà attribué à plusieurs poëtes par Victor Hugo, dans
-ce joli distique:
-
- Georges Sand a la Gargilesse
- Comme Horace avait l’Anio.
-
-L’eau où Marceline voit se réverbérer tous ses âges dans cette Scarpe
-qui lui était, comme à Brizeux, son Ellé. L’eau où nous lirons avec
-elle, et sous mille formes
-
- Son visage étoilé dans les cercles humides
- Parsemant leurs clartés de sourires limpides...
-
-L’onde enfin d’où découle son _rythme_.
-
- _Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime_
-
-auquel ne peut plus succéder que l’_amour du silence_, sa suprême
-passion:[6]
-
- _Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!_
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- _Couvrez-moi de silence_...
-
-Ce silence qui nous mène à la dernière de ces divisions, si vous
-le voulez, factices, mais, certes point arbitraires: _la mort_,
-disons mieux: l’ÉTERNITÉ puisque c’est sous ce consolant aspect
-qu’apparaissent à Madame Valmore tant de tombes qu’elle a mélodiquement
-enguirlandées.
-
- Mais plusieurs sont absents, et leur nom sous des fleurs.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- On verra, par mes soins quelque feuille de lierre
- De son étroit asyle embrasser le contour.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées.
- Leur tranquille silence éveillait mes pensées,
- Y cueillir une fleur me semblait un larcin.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- L’homme revient seul où son cœur le ramène.
- Où les vieux tombeaux l’attirent pour pleurer.
-
-«_Abîme à franchir seule!_» cette définition en commun, cette fois,
-avec Pascal,
-
- ..... porte ces mots à sa douleur brûlante:
- Viens! ne crains pas la mort, on aime dans les cieux!
-
-et la mort qui couronne son œuvre de vie, comme elle couronne toute
-vie, n’apparaît jamais hideuse à notre poëte, mais toujours fleurie
-et touchante, puisqu’elle lui rouvre tous les paradis pleins de ses
-anges envolés. Tous les êtres aimés, sans oublier l’_être aimé_, voire
-à commencer par lui (selon une magnifique interpellation: _Croyance_);
-«Albertine, âme en fleur!» et d’autres amies de jadis; et cette noble
-_tige maternelle, enlacée_, cette fois à l’éternité, auprès de ces
-enfants enfuis:
-
- Car vous aurez, un jour, une joie immortelle
- Et vos petits enfants souriront dans vos bras.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Non, jamais rien de plus sereinement _détaché_, de plus véritablement
-et vénérablement _sur le seuil_, et déjà presque _au-delà_, n’a su se
-proférer pour nous parler de la mort, avec ce que j’appellerai une
-pareille _liberté d’allures mortelles_; nous apprivoiser avec cette
-«_cueilleuse d’âmes_» qui
-
- Ne les moissonne pas pour en tuer les flammes,
- Mais pour les délivrer de leur lourd vêtement,
- Comme on ôte le sable où dort le diamant.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Tous mes étonnements sont finis sur la terre
- Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir
- Pour atteindre à ces fruits protégés de mystère
- Que la pudique mort a seule osé cueillir.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Béni soit Dieu puisqu’après la tourmente,
- Réalisant nos rêves éperdus
- Vient des humains l’infatigable amante
- Pour démêler les fuseaux confondus.
- Fidèle mort, si simple, si savante,
- Si favorable au souffrant qui s’endort,
- Me cherchez-vous, je suis votre servante:
- Dans vos bras nus, l’âme est plus libre encor.
-
-
- [5] Madame Valmore, dans son Recueil posthume (ou peut-être son
- éditeur) a rangé elle-même ses poësies sous des appellations
- similaires, mais sans beaucoup de suite.
-
- [6] Silence qu’elle ne veut même plus rompre par l’écriture:
- «_n’écris pas!_»
-
-
-
-
-
- III
-
-
- *
-
-Ainsi catégorisés les termes d’association de ces divers sujets
-d’inspiration, il nous sera utile--et plus facile de grouper les
-rythmes dont le poëte les revêtit. Jamais de poëme à forme fixe. Muse
-bien trop débordante, déchaînée avec résignation mais tumultueuse et
-torrentueuse--pour se ranger à si étroites digues, la muse à la fois
-digne et familière qui ose risquer cette déclaration à la Vierge:
-
- Cet amour des amours qui m’isole en ce lieu,
- Ce fut le vôtre; _eh bien: parlez-en donc à Dieu_.
-
-Je distingue une première sorte ou famille de pièces, divisées en
-strophes, le plus souvent de quatre hexamètres (quelquefois plus;
-rarement de distiques). Pièces d’ordinaire peu étendues, mais d’allure
-large, sans doute les plus parfaites, presque en forme de menu poëme
-à forme fixe pour soi, et pleines à leur manière de l’immortelle
-vibration du
-
- Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine
-
-de Victor Hugo; sans le charme ou le discrédit que confèrent
-à d’autres pièces, des passades de rythmes non suivis, de vers
-irréguliers entrecoupés fortuitement, bizarrement, dithyrambiquement.
-
-A cette première famille ressortissent _La vie et la mort du ramier_,
-_Renoncement_, _La couronne effeuillée_, etc., etc.; et de plus
-longues, _Le mal du pays_, _Tristesse_, _Départ de Lyon_, etc.[7]
-J’énumère les titres des principales pièces englobées par chacun de
-ces groupements, dans une note dont la nomenclature n’offrirait point
-ici d’intérêt, outre que l’auteur n’excelle point aux intitulés. Les
-siens (loin de cet art du titre qui nous semble devoir être fait d’un
-mot synthétique, jamais renouvelé au cours de la pièce qu’il désigne),
-les siens, dis-je, sauf parfois quelque douce ingéniosité telle que
-le _Soleil des morts_ pour la Lune--ne contiennent que l’appel ou le
-rappel du sujet, sans dédaigner _Simple Histoire_ ni même _Merci mon
-Dieu!_ La croix de ma mère--qui n’y est point--s’y fût-elle rencontrée,
-qu’on en eût presque pu rapporter la vieille _trouvaille_ à cette loi
-foi de Baudelaire: «Beauté du lieu commun.» Car n’est-ce pas du fait
-de cette beauté trop prisée que le lieu commun est devenu tel; mais
-qu’il porte en soi la force ou le charme de vaincre cette période de
-profanation, et le voilà promu _lieu éternel_.
-
-La strophe large, abdiquant l’hexamètre, s’allège et se familiarise,
-comme dans _l’Élégie à Pauline Duchambge_. Et c’est alors une autre
-veine où la précieuse élégance des ÉMAUX ET CAMÉES, comme dans _Un
-arc de triomphe_, s’allie au virtuose esprit des RUES ET DES BOIS
-pour procréer un second groupe, dépendant du premier, qu’il égaie et
-subtilise[8]. Un troisième naît du mélange de l’hexamètre et de vers
-plus légers, toujours également disposés dans des strophes régulières.
-C’est _Un billet de femme_, le _Soleil lointain_; mais cette forme sert
-tout aussi souvent des poëmes de la seconde famille[9].
-
-Joignez-y les pièces en hexamètres[10] non divisées en strophes (_Avant
-toi_, _La Fleur d’eau_, _L’Augure_, etc.), et enfin celles où se
-faufile, puis se glisse et s’irrue le vers irrégulier, quelquefois un
-seul dans toute une longue pièce, comme dans _La Maison de ma Mère_,
-_A mes Sœurs_, _Au Poëte prolétaire_, et ce sera (surtout de par ces
-dernières, les plus nombreuses),[11] la famille complète des poëmes
-plus ou moins descriptifs.
-
-Voici ce que, dans une étude précédente abandonnée, me suggéraient
-ces entraînants _irréguliers_ employés par Madame Desbordes-Valmore,
-avec, en une verve différente, un bonheur parfois égal à celui de La
-Fontaine: «Un réseau de poëmes moins ordonnés, mais dont les beautés
-partielles sont peut-être les plus _ad imaginem_ de cette âme.
-Quand il est bien frappé un vers de cette _lyre_, suivant la banale
-expression, cette fois ennoblie, est si intense qu’il se suffit à
-lui-même, et, presque ne pourrait qu’être gêné par le voisinage d’un
-aussi puissant. Il y aurait superfétation, étouffement, comme sur de
-ces orangers replets et redondants qui ressemblent à de vastes boules
-de senteurs, encombrés, presque incommodés qu’ils peuvent être à la
-fois par plusieurs sortes et règnes de végétation et de poussée:
-feuilles, fleurs, fruits nouveaux--et jusqu’à des fruits de deux ans
-s’assurant plus de suavité et de saveur d’un second retour de sève!
-
-Cette clairière de poëmes moins touffus, plus aérés par l’étirement
-_ad libitum_ de la pièce, parfois le vers libre intromis avec une
-aisance qui, chez tout autre serait licence, mais ouvre là visiblement
-comme une prise d’air pour une poitrine oppressée, c’est le vrai
-champ d’évolution, la vraie aire de Valmore. Pas de dilettantisme
-exquis comme de l’y voir et suivre volter, voler, virevolter, courir,
-sourire, mourir... et se reprendre tout innocemment, inconsciemment,
-inconsidérément, d’enrythmie native et d’ingéniosité ingénue, d’où ses
-compositions héritent de ce galbe unique de complication naturelle et
-de simplicité si précieuse.
-
-C’est là que sur la piste infailliblement originale jusqu’en la
-banalité, et captivante même en la niaiserie, éclatent avec plus
-de miracle, se détachent et s’isolent de ses prouesses consacrées
-_inégalables_ par l’arbitre de ces tournois comme le scrutateur
-accompli de tous les creusets d’esthétique théorique: j’ai nommé
-Charles Baudelaire.»
-
-La deuxième famille est toute chantante: _ode_ ou _cantique_,
-_berceuse_ ou _romance_. L’auteur y englobait modestement toute son
-œuvre: «_Quelques chansons méritent-elles que l’on s’occupe de moi et
-que l’on m’admette au livre de la science?_»
-
-L’_Ode_, c’est _Au soleil_, _Au Christ_, _Chant des Mères_, les
-_Oiseaux_, etc. Le _Cantique_, c’est _Prière des orphelins_, _les
-Enfants à la communion_, etc. Les deux _Berceuses_ sont spécifiées
-telles par leurs titres: _Dormeuse_ et _Pour endormir l’enfant_. Et
-il n’y aurait aucunement lieu d’être surpris d’apprendre que cette
-naïve inspirée qui nous avoue: «La musique roulait dans ma tête
-malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes idées à l’insu
-de ma réflexion...» _d’apprendre enfin_ qu’elle n’aurait composé
-ses _Dormeuses_ que pour avoir trouvé leur rythme et leurs rimes,
-leur matière et leur manière tout simplement les mieux aptes à faire
-descendre le sommeil.
-
- Sommeil, ange invisible aux ailes caressantes.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante
- Pour aider le sommeil à descendre au berceau?
- Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?
-
-Pour les _romances_ qui ne sont point toujours celles que le poëte a
-étiquetées ainsi, et dont les plus belles concertent souvent ailleurs,
-elles sont sans nombre--rarement sans agrément, parfois pleines d’envol.
-
- LES CLOCHES ET LES LARMES
-
- Sur la terre où sonne l’heure,
- Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.
-
- L’orgue sous le sombre arceau,
- Le pauvre offrant sa neuvaine,
- Le prisonnier dans sa chaîne
- Et l’enfant dans son berceau;
-
- Sur la terre où sonne l’heure,
- Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.
-
- La cloche pleure le jour
- Qui va mourir sur l’église,
- Et cette pleureuse assise,
- Qu’a-t-elle à pleurer?... L’amour.
-
- Sur la terre où sonne l’heure,
- Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.
-
- Priant les anges cachés
- D’assoupir ses nuits funestes,
- Voyez aux sphères célestes
- Ses longs regards attachés.
-
- Sur la terre où sonne l’heure,
- Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.
-
- Et le ciel a répondu:
- «Terre, ô terre, attendez l’heure!
- J’ai dit à tout ce qui pleure
- Que tout lui sera rendu.»
-
- Sonnez, cloches ruisselantes!
- Ruisselez, larmes brûlantes!
- Cloches qui pleurez le jour:
- Beaux yeux qui pleurez l’amour!
-
-
- [7] Prière pour lui. --Point d’adieu. --Pressentiment. --Le
- billet. --La vallée. --L’attente. --Amour. --La jalouse. --Je
- ne crois plus. --Abnégation. --Une fleur. --Les fleurs. --Amour
- et charité. --A celles qui pleurent. --Dieu pleure avec les
- innocents. --Dors. --Le mauvais jour. --Veillée. --Un moment.
- --L’Églantine. --A Madame ***. --Madame Emile de Girardin. --Dans
- la rue. --L’absence. --Les roses de Saadi. --La jeune fille et
- le ramier. --La voix d’un ami. --Le secret perdu. --Au livre
- de Léopardi. --L’Esclave et l’oiseau. --Le nid solitaire. --Un
- ruisseau de la Scarpe --Inès. --Loin du Monde. --Hippolyte. --A
- une mère qui pleure aussi. --Quand je pense à ma mère, etc.
-
- La Fileuse et Rêve intermittent d’une nuit triste quoique non en
- hexamètres pourront ressortir à ce groupe.
-
- [8] Le rossignol et la recluse. --Les amitiés de la jeunesse.
- --Plus de chants. --Le billet d’une amie. --L’amour. --L’aumône.
- --Retour dans une église, etc.
-
- [9] Croyance. --Ame et jeunesse. --Prison et printemps. --Jeune
- fille. --Qui sera roi? --Une lettre de femme. --Cigale.
- --L’innocence, etc.
-
- [10] La nuit. --L’isolement. --Le message. --Plusieurs élégies et
- des dialogues. --Le regard. --Les deux peupliers. --Révélation.
- --Pitié. --Détachement. --La crainte. --L’impossible.
- --L’éphémère. --Le convoi d’un ange. --Au médecin de ma mère.
- --L’hiver. --Au revoir. --Les roseaux. --L’augure. --La ronce.
- --L’Église d’Arond. --A madame A. Tastée. --Amour. --Prière pour
- mon amie. --A l’Auteur de Marie. --Le soleil des morts. --Le
- Dimanche des rameaux. --L’ami d’enfance. --La jeune comédienne.
- --Une ruelle de Flandre. --Laisse-nous pleurer. --Les prisons et
- les prières. --Au citoyen Raspail. --L’amie, etc.
-
- Et en vers plus brefs: Son image. --Les deux ramiers, etc.
-
- [11] L’arbrisseau. --Les roses. --La journée perdue. --L’adieu du
- soir. --L’absence. --La fontaine. --L’inquiétude. --Le concert.
- --Le billet. --L’insomnie. --L’imprudence. --La prière perdue.
- --A l’amour. --Les lettres. --La nuit d’hiver. --L’inconstance.
- --A Délie, etc., etc.
-
-
-
-
- IV
-
-
- *
-
-Sur ce sujet de Madame Desbordes-Valmore, j’ai lu les articles et
-le volume de Sainte-Beuve, un article de M. Montégut (remarquable
-par un juste tableau de l’isolement de cette mémoire), la préface
-de M. Lacaussade, l’appendice de M. Hippolyte Valmore. Tous travaux
-intéressants à des valeurs inégales, nourris de faits un peu répétés,
-de documents similaires, d’appréciations simultanées, néanmoins
-éloquents, utiles et nobles. Le volume de Sainte-Beuve est non
-seulement un bel acte, mais une bonne action. On y sent du cœur et de
-l’amour. Après qu’on fut tenté de trouver fastidieuse l’énumération de
-tant de noms vains et obscurs, l’idée qui la suggère au Maître critique
-apparaît touchante: «J’avais songé, dit-il, par une compensation bien
-due à réunir d’autre part autour d’elle, quelques-uns des noms dont
-elle eût le plus à se louer, bon nombre des êtres bienfaisants et
-secourables qu’elle avait rencontrés sur sa route et qui lui avaient
-été une consolation, une douceur et un réconfort au milieu de ses maux.»
-
-Je pense de même que, pour en faciliter l’étude et relever l’éclat, il
-serait désirable de rassembler en un seul ouvrage tous les articles et
-études jusqu’à ce jour consacrés à cette poétique figure.
-
-L’émouvante correspondance révélée par le livre de Sainte-Beuve,
-pourrait aussi en être extraite pour s’unifier, se compléter.
-
-Les brèves pages de Dumas, de Baudelaire, de Banville et de M. Verlaine
-ouvrent des appréciations plus subtiles. Et le sentiment du second,
-dans son expression incisive et pénétrante me paraît encore, pour le
-moment, le plus satisfaisant et le mieux venu.
-
-La résultante de lecture de tous ces beaux essais demeure l’étonnement,
-non de la méconnaissance, mais de l’ignorance publique du détail d’une
-gloire ainsi révolue, puis résolue; enregistrée et muette: une renommée
-sans buccin.
-
-_Gloire_, Lamartine couronnait déjà du mot Marceline attendrie et
-confuse. Et pourtant Baudelaire a beau se révolter et nous crier
-justement: «oubliée par qui, je vous prie? par ceux-là qui ne sentant
-rien, ne peuvent se souvenir de rien.» M. Verlaine lui répond avec
-non moins de justesse: «obscurité apparente, mais absolue.» Et c’est
-un si indéniable fait, au sortir de notre étonnement, qui nous sauve
-du scrupule: comment oser tenter d’accroître une illustration si faite
-et si parfaite?--C’est parce qu’elle est ainsi, décrétée et accréditée
-par ces grands qui la goûtèrent... et moururent, mais forclose à qui
-aime mieux croire qu’aller voir, surtout au prix d’un peu d’étude; et
-pourtant toute pleine de ce qui parle à tous par l’humanité poignante,
-brûlante et pleurante, qu’il faut s’efforcer de rompre et ce silence et
-cette digue, de livrer à ce gave bienfaisant de charité dans la mort
-comme durant la vie, bien des âmes désolées à irriguer et rafraîchir,
-bien des âmes dévorées à ensoleiller et consoler.
-
-Toute œuvre, si grand et légitime qu’ait pu en être l’éclat du vivant
-de l’auteur, n’existe vraiment qu’à dater du jour où le silence
-mortuaire l’ayant ensevelie comme d’une lave refroidie, une curiosité
-éclairée et pieuse en vient retrouver les fragments qui survivent
-aux éruptions et aux cataclysmes. Et la vraie vie des ustensiles
-d’Herculanum n’est-elle pas sous les vitrines où la disponibilité et
-la sinécure de leur silhouette sans usage nous versent à voir et à
-boire tant de rétrospective rêverie. Œuvrons donc de notre mieux pour
-coopérer au livre que requérait Sainte-Beuve quand il écrit: «Je ne
-fais qu’indiquer ici un développement qui sera mieux placé ailleurs,
-et dans le livre que je sollicite.» Car c’est encore le propre de la
-contagieuse ardeur née de cette œuvre, que chaque nouvel adepte brûle
-d’en voir propager le rayonnement, et convoque dans le présent et dans
-l’avenir quiconque peut contribuer à l’étendre.
-
-Mais ce livre tel que le sollicitait l’illustre critique, n’est sans
-doute point faisable. Quel portrait écrit ou peint fût-il réalisé
-jamais qu’au fur des momentanéités de l’individu successivement saisies
-et fixées. Ce livre, ce sera le souhaitable assemblage des études et
-des articles tout à l’heure évoqués, lorsqu’il y en aura eu encore
-beaucoup d’autres, toujours et tous beaux au moins, de leur inclination
-et de leur visée.
-
- ✻
-
-Ce qui me surprend un peu, particulièrement dans Baudelaire et chez M.
-Verlaine, c’est l’exagération de ce reproche: le manque de forme, le
-vice de forme, le contenant du revêtement inégal au contenu du rêve.
-Je cite les textes de ces deux rhéteurs: «Tout ce qui lui manque de ce
-qui peut s’acquérir par le travail... négligence... cahot... trouble...
-parti pris de paresse,» réquisitoire du premier. «Une langue
-suffisante et de l’effort assez pour ne se montrer qu’intéressamment»
-ajoute le second déjà moins injuste, et plus loin reconnaissant à cette
-muse la priorité de rythmes inusités.
-
-Certes, j’entends comme ces maîtres l’entendent, et me fais fort de
-renchérir où il sied; mais là, je m’insurge. La conclusion de M.
-Verlaine est exacte, mais peut-être pas assez ponctuelle. «Sublime
-artiste, sans trop le savoir,» c’est possible; mais aussi, et, je
-veux bien encore, sans le savoir, _merveilleux virtuose_. Guère de
-malignité, presque de rouerie poëtique qui n’ait été inventée ou
-appliquée par cette innocente. L’allitération, ce ressort du vers,
-son élasticité et sa vertèbre, en même temps que sa pulsation et sa
-respiration, la circulation de sa vie depuis sa tête jusqu’à sa rime,
-l’allitération revêche aux balourdes plumes, exquise à la fine pointe
-des styles, dont aucun des élus ne l’a négligée sous peine de priver sa
-poësie du plus idéal de ses trucs et de la plus élégante de ses ailes,
-l’allitération chère à Virgile et surtout à Catulle ne pouvait tirer
-de plus ingénue justification que de sa génération spontanée en cette
-prosodie réputée originelle.
-
- Désenchaîner leurs nuits, _désenchanter_ leurs jours.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Quand celui qui me _fuit_ ne songeait qu’à me _suivre_.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- C’est l’amour qui _fermente_ au fond d’un cœur _fermé_.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Madeleine _insultée_ et comme elle _indulgente_.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Après avoir _souri_, se penche pour _mourir_.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Point de _lait_, point de _lit_... il fallait donc mourir[12]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Oui, il semble que ces versatiles registres vont des vers tout âme par
-les vers tout nus jusqu’aux mieux ornés.
-
-Qu’est-ce en effet que ceci:
-
- De longs jours sans manteaux, de longs soirs sans lumières,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- On les croirait[13] poussés par un ange qui vole
- _Qui de leurs blonds cheveux leur souffle une auréole_.
-
-Non seulement je ne reconnais pas là de date impliquant et infligeant
-vis-à-vis d’une génération intermédiaire, avant définitive
-consécration, le discrédit du _passé de mode_; mais j’y démêle de ces
-caractères d’_éternellement déroutant_ qui ne permettent jamais de ne
-plus être de l’avenir.
-
-Exemple:
-
- Et montrent l’autre vie au fond _du souvenir_.
-
-N’est-ce pas bien le contraire de ce qu’on allait dire, qui eût été
-banal, et qui se transforme. Tout comme en cet autre:
-
- Voilà le souvenir au pénétrant _silence_.
-
-que _langage_ eût été moins beau!
-
-J’étendrai jusque-là mon avocasserie de signaler, hors de toute
-inculpation de pastiche et de plagiat de part ni d’autre, mais du seul
-fait d’une de ces fréquentes réverbérations de pensées, sans enquêtes
-de dates, et rien que pour faire ressortir toute l’étendue de ces
-vocalises, des parités d’inspiration de notre poëtesse à de ses grands
-contemporains comme à de leurs brillants neveux. Que dis-je? Combien,
-de coupe et de couleur répercute en ma mémoire classique l’illustre
-strophe:
-
- Source délicieuse en matière féconde,
-
-cette invocation:
-
- Sombre douleur, dégoût du monde,
- Fruit amer de l’adversité
- Où l’âme anéantie en sa chute profonde
- Rêve à peine à l’éternité,
- Soulève ton poids qui m’opprime,
- Dieu l’ordonne, un moment, laisse-moi respirer.
- Ah! si le désespoir, à ses yeux, est un crime,
- Laisse-moi donc la force d’espérer.
-
-Madame Valmore est vraiment le seul poëte dont on puisse parfois
-_inventer_ les pensées sans les connaître et répéter les formules
-sans les avoir ouïes, parce que sa vision--disons sa _voyance_ allait
-_cueillir_ les formes dans le lieu même des idées éternelles,
-
- Ces fruits protégés de mystère.
-
-que même les plus inspirés d’entre les poëtes appesantissent en les
-revêtant fût-ce des plus nobles rhétoriques terrestres.
-
-De là vient que la poësie de cette muse, maintes fois exprime
-l’ineffable où, selon un de ses vers les plus divins:
-
- Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel.
-
-Certains de ses morceaux ne rencontrent que dans Hugo leur équivalent
-de souffle et d’allure. Soit le _Soleil lointain_ qui, par places,
-m’apporte comme un fraternel écho de _A Villequier_:
-
- O vie, ô fleur d’orage, ô menace, ô mystère,
- O songe aveugle et beau!
- Réponds! ne sais-tu rien, en passant sur la terre
- Que ta route au tombeau.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Vos pieds sont las, pliez. Dieu vous mettra des ailes
- Et vous pourrez voler[14]
-
-me reporte aussi vers la _Claire_ du même maître, que me rappelle
-ailleurs lointainement
-
- C’est beau la jeune fille
- Qui laisse aller son cœur
- Dans son regard qui brille
- Et se lève au bonheur.[15]
-
-et plus proche
-
- Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme
- Aimait! Aimait! Et puis, comme si quelque charme
- Mis entre elle et le monde eût isolé ses pas,
- Elle errait dans la foule et ne s’y mêlait pas.[16]
-
-avec enfin
-
- Pleurant comme effrayés d’un sort involontaire.[17]
-
-mais la _Mise en liberté_ de Hugo, encore, ne s’envole-t-elle pas tout
-entière de cette strophe troisième de l’_Esclave et l’Oiseau_.
-
- Va retrouver dans l’air la volupté de vivre!
- Va boire les baisers de Dieu qui te délivre!
- Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour
- Va-t-en! va-t-en! va-t-en! sauve-toi sans retour!
-
-Oui, chez le Grand Maître et le Grand Père seulement se retrouvent des
-pièces de la tournure de _Croyance_, _Prison et Printemps_, _l’Enfant
-et la Foi_, _Au Revoir_, _aux Nouveau-Nés heureux_, _Ame et Jeunesse_,
-_Jeune fille_.
-
- Va, je n’oublierai plus qu’ils me le rappelaient.
-
-n’est qu’une variation probablement anticipée du
-
- Tu me fais souvenir que j’ai tout oublié.
-
-que Hugo reprend lui-même à son Hernani sous cette forme:
-
- Je ne me souviens plus que d’avoir oublié!
-
-Son:
-
- Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.
-
-qui n’est autre que l’antique
-
- _Centum sunt causæ cur ego semper amem._
-
-s’énamoure plus d’une fois chez notre Flamande:
-
- Qu’elle est à plaindre, elle a d’autres soins que l’amour!
-
-Et mieux:
-
- Il faut aimer pourtant; que faire de son cœur?
-
-Tel que Marion de Lorme de son Didier, l’enfant répond, de son ramier:
-«Je l’aime!»
-
- Comme celle qui croit oublier quelque chose.
-
-et
-
- On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne
-
-sont de véritables vers d’Hugo. Combien _Le Pauvre_ a de lumineux
-frères dans l’œuvre d’Olympio!--Je rapproche encore:
-
- Où deux êtres unis marchaient,
- Les voilà séparés... mystère!
-
-de
-
- Autrefois inséparables,
- Et maintenant séparés![18]
-
-Ensuite
-
- ... son enfant, seule vie où l’on s’aime
- Qui passe devant nous comme on fut une fois.
-
-de
-
- A chaque pas qu’il fait l’enfant derrière lui
- Laisse plusieurs petits fantômes de lui-même.[19]
-
-Enfin
-
- Buvez en étreignant cette femme penchée
- Sur son fruit.
-
-de
-
- La nourrice au sein nu qui baisse les paupières.[20]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-O Éva[21]
-
- ... à l’heure où tout est sombre
- Où tu te plais à suivre un chemin effacé,
- A rêver appuyée aux branches incertaines
- Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,
- Ton amour taciturne et toujours menacé!
-
-voici un écho de ta plainte pourtant sans seconde:
-
- Vous sentiriez alors le besoin de rêver
- De livrer au hasard votre marche incertaine
- De ralentir vos pas au bruit d’une fontaine
- Et de pleurer les maux que je viens d’éprouver.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Un Arc de Triomphe_ avec ses
-
- Mille doux cris à têtes noires
-
-n’offre-t-il pas, le paradoxe est fort: quelque mine des ÉMAUX ET
-CAMÉES?
-
-Qu’est-ce que
-
- Une voix seule éteinte en changeait le concert
-
-sinon
-
- Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.[22]
-
-ou réciproquement?
-
- Ne parle pas, je ne veux pas entendre
-
-n’irait-elle pas jusqu’à évoquer _Celle qui est trop gaie_ elle-même?
-Pourquoi non? puisque du même Baudelaire pourrait s’échanger contre
-
- Il est de longs soupirs qui traversent les âges
-
-son plus nerveux et verveux
-
- Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge.
-
-Et, de nos jours
-
- Dis aux petits que les étés sont courts
-
-tinte bien _le chant des oiseaux des courts étés_, de Sully-Prudhomme.
-
-Et pour finir, n’est-ce pas comme une surprenante résonnance
-préventive du lied de Tristan dans Wagner, cette dernière strophe du
-_Dernier rendez-vous_.
-
- Je viendrai, car tu dois mourir
- Sans être las de me chérir
- Et comme deux ramiers fidèles
- Séparés par de sombres jours
- Pour monter où l’on vit toujours
- Nous entrelacerons nos ailes,
- Là les heures sont éternelles.[23]
-
-
- [12] On ne sait ce qu’il faut le plus admirer de la mauvaise
- foi ou de la mauvaise mémoire de certains critiques glosant sur
- ces matières. Je cite pour la curiosité de ce fait, tel passage
- lu récemment sur le sujet d’un volume de poésies: «Ces mots
- s’appellent l’un l’autre en dépit de tout contenu intellectuel
- rien que par la similitude des syllabes, et par une sorte de
- mystérieuse aimantation... Le _réséda_ réside, l’_œillet_ est un
- _œil_ et le _papillon_ est _pape_... Grâce à ses ressources qu’on
- peut justement appeler étonnantes...» En conclusion, l’auteur de
- ce texte paraît donc ignorer que Virgile écrivait entr’autres:
-
- _Amores_ experietur _amaros_
-
- Catulle (ad januam):
-
- Tantum _operire_ soles aut _aperire_ domum
-
- sans omettre dans Victor Hugo:
-
- Comme un _enfant_ qui _souffle_ en un _flocon_ d’écume
- Chaque homme _enfle_ une bulle où se _reflète_ un ciel
-
- et combien d’autres.
-
- [13] Des enfants.
-
- [14] Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor,
- Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre,
- Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d’or.
-
- V. H.--Claire.
-
- [15] Ceux qui n’ont pas connu cette charmante fille
- Ne peuvent pas savoir ce qu’était ce regard
- Transparent comme l’eau qui s’égaie et qui brille
- Quand l’étoile surgit sur l’océan hagard.
-
- V. H.--Claire.
-
- [16] Ailleurs:
-
- La fange des ruisseaux qui consterne mes pas
- Et la foule déserte où tu ne descends pas.
-
- Desbordes-Valmore.
-
- [17] Et qu’elle acceptait peu sa vie involontaire.
-
- V. H.--Claire.
-
- [18][19] Victor Hugo.
-
- [20] Victor Hugo.
-
- [21] Vigny.
-
- [22] Lamartine.]
-
- [23] Alors nous serions morts inséparés, unis à jamais, sans fin,
- sans réveil, sans crainte, sans nom, dans le sein de l’amour,
- livrés à nous-mêmes, ne vivant plus que pour l’amour.
-
- WAGNER.
-
-
- ✻ ✻
-
-Il faudrait bien, bien des pages, encore et toujours des pages pour
-désenfiler toutes les blandices, Baudelaire l’écrit: les _perpétuelles
-trouvailles_ de cette poësie. Même sans parler de ses curiosités
-pittoresques de locutions ou de métaphores, telles que,
-
- Jusqu’au chaume _enlierré_ que j’appelais maison
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Pour un marin qui _trace_ l’onde
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Il voit _rire un jardin_ sur l’étroit cimetière
- Où la lune souvent me prenait à genoux.
- _L’ironie embaumée_ a remplacé la pierre
- Où j’allais, d’une tombe indigente héritière,
- Relire ma croyance au dernier rendez-vous.
-
-Je dis, de cette poësie aux énoncés si touchants et toujours imprévus;
-de ces hirondelles qui sont
-
- Mille doux cris à têtes noires;
-
-non loin de ce rossignol qu’elle dénomme:
-
- Douce horloge du soir au saule suspendue;
-
-de ce bal qui tourne
-
- Dans leur nuit de lumière, et d’encens, et de soie;
-
-de ce médecin de la maison de sa mère, ce docteur ami à qui l’auteur
-écrit
-
- Quand Dieu sous ta figure y désaffligeait l’heure;
-
-de ces fillettes dans un décor de nature qui s’enjolive d’un
-vocabulaire de mobilier vieillot:
-
- Les ruisseaux des prairies
- Font des psychés
- Où, libres et fleuries,
- Les fronts penchés,
- Dans l’eau qui se balance
- Sans se lasser
- Nous allons en silence
- Nous voir passer.
-
-Si féerique mirage que peut-être je ne lui préférerais rien, s’il n’y
-avait encore, et, sans doute par dessus tout, ceci:
-
- SOIR D’ÉTÉ
-
- Un danger circule à l’ombre
- Au chant de l’oiseau
- Qui descend dès qu’il fait sombre
- Se plaindre au roseau.
- Alors tout ce qui respire
- Se prend à rêver,
- Et le ruisseau qui soupire
- Semble l’éprouver.
-
- Partout les nids et les ailes
- Tremblent doucement
- Dénonçant des tourterelles
- L’entretien charmant.
- L’été brûle avec mystère
- Dans les lits en fleurs,
- Des seuls amants de la terre
- Sans blâme et sans pleurs.
-
- Été, si trop jeune encore
- Pour fuir un danger,
- L’enfant rêveur que j’adore
- S’attarde au verger,
- Laisse dans l’errante nue
- Ton charme cruel,
- Et sauve l’âme ingénue
- Du plaisir mortel!
-
-Ce commentaire, point par point, fleur par fleur, pleur par pleur, perle
-par perle, devra être l’œuvre d’un autre, je voudrais du prochain des
-coryphées de ce chœur qui se fera longtemps gloire et joie d’exalter
-cette unique muse. Je fais seulement remarquer ici, en passant, la
-noblesse dont elle sait empreindre l’usage familier du mot _Madame_[24]:
-
- Madame,[25] le plus beau des temples
- C’est le cœur du peuple, entrez-y:
- Le Roi des Rois l’a bien choisi.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Quand vous m’avez écrit tout ce que, femme ou mère
- Écrira de plus doux,
- Je me plaignais, Madame, à cette vie amère,
- Je lui parlais de vous.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Ainsi, Madame, allons, l’augure a trop de charmes
- Pour n’être pas certain;
- Allons! Et dans la nuit tournons nos yeux en larmes
- Vers le soleil lointain.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Distraite de souffrir pour saluer votre âme,
- Voilà mon âme: elle est où vous souffrez, Madame.
-
-Puisse mon travail d’aujourd’hui faciliter la suite que je lui désire,
-de par cette classification que je revendique, et que je crois utile et
-bonne; elle n’était guère plus aisée que celle dont parle le conte de
-fées, de ces duvets de mille couleurs emplissant une chambre, et qu’il
-s’agissait de répartir et de trier. La princesse y parvint pourtant;
-non, à vrai dire, sans des secours féeriques, qui, je crois bien, ne
-m’ont pas fait défaut. Les fées existent toujours. C’est un blasphème
-que de n’y point croire. Elles s’en vengent en ne secondant que ceux
-qui les en prient.
-
-
-Le temps, je le répète, qui sculpte et polit, selon leur dureté et
-leur beauté, ce que nous lui laissons de nos œuvres, ainsi que le flot
-fait des rocs et des falaises, respectera, chaque jour davantage,
-l’œuvre dont nous nous entretenons. Il le témoignera en en déblayant
-les entours et facilitant les approches, quand il aura découvert et
-compris que ce qu’il prenait pour une fragile et friable grève était un
-marbre, et que ce marbre fut ciselé par la nature et l’art associés, à
-l’égal d’un de ces monuments aux si capricieuses arabesques, qu’ils ne
-paraissent point bâtis de main d’homme, mais éclos, en une nuit, de
-quelque rêve, en guise de palais d’Aladin.
-
-Mais s’il fallait qu’un détestable et imprévu désastre détruisît
-l’œuvre en n’en laissant subsister que les parcelles que je vous
-soumets, l’avenir, je n’en doute pas, se pencherait sur elles, tout
-comme nous faisons sur les vers isolés de ce Publius Syrus et de cette
-Sapho qui avaient écrit tant de mimes et de poësies dont il ne reste
-que des débris et des fragments pareils à des pulvérisations d’étoiles.
-
-Ma collection, c’est un herbier--immarcescible. _Je l’ai fait sans
-presque y songer_, aux coups pressés d’une lame émue qu’annotent les
-touches rapides d’un crayon sensible de fasciné. Plus d’ordre et de
-mesure, de pause et de dosage dans le choix sont malaisés et dangereux
-devers cette poësie fugace, et risquent toujours l’excès ou le manque.
-La fleur se fond en rosée ou s’enfuit en papillon.
-
- J’éclos pour m’envoler et je risque mes ailes!
-
-C’est ma cueillette. Le massif, qui est une _forêt mouillée_, de
-combien de larmes! peut fournir cent autres bouquets renouveaux et
-surdivers au gré du style qui rédige et du cœur qui dirige.
-
-Oui ce sont fleurs dont la sève est de sang et le _rorate_ de larmes.
-_Pleurs_ et _Fleurs_ dont l’inconscient virtuose n’a su oser que
-partiellement le magnifique titre, devrait être celui de son édition
-_ne varietur_. A cette double source, le reproche encouru de monotonie
-n’est-il pas vain? Le _chacun son métier_, pour notre ouvrière se
-résolvait en larmes.
-
- Sédentaire à l’église et bornée à ses pleurs
-
-Son œuvre est un éloge des larmes. Celle qui cessait de chanter _parce
-que sa voix la faisait pleurer_, ne devait-elle pas rencontrer les plus
-bouleversants des accents tracés?...
-
-Moi, je me récuse, ou plutôt, j’abdique. A d’autres;
-
- _Quasi cursores vitæ lampada tradunt_
-
-que si l’on requérait pourtant ceux des vers de Madame Valmore que je
-distingue par préciput sans omettre certains cris tels que:
-
- Où va-t-on vers ce qu’on espère?
-
-et
-
- Oh! que l’âme est troublée à l’adieu d’un prestige!
-
-j’élirais entre beaucoup
-
- _Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme._
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Moi seule en mon chemin et pleurante au milieu_
-
-et
-
- _Comme un fil noir à l’or enlacé tristement._
-
-_Exegi._ Je conclus et clos ces pages qui ont du moins pour elles de ne
-pas ouvrir par «Marceline, Félicité, Joséphe... naquit à...» et sauves,
-j’espère, du vernis souvent un peu boursouflé des faiseurs d’exégèses
-qui semblent croire qu’ils décorent le sujet--au lieu de s’en couronner.
-
-Et je signe... cette _critique_? Dieu m’en garde!--Ce
-_cantique_?...--Je voudrais!
-
-
- ✻ ✻ ✻
-
-Une dernière réflexion pour finir:
-
-D’abord disons que ce qui précède n’a trait absolu qu’à l’édition
-Lemerre, et que les extraits en sont prélevés; cette édition étant,
-jusqu’à ce jour, la seule sur laquelle se puisse exercer une vue
-d’ensemble un peu intégrale. En cela, nous devons trop à son éditeur
-pour pouvoir que le remercier. Nonobstant, et grâce à ce zèle
-communicatif qu’engendre l’œuvre de Madame Valmore, il y a lieu de
-croire que les éditeurs aussi se relaieront dans le futur pour assurer
-toujours plus d’ampleur et d’envergure au geste entier de la poëtesse.
-
-Mais il sied aujourd’hui de constater un fait: l’édition n’est pas
-complète. Et puisque le bon goût qui y présida ne fait pas de doutes et
-que, d’autre part, d’importants fragments, voire de fort belles pièces
-en sont absents, il y a lieu d’attribuer cette lacune à une émotion
-filiale éliminant de parti-pris tout ce qui lui semblait trop avoisiner
-cette double flamme; d’abord la passionnelle, déterminante de tout cet
-embrasement; puis la purifiante par le feu scrupuleux et sacrilège de
-quelque vengeur enfer de vertus:
-
- Expiant, Dieu le veut, le nom de ta maîtresse.
-
-et
-
- Je vois le Purgatoire au fond de ma pâleur
-
-voilà les deux notes qu’il s’agit, sinon d’étouffer, d’assoupir du
-moins.
-
-
-Qu’un _pareil ange_, selon le mot de M. Verlaine se montre plus ou
-moins timoré, bourrelé même, ce n’est qu’une aile de plus dont la
-candeur et la splendeur (plutôt que se voiler de silence imprudent et
-de réserves irrévérencieuses) doivent éclater en la pleine lumière de
-ce feu, lui-même générateur de tout ce buisson ardent, et si solidaire
-de l’amour divin qu’il ne saurait que refleurir et tout droit, en
-paradis.
-
- Seigneur qui n’a cherché votre amour dans l’amour
-
-et jusqu’à ce radieux blasphème
-
- Le ciel illuminé s’emplit de ta présence;
- Dieu te mit devant moi, je compris sa puissance;
- En passant par tes yeux mon âme a tout prévu
- Dieu, c’est toi pour mon cœur; j’ai vu Dieu, je t’ai vu!
-
-La figure de Valmore, loin d’être définitive, s’ébauche à peine. Son
-œuvre est de celles dont la méconnaissance du vivant et l’oubli au
-sortir du trépas composent les deux premières phases d’engendrement
-naturel à la postérité; et qui, pour atteindre leur plein degré de
-manifeste et d’influence, doivent être _retrouvées_, ainsi qu’une
-Pompéï ou des grains de blé endormis renferment des germes de moisson
-en puissance. Rougir pour cette plaintive sublime amante du feu qui
-la dore, serait d’un culte inéclairé, sinon d’une offense aveugle. La
-suprême, décisive et impérissable Valmore doit entrer
-
- Entrer sous ton aile enflammée
- Où l’on entre par le tombeau
-
-dans le temps et l’éternité, je l’ai dit au début, en Anactoria
-chrétienne, en Francesca pardonnée illuminant de son idolâtrie
-innocentée et couronnée un Phaon inconnu, un Paolo mystérieux de qui
-toute la gloire est d’avoir allumé cette ardeur dont elle résume la foi
-et le dogme dans sa magnifique _Croyance_:
-
- Son souffle lissera mes ailes sans poussière
- Pour les ouvrir à Dieu.
- Et nous l’attendrirons de la même prière,
- Car c’est l’éternité qu’il nous faut tout entière,
- On n’y dit plus adieu!
-
-
- [24] Victor Hugo seul, spécialement dans son superbe sonnet à
- Madame Judith Gautier en a fait un titre aussi vraiment royal.
-
- [25] La Reine Marie-Amélie.
-
-
-
-
-APPENDICE
-
-
-J’augure un autre travail de réparation, de répartition et de décor
-dans la future réunion des lettres déjà publiées, entre elles, puis à
-d’inédites. On en tirera une autre clef de ce cœur; clef de cloître,
-clef de voûte, ou du moins clef musicale révélant bien, cette fois, la
-délicieuse définition de Shelley: _Clef d’argent de la fontaine des
-larmes_.
-
-Mon désir d’encadrer un poëme manuscrit de celle que je vénérais me
-mit d’abord en possession d’une ou deux de ses lettres dont le nouveau
-filon d’attendrissement auguste me rendit insatiable jusque là de me
-faire successivement acquérir une centaine de ces autographes (que j’ai
-le bonheur de posséder aujourd’hui), et dirai-je pour quel gros chiffre
-menu qui rendrait surprises et confuses (autant que le purent être
-certains dessins de Millet, si les choses qui ont des larmes ont aussi
-des sourires) ces mêmes lettres qui attendaient le départ, quelquefois
-de longs jours, tout écrites, faute de l’affranchissement de leur
-timbre?
-
-«_C’est un affreux malheur, mais le plus beau malheur possible_» écrit
-quelque part Vigny. Propre chanson pour l’air de cette correspondance,
-indiscontinûment variée sur le _leitmotiv_ plus ou moins lancinant,
-toujours détaché et digne de ce qu’elle y baptise elle-même son
-_parfait tombé d’espoir_. Lisez encore: «_Le malaise que je traîne
-après moi dans tous mes vœux déçus_». Et plus grièvement: «_Les peines,
-la terreur, l’humiliation ne tuent pas, et je vis enfin à travers
-des choses bien blessantes et que j’aurais jugées mortelles._»--«_Je
-ne voudrais pas que mon sort changeât au prix de certaines démarches
-suppliantes qui me rendraient les douceurs accordées d’une amertume
-douloureuse._»--«_Je retourne à souffrir._» concluait-elle dans une
-lettre déjà éditée.
-
- Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir;
- Tout tressaille averti de la prochains ondée.
-
-Ces deux vers de l’auteur devraient épigraphier sa correspondance où
-l’on sent à chaque ligne une spirituelle et naturelle allégresse prête
-à éclore, refoulée par cette trop prochaine ondée des larmes, pour les
-siens, pour les autres,--ah! que si rarement et discrètement pour soi!
-Et cela sans jamais de ton pleurnicheur ni même larmoyant, en une si
-haute tenue de style et d’attitude non voulue que du fait d’une nature
-fière avec modestie, humble avec noblesse.
-
-Ajouterai-je que plus des deux tiers de ces lettres ne sont que de
-jolis placets implorant secours pour plus pauvre que soi. Il semble, et
-l’épistolière le dit, que l’expérience toujours plus aiguë et raffinée
-du malheur, n’ait pour effet que de la gagner plus effectivement et
-affectivement aux endolorissements d’autrui.
-
-De ces pages, il y en a pour de ses amis Tripier-Lefranc, Derains,
-Nairac, Branchu, etc., puis a des illustres: Dumas, Auber, Chaix
-d’Estanges, etc., en lesquels son inlassable zélation rencontre des
-aides. Presque chaque épître enveloppe, disons entortille d’une grâce
-qui se fait chatte quand il s’agit du bien du prochain un petit drame
-de misère adroitement présenté au profit d’un nouvel inconnu; de quelle
-grâce variant à l’infini la courtoisie des formules polies et jolies
-bien savoureuses et surprenantes à relire en notre ère de lettres de
-quête autographiées et pas même signées de la main de la demanderesse.
-
-Voici d’abord des extraits, de mélancoliques, de spirituels:
-
- Ici, madame, tout s’absorbe jusqu’à la mélancolie. C’est un mot
- élégant qui ne passe pas dans une ville de commerce, et vous êtes
- bien bonne de l’avoir lu sur ma figure.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Allez, monsieur, je sais beaucoup de vos peines, et si vous allez
- sur ces tombes d’amour et d’amitié pour être entendu, dites-moi
- quelque chose, je l’entendrai, je crois, car en vérité, la vie
- est souvent triste et isolée comme la mort.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Que je vous sais gré d’y être pour vous mêmes (à Paris,) car
- enfin c’est encore là où on peut choisir ce qui convient le
- mieux aux goûts de l’esprit et de l’humeur. Ici (à Lyon) il faut
- prendre de la boue et des rubans, des rubans et de la boue, c’est
- la carte. L’autre printemps, c’était... affreux; des boulets
- et du sang, du sang et des boulets. Il m’en reste un horrible
- souvenir dans l’âme et dans les nerfs.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Monsieur Dutillœul me dit encore d’obtenir que Bra écrive au
- maire qui l’aime beaucoup; je n’oserai le faire de mon côté que
- si mon cousin m’appuie, car cela me paraît bien hardi pour une
- femme d’écrire à un maire, et de demander des grâces.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Sachez que je viens de recevoir un programme de la fête de Gayant.
- Il sent le gâteau, la bière et le jambon. J’ai eu presque faim en
- le lisant, et il y a bien longtemps que je n’ai eu faim.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Vous m’avez honorée d’un témoignage de votre amitié, _beau pour
- toujours_, cher Monsieur. Vous savez que c’est à cette seule
- condition du _pour toujours_ que mon fils adorait la pomme ou les
- bonbons que je lui donnais.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Vos confitures ont-elles réussi? Moi je manque toutes mes
- romances.
-
-
-Puis, intégralement une de ces belles et simples suppliques de
-recommandation.
-
- Madame,
-
- Je commence par vous demander humblement pardon d’une démarche
- qui n’a d’appui que votre extrême bonté.
-
- Si vous vous étonnez, madame, que sans avoir l’honneur d’être
- connue de vous je me sente assez de courage pour recommander
- quelqu’un à votre sérieux intérêt vous penserez avec raison qu’il
- faut avoir entendu sur votre caractère un récit bien encourageant
- pour avoir enhardi jusque-là mon humilité.
-
- Il a été dit devant moi que monsieur le Duc et madame la
- Duchesse de Luynes n’avaient pas encore arrêté le concierge qui
- doit garder prochainement leur nouvel hôtel.
-
- Si j’étais assez heureuse pour que le pur motif d’obliger une
- honnête famille me fût inspiré par la Providence, qui se sert
- des plus faibles quelquefois pour ses desseins d’ordre et de
- charité, je me féliciterais d’avoir à signaler à madame la
- Duchesse les nommés Roblin, concierges de la maison d’assurance
- et de gaz, rue de Richelieu nº 89. Cette vaste maison devant être
- prochainement démolie laisse un père de famille très probe et
- très intelligent à la triste liberté de chercher un autre asyle.
- Les répondants les plus graves et les plus honorables viendraient
- à l’appui de mon humble supplique près de madame la Duchesse, et
- justifieraient avec empressement les premières paroles portées
- jusqu’à vous, madame, par votre plus humble servante.
-
- Mme DESBORDES-VALMORE.
-
- 89, rue de Richelieu.
-
-
-Ensuite deux lettres, deux placets à Alexandre Dumas. On en admirera le
-tour fémininement fraternel.
-
- _Lyon, le 29 mai 1835._
-
- Je saisis à travers une pluie d’orage, la bonne et belle occasion
- de me rappeler à vous. C’est pour vous rappeler que vous venez
- d’être encore pour moi aussi bon, aussi obligeant que si je le
- méritais. Je ne peux pas vous dire combien je vous sais gré
- d’être obligeant comme un enfant pour les enfantillages de tous
- ces hommes mûrs à moustaches noires ou grises. Ce brave Algérien
- eût été bien heureux de vous devoir (après son sabre) le bouquet
- de cerise qu’il voulait remporter à sa boutonnière; mais il m’a
- avoué qu’il était aussi fier de vos démarches pour lui et de
- votre accueil, que du ruban qu’il croit mériter. Que je vous
- aime donc de l’avoir consolé! et que j’ai à cœur votre gloire,
- votre bonheur en tout! Je vous conjure d’y travailler, de nous
- jeter vos fleurs, vos _Christine_, vos âmes de femmes qui doivent
- vous étouffer. Donnez-moi la joie de vos succès, car je vois bien
- que je n’en aurai jamais d’autre avec vous, et qu’il me sera
- toujours impossible de vous être bonne à rien sur la terre qu’à
- me faire du bien comme vous en avez pris l’habitude.
-
- Soyez heureux!
-
- MARCELINE D. VALMORE.
-
-
- _Paris, 16 août 1837._
-
- Quand vous n’êtes plus là, je ne suis bonne à rien pour moi ni
- pour les autres.
-
- Si vous étiez à Paris, vous prendriez par la main un charmant
- enfant qui n’a ni père ni mère, et que nous avons fait entrer à
- l’Opéra pour jouer des petits génies et des demi-dieux, ce qu’on
- lui fait jouer avec beaucoup de bonté, jusqu’à l’avoir admis aux
- fêtes de Versailles, en Mercure, ce qui l’a rendu à peu près fou
- de joie et de surprise. Mais les demi-dieux _mangent_, et depuis
- son admission (il y a trois mois) dans les classes de MM. Coraly,
- Mérante et Barré, le pauvre orphelin a reçu douze francs, pour
- prix de ses jolies petites jambes.--Vous le prendriez donc par la
- main, j’osais le penser, et vous diriez à M. Dupré, tout-puissant
- sur M. Duponchel, de donner quelque humble appointement à ce
- jeune garçon que nous avons fait monter dans la diligence sur la
- route de Lyon à Paris.
-
- Envoyez-moi deux lignes de votre nom pour que j’ose moi-même
- chercher un appui à cet enfant. Je ne vous demande point pardon
- d’aller vous étouffer de mes prières. A qui voulez-vous que je
- demande de la bonté qui ne se lasse pas? Pas plus que je ne me
- lasse de vous aimer et d’être à vous de tout mon cœur.
-
- MARCELINE VALMORE.
-
-
-Enfin cet étonnant compliment de noces:
-
- A Monsieur Alexandre Wattemart.
-
- Madame Valmore est allée avec empressement pour assister à la
- bénédiction nuptiale.
-
- Il était près de midi. Après le temps de prier et d’attendre, nul
- mariage n’a eu lieu. Quelque obstacle a donc rendu, ce jour-là,
- Notre-Dame-de-Lorette, déserte de cette solennité, sur laquelle
- Madame Valmore appelle toutes les bénédictions du ciel.
-
- Mme VALMORE
-
- _22 février 43._
-
-
-
-
-ESSAI DE CLASSIFICATION
-
-DES MOTIFS D’INSPIRATION
-
-DE LA POËSIE DE MARCELINE DESBORDES-VALMORE
-
-
-
-
- DIVISIONS
-
-
- I.--AMOUR { LES YEUX ET LES PLEURS.
- { LA VOIX.
-
- II.--TENDRESSE-TRISTESSE { PRISONS ET EXILS.
- { _IPSA._
-
- III.--MATERNITÉ
-
- IV.--FOI
-
- { L’AMOUR DES FLEURS
- V.--NATURE { L’AMOUR DE L’EAU
- { LE RYTHME
- { LE SILENCE.
-
- VI.--ÉTERNITÉ.
-
-
-
-
-AMOUR
-
- Amour divin rôdeur glissant entre les âmes.
-
-
- L’heure qui nous sépare, au temps est inutile.
- --
- Enfin le jour se cache et me prend en pitié.
- --
- Tout ce qui manque à ta tendresse
- Ne manque-t-il pas à mes vœux?
- --
- Et le bonheur du souvenir
- Va se confondre encore avec le bonheur même.
- --
- Comme la route au loin se prolonge isolée.
- --
- Je suis seule et là-bas sous de noirs arbrisseaux
- La moitié de mon âme est errante et voilée.
- --
- _J’ai cru respirer l’air qui va nous réunir._
- --
- Forcez-moi de parler, car j’ai peur de mourir.
- --
- «Dans mes ennuis, dit-il, j’ai fait une couronne
- Elle est fanée, hélas! pourtant je te la donne.»
- Je l’ai sentie alors descendre sur mes yeux
- Et je n’y voyais plus; mais sa voix est si tendre...
- Et quand on n’y voit plus, ma mère, on entend mieux.
- --
- J’ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée
- --
- Toi qui m’a tout repris jusqu’au bonheur d’attendre
- Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un cœur tendre,
- L’amour et ma mémoire où se nourrit l’amour.
- Je lui dois le passé, c’est presque ton retour.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- C’est là que sans fierté je me révèle encore
- Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite
- Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Oui, plus que toi l’absence est douce au cœur fidèle
- Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes.
- --
- L’amour m’enveloppa de ton ombre chérie
- Et malgré la saison l’air me parut brûlant.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Je devinai ton âme, et j’entendis mon cœur.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- L’âme du monde éclaira notre amour.
- --
- Je croyais que les cieux ne donnaient tant d’amour
- Que pour en éclairer une autre âme à son tour.
- --
- Le doute est le seul bien que m’ait laissé le sort.
- --
- Et mon dernier adieu dans les airs s’est perdu.
- --
- Loin de moi, s’il se peut, ma sœur, emportez-moi.
- Mon mal est dans sa vue, et lorsque j’y succombe
- Mon mal doit vous toucher, ce n’est pas le remord.
- --
- Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera.
- --
- Veux-tu? mais ne dis pas que l’heure est trop rapide,
- Veux-tu voir la montagne et le courant limpide,
- Veux-tu venir au pied du grand chêne abattu?...
- --Moi, je ne réponds pas, pour écouter «Veux-tu?»
- «Veux-tu? mais ne dis pas que la lune est cachée,
- Veux-tu voir notre image au bord des flots penchée?
- Ne tremble pas, tout dort, l’oiseau même s’est tu.»
- Et mon refus se meurt en écoutant: Veux-tu?
- --
- Ah! je t’en prie, il ne faut plus venir
- Redemander mon âme presque heureuse.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Je ne t’accuse pas! qui sait si le tombeau
- Sera froid sur mon corps si mon souffle t’effleure.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Chaque désir trahi me rend à la douleur.
- --
- C’est l’orgueil: il sépare, il ressemble à la haine.
- --
- J’ai contemplé longtemps ma mort dans leur bonheur
- --
- Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur.
- --
- Tout change, il a changé, d’où vient que j’en murmure?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ton nom, comme un écho, lui parlera de moi.
-
- Qu’il soit son seul reproche en ta douleur modeste.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et ce morne silence où parlent les douleurs.
- --
- On dirait que la mort a passé sur mon cœur.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quand j’expire à sa porte on ne m’y connaît pas.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quittez l’envie
- De rappeler le temps où j’ai cru le haïr.
- D’un souvenir si doux l’erreur évanouie
- Laisse au fond de mon âme un long étonnement.
- --
- Pour qu’il soit le bonheur, je l’ai trop attendu.
- --
- Moi, troubler son bonheur? c’est celui qui me reste!
- --
- Quand ton nom _mêlé dans mon sort_[26]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[Sidenote: Lien de _Amour_ avec _Éternité_. =Fragment.=]
-
- Prends mon deuil: un pavot, une feuille d’absinthe,
- Quelques lilas d’avril dont j’aimai tant la fleur,
- Durant tout un printemps, qu’ils sèchent sur ton cœur;
- Je t’en prie un printemps; cette espérance est sainte
- J’ai souffert, et jamais d’importunes clameurs
- N’ont rappelé vers moi ton amitié distraite;
- Va! j’en veux à la mort qui sera moins discrète.
- Et je ne serai plus quand tu liras: «Je meurs.»
-
- Porte en mon souvenir un parfum de tendresse.
- Si tout ne meurt en moi, j’irai le respirer.
- Sur l’arbre où la colombe a caché son ivresse
- Une feuille, au printemps suffit pour l’attirer.
- S’ils viennent demander pourquoi ta fantaisie
- De cette couleur sombre attriste un temps d’amour,
- Dis que c’est par amour que ton cœur l’a choisie,
- Dis-leur qu’amour est triste ou le devient un jour;
- Que c’est un vœu d’enfance, une amitié première;
- Oh! dis-le sans froideur, car je t’écouterai!
- Invente un doux symbole où je me cacherai:
- Cette ruse entre nous encor... C’est la dernière.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Contente de brûler dans l’air choisi par toi!
- --
- Si l’amour a des pleurs, la haine a des tourments.
- --
- Parle-moi doucement, sans voix, parle à mon âme.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Altérés l’un de l’autre et contents de frémir
- --
- On a si peu de temps à s’aimer sur la terre,
- Ah! qu’il faut se hâter de dépenser son cœur![27]
-
- --
- Ce bonheur accablant que donne ta présence
- Trop vite épuiserait la flamme de mes jours.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Le même ange peut-être a regardé nos mères
- Peut-être une seule âme a formé deux enfants.
- Oui la moitié qui manque à tes jours éphémères
- Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivants.
- --
- _Et comme une fleur sur sa tige
- Je tremblerais sur tes genoux._
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Mais le jour luit, mon rêve tombe,
- Au soleil les rêves ont peur,
- Et les ailes de ma colombe
- Vont seules te porter mon cœur.
- Elle a respiré l’air où j’aime
- Dans mes bras son vol a frémi:
- Triste comme un peu de moi-même
- Caresse-la, mon seul ami!
- --
- Il ne viendra jamais, pourquoi le lui défendre?
- --
- Quand vivre était le ciel--ou s’en ressouvenir!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours...
- --
- _Pour entr’ailer nos jours d’un fraternel essor_
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tu ne sauras jamais comme je sais moi-même,
- _A quelle profondeur je t’atteins et je t’aime_,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne[28]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Née avant toi... Douleur. Tu le verrais peut-être
- Si je vivais trop tard. Ne le fais point paraître,
- Ne dis pas que l’Amour sait compter, trompe-moi:
- Je m’en ressouviendrai pour mourir avant toi:
- --
- Je t’aime comme un pauvre enfant
- Soumis au ciel quand le ciel change
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Je rends les fleurs qu’on me défend.
- --
- Qui doucement essuyait ma pensée
- Du rêve amer qui fait aimer la mort?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- O jours d’hier, ô jeunesse envolée
- Avant notre âme, autre oiseau gémissant
- --
- _C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée_
- --
- Toi, ton doux cri pardon qui brisait ma colère,
- A qui le diras-tu, qu’il sache tant lui plaire?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- N’en cherche plus l’écho c’est moi qui le recèle?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Mais te créer l’effroi de ma fidélité
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- De ce qui fut à nous emporte le bonheur
- Je n’en avais besoin que quand j’avais un cœur;
- C’est là que je souffrais, c’est là que je suis morte.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Jours fiévreux pleins de bruits que nuls bruits ne défont
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tu viendras, tu verras, nous pleurerons ensemble:
- C’est là le sort de tout ce que le temps rassemble,
- Comme l’ombre de nous, tu me regarderas,
- Tu verras mieux mon âme, alors tu pleureras.
- Ma plus profonde vie, hélas! que Dieu te garde:
- A travers mon regard que le ciel te regarde
- Comme tu regardais à travers mes cheveux
- Que je laissais déjà retomber sur mes yeux;
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Allez! midi n’est pas l’heure du souvenir
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et vous direz mon nom en cherchant dans les autres
- --
- C’est le poignard levé qui nous frappe au réveil (le doute)
- --
- Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir
- --
- L’ombre est si belle où m’attire ta main
- --
- Les joyaux n’échauffent point l’âme,
- _Un cheveu qu’on aime est plus fort_.
- --
- Quel démon en chemin
- L’a saisi? c’est qu’il aime, il a trouvé son âme!
- --
- Tu m’as connue au temps des roses
- Quand les colombes sont écloses
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- A l’étonnement de nos âmes
- Tout jetait des fleurs et des flammes
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Nous n’étions mortels qu’à demi
- --
- N’écris pas, je suis triste, et je voudrais m’éteindre,
- Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau,
- _J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre_
- Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes_
- C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
- --
- Tu n’en sauras rien sur la terre
- Flamme invisible en ton chemin,
- Je vivrai d’un ardent mystère
- Sans avoir rencontré ta main.[29]
-
-
- [26] Ailleurs:
-
- Votre nom seul suffira bien
- Pour me retenir asservie.
- Il est alentour de ma vie.
- _Roulé comme un ardent lien_
-
- [27] Ailleurs:
-
- Il faut aimer pourtant! que faire de son cœur?
-
- [28] Vers d’allure romantique qu’on dirait de Victor Hugo.
-
- [29] Qui rappelle le sonnet d’Arvers.
-
-
-
-LES YEUX ET LES PLEURS
-
- J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes!
-
-
- On dirait que le jour est rentré dans ses yeux.[30]
- --
- Et qu’en chantant surtout on est près de pleurer.
- --
- Tes beaux yeux en s’ouvrant un jour à la lumière
- Ont condamné les miens à te pleurer toujours.
- --
- Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Que j’aimais de tes yeux la brûlante douceur!
- --
- ... Oh! l’ange qui pardonne
- Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux.
- --
- Du charme de ses yeux il m’accablait encore.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Que la vie est rapide et paresseuse ensemble
- Dans ma main qui s’égare, et qui brûle et qui tremble
- Que sa coupe est fragile et lente à se briser.
- Ciel! Que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser.
- --
- Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière.
- Je m’enfuis dans mon âme et j’ai revu ses yeux!
- --
- Quand ton sein se brisa dans une lutte affreuse
- On ignorait encore qu’il était plein de pleurs.
- --
- Ainsi qui lit trop loin ne voit plus que des larmes.
- --
- Les pleurs silencieux attendent les plus doux
- Ils souffrent sans le dire, ils meurent à genoux.[31]
- --
-
-[avec _Nature_.]
-
- ... Un charme est dans mes pleurs,
- _L’air est chargé d’espoir_, il revient, je le jure.
- --
- Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours.
- --
- Ce qui m’a fait pleurer jamais je ne l’oublie.
- Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristesse.
- --
- C’était ton regard pur qui répandait sa flamme
- Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux.
- --
- Allez, Dieu comptera vos pleurs
- Au fond d’une âme solitaire.
- --
- Que le pleur plein d’un triste charme
- Dont tes chants ont mouillé mes yeux.
- --
- Ainsi pour m’acquitter de ton regard à toi,
- Je voudrais être un monde et te dire: «Prends-moi.»
- --
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ni ces heures sans nom dans le temps balancées
- Dont les ailes pliaient d’un tel bonheur lassées
- Alors que je laissais pour unique entretien
- Mon regard ébloui s’abriter sous le tien.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et fondre dans mes yeux quelque doute rêveur.
- --
- Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs
- --
- _Qu’ils me font mal sur d’autres que les miens_ (les yeux).
- --
- Et Dieu vous bénira qui dans vos chastes yeux
- Infiltra le symbole et la teinte des cieux.
- --
- Laissez tomber sans voix les larmes de mes yeux
- Qui cherchent leur chemin pour arriver aux cieux.
- --
- Quand tout y devient froid, jusqu’aux pleurs de leurs yeux.
- --
- Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et le deuil de la terre encense leur malheur.
- --
- Tout ce qui pleure est beau...
- --
- Bénis soient donc vos pleurs dont l’intérêt s’amasse
- --
-
-[Lien de _Les yeux et les pleurs_ avec _L’amour des fleurs_.]
-
- Dieu vous garde à qui pleure, à qui va de vos charmes
- Humecter sa prière, attendrir ses regrets!
- Inclinez-vous, ce soir, sous les dernières larmes
- Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.
-
-
- [30] _D’un mendiant aveugle_--le même qui lui fait ajouter:
-
- Et la voix que j’adore
- Dans ce cœur consolé résonne-t-elle encore?
-
- [31] Vivre dans le feu et les larmes, hélas! ce doit être une
- purification. Je vis ainsi. Ce mot est vrai d’une femme en
- parlant du ciel: «_J’irai sur mes genoux._»
-
- Fragment d’un brouillon inédit.
-
- A rapprocher encore du vers de la couronne effeuillée.
-
- J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée.
-
- dont une lettre que je possède varie et fait ainsi hésiter la
- sublime formule
-
- Où toute âme répand sa vie agenouillée
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Mon âme y répandra sa vie agenouillée.
- --
- «Cette vie terrestre est vraiment un exil, cher frère...,
- Pour moi, je t’avoue que j’en passe _la moitié à genoux_.»
-
- Lettre citée par Sainte-Beuve.
-
- Cet événement qui a rouvert toute ma vie et les scènes lugubres
- qui l’ont suivie m’ont jetée dans un si morne abattement que j’en
- suis restée _comme à genoux_.
-
- Lettre inédite.
-
-
-
-
-LA VOIX[32]
-
- ... j’ai peur de ma mémoire,
- _Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent_.
-
-
- [32] Lire toute la pièce _La Voix d’un ami_, tome II page 281.
-
-
- Pour retrouver ma voix qui manque à son oreille
- --
- Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive
- Naguère un charme triste est venu m’attendrir.
- --
- Mes lèvres loin de toi retenaient tes accents,
- Et ta voix, dans ma voix, troublait encor mes sens.
- --
- Une nouvelle voix à son oreille est douce.
- --
- Une voix qui réponde aux secrets de sa voix.
- --
- Oh! que j’aimais mon nom dans ta voix argentine.
- --
- Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle,
- --
- Dans mon nom qu’il dit tristement
- --
- S’arracher aux accents
- _Que l’on écoute absents_.
- --
- Peut-être un jour sa voix tendre et voilée
- M’appellera sous de jeunes cyprès.
-
-
-
-
-TENDRESSE-TRISTESSE
-
- Mais de nouveaux sentiers s’ouvrent à ma tristesse.
-
-
- Quand les jours sont moins longs cessent-ils de courir?
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Un cœur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre
- --
- A force de bonheur soyez encor plus belle.
- Et qu’au réveil l’amour vous le dise à genoux.
- --
- Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer.
- --
- Quand je vous y vois prendre en secret pour vous-même (au miroir)
- Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir.
- --
- Votre bonheur me tenait lieu du mien.
- --
- Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage.
- --
- Je vais d’un jour encore essayer le fardeau.
- --
- Et pour d’autres que moi le printemps était beau.
- --
- Sa fuite entre nos bras n’avait plus de passage.
- --
- Il est doux en passant un moment sur la terre
- D’effleurer les sentiers où le sage est venu;
- D’entretenir tout bas son malheur solitaire
- Des discours d’un ami qu’on pense avoir connu.
- --
- Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme
- Aimait! aimait! et puis, comme si quelque charme
- Mis entre elle et le monde eut isolé ses pas,
- Elle errait dans la foule, et ne s’y mêlait pas.
- --
- Mot sans faste, mot vrai, lien de l’âme à l’âme. (au revoir)
- --
- Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs,
- --
- Que vous soyez pour nous la charité qui pleure
- Ou la muse qui chante afin d’arrêter l’heure
- Ou la femme rêveuse au bord de son miroir
- Vous êtes toujours vraie et toujours belle à voir.
- --
- L’âpre misère enfin, cette bise inflexible
- Qui détruit lentement ce que Dieu fit sensible.
- --
- Enfant plein de musique et de mélancolie.[33]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tout est dans ce beau livre écrit avec des flammes
- Reliquaire d’amour qui fait rêver les femmes.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Non la vierge allaitante et ruminant le ciel
- N’a pas souri plus vierge aux mains de Raphaël.
- --
- Léopardi, doux Christ oublié de son père,
- Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Ne pas consoler l’ange attristé dans son cœur._
- --
- C’est beau la jeune fille
- Qui laisse aller son cœur
- Dans son regard qui brille
- Et se lève au bonheur.
- --
- Oui la vie est malade avant que tu l’effleures.
- --
- Car on dirait que créés pour souffrir
- Nous ne pouvons qu’à peine être heureux sans mourir.
- --
- La fange des ruisseaux qui consterne mes pas,
- Et la foule déserte, où tu ne descends pas.
-
-
- [33] Brizeux--avec cette transposition de son œuvre et de sa
- _Marie_.
-
-
-
-
-PRISONS ET EXILS
-
- L’anneau tombé gêne encore pour courir.
-
-
-[=Fragment=]
-
- C’est que l’exil est triste; il fait rêver l’enfance,
- Le jeune voyageur n’a d’ami que le ciel;
- Il erre sans asile, il pleure sans défense
- Comme un oiseau perdu loin du nid paternel;
- Son ramage se change en plaintes douloureuses;
- _Des oiseaux inconnus les cris le font frémir_
- Et même en retournant sur des routes heureuses,
- S’il veut chanter, longtemps il semble encore gémir.
- A ses regrets en vain la patrie est rendue
- L’orage a dispersé la couvée éperdue,
- Les frères sont partis; le nid vide est tombé;
- En s’envolant, peut-être un d’eux a succombé;[34]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Voilà sur son chapeau sa guirlande encor verte
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Que devient l’infortune à la fuite imprévue
- D’un ami distrait ou honteux?
- --
- Qui n’a quelque pitié des brebis voyageuses
- Laissant à quelque haie un peu de leur toison.
- Oh! que de fils brisés dans ma trame affaiblie,
- Que d’adieux recélés dans le fond de mon cœur!
- --
- Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine
- Semez vos dons à mon cher voyageur!
- Ne souffrez pas que quelque voix hautaine
- Sur son front pur appelle la rougeur.
- Que ma prière en tout lieu le devance!
- Dieu! Que pas un ne le nomme étranger!
- Aidez son cœur à porter notre absence
- Et que parfois le temps lui soit léger!
- --
- Et le vieux prisonnier de la haute tourelle
- Respire-t-il encore à travers les barreaux?
- Partage-t-il toujours avec la tourterelle
- Son pain qu’avaient déjà partagé ses bourreaux?
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Cette fille de l’air à la prison vouée
- Dont l’aile palpitante appelait le captif,
- Était-ce une âme aimante au malheur envoyée?
- _Était-ce une espérance au vol tendre et furtif?_
- Oui: si les vents du nord chassaient l’oiseau débile,
- L’œil perçant du captif le cherchait jusqu’au soir;
- De l’espace désert voyageur immobile
- Il oubliait de vivre; il attendait l’espoir,
- _Car toujours, jusqu’au terme où nous devons atteindre
- Jusqu’au jour qui n’a plus pour nous de lendemain,
- Le flambeau de l’espoir vacille sans s’éteindre
- Comme un rayon qui part d’une immortelle main._[35]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Doux crime d’un enfant, clémence aventureuse.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[=Fragment=]
-
- La liberté, ma fille, est un ange qui vole.
- Pour l’arrêter longtemps la terre est trop frivole.
- Trop d’encens lui déplaît, trop de cris lui font peur;
- Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine
- Qui cherche les parfums et l’air pur de la plaine
- Rafraîchit en passant le front du laboureur.
- On dit qu’elle descend rapide, inattendue;
- Que son aile sur nous repose détendue...
- Hélas! où donc est-elle? En vain j’ouvre les yeux;
- Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même
- Où l’on travaille en paix, où l’on prie, où l’on aime
- Où l’indigence obtient une obole et des pleurs,
- La déesse en silence aime à jeter ses fleurs.
- Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l’envie,
- On les effeuille à Dieu qui dit: «_Cache la vie_».[36]
- Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi.
- Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi.
- --
- Dieu laissez-moi goûter la halte commencée;
- Dieu laissez-moi m’asseoir à l’ombre du chemin
- Mes enfants à mes pieds, et mon front dans ma main.
- Défendez aux chemins de m’emmener encore
- --
- Un ami me parlait et me regardait vivre!
- Alors c’était mourir... Ma jeune âme était ivre
- _De l’orage enfermé dont la foudre est au cœur_.
- Il eut mit tout un jour à comprendre une larme
- De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs.
-
-
- [34] A rapprocher des vers de la pièce _A mes enfants_,
- page 135.
-
- Quand j’emportai vos jours vers un ciel sans chaleur.
-
- [35] Ailleurs.
-
- Et que l’espoir filtre toujours au fond de la joie écoulée.
-
- [36] Ami cache ta vie et répands ton esprit
-
- V. H.
-
-
-
-
-_IPSA_
-
- D’avance je traînais les maux qui m’attendaient.
-
-
- Qui ne veut rien du Temps, mais qui craint sa vitesse
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et je ne fus jamais à demi malheureuse.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Qu’il est beau, le miroir qui double ce qu’on aime,
- _Ce portrait qui se meut_...
- --
- Toi que dans le fond des chaumières
- On appelle avant de mourir,
- Pour aider une âme à souffrir
- Par ton exemple et tes prières
- . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Oh! donne-moi tes cheveux blancs,
- Ta marche pesante et courbée
- _Ta mémoire enfin absorbée_
- --
- Vois-tu d’un cœur de femme il faut avoir pitié,
- Quelque chose d’enfant s’y mêle à tous les âges.
- --
- C’est qu’ils parlaient de toi, quand loin du cercle assise,
- Mon livre trop pesant tomba sur mes genoux;
- C’est qu’ils me regardaient quand mon âme indécise
- Osa braver ton nom qui passait entre nous.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quel effroi de ramper au fond de sa mémoire
- D’ensanglanter son cœur aux dards qui l’ont blessé
- _De rapprendre un affront que l’on crut effacé_
- Que le temps... que le ciel a dit de ne plus croire
- _Et qui siffle aux lieux même où la flèche a passé_!
- --
- Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser les instants
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre,
- Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera.
- --
-
-[Lien avec l’_Amour du Silence_.]
-
- J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne,
- D’amour, d’un long silence écoulé sans effroi
- --
- Et quand je vacillais, luciole éphémère.
- --
- S’en aller à travers des pleurs et des sourires
- Achever par le monde un sort amer et pur,
- User sa robe blanche, et, pour une d’azur,
- En laisser les lambeaux aux ronces des martyres,
- C’est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi,
- Je ne m’appuie à rien que je ne tombe à terre,
- Et je chante pourtant l’ineffable mystère
- Qui de mon cœur trahi fait un cœur plein de foi.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ils ont soufflé loin d’eux mes mobiles revers.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ville austère où j’appris à pleurer,
- Où j’apportais un cœur si tendre à déchirer.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Au milieu de leurs jours inoffensive et frêle
- Mort, oublieuse Mort, je passe sous votre aile
- Et je n’alourdis pas mon vol de haine...
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[=Fragment=]
-
- Vraiment le pardon calme à défaut d’espérance
- Il détend la colère; _on pleure, on apprend Dieu_,
- _Dieu triste_, comme nous voyageur en ce lieu,
- Et l’on courbe sa vie au pied de sa souffrance.
- Ceux qui m’ont affligée en leurs dédains jaloux
- Ceux qui m’ont fait descendre et marcher dans l’orage
- _Ceux qui m’ont pris ma part de soleil et d’ombrage_
- Ceux qui sous mes pieds nus m’ont jeté leurs cailloux,
- N’ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes,
- Leurs pleurs, pour expier ce qu’ils m’ont fait de larmes?
- Quoi donc! aux durs sentiers qu’on a tous à courir
- Seigneur, ne faut-il pas mourir et voir mourir?
- N’est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines,
- _Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines_?
- Oh! qui peut se venger? oh! par notre abandon[37]
- Seigneur, par votre croix dont j’ai suivi la trace,
- Par ceux qui m’ont laissé la voix pour crier grâce,
- Pardon pour eux! pour moi! pour tous! pardon! pardon!
- --
- Seigneur un cheveu de nous-même
- Est si vivant à la douleur.
- --
- Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries
- Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs
- C’est à vous qu’elles vont mes lentes rêveries,
- Et de mes pleurs chantés les amères douceurs[38]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tant que l’on peut donner on ne veut pas mourir.
- --
- Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Dans le fond de mon cœur je renferme mon sort
- --
- Tout le concert se tenait dans mon âme
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Le front vibrant d’étranges et doux sons
- Toute ravie et _jeune en solitude_
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- J’étais l’oiseau dans les branches caché,
- S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute
- Que le faneur fatigué qui l’écoute
- Dont le sommeil à l’ombre est empêché
- S’en va plus loin tout morose et fâché.
- --
- De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse
- Dont les regards charmants
- Ont versé leurs rayons sur moi _pâle couveuse
- D’immobiles tourments_
- --
- J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu,
- --
- Facile à me créer des thèmes ravissants
- J’ai chanté comme vrais bien des bonheurs absents
- --
- Le jour douteux et blanc dont la lune a touché
- Tout ce ciel que je porte en moi-même caché.
- --
- Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine
- Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine
- Qu’un indigent l’emporte après m’avoir parlé
- Et le garde longtemps dans son cœur consolé.
-
-
- [37] Ailleurs:
-
- Jette donc loin tes colères
- Contre _d’innocents ingrats_
- Le flambeau dont tu t’éclaires
- Te voit si tendre en mes bras.
- Cesse d’essayer ta haine,
- Faite pour la mépriser,
- _C’est perdre à river ta chaîne
- La force de la briser_.
-
- [38] Plus bas:
-
- Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes.
-
-
-
-
-MATERNITÉ
-
-ET
-
-ENFANCE
-
- La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme?
- Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain.
-
-
- Confiants, vous dansez quand votre mère chante
- Son baiser nous délasse et nous mène au sommeil.
- Sans prévoir que souvent la voix qui nous enchante
- Va prier dans les pleurs jusqu’à votre réveil.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et je sentais naître ma fille
- Dans mon sein tout blessé des flèches du malheur.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[Lien avec le _Rythme_.]
-
- Moi seule en vous berçant d’amour, de mélodie
- Je vous inoculai ma douce maladie.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Je vous aide à m’aimer autant que je vous aime.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[Lien avec _Prisons et Exils_.]
-
- Un jour vous serez seuls par la sentence amère
- Qui sépare de force entre eux les voyageurs.
- --
- Un bouquet de cerise, une pomme encore verte,
- C’étaient là des festins savourés jusqu’au cœur.
- --
-
-[Lien avec l’_Amour de l’eau_. =Fragment.=]
-
- Entre les cailloux bleus que mouillent le grand puits.
- De sa fraîcheur lointaine il lave encor mon âme
- Du présent qui me brûle il étanche la flamme,
- _Ce puits large et dormeur au cristal enfermé_
- Où ma mère baignait son enfant bien-aimé.
- Lorsqu’elle berçait l’air avec sa voix rêveuse
- Qu’elle était calme et blanche, et paisible le soir
- Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir
- Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse!
- Elle avait des accents d’harmonieux amour
- Que je buvais du cœur en jouant dans la cour.
- Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante
- Pour aider le sommeil à descendre au berceau?
- Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?
- Est-ce l’Eden rouvert à son hymne touchante,
- _Laissant sur l’oreiller de l’enfant qui s’endort
- Poindre tous les soleils qui lui cachent la mort_?
- Et l’enfant assoupi sous cette âme voilée
- Reconnaît-il les bruits d’une vie écoulée?
- _Est-ce un cantique appris à son départ du ciel
- Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel?_
- Merci, mon Dieu. Merci de cette hymne profonde
- Pleurante encore en moi dans les rires du monde
- Alors que je m’assieds à quelque coin rêveur
- _Pour entendre ma mère en écoutant mon cœur_:
- Ce lointain au revoir de son âme à mon âme
- Soutient en la grondant ma faiblesse de femme.
- Comme au jonc qui se penche une brise en son cours
- A dit: «Ne tombe pas. J’arrive à ton secours.»
- Elle a fait mes genoux souples à la prière...
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Triste de me quitter, cette mère charmante
- Me léguant à regret la flamme qui tourmente
- Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main,
- Comme pour le sauver par le même chemin.
- Et je restai longtemps, longtemps sans la comprendre,
- Et longtemps à pleurer son secret sans l’apprendre,
- A pleurer de sa mort le secret inconnu
- _Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu_
- Ce cœur signé d’amour comme sa tendre proie,
- Où pas un chant mortel n’éveillait une joie.
- On eût dit à sentir ses frêles battements
- Une montre cachée où s’arrêtait le temps.
- On eût dit qu’à plaisir il se retînt de vivre.
- Comme un enfant dormeur qui n’ouvre pas son livre
- Je ne voulais rien lire à mon sort, j’attendais;
- Et tous les jours levés sur moi, je les perdais.
- _Par ma ceinture noire à la terre arrêtée_
- Ma mère était partie et tout m’avait quittée,
- Le monde était trop grand, trop défait trop désert
- _Une voix seule éteinte en changeait le concert_
- Je voulais me sauver de ces dures contraintes
- J’avais peur de ses lois, de ses mots, de ses craintes
- Et ne sachant où fuir ses échos durs et froids,
- Je me prenais tout haut à chanter mes effrois.[39]
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- --
- Oui l’enfance est poëte. Assise ou turbulente
- Elle reconnaît tout empreint de plus haut lieu,
- L’oiseau qui jette au loin sa musique volante
- Lui chante une lettre de Dieu.
- Ma sœur, ces jours d’été nous les courrions ensemble,
- Je reprends sous leurs flots ta douce main qui tremble,
- Je t’aime du bonheur que tu tenais de moi.
- Et mes soleils d’alors se rallument sur toi.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- --
- Elle n’a plus d’enfant, sa tendresse est déserte!
- Plus un rameau qui rit, plus une branche verte,
- Plus rien. Les seules fleurs qui s’ouvrent sous ses pas
- Croissent où les vivants ne les dérobent pas.
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Ces beaux enfants si fiers d’entrer dans nos orages,
- Rêvant leurs horizons, leurs jardins, leurs ombrages,
- Moi, quand je les vois rire à ce prisme trompeur
- Je veux rire et je _fonds en larmes dans mon cœur_[40]
- Et vous, n’avez-vous pas de ces pitiés profondes
- Qui vous percent le sein comme feraient les ondes
- En creusant goutte à goutte un caillou. Mille fois
- J’ai voulu les instruire et j’ai gardé ma voix.
- Que fait la chèvre errante au rocher suspendue
- Qui rêve et se repent de sa route perdue?
- Ose-t-elle effrayer, penchés sur le torrent,
- Les chevreaux pris aux fleurs qu’emporte le courant?
- Qu’irions-nous raconter à leur jeunes oreilles?
- Que _sert d’en soulever les couronnes vermeilles
- Dont il plaît au printemps d’assourdir leur raison_?
- Ils ont le temps, pas vrai? Tout vient dans sa saison.
- Oh! laissons-les aller sans gêner leur croissance.
- Oh! dans leur _vie à jour_[41] n’ont-ils pas l’innocence
- Au pied d’un nid charmant parle-t-on d’oiseleur?
- _Tournons-les au soleil et restons au malheur!_
-
-[Lien avec _Foi_.[42]]
-
- Ou plutôt suivons-les: quelle que soit la route
- Nous montons, j’en suis sûre, et jamais je ne doute;
- J’épèle, comme vous avec humilité
- Un mot qui contient tout, poëte: Éternité!
- _De chaque jour tombé mon épaule est légère,
- L’aile pousse et me tourne à ma nouvelle sphère_[43]
- A tous les biens ravis qui me disent adieu
- Je réponds doucement: «Va m’attendre chez Dieu!»
- Qu’en ferais-je après tout de ces biens que j’adore
- Rien que les adorer, rien que les perdre encore!
- J’attends. Pour ces trésors donnés, repris si tôt.
- Mon cœur n’est pas éteint: il est monté plus haut.
- --
- Écoliers de ce temps, troupe alerte et bruyante
- Où sont-ils vos présents jetés à l’eau fuyante,
- Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux
- Et vos petits jardins de mousse et d’arbrisseaux?
- --
- Et leur timbre profond d’où sort l’entretien sûr. (les parents)
- --
- Beau jardin si rempli d’œillets et de lilas
- Que de le regarder on n’était jamais las.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Pour atteindre un rameau de ces calmes séjours
- Qui souple s’avançait et s’enfuyait toujours:
- Que de fois suspendus aux frêles palissades
- Nous avons savouré leurs molles embrassades.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Nous faisions les doux yeux aux roses embaumées
- Qui nous le rendaient bien, contentes d’être aimées!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- C’était la seule porte incessamment ouverte
- Inondant le pavé d’ombre ou de clarté verte
- Selon que du soleil les rayons ruisselants
- Passaient ou s’arrêtaient aux feuillages tremblants.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[=Fragment=]
-
- On ne saura jamais les milliers d’hirondelles
- Revenant sous nos toits chercher à tire d’ailes
- Les coins, les nids, les fleurs et le feu de l’été
- _Apportant en échange un goût de liberté_.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- C’était vous! D’aucuns nœuds vos mains n’étaient liées,
- Vos petits pieds dormaient sur les branches pliées
- Toute libre dans l’air où coulait le soleil
- Un rameau sous le ciel berçait votre sommeil
- Puis le soir on voyait d’une _femme étoilée
- L’abondante mamelle à vos lèvres collée_.
- Et partout se lisait dans ce tableau charmant
- _De vos jours couronnés le doux pressentiment_.
- De parfums, d’air sonore incessamment baisée
- Comment n’auriez-vous pas été poétisée?
- _Que l’on s’étonne donc de votre amour des fleurs!_
- Vos moindres souvenirs nagent dans leurs couleurs
- Vous en viviez, c’étaient vos rimes et vos proses
- Nul enfant n’a jamais marché sur tant de roses!
- Mon Dieu s’il n’en doit plus poindre au bord de mes jours
- Que sur ma sœur de Flandre il en pleuve toujours.
- --
- Vois, si tu n’a pas vu, la plus petite fille
- S’éprendre des soucis d’une jeune famille
- _Éclore à la douleur par le pressentiment_
- Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment
- Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole
- Qu’elle croit endormie au son de sa parole:
- _Fière du vague instinct de sa fécondité
- Elle couve une autre âme à l’immortalité._
- Laisse-lui ses berceaux: ta raillerie amère
- Éteindrait son enfant... Tu vois bien qu’elle est mère!
- --
- Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée
- Toi _rentrée en mon sein_[44]
- --
- Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs.
- Où les anges riaient dans nos vierges délires
- Où nos fronts s’allumaient sous de chastes rougeurs.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- O mes amours d’enfance, ô mes chastes amours!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- O vous dont les miroirs se ressemblent toujours!
- --
- Qui, lorsque l’insomnie ouvrait mes yeux dans l’ombre
- Me faisait des tableaux plus doux que le sommeil?
- --
- La réputation commence avec la vie.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Vieux, va t’asseoir paisible au banc du souvenir.
- --
- Mes jours purs sous tes traits repassent devant moi.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Mon cœur a fait le tien, il s’y renfermera_
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Que tes cheveux sont doux étends-les sur mes larmes_
- Comme un voile doré sur un noir souvenir!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Qu’un si petit visage enferme de portraits:
- De tout ce que j’aimais tu m’offres quelques traits
- Que d’anges envolés sans pouvoir les décrire
- Dans ton sourire errant reviennent me sourire!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Quand on me leva seule et comme trop légère...
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- O femme aimez-vous par vos secrets de larmes,
- _Par vos devoirs sans bruit où s’effeuillent vos charmes_;
- Après vos jours d’encens dont j’ai bu la douceur
- Quand vous aurez souffert appelez-moi: ma sœur!
- --
- Car au soleil couchant du fond de leurs familles
- Glissaient au rendez-vous les plus petites filles
- Pareilles aux ramiers que l’on se plaît à voir
- S’abattre et s’étaler au bord de l’abreuvoir
- Dans le gravier qui brille étaler leur plumage
- Et roucouler entre eux leur bonheur sans nuage
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes
- --
- Et je devins confuse en pesant mon devoir
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[=Fragment=]
-
- Nous qui portons les fruits sur la terre où nous sommes
- Si fortes pour aimer, nous tendres sœurs des hommes
- O mères, pourquoi donc les mettons-nous au jour,
- Ces tendres fruits volés à notre ardent amour?
- A peine ils sont à nous qu’on veut nous les reprendre
- O mères, savez-vous ce qu’on va leur apprendre?
- A trembler sous un maître, à n’oser, par devoir,
- Qu’une fois tous les ans demander à nous voir,
- A détourner de nous leurs mémoires légères.
- Alors que sauront-ils? Les langues étrangères,
- Les vains soulèvements des peuples malheureux,
- Et les fléaux humains toujours armés contre eux.
- C’est donc beau? Mais le temps saurait les en instruire,
- _Candeur de mon enfant on va bien vous détruire!_
- --
- Dire qu’il faut ainsi se déchirer soi-même,
- Leur porter son enfant, seule vie où l’on s’aime,
- Seul miroir de ce temps où les yeux sont pleins d’or
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Son enfant! ce portrait, cette âme, cette voix,
- Qui passe devant nous comme on fût une fois
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ses longs cheveux cendrés que je baisais toujours[45]
- Sans savoir que ce fût le livre de ces jours.
- Tu baiseras les miens si l’amour me les donne,
- Si tu sais où j’ai pris cette grave couronne.
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Vous du moins Vierge blanche immobile et soumise
- Et seule au bord de l’eau pensivement assise,
- Les mains sur votre cœur et vos yeux sur mes yeux,
- Parlez-moi, Vierge mère, ô parlez-moi des cieux!
- Parlez! vous qui voyez tout ce que j’ai dans l’âme.
- Vous en avez pitié puisque vous êtes femme.
- Cet _amour des amours_ qui m’isole en ce lieu
- Ce fut le vôtre; eh bien, parlez-en donc à Dieu!
- Sans reproche, sans bruit, douce reine des mères,
- Cachez dans vos pardons mes révoltes amères,
- _Couvrez-moi de silence_, et relevez mon front
- Baissé sous le chagrin comme sous un affront.
- --
- O champs paternels hérissés de charmilles
- Où glissent le soir des flots de jeunes filles
- --
- Et si tendre et si mère! et si semblable à Dieu!
-
-
- [39] A rapprocher comme vision terrestre de la dernière pièce
- des poésies posthumes.
-
- [40][42] Ailleurs.
-
- Mystérieux sanglot dont les pleurs sont en nous.
-
- [41] Ailleurs.
-
- L’enfant _dont le cœur est à jour_.
-
- [43] Les vers suivants qu’il eût fallu ranger sous ce chef ont
- été maintenus ici pour ne pas dénombrer ce sublime fragment.
-
- [44] Inès--sa fille morte.
-
- [45] Ailleurs.
-
- Vos lauriers m’alarmaient à l’ardeur des flambeaux
- Ils cachaient vos cheveux que j’avais faits si beaux!
-
-
-
-
-FOI
-
- Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux.
-
-
- La prière m’offrit sa douceur imprévue.
- --
- Et le pardon qui vint un jour de pénitence,
- Dans un baiser de paix redorer l’existence.
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Et Dieu nous _unira d’éternité_. Prends garde!
- Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde,
- Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main
- Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain,
- Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée,
- Ne me souvenant plus que je fus trop aimée
- Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux
- Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux:
- «_Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes_;
- Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs;
- Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes
- Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.»
- --
- Car j’ai là comme une prière
- Qui pleure pour lui nuit et jour;
- C’est la charité dans l’amour,
- Ou c’est sa parole première.
- Qu’elle enfermait d’âme et de foi.
- Sa voix jeune et si tôt parjure.
- J’en parle à Dieu sans son injure
- Pour que Dieu l’aime autant que moi.
- --
- Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie
- Il étendra sa main
-
- Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère
- Dont j’ai pris tout l’effroi,
- Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire;
- Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre,
- Je dirai que c’est moi.
- --
- Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise
- --
- Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil
- Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée
- Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui
- Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et sous cette main qui délivre
- J’entrerai _comme tous_ aux cieux.
- Là leur or ne pourra les suivre;
- Moi je n’y porterai qu’un livre
- _Fermé maintenant à leurs yeux_.
- Ce livre, ce cœur plein d’orages
- Plein d’abîmes et plein de pleurs
- Déchiré dans toutes ses pages
- Dieu, sauveur de tous les naufrages
- Aura la clef de ses douleurs.
- --
-
- D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange
- _Dans les moments profonds que nous ouvre le sort_.
- --
- Sur la terre où rien n’est durable
- Que d’espérer.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Dites moi si dans votre monde
- La mémoire est calme et profonde.
- --
- J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme
- Perçait de mes détours les fragiles remparts
- Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts.
- --
- Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons
- Et que la lune marche à travers un long voile
- O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux
- Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus
- Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?»
- --
- Ne me reviendras-tu que dans l’éternité?
- --
- La prière toujours allumant son sourire
- Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire.
- --
- Fais tant et si souvent l’aumône
- Qu’à ce doux travail occupé
- La mort te trouve et te moissonne
- Comme un lys pour le ciel coupé[46]
- --
- Elle allait chantant d’une voix affaiblie
- Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait
- Courbée au travail comme un pommier qui plie
- Oubliant son corps d’où l’âme se délie
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ne passez jamais devant l’humble chapelle
- Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et c’est sans mourir une visite aux cieux.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues,
- De tous les lointains juge-t-on la couleur?
- Les voix sans écho sont les mieux entendues,
- Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues
- De tous les secrets lui seul sait la valeur.
- --
- Je vais au désert plein d’eaux vives
- Laver les ailes de mon cœur
- Car je sais qu’il est d’autres rives
- Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Vous qui comptez les cris fervents
- --
- Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers[47]
- --
- Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
- _Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu_.
- --
- _Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te prend_
- --
- Sous le toit d’aubépines
- Qui lui sert de palais
- L’oiseau chante matines
- Dans l’arbre pur et frais.
- Les enfants du village
- Sont ses anges élus
- Et les bruits du feuillage
- Lui sonnent l’Angélus!
- --
- Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords
- Vous prier tendrement pour nos frères les morts.
- Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes
- Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges.
- Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs,
- Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs.
- --
- En regardant couler nos flots
- Penché sur ce monde qu’il aime
- Jésus triste au fond de lui-même
- Retrouve de divins sanglots.
-
-
- [46] Ailleurs:
-
- Enfin, faites tant et si souvent l’aumône,
- Qu’à ce doux travail ardemment occupé
- Quand vous vieillirez--tout vieillit, Dieu l’ordonne
- Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne
- _Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé_.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Il est beau du malheur écrit sur sa figure
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Le jour où l’enfant le console
- Par une colombe qui vole,
- Dieu le sait vite, avant le soir
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux
- M’ont paru lumineux comme si de flambeaux,
- Comme si de rayons d’une auréole sainte
- Sa tête blanchissante et paisible était ceinte.
-
- [47] Ailleurs:
-
- Je suis le grand souffle exhalé sur la croix
- Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois.
-
-
-
-
-NATURE
-
- Charme des blés mouvants, fleurs des grandes prairies,
- Tumulte harmonieux élevé des champs verts.
-
-
- L’oiseau silencieux fatigué de bonheur,
- Le chant vague et lointain du jeune moissonneur
- --
- Le printemps est si beau, sa chaleur embaumée
- Descend au fond des cœurs réveillés et surpris
- Une voix qui dormait, une ombre accoutumée
- Redemande l’amour à nos sens attendris.
- --
- Car l’imprévoyante colombe
- Qui librement passait dans l’air
- Au trait parti comme l’éclair
- Tressaille, tourne, expire et tombe,
- Aux pieds du tranquille chasseur
- _Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur_!
- --
- Va. Tu n’as que le temps de deviner l’amour! (l’éphémère)
- Né dans le feu, ton vol en cercles s’y déploie
- Et sème des anneaux de lumière et de joie.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Nul adieu ne viendra gémir dans l’harmonie
- De ton jour de musique et d’ivresse infinie.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tu n’as point à traîner ton cœur lourd comme un livre
- --
- La nuit se sillonnait de songes transparents.
- --
- Ils ne se faisaient qu’un pour être à deux toujours!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- On eut dit qu’ils s’aimaient jusqu’à manquer d’haleine.
- Je ne les plaignais pas d’être roseaux, j’aimais.
- Et de ce frais hymen montait une harmonie
- Qui parlait! qui chantait! Triste, intime, infinie
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Souvent d’un rossignol la nocturne prière
- Descendait se mouiller dans leurs frissons charmants
- --
- Viens, on dirait la nuit au fonds des bois couchée,
- Pas une aile d’oiseau n’éveille l’air encor.
- Le rossignol se tait quand la lune est cachée
- Hors toi, sous tes parfums, fleur brûlante et penchée
- La nuit enchaîne tout dans son muet accord.
-
- Viens, les premiers lilas sous l’ombre et la verdure
- Soufflent au loin leur nom, leur forme, leurs couleurs
- La terre ne dort pas, elle ouvre sa ceinture,
- Son sourire invisible encense la nature
- Et son hymne au soleil va s’élancer des fleurs.
- --
- Les pigeons sans lien sous leur robe de soie
- Mollement envolés de maison en maison,
- Dont le fluide essor entraînait ma raison;
- Les arbres, hors des murs penchant leurs têtes vertes;
- Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes,
- Le rire de l’été sonnant de toutes parts...
- --
- La lune large avant la nuit levée
- Comme une lampe avant l’heure éprouvée
- --
- Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir.
- Tout tressaille averti de la prochaine ondée
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- _Laissez pleuvoir, ô cœurs solitaires et doux._
- --
- Là-bas les ramiers blancs flottaient à longues voiles
- Et semblaient en plein jour de filantes étoiles
- --
- Jeune on a tant aimé ces _parcelles de feu_.[48] (abeilles)
- Ces _gouttes de soleil_ dans notre azur qui brille
- Dansant sur le tableau lointain de la famille
- Visiteuses des bleds où logent tant de fleurs,
- _Miel qui vole_ émané des célestes chaleurs
- J’en ai tant vu passer dans l’enclos de mon père
- Qu’il en fourmille au fond de tout ce que j’espère...
- --
- Pas une aile à l’azur ne demande à s’étendre
- Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis.
- --
- Oui la nuit à jamais, promets-la moi, je l’aime
- Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils
- --
- Allez la mer! Allez, navire enflé de voiles
- La danse vous salue au fonds de vos couleurs.
- --
- Ma mère, entendez-vous quand la lune est levée
- L’oiseau qui la salue au fond de sa couvée?
- Ne fait-il pas rêver les arbres endormis?[49]
- --
- Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule,
- Sous le cygne endormi, l’eau du lac bleu s’écoule
- --
-
- Le Christ est beau, je l’aime et je joue au calvaire
- Où j’ai fait un jardin tout bleu de primevère
- --
- L’orme et le tilleul versent leur ombre noire
- --
- _Ce papillon tardif que la fraîcheur attire
- Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés_
- --
- On avait couronné la vierge moissonneuse
- Le village à la ville était joint par des fleurs.
-
-
- [48] Vers vraiment virgiliens.]
-
- [49] Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres.
-
- VERLAINE.
-
-
-
-
-L’AMOUR DES FLEURS
-
- Il semble que les fleurs alimentent ma vie.
-
-
- Vois dans l’eau, vois ce lys dont la tête abaissée
- Semble se dérober au sourire des cieux.
- --
- Dieu couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive.
- --
- En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne
- --
- Fleur naine et bleue et triste où se cache un emblème (myosotis)
- Où l’absence a souvent respiré le mot: J’aime!
- Où l’aile d’une fée a laissé des couleurs
- Toi qu’on devrait nommer le colibri des fleurs
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Va donc comme un œil d’ange éveiller son courage.
- --
- _Quand l’oiseau sans musique erre aux champs sans couleurs_,
- Je ne me sens pas vivre et je ressemble aux fleurs
- Aux pauvres fleurs baissant leurs têtes murmurantes
- Et qu’on prendrait de loin pour des âmes pleurantes.
- --
- Un ruban gris qui serpentait dans l’herbe
- De réséda nouant l’humide gerbe
- --
- Et votre vie à l’ombre est un divin moment
- --
- Inclinez-vous le soir, sur les dernières larmes
- Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Par les beaux clairs de lune aux lambris de ma chambre
- Que de bouquets mourants vous avez fait pleuvoir!
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Sortis de vos plis verts où les jasmins respirent
- Que de songes sur moi vinrent causer le soir!
- --
- Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles
- Et savent pleurer comme les jeunes filles.
-
-
-
-
-L’AMOUR DE L’EAU
-
- Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m’ont parlé
- Humectent sa voix d’un long rythme perlé...
-
-
- Si son ombre a passé dans votre eau fugitive,
- Nymphe
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Si l’image qui fuit vous devient étrangère
- De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir?
- --
- Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire,
- On ne sait trop s’il fuit, s’il cherche, s’il attend,
- Mais il est malheureux puisque mon cœur l’entend.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- On le dirait joyeux de caresser des fleurs
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Si je pouvais chanter je ne l’entendrais pas.
- --
- Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Appelant un secret qu’elle ne comprend pas
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Une image nouvelle y glisse tous les jours
- --
- Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre
- Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil
- --
- Si mon étoile brille
- Et trace encor mon nom dans la Scarpe d’argent.
- --
- Viens ranimer le cœur séché de nostalgie
- Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie.
- En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets
- Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-[=Fragment=]
-
- Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours
- Et m’a fait _cette voix qui soupire toujours_.
-
- Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre
- Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre
- Comme d’un pâle enfant on berce le souci
- Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.
-
- Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère
- Enlevant à son cœur quelque pensée amère
- Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas
- Un bonheur attardé qui ne revenait pas.
-
- Cette mère, à ta rive elle est assise encore,
- La voilà qui me parle, ô mémoire sonore!
- O mes palais natals qu’on m’a fermés souvent
- La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant.
-
- Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme!
- Sur ma lèvre entr’ouverte elle répand sa flamme
- Non! par tout l’or du monde on ne me paîrait pas
- Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas!
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Un ruisseau, frais enfant d’une source cachée
- Promenait sur les fleurs son humide cristal;
- L’herbe au pied du miroir n’était jamais penchée;
- Il y versait la vie à flot toujours égal.
- Harmonieux passant son mobile murmure
- Enchantait la nature:
- Un doux frémissement, quand de ses molles eaux
- Il mouillait les roseaux
- Avertissait au loin quelque nymphe altérée
- Qu’un filet d’eau coulait sous les saules tremblants;
- Et la bergère, au soir, dans la glace épurée
- Venait baigner ses pieds brûlants.
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Toi ne passe jamais à l’angle de la rue,
- Où notre église encor n’est pas toute apparue
- Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas
- Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas.
- Il chante le passé, car il a vu nos pères;
- Il a la même voix que dans nos temps prospères!
- Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir
- Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir!
- _Ton visage étoilé dans les cercles humides
- Parsemant leurs clartés de sources limpides_
- Et les multipliant au fond du puits songeur
- Pour y porter le jour, comme ils font dans mon cœur!
- Alors qu’il soit béni, le salubre nuage
- Ayant de tous les tiens miré l’errante image!
- Monte sur la margelle et bois à ton plein gré
- Son haleine qui manque à mon sang altéré!
-
-
-
-
-LE RYTHME
-
- Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime.
-
-
- Leur prestige est si doux pour un cœur attristé. (les vers)
- --
- Cet art consolateur d’une âme déchirée.
- --
- Pourquoi déifier vos immobiles peines?
- --
-
-
-
-
-LE SILENCE
-
- Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!
-
-
- Voilà le souvenir au pénétrant silence;
- Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur.
- --
- Un coin vert où jamais on n’entend rien gémir
- J’y voudrais bien aller! j’y voudrais bien dormir!
- S’il vous plaît, qu’on m’y porte. Il me faut du _silence_
- Un saule au doux frisson que l’air baigne et balance.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Tant de bruits sur la terre ont étourdi mon âme!
- --
- Béni soit le coin sombre où s’isole mon cœur!
- --
- Cherchant de l’ombre à part afin d’oser dormir!
- --
- Déjà son esprit prenant goût au silence.
-
-
-
-
-ÉTERNITÉ
-
- _Et Dieu nous unira d’éternité_...
-
-
- Que je lui dise: «Viens, plus d’absence entre nous,
- Viens, j’expiai pour toi ton infidèle flamme»
- Il me reconnaîtra. Saisi d’un doux remords
- Il ne verra plus que mon âme,
- Il me trouvera belle alors.
- --
- Et ta main, du repos marquant l’étroit espace
- Y jeta quelques fleurs pour y garder ta place.
- --
- Et moi, quand dans la tombe on me fera descendre
- Des papillons légers voleront-ils sur moi?
- Les oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi?
- Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre?
- --
- Et le pauvre interdit à ta porte fermée
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Humble fille de la nature[50]
- Elle aimait la fleur sans culture
- Qui naît et meurt au fond des bois.
- Son âme brûlante et craintive
- Aimait l’eau mobile et plaintive.
- Qui répond aux plaintives voix.
- Comme l’impatiente abeille
- Quitte une rose moins vermeille
- Emportant dans les airs son parfum précieux
- Cette jeune Albertine _en silence éveillée_
- Quittant avant le soir sa couronne effeuillée
- Vient de s’en retourner aux cieux.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Pourquoi ces tendres fleurs dans leur avril écloses
- Tombent-elles souvent sans attendre l’été?
- --
- On verra par mes soins, quelque feuille de lierre
- De son étroit asile embrasser le contour.
- --
- Contemplez ce nuage. Hélas! il nous ressemble,
- Il va vite. En courant, levez parfois les yeux.
- N’ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.[51]
- --
- Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées,
- Leur tranquille silence éveillait mes pensées,
- Y cueillir une fleur me semblait un larcin.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Autrefois... qu’il est loin le jour de son baptême
- Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau:
- Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même,
- Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Oui, je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants,
- Miroirs de la piété qui marchait sur tes traces,
- Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces,
- Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Oui tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile
- Albertine! et tu sais l’autre vie avant moi.
- Un jour j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile,
- Elle a baisé mon front, et j’ai dit: «c’est donc toi!»
- --
- Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux
- D’un ange, autour de moi, je sentais la présence.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme!
- Toujours elle se plaint; jamais elle ne dort:
- Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme,
- Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor?
- --
- Car on dit que longtemps encore
- L’âme retourne au monument,
- Glissant du ciel à chaque aurore
- Pour épier ce qu’elle adore
- Et que parfois c’est vainement.
- --
- L’homme achète longtemps le bienfait de la mort.
- --
- Et le vrai, c’est la mort!--et j’attends son secret.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Oh! ce sera la vie. Oh! ce sera vous-même,
- Rêve, à qui ma prière a tant dit: je vous aime.
- Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment
- Des âmes en douleurs le chaste enfantement.
- --
- O vie! ô fleur d’orage! ô menace! ô mystère!
- O songe aveugle et beau!
- Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre
- Que ta route au tombeau?
-
- --«Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance,
- Fruit divin de ma fleur?
- Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance
- Dans l’éternel bonheur?
-
- Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles,
- Que sert de vous parler?
- Vos pieds sont las, pliez! Dieu vous mettra des ailes,
- Et vous pourrez voler.
-
- De vos fronts consternés, mères inconsolables
- Les cyprès tomberont,
- Quand, pour vous emmener, messagers adorables,
- Vos enfants descendront.
-
- Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie,
- Quand vous verrez la mort
- Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie
- Comme un agneau qui dort.
-
- La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes;
- Sa nuit couve le jour,
- Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles
- Savent que c’est l’amour!»[52]
- --
- Un enfant plus léger, plus peureux de la terre
- Et qui s’en retournait habillé de mystère
- --
- J’ai peur de voir tomber les voiles de mon âme
- J’ai peur qu’elle s’en aille à la porte des cieux
- Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux.
- --
-
- Mourir! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme
- Prend ses ailes longtemps avant de s’envoler.
- --
- Peut-être qu’à son insomnie
- Ton âme suspendue un soir
- De sa pénitence finie,
- Viendra respirer et s’asseoir
- Puis ouvrant doucement la porte
- Du séjour où Dieu la remporte
- Elle me dira: «Ne crains rien»
- _Les cieux sont grands, les morts sont bien_.
-
- J’ai déjà tant d’âmes aimées
- Sous ce lugubre vêtement!
- Tant de guirlandes parfumées
- Qui pendent au froid monument,
- Par le souffle mortel atteintes
- D’où mon nom sortait plein d’amour,
- Et qui m’appelleront un jour!
-
- Notre corps ne faisait plus d’ombre
- Comme dans ce triste univers
- Et notre âme n’était plus sombre:
- Le soleil passait au travers.
- --
- La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde,
- Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- O beauté souveraine à travers tous les voiles.[53]
- _Tant que les noms aimés retourneront aux cieux_
- Nous chercherons Delphine à travers les étoiles
- Et son doux nom de sœur humectera nos yeux.
- --
- Tel qu’un homme hâté s’arrête de courir
- Et dit en lui: «C’est vrai pourtant il faut mourir.»
- Puis qui reprend sa route avec la tête basse
- Comme si d’un fardeau son épaule était lasse?
- Ah! c’est que des points noirs troublent un ciel vermeil
- Quand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil...
- --
- Elle entre, et bien des yeux qui paraissent fermés (la lune)
- Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- N’as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes
- Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Merci! toi qui descends des divines montagnes
- Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes
- Dans leur étroit jardin tu viens les regarder,
- Et contre l’oubli froid tu sembles les garder.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs,
- Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- --
- Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille
- Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille
- _Au deuil blanc_, car pressé de vivre et de souffrir
- _L’homme partout s’attarde à regarder mourir_.
- --
- Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle
- S’effaçait, comme on voit aux approches du soir
- Par degrés se ternir les clartés d’un miroir
- --
- Faite à souffrir
- Devant pour être morte,
- Si peu mourir.
- . . . . . . . . . . . . . .
- Quand l’_autre moissonneuse
- Forte en tous lieux_
- --
- Quand la nuit descendit sur l’ardent paysage
- Quand tout bruit s’effaça l’astre au tendre visage
- Vers une croix nouvelle allongea ses fils d’or
- Comme un baiser de mère à son enfant qui dort.
- --
- Le sourire défaille à la plaie incurable
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Adieu sourire, adieu jusque dans l’autre vie
- Si l’âme, du passé n’y peut être suivie!
- Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir.
- A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir?
- --
- Il est du moins au-dessus de la terre
- Un champ d’asile où monte la douleur;
- J’y vais puiser un peu d’eau salutaire
- Qui du passé rafraîchit la couleur.
- --
- Par un rêve dont la flamme
- Éclairait mes yeux fermés
- . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Viens ne crains pas leur silence
- Ni leurs yeux ouverts sans voir
- Le sommeil qui les balance
- N’a de vivant que l’espoir.
-
- Sous une forme reprise
- Et qui nous ressemblera
- Avec un cri de surprise
- Chacun se reconnaîtra.
-
- Quoi, c’est lui! c’est toi! c’est elle!
- Retentira de partout,
- Et l’on proclamera belle
- La mort vivante et debout.[54]
- --
- Et pour gagner l’autre vie
- Retourne avec les mourants.
- --
- Ah! je sens que je fus colombe
- En voyant vos ailes s’ouvrir (oiseaux)
- Et pour vous suivre par la tombe
- J’ai déjà moins peur de mourir.
- --
- Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance
- Doux et muet témoin de tes ébats naïfs
- Qui se laissait aimer et gronder sans défense
- Qui savait te répondre en murmures plaintifs
- Ton camarade est mort.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ce qu’on aime est si triste ainsi gisant et froid
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- A ton beau ramier bleu tu penseras toujours
- --
- Dans votre épreuve solitaire
- Ne demandez pas le bonheur.
- Sa semence est dans votre cœur
- Et n’éclora pas sur la terre
- --
- Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Oui la rose a brillé sur mon riant voyage
- Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;[55]
- L’étoile du matin l’aidait à s’entr’ouvrir
- Et l’étoile du soir la regardait mourir.
- Vers la terre déjà sa tête était penchée;
- _L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau_
- La feuille murmurait en tombant desséchée
- Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau!
- --
-
-[=Fragment=]
-
- Venez-vous en courant dire: Préparez-vous
- Bientôt vous quitterez _ce que l’on croit la vie_.
- Celle qui vous attend seule est digne d’envie:
- Ah! venez dans le ciel la goûter avec nous!
- Ne craignez pas, venez! Dieu règne sans colère;
- De nos destins charmants vous aurez la moitié.
- Celle qui pleure, hélas! ne peut plus lui déplaire;
- Le méchant même a sa part de pitié.
- Sous sa main qu’il étend, toute plaie est fermée;
- Qui se jette en son sein ne craint plus l’abandon;
- Et le sillon cuisant d’une larme enflammée
- S’efface au souffle du pardon.
- Embrassez-nous! Dieu nous rappelle
- Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas!
- --
- L’amour ce ciment des âmes
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Là-bas où finit la terre
- Rejoint la mère à l’enfant
- --
- De tendresse et de mystère
- Dès qu’il eut rempli ces lieux
- --
- Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes
- N’a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant?
- Qui sait si leurs mains d’ange un moment réunies
- N’ont pas pesé là-haut nos peines infinies
- Et pleurant de l’amour qu’on leur garde en ce lieu
- N’ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu?
- --
- Comme si mon enfant puissante avec douceur
- --
- Une femme pleurait des pleurs d’une autre femme
- Elles ont leurs secrets qu’elles plaignent toujours...
- Celle qui regardait reconnaissait son âme
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- --
- Vous qui n’avez jamais parlé
- Dans notre monde désolé
- N’apprenez pas la langue austère
- Et les durs sanglots de la terre.
- Envolez-vous, mais, par pitié,
- De nos pleurs portez la moitié
- Dans le manteau bleu de la vierge;
- Et nous brûlerons un beau cierge
- Au pied de votre blanc berceau
- Pour que l’arbre et son arbrisseau
- Revivent aux montagnes pures,
- Loin des autans, loin des souillures,
- Loin de ce monde désolé
- Où vous n’avez jamais parlé.[56]
-
-
- [50] Épitaphe d’Albertine (page 228. _Albertine._)
-
- [51] C’est là-haut dans le ciel qu’il me faut chercher mon père
- et ma mère, leurs chers visages m’apparaissent entourés d’une
- lumineuse auréole, ils ne sont plus de la terre, ils ne comptent
- plus pour mon foyer.
-
- AURORA LEIGH.
-
- [52] Tout le souffle du poème de Victor Hugo sur la mort de
- _Claire_ avec le rythme de Malherbe dans son poème sur la mort de
- _Rosa_.
-
- [53] Lumière de l’âme, ô beauté!
-
- LECONTE DE LISLE.
-
- [54] La mort a été absorbée dans la victoire.
-
- S. PAUL.
-
- [55] Hæc viret angusto foliorum, tecta galero.
-
- [56] Petite pièce si étonnamment descriptive avec son dernier
- vers renouvelé du premier et posant comme un doigt sur deux
- lèvres.
-
-
-
-
-PIÈCES A LIRE[57]
-
-
- (Édition Lemerre)
-
- Pages Tomes
-
- _Les roses de Saadi_ 273 II
- _La prière perdue_ 45 I
- _Croyance_ 11 II
- _La vie et la mort du ramier_ 198 I
- _Les cloches et les larmes_ 267 II
- _Pour endormir l’enfant_ 97 III
- _Dormeuse_ 70 III
- _Le nuage et l’enfant_ 109 III
- _L’enfant et la foi_ 206 III
- _Les enfants à la communion_ 201 III
- _Prière des orphelins_ 262 III
- _Au soleil_ 204 III
- _Prison et printemps_ 105 II
- _Refuge_ 336 II
- _Renoncement_ 354 II
- _La couronne effeuillée_ 350 II
-
-
- [57] En complément de cette _Étude_ et comme types brefs et
- concrets des principaux mouvements qui y sont spécifiés.
-
-
-
-
-LA VIE ET LA MORT DU RAMIER
-
- De la colombe au bois c’est le ramier fidèle;
- S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle;
- Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours,
- Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours!
-
- Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble;
- Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble,
- Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir:
- Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir!
-
- Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre,
- Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur;
- Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre,
- Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur!
-
- Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage
- Cette blanche moitié de la colombe aux bois,
- N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage:
- Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois!
-
- Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues
- Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux,
- Et vous y trouverez quatre ailes détendues
- Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux!
-
-
-DORMEUSE
-
- Si l’enfant sommeille,
- Il verra l’abeille,
- Quand elle aura fait son miel,
- Danser entre terre et ciel,
-
- Si l’enfant repose,
- Un ange tout rose,
- Que la nuit seule on peut voir,
- Viendra lui dire: «Bonsoir!»
-
- Si l’enfant est sage,
- Sur son doux visage
- La Vierge se penchera,
- Et longtemps lui parlera,
-
- Si mon enfant m’aime,
- Dieu dira lui-même:
- «J’aime cet enfant qui dort;
- Qu’on lui porte un rêve d’or!
-
- «Fermez ses paupières,
- Et sur ses prières,
- De mes jardins pleins de fleurs,
- Faites glisser les couleurs.
-
- «Ourlez-lui des langes
- Avec vos doigts d’anges,
- Et laissez sur son chevet
- Pleuvoir votre blanc duvet.
-
- «Mettez-lui des ailes
- Comme aux tourterelles,
- Pour venir dans mon soleil
- Danser jusqu’à son réveil!
-
- «Qu’il fasse un voyage
- Aux bras d’un nuage,
- Et laissez-le, s’il lui plaît,
- Boire à mes ruisseaux de lait!
-
- «Donnez-lui la chambre
- De perles et d’ambre,
- Et qu’il partage en dormant,
- Nos gâteaux de diamant!
-
- «Brodez-lui des voiles
- Avec mes étoiles,
- Pour qu’il navigue en bateau
- Sur mon lac d’azur et d’eau!
-
- «Que la lune éclaire
- L’eau pour lui plus claire,
- Et qu’il prenne au lac changeant
- Mes plus fins poissons d’argent!
-
- «Mais je veux qu’il dorme
- Et qu’il se conforme
- Au silence des oiseaux
- Dans leurs maisons de roseaux!
-
- «Car si l’enfant pleure,
- On entendra l’heure
- Tinter partout qu’un enfant
- A fait ce que Dieu défend!
-
- «L’écho de la rue
- Au bruit accourue,
- Quand l’heure aura soupiré,
- Dira: «L’enfant a pleuré!»
-
- «Et sa tendre mère,
- Dans sa nuit amère,
- Pour son ingrat nourrisson
- Ne saura plus de chanson!
-
- «S’il brame, s’il crie,
- Par l’aube en furie
- Ce cher agneau révolté
- Sera peut-être emporté!
-
- «Un si petit être
- Par le toit, peut-être,
- Tout en criant, s’en ira,
- Et jamais ne reviendra!
-
- «Qu’il rôde en ce monde,
- Sans qu’on lui réponde!
- Jamais l’enfant que je dis,
- Ne verra mon paradis!
-
- «Oui! mais s’il est sage
- Sur son doux visage
- La Vierge se penchera,
- Et longtemps lui parlera.»
-
-
-RENONCEMENT
-
- Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé,
- Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes;
- Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes,
- Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.
-
- C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être.
- Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs;
- Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être,
- Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs.
-
- Les fleurs sont pour l’enfant; le sel est pour la femme:
- Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours,
- Seigneur! quand tout ce sel aura lavé mon âme,
- Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours!
-
- Tous mes étonnements sont finis sur la terre,
- Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir
- Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère
- Que la pudique mort a seule osé cueillir.
-
- O Sauveur! soyez tendre au moins à d’autres mères,
- Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous!
- Baptisez leurs enfants de nos larmes amères,
- Et relevez les miens tombés à vos genoux!
-
-
-LA COURONNE EFFEUILLÉE
-
- J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
- Au jardin de mon père où revit toute fleur;
- J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée:
- Mon père a des secrets pour vaincre sa douleur.
-
- J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes:
- «Regardez, j’ai souffert...» Il me regardera,
- Et, sous mes jours changés, sous ma pâleur sans charmes,
- Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.
-
- Il dira: «C’est donc vous, chère âme désolée,
- La terre manque-t-elle à vos pas égarés?
- Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée;
- Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!...»
-
- O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père!
- Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu!
- Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
- Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.
-
- Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle;
- Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
- Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
- Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné!
-
-
-
-
-_ERRATA_
-
-
- Pages Au lieu de: Lisez:
-
- 51 _souvent_ pleines d’envol _parfois_ pleines d’envol
- 62 _le froid_ _ton poids_
- 68 _complot_ _sanglot_
- 71 préférais préfé_re_rais
- 72 [note 23] Gaut_h_ier Gautier
- 99 pour quoi pourquoi
- 153 prend_s_ prend
- 186 C’est vrai C’est vrai _pourtant_
-
-
-
-
-TABLE
-
-
- Avant-propos 1
- Prologue 11
- I 13
- II 27
- III 43
- IV 53
- Appendice 81
- Essai de classification 89
- Pièces à lire 193
-
-
-
-
-IMPRIMERIE G. RICHARD 5, RUE DE LA PERLE, PARIS
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ ***
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-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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-active links or immediate access to the full terms of the Project
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-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
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-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
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-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
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-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
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-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
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-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
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-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
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-facility: www.gutenberg.org
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-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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-
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- by Robert de Montesquiou</title>
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-
-/* Titres */
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-/* Numéros de page */
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-/* Notes */
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-/* Cadres */
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-/* Filets */
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-.dotsc {clear: both; text-align: center; margin-top: -.2em;} /* Merci Laurent Vogel */
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-
-/* Images */
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-/* Poésie */
-.poem {font-size: small; line-height: 1.1em; margin: 1em auto .7em 3em;}
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-.pttl {margin-top: 3em; margin-bottom: 1em;} /* Titres des poèmes */
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-</head>
-<body>
-
-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Félicité, by Robert de Montesquiou-Fézensac</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Félicité</p>
-<p style='display:block; margin-top:0; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:0;'>Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore</p>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Robert de Montesquiou-Fézensac</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: July 31, 2021 [eBook #65969]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Clarity, Hans Pieterse and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ ***</div>
-
-<hr class="full" />
-
-<p class="ssrf nobreak noind"><a href="#note">Au lecteur</a></p>
-
-<p class="ssrf nobreak noind"><a href="#toc">Table</a></p>
-
-<div class="figcenter x-ebookmaker-drop" style="margin-top: 4em; width: 399px;">
- <img src="images/couverture.jpg" alt="" width="399" height="600" />
-</div>
-
-<div class="figcenter" style="margin-top: 4em; width: 480px;">
- <img src="images/im-01.jpg" alt="" />
- <p class="cs8"><i>A. Devéria del.</i></p>
- <p class="cent cs12"><i><span style="position: relative; right: .15em;">M</span><sup>me</sup>. Desbordes-Valmore.</i></p>
-</div>
-
-<div class="newpage" style="padding: 2em; width: 80%; max-width: 24em ;
- border: solid 2px #999; margin: 4em auto;">
-
-<p class="cent">COMTE ROBERT DE MONTESQUIOU-FEZENSAC</p>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="cent"><i>LES AUTELS PRIVILÉGIÉS</i></p>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="sep2 cent ssrf cs20 esp">FÉLICITÉ</p>
-
-<p class="cent lh15 smcap"><small>Étude sur la Poësie<br />
-de Marceline DESBORDES-VALMORE</small><br />
-<span class="cs6">SUIVIE D’UN ESSAI DE CLASSIFICATION<br />
-DE SES MOTIFS D’INSPIRATION</span></p>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="cent cs8"><i>Avec un portrait de Madame VALMORE d’après DEVÉRIA</i></p>
-
-<div class="figcenter">
- <img src="images/logo.jpg" alt="FAC ET SPERA — A L" />
-</div>
-
-<p class="cent"><span class="cs8">PARIS</span><br />
-<span class="cent ssrf esp">A. LEMERRE, ÉDITEUR</span><br />
-<span class="cs6">23, 31, passage Choiseul</span></p>
-
-<hr class="hr5" />
-
-<div class="cent cs6 esp">1894</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<p><small>Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur.</small></p>
-
-</div>
-
-<h1>FÉLICITÉ</h1>
-
-<p><small><i>Dolorosa.</i></small></p>
-
-<div class="rpoem" style="margin-top: 3em;">
- <div class="vers">Elle s’occupe aussi des choses de la terre</div>
- <div class="vers">Car la feuille du lys est courbée en dehors.</div>
-
- <div class="attrib">Victor <span class="smcap">Hugo</span>.</div>
-</div>
-
-<h2 id="Page_I">AVANT-PROPOS</h2>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Les gens en parleront, n’en doutez nullement,</div>
-</div>
-
-<p class="noind">et</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers-7">bien fou du cerveau</div>
- <div class="vers">Qui prétend contenter tout le monde et son père.</div>
-</div>
-
-<p class="sep2">Les deux consolants conseils de La Fontaine ont
-répondu d’avance aux objections que je relève, comme
-à toutes autres objections, au reste.</p>
-
-<p>Néanmoins, je veux m’efforcer de réfuter plus spécialement
-quelques-unes d’entre elles.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Essayons, toutefois, si par quelque manière,</div>
- <div class="vers">Nous en viendrons à bout.</div>
-</div>
-
-<p>J’ai tenté, en témoignage partiel d’une piété que
-j’espère attester plus complètement aujourd’hui, comme
-en manière d’une rétrospective compensation, dont
-plusieurs ont apprécié l’intention et goûté le contraste,
-de donner bien moins à ma glose qu’à une muse, de
-son vivant la plus infortunée, un auditoire élu de
-distinction intellectuelle et de noble élégance. Les
-malicieux en ont voulu faire une manifestation précieuse
-dans le fâcheux sens de ce mot, quand la présence
-<span class="pagenum" id="Page_II">[p. II]</span>
-de beaucoup de bons esprits empêchait pourtant
-l’équivoque de <i>bel esprit</i> sous laquelle on n’eût pas été
-fâché de discréditer la réunion et de gâter la chose.</p>
-
-<p>J’ai récité alors les deux premiers chapitres de
-l’étude qui suit, plus la troisième partie du chapitre IV.
-Je marque aujourd’hui d’un astérisque dans ces pages,
-où pas un mot n’a été changé, trois passages dont les
-expressions faussement ou incomplètement citées ont
-été relevées plaisamment, et je les livre à une critique
-plus attentive.</p>
-
-<p>Mais, ce qu’il y eut d’un peu déroutant, pour ma
-bonne foi, ce fut, en même temps que le reproche d’une
-prononciation trop martelée,—sans doute encore insuffisante,—la
-soi-disant <i>citation</i> en <i>italiques</i> et <i>entre
-guillemets</i>, dans plusieurs compte-rendus, de locutions
-cocasses telles que «<i>encélesté, lavabo de pensée! superlativement
-liliale. Il y a une grande injustice à réparer,
-le mage a dit...</i>» dont mon texte n’a jamais porté
-trace.</p>
-
-<p>Quant à la trop spirituelle accusation de songer à
-réhabiliter Loïsa Puget, d’une part—à savoir de
-traiter une matière comiquement rococo;—et ailleurs,
-d’avoir, par le choix d’un sujet, pourtant toujours
-ouvert—et sur lequel naturellement tout le monde
-avait à m’en remontrer—cherché à me parer de ce
-qui revenait à d’autres: il faut pourtant qu’on opte
-entre ces deux griefs qui s’annihilent.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_III">[p. III]</span>
-Un mot pour chacun:</p>
-
-<p>Nul musicien de génie qui ait, que je sache, consacré
-la petite metteuse en musique de tant de romances
-aux harmonies justement moquées. Mais les rieurs
-qui attendent mon panégyrique de Loïsa <ins id="cor_1" title="Pujet">Puget</ins>, parce
-que j’ai célébré Marceline Valmore, savent-ils bien
-qu’il n’y a guère de rehaut ni de grâce à ne point être
-touché par les accents de Celle dont Michelet a écrit:
-«<i>Cette puissance d’orage qu'elle seule a jamais eue sur
-moi.</i>»</p>
-
-<p>Certes, j’ai voulu, moins révéler certaines parties
-de l’œuvre que relever toute la figure, un peu brumeuse
-et oubliée, quoi qu’on en puisse dire, entre les
-buissons de ses poësies enchevêtrées de lierres et de
-lianes, de clématites et de chèvre-feuilles, de vignes
-vierges et de viornes, ainsi qu’une Belle-au-bois-dormant
-du rêve attendant le réveil de quelque
-songeur épris de son silence harmonieux, de son souffle
-et de son soupir.</p>
-
-<p>Mais, ce que j’ai aussi souhaité, c’est de rafraîchir
-les fleurs et les palmes d’illustres ex-votos spontanés,
-entrelacés autour du souvenir de Marceline Desbordes-Valmore,
-par tant de mains généreuses; c’est de faire
-revivre l’encre mystérieuse et sympathique des litanies
-de la glorieuse admiration et de l’estime impérissable
-signées de noms prestigieux ou sublimes.</p>
-
-<p>Une lecture entière de cet essai, pour ceux qui ont
-<span class="pagenum" id="Page_IV">[p. IV]</span>
-souci d’autre chose que de chicanes taquines, renseignera
-sur ma tentative et sur son dessein. J’ose espérer
-qu’ils ne seront pas reconnus vains, mais me donneront
-droit d’inscrire mon nom au-dessous de nobles commentateurs,
-dont le plus récent fut M.&nbsp;Verlaine, parmi
-ceux qui ont promené au moins un fil et projeté une
-lueur entre les beautés emmêlées de touffus bosquets,
-de bouquets diffus.</p>
-
-<p class="ralign">R. M. F.</p>
-
-<p class="hang"><small><i>Versailles,<br />
-Janvier 1894.</i></small></p>
-
-<div class="newpage">
-
-<p>... <i>relisant à froid ces pages... Je pensais que cet enivrement
-paraîtrait sans doute ridicule, présenté à des lecteurs distraits;
-mais aussi, je songeai à ceux qui se pénètrent plus profondément
-des émotions qui naissent d’une œuvre sérieuse, et il me sembla
-que je leur devais un compte fidèle du travail que je venais de
-faire, et qu’il fallait les faire remonter jusqu’à la source même
-des idées dont ils avaient suivi le cours.</i></p>
-
-<p><i>C’est pour cela que, m’attendant bien à paraître extraordinaire,
-j’ai voulu passer par dessus ce qu’il y a de puéril et d’exagéré
-dans l’inspiration, aux yeux des gens froids.</i></p>
-
-<p class="ralign"><i>ALFRED DE VIGNY</i></p>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<p class="cent lh20 sepb4"><span class="cs8">A LA MÉMOIRE DE MA BELLE-SŒUR</span><br />
-PAULINE DE SINETY<br />
-COMTESSE GONTRAN DE MONTESQUIOU-FEZENSAC</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Je redis vos vers, Marceline,</div>
- <div class="vers8">Harpe plaintive et cristalline,</div>
- <div class="vers8">Le cœur ému, les yeux en pleurs.</div>
- <div class="vers8"><i>Je les dédie à vous</i>, Pauline,</div>
- <div class="vers8">A vous, sa compagne en douleurs!<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></div>
-
- <div class="attrib">R. M. F.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a>
-Vers transposés de Brizeux.</p>
-</div>
-
-</div>
-
-<h2 id="Page_11">PROLOGUE</h2>
-
-<p>Je voudrais dire à mon tour, et, s’il se peut, plus
-synthétiquement qu’il n’a été fait jusqu’ici, une
-poëtesse admirable, ensemble merveilleuse et sublime,
-la Sapphô chrétienne, Marceline Desbordes-Valmore.</p>
-
-<p>Pas un de nous en qui ces musicales syllabes,
-cristallines comme le son d’un harmonica, ne résonnent
-familièrement. A tous, notre mémoire d’enfant signe
-de ce nom</p>
-
-<div class="poem vers">Un tout petit enfant s’en allait à l’école...</div>
-
-<p class="noind">et tels autres menus poëmes appropriés, dont se
-désennuyait notre étude, car</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers5">Le maître est tout noir...</div>
-</div>
-
-<p>Le doux nom estampille encore pour tous quelques
-romances où notre adolescence s’égaya, et qui font
-sourire. Puis c’est tout. Peu se doutent que le gentil
-nom est celui de la poëtesse admirable, ensemble
-merveilleuse et sublime, la Sapphô chrétienne. Et
-c’est vraiment pour quelques-uns seulement qu’il
-<span class="pagenum" id="Page_12">[p. 12]</span>
-commence de se nimber du halo d’une auréole qui est
-une aurore non qui se <i>révèle</i>, mais qui se <i>relève</i>.</p>
-
-<div class="poem vers">Sur la pierre des morts croît l’arbre de grandeur.</div>
-
-<p>Le sublime vers de Vigny, prélude pour celle dont
-la renommée, entre toutes, a ceci d’étrange, qu’appréciée
-à sa vraie valeur par les plus illustres de ses contemporains,
-Lamartine, Hugo, Vigny, Michelet, Dumas,
-Sainte-Beuve qui se faisaient honneur de son amitié,
-traitée à peu près dignement par la postérité banale
-qui consacre d’un nom de rue, sa vraie gloire est,
-jusqu’à ce jour, fermée ainsi que fut son âme, et
-pourtant, comme elle, toute pleine de ferveurs en puissance,
-de clartés latentes, et de virtuelles vertus.</p>
-
-<p>Appliqué depuis déjà des ans à tenter d’en fomenter
-l’éclat, il m’eût été douloureux de n’être pas des
-premiers de cette seconde période à divulguer nettement
-la bonne nouvelle dont se sont déjà plus ou
-moins brièvement et secrètement réjouis, après les
-maîtres dont je parlais tout à l’heure, Gautier, Baudelaire,
-Banville, Barbey d’Aurevilly et M.&nbsp;Verlaine.</p>
-
-<p>Pour cela, je suis venu à vous aujourd’hui, et vous
-demande de me suivre à travers cet exquis calvaire,
-ce douloureux et délicieux dédale, où les propres vers
-de Marceline, délicatement parfilés, nous serviront de
-fil conducteur en même temps que de sympathique
-lien.</p>
-
-<h2 id="Page_13" class="srf">I</h2>
-
-
-<h3 id="Page_15">*</h3>
-
-<p>On remet un jour à Hugo,—selon une anecdote
-plus ou moins véridique—une lettre adressée <i>Au
-plus grand Poëte de France</i>. Il la fait porter chez
-Lamartine, qui la retourne au premier.—«Nul ne
-saura jamais, aurait ajouté Vigny, lequel des deux
-s’est décidé à l’ouvrir.»</p>
-
-<p>Que la suscription ait revêtu: <i>Au plus mystique</i>,
-c’était lui-même; au plus <i>plastique</i>, Gautier; au
-plus <i>précordial</i>, <span class="smcap">Valmore</span>.</p>
-
-<p>Il y a dans une des pièces du poëte qui nous occupe,
-un vers, surtout un verbe, très simple, dont je ne
-retrouve nulle part ailleurs l’émouvante affixe et le
-significatif figuré:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Beaux innocents morts à minuit</div>
- <div class="vers8"><i>Desserrez</i> mon cœur qui me nuit.</div>
-</div>
-
-<p>Le cœur serré n’est que trop connu: cette étrange
-étreinte intérieure d’anxiété angoisseuse et froissante.
-<span class="pagenum" id="Page_16">[p. 16]</span>
-Il s’agissait de <i>desserrer</i> cela, dénouer, délacer ce
-vêtement invisible et subcostal&nbsp;&#x274b; immatériel et pourtant
-si réel, qui appuie et qui nuit.</p>
-
-<p>C’est la propre action des poësies de madame
-Valmore; de cette main mystérieuse et incorporelle
-qui s’immisce à travers l’âme qu’elle surprend et
-apaise, pour aller plus avant, <i lang="la" xml:lang="la">descendit ad inferos</i>,
-desserrer le cœur qui nuit.</p>
-
-<p>Le seul mythe de Parsifal, la seule minute où le
-regard de la Sainte Lance, miraculeusement assainit,
-retire de leur cauchemar d’angoisse et palpitation
-d’arrachement la tête et le cœur d’Amfortas, le noble
-prêtre qui a péché (et que Madame Valmore paraît
-avoir prévu dans ces deux vers:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Alors posant ma main où la douleur s’élance</div>
- <div class="vers">Je ressentis au cœur comme un grand coup de lance!)</div>
-</div>
-
-<p class="noind">peuvent équivaloir au réveil désenfiévré qui suit
-une pleine lecture tardive de cette poësie. On passe la
-main sur son front, d’un geste d’habitude, pour en
-chasser un nuage qui n’y est plus. On la porte à son
-flanc pour assagir sa plaie, et, comme Sainte-Élisabeth,
-on ne rencontre plus, sous son manteau, qu’un bouquet
-de roses...</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Quel doux ravissement se glisse entre mes larmes;</div>
- <div class="vers">Quelle main me caresse et s’arrête à mon cœur?</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_17">[p. 17]</span>
-Alors, ainsi que le Pur-Simple, cœur desserré sous
-l’onde baptismale, on murmure: «D’où vient que
-tout me semble si bel aujourd’hui?...»—C’est qu’en
-ce jour quelqu’un a pâti pour toi. Car, seule, la passion
-peut racheter la souffrance; et l’hostie blanche,
-la pure colombe a rougi, pleuré, saigné. Car il y a
-vraiment d’un christ féminin dans cette sainte
-femme</p>
-
-<div class="poem vers">Dont nul ange ici bas n’a vengé la douceur.</div>
-
-<div class="secsep">✻</div>
-
-<p>J’ai dit lecture tardive. Oui. Les éditions éparpillées
-et incomplètes sinon interdirent, du moins entravèrent
-longtemps le <i>vol d’oiseau</i> sur cette œuvre. Les trois
-volumes de M. Lemerre permettent aujourd’hui<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> de
-diviser tour à tour et recomposer une grande partie
-du faisceau lumineux pour se délecter du détail ou se
-réjouir de l’ensemble.</p>
-
-<p>Il y avait encore cet inéluctable silence qui succède
-<span class="pagenum" id="Page_18">[p. 18]</span>
-aux oraisons funèbres, où se restreint presqu’intégralement
-encore le formulaire de la poëtesse. Baudelaire,
-pourtant son plus subtil bien que bref panégyriste,
-apparaît visiblement gêné par ce manque de cohésion
-dans la gerbe des recueils. Nul doute que son bel article
-n’eût étendu ses accents, élargi ses accords sous
-la révélation plus tard totalement proférée; à l’effluve
-surtout de ce recueil posthume qui résume l’essence
-du flacon, la quintessence de l’essence.</p>
-
-<p>Enfin, et de par la loi du <i>suranné</i> qui n’est déjà
-plus le <i>démodé</i>, et cependant pas l’ancien encore, mais
-bien la chrysalide à travers laquelle l’un devient
-l’autre,—entre notre génération et celle qui tenait
-encore à la contemporaine par le <i>de visu</i>, voltigeait ce
-prestige fané d’époque, ce brin un peu risible de coiffure
-en <i>couette</i>, par-dessus l’attitude <i>troubadouresque</i>
-et <i>dessus de pendule</i>, l’écho de «<i>ce petit côté secret qui
-rend populaire, ce presque rien qui fait tache</i><a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>» et
-grâce auquel notre mémoire d’enfant nous donnait la
-dame pour à peu près connue. Une résonnance de tous
-ces pianos mentionnés par Sainte-Beuve, et sur lesquels
-s’est transposé et <i>tapoté</i> le plus chantant de la
-<i>lyre</i> du poëte, tandis que le silence en retient encore
-<span class="pagenum" id="Page_19">[p. 19]</span>
-les traits les plus fulgurants et les plus suaves soupirs.
-Une odeur de <i>Quel est ce gant rose—qui n’est pas le
-mien</i>, invétérée en une récurrence, et longtemps
-empêchant de croire que s’y pût loger la main dont
-s’étancheraient nos douleurs.</p>
-
-<p>Oui, ces <i>romances</i> où des beautés sont souvent
-recélées, et dont, ailleurs, l’inconscient comique aboutit
-à quelque chose de touchant comme la demi-lyre de la
-gravure de Monziès, cet élément <i>Pauline Duchambge</i>,
-ce bout d’écharpe envolée dont les biographes entortillent
-le sujet trop complaisamment, n’ont plus qu’un
-intérêt parasite et documentaire; et la prétentieuse
-brume en fond au feu de ce qu’elle abrite et qui les
-habite; et le ruban de Desbordes-Valmore s’en ira
-rejoindre le turban de Staël, les cornettes de Sévigné,
-les bandeaux de Sand et les bandelettes de Sapphô,
-dans ce &#x274b;&nbsp;vestiaire des siècles où les atours s’évanouissent,
-pour laisser s’épanouir, hors du temps, la beauté
-nue.</p>
-
-<div class="secsep" id="Page_20">✻ ✻</div>
-
-<p>Elle «<i>résout la sécheresse du cœur</i>», Michelet l’a dit,
-qui, seul, a légué les formules vraiment caractéristiques
-de ce doux-amer génie. Elles flottent par-dessus
-toutes autres paraphrases et surnagent ainsi qu’une
-arche par un déluge, ou tout au moins comme le
-manuscrit de Camoëns pouvait reluire au-dessus du
-flot.</p>
-
-<p>Les voici. C’est avec celle sur «<i>le don des larmes, ce
-don qui perce la pierre</i>», trois autres encore: «<i>Le
-sublime est votre nature.</i>»—«<i>Mon cœur est plein d’elle.
-L’autre jour en voyant Orphée, elle m’est revenue avec
-une force extraordinaire, et toute cette puissance d’orage
-qu’elle seule a jamais eue sur moi.</i>»—Enfin: «<i>Je ne
-l’ai connue qu’âgée, mais plus émue que jamais; troublée
-de sa fin prochaine, et, on aurait pu le dire, ivre de mort
-et d’amour!</i>»</p>
-
-<p>Ces quatre paroles constituent l’évangile de Madame
-Valmore. Quoi qu’on puisse écrire d’elle désormais,
-ne saurait que graviter autour de cette quadruple
-épigraphe <ins id="cor_2" title="succinte">succincte</ins>, synthétique, suggestive.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_21">[p. 21]</span>
-Tous ceux qui abordent cette mémoire et en tirent
-du relief sans lui pouvoir ajouter de lustre (car la
-seule donnée en illumine l’interlocuteur de son
-approche d’arche sainte), brassent la légende en quatre
-versets, sans paraître se douter du dessous qu’ils infligent,
-de ce fait même, à leurs variations et à leurs
-trilles.</p>
-
-<p>Au reste, du contingent biographique où se recrutent
-à peu près ordinairement ces appendices, devrait-on
-même user? La grille du tombeau n’a-t-elle pas droit
-de suture immédiate au mur de la vie privée? L’amalgame
-de la personne double de l’artiste et de l’être
-représente un des plus déplorables postulats et l’une
-des plus fâcheuses exigences du public sur le mage.
-Les parterres insuffisamment renseignés et attentifs
-qui ne sauraient l’aller <ins id="cor_3" title="cherher">chercher</ins> là qu’il réside uniquement,
-à savoir dans l’<i>Œuvre</i>, exigent néanmoins (et
-d’autant plus!) de le toucher, sans l’atteindre, par la
-frange de son manteau, et, mieux encore, par l’ouverture
-de ses plaies, où quelque secret espoir de faire
-expier le mérite de l’<i>esprit prompt</i>, met en quête d’une
-tare de <i>la chair faible</i>...</p>
-
-<p>Mais, pour nous autres, à vrai dire, qui avons
-démêlé, ressenti, goûté tout le parfum dans l’extrait,
-toute la griserie dans la liqueur, peu nous chalent des
-<span class="pagenum" id="Page_22">[p. 22]</span>
-pétales froissés ou des baies flétries; plutôt nous craindrions
-volontiers d’amoindrir notre extase par d’inopportuns
-contrôles, de rétrospectifs examens sur une
-grappe tarie ou une fleur séchée.</p>
-
-<p>Bien mieux, nous tiendrions de celui qu’importunent
-ces bravos adressés au gosier de l’interprète plutôt
-qu’à la sonorité éparse de son chant, et qui se recule
-et recueille au fond de la loge, craintif de voir attribuer
-le charme qui l’enchaîne encore à quelque vieux
-visage de ténor teint ou de cantatrice déteinte.</p>
-
-<p>Les métiers, d’où vers nous chatoient les joyeuses
-aunes des tissus fleuris, ne sauraient se démonter
-qu’en bois et cordes. N’est-il pas plus sage d’oublier
-canuts et tisserands pour voir courir des rinceaux sur
-des fonds, revoir rêver des oiseaux entre leurs branchages
-brochés, suivre revivre et s’iriser des iris sur
-de la soie?</p>
-
-<div class="secsep">✻ ✻ ✻</div>
-
-<p>C’est elle seule la douloureuse Félicité qu’il sied
-interroger sur elle-même. A cette confession surtout,
-à cette autoconfrontation vraiment nous aident les
-<span class="pagenum" id="Page_23">[p. 23]</span>
-biographies. Sachons-en gré, rendons grâces. Le plus
-clair de l’éloge de Sainte-Beuve ne consiste et
-réside-t-il pas en ces extraits de lettres où reluisent
-tant de familières splendeurs?</p>
-
-<p>Le meilleur et le pire de ces aveux, le plus <i lang="la" xml:lang="la">sui
-generis</i> du type, le plus &#x274b;&nbsp;<i>artésiennement</i> explicatif et
-révélateur de ce moi, c’est bien cette profession de foi
-de son arcane poëtique: «<i>A vingt ans, des peines profondes
-m’obligèrent de renoncer au chant</i> <small>PARCE QUE MA
-VOIX ME FAISAIT PLEURER</small>; mais la musique roulait
-dans ma tête malade, et une mesure toujours égale
-arrangeait mes idées à l’insu de ma réflexion».</p>
-
-<p>Hélas! nul ne s’est encore trouvé, parmi les indiscrets,
-pour nous révéler l’«homme d’un talent
-immense», le «fauteur de ces peines profondes...»</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p>La vraie Valmore à édifier et déifier est une Valmore
-de vers, de ses vers groupés à l’entour de son
-nom en la délicate élite et la délicieuse prédilection
-d’une dédicace réversible. La citation est ardue en ces
-textes. Nuls autant ne menacent de la rendre envahissante;
-puisque le <i>il faudrait tout citer</i> de cliché immémorial
-est ici la vérité même. Telles pièces sont plus
-parfaites, plus délibérément réussies, mais qu’on
-n’oserait guère déclarer plus que d’autres adéquates à
-<span class="pagenum" id="Page_24">[p. 24]</span>
-leur visée, mieux moulées sur nature. Fût-ce les trop
-célèbres <i>romances</i>, plusieurs drôlement datées et démodées
-et pour lesquelles l’indulgence tourne presque à
-du goût. «Dans Shakspeare, j’admire tout comme une
-brute,» fait un dire célèbre de Victor Hugo. Dans
-Valmore, faudrait-il varier, j’aime tout comme une
-âme; d’amant? non, d’enfant. Et c’est à noter que
-toutes les gloses meilleures ou pires exercées sur cette
-mémoire, en tirent la même fascination de mise en
-présence de leur âme enfantine et juvénile, de leurs
-«jeunes annales».</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Ah! qui n’a souhaité redevenir enfant?</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Là de la vague enfance un regret qui sommeille</div>
- <div class="vers">Dans les fleurs du passé vaguement se réveille;</div>
- <div class="vers">Il reparaît vivant à nos yeux d’aujourd’hui!</div>
- <div class="vers">On tend les bras, on pleure en passant devant lui.<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a></div>
-</div>
-
-<p>Quels doigts au velouté de pistils, quelle âme à
-l’haleine de calice—non de quelle Fille-Fleur, à la
-façon de Wagner, mais de quelle Fleur-Flamme et
-Fleur-Femme s’approprieraient à ce précieux labeur?
-Combien d’heures enchanteressement passées à parfiler
-<span class="pagenum" id="Page_25">[p. 25]</span>
-brin à brin, ligne par ligne, l’étoffe de cette poësie,
-pour en isoler les fils les mieux aimés, les plus émus.
-Voilà de ces travaux auxquels il est plus suave de
-penser que, risquer, sage. Et quel autre qu’un immatériel
-Ariel oserait songer à parfaire un pastel avec du
-pollen récolté ou de la poudre d’aile de papillon prélevée?—Et
-puis la grosse besogne des heures nous
-réclame. Puissions-nous, une fois, nous abstraire assez
-idéalement pour volatiliser ce sublimé, que, nul autre
-jour, notre âme ne saurait se doser à l’état d’exquise
-transparence qu’exigent ce choix impondérable, cet
-impalpable tri.</p>
-
-<p>Le moins massivement possible, une heure, nous
-tenterons d’offrir une épreuve de cette mellification
-artiste. Mais il faudrait pour y exceller ou même
-atteindre, toute la courte vie d’une géniale jeune fille
-marquée à l’aube comme un fruit touché et dont résorberait
-toute la sève immaturée d’un talent condamné,
-cette filiale tâche de tendresse, sans rien des odieux
-<i>extraits</i>; plutôt une de ces versicolores et vétilleuses
-couronnes que tresse un Breughel des plus larges et
-menues flores doctement entremélangées autour d’un
-médaillon de madone.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Quelque chose de tendre y languissait; du lierre</div>
- <div class="vers">Y tenait doucement la vierge prisonnière.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a>
-Depuis 1886.</p>
-
-<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a>
-Baudelaire.</p>
-
-<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="nvers">Oui partout où je marche une voix me rappelle,</div>
- <div class="nvers">Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur...</div>
- <div class="nvers">Voix qui trouble et se plaint de l’enfant infidèle</div>
- <div class="nvers">Dont le sort se fit triste en cherchant le bonheur.</div>
-</div>
-</div>
-
-<h2 id="Page_27" class="srf">II</h2>
-
-<h3>*</h3>
-
-<p>L’impression qui succède à celle que je viens de
-dire (à savoir notre rachat par cette souffrance, notre
-<ins id="cor_4" title="raffraîchissement">rafraîchissement</ins> par cette brûlure, notre apaisement
-par cette ardeur), c’est une impression d’immersion,
-puis de submersion. Nous sommes noyés d’efflorescences
-et d’effluves, de sourires, de soupirs et de souvenirs.
-C’est à cet assaut par une tempête de feux et de
-pleurs qu’il faut sans doute attribuer l’air d’incomplet
-et de vague même des meilleurs essais autour de cette
-œuvre. Études sous forme d’articles, reprises avec
-ardeur, puis qu’on dirait rebutées, et qui ont de la
-lutte des barques contre une mer démontée, une
-phosphorescente mer faite de larmes et de flammes.</p>
-
-<p>Après bien des reprises, je vous livre la ruse dont
-j’usai pour essayer de vaincre cette tempête, en
-enfermer dans mes outres les ouragans et les caresses,
-les bises et les brises pour les y retrouver à loisir,
-vous les distiller et vous les dire. Puisse, au nom de
-<span class="pagenum" id="Page_30">[p. 30]</span>
-cet inestimable bienfait, le subterfuge ne pas vous
-paraître puéril, si le service vous est tant soit peu
-rendu.</p>
-
-<p>Au cours de mes promenades et mes rêveries entre
-les mystérieux <i>bocages du sentiment</i>, de ces volumes,
-ainsi que les nomme prestigieusement Baudelaire, il
-me sembla pourtant finir par en démêler le méandre.
-Et ce ne fut pas sans exultation qu’en ayant tracé et
-dressé le plan, je le vis subdivisé en autant de charmilles
-et de chapelles qu’en avait taillées et ciselées
-notre poëtesse; et que j’en fis et y fis tour à tour rentrer
-son multiforme génie ainsi qu’il arriva à ce
-Protée du conte Oriental qui se réintégra en sa fiole.</p>
-
-<p>Mais si ce livre est bocage, il est aussi buisson
-ardent. Océan ou forêt l’amour y brûle et roule</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="stanza">
- <div class="vers">L’amour, ce ciment des âmes</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Amour, divin rôdeur glissant entre les âmes</div>
-</div>
-</div>
-
-<p class="noind">suivant ses appellations mêmes.</p>
-
-<p><i>Promise aux profondes amours</i> selon son expression
-propre, l’œuvre de Marceline Desbordes-Valmore est
-un <i>Univers d’Amour</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="stanza">
- <span class="pagenum" id="Page_31">[p. 31]</span>
- <div class="vers">Il est doux d’être aimé, cette croyance intime</div>
- <div class="vers">Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Ne vous étonnez pas en recevant la vie,</div>
- <div class="vers">De tout ce qu’elle offrait, je n’ai vu que l’amour,</div>
- <div class="vers">Mon cœur le respirait avec l’air et le jour...</div>
-</div>
-</div>
-
-<p>Amour, hâtons-nous de le dire, et que là est le
-neuf et le merveilleux, d’autant plus passionné qu’il
-est plus pur.</p>
-
-<p>Chaque écrivain, nous dit en substance Madame
-Valmore dans une de ses lettres, prodigue souvent à
-son insu un vocable qui, de par son intensité et sa
-fréquence, révèle et trahit son auteur: «Madame
-Sand en a un comme cela: <i>étreindre!</i>»—Le mot de
-Marceline, ne serait-il pas <i>innocence</i>?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="stanza">
- <div class="vers">J’ai soif de sommeil, d’innocence,</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">N’entendra-t-elle plus mon passé d’innocence</div>
- <div class="vers">Comme un oiseau sans fiel plaider avec son cœur?</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Toi qui ris de nos cœurs prompts à se déchirer</div>
- <div class="vers">Rends-nous notre innocence ou laisse-nous pleurer!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">Beau fantôme de l’innocence</div>
- <div class="vers4">Vêtu de fleurs</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <span class="pagenum" id="Page_32">[p. 32]</span>
- <div class="vers">Innocence! Innocence! éternité rêvée</div>
- <div class="vers">Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée?</div>
- <div class="vers">Êtes-vous ma maison que je ne puis rouvrir?</div>
- <div class="vers">Ma mère, est-ce la mort? Je voudrais bien mourir.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Inexplicable cœur, énigme de toi-même,</div>
- <div class="vers">Tyran de ma raison, de la vertu que j’aime,</div>
- <div class="vers">Ennemi du repos, amant de la douleur,</div>
- <div class="vers">Que tu me fais de mal, inexplicable cœur!</div>
-</div>
-</div>
-
-<p><i>Cœur du cœur</i>, l’expression qui lui est commune
-avec Shakspeare, et qui la mène à l’amour de l’amour
-comme pour redoubler sa tendresse, fournit ce vers à
-madame Valmore quand elle parle de son enfant:</p>
-
-<div class="poem vers">Oh! que vous me manquiez, jeune âme de mon âme!</div>
-
-<p>Donc <i>Amour sous forme sextuple: Amoureux, amical,
-filial et maternel, charitable et divin</i>. Ajoutez <i>l’amour
-de la nature</i>, et <i>l’amour prorogé au delà du trépas</i>,
-vous aurez les six divisions sous lesquelles m’ont paru
-pouvoir se ranger toutes les phases de cette âme
-incoërcible, les phrases de cette œuvre vagabonde. A
-savoir: <span class="smcap">Amour</span>, <span class="smcap">Tendresse-Tristesse</span>, <span class="smcap">Maternité</span>,
-<span class="smcap">Foi</span>, <span class="smcap">Nature</span>, <span class="smcap">Éternité</span>.<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a></p>
-
-<div class="poem vers">J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes.</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_33">[p. 33]</span>
-Entre toutes séductions, celle du regard fascinait
-Marceline. Ses propres larmes et celles qu’elle consolait
-diamantaient sa vie.</p>
-
-<p>Le son de la voix la captivait aussi.</p>
-
-<p>Les <i>Yeux et les pleurs</i> et <i>la Voix</i> subdivisent donc
-naturellement cette grande division de l’amoureux
-amour.</p>
-
-<p><span class="smcap">Tendresse-Tristesse</span> enferme <i>Prisons et Exils</i>, les
-deux misères qui l’apitoyaient le plus éloquemment, et
-qu’elle a le mieux pleurées.—<i>Ipsa</i> contient ce qui
-semble le plus avoir trait à la personne même de
-l’artiste.</p>
-
-<p><span class="smcap">Maternité</span>, c’est la mutuelle réversibilité de ce sentiment
-double, ascendant et descendant au cours
-comme au décours de ses <i>jeunes annales</i>: celles où elle
-joue le rôle de l’enfant; et d’autres où elle porte elle-même
-la croix de la Mère Douloureuse.</p>
-
-<p>Nulle avant elle, nulle après elle, comme elle, n’aura
-dit et ne dira cet incessant échange, ne fera frôler et
-gravir en ses deux sens l’échelle de Jacob de l’amour
-successivement filial et maternel par les ailes de tant
-d’expressions ingénieuses, caressantes et pures, pour
-parler tour à tour de celle qu’elle nomme divinement</p>
-
-<div class="poem vers"><span class="pagenum" id="Page_34">[p. 34]</span>
-Ma tige maternelle enlacée à ma vie!</div>
-
-<p class="noind">et de ceux qu’elle appelle non moins célestialement</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Un enfant! un enfant! O seule âme de l’âme!</div>
- <div class="vers">Palme pure attachée au malheur d’être femme.</div>
- <div class="vers">Éloquent défenseur de notre humilité</div>
- <div class="vers">Fruit chaste et glorieux de la maternité.</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">C’est notre âme en dehors en robe d’innocence.</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">De la foi des époux sentinelle sans armes,</div>
- <div class="vers">Visible battement de deux cœurs dans un cœur!</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Image de Jésus qui se penche vers nous</div>
- <div class="vers">Pour relever sa mère humble et née à genoux.</div>
-</div>
-
-<p>Oui le bréviaire de l’amour filial est révolu. Nous la
-devons à Valmore cette</p>
-
-<div class="poem vers">Voix du berceau lointain qui ressaisit le cœur.</div>
-
-<p>Il semble, entre ces autobiographies d’une enfance
-indéfiniment évoquée, il semble que ce menu tableau
-lumineux de résurgence des jours premiers dont on
-dit qu’il apparaît au noyé près de s’engloutir, se
-découpe incessamment pour notre poëte toujours prêt
-à sombrer, et charitablement l’isole des circonvolutions
-poignantes, le fascine et tire hors de soi. C’est le
-magique miroir où la Belle revoyait le foyer quitté
-du fond du royaume de la Bête.</p>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_35">[p. 35]</span>
- <div class="vers">Parle-moi, je t’écoute, éloquent souvenir.</div>
- <div class="vers">Qui ne s’est détourné d’un trompeur avenir</div>
- <div class="vers">Pour chercher dans le fond de son âme attendrie,</div>
- <div class="vers">Tes regrets, tes leçons, ta tristesse chérie?</div>
- <div class="vers">Ce tableau vague et doux qui repose les yeux,</div>
- <div class="vers">Qui nous rend l’innocence et le pardon des cieux.</div>
-</div>
-
-<p>Ce vocabulaire, y peut-on ajouter? J’ose dire qu’on
-ne saurait l’égaler. En tout cas, le surpasser, jamais.
-Centre de ce double courant de passion entre ses
-propres enfants et cette mère dont le souvenir, parmi
-cent apostrophes qui font sursauter, lui dicte cette
-pièce: <i>Quand je pense à ma mère</i>, elle-même pieuse
-fille et «pâle couveuse d’immobiles tourments,» ainsi
-qu’elle se qualifie, elle polarise tous les rayons de la
-maternité et de la <i>filialité</i>, passez-moi ce terme.</p>
-
-<p>Ces apostrophes, en voici:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme,</div>
- <div class="vers">Un baiser qui jamais ne dit non ni demain.</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Quand elle m’avait dit: Vous êtes mon enfant!</div>
- <div class="vers">Le ciel, c’était mon cœur à jour et triomphant.</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Comme le rossignol qui meurt de mélodie</div>
- <div class="vers">Souffle sur son enfant sa tendre maladie,</div>
- <div class="vers">Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu,</div>
- <div class="vers">Me raconta son âme et me souffla son Dieu.</div>
-</div>
-
-<p>Enfin, ce passage qui rappelle et regrette les sépultures
-disposées jadis au pourtour extérieur des églises:</p>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_36">[p. 36]</span>
- <div class="vers">C’était beau d’enfermer dans une même enceinte</div>
- <div class="vers">La poussière animée et la poussière éteinte.</div>
- <div class="vers">C’était doux, dans les fleurs éparses au saint lieu,</div>
- <div class="vers"><i>De respirer son père en visitant son Dieu</i>.</div>
-</div>
-
-<p>Quant à l’éloquence de sa maternité propre, je ne
-crois pas qu’on ait jamais parlé avec cette <i>nostalgie
-des entrailles</i>.</p>
-
-<p>Jugez-en plutôt. Récemment mère, elle se plaint de
-ne plus faire corps avec son nouveau-né.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">J’aurais voulu voir Dieu pour te créer plus beau!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et j’allais au soleil couchant sécher mes pleurs</div>
- <div class="vers">Pour te rendre suave et pur comme les fleurs.</div>
-</div>
-
-<p>Et enfin, peut-être le vers d’imagination, de sensibilité
-et de formule, le plus curieux de toute l’œuvre:</p>
-
-<div class="poem vers"><i>Car, si près que tu sois, l’air circule entre nous!</i></div>
-
-<p class="sep2"><span class="smcap">Foi</span></p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">La foi, c’est l’haleine des anges,</div>
- <div class="vers8">C’est l’amour <i>sans flammes étranges</i>!</div>
-</div>
-
-<p>C’est l’amour, toujours dévorant, mais transposé et
-sublimé, qui fait trouver à la muse devenue ange pour
-l’absorption finale, la résorption rédemptrice de sa
-<span class="pagenum" id="Page_37">[p. 37]</span>
-terrestre passion contrainte dans le foyer de la ferveur
-éternelle, des images comparables aux seules Dantesques
-descriptions du paradis—mais avec moins
-de blancheur.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Seigneur! Qui n’a cherché votre amour dans l’amour?</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Comme un oiseau s’enfuit, je m’en vais dans l’espace</div>
- <div class="vers">Chercher l’immense amour où mon cœur s’abreuva...</div>
-</div>
-
-<p class="noind">et par les plus touchantes variantes de charité et de
-prière, de croyances et de sentiments, atteindre, en
-même temps que Dieu même, les plus fluides matérialisations
-de la pensée et du langage.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère</div>
- <div class="vers">Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.</div>
-</div>
-
-<p class="sep2"><span class="smcap">Nature</span>, c’est l’amour—je dirais volontiers <i>atmosphérique</i>,
-tant le poëte y fait entrer de parcelles
-vivantes et vibrantes du Cosmos—de tout ce qui
-l’entoure, et tant son art spontané met de passion
-dans ses paysages, comme tout à l’heure il mêlait et
-fondait de chaleur et de lumière dans sa tendresse
-qui lui faisait s’écrier:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers10">C’était un jour de charité divine</div>
- <div class="vers10">Où, dans l’air bleu, l’éternité chemine.</div>
- <div class="versd10 dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>&nbsp;</b></div>
- <div class="vers10"><i>C’était partout comme un baiser de mère!</i></div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_38">[p. 38]</span>
-Les deux aires de ce naturel amour sont l’<i>Amour
-des fleurs</i>.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">A quelque chère idole en tous temps asservie,</div>
- <div class="vers">Je tombais à genoux pour adorer des fleurs,</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>&nbsp;</b></div>
- <div class="vers"><i>Il semble que les fleurs alimentent ma vie.</i></div>
-</div>
-
-<p>Et l’<i>Amour de l’eau</i>, dont je ne crains pas de dire
-qu’il pourrait bien être solidaire du goût de cette
-tendre femme pour les larmes, si j’en crois ce mystérieux
-vers.</p>
-
-<div class="poem vers">Et dans les flots du moins <i>mes larmes se perdront</i></div>
-
-<p class="noind">et ces autres:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers7">Enfant, l’onde est molle et pure</div>
- <div class="vers7"><i>Mais elle a soif de nos pleurs</i>.</div>
-</div>
-
-<p class="noind">que je rapproche de celui-ci, de Vigny:</p>
-
-<div class="poem vers">Penche sa tête pâle et pleure sur la mer!</div>
-
-<p class="noind">L’amour de l’eau déjà attribué à plusieurs poëtes par
-Victor Hugo, dans ce joli distique:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Georges Sand a la Gargilesse</div>
- <div class="vers8">Comme Horace avait l’Anio.</div>
-</div>
-
-<p class="noind">L’eau où Marceline voit se réverbérer tous ses âges
-dans cette Scarpe qui lui était, comme à Brizeux, son
-<span class="pagenum" id="Page_39">[p. 39]</span>
-Ellé. L’eau où nous lirons avec elle, et sous mille
-formes</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Son visage étoilé dans les cercles humides</div>
- <div class="vers">Parsemant leurs clartés de sourires limpides...</div>
-</div>
-
-<p class="noind">L’onde enfin d’où découle son <i>rythme</i>.</p>
-
-<div class="poem vers"><i>Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime</i></div>
-
-<p class="noind">auquel ne peut plus succéder que l’<i>amour du silence</i>,
-sa suprême passion:<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a></p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><i>Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!</i></div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>&nbsp;</b><b>&nbsp;</b><b>&nbsp;</b></div>
- <div class="vers"><i>Couvrez-moi de silence</i>...</div>
-</div>
-
-<p class="noind">Ce silence qui nous mène à la dernière de ces divisions,
-si vous le voulez, factices, mais, certes point arbitraires:
-<i>la mort</i>, disons mieux: l’<small>ÉTERNITÉ</small> puisque
-c’est sous ce consolant aspect qu’apparaissent à Madame
-Valmore tant de tombes qu’elle a mélodiquement
-enguirlandées.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Mais plusieurs sont absents, et leur nom sous des fleurs.</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_40">[p. 40]</span>
- <div class="vers">On verra, par mes soins quelque feuille de lierre</div>
- <div class="vers">De son étroit asyle embrasser le contour.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées.</div>
- <div class="vers">Leur tranquille silence éveillait mes pensées,</div>
- <div class="vers">Y cueillir une fleur me semblait un larcin.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">L’homme revient seul où son cœur le ramène.</div>
- <div class="vers">Où les vieux tombeaux l’attirent pour pleurer.</div>
-</div>
-
-<p class="noind">«<i>Abîme à franchir seule!</i>» cette définition en commun,
-cette fois, avec Pascal,</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers4">..... porte ces mots à sa douleur brûlante:</div>
- <div class="vers">Viens! ne crains pas la mort, on aime dans les cieux!</div>
-</div>
-
-<p class="noind">et la mort qui couronne son œuvre de vie, comme elle
-couronne toute vie, n’apparaît jamais hideuse à notre
-poëte, mais toujours fleurie et touchante, puisqu’elle
-lui rouvre tous les paradis pleins de ses anges envolés.
-Tous les êtres aimés, sans oublier l’<i>être aimé</i>, voire à
-commencer par lui (selon une magnifique interpellation:
-<i>Croyance</i>); «Albertine, âme en fleur!» et d’autres
-amies de jadis; et cette noble <i>tige maternelle, enlacée</i>,
-cette fois à l’éternité, auprès de ces enfants
-enfuis:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Car vous aurez, un jour, une joie immortelle</div>
- <div class="vers">Et vos petits enfants souriront dans vos bras.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_41">[p. 41]</span>
-Non, jamais rien de plus sereinement <i>détaché</i>, de plus
-véritablement et vénérablement <i>sur le seuil</i>, et déjà
-presque <i>au-delà</i>, n’a su se proférer pour nous parler de
-la mort, avec ce que j’appellerai une pareille <i>liberté
-d’allures mortelles</i>; nous apprivoiser avec cette «<i>cueilleuse
-d’âmes</i>» qui</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Ne les moissonne pas pour en tuer les flammes,</div>
- <div class="vers">Mais pour les délivrer de leur lourd vêtement,</div>
- <div class="vers">Comme on ôte le sable où dort le diamant.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Tous mes étonnements sont finis sur la terre</div>
- <div class="vers">Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir</div>
- <div class="vers">Pour atteindre à ces fruits protégés de mystère</div>
- <div class="vers">Que la pudique mort a seule osé cueillir.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers10">Béni soit Dieu puisqu’après la tourmente,</div>
- <div class="vers10">Réalisant nos rêves éperdus</div>
- <div class="vers10">Vient des humains l’infatigable amante</div>
- <div class="vers10">Pour démêler les fuseaux confondus.</div>
- <div class="vers10">Fidèle mort, si simple, si savante,</div>
- <div class="vers10">Si favorable au souffrant qui s’endort,</div>
- <div class="vers10">Me cherchez-vous, je suis votre servante:</div>
- <div class="vers10">Dans vos bras nus, l’âme est plus libre encor.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a>
-Madame Valmore, dans son Recueil posthume (ou peut-être son
-éditeur) a rangé elle-même ses poësies sous des appellations similaires,
-mais sans beaucoup de suite.</p>
-
-<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a>
-Silence qu’elle ne veut même plus rompre par l’écriture: «<i>n’écris
-pas!</i>»</p>
-</div>
-
-<h2 id="Page_43" class="srf">III</h2>
-
-<h3>*</h3>
-
-<p>Ainsi catégorisés les termes d’association de ces
-divers sujets d’inspiration, il nous sera utile—et plus
-facile de grouper les rythmes dont le poëte les revêtit.
-Jamais de poëme à forme fixe. Muse bien trop débordante,
-déchaînée avec résignation mais tumultueuse et
-torrentueuse—pour se ranger à si étroites digues, la
-muse à la fois digne et familière qui ose risquer cette
-déclaration à la Vierge:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Cet amour des amours qui m’isole en ce lieu,</div>
- <div class="vers">Ce fut le vôtre; <i>eh bien: parlez-en donc à Dieu</i>.</div>
-</div>
-
-<p>Je distingue une première sorte ou famille de pièces,
-divisées en strophes, le plus souvent de quatre hexamètres
-(quelquefois plus; rarement de distiques). Pièces
-d’ordinaire peu étendues, mais d’allure large, sans
-doute les plus parfaites, presque en forme de menu
-poëme à forme fixe pour soi, et pleines à leur manière
-de l’immortelle vibration du</p>
-
-<div class="poem vers">Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_46">[p. 46]</span>
-de Victor Hugo; sans le charme ou le discrédit que
-confèrent à d’autres pièces, des passades de rythmes
-non suivis, de vers irréguliers entrecoupés fortuitement,
-bizarrement, dithyrambiquement.</p>
-
-<p>A cette première famille ressortissent <i>La vie et la
-mort du ramier</i>, <i>Renoncement</i>, <i>La couronne effeuillée</i>,
-etc., etc.; et de plus longues, <i>Le mal du pays</i>, <i>Tristesse</i>,
-<i>Départ de Lyon</i>, etc.<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> J’énumère les titres des principales
-pièces englobées par chacun de ces groupements,
-dans une note dont la nomenclature n’offrirait point
-ici d’intérêt, outre que l’auteur n’excelle point aux
-intitulés. Les siens (loin de cet art du titre qui nous
-semble devoir être fait d’un mot synthétique, jamais
-renouvelé au cours de la pièce qu’il désigne), les siens,
-dis-je, sauf parfois quelque douce ingéniosité telle que
-le <i>Soleil des morts</i> pour la Lune—ne contiennent que
-<span class="pagenum" id="Page_47">[p. 47]</span>
-l’appel ou le rappel du sujet, sans dédaigner <i>Simple
-Histoire</i> ni même <i>Merci mon Dieu!</i> La croix de ma
-mère—qui n’y est point—s’y fût-elle rencontrée,
-qu’on en eût presque pu rapporter la vieille <i>trouvaille</i>
-à cette loi foi de Baudelaire: «Beauté du lieu commun.»
-Car n’est-ce pas du fait de cette beauté trop prisée
-que le lieu commun est devenu tel; mais qu’il porte en
-soi la force ou le charme de vaincre cette période de
-profanation, et le voilà promu <i>lieu éternel</i>.</p>
-
-<p>La strophe large, abdiquant l’hexamètre, s’allège et se
-familiarise, comme dans <i>l’Élégie à Pauline Duchambge</i>.
-Et c’est alors une autre veine où la précieuse élégance
-des <span class="smcap">Émaux et Camées</span>, comme dans <i>Un arc de triomphe</i>,
-s’allie au virtuose esprit des <span class="smcap">Rues et des bois</span> pour
-procréer un second groupe, dépendant du premier,
-qu’il égaie et subtilise<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>. Un troisième naît du mélange
-de l’hexamètre et de vers plus légers, toujours également
-disposés dans des strophes régulières. C’est
-<i>Un billet de femme</i>, le <i>Soleil lointain</i>; mais cette forme
-sert tout aussi souvent des poëmes de la seconde
-famille<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_48">[p. 48]</span>
-Joignez-y les pièces en hexamètres<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> non divisées
-en strophes (<i>Avant toi</i>, <i>La Fleur d’eau</i>, <i>L’Augure</i>, etc.),
-et enfin celles où se faufile, puis se glisse et s’irrue le
-vers irrégulier, quelquefois un seul dans toute une
-longue pièce, comme dans <i>La Maison de ma Mère</i>,
-<i>A mes Sœurs</i>, <i>Au Poëte prolétaire</i>, et ce sera (surtout de
-par ces dernières, les plus nombreuses),<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a> la famille
-complète des poëmes plus ou moins descriptifs.</p>
-
-<p>Voici ce que, dans une étude précédente abandonnée,
-me suggéraient ces entraînants <i>irréguliers</i> employés
-par Madame Desbordes-Valmore, avec, en une verve différente,
-un bonheur parfois égal à celui de La Fontaine:
-«Un réseau de poëmes moins ordonnés, mais dont les
-beautés partielles sont peut-être les plus <i lang="la" xml:lang="la">ad imaginem</i>
-<span class="pagenum" id="Page_49">[p. 49]</span>
-de cette âme. Quand il est bien frappé un vers de cette
-<i>lyre</i>, suivant la banale expression, cette fois ennoblie,
-est si intense qu’il se suffit à lui-même, et, presque ne
-pourrait qu’être gêné par le voisinage d’un aussi puissant.
-Il y aurait superfétation, étouffement, comme sur
-de ces orangers replets et redondants qui ressemblent
-à de vastes boules de senteurs, encombrés, presque
-incommodés qu’ils peuvent être à la fois par plusieurs
-sortes et règnes de végétation et de poussée: feuilles,
-fleurs, fruits nouveaux—et jusqu’à des fruits de deux
-ans s’assurant plus de suavité et de saveur d’un second
-retour de sève!</p>
-
-<p>Cette clairière de poëmes moins touffus, plus aérés
-par l’étirement <i lang="la" xml:lang="la">ad libitum</i> de la pièce, parfois le vers libre
-intromis avec une aisance qui, chez tout autre serait
-licence, mais ouvre là visiblement comme une prise
-d’air pour une poitrine oppressée, c’est le vrai champ
-d’évolution, la vraie aire de Valmore. Pas de dilettantisme
-exquis comme de l’y voir et suivre volter, voler,
-virevolter, courir, sourire, mourir... et se reprendre
-tout innocemment, inconsciemment, inconsidérément,
-d’<ins id="cor_5" title="enrhytmie">enrythmie</ins> native et d’ingéniosité ingénue, d’où ses
-compositions héritent de ce galbe unique de complication
-naturelle et de simplicité si précieuse.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_50">[p. 50]</span>
-C’est là que sur la piste infailliblement originale
-jusqu’en la banalité, et captivante même en la niaiserie,
-éclatent avec plus de miracle, se détachent et
-s’isolent de ses prouesses consacrées <i>inégalables</i> par
-l’arbitre de ces tournois comme le scrutateur accompli
-de tous les creusets d’esthétique théorique: j’ai nommé
-Charles Baudelaire.»</p>
-
-<p>La deuxième famille est toute chantante: <i>ode</i> ou
-<i>cantique</i>, <i>berceuse</i> ou <i>romance</i>. L’auteur y englobait
-modestement toute son œuvre: «<i>Quelques chansons
-méritent-elles que l’on s’occupe de moi et que l’on
-m’admette au livre de la science?</i>»</p>
-
-<p>L’<i>Ode</i>, c’est <i>Au soleil</i>, <i>Au Christ</i>, <i>Chant des Mères</i>,
-les <i>Oiseaux</i>, etc. Le <i>Cantique</i>, c’est <i>Prière des orphelins</i>,
-<i>les Enfants à la communion</i>, etc. Les deux <i>Berceuses</i>
-sont spécifiées telles par leurs titres: <i>Dormeuse</i> et
-<i>Pour endormir l’enfant</i>. Et il n’y aurait aucunement
-lieu d’être surpris d’apprendre que cette naïve inspirée
-qui nous avoue: «La musique roulait dans ma tête
-malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes
-idées à l’insu de ma réflexion...» <i>d’apprendre enfin</i>
-qu’elle n’aurait composé ses <i>Dormeuses</i> que pour avoir
-trouvé leur rythme et leurs rimes, leur matière et
-leur manière tout simplement les mieux aptes à faire
-descendre le sommeil.</p>
-
-<div class="poem"><span class="pagenum" id="Page_51">[p. 51]</span>
- <div class="vers">Sommeil, ange invisible aux ailes caressantes.</div>
- <div class="versd dots ph"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante</div>
- <div class="vers">Pour aider le sommeil à descendre au berceau?</div>
- <div class="vers">Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?</div>
-</div>
-
-<p>Pour les <i>romances</i> qui ne sont point toujours celles
-que le poëte a étiquetées ainsi, et dont les plus belles
-concertent souvent ailleurs, elles sont sans nombre—rarement
-sans agrément, <ins id="err_1" title="souvent (Errata)">parfois</ins> pleines d’envol.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="pttl vers7">LES CLOCHES ET LES LARMES</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div>
- <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">L’orgue sous le sombre arceau,</div>
- <div class="vers7">Le pauvre offrant sa neuvaine,</div>
- <div class="vers7">Le prisonnier dans sa chaîne</div>
- <div class="vers7">Et l’enfant dans son berceau;</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div>
- <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">La cloche pleure le jour</div>
- <div class="vers7">Qui va mourir sur l’église,</div>
- <div class="vers7">Et cette pleureuse assise,</div>
- <div class="vers7">Qu’a-t-elle à pleurer?... L’amour.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div>
- <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Priant les anges cachés</div>
- <div class="vers7">D’assoupir ses nuits funestes,</div>
- <div class="vers7">Voyez aux sphères célestes</div>
- <div class="vers7">Ses longs regards attachés.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Sur la terre où sonne l’heure,</div>
- <div class="vers7">Tout pleure, ah! mon Dieu, tout pleure.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <span class="pagenum" id="Page_52">[p. 52]</span>
- <div class="vers7">Et le ciel a répondu:</div>
- <div class="vers7">«Terre, ô terre, attendez l’heure!</div>
- <div class="vers7">J’ai dit à tout ce qui pleure</div>
- <div class="vers7">Que tout lui sera rendu.»</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Sonnez, cloches ruisselantes!</div>
- <div class="vers7">Ruisselez, larmes brûlantes!</div>
- <div class="vers7">Cloches qui pleurez le jour:</div>
- <div class="vers7">Beaux yeux qui pleurez l’amour!</div>
-</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a>
-Prière pour lui.—Point d’adieu.—Pressentiment.—Le billet.—La
-vallée.—L’attente.—Amour.—La jalouse.—Je ne crois plus.—Abnégation.—Une
-fleur.—Les fleurs.—Amour et charité.—A celles
-qui pleurent.—Dieu pleure avec les innocents.—Dors.—Le mauvais
-jour.—Veillée.—Un moment.—L’Églantine.—A Madame ***.—Madame
-Emile de Girardin.—Dans la rue.—L’absence.—Les roses
-de Saadi.—La jeune fille et le ramier.—La voix d’un ami.—Le
-secret perdu.—Au livre de Léopardi.—L’Esclave et l’oiseau.—Le nid
-solitaire.—Un ruisseau de la Scarpe—Inès.—Loin du Monde.—Hippolyte.—A
-une mère qui pleure aussi.—Quand je pense à ma
-mère, etc.</p>
-
-<p>La Fileuse et Rêve intermittent d’une nuit triste quoique non en
-hexamètres pourront ressortir à ce groupe.</p>
-
-<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a>
-Le rossignol et la recluse.—Les amitiés de la jeunesse.—Plus
-de chants.—Le billet d’une amie.—L’amour.—L’aumône.—Retour
-dans une église, etc.</p>
-
-<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a>
-Croyance.—Ame et jeunesse.—Prison et printemps.—Jeune fille.—Qui
-sera roi?—Une lettre de femme.—Cigale.—L’innocence, etc.</p>
-
-<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a>
-La nuit.—L’isolement.—Le message.—Plusieurs élégies et des
-dialogues.—Le regard.—Les deux peupliers.—Révélation.—Pitié.—Détachement.—La
-crainte.—L’impossible.—L’éphémère.—Le
-convoi d’un ange.—Au médecin de ma mère.—L’hiver.—Au revoir.—Les
-roseaux.—L’augure.—La ronce.—L’Église d’Arond.—A
-madame A. Tastée.—Amour.—Prière pour mon amie.—A l’Auteur
-de Marie.—Le soleil des morts.—Le Dimanche des rameaux.—L’ami
-d’enfance.—La jeune comédienne.—Une ruelle de Flandre.—Laisse-nous
-pleurer.—Les prisons et les prières.—Au citoyen Raspail.—L’amie,
-etc.</p>
-
-<p>Et en vers plus brefs: Son image.—Les deux ramiers, etc.</p>
-
-<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a>
-L’arbrisseau.—Les roses.—La journée perdue.—L’adieu du soir.—L’absence.—La
-fontaine.—L’inquiétude.—Le concert.—Le
-billet.—L’insomnie.—L’imprudence.—La prière perdue.—A
-l’amour.—Les lettres.—La nuit d’hiver.—L’inconstance.—A
-Délie, etc., etc.</p>
-</div>
-
-<h2 id="Page_53" class="srf">IV</h2>
-
-<h3>*</h3>
-
-<p>Sur ce sujet de Madame Desbordes-Valmore, j’ai lu
-les articles et le volume de Sainte-Beuve, un article de
-M. Montégut (remarquable par un juste tableau de
-l’isolement de cette mémoire), la préface de M. Lacaussade,
-l’appendice de M. Hippolyte Valmore. Tous travaux
-intéressants à des valeurs inégales, nourris de
-faits un peu répétés, de documents similaires, d’appréciations
-simultanées, néanmoins éloquents, utiles
-et nobles. Le volume de Sainte-Beuve est non seulement
-un bel acte, mais une bonne action. On y sent
-du cœur et de l’amour. Après qu’on fut tenté de
-trouver fastidieuse l’énumération de tant de noms
-vains et obscurs, l’idée qui la suggère au Maître critique
-apparaît touchante: «J’avais songé, dit-il, par
-une compensation bien due à réunir d’autre part
-autour d’elle, quelques-uns des noms dont elle eût le
-plus à se louer, bon nombre des êtres bienfaisants et
-secourables qu’elle avait rencontrés sur sa route et qui
-<span class="pagenum" id="Page_56">[p. 56]</span>
-lui avaient été une consolation, une douceur et un
-réconfort au milieu de ses maux.»</p>
-
-<p>Je pense de même que, pour en faciliter l’étude et
-relever l’éclat, il serait désirable de rassembler en un
-seul ouvrage tous les articles et études jusqu’à ce jour
-consacrés à cette poétique figure.</p>
-
-<p>L’émouvante correspondance révélée par le livre de
-Sainte-Beuve, pourrait aussi en être extraite pour
-s’unifier, se compléter.</p>
-
-<p>Les brèves pages de Dumas, de Baudelaire, de Banville
-et de M.&nbsp;Verlaine ouvrent des appréciations plus
-subtiles. Et le sentiment du second, dans son expression
-incisive et pénétrante me paraît encore, pour le
-moment, le plus satisfaisant et le mieux venu.</p>
-
-<p>La résultante de lecture de tous ces beaux essais
-demeure l’étonnement, non de la méconnaissance, mais
-de l’ignorance publique du détail d’une gloire ainsi
-révolue, puis résolue; enregistrée et muette: une
-renommée sans buccin.</p>
-
-<p><i>Gloire</i>, Lamartine couronnait déjà du mot Marceline
-attendrie et confuse. Et pourtant Baudelaire a
-beau se révolter et nous crier justement: «oubliée
-par qui, je vous prie? par ceux-là qui ne sentant rien,
-ne peuvent se souvenir de rien.» M.&nbsp;Verlaine lui
-<span class="pagenum" id="Page_57">[p. 57]</span>
-répond avec non moins de justesse: «obscurité apparente,
-mais absolue.» Et c’est un si indéniable fait, au
-sortir de notre étonnement, qui nous sauve du scrupule:
-comment oser tenter d’accroître une illustration
-si faite et si parfaite?—C’est parce qu’elle est ainsi,
-décrétée et accréditée par ces grands qui la goûtèrent...
-et moururent, mais forclose à qui aime mieux croire
-qu’aller voir, surtout au prix d’un peu d’étude; et
-pourtant toute pleine de ce qui parle à tous par l’humanité
-poignante, brûlante et pleurante, qu’il faut
-s’efforcer de rompre et ce silence et cette digue, de
-livrer à ce gave bienfaisant de charité dans la mort
-comme durant la vie, bien des âmes désolées à irriguer
-et rafraîchir, bien des âmes dévorées à ensoleiller
-et consoler.</p>
-
-<p>Toute œuvre, si grand et légitime qu’ait pu en être
-l’éclat du vivant de l’auteur, n’existe vraiment qu’à
-dater du jour où le silence mortuaire l’ayant ensevelie
-comme d’une lave refroidie, une curiosité éclairée et
-pieuse en vient retrouver les fragments qui survivent
-aux éruptions et aux cataclysmes. Et la vraie vie des
-ustensiles d’Herculanum n’est-elle pas sous les vitrines
-où la disponibilité et la sinécure de leur silhouette
-sans usage nous versent à voir et à boire tant de
-rétrospective rêverie. Œuvrons donc de notre mieux
-<span class="pagenum" id="Page_58">[p. 58]</span>
-pour coopérer au livre que requérait Sainte-Beuve
-quand il écrit: «Je ne fais qu’indiquer ici un développement
-qui sera mieux placé ailleurs, et dans le
-livre que je sollicite.» Car c’est encore le propre de la
-contagieuse ardeur née de cette œuvre, que chaque
-nouvel adepte brûle d’en voir propager le rayonnement,
-et convoque dans le présent et dans l’avenir
-quiconque peut contribuer à l’étendre.</p>
-
-<p>Mais ce livre tel que le sollicitait l’illustre critique,
-n’est sans doute point faisable. Quel portrait écrit ou
-peint fût-il réalisé jamais qu’au fur des momentanéités
-de l’individu successivement saisies et fixées. Ce livre,
-ce sera le souhaitable assemblage des études et des
-articles tout à l’heure évoqués, lorsqu’il y en aura eu
-encore beaucoup d’autres, toujours et tous beaux au
-moins, de leur inclination et de leur visée.</p>
-
-<div class="secsep">✻</div>
-
-<p>Ce qui me surprend un peu, particulièrement dans
-Baudelaire et chez M.&nbsp;Verlaine, c’est l’exagération de
-ce reproche: le manque de forme, le vice de forme, le
-contenant du revêtement inégal au contenu du rêve.
-Je cite les textes de ces deux rhéteurs: «Tout ce qui
-lui manque de ce qui peut s’acquérir par le travail...
-négligence... cahot... trouble... parti pris de paresse,»
-<span class="pagenum" id="Page_59">[p. 59]</span>
-réquisitoire du premier. «Une langue suffisante et de
-l’effort assez pour ne se montrer qu’intéressamment»
-ajoute le second déjà moins injuste, et plus loin reconnaissant
-à cette muse la priorité de rythmes inusités.</p>
-
-<p>Certes, j’entends comme ces maîtres l’entendent, et
-me fais fort de renchérir où il sied; mais là, je m’insurge.
-La conclusion de M.&nbsp;Verlaine est exacte, mais
-peut-être pas assez ponctuelle. «Sublime artiste, sans
-trop le savoir,» c’est possible; mais aussi, et, je veux
-bien encore, sans le savoir, <i>merveilleux virtuose</i>.
-Guère de malignité, presque de rouerie poëtique qui
-n’ait été inventée ou appliquée par cette innocente.
-L’allitération, ce ressort du vers, son élasticité et sa
-vertèbre, en même temps que sa pulsation et sa respiration,
-la <ins id="cor_6" title="circulalion">circulation</ins> de sa vie depuis sa tête jusqu’à
-sa rime, l’allitération revêche aux balourdes plumes,
-exquise à la fine pointe des styles, dont aucun des élus
-ne l’a négligée sous peine de priver sa poësie du plus
-idéal de ses trucs et de la plus élégante de ses ailes,
-l’allitération chère à Virgile et surtout à Catulle ne
-pouvait tirer de plus ingénue justification que de sa
-génération spontanée en cette prosodie réputée originelle.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Désenchaîner leurs nuits, <i>désenchanter</i> leurs jours.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_60">[p. 60]</span>
- <div class="vers">Quand celui qui me <i>fuit</i> ne songeait qu’à me <i>suivre</i>.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">C’est l’amour qui <i>fermente</i> au fond d’un cœur <i>fermé</i>.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Madeleine <i>insultée</i> et comme elle <i>indulgente</i>.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Après avoir <i>souri</i>, se penche pour <i>mourir</i>.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Point de <i>lait</i>, point de <i>lit</i>... il fallait donc mourir<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_61">[p. 61]</span>
-Oui, il semble que ces versatiles registres vont des
-vers tout âme par les vers tout nus jusqu’aux mieux
-ornés.</p>
-
-<p>Qu’est-ce en effet que ceci:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">De longs jours sans manteaux, de longs soirs sans lumières,</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">On les croirait<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a> poussés par un ange qui vole</div>
- <div class="vers"><i>Qui de leurs blonds cheveux leur souffle une auréole</i>.</div>
-</div>
-
-<p>Non seulement je ne reconnais pas là de date
-impliquant et infligeant vis-à-vis d’une génération
-intermédiaire, avant définitive consécration, le discrédit
-du <i>passé de mode</i>; mais j’y démêle de ces caractères
-d’<i>éternellement déroutant</i> qui ne permettent
-jamais de ne plus être de l’avenir.</p>
-
-<p>Exemple:</p>
-
-<div class="poem vers">Et montrent l’autre vie au fond <i>du souvenir</i>.</div>
-
-<p>N’est-ce pas bien le contraire de ce qu’on allait dire,
-qui eût été banal, et qui se transforme. Tout comme
-en cet autre:</p>
-
-<div class="poem vers">Voilà le souvenir au pénétrant <i>silence</i>.</div>
-
-<p class="noind">que <i>langage</i> eût été moins beau!</p>
-
-<p>J’étendrai jusque-là mon avocasserie de signaler,
-<span class="pagenum" id="Page_62">[p. 62]</span>
-hors de toute inculpation de pastiche et de plagiat de
-part ni d’autre, mais du seul fait d’une de ces fréquentes
-réverbérations de pensées, sans enquêtes de
-dates, et rien que pour faire ressortir toute l’étendue
-de ces vocalises, des parités d’inspiration de notre
-poëtesse à de ses grands contemporains comme à de
-leurs brillants neveux. Que dis-je? Combien, de coupe
-et de couleur répercute en ma mémoire classique
-l’illustre strophe:</p>
-
-<div class="poem vers">Source délicieuse en matière féconde,</div>
-
-<p class="noind">cette invocation:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Sombre douleur, dégoût du monde,</div>
- <div class="vers8">Fruit amer de l’adversité</div>
- <div class="vers">Où l’âme anéantie en sa chute profonde</div>
- <div class="vers8">Rêve à peine à l’éternité,</div>
- <div class="vers8">Soulève <ins id="err_2" title="le froid (Errata)">ton poids</ins> qui m’opprime,</div>
- <div class="vers">Dieu l’ordonne, un moment, laisse-moi respirer.</div>
- <div class="vers">Ah! si le désespoir, à ses yeux, est un crime,</div>
- <div class="vers10">Laisse-moi donc la force d’espérer.</div>
-</div>
-
-<p>Madame Valmore est vraiment le seul poëte dont
-on puisse parfois <i>inventer</i> les pensées sans les connaître
-et répéter les formules sans les avoir ouïes,
-parce que sa vision—disons sa <i>voyance</i> allait <i>cueillir</i>
-les formes dans le lieu même des idées éternelles,</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Ces fruits protégés de mystère.</div>
-</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_63">[p. 63]</span>
-que même les plus inspirés d’entre les poëtes appesantissent
-en les revêtant fût-ce des plus nobles rhétoriques
-terrestres.</p>
-
-<p>De là vient que la poësie de cette muse, maintes
-fois exprime l’ineffable où, selon un de ses vers les
-plus divins:</p>
-
-<div class="poem vers">Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel.</div>
-
-<p>Certains de ses morceaux ne rencontrent que dans
-Hugo leur équivalent de souffle et d’allure. Soit le
-<i>Soleil lointain</i> qui, par places, m’apporte comme un
-fraternel écho de <i>A Villequier</i>:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">O vie, ô fleur d’orage, ô menace, ô mystère,</div>
- <div class="vers6">O songe aveugle et beau!</div>
- <div class="vers">Réponds! ne sais-tu rien, en passant sur la terre</div>
- <div class="vers6">Que ta route au tombeau.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Vos pieds sont las, pliez. Dieu vous mettra des ailes</div>
- <div class="vers6">Et vous pourrez voler<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a></div>
-</div>
-
-<p class="noind">me reporte aussi vers la <i>Claire</i> du même maître, que
-me rappelle ailleurs lointainement</p>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_64">[p. 64]</span>
- <div class="vers6">C’est beau la jeune fille</div>
- <div class="vers6">Qui laisse aller son cœur</div>
- <div class="vers6">Dans son regard qui brille</div>
- <div class="vers6">Et se lève au bonheur.<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a></div>
-</div>
-
-<p class="noind">et plus proche</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme</div>
- <div class="vers">Aimait! Aimait! Et puis, comme si quelque charme</div>
- <div class="vers">Mis entre elle et le monde eût isolé ses pas,</div>
- <div class="vers">Elle errait dans la foule et ne s’y mêlait pas.<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a></div>
-</div>
-
-<p class="noind">avec enfin</p>
-
-<div class="poem vers">Pleurant comme effrayés d’un sort involontaire.<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a></div>
-
-<p class="noind">mais la <i>Mise en liberté</i> de Hugo, encore, ne s’envole-t-elle
-pas tout entière de cette strophe troisième de
-l’<i>Esclave et l’Oiseau</i>.</p>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_65">[p. 65]</span>
- <div class="vers">Va retrouver dans l’air la volupté de vivre!</div>
- <div class="vers">Va boire les baisers de Dieu qui te délivre!</div>
- <div class="vers">Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour</div>
- <div class="vers">Va-t-en! va-t-en! va-t-en! sauve-toi sans retour!</div>
-</div>
-
-<p class="noind">Oui, chez le Grand Maître et le Grand Père seulement
-se retrouvent des pièces de la tournure de <i>Croyance</i>,
-<i>Prison et Printemps</i>, <i>l’Enfant et la Foi</i>, <i>Au Revoir</i>, <i>aux
-Nouveau-Nés heureux</i>, <i>Ame et Jeunesse</i>, <i>Jeune fille</i>.</p>
-
-<div class="poem vers">Va, je n’oublierai plus qu’ils me le rappelaient.</div>
-
-<p class="noind">n’est qu’une variation probablement anticipée du</p>
-
-<div class="poem vers">Tu me fais souvenir que j’ai tout oublié.</div>
-
-<p class="noind">que Hugo reprend lui-même à son Hernani sous cette
-forme:</p>
-
-<div class="poem vers">Je ne me souviens plus que d’avoir oublié!</div>
-
-<p class="noind">Son:</p>
-
-<div class="poem vers">Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.</div>
-
-<p class="noind">qui n’est autre que l’antique</p>
-
-<div class="poem vers"><i lang="la" xml:lang="la">Centum sunt causæ cur ego semper amem.</i></div>
-
-<p class="noind">s’énamoure plus d’une fois chez notre Flamande:</p>
-
-<div class="poem vers">Qu’elle est à plaindre, elle a d’autres soins que l’amour!</div>
-
-<p class="noind">Et mieux:</p>
-
-<div class="poem vers">Il faut aimer pourtant; que faire de son cœur?</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_66">[p. 66]</span>
-Tel que Marion de Lorme de son Didier, l’enfant
-répond, de son ramier: «Je l’aime!»</p>
-
-<div class="poem vers">Comme celle qui croit oublier quelque chose.</div>
-
-<p class="noind">et</p>
-
-<div class="poem vers">On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne</div>
-
-<p class="noind">sont de véritables vers d’Hugo. Combien <i>Le Pauvre</i> a
-de lumineux frères dans l’œuvre d’Olympio!—Je rapproche
-encore:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Où deux êtres unis marchaient,</div>
- <div class="vers8">Les voilà séparés... mystère!</div>
-</div>
-
-<p class="noind">de</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers7">Autrefois inséparables,</div>
- <div class="vers7">Et maintenant séparés!<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a></div>
-</div>
-
-<p class="noind">Ensuite</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers9">... son enfant, seule vie où l’on s’aime</div>
- <div class="vers">Qui passe devant nous comme on fut une fois.</div>
-</div>
-
-<p class="noind">de</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">A chaque pas qu’il fait l’enfant derrière lui</div>
- <div class="vers">Laisse plusieurs petits fantômes de lui-même.<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a></div>
-</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_67">[p. 67]</span>
-Enfin</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Buvez en étreignant cette femme penchée</div>
- <div class="vers3">Sur son fruit.</div>
-</div>
-
-<p class="noind">de</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">La nourrice au sein nu qui baisse les paupières.<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<p>O Éva<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a></p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers2">... à l’heure où tout est sombre</div>
- <div class="vers">Où tu te plais à suivre un chemin effacé,</div>
- <div class="vers">A rêver appuyée aux branches incertaines</div>
- <div class="vers">Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,</div>
- <div class="vers">Ton amour taciturne et toujours menacé!</div>
-</div>
-
-<p class="noind">voici un écho de ta plainte pourtant sans seconde:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Vous sentiriez alors le besoin de rêver</div>
- <div class="vers">De livrer au hasard votre marche incertaine</div>
- <div class="vers">De ralentir vos pas au bruit d’une fontaine</div>
- <div class="vers">Et de pleurer les maux que je viens d’éprouver.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<p><i>Un Arc de Triomphe</i> avec ses</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Mille doux cris à têtes noires</div>
-</div>
-
-<p class="noind">n’offre-t-il pas, le paradoxe est fort: quelque mine des
-<span class="smcap">Émaux et camées</span>?</p>
-
-<p>Qu’est-ce que</p>
-
-<div class="poem vers">Une voix seule éteinte en changeait le concert</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_68">[p. 68]</span>
-sinon</p>
-
-<div class="poem vers">Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a></div>
-
-<p class="noind">ou réciproquement?</p>
-
-<div class="poem vers">Ne parle pas, je ne veux pas entendre</div>
-
-<p class="noind">n’irait-elle pas jusqu’à évoquer <i>Celle qui est trop gaie</i>
-elle-même? Pourquoi non? puisque du même Baudelaire
-pourrait s’échanger contre</p>
-
-<div class="poem vers">Il est de longs soupirs qui traversent les âges</div>
-
-<p class="noind">son plus nerveux et verveux</p>
-
-<div class="poem vers">Que cet ardent <ins id="err_3" title="complot (Errata)">sanglot</ins> qui roule d’âge en âge.</div>
-
-<p class="noind">Et, de nos jours</p>
-
-<div class="poem vers">Dis aux petits que les étés sont courts</div>
-
-<p class="noind">tinte bien <i>le chant des oiseaux des courts étés</i>, de
-Sully-Prudhomme.</p>
-
-<p>Et pour finir, n’est-ce pas comme une surprenante
-<span class="pagenum" id="Page_69">[p. 69]</span>
-résonnance préventive du lied de Tristan dans Wagner,
-cette dernière strophe du <i>Dernier rendez-vous</i>.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Je viendrai, car tu dois mourir</div>
- <div class="vers">Sans être las de me chérir</div>
- <div class="vers">Et comme deux ramiers fidèles</div>
- <div class="vers">Séparés par de sombres jours</div>
- <div class="vers">Pour monter où l’on vit toujours</div>
- <div class="vers">Nous entrelacerons nos ailes,</div>
- <div class="vers">Là les heures sont éternelles.<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a></div>
-</div>
-
-<div class="secsep">✻ ✻</div>
-
-<p>Il faudrait bien, bien des pages, encore et toujours
-des pages pour désenfiler toutes les blandices, Baudelaire
-l’écrit: les <i>perpétuelles trouvailles</i> de cette poësie.
-Même sans parler de ses curiosités pittoresques de
-locutions ou de métaphores, telles que,</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Jusqu’au chaume <i>enlierré</i> que j’appelais maison</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Pour un marin qui <i>trace</i> l’onde</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_70">[p. 70]</span>
- Il voit <i>rire un jardin</i> sur l’étroit cimetière</div>
- <div class="vers">Où la lune souvent me prenait à genoux.</div>
- <div class="vers"><i>L’ironie embaumée</i> a remplacé la pierre</div>
- <div class="vers">Où j’allais, d’une tombe indigente héritière,</div>
- <div class="vers">Relire ma croyance au dernier rendez-vous.</div>
-</div>
-
-<p>Je dis, de cette poësie aux énoncés si touchants et
-toujours imprévus; de ces hirondelles qui sont</p>
-
-<div class="poem vers">Mille doux cris à têtes noires;</div>
-
-<p class="noind">non loin de ce rossignol qu’elle dénomme:</p>
-
-<div class="poem vers">Douce horloge du soir au saule suspendue;</div>
-
-<p class="noind">de ce bal qui tourne</p>
-
-<div class="poem vers">Dans leur nuit de lumière, et d’encens, et de soie;</div>
-
-<p class="noind">de ce médecin de la maison de sa mère, ce docteur ami
-à qui l’auteur écrit</p>
-
-<div class="poem vers">Quand Dieu sous ta figure y désaffligeait l’heure;</div>
-
-<p class="noind">de ces fillettes dans un décor de nature qui s’enjolive
-d’un vocabulaire de mobilier vieillot:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers6">Les ruisseaux des prairies</div>
- <div class="vers4">Font des psychés</div>
- <div class="vers6">Où, libres et fleuries,</div>
- <div class="vers4">Les fronts penchés,</div>
- <div class="vers6">Dans l’eau qui se balance</div>
- <div class="vers4">Sans se lasser</div>
- <div class="vers6">Nous allons en silence</div>
- <div class="vers4">Nous voir passer.</div>
-</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_71">[p. 71]</span>
-Si féerique mirage que peut-être je ne lui <ins id="err_4" title="préférais (Errata)">préférerais</ins>
-rien, s’il n’y avait encore, et, sans doute par dessus
-tout, ceci:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="pttl vers3">SOIR D’ÉTÉ</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Un danger circule à l’ombre</div>
- <div class="vers5">Au chant de l’oiseau</div>
- <div class="vers7">Qui descend dès qu’il fait sombre</div>
- <div class="vers5">Se plaindre au roseau.</div>
- <div class="vers7">Alors tout ce qui respire</div>
- <div class="vers5">Se prend à rêver,</div>
- <div class="vers7">Et le ruisseau qui soupire</div>
- <div class="vers5">Semble l’éprouver.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Partout les nids et les ailes</div>
- <div class="vers5">Tremblent doucement</div>
- <div class="vers7">Dénonçant des tourterelles</div>
- <div class="vers5">L’entretien charmant.</div>
- <div class="vers7">L’été brûle avec mystère</div>
- <div class="vers5">Dans les lits en fleurs,</div>
- <div class="vers7">Des seuls amants de la terre</div>
- <div class="vers5">Sans blâme et sans pleurs.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Été, si trop jeune encore</div>
- <div class="vers5">Pour fuir un danger,</div>
- <div class="vers7">L’enfant rêveur que j’adore</div>
- <div class="vers5">S’attarde au verger,</div>
- <div class="vers7">Laisse dans l’errante nue</div>
- <div class="vers5">Ton charme cruel,</div>
- <div class="vers7">Et sauve l’âme ingénue</div>
- <div class="vers5">Du plaisir mortel!</div>
-</div>
-</div>
-
-<p class="noind"><span class="pagenum" id="Page_72">[p. 72]</span>
-Ce commentaire, point par point, fleur par fleur, pleur
-par pleur, perle par perle, devra être l’œuvre d’un autre,
-je voudrais du prochain des coryphées de ce chœur qui
-se fera longtemps gloire et joie d’exalter cette unique
-muse. Je fais seulement remarquer ici, en passant, la
-noblesse dont elle sait empreindre l’usage familier du
-mot <i>Madame</i><a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Madame,<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> le plus beau des temples</div>
- <div class="vers8">C’est le cœur du peuple, entrez-y:</div>
- <div class="vers8">Le Roi des Rois l’a bien choisi.</div>
- <div class="versd dots" style="padding-left: 2.5em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Quand vous m’avez écrit tout ce que, femme ou mère</div>
- <div class="vers6">Écrira de plus doux,</div>
- <div class="vers">Je me plaignais, Madame, à cette vie amère,</div>
- <div class="vers6">Je lui parlais de vous.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Ainsi, Madame, allons, l’augure a trop de charmes</div>
- <div class="vers6">Pour n’être pas certain;</div>
- <div class="vers">Allons! Et dans la nuit tournons nos yeux en larmes</div>
- <div class="vers6">Vers le soleil lointain.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_73">[p. 73]</span>
- <div class="vers">Distraite de souffrir pour saluer votre âme,</div>
- <div class="vers">Voilà mon âme: elle est où vous souffrez, Madame.</div>
-</div>
-
-<p>Puisse mon travail d’aujourd’hui faciliter la suite
-que je lui désire, de par cette classification que je
-revendique, et que je crois utile et bonne; elle
-n’était guère plus aisée que celle dont parle le conte
-de fées, de ces duvets de mille couleurs emplissant une
-chambre, et qu’il s’agissait de répartir et de trier. La
-princesse y parvint pourtant; non, à vrai dire, sans
-des secours féeriques, qui, je crois bien, ne m’ont pas
-fait défaut. Les fées existent toujours. C’est un blasphème
-que de n’y point croire. Elles s’en vengent en
-ne secondant que ceux qui les en prient.</p>
-
-<p class="sep2">Le temps, je le répète, qui sculpte et polit, selon
-leur dureté et leur beauté, ce que nous lui laissons de
-nos œuvres, ainsi que le flot fait des rocs et des
-falaises, respectera, chaque jour davantage, l’œuvre
-dont nous nous entretenons. Il le témoignera en en
-déblayant les entours et facilitant les approches, quand
-il aura découvert et compris que ce qu’il prenait pour
-une fragile et friable grève était un marbre, et que ce
-marbre fut ciselé par la nature et l’art associés, à l’égal
-d’un de ces monuments aux si capricieuses arabesques,
-qu’ils ne paraissent point bâtis de main d’homme, mais
-<span class="pagenum" id="Page_74">[p. 74]</span>
-éclos, en une nuit, de quelque rêve, en guise de palais
-d’Aladin.</p>
-
-<p>Mais s’il fallait qu’un détestable et imprévu désastre
-détruisît l’œuvre en n’en laissant subsister que
-les parcelles que je vous soumets, l’avenir, je n’en
-doute pas, se pencherait sur elles, tout comme nous
-faisons sur les vers isolés de ce Publius Syrus et de
-cette Sapho qui avaient écrit tant de mimes et de
-poësies dont il ne reste que des débris et des fragments
-pareils à des pulvérisations d’étoiles.</p>
-
-<p>Ma collection, c’est un herbier—immarcescible.
-<i>Je l’ai fait sans presque y songer</i>, aux coups pressés
-d’une lame émue qu’annotent les touches rapides
-d’un crayon sensible de fasciné. Plus d’ordre et de
-mesure, de pause et de dosage dans le choix sont
-malaisés et dangereux devers cette poësie fugace, et
-risquent toujours l’excès ou le manque. La fleur se
-fond en rosée ou s’enfuit en papillon.</p>
-
-<div class="poem vers">J’éclos pour m’envoler et je risque mes ailes!</div>
-
-<p>C’est ma cueillette. Le massif, qui est une <i>forêt
-mouillée</i>, de combien de larmes! peut fournir cent
-autres bouquets renouveaux et surdivers au gré du
-style qui rédige et du cœur qui dirige.</p>
-
-<p>Oui ce sont fleurs dont la sève est de sang et le
-<span class="pagenum" id="Page_75">[p. 75]</span>
-<i lang="la" xml:lang="la">rorate</i> de larmes. <i>Pleurs</i> et <i>Fleurs</i> dont l’inconscient
-virtuose n’a su oser que partiellement le magnifique
-titre, devrait être celui de son édition <i lang="la" xml:lang="la">ne varietur</i>. A
-cette double source, le reproche encouru de monotonie
-n’est-il pas vain? Le <i>chacun son métier</i>, pour
-notre ouvrière se résolvait en larmes.</p>
-
-<div class="poem vers">Sédentaire à l’église et bornée à ses pleurs</div>
-
-<p>Son œuvre est un éloge des larmes. Celle qui cessait
-de chanter <i>parce que sa voix la faisait pleurer</i>, ne
-devait-elle pas rencontrer les plus bouleversants des
-accents tracés?...</p>
-
-<p>Moi, je me récuse, ou plutôt, j’abdique. A d’autres;</p>
-
-<div class="poem vers10"><i lang="la" xml:lang="la">Quasi cursores <ins id="cor_7" title="vitoe">vitæ</ins> lampada tradunt</i></div>
-
-<p class="noind">que si l’on requérait pourtant ceux des vers de
-Madame Valmore que je distingue par préciput sans
-omettre certains cris tels que:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Où va-t-on vers ce qu’on espère?</div>
-</div>
-
-<p class="noind">et</p>
-
-<div class="poem vers">Oh! que l’âme est troublée à l’adieu d’un prestige!</div>
-
-<p class="noind">j’élirais entre beaucoup</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><i>Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme.</i></div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><i>Moi seule en mon chemin et pleurante au milieu</i></div>
-</div>
-
-<p class="noind">et</p>
-
-<div class="poem vers"><i>Comme un fil noir à l’or enlacé tristement.</i></div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_76">[p. 76]</span>
-<i>Exegi.</i> Je conclus et clos ces pages qui ont du moins
-pour elles de ne pas ouvrir par «Marceline, Félicité,
-Joséphe... naquit à...» et sauves, j’espère, du vernis
-souvent un peu <ins id="cor_8" title="boursoufflé">boursouflé</ins> des faiseurs d’exégèses qui
-semblent croire qu’ils décorent le sujet—au lieu de
-s’en couronner.</p>
-
-<p>Et je signe... cette <i>critique</i>? Dieu m’en garde!—Ce
-<i>cantique</i>?...—Je voudrais!</p>
-
-<div class="secsep">✻ ✻ ✻</div>
-
-<p>Une dernière réflexion pour finir:</p>
-
-<p>D’abord disons que ce qui précède n’a trait absolu
-qu’à l’édition Lemerre, et que les extraits en sont prélevés;
-cette édition étant, jusqu’à ce jour, la seule sur
-laquelle se puisse exercer une vue d’ensemble un peu
-intégrale. En cela, nous devons trop à son éditeur
-pour pouvoir que le remercier. Nonobstant, et grâce à
-ce zèle communicatif qu’engendre l’œuvre de Madame
-Valmore, il y a lieu de croire que les éditeurs
-aussi se relaieront dans le futur pour assurer toujours
-plus d’ampleur et d’envergure au geste entier de la
-poëtesse.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_77">[p. 77]</span>
-Mais il sied aujourd’hui de constater un fait: l’édition
-n’est pas complète. Et puisque le bon goût qui y
-présida ne fait pas de doutes et que, d’autre part,
-d’importants fragments, voire de fort belles pièces en
-sont absents, il y a lieu d’attribuer cette lacune à une
-émotion filiale éliminant de parti-pris tout ce qui lui
-semblait trop avoisiner cette double flamme; d’abord
-la passionnelle, déterminante de tout cet embrasement;
-puis la purifiante par le feu scrupuleux et sacrilège de
-quelque vengeur enfer de vertus:</p>
-
-<div class="poem vers">Expiant, Dieu le veut, le nom de ta maîtresse.</div>
-
-<p class="noind">et</p>
-
-<div class="poem vers">Je vois le Purgatoire au fond de ma pâleur</div>
-
-<p class="noind">voilà les deux notes qu’il s’agit, sinon d’étouffer, d’assoupir
-du moins.</p>
-
-<p class="sep2">Qu’un <i>pareil ange</i>, selon le mot de M.&nbsp;Verlaine se
-montre plus ou moins timoré, bourrelé même, ce n’est
-qu’une aile de plus dont la candeur et la splendeur
-(plutôt que se voiler de silence imprudent et de réserves
-irrévérencieuses) doivent éclater en la pleine lumière
-de ce feu, lui-même générateur de tout ce buisson
-<span class="pagenum" id="Page_78">[p. 78]</span>
-ardent, et si solidaire de l’amour divin qu’il ne saurait
-que refleurir et tout droit, en paradis.</p>
-
-<div class="poem vers">Seigneur qui n’a cherché votre amour dans l’amour</div>
-
-<p class="noind">et jusqu’à ce radieux blasphème</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Le ciel illuminé s’emplit de ta présence;</div>
- <div class="vers">Dieu te mit devant moi, je compris sa puissance;</div>
- <div class="vers">En passant par tes yeux mon âme a tout prévu</div>
- <div class="vers">Dieu, c’est toi pour mon cœur; j’ai vu Dieu, je t’ai vu!</div>
-</div>
-
-<p class="noind">La figure de Valmore, loin d’être définitive, s’ébauche
-à peine. Son œuvre est de celles dont la méconnaissance
-du vivant et l’oubli au sortir du trépas composent
-les deux premières phases d’engendrement
-naturel à la postérité; et qui, pour atteindre leur plein
-degré de manifeste et d’influence, doivent être <i>retrouvées</i>,
-ainsi qu’une Pompéï ou des grains de blé
-endormis renferment des germes de moisson en puissance.
-Rougir pour cette plaintive sublime amante du
-feu qui la dore, serait d’un culte inéclairé, sinon d’une
-offense aveugle. La suprême, décisive et impérissable
-Valmore doit entrer</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Entrer sous ton aile enflammée</div>
- <div class="vers8">Où l’on entre par le tombeau</div>
-</div>
-
-<p class="noind">dans le temps et l’éternité, je l’ai dit au début, en
-Anactoria chrétienne, en Francesca pardonnée illuminant
-<span class="pagenum" id="Page_79">[p. 79]</span>
-de son idolâtrie innocentée et couronnée un
-Phaon inconnu, un Paolo mystérieux de qui toute la
-gloire est d’avoir allumé cette ardeur dont elle résume
-la foi et le dogme dans sa magnifique <i>Croyance</i>:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Son souffle lissera mes ailes sans poussière</div>
- <div class="vers6">Pour les ouvrir à Dieu.</div>
- <div class="vers">Et nous l’attendrirons de la même prière,</div>
- <div class="vers">Car c’est l’éternité qu’il nous faut tout entière,</div>
- <div class="vers6">On n’y dit plus adieu!</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a>
-On ne sait ce qu’il faut le plus admirer de la mauvaise foi ou de la
-mauvaise mémoire de certains critiques glosant sur ces matières. Je cite
-pour la curiosité de ce fait, tel passage lu récemment sur le sujet d’un
-volume de poésies: «Ces mots s’appellent l’un l’autre en dépit de tout
-contenu intellectuel rien que par la similitude des syllabes, et par une sorte
-de mystérieuse aimantation... Le <i>réséda</i> réside, l’<i>œillet</i> est un <i>œil</i> et le
-<i>papillon</i> est <i>pape</i>... Grâce à ses ressources qu’on peut justement appeler
-étonnantes...» En conclusion, l’auteur de ce texte paraît donc ignorer que
-Virgile écrivait entr’autres:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="vers10"><i lang="la" xml:lang="la">Amores</i> experietur <i>amaros</i></div>
-</div>
-
-<p>Catulle (<span lang="la" xml:lang="la">ad januam</span>):</p>
-
-<div class="npoem">
- <span class="nvers" lang="la" xml:lang="la">Tantum <i>operire</i> soles aut <i>aperire</i> domum</span>
-</div>
-
-<p class="noind">sans omettre dans Victor Hugo:</p>
-
-<div class="npoem">
- <span class="nvers">Comme un <i>enfant</i> qui <i><ins id="cor_9" title="soufle">souffle</ins></i> en un <i>flocon</i> d’écume</span><br />
- <span class="nvers">Chaque homme <i>enfle</i> une bulle où se <i>reflète</i> un ciel</span>
-</div>
-
-<p class="noind">et combien d’autres.</p>
-
-<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a>
-Des enfants.</p>
-
-<p class="lalign"><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a>
- Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor,<br />
- <span class="nvers">Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre,</span><br />
- <span class="nvers">Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d’or.</span><br />
- <span class="attrib">V. H.—Claire.</span></p>
-
-<p class="lalign"><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a>
- Ceux qui n’ont pas connu cette charmante fille<br />
- <span class="nvers">Ne peuvent pas savoir ce qu’était ce regard</span><br />
- <span class="nvers">Transparent comme l’eau qui s’égaie et qui brille</span><br />
- <span class="nvers">Quand l’étoile surgit sur l’océan hagard.</span><br />
- <span class="attrib">V. H.—Claire.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="nvers">La fange des ruisseaux qui consterne mes pas</div>
- <div class="nvers">Et la foule déserte où tu ne descends pas.</div>
- <div class="ralign">Desbordes-Valmore.</div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a>
-Et qu’elle acceptait peu sa vie involontaire.<br />
-<span class="attrib">V. H.—Claire.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a>
- <a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a>
- <a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Victor Hugo.</p>
-
-<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a>
-Vigny.</p>
-
-<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a>
-Lamartine.</p>
-
-<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a>
-Alors nous serions morts inséparés, unis à jamais, sans fin, sans
-réveil, sans crainte, sans nom, dans le sein de l’amour, livrés à nous-mêmes,
-ne vivant plus que pour l’amour.</p>
-
-<p class="ralign"><span class="smcap">Wagner.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a>
-Victor Hugo seul, spécialement dans son superbe sonnet à Madame
-Judith <ins id="err_5" title="Gauthier (Errata)">Gautier</ins> en a fait un titre aussi vraiment royal.</p>
-
-<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a>
-La Reine Marie-Amélie.</p>
-</div>
-
-<h2 id="Page_81">APPENDICE</h2>
-
-<p>J’augure un autre travail de réparation, de répartition
-et de décor dans la future réunion des lettres
-déjà publiées, entre elles, puis à d’inédites. On en tirera
-une autre clef de ce cœur; clef de cloître, clef de voûte,
-ou du moins clef musicale révélant bien, cette fois, la
-délicieuse définition de Shelley: <i>Clef d’argent de la
-fontaine des larmes</i>.</p>
-
-<p>Mon désir d’encadrer un poëme manuscrit de celle
-que je vénérais me mit d’abord en possession d’une ou
-deux de ses lettres dont le nouveau filon d’attendrissement
-auguste me rendit insatiable jusque là de me
-faire successivement acquérir une centaine de ces
-autographes (que j’ai le bonheur de posséder aujourd’hui),
-et dirai-je pour quel gros chiffre menu qui
-rendrait surprises et confuses (autant que le purent
-être certains dessins de Millet, si les choses qui ont
-des larmes ont aussi des sourires) ces mêmes lettres
-qui attendaient le départ, quelquefois de longs jours,
-tout écrites, faute de l’affranchissement de leur timbre?</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_82">[p. 82]</span>
-«<i>C’est un affreux malheur, mais le plus beau malheur
-possible</i>» écrit quelque part Vigny. Propre chanson
-pour l’air de cette correspondance, indiscontinûment
-variée sur le <i><ins id="cor_10" title="leimotiv">leitmotiv</ins></i> plus ou moins lancinant, toujours
-détaché et digne de ce qu’elle y baptise elle-même
-son <i>parfait tombé d’espoir</i>. Lisez encore: «<i>Le
-malaise que je traîne après moi dans tous mes vœux
-déçus</i>». Et plus grièvement: «<i>Les peines, la terreur,
-l’humiliation ne tuent pas, et je vis enfin à travers
-des choses bien blessantes et que j’aurais jugées mortelles.</i>»—«<i>Je
-ne voudrais pas que mon sort changeât
-au prix de certaines démarches suppliantes qui me
-rendraient les douceurs accordées d’une amertume
-douloureuse.</i>»—«<i>Je retourne à souffrir.</i>» concluait-elle
-dans une lettre déjà éditée.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir;</div>
- <div class="vers">Tout tressaille averti de la prochains ondée.</div>
-</div>
-
-<p>Ces deux vers de l’auteur devraient épigraphier sa
-correspondance où l’on sent à chaque ligne une spirituelle
-et naturelle allégresse prête à éclore, refoulée
-par cette trop prochaine ondée des larmes, pour les
-siens, pour les autres,—ah! que si rarement et discrètement
-pour soi! Et cela sans jamais de ton pleurnicheur
-ni même larmoyant, en une si haute tenue de
-<span class="pagenum" id="Page_83">[p. 83]</span>
-style et d’attitude non voulue que du fait d’une nature
-fière avec modestie, humble avec noblesse.</p>
-
-<p>Ajouterai-je que plus des deux tiers de ces lettres ne
-sont que de jolis placets implorant secours pour plus
-pauvre que soi. Il semble, et l’épistolière le dit, que
-l’expérience toujours plus aiguë et raffinée du malheur,
-n’ait pour effet que de la gagner plus effectivement et
-affectivement aux endolorissements d’autrui.</p>
-
-<p>De ces pages, il y en a pour de ses amis Tripier-Lefranc,
-Derains, Nairac, Branchu, etc., puis a des
-illustres: Dumas, Auber, Chaix d’Estanges, etc., en
-lesquels son inlassable zélation rencontre des aides.
-Presque chaque épître enveloppe, disons entortille
-d’une grâce qui se fait chatte quand il s’agit du bien
-du prochain un petit drame de misère adroitement
-présenté au profit d’un nouvel inconnu; de quelle
-grâce variant à l’infini la courtoisie des formules polies
-et jolies bien savoureuses et surprenantes à relire en
-notre ère de lettres de quête autographiées et pas
-même signées de la main de la demanderesse.</p>
-
-<p>Voici d’abord des extraits, de mélancoliques, de
-spirituels:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p><span class="pagenum" id="Page_84">[p. 84]</span>
-Ici, madame, tout s’absorbe jusqu’à la mélancolie. C’est un mot
-élégant qui ne passe pas dans une ville de commerce, et vous êtes
-bien bonne de l’avoir lu sur ma figure.</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p class="sep2">Allez, monsieur, je sais beaucoup de vos peines, et si vous allez
-sur ces tombes d’amour et d’amitié pour être entendu, dites-moi
-quelque chose, je l’entendrai, je crois, car en vérité, la vie est
-souvent triste et isolée comme la mort.</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p class="sep2">Que je vous sais gré d’y être pour vous mêmes (à Paris,) car
-enfin c’est encore là où on peut choisir ce qui convient le mieux aux
-goûts de l’esprit et de l’humeur. Ici (à Lyon) il faut prendre de la
-boue et des rubans, des rubans et de la boue, c’est la carte. L’autre
-printemps, c’était... affreux; des boulets et du sang, du sang et des
-boulets. Il m’en reste un horrible souvenir dans l’âme et dans les
-nerfs.</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p class="sep2">Monsieur Dutillœul me dit encore d’obtenir que Bra écrive au
-maire qui l’aime beaucoup; je n’oserai le faire de mon côté que si
-mon cousin m’appuie, car cela me paraît bien hardi pour une
-femme d’écrire à un maire, et de demander des grâces.</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p class="sep2"><span class="pagenum" id="Page_85">[p. 85]</span>
-Sachez que je viens de recevoir un programme de la fête de
-Gayant. Il sent le gâteau, la bière et le jambon. J’ai eu presque
-faim en le lisant, et il y a bien longtemps que je n’ai eu faim.</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p class="sep2">Vous m’avez honorée d’un témoignage de votre amitié, <i>beau pour
-toujours</i>, cher Monsieur. Vous savez que c’est à cette seule condition
-du <i>pour toujours</i> que mon fils adorait la pomme ou les bonbons
-que je lui donnais.</p>
-
-<div class="dotsc"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<p class="sep2">Vos confitures ont-elles réussi? Moi je manque toutes mes
-romances.</p>
-</div>
-
-<p class="sep2">Puis, intégralement une de ces belles et simples
-suppliques de recommandation.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="addr">Madame,</p>
-
-<p>Je commence par vous demander humblement pardon d’une
-démarche qui n’a d’appui que votre extrême bonté.</p>
-
-<p>Si vous vous étonnez, madame, que sans avoir l’honneur d’être
-connue de vous je me sente assez de courage pour recommander
-quelqu’un à votre sérieux intérêt vous penserez avec raison qu’il
-faut avoir entendu sur votre caractère un récit bien encourageant
-pour avoir enhardi jusque-là mon humilité.</p>
-
-<p>Il a été dit devant moi que monsieur le Duc et madame la
-<span class="pagenum" id="Page_86">[p. 86]</span>
-Duchesse de Luynes n’avaient pas encore arrêté le concierge qui
-doit garder prochainement leur nouvel hôtel.</p>
-
-<p>Si j’étais assez heureuse pour que le pur motif d’obliger une
-honnête famille me fût inspiré par la Providence, qui se sert des
-plus faibles quelquefois pour ses desseins d’ordre et de charité, je
-me féliciterais d’avoir à signaler à madame la Duchesse les nommés
-Roblin, concierges de la maison d’assurance et de gaz, rue de
-Richelieu n<sup>o</sup> 89. Cette vaste maison devant être prochainement
-démolie laisse un père de famille très probe et très intelligent à la
-triste liberté de chercher un autre asyle. Les répondants les plus
-graves et les plus honorables viendraient à l’appui de mon humble
-supplique près de madame la Duchesse, et justifieraient avec
-empressement les premières paroles portées jusqu’à vous, madame,
-par votre plus humble servante.</p>
-
-<p class="ralign">M<sup>me</sup> <span class="smcap">Desbordes-Valmore</span>.</p>
-
-<p><small>89, rue de Richelieu.</small></p>
-</div>
-
-<p>Ensuite deux lettres, deux placets à Alexandre
-Dumas. On en admirera le tour fémininement fraternel.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="ralign"><i>Lyon, le 29 mai 1835.</i></p>
-
-<p>Je saisis à travers une pluie d’orage, la bonne et belle occasion
-de me rappeler à vous. C’est pour vous rappeler que vous venez
-d’être encore pour moi aussi bon, aussi obligeant que si je le
-méritais. Je ne peux pas vous dire combien je vous sais gré d’être
-obligeant comme un enfant pour les enfantillages de tous ces
-hommes mûrs à moustaches noires ou grises. Ce brave Algérien
-eût été bien heureux de vous devoir (après son sabre) le bouquet
-de cerise qu’il voulait remporter à sa boutonnière; mais il m’a
-avoué qu’il était aussi fier de vos démarches pour lui et de votre
-<span class="pagenum" id="Page_87">[p. 87]</span>
-accueil, que du ruban qu’il croit mériter. Que je vous aime donc
-de l’avoir consolé! et que j’ai à cœur votre gloire, votre bonheur
-en tout! Je vous conjure d’y travailler, de nous jeter vos fleurs,
-vos <i>Christine</i>, vos âmes de femmes qui doivent vous étouffer.
-Donnez-moi la joie de vos succès, car je vois bien que je n’en aurai
-jamais d’autre avec vous, et qu’il me sera toujours impossible de
-vous être bonne à rien sur la terre qu’à me faire du bien comme
-vous en avez pris l’habitude.</p>
-
-<p>Soyez heureux!</p>
-
-<p class="ralign"><span class="smcap">Marceline D. Valmore.</span></p>
-</div>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="ralign"><i>Paris, 16 août 1837.</i></p>
-
-<p>Quand vous n’êtes plus là, je ne suis bonne à rien pour moi ni
-pour les autres.</p>
-
-<p>Si vous étiez à Paris, vous prendriez par la main un charmant
-enfant qui n’a ni père ni mère, et que nous avons fait entrer
-à l’Opéra pour jouer des petits génies et des demi-dieux, ce qu’on
-lui fait jouer avec beaucoup de bonté, jusqu’à l’avoir admis aux
-fêtes de Versailles, en Mercure, ce qui l’a rendu à peu près fou
-de joie et de surprise. Mais les demi-dieux <i>mangent</i>, et depuis son
-admission (il y a trois mois) dans les classes de MM. Coraly,
-Mérante et Barré, le pauvre orphelin a reçu douze francs, pour prix
-de ses jolies petites jambes.—Vous le prendriez donc par la
-main, j’osais le penser, et vous diriez à M. Dupré, tout-puissant
-sur M. Duponchel, de donner quelque humble appointement à ce
-jeune garçon que nous avons fait monter dans la diligence sur la
-route de Lyon à Paris.</p>
-
-<p>Envoyez-moi deux lignes de votre nom pour que j’ose moi-même
-chercher un appui à cet enfant. Je ne vous demande point
-pardon d’aller vous étouffer de mes prières. A qui voulez-vous que
-je demande de la bonté qui ne se lasse pas? Pas plus que je ne
-me lasse de vous aimer et d’être à vous de tout mon cœur.</p>
-
-<p class="ralign"><span class="smcap">Marceline Valmore.</span></p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_88">[p. 88]</span>
-Enfin cet étonnant compliment de noces:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="addr">A Monsieur Alexandre Wattemart.</p>
-
-<p>Madame Valmore est allée avec empressement pour assister à
-la bénédiction nuptiale.</p>
-
-<p>Il était près de midi. Après le temps de prier et d’attendre, nul
-mariage n’a eu lieu. Quelque obstacle a donc rendu, ce jour-là,
-Notre-Dame-de-Lorette, déserte de cette solennité, sur laquelle
-Madame Valmore appelle toutes les bénédictions du ciel.</p>
-
-<p class="ralign">M<sup>me</sup> <span class="smcap">Valmore</span></p>
-
-<p><small><i>22 février 43.</i></small></p>
-</div>
-
-<h2 id="Page_89" class="srf"><span class="smcap">Essai de Classification<br />
-<small>des&nbsp;Motifs&nbsp;d’inspiration
-de la&nbsp;Poësie de Marceline&nbsp;DESBORDES-VALMORE</small></span></h2>
-
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_91">DIVISIONS</h3>
-
-<table summary="Divisions et sous-divisions">
-<tr style="margin-bottom: 1em;">
- <td class="tdrm">I.</td>
- <td class="tdlm">—</td>
- <td class="tdlm"><a href="#Page_93">AMOUR</a></td>
- <td class="tdlmb lh15 cs8"><a href="#Page_105">LES YEUX ET LES PLEURS</a>.<br />
- <a href="#Page_111">LA VOIX</a>.</td>
-</tr>
-<tr><td colspan="3" class="cs3">&nbsp;</td></tr>
-<tr>
- <td class="tdrm">II.</td>
- <td class="tdlm">—</td>
- <td class="tdlm"><a href="#Page_115">TENDRESSE-TRISTESSE</a></td>
- <td class="tdlmb lh15 cs8"><a href="#Page_121">PRISONS ET EXILS</a>.<br />
- <a href="#Page_127"><i>IPSA.</i></a></td>
-</tr>
-<tr><td colspan="3" class="cs3">&nbsp;</td></tr>
-<tr>
- <td class="tdrm">III.</td>
- <td class="tdlm">—</td>
- <td class="tdlm"><a href="#Page_135">MATERNITÉ ET ENFANCE</a></td>
- <td>&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr><td colspan="3" class="cs3">&nbsp;</td></tr>
-<tr>
- <td class="tdrm">IV.</td>
- <td class="tdlm">—</td>
- <td class="tdlm"><a href="#Page_147">FOI</a></td>
- <td>&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm">V.</td>
- <td class="tdlm">—</td>
- <td class="tdlm"><a href="#Page_155">NATURE</a></td>
- <td class="tdlmb lh15 cs8"><a href="#Page_161">L’AMOUR DES FLEURS</a><br />
- <a href="#Page_165">L’AMOUR DE L’EAU</a><br />
- <a href="#Page_171">LE RYTHME</a><br />
- <a href="#Page_175">LE SILENCE</a>.</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm">VI.</td>
- <td class="tdlm">—</td>
- <td class="tdlm"><a href="#Page_179">ÉTERNITÉ</a>.</td>
- <td>&nbsp;</td>
-</tr>
-</table>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_93">AMOUR</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Amour divin rôdeur glissant entre les âmes.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_95">[p. 95]</span>
- <div class="vers">L’heure qui nous sépare, au temps est inutile.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Enfin le jour se cache et me prend en pitié.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Tout ce qui manque à ta tendresse</div>
- <div class="vers8">Ne manque-t-il pas à mes vœux?</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers8">Et le bonheur du souvenir</div>
- <div class="vers">Va se confondre encore avec le bonheur même.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Comme la route au loin se prolonge isolée.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Je suis seule et là-bas sous de noirs arbrisseaux</div>
- <div class="vers">La moitié de mon âme est errante et voilée.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><i>J’ai cru respirer l’air qui va nous réunir.</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Forcez-moi de parler, car j’ai peur de mourir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">«Dans mes ennuis, dit-il, j’ai fait une couronne</div>
- <div class="vers">Elle est fanée, hélas! pourtant je te la donne.»</div>
- <div class="vers">Je l’ai sentie alors descendre sur mes yeux</div>
- <div class="vers">Et je n’y voyais plus; mais sa voix est si tendre...</div>
- <div class="vers">Et quand on n’y voit plus, ma mère, on entend mieux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_96">[p. 96]</span>
- J’ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Toi qui m’a tout repris jusqu’au bonheur d’attendre</div>
- <div class="vers">Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un cœur tendre,</div>
- <div class="vers">L’amour et ma mémoire où se nourrit l’amour.</div>
- <div class="vers">Je lui dois le passé, c’est presque ton retour.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">C’est là que sans fierté je me révèle encore</div>
- <div class="vers">Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite</div>
- <div class="vers">Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Oui, plus que toi l’absence est douce au cœur fidèle</div>
- <div class="vers">Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">L’amour m’enveloppa de ton ombre chérie</div>
- <div class="vers">Et malgré la saison l’air me parut brûlant.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Je devinai ton âme, et j’entendis mon cœur.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers10">L’âme du monde éclaira notre amour.</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers">Je croyais que les cieux ne donnaient tant d’amour</div>
- <div class="vers">Que pour en éclairer une autre âme à son tour.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Le doute est le seul bien que m’ait laissé le sort.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et mon dernier adieu dans les airs s’est perdu.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Loin de moi, s’il se peut, ma sœur, emportez-moi.</div>
- <div class="vers">Mon mal est dans sa vue, et lorsque j’y succombe</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_97">[p. 97]</span>
- Mon mal doit vous toucher, ce n’est pas le remord.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Veux-tu? mais ne dis pas que l’heure est trop rapide,</div>
- <div class="vers">Veux-tu voir la montagne et le courant limpide,</div>
- <div class="vers">Veux-tu venir au pied du grand chêne abattu?...</div>
- <div class="vers">—Moi, je ne réponds pas, pour écouter «Veux-tu?»</div>
- <div class="vers">«Veux-tu? mais ne dis pas que la lune est cachée,</div>
- <div class="vers">Veux-tu voir notre image au bord des flots penchée?</div>
- <div class="vers">Ne tremble pas, tout dort, l’oiseau même s’est tu.»</div>
- <div class="vers">Et mon refus se meurt en écoutant: Veux-tu?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">Ah! je t’en prie, il ne faut plus venir</div>
- <div class="vers10">Redemander mon âme presque heureuse.</div>
- <div class="versd dots" style="padding-left: 1.5em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Je ne t’accuse pas! qui sait si le tombeau</div>
- <div class="vers">Sera froid sur mon corps si mon souffle t’effleure.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Chaque désir trahi me rend à la douleur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">C’est l’orgueil: il sépare, il ressemble à la haine.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">J’ai contemplé longtemps ma mort dans leur bonheur</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Tout change, il a changé, d’où vient que j’en murmure?</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ton nom, comme un écho, lui parlera de moi.</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_98">[p. 98]</span>
- Qu’il soit son seul reproche en ta douleur modeste.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et ce morne silence où parlent les douleurs.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">On dirait que la mort a passé sur mon cœur.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Quand j’expire à sa porte on ne m’y connaît pas.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers-8">Quittez l’envie</div>
- <div class="vers">De rappeler le temps où j’ai cru le haïr.</div>
- <div class="vers">D’un souvenir si doux l’erreur évanouie</div>
- <div class="vers">Laisse au fond de mon âme un long étonnement.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Pour qu’il soit le bonheur, je l’ai trop attendu.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Moi, troubler son bonheur? c’est celui qui me reste!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand ton nom <i>mêlé dans mon sort</i><a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a></div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien de <i>Amour</i><br />
-avec <a href="#Page_179"><i>Éternité</i></a>.<br />
-<b>Fragment.</b><span class="sne">♦</span></div>
- <div class="vers">Prends mon deuil: un pavot, une feuille d’absinthe,</div>
- <div class="vers">Quelques lilas d’avril dont j’aimai tant la fleur,</div>
- <div class="vers">Durant tout un printemps, qu’ils sèchent sur ton cœur;</div>
- <div class="vers">Je t’en prie un printemps; cette espérance est sainte</div>
- <div class="vers">J’ai souffert, et jamais d’importunes clameurs</div>
- <div class="vers">N’ont rappelé vers moi ton amitié distraite;</div>
- <div class="vers">Va! j’en veux à la mort qui sera moins discrète.</div>
- <div class="vers">Et je ne serai plus quand tu liras: «Je meurs.»</div>
-<span class="pagenum" id="Page_99">[p. 99]</span>
- <div class="vers">Porte en mon souvenir un parfum de tendresse.</div>
- <div class="vers">Si tout ne meurt en moi, j’irai le respirer.</div>
- <div class="vers">Sur l’arbre où la colombe a caché son ivresse</div>
- <div class="vers">Une feuille, au printemps suffit pour l’attirer.</div>
- <div class="vers">S’ils viennent demander <ins id="err_6" title="pour quoi (Errata)">pourquoi</ins> ta fantaisie</div>
- <div class="vers">De cette couleur sombre attriste un temps d’amour,</div>
- <div class="vers">Dis que c’est par amour que ton cœur l’a choisie,</div>
- <div class="vers">Dis-leur qu’amour est triste ou le devient un jour;</div>
- <div class="vers">Que c’est un vœu d’enfance, une amitié première;</div>
- <div class="vers">Oh! dis-le sans froideur, car je t’écouterai!</div>
- <div class="vers">Invente un doux symbole où je me cacherai:</div>
- <div class="vers">Cette ruse entre nous encor... C’est la dernière.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Contente de brûler dans l’air choisi par toi!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Si l’amour a des pleurs, la haine a des tourments.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Parle-moi doucement, sans voix, parle à mon âme.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Altérés l’un de l’autre et contents de frémir</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">On a si peu de temps à s’aimer sur la terre,</div>
- <div class="vers">Ah! qu’il faut se hâter de dépenser son cœur!<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Ce bonheur accablant que donne ta présence</div>
- <div class="vers">Trop vite épuiserait la flamme de mes jours.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Le même ange peut-être a regardé nos mères</div>
- <div class="vers">Peut-être une seule âme a formé deux enfants.</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_100">[p. 100]</span>
- Oui la moitié qui manque à tes jours éphémères</div>
- <div class="vers">Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivants.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8"><i>Et comme une fleur sur sa tige</i></div>
- <div class="vers8"><i>Je tremblerais sur tes genoux.</i></div>
- <div class="versd dots" style="padding-left: 2.5em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Mais le jour luit, mon rêve tombe,</div>
- <div class="vers8">Au soleil les rêves ont peur,</div>
- <div class="vers8">Et les ailes de ma colombe</div>
- <div class="vers8">Vont seules te porter mon cœur.</div>
- <div class="vers8">Elle a respiré l’air où j’aime</div>
- <div class="vers8">Dans mes bras son vol a frémi:</div>
- <div class="vers8">Triste comme un peu de moi-même</div>
- <div class="vers8">Caresse-la, mon seul ami!</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">Il ne viendra jamais, pourquoi le lui défendre?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand vivre était le ciel—ou s’en ressouvenir!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours...</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><i>Pour entr’ailer nos jours d’un fraternel essor</i></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tu ne sauras jamais comme je sais moi-même,</div>
- <div class="vers"><i>A quelle profondeur je t’atteins et je t’aime</i>,</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Née avant toi... Douleur. Tu le verrais peut-être</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_101">[p. 101]</span>
- Si je vivais trop tard. Ne le fais point paraître,</div>
- <div class="vers">Ne dis pas que l’Amour sait compter, trompe-moi:</div>
- <div class="vers">Je m’en ressouviendrai pour mourir avant toi:</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Je t’aime comme un pauvre enfant</div>
- <div class="vers8">Soumis au ciel quand le ciel change</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Je rends les fleurs qu’on me défend.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers8">Qui doucement essuyait ma pensée</div>
- <div class="vers8">Du rêve amer qui fait aimer la mort?</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">O jours d’hier, ô jeunesse envolée</div>
- <div class="vers8">Avant notre âme, autre oiseau gémissant</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers"><i>C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Toi, ton doux cri pardon qui brisait ma colère,</div>
- <div class="vers">A qui le diras-tu, qu’il sache tant lui plaire?</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">N’en cherche plus l’écho c’est moi qui le recèle?</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Mais te créer l’effroi de ma fidélité</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">De ce qui fut à nous emporte le bonheur</div>
- <div class="vers">Je n’en avais besoin que quand j’avais un cœur;</div>
- <div class="vers">C’est là que je souffrais, c’est là que je suis morte.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Jours fiévreux pleins de bruits que nuls bruits ne défont</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tu viendras, tu verras, nous pleurerons ensemble:</div>
- <div class="vers">C’est là le sort de tout ce que le temps rassemble,</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_102">[p. 102]</span>
- Comme l’ombre de nous, tu me regarderas,</div>
- <div class="vers">Tu verras mieux mon âme, alors tu pleureras.</div>
- <div class="vers">Ma plus profonde vie, hélas! que Dieu te garde:</div>
- <div class="vers">A travers mon regard que le ciel te regarde</div>
- <div class="vers">Comme tu regardais à travers mes cheveux</div>
- <div class="vers">Que je laissais déjà retomber sur mes yeux;</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Allez! midi n’est pas l’heure du souvenir</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et vous direz mon nom en cherchant dans les autres</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">C’est le poignard levé qui nous frappe au réveil (le doute)</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">L’ombre est si belle où m’attire ta main</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers8">Les joyaux n’échauffent point l’âme,</div>
- <div class="vers8"><i>Un cheveu qu’on aime est plus fort</i>.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers-6">Quel démon en chemin</div>
- <div class="vers">L’a saisi? c’est qu’il aime, il a trouvé son âme!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Tu m’as connue au temps des roses</div>
- <div class="vers8">Quand les colombes sont écloses</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">A l’étonnement de nos âmes</div>
- <div class="vers8">Tout jetait des fleurs et des flammes</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Nous n’étions mortels qu’à demi</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">N’écris pas, je suis triste, et je voudrais m’éteindre,</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_103">[p. 103]</span>
- Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau,</div>
- <div class="vers"><i>J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre</i></div>
- <div class="vers">Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><i>Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes</i></div>
- <div class="vers">C’est entendre le ciel sans y monter jamais.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Tu n’en sauras rien sur la terre</div>
- <div class="vers8">Flamme invisible en ton chemin,</div>
- <div class="vers8">Je vivrai d’un ardent mystère</div>
- <div class="vers8">Sans avoir rencontré ta main.<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a></div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="vers10">Votre nom seul suffira bien</div>
- <div class="vers10">Pour me retenir asservie.</div>
- <div class="vers10">Il est alentour de ma vie.</div>
- <div class="vers10"><i>Roulé comme un ardent lien</i></div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem nvers">Il faut aimer pourtant! que faire de son cœur?</div>
-
-<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a>
-Vers d’allure romantique qu’on dirait de Victor Hugo.</p>
-
-<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a>
-Qui rappelle le sonnet d’Arvers.</p>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_105">LES YEUX ET LES PLEURS</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes!</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_107">[p. 107]</span>
- <div class="vers">On dirait que le jour est rentré dans ses yeux.<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et qu’en chantant surtout on est près de pleurer.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Tes beaux yeux en s’ouvrant un jour à la lumière</div>
- <div class="vers">Ont condamné les miens à te pleurer toujours.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Que j’aimais de tes yeux la brûlante douceur!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers0">... Oh! l’ange qui pardonne</div>
- <div class="vers">Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Du charme de ses yeux il m’accablait encore.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Que la vie est rapide et paresseuse ensemble</div>
- <div class="vers">Dans ma main qui s’égare, et qui brûle et qui tremble</div>
- <div class="vers">Que sa coupe est fragile et lente à se briser.</div>
- <div class="vers">Ciel! Que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_108">[p. 108]</span>
- Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière.</div>
- <div class="vers">Je m’enfuis dans mon âme et j’ai revu ses yeux!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand ton sein se brisa dans une lutte affreuse</div>
- <div class="vers">On ignorait encore qu’il était plein de pleurs.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Ainsi qui lit trop loin ne voit plus que des larmes.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Les pleurs silencieux attendent les plus doux</div>
- <div class="vers">Ils souffrent sans le dire, ils meurent à genoux.<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>avec
-<a href="#Page_155"><i>Nature</i></a>.<span class="sne">♦</span></div>
-
- <span class="pagenum" id="Page_109">[p. 109]</span>
- <div class="vers2">... Un charme est dans mes pleurs,</div>
- <div class="vers"><i>L’air est chargé d’espoir</i>, il revient, je le jure.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Ce qui m’a fait pleurer jamais je ne l’oublie.</div>
- <div class="vers">Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristesse.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">C’était ton regard pur qui répandait sa flamme</div>
- <div class="vers">Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Allez, Dieu comptera vos pleurs</div>
- <div class="vers8">Au fond d’une âme solitaire.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers8">Que le pleur plein d’un triste charme</div>
- <div class="vers8">Dont tes chants ont mouillé mes yeux.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">Ainsi pour m’acquitter de ton regard à toi,</div>
- <div class="vers">Je voudrais être un monde et te dire: «Prends-moi.»</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ni ces heures sans nom dans le temps balancées</div>
- <div class="vers">Dont les ailes pliaient d’un tel bonheur lassées</div>
- <div class="vers">Alors que je laissais pour unique entretien</div>
- <div class="vers">Mon regard ébloui s’abriter sous le tien.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et fondre dans mes yeux quelque doute rêveur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><i>Qu’ils me font mal sur d’autres que les miens</i> (les yeux).</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_110">[p. 110]</span>
- Et Dieu vous bénira qui dans vos chastes yeux</div>
- <div class="vers">Infiltra le symbole et la teinte des cieux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Laissez tomber sans voix les larmes de mes yeux</div>
- <div class="vers">Qui cherchent leur chemin pour arriver aux cieux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand tout y devient froid, jusqu’aux pleurs de leurs yeux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et le deuil de la terre encense leur malheur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers6">Tout ce qui pleure est beau...</div>
- <div class="vers6">—</div>
- <div class="vers">Bénis soient donc vos pleurs dont l’intérêt s’amasse</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien de <i>Les yeux<br />et les pleurs</i> avec<br />
-<a href="#Page_161"><i>L’amour des fleurs</i></a>.<span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Dieu vous garde à qui pleure, à qui va de vos charmes</div>
- <div class="vers">Humecter sa prière, attendrir ses regrets!</div>
- <div class="vers">Inclinez-vous, ce soir, sous les dernières larmes</div>
- <div class="vers">Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a>
-<i>D’un mendiant aveugle</i>—le même qui lui fait ajouter:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="vers0">Et la voix que j’adore</div>
- <div class="nvers">Dans ce cœur consolé résonne-t-elle encore?</div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a>
-Vivre dans le feu et les larmes, hélas! ce doit être une purification.
-Je vis ainsi. Ce mot est vrai d’une femme en parlant du ciel: «<i>J’irai
-sur mes genoux.</i>»</p>
-
-<p class="ralign">Fragment d’un brouillon inédit.</p>
-
-<p>A rapprocher encore du vers de la couronne effeuillée.</p>
-
-<div class="npoem nvers">J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée.</div>
-
-<p class="noind">dont une lettre que je possède varie et fait ainsi hésiter la sublime
-formule</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="nvers">Où toute âme répand sa vie agenouillée</div>
- <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="nvers">Mon âme y répandra sa vie agenouillée.</div>
- <div class="nvers">—</div>
-</div>
-
-<p class="noind">«Cette vie terrestre est vraiment un exil, cher frère...,<br />
-Pour moi, je t’avoue que j’en passe <i>la moitié à genoux</i>.»</p>
-
-<p class="ralign">Lettre citée par Sainte-Beuve.</p>
-
-<p>Cet événement qui a rouvert toute ma vie et les scènes lugubres qui
-l’ont suivie m’ont jetée dans un si morne abattement que j’en suis restée
-<i>comme à genoux</i>.</p>
-
-<p class="ralign">Lettre inédite.</p>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_111">LA VOIX<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a></h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers2">... j’ai peur de ma mémoire,</div>
- <div class="vers"><i>Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a>
-Lire toute la pièce <i>La Voix d’un ami</i>, tome <small>II</small> page 281.</p>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_113">[p. 113]</span>
- Pour retrouver ma voix qui manque à son oreille</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive</div>
- <div class="vers">Naguère un charme triste est venu m’attendrir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Mes lèvres loin de toi retenaient tes accents,</div>
- <div class="vers">Et ta voix, dans ma voix, troublait encor mes sens.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Une nouvelle voix à son oreille est douce.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Une voix qui réponde aux secrets de sa voix.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Oh! que j’aimais mon nom dans ta voix argentine.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle,</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Dans mon nom qu’il dit tristement</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers6">S’arracher aux accents</div>
- <div class="vers6"><i>Que l’on écoute absents</i>.</div>
- <div class="vers6">—</div>
- <div class="vers10">Peut-être un jour sa voix tendre et voilée</div>
- <div class="vers10">M’appellera sous de jeunes cyprès.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_115">TENDRESSE-TRISTESSE</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Mais de nouveaux sentiers s’ouvrent à ma tristesse.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_117">[p. 117]</span>
- <div class="vers">Quand les jours sont moins longs cessent-ils de courir?</div>
- <div class="versd dotsc" style="max-width: 22em;"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Un cœur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">A force de bonheur soyez encor plus belle.</div>
- <div class="vers">Et qu’au réveil l’amour vous le dise à genoux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand je vous y vois prendre en secret pour vous-même (au miroir)</div>
- <div class="vers10">Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir.</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers10">Votre bonheur me tenait lieu du mien.</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers">Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Je vais d’un jour encore essayer le fardeau.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et pour d’autres que moi le printemps était beau.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Sa fuite entre nos bras n’avait plus de passage.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Il est doux en passant un moment sur la terre</div>
- <div class="vers">D’effleurer les sentiers où le sage est venu;</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_118">[p. 118]</span>
- D’entretenir tout bas son malheur solitaire</div>
- <div class="vers">Des discours d’un ami qu’on pense avoir connu.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme</div>
- <div class="vers">Aimait! aimait! et puis, comme si quelque charme</div>
- <div class="vers">Mis entre elle et le monde eut isolé ses pas,</div>
- <div class="vers">Elle errait dans la foule, et ne s’y mêlait pas.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Mot sans faste, mot vrai, lien de l’âme à l’âme. (au revoir)</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs,</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Que vous soyez pour nous la charité qui pleure</div>
- <div class="vers">Ou la muse qui chante afin d’arrêter l’heure</div>
- <div class="vers">Ou la femme rêveuse au bord de son miroir</div>
- <div class="vers">Vous êtes toujours vraie et toujours belle à voir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">L’âpre misère enfin, cette bise inflexible</div>
- <div class="vers">Qui détruit lentement ce que Dieu fit sensible.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Enfant plein de musique et de mélancolie.<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tout est dans ce beau livre écrit avec des flammes</div>
- <div class="vers">Reliquaire d’amour qui fait rêver les femmes.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Non la vierge allaitante et ruminant le ciel</div>
- <div class="vers">N’a pas souri plus vierge aux mains de Raphaël.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_119">[p. 119]</span>
- Léopardi, doux Christ oublié de son père,</div>
- <div class="vers">Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><i>Ne pas consoler l’ange attristé dans son cœur.</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers6">C’est beau la jeune fille</div>
- <div class="vers6">Qui laisse aller son cœur</div>
- <div class="vers6">Dans son regard qui brille</div>
- <div class="vers6">Et se lève au bonheur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Oui la vie est malade avant que tu l’effleures.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">Car on dirait que créés pour souffrir</div>
- <div class="vers">Nous ne pouvons qu’à peine être heureux sans mourir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">La fange des ruisseaux qui consterne mes pas,</div>
- <div class="vers">Et la foule déserte, où tu ne descends pas.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a>
-Brizeux—avec cette transposition de son œuvre et de sa <i>Marie</i>.</p>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_121">PRISONS ET EXILS</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">L’anneau tombé gêne encore pour courir.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-
- <span class="pagenum" id="Page_123">[p. 123]</span>
-<div class="poem">
- <div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
- <div class="vers">C’est que l’exil est triste; il fait rêver l’enfance,</div>
- <div class="vers">Le jeune voyageur n’a d’ami que le ciel;</div>
- <div class="vers">Il erre sans asile, il pleure sans défense</div>
- <div class="vers">Comme un oiseau perdu loin du nid paternel;</div>
- <div class="vers">Son ramage se change en plaintes douloureuses;</div>
- <div class="vers"><i>Des oiseaux inconnus les cris le font frémir</i></div>
- <div class="vers">Et même en retournant sur des routes heureuses,</div>
- <div class="vers">S’il veut chanter, longtemps il semble encore gémir.</div>
- <div class="vers">A ses regrets en vain la patrie est rendue</div>
- <div class="vers">L’orage a dispersé la couvée éperdue,</div>
- <div class="vers">Les frères sont partis; le nid vide est tombé;</div>
- <div class="vers">En s’envolant, peut-être un d’eux a succombé;<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Voilà sur son chapeau sa guirlande encor verte</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Que devient l’infortune à la fuite imprévue</div>
- <div class="vers8">D’un ami distrait ou honteux?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Qui n’a quelque pitié des brebis voyageuses</div>
- <div class="vers">Laissant à quelque haie un peu de leur toison.</div>
- <div class="vers">Oh! que de fils brisés dans ma trame affaiblie,</div>
- <div class="vers">Que d’adieux recélés dans le fond de mon cœur!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_124">[p. 124]</span></div>
- <div class="vers10">Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine</div>
- <div class="vers10">Semez vos dons à mon cher voyageur!</div>
- <div class="vers10">Ne souffrez pas que quelque voix hautaine</div>
- <div class="vers10">Sur son front pur appelle la rougeur.</div>
- <div class="vers10">Que ma prière en tout lieu le devance!</div>
- <div class="vers10">Dieu! Que pas un ne le nomme étranger!</div>
- <div class="vers10">Aidez son cœur à porter notre absence</div>
- <div class="vers10">Et que parfois le temps lui soit léger!</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers">Et le vieux prisonnier de la haute tourelle</div>
- <div class="vers">Respire-t-il encore à travers les barreaux?</div>
- <div class="vers">Partage-t-il toujours avec la tourterelle</div>
- <div class="vers">Son pain qu’avaient déjà partagé ses bourreaux?</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Cette fille de l’air à la prison vouée</div>
- <div class="vers">Dont l’aile palpitante appelait le captif,</div>
- <div class="vers">Était-ce une âme aimante au malheur envoyée?</div>
- <div class="vers"><i>Était-ce une espérance au vol tendre et furtif?</i></div>
- <div class="vers">Oui: si les vents du nord chassaient l’oiseau débile,</div>
- <div class="vers">L’œil perçant du captif le cherchait jusqu’au soir;</div>
- <div class="vers">De l’espace désert voyageur immobile</div>
- <div class="vers">Il oubliait de vivre; il attendait l’espoir,</div>
- <div class="vers"><i>Car toujours, jusqu’au terme où nous devons atteindre</i></div>
- <div class="vers"><i>Jusqu’au jour qui n’a plus pour nous de lendemain,</i></div>
- <div class="vers"><i>Le flambeau de l’espoir vacille sans s’éteindre</i></div>
- <div class="vers"><i>Comme un rayon qui part d’une immortelle main.</i><a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Doux crime d’un enfant, clémence aventureuse.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
- <span class="pagenum" id="Page_125">[p. 125]</span>
- <div class="vers">La liberté, ma fille, est un ange qui vole.</div>
- <div class="vers">Pour l’arrêter longtemps la terre est trop frivole.</div>
- <div class="vers">Trop d’encens lui déplaît, trop de cris lui font peur;</div>
- <div class="vers">Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine</div>
- <div class="vers">Qui cherche les parfums et l’air pur de la plaine</div>
- <div class="vers">Rafraîchit en passant le front du laboureur.</div>
- <div class="vers">On dit qu’elle descend rapide, inattendue;</div>
- <div class="vers">Que son aile sur nous repose détendue...</div>
- <div class="vers">Hélas! où donc est-elle? En vain j’ouvre les yeux;</div>
- <div class="vers">Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même</div>
- <div class="vers">Où l’on travaille en paix, où l’on prie, où l’on aime</div>
- <div class="vers">Où l’indigence obtient une obole et des pleurs,</div>
- <div class="vers">La déesse en silence aime à jeter ses fleurs.</div>
- <div class="vers">Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l’envie,</div>
- <div class="vers">On les effeuille à Dieu qui dit: «<i>Cache la vie</i>».<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a></div>
- <div class="vers">Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi.</div>
- <div class="vers">Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Dieu laissez-moi goûter la halte commencée;</div>
- <div class="vers">Dieu laissez-moi m’asseoir à l’ombre du chemin</div>
- <div class="vers">Mes enfants à mes pieds, et mon front dans ma main.</div>
- <div class="vers">Défendez aux chemins de m’emmener encore</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Un ami me parlait et me regardait vivre!</div>
- <div class="vers">Alors c’était mourir... Ma jeune âme était ivre</div>
- <div class="vers"><i>De l’orage enfermé dont la foudre est au cœur</i>.</div>
- <div class="vers">Il eut mit tout un jour à comprendre une larme</div>
- <div class="vers">De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a>
-A rapprocher des vers de la pièce <i>A mes enfants</i>, page 135.</p>
-
-<div class="npoem nvers">Quand j’emportai vos jours vers un ciel sans chaleur.</div>
-
-<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a>
-Ailleurs.</p>
-
-<div class="npoem nvers">Et que l’espoir filtre toujours au fond de la joie écoulée.</div>
-
-<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a>
-Ami cache ta vie et répands ton esprit<br />
-<span class="nattrib">V. H.</span></p>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_127"><i>IPSA</i></h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">D’avance je traînais les maux qui m’attendaient.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_129">[p. 129]</span>
- <div class="vers">Qui ne veut rien du Temps, mais qui craint sa vitesse</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et je ne fus jamais à demi malheureuse.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Qu’il est beau, le miroir qui double ce qu’on aime,</div>
- <div class="vers"><i>Ce portrait qui se meut</i>...</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Toi que dans le fond des chaumières</div>
- <div class="vers8">On appelle avant de mourir,</div>
- <div class="vers8">Pour aider une âme à souffrir</div>
- <div class="vers8">Par ton exemple et tes prières</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Oh! donne-moi tes cheveux blancs,</div>
- <div class="vers8">Ta marche pesante et courbée</div>
- <div class="vers8"><i>Ta mémoire enfin absorbée</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Vois-tu d’un cœur de femme il faut avoir pitié,</div>
- <div class="vers">Quelque chose d’enfant s’y mêle à tous les âges.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">C’est qu’ils parlaient de toi, quand loin du cercle assise,</div>
- <div class="vers">Mon livre trop pesant tomba sur mes genoux;</div>
- <div class="vers">C’est qu’ils me regardaient quand mon âme indécise</div>
- <div class="vers">Osa braver ton nom qui passait entre nous.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_130">[p. 130]</span>
- Quel effroi de ramper au fond de sa mémoire</div>
- <div class="vers">D’ensanglanter son cœur aux dards qui l’ont blessé</div>
- <div class="vers"><i>De rapprendre un affront que l’on crut effacé</i></div>
- <div class="vers">Que le temps... que le ciel a dit de ne plus croire</div>
- <div class="vers"><i>Et qui siffle aux lieux même où la flèche a passé</i>!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser les instants</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre,</div>
- <div class="vers">Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera.</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec
-l’<i><a href="#Page_175">Amour du Silence</a></i>.<span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne,</div>
- <div class="vers">D’amour, d’un long silence écoulé sans effroi</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et quand je vacillais, luciole éphémère.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">S’en aller à travers des pleurs et des sourires</div>
- <div class="vers">Achever par le monde un sort amer et pur,</div>
- <div class="vers">User sa robe blanche, et, pour une d’azur,</div>
- <div class="vers">En laisser les lambeaux aux ronces des martyres,</div>
- <div class="vers">C’est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi,</div>
- <div class="vers">Je ne m’appuie à rien que je ne tombe à terre,</div>
- <div class="vers">Et je chante pourtant l’ineffable mystère</div>
- <div class="vers">Qui de mon cœur trahi fait un cœur plein de foi.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ils ont soufflé loin d’eux mes mobiles revers.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers9">Ville austère où j’appris à pleurer,</div>
- <div class="vers">Où j’apportais un cœur si tendre à déchirer.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Au milieu de leurs jours inoffensive et frêle</div>
- <div class="vers">Mort, oublieuse Mort, je passe sous votre aile</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_131">[p. 131]</span>
- Et je n’alourdis pas mon vol de haine...</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
- <div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
- <div class="vers">Vraiment le pardon calme à défaut d’espérance</div>
- <div class="vers">Il détend la colère; <i>on pleure, on apprend Dieu</i>,</div>
- <div class="vers"><i>Dieu triste</i>, comme nous voyageur en ce lieu,</div>
- <div class="vers">Et l’on courbe sa vie au pied de sa souffrance.</div>
- <div class="vers">Ceux qui m’ont affligée en leurs dédains jaloux</div>
- <div class="vers">Ceux qui m’ont fait descendre et marcher dans l’orage</div>
- <div class="vers"><i>Ceux qui m’ont pris ma part de soleil et d’ombrage</i></div>
- <div class="vers">Ceux qui sous mes pieds nus m’ont jeté leurs cailloux,</div>
- <div class="vers">N’ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes,</div>
- <div class="vers">Leurs pleurs, pour expier ce qu’ils m’ont fait de larmes?</div>
- <div class="vers">Quoi donc! aux durs sentiers qu’on a tous à courir</div>
- <div class="vers">Seigneur, ne faut-il pas mourir et voir mourir?</div>
- <div class="vers">N’est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines,</div>
- <div class="vers"><i>Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines</i>?</div>
- <div class="vers">Oh! qui peut se venger? oh! par notre abandon<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a></div>
- <div class="vers">Seigneur, par votre croix dont j’ai suivi la trace,</div>
- <div class="vers">Par ceux qui m’ont laissé la voix pour crier grâce,</div>
- <div class="vers">Pardon pour eux! pour moi! pour tous! pardon! pardon!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Seigneur un cheveu de nous-même</div>
- <div class="vers8">Est si vivant à la douleur.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_132">[p. 132]</span>
- Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries</div>
- <div class="vers">Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs</div>
- <div class="vers">C’est à vous qu’elles vont mes lentes rêveries,</div>
- <div class="vers">Et de mes pleurs chantés les amères douceurs<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tant que l’on peut donner on ne veut pas mourir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Dans le fond de mon cœur je renferme mon sort</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">Tout le concert se tenait dans mon âme</div>
- <div class="versd10 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers10">Le front vibrant d’étranges et doux sons</div>
- <div class="vers10">Toute ravie et <i>jeune en solitude</i></div>
- <div class="versd10 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers10">J’étais l’oiseau dans les branches caché,</div>
- <div class="vers10">S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute</div>
- <div class="vers10">Que le faneur fatigué qui l’écoute</div>
- <div class="vers10">Dont le sommeil à l’ombre est empêché</div>
- <div class="vers10">S’en va plus loin tout morose et fâché.</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers">De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse</div>
- <div class="vers6">Dont les regards charmants</div>
- <div class="vers">Ont versé leurs rayons sur moi <i>pâle couveuse</i></div>
- <div class="vers6"><i>D’immobiles tourments</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu,</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_133">[p. 133]</span>
- Facile à me créer des thèmes ravissants</div>
- <div class="vers">J’ai chanté comme vrais bien des bonheurs absents</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Le jour douteux et blanc dont la lune a touché</div>
- <div class="vers">Tout ce ciel que je porte en moi-même caché.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine</div>
- <div class="vers">Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine</div>
- <div class="vers">Qu’un indigent l’emporte après m’avoir parlé</div>
- <div class="vers">Et le garde longtemps dans son cœur consolé.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="vers8">Jette donc loin tes colères</div>
- <div class="vers8">Contre <i>d’innocents ingrats</i></div>
- <div class="vers8">Le flambeau dont tu t’éclaires</div>
- <div class="vers8">Te voit si tendre en mes bras.</div>
- <div class="vers8">Cesse d’essayer ta haine,</div>
- <div class="vers8">Faite pour la mépriser,</div>
- <div class="vers8"><i>C’est perdre à river ta chaîne</i></div>
- <div class="vers8"><i>La force de la briser</i>.</div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a>
-Plus bas:</p>
-
-<div class="npoem nvers">Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes.</div>
-
-</div>
-
-
-
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_135">MATERNITÉ<br />
-<small>ET<br />
-ENFANCE</small></h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme?</div>
- <div class="vers">Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_137">[p. 137]</span>
- Confiants, vous dansez quand votre mère chante</div>
- <div class="vers">Son baiser nous délasse et nous mène au sommeil.</div>
- <div class="vers">Sans prévoir que souvent la voix qui nous enchante</div>
- <div class="vers">Va prier dans les pleurs jusqu’à votre réveil.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers-4">Et je sentais naître ma fille</div>
- <div class="vers">Dans mon sein tout blessé des flèches du malheur.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec<br />le <a href="#Page_171"><i>Rythme</i></a>.<span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Moi seule en vous berçant d’amour, de mélodie</div>
- <div class="vers">Je vous inoculai ma douce maladie.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Je vous aide à m’aimer autant que je vous aime.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec <a href="#Page_121"><i>Prisons<br />
-et Exils</i></a>.<span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Un jour vous serez seuls par la sentence amère</div>
- <div class="vers">Qui sépare de force entre eux les voyageurs.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Un bouquet de cerise, une pomme encore verte,</div>
- <div class="vers">C’étaient là des festins savourés jusqu’au cœur.</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec
-l’<a href="#Page_165"><i>Amour
-de l’eau</i></a>.<br />
-<b>Fragment.</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Entre les cailloux bleus que mouillent le grand puits.</div>
- <div class="vers">De sa fraîcheur lointaine il lave encor mon âme</div>
- <div class="vers">Du présent qui me brûle il étanche la flamme,</div>
- <div class="vers"><i>Ce puits large et dormeur au cristal enfermé</i></div>
- <div class="vers">Où ma mère baignait son enfant bien-aimé.</div>
- <div class="vers">Lorsqu’elle berçait l’air avec sa voix rêveuse</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_138">[p. 138]</span>
- Qu’elle était calme et blanche, et paisible le soir</div>
- <div class="vers">Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir</div>
- <div class="vers">Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse!</div>
- <div class="vers">Elle avait des accents d’harmonieux amour</div>
- <div class="vers">Que je buvais du cœur en jouant dans la cour.</div>
- <div class="vers">Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante</div>
- <div class="vers">Pour aider le sommeil à descendre au berceau?</div>
- <div class="vers">Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?</div>
- <div class="vers">Est-ce l’Eden rouvert à son hymne touchante,</div>
- <div class="vers"><i>Laissant sur l’oreiller de l’enfant qui s’endort</i></div>
- <div class="vers"><i>Poindre tous les soleils qui lui cachent la mort</i>?</div>
- <div class="vers">Et l’enfant assoupi sous cette âme voilée</div>
- <div class="vers">Reconnaît-il les bruits d’une vie écoulée?</div>
- <div class="vers"><i>Est-ce un cantique appris à son départ du ciel</i></div>
- <div class="vers"><i>Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel?</i></div>
- <div class="vers">Merci, mon Dieu. Merci de cette hymne profonde</div>
- <div class="vers">Pleurante encore en moi dans les rires du monde</div>
- <div class="vers">Alors que je m’assieds à quelque coin rêveur</div>
- <div class="vers"><i>Pour entendre ma mère en écoutant mon cœur</i>:</div>
- <div class="vers">Ce lointain au revoir de son âme à mon âme</div>
- <div class="vers">Soutient en la grondant ma faiblesse de femme.</div>
- <div class="vers">Comme au jonc qui se penche une brise en son cours</div>
- <div class="vers">A dit: «Ne tombe pas. J’arrive à ton secours.»</div>
- <div class="vers">Elle a fait mes genoux souples à la prière...</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Triste de me quitter, cette mère charmante</div>
- <div class="vers">Me léguant à regret la flamme qui tourmente</div>
- <div class="vers">Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main,</div>
- <div class="vers">Comme pour le sauver par le même chemin.</div>
- <div class="vers">Et je restai longtemps, longtemps sans la comprendre,</div>
- <div class="vers">Et longtemps à pleurer son secret sans l’apprendre,</div>
- <div class="vers">A pleurer de sa mort le secret inconnu</div>
- <div class="vers"><i>Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu</i></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_139">[p. 139]</span>
- Ce cœur signé d’amour comme sa tendre proie,</div>
- <div class="vers">Où pas un chant mortel n’éveillait une joie.</div>
- <div class="vers">On eût dit à sentir ses frêles battements</div>
- <div class="vers">Une montre cachée où s’arrêtait le temps.</div>
- <div class="vers">On eût dit qu’à plaisir il se retînt de vivre.</div>
- <div class="vers">Comme un enfant dormeur qui n’ouvre pas son livre</div>
- <div class="vers">Je ne voulais rien lire à mon sort, j’attendais;</div>
- <div class="vers">Et tous les jours levés sur moi, je les perdais.</div>
- <div class="vers"><i>Par ma ceinture noire à la terre arrêtée</i></div>
- <div class="vers">Ma mère était partie et tout m’avait quittée,</div>
- <div class="vers">Le monde était trop grand, trop défait trop désert</div>
- <div class="vers"><i>Une voix seule éteinte en changeait le concert</i></div>
- <div class="vers">Je voulais me sauver de ces dures contraintes</div>
- <div class="vers">J’avais peur de ses lois, de ses mots, de ses craintes</div>
- <div class="vers">Et ne sachant où fuir ses échos durs et froids,</div>
- <div class="vers">Je me prenais tout haut à chanter mes effrois.<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Oui l’enfance est poëte. Assise ou turbulente</div>
- <div class="vers">Elle reconnaît tout empreint de plus haut lieu,</div>
- <div class="vers">L’oiseau qui jette au loin sa musique volante</div>
- <div class="vers8">Lui chante une lettre de Dieu.</div>
- <div class="vers">Ma sœur, ces jours d’été nous les courrions ensemble,</div>
- <div class="vers">Je reprends sous leurs flots ta douce main qui tremble,</div>
- <div class="vers">Je t’aime du bonheur que tu tenais de moi.</div>
- <div class="vers">Et mes soleils d’alors se rallument sur toi.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Elle n’a plus d’enfant, sa tendresse est déserte!</div>
- <div class="vers">Plus un rameau qui rit, plus une branche verte,</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_140">[p. 140]</span>
- Plus rien. Les seules fleurs qui s’ouvrent sous ses pas</div>
- <div class="vers">Croissent où les vivants ne les dérobent pas.</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Ces beaux enfants si fiers d’entrer dans nos orages,</div>
- <div class="vers">Rêvant leurs horizons, leurs jardins, leurs ombrages,</div>
- <div class="vers">Moi, quand je les vois rire à ce prisme trompeur</div>
- <div class="vers">Je veux rire et je <i>fonds en larmes dans mon cœur</i><a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a></div>
- <div class="vers">Et vous, n’avez-vous pas de ces pitiés profondes</div>
- <div class="vers">Qui vous percent le sein comme feraient les ondes</div>
- <div class="vers">En creusant goutte à goutte un caillou. Mille fois</div>
- <div class="vers">J’ai voulu les instruire et j’ai gardé ma voix.</div>
- <div class="vers">Que fait la chèvre errante au rocher suspendue</div>
- <div class="vers">Qui rêve et se repent de sa route perdue?</div>
- <div class="vers">Ose-t-elle effrayer, penchés sur le torrent,</div>
- <div class="vers">Les chevreaux pris aux fleurs qu’emporte le courant?</div>
- <div class="vers">Qu’irions-nous raconter à leur jeunes oreilles?</div>
- <div class="vers">Que <i>sert d’en soulever les couronnes vermeilles</i></div>
- <div class="vers"><i>Dont il plaît au printemps d’assourdir leur raison</i>?</div>
- <div class="vers">Ils ont le temps, pas vrai? Tout vient dans sa saison.</div>
- <div class="vers">Oh! laissons-les aller sans gêner leur croissance.</div>
- <div class="vers">Oh! dans leur <i>vie à jour</i><a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a> n’ont-ils pas l’innocence</div>
- <div class="vers">Au pied d’un nid charmant parle-t-on d’oiseleur?</div>
- <div class="vers"><i>Tournons-les au soleil et restons au malheur!</i></div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span>Lien avec
-<a href="#Page_147"><i>Foi</i></a>.<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Ou plutôt suivons-les: quelle que soit la route</div>
- <div class="vers">Nous montons, j’en suis sûre, et jamais je ne doute;</div>
- <div class="vers">J’épèle, comme vous avec humilité</div>
- <div class="vers">Un mot qui contient tout, poëte: Éternité!</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_141">[p. 141]</span>
- <i>De chaque jour tombé mon épaule est légère,</i></div>
- <div class="vers"><i>L’aile pousse et me tourne à ma nouvelle sphère</i><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a></div>
- <div class="vers">A tous les biens ravis qui me disent adieu</div>
- <div class="vers">Je réponds doucement: «Va m’attendre chez Dieu!»</div>
- <div class="vers">Qu’en ferais-je après tout de ces biens que j’adore</div>
- <div class="vers">Rien que les adorer, rien que les perdre encore!</div>
- <div class="vers">J’attends. Pour ces trésors donnés, repris si tôt.</div>
- <div class="vers">Mon cœur n’est pas éteint: il est monté plus haut.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Écoliers de ce temps, troupe alerte et bruyante</div>
- <div class="vers">Où sont-ils vos présents jetés à l’eau fuyante,</div>
- <div class="vers">Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux</div>
- <div class="vers">Et vos petits jardins de mousse et d’arbrisseaux?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et leur timbre profond d’où sort l’entretien sûr. (les&nbsp;parents)</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Beau jardin si rempli d’œillets et de lilas</div>
- <div class="vers">Que de le regarder on n’était jamais las.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Pour atteindre un rameau de ces calmes séjours</div>
- <div class="vers">Qui souple s’avançait et s’enfuyait toujours:</div>
- <div class="vers">Que de fois suspendus aux frêles palissades</div>
- <div class="vers">Nous avons savouré leurs molles embrassades.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Nous faisions les doux yeux aux roses embaumées</div>
- <div class="vers">Qui nous le rendaient bien, contentes d’être aimées!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">C’était la seule porte incessamment ouverte</div>
- <div class="vers">Inondant le pavé d’ombre ou de clarté verte</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_142">[p. 142]</span>
- Selon que du soleil les rayons ruisselants</div>
- <div class="vers">Passaient ou s’arrêtaient aux feuillages tremblants.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">On ne saura jamais les milliers d’hirondelles</div>
- <div class="vers">Revenant sous nos toits chercher à tire d’ailes</div>
- <div class="vers">Les coins, les nids, les fleurs et le feu de l’été</div>
- <div class="vers"><i>Apportant en échange un goût de liberté</i>.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">C’était vous! D’aucuns nœuds vos mains n’étaient liées,</div>
- <div class="vers">Vos petits pieds dormaient sur les branches pliées</div>
- <div class="vers">Toute libre dans l’air où coulait le soleil</div>
- <div class="vers">Un rameau sous le ciel berçait votre sommeil</div>
- <div class="vers">Puis le soir on voyait d’une <i>femme étoilée</i></div>
- <div class="vers"><i>L’abondante mamelle à vos lèvres collée</i>.</div>
- <div class="vers">Et partout se lisait dans ce tableau charmant</div>
- <div class="vers"><i>De vos jours couronnés le doux pressentiment</i>.</div>
- <div class="vers">De parfums, d’air sonore incessamment baisée</div>
- <div class="vers">Comment n’auriez-vous pas été poétisée?</div>
- <div class="vers"><i>Que l’on s’étonne donc de votre amour des fleurs!</i></div>
- <div class="vers">Vos moindres souvenirs nagent dans leurs couleurs</div>
- <div class="vers">Vous en viviez, c’étaient vos rimes et vos proses</div>
- <div class="vers">Nul enfant n’a jamais marché sur tant de roses!</div>
- <div class="vers">Mon Dieu s’il n’en doit plus poindre au bord de mes jours</div>
- <div class="vers">Que sur ma sœur de Flandre il en pleuve toujours.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Vois, si tu n’a pas vu, la plus petite fille</div>
- <div class="vers">S’éprendre des soucis d’une jeune famille</div>
- <div class="vers"><i>Éclore à la douleur par le pressentiment</i></div>
- <div class="vers">Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_143">[p. 143]</span>
- Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole</div>
- <div class="vers">Qu’elle croit endormie au son de sa parole:</div>
- <div class="vers"><i>Fière du vague instinct de sa fécondité</i></div>
- <div class="vers"><i>Elle couve une autre âme à l’immortalité.</i></div>
- <div class="vers">Laisse-lui ses berceaux: ta raillerie amère</div>
- <div class="vers">Éteindrait son enfant... Tu vois bien qu’elle est mère!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée</div>
- <div class="vers6">Toi <i>rentrée en mon sein</i><a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs.</div>
- <div class="vers">Où les anges riaient dans nos vierges <ins id="cor_11" title="délyres">délires</ins></div>
- <div class="vers">Où nos fronts s’allumaient sous de chastes rougeurs.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">O mes amours d’enfance, ô mes chastes amours!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">O vous dont les miroirs se ressemblent toujours!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Qui, lorsque l’insomnie ouvrait mes yeux dans l’ombre</div>
- <div class="vers">Me faisait des tableaux plus doux que le sommeil?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">La réputation commence avec la vie.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Vieux, va t’asseoir paisible au banc du souvenir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Mes jours purs sous tes traits repassent devant moi.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><i>Mon cœur a fait le tien, il s’y renfermera</i></div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_144">[p. 144]</span>
- <i>Que tes cheveux sont doux étends-les sur mes larmes</i></div>
- <div class="vers">Comme un voile doré sur un noir souvenir!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Qu’un si petit visage enferme de portraits:</div>
- <div class="vers">De tout ce que j’aimais tu m’offres quelques traits</div>
- <div class="vers">Que d’anges envolés sans pouvoir les décrire</div>
- <div class="vers">Dans ton sourire errant reviennent me sourire!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Quand on me leva seule et comme trop légère...</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">O femme aimez-vous par vos secrets de larmes,</div>
- <div class="vers"><i>Par vos devoirs sans bruit où s’effeuillent vos charmes</i>;</div>
- <div class="vers">Après vos jours d’encens dont j’ai bu la douceur</div>
- <div class="vers">Quand vous aurez souffert appelez-moi: ma sœur!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Car au soleil couchant du fond de leurs familles</div>
- <div class="vers">Glissaient au rendez-vous les plus petites filles</div>
- <div class="vers">Pareilles aux ramiers que l’on se plaît à voir</div>
- <div class="vers">S’abattre et s’étaler au bord de l’abreuvoir</div>
- <div class="vers">Dans le gravier qui brille étaler leur plumage</div>
- <div class="vers">Et roucouler entre eux leur bonheur sans nuage</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et je devins confuse en pesant mon devoir</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Nous qui portons les fruits sur la terre où nous sommes</div>
- <div class="vers">Si fortes pour aimer, nous tendres sœurs des hommes</div>
- <div class="vers">O mères, pourquoi donc les mettons-nous au jour,</div>
- <div class="vers">Ces tendres fruits volés à notre ardent amour?</div>
- <div class="vers">A peine ils sont à nous qu’on veut nous les reprendre</div>
- <div class="vers">O mères, savez-vous ce qu’on va leur apprendre?</div>
- <div class="vers">A trembler sous un maître, à n’oser, par devoir,</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_145">[p. 145]</span>
- Qu’une fois tous les ans demander à nous voir,</div>
- <div class="vers">A détourner de nous leurs mémoires légères.</div>
- <div class="vers">Alors que sauront-ils? Les langues étrangères,</div>
- <div class="vers">Les vains soulèvements des peuples malheureux,</div>
- <div class="vers">Et les fléaux humains toujours armés contre eux.</div>
- <div class="vers">C’est donc beau? Mais le temps saurait les en instruire,</div>
- <div class="vers"><i>Candeur de mon enfant on va bien vous détruire!</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Dire qu’il faut ainsi se déchirer soi-même,</div>
- <div class="vers">Leur porter son enfant, seule vie où l’on s’aime,</div>
- <div class="vers">Seul miroir de ce temps où les yeux sont pleins d’or</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Son enfant! ce portrait, cette âme, cette voix,</div>
- <div class="vers">Qui passe devant nous comme on fût une fois</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ses longs cheveux cendrés que je baisais toujours<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a></div>
- <div class="vers">Sans savoir que ce fût le livre de ces jours.</div>
- <div class="vers">Tu baiseras les miens si l’amour me les donne,</div>
- <div class="vers">Si tu sais où j’ai pris cette grave couronne.</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Vous du moins Vierge blanche immobile et soumise</div>
- <div class="vers">Et seule au bord de l’eau pensivement assise,</div>
- <div class="vers">Les mains sur votre cœur et vos yeux sur mes yeux,</div>
- <div class="vers">Parlez-moi, Vierge mère, ô parlez-moi des cieux!</div>
- <div class="vers">Parlez! vous qui voyez tout ce que j’ai dans l’âme.</div>
- <div class="vers">Vous en avez pitié puisque vous êtes femme.</div>
- <div class="vers">Cet <i>amour des amours</i> qui m’isole en ce lieu</div>
- <div class="vers">Ce fut le vôtre; eh bien, parlez-en donc à Dieu!</div>
- <div class="vers">Sans reproche, sans bruit, douce reine des mères,</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_146">[p. 146]</span></div>
- <div class="vers">Cachez dans vos pardons mes révoltes amères,</div>
- <div class="vers"><i>Couvrez-moi de silence</i>, et relevez mon front</div>
- <div class="vers">Baissé sous le chagrin comme sous un affront.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">O champs paternels hérissés de charmilles</div>
- <div class="vers">Où glissent le soir des flots de jeunes filles</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et si tendre et si mère! et si semblable à Dieu!</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a>
-A rapprocher comme vision terrestre de la dernière pièce des poésies
-posthumes.</p>
-
-<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a>
-<a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a>Ailleurs.</p>
-
-<div class="npoem">
- <span class="nvers">Mystérieux sanglot dont les pleurs sont en nous.</span>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a>
-Ailleurs.</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="vers10">L’enfant <i>dont le cœur est à jour</i>.</div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a>
-Les vers suivants qu’il eût fallu ranger sous ce chef ont été maintenus
-ici pour ne pas dénombrer ce sublime fragment.</p>
-
-<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a>
-Inès—sa fille morte.</p>
-
-<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a>
-Ailleurs</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="nvers">Vos lauriers m’alarmaient à l’ardeur des flambeaux</div>
- <div class="nvers">Ils cachaient vos cheveux que j’avais faits si beaux!</div>
-</div>
-
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_147">FOI</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_149">[p. 149]</span>
- <div class="vers">La prière m’offrit sa douceur imprévue.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et le pardon qui vint un jour de pénitence,</div>
- <div class="vers">Dans un baiser de paix redorer l’existence.</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Et Dieu nous <i>unira d’éternité</i>. Prends garde!</div>
- <div class="vers">Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde,</div>
- <div class="vers">Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main</div>
- <div class="vers">Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain,</div>
- <div class="vers">Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée,</div>
- <div class="vers">Ne me souvenant plus que je fus trop aimée</div>
- <div class="vers">Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux</div>
- <div class="vers">Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux:</div>
- <div class="vers">«<i>Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes</i>;</div>
- <div class="vers">Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs;</div>
- <div class="vers">Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes</div>
- <div class="vers">Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.»</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Car j’ai là comme une prière</div>
- <div class="vers8">Qui pleure pour lui nuit et jour;</div>
- <div class="vers8">C’est la charité dans l’amour,</div>
- <div class="vers8">Ou c’est sa parole première.</div>
- <div class="vers8">Qu’elle enfermait d’âme et de foi.</div>
- <div class="vers8">Sa voix jeune et si tôt parjure.</div>
- <div class="vers8"><span class="pagenum" id="Page_150">[p. 150]</span>
- J’en parle à Dieu sans son injure</div>
- <div class="vers8">Pour que Dieu l’aime autant que moi.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie</div>
- <div class="vers6">Il étendra sa main</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère</div>
- <div class="vers6">Dont j’ai pris tout l’effroi,</div>
- <div class="vers">Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire;</div>
- <div class="vers">Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre,</div>
- <div class="vers6">Je dirai que c’est moi.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil</div>
- <div class="vers">Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée</div>
- <div class="vers">Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui</div>
- <div class="vers">Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Et sous cette main qui délivre</div>
- <div class="vers8">J’entrerai <i>comme tous</i> aux cieux.</div>
- <div class="vers8">Là leur or ne pourra les suivre;</div>
- <div class="vers8">Moi je n’y porterai qu’un livre</div>
- <div class="vers8"><i>Fermé maintenant à leurs yeux</i>.</div>
- <div class="vers8">Ce livre, ce cœur plein d’orages</div>
- <div class="vers8">Plein d’abîmes et plein de pleurs</div>
- <div class="vers8">Déchiré dans toutes ses pages</div>
- <div class="vers8">Dieu, sauveur de tous les naufrages</div>
- <div class="vers8">Aura la clef de ses douleurs.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_151">[p. 151]</span>
- D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange</div>
- <div class="vers"><i>Dans les moments profonds que nous ouvre le sort</i>.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers8">Sur la terre où rien n’est durable</div>
- <div class="vers4">Que d’espérer.</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Dites moi si dans votre monde</div>
- <div class="vers8">La mémoire est calme et profonde.</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme</div>
- <div class="vers">Perçait de mes détours les fragiles remparts</div>
- <div class="vers">Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons</div>
- <div class="vers">Et que la lune marche à travers un long voile</div>
- <div class="vers">O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux</div>
- <div class="vers">Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus</div>
- <div class="vers">Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?»</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Ne me reviendras-tu que dans l’éternité?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">La prière toujours allumant son sourire</div>
- <div class="vers">Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8"><span class="pagenum" id="Page_152">[p. 152]</span>
- Fais tant et si souvent l’aumône</div>
- <div class="vers8">Qu’à ce doux travail occupé</div>
- <div class="vers8">La mort te trouve et te moissonne</div>
- <div class="vers8">Comme un lys pour le ciel coupé<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a></div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">Elle allait chantant d’une voix affaiblie</div>
- <div class="vers">Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait</div>
- <div class="vers">Courbée au travail comme un pommier qui plie</div>
- <div class="vers">Oubliant son corps d’où l’âme se délie</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ne passez jamais devant l’humble chapelle</div>
- <div class="vers">Sans y <ins id="cor_12" title="raffraîchir">rafraîchir</ins> les rayons de vos yeux</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et c’est sans mourir une visite aux cieux.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_153">[p. 153]</span>
- <div class="vers">N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues,</div>
- <div class="vers">De tous les lointains juge-t-on la couleur?</div>
- <div class="vers">Les voix sans écho sont les mieux entendues,</div>
- <div class="vers">Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues</div>
- <div class="vers">De tous les <ins id="cor_13" title="seerets">secrets</ins> lui seul sait la valeur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Je vais au désert plein d’eaux vives</div>
- <div class="vers8">Laver les ailes de mon cœur</div>
- <div class="vers8">Car je sais qu’il est d’autres rives</div>
- <div class="vers8">Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur.</div>
- <div class="versd8 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Vous qui comptez les cris fervents</div>
- <div class="vers8">—</div>
- <div class="vers">Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Je vous obtiens déjà puisque je vous espère</div>
- <div class="vers"><i>Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu</i>.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><i>Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te <ins id="err_7" title="prends (Errata)">prend</ins></i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers6">Sous le toit d’aubépines</div>
- <div class="vers6">Qui lui sert de palais</div>
- <div class="vers6">L’oiseau chante matines</div>
- <div class="vers6">Dans l’arbre pur et frais.</div>
- <div class="vers6">Les enfants du village</div>
- <div class="vers6">Sont ses anges élus</div>
- <div class="vers6">Et les bruits du feuillage</div>
- <div class="vers6">Lui sonnent l’Angélus!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_154">[p. 154]</span>
- Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords</div>
- <div class="vers">Vous prier tendrement pour nos frères les morts.</div>
- <div class="vers">Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes</div>
- <div class="vers">Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges.</div>
- <div class="vers">Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs,</div>
- <div class="vers">Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">En regardant couler nos flots</div>
- <div class="vers8">Penché sur ce monde qu’il aime</div>
- <div class="vers8">Jésus triste au fond de lui-même</div>
- <div class="vers8">Retrouve de divins sanglots.</div>
-</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="nvers">Enfin, faites tant et si souvent l’aumône,</div>
- <div class="nvers">Qu’à ce doux travail ardemment occupé</div>
- <div class="nvers">Quand vous vieillirez—tout vieillit, Dieu l’ordonne</div>
- <div class="nvers">Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne</div>
- <div class="nvers"><i>Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé</i>.</div>
- <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="nvers">Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant</div>
- <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="nvers">Il est beau du malheur écrit sur sa figure</div>
- <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Le jour où l’enfant le console</div>
- <div class="vers8">Par une colombe qui vole,</div>
- <div class="vers8">Dieu le sait vite, avant le soir</div>
- <div class="nvers dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="nvers">Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux</div>
- <div class="nvers">M’ont paru lumineux comme si de flambeaux,</div>
- <div class="nvers">Comme si de rayons d’une auréole sainte</div>
- <div class="nvers">Sa tête blanchissante et paisible était ceinte.</div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a>
-Ailleurs:</p>
-
-<div class="npoem">
- <div class="nvers">Je suis le grand souffle exhalé sur la croix</div>
- <div class="nvers">Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois.</div>
-</div>
-
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_155">NATURE</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Charme des blés mouvants, fleurs des grandes prairies,</div>
- <div class="vers">Tumulte harmonieux élevé des champs verts.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_157">[p. 157]</span>
- L’oiseau silencieux fatigué de bonheur,</div>
- <div class="vers">Le chant vague et lointain du jeune moissonneur</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Le printemps est si beau, sa chaleur embaumée</div>
- <div class="vers">Descend au fond des cœurs réveillés et surpris</div>
- <div class="vers">Une voix qui dormait, une ombre accoutumée</div>
- <div class="vers">Redemande l’amour à nos sens attendris.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Car l’imprévoyante colombe</div>
- <div class="vers8">Qui librement passait dans l’air</div>
- <div class="vers8">Au trait parti comme l’éclair</div>
- <div class="vers8">Tressaille, tourne, expire et tombe,</div>
- <div class="vers8">Aux pieds du tranquille chasseur</div>
- <div class="vers"><i>Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur</i>!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Va. Tu n’as que le temps de deviner l’amour! (l’éphémère)</div>
- <div class="vers">Né dans le feu, ton vol en cercles s’y déploie</div>
- <div class="vers">Et sème des anneaux de lumière et de joie.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Nul adieu ne viendra gémir dans l’harmonie</div>
- <div class="vers">De ton jour de musique et d’ivresse infinie.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tu n’as point à traîner ton cœur lourd comme un livre</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">La nuit se sillonnait de songes transparents.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_158">[p. 158]</span>
- Ils ne se faisaient qu’un pour être à deux toujours!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">On eut dit qu’ils s’aimaient jusqu’à manquer d’haleine.</div>
- <div class="vers">Je ne les plaignais pas d’être roseaux, j’aimais.</div>
- <div class="vers">Et de ce frais hymen montait une harmonie</div>
- <div class="vers">Qui parlait! qui chantait! Triste, intime, infinie</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Souvent d’un rossignol la nocturne prière</div>
- <div class="vers">Descendait se mouiller dans leurs frissons charmants</div>
- <div class="vers">—</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Viens, on dirait la nuit au fonds des bois couchée,</div>
- <div class="vers">Pas une aile d’oiseau n’éveille l’air encor.</div>
- <div class="vers">Le rossignol se tait quand la lune est cachée</div>
- <div class="vers">Hors toi, sous tes parfums, fleur brûlante et penchée</div>
- <div class="vers">La nuit enchaîne tout dans son muet accord.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Viens, les premiers lilas sous l’ombre et la verdure</div>
- <div class="vers">Soufflent au loin leur nom, leur forme, leurs couleurs</div>
- <div class="vers">La terre ne dort pas, elle ouvre sa ceinture,</div>
- <div class="vers">Son sourire invisible encense la nature</div>
- <div class="vers">Et son hymne au soleil va s’élancer des fleurs.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Les pigeons sans lien sous leur robe de soie</div>
- <div class="vers">Mollement envolés de maison en maison,</div>
- <div class="vers">Dont le fluide essor entraînait ma raison;</div>
- <div class="vers">Les arbres, hors des murs penchant leurs têtes vertes;</div>
- <div class="vers">Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes,</div>
- <div class="vers">Le rire de l’été sonnant de toutes parts...</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">La lune large avant la nuit levée</div>
- <div class="vers10">Comme une lampe avant l’heure éprouvée</div>
- <div class="vers10">—</div>
- <div class="vers">Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir.</div>
- <div class="vers">Tout tressaille averti de la prochaine ondée</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_159">[p. 159]</span>
- <i>Laissez pleuvoir, ô cœurs solitaires et doux.</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Là-bas les ramiers blancs flottaient à longues voiles</div>
- <div class="vers">Et semblaient en plein jour de filantes étoiles</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Jeune on a tant aimé ces <i>parcelles de feu</i>.<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> (abeilles)</div>
- <div class="vers">Ces <i>gouttes de soleil</i> dans notre azur qui brille</div>
- <div class="vers">Dansant sur le tableau lointain de la famille</div>
- <div class="vers">Visiteuses des bleds où logent tant de fleurs,</div>
- <div class="vers"><i>Miel qui vole</i> émané des célestes chaleurs</div>
- <div class="vers">J’en ai tant vu passer dans l’enclos de mon père</div>
- <div class="vers">Qu’il en fourmille au fond de tout ce que j’espère...</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Pas une aile à l’azur ne demande à s’étendre</div>
- <div class="vers">Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Oui la nuit à jamais, promets-la moi, je l’aime</div>
- <div class="vers">Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Allez la mer! Allez, navire enflé de voiles</div>
- <div class="vers">La danse vous salue au fonds de vos couleurs.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Ma mère, entendez-vous quand la lune est levée</div>
- <div class="vers">L’oiseau qui la salue au fond de sa couvée?</div>
- <div class="vers">Ne fait-il pas rêver les arbres endormis?<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule,</div>
- <div class="vers">Sous le cygne endormi, l’eau du lac bleu s’écoule</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_160">[p. 160]</span>
- Le Christ est beau, je l’aime et je joue au calvaire</div>
- <div class="vers">Où j’ai fait un jardin tout bleu de primevère</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">L’orme et le tilleul versent leur ombre noire</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><i>Ce papillon tardif que la fraîcheur attire</i></div>
- <div class="vers"><i>Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">On avait couronné la vierge moissonneuse</div>
- <div class="vers">Le village à la ville était joint par des fleurs.</div>
-</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a>
-Vers vraiment virgiliens.</p>
-
-<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a>
-Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres.<br />
-<span class="nattrib smcap">Verlaine.</span></p>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_161">L’AMOUR DES FLEURS</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Il semble que les fleurs alimentent ma vie.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_163">[p. 163]</span>
- Vois dans l’eau, vois ce lys dont la tête abaissée</div>
- <div class="vers">Semble se dérober au sourire des cieux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Dieu couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Fleur naine et bleue et triste où se cache un emblème (myosotis)</div>
- <div class="vers">Où l’absence a souvent respiré le mot: J’aime!</div>
- <div class="vers">Où l’aile d’une fée a laissé des couleurs</div>
- <div class="vers">Toi qu’on devrait nommer le colibri des fleurs</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Va donc comme un œil d’ange éveiller son courage.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><i>Quand l’oiseau sans musique erre aux champs sans couleurs</i>,</div>
- <div class="vers">Je ne me sens pas vivre et je ressemble aux fleurs</div>
- <div class="vers">Aux pauvres fleurs baissant leurs têtes murmurantes</div>
- <div class="vers">Et qu’on prendrait de loin pour des âmes pleurantes.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">Un ruban gris qui serpentait dans l’herbe</div>
- <div class="vers10">De réséda nouant l’humide gerbe</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et votre vie à l’ombre est un divin moment</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Inclinez-vous le soir, sur les dernières larmes</div>
- <div class="vers">Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.</div>
- <span class="pagenum" id="Page_164">[p. 164]</span>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Par les beaux clairs de lune aux lambris de ma chambre</div>
- <div class="vers">Que de bouquets mourants vous avez fait pleuvoir!</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Sortis de vos plis verts où les jasmins respirent</div>
- <div class="vers">Que de songes sur moi vinrent causer le soir!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles</div>
- <div class="vers">Et savent pleurer comme les jeunes filles.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_165">L’AMOUR DE L’EAU</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m’ont parlé</div>
- <div class="vers">Humectent sa voix d’un long rythme perlé...</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_167">[p. 167]</span>
- Si son ombre a passé dans votre eau fugitive,</div>
- <div class="vers">Nymphe</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Si l’image qui fuit vous devient étrangère</div>
- <div class="vers">De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire,</div>
- <div class="vers">On ne sait trop s’il fuit, s’il cherche, s’il attend,</div>
- <div class="vers">Mais il est malheureux puisque mon cœur l’entend.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">On le dirait joyeux de caresser des fleurs</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Si je pouvais chanter je ne l’entendrais pas.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Appelant un secret qu’elle ne comprend pas</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Une image nouvelle y glisse tous les jours</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre</div>
- <div class="vers">Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers-8">Si mon étoile brille</div>
- <div class="vers">Et trace <ins title="encore">encor</ins> mon nom dans la Scarpe d’argent.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_168">[p. 168]</span>
- Viens ranimer le cœur séché de nostalgie</div>
- <div class="vers">Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie.</div>
- <div class="vers">En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets</div>
- <div class="vers">Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours</div>
- <div class="vers">Et m’a fait <i>cette voix qui soupire toujours</i>.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre</div>
- <div class="vers">Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre</div>
- <div class="vers">Comme d’un pâle enfant on berce le souci</div>
- <div class="vers">Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère</div>
- <div class="vers">Enlevant à son cœur quelque pensée amère</div>
- <div class="vers">Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas</div>
- <div class="vers">Un bonheur attardé qui ne revenait pas.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Cette mère, à ta rive elle est assise encore,</div>
- <div class="vers">La voilà qui me parle, ô mémoire sonore!</div>
- <div class="vers">O mes palais natals qu’on m’a fermés souvent</div>
- <div class="vers">La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme!</div>
- <div class="vers">Sur ma lèvre entr’ouverte elle répand sa flamme</div>
- <div class="vers">Non! par tout l’or du monde on ne me paîrait pas</div>
- <div class="vers">Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas!</div>
- <div class="vers">—</div>
-</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Un ruisseau, frais enfant d’une source cachée</div>
- <div class="vers">Promenait sur les fleurs son humide cristal;</div>
- <div class="vers">L’herbe au pied du miroir n’était jamais penchée;</div>
- <div class="vers">Il y versait la vie à flot toujours égal.</div>
- <div class="vers">Harmonieux passant son mobile murmure</div>
- <div class="vers6">Enchantait la nature:</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_169">[p. 169]</span></div>
- <div class="vers">Un doux frémissement, quand de ses molles eaux</div>
- <div class="vers6">Il mouillait les roseaux</div>
- <div class="vers">Avertissait au loin quelque nymphe altérée</div>
- <div class="vers">Qu’un filet d’eau coulait sous les saules tremblants;</div>
- <div class="vers">Et la bergère, au soir, dans la glace épurée</div>
- <div class="vers8">Venait baigner ses pieds brûlants.</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Toi ne passe jamais à l’angle de la rue,</div>
- <div class="vers">Où notre église encor n’est pas toute apparue</div>
- <div class="vers">Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas</div>
- <div class="vers">Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas.</div>
- <div class="vers">Il chante le passé, car il a vu nos pères;</div>
- <div class="vers">Il a la même voix que dans nos temps prospères!</div>
- <div class="vers">Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir</div>
- <div class="vers">Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir!</div>
- <div class="vers"><i>Ton visage étoilé dans les cercles humides</i></div>
- <div class="vers"><i>Parsemant leurs clartés de sources limpides</i></div>
- <div class="vers">Et les multipliant au fond du puits songeur</div>
- <div class="vers">Pour y porter le jour, comme ils font dans mon cœur!</div>
- <div class="vers">Alors qu’il soit béni, le salubre nuage</div>
- <div class="vers">Ayant de tous les tiens miré l’errante image!</div>
- <div class="vers">Monte sur la margelle et bois à ton plein gré</div>
- <div class="vers">Son haleine qui manque à mon sang altéré!</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_171">LE RYTHME</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_173">[p. 173]</span></div>
- <div class="vers">Leur prestige est si doux pour un cœur attristé. (les vers)</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Cet art consolateur d’une âme déchirée.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Pourquoi déifier vos immobiles peines?</div>
- <div class="vers">—</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_175">LE SILENCE</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers">Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_177">[p. 177]</span>
- Voilà le souvenir au pénétrant silence;</div>
- <div class="vers">Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Un coin vert où jamais on n’entend rien gémir</div>
- <div class="vers">J’y voudrais bien aller! j’y voudrais bien dormir!</div>
- <div class="vers">S’il vous plaît, qu’on m’y porte. Il me faut du <i>silence</i></div>
- <div class="vers">Un saule au doux frisson que l’air baigne et balance.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Tant de bruits sur la terre ont étourdi mon âme!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Béni soit le coin sombre où s’isole mon cœur!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Cherchant de l’ombre à part afin d’oser dormir!</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Déjà son esprit prenant goût au silence.</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_179">ÉTERNITÉ</h3>
-
-<div class="rpoem">
- <div class="vers"><i>Et Dieu nous unira d’éternité</i>...</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="poem">
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_181">[p. 181]</span>
- Que je lui dise: «Viens, plus d’absence entre nous,</div>
- <div class="vers">Viens, j’expiai pour toi ton infidèle flamme»</div>
- <div class="vers">Il me reconnaîtra. Saisi d’un doux remords</div>
- <div class="vers8">Il ne verra plus que mon âme,</div>
- <div class="vers8">Il me trouvera belle alors.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et ta main, du repos marquant l’étroit espace</div>
- <div class="vers">Y jeta quelques fleurs pour y garder ta place.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et moi, quand dans la tombe on me fera descendre</div>
- <div class="vers">Des papillons légers voleront-ils sur moi?</div>
- <div class="vers">Les oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi?</div>
- <div class="vers">Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et le pauvre interdit à ta porte fermée</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers8">Humble fille de la nature<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a></div>
- <div class="vers8">Elle aimait la fleur sans culture</div>
- <div class="vers8">Qui naît et meurt au fond des bois.</div>
- <div class="vers8">Son âme brûlante et craintive</div>
- <div class="vers8">Aimait l’eau mobile et plaintive.</div>
- <div class="vers8">Qui répond aux plaintives voix.</div>
- <div class="vers8">Comme l’impatiente abeille</div>
- <div class="vers8">Quitte une rose moins vermeille</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_182">[p. 182]</span>
- Emportant dans les airs son parfum précieux</div>
- <div class="vers">Cette jeune Albertine <i>en silence éveillée</i></div>
- <div class="vers">Quittant avant le soir sa couronne effeuillée</div>
- <div class="vers8">Vient de s’en retourner aux cieux.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Pourquoi ces tendres fleurs dans leur avril écloses</div>
- <div class="vers">Tombent-elles souvent sans attendre l’été?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">On verra par mes soins, quelque feuille de lierre</div>
- <div class="vers">De son étroit asile embrasser le contour.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Contemplez ce nuage. Hélas! il nous ressemble,</div>
- <div class="vers">Il va vite. En courant, levez parfois les yeux.</div>
- <div class="vers">N’ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées,</div>
- <div class="vers">Leur tranquille silence éveillait mes pensées,</div>
- <div class="vers">Y cueillir une fleur me semblait un larcin.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Autrefois... qu’il est loin le jour de son baptême</div>
- <div class="vers">Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau:</div>
- <div class="vers">Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même,</div>
- <div class="vers">Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Oui, je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants,</div>
- <div class="vers">Miroirs de la piété qui marchait sur tes traces,</div>
- <div class="vers">Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces,</div>
- <div class="vers">Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_183">[p. 183]</span>
- Oui tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile</div>
- <div class="vers">Albertine! et tu sais l’autre vie avant moi.</div>
- <div class="vers">Un jour j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile,</div>
- <div class="vers">Elle a baisé mon front, et j’ai dit: «c’est donc toi!»</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux</div>
- <div class="vers">D’un ange, autour de moi, je sentais la présence.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme!</div>
- <div class="vers">Toujours elle se plaint; jamais elle ne dort:</div>
- <div class="vers">Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme,</div>
- <div class="vers">Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Car on dit que longtemps encore</div>
- <div class="vers8">L’âme retourne au monument,</div>
- <div class="vers8">Glissant du ciel à chaque aurore</div>
- <div class="vers8">Pour épier ce qu’elle adore</div>
- <div class="vers8">Et que parfois c’est vainement.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">L’homme achète longtemps le bienfait de la mort.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et le vrai, c’est la mort!—et j’attends son secret.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Oh! ce sera la vie. Oh! ce sera vous-même,</div>
- <div class="vers">Rêve, à qui ma prière a tant dit: je vous aime.</div>
- <div class="vers">Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment</div>
- <div class="vers">Des âmes en douleurs le chaste enfantement.</div>
- <div class="vers">—</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">O vie! ô fleur d’orage! ô menace! ô mystère!</div>
- <div class="vers6">O songe aveugle et beau!</div>
- <div class="vers">Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre</div>
- <div class="vers6">Que ta route au tombeau?</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">—«Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance,</div>
- <div class="vers6">Fruit divin de ma fleur?</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_184">[p. 184]</span></div>
- <div class="vers">Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance</div>
- <div class="vers6">Dans l’éternel bonheur?</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles,</div>
- <div class="vers6">Que sert de vous parler?</div>
- <div class="vers">Vos pieds sont las, pliez! Dieu vous mettra des ailes,</div>
- <div class="vers6">Et vous pourrez voler.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">De vos fronts consternés, mères inconsolables</div>
- <div class="vers6">Les cyprès tomberont,</div>
- <div class="vers">Quand, pour vous emmener, messagers adorables,</div>
- <div class="vers6">Vos enfants descendront.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie,</div>
- <div class="vers6">Quand vous verrez la mort</div>
- <div class="vers">Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie</div>
- <div class="vers6">Comme un agneau qui dort.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes;</div>
- <div class="vers6">Sa nuit couve le jour,</div>
- <div class="vers">Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles</div>
- <div class="vers6">Savent que c’est l’amour!»<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a></div>
-</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Un enfant plus léger, plus peureux de la terre</div>
- <div class="vers">Et qui s’en retournait habillé de mystère</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">J’ai peur de voir tomber les voiles de mon âme</div>
- <div class="vers">J’ai peur qu’elle s’en aille à la porte des cieux</div>
- <div class="vers">Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_185">[p. 185]</span>
- Mourir! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme</div>
- <div class="vers">Prend ses ailes longtemps avant de s’envoler.</div>
- <div class="vers">—</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">Peut-être qu’à son insomnie</div>
- <div class="vers8">Ton âme suspendue un soir</div>
- <div class="vers8">De sa pénitence finie,</div>
- <div class="vers8">Viendra respirer et s’asseoir</div>
- <div class="vers8">Puis ouvrant doucement la porte</div>
- <div class="vers8">Du séjour où Dieu la remporte</div>
- <div class="vers8">Elle me dira: «Ne crains rien»</div>
- <div class="vers8"><i>Les cieux sont grands, les morts sont bien</i>.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">J’ai déjà tant d’âmes aimées</div>
- <div class="vers8">Sous ce lugubre vêtement!</div>
- <div class="vers8">Tant de guirlandes parfumées</div>
- <div class="vers8">Qui pendent au froid monument,</div>
- <div class="vers8">Par le souffle mortel atteintes</div>
- <div class="vers8">D’où mon nom sortait plein d’amour,</div>
- <div class="vers8">Et qui m’appelleront un jour!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">Notre corps ne faisait plus d’ombre</div>
- <div class="vers8">Comme dans ce triste univers</div>
- <div class="vers8">Et notre âme n’était plus sombre:</div>
- <div class="vers8">Le soleil passait au travers.</div>
- <div class="vers8">—</div>
-</div>
- <div class="vers">La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde,</div>
- <div class="vers">Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux.</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">O beauté souveraine à travers tous les voiles.<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a></div>
- <div class="vers"><i>Tant que les noms aimés retourneront aux cieux</i></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_186">[p. 186]</span>
- Nous chercherons Delphine à travers les étoiles</div>
- <div class="vers">Et son doux nom de sœur humectera nos yeux.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Tel qu’un homme hâté s’arrête de courir</div>
- <div class="vers">Et dit en lui: «C’est <ins id="err_8" title="vrai (Errata)">vrai pourtant</ins> il faut mourir.»</div>
- <div class="vers">Puis qui reprend sa route avec la tête basse</div>
- <div class="vers">Comme si d’un fardeau son épaule était lasse?</div>
- <div class="vers">Ah! c’est que des points noirs troublent un ciel vermeil</div>
- <div class="vers">Quand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil...</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Elle entre, et bien des yeux qui paraissent fermés (la lune)</div>
- <div class="vers">Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés.</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">N’as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes</div>
- <div class="vers">Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Merci! toi qui <ins id="cor_14" title="descend">descends</ins> des divines montagnes</div>
- <div class="vers">Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes</div>
- <div class="vers">Dans leur étroit jardin tu viens les regarder,</div>
- <div class="vers">Et contre l’oubli froid tu sembles les garder.</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs,</div>
- <div class="vers">Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs.</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille</div>
- <div class="vers">Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille</div>
- <div class="vers"><i>Au deuil blanc</i>, car pressé de vivre et de souffrir</div>
- <div class="vers"><i>L’homme partout s’attarde à regarder mourir</i>.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_187">[p. 187]</span></div>
- <div class="vers">Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle</div>
- <div class="vers">S’effaçait, comme on voit aux approches du soir</div>
- <div class="vers">Par degrés se ternir les clartés d’un miroir</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers4">Faite à souffrir</div>
- <div class="vers6">Devant pour être morte,</div>
- <div class="vers4">Si peu mourir.</div>
- <div class="versd6 dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers6">Quand l’<i>autre moissonneuse</i></div>
- <div class="vers4"><i>Forte en tous lieux</i></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Quand la nuit descendit sur l’ardent paysage</div>
- <div class="vers">Quand tout bruit s’effaça l’astre au tendre visage</div>
- <div class="vers">Vers une croix nouvelle allongea ses fils d’or</div>
- <div class="vers">Comme un baiser de mère à son enfant qui dort.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Le sourire défaille à la plaie incurable</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Adieu sourire, adieu jusque dans l’autre vie</div>
- <div class="vers">Si l’âme, du passé n’y peut être suivie!</div>
- <div class="vers">Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir.</div>
- <div class="vers">A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers10">Il est du moins au-dessus de la terre</div>
- <div class="vers10">Un champ d’asile où monte la douleur;</div>
- <div class="vers10">J’y vais puiser un peu d’eau salutaire</div>
- <div class="vers10">Qui du passé rafraîchit la couleur.</div>
- <div class="vers10">—</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Par un rêve dont la flamme</div>
- <div class="vers7">Éclairait mes yeux fermés</div>
- <div class="versd7 dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers7">Viens ne crains pas leur silence</div>
- <div class="vers7">Ni leurs yeux ouverts sans voir</div>
- <div class="vers7"><span class="pagenum" id="Page_188">[p. 188]</span>
- Le sommeil qui les balance</div>
- <div class="vers7">N’a de vivant que l’espoir.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers7">Sous une forme reprise</div>
- <div class="vers7">Et qui nous ressemblera</div>
- <div class="vers7">Avec un cri de surprise</div>
- <div class="vers7">Chacun se reconnaîtra.</div>
-</div>
- <div class="vers7">Quoi, c’est lui! c’est toi! c’est elle!</div>
- <div class="vers7">Retentira de partout,</div>
- <div class="vers7">Et l’on proclamera belle</div>
- <div class="vers7">La mort vivante et debout.<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a></div>
- <div class="vers7">—</div>
- <div class="vers7">Et pour gagner l’autre vie</div>
- <div class="vers7">Retourne avec les mourants.</div>
- <div class="vers7">—</div>
- <div class="vers7">Ah! je sens que je fus colombe</div>
- <div class="vers7">En voyant vos ailes s’ouvrir (oiseaux)</div>
- <div class="vers7">Et pour vous suivre par la tombe</div>
- <div class="vers7">J’ai déjà moins peur de mourir.</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance</div>
- <div class="vers">Doux et muet témoin de tes ébats naïfs</div>
- <div class="vers">Qui se laissait aimer et gronder sans défense</div>
- <div class="vers">Qui savait te répondre en murmures plaintifs</div>
- <div class="vers">Ton camarade est mort.</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Ce qu’on aime est si triste ainsi gisant et froid</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_189">[p. 189]</span>
- A ton beau ramier bleu tu penseras toujours</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Dans votre épreuve solitaire</div>
- <div class="vers8">Ne demandez pas le bonheur.</div>
- <div class="vers8">Sa semence est dans votre cœur</div>
- <div class="vers8">Et n’éclora pas sur la terre</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes</div>
- <div class="versd dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">Oui la rose a brillé sur mon riant voyage</div>
- <div class="vers">Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a></div>
- <div class="vers">L’étoile du matin l’aidait à s’entr’ouvrir</div>
- <div class="vers">Et l’étoile du soir la regardait mourir.</div>
- <div class="vers">Vers la terre déjà sa tête était penchée;</div>
- <div class="vers"><i>L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau</i></div>
- <div class="vers">La feuille murmurait en tombant desséchée</div>
- <div class="vers">Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau!</div>
- <div class="vers">—</div>
-
-<div class="sidenote"><span class="sne">♦</span><b>Fragment</b><span class="sne">♦</span></div>
-
- <div class="vers">Venez-vous en courant dire: Préparez-vous</div>
- <div class="vers">Bientôt vous quitterez <i>ce que l’on croit la vie</i>.</div>
- <div class="vers">Celle qui vous attend seule est digne d’envie:</div>
- <div class="vers">Ah! venez dans le ciel la goûter avec nous!</div>
- <div class="vers">Ne craignez pas, venez! Dieu règne sans colère;</div>
- <div class="vers">De nos destins charmants vous aurez la moitié.</div>
- <div class="vers">Celle qui pleure, hélas! ne peut plus lui déplaire;</div>
- <div class="vers10">Le méchant même a sa part de pitié.</div>
- <div class="vers">Sous sa main qu’il étend, toute plaie est fermée;</div>
- <div class="vers">Qui se jette en son sein ne craint plus l’abandon;</div>
- <div class="vers">Et le sillon cuisant d’une larme enflammée</div>
- <div class="vers8">S’efface au souffle du pardon.</div>
- <div class="vers8">Embrassez-nous! Dieu nous rappelle</div>
- <div class="vers">Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas!</div>
- <div class="vers"><span class="pagenum" id="Page_190">[p. 190]</span></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers7">L’amour ce ciment des âmes</div>
- <div class="versd8 dots pm"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers7">Là-bas où finit la terre</div>
- <div class="vers7">Rejoint la mère à l’enfant</div>
- <div class="vers7">—</div>
- <div class="vers7">De tendresse et de mystère</div>
- <div class="vers7">Dès qu’il eut rempli ces lieux</div>
- <div class="vers7">—</div>
- <div class="vers">Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes</div>
- <div class="vers">N’a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant?</div>
- <div class="vers">Qui sait si leurs mains d’ange un moment réunies</div>
- <div class="vers">N’ont pas pesé <ins id="cor_15" title="la haut">là-haut</ins> nos peines infinies</div>
- <div class="vers">Et pleurant de l’amour qu’on leur garde en ce lieu</div>
- <div class="vers">N’ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu?</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Comme si mon enfant puissante avec douceur</div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers">Une femme pleurait des pleurs d’une autre femme</div>
- <div class="vers">Elles ont leurs secrets qu’elles plaignent toujours...</div>
- <div class="vers">Celle qui regardait reconnaissait son âme</div>
- <div class="versd dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
- <div class="vers">—</div>
- <div class="vers8">Vous qui n’avez jamais parlé</div>
- <div class="vers8">Dans notre monde désolé</div>
- <div class="vers8">N’apprenez pas la langue austère</div>
- <div class="vers8">Et les durs sanglots de la terre.</div>
- <div class="vers8">Envolez-vous, mais, par pitié,</div>
- <div class="vers8">De nos pleurs portez la moitié</div>
- <div class="vers8">Dans le manteau bleu de la vierge;</div>
- <div class="vers8">Et nous brûlerons un beau cierge</div>
- <div class="vers8"><span class="pagenum" id="Page_191">[p. 191]</span>
- Au pied de votre blanc berceau</div>
- <div class="vers8">Pour que l’arbre et son arbrisseau</div>
- <div class="vers8">Revivent aux montagnes pures,</div>
- <div class="vers8">Loin des autans, loin des souillures,</div>
- <div class="vers8">Loin de ce monde désolé</div>
- <div class="vers8">Où vous n’avez jamais parlé.<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a></div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a>
-Épitaphe d’Albertine (page 228. <i>Albertine.</i>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a>
-C’est là-haut dans le ciel qu’il me faut chercher mon père et ma mère,
-leurs chers visages m’apparaissent entourés d’une lumineuse auréole, ils ne
-sont plus de la terre, ils ne comptent plus pour mon foyer.</p>
-
-<p class="ralign"><span class="smcap">Aurora Leigh.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a>
-Tout le souffle du poème de Victor Hugo sur la mort de <i>Claire</i> avec
-le rythme de Malherbe dans son poème sur la mort de <i>Rosa</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a>
-Lumière de l’âme, ô beauté!<br />
-<span class="nattrib smcap">Leconte de Lisle.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a>
-La mort a été absorbée dans la victoire.<br />
-<span class="nattrib smcap">S. Paul.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a>
-<span lang="la" xml:lang="la"><ins id="cor_16" title="Hoec">Hæc</ins> viret angusto foliorum, tecta galero.</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a>
-Petite pièce si étonnamment descriptive avec son dernier vers renouvelé
-du premier et posant comme un doigt sur deux lèvres.</p>
-</div>
-
-
-
-<h2 id="Page_193">PIÈCES A LIRE<a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a></h2>
-
-
-<table summary="Liste des pièces à lire">
-<tr>
- <td>&nbsp;</td>
- <td class="tdc cs8" colspan="2">(Édition Lemerre)</td>
-</tr>
-<tr>
- <td>&nbsp;</td>
- <td class="tdr cs8">Pages</td>
- <td class="tdr cs8">Tomes</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Les roses de Saadi</i></td>
- <td class="tdr">273</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>La prière perdue</i></td>
- <td class="tdr">45</td>
- <td class="tdr"><small>I</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Croyance</i></td>
- <td class="tdr">11</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><a href="#poem_1"><i>La vie et la mort du ramier</i></a></td>
- <td class="tdr">198</td>
- <td class="tdr"><small>I</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Les cloches et les larmes</i></td>
- <td class="tdr">267</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Pour endormir l’enfant</i></td>
- <td class="tdr">97</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><a href="#poem_2"><i>Dormeuse</i></a></td>
- <td class="tdr">70</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Le nuage et l’enfant</i></td>
- <td class="tdr">109</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>L’enfant et la foi</i></td>
- <td class="tdr">206</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Les enfants à la communion</i></td>
- <td class="tdr">201</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Prière des orphelins</i></td>
- <td class="tdr">262</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Au soleil</i></td>
- <td class="tdr">204</td>
- <td class="tdr"><small>III</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Prison et printemps</i></td>
- <td class="tdr">105</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><i>Refuge</i></td>
- <td class="tdr">336</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><a href="#poem_3"><i>Renoncement</i></a></td>
- <td class="tdr">354</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl"><a href="#poem_4"><i>La couronne effeuillée</i></a></td>
- <td class="tdr">350</td>
- <td class="tdr"><small>II</small></td>
-</tr>
-</table>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a>
-En complément de cette <i>Étude</i> et comme types brefs et concrets des
-principaux mouvements qui y sont spécifiés.</p>
-</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pttl vers9" id="poem_1"><span class="pagenum" id="Page_195">[p. 195]</span>
-LA VIE ET LA MORT DU RAMIER</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">De la colombe au bois c’est le ramier fidèle;</div>
- <div class="vers">S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle;</div>
- <div class="vers">Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours,</div>
- <div class="vers">Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble;</div>
- <div class="vers">Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble,</div>
- <div class="vers">Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir:</div>
- <div class="vers">Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre,</div>
- <div class="vers">Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur;</div>
- <div class="vers">Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre,</div>
- <div class="vers">Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage</div>
- <div class="vers">Cette blanche moitié de la colombe aux bois,</div>
- <div class="vers">N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage:</div>
- <div class="vers">Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues</div>
- <div class="vers">Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux,</div>
- <div class="vers">Et vous y trouverez quatre ailes détendues</div>
- <div class="vers">Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux!</div>
-</div>
-</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pttl vers3" id="poem_2"><span class="pagenum" id="Page_197">[p. 197]</span>
-DORMEUSE</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">Si l’enfant sommeille,</div>
- <div class="vers5">Il verra l’abeille,</div>
- <div class="vers7">Quand elle aura fait son miel,</div>
- <div class="vers7">Danser entre terre et ciel,</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">Si l’enfant repose,</div>
- <div class="vers5">Un ange tout rose,</div>
- <div class="vers7">Que la nuit seule on peut voir,</div>
- <div class="vers7">Viendra lui dire: «Bonsoir!»</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">Si l’enfant est sage,</div>
- <div class="vers5">Sur son doux visage</div>
- <div class="vers7">La Vierge se penchera,</div>
- <div class="vers7">Et longtemps lui parlera,</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">Si mon enfant m’aime,</div>
- <div class="vers5">Dieu dira lui-même:</div>
- <div class="vers7">«J’aime cet enfant qui dort;</div>
- <div class="vers7">Qu’on lui porte un rêve d’or!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <span class="pagenum" id="Page_198">[p. 198]</span>
- <div class="vers5">«Fermez ses paupières,</div>
- <div class="vers5">Et sur ses prières,</div>
- <div class="vers7">De mes jardins pleins de fleurs,</div>
- <div class="vers7">Faites glisser les couleurs.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Ourlez-lui des langes</div>
- <div class="vers5">Avec vos doigts d’anges,</div>
- <div class="vers7">Et laissez sur son chevet</div>
- <div class="vers7">Pleuvoir votre blanc duvet.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Mettez-lui des ailes</div>
- <div class="vers5">Comme aux tourterelles,</div>
- <div class="vers7">Pour venir dans mon soleil</div>
- <div class="vers7">Danser jusqu’à son réveil!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Qu’il fasse un voyage</div>
- <div class="vers5">Aux bras d’un nuage,</div>
- <div class="vers7">Et laissez-le, s’il lui plaît,</div>
- <div class="vers7">Boire à mes ruisseaux de lait!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Donnez-lui la chambre</div>
- <div class="vers5">De perles et d’ambre,</div>
- <div class="vers7">Et qu’il partage en dormant,</div>
- <div class="vers7">Nos gâteaux de diamant!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Brodez-lui des voiles</div>
- <div class="vers5">Avec mes étoiles,</div>
- <div class="vers7">Pour qu’il navigue en bateau</div>
- <div class="vers7">Sur mon lac d’azur et d’eau!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <span class="pagenum" id="Page_199">[p. 199]</span>
- <div class="vers5">«Que la lune éclaire</div>
- <div class="vers5">L’eau pour lui plus claire,</div>
- <div class="vers7">Et qu’il prenne au lac changeant</div>
- <div class="vers7">Mes plus fins poissons d’argent!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Mais je veux qu’il dorme</div>
- <div class="vers5">Et qu’il se conforme</div>
- <div class="vers7">Au silence des oiseaux</div>
- <div class="vers7">Dans leurs maisons de roseaux!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Car si l’enfant pleure,</div>
- <div class="vers5">On entendra l’heure</div>
- <div class="vers7">Tinter partout qu’un enfant</div>
- <div class="vers7">A fait ce que Dieu défend!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«L’écho de la rue</div>
- <div class="vers5">Au bruit accourue,</div>
- <div class="vers7">Quand l’heure aura soupiré,</div>
- <div class="vers7">Dira: «L’enfant a pleuré!»</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Et sa tendre mère,</div>
- <div class="vers5">Dans sa nuit amère,</div>
- <div class="vers7">Pour son ingrat nourrisson</div>
- <div class="vers7">Ne saura plus de chanson!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«S’il brame, s’il crie,</div>
- <div class="vers5">Par l’aube en furie</div>
- <div class="vers7">Ce cher agneau révolté</div>
- <div class="vers7">Sera peut-être emporté!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <span class="pagenum" id="Page_200">[p. 200]</span>
- <div class="vers5">«Un si petit être</div>
- <div class="vers5">Par le toit, peut-être,</div>
- <div class="vers7">Tout en criant, s’en ira,</div>
- <div class="vers7">Et jamais ne reviendra!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Qu’il rôde en ce monde,</div>
- <div class="vers5">Sans qu’on lui réponde!</div>
- <div class="vers7">Jamais l’enfant que je dis,</div>
- <div class="vers7">Ne verra mon paradis!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers5">«Oui! mais s’il est sage</div>
- <div class="vers5">Sur son doux visage</div>
- <div class="vers7">La Vierge se penchera,</div>
- <div class="vers7">Et longtemps lui parlera.»</div>
-</div>
-</div>
-
-
-<div class="poem">
-<div class="pttl vers3" id="poem_3"><span class="pagenum" id="Page_201">[p. 201]</span>
-RENONCEMENT</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé,</div>
- <div class="vers">Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes;</div>
- <div class="vers">Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes,</div>
- <div class="vers">Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être.</div>
- <div class="vers">Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs;</div>
- <div class="vers">Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être,</div>
- <div class="vers">Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Les fleurs sont pour l’enfant; le sel est pour la femme:</div>
- <div class="vers">Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours,</div>
- <div class="vers">Seigneur! quand tout ce sel aura lavé mon âme,</div>
- <div class="vers">Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours!</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Tous mes étonnements sont finis sur la terre,</div>
- <div class="vers">Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir</div>
- <div class="vers">Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère</div>
- <div class="vers">Que la pudique mort a seule osé cueillir.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">O Sauveur! soyez tendre au moins à d’autres mères,</div>
- <div class="vers">Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous!</div>
- <div class="vers">Baptisez leurs enfants de nos larmes amères,</div>
- <div class="vers">Et relevez les miens tombés à vos genoux!</div>
-</div>
-</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pttl vers7" id="poem_4"><span class="pagenum" id="Page_203">[p. 203]</span>
-LA COURONNE EFFEUILLÉE</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée</div>
- <div class="vers">Au jardin de mon père où revit toute fleur;</div>
- <div class="vers">J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée:</div>
- <div class="vers">Mon père a des secrets pour vaincre sa douleur.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes:</div>
- <div class="vers">«Regardez, j’ai souffert...» Il me regardera,</div>
- <div class="vers">Et, sous mes jours changés, sous ma pâleur sans charmes,</div>
- <div class="vers">Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Il dira: «C’est donc vous, chère âme désolée,</div>
- <div class="vers">La terre manque-t-elle à vos pas égarés?</div>
- <div class="vers">Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée;</div>
- <div class="vers">Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!...»</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père!</div>
- <div class="vers">Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu!</div>
- <div class="vers">Je vous obtiens déjà puisque je vous espère</div>
- <div class="vers">Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers">Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle;</div>
- <div class="vers">Ce crime de la terre au ciel est pardonné.</div>
- <div class="vers">Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,</div>
- <div class="vers">Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné!</div>
-</div>
-</div>
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<h3 id="Page_205"><i>ERRATA</i></h3>
-
-<table summary="Errata" cellspacing="12">
-<tr>
- <td class="tdc cs8">Pages</td>
- <td class="tdc cs8">Au lieu de:</td>
- <td class="tdc cs8">Lisez:</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_1">51</a></td>
- <td class="tdlm"><i>souvent</i> pleines d’envol</td>
- <td class="tdlm"><i>parfois</i> pleines d’envol</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_2">62</a></td>
- <td class="tdlm"><i>le froid</i></td>
- <td class="tdlm"><i>ton poids</i></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_3">68</a></td>
- <td class="tdlm"><i>complot</i></td>
- <td class="tdlm"><i>sanglot</i></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_4">71</a></td>
- <td class="tdlm">préférais</td>
- <td class="tdlm">préfé<i>re</i>rais</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_5">72</a></td>
- <td class="tdlm">Gaut<i>h</i>ier</td>
- <td class="tdlm">Gautier</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_6">99</a></td>
- <td class="tdlm">pour quoi</td>
- <td class="tdlm">pourquoi</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_7">153</a></td>
- <td class="tdlm">prend<i>s</i></td>
- <td class="tdlm">prend</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdrm"><a href="#err_8">186</a></td>
- <td class="tdlm">C’est vrai</td>
- <td class="tdlm">C’est vrai <i>pourtant</i></td>
-</tr>
-</table>
-
-</div>
-
-<h2 id="toc">TABLE</h2>
-
-<table summary="Table des matières" cellspacing="12">
-<tr>
- <td class="tdl">Avant-propos</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_I">I</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">Prologue</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_11">11</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">I</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_13">13</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">II</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_27">27</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">III</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_43">43</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">IV</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_53">53</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">Appendice</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_81">81</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">Essai de classification</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_89">89</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdl">Pièces à lire</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_193">193</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-<div class="newpage">
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="cent cs8">IMPRIMERIE G. RICHARD 5, RUE DE LA PERLE, PARIS</p>
-
-<hr class="hr10" />
-
-</div>
-<div class="newpage">
-
-<div class="box sep4">
-<p class="ssrf noind" id="note">Au lecteur.</p>
-
-<p>L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été harmonisée,
-mais les erreurs clairement introduites par le typographe ou à
-l’impression ont été corrigées. Les mots ainsi corrigés sont soulignés
-<ins title="texte original">en pointillés</ins>. Placez le curseur
-dessus pour faire apparaître le texte original. Également à quelques
-endroits la ponctuation a été corrigée, et les corrections indiquées
-dans l’Errata ont été effectuées.</p>
-
-<p>Les notes ont été renumérotées consécutivement et placées à la fin
-de chaque section.</p>
-
-</div>
-
-</div>
-
-<hr class="full" />
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FÉLICITÉ ***</div>
-<div style='text-align:left'>
-
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-without further opportunities to fix the problem.
-</div>
-
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-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you &#8216;AS-IS&#8217;, WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
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-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-</div>
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-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
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-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
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-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
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-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
-
-</body>
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