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Debreyne; Compendium; et les Diaconales, - par Monseigneur Bouvier - -Author: Léo Taxil - Antonio María Claret - Pierre Jean Corneille Debreyne - Jean-Baptiste Bouvier - -Release Date: March 27, 2021 [eBook #64935] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: the Online Distributed Proofreading Team at - https://www.pgdp.net (This file was produced from images - generously made available by the Bibliothèque nationale de - France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CONFESSION ET LES -CONFESSEURS *** - - - - - - LES PORNOGRAPHES SACRÉS - - LA - CONFESSION - ET - LES CONFESSEURS - - PAR - LÉO TAXIL - - APPENDICE: - PIEUSES EXHORTATIONS, par Mgr CLARET - COURS DE LUXURE, par le R. P. DEBREYNE - DÉCISIONS DES CONCILES sur le DEVOIR CONJUGAL - MANUEL DU CONFESSEUR, par Mgr BOUVIER - - PRIX: UN FRANC CINQUANTE - Par la Poste: Un franc soixante-quinze - - PARIS - EN VENTE CHEZ L’AUTEUR: 35, RUE DES ÉCOLES - ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DE FRANCE. - - - - -AVIS - - -Il a été tiré de cet ouvrage, 300 exemplaires sur très beau papier, fort -et teinté. - -Prix: Cinq francs. - -Ces 300 exemplaire sont numérotés et signés séparément par M. Léo Taxil. - - -POUR PARAITRE: - -Pie IX devant l’Histoire; _sa vie politique et pontificale; ses -débauches, ses folies, ses crimes_, trois volumes, par M. Léo Taxil. - -Prix de chaque volume: un franc cinquante;--et par la poste: un franc -soixante-quinze. - - - - - LÉO TAXIL - - LA CONFESSION - ET - LES CONFESSEURS - - APPENDICE: - _Pieuses exhortations_, par Monseigneur CLARET; _Mœchialogie_, - par le R. P. DEBREYNE; - _Compendium_; et les _Diaconales_, par Monseigneur BOUVIER. - - [Vignette: L. T.] - - PARIS - CET OUVRAGE EST ÉDITÉ SPÉCIALEMENT PAR L’AUTEUR - DÉPOT A SON DOMICILE: 35, RUE DES ÉCOLES - - Tous droits réservés. - - - - -DÉDICACE - -A M. GEORGES LAGUERRE - -Avocat près la Cour d’appel de Paris et Collaborateur à la _Justice_ et -au _Figaro_. - - -MONSIEUR, - -Il y a aujourd’hui huit mois, un Congrès se réunissait à Paris. C’était -le Congrès des sociétés de libre-pensée de France, représentées par -leurs délégués. Le but de ces grandes assises anti-cléricales était de -faire connaître au gouvernement les vœux du pays relativement à la -séparation de l’État et des églises. Bon nombre de députés appartenant -aux groupes radicaux de la Chambre s’étaient fait un devoir de -participer à cette réunion solennelle. - -Le Congrès me fit l’honneur de me choisir comme rapporteur de sa -première commission. - -Au moment où je donnais lecture de mon rapport, un incident se -produisit. Tout à coup, je fus interrompu et insulté. Je disais que les -prêtres, en vendant des messes sous prétexte de tirer les âmes du -purgatoire, agissent comme de simples escrocs. Une voix me cria: «Les -escrocs, ce ne sont pas les prêtres; c’est vous!» Un tumulte énorme -s’ensuivit. Un homme monta à la tribune pour renouveler l’injure et -aggraver le scandale. Mais l’assemblée, comprenant qu’elle avait affaire -à un agent des jésuites, retira la parole à mon insulteur, et un blâme -contre lui, mis aux voix par le président, M. le député Beauquier, fut -voté à l’unanimité, moins quatre voix, sur deux cents délégués environ. - -Le lendemain, l’auteur du scandale, à qui cette flétrissure pesait peu, -allait se vanter de son exploit dans tous les bureaux de rédaction des -journaux réactionnaires; et le Congrès ne manqua pas d’être vivement -attaqué. - -N’ayant jamais voulu me commettre avec des agents provocateurs,--qu’ils -appartinssent à la police rousse ou à la police noire,--je méprisai -l’insulte. - -Je me demandai seulement quel mobile avait pu pousser un homme, que je -n’avais jamais vu, à ramasser de la boue pour venir essayer de m’en -éclabousser. - -Je m’informai. - -L’homme était alors totalement inconnu. J’avais pensé une seconde que ce -pouvait être quelqu’un de ces génies incompris qui viennent solliciter -des rédacteurs en chef l’insertion de leurs articles plus ou moins -somnifères, et qui ne pardonnent jamais un refus. Mais j’avais beau -rappeler mes souvenirs: l’inconnu n’apparaissait pas dans mon passé de -directeur de journaux. - -Cet insulteur n’ayant aucun motif ni même aucun prétexte de haine -personnelle, je fus bien obligé de me ranger à l’opinion de mes amis, -savoir: que je me trouvais en présence d’un émissaire secrètement -stipendié par les disciples de Loyola. - -Je m’informai encore. - -Ce que j’appris alors m’édifia tout à fait.--Le misérable appartenait à -la Société de Saint-Vincent-de-Paul; il en avait été pendant quatre ans -secrétaire; tout récemment même, il venait de se marier d’une façon bien -religieuse à l’église de la Trinité. Et ce qui démontrait à quel point -était habile cet agent des Révérends Pères, c’est qu’au moment précis où -il se mariait à l’église il s’était fait recevoir de plusieurs sociétés -de libre-pensée et donnait des conférences anti-cléricales, dans -lesquelles il prêchait aux autres le mariage civil. - -Ce misérable, monsieur, c’était vous. - -Depuis, vous avez fait du chemin, et vous n’êtes certes pas arrivé -encore au but où vous prétendez atteindre. - -Vous êtes ambitieux et d’une astuce rare. - -Vous avez réussi à capter la confiance de quelques républicains naïfs, -et en même temps vous êtes soutenu par les cléricaux qui n’ont même pas -la pudeur de mettre une sourdine à leurs éloges. L’_Univers_ et le -_Figaro_ vous prédisent avec joie le plus brillant avenir. De la part du -_Figaro_, cela n’a rien d’étonnant, puisque vous collaborez à cette -feuille monarchiste,--tout en écrivant aussi, il faut bien le dire, dans -la démocratique _Justice_;--mais ce qui doit plus surprendre, c’est que -l’organe de M. Louis Veuillot s’oublie à vous donner ostensiblement son -appui. - -Quoi qu’il en soit, vous irez loin. Je ne fais aucune difficulté à le -reconnaître, je crois à votre étoile. Combien de fortunes politiques ont -été édifiées sur l’hypocrisie!... Or, en la science de la duplicité vous -êtes passé maître... Je n’ai pas la moindre illusion à ce sujet: au -sortir de l’église de la Trinité vous agitez le drapeau rouge et vous -vous proclamez anarchiste; il faut être aveugle pour ne pas voir votre -jeu. - -Pour conclure, je vous dédie ce livre. - -Vous avez écrit quelque part,--dans la _Justice_, à moins que ce ne soit -dans le _Figaro_,--que je suis un écrivain pornographe. - -Comme je me suis donné la mission de dévoiler les turpitudes du clergé, -vous feignez de prendre le change. Vous êtes semblable à cet ami de M. -de Germiny, qui, à la lecture du jugement qui condamnait le noble comte -et mentionnait un aperçu de son infamie, s’écria:--«Ce jugement est un -outrage aux mœurs!» - -En effet, vous qui vous confessez, vous ne pouvez entendre médire des -confesseurs. Révéler les ignominies du confessionnal constitue une -attaque à vos protecteurs et maîtres. Vous leur devez bien de prendre -leur défense! - -Lisez donc cet ouvrage, lisez surtout les extraits que je fais des -livres théologiques enseignés dans les couvents et les séminaires, et -répétez ensuite partout que les écrivains obscènes, ce ne sont pas les -casuistes et les confesseurs, mais que c’est moi. - -Vous avez eu la jésuitique audace de le dire une fois; ne vous lassez -pas. - -Mentez, mentez toujours, il en restera quelque chose! disait Voltaire -aux disciples de saint Ignace, qui le calomniaient. - -Mentez, mentez encore, vous dirai-je à mon tour; vous servirez utilement -la cause du clergé. Votre confesseur sera là chaque samedi pour vous -absoudre. - -Je vous salue, monsieur. - -Qu’Escobar vous ait en sa sainte garde! - -LÉO TAXIL. - -Paris, le 1er novembre 1882. - - - - -LA CONFESSION - -ET - -LES CONFESSEURS - - -Une supposition. Reportons-nous à l’année 1869. Imaginez-vous -ceci:--Tropmann vient de commettre son horrible crime. Il va trouver un -juge d’instruction et lui dit: «Monsieur, je viens d’assassiner toute -une famille: sept personnes, dans le but de m’approprier quelques -billets de banque.» Le magistrat répond: «Mon bon ami, mon cher enfant, -donnez-moi donc, je vous prie, le produit de votre crime; j’en ferai un -bon usage, et, pour tout le monde, ce sera comme si vous n’aviez jamais -tué un lapin. Allez, mon fils, allez, j’efface votre meurtre abominable; -vous êtes, maintenant, aussi pur que le plus parfait honnête homme. -Allez, je vous déclare innocent.» Le juge encaisse l’argent de Tropmann, -et Tropmann n’est pas poursuivi; il peut même recommencer ses exploits, -assassiner une nouvelle famille Kinck. - -Tel est le sacrement de pénitence, qui est le principe de ce qu’on -appelle la confession. - -Un monsieur, qui s’intitule prêtre, se donne le droit d’innocenter les -plus grands coupables, à la condition qu’il se soumettront à une -pénitence toujours très commode pour le criminel et surtout très -lucrative pour M. le Curé. - -On peut commettre tous les crimes, assassiner père et mère, se passer -les fantaisies de Monseigneur Maret et de M. le comte de Germiny, -détrousser un garçon de recettes et le larder de coups de couteau; on -peut accomplir les plus exécrables forfaits, se souiller des turpitudes -les plus obscènes, et les plus dégradantes; en sortant du confessionnal, -on est, d’après l’Église, plus innocent que le bébé qui vient de naître. -Une fois l’absolution donnée par le confesseur, Dumollard devient un -archange, et Tropmann se transforme en un vrai petit chérubin.--Vous -pouvez leur donner vos filles en mariage. - -Par la confession, on est sanctifié en raison même de ses crimes. Ainsi: -plus un ignorantin se vautre dans les infamies, plus il a besoin de se -confesser, plus il se confesse, et plus il est pur. - -Voilà la morale de l’Église catholique à laquelle la Chambre vote chaque -année un budget de cinquante à cinquante-cinq millions. Autant vaudrait -établir un budget pour subventionner les Tropmann et les Dumollard; ce -serait aussi logique. - -Si un magistrat s’était comporté à l’égard de Tropmann comme je viens -d’en faire la supposition en commençant, il n’y aurait eu en France -qu’une voix pour le conspuer et le flétrir. Ce magistrat, si commode -pour les assassins, aurait été plus scélérat que les plus odieux -meurtriers, n’est-ce pas? Eh bien, le prêtre, qui absout le vol, est -plus gredin que les voleurs; le prêtre, qui bénit les assassins, est le -dernier des scélérats. Nul homme, en matière criminelle, n’a le droit de -substituer son jugement personnel au jugement de la société. - - * - - * * - -Je sais bien ce que me répondront les défenseurs du catholicisme. - -Ils me diront:--Vous faites de l’exception la généralité. Tous ceux qui -vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence n’ont pas sur la -conscience des meurtres et des viols. La confession n’a pas été -instituée pour l’absolution unique des criminels. Il est telle faute -légère, tel manquement aux prescriptions de l’Église dont le confesseur -relève le pénitent. Or, la pratique constante de la confession est un -bien pour les petits coupables, pour les hommes que le crime n’a point -pervertis, en ce qu’elle les met sans cesse face à face avec leurs -fautes, leur en fait honte et les en déshabitue. - -Je répliquerai:--D’abord, il ne me paraît pas prouvé que la confession -ait un effet salutaire, même au point de vue des petites fautes. Il me -paraît, au contraire, qu’un examen de conscience régulier ne doit pas -être une tâche bien lourde pour celui qui s’y livre périodiquement; car -la confession ainsi pratiquée arrive à n’être plus qu’un acte machinal. - -Plus la confession est fréquente, plus elle devient banale, plus le -pénitent s’habitue à ses passions, à ses défauts, à ses vices. - -Quant aux manquements aux prescriptions de l’Église, je ne m’en soucie -guère. Il est possible que la perspective d’une confession désagréable à -faire empêche un marguillier de manquer la messe le dimanche; mais il -faut envisager les choses de plus haut. Nous n’avons pas à nous arrêter -à ces vétilles; dire le chapelet ou ne pas le dire n’a aucun rapport -avec l’honnêteté. Les pratiques de dévotion relèvent simplement du bon -sens, et le bon sens a depuis longtemps condamné toutes ces grimaces, -toutes ces singeries. - -Au XVIIe siècle, les théologiens catholiques agitèrent une question très -grave: il s’agissait de savoir si un bouillon pris en lavement rompait -le jeûne. - -Vous savez, ou vous ne savez pas, que pour manger le bon Dieu, il faut -être à jeun. Le Tout-Puissant est un bifteck qui demande à n’être -précédé dans l’estomac des fidèles par aucun potage gras ou maigre. Une -fois le bon Dieu avalé, on peut lui verser de la sauce par-dessus; mais -avant l’engloutissement du personnage, défense de se garnir l’intérieur -de la moindre julienne ou du plus mince radis. Une goutte d’eau -seulement, absorbée avant le divin pain à cacheter, constitue un péché -mortel. - -Or, tous les dévots ne se lèvent pas de bon matin; beaucoup de grandes -dames ne vont le dimanche qu’à la grand’messe, qui est celle où l’on -exhibe les belles toilettes. Et puis, il y a les vieux curés de rebut, -qui sont chargés de la messe de midi. Tout ce monde-là avale le bon Dieu -entre dix heures du matin et midi et demi. Or, garder le jeûne jusqu’à -ce moment tardif n’a rien d’agréable. - -C’est alors que les vieux curés avaient imaginé de prendre avant la -messe un bouillon en lavement. Ça les soutenait jusqu’à midi, les -pauvres vieux! Seulement, voilà, les évêques ont mis le nez dans -l’affaire, en disant: «Pas de ça! mon bel ami, avec votre lavement -roublard vous allez contre les prescriptions de l’Église.»--Les curés -qui tenaient à leur clystère se sont rebiffés. - -«Si nous le prenions par en haut, ont-ils répondu, oui, ça gênerait le -Père Éternel; mais par en bas, qu’est-ce que ça peut lui faire?» - -Alors, il y a eu des évêques qui n’ont pas voulu entendre de cette -oreille. On a examiné le cas: à savoir, si la Sainte-Trinité et le -clystère nutritif avaient des chances de se rencontrer dans le tube des -communiants. On fit appel aux lumières de la Faculté. On écrivit -beaucoup de livres pour et contre le lavement d’avant la communion. -Bref, cette dispute, qui est absolument historique, a duré un bon quart -de siècle et a finalement été tranchée par le pape, seul juge souverain -et compétent. - -Conclusion: le clystère est défendu. - -Aussi, maintenant, nos vieilles dévotes qui ne veulent pas faire une -communion coupable sont obligées de se tenir à jeun, dans le sens absolu -du mot; car, si elles se laissaient aller à manœuvrer un piston -sacrilège avant de recevoir leur doux Jésus, elles commettraient un -péché monstrueux dont il leur faudrait rendre compte au confessionnal. - -Les curés ramollis et les vieilles dévotes, voilà les natures sur -lesquelles le sacrement de pénitence exerce une action efficace, et -encore est-ce à propos des particularités théologiques qui sont le -bagage grotesque de la religion. - -On conviendra que, dans cet ordre d’idées, l’efficacité de la confession -nous préoccupe peu. - -Ce qu’il est intéressant pour nous de savoir, c’est si la confession -convertit les criminels; et cela, nous ne le croyons pas. Delacolonge, -qui a coupé en morceaux l’infortunée Fanny Besson, était un prêtre; -Mingrat, qui viola, étrangla et dépeça l’infortunée Marie Gérin, était -un prêtre; Mgr Maret, qui souillait les petites filles et en guise de -première communion leur donnait une maladie honteuse, était un prêtre. -Ces monstres-là, et bien d’autres encore,--car il se valent à peu près -tous,--non seulement se confessaient, mais encore ils confessaient les -autres. Est-ce que la pratique constante du sacrement de pénitence les a -retenus, les a empêchés de se livrer à leurs habitudes infâmes, les a -empêchés de commettre leurs crimes atroces?--Non! - -C’était sur ceux-là, surtout, qu’il aurait fallu que la confession eût -de l’efficacité! - -On me dira, on dit:--Pourquoi citer les grands criminels? Ils forment -une quantité infiniment petite dans le nombre des gens qui se -confessent. - -Soit, je l’admets. Mais cela ne change rien à la valeur de mon -raisonnement. Qu’importe que, dans le nombre des gens qui se confessent, -les grands criminels forment le cinquante pour cent, ou le un pour cent -seulement! Quelle que soit la proportion existante, n’y eût-il qu’un -assassin sur mille, sur cent mille, sur un million d’individus -agenouillés devant vous, messieurs les curés, n’y en eût-il qu’un seul -sur mille milliards, est-il vrai, oui ou non, que vous vous prétendez le -droit de l’absoudre, cet assassin? - -Oui, n’est-ce pas?--Vous ne pouvez pas le nier, puisque vous revendiquez -ce droit exécrable d’absolution comme une prérogative céleste. - -Eh bien, je vous le dis et vous le répète, par l’exercice de votre -prétention cyniquement infâme, vous êtes les complices des voleurs et -des assassins. Vous êtes plus scélérats qu’eux. - -Ah! l’on nous accuse de faire de l’exception la généralité; tous ceux -qui vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence, affirme-t-on, n’ont -pas sur la conscience des meurtres et des viols. - -Je réponds:--Soit! Mais si tous ceux qui se confessent ne sont pas des -escrocs, des bandits, des violateurs et des assassins, tous les -violateurs, tous les assassins, tous les escrocs et tous les bandits se -confessent. - -On n’osera pas soutenir le contraire. Tropmann s’est confessé; Lacenaire -s’est confessé; Papavoine s’est confessé; Dumollard s’est confessé; le -gardien de la paix Prévost s’est confessé; Johannon, qui a mangé le cœur -palpitant d’une pauvre femme qu’il venait de poignarder, s’est confessé. - -Ils ont reçu la bénédiction du prêtre, tous, tous, tous! - -Ils ont appelé l’homme noir: «Mon père», et l’homme noir a répondu à -chacun: «Mon fils.»--N’est-ce pas bien, cette fois, le cas de dire: Tel -père, tel fils? - -Tous, ils ont reçu l’accolade du ministre religieux, qui a murmuré à -leur oreille: «Les hommes vous punissent, mais Dieu vous pardonne; les -hommes vous méprisent, mais Dieu a de l’estime pour vous; les hommes -vous ont en horreur et en exécration, mais Dieu vous aime.» - -Tous ces brigands, qui sont la honte de l’humanité, ont gravi les -marches de l’échafaud avec la conviction, à eux donnée par le prêtre, -qu’ils montaient au ciel, qu’ils allaient, leur âme lavée de toute -souillure, se reposer pour l’éternité dans le sein de Dieu. - -Ils étaient des monstres d’infamie; mais ils étaient en même temps les -adeptes fervents du catholicisme. - - * - - * * - -Laissons de côté ces tristes tableaux. De ces embrassades entre l’Église -et le crime, ne retenons qu’un enseignement: c’est que le principe de la -confession est abominable, c’est que le droit d’absolution que le prêtre -se donne est la plus violente des immoralités. - -Partant d’un principe abominable et immoral au suprême degré, que peut -bien être la confession? - -Nous allons voir qu’elle ne vaut pas mieux que son principe. - -Au début,--il faut le reconnaître,--la confession n’était pas ce qu’elle -est aujourd’hui. - -Le criminel n’avait pas recours à cette lessive spirituelle, parce -qu’alors, au lieu d’avouer tout bas son forfait à une seule personne, il -fallait l’avouer tout haut, devant tout le monde. - -La confession, qui était publique, avait une certaine efficacité au -point de vue des peccadilles. On se risquait à se reconnaître coupable -d’un petit mensonge ou d’un menu larcin peu conséquent; mais on -rougissait très fort en formulant son aveu, on était vivement mortifié, -et on se promettait, avec une sincérité à laquelle je rends hommage, de -ne plus retomber dans la faute commise. - -La confession publique, dont se gardaient bien d’user les grands -coupables, avait tout de même du bon; elle exerçait une influence -réelle, une influence moralisatrice sur les petits pécheurs. - -Si on veut rétablir cette confession-là, je n’y vois aucun inconvénient. -Nous nous ferons même un devoir d’aller entendre les jeunes et vieilles -dévotes raconter leurs fredaines. Ce sera instructif et cela ne manquera -pas de gaieté. - -Malheureusement, la confession publique ne sera jamais rétablie. Ce qui -la fit supprimer ne manquerait pas de se reproduire. - -Voici l’anecdote: - -Au IVe siècle, tandis que Nectarius était patriarche de Constantinople, -un beau jour, à la confession publique dans l’église de Sainte-Sophie, -une femme mariée s’accusa tout haut d’avoir eu des relations avec le -diacre qui assistait le célébrant à l’autel. Or, justement, le mari se -trouvait là, accroupi derrière un pilier, occupé à faire ses prières. -Mettez-vous un peu à sa place. Il trouva la révélation fort peu -édifiante; il fit un vacarme de tous les diables. Les assistants étaient -stupéfaits; monsieur le diacre restait confus. Quant au patriarche -Nectarius, il était, on le conçoit, fort embarrassé: il voulait bien -qu’un de ses diacres passât du bon temps avec une jolie pénitente, mais -il ne voulait pas que toute la ville le sût. - -Il n’eut pas la présence d’esprit d’imaginer à l’instant la confession -auriculaire si utile à ces messieurs. Ce qu’il trouva de mieux, pour -éviter à l’avenir pareil scandale, ce fut de permettre aux fidèles de -manger le bon Dieu sans confession. - -Voilà comment la confession publique fut abolie. - -Ce sont les moines, les frocards, qui imaginèrent cette petite armoire -sombre dans laquelle les coquins et les imbéciles vont vider le baquet -de leurs turpitudes, à la grande joie de MM. les calotins. - -Les supérieurs de couvents commencèrent, vers le VIIe siècle, à exiger -que leurs moines vinssent, deux fois l’an, leur avouer leurs fautes. Ils -inventèrent la formule suivante:--«Je t’absous autant que je le peux et -que tu en as besoin.»--Plus tard, messieurs les curés eurent des -prétentions plus élevées. Ils ne dirent plus: «Je t’absous autant que je -le peux»; ils dirent tout catégoriquement: «Au nom des pouvoirs que m’a -délégués Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, -je t’absous.» - -Je serais bien curieux--et vous aussi, n’est-ce pas?--de voir de près -ces fameux pouvoirs, et d’examiner simplement la signature du notaire -qui en certifie l’authenticité. - -Mais les moines ne furent pas aussi exigeants vis-à-vis de leurs abbés. -Ils auraient pu dire au Père supérieur: «Mon ami, avant de donner -l’absolution aux autres, tâche de te faire absoudre toi-même;» mais non! -ils aimèrent mieux être confessés et devenir à leur tour confesseurs. - -Il est si agréable de savoir les secrets des ménages, de connaître dans -leurs plus grands détails les péchés des jeunes filles,--et encore les -confesseurs qui s’en tiennent là ne sont pas les plus dangereux. Ils -sont des indiscrets, et voilà tout; mais au fond des confessionnaux il -n’y a pas toujours que des indiscrets. Le plus souvent ces antres de la -superstition renferment des exploiteurs du crime et des séducteurs -obscènes. - -Le R. P. Martène, un bénédictin qui vivait au commencement du XVIIIe -siècle, raconte, dans un livre intitulé les _Rites de l’Église_, que -Mmes les abbesses confessèrent pendant très longtemps leurs religieuses; -seulement, il paraît que ces abbesses étaient excessivement curieuses; -elles furent même si curieuses que l’on fut obligé de leur retirer ce -droit.--Pourquoi ne l’ôte-t-on pas aux confesseurs curieux?--Il y en a! -il y en a! - -Ceux qui conseillent à une femme de faire... jeûner son mari le -mercredi, sous prétexte que ce jour-là est consacré à la sainte -Vierge;--ceux qui conseillent à madame de faire tout à fait jeûner -monsieur sous prétexte que monsieur ne va pas à la messe, ou qu’il -refuse de croire à l’infaillibilité du pape;--ceux qui conseillent à un -jeune homme sans vocation de se faire prêtre, parce qu’il faut quand -même des recrues au clergé;--ceux qui éveillent le tempérament d’une -petite fille par des questions qui lui apprennent ce qu’elle ne doit pas -encore savoir; ceux-là ne sont pas seulement des indiscrets; ils sont -plus coupables, et, comme tels, ils sont très répréhensibles.--Et il y -en a beaucoup comme cela! - - * - - * * - -Non seulement ces confesseurs dangereux sont en grand nombre; mais -encore ils ne se contentent pas d’interroger les enfants sur tels et -tels actes. Ils vont plus loin même. - -Ils ont inventé ce qu’ils appellent des _Examens de conscience_. Ce sont -des petits questionnaires qui, sous le couvert de la religion, -instruisent nos jeunes garçons et nos jeunes fillettes de ce que nous -prenons tant de peine à leur cacher. - -Vous croyez que j’exagère? - -Eh! bien, vous allez être pleinement édifiés. Vous allez voir quelles -questions les prêtres posent aux petits garçons et aux petites filles. - -Il est nécessaire que les pères et mères de famille sachent à quelles -infâmes interrogations ils exposent leurs enfants en les envoyant au -confessionnal. - - - - -EXAMEN DE CONSCIENCE - -PAR - -l’Abbé LENFANT - -Curé de Villiers-le-Gambon. - - -Les extraits de l’ouvrage que je vais citer sont parfaitement -authentiques. - -Il ne s’agit pas d’un livre remontant à deux ou trois siècles. Non!--Cet -_Examen de conscience_ est un ouvrage contemporain; c’est celui qui est -_actuellement_ en usage dans un des plus importants diocèses de l’Église -catholique, le diocèse de Namur. - -Les extraits que j’en ai faits ont été copiés par moi-même, et je les ai -déjà publiés deux fois dans mon journal, sans que les cléricaux -fanatiques qui composent notre magistrature aient jamais osé pour cela -me poursuivre. - -Du reste, je les en défie bien! - - -L’ouvrage est intitulé: - - EXAMEN DE CONSCIENCE, _suivi d’exercices pour la confession_, selon - l’ordre et la lettre du _Petit Catéchisme_ du diocèse de Namur, - destiné aux enfants de la _première communion_, et non moins utile aux - personnes plus avancées en âge, par M. Lenfant, curé de - Villiers-le-Gambon.--Namur, A. Wesmaël-Legros, imprimeur de l’évêché, - 1865. - -Je vous prie de remarquer que ce livre n’est pas unique dans son genre; -tous les diocèses de l’Église catholique sont pourvus de semblables -_Examens de conscience_. Partout, dans chaque paroisse, les prêtres -remettent aux enfants, en même temps que le _Catéchisme du diocèse_, un -petit opuscule appelé: «Examen de conscience», dont le prétexte est -d’aider fillettes et jeunes garçons à rechercher quels péchés ils -peuvent bien avoir commis durant la semaine, et dont le vrai but est de -leur enseigner graduellement le vice. Tous ces _Examens de conscience_, -tous sans exception, sont revêtus d’une approbation signée par un -évêque. Chaque année, l’imprimeur de l’évêché en fait un nouveau tirage, -et ces ignobles petits livres sont répandus à profusion dans les écoles -congréganistes. - -L’exemplaire, dont je vais reproduire quelques extraits, date de 1865; -il n’est donc pas bien vieux. L’ouvrage a été composé en 1844; ce qui -prouve que messieurs les prêtres de Namur l’ont trouvé excellent, -puisqu’ils l’ont conservé jusqu’à aujourd’hui, et qu’ils s’en servent à -présent encore pour la préparation des enfants à la première communion. - -Voici l’approbation épiscopale: - - _Approbation._ - - J’ai lu par ordre de Monseigneur le Rme évêque de Namur le manuscrit - intitulé: _Examen de conscience, suivi d’exercices pour la confession, - etc., par M. LENFANT, curé de Villiers-le-Gambon_. Je n’ai rien vu, - dans cet écrit, de contraire à la doctrine catholique. Comme l’auteur - l’annonce lui-même, son dessein n’est pas d’exposer tous les péchés - qui peuvent se commettre contre chaque commandement, _mais seulement - les plus ordinaires_. Il a fait preuve _de discernement et d’une - prudente sobriété_ dans l’exécution de ce plan. - - _Donné à Namur, le 17 janvier 1844._ - - Ant. COLLARD - - Chanoine Théologal et professeur de Théologie. - -Et au-dessous: - - Nous en permettons l’impression. - - _Namur, le 18 janvier 1844._ - - NICOLAS-JOSEPH, - - évêque de Namur. - -Après ces deux pages vient l’avant-propos dans lequel le curé Lenfant -(nom prédestiné) déclare ceci: - - Encore ai-je besoin de l’encouragement de Monseigneur Notre - Révérendissime Évêque de Namur, à l’approbation duquel je le soumets - entièrement et sans restriction. - - Sans le secours de la direction et des explications des catéchistes, - ce petit livre serait encore bien peu utile aux enfants; aussi, - j’espère qu’ils ne refuseront pas ce concours. - -Ainsi donc, c’est bien entendu, les questions que l’auteur de l’_Examen -de conscience_ va poser aux enfants, il pense qu’elles pourront n’être -pas assez claires, et il invite les catéchistes, les confesseurs à les -bien expliquer. - -Or, voulez-vous savoir quelle question pose ce prêtre, avec -l’approbation de son évêque, sur ce sujet: _Devoirs corporels?_ - - N’avez-vous pas commis d’imprudence ou de crime avant ou après la - conception? - -Voilà une question que le confesseur doit expliquer à chaque jeune -fille.--C’est du propre! - -Je ne m’attarderai pas à reproduire les menues questions qui seraient -sans intérêt: Pratiques de dévotion, Blasphèmes, Du nom de Dieu invoqué -en vain, etc.--Contentons-nous d’extraire les passages qui prouvent -combien chaque confession d’un enfant est pour lui une leçon -d’immoralité. - - VIe ET IXe COMMANDEMENTS - - _Sixième_: - - Luxurieux point ne seras - De corps ni de consentement. - - - _Neuvième_: - - L’œuvre de chair ne désireras - Qu’en mariage seulement. - - --Que défend le sixième commandement? - - --Il défend, non seulement toute impureté, mais, qui plus est, la - seule convoitise et tout plaisir qu’on aurait à y penser - volontairement. - - --Que défend le neuvième commandement? - - --Il défend toute impureté, c’est-à-dire, de prendre aucun plaisir - charnel, sur soi ou sur autrui, en dehors du mariage, par œuvre, par - attouchements, baisers, paroles, chansons, dites ou écoutées, regards, - lectures de livres impudiques ou malhonnêtes. - -Misérables hypocrites! Les premiers livres impudiques et malhonnêtes, ce -sont vos _Examens de conscience_, messieurs les prêtres. - -Continuons. Le paragraphe qui suit prouve, mieux que toutes nos -affirmations, que les confesseurs se mêlent de ce qui se passe dans les -alcôves conjugales. - - Le neuvième commandement, en général, défend toute impureté, - c’est-à-dire tout plaisir sensuel honteux, charnel, à tous ceux qui ne - sont pas mariés. Ce serait cependant une grave erreur que de se croire - tout permis dans le mariage. Les personnes mariées pèchent dans l’état - du mariage, par suite de la crainte d’avoir trop d’enfants, _par des - abus dans ce qui est permis, par des désobéissances dans ce qui est - ordonné_. Celles dont la conscience est inquiète sur cette matière - délicate DOIVENT CONSULTER LEUR CONFESSEUR (textuel). - -Avis aux républicains faibles qui permettent à leur femme de fréquenter -l’église: c’est monsieur l’abbé qui règle comment madame doit rendre à -son mari le devoir conjugal. La jeune fille qui se prépare à la première -communion sait, dès l’âge de onze ans, que, lorsqu’elle sera grande, -elle devra consulter son confesseur sur la manière dont elle devra se -comporter envers celui qu’elle épousera. Comment, avec cela, les -fillettes élevées au confessionnal pourraient-elles devenir des honnêtes -femmes? - -Continuons: - - 1º _Pensées_. - - Ruminer dans son esprit, occuper son esprit de choses déshonnêtes, - former dans son esprit des images d’objets ou d’actions déshonnêtes, - sans la volonté de les commettre. - - --1. Avez-vous donné occasion volontaire à des pensées déshonnêtes? - - --2. Vous êtes-vous arrêté volontairement à considérer dans votre - esprit des objets ou des actions déshonnêtes, défendues?--Combien de - fois?--Combien de temps?--Quel était l’objet de cette pensée - volontaire?--Telle action? telle sorte de personne?--Quelles ont été - les suites, les désordres de ces mauvaises pensées?--Des mouvements - déréglés en vous, etc.?--Des passions violentes? - - --3. Avez-vous repoussé ces sortes de mauvaises pensées dès que vous - vous en êtes aperçu?--Sans y prendre positivement plaisir, n’avez-vous - pas été lâche à les rejeter? - - --4. Avez-vous rappelé dans votre esprit le souvenir des péchés - passés? - - - 2º _Désirs_. - - --1. Avez-vous désiré, souhaité dans votre cœur, de voir, de toucher, - de faire, d’entendre, etc., quelqu’une de ces choses que le sixième - commandement défend de faire? - - --2. Avez-vous pris les moyens, fait les démarches, les efforts, - quoique sans effet, pour exécuter ces mauvais désirs? - - --3. N’avez-vous pas regretté le manquement d’exécution?--Dites ce que - vous avez désiré; ses qualités, la vôtre.--S’agissait-il de personnes - mariées? ou parentes? ou consacrées à Dieu? - - --4. Quels ont été les effets de ces désirs sur votre corps?--Pendant - combien de temps vous êtes-vous entretenu de ces désirs impurs? - -Remarquons, en passant, que messieurs les curés, sous prétexte de -questionner les jeunes garçons et les jeunes filles sur leurs péchés, -leur demandent, d’une manière détournée, des renseignements sur les -tierces personnes, à cause de qui les péchés ont été commis. - - 3º _Actions_. - - --1. Avez-vous fait des actions honteuses, impures? - - --2. Étiez-vous seul?--Avec d’autres?--De même ou de différent sexe? - mariés? parents? ou alliés?--Dans la crainte du déshonneur?--_Avec des - bêtes?_--Dans un lieu public ou sacré?--Combien de fois?--Toujours - avec les mêmes?--Depuis combien de temps?--Sous promesse de - mariage?--Quelles en sont les suites? - - - 4º _Attouchements_. - - --1. Avez-vous touché avec la main ou autrement, par plaisir et sans - nécessité, des parties du corps que la pudeur veut que l’on - cache?--Sur vous-même?--Sur d’autres de même ou de différent - sexe?--Mariés, parents, etc.?--_Sur des animaux?_ - - --2. Avez-vous permis, souffert de ces criminelles et honteuses - libertés? - - --3. Les avez-vous provoquées, excitées?--Combien de fois?--Êtes-vous - dans l’habitude?--Depuis quand?--Quel désordre ou accident a suivi ces - actes coupables? - - - 5º _Baisers_. - - --Avez-vous donné ou reçu des baisers, surtout entre jeunes gens de - différents sexes, avec mauvaises intentions?--Avec durée?--D’une - manière indécente?--Avec danger de consentir ultérieurement aux suites - impures? - - - 6º _Paroles_. - - --1. Avez-vous dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant - clairement ces péchés, ou objets d’impureté? ou des paroles à - double entente, plus couvertes?--En présence de combien de - personnes?--Quelles étaient leurs qualités? jeunes? mariées? - etc.--Ont-elles été scandalisées? - -Pour le coup, voilà une question passablement indiscrète. Il est facile -de voir quel parti le confesseur peut tirer de la réponse qui lui est -faite. - -Quoique sans se faire nommer une personne, il se la fait d’abord -désigner de la façon la plus explicite possible. Puis, suivant qu’il a -des vues sur cette personne, suivant qu’il a intérêt à savoir si elle -est ou non accessible, il pose cette question: - ---Mon enfant, cette personne à qui vous avez dit des paroles -déshonnêtes, sales, exprimant clairement un désir ou un objet -d’impureté, cette personne, dis-je, a-t-elle été scandalisée? - -Supposons que la jeune pénitente réponde: - ---Non, mon père, elle n’a pas été scandalisée du tout. - -Le confesseur se dira, à part lui: - ---Très bien, voilà une vertu facile dont je pourrai prochainement tenter -l’assaut. - -Le motif de ces questions indiscrètes ne peut faire aucun doute. - -Continuons encore: - - --2. Avez-vous écouté avec plaisir des paroles déshonnêtes?--Combien - de fois par jour, par semaine ou par mois?--Depuis quand dure cette - habitude? - - --3. Vous êtes-vous vanté de péchés commis en secret, diffamant ainsi - les personnes dont vous avez abusé? - - - 7º _Chansons_. - - --1. Avez-vous chanté des obscénités ou des chansons avec mots à - double entente?--Devant combien de personnes, etc.? - - --2. Les avez-vous apprises à d’autres? - - --3. Avez-vous écouté des chansons déshonnêtes?--Y avez-vous applaudi, - etc.? - - - 8º _Regards_. - - --1. Avez-vous regardé par curiosité, par passion, des objets - déshonnêtes sur vous-même?--Sur d’autres de même, de différent - sexe?--Indiquez la qualité des personnes; je dis toujours _qualité_, - parce qu’on ne doit nommer personne à confesse. - -Tartufes!... On ne doit nommer personne à confesse, disent-ils... -Seulement, ils posent des questions comme celles-ci: - ---Cette personne, à qui vous avez manifesté des désirs impurs et qui -n’en a pas été scandalisée, est-elle jeune? Est-elle mariée? Quelle est -sa qualité? Êtes-vous parente avec elle? Du même sexe? Depuis combien de -temps la fréquentez-vous? - -Je vous demande un peu si quand une enfant naïve a répondu à toutes ces -questions, le confesseur a besoin de se faire ajouter le nom de la -personne sur laquelle il s’enquiert. - -De même quand il interroge une jeune fille sur le chapitre des désirs, -supposez qu’il lui pose ces questions que nous avons reproduites plus -haut: - ---Mon enfant, avez-vous désiré dans votre cœur de faire quelqu’une de -ces choses que nous défend le sixième commandement? Dites ce que vous -avez désiré, les qualités de la personne qui était l’objet de votre -désir. S’agissait-il d’une personne consacrée à Dieu? - -Je suppose un jeune vicaire posant ces trois questions à une fillette -qui, sans trop s’en rendre compte, aura une inclination pour lui. -L’enfant rougira, surtout à la dernière des trois questions. Il faudra -qu’elle réponde. Elle sera de plus en plus confuse, embarrassée. Et le -prêtre possédera le secret de la pauvrette, lui aura ouvert les yeux sur -le sentiment qu’elle éprouvait sans se l’expliquer; de ce jour, le -misérable sera maître de l’enfant. - -Continuons toujours. Voici une question, que le confesseur, suivant -l’invitation de l’auteur de l’_Examen de conscience_, doit avoir souvent -à expliquer aux fillettes candides et pures. Quelle honte que cette -question! Quelle honte que ces explications! - - --2. Avez-vous regardé certains actes des animaux? - - --3. N’avez-vous pas souffert, permis à d’autres des regards coupables - sur vous?--Par imprudence ou manque de pudeur? - - --4. Avez-vous considéré des tableaux, des statues indécentes? - etc.--Des nudités? - - - 9º _Lecture_. - - --1. Avez-vous lu par curiosité ou passion, sans nécessité, des - lettres d’amour, des livres impudiques, de médecine, de théologie, des - romans, des livres, des chansons déshonnêtes, de sales histoires, des - journaux du même genre? etc. - - --2. Les avez-vous encore?--Les avez-vous communiqués à d’autres ou - laissés exposés à leur vue? - - - 10º _Conservation de la chasteté_. - - --1. Vous êtes-vous exposé volontairement au danger de pécher sans - graves raisons, et quelles raisons? - - --2. Êtes-vous resté volontairement dans l’occasion?--Avez-vous aimé, - recherché l’occasion prochaine du péché mortel d’impureté?--Combien de - fois?--Combien de temps?--Quelle est cette occasion?--Est-ce dans la - même maison que vous habitez?--Cette occasion est-elle libre ou - nécessaire?--Avez-vous employé les moyens prescrits par votre - confesseur? - - --3. Êtes-vous resté seul à seul avec une personne de différent sexe - que vous affectionnez, dans l’obscurité, hors de tout œil de - surveillance, dans la maison, sur le seuil des portes?--Avez-vous été - à des rendez-vous?--Dans des mauvaises compagnies?--Dans les veillées - où se trouvent réunis des jeunes gens des deux sexes?--Dans des danses - de nuit ou de cabaret?--Courez-vous les fêtes le soir, les allées ou - venues? - - --4. Avez-vous eu des fréquentations pour le mariage longues, - imprudentes? - - --Êtes-vous dans quelque habitude d’impureté?--Laquelle?--Seul ou avec - d’autres?--Depuis combien de temps? - - Etc., etc. - -Quelle abomination! Voilà comment les prêtres entendent leur sacerdoce! -Voilà les côtés secrets de la religion catholique! - -M. Jules Ferry, à l’époque où il n’était pas encore ministre, a dit -ceci: «La religion, c’est l’embrigadement de la bêtise humaine.» Il -aurait pu ajouter: «Et le confessionnal, c’est la tanière des plus -immondes cochons.» - -Il faut être, en effet,--passez moi l’expression,--le dernier des -saligots, pour se complaire à enseigner le vice graduellement, par menus -détails, aux petits garçons et aux petites filles. - -Et ils osent dire, ces hypocrites, que leur sacrement de pénitence -purifie et rend plus vertueux! - -Mensonge! exécrable mensonge! La confession n’est pas autre chose que -l’école de l’impureté. - -Voyez ce prêtre de Namur; il met sous les yeux de la jeunesse un -questionnaire infect, ignoble; et, en tête de son livre, il écrit dans -son avant-propos: «Sans le secours de la direction et des explications -des catéchistes, cet _Examen de conscience_ serait encore bien peu utile -aux enfants.» - -Il trouve qu’il n’en a pas dit assez. Il fait appel aux directeurs de -conscience, aux catéchistes pour qu’ils développent ses infamies. - -D’abord l’examen sommaire, les interrogations générales, conformes au -livre de M. le curé et du petit catéchisme du diocèse. Ensuite, -viendront les demandes précises et détaillées du confesseur, les -explications compliquées, embarrassées et très minutieuses des jeunes -pénitents et des jeunes pénitentes. - -Doit-on s’étonner que dans ces longues conversations, roulant -complaisamment sur des sujets scabreux, sensuels, sur des tableaux à -damner saint Antoine lui-même,--doit-on s’étonner que parfois confesseur -et pénitente se soient laissés aller à des explications que je -m’abstiendrai de qualifier, qu’ils aient passé de la théorie du -catéchisme à la pratique? - -En effet, imaginez-vous un jeune gaillard de vingt-cinq ans, plein de -santé et de sève, sortant du séminaire où il a prêté ce serment absurde -et contre nature de chasteté; le voyez-vous, lui, dont le cœur éclate -par l’explosion des passions longtemps comprimées, le voyez-vous, -entreprenant de confesser une jeune et jolie fillette qui, la pauvre -enfant, ne pense pas à mal? - -Catéchisme en main, il procède par interrogations scrupuleuses. Il est -novice dans le métier, il craint de laisser passer la moindre peccadille -sur la conscience de sa timide et tremblante cliente. Et voilà cette -ravissante jeune fille de quinze ans qui, rougissant, raconte à ce jeune -homme des choses intimes qu’elle n’oserait pas dire à sa mère. Elle -devra énumérer les pensées qu’elle a eues en prenant son bain, etc. - -Et la pauvrette, de ses lèvres chastes et roses, devra glisser dans le -tuyau de l’oreille de son jeune directeur les réponses les plus exactes -à toute sorte de questions qu’elle considérerait comme des injures en -toute autre circonstance. - -Dites, après cela, si des parents qui se sont appliqués pendant de -longues années à éloigner de l’esprit, de l’imagination de leurs -enfants, toute pensée qui puisse ternir la pureté de leur cœur, ne -doivent pas redouter le confessionnal! - -Et notez bien que je viens de parler seulement du jeune prêtre au moment -où il sort du séminaire, au moment où il a peut-être encore quelques -bons instincts, au moment où le contact des vétérans du sacerdoce ne l’a -pas encore vicié. - -Celui-là faiblit, mais il répare quelquefois sa faute. On en a vu, de -ces jeunes vicaires,--rarement, il est vrai,--on en a vu jeter leur -soutane aux orties et épouser la jeune fille dont ils avaient effeuillé -la couronne virginale. A ceux-là, nous accordons le pardon; ce qui ne -nous empêche pas de continuer à dire que l’institution de la confession -est quand même mauvaise; car, si le prêtre ne s’était pas trouvé là, la -jeune fille en aurait aimé un autre plus digne d’elle. - -Un petit vicaire peut rentrer dans la vie civile; il ne vaut jamais un -bon et honnête ouvrier qui n’a pas fait cet apprentissage de fainéantise -dont la livrée est une soutane. - -Méfiez-vous toujours de quiconque a accepté, ne serait-ce que pendant -une année, de porter cette livrée honteuse. Dans l’ancien calotin, dans -l’ancien séminariste, dans quiconque s’est destiné un moment au métier -malhonnête de prêtre, il reste toujours un fond de malhonnêteté.--Il n’y -a à cette règle que bien peu d’exceptions; les Raspail et les Lamennais -sont de plus en plus rares. - -A plus forte raison, fuyez comme la peste ceux qui ont croupi dans la -fange sacerdotale. Ceux-là ne répareront pas les brèches faites à -l’honneur des jeunes filles; ils se joueront d’elles, ils les abuseront -sans cesse. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des boucs à face humaine. -Ils portent partout sur leurs pas, la dépravation, l’obscénité, la honte -la plus crapuleuse.--Qu’ils soient maudits! - - * - - * * - -Nous avons examiné la confession dans ce qu’elle a de corrupteur pour la -vertu des adolescents. Nous avons dit comment elle prédispose même les -enfants à l’impureté. Voyons comment elle peut porter le trouble dans -les ménages; car, tandis que je citais mes extraits de l’_Examen de -conscience_ du curé Lenfant, on a pu remarquer que messieurs les -confesseurs ont de fortes tendances à vouloir pénétrer les secrets de -l’alcôve. - -Après avoir parcouru les livres que l’on met dans les mains des -pénitents, parcourons un peu ceux qui sont destinés aux jeunes abbés des -séminaires. - -Pour que le prêtre puisse expliquer certaines choses à l’homme ou à la -femme qui se confesse à lui, il faut nécessairement qu’il en soit -instruit lui-même d’une façon très complète. - -C’est dans ce but que les grands théologiens ont imaginé des ouvrages -qu’ils appellent _Manuels des confesseurs_. Le plus célèbre d’entre tous -est celui qui a été écrit par Mgr Bouvier, évêque du Mans, qui vivait -encore il n’y a pas longtemps. - -Ce Mgr Bouvier, qui devait à coup sûr avoir dans les veines le même sang -que le marquis de Sade, a été honoré de distinctions toutes spéciales -par le pape Pie IX, le Borgia du XIXe siècle. - - * * * * * - -Ici, dans sa conférence, M. Léo Taxil donnait quelques rapides aperçus -des _Diaconales_ de Mgr Bouvier; bien entendu, en choisissant ses -extraits, en sautant des mots, en supprimant les passages par trop -scabreux. Il lisait encore des morceaux du fameux _Compendium_, ouvrage -dû à la collaboration d’une société de casuistes du XVIIIe siècle, des -_Pieuses Exhortations_ de Mgr Claret, archevêque et confesseur -d’Isabelle d’Espagne, et enfin de la _Mœchialogie_ (Cours de luxure), du -R. P. Debreyne, religieux trappiste. - -Nous donnons comme appendice à cette conférence de M. Léo Taxil de -nombreux extraits des quatre ouvrages ci-dessus dénommés. - -On pourra se faire ainsi une idée de l’enseignement qui est donné aux -jeunes abbés des grands séminaires. Comme dans un livre il est loisible -de reproduire textuellement des citations quel que soit leur degré -d’obscénité (ce qui ne se peut dans une conférence), les lecteurs -trouveront donc, à la fin du discours, cent fois plus d’extraits que -n’en ont eus les auditeurs. - -Une fois faites les citations pour lesquelles nous renvoyons le lecteur -à l’appendice qui termine ce volume, M. Léo Taxil ajoutait: - - * * * * * - -On le voit, messieurs les curés se mêlent de ce qui est le plus intime -dans les ménages. Ils demandent à Madame de quelle manière Monsieur se -comporte envers elle, s’ils font ensemble ceci ou cela... Oh! ces -questions, disent-ils, sont nécessaires; il faut qu’ils connaissent tous -les détails du péché pour savoir s’ils doivent donner l’absolution ou la -refuser. - -Est-il possible de pousser plus loin l’astuce et la dépravation? - -Si, chez vous, un des amis de la maison venait demander à votre femme -des renseignements sur la manière dont vous agissez avec elle, est-ce -que vous ne prendriez pas une trique pour en frictionner avec vigueur -les épaules de l’impertinent?--Oui, n’est-ce pas?--Pourquoi n’en -use-t-on pas de la sorte vis-à-vis de ces calotins dévergondés qui, eux, -ne sont pas les amis, mais les ennemis de la maison? - -Est-ce que ces gens-là ont le droit de s’immiscer dans les mystères de -l’intérieur des autres? - -Ils ont trouvé cette belle excuse à leur indiscrétion de satyres!... -C’est pour éclairer, disent-ils, la conscience des femmes sur les péchés -qui se peuvent commettre, qu’ils leur font subir des interrogatoires si -minutieux. - -Mauvais prétexte! Nouvelle imposture! - -Moins que personne, ils n’ont le droit de connaître comment les époux -conjuguent le verbe «se marier», eux qui disent s’être interdit de -contribuer à l’accroissement de l’espèce humaine. - -S’il est une question dont ils ne doivent pas s’occuper, c’est à coup -sûr celle-là. - -Qu’ils aillent confesser les nonnes hystériques, leurs dignes femelles, -et qu’ils laissent en paix les ménages des honnêtes gens! - - * - - * * - -Mais voilà! la confession des femmes mariées leur est nécessaire, à ces -misérables! - -Leur pouvoir est bâti sur la division et sur l’intrigue. Or, par la -confession, il leur est facile de semer la discorde dans les familles; -par la confession, ils sont au courant de mille secrets, ils connaissent -les côtés faibles des individus. Ils manœuvrent dans l’ombre; mais leurs -plans sont tracés d’après des indications sûres.--Voyez-vous bien le -danger? - -Aussi, ce droit de confession qu’ils se sont attribué sera-t-il toujours -le privilège qu’ils défendront avec le plus d’énergie. - -Cette institution abominable, ils la soutiennent effrontément par les -mensonges les plus audacieux. Il est juste de dire que les mensonges ne -leur coûtent rien. - -Pour défendre leur sacrement de pénitence, il y a des curés qui ont -l’aplomb de soutenir que, grâce à la confession, pas mal de voleurs ont -restitué ce qu’ils avaient dérobé. - -D’abord, il ne suffirait pas d’avancer cela; il faudrait encore le -prouver. J’ai souvent entendu faire valoir cet argument; mais à ma -connaissance jamais aucun curé n’a cité un fait précis. - -Si des voleurs ont rendu l’argent dérobé, à la suite d’une visite au -confessionnal, que messieurs les prêtres les nomment! - ---Ah! voilà. Ils ne nommeront personne, cela leur est défendu. Il y a le -secret de la confession. - -Quel procédé commode pour toujours avoir raison! On articule un fait à -l’appui d’une thèse que l’on soutient, et, quand on vous demande les -moyens de contrôler votre assertion, on s’efface derrière une consigne. -Monsieur l’abbé veut bien affirmer que, grâce au sacrement de pénitence, -il a fait opérer des restitutions; seulement, il ne peut pas, à son -grand regret, désigner les personnes en cause, ni même indiquer les -circonstances de l’aventure. - -Soit.--Mais alors on me permettra de révoquer en doute les assertions de -monsieur l’abbé; car des assertions qui ne sont appuyées d’aucune preuve -sont sans valeur, surtout quand celui qui les émet a intérêt à les -émettre. - -Bien plus, l’excuse du secret de la confession ne me paraît pas sérieuse -le moins du monde; car la prêtraille sait parfaitement passer par-dessus -son fameux secret de la confession quand elle y a intérêt. - -A-t-on oublié que lors du coup d’État de 51, grand nombre d’ouvriers qui -faisaient partie des sociétés de résistance ont été dénoncés par les -confesseurs de leurs femmes? - - * - - * * - -Personnellement, je ne crois pas que les confesseurs aient jamais fait -restituer un centime mal acquis. Il se peut que, à des pénitents -s’accusant d’avoir dérobé une somme quelconque, les confesseurs aient -dit: - ---Mon fils, votre action est très coupable. Pour l’expier et l’effacer, -vous allez m’apporter la somme que vous détenez indûment et je -l’appliquerai à une bonne œuvre catholique. Ce sera la réparation de -votre faute. - -Voilà ce qui arrive en fait de restitution; mais on avouera que, si le -voleur restitue de cette façon, le volé n’en a pas une plus belle jambe. - -La vérité m’oblige à dire qu’il y a un curé,--il existe encore,--qui a -opéré quelques restitutions en rendant à des personnes volées l’argent -qui leur avait été pris. - -Ce curé s’appelle l’abbé Cameigt; tout récemment, il était à la tête -d’une paroisse dans le département des Pyrénées-Orientales.--Voici quel -était son manège: quand il allait en visite chez quelqu’un, il filoutait -tout ce qui se trouvait à sa portée; il ne se gênait pas; si l’on ne -s’apercevait pas du larcin avant un certain nombre de jours, il gardait -l’argent ou les objets dérobés; comment se douter que monsieur le curé -était le voleur? Si par contre la disparition de ce que l’abbé Cameigt -avait confisqué était aussitôt constatée, dès que notre voleur savait -que les victimes faisaient une petite enquête et recherchaient l’auteur -du méfait, il se rendait chez le commissaire de police et lui tenait ce -langage: - ---Monsieur le commissaire, pas plus tard que ce matin, un de mes -pénitents est venu se confesser à moi et m’a remis cette somme qu’il a -dérobée, il y a quelques jours à Untel. Vous comprendrez, monsieur le -commissaire, que les devoirs de mon sacerdoce sacré m’interdisent de la -façon le plus absolue de vous dévoiler le nom de ce malheureux pécheur; -tout ce que je puis vous affirmer, c’est que l’infortuné était sous le -coup des plus vifs remords. Aussi, je vous prie d’intercéder pour lui -auprès de M. Untel afin qu’il retire sa plainte; vous lui rendrez son -argent; et moi, de mon côté, je prierai Dieu pour que ce pécheur -repentant ne succombe plus à la tentation. - -Ce n’était pas plus malin que cela. L’affaire s’arrangeait à l’instant; -les volés étaient heureux de rentrer en possession de leur bien; on -soupçonnait Pierre, Paul ou Jacques; mais en revanche, monsieur le curé -se faisait une réputation exceptionnelle de probité. - -Malheureusement pour le saint homme, il abusa un peu trop du procédé; si -bien que dans une affaire assez grave qu’il n’était plus temps -d’étouffer, un substitut incrédule persista, malgré la restitution, à -faire son enquête; ce qui amena la découverte du pot-aux-roses, et la -condamnation de monsieur l’abbé Cameigt à sept années de réclusion. Le -procès a été jugé tout récemment par la cour d’assises de Perpignan. - - * - - * * - -Les curés, du reste, sont connus pour être forts pour encaisser, mais -durs à la détente. On voit pas mal de monacos entrer chez eux, mais on -n’en voit pas beaucoup sortir. - -Tenez, j’ai encore entre les mains un petit travail écrit par un -ecclésiastique, qui traite la question de la confession, et je vous -certifie que M. le théologien ne conseille pas du tout, mais là pas du -tout, de restituer l’argent mal acquis. - -Ce traité de la confession est l’ouvrage d’un de nos contemporains. -L’auteur vit encore, puisque le journal qui les publie au fur et à -mesure n’en est qu’à sa quatrième année d’existence. - -Ce journal est rédigé spécialement pour les prêtres et par des prêtres. - -Voici son titre: - - Le _Journal du Presbytère_, fondé et rédigé d’après le programme des - assemblées catholiques, organe des congrégations religieuses, des - pèlerinages, des cercles catholiques et de toutes œuvres pies. - Nouvelles et _Instructions religieuses_. Paraissant tous les jeudis: - bureaux et administration du journal, 4, rue Chauchat, à Paris. - -Le numéro que j’ai sous les yeux porte la date du 10 juin 1880. Vous -voyez que ce n’est pas vieux. - -Dans ce numéro, je lis l’avis suivant: - - --«L’administration du _Journal du Presbytère_ s’est assuré la - collaboration et le concours zélé de théologiens érudits et de - casuistes aussi expérimentés que prudents, afin de répondre, à bref - délai, à toutes les difficultés ou consultations du domaine - théologique, telles que: _Cas de conscience_, questions de dogme, de - _morale pratique_, etc.» - -Nous allons un peu voir comment les calotins de nos jours entendent la -morale pratique et comment ils traitent les cas de conscience. On ne -pourra pas récuser ma citation; je crois qu’elle ne saurait être plus -précise. - -Voici donc de quelle façon le moniteur des confessionnaux envisage la -question si délicate du chantage, qui est une des manières les plus -odieuses d’escroquer de l’argent. - -Sous le titre _Théologie morale et pratique_, l’abbé Olivier Piquand -écrit ceci: - - On nous demande quelle doit être, pour un confesseur, la solution à - donner dans le cas suivant: - - Justine, témoin d’un crime que Calixte, son maître, vient de - commettre, menace de le dénoncer s’il ne porte à cent francs ses gages - qui jusque-là n’étaient que de quatre-vingts francs, et ne s’oblige à - la garder toujours à son service. Justine, ayant du regret d’avoir - imposé à son maître ces conditions onéreuses, se présente au tribunal - de la pénitence et s’accuse de ce qu’elle croit être une faute. - - - PRINCIPES - - La crainte grave qui a fait une si forte impression sur l’esprit d’un - homme qu’elle ne lui a pas laissé la liberté ni donné le temps de - réfléchir à l’obligation qu’il contractait, rend le contrat nul et - invalide; car elle a ôté à cet homme le libre consentement de sa - volonté, en lui ôtant le loisir d’être attentif à ce qu’il fait; or, - il ne peut y avoir de contrat valide où il n’y a point de libre - consentement de la volonté... - -Voilà qui est parfaitement raisonné, direz-vous. - -Attendez! - -Un prêtre ne serait pas un prêtre si, après avoir par hasard dit deux -mots de vrai, il ne tombait pas immédiatement dans quelque effronté -mensonge. - - Mais, ajoute l’abbé Olivier Piquand, la crainte grave, venue d’un - principe intérieur ou d’une cause étrangère nécessaire et naturelle, - n’annule point, par elle-même, ni les contrats, ni les promesses... La - crainte, qui naît d’une cause libre, mais juste, n’annule point un - contrat, parce que celui qui contracte par cette crainte, quoiqu’il - paraisse en quelque manière agir malgré lui, consent cependant - véritablement; il est libre de ne pas consentir... - -Admirez-vous la subtilité? - - La crainte est volontaire dans sa cause: il en est le principe, elle - vient de lui plus que de personne; il y a donné sujet; en commettant - la faute, il s’est soumis à la peine ordonnée par les lois; il a donné - droit au magistrat de l’obliger, par autorité supérieure, de - contracter, et c’est librement et de son plein gré qu’il prend ce - parti, pour éviter la peine qu’il subirait s’il y manquait. - - Ceci posé, nous disons que le confesseur de Justine n’a aucune - restitution à ordonner ni à imposer à sa pénitente: son maître a été - déterminé par une crainte juste et il a contracté avec pleine et - entière liberté. - -Ainsi, c’est bien entendu, quand un individu a spéculé sur l’intérêt -qu’un autre individu a à cacher une faute, l’Église l’approuve et ne lui -ordonne pas de restituer. - -Cela est écrit, cela est signé par un ecclésiastique, que ses collègues -en soutane qualifient de: théologien érudit, casuiste aussi expérimenté -que prudent. Telle est la _morale pratique_ de la religion que nos -magistrats se font une gloire de pratiquer. - -Et, qu’on le remarque bien, cette théorie n’est pas une théorie isolée. -C’est la doctrine même du clergé. Un prêtre ne peut pas traiter -publiquement des questions de théologie ou de casuistique sans -l’autorisation de son évêque. Le _Journal du Presbytère_ est imprimé -avec l’approbation de Mgr Guibert, archevêque de Paris,--Hippolyte, dans -l’intimité. - -Voilà donc comment le confessionnal favorise la restitution de l’argent -mal acquis. Non seulement la confession ne fait pas rendre gorge aux -escrocs; mais encore, elle autorise la plus vile des malhonnêtetés, le -chantage. - -Or, du moment que les prêtres reconnaissent le chantage comme une -spéculation très légitime, je vous laisse à penser si ces gredins -doivent l’exploiter pour leur compte à l’égard des imbéciles dont le -sacrement de pénitence leur livre les secrets! - - * - - * * - -Par le sacrement de pénitence, c’est-à-dire par la confession, le prêtre -pervertit de bonne heure l’esprit des enfants, pénètre les mystères des -alcôves, intrigue, escroque, séduit les jeunes filles et mortifie les -maris sans que ceux-ci aient jamais le droit de se plaindre. - -Dans la haute société, dans ce qu’on est convenu d’appeler le grand -monde, les dames ne se contentent pas d’avoir un confesseur,--il leur -faut, par dessus le marché, un directeur de conscience. Le confesseur -n’est plus qu’en sous ordre: madame lui débite à la sacristie tout ce -qu’elle veut. Le directeur de conscience, lui, a ses grandes et petites -entrées à la maison; il est l’ami par excellence de madame, il dirige -toutes ses actions, il a sur elle un empire absolu. - -Le métier de directeur a toujours été très bon en France; mais en Italie -et en Espagne surtout, c’est un état. Ce titre est une sauvegarde, même -contre le mari. - -Le directeur entre; il bénit en passant le débonnaire époux; il marche à -l’appartement de madame; il laisse ses sandales ou ses babouches en -dehors; il ferme ou ne ferme pas la porte; ces sandales sont les -colonnes d’Hercule, défense de les passer. Il est démontré que madame -est en conférence avec le Saint-Esprit. - -Un mari espagnol, qui se gardait bien de dire, mais qui pensait que le -Saint-Esprit a fait jadis une espièglerie notoire,--ce mari, nous -raconte Voltaire, perça un trou au-dessus de l’appartement de madame, -curieux de savoir ce que le Saint-Esprit faisait avec elle. - -Il vit... Je ne sais trop ce qu’il vit, mais il se fâcha et très fort. -Il descendit armé d’un bâton, passa bravement les colonnes d’Hercule et -chassa le directeur en lui frictionnant vivement l’omoplate. - -Après quoi, il rentre chez madame, l’accable de reproches, et en -marchant de long en large, selon la coutume des hommes exaspérés, il -s’embarrasse les pieds dans une culotte qui n’était pas la sienne, ni -celle du Saint-Esprit.--Pièce de conviction qui alimente sa colère -pendant une bonne heure; pendant une bonne heure il exhale son courroux, -gesticulant avec la culotte, faisant de grands bras, proférant des -blasphèmes épouvantables contre madame et contre le Saint-Esprit; et, -durant ce temps, une procession marchait bénignement et vint s’arrêter à -sa porte.--Le chef du couvent voisin marchait en tête et dit au mari -stupéfait: - ---Nous possédons dans le trésor de notre monastère la culotte de saint -Pancrace, qui guérit de la stérilité les femmes qui la baisent. Frère -Boniface, dans un accès de zèle l’a soustraite de la sacristie pour la -faire baiser à madame; rendez-nous la culotte de saint Pancrace! - -La procession était escortée de quelques estaffiers de la Très Sainte -Inquisition, qui marchaient les yeux baissés, le chapelet à la main et -l’épée au côté. On ne discute pas avec ces gens-là. Le mari rendit la -culotte de saint Pancrace; on l’emporta en grande cérémonie, accrochée -au haut d’une croix; on la plaça dans la chapelle de la Vierge, et, -depuis, les femmes stériles l’entourent d’_ex-voto_. - - * - - * * - -Nous en avons fini avec les directeurs de conscience. Quel que soit le -nom qu’ils portent, les confesseurs ne valent pas cher. Quant au -sacrement de pénitence, même pratiqué sérieusement, il ne vaut rien du -tout. - -Où sont donc les avantages de la confession? Pour ma part, je ne vois à -cette institution que des inconvénients qui devraient la faire abolir; -mieux que cela, provoquer des peines sévères contre les individus qui se -permettraient d’exercer l’infâme métier de confesseur. - -N’oublions pas que le moine dominicain Politien de Montepulciano, qui -empoisonna l’empereur Henri VIII d’Allemagne dans une hostie, l’avait -absous la veille pour qu’il communiât le lendemain; que les assassins -des Sforce et des Médicis s’étaient préparés au meurtre par la -confession; que Louis XI, quand il avait commis un grand crime, -demandait pardon à la petite Notre-Dame de plomb, qu’il portait à son -bonnet, allait à confesse et dormait tranquille; que Jaurigny, assassin -du prince d’Orange, Guillaume Ier, n’osa entreprendre cette action -qu’après avoir fortifié par le pain céleste son âme préalablement purgée -par la confession aux pieds d’un dominicain. - -Charles IX qui ordonnait la Saint-Barthélemy, Louis XIV qui baignait les -Cévennes de sang, allaient tous deux à confesse. Or, comme quand il -s’agit d’une grande affaire spirituelle, un dévôt ne manque jamais de -consulter son directeur de conscience, il s’ensuit--et le fait est du -reste certifié par l’histoire--que les massacres des Cévennes et de la -Saint-Barthélemy ont été conseillés par les confesseurs. - -C’est au confessionnal que Jean Châtel, Jacques Clément, Damiens, -Ravaillac, ont aiguisé leurs poignards. - -En argot de sacristie, se confesser avant de commettre un crime, -s’appelle «se faire ramoner.»--C’est un terme consacré.--On nettoie sa -conscience de tous les petits péchés véniels de la semaine, on en reçoit -l’absolution, et l’on va bravement exécuter un crime à la plus grande -gloire de Dieu. - -Notez qu’un crime accompli en faveur de la religion n’est pas un crime. -C’est une action d’éclat, qui fait du criminel un héros et le désigne à -la vénération des fidèles. - -Ainsi, que demain le gouvernement fasse rentrer le clergé tout à fait -dans le droit commun, lui retire tous ses privilèges et confisque au -profit de l’État les biens mal acquis par les congrégations, toute la -prêtraille se dira persécutée; les députés républicains et les membres -du pouvoir seront désignés aux vengeances catholiques; et, si quelque -fanatique venait à assassiner, soit le président de la République, soit -un ministre, soit un des députés démocrates influents, loin de renier -l’assassin, le clergé lui élèverait des autels. - -Que ceux qui gouvernent réfléchissent! Qu’ils réfléchissent, et ils -comprendront combien la confession est pernicieuse et combien en général -la religion est une chose infâme. - -Au siège de Barcelone, les prêtres refusaient l’absolution à ceux qui -restaient fidèles à Philippe V, à qui, par parenthèse, ils avaient -eux-mêmes prêté serment de fidélité. - -En 1750, on refusait à Paris l’absolution et les sacrements à ceux qui -n’admettaient point une certaine bulle du pape, la bulle _Unigenitus_, -qui n’était point un acte de foi, mais un acte de parti. - -Tout récemment, sous la période du Seize-Mai, si bien appelée par le -peuple «gouvernement des curés», les prêtres dans les campagnes -refusaient l’absolution aux paysans naïfs qui ne voulaient pas voter -pour les candidats anti-républicains. - -Cela ne prouve-t-il pas que le sacrement de pénitence se transforme -entre les mains des calotins en instrument politique? - - -CONCLUSION: - -La confession n’est pas seulement profondément immorale; elle offre -encore de très grands dangers au point de vue politique; et, sous -quelque rapport qu’on l’envisage, elle doit être interdite, abolie, -supprimée. - - - - -APPENDICE - - -I - -Les Pieuses Exhortations, de Mgr Claret. - -II - -Mœchialogie (cours de luxure), du R. P. Debreyne. - -III - -Compendium ou doctrine des Conciles. - -IV - -Les Diaconales, manuel des confesseurs, de Mgr Bouvier. - - - - - PIEUSES EXHORTATIONS - - LA CLÉ D’OR - OFFERTE - AUX NOUVEAUX CONFESSEURS - POUR LES AIDER - A OUVRIR LE CŒUR FERMÉ DE LEURS PÉNITENTS - - PAR - Mgr CLARET, archevêque de Cuba - Confesseur de Sa Majesté Isabelle II, reine d’Espagne - - AVEC APPROBATION DE L’ORDINAIRE - - - - -PIEUSES EXHORTATIONS - -LA CLÉ D’OR - -SIXIÈME COMMANDEMENT - -LE SIXIÈME COMMANDEMENT: NE PAS FORNIQUER. - - - - -CHAPITRE PREMIER - -EXHORTATION ADRESSÉE AUX PERSONNES IMPURES, QUI BOIVENT L’INIQUITÉ COMME -DE L’EAU, QUI NE CONSIDÈRENT PAS LA LUXURE COMME UN PÉCHÉ, OU QUI LA -CONSIDÈRENT COMME UNE CHOSE SANS GRAVITÉ, QUI NE VAUT PAS LA PEINE -D’ÊTRE MENTIONNÉE DANS LA CONFESSION. COMBIEN CES PERSONNES SONT -AVEUGLES! - - -Il faut que vous sachiez, mon frère, que la luxure est un péché mortel. -En commettant des actes de luxure vous vous mettez en opposition -formelle avec le VIe précepte de la loi de Dieu. Après l’action de tuer, -c’est le plus gros péché dont on puisse se rendre coupable à l’égard du -prochain. Dans le Ve commandement, Dieu nous défend de tuer, et dans le -VIe, il nous interdit les choses indécentes. La luxure est un plus grand -péché que le vol. Ceux et celles qui s’abandonnent à la luxure méritent -l’enfer. - -Pour vous faire comprendre la malice de ce péché, j’invoquerai la raison -naturelle. Vous saurez, mon frère, que le Créateur a mis en nous une -inclination très forte vers les choses de la luxure, parce que si -l’homme eût été comme une statue, sans ressentir les aiguillons de la -chair, le genre humain eût disparu de la terre en fort peu de temps. -Mais les hommes, se sentant poussés à l’acte charnel, ont établi le -mariage; ils épousent une femme et peuvent alors faire ce que permettent -les lois du mariage et donner satisfaction à cette passion d’une manière -légitime et sans qu’il en résulte le moindre désordre. Ils opèrent comme -le mécanisme d’une montre et doivent travailler dans un ordre parfait à -la propagation du genre humain. Mais, j’ai dit qu’ils doivent travailler -dans un ordre parfait, pour indiquer que les choses ne doivent pas -s’accomplir selon les goûts et les caprices de chacun; en agissant -autrement, on se rendrait coupable de très graves délits et on -encourrait les plus terribles châtiments en ce monde et dans l’autre. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le vice de l’impureté est très répréhensible et porte un grave préjudice -à celui qui s’y adonne. Pour me faire mieux comprendre de vous, je vais -faire une comparaison. Je vous ai déjà dit que le Créateur avait donné à -l’homme ces inclinations pour la conservation et la propagation de -l’espèce; s’il n’en était pas ainsi, le genre humain aurait bien vite -fini; mais les choses doivent aller avec ordre, en leur temps et en leur -lieu. En procédant autrement, on occasionnerait des maux sans nombre, -des préjudices considérables qui affecteraient l’espèce et amèneraient -sa destruction. - -Vous savez ce que c’est que la poudre et vous connaissez ses propriétés? -La poudre s’emploie pour différents usages, pour la chasse, pour la -guerre, etc... mais dans un ordre déterminé et selon certaines -conditions. Supposez que la poudre vienne à manquer, par exemple, -qu’elle s’enflamme dans les fabriques, ou qu’elle prenne feu dans la -gibecière des chasseurs ou dans les gibernes des soldats; aurait-elle -servi à quelque chose d’utile? Non, au contraire, elle aurait occasionné -de grands malheurs pour les ouvriers employés dans les poudrières, pour -les chasseurs et pour les soldats, comme cela est arrivé maintes fois et -aurait fait bien des victimes. Faites maintenant l’application de mon -raisonnement: ceux qui se livrent à la lubricité, comme vous le faites, -non seulement ne travaillent pas dans l’intérêt du genre humain et selon -les desseins du Créateur, mais encore ils nuisent à eux-mêmes et -abrègent leurs jours par les tourments et les souffrances qu’ils -attirent sur eux pendant cette vie et ils s’exposent à de grands -châtiments pour l’autre monde. - - - - -CHAPITRE II - -EXHORTATIONS AUX LIBERTINS QUI SE LIVRENT A LA MASTURBATION. - - -Ah! mon frère, je suis certain que vous ne vous doutez pas de la gravité -de ce péché, et je suis persuadé que si vous l’aviez connue, vous -n’auriez pas commis de si vilaines actions. Écoutez-moi dans l’intérêt -de votre vie: vous savez bien que personne, pour son plaisir ou par -caprice, n’a le droit de tuer son prochain ni de se suicider; vous savez -que personne n’est autorisé à disposer de sa vie. Donc, quand vous vous -livrez à cette vilenie, vous tuez et vous détruisez en germe ce qui -pourrait devenir une créature, un de vos enfants. Quelle barbare action! -Que diriez-vous d’un père qui, pour son plaisir, mettrait à mort ses -enfants? Qu’il se rend coupable de cruauté. Ne mériterait-il pas d’être -brûlé vif? Eh bien, vous êtes ce père cruel, inhumain, barbare, qui, par -plaisir, tue ses enfants. Si l’auteur de vos jours eût agi comme vous, -bien certainement vous n’existeriez pas et vous n’auriez ni ce corps ni -cette vie dont vous faites un si mauvais usage. - -Autre préjudice que vous causez à vos enfants et à la société par ces -honteuses habitudes. Autre comparaison pour faire ressortir la chose: -supposez qu’un individu ait à sa disposition un sac de très bonne farine -et une barrique de vin de qualité supérieure qu’il ne devrait consommer -qu’en temps opportun. Mais, par caprice, cet individu a jeté à terre et -répandu toute la fleur de sa farine et il ne lui est resté que les -résidus au fond du sac. Quel mauvais pain il obtiendra de ces résidus! -Il a, de même, laissé couler et gâter le vin généreux, et il ne lui est -resté que la lie. Quelle mauvaise boisson il aura pour sa consommation! -Faisons actuellement l’application de l’argument. Vous êtes cet individu -auquel le Créateur a donné ce vin généreux de l’amour, pour le boire, -quand vous serez marié, en compagnie de votre bien-aimée femme; mais -comme vous avez dépensé vos forces dans les plaisirs déshonnêtes et les -folies, vous resterez avec la lie. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Dites-moi, mon frère, si on vous offrait une boisson douce et agréable -ou un plat de quelque mets savoureux, tout à fait de votre goût, mais -si, en même temps, une personne dans laquelle vous auriez confiance vous -disait: «Prenez garde! ne touchez pas à cette boisson ni à ce mets qui -vous sont présentés, car ils sont empoisonnés.» Que feriez-vous? -Voudriez-vous les prendre? Assurément, vous refuseriez d’y toucher. Eh -bien! vous ne devez pas davantage porter à vos lèvres cette coupe -d’impureté, si douce et agréable que vous en paraisse la liqueur qu’elle -contient, car cette liqueur est un poison pour votre corps et pour votre -âme. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Perturbation qu’apporte la luxure dans les régions de l’âme._ - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«L’onanisme ou masturbation ou branlement à l’aide de la main s’appelle -aussi pollution; c’est un vice honteux qui exerce de grands ravages -parmi la jeunesse actuelle et qui est assez connu de tout le monde». - -I. _Masturbation chez les hommes._--Ce vice provient quelquefois, chez -les enfants, d’une cause intrinsèque, à savoir, d’un système nerveux ou -des prédispositions des organes de la génération. Les enfants de cette -catégorie contractent ce vice sans qu’on puisse l’attribuer à aucune -cause apparente ou à la suite d’attouchements qu’ils pratiquent sur -eux-mêmes. D’autres fois le vice est dû à une cause extrinsèque, par -exemple, lorsque ces enfants sont touchés, masturbés par d’autres -enfants, par des femmes et même par leurs mères, oh! impudeur maudite! -lorsqu’elles veulent arrêter leurs larmes, quand ils pleurent; et elles -excitent de cette manière chez les enfants ce goût funeste. D’autres -fois encore le vice est amené par des attouchements mutuels, les enfants -se prenant de passion pour d’autres enfants. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -II. _Masturbation chez les femmes._--L’humeur qui provient des -pollutions, chez les femmes, est tout à fait différente du sperme -produit par l’homme, car elle ne coopère en aucune façon à la -conception.--Ce vice, chez les femmes, est une offense à Dieu, une -injure pour la femme elle-même et pour la société. Celles qui y sont -adonnées s’éloignent du commerce des hommes et ne se marient pas.--Ce -vice, chez les femmes, est tout particulièrement libidineux et leur -occasionne une grande faiblesse sous un double rapport, par la -déperdition de l’humeur et par l’ébranlement qu’il imprime au système -nerveux, comme cela peut se remarquer chez les enfants qui ne sécrètent -point de sperme.--Les femmes deviennent sujettes à toutes les maladies -et meurent misérablement, suivant ce principe médical: «_L’homme périt -par les mêmes organes qui servent à sa reproduction._» Les filles, même -celles de l’âge le plus tendre, qui se livrent à ces actions honteuses, -peuvent laisser échapper un flux d’humeur, d’après l’axiome: «_Où existe -le stimulant, là se produit l’écoulement._» - - - - -CHAPITRE III - -CONSEILS AU CONFESSEUR SUR LA CONDUITE QU’IL DOIT TENIR A L’ÉGARD DE -CEUX QUI SONT ADONNÉS AU VICE ET PARTICULIÈREMENT A L’ÉGARD DES FEMMES -QUI SE LIVRENT A LA MASTURBATION. - - -Le confesseur devra leur parler avec douceur et affabilité; il engagera -sa pénitente à lui révéler sans rien lui cacher tout ce qui charge sa -conscience. Il l’écoutera avec calme; il évitera de montrer de la -curiosité et de témoigner le désir d’apprendre ces sortes d’impuretés; -il ne manifestera pas son étonnement au sujet des choses qui lui sont -révélées, quelque abominables qu’elles puissent être. Du reste, je puis -dire au confesseur qu’on ne lui apprendra rien de nouveau, puisque nos -livres contiennent tous les cas imaginables, et il en connaît beaucoup -plus sur la matière que sa pénitente. Cette manière de procéder les -encouragera à faire des aveux. - -Le confesseur n’interrogera pas tout d’abord sur le fait principal, mais -seulement sur les accessoires. Au lieu de questionner sur le péché que -la pénitente aura commis, et qu’elle n’ose pas expliquer, il lui dira: -Combien de fois l’avez-vous commis? Si la pénitente hésite à répondre, -et si au milieu de la surprise qu’elle éprouve, elle laisse connaître -qu’elle a en effet commis le péché, le confesseur lui demandera si elle -l’a commis un nombre de fois beaucoup plus grand qu’elle ne l’avait cru. -Alors la pénitente voyant son vice deviné, elle dira combien de fois -elle a péché. Le confesseur n’attendra pas qu’elle ait achevé de -s’expliquer sur le nombre et la gravité des péchés, il lui parlera comme -s’il voulait trouver une excuse à ces fautes et lui dira: Assurément -vous n’auriez pas fait de telles choses si vous n’y aviez été sollicitée -par d’autres personnes. La réponse fera connaître si la pénitente a des -complices. Le confesseur sait ainsi qu’elle a péché contre la pureté et -que le péché a été commis avec une autre personne. Il lui sera facile de -demander ensuite avec quelle personne la chose s’est faite, et d’amener -la pénitente à s’expliquer sur la nature et le nombre de péchés commis -contre la pureté. - - - - -CHAPITRE IV - -EXHORTATIONS AUX FORNICATEURS. - - -Ah! mon frère, songez combien le vice de l’impureté mérite d’être -maudit, puisque non seulement il fait condamner aux peines de l’enfer -celui qui le commet, mais encore, celui qui en est infecté devient -l’esclave du démon et l’instrument de la perdition d’autres âmes, comme -vous en avez fait l’expérience. Vous voyez que l’ennemi du genre humain -s’est servi de vous pour entraîner au péché et à sa perte cette -malheureuse femme qui est à vos côtés. - -Dites-moi, femme, avez-vous péché contre l’impureté quand vous étiez -jeune fille?--Je ne sais pas au juste, je crois que non.--Eh bien, -malheureuse! voyez quel gros péché vous avez commis. Il vous a fait -perdre la grâce, l’honneur, les biens de ce monde et les trésors de -l’éternité; peut-être que, bientôt, vous vous livrerez à une vie -coupable, et le démon se servira de vous comme d’un appât, pour pousser -les âmes dans les enfers. Car c’est ce qui arrive à beaucoup de femmes; -après être tombées dans le péché, elles s’abandonnent à tous les excès -d’une vie dissolue: vous aurez à répondre au tribunal de Dieu des péchés -que vous aurez commis et de ceux que vous aurez fait commettre. Quel -scandale vous avez donné! C’est de vous que Jésus-Christ a voulu parler -quand il a dit: il eût été préférable qu’on lui eût attaché une meule de -moulin au cou et qu’on l’eût précipité au fond de la mer. - -_Excuse._--Mon père, la personne avec laquelle j’ai péché était une -femme publique.--Ah! mon frère, la qualité de la femme ne peut être -invoquée pour excuse, pas plus que vous ne pourriez vous justifier -d’avoir frappé à coups de couteau une personne en prétextant qu’elle -était déjà atteinte de plusieurs blessures. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Pendant que Her et Onan se livraient au péché d’impureté, ils furent -frappés de mort dans le lit où ils étaient couchés, aux côtés de leurs -femmes. (Dans l’écriture sainte, _Nombre XXV_.) Pendant qu’un homme -forniquait vilainement avec une femme, survient au même lieu un prêtre -nommé Finées. Le ministre de Dieu, dans un accès de saint zèle, se jeta -sur les coupables, le poignard à la main, et les tua sur l’heure. Dieu -se montra satisfait de cette action, approuva la conduite de Finées, -l’en récompensa et pardonna à son peuple. - -Vous voyez, mon frère, d’après ce passage de l’Écriture, quelle haine ce -péché inspire à Dieu. Notre-Seigneur veut qu’il soit puni en ce monde; -et, à défaut de vengeurs comme Finées, notre Dieu se charge lui-même du -châtiment des coupables. Je vais vous raconter un autre fait qui eut -lieu dans un village de la Catalogne, et dont je puis vous garantir -l’authenticité: Un homme et une femme, qui voulaient forniquer en -secret, s’étaient donné rendez-vous dans la maison d’une maquerelle où -ils avaient pris une chambre dans laquelle ils s’étaient renfermés. -Comme ils y étaient depuis une heure et plus, la maquerelle alla frapper -à la porte et leur cria du dehors qu’il était temps de partir. Ne -recevant pas de réponse elle se retira, mais elle revint à la charge une -deuxième fois, puis une troisième fois sans plus de succès; elle -commença alors de craindre qu’un malheur fût arrivé et alla prévenir -l’alcade du village pour lui dire qu’un homme et une femme s’étaient -présentés dans sa maison pour lui demander une chambre, ayant à traiter -d’une affaire très importante, qu’ils s’étaient renfermés dans la pièce -qu’elle avait mise à leur disposition, et qu’après un assez long espace -de temps, ne les voyant pas sortir, elle les avait appelés et que -n’ayant pas reçu de réponse ni entendu aucun bruit de l’intérieur de la -chambre, elle avait craint qu’il ne fût arrivé quelque malheur et -qu’elle s’était empressée de venir l’instruire de ce qui s’était passé -chez elle. A l’instant, l’alcade se rendit à la maison de la maquerelle, -et, ayant été conduit jusqu’à la porte de la chambre, il appela à haute -voix en ordonnant qu’on ouvrît; ne recevant pas de réponse, il commanda -qu’on forçât la serrure. La porte étant ouverte, on se précipita dans la -pièce et voilà le spectacle qui s’offrit aux yeux des assistants: Dieu -tout puissant! Les deux infortunés entièrement nus, noirs comme les -démons, à l’état de cadavres, étaient étendus sur le lit, dans la -posture où ils se trouvaient au moment où ils avaient forniqué!... Leurs -âmes étaient déjà aux enfers!... Vous voyez par là, mon frère, comment -Dieu punit les fornicateurs! - - - - -CHAPITRE V - -EXHORTATIONS AUX ADULTÈRES - - -L’adultère, dit Job, est un délit énorme et une grande iniquité, c’est -un feu qui dévore ceux qui l’allument imprudemment. L’adultère amène à -sa suite des malheurs sans nombre pendant la vie et pousse les âmes dans -les flammes de l’enfer. - -Ah! mon frère, l’adultère est un si grand péché, que Dieu commandait aux -Hébreux de tuer à coups de pierres ceux qui s’en rendraient coupables. - -Chez les Gentils, on leur infligeait les peines suivantes: On brûlait la -femme vive et au-dessus du bûcher on élevait une potence où l’on -attachait l’homme; il était pendu. Les Grecs coupaient le nez à la femme -qui consentait à l’adultère. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Ah! femme, si on vous appliquait la peine en usage chez les Grecs! Si -vous deviez aller dans la rue après avoir eu le nez coupé! Quelle honte, -quelle humiliation ce serait pour vous! Assurément vous préféreriez -mourir que d’en être réduite à cette extrémité. Cependant voilà le -châtiment que vous avez encouru. - - - - -CHAPITRE VI - -EXHORTATIONS AUX SODOMISTES, AUX HOMMES ET AUX FEMMES QUI COMMETTENT LE -PÉCHÉ DE SODOME - - -On donne le nom de sodomie au péché que commettaient les habitants de la -ville de Sodome et que Dieu punit d’une façon terrible. Il fit tomber -sur eux une pluie de feu et de soufre et les brûla vivants; ils -passèrent ensuite du feu matériel au feu éternel de l’enfer. - -Certains auteurs assurent que Notre-Seigneur Jésus-Christ a une telle -horreur de ce péché, que la nuit où il naquit, à Bethléem, il tua tous -les sodomistes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Au nom de Dieu, mon frère, ma sœur, ne commettez pas un péché si infâme: -Dieu vous punirait dans ce monde, parce que c’est un de ces péchés qui -appellent la vengeance de Notre-Seigneur; ensuite il vous condamnerait, -après votre mort, aux peines éternelles de l’enfer. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - - - -CHAPITRE VII - -EXHORTATIONS A CEUX QUI COMMETTENT LE PÉCHÉ DE BESTIALITÉ. - - -Quel délit épouvantable!--Les hommes et les femmes qui s’en rendent -coupables se montrent pires que les plus immondes parmi les animaux.--Ce -péché est désigné par le même mot dont on se sert pour indiquer le -commerce charnel avec le démon... - -Ah! mon frère, si Dieu vous appliquait le châtiment que vous avez -mérité, où seriez-vous à cette heure?--Dans les enfers pour y brûler -éternellement, accouplé à ces bêtes infernales qui sont les démons.--Si -vous ne vous repentez de vos péchés, si vous ne faites pas pénitence, -Dieu vous enverra aux flammes de l’enfer, accouplé aux démons pour toute -l’éternité.--Il y aura là des pleurs et des grincements de dents. - - - - -CHAPITRE VIII - -EXHORTATIONS AUX ONANISTES - - -Le péché d’Onan est un si vilain péché que Dieu Notre-Seigneur le punit -déjà dans ce monde.--Il est dit, dans l’Écriture sainte, que Dieu frappa -de mort subite deux personnes mariées qui commettaient ce genre de -péché, et au moment même de la fornication... - -Au nom de Dieu! mon frère, ne vous livrez pas à de telles abominations; -n’employez pas de si affreux moyens pour faire obstacle à l’ouvrage de -Dieu. Rappelez-vous que c’est pour procréer des enfants que vous vous -êtes marié. - - -_Excuses._--Premièrement. Pour ne pas avoir d’enfants. - -Quelle déplorable justification! Si votre père eût agi comme vous, il -est bien certain que vous n’existeriez pas.--Comment! pour ne pas avoir -d’enfants, c’est ainsi que vous les tuez! - -Deuxièmement. Pour ne pas avoir autant d’enfants. - -Vous ne voulez avoir autant ou plus d’enfants! Eh bien, vous aurez un -plus grand nombre de démons qui vous tourmenteront dans les enfers. - -Troisièmement. Mon père, nous sommes pauvres, ma femme et moi, comment -pourrons-nous élever une nombreuse famille? - -Vous deviez penser à cela avant de vous marier. Néanmoins ne tourmentez -pas votre esprit pour cet objet. Dieu vous viendra en aide. - -Quatrièmement. Mon père, si nous avons beaucoup d’enfants, nous ne -pourrons pas leur procurer une éducation convenable. - -Faites ce que vous pourrez afin de donner une bonne éducation à vos -enfants, et Dieu se chargera du reste: ne soyez pas effrayé à l’idée -d’avoir beaucoup de filles et de garçons à établir, la Providence -viendra à votre secours... Ce n’est pas le hasard qui amènera beaucoup -d’enfants dans une famille, c’est Dieu qui en a ainsi décidé.--Combien y -a-t-il de personnes qui s’emploient de leur mieux et forniquent pour en -avoir beaucoup et n’en obtiennent que quelques-uns ou même n’en -obtiennent pas du tout? Vous avoir accordé plus d’enfants qu’à d’autres -pères est la preuve que Dieu a plus de confiance en vous que dans un -autre. Si un roi donne à un général un plus grand nombre de places de -guerre à garder qu’à un autre général, plus d’affaires à conduire à un -ministre qu’à un autre, plus de ses enfants à élever et à instruire à un -précepteur qu’à un autre; n’est-ce pas une preuve de sa plus grande -confiance dans les uns que dans les autres? Donc, le Seigneur, en vous -accordant plus d’enfants qu’à d’autres pères, vous a donné une preuve de -la grande confiance qu’il a placée en vous. Combien serait coupable le -général honoré de la confiance du roi, s’il détruisait les places mises -sous sa garde, moins une ou deux, sous prétexte qu’il garderait mieux -celles qu’il a conservées. - -Cinquièmement. Mon père, nous agissons de cette manière, afin de pouvoir -donner tous nos soins à un enfant qui est tout jeune, et pour ne pas le -mettre en nourrice. - -Il est prouvé qu’une femme nouvellement accouchée peut être engrossée -sans que cela nuise à sa santé: mais en serait-il autrement, les choses -ne s’en devraient pas moins faire selon les règles. - - -_Excuses de la femme._--Mon père, je ne voudrais pas faire l’acte -charnel contrairement au précepte: c’est mon mari qui veut que la chose -se passe de cette manière. - -Si vous ne donnez pas réellement votre consentement à cette action -blâmable, si vous ne vous prêtez pas complaisamment à ce délit, le péché -ne retombe pas sur vous, mais sur votre mari. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Nous sommes consentants à la chose, mon mari et moi, parce que mes -couches sont très laborieuses et me causent de grandes souffrances. - -Vous souffrirez bien davantage dans les enfers où vous irez, si vous ne -vous amendez pas. Peut-être que les douleurs que vous éprouvez sont le -châtiment que vous avez encouru pour des péchés de cette espèce ou d’une -autre nature que vous avez commis, ainsi qu’il est arrivé à notre -première mère Ève, que Dieu condamna à enfanter avec douleur pour la -punir d’avoir contrevenu à ses ordres. Faites un retour sur vous-même, -madame; songez qu’en continuant à agir comme vous le faites, vous vous -exposez à attirer sur vous, un jour ou l’autre, les soupçons de votre -mari, car vous pouvez devenir enceinte, malgré tous les soins que vous -apportez pour éviter ce résultat. La chose est facile à se produire, -plus que vous ne vous le figurez. Alors, votre mari, s’imaginant qu’il -n’a point participé à la conception, vous accusera d’infidélité; il -s’ensuivra des disputes, des discordes; ce sera l’un des châtiments que -vous aura attirés le péché que vous avez commis tant de fois. Et, lors -même que vous n’auriez pas à craindre les soupçons de votre mari, il -existe un autre danger, c’est que l’enfant que vous mettrez au monde ne -soit estropié, difforme ou chétif, parce qu’il aura manqué, au moment de -la conception, une partie de la semence qui eût été nécessaire à la -consommation de l’acte. On peut dire qu’une paire de bas ne fera jamais -un aussi bon service et n’aura une aussi longue durée que si on avait -employé pour sa fabrication tout le lin ou le coton nécessaire. - - -_Avertissement._--La chose se fait quelquefois à l’insu du mari, et la -femme, à l’instigation du diable, use de détestables artifices pour -empêcher la conception. Tantôt elle repousse le membre viril hors du -vagin, au moment de l’éjaculation, pour que le sperme ne s’introduise -pas dans la matrice; tantôt elle cherche à arrêter l’écoulement de sa -propre semence en retenant sa respiration; d’autres fois, après le coït, -elle retire le sperme de la matrice avec un linge ou avec ses doigts; ou -bien elle se lève du lit pour uriner, elle boit de l’eau, etc... - -Il convient d’avertir cette malheureuse et coupable femme que toutes ces -précautions, le plus souvent, manqueront leur effet; car si la nature -l’a prédisposée à la conception, il arrivera pour elle ce qui se produit -pour la poudre, qu’une seule étincelle suffit à allumer. Une fois le feu -mis à la poudre, rien ne peut arrêter la combustion. Donc il faut -renoncer à des moyens qui n’aboutissent pas au résultat qu’on s’était -proposé et qui chargent l’âme de péchés. - -A la femme mariée qui met en usage ces pratiques coupables, on dira: -Sachez bien qu’en vous mariant, vous avez accepté les obligations et les -conséquences du mariage, qui consistent: à rendre le devoir conjugal, à -mettre au monde peu ou beaucoup d’enfants, suivant ce que Dieu en -décidera, et au milieu des douleurs de l’enfantement. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - - - -CHAPITRE IX - -EXHORTATIONS AUX FEMMES QUI REFUSENT DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL A -LEURS MARIS - - -«Considérez, ma très chère sœur, qu’un mari qui chérit sa femme, et -ressent pour elle une grande passion, ne peut garder la continence. Vous -êtes tenue, sous peine de très grave péché, de lui ouvrir vos bras et de -donner toute satisfaction à ses sens. Pour me faire comprendre de vous, -je vais appuyer mon raisonnement sur une comparaison: Si, par exemple, -vous vous trouviez prise d’un gros besoin et si, ayant exprimé à votre -mari le désir de satisfaire aux nécessités de la nature, celui-ci vous -engageait à remettre la chose au lendemain ou à huit jours de là, vous -vous diriez assurément que votre mari est un imprudent ou un imbécile, -qu’il vous est absolument impossible d’attendre au lendemain, et vous -iriez déposer votre «_merda_» dans un lieu quelconque. La situation dans -laquelle se trouve votre mari est tout à fait semblable à celle qui se -produirait dans ma comparaison; et si vous refusez de le recevoir, il -ira répandre son sperme dans un autre vase que le vôtre, et vous -porterez le péché de son incontinence. Les femmes, très souvent, -s’exposent, par des imprudences, à perdre l’affection de leurs maris. -Elles se lamentent parfois de ce que les hommes fréquentent d’autres -femmes, ont des maîtresses, et viennent leur rapporter leurs -souillures... Il eût été facile d’éviter ces désagréments en ne refusant -pas de rendre le devoir conjugal quand il était demandé.» - - -_Autre exhortation._--Si vous achetez un vase, un plat, etc... et que -vous en preniez possession, vous vous en servez quand il vous convient; -il est devenu votre propriété et a cessé d’appartenir à celui qui vous -l’a vendu. Il en est de même des choses qui ont trait au mariage. -Lorsque vous vous êtes mariée, vous avez fait un contrat avec votre -mari; celui-ci vous a cédé sa personne, et vous lui avez cédé votre -corps; alors la personne de votre mari est à vous et votre corps lui -appartient; chacun de vous a le droit de se servir du corps de l’autre, -mais d’une façon licite et raisonnable. Vouloir se soustraire à cette -obligation serait vouloir commettre une injustice qui entraînerait des -dissensions et qui deviendrait l’occasion de péchés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Avertissement._--Le confesseur doit savoir que si le mari de sa -pénitente est onaniste, c’est-à-dire s’il répand le sperme hors du vase -naturel, celle-ci est tenue d’employer les moyens que lui dictent la -prudence et la charité pour l’amener à s’amender. Mais si le mari refuse -de s’amender et si la femme craint qu’il persiste dans ses agissements, -comme la chose est présumable, celle-ci peut néanmoins rendre le devoir -conjugal, à la condition de ne pas se complaire dans le crime de son -mari, d’après la réponse de la sacrée congrégation de la Pénitence, du -23 avril 1832. - - - - -QUESTIONNAIRE - -A L’USAGE DES CONFESSEURS - -_Pour interroger les jeunes filles qui ne savent pas ou qui n’osent pas -faire l’aveu de leurs péchés d’impureté._ - - -PÉCHÉS QUE LES JEUNES FILLES COMMETTENT HABITUELLEMENT DANS CETTE -MATIÈRE - - -I - -1.--En se livrant à la masturbation, regardant leurs parties sexuelles -et faisant des attouchements sur elles-mêmes. - -2.--En caressant légèrement avec la paume de la main la partie -supérieure de la matrice. - -3.--En touchant du doigt le clitoris à l’intérieur du vase, etc. - -4.--En introduisant le doigt dans le vagin. - -5.--En introduisant dans le vagin un morceau de bois arrondi, etc... ou -tout autre objet figurant le membre viril... - -6.--En appuyant les parties sexuelles contre les pieds d’une table ou -sur l’arête d’un mur, pour exciter la pollution; ou en les frottant -contre la chaise sur laquelle la jeune fille est assise; ou en -s’asseyant à terre et appuyant le bout du pied sur le vase; ou encore en -croisant les cuisses et exerçant une pression sur la matrice, et en -faisant des mouvements sur elle-même pour produire des sensations -vénériennes, etc... - -Tous les moyens pour arriver à la masturbation étant de même nature, il -n’y a pas nécessité absolue de faire s’expliquer les pénitentes pour -savoir si elles ont procédé d’une façon ou d’une autre, car le -confesseur pourrait ne pas en obtenir la vérité, la honte pouvant -arrêter leurs aveux. Alors il résulterait de cette cause une mauvaise -confession. - - -II - -En se faisant des attouchements, une jeune fille avec une autre, ou -plusieurs jeunes filles entre elles. En se livrant à la sodomie entre -jeunes filles; parfois les sœurs entre elles, surtout si elles couchent -dans le même lit, une appliquant le pied, la cuisse ou la jambe de -l’autre sur ses parties sexuelles, etc... et provoquant ainsi la -pollution. - - -III - -En se faisant mutuellement des attouchements, de fille à garçon, aux -parties sexuelles. Parfois, en essayant de forniquer d’une manière -imparfaite. - - -IV - -1.--Bestialité. En appliquant la matrice sur un animal quelconque, et en -se frottant contre lui pour amener la pollution. - -2.--En introduisant dans le vase le bec d’un poulet ou d’une poule. Ou -bien en mettant de la salive ou du pain dans la matrice et en attirant -un chien pour faire lécher les parties pudiques par l’animal. Ou encore, -en masturbant un chien pour faire raidir sa verge et l’introduire dans -son vase. - - - - - MŒCHIALOGIE - - COURS DE LUXURE - - TRAITÉ - DES PÉCHÉS CONTRE LES SIXIÈME ET NEUVIÈME COMMANDEMENTS - DU DÉCALOGUE - ET - DE TOUTES LES QUESTIONS MATRIMONIALES - QUI S’Y RATTACHENT DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT - - PAR - LE PÈRE DEBREYNE - Trappiste - - (Ce livre est exclusivement destiné au clergé) - - - - -MŒCHIALOGIE[1] - - [1] Ce mot vient du substantif latin _mœchia_ qui veut dire: luxure, - fornication, concubinage, et du substantif grec _logos_, qui veut - dire: discours, science, traité. _Mœchialogie_ signifie donc: Cours - de luxure ou Science de la fornication. - -COURS DE LUXURE - - - - -RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES - -SUR LE PÉCHÉ DE LUXURE EN GÉNÉRAL - - -On entend par luxure tout péché contraire à la chasteté: à la chasteté -est opposée la luxure, qui est un appétit ou un usage désordonné des -plaisirs vénériens ou, tout simplement, un appétit désordonné de la -délectation vénérienne. - -Tout péché de luxure ou de délectation charnelle est mortel de sa -nature: il n’admet pas de légèreté de matière, du moins quand il est -directement opposé à la chasteté... La raison elle-même sanctionne cette -immuable vérité; la délectation vénérienne n’a été accordée que pour la -seule propagation du genre humain; donc toute interversion de cette -délectation est, de sa nature, un grave désordre et par conséquent un -péché mortel. - -Nous avons dit que le péché de luxure n’admet pas de légèreté en la -matière. On sent assez que, sous ce rapport, il ne peut être question -ici des péchés de luxure consommés. Nous ne parlons donc que de la -délectation charnelle, libidineuse, qui suivant le langage des -théologiens se fait sentir dans les parties vénériennes, et vient du -mouvement des esprits qui servent à la génération. «C’est une opinion -probable qu’il n’y a que péché véniel dans un baiser donné en vue de la -délectation charnelle et sensible qui l’accompagne, exclus le danger -d’un consentement ultérieur et de la pollution.» - -La délectation organique est celle qui, disent les docteurs, a lieu sans -aucun mouvement déréglé, qui, sans aucune commotion du sens génital, -vient de la seule proportion de l’objet avec le sens ou de la conformité -de l’objet vu ou touché avec l’organe de la vue ou du tact. - -D’où il suit, comme dit Billuart[2], que celui-là ne pèche que -véniellement, qui regarde une belle femme, ou touche sa main ou son -visage en vue précisément de la délectation purement organique ou -sensuelle. La délectation organique peut encore avoir lieu dans un -baiser donné à un bel enfant... - - [2] Le R.-P. Charles-René Billuart est un célèbre théologien et - prédicateur, né en 1685, mort en 1757. Il était provincial de - l’Ordre des Dominicains, c’est-à-dire le chef des dominicains de - France. - -... De la délectation sensuelle à la vénérienne, surtout dans le sens du -tact ou de la vue, il n’y a qu’un pas, dit Billuart. - -D’autres théologiens, entre autres saint Liguori, prétendent, avec -quelque modification pourtant, qu’il n’y a pas légèreté de matière dans -la délectation sensible ou naturelle, si, par exemple, on se délecte au -contact d’une main de femme, comme à celui d’une chose douce, d’une -rose, d’une étoffe de soie, ou autres choses semblables... La raison en -est que les attouchements d’une jeune fille ou d’un jeune homme, en tant -qu’ils délectent les sens, tendent naturellement à la pollution... parce -que, à cause de la corruption de la nature, il est moralement impossible -d’éprouver cette délectation naturelle, sans que la délectation -charnelle et vénérienne soit ressentie, surtout par les personnes aptes -à la copulation, et surtout si ces actes sont accompagnés de quelque -affection et complaisance... - - - - -PREMIÈRE PARTIE - -DE LA LUXURE CONSOMMÉE ET NON CONSOMMÉE - - -La luxure est consommée lorsqu’elle va jusqu’à l’effusion du sperme; non -consommée, quand elle reste en deçà. - - -CHAPITRE PREMIER - -DE LA LUXURE CONSOMMÉE - -Les péchés de luxure consommée se divisent en péchés contre la nature et -en péchés suivant la nature, ce qui fera la matière de deux articles. - - -ARTICLE PREMIER - -DU PÉCHÉ DE LUXURE CONTRE NATURE - -Ce péché est appelé contre nature, parce qu’il consiste dans l’effusion -du sperme en dehors de tout coït propre à la génération, ou autrement, -parce qu’il est opposé à la loi à laquelle la nature a destiné le sperme -humain. Il est de trois espèces: - - La pollution; - La sodomie; - La bestialité. - -De là, encore trois paragraphes. - - -§ I - -DE LA POLLUTION EN GÉNÉRAL - -Ce que les théologiens entendent par _pollution_, c’est la -_masturbation_, _l’onanisme solitaire_, _l’incontinence secrète_, _les -mollities_, etc., c’est-à-dire l’effusion du sperme en dehors du -vase--(de la partie sexuelle de la femme). - -La semence humaine, ou sperme, est une humeur visqueuse, épaisse, d’une -odeur _sui generis_ assez connue. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -On divise la masturbation, l’onanisme solitaire ou la pollution: - -1º En masturbation simple et _qualifiée_, comme disent les théologiens, -ou plutôt composée puisqu’elle renferme une double malice; - -2º En masturbation volontaire ou involontaire; - -3º En masturbation volontaire directe ou en soi, et en volontaire -indirecte ou volontaire dans sa cause. - -La masturbation simple est celle qui n’a pas une autre malice qui s’y -adjoint, comme lorsque quelqu’un, sans être attaché par aucun lien -personnel, souille son corps en se complaisant dans sa propre -délectation. - -La masturbation est dite qualifiée, quand elle renferme une double -malice de la part de l’objet pensé ou désiré, ou de la part du masturbé -ou de celle du masturbant: 1º De la part de l’objet pensé, la -masturbation revêt la malice de l’adultère, de l’inceste, du stupre, du -sacrilège, etc., selon que le masturbant pense à une femme mariée, à une -parente, à une vierge, ou à une personne consacrée à Dieu, etc... 2º De -la part du masturbé ou du masturbant, si par exemple il est marié ou -consacré à Dieu par vœu ou par la réception des ordres sacrés: car il -faut expliquer les conditions de la personne masturbée ou masturbante, -comme ajoutant au péché des malices spécifiquement différentes. Il faut -aussi de toute nécessité déclarer en confession les circonstances -susdites, parce qu’elles changent l’espèce du péché et ajoutent à sa -malice... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Section première_ - -L’ONANISME SOLITAIRE.--LA MASTURBATION VOLONTAIRE EN SOI OU DIRECTEMENT -VOULUE - -C’est un péché mortel, de sa nature et contre la nature. L’action d’Onan -qui répandait son sperme à terre est déclarée détestable dans la -Sainte-Écriture. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il est une espèce de souillure manuelle qu’on pourrait appeler -incomplète, nerveuse, sèche, en tout point semblable, pour la forme -extérieure, si l’on peut parler ainsi, à la masturbation proprement -dite, mais avec cette différence qu’elle ne va pas jusqu’à -l’éjaculation. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Section deuxième_ - -DE LA POLLUTION VOLONTAIRE DANS SA CAUSE OU INDIRECTEMENT VOULUE - -Cette sorte de pollution reconnaît deux causes: l’une prochaine et -l’autre éloignée. - -La cause prochaine est celle qui, par sa nature, porte directement à la -masturbation, comme par exemple, de regarder ses propres organes -génitaux ou ceux des autres, de proférer des paroles obscènes, de se -complaire dans des pensées honteuses, etc... - -La cause éloignée n’est pas de nature à produire directement la -masturbation, elle ne l’occasionne que par accident et contre -l’intention des personnes. Ces sortes de causes sont ordinairement un -excès dans le boire et le manger, l’équitation, l’étude de matières -érotiques, _l’audition des confessions_, etc. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il est cependant permis d’étudier les matières vénériennes en vue de -l’enseignement ou de la distraction, d’entendre les confessions des -femmes, de converser avec elles utilement, honnêtement et sagement, de -les visiter avec gravité et décence, et pour des motifs d’une urgente -convenance, ou même de les embrasser dans le monde selon les mœurs du -pays, d’aller à cheval pour son utilité, de se coucher d’une certaine -manière quand on ne peut pas dormir autrement, d’user modérément de la -boisson ou d’aliments chauds, ou prescrits pour la santé, ou d’un usage -habituel, de servir les malades, de les mettre dans le bain, d’exercer -la profession de chirurgien ou de sage-femme, etc..., quand même on -pourrait prévoir que la pollution doit s’en suivre, pourvu qu’on ne se -la propose pas, et qu’on ait le ferme propos de n’y pas consentir, avec -l’espérance fondée de persévérer dans cette résolution; ce qui se -reconnaît dans l’espèce par les expériences déjà faites, soit au défaut -de la crainte du péché, soit à la fragilité personnelle et à la -propension au mal, ou à d’autres circonstances semblables. - - -_Section troisième_ - -DE LA POLLUTION NOCTURNE - -La pollution nocturne est celle qui survient pendant le sommeil de la -nuit... Si le sommeil est imparfait, elle peut être semi-volontaire et -par conséquent péché véniel; si le sommeil est parfait, la pollution est -tout à fait involontaire et par conséquent exempte de toute faute. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Voici comment Billuart s’exprime à ce sujet: - -«La pollution nocturne est ou n’est pas péché, selon la condition de la -cause dans laquelle elle a dû ou pu être prévue. Si la cause n’est pas -coupable, la pollution ne sera pas non plus coupable: si la cause est -véniellement coupable, elle sera vénielle: si la cause est mortelle, -elle sera mortelle.» (_Dissertatio_ IV, art. 13.) - -Maintenant, quelle est la règle à suivre ou la conduite à tenir, -lorsqu’une pollution préparée, imminente ou commencée pendant le -sommeil, on s’éveille avant que l’éjaculation se soit produite?... - -Personne n’est tenu (pourvu cependant qu’il n’y ait pas danger de -consentement au plaisir, et qu’on ne le provoque pas volontairement) -d’empêcher une pollution spontanée, ou déjà commencée, dans le sommeil; -mais on peut pour cause de santé laisser la nature se soulager; car ce -n’est pas procurer, mais souffrir l’écoulement d’un liquide qui, -d’ailleurs corrompu, nuirait à la santé. - -Quand la pollution commence dans le sommeil, dit saint Liguori, et que -l’émission a lieu dans le demi-sommeil, dans ce cas, si on éprouve -quelque délectation, non pleinement voulue, on ne pèche que véniellement -comme le remarquent les pères de l’Église. Mais quand l’émission -commence dans le sommeil, et est consommée en pleine veille, dans ce cas -(pourvu qu’il n’y ait pas consentement dans la délectation, ou danger -prochain de consentement d’après l’expérience du passé), on n’est pas -tenu de l’empêcher; soit parce qu’il est très difficile d’arrêter -l’écoulement du sperme une fois sorti des reins, comme disent -généralement de nombreux théologiens; soit parce que personne n’est tenu -d’empêcher l’éjaculation en s’exposant au danger d’une maladie provenant -de la corruption du fluide. - -Voici l’opinion du R. P. Sanchez: - -Quand la pollution est un flux naturel et a commencé pendant le sommeil, -il sera permis de ne pas l’empêcher, à cause du danger de mort, parce -que ce n’est pas procurer, mais souffrir l’éjaculation du sperme, que le -patient n’empêche pas, de peur que cette humeur corrompue ne nuise à sa -santé. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Voici, maintenant, l’opinion d’un théologien fort sage et fort prudent: - -La pollution commencée dans le sommeil ne peut être continuée dans -l’état de veille, d’après beaucoup de théologiens, contre un assez grand -nombre d’autres qui disent qu’à cause des inconvénients pouvant provenir -de son interruption, on peut en permettre simplement la continuation en -élevant son cœur à Dieu. C’est l’avis de _Gerson_, de _Billuart_, -etc..., parce que, disent-ils, outre les inconvénients et les -indispositions qui en résulteraient pour le corps, la pollution -commencée pendant le sommeil n’est plus soumise à la volonté. Mais cette -raison n’emporte pas l’assentiment. Je ne serais de l’avis de ces -théologiens que dans le cas, rare, où il y aurait danger d’en ressentir -une grave indisposition, et sans danger de consentement en une matière -si délicate; peut-être d’ailleurs ne suffirait-il pas de n’y pas -consentir, si en même temps on ne cherchait à l’empêcher par quelque -effort, par exemple, en retenant l’éjaculation, en cherchant dans son -lit un endroit frais, en sortant du lit; de même si la pollution arrive -dans l’état de veille. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Nous terminons cette question par l’extrait suivant de Billuart: - -Il est certain: 1º Qu’il y a péché mortel à jouir de la pollution -nocturne, ou de la désirer pour le plaisir, parce qu’alors l’objet est -mortellement mauvais, puisque la délectation vénérienne ne doit tendre -de sa nature qu’à la seule génération dans l’acte conjugal. - -Il est certain: 2º Que le désir efficace de la pollution, c’est-à-dire -celui qui la cause, ou en vertu duquel on emploie les moyens propres à -l’occasionner, est également péché mortel, parce qu’alors elle devient -volontaire et ne reste pas purement naturelle. - -Il est certain: 3º Qu’il est permis de jouir de l’effet bon de la -pollution, comme de la santé ou de la cessation de la tentation qu’elle -cause, ainsi que de désirer cet effet, parce que cet objet est bon. Pour -la même raison, il est permis de se réjouir de ce que la pollution a eu -lieu sans péché et purement naturellement. - - -_Section quatrième_ - -DE LA POLLUTION DIURNE - -La pollution (ou masturbation) diurne est celle qui a lieu pendant le -jour, ou plus généralement et plus exactement dans l’état de veille. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_La distillation_ est une excrétion uréthrale; une espèce de -_blennorrhée_ connue par les anciens sous le nom impropre de _gonorrhea -benigna_ (chaudepisse bénigne). La matière de la distillation est tout à -fait différente du vrai sperme, et ne renferme aucun animalcule -microscopique. Cette matière visqueuse est la matière que peuvent rendre -les impubères et les eunuques, soit par la masturbation, soit par la -stimulation mentale, au moins pour ces derniers. - -Il existe une différence immense entre la distillation et la pollution. - -Voici ce que, sur cette question, dit saint Liguori: - -«Si cette distillation a lieu avec une notable agitation des esprits, -sans doute elle est un péché mortel, parce qu’une telle agitation est un -commencement de pollution. Il en est de même si la distillation s’opère -en grande quantité, parce qu’une distillation aussi considérable ne peut -avoir lieu sans une notable rébellion de la chair; d’où il suit que de -même qu’on pèche gravement en procurant une notable agitation, on pèche -gravement aussi en procurant une grande distillation. Par conséquent, -nous sommes tenus, sous une grave obligation, d’éviter non seulement -directement, mais encore indirectement, ces sortes de distillation, en -évitant toutes les causes qui influent prochainement sur elles... Mais -si la distillation s’opère en petite quantité, sans délectation et sans -agitation, alors on peut la permettre sans péché, comme dit le R. P. -_Cajetan_, etc... et les autres communément; parce qu’on ne doit pas -plus se soucier de ce flux que de l’émission de quelque autre sécrétion -dont la nature a l’habitude de se soulager.» - - -_Section cinquième_ - -DES MOUVEMENTS DÉRÉGLÉS - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Page 52:--Souvent il ne convient pas de s’y opposer par un effort -positif; car alors l’imagination s’enflamme par cet effort même, et par -sympathie excite encore davantage les esprits génitaux; il est donc plus -sûr d’invoquer tranquillement Dieu, la bonne Vierge, l’ange gardien, de -prier son patron et les autres saints, de fuir les objets dangereux, de -détourner tranquillement sa pensée des images obscènes, de la tourner -ailleurs, et de s’appliquer sérieusement à d’autres occupations surtout -extérieures. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Page 53: «_Quæritur an manere..._»--On demande si rester indifférent à -l’égard des mouvements de la concupiscence involontaires, sans les -approuver ni les désapprouver, est un péché et quelle espèce de péché? - -_Réponse._--1º Tous les théologiens sont d’avis qu’une telle -indifférence est au moins un péché véniel, parce que l’esprit est tenu -au moins de s’opposer aux mouvements désordonnés de la concupiscence. - -2º _Sanchez_, _saint Liguori_, l. V, nº 6, et beaucoup d’autres disent -que ce péché, en dehors du péril prochain de la pollution, n’est que -véniel; car, disent-ils, les mouvements désordonnés doivent être -réprimés, parce qu’il est à craindre qu’ils ne mènent à la pollution, ou -qu’ils n’entraînent le consentement de la volonté à la délectation -vénérienne; donc si ce danger n’existe pas ou s’il est éloigné, il n’y a -qu’une obligation légère de l’éviter. Mais ils soutiennent qu’il y a -obligation sous peine de péché mortel de résister positivement au moins -par un acte de déplaisance, s’il y a danger prochain de tomber dans une -pollution, ou de consentir à la délectation vénérienne. - -D’autres, plus communément, enseignent que l’indifférence avec pleine -advertance touchant les mouvements désordonnés, même légers, est un -péché mortel, tant à cause de leur propre désordre qu’à cause du danger -d’y consentir. C’est l’avis des R. P. _Valentina_, _Lessius_, etc... - - -_Section sixième_ - -DE LA CONDUITE A TENIR ENVERS LES MASTURBATEURS OU LES ONANISTES - -Ce chapitre de la _Mœchialogie_ du P. Debreyne n’est, à peu de chose -près, que la reproduction du § V, chap. III du _Manuel des confesseurs_, -par Mgr Bouvier. Ayant, à sa place, cité ce paragraphe, nous y renvoyons -nos lecteurs. - - -_Section septième_ - -DE LA MASTURBATION CONSIDÉRÉE DANS LE SEXE FÉMININ - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La plupart des théologiens, des moralistes, des casuistes mentionnent à -peine la masturbation chez la femme comme désordre possible. Une foule -de traités _ex professo_ sur le sixième commandement n’en disent pas un -mot. _Est-il étonnant de voir, après cela, tant de jeunes prêtres très -ignorants sur cette matière?_ - -Nous distinguons dans les femmes trois espèces ou plutôt trois formes de -masturbation: - - 1º _La masturbation du clitoris_; - 2º _La masturbation vaginale_; - 3º _La masturbation utérine_. - -1º La première forme ou le _clitorisme_, comme on dit, est le mode -ordinaire. Cette masturbation se fait surtout à l’aide du petit organe -qui s’appelle le _clitoris_, et qui, selon les médecins, est le siège ou -le principal organe de la jouissance vénérienne ou de la volupté -charnelle. Il est situé à la partie supérieure et au milieu de la vulve, -c’est-à-dire du _pudendum_. Ce petit organe, par suite d’un éréthisme -fréquent et presque continuel venant de l’écoulement ou d’une -disposition native, peut croître en de telles proportions, qu’il simule -quelquefois le membre viril. C’est de là qu’aux temps d’ignorance, est -née la fausse croyance aux hermaphrodites. C’est ainsi que des femmes -perdues et de mœurs corrompues s’efforcent d’usurper quelquefois ou -plutôt d’imiter le rôle exclusivement réservé à l’homme. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -On doit rattacher à la première forme de masturbation (page 67): celle -qui d’ordinaire se fait, non par un attouchement manuel, mais par un -mouvement volontaire quelconque du corps, soit par son extension -complète, on seulement par celle des jambes, ou la compression des -cuisses l’une sur l’autre, etc... - -2º La seconde espèce ou la masturbation vaginale, moins fréquente que la -précédente, indique généralement une plus grande corruption de -l’imagination, parce que ce genre de masturbation se fait par -l’introduction ou des doigts ou de quelques instruments adaptés, que les -suggestions diaboliques ne cessent de fournir à la passion libidineuse -(autrement dits: godemichés). - -3º La troisième et dernière espèce ou l’utérine, beaucoup plus rare que -les autres, mais très grave, très nuisible à la santé, surtout -désordonnée et par conséquent la plus coupable et peccamineuse, en -raison du degré de malice des circonstances plus ou moins aggravantes. -Voici comment elle procède: un chatouillement ou irritation prolongée -est produit au col de l’utérus (c’est-à-dire à la partie inférieure de -la matrice qui se trouve à l’extrémité supérieure du vagin) à l’aide des -doigts ou de certains autres instruments. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Terminons ce chapitre par quelques mots sur la conduite du confesseur à -l’égard des personnes excessivement timides ou qu’une fausse honte -empêche de s’expliquer suffisamment sur cette matière. - -Le confesseur doit d’abord montrer un air doux, facile et bienveillant. -Il engagera les jeunes personnes à dire avec simplicité tout ce qu’elles -savent sur le point en question. Il se composera convenablement afin de -ne pas paraître ému ou étonné de rien, et ne pas avoir l’air d’écouter -avec trop d’intérêt ou de curiosité. Le confesseur pourrait même dire -qu’il a entendu là-dessus plus qu’on ne pourra lui en apprendre... Pour -découvrir la mauvaise habitude, il ne faut jamais paraître en douter. -N’interrogez donc pas sur le point principal ou le fond de la chose, -mais sur l’accessoire ou quelqu’une de ses circonstances. Au lieu de -questionner les jeunes filles sur tel péché qu’on craint qu’elles ne -cachent, on doit leur faire dire combien de fois elles l’ont commis: -hésitent-elles à répondre? on leur demandera un nombre considérable, -invraisemblable, au-dessus du véritable, afin de les enhardir à en -avouer de suite un nombre moindre... Mais, un autre point que nous -croyons important, et l’expérience l’a déjà prouvé, c’est que le -confesseur ait soin de donner à certaines personnes du sexe, mariées ou -non, mais grossières et plus ou moins privées d’éducation, une courte -explication sur l’origine des connaissances pratiques qu’il possède sur -les matières du sixième commandement. Il sera bon, par exemple, de dire -qu’il a appris toutes ces choses dans les livres des médecins ou des -médecins eux-mêmes, afin d’écarter de leur esprit toute idée de surprise -ou de soupçon sur la manière dont lui est venue la connaissance de ces -détails qu’elles s’imaginent devoir être tout à fait étrangers aux -prêtres. - - -_Section huitième_ - -DE LA MASTURBATION DIURNE ET NOCTURNE DANS LE SEXE FÉMININ - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il est permis à celui qui éprouve une grande démangeaison dans les -parties honteuses, dit saint Liguori, de la faire cesser par -l’attouchement, quand même il s’ensuivrait une pollution. Et, citant une -foule d’auteurs à l’appui de sa thèse, il continue: «Peut-être -direz-vous qu’il peut arriver que ce prurit provienne de l’ardeur même -de la passion libidineuse, d’où il suivrait que l’apaisement du prurit -par la friction serait une espèce de délectation vénérienne. On répond -qu’il est plus raisonnable de croire qu’un tel prurit, quand il est très -désagréable, vient plutôt de l’âcreté du sang que de l’ardeur de la -luxure. Au moins dans le doute reste la liberté de se débarrasser de -cette incommodité par un attouchement licite en soi, puisqu’on peut -licitement faire cesser au moyen de l’attouchement une démangeaison -corporelle; s’il arrive une pollution, elle arrive sans danger de -consentement, par accident et involontairement, et par conséquent sans -péché. Pour que l’on fût tenu de s’abstenir de cet attouchement, il -faudrait avoir la certitude que le prurit est un effet de la luxure. Du -reste, le _R. P. Lacroix_ avertit sagement ceux qui aiment la chasteté -de s’abstenir, autant du moins qu’il est moralement possible, de ces -sortes d’attouchement.» (Liv. III, nº 483.) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«Il est permis à celui qui éprouve une démangeaison très incommode, dans -les parties honteuses, de la faire cesser par l’attouchement, quand même -la pollution s’ensuivrait.» (Mgr Gousset, archevêque de Reims.) - - -§ II - -DE LA SODOMIE - -Ce crime horrible est défini par saint Thomas: l’accouplement du mâle -avec le mâle, de la femelle avec la femelle. - -D’où il faut conclure que le mâle s’accouplant avec la femelle, dans _un -vase_ ou _récipient non légitime_, ne commet nullement une sodomie, -parce que le sexe est légitime; au contraire, une femelle qui s’accouple -avec une femelle _dans le vase naturel_ commet une sodomie, parce que le -sexe est illégitime. D’où il faut conclure avec saint Thomas que toute -la malice de la sodomie vient de l’accouplement du même sexe, et non de -l’accouplement illégitime de deux sexes différents, du sexe illégitime -et non du vase illégitime d’un sexe légitime. Ce dernier crime, selon ce -saint docteur, n’est pas une sodomie, mais seulement un mode illégitime -d’accouplement. - -Mais comme chez la plupart des théologiens l’usage a prévalu de regarder -comme une _sodomie imparfaite_ cet accouplement illégitime (dans l’anus) -entre deux sexes différents, nous nous conformerons à l’usage. - -Donc l’accouplement de l’homme avec la femme dans le vase qui n’est pas -légitime est une sodomie imparfaite, distincte de la sodomie parfaite, -qui est l’accouplement du mâle avec le mâle, de la femelle avec la -femelle. (Ainsi, ce que les débauchés appellent 69 est beaucoup moins -coupable entre homme et femme qu’entre deux individus du même sexe.) - -Il n’importe pas dans quel vase ou dans quelle partie du corps mâles ou -femelles s’accouplent entre eux, puisque la malice de la sodomie -consiste dans la recherche d’un sexe illégitime, et qu’elle est complète -ou parfaite en son genre, quel que soit le vase ou la partie du corps -d’un même sexe auquel s’applique le corps par voie d’accouplement; mais -s’il n’y avait que l’application de la main, du pied, etc., aux organes -d’une autre personne, cela ne serait point réputé sodomie, parce que ce -ne serait pas un véritable accouplement, ni physique ou matériel, ni -moral ou effectif. - -Pour la sodomie imparfaite il suffit que le mâle et la femelle -s’accouplent autrement qu’avec les instruments naturels ou les organes -légitimes, avec interversion des parties (en faisant par derrière ce -qu’on doit faire par devant), et dans la recherche d’une fin mauvaise de -l’accouplement. - -Il faut déclarer en confession de quelle nature a été la sodomie, si -elle a été accomplie avec une personne mariée, consacrée à Dieu ou -consanguine; parce que, alors, s’y ajoute la malice de l’adultère, du -sacrilège ou de l’inceste. - -D’après le même saint Liguori: «Il n’est pas nécessaire en confession -d’expliquer si la pollution a eu lieu dans l’intérieur ou à l’extérieur -du vase; il suffit de confesser: _j’ai péché avec un enfant_, pour que -le confesseur juge qu’il y a eu sodomie avec pollution. On doit -cependant expliquer s’il n’y a pas eu pollution. Il serait plus clair de -dire: _j’ai couché avec un enfant_, en ajoutant la circonstance de -pollution ou de non-pollution. Si l’effusion du sperme dans le vase -était possible, il y aurait alors sodomie parfaite, consommée et -complète; si elle a lieu hors du vase, elle n’est qu’imparfaite et non -complète, selon quelques-uns. - -Quant à ce qui touche aux enfants, puisque nous en parlons, aujourd’hui -ce crime horrible exerce très souvent sa fureur sur eux; d’où on -l’appelle généralement _pédérastie_. - - -§ III - -DE LA BESTIALITÉ - -La bestialité, selon saint Thomas, est l’accouplement avec un individu -d’une autre espèce, ou avec une bête. Ce péché est ce qu’il y a de plus -horrible et il est plus grave que la sodomie, parce que dans la -bestialité on n’a égard ni au vase légitime, ni au sexe, ni à l’espèce -requise. Aussi Joseph a-t-il accusé ses frères du dernier des crimes, en -disant, comme l’interprète la glose, qu’ils s’accouplaient avec leurs -brebis. Cet abominable crime est ainsi désigné dans le _Lévitique_: -_Celui qui se sera accouplé avec une jument ou une brebis sera puni de -mort; tuez aussi la brebis_, etc... Autrefois ceux qui ne rougissaient -pas de commettre ce crime abominable étaient brûlés avec la bête. - -D’après beaucoup de théologiens, Bonacina, Billuart, etc., il n’est pas -nécessaire de déclarer l’espèce ou la variété de bêtes, parce que cette -circonstance ne change pas l’espèce du péché et ne l’aggrave pas -beaucoup. La malice de ce péché vient de l’espèce désordonnée et -illégitime. - -«La raison, dit saint Liguori, en est que toute la malice de ce crime -consiste dans le coït avec une autre espèce, d’où il suit que la -différence de sexe est tout à fait accidentelle et n’entraîne aucune -différence dans le genre du péché. Les attouchements impudiques avec une -bête, quoiqu’ils ne soient pas proprement des péchés de bestialité, ont -cependant une certaine turpitude spéciale, comme dit le R. P. Elbel, au -moins vénielle» (lib. III, n. 474). - -Sur ce sujet, selon l’occasion, il faut interroger les paysans et -surtout les bergers et gardeurs de troupeaux. - - -ARTICLE SECOND - -DES PÉCHÉS DE LUXURE OU D’IMPURETÉ SUIVANT LA NATURE - -Ces péchés sont: - - La simple fornication; - Le rapt; - L’adultère; - L’inceste; - Le sacrilège. - -Ce qui fera la matière de six paragraphes. - - -§ I - -DE LA FORNICATION SIMPLE - -La fornication, au sens large, est un accouplement quelconque en dehors -du mariage; ou, dans un sens plus strict: la fornication simple est -l’accouplement d’un homme libre avec une femme libre déjà déflorée, avec -le consentement mutuel: 1º _d’un homme libre avec une femme libre_, -c’est-à-dire, selon _Billuart_, de personnes libres non seulement du -lien du mariage, mais encore de parenté mutuelle ou d’affinité aux -degrés prohibés, du vœu de continence, de l’ordre sacré ou de la -violence; 2º _déjà déflorée_, pour distinguer la simple fornication du -stupre; 3º _avec le consentement mutuel_, pour la distinguer du rapt. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La fornication d’un tuteur avec sa pupille le rend beaucoup plus -coupable puisqu’il remplit les fonctions de père, et qu’à ce titre il -est tenu de s’occuper de ses intérêts, non seulement temporels, mais -encore spirituels; il y a donc là une circonstance aggravante, qu’il -faut déclarer en confession. - -L’accouplement avec une femme mariée n’est pas une fornication simple, -puisqu’il n’a pas lieu avec une femme complètement libre, et qu’il -implique le péché d’injustice à l’égard du mari dont il viole le droit; -de là une circonstance qui doit toujours être déclarée en confession. - -«La fornication d’un chrétien avec une infidèle est, d’après l’opinion -universelle, plus grave qu’avec une catholique, tant à cause du mépris -de notre religion qui en est la suite, qu’à cause du danger de la -mauvaise éducation des enfants et de l’abandon de la vraie foi, qui -résultent facilement d’un trop grand amour pour une infidèle. Selon -quelques-uns, cette circonstance change l’espèce (_Bailly_).» -L’accouplement avec un eunuque implique une malice spéciale, parce que, -en l’absence d’un véritable sperme fécondant, la véritable fin est -manquée, la nature est frustrée; il n’y a plus dès lors simple -fornication, mais péché contre nature. - -Selon _Billuart_, «celui qui par déplaisir et haine du péché interrompt -un accouplement fornicateur, même avec effusion de sperme en dehors du -vase, fait bien et y est tenu, parce qu’il n’y a pas d’instant où l’on -ne soit tenu de faire cesser un péché actuel. La perte du sperme qui -s’ensuit a lieu alors par accident et contre la volonté, et il y a une -cause légitime de la permettre. Celui qui persévérant dans l’amour du -péché interrompt un accouplement commencé, avec effusion hors du vase -par crainte d’infamie ou par quelque autre motif humain, commet un -double péché, celui de fornication commencée et celui de pollution.» -(_Dissertation VI, art. II._) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La prostitution est l’accouplement avec une femme prête à se livrer au -premier venu, publique et généralement vénale. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«L’homme, selon Sylvius et autres, dit Billuart, ne paraît pas tenu de -déclarer en confession s’il a forniqué avec une prostituée ou une autre -femme, pourvu qu’il déclare le nombre; parce que, disent-ils, cette -circonstance n’est pas notablement aggravante, peut-être parce que -l’acte en lui-même est génératif, et que c’est seulement par accident, -par suite de la condition de la personne que la génération est empêchée, -comme dans le cas où on forniquerait avec une vieille, ou une femme -stérile. Quelques-uns cependant prétendent que le fornicateur est tenu -de déclarer la circonstance de la prostitution, parce que, disent-ils, -dans une telle fornication, on n’empêche pas seulement le bien des -enfants à naître, mais on empêche encore qu’il en naisse. Cette dernière -opinion est la plus sûre.» - -Il ne sera peut-être pas hors de propos de parler ici d’un certain moyen -employé par quelques-uns, quand ils approchent des prostituées et -peut-être aussi des autres femmes, pour se garantir de la maladie -syphilitique. Cette invention ignorée de quelques confesseurs, en -protégeant de la contagion morbide, est nécessairement en même temps un -obstacle à la conception ou à la génération, quand même l’accouplement -semble être extérieurement normal et s’accomplit sans que l’un ou -l’autre se retire.--Cet obstacle est souvent employé de la part de la -femme, qui n’a en vue que d’empêcher la conception, puisque ce moyen ne -la garantit aucunement de la contagion. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -On peut demander aux fornicateurs, au moins à ceux qui paraissent ou -passent pour tout à fait corrompus, s’ils ne se sont pas servi d’un -moyen secret pour empêcher la conception; et surtout si l’homme n’a pas -cherché à éviter la contagion et par quel moyen. Il faut que l’on sache -qu’il ne s’agit pas ici de l’onanisme proprement dit, où, comme il -arrive si souvent et si misérablement dans l’acte conjugal, l’homme se -retire avant l’effusion du sperme. - -Quant aux autres empêchements connus des femmes, comme d’uriner après le -coït, et autres efforts pour rejeter le sperme, on doit les regarder -généralement comme vains et inutiles; cependant elles sont gravement -coupables, puisqu’elles se proposent une fin mauvaise, celle d’empêcher -la conception. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il faut demander aux fornicateurs: si avant l’accouplement, ils l’ont -désiré avec délectation; s’ils ont entraîné leur complice au crime; -s’ils lui ont promis mariage; s’ils n’ont pas promis par serment, et -fait la même promesse à plusieurs; s’ils ont péché par habitude avec -scandale; combien de fois ils ont renouvelé le crime; si, l’acte -consommé, ils se sont livrés à d’autres turpitudes; s’ils n’ont rien -fait pour empêcher la conception. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Si le pénitent, dit _Collet_, ne parle que du fait de l’accouplement, il -faut l’interroger sur son état et celui de sa complice, s’il est marié, -si sa complice est mariée, s’ils sont consanguins ou parents par -affinité, etc... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DU STUPRE ET DU VIOL - -Le stupre est l’accouplement illicite avec une vierge. Quelques-uns -veulent qu’il faut que cet accouplement soit violent, de telle sorte que -si la vierge consent, il n’y a plus de stupre; d’après eux ce n’est pas -une espèce particulière de luxure, et il ne se distingue pas de la -simple fornication. C’est l’avis de Sanchez, Lessius, Malderus et -plusieurs autres; d’après eux, le stupre est toujours _la défloration -violente d’une vierge_. - -Sous le nom de vierge on n’entend pas ici une personne qui n’ait jamais -péché contre la chasteté, mais celle qui n’a pas encore eu -d’accouplement avec une autre. Il ne s’agit donc pas ici de la virginité -comme vertu, mais simplement comme état d’intégrité. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le clergé gallican, année 1708, a condamné cette proposition: _Suzanne -exposée à l’infamie et à la mort aurait pu se conduire négativement et -laisser s’accomplir le viol, pourvu qu’elle n’y eût point consenti par -un acte intérieur, et l’eût détesté et exécré_, comme téméraire, -scandaleuse, offensant les oreilles pieuses, erronée et contraire à la -loi de Dieu. Donc il n’est jamais permis à une femme, même dans la -crainte de la mort, de rester passive et de permettre le viol; parce que -dans ce cas la passivité et l’immobilité sont une certaine coopération, -et doivent toujours être considérées dans la pratique comme un acte -volontaire. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le stupre même volontaire est un péché de luxure spécial. Et puisque le -Concile de Trente a défini (sess. 14, can. 7) qu’il est nécessaire de -droit divin de déclarer en confession _les circonstances qui changent -l’espèce du péché_, il faut résoudre cette question de pratique -continuelle, si ceux qui sont coupables de stupre volontaire, soit de -fait, soit en désir ou en délectation, sont tenus de déclarer la -circonstance de la virginité. Les théologiens l’affirment le plus -communément, et regardent cette nécessité comme une conséquence de ce -principe une fois admis. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_Billuart_ et d’après lui, dit _Bouvier_, _Wiggers_, _Boulart_ et -_Daelmen_ prétendent que la circonstance de la virginité dans un stupre -volontaire ajoute une malice spéciale à la simple fornication, mais -seulement une malice vénielle, qu’il n’est pas nécessaire de déclarer en -confession. - - -§ III - -DU RAPT - -Le rapt, selon quelques théologiens, est la violence faite à une -personne ou à ses parents, en vue de la satisfaction d’une passion -libidineuse, ou, comme l’indique le mot, l’enlèvement violent d’une -personne d’un lieu dans un autre, pour satisfaire sa passion ou -contracter mariage avec elle. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Tout rapt n’a pas la même gravité. Voici, selon Collet, la gradation de -gravité dans les rapts de femmes: le péché le plus grave est le rapt -d’une religieuse, puis celui d’une femme qui a fait un simple vœu de -chasteté. Vient ensuite le rapt d’une consanguine ou parente par -affinité; enfin celui d’une femme mariée, d’une vierge, d’une veuve et -d’une prostituée. Sylvius ajoute que le péché sera beaucoup plus grave -si un mâle enlève un mâle, une femelle, une femelle en vue d’un -abominable libertinage, etc. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La fornication avec une femme endormie ou ivre, ou avec une jeune fille -n’ayant pas l’usage de sa raison, ou n’ayant aucune connaissance de ce -crime, peut se ramener au rapt, quoiqu’il n’y ait pas rapt proprement -dit, mais plutôt tromperie. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il faut rechercher maintenant comment doit se conduire une femme soumise -à la violence, pour ne pas pécher devant Dieu. Billuart répond en ces -termes: 1º elle ne doit pas consentir intérieurement à la délectation, -mais la repousser positivement; 2º extérieurement elle doit résister -positivement au séducteur par tous les efforts et mouvements du corps: -coups de poing, soufflets, cris, s’il y a quelque espoir de secours; en -un mot, par tout ce qu’elle peut faire moralement et raisonnablement, -autrement si elle ne fait pas tout ce qu’elle peut et doit pour -l’empêcher, elle est censée consentir. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_Billuart_ demande encore si elle doit crier au péril de sa vie ou de sa -réputation. Il répond: si elle espère qu’avec le secours de Dieu elle -pourra ne pas consentir intérieurement au plaisir vénérien, ce qui, je -l’avoue, est très difficile, je pense qu’elle n’y est pas tenue, pourvu -toutefois qu’elle résiste extérieurement de tout son possible à celui -qui lui fait violence. - - -§ IV - -DE L’ADULTÈRE - -L’adultère est l’entrée dans un lit étranger, ou la violence du lit -d’autrui. Il peut être commis de trois manières: 1º entre un homme marié -et une femme libre; 2º entre un homme libre et une femme mariée; 3º -entre un homme marié et une femme mariée. - -L’adultère est une espèce de luxure distincte des autres et un péché -mortel très grave. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’adultère double, c’est-à-dire l’accouplement illicite d’un homme marié -avec une femme mariée, est plus grave que l’adultère simple, puisque le -premier viole deux droits, tandis que le second n’en viole qu’un; -l’adultère d’une femme mariée avec un homme libre est plus grave que -celui d’un homme marié avec une femme libre, pour des raisons à tous -évidentes et connues. Il faut donc nécessairement déclarer en confession -les diverses circonstances de l’adultère. - -L’adultère accompli du consentement du mari reste cependant un véritable -adultère, malgré le fameux axiome: _Il n’y a point d’injustice à l’égard -de celui qui sait et veut..._ Avant le pape Innocent XI, on disait: «Le -coït avec une femme mariée, du consentement de son mari, n’est pas un -adultère; et alors il suffit de dire en confession qu’on a forniqué.» - -Mais ce pape a déclaré que le consentement du mari ne légitimait pas la -chose. - -... Le confesseur doit interroger les adultères sur les points suivants: -1º Sont-ils mariés tous les deux? 2º Ont-ils lapidé les biens du mari -innocent? 3º Ont-ils l’habitude de l’adultère? 4º La femme adultère -a-t-elle conçu ou a-t-elle pu concevoir? 5º Est-il né des enfants? 6º -Les enfants sont-ils nourris des biens du mari comme s’ils étaient -légitimes? 7º Les enfants de l’adultère ont-ils partagé avec les enfants -légitimes l’héritage qui ne leur était pas dû? 8º Doivent-ils le -partager? 9º Enfin est-il certain ou douteux à qui appartiennent les -enfants? Etc... - - -§ V - -DE L’INCESTE - -L’inceste est l’accouplement illicite avec une consanguine ou parente -par affinité aux degrés prohibés, tels que sont tous les degrés de -consanguinité et d’affinité par suite d’un mariage ou convenu ou -consommé jusqu’au quatrième degré inclusivement, ou d’affinité par suite -d’une union illégitime jusqu’au second degré inclusivement. (_Concile de -Trente._) - -Selon _Billuart_, sous ce mot d’accouplement considéré comme acte -principal (_concubitus_), il faut comprendre les baisers, les -attouchements, les regards, et autres actes tendant à l’accouplement, et -par conséquent appartenant à l’inceste, comme ils appartiennent à -l’adultère avec une femme mariée, à la fornication avec une femme libre. - -«Quoique tous les incestes soient de la même espèce, écrit _Billuart_, -les uns cependant sont plus graves que les autres; ainsi l’inceste est -plus grave avec une consanguine qu’avec une parente par affinité; plus -grave au premier qu’au second degré, soit de consanguinité, soit -d’affinité. De même, il est plus grave et très grave en ligne droite, -soit de consanguinité, soit d’affinité, qu’en ligne collatérale; plus -grave, par exemple, avec la mère qu’avec la sœur; aussi, d’après -l’opinion la plus commune touchant la déclaration des circonstances -notablement aggravantes, il ne suffit pas de dire en confession: j’ai -commis un inceste; mais on doit dire si c’est avec une consanguine ou -une parente par affinité au premier ou au second degré de la ligne -droite ou collatérale, parce que ces circonstances sont notablement -aggravantes. Quant aux degrés plus éloignés de la ligne collatérale, je -pense avec les RR. PP. Ledesma, de la Cruz, Sporer et plusieurs autres, -qu’il n’est pas besoin d’interroger le pénitent, parce que cette -circonstance ne paraît pas notablement aggravante.» - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quelques théologiens prétendent que le péché d’un confesseur avec sa -pénitente doit être ramené à l’inceste; d’autres, en plus grand nombre, -le nient. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les actes impudiques entre personnes du même sexe, unies par les liens -de consanguinité ou d’affinité, emportent la malice de l’inceste, et -cette circonstance doit être déclarée en confession. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ VI - -DU SACRILÈGE - -Le sacrilège charnel, ou en tant que péché de luxure, est la violation -d’une chose sacrée par un acte vénérien ou charnel. Le sacrilège charnel -n’est pas seulement un péché contre la chasteté, mais encore contre -l’honneur de Dieu, à cause de la pollution d’une chose sacrée. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -... Le sacrilège charnel est commis par la copulation ou l’effusion -volontaire quelconque du sperme humain dans le lieu saint. Par le mot de -_lieu saint_ on entend, d’après les théologiens, tout lieu bénit par -l’évêque et destiné aux offices divins, depuis le toit intérieur -jusqu’au pavé; on y comprend aussi les cimetières. Ne sont pas réputés -lieu sacré: la sacristie, l’atrium, la tour ou clocher, ni les oratoires -privés, à moins qu’ils n’aient été élevés par l’autorité de l’évêque, -comme dans les hôpitaux, collèges et séminaires, parce qu’alors on les -considère comme de vraies églises. N’est pas non plus réputé lieu sacré -un oratoire privé non consacré ou bénit, quand même l’évêque aurait -permis d’y célébrer la messe, parce que, malgré cela, il peut, selon la -volonté du maître, être rendu à des usages profanes; ni les bâtiments -d’un monastère, les cloîtres, les officines et cellules des moines, etc. - -Il est difficile cependant de concevoir que les actes vénériens -accomplis dans des oratoires privés où est célébré le saint sacrifice de -la messe n’en revêtent pas une malice spéciale. La raison et la foi -indiquent assez à tout chrétien qu’une telle circonstance doit toujours -être déclarée en confession. C’est l’avis du R. P. Concina et de Mgr -Bouvier. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quant à la malice des péchés de luxure commis dans le lieu saint, -regards, entretiens obscènes, baisers, attouchements, même sans qu’il y -ait danger prochain de pollution, nous pensons qu’à cause du respect dû -au lieu saint et par conséquent à Dieu, il faut déclarer en confession -la circonstance du lieu saint. C’est le parti le plus sûr. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quant aux objets sacrés, distincts des personnes et des lieux saints, et -consacrés au culte divin, comme: vases sacrés, linges, etc..., il est -certain que, abuser de ces objets pour la luxure, que prendre l’huile -sainte ou la sainte Eucharistie dans un dessein de luxure -superstitieuse, c’est un horrible sacrilège. - -Quelques théologiens ont dit qu’un prêtre portant sur lui la divine -Eucharistie ne commet pas de sacrilège en péchant intérieurement ou -extérieurement contre la chasteté, pourvu que ce ne soit pas en mépris -du sacrement. Mais d’autres très communément disent qu’il est coupable -de sacrilège, parce qu’on doit traiter saintement les choses saintes; -or, le prêtre, dans ce cas, ne traite pas saintement, mais d’une façon -infâme le saint des saints. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -CHAPITRE II - -DE LA LUXURE NON CONSOMMÉE - -La luxure non consommée est celle qui ne va pas jusqu’à la pollution ou -l’évacuation du sperme. Elle comprend tous les actes peccamineux -intérieurs et extérieurs sur soi-même ou sur d’autres contre la -chasteté, sous le nom d’impudicité qui exclut du royaume de Dieu. - -Dans ce chapitre seront exposés les sujets suivants: _De la délectation -morose, pensées, désirs, joie, attouchements, baisers, embrassements, -regards, peintures et sculptures obscènes ou indécentes, parures des -femmes, paroles, chants, lectures, livres obscènes, danses, spectacles, -jeux scéniques et autres choses semblables._ - - -ARTICLE PREMIER - -DES PENSÉES, DES DÉSIRS, DE LA JOIE OU DE LA COMPLAISANCE ET DE LA -DÉLECTATION MOROSE EN MATIÈRE DE LUXURE - - -§ I - -DES PENSÉES - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -En matière de luxure ou d’impureté, on doit ordinairement regarder comme -coupables de fautes graves les personnes qui, sans raison ou nécessité, -donnent accès en elles à des pensées ou à des actions déshonnêtes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DES DÉSIRS, DE LA JOIE OU DE LA COMPLAISANCE - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le désir emprunte son espèce à l’acte extérieur auquel il tend. Ainsi, -si l’on désire l’accouplement avec une femme libre, ce désir prend la -malice de la fornication; avec une femme mariée, celle de l’adultère; -avec une femme consacrée à Dieu, celle du sacrilège. Si le désir tend à -des espèces de luxure imparfaite, il prend leur malice spéciale, comme -celle du tact, du regard, etc... Toutes ces circonstances doivent être -déclarées en confession. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ III - -DE LA DÉLECTATION MOROSE - -La délectation morose est la libre complaisance dans une chose mauvaise, -offerte comme présente par l’imagination, sans désir de la faire; par -exemple, si quelqu’un s’imagine forniquer, et que, sans avoir -l’intention d’accomplir l’acte, il se complaise dans la représentation -de cet acte. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La délectation morose emprunte nécessairement son espèce à l’objet -prochain auquel elle a rapport, et aux conditions de cet objet; -autrement, on ne pécherait pas davantage en se représentant l’acte du -coït que celui d’un simple baiser; ce qui est absurde. - -«Donc, ajoute _Collet_, la délectation emprunte son espèce à ses objets; -et de même que le coït diffère spécifiquement du baiser, de même la -complaisance dans l’un diffère de la complaisance dans l’autre. Ainsi, -les pénitents, de même qu’ils sont tenus de déclarer s’ils sont allés -jusqu’au désir, ou s’ils se sont arrêtés dans la pure délectation; de -même ils sont tenus de déclarer si cette délectation a eu pour objet -l’attouchement ou le coït, le coït simple, ou accompagné de -circonstances qui l’aggravent. Aussi, quand une mauvaise confession doit -être recommencée, le directeur doit s’appliquer à ce que ce qui a été -imprudemment omis dans la première confession soit soigneusement -expliqué dans la seconde. C’est l’opinion la plus commune des -théologiens, et dont on ne saurait s’écarter sans danger dans une -matière si importante et où il s’agit de la validité du sacrement.» A -l’appui de cette opinion, on peut encore citer ces paroles de _saint -Thomas_: _La délectation dans une action et cette action même se -rapportent au même genre de péché._ - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Est-il permis aux fiancés et veufs de se délecter à l’idée du coït futur -ou passé? Le _R. P. Busembaum_ répond que cela est permis, pourvu que la -délectation vienne de l’appétit rationnel et non de l’appétit charnel. -Mais il a raison d’ajouter qu’en pratique, dit saint Liguori, il est -difficile de l’admettre, parce que la plupart du temps la délectation -charnelle est jointe à la rationnelle. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Si les fiancés, dit Billuart, se délectent charnellement du coït futur, -qui leur est représenté par l’imagination, ils pèchent mortellement. Ils -peuvent seulement se réjouir dans la pensée qu’ils pourront un jour -exercer légitimement l’acte conjugal, soit en vue de recouvrer la santé, -ou d’avoir une condition temporelle meilleure, ou de jouir du plaisir -permis dans les limites du mariage; de même aussi le veuf et la veuve -peuvent se réjouir de l’avoir exercé, abstraction faite de toute -commotion volontaire. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DES ATTOUCHEMENTS, DES BAISERS ET DES EMBRASSEMENTS - - -§ I - -DES ATTOUCHEMENTS - -Tout attouchement déshonnête, ou exercé avec une intention libidineuse -sur soi ou sur autrui, est un péché mortel, tant pour celui qui touche -que pour celui qui souffre l’attouchement volontairement et -libidineusement, surtout si l’attouchement a lieu dans les parties -vénériennes et voisines, même par-dessus les vêtements, même par jeu, -légèreté, curiosité, ou sans cause juste et raisonnable, surtout entre -personnes adultes, parce que de tels attouchements sont toujours -libidineux, ou au moins emportent un grand danger de luxure et de -pollution. - -L’attouchement du sein des femmes, surtout plus grandes et pubères, doit -être considéré comme péché mortel, s’il a lieu directement et avec -délectation morose. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -D’après _Billuart_, une femme qui, même sans passion libidineuse, se -laisse toucher dans les parties honteuses ou voisines, même aux seins, -pèche mortellement; parce que non seulement toucher ainsi, mais être -touché, influe beaucoup sur le sens vénérien. Si une femme est touchée -dans les parties déshonnêtes, elle doit, par tous les moyens moralement -possibles, repousser, détourner, même violemment, la main qui la touche. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Toucher ses propres parties, dit _Busembaum_ avec beaucoup d’autres, par -légèreté ou curiosité, n’est pas en soi péché mortel, pourvu qu’il n’y -ait pas délectation ou danger de délectation, et que l’attouchement ait -lieu en passant et qu’il ne soit pas réitéré, car alors il y aurait -danger. On ne peut donc excuser du péché mortel ceux qui toucheraient -leurs propres parties sous l’influence d’une commotion vénérienne et -sans cause légitime. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il faut remarquer cependant que les attouchements faits pour apaiser -tout d’un coup les accès d’hystérie ou de passion hystérique, maladie -dont sont affectées les femmes et surtout les jeunes filles, sont -illicites et très peccamineux. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’attouchement des parties honnêtes, même entre personnes du même sexe, -s’ils sont faits par affection libidineuse et avec consentement à cette -affection, sont des péchés mortels, parce qu’ils tendent par leur nature -à l’impudicité, qui exclut du royaume des cieux, selon _S. Paul_, GALAT. -ET EPHES. - -Cependant les attouchements qui se font par légèreté, jeu, curiosité et -autre cause semblable, sur les parties honnêtes d’une autre personne, -même d’un sexe différent, sans grave danger de libertinage, ne dépassent -pas le péché véniel. C’est l’avis de _Sanchez_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -D’après _Billuart_, les attouchements des parties génitales des bêtes de -grande espèce sont des péchés mortels, même par jeu, légèreté ou -curiosité, et même sans affection libidineuse, parce que de tels -attouchements émeuvent notablement l’appétit vénérien. - -Quant aux animaux plus petits, ajoute _Billuart_, comme les chiens, les -chats, etc., toucher leurs parties génitales par légèreté, jeu, -curiosité, ne semble pas exciter gravement la nature et, par conséquent, -n’est pas mortel. - -Quoi qu’il en soit, de toutes ces espèces d’attouchements, il faut -s’abstenir avec soin; c’est le plus sûr. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DES BAISERS ET DES EMBRASSEMENTS - -Les baisers et les embrassements dans les parties honnêtes et -honnêtement donnés, quand ils sont donnés et reçus selon les habitudes -du pays, pour cause de devoirs d’urbanité, d’amitié, de bienveillance ou -de réconciliation, avant le départ, au retour, quand même il en -surviendrait quelque délectation vénérienne, pourvu qu’elle soit -aussitôt réprimée, ne sont pas des péchés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -On ne peut excuser du péché mortel le baiser de bouche à bouche, s’il se -prolonge avec délectation, et surtout s’il est accompagné de -l’introduction de la langue, comme dit _Billuart_; s’il se prolonge avec -une vive délectation, ou qu’il se répète plusieurs fois en mordillant et -suçant les lèvres, ou s’il est _colombinum_, en mettant sa langue dans -la bouche de l’autre, fait de cette sorte, même par jeu ou par légèreté, -ou même pour prouver l’amitié, ce baiser semble influer gravement sur la -commotion charnelle, et, par conséquent, ne peut être excusé de péché -mortel. C’est aussi l’avis de _saint Liguori_. De même, si les baisers -sont faits à des parties insolites, comme la poitrine, etc., on doit les -regarder comme libidineux, ou au moins comme entraînant un grand danger -de libertinage et, par conséquent, comme péchés mortels. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quant aux longs embrassements avec compression des corps, ils sont le -plus souvent très libidineux, et souvent accompagnés de violents -mouvements désordonnés, de la pensée et du désir du coït, et peut-être -de la pollution. - -Il faut donc interroger le pénitent qui déclare simplement en confession -des embrassements. Un auteur de Saint-Flour assez récent dit très bien: -«Remarquez que souvent les jeunes gens ne savent pas (dans les baisers -et les embrassements) quel esprit les pousse; que tout cela est plein de -dangers, et qu’il est difficile de les excuser de péché mortel quand ils -ont lieu entre personnes déjà capables de libertinage. Aussi, pour ces -raisons, et quand même on n’ait point encore éprouvé les jouissances -vénériennes, il sera sage de différer l’absolution pour ceux qui en ont -l’habitude, surtout lorsque l’on ignore la fragilité de l’autre.» - -Toutes les fois, selon _Collet_, que les baisers sont accompagnés de -délectation vénérienne, il faut déclarer la circonstance de la personne, -même innocente, à qui a été donné le baiser; si elle est liée par un -vœu, ou consanguine, ou alliée ou mariée, parce que, dit-il, l’acte -honteux implique la malice du coït auquel il tend de sa nature. Il est -certain cependant que très souvent on ne songe pas au coït. - - -ARTICLE TROISIÈME - -DES REGARDS - -... Les regards libidineux avec délectation vénérienne, sur notre sexe -ou l’autre, sont toujours mortels: tout homme qui verra une femme pour -la désirer a déjà commis l’adultère dans son cœur. (_Matth._ 5, 28.) -Sont toujours libidineux et, par conséquent, mortels, les regards -moroses des parties déshonnêtes entre personnes de différent sexe, à -moins qu’il n’y ait nécessité. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les regards des parties déshonnêtes du même sexe ou de son propre corps, -s’ils ne sont pas prolongés et accompagnés de délectation morose, mais -s’ils ont lieu seulement par simple curiosité et légèreté, ne doivent -pas être considérés comme mortels, parce qu’ils n’excitent pas beaucoup, -par eux-mêmes, à la luxure. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les confesseurs doivent surtout engager les jeunes gens à ne pas se -baigner ensemble, sans couvrir leurs parties secrètes de caleçons de -bain, à cause des nombreuses impuretés qui ont coutume de se commettre -en pleine nudité, et à cause des regards des personnes présentes ou des -passants et surtout des personnes d’un autre sexe. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Regarder par simple curiosité ou légèreté les parties génitales et le -coït des bêtes n’est pas péché mortel, parce que généralement ces -regards n’entraînent pas un grave danger. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Regarder des peintures obscènes, dit _saint Liguori_, seulement par -curiosité, n’est pas péché mortel, s’il n’y a ni délectation honteuse, -ni danger de l’éprouver. Mais, en pratique, on peut difficilement -excuser du péché mortel celui qui regarde complaisamment les parties -vénériennes d’une femme en peinture, parce qu’il lui sera difficile -d’échapper à la délectation honteuse, ou au moins à un danger probable -de l’éprouver... à moins de regarder très peu de temps et à une grande -distance. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE QUATRIÈME - -DE L’AJUSTEMENT ET DES PARURES DES FEMMES - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -... La parure du corps peut avoir quatre fins: 1º protéger le corps -contre les injures de l’air; 2º couvrir les parties honteuses de la -nature; 3º observer la décence de l’état selon les habitudes du pays; 4º -entretenir ou augmenter la beauté. La première est de nécessité -corporelle. La seconde, de nécessité spirituelle. La troisième, de -convenance et conforme à la raison, parce que la saine raison veut que -tout homme se présente honorablement dans la vie publique et honore son -état, en observant les convenances dictées par les mœurs de son pays. -Reste une difficulté à l’égard de la quatrième, c’est-à-dire à l’égard -de la parure des femmes, dont il faut parler spécialement, tant à cause -de la grande propension des femmes à ce genre de péché ou au grave -désordre qui en résulte, qu’à cause de leur grande et naturelle vanité -et futilité dans l’usage des ornements vains et superflus. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Avoir la tête découverte et les cheveux nattés, selon la coutume reçue, -n’est point un péché ou n’est qu’un péché véniel, pour les mêmes -raisons; il en serait autrement de ceux qui introduiraient une mode, ou -agiraient ainsi avec une mauvaise intention. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quant aux femmes qui prennent des habits d’homme, ou réciproquement des -hommes qui s’habillent en femme, ils pèchent mortellement s’ils agissent -ainsi avec l’intention ou le grave danger de libertinage, ou avec un -notable scandale. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les femmes qui découvrent immodestement leur poitrine de manière à -montrer le milieu de leurs seins nu, ne peuvent être excusées en aucune -façon, dit Billuart, parce qu’une pareille nudité n’est pas peu -provocatrice, et tient plus à la luxure qu’à la beauté. Il faut dire à -peu près la même chose, ajoute le même auteur, de celles qui recouvrent -leurs seins d’un tissu transparent qui permet de les voir à travers. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Que faut-il penser des femmes qui usent de quelque moyen artificiel ou -corset, pour accentuer davantage les protubérances de leur corps, les -augmenter ou les simuler de quelque façon? Quelques confesseurs exigent -que de tels corsages soient recouverts d’un ample _mancillari_, comme -dit _Martial_ (mouchoir de cou, fichu, châle). Ce remède nous semble -plutôt favoriser le mal que le détruire. Et, en outre de cette façon, -les femmes n’atteignent nullement leur but. Il semble préférable de -faire usage de ce mancillaire, en rejetant tous les intermédiaires -artificiels, comme ne convenant en aucune façon à des femmes -chrétiennes. De cette façon ce qui fait défaut ne serait pas remarqué, -la chasteté ne sera pas blessée et le salut des âmes ne courra aucun -danger. - - -ARTICLE CINQUIÈME - -DES PAROLES ET DES DISCOURS DÉSHONNÊTES DES CHANSONS ET DES LIVRES -OBSCÈNES - - -§ I - -DES PAROLES, DES DISCOURS ET DES CHANSONS DÉSHONNÊTES OU OBSCÈNES - -Tenir des propos déshonnêtes par légèreté ou par jeu n’est pas mortel en -soi, dit _saint Liguori_, à moins que ceux qui les entendent ne soient -assez faibles d’esprit pour s’en scandaliser, ou que les propos ne -soient par trop lascifs. - -Aussi des auteurs cités par saint Liguori remarquent que les dictons -honteux proférés par les moissonneurs, vendangeurs, ne sont pas mortels, -parce qu’ils sont dits et entendus d’une manière lubrique, mais sans -qu’ils émeuvent. - - -§ II - -DES LIVRES OBSCÈNES - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Je ne voudrais pas affirmer que ceux-là pèchent mortellement, qui par -simple curiosité lisent des livres obscènes, si à cause de leur âge -avancé, de leur complexion froide ou de l’habitude qu’ils ont de -s’occuper de matières vénériennes, ils n’encourent pas un grave danger. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Ceux qui composent ces livres, même non gravement obscènes, souvent -pèchent mortellement, parce qu’ils sont pour beaucoup, sans raison -suffisante, une occasion de ruine; le péché de ceux qui les vendent -paraît moins grand; puisque, comme nous l’avons dit, beaucoup peuvent -les lire sans péché ou au moins sans péché mortel, par conséquent ils ne -pèchent pas du tout ou ils ne pèchent que véniellement en les achetant; -donc le libraire qui les garde dans sa boutique et les vend à ceux qui -les lui demandent ne doit pas être inquiété. - - -ARTICLE SIXIÈME - -DES DANSES ET DES BALS - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La danse est licite de sa nature, pourvu qu’elle ait lieu entre -séculiers, entre personnes honnêtes et d’une façon honnête, c’est-à-dire -sans gestes déshonnêtes. Quand les saints Pères les blâment vivement, -ils parlent des danses honteuses ou de leur abus. - -Quelquefois, dit _Origène_, le diable lutte avec l’homme par la vue des -femmes, quelquefois par l’attouchement; dans les danses, il lutte avec -l’homme par tous ces moyens à la fois. Car c’est là qu’elles paraissent -avec tous leurs ornements, qu’elles se font entendre avec leurs chants, -leurs éclats de rire, leurs propos, qu’on les touche de la main, et que -le diable combat fortement et remporte la victoire. - -Dans ces bals, c’est le diable qui danse, dit _saint Chrysostome_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE SEPTIÈME - -DES SPECTACLES ET DES REPRÉSENTATIONS SCÉNIQUES - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Au théâtre, c’est le rire, la turpitude, la pompe diabolique, la perte -de temps, l’excitation de la concupiscence, la méditation de l’adultère, -le gymnase de la prostitution (_S. Chrysostome_, _H. 42_, in _Act._). - ---Dans les spectacles, dit _Salvien_, il y a comme une apostasie de la -foi et une prévarication mortelle contre ses symboles et les sacrements -célestes. Quel est, en effet, le premier engagement du baptême salutaire -des chrétiens, sinon de renoncer au démon, à ses pompes, à ses -spectacles et à ses œuvres? - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Je ne pourrais, en aucune façon, excuser de péché mortel un jeune homme -qui, sans nécessité, voudrait par simple curiosité assister à des -comédies de ce genre (notablement obscènes) à moins qu’il ne fût très -timoré, et qu’il n’ait plusieurs fois fait l’expérience de n’avoir -jamais péché mortellement en y assistant. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«Assister à des spectacles notablement obscènes pour le plaisir qui en -résulte est évidemment un péché mortel; mais si c’est seulement pour la -curiosité et la simple récréation, sans danger de consentement à la -délectation vénérienne, quelques-uns pensent qu’il n’y a que péché -véniel; mais cette décision est un peu relâchée et on doit le considérer -comme péché mortel, tant à cause du péril et du scandale qu’à cause de -la coopération à une action mortellement mauvaise.» - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«Je n’absoudrais pas: 1º les acteurs et actrices à l’article de la mort, -à moins qu’ils ne renoncent à leur profession; 2º les poètes qui -composent des pièces pleines d’amours illicites, pour être représentées -au théâtre; 3º ceux qui concourent prochainement aux représentations -théâtrales, comme les servantes qui habillent les actrices, ou ceux qui -font profession de vendre, de louer ou de fabriquer des habits -uniquement destinés à cet usage; 4º ceux qui, en assistant aux -représentations théâtrales, donnent un grave scandale, comme seraient -des personnes bien connues pour leurs vertus chrétiennes, à moins qu’il -n’y ait grave nécessité; 5º ceux qui à cause d’une circonstance -personnelle encourent un grave danger de luxure; 6º ceux enfin qui sans -cause raisonnable assistent ordinairement à ces spectacles, quand même -ils ne courraient pas un grave danger, ou ne donneraient pas le -scandale, parce qu’une telle habitude ne peut se concilier avec une vie -chrétienne.» - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE HUITIÈME - -QUELQUES MOTS SUR LA MANIÈRE D’INTERROGER LES PÉNITENTS SUR LE SIXIÈME -COMMANDEMENT - -... Comme le confesseur est un médecin et un juge, il faut qu’il -connaisse les péchés de son pénitent pour appliquer les remèdes -convenables à ses maux... Par conséquent, si les pénitents ne découvrent -pas leurs péchés, le confesseur doit les interroger, surtout quand ils -lui paraissent ignorants ou grossiers, ou quand il les voit timides, -honteux, embarrassés, et tout cela arrive fort souvent en cette -difficile et honteuse matière. Il faut donc alors venir à leur secours -et les aider... Il est arrivé que des personnes ont croupi pendant toute -leur vie dans des péchés d’impureté parce que les confesseurs avaient -négligé de leur faire des questions sur le sixième commandement... - -Le confesseur, quand il interroge un pénitent, lui demandera s’il n’a -point eu de pensées déshonnêtes, des mouvements ou des plaisirs -charnels... Si le pénitent dit avoir eu des pensées déshonnêtes ou avoir -ressenti des plaisirs charnels, le confesseur lui demandera si ces -pensées ou ces plaisirs ne l’ont point porté à faire quelque action -déshonnête; s’il avoue en avoir fait quelqu’une, le confesseur, sans en -spécifier aucune, lui demandera quelle était cette action et de quelle -manière et avec qui il l’a faite. - -Le confesseur doit s’enquérir de la condition du pénitent et de celle de -la personne avec laquelle il a péché, si l’un ou l’autre est engagé dans -le mariage ou lié par des vœux de chasteté, ou par quelque ordre -sacré... Le confesseur ne doit pas oublier de demander au pénitent si la -personne avec laquelle il a péché demeure avec lui... - -... On peut, par exemple, parler ainsi au pénitent: N’auriez-vous pas -eu, par hasard, quelques pensées déshonnêtes ou contre la chasteté? -Oui... Ces pensées vous ont-elles occupé longtemps? Vous y êtes-vous -arrêté volontairement et avec complaisance? Sur quel objet se -portaient-elles? N’avez-vous pas eu, alors, quelques mauvais désirs, de -faire, par exemple, ce à quoi vous pensiez, soit à votre égard, soit à -l’égard d’une autre personne? Était-ce une personne de l’autre sexe, -mariée ou non, parente, alliée ou non, etc.? Avez-vous vu cette -personne, lui avez-vous parlé? Vos pensées ont-elles été suivies de -regards, d’attouchements déshonnêtes? Tout cela a-t-il été suivi de -quelque effet sensible? Quel était cet effet? Était-il fâcheux? En -avez-vous eu de la peine? - -Pour savoir si des jeunes gens, plus ou moins pubères, se sont touchés -jusqu’à la pollution, sans les exposer, dans leur heureuse ignorance, à -soupçonner ou à apprendre quelque chose, on peut leur demander combien -de temps et dans quelle fin ils se sont touchés; s’ils ont éprouvé -quelques mouvements dans leur corps, et pendant combien de temps; si -après l’attouchement il ne leur est pas arrivé quelque chose d’insolite -et de honteux; s’ils n’ont pas éprouvé un plaisir beaucoup plus grand -dans leur corps à la fin des attouchements qu’au commencement; si alors, -quand, à la fin, ils ont ressenti une grande délectation charnelle, tous -les mouvements du corps ont cessé avec les attouchements; s’ils ne se -sont pas sentis mouillés, etc., etc. Il faut demander aux jeunes filles -qui avouent s’être touchées, si elles n’ont pas essayé d’apaiser quelque -prurit, et si ce prurit a cessé au moment où elles ressentaient un vif -plaisir; si alors les attouchements avaient cessé, etc... - - - - -SECONDE PARTIE - -DU DEVOIR DES ÉPOUX - - -Cette seconde partie sera partagée en deux chapitres. Le premier sera -consacré à l’examen de l’empêchement du mariage pour cause -d’impuissance. Le second traitera des obligations spéciales des époux. - - -CHAPITRE PREMIER - - -§ I - -DE L’EMPÊCHEMENT DU MARIAGE PAR IMPUISSANCE - -L’impuissance est l’incapacité de consommer le mariage, c’est-à-dire -d’avoir un coït qui, par lui-même, suffise à la génération. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -IMPUISSANCES PERPÉTUELLE ET TEMPORAIRE, NATURELLE ET ACCIDENTELLE CHEZ -L’HOMME - -Trois causes produisent cette impuissance: - -1º _L’absence complète et absolue du pénis_, de telle sorte qu’il n’y -ait pas même la plus petite extrémité du membre viril, qui puisse -répandre la semence même dans les parties génitales extérieures de la -femme... - -2º _L’atrophie de la vessie_; - -3º _L’absence des deux testicules_. - - -IMPUISSANCES PERPÉTUELLE ET TEMPORAIRE, NATURELLE ET ACCIDENTELLE CHEZ -LA FEMME - -Les causes d’impuissance chez la femme sont: - -L’absence de l’utérus, du vagin, l’oblitération naturelle, congénitale -et complète de ce dernier ou son excessive étroitesse résultant d’un -vice de conformation des os du bassin. - -_Le P. Debreyne, docteur en médecine et professeur à la Faculté de -Paris, avant d’entrer dans les ordres, se complaît ici dans de savantes -dissertations sur toutes les causes d’impuissance: dissertations dont -nous n’avons pas à nous occuper, car elles relèvent toutes exclusivement -de la science médicale._ - -Le paragraphe II de ce chapitre est consacré aux _hermaphrodites_: ce -paragraphe, lui aussi, n’est qu’une dissertation médicale. - - -CHAPITRE II - -DES DEVOIRS CONJUGAUX OU DES OBLIGATIONS DES ÉPOUX - -Ce chapitre sera partagé en trois articles: - -Le premier aura pour objet la _pétition_ et la _reddition_ du devoir -conjugal; - -Le second sera consacré à l’examen de l’usage du mariage, des -circonstances de l’acte conjugal et des péchés qu’y commettent les -époux; - -Le troisième article, enfin, traitera de la conduite du confesseur à -l’égard des personnes mariées et de celles qui se disposent à entrer -dans le mariage. - - -ARTICLE PREMIER - -DE LA PÉTITION ET DE LA REDDITION DU DEVOIR CONJUGAL - -_Réflexions préliminaires._ - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’homme doit rendre son devoir à la femme, et réciproquement l’épouse à -l’époux; la femme n’a pas la possession de son corps, mais l’homme; de -même l’homme n’a pas la possession de son corps, mais la femme. (_Saint -Paul._) - -Qu’ils ne se le refusent pas l’un à l’autre, de peur de tomber dans de -damnables corruptions, par la tentation de Satan, à cause de -l’incontinence de tous les deux ou de l’un seulement d’entre eux. -(_Saint Augustin._) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ I - -DE LA PÉTITION DU DEVOIR ILLICITE OU DE CEUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN -L’EXIGEANT - -Un époux qui sait avec certitude que son mariage est nul par un -empêchement dirimant quelconque, comme par exemple un empêchement -d’affinité provenant d’un commerce criminel, ne peut, par aucun motif, -ni demander, ni même rendre le devoir conjugal, parce qu’il commettrait -une véritable fornication mortelle. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’époux qui doute prudemment et raisonnablement de la validité de son -mariage ne peut demander le devoir jusqu’à ce que, après un mûr examen, -il ait déposé son doute et formé sa conscience. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Celui, dit _Billuart_, qui, après le mariage consommé, a fait vœu de -religion ou d’embrasser les saints ordres peut demander et rendre le -devoir, parce que par ce vœu il n’a contracté que l’obligation de -prendre les ordres ou d’entrer en religion, s’il survit. Mais aussitôt -après la mort de son conjoint, il est tenu d’accomplir son vœu. Mais -s’il a fait ces vœux avant la consommation du mariage, il est tenu de le -remplir avant la consommation, puisqu’il le peut licitement d’après -l’hypothèse. S’il consomme le mariage, il pèche mortellement une -première fois, mais ensuite il peut demander et rendre le devoir pour -les raisons alléguées. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DE CEUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN EXIGEANT LE DEVOIR CONJUGAL. - -1º Plusieurs théologiens, d’après l’autorité de saint Thomas, regardent -comme une faute mortelle l’usage du coït pendant que la femme a ses -règles. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Nous ne pouvons croire, cependant, malgré la grande autorité de saint -Thomas, que l’acte conjugal exercé pendant l’époque des règles soit un -péché mortel. Il faudrait pour cela qu’il fût prouvé expérimentalement -et physiologiquement que cet acte est essentiellement infécond ou -contraire à la conception. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -2º La grande majorité des théologiens affirme que la pétition conjugale, -dans l’état de grossesse, n’est qu’une faute vénielle, pourvu qu’il n’y -ait point danger d’avortement. Mais ce danger est souvent très difficile -à connaître ou à apprécier. Voici du reste, sur ce point, l’énoncé -général de la science (_suit une longue dissertation technique et -médicale_). - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3º _On demande_ si la pétition conjugale est permise les jours de fête, -le dimanche et un jour de communion. - -Saint Thomas répond: - -L’acte matrimonial, quoique exempt du péché, cependant comme il abaisse -la raison à cause de la délectation charnelle, rend l’homme inapte aux -choses spirituelles; il n’est donc pas permis de demander le devoir les -jours où l’on doit plus particulièrement vaquer aux choses -spirituelles... Ces jours-là on peut employer d’autres moyens pour -réprimer la concupiscence, comme la prière, et beaucoup d’autres moyens -de ce genre, employés par ceux qui gardent la continence perpétuelle. - -Mais Sanchez est d’un sentiment contraire, et avec lui de nombreux -théologiens, parce que, disent-ils, la pétition conjugale n’est défendue -aux jours précités par aucun droit divin ou ecclésiastique. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_ si celui qui a éprouvé une contamination nocturne peut -communier le jour suivant. - -Voici ce que répond saint Grégoire et sa décision sert de base à la -pratique des confesseurs. - -«Ou l’éjaculation provient d’un superflu de la nature et de faiblesse, -et alors n’est pas du tout coupable; ou d’un usage excessif des -aliments, et alors elle est un péché véniel; ou d’une pensée précédente, -et alors elle peut être mortelle. Dans le premier cas, cette illusion -n’est pas à craindre; dans le second, elle n’empêche pas de recevoir le -sacrement ou de célébrer les mystères, s’il y a quelque motif de le -faire, comme par exemple, la circonstance d’une fête ou d’un dimanche; -mais dans le troisième cas, on doit, à cause d’une telle pollution, -s’abstenir ce jour-là des saints mystères, dit saint Grégoire; -cependant, si la pollution n’a pas été mortelle dans sa cause, ou si le -prêtre vraiment repentant en a été absous, et qu’il ait quelque raison -de le faire, il pourra célébrer.» - - -§ III - -DE LA REDDITION DU DEVOIR CONJUGAL ET DES RAISONS QUI EN DISPENSENT -LÉGITIMEMENT - -Le devoir doit être rendu sous peine de péché mortel toutes les fois -qu’il est raisonnablement, sérieusement et légitimement demandé, soit -expressément, soit tacitement, parce qu’il n’importe pas, dit saint -Thomas, si on le demande par paroles ou par signes. Si donc une partie -s’aperçoit que sa partie le demande tacitement, ou est en danger -d’incontinence, elle est tenue de la prévenir. - -Voici les raisons qui excusent ou empêchent de le rendre. - -1º L’époux qui est moralement certain de la nullité de son mariage ne -peut rendre le devoir à sa partie. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -2º Si l’époux qui demande le devoir est dans un état de démence ou -d’aliénation mentale, il n’y a point d’obligation à le rendre, parce -qu’une telle demande n’est point un acte humain. Si la folie présentait -des intervalles de lucidité, le devoir devrait alors être rendu, à moins -que l’usage du mariage n’augmentât la maladie. - -Quant à l’époux qui a perdu l’usage de la raison par l’ivresse, il n’y a -nulle obligation à lui obéir. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Sanchez dit que le devoir ne doit pas être rendu à une femme folle et -furieuse, à cause de l’avortement qu’on a toujours à craindre, à moins, -ajoute-t-il, qu’elle ne soit reconnue stérile. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3º L’époux qui ne peut rendre le devoir sans exposer gravement sa santé -n’y est pas tenu, car, dit l’axiome: il faut d’abord vivre et se bien -porter, et _saint Thomas_ ajoute: l’homme est tenu de rendre le devoir à -sa femme pour tout ce qui tend à la génération; sauf cependant avant -tout la santé de la personne. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La femme ne pourrait se refuser à rendre le devoir à cause des grandes -douleurs ou des difficultés de l’accouchement. Si néanmoins, d’après le -jugement ou la décision des hommes de l’art, ou d’après l’expérience de -la femme, l’accouchement ne pouvait pas se faire sans danger pour la -vie, elle est dans ce cas dispensée de rendre le devoir conjugal. - -4º La femme n’est pas tenue à la reddition conjugale pendant l’époque -des règles... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - ---Il pourra quelquefois, dit _Sanchez_, y avoir péché mortel, si le coït -devait produire une grave maladie ou une notable aggravation de maladie, -comme disent saint Antonin et Sanchez..., etc. On doit craindre ce même -danger, comme dit Ronc..., si le coït a lieu aussitôt après -l’accouchement, c’est-à-dire le jour même ou le suivant, ainsi qu’un -médecin fort expérimenté me l’a assuré. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La femme n’est pas tenue de rendre le devoir en temps d’écoulement -menstruel ou d’accouchement, à moins qu’elle n’ait raison de craindre -que son mari n’encoure le danger d’incontinence; cependant si par ses -prières elle ne peut l’en dissuader, finalement elle doit le rendre, -parce qu’il y a toujours à craindre le danger d’incontinence, ou une -querelle, ou quelque autre inconvénient. C’est l’avis de _saint -Bonaventure_ et de beaucoup d’autres _d’après Sanchez_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Qu’on doit excuser de l’obligation de rendre le devoir, dit _Sanchez_, -une mère allaitant son enfant, et assez pauvre pour ne pas pouvoir payer -une nourrice, et qui sait que ses mamelles seront à sec si elle conçoit -de nouveau, ou que son lait sera très pernicieux à son enfant. - -5º L’époux n’est pas tenu de rendre le devoir à sa partie qui, par le -fait d’un adultère, aurait perdu le droit de le demander. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -6º Une des parties n’est pas tenue de rendre le devoir lorsqu’il est -demandé d’une manière contraire à l’honnête exigence de la raison. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -7º Il n’est pas permis de refuser le devoir, dans la crainte d’avoir -trop d’enfants... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Tel n’est pas cependant l’avis de _Sanchez_. - -...--J’avouerai cependant, écrit-il, qu’il n’y a pas péché mortel à -refuser le devoir pour ce motif, quand il n’y a pas danger -d’incontinence dans l’autre époux, et que les parents ne peuvent nourrir -tant d’enfants. En effet, un grand inconvénient excuse de l’obligation -de payer les autres dettes de justice, et personne n’est tenu de -restituer à son grand détriment. En outre, l’époux n’est pas tenu de -rendre le devoir, s’il y a crainte probable de danger ou de détriment -pour les enfants déjà nés; danger qui serait cependant vraisemblable, si -des parents destitués des moyens de nourrir plus d’enfants augmentaient -leur famille... Bien plus il n’y aura pas même faute vénielle à refuser -le devoir dans ce cas. (_Liv. IX, disp. 25, nº 3_.) - -Nous croyons que cet avis de Sanchez n’est pas sûr dans la pratique. - - -§ IV - -DES ÉPOUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR CONJUGAL - -1º On pèche mortellement à rendre le devoir conjugal lorsque la pétition -se fait dans un lieu sacré ou public, ou devant les enfants et -domestiques (ce qui n’arrive guère), ou avec danger d’avortement, ou -grave danger pour la santé de l’un ou de l’autre, ou avec le danger -évident de répandre le sperme hors du vase, quand le coït pourrait se -faire autrement; ou en s’accouplant d’une façon hors nature, sodomique, -etc. Il est certain que dans tous ces cas, celui qui rend le devoir -pèche aussi mortellement, parce qu’il participe au crime et en contracte -la malice. - -2º Ce serait également une faute mortelle que de rendre le devoir à la -partie atteinte d’une impuissance perpétuelle. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3º ... Si l’homme était tellement décrépit, etc. (_suit une citation de -Bouvier, que nos lecteurs trouveront à sa place dans nos extraits des -DIACONALES._) - -4º On demande si l’on peut, sans péché mortel, rendre le devoir à celui -qui le demande, bien qu’il ait fait vœu de chasteté ou qu’il se propose -un but criminel. - -Les uns prétendent qu’il y a péché mortel... les autres, au contraire, -prétendent,--et c’est le plus grand nombre,--que la partie peut rendre -le devoir. - - -§ V - -DES ÉPOUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR - -Quand l’usage du mariage est péché véniel pour l’époux qui demande le -devoir par exemple, comme parce qu’il le demande pour le seul plaisir, -il semble qu’il y a quelque faute à le rendre, s’il n’y a aucune raison -de le faire, parce qu’alors on fournit la matière d’un péché véniel; -mais une pétition absolue est une raison suffisante et légitimant la -reddition; car il est à craindre que le refus ne fasse naître des rixes, -haines, scandales, péril de pécher gravement, etc... - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DE L’USAGE DU MARIAGE, DES CIRCONSTANCES DE L’ACTE CONJUGAL ET DES -PÉCHÉS QU’Y COMMETTENT LES ÉPOUX - - -§ I - -DE L’USAGE DU MARIAGE ET DES PÉCHÉS VÉNIELS QU’Y COMMETTENT LES ÉPOUX -QUANT AUX MOTIFS - -1º L’acte conjugal exercé pour le seul plaisir est exempt de toute faute -même vénielle. - -2º L’usage du mariage est-il permis pour éviter l’incontinence? - -Tous les théologiens conviennent qu’il est permis de rendre le devoir à -l’époux qui le demande, sans autre raison que celle d’éviter -l’incontinence. - -«A cause de la fornication, que chacun ait son épouse, et chaque femme -son mari... Ne vous trompez pas l’un l’autre, si ce n’est par un -consentement mutuel pour un temps, pour vaquer à l’oraison, et -retournez-y de nouveau, de peur que Satan ne vous tente à cause de votre -incontinence; je dis cela par indulgence, et non par commandement, car -je voudrais que vous fussiez tous comme moi.» (I Corinth. 4.) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’époux qui désire que l’acte conjugal soit stérile pèche selon -l’opinion de tous les théologiens, mais seulement d’une manière -vénielle. - -Cependant _Sœttler_ s’exprime ainsi: - -Si quelqu’un désire n’avoir pas d’enfants, d’après un grand nombre de -théologiens il pèche mortellement, parce que ce désir répugne gravement -à la fin du mariage... Selon d’autres beaucoup plus nombreux, ce désir, -si on s’arrête là, s’il est purement spéculatif, et si l’on ne fait rien -pour empêcher la génération, est seulement véniel, mais dangereux, dit -Vernier, comme tendant au péché mortel. - -Tout peut donc se résumer en ces quatre paroles de _Collet_: «La -copulation exercée pour toute autre fin que celle de la génération ou de -la justice est toujours un péché.» Cette proposition est d’ailleurs -fondée sur ce passage de _saint Augustin_: - -«Le coït nécessaire pour la génération n’est pas coupable... Mais celui -qui va au delà de cette nécessité n’obéit plus à la raison, mais au -libertinage. Et cependant ne pas l’exiger, mais le rendre à son époux, -de peur qu’il ne pèche gravement en forniquant, est une nécessité pour -la personne conjugale.» (_Manuel des bons époux._) - - -§ II - -DES CIRCONSTANCES OU L’USAGE DU MARIAGE EST GÉNÉRALEMENT PÉCHÉ MORTEL -QUANT A L’ACTE, CONFORMÉMENT A L’OPINION DE TOUS LES THÉOLOGIENS - -1º D’après tous les théologiens, il y a péché mortel si quant à la -position le coït n’est pas naturel, et s’il y a grave danger d’effusion -en dehors du vase, soit en demandant, soit en rendant le devoir: «Mais, -en dehors de ce danger, demander ainsi ou rendre le devoir sans -nécessité est un péché seulement véniel, parce qu’une telle inversion -n’est pas essentielle et n’est pas opposée à la génération. Cependant -elle doit être sévèrement blâmée. S’il y a nécessité d’agir ainsi, comme -par exemple à cause de la grossesse, ou parce que le corps ne peut -souffrir une autre position, il n’y aura aucun péché, pourvu qu’il n’y -ait pas danger probable d’effusion en dehors du vase.» - -2º Les époux pèchent mortellement, quand, comme nous le verrons mieux -plus bas, ils excitent volontairement une semblable effusion, ou même -commencent d’une façon sodomitique le coït avec l’intention de le -consommer selon les règles; car un tel acte, désordonné, tendant de soi -à l’effusion hors du vase, doit être considéré comme une sodomie -commencée. C’est l’avis de _Sanchez_, _S. Liguori_, _Bouvier_ et -beaucoup d’autres. Il faut ajouter que généralement les époux pèchent -mortellement, s’ils ne rougissent pas d’exercer des actes très honteux -et répugnant gravement à la nature et à l’honnêteté (tels que la -masturbation labiale, etc.) - -3º De même pèchent mortellement les époux qui de quelque façon que ce -soit empêchent la génération, ou s’exposent, comme dit _Collet_, au -danger de rejeter le fœtus par voie d’avortement, ou de le blesser -gravement. - -4º L’homme pèche mortellement, dit encore le savant _Collet_, quand il -se retire et ne consomme pas l’évacuation de la semence dans le vase. De -même la femme si elle élimine à dessein la semence ou s’efforce de -l’éliminer, ou répand à dessein sa propre semence. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_Saint Antonin_, _saint Liguori_, etc., etc., affirment qu’il n’y a pas -péché mortel, si la copulation une fois commencée, les époux arrêtent -l’effusion, c’est-à-dire, si avant l’effusion, l’homme se retire du -consentement de la femme, pourvu qu’il n’y ait pas danger d’effusion au -dehors du vase, ou de pollution chez l’un ou l’autre époux. Plusieurs -autres, comme les RR. PP. _Navarre_, _Ledesma_, _Azor_, etc., pensent -qu’il y a alors péché mortel, parce qu’on empêche la génération pour -laquelle la copulation est faite, et qu’ainsi l’acte conjugal est -frustré de sa fin essentielle, qui est la génération. - -Saint Liguori demande au cas où l’homme a déjà éjaculé: si la femme -pèche en se retirant ou si l’homme pèche mortellement en n’attendant pas -la sémination de la femme. - -Voici notre réponse: la quasi-spermatisation de la femme ne paraissant -pas nécessaire à la génération, nous ne voyons pas trop la solidité des -raisons qu’on apporte en faveur du péché mortel, parce que la matière -qui forme la spermatisation de la femme n’est point une véritable -semence, mais de simples mucosités vaginales et utérines... La femme, -d’après tous les physiologistes modernes de l’Europe et du monde entier, -est incapable d’une véritable sécrétion séminale ou spermatique; elle -n’a point d’organe spécial pour cela. Elle fournit seulement l’ovule ou -le germe qui vient de l’ovaire, plus ordinairement une certaine quantité -de mucosités ou d’humeurs lubréfiantes, qui sont l’effet de l’organisme -érotique et qui sont propres à faciliter ou à compléter l’acte conjugal, -mais qui ne paraissent pas du tout essentielles à la fécondation. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -De ce fait d’union sexuelle accomplie du côté de la femme avec dégoût, -répugnance, une sorte d’horreur, malaise et souffrance physique, il -s’ensuit que, dans ces cas de coïts froids et insensibles, il n’y a -point de sémination prolifique dans le sens que l’entendent les -théologiens, parce que, dans un tel acte, il est physiologiquement -impossible qu’une effusion de sperme s’accomplisse sans sensation -érotique ou voluptueuse de la part de la femme, comme du côté de -l’homme. Donc la sémination féminine n’est pas nécessaire à la -conception, puisque celle-ci peut s’accomplir sans elle par le seul fait -de la sémination virile. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les théologiens _demandent_: - -Est-il permis à la femme, quand l’homme s’est retiré après la -sémination, de s’exciter aussitôt elle-même par des attouchements à sa -propre éjaculation pour se procurer un soulagement nécessaire? - -_Réponse_: Nous pensons que cela n’est pas permis à la femme, parce que -cette action solitaire n’a plus aucun but physiologique dans l’ordre de -la procréation ni aucune relation avec l’acte conjugal, et que ce serait -une véritable masturbation. Quant au soulagement ou au besoin à -satisfaire, nous n’y voyons d’autre remède que la prolongation de l’acte -ou un autre acte plus complet et plus normal. Les théologiens qui -pensent comme nous apportent pour raison que la semence de la femme -n’est pas nécessaire à la génération, et que cette effusion de la femme, -étant un acte séparé, ne fait plus une seule chair avec l’homme. _Saint -Liguori_ ajoute: Si on le permettait aux femmes, il faudrait aussi le -permettre aux hommes, dans le cas où la femme se retirerait après sa -sémination, et où l’homme resterait en état d’irritation. (Livr. 6, nº -219.) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -«Quoique la semence de la femme, dit _Sanchez_, ne soit pas nécessaire à -la génération, cependant elle aide beaucoup à la rendre plus facile... -Il n’est pas nécessaire que les deux époux sèment ensemble. C’est -pourquoi pendant que l’homme sème, il n’est pas du tout tenu à attendre -l’effusion de la femme. La preuve en est que Galien et d’autres -enseignent que la semence de la femme n’est pas nécessaire, et ne -concourt pas activement à la génération, etc.» Un grand nombre d’auteurs -sont ici cités enseignant tout ce que Sanchez vient d’établir, à savoir -que la semence de la femme n’est pas nécessaire à la génération... -_Sanchez_ ajoute: «et beaucoup d’autres, et toute l’école des -théologiens (_excepté les disciples de Scot_)»... Ce qui le prouve -encore, c’est que d’après l’expérience les femmes conçoivent même malgré -elles, en recevant dans le bain la semence virile (ce qui est fabuleux -et faux); car alors elles ne sèment en aucune façon, autrement elles ne -pourraient pas ressentir une très grande délectation vénérienne... Donc, -puisque la génération a lieu sans cette semence, même lorsque la -sémination a lieu après le coït, il n’y a aucun précepte qui oblige à -semer en même temps. On ne peut faire valoir contre cette conclusion que -cette sémination simultanée est plus favorable à la génération. Parce -que les époux ne sont pas tenus à choisir la voie la plus convenable et -la plus favorable à la génération, mais il leur suffit de ne point s’y -opposer. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les époux pèchent mortellement, s’ils s’accouplent avec une affection -adultère et fornicatrice, c’est-à-dire, si l’homme en voyant son épouse -désire et ait l’intention de s’accoupler avec une autre femme qu’il se -représente; il en est de même de l’épouse, quand elle songe à un autre -homme. Tous les deux commettent l’adultère dans leur cœur. Il n’y a rien -de plus honteux, dit saint Jérôme, que d’aimer une épouse comme une -adultère. De même ils pèchent mortellement s’ils exercent le coït pour -une fin gravement mauvaise, par exemple, pour faire mourir la femme en -couches. - -Les époux pèchent encore mortellement s’ils se livrent au coït devant -témoins, à cause du grand scandale; ils doivent donc prendre garde que -d’autres personnes ne couchent dans leur chambre. Les pauvres et les -paysans qui n’ont souvent qu’une seule chambre à coucher pour eux, leurs -enfants et leurs domestiques, doivent veiller attentivement, le jour et -la nuit, à ce que, en usant de leurs droits, ils ne soient pas pour les -autres une occasion de scandale. - - -§ III - -DES ATTOUCHEMENTS ENTRE ÉPOUX - -1º ... Tous baisers, attouchements, embrassements, regards, entretiens -obscènes entre époux, en dehors du danger de pollution et dans les -limites de l’honnêteté naturelle, sont licites, s’ils se font dans -l’intention du coït; ce ne sont que des péchés véniels, si l’on s’y -arrête, sans se proposer le coït. J’ai dit: _dans les limites de -l’honnêteté naturelle_, parce que cette indulgence n’est donnée aux -époux, qu’en tant que les actes susdits sont ordonnés selon la nature et -la droite raison en vue d’un coït naturel et humain; et ils sont plus ou -moins peccamineux selon qu’ils s’écartent plus ou moins de ces limites. -Les époux transgressent gravement ces limites quand ils commettent -quelque acte sodomique, ou en agissant avec le danger de la pollution; -hors de ces deux cas, quelque honteux que soient les actes, ils ne -paraissent pas excéder le péché véniel (_De la luxure_, dissert. 6, art. -19). - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -En dehors de ces deux cas, tous les actes honteux ne semblent pas -excéder le péché véniel, dit aussi Sanchez. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les actes tendant à un coït légitime, sans danger de pollution, sont -sans aucun doute licites, ce sont comme les accessoires du coït; la -copule étant licite, ils ne peuvent être illicites. Si cependant ils se -faisaient en vue d’une plus grande délectation, quoique tendant au coït, -ce serait des péchés véniels, à cause de la fin véniellement mauvaise. -Mais s’ils étaient gravement opposés à la droite raison, quoique faits -en vue du coït, ils seraient des péchés mortels; car des époux chrétiens -ne doivent pas agir comme le cheval et le mulet qui n’ont pas -d’intelligence (Ps. 31, 11); mais chacun doit posséder son vase dans la -sanctification et l’honneur, non dans la passion du désir, comme les -païens qui ignorent Dieu (1re épître aux Thessal. 4, 4). - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -D’après l’opinion la plus commune et la plus vraie, dit _saint Liguori_, -il n’y a pas péché mortel dans les attouchements et regards déshonnêtes -entre époux pour le seul plaisir, sans rapport à la copule, pourvu qu’il -n’y ait pas danger de pollution. «La raison en est que l’état conjugal, -de même qu’il légitime la copule, légitime aussi ces actes et regards; -car autrement, la société entre époux étant si étroite, et comme ils ne -peuvent si souvent s’accoupler, ils seraient exposés à de continuels -dangers, si de tels actes étaient gravement illicites.» - -De tout ce qui précède, il résulte que les attouchements exercés entre -époux sont péchés mortels s’ils sont accompagnés du danger prochain de -pollution, car cette contamination corporelle n’est pas moins criminelle -chez les gens mariés qu’elle ne l’est dans les personnes libres. - -2º Maintenant, toute la question controversée par les théologiens se -réduit à ceci: les actions déshonnêtes sans danger prochain de -contamination corporelle et sans intention ni relation à l’acte conjugal -sont-elles entre époux péché mortel ou véniel? - -Plusieurs auteurs, entre autres saint Antonin, Sylvester et quelques -autres auteurs encore cités par Sanchez affirment qu’il y a péché mortel -parce qu’elles tendent essentiellement à la pollution, par cela seul -qu’elles ne se rapportent pas à l’acte conjugal; car, ajoutent-ils, tout -acte vénérien qui ne se rapporte pas à l’acte conjugal est péché mortel. - -Suivant Sanchez, Busembaum, saint Liguori, Layman, Bonacina, Lessius, -Sporer, Diana et un grand nombre d’auteurs cités par saint Liguori et -Sanchez, enfin, suivant l’opinion commune, les actions déshonnêtes comme -attouchements, regards, etc., entre époux, sans relation à l’acte -conjugal et aussi sans danger prochain de pollution ne sont que des -fautes vénielles, parce que, pouvant être exemptes de péché si elles -étaient rapportées à leur fin légitime, qui est l’acte conjugal, elles -ne deviennent péché mortel que par le manque de cette fin légitime. - -Il faut pourtant faire ici une distinction: c’est qu’il faut regarder -comme cause du danger prochain de pollution, ou même comme une pollution -commencée, les actes considérablement, énormément déshonnêtes ou -infâmes, mentionnés ci-dessus, soit, comme dit _Sottler_, parce que de -tels actes sont ordinairement accompagnés du danger de pollution; soit -parce qu’ils répugnent singulièrement à la nature raisonnable, et qu’ils -ne peuvent être rapportés en soi à la copule, et que pour cela ils ne -semblent pas pouvoir être excusés de faute grave à cause de l’état de -mariage. - -C’est avec raison que _M. Rousselot_, le commentateur de Sottler, a fait -la remarque suivante: «L’expérience prouve que les pécheurs ne se -résignent à avouer ces attouchements qu’avec beaucoup de peine, et s’ils -les taisent par honte, en sont beaucoup plus tourmentés. Donc les époux -considèrent naturellement ces attouchements comme déshonorant grandement -la créature raisonnable.» - -Tout ce que nous avons dit sur cette matière peut se résumer en ce seul -passage de saint _Liguori_: - ---Je pense qu’il est plus probable que les actes honteux entre époux -avec danger de pollution, soit en demandant le devoir, soit en le -rendant, sont mortels; à moins que les époux ne les fassent pour -s’exciter à une copule prochaine, parce qu’ayant droit à la copule ils -ont aussi droit à de pareils actes, quand même une pollution -accidentelle précéderait la copule. Mais je pense que des attouchements -même pudiques sont des péchés mortels, s’ils se font avec danger de -pollution, par exemple, avec la langue, sur le pénis ou sur le clitoris, -vu que, dans ce cas, l’attouchement s’exerce pour la seule volupté; il -en serait autrement si c’était pour un grave motif, comme par exemple -s’il y avait un motif urgent de donner des signes d’affection pour -réchauffer le mutuel amour, ou si un des conjoints voulait empêcher -l’autre de soupçonner qu’il aime quelque autre personne. (_Liv. VI, nº -934._) - -3º Quant aux attouchements et regards sur son propre corps, libidineux -et déshonnêtes, sans danger de pollution en l’absence du conjoint, ou -dans un temps ou un lieu où le coït ne peut avoir lieu, d’après Sanchez -et d’autres qu’il cite, il n’y a que péché véniel, parce que ces actes, -disent-ils, sont secondaires et tendent au coït licite, quoiqu’ils -n’atteignent pas leur fin légitime. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’opinion contraire nous paraît plus sûre et doit être maintenue dans la -pratique parce que l’époux, dit saint Liguori, n’a pas droit sur son -propre corps _per se_, mais seulement _par accident_, en tant seulement -qu’il puisse se disposer à la copule; d’où il suit que la copule n’étant -pas possible alors, les attouchements sur lui-même sont tout à fait -illicites; et parce que l’attouchement des parties génitales, quand il a -lieu _morosement_ et avec commotion des esprits, tend de soi à la -pollution et en entraîne le prochain danger. (_S. Liguori, l. VI_, nº -936.) - - -§ IV - -DU PÉCHÉ D’ONAN ET DE L’ONANISME EN GÉNÉRAL - -Tout le monde sait que l’onanisme conjugal, aujourd’hui l’écueil, le -fléau, la désolation du mariage, est le crime d’Onan: «_Il répandait à -terre son sperme pour n’avoir pas d’enfants_,» dit la _Genèse_. - -Établissons maintenant quelques propositions certaines et admises par -tous les théologiens: - -1º Un homme qui imite la conduite d’Onan, par quelque motif que ce soit, -commet un crime énorme, et est incapable d’absolution tant qu’il -persévère dans sa mauvaise habitude. - -2º La femme qui engage son mari à en agir ainsi ou qui consent à cette -action injurieuse à la nature et contraire à la fin du mariage, ou qui, -enfin, à plus forte raison s’oppose elle-même à l’accomplissement de -l’acte conjugal, commet également un péché mortel, et, comme son mari, -elle est indigne d’absolution tant qu’elle demeure dans cette criminelle -habitude. - -3º La loi de charité impose à la femme le devoir de faire tout ce qui -dépend d’elle pour empêcher que son mari, qu’elle sait être disposé à -mal faire, ne fasse l’action détestable d’Onan. - -4º La femme est tenue de rendre le devoir si son mari, dûment averti, -promet de consommer l’acte conjugal de la manière qu’il y est obligé, si -toutefois cette promesse est faite sérieusement et que la femme puisse -juger prudemment que tout se passera de la manière ordinaire et normale. - -Maintenant, la difficulté est de savoir si la femme peut, en sûreté de -conscience, rendre le devoir lorsqu’elle est assurée par l’expérience -que, malgré ses avertissements, ses prières et toutes ses instances -possibles, son mari coïtera à la manière d’Onan. - -A cet égard, quatre opinions se sont établies: la première est celle des -théologiens qui soutiennent que la femme ne peut rendre le devoir même -pour éviter la mort: - -1º Parce que, disent-ils, l’action du mari étant essentiellement -mauvaise, la femme participera à son péché dont elle fournit l’occasion -prochaine; 2º parce que le mari ne se propose pas de faire un acte -conjugal, mais de se servir du ministère de sa femme pour s’exposer à la -souillure ou à la contamination criminelle; 3º parce que si le mari -demandait à sa femme son concours pour un acte sodomique, elle devrait -s’y refuser, même au péril de sa vie; 4º parce qu’enfin la femme coopère -aussi directement au crime de son mari qu’un homme participe au larcin -d’un voleur en tenant le sac pour y recevoir les objets volés.--Ainsi -pensent _Hubert_, les rédacteurs des _Conférences d’Angers_ et des -_Conférences de Paris_, _Collet_, avec plusieurs docteurs de la -Sorbonne, _Bailly_, _Vernier_, etc. - -Cette opinion, il faut l’avouer, paraît fortement établie; elle est fort -grave et de nature à faire beaucoup d’impression sur les esprits. Les -confesseurs qui la suivent refusent constamment l’absolution à toutes -les femmes qui dans de pareilles circonstances rendent le devoir à leurs -maris. Mais voici les raisons qu’on peut lui opposer: - -1º La femme, dit-on, en obéissant à son mari participe au péché dont -elle fournit l’occasion.--A cela, _on peut répondre_ que la femme fait -une chose permise, qu’elle use de son droit, dont elle ne doit pas être -privée par la dépravation et la corruption de son mari..., que sans -consentir à l’action détestable de son mari elle ne fait que se prêter -passivement, par devoir et par obéissance conjugale, à un acte qui, de -sa part, est dans l’ordre naturel... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -2º On dit encore: le mari, dans cette hypothèse, ne demande point un -acte conjugal, mais seulement la coopération de sa femme à une action -criminelle.--On _peut répondre_ que cela n’est pas rigoureusement exact, -car la souillure, dans ce cas, n’est pas une véritable _masturbation_; -car _la spermatisation externe_ peut, par une circonstance heureuse, -produire quelquefois un heureux effet, en ce sens qu’elle ne sera pas -alors complètement extra-vaginale... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3º On prétend que le cas dont il s’agit n’est en réalité qu’un acte -sodomique, et que, par conséquent, la femme ne peut y consentir, même -pour éviter la mort.--_On peut répondre_ à cela qu’un acte sodomique est -toujours _nécessairement_ stérile et que vouloir confondre une action -naturelle et permise à la femme avec un acte de sodomie, c’est confondre -les termes, changer l’acception des mots et le moyen assuré de ne plus -s’entendre sur rien... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -4º On dit que la femme coopère au crime de son mari de même que le -complice participe au vol en tenant le sac pour y recevoir les objets -volés.--_On peut répondre_ qu’il n’y a ici aucune espèce de parité, car -la femme use de son droit de justice, et celui qui favorise le vol n’a, -à cet effet, aucun droit ni aucun titre légitimes... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Saint Liguori affirme que la femme, dans ces circonstances, doit non -seulement rendre le devoir, mais même qu’elle y est obligée. - ---«Il semble, dit-il, plus probable que l’épouse non seulement peut -rendre le devoir, mais qu’elle y est tenue. La raison en est que la -faute étant du côté de celui qui demande, puisqu’il a droit à la copule, -l’autre ne peut sans injustice le lui refuser, si elle ne peut en -paroles le détourner de cette faute; et alors il est évident qu’en le -rendant elle ne coopère pas, même matériellement, à son péché, -puisqu’elle ne coopère pas à la sémination en dehors du vase, mais -seulement au commencement d’un coït licite en lui-même pour tous les -deux. (_Liv. VI, nº 947._)» - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - ---Une pieuse épouse peut-elle se laisser approcher de son mari quand -elle sait par expérience que son mari se conduit comme Onan... surtout -si l’épouse en refusant s’expose au danger de sévices, ou craint que son -mari ne voie des prostituées? - -La _Sacrée Pénitencerie_ a répondu le 23 avril 1822: Dans le cas -proposé, la femme de son côté ne faisant rien contre nature et laissant -faire une action licite, toute la malice de l’acte venant de celle du -mari, qui au lieu de consommer l’acte se retire et répand sa semence -hors du vase; alors, si la femme, après les admonestations voulues, -n’obtient rien, et que le mari insiste en la menaçant de coups ou de la -mort, ou d’autres graves sévices, elle pourra (selon de graves -théologiens) se laisser faire sans péché; car alors elle ne fait que -permettre le péché de son mari, et cela pour un grave motif qui -l’excuse, parce que la charité, qui l’obligerait à l’en empêcher, -n’oblige pas avec un si grand inconvénient. - ---Berthe a un mari qu’elle sait par une constante expérience être -onaniste. Elle a essayé en vain tous les moyens pour le détourner d’un -si affreux crime; bien plus, elle est menacée probablement des plus -graves dangers, qu’elle ne pourrait éviter qu’en fuyant de la maison de -son mari, si elle ne permet pas au moins quelquefois l’abus du mariage. - -La _Sacrée Pénitencerie_, aux dates des 15 novembre 1816 et 1er février -1823, a répondu: - -De graves et austères théologiens sont d’avis que l’épouse peut rendre -le devoir à son mari si son refus doit la faire maltraiter par lui et -qu’elle ait à craindre quelque grave inconvénient; car, disent-ils, dans -ce cas, l’épouse n’est pas censée coopérer formellement au péché de son -mari, mais seulement le permettre pour une cause juste et raisonnable. -Il faut cependant l’avertir de ne pas cesser d’inviter prudemment son -mari à éviter cette turpitude. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -CONSULTATION - -SUR CERTAINES PROPOSITIONS TOUCHANT L’ONANISME - -On demande au Saint-Siège quelle note théologique il faut appliquer aux -trois propositions suivantes: - -1º Pour des raisons honnêtes les époux peuvent user du mariage à la -façon d’Onan. - -2º Il est probable que cet usage du mariage n’est pas défendu par le -droit naturel. - -3º Il ne convient jamais d’interroger sur ce sujet les époux de l’un et -de l’autre sexe, quand même on aurait raison de craindre que les époux -n’abusent du mariage. - - -_Réponse, 4 mai 1851._ - -A la première: cette proposition est scandaleuse, erronée et contraire -au droit naturel. - -A la deuxième: cette proposition est scandaleuse, erronée, et d’ailleurs -implicitement condamnée par le pape Innocent IX, proposition 49e. (La -pollution n’est pas défendue de droit naturel, d’où il suit que si Dieu -ne l’avait pas interdite elle serait souvent bonne, et quelquefois -obligatoire sous peine de péché mortel.) - -A la troisième: proposition fausse, trop relâchée et dangereuse en -pratique. - -ANGELUS ARGENTI, - -Notaire de la Sainte Inquisition romaine universelle. - - -ARTICLE TROISIÈME - -DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DES PERSONNES MARIÉES ET DE -CELLES QUI SE DISPOSENT A ENTRER DANS L’ÉTAT DE MARIAGE - -Un confesseur ne saurait trop se pénétrer de la connaissance des -nombreuses et difficiles obligations des époux, qui ont été exposées -dans le cours de cet ouvrage. Il faut surtout qu’il les leur représente -et les leur inculque suivant l’occasion et le besoin. Il doit se -rappeler que les fautes les plus graves et les plus ordinaires des -personnes mariées sont les refus injustes du devoir conjugal, -l’empêchement ou l’obstacle que l’on apporte volontairement à la -génération par les actes onaniques, sodomiques et quelques autres -pratiques secrètes plus rares et connues seulement de quelques femmes et -de quelques hommes profondément corrompus: manœuvres sataniques d’autant -plus difficiles à découvrir que tout se passe à l’extérieur comme dans -l’état ordinaire et normal. Le peu de mots qu’il nous a été possible de -dire sur ces infernales inventions doit suffire aux confesseurs pour les -mettre sur la voie de l’investigation. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les confesseurs devront se rappeler que les gens mariés des deux sexes -pèchent encore plus souvent qu’on ne pense de la manière que pèchent les -personnes libres: la masturbation solitaire ne leur est pas toujours -inconnue, ou ils ne l’ont pas complètement oubliée. Il est donc du -devoir d’un sage confesseur de chercher avec soin à découvrir les -nombreuses et hideuses plaies de toutes les âmes plongées dans la -matière et souvent même dans la plus infecte corruption. A cet effet, il -lui sera souvent nécessaire de faire des interrogations -indispensables... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quant à l’abominable crime d’onanisme qui se répand partout dans ces -malheureux temps, et dont se souillent si honteusement les époux, -surtout plus jeunes, que le confesseur leur demande s’ils n’ont aucun -remords au sujet de l’acte conjugal, et s’ils ne craignent pas d’avoir -trop d’enfants, si dans le coït ils n’ont rien fait pour empêcher la -génération, s’ils n’ont rien commis de honteux en dehors de l’acte, -etc... Qu’il ajoute qu’il lui est pénible de faire de telles questions -et de toucher de telles matières, mais que cela est nécessaire, pour -qu’ils sachent ce qui leur est permis ou non; autrement il leur -arriverait de commettre très souvent de très graves fautes par une -ignorance inexcusable. Beaucoup, en effet, comme nous l’avons déjà dit, -s’imaginent faussement que dans le mariage tout leur est permis, et qui, -par des péchés que peut-être ils regardent comme légers, encourent la -damnation éternelle. - -«Le vice d’onanisme découvert, le confesseur ne peut absoudre le -coupable, qu’à condition qu’il se repente de son péché, et ait le ferme -propos de ne plus pécher à l’avenir. S’il est incorrigible, le -confesseur doit lui refuser l’absolution. - -»Quant à la femme qui induit son mari à cette action, ou y consent, ou -qui se retire elle-même, malgré son mari, le confesseur ne peut -l’absoudre que dans le cas d’une vraie douleur et du ferme propos. Si -elle en a l’habitude, on ne peut l’absoudre en aucune façon. C’est -pourquoi il faut interroger à ce sujet les femmes qui sont cause que -leurs maris se souillent de l’onanisme, et il faut les avertir -sérieusement qu’elles sont tenues par la loi de la charité à les -détourner de ce crime. Cependant dans le doute si le mari averti agira -bien ou mal, la femme peut rendre le devoir, bien plus, elle y est -tenue; car dans le doute un droit certain ne peut être refusé.» (M. -Rousselot.) - -Chez certaines femmes on peut s’y prendre de la manière suivante: on -feint d’entrer dans quelques détails relatifs aux enfants de la -pénitente, car très souvent ce sont les femmes elles-mêmes qui ne -veulent pas la fin du mariage; on l’interroge sur la manière dont elle -les élève et s’ils le sont chrétiennement, etc.--On ajoute ensuite: -«Vous seriez sans doute heureuse si Dieu vous en donnait encore d’autres -pour les élever de même, afin qu’il vous procurassent de nouvelles et -abondantes consolations?» Souvent à ces derniers mots il leur échappe -cet aveu involontaire: «_Ah! mon Dieu, j’en ai déjà bien assez!_--Cette -réponse vous instruit suffisamment et vous dispense d’en dire davantage. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il est du devoir des confesseurs de dire aux personnes qui sont sur le -point de contracter mariage les graves obligations du nouvel état -qu’elles vont embrasser. Il sera bon de leur dire que le mariage n’a pas -été institué au profit de la passion grossière de la chair, mais pour -donner à Dieu et à l’Église des enfants qui deviennent un jour des -saints et des habitants du ciel.--On peut ajouter qu’un très grand -nombre d’époux s’abusent, se font illusion sur l’état de mariage et se -persuadent faussement que tout leur est permis, s’y conduisent comme des -êtres sans raison et s’abandonnent sans frein et sans mesure à -l’entraînement de leur passion, et qu’ainsi, ils commettent un grand -nombre de péchés et se perdront très probablement. - -Pour leur éviter un aussi grand malheur dans l’autre vie et d’abord tous -les maux de celle-ci qui y conduisent, il faut que le confesseur ait -grand soin de leur inculquer cette grave et capitale vérité, savoir: que -tout ce qui conduit à la fin du mariage, tout ce qui est dans l’ordre de -la procréation et de la génération des enfants est permis; tout ce qui -est contre cette fin de la génération est illicite ou défendu sous peine -de péché mortel; enfin tout ce qui n’est ni suivant ni contre cette fin, -par exemple les baisers, les étreintes et tant d’autres familiarités -conjugales sont ou péchés véniels, lorsqu’ils sont uniquement faits dans -un but voluptueux, ou n’entraînent pas péché lorsqu’ils proviennent -d’une affection mutuelle ou du simple désir d’entretenir ou réchauffer -l’amour conjugal, à condition toutefois qu’il n’y ait pas péril de -pollution. Tout donc peut se résumer sous cette courte formule: ce qui -se fait pour la fin est permis, contre la fin est péché mortel; ni pour -ni contre la fin est ou péché véniel ou nul péché. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le confesseur doit encore interroger les époux au sujet des -attouchements impudiques ou autres infamies qu’ils commettent souvent -entre eux. Il peut commencer ainsi: «N’avez-vous rien fait avec votre -conjoint en dehors des choses permises par le mariage, c’est-à-dire des -choses nécessaires à la génération?» S’il répond qu’il y a eu quelque -chose de tel, il faut demander en quoi il consiste, et l’amener à -déclarer enfin s’il y a eu des attouchements ou des exercices honteux; -il faut demander s’il y a eu pollution, ou danger de la souffrir ou de -la procurer. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - - - - COMPENDIUM - ABRÉGÉ - CONTENANT LA SOLUTION - DE - TOUS LES CAS DE CONSCIENCE - SUIVANT - LA DOCTRINE DES CONCILES - - - - -COMPENDIUM - - -Le _Compendium_ est le petit guide de poche des confesseurs. Tous les -cas de conscience possibles et imaginables y sont mis en scène au moyen -de personnages fictifs, et résolus suivant la doctrine des conciles. - -Nous ne citerons que quelques extraits du chapitre: _Devoir conjugal_. - - -DEVOIR CONJUGAL - -Il est très important qu’un confesseur soit instruit minutieusement de -cette matière, sur laquelle une infinité de personnes grossières, ou -emportées par leurs passions, commettent quelquefois de grands crimes. -Car, quoique l’usage du mariage soit licite, il ne l’est pourtant qu’en -observant en amour conjugal les prescriptions formelles de l’Église. Les -époux doivent se régler sur la fin pour laquelle le mariage a été -institué, qui est d’avoir des enfants, ou de s’acquitter de la justice -qu’on se doit réciproquement entre mari et femme; ces deux seuls motifs -peuvent excuser de péché. Il en est un troisième: celui de trouver un -remède à la concupiscence; mais celui-là n’est pas exempt de toute sorte -de péché; tel est l’avis de saint Augustin, saint Fulgence, saint -Grégoire, saint Bonaventure et saint Thomas. - -Au reste, celui des époux qui est requis par l’autre de lui rendre le -devoir conjugal est absolument obligé de lui obéir sous peine de péché, -à moins que son refus ne soit fondé sur une cause légitime. - -Nous dirons quelles sont les causes légitimes du refus. - - * * * * * - -Apollinaire ayant été marié un samedi soir, et ne pouvant par conséquent -recevoir la bénédiction nuptiale que le lendemain à la messe, il a exigé -de sa femme le devoir le même jour du mariage. A-t-il péché en cela? - -_Réponse._ S’il n’y a pas eu de scandale, il n’y a qu’un simple péché -véniel. Tel est l’avis du Concile de Trente. (Sess. 24; c. 1). - - * * * * * - -Héraclide, d’un tempérament fort enclin à la lubricité, veut coïter à -tout moment avec sa femme. Il invoque la pureté de ses intentions; car, -s’il ne coïtait avec sa femme, il serait obligé d’aller coïter ailleurs. -Pèche-t-il en demandant, plus souvent que de raison, le devoir à sa -femme? - -_Réponse._ On est très partagé sur cette question. Beaucoup de -théologiens disent que cela est innocent. Mais les saints Augustin, -Léon, Thomas, etc., soutiennent qu’il y a là une faute vénielle. -Cependant, comme l’Église n’a encore rien décidé là-dessus et qu’on peut -faire beaucoup de mal en voulant obtenir un bien trop difficile, il -convient de ne pas aisément troubler les fidèles sur ce point; mais le -confesseur les exhortera à se contenir ou à mieux régler leurs passions. - - * * * * * - -Maurice n’a d’autre intention que de se procurer du plaisir, en -demandant à tout propos le devoir à sa femme. Pèche-t-il en cela? - -_Réponse._ Cela ne fait pas de doute, puisque l’on ne peut user du -mariage que dans le but d’avoir des enfants ou pour exercer la justice -envers sa partie. Il n’est pas plus permis de coïter, même avec sa -femme, que de manger et boire, pour le seul plaisir. (Arrêt d’Innocent -XI.) - - * * * * * - -Albert, en jouissant de sa femme, le fait par raison de santé. -Pèche-t-il? - -_Réponse._ Il y a là une faute vénielle, parce que c’en est une d’user -du mariage pour une fin pour laquelle Dieu ne l’a pas institué. (S. -Thomas.) - - * * * * * - -Dunstan a coutume d’exiger le devoir chaque dimanche matin avant d’aller -à la messe. Pèche-t-il en cela? - -_Réponse._ Il est évident que la volupté du coït n’est pas faite pour -prédisposer l’homme aux choses saintes; cependant, il n’y a pas là de -péché mortel; mais le péché est véniel, et même très caractérisé. Il -devient mortel, si le mari, en jouissant, pense à mépriser la sainteté -du dimanche. - -Si le mari doit non seulement entendre la messe, mais encore communier, -il pèche mortellement en jouissant de sa femme. - -Si c’est la femme qui doit communier et que les propositions -voluptueuses soient venues de son mari, elle n’a, après le coït, aucun -péché sur la conscience; mais il y a à cela une condition expresse: -c’est que rien de cette action ne lui restera dans la pensée ni dans les -sens, et encore faut-il qu’elle ait un grand désir de recevoir -Notre-Seigneur ou qu’elle ne puisse s’en abstenir sans être remarquée. - - * * * * * - -Gabrielle, fortement sollicitée par Paulin son mari à lui rendre le -devoir, le lui a refusé, parce qu’elle savait qu’il péchait mortellement -en le lui demandant. Cette raison suffit-elle pour excuser son refus? - -_Réponse._ Si le péché de Paulin venait de quelque circonstance qui -rendît l’acte conjugal illicite, comme s’il le voulait exiger dans une -église ou dans un lieu public, ou encore si Gabrielle savait que Paulin -retirerait son membre au moment de l’effusion de la semence, elle -n’était ni obligée ni ne pouvait en sûreté de conscience lui rendre le -devoir conjugal. Par contre, si la circonstance du péché de Paulin ne -regardait que sa personne même, comme s’il avait une intention -criminelle secrète en le demandant, et que d’ailleurs il ne fût pas -déchu de son droit, sa femme était obligée de le lui rendre. (Sylvius, -quest. 64). - - * * * * * - -Georges demande le devoir à sa femme, tandis que celle-ci a ses règles. -Pèche-t-il mortellement? - -_Réponse._ Oui, s’il sait que sa femme a ses règles. D’où il résulte -qu’il est du devoir d’une femme de toujours informer son mari du moment -où ses menstrues lui viennent. - - * * * * * - -Alfred, à la suite d’excès vénériens dont il a du reste reçu -l’absolution et dont il se repent, a contracté une maladie qui, guérie -incomplètement, lui a laissé un écoulement. Cet écoulement ne présente -aucun danger de contagion. Alfred peut-il sans péché exiger le devoir de -sa femme? - -_Réponse._ Le cas est particulièrement délicat. Il est certain que -l’écoulement, dont est affligé Alfred, n’a aucun rapport avec la semence -et n’est nullement prolifique. Alfred commet donc un péché mortel (S. -Thomas). Cependant, s’il a demandé le coït en agissant sous l’empire -d’un besoin irrésistible et pour s’éviter d’aller forniquer avec une -autre femme, il n’y a pas péché. - - * * * * * - -Évrard et sa femme se trouvent dans la nécessité de demeurer longtemps -dans une église, pendant un temps de guerre. Évrard se voit dans un -danger évident d’incontinence; il croit pouvoir exiger de sa femme le -devoir. L’a-t-il pu sans péché mortel? - -_Réponse._ Selon l’opinion la plus probable, il a péché mortellement, et -la femme aussi en lui obéissant, parce qu’ils ont violé par une telle -action, quoique licite d’ailleurs, le respect qui est dû à Dieu et au -lieu saint qui est particulièrement consacré à son culte. Et certes, si -des époux qui se trouvent séparés les uns des autres par des emplois, -des maladies, la prison, l’exil, etc., sont obligés sous peine de péché -mortel de garder la continence, pourquoi n’y seront-ils pas obligés sous -la même peine, lorsqu’ils se trouveront dans un lieu saint pendant -quelques jours seulement ou quelques semaines? et cela dans un temps de -larmes, de pénitence et de prières auquel, selon les anciens canons, les -époux chrétiens doivent s’abstenir de l’usage du mariage! (S. Antonin, -les RR. PP. Soto et Navarre). - - * * * * * - -Aline a fait vœu de continence du consentement de Bertrand son mari. -Bertrand peut-il dans la suite exiger d’elle le devoir conjugal sans -péché mortel? - -_Réponse._ Ou Bertrand, en consentant au vœu d’Aline, a eu l’intention -positive de renoncer pour toujours au droit qu’il avait de lui demander -le devoir; ou il n’a pas eu cette intention. Dans le premier cas, il ne -peut sans péché mortel exiger le devoir. Dans le second, il peut -l’exiger. (R. P. Navarre, _Man._ c. 16). - - * * * * * - -Eugénie, femme de Théodore, a trouvé, après la mort de sa sœur, des -lettres d’amourettes que Théodore avait écrites à cette dernière avant -son mariage. Les termes libres de cette correspondance lui donnent un -violent soupçon d’un commerce criminel entre eux. Sachant qu’en ce cas -son mariage serait nul, elle doute s’il ne l’est pas, et ce doute la -trouble chaque fois que Théodore jouit d’elle. Peut-elle malgré cela lui -rendre le devoir ou même l’exiger sans péché mortel? - -_Réponse._ En général, si le doute est léger et mal fondé, on n’y doit -avoir aucun égard. S’il est juste, sans aller jusqu’à la certitude, -celui des deux époux qui en est agité peut rendre le devoir, mais il ne -le peut exiger. Si la chose approche si fort l’évidence qu’il la croie -certaine, il ne peut en conscience ni le rendre ni le demander; et s’il -n’a pas de preuves suffisantes pour obtenir une sentence de séparation, -il doit garder une parfaite continence, sans jamais user du mariage, -quand même on voudrait l’y contraindre (Innocent III, _De sent. -excomm._, ch. 44). Cependant, afin de ne pas se tromper sur une matière -si difficile et si importante, le plus sûr parti est d’expliquer -minutieusement le fait à son confesseur, et même au besoin de lui -communiquer la correspondance qui a fait naître les soupçons. - - * * * * * - -Bélonie peut-elle refuser le devoir, par cela seul qu’elle a une fort -grande répugnance à le rendre? - -_Réponse._ L’apôtre a décidé cette question (1re lettre aux Corint., v. -7) par ces sages paroles: Que le mari rende à sa femme ce qui lui est -dû, et que la femme en fasse autant vis-à-vis de son mari; le corps du -mari appartient à la femme, et le corps de l’épouse à l’époux. D’où S. -Antonin et tous les autres pères de l’Église concluent qu’un des -conjoints ne peut, sans pécher mortellement contre la justice et la foi -solennellement donnée, refuser le devoir à l’autre, quand celui-ci le -lui demande sérieusement; car alors il se rend coupable des -incontinences et de l’adultère de son conjoint. Ce serait autre chose si -le mari ne demandait ce qui lui est dû que comme une marque d’amitié et -en faisant assez comprendre par son visage ou par ses gestes qu’il s’en -soucie peu; ce serait encore une autre question si le mari était un -emporté ne laissant à Bélonie aucun repos (R. P. Sylvius). - - * * * * * - -Blaisine, qui n’ose demander catégoriquement le devoir à son mari, lui -fait comprendre par ses regards, par ses caresses, par son attitude, -qu’elle le désire. Jacques, qui le voit bien, est-il obligé en -conscience de le lui rendre? - -_Réponse._ Il en est de Jacques comme d’un débiteur qui sait que son -créancier souffre, quoiqu’il n’ose par bonté ou timidité lui réclamer -son dû. Comme donc le débiteur est tenu en ce cas de payer son -créancier, quand il le peut, de même Jacques doit rendre le devoir à -Blaisine, si cela lui est possible. - -Il n’en est pas ainsi de la femme, à parler généralement; parce que, dit -S. Thomas, les hommes n’agissent pas avec la même discrétion pour -demander le devoir à leurs femmes. Cependant, comme il y a des maris que -l’inégalité des conditions, la fierté de leurs femmes, une timidité -naturelle, mettent dans le cas de Blaisine, leurs épouses sont obligées -de se rendre à leurs désirs, quoique tacites et indirects. - - * * * * * - -Joséphine a un mari fort lubrique, qui veut quelquefois l’obliger à lui -rendre le devoir, quoiqu’elle soit notablement malade. Y est-elle -obligée, de peur qu’il ne tombe dans l’incontinence? - -_Réponse._ Une femme n’est obligée, ni par justice, ni par charité, de -se prêter dans un cas pareil, et il y a de l’inhumanité à l’exiger. Mais -elle ne peut s’en dispenser pour éviter les incommodités de la grossesse -et de l’enfantement. Ce sont des maux attachés à son état. - - * * * * * - -Jeanne veut nourrir son enfant. Son mari exige le devoir. Elle demande -si elle peut le refuser pendant qu’elle allaite l’enfant. - -_Réponse._ Une femme qui connaît, par expérience, qu’en coïtant avec -jouissance dans ce temps-là son lait se corrompt et devient notablement -dommageable à son enfant, ou qu’elle cesse d’en avoir suffisamment pour -le nourrir, peut sans péché refuser le devoir à son mari, et celui-ci ne -peut par contre le lui demander sans offenser Dieu. Néanmoins, s’il se -trouve dans le péril d’incontinence, la femme doit, si elle en a les -moyens, mettre son enfant en nourrice afin de pourvoir par elle-même aux -besoins voluptueux de son mari. Que si à cause de sa pauvreté elle ne -peut faire nourrir son enfant par une autre, elle refusera de coïter -parce que son mari n’a pas le droit d’exiger le devoir aux dépens de la -vie ou de la santé de son enfant. Tous ces détails devront donc être -donnés minutieusement par la femme au confesseur, afin qu’il se prononce -sur le cas et qu’il lui indique comment elle aura à se comporter. - - * * * * * - -Éléonore s’étant trouvée dans un danger évident de mort dans ses couches -précédentes, les médecins et chirurgiens lui ont déclaré qu’elle ne -pourrait plus avoir d’enfants sans mourir. Est-elle, nonobstant cela, -obligée de rendre le devoir à son mari Étienne qui le demande comme un -droit de rigueur; et surtout si elle sait qu’il est déjà tombé dans -l’incontinence, à cause du refus qu’elle lui a fait? On lui a dit -qu’elle y est tenue, parce qu’on est obligé d’exposer sa propre vie -corporelle pour le salut de son prochain. - -_Réponse._--La charité ne permet pas à Étienne de demander le devoir en -ce cas, et Éléonore ne peut ni ne doit le rendre, parce que, n’étant pas -maîtresse de sa vie, elle ne peut sans péché s’exposer à un danger -visible de la perdre. Au reste, on n’est obligé d’exposer sa vie pour le -salut du prochain, que quand il est dans une nécessité extrême. Or, -Étienne n’est pas réduit par le refus de sa femme à une nécessité -extrême, parce qu’il peut trouver d’autres remèdes à son incontinence, -entre lesquels la prière est le principal. - -Il pourra arriver encore que, pour concilier tout, Éléonore acceptera de -procurer de la jouissance à Étienne par un de ces moyens que la nature -réprouve et en vertu desquels l’effusion de la semence sera sans risque -de grossesse, comme la masturbation labiale ou l’accomplissement de -l’acte vénérien entre les seins, sous le bras, dans les cheveux, etc. -Bien qu’il soit évident que, dans ce cas, les époux ne se sont pas -adonnés, par pure malice, à ces actes contre nature, ils n’en auront pas -moins commis le péché, puisque c’est pécher mortellement qu’user du -mariage contre la fin pour laquelle Dieu l’a créé. Toutefois, s’il lui -est bien démontré qu’Étienne ne peut absolument pas refréner ses besoins -charnels et qu’Eléonore d’autre part est certaine de la mort en cas de -grossesse, le confesseur pourra absoudre les deux époux. (Voir -St-Augustin. Livre II _de conjugiis adult._, chap. 10.) - - * * * * * - -Fernand a coutume de demander le devoir à Laure sa femme, quand il est -ivre. Est-elle tenue de le lui accorder? - -_Réponse._ Si Fernand est tellement ivre qu’il ait perdu l’usage de la -raison, Laure n’est pas obligée à lui rendre le devoir, parce qu’alors -il ne le demande pas d’une manière humaine (_humano modo_). Cependant, -si le refus de Laure exposait Fernand à un danger évident -d’incontinence, la femme, de l’avis du R. P. Sylvius, serait pour lors -obligée par le précepte de la charité à obéir à son mari. On peut -raisonner à peu près de même d’un homme furieux ou insensé, ainsi que -l’enseigne le même théologien (_Suppl. quæst. 69, Art. 1_). - - * * * * * - -Adrien, qui a fort peu de bien, se voyant déjà chargé de six enfants, -quoique sa femme soit encore jeune, a refusé plusieurs fois le devoir à -sa femme de peur d’être hors d’état de nourrir tant d’enfants. -Pèche-t-il? - -_Réponse._ Puisqu’il y a un Dieu qui nourrit les oiseaux et qui -n’abandonne point ceux qui mettent en lui leur confiance, la crainte -d’avoir trop d’enfants ne peut dispenser un mari de rendre le devoir à -sa femme, lorsqu’elle le lui demande formellement, ou même d’une manière -indirecte et interprétative. - - * * * * * - -Henri a été nominalement frappé d’excommunication majeure. Sa femme -demande si elle est obligée de lui rendre le devoir? - -_Réponse._ Dans aucun cas ni sous aucun prétexte, elle ne doit, elle, -provoquer son mari à l’acte vénérien. Quant à se prêter à ses exigences, -les opinions des théologiens sont partagées. S. Augustin pense que la -femme d’un impie frappé directement et personnellement d’excommunication -majeure doit se séparer tout à fait de son mari et par conséquent lui -refuser le devoir conjugal. S. Bonaventure et S. Thomas pensent au -contraire que la censure ne dispense pas des devoirs imposés par la loi -naturelle. La question n’a été encore tranchée par aucun concile. -Innocent III a proposé un moyen terme: la femme d’un homme atteint -nominalement d’excommunication majeure doit rendre le devoir à son mari -quand il l’exige d’une façon formelle; mais elle ne peut, sans tomber -dans le péché, participer au plaisir de l’acte vénérien, c’est-à-dire -qu’elle doit le subir d’une manière complètement passive et, par tous -ses efforts, dégager son esprit de l’accouplement auquel elle n’a pu se -soustraire. (_De Sent. excomm._, ch. 31). - - * * * * * - -Julie, catholique, a épousé Baptistin, calviniste, avec stipulation -expresse qu’il lui serait loisible de faire baptiser et élever dans -l’Église catholique les enfants qui naîtraient de leur mariage. -Cependant, Baptistin a fait baptiser le premier au Prêche et le fait -élever dans l’hérésie. Julie demande si elle ne peut pas refuser à -l’avenir le devoir, pour n’avoir pas le déplaisir de mettre au monde -d’autres enfants qui seront un jour des hérétiques et par conséquent des -réprouvés? - -_Réponse._ Julie doit se plaindre fortement à Baptistin de sa mauvaise -foi. S’il promet sérieusement de se corriger, elle fera une nouvelle -épreuve. Mais, s’il lui déclare qu’il ne veut pas tenir sa promesse, ou -que la lui ayant renouvelée, il continue à la violer, Julie est en droit -de refuser le devoir à Baptistin, pour la raison marquée dans l’exposé. - - - - - LES DIACONALES - - MANUEL DES CONFESSEURS - - PAR - Mgr BOUVIER - Évêque du Mans[3] - - [3] Sur la page en regard du titre on lit: - - AVIS ESSENTIEL - - Toute demande de cet ouvrage doit être accompagnée d’une - autorisation de M. le supérieur du grand séminaire du diocèse ou du - vicaire général; sans cette formalité indispensable il ne sera - délivré aucun exemplaire. - - - - -LES DIACONALES - -MANUEL DES CONFESSEURS - - - - -CHAPITRE PREMIER - -DE LA LUXURE EN GÉNÉRAL - - -La luxure, qui tire son nom du mot luxer, est ainsi appelée parce que le -propre de ce vice est de relâcher, de détruire les forces de l’âme et du -corps: aussi l’appelle-t-on quelquefois dissolution; et on dit de ceux -qui se livrent avec passion aux jouissances de l’amour, qu’ils sont -dissolus. On définit la luxure ainsi: l’appétit désordonné aux plaisirs -vénériens. - -Ces plaisirs sont appelés _vénériens_ parce qu’ils ont pour but la -génération à laquelle les païens faisaient présider la déesse Vénus. - - - - -CHAPITRE II - -DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LUXURE NATURELLE CONSOMMÉE - - -La luxure est naturelle lorsqu’elle n’est pas en opposition avec la -propagation du genre humain.--L’union des deux sexes en dehors du -mariage est donc un acte purement charnel, à la condition d’être -pratiqué d’une manière propre à la génération. Cet acte est accompli par -le fait de l’écoulement de la matière séminale de l’homme dans -l’intérieur des parties sexuelles de la femme. - -On compte six espèces de luxure: - - _La fornication_, - _Le stupre_, - _Le rapt_, - _L’adultère_, - _L’inceste_, - _Le sacrilège_. - - -ARTICLE PREMIER - -DE LA FORNICATION - -La fornication est l’union intime et d’un consentement mutuel d’un homme -libre et d’une femme libre, mais ayant déjà perdu sa virginité... - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il y a trois sortes de fornication: _la fornication simple_, _le -concubinage_, _la prostitution_. - - -§ I - -DE LA FORNICATION SIMPLE - -La fornication simple est celle qui résulte d’un commerce passager avec -une ou plusieurs femmes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DU CONCUBINAGE - -Le concubinage est le commerce d’un homme libre avec une femme libre, et -qui, demeurant soit dans la même maison, soit dans des maisons séparées, -vivent ensemble. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ III - -DE LA PROSTITUTION - -La prostitution est un métier ou un acte: comme métier, c’est la -condition d’une femme prête à recevoir le premier venu et ordinairement -pour de l’argent; comme fait, c’est l’union charnelle d’un homme avec -une telle femme, ou d’une telle femme avec l’homme qui se présente pour -forniquer. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DU STUPRE - -On appelle généralement stupre toute union charnelle illicite. Ainsi, -dans le _Lévitique_, verset 21, chap. 9, et dans les _Nombres_, verset -5, chap. 13,--l’union charnelle de la fille d’un prêtre et l’adultère -sont qualifiés de la même manière. Si quelqu’un accomplit l’acte charnel -en employant la violence, il tombe,--pour notre diocèse,--dans un cas -réservé. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le stupre est qualifié par beaucoup de théologiens _violence_, et mieux, -par d’autres, _défloration illicite d’une vierge_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE TROISIÈME - -DU RAPT - -Le rapt, par sa nature, est une _violence_ faite à _toute personne_ ou à -ses parents dans le but d’assouvir la passion. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le rapt diffère de l’adultère parce que l’adultère viole la justice -d’une autre manière que le rapt. De même le viol d’une jeune fille ivre -ou endormie constitue un grave péché contre la justice; ce n’est pas un -rapt mais une tromperie; il en est de même de la corruption sans -violence d’une personne qui n’a pas l’usage de la raison ou qui ignore -ce genre de péché. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_ ce que doit faire une femme prise de force afin de ne pas -être coupable envers Dieu. - -_Réponse._ 1º Elle doit intérieurement repousser toute participation au -plaisir, quelle que soit d’ailleurs la violence extérieure qui lui est -faite, sans quoi elle pécherait mortellement. - -2º Elle doit se défendre de toutes ses forces avec ses pieds, ses mains, -ses ongles, ses dents et tous autres instruments, mais de manière à ne -pas tuer ou gravement mutiler l’agresseur. Beaucoup de théologiens -pensent que la vie et les principaux membres sont plus précieux que -l’honneur qu’ils supposent ici n’être que matériellement atteint. -Beaucoup d’autres, cependant, soutiennent l’opinion contraire par des -raisons puisées dans notre _Théologie morale_, T. 5, p. 392, 4e édit. - -3º Si elle espère qu’il puisse lui être porté secours elle doit crier et -invoquer l’assistance d’autrui; car si elle n’oppose pas les résistances -qui paraissent en son pouvoir, elle semble consentir. - -Or, il vaudrait mille fois mieux mourir que de céder à un pareil danger. -Aussi, une jeune fille qui se trouve dans cette extrémité, craignant, -avec raison, de consentir aux sensations vénériennes, est-elle tenue de -crier, même au péril évident de sa vie, et alors elle est martyre de la -chasteté. C’est ce que décident généralement les auteurs contre ce petit -nombre de probabilistes. Mais le danger prochain de consentement écarté, -il est généralement admis que la jeune fille n’est pas tenue de crier au -péril de sa vie et de sa réputation, parce que la vie et la réputation -sont des biens de l’ordre le plus élevé. Mais il est presque impossible, -comme le dit _Billuart_, t. 13, p. 368, que le danger n’existe pas. - - -ARTICLE QUATRIÈME - -DE L’ADULTÈRE - -L’adultère, comme son nom l’indique, dit saint Thomas, consiste à entrer -dans le lit d’autrui. Il peut être commis de trois manières: - - 1º Entre un homme marié et une femme libre; - 2º Entre un homme libre et une femme mariée; - 3º Entre un homme marié et la femme d’un autre. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: Si une femme qui se livre au coït avec un autre homme, son -mari consentant, commet un adultère. - -_Réponse._ Quelques probabilistes se sont prononcés pour la négative; -ils ont au moins prétendu que dans ce cas il n’était pas nécessaire de -déclarer en confession la circonstance d’adultère. Mais Innocent XI a -condamné la proposition suivante: - -_L’union charnelle avec une femme mariée, du consentement du mari, ne -constitue pas un adultère; il suffit donc de dire en confession que l’on -a forniqué._ - -Cette décision du souverain pontife est basée sur une raison évidente. -En effet, le mari, par la force même du contrat et de la raison qui a -présidé à l’institution du mariage, a le droit de se servir de sa femme -selon l’ordre de la propagation de l’espèce, mais il ne peut ni la -céder, ni la prêter, ni la louer à un autre sous peine de pécher contre -l’essence du mariage; son consentement ne peut donc enlever en rien à la -malice de l’adultère. - - -ARTICLE CINQUIÈME - -DE L’INCESTE - -L’inceste est l’union charnelle entre parents par consanguinité ou par -alliance aux degrés prohibés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Les théologiens ne sont pas d’accord sur le point de savoir s’il y a une -seule ou plusieurs espèces d’inceste. Un grand nombre prétendent qu’ils -sont de différentes espèces parce qu’il y a une malice spéciale dans -l’union charnelle entre parents par consanguinité qu’on ne trouve pas -lorsqu’elle a lieu entre parents par alliance. Lorsqu’il s’agit du coït -d’un fils avec sa mère ou d’un père avec sa fille l’inceste est encore -différent de l’inceste entre parents d’un degré plus éloigné de -consanguinité ou d’affinité. C’est ainsi que pense _Concina_ qui dit, T. -15, p. 282, que cette opinion est la plus ordinaire et la plus probable. - -Cependant l’opinion contraire nous paraît plus probable et plus -ordinaire; tous les incestes, en effet, sont contraires à la même vertu: -le respect dû à ses parents. Ils diffèrent donc par leur plus ou moins -de gravité, mais non par une malice particulière; ils sont de la même -espèce. - -Quoi qu’il en soit de cette controverse au point de vue spéculatif, il -est certain que l’obligation existe de déclarer en confession si -l’inceste a eu lieu entre parents par alliance ou par consanguinité, en -ligne directe ou collatérale et à quel degré: sans cela, la malice de -cet acte ne serait pas suffisamment dévoilée. A qui persuaderait-on, en -effet, que l’union charnelle d’un fils avec sa mère, d’un frère avec sa -sœur, etc., est suffisamment déclarée sous la dénomination générale -d’inceste? On doit donc déclarer les divers degrés auxquels le mariage -est prohibé. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE SIXIÈME - -DU SACRILÈGE - -Le sacrilège, en tant que péché de luxure, est la profanation d’une -chose sacrée par l’acte charnel. Il constitue, indubitablement, une -espèce de luxure à part, car, outre le péché contre la chasteté, il -renferme évidemment quelque chose de contraire au respect dû à Dieu. - -Par _chose sacrée_ on entend une personne consacrée à Dieu, un lieu -destiné au culte et tous autres objets spécialement consacrés. - -On entend par _lieu consacré au culte_ ou _lieu sacré_ celui que -l’autorité publique a destiné à la célébration des offices divins ou à -la sépulture des fidèles; tels sont les églises et les cimetières -bénits. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Tout acte vénérien accompli volontairement, même d’une manière cachée, -dans un lieu sacré, entraîne la malice du sacrilège, attendu, suivant -l’opinion générale, que c’est une irrévérence envers le lieu saint et -envers Dieu. - -Le lieu saint se trouverait souillé par la publicité de cet acte et par -l’écoulement de la matière séminale, quoiqu’elle ne fût pas répandue sur -le pavé. _Décret_, Tit. 68, ch. 3, et de la _Consécr._, Tit. 1, ch. -20.--Ce n’est cependant pas par la publicité que le lieu est souillé, -mais c’est par elle que la profanation est connue et l’usage en est -interdit jusqu’à la purification.--_Billuart_, T. 13, p. 404. - -Beaucoup d’auteurs prétendent que les regards, les baisers, les discours -déshonnêtes et les attouchements impurs dans le lieu sacré, même sans -danger prochain d’éjaculation, entraînent la malice du sacrilège, tant à -cause du respect dû à Dieu qu’à cause du danger d’éjaculation qui en est -inséparable. D’autres appuient l’opinion contraire sur l’axiome suivant: -Il ne faut pas aggraver ce qui a un caractère odieux. Et, d’ailleurs, -c’est seulement par l’écoulement de la matière séminale que le lieu -sacré se trouve souillé. Il résulte de cette diversité même d’opinions -entre les savants que la circonstance du lieu sacré doit être dévoilée, -surtout si l’acte est par trop honteux, comme de regarder ou de toucher -les parties vénériennes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’union charnelle même légitime entre époux, accomplie sans nécessité -dans un lieu sacré, entraîne la malice du sacrilège; les auteurs -s’accordent généralement sur ce point. D’après _Dist._ 68, c. 3. Si -cependant cet acte est accompli dans le lieu sacré par pure nécessité, -comme lorsque deux époux y sont détenus en temps de guerre et qu’ils -sont en danger prochain d’incontinence s’ils ne pratiquent pas le coït, -le lieu n’est pas souillé et les époux ne pèchent pas, disent un grand -nombre de théologiens; car l’Église n’est pas censée prohiber un acte en -soi licite dans une pareille circonstance. - -Mais l’opinion la plus ordinaire, et nous la partageons, est que l’union -charnelle entre époux est, dans ce cas, illicite et sacrilège, parce -qu’il est impossible que la nécessité soit telle que l’Église fléchisse -sur la sévérité d’une loi qui a eu pour but le respect dû à Dieu. -Chacun, d’ailleurs, par la prière, le jeûne et autres moyens peut calmer -les aiguillons de la chair, comme il serait tenu de le faire si sa -_moitié_ était absente, malade ou décédée. C’est cette seule opinion -qu’il faut admettre dans la pratique. Voy. _Billuart_, T. 13, p. 406, et -_saint Liguori_, c. 3, nº 458. - -Par _choses sacrées_ on entend tous les objets autres que personnes et -lieux qui sont consacrés au culte divin, comme les ornements et les -vases sacrés. Il est certain que c’est un honteux sacrilège d’abuser de -ces choses pour commettre des actes honteux, comme de se servir -superstitieusement de l’eau bénite, des saintes huiles ou de -l’eucharistie dans un but de luxure, et d’en frotter les parties -sexuelles. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Le prêtre qui, en administrant les sacrements, en célébrant la sainte -messe, ou revêtu des ornements sacrés pour la célébrer, ou même en -descendant de l’autel, se procure une éjaculation volontaire ou se -délecte dans les plaisirs vénériens, ne peut être excusé d’un double -sacrilège. _Saint Liguori_, c. 3, nº 463. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -APPENDICE - -DES CLERCS QUI EXCITENT A DES PASSIONS HONTEUSES - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Plusieurs souverains pontifes ont ordonné aux pénitents que leurs -confesseurs porteraient à des actions déshonnêtes de les dénoncer au -tribunal de l’Inquisition ou aux évêques du lieu: nous citerons Paul IV, -6 avril 1564; Clément VIII, 3 décembre 1592, et Paul V, 1608. - -Enfin Benoît XIV, par sa constitution, le _Sacrement de pénitence_ du -1er juin 1741, ordonna: - -1º De dénoncer et de punir, selon les circonstances, tous ceux qui, en -confession ou à l’occasion de la confession, par paroles, signes, -mouvements, attouchement, écrits à lire, pendant ou après la confession, -auraient excité à des actions honteuses ou tenu des propos déshonnêtes; - -2º D’avertir les prêtres chargés d’entendre les confessions qu’ils sont -tenus d’exiger de leurs pénitents la dénonciation de ceux qui, de -quelque façon que ce soit, les auraient excités à des actions honteuses; - -3º Il défendit de dénoncer comme coupables les confesseurs innocents ou -de les faire dénoncer par d’autres et se réserva, pour lui et ses -successeurs, le cas d’une si exécrable turpitude, à moins que le -confesseur ne fût à l’article de la mort; - -4º Il déclara que les prêtres qui se seraient souillés d’un crime aussi -infâme ne pourraient jamais absoudre leurs complices, même en temps de -jubilé, à moins que ce ne fût à l’article de la mort et prononça -l’excommunication majeure réservée au Saint-Siège contre celui qui -oserait le faire. - -_Ces diverses constitutions pontificales n’ont jamais été publiées en -France, c’est pourquoi elles n’obligent pas strictement_, à moins de -statuts diocésains spéciaux. - - - - -CHAPITRE III - -DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LUXURE CONSOMMÉE CONTRE NATURE. - - -La luxure consommée contre nature consiste dans l’effusion de la matière -séminale d’une façon contraire à la génération, soit en dehors de -l’union charnelle, soit dans cette union. - -On en compte trois espèces différentes: - -Les plaisirs voluptueux ou pollution; - -La sodomie; - -La bestialité. - - -ARTICLE PREMIER - -DE LA POLLUTION - -La pollution qu’on appelle aussi plaisir voluptueux ou incontinence -secrète consiste dans l’effusion de la semence en dehors de toute union -charnelle. - -La semence est une humeur ou sécrétion gluante que le Créateur a -destinée à la génération et à la conservation de l’espèce: elle diffère -donc essentiellement de l’urine qui est formée par la sécrétion des -aliments et que la nature, pour se soulager, rejette comme les -excréments. - -Il y a trois sortes de pollutions: - -1º La pollution simple et qualifiée; - -2º La pollution volontaire ou involontaire; - -3º La pollution volontaire en soi ou dans sa cause. - -La pollution est _simple_ quand il ne vient pas s’y ajouter une malice -étrangère, par exemple, lorsque quelqu’un dégagé de tout lien avec un -homme ou avec une femme trouve son plaisir dans la masturbation. - -On la dit _qualifiée_ lorsqu’à sa propre malice vient s’y ajouter une -autre, soit de la part de l’objet auquel on pense, soit de la part de -celui sur lequel on pratique ou de celui qui pratique la masturbation: - -1º La masturbation revêt la malice de l’adultère, de l’inceste, du -stupre, du sacrilège, de la bestialité ou de la sodomie, selon que celui -qui s’y adonne pense à une femme mariée, à sa parente, etc. Ainsi -commettrait un horrible sacrilège celui qui porterait des désirs de -concupiscence sur la bienheureuse Vierge en se livrant à la masturbation -devant sa statue; - -2º De la part de celui sur lequel on pratique la masturbation, s’il est -marié ou consacré à Dieu par un vœu ou par les ordres sacrés; - -3º De la part de celui qui pratique la masturbation, si, par exemple, -c’est un religieux ou un prêtre. - -Toutes ces circonstances doivent nécessairement être dévoilées en -confession parce qu’elles changent la nature du péché. - -La pollution volontaire est celle qu’on pratique directement ou dont on -recherche volontairement la cause. Elle est involontaire lorsqu’elle se -produit sans la coopération de la volonté soit à l’état de veille, soit -pendant le sommeil. - -Comme la pollution tout à fait involontaire ne peut être un péché, nous -n’en parlerons pas ici, en tant que péché. - -C’est pourquoi nous traiterons: - -1º De la pollution volontaire en soi; - -2º De la pollution volontaire dans sa cause; - -3º De la pollution nocturne; - -4º Des mouvements désordonnés; - -5º De la conduite des confesseurs à l’égard de ceux qui ont l’habitude -de se livrer à la pollution. - - -§ I - -DE LA POLLUTION VOLONTAIRE EN SOI. - -Plusieurs probabilistes ont prétendu, avec _Caramuel_, que la -masturbation n’était pas défendue par la loi naturelle; que l’éjection -de la semence pouvait être comparée à un excès de sang, de lait, d’urine -et de sucre et que, par conséquent, si ce n’étaient les prohibitions de -la loi positive, il serait permis de provoquer l’éjaculation comme utile -à la santé toutes les fois que la nature le demanderait. En cela ils -sont contraires à l’opinion de tous les théologiens. - -PROPOSITION.--_La masturbation considérée en elle-même est un grave -péché contre nature._ - -Cette proposition est conforme à l’Écriture sainte, à l’autorité -d’Innocent XI, à l’opinion unanime des théologiens et de la raison. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il a été certainement dans l’esprit du Créateur d’affecter la semence -humaine et l’acte vénérien tout entier à la procréation et à la -perpétuité de l’espèce. S’il était permis de se livrer une fois à la -masturbation, il n’y aurait pas de raison pour n’y pas revenir, et c’est -ce qu’on ne peut admettre. De plus, on est exposé par le plaisir qui est -inséparable de la masturbation, au danger d’en contracter l’habitude; et -nous établirons plus loin que c’est une grave faute de se livrer à la -masturbation à cause des fâcheux résultats qu’elle entraîne... - -... D’où on doit conclure, qu’il n’est jamais permis de provoquer -directement l’éjaculation même quand il s’agit de conserver la santé ou -la vie, car, pratiquée même dans ce but, la fornication est un acte -illicite; et la comparaison faite par Caramuel de la semence humaine -avec le sang, le lait, l’urine et la sueur, n’a pas de valeur, puisque -la destination de l’une est tout à fait différente de celle des autres. -On ne doit pas non plus se baser sur ce qu’il est quelquefois permis de -pratiquer la saignée ou d’amputer un membre et même les vases -spermatiques,--le phallus et les testicules,--car le sang et les membres -sont subordonnés à la santé de l’individu et peuvent être enlevés dans -le but de lui conserver la vie; le sperme, au contraire, n’a pas été -créé en faveur de l’individu mais bien pour la conservation de l’espèce. -Du reste, une saignée ou une amputation ne peuvent entraîner aucun -danger, et on ne saurait en dire autant de la masturbation. - - -§ II - -DE LA POLLUTION VOLONTAIRE DANS SA CAUSE. - -On distingue ordinairement deux causes de pollution: une prochaine et -une éloignée. Les causes prochaines tendent par elles-mêmes à -l’éjaculation, comme les attouchements des parties génitales sur soi ou -sur autrui, les regards que l’on porte sur elles, les paroles obscènes -ou amoureuses, et les pensées honteuses. - -Les causes éloignées influent d’une manière moins directe sur la -pollution: ce sont les excès dans le boire et le manger, l’étude des -questions vénériennes, la confession, etc. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il est certain: - -1º Que celui qui, volontairement, même pour un instant, sans intention -et pour une cause accidentelle se complaît dans la masturbation, pèche -mortellement. C’est ce que personne ne niera. - -2º Il en est de même de celui qui fait une action influant directement -sur l’éjaculation, en touchant ou regardant amoureusement sur soi ou sur -autrui les parties qui doivent rester voilées et qui paraît désirer -l’éjaculation qui peut en résulter, ne chercherait-il pas à la -provoquer; c’est de toute évidence. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3º En cas de grave nécessité, l’action qui tend à un but légitime ne -fournit pas matière à pécher... Ainsi ne pèche pas le chirurgien qui, -pour guérir une infirmité ou faire un accouchement, touche ou regarde -les parties pudiques d’une femme et qui, à cette occasion, éprouve les -effets de la masturbation, pourvu cependant qu’il n’y consente pas, -s’exposerait-il même au danger du consentement. Mais, il serait obligé -de renoncer à son art s’il tombait fréquemment dans ce danger; car la -nécessité de son propre salut doit l’emporter sur toutes les autres. - -4º Ne pèche pas celui qui, pour son utilité ou celle d’autrui, fait une -action qu’il sait être de nature à amener l’éjaculation... Aussi, est-il -permis d’étudier, dans un but honnête, les _choses_ vénériennes, -d’entendre les confessions de femmes, de converser avec elles d’une -manière utile et honnête, de leur rendre visite et de les embrasser à la -manière des parents... - -5º On pèche mortellement en faisant une action véniellement mauvaise si -elle influe sur la pollution d’une manière prochaine: cela résulte de ce -qui vient d’être dit. Ainsi, celui qui est trop sensible aux aiguillons -de la chair, qui éjacule lorsque ses regards se portent sur certaines -parties du corps d’une femme, ou lorsqu’il touche ses mains ou s’il -presse ses doigts, ou s’il cause avec elle ou quand il l’embrasse d’une -manière honnête mais sans motif, ou lorsqu’il assiste à des bals, -celui-là devra s’abstenir de ces actions sous peine de péché mortel. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ III - -DE LA POLLUTION NOCTURNE - -Par pollution nocturne on entend l’éjaculation qui se produit pendant le -sommeil. Si le sommeil est imparfait, l’éjaculation peut être -semi-volontaire, et le péché, par conséquent, véniel. L’éjaculation -n’étant nullement volontaire dans le sommeil parfait ne peut entraîner -de péché; car, dans ce cas, elle ne peut être mauvaise que dans sa -cause. - -Il est certain que celui ou celle qui a préparé une cause dans -l’intention de provoquer l’éjaculation pendant le sommeil, en prenant -certaines positions dans son lit, ou par des attouchements voluptueux, -ou par des lectures de roman, pèche mortellement. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: 1º Ce que doit faire celui qui, en s’éveillant, s’aperçoit -qu’il est sur le point d’éjaculer? - -_Réponse._ Il doit élever son esprit vers Dieu, l’invoquer, faire le -signe de la croix, s’abstenir de provoquer l’écoulement de la semence, -renoncer au plaisir voluptueux; pourvu qu’il agisse ainsi, il peut se -considérer comme exempt de péché, et il n’est pas tenu de contenir -l’impétuosité de la nature; car déjà la sécrétion des humeurs s’est -faite dans les vases spermatiques; il est nécessaire que l’éjaculation -se fasse immédiatement ou plus tard, sans quoi le sperme venu des reins -se corromprait au détriment de la santé. - -_On demande_: 2º S’il est permis de se réjouir de l’éjaculation -lorsqu’elle se produit dégagée de tout péché, en tant qu’elle décharge -la nature, ou de la désirer à ce point de vue? - -_Réponse._ Les auteurs enseignent généralement qu’il est permis de se -réjouir des bons effets de la pollution involontaire qui se produit soit -pendant le sommeil, soit pendant la veille. Car, sous ce rapport, elle -opère un bon résultat. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: 3º Ce que l’on doit penser de la _distillation du sperme_? - -_Réponse._--La distillation est l’écoulement qui se fait goutte à -goutte, et sans mouvements de concupiscence, d’une semence imparfaite ou -autre humeur muqueuse. Si elle se produit sans plaisir vénérien, comme -il arrive quelquefois à cause de la faiblesse des organes ou des -chatouillements provenant d’un prurit insupportable, il ne faut pas, -disent _Cajetan_ et les théologiens en général, s’en occuper plus que de -la sueur. - - -§ IV - -DES MOUVEMENTS DÉSORDONNÉS - -Ces mouvements consistent en certaines commotions des parties génitales -qui disposent plus ou moins à l’éjaculation; ils peuvent être graves ou -légers; graves lorsqu’ils sont accompagnés d’un danger prochain -d’éjaculation; légers dans le cas contraire. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: Si celui qui reste indifférent aux mouvements voluptueux -qui se produisent en dehors de sa volonté, qui ne les approuve ni ne les -désapprouve, commet un péché et quelle en est la gravité? - -_Réponse._ Tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’une pareille -indifférence est un péché véniel, car l’esprit est tenu d’éprouver de la -répugnance pour les mouvements voluptueux désordonnés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ V - -DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DE CEUX QUI SE LIVRENT A LA -MASTURBATION - -Il n’y a pas de vice plus nuisible sous tous les rapports aux jeunes -gens et aux jeunes filles que l’habitude de se livrer à la pollution, -c’est-à-dire, de se masturber. - -En effet, ceux qui ont pris cette mauvaise habitude tombent dans -l’endurcissement, l’hébétement, le dégoût de la vertu et le mépris de la -religion. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Voici le moyen pour le confesseur de découvrir si son pénitent se livre -à la masturbation: d’abord interroger le pénitent sur les pensées, les -paroles déshonnêtes, les nudités devant d’autres personnes et les -attouchements sur soi ou sur d’autres, ou ce qu’il a permis à d’autres -de lui faire. S’il n’est pas encore arrivé à l’âge de puberté, il ne -doit pas être interrogé sur la masturbation; car il n’est pas probable -qu’il l’ait pratiquée, à moins qu’il ne paraisse très corrompu. Mais -s’il est pubère, qu’il ait pratiqué des attouchements impudiques avec -d’autres personnes et surtout qu’il ait couché avec des enfants plus -âgés que lui, il est moralement certain qu’il y a eu éjaculation, et il -est suffisamment clair que la masturbation s’est faite. - -Le confesseur peut cependant dire prudemment: - -_Avez-vous ressenti des mouvements dans le corps (ou dans la -chair)?--Avez-vous éprouvé dans les parties secrètes une agréable -délectation après laquelle les mouvements se sont calmés?_ - -Si le pénitent répond oui, il est raisonnable de penser qu’il s’est -masturbé; car les mouvements violents suivis d’un plaisir semblable -indiquent d’une manière certaine que l’éjaculation s’est produite, qu’il -s’agisse de l’un ou de l’autre sexe. - -L’écoulement est toujours extérieur chez les mâles; mais l’éjaculation -ne se produit pas de la même manière chez les femmes, puisqu’il est -probable aujourd’hui que les femmes ne répandent pas de sperme. -Cependant, à la suite de mouvements désordonnés, il y a souvent -écoulement intérieur, et rarement extérieur, d’une espèce d’humeur -muqueuse. Pendant que cet écoulement a lieu, se produisent des -sensations extrêmement agréables, qu’on désigne plus particulièrement -sous le nom de _jouissance_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DE LA SODOMIE - -Saint Thomas, 2. 2, q. 154, art. 11, définit ainsi cette monstrueuse -corruption qui tire son nom des habitants de Sodome: _Accouplement entre -deux personnes du même sexe, par exemple d’un homme avec un homme, ou -d’une femme avec une femme_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Peu importe le _vase_ dans lequel pratiquent le coït, les mâles entre -eux ou les femmes entre elles, que ce soit dans le vase de devant ou -dans celui de derrière,--dans la matrice ou dans l’anus--ou sur une -autre partie du corps, puisque la malice de la sodomie consiste dans -l’affection pour le sexe _interdit_, et que, dans son genre, elle est -complète, par l’application en manière d’union charnelle, des parties -génitales sur une partie du corps d’une personne du même sexe. Il n’y a -cependant pas sodomie, parce qu’il n’y a pas union charnelle, lorsqu’on -applique seulement les mains, les pieds ou la bouche sur les parties -génitales d’un autre,--homme ou femme--l’éjaculation se produirait-elle -des deux côtés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il y a une autre espèce de sodomie qui consiste dans l’union charnelle -entre personnes de différents sexes, mais hors du _vase_ naturel: dans -la partie de derrière, c’est-à-dire dans l’anus, ou dans la bouche, -entre les seins, entre les jambes ou les cuisses, etc. Quoique ce genre -d’infamie ne tombe pas sous les peines portées contre la sodomie -proprement dite, il n’en est pas moins certain que cet acte contre -nature constitue un crime énorme et, dans notre diocèse, c’est un cas -réservé. - - -ARTICLE TROISIÈME - -DE LA BESTIALITÉ - -La bestialité résulte de l’accomplissement des actes vénériens avec des -êtres appartenant à l’animalité, c’est-à-dire avec des animaux, des -bêtes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Quelle que soit l’espèce à laquelle appartienne l’animal, le péché ne -change pas de nature, et la différence des sexes ne l’aggrave pas -beaucoup, parce que sa malice vient de ce qu’il est contre nature. Il -n’est donc pas nécessaire de faire connaître en confession l’espèce, le -sexe et les autres qualités des bêtes, mais il faut dire si le péché a -été accompli par l’écoulement de la semence ou s’il y a eu seulement -essai. Dans notre diocèse, l’un et l’autre de ces cas sont réservés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - - - -CHAPITRE IV - -DES PÉCHÉS DE LUXURE NON CONSOMMÉE - - -La luxure non consommée est celle qui n’arrive pas jusqu’à l’écoulement -de la semence. A cette espèce se rapportent: la délectation _morose_ ou -contemplative, les baisers, les attouchements et regards impudiques, la -parure des femmes, les peintures et sculptures indécentes, les paroles -déshonnêtes, les danses, bals et spectacles. Nous traiterons rapidement -ces divers sujets au point de vue pratique. - - -ARTICLE PREMIER - -DE LA DÉLECTATION MOROSE - -Sous ce titre sont comprises toutes les pensées mauvaises en fait de -luxure, à savoir: le désir, le plaisir et la délectation morose ou -contemplative. - -Le désir est un acte de la volonté qui a pour objet une action mauvaise -comme la fornication, ou qui a pour but d’arriver à l’accomplissement de -cette action. - -Le plaisir, au contraire, se rapporte au passé: c’est la délectation -dans le souvenir d’une mauvaise action, comme, par exemple, quand on -évoque le souvenir d’un acte charnel déjà accompli, ou de mauvais propos -qui ont été tenus. - -La fornication morose ou contemplative n’est autre chose que le -ressouvenir d’une action mauvaise que l’imagination nous représente -comme réelle, mais sans désir de l’accomplir; par exemple, lorsqu’on -s’imagine qu’on se livre à la fornication. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: s’il est permis aux personnes mariées et veuves de prendre -plaisir à la pensée de l’acte charnel--le coït--à venir ou passé? - -_Réponse_: 1º Les fiancés et les veufs ne pèchent pas en pensant que le -plaisir est attaché à ces actes, ni en prévoyant qu’ils éprouveront ce -plaisir ou en se souvenant qu’ils l’ont éprouvé; car il est évident que -cette notion n’est pas le plaisir dans l’acte vénérien. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_Réponse_: 2º Pèchent mortellement les personnes fiancées, ou les -personnes veuves, qui donnent leur consentement à la délectation -charnelle que produit en elles la prévision de l’acte futur ou le -souvenir de l’acte passé; car elles se figurent l’acte charnel comme -s’accomplissant actuellement et elles y prennent volontairement plaisir. -Or, l’acte charnel s’accomplissant actuellement est, à leur égard, une -fornication, puisqu’elles ne sont pas mariées. - -_Réponse_: 3º L’époux qui, en l’absence de son épouse, prend plaisir à -l’acte charnel comme s’accomplissant actuellement, commet probablement -un péché mortel, surtout si les esprits génitaux en sont gravement -agités, non pas précisément parce qu’il consent à une chose qui lui est -défendue, mais parce qu’il s’expose ordinairement à un grave danger -d’éjaculation. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DES BAISERS, DES ATTOUCHEMENTS, DES REGARDS IMPUDIQUES ET DE LA PARURE -DES FEMMES - -Nous ferons observer qu’il ne s’agit pas ici des baisers, attouchements, -etc., entre personnes mariées, mais entre personnes libres: nous -parlerons ailleurs des personnes mariées. - - -§ I - -DES BAISERS - -1º Les baisers sur les parties honnêtes du corps, comme la main et la -joue, ne sont pas mauvais de leur nature, même entre personnes de sexe -différent: cela est conforme à l’opinion générale et à la pratique -partout admise dans le monde. - -D’où il suit: 1º Qu’on ne trouve aucune espèce de mal dans les baisers -que les enfants incapables de passions sont dans l’habitude d’échanger. - -2º Qu’il n’y a pas de péché dans les baisers que donnent aux enfants qui -leur sont confiés les mères, les nourrices, etc. - -3º Ni, ordinairement du moins, dans ceux que d’autres personnes, hommes -ou femmes, donnent aux enfants en bas âge de l’un ou l’autre sexe. - -4º Les baisers même honnêtes, motivés par la passion, donnés ou reçus, -entre personnes du même sexe ou de sexe différent, sont des péchés -mortels. Mais les baisers sur les parties inusitées du corps, par -exemple sur la poitrine, sur les seins, ou à la mode des colombes en -introduisant la langue dans la bouche d’une autre personne, sont -présumés avoir la passion pour mobile, ou du moins mettent dans un grave -danger d’y succomber et pour cette raison, ne peuvent être excusés de -péché mortel. - -5º Il est certain qu’on doit regarder comme péchés mortels les baisers, -mêmes honnêtes, qui mettent dans le danger prochain de pollution ou de -mouvements de violente passion, à moins que, par hasard, il n’y ait de -graves raisons de les donner ou de les permettre; car c’est pécher -mortellement que de s’exposer au danger sans nécessité. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DES ATTOUCHEMENTS IMPUDIQUES - -1º Je suppose des attouchements faits sur soi ou sur d’autres sans -intentions lubriques; car alors ce seraient des péchés mortels. - -2º Si ces attouchements sont faits par pure nécessité, comme pour -soigner des infirmités, ce ne sont nullement des péchés, mettraient-ils -en mouvement les esprits génitaux et exciteraient-ils la pollution, -pourvu qu’il n’y ait pas consentement; cela résulte de ce que nous avons -dit plus haut en parlant de la pollution. - -3º On ne saurait excuser du péché mortel ceux qui, sans cause légitime, -se livrent à des attouchements honteux sur des personnes de l’un ou -l’autre sexe, à cause du danger évident de la commotion des esprits et -de la pollution. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -4º Une femme pécherait mortellement si, même sans être dominée par la -passion, elle permettait des attouchements sur ses parties pudiques ou -sur celles qui les avoisinent, sur les cuisses ou bien sur les seins; -car alors elle s’exposerait évidemment au danger vénérien et -participerait, en plus, à la passion d’autrui; elle devrait repousser -aussitôt l’agresseur, le réprimander, le frapper, repousser violemment -la main, le fuir ou crier si elle pouvait compter sur du secours. -_Billuart_, t. 13, p. 473. - -5º Celui qui se complaît _sans motif_ dans les attouchements des parties -vénériennes commet un péché véniel ou mortel, suivant le danger qu’il -court de ne pas s’arrêter là. En effet, le danger n’est pas le même pour -tout le monde; chez beaucoup de personnes, les sens sont ébranlés par -les moindres attouchements qui les mettent dans le danger prochain de -pollution; d’autres ont l’insensibilité du bois et de la pierre. Ces -derniers, donc, ne sont point tenus à une aussi grande vigilance que -ceux qui sont plus portés aux actes vénériens. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -6º On ne doit pas regarder comme constituant des péchés mortels les -attouchements faits, en jouant ou par légèreté, sur les parties honnêtes -d’une autre personne, soit du même sexe, soit de sexe différent, -lorsqu’il n’y a pas grave danger d’exciter les passions. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Mais au contraire, le jeune homme qui attire une jeune fille sur ses -genoux, l’y retient assise ou l’étreint en l’embrassant, commet, du -moins ordinairement, un péché mortel, et on ne peut pas davantage -excuser d’un semblable péché la femme qui s’y prête volontiers. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -7º C’est un péché mortel, rentrant dans la catégorie de la bestialité, -de toucher, d’une manière lascive, les parties génitales des animaux. -C’est encore un péché mortel de les manier par curiosité, par -plaisanterie ou légèreté, jusqu’à l’écoulement de la semence, non pas à -cause de la déperdition de la semence de la bête, mais parce que cette -action excite fortement les passions de celui qui s’y livre. Voy. _S. -Liguori, l. 3, nº 420_, _Collet_, _Billuart_ et beaucoup d’autres. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ III - -DES REGARDS IMPUDIQUES - -L’expérience prouve que les regards influent moins sur l’acte vénérien -que les attouchements; il est certain cependant que ce sont très souvent -des péchés mortels ou véniels, suivant l’intention, le consentement ou -le danger qui en résulte. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Ne pèchent peut-être pas mortellement, même ceux ou celles qui se -regardent entre eux à l’état de nudité et qui n’ont pas atteint l’âge de -puberté, parce que de pareilles passions n’existent pas encore chez eux. -On devrait autrement décider s’ils couraient un grave danger. - -Pèche mortellement celui qui se complaît à regarder ses propres parties -pudiques, car il est presque impossible que ces regards ne fassent pas -naître chez lui des mouvements lubriques. Il en serait autrement s’il -les regardait par pure curiosité, et surtout s’il y avait lieu de -présumer qu’il n’a pas couru un grave danger. Il n’y aurait pas de péché -si, tout danger de lubricité écarté d’ailleurs, ces regards étaient -nécessaires ou utiles. - -C’est un péché mortel de regarder complaisamment--_morosè_--les seins -nus d’une belle femme, à cause du danger inséparable de ces regards. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Ce n’est pas un péché mortel de regarder, par simple curiosité, les -parties génitales des animaux ou d’assister à leur coït; car il n’en -résulte pas, d’ordinaire, un grave danger. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ IV - -DE LA PARURE DES FEMMES - -_S. Thomas, 22, q. 169, art. 2_, _Sylvius, t. 3, p. 871_, _Pontas_, -_Collet_, _Billuart_, _etc._, donnent un traité spécial sur la parure -des femmes. - -Les soins du corps peuvent être étudiés sous un quadruple point de vue: - -1º Le protéger contre les injures de l’air; - -2º Couvrir les parties pudiques; - -3º Conserver, selon la mode, la décence qui convient à son état; - -4º Augmenter sa beauté et plaire à autrui. - -Les premier et deuxième aspects de la question sont nécessaires; le -troisième est convenable et licite, car il est conforme à la raison que -chacun conserve, selon la mode, la décence qui convient à son état. Nous -parlerons donc de la parure considérée du quatrième point de vue. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -C’est évidemment un péché mortel de prendre les vêtements d’un autre -sexe avec des intentions ou grave danger de lubricité, ou lorsqu’il en -résulte un grand scandale. Il n’y a point de péché lorsqu’on les prend -par nécessité, par exemple, pour se cacher ou parce qu’on n’en a pas -d’autres, pourvu qu’il n’en résulte ni scandale ni danger. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Ceux qui, dans les réunions publiques, portent des vêtements étrangers -et bizarres et des masques peuvent rarement être excusés de péché mortel -à cause de l’inconvenance, du danger et du scandale qui en résultent. -Sont également coupables de péché mortel ceux qui confectionnent ou -vendent ces vêtements ou ces masques pour servir uniquement à un pareil -usage. Il n’en est pas ainsi de ceux qui regardent les personnes -masquées et s’en amusent, à moins que sous un autre rapport, comme -clercs par exemple, ils ne donnent matière à scandale. - -8º C’est un péché mortel, pour une femme, de se découvrir les seins ou -de les laisser voir sous une étoffe trop transparente; car c’est là une -grave provocation à la lubricité, dit Sylvius, _t. 3, p. 872_. Par -contre, ce n’est pas un péché mortel de découvrir un peu la gorge en se -conformant à la mode, lorsque c’est sans mauvaises intentions et qu’il -n’en résulte aucun danger; c’est la décision de _S. Antoine_, de -_Sylvius_, de _S. Liguori, l. 2, nº 55_, etc. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE TROISIÈME - -DES DISCOURS DÉSHONNÊTES, DES LIVRES OBSCÈNES, DES DANSES OU DES BALS ET -DES SPECTACLES - - -§ I - -DES DISCOURS DÉSHONNÊTES - -Les discours déshonnêtes de leur nature ne sont pas mauvais en soi comme -le prouve l’exemple des médecins, des théologiens, des confesseurs, -etc., qui, sans pécher, peuvent traiter les sujets honteux. - -Il y a péché mortel, au contraire, dans toute parole obscène et dans de -simples équivoques lancées dans un but de lubricité ou de délectation -charnelle volontaire, ou bien faisant courir à soi-même ou aux autres un -grave danger de consentement. Bien plus, ces péchés s’aggravent en -raison du nombre de personnes qui écoutent et auxquelles ils sont -nuisibles. Cela est de toute évidence, d’après ce que nous venons de -dire. - -Ce serait, par conséquent, un péché mortel de parler d’une manière -gravement obscène, de prononcer le nom des parties pudiques de l’autre -sexe, de parler du coït et des modes du coït, le ferait-on sans -délectation, par légèreté, pour exciter le rire: car ces propos sont de -nature à provoquer des mouvements lubriques, _surtout_ chez les -personnes _non mariées_ et encore jeunes, selon ces paroles de _S. Paul_ -aux _Corinth._, I, _Épit. 15_, 33: _Les mauvais discours corrompent les -bonnes mœurs._ - -Ce n’est pas un péché mortel de tenir des discours légèrement obscènes -et équivoques sous le frivole prétexte du besoin de parler, ou de les -tenir en plaisantant, à moins que ceux qui les entendent ne soient assez -faibles pour en être scandalisés. - -Les entretiens sur des sujets voluptueux, dans des lieux écartés, entre -des personnes de sexe différent, surtout s’ils se prolongent et se -répètent souvent, sont très dangereux et le signe du naufrage prochain -de la chasteté; on doit donc les éviter avec soin quoiqu’on ne puisse -pas toujours les considérer comme des péchés mortels. - -Les jeunes confesseurs doivent éviter, avec le plus grand soin d’exciter -une trop vive sensibilité chez les jeunes filles ou les femmes et de -s’en faire aimer. - -Nous conseillons surtout aux jeunes confesseurs de ne jamais retenir les -jeunes femmes auprès d’eux, de ne pas les visiter, de ne pas parler -familièrement avec elles, et, à plus forte raison de ne pas les -embrasser et de ne pas les introduire dans leur chambre. - - - - -SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DU MARIAGE - - -Il existe des questions nombreuses d’une grave importance et sur -lesquelles on est appelé à se prononcer chaque jour, concernant le -traité du mariage, et que la prudence ne permet pas d’exposer dans un -cours public de théologie. Les prêtres qui sont à la veille d’être -revêtus des redoutables fonctions de directeur des âmes ne devant pas -ignorer ces questions, nous avons l’habitude de les exposer et de les -développer devant nos diacres. On peut ramener ces questions à deux -principales, savoir: - -1º De l’empêchement par impuissance; - -2º Du devoir conjugal. - - - - -PREMIÈRE QUESTION - -DE L’EMPÊCHEMENT PAR IMPUISSANCE - - -L’essence du mariage est l’acte charnel consommé et accompli--le -_coït_.--Le mariage est consommé par l’écoulement de la semence de -l’homme, ou _sperme_, dans le vase naturel de la femme--le vagin--ou par -l’accouplement de l’homme et de la femme,--le membre viril introduit -dans la matrice--de telle manière qu’ils ne forment qu’une seule et même -chair, selon ces paroles de la Genèse: _Et ils seront deux dans une même -chair._ - -Toutes les fois que le membre viril devenu rigide a pénétré dans le -vagin, et que l’écoulement de la semence de l’homme a eu lieu, le -mariage est réputé consommé, abstraction faite d’un écoulement analogue -chez la femme, chose que d’ailleurs on ne peut pas reconnaître -positivement et qui, d’après beaucoup de personnes, n’est absolument -nécessaire ni à la conception ni à l’accomplissement de l’acte conjugal. -L’impuissance n’est donc pas autre chose que l’impossibilité de -consommer le mariage dans les conditions plus haut exposées. - -Par conséquent, ceux qui n’ont qu’un testicule ne sont pas impuissants, -car ils peuvent introduire leur membre dans le vagin d’une femme et -répandre la semence prolifique. On ne doit pas non plus regarder comme -impuissants les vieillards même décrépits. On a vu, en effet, des -centenaires avoir des enfants de leur commerce avec de très jeunes -filles. - -Les femmes stériles ne sont pas, pour ce motif, impuissantes; car il -peut arriver que l’introduction du membre viril ait lieu et qu’elles -reçoivent la semence de l’homme sans la retenir ou que toute autre cause -les empêche de concevoir. Lorsque l’écoulement de la semence a lieu dans -le vase naturel,--c’est-à-dire dans la matrice,--l’acte conjugal est -accompli et l’impuissance n’existe pas, quoique, par suite de -circonstances accidentelles, la conception n’ait pas lieu. Sont au -contraire réellement impuissants les vieillards trop faibles pour -introduire leur membre dans le vagin d’une femme, ou tellement décrépits -que, chez eux, l’éjaculation ne puisse plus se manifester. Il en est de -même de ceux auxquels manquent les deux testicules ou qui, par accident, -ont eu les testicules broyés, parce qu’ils ne peuvent produire la -semence prolifique. - -On constate plusieurs espèces d’impuissance: - -L’impuissance naturelle est celle qui provient d’une cause naturelle et -intrinsèque; chez l’homme, par exemple, une froideur invincible qui -s’oppose à une érection suffisante, une trop grande surexcitation qui -occasionne l’écoulement de la semence avant que l’acte charnel ait pu -s’accomplir, ou bien l’absence de la verge ou des testicules; chez la -femme, le rétrécissement des parties génitales, qui s’oppose à -l’introduction du membre viril, ce qui se rencontre chez beaucoup de -femmes. - -L’impuissance absolue est celle qui rend une personne impuissante à -l’égard de toute autre; c’est le cas d’un homme privé de ses deux -testicules ou qui est d’un tempérament absolument froid. - -L’impuissance relative diffère de l’impuissance absolue en ce qu’elle se -rapporte à telle ou telle personne et non à la généralité; une femme, -par exemple, peut avoir le vagin trop étroit pour le membre viril de son -mari et non pour celui d’un autre homme; enfin, un homme peut se trouver -sous l’influence d’un maléfice ou éprouver de la froideur pour une jeune -fille et non pour une autre. - -L’impuissance perpétuelle est celle dont on ne guérit pas avec le temps, -pour laquelle se trouvent sans effet les remèdes naturels et licites. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: Si un homme et une femme, bien instruits de leur commune -impuissance ou de celle de l’un d’eux, peuvent contracter mariage avec -l’intention de se prêter un mutuel secours et de rester toujours dans la -chasteté. - -_Réponse_: _Sanchez, l. 7. disp. 97, nº 13_, et beaucoup d’autres -théologiens qu’il cite affirment que le mariage est licite dans ce cas, -et ils appuient leur opinion des preuves suivantes: ceux qui ont -contracté mariage, quoique atteints d’une pareille infirmité, peuvent -habiter ensemble comme frère et sœur, en évitant le danger de tomber -dans le péché; si donc ils pensent raisonnablement que ce danger n’est -pas à craindre, ils peuvent s’épouser en vue de s’aider mutuellement, -malgré la connaissance qu’ils ont de leur impuissance. C’est ainsi que -la bienheureuse Vierge et S. Joseph contractèrent un vrai mariage avec -l’intention formelle de se conserver chastes et de ne pas user du coït. - -_On demande_: Ce que doit faire une femme qui sait positivement que son -mari est impuissant et qui a un enfant des œuvres d’un autre homme, -lorsque son mari, qui se croit le père de cet enfant, veut user de ses -droits conjugaux. - -_Réponse_: Il faut d’abord s’assurer si la femme ne considère pas comme -certaine une impuissance qui est tout au plus douteuse; mais en -supposant que l’impuissance soit certaine, elle ne doit autoriser aucune -licence, devrait-elle s’exposer à de grands désagréments en repoussant -son mari, car elle ferait des actes intrinsèquement mauvais; dans cette -fâcheuse hypothèse, elle doit s’y prendre de son mieux pour persuader à -son mari qu’il doit, dorénavant, vivre dans la continence sous prétexte, -par exemple, qu’il est vieux ou qu’un seul enfant suffit à leur bonheur, -et en affirmant qu’elle a en horreur l’acte conjugal, etc. Si un jour le -mari vient à partager cette manière de voir, elle pourra lui parler en -ces termes: _Afin de ne pas succomber à la tentation et pour ne pas être -détournés de notre résolution, faisons ensemble vœu de continence -perpétuelle._ Si le mari consent à faire ce vœu, la femme pourra se -considérer comme étant à l’abri de nouvelles sollicitations; elle pourra -repousser ses caresses, s’il voulait encore user des licences -conjugales, et cela sans donner lieu à aucun soupçon de sa part; elle -donnera pour prétexte à ses refus leur double vœu. La femme ne doit pas -oublier qu’elle est tenue de réparer le préjudice qu’elle a causé à son -mari ou à ses héritiers, en introduisant un bâtard dans la famille, -ainsi que nous l’avons dit dans le traité de la restitution. - -_On demande_: quelle est la conduite à tenir lorsqu’on ne sait pas d’une -manière positive si l’impuissance est temporaire ou si elle est -perpétuelle. - -_Réponse_: Il s’agit de l’impuissance naturelle et intrinsèque ou bien -de l’impuissance par maléfices. Dans le premier cas, à moins qu’il ne -s’agisse d’un défaut de conformation ou de l’absence d’une partie -essentielle des organes de la génération, il appartient uniquement aux -médecins de se prononcer sur la nature et la durée de cette impuissance, -dont les signes principaux sont chez l’homme: - -1º La difformité des parties génitales, de la verge, par exemple son -volume trop grand ou trop petit; - -2º Une insensibilité absolue mettant empêchement à l’écoulement de la -semence prolifique; - -3º Une aversion naturelle pour tout commerce charnel et pour tout acte -vénérien; - -4º Une mauvaise conformation des testicules. - -Cette impuissance se reconnaît chez la femme: - -1º Lorsque l’utérus ou vagin est trop étroit ou complètement fermé; - -2º Lorsqu’il est mal placé ou que la matrice se trouve dans une position -anormale. - -Les canonistes, et surtout les évêques, ont à se prononcer sur -l’impuissance qui provient des maléfices et qu’on reconnaît à certains -indices: - -1º Lorsque la femme, qui d’ailleurs aime son mari, ne peut supporter son -approche croyant qu’il ne pourra pas se livrer avec elle à l’acte -conjugal; - -2º Lorsque deux époux, au moment de se livrer au coït, sont subitement -pris d’une haine violente l’un pour l’autre, quoiqu’ils s’aiment -d’ailleurs; - -3º Lorsqu’un mari, qui n’est pas impuissant avec les autres femmes, ne -peut accomplir le coït avec la sienne, quoiqu’elle n’ait pas le vagin -trop étroit et qu’elle n’oppose pas de résistance à l’accomplissement de -l’acte conjugal. - -Quoi qu’en disent certaines personnes dont _l’opinion_--suivant St -Thomas, _Suppl., q. 58, art. 2_--_a sa source dans l’infidélité ou -l’incrédulité_, il est certain que l’impuissance peut provenir d’un -maléfice. C’est ce que supposent de nombreux conciles et presque tous -les rituels, et c’est ce que reconnaissent tous les théologiens. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: Quelles sont les précautions dont le confesseur doit user -à l’égard des époux et quels sont les conseils qu’il doit leur donner. - -Il doit examiner avec une extrême attention si l’impuissance, qu’on -attribue à une cause naturelle, ne provient pas d’un excès de passion ou -d’autres causes dont on peut prévenir les effets; car alors il faudrait -employer des remèdes naturels pour combattre l’impuissance; les médecins -indiquent et prescrivent certains remèdes pour cet objet. Il existe -plusieurs causes naturelles qui éloignent l’homme du coït et qu’on peut -faire disparaître avec ou sans le secours des médecins, par exemple la -difformité de la femme, son haleine puante, la négligence dans ses -vêtements et sa toilette, le dégoût qu’elle inspire à son mari, le -mépris dont elle est l’objet, etc. En effet, la beauté et les autres -qualités qui rendent une femme aimable sont des excitants très puissants -pour l’accomplissement de l’acte conjugal. Dans ce cas, un confesseur -prudent doit surtout leur conseiller d’agir, avec bonne foi et des -intentions pures, sans passions désordonnées, sans haine, sans tiédeur, -en écartant tout sentiment d’inimitié ou de dégoût; il doit les engager -à se prêter aux positions les plus propices pour accomplir l’acte -charnel; il doit conseiller à la femme de prendre plus de soin de sa -toilette, de se montrer aimable pour son mari, de chercher à exciter ses -sens par des caresses et par des parures licites, enfin de s’ingénier à -trouver les moyens, suivant les paroles de l’apôtre lui-même, _de plaire -à son mari_. - -_On demande_: Si une femme, qui est impuissante parce qu’elle a le vagin -trop étroit, est tenue de consentir à ce qu’on fasse une incision à la -matrice lorsque les médecins déclarent que cette opération la mettra en -état d’accomplir l’acte conjugal. - -Tous les théologiens déclarent que la femme n’est pas obligée de se -soumettre à cette opération, lorsqu’il doit en résulter un gros danger -pour sa vie. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: Si le mariage est valide lorsque la femme, affligée d’un -rétrécissement, a été, par son commerce avec un autre homme, rendue -capable de se livrer à l’acte conjugal. - -_Réponse_: L’opinion la plus ordinaire est que le mariage est valide, -car on doit juger alors que l’impuissance n’était pas permanente; -cependant, si la femme avait le vagin tellement étroit à l’égard de son -mari que ce dernier n’eût jamais pu la connaître en usant des moyens -naturels et licites, l’impuissance devrait, dans ce cas, être considérée -comme respectivement permanente; dans cette hypothèse, le mariage serait -nul: or, il est évident que la femme ne doit pas faire disparaître ce -cas de nullité, par son commerce avec un autre homme; mais les époux -peuvent contracter, devant l’Église, un nouveau mariage d’un -consentement mutuel, après que la femme a été rendue capable de se -livrer à l’acte conjugal avec son mari, à la suite de fornications avec -un autre homme. - -_On demande_: Si on peut abandonner à leur bonne foi des époux atteints -d’une impuissance permanente, qui ignorent la nullité de leur mariage et -qui, après trois ans passés, essaient encore et sans succès, d’accomplir -l’acte conjugal. - -S’il était établi qu’ils sont dans la bonne foi et qu’un avertissement -resterait sans effet, il serait peut-être convenable de les laisser dans -l’ignorance; car dans ce cas on tolérerait un moindre mal, c’est-à-dire -un péché matériel pour en éviter un plus grand, c’est-à-dire un péché -formel. Il paraît peu probable que deux époux croient toujours de bonne -foi qu’il leur est permis de tenter un acte qu’ils n’accomplissent -jamais et qu’ils ne peuvent pas accomplir. Mais il peut arriver que -l’ignorance dans laquelle ils sont à cet égard devienne une excuse, -sinon de tout péché, du moins du péché mortel. C’est pourquoi nous -pensons qu’on doit les avertir et les détourner du péché; mais il est -ordinairement plus prudent de leur laisser ignorer la gravité du péché. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - - - -SECONDE QUESTION - -DU DEVOIR CONJUGAL - - -Nous divisons cette seconde question en trois chapitres: Le premier -traitera du devoir conjugal demandé et rendu; - -Le deuxième, de l’usage du mariage; - -Le troisième, de la conduite des confesseurs à l’égard des personnes -mariées. - - -CHAPITRE PREMIER - -DU DEVOIR CONJUGAL DEMANDÉ ET RENDU - -Nous diviserons le présent chapitre en trois articles: - -Dans le premier nous traiterons de l’acte conjugal considéré en soi; - -Dans le second, du devoir conjugal demandé; - -Et dans le troisième, du devoir conjugal rendu. - - -ARTICLE PREMIER - -DE L’ACTE CONJUGAL CONSIDÉRÉ EN SOI - -Nous avons prouvé, dans le traité du mariage, contre plusieurs -hérétiques, que le mariage considéré en soi était bon et honnête. - -Donc, si on rencontre quelque difficulté dans la matière, c’est au sujet -du coït pratiqué uniquement par passion ou pour prévenir l’incontinence. - - -§ I - -DU COIT PRATIQUÉ UNIQUEMENT PAR PASSION - -C’est un péché de se livrer à l’acte conjugal dans le seul but de se -procurer du plaisir, mais le péché est seulement véniel. La preuve que -le coït entre époux constitue un péché résulte: 1º De l’autorité -d’Innocent XI, qui condamna, en 1679, la proposition suivante, qui avait -pour objet de le déclarer licite: _L’acte conjugal pratiqué pour le seul -plaisir qu’il procure est exempt de tout péché, même véniel._ - - -§ II - -DE L’ACTE CONJUGAL PRATIQUÉ DANS LE BUT DE PRÉVENIR L’INCONTINENCE - -_On demande_: Si c’est un péché de demander le devoir conjugal dans le -seul but de prévenir l’incontinence et quelle espèce de péché a été -commis. Les théologiens sont divisés: beaucoup d’entre eux, prétendent -qu’il n’y a pas de péché dans le coït entre époux. - -Mais beaucoup d’autres prétendent que c’est un péché véniel de se livrer -à l’acte conjugal pour éviter l’incontinence. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: S’il est permis d’user du mariage par motif de santé. - -_Réponse_: Il est certain qu’il n’est permis ni de contracter mariage ni -d’en user uniquement dans le but de conserver ou de recouvrer la santé; -car une semblable fin est étrangère au mariage: on commettrait donc un -péché véniel en pratiquant l’acte conjugal pour cette raison-là, car il -serait dépourvu d’un but légitime. C’est l’opinion de _S. Thomas, -Suppl., q. 94, art. 5, sur la 4e_, et celle des théologiens en général. -Mais il n’y a pas de péché à contracter mariage et à user de l’acte -conjugal en se proposant le soulagement de la nature et la conservation -de la santé. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DE LA DEMANDE DU DEVOIR - -Les époux ne sont pas tenus de demander le devoir conjugal pour -eux-mêmes; car personne n’est tenu d’user de son droit. Ils y sont -cependant quelquefois tenus d’une manière accidentelle, savoir: - -1º Lorsqu’il est nécessaire d’avoir des enfants pour prévenir de graves -préjudices que pourraient en éprouver la religion ou la république; -c’est de toute évidence. - -2º Si l’un des époux, l’épouse principalement, fait connaître à certains -signes le désir d’user du remède que la pudeur l’empêche de demander, -l’autre époux doit prévenir le désir, et c’est plutôt, dans ce cas, -rendre le devoir implicitement demandé que le demander réellement. - -Mais il existe des cas nombreux dans lesquels il n’est pas permis de -demander le devoir, sous peine de péché mortel ou véniel: nous allons -traiter cette matière dans un double paragraphe. - - -§ I - -DE CEUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN EXIGEANT LE DEVOIR CONJUGAL - -L’époux pèche mortellement en exigeant le devoir conjugal dans les cas -suivants: - -1º S’il a fait vœu de chasteté avant ou après le mariage: car il est -tenu, par la force même de son vœu, de s’abstenir de tout acte vénérien -qui ne lui est pas commandé par un juste motif. C’est ainsi établi par -les _Décrétales, l. 3, tit. 32, c. 12_. Mais il est tenu de rendre le -devoir lorsque son conjoint le demande; en effet, ou il a fait son vœu -après avoir contracté mariage et alors il n’a pu aliéner les droits de -son conjoint; ou le vœu est antérieur au mariage, et il a commis un -grave péché en se mariant, mais il n’a pas moins donné à son conjoint ce -qu’il avait promis à Dieu, et l’époux qui n’avait pas connaissance de ce -vœu a acquis ses droits conjugaux; il peut donc user de ses droits sans -que l’autre époux puisse opposer des refus. C’est l’opinion de tous les -théologiens. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -2º L’époux qui aurait un commerce charnel, naturel et complet avec une -personne parente de son conjoint, par consanguinité, au premier ou au -second degré, perdrait le droit de demander le devoir conjugal et -commettrait un péché mortel en l’exigeant; car il aurait établi -l’affinité entre lui et son conjoint; on appelle cette affinité -empêchement survenant à un mariage contracté d’une manière valide. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Celui qui sait d’une manière certaine que son mariage est nul, pour -cause d’un empêchement d’affinité provenant d’un commerce illicite, par -exemple, ne peut demander ni rendre le devoir conjugal sous quelque -prétexte que ce soit, car il commettrait positivement un péché de -fornication: la raison l’indique clairement, et les _Décrétales, l. 5, -tit. 39, chap. 44_, sont très explicites sur ce point. - -Mais s’il a contracté mariage en doutant de sa validité, ou si, l’ayant -contracté, il doute de cette même validité, il doit rejeter ces doutes -comme des scrupules, et il peut demander le devoir conjugal, s’il vient -à s’apercevoir que ces doutes ne sont fondés sur aucune raison. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ II - -DE CEUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN EXIGEANT LE DEVOIR CONJUGAL - -1. Quelques théologiens, dont _saint Liguori, l. 6, nº 915_, cite -l’autorité, prétendent, après _saint Thomas_, que c’est un péché mortel -de pratiquer le coït avec sa femme pendant le temps des menstrues, -c’est-à-dire de l’écoulement du sang qui se produit ordinairement chaque -mois chez les femmes capables de devenir enceintes, à cause du préjudice -causé à l’espèce, et de la défense divine portée dans le Lévitique, 20, -18; mais d’autres enseignent plus ordinairement que c’est bien là un -péché à cause de l’indécence qui en résulte; ils accordent qu’il n’est -que véniel, car le coït pratiqué à l’époque des menstrues ne nuit -nullement ou du moins nuit bien peu à la propagation de l’espèce. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -C’est pour cela que si l’écoulement, qui ne dure pas ordinairement au -delà de deux ou trois jours, était de trop longue durée et presque -continuel, comme cela arrive quelquefois, le mari pourrait, sans pécher, -demander le devoir conjugal, car il serait très désagréable pour lui de -toujours s’abstenir du coït. - -Selon l’opinion générale, la femme qui rend le devoir conjugal pendant -le temps du flux ordinaire ne commet pas de péché; bien plus, elle est -tenue de le rendre si son mari n’adhère pas à des observations faites -avec douceur, à moins qu’il ne dût en résulter un grave préjudice pour -sa santé, comme cela arrive d’ordinaire lorsque le flux est abondant. - -Ce qui vient d’être dit du temps des menstrues s’applique également au -temps de la grossesse et du flux de l’enfantement. Voy. _saint Liguori, -l. 6_. - -2. Ce n’est pas un péché mortel de demander le devoir conjugal pendant -le temps de la grossesse, pourvu qu’il n’y ait pas danger d’avortement; -c’est l’opinion très ordinaire des théologiens, et c’est la conséquence -de ce que nous avons dit au sujet de la demande du devoir ayant pour but -d’éviter l’incontinence. Comme le fœtus humain se trouve tellement -enveloppé dans la matrice que la semence de l’homme ne peut le toucher, -on ne peut pas facilement présumer le danger d’avortement, et on ne doit -pas tracasser les pénitents sur ce point par des interrogations -importunes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3. Saint Charles conseille aux personnes mariées de s’abstenir, d’un -consentement mutuel, de l’acte conjugal les jours de fêtes solennelles, -les jours de dimanche, les jours de jeûne et les jours où ils ont reçu -ou doivent recevoir la sainte Eucharistie: c’est conforme aux statuts de -plusieurs rituels et, en particulier, de celui du Mans, p. 140. -Plusieurs théologiens, cités par _Sanchez_ et _saint Liguori_, pensent -que la demande de devoir pendant les jours dont nous venons de parler, -et principalement celui où on doit recevoir la sainte Eucharistie, n’est -pas exempte de péché mortel, à moins qu’elle ne soit excusée par des -motifs raisonnables comme une tentation grave; car le plaisir charnel -distrait notablement l’âme des choses spirituelles dont on doit -s’occuper dans ces jours-là. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Tous les théologiens disent avec saint François de Sales,--_Introduction -à la vie dévote, 2e partie, chap. 20_,--que la femme qui, le jour où -elle a reçu ou doit recevoir la sainte Eucharistie, rend le devoir que -demande son mari, ne commet pas de péché; bien plus, qu’elle est tenue -de le rendre si son époux ne veut pas céder à ses prières. - -A cette occasion, les théologiens se demandent si celui qui a éprouvé la -pollution pendant le sommeil peut recevoir la sainte Eucharistie. Ils -répondent avec saint Grégoire le Grand, dans sa lettre au sublime -Augustin, apôtre de la Grande-Bretagne, rapportée dans le Décret, _part. -1re, dist. 6, chap. 1_, en faisant la distinction suivante: Ou cette -pollution provient d’un excès de force ou de la faiblesse, et, dans ce -cas, il n’y a pas le moindre péché; ou bien elle provient de certains -excès dans l’usage des aliments, et c’est alors un péché véniel; elle -peut encore être le résultat des pensées qui l’ont précédée, et elle -peut, dans ce cas, constituer un péché mortel. Dans le premier cas, on -ne doit éprouver aucun scrupule; dans le second, elle n’empêche pas de -recevoir le sacrement ou de célébrer les saints mystères si on y est -engagé par quelque motif d’excuse, comme la circonstance d’un jour de -fête ou de dimanche; mais dans la troisième, nous dit saint Augustin, -_on doit s’abstenir de participer ce jour-là au saint mystère à cause -d’une telle pollution_. - - -ARTICLE TROISIÈME - -DE L’OBLIGATION DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL - -Nous avons à parler: - -1º De l’obligation de rendre le devoir conjugal; - -2º Des raisons qui dispensent de le rendre; - -3º De ceux qui pèchent mortellement en le rendant; - -4º De ceux qui commettent le péché d’Onan; - -5º De ceux qui pèchent véniellement en rendant le devoir. - - -§ I - -DE L’OBLIGATION DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL - -L’Écriture sainte et la raison imposent à chacun des époux la stricte -obligation de rendre le devoir conjugal à l’autre lorsque la demande lui -en est faite d’une manière _expresse ou tacite_: - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -D’où il résulte: 1º que c’est un péché mortel de refuser, même une fois, -sans motif légitime, de rendre le devoir à l’époux qui le demande avec -raison et instance; mais si celui qui le demande acceptait facilement -les motifs de refus et qu’il n’en résultât point de danger -d’incontinence, il n’y aurait nul péché, ou, du moins, le péché ne -serait pas mortel, à refuser une fois et même deux fois de se prêter aux -désirs de son conjoint. - -2º L’un des époux ne peut pas, lorsque l’autre s’y oppose, faire une -longue absence à moins d’absolue nécessité; car une pareille absence -équivaudrait au refus de rendre le devoir conjugal et la justice en -serait gravement blessée. - - -§ II - -DES RAISONS QUI DISPENSENT DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL - -De même qu’un motif légitime dispense quelquefois de la restitution, une -raison légitime dispense aussi de rendre le devoir conjugal. On compte -plusieurs de ces raisons, savoir: - -1. Si l’époux qui demande le devoir n’est pas en possession de lui-même: -si, par exemple, il est dans la démence ou s’il est ivre, il n’y a pas -d’obligation pour le conjoint de lui rendre le devoir, car ce serait -céder à la demande d’une brute. Cependant, si l’homme qui demande, étant -dans cet état, est capable de consommer l’acte conjugal, la femme doit -se rendre à ses désirs; bien plus, elle est tenue de le faire si elle a -des raisons de craindre qu’ayant repoussé son mari, celui-ci ne tombe -dans l’incontinence ou ne se livre à d’autres femmes. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -2. Celui qui ne peut rendre le devoir conjugal sans grave danger pour sa -santé en est dispensé; car il est préférable d’exister et d’être bien -portant que de rendre le devoir. Il faut en dire de même lorsqu’il y a -grave danger de nuire à la propagation de l’espèce. - -Par conséquent: 1º il n’y a pas d’obligation de rendre le devoir à un -mari atteint d’une maladie contagieuse, comme une maladie vénérienne, la -peste, la lèpre, etc. Cependant, Alexandre III dit qu’il faut rendre le -devoir à un lépreux, mais _Sanchez, l. 9, disp. 24, nº 17_, _saint -Liguori, l. 6, nº 930_, et beaucoup d’autres qu’ils citent, enseignent -que cela s’entend ainsi pour le cas où, en rendant le devoir, on ne se -mettrait pas dans le danger de contracter la lèpre; car il répugne -d’admettre qu’un époux soit tenu de s’exposer à un pareil danger. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -3. L’époux n’est pas tenu de rendre le devoir à celui qui a perdu le -droit de le demander en commettant un adultère; car on ne doit plus -fidélité à celui qui a violé ses promesses: mais s’il était lui-même -coupable d’adultère, il ne pourrait pas refuser le devoir, car les -injures se trouveraient compensées. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -4. On n’est pas tenu de rendre le devoir conjugal à celui qui le demande -trop fréquemment, plusieurs fois dans la même nuit, par exemple; car -l’abus est contraire à la raison et peut modifier d’une manière fâcheuse -l’état de santé de l’un et de l’autre conjoint. La femme doit cependant, -autant que la chose est en son pouvoir, dit _Sanchez, l. 9, disp. 2, nº -12_, se prêter aux désirs libidineux de son mari, lorsqu’il éprouve de -violents aiguillons de la chair. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -5. La femme n’est pas tenue de rendre le devoir conjugal pendant le flux -de ses menstrues ou celui qui accompagne ses couches, à moins qu’elle -n’ait quelque motif de craindre que son mari tombe dans l’incontinence; -si cependant elle ne peut, par ses prières, le détourner de l’acte -conjugal, elle doit rendre le devoir, car il y a toujours à craindre le -danger d’incontinence, les disputes ou autres désagréments. C’est -l’opinion de _saint Bonaventure_ et de beaucoup d’autres que cite -_Sanchez, l. 9, disp. 21, nº 16_. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -6. Il n’est pas permis de refuser le devoir conjugal dans la crainte -d’avoir un trop grand nombre d’enfants. Cependant, pour le cas où les -parents n’auraient pas les moyens de nourrir selon leur condition une -famille trop nombreuse, _Sanchez, l. 19, disp. 25, nº 3_, et plusieurs -autres théologiens pensent qu’il serait permis de refuser le devoir, -pourvu qu’il n’y eût pas danger d’incontinence. - - -§ III - -DE CEUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR CONJUGAL - -I. Si l’époux qui réclame de son conjoint le devoir commettait un péché -mortel en le demandant au milieu de circonstances extraordinaires tenant -à l’acte lui-même, par exemple, en le demandant dans un lieu public ou -sacré, ou avec grave danger d’avortement, ou au détriment de sa propre -santé ou de celle de son époux, ou au risque évident de répandre la -semence hors du vase naturel, alors qu’il aurait pu pratiquer le coït -d’une autre manière, il est certain que celui qui rendrait le devoir -dans ces circonstances pécherait aussi mortellement; car il -participerait à ce crime et en revêtirait la malice. - -II. Si l’homme était tellement décrépit ou débile qu’il ne pût pas -accomplir l’acte charnel et qu’il n’eût pas espoir de l’accomplir, il -pécherait mortellement en exigeant le devoir conjugal, car il ferait un -acte contraire à la nature, et, par la même raison, la femme pécherait -mortellement en le demandant. Mais si l’homme accomplissait de temps en -temps l’acte charnel, quoiqu’il lui arrivât souvent de ne pas pouvoir -l’accomplir, la femme pourrait rendre le devoir et même serait tenue de -le rendre, car dans le doute d’un bon résultat le mari ne pourrait pas -se priver de son droit: le mari lui-même, dans ce cas, fait un acte -licite en demandant le devoir lorsqu’il a quelque raison d’espérer qu’il -arrivera à consommer l’acte charnel; et s’il répand la semence hors du -vase naturel, cet accident ne peut pas lui être imputé à péché. Mais il -doit certainement s’abstenir lorsqu’il n’y a pas espoir d’arriver à -l’accomplissement de cet acte, l’éjaculation. Voy. _Sanchez, l. 19, -disp. 17, nº 24_, _S. Liguori, l. 6, nº 954, d. 2_, et beaucoup d’autres -théologiens dont ils rapportent l’autorité. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ IV - -DE CEUX QUI COMMETTENT LE PÉCHÉ D’ONAN - -Ce péché a lieu lorsque l’homme retire son membre après l’avoir fait -pénétrer dans le vagin afin de répandre sa semence hors du vase naturel -de la femme et dans le but d’empêcher la génération. Il tire son nom -d’_Onan_, second fils du patriarche Judas, qui fut forcé d’épouser -Thamar, veuve de son frère Her, mort sans postérité, afin de perpétuer -la race de son frère: _Onan sachant que les enfants qui naîtraient de la -femme de son frère ne seraient pas considérés comme étant les siens, -répandait la semence par terre pour ne pas donner naissance à des -enfants qui porteraient le nom de son frère._ (_Gen._ 38, 9.) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Il est certain: 1º que l’homme qui agit ainsi, quelle que soit la raison -de sa conduite, pèche mortellement, à moins que sa bonne foi ne -l’excuse; il ne peut être absous à moins qu’il ne se repente de sa faute -et qu’il ne prenne la ferme résolution de ne plus tomber dans le péché: -car il est évident qu’il a commis une énormité contre le but du mariage; -_c’est pourquoi Dieu l’a frappé (Onan), parce qu’il avait commis une -action détestable_. - -Il est certain: 2º par la même raison, que la femme qui engage le mari à -agir ainsi ou qui consent à cette action détestable, ou, à plus forte -raison, qui fait sortir de son vagin le membre viril contre le gré de -son mari, avant que l’écoulement de la semence ait eu lieu, commet un -péché mortel et est tout à fait indigne de l’absolution. Les femmes, -très souvent, en accomplissant l’acte charnel, au moment de -l’éjaculation, font sortir le membre viril du vagin, ou se prêtent -complaisamment à la même manœuvre de la part de l’homme, pour éviter -d’être engrossées. - -Il est certain: 3º que la femme, ordinairement du moins, est tenue -d’avertir son mari, et de le détourner, selon son pouvoir, de cette -action perverse; la charité l’y oblige. - -Il est certain: 4º que la femme peut et doit rendre le devoir conjugal -si, averti par elle, le mari promet de compléter l’acte par -l’éjaculation dans la matrice, et s’il est fidèle à sa promesse au moins -quelques fois; car sur le doute de l’abus qu’il peut faire de son droit, -elle ne peut pas se refuser au coït; mais c’est aussi son devoir de -réprimander son mari quand celui-ci retire le membre viril du vagin -avant l’éjaculation; si elle ne protestait pas contre cette action, elle -commettrait un péché mortel. - -La difficulté consiste donc maintenant à décider si, en sûreté de -conscience, elle peut rendre le devoir conjugal lorsqu’elle sait, d’une -manière certaine, que son mari retirera son membre du vagin avant -l’éjaculation, lorsqu’elle ne peut douter que ses prières ni ses -avertissements ne parviendront pas à le détourner de sa résolution. - -Beaucoup de théologiens prétendent que, dans ce cas, la femme doit se -refuser à rendre le devoir, même pour éviter la mort dont elle serait -menacée: - -1º Parce que le mari, en retirant son membre du vagin, commet une action -essentiellement mauvaise, et que la femme participerait à sa malice en -se rendant à sa demande; - -2º Parce que l’homme, dans l’hypothèse, ne demande pas l’acte conjugal, -mais réclame de sa femme ses complaisances pour introduire le membre -viril dans les parties sexuelles et pour s’exciter à la pollution; - -3º Parce que si le mari exigeait de sa femme sa participation à un acte -sodomique, celle-ci ne pourrait y consentir pour aucun motif, même pour -éviter la mort: or, dans le cas supposé, la demande du mari se réduit à -l’acte sodomique, puisque le parfait accomplissement de l’acte conjugal -en est exclu. Voy. _Habert, t. 7, p. 745_, _Collator_, de Paris, _t. 4, -p. 348_, plusieurs docteurs de la Sorbonne cités par _Collet, t. 16, p. -244_; _Collator Andeg., sur les États, t. 3_, dernière partie; _Bailly_, -_etc._ - -Beaucoup d’autres enseignent que la femme qui acquiesce à la demande de -son mari, et qui se prête à l’acte conjugal dans la position ordinaire, -est exempte de tout péché, si elle désapprouve entièrement la conduite -de son mari, car elle fait une chose licite et use d’un droit qui lui -appartient. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -La femme ne pèche pas, dans ces circonstances, en rendant le devoir -conjugal, pourvu qu’elle soit excusée par de graves raisons; or les -raisons sont réputées graves: - -1º Lorsqu’elle doit craindre la mort, des coups ou des injures -grossières; la réponse de la sacrée congrégation de la Pénitence, et la -raison indiquant clairement qu’il doit en être ainsi. - -2º Lorsque la femme a lieu de craindre que son mari n’introduise une -concubine sous le toit conjugal et ne vive maritalement avec elle; car -il n’y a pas de femme sensée qui ne préfère supporter toute espèce de -sévices plutôt que d’assister, dans sa propre maison, à un commerce -aussi injurieux pour elle. - -3º Le mari n’entretiendrait-il pas une concubine sous le toit conjugal, -s’il était à craindre qu’il n’entretînt ailleurs des relations avec une -femme, ou qu’il ne fréquentât des courtisanes, il nous paraît que -l’épouse aurait des motifs d’excuse légitime, quoique la sacrée -congrégation de la Pénitence n’ait pas répondu sur ce point; car une -pareille conduite de la part du mari occasionnerait à celle-ci de graves -désagréments, tels que disputes, dissensions, dissipation du bien -commun, scandales, etc. - -4º Il faut remarquer, cependant, que la gravité de ces désagréments doit -être appréciée selon les circonstances de personnes. - -Ce qui est réputé léger à l’égard d’une femme peut être très grave à -l’égard d’une autre; ainsi les rixes passagères, les dissensions, et -même les coups, ont peu d’importance dans les familles de paysans; mais -cette nature de sévices serait intolérable pour une femme timide, ayant -une certaine éducation et habituée aux bonnes manières d’une société -raffinée. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -5º La femme peut également rendre le devoir conjugal quand elle sait, -d’une manière certaine, que son mari, irrité par son refus, blasphémera -contre Dieu et contre la religion, qu’il proférera des injures contre -son confesseur et les prêtres en général, et qu’il prononcera des -paroles scandaleuses devant ses domestiques et ses enfants; car en -voulant prévenir un péché elle serait cause qu’il en serait commis -d’autres aussi graves ou même plus graves: elle n’aboutirait donc à -aucun résultat favorable par sa résistance, et elle s’attirerait -inutilement de graves désagréments. - -6º La crainte du divorce, de la séparation, de la honte ou d’un scandale -grave serait, à plus forte raison, suffisante pour se rendre aux désirs -de son mari. - -7º Il n’est pas nécessaire que la femme persiste dans son refus de se -prêter au coït jusqu’à ce qu’elle ait éprouvé les violences, les injures -et les autres désagréments dont nous avons parlé plus haut; car il lui -arriverait souvent, dans ce cas, de ne pas parvenir à détourner le mal -déjà fait, en rendant ou offrant le devoir conjugal, et, d’ailleurs, -elle n’est pas tenue de subir ces mauvais traitements pour empêcher son -mari de commettre un péché: il suffit donc que ses craintes de mauvais -traitements ne soient pas dépourvues de fondement. - -8º La femme n’est pas davantage tenue d’avertir son mari chaque fois -qu’il demande le devoir conjugal avec l’intention de retirer son membre -du vagin avant l’accomplissement de l’acte charnel, lorsqu’elle sait par -expérience qu’elle n’obtiendra aucune satisfaction. Elle doit cependant, -du moins quelquefois, montrer qu’elle ne donne pas son consentement au -crime de son mari. Elle doit, surtout, prendre soigneusement garde de ne -pas y donner un consentement tacite, par crainte d’avoir des enfants, ou -pour tout autre motif. Elle doit être dans la disposition de mourir -plutôt que de s’opposer à la génération lorsque c’est de sa volonté que -dépend le fait de l’éjaculation. - -Dans tous ces cas, il est permis à la femme tout ce qui lui serait -permis si le mari accomplissait l’acte conjugal selon les règles. - -Nos principes exposés plus haut sont maintenant admis d’une manière -générale. Néanmoins il y a encore beaucoup de questions inquiétantes que -nous avons exposées au souverain pontife, dans l’année qui vient de -s’écouler, de la manière suivante: - - BIENHEUREUX PÈRE, - - L’évêque du Mans, se prosternant aux pieds de Votre Sainteté, vous - expose humblement ce qui suit: - - On ne trouve presque pas de jeunes époux qui veuillent avoir une trop - nombreuse famille, et ils ne peuvent cependant pas, raisonnablement, - s’abstenir de l’acte conjugal. - - Ils se sentent ordinairement très offensés lorsque leurs confesseurs - les interrogent sur la manière dont ils usent des droits matrimoniaux; - on n’obtient pas, par les avertissements, qu’ils se modèrent dans - l’exercice de l’acte conjugal, et ils ne peuvent se déterminer à trop - augmenter le nombre de leurs enfants. - - Aux murmures de leurs confesseurs, ils opposent l’abandon des - sacrements de pénitence et de l’Eucharistie, donnant ainsi de mauvais - exemples à leurs enfants, à leurs domestiques et aux autres chrétiens; - la religion en éprouve un préjudice considérable. - - Le nombre des personnes qui s’approchent du tribunal diminue d’année - en année, dans beaucoup d’endroits, et c’est surtout pour cette - raison-là, de l’aveu d’un grand nombre de curés qui se distinguent par - leur piété, leur science et leur expérience. - - Quelle était donc la conduite des confesseurs d’autrefois? disent - beaucoup de personnes. Chaque mariage ne produisait pas, généralement, - un plus grand nombre d’enfants qu’il n’en produit aujourd’hui. Les - époux n’étaient pas plus chastes et néanmoins ils ne manquaient pas au - précepte de la confession pascale. - - Tout le monde reconnaît que l’infidélité d’un époux entraîne de très - graves péchés. Or, c’est à peine si on peut persuader à quelques - personnes qu’elles sont tenues, sous peine de péché mortel, de rester - parfaitement chastes dans le mariage, ou de courir le risque - d’engendrer un grand nombre d’enfants. - - Le susdit évêque du Mans, prévoyant les grands maux qui peuvent - résulter d’une semblable manière d’agir, sollicite, dans sa douleur, - de votre Béatitude, une réponse aux questions suivantes: - - 1º Les époux qui usent du mariage de manière à empêcher la conception - commettent-ils un acte en soi mortel? - - 2º Cet acte étant considéré comme mortel en soi, peut-on considérer - les époux qui ne s’en accusent pas comme étant dans une bonne foi qui - les excuse d’une grave faute? - - 3º Doit-on approuver la conduite des confesseurs qui, pour ne pas - blesser les personnes mariées, s’abstiennent de les interroger sur la - manière dont ils usent du mariage? - - - RÉPONSE - - La sacrée congrégation de la Pénitence, après avoir mûrement examiné - les questions qui lui sont posées, répond à la première: - - Lorsque tout ce qu’il y a de contraire aux règles, dans l’acte - conjugal, provient de la malice du mari qui, au lieu de consommer cet - acte, retire son membre du vagin et répand sa semence hors du vase - naturel, la femme peut, si après les avertissements qu’elle est tenue - de donner et qui demeurent sans résultat, son mari insiste en la - menaçant de coups et de la mort, se prêter passivement à ses désirs et - sans pécher (comme l’enseignent les théologiens dont les décisions - font autorité), à la condition que, dans ces circonstances, elle - permettra simplement le péché de son mari, et cela par un grave motif - d’excuse, car la charité qui lui commande de s’opposer à la conduite - de son mari, n’oblige pas lorsqu’il doit en résulter de semblables - inconvénients. - - La sacrée congrégation répond à la 2me et à la 3me question: que le - susdit confesseur se rappelle cet adage:--On doit traiter saintement - les choses saintes;--qu’il pèse bien ce que dit saint Alphonse de - Liguori, cet homme savant et très expert dans la matière, dans sa - pratique des confesseurs, § 4, nº 7: - - Le confesseur n’est pas tenu, ordinairement, de parler des péchés que - les époux commettent relativement au devoir conjugal, et il n’est pas - convenable de poser des questions sur cette matière, si ce n’est à la - femme, pour lui demander, le plus modérément possible, si elle a rendu - le devoir... Il doit garder le silence sur tout le reste, à moins - qu’on ne lui pose des questions;--qu’il ne manque d’ailleurs pas de - consulter les autres auteurs approuvés. - - Donné à Rome, le 8 juin 1842. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -Deux questions nous embarrassaient encore, nous les avons soumises à la -Sacrée-Pénitencerie. - -_On demande_: 1º Pèchent-ils mortellement ceux qui coïtent à la manière -d’Onan ou le membre viril enfermé dans un fourreau défendu, vulgairement -appelé capote anglaise--(_qui coeunt onanastice vel condomistice, id est -intendo nefario instrumento quod vulgo dicetur condom_ 14º éd. p. 187.)? - -_Réponse_: C’est crime que de se servir d’un pareil fourreau; le péché -est mortel. - -_On demande_: La femme sachant que son mari pour coïter recouvre -toujours son membre viril d’une capote anglaise, doit-elle se prêter au -coït? - -_Réponse._--Non, elle se rendrait complice d’un crime abominable et -commettrait un péché mortel. - -(_Décisions_ rendues par le pape et le collège des cardinaux, le _8 juin -1842_ et le _25 mai 1851_.) - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -L’épouse doit donc, par tous les moyens en son pouvoir, les caresses, -toute espèce de marques d’amour, les prières et les exhortations, amener -son mari à accomplir l’acte conjugal selon les règles, ou le décider à -s’en abstenir complètement et à vivre d’une manière chrétienne; -l’expérience prouve que plusieurs femmes sont parvenues à vaincre la -résistance de leurs maris en s’attachant ainsi à gagner leurs bonnes -grâces. - -_On demande_: 1º Si l’épouse peut demander le devoir à son mari -lorsqu’elle sait qu’il en abusera. - -_Réponse._--Plusieurs théologiens affirment que la femme peut demander -le devoir conjugal et ne fait qu’user de son droit. C’est l’opinion de -_Pontius_, de _Tamburini_, de _Sporer_, etc. Mais d’autres, comme cela -résulte de ce que nous avons dit, exigent une raison qui lui permette de -demander le devoir d’une manière licite, car sans cela elle donnerait à -son mari une occasion prochaine de péché; mais c’est à peine si cette -raison peut se présenter, alors qu’elle peut trouver d’autres moyens de -surmonter les tentations. Mais étant posée une cause grave de fait, par -exemple, la difficulté de surmonter la tentation, elle ne pécherait -nullement; car il est permis de demander, avec des intentions droites et -pour de graves raisons, une chose bonne en soi à celui qui peut -l’accorder. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: 2º Si le mari peut répandre la semence hors du vase de la -femme, lorsque les médecins ont déclaré que la femme ne peut pas -enfanter sans un danger de mort évident? - -Nous répondons négativement avec tous les théologiens, parce que -l’éjaculation hors des parties sexuelles de la femme est une action -contre nature et détestable. Il faut accomplir l’acte si le danger de -mort n’est pas très probable, ou il faut s’en abstenir complètement, si -le danger est moralement certain. Dans ce cas, les époux n’ont pas -d’autre moyen de salut que la continence. Leur condition est déplorable, -mais on ne saurait la changer. Alors, ces malheureux époux doivent -s’abstenir de coucher dans le même lit, afin de rester plus facilement -dans la continence et de pouvoir vivre saintement. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -§ V - -DE CEUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR - -1º Lorsque celui des époux qui a demandé le devoir commet un péché -véniel en se livrant à l’acte conjugal, par exemple, lorsqu’il l’a -demandé en vue seulement du plaisir vénérien, il paraît y avoir certain -péché à le rendre, pour le conjoint, lorsqu’il n’existe pas de motif -d’excuse, car on fournit ainsi matière à péché véniel. Mais lorsque la -demande est formelle, celui qui rend le devoir est suffisamment excusé; -car il doit craindre, en refusant, d’exciter des rixes, des haines, des -scandales, et de donner naissance au danger de plus graves péchés. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_On demande_: 1º Si une femme qui n’a encore mis au monde que des -enfants morts peut, néanmoins, demander ou rendre le devoir conjugal? - -_Réponse_: _Sanchez, l. 7 disp. 102 nº 8_, _S. Liguori, l. 6, nº 953_, -et beaucoup d’autres disent que cette femme ne pèche ni en rendant ni en -demandant le devoir, car: 1º elle fait une chose en soi licite et à -laquelle elle a droit, tandis que la mort du fœtus est le résultat d’un -accident et ne peut lui être imputée; 2º il vaut mieux donner naissance -à un être humain avec un péché originel que de le laisser dans le néant, -comme Sanchez essaie de le démontrer dans ses savantes dissertations. - -_On demande_: 2º Si la femme qui, de l’avis des médecins, ne peut pas -accoucher sans un danger de mort évident, est tenue de rendre le devoir -conjugal à son mari lorsqu’il le demande avec instance. - -_Réponse_: Nous avons déjà prouvé que le mari, dans ce cas, ne peut -demander le devoir pour quelque motif que ce soit; la femme ne peut donc -pas davantage le rendre, car elle ne peut disposer de sa vie. Mais le -péché n’est mortel que si le danger est manifeste. - - -CHAPITRE II - -DE L’USAGE DU MARIAGE - -Nous examinerons dans ce chapitre: - -1º Quand les époux tombent dans le péché en usant du mariage; - -2º Ce qu’il faut décider des attouchements voluptueux et réciproques. - - -ARTICLE PREMIER - -QUAND LES ÉPOUX PÈCHENT EN USANT DU MARIAGE - -1º Les époux commettent un péché mortel, non seulement lorsque leur -union charnelle a lieu hors du _vase_ naturel, ou que, par des moyens -adroits, ils répandent la semence hors de ce vase, mais encore -lorsqu’ils préludent à l’acte vénérien dans le vase qui ne lui est pas -destiné, par exemple, en introduisant le membre viril dans l’anus de la -femme, avec l’intention de terminer la jouissance dans la matrice; car -ils prennent ainsi un moyen qui s’écarte des voies naturelles, et comme -cet acte tend, par lui-même, à faire répandre la semence hors du vagin, -cette pratique n’est pas autre chose qu’une véritable sodomie. Voy. -_Sanchez, l. 9, disp. 17, nº 4_, _S. Liguori, l. 6, nº 916_, et beaucoup -d’autres dont ils rapportent les décisions. - -2º D’après l’opinion générale, c’est un péché mortel, tant de demander -que de rendre le devoir conjugal, lorsqu’on ne doit pas l’accomplir dans -la position naturelle, mais en se plaçant de côté pour la copulation, -parce qu’il y a danger de répandre la semence hors du vase: la raison en -est évidente. Mais si ce danger n’est pas à craindre, c’est seulement un -péché véniel de demander ou de rendre le devoir conjugal de cette -manière, si elle ne s’écarte que légèrement de la position naturelle, -car une pareille inversion n’est pas essentiellement contre nature, -étant admis qu’elle ne s’oppose pas à la génération. On doit cependant -la blâmer sévèrement, surtout si l’homme, pour augmenter ses -jouissances, prend sa femme par derrière, à la mode des animaux, ou s’il -se place sous elle, en intervertissant les rôles: cette inversion est -souvent le signe de concupiscences mortellement mauvaises chez celui qui -ne sait pas se contenter des moyens ordinaires de pratiquer le coït. - -Mais lorsqu’il y a nécessité d’en agir ainsi, à l’époque de la -grossesse, par exemple, ou parce qu’on ne peut supporter d’autres -positions, il n’y a nul péché à prendre ces diverses postures, pourvu -qu’il n’y ait pas danger de répandre la semence hors du vase. - -3º Pèchent mortellement les époux qui se livrent à des actes obscènes et -qui répugnent à la pudeur naturelle, et surtout ceux qui pratiquent -l’union charnelle dans un vase autre que celui qui est destiné à cet -acte; c’est ce qui arrive lorsque la femme prend dans sa bouche le -membre viril de son mari, ou le place entre ses seins, ou l’introduit -dans son anus, etc., etc.; on ne peut jamais s’appuyer sur les licences -du mariage pour excuser de pareilles lubricités. - -4º Pèchent mortellement les personnes mariées qui pratiquent l’acte -conjugal d’une manière qui s’oppose à la génération, par exemple si -l’homme répand sa semence hors du vase, comme nous l’avons dit, s’il -s’oppose à l’écoulement complet de la semence, si la femme rejette le -sperme ou fait des efforts pour le rejeter, si elle reste passive afin -d’empêcher la conception, etc. _Saint Antoine_, _Sanchez_ et beaucoup -d’autres cités par _saint Liguori, l. 6, nº 918_, prétendent qu’il n’y a -pas de péché lorsque le mari, du consentement de sa femme, retire son -membre du vagin, avant l’écoulement de la semence, afin de ne pas donner -naissance à des enfants, à la condition, cependant, que ni le mari ni la -femme ne tomberont dans le danger de pollution. Cependant, _Navarrus_, -_Sylvestre_, _Ledesma_, _Azor_ et beaucoup d’autres pensent avec raison -que, dans ce cas, le péché est mortel, tant à cause du danger de -pollution dans lequel se trouve toujours le mari, qu’en raison de -l’injure grave faite à la nature en laissant l’acte conjugal imparfait. -C’est cette dernière opinion seulement qu’on doit suivre dans la -pratique. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -5º Les époux pèchent encore mortellement dans l’accomplissement de -l’acte conjugal, s’ils ont des désirs adultères, c’est-à-dire s’ils se -figurent que c’est une autre personne qui est présente et s’ils prennent -volontairement plaisir en pensant que c’est avec cette personne que le -commerce a lieu. Il en est de même lorsqu’ils accomplissent l’acte -conjugal dans un but mortellement mauvais, par exemple, si l’homme -demande ou rend le devoir conjugal avec le désir que sa femme meure dans -les douleurs de l’enfantement. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -ARTICLE DEUXIÈME - -DES ATTOUCHEMENTS ENTRE ÉPOUX - -1º Les attouchements voluptueux qui ont pour but de parvenir à l’acte -charnel légitime sont, sans aucun doute, licites, à la condition de ne -pas entraîner le danger de pollution; ils sont, en effet, comme les -accessoires de cet acte: ils ne peuvent donc être défendus. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -2º Les attouchements entre époux sont des péchés mortels lorsqu’il en -résulte un danger de pollution: car la masturbation n’est pas plus -permise aux personnes mariées qu’à celles qui ne le sont pas; on ne peut -donc pas davantage les excuser de se mettre volontairement dans le -danger de pollution. Mais les embrassements et les autres attouchements -honnêtes que les personnes mariées ont l’habitude de se faire pour -entretenir un amour mutuel ne sont pas des péchés lorsqu’ils ne mettent -pas dans le danger de pollution. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -On ne doit pas regarder les époux comme coupables de péché mortel -lorsqu’ils affirment, de bonne foi, que leurs sens ne sont pas ébranlés -ou qu’il n’y a pas danger probable de pollution, ce qui est assez -ordinaire pour les personnes mariées depuis longtemps et accoutumées aux -actes vénériens. Nous ne saurions blâmer en aucune façon une épouse -pieuse qui, par timidité, ou par crainte d’irriter son mari, ou dans le -but de conserver la paix dans le ménage, permettrait des attouchements -libidineux, affirmant d’ailleurs qu’ils ne produisent chez elle aucun -mouvement désordonné, ou que, du moins, ces mouvements sont légers. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - -_Sanchez, l. 9, disp. 44, nº 15_, et plusieurs autres avec lui, disent -que l’époux qui, en l’absence de son conjoint, prend plaisir à se livrer -à des attouchements sur lui-même ou à porter ses regards sur ses parties -sexuelles, mais sans qu’il y ait danger de pollution, commet seulement -un péché véniel, parce qu’il fait des actes secondaires qui tendent à -l’acte principal licite en soi, c’est-à-dire à l’union charnelle, mais -qui, dans ce cas, sont sans nécessité. Ils sont d’avis qu’il faut en -dire autant de la délectation dans l’acte conjugal qu’on se représente -comme s’accomplissant. - -D’autres, au contraire, plus ordinairement, comme _Layman_, _Diana_, -_Sporer_, _Vasquez_, _saint Liguori_, etc., peu suspects d’une trop -grande sévérité, donnent comme probable que c’est un péché mortel, tant -parce que l’époux n’a le droit de disposer de son corps -qu’accidentellement et, selon l’ordre, pour accomplir l’acte charnel, -qu’en raison de la tendance de ces attouchements à la pollution et du -danger prochain qui en est inséparable, lorsqu’on s’y arrête et qu’ils -produisent une commotion dans les esprits. - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -CHAPITRE III - -DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DES PERSONNES MARIÉES - -Le confesseur doit avoir soin de les faire revenir au tribunal sacré peu -de temps après que le mariage aura été contracté, et alors il -développera les règles exposées plus haut sur l’obligation de rendre le -devoir conjugal, sur l’époque à laquelle il faut le rendre et le -demander, sur la manière dont le coït doit être pratiqué pendant les -menstrues, la grossesse, etc. - -L’expérience prouve que beaucoup de personnes mariées ne déclarent pas -les péchés commis dans le mariage, à moins qu’elles ne soient -interrogées là-dessus. Or, le confesseur peut les interroger de la -manière suivante sur les choses permises entre époux: Avez-vous quelque -chose à avouer qui répugne à votre conscience? Si elles répondent -négativement et qu’elles paraissent suffisamment instruites et -d’ailleurs timorées, il ne sera pas nécessaire d’aller plus loin. Mais -si elles paraissent ignorantes et que leur sincérité soit suspecte, le -confesseur devra insister. Il demandera au pénitent s’il a refusé à son -conjoint de lui rendre le devoir conjugal: si le pénitent ne comprend -pas cette manière de parler, le confesseur peut lui demander: avez-vous -refusé l’acte que l’on fait pour avoir des enfants, le coït? S’il répond -qu’il a refusé, il faut savoir pour quelle raison, et on jugera à ses -réponses si le péché est mortel ou s’il n’y a pas de péché. - -Le confesseur doit généralement s’enquérir auprès du pénitent s’il s’est -livré à des actes déshonnêtes contre la sainteté du mariage. Si le -pénitent répond affirmativement, il convient de lui faire dire en quoi -consistent ses infractions, de peur de lui enseigner ce qu’il ignore; et -on ne devra pas d’abord l’accuser à la légère de péché mortel. - - -FIN DES CITATIONS. - - - - -MORALITÉ A TIRER - -DES - -IMMORALITÉS DES CONFESSEURS - - -Toutes les citations qu’on vient de lire sont parfaitement authentiques. -Tels sont les ouvrages que l’on donne à étudier dans les séminaires à -des jeunes gens à qui l’on fait en même temps prêter serment de -chasteté. - -Nous en appelons à la conscience de tous les honnêtes gens: est-ce que -cet enseignement n’est pas tout ce qu’on peut imaginer de plus ignoble? -Est-ce qu’il peut sortir des séminaires autre chose que des brutes -affolées par de sales passions? - -Que chaque républicain, après avoir parcouru cet ouvrage, transcrive, -signe et adresse à son député la pétition suivante: - - «Citoyen député, - - «Le soussigné a l’honneur de prier la Chambre, par votre - intermédiaire, de vouloir bien, au plus tôt et par mesure de salubrité - publique, supprimer les séminaires, et assimiler au délit d’excitation - à la débauche l’exercice de la confession.» - -Si cette pétition parvient à la Chambre par milliers d’exemplaires, nos -députés se verront dans l’obligation d’accomplir à bref délai une -réforme que les bonnes mœurs exigent impérieusement. - -L. T. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - Dédicace V - La Confession et les Confesseurs 9 - Examen de conscience 22 - Le Journal du Presbytère 45 - -APPENDICE - - Pieuses exhortations 57 - Mœchialogie, cours de luxure 77 - Compendium 145 - Les Diaconales 157 - Moralité des immoralités 213 - - -Paris.--Charles UNSINGER, imprimeur, 83, rue du Bac. - - - - -PRINCIPAUX OUVRAGES EN DÉPÔT - -A LA - -LIBRAIRIE ANTI-CLÉRICALE - -26 et 35, rue des Écoles, Paris - - - Le Péché de Sœur Cunégonde, par Hector France. un volume. 3 fr. 50 - La Morale des Jésuites, par Paul Bert. un volume. 3 fr. 50 - Le Livre qu’il ne faut pas Faire Lire, recueil authentique - de la pornographie religieuse, contenant in-extenso, - entre autres pièces curieuses, _Le Cantique des - Cantiques_ de Salomon. un volume. 1 fr. 50 - Moines et Comédiennes, par Hortense Roland un volume. 3 fr. 50 - Par la Grâce du Saint-Esprit, roman comique, par Léo Taxil - et F. La Font. un volume. 1 fr. 50 - Gros-Jean et son Curé, dialogues anti-cléricaux, pleins - d’esprit et de bon sens, par Roussel, de Méry, avec - nombreux dessins comiques d’Alfred Lepetit. beau volume. 4 fr. 50 - L’Alcôve du Cardinal, par Vindex. un volume. 3 fr. » - Le Couvent de Gomorrhe, ou les mœurs horribles des - cloîtres dévoilées, par Jacques Souffrance. un volume. 1 fr. 50 - La Guerre des Dieux, par Parny. un volume. 1 fr. 50 - La Vie de Jésus, par Léo Taxil, ouvrage excessivement beau, - avec près de 500 dessins comiques, par Pépin - un magnifique volume. 3 fr. » - Le Moine Incestueux, par E. Ploërt. un volume. 1 fr. 50 - La Religieuse, par Diderot. un volume. 1 fr. 50 - Les Bijoux Indiscrets, par Diderot. un volume. 1 fr. 50 - Le Capucin Enflammé, par le R. P. Alleluia, de l’Ordre de - la Sainte-Rigolade. un volume. 1 fr. 50 - - -Joindre à toute commande le prix du volume et le montant des frais de -port.--Le Catalogue complet est envoyé _gratis_ à toute personne qui en -fait la demande par lettre affranchie. - - -Paris.--Typ. Ch. UNSINGER, 83, rue du Bac. - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CONFESSION ET LES CONFESSEURS *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. 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