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-The Project Gutenberg eBook of La confession et les confesseurs, by Léo
-Taxil
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-using this eBook.
-
-Title: La confession et les confesseurs
- Appendice: Pieuses exhortations, par Monseigneur Claret;
- Mœchialogie, par le R. P. Debreyne; Compendium; et les Diaconales,
- par Monseigneur Bouvier
-
-Author: Léo Taxil
- Antonio María Claret
- Pierre Jean Corneille Debreyne
- Jean-Baptiste Bouvier
-
-Release Date: March 27, 2021 [eBook #64935]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: the Online Distributed Proofreading Team at
- https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by the Bibliothèque nationale de
- France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CONFESSION ET LES
-CONFESSEURS ***
-
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-
- LES PORNOGRAPHES SACRÉS
-
- LA
- CONFESSION
- ET
- LES CONFESSEURS
-
- PAR
- LÉO TAXIL
-
- APPENDICE:
- PIEUSES EXHORTATIONS, par Mgr CLARET
- COURS DE LUXURE, par le R. P. DEBREYNE
- DÉCISIONS DES CONCILES sur le DEVOIR CONJUGAL
- MANUEL DU CONFESSEUR, par Mgr BOUVIER
-
- PRIX: UN FRANC CINQUANTE
- Par la Poste: Un franc soixante-quinze
-
- PARIS
- EN VENTE CHEZ L’AUTEUR: 35, RUE DES ÉCOLES
- ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DE FRANCE.
-
-
-
-
-AVIS
-
-
-Il a été tiré de cet ouvrage, 300 exemplaires sur très beau papier, fort
-et teinté.
-
-Prix: Cinq francs.
-
-Ces 300 exemplaire sont numérotés et signés séparément par M. Léo Taxil.
-
-
-POUR PARAITRE:
-
-Pie IX devant l’Histoire; _sa vie politique et pontificale; ses
-débauches, ses folies, ses crimes_, trois volumes, par M. Léo Taxil.
-
-Prix de chaque volume: un franc cinquante;--et par la poste: un franc
-soixante-quinze.
-
-
-
-
- LÉO TAXIL
-
- LA CONFESSION
- ET
- LES CONFESSEURS
-
- APPENDICE:
- _Pieuses exhortations_, par Monseigneur CLARET; _Mœchialogie_,
- par le R. P. DEBREYNE;
- _Compendium_; et les _Diaconales_, par Monseigneur BOUVIER.
-
- [Vignette: L. T.]
-
- PARIS
- CET OUVRAGE EST ÉDITÉ SPÉCIALEMENT PAR L’AUTEUR
- DÉPOT A SON DOMICILE: 35, RUE DES ÉCOLES
-
- Tous droits réservés.
-
-
-
-
-DÉDICACE
-
-A M. GEORGES LAGUERRE
-
-Avocat près la Cour d’appel de Paris et Collaborateur à la _Justice_ et
-au _Figaro_.
-
-
-MONSIEUR,
-
-Il y a aujourd’hui huit mois, un Congrès se réunissait à Paris. C’était
-le Congrès des sociétés de libre-pensée de France, représentées par
-leurs délégués. Le but de ces grandes assises anti-cléricales était de
-faire connaître au gouvernement les vœux du pays relativement à la
-séparation de l’État et des églises. Bon nombre de députés appartenant
-aux groupes radicaux de la Chambre s’étaient fait un devoir de
-participer à cette réunion solennelle.
-
-Le Congrès me fit l’honneur de me choisir comme rapporteur de sa
-première commission.
-
-Au moment où je donnais lecture de mon rapport, un incident se
-produisit. Tout à coup, je fus interrompu et insulté. Je disais que les
-prêtres, en vendant des messes sous prétexte de tirer les âmes du
-purgatoire, agissent comme de simples escrocs. Une voix me cria: «Les
-escrocs, ce ne sont pas les prêtres; c’est vous!» Un tumulte énorme
-s’ensuivit. Un homme monta à la tribune pour renouveler l’injure et
-aggraver le scandale. Mais l’assemblée, comprenant qu’elle avait affaire
-à un agent des jésuites, retira la parole à mon insulteur, et un blâme
-contre lui, mis aux voix par le président, M. le député Beauquier, fut
-voté à l’unanimité, moins quatre voix, sur deux cents délégués environ.
-
-Le lendemain, l’auteur du scandale, à qui cette flétrissure pesait peu,
-allait se vanter de son exploit dans tous les bureaux de rédaction des
-journaux réactionnaires; et le Congrès ne manqua pas d’être vivement
-attaqué.
-
-N’ayant jamais voulu me commettre avec des agents provocateurs,--qu’ils
-appartinssent à la police rousse ou à la police noire,--je méprisai
-l’insulte.
-
-Je me demandai seulement quel mobile avait pu pousser un homme, que je
-n’avais jamais vu, à ramasser de la boue pour venir essayer de m’en
-éclabousser.
-
-Je m’informai.
-
-L’homme était alors totalement inconnu. J’avais pensé une seconde que ce
-pouvait être quelqu’un de ces génies incompris qui viennent solliciter
-des rédacteurs en chef l’insertion de leurs articles plus ou moins
-somnifères, et qui ne pardonnent jamais un refus. Mais j’avais beau
-rappeler mes souvenirs: l’inconnu n’apparaissait pas dans mon passé de
-directeur de journaux.
-
-Cet insulteur n’ayant aucun motif ni même aucun prétexte de haine
-personnelle, je fus bien obligé de me ranger à l’opinion de mes amis,
-savoir: que je me trouvais en présence d’un émissaire secrètement
-stipendié par les disciples de Loyola.
-
-Je m’informai encore.
-
-Ce que j’appris alors m’édifia tout à fait.--Le misérable appartenait à
-la Société de Saint-Vincent-de-Paul; il en avait été pendant quatre ans
-secrétaire; tout récemment même, il venait de se marier d’une façon bien
-religieuse à l’église de la Trinité. Et ce qui démontrait à quel point
-était habile cet agent des Révérends Pères, c’est qu’au moment précis où
-il se mariait à l’église il s’était fait recevoir de plusieurs sociétés
-de libre-pensée et donnait des conférences anti-cléricales, dans
-lesquelles il prêchait aux autres le mariage civil.
-
-Ce misérable, monsieur, c’était vous.
-
-Depuis, vous avez fait du chemin, et vous n’êtes certes pas arrivé
-encore au but où vous prétendez atteindre.
-
-Vous êtes ambitieux et d’une astuce rare.
-
-Vous avez réussi à capter la confiance de quelques républicains naïfs,
-et en même temps vous êtes soutenu par les cléricaux qui n’ont même pas
-la pudeur de mettre une sourdine à leurs éloges. L’_Univers_ et le
-_Figaro_ vous prédisent avec joie le plus brillant avenir. De la part du
-_Figaro_, cela n’a rien d’étonnant, puisque vous collaborez à cette
-feuille monarchiste,--tout en écrivant aussi, il faut bien le dire, dans
-la démocratique _Justice_;--mais ce qui doit plus surprendre, c’est que
-l’organe de M. Louis Veuillot s’oublie à vous donner ostensiblement son
-appui.
-
-Quoi qu’il en soit, vous irez loin. Je ne fais aucune difficulté à le
-reconnaître, je crois à votre étoile. Combien de fortunes politiques ont
-été édifiées sur l’hypocrisie!... Or, en la science de la duplicité vous
-êtes passé maître... Je n’ai pas la moindre illusion à ce sujet: au
-sortir de l’église de la Trinité vous agitez le drapeau rouge et vous
-vous proclamez anarchiste; il faut être aveugle pour ne pas voir votre
-jeu.
-
-Pour conclure, je vous dédie ce livre.
-
-Vous avez écrit quelque part,--dans la _Justice_, à moins que ce ne soit
-dans le _Figaro_,--que je suis un écrivain pornographe.
-
-Comme je me suis donné la mission de dévoiler les turpitudes du clergé,
-vous feignez de prendre le change. Vous êtes semblable à cet ami de M.
-de Germiny, qui, à la lecture du jugement qui condamnait le noble comte
-et mentionnait un aperçu de son infamie, s’écria:--«Ce jugement est un
-outrage aux mœurs!»
-
-En effet, vous qui vous confessez, vous ne pouvez entendre médire des
-confesseurs. Révéler les ignominies du confessionnal constitue une
-attaque à vos protecteurs et maîtres. Vous leur devez bien de prendre
-leur défense!
-
-Lisez donc cet ouvrage, lisez surtout les extraits que je fais des
-livres théologiques enseignés dans les couvents et les séminaires, et
-répétez ensuite partout que les écrivains obscènes, ce ne sont pas les
-casuistes et les confesseurs, mais que c’est moi.
-
-Vous avez eu la jésuitique audace de le dire une fois; ne vous lassez
-pas.
-
-Mentez, mentez toujours, il en restera quelque chose! disait Voltaire
-aux disciples de saint Ignace, qui le calomniaient.
-
-Mentez, mentez encore, vous dirai-je à mon tour; vous servirez utilement
-la cause du clergé. Votre confesseur sera là chaque samedi pour vous
-absoudre.
-
-Je vous salue, monsieur.
-
-Qu’Escobar vous ait en sa sainte garde!
-
-LÉO TAXIL.
-
-Paris, le 1er novembre 1882.
-
-
-
-
-LA CONFESSION
-
-ET
-
-LES CONFESSEURS
-
-
-Une supposition. Reportons-nous à l’année 1869. Imaginez-vous
-ceci:--Tropmann vient de commettre son horrible crime. Il va trouver un
-juge d’instruction et lui dit: «Monsieur, je viens d’assassiner toute
-une famille: sept personnes, dans le but de m’approprier quelques
-billets de banque.» Le magistrat répond: «Mon bon ami, mon cher enfant,
-donnez-moi donc, je vous prie, le produit de votre crime; j’en ferai un
-bon usage, et, pour tout le monde, ce sera comme si vous n’aviez jamais
-tué un lapin. Allez, mon fils, allez, j’efface votre meurtre abominable;
-vous êtes, maintenant, aussi pur que le plus parfait honnête homme.
-Allez, je vous déclare innocent.» Le juge encaisse l’argent de Tropmann,
-et Tropmann n’est pas poursuivi; il peut même recommencer ses exploits,
-assassiner une nouvelle famille Kinck.
-
-Tel est le sacrement de pénitence, qui est le principe de ce qu’on
-appelle la confession.
-
-Un monsieur, qui s’intitule prêtre, se donne le droit d’innocenter les
-plus grands coupables, à la condition qu’il se soumettront à une
-pénitence toujours très commode pour le criminel et surtout très
-lucrative pour M. le Curé.
-
-On peut commettre tous les crimes, assassiner père et mère, se passer
-les fantaisies de Monseigneur Maret et de M. le comte de Germiny,
-détrousser un garçon de recettes et le larder de coups de couteau; on
-peut accomplir les plus exécrables forfaits, se souiller des turpitudes
-les plus obscènes, et les plus dégradantes; en sortant du confessionnal,
-on est, d’après l’Église, plus innocent que le bébé qui vient de naître.
-Une fois l’absolution donnée par le confesseur, Dumollard devient un
-archange, et Tropmann se transforme en un vrai petit chérubin.--Vous
-pouvez leur donner vos filles en mariage.
-
-Par la confession, on est sanctifié en raison même de ses crimes. Ainsi:
-plus un ignorantin se vautre dans les infamies, plus il a besoin de se
-confesser, plus il se confesse, et plus il est pur.
-
-Voilà la morale de l’Église catholique à laquelle la Chambre vote chaque
-année un budget de cinquante à cinquante-cinq millions. Autant vaudrait
-établir un budget pour subventionner les Tropmann et les Dumollard; ce
-serait aussi logique.
-
-Si un magistrat s’était comporté à l’égard de Tropmann comme je viens
-d’en faire la supposition en commençant, il n’y aurait eu en France
-qu’une voix pour le conspuer et le flétrir. Ce magistrat, si commode
-pour les assassins, aurait été plus scélérat que les plus odieux
-meurtriers, n’est-ce pas? Eh bien, le prêtre, qui absout le vol, est
-plus gredin que les voleurs; le prêtre, qui bénit les assassins, est le
-dernier des scélérats. Nul homme, en matière criminelle, n’a le droit de
-substituer son jugement personnel au jugement de la société.
-
- *
-
- * *
-
-Je sais bien ce que me répondront les défenseurs du catholicisme.
-
-Ils me diront:--Vous faites de l’exception la généralité. Tous ceux qui
-vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence n’ont pas sur la
-conscience des meurtres et des viols. La confession n’a pas été
-instituée pour l’absolution unique des criminels. Il est telle faute
-légère, tel manquement aux prescriptions de l’Église dont le confesseur
-relève le pénitent. Or, la pratique constante de la confession est un
-bien pour les petits coupables, pour les hommes que le crime n’a point
-pervertis, en ce qu’elle les met sans cesse face à face avec leurs
-fautes, leur en fait honte et les en déshabitue.
-
-Je répliquerai:--D’abord, il ne me paraît pas prouvé que la confession
-ait un effet salutaire, même au point de vue des petites fautes. Il me
-paraît, au contraire, qu’un examen de conscience régulier ne doit pas
-être une tâche bien lourde pour celui qui s’y livre périodiquement; car
-la confession ainsi pratiquée arrive à n’être plus qu’un acte machinal.
-
-Plus la confession est fréquente, plus elle devient banale, plus le
-pénitent s’habitue à ses passions, à ses défauts, à ses vices.
-
-Quant aux manquements aux prescriptions de l’Église, je ne m’en soucie
-guère. Il est possible que la perspective d’une confession désagréable à
-faire empêche un marguillier de manquer la messe le dimanche; mais il
-faut envisager les choses de plus haut. Nous n’avons pas à nous arrêter
-à ces vétilles; dire le chapelet ou ne pas le dire n’a aucun rapport
-avec l’honnêteté. Les pratiques de dévotion relèvent simplement du bon
-sens, et le bon sens a depuis longtemps condamné toutes ces grimaces,
-toutes ces singeries.
-
-Au XVIIe siècle, les théologiens catholiques agitèrent une question très
-grave: il s’agissait de savoir si un bouillon pris en lavement rompait
-le jeûne.
-
-Vous savez, ou vous ne savez pas, que pour manger le bon Dieu, il faut
-être à jeun. Le Tout-Puissant est un bifteck qui demande à n’être
-précédé dans l’estomac des fidèles par aucun potage gras ou maigre. Une
-fois le bon Dieu avalé, on peut lui verser de la sauce par-dessus; mais
-avant l’engloutissement du personnage, défense de se garnir l’intérieur
-de la moindre julienne ou du plus mince radis. Une goutte d’eau
-seulement, absorbée avant le divin pain à cacheter, constitue un péché
-mortel.
-
-Or, tous les dévots ne se lèvent pas de bon matin; beaucoup de grandes
-dames ne vont le dimanche qu’à la grand’messe, qui est celle où l’on
-exhibe les belles toilettes. Et puis, il y a les vieux curés de rebut,
-qui sont chargés de la messe de midi. Tout ce monde-là avale le bon Dieu
-entre dix heures du matin et midi et demi. Or, garder le jeûne jusqu’à
-ce moment tardif n’a rien d’agréable.
-
-C’est alors que les vieux curés avaient imaginé de prendre avant la
-messe un bouillon en lavement. Ça les soutenait jusqu’à midi, les
-pauvres vieux! Seulement, voilà, les évêques ont mis le nez dans
-l’affaire, en disant: «Pas de ça! mon bel ami, avec votre lavement
-roublard vous allez contre les prescriptions de l’Église.»--Les curés
-qui tenaient à leur clystère se sont rebiffés.
-
-«Si nous le prenions par en haut, ont-ils répondu, oui, ça gênerait le
-Père Éternel; mais par en bas, qu’est-ce que ça peut lui faire?»
-
-Alors, il y a eu des évêques qui n’ont pas voulu entendre de cette
-oreille. On a examiné le cas: à savoir, si la Sainte-Trinité et le
-clystère nutritif avaient des chances de se rencontrer dans le tube des
-communiants. On fit appel aux lumières de la Faculté. On écrivit
-beaucoup de livres pour et contre le lavement d’avant la communion.
-Bref, cette dispute, qui est absolument historique, a duré un bon quart
-de siècle et a finalement été tranchée par le pape, seul juge souverain
-et compétent.
-
-Conclusion: le clystère est défendu.
-
-Aussi, maintenant, nos vieilles dévotes qui ne veulent pas faire une
-communion coupable sont obligées de se tenir à jeun, dans le sens absolu
-du mot; car, si elles se laissaient aller à manœuvrer un piston
-sacrilège avant de recevoir leur doux Jésus, elles commettraient un
-péché monstrueux dont il leur faudrait rendre compte au confessionnal.
-
-Les curés ramollis et les vieilles dévotes, voilà les natures sur
-lesquelles le sacrement de pénitence exerce une action efficace, et
-encore est-ce à propos des particularités théologiques qui sont le
-bagage grotesque de la religion.
-
-On conviendra que, dans cet ordre d’idées, l’efficacité de la confession
-nous préoccupe peu.
-
-Ce qu’il est intéressant pour nous de savoir, c’est si la confession
-convertit les criminels; et cela, nous ne le croyons pas. Delacolonge,
-qui a coupé en morceaux l’infortunée Fanny Besson, était un prêtre;
-Mingrat, qui viola, étrangla et dépeça l’infortunée Marie Gérin, était
-un prêtre; Mgr Maret, qui souillait les petites filles et en guise de
-première communion leur donnait une maladie honteuse, était un prêtre.
-Ces monstres-là, et bien d’autres encore,--car il se valent à peu près
-tous,--non seulement se confessaient, mais encore ils confessaient les
-autres. Est-ce que la pratique constante du sacrement de pénitence les a
-retenus, les a empêchés de se livrer à leurs habitudes infâmes, les a
-empêchés de commettre leurs crimes atroces?--Non!
-
-C’était sur ceux-là, surtout, qu’il aurait fallu que la confession eût
-de l’efficacité!
-
-On me dira, on dit:--Pourquoi citer les grands criminels? Ils forment
-une quantité infiniment petite dans le nombre des gens qui se
-confessent.
-
-Soit, je l’admets. Mais cela ne change rien à la valeur de mon
-raisonnement. Qu’importe que, dans le nombre des gens qui se confessent,
-les grands criminels forment le cinquante pour cent, ou le un pour cent
-seulement! Quelle que soit la proportion existante, n’y eût-il qu’un
-assassin sur mille, sur cent mille, sur un million d’individus
-agenouillés devant vous, messieurs les curés, n’y en eût-il qu’un seul
-sur mille milliards, est-il vrai, oui ou non, que vous vous prétendez le
-droit de l’absoudre, cet assassin?
-
-Oui, n’est-ce pas?--Vous ne pouvez pas le nier, puisque vous revendiquez
-ce droit exécrable d’absolution comme une prérogative céleste.
-
-Eh bien, je vous le dis et vous le répète, par l’exercice de votre
-prétention cyniquement infâme, vous êtes les complices des voleurs et
-des assassins. Vous êtes plus scélérats qu’eux.
-
-Ah! l’on nous accuse de faire de l’exception la généralité; tous ceux
-qui vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence, affirme-t-on, n’ont
-pas sur la conscience des meurtres et des viols.
-
-Je réponds:--Soit! Mais si tous ceux qui se confessent ne sont pas des
-escrocs, des bandits, des violateurs et des assassins, tous les
-violateurs, tous les assassins, tous les escrocs et tous les bandits se
-confessent.
-
-On n’osera pas soutenir le contraire. Tropmann s’est confessé; Lacenaire
-s’est confessé; Papavoine s’est confessé; Dumollard s’est confessé; le
-gardien de la paix Prévost s’est confessé; Johannon, qui a mangé le cœur
-palpitant d’une pauvre femme qu’il venait de poignarder, s’est confessé.
-
-Ils ont reçu la bénédiction du prêtre, tous, tous, tous!
-
-Ils ont appelé l’homme noir: «Mon père», et l’homme noir a répondu à
-chacun: «Mon fils.»--N’est-ce pas bien, cette fois, le cas de dire: Tel
-père, tel fils?
-
-Tous, ils ont reçu l’accolade du ministre religieux, qui a murmuré à
-leur oreille: «Les hommes vous punissent, mais Dieu vous pardonne; les
-hommes vous méprisent, mais Dieu a de l’estime pour vous; les hommes
-vous ont en horreur et en exécration, mais Dieu vous aime.»
-
-Tous ces brigands, qui sont la honte de l’humanité, ont gravi les
-marches de l’échafaud avec la conviction, à eux donnée par le prêtre,
-qu’ils montaient au ciel, qu’ils allaient, leur âme lavée de toute
-souillure, se reposer pour l’éternité dans le sein de Dieu.
-
-Ils étaient des monstres d’infamie; mais ils étaient en même temps les
-adeptes fervents du catholicisme.
-
- *
-
- * *
-
-Laissons de côté ces tristes tableaux. De ces embrassades entre l’Église
-et le crime, ne retenons qu’un enseignement: c’est que le principe de la
-confession est abominable, c’est que le droit d’absolution que le prêtre
-se donne est la plus violente des immoralités.
-
-Partant d’un principe abominable et immoral au suprême degré, que peut
-bien être la confession?
-
-Nous allons voir qu’elle ne vaut pas mieux que son principe.
-
-Au début,--il faut le reconnaître,--la confession n’était pas ce qu’elle
-est aujourd’hui.
-
-Le criminel n’avait pas recours à cette lessive spirituelle, parce
-qu’alors, au lieu d’avouer tout bas son forfait à une seule personne, il
-fallait l’avouer tout haut, devant tout le monde.
-
-La confession, qui était publique, avait une certaine efficacité au
-point de vue des peccadilles. On se risquait à se reconnaître coupable
-d’un petit mensonge ou d’un menu larcin peu conséquent; mais on
-rougissait très fort en formulant son aveu, on était vivement mortifié,
-et on se promettait, avec une sincérité à laquelle je rends hommage, de
-ne plus retomber dans la faute commise.
-
-La confession publique, dont se gardaient bien d’user les grands
-coupables, avait tout de même du bon; elle exerçait une influence
-réelle, une influence moralisatrice sur les petits pécheurs.
-
-Si on veut rétablir cette confession-là, je n’y vois aucun inconvénient.
-Nous nous ferons même un devoir d’aller entendre les jeunes et vieilles
-dévotes raconter leurs fredaines. Ce sera instructif et cela ne manquera
-pas de gaieté.
-
-Malheureusement, la confession publique ne sera jamais rétablie. Ce qui
-la fit supprimer ne manquerait pas de se reproduire.
-
-Voici l’anecdote:
-
-Au IVe siècle, tandis que Nectarius était patriarche de Constantinople,
-un beau jour, à la confession publique dans l’église de Sainte-Sophie,
-une femme mariée s’accusa tout haut d’avoir eu des relations avec le
-diacre qui assistait le célébrant à l’autel. Or, justement, le mari se
-trouvait là, accroupi derrière un pilier, occupé à faire ses prières.
-Mettez-vous un peu à sa place. Il trouva la révélation fort peu
-édifiante; il fit un vacarme de tous les diables. Les assistants étaient
-stupéfaits; monsieur le diacre restait confus. Quant au patriarche
-Nectarius, il était, on le conçoit, fort embarrassé: il voulait bien
-qu’un de ses diacres passât du bon temps avec une jolie pénitente, mais
-il ne voulait pas que toute la ville le sût.
-
-Il n’eut pas la présence d’esprit d’imaginer à l’instant la confession
-auriculaire si utile à ces messieurs. Ce qu’il trouva de mieux, pour
-éviter à l’avenir pareil scandale, ce fut de permettre aux fidèles de
-manger le bon Dieu sans confession.
-
-Voilà comment la confession publique fut abolie.
-
-Ce sont les moines, les frocards, qui imaginèrent cette petite armoire
-sombre dans laquelle les coquins et les imbéciles vont vider le baquet
-de leurs turpitudes, à la grande joie de MM. les calotins.
-
-Les supérieurs de couvents commencèrent, vers le VIIe siècle, à exiger
-que leurs moines vinssent, deux fois l’an, leur avouer leurs fautes. Ils
-inventèrent la formule suivante:--«Je t’absous autant que je le peux et
-que tu en as besoin.»--Plus tard, messieurs les curés eurent des
-prétentions plus élevées. Ils ne dirent plus: «Je t’absous autant que je
-le peux»; ils dirent tout catégoriquement: «Au nom des pouvoirs que m’a
-délégués Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
-je t’absous.»
-
-Je serais bien curieux--et vous aussi, n’est-ce pas?--de voir de près
-ces fameux pouvoirs, et d’examiner simplement la signature du notaire
-qui en certifie l’authenticité.
-
-Mais les moines ne furent pas aussi exigeants vis-à-vis de leurs abbés.
-Ils auraient pu dire au Père supérieur: «Mon ami, avant de donner
-l’absolution aux autres, tâche de te faire absoudre toi-même;» mais non!
-ils aimèrent mieux être confessés et devenir à leur tour confesseurs.
-
-Il est si agréable de savoir les secrets des ménages, de connaître dans
-leurs plus grands détails les péchés des jeunes filles,--et encore les
-confesseurs qui s’en tiennent là ne sont pas les plus dangereux. Ils
-sont des indiscrets, et voilà tout; mais au fond des confessionnaux il
-n’y a pas toujours que des indiscrets. Le plus souvent ces antres de la
-superstition renferment des exploiteurs du crime et des séducteurs
-obscènes.
-
-Le R. P. Martène, un bénédictin qui vivait au commencement du XVIIIe
-siècle, raconte, dans un livre intitulé les _Rites de l’Église_, que
-Mmes les abbesses confessèrent pendant très longtemps leurs religieuses;
-seulement, il paraît que ces abbesses étaient excessivement curieuses;
-elles furent même si curieuses que l’on fut obligé de leur retirer ce
-droit.--Pourquoi ne l’ôte-t-on pas aux confesseurs curieux?--Il y en a!
-il y en a!
-
-Ceux qui conseillent à une femme de faire... jeûner son mari le
-mercredi, sous prétexte que ce jour-là est consacré à la sainte
-Vierge;--ceux qui conseillent à madame de faire tout à fait jeûner
-monsieur sous prétexte que monsieur ne va pas à la messe, ou qu’il
-refuse de croire à l’infaillibilité du pape;--ceux qui conseillent à un
-jeune homme sans vocation de se faire prêtre, parce qu’il faut quand
-même des recrues au clergé;--ceux qui éveillent le tempérament d’une
-petite fille par des questions qui lui apprennent ce qu’elle ne doit pas
-encore savoir; ceux-là ne sont pas seulement des indiscrets; ils sont
-plus coupables, et, comme tels, ils sont très répréhensibles.--Et il y
-en a beaucoup comme cela!
-
- *
-
- * *
-
-Non seulement ces confesseurs dangereux sont en grand nombre; mais
-encore ils ne se contentent pas d’interroger les enfants sur tels et
-tels actes. Ils vont plus loin même.
-
-Ils ont inventé ce qu’ils appellent des _Examens de conscience_. Ce sont
-des petits questionnaires qui, sous le couvert de la religion,
-instruisent nos jeunes garçons et nos jeunes fillettes de ce que nous
-prenons tant de peine à leur cacher.
-
-Vous croyez que j’exagère?
-
-Eh! bien, vous allez être pleinement édifiés. Vous allez voir quelles
-questions les prêtres posent aux petits garçons et aux petites filles.
-
-Il est nécessaire que les pères et mères de famille sachent à quelles
-infâmes interrogations ils exposent leurs enfants en les envoyant au
-confessionnal.
-
-
-
-
-EXAMEN DE CONSCIENCE
-
-PAR
-
-l’Abbé LENFANT
-
-Curé de Villiers-le-Gambon.
-
-
-Les extraits de l’ouvrage que je vais citer sont parfaitement
-authentiques.
-
-Il ne s’agit pas d’un livre remontant à deux ou trois siècles. Non!--Cet
-_Examen de conscience_ est un ouvrage contemporain; c’est celui qui est
-_actuellement_ en usage dans un des plus importants diocèses de l’Église
-catholique, le diocèse de Namur.
-
-Les extraits que j’en ai faits ont été copiés par moi-même, et je les ai
-déjà publiés deux fois dans mon journal, sans que les cléricaux
-fanatiques qui composent notre magistrature aient jamais osé pour cela
-me poursuivre.
-
-Du reste, je les en défie bien!
-
-
-L’ouvrage est intitulé:
-
- EXAMEN DE CONSCIENCE, _suivi d’exercices pour la confession_, selon
- l’ordre et la lettre du _Petit Catéchisme_ du diocèse de Namur,
- destiné aux enfants de la _première communion_, et non moins utile aux
- personnes plus avancées en âge, par M. Lenfant, curé de
- Villiers-le-Gambon.--Namur, A. Wesmaël-Legros, imprimeur de l’évêché,
- 1865.
-
-Je vous prie de remarquer que ce livre n’est pas unique dans son genre;
-tous les diocèses de l’Église catholique sont pourvus de semblables
-_Examens de conscience_. Partout, dans chaque paroisse, les prêtres
-remettent aux enfants, en même temps que le _Catéchisme du diocèse_, un
-petit opuscule appelé: «Examen de conscience», dont le prétexte est
-d’aider fillettes et jeunes garçons à rechercher quels péchés ils
-peuvent bien avoir commis durant la semaine, et dont le vrai but est de
-leur enseigner graduellement le vice. Tous ces _Examens de conscience_,
-tous sans exception, sont revêtus d’une approbation signée par un
-évêque. Chaque année, l’imprimeur de l’évêché en fait un nouveau tirage,
-et ces ignobles petits livres sont répandus à profusion dans les écoles
-congréganistes.
-
-L’exemplaire, dont je vais reproduire quelques extraits, date de 1865;
-il n’est donc pas bien vieux. L’ouvrage a été composé en 1844; ce qui
-prouve que messieurs les prêtres de Namur l’ont trouvé excellent,
-puisqu’ils l’ont conservé jusqu’à aujourd’hui, et qu’ils s’en servent à
-présent encore pour la préparation des enfants à la première communion.
-
-Voici l’approbation épiscopale:
-
- _Approbation._
-
- J’ai lu par ordre de Monseigneur le Rme évêque de Namur le manuscrit
- intitulé: _Examen de conscience, suivi d’exercices pour la confession,
- etc., par M. LENFANT, curé de Villiers-le-Gambon_. Je n’ai rien vu,
- dans cet écrit, de contraire à la doctrine catholique. Comme l’auteur
- l’annonce lui-même, son dessein n’est pas d’exposer tous les péchés
- qui peuvent se commettre contre chaque commandement, _mais seulement
- les plus ordinaires_. Il a fait preuve _de discernement et d’une
- prudente sobriété_ dans l’exécution de ce plan.
-
- _Donné à Namur, le 17 janvier 1844._
-
- Ant. COLLARD
-
- Chanoine Théologal et professeur de Théologie.
-
-Et au-dessous:
-
- Nous en permettons l’impression.
-
- _Namur, le 18 janvier 1844._
-
- NICOLAS-JOSEPH,
-
- évêque de Namur.
-
-Après ces deux pages vient l’avant-propos dans lequel le curé Lenfant
-(nom prédestiné) déclare ceci:
-
- Encore ai-je besoin de l’encouragement de Monseigneur Notre
- Révérendissime Évêque de Namur, à l’approbation duquel je le soumets
- entièrement et sans restriction.
-
- Sans le secours de la direction et des explications des catéchistes,
- ce petit livre serait encore bien peu utile aux enfants; aussi,
- j’espère qu’ils ne refuseront pas ce concours.
-
-Ainsi donc, c’est bien entendu, les questions que l’auteur de l’_Examen
-de conscience_ va poser aux enfants, il pense qu’elles pourront n’être
-pas assez claires, et il invite les catéchistes, les confesseurs à les
-bien expliquer.
-
-Or, voulez-vous savoir quelle question pose ce prêtre, avec
-l’approbation de son évêque, sur ce sujet: _Devoirs corporels?_
-
- N’avez-vous pas commis d’imprudence ou de crime avant ou après la
- conception?
-
-Voilà une question que le confesseur doit expliquer à chaque jeune
-fille.--C’est du propre!
-
-Je ne m’attarderai pas à reproduire les menues questions qui seraient
-sans intérêt: Pratiques de dévotion, Blasphèmes, Du nom de Dieu invoqué
-en vain, etc.--Contentons-nous d’extraire les passages qui prouvent
-combien chaque confession d’un enfant est pour lui une leçon
-d’immoralité.
-
- VIe ET IXe COMMANDEMENTS
-
- _Sixième_:
-
- Luxurieux point ne seras
- De corps ni de consentement.
-
-
- _Neuvième_:
-
- L’œuvre de chair ne désireras
- Qu’en mariage seulement.
-
- --Que défend le sixième commandement?
-
- --Il défend, non seulement toute impureté, mais, qui plus est, la
- seule convoitise et tout plaisir qu’on aurait à y penser
- volontairement.
-
- --Que défend le neuvième commandement?
-
- --Il défend toute impureté, c’est-à-dire, de prendre aucun plaisir
- charnel, sur soi ou sur autrui, en dehors du mariage, par œuvre, par
- attouchements, baisers, paroles, chansons, dites ou écoutées, regards,
- lectures de livres impudiques ou malhonnêtes.
-
-Misérables hypocrites! Les premiers livres impudiques et malhonnêtes, ce
-sont vos _Examens de conscience_, messieurs les prêtres.
-
-Continuons. Le paragraphe qui suit prouve, mieux que toutes nos
-affirmations, que les confesseurs se mêlent de ce qui se passe dans les
-alcôves conjugales.
-
- Le neuvième commandement, en général, défend toute impureté,
- c’est-à-dire tout plaisir sensuel honteux, charnel, à tous ceux qui ne
- sont pas mariés. Ce serait cependant une grave erreur que de se croire
- tout permis dans le mariage. Les personnes mariées pèchent dans l’état
- du mariage, par suite de la crainte d’avoir trop d’enfants, _par des
- abus dans ce qui est permis, par des désobéissances dans ce qui est
- ordonné_. Celles dont la conscience est inquiète sur cette matière
- délicate DOIVENT CONSULTER LEUR CONFESSEUR (textuel).
-
-Avis aux républicains faibles qui permettent à leur femme de fréquenter
-l’église: c’est monsieur l’abbé qui règle comment madame doit rendre à
-son mari le devoir conjugal. La jeune fille qui se prépare à la première
-communion sait, dès l’âge de onze ans, que, lorsqu’elle sera grande,
-elle devra consulter son confesseur sur la manière dont elle devra se
-comporter envers celui qu’elle épousera. Comment, avec cela, les
-fillettes élevées au confessionnal pourraient-elles devenir des honnêtes
-femmes?
-
-Continuons:
-
- 1º _Pensées_.
-
- Ruminer dans son esprit, occuper son esprit de choses déshonnêtes,
- former dans son esprit des images d’objets ou d’actions déshonnêtes,
- sans la volonté de les commettre.
-
- --1. Avez-vous donné occasion volontaire à des pensées déshonnêtes?
-
- --2. Vous êtes-vous arrêté volontairement à considérer dans votre
- esprit des objets ou des actions déshonnêtes, défendues?--Combien de
- fois?--Combien de temps?--Quel était l’objet de cette pensée
- volontaire?--Telle action? telle sorte de personne?--Quelles ont été
- les suites, les désordres de ces mauvaises pensées?--Des mouvements
- déréglés en vous, etc.?--Des passions violentes?
-
- --3. Avez-vous repoussé ces sortes de mauvaises pensées dès que vous
- vous en êtes aperçu?--Sans y prendre positivement plaisir, n’avez-vous
- pas été lâche à les rejeter?
-
- --4. Avez-vous rappelé dans votre esprit le souvenir des péchés
- passés?
-
-
- 2º _Désirs_.
-
- --1. Avez-vous désiré, souhaité dans votre cœur, de voir, de toucher,
- de faire, d’entendre, etc., quelqu’une de ces choses que le sixième
- commandement défend de faire?
-
- --2. Avez-vous pris les moyens, fait les démarches, les efforts,
- quoique sans effet, pour exécuter ces mauvais désirs?
-
- --3. N’avez-vous pas regretté le manquement d’exécution?--Dites ce que
- vous avez désiré; ses qualités, la vôtre.--S’agissait-il de personnes
- mariées? ou parentes? ou consacrées à Dieu?
-
- --4. Quels ont été les effets de ces désirs sur votre corps?--Pendant
- combien de temps vous êtes-vous entretenu de ces désirs impurs?
-
-Remarquons, en passant, que messieurs les curés, sous prétexte de
-questionner les jeunes garçons et les jeunes filles sur leurs péchés,
-leur demandent, d’une manière détournée, des renseignements sur les
-tierces personnes, à cause de qui les péchés ont été commis.
-
- 3º _Actions_.
-
- --1. Avez-vous fait des actions honteuses, impures?
-
- --2. Étiez-vous seul?--Avec d’autres?--De même ou de différent sexe?
- mariés? parents? ou alliés?--Dans la crainte du déshonneur?--_Avec des
- bêtes?_--Dans un lieu public ou sacré?--Combien de fois?--Toujours
- avec les mêmes?--Depuis combien de temps?--Sous promesse de
- mariage?--Quelles en sont les suites?
-
-
- 4º _Attouchements_.
-
- --1. Avez-vous touché avec la main ou autrement, par plaisir et sans
- nécessité, des parties du corps que la pudeur veut que l’on
- cache?--Sur vous-même?--Sur d’autres de même ou de différent
- sexe?--Mariés, parents, etc.?--_Sur des animaux?_
-
- --2. Avez-vous permis, souffert de ces criminelles et honteuses
- libertés?
-
- --3. Les avez-vous provoquées, excitées?--Combien de fois?--Êtes-vous
- dans l’habitude?--Depuis quand?--Quel désordre ou accident a suivi ces
- actes coupables?
-
-
- 5º _Baisers_.
-
- --Avez-vous donné ou reçu des baisers, surtout entre jeunes gens de
- différents sexes, avec mauvaises intentions?--Avec durée?--D’une
- manière indécente?--Avec danger de consentir ultérieurement aux suites
- impures?
-
-
- 6º _Paroles_.
-
- --1. Avez-vous dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant
- clairement ces péchés, ou objets d’impureté? ou des paroles à
- double entente, plus couvertes?--En présence de combien de
- personnes?--Quelles étaient leurs qualités? jeunes? mariées?
- etc.--Ont-elles été scandalisées?
-
-Pour le coup, voilà une question passablement indiscrète. Il est facile
-de voir quel parti le confesseur peut tirer de la réponse qui lui est
-faite.
-
-Quoique sans se faire nommer une personne, il se la fait d’abord
-désigner de la façon la plus explicite possible. Puis, suivant qu’il a
-des vues sur cette personne, suivant qu’il a intérêt à savoir si elle
-est ou non accessible, il pose cette question:
-
---Mon enfant, cette personne à qui vous avez dit des paroles
-déshonnêtes, sales, exprimant clairement un désir ou un objet
-d’impureté, cette personne, dis-je, a-t-elle été scandalisée?
-
-Supposons que la jeune pénitente réponde:
-
---Non, mon père, elle n’a pas été scandalisée du tout.
-
-Le confesseur se dira, à part lui:
-
---Très bien, voilà une vertu facile dont je pourrai prochainement tenter
-l’assaut.
-
-Le motif de ces questions indiscrètes ne peut faire aucun doute.
-
-Continuons encore:
-
- --2. Avez-vous écouté avec plaisir des paroles déshonnêtes?--Combien
- de fois par jour, par semaine ou par mois?--Depuis quand dure cette
- habitude?
-
- --3. Vous êtes-vous vanté de péchés commis en secret, diffamant ainsi
- les personnes dont vous avez abusé?
-
-
- 7º _Chansons_.
-
- --1. Avez-vous chanté des obscénités ou des chansons avec mots à
- double entente?--Devant combien de personnes, etc.?
-
- --2. Les avez-vous apprises à d’autres?
-
- --3. Avez-vous écouté des chansons déshonnêtes?--Y avez-vous applaudi,
- etc.?
-
-
- 8º _Regards_.
-
- --1. Avez-vous regardé par curiosité, par passion, des objets
- déshonnêtes sur vous-même?--Sur d’autres de même, de différent
- sexe?--Indiquez la qualité des personnes; je dis toujours _qualité_,
- parce qu’on ne doit nommer personne à confesse.
-
-Tartufes!... On ne doit nommer personne à confesse, disent-ils...
-Seulement, ils posent des questions comme celles-ci:
-
---Cette personne, à qui vous avez manifesté des désirs impurs et qui
-n’en a pas été scandalisée, est-elle jeune? Est-elle mariée? Quelle est
-sa qualité? Êtes-vous parente avec elle? Du même sexe? Depuis combien de
-temps la fréquentez-vous?
-
-Je vous demande un peu si quand une enfant naïve a répondu à toutes ces
-questions, le confesseur a besoin de se faire ajouter le nom de la
-personne sur laquelle il s’enquiert.
-
-De même quand il interroge une jeune fille sur le chapitre des désirs,
-supposez qu’il lui pose ces questions que nous avons reproduites plus
-haut:
-
---Mon enfant, avez-vous désiré dans votre cœur de faire quelqu’une de
-ces choses que nous défend le sixième commandement? Dites ce que vous
-avez désiré, les qualités de la personne qui était l’objet de votre
-désir. S’agissait-il d’une personne consacrée à Dieu?
-
-Je suppose un jeune vicaire posant ces trois questions à une fillette
-qui, sans trop s’en rendre compte, aura une inclination pour lui.
-L’enfant rougira, surtout à la dernière des trois questions. Il faudra
-qu’elle réponde. Elle sera de plus en plus confuse, embarrassée. Et le
-prêtre possédera le secret de la pauvrette, lui aura ouvert les yeux sur
-le sentiment qu’elle éprouvait sans se l’expliquer; de ce jour, le
-misérable sera maître de l’enfant.
-
-Continuons toujours. Voici une question, que le confesseur, suivant
-l’invitation de l’auteur de l’_Examen de conscience_, doit avoir souvent
-à expliquer aux fillettes candides et pures. Quelle honte que cette
-question! Quelle honte que ces explications!
-
- --2. Avez-vous regardé certains actes des animaux?
-
- --3. N’avez-vous pas souffert, permis à d’autres des regards coupables
- sur vous?--Par imprudence ou manque de pudeur?
-
- --4. Avez-vous considéré des tableaux, des statues indécentes?
- etc.--Des nudités?
-
-
- 9º _Lecture_.
-
- --1. Avez-vous lu par curiosité ou passion, sans nécessité, des
- lettres d’amour, des livres impudiques, de médecine, de théologie, des
- romans, des livres, des chansons déshonnêtes, de sales histoires, des
- journaux du même genre? etc.
-
- --2. Les avez-vous encore?--Les avez-vous communiqués à d’autres ou
- laissés exposés à leur vue?
-
-
- 10º _Conservation de la chasteté_.
-
- --1. Vous êtes-vous exposé volontairement au danger de pécher sans
- graves raisons, et quelles raisons?
-
- --2. Êtes-vous resté volontairement dans l’occasion?--Avez-vous aimé,
- recherché l’occasion prochaine du péché mortel d’impureté?--Combien de
- fois?--Combien de temps?--Quelle est cette occasion?--Est-ce dans la
- même maison que vous habitez?--Cette occasion est-elle libre ou
- nécessaire?--Avez-vous employé les moyens prescrits par votre
- confesseur?
-
- --3. Êtes-vous resté seul à seul avec une personne de différent sexe
- que vous affectionnez, dans l’obscurité, hors de tout œil de
- surveillance, dans la maison, sur le seuil des portes?--Avez-vous été
- à des rendez-vous?--Dans des mauvaises compagnies?--Dans les veillées
- où se trouvent réunis des jeunes gens des deux sexes?--Dans des danses
- de nuit ou de cabaret?--Courez-vous les fêtes le soir, les allées ou
- venues?
-
- --4. Avez-vous eu des fréquentations pour le mariage longues,
- imprudentes?
-
- --Êtes-vous dans quelque habitude d’impureté?--Laquelle?--Seul ou avec
- d’autres?--Depuis combien de temps?
-
- Etc., etc.
-
-Quelle abomination! Voilà comment les prêtres entendent leur sacerdoce!
-Voilà les côtés secrets de la religion catholique!
-
-M. Jules Ferry, à l’époque où il n’était pas encore ministre, a dit
-ceci: «La religion, c’est l’embrigadement de la bêtise humaine.» Il
-aurait pu ajouter: «Et le confessionnal, c’est la tanière des plus
-immondes cochons.»
-
-Il faut être, en effet,--passez moi l’expression,--le dernier des
-saligots, pour se complaire à enseigner le vice graduellement, par menus
-détails, aux petits garçons et aux petites filles.
-
-Et ils osent dire, ces hypocrites, que leur sacrement de pénitence
-purifie et rend plus vertueux!
-
-Mensonge! exécrable mensonge! La confession n’est pas autre chose que
-l’école de l’impureté.
-
-Voyez ce prêtre de Namur; il met sous les yeux de la jeunesse un
-questionnaire infect, ignoble; et, en tête de son livre, il écrit dans
-son avant-propos: «Sans le secours de la direction et des explications
-des catéchistes, cet _Examen de conscience_ serait encore bien peu utile
-aux enfants.»
-
-Il trouve qu’il n’en a pas dit assez. Il fait appel aux directeurs de
-conscience, aux catéchistes pour qu’ils développent ses infamies.
-
-D’abord l’examen sommaire, les interrogations générales, conformes au
-livre de M. le curé et du petit catéchisme du diocèse. Ensuite,
-viendront les demandes précises et détaillées du confesseur, les
-explications compliquées, embarrassées et très minutieuses des jeunes
-pénitents et des jeunes pénitentes.
-
-Doit-on s’étonner que dans ces longues conversations, roulant
-complaisamment sur des sujets scabreux, sensuels, sur des tableaux à
-damner saint Antoine lui-même,--doit-on s’étonner que parfois confesseur
-et pénitente se soient laissés aller à des explications que je
-m’abstiendrai de qualifier, qu’ils aient passé de la théorie du
-catéchisme à la pratique?
-
-En effet, imaginez-vous un jeune gaillard de vingt-cinq ans, plein de
-santé et de sève, sortant du séminaire où il a prêté ce serment absurde
-et contre nature de chasteté; le voyez-vous, lui, dont le cœur éclate
-par l’explosion des passions longtemps comprimées, le voyez-vous,
-entreprenant de confesser une jeune et jolie fillette qui, la pauvre
-enfant, ne pense pas à mal?
-
-Catéchisme en main, il procède par interrogations scrupuleuses. Il est
-novice dans le métier, il craint de laisser passer la moindre peccadille
-sur la conscience de sa timide et tremblante cliente. Et voilà cette
-ravissante jeune fille de quinze ans qui, rougissant, raconte à ce jeune
-homme des choses intimes qu’elle n’oserait pas dire à sa mère. Elle
-devra énumérer les pensées qu’elle a eues en prenant son bain, etc.
-
-Et la pauvrette, de ses lèvres chastes et roses, devra glisser dans le
-tuyau de l’oreille de son jeune directeur les réponses les plus exactes
-à toute sorte de questions qu’elle considérerait comme des injures en
-toute autre circonstance.
-
-Dites, après cela, si des parents qui se sont appliqués pendant de
-longues années à éloigner de l’esprit, de l’imagination de leurs
-enfants, toute pensée qui puisse ternir la pureté de leur cœur, ne
-doivent pas redouter le confessionnal!
-
-Et notez bien que je viens de parler seulement du jeune prêtre au moment
-où il sort du séminaire, au moment où il a peut-être encore quelques
-bons instincts, au moment où le contact des vétérans du sacerdoce ne l’a
-pas encore vicié.
-
-Celui-là faiblit, mais il répare quelquefois sa faute. On en a vu, de
-ces jeunes vicaires,--rarement, il est vrai,--on en a vu jeter leur
-soutane aux orties et épouser la jeune fille dont ils avaient effeuillé
-la couronne virginale. A ceux-là, nous accordons le pardon; ce qui ne
-nous empêche pas de continuer à dire que l’institution de la confession
-est quand même mauvaise; car, si le prêtre ne s’était pas trouvé là, la
-jeune fille en aurait aimé un autre plus digne d’elle.
-
-Un petit vicaire peut rentrer dans la vie civile; il ne vaut jamais un
-bon et honnête ouvrier qui n’a pas fait cet apprentissage de fainéantise
-dont la livrée est une soutane.
-
-Méfiez-vous toujours de quiconque a accepté, ne serait-ce que pendant
-une année, de porter cette livrée honteuse. Dans l’ancien calotin, dans
-l’ancien séminariste, dans quiconque s’est destiné un moment au métier
-malhonnête de prêtre, il reste toujours un fond de malhonnêteté.--Il n’y
-a à cette règle que bien peu d’exceptions; les Raspail et les Lamennais
-sont de plus en plus rares.
-
-A plus forte raison, fuyez comme la peste ceux qui ont croupi dans la
-fange sacerdotale. Ceux-là ne répareront pas les brèches faites à
-l’honneur des jeunes filles; ils se joueront d’elles, ils les abuseront
-sans cesse. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des boucs à face humaine.
-Ils portent partout sur leurs pas, la dépravation, l’obscénité, la honte
-la plus crapuleuse.--Qu’ils soient maudits!
-
- *
-
- * *
-
-Nous avons examiné la confession dans ce qu’elle a de corrupteur pour la
-vertu des adolescents. Nous avons dit comment elle prédispose même les
-enfants à l’impureté. Voyons comment elle peut porter le trouble dans
-les ménages; car, tandis que je citais mes extraits de l’_Examen de
-conscience_ du curé Lenfant, on a pu remarquer que messieurs les
-confesseurs ont de fortes tendances à vouloir pénétrer les secrets de
-l’alcôve.
-
-Après avoir parcouru les livres que l’on met dans les mains des
-pénitents, parcourons un peu ceux qui sont destinés aux jeunes abbés des
-séminaires.
-
-Pour que le prêtre puisse expliquer certaines choses à l’homme ou à la
-femme qui se confesse à lui, il faut nécessairement qu’il en soit
-instruit lui-même d’une façon très complète.
-
-C’est dans ce but que les grands théologiens ont imaginé des ouvrages
-qu’ils appellent _Manuels des confesseurs_. Le plus célèbre d’entre tous
-est celui qui a été écrit par Mgr Bouvier, évêque du Mans, qui vivait
-encore il n’y a pas longtemps.
-
-Ce Mgr Bouvier, qui devait à coup sûr avoir dans les veines le même sang
-que le marquis de Sade, a été honoré de distinctions toutes spéciales
-par le pape Pie IX, le Borgia du XIXe siècle.
-
- * * * * *
-
-Ici, dans sa conférence, M. Léo Taxil donnait quelques rapides aperçus
-des _Diaconales_ de Mgr Bouvier; bien entendu, en choisissant ses
-extraits, en sautant des mots, en supprimant les passages par trop
-scabreux. Il lisait encore des morceaux du fameux _Compendium_, ouvrage
-dû à la collaboration d’une société de casuistes du XVIIIe siècle, des
-_Pieuses Exhortations_ de Mgr Claret, archevêque et confesseur
-d’Isabelle d’Espagne, et enfin de la _Mœchialogie_ (Cours de luxure), du
-R. P. Debreyne, religieux trappiste.
-
-Nous donnons comme appendice à cette conférence de M. Léo Taxil de
-nombreux extraits des quatre ouvrages ci-dessus dénommés.
-
-On pourra se faire ainsi une idée de l’enseignement qui est donné aux
-jeunes abbés des grands séminaires. Comme dans un livre il est loisible
-de reproduire textuellement des citations quel que soit leur degré
-d’obscénité (ce qui ne se peut dans une conférence), les lecteurs
-trouveront donc, à la fin du discours, cent fois plus d’extraits que
-n’en ont eus les auditeurs.
-
-Une fois faites les citations pour lesquelles nous renvoyons le lecteur
-à l’appendice qui termine ce volume, M. Léo Taxil ajoutait:
-
- * * * * *
-
-On le voit, messieurs les curés se mêlent de ce qui est le plus intime
-dans les ménages. Ils demandent à Madame de quelle manière Monsieur se
-comporte envers elle, s’ils font ensemble ceci ou cela... Oh! ces
-questions, disent-ils, sont nécessaires; il faut qu’ils connaissent tous
-les détails du péché pour savoir s’ils doivent donner l’absolution ou la
-refuser.
-
-Est-il possible de pousser plus loin l’astuce et la dépravation?
-
-Si, chez vous, un des amis de la maison venait demander à votre femme
-des renseignements sur la manière dont vous agissez avec elle, est-ce
-que vous ne prendriez pas une trique pour en frictionner avec vigueur
-les épaules de l’impertinent?--Oui, n’est-ce pas?--Pourquoi n’en
-use-t-on pas de la sorte vis-à-vis de ces calotins dévergondés qui, eux,
-ne sont pas les amis, mais les ennemis de la maison?
-
-Est-ce que ces gens-là ont le droit de s’immiscer dans les mystères de
-l’intérieur des autres?
-
-Ils ont trouvé cette belle excuse à leur indiscrétion de satyres!...
-C’est pour éclairer, disent-ils, la conscience des femmes sur les péchés
-qui se peuvent commettre, qu’ils leur font subir des interrogatoires si
-minutieux.
-
-Mauvais prétexte! Nouvelle imposture!
-
-Moins que personne, ils n’ont le droit de connaître comment les époux
-conjuguent le verbe «se marier», eux qui disent s’être interdit de
-contribuer à l’accroissement de l’espèce humaine.
-
-S’il est une question dont ils ne doivent pas s’occuper, c’est à coup
-sûr celle-là.
-
-Qu’ils aillent confesser les nonnes hystériques, leurs dignes femelles,
-et qu’ils laissent en paix les ménages des honnêtes gens!
-
- *
-
- * *
-
-Mais voilà! la confession des femmes mariées leur est nécessaire, à ces
-misérables!
-
-Leur pouvoir est bâti sur la division et sur l’intrigue. Or, par la
-confession, il leur est facile de semer la discorde dans les familles;
-par la confession, ils sont au courant de mille secrets, ils connaissent
-les côtés faibles des individus. Ils manœuvrent dans l’ombre; mais leurs
-plans sont tracés d’après des indications sûres.--Voyez-vous bien le
-danger?
-
-Aussi, ce droit de confession qu’ils se sont attribué sera-t-il toujours
-le privilège qu’ils défendront avec le plus d’énergie.
-
-Cette institution abominable, ils la soutiennent effrontément par les
-mensonges les plus audacieux. Il est juste de dire que les mensonges ne
-leur coûtent rien.
-
-Pour défendre leur sacrement de pénitence, il y a des curés qui ont
-l’aplomb de soutenir que, grâce à la confession, pas mal de voleurs ont
-restitué ce qu’ils avaient dérobé.
-
-D’abord, il ne suffirait pas d’avancer cela; il faudrait encore le
-prouver. J’ai souvent entendu faire valoir cet argument; mais à ma
-connaissance jamais aucun curé n’a cité un fait précis.
-
-Si des voleurs ont rendu l’argent dérobé, à la suite d’une visite au
-confessionnal, que messieurs les prêtres les nomment!
-
---Ah! voilà. Ils ne nommeront personne, cela leur est défendu. Il y a le
-secret de la confession.
-
-Quel procédé commode pour toujours avoir raison! On articule un fait à
-l’appui d’une thèse que l’on soutient, et, quand on vous demande les
-moyens de contrôler votre assertion, on s’efface derrière une consigne.
-Monsieur l’abbé veut bien affirmer que, grâce au sacrement de pénitence,
-il a fait opérer des restitutions; seulement, il ne peut pas, à son
-grand regret, désigner les personnes en cause, ni même indiquer les
-circonstances de l’aventure.
-
-Soit.--Mais alors on me permettra de révoquer en doute les assertions de
-monsieur l’abbé; car des assertions qui ne sont appuyées d’aucune preuve
-sont sans valeur, surtout quand celui qui les émet a intérêt à les
-émettre.
-
-Bien plus, l’excuse du secret de la confession ne me paraît pas sérieuse
-le moins du monde; car la prêtraille sait parfaitement passer par-dessus
-son fameux secret de la confession quand elle y a intérêt.
-
-A-t-on oublié que lors du coup d’État de 51, grand nombre d’ouvriers qui
-faisaient partie des sociétés de résistance ont été dénoncés par les
-confesseurs de leurs femmes?
-
- *
-
- * *
-
-Personnellement, je ne crois pas que les confesseurs aient jamais fait
-restituer un centime mal acquis. Il se peut que, à des pénitents
-s’accusant d’avoir dérobé une somme quelconque, les confesseurs aient
-dit:
-
---Mon fils, votre action est très coupable. Pour l’expier et l’effacer,
-vous allez m’apporter la somme que vous détenez indûment et je
-l’appliquerai à une bonne œuvre catholique. Ce sera la réparation de
-votre faute.
-
-Voilà ce qui arrive en fait de restitution; mais on avouera que, si le
-voleur restitue de cette façon, le volé n’en a pas une plus belle jambe.
-
-La vérité m’oblige à dire qu’il y a un curé,--il existe encore,--qui a
-opéré quelques restitutions en rendant à des personnes volées l’argent
-qui leur avait été pris.
-
-Ce curé s’appelle l’abbé Cameigt; tout récemment, il était à la tête
-d’une paroisse dans le département des Pyrénées-Orientales.--Voici quel
-était son manège: quand il allait en visite chez quelqu’un, il filoutait
-tout ce qui se trouvait à sa portée; il ne se gênait pas; si l’on ne
-s’apercevait pas du larcin avant un certain nombre de jours, il gardait
-l’argent ou les objets dérobés; comment se douter que monsieur le curé
-était le voleur? Si par contre la disparition de ce que l’abbé Cameigt
-avait confisqué était aussitôt constatée, dès que notre voleur savait
-que les victimes faisaient une petite enquête et recherchaient l’auteur
-du méfait, il se rendait chez le commissaire de police et lui tenait ce
-langage:
-
---Monsieur le commissaire, pas plus tard que ce matin, un de mes
-pénitents est venu se confesser à moi et m’a remis cette somme qu’il a
-dérobée, il y a quelques jours à Untel. Vous comprendrez, monsieur le
-commissaire, que les devoirs de mon sacerdoce sacré m’interdisent de la
-façon le plus absolue de vous dévoiler le nom de ce malheureux pécheur;
-tout ce que je puis vous affirmer, c’est que l’infortuné était sous le
-coup des plus vifs remords. Aussi, je vous prie d’intercéder pour lui
-auprès de M. Untel afin qu’il retire sa plainte; vous lui rendrez son
-argent; et moi, de mon côté, je prierai Dieu pour que ce pécheur
-repentant ne succombe plus à la tentation.
-
-Ce n’était pas plus malin que cela. L’affaire s’arrangeait à l’instant;
-les volés étaient heureux de rentrer en possession de leur bien; on
-soupçonnait Pierre, Paul ou Jacques; mais en revanche, monsieur le curé
-se faisait une réputation exceptionnelle de probité.
-
-Malheureusement pour le saint homme, il abusa un peu trop du procédé; si
-bien que dans une affaire assez grave qu’il n’était plus temps
-d’étouffer, un substitut incrédule persista, malgré la restitution, à
-faire son enquête; ce qui amena la découverte du pot-aux-roses, et la
-condamnation de monsieur l’abbé Cameigt à sept années de réclusion. Le
-procès a été jugé tout récemment par la cour d’assises de Perpignan.
-
- *
-
- * *
-
-Les curés, du reste, sont connus pour être forts pour encaisser, mais
-durs à la détente. On voit pas mal de monacos entrer chez eux, mais on
-n’en voit pas beaucoup sortir.
-
-Tenez, j’ai encore entre les mains un petit travail écrit par un
-ecclésiastique, qui traite la question de la confession, et je vous
-certifie que M. le théologien ne conseille pas du tout, mais là pas du
-tout, de restituer l’argent mal acquis.
-
-Ce traité de la confession est l’ouvrage d’un de nos contemporains.
-L’auteur vit encore, puisque le journal qui les publie au fur et à
-mesure n’en est qu’à sa quatrième année d’existence.
-
-Ce journal est rédigé spécialement pour les prêtres et par des prêtres.
-
-Voici son titre:
-
- Le _Journal du Presbytère_, fondé et rédigé d’après le programme des
- assemblées catholiques, organe des congrégations religieuses, des
- pèlerinages, des cercles catholiques et de toutes œuvres pies.
- Nouvelles et _Instructions religieuses_. Paraissant tous les jeudis:
- bureaux et administration du journal, 4, rue Chauchat, à Paris.
-
-Le numéro que j’ai sous les yeux porte la date du 10 juin 1880. Vous
-voyez que ce n’est pas vieux.
-
-Dans ce numéro, je lis l’avis suivant:
-
- --«L’administration du _Journal du Presbytère_ s’est assuré la
- collaboration et le concours zélé de théologiens érudits et de
- casuistes aussi expérimentés que prudents, afin de répondre, à bref
- délai, à toutes les difficultés ou consultations du domaine
- théologique, telles que: _Cas de conscience_, questions de dogme, de
- _morale pratique_, etc.»
-
-Nous allons un peu voir comment les calotins de nos jours entendent la
-morale pratique et comment ils traitent les cas de conscience. On ne
-pourra pas récuser ma citation; je crois qu’elle ne saurait être plus
-précise.
-
-Voici donc de quelle façon le moniteur des confessionnaux envisage la
-question si délicate du chantage, qui est une des manières les plus
-odieuses d’escroquer de l’argent.
-
-Sous le titre _Théologie morale et pratique_, l’abbé Olivier Piquand
-écrit ceci:
-
- On nous demande quelle doit être, pour un confesseur, la solution à
- donner dans le cas suivant:
-
- Justine, témoin d’un crime que Calixte, son maître, vient de
- commettre, menace de le dénoncer s’il ne porte à cent francs ses gages
- qui jusque-là n’étaient que de quatre-vingts francs, et ne s’oblige à
- la garder toujours à son service. Justine, ayant du regret d’avoir
- imposé à son maître ces conditions onéreuses, se présente au tribunal
- de la pénitence et s’accuse de ce qu’elle croit être une faute.
-
-
- PRINCIPES
-
- La crainte grave qui a fait une si forte impression sur l’esprit d’un
- homme qu’elle ne lui a pas laissé la liberté ni donné le temps de
- réfléchir à l’obligation qu’il contractait, rend le contrat nul et
- invalide; car elle a ôté à cet homme le libre consentement de sa
- volonté, en lui ôtant le loisir d’être attentif à ce qu’il fait; or,
- il ne peut y avoir de contrat valide où il n’y a point de libre
- consentement de la volonté...
-
-Voilà qui est parfaitement raisonné, direz-vous.
-
-Attendez!
-
-Un prêtre ne serait pas un prêtre si, après avoir par hasard dit deux
-mots de vrai, il ne tombait pas immédiatement dans quelque effronté
-mensonge.
-
- Mais, ajoute l’abbé Olivier Piquand, la crainte grave, venue d’un
- principe intérieur ou d’une cause étrangère nécessaire et naturelle,
- n’annule point, par elle-même, ni les contrats, ni les promesses... La
- crainte, qui naît d’une cause libre, mais juste, n’annule point un
- contrat, parce que celui qui contracte par cette crainte, quoiqu’il
- paraisse en quelque manière agir malgré lui, consent cependant
- véritablement; il est libre de ne pas consentir...
-
-Admirez-vous la subtilité?
-
- La crainte est volontaire dans sa cause: il en est le principe, elle
- vient de lui plus que de personne; il y a donné sujet; en commettant
- la faute, il s’est soumis à la peine ordonnée par les lois; il a donné
- droit au magistrat de l’obliger, par autorité supérieure, de
- contracter, et c’est librement et de son plein gré qu’il prend ce
- parti, pour éviter la peine qu’il subirait s’il y manquait.
-
- Ceci posé, nous disons que le confesseur de Justine n’a aucune
- restitution à ordonner ni à imposer à sa pénitente: son maître a été
- déterminé par une crainte juste et il a contracté avec pleine et
- entière liberté.
-
-Ainsi, c’est bien entendu, quand un individu a spéculé sur l’intérêt
-qu’un autre individu a à cacher une faute, l’Église l’approuve et ne lui
-ordonne pas de restituer.
-
-Cela est écrit, cela est signé par un ecclésiastique, que ses collègues
-en soutane qualifient de: théologien érudit, casuiste aussi expérimenté
-que prudent. Telle est la _morale pratique_ de la religion que nos
-magistrats se font une gloire de pratiquer.
-
-Et, qu’on le remarque bien, cette théorie n’est pas une théorie isolée.
-C’est la doctrine même du clergé. Un prêtre ne peut pas traiter
-publiquement des questions de théologie ou de casuistique sans
-l’autorisation de son évêque. Le _Journal du Presbytère_ est imprimé
-avec l’approbation de Mgr Guibert, archevêque de Paris,--Hippolyte, dans
-l’intimité.
-
-Voilà donc comment le confessionnal favorise la restitution de l’argent
-mal acquis. Non seulement la confession ne fait pas rendre gorge aux
-escrocs; mais encore, elle autorise la plus vile des malhonnêtetés, le
-chantage.
-
-Or, du moment que les prêtres reconnaissent le chantage comme une
-spéculation très légitime, je vous laisse à penser si ces gredins
-doivent l’exploiter pour leur compte à l’égard des imbéciles dont le
-sacrement de pénitence leur livre les secrets!
-
- *
-
- * *
-
-Par le sacrement de pénitence, c’est-à-dire par la confession, le prêtre
-pervertit de bonne heure l’esprit des enfants, pénètre les mystères des
-alcôves, intrigue, escroque, séduit les jeunes filles et mortifie les
-maris sans que ceux-ci aient jamais le droit de se plaindre.
-
-Dans la haute société, dans ce qu’on est convenu d’appeler le grand
-monde, les dames ne se contentent pas d’avoir un confesseur,--il leur
-faut, par dessus le marché, un directeur de conscience. Le confesseur
-n’est plus qu’en sous ordre: madame lui débite à la sacristie tout ce
-qu’elle veut. Le directeur de conscience, lui, a ses grandes et petites
-entrées à la maison; il est l’ami par excellence de madame, il dirige
-toutes ses actions, il a sur elle un empire absolu.
-
-Le métier de directeur a toujours été très bon en France; mais en Italie
-et en Espagne surtout, c’est un état. Ce titre est une sauvegarde, même
-contre le mari.
-
-Le directeur entre; il bénit en passant le débonnaire époux; il marche à
-l’appartement de madame; il laisse ses sandales ou ses babouches en
-dehors; il ferme ou ne ferme pas la porte; ces sandales sont les
-colonnes d’Hercule, défense de les passer. Il est démontré que madame
-est en conférence avec le Saint-Esprit.
-
-Un mari espagnol, qui se gardait bien de dire, mais qui pensait que le
-Saint-Esprit a fait jadis une espièglerie notoire,--ce mari, nous
-raconte Voltaire, perça un trou au-dessus de l’appartement de madame,
-curieux de savoir ce que le Saint-Esprit faisait avec elle.
-
-Il vit... Je ne sais trop ce qu’il vit, mais il se fâcha et très fort.
-Il descendit armé d’un bâton, passa bravement les colonnes d’Hercule et
-chassa le directeur en lui frictionnant vivement l’omoplate.
-
-Après quoi, il rentre chez madame, l’accable de reproches, et en
-marchant de long en large, selon la coutume des hommes exaspérés, il
-s’embarrasse les pieds dans une culotte qui n’était pas la sienne, ni
-celle du Saint-Esprit.--Pièce de conviction qui alimente sa colère
-pendant une bonne heure; pendant une bonne heure il exhale son courroux,
-gesticulant avec la culotte, faisant de grands bras, proférant des
-blasphèmes épouvantables contre madame et contre le Saint-Esprit; et,
-durant ce temps, une procession marchait bénignement et vint s’arrêter à
-sa porte.--Le chef du couvent voisin marchait en tête et dit au mari
-stupéfait:
-
---Nous possédons dans le trésor de notre monastère la culotte de saint
-Pancrace, qui guérit de la stérilité les femmes qui la baisent. Frère
-Boniface, dans un accès de zèle l’a soustraite de la sacristie pour la
-faire baiser à madame; rendez-nous la culotte de saint Pancrace!
-
-La procession était escortée de quelques estaffiers de la Très Sainte
-Inquisition, qui marchaient les yeux baissés, le chapelet à la main et
-l’épée au côté. On ne discute pas avec ces gens-là. Le mari rendit la
-culotte de saint Pancrace; on l’emporta en grande cérémonie, accrochée
-au haut d’une croix; on la plaça dans la chapelle de la Vierge, et,
-depuis, les femmes stériles l’entourent d’_ex-voto_.
-
- *
-
- * *
-
-Nous en avons fini avec les directeurs de conscience. Quel que soit le
-nom qu’ils portent, les confesseurs ne valent pas cher. Quant au
-sacrement de pénitence, même pratiqué sérieusement, il ne vaut rien du
-tout.
-
-Où sont donc les avantages de la confession? Pour ma part, je ne vois à
-cette institution que des inconvénients qui devraient la faire abolir;
-mieux que cela, provoquer des peines sévères contre les individus qui se
-permettraient d’exercer l’infâme métier de confesseur.
-
-N’oublions pas que le moine dominicain Politien de Montepulciano, qui
-empoisonna l’empereur Henri VIII d’Allemagne dans une hostie, l’avait
-absous la veille pour qu’il communiât le lendemain; que les assassins
-des Sforce et des Médicis s’étaient préparés au meurtre par la
-confession; que Louis XI, quand il avait commis un grand crime,
-demandait pardon à la petite Notre-Dame de plomb, qu’il portait à son
-bonnet, allait à confesse et dormait tranquille; que Jaurigny, assassin
-du prince d’Orange, Guillaume Ier, n’osa entreprendre cette action
-qu’après avoir fortifié par le pain céleste son âme préalablement purgée
-par la confession aux pieds d’un dominicain.
-
-Charles IX qui ordonnait la Saint-Barthélemy, Louis XIV qui baignait les
-Cévennes de sang, allaient tous deux à confesse. Or, comme quand il
-s’agit d’une grande affaire spirituelle, un dévôt ne manque jamais de
-consulter son directeur de conscience, il s’ensuit--et le fait est du
-reste certifié par l’histoire--que les massacres des Cévennes et de la
-Saint-Barthélemy ont été conseillés par les confesseurs.
-
-C’est au confessionnal que Jean Châtel, Jacques Clément, Damiens,
-Ravaillac, ont aiguisé leurs poignards.
-
-En argot de sacristie, se confesser avant de commettre un crime,
-s’appelle «se faire ramoner.»--C’est un terme consacré.--On nettoie sa
-conscience de tous les petits péchés véniels de la semaine, on en reçoit
-l’absolution, et l’on va bravement exécuter un crime à la plus grande
-gloire de Dieu.
-
-Notez qu’un crime accompli en faveur de la religion n’est pas un crime.
-C’est une action d’éclat, qui fait du criminel un héros et le désigne à
-la vénération des fidèles.
-
-Ainsi, que demain le gouvernement fasse rentrer le clergé tout à fait
-dans le droit commun, lui retire tous ses privilèges et confisque au
-profit de l’État les biens mal acquis par les congrégations, toute la
-prêtraille se dira persécutée; les députés républicains et les membres
-du pouvoir seront désignés aux vengeances catholiques; et, si quelque
-fanatique venait à assassiner, soit le président de la République, soit
-un ministre, soit un des députés démocrates influents, loin de renier
-l’assassin, le clergé lui élèverait des autels.
-
-Que ceux qui gouvernent réfléchissent! Qu’ils réfléchissent, et ils
-comprendront combien la confession est pernicieuse et combien en général
-la religion est une chose infâme.
-
-Au siège de Barcelone, les prêtres refusaient l’absolution à ceux qui
-restaient fidèles à Philippe V, à qui, par parenthèse, ils avaient
-eux-mêmes prêté serment de fidélité.
-
-En 1750, on refusait à Paris l’absolution et les sacrements à ceux qui
-n’admettaient point une certaine bulle du pape, la bulle _Unigenitus_,
-qui n’était point un acte de foi, mais un acte de parti.
-
-Tout récemment, sous la période du Seize-Mai, si bien appelée par le
-peuple «gouvernement des curés», les prêtres dans les campagnes
-refusaient l’absolution aux paysans naïfs qui ne voulaient pas voter
-pour les candidats anti-républicains.
-
-Cela ne prouve-t-il pas que le sacrement de pénitence se transforme
-entre les mains des calotins en instrument politique?
-
-
-CONCLUSION:
-
-La confession n’est pas seulement profondément immorale; elle offre
-encore de très grands dangers au point de vue politique; et, sous
-quelque rapport qu’on l’envisage, elle doit être interdite, abolie,
-supprimée.
-
-
-
-
-APPENDICE
-
-
-I
-
-Les Pieuses Exhortations, de Mgr Claret.
-
-II
-
-Mœchialogie (cours de luxure), du R. P. Debreyne.
-
-III
-
-Compendium ou doctrine des Conciles.
-
-IV
-
-Les Diaconales, manuel des confesseurs, de Mgr Bouvier.
-
-
-
-
- PIEUSES EXHORTATIONS
-
- LA CLÉ D’OR
- OFFERTE
- AUX NOUVEAUX CONFESSEURS
- POUR LES AIDER
- A OUVRIR LE CŒUR FERMÉ DE LEURS PÉNITENTS
-
- PAR
- Mgr CLARET, archevêque de Cuba
- Confesseur de Sa Majesté Isabelle II, reine d’Espagne
-
- AVEC APPROBATION DE L’ORDINAIRE
-
-
-
-
-PIEUSES EXHORTATIONS
-
-LA CLÉ D’OR
-
-SIXIÈME COMMANDEMENT
-
-LE SIXIÈME COMMANDEMENT: NE PAS FORNIQUER.
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-EXHORTATION ADRESSÉE AUX PERSONNES IMPURES, QUI BOIVENT L’INIQUITÉ COMME
-DE L’EAU, QUI NE CONSIDÈRENT PAS LA LUXURE COMME UN PÉCHÉ, OU QUI LA
-CONSIDÈRENT COMME UNE CHOSE SANS GRAVITÉ, QUI NE VAUT PAS LA PEINE
-D’ÊTRE MENTIONNÉE DANS LA CONFESSION. COMBIEN CES PERSONNES SONT
-AVEUGLES!
-
-
-Il faut que vous sachiez, mon frère, que la luxure est un péché mortel.
-En commettant des actes de luxure vous vous mettez en opposition
-formelle avec le VIe précepte de la loi de Dieu. Après l’action de tuer,
-c’est le plus gros péché dont on puisse se rendre coupable à l’égard du
-prochain. Dans le Ve commandement, Dieu nous défend de tuer, et dans le
-VIe, il nous interdit les choses indécentes. La luxure est un plus grand
-péché que le vol. Ceux et celles qui s’abandonnent à la luxure méritent
-l’enfer.
-
-Pour vous faire comprendre la malice de ce péché, j’invoquerai la raison
-naturelle. Vous saurez, mon frère, que le Créateur a mis en nous une
-inclination très forte vers les choses de la luxure, parce que si
-l’homme eût été comme une statue, sans ressentir les aiguillons de la
-chair, le genre humain eût disparu de la terre en fort peu de temps.
-Mais les hommes, se sentant poussés à l’acte charnel, ont établi le
-mariage; ils épousent une femme et peuvent alors faire ce que permettent
-les lois du mariage et donner satisfaction à cette passion d’une manière
-légitime et sans qu’il en résulte le moindre désordre. Ils opèrent comme
-le mécanisme d’une montre et doivent travailler dans un ordre parfait à
-la propagation du genre humain. Mais, j’ai dit qu’ils doivent travailler
-dans un ordre parfait, pour indiquer que les choses ne doivent pas
-s’accomplir selon les goûts et les caprices de chacun; en agissant
-autrement, on se rendrait coupable de très graves délits et on
-encourrait les plus terribles châtiments en ce monde et dans l’autre.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le vice de l’impureté est très répréhensible et porte un grave préjudice
-à celui qui s’y adonne. Pour me faire mieux comprendre de vous, je vais
-faire une comparaison. Je vous ai déjà dit que le Créateur avait donné à
-l’homme ces inclinations pour la conservation et la propagation de
-l’espèce; s’il n’en était pas ainsi, le genre humain aurait bien vite
-fini; mais les choses doivent aller avec ordre, en leur temps et en leur
-lieu. En procédant autrement, on occasionnerait des maux sans nombre,
-des préjudices considérables qui affecteraient l’espèce et amèneraient
-sa destruction.
-
-Vous savez ce que c’est que la poudre et vous connaissez ses propriétés?
-La poudre s’emploie pour différents usages, pour la chasse, pour la
-guerre, etc... mais dans un ordre déterminé et selon certaines
-conditions. Supposez que la poudre vienne à manquer, par exemple,
-qu’elle s’enflamme dans les fabriques, ou qu’elle prenne feu dans la
-gibecière des chasseurs ou dans les gibernes des soldats; aurait-elle
-servi à quelque chose d’utile? Non, au contraire, elle aurait occasionné
-de grands malheurs pour les ouvriers employés dans les poudrières, pour
-les chasseurs et pour les soldats, comme cela est arrivé maintes fois et
-aurait fait bien des victimes. Faites maintenant l’application de mon
-raisonnement: ceux qui se livrent à la lubricité, comme vous le faites,
-non seulement ne travaillent pas dans l’intérêt du genre humain et selon
-les desseins du Créateur, mais encore ils nuisent à eux-mêmes et
-abrègent leurs jours par les tourments et les souffrances qu’ils
-attirent sur eux pendant cette vie et ils s’exposent à de grands
-châtiments pour l’autre monde.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-EXHORTATIONS AUX LIBERTINS QUI SE LIVRENT A LA MASTURBATION.
-
-
-Ah! mon frère, je suis certain que vous ne vous doutez pas de la gravité
-de ce péché, et je suis persuadé que si vous l’aviez connue, vous
-n’auriez pas commis de si vilaines actions. Écoutez-moi dans l’intérêt
-de votre vie: vous savez bien que personne, pour son plaisir ou par
-caprice, n’a le droit de tuer son prochain ni de se suicider; vous savez
-que personne n’est autorisé à disposer de sa vie. Donc, quand vous vous
-livrez à cette vilenie, vous tuez et vous détruisez en germe ce qui
-pourrait devenir une créature, un de vos enfants. Quelle barbare action!
-Que diriez-vous d’un père qui, pour son plaisir, mettrait à mort ses
-enfants? Qu’il se rend coupable de cruauté. Ne mériterait-il pas d’être
-brûlé vif? Eh bien, vous êtes ce père cruel, inhumain, barbare, qui, par
-plaisir, tue ses enfants. Si l’auteur de vos jours eût agi comme vous,
-bien certainement vous n’existeriez pas et vous n’auriez ni ce corps ni
-cette vie dont vous faites un si mauvais usage.
-
-Autre préjudice que vous causez à vos enfants et à la société par ces
-honteuses habitudes. Autre comparaison pour faire ressortir la chose:
-supposez qu’un individu ait à sa disposition un sac de très bonne farine
-et une barrique de vin de qualité supérieure qu’il ne devrait consommer
-qu’en temps opportun. Mais, par caprice, cet individu a jeté à terre et
-répandu toute la fleur de sa farine et il ne lui est resté que les
-résidus au fond du sac. Quel mauvais pain il obtiendra de ces résidus!
-Il a, de même, laissé couler et gâter le vin généreux, et il ne lui est
-resté que la lie. Quelle mauvaise boisson il aura pour sa consommation!
-Faisons actuellement l’application de l’argument. Vous êtes cet individu
-auquel le Créateur a donné ce vin généreux de l’amour, pour le boire,
-quand vous serez marié, en compagnie de votre bien-aimée femme; mais
-comme vous avez dépensé vos forces dans les plaisirs déshonnêtes et les
-folies, vous resterez avec la lie.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Dites-moi, mon frère, si on vous offrait une boisson douce et agréable
-ou un plat de quelque mets savoureux, tout à fait de votre goût, mais
-si, en même temps, une personne dans laquelle vous auriez confiance vous
-disait: «Prenez garde! ne touchez pas à cette boisson ni à ce mets qui
-vous sont présentés, car ils sont empoisonnés.» Que feriez-vous?
-Voudriez-vous les prendre? Assurément, vous refuseriez d’y toucher. Eh
-bien! vous ne devez pas davantage porter à vos lèvres cette coupe
-d’impureté, si douce et agréable que vous en paraisse la liqueur qu’elle
-contient, car cette liqueur est un poison pour votre corps et pour votre
-âme.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Perturbation qu’apporte la luxure dans les régions de l’âme._
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-«L’onanisme ou masturbation ou branlement à l’aide de la main s’appelle
-aussi pollution; c’est un vice honteux qui exerce de grands ravages
-parmi la jeunesse actuelle et qui est assez connu de tout le monde».
-
-I. _Masturbation chez les hommes._--Ce vice provient quelquefois, chez
-les enfants, d’une cause intrinsèque, à savoir, d’un système nerveux ou
-des prédispositions des organes de la génération. Les enfants de cette
-catégorie contractent ce vice sans qu’on puisse l’attribuer à aucune
-cause apparente ou à la suite d’attouchements qu’ils pratiquent sur
-eux-mêmes. D’autres fois le vice est dû à une cause extrinsèque, par
-exemple, lorsque ces enfants sont touchés, masturbés par d’autres
-enfants, par des femmes et même par leurs mères, oh! impudeur maudite!
-lorsqu’elles veulent arrêter leurs larmes, quand ils pleurent; et elles
-excitent de cette manière chez les enfants ce goût funeste. D’autres
-fois encore le vice est amené par des attouchements mutuels, les enfants
-se prenant de passion pour d’autres enfants.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-II. _Masturbation chez les femmes._--L’humeur qui provient des
-pollutions, chez les femmes, est tout à fait différente du sperme
-produit par l’homme, car elle ne coopère en aucune façon à la
-conception.--Ce vice, chez les femmes, est une offense à Dieu, une
-injure pour la femme elle-même et pour la société. Celles qui y sont
-adonnées s’éloignent du commerce des hommes et ne se marient pas.--Ce
-vice, chez les femmes, est tout particulièrement libidineux et leur
-occasionne une grande faiblesse sous un double rapport, par la
-déperdition de l’humeur et par l’ébranlement qu’il imprime au système
-nerveux, comme cela peut se remarquer chez les enfants qui ne sécrètent
-point de sperme.--Les femmes deviennent sujettes à toutes les maladies
-et meurent misérablement, suivant ce principe médical: «_L’homme périt
-par les mêmes organes qui servent à sa reproduction._» Les filles, même
-celles de l’âge le plus tendre, qui se livrent à ces actions honteuses,
-peuvent laisser échapper un flux d’humeur, d’après l’axiome: «_Où existe
-le stimulant, là se produit l’écoulement._»
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-CONSEILS AU CONFESSEUR SUR LA CONDUITE QU’IL DOIT TENIR A L’ÉGARD DE
-CEUX QUI SONT ADONNÉS AU VICE ET PARTICULIÈREMENT A L’ÉGARD DES FEMMES
-QUI SE LIVRENT A LA MASTURBATION.
-
-
-Le confesseur devra leur parler avec douceur et affabilité; il engagera
-sa pénitente à lui révéler sans rien lui cacher tout ce qui charge sa
-conscience. Il l’écoutera avec calme; il évitera de montrer de la
-curiosité et de témoigner le désir d’apprendre ces sortes d’impuretés;
-il ne manifestera pas son étonnement au sujet des choses qui lui sont
-révélées, quelque abominables qu’elles puissent être. Du reste, je puis
-dire au confesseur qu’on ne lui apprendra rien de nouveau, puisque nos
-livres contiennent tous les cas imaginables, et il en connaît beaucoup
-plus sur la matière que sa pénitente. Cette manière de procéder les
-encouragera à faire des aveux.
-
-Le confesseur n’interrogera pas tout d’abord sur le fait principal, mais
-seulement sur les accessoires. Au lieu de questionner sur le péché que
-la pénitente aura commis, et qu’elle n’ose pas expliquer, il lui dira:
-Combien de fois l’avez-vous commis? Si la pénitente hésite à répondre,
-et si au milieu de la surprise qu’elle éprouve, elle laisse connaître
-qu’elle a en effet commis le péché, le confesseur lui demandera si elle
-l’a commis un nombre de fois beaucoup plus grand qu’elle ne l’avait cru.
-Alors la pénitente voyant son vice deviné, elle dira combien de fois
-elle a péché. Le confesseur n’attendra pas qu’elle ait achevé de
-s’expliquer sur le nombre et la gravité des péchés, il lui parlera comme
-s’il voulait trouver une excuse à ces fautes et lui dira: Assurément
-vous n’auriez pas fait de telles choses si vous n’y aviez été sollicitée
-par d’autres personnes. La réponse fera connaître si la pénitente a des
-complices. Le confesseur sait ainsi qu’elle a péché contre la pureté et
-que le péché a été commis avec une autre personne. Il lui sera facile de
-demander ensuite avec quelle personne la chose s’est faite, et d’amener
-la pénitente à s’expliquer sur la nature et le nombre de péchés commis
-contre la pureté.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-EXHORTATIONS AUX FORNICATEURS.
-
-
-Ah! mon frère, songez combien le vice de l’impureté mérite d’être
-maudit, puisque non seulement il fait condamner aux peines de l’enfer
-celui qui le commet, mais encore, celui qui en est infecté devient
-l’esclave du démon et l’instrument de la perdition d’autres âmes, comme
-vous en avez fait l’expérience. Vous voyez que l’ennemi du genre humain
-s’est servi de vous pour entraîner au péché et à sa perte cette
-malheureuse femme qui est à vos côtés.
-
-Dites-moi, femme, avez-vous péché contre l’impureté quand vous étiez
-jeune fille?--Je ne sais pas au juste, je crois que non.--Eh bien,
-malheureuse! voyez quel gros péché vous avez commis. Il vous a fait
-perdre la grâce, l’honneur, les biens de ce monde et les trésors de
-l’éternité; peut-être que, bientôt, vous vous livrerez à une vie
-coupable, et le démon se servira de vous comme d’un appât, pour pousser
-les âmes dans les enfers. Car c’est ce qui arrive à beaucoup de femmes;
-après être tombées dans le péché, elles s’abandonnent à tous les excès
-d’une vie dissolue: vous aurez à répondre au tribunal de Dieu des péchés
-que vous aurez commis et de ceux que vous aurez fait commettre. Quel
-scandale vous avez donné! C’est de vous que Jésus-Christ a voulu parler
-quand il a dit: il eût été préférable qu’on lui eût attaché une meule de
-moulin au cou et qu’on l’eût précipité au fond de la mer.
-
-_Excuse._--Mon père, la personne avec laquelle j’ai péché était une
-femme publique.--Ah! mon frère, la qualité de la femme ne peut être
-invoquée pour excuse, pas plus que vous ne pourriez vous justifier
-d’avoir frappé à coups de couteau une personne en prétextant qu’elle
-était déjà atteinte de plusieurs blessures.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Pendant que Her et Onan se livraient au péché d’impureté, ils furent
-frappés de mort dans le lit où ils étaient couchés, aux côtés de leurs
-femmes. (Dans l’écriture sainte, _Nombre XXV_.) Pendant qu’un homme
-forniquait vilainement avec une femme, survient au même lieu un prêtre
-nommé Finées. Le ministre de Dieu, dans un accès de saint zèle, se jeta
-sur les coupables, le poignard à la main, et les tua sur l’heure. Dieu
-se montra satisfait de cette action, approuva la conduite de Finées,
-l’en récompensa et pardonna à son peuple.
-
-Vous voyez, mon frère, d’après ce passage de l’Écriture, quelle haine ce
-péché inspire à Dieu. Notre-Seigneur veut qu’il soit puni en ce monde;
-et, à défaut de vengeurs comme Finées, notre Dieu se charge lui-même du
-châtiment des coupables. Je vais vous raconter un autre fait qui eut
-lieu dans un village de la Catalogne, et dont je puis vous garantir
-l’authenticité: Un homme et une femme, qui voulaient forniquer en
-secret, s’étaient donné rendez-vous dans la maison d’une maquerelle où
-ils avaient pris une chambre dans laquelle ils s’étaient renfermés.
-Comme ils y étaient depuis une heure et plus, la maquerelle alla frapper
-à la porte et leur cria du dehors qu’il était temps de partir. Ne
-recevant pas de réponse elle se retira, mais elle revint à la charge une
-deuxième fois, puis une troisième fois sans plus de succès; elle
-commença alors de craindre qu’un malheur fût arrivé et alla prévenir
-l’alcade du village pour lui dire qu’un homme et une femme s’étaient
-présentés dans sa maison pour lui demander une chambre, ayant à traiter
-d’une affaire très importante, qu’ils s’étaient renfermés dans la pièce
-qu’elle avait mise à leur disposition, et qu’après un assez long espace
-de temps, ne les voyant pas sortir, elle les avait appelés et que
-n’ayant pas reçu de réponse ni entendu aucun bruit de l’intérieur de la
-chambre, elle avait craint qu’il ne fût arrivé quelque malheur et
-qu’elle s’était empressée de venir l’instruire de ce qui s’était passé
-chez elle. A l’instant, l’alcade se rendit à la maison de la maquerelle,
-et, ayant été conduit jusqu’à la porte de la chambre, il appela à haute
-voix en ordonnant qu’on ouvrît; ne recevant pas de réponse, il commanda
-qu’on forçât la serrure. La porte étant ouverte, on se précipita dans la
-pièce et voilà le spectacle qui s’offrit aux yeux des assistants: Dieu
-tout puissant! Les deux infortunés entièrement nus, noirs comme les
-démons, à l’état de cadavres, étaient étendus sur le lit, dans la
-posture où ils se trouvaient au moment où ils avaient forniqué!... Leurs
-âmes étaient déjà aux enfers!... Vous voyez par là, mon frère, comment
-Dieu punit les fornicateurs!
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-EXHORTATIONS AUX ADULTÈRES
-
-
-L’adultère, dit Job, est un délit énorme et une grande iniquité, c’est
-un feu qui dévore ceux qui l’allument imprudemment. L’adultère amène à
-sa suite des malheurs sans nombre pendant la vie et pousse les âmes dans
-les flammes de l’enfer.
-
-Ah! mon frère, l’adultère est un si grand péché, que Dieu commandait aux
-Hébreux de tuer à coups de pierres ceux qui s’en rendraient coupables.
-
-Chez les Gentils, on leur infligeait les peines suivantes: On brûlait la
-femme vive et au-dessus du bûcher on élevait une potence où l’on
-attachait l’homme; il était pendu. Les Grecs coupaient le nez à la femme
-qui consentait à l’adultère.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Ah! femme, si on vous appliquait la peine en usage chez les Grecs! Si
-vous deviez aller dans la rue après avoir eu le nez coupé! Quelle honte,
-quelle humiliation ce serait pour vous! Assurément vous préféreriez
-mourir que d’en être réduite à cette extrémité. Cependant voilà le
-châtiment que vous avez encouru.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-EXHORTATIONS AUX SODOMISTES, AUX HOMMES ET AUX FEMMES QUI COMMETTENT LE
-PÉCHÉ DE SODOME
-
-
-On donne le nom de sodomie au péché que commettaient les habitants de la
-ville de Sodome et que Dieu punit d’une façon terrible. Il fit tomber
-sur eux une pluie de feu et de soufre et les brûla vivants; ils
-passèrent ensuite du feu matériel au feu éternel de l’enfer.
-
-Certains auteurs assurent que Notre-Seigneur Jésus-Christ a une telle
-horreur de ce péché, que la nuit où il naquit, à Bethléem, il tua tous
-les sodomistes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Au nom de Dieu, mon frère, ma sœur, ne commettez pas un péché si infâme:
-Dieu vous punirait dans ce monde, parce que c’est un de ces péchés qui
-appellent la vengeance de Notre-Seigneur; ensuite il vous condamnerait,
-après votre mort, aux peines éternelles de l’enfer.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-EXHORTATIONS A CEUX QUI COMMETTENT LE PÉCHÉ DE BESTIALITÉ.
-
-
-Quel délit épouvantable!--Les hommes et les femmes qui s’en rendent
-coupables se montrent pires que les plus immondes parmi les animaux.--Ce
-péché est désigné par le même mot dont on se sert pour indiquer le
-commerce charnel avec le démon...
-
-Ah! mon frère, si Dieu vous appliquait le châtiment que vous avez
-mérité, où seriez-vous à cette heure?--Dans les enfers pour y brûler
-éternellement, accouplé à ces bêtes infernales qui sont les démons.--Si
-vous ne vous repentez de vos péchés, si vous ne faites pas pénitence,
-Dieu vous enverra aux flammes de l’enfer, accouplé aux démons pour toute
-l’éternité.--Il y aura là des pleurs et des grincements de dents.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-EXHORTATIONS AUX ONANISTES
-
-
-Le péché d’Onan est un si vilain péché que Dieu Notre-Seigneur le punit
-déjà dans ce monde.--Il est dit, dans l’Écriture sainte, que Dieu frappa
-de mort subite deux personnes mariées qui commettaient ce genre de
-péché, et au moment même de la fornication...
-
-Au nom de Dieu! mon frère, ne vous livrez pas à de telles abominations;
-n’employez pas de si affreux moyens pour faire obstacle à l’ouvrage de
-Dieu. Rappelez-vous que c’est pour procréer des enfants que vous vous
-êtes marié.
-
-
-_Excuses._--Premièrement. Pour ne pas avoir d’enfants.
-
-Quelle déplorable justification! Si votre père eût agi comme vous, il
-est bien certain que vous n’existeriez pas.--Comment! pour ne pas avoir
-d’enfants, c’est ainsi que vous les tuez!
-
-Deuxièmement. Pour ne pas avoir autant d’enfants.
-
-Vous ne voulez avoir autant ou plus d’enfants! Eh bien, vous aurez un
-plus grand nombre de démons qui vous tourmenteront dans les enfers.
-
-Troisièmement. Mon père, nous sommes pauvres, ma femme et moi, comment
-pourrons-nous élever une nombreuse famille?
-
-Vous deviez penser à cela avant de vous marier. Néanmoins ne tourmentez
-pas votre esprit pour cet objet. Dieu vous viendra en aide.
-
-Quatrièmement. Mon père, si nous avons beaucoup d’enfants, nous ne
-pourrons pas leur procurer une éducation convenable.
-
-Faites ce que vous pourrez afin de donner une bonne éducation à vos
-enfants, et Dieu se chargera du reste: ne soyez pas effrayé à l’idée
-d’avoir beaucoup de filles et de garçons à établir, la Providence
-viendra à votre secours... Ce n’est pas le hasard qui amènera beaucoup
-d’enfants dans une famille, c’est Dieu qui en a ainsi décidé.--Combien y
-a-t-il de personnes qui s’emploient de leur mieux et forniquent pour en
-avoir beaucoup et n’en obtiennent que quelques-uns ou même n’en
-obtiennent pas du tout? Vous avoir accordé plus d’enfants qu’à d’autres
-pères est la preuve que Dieu a plus de confiance en vous que dans un
-autre. Si un roi donne à un général un plus grand nombre de places de
-guerre à garder qu’à un autre général, plus d’affaires à conduire à un
-ministre qu’à un autre, plus de ses enfants à élever et à instruire à un
-précepteur qu’à un autre; n’est-ce pas une preuve de sa plus grande
-confiance dans les uns que dans les autres? Donc, le Seigneur, en vous
-accordant plus d’enfants qu’à d’autres pères, vous a donné une preuve de
-la grande confiance qu’il a placée en vous. Combien serait coupable le
-général honoré de la confiance du roi, s’il détruisait les places mises
-sous sa garde, moins une ou deux, sous prétexte qu’il garderait mieux
-celles qu’il a conservées.
-
-Cinquièmement. Mon père, nous agissons de cette manière, afin de pouvoir
-donner tous nos soins à un enfant qui est tout jeune, et pour ne pas le
-mettre en nourrice.
-
-Il est prouvé qu’une femme nouvellement accouchée peut être engrossée
-sans que cela nuise à sa santé: mais en serait-il autrement, les choses
-ne s’en devraient pas moins faire selon les règles.
-
-
-_Excuses de la femme._--Mon père, je ne voudrais pas faire l’acte
-charnel contrairement au précepte: c’est mon mari qui veut que la chose
-se passe de cette manière.
-
-Si vous ne donnez pas réellement votre consentement à cette action
-blâmable, si vous ne vous prêtez pas complaisamment à ce délit, le péché
-ne retombe pas sur vous, mais sur votre mari.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Nous sommes consentants à la chose, mon mari et moi, parce que mes
-couches sont très laborieuses et me causent de grandes souffrances.
-
-Vous souffrirez bien davantage dans les enfers où vous irez, si vous ne
-vous amendez pas. Peut-être que les douleurs que vous éprouvez sont le
-châtiment que vous avez encouru pour des péchés de cette espèce ou d’une
-autre nature que vous avez commis, ainsi qu’il est arrivé à notre
-première mère Ève, que Dieu condamna à enfanter avec douleur pour la
-punir d’avoir contrevenu à ses ordres. Faites un retour sur vous-même,
-madame; songez qu’en continuant à agir comme vous le faites, vous vous
-exposez à attirer sur vous, un jour ou l’autre, les soupçons de votre
-mari, car vous pouvez devenir enceinte, malgré tous les soins que vous
-apportez pour éviter ce résultat. La chose est facile à se produire,
-plus que vous ne vous le figurez. Alors, votre mari, s’imaginant qu’il
-n’a point participé à la conception, vous accusera d’infidélité; il
-s’ensuivra des disputes, des discordes; ce sera l’un des châtiments que
-vous aura attirés le péché que vous avez commis tant de fois. Et, lors
-même que vous n’auriez pas à craindre les soupçons de votre mari, il
-existe un autre danger, c’est que l’enfant que vous mettrez au monde ne
-soit estropié, difforme ou chétif, parce qu’il aura manqué, au moment de
-la conception, une partie de la semence qui eût été nécessaire à la
-consommation de l’acte. On peut dire qu’une paire de bas ne fera jamais
-un aussi bon service et n’aura une aussi longue durée que si on avait
-employé pour sa fabrication tout le lin ou le coton nécessaire.
-
-
-_Avertissement._--La chose se fait quelquefois à l’insu du mari, et la
-femme, à l’instigation du diable, use de détestables artifices pour
-empêcher la conception. Tantôt elle repousse le membre viril hors du
-vagin, au moment de l’éjaculation, pour que le sperme ne s’introduise
-pas dans la matrice; tantôt elle cherche à arrêter l’écoulement de sa
-propre semence en retenant sa respiration; d’autres fois, après le coït,
-elle retire le sperme de la matrice avec un linge ou avec ses doigts; ou
-bien elle se lève du lit pour uriner, elle boit de l’eau, etc...
-
-Il convient d’avertir cette malheureuse et coupable femme que toutes ces
-précautions, le plus souvent, manqueront leur effet; car si la nature
-l’a prédisposée à la conception, il arrivera pour elle ce qui se produit
-pour la poudre, qu’une seule étincelle suffit à allumer. Une fois le feu
-mis à la poudre, rien ne peut arrêter la combustion. Donc il faut
-renoncer à des moyens qui n’aboutissent pas au résultat qu’on s’était
-proposé et qui chargent l’âme de péchés.
-
-A la femme mariée qui met en usage ces pratiques coupables, on dira:
-Sachez bien qu’en vous mariant, vous avez accepté les obligations et les
-conséquences du mariage, qui consistent: à rendre le devoir conjugal, à
-mettre au monde peu ou beaucoup d’enfants, suivant ce que Dieu en
-décidera, et au milieu des douleurs de l’enfantement.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
-EXHORTATIONS AUX FEMMES QUI REFUSENT DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL A
-LEURS MARIS
-
-
-«Considérez, ma très chère sœur, qu’un mari qui chérit sa femme, et
-ressent pour elle une grande passion, ne peut garder la continence. Vous
-êtes tenue, sous peine de très grave péché, de lui ouvrir vos bras et de
-donner toute satisfaction à ses sens. Pour me faire comprendre de vous,
-je vais appuyer mon raisonnement sur une comparaison: Si, par exemple,
-vous vous trouviez prise d’un gros besoin et si, ayant exprimé à votre
-mari le désir de satisfaire aux nécessités de la nature, celui-ci vous
-engageait à remettre la chose au lendemain ou à huit jours de là, vous
-vous diriez assurément que votre mari est un imprudent ou un imbécile,
-qu’il vous est absolument impossible d’attendre au lendemain, et vous
-iriez déposer votre «_merda_» dans un lieu quelconque. La situation dans
-laquelle se trouve votre mari est tout à fait semblable à celle qui se
-produirait dans ma comparaison; et si vous refusez de le recevoir, il
-ira répandre son sperme dans un autre vase que le vôtre, et vous
-porterez le péché de son incontinence. Les femmes, très souvent,
-s’exposent, par des imprudences, à perdre l’affection de leurs maris.
-Elles se lamentent parfois de ce que les hommes fréquentent d’autres
-femmes, ont des maîtresses, et viennent leur rapporter leurs
-souillures... Il eût été facile d’éviter ces désagréments en ne refusant
-pas de rendre le devoir conjugal quand il était demandé.»
-
-
-_Autre exhortation._--Si vous achetez un vase, un plat, etc... et que
-vous en preniez possession, vous vous en servez quand il vous convient;
-il est devenu votre propriété et a cessé d’appartenir à celui qui vous
-l’a vendu. Il en est de même des choses qui ont trait au mariage.
-Lorsque vous vous êtes mariée, vous avez fait un contrat avec votre
-mari; celui-ci vous a cédé sa personne, et vous lui avez cédé votre
-corps; alors la personne de votre mari est à vous et votre corps lui
-appartient; chacun de vous a le droit de se servir du corps de l’autre,
-mais d’une façon licite et raisonnable. Vouloir se soustraire à cette
-obligation serait vouloir commettre une injustice qui entraînerait des
-dissensions et qui deviendrait l’occasion de péchés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Avertissement._--Le confesseur doit savoir que si le mari de sa
-pénitente est onaniste, c’est-à-dire s’il répand le sperme hors du vase
-naturel, celle-ci est tenue d’employer les moyens que lui dictent la
-prudence et la charité pour l’amener à s’amender. Mais si le mari refuse
-de s’amender et si la femme craint qu’il persiste dans ses agissements,
-comme la chose est présumable, celle-ci peut néanmoins rendre le devoir
-conjugal, à la condition de ne pas se complaire dans le crime de son
-mari, d’après la réponse de la sacrée congrégation de la Pénitence, du
-23 avril 1832.
-
-
-
-
-QUESTIONNAIRE
-
-A L’USAGE DES CONFESSEURS
-
-_Pour interroger les jeunes filles qui ne savent pas ou qui n’osent pas
-faire l’aveu de leurs péchés d’impureté._
-
-
-PÉCHÉS QUE LES JEUNES FILLES COMMETTENT HABITUELLEMENT DANS CETTE
-MATIÈRE
-
-
-I
-
-1.--En se livrant à la masturbation, regardant leurs parties sexuelles
-et faisant des attouchements sur elles-mêmes.
-
-2.--En caressant légèrement avec la paume de la main la partie
-supérieure de la matrice.
-
-3.--En touchant du doigt le clitoris à l’intérieur du vase, etc.
-
-4.--En introduisant le doigt dans le vagin.
-
-5.--En introduisant dans le vagin un morceau de bois arrondi, etc... ou
-tout autre objet figurant le membre viril...
-
-6.--En appuyant les parties sexuelles contre les pieds d’une table ou
-sur l’arête d’un mur, pour exciter la pollution; ou en les frottant
-contre la chaise sur laquelle la jeune fille est assise; ou en
-s’asseyant à terre et appuyant le bout du pied sur le vase; ou encore en
-croisant les cuisses et exerçant une pression sur la matrice, et en
-faisant des mouvements sur elle-même pour produire des sensations
-vénériennes, etc...
-
-Tous les moyens pour arriver à la masturbation étant de même nature, il
-n’y a pas nécessité absolue de faire s’expliquer les pénitentes pour
-savoir si elles ont procédé d’une façon ou d’une autre, car le
-confesseur pourrait ne pas en obtenir la vérité, la honte pouvant
-arrêter leurs aveux. Alors il résulterait de cette cause une mauvaise
-confession.
-
-
-II
-
-En se faisant des attouchements, une jeune fille avec une autre, ou
-plusieurs jeunes filles entre elles. En se livrant à la sodomie entre
-jeunes filles; parfois les sœurs entre elles, surtout si elles couchent
-dans le même lit, une appliquant le pied, la cuisse ou la jambe de
-l’autre sur ses parties sexuelles, etc... et provoquant ainsi la
-pollution.
-
-
-III
-
-En se faisant mutuellement des attouchements, de fille à garçon, aux
-parties sexuelles. Parfois, en essayant de forniquer d’une manière
-imparfaite.
-
-
-IV
-
-1.--Bestialité. En appliquant la matrice sur un animal quelconque, et en
-se frottant contre lui pour amener la pollution.
-
-2.--En introduisant dans le vase le bec d’un poulet ou d’une poule. Ou
-bien en mettant de la salive ou du pain dans la matrice et en attirant
-un chien pour faire lécher les parties pudiques par l’animal. Ou encore,
-en masturbant un chien pour faire raidir sa verge et l’introduire dans
-son vase.
-
-
-
-
- MŒCHIALOGIE
-
- COURS DE LUXURE
-
- TRAITÉ
- DES PÉCHÉS CONTRE LES SIXIÈME ET NEUVIÈME COMMANDEMENTS
- DU DÉCALOGUE
- ET
- DE TOUTES LES QUESTIONS MATRIMONIALES
- QUI S’Y RATTACHENT DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT
-
- PAR
- LE PÈRE DEBREYNE
- Trappiste
-
- (Ce livre est exclusivement destiné au clergé)
-
-
-
-
-MŒCHIALOGIE[1]
-
- [1] Ce mot vient du substantif latin _mœchia_ qui veut dire: luxure,
- fornication, concubinage, et du substantif grec _logos_, qui veut
- dire: discours, science, traité. _Mœchialogie_ signifie donc: Cours
- de luxure ou Science de la fornication.
-
-COURS DE LUXURE
-
-
-
-
-RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES
-
-SUR LE PÉCHÉ DE LUXURE EN GÉNÉRAL
-
-
-On entend par luxure tout péché contraire à la chasteté: à la chasteté
-est opposée la luxure, qui est un appétit ou un usage désordonné des
-plaisirs vénériens ou, tout simplement, un appétit désordonné de la
-délectation vénérienne.
-
-Tout péché de luxure ou de délectation charnelle est mortel de sa
-nature: il n’admet pas de légèreté de matière, du moins quand il est
-directement opposé à la chasteté... La raison elle-même sanctionne cette
-immuable vérité; la délectation vénérienne n’a été accordée que pour la
-seule propagation du genre humain; donc toute interversion de cette
-délectation est, de sa nature, un grave désordre et par conséquent un
-péché mortel.
-
-Nous avons dit que le péché de luxure n’admet pas de légèreté en la
-matière. On sent assez que, sous ce rapport, il ne peut être question
-ici des péchés de luxure consommés. Nous ne parlons donc que de la
-délectation charnelle, libidineuse, qui suivant le langage des
-théologiens se fait sentir dans les parties vénériennes, et vient du
-mouvement des esprits qui servent à la génération. «C’est une opinion
-probable qu’il n’y a que péché véniel dans un baiser donné en vue de la
-délectation charnelle et sensible qui l’accompagne, exclus le danger
-d’un consentement ultérieur et de la pollution.»
-
-La délectation organique est celle qui, disent les docteurs, a lieu sans
-aucun mouvement déréglé, qui, sans aucune commotion du sens génital,
-vient de la seule proportion de l’objet avec le sens ou de la conformité
-de l’objet vu ou touché avec l’organe de la vue ou du tact.
-
-D’où il suit, comme dit Billuart[2], que celui-là ne pèche que
-véniellement, qui regarde une belle femme, ou touche sa main ou son
-visage en vue précisément de la délectation purement organique ou
-sensuelle. La délectation organique peut encore avoir lieu dans un
-baiser donné à un bel enfant...
-
- [2] Le R.-P. Charles-René Billuart est un célèbre théologien et
- prédicateur, né en 1685, mort en 1757. Il était provincial de
- l’Ordre des Dominicains, c’est-à-dire le chef des dominicains de
- France.
-
-... De la délectation sensuelle à la vénérienne, surtout dans le sens du
-tact ou de la vue, il n’y a qu’un pas, dit Billuart.
-
-D’autres théologiens, entre autres saint Liguori, prétendent, avec
-quelque modification pourtant, qu’il n’y a pas légèreté de matière dans
-la délectation sensible ou naturelle, si, par exemple, on se délecte au
-contact d’une main de femme, comme à celui d’une chose douce, d’une
-rose, d’une étoffe de soie, ou autres choses semblables... La raison en
-est que les attouchements d’une jeune fille ou d’un jeune homme, en tant
-qu’ils délectent les sens, tendent naturellement à la pollution... parce
-que, à cause de la corruption de la nature, il est moralement impossible
-d’éprouver cette délectation naturelle, sans que la délectation
-charnelle et vénérienne soit ressentie, surtout par les personnes aptes
-à la copulation, et surtout si ces actes sont accompagnés de quelque
-affection et complaisance...
-
-
-
-
-PREMIÈRE PARTIE
-
-DE LA LUXURE CONSOMMÉE ET NON CONSOMMÉE
-
-
-La luxure est consommée lorsqu’elle va jusqu’à l’effusion du sperme; non
-consommée, quand elle reste en deçà.
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-DE LA LUXURE CONSOMMÉE
-
-Les péchés de luxure consommée se divisent en péchés contre la nature et
-en péchés suivant la nature, ce qui fera la matière de deux articles.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DU PÉCHÉ DE LUXURE CONTRE NATURE
-
-Ce péché est appelé contre nature, parce qu’il consiste dans l’effusion
-du sperme en dehors de tout coït propre à la génération, ou autrement,
-parce qu’il est opposé à la loi à laquelle la nature a destiné le sperme
-humain. Il est de trois espèces:
-
- La pollution;
- La sodomie;
- La bestialité.
-
-De là, encore trois paragraphes.
-
-
-§ I
-
-DE LA POLLUTION EN GÉNÉRAL
-
-Ce que les théologiens entendent par _pollution_, c’est la
-_masturbation_, _l’onanisme solitaire_, _l’incontinence secrète_, _les
-mollities_, etc., c’est-à-dire l’effusion du sperme en dehors du
-vase--(de la partie sexuelle de la femme).
-
-La semence humaine, ou sperme, est une humeur visqueuse, épaisse, d’une
-odeur _sui generis_ assez connue.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-On divise la masturbation, l’onanisme solitaire ou la pollution:
-
-1º En masturbation simple et _qualifiée_, comme disent les théologiens,
-ou plutôt composée puisqu’elle renferme une double malice;
-
-2º En masturbation volontaire ou involontaire;
-
-3º En masturbation volontaire directe ou en soi, et en volontaire
-indirecte ou volontaire dans sa cause.
-
-La masturbation simple est celle qui n’a pas une autre malice qui s’y
-adjoint, comme lorsque quelqu’un, sans être attaché par aucun lien
-personnel, souille son corps en se complaisant dans sa propre
-délectation.
-
-La masturbation est dite qualifiée, quand elle renferme une double
-malice de la part de l’objet pensé ou désiré, ou de la part du masturbé
-ou de celle du masturbant: 1º De la part de l’objet pensé, la
-masturbation revêt la malice de l’adultère, de l’inceste, du stupre, du
-sacrilège, etc., selon que le masturbant pense à une femme mariée, à une
-parente, à une vierge, ou à une personne consacrée à Dieu, etc... 2º De
-la part du masturbé ou du masturbant, si par exemple il est marié ou
-consacré à Dieu par vœu ou par la réception des ordres sacrés: car il
-faut expliquer les conditions de la personne masturbée ou masturbante,
-comme ajoutant au péché des malices spécifiquement différentes. Il faut
-aussi de toute nécessité déclarer en confession les circonstances
-susdites, parce qu’elles changent l’espèce du péché et ajoutent à sa
-malice...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Section première_
-
-L’ONANISME SOLITAIRE.--LA MASTURBATION VOLONTAIRE EN SOI OU DIRECTEMENT
-VOULUE
-
-C’est un péché mortel, de sa nature et contre la nature. L’action d’Onan
-qui répandait son sperme à terre est déclarée détestable dans la
-Sainte-Écriture.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il est une espèce de souillure manuelle qu’on pourrait appeler
-incomplète, nerveuse, sèche, en tout point semblable, pour la forme
-extérieure, si l’on peut parler ainsi, à la masturbation proprement
-dite, mais avec cette différence qu’elle ne va pas jusqu’à
-l’éjaculation.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Section deuxième_
-
-DE LA POLLUTION VOLONTAIRE DANS SA CAUSE OU INDIRECTEMENT VOULUE
-
-Cette sorte de pollution reconnaît deux causes: l’une prochaine et
-l’autre éloignée.
-
-La cause prochaine est celle qui, par sa nature, porte directement à la
-masturbation, comme par exemple, de regarder ses propres organes
-génitaux ou ceux des autres, de proférer des paroles obscènes, de se
-complaire dans des pensées honteuses, etc...
-
-La cause éloignée n’est pas de nature à produire directement la
-masturbation, elle ne l’occasionne que par accident et contre
-l’intention des personnes. Ces sortes de causes sont ordinairement un
-excès dans le boire et le manger, l’équitation, l’étude de matières
-érotiques, _l’audition des confessions_, etc.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il est cependant permis d’étudier les matières vénériennes en vue de
-l’enseignement ou de la distraction, d’entendre les confessions des
-femmes, de converser avec elles utilement, honnêtement et sagement, de
-les visiter avec gravité et décence, et pour des motifs d’une urgente
-convenance, ou même de les embrasser dans le monde selon les mœurs du
-pays, d’aller à cheval pour son utilité, de se coucher d’une certaine
-manière quand on ne peut pas dormir autrement, d’user modérément de la
-boisson ou d’aliments chauds, ou prescrits pour la santé, ou d’un usage
-habituel, de servir les malades, de les mettre dans le bain, d’exercer
-la profession de chirurgien ou de sage-femme, etc..., quand même on
-pourrait prévoir que la pollution doit s’en suivre, pourvu qu’on ne se
-la propose pas, et qu’on ait le ferme propos de n’y pas consentir, avec
-l’espérance fondée de persévérer dans cette résolution; ce qui se
-reconnaît dans l’espèce par les expériences déjà faites, soit au défaut
-de la crainte du péché, soit à la fragilité personnelle et à la
-propension au mal, ou à d’autres circonstances semblables.
-
-
-_Section troisième_
-
-DE LA POLLUTION NOCTURNE
-
-La pollution nocturne est celle qui survient pendant le sommeil de la
-nuit... Si le sommeil est imparfait, elle peut être semi-volontaire et
-par conséquent péché véniel; si le sommeil est parfait, la pollution est
-tout à fait involontaire et par conséquent exempte de toute faute.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Voici comment Billuart s’exprime à ce sujet:
-
-«La pollution nocturne est ou n’est pas péché, selon la condition de la
-cause dans laquelle elle a dû ou pu être prévue. Si la cause n’est pas
-coupable, la pollution ne sera pas non plus coupable: si la cause est
-véniellement coupable, elle sera vénielle: si la cause est mortelle,
-elle sera mortelle.» (_Dissertatio_ IV, art. 13.)
-
-Maintenant, quelle est la règle à suivre ou la conduite à tenir,
-lorsqu’une pollution préparée, imminente ou commencée pendant le
-sommeil, on s’éveille avant que l’éjaculation se soit produite?...
-
-Personne n’est tenu (pourvu cependant qu’il n’y ait pas danger de
-consentement au plaisir, et qu’on ne le provoque pas volontairement)
-d’empêcher une pollution spontanée, ou déjà commencée, dans le sommeil;
-mais on peut pour cause de santé laisser la nature se soulager; car ce
-n’est pas procurer, mais souffrir l’écoulement d’un liquide qui,
-d’ailleurs corrompu, nuirait à la santé.
-
-Quand la pollution commence dans le sommeil, dit saint Liguori, et que
-l’émission a lieu dans le demi-sommeil, dans ce cas, si on éprouve
-quelque délectation, non pleinement voulue, on ne pèche que véniellement
-comme le remarquent les pères de l’Église. Mais quand l’émission
-commence dans le sommeil, et est consommée en pleine veille, dans ce cas
-(pourvu qu’il n’y ait pas consentement dans la délectation, ou danger
-prochain de consentement d’après l’expérience du passé), on n’est pas
-tenu de l’empêcher; soit parce qu’il est très difficile d’arrêter
-l’écoulement du sperme une fois sorti des reins, comme disent
-généralement de nombreux théologiens; soit parce que personne n’est tenu
-d’empêcher l’éjaculation en s’exposant au danger d’une maladie provenant
-de la corruption du fluide.
-
-Voici l’opinion du R. P. Sanchez:
-
-Quand la pollution est un flux naturel et a commencé pendant le sommeil,
-il sera permis de ne pas l’empêcher, à cause du danger de mort, parce
-que ce n’est pas procurer, mais souffrir l’éjaculation du sperme, que le
-patient n’empêche pas, de peur que cette humeur corrompue ne nuise à sa
-santé.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Voici, maintenant, l’opinion d’un théologien fort sage et fort prudent:
-
-La pollution commencée dans le sommeil ne peut être continuée dans
-l’état de veille, d’après beaucoup de théologiens, contre un assez grand
-nombre d’autres qui disent qu’à cause des inconvénients pouvant provenir
-de son interruption, on peut en permettre simplement la continuation en
-élevant son cœur à Dieu. C’est l’avis de _Gerson_, de _Billuart_,
-etc..., parce que, disent-ils, outre les inconvénients et les
-indispositions qui en résulteraient pour le corps, la pollution
-commencée pendant le sommeil n’est plus soumise à la volonté. Mais cette
-raison n’emporte pas l’assentiment. Je ne serais de l’avis de ces
-théologiens que dans le cas, rare, où il y aurait danger d’en ressentir
-une grave indisposition, et sans danger de consentement en une matière
-si délicate; peut-être d’ailleurs ne suffirait-il pas de n’y pas
-consentir, si en même temps on ne cherchait à l’empêcher par quelque
-effort, par exemple, en retenant l’éjaculation, en cherchant dans son
-lit un endroit frais, en sortant du lit; de même si la pollution arrive
-dans l’état de veille.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Nous terminons cette question par l’extrait suivant de Billuart:
-
-Il est certain: 1º Qu’il y a péché mortel à jouir de la pollution
-nocturne, ou de la désirer pour le plaisir, parce qu’alors l’objet est
-mortellement mauvais, puisque la délectation vénérienne ne doit tendre
-de sa nature qu’à la seule génération dans l’acte conjugal.
-
-Il est certain: 2º Que le désir efficace de la pollution, c’est-à-dire
-celui qui la cause, ou en vertu duquel on emploie les moyens propres à
-l’occasionner, est également péché mortel, parce qu’alors elle devient
-volontaire et ne reste pas purement naturelle.
-
-Il est certain: 3º Qu’il est permis de jouir de l’effet bon de la
-pollution, comme de la santé ou de la cessation de la tentation qu’elle
-cause, ainsi que de désirer cet effet, parce que cet objet est bon. Pour
-la même raison, il est permis de se réjouir de ce que la pollution a eu
-lieu sans péché et purement naturellement.
-
-
-_Section quatrième_
-
-DE LA POLLUTION DIURNE
-
-La pollution (ou masturbation) diurne est celle qui a lieu pendant le
-jour, ou plus généralement et plus exactement dans l’état de veille.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_La distillation_ est une excrétion uréthrale; une espèce de
-_blennorrhée_ connue par les anciens sous le nom impropre de _gonorrhea
-benigna_ (chaudepisse bénigne). La matière de la distillation est tout à
-fait différente du vrai sperme, et ne renferme aucun animalcule
-microscopique. Cette matière visqueuse est la matière que peuvent rendre
-les impubères et les eunuques, soit par la masturbation, soit par la
-stimulation mentale, au moins pour ces derniers.
-
-Il existe une différence immense entre la distillation et la pollution.
-
-Voici ce que, sur cette question, dit saint Liguori:
-
-«Si cette distillation a lieu avec une notable agitation des esprits,
-sans doute elle est un péché mortel, parce qu’une telle agitation est un
-commencement de pollution. Il en est de même si la distillation s’opère
-en grande quantité, parce qu’une distillation aussi considérable ne peut
-avoir lieu sans une notable rébellion de la chair; d’où il suit que de
-même qu’on pèche gravement en procurant une notable agitation, on pèche
-gravement aussi en procurant une grande distillation. Par conséquent,
-nous sommes tenus, sous une grave obligation, d’éviter non seulement
-directement, mais encore indirectement, ces sortes de distillation, en
-évitant toutes les causes qui influent prochainement sur elles... Mais
-si la distillation s’opère en petite quantité, sans délectation et sans
-agitation, alors on peut la permettre sans péché, comme dit le R. P.
-_Cajetan_, etc... et les autres communément; parce qu’on ne doit pas
-plus se soucier de ce flux que de l’émission de quelque autre sécrétion
-dont la nature a l’habitude de se soulager.»
-
-
-_Section cinquième_
-
-DES MOUVEMENTS DÉRÉGLÉS
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Page 52:--Souvent il ne convient pas de s’y opposer par un effort
-positif; car alors l’imagination s’enflamme par cet effort même, et par
-sympathie excite encore davantage les esprits génitaux; il est donc plus
-sûr d’invoquer tranquillement Dieu, la bonne Vierge, l’ange gardien, de
-prier son patron et les autres saints, de fuir les objets dangereux, de
-détourner tranquillement sa pensée des images obscènes, de la tourner
-ailleurs, et de s’appliquer sérieusement à d’autres occupations surtout
-extérieures.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Page 53: «_Quæritur an manere..._»--On demande si rester indifférent à
-l’égard des mouvements de la concupiscence involontaires, sans les
-approuver ni les désapprouver, est un péché et quelle espèce de péché?
-
-_Réponse._--1º Tous les théologiens sont d’avis qu’une telle
-indifférence est au moins un péché véniel, parce que l’esprit est tenu
-au moins de s’opposer aux mouvements désordonnés de la concupiscence.
-
-2º _Sanchez_, _saint Liguori_, l. V, nº 6, et beaucoup d’autres disent
-que ce péché, en dehors du péril prochain de la pollution, n’est que
-véniel; car, disent-ils, les mouvements désordonnés doivent être
-réprimés, parce qu’il est à craindre qu’ils ne mènent à la pollution, ou
-qu’ils n’entraînent le consentement de la volonté à la délectation
-vénérienne; donc si ce danger n’existe pas ou s’il est éloigné, il n’y a
-qu’une obligation légère de l’éviter. Mais ils soutiennent qu’il y a
-obligation sous peine de péché mortel de résister positivement au moins
-par un acte de déplaisance, s’il y a danger prochain de tomber dans une
-pollution, ou de consentir à la délectation vénérienne.
-
-D’autres, plus communément, enseignent que l’indifférence avec pleine
-advertance touchant les mouvements désordonnés, même légers, est un
-péché mortel, tant à cause de leur propre désordre qu’à cause du danger
-d’y consentir. C’est l’avis des R. P. _Valentina_, _Lessius_, etc...
-
-
-_Section sixième_
-
-DE LA CONDUITE A TENIR ENVERS LES MASTURBATEURS OU LES ONANISTES
-
-Ce chapitre de la _Mœchialogie_ du P. Debreyne n’est, à peu de chose
-près, que la reproduction du § V, chap. III du _Manuel des confesseurs_,
-par Mgr Bouvier. Ayant, à sa place, cité ce paragraphe, nous y renvoyons
-nos lecteurs.
-
-
-_Section septième_
-
-DE LA MASTURBATION CONSIDÉRÉE DANS LE SEXE FÉMININ
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La plupart des théologiens, des moralistes, des casuistes mentionnent à
-peine la masturbation chez la femme comme désordre possible. Une foule
-de traités _ex professo_ sur le sixième commandement n’en disent pas un
-mot. _Est-il étonnant de voir, après cela, tant de jeunes prêtres très
-ignorants sur cette matière?_
-
-Nous distinguons dans les femmes trois espèces ou plutôt trois formes de
-masturbation:
-
- 1º _La masturbation du clitoris_;
- 2º _La masturbation vaginale_;
- 3º _La masturbation utérine_.
-
-1º La première forme ou le _clitorisme_, comme on dit, est le mode
-ordinaire. Cette masturbation se fait surtout à l’aide du petit organe
-qui s’appelle le _clitoris_, et qui, selon les médecins, est le siège ou
-le principal organe de la jouissance vénérienne ou de la volupté
-charnelle. Il est situé à la partie supérieure et au milieu de la vulve,
-c’est-à-dire du _pudendum_. Ce petit organe, par suite d’un éréthisme
-fréquent et presque continuel venant de l’écoulement ou d’une
-disposition native, peut croître en de telles proportions, qu’il simule
-quelquefois le membre viril. C’est de là qu’aux temps d’ignorance, est
-née la fausse croyance aux hermaphrodites. C’est ainsi que des femmes
-perdues et de mœurs corrompues s’efforcent d’usurper quelquefois ou
-plutôt d’imiter le rôle exclusivement réservé à l’homme.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-On doit rattacher à la première forme de masturbation (page 67): celle
-qui d’ordinaire se fait, non par un attouchement manuel, mais par un
-mouvement volontaire quelconque du corps, soit par son extension
-complète, on seulement par celle des jambes, ou la compression des
-cuisses l’une sur l’autre, etc...
-
-2º La seconde espèce ou la masturbation vaginale, moins fréquente que la
-précédente, indique généralement une plus grande corruption de
-l’imagination, parce que ce genre de masturbation se fait par
-l’introduction ou des doigts ou de quelques instruments adaptés, que les
-suggestions diaboliques ne cessent de fournir à la passion libidineuse
-(autrement dits: godemichés).
-
-3º La troisième et dernière espèce ou l’utérine, beaucoup plus rare que
-les autres, mais très grave, très nuisible à la santé, surtout
-désordonnée et par conséquent la plus coupable et peccamineuse, en
-raison du degré de malice des circonstances plus ou moins aggravantes.
-Voici comment elle procède: un chatouillement ou irritation prolongée
-est produit au col de l’utérus (c’est-à-dire à la partie inférieure de
-la matrice qui se trouve à l’extrémité supérieure du vagin) à l’aide des
-doigts ou de certains autres instruments.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Terminons ce chapitre par quelques mots sur la conduite du confesseur à
-l’égard des personnes excessivement timides ou qu’une fausse honte
-empêche de s’expliquer suffisamment sur cette matière.
-
-Le confesseur doit d’abord montrer un air doux, facile et bienveillant.
-Il engagera les jeunes personnes à dire avec simplicité tout ce qu’elles
-savent sur le point en question. Il se composera convenablement afin de
-ne pas paraître ému ou étonné de rien, et ne pas avoir l’air d’écouter
-avec trop d’intérêt ou de curiosité. Le confesseur pourrait même dire
-qu’il a entendu là-dessus plus qu’on ne pourra lui en apprendre... Pour
-découvrir la mauvaise habitude, il ne faut jamais paraître en douter.
-N’interrogez donc pas sur le point principal ou le fond de la chose,
-mais sur l’accessoire ou quelqu’une de ses circonstances. Au lieu de
-questionner les jeunes filles sur tel péché qu’on craint qu’elles ne
-cachent, on doit leur faire dire combien de fois elles l’ont commis:
-hésitent-elles à répondre? on leur demandera un nombre considérable,
-invraisemblable, au-dessus du véritable, afin de les enhardir à en
-avouer de suite un nombre moindre... Mais, un autre point que nous
-croyons important, et l’expérience l’a déjà prouvé, c’est que le
-confesseur ait soin de donner à certaines personnes du sexe, mariées ou
-non, mais grossières et plus ou moins privées d’éducation, une courte
-explication sur l’origine des connaissances pratiques qu’il possède sur
-les matières du sixième commandement. Il sera bon, par exemple, de dire
-qu’il a appris toutes ces choses dans les livres des médecins ou des
-médecins eux-mêmes, afin d’écarter de leur esprit toute idée de surprise
-ou de soupçon sur la manière dont lui est venue la connaissance de ces
-détails qu’elles s’imaginent devoir être tout à fait étrangers aux
-prêtres.
-
-
-_Section huitième_
-
-DE LA MASTURBATION DIURNE ET NOCTURNE DANS LE SEXE FÉMININ
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il est permis à celui qui éprouve une grande démangeaison dans les
-parties honteuses, dit saint Liguori, de la faire cesser par
-l’attouchement, quand même il s’ensuivrait une pollution. Et, citant une
-foule d’auteurs à l’appui de sa thèse, il continue: «Peut-être
-direz-vous qu’il peut arriver que ce prurit provienne de l’ardeur même
-de la passion libidineuse, d’où il suivrait que l’apaisement du prurit
-par la friction serait une espèce de délectation vénérienne. On répond
-qu’il est plus raisonnable de croire qu’un tel prurit, quand il est très
-désagréable, vient plutôt de l’âcreté du sang que de l’ardeur de la
-luxure. Au moins dans le doute reste la liberté de se débarrasser de
-cette incommodité par un attouchement licite en soi, puisqu’on peut
-licitement faire cesser au moyen de l’attouchement une démangeaison
-corporelle; s’il arrive une pollution, elle arrive sans danger de
-consentement, par accident et involontairement, et par conséquent sans
-péché. Pour que l’on fût tenu de s’abstenir de cet attouchement, il
-faudrait avoir la certitude que le prurit est un effet de la luxure. Du
-reste, le _R. P. Lacroix_ avertit sagement ceux qui aiment la chasteté
-de s’abstenir, autant du moins qu’il est moralement possible, de ces
-sortes d’attouchement.» (Liv. III, nº 483.)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-«Il est permis à celui qui éprouve une démangeaison très incommode, dans
-les parties honteuses, de la faire cesser par l’attouchement, quand même
-la pollution s’ensuivrait.» (Mgr Gousset, archevêque de Reims.)
-
-
-§ II
-
-DE LA SODOMIE
-
-Ce crime horrible est défini par saint Thomas: l’accouplement du mâle
-avec le mâle, de la femelle avec la femelle.
-
-D’où il faut conclure que le mâle s’accouplant avec la femelle, dans _un
-vase_ ou _récipient non légitime_, ne commet nullement une sodomie,
-parce que le sexe est légitime; au contraire, une femelle qui s’accouple
-avec une femelle _dans le vase naturel_ commet une sodomie, parce que le
-sexe est illégitime. D’où il faut conclure avec saint Thomas que toute
-la malice de la sodomie vient de l’accouplement du même sexe, et non de
-l’accouplement illégitime de deux sexes différents, du sexe illégitime
-et non du vase illégitime d’un sexe légitime. Ce dernier crime, selon ce
-saint docteur, n’est pas une sodomie, mais seulement un mode illégitime
-d’accouplement.
-
-Mais comme chez la plupart des théologiens l’usage a prévalu de regarder
-comme une _sodomie imparfaite_ cet accouplement illégitime (dans l’anus)
-entre deux sexes différents, nous nous conformerons à l’usage.
-
-Donc l’accouplement de l’homme avec la femme dans le vase qui n’est pas
-légitime est une sodomie imparfaite, distincte de la sodomie parfaite,
-qui est l’accouplement du mâle avec le mâle, de la femelle avec la
-femelle. (Ainsi, ce que les débauchés appellent 69 est beaucoup moins
-coupable entre homme et femme qu’entre deux individus du même sexe.)
-
-Il n’importe pas dans quel vase ou dans quelle partie du corps mâles ou
-femelles s’accouplent entre eux, puisque la malice de la sodomie
-consiste dans la recherche d’un sexe illégitime, et qu’elle est complète
-ou parfaite en son genre, quel que soit le vase ou la partie du corps
-d’un même sexe auquel s’applique le corps par voie d’accouplement; mais
-s’il n’y avait que l’application de la main, du pied, etc., aux organes
-d’une autre personne, cela ne serait point réputé sodomie, parce que ce
-ne serait pas un véritable accouplement, ni physique ou matériel, ni
-moral ou effectif.
-
-Pour la sodomie imparfaite il suffit que le mâle et la femelle
-s’accouplent autrement qu’avec les instruments naturels ou les organes
-légitimes, avec interversion des parties (en faisant par derrière ce
-qu’on doit faire par devant), et dans la recherche d’une fin mauvaise de
-l’accouplement.
-
-Il faut déclarer en confession de quelle nature a été la sodomie, si
-elle a été accomplie avec une personne mariée, consacrée à Dieu ou
-consanguine; parce que, alors, s’y ajoute la malice de l’adultère, du
-sacrilège ou de l’inceste.
-
-D’après le même saint Liguori: «Il n’est pas nécessaire en confession
-d’expliquer si la pollution a eu lieu dans l’intérieur ou à l’extérieur
-du vase; il suffit de confesser: _j’ai péché avec un enfant_, pour que
-le confesseur juge qu’il y a eu sodomie avec pollution. On doit
-cependant expliquer s’il n’y a pas eu pollution. Il serait plus clair de
-dire: _j’ai couché avec un enfant_, en ajoutant la circonstance de
-pollution ou de non-pollution. Si l’effusion du sperme dans le vase
-était possible, il y aurait alors sodomie parfaite, consommée et
-complète; si elle a lieu hors du vase, elle n’est qu’imparfaite et non
-complète, selon quelques-uns.
-
-Quant à ce qui touche aux enfants, puisque nous en parlons, aujourd’hui
-ce crime horrible exerce très souvent sa fureur sur eux; d’où on
-l’appelle généralement _pédérastie_.
-
-
-§ III
-
-DE LA BESTIALITÉ
-
-La bestialité, selon saint Thomas, est l’accouplement avec un individu
-d’une autre espèce, ou avec une bête. Ce péché est ce qu’il y a de plus
-horrible et il est plus grave que la sodomie, parce que dans la
-bestialité on n’a égard ni au vase légitime, ni au sexe, ni à l’espèce
-requise. Aussi Joseph a-t-il accusé ses frères du dernier des crimes, en
-disant, comme l’interprète la glose, qu’ils s’accouplaient avec leurs
-brebis. Cet abominable crime est ainsi désigné dans le _Lévitique_:
-_Celui qui se sera accouplé avec une jument ou une brebis sera puni de
-mort; tuez aussi la brebis_, etc... Autrefois ceux qui ne rougissaient
-pas de commettre ce crime abominable étaient brûlés avec la bête.
-
-D’après beaucoup de théologiens, Bonacina, Billuart, etc., il n’est pas
-nécessaire de déclarer l’espèce ou la variété de bêtes, parce que cette
-circonstance ne change pas l’espèce du péché et ne l’aggrave pas
-beaucoup. La malice de ce péché vient de l’espèce désordonnée et
-illégitime.
-
-«La raison, dit saint Liguori, en est que toute la malice de ce crime
-consiste dans le coït avec une autre espèce, d’où il suit que la
-différence de sexe est tout à fait accidentelle et n’entraîne aucune
-différence dans le genre du péché. Les attouchements impudiques avec une
-bête, quoiqu’ils ne soient pas proprement des péchés de bestialité, ont
-cependant une certaine turpitude spéciale, comme dit le R. P. Elbel, au
-moins vénielle» (lib. III, n. 474).
-
-Sur ce sujet, selon l’occasion, il faut interroger les paysans et
-surtout les bergers et gardeurs de troupeaux.
-
-
-ARTICLE SECOND
-
-DES PÉCHÉS DE LUXURE OU D’IMPURETÉ SUIVANT LA NATURE
-
-Ces péchés sont:
-
- La simple fornication;
- Le rapt;
- L’adultère;
- L’inceste;
- Le sacrilège.
-
-Ce qui fera la matière de six paragraphes.
-
-
-§ I
-
-DE LA FORNICATION SIMPLE
-
-La fornication, au sens large, est un accouplement quelconque en dehors
-du mariage; ou, dans un sens plus strict: la fornication simple est
-l’accouplement d’un homme libre avec une femme libre déjà déflorée, avec
-le consentement mutuel: 1º _d’un homme libre avec une femme libre_,
-c’est-à-dire, selon _Billuart_, de personnes libres non seulement du
-lien du mariage, mais encore de parenté mutuelle ou d’affinité aux
-degrés prohibés, du vœu de continence, de l’ordre sacré ou de la
-violence; 2º _déjà déflorée_, pour distinguer la simple fornication du
-stupre; 3º _avec le consentement mutuel_, pour la distinguer du rapt.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La fornication d’un tuteur avec sa pupille le rend beaucoup plus
-coupable puisqu’il remplit les fonctions de père, et qu’à ce titre il
-est tenu de s’occuper de ses intérêts, non seulement temporels, mais
-encore spirituels; il y a donc là une circonstance aggravante, qu’il
-faut déclarer en confession.
-
-L’accouplement avec une femme mariée n’est pas une fornication simple,
-puisqu’il n’a pas lieu avec une femme complètement libre, et qu’il
-implique le péché d’injustice à l’égard du mari dont il viole le droit;
-de là une circonstance qui doit toujours être déclarée en confession.
-
-«La fornication d’un chrétien avec une infidèle est, d’après l’opinion
-universelle, plus grave qu’avec une catholique, tant à cause du mépris
-de notre religion qui en est la suite, qu’à cause du danger de la
-mauvaise éducation des enfants et de l’abandon de la vraie foi, qui
-résultent facilement d’un trop grand amour pour une infidèle. Selon
-quelques-uns, cette circonstance change l’espèce (_Bailly_).»
-L’accouplement avec un eunuque implique une malice spéciale, parce que,
-en l’absence d’un véritable sperme fécondant, la véritable fin est
-manquée, la nature est frustrée; il n’y a plus dès lors simple
-fornication, mais péché contre nature.
-
-Selon _Billuart_, «celui qui par déplaisir et haine du péché interrompt
-un accouplement fornicateur, même avec effusion de sperme en dehors du
-vase, fait bien et y est tenu, parce qu’il n’y a pas d’instant où l’on
-ne soit tenu de faire cesser un péché actuel. La perte du sperme qui
-s’ensuit a lieu alors par accident et contre la volonté, et il y a une
-cause légitime de la permettre. Celui qui persévérant dans l’amour du
-péché interrompt un accouplement commencé, avec effusion hors du vase
-par crainte d’infamie ou par quelque autre motif humain, commet un
-double péché, celui de fornication commencée et celui de pollution.»
-(_Dissertation VI, art. II._)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La prostitution est l’accouplement avec une femme prête à se livrer au
-premier venu, publique et généralement vénale.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-«L’homme, selon Sylvius et autres, dit Billuart, ne paraît pas tenu de
-déclarer en confession s’il a forniqué avec une prostituée ou une autre
-femme, pourvu qu’il déclare le nombre; parce que, disent-ils, cette
-circonstance n’est pas notablement aggravante, peut-être parce que
-l’acte en lui-même est génératif, et que c’est seulement par accident,
-par suite de la condition de la personne que la génération est empêchée,
-comme dans le cas où on forniquerait avec une vieille, ou une femme
-stérile. Quelques-uns cependant prétendent que le fornicateur est tenu
-de déclarer la circonstance de la prostitution, parce que, disent-ils,
-dans une telle fornication, on n’empêche pas seulement le bien des
-enfants à naître, mais on empêche encore qu’il en naisse. Cette dernière
-opinion est la plus sûre.»
-
-Il ne sera peut-être pas hors de propos de parler ici d’un certain moyen
-employé par quelques-uns, quand ils approchent des prostituées et
-peut-être aussi des autres femmes, pour se garantir de la maladie
-syphilitique. Cette invention ignorée de quelques confesseurs, en
-protégeant de la contagion morbide, est nécessairement en même temps un
-obstacle à la conception ou à la génération, quand même l’accouplement
-semble être extérieurement normal et s’accomplit sans que l’un ou
-l’autre se retire.--Cet obstacle est souvent employé de la part de la
-femme, qui n’a en vue que d’empêcher la conception, puisque ce moyen ne
-la garantit aucunement de la contagion.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-On peut demander aux fornicateurs, au moins à ceux qui paraissent ou
-passent pour tout à fait corrompus, s’ils ne se sont pas servi d’un
-moyen secret pour empêcher la conception; et surtout si l’homme n’a pas
-cherché à éviter la contagion et par quel moyen. Il faut que l’on sache
-qu’il ne s’agit pas ici de l’onanisme proprement dit, où, comme il
-arrive si souvent et si misérablement dans l’acte conjugal, l’homme se
-retire avant l’effusion du sperme.
-
-Quant aux autres empêchements connus des femmes, comme d’uriner après le
-coït, et autres efforts pour rejeter le sperme, on doit les regarder
-généralement comme vains et inutiles; cependant elles sont gravement
-coupables, puisqu’elles se proposent une fin mauvaise, celle d’empêcher
-la conception.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il faut demander aux fornicateurs: si avant l’accouplement, ils l’ont
-désiré avec délectation; s’ils ont entraîné leur complice au crime;
-s’ils lui ont promis mariage; s’ils n’ont pas promis par serment, et
-fait la même promesse à plusieurs; s’ils ont péché par habitude avec
-scandale; combien de fois ils ont renouvelé le crime; si, l’acte
-consommé, ils se sont livrés à d’autres turpitudes; s’ils n’ont rien
-fait pour empêcher la conception.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Si le pénitent, dit _Collet_, ne parle que du fait de l’accouplement, il
-faut l’interroger sur son état et celui de sa complice, s’il est marié,
-si sa complice est mariée, s’ils sont consanguins ou parents par
-affinité, etc...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DU STUPRE ET DU VIOL
-
-Le stupre est l’accouplement illicite avec une vierge. Quelques-uns
-veulent qu’il faut que cet accouplement soit violent, de telle sorte que
-si la vierge consent, il n’y a plus de stupre; d’après eux ce n’est pas
-une espèce particulière de luxure, et il ne se distingue pas de la
-simple fornication. C’est l’avis de Sanchez, Lessius, Malderus et
-plusieurs autres; d’après eux, le stupre est toujours _la défloration
-violente d’une vierge_.
-
-Sous le nom de vierge on n’entend pas ici une personne qui n’ait jamais
-péché contre la chasteté, mais celle qui n’a pas encore eu
-d’accouplement avec une autre. Il ne s’agit donc pas ici de la virginité
-comme vertu, mais simplement comme état d’intégrité.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le clergé gallican, année 1708, a condamné cette proposition: _Suzanne
-exposée à l’infamie et à la mort aurait pu se conduire négativement et
-laisser s’accomplir le viol, pourvu qu’elle n’y eût point consenti par
-un acte intérieur, et l’eût détesté et exécré_, comme téméraire,
-scandaleuse, offensant les oreilles pieuses, erronée et contraire à la
-loi de Dieu. Donc il n’est jamais permis à une femme, même dans la
-crainte de la mort, de rester passive et de permettre le viol; parce que
-dans ce cas la passivité et l’immobilité sont une certaine coopération,
-et doivent toujours être considérées dans la pratique comme un acte
-volontaire.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le stupre même volontaire est un péché de luxure spécial. Et puisque le
-Concile de Trente a défini (sess. 14, can. 7) qu’il est nécessaire de
-droit divin de déclarer en confession _les circonstances qui changent
-l’espèce du péché_, il faut résoudre cette question de pratique
-continuelle, si ceux qui sont coupables de stupre volontaire, soit de
-fait, soit en désir ou en délectation, sont tenus de déclarer la
-circonstance de la virginité. Les théologiens l’affirment le plus
-communément, et regardent cette nécessité comme une conséquence de ce
-principe une fois admis.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Billuart_ et d’après lui, dit _Bouvier_, _Wiggers_, _Boulart_ et
-_Daelmen_ prétendent que la circonstance de la virginité dans un stupre
-volontaire ajoute une malice spéciale à la simple fornication, mais
-seulement une malice vénielle, qu’il n’est pas nécessaire de déclarer en
-confession.
-
-
-§ III
-
-DU RAPT
-
-Le rapt, selon quelques théologiens, est la violence faite à une
-personne ou à ses parents, en vue de la satisfaction d’une passion
-libidineuse, ou, comme l’indique le mot, l’enlèvement violent d’une
-personne d’un lieu dans un autre, pour satisfaire sa passion ou
-contracter mariage avec elle.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Tout rapt n’a pas la même gravité. Voici, selon Collet, la gradation de
-gravité dans les rapts de femmes: le péché le plus grave est le rapt
-d’une religieuse, puis celui d’une femme qui a fait un simple vœu de
-chasteté. Vient ensuite le rapt d’une consanguine ou parente par
-affinité; enfin celui d’une femme mariée, d’une vierge, d’une veuve et
-d’une prostituée. Sylvius ajoute que le péché sera beaucoup plus grave
-si un mâle enlève un mâle, une femelle, une femelle en vue d’un
-abominable libertinage, etc.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La fornication avec une femme endormie ou ivre, ou avec une jeune fille
-n’ayant pas l’usage de sa raison, ou n’ayant aucune connaissance de ce
-crime, peut se ramener au rapt, quoiqu’il n’y ait pas rapt proprement
-dit, mais plutôt tromperie.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il faut rechercher maintenant comment doit se conduire une femme soumise
-à la violence, pour ne pas pécher devant Dieu. Billuart répond en ces
-termes: 1º elle ne doit pas consentir intérieurement à la délectation,
-mais la repousser positivement; 2º extérieurement elle doit résister
-positivement au séducteur par tous les efforts et mouvements du corps:
-coups de poing, soufflets, cris, s’il y a quelque espoir de secours; en
-un mot, par tout ce qu’elle peut faire moralement et raisonnablement,
-autrement si elle ne fait pas tout ce qu’elle peut et doit pour
-l’empêcher, elle est censée consentir.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Billuart_ demande encore si elle doit crier au péril de sa vie ou de sa
-réputation. Il répond: si elle espère qu’avec le secours de Dieu elle
-pourra ne pas consentir intérieurement au plaisir vénérien, ce qui, je
-l’avoue, est très difficile, je pense qu’elle n’y est pas tenue, pourvu
-toutefois qu’elle résiste extérieurement de tout son possible à celui
-qui lui fait violence.
-
-
-§ IV
-
-DE L’ADULTÈRE
-
-L’adultère est l’entrée dans un lit étranger, ou la violence du lit
-d’autrui. Il peut être commis de trois manières: 1º entre un homme marié
-et une femme libre; 2º entre un homme libre et une femme mariée; 3º
-entre un homme marié et une femme mariée.
-
-L’adultère est une espèce de luxure distincte des autres et un péché
-mortel très grave.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’adultère double, c’est-à-dire l’accouplement illicite d’un homme marié
-avec une femme mariée, est plus grave que l’adultère simple, puisque le
-premier viole deux droits, tandis que le second n’en viole qu’un;
-l’adultère d’une femme mariée avec un homme libre est plus grave que
-celui d’un homme marié avec une femme libre, pour des raisons à tous
-évidentes et connues. Il faut donc nécessairement déclarer en confession
-les diverses circonstances de l’adultère.
-
-L’adultère accompli du consentement du mari reste cependant un véritable
-adultère, malgré le fameux axiome: _Il n’y a point d’injustice à l’égard
-de celui qui sait et veut..._ Avant le pape Innocent XI, on disait: «Le
-coït avec une femme mariée, du consentement de son mari, n’est pas un
-adultère; et alors il suffit de dire en confession qu’on a forniqué.»
-
-Mais ce pape a déclaré que le consentement du mari ne légitimait pas la
-chose.
-
-... Le confesseur doit interroger les adultères sur les points suivants:
-1º Sont-ils mariés tous les deux? 2º Ont-ils lapidé les biens du mari
-innocent? 3º Ont-ils l’habitude de l’adultère? 4º La femme adultère
-a-t-elle conçu ou a-t-elle pu concevoir? 5º Est-il né des enfants? 6º
-Les enfants sont-ils nourris des biens du mari comme s’ils étaient
-légitimes? 7º Les enfants de l’adultère ont-ils partagé avec les enfants
-légitimes l’héritage qui ne leur était pas dû? 8º Doivent-ils le
-partager? 9º Enfin est-il certain ou douteux à qui appartiennent les
-enfants? Etc...
-
-
-§ V
-
-DE L’INCESTE
-
-L’inceste est l’accouplement illicite avec une consanguine ou parente
-par affinité aux degrés prohibés, tels que sont tous les degrés de
-consanguinité et d’affinité par suite d’un mariage ou convenu ou
-consommé jusqu’au quatrième degré inclusivement, ou d’affinité par suite
-d’une union illégitime jusqu’au second degré inclusivement. (_Concile de
-Trente._)
-
-Selon _Billuart_, sous ce mot d’accouplement considéré comme acte
-principal (_concubitus_), il faut comprendre les baisers, les
-attouchements, les regards, et autres actes tendant à l’accouplement, et
-par conséquent appartenant à l’inceste, comme ils appartiennent à
-l’adultère avec une femme mariée, à la fornication avec une femme libre.
-
-«Quoique tous les incestes soient de la même espèce, écrit _Billuart_,
-les uns cependant sont plus graves que les autres; ainsi l’inceste est
-plus grave avec une consanguine qu’avec une parente par affinité; plus
-grave au premier qu’au second degré, soit de consanguinité, soit
-d’affinité. De même, il est plus grave et très grave en ligne droite,
-soit de consanguinité, soit d’affinité, qu’en ligne collatérale; plus
-grave, par exemple, avec la mère qu’avec la sœur; aussi, d’après
-l’opinion la plus commune touchant la déclaration des circonstances
-notablement aggravantes, il ne suffit pas de dire en confession: j’ai
-commis un inceste; mais on doit dire si c’est avec une consanguine ou
-une parente par affinité au premier ou au second degré de la ligne
-droite ou collatérale, parce que ces circonstances sont notablement
-aggravantes. Quant aux degrés plus éloignés de la ligne collatérale, je
-pense avec les RR. PP. Ledesma, de la Cruz, Sporer et plusieurs autres,
-qu’il n’est pas besoin d’interroger le pénitent, parce que cette
-circonstance ne paraît pas notablement aggravante.»
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quelques théologiens prétendent que le péché d’un confesseur avec sa
-pénitente doit être ramené à l’inceste; d’autres, en plus grand nombre,
-le nient.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les actes impudiques entre personnes du même sexe, unies par les liens
-de consanguinité ou d’affinité, emportent la malice de l’inceste, et
-cette circonstance doit être déclarée en confession.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ VI
-
-DU SACRILÈGE
-
-Le sacrilège charnel, ou en tant que péché de luxure, est la violation
-d’une chose sacrée par un acte vénérien ou charnel. Le sacrilège charnel
-n’est pas seulement un péché contre la chasteté, mais encore contre
-l’honneur de Dieu, à cause de la pollution d’une chose sacrée.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-... Le sacrilège charnel est commis par la copulation ou l’effusion
-volontaire quelconque du sperme humain dans le lieu saint. Par le mot de
-_lieu saint_ on entend, d’après les théologiens, tout lieu bénit par
-l’évêque et destiné aux offices divins, depuis le toit intérieur
-jusqu’au pavé; on y comprend aussi les cimetières. Ne sont pas réputés
-lieu sacré: la sacristie, l’atrium, la tour ou clocher, ni les oratoires
-privés, à moins qu’ils n’aient été élevés par l’autorité de l’évêque,
-comme dans les hôpitaux, collèges et séminaires, parce qu’alors on les
-considère comme de vraies églises. N’est pas non plus réputé lieu sacré
-un oratoire privé non consacré ou bénit, quand même l’évêque aurait
-permis d’y célébrer la messe, parce que, malgré cela, il peut, selon la
-volonté du maître, être rendu à des usages profanes; ni les bâtiments
-d’un monastère, les cloîtres, les officines et cellules des moines, etc.
-
-Il est difficile cependant de concevoir que les actes vénériens
-accomplis dans des oratoires privés où est célébré le saint sacrifice de
-la messe n’en revêtent pas une malice spéciale. La raison et la foi
-indiquent assez à tout chrétien qu’une telle circonstance doit toujours
-être déclarée en confession. C’est l’avis du R. P. Concina et de Mgr
-Bouvier.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quant à la malice des péchés de luxure commis dans le lieu saint,
-regards, entretiens obscènes, baisers, attouchements, même sans qu’il y
-ait danger prochain de pollution, nous pensons qu’à cause du respect dû
-au lieu saint et par conséquent à Dieu, il faut déclarer en confession
-la circonstance du lieu saint. C’est le parti le plus sûr.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quant aux objets sacrés, distincts des personnes et des lieux saints, et
-consacrés au culte divin, comme: vases sacrés, linges, etc..., il est
-certain que, abuser de ces objets pour la luxure, que prendre l’huile
-sainte ou la sainte Eucharistie dans un dessein de luxure
-superstitieuse, c’est un horrible sacrilège.
-
-Quelques théologiens ont dit qu’un prêtre portant sur lui la divine
-Eucharistie ne commet pas de sacrilège en péchant intérieurement ou
-extérieurement contre la chasteté, pourvu que ce ne soit pas en mépris
-du sacrement. Mais d’autres très communément disent qu’il est coupable
-de sacrilège, parce qu’on doit traiter saintement les choses saintes;
-or, le prêtre, dans ce cas, ne traite pas saintement, mais d’une façon
-infâme le saint des saints.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-CHAPITRE II
-
-DE LA LUXURE NON CONSOMMÉE
-
-La luxure non consommée est celle qui ne va pas jusqu’à la pollution ou
-l’évacuation du sperme. Elle comprend tous les actes peccamineux
-intérieurs et extérieurs sur soi-même ou sur d’autres contre la
-chasteté, sous le nom d’impudicité qui exclut du royaume de Dieu.
-
-Dans ce chapitre seront exposés les sujets suivants: _De la délectation
-morose, pensées, désirs, joie, attouchements, baisers, embrassements,
-regards, peintures et sculptures obscènes ou indécentes, parures des
-femmes, paroles, chants, lectures, livres obscènes, danses, spectacles,
-jeux scéniques et autres choses semblables._
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DES PENSÉES, DES DÉSIRS, DE LA JOIE OU DE LA COMPLAISANCE ET DE LA
-DÉLECTATION MOROSE EN MATIÈRE DE LUXURE
-
-
-§ I
-
-DES PENSÉES
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-En matière de luxure ou d’impureté, on doit ordinairement regarder comme
-coupables de fautes graves les personnes qui, sans raison ou nécessité,
-donnent accès en elles à des pensées ou à des actions déshonnêtes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DES DÉSIRS, DE LA JOIE OU DE LA COMPLAISANCE
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le désir emprunte son espèce à l’acte extérieur auquel il tend. Ainsi,
-si l’on désire l’accouplement avec une femme libre, ce désir prend la
-malice de la fornication; avec une femme mariée, celle de l’adultère;
-avec une femme consacrée à Dieu, celle du sacrilège. Si le désir tend à
-des espèces de luxure imparfaite, il prend leur malice spéciale, comme
-celle du tact, du regard, etc... Toutes ces circonstances doivent être
-déclarées en confession.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ III
-
-DE LA DÉLECTATION MOROSE
-
-La délectation morose est la libre complaisance dans une chose mauvaise,
-offerte comme présente par l’imagination, sans désir de la faire; par
-exemple, si quelqu’un s’imagine forniquer, et que, sans avoir
-l’intention d’accomplir l’acte, il se complaise dans la représentation
-de cet acte.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La délectation morose emprunte nécessairement son espèce à l’objet
-prochain auquel elle a rapport, et aux conditions de cet objet;
-autrement, on ne pécherait pas davantage en se représentant l’acte du
-coït que celui d’un simple baiser; ce qui est absurde.
-
-«Donc, ajoute _Collet_, la délectation emprunte son espèce à ses objets;
-et de même que le coït diffère spécifiquement du baiser, de même la
-complaisance dans l’un diffère de la complaisance dans l’autre. Ainsi,
-les pénitents, de même qu’ils sont tenus de déclarer s’ils sont allés
-jusqu’au désir, ou s’ils se sont arrêtés dans la pure délectation; de
-même ils sont tenus de déclarer si cette délectation a eu pour objet
-l’attouchement ou le coït, le coït simple, ou accompagné de
-circonstances qui l’aggravent. Aussi, quand une mauvaise confession doit
-être recommencée, le directeur doit s’appliquer à ce que ce qui a été
-imprudemment omis dans la première confession soit soigneusement
-expliqué dans la seconde. C’est l’opinion la plus commune des
-théologiens, et dont on ne saurait s’écarter sans danger dans une
-matière si importante et où il s’agit de la validité du sacrement.» A
-l’appui de cette opinion, on peut encore citer ces paroles de _saint
-Thomas_: _La délectation dans une action et cette action même se
-rapportent au même genre de péché._
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Est-il permis aux fiancés et veufs de se délecter à l’idée du coït futur
-ou passé? Le _R. P. Busembaum_ répond que cela est permis, pourvu que la
-délectation vienne de l’appétit rationnel et non de l’appétit charnel.
-Mais il a raison d’ajouter qu’en pratique, dit saint Liguori, il est
-difficile de l’admettre, parce que la plupart du temps la délectation
-charnelle est jointe à la rationnelle.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Si les fiancés, dit Billuart, se délectent charnellement du coït futur,
-qui leur est représenté par l’imagination, ils pèchent mortellement. Ils
-peuvent seulement se réjouir dans la pensée qu’ils pourront un jour
-exercer légitimement l’acte conjugal, soit en vue de recouvrer la santé,
-ou d’avoir une condition temporelle meilleure, ou de jouir du plaisir
-permis dans les limites du mariage; de même aussi le veuf et la veuve
-peuvent se réjouir de l’avoir exercé, abstraction faite de toute
-commotion volontaire.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DES ATTOUCHEMENTS, DES BAISERS ET DES EMBRASSEMENTS
-
-
-§ I
-
-DES ATTOUCHEMENTS
-
-Tout attouchement déshonnête, ou exercé avec une intention libidineuse
-sur soi ou sur autrui, est un péché mortel, tant pour celui qui touche
-que pour celui qui souffre l’attouchement volontairement et
-libidineusement, surtout si l’attouchement a lieu dans les parties
-vénériennes et voisines, même par-dessus les vêtements, même par jeu,
-légèreté, curiosité, ou sans cause juste et raisonnable, surtout entre
-personnes adultes, parce que de tels attouchements sont toujours
-libidineux, ou au moins emportent un grand danger de luxure et de
-pollution.
-
-L’attouchement du sein des femmes, surtout plus grandes et pubères, doit
-être considéré comme péché mortel, s’il a lieu directement et avec
-délectation morose.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-D’après _Billuart_, une femme qui, même sans passion libidineuse, se
-laisse toucher dans les parties honteuses ou voisines, même aux seins,
-pèche mortellement; parce que non seulement toucher ainsi, mais être
-touché, influe beaucoup sur le sens vénérien. Si une femme est touchée
-dans les parties déshonnêtes, elle doit, par tous les moyens moralement
-possibles, repousser, détourner, même violemment, la main qui la touche.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Toucher ses propres parties, dit _Busembaum_ avec beaucoup d’autres, par
-légèreté ou curiosité, n’est pas en soi péché mortel, pourvu qu’il n’y
-ait pas délectation ou danger de délectation, et que l’attouchement ait
-lieu en passant et qu’il ne soit pas réitéré, car alors il y aurait
-danger. On ne peut donc excuser du péché mortel ceux qui toucheraient
-leurs propres parties sous l’influence d’une commotion vénérienne et
-sans cause légitime.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il faut remarquer cependant que les attouchements faits pour apaiser
-tout d’un coup les accès d’hystérie ou de passion hystérique, maladie
-dont sont affectées les femmes et surtout les jeunes filles, sont
-illicites et très peccamineux.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’attouchement des parties honnêtes, même entre personnes du même sexe,
-s’ils sont faits par affection libidineuse et avec consentement à cette
-affection, sont des péchés mortels, parce qu’ils tendent par leur nature
-à l’impudicité, qui exclut du royaume des cieux, selon _S. Paul_, GALAT.
-ET EPHES.
-
-Cependant les attouchements qui se font par légèreté, jeu, curiosité et
-autre cause semblable, sur les parties honnêtes d’une autre personne,
-même d’un sexe différent, sans grave danger de libertinage, ne dépassent
-pas le péché véniel. C’est l’avis de _Sanchez_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-D’après _Billuart_, les attouchements des parties génitales des bêtes de
-grande espèce sont des péchés mortels, même par jeu, légèreté ou
-curiosité, et même sans affection libidineuse, parce que de tels
-attouchements émeuvent notablement l’appétit vénérien.
-
-Quant aux animaux plus petits, ajoute _Billuart_, comme les chiens, les
-chats, etc., toucher leurs parties génitales par légèreté, jeu,
-curiosité, ne semble pas exciter gravement la nature et, par conséquent,
-n’est pas mortel.
-
-Quoi qu’il en soit, de toutes ces espèces d’attouchements, il faut
-s’abstenir avec soin; c’est le plus sûr.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DES BAISERS ET DES EMBRASSEMENTS
-
-Les baisers et les embrassements dans les parties honnêtes et
-honnêtement donnés, quand ils sont donnés et reçus selon les habitudes
-du pays, pour cause de devoirs d’urbanité, d’amitié, de bienveillance ou
-de réconciliation, avant le départ, au retour, quand même il en
-surviendrait quelque délectation vénérienne, pourvu qu’elle soit
-aussitôt réprimée, ne sont pas des péchés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-On ne peut excuser du péché mortel le baiser de bouche à bouche, s’il se
-prolonge avec délectation, et surtout s’il est accompagné de
-l’introduction de la langue, comme dit _Billuart_; s’il se prolonge avec
-une vive délectation, ou qu’il se répète plusieurs fois en mordillant et
-suçant les lèvres, ou s’il est _colombinum_, en mettant sa langue dans
-la bouche de l’autre, fait de cette sorte, même par jeu ou par légèreté,
-ou même pour prouver l’amitié, ce baiser semble influer gravement sur la
-commotion charnelle, et, par conséquent, ne peut être excusé de péché
-mortel. C’est aussi l’avis de _saint Liguori_. De même, si les baisers
-sont faits à des parties insolites, comme la poitrine, etc., on doit les
-regarder comme libidineux, ou au moins comme entraînant un grand danger
-de libertinage et, par conséquent, comme péchés mortels.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quant aux longs embrassements avec compression des corps, ils sont le
-plus souvent très libidineux, et souvent accompagnés de violents
-mouvements désordonnés, de la pensée et du désir du coït, et peut-être
-de la pollution.
-
-Il faut donc interroger le pénitent qui déclare simplement en confession
-des embrassements. Un auteur de Saint-Flour assez récent dit très bien:
-«Remarquez que souvent les jeunes gens ne savent pas (dans les baisers
-et les embrassements) quel esprit les pousse; que tout cela est plein de
-dangers, et qu’il est difficile de les excuser de péché mortel quand ils
-ont lieu entre personnes déjà capables de libertinage. Aussi, pour ces
-raisons, et quand même on n’ait point encore éprouvé les jouissances
-vénériennes, il sera sage de différer l’absolution pour ceux qui en ont
-l’habitude, surtout lorsque l’on ignore la fragilité de l’autre.»
-
-Toutes les fois, selon _Collet_, que les baisers sont accompagnés de
-délectation vénérienne, il faut déclarer la circonstance de la personne,
-même innocente, à qui a été donné le baiser; si elle est liée par un
-vœu, ou consanguine, ou alliée ou mariée, parce que, dit-il, l’acte
-honteux implique la malice du coït auquel il tend de sa nature. Il est
-certain cependant que très souvent on ne songe pas au coït.
-
-
-ARTICLE TROISIÈME
-
-DES REGARDS
-
-... Les regards libidineux avec délectation vénérienne, sur notre sexe
-ou l’autre, sont toujours mortels: tout homme qui verra une femme pour
-la désirer a déjà commis l’adultère dans son cœur. (_Matth._ 5, 28.)
-Sont toujours libidineux et, par conséquent, mortels, les regards
-moroses des parties déshonnêtes entre personnes de différent sexe, à
-moins qu’il n’y ait nécessité.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les regards des parties déshonnêtes du même sexe ou de son propre corps,
-s’ils ne sont pas prolongés et accompagnés de délectation morose, mais
-s’ils ont lieu seulement par simple curiosité et légèreté, ne doivent
-pas être considérés comme mortels, parce qu’ils n’excitent pas beaucoup,
-par eux-mêmes, à la luxure.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les confesseurs doivent surtout engager les jeunes gens à ne pas se
-baigner ensemble, sans couvrir leurs parties secrètes de caleçons de
-bain, à cause des nombreuses impuretés qui ont coutume de se commettre
-en pleine nudité, et à cause des regards des personnes présentes ou des
-passants et surtout des personnes d’un autre sexe.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Regarder par simple curiosité ou légèreté les parties génitales et le
-coït des bêtes n’est pas péché mortel, parce que généralement ces
-regards n’entraînent pas un grave danger.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Regarder des peintures obscènes, dit _saint Liguori_, seulement par
-curiosité, n’est pas péché mortel, s’il n’y a ni délectation honteuse,
-ni danger de l’éprouver. Mais, en pratique, on peut difficilement
-excuser du péché mortel celui qui regarde complaisamment les parties
-vénériennes d’une femme en peinture, parce qu’il lui sera difficile
-d’échapper à la délectation honteuse, ou au moins à un danger probable
-de l’éprouver... à moins de regarder très peu de temps et à une grande
-distance.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE QUATRIÈME
-
-DE L’AJUSTEMENT ET DES PARURES DES FEMMES
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-... La parure du corps peut avoir quatre fins: 1º protéger le corps
-contre les injures de l’air; 2º couvrir les parties honteuses de la
-nature; 3º observer la décence de l’état selon les habitudes du pays; 4º
-entretenir ou augmenter la beauté. La première est de nécessité
-corporelle. La seconde, de nécessité spirituelle. La troisième, de
-convenance et conforme à la raison, parce que la saine raison veut que
-tout homme se présente honorablement dans la vie publique et honore son
-état, en observant les convenances dictées par les mœurs de son pays.
-Reste une difficulté à l’égard de la quatrième, c’est-à-dire à l’égard
-de la parure des femmes, dont il faut parler spécialement, tant à cause
-de la grande propension des femmes à ce genre de péché ou au grave
-désordre qui en résulte, qu’à cause de leur grande et naturelle vanité
-et futilité dans l’usage des ornements vains et superflus.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Avoir la tête découverte et les cheveux nattés, selon la coutume reçue,
-n’est point un péché ou n’est qu’un péché véniel, pour les mêmes
-raisons; il en serait autrement de ceux qui introduiraient une mode, ou
-agiraient ainsi avec une mauvaise intention.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quant aux femmes qui prennent des habits d’homme, ou réciproquement des
-hommes qui s’habillent en femme, ils pèchent mortellement s’ils agissent
-ainsi avec l’intention ou le grave danger de libertinage, ou avec un
-notable scandale.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les femmes qui découvrent immodestement leur poitrine de manière à
-montrer le milieu de leurs seins nu, ne peuvent être excusées en aucune
-façon, dit Billuart, parce qu’une pareille nudité n’est pas peu
-provocatrice, et tient plus à la luxure qu’à la beauté. Il faut dire à
-peu près la même chose, ajoute le même auteur, de celles qui recouvrent
-leurs seins d’un tissu transparent qui permet de les voir à travers.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Que faut-il penser des femmes qui usent de quelque moyen artificiel ou
-corset, pour accentuer davantage les protubérances de leur corps, les
-augmenter ou les simuler de quelque façon? Quelques confesseurs exigent
-que de tels corsages soient recouverts d’un ample _mancillari_, comme
-dit _Martial_ (mouchoir de cou, fichu, châle). Ce remède nous semble
-plutôt favoriser le mal que le détruire. Et, en outre de cette façon,
-les femmes n’atteignent nullement leur but. Il semble préférable de
-faire usage de ce mancillaire, en rejetant tous les intermédiaires
-artificiels, comme ne convenant en aucune façon à des femmes
-chrétiennes. De cette façon ce qui fait défaut ne serait pas remarqué,
-la chasteté ne sera pas blessée et le salut des âmes ne courra aucun
-danger.
-
-
-ARTICLE CINQUIÈME
-
-DES PAROLES ET DES DISCOURS DÉSHONNÊTES DES CHANSONS ET DES LIVRES
-OBSCÈNES
-
-
-§ I
-
-DES PAROLES, DES DISCOURS ET DES CHANSONS DÉSHONNÊTES OU OBSCÈNES
-
-Tenir des propos déshonnêtes par légèreté ou par jeu n’est pas mortel en
-soi, dit _saint Liguori_, à moins que ceux qui les entendent ne soient
-assez faibles d’esprit pour s’en scandaliser, ou que les propos ne
-soient par trop lascifs.
-
-Aussi des auteurs cités par saint Liguori remarquent que les dictons
-honteux proférés par les moissonneurs, vendangeurs, ne sont pas mortels,
-parce qu’ils sont dits et entendus d’une manière lubrique, mais sans
-qu’ils émeuvent.
-
-
-§ II
-
-DES LIVRES OBSCÈNES
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Je ne voudrais pas affirmer que ceux-là pèchent mortellement, qui par
-simple curiosité lisent des livres obscènes, si à cause de leur âge
-avancé, de leur complexion froide ou de l’habitude qu’ils ont de
-s’occuper de matières vénériennes, ils n’encourent pas un grave danger.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Ceux qui composent ces livres, même non gravement obscènes, souvent
-pèchent mortellement, parce qu’ils sont pour beaucoup, sans raison
-suffisante, une occasion de ruine; le péché de ceux qui les vendent
-paraît moins grand; puisque, comme nous l’avons dit, beaucoup peuvent
-les lire sans péché ou au moins sans péché mortel, par conséquent ils ne
-pèchent pas du tout ou ils ne pèchent que véniellement en les achetant;
-donc le libraire qui les garde dans sa boutique et les vend à ceux qui
-les lui demandent ne doit pas être inquiété.
-
-
-ARTICLE SIXIÈME
-
-DES DANSES ET DES BALS
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La danse est licite de sa nature, pourvu qu’elle ait lieu entre
-séculiers, entre personnes honnêtes et d’une façon honnête, c’est-à-dire
-sans gestes déshonnêtes. Quand les saints Pères les blâment vivement,
-ils parlent des danses honteuses ou de leur abus.
-
-Quelquefois, dit _Origène_, le diable lutte avec l’homme par la vue des
-femmes, quelquefois par l’attouchement; dans les danses, il lutte avec
-l’homme par tous ces moyens à la fois. Car c’est là qu’elles paraissent
-avec tous leurs ornements, qu’elles se font entendre avec leurs chants,
-leurs éclats de rire, leurs propos, qu’on les touche de la main, et que
-le diable combat fortement et remporte la victoire.
-
-Dans ces bals, c’est le diable qui danse, dit _saint Chrysostome_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE SEPTIÈME
-
-DES SPECTACLES ET DES REPRÉSENTATIONS SCÉNIQUES
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Au théâtre, c’est le rire, la turpitude, la pompe diabolique, la perte
-de temps, l’excitation de la concupiscence, la méditation de l’adultère,
-le gymnase de la prostitution (_S. Chrysostome_, _H. 42_, in _Act._).
-
---Dans les spectacles, dit _Salvien_, il y a comme une apostasie de la
-foi et une prévarication mortelle contre ses symboles et les sacrements
-célestes. Quel est, en effet, le premier engagement du baptême salutaire
-des chrétiens, sinon de renoncer au démon, à ses pompes, à ses
-spectacles et à ses œuvres?
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Je ne pourrais, en aucune façon, excuser de péché mortel un jeune homme
-qui, sans nécessité, voudrait par simple curiosité assister à des
-comédies de ce genre (notablement obscènes) à moins qu’il ne fût très
-timoré, et qu’il n’ait plusieurs fois fait l’expérience de n’avoir
-jamais péché mortellement en y assistant.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-«Assister à des spectacles notablement obscènes pour le plaisir qui en
-résulte est évidemment un péché mortel; mais si c’est seulement pour la
-curiosité et la simple récréation, sans danger de consentement à la
-délectation vénérienne, quelques-uns pensent qu’il n’y a que péché
-véniel; mais cette décision est un peu relâchée et on doit le considérer
-comme péché mortel, tant à cause du péril et du scandale qu’à cause de
-la coopération à une action mortellement mauvaise.»
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-«Je n’absoudrais pas: 1º les acteurs et actrices à l’article de la mort,
-à moins qu’ils ne renoncent à leur profession; 2º les poètes qui
-composent des pièces pleines d’amours illicites, pour être représentées
-au théâtre; 3º ceux qui concourent prochainement aux représentations
-théâtrales, comme les servantes qui habillent les actrices, ou ceux qui
-font profession de vendre, de louer ou de fabriquer des habits
-uniquement destinés à cet usage; 4º ceux qui, en assistant aux
-représentations théâtrales, donnent un grave scandale, comme seraient
-des personnes bien connues pour leurs vertus chrétiennes, à moins qu’il
-n’y ait grave nécessité; 5º ceux qui à cause d’une circonstance
-personnelle encourent un grave danger de luxure; 6º ceux enfin qui sans
-cause raisonnable assistent ordinairement à ces spectacles, quand même
-ils ne courraient pas un grave danger, ou ne donneraient pas le
-scandale, parce qu’une telle habitude ne peut se concilier avec une vie
-chrétienne.»
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE HUITIÈME
-
-QUELQUES MOTS SUR LA MANIÈRE D’INTERROGER LES PÉNITENTS SUR LE SIXIÈME
-COMMANDEMENT
-
-... Comme le confesseur est un médecin et un juge, il faut qu’il
-connaisse les péchés de son pénitent pour appliquer les remèdes
-convenables à ses maux... Par conséquent, si les pénitents ne découvrent
-pas leurs péchés, le confesseur doit les interroger, surtout quand ils
-lui paraissent ignorants ou grossiers, ou quand il les voit timides,
-honteux, embarrassés, et tout cela arrive fort souvent en cette
-difficile et honteuse matière. Il faut donc alors venir à leur secours
-et les aider... Il est arrivé que des personnes ont croupi pendant toute
-leur vie dans des péchés d’impureté parce que les confesseurs avaient
-négligé de leur faire des questions sur le sixième commandement...
-
-Le confesseur, quand il interroge un pénitent, lui demandera s’il n’a
-point eu de pensées déshonnêtes, des mouvements ou des plaisirs
-charnels... Si le pénitent dit avoir eu des pensées déshonnêtes ou avoir
-ressenti des plaisirs charnels, le confesseur lui demandera si ces
-pensées ou ces plaisirs ne l’ont point porté à faire quelque action
-déshonnête; s’il avoue en avoir fait quelqu’une, le confesseur, sans en
-spécifier aucune, lui demandera quelle était cette action et de quelle
-manière et avec qui il l’a faite.
-
-Le confesseur doit s’enquérir de la condition du pénitent et de celle de
-la personne avec laquelle il a péché, si l’un ou l’autre est engagé dans
-le mariage ou lié par des vœux de chasteté, ou par quelque ordre
-sacré... Le confesseur ne doit pas oublier de demander au pénitent si la
-personne avec laquelle il a péché demeure avec lui...
-
-... On peut, par exemple, parler ainsi au pénitent: N’auriez-vous pas
-eu, par hasard, quelques pensées déshonnêtes ou contre la chasteté?
-Oui... Ces pensées vous ont-elles occupé longtemps? Vous y êtes-vous
-arrêté volontairement et avec complaisance? Sur quel objet se
-portaient-elles? N’avez-vous pas eu, alors, quelques mauvais désirs, de
-faire, par exemple, ce à quoi vous pensiez, soit à votre égard, soit à
-l’égard d’une autre personne? Était-ce une personne de l’autre sexe,
-mariée ou non, parente, alliée ou non, etc.? Avez-vous vu cette
-personne, lui avez-vous parlé? Vos pensées ont-elles été suivies de
-regards, d’attouchements déshonnêtes? Tout cela a-t-il été suivi de
-quelque effet sensible? Quel était cet effet? Était-il fâcheux? En
-avez-vous eu de la peine?
-
-Pour savoir si des jeunes gens, plus ou moins pubères, se sont touchés
-jusqu’à la pollution, sans les exposer, dans leur heureuse ignorance, à
-soupçonner ou à apprendre quelque chose, on peut leur demander combien
-de temps et dans quelle fin ils se sont touchés; s’ils ont éprouvé
-quelques mouvements dans leur corps, et pendant combien de temps; si
-après l’attouchement il ne leur est pas arrivé quelque chose d’insolite
-et de honteux; s’ils n’ont pas éprouvé un plaisir beaucoup plus grand
-dans leur corps à la fin des attouchements qu’au commencement; si alors,
-quand, à la fin, ils ont ressenti une grande délectation charnelle, tous
-les mouvements du corps ont cessé avec les attouchements; s’ils ne se
-sont pas sentis mouillés, etc., etc. Il faut demander aux jeunes filles
-qui avouent s’être touchées, si elles n’ont pas essayé d’apaiser quelque
-prurit, et si ce prurit a cessé au moment où elles ressentaient un vif
-plaisir; si alors les attouchements avaient cessé, etc...
-
-
-
-
-SECONDE PARTIE
-
-DU DEVOIR DES ÉPOUX
-
-
-Cette seconde partie sera partagée en deux chapitres. Le premier sera
-consacré à l’examen de l’empêchement du mariage pour cause
-d’impuissance. Le second traitera des obligations spéciales des époux.
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-
-§ I
-
-DE L’EMPÊCHEMENT DU MARIAGE PAR IMPUISSANCE
-
-L’impuissance est l’incapacité de consommer le mariage, c’est-à-dire
-d’avoir un coït qui, par lui-même, suffise à la génération.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-IMPUISSANCES PERPÉTUELLE ET TEMPORAIRE, NATURELLE ET ACCIDENTELLE CHEZ
-L’HOMME
-
-Trois causes produisent cette impuissance:
-
-1º _L’absence complète et absolue du pénis_, de telle sorte qu’il n’y
-ait pas même la plus petite extrémité du membre viril, qui puisse
-répandre la semence même dans les parties génitales extérieures de la
-femme...
-
-2º _L’atrophie de la vessie_;
-
-3º _L’absence des deux testicules_.
-
-
-IMPUISSANCES PERPÉTUELLE ET TEMPORAIRE, NATURELLE ET ACCIDENTELLE CHEZ
-LA FEMME
-
-Les causes d’impuissance chez la femme sont:
-
-L’absence de l’utérus, du vagin, l’oblitération naturelle, congénitale
-et complète de ce dernier ou son excessive étroitesse résultant d’un
-vice de conformation des os du bassin.
-
-_Le P. Debreyne, docteur en médecine et professeur à la Faculté de
-Paris, avant d’entrer dans les ordres, se complaît ici dans de savantes
-dissertations sur toutes les causes d’impuissance: dissertations dont
-nous n’avons pas à nous occuper, car elles relèvent toutes exclusivement
-de la science médicale._
-
-Le paragraphe II de ce chapitre est consacré aux _hermaphrodites_: ce
-paragraphe, lui aussi, n’est qu’une dissertation médicale.
-
-
-CHAPITRE II
-
-DES DEVOIRS CONJUGAUX OU DES OBLIGATIONS DES ÉPOUX
-
-Ce chapitre sera partagé en trois articles:
-
-Le premier aura pour objet la _pétition_ et la _reddition_ du devoir
-conjugal;
-
-Le second sera consacré à l’examen de l’usage du mariage, des
-circonstances de l’acte conjugal et des péchés qu’y commettent les
-époux;
-
-Le troisième article, enfin, traitera de la conduite du confesseur à
-l’égard des personnes mariées et de celles qui se disposent à entrer
-dans le mariage.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DE LA PÉTITION ET DE LA REDDITION DU DEVOIR CONJUGAL
-
-_Réflexions préliminaires._
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’homme doit rendre son devoir à la femme, et réciproquement l’épouse à
-l’époux; la femme n’a pas la possession de son corps, mais l’homme; de
-même l’homme n’a pas la possession de son corps, mais la femme. (_Saint
-Paul._)
-
-Qu’ils ne se le refusent pas l’un à l’autre, de peur de tomber dans de
-damnables corruptions, par la tentation de Satan, à cause de
-l’incontinence de tous les deux ou de l’un seulement d’entre eux.
-(_Saint Augustin._)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ I
-
-DE LA PÉTITION DU DEVOIR ILLICITE OU DE CEUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN
-L’EXIGEANT
-
-Un époux qui sait avec certitude que son mariage est nul par un
-empêchement dirimant quelconque, comme par exemple un empêchement
-d’affinité provenant d’un commerce criminel, ne peut, par aucun motif,
-ni demander, ni même rendre le devoir conjugal, parce qu’il commettrait
-une véritable fornication mortelle.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’époux qui doute prudemment et raisonnablement de la validité de son
-mariage ne peut demander le devoir jusqu’à ce que, après un mûr examen,
-il ait déposé son doute et formé sa conscience.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Celui, dit _Billuart_, qui, après le mariage consommé, a fait vœu de
-religion ou d’embrasser les saints ordres peut demander et rendre le
-devoir, parce que par ce vœu il n’a contracté que l’obligation de
-prendre les ordres ou d’entrer en religion, s’il survit. Mais aussitôt
-après la mort de son conjoint, il est tenu d’accomplir son vœu. Mais
-s’il a fait ces vœux avant la consommation du mariage, il est tenu de le
-remplir avant la consommation, puisqu’il le peut licitement d’après
-l’hypothèse. S’il consomme le mariage, il pèche mortellement une
-première fois, mais ensuite il peut demander et rendre le devoir pour
-les raisons alléguées.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DE CEUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN EXIGEANT LE DEVOIR CONJUGAL.
-
-1º Plusieurs théologiens, d’après l’autorité de saint Thomas, regardent
-comme une faute mortelle l’usage du coït pendant que la femme a ses
-règles.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Nous ne pouvons croire, cependant, malgré la grande autorité de saint
-Thomas, que l’acte conjugal exercé pendant l’époque des règles soit un
-péché mortel. Il faudrait pour cela qu’il fût prouvé expérimentalement
-et physiologiquement que cet acte est essentiellement infécond ou
-contraire à la conception.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-2º La grande majorité des théologiens affirme que la pétition conjugale,
-dans l’état de grossesse, n’est qu’une faute vénielle, pourvu qu’il n’y
-ait point danger d’avortement. Mais ce danger est souvent très difficile
-à connaître ou à apprécier. Voici du reste, sur ce point, l’énoncé
-général de la science (_suit une longue dissertation technique et
-médicale_).
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3º _On demande_ si la pétition conjugale est permise les jours de fête,
-le dimanche et un jour de communion.
-
-Saint Thomas répond:
-
-L’acte matrimonial, quoique exempt du péché, cependant comme il abaisse
-la raison à cause de la délectation charnelle, rend l’homme inapte aux
-choses spirituelles; il n’est donc pas permis de demander le devoir les
-jours où l’on doit plus particulièrement vaquer aux choses
-spirituelles... Ces jours-là on peut employer d’autres moyens pour
-réprimer la concupiscence, comme la prière, et beaucoup d’autres moyens
-de ce genre, employés par ceux qui gardent la continence perpétuelle.
-
-Mais Sanchez est d’un sentiment contraire, et avec lui de nombreux
-théologiens, parce que, disent-ils, la pétition conjugale n’est défendue
-aux jours précités par aucun droit divin ou ecclésiastique.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_ si celui qui a éprouvé une contamination nocturne peut
-communier le jour suivant.
-
-Voici ce que répond saint Grégoire et sa décision sert de base à la
-pratique des confesseurs.
-
-«Ou l’éjaculation provient d’un superflu de la nature et de faiblesse,
-et alors n’est pas du tout coupable; ou d’un usage excessif des
-aliments, et alors elle est un péché véniel; ou d’une pensée précédente,
-et alors elle peut être mortelle. Dans le premier cas, cette illusion
-n’est pas à craindre; dans le second, elle n’empêche pas de recevoir le
-sacrement ou de célébrer les mystères, s’il y a quelque motif de le
-faire, comme par exemple, la circonstance d’une fête ou d’un dimanche;
-mais dans le troisième cas, on doit, à cause d’une telle pollution,
-s’abstenir ce jour-là des saints mystères, dit saint Grégoire;
-cependant, si la pollution n’a pas été mortelle dans sa cause, ou si le
-prêtre vraiment repentant en a été absous, et qu’il ait quelque raison
-de le faire, il pourra célébrer.»
-
-
-§ III
-
-DE LA REDDITION DU DEVOIR CONJUGAL ET DES RAISONS QUI EN DISPENSENT
-LÉGITIMEMENT
-
-Le devoir doit être rendu sous peine de péché mortel toutes les fois
-qu’il est raisonnablement, sérieusement et légitimement demandé, soit
-expressément, soit tacitement, parce qu’il n’importe pas, dit saint
-Thomas, si on le demande par paroles ou par signes. Si donc une partie
-s’aperçoit que sa partie le demande tacitement, ou est en danger
-d’incontinence, elle est tenue de la prévenir.
-
-Voici les raisons qui excusent ou empêchent de le rendre.
-
-1º L’époux qui est moralement certain de la nullité de son mariage ne
-peut rendre le devoir à sa partie.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-2º Si l’époux qui demande le devoir est dans un état de démence ou
-d’aliénation mentale, il n’y a point d’obligation à le rendre, parce
-qu’une telle demande n’est point un acte humain. Si la folie présentait
-des intervalles de lucidité, le devoir devrait alors être rendu, à moins
-que l’usage du mariage n’augmentât la maladie.
-
-Quant à l’époux qui a perdu l’usage de la raison par l’ivresse, il n’y a
-nulle obligation à lui obéir.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Sanchez dit que le devoir ne doit pas être rendu à une femme folle et
-furieuse, à cause de l’avortement qu’on a toujours à craindre, à moins,
-ajoute-t-il, qu’elle ne soit reconnue stérile.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3º L’époux qui ne peut rendre le devoir sans exposer gravement sa santé
-n’y est pas tenu, car, dit l’axiome: il faut d’abord vivre et se bien
-porter, et _saint Thomas_ ajoute: l’homme est tenu de rendre le devoir à
-sa femme pour tout ce qui tend à la génération; sauf cependant avant
-tout la santé de la personne.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La femme ne pourrait se refuser à rendre le devoir à cause des grandes
-douleurs ou des difficultés de l’accouchement. Si néanmoins, d’après le
-jugement ou la décision des hommes de l’art, ou d’après l’expérience de
-la femme, l’accouchement ne pouvait pas se faire sans danger pour la
-vie, elle est dans ce cas dispensée de rendre le devoir conjugal.
-
-4º La femme n’est pas tenue à la reddition conjugale pendant l’époque
-des règles...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
---Il pourra quelquefois, dit _Sanchez_, y avoir péché mortel, si le coït
-devait produire une grave maladie ou une notable aggravation de maladie,
-comme disent saint Antonin et Sanchez..., etc. On doit craindre ce même
-danger, comme dit Ronc..., si le coït a lieu aussitôt après
-l’accouchement, c’est-à-dire le jour même ou le suivant, ainsi qu’un
-médecin fort expérimenté me l’a assuré.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La femme n’est pas tenue de rendre le devoir en temps d’écoulement
-menstruel ou d’accouchement, à moins qu’elle n’ait raison de craindre
-que son mari n’encoure le danger d’incontinence; cependant si par ses
-prières elle ne peut l’en dissuader, finalement elle doit le rendre,
-parce qu’il y a toujours à craindre le danger d’incontinence, ou une
-querelle, ou quelque autre inconvénient. C’est l’avis de _saint
-Bonaventure_ et de beaucoup d’autres _d’après Sanchez_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Qu’on doit excuser de l’obligation de rendre le devoir, dit _Sanchez_,
-une mère allaitant son enfant, et assez pauvre pour ne pas pouvoir payer
-une nourrice, et qui sait que ses mamelles seront à sec si elle conçoit
-de nouveau, ou que son lait sera très pernicieux à son enfant.
-
-5º L’époux n’est pas tenu de rendre le devoir à sa partie qui, par le
-fait d’un adultère, aurait perdu le droit de le demander.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-6º Une des parties n’est pas tenue de rendre le devoir lorsqu’il est
-demandé d’une manière contraire à l’honnête exigence de la raison.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-7º Il n’est pas permis de refuser le devoir, dans la crainte d’avoir
-trop d’enfants...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Tel n’est pas cependant l’avis de _Sanchez_.
-
-...--J’avouerai cependant, écrit-il, qu’il n’y a pas péché mortel à
-refuser le devoir pour ce motif, quand il n’y a pas danger
-d’incontinence dans l’autre époux, et que les parents ne peuvent nourrir
-tant d’enfants. En effet, un grand inconvénient excuse de l’obligation
-de payer les autres dettes de justice, et personne n’est tenu de
-restituer à son grand détriment. En outre, l’époux n’est pas tenu de
-rendre le devoir, s’il y a crainte probable de danger ou de détriment
-pour les enfants déjà nés; danger qui serait cependant vraisemblable, si
-des parents destitués des moyens de nourrir plus d’enfants augmentaient
-leur famille... Bien plus il n’y aura pas même faute vénielle à refuser
-le devoir dans ce cas. (_Liv. IX, disp. 25, nº 3_.)
-
-Nous croyons que cet avis de Sanchez n’est pas sûr dans la pratique.
-
-
-§ IV
-
-DES ÉPOUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR CONJUGAL
-
-1º On pèche mortellement à rendre le devoir conjugal lorsque la pétition
-se fait dans un lieu sacré ou public, ou devant les enfants et
-domestiques (ce qui n’arrive guère), ou avec danger d’avortement, ou
-grave danger pour la santé de l’un ou de l’autre, ou avec le danger
-évident de répandre le sperme hors du vase, quand le coït pourrait se
-faire autrement; ou en s’accouplant d’une façon hors nature, sodomique,
-etc. Il est certain que dans tous ces cas, celui qui rend le devoir
-pèche aussi mortellement, parce qu’il participe au crime et en contracte
-la malice.
-
-2º Ce serait également une faute mortelle que de rendre le devoir à la
-partie atteinte d’une impuissance perpétuelle.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3º ... Si l’homme était tellement décrépit, etc. (_suit une citation de
-Bouvier, que nos lecteurs trouveront à sa place dans nos extraits des
-DIACONALES._)
-
-4º On demande si l’on peut, sans péché mortel, rendre le devoir à celui
-qui le demande, bien qu’il ait fait vœu de chasteté ou qu’il se propose
-un but criminel.
-
-Les uns prétendent qu’il y a péché mortel... les autres, au contraire,
-prétendent,--et c’est le plus grand nombre,--que la partie peut rendre
-le devoir.
-
-
-§ V
-
-DES ÉPOUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR
-
-Quand l’usage du mariage est péché véniel pour l’époux qui demande le
-devoir par exemple, comme parce qu’il le demande pour le seul plaisir,
-il semble qu’il y a quelque faute à le rendre, s’il n’y a aucune raison
-de le faire, parce qu’alors on fournit la matière d’un péché véniel;
-mais une pétition absolue est une raison suffisante et légitimant la
-reddition; car il est à craindre que le refus ne fasse naître des rixes,
-haines, scandales, péril de pécher gravement, etc...
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DE L’USAGE DU MARIAGE, DES CIRCONSTANCES DE L’ACTE CONJUGAL ET DES
-PÉCHÉS QU’Y COMMETTENT LES ÉPOUX
-
-
-§ I
-
-DE L’USAGE DU MARIAGE ET DES PÉCHÉS VÉNIELS QU’Y COMMETTENT LES ÉPOUX
-QUANT AUX MOTIFS
-
-1º L’acte conjugal exercé pour le seul plaisir est exempt de toute faute
-même vénielle.
-
-2º L’usage du mariage est-il permis pour éviter l’incontinence?
-
-Tous les théologiens conviennent qu’il est permis de rendre le devoir à
-l’époux qui le demande, sans autre raison que celle d’éviter
-l’incontinence.
-
-«A cause de la fornication, que chacun ait son épouse, et chaque femme
-son mari... Ne vous trompez pas l’un l’autre, si ce n’est par un
-consentement mutuel pour un temps, pour vaquer à l’oraison, et
-retournez-y de nouveau, de peur que Satan ne vous tente à cause de votre
-incontinence; je dis cela par indulgence, et non par commandement, car
-je voudrais que vous fussiez tous comme moi.» (I Corinth. 4.)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’époux qui désire que l’acte conjugal soit stérile pèche selon
-l’opinion de tous les théologiens, mais seulement d’une manière
-vénielle.
-
-Cependant _Sœttler_ s’exprime ainsi:
-
-Si quelqu’un désire n’avoir pas d’enfants, d’après un grand nombre de
-théologiens il pèche mortellement, parce que ce désir répugne gravement
-à la fin du mariage... Selon d’autres beaucoup plus nombreux, ce désir,
-si on s’arrête là, s’il est purement spéculatif, et si l’on ne fait rien
-pour empêcher la génération, est seulement véniel, mais dangereux, dit
-Vernier, comme tendant au péché mortel.
-
-Tout peut donc se résumer en ces quatre paroles de _Collet_: «La
-copulation exercée pour toute autre fin que celle de la génération ou de
-la justice est toujours un péché.» Cette proposition est d’ailleurs
-fondée sur ce passage de _saint Augustin_:
-
-«Le coït nécessaire pour la génération n’est pas coupable... Mais celui
-qui va au delà de cette nécessité n’obéit plus à la raison, mais au
-libertinage. Et cependant ne pas l’exiger, mais le rendre à son époux,
-de peur qu’il ne pèche gravement en forniquant, est une nécessité pour
-la personne conjugale.» (_Manuel des bons époux._)
-
-
-§ II
-
-DES CIRCONSTANCES OU L’USAGE DU MARIAGE EST GÉNÉRALEMENT PÉCHÉ MORTEL
-QUANT A L’ACTE, CONFORMÉMENT A L’OPINION DE TOUS LES THÉOLOGIENS
-
-1º D’après tous les théologiens, il y a péché mortel si quant à la
-position le coït n’est pas naturel, et s’il y a grave danger d’effusion
-en dehors du vase, soit en demandant, soit en rendant le devoir: «Mais,
-en dehors de ce danger, demander ainsi ou rendre le devoir sans
-nécessité est un péché seulement véniel, parce qu’une telle inversion
-n’est pas essentielle et n’est pas opposée à la génération. Cependant
-elle doit être sévèrement blâmée. S’il y a nécessité d’agir ainsi, comme
-par exemple à cause de la grossesse, ou parce que le corps ne peut
-souffrir une autre position, il n’y aura aucun péché, pourvu qu’il n’y
-ait pas danger probable d’effusion en dehors du vase.»
-
-2º Les époux pèchent mortellement, quand, comme nous le verrons mieux
-plus bas, ils excitent volontairement une semblable effusion, ou même
-commencent d’une façon sodomitique le coït avec l’intention de le
-consommer selon les règles; car un tel acte, désordonné, tendant de soi
-à l’effusion hors du vase, doit être considéré comme une sodomie
-commencée. C’est l’avis de _Sanchez_, _S. Liguori_, _Bouvier_ et
-beaucoup d’autres. Il faut ajouter que généralement les époux pèchent
-mortellement, s’ils ne rougissent pas d’exercer des actes très honteux
-et répugnant gravement à la nature et à l’honnêteté (tels que la
-masturbation labiale, etc.)
-
-3º De même pèchent mortellement les époux qui de quelque façon que ce
-soit empêchent la génération, ou s’exposent, comme dit _Collet_, au
-danger de rejeter le fœtus par voie d’avortement, ou de le blesser
-gravement.
-
-4º L’homme pèche mortellement, dit encore le savant _Collet_, quand il
-se retire et ne consomme pas l’évacuation de la semence dans le vase. De
-même la femme si elle élimine à dessein la semence ou s’efforce de
-l’éliminer, ou répand à dessein sa propre semence.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Saint Antonin_, _saint Liguori_, etc., etc., affirment qu’il n’y a pas
-péché mortel, si la copulation une fois commencée, les époux arrêtent
-l’effusion, c’est-à-dire, si avant l’effusion, l’homme se retire du
-consentement de la femme, pourvu qu’il n’y ait pas danger d’effusion au
-dehors du vase, ou de pollution chez l’un ou l’autre époux. Plusieurs
-autres, comme les RR. PP. _Navarre_, _Ledesma_, _Azor_, etc., pensent
-qu’il y a alors péché mortel, parce qu’on empêche la génération pour
-laquelle la copulation est faite, et qu’ainsi l’acte conjugal est
-frustré de sa fin essentielle, qui est la génération.
-
-Saint Liguori demande au cas où l’homme a déjà éjaculé: si la femme
-pèche en se retirant ou si l’homme pèche mortellement en n’attendant pas
-la sémination de la femme.
-
-Voici notre réponse: la quasi-spermatisation de la femme ne paraissant
-pas nécessaire à la génération, nous ne voyons pas trop la solidité des
-raisons qu’on apporte en faveur du péché mortel, parce que la matière
-qui forme la spermatisation de la femme n’est point une véritable
-semence, mais de simples mucosités vaginales et utérines... La femme,
-d’après tous les physiologistes modernes de l’Europe et du monde entier,
-est incapable d’une véritable sécrétion séminale ou spermatique; elle
-n’a point d’organe spécial pour cela. Elle fournit seulement l’ovule ou
-le germe qui vient de l’ovaire, plus ordinairement une certaine quantité
-de mucosités ou d’humeurs lubréfiantes, qui sont l’effet de l’organisme
-érotique et qui sont propres à faciliter ou à compléter l’acte conjugal,
-mais qui ne paraissent pas du tout essentielles à la fécondation.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-De ce fait d’union sexuelle accomplie du côté de la femme avec dégoût,
-répugnance, une sorte d’horreur, malaise et souffrance physique, il
-s’ensuit que, dans ces cas de coïts froids et insensibles, il n’y a
-point de sémination prolifique dans le sens que l’entendent les
-théologiens, parce que, dans un tel acte, il est physiologiquement
-impossible qu’une effusion de sperme s’accomplisse sans sensation
-érotique ou voluptueuse de la part de la femme, comme du côté de
-l’homme. Donc la sémination féminine n’est pas nécessaire à la
-conception, puisque celle-ci peut s’accomplir sans elle par le seul fait
-de la sémination virile.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les théologiens _demandent_:
-
-Est-il permis à la femme, quand l’homme s’est retiré après la
-sémination, de s’exciter aussitôt elle-même par des attouchements à sa
-propre éjaculation pour se procurer un soulagement nécessaire?
-
-_Réponse_: Nous pensons que cela n’est pas permis à la femme, parce que
-cette action solitaire n’a plus aucun but physiologique dans l’ordre de
-la procréation ni aucune relation avec l’acte conjugal, et que ce serait
-une véritable masturbation. Quant au soulagement ou au besoin à
-satisfaire, nous n’y voyons d’autre remède que la prolongation de l’acte
-ou un autre acte plus complet et plus normal. Les théologiens qui
-pensent comme nous apportent pour raison que la semence de la femme
-n’est pas nécessaire à la génération, et que cette effusion de la femme,
-étant un acte séparé, ne fait plus une seule chair avec l’homme. _Saint
-Liguori_ ajoute: Si on le permettait aux femmes, il faudrait aussi le
-permettre aux hommes, dans le cas où la femme se retirerait après sa
-sémination, et où l’homme resterait en état d’irritation. (Livr. 6, nº
-219.)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-«Quoique la semence de la femme, dit _Sanchez_, ne soit pas nécessaire à
-la génération, cependant elle aide beaucoup à la rendre plus facile...
-Il n’est pas nécessaire que les deux époux sèment ensemble. C’est
-pourquoi pendant que l’homme sème, il n’est pas du tout tenu à attendre
-l’effusion de la femme. La preuve en est que Galien et d’autres
-enseignent que la semence de la femme n’est pas nécessaire, et ne
-concourt pas activement à la génération, etc.» Un grand nombre d’auteurs
-sont ici cités enseignant tout ce que Sanchez vient d’établir, à savoir
-que la semence de la femme n’est pas nécessaire à la génération...
-_Sanchez_ ajoute: «et beaucoup d’autres, et toute l’école des
-théologiens (_excepté les disciples de Scot_)»... Ce qui le prouve
-encore, c’est que d’après l’expérience les femmes conçoivent même malgré
-elles, en recevant dans le bain la semence virile (ce qui est fabuleux
-et faux); car alors elles ne sèment en aucune façon, autrement elles ne
-pourraient pas ressentir une très grande délectation vénérienne... Donc,
-puisque la génération a lieu sans cette semence, même lorsque la
-sémination a lieu après le coït, il n’y a aucun précepte qui oblige à
-semer en même temps. On ne peut faire valoir contre cette conclusion que
-cette sémination simultanée est plus favorable à la génération. Parce
-que les époux ne sont pas tenus à choisir la voie la plus convenable et
-la plus favorable à la génération, mais il leur suffit de ne point s’y
-opposer.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les époux pèchent mortellement, s’ils s’accouplent avec une affection
-adultère et fornicatrice, c’est-à-dire, si l’homme en voyant son épouse
-désire et ait l’intention de s’accoupler avec une autre femme qu’il se
-représente; il en est de même de l’épouse, quand elle songe à un autre
-homme. Tous les deux commettent l’adultère dans leur cœur. Il n’y a rien
-de plus honteux, dit saint Jérôme, que d’aimer une épouse comme une
-adultère. De même ils pèchent mortellement s’ils exercent le coït pour
-une fin gravement mauvaise, par exemple, pour faire mourir la femme en
-couches.
-
-Les époux pèchent encore mortellement s’ils se livrent au coït devant
-témoins, à cause du grand scandale; ils doivent donc prendre garde que
-d’autres personnes ne couchent dans leur chambre. Les pauvres et les
-paysans qui n’ont souvent qu’une seule chambre à coucher pour eux, leurs
-enfants et leurs domestiques, doivent veiller attentivement, le jour et
-la nuit, à ce que, en usant de leurs droits, ils ne soient pas pour les
-autres une occasion de scandale.
-
-
-§ III
-
-DES ATTOUCHEMENTS ENTRE ÉPOUX
-
-1º ... Tous baisers, attouchements, embrassements, regards, entretiens
-obscènes entre époux, en dehors du danger de pollution et dans les
-limites de l’honnêteté naturelle, sont licites, s’ils se font dans
-l’intention du coït; ce ne sont que des péchés véniels, si l’on s’y
-arrête, sans se proposer le coït. J’ai dit: _dans les limites de
-l’honnêteté naturelle_, parce que cette indulgence n’est donnée aux
-époux, qu’en tant que les actes susdits sont ordonnés selon la nature et
-la droite raison en vue d’un coït naturel et humain; et ils sont plus ou
-moins peccamineux selon qu’ils s’écartent plus ou moins de ces limites.
-Les époux transgressent gravement ces limites quand ils commettent
-quelque acte sodomique, ou en agissant avec le danger de la pollution;
-hors de ces deux cas, quelque honteux que soient les actes, ils ne
-paraissent pas excéder le péché véniel (_De la luxure_, dissert. 6, art.
-19).
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-En dehors de ces deux cas, tous les actes honteux ne semblent pas
-excéder le péché véniel, dit aussi Sanchez.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les actes tendant à un coït légitime, sans danger de pollution, sont
-sans aucun doute licites, ce sont comme les accessoires du coït; la
-copule étant licite, ils ne peuvent être illicites. Si cependant ils se
-faisaient en vue d’une plus grande délectation, quoique tendant au coït,
-ce serait des péchés véniels, à cause de la fin véniellement mauvaise.
-Mais s’ils étaient gravement opposés à la droite raison, quoique faits
-en vue du coït, ils seraient des péchés mortels; car des époux chrétiens
-ne doivent pas agir comme le cheval et le mulet qui n’ont pas
-d’intelligence (Ps. 31, 11); mais chacun doit posséder son vase dans la
-sanctification et l’honneur, non dans la passion du désir, comme les
-païens qui ignorent Dieu (1re épître aux Thessal. 4, 4).
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-D’après l’opinion la plus commune et la plus vraie, dit _saint Liguori_,
-il n’y a pas péché mortel dans les attouchements et regards déshonnêtes
-entre époux pour le seul plaisir, sans rapport à la copule, pourvu qu’il
-n’y ait pas danger de pollution. «La raison en est que l’état conjugal,
-de même qu’il légitime la copule, légitime aussi ces actes et regards;
-car autrement, la société entre époux étant si étroite, et comme ils ne
-peuvent si souvent s’accoupler, ils seraient exposés à de continuels
-dangers, si de tels actes étaient gravement illicites.»
-
-De tout ce qui précède, il résulte que les attouchements exercés entre
-époux sont péchés mortels s’ils sont accompagnés du danger prochain de
-pollution, car cette contamination corporelle n’est pas moins criminelle
-chez les gens mariés qu’elle ne l’est dans les personnes libres.
-
-2º Maintenant, toute la question controversée par les théologiens se
-réduit à ceci: les actions déshonnêtes sans danger prochain de
-contamination corporelle et sans intention ni relation à l’acte conjugal
-sont-elles entre époux péché mortel ou véniel?
-
-Plusieurs auteurs, entre autres saint Antonin, Sylvester et quelques
-autres auteurs encore cités par Sanchez affirment qu’il y a péché mortel
-parce qu’elles tendent essentiellement à la pollution, par cela seul
-qu’elles ne se rapportent pas à l’acte conjugal; car, ajoutent-ils, tout
-acte vénérien qui ne se rapporte pas à l’acte conjugal est péché mortel.
-
-Suivant Sanchez, Busembaum, saint Liguori, Layman, Bonacina, Lessius,
-Sporer, Diana et un grand nombre d’auteurs cités par saint Liguori et
-Sanchez, enfin, suivant l’opinion commune, les actions déshonnêtes comme
-attouchements, regards, etc., entre époux, sans relation à l’acte
-conjugal et aussi sans danger prochain de pollution ne sont que des
-fautes vénielles, parce que, pouvant être exemptes de péché si elles
-étaient rapportées à leur fin légitime, qui est l’acte conjugal, elles
-ne deviennent péché mortel que par le manque de cette fin légitime.
-
-Il faut pourtant faire ici une distinction: c’est qu’il faut regarder
-comme cause du danger prochain de pollution, ou même comme une pollution
-commencée, les actes considérablement, énormément déshonnêtes ou
-infâmes, mentionnés ci-dessus, soit, comme dit _Sottler_, parce que de
-tels actes sont ordinairement accompagnés du danger de pollution; soit
-parce qu’ils répugnent singulièrement à la nature raisonnable, et qu’ils
-ne peuvent être rapportés en soi à la copule, et que pour cela ils ne
-semblent pas pouvoir être excusés de faute grave à cause de l’état de
-mariage.
-
-C’est avec raison que _M. Rousselot_, le commentateur de Sottler, a fait
-la remarque suivante: «L’expérience prouve que les pécheurs ne se
-résignent à avouer ces attouchements qu’avec beaucoup de peine, et s’ils
-les taisent par honte, en sont beaucoup plus tourmentés. Donc les époux
-considèrent naturellement ces attouchements comme déshonorant grandement
-la créature raisonnable.»
-
-Tout ce que nous avons dit sur cette matière peut se résumer en ce seul
-passage de saint _Liguori_:
-
---Je pense qu’il est plus probable que les actes honteux entre époux
-avec danger de pollution, soit en demandant le devoir, soit en le
-rendant, sont mortels; à moins que les époux ne les fassent pour
-s’exciter à une copule prochaine, parce qu’ayant droit à la copule ils
-ont aussi droit à de pareils actes, quand même une pollution
-accidentelle précéderait la copule. Mais je pense que des attouchements
-même pudiques sont des péchés mortels, s’ils se font avec danger de
-pollution, par exemple, avec la langue, sur le pénis ou sur le clitoris,
-vu que, dans ce cas, l’attouchement s’exerce pour la seule volupté; il
-en serait autrement si c’était pour un grave motif, comme par exemple
-s’il y avait un motif urgent de donner des signes d’affection pour
-réchauffer le mutuel amour, ou si un des conjoints voulait empêcher
-l’autre de soupçonner qu’il aime quelque autre personne. (_Liv. VI, nº
-934._)
-
-3º Quant aux attouchements et regards sur son propre corps, libidineux
-et déshonnêtes, sans danger de pollution en l’absence du conjoint, ou
-dans un temps ou un lieu où le coït ne peut avoir lieu, d’après Sanchez
-et d’autres qu’il cite, il n’y a que péché véniel, parce que ces actes,
-disent-ils, sont secondaires et tendent au coït licite, quoiqu’ils
-n’atteignent pas leur fin légitime.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’opinion contraire nous paraît plus sûre et doit être maintenue dans la
-pratique parce que l’époux, dit saint Liguori, n’a pas droit sur son
-propre corps _per se_, mais seulement _par accident_, en tant seulement
-qu’il puisse se disposer à la copule; d’où il suit que la copule n’étant
-pas possible alors, les attouchements sur lui-même sont tout à fait
-illicites; et parce que l’attouchement des parties génitales, quand il a
-lieu _morosement_ et avec commotion des esprits, tend de soi à la
-pollution et en entraîne le prochain danger. (_S. Liguori, l. VI_, nº
-936.)
-
-
-§ IV
-
-DU PÉCHÉ D’ONAN ET DE L’ONANISME EN GÉNÉRAL
-
-Tout le monde sait que l’onanisme conjugal, aujourd’hui l’écueil, le
-fléau, la désolation du mariage, est le crime d’Onan: «_Il répandait à
-terre son sperme pour n’avoir pas d’enfants_,» dit la _Genèse_.
-
-Établissons maintenant quelques propositions certaines et admises par
-tous les théologiens:
-
-1º Un homme qui imite la conduite d’Onan, par quelque motif que ce soit,
-commet un crime énorme, et est incapable d’absolution tant qu’il
-persévère dans sa mauvaise habitude.
-
-2º La femme qui engage son mari à en agir ainsi ou qui consent à cette
-action injurieuse à la nature et contraire à la fin du mariage, ou qui,
-enfin, à plus forte raison s’oppose elle-même à l’accomplissement de
-l’acte conjugal, commet également un péché mortel, et, comme son mari,
-elle est indigne d’absolution tant qu’elle demeure dans cette criminelle
-habitude.
-
-3º La loi de charité impose à la femme le devoir de faire tout ce qui
-dépend d’elle pour empêcher que son mari, qu’elle sait être disposé à
-mal faire, ne fasse l’action détestable d’Onan.
-
-4º La femme est tenue de rendre le devoir si son mari, dûment averti,
-promet de consommer l’acte conjugal de la manière qu’il y est obligé, si
-toutefois cette promesse est faite sérieusement et que la femme puisse
-juger prudemment que tout se passera de la manière ordinaire et normale.
-
-Maintenant, la difficulté est de savoir si la femme peut, en sûreté de
-conscience, rendre le devoir lorsqu’elle est assurée par l’expérience
-que, malgré ses avertissements, ses prières et toutes ses instances
-possibles, son mari coïtera à la manière d’Onan.
-
-A cet égard, quatre opinions se sont établies: la première est celle des
-théologiens qui soutiennent que la femme ne peut rendre le devoir même
-pour éviter la mort:
-
-1º Parce que, disent-ils, l’action du mari étant essentiellement
-mauvaise, la femme participera à son péché dont elle fournit l’occasion
-prochaine; 2º parce que le mari ne se propose pas de faire un acte
-conjugal, mais de se servir du ministère de sa femme pour s’exposer à la
-souillure ou à la contamination criminelle; 3º parce que si le mari
-demandait à sa femme son concours pour un acte sodomique, elle devrait
-s’y refuser, même au péril de sa vie; 4º parce qu’enfin la femme coopère
-aussi directement au crime de son mari qu’un homme participe au larcin
-d’un voleur en tenant le sac pour y recevoir les objets volés.--Ainsi
-pensent _Hubert_, les rédacteurs des _Conférences d’Angers_ et des
-_Conférences de Paris_, _Collet_, avec plusieurs docteurs de la
-Sorbonne, _Bailly_, _Vernier_, etc.
-
-Cette opinion, il faut l’avouer, paraît fortement établie; elle est fort
-grave et de nature à faire beaucoup d’impression sur les esprits. Les
-confesseurs qui la suivent refusent constamment l’absolution à toutes
-les femmes qui dans de pareilles circonstances rendent le devoir à leurs
-maris. Mais voici les raisons qu’on peut lui opposer:
-
-1º La femme, dit-on, en obéissant à son mari participe au péché dont
-elle fournit l’occasion.--A cela, _on peut répondre_ que la femme fait
-une chose permise, qu’elle use de son droit, dont elle ne doit pas être
-privée par la dépravation et la corruption de son mari..., que sans
-consentir à l’action détestable de son mari elle ne fait que se prêter
-passivement, par devoir et par obéissance conjugale, à un acte qui, de
-sa part, est dans l’ordre naturel...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-2º On dit encore: le mari, dans cette hypothèse, ne demande point un
-acte conjugal, mais seulement la coopération de sa femme à une action
-criminelle.--On _peut répondre_ que cela n’est pas rigoureusement exact,
-car la souillure, dans ce cas, n’est pas une véritable _masturbation_;
-car _la spermatisation externe_ peut, par une circonstance heureuse,
-produire quelquefois un heureux effet, en ce sens qu’elle ne sera pas
-alors complètement extra-vaginale...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3º On prétend que le cas dont il s’agit n’est en réalité qu’un acte
-sodomique, et que, par conséquent, la femme ne peut y consentir, même
-pour éviter la mort.--_On peut répondre_ à cela qu’un acte sodomique est
-toujours _nécessairement_ stérile et que vouloir confondre une action
-naturelle et permise à la femme avec un acte de sodomie, c’est confondre
-les termes, changer l’acception des mots et le moyen assuré de ne plus
-s’entendre sur rien...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-4º On dit que la femme coopère au crime de son mari de même que le
-complice participe au vol en tenant le sac pour y recevoir les objets
-volés.--_On peut répondre_ qu’il n’y a ici aucune espèce de parité, car
-la femme use de son droit de justice, et celui qui favorise le vol n’a,
-à cet effet, aucun droit ni aucun titre légitimes...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Saint Liguori affirme que la femme, dans ces circonstances, doit non
-seulement rendre le devoir, mais même qu’elle y est obligée.
-
---«Il semble, dit-il, plus probable que l’épouse non seulement peut
-rendre le devoir, mais qu’elle y est tenue. La raison en est que la
-faute étant du côté de celui qui demande, puisqu’il a droit à la copule,
-l’autre ne peut sans injustice le lui refuser, si elle ne peut en
-paroles le détourner de cette faute; et alors il est évident qu’en le
-rendant elle ne coopère pas, même matériellement, à son péché,
-puisqu’elle ne coopère pas à la sémination en dehors du vase, mais
-seulement au commencement d’un coït licite en lui-même pour tous les
-deux. (_Liv. VI, nº 947._)»
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
---Une pieuse épouse peut-elle se laisser approcher de son mari quand
-elle sait par expérience que son mari se conduit comme Onan... surtout
-si l’épouse en refusant s’expose au danger de sévices, ou craint que son
-mari ne voie des prostituées?
-
-La _Sacrée Pénitencerie_ a répondu le 23 avril 1822: Dans le cas
-proposé, la femme de son côté ne faisant rien contre nature et laissant
-faire une action licite, toute la malice de l’acte venant de celle du
-mari, qui au lieu de consommer l’acte se retire et répand sa semence
-hors du vase; alors, si la femme, après les admonestations voulues,
-n’obtient rien, et que le mari insiste en la menaçant de coups ou de la
-mort, ou d’autres graves sévices, elle pourra (selon de graves
-théologiens) se laisser faire sans péché; car alors elle ne fait que
-permettre le péché de son mari, et cela pour un grave motif qui
-l’excuse, parce que la charité, qui l’obligerait à l’en empêcher,
-n’oblige pas avec un si grand inconvénient.
-
---Berthe a un mari qu’elle sait par une constante expérience être
-onaniste. Elle a essayé en vain tous les moyens pour le détourner d’un
-si affreux crime; bien plus, elle est menacée probablement des plus
-graves dangers, qu’elle ne pourrait éviter qu’en fuyant de la maison de
-son mari, si elle ne permet pas au moins quelquefois l’abus du mariage.
-
-La _Sacrée Pénitencerie_, aux dates des 15 novembre 1816 et 1er février
-1823, a répondu:
-
-De graves et austères théologiens sont d’avis que l’épouse peut rendre
-le devoir à son mari si son refus doit la faire maltraiter par lui et
-qu’elle ait à craindre quelque grave inconvénient; car, disent-ils, dans
-ce cas, l’épouse n’est pas censée coopérer formellement au péché de son
-mari, mais seulement le permettre pour une cause juste et raisonnable.
-Il faut cependant l’avertir de ne pas cesser d’inviter prudemment son
-mari à éviter cette turpitude.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-CONSULTATION
-
-SUR CERTAINES PROPOSITIONS TOUCHANT L’ONANISME
-
-On demande au Saint-Siège quelle note théologique il faut appliquer aux
-trois propositions suivantes:
-
-1º Pour des raisons honnêtes les époux peuvent user du mariage à la
-façon d’Onan.
-
-2º Il est probable que cet usage du mariage n’est pas défendu par le
-droit naturel.
-
-3º Il ne convient jamais d’interroger sur ce sujet les époux de l’un et
-de l’autre sexe, quand même on aurait raison de craindre que les époux
-n’abusent du mariage.
-
-
-_Réponse, 4 mai 1851._
-
-A la première: cette proposition est scandaleuse, erronée et contraire
-au droit naturel.
-
-A la deuxième: cette proposition est scandaleuse, erronée, et d’ailleurs
-implicitement condamnée par le pape Innocent IX, proposition 49e. (La
-pollution n’est pas défendue de droit naturel, d’où il suit que si Dieu
-ne l’avait pas interdite elle serait souvent bonne, et quelquefois
-obligatoire sous peine de péché mortel.)
-
-A la troisième: proposition fausse, trop relâchée et dangereuse en
-pratique.
-
-ANGELUS ARGENTI,
-
-Notaire de la Sainte Inquisition romaine universelle.
-
-
-ARTICLE TROISIÈME
-
-DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DES PERSONNES MARIÉES ET DE
-CELLES QUI SE DISPOSENT A ENTRER DANS L’ÉTAT DE MARIAGE
-
-Un confesseur ne saurait trop se pénétrer de la connaissance des
-nombreuses et difficiles obligations des époux, qui ont été exposées
-dans le cours de cet ouvrage. Il faut surtout qu’il les leur représente
-et les leur inculque suivant l’occasion et le besoin. Il doit se
-rappeler que les fautes les plus graves et les plus ordinaires des
-personnes mariées sont les refus injustes du devoir conjugal,
-l’empêchement ou l’obstacle que l’on apporte volontairement à la
-génération par les actes onaniques, sodomiques et quelques autres
-pratiques secrètes plus rares et connues seulement de quelques femmes et
-de quelques hommes profondément corrompus: manœuvres sataniques d’autant
-plus difficiles à découvrir que tout se passe à l’extérieur comme dans
-l’état ordinaire et normal. Le peu de mots qu’il nous a été possible de
-dire sur ces infernales inventions doit suffire aux confesseurs pour les
-mettre sur la voie de l’investigation.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les confesseurs devront se rappeler que les gens mariés des deux sexes
-pèchent encore plus souvent qu’on ne pense de la manière que pèchent les
-personnes libres: la masturbation solitaire ne leur est pas toujours
-inconnue, ou ils ne l’ont pas complètement oubliée. Il est donc du
-devoir d’un sage confesseur de chercher avec soin à découvrir les
-nombreuses et hideuses plaies de toutes les âmes plongées dans la
-matière et souvent même dans la plus infecte corruption. A cet effet, il
-lui sera souvent nécessaire de faire des interrogations
-indispensables...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quant à l’abominable crime d’onanisme qui se répand partout dans ces
-malheureux temps, et dont se souillent si honteusement les époux,
-surtout plus jeunes, que le confesseur leur demande s’ils n’ont aucun
-remords au sujet de l’acte conjugal, et s’ils ne craignent pas d’avoir
-trop d’enfants, si dans le coït ils n’ont rien fait pour empêcher la
-génération, s’ils n’ont rien commis de honteux en dehors de l’acte,
-etc... Qu’il ajoute qu’il lui est pénible de faire de telles questions
-et de toucher de telles matières, mais que cela est nécessaire, pour
-qu’ils sachent ce qui leur est permis ou non; autrement il leur
-arriverait de commettre très souvent de très graves fautes par une
-ignorance inexcusable. Beaucoup, en effet, comme nous l’avons déjà dit,
-s’imaginent faussement que dans le mariage tout leur est permis, et qui,
-par des péchés que peut-être ils regardent comme légers, encourent la
-damnation éternelle.
-
-«Le vice d’onanisme découvert, le confesseur ne peut absoudre le
-coupable, qu’à condition qu’il se repente de son péché, et ait le ferme
-propos de ne plus pécher à l’avenir. S’il est incorrigible, le
-confesseur doit lui refuser l’absolution.
-
-»Quant à la femme qui induit son mari à cette action, ou y consent, ou
-qui se retire elle-même, malgré son mari, le confesseur ne peut
-l’absoudre que dans le cas d’une vraie douleur et du ferme propos. Si
-elle en a l’habitude, on ne peut l’absoudre en aucune façon. C’est
-pourquoi il faut interroger à ce sujet les femmes qui sont cause que
-leurs maris se souillent de l’onanisme, et il faut les avertir
-sérieusement qu’elles sont tenues par la loi de la charité à les
-détourner de ce crime. Cependant dans le doute si le mari averti agira
-bien ou mal, la femme peut rendre le devoir, bien plus, elle y est
-tenue; car dans le doute un droit certain ne peut être refusé.» (M.
-Rousselot.)
-
-Chez certaines femmes on peut s’y prendre de la manière suivante: on
-feint d’entrer dans quelques détails relatifs aux enfants de la
-pénitente, car très souvent ce sont les femmes elles-mêmes qui ne
-veulent pas la fin du mariage; on l’interroge sur la manière dont elle
-les élève et s’ils le sont chrétiennement, etc.--On ajoute ensuite:
-«Vous seriez sans doute heureuse si Dieu vous en donnait encore d’autres
-pour les élever de même, afin qu’il vous procurassent de nouvelles et
-abondantes consolations?» Souvent à ces derniers mots il leur échappe
-cet aveu involontaire: «_Ah! mon Dieu, j’en ai déjà bien assez!_--Cette
-réponse vous instruit suffisamment et vous dispense d’en dire davantage.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il est du devoir des confesseurs de dire aux personnes qui sont sur le
-point de contracter mariage les graves obligations du nouvel état
-qu’elles vont embrasser. Il sera bon de leur dire que le mariage n’a pas
-été institué au profit de la passion grossière de la chair, mais pour
-donner à Dieu et à l’Église des enfants qui deviennent un jour des
-saints et des habitants du ciel.--On peut ajouter qu’un très grand
-nombre d’époux s’abusent, se font illusion sur l’état de mariage et se
-persuadent faussement que tout leur est permis, s’y conduisent comme des
-êtres sans raison et s’abandonnent sans frein et sans mesure à
-l’entraînement de leur passion, et qu’ainsi, ils commettent un grand
-nombre de péchés et se perdront très probablement.
-
-Pour leur éviter un aussi grand malheur dans l’autre vie et d’abord tous
-les maux de celle-ci qui y conduisent, il faut que le confesseur ait
-grand soin de leur inculquer cette grave et capitale vérité, savoir: que
-tout ce qui conduit à la fin du mariage, tout ce qui est dans l’ordre de
-la procréation et de la génération des enfants est permis; tout ce qui
-est contre cette fin de la génération est illicite ou défendu sous peine
-de péché mortel; enfin tout ce qui n’est ni suivant ni contre cette fin,
-par exemple les baisers, les étreintes et tant d’autres familiarités
-conjugales sont ou péchés véniels, lorsqu’ils sont uniquement faits dans
-un but voluptueux, ou n’entraînent pas péché lorsqu’ils proviennent
-d’une affection mutuelle ou du simple désir d’entretenir ou réchauffer
-l’amour conjugal, à condition toutefois qu’il n’y ait pas péril de
-pollution. Tout donc peut se résumer sous cette courte formule: ce qui
-se fait pour la fin est permis, contre la fin est péché mortel; ni pour
-ni contre la fin est ou péché véniel ou nul péché.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le confesseur doit encore interroger les époux au sujet des
-attouchements impudiques ou autres infamies qu’ils commettent souvent
-entre eux. Il peut commencer ainsi: «N’avez-vous rien fait avec votre
-conjoint en dehors des choses permises par le mariage, c’est-à-dire des
-choses nécessaires à la génération?» S’il répond qu’il y a eu quelque
-chose de tel, il faut demander en quoi il consiste, et l’amener à
-déclarer enfin s’il y a eu des attouchements ou des exercices honteux;
-il faut demander s’il y a eu pollution, ou danger de la souffrir ou de
-la procurer.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-
-
- COMPENDIUM
- ABRÉGÉ
- CONTENANT LA SOLUTION
- DE
- TOUS LES CAS DE CONSCIENCE
- SUIVANT
- LA DOCTRINE DES CONCILES
-
-
-
-
-COMPENDIUM
-
-
-Le _Compendium_ est le petit guide de poche des confesseurs. Tous les
-cas de conscience possibles et imaginables y sont mis en scène au moyen
-de personnages fictifs, et résolus suivant la doctrine des conciles.
-
-Nous ne citerons que quelques extraits du chapitre: _Devoir conjugal_.
-
-
-DEVOIR CONJUGAL
-
-Il est très important qu’un confesseur soit instruit minutieusement de
-cette matière, sur laquelle une infinité de personnes grossières, ou
-emportées par leurs passions, commettent quelquefois de grands crimes.
-Car, quoique l’usage du mariage soit licite, il ne l’est pourtant qu’en
-observant en amour conjugal les prescriptions formelles de l’Église. Les
-époux doivent se régler sur la fin pour laquelle le mariage a été
-institué, qui est d’avoir des enfants, ou de s’acquitter de la justice
-qu’on se doit réciproquement entre mari et femme; ces deux seuls motifs
-peuvent excuser de péché. Il en est un troisième: celui de trouver un
-remède à la concupiscence; mais celui-là n’est pas exempt de toute sorte
-de péché; tel est l’avis de saint Augustin, saint Fulgence, saint
-Grégoire, saint Bonaventure et saint Thomas.
-
-Au reste, celui des époux qui est requis par l’autre de lui rendre le
-devoir conjugal est absolument obligé de lui obéir sous peine de péché,
-à moins que son refus ne soit fondé sur une cause légitime.
-
-Nous dirons quelles sont les causes légitimes du refus.
-
- * * * * *
-
-Apollinaire ayant été marié un samedi soir, et ne pouvant par conséquent
-recevoir la bénédiction nuptiale que le lendemain à la messe, il a exigé
-de sa femme le devoir le même jour du mariage. A-t-il péché en cela?
-
-_Réponse._ S’il n’y a pas eu de scandale, il n’y a qu’un simple péché
-véniel. Tel est l’avis du Concile de Trente. (Sess. 24; c. 1).
-
- * * * * *
-
-Héraclide, d’un tempérament fort enclin à la lubricité, veut coïter à
-tout moment avec sa femme. Il invoque la pureté de ses intentions; car,
-s’il ne coïtait avec sa femme, il serait obligé d’aller coïter ailleurs.
-Pèche-t-il en demandant, plus souvent que de raison, le devoir à sa
-femme?
-
-_Réponse._ On est très partagé sur cette question. Beaucoup de
-théologiens disent que cela est innocent. Mais les saints Augustin,
-Léon, Thomas, etc., soutiennent qu’il y a là une faute vénielle.
-Cependant, comme l’Église n’a encore rien décidé là-dessus et qu’on peut
-faire beaucoup de mal en voulant obtenir un bien trop difficile, il
-convient de ne pas aisément troubler les fidèles sur ce point; mais le
-confesseur les exhortera à se contenir ou à mieux régler leurs passions.
-
- * * * * *
-
-Maurice n’a d’autre intention que de se procurer du plaisir, en
-demandant à tout propos le devoir à sa femme. Pèche-t-il en cela?
-
-_Réponse._ Cela ne fait pas de doute, puisque l’on ne peut user du
-mariage que dans le but d’avoir des enfants ou pour exercer la justice
-envers sa partie. Il n’est pas plus permis de coïter, même avec sa
-femme, que de manger et boire, pour le seul plaisir. (Arrêt d’Innocent
-XI.)
-
- * * * * *
-
-Albert, en jouissant de sa femme, le fait par raison de santé.
-Pèche-t-il?
-
-_Réponse._ Il y a là une faute vénielle, parce que c’en est une d’user
-du mariage pour une fin pour laquelle Dieu ne l’a pas institué. (S.
-Thomas.)
-
- * * * * *
-
-Dunstan a coutume d’exiger le devoir chaque dimanche matin avant d’aller
-à la messe. Pèche-t-il en cela?
-
-_Réponse._ Il est évident que la volupté du coït n’est pas faite pour
-prédisposer l’homme aux choses saintes; cependant, il n’y a pas là de
-péché mortel; mais le péché est véniel, et même très caractérisé. Il
-devient mortel, si le mari, en jouissant, pense à mépriser la sainteté
-du dimanche.
-
-Si le mari doit non seulement entendre la messe, mais encore communier,
-il pèche mortellement en jouissant de sa femme.
-
-Si c’est la femme qui doit communier et que les propositions
-voluptueuses soient venues de son mari, elle n’a, après le coït, aucun
-péché sur la conscience; mais il y a à cela une condition expresse:
-c’est que rien de cette action ne lui restera dans la pensée ni dans les
-sens, et encore faut-il qu’elle ait un grand désir de recevoir
-Notre-Seigneur ou qu’elle ne puisse s’en abstenir sans être remarquée.
-
- * * * * *
-
-Gabrielle, fortement sollicitée par Paulin son mari à lui rendre le
-devoir, le lui a refusé, parce qu’elle savait qu’il péchait mortellement
-en le lui demandant. Cette raison suffit-elle pour excuser son refus?
-
-_Réponse._ Si le péché de Paulin venait de quelque circonstance qui
-rendît l’acte conjugal illicite, comme s’il le voulait exiger dans une
-église ou dans un lieu public, ou encore si Gabrielle savait que Paulin
-retirerait son membre au moment de l’effusion de la semence, elle
-n’était ni obligée ni ne pouvait en sûreté de conscience lui rendre le
-devoir conjugal. Par contre, si la circonstance du péché de Paulin ne
-regardait que sa personne même, comme s’il avait une intention
-criminelle secrète en le demandant, et que d’ailleurs il ne fût pas
-déchu de son droit, sa femme était obligée de le lui rendre. (Sylvius,
-quest. 64).
-
- * * * * *
-
-Georges demande le devoir à sa femme, tandis que celle-ci a ses règles.
-Pèche-t-il mortellement?
-
-_Réponse._ Oui, s’il sait que sa femme a ses règles. D’où il résulte
-qu’il est du devoir d’une femme de toujours informer son mari du moment
-où ses menstrues lui viennent.
-
- * * * * *
-
-Alfred, à la suite d’excès vénériens dont il a du reste reçu
-l’absolution et dont il se repent, a contracté une maladie qui, guérie
-incomplètement, lui a laissé un écoulement. Cet écoulement ne présente
-aucun danger de contagion. Alfred peut-il sans péché exiger le devoir de
-sa femme?
-
-_Réponse._ Le cas est particulièrement délicat. Il est certain que
-l’écoulement, dont est affligé Alfred, n’a aucun rapport avec la semence
-et n’est nullement prolifique. Alfred commet donc un péché mortel (S.
-Thomas). Cependant, s’il a demandé le coït en agissant sous l’empire
-d’un besoin irrésistible et pour s’éviter d’aller forniquer avec une
-autre femme, il n’y a pas péché.
-
- * * * * *
-
-Évrard et sa femme se trouvent dans la nécessité de demeurer longtemps
-dans une église, pendant un temps de guerre. Évrard se voit dans un
-danger évident d’incontinence; il croit pouvoir exiger de sa femme le
-devoir. L’a-t-il pu sans péché mortel?
-
-_Réponse._ Selon l’opinion la plus probable, il a péché mortellement, et
-la femme aussi en lui obéissant, parce qu’ils ont violé par une telle
-action, quoique licite d’ailleurs, le respect qui est dû à Dieu et au
-lieu saint qui est particulièrement consacré à son culte. Et certes, si
-des époux qui se trouvent séparés les uns des autres par des emplois,
-des maladies, la prison, l’exil, etc., sont obligés sous peine de péché
-mortel de garder la continence, pourquoi n’y seront-ils pas obligés sous
-la même peine, lorsqu’ils se trouveront dans un lieu saint pendant
-quelques jours seulement ou quelques semaines? et cela dans un temps de
-larmes, de pénitence et de prières auquel, selon les anciens canons, les
-époux chrétiens doivent s’abstenir de l’usage du mariage! (S. Antonin,
-les RR. PP. Soto et Navarre).
-
- * * * * *
-
-Aline a fait vœu de continence du consentement de Bertrand son mari.
-Bertrand peut-il dans la suite exiger d’elle le devoir conjugal sans
-péché mortel?
-
-_Réponse._ Ou Bertrand, en consentant au vœu d’Aline, a eu l’intention
-positive de renoncer pour toujours au droit qu’il avait de lui demander
-le devoir; ou il n’a pas eu cette intention. Dans le premier cas, il ne
-peut sans péché mortel exiger le devoir. Dans le second, il peut
-l’exiger. (R. P. Navarre, _Man._ c. 16).
-
- * * * * *
-
-Eugénie, femme de Théodore, a trouvé, après la mort de sa sœur, des
-lettres d’amourettes que Théodore avait écrites à cette dernière avant
-son mariage. Les termes libres de cette correspondance lui donnent un
-violent soupçon d’un commerce criminel entre eux. Sachant qu’en ce cas
-son mariage serait nul, elle doute s’il ne l’est pas, et ce doute la
-trouble chaque fois que Théodore jouit d’elle. Peut-elle malgré cela lui
-rendre le devoir ou même l’exiger sans péché mortel?
-
-_Réponse._ En général, si le doute est léger et mal fondé, on n’y doit
-avoir aucun égard. S’il est juste, sans aller jusqu’à la certitude,
-celui des deux époux qui en est agité peut rendre le devoir, mais il ne
-le peut exiger. Si la chose approche si fort l’évidence qu’il la croie
-certaine, il ne peut en conscience ni le rendre ni le demander; et s’il
-n’a pas de preuves suffisantes pour obtenir une sentence de séparation,
-il doit garder une parfaite continence, sans jamais user du mariage,
-quand même on voudrait l’y contraindre (Innocent III, _De sent.
-excomm._, ch. 44). Cependant, afin de ne pas se tromper sur une matière
-si difficile et si importante, le plus sûr parti est d’expliquer
-minutieusement le fait à son confesseur, et même au besoin de lui
-communiquer la correspondance qui a fait naître les soupçons.
-
- * * * * *
-
-Bélonie peut-elle refuser le devoir, par cela seul qu’elle a une fort
-grande répugnance à le rendre?
-
-_Réponse._ L’apôtre a décidé cette question (1re lettre aux Corint., v.
-7) par ces sages paroles: Que le mari rende à sa femme ce qui lui est
-dû, et que la femme en fasse autant vis-à-vis de son mari; le corps du
-mari appartient à la femme, et le corps de l’épouse à l’époux. D’où S.
-Antonin et tous les autres pères de l’Église concluent qu’un des
-conjoints ne peut, sans pécher mortellement contre la justice et la foi
-solennellement donnée, refuser le devoir à l’autre, quand celui-ci le
-lui demande sérieusement; car alors il se rend coupable des
-incontinences et de l’adultère de son conjoint. Ce serait autre chose si
-le mari ne demandait ce qui lui est dû que comme une marque d’amitié et
-en faisant assez comprendre par son visage ou par ses gestes qu’il s’en
-soucie peu; ce serait encore une autre question si le mari était un
-emporté ne laissant à Bélonie aucun repos (R. P. Sylvius).
-
- * * * * *
-
-Blaisine, qui n’ose demander catégoriquement le devoir à son mari, lui
-fait comprendre par ses regards, par ses caresses, par son attitude,
-qu’elle le désire. Jacques, qui le voit bien, est-il obligé en
-conscience de le lui rendre?
-
-_Réponse._ Il en est de Jacques comme d’un débiteur qui sait que son
-créancier souffre, quoiqu’il n’ose par bonté ou timidité lui réclamer
-son dû. Comme donc le débiteur est tenu en ce cas de payer son
-créancier, quand il le peut, de même Jacques doit rendre le devoir à
-Blaisine, si cela lui est possible.
-
-Il n’en est pas ainsi de la femme, à parler généralement; parce que, dit
-S. Thomas, les hommes n’agissent pas avec la même discrétion pour
-demander le devoir à leurs femmes. Cependant, comme il y a des maris que
-l’inégalité des conditions, la fierté de leurs femmes, une timidité
-naturelle, mettent dans le cas de Blaisine, leurs épouses sont obligées
-de se rendre à leurs désirs, quoique tacites et indirects.
-
- * * * * *
-
-Joséphine a un mari fort lubrique, qui veut quelquefois l’obliger à lui
-rendre le devoir, quoiqu’elle soit notablement malade. Y est-elle
-obligée, de peur qu’il ne tombe dans l’incontinence?
-
-_Réponse._ Une femme n’est obligée, ni par justice, ni par charité, de
-se prêter dans un cas pareil, et il y a de l’inhumanité à l’exiger. Mais
-elle ne peut s’en dispenser pour éviter les incommodités de la grossesse
-et de l’enfantement. Ce sont des maux attachés à son état.
-
- * * * * *
-
-Jeanne veut nourrir son enfant. Son mari exige le devoir. Elle demande
-si elle peut le refuser pendant qu’elle allaite l’enfant.
-
-_Réponse._ Une femme qui connaît, par expérience, qu’en coïtant avec
-jouissance dans ce temps-là son lait se corrompt et devient notablement
-dommageable à son enfant, ou qu’elle cesse d’en avoir suffisamment pour
-le nourrir, peut sans péché refuser le devoir à son mari, et celui-ci ne
-peut par contre le lui demander sans offenser Dieu. Néanmoins, s’il se
-trouve dans le péril d’incontinence, la femme doit, si elle en a les
-moyens, mettre son enfant en nourrice afin de pourvoir par elle-même aux
-besoins voluptueux de son mari. Que si à cause de sa pauvreté elle ne
-peut faire nourrir son enfant par une autre, elle refusera de coïter
-parce que son mari n’a pas le droit d’exiger le devoir aux dépens de la
-vie ou de la santé de son enfant. Tous ces détails devront donc être
-donnés minutieusement par la femme au confesseur, afin qu’il se prononce
-sur le cas et qu’il lui indique comment elle aura à se comporter.
-
- * * * * *
-
-Éléonore s’étant trouvée dans un danger évident de mort dans ses couches
-précédentes, les médecins et chirurgiens lui ont déclaré qu’elle ne
-pourrait plus avoir d’enfants sans mourir. Est-elle, nonobstant cela,
-obligée de rendre le devoir à son mari Étienne qui le demande comme un
-droit de rigueur; et surtout si elle sait qu’il est déjà tombé dans
-l’incontinence, à cause du refus qu’elle lui a fait? On lui a dit
-qu’elle y est tenue, parce qu’on est obligé d’exposer sa propre vie
-corporelle pour le salut de son prochain.
-
-_Réponse._--La charité ne permet pas à Étienne de demander le devoir en
-ce cas, et Éléonore ne peut ni ne doit le rendre, parce que, n’étant pas
-maîtresse de sa vie, elle ne peut sans péché s’exposer à un danger
-visible de la perdre. Au reste, on n’est obligé d’exposer sa vie pour le
-salut du prochain, que quand il est dans une nécessité extrême. Or,
-Étienne n’est pas réduit par le refus de sa femme à une nécessité
-extrême, parce qu’il peut trouver d’autres remèdes à son incontinence,
-entre lesquels la prière est le principal.
-
-Il pourra arriver encore que, pour concilier tout, Éléonore acceptera de
-procurer de la jouissance à Étienne par un de ces moyens que la nature
-réprouve et en vertu desquels l’effusion de la semence sera sans risque
-de grossesse, comme la masturbation labiale ou l’accomplissement de
-l’acte vénérien entre les seins, sous le bras, dans les cheveux, etc.
-Bien qu’il soit évident que, dans ce cas, les époux ne se sont pas
-adonnés, par pure malice, à ces actes contre nature, ils n’en auront pas
-moins commis le péché, puisque c’est pécher mortellement qu’user du
-mariage contre la fin pour laquelle Dieu l’a créé. Toutefois, s’il lui
-est bien démontré qu’Étienne ne peut absolument pas refréner ses besoins
-charnels et qu’Eléonore d’autre part est certaine de la mort en cas de
-grossesse, le confesseur pourra absoudre les deux époux. (Voir
-St-Augustin. Livre II _de conjugiis adult._, chap. 10.)
-
- * * * * *
-
-Fernand a coutume de demander le devoir à Laure sa femme, quand il est
-ivre. Est-elle tenue de le lui accorder?
-
-_Réponse._ Si Fernand est tellement ivre qu’il ait perdu l’usage de la
-raison, Laure n’est pas obligée à lui rendre le devoir, parce qu’alors
-il ne le demande pas d’une manière humaine (_humano modo_). Cependant,
-si le refus de Laure exposait Fernand à un danger évident
-d’incontinence, la femme, de l’avis du R. P. Sylvius, serait pour lors
-obligée par le précepte de la charité à obéir à son mari. On peut
-raisonner à peu près de même d’un homme furieux ou insensé, ainsi que
-l’enseigne le même théologien (_Suppl. quæst. 69, Art. 1_).
-
- * * * * *
-
-Adrien, qui a fort peu de bien, se voyant déjà chargé de six enfants,
-quoique sa femme soit encore jeune, a refusé plusieurs fois le devoir à
-sa femme de peur d’être hors d’état de nourrir tant d’enfants.
-Pèche-t-il?
-
-_Réponse._ Puisqu’il y a un Dieu qui nourrit les oiseaux et qui
-n’abandonne point ceux qui mettent en lui leur confiance, la crainte
-d’avoir trop d’enfants ne peut dispenser un mari de rendre le devoir à
-sa femme, lorsqu’elle le lui demande formellement, ou même d’une manière
-indirecte et interprétative.
-
- * * * * *
-
-Henri a été nominalement frappé d’excommunication majeure. Sa femme
-demande si elle est obligée de lui rendre le devoir?
-
-_Réponse._ Dans aucun cas ni sous aucun prétexte, elle ne doit, elle,
-provoquer son mari à l’acte vénérien. Quant à se prêter à ses exigences,
-les opinions des théologiens sont partagées. S. Augustin pense que la
-femme d’un impie frappé directement et personnellement d’excommunication
-majeure doit se séparer tout à fait de son mari et par conséquent lui
-refuser le devoir conjugal. S. Bonaventure et S. Thomas pensent au
-contraire que la censure ne dispense pas des devoirs imposés par la loi
-naturelle. La question n’a été encore tranchée par aucun concile.
-Innocent III a proposé un moyen terme: la femme d’un homme atteint
-nominalement d’excommunication majeure doit rendre le devoir à son mari
-quand il l’exige d’une façon formelle; mais elle ne peut, sans tomber
-dans le péché, participer au plaisir de l’acte vénérien, c’est-à-dire
-qu’elle doit le subir d’une manière complètement passive et, par tous
-ses efforts, dégager son esprit de l’accouplement auquel elle n’a pu se
-soustraire. (_De Sent. excomm._, ch. 31).
-
- * * * * *
-
-Julie, catholique, a épousé Baptistin, calviniste, avec stipulation
-expresse qu’il lui serait loisible de faire baptiser et élever dans
-l’Église catholique les enfants qui naîtraient de leur mariage.
-Cependant, Baptistin a fait baptiser le premier au Prêche et le fait
-élever dans l’hérésie. Julie demande si elle ne peut pas refuser à
-l’avenir le devoir, pour n’avoir pas le déplaisir de mettre au monde
-d’autres enfants qui seront un jour des hérétiques et par conséquent des
-réprouvés?
-
-_Réponse._ Julie doit se plaindre fortement à Baptistin de sa mauvaise
-foi. S’il promet sérieusement de se corriger, elle fera une nouvelle
-épreuve. Mais, s’il lui déclare qu’il ne veut pas tenir sa promesse, ou
-que la lui ayant renouvelée, il continue à la violer, Julie est en droit
-de refuser le devoir à Baptistin, pour la raison marquée dans l’exposé.
-
-
-
-
- LES DIACONALES
-
- MANUEL DES CONFESSEURS
-
- PAR
- Mgr BOUVIER
- Évêque du Mans[3]
-
- [3] Sur la page en regard du titre on lit:
-
- AVIS ESSENTIEL
-
- Toute demande de cet ouvrage doit être accompagnée d’une
- autorisation de M. le supérieur du grand séminaire du diocèse ou du
- vicaire général; sans cette formalité indispensable il ne sera
- délivré aucun exemplaire.
-
-
-
-
-LES DIACONALES
-
-MANUEL DES CONFESSEURS
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-DE LA LUXURE EN GÉNÉRAL
-
-
-La luxure, qui tire son nom du mot luxer, est ainsi appelée parce que le
-propre de ce vice est de relâcher, de détruire les forces de l’âme et du
-corps: aussi l’appelle-t-on quelquefois dissolution; et on dit de ceux
-qui se livrent avec passion aux jouissances de l’amour, qu’ils sont
-dissolus. On définit la luxure ainsi: l’appétit désordonné aux plaisirs
-vénériens.
-
-Ces plaisirs sont appelés _vénériens_ parce qu’ils ont pour but la
-génération à laquelle les païens faisaient présider la déesse Vénus.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LUXURE NATURELLE CONSOMMÉE
-
-
-La luxure est naturelle lorsqu’elle n’est pas en opposition avec la
-propagation du genre humain.--L’union des deux sexes en dehors du
-mariage est donc un acte purement charnel, à la condition d’être
-pratiqué d’une manière propre à la génération. Cet acte est accompli par
-le fait de l’écoulement de la matière séminale de l’homme dans
-l’intérieur des parties sexuelles de la femme.
-
-On compte six espèces de luxure:
-
- _La fornication_,
- _Le stupre_,
- _Le rapt_,
- _L’adultère_,
- _L’inceste_,
- _Le sacrilège_.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DE LA FORNICATION
-
-La fornication est l’union intime et d’un consentement mutuel d’un homme
-libre et d’une femme libre, mais ayant déjà perdu sa virginité...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il y a trois sortes de fornication: _la fornication simple_, _le
-concubinage_, _la prostitution_.
-
-
-§ I
-
-DE LA FORNICATION SIMPLE
-
-La fornication simple est celle qui résulte d’un commerce passager avec
-une ou plusieurs femmes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DU CONCUBINAGE
-
-Le concubinage est le commerce d’un homme libre avec une femme libre, et
-qui, demeurant soit dans la même maison, soit dans des maisons séparées,
-vivent ensemble.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ III
-
-DE LA PROSTITUTION
-
-La prostitution est un métier ou un acte: comme métier, c’est la
-condition d’une femme prête à recevoir le premier venu et ordinairement
-pour de l’argent; comme fait, c’est l’union charnelle d’un homme avec
-une telle femme, ou d’une telle femme avec l’homme qui se présente pour
-forniquer.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DU STUPRE
-
-On appelle généralement stupre toute union charnelle illicite. Ainsi,
-dans le _Lévitique_, verset 21, chap. 9, et dans les _Nombres_, verset
-5, chap. 13,--l’union charnelle de la fille d’un prêtre et l’adultère
-sont qualifiés de la même manière. Si quelqu’un accomplit l’acte charnel
-en employant la violence, il tombe,--pour notre diocèse,--dans un cas
-réservé.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le stupre est qualifié par beaucoup de théologiens _violence_, et mieux,
-par d’autres, _défloration illicite d’une vierge_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE TROISIÈME
-
-DU RAPT
-
-Le rapt, par sa nature, est une _violence_ faite à _toute personne_ ou à
-ses parents dans le but d’assouvir la passion.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le rapt diffère de l’adultère parce que l’adultère viole la justice
-d’une autre manière que le rapt. De même le viol d’une jeune fille ivre
-ou endormie constitue un grave péché contre la justice; ce n’est pas un
-rapt mais une tromperie; il en est de même de la corruption sans
-violence d’une personne qui n’a pas l’usage de la raison ou qui ignore
-ce genre de péché.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_ ce que doit faire une femme prise de force afin de ne pas
-être coupable envers Dieu.
-
-_Réponse._ 1º Elle doit intérieurement repousser toute participation au
-plaisir, quelle que soit d’ailleurs la violence extérieure qui lui est
-faite, sans quoi elle pécherait mortellement.
-
-2º Elle doit se défendre de toutes ses forces avec ses pieds, ses mains,
-ses ongles, ses dents et tous autres instruments, mais de manière à ne
-pas tuer ou gravement mutiler l’agresseur. Beaucoup de théologiens
-pensent que la vie et les principaux membres sont plus précieux que
-l’honneur qu’ils supposent ici n’être que matériellement atteint.
-Beaucoup d’autres, cependant, soutiennent l’opinion contraire par des
-raisons puisées dans notre _Théologie morale_, T. 5, p. 392, 4e édit.
-
-3º Si elle espère qu’il puisse lui être porté secours elle doit crier et
-invoquer l’assistance d’autrui; car si elle n’oppose pas les résistances
-qui paraissent en son pouvoir, elle semble consentir.
-
-Or, il vaudrait mille fois mieux mourir que de céder à un pareil danger.
-Aussi, une jeune fille qui se trouve dans cette extrémité, craignant,
-avec raison, de consentir aux sensations vénériennes, est-elle tenue de
-crier, même au péril évident de sa vie, et alors elle est martyre de la
-chasteté. C’est ce que décident généralement les auteurs contre ce petit
-nombre de probabilistes. Mais le danger prochain de consentement écarté,
-il est généralement admis que la jeune fille n’est pas tenue de crier au
-péril de sa vie et de sa réputation, parce que la vie et la réputation
-sont des biens de l’ordre le plus élevé. Mais il est presque impossible,
-comme le dit _Billuart_, t. 13, p. 368, que le danger n’existe pas.
-
-
-ARTICLE QUATRIÈME
-
-DE L’ADULTÈRE
-
-L’adultère, comme son nom l’indique, dit saint Thomas, consiste à entrer
-dans le lit d’autrui. Il peut être commis de trois manières:
-
- 1º Entre un homme marié et une femme libre;
- 2º Entre un homme libre et une femme mariée;
- 3º Entre un homme marié et la femme d’un autre.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: Si une femme qui se livre au coït avec un autre homme, son
-mari consentant, commet un adultère.
-
-_Réponse._ Quelques probabilistes se sont prononcés pour la négative;
-ils ont au moins prétendu que dans ce cas il n’était pas nécessaire de
-déclarer en confession la circonstance d’adultère. Mais Innocent XI a
-condamné la proposition suivante:
-
-_L’union charnelle avec une femme mariée, du consentement du mari, ne
-constitue pas un adultère; il suffit donc de dire en confession que l’on
-a forniqué._
-
-Cette décision du souverain pontife est basée sur une raison évidente.
-En effet, le mari, par la force même du contrat et de la raison qui a
-présidé à l’institution du mariage, a le droit de se servir de sa femme
-selon l’ordre de la propagation de l’espèce, mais il ne peut ni la
-céder, ni la prêter, ni la louer à un autre sous peine de pécher contre
-l’essence du mariage; son consentement ne peut donc enlever en rien à la
-malice de l’adultère.
-
-
-ARTICLE CINQUIÈME
-
-DE L’INCESTE
-
-L’inceste est l’union charnelle entre parents par consanguinité ou par
-alliance aux degrés prohibés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Les théologiens ne sont pas d’accord sur le point de savoir s’il y a une
-seule ou plusieurs espèces d’inceste. Un grand nombre prétendent qu’ils
-sont de différentes espèces parce qu’il y a une malice spéciale dans
-l’union charnelle entre parents par consanguinité qu’on ne trouve pas
-lorsqu’elle a lieu entre parents par alliance. Lorsqu’il s’agit du coït
-d’un fils avec sa mère ou d’un père avec sa fille l’inceste est encore
-différent de l’inceste entre parents d’un degré plus éloigné de
-consanguinité ou d’affinité. C’est ainsi que pense _Concina_ qui dit, T.
-15, p. 282, que cette opinion est la plus ordinaire et la plus probable.
-
-Cependant l’opinion contraire nous paraît plus probable et plus
-ordinaire; tous les incestes, en effet, sont contraires à la même vertu:
-le respect dû à ses parents. Ils diffèrent donc par leur plus ou moins
-de gravité, mais non par une malice particulière; ils sont de la même
-espèce.
-
-Quoi qu’il en soit de cette controverse au point de vue spéculatif, il
-est certain que l’obligation existe de déclarer en confession si
-l’inceste a eu lieu entre parents par alliance ou par consanguinité, en
-ligne directe ou collatérale et à quel degré: sans cela, la malice de
-cet acte ne serait pas suffisamment dévoilée. A qui persuaderait-on, en
-effet, que l’union charnelle d’un fils avec sa mère, d’un frère avec sa
-sœur, etc., est suffisamment déclarée sous la dénomination générale
-d’inceste? On doit donc déclarer les divers degrés auxquels le mariage
-est prohibé.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE SIXIÈME
-
-DU SACRILÈGE
-
-Le sacrilège, en tant que péché de luxure, est la profanation d’une
-chose sacrée par l’acte charnel. Il constitue, indubitablement, une
-espèce de luxure à part, car, outre le péché contre la chasteté, il
-renferme évidemment quelque chose de contraire au respect dû à Dieu.
-
-Par _chose sacrée_ on entend une personne consacrée à Dieu, un lieu
-destiné au culte et tous autres objets spécialement consacrés.
-
-On entend par _lieu consacré au culte_ ou _lieu sacré_ celui que
-l’autorité publique a destiné à la célébration des offices divins ou à
-la sépulture des fidèles; tels sont les églises et les cimetières
-bénits.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Tout acte vénérien accompli volontairement, même d’une manière cachée,
-dans un lieu sacré, entraîne la malice du sacrilège, attendu, suivant
-l’opinion générale, que c’est une irrévérence envers le lieu saint et
-envers Dieu.
-
-Le lieu saint se trouverait souillé par la publicité de cet acte et par
-l’écoulement de la matière séminale, quoiqu’elle ne fût pas répandue sur
-le pavé. _Décret_, Tit. 68, ch. 3, et de la _Consécr._, Tit. 1, ch.
-20.--Ce n’est cependant pas par la publicité que le lieu est souillé,
-mais c’est par elle que la profanation est connue et l’usage en est
-interdit jusqu’à la purification.--_Billuart_, T. 13, p. 404.
-
-Beaucoup d’auteurs prétendent que les regards, les baisers, les discours
-déshonnêtes et les attouchements impurs dans le lieu sacré, même sans
-danger prochain d’éjaculation, entraînent la malice du sacrilège, tant à
-cause du respect dû à Dieu qu’à cause du danger d’éjaculation qui en est
-inséparable. D’autres appuient l’opinion contraire sur l’axiome suivant:
-Il ne faut pas aggraver ce qui a un caractère odieux. Et, d’ailleurs,
-c’est seulement par l’écoulement de la matière séminale que le lieu
-sacré se trouve souillé. Il résulte de cette diversité même d’opinions
-entre les savants que la circonstance du lieu sacré doit être dévoilée,
-surtout si l’acte est par trop honteux, comme de regarder ou de toucher
-les parties vénériennes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’union charnelle même légitime entre époux, accomplie sans nécessité
-dans un lieu sacré, entraîne la malice du sacrilège; les auteurs
-s’accordent généralement sur ce point. D’après _Dist._ 68, c. 3. Si
-cependant cet acte est accompli dans le lieu sacré par pure nécessité,
-comme lorsque deux époux y sont détenus en temps de guerre et qu’ils
-sont en danger prochain d’incontinence s’ils ne pratiquent pas le coït,
-le lieu n’est pas souillé et les époux ne pèchent pas, disent un grand
-nombre de théologiens; car l’Église n’est pas censée prohiber un acte en
-soi licite dans une pareille circonstance.
-
-Mais l’opinion la plus ordinaire, et nous la partageons, est que l’union
-charnelle entre époux est, dans ce cas, illicite et sacrilège, parce
-qu’il est impossible que la nécessité soit telle que l’Église fléchisse
-sur la sévérité d’une loi qui a eu pour but le respect dû à Dieu.
-Chacun, d’ailleurs, par la prière, le jeûne et autres moyens peut calmer
-les aiguillons de la chair, comme il serait tenu de le faire si sa
-_moitié_ était absente, malade ou décédée. C’est cette seule opinion
-qu’il faut admettre dans la pratique. Voy. _Billuart_, T. 13, p. 406, et
-_saint Liguori_, c. 3, nº 458.
-
-Par _choses sacrées_ on entend tous les objets autres que personnes et
-lieux qui sont consacrés au culte divin, comme les ornements et les
-vases sacrés. Il est certain que c’est un honteux sacrilège d’abuser de
-ces choses pour commettre des actes honteux, comme de se servir
-superstitieusement de l’eau bénite, des saintes huiles ou de
-l’eucharistie dans un but de luxure, et d’en frotter les parties
-sexuelles.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Le prêtre qui, en administrant les sacrements, en célébrant la sainte
-messe, ou revêtu des ornements sacrés pour la célébrer, ou même en
-descendant de l’autel, se procure une éjaculation volontaire ou se
-délecte dans les plaisirs vénériens, ne peut être excusé d’un double
-sacrilège. _Saint Liguori_, c. 3, nº 463.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-APPENDICE
-
-DES CLERCS QUI EXCITENT A DES PASSIONS HONTEUSES
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Plusieurs souverains pontifes ont ordonné aux pénitents que leurs
-confesseurs porteraient à des actions déshonnêtes de les dénoncer au
-tribunal de l’Inquisition ou aux évêques du lieu: nous citerons Paul IV,
-6 avril 1564; Clément VIII, 3 décembre 1592, et Paul V, 1608.
-
-Enfin Benoît XIV, par sa constitution, le _Sacrement de pénitence_ du
-1er juin 1741, ordonna:
-
-1º De dénoncer et de punir, selon les circonstances, tous ceux qui, en
-confession ou à l’occasion de la confession, par paroles, signes,
-mouvements, attouchement, écrits à lire, pendant ou après la confession,
-auraient excité à des actions honteuses ou tenu des propos déshonnêtes;
-
-2º D’avertir les prêtres chargés d’entendre les confessions qu’ils sont
-tenus d’exiger de leurs pénitents la dénonciation de ceux qui, de
-quelque façon que ce soit, les auraient excités à des actions honteuses;
-
-3º Il défendit de dénoncer comme coupables les confesseurs innocents ou
-de les faire dénoncer par d’autres et se réserva, pour lui et ses
-successeurs, le cas d’une si exécrable turpitude, à moins que le
-confesseur ne fût à l’article de la mort;
-
-4º Il déclara que les prêtres qui se seraient souillés d’un crime aussi
-infâme ne pourraient jamais absoudre leurs complices, même en temps de
-jubilé, à moins que ce ne fût à l’article de la mort et prononça
-l’excommunication majeure réservée au Saint-Siège contre celui qui
-oserait le faire.
-
-_Ces diverses constitutions pontificales n’ont jamais été publiées en
-France, c’est pourquoi elles n’obligent pas strictement_, à moins de
-statuts diocésains spéciaux.
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LUXURE CONSOMMÉE CONTRE NATURE.
-
-
-La luxure consommée contre nature consiste dans l’effusion de la matière
-séminale d’une façon contraire à la génération, soit en dehors de
-l’union charnelle, soit dans cette union.
-
-On en compte trois espèces différentes:
-
-Les plaisirs voluptueux ou pollution;
-
-La sodomie;
-
-La bestialité.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DE LA POLLUTION
-
-La pollution qu’on appelle aussi plaisir voluptueux ou incontinence
-secrète consiste dans l’effusion de la semence en dehors de toute union
-charnelle.
-
-La semence est une humeur ou sécrétion gluante que le Créateur a
-destinée à la génération et à la conservation de l’espèce: elle diffère
-donc essentiellement de l’urine qui est formée par la sécrétion des
-aliments et que la nature, pour se soulager, rejette comme les
-excréments.
-
-Il y a trois sortes de pollutions:
-
-1º La pollution simple et qualifiée;
-
-2º La pollution volontaire ou involontaire;
-
-3º La pollution volontaire en soi ou dans sa cause.
-
-La pollution est _simple_ quand il ne vient pas s’y ajouter une malice
-étrangère, par exemple, lorsque quelqu’un dégagé de tout lien avec un
-homme ou avec une femme trouve son plaisir dans la masturbation.
-
-On la dit _qualifiée_ lorsqu’à sa propre malice vient s’y ajouter une
-autre, soit de la part de l’objet auquel on pense, soit de la part de
-celui sur lequel on pratique ou de celui qui pratique la masturbation:
-
-1º La masturbation revêt la malice de l’adultère, de l’inceste, du
-stupre, du sacrilège, de la bestialité ou de la sodomie, selon que celui
-qui s’y adonne pense à une femme mariée, à sa parente, etc. Ainsi
-commettrait un horrible sacrilège celui qui porterait des désirs de
-concupiscence sur la bienheureuse Vierge en se livrant à la masturbation
-devant sa statue;
-
-2º De la part de celui sur lequel on pratique la masturbation, s’il est
-marié ou consacré à Dieu par un vœu ou par les ordres sacrés;
-
-3º De la part de celui qui pratique la masturbation, si, par exemple,
-c’est un religieux ou un prêtre.
-
-Toutes ces circonstances doivent nécessairement être dévoilées en
-confession parce qu’elles changent la nature du péché.
-
-La pollution volontaire est celle qu’on pratique directement ou dont on
-recherche volontairement la cause. Elle est involontaire lorsqu’elle se
-produit sans la coopération de la volonté soit à l’état de veille, soit
-pendant le sommeil.
-
-Comme la pollution tout à fait involontaire ne peut être un péché, nous
-n’en parlerons pas ici, en tant que péché.
-
-C’est pourquoi nous traiterons:
-
-1º De la pollution volontaire en soi;
-
-2º De la pollution volontaire dans sa cause;
-
-3º De la pollution nocturne;
-
-4º Des mouvements désordonnés;
-
-5º De la conduite des confesseurs à l’égard de ceux qui ont l’habitude
-de se livrer à la pollution.
-
-
-§ I
-
-DE LA POLLUTION VOLONTAIRE EN SOI.
-
-Plusieurs probabilistes ont prétendu, avec _Caramuel_, que la
-masturbation n’était pas défendue par la loi naturelle; que l’éjection
-de la semence pouvait être comparée à un excès de sang, de lait, d’urine
-et de sucre et que, par conséquent, si ce n’étaient les prohibitions de
-la loi positive, il serait permis de provoquer l’éjaculation comme utile
-à la santé toutes les fois que la nature le demanderait. En cela ils
-sont contraires à l’opinion de tous les théologiens.
-
-PROPOSITION.--_La masturbation considérée en elle-même est un grave
-péché contre nature._
-
-Cette proposition est conforme à l’Écriture sainte, à l’autorité
-d’Innocent XI, à l’opinion unanime des théologiens et de la raison.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il a été certainement dans l’esprit du Créateur d’affecter la semence
-humaine et l’acte vénérien tout entier à la procréation et à la
-perpétuité de l’espèce. S’il était permis de se livrer une fois à la
-masturbation, il n’y aurait pas de raison pour n’y pas revenir, et c’est
-ce qu’on ne peut admettre. De plus, on est exposé par le plaisir qui est
-inséparable de la masturbation, au danger d’en contracter l’habitude; et
-nous établirons plus loin que c’est une grave faute de se livrer à la
-masturbation à cause des fâcheux résultats qu’elle entraîne...
-
-... D’où on doit conclure, qu’il n’est jamais permis de provoquer
-directement l’éjaculation même quand il s’agit de conserver la santé ou
-la vie, car, pratiquée même dans ce but, la fornication est un acte
-illicite; et la comparaison faite par Caramuel de la semence humaine
-avec le sang, le lait, l’urine et la sueur, n’a pas de valeur, puisque
-la destination de l’une est tout à fait différente de celle des autres.
-On ne doit pas non plus se baser sur ce qu’il est quelquefois permis de
-pratiquer la saignée ou d’amputer un membre et même les vases
-spermatiques,--le phallus et les testicules,--car le sang et les membres
-sont subordonnés à la santé de l’individu et peuvent être enlevés dans
-le but de lui conserver la vie; le sperme, au contraire, n’a pas été
-créé en faveur de l’individu mais bien pour la conservation de l’espèce.
-Du reste, une saignée ou une amputation ne peuvent entraîner aucun
-danger, et on ne saurait en dire autant de la masturbation.
-
-
-§ II
-
-DE LA POLLUTION VOLONTAIRE DANS SA CAUSE.
-
-On distingue ordinairement deux causes de pollution: une prochaine et
-une éloignée. Les causes prochaines tendent par elles-mêmes à
-l’éjaculation, comme les attouchements des parties génitales sur soi ou
-sur autrui, les regards que l’on porte sur elles, les paroles obscènes
-ou amoureuses, et les pensées honteuses.
-
-Les causes éloignées influent d’une manière moins directe sur la
-pollution: ce sont les excès dans le boire et le manger, l’étude des
-questions vénériennes, la confession, etc.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il est certain:
-
-1º Que celui qui, volontairement, même pour un instant, sans intention
-et pour une cause accidentelle se complaît dans la masturbation, pèche
-mortellement. C’est ce que personne ne niera.
-
-2º Il en est de même de celui qui fait une action influant directement
-sur l’éjaculation, en touchant ou regardant amoureusement sur soi ou sur
-autrui les parties qui doivent rester voilées et qui paraît désirer
-l’éjaculation qui peut en résulter, ne chercherait-il pas à la
-provoquer; c’est de toute évidence.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3º En cas de grave nécessité, l’action qui tend à un but légitime ne
-fournit pas matière à pécher... Ainsi ne pèche pas le chirurgien qui,
-pour guérir une infirmité ou faire un accouchement, touche ou regarde
-les parties pudiques d’une femme et qui, à cette occasion, éprouve les
-effets de la masturbation, pourvu cependant qu’il n’y consente pas,
-s’exposerait-il même au danger du consentement. Mais, il serait obligé
-de renoncer à son art s’il tombait fréquemment dans ce danger; car la
-nécessité de son propre salut doit l’emporter sur toutes les autres.
-
-4º Ne pèche pas celui qui, pour son utilité ou celle d’autrui, fait une
-action qu’il sait être de nature à amener l’éjaculation... Aussi, est-il
-permis d’étudier, dans un but honnête, les _choses_ vénériennes,
-d’entendre les confessions de femmes, de converser avec elles d’une
-manière utile et honnête, de leur rendre visite et de les embrasser à la
-manière des parents...
-
-5º On pèche mortellement en faisant une action véniellement mauvaise si
-elle influe sur la pollution d’une manière prochaine: cela résulte de ce
-qui vient d’être dit. Ainsi, celui qui est trop sensible aux aiguillons
-de la chair, qui éjacule lorsque ses regards se portent sur certaines
-parties du corps d’une femme, ou lorsqu’il touche ses mains ou s’il
-presse ses doigts, ou s’il cause avec elle ou quand il l’embrasse d’une
-manière honnête mais sans motif, ou lorsqu’il assiste à des bals,
-celui-là devra s’abstenir de ces actions sous peine de péché mortel.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ III
-
-DE LA POLLUTION NOCTURNE
-
-Par pollution nocturne on entend l’éjaculation qui se produit pendant le
-sommeil. Si le sommeil est imparfait, l’éjaculation peut être
-semi-volontaire, et le péché, par conséquent, véniel. L’éjaculation
-n’étant nullement volontaire dans le sommeil parfait ne peut entraîner
-de péché; car, dans ce cas, elle ne peut être mauvaise que dans sa
-cause.
-
-Il est certain que celui ou celle qui a préparé une cause dans
-l’intention de provoquer l’éjaculation pendant le sommeil, en prenant
-certaines positions dans son lit, ou par des attouchements voluptueux,
-ou par des lectures de roman, pèche mortellement.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: 1º Ce que doit faire celui qui, en s’éveillant, s’aperçoit
-qu’il est sur le point d’éjaculer?
-
-_Réponse._ Il doit élever son esprit vers Dieu, l’invoquer, faire le
-signe de la croix, s’abstenir de provoquer l’écoulement de la semence,
-renoncer au plaisir voluptueux; pourvu qu’il agisse ainsi, il peut se
-considérer comme exempt de péché, et il n’est pas tenu de contenir
-l’impétuosité de la nature; car déjà la sécrétion des humeurs s’est
-faite dans les vases spermatiques; il est nécessaire que l’éjaculation
-se fasse immédiatement ou plus tard, sans quoi le sperme venu des reins
-se corromprait au détriment de la santé.
-
-_On demande_: 2º S’il est permis de se réjouir de l’éjaculation
-lorsqu’elle se produit dégagée de tout péché, en tant qu’elle décharge
-la nature, ou de la désirer à ce point de vue?
-
-_Réponse._ Les auteurs enseignent généralement qu’il est permis de se
-réjouir des bons effets de la pollution involontaire qui se produit soit
-pendant le sommeil, soit pendant la veille. Car, sous ce rapport, elle
-opère un bon résultat.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: 3º Ce que l’on doit penser de la _distillation du sperme_?
-
-_Réponse._--La distillation est l’écoulement qui se fait goutte à
-goutte, et sans mouvements de concupiscence, d’une semence imparfaite ou
-autre humeur muqueuse. Si elle se produit sans plaisir vénérien, comme
-il arrive quelquefois à cause de la faiblesse des organes ou des
-chatouillements provenant d’un prurit insupportable, il ne faut pas,
-disent _Cajetan_ et les théologiens en général, s’en occuper plus que de
-la sueur.
-
-
-§ IV
-
-DES MOUVEMENTS DÉSORDONNÉS
-
-Ces mouvements consistent en certaines commotions des parties génitales
-qui disposent plus ou moins à l’éjaculation; ils peuvent être graves ou
-légers; graves lorsqu’ils sont accompagnés d’un danger prochain
-d’éjaculation; légers dans le cas contraire.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: Si celui qui reste indifférent aux mouvements voluptueux
-qui se produisent en dehors de sa volonté, qui ne les approuve ni ne les
-désapprouve, commet un péché et quelle en est la gravité?
-
-_Réponse._ Tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’une pareille
-indifférence est un péché véniel, car l’esprit est tenu d’éprouver de la
-répugnance pour les mouvements voluptueux désordonnés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ V
-
-DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DE CEUX QUI SE LIVRENT A LA
-MASTURBATION
-
-Il n’y a pas de vice plus nuisible sous tous les rapports aux jeunes
-gens et aux jeunes filles que l’habitude de se livrer à la pollution,
-c’est-à-dire, de se masturber.
-
-En effet, ceux qui ont pris cette mauvaise habitude tombent dans
-l’endurcissement, l’hébétement, le dégoût de la vertu et le mépris de la
-religion.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Voici le moyen pour le confesseur de découvrir si son pénitent se livre
-à la masturbation: d’abord interroger le pénitent sur les pensées, les
-paroles déshonnêtes, les nudités devant d’autres personnes et les
-attouchements sur soi ou sur d’autres, ou ce qu’il a permis à d’autres
-de lui faire. S’il n’est pas encore arrivé à l’âge de puberté, il ne
-doit pas être interrogé sur la masturbation; car il n’est pas probable
-qu’il l’ait pratiquée, à moins qu’il ne paraisse très corrompu. Mais
-s’il est pubère, qu’il ait pratiqué des attouchements impudiques avec
-d’autres personnes et surtout qu’il ait couché avec des enfants plus
-âgés que lui, il est moralement certain qu’il y a eu éjaculation, et il
-est suffisamment clair que la masturbation s’est faite.
-
-Le confesseur peut cependant dire prudemment:
-
-_Avez-vous ressenti des mouvements dans le corps (ou dans la
-chair)?--Avez-vous éprouvé dans les parties secrètes une agréable
-délectation après laquelle les mouvements se sont calmés?_
-
-Si le pénitent répond oui, il est raisonnable de penser qu’il s’est
-masturbé; car les mouvements violents suivis d’un plaisir semblable
-indiquent d’une manière certaine que l’éjaculation s’est produite, qu’il
-s’agisse de l’un ou de l’autre sexe.
-
-L’écoulement est toujours extérieur chez les mâles; mais l’éjaculation
-ne se produit pas de la même manière chez les femmes, puisqu’il est
-probable aujourd’hui que les femmes ne répandent pas de sperme.
-Cependant, à la suite de mouvements désordonnés, il y a souvent
-écoulement intérieur, et rarement extérieur, d’une espèce d’humeur
-muqueuse. Pendant que cet écoulement a lieu, se produisent des
-sensations extrêmement agréables, qu’on désigne plus particulièrement
-sous le nom de _jouissance_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DE LA SODOMIE
-
-Saint Thomas, 2. 2, q. 154, art. 11, définit ainsi cette monstrueuse
-corruption qui tire son nom des habitants de Sodome: _Accouplement entre
-deux personnes du même sexe, par exemple d’un homme avec un homme, ou
-d’une femme avec une femme_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Peu importe le _vase_ dans lequel pratiquent le coït, les mâles entre
-eux ou les femmes entre elles, que ce soit dans le vase de devant ou
-dans celui de derrière,--dans la matrice ou dans l’anus--ou sur une
-autre partie du corps, puisque la malice de la sodomie consiste dans
-l’affection pour le sexe _interdit_, et que, dans son genre, elle est
-complète, par l’application en manière d’union charnelle, des parties
-génitales sur une partie du corps d’une personne du même sexe. Il n’y a
-cependant pas sodomie, parce qu’il n’y a pas union charnelle, lorsqu’on
-applique seulement les mains, les pieds ou la bouche sur les parties
-génitales d’un autre,--homme ou femme--l’éjaculation se produirait-elle
-des deux côtés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il y a une autre espèce de sodomie qui consiste dans l’union charnelle
-entre personnes de différents sexes, mais hors du _vase_ naturel: dans
-la partie de derrière, c’est-à-dire dans l’anus, ou dans la bouche,
-entre les seins, entre les jambes ou les cuisses, etc. Quoique ce genre
-d’infamie ne tombe pas sous les peines portées contre la sodomie
-proprement dite, il n’en est pas moins certain que cet acte contre
-nature constitue un crime énorme et, dans notre diocèse, c’est un cas
-réservé.
-
-
-ARTICLE TROISIÈME
-
-DE LA BESTIALITÉ
-
-La bestialité résulte de l’accomplissement des actes vénériens avec des
-êtres appartenant à l’animalité, c’est-à-dire avec des animaux, des
-bêtes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Quelle que soit l’espèce à laquelle appartienne l’animal, le péché ne
-change pas de nature, et la différence des sexes ne l’aggrave pas
-beaucoup, parce que sa malice vient de ce qu’il est contre nature. Il
-n’est donc pas nécessaire de faire connaître en confession l’espèce, le
-sexe et les autres qualités des bêtes, mais il faut dire si le péché a
-été accompli par l’écoulement de la semence ou s’il y a eu seulement
-essai. Dans notre diocèse, l’un et l’autre de ces cas sont réservés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-DES PÉCHÉS DE LUXURE NON CONSOMMÉE
-
-
-La luxure non consommée est celle qui n’arrive pas jusqu’à l’écoulement
-de la semence. A cette espèce se rapportent: la délectation _morose_ ou
-contemplative, les baisers, les attouchements et regards impudiques, la
-parure des femmes, les peintures et sculptures indécentes, les paroles
-déshonnêtes, les danses, bals et spectacles. Nous traiterons rapidement
-ces divers sujets au point de vue pratique.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DE LA DÉLECTATION MOROSE
-
-Sous ce titre sont comprises toutes les pensées mauvaises en fait de
-luxure, à savoir: le désir, le plaisir et la délectation morose ou
-contemplative.
-
-Le désir est un acte de la volonté qui a pour objet une action mauvaise
-comme la fornication, ou qui a pour but d’arriver à l’accomplissement de
-cette action.
-
-Le plaisir, au contraire, se rapporte au passé: c’est la délectation
-dans le souvenir d’une mauvaise action, comme, par exemple, quand on
-évoque le souvenir d’un acte charnel déjà accompli, ou de mauvais propos
-qui ont été tenus.
-
-La fornication morose ou contemplative n’est autre chose que le
-ressouvenir d’une action mauvaise que l’imagination nous représente
-comme réelle, mais sans désir de l’accomplir; par exemple, lorsqu’on
-s’imagine qu’on se livre à la fornication.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: s’il est permis aux personnes mariées et veuves de prendre
-plaisir à la pensée de l’acte charnel--le coït--à venir ou passé?
-
-_Réponse_: 1º Les fiancés et les veufs ne pèchent pas en pensant que le
-plaisir est attaché à ces actes, ni en prévoyant qu’ils éprouveront ce
-plaisir ou en se souvenant qu’ils l’ont éprouvé; car il est évident que
-cette notion n’est pas le plaisir dans l’acte vénérien.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Réponse_: 2º Pèchent mortellement les personnes fiancées, ou les
-personnes veuves, qui donnent leur consentement à la délectation
-charnelle que produit en elles la prévision de l’acte futur ou le
-souvenir de l’acte passé; car elles se figurent l’acte charnel comme
-s’accomplissant actuellement et elles y prennent volontairement plaisir.
-Or, l’acte charnel s’accomplissant actuellement est, à leur égard, une
-fornication, puisqu’elles ne sont pas mariées.
-
-_Réponse_: 3º L’époux qui, en l’absence de son épouse, prend plaisir à
-l’acte charnel comme s’accomplissant actuellement, commet probablement
-un péché mortel, surtout si les esprits génitaux en sont gravement
-agités, non pas précisément parce qu’il consent à une chose qui lui est
-défendue, mais parce qu’il s’expose ordinairement à un grave danger
-d’éjaculation.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DES BAISERS, DES ATTOUCHEMENTS, DES REGARDS IMPUDIQUES ET DE LA PARURE
-DES FEMMES
-
-Nous ferons observer qu’il ne s’agit pas ici des baisers, attouchements,
-etc., entre personnes mariées, mais entre personnes libres: nous
-parlerons ailleurs des personnes mariées.
-
-
-§ I
-
-DES BAISERS
-
-1º Les baisers sur les parties honnêtes du corps, comme la main et la
-joue, ne sont pas mauvais de leur nature, même entre personnes de sexe
-différent: cela est conforme à l’opinion générale et à la pratique
-partout admise dans le monde.
-
-D’où il suit: 1º Qu’on ne trouve aucune espèce de mal dans les baisers
-que les enfants incapables de passions sont dans l’habitude d’échanger.
-
-2º Qu’il n’y a pas de péché dans les baisers que donnent aux enfants qui
-leur sont confiés les mères, les nourrices, etc.
-
-3º Ni, ordinairement du moins, dans ceux que d’autres personnes, hommes
-ou femmes, donnent aux enfants en bas âge de l’un ou l’autre sexe.
-
-4º Les baisers même honnêtes, motivés par la passion, donnés ou reçus,
-entre personnes du même sexe ou de sexe différent, sont des péchés
-mortels. Mais les baisers sur les parties inusitées du corps, par
-exemple sur la poitrine, sur les seins, ou à la mode des colombes en
-introduisant la langue dans la bouche d’une autre personne, sont
-présumés avoir la passion pour mobile, ou du moins mettent dans un grave
-danger d’y succomber et pour cette raison, ne peuvent être excusés de
-péché mortel.
-
-5º Il est certain qu’on doit regarder comme péchés mortels les baisers,
-mêmes honnêtes, qui mettent dans le danger prochain de pollution ou de
-mouvements de violente passion, à moins que, par hasard, il n’y ait de
-graves raisons de les donner ou de les permettre; car c’est pécher
-mortellement que de s’exposer au danger sans nécessité.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DES ATTOUCHEMENTS IMPUDIQUES
-
-1º Je suppose des attouchements faits sur soi ou sur d’autres sans
-intentions lubriques; car alors ce seraient des péchés mortels.
-
-2º Si ces attouchements sont faits par pure nécessité, comme pour
-soigner des infirmités, ce ne sont nullement des péchés, mettraient-ils
-en mouvement les esprits génitaux et exciteraient-ils la pollution,
-pourvu qu’il n’y ait pas consentement; cela résulte de ce que nous avons
-dit plus haut en parlant de la pollution.
-
-3º On ne saurait excuser du péché mortel ceux qui, sans cause légitime,
-se livrent à des attouchements honteux sur des personnes de l’un ou
-l’autre sexe, à cause du danger évident de la commotion des esprits et
-de la pollution.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-4º Une femme pécherait mortellement si, même sans être dominée par la
-passion, elle permettait des attouchements sur ses parties pudiques ou
-sur celles qui les avoisinent, sur les cuisses ou bien sur les seins;
-car alors elle s’exposerait évidemment au danger vénérien et
-participerait, en plus, à la passion d’autrui; elle devrait repousser
-aussitôt l’agresseur, le réprimander, le frapper, repousser violemment
-la main, le fuir ou crier si elle pouvait compter sur du secours.
-_Billuart_, t. 13, p. 473.
-
-5º Celui qui se complaît _sans motif_ dans les attouchements des parties
-vénériennes commet un péché véniel ou mortel, suivant le danger qu’il
-court de ne pas s’arrêter là. En effet, le danger n’est pas le même pour
-tout le monde; chez beaucoup de personnes, les sens sont ébranlés par
-les moindres attouchements qui les mettent dans le danger prochain de
-pollution; d’autres ont l’insensibilité du bois et de la pierre. Ces
-derniers, donc, ne sont point tenus à une aussi grande vigilance que
-ceux qui sont plus portés aux actes vénériens.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-6º On ne doit pas regarder comme constituant des péchés mortels les
-attouchements faits, en jouant ou par légèreté, sur les parties honnêtes
-d’une autre personne, soit du même sexe, soit de sexe différent,
-lorsqu’il n’y a pas grave danger d’exciter les passions.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Mais au contraire, le jeune homme qui attire une jeune fille sur ses
-genoux, l’y retient assise ou l’étreint en l’embrassant, commet, du
-moins ordinairement, un péché mortel, et on ne peut pas davantage
-excuser d’un semblable péché la femme qui s’y prête volontiers.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-7º C’est un péché mortel, rentrant dans la catégorie de la bestialité,
-de toucher, d’une manière lascive, les parties génitales des animaux.
-C’est encore un péché mortel de les manier par curiosité, par
-plaisanterie ou légèreté, jusqu’à l’écoulement de la semence, non pas à
-cause de la déperdition de la semence de la bête, mais parce que cette
-action excite fortement les passions de celui qui s’y livre. Voy. _S.
-Liguori, l. 3, nº 420_, _Collet_, _Billuart_ et beaucoup d’autres.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ III
-
-DES REGARDS IMPUDIQUES
-
-L’expérience prouve que les regards influent moins sur l’acte vénérien
-que les attouchements; il est certain cependant que ce sont très souvent
-des péchés mortels ou véniels, suivant l’intention, le consentement ou
-le danger qui en résulte.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Ne pèchent peut-être pas mortellement, même ceux ou celles qui se
-regardent entre eux à l’état de nudité et qui n’ont pas atteint l’âge de
-puberté, parce que de pareilles passions n’existent pas encore chez eux.
-On devrait autrement décider s’ils couraient un grave danger.
-
-Pèche mortellement celui qui se complaît à regarder ses propres parties
-pudiques, car il est presque impossible que ces regards ne fassent pas
-naître chez lui des mouvements lubriques. Il en serait autrement s’il
-les regardait par pure curiosité, et surtout s’il y avait lieu de
-présumer qu’il n’a pas couru un grave danger. Il n’y aurait pas de péché
-si, tout danger de lubricité écarté d’ailleurs, ces regards étaient
-nécessaires ou utiles.
-
-C’est un péché mortel de regarder complaisamment--_morosè_--les seins
-nus d’une belle femme, à cause du danger inséparable de ces regards.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Ce n’est pas un péché mortel de regarder, par simple curiosité, les
-parties génitales des animaux ou d’assister à leur coït; car il n’en
-résulte pas, d’ordinaire, un grave danger.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ IV
-
-DE LA PARURE DES FEMMES
-
-_S. Thomas, 22, q. 169, art. 2_, _Sylvius, t. 3, p. 871_, _Pontas_,
-_Collet_, _Billuart_, _etc._, donnent un traité spécial sur la parure
-des femmes.
-
-Les soins du corps peuvent être étudiés sous un quadruple point de vue:
-
-1º Le protéger contre les injures de l’air;
-
-2º Couvrir les parties pudiques;
-
-3º Conserver, selon la mode, la décence qui convient à son état;
-
-4º Augmenter sa beauté et plaire à autrui.
-
-Les premier et deuxième aspects de la question sont nécessaires; le
-troisième est convenable et licite, car il est conforme à la raison que
-chacun conserve, selon la mode, la décence qui convient à son état. Nous
-parlerons donc de la parure considérée du quatrième point de vue.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-C’est évidemment un péché mortel de prendre les vêtements d’un autre
-sexe avec des intentions ou grave danger de lubricité, ou lorsqu’il en
-résulte un grand scandale. Il n’y a point de péché lorsqu’on les prend
-par nécessité, par exemple, pour se cacher ou parce qu’on n’en a pas
-d’autres, pourvu qu’il n’en résulte ni scandale ni danger.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Ceux qui, dans les réunions publiques, portent des vêtements étrangers
-et bizarres et des masques peuvent rarement être excusés de péché mortel
-à cause de l’inconvenance, du danger et du scandale qui en résultent.
-Sont également coupables de péché mortel ceux qui confectionnent ou
-vendent ces vêtements ou ces masques pour servir uniquement à un pareil
-usage. Il n’en est pas ainsi de ceux qui regardent les personnes
-masquées et s’en amusent, à moins que sous un autre rapport, comme
-clercs par exemple, ils ne donnent matière à scandale.
-
-8º C’est un péché mortel, pour une femme, de se découvrir les seins ou
-de les laisser voir sous une étoffe trop transparente; car c’est là une
-grave provocation à la lubricité, dit Sylvius, _t. 3, p. 872_. Par
-contre, ce n’est pas un péché mortel de découvrir un peu la gorge en se
-conformant à la mode, lorsque c’est sans mauvaises intentions et qu’il
-n’en résulte aucun danger; c’est la décision de _S. Antoine_, de
-_Sylvius_, de _S. Liguori, l. 2, nº 55_, etc.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE TROISIÈME
-
-DES DISCOURS DÉSHONNÊTES, DES LIVRES OBSCÈNES, DES DANSES OU DES BALS ET
-DES SPECTACLES
-
-
-§ I
-
-DES DISCOURS DÉSHONNÊTES
-
-Les discours déshonnêtes de leur nature ne sont pas mauvais en soi comme
-le prouve l’exemple des médecins, des théologiens, des confesseurs,
-etc., qui, sans pécher, peuvent traiter les sujets honteux.
-
-Il y a péché mortel, au contraire, dans toute parole obscène et dans de
-simples équivoques lancées dans un but de lubricité ou de délectation
-charnelle volontaire, ou bien faisant courir à soi-même ou aux autres un
-grave danger de consentement. Bien plus, ces péchés s’aggravent en
-raison du nombre de personnes qui écoutent et auxquelles ils sont
-nuisibles. Cela est de toute évidence, d’après ce que nous venons de
-dire.
-
-Ce serait, par conséquent, un péché mortel de parler d’une manière
-gravement obscène, de prononcer le nom des parties pudiques de l’autre
-sexe, de parler du coït et des modes du coït, le ferait-on sans
-délectation, par légèreté, pour exciter le rire: car ces propos sont de
-nature à provoquer des mouvements lubriques, _surtout_ chez les
-personnes _non mariées_ et encore jeunes, selon ces paroles de _S. Paul_
-aux _Corinth._, I, _Épit. 15_, 33: _Les mauvais discours corrompent les
-bonnes mœurs._
-
-Ce n’est pas un péché mortel de tenir des discours légèrement obscènes
-et équivoques sous le frivole prétexte du besoin de parler, ou de les
-tenir en plaisantant, à moins que ceux qui les entendent ne soient assez
-faibles pour en être scandalisés.
-
-Les entretiens sur des sujets voluptueux, dans des lieux écartés, entre
-des personnes de sexe différent, surtout s’ils se prolongent et se
-répètent souvent, sont très dangereux et le signe du naufrage prochain
-de la chasteté; on doit donc les éviter avec soin quoiqu’on ne puisse
-pas toujours les considérer comme des péchés mortels.
-
-Les jeunes confesseurs doivent éviter, avec le plus grand soin d’exciter
-une trop vive sensibilité chez les jeunes filles ou les femmes et de
-s’en faire aimer.
-
-Nous conseillons surtout aux jeunes confesseurs de ne jamais retenir les
-jeunes femmes auprès d’eux, de ne pas les visiter, de ne pas parler
-familièrement avec elles, et, à plus forte raison de ne pas les
-embrasser et de ne pas les introduire dans leur chambre.
-
-
-
-
-SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DU MARIAGE
-
-
-Il existe des questions nombreuses d’une grave importance et sur
-lesquelles on est appelé à se prononcer chaque jour, concernant le
-traité du mariage, et que la prudence ne permet pas d’exposer dans un
-cours public de théologie. Les prêtres qui sont à la veille d’être
-revêtus des redoutables fonctions de directeur des âmes ne devant pas
-ignorer ces questions, nous avons l’habitude de les exposer et de les
-développer devant nos diacres. On peut ramener ces questions à deux
-principales, savoir:
-
-1º De l’empêchement par impuissance;
-
-2º Du devoir conjugal.
-
-
-
-
-PREMIÈRE QUESTION
-
-DE L’EMPÊCHEMENT PAR IMPUISSANCE
-
-
-L’essence du mariage est l’acte charnel consommé et accompli--le
-_coït_.--Le mariage est consommé par l’écoulement de la semence de
-l’homme, ou _sperme_, dans le vase naturel de la femme--le vagin--ou par
-l’accouplement de l’homme et de la femme,--le membre viril introduit
-dans la matrice--de telle manière qu’ils ne forment qu’une seule et même
-chair, selon ces paroles de la Genèse: _Et ils seront deux dans une même
-chair._
-
-Toutes les fois que le membre viril devenu rigide a pénétré dans le
-vagin, et que l’écoulement de la semence de l’homme a eu lieu, le
-mariage est réputé consommé, abstraction faite d’un écoulement analogue
-chez la femme, chose que d’ailleurs on ne peut pas reconnaître
-positivement et qui, d’après beaucoup de personnes, n’est absolument
-nécessaire ni à la conception ni à l’accomplissement de l’acte conjugal.
-L’impuissance n’est donc pas autre chose que l’impossibilité de
-consommer le mariage dans les conditions plus haut exposées.
-
-Par conséquent, ceux qui n’ont qu’un testicule ne sont pas impuissants,
-car ils peuvent introduire leur membre dans le vagin d’une femme et
-répandre la semence prolifique. On ne doit pas non plus regarder comme
-impuissants les vieillards même décrépits. On a vu, en effet, des
-centenaires avoir des enfants de leur commerce avec de très jeunes
-filles.
-
-Les femmes stériles ne sont pas, pour ce motif, impuissantes; car il
-peut arriver que l’introduction du membre viril ait lieu et qu’elles
-reçoivent la semence de l’homme sans la retenir ou que toute autre cause
-les empêche de concevoir. Lorsque l’écoulement de la semence a lieu dans
-le vase naturel,--c’est-à-dire dans la matrice,--l’acte conjugal est
-accompli et l’impuissance n’existe pas, quoique, par suite de
-circonstances accidentelles, la conception n’ait pas lieu. Sont au
-contraire réellement impuissants les vieillards trop faibles pour
-introduire leur membre dans le vagin d’une femme, ou tellement décrépits
-que, chez eux, l’éjaculation ne puisse plus se manifester. Il en est de
-même de ceux auxquels manquent les deux testicules ou qui, par accident,
-ont eu les testicules broyés, parce qu’ils ne peuvent produire la
-semence prolifique.
-
-On constate plusieurs espèces d’impuissance:
-
-L’impuissance naturelle est celle qui provient d’une cause naturelle et
-intrinsèque; chez l’homme, par exemple, une froideur invincible qui
-s’oppose à une érection suffisante, une trop grande surexcitation qui
-occasionne l’écoulement de la semence avant que l’acte charnel ait pu
-s’accomplir, ou bien l’absence de la verge ou des testicules; chez la
-femme, le rétrécissement des parties génitales, qui s’oppose à
-l’introduction du membre viril, ce qui se rencontre chez beaucoup de
-femmes.
-
-L’impuissance absolue est celle qui rend une personne impuissante à
-l’égard de toute autre; c’est le cas d’un homme privé de ses deux
-testicules ou qui est d’un tempérament absolument froid.
-
-L’impuissance relative diffère de l’impuissance absolue en ce qu’elle se
-rapporte à telle ou telle personne et non à la généralité; une femme,
-par exemple, peut avoir le vagin trop étroit pour le membre viril de son
-mari et non pour celui d’un autre homme; enfin, un homme peut se trouver
-sous l’influence d’un maléfice ou éprouver de la froideur pour une jeune
-fille et non pour une autre.
-
-L’impuissance perpétuelle est celle dont on ne guérit pas avec le temps,
-pour laquelle se trouvent sans effet les remèdes naturels et licites.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: Si un homme et une femme, bien instruits de leur commune
-impuissance ou de celle de l’un d’eux, peuvent contracter mariage avec
-l’intention de se prêter un mutuel secours et de rester toujours dans la
-chasteté.
-
-_Réponse_: _Sanchez, l. 7. disp. 97, nº 13_, et beaucoup d’autres
-théologiens qu’il cite affirment que le mariage est licite dans ce cas,
-et ils appuient leur opinion des preuves suivantes: ceux qui ont
-contracté mariage, quoique atteints d’une pareille infirmité, peuvent
-habiter ensemble comme frère et sœur, en évitant le danger de tomber
-dans le péché; si donc ils pensent raisonnablement que ce danger n’est
-pas à craindre, ils peuvent s’épouser en vue de s’aider mutuellement,
-malgré la connaissance qu’ils ont de leur impuissance. C’est ainsi que
-la bienheureuse Vierge et S. Joseph contractèrent un vrai mariage avec
-l’intention formelle de se conserver chastes et de ne pas user du coït.
-
-_On demande_: Ce que doit faire une femme qui sait positivement que son
-mari est impuissant et qui a un enfant des œuvres d’un autre homme,
-lorsque son mari, qui se croit le père de cet enfant, veut user de ses
-droits conjugaux.
-
-_Réponse_: Il faut d’abord s’assurer si la femme ne considère pas comme
-certaine une impuissance qui est tout au plus douteuse; mais en
-supposant que l’impuissance soit certaine, elle ne doit autoriser aucune
-licence, devrait-elle s’exposer à de grands désagréments en repoussant
-son mari, car elle ferait des actes intrinsèquement mauvais; dans cette
-fâcheuse hypothèse, elle doit s’y prendre de son mieux pour persuader à
-son mari qu’il doit, dorénavant, vivre dans la continence sous prétexte,
-par exemple, qu’il est vieux ou qu’un seul enfant suffit à leur bonheur,
-et en affirmant qu’elle a en horreur l’acte conjugal, etc. Si un jour le
-mari vient à partager cette manière de voir, elle pourra lui parler en
-ces termes: _Afin de ne pas succomber à la tentation et pour ne pas être
-détournés de notre résolution, faisons ensemble vœu de continence
-perpétuelle._ Si le mari consent à faire ce vœu, la femme pourra se
-considérer comme étant à l’abri de nouvelles sollicitations; elle pourra
-repousser ses caresses, s’il voulait encore user des licences
-conjugales, et cela sans donner lieu à aucun soupçon de sa part; elle
-donnera pour prétexte à ses refus leur double vœu. La femme ne doit pas
-oublier qu’elle est tenue de réparer le préjudice qu’elle a causé à son
-mari ou à ses héritiers, en introduisant un bâtard dans la famille,
-ainsi que nous l’avons dit dans le traité de la restitution.
-
-_On demande_: quelle est la conduite à tenir lorsqu’on ne sait pas d’une
-manière positive si l’impuissance est temporaire ou si elle est
-perpétuelle.
-
-_Réponse_: Il s’agit de l’impuissance naturelle et intrinsèque ou bien
-de l’impuissance par maléfices. Dans le premier cas, à moins qu’il ne
-s’agisse d’un défaut de conformation ou de l’absence d’une partie
-essentielle des organes de la génération, il appartient uniquement aux
-médecins de se prononcer sur la nature et la durée de cette impuissance,
-dont les signes principaux sont chez l’homme:
-
-1º La difformité des parties génitales, de la verge, par exemple son
-volume trop grand ou trop petit;
-
-2º Une insensibilité absolue mettant empêchement à l’écoulement de la
-semence prolifique;
-
-3º Une aversion naturelle pour tout commerce charnel et pour tout acte
-vénérien;
-
-4º Une mauvaise conformation des testicules.
-
-Cette impuissance se reconnaît chez la femme:
-
-1º Lorsque l’utérus ou vagin est trop étroit ou complètement fermé;
-
-2º Lorsqu’il est mal placé ou que la matrice se trouve dans une position
-anormale.
-
-Les canonistes, et surtout les évêques, ont à se prononcer sur
-l’impuissance qui provient des maléfices et qu’on reconnaît à certains
-indices:
-
-1º Lorsque la femme, qui d’ailleurs aime son mari, ne peut supporter son
-approche croyant qu’il ne pourra pas se livrer avec elle à l’acte
-conjugal;
-
-2º Lorsque deux époux, au moment de se livrer au coït, sont subitement
-pris d’une haine violente l’un pour l’autre, quoiqu’ils s’aiment
-d’ailleurs;
-
-3º Lorsqu’un mari, qui n’est pas impuissant avec les autres femmes, ne
-peut accomplir le coït avec la sienne, quoiqu’elle n’ait pas le vagin
-trop étroit et qu’elle n’oppose pas de résistance à l’accomplissement de
-l’acte conjugal.
-
-Quoi qu’en disent certaines personnes dont _l’opinion_--suivant St
-Thomas, _Suppl., q. 58, art. 2_--_a sa source dans l’infidélité ou
-l’incrédulité_, il est certain que l’impuissance peut provenir d’un
-maléfice. C’est ce que supposent de nombreux conciles et presque tous
-les rituels, et c’est ce que reconnaissent tous les théologiens.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: Quelles sont les précautions dont le confesseur doit user
-à l’égard des époux et quels sont les conseils qu’il doit leur donner.
-
-Il doit examiner avec une extrême attention si l’impuissance, qu’on
-attribue à une cause naturelle, ne provient pas d’un excès de passion ou
-d’autres causes dont on peut prévenir les effets; car alors il faudrait
-employer des remèdes naturels pour combattre l’impuissance; les médecins
-indiquent et prescrivent certains remèdes pour cet objet. Il existe
-plusieurs causes naturelles qui éloignent l’homme du coït et qu’on peut
-faire disparaître avec ou sans le secours des médecins, par exemple la
-difformité de la femme, son haleine puante, la négligence dans ses
-vêtements et sa toilette, le dégoût qu’elle inspire à son mari, le
-mépris dont elle est l’objet, etc. En effet, la beauté et les autres
-qualités qui rendent une femme aimable sont des excitants très puissants
-pour l’accomplissement de l’acte conjugal. Dans ce cas, un confesseur
-prudent doit surtout leur conseiller d’agir, avec bonne foi et des
-intentions pures, sans passions désordonnées, sans haine, sans tiédeur,
-en écartant tout sentiment d’inimitié ou de dégoût; il doit les engager
-à se prêter aux positions les plus propices pour accomplir l’acte
-charnel; il doit conseiller à la femme de prendre plus de soin de sa
-toilette, de se montrer aimable pour son mari, de chercher à exciter ses
-sens par des caresses et par des parures licites, enfin de s’ingénier à
-trouver les moyens, suivant les paroles de l’apôtre lui-même, _de plaire
-à son mari_.
-
-_On demande_: Si une femme, qui est impuissante parce qu’elle a le vagin
-trop étroit, est tenue de consentir à ce qu’on fasse une incision à la
-matrice lorsque les médecins déclarent que cette opération la mettra en
-état d’accomplir l’acte conjugal.
-
-Tous les théologiens déclarent que la femme n’est pas obligée de se
-soumettre à cette opération, lorsqu’il doit en résulter un gros danger
-pour sa vie.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: Si le mariage est valide lorsque la femme, affligée d’un
-rétrécissement, a été, par son commerce avec un autre homme, rendue
-capable de se livrer à l’acte conjugal.
-
-_Réponse_: L’opinion la plus ordinaire est que le mariage est valide,
-car on doit juger alors que l’impuissance n’était pas permanente;
-cependant, si la femme avait le vagin tellement étroit à l’égard de son
-mari que ce dernier n’eût jamais pu la connaître en usant des moyens
-naturels et licites, l’impuissance devrait, dans ce cas, être considérée
-comme respectivement permanente; dans cette hypothèse, le mariage serait
-nul: or, il est évident que la femme ne doit pas faire disparaître ce
-cas de nullité, par son commerce avec un autre homme; mais les époux
-peuvent contracter, devant l’Église, un nouveau mariage d’un
-consentement mutuel, après que la femme a été rendue capable de se
-livrer à l’acte conjugal avec son mari, à la suite de fornications avec
-un autre homme.
-
-_On demande_: Si on peut abandonner à leur bonne foi des époux atteints
-d’une impuissance permanente, qui ignorent la nullité de leur mariage et
-qui, après trois ans passés, essaient encore et sans succès, d’accomplir
-l’acte conjugal.
-
-S’il était établi qu’ils sont dans la bonne foi et qu’un avertissement
-resterait sans effet, il serait peut-être convenable de les laisser dans
-l’ignorance; car dans ce cas on tolérerait un moindre mal, c’est-à-dire
-un péché matériel pour en éviter un plus grand, c’est-à-dire un péché
-formel. Il paraît peu probable que deux époux croient toujours de bonne
-foi qu’il leur est permis de tenter un acte qu’ils n’accomplissent
-jamais et qu’ils ne peuvent pas accomplir. Mais il peut arriver que
-l’ignorance dans laquelle ils sont à cet égard devienne une excuse,
-sinon de tout péché, du moins du péché mortel. C’est pourquoi nous
-pensons qu’on doit les avertir et les détourner du péché; mais il est
-ordinairement plus prudent de leur laisser ignorer la gravité du péché.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-
-
-SECONDE QUESTION
-
-DU DEVOIR CONJUGAL
-
-
-Nous divisons cette seconde question en trois chapitres: Le premier
-traitera du devoir conjugal demandé et rendu;
-
-Le deuxième, de l’usage du mariage;
-
-Le troisième, de la conduite des confesseurs à l’égard des personnes
-mariées.
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-DU DEVOIR CONJUGAL DEMANDÉ ET RENDU
-
-Nous diviserons le présent chapitre en trois articles:
-
-Dans le premier nous traiterons de l’acte conjugal considéré en soi;
-
-Dans le second, du devoir conjugal demandé;
-
-Et dans le troisième, du devoir conjugal rendu.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-DE L’ACTE CONJUGAL CONSIDÉRÉ EN SOI
-
-Nous avons prouvé, dans le traité du mariage, contre plusieurs
-hérétiques, que le mariage considéré en soi était bon et honnête.
-
-Donc, si on rencontre quelque difficulté dans la matière, c’est au sujet
-du coït pratiqué uniquement par passion ou pour prévenir l’incontinence.
-
-
-§ I
-
-DU COIT PRATIQUÉ UNIQUEMENT PAR PASSION
-
-C’est un péché de se livrer à l’acte conjugal dans le seul but de se
-procurer du plaisir, mais le péché est seulement véniel. La preuve que
-le coït entre époux constitue un péché résulte: 1º De l’autorité
-d’Innocent XI, qui condamna, en 1679, la proposition suivante, qui avait
-pour objet de le déclarer licite: _L’acte conjugal pratiqué pour le seul
-plaisir qu’il procure est exempt de tout péché, même véniel._
-
-
-§ II
-
-DE L’ACTE CONJUGAL PRATIQUÉ DANS LE BUT DE PRÉVENIR L’INCONTINENCE
-
-_On demande_: Si c’est un péché de demander le devoir conjugal dans le
-seul but de prévenir l’incontinence et quelle espèce de péché a été
-commis. Les théologiens sont divisés: beaucoup d’entre eux, prétendent
-qu’il n’y a pas de péché dans le coït entre époux.
-
-Mais beaucoup d’autres prétendent que c’est un péché véniel de se livrer
-à l’acte conjugal pour éviter l’incontinence.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: S’il est permis d’user du mariage par motif de santé.
-
-_Réponse_: Il est certain qu’il n’est permis ni de contracter mariage ni
-d’en user uniquement dans le but de conserver ou de recouvrer la santé;
-car une semblable fin est étrangère au mariage: on commettrait donc un
-péché véniel en pratiquant l’acte conjugal pour cette raison-là, car il
-serait dépourvu d’un but légitime. C’est l’opinion de _S. Thomas,
-Suppl., q. 94, art. 5, sur la 4e_, et celle des théologiens en général.
-Mais il n’y a pas de péché à contracter mariage et à user de l’acte
-conjugal en se proposant le soulagement de la nature et la conservation
-de la santé.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DE LA DEMANDE DU DEVOIR
-
-Les époux ne sont pas tenus de demander le devoir conjugal pour
-eux-mêmes; car personne n’est tenu d’user de son droit. Ils y sont
-cependant quelquefois tenus d’une manière accidentelle, savoir:
-
-1º Lorsqu’il est nécessaire d’avoir des enfants pour prévenir de graves
-préjudices que pourraient en éprouver la religion ou la république;
-c’est de toute évidence.
-
-2º Si l’un des époux, l’épouse principalement, fait connaître à certains
-signes le désir d’user du remède que la pudeur l’empêche de demander,
-l’autre époux doit prévenir le désir, et c’est plutôt, dans ce cas,
-rendre le devoir implicitement demandé que le demander réellement.
-
-Mais il existe des cas nombreux dans lesquels il n’est pas permis de
-demander le devoir, sous peine de péché mortel ou véniel: nous allons
-traiter cette matière dans un double paragraphe.
-
-
-§ I
-
-DE CEUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN EXIGEANT LE DEVOIR CONJUGAL
-
-L’époux pèche mortellement en exigeant le devoir conjugal dans les cas
-suivants:
-
-1º S’il a fait vœu de chasteté avant ou après le mariage: car il est
-tenu, par la force même de son vœu, de s’abstenir de tout acte vénérien
-qui ne lui est pas commandé par un juste motif. C’est ainsi établi par
-les _Décrétales, l. 3, tit. 32, c. 12_. Mais il est tenu de rendre le
-devoir lorsque son conjoint le demande; en effet, ou il a fait son vœu
-après avoir contracté mariage et alors il n’a pu aliéner les droits de
-son conjoint; ou le vœu est antérieur au mariage, et il a commis un
-grave péché en se mariant, mais il n’a pas moins donné à son conjoint ce
-qu’il avait promis à Dieu, et l’époux qui n’avait pas connaissance de ce
-vœu a acquis ses droits conjugaux; il peut donc user de ses droits sans
-que l’autre époux puisse opposer des refus. C’est l’opinion de tous les
-théologiens.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-2º L’époux qui aurait un commerce charnel, naturel et complet avec une
-personne parente de son conjoint, par consanguinité, au premier ou au
-second degré, perdrait le droit de demander le devoir conjugal et
-commettrait un péché mortel en l’exigeant; car il aurait établi
-l’affinité entre lui et son conjoint; on appelle cette affinité
-empêchement survenant à un mariage contracté d’une manière valide.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Celui qui sait d’une manière certaine que son mariage est nul, pour
-cause d’un empêchement d’affinité provenant d’un commerce illicite, par
-exemple, ne peut demander ni rendre le devoir conjugal sous quelque
-prétexte que ce soit, car il commettrait positivement un péché de
-fornication: la raison l’indique clairement, et les _Décrétales, l. 5,
-tit. 39, chap. 44_, sont très explicites sur ce point.
-
-Mais s’il a contracté mariage en doutant de sa validité, ou si, l’ayant
-contracté, il doute de cette même validité, il doit rejeter ces doutes
-comme des scrupules, et il peut demander le devoir conjugal, s’il vient
-à s’apercevoir que ces doutes ne sont fondés sur aucune raison.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ II
-
-DE CEUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN EXIGEANT LE DEVOIR CONJUGAL
-
-1. Quelques théologiens, dont _saint Liguori, l. 6, nº 915_, cite
-l’autorité, prétendent, après _saint Thomas_, que c’est un péché mortel
-de pratiquer le coït avec sa femme pendant le temps des menstrues,
-c’est-à-dire de l’écoulement du sang qui se produit ordinairement chaque
-mois chez les femmes capables de devenir enceintes, à cause du préjudice
-causé à l’espèce, et de la défense divine portée dans le Lévitique, 20,
-18; mais d’autres enseignent plus ordinairement que c’est bien là un
-péché à cause de l’indécence qui en résulte; ils accordent qu’il n’est
-que véniel, car le coït pratiqué à l’époque des menstrues ne nuit
-nullement ou du moins nuit bien peu à la propagation de l’espèce.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-C’est pour cela que si l’écoulement, qui ne dure pas ordinairement au
-delà de deux ou trois jours, était de trop longue durée et presque
-continuel, comme cela arrive quelquefois, le mari pourrait, sans pécher,
-demander le devoir conjugal, car il serait très désagréable pour lui de
-toujours s’abstenir du coït.
-
-Selon l’opinion générale, la femme qui rend le devoir conjugal pendant
-le temps du flux ordinaire ne commet pas de péché; bien plus, elle est
-tenue de le rendre si son mari n’adhère pas à des observations faites
-avec douceur, à moins qu’il ne dût en résulter un grave préjudice pour
-sa santé, comme cela arrive d’ordinaire lorsque le flux est abondant.
-
-Ce qui vient d’être dit du temps des menstrues s’applique également au
-temps de la grossesse et du flux de l’enfantement. Voy. _saint Liguori,
-l. 6_.
-
-2. Ce n’est pas un péché mortel de demander le devoir conjugal pendant
-le temps de la grossesse, pourvu qu’il n’y ait pas danger d’avortement;
-c’est l’opinion très ordinaire des théologiens, et c’est la conséquence
-de ce que nous avons dit au sujet de la demande du devoir ayant pour but
-d’éviter l’incontinence. Comme le fœtus humain se trouve tellement
-enveloppé dans la matrice que la semence de l’homme ne peut le toucher,
-on ne peut pas facilement présumer le danger d’avortement, et on ne doit
-pas tracasser les pénitents sur ce point par des interrogations
-importunes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3. Saint Charles conseille aux personnes mariées de s’abstenir, d’un
-consentement mutuel, de l’acte conjugal les jours de fêtes solennelles,
-les jours de dimanche, les jours de jeûne et les jours où ils ont reçu
-ou doivent recevoir la sainte Eucharistie: c’est conforme aux statuts de
-plusieurs rituels et, en particulier, de celui du Mans, p. 140.
-Plusieurs théologiens, cités par _Sanchez_ et _saint Liguori_, pensent
-que la demande de devoir pendant les jours dont nous venons de parler,
-et principalement celui où on doit recevoir la sainte Eucharistie, n’est
-pas exempte de péché mortel, à moins qu’elle ne soit excusée par des
-motifs raisonnables comme une tentation grave; car le plaisir charnel
-distrait notablement l’âme des choses spirituelles dont on doit
-s’occuper dans ces jours-là.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Tous les théologiens disent avec saint François de Sales,--_Introduction
-à la vie dévote, 2e partie, chap. 20_,--que la femme qui, le jour où
-elle a reçu ou doit recevoir la sainte Eucharistie, rend le devoir que
-demande son mari, ne commet pas de péché; bien plus, qu’elle est tenue
-de le rendre si son époux ne veut pas céder à ses prières.
-
-A cette occasion, les théologiens se demandent si celui qui a éprouvé la
-pollution pendant le sommeil peut recevoir la sainte Eucharistie. Ils
-répondent avec saint Grégoire le Grand, dans sa lettre au sublime
-Augustin, apôtre de la Grande-Bretagne, rapportée dans le Décret, _part.
-1re, dist. 6, chap. 1_, en faisant la distinction suivante: Ou cette
-pollution provient d’un excès de force ou de la faiblesse, et, dans ce
-cas, il n’y a pas le moindre péché; ou bien elle provient de certains
-excès dans l’usage des aliments, et c’est alors un péché véniel; elle
-peut encore être le résultat des pensées qui l’ont précédée, et elle
-peut, dans ce cas, constituer un péché mortel. Dans le premier cas, on
-ne doit éprouver aucun scrupule; dans le second, elle n’empêche pas de
-recevoir le sacrement ou de célébrer les saints mystères si on y est
-engagé par quelque motif d’excuse, comme la circonstance d’un jour de
-fête ou de dimanche; mais dans la troisième, nous dit saint Augustin,
-_on doit s’abstenir de participer ce jour-là au saint mystère à cause
-d’une telle pollution_.
-
-
-ARTICLE TROISIÈME
-
-DE L’OBLIGATION DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL
-
-Nous avons à parler:
-
-1º De l’obligation de rendre le devoir conjugal;
-
-2º Des raisons qui dispensent de le rendre;
-
-3º De ceux qui pèchent mortellement en le rendant;
-
-4º De ceux qui commettent le péché d’Onan;
-
-5º De ceux qui pèchent véniellement en rendant le devoir.
-
-
-§ I
-
-DE L’OBLIGATION DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL
-
-L’Écriture sainte et la raison imposent à chacun des époux la stricte
-obligation de rendre le devoir conjugal à l’autre lorsque la demande lui
-en est faite d’une manière _expresse ou tacite_:
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-D’où il résulte: 1º que c’est un péché mortel de refuser, même une fois,
-sans motif légitime, de rendre le devoir à l’époux qui le demande avec
-raison et instance; mais si celui qui le demande acceptait facilement
-les motifs de refus et qu’il n’en résultât point de danger
-d’incontinence, il n’y aurait nul péché, ou, du moins, le péché ne
-serait pas mortel, à refuser une fois et même deux fois de se prêter aux
-désirs de son conjoint.
-
-2º L’un des époux ne peut pas, lorsque l’autre s’y oppose, faire une
-longue absence à moins d’absolue nécessité; car une pareille absence
-équivaudrait au refus de rendre le devoir conjugal et la justice en
-serait gravement blessée.
-
-
-§ II
-
-DES RAISONS QUI DISPENSENT DE RENDRE LE DEVOIR CONJUGAL
-
-De même qu’un motif légitime dispense quelquefois de la restitution, une
-raison légitime dispense aussi de rendre le devoir conjugal. On compte
-plusieurs de ces raisons, savoir:
-
-1. Si l’époux qui demande le devoir n’est pas en possession de lui-même:
-si, par exemple, il est dans la démence ou s’il est ivre, il n’y a pas
-d’obligation pour le conjoint de lui rendre le devoir, car ce serait
-céder à la demande d’une brute. Cependant, si l’homme qui demande, étant
-dans cet état, est capable de consommer l’acte conjugal, la femme doit
-se rendre à ses désirs; bien plus, elle est tenue de le faire si elle a
-des raisons de craindre qu’ayant repoussé son mari, celui-ci ne tombe
-dans l’incontinence ou ne se livre à d’autres femmes.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-2. Celui qui ne peut rendre le devoir conjugal sans grave danger pour sa
-santé en est dispensé; car il est préférable d’exister et d’être bien
-portant que de rendre le devoir. Il faut en dire de même lorsqu’il y a
-grave danger de nuire à la propagation de l’espèce.
-
-Par conséquent: 1º il n’y a pas d’obligation de rendre le devoir à un
-mari atteint d’une maladie contagieuse, comme une maladie vénérienne, la
-peste, la lèpre, etc. Cependant, Alexandre III dit qu’il faut rendre le
-devoir à un lépreux, mais _Sanchez, l. 9, disp. 24, nº 17_, _saint
-Liguori, l. 6, nº 930_, et beaucoup d’autres qu’ils citent, enseignent
-que cela s’entend ainsi pour le cas où, en rendant le devoir, on ne se
-mettrait pas dans le danger de contracter la lèpre; car il répugne
-d’admettre qu’un époux soit tenu de s’exposer à un pareil danger.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-3. L’époux n’est pas tenu de rendre le devoir à celui qui a perdu le
-droit de le demander en commettant un adultère; car on ne doit plus
-fidélité à celui qui a violé ses promesses: mais s’il était lui-même
-coupable d’adultère, il ne pourrait pas refuser le devoir, car les
-injures se trouveraient compensées.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-4. On n’est pas tenu de rendre le devoir conjugal à celui qui le demande
-trop fréquemment, plusieurs fois dans la même nuit, par exemple; car
-l’abus est contraire à la raison et peut modifier d’une manière fâcheuse
-l’état de santé de l’un et de l’autre conjoint. La femme doit cependant,
-autant que la chose est en son pouvoir, dit _Sanchez, l. 9, disp. 2, nº
-12_, se prêter aux désirs libidineux de son mari, lorsqu’il éprouve de
-violents aiguillons de la chair.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-5. La femme n’est pas tenue de rendre le devoir conjugal pendant le flux
-de ses menstrues ou celui qui accompagne ses couches, à moins qu’elle
-n’ait quelque motif de craindre que son mari tombe dans l’incontinence;
-si cependant elle ne peut, par ses prières, le détourner de l’acte
-conjugal, elle doit rendre le devoir, car il y a toujours à craindre le
-danger d’incontinence, les disputes ou autres désagréments. C’est
-l’opinion de _saint Bonaventure_ et de beaucoup d’autres que cite
-_Sanchez, l. 9, disp. 21, nº 16_.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-6. Il n’est pas permis de refuser le devoir conjugal dans la crainte
-d’avoir un trop grand nombre d’enfants. Cependant, pour le cas où les
-parents n’auraient pas les moyens de nourrir selon leur condition une
-famille trop nombreuse, _Sanchez, l. 19, disp. 25, nº 3_, et plusieurs
-autres théologiens pensent qu’il serait permis de refuser le devoir,
-pourvu qu’il n’y eût pas danger d’incontinence.
-
-
-§ III
-
-DE CEUX QUI PÈCHENT MORTELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR CONJUGAL
-
-I. Si l’époux qui réclame de son conjoint le devoir commettait un péché
-mortel en le demandant au milieu de circonstances extraordinaires tenant
-à l’acte lui-même, par exemple, en le demandant dans un lieu public ou
-sacré, ou avec grave danger d’avortement, ou au détriment de sa propre
-santé ou de celle de son époux, ou au risque évident de répandre la
-semence hors du vase naturel, alors qu’il aurait pu pratiquer le coït
-d’une autre manière, il est certain que celui qui rendrait le devoir
-dans ces circonstances pécherait aussi mortellement; car il
-participerait à ce crime et en revêtirait la malice.
-
-II. Si l’homme était tellement décrépit ou débile qu’il ne pût pas
-accomplir l’acte charnel et qu’il n’eût pas espoir de l’accomplir, il
-pécherait mortellement en exigeant le devoir conjugal, car il ferait un
-acte contraire à la nature, et, par la même raison, la femme pécherait
-mortellement en le demandant. Mais si l’homme accomplissait de temps en
-temps l’acte charnel, quoiqu’il lui arrivât souvent de ne pas pouvoir
-l’accomplir, la femme pourrait rendre le devoir et même serait tenue de
-le rendre, car dans le doute d’un bon résultat le mari ne pourrait pas
-se priver de son droit: le mari lui-même, dans ce cas, fait un acte
-licite en demandant le devoir lorsqu’il a quelque raison d’espérer qu’il
-arrivera à consommer l’acte charnel; et s’il répand la semence hors du
-vase naturel, cet accident ne peut pas lui être imputé à péché. Mais il
-doit certainement s’abstenir lorsqu’il n’y a pas espoir d’arriver à
-l’accomplissement de cet acte, l’éjaculation. Voy. _Sanchez, l. 19,
-disp. 17, nº 24_, _S. Liguori, l. 6, nº 954, d. 2_, et beaucoup d’autres
-théologiens dont ils rapportent l’autorité.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ IV
-
-DE CEUX QUI COMMETTENT LE PÉCHÉ D’ONAN
-
-Ce péché a lieu lorsque l’homme retire son membre après l’avoir fait
-pénétrer dans le vagin afin de répandre sa semence hors du vase naturel
-de la femme et dans le but d’empêcher la génération. Il tire son nom
-d’_Onan_, second fils du patriarche Judas, qui fut forcé d’épouser
-Thamar, veuve de son frère Her, mort sans postérité, afin de perpétuer
-la race de son frère: _Onan sachant que les enfants qui naîtraient de la
-femme de son frère ne seraient pas considérés comme étant les siens,
-répandait la semence par terre pour ne pas donner naissance à des
-enfants qui porteraient le nom de son frère._ (_Gen._ 38, 9.)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Il est certain: 1º que l’homme qui agit ainsi, quelle que soit la raison
-de sa conduite, pèche mortellement, à moins que sa bonne foi ne
-l’excuse; il ne peut être absous à moins qu’il ne se repente de sa faute
-et qu’il ne prenne la ferme résolution de ne plus tomber dans le péché:
-car il est évident qu’il a commis une énormité contre le but du mariage;
-_c’est pourquoi Dieu l’a frappé (Onan), parce qu’il avait commis une
-action détestable_.
-
-Il est certain: 2º par la même raison, que la femme qui engage le mari à
-agir ainsi ou qui consent à cette action détestable, ou, à plus forte
-raison, qui fait sortir de son vagin le membre viril contre le gré de
-son mari, avant que l’écoulement de la semence ait eu lieu, commet un
-péché mortel et est tout à fait indigne de l’absolution. Les femmes,
-très souvent, en accomplissant l’acte charnel, au moment de
-l’éjaculation, font sortir le membre viril du vagin, ou se prêtent
-complaisamment à la même manœuvre de la part de l’homme, pour éviter
-d’être engrossées.
-
-Il est certain: 3º que la femme, ordinairement du moins, est tenue
-d’avertir son mari, et de le détourner, selon son pouvoir, de cette
-action perverse; la charité l’y oblige.
-
-Il est certain: 4º que la femme peut et doit rendre le devoir conjugal
-si, averti par elle, le mari promet de compléter l’acte par
-l’éjaculation dans la matrice, et s’il est fidèle à sa promesse au moins
-quelques fois; car sur le doute de l’abus qu’il peut faire de son droit,
-elle ne peut pas se refuser au coït; mais c’est aussi son devoir de
-réprimander son mari quand celui-ci retire le membre viril du vagin
-avant l’éjaculation; si elle ne protestait pas contre cette action, elle
-commettrait un péché mortel.
-
-La difficulté consiste donc maintenant à décider si, en sûreté de
-conscience, elle peut rendre le devoir conjugal lorsqu’elle sait, d’une
-manière certaine, que son mari retirera son membre du vagin avant
-l’éjaculation, lorsqu’elle ne peut douter que ses prières ni ses
-avertissements ne parviendront pas à le détourner de sa résolution.
-
-Beaucoup de théologiens prétendent que, dans ce cas, la femme doit se
-refuser à rendre le devoir, même pour éviter la mort dont elle serait
-menacée:
-
-1º Parce que le mari, en retirant son membre du vagin, commet une action
-essentiellement mauvaise, et que la femme participerait à sa malice en
-se rendant à sa demande;
-
-2º Parce que l’homme, dans l’hypothèse, ne demande pas l’acte conjugal,
-mais réclame de sa femme ses complaisances pour introduire le membre
-viril dans les parties sexuelles et pour s’exciter à la pollution;
-
-3º Parce que si le mari exigeait de sa femme sa participation à un acte
-sodomique, celle-ci ne pourrait y consentir pour aucun motif, même pour
-éviter la mort: or, dans le cas supposé, la demande du mari se réduit à
-l’acte sodomique, puisque le parfait accomplissement de l’acte conjugal
-en est exclu. Voy. _Habert, t. 7, p. 745_, _Collator_, de Paris, _t. 4,
-p. 348_, plusieurs docteurs de la Sorbonne cités par _Collet, t. 16, p.
-244_; _Collator Andeg., sur les États, t. 3_, dernière partie; _Bailly_,
-_etc._
-
-Beaucoup d’autres enseignent que la femme qui acquiesce à la demande de
-son mari, et qui se prête à l’acte conjugal dans la position ordinaire,
-est exempte de tout péché, si elle désapprouve entièrement la conduite
-de son mari, car elle fait une chose licite et use d’un droit qui lui
-appartient.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-La femme ne pèche pas, dans ces circonstances, en rendant le devoir
-conjugal, pourvu qu’elle soit excusée par de graves raisons; or les
-raisons sont réputées graves:
-
-1º Lorsqu’elle doit craindre la mort, des coups ou des injures
-grossières; la réponse de la sacrée congrégation de la Pénitence, et la
-raison indiquant clairement qu’il doit en être ainsi.
-
-2º Lorsque la femme a lieu de craindre que son mari n’introduise une
-concubine sous le toit conjugal et ne vive maritalement avec elle; car
-il n’y a pas de femme sensée qui ne préfère supporter toute espèce de
-sévices plutôt que d’assister, dans sa propre maison, à un commerce
-aussi injurieux pour elle.
-
-3º Le mari n’entretiendrait-il pas une concubine sous le toit conjugal,
-s’il était à craindre qu’il n’entretînt ailleurs des relations avec une
-femme, ou qu’il ne fréquentât des courtisanes, il nous paraît que
-l’épouse aurait des motifs d’excuse légitime, quoique la sacrée
-congrégation de la Pénitence n’ait pas répondu sur ce point; car une
-pareille conduite de la part du mari occasionnerait à celle-ci de graves
-désagréments, tels que disputes, dissensions, dissipation du bien
-commun, scandales, etc.
-
-4º Il faut remarquer, cependant, que la gravité de ces désagréments doit
-être appréciée selon les circonstances de personnes.
-
-Ce qui est réputé léger à l’égard d’une femme peut être très grave à
-l’égard d’une autre; ainsi les rixes passagères, les dissensions, et
-même les coups, ont peu d’importance dans les familles de paysans; mais
-cette nature de sévices serait intolérable pour une femme timide, ayant
-une certaine éducation et habituée aux bonnes manières d’une société
-raffinée.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-5º La femme peut également rendre le devoir conjugal quand elle sait,
-d’une manière certaine, que son mari, irrité par son refus, blasphémera
-contre Dieu et contre la religion, qu’il proférera des injures contre
-son confesseur et les prêtres en général, et qu’il prononcera des
-paroles scandaleuses devant ses domestiques et ses enfants; car en
-voulant prévenir un péché elle serait cause qu’il en serait commis
-d’autres aussi graves ou même plus graves: elle n’aboutirait donc à
-aucun résultat favorable par sa résistance, et elle s’attirerait
-inutilement de graves désagréments.
-
-6º La crainte du divorce, de la séparation, de la honte ou d’un scandale
-grave serait, à plus forte raison, suffisante pour se rendre aux désirs
-de son mari.
-
-7º Il n’est pas nécessaire que la femme persiste dans son refus de se
-prêter au coït jusqu’à ce qu’elle ait éprouvé les violences, les injures
-et les autres désagréments dont nous avons parlé plus haut; car il lui
-arriverait souvent, dans ce cas, de ne pas parvenir à détourner le mal
-déjà fait, en rendant ou offrant le devoir conjugal, et, d’ailleurs,
-elle n’est pas tenue de subir ces mauvais traitements pour empêcher son
-mari de commettre un péché: il suffit donc que ses craintes de mauvais
-traitements ne soient pas dépourvues de fondement.
-
-8º La femme n’est pas davantage tenue d’avertir son mari chaque fois
-qu’il demande le devoir conjugal avec l’intention de retirer son membre
-du vagin avant l’accomplissement de l’acte charnel, lorsqu’elle sait par
-expérience qu’elle n’obtiendra aucune satisfaction. Elle doit cependant,
-du moins quelquefois, montrer qu’elle ne donne pas son consentement au
-crime de son mari. Elle doit, surtout, prendre soigneusement garde de ne
-pas y donner un consentement tacite, par crainte d’avoir des enfants, ou
-pour tout autre motif. Elle doit être dans la disposition de mourir
-plutôt que de s’opposer à la génération lorsque c’est de sa volonté que
-dépend le fait de l’éjaculation.
-
-Dans tous ces cas, il est permis à la femme tout ce qui lui serait
-permis si le mari accomplissait l’acte conjugal selon les règles.
-
-Nos principes exposés plus haut sont maintenant admis d’une manière
-générale. Néanmoins il y a encore beaucoup de questions inquiétantes que
-nous avons exposées au souverain pontife, dans l’année qui vient de
-s’écouler, de la manière suivante:
-
- BIENHEUREUX PÈRE,
-
- L’évêque du Mans, se prosternant aux pieds de Votre Sainteté, vous
- expose humblement ce qui suit:
-
- On ne trouve presque pas de jeunes époux qui veuillent avoir une trop
- nombreuse famille, et ils ne peuvent cependant pas, raisonnablement,
- s’abstenir de l’acte conjugal.
-
- Ils se sentent ordinairement très offensés lorsque leurs confesseurs
- les interrogent sur la manière dont ils usent des droits matrimoniaux;
- on n’obtient pas, par les avertissements, qu’ils se modèrent dans
- l’exercice de l’acte conjugal, et ils ne peuvent se déterminer à trop
- augmenter le nombre de leurs enfants.
-
- Aux murmures de leurs confesseurs, ils opposent l’abandon des
- sacrements de pénitence et de l’Eucharistie, donnant ainsi de mauvais
- exemples à leurs enfants, à leurs domestiques et aux autres chrétiens;
- la religion en éprouve un préjudice considérable.
-
- Le nombre des personnes qui s’approchent du tribunal diminue d’année
- en année, dans beaucoup d’endroits, et c’est surtout pour cette
- raison-là, de l’aveu d’un grand nombre de curés qui se distinguent par
- leur piété, leur science et leur expérience.
-
- Quelle était donc la conduite des confesseurs d’autrefois? disent
- beaucoup de personnes. Chaque mariage ne produisait pas, généralement,
- un plus grand nombre d’enfants qu’il n’en produit aujourd’hui. Les
- époux n’étaient pas plus chastes et néanmoins ils ne manquaient pas au
- précepte de la confession pascale.
-
- Tout le monde reconnaît que l’infidélité d’un époux entraîne de très
- graves péchés. Or, c’est à peine si on peut persuader à quelques
- personnes qu’elles sont tenues, sous peine de péché mortel, de rester
- parfaitement chastes dans le mariage, ou de courir le risque
- d’engendrer un grand nombre d’enfants.
-
- Le susdit évêque du Mans, prévoyant les grands maux qui peuvent
- résulter d’une semblable manière d’agir, sollicite, dans sa douleur,
- de votre Béatitude, une réponse aux questions suivantes:
-
- 1º Les époux qui usent du mariage de manière à empêcher la conception
- commettent-ils un acte en soi mortel?
-
- 2º Cet acte étant considéré comme mortel en soi, peut-on considérer
- les époux qui ne s’en accusent pas comme étant dans une bonne foi qui
- les excuse d’une grave faute?
-
- 3º Doit-on approuver la conduite des confesseurs qui, pour ne pas
- blesser les personnes mariées, s’abstiennent de les interroger sur la
- manière dont ils usent du mariage?
-
-
- RÉPONSE
-
- La sacrée congrégation de la Pénitence, après avoir mûrement examiné
- les questions qui lui sont posées, répond à la première:
-
- Lorsque tout ce qu’il y a de contraire aux règles, dans l’acte
- conjugal, provient de la malice du mari qui, au lieu de consommer cet
- acte, retire son membre du vagin et répand sa semence hors du vase
- naturel, la femme peut, si après les avertissements qu’elle est tenue
- de donner et qui demeurent sans résultat, son mari insiste en la
- menaçant de coups et de la mort, se prêter passivement à ses désirs et
- sans pécher (comme l’enseignent les théologiens dont les décisions
- font autorité), à la condition que, dans ces circonstances, elle
- permettra simplement le péché de son mari, et cela par un grave motif
- d’excuse, car la charité qui lui commande de s’opposer à la conduite
- de son mari, n’oblige pas lorsqu’il doit en résulter de semblables
- inconvénients.
-
- La sacrée congrégation répond à la 2me et à la 3me question: que le
- susdit confesseur se rappelle cet adage:--On doit traiter saintement
- les choses saintes;--qu’il pèse bien ce que dit saint Alphonse de
- Liguori, cet homme savant et très expert dans la matière, dans sa
- pratique des confesseurs, § 4, nº 7:
-
- Le confesseur n’est pas tenu, ordinairement, de parler des péchés que
- les époux commettent relativement au devoir conjugal, et il n’est pas
- convenable de poser des questions sur cette matière, si ce n’est à la
- femme, pour lui demander, le plus modérément possible, si elle a rendu
- le devoir... Il doit garder le silence sur tout le reste, à moins
- qu’on ne lui pose des questions;--qu’il ne manque d’ailleurs pas de
- consulter les autres auteurs approuvés.
-
- Donné à Rome, le 8 juin 1842.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-Deux questions nous embarrassaient encore, nous les avons soumises à la
-Sacrée-Pénitencerie.
-
-_On demande_: 1º Pèchent-ils mortellement ceux qui coïtent à la manière
-d’Onan ou le membre viril enfermé dans un fourreau défendu, vulgairement
-appelé capote anglaise--(_qui coeunt onanastice vel condomistice, id est
-intendo nefario instrumento quod vulgo dicetur condom_ 14º éd. p. 187.)?
-
-_Réponse_: C’est crime que de se servir d’un pareil fourreau; le péché
-est mortel.
-
-_On demande_: La femme sachant que son mari pour coïter recouvre
-toujours son membre viril d’une capote anglaise, doit-elle se prêter au
-coït?
-
-_Réponse._--Non, elle se rendrait complice d’un crime abominable et
-commettrait un péché mortel.
-
-(_Décisions_ rendues par le pape et le collège des cardinaux, le _8 juin
-1842_ et le _25 mai 1851_.)
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-L’épouse doit donc, par tous les moyens en son pouvoir, les caresses,
-toute espèce de marques d’amour, les prières et les exhortations, amener
-son mari à accomplir l’acte conjugal selon les règles, ou le décider à
-s’en abstenir complètement et à vivre d’une manière chrétienne;
-l’expérience prouve que plusieurs femmes sont parvenues à vaincre la
-résistance de leurs maris en s’attachant ainsi à gagner leurs bonnes
-grâces.
-
-_On demande_: 1º Si l’épouse peut demander le devoir à son mari
-lorsqu’elle sait qu’il en abusera.
-
-_Réponse._--Plusieurs théologiens affirment que la femme peut demander
-le devoir conjugal et ne fait qu’user de son droit. C’est l’opinion de
-_Pontius_, de _Tamburini_, de _Sporer_, etc. Mais d’autres, comme cela
-résulte de ce que nous avons dit, exigent une raison qui lui permette de
-demander le devoir d’une manière licite, car sans cela elle donnerait à
-son mari une occasion prochaine de péché; mais c’est à peine si cette
-raison peut se présenter, alors qu’elle peut trouver d’autres moyens de
-surmonter les tentations. Mais étant posée une cause grave de fait, par
-exemple, la difficulté de surmonter la tentation, elle ne pécherait
-nullement; car il est permis de demander, avec des intentions droites et
-pour de graves raisons, une chose bonne en soi à celui qui peut
-l’accorder.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: 2º Si le mari peut répandre la semence hors du vase de la
-femme, lorsque les médecins ont déclaré que la femme ne peut pas
-enfanter sans un danger de mort évident?
-
-Nous répondons négativement avec tous les théologiens, parce que
-l’éjaculation hors des parties sexuelles de la femme est une action
-contre nature et détestable. Il faut accomplir l’acte si le danger de
-mort n’est pas très probable, ou il faut s’en abstenir complètement, si
-le danger est moralement certain. Dans ce cas, les époux n’ont pas
-d’autre moyen de salut que la continence. Leur condition est déplorable,
-mais on ne saurait la changer. Alors, ces malheureux époux doivent
-s’abstenir de coucher dans le même lit, afin de rester plus facilement
-dans la continence et de pouvoir vivre saintement.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-§ V
-
-DE CEUX QUI PÈCHENT VÉNIELLEMENT EN RENDANT LE DEVOIR
-
-1º Lorsque celui des époux qui a demandé le devoir commet un péché
-véniel en se livrant à l’acte conjugal, par exemple, lorsqu’il l’a
-demandé en vue seulement du plaisir vénérien, il paraît y avoir certain
-péché à le rendre, pour le conjoint, lorsqu’il n’existe pas de motif
-d’excuse, car on fournit ainsi matière à péché véniel. Mais lorsque la
-demande est formelle, celui qui rend le devoir est suffisamment excusé;
-car il doit craindre, en refusant, d’exciter des rixes, des haines, des
-scandales, et de donner naissance au danger de plus graves péchés.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_On demande_: 1º Si une femme qui n’a encore mis au monde que des
-enfants morts peut, néanmoins, demander ou rendre le devoir conjugal?
-
-_Réponse_: _Sanchez, l. 7 disp. 102 nº 8_, _S. Liguori, l. 6, nº 953_,
-et beaucoup d’autres disent que cette femme ne pèche ni en rendant ni en
-demandant le devoir, car: 1º elle fait une chose en soi licite et à
-laquelle elle a droit, tandis que la mort du fœtus est le résultat d’un
-accident et ne peut lui être imputée; 2º il vaut mieux donner naissance
-à un être humain avec un péché originel que de le laisser dans le néant,
-comme Sanchez essaie de le démontrer dans ses savantes dissertations.
-
-_On demande_: 2º Si la femme qui, de l’avis des médecins, ne peut pas
-accoucher sans un danger de mort évident, est tenue de rendre le devoir
-conjugal à son mari lorsqu’il le demande avec instance.
-
-_Réponse_: Nous avons déjà prouvé que le mari, dans ce cas, ne peut
-demander le devoir pour quelque motif que ce soit; la femme ne peut donc
-pas davantage le rendre, car elle ne peut disposer de sa vie. Mais le
-péché n’est mortel que si le danger est manifeste.
-
-
-CHAPITRE II
-
-DE L’USAGE DU MARIAGE
-
-Nous examinerons dans ce chapitre:
-
-1º Quand les époux tombent dans le péché en usant du mariage;
-
-2º Ce qu’il faut décider des attouchements voluptueux et réciproques.
-
-
-ARTICLE PREMIER
-
-QUAND LES ÉPOUX PÈCHENT EN USANT DU MARIAGE
-
-1º Les époux commettent un péché mortel, non seulement lorsque leur
-union charnelle a lieu hors du _vase_ naturel, ou que, par des moyens
-adroits, ils répandent la semence hors de ce vase, mais encore
-lorsqu’ils préludent à l’acte vénérien dans le vase qui ne lui est pas
-destiné, par exemple, en introduisant le membre viril dans l’anus de la
-femme, avec l’intention de terminer la jouissance dans la matrice; car
-ils prennent ainsi un moyen qui s’écarte des voies naturelles, et comme
-cet acte tend, par lui-même, à faire répandre la semence hors du vagin,
-cette pratique n’est pas autre chose qu’une véritable sodomie. Voy.
-_Sanchez, l. 9, disp. 17, nº 4_, _S. Liguori, l. 6, nº 916_, et beaucoup
-d’autres dont ils rapportent les décisions.
-
-2º D’après l’opinion générale, c’est un péché mortel, tant de demander
-que de rendre le devoir conjugal, lorsqu’on ne doit pas l’accomplir dans
-la position naturelle, mais en se plaçant de côté pour la copulation,
-parce qu’il y a danger de répandre la semence hors du vase: la raison en
-est évidente. Mais si ce danger n’est pas à craindre, c’est seulement un
-péché véniel de demander ou de rendre le devoir conjugal de cette
-manière, si elle ne s’écarte que légèrement de la position naturelle,
-car une pareille inversion n’est pas essentiellement contre nature,
-étant admis qu’elle ne s’oppose pas à la génération. On doit cependant
-la blâmer sévèrement, surtout si l’homme, pour augmenter ses
-jouissances, prend sa femme par derrière, à la mode des animaux, ou s’il
-se place sous elle, en intervertissant les rôles: cette inversion est
-souvent le signe de concupiscences mortellement mauvaises chez celui qui
-ne sait pas se contenter des moyens ordinaires de pratiquer le coït.
-
-Mais lorsqu’il y a nécessité d’en agir ainsi, à l’époque de la
-grossesse, par exemple, ou parce qu’on ne peut supporter d’autres
-positions, il n’y a nul péché à prendre ces diverses postures, pourvu
-qu’il n’y ait pas danger de répandre la semence hors du vase.
-
-3º Pèchent mortellement les époux qui se livrent à des actes obscènes et
-qui répugnent à la pudeur naturelle, et surtout ceux qui pratiquent
-l’union charnelle dans un vase autre que celui qui est destiné à cet
-acte; c’est ce qui arrive lorsque la femme prend dans sa bouche le
-membre viril de son mari, ou le place entre ses seins, ou l’introduit
-dans son anus, etc., etc.; on ne peut jamais s’appuyer sur les licences
-du mariage pour excuser de pareilles lubricités.
-
-4º Pèchent mortellement les personnes mariées qui pratiquent l’acte
-conjugal d’une manière qui s’oppose à la génération, par exemple si
-l’homme répand sa semence hors du vase, comme nous l’avons dit, s’il
-s’oppose à l’écoulement complet de la semence, si la femme rejette le
-sperme ou fait des efforts pour le rejeter, si elle reste passive afin
-d’empêcher la conception, etc. _Saint Antoine_, _Sanchez_ et beaucoup
-d’autres cités par _saint Liguori, l. 6, nº 918_, prétendent qu’il n’y a
-pas de péché lorsque le mari, du consentement de sa femme, retire son
-membre du vagin, avant l’écoulement de la semence, afin de ne pas donner
-naissance à des enfants, à la condition, cependant, que ni le mari ni la
-femme ne tomberont dans le danger de pollution. Cependant, _Navarrus_,
-_Sylvestre_, _Ledesma_, _Azor_ et beaucoup d’autres pensent avec raison
-que, dans ce cas, le péché est mortel, tant à cause du danger de
-pollution dans lequel se trouve toujours le mari, qu’en raison de
-l’injure grave faite à la nature en laissant l’acte conjugal imparfait.
-C’est cette dernière opinion seulement qu’on doit suivre dans la
-pratique.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-5º Les époux pèchent encore mortellement dans l’accomplissement de
-l’acte conjugal, s’ils ont des désirs adultères, c’est-à-dire s’ils se
-figurent que c’est une autre personne qui est présente et s’ils prennent
-volontairement plaisir en pensant que c’est avec cette personne que le
-commerce a lieu. Il en est de même lorsqu’ils accomplissent l’acte
-conjugal dans un but mortellement mauvais, par exemple, si l’homme
-demande ou rend le devoir conjugal avec le désir que sa femme meure dans
-les douleurs de l’enfantement.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-ARTICLE DEUXIÈME
-
-DES ATTOUCHEMENTS ENTRE ÉPOUX
-
-1º Les attouchements voluptueux qui ont pour but de parvenir à l’acte
-charnel légitime sont, sans aucun doute, licites, à la condition de ne
-pas entraîner le danger de pollution; ils sont, en effet, comme les
-accessoires de cet acte: ils ne peuvent donc être défendus.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-2º Les attouchements entre époux sont des péchés mortels lorsqu’il en
-résulte un danger de pollution: car la masturbation n’est pas plus
-permise aux personnes mariées qu’à celles qui ne le sont pas; on ne peut
-donc pas davantage les excuser de se mettre volontairement dans le
-danger de pollution. Mais les embrassements et les autres attouchements
-honnêtes que les personnes mariées ont l’habitude de se faire pour
-entretenir un amour mutuel ne sont pas des péchés lorsqu’ils ne mettent
-pas dans le danger de pollution.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-On ne doit pas regarder les époux comme coupables de péché mortel
-lorsqu’ils affirment, de bonne foi, que leurs sens ne sont pas ébranlés
-ou qu’il n’y a pas danger probable de pollution, ce qui est assez
-ordinaire pour les personnes mariées depuis longtemps et accoutumées aux
-actes vénériens. Nous ne saurions blâmer en aucune façon une épouse
-pieuse qui, par timidité, ou par crainte d’irriter son mari, ou dans le
-but de conserver la paix dans le ménage, permettrait des attouchements
-libidineux, affirmant d’ailleurs qu’ils ne produisent chez elle aucun
-mouvement désordonné, ou que, du moins, ces mouvements sont légers.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-_Sanchez, l. 9, disp. 44, nº 15_, et plusieurs autres avec lui, disent
-que l’époux qui, en l’absence de son conjoint, prend plaisir à se livrer
-à des attouchements sur lui-même ou à porter ses regards sur ses parties
-sexuelles, mais sans qu’il y ait danger de pollution, commet seulement
-un péché véniel, parce qu’il fait des actes secondaires qui tendent à
-l’acte principal licite en soi, c’est-à-dire à l’union charnelle, mais
-qui, dans ce cas, sont sans nécessité. Ils sont d’avis qu’il faut en
-dire autant de la délectation dans l’acte conjugal qu’on se représente
-comme s’accomplissant.
-
-D’autres, au contraire, plus ordinairement, comme _Layman_, _Diana_,
-_Sporer_, _Vasquez_, _saint Liguori_, etc., peu suspects d’une trop
-grande sévérité, donnent comme probable que c’est un péché mortel, tant
-parce que l’époux n’a le droit de disposer de son corps
-qu’accidentellement et, selon l’ordre, pour accomplir l’acte charnel,
-qu’en raison de la tendance de ces attouchements à la pollution et du
-danger prochain qui en est inséparable, lorsqu’on s’y arrête et qu’ils
-produisent une commotion dans les esprits.
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-CHAPITRE III
-
-DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DES PERSONNES MARIÉES
-
-Le confesseur doit avoir soin de les faire revenir au tribunal sacré peu
-de temps après que le mariage aura été contracté, et alors il
-développera les règles exposées plus haut sur l’obligation de rendre le
-devoir conjugal, sur l’époque à laquelle il faut le rendre et le
-demander, sur la manière dont le coït doit être pratiqué pendant les
-menstrues, la grossesse, etc.
-
-L’expérience prouve que beaucoup de personnes mariées ne déclarent pas
-les péchés commis dans le mariage, à moins qu’elles ne soient
-interrogées là-dessus. Or, le confesseur peut les interroger de la
-manière suivante sur les choses permises entre époux: Avez-vous quelque
-chose à avouer qui répugne à votre conscience? Si elles répondent
-négativement et qu’elles paraissent suffisamment instruites et
-d’ailleurs timorées, il ne sera pas nécessaire d’aller plus loin. Mais
-si elles paraissent ignorantes et que leur sincérité soit suspecte, le
-confesseur devra insister. Il demandera au pénitent s’il a refusé à son
-conjoint de lui rendre le devoir conjugal: si le pénitent ne comprend
-pas cette manière de parler, le confesseur peut lui demander: avez-vous
-refusé l’acte que l’on fait pour avoir des enfants, le coït? S’il répond
-qu’il a refusé, il faut savoir pour quelle raison, et on jugera à ses
-réponses si le péché est mortel ou s’il n’y a pas de péché.
-
-Le confesseur doit généralement s’enquérir auprès du pénitent s’il s’est
-livré à des actes déshonnêtes contre la sainteté du mariage. Si le
-pénitent répond affirmativement, il convient de lui faire dire en quoi
-consistent ses infractions, de peur de lui enseigner ce qu’il ignore; et
-on ne devra pas d’abord l’accuser à la légère de péché mortel.
-
-
-FIN DES CITATIONS.
-
-
-
-
-MORALITÉ A TIRER
-
-DES
-
-IMMORALITÉS DES CONFESSEURS
-
-
-Toutes les citations qu’on vient de lire sont parfaitement authentiques.
-Tels sont les ouvrages que l’on donne à étudier dans les séminaires à
-des jeunes gens à qui l’on fait en même temps prêter serment de
-chasteté.
-
-Nous en appelons à la conscience de tous les honnêtes gens: est-ce que
-cet enseignement n’est pas tout ce qu’on peut imaginer de plus ignoble?
-Est-ce qu’il peut sortir des séminaires autre chose que des brutes
-affolées par de sales passions?
-
-Que chaque républicain, après avoir parcouru cet ouvrage, transcrive,
-signe et adresse à son député la pétition suivante:
-
- «Citoyen député,
-
- «Le soussigné a l’honneur de prier la Chambre, par votre
- intermédiaire, de vouloir bien, au plus tôt et par mesure de salubrité
- publique, supprimer les séminaires, et assimiler au délit d’excitation
- à la débauche l’exercice de la confession.»
-
-Si cette pétition parvient à la Chambre par milliers d’exemplaires, nos
-députés se verront dans l’obligation d’accomplir à bref délai une
-réforme que les bonnes mœurs exigent impérieusement.
-
-L. T.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- Dédicace V
- La Confession et les Confesseurs 9
- Examen de conscience 22
- Le Journal du Presbytère 45
-
-APPENDICE
-
- Pieuses exhortations 57
- Mœchialogie, cours de luxure 77
- Compendium 145
- Les Diaconales 157
- Moralité des immoralités 213
-
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- La Morale des Jésuites, par Paul Bert. un volume. 3 fr. 50
- Le Livre qu’il ne faut pas Faire Lire, recueil authentique
- de la pornographie religieuse, contenant in-extenso,
- entre autres pièces curieuses, _Le Cantique des
- Cantiques_ de Salomon. un volume. 1 fr. 50
- Moines et Comédiennes, par Hortense Roland un volume. 3 fr. 50
- Par la Grâce du Saint-Esprit, roman comique, par Léo Taxil
- et F. La Font. un volume. 1 fr. 50
- Gros-Jean et son Curé, dialogues anti-cléricaux, pleins
- d’esprit et de bon sens, par Roussel, de Méry, avec
- nombreux dessins comiques d’Alfred Lepetit. beau volume. 4 fr. 50
- L’Alcôve du Cardinal, par Vindex. un volume. 3 fr. »
- Le Couvent de Gomorrhe, ou les mœurs horribles des
- cloîtres dévoilées, par Jacques Souffrance. un volume. 1 fr. 50
- La Guerre des Dieux, par Parny. un volume. 1 fr. 50
- La Vie de Jésus, par Léo Taxil, ouvrage excessivement beau,
- avec près de 500 dessins comiques, par Pépin
- un magnifique volume. 3 fr. »
- Le Moine Incestueux, par E. Ploërt. un volume. 1 fr. 50
- La Religieuse, par Diderot. un volume. 1 fr. 50
- Les Bijoux Indiscrets, par Diderot. un volume. 1 fr. 50
- Le Capucin Enflammé, par le R. P. Alleluia, de l’Ordre de
- la Sainte-Rigolade. un volume. 1 fr. 50
-
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-Joindre à toute commande le prix du volume et le montant des frais de
-port.--Le Catalogue complet est envoyé _gratis_ à toute personne qui en
-fait la demande par lettre affranchie.
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-from people in all walks of life.
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
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-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
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-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
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-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-ways including checks, online payments and credit card donations. To
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
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-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
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